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Arles
Bons baisers de Halsnøy
Richard Petit s’expose à Arles
, et
L’humain, de tous temps, a voyagé. Souvent pour chercher sa nourriture, mais aussi, dans bien des cas, par simple curiosité de la découverte. Ainsi, quelques siècles avant notre ère, Pythéas partit vers les terres nordiques de Thulé depuis Marseille. Voyage certainement long, éprouvant, mais plein de rencontres et de nouveautés. 2300 ans plus tard, Richard Petit suivit les traces de cet illustre ancêtre en se rendant à Halsnøy en Norvège.
Fidèle à la tradition des photographes voyageurs tels qu’ils apparurent il y a deux cents ans, il photographia, grâce à une antique chambre 4x5’’, ces paysages qu’il voyait pour la première fois.
Bon baisers de Halsnøy est le résultat de ce périple, de cette aventure : tout à la fois hommage à cette dame bicentenaire qu’est la photographie et aux voyageurs au long-cours, recherche du sublime [1] mais aussi introspection de celui qui a traversé les affres de la maladie et est revenu d’outre-tombe.
Richard Petit utilise avec talent les codes langagiers propres aux débuts de la photographie. C’est ce personnage, autrefois un assistant, mis au pied d’un rocher pour en donner l’importance, révélant ainsi le pittoresque (ce qui mérite d’être montré) du lieu, c’est le format carte postale du négatif [2] ayant engendré ce gigantesque tirage. L’artiste connaît la grammaire photographique et en joue sans cesse pour montrer sa permanence au travers des époques, et sa complexité.
Toutefois, Bon baisers de Halsnøy ne se limite pas à ça. En effet, à travers des ajouts de cartes, de documents relatifs à Pythéas, ainsi que par l’usage de l’autoportrait y compris nu, l’œuvre met en exergue tous les dangers et les difficultés d’une telle entreprise. En filigrane, il y a ce regard sans complaisance sur le cancer auquel Richard a réchappé, cet autre voyage vers la Vie.
Double discours donc où la polysémie des images forme un récit aux multiples entrées. Le spectateur se retrouve à la fois devant des paysages inconnus, presque des Terrae Incognitae, et face à cet élan de vivre, d’envie de poursuivre qui a habité aussi bien l’explorateur antique que le photographe contemporain.
On n’écrit plus guère de cartes postales de nos jours, et nos témoignages de touristes, selfie sans âme, font souvent bien piètre figure au regard de ceux d’autrefois. Un travail comme celui-ci invite certainement à reconsidérer cette situation, à prendre le temps de regarder avant de capturer. Il propose aussi de faire de nos vies un long périple à documenter, et ça quelles qu’en soient les affres. Après tout, l’important n’est pas l’arrivée mais le chemin qui a été suivi.
Notes
[1] que Kant définit comme « ce que nous éprouvons face à quelque chose qui nous dépasse ».
[2] les premières cartes postales étaient directement tirées par contact des plan-films.
Pour toutes les photographies © Richard Petit
Chroniques littéraires et photographiques de Frédéric Martin : 5ruedu.fr
« From Halsnøy with love », exposition jusqu’au 14 septembre 2025, sur rendez-vous.
Festival Off Arles
Galerie Le Lac Gelé
Photographie | Art Contemporain
27, rue du grand couvent | Arles
+ 33 06 33 05 99 20



