lundi 1er mai 2017

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Tableau de chasse

, Denise Fréchet et Jean-Louis Poitevin

Denise Fréchet est une ancienne scientifique devenue artiste et qui comme chacun de nous a un compte à régler avec la vie. Pas qu’elle veuille absolument lui régler son compte à la vie mais elle sent en elle, lorsque se manifestent les forces du désir, que la violence et la peur se réveillent car rien de ce que le désir affecte en nous n’est étranger à la strate la plus profonde qui associe la faim à la proie, le désir à la capture et la capture au trophée.

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Deputé

Ici, une petite partie de son tableau de chasse, donc. Des sexes masculins, des bites, des queues, des mickey, des paupol, des johnny, brefs des manifestations de ce qui en l’homme, le mâle, constitue l’attribut par lequel il prend conscience et de sa faim et de son désir et de la difficulté qu’il a de les différencier et ne pas confondre la femme et la biche qu’il doit tuer. Ainsi présentés, et réalisés donc par une femme, ils sont saisis dans l’ultime phase du processus. Et si l’homme aime à accrocher aux murs, au moins dans certaines régions du monde, les trophées de ses chasses, il a moins l’habitude de voir ses attributs être transformés en de tels trophées et encore plus exposés, exhibés, accrochés et surtout, comme c’est le cas ici, déguisés avec humour pour ne pas dire avec ironie entendons avec une certaine méchanceté et une certaine moquerie.

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Blessé

Et face à ces trophées glanés au cours d’une chasse qui égale la vie, ce qui au-delà du sourire ou du rire peut nous atteindre, c’est que nous saute aux yeux une évidence : c’est donc ça ! Ou plutôt : ce n’est donc QUE ça ! Et oui. Preuve donc que si pour un chasseur une vie n’est rien qu’un trophée à venir, pour une diane chasseresse, ce qui pour un homme fonctionne comme le moteur de sa domination, n’est pas plus. Il y a peut-être de la vengeance dans cette moquerie et elle vient à point nommé, car si l’on ne peut prétendre réformer ce qui vient des lointains de l’espèce on peut signaler que cela peut être pensé autrement et en particulier par les détenteurs du sceptre eux-mêmes. Nous savons que nous sommes loin de cette mutation psychique qui verrait le désir ne plus être associé à la chasse et à la mort mais à la glorification de la vie, si tant est que cela puisse vouloir dire quelque chose. En attendant, nous pouvons hommes comme femmes, nous réjouir que cette chasse symbolique n’empiète pas trop sur nos chasses réelles annonciatrices des prises à venir, tout en faisant passer sur nos échines le vent d’une crainte rieuse !

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Curé