vendredi 26 octobre 2012

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Mettre des mots, faire des images

Note sur Calcifications, travail en cours de Catherine Larré

, Catherine Larré et Jean-Louis Poitevin

« Calcifications » est un travail en cours et une sorte de prolongement naturel de la série « OUTCH », qui étaient des images tentant de transcrire la douleur. Cette première réflexion expérimentait la représentation, la matérialité de la souffrance physique. Affectée par l’épreuve qu’a représenté la lutte contre la maladie de proches, Catherine Larré a constaté son incapacité à mettre des mots et des images sur la présence d’un hôte envahissant et destructeur dans le corps d’autrui.
La série Calcifications est une tentative de faire face à cette impossibilité en recomposant la maladie sinon en composant avec elle.

Imageries

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Masque 5

Nous avons tous en tête des images médicales devant lesquelles nous sommes restés à la fois fascinés et surpris. Lignes incertaines, formes difficilement identifiables, gris bizarres ou couleurs anti-naturelles, ces images nous présentent des parties invisibles de notre corps, de notre chair, de notre intérieur. Elles sont à la fois étranges et étrangères et pourtant d’une certaines manière, elles « sont » nous.

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CALCIFICATIONS

Pour Catherine Larré, ces images sont « froides ». Afin de pouvoir se réapproprier cette autre inquiétante étrangeté que constitue la maladie, elle a donc entrepris cette recherche photographique afin de localiser le mal à travers un vocabulaire formel plus personnel, en lien avec une iconographie intime. En m’appropriant ce sujet, le mal lui est apparu plus « accessible ».
L’image, ici joue un double rôle. Elle est utilisée comme instrument de connaissance et comme facteur de désinhibition voire de réconfort.

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Pour Catherine Larré, cela s’est manifesté à travers l’éveil d’une volonté de mettre en scène une représentation poétique et non descriptive des lésions.
Pour cela elle a eu recours à des matières minérales ou végétales, en permettant et ces images issues de la nature, elle les a incluses dans les tissus corporels. C’est ainsi que de nouvelles associations ont émergé. Les images biologiques, minérales et végétales lui ont permis d’accéder à une représentation lumineuse et magnifiée des cellules sclérosées.

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Poétique de la cristallisation

La combinaison d’images issues de l’imagerie médicale retravaillées et d’éléments naturels, organiques ou minéraux lui permet d’accéder à une vision poétique du corps, de la maladie et plus globalement de l’existence.
Ses images mêlées donnent à « voir » l’altération des tissus et des organes à l’intérieur du corps. Les minéraux et les plantes se déploient en se cristallisant. Les maux, eux, se développent comme des éléments vivants.

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Leurs racines semblent s’étirer à travers les fluides corporels comme des algues ou des vagues. Il y a là, dans ces linéaments comme une grâce soudaine. Ce que nous découvrons est la gracieuse délicatesse du mal.

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En alternant rétroprojections, supperpositions, mises en scènes, les images fictives créées par Catherine Larré selon des procédés traditionnels photographiques lui permettent à la fois de transformer en images l’infigurable de la maladie et plus globalement du corps intérieur et de plonger son regard et le nôtre dans les zones de « l’indéchiffré ». Ces rapprochements par distanciation permettent à une représentation visuelle, de faire venir les mondes de l’obscure intériorité à la lumière.

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Alors, la photographie s’égale à la puissance du verbe, le visible éveille le dicible et l’image, évidence manifeste, nous permet de saisir ce qui échappe aux mots.

Voir en ligne : http://www.catherinelarre.com