jeudi 26 janvier 2023

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La Divine Comédie

L’Enfer, tome I suite

Jonathan Abbou

, Jonathan Abbou

"Le lieu où nous arrivâmes pour descendre la falaise était alpestre,
et tel, à cause de la présence de celui qui s’y tenait,
que tous les regards s’en seraient détournés."

Chant XII

(…) Tel est cet éboulement qui, en aval de Trente,
a heurté le flanc de l’Adige,
soit par tremblement de terre, soit par manque de soutien,
en sorte que, du sommet de la montagne d’où elle s’est détachée
jusqu’à la plaine, la roche s’est ainsi écroulée
qu’elle formerait un chemin pour qui se trouverait en haut,
telle était la descente dans cet abîme ;
et sur la pointe de la roche effondrée, l’infamie de la Crète était étendue
qui fut conçue dans la fausse vache ;
quand elle nous vit, elle se mordit elle-même,
comme celui que la colère domine intérieurement.
Chant XII - Le Minautor
Mon sage guide lui cria :
« Peut-être crois-tu que vient ici le duc d’Athènes,
qui là-haut, sur la terre, te donna la mort ?
Va-t’en, monstre : car celui-ci
ne vient pas sur les leçons de ta sœur,
mais il passe pour voir vos châtiments. »
Tel ce taureau qui rompt ses liens
au moment même où il a reçu le coup mortel,
qui ne sait où aller, mais bondit çà et là,
tel je vis sauter le Minotaure ; et Virgile, avisé, me cria :
« Cours au passage, pendant qu’il est en furie,
il est bon que tu descendes. » (…)
chant XII - Le Minautor
*
Chant XIII

(…) Nessus n’était pas encore arrivé sur l’autre rive,
quand nous pénétrâmes dans un bois
où il n’y avait pas trace de sentier.
Pas de feuillage vert, mais de couleur sombre ;
pas de rameaux lisses, mais noueux et tordus ;
pas de fruits, mais des épines venimeuses ;
elles n’ont pas de halliers si âpres et si épais,
ces bêtes sauvages qui, entre la Cecina et corneto,
fuient les lieux cultivés. (…)
Chant XIII
(…) « Il vous sera répondu brièvement.
Aussitôt que l’âme cruelle quitte le corps
dont elle s’est elle-même arrachée,
Minos l’envoie à la septième fosse.
Elle tombe dans la forêt, et aucune place ne lui est choisie ;
mais là où le hasard la précipite,
elle germe comme un grain d’épeautre.
En croissant elle devient une tige et une plante sauvage ;
les Harpies, en se nourrissant ensuite de ses feuilles,
lui causent de la douleur et font à cette douleur une sortie.
Comme les autres nous reviendrons chercher nos dépouilles,
mais aucune pourtant ne pourra s’en revêtir,
car il n’est pas juste que l’homme possède ce qu’il s’est enlevé. (…)
chant XIII - suicidée
(…) Derrière eux, la forêt était pleine de chiennes noires,
avides et courantes,
comme des lévriers qui viennent d’être déchaînés.
Dans celui qui s’était blotti elles mirent les dents,
et le dépecèrent lambeau par lambeau,
puis elles emportèrent ces membres dolent.
Mon guide me prit alors par la main
et me conduisit au buisson qui pleurait
en vain pas ses sanglantes déchirures. (…)
chant XIII - Chien
*
Chant XIV

Je commençai : « Maître, toi qui triomphes de tous les obstacles,
excepté des démons obstinés
qui sont sortis contre nous au passage de la porte,
qui est ce grand qui semble ne pas se soucier de l’incendie
et qui est étendu si dédaigneux et si torve
que la pluie ne paraît pas le dompter ? »
Et celui-là même, qui s’aperçut
que j’interrogeais mon guide à son sujet, cria :
« Tel je fus vivant, tel je suis mort.
Jupiter peut bien fatiguer son forgeron,
de qui dans son courroux il prit la foudre aiguë
dont je fut frappé à mon dernier jour ;
ou il peut bien fatiguer tour à tour ses autres ouvriers,
à Mongibello, dans la forge noire, en criant :
« Bon Vulcain, à mon aide, à mon aide ! »
comme il le fit au combat de Phlégra,
et de toute sa force me percer de flèches,
il ne pourrait se réjouir de s’être vengé de moi. »
chant XIV - Capanée roi de thèbe
« Ô Capanée, par cela même que ne s’amortit point
ton orgueil, ton châtiment augmente ;
nul supplice ne serait, aussi bien que ta rage,
une peine digne de ta fureur. »
Puis il se tourna vers moi d’un air plus calme
et me dit : « C’est un des sept rois qui assiégèrent Thèbes ;
il eut et il montre qu’il a encore
Dieu en mépris ; il paraît en faire peu de cas ;
mais, comme je lui ai dit,
son dépit est une parure qui convient très bien à son cœur.
Chant XIV - Capanée blasphémateur
*
Chant XV

je répondis : « Vous ici, ser Brunetto ? »
Et il me dit : « Ô mon fils,
qu’il ne te déplaise que Brunetto Latini
retourne un peu en arrière avec toi et laisse aller la file. »
Je lui dis : « Je vous en prie autant que je le puis ;
et si vous voulez que je m’asseye avec vous,
je le ferai s’il plaît à celui-ci, car je l’accompagne. »
« Ô mon fils », dit-il,
« quiconque de cette troupe s’arrête un instant
reste étendu cent ans sans pouvoir bouger sous le feu qui le frappe.
Aussi marche ; je te suivrai à toucher ton vêtement ;
puis je rejoindrai ma horde,
qui va pleurant ses peines éternelles. »
Je n’osais pas descendre de ma berge pour marcher à sa hauteur ;
mais je tenais la tête inclinée
comme quelqu’un qui s’avance avec respect.
Il commença : « Quel hasard ou quel destin
te conduit ici-bas avant ton dernier jour ?
Chant XV - Brunetti précépteur sodomite
*
Chant XVI

Comme nous nous arrêtions, ils recommencèrent leur antique lamentation ;
et quand ils furent arrivés jusqu’à nous,
ils se mirent tous trois à tourner en faisant une roue d’eux-mêmes,
ainsi qu’ont coutume de faire les athlètes nus et frottés d’huile,
en cherchant leur prise et leur avantage,
avant d’en venir à l’attaque et aux coups.
et, en tournant ainsi, chacun d’eux dirigeaient vers moi son visage,
en sorte que leur cou
faisait un continuel mouvement en sens inverse de leurs pieds.
L’un d’eux commença :
« Si la misère de ce terrain sablonneux et notre aspect noirci et pelé
attirent le dédain sur nous et nos prières,
Celui-ci dont tu me vois fouler les traces,
tout nu et tout écorché qu’il aille,
fut d’un rang plus élevé que tu ne le penses.
Il fut le petit-fils de la bonne Gualdrada ;
il eut nom Guido Guerra, et durant sa vie
il accomplit de grandes choses par sa sagesse et par son épée.
L’autre, qui foule le sable derrière moi,
est Tegghiaio Aldobrandi,
dont la voix, là-haut sur la terre, aurait dû être écoutée.
Et moi, qui avec eux subis le même supplice,
je fus Iacopo Rusticucci ;
et ma femme acariâtre m’a certes fait plus de tord que tout le reste.
Chant XVI - ronde des sodomites
J’avais une corde en guise de ceinture,
et j’avais pensé, à un moment,
prendre avec elle la lonza à la peau tachetée.
Après que je l’eus toutes dénouée d’autour de moi,
comme mon guide me l’avait commandé,
je la lui tendis rassemblée et roulée.
Il se tourna alors vers la droite
et il la jeta en bas dans ce profond abîme,
et un peu loin du bord.
« Il faut donc », me disais-je en moi-même,
« que quelque chose d’insolite réponde à ce signal d’un nouveau genre,
que mon maître suit si attentivement des yeux. »
Ah ! que les hommes doivent être prudents
auprès de ceux qui ne voient pas seulement les actes,
mais dont la sagesse scrute les pensées mêmes !
Chant XVI - Corde de Dante, noeuds franciscain
*
Chant XVII

« Voici la bête à la queue aiguisée,
qui franchit les montagne, qui brise les murailles et les armures,
voici celle qui empeste le monde entier ! »
Ainsi mon guide commença à me parler ;
et il lui fit signe de venir
aborder près du bord des rochers où nous marchions.
Et cette hideuse image de la fraude
s’en vint et avança la tête et le buste,
mais elle n’amena pas sa queue sur la rive.
Sa face était celle d’un homme juste,
tant elle avait extérieurement un aspect bénin,
et tout le reste du corps était celui d’un serpent ;
elle avait deux pattes velues jusqu’aux aisselles,
le dos, la poitrine et les deux flancs
peints de nœuds et de taches rondes.
Ni Turcs ni Tartares ne firent jamais étoffes plus chargées de couleurs
avec plus d’arabesques et de reliefs,
et jamais Arachné ne tissa de pareilles toiles.
Comme parfois de petites barques sont tirées sur le rivage,
partie dans l’eau et partie à terre,
et comme là-bas parmi les Allemand glouton
le castor s’accroupit pour faire sa chasse,
ainsi la bête détestable
se tenait sur le rebord de pierre qui entoure le sable.
Chant XVII - Géryon

Le livre :
La Divine Comédie, Dante Alighieri,
L’Enfer, Tome I (Chants de I à XVII), texte intégral.
traduction : Alexandre Masseron (1949)
Edition : Hérézia
ISBN : 978-2-9572026-2-1
Dépôt légal : Février 2023
Pages : 184
Format : 23 x 26 cm
Couverture : souple 290 gr Velin gaufré pélliculé, beige ou verte avec photographies différentes (selon le stock et le choix du libraire)
prix : 35 euros (Fnac et librairies spécialisées)
Imprimerie STIPA