dimanche 30 juin 2013

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Deux histoires pour rien

, Joël Roussiez

In media res : « Tiens reprends le tablier » tendit le tablier Merdaille au Pirate qui s’en ceintura.

De nouveau dans ce qu’on pourrait nommer un uniforme, mis donc pour la forme et ainsi repéré de loin afin qu’on ne s’y trompât pas, qu’on ne vint pas par exemple se plaindre à un agent qui ne le serait pas et serait par exemple votre pire ennemi ou imaginons le cas où vous arrivez devant quelqu’un portant uniforme de curé et que c’est votre fiancé(e), les oreilles ne sont pas sourdes et cela tomberait mal… N’est-ce pas ? Ou pas n’est-ce ? L’uniforme arrange tout cela de la meilleure manière ainsi que nous allons le voir. Un gros soudain accourut sus sur Farfali en criant qu’y faudrait arrêter le fût de pression immédiatement parce que la mousse moussait encore énormément. Plus facile à dire qu’à faire, lui répondit le Pirate en le toisant un peu de manière à ce qu’il sente bien qu’on était du métier. Le gros cependant constata qu’il n’y avait que le tablier et point de bar derrière, ce qui mit dans son esprit, glissa en sa conscience un doute, un soupçon qu’il s’obtempéra à ne pas montrer ; « ah oui bien sûr » qu’il répondit et il déguerpit.

JPEGVoilà une petite anecdote pour rien.

Ce pendant, pour quelque chose les gros s’échauffouraient toujours, ils avaient pris le facteur en otage et le promenait comme vache au comice. Bientôt ils découvraient nos trois compères qui étaient quatre. Aussitôt vu que fait, ils dirigèrent leur procession vers les mousquetaires qui crurent qu’on leur voulait voler dessus le paletot et prirent leurs jambes avec leur cou. Ceci les amena à la plage ou encore des gros et des gros se prélassaient montrant leur bikini bien rempli et comme bourré de lait ; oui, de lait car lorsque la peau dépassait du bikini, on pouvait la voir blanche comme le lait, ce qui implique qu’elle devait être nourrie au lait car le veau par exemple qui est au lait, a la viande blanche ; CQFD.

JPEGMais le cochon ???

Cachons-nous parmi les gros, c’est ce que Farfali proposa. Et ils se cachèrent comme le poulet que l’on veut saigner. Ainsi comment trouver le couteau dans le foin, se demandèrent les poursuivants qui ne poursuivirent plus conséquemment. Mais l’adjudant qui, on s’en souvient, avait mâchuré de son stylo sa bouche ineffable se fit remarquer par une jeune fille qui aimait l’uniforme, ça va de soi. Car quoi, aurait-elle sans l’uniforme fait attention à la bouche mâchurée comme l’indien remarque les traces sur le sentier de la guerre, elle qui était là pour la grâle, à ce qu’elle en dit à l’adjudant blotti derrière son dos ? « Je me fais bronzer de bas en haut » voilà ce qu’elle déclara lorsqu’elle remarqua la mâchure, « et pourquoi gardez-vous culotte ? » demanda-t-alors Farfali qui était devant son dos. Devant donc et derrière elle était assaillie et sur les côtés aussi par Merdaille et Antonietta.

JPEGTout le monde est là ?

La mâchure cependant apostropha la jeune fille « c’est quoi que vous avez là » demanda-t-elle pour savoir, ce qui va de soi. L’adjudant se questionna sur le quoi dont elle parlait ; « parlerait-elle de ma bite ? » et il pencha la tête du côté de la braguette qui, ô ineffable rencontre du destin, se trouva être ouverte d’un bouton. Il rougit conséquemment tant la pudeur chez l’adjudant est l’adjuvant de la sévérité car qui fait mordre la poussière à ses parents n’a-t-il pas sous l’uniforme un cœur d’enfant ? L’adjudant pour compenser la bévue d’avoir braguette ouverte devant jeune fille, distribua quelques fleurs de rhétorique afin de faire opposition au satirique : « Que votre dos est joli, ce qu’il me semble beau ; sans mentir si votre devant, se rapporte à votre derrière, vous êtes la première des hôtes de cette plage ! Que dis-je si votre do se rapporte à votre dos, vous êtes la plus charmante des chantres de ces sables ! Que dis-je… » Mais il ne poursuivit pas parce qu’une main lui ferma la bouche, celle de la jeune fille qui essuya ainsi la mâchure du stylo qui disparut et nous priva ainsi d’une histoire en travers.

JPEGEncore une histoire pour rien donc.

Cependant, ils étaient là autour de la jeune fille, celle-ci retournée maintenant face à l’adjudant qui déjà voyait ses dents en la poitrine voluptueuse tandis que Farfali qui voyait le derrière, Merdaille d’en haut la courbe voluptueuse et Antonietta les petit petons la disaient unanimement à croquer ; on aurait donc croqué la belle du début jusqu’au bout pour faire les polissons si subitement un groupe de gros ne vint à surgir avec le facteur en otage.

Mais que sont les gros mous me direz-vous ? Le gros mou est en général gros et par ailleurs il est mou, voilà ce qu’en dit le dictionnaire ethnologique et sociologique. Il ajoute que son comportement « comporte une certaine mollesse à cause de la grosseur » (op. cit.) et c’était le cas de le dire car quoique la vélocité de la hargne propre à prendre le facteur pour un contractuel eût insufflée en leurs mouvements la force nécessaire, elle était en quelque sorte retenue si bien qu’ils n’avançaient pas vite ; c’est le cas de le dire aussi. Le facteur d’un doigt peu sûr mais néanmoins guidé par le sauve-qui-peut désignait Farfali comme le barman qu’il se voulait atteindre par lequel il espérait, outre la tournée qu’il escomptait, distraire la foule grossière qui le poussait devant. La foule dont on sait la promptitude à agir en masse aussitôt qu’elle vit désigné par le doigt le bouc dont elle avait besoin se rua sur l’émissaire présentement Farfali qui tentait de dénouer le tablier pour libérer l’épée dont il avait besoin pour enfiler les perles avec la belle. L’atteinte à la pudeur conjuguée avec le tablier défait de moitié tourna le sens de la figure farfalienne en une atroce pornographie que ne supportèrent les gros, si bien que la colère monta comme on dit que monta la mer rouge sur les égyptiens qui ne savaient nager. Les gros se mirent donc à la nage comme écrevisse et jetant leurs bras sur ce qu’ils trouvaient agrippèrent d’autres gros qui agitèrent à leur tour les bras et le mouvement se propageant en une synesthésie qui n’était autre que l’attaque du temps présent contre le reste des temps, les bras parvinrent à saisir le tablier mais pas le corps qui s’en défendant avait pris ses jambes avec le cou et s’enfuyait au loin. Autant dire que l’affaire se retourna immédiatement car la foule en masse est féroce sur le facteur qu’on ne prit pas pour un farceur. Cependant, on s’en souvient, Merdaille, Antonietta et mon Adjudant ne le voulurent pas voir. Cela s’explique aisément de ce qu’ils n’étaient pas enfoulés, extérieurs donc au mouvement d’ensemble, ils pouvaient avoir le leur propre. Ainsi l’adjudant se leva, abandonnant à regret la belle au dos si dos, de concert Merdaille suivit et Antonietta, la plus voluptueuse se joignit à la levée avec un peu de retard ; ce qui permit de stopper la foule plus longtemps car elle attendit le résultat de ce mouvement contraire comme on dit que la vache lorsqu’un train s’en vient derrière un autre suspend sa broute doublement. Le facteur dont on lâcha subitement les endroits préhensibles à cause de l’étonnement car si la vache suspend sa broute, c’est qu’elle s’étonne « quoi se dit-elle un deuxième train après le premier ! », en profita pour se faire petit et glisser sous l’armada de gros pour l’escampe.

On s’en doute, tout ce mouvement complexe, qu’il nous est difficile conséquemment de décrire, provoqua une dégonflée de l’échauffourée dans la mousse de bière, laquelle cessant d’être brassée se dégonfla à son tour et permit d’apercevoir le bar où déjà Farfali remettait en train l’assemblée des fûts afin qu’ils se prêtassent à nouveau à la consommation sous pression. Le facteur se vit sauvé et obtempéra sous l’ordre de son corps assoiffé une marche forcée quasi course à la lampée. L’adjudant se tenait devant la masse des gros et il ne se priva pas de déclarer : « mes chers gros, ce n’est pas parce qu’un facteur incident vous empêcha de boire la lampée qu’il faut ainsi prendre la mouche car autant prendre billevesée pour vraie vérité que de s’agripper à la bière qui mousse ». Il ne savait quoi dire, on le voit mais il stoppa ainsi le mouvement des gros qui entendant la mousse prononcée se sentit brossés dans le poil et conséquemment éprouva pour l’adjudant de l’amour.

JPEGLes dents de l’amour sont féroces surtout lorsqu’il y a regain !

Ceci se vérifia, n’en doutons pas mais expliquons d’abord pourquoi nous parlons regain. Il y eut donc regain de ce que déjà, avant même que se trouvassent confrontés l’armée des gros et l’adjudant, l’uniforme avait fait son effet et engendré un début d’affection, penchant inévitable que possède le gros en son fort d’aimer l’uniforme quoi qu’il en soit de la personne, mais si celle-ci de surcroît se trouve d’un grade supérieur au troufion, l’uniforme s’en trouve plus beau et accentue la propension jusqu’à l’amour parfois. On a vu ainsi des artistes pencher vers l’arbre d’un grand Charles de ce qu’il portait uniforme de général qui leur fit une vie de ministre ! Cependant, mâle héros de la République, ils n’étaient pas gros mais les gros comprenaient cela, ce pourquoi ils aimaient le ministre, regain d’amour donc qui du général va au particulier ! Ah mais !

JPEGAh mais ! s’écria l’adjudant lorsqu’il vit la foule prête à l’emmener à la foire d’empoigne de qui le voulait soulever d’un autre qui le voulait aussi. Il fut néanmoins juché comme président sur une carcasse de gros forte comme un taureau des prés mais cependant sujette à l’écroulement et, comme on dit qu’à Caracas le fossé d’effondrement propulsa Bolivar vers sa gloire, l’adjudant dans ce déséquilibre trouva la vue large qui le libéra des atrocités de l’amour. Cette histoire serait pour rien si elle ne permettait une ingénieuse sortie. En effet, du haut du dos du gros formé de gros, notre adjudant découvrit l’horizon dégagé au-dessus du troupeau qui s’attroupa en tas autour de son bât ; et c’est le bar alors qu’il indiqua du doigt comme Moïse, dit-on, indiqua les tables en écartant sa barbe de prophète pour qu’on y lit la loi.

JPEGNe dit-on pas que Lili était de bon aloi ?

Bonne était la direction et le troupeau suivit la direction, il ne chercha pas en vain, il trouva le vin changé en bière, miracle de la fortune et du dieu qui est grand, le bar était ouvert avec tous ses grand bras, Farfali derrière et Merdaille et Antonietta qui déjà s’étaient décanillés de la mêlée et parlaient gentiment avec le facteur : « on dit que les facteurs ont les sacoches bien lourdes » asserta Antonietta, « quand j’y mets des canettes, y faut pas être une hommelette ! Slourp ! » La belle qui se grâlait toucha le biscoto que le facteur actionnait pour lever le coude : « ça paraît costaud ! ». Le coude aidait au verre qui s’approchait à nouveau, sans slourp donc, des lèvres assoiffées mais la touche du biscoto fit un vibrato et la gorgée de bière s’en alla sur le paletot, glissa sur le feutre, car il était en feutre, et fuit dans la sacoche : « merdre alors, les lettres ! » s’exclama le facteur et sans perdre un instant tant le postier est prompt au poste, il ouvrit la gibecière où nageaient désespérément des lettres. « Ah mais ! »

JPEGQuelle belle histoire pour rien !

Farfali voyant d’un œil la mêlée des gros arriver, Merdaille les gros billets des fouilles, tous deux ils sortirent des fûts avec raffut et déversèrent incontinent, non pas à même le sol nu pour faire la mousse d’une histoire pour rien, mais à même le grand abreuvoir. Alors le troupeau des gros se rua sur le gâteau sans qu’il y eût de fève car ils n’étaient pas nés pour être rois.

La morale est superbe !