dimanche 30 octobre 2016

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Dé-Croire #4

Jean-Guy Lathuilière / Hervé Bernard – Exposition OVNI du 21 novembre au 27 novembre – Vernissage le 22 novembre 2016

, Hervé Bernard et Jean-Guy Lathuilière

Entre fascination non dissimulée en particulier pour les espaces urbains chez Jean-Guy Lathuilière et, ici, concentration exponentielle du regard sur la puissance d’enfermement avec respiration supposée possible chez Hervé Bernard, ce sont les bords mêmes de nos angoisses et de nos désirs secrets que nous parcourons ici, d’un œil d’autant plus distant qu’il ne nous semble pas avoir affaire à la forme dure de nos passions mais plutôt à une image presque insouciante. Chacun de ces deux photographes livre à sa manière un aperçu textuel sur ses "intentions" !

Cities [ ] Urbanitudes ou le juste contraire de la Syldavie

En la fin des années 30, Georges Rémi, dans un élan créateur, donna vie à un état aux vallées boisées et pittoresques, aux très douces collines verdoyantes plongées dans un silence troublant où l’esprit pouvait s’offrir repos et quiétude. Klow, capitale douillette et agréable à l’abri du pélican noir, à distance de nos regards, tapie derrière un rideau de brumes cotonneuses.
Léthargie rassurante garantie.

Je n’aime pas les paradis. Dans ce cas, difficile de résister à la violence de l’assaut d’un virus urbain, difficile de refuser la brutalité géométrique des villes traversées. Je n’aime pas les paradis, mais spectateur enchanté d’un monde qui se dévoile, je m’abandonne souvent à ce généreux hasard, parfois si bienveillant, qui guide les pas du voyageur curieux vers une rive perdue, vers un parc caché par un ouvrage inutile, vers des espaces à l’organisation formelle surprenante, vers des ailleurs qui ne se révèlent qu’au crépuscule et retiennent longtemps captif le promeneur fasciné et ravi.

Contempler une ville, c’est porter un regard réflexif sur le paysage urbain et accepter d’emblée la nature de cet espace pour s’y fondre entièrement avec l’agaçante aisance d’un félin.

C’est aussi abandonner avant tout sa conscience aux effets du lieu : le présent restera toujours insaisissable et l’image d’un souffle ne devient possible que si l’on s’attache à ces ombres fugaces, que si l’on devient souffle soi-même.

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21 Herve Bernard

Les barbelés de l’environnement

Habiter c’est faire partie d’un lieu, c’est participer à ses qualités. Polluer notre habitat, nous oblige à nous en préserver, nous barricader derrière des procédures pour éviter d’être atteints, contaminés, blessés voire tués par cette pollution. Tel des barbelés placés là pour nous protéger de nos ennemis, ces procédures sont des clôtures protectrices des empoisonnements. Cependant, de facto, elles nous interdisent d’appartenir à ce lieu : notre habitat.
La pollution nous enferme, nous cloître derrière des systèmes d’ouverture et de fermeture destinés à son évitement, à son détournement, à nous protéger. Compte-tenu des risques encourus au contact des fruits de l’industrie chimiques, nucléaires, le principe de précaution, enfant du principe de protection transforme ces systèmes en un enfermement symbolique réducteur d’échanges. Ils se muent ainsi en une clôture entre la nature et nous.
Bien souvent, les dits barbelés sont d’ailleurs placés là pour nous interdire d’entrer dans ces décharges. Le paradoxe de ces clôtures sensées nous protéger de la pollution de ces lieux ou des risques à circuler dans des lieux, tel les usines chimiques ou les centrales nucléaires, c’est leur porosité. Elle est monstrueuse ! Ces clôtures laissent passer les liquides et les gaz expectorés par ces décharges et autres lieux...
Avec la complexification des pollutions a surgi, simultanément, une complexification des systèmes de protection bâtisseur d’un isolement. Dans la lutte contre les risques de cette pollution, la complexité de ses systèmes d’ouverture et de fermeture nécessaire à une protection « efficace » nous a conduit à récupérer tout l’arsenal sécuritaire : caméra, systèmes de télédétection... et, sous prétexte de nous protéger, à faire notre des comportements fleurant l’attitude liberticide.
Le barbelé est un symbole de déchéance. Déchéance des lieux qui l’entoure, déchéance des bâtiments en raison des pratiques qu’ils dissimulent aux publics. Déchéance des bâtiments et lieux abandonnés. Cette dernière est souvent dissimulatrice d’une déchéance environnementale.
La pollution engendre des privations de liberté. Ces barbelés sont une structure extrêmement légère dont l’enlèvement, la destruction est complexe et onéreuse. Où sont les cisailles de la pollution ? La pollution-barbelée forclot, détruit la communauté et fait de nous des réfugiés. L’un comme l’autre, ils nous rappellent la brutalité du pouvoir, l’un comme l’autre, ils conduisent à l’enfermement.
La clôture parfaitement étanche n’existe pas parce qu’aucune clôture nous protégera de la folie de l’être humain comme nous le montre l’actualité.