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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>La lic&#233;it&#233; de la repr&#233;sentation de la Vierge enceinte dans le catholicisme</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucienne Cordier</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;ologie</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le livre de Marc Lenot aux &#233;ditions Cinabre, &lt;i&gt;La micro-aventure de la Vierge enceinte,&lt;/i&gt; &#224; propos du devenir de la fresque &lt;i&gt;La Madonna del Parto&lt;/i&gt; de Piero della Francesca (vers 1420-1492), montre bien toute l'ambigu&#239;t&#233; de l'&#201;glise envers la repr&#233;sentation corporelle de la Madone enceinte. Ce texte a pour but d'&#233;clairer cette ambigu&#239;t&#233; d'un point de vue &#224; la fois historique et th&#233;ologique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH130/la-madonna-del-parto-di-piero-della-francesca-e911a.jpg?1775383487' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Marc Lenot aux &#233;ditions Cinabre, &lt;i&gt;La micro-aventure de la Vierge enceinte,&lt;/i&gt; &#224; propos du devenir de la fresque &lt;i&gt;La Madonna del Parto&lt;/i&gt; de Piero della Francesca (vers 1420-1492), montre bien toute l'ambigu&#239;t&#233; de l'&#201;glise envers la repr&#233;sentation corporelle de la Madone enceinte. Ce texte a pour but d'&#233;clairer cette ambigu&#239;t&#233; d'un point de vue &#224; la fois historique et th&#233;ologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au moins depuis l'an mil, la Vierge Marie est la femme la plus v&#233;n&#233;r&#233;e au monde, la plus c&#233;l&#233;br&#233;e. Elle est celle qu'on salue, qu'on implore, celle qui interc&#232;de, celle pour laquelle on chante des psaumes et on r&#233;cite des litanies de pri&#232;res. Celle dont des millions de femmes portent le nom. Celle que les artistes ont tant de fois repr&#233;sent&#233;e. Certaines de ces images sont resplendissantes de beaut&#233; et d'autres sont de m&#233;diocres bondieuseries. Ses repr&#233;sentations sont souvent des symboles, des dogmes : Marie des Sept Douleurs (Mater Dolorosa), Marie &#233;crasant le serpent, Marie Reine du monde, Reine des cieux, en majest&#233;, la Madone de l'humilit&#233;, la Vierge consolatrice, m&#233;diatrice, de compassion, l'Immacul&#233;e Conception, et la Madone de la Mis&#233;ricorde. Et la plus fr&#233;quente, la Vierge &#224; l'Enfant, que ce soit une sc&#232;ne familiale intime, de jeu ou d'allaitement, ou que ce soit une repr&#233;sentation plus majestueuse avec saints, anges ou donateurs. Mais jamais, au grand jamais, la Vierge enceinte, image rarissime dans l'iconographie chr&#233;tienne, qui a &#233;t&#233; constamment occult&#233;e par l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en tant que femme et th&#233;ologienne, je veux affirmer haut et fort que Marie n'est pas un pur esprit, un mythe d&#233;sincarn&#233;, mais qu'elle est une femme, une femme avec un corps de femme : des seins, des fesses, des organes sexuels. Comme moi. Comme nous toutes, Marie a menstru&#233; tous les mois, et parfois c'&#233;tait douloureux. Elle a &#233;t&#233; une jeune fille comme toutes les jeunes filles. Belle, brune, les cheveux boucl&#233;s ; Palestinienne, donc sans doute plus basan&#233;e que ses repr&#233;sentations habituelles. Pauvre, digne, d'une famille ordinaire. Sans doute plus instruite que ses amies, gr&#226;ce aux le&#231;ons de son p&#232;re Joachim et de sa m&#232;re Anne, sachant lire et &#233;crire, et connaissant la Torah. Elle a &#233;t&#233; une adolescente comme toutes les adolescentes, avec des &#233;mois incompr&#233;hensibles et des peurs irraisonn&#233;es, des doutes et des esp&#233;rances. Comme ses amies, elle aimait les f&#234;tes, la danse et le chant, elle go&#251;tait les compliments quand elle &#233;trennait une nouvelle robe, et le regard des gar&#231;ons sur elle. Un jour, l'un d'eux, un charpentier nomm&#233; Joseph, lui a dit : &lt;i&gt;&#171; Marie, je t'aime &#187; &lt;/i&gt; et, frissonnante, elle lui a r&#233;pondu : &lt;i&gt;&#171; Moi aussi &#187;&lt;/i&gt;. Ils ont fait des plans, ils en ont parl&#233; &#224; leurs parents, et ils se sont fianc&#233;s. Et ils se sont peut-&#234;tre m&#234;me embrass&#233;s chastement, en attendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'archange Gabriel est arriv&#233;. Peut-&#234;tre ne l'a-t-elle pas cru tout de suite, mais elle a appris &#224; sa stupeur qu'elle &#233;tait choisie. &#192; quinze ans &#224; peine, elle est tomb&#233;e enceinte sans savoir comment, alors que, bien s&#251;r, elle n'ignorait pas le lien entre copulation et grossesse. Certains (dont les auteurs du Talmud et des Toledot Yeshu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ont pr&#233;tendu qu'elle avait &#233;t&#233; viol&#233;e par un l&#233;gionnaire romain du nom de Pantera. D'autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giosu&#232; Calaciura, Je suis J&#233;sus, Lausanne, Noir sur Blanc, 2022, traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont racont&#233; que ses parents avaient voulu la faire avorter, pour pr&#233;server l'honneur de la famille ; elle aurait refus&#233;, elle se serait d&#233;battue, elle aurait cri&#233;, son p&#232;re aurait renonc&#233;. C'est en tout cas ce que l'on raconte dans des &#233;vangiles que l'&#201;glise qualifie d'apocryphes. Une grossesse embarrassante. Il fallut cacher sa grossesse sous des v&#234;tements amples et des mensonges. Comme on l'a cach&#233;e ensuite en peinture, ne la repr&#233;sentant presque jamais enceinte. C'est l'un des seuls moments de la &#171; vie &#187; de J&#233;sus qui n'a presque pas &#233;t&#233; peint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Visitation a &#233;t&#233; au contraire souvent montr&#233;e. C'est, dans toute la Bible, la seule conversation ayant lieu entre deux femmes, et, avec l'Annonciation, ce sont les deux seules sc&#232;nes bibliques montr&#233;es du seul point de vue d'une femme, sans mari et sans fils. Marie est donc partie trois mois chez sa cousine &#201;lisabeth, elle aussi enceinte malgr&#233; son grand &#226;ge. Leurs ventres tressaillaient et elles s'&#233;treignaient, &#233;merveill&#233;es devant le myst&#232;re de la naissance : c'&#233;tait pour Marie le noviciat d'une grossesse qui la d&#233;passait. Quand elle est revenue &#224; Nazareth, Joseph &#233;tait inquiet, il doutait. Le doute de Joseph est une sc&#232;ne que l'on repr&#233;sente peu, tr&#232;s peu de peintres ont abord&#233; ce th&#232;me. Or il existe au mus&#233;e de Cluny &#224; Paris un petit ivoire du XIV&#7497; si&#232;cle, carr&#233; de deux pouces de c&#244;t&#233; : Joseph appuie de biais sa main droite sur le ventre enceint de Marie, alors que Dieu le P&#232;re tend deux doigts protecteurs vers elle, pour dissiper les doutes de Joseph. Comme dans la fresque de Piero della Francesca, la robe de Marie semble fendue pour lib&#233;rer son ventre trop gros, et la main de Joseph se pose sur cette entaille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/joseph.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH626/joseph-07dcf.jpg?1772473975' width='500' height='626' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, Le doute de Joseph
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;XIV&#7497; si&#232;cle, Mus&#233;e de Cluny, Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marie a &#233;pous&#233; Joseph, confiant et rassur&#233; ; heureux pr&#232;s d'elle, il s'effor&#231;ait de satisfaire ses envies, de calmer ses angoisses, de soulager ses fatigues. Sentant les petits coups de poing ou de pied du f&#339;tus dans son ventre, elle disait : &lt;i&gt;&#171; Regarde, Joseph, il bouge &#187;&lt;/i&gt;, et il posait sa grosse main sur elle et &#233;tait ravi. Enceinte, elle a eu des naus&#233;es et des cernes sous les yeux ; les derniers mois, elle a &#233;t&#233; fatigu&#233;e. Elle a accouch&#233; dans la douleur avec l'aide des sage-femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les clercs pr&#233;tendent qu'elle n'a pas souffert et ont m&#234;me voulu interdire toute repr&#233;sentation de cette souffrance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Molanus, Trait&#233; des Saintes Images, Paris, Cerf, 1996 [traduction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que savent-ils du corps des femmes ? Elle a souffert, comme moi, comme toutes les femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le Coran, sourate 19 (Maryam) verset 23 : &#171; Puis les douleurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Souvenez-vous de son double dans l'&lt;i&gt;Apocalypse&lt;/i&gt; de Jean, qui &lt;i&gt;&#171; &#233;tait enceinte et criait, &#233;tant en travail d'enfant, souffrant les grandes douleurs de l'enfantement &#187;&lt;/i&gt;. Elle a d&#251; rester quelques jours au lit, elle aussi, et son corps a mis du temps avant de reprendre une forme plus svelte, m&#234;me si Brigitte de Su&#232;de dit avoir eu la r&#233;v&#233;lation qu'il avait repris sa forme originelle juste apr&#232;s l'accouchement (autre r&#233;v&#233;lation de Brigitte : la Vierge garda le cordon ombilical et l'offrit plus tard &#224; Marie-Madeleine). Son Fils est n&#233;, sale de son sang, visqueux de ses mucosit&#233;s, et criant. Comme mon fils. Comme tous les b&#233;b&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;158&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/boschtheepiphanytriptych.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH730/boschtheepiphanytriptych-e761c.jpg?1772473975' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, &lt;i&gt;Marie lisant, Joseph s'occupant du b&#233;b&#233;,&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;miniature fran&#231;aise du d&#233;but du XV&#7497; si&#232;cle, Walters Art Museum, Baltimore (manuscrit 10 920, feuillet 69).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De retour chez eux &#224; Nazareth, ils ont v&#233;cu modestement, simplement, dans une maison de briques de boue, basse et sans confort : ils &#233;taient un couple comme tous les couples. Elle savait filer, tisser, coudre, cuire le pain ; ses mains ont vite &#233;t&#233; abim&#233;es par le travail, ses ongles cass&#233;s. Parfois elle se reposait en lisant pendant que Joseph s'occupait du b&#233;b&#233; (&lt;i&gt;ci-dessus)&lt;/i&gt; ou lavait et s&#233;chait ses langes (&lt;i&gt;ci-dessous&lt;/i&gt;). Comme toutes les femmes du peuple, elle a eu des soucis de sant&#233; et d'argent, elle a &#233;t&#233; pr&#233;occup&#233;e quand les clients de Joseph se faisaient rares, les habits qu'elle cousait et vendait rapportaient peu d'argent en compl&#233;ment. Comme toutes les &#233;pouses, elle a eu des disputes avec son mari trop taciturne que, parfois, elle ne comprenait plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;78&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hieronymus_bosch_-_st_peter_with_the_donor__detail__-_wga2616.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH610/hieronymus_bosch_-_st_peter_with_the_donor__detail__-_wga2616-0ae73.jpg?1772473975' width='500' height='610' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#244;me Bosch, L'&#201;piphanie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1495, Mus&#233;e du Prado, d&#233;tail du panneau de gauche.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les m&#232;res, elle a aim&#233; son Fils. Par moments la tentation &#233;tait si forte qu'elle oubliait qu'il &#233;tait Dieu. Elle le serrait dans ses bras et lui disait : &lt;i&gt;&#171; Mon petit &#187;&lt;/i&gt;. Aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit que l'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui rit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Bariona ou le Fils du tonnerre (&#233;ditions Marescot, 1967), le Jeu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et comme toutes les m&#232;res, elle a tent&#233; de l'&#233;duquer au mieux, et peut-&#234;tre m&#234;me lui a-t-elle parfois donn&#233; une fess&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Max Ernst, La Vierge corrigeant l'enfant J&#233;sus devant trois t&#233;moins : Andr&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car il &#233;tait un enfant comme tous les autres, faisant des b&#234;tises ordinaires, d&#233;robant une friandise ou lan&#231;ant des pierres sur un chien de passage. Et elle a surveill&#233;, inqui&#232;te et pleine d'espoir, les tumultes de son adolescence. Jusqu'au jour o&#249; il est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise catholique n'aime gu&#232;re ce genre de discours, elle n'appr&#233;cie pas que l'on &#233;voque l'humanit&#233;, la f&#233;minit&#233; de Marie, et encore moins qu'on la c&#233;l&#232;bre. Elle a r&#233;duit la Vierge au silence, en a fait une figure d'abn&#233;gation et de passivit&#233;, une femme soumise, effac&#233;e, qui ne pouvait exister que par son Fils. Marie est un des caract&#232;res les moins connus de la Bible, celui sur qui presque rien n'est dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que le Coran lui consacre toute la sourate 19, Maryam.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est, avec Sara, la seule femme dont la Bible ne donne pas la g&#233;n&#233;alogie. Saint Paul ne la nomme m&#234;me pas dans ses &lt;i&gt;&#201;pitres&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#171; son Fils, n&#233; d'une femme &#187;&lt;/i&gt; est sa seule mention d'elle). Dans tout le Nouveau Testament, son nom n'est cit&#233; qu'une vingtaine de fois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont 16 dans l'&#201;vangile de Luc, 5 dans celui de Mathieu, 1 dans celui de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'&#201;vangile, non seulement elle n'apparait jamais seule, mais ils ne la laissent parler que quatre fois : lors de l'Annonciation quand elle ose questionner Gabriel (&lt;i&gt;&#171; Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas eu de relations conjugales ? &#187;&lt;/i&gt;), chantant le &lt;i&gt;Magnificat&lt;/i&gt; devant &#201;lisabeth, quand J&#233;sus va seul au Temple &#224; douze ans (&lt;i&gt;&#171; Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton p&#232;re et moi, nous te cherchions tout angoiss&#233;s &#187;&lt;/i&gt;), et aux Noces de Cana quand elle prend l'initiative et incite J&#233;sus &#224; agir et, en agissant, &#224; se r&#233;v&#233;ler (&lt;i&gt;&#171; Fils, ils n'ont pas de vin &#187;&lt;/i&gt;). Et, lors de ces deux derniers &#233;changes, son Fils la rabroue et l'appelle &#171; femme &#187; et non &#171; m&#232;re &#187;. Comme Lui, ils ont fait taire sa voix. Serait-ce que les paroles du &lt;i&gt;Magnificat&lt;/i&gt; les faisaient trembler : &lt;i&gt;&#171; Le Seigneur a jet&#233; les puissants &#224; bas de leurs tr&#244;nes et il a &#233;lev&#233; les humbles. Il a combl&#233; de biens les affam&#233;s et il a renvoy&#233; les riches les mains vides &#187;&lt;/i&gt;. Est-ce cette voix-l&#224; qu'ils ont voulu nier ? Ou simplement la voix d'une femme, la voix de toutes les femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement tous les peintres ont repr&#233;sent&#233; Marie avec un m&#233;pris certain du corps des femmes, sans aucun attribut f&#233;minin, ni hanches, ni fesses. La mamelle allaitante qu'ils ont peinte dans les Vierges du Lait ressemble plus souvent &#224; une gourde ou &#224; un go&#238;tre plut&#244;t qu'&#224; un sein, &#224; de rares exceptions comme chez Jean Fouquet. Les peintres ne montrent que son visage, ses mains et, parfois, le bout de ses pieds ; ils nient son corps, son sexe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;109&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/jean_fouquet_005.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH565/jean_fouquet_005-6ebc6.jpg?1772473975' width='500' height='565' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Fouquet, &lt;i&gt;Vierge &#224; l'enfant&lt;/i&gt; (du Diptyque de Melun,)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;vers 1452/1458, Mus&#233;e Royal des Beaux-arts, Anvers.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour les peintres, elle n'a jamais &#233;t&#233; une femme aux formes habit&#233;es par un enfant. Elle ne pouvait &#234;tre montr&#233;e que comme un tabernacle, une ic&#244;ne froide et d&#233;sincarn&#233;e. Nul ne s'est &#233;tonn&#233; de cette occultation picturale de neuf mois de sa vie, nul n'a questionn&#233; cette interdiction. Les tr&#232;s rares repr&#233;sentations d'elle enceinte sont contourn&#233;es, trop symboliques, trop pudiques, si loin de ce qu'est vraiment le corps et l'esprit d'une femme portant un enfant. En quoi un corps de femme enceinte serait-il ind&#233;cent ? Pour nous, femmes, que nous soyons vierges ou mari&#233;es, m&#232;res ou non, la grossesse est un &#233;tat de perfection, une expression de notre f&#233;minit&#233;, pas la soumission &#224; une contrainte. Ne dit-on pas, dans l'Ave Maria, &lt;i&gt;&#171; le fruit de ses entrailles &#187;&lt;/i&gt; ? Et dans le Credo &lt;i&gt;&#171; Il a pris chair de la Vierge Marie &#187;&lt;/i&gt;. Entrailles, chair : pourquoi occulter cette r&#233;alit&#233; physique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piero della Francesca (peut-&#234;tre parce que, pr&#233;destin&#233;, il portait un nom de femme) a &#233;t&#233; le seul &#224; avoir eu l'audace et le courage de peindre la Vierge comme une vraie femme enceinte, le premier &#224; avoir ainsi rendu hommage &#224; la femme Marie. Il a os&#233; repr&#233;senter sa grossesse de mani&#232;re digne, r&#233;elle, parfaite, pour en montrer &#224; la fois le myst&#232;re et la simplicit&#233;, pour t&#233;moigner en m&#234;me temps du respect et de la proximit&#233; envers elle, et pour r&#233;pondre &#224; l'attente des femmes d&#233;sireuses d'une reconnaissance de la f&#233;minit&#233; de la Madone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques d&#233;cennies, des th&#233;ologiennes catholiques et protestantes s'insurgent contre cette occultation de Marie en tant que femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut citer, entre autres, France Qu&#233;r&#233; et Sally Cunneen.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est r&#233;v&#233;lateur que, en 1991, le magazine am&#233;ricain &lt;i&gt;Time&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couverture de Time Magazine, 30 d&#233;cembre 1991.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'ait mise en couverture, se demandant si elle avait &#233;t&#233; la premi&#232;re f&#233;ministe. Pendant des si&#232;cles, l'&#201;glise a ni&#233; et opprim&#233; le corps de Marie et le corps de la femme. Le combat des femmes pour la ma&#238;trise de leur corps, pour le droit &#224; la contraception et &#224; l'avortement, tout comme leur combat pour acc&#233;der &#224; des postes de responsabilit&#233; dans l'&#201;glise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme, par exemple, au sein de l'association Magdala (ex-Comit&#233; de la Jupe)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont aujourd'hui, d'une certaine mani&#232;re, de lointains h&#233;ritages de l'audace de Piero della Francesca. Le livre de Marc Lenot, ancr&#233; dans le pass&#233;, nous aide aussi &#224; confronter ces probl&#233;matiques d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href=&#034;https://jewishchristianlit.com/toledoth/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://jewishchristianlit.com/toledoth/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giosu&#232; Calaciura, &lt;i&gt;Je suis J&#233;sus,&lt;/i&gt; Lausanne, Noir sur Blanc, 2022, traduit de l'italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Molanus, &lt;i&gt;Trait&#233; des Saintes Images,&lt;/i&gt; Paris, Cerf, 1996 [traduction de l'original de 1570-1594], chapitre 27 &#171; Qu'il ne faut pas repr&#233;senter alit&#233;e et souffrante la bienheureuse Vierge en couches &#187;, p. 196-200. Johannes Molanus, un th&#233;ologien flamand de Leuven, est le principal ex&#233;g&#232;te des directives du Concile de Trente sur l'art religieux en 1563.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le Coran, sourate 19 (Maryam) verset 23 : &lt;i&gt;&#171; Puis les douleurs de l'enfantement l'amen&#232;rent au tronc du palmier, et elle dit : &#8220;Malheur &#224; moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubli&#233;e !&#8220; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s &lt;i&gt;Bariona ou le Fils du tonnerre&lt;/i&gt; (&#233;ditions Marescot, 1967), le Jeu de No&#235;l que Jean-Paul Sartre, pourtant ath&#233;e, &#233;crivit en 1940 au stalag XII.D pr&#232;s de Tr&#232;ves, o&#249; il fut prisonnier de guerre de juin 1940 &#224; mars 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Max Ernst, &lt;i&gt;La Vierge corrigeant l'enfant J&#233;sus devant trois t&#233;moins : Andr&#233; Breton, Paul &#201;luard et le peintre&lt;/i&gt;, 1926, Mus&#233;e Ludwig, Cologne. &lt;a href=&#034;https://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-tracesdusacre/popup10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-tracesdusacre/popup10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que le Coran lui consacre toute la sourate 19, Maryam.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont 16 dans l'&#201;vangile de Luc, 5 dans celui de Mathieu, 1 dans celui de Marc, 0 dans celui de Jean, et 1 dans les Actes des Ap&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut citer, entre autres, France Qu&#233;r&#233; et Sally Cunneen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Couverture de Time Magazine, 30 d&#233;cembre 1991. &lt;a href=&#034;https://content.time.com/time/covers/0,16641,19911230,00.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://content.time.com/time/covers/0,16641,19911230,00.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme, par exemple, au sein de l'association Magdala (ex-Comit&#233; de la Jupe) &lt;a href=&#034;https://magdala-feministes.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://magdala-feministes.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Piero della Francesca, La Madonna del Parto, mus&#233;e de Monterchi en Toscane (Italie), 1459, Fresque de 260 &#215; 203 cm.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte.jpg' width=&#034;195&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca ind&#233;pla&#231;able,&lt;/strong&gt; Marc Lenot, aux &#233;ditions Cinabre, avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&lt;/a&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Madonna del Parto</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Madonna-del-Parto</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Madonna-del-Parto</guid>
		<dc:date>2026-04-05T10:02:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Age</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre qui passe du cultuel au culturel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Moyen-Age" rel="tag"&gt;Moyen-Age&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Italie" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH121/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte-06c4d.jpg?1775383396' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre de la Renaissance qui passe du cultuel au culturel et qui pose, outre de nombreuses questions sur la peinture, des questions sur le statut de l'&#339;uvre, de son ancrage au territoire et aux humains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1178550524?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Marc Lenot, La Madonna del Parto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Piero della Francesca est un personnage tout &#224; fait surprenant pour deux ou trois raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re, c'est qu'on est en effet aux tous d&#233;buts de la Renaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc il fait partie des peintres, il n'est pas le seul, qui instaurent, qui devinent, qui explorent une nouvelle mani&#232;re de peindre par rapport &#224; la mani&#232;re dont on peignait jusqu'&#224; la fin du Moyen &#194;ge. Il y en a d'autres. Il y a Fra Angelico, il y a Giotto&#8230; Mais il est un de ceux qui introduisent une certaine forme de modernit&#233; dans la peinture. &#199;a le met dans un groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a deux choses, &#224; mon sens, par lesquelles il se distingue par rapport &#224; ce groupe-l&#224; : la premi&#232;re, c'est une question de style, de beaut&#233;, de la mani&#232;re dont ces personnages existent, fonctionnent, s'ins&#232;rent dans l'espace, ont une forme de gravit&#233;, de distance qui est relativement unique par rapport &#224; ce qui se fait &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me, c'est que Piero della Francesca est aussi un math&#233;maticien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est peintre, mais il a aussi &#233;crit deux livres de g&#233;om&#233;trie qui sont tr&#232;s en avance pour son &#233;poque, un livre de calcul, qui l'est moins. Des trait&#233;s de g&#233;om&#233;trie sur la perspective et sur les solides dits de Platon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc dans sa peinture, il est un de ceux qui introduisent le plus de structure, de conception g&#233;om&#233;trique de l'espace, de formes. &#199;a se voit relativement peu, ce n'est pas un truc &#233;vident, mais en cherchant un peu, en travaillant un peu, en regardant surtout celles des peintures ou des fresques dans lesquelles il a eu une libre disposition de l'espace, par opposition &#224; celles o&#249; il &#233;tait contraint dans un espace donn&#233;, on commence &#224; d&#233;couvrir des choses qui vont au-del&#224; des th&#233;ories d'Alberti sur la perspective, par lesquelles il arrive &#224; construire son espace de mani&#232;re extr&#234;mement rigoureuse. C'est aussi de ce point de vue-l&#224; qu'il est un peintre tout &#224; fait &#233;tonnant par rapport aux autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres peintres de l'&#233;poque n'ont pas, pour la plupart, cette conception scientifique des choses. L&#233;onard de Vinci l'aura un si&#232;cle apr&#232;s. Mais &#224; l'&#233;poque, il y a gu&#232;re qu'Uccello qui ait aussi une certaine dimension g&#233;om&#233;trique, math&#233;matique des choses. Donc de ce point de vue-l&#224;, Piero est quelqu'un de tout &#224; fait singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il exerce une forme de fascination par cette part de myst&#232;re qu'il r&#233;ussit &#224; instaurer avec une atmosph&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on trouve dans la plupart des autres peintres de l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
La quasi-totalit&#233; de ses tableaux sont des tableaux religieux. Il y a trois, quatre exceptions. Ces peintures sont des peintures religieuses. Sans qu'il y ait n&#233;cessairement une forte dimension th&#233;ologique derri&#232;re, avec parfois beaucoup de myst&#232;re dans la mani&#232;re dont il le repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la composition, je ne veux pas &#234;tre trop p&#233;dant, mais la figure de la Vierge, l'ensemble de la fresque, &#231;a se tient sur ce qu'on appelle un dod&#233;ca&#232;dre, c'est-&#224;-dire un solide de Platon qui a 12 faces polygonales. On retrouve &#231;a tout de suite en voyant comment il a compos&#233; &#231;a, cette forme qui est un peu un ballon de football, mais avec moins de faces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fresque est aussi &#233;tonnante de par sa localisation. Elle a &#233;t&#233; peinte vers 1460, on n'a pas la date exacte, dans une toute petite &#233;glise, sur une colline, dans la for&#234;t des confins de la Toscane et de l'Ombrie. &#192; l'&#233;poque, l'Ombrie fait partie des &#201;tats du pape.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Toscane est ind&#233;pendante. C'est le grand-duch&#233; de Toscane. Aux confins des deux, &#224; trois kilom&#232;tres de la fronti&#232;re, dans la for&#234;t, loin de tout, il y a une rivi&#232;re qui coule. &#192; l'&#233;poque, il n'y a rien &#224; cet endroit, juste ce tout petit village, Monterchi, o&#249; il n'y a pas vraiment de richesse, qui est le village d'o&#249; vient la famille de sa m&#232;re. Sa m&#232;re est n&#233;e l&#224;. Ensuite, elle a &#233;pous&#233; le p&#232;re de Piero &#224; Sansepolcro &#224; 15, 20 kilom&#232;tres de l&#224; et est all&#233;e y vivre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de grandes familles, il y a des nobles, mais il n'y a pas de gens qui ont une grande richesse, il n'y a pas de monast&#232;re. Donc il n'y a pas de raison qu'il y ait eu un commanditaire. On n'imagine pas qu'il puisse y en avoir un pour cette &#339;uvre-l&#224; &#224; cet endroit-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or Piero, toute sa vie, enfin presque toute sa vie, d&#232;s qu'il a &#233;t&#233; un peu connu, a peint pour des grands de ce monde. Il a peint pour le pape, il a peint pour le duc d'Urbino, il a peint pour des grands bourgeois d'Arezzo&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a presque toujours peint pour des commanditaires, quelquefois pour lui-m&#234;me aussi, mais globalement pour des commanditaires. Or, dans ce petit village-l&#224;, d'apr&#232;s ce qu'on sait de l'&#233;conomie de ce village &#224; l'&#233;poque, au XV&#7497; si&#232;cle, il n'y a personne qui aurait eu les moyens de s'offrir &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pourquoi avoir peint dans un petit village et m&#234;me pas dans l'&#233;glise principale du village, mais dans une chapelle perdue de la for&#234;t ? On n'a aucune id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut raconter ce qu'on veut, faire des conjectures l&#224;-dessus. Il y a plein d'hypoth&#232;ses. Une des hypoth&#232;ses, c'est qu'il y avait un projet de monast&#232;re franciscain si j'ai bonne m&#233;moire. On ne sait pas. On peut laisser l'imagination divaguer l&#224;-dessus, mais on ne sait absolument pas pourquoi &#231;a a &#233;t&#233; peint l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#224; la fin du XVIII&#7497;, les &#233;diles du village ont construit un cimeti&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de cette chapelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, c'est devenu la chapelle du cimeti&#232;re. Donc &#231;a a donn&#233; des contresens. Par exemple, vers 1950, quand Chagall va voir la fresque, il dira : &#171; Je comprends, c'est parce que sa m&#232;re est enterr&#233;e l&#224;. &#187; Il croit en cette hypoth&#232;se, mais ce n'est pas du tout &#231;a, parce que le cimeti&#232;re n'&#233;tait pas l&#224; avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'on sait, dans cette chapelle qui date du XII&#7497; &#224; peu pr&#232;s, c'est qu'avant que Piero ne peigne, il y avait une fresque dont il reste trois fragments, d'une Vierge allaitante qui est au m&#234;me mus&#233;e actuellement, le mus&#233;e de Monterchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait aussi une statue, une Vierge &#224; l'enfant. Cette statue-l&#224; &#233;tait v&#233;n&#233;r&#233;e d&#233;j&#224; par les femmes enceintes ou par les femmes voulant &#234;tre enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait d&#233;j&#224; qu'il y avait une forme de p&#232;lerinage dans cette chapelle pour les femmes qui voulaient avoir un enfant ou avaient peur de perdre leur enfant, voulaient que leur grossesse se passe bien. Est-ce que la m&#232;re de Piero, originaire de cet endroit-l&#224;, o&#249; vivaient encore ses fr&#232;res, est venue prier l&#224; quand elle &#233;tait enceinte de Piero ? C'est une hypoth&#232;se qu'on peut faire, mais on n'en sait strictement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on sait aussi, c'est qu'avant, au temps des &#201;trusques et des Romains, passait l&#224; une rivi&#232;re qui s'appelle la Momentana, qui &#233;tait li&#233;e &#224; un culte de la f&#233;condit&#233;. On sait que depuis toujours, cet endroit-l&#224; avait un rapport avec la f&#233;condit&#233; et on a quelques t&#233;moignages pas tr&#232;s anciens qui disent que beaucoup de femmes de la r&#233;gion venaient se baigner dans la rivi&#232;re pour &#234;tre f&#233;condes. On a deux ou trois t&#233;moignages l&#224;-dessus recueillis par des ethnologues. Il y a un lien &#233;ternel, en tout cas tr&#232;s ancien, avec ces rites pa&#239;ens qui deviennent des rites chr&#233;tiens autour de la f&#233;condit&#233;. Pourquoi l'endroit ? On ne sait pas. On a une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce th&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a aussi, c'est un grand myst&#232;re. Parce que le th&#232;me de la Vierge enceinte est un th&#232;me extr&#234;mement rare dans l'iconographie, en tout cas occidentale. Il est un peu plus fr&#233;quent dans l'orthodoxie, pas beaucoup, mais un peu plus. Et dans l'orthodoxie, il est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente. Il est repr&#233;sent&#233;, en fait, par ce qu'on appelle la Platytera. Il est repr&#233;sent&#233; avec la Vierge qui a un corps &#171; normal &#187;, mais sur son ventre se trouve une esp&#232;ce de m&#233;daillon, une esp&#232;ce de mandorle dans lequel est inscrit le corps de J&#233;sus. Mais en surimpression par-dessus. C'est quelque chose qui est comme coll&#233; sur son ventre. C'est un th&#232;me pas tr&#232;s fr&#233;quent, mais qu'on retrouve en Russie, en Gr&#232;ce, &#224; plusieurs endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En art occidental, c'est tr&#232;s rare. On en trouve quelques-uns. &#192; Florence, il y en a un ou deux, on en trouve aussi &#224; Venise, &#224; l'Acad&#233;mie. Il y en a quelques-unes comme &#231;a, mais elles sont relativement peu fr&#233;quentes. Donc ce n'&#233;tait pas du tout un th&#232;me important par rapport &#224; tous les th&#232;mes qu'il a pu y avoir de repr&#233;sentations de la Vierge, qui est la femme la plus repr&#233;sent&#233;e dans l'histoire de l'art, dans l'iconographie. De toutes sortes de mani&#232;res. Il y a des dizaines de repr&#233;sentations de la Vierge en majest&#233;, &#233;crasant le serpent, Reine du monde, mis&#233;ricordieuse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vierge enceinte, c'est un th&#232;me qui est d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, rare. Et en plus, dans l'art occidental, avant Piero, c'est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re extr&#234;mement d&#233;licate. C'est-&#224;-dire qu'elle n'est pas du tout enceinte comme l'est la Madonna del Parto. Elle n'a pas du tout un ventre qui est sur le point d'&#233;clater, de donner naissance. Elle est discr&#232;tement enceinte avec un petit ventre. On peut avoir quelques doutes de temps en temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que c'est un th&#232;me rare, ce n'est pas tout &#224; fait vrai, parce que dans l'&#233;pisode de la Visitation, quand Marie va voir &#201;lisabeth, sa cousine, beaucoup plus &#226;g&#233;e qu'elle et enceinte pour la premi&#232;re fois, de Jean-Baptiste, on la repr&#233;sente. Mais uniquement dans ce cas-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le seul cas o&#249; elle &#233;tait repr&#233;sent&#233;e enceinte dans le grand art. &#199;a, c'&#233;tait jusqu'&#224; l'&#233;poque de Piero della Francesca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, sur ce th&#232;me-l&#224;, un si&#232;cle apr&#232;s cette fresque, il y a le concile de Trente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concile de Trente, c'est le concile de la Contre-R&#233;forme. Les protestants, les r&#233;form&#233;s gagnent de plus en plus de pouvoir et donc l'&#201;glise catholique instaure un certain nombre de r&#232;gles, dans toutes sortes de domaines, pour lutter contre la R&#233;forme. Les derniers jours du concile, on est en 1563, si j'ai bonne m&#233;moire. Les derniers &#233;dits concernent l'iconographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un certain nombre de dispositions g&#233;n&#233;rales, disant qu'il faut repr&#233;senter la Vierge, les saints, le Christ de mani&#232;re digne et que &#231;a doit &#234;tre approuv&#233; par l'&#233;v&#234;que si &#231;a sort un peu des canons ordinaires, etc. Des trucs relativement g&#233;n&#233;raux, mais qui sont l&#224;. Ces &#233;dits tr&#232;s g&#233;n&#233;raux sont ensuite interpr&#233;t&#233;s par des th&#233;ologiens. Il y en a trois ou quatre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal est un th&#233;ologien qui &#233;tait &#224; Louvain, en Belgique, qui s'appelle Molanus, qui &#233;crit un tr&#232;s gros trait&#233; des saintes images. La traduction fran&#231;aise doit faire 600 pages, il est &#233;crit en latin. Il dit : &#171; Voil&#224; ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire. &#187; Et c'est int&#233;ressant parce qu'il n'interdit pas la Vierge enceinte. Il recommande de montrer toujours la Vierge avec dignit&#233;. Il recommande de ne pas dire qu'elle a souffert pendant son accouchement. Donc, il ne faut pas la repr&#233;senter en train de se reposer apr&#232;s l'accouchement parce qu'elle n'est pas fatigu&#233;e. L'accouchement s'est pass&#233; tout seul. On peut la montrer allaitant, mais il faut tr&#232;s peu montrer ses seins, etc. Mais il ne dit rien sur la Vierge enceinte. De nouveau des choses g&#233;n&#233;rales, il faut que &#231;a soit digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation des &#233;v&#234;ques. Et l&#224;, il y a un truc int&#233;ressant que j'essaie de soulever dans mon livre, c'est qu'il y a une premi&#232;re dialectique, une premi&#232;re lutte. D'un c&#244;t&#233;, il y a des &#233;v&#234;ques relativement conservateurs qui pr&#233;f&#233;reraient que cette image ne soit pas montr&#233;e. Donc, qui, dans certains cas, la d&#233;truisent. Et on a trouv&#233; un certain nombre de vestiges, de t&#233;moignages, de statues ou de peintures qui ont &#233;t&#233; d&#233;truites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, par ailleurs, il y a des femmes qui, elles, veulent cette image. Il y a des femmes qui veulent pouvoir prier devant une image de la Vierge enceinte, que &#231;a soit pour &#234;tre enceinte ou que &#231;a soit pour que leur accouchement se passe bien ou que &#231;a soit pour que leur b&#233;b&#233; soit en bonne sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a une dimension populaire qui se pr&#234;te &#224; &#231;a. Et &#231;a, c'est vrai dans toute la chr&#233;tient&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il n'y a pratiquement plus de peinture de la Vierge enceinte. J'en ai trouv&#233; une au Portugal. Mais, par des grands peintres, il n'y en a pratiquement plus. On va revenir au cas de cette fresque-l&#224;, mais dans toute la chr&#233;tient&#233;, &#224; partir de ce moment-l&#224;, il n'y a pratiquement plus de repr&#233;sentation de la Vierge enceinte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, ce qui d&#233;marre &#224; peu pr&#232;s &#224; ce moment-l&#224;, c'est un art populaire. Donc ce sont des petites statues, des petites statues mal faites, tr&#232;s simples, en pierre ou en bois, tr&#232;s grossi&#232;res. Et l&#224;, on en trouve pas mal. On n'en trouve pas en Italie, curieusement. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. On en trouve en Bavi&#232;re, on en trouve en Autriche, on en trouve en Espagne, on en trouve au Portugal, on en trouve m&#234;me jusqu'au Br&#233;sil. Et il y a un culte populaire autour de statues qu'on appelle de noms diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Br&#233;sil et au Portugal, on dit &lt;i&gt;Nossa Senhora do &#211;,&lt;/i&gt; le O des Litanies de l'Avent. En Espagne, il y a Notre-Dame de l'Expectation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a cet art populaire qui se d&#233;veloppe en r&#233;action &#224; un grand art qui, lui, a disparu et qu'on ne veut plus montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Piero della Francesca, j'ai trouv&#233; un tableau, mais pratiquement plus personne ne va repr&#233;senter la Vierge enceinte jusqu'au XX&#7497; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a toute cette dialectique de pouvoir entre une &#201;glise qui veut contr&#244;ler et le peuple, &#224; certains endroits, qui se rebelle contre ce contr&#244;le et qui exige de continuer &#224; avoir cette image de d&#233;votion pour pouvoir prier. On peut se poser la question : pourquoi l'&#201;glise veut-elle contr&#244;ler ? C'est un peu ce que dit la th&#233;ologienne Lucienne Cordier dans le texte qui est dans ce num&#233;ro de TK-21, c'est que l'&#201;glise, plus ou moins, nie la f&#233;minit&#233; de la Vierge. Elle fait de la Vierge une image, une sainte, une ic&#244;ne, mais son corps est relativement ni&#233;. On voit sa t&#234;te, on voit ses mains, parfois ses pieds , mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne montre pas son corps comme un corps de femme. On en fait une ic&#244;ne, mais on n'en fait pas une femme. On voit &#231;a dans les &#201;vangiles, bien avant, o&#249; elle parle tr&#232;s peu, o&#249; elle est peu cit&#233;e, contrairement au Coran d'ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est peu cit&#233;e, on en parle peu. Elle a tr&#232;s peu souvent le droit &#224; la parole. Je crois qu'elle prend la parole seulement quatre fois dans les &#201;vangiles. C'est une femme &#224; qui on enl&#232;ve sa qualit&#233; de femme pour en faire quelque chose d'&#233;th&#233;r&#233;, d'iconique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a joue beaucoup dans ce m&#233;canisme de la Contre-R&#233;forme. Autant au Moyen &#194;ge, sans parler des vierges enceintes, la Vierge est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une jeune femme rieuse, enjou&#233;e, agr&#233;able. Il y a m&#234;me des peintures de la Vierge qui sont assez sexu&#233;es. Il y a une Vierge allaitante de Fouquet, &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps que la fresque de Piero, 1450, si j'ai bonne m&#233;moire, qui est conserv&#233;e au mus&#233;e d'Anvers, o&#249; le mod&#232;le de la Vierge est Agn&#232;s Sorel, qui est la ma&#238;tresse du roi et qui a un corps parfait, qui a des seins parfaits, qui est absolument merveilleuse. Elle tend son sein, J&#233;sus est l&#224;. Ce sont des peintures extr&#234;mement sexu&#233;es. &#192; partir de 1500, 1560, tout &#231;a, c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui se joue &#224; ce moment-l&#224;, c'est qu'&#224; partir de la Renaissance jusqu'en 1900, une femme enceinte, c'est moche. &#199;a ne correspond pas aux crit&#232;res de beaut&#233; canon. &#199;a ne correspond pas &#224; l'&#233;quivalent f&#233;minin de l'homme de Vitruve, &#224; la beaut&#233; classique qu'on doit avoir. Donc, curieusement, entre 1500 et 1900, il n'y a pratiquement pas de peinture de femmes enceintes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y en a une qui est apocryphe, c'est la &#171; Donna gravida &#187; de Rapha&#235;l. Mais il n'est pas du tout s&#251;r qu'elle soit enceinte et le titre a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; la toile un si&#232;cle apr&#232;s, 50 ans apr&#232;s. On n'est pas du tout s&#251;rs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais globalement, il n'y en a pas. On trouve quelques petits tableaux ici ou l&#224;, mais pratiquement, il n'y a rien jusqu'en 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 1900, &#231;a repart avec Klimt, avec Picasso, avec Degas, avec Chagall, avec Paula Modersohn-Becker, qui se peint nue et enceinte alors qu'elle n'est pas enceinte. Elle le sera apr&#232;s, elle en mourra d'ailleurs, mais elle ne l'est pas. Autour de 1900, &#231;a red&#233;marre. On recommence &#224; regarder le corps de la femme enceinte comme quelque chose de beau et qu'on a envie de repr&#233;senter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant, rien. &#199;a a disparu. Le th&#232;me a compl&#232;tement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une des &#233;tranget&#233;s qui m'a attir&#233; vers cette fresque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Piero peigne &#231;a &#224; ce moment-l&#224;, qu'il peigne une femme aussi &#233;videmment enceinte. Et ensuite, le fait qu'apr&#232;s qu'il l'ait peinte, c'est un th&#232;me qui dispara&#238;t de l'art, du grand art en tout cas, mais qui reste au niveau populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fresque qu'on a aujourd'hui, c'est ce qui reste, c'est ce qui subsiste. On sait qu'avant, elle &#233;tait plus grande, elle &#233;tait plus large. On sait qu'il y avait un fond derri&#232;re la tente, qu'elle se d&#233;veloppait des deux c&#244;t&#233;s et qu'en plus, il y avait deux petites fresques de c&#244;t&#233;, sainte Lucie et la Passion, si j'ai bonne m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait qu'elle &#233;tait plus grande. Il y avait un d&#244;me au-dessus de la tente, au-dessus du chapiteau. On a quelques vestiges ici ou l&#224;. On ne sait pas vraiment comment c'&#233;tait. On a quelques vestiges. On sait qu'il y avait une bande de pierres blanches &#224; l'horizontale derri&#232;re. Donc, il y avait un peu plus de profondeur. En m&#234;me temps, en effet, c'est une fresque qui n'a pas beaucoup de volume par rapport &#224; d'autres &#339;uvres de Piero o&#249; il y a des volumes extraordinaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense &#224; sa Vierge avec les saints qui est &#224; la Pinacoth&#232;que de Brera &#224; Milan, o&#249; il y a des effets de volume extraordinaires avec l'&#339;uf d'autruche qui est au-dessus de la Vierge. On ne sait pas tr&#232;s bien s'il est devant, derri&#232;re, etc. Il est tr&#232;s fort pour faire &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais de la science de Piero sur la perspective. Ici, il n'y a pas de perspective. Ici, tout est plat, tout est mis directement l&#224;. Peut-&#234;tre &#224; cause de l'espace, c'est quand m&#234;me une petite chapelle. Il n'y avait pas beaucoup d'espace pour poser quelque chose. Je ne sais pas. C'est une composition tr&#232;s structur&#233;e avec les deux anges qui sont quasiment identiques. Il y a de toutes petites diff&#233;rences. Ils sont faits visiblement &#224; partir des m&#234;mes cartons. Apr&#232;s, ils bougent un tout petit peu. Il y en a un qui est un peu plus en avant, un peu plus en retrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux anges sont quasiment sym&#233;triques. Cette grande tente qui l'abrite, qui est aussi comme une sph&#232;re. En fait, ce sont des abris dans des abris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as le monde, tu as la chapelle. Dans la chapelle, tu as cette tente-l&#224;. Dans la tente, tu as le corps de la Vierge. Dans le corps de la Vierge, tu as le Christ. Ce sont des sph&#232;res qui se resserrent les unes sur les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette tente-l&#224; est extr&#234;mement construite avec ses panneaux de vair. Le vair, c'est la fourrure de l'&#233;cureuil. Ces panneaux de fourrure organis&#233;s, agenc&#233;s pour cr&#233;er une structure derri&#232;re. Mais c'est en effet quelque chose qui a tr&#232;s peu de profondeur. La Vierge para&#238;t un tout petit peu en avant par rapport aux anges, mais on n'est m&#234;me pas s&#251;rs. Par rapport &#224; tout ce qu'il a pu faire par ailleurs sur la perspective, la peinture de Brera, la Flagellation du Christ, l&#224;, il y a tr&#232;s peu d'effets de perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Chaque jour, c'est une giornata. Donc au total, &#231;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Tout n'est pas en fresque. Il y a quelques &#233;l&#233;ments qui sont &#224; sec, qui sont moins bien conserv&#233;s. On sait par exemple que la Vierge avait un voile derri&#232;re la t&#234;te et celui-ci a quasiment disparu. Donc tout n'est pas en fresque. Curieusement, il y a du fresco, du semi-fresco et du secco, il y a un peu des trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, cette fresque est oubli&#233;e. Elle est oubli&#233;e pendant 400 ans, 450 ans. Elle est peinte vers 1460 &#224; peu pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; la n&#233;gliger vers 1580. Dans cette chapelle, il y avait deux autels. Il y avait un autel sous la fresque de Piero et un autel lat&#233;ral sous la statue miraculeuse de la Vierge. Chacun des autels &#233;tait consacr&#233;. Vers 1580, l'&#233;v&#234;que enl&#232;ve la pierre sacr&#233;e de l'autel devant la fresque de Piero. Donc, on ne dit plus la messe sur cet autel-l&#224;. Ce n'est plus un autel au sens religieux du terme, juste une table de pierre sous la fresque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est quasiment oubli&#233;. On a tous les rapports d'inspection des &#233;v&#234;ques qui viennent de temps en temps. Au bout d'un moment, on ne dit m&#234;me plus que c'est fait par Piero della Francesca. &#199;a dispara&#238;t. Seules les femmes du coin savent encore que c'est l&#224;, mais &#231;a dispara&#238;t de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est red&#233;couvert &#224; la fin du 19e. Piero commence &#224; &#234;tre un peu connu. Piero aussi a un peu disparu pendant ce temps-l&#224;. Piero est un peintre qui a connu une longue &#233;clipse de sa mort, pas de sa mort, 50 ans apr&#232;s sa mort, quand Vasari &#233;crit sur lui, jusqu'en 1870, 1880, quand on recommence &#224; &#233;crire un peu sur lui. Des Italiens, des Allemands, principalement, des Anglais un petit peu, red&#233;couvrent l'importance qu'il a eue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1890, il y a un &#233;rudit local qui va dans cette chapelle par hasard, pour autre chose, puis d&#233;couvre que c'est un Piero della Francesca. Et il l'&#233;crit dans le journal. Il faut du temps pour que &#231;a se mette en branle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq ans ou 10 ans apr&#232;s, le mus&#233;e des Beaux-Arts vient et dit : &#171; Oui, en effet, c'est un Piero. Il n'est pas tr&#232;s bien fait, mais c'est un Piero della Francesca. &#187; Mais il est en mauvais &#233;tat. Il y a l'humidit&#233;, pour toutes sortes de raisons. La chapelle a &#233;t&#233; reconstruite, d&#233;velopp&#233;e, arrang&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a un restaurateur qui vient, qui met la fresque dans un cadre, donc on peut la transporter plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un jour, on va dire, o&#249; &#231;a passe d'objet de culte &#224; objet d'art, c'est ce jour-l&#224;. Le jour o&#249; Fiscali, le restaurateur, vient et l'enl&#232;ve du mur, d&#233;couvre les fragments de l'ancienne fresque qui est en dessous, et met la fresque de Piero dans un cadre qui fait deux m&#232;tres sur deux m&#232;tres, &#224; peu pr&#232;s. Un peu plus parce qu'il prend un peu du fond. C'&#233;tait ce jour-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1917 il y a un tremblement de terre. Il y a des dizaines de morts &#224; Monterchi. L'&#233;glise est &#224; moiti&#233; d&#233;truite. La fresque ne l'est pas. Le surintendant des Beaux-Arts dit qu'il faut la mettre en s&#233;curit&#233;. Elle n'est pas ab&#238;m&#233;e, la fresque. Fiscali l'a restaur&#233;e sur place. Il faut la mettre en s&#233;curit&#233;, il faut l'emmener &#224; Sansepolcro, qui est la grande ville du coin, qui est la ville o&#249; Piero a v&#233;cu et qui est &#224; 15 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On la met sur un char &#224; b&#339;ufs et on veut l'emmener l&#224;-bas. Les femmes du village bloquent la charrette et disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; Donc, on la met dans la maison de quelqu'un, elle y reste deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, au bout de deux ans, elle va &#224; Sansepolcro parce que c'est la fin de la guerre, etc. La chapelle n'est pas encore reconstruite. Finalement, elle donc &#224; Sansepolcro. Elle y reste deux ans, puis elle revient. On refait une chapelle &#224; ce moment-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui se passe apr&#232;s, ce sont des histoires d'architecture, la chapelle qui n'est pas bien faite, qui doit &#234;tre consolid&#233;e, modifi&#233;e, la fresque qu'il faut restaurer. Mais un si&#232;cle apr&#232;s, enfin pas tout &#224; fait un si&#232;cle apr&#232;s, mais en 1990, la chapelle est vraiment en tr&#232;s mauvais &#233;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me moment cl&#233; du passage du culte &#224; la culture, beaucoup de discussions, on d&#233;cide de la mettre dans un mus&#233;e. Temporairement. Le temporaire dure toujours 30 ans apr&#232;s. Donc on l'enl&#232;ve, on la transporte et on la met dans une ancienne &#233;cole d&#233;saffect&#233;e qui a un style tr&#232;s brutaliste, tr&#232;s mussolinien, o&#249; il n'y a rien d'autre, c'est la seule &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a rien dans ce mus&#233;e &#224; part cette seule &#339;uvre d'art, on la met l&#224;. Elle est dans un caisson hydrofuge avec un verre blind&#233; anti-vandalisme, anti-agression devant, des lumi&#232;res LED, etc. C'est un objet d'art. C'est devenu un objet d'art mus&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233; pour ce livre, c'est comment on est pass&#233; d'un objet de culte qui &#233;tait uniquement un objet de pri&#232;re, qui n'avait aucune valeur artistique, en tout cas dont la valeur artistique &#233;tait inconnue. Comment on est pass&#233; de &#231;a, &#224; un objet qui est seulement un objet de culture, qui est maintenant dans un mus&#233;e o&#249; on paye pour entrer et qui a quasiment perdu sa valeur cultuelle. Je dis quasiment parce que c'est assez amusant, l'entr&#233;e du mus&#233;e est gratuite pour les femmes enceintes qui peuvent venir prier devant. J'y suis all&#233; trois fois et je ne n'en ai jamais vues, mais il y en a. Des gens disent : &#171; On en voit de temps en temps qui viennent. &#187; Il y a une petite bo&#238;te &#224; pri&#232;res, on met un petit mot dedans, &#224; c&#244;t&#233; de la fresque. Donc &#231;a garde un tout petit peu de son pouvoir magique, culturel, religieux, donc magique. Comment &#231;a a boug&#233; l&#224;-dessus ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ? Pourquoi ? Vers 1780, &#231;a devient la propri&#233;t&#233; de la ville. Avant, &#231;a appartenait &#224; l'&#233;glise. Et quand la ville veut construire un cimeti&#232;re, ils demandent l'autorisation &#224; l'&#233;v&#234;que de d&#233;truire la moiti&#233; de l'&#233;glise, de la d&#233;sacraliser. On ne parle pas de la fresque d'ailleurs, on n'en parle pas dans le contrat. &#192; ce moment-l&#224;, &#231;a devient propri&#233;t&#233; de la ville, donc &#231;a appartient &#224; la ville. Avec quelques chicaneries, mais &#231;a appartient &#224; la ville de Monterchi depuis.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un objet culturel. Un objet culturel, c'est un objet qui se montre, qui se visite et qui se montre. Il se visite, oui, il y a des gens qui viennent. Il y en a 20 000, 30 000 par an. La plupart viennent voir la Vierge enceinte. Monterchi est connu &#224; cause de &#231;a, les gens viennent l&#224; pour &#231;a, etc. C'est un objet qui se montre, surtout &#224; partir du moment o&#249; c'est devenu un objet culturel, &#224; partir du moment aussi o&#249; la renomm&#233;e de Piero est devenue beaucoup plus forte. &#199;a commence un peu avant la Seconde Guerre mondiale, mais surtout apr&#232;s. Il devient beaucoup plus connu, il y a beaucoup plus de livres sur lui, beaucoup plus de recherches, beaucoup plus de colloques, plein de choses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, cette &#339;uvre d'art, on veut la montrer ailleurs. Il y a toutes sortes de demandes qui sont faites pour la montrer &#224; Florence, &#224; Rome, au Louvre, au Metropolitan de New York. Demandes qui sont faites parfois avec une contrepartie financi&#232;re importante. Le Metropolitan offre de l'argent pour &#224; la fois restaurer la fresque et reconstruire l'&#233;glise. Puisque c'est un objet culturel, comme la plupart des objets culturels, il devrait pouvoir voyager. Certes, il peut y avoir des probl&#232;mes techniques. Il faut faire attention &#224; comment on fait, etc. Mais on pourrait la faire voyager. Il n'y a rien qui, a priori, techniquement, devrait s'y opposer. C'est une fresque, c'est relativement solide. L'histoire la plus int&#233;ressante se passe pendant la guerre. Il y a ce qu'on appelle la R&#233;publique de Salo, Mussolini s'est r&#233;fugi&#233; au nord. Et la R&#233;publique de Salo d&#233;cide de mettre cette &#339;uvre d'art &#224; l'abri. Il y a deux &#233;minents professeurs de Florence, un professeur et un conservateur, je crois, de Florence qui viennent &#224; Monterchi pour emmener la fresque, la mettre &#224; l'abri. Et il y a une &#233;meute. La gardienne de l'&#233;glise, sonne le tocsin, appelle tout le monde. Les femmes et les hommes arrivent et attaquent les deux &#233;minents professeurs qui repartent sous la protection des carabiniers, bredouilles. Quelques ann&#233;es apr&#232;s la guerre, en 1954 un de ceux-l&#224; et un autre reviennent &#224; Monterchi simplement pour voir la fresque, dans quel &#233;tat elle est, comment elle est. Et les femmes du village de nouveau croient qu'ils veulent la prendre et de nouveau les attaquent et leur chantent une chanson qui &#233;tait compos&#233;e &#224; l'&#233;poque sur la fresque et la d&#233;fense. Ce qui est int&#233;ressant dans cette p&#233;riode-l&#224;, c'est que la fresque n'est jamais pr&#234;t&#233;e. &#192; chaque fois, il y a un refus de la pr&#234;ter, refus du conseil municipal, mais surtout refus du peuple, refus des gens et des femmes du village qui disent : &#171; Si une de nous est enceinte, si une de nous a des probl&#232;mes de grossesse pendant qu'elle n'est pas l&#224;, si une de nous a un accouchement difficile pendant qu'elle n'est pas l&#224;, comment on va faire ? Elle va mourir !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut qu'elle reste ici. La fresque est l&#224;. Si vous voulez la voir, il faut venir &#224; Monterchi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; toutes ces demandes du march&#233; de l'art, ou plut&#244;t des structures de l'art. Des gens extr&#234;mement respectables qui sont intervenus pour qu'on la pr&#234;te. Il y a toujours un refus de ce petit village disant : &#171; Non, on ne la pr&#234;tera pas, elle reste ici, elle ne bougera pas. &#187; C'est l'autre chose qui m'a int&#233;ress&#233;. Certes, c'est un objet culturel, mais c'est un objet culturel avec une dimension, un ancrage dans le territoire d&#251; &#224; ces si&#232;cles pass&#233;s de d&#233;votion, mais avec un ancrage dans le territoire tel qu'il y a un refus absolu de la pr&#234;ter. Je n'ai pas fait des recherches tr&#232;s approfondies, mais ce n'est pas si fr&#233;quent que &#231;a, que ce refus de d&#233;placer une &#339;uvre d'art vienne du peuple. Il y a tr&#232;s souvent des refus pour des raisons techniques, &#233;videmment. Il y a parfois des refus pour des raisons nationalistes, &#231;a ne quittera pas le pays, on ne veut pas que &#231;a parte, on pr&#233;empte, etc. Mais alors c'est l'institution qui d&#233;cide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ce sont les gens du peuple qui s'expriment par le conseil municipal et qui disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; &#199;a, &#231;a m'a paru l'autre aspect tr&#232;s int&#233;ressant. Apr&#232;s la r&#233;volte des femmes contre la contre-r&#233;forme, contre les cons&#233;quences de la contre-r&#233;forme, on veut continuer &#224; prier la Vierge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;volte aujourd'hui disant : &#171; D'accord, ce n'est plus vraiment un objet de culte, mais &#231;a l'est quand m&#234;me encore un petit peu. Et de toute fa&#231;on, &#231;a ne partira pas d'ici. &#187; C'est l'autre chose qui me semble tr&#232;s int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est aujourd'hui &#224; un point d'interrogation parce qu'on ne sait pas o&#249; la fresque va aller. Pour le moment, elle est dans cette &#233;cole. &#199;a fait 30 ans qu'elle est l&#224;, mais c'est du provisoire, para&#238;t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'une part l'&#201;tat, le Conseil d'&#201;tat italien qui voudrait qu'elle revienne &#224; son emplacement initial. Qu'on reconstruise la chapelle, mais c'est compliqu&#233; parce que d'une part, il faudrait reconstruire une chapelle d&#233;cente qui puisse accueillir suffisamment de visiteurs pour la voir. Et d'autre part, il y a le cimeti&#232;re juste derri&#232;re et il y a un lotissement, pas un centre commercial, un centre de sports, un centre d'animation qui est de l'autre c&#244;t&#233; de la route. Ce n'est plus du tout l'environnement bucolique dans lequel Piero l'avait peinte. Il y a une proposition de la transporter de l'autre c&#244;t&#233; de la route dans un couvent qui est en ruine. &#199;a co&#251;te tr&#232;s cher, &#231;a co&#251;terait de l'argent, etc. Donc je ne sais pas ce qui va se passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait 10 ou 15 ans qu'on en parle avec les diff&#233;rents pouvoirs politiques, l'&#201;glise, la ville, la Superintendance des beaux-arts de la Toscane, le Minist&#232;re des beaux-arts et de la culture, le Conseil d'&#201;tat maintenant. Donc il y a toutes sortes de discussions autour de &#231;a. Est-ce qu'il faut lui redonner un environnement un peu moins mus&#233;al et un peu plus religieux ? C'est-&#224;-dire, soit la mettre dans l'&#233;glise originale, soit la mettre dans le monast&#232;re abandonn&#233; des B&#233;n&#233;dictines qui est en face. Est-ce qu'il faut au contraire la garder dans des conditions techniques parfaites l&#224; o&#249; elle est maintenant et rester l&#224; ? Donc ces discussions sont assez anim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter mon livre &#224; Monterchi le 17 avril et je pense que je vais les laisser discuter entre eux parce que je ne suis pas comp&#233;tent pour dire o&#249; elle doit aller. Mais je sais qu'il y a un certain nombre de tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un exemple fran&#231;ais d'un refus par le peuple du d&#233;placement d'une &#339;uvre d'art qui est int&#233;ressant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit village dont le nom est connu de tout le monde, qui s'appelle Cucugnan. Alors, ce n'est pas le Cucugnan de Daudet, c'est un Cucugnan qui est pr&#232;s de Carcassonne. Je ne vais peut-&#234;tre pas trop me tromper dans les dates, mais je dirais juste avant la guerre, la Seconde Guerre mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un nouveau cur&#233; qui arrive &#224; Cucugnan. Et dans l'&#233;glise, il y a une statue d'une Vierge enceinte. Et le nouveau cur&#233; est moderne, il trouve &#231;a &#233;pouvantable, indigne, obsc&#232;ne. Donc, sans vraiment rien dire &#225; personne, il l'envoie aux Beaux-Arts &#224; Carcassonne. Donc la statue est &#224; Carcassonne. Et la gr&#234;le s'abat plusieurs ann&#233;es de suite sur les cultures de Cucugnan. Cucugnan est d&#233;vast&#233; par la gr&#234;le pendant plusieurs ann&#233;es. Et donc les habitants de Cucugnan font une p&#233;tition pour que la Vierge revienne. C'est la guerre, &#231;a se passe apr&#232;s la guerre. Et la Vierge revient &#224; Cucugnan. &#199;a, c'est vrai, c'est une histoire vraie, c'est r&#233;cent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas v&#233;rifi&#233; quelle &#233;tait l'intensit&#233; de la gr&#234;le mais voil&#224; l'histoire. Je ne suis pas all&#233; &#224; Cucugnan, mais c'est racont&#233; l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une petite miniature de la Vierge de Cucugnan. Mon int&#233;r&#234;t pour &#231;a fait que j'ai beaucoup de petites statuettes miniatures qui viennent du monde entier de Vierge enceinte dont celle de Cucugnan. C'est un artiste qui l'a reproduite. Il faudrait que j'aille l&#224;-bas un jour, il y a une petite exposition permanente l&#224;-bas qui parle des Vierges enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc c'est un des rares exemples que j'ai o&#249; pour des raisons, on va dire, &#233;conomiques, mais aussi un peu magiques, il y a eu une opposition du peuple &#224; ce que cette statue parte. Je ne sais pas s'il y en a beaucoup des comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos mus&#233;es sont pleins d'images de religion. Il y en a partout. Tu vas au Louvre, tu vas au British Museum, tu vas au mus&#233;e du Vatican, tu vas o&#249; tu veux, il y en a plein, il y en a partout. Et ces objets ont &#233;t&#233; enlev&#233;s, retir&#233;s de lieux de culte pour devenir des objets de mus&#233;e. Donc c'est tr&#232;s fr&#233;quent, &#231;a. C'est extr&#234;mement fr&#233;quent de faire &#231;a. Et combien de fois toi, comme moi, comme des tas de gens, nous entrons dans des &#233;glises, non pas pour prier, mais pour voir une &#339;uvre d'art. On fait &#231;a tout le temps. Donc ce transfert du cultuel au culturel est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les &#233;glises, on cohabite avec des gens qui, eux, prient. Donc on partage et on respecte et on est &#224; c&#244;t&#233; d'eux par rapport &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on admire, si on n'est pas croyant, ce qui est mon cas. Si on admire une &#339;uvre d'art, eux sont l&#224; pour prier cette m&#234;me &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, c'est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Monterchi, il y a un d&#233;placement d'un lieu &#224; un autre. C'est aussi quelque chose de relativement fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est plus rare, c'est finalement ce qui subsiste &#224; Monterchi : &#171; gratuit pour les femmes enceintes &#187;. C'est-&#224;-dire, certes, c'est un objet culturel, mais on accepte de garder un tout petit peu cette dimension religieuse, d&#233;votionnelle, magique. On accepte de la garder un tout petit peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas l'annuler compl&#232;tement parce que les femmes du coin ne le veulent pas. Et &#231;a, c'est par contre tr&#232;s rare, de prier dans un mus&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au mus&#233;e du Vatican il n'y a pas tr&#232;s longtemps, je n'ai vu personne prier dans le mus&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Saint-Pierre, oui, mais dans le mus&#233;e lui-m&#234;me, Sixtine ou ailleurs, moi, je n'ai vu personne en train de prier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne. Et je crois que c'est vrai partout. On ne prie plus dans les mus&#233;es. Monterchi est peut-&#234;tre le seul endroit au monde o&#249; il y a un mus&#233;e o&#249; on prie. Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, ce qui m'a int&#233;ress&#233; dans cette histoire, au-del&#224; de Piero qui m'int&#233;resse, mon int&#233;r&#234;t pour l'art de mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale, c'est que c'est une histoire de r&#233;sistance. C'est une histoire de libert&#233;. C'est une histoire de refus de r&#232;gles impos&#233;es par le haut. Et c'est une histoire du f&#233;minisme, d'une certaine mani&#232;re. Ce refus s'exprime principalement par des femmes qui se rebellent contre le pouvoir, qu'on va appeler patriarcal si tu veux, mais contre un pouvoir qui veut leur imposer quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvoir religieux, pouvoir culturel. Et donc c'est une dimension de r&#233;sistance qui moi m'a int&#233;ress&#233;. Je ne suis pas sp&#233;cialiste de &#231;a, de r&#233;sistance f&#233;ministe, mais &#231;a me para&#238;t s'inscrire dans une lign&#233;e o&#249; tu peux retrouver plein d'autres cas de femmes qui r&#233;sistent &#224; une oppression. Et c'est &#231;a qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion rapide que je voudrais faire. Piero della Francesca n'a pas grand-chose &#224; voir avec d'autres domaines dans lesquels je travaille. Je me suis pos&#233; la question de savoir, au-del&#224; de mon int&#233;r&#234;t pour cette fresque, cette &#171; History of Resistance &#187;, quel lien je fais entre &#231;a ? Quel lien je fais entre d'autres choses que j'ai faites et &#231;a ? Je me dis que finalement, ce qui m'int&#233;resse, ce sont des choses qui sont &#224; la marge. J'ai travaill&#233; sur Miroslav Tich&#253;, un photographe qui &#233;tait compl&#232;tement &#224; la marge de la soci&#233;t&#233;. J'ai travaill&#233; sur les photographes exp&#233;rimentaux, qui sont des photographes qui ne font pas ce que font les autres photographes, qui font des choses diff&#233;rentes, qui sont un petit peu en retrait de &#231;a. Je travaille sur le philosophe Vil&#233;m Flusser, qui est aussi quelqu'un qui, d'une part, a &#233;t&#233; &#224; la marge de la philosophie de la fin du XX&#7497; si&#232;cle et qui, d'autre part, n'a jamais &#233;t&#233; vraiment reconnu, en particulier en France, parce qu'il &#233;tait &#224; la marge des cercles de pouvoir, des cercles universitaires, des cercles de la question. Je travaille sur Hercule Florence. Hercule Florence, c'est un Mon&#233;gasque qui est parti au d&#233;but du XIX&#7497; si&#232;cle au Br&#233;sil. En 1820, il est parti au Br&#233;sil, il y a eu une vie diverse et vari&#233;e et vers 1833, 1834, dans une petite ville perdue au fin fond du Br&#233;sil, il invente la photographie. Lui aussi, tout seul, dans son coin, sans rien savoir, sans avoir fait aucune &#233;tude en la mati&#232;re, avec le pharmacien du coin qui lui vend des produits. Le type, en m&#234;me temps que Ni&#233;pce, tout seul, il invente, il fait des photographies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dispara&#238;t de l'histoire. C'est un marginal total. Il est br&#233;silien, c'est un m&#233;t&#232;que, on n'en parle pas, etc. &lt;a href='https://www.tk-21.com/Un-meteque-nomme-Hercule-Florence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J'ai publi&#233; un article dans TK-21 sur lui.&lt;/a&gt; Chose encore plus merveilleuse, il invente le mot &#171; photographie &#187;. Tous ces gens qui sont quelque peu en marge, de c&#244;t&#233;, ces gens ou ces &#339;uvres qui sont un peu de c&#244;t&#233; par rapport &#224; une histoire mainstream de l'art, voil&#224; des choses qui m'int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Je conclurai l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH769/2-800-6979b.jpg?1775826344' width='500' height='769' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_27077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte.jpg' width=&#034;195&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca ind&#233;pla&#231;able,&lt;/strong&gt; Marc Lenot, aux &#233;ditions Cinabre, avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&lt;/a&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Rodin vs Epstein </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Rodin-vs-Epstein</link>
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		<dc:date>2026-04-05T10:00:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Hord&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>morale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Eichmann tel que le d&#233;crit Hannah Arendt &#233;tait un homme banal, m&#233;diocre. Dans un de ses romans, le romancier hongrois Mara&#239; raconte un d&#238;ner de f&#234;te &#224; l'&#233;poque de l'occupation allemande. Le d&#238;ner rassemble des amis anti-fascistes, sauf un, qui, &#224; bout d'arguments pour d&#233;fendre sa position, d&#233;clare : peut-&#234;tre avez-vous raison, mais le fascisme, c'est fait pour les gens comme moi, sans talent.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH116/study_of_a_nude_female_figure_satyress_auguste_rodin_public_domain-9a89d.jpg?1775383396' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Eichmann tel que le d&#233;crit Hannah Arendt &#233;tait un homme banal, m&#233;diocre. Dans un de ses romans, le romancier hongrois Mara&#239; raconte un d&#238;ner de f&#234;te &#224; l'&#233;poque de l'occupation allemande. Le d&#238;ner rassemble des amis anti-fascistes, sauf un, qui, &#224; bout d'arguments pour d&#233;fendre sa position, d&#233;clare : peut-&#234;tre avez-vous raison, mais le fascisme, c'est fait pour les gens comme moi, sans talent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les violeurs de Madame P&#233;licot &#233;taient sans doute de cette cat&#233;gorie : m&#233;diocres et sans talent. Mais Epstein ? Un propos rapport&#233; dit tout : les femmes, c'est comme les crevettes, on leur coupe la t&#234;te et on garde le reste. Il n'y a pas plus atroce fa&#231;on de d&#233;clarer qu'il n'y a pas d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de visage : pas d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par contraste cela me fait penser &#224; la beaut&#233; des corps aur&#233;ol&#233;s d'un visage. Cela me fait penser aux splendides audaces de Marl&#232;ne Dumas capable d'exposer la crudit&#233; derri&#232;re une nudit&#233; dont on ne sait plus si le visage dit la jouissance ou la mort. Il y a l&#224; une pens&#233;e, une fouille dangereuse sans doute, qui renvoie tout pr&#233;dateur &#224; l'horreur banale de sa pratique. Ou aux dessins &#233;rotiques de Rodin parmi les plus audacieux. Rodin plonge dans le corps f&#233;minin comme on se noie dans un paysage. L'attraction d'un corps, c'est rendre visible l'illimit&#233;. Le viol, c'est sa r&#233;duction au sans-t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epstein ne fut certes pas un homme banal, mais ce violeur en s&#233;rie, par la multiplication vertigineuse de ses victimes, banalise le crime en interdisant toute identit&#233; aux victimes, identiques les unes aux autres, soumises au m&#234;me &#171; prototype &#187;, disparaissant donc sous l'unicit&#233; de leur fonction. Son vaste appartement de l'avenue Foch &#233;tait, para&#238;t-il, couvert de photos de femmes nues. C'est une passion de pornographe : aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'artiste repr&#233;sente le corps et le sexe, non pour s'y arr&#234;ter dans une attitude de voyeur, mais pour plonger au c&#339;ur d'une &#233;nigme dont le sexe est le trouble ou l'effroi. Il ne coupe pas la t&#234;te de M&#233;duse, tant il sait qu'il n'y a de M&#233;duse qu'en lui ! Il l'emporte ! Un autre &#8212; le m&#234;me ? &#8212; peint une nuque d&#233;voil&#233;e par des cheveux nou&#233;s en chignon pour pr&#233;senter l'image du d&#233;sir et un hommage &#224; la beaut&#233;. La nuque ne serait-elle qu'une m&#233;taphore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le violeur en s&#233;rie est aveugle car il ne per&#231;oit pas l'unique au sein du multiple. &lt;i&gt;&#171; Nous exposons l'unique &#224; la lumi&#232;re du soir et elle est un secret, nous l'exposons &#224; la lumi&#232;re de son secret et elle rev&#234;tue de tendresse. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cees Nooteboom in Philippe et les autres, folio P. 177&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dessins &#233;rotiques de Rodin sont des uniques, des paysages myst&#233;rieux qui illimitent le regard. Chaque corps est le r&#233;ceptacle d'une beaut&#233; qui retourne &#224; la fiction qui l'a fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;rotisme se d&#233;ploie dans la fiction (ou le r&#233;cit) qui pr&#233;c&#232;de la d&#233;nudation. Le pornographe &#8212; le violeur &#8212; est sans imaginaire. Il se noie dans l'abondance d'une r&#233;alit&#233; qu'il prive de la suspension du temps. Or, le d&#233;sir dans le temps du ravissement suspend le temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela &#234;tre ravi. En annulant l'unicit&#233; du corps, le criminel d&#233;truit une beaut&#233; dont il n'a pas id&#233;e. Le &#171; g&#233;nie du crime &#187; avoue une mis&#232;re de la pens&#233;e l&#224; o&#249; l'artiste dresse son d&#233;sir vers un ciel habit&#233; de la lumi&#232;re de son secret. Epstein, au fond, ne m'int&#233;resse pas, seuls ses exc&#232;s me disent que n'est pas saisi par l'&#233;nigme du corps qui veut. Il y faut une pens&#233;e et un abandon dont le violeur est incapable. Rodin s'abandonne &#224; son trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le corps ouvert, le violeur (se) ment. Il se ment car il refuse d'exc&#233;der son d&#233;sir en le diminuant par la possession de l'autre-absent. Rodin retourne le paradis et le regarde bien en face ; enfer et paradis confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que je comprends Rodin serait pr&#233;tentieux. Mais je vois dans l'abondance des dessins une bacchanale vertigineuse, une m&#233;taphysique du plaisir ou un au-del&#224; de l'impudeur qui offre &#224; la femme repr&#233;sent&#233;e l'abondance de &lt;i&gt;sa propre&lt;/i&gt; jouissance. Rodin n'est pas spectateur, il est d&#233;miurge. Il r&#233;v&#232;le ce que l'on n'osait savoir par sa pr&#233;sence absente tel un Freud silencieux devant le divan.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Il y eut dans notre actualit&#233; r&#233;cente R&#8230;, l'ours producteur, puis Epstein, le danseur sans t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#232;re des pr&#233;dateurs ! Mis&#232;re des sans-amour. Ces hommes font de leur puissance un mur infranchissable devant le plus beau des sentiments. L'amour s'y fracasse. Ils ne connaissent pas le bonheur des fronti&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fronti&#232;re de l'autre corps pour le violeur, la fronti&#232;re &#8212; politique &#8212; des autres mondes pour le tyran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violeurs ont affreusement leur &#233;quivalence politique. Trump, Poutine et tant d'autres sont &#224; la politique ce que sont les violeurs &#224; la vie commune. Tous vivent un monde sans autres. Remarque-t-on assez cette analogie de l'horreur ? Remarque-t-on assez cette identit&#233; de la pr&#233;dation politique qui viole les territoires et de la pr&#233;dation sexuelle qui viole les corps ? Le crime g&#233;opolitique et le crime sexuel seraient-ils de m&#234;me nature ? Bien s&#251;r ! Passion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t le go&#251;t des tyrans pour l'argent, ils se font plus discrets sur leur go&#251;t pour l'abus des corps. Encore que Trump&#8230; Ils ont en commun, ces tyrans et ces violeurs, un monde sans autres et plus encore &#8212; si je peux dire &#8212; sans art. L'art n'a de cesse d'interroger la pr&#233;sence autre, il ne cesse de renvoyer le voyeur &#224; ses aveuglements et de proposer &#224; chacun l'art de &lt;i&gt;voir.&lt;/i&gt; Voir et non seulement regarder, c'est traverser l'image, le paysage, le visage, tout autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art ou l'inviolable pr&#233;sence de l'&#233;tranger. Passion de vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne crois pas que l'artiste de g&#233;nie comprenne toujours ce qu'il fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de comprendre mais d'&#234;tre en face. &#202;tre en face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le face &#224; face constitue la r&#233;alit&#233; du geste artistique l&#224; o&#249; le lugubre violeur reste sans vis-&#224;-vis. L'art expose l'unique, il cr&#233;e son secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous exposons l'unique, nous cr&#233;ons son secret&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cees Nooteboom in &lt;i&gt;Philippe et les autres,&lt;/i&gt; folio P. 177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : &#201;tude d'un nu f&#233;minin, Auguste Rodin, 1905&#8211;8. Graphite and watercolor. Domaine Public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Penser la culture et les actions culturelles sans p&#233;trifications</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Penser-la-culture-et-les-actions</link>
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		<dc:date>2026-04-05T09:58:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/culture" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/dscf6878-74432.jpg?1775383397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'&#233;chappe &#224; personne que les programmes &#171; culturels &#187; rel&#232;vent de multiples facettes de ce type, surmont&#233;es de surcro&#238;t d'appels &#224; la restauration normative de rep&#232;res ou de v&#339;ux de voir reconstituer une religion civile, notamment face &#224; ce qui est nomm&#233; &#171; individualisme &#187; ou &#171; barbarie &#187; de certains ou de beaucoup, des milieux &#171; bourgeois &#187; ou des &#171; quartiers &#187;, ou &#224; ce qui est r&#233;clam&#233; sous le titre d'une &#171; identit&#233; &#187; par la culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute l'ironie sur ces mots n'est-elle gu&#232;re de mise alors qu'ils engagent si gravement les existences. Aussi proposons-nous plut&#244;t ci-dessous un exercice de pens&#233;e, autour de notions utilis&#233;es pour parler &#171; culture &#187; : individu, auteur-autrice, &#339;uvre, public, mais aussi lieux et espaces publics. Ce qui est caract&#233;ristique des usages, c'est que ces termes sont essentialis&#233;s, comme celui de &#171; culture &#187; (LA Culture). Il est sans doute possible de sortir de ces abstractions et de projets culturels typ&#233;s, si l'on s'attache &#224; r&#233;inscrire ces termes dans des dynamiques leur proposant de s'&#233;manciper &#224; l'&#233;gard d'eux-m&#234;mes, de leur emploi fig&#233;, des traditions et des hi&#233;rarchies. Quelques illustrations s'y attachent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;trifications de la culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de consid&#233;rations actuelles relatives au champ culturel insistent sur des corr&#233;lations constitutives des objets qui le traversent : auteur&#183;rice et &#339;uvre, &#339;uvre et normes, public et &#339;uvre, etc. Elles figent pourtant ces corr&#233;lations au gr&#233; de leurs objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les m&#233;dias et les discours publics, ces corr&#233;lations portent bien sur les rapports internes caract&#233;ristiques de l'espace public esth&#233;tique contemporain, sur les subalternit&#233;s, les pr&#233;s&#233;ances et les hi&#233;rarchies entre p&#244;les sollicit&#233;s (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre, public), mais selon des combinaisons p&#233;remptoires. Par exemple : on superpose et confond individu et auteur&#183;rice (compositeur-acteur) ; l'auteur&#183;rice serait premier par rapport &#224; l'&#339;uvre ; l'&#171; &#339;uvre &#187; r&#233;sulterait d'un &#171; cr&#233;ateur/cr&#233;atrice &#187; ; le/la cr&#233;ateur&#183;rice &#233;chapperait aux valorisations sociales ; le public devrait voir l'auteur&#183;rice ou l'artiste dans l'&#339;uvre ; l'&#339;uvre ne disposerait d'aucune autonomie ; l'adresse &#339;uvre-public r&#233;sulterait de la publicit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, on doit d'autant moins m&#233;priser ces formulations qu'elles ont un usage social et une histoire. Dans cette derni&#232;re perspective, elles ont &#233;t&#233; compos&#233;es et discut&#233;es d&#232;s le d&#233;ploiement de l'art d'exposition ou d'ex&#233;cution moderne (Renaissance-Lumi&#232;res), dans son double espace &#233;conomique et esth&#233;tique. En son sein fonctionnaient les Salons, cercles de lecteurs&#183;rices par excellence relevant de la &#171; publicit&#233; &#187; (au sens de l'actuel &#171; usage public de la raison &#187;). Elles ont eu le m&#233;rite de d&#233;connecter la sph&#232;re des arts de l'&#201;glise. Elles ont &#233;t&#233; utilis&#233;es, critiqu&#233;es et affin&#233;es, par exemple, par Denis Diderot, tant dans &lt;i&gt;Lettre sur le commerce de la librairie&lt;/i&gt; (1763) que dans &lt;i&gt;Le paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt; (1773-1830), au c&#339;ur par cons&#233;quent des Lumi&#232;res. Ces d&#233;bats sont revenus dans le &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; de Marcel Proust (posthume, 1954), au c&#339;ur de la modernisation g&#233;n&#233;ralis&#233;es de ce double espace (XIX&#7497;), au prix de leur recodification au sein du nouveau cadre m&#233;diatique (journaux, radios). Longuement critiqu&#233;s, ils sont pourtant p&#233;riodiquement remis en selle sous forme p&#233;trifi&#233;e. Revenons-y donc, d'autant qu'y oblige la d&#233;construction des notions d'&#339;uvre et d'auteur, d'individu et de public, en fin de XX&#7497; et d&#233;but de XXI&#7497; si&#232;cles, en rapport avec les cultures, alors que beaucoup la n&#233;gligent pour mieux c&#233;l&#233;brer &#224; nouveau l'individu traditionnel psychologique et singulier comme &#171; cause &#187; de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_1916-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_1916-2-3e381.jpg?1772701376' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux n&#233;gligences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, une partie de ces propos sur la psychologie des auteurs, la subalternit&#233; des &#339;uvres, etc. n'a plus qu'une fonction id&#233;ologique. Ce ne sont pas des d&#233;bats en, devant ou avec un public sous r&#232;gle d&#233;mocratique qui leur importent. Ce sont plut&#244;t les expansions de disputes fortement infl&#233;chies par les m&#233;dias aux fins de contr&#244;le de la sph&#232;re culturelle. Il est possible d'observer le poids de cette fonction dans le cas des formules aux traits sym&#233;triques d&#233;ploy&#233;es autour des &#171; personnages &#187; cit&#233;s ci-dessus (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre d'art, public). Soit, d'un c&#244;t&#233;, se rencontrent des d&#233;clarations prosa&#239;ques sur des d&#233;terminations psychologiques ou morales relatives &#224; la psych&#233; ou au v&#233;cu de l'individu-artiste (ses parents, ses m&#233;faits, son rapport aux autres, &#224; la biens&#233;ance, &#224; l'argent, aux vices et vertus et quelques traits racistes) &#171; exprim&#233;es &#187; dans ses &#233;crits ; soit, en contrepoint ou en retour, s'exposent des consid&#233;rations sur l'approche du ou par le public d'&#339;uvres d'adresse ind&#233;termin&#233;e, trait&#233;e en r&#233;flexe conditionn&#233; m&#233;prisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;nonc&#233;s se d&#233;roulent au profit d'emballements autour de sensualit&#233;s superficielles passant pour sources &#8211; on dit parfois &#171; origines &#187; &#8211; des &#339;uvres et crit&#232;res de leur analyse. Aucun compte n'est tenu de nombre de r&#233;flexions d'auteurs&#183;rices pensant leur &#339;uvre en &#171; refus de soi &#187; (du moi, de l'individu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, ces propos sertis de moralisme, tenus autour du th&#232;me de l'individu ou de l'artiste imm&#233;diatement fondu-confondu dans &#171; son &#187; &#339;uvre, servent d&#233;sormais non moins d'accusation contre l'&#339;uvre, sa facture et sa diffusion, d&#232;s lors que l'un ou l'autre, l'individu ou l'auteur&#183;rice, accomplit des m&#233;faits ou fait d&#233;faut &#224; la loi positive. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant le second trait, &#339;uvre-public, la possibilit&#233; m&#234;me d'une analyse de l'&#339;uvre par un public dispara&#238;t, puisque ce dernier est cens&#233; se couler dans la conception de l'&#339;uvre comme expression/miroir de l'auteur&#183;rice (au sens psychologique du terme), et se contenter de projeter sur elle ou de vouloir reconnaitre en elle des traits qui, par le truchement de la rumeur ou des m&#233;dias, proviennent de sa petite enfance ou de son adolescence. Dans cette projection se jouent, en sus de l'influence sur la r&#233;ception de l'&#339;uvre, les objectifs &#233;ducatifs assign&#233;s fr&#233;quemment aux &#339;uvres d'art &#224; partir d'un partage normatif (&#171; cultiver les citoyen&#183;nes &#187;, &#171; &#233;duquer les classes populaires &#187;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par de tels propos par lesquels les m&#233;dias attisent l'opinion, utilisant sans vergogne des l&#233;gitimations juridiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'artistique est soumis &#224; cong&#233;lation sous une double loi. D'abord celle, psychologique, de l'affinit&#233; subjective entre l'auteur, sa vie et &#171; son &#187; &#339;uvre. Ensuite, en un parall&#232;le inverse, mais sur le m&#234;me mod&#232;le, celle d'un jugement du &#171; beau &#187; ramen&#233; soi-disant aux seuls sentiments du regardeur-individu. Cette loi (double) r&#233;duit la parole artistique &#224; des fonctions m&#233;caniques. Que ce soit la &#171; cr&#233;ation &#187; ou le regard esth&#233;tique, ils sont plac&#233;s hors de la possibilit&#233; d'une critique des dynamiques immanentes de la culture, gr&#226;ce &#224; ses adresses, fut-ce-t-elles silencieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de ces discours culturels, les formulations dominantes d'un rapport de type &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187;, deviennent m&#233;caniques. Elles admettent en sous-entendu une pirouette : &#171; l'&#339;uvre est l'homme &#187;, dont la valeur est celle d'un &#171; l'&#339;uvre : donc l'homme &#187;. Pirouette et sous-entendu ne se demandent pas si les deux c&#244;t&#233;s s'embo&#238;tent vraiment si ais&#233;ment. S'y lit seulement que l'&#339;uvre fonde l'auteur plus qu'elle-m&#234;me, en se nouant &#224; sa seule parole. L'&#339;uvre ne serait rien d'autre que son support mat&#233;riel. Leur in&#233;vitable r&#233;sultat est de priver l'auditeur ou l'auditrice d'une compr&#233;hension dynamique de ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre part, la r&#233;flexion &#224; conduire postule que l'on peut y objecter un autre libell&#233;. Ce dernier aurait &#224; charge de rendre sa vivacit&#233; &#224; la conjonction de coordination &#171; et &#187;, en lui redonnant une signification de v&#233;ritable &#171; rapport &#187;, sans tendance &#224; ressembler au verbe &#171; &#234;tre &#187;, et &#224; &#233;vincer une dissym&#233;trie potentielle. Il exclurait la pens&#233;e courante d'un ajustement ext&#233;rieur entre les termes reli&#233;s, d'une simple relation sans pluralit&#233; de points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons en effet qu'un rapport, soit une formule &#224; deux ou quatre termes, implique des diff&#233;rences/dissym&#233;tries et requiert des liens qui rendent le jeu intrins&#232;que actif, gr&#226;ce &#224; quelque chose qu'il laisse en blanc. En l'occurrence un rapport impulse des devenirs, en laissant une fonction &#224; du vide. Si l'on entend par &#171; vide &#187; une fonction de f&#233;condit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Ruby, La f&#233;condit&#233; du vide, Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; le vide permet de s'avancer dans les lueurs de l'imaginaire &#8211;, fonction permettant de tricoter des dynamiques de rapports, c'est effectivement lui qui rend possible la modification des termes, le passage entre eux (ou des impasses) et une r&#233;p&#233;tition potentielle du mouvement qui les modifie encore peu &#224; peu en se donnant r&#233;ponse les uns aux autres. D'une telle connexion/rapport, ludique et critique, notamment dans les lieux/espaces publics, il est impossible d'en penser la notion sans son opposition avec des &#233;tats (sans mouvement) ou des figures solidifi&#233;es (normes sacr&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2012.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/img_2012-413f5.jpg?1772701376' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de ce recadrage sur la notion de &#171; rapport &#187;, notamment sur celui qui concerne l'&#233;quation auteur&#183;rice-&#339;uvre, est d&#233;cisive. Un &#171; auteur/autrice &#187; n'est pas un &#234;tre imm&#233;diatement donn&#233;, f&#251;t-ce sous la solitude du penseur (ou du &lt;i&gt;Penseur &lt;/i&gt; &#224; la Rodin). C'est un individu devenu auteur&#183;rice gr&#226;ce &#224; l'appel d'un vide (un trou dans son r&#233;el), potentiellement d'une &#339;uvre &#224; entreprendre. Une &#171; &#339;uvre &#187; n'est pas non plus une chose p&#233;trifi&#233;e, imm&#233;diatement donn&#233;e telle quelle parce que produite par un &#171; auteur&#183;rice &#187;, mais le r&#233;sultat d'une interaction entre le devenir auteur&#183;rice d'un individu et un devenir &#171; &#339;uvre &#187; &#224; partir d'un vide (une inexistence) appuy&#233;e sur des &#171; nappes discursives &#187; pr&#233;alables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des jeux de r&#232;gles (ou de r&#233;sistances aux r&#232;gles devenues &#171; officielles &#187;) du champ de r&#233;f&#233;rence. Enfin, le rapport entre auteur&#183;rice et &#339;uvre ne peut donc &#234;tre simplifi&#233; par une r&#233;f&#233;rence &#224; une causalit&#233; m&#233;canique, pas plus que ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; des automatismes le rapport &#339;uvre-spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dynamogramme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de reformuler les corr&#233;lations constitutives du champ artistique, nous pensons possible et positif de construire des raisonnements autour de ce que nous appelons un &#171; dynamogramme &#187;, selon le vocabulaire de Aby Warburg, et des &#171; jeux des subalternit&#233;s &#187;. Ces notions permettent de statuer &#224; nouveaux frais sur les rapports envisag&#233;s. Si &#171; jeu &#187; para&#238;t un terme pertinent pour &#233;voquer des devenirs, des vides qui appellent et des rapports entre des instances, la notion de &#171; subalternit&#233; &#187; n'a d'int&#233;r&#234;t que dans sa combinaison avec &#171; jeu &#187;. Ce second terme &#233;voque moins des couches hi&#233;rarchiques fixes que des niveaux de r&#233;flexion ou des dispositions pouvant muter en fonction des activit&#233;s prises en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dynamiques excluent que &#171; individu &#187;, &#171; auteur&#183;rice &#187;, et simultan&#233;ment &#171; &#339;uvre &#187;, r&#233;f&#232;rent &#224; des &#234;tres inalt&#233;rables, &#224; des isolats monadiques. De m&#234;me il est central pour le d&#233;veloppement entrepris d'y inclure ce rapport dont on parle peu, celui du public, des lecteurs&#183;rices, spectateurs&#183;rices, etc., &#224; l'&#339;uvre. &#171; Public &#187;, en effet, n'a de sens qu'en refus des pressions m&#233;diatiques imposant des tours psychologiques &#224; l'individu et &#224; la personne de l'artiste, tours dont la propri&#233;t&#233; est de combler les jugements potentiels, et critiques, par le plein de lieux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, nous avons affaire &#224; une quadrilogie individu-auteur&#183;rice-&#339;uvre-public. Son premier m&#233;rite est de s'organiser autour d'encha&#238;nements et non autour de points d'appui, de liens d'accords et de d&#233;saccords, de r&#233;ussites et de revers, etc. Son second m&#233;rite est de laisser sa latitude n&#233;cessaire &#224; &#171; individu &#187; de concerner les hommes et les femmes dans leur singularit&#233; ainsi que le processus de leur formation (familial, &#233;ducatif) en direction ou non d'un appel &#224; devenir auteur ; &#224; &#171; auteur/autrice &#187; de viser un type d'activit&#233; en premier lieu ind&#233;fini, vide, la vis&#233;e-&#339;uvre, ou une vie artistique pour laquelle la confrontation &#224; des milieux, des r&#232;gles, des objectifs est centrale, tout en se d&#233;tachant de &#171; individu &#187; sans l'ignorer ; &#224; &#171; &#339;uvre &#187; de cerner des types de langage r&#233;&#233;laborant la langue ordinaire, des conflits entre r&#233;alisations, des jeux de normes et de contestation de celles-ci en ouverture sur une adresse ind&#233;termin&#233;e, donc vide, &#224; toutes et tous ; et &#224; &#171; lecteur/spectateur &#187;, ou &#224; &#171; public &#187; d'&#233;voquer des formes d'(auto-)&#233;ducation, de r&#233;formes ou de mises en question de soi. En quoi le graphe dynamogrammatique ci-dessous peut se sillonner selon les &#233;nergies sur lesquelles r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20-bd1e6.png?1772701377' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afin d'objectiver diff&#233;remment nos amendements, gardons en m&#233;moire les obstacles &#224; surmonter dans chaque formulation de cette topologie : &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste, ni l'&#339;uvre, ni le public ne rel&#232;vent d'&#233;manations divines, ce qui sans doute r&#233;soudrait bien de (fausses) difficult&#233;s ! Il n'y aurait plus de liens &#224; penser, puisqu'on y laisse au Dieu de la religion la charge de la cause et de la cons&#233;cution. Chaque cr&#233;ature/cr&#233;ation serait paradoxalement de droit ind&#233;pendante, quoique uniquement d&#233;pendante de la lumi&#232;re divine susceptible de faire loi (lien). &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste ne se caract&#233;risent par une quelconque nature humaine, ou un quelconque g&#233;nie, lesquels gr&#226;ce &#224; de telles qualit&#233;s &#171; naturelles &#187; agiraient en dehors de toute d&#233;termination sociale ou culturelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'&#339;uvre n'est un bloc de marbre, ni m&#234;me un bloc de v&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni le public n'est une chose manipulable en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que d'autres obstacles ne sont pas moins importants encore &#224; surmonter sur ce terrain du jeu, des rapports et des vides. Si les liens se formulent en termes d'expression, de transfert, de similitude, de continuit&#233;, de subsomption, de communication, restons-en au propos le plus r&#233;pandu : le rapport de causalit&#233;, pens&#233; de mani&#232;re magique. Nous ne pouvons adh&#233;rer &#224; sa formulation, d'autant que les discours qui le formulent donnent de l'efficace de la causalit&#233; l'image d'une activit&#233; sans distance, d'une succession imm&#233;diate, automatique, de l'effet. Elle dissout tout dans l'indiff&#233;rence d'une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeu et vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, sortir de la causalit&#233; m&#233;canique directe, telle est la derni&#232;re difficult&#233; &#224; dompter. Il est n&#233;cessaire d'affoler les identifications sans mouvement. Il est bon de r&#233;cuser l'imaginaire de la co&#239;ncidence qui pr&#234;te des motifs &#224; des attaques ad hominem : si tel personnage fait ceci ou cela dans l'&#233;crit, ce n'est rien d'autre que le v&#233;cu de l'auteur&#183;rice ou de l'artiste. Comme il est non moins n&#233;cessaire de combattre les s&#233;parations si rigoureuses qu'elles imposent de l'artiste la figure d'un &#234;tre d&#233;tach&#233; de toutes contingences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs en ce point que s'articulent les notions de &#171; jeu &#187; et de &#171; vide &#187;. Il n'est sans doute plus n&#233;cessaire de faire remarquer que la formulation courante de l'expression mise ici &#224; la question &#8211; &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187; &#8211; ne suppose aucun rapport dynamique, mais une simple conjonction attirant des automatismes d'identification. Elle demeure bien trop format&#233;e en figure duelle et ne dit finalement rien. Sa transmutation en &#171; l'artiste et l'&#339;uvre &#187; laisse survivre ce m&#234;me dualisme fig&#233;, ainsi que les autres jonctions : spectateur-&#339;uvre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cr&#233;dits accord&#233;s &#224; l'absence de tensions dans l'activit&#233; artistique souhaitent curieusement s'en prendre violemment aux th&#233;ories/pens&#233;es de l'autonomie de l'&#339;uvre. La raison ? Ces derni&#232;res d&#233;pouilleraient le jeu de la &#171; cr&#233;ation &#187;, de la lecture ou de l'audition d'une &#339;uvre des avatars de la vie priv&#233;e, du &#171; v&#233;cu &#187; des individus ou auteurs appliqu&#233;s m&#233;caniquement sur lui. Elles &#233;carteraient les formules qui &#171; expliqueraient &#187; par l'&#226;me de l'auteur&#183;rice les termes constitutifs des liens. Elles r&#233;cuseraient toute coagulation qui &#233;vincerait les dynamiques et puissances de jeu intrins&#232;ques aux champs des arts. Et elles ne s'&#233;l&#232;veraient pas assez &#224; l'encontre des juges qui consid&#233;reraient avec prudence les tourments relevant de l'individu soi-disant d&#233;ploy&#233;s dans &#171; son &#187; &#339;uvre, notamment la &#171; chose &#187; sexuelle ou les signes d'une d&#233;pravation, sans les leur assigner, ou &#224; l'inverse consid&#233;reraient les avatars priv&#233;s sans faire allusion &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la dimension de la &#171; cr&#233;ation &#187; se joue justement dans le refus d'entit&#233;s, se joue par cons&#233;quent dans des &lt;i&gt;devenirs,&lt;/i&gt; lesquels supposent des vides potentiels. Elle fait alors de l'individu, comme de l'auteur&#183;rice, de l'&#339;uvre et du public (le public, les lieux et les espaces publics), dans leurs relations contradictoires, des sortes de &#171; zones d'autonomie temporaires &#187; en mouvement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_0536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0536-798a6.jpg?1772701377' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que l'individu n'est pas directement identifiable &#224; l'auteur&#183;rice ; que l'auteur&#183;rice doit renoncer &#224; la pr&#233;tention &#224; &#234;tre le sujet ma&#238;tre et propri&#233;taire de ses &#233;crits ; que l'&#339;uvre n'est pas le r&#233;sultat imm&#233;diat de l'expression de sa volont&#233; cr&#233;atrice ; que l'&#339;uvre d&#233;pend sans doute plus de contingences sociales et juridiques que de cette volont&#233; ; que l'&#339;uvre n'est donc pas r&#233;ductible non plus &#224; une id&#233;e ; que le public n'est pas un simple r&#233;ceptacle de ce qu'un auteur aurait voulu exprimer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons inscrit ci-dessus les termes &#171; jeu &#187; et &#171; vide &#187; dans l'&#233;vocation des devenirs et des rapports dynamogrammatiques entre des instances convergentes, individu-auteur-&#339;uvre-public. Insistons sur leur pertinence relativement &#224; nos analyses. Ces termes signifient &#224; la fois que les rapports peuvent &#171; avoir du jeu &#187; entre eux, et jouer avec tel ou tel terme, dans la mesure o&#249; toutes les interactions supposent une dynamique et un vide ouvrant des possibilit&#233;s de liaisons et de d&#233;liaisons, de hi&#233;rarchies ou de d&#233;constructions. Que la notion de &#171; jeu &#187; comportant l'id&#233;e de plaisanterie ou de plaisir procur&#233; ne fait que renforcer l'id&#233;e selon laquelle des rapports entre des termes ou des objets ne peuvent &#234;tre identifi&#233;s &#224; des engrenages (encore ceux-ci supposent-ils aussi du &#171; jeu &#187; !). Et si l'on se prend au mouvement des dynamogrammes, c'est leur jeu m&#234;me qui vient en avant : la d&#233;clinaison des modalit&#233;s de rapport et la pluralit&#233; des transformations possibles des termes et des relations, en fonction d'un vide qui doit &#234;tre sans cesse activ&#233;, surtout lorsqu'on pose le probl&#232;me des lieux et espaces publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re du &#171; jeu &#187; &#8211; il suffit &#224; cet &#233;gard de relire les &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain,&lt;/i&gt; de Friedrich von Schiller &#8211; est de d&#233;stabiliser les cl&#244;tures, les enfermements et les abstractions aux fins de provoquer des mouvements sans fin. Le jeu a une fonction plastique et excite les liens. En cela, il n'est pas tout &#224; fait sans r&#232;gle, mais il trouve et construit sa r&#232;gle dans le mouvement m&#234;me qu'il aiguillonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune et chacun a d&#233;j&#224; not&#233; l'opposition du jeu &#224; toute r&#233;it&#233;ration ou imitation, que l'on pense &#224; l'&#233;ducation ou &#224; une formation quelconque en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'espace public en d&#233;mocratie notamment. Chacune des th&#233;ories de la pulsion de jeu se d&#233;connecte d'une imitation dans laquelle certains tentent d'enfermer encore les citoyen&#183;nes, car l'imitation se fait conformiste et entravante. Tandis que l'assise dans le jeu indique qu'un rapport entre (des individus, des auteurs-rices, des &#339;uvres, des spectateurs) s'&#233;l&#232;ve au-dessus de l'imm&#233;diatet&#233; et du statique. Il est jeu au sens o&#249;, par la place vide qu'il inclut afin de fonctionner, il permet de saisir un rapport sans le laisser tel quel. On joue avec lui, ou on imagine &#224; partir de lui autre chose, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1998, p. 70 ; Ren&#233; Char, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1983, p. 168, 653 ; mais aussi Pierre Ducrozet, in &lt;i&gt;Andy Warhol, Miroirs du sphinx,&lt;/i&gt; Paris, Bouquins, 2025, traitant Warhol en &#171; miroir sans tain &#187;, &#171; habit&#233; par la qu&#234;te du rien, et la dissolution du moi &#187; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer probl&#233;matique : soit &#171; la personne qui est &#224; l'origine d'une &#339;uvre originale ou d'une cr&#233;ation ; une personne qui a fait une cr&#233;ation originale manifestant sa personnalit&#233;, qu'il s'agisse de lettres, de sciences humaines ou d'art &#187; (formule de Fran&#231;ois Dagognet, &lt;i&gt;Philosophie de la propri&#233;t&#233;,&lt;/i&gt; Paris, Puf, 1992, p. 131).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Ruby, &lt;i&gt;La f&#233;condit&#233; du vide,&lt;/i&gt; Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie le 22 f&#233;vrier 1969, Paris, Honor&#233; Champion, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : Olivier Perrot, &lt;i&gt;Dire NON, Une installation de 493 photographies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;alisme Magique</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Realisme-Magique</link>
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		<dc:date>2026-04-05T09:57:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>magie</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/magie" rel="tag"&gt;magie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH129/nelson_ramos_2026-04-02_a_16_34-ad17f.jpg?1775383066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jeff Wall &#233;prouve de la tendresse pour tout ce qui est abandonn&#233;, rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes. Il s'agit l&#224; de la part romantique de sa personne, l'attirance pour les ruines. Par exemple, il dit que lorsque &lt;i&gt;&#171; un objet est cass&#233; et jet&#233; &#224; la d&#233;charge&#8230;sa d&#233;faite en tant que partie vive de la vie et de l'&#234;tre est manifeste, et il devient un objet d'aversion cadav&#233;rique et abject. C'est &#224; ce moment qu'il commence &#224; exister vraiment en tant qu'objet &#187;&lt;/i&gt;. Parlant des Hommes et de leurs combats, le po&#232;te palestinien Mahmoud Darwich, un prince celui-l&#224;, &lt;i&gt;&#171; l'ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt; c'est certain, disait &lt;i&gt;&#171; qu'il y a davantage d'humanit&#233; et de po&#233;sie dans la d&#233;faite que dans la victoire &#187;&lt;/i&gt;. Dans la d&#233;faite les objets tout comme les Hommes acqui&#232;rent toute leur grandeur. &#171; Peas and sauce &#187;. Une barquette en aluminium ayant contenu des petits pois en sauce, reposant &#224; m&#234;me l'asphalte, pourrait bien &#234;tre le c&#339;ur, abandonn&#233;, de celui qui en a fait son repas, lui-m&#234;me probablement rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes, car qui d'autre qu'un exclu est susceptible de manger une barquette de petits pois en sauce en pleine rue ? Jeff Wall &#233;voque une &lt;i&gt;&#171; philosophie de la forme &#187;&lt;/i&gt;, et c'est ainsi que la barquette de petits pois se trouve tout &#224; fait &#224; m&#234;me d'incarner le c&#339;ur de celui qui l'a mang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rainfilled Suitcase &#187;, une valise en bois recouverte de tissu et emplie de pluie, ainsi que de quelques pauvres affaires inidentifiables car d&#233;tremp&#233;es, abandonn&#233;e au milieu d'un tas de d&#233;tritus, vestige d'un drame inconnu, peut-&#234;tre en rapport avec celui de &#171; The Destroyed Room &#187;, pour le moins viol d'une intimit&#233; d&#233;funte. Esth&#233;tique du d&#233;sastre !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/graphiquecolle_-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/graphiquecolle_-3-3fa4f.jpg?1774784600' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ivan Le Lorraine Albright, un artiste &#233;tats-unien assez mal connu en Europe, est l'un des tr&#232;s rares repr&#233;sentants du r&#233;alisme magique en peinture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme magique peut se r&#233;sumer &#224; l'interp&#233;n&#233;tration de deux mondes, pas n&#233;cessairement hostiles l'un &#224; l'autre, celui des vivants et celui des morts. Les morts font des va-et-vient permanents entre un monde et l'autre. Son origine est &#224; rechercher, n'en d&#233;plaise aux Europ&#233;ens qui veulent absolument y coller Kafka, dans la litt&#233;rature indig&#233;niste latino-am&#233;ricaine, avec des romanciers comme Manuel Scorza et sa &#171; Guerre silencieuse &#187; ou Gabriel Garcia Marquez avec ses &#171; Cent ans de solitude &#187; mais pas tr&#232;s indig&#232;ne ce dernier, litt&#233;rature toute impr&#233;gn&#233;e qu'elle est de croyances populaires, d'histoires politico-militaires et d'amours tragiques, de luttes paysannes contre les exactions des grands propri&#233;taires fonciers, de &lt;i&gt;&#171; jours et nuits d'amour et de guerre &#187;&lt;/i&gt;, selon la belle formule d'Eduardo Galeano, un autre prince &lt;i&gt;&#171; ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. On le trouve &#233;galement dans le cin&#233;ma de certains po&#232;tes chiliens, tels Ra&#250;l Ruiz ou Alejandro Jodorowsky, et en Asie chez le tha&#239;landais Apichatpong Weerasethakul, dans une version bouddhiste, et le Philippin Lav Diaz, d&#233;nonciateur infatigable de la cruaut&#233; des pouvoirs. Donc, le r&#233;alisme magique est un hybride de r&#233;alit&#233;s sociales crues et de surnaturel quelques fois merveilleux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui d'Ivan Albright rel&#232;ve de l'art fun&#233;raire, d'une esth&#233;tique de cimeti&#232;re&#8230;ou de morgue anticip&#233;e. La mort habite le vivant, elle entre en fusion avec lui. Elle enfle et fripe tous les corps plong&#233;s dans un bain grouillant de d&#233;tails dignes du baroque et des natures mortes de Hollande, dentelles d&#233;fraichies, coupes et flacons de cristal &#224; moiti&#233; vid&#233;s, fleurs dess&#233;ch&#233;es, lampes &#224; huile &#233;teintes, fruits pourrissants et vieux argents jaunis. &lt;i&gt;Picture of Dorian Gray&lt;/i&gt;, image &#233;pouvantable de Dorian Gray au luxe lourd habit&#233; de cauchemars, visage ravin&#233; et grima&#231;ant, regard plus fou que celui d'un Courbet hallucin&#233; m&#226;tin&#233; d'un Van Gogh avec son gros pansement, mains d&#233;goulinant le sang sur un tapis au motif de grosses fleurs, gants jet&#233;s au pied d'un gu&#233;ridon victorien charg&#233; d'un chat &#233;gyptien aux yeux pliss&#233;s de cruaut&#233;, immense miroir qui se dissout dans les tentures pour cause d'un trop-plein de reflets, chaise aux jambes arqu&#233;es mouchet&#233;e d'argent et &#233;clabouss&#233;e de couleurs, costume &#233;pais dissimulant mal les boursouflures et que traversent d&#233;j&#224; toutes les humeurs de la d&#233;composition, p&#233;nombre peupl&#233;e de cr&#233;atures innommables ou d'objets incertains, projections de l'&#226;me malade de Dorian Gray.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L280xH566/graphiquecolle_-4-45b12.jpg?1774784600' width='280' height='566' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Temptation of Saint Anthony&lt;/i&gt;, menace d'engloutissement tentateur pour un Antoine noirci de panique, d&#233;j&#224; emp&#234;ch&#233; par les filets infernaux de deux succubes bleus aux cuisses d'&#233;trangleuses, tandis que chiens et loups hurlent &#224; la mort parmi des fragments de coraux et de corps, que grouillent iguanes aux dents effil&#233;es et salamandres sur un lit de perles dans des &#233;coulements d'or, au sein d'une grotte aquatique b&#226;tie de roches visqueuses, quoique tranchantes, toute bouillonnante de sang, et que ricane un cr&#226;ne coiff&#233; de deux mains ligneuses qui tiennent une grosse boule d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH425/graphiquecolle_-5-ec74e.jpg?1774784600' width='500' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peintre &#224; l'extr&#234;me minutie, un miniaturiste de grandes surfaces, des plans gigantesques parfois, certains tableaux lui prennent des ann&#233;es, portraitiste autopsieur, de femmes pr&#233;matur&#233;ment flasques aux jointures enfl&#233;es, pas forc&#233;ment des prostitu&#233;es, mais des th&#233;&#226;treuses et danseuses, ou de jeunes et honn&#234;tes m&#232;res de famille, ou des bourgeoises, ou sa propre &#233;pouse, vieux ou faussement vieux travailleurs aux gueules et mains us&#233;es et aux doigts gonfl&#233;s, p&#234;cheur, fermiers, dont un qui ressemble au pape de Velasquez, concierge, &#233;lectricien, tenancier de bar, palefrenier, ou autres, ou d'autres personnes, dans l'entourage ou au hasard des rencontres d'Albright, pas forc&#233;ment des alcooliques, mais hommes capables encore de cr&#233;er Dieu &#224; leur image, &lt;i&gt;And Man Created God in His Own Image&lt;/i&gt;, pour certains, mais toujours chairs ratatin&#233;es ou sur le point d'&#233;clater&#8230;O&#249; est-il &#233;crit que notre existence doive &#234;tre n&#233;cessairement confortable et que l'Homme moderne soit naturellement jeune et beau, tout &#224; la fois ? Il ne l'est pas !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L324xH380/graphiquecolle_-6-d8ae0.jpg?1774784600' width='324' height='380' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a tout un tas d'autoportraits, presqu'autant que chez Rembrandt, ou peut-&#234;tre plus encore, montrant un vieillard tr&#232;s pr&#233;coce, jeune dandy aux traits creus&#233;s et aux cheveux d&#233;j&#224; blancs, vingt-sept ou vingt-huit ans mais en paraissant cinquante de plus, fumant, buvant, et prenant ses aises &#224; une table-nature morte, mais &#171; vieillardisant &#187; de plus en plus, c'est normal, &#233;loignement du dandysme et avachissement progressif du visage, avec toujours ce m&#234;me regard de tristesse &#233;tonn&#233;e. &lt;i&gt;&#171; The Body is our Tomb &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L446xH326/graphiquecolle_-8-17e71.jpg?1774784600' width='446' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Art fun&#233;raire qui trouve son aboutissement dans une toile surprenante, aussi grande que l'est son titre &#233;nigmatique, &lt;i&gt;That Wich I Should Have Done I Did Not Do (The Door)&lt;/i&gt; &#8212; ce que je devrais avoir fait que je n'ai pas fait (la porte) &#8212;, une miniature g&#233;ante, porte de maison ancienne/couvercle de cercueil au bois peint en noir avec plein d'&#233;raflures, un gros bouquet fan&#233; de lys et de roses nou&#233; dessus et qui s'effrite un peu, des p&#233;tales et des feuilles dess&#233;ch&#233;s sont tomb&#233;s sur le seuil, le tout dans un encadrement tr&#232;s ouvrag&#233;, et puis une main serrant un mouchoir de fines dentelles, avec des perles l&#224; encore, qui para&#238;t se tendre vers le bouton cisel&#233;, comme pour une caresse, alors qu'un soup&#231;on de fum&#233;e, ou un souffle vaporeux, s'exhale de la serrure, le dernier souffle. Ce que je devrais avoir fait&#8230;un regret exprim&#233; &#224; ce spectre, spectre tout autant que porte s&#233;pulcrale, qui semble ouvrir tr&#232;s grand ce qui lui sert d'yeux. D'un point de vue technique, la porte est vue de trois quarts et sa forme est tr&#232;s l&#233;g&#232;rement convexe, comme peut l'&#234;tre le couvercle de certains cercueils anciens, ce qui constitue une sorte de d&#233;fi par rapport &#224; la plan&#233;it&#233; de la toile, une tension v&#233;ritable. Ivan Albright a mis dix ans &#224; la r&#233;aliser avec des pinceaux tr&#232;s fins parfois, un seul poil, et en la polissant, et en la patinant, comme un menuisier d'art, tout en travaillant en parall&#232;le &#224; d'autres peintures, bien s&#251;r, toutes aussi compliqu&#233;es ces peintures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L306xH624/graphiquecolle_-9-a503a.jpg?1774784600' width='306' height='624' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il lui arriva de conduire des exp&#233;riences &#233;tranges, d'ordre plus ou moins conceptuel et m&#233;taphysique, qui l'amen&#232;rent aux fronti&#232;res de l'abstraction, &#224; partir d'images r&#233;manentes, &lt;i&gt;afterimages&lt;/i&gt;. Trace m&#233;morielle, ou persistance r&#233;tinienne, mais sur le tr&#232;s long terme, ou les deux &#224; la fois, d'assemblages d'objets, ou plut&#244;t de couleurs et d'organisation dans l'espace de ces couleurs les unes par rapport aux autres, qui apr&#232;s restitution sur la toile r&#233;v&#232;le une forme g&#233;n&#233;rale et tr&#232;s ancienne, sortes de natures mortes en hommage &#224; ses parents, &lt;i&gt;From Yesterday's Day&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Image After&lt;/i&gt;. Ivan Albright poss&#232;de sa &lt;i&gt;Destroyed Room&lt;/i&gt;, il l'a cr&#233;&#233;e, tout aussi terrifiante que celle de Jeff Wall mais plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e encore, sans pass&#233;, sans pr&#233;sent, sans futur, comme l'&#233;nonce longuement son titre, &lt;i&gt;Poor Room - There Is No Time, No End, No Today, No Yesterday, No Tomorrow, Only the Forever, and Forever and Forever without End (The Window)&lt;/i&gt;, pauvre chambre, il n'y a pas de temps, pas de fin, pas d'aujourd'hui, pas d'hier, pas de demain, seulement le toujours, et du toujours, et du toujours sans fin (la fen&#234;tre), une image qui, dit-on, a tir&#233; des cris d'effroi &#224; Jean Dubuffet lui-m&#234;me quand il l'a vue dans l'atelier d'Albright, Dubuffet pourtant sp&#233;cialiste absolu de la mati&#232;re amalgam&#233;e, homuncules et b&#234;tes &#224; cornes qui se d&#233;battent dans la gl&#232;be primordiale, tout un monde carc&#233;ral au niveau social, cellulaire au niveau biologique, de quoi brouiller les images, les Mires de toutes les t&#233;l&#233;visions. Une fen&#234;tre ouverte dans un mur ma&#231;onn&#233; de vieille pierraille rong&#233;e de lichen et incrust&#233;e de branches mortes, fen&#234;tre au ch&#226;ssis de bois compl&#232;tement pourri, et dans l'encadrement d&#233;form&#233; de laquelle des gu&#234;pes ont &#233;tabli leurs nids. Les tentures sont rejet&#233;es de c&#244;t&#233; par une grosse main sans corps et quantit&#233; d'objets venus du pass&#233;, d&#233;risoires et luxueux d&#233;tritus, comme mus par une &#233;nergie ou une volont&#233; propre, commencent &#224; se d&#233;verser, en vrac, dans on ne sait quel ext&#233;rieur. &lt;i&gt;&#171; Un enfer de formes &#187;&lt;/i&gt; a rugi Dubuffet. Des cadres de photos ou de petits tableaux ou de miroir, l'in&#233;vitable lampe &#224; huile, une carafe fine, un flacon de parfum pour sac de dame, des r&#233;silles d'argent, une statuette renvers&#233;e, un trousseau de clefs, une th&#233;orie de bibelots cisel&#233;s et de ferraille rong&#233;e par la rouille, des pieds de meubles cannel&#233;s, de vieux cuirs, des papiers froiss&#233;s et des bouts de tissus qui commencent &#224; s'accumuler sur le rebord de la fen&#234;tre tels les p&#233;tales dess&#233;ch&#233;s sur le seuil de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, en fait presque la chambre mortuaire de Pharaon que des pillards surpris n'auraient pas eu le temps de vider compl&#232;tement. Tout ceci a des allures de m&#233;moire encombr&#233;e que l'on s'emploierait &#224; d&#233;charger de ses souvenirs p&#233;nibles ou devenus inutiles, ou d'un inconscient dont il conviendrait de liquider les vieux traumas pathog&#232;nes, telle cette main surgie de l'Histoire, d&#233;j&#224; main de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, la main coup&#233;e de Blaise Cendrars ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L368xH488/graphiquecolle_-10-066c8.jpg?1774784856' width='368' height='488' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, bo&#238;tes d'exposition de poup&#233;es, une toile inachev&#233;e et une lithographie, t&#233;moignent encore une fois de cette crispation sur la mort qui caract&#233;rise l'&#339;uvre d'Ivan Albright. Une poup&#233;e de porcelaine, richement habill&#233;e &#224; l'ancienne, repose de c&#244;t&#233; dans une bo&#238;te de verre sur des coussins de soie au milieu des dentelles. Elle a les yeux ouverts et les bras lev&#233;s, sans doute dans le but de souligner la v&#233;racit&#233; de son apparence de petite fille mod&#232;le. Un vaporisateur de parfum est pos&#233; aupr&#232;s d'elle. Cette bo&#238;te de verre, article presque ordinaire du voyeurisme chr&#233;tien, renvoie &#233;videmment au cercueil de verre dans lequel on pr&#233;sente le corps non corrompu de certaines saintes. Ainsi, on pourrait supposer, qu'avec ses &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, Ivan Le Lorraine Albright a affich&#233; sa pr&#233;tention de hisser son art fun&#233;raire au rang de l'art sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH318/graphiquecolle_-11-997b2.jpg?1774784856' width='476' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, Logs, 2002
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait avancer aussi que l'univers de Jeff Wall, peupl&#233; de spectres, de fragments et de d&#233;tritus, ses ruines, avec ses figures all&#233;goriques et ses r&#233;f&#233;rences artistiques multiples, est en fait tr&#232;s proche de celui d'Ivan Albright habit&#233; de morts en sursis, de rebuts luxueux et de bo&#238;tes s&#233;pulcrales. J'estime que l'art de Jeff Wall s'inscrit tout autant dans la mouvance du r&#233;alisme magique que dans celle du conceptualisme, peut-&#234;tre m&#234;me davantage. Mais, au-del&#224; des bo&#238;tes en &#171; isme &#187;, urnes qui ont recueilli les cendres de la culture et du savoir, finalement quelle est la signification de tout cela ? Hommes d&#233;chir&#233;s par la &#171; Grande Guerre &#187; dont t&#233;moigne Ivan Albright dans quelques carnets de dessins et d'aquarelles qu'il a ramen&#233;s d'Europe o&#249; il servit un temps, mauvais, en tant qu'infirmier militaire, &lt;i&gt;Medical Sketchbook&lt;/i&gt;, tas de choux rejet&#233; de cartons &#233;ventr&#233;s et qui ach&#232;ve de pourrir dans une d&#233;charge, &lt;i&gt;&#171; Bad Goods &#187;&lt;/i&gt;, entrevus par Jeff Wall ? Violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, cruaut&#233; et irrationalit&#233; de l'esp&#232;ce, non-sens tant humain qu'&#233;conomique, trag&#233;die et grotesque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Retour aux &lt;i&gt;suburbs&lt;/i&gt; de Vancouver. &lt;i&gt;&#171; The Pine on the Corner &#187;&lt;/i&gt;, le pin du coin de la rue, un monument dress&#233; &#224; une autre trag&#233;die, &lt;i&gt;&#171; la trag&#233;die &#233;cologique qui met en cause notre &#233;conomie, notre culture urbaine, notre ordre social &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce Jeff Wall. Une rue anonyme bord&#233;e de pavillons faits de pas grand-chose, plein de voitures gar&#233;es, quelques arbres par ci par l&#224;, une montagne au sommet enneig&#233;e dans le fond, au premier plan un tr&#232;s grand arbre &#224; un angle de rues, &lt;i&gt;&#171; une sentinelle d&#233;corative &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-il. Le pin du coin de la rue est une ruine, un fragment de nature abandonn&#233; sur un trottoir et que plus personne ne voit. Pourtant il est l&#224; en toutes saisons et par tous les temps, comme l'est sur les trottoirs d'Occident une partie de tous les d&#233;sh&#233;rit&#233;s du Monde. &lt;i&gt;&#171; L'arbre solitaire est le grand symbole antique de l'individu mortel, dit Jeff Wall, il a beau &#234;tre enracin&#233; dans la nature toute enti&#232;re, c'est dans la solitude qu'il subit sa destin&#233;e &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH398/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990-dae87.jpg?1775050807' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, the Pine on the Corner
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A proximit&#233; des villes et de leurs banlieues, ce qu'il reste de for&#234;t sert de refuge &#224; tout un tas de solitudes subissant elles aussi leurs destin&#233;es, pauvres gens qui tentent d'&#233;chapper &#224; l'inquisition de l'&#339;il photographique en se dissimulant derri&#232;re un rideau d'arbres, tandis que leur repas continue de chauffer sur un foyer de &#171; fortune &#187;. Fin d'hiver gris de la p&#233;riph&#233;rie de Vancouver. R&#233;alisme qui a perdu toute magie. &lt;i&gt;&#171; Forest &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nuit d'&#233;t&#233; de Vancouver, mais ce pourrait &#234;tre d'ailleurs et en une autre saison, et m&#234;me dans un au-del&#224; de tourments dantesques. Un empilement de rondins coinc&#233; par des gros cubes de b&#233;ton, comme des cr&#226;nes tondus entraper&#231;us avant que les lugubres portes ne se referment. Extermination arboricole, comme au Costa Rica, en Malaisie continentale, et au Sarawak o&#249; je n'ai entendu qu'un interminable requiem de tron&#231;onneuses. La nature massacr&#233;e et le b&#233;ton comme t&#233;moignage indestructible des horreurs de l'histoire contemporaine. &lt;i&gt;&#171; Logs &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L436xH330/graphiquecolle_-13-7f075.jpg?1774784856' width='436' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme celle d'Ivan Albright, l'&#339;uvre de Jeff Wall rev&#234;t la dimension d'une grande m&#233;ditation sur la mort, mort de l'Homme, des soci&#233;t&#233;s qu'il a construites, et de la nature dans son ensemble, mais dans le contexte sp&#233;cifique du capitalisme triomphant, du vampirisme g&#233;n&#233;ralis&#233;. &lt;i&gt;Memento mori.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH293/graphiquecolle_-14-c7325.jpg?1774784856' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette obsession du vampire, celle de Jeff Wall, on la trouve chez un artiste uruguayen peu ou pas connu en Europe, Nelson Ramos, mais Nelson Ramos est aussi un homme que tourmente la trag&#233;die permanente de l'Am&#233;rique latine. Dans ses crises figuratives, le vampire est pratiquement toujours pr&#233;sent, chauve-souris, aux ailes gigantesques amplement d&#233;ploy&#233;es, qui plane, mena&#231;ante, au-dessus des populations humbles de l'Am&#233;rique latine, mort de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s, mort colonialiste, imp&#233;riale puis imp&#233;rialiste, qui survole en continu cette terre de douleurs, &lt;i&gt;Latinoamerica&lt;/i&gt;. Dans ses bo&#238;tes-tableaux, il montre les d&#233;sastres de la conqu&#234;te, toute une soldatesque, &#224; cheval ou servant des canons, qui foule des dizaines de squelettes entass&#233;s dans des cryptes cellulaires superpos&#233;es sous l'&#339;il attendri d'un cur&#233;, &lt;i&gt;Tunatioh&lt;/i&gt;, les produits du pillage de l'Am&#233;rique enferm&#233;s derri&#232;re de lourdes portes d'or encadr&#233;es par, ou incrust&#233;es dans, un &lt;i&gt;tzompantli,&lt;/i&gt; et surveill&#233;es par quelques lanciers, &lt;i&gt;Ellos a&#250;n nos miran&lt;/i&gt;, ils nous regardent encore, peuple souterrain de squelettes gard&#233; par un vampire aux ailes d&#233;ploy&#233;es, &lt;i&gt;Colonizaci&#243;n&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH421/graphiquecolle_-15-e2176.jpg?1774784856' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ces espaces sans respiration possible, fragment&#233;s, il demeure plus qu'une trace des compositions &#171; constructivistes &#187; de Joaqu&#237;n Torres Garc&#237;a, le grand Mont&#233;vid&#233;en. Ce que livre Nelson Ramos, dans ses p&#233;riodes de crises figuratives, ce sont des images 3D, fabriqu&#233;es &#224; partir de papiers, de carton et de petits bouts de bois, du tragique de la condition de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s latino-am&#233;ricaines, images pas tr&#232;s &#233;loign&#233;es en fait des &lt;i&gt;Arpilleras&lt;/i&gt; chiliennes, patchworks r&#233;alistes en toile de sac et brins de laine, mais chez lui tout &#224; fait all&#233;goriques. Il parle de &lt;i&gt;Vanitas mestizas&lt;/i&gt;, Vanit&#233;s m&#233;tisses, pour d&#233;signer ses petites bo&#238;tes constitu&#233;es d'alv&#233;oles emplies de squelettes et de cr&#226;nes et domin&#233;es par la silhouette englobante du vampire aux ailes dentel&#233;es. &lt;i&gt;Los de arriba y los de abajo&lt;/i&gt;, ceux du dessus et ceux du dessous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus, une table avec une nappe en dentelles recouverte de bouteilles et de verres, treize personnages en costumes noirs dont un qui porte un toast &#224; on ne sait qui ou quoi, oligarchie cr&#233;ole ou conseil d'administration d'une firme transnationale, toujours les m&#234;mes avec quelques milliardaires &#233;tats-uniens en sus puisque machin transnational. En dessous, cinq rang&#233;es de dix squelettes poussi&#233;reux et assis dans des alv&#233;oles &#233;troites. Au-dessus la table est &#233;clair&#233;e par une verri&#232;re, &lt;i&gt;una claraboya&lt;/i&gt;, derri&#232;re laquelle se profile l'ombre sinistre et vampirique de la mort latino-am&#233;ricaine. Monde du dessus et monde du dessous. &lt;i&gt;Latinoamerica, Mundo triste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH413/graphiquecolle_-16-f562d.jpg?1774784856' width='500' height='413' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nelson Ramos &#233;tait aussi un homme de la lumi&#232;re, donc du c&#244;t&#233; de la vie, et il a construit des petites charpentes de roseau et de carton sur lesquelles il a pos&#233;, coll&#233; ou cousu, des carreaux de papier translucide ou de couleur pour figurer les verri&#232;res, les &lt;i&gt;claraboyas&lt;/i&gt;, qui couvrent les patios des maisons de Dolores et de Montevideo. C'est un peu comme une repr&#233;sentation cubiste du ciel, ciel des &#171; Orientaux &#187; d&#233;coup&#233; comme un g&#226;teau par les verri&#232;res des patios, ou bien encore une r&#233;miniscence des suspensions de cerfs-volants, &lt;i&gt;las pandorgas&lt;/i&gt;, de son enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH263/graphiquecolle_-17-d94f0.jpg?1774784856' width='500' height='263' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re aussi irradi&#233;e par les peintures blanches fruits d'un m&#233;tissage de couleurs, avec souvent des verticales, d&#233;chirure du papier, trace de gros pinceau ou morceau de bois coll&#233;, impressions re&#231;ues d'un arbre, d'un sentier ou d'un fleuve de son si tendre et si beau pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L486xH358/graphiquecolle_-18-bff85.jpg?1774784856' width='486' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la photographie du cadavre a&#768; l'e&#769;ternite&#769; virtuelle 3/5 </title>
		<link>https://www.tk-21.com/De-la-photographie-du-cadavre-a%CC%80-2831</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/De-la-photographie-du-cadavre-a%CC%80-2831</guid>
		<dc:date>2026-04-05T09:53:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ir&#232;ne Jonas</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>mort</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les photographies re&#769;alise&#769;es lors des fune&#769;railles ont longtemps e&#769;te&#769; re&#769;serve&#769;es aux &#171; grands hommes &#187;. Pour le commun des mortels, les fune&#769;railles ont e&#769;te&#769; majoritairement un moment sans photographes et l'on pourrait presque dire l'un des rares moments de la vie familiale ou&#768; un rituel de passage n'est pas photographie&#769;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/mort" rel="tag"&gt;mort&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/11-6faff.jpg?1775383067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les photographies re&#769;alise&#769;es lors des fune&#769;railles ont longtemps e&#769;te&#769; re&#769;serve&#769;es aux &#171; grands hommes &#187;. Pour le commun des mortels, les fune&#769;railles ont e&#769;te&#769; majoritairement un moment sans photographes et l'on pourrait presque dire l'un des rares moments de la vie familiale ou&#768; un rituel de passage n'est pas photographie&#769;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La seule photographie existante lors d'un enterrement a majoritairement e&#769;te&#769; l'image statique du de&#769;funt choisie pour faire partie de la ce&#769;re&#769;monie elle-me&#770;me, pose&#769;e sur le cercueil ou proche du celui-ci. Une fac&#807;on de donner une pre&#769;sence a&#768; celui qui ne peut plus e&#770;tre pre&#769;sent. Ce portrait du de&#769;funt peut aujourd'hui e&#770;tre remplace&#769; par un e&#769;cran qui diffuse en boucle des photographies de la personnes de&#769;ce&#769;de&#769;es, a&#768; plusieurs a&#770;ges et dans diverses situations familiales et amicales. Les images sont le plus souvent se&#769;lectionne&#769;es par les proches qui ont scanne&#769; des photos de famille ou re&#769;alise&#769;es par des amis. Ce dispositif audiovisuel installe&#769; dans des cre&#769;matoriums est utilise&#769; pour personnaliser la ce&#769;re&#769;monie, souvent lors de rituel civil. On peut supposer qu'il a pour objet de pallier le religieux et de combler un manque entre la mise en bie&#768;re et l'inhumation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'existe que peu d'images des fune&#769;railles, une exception est faite pour la tombe apre&#768;s la ce&#769;re&#769;monie. Cette photographie de la tombe est souvent destine&#769;e aux personnes qui n'ont pu se rendre a&#768; l'enterrement : &lt;i&gt;&#171; Quand ma tante est morte, je n'ai pas pu aller a&#768; l'enterrement. Mes parents m'ont envoye&#769; les dernie&#768;res photos qu'ils avaient prises et une photo de la tombe, avec toutes les fleurs dessus &#187;&lt;/i&gt; (Aline, 45 ans) ou e&#770;tre une image qui permet aux proches trop a&#770;ge&#769;s pour se rendre sur la tombe d'un proche, de se recueillir : &lt;i&gt;&#171; Je ne peux plus aller sur la tombe de mon mari, je suis trop loin maintenant, alors j'ai demande&#769; a&#768; mon fils de prendre une photo. Quand j'en ai envie, je la regarde &#187;&lt;/i&gt; (Louise, 85 ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, depuis quelques anne&#769;es, on voit apparai&#770;tre sur internet des sites de photographes professionnels qui proposent leurs services pour re&#769;aliser un reportage sur les enterrements, les fune&#769;railles et les ce&#769;re&#769;monies. &lt;i&gt;&#171; Pas encore rentre&#769; dans les m&#339;urs en France, de plus en plus de personnes souhaitent avoir un photographe professionnel sur place afin de pre&#769;server le devoir de me&#769;moire ! &#187;&lt;/i&gt;, peut-on lire sur le site de l'un d'entre eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://www.stephaneclementphotograph.com/categories_rubriques/enterremen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un site en ligne invite les photographes a&#768; clarifier le but de la mission, a&#768; de&#769;finir avec la famille les moments photographiables et a&#768; ne jamais oublier d'e&#770;tre respectueux et non intrusif (discre&#769;tion et absence de flash), sans oublier d'inclure les e&#769;le&#769;ments inanime&#769;s des fune&#769;railles (fleurs, site de la tombe, corbillard, etc.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://fr.minotauromaquia.com/blog/featured-articles/2018-05-06-how-to- (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre nouveaute&#769;, le selfie fune&#769;raire. Pour Florence Quinche, les jeunes endeuille&#769;s, avec les te&#769;le&#769;phones portables et les re&#769;seaux sociaux, ont de&#769;veloppe&#769; de nouvelles pratiques qui diffe&#768;rent totalement de celles des adultes ou des ce&#769;re&#769;monies religieuses classiques, avec notamment celle de prendre des selfies pendant les fune&#769;railles. &lt;i&gt;&#171; L'aspect &#034;quotidien&#034; de Facebook permet de montrer d'autres aspects des fune&#769;railles que ceux pre&#769;sente&#769;s lors d'une ce&#769;re&#769;monie conventionnelle. Les jeunes se photographient lors des pre&#769;paratifs dans leur chambre d'ho&#770;tel, ils montrent leurs habits de deuil, les moments de de&#769;tente ou d'hommages informels apre&#768;s la ce&#769;re&#769;monie, comme ces jeunes lors de l'enterrement de leur cousin, qui boivent du champagne a&#768; sa sante&#769; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence Quinche, &#171; Faire me&#769;moire sur internet. Les re&#769;seaux sociaux et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce phe&#769;nome&#768;ne qui regroupe les photographies dans un blog &lt;i&gt;funeral selfies &lt;/i&gt; s'est d'abord fortement de&#769;veloppe&#769; aux &#201;tats-Unis et au Canada. Il n'est pas sans susciter des de&#769;bats, les uns de&#769;fendant les manie&#768;res que peuvent avoir les jeunes de faire leur deuil, les autres les jugeant irrespectueuses, au point qu'un site d'assurance obse&#768;ques franc&#807;ais pre&#769;cise : &lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui les entrepreneurs de pompes fune&#768;bres avertissent les familles qui, si elles le de&#769;sirent, demandent alors aux personnes invite&#769;es d'e&#769;viter ce genre de photo ; mais ils ont conscience, devant l'ampleur grandissante de cette pratique, qu'il va falloir promulguer des lois afin de freiner un usage souvent aussi irrespectueux que malsain &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Site d'assurances obse&#768;ques.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ne peut passer sous silence les photographies qui sont parfois glisse&#769;es dans le cercueil, comme pour accompagner le mort. &lt;i&gt;&#171; Quand mon pe&#768;re est mort, j'e&#769;tais petite. Ma me&#768;re m'a demande&#769; si je voulais mettre quelque chose dans le cercueil et j'ai choisi une photo ou&#768; j'e&#769;tais avec lui. Il me tenait dans les bras &#187;&lt;/i&gt; (Aline, 17 ans).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;179&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/2-42-37560.jpg?1774782772' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une femme dans une maison de retraite montre la tombe de son mari sur laquelle elle ne peut plus aller se recueillir, Morangis (Essonne), 2016.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Ir&#232;ne Jonas - Agence r&#233;v&#233;lateur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.stephaneclementphotograph.com/categories_rubriques/enterremen t-deces-commemoration/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.stephaneclementphotograph.com/categories_rubriques/enterremen t-deces-commemoration/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.minotauromaquia.com/blog/featured-articles/2018-05-06-how-to- photograph-a-funeral-7-steps-with-pictures.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.minotauromaquia.com/blog/featured-articles/2018-05-06-how-to- photograph-a-funeral-7-steps-with-pictures.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence Quinche, &#171; Faire me&#769;moire sur internet. Les re&#769;seaux sociaux et sites de comme&#769;morations induisent-ils de nouveaux rapports a&#768; la mort &#187;}, Frontie&#768;res, 29.[[&lt;a href=&#034;https://doi.org/10.7202/1042981ar -&gt; https://doi.org/10.7202/1042981ar-&gt;https://doi.org/10.7202/1042981ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.7202/1042981ar&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Site d'assurances obse&#768;ques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : photo &#169; Ir&#232;ne Jonas - Agence r&#233;v&#233;lateur, issue de la s&#233;rie &#171; Son dernier souffle &#187;, 2012, sur les derniers moments du p&#232;re de l'artiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prononcez /ka.b&#596;t/</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Prononcez-ka-b%C9%94t</link>
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		<dc:date>2026-04-04T09:11:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Djouad</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans ses peintures r&#233;alis&#233;es &#224; partir de l'observation directe, Roberto Cabot s'attache &#224; des situations ordinaires : fragments de ville, objets domestiques, paysages c&#244;tiers. Ces sc&#232;nes peuvent sembler modestes ou banales, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette banalit&#233; qui l'int&#233;resse. L'artiste cherche &#224; &#233;chapper &#224; la logique spectaculaire qui domine la culture visuelle contemporaine.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/07-escalier-metro-1984-dca2a.jpg?1775294494' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ses peintures r&#233;alis&#233;es &#224; partir de l'observation directe, Roberto Cabot s'attache &#224; des situations ordinaires : fragments de ville, objets domestiques, paysages c&#244;tiers. Ces sc&#232;nes peuvent sembler modestes ou banales, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette banalit&#233; qui l'int&#233;resse. L'artiste cherche &#224; &#233;chapper &#224; la logique spectaculaire qui domine la culture visuelle contemporaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colonialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la trajectoire de Roberto Cabot, la question coloniale n'a jamais pris la forme d'un programme ni m&#234;me celle d'un manifeste. Elle semble plut&#244;t appara&#238;tre comme une tension persistante, sourde, qui traverse sa pratique et le contraint &#224; se d&#233;placer toujours, vers d'autres formats, d'autres lignes, d'autres horizons techniques. Ainsi n'appara&#238;t jamais un lien visible, un monde-expression de l'histoire pass&#233;e et de ses empreintes visibles ; pas d'iconographie critique ou expressive du colonialisme. Au contraire, ce qui se per&#231;oit c'est un artiste qui semble vouloir s'extirper du paysage normalis&#233; par l'empreinte universaliste du colonialisme historique. La trajectoire de Roberto Cabot ressemble &#224; une p&#233;r&#233;grination, un &#171; aller-vers &#187;, un chemin qu'il a emprunt&#233; dans les ann&#233;es 1970, comme pour essayer de se d&#233;tourner des cadres esth&#233;tiques qui en prolongeraient les logiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/matin-beaux-arts-1983.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/matin-beaux-arts-1983-b2697.jpg?1773769451' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cabot entre aux Beaux-Arts de Paris apre&#768;s avoir graphe&#769; l'entre&#769;e.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_27030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/night.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH414/night-97128.jpg?1773513299' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Nature morte a&#768; la cuille&#768;re, huile sur toile, 1995
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il entre aux Beaux-Arts en 1983, Cabot d&#233;couvre un syst&#232;me artistique (p&#233;dagogie, professionnalisation, march&#233;) structur&#233; par les cat&#233;gories du modernisme, souvent pr&#233;sent&#233;es comme l'universel de l'art. Cette universalit&#233; lui appara&#238;t rapidement comme une construction historique li&#233;e &#224; l'expansion culturelle europ&#233;enne. Derri&#232;re la promesse d'un langage partag&#233; par tous, se profile une normalisation esth&#233;tique qui efface les traditions locales et les cosmologies non occidentales. Le modernisme ne serait pas seulement un moment de l'histoire de l'art mais aussi un dispositif de pouvoir symbolique, capable d'imposer ses cat&#233;gories bien au-del&#224; de l'Europe. Plut&#244;t que de rejeter en bloc cette tradition, Cabot entreprend de faire un pas de c&#244;t&#233; en s'effor&#231;ant de l'appliquer &#224; sa pratique artistique. Il ne s'agit pas pour lui de rompre avec la modernit&#233; mais d'en d&#233;faire certaines &#233;vidences, de d&#233;tourner sa technicit&#233; au profit d'un autre narratif, en quelque sorte c'est l'invention d'un langage depuis un alphabet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son travail se d&#233;veloppe ainsi dans une position paradoxale faisant du paradoxe une logique exploratoire : utiliser les outils h&#233;rit&#233;s de l'histoire de l'art occidentale tout en en contestant les pr&#233;suppos&#233;s qu'ils engagent en les exposant &#224; eux-m&#234;mes. Comme la production d'un contre-paysage, une ombre, un antimonde plut&#244;t car plus lumineux que l'underground et tout aussi fertile et r&#233;aliste que la figure visible qui en permet la projection : ce que le colonialisme a &#233;cras&#233; de toutes ses forces n'en n'est pas moins vivant. C'est comme une dynamique silencieuse que Roberto Cabot tente de sonoriser, comme un biologiste le ferait en colorant des cellules saisies au microscope ou un astrologue avec la galaxie. Se faire traducteur pour r&#233;v&#233;ler une dimension de la r&#233;alit&#233; que l'&#339;il humain, sans ces distinctions form&#233;es par les nuances et couleurs, ne pourrait voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/orixa-cego-1983.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH661/orixa-cego-1983-6824b.jpg?1773513299' width='500' height='661' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Orixa&#769; aveugle, acrylique sur tissu, 1984
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Progressivement, apparaissent des figures et des signes issus de la culture afro-br&#233;silienne, notamment les orishas, entit&#233;s spirituelles associ&#233;es aux forces de la nature dans les religions afro-atlantiques. Leur pr&#233;sence ne rel&#232;ve ni de l'illustration ethnographique ni d'une strat&#233;gie d&#233;corative. Ces figures sont mobilis&#233;es comme des fragments d'un imaginaire culturel marginalis&#233; par l'histoire coloniale et par les r&#233;cits dominants de l'art moderne. Ils font &#233;galement partie du d&#233;corum de Cabot. Le point de d&#233;part de leur utilisation est l'empreinte g&#233;o-affective qu'ils repr&#233;sentent. Ces &#233;l&#233;ments ne sont pas mobilis&#233;s comme des motifs exotiques mais comme des fragments d'une histoire culturelle refoul&#233;e, comme des signes de r&#233;sistance symbolique face &#224; l'effacement colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique se d&#233;place progressivement vers une r&#233;flexion plus large sur l'espace de l'art lui-m&#234;me. Cabot observe que certaines pratiques modernistes, notamment celles qui affirment un style ou une signature visuelle, reposent sur une logique d'appropriation de l'espace esth&#233;tique. Ce n'est pas qu'il mette en question les mus&#233;alit&#233;s existantes mais plut&#244;t qu'elles emp&#234;chent d'autres configurations et repr&#233;sentations des &#339;uvres d'art. D&#233;finissant de facto ce qu'est une &#339;uvre. Les formats dominants de pr&#233;sentation de l'art au public prolongent symboliquement les gestes de conqu&#234;te qui ont structur&#233; l'histoire coloniale et subjectiv&#233;s, assujettis parfois tout un ensemble de relations, emp&#234;chant l'artiste de d&#233;cat&#233;goriser les &#233;l&#233;ments au profit de leur mise en dialogue. C'est pourquoi sa pratique se d&#233;tourne peu &#224; peu de l'id&#233;e de style pour privil&#233;gier une conception de l'&#339;uvre comme dispositif. Les installations qu'il d&#233;veloppe plus tard, notamment autour de la s&#233;rie Aleph, dispositif pr&#233;sent&#233; pour la premi&#232;re fois en 2001 &#224; la Biennale de Kaunas, que r&#233;invitera Cabot en 2015 pour rejouer l'exp&#233;rience-&#339;uvre. &lt;strong&gt;Les dispositifs Aleph I, Aleph II et Aleph III,&lt;/strong&gt; mettent en sc&#232;ne des syst&#232;mes de perception dans lesquels l'image se construit &#224; partir de la pr&#233;sence des spectateurs eux-m&#234;mes. L'espace artistique cesse alors d'&#234;tre un territoire &#224; conqu&#233;rir ; il devient un lieu de circulation et de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/roberto.cabot-paysage.catalan-1989.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH723/roberto.cabot-paysage.catalan-1989-5c3fc.jpg?1773769451' width='500' height='723' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Paysage catalan, 1989
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_27029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/bienale-sp-2002-03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/bienale-sp-2002-03-3f087.jpg?1773513299' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Me&#769;diamorphose, Biennale de S&#227;o Paulo, 2002
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Identit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'identit&#233; appara&#238;t alors comme un terrain instable, constamment travers&#233; par des projections dialogues possibles, s'inscrivant dans une r&#233;surgence d'esth&#233;tiques enfouies dans l'intime de l'artiste et sous les pas coloniaux de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit plus haut, Roberto Cabot refuse l'id&#233;e d'une identit&#233; artistique fixe ou d'un style reconnaissable qui constituerait la signature de son travail. Pour lui, l'identit&#233; ne se situe pas dans la r&#233;p&#233;tition d'une forme mais dans la continuit&#233; d'une recherche. Cette position trouve ses racines dans une biographie marqu&#233;e par les circulations culturelles. N&#233; au Br&#233;sil dans une famille dont les origines se partagent entre l'Europe et l'Am&#233;rique du Sud, Cabot grandit dans un environnement o&#249; plusieurs traditions s'entrem&#234;lent en racines disjointes. Les d&#233;placements g&#233;ographiques multiples, faits d'allers-retours entre le Br&#233;sil, l'Europe, les &#201;tats-Unis, contribuent &#224; forger une relation mobile &#224; l'identit&#233;, faite de passages plut&#244;t que d'appartenances stables. Comme si c'&#233;tait le territoire qui s'inscrivait dans le corps et non le corps ancr&#233; dans le monde depuis un territoire. L'un des &#233;l&#233;ments d&#233;terminants de cette exp&#233;rience est son contact pr&#233;coce avec les traditions afro-br&#233;siliennes, se d&#233;placer &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur des espaces lui donne une lecture particuli&#232;re des syst&#232;mes de pouvoir, des processus d'effacement, &#224; partir de ce qui se joue autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa grand-m&#232;re dirige un centre religieux situ&#233; dans un quartier populaire de Rio, au c&#339;ur d'une communaut&#233; o&#249; surgit encore en puissance, subsiste une r&#233;alit&#233; presque &#233;th&#233;r&#233;e, de son contraste avec l'effacement qui a d&#233;j&#224; eu lieu partout ailleurs. L'enfant qui fr&#233;quente ce lieu qui persiste comme une luciole dans un paysage recompos&#233;, observe les rituels, les symboles et les objets, se socialise dans cet univers spirituel. Ces exp&#233;riences nourrissent une sensibilit&#233; particuli&#232;re &#224; des formes culturelles qui, bien que centrales dans l'histoire br&#233;silienne, ont longtemps &#233;t&#233; marginalis&#233;es dans les r&#233;cits officiels. Son contexte familial et social s'inscrit ainsi dans une histoire plus large. Cabot rappelle souvent que la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne a &#233;t&#233; profond&#233;ment marqu&#233;e par des politiques de blanchiment de la population mises en &#339;uvre &#224; la fin du XIX&#7497; si&#232;cle. &#171; On se souvient peu qu'au Br&#233;sil, on &#233;tait noirs &#187;. L'immigration massive de populations europ&#233;ennes visait alors &#224; transformer la composition raciale du pays et &#224; renforcer l'influence culturelle occidentale. Ce processus a contribu&#233; &#224; invisibiliser certaines &#233;lites culturelles afrodescendantes et &#224; rel&#233;guer de nombreuses populations noires dans les marges sociales.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27041 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cabot-alephii-berlin-2008.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/cabot-alephii-berlin-2008-0ab33.jpg?1773769451' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Aleph III, 2001
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Cabot ne cherche pas &#224; revendiquer une identit&#233; hybride ni &#224; se situer dans une opposition frontale entre traditions culturelles. Il pr&#233;f&#232;re occuper un espace interm&#233;diaire, un lieu de passage o&#249; les r&#233;f&#233;rences se d&#233;placent et se recomposent. Les &#233;l&#233;ments culturels sont la trace d'exp&#233;riences et de m&#233;moires multiples. Cette position explique aussi son rapport ambivalent au monde de l'art international. Tr&#232;s t&#244;t Roberto Cabot entre, presque projet&#233;, dans les circuits institutionnels et commerciaux qui structurent la sc&#232;ne artistique contemporaine internationale. Pourtant, cette reconnaissance ne se traduit pas par une adh&#233;sion aux cat&#233;gories qui dominent ce milieu. M&#234;me si le jeu est ma&#238;tris&#233;e (on trouve une grande somme de publication &#224; propos de ses travaux en fin d'article), l'artiste demeure dans une posture critique ou plut&#244;t en l&#233;ger d&#233;calage, cherchant constamment &#224; d&#233;jouer les assignations identitaires ou stylistiques que ces institutions pourraient lui imposer. Une identit&#233; qui n'est pas en exil, qui ne cherche pas &#224; trouver un territoire particulier mais qui dialogue et ainsi circule et s'incarne dans un corps inscrit dans ce qui semble &#234;tre une h&#233;t&#233;rogen&#232;se territoriale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27038 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/r.cabot-schirmonikoog-1993.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH403/r.cabot-schirmonikoog-1993-247c2.jpg?1773769451' width='500' height='403' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Schiermonikoog, Friday, 1995
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paysage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous suivons donc une trajectoire sensible qui puise dans une intellectualisation nouvelle, non-renouvel&#233;e mais g&#233;n&#233;tiquement nouvelle, du paysage. L'artiste affirme lui-m&#234;me travailler cette question depuis plus de quarante ans. M&#234;me lorsque ses &#339;uvres semblent s'en &#233;loigner &#8212; par exemple dans certaines natures mortes r&#233;alis&#233;es d&#232;s les ann&#233;es 1980 &#8212; le paysage demeure pr&#233;sent comme structure sous-jacente. Car chez Cabot, le paysage n'est jamais seulement un motif pictural. Il constitue une mani&#232;re d'interroger la relation entre les individus, l'espace et les formes culturelles qui organisent notre perception standardis&#233;e du monde. Le paysage devient alors un lieu de r&#233;flexion, non plus de contemplation, de m&#233;moire, de souvenirs enfouis. L'&#339;uvre n'est plus une proposition mais un dispositif interactif, dialogique qui fonctionne comme un environnement, d&#233;crit d&#233;j&#224; par les interactionnistes am&#233;ricains des ann&#233;es 1920. C'est le rapport &#224; l'environnement qui se joue, pas seulement ce qu'il produit. Comme une praxis &#233;cologique ? une &#233;cologisation du rapport &#224; l'environnement&#8230; Mais je sors du cadre de la logique s&#233;mantique ici je crois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/r_cabot_gardendiversity_s.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH361/r_cabot_gardendiversity_s-793f0.jpg?1773513299' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le jardin des diversite&#769;s, huile sur toile, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ses peintures r&#233;alis&#233;es &#224; partir de l'observation directe, Roberto Cabot s'attache &#224; des situations ordinaires : fragments de ville, objets domestiques, paysages c&#244;tiers. Ces sc&#232;nes peuvent sembler modestes ou banales, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette banalit&#233; qui l'int&#233;resse. L'artiste cherche &#224; &#233;chapper &#224; la logique spectaculaire qui domine la culture visuelle contemporaine. Il s'agit de retrouver une forme d'attention au monde, une mani&#232;re de regarder les choses les plus simples comme des configurations sensibles capables de produire du sens, non un sentiment d'harmonie. Ce que trop souvent, on demande &#224; la nature, aux paysages, &#224; leur picturalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage, invention historique relativement r&#233;cente dans la tradition europ&#233;enne, impose une mani&#232;re de se placer face au monde pour le contempler. Dans de nombreuses cultures, la relation &#224; l'environnement ne passe pas par cette s&#233;paration entre un sujet observateur et un monde observ&#233;, syst&#232;me anthropoc&#233;nique d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233; par Descola, Goody et d'autres ma&#238;tres d'une anthropologie europ&#233;enne notamment qui ont particip&#233;, malgr&#233; eux, &#224; la d&#233;construction de l'existence d'une pluralit&#233; de r&#233;alit&#233;s vivantes. Finalement Cabot propose un espace d'exploration sensible, ce qu'il aurait &#233;t&#233; d'un monde o&#249; des r&#233;alit&#233;s se c&#244;toient, sans domination particuli&#232;re de l'une sur une autre. Le paysage occidental repose souvent sur une position ext&#233;rieure, qui s'impose, mais dans d'autres traditions culturelles, l'espace est per&#231;u comme un ensemble de relations vivantes dans lesquelles l'observateur est lui-m&#234;me impliqu&#233; ; l'&#339;uvre se visite, elle ne se contemple pas dans un espace qui se visite. Cette tension traverse l'ensemble de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines &#339;uvres, le paysage appara&#238;t encore comme une structure organis&#233;e, travers&#233;e par des lignes, des architectures ou des syst&#232;mes de communication. Dans d'autres, il se transforme en un espace plus organique o&#249; les formes semblent se recomposer continuellement, voire se &lt;i&gt;d&#233;sorganisiser,&lt;/i&gt; fix&#233;s par l'artiste dans le moment de la rupture et de la reconfiguration. Peut-&#234;tre &#224; l'image de la charni&#232;re dans laquelle notre cosmologie universelle se trouve, face aux paradoxes de l'&#233;cosyst&#232;me dont elle a accouch&#233;, dont les structures reposent sur des jeux guerriers, d&#233;vastateurs, des syst&#232;mes de dominations, for&#231;ant &#224; des configurations &#233;crasantes de la nature dont nous sommes les sujets acteurs, devenus consommateurs spectateurs. Cette r&#233;flexion se prolonge &#233;troitement dans les installations technologiques de Cabot. Les dispositifs de cam&#233;ras, de miroirs ou de projections qu'il met en place transforment l'espace de l'exposition en un environnement dynamique, hors-sol, hors-territoires. Le spectateur en s'extirpant du cadre narratif conventionnel de l'exposition, devient lui-m&#234;me &#233;l&#233;ment de paysage. Il devient ce qui doit &#234;tre vu pendant la visite. Le paysage ainsi constitu&#233; cesse alors d'&#234;tre un simple objet de repr&#233;sentation. Il devient une exp&#233;rience, un processus dans lequel l'image, le regard et la pr&#233;sence humaine font lien, fusionnent tout en se reconfigurant sans cesse au gr&#233; des visiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/l.arrivee-116x81-2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH353/l.arrivee-116x81-2023-e0826.jpg?1773769451' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;L'arrive&#769;e, huile sur toile, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'extirper du paysage ne signifie pas en sortir. C'est s'extirper du lieu commun de son exploration, le corps embarquant le regard. Dans l'&#339;uvre de Roberto Cabot, le paysage cesse d'&#234;tre un d&#233;cor, un cadre dans lequel le monde se laisserait contempler &#224; distance. Il devient un champ de relations, une structure vivante o&#249; les histoires, les m&#233;moires et les corps circulent. Ce n'est pas l'exploration philosophique mais exp&#233;rientielle, celle de l'intime et de l'universel. Cette co-configuration engage bien plus qu'une question esth&#233;tique. Elle touche &#224; la mani&#232;re dont les formes artistiques h&#233;rit&#233;es de la modernit&#233; ont organis&#233; notre perception du monde et influenc&#233; la production et la praxis en art. En les reprenant pour mieux les d&#233;placer, Cabot ne cherche pas &#224; produire une rupture spectaculaire. Il introduit plut&#244;t une perturbation lente, presque imperceptible, dans les dispositifs qui encadrent notre regard. Le paysage, dans ce contexte, appara&#238;t comme un espace critique. Non pas un lieu d'harmonie retrouv&#233;e mais un terrain o&#249; se r&#233;v&#232;lent les tensions historiques, les effacements mais surtout les survivances, ce qui survient. Ce qui a &#233;t&#233; refoul&#233; par les r&#233;cits dominants de l'art moderne r&#233;appara&#238;t sous forme de traces, de fragments, d'&#233;chos, de r&#233;sonances. C'est ce qui le fait et ce qui peut &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; d&#233;faire qui s'instruit, non pas ce &lt;i&gt;qu'il&lt;/i&gt; est au moment de sa fixation par la main de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue quand soudain, la main dans un mouvement, fixe le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs r&#233;gimes de perception peuvent alors coexister. Un espace o&#249; le spectateur devenu &lt;i&gt;spectactacteur&lt;/i&gt; est devant, dedans, depuis le paysage. Dans cet entrelacs d'&#233;tant avec l'&#339;uvre, le paysage pour le sujet spectateur et agissant, cesse d'&#234;tre une image du monde. Il devient une exp&#233;rience, celle d'un r&#233;el potentiel, non-fix&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dynamique silencieuse s'installe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Site : &lt;a href=&#034;https://robertocabot.net/about-the-artist&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://robertocabot.net/about-the-artist&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://lap.ehess.fr/membres/roberto-cabot&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lap.ehess.fr/membres/roberto-cabot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes les photos : &#169; Roberto Cabot&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Palimpseste</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Palimpseste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Palimpseste</guid>
		<dc:date>2026-04-04T09:09:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Dumas</dc:creator>


		<dc:subject>Photo plasticienne</dc:subject>
		<dc:subject>Smaris Elaphus</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je suis un enfant du si&#232;cle, pas celui d'Alfred malheureusement, mais celui de l'ordinateur, et, par cons&#233;quent, je n'ai pas de m&#233;moire, car elle ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Photo-plasticienne" rel="tag"&gt;Photo plasticienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Smaris-Elaphus" rel="tag"&gt;Smaris Elaphus&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH119/le_ravissement-7d6a9.jpg?1775293759' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je suis un enfant du si&#232;cle, pas celui d'Alfred malheureusement, mais celui de l'ordinateur, et, par cons&#233;quent, je n'ai pas de m&#233;moire, car elle ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_26971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/georges_dumas_-_pre_monition_-_2025-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH699/georges_dumas_-_pre_monition_-_2025-2-d16ad.jpg?1772793786' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;monition, 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je dis je comme je pourrais dire tu, elle, nous, vous, ils : l'amn&#233;sie est g&#233;n&#233;ralis&#233;e, elle ne concerne pas que les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Bien s&#251;r on trouve toujours des hypermn&#233;siques, des gens dont l'esprit est configur&#233; comme une arche de No&#233; ou comme un vaste meuble dans lequel ils retrouvent tout ce qu'ils ont appris les yeux ferm&#233;s parce que tout y a &#233;t&#233; soigneusement et rigoureusement rang&#233;, class&#233;. Ce sont les descendants de Cic&#233;ron et d'Hugues de Saint-Victor, les nouvelles b&#234;tes de foire de notre &#233;poque : ils &#233;tonnent, ils amusent, ils ne servent &#224; rien. Pourquoi se souvenir quand la machine le fait tellement mieux que nous ? Pourquoi poss&#233;der et conserver quand tout est en libre-service, &#224; port&#233;e de doigt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire humaine devient cette chose subjective et indisciplin&#233;e o&#249; tout s'accumule et s'empile sans ordre, jour apr&#232;s jour, au gr&#233; d'une activit&#233; mentale carburant &#224; l'information qui par nature est neutre et indiff&#233;renci&#233;e. Carburant aussi aux &#233;motions, aux affects. Un vrai capharna&#252;m, vaguement organis&#233; pour satisfaire aux besoins de la soci&#233;t&#233; industrielle et aux exigences de la communication. Pour le reste, il faut se d&#233;brouiller, et on se d&#233;brouille de moins en moins bien, &#233;tant mal &#233;quip&#233;, mal adapt&#233; pour survivre dans un monde cybern&#233;tique. C'est s&#251;rement ce que se diront les intelligences artificielles qui nous r&#233;genteront bient&#244;t, se posant la question de la pertinence de garder l'&#234;tre humain &#224; la surface de la plan&#232;te et se demandant si les andro&#239;des r&#234;veront de moutons &#233;lectriques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/georges_dumas_-_mon_prince_viendra_-_2025-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH673/georges_dumas_-_mon_prince_viendra_-_2025-2-20298.jpg?1772793786' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mon prince viendra, 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En attendant cette &#233;radication totale par la machine, il nous reste donc ce d&#233;potoir &#224; souvenirs constamment bombard&#233; par des bits d'information qui en changent &#224; chaque instant la composition et la structure. La m&#233;moire n'est pas perturb&#233;e par du bruit comme un disque dur serait corrompu par des erreurs informatiques ou des turbulences magn&#233;tiques, la m&#233;moire est devenue bruit, elle en est indissociable. Elle a beau compresser sons, images, mots, odeurs, saveurs et sensations, elle n'a pas la place pour tout garder, et encore moins pour tout garder de mani&#232;re &#233;tanche et distincte. Elle amalgame, elle fusionne, elle confond, elle remplace, elle apparie, elle hybride. L'espace &#233;tant compt&#233;, elle doit gratter la surface enregistrable comme le copiste m&#233;di&#233;val devait gratter le parchemin pour r&#233;&#233;crire par-dessus. Elle est devenue un gigantesque palimpseste o&#249; le neuf &#233;crase le vieux, le r&#233;cent efface l'ancien, l'appris d&#233;loge le v&#233;cu. Elle oublie, elle invente. Elle retranche, elle ajoute. Parfois la surface mal gratt&#233;e voit r&#233;appara&#238;tre des fragments qui se m&#233;langent &#224; ce qui les a recouverts. Deux temporalit&#233;s compl&#232;tement diff&#233;rentes coexistent, deux g&#233;ographies &#233;loign&#233;es se superposent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26969 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/georges_dumas_-_les_amants_se_pare_s_-_2025-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH672/georges_dumas_-_les_amants_se_pare_s_-_2025-2-5fb99.jpg?1772793786' width='500' height='672' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les Amants se&#769;pare&#769;s, 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce pan de mur jaune dans la &lt;i&gt;Vue de Delft&lt;/i&gt; de Vermeer, l'ai-je vraiment vu ? Je me souviens mieux de ce que Proust en disait dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; que du tableau que je crois avoir vu &#224; La Haye. D'ailleurs, est-ce le texte de Proust que je me rappelle, ou est-ce le commentaire d'un professeur de litt&#233;rature qui en parlait dans un cours que je ne saurais plus situer dans ma scolarit&#233; ? Je ne sais plus. Si je veux revoir le tableau, il me suffit de faire une recherche sur Internet et j'en ai mille repr&#233;sentations sous les yeux en une fraction de seconde. Mais l'objet pictural et litt&#233;raire enfoui dans ma m&#233;moire, ce n'est pas ce qui appara&#238;t sur l'&#233;cran de mon smartphone, cela n'a m&#234;me rien &#224; voir. C'est une chose qui n'appartient qu'&#224; moi, que je ne peux pas partager, que je peux &#224; peine d&#233;crire, le fruit d'une idiosyncrasie irr&#233;ductible au monde de la machine, un artefact unique attestant une humanit&#233; qui ne se r&#233;sume pas &#224; un code g&#233;n&#233;tique. Enfin, si ma m&#233;moire est bonne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/georges_dumas_-_ramo_della_salvezza_-_2025.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH699/georges_dumas_-_ramo_della_salvezza_-_2025-e5857.jpg?1772793786' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ramo della salvezza, 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Le Ravissement, Georges Dumas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Smaris Elaphus N&#176;03 : M&#233;moire et bruits&lt;br class='autobr' /&gt;
En librairie sur commande et en ligne&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN-10 &#8207; : &#8206; 2372282204&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN-13 &#8207; : &#8206; 978-2372282208&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27066 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/gif/couv-se03-pr-com-3-corr.gif' width=&#034;300&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jardin des Ignorances</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Jardin-des-Ignorances</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Jardin-des-Ignorances</guid>
		<dc:date>2026-04-04T08:59:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Byurak</dc:creator>


		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>quanta</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le duo Byurak, compos&#233; de Cheyon WOO et Jaeyoung KIM, d&#233;veloppe depuis 2021 une pratique m&#234;lant nouveaux m&#233;dias, installation et son, explorant les relations entre perception, technologie et structures sociales.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Expositions" rel="directory"&gt;Expositions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Coree" rel="tag"&gt;Cor&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/quanta" rel="tag"&gt;quanta&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH138/cheyon_woo-c341f.jpg?1775293759' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='138' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le duo Byurak, compos&#233; de Cheyon WOO et Jaeyoung KIM, d&#233;veloppe depuis 2021 une pratique m&#234;lant nouveaux m&#233;dias, installation et son, explorant les relations entre perception, technologie et structures sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le travail du duo interroge la notion de structure comme syst&#232;me de rationalit&#233; et de hi&#233;rarchisation, capable d'objectiver et d'invisibiliser les individus. &#192; travers des dispositifs immersifs et participatifs (3D, VR, IA), les artistes transforment ces structures en exp&#233;riences sensibles, engageant le corps et la responsabilit&#233; du spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mobilisant des m&#233;taphores issues de l'&#233;cosyst&#232;me, de la disparition des donn&#233;es ou de la dissolution des r&#233;cits, BYURAK propose des &#339;uvres o&#249; se croisent rupture, isolement et possibilit&#233;s de r&#233;paration, ouvrant un espace de r&#233;flexion po&#233;tique sur la place de l'individu dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1174803004?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;jardin des ignorances&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jardin des Ignorances, 2021, Installation, Mat&#233;riaux Mixtes (Installation, Son, VR)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initi&#233;e pendant la p&#233;riode du Covid, dans le cadre d'un programme de soutien gouvernemental contre les violences et discriminations envers les Asiatiques, cette installation se d&#233;ploie &#224; travers plusieurs niveaux de perception technologique, en &#233;cho &#224; la relation complexe entre la soci&#233;t&#233; et l'individu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'installation invite le public &#224; une exp&#233;rience physique de rupture et de fusion. Certaines sc&#232;nes et certains sons ne sont accessibles qu'&#224; l'aide d'un casque de r&#233;alit&#233; virtuelle, &#233;voquant la mani&#232;re dont l'histoire d'un individu demeure souvent invisible aux autres sans un r&#233;el d&#233;sir de comprendre et d'agir. Des voix g&#233;n&#233;r&#233;es par une intelligence artificielle r&#233;v&#232;lent la banalisation de l'objectification des individus dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jardin est un &#233;cosyst&#232;me, mais la vie ne s'y &#233;panouit pas par la simple juxtaposition de conditions. Une vie objectifi&#233;e peut exister dans le sol sans jamais parvenir &#224; s'enraciner. En &#233;tablissant une analogie entre l'isolement social et l'&#233;cosyst&#232;me botanique, l'installation propose une exp&#233;rience d'exposition &#224; la fois multicouche et po&#233;tique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;&lt;a href='https://www.tk-21.com/Sol-Mur-Temps-Intrication-2023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sol Mur Temps/Intrication 2025&lt;/u&gt;&lt;/i&gt; est un projet curatorial de &lt;u&gt;Chong Jae Kyoo&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Stepstones</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Stepstones</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Stepstones</guid>
		<dc:date>2026-04-04T08:58:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joowon JO</dc:creator>


		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis plus d'une d&#233;cennie, Jo Joowon explore la zone de contact entre le visible et l'invisible, en faisant dialoguer mat&#233;riaux traditionnels et technologies num&#233;riques. Cette recherche a r&#233;cemment trouv&#233; une forme particuli&#232;rement aboutie dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Stepstones.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Expositions" rel="directory"&gt;Expositions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Coree" rel="tag"&gt;Cor&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/joowon_jo-81171.jpg?1775293760' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus d'une d&#233;cennie, Jo Joowon explore la zone de contact entre le visible et l'invisible, en faisant dialoguer mat&#233;riaux traditionnels et technologies num&#233;riques. Cette recherche a r&#233;cemment trouv&#233; une forme particuli&#232;rement aboutie dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Stepstones.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'impulsion premi&#232;re na&#238;t d'une randonn&#233;e solitaire. En chemin, l'artiste aper&#231;oit un cairn, modeste empilement de pierres &#233;lev&#233; par un inconnu. Ce signe discret, dress&#233; dans la verticalit&#233;, devient aussit&#244;t un message de solidarit&#233; silencieuse. De retour &#224; l'atelier, ce souvenir se transforme : les pierres ne sont plus redistribu&#233;es vers le haut, mais &#224; l'horizontale, afin de former une suite de dalles invitant &#224; avancer. Le cairn, colonne o&#249; se concentre l'espoir, se m&#233;tamorphose ainsi en sentier o&#249; celui-ci circule, pas apr&#232;s pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de cr&#233;ation associe gestes ancestraux et outils contemporains. Des pierres pr&#233;lev&#233;es en montagne sont capt&#233;es par photogramm&#233;trie haute d&#233;finition, puis affin&#233;es en volumes virtuels afin d'en pr&#233;server le moindre relief. Sur du papier Hanji, Jo Joowon trace &#224; l'encre de Muk des motifs r&#233;p&#233;titifs &#233;voquant la pr&#233;sence et l'absence ; ces dessins sont ensuite projet&#233;s par mappage UV sur les surfaces lithiques num&#233;ris&#233;es. Les blocs textur&#233;s sont plong&#233;s dans un moteur graphique en temps r&#233;el, o&#249; ils flottent sur une nappe liquide virtuelle et s'ordonnent en un chemin praticable. Cam&#233;ra et &#233;clairage sont con&#231;us de mani&#232;re &#224; engager physiquement le visiteur dans une progression de pierre en pierre. L'installation se d&#233;ploie sous forme de vid&#233;o en ultra-haute d&#233;finition, de tirages pigmentaires grand format et d'un environnement en r&#233;alit&#233; virtuelle, si bien qu'une m&#234;me &#339;uvre traverse &#224; la fois l'espace physique et l'espace simul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Stepstones,&lt;/i&gt; chaque pierre devient un r&#233;ceptacle d'intentions. Transplant&#233;e du monde tangible vers un paysage num&#233;rique, la roche calligraphi&#233;e incarne les liens invisibles qui unissent les &#234;tres. L'encre et le Hanji r&#233;pondent &#224; la photogramm&#233;trie et au rendu en temps r&#233;el, formant une membrane vibrante entre vie et mort, mati&#232;re et immat&#233;rialit&#233;, pr&#233;sence et absence. &#192; mesure que le public emprunte le sentier, les pierres semblent se r&#233;agencer sous ses pas ; souvenirs et souhaits individuels s'entrelacent alors &#224; une trajectoire collective, r&#233;v&#233;lant que l'on peut &#234;tre &#224; la fois seul et d&#233;j&#224; reli&#233; aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de l'hyperconnexion, o&#249; la solitude persiste, &lt;i&gt;Stepstones&lt;/i&gt; rappelle qu'exister consiste autant &#224; laisser une trace qu'&#224; reconna&#238;tre celle d'autrui. Chaque dalle d&#233;pos&#233;e vers l'avant figure une esp&#233;rance partag&#233;e. En traversant ce chemin, le spectateur compl&#232;te l'&#339;uvre par son propre r&#233;cit, tandis que celle-ci se recompose sans cesse : un pont de pas communs qui, dans un monde en mutation continue, ouvre de nouvelles directions &#224; explorer.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1174801717?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Joowon JO, 4 vide&#769;os&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 vid&#233;os (Ocean, Ocean War, Stepstones n118, Stepstones n120 Origin),&#8239;2022-2023, vid&#233;o&#8239;UHD, couleur, son, 4 min 15 s &#169;&#8239;Joowon JO&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Montage vid&#233;o r&#233;alis&#233; &#224; partir de 4 &#339;uvres individuelles cr&#233;&#233;es entre 2022 et 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;&lt;a href='https://www.tk-21.com/Sol-Mur-Temps-Intrication-2023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sol Mur Temps/Intrication 2025&lt;/u&gt;&lt;/i&gt; est un projet curatorial de &lt;u&gt;Chong Jae Kyoo&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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