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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Entretien avec Bernard Moninot</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Thierry</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous buvons un caf&#233;, Bernard Moninot me pr&#233;sente le livre &#171; Le fil d'alerte &#187; (Paris, Beaux-Arts de Paris, et l'institut ACTE de la Sorbonne - 2025), puis je lui pose la premi&#232;re question sur sa conception du rapport de co-construction entre Arts et Sciences. Ensuite j'&#233;coute&#8230; en prenant le plus de notes possibles.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH108/paysages-chantier-en-cours-18-1500x1081-6cdfb.jpg?1785414780' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous buvons un caf&#233;, Bernard Moninot me pr&#233;sente le livre &#171; Le fil d'alerte &#187; (Paris, Beaux-Arts de Paris, et l'institut ACTE de la Sorbonne - 2025), puis je lui pose la premi&#232;re question sur sa conception du rapport de co-construction entre Arts et Sciences. Ensuite j'&#233;coute&#8230; en prenant le plus de notes possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_27640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1-40.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH565/1-40-25b87.jpg?1784278813' width='500' height='565' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation dans l'art est, sur de nombreux points, semblable &#224; la recherche en sciences : elle correspond &#224; la mise en &#339;uvre de l'intelligence collective. L'artiste h&#233;rite de toute une culture transmise par l'histoire de l'Art mais surtout par la forme des &#339;uvres dans leur langage silencieux : le langage des formes. Chaque &#339;uvre contient en germes et en puissance une multitude d'&#339;uvres possibles. Lorsqu'elle est un &#233;v&#232;nement, une &#339;uvre passe aussi pour l'av&#232;nement d'autres &#339;uvres qui en d&#233;coulent (exemple : &lt;i&gt;Les demoiselles d'Avignon&lt;/i&gt; de Pablo Picasso). Bernard Moninot donne comme autre exemple l'&#339;uvre de Henri Matisse La nature morte aux aubergines, d&#233;pos&#233;e au mus&#233;e de Grenoble, dont certains artistes am&#233;ricains comme Robert Motherwell se sont empar&#233;s pour en tirer des solutions formelles ayant consid&#233;rablement influenc&#233; leurs &#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les fondements de l'art, &#224; la Renaissance, d&#232;s le XV&#7497; si&#232;cle, les sciences constituent un centre d'int&#233;r&#234;t central. Bernard Moninot a enseign&#233; la perspective, et il &#233;voque Filippo Brunelleschi imaginant &#224; Florence un dispositif exp&#233;rimental fondant la perspective scientifique et dont la validit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e en confrontant la repr&#233;sentation de l'espace et sa superposition &#224; l'image de la r&#233;alit&#233; telle qu'elle nous appara&#238;t en reflet dans un miroir. Cette exp&#233;rience constitue une d&#233;monstration qui a pr&#233;sid&#233; &#224; une r&#233;volution de la repr&#233;sentation de l'espace. Chez de nombreux artistes de la Renaissance (Piero della Francesca, L&#233;onard de Vinci, Albrecht D&#252;rer) il s'agit de tenter de g&#233;om&#233;triser et de math&#233;matiser le monde, d'en construire un syst&#232;me rationnel afin d'atteindre une plus grande v&#233;rit&#233; dans la peinture, afin que la peinture, &#171; cosa mentale &#187;, soit aussi perceptible dans des &#339;uvres livrant une image vraisemblable de notre appr&#233;hension (semblable &#224; la r&#233;alit&#233;). &#192; titre d'exemple, Bernard Moninot cite la limite et l'&#233;chec de cette tentative de rationalit&#233; qui est le th&#232;me de la c&#233;l&#232;bre gravure de D&#252;rer, &lt;i&gt;M&#233;lencolia,&lt;/i&gt; laquelle montre un ange en &#233;tat de d&#233;s&#339;uvrement, comme d&#233;pass&#233; par la complexit&#233; de ce monde infini qui s'ouvre &#224; lui. Cette confrontation de l'art avec l'impossible s'efface provisoirement pour r&#233;appara&#238;tre au XIX&#7497; si&#232;cle, ce moment o&#249; les progr&#232;s de la technique, suite &#224; l'apport philosophique du si&#232;cle des Lumi&#232;res, retrouve un &#233;cho chez certains artistes (Georges Seurat) et le scientifique Etienne Jules Marey, et plus tard encore au d&#233;but du XX&#7497; si&#232;cle avec Marcel Duchamp et le groupe de Puteaux (Guillaume Apollinaire, Francis Picabia, Constantin Brancusi, Fernand L&#233;ger, Jean Metzinger, Jacques Villon) qui r&#233;fl&#233;chissent ensemble afin de comprendre les cons&#233;quences de la th&#233;orie de la relativit&#233; d'Albert Einstein dans la repr&#233;sentation de l'espace en peinture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-45.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/2-45-61a79.jpg?1784278813' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot me confie que ce qui l'int&#233;resse dans les sciences, ce sont les ouvertures qu'elles proposent (exp&#233;riences de pens&#233;es), lesquelles permettent de penser autrement, de s'extraire des habitudes. Un artiste est un chercheur. L'artiste doit r&#233;pondre &#224; l'impossibilit&#233; de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233; et se mettre explorer des solutions imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit avoir plaisir &#224; travailler lorsqu'il y a quelque chose &#224; d&#233;couvrir. Les artistes exp&#233;rimentent pour trouver. Ses recherches sont parfois exp&#233;rimentales mais pour devenir &#339;uvre, il leur faut une traduction (une mise en forme(s)) afin d'atteindre une pertinence formelle. Pour l'artiste, il importe d'archiver ses recherches afin de comprendre que c'est le temps qui est au travail : pr&#233;senter l'ensemble d'une s&#233;rie, les essais, les repentirs, assumer l'incertitude. L'artiste dit travailler par ensembles ou s&#233;ries, comme des tentatives pour observer comment la pens&#233;e se d&#233;place et se cherche, et voir, dans l'&#233;cart entre les traces, la direction qu'elles indiquent. En somme, attendre pour atteindre autre chose. Les &#339;uvres int&#233;ressantes ne sont pas uniquement formelles mais aussi celles qui rec&#232;lent en elles la possibilit&#233; d'ouvrir des voies nouvelles et d'aller plus loin, vers ce que l'on ne sait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment communiquer ses passions ? Victor Hugo &#233;tait un g&#233;nial dessinateur qui construit tout un univers &#224; partir de t&#226;ches d'encre, de cendres et de caf&#233;. Picasso, lui, se concentrait sur le fonctionnement de sa pens&#233;e. Pour lui l'important n'&#233;tait pas ce &#224; quoi il pensait : femme, taureau, guitare, compotier. Ce qui l'int&#233;ressait, c'&#233;tait de voir comment ces formes se d&#233;pla&#231;aient dans sa pens&#233;e. Bernard Moninot, quant &#224; lui, proc&#232;de par &#233;tapes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (1) partir d'une id&#233;e (not&#233;e sur un cahier),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (2) dessiner une esquisse inform&#233;e de la date de l'heure et du lieu etc&#8230;,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (3) faire des recherches autour de l'id&#233;e initiale,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (4) construire une maquette, un mod&#232;le en trois dimensions d'apr&#232;s les esquisses,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (5) observer ce mod&#232;le dans la lumi&#232;re qui l'&#233;claire avec ses ombres port&#233;es,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (6) dessiner et photographier ces d&#233;placements de points de vue sur l'objet produit,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (7) construire ce dispositif &#224; &#233;chelle 1, dans sa vraie grandeur,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (8) revenir au dessin ou &#224; la peinture pour composer des &#339;uvre d'apr&#232;s ce mod&#232;le enti&#232;rement pens&#233; et construit.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class='spip_document_27641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-48.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3-48-599fa.jpg?1784278813' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le cosmos l'a beaucoup int&#233;ress&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot &#233;voque ensuite sa formation. Il a &#233;t&#233; inscrit dans une &#201;cole d'arts graphiques avant d'entrer aux Beaux-Arts, en 1967. Il &#233;voque les artistes qui ont marqu&#233; sa formation : Picasso, Marcel Duchamp, mais aussi les nouveaux r&#233;alistes comme Yves Klein, Jean Tinguely, Martial Raysse, Arman mais aussi Daniel Pommereulle, Piotr Kowalski, Jacques Monory et l'art am&#233;ricain qu'il d&#233;couvre gr&#226;ce &#224; la r&#233;trospective &#224; Paris des &#339;uvres de Robert Rauschenberg, mais aussi l'exposition portant sur le Bauhaus dans laquelle il admire l'&#339;uvre &lt;i&gt;Modulateur-Espace-Lumi&#232;re&lt;/i&gt; de Lazlo Moholy-Nagy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour Bernard Moninot, l'art ne peut &#234;tre d&#233;tach&#233; de l'histoire des soci&#233;t&#233;s. Il y a un lien entre histoire de l'art et histoire des sciences. Il cite CY Twonbly (peintre expressionniste abstrait). Il &#233;voque aussi le chaos comme moteur de la cr&#233;ation, en lien avec l'intuition, le hasard, l'inconscient. Ainsi, il dit avoir utilis&#233; le hasard dans la s&#233;rie &lt;i&gt;La m&#233;moire du vent&lt;/i&gt; : &#171; une &#339;uvre ne se construit pas uniquement &#224; partir d'une intention. Il faut aller de l'intention &#224; la forme, par exp&#233;rimentation &#187;. Le r&#233;sultat est une construction situ&#233;e entre la dimension mentale de la conception et le travail dans l'atelier, lequel cherche et tente de trouver une forme possible &#224; ce qui au d&#233;part n'est qu'une intuition. La solution ou une id&#233;e peut aussi arriver en r&#234;ve comme dans le projet &lt;i&gt;Sculpture de silence&lt;/i&gt;. Suite &#224; un r&#234;ve, il s'est agi pour lui, pendant trois ann&#233;es, d'&#233;laborer une forme possible &#224; partir de quelque chose d'invisible et d'inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot s'int&#233;resse &#224; des &#233;v&#233;nements sans importance, c'est ce qui, pour lui, fait de L&#233;onard de Vinci l'artiste le plus contemporain, gr&#226;ce &#224; l'intelligence qu'il avait en n'imposant aucune hi&#233;rarchie dans ses centres d'int&#233;r&#234;ts, ondes aquatiques, mouvements du vent, vol des oiseaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Bernard Moninot contempler un chantier ou un chiffon utilis&#233; afin de canaliser l'eau d'un caniveau, est un percept qui peut devenir le pr&#233;texte &#224; des &#339;uvres. R&#233;cemment, une s&#233;rie de dessins a &#233;t&#233; compos&#233;e d'apr&#232;s un &#233;v&#232;nement fugitif : la visions du passage d'un oiseau dans les rochers de la Recul&#233;e de Baume-les-Messieurs dans le Jura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste &#233;voque aussi une &#233;clipse totale de soleil et la trace laiss&#233;e sur un verre recouvert de noir de fum&#233;e sur lequel son p&#232;re avait grav&#233;, &#224; l'aide d'un clou, les phases de l'&#233;clipse. Ou encore la pr&#233;sence sur la table de travail de sa m&#232;re, peintre, d'un verre rempli de poudre Bleu outremer qui anticipera d'une dizaine d'ann&#233;e pour lui, la d&#233;couverte &#233;merveill&#233;e des monochromes peints avec ce m&#234;me bleu par Yves Klein. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste note dans un carnet avec curiosit&#233; qu'&#171; atteindre c'est atte i ndre &#187;, attendre (atteindre sans le i). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;voque aussi l'importance d'une exp&#233;rience de pens&#233;e de Galileo Galil&#233;e qu'il d&#233;couvre gr&#226;ce &#224; Jean Marc Levy Leblond et qui sera le pr&#233;texte &#224; un futur dessin dans un carnet Leporello.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en 1967 qu'il fait le lien entre la sciences et l'art : il fr&#233;quente &#224; cette &#233;poque les galeries d'avant-garde Claude Givaudan, Alexandre Iolas et Denise Ren&#233;. En 1968, il d&#233;couvre sur les murs de Paris une &#339;uvre de Piotr Kowalski (peintre, sculpteur, architecte et math&#233;maticien), une affiche non sign&#233;e &lt;i&gt;&#171; Ceci se d&#233;place &#224; 29 km/s &#187;&lt;/i&gt;, 29 km/s, c'est la vitesse &#224; laquelle se d&#233;place la terre par rapport au soleil. Simple &#233;nonc&#233;, cette &#339;uvre a beaucoup marqu&#233; Bernard Moninot, C'est la phrase qu'il a le plus souvent prononc&#233;e mentalement face &#224; des paysages en diff&#233;rents lieux du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &#233;changes avec son ami, l'astrophysicien Daniel Kunth, l'ont conduit &#224; faire un s&#233;jour d'une semaine &#224; l'observatoire de Haute-Provence pour r&#233;aliser un ACR&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atelier de cr&#233;ation radiophoniqueAtelier de cr&#233;ation radiophonique&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour France Culture, une &#233;mission de 52 minutes intitul&#233;e &#171; 12 millions d'ann&#233;es-lumi&#232;re d'ici &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot &#233;voque aussi la rencontre d&#233;terminante que fut la visite d'Alexandre Calder dans l'atelier de Piet Mondrian, visite oriente et d&#233;termine la suite de ses travaux. Sculpteur de Mobiles et Stabiles, selon la d&#233;finition de Duchamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot &#233;voque aussi les sph&#232;re Armillaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Instrument qui permet de repr&#233;senter conjointement le Ciel et la Terre sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Johannes K&#233;pler, mod&#233;lisations du cosmos et des mouvements des plan&#232;tes qui vont fortement influencer les artistes russes comme Alexandre Rodchenko, inventeur de formes nouvelles au sein du mouvement du constructivisme. Il cite aussi la collection d'art Russe de Georges Kostakis qui a permis &#224; l'Occident de d&#233;couvrir l'avant-garde russe &#224; l'occasion d'une grande exposition au MOMA, c&#233;l&#233;br&#233;e par les critiques d'art am&#233;ricains comme &#171; l'exposition du si&#232;cle ! &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Moninot parle avec grand plaisir du Palais de la D&#233;couverte, qu'il a visit&#233; de nombreuse fois, o&#249; sur des paillasses sont pr&#233;sent&#233;s des objets servant &#224; des exp&#233;riences scientifiques accomplies devant le public des visiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets au fonctionnement &#233;nigmatique lui ont inspir&#233; certaines de ses installations. Celles-ci n'illustrent cependant pas les dispositifs scientifiques. Il pr&#233;f&#232;re cr&#233;er des objets/questions dont la fonction est simplement de conserver cette puissance interrogative : Qui suis-je pour toi ? Quelle est ma fonction ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La valeur des &#339;uvres r&#233;side dans la capacit&#233; qu'elles ont de restituer pour nous l'imaginaire qui se trouve dans la substance m&#234;me des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Moninot pose aussi cette question : comment fixer ou donner forme &#224; un instant ? Il &#233;voque le compositeur John Cage qui proposait aux interpr&#232;tes de jouer certaines de ses &#339;uvres dans un ordre al&#233;atoire en jetant sur le sol les partitions pour les interpr&#233;ter selon l'ordre dict&#233; par le hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard Moninot est aussi tr&#232;s int&#233;ress&#233;, et depuis longtemps, par l'art du trait des charpentiers. Ces trac&#233;s qui n'ont aucune vis&#233;e esth&#233;tique mais sont tr&#232;s int&#233;ressants dans leur mode de production.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'aide d'un cordeau enduit de la poudre de pigment bleu il est possible de tracer des traits de plusieurs dizaines de m&#232;tres en une fraction de seconde. Ce proc&#233;d&#233; encore utilis&#233; actuellement a &#233;t&#233; invent&#233; dans l'Antiquit&#233;, on en trouve des traces en &#201;gypte et en Gr&#232;ce. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en &#233;tudiant ce processus technique qu'il a invent&#233; une m&#233;thode nouvelle de dessin &#171; Le dessin d&#233;coch&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai tent&#233; de retranscrire ci-dessus les paroles de Bernard Moninot, exercice particuli&#232;rement difficile, car je l'ai laiss&#233; parler durant 2h30 sans presque jamais l'interrompre. L'artiste n'a pas re&#231;u de formation scientifique, mais il se montre extr&#234;mement attentif aux d&#233;couvertes scientifiques. Duchamp ne disait-il pas : &#171; Un artiste doit &#234;tre au fait des connaissances de son &#233;poque &#187;. Objectif de plus en plus inaccessible dans notre monde mais qu'il faut garder &#224; l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa pratique du dessin sur papier ou dans l'espace, &#224; sa fa&#231;on il a recours &#224; des mati&#232;res ou &#224; des ph&#233;nom&#232;nes : Lumi&#232;re, Ombres, Ondes sonores, Vent, ainsi qu'&#224; des m&#233;thodes exp&#233;rimentales dans le but de trouver des solutions plastiques in&#233;dites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a collabor&#233; avec l'astrophysicien Daniel Kunth. Mais les sciences ne sont pas l'unique source d'inspiration de l'artiste, Alors que les sciences cherchent &#224; comprendre et &#224; expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par une observation, une exp&#233;rimentation et une analyse rigoureuses, les arts explorent le monde par le biais d'interpr&#233;tations subjectives, d'&#233;motions et d'exp&#233;riences sensorielles. Cependant certains &#233;nonc&#233;s scientifiques ont une r&#233;elle puissance po&#233;tique comme dans l'&#339;uvre de Kowalski, cit&#233;e ci-dessus,&lt;/i&gt; &#171; Ceci se d&#233;place &#224; 29 km/s &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Bernard Moninot est un auditeur fid&#232;le de France Culture en particulier des &#233;missions sur les sciences. Je remarque sur sa table le livre de C&#233;dric Villani et Karol Beffa &#171; Les coulisses de la cr&#233;ation &#187; (Paris, &#201;ditions Flammarion, coll. Champs, 2017).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remercie Bernard Moninot pour son accueil si chaleureux, sa disponibilit&#233; et la relecture attentive de ces quelques pages.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Atelier de cr&#233;ation radiophoniqueAtelier de cr&#233;ation radiophonique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Instrument qui permet de repr&#233;senter conjointement le Ciel et la Terre sur laquelle se trouve l'observateur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marc Thierry&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef des Cahiers rationalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
Merci &#224; Christian Ruby et &#224; Mich&#232;le Leduc pour leur travail minutieux de relecture&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arts &amp; Sciences : Un simple suppl&#233;ment d'art ou de science ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Arts-Sciences-Un-simple-supplement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Arts-Sciences-Un-simple-supplement</guid>
		<dc:date>2026-07-30T12:25:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'engouement pour les projets de collaboration arts-sciences se traduit &#224; la fois dans la multiplication des programmes de r&#233;sidences arts-sciences, en particulier dans le milieu de la recherche acad&#233;mique (institutions, Coll&#232;ge de France, universit&#233;s), et dans la programmation propos&#233;e par de nombreux lieux culturels, Labs et Tiers-lieux, mais aussi galeries d'art, quand cela ne concerne pas des revues th&#233;oriques. Au-del&#224; de ces engagements, il t&#233;moigne d'une cr&#233;dibilit&#233; partag&#233;e quant &#224; la n&#233;cessit&#233; et la fertilit&#233; d'un d&#233;cloisonnement potentiel des mondes des sciences et des arts, et &#224; la capacit&#233; de ces croisements &#224; engendrer de nouveaux objets de connaissances et de conceptions du monde, &#233;ventuellement promoteurs d'une vivification de l'esprit public.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH76/xl_screenshot_2023-12-15_at_09-02-47_enquetenationale-tras-final-13ea9.png?1785414780' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'engouement pour les projets de collaboration arts-sciences se traduit &#224; la fois dans la multiplication des programmes de r&#233;sidences arts-sciences, en particulier dans le milieu de la recherche acad&#233;mique (institutions, Coll&#232;ge de France, universit&#233;s), et dans la programmation propos&#233;e par de nombreux lieux culturels, Labs et Tiers-lieux, mais aussi galeries d'art, quand cela ne concerne pas des revues th&#233;oriques. Au-del&#224; de ces engagements, il t&#233;moigne d'une cr&#233;dibilit&#233; partag&#233;e quant &#224; la n&#233;cessit&#233; et la fertilit&#233; d'un d&#233;cloisonnement potentiel des mondes des sciences et des arts, et &#224; la capacit&#233; de ces croisements &#224; engendrer de nouveaux objets de connaissances et de conceptions du monde, &#233;ventuellement promoteurs d'une vivification de l'esprit public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais peu d'&#233;tudes fines &#8211; il faudrait donc reprendre l'enqu&#234;te de 2022-2023 dont le rendu ouvre cette chronique &#8211; portent un regard r&#233;flexif et critique sur ces exp&#233;riences de collaboration entre artistes et chercheurs ou chercheuses, et surtout sur les pr&#233;suppos&#233;s philosophiques ou culturels engag&#233;s par les un&#183;es et les autres, sur les repr&#233;sentations des sciences et des arts. Ce qui est pourtant central au vu de ces condensations probl&#233;matiques que manifeste le vocabulaire de LA Science et de L'Art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fil conducteur de cet article, qui prend en charge et amplifie la perspective d'une revue, &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente&lt;/i&gt;, et se relie &#224; un entretien avec un artiste, Bernard Moninot, que pr&#233;sente Marc Thierry. Pour penser les &lt;i&gt;rapports&lt;/i&gt; Arts &amp; Sciences, il convient de se d&#233;faire de nombreux pr&#233;jug&#233;s. Pour pratiquer des &lt;i&gt;rapports&lt;/i&gt; entre Arts &amp; Sciences, il faut reconna&#238;tre que les optiques d'un &#171; m&#233;lange &#187;, d'un pluri(-disciplinaire), d'un multi(-disciplinaire), etc., souvent mises en avant, n'ont d'int&#233;r&#234;t que sous la forme de la co-construction d'objets in&#233;dits entre chacun des domaines (arts et sciences).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien l'objectif du num&#233;ro (n&#176; 236, janvier 2026) de la revue &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente&lt;/i&gt; auquel nous nous adossons, intitul&#233; &#171; Arts &amp; Sciences, quelles co-constructions ? &#187;. Il s'oppose &#224; deux options : les tenants de la subordination, ou de l'art pos&#233; comme ornement des sciences (ou l'inverse) ; les tenants d'une unit&#233; incontr&#244;l&#233;e ou sauvage de ces deux pratiques. Il s'y refuse au profit d'une r&#233;flexion sur quelques questions centrales, concernant autant artistes et scientifiques que le public adress&#233; : comment peut s'&#233;laborer un objet possible entre arts et sciences ? Quelles formations cela engage-t-il des un&#183;es et des autres ? Comment d&#233;sarticuler les partages ant&#233;rieurs et r&#233;articuler de nouvelles pratiques ? Et surtout, quelle part r&#233;server aux publics potentiels, vis&#233;s, par exemple, aussi par la tr&#232;s en vogue EAC (l'&#233;ducation artistique et culturelle) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ces points qu'il importe de travailler &#8211; alliage, collaboration, transdiscipline, lien, simple rencontre, conciliation, co-construction, tels sont les termes utilis&#233;s par les auteurs du num&#233;ro &#8211;, surtout si l'on veut renforcer l'optique d'une interaction fructueuse arts et sciences, b&#233;n&#233;fique pour la &#171; cr&#233;ativit&#233; &#187; de tous et toutes. Renforcement qui peut s'&#233;tendre &#224; l'&#233;laboration de futurs ouvrages litt&#233;raires (sur le mod&#232;le de Balzac, Flaubert, Zola, etc. ayant travaill&#233; sur les sciences de leur &#233;poque) ou artistiques (sur le mod&#232;le aussi de Vinci, Sch&#246;ffer, Oulipo, Queneau, etc. ajustant eux-aussi leur &#233;poque &#224; cette interaction), et &#224; la diffusion des savoirs et de la construction d'une culture commune. Il importe justement d'&#233;tudier ce qui peut relier pr&#233;cis&#233;ment ces domaines - en dehors d'une &#171; bonne volont&#233; &#187; relative &#224; des disciplines con&#231;ues comme fig&#233;es, ou d'un &#171; sentiment d'unit&#233; &#187; pos&#233; en r&#233;conciliation ext&#233;rieure, souvent folklorique &#8211;, ce que cela change dans la mani&#232;re de percevoir le monde social et politique qui organise les partages, lesquels recouvrent encore le partage m&#226;le (sciences)/femme (arts), ce qui peut caract&#233;riser le contenu de nouveaux savoirs d&#233;gag&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH369/2-44-c1da2.jpg?1784277831' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre le sens commun en tension&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux discours portant sur des associations Arts &amp; Sciences, il est ais&#233; de constater que le fond premier d'une partie de ces affiliations repose souvent sur la repr&#233;sentation globale d'une &#233;poque de d&#233;tresse, d'une soci&#233;t&#233; qui se disloque en fronti&#232;res fermes et communaut&#233;s disqualifiantes. De cette repr&#233;sentation d'une unit&#233; perdue (&#224; v&#233;rifier) est ais&#233;ment tir&#233;e l'id&#233;e d'un besoin de ciment social, &#224; restaurer (si on se fait un portrait avantageux de ce pass&#233;) ou &#224; produire (si on cherche un nouveau concept de soci&#233;t&#233;). Ciment social ? C'est-&#224;-dire un ensemble d'opinions articul&#233;es &#224; une &#171; vie authentique &#187; palliant, selon les cas, quelque chose de r&#233;volu ou une absence de projet. Tels sont les cas &#233;tudi&#233;s par les auteurs dans &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vie aurait l'unit&#233; pour destination la plus haute, la recherche d'une ligne directrice &#233;difiante, en particulier &#224; l'encontre des s&#233;parations, des partages, des complexit&#233;s inextricables impos&#233;es par ce qui est trait&#233; comme dogmatismes et brisures dont les coupables seraient l'&#201;tat et la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces s&#233;parations &#8211; dont nous n'examinons ici ni la r&#233;alit&#233;, ni l'efficacit&#233;, ni l'objectif &#8211; ne satisfont pas, sont mal v&#233;cues, et le sens commun cherche &#224; penser ou repenser des liens sur ce motif d'une sorte de conscience d'une fragmentation dommageable. Ces discours ne sauraient cependant &#234;tre m&#233;pris&#233;s. Toutefois, ils sont peu &#233;tay&#233;s, peu historicis&#233;s et tr&#232;s globalis&#233;s. Il y a souvent dans ces cadres des mani&#232;res de penser &#224; la Homais qui visait La Science en remplacement de la religion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Gustave Flaubert, Bouvard et P&#233;cuchet&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ce fait, ils sont le plus souvent &#224; la recherche de formes un peu obscures de liens &#224; tout prix (hors religion pour &#233;viter Homais) : cohabitations, &#233;changes mondains, petites acad&#233;mies entre sympathisants, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout que, trop souvent, sous couvert de r&#233;flexion sur un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; arts et sciences, ils &#233;laborent leur propos autour d'&#233;quivoques : l'art, la science, nous l'avons dit, mais aussi la confusion entre science et technique, par exemple, ce que mettent en cause plusieurs auteurs. Et sur ce plan, les discours condamn&#233;s par ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente&lt;/i&gt; en arrivent &#224; r&#233;duire non moins les arts &#224; leur condition technique (importante sans doute), permettant de soumettre les sciences &#224; des propri&#233;t&#233;s utilisables par les arts, et l'inverse. Ainsi en va-t-il de commentaires fr&#233;quents portant sur le cin&#233;ma ou la photographie. Il y a en eux un rapport complexe &#224; la technique, mais sans doute pas un rapport aux sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de ce fait, on ne tienne pas compte des d&#233;coupages historiques et de la mani&#232;re de les transformer n'est sans doute pas &lt;i&gt;tr&#232;s&lt;/i&gt; grave, mais ce qui l'est, c'est que ce fond de &#171; bonne volont&#233; &#187; instaure d'embl&#233;e des relations de subordination et d'exploitation : les arts viennent se mettre au service des savoirs, le plus souvent sous forme d'illustration, dans l'&#233;piphanie d'une science triomphante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, ces discours relient les partages vis&#233;s au d&#233;faut contemporain de la &#171; transmission &#187;, expliquant les rapports conflictuels avec les jeunes g&#233;n&#233;rations (Z, etc.), lesquels sont mis au compte des portables, des &#233;crans, etc., sous forme &#171; d'absence de culture &#187;. Ils vantent alors l'invention de supports un peu magiques, dans des expositions, afin de reconstituer communication et transfert entre les un&#183;es et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'objectif Arts &amp; Sciences, du moins la formule, passe pour mod&#232;le de la reconstitution de liens entre des activit&#233;s s&#233;par&#233;es. Pour autant ces &#171; liens &#187; ne sont pas pens&#233;s, dans la mesure o&#249; le fait de pousser Arts &amp; Sciences &#224; se c&#244;toyer n'est pas lier ; le fait de renouer avec une utilisation des arts par les sciences ou l'inverse, n'est pas non plus un lien ; le fait d'invoquer des formules anciennes plus ou moins justifi&#233;es ne peut avoir cette fonction, etc. Quoique nombre de colloques reposent sur des notions qu'il aurait fallu &#233;tudier, ainsi, au-del&#224; des colloques de Pontivy ou de Cerisy, ces lieux permettant de &#171; penser ensemble &#187;. Un exemple ancien :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH707/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_-cd3d4.jpg?1746704189' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des formes de subalternit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, de quoi h&#233;ritons-nous ? Certes, une exploration minimale indique bien l'existence d'un certain nombre de probl&#232;mes que les auteurs de &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente&lt;/i&gt; reprennent, aussi bien &#224; partir des arts (les artistes : Yann Toma, Edwige Armand, Francesco Caruana&#8230;) qu'&#224; partir des sciences (les chercheurs : Moreno Andreatta, Marc-Williams Debono&#8230;). Cela &#233;tant, ils ne sont sans doute pas aussi ais&#233;s &#224; r&#233;cuser qu'on le croit. Au demeurant, quelques philosophes, depuis longtemps d&#233;j&#224;, se m&#233;fient des s&#233;parations caricaturales pourtant r&#233;ellement entretenues dans notre culture. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Friedrich von Schiller, qui d&#233;teste les coupures inutiles, ne cesse de souligner que le double d&#233;faut de ces derni&#232;res, en mati&#232;re d'art et de science, r&#233;side dans la formule traditionnelle (d&#233;j&#224; &#224; son &#233;poque) par laquelle l'art est seulement au service des sciences, sous le pr&#233;texte que les sciences repr&#233;sentent un culture plus &#233;lev&#233;e, et/ou dans la formule inverse par laquelle les sciences sont plac&#233;es tr&#232;s en-dessous de l'art, en muant les sciences en servante de l'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autoportrait, Paris, Klincksieck, 2004, p. 35&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; G.W.F. Hegel quelques ann&#233;es plus tard, tr&#232;s exactement en 1818, dans son &lt;i&gt;Cours d'Esth&#233;tique,&lt;/i&gt; condamne les scientifiques qui croient que l'art se contenterait de revivifier la s&#233;cheresse du concept, pr&#233;texte pour le mettre &#224; leur service (sous forme d'illustration). En cela, il t&#233;moigne de la pr&#233;sence dans les doctrines de l'&#233;poque de la vieille opposition de l'artiste &#8211; et de la n&#233;cessit&#233; de lui &#171; apporter &#187; le savoir &#8211;, et de la froideur du savant d&#233;daignant le sensible. Opposition qu'il r&#233;cuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme la subalternit&#233;, arts/sciences dans notre cas, dans quelque sens qu'elle se produise, tient &#224; la fois &#224; une forme de culture, &#224; ses institutions et &#224; ses croyances. Cette forme cependant est instable, ce qu'il importe de relever, car cela rend possible des transformations. D'abord, elle n'est justement pas unilat&#233;rale, elle joue sur une inversion potentielle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ou bien le scientifique dans ses expos&#233;s ou ses travaux prend appui sur une &#339;uvre d'art comprise comme simple image-reflet de son travail ; le scientifique au mieux commente l'image ; &lt;br class='autobr' /&gt; Ou bien l'artiste se r&#232;gle sur sa compr&#233;hension du texte du scientifique sous forme de repr&#233;sentation, et son image ou sa peinture est renvoy&#233;e au projet de visibiliser des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces cas, il y a subordination m&#234;me si elle change de sens. Mais surtout, ce changement de sens emp&#234;che les doctrines de se croire uniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, l'instabilit&#233; envahit d'autres domaines, au point que l'art, classiquement sous forme d'image, passe soit pour une analogie, soit pour plus &#233;vidente et p&#233;dagogique que les mots. Elle illustre mais n'a pas d'autonomie. Elle se fait simple esth&#233;tisation ou vulgarisation ludique des connaissances scientifiques, dans laquelle les sciences se donnent pour une p&#233;dagogie du surplomb (de la v&#233;rit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de ces r&#233;flexions s'autorise d'ailleurs du vocabulaire de l'esth&#233;tique et/ou de la connaissance, mais elle le manipule en fabriquant une opposition essentielle entre ces deux notions. Elle fabrique l'opposition : art = esth&#233;tique = repr&#233;sentation, et sciences = concept = v&#233;rit&#233;, afin d'identifier des disciplines, mais en les figeant dans des limites/fronti&#232;res. Nulle part n'est faite au jeu qui peut construire ou d&#233;construire les oppositions, en rendant sa vivacit&#233; aux recherches des deux c&#244;t&#233;s. Ce que cependant font les auteurs de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Raison Pr&#233;sente.&lt;/i&gt; Et que, en ce qui concerne le temps pr&#233;sent, on &#233;vitera de simplifier en les recouvrant du terme &#171; postmoderne &#187;, compte tenu des difficult&#233;s d'usage de ce dernier vocable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, insistons encore, on oublie que La Science, sauf dans le scientisme, n'existe pas comme un fait immuable ! Nous sommes confront&#233;s &#224; une histoire des sciences et des pratiques exp&#233;rimentales plut&#244;t que de La Science. De m&#234;me, L'Art n'existe qu'au travers des mythes de la page blanche et de la cr&#233;ation. Ces deux termes correspondent au mieux &#224; des st&#233;r&#233;otypes sociaux normatifs, &#224; des r&#232;gles pr&#233;jug&#233;es. Cela a abouti &#224; des rapports ext&#233;rieurs entre arts et sciences. Le plus souvent &#224; des sciences pour lesquelles les arts, sous forme d'images, sont instrumentalis&#233;s : des tableaux sur les savants (l'artiste en assurant la gloire), des repr&#233;sentations des instruments scientifiques (l'artiste rendant hommage &#224; la technique), des mises en figures &#224; des fins &#171; p&#233;dagogiques &#187; de r&#233;sultats scientifiques, des instruments scientifiques artialis&#233;s (des valeurs esth&#233;tiques adviennent au savoir), des emprunts sur lesquels Walter Benjamin insistait d&#233;j&#224; en 1939&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique, (version 1939, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le recours transcendantal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments appellent &#224; r&#233;viser nos formules trop rapidement construites, et nos projets de r&#233;conciliation arts et sciences, voire nos perspectives d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore ne pouvons-nous n&#233;gliger deux autres voies les concernant, celles du transcendant et du transcendantal, c'est-&#224;-dire celles de penser l'unit&#233; entre arts et sciences comme impos&#233;e ou foment&#233;e par une puissance ext&#233;rieure, Dieu ou l'esprit humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, ce type de raisonnement existe, et se trouve parfois utilis&#233;, qu'on y adh&#232;re ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots sur le recours transcendant &#224; une divinit&#233;, au demeurant puis&#233;e dans les religions du Livre ou non, voire simplement dans une croyance mystique. Il consiste &#224; indiquer que Dieu, ou un dieu ayant tout cr&#233;&#233;, a donn&#233; naissance &#224; toutes les activit&#233;s &#233;galement. Elles seraient toutes de m&#234;me valeur, et juxtapos&#233;es. L'organisation de liens entre elles rel&#232;veraient de ce Dieu, ou devrait s'ex&#233;cuter &#224; partir de la croyance en une unit&#233; du monde gr&#226;ce &#224; lui. D'o&#249; le probl&#232;me de l'agencement ou de l'unification prend la tournure d'un recours ext&#233;rieur, alors que, depuis le d&#233;but de cet article, nous nous attachons &#224; saisir des relations interdiscursives et immanentes aux domaines en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version transcendantale est plus int&#233;ressante. Ce vocabulaire tient &#224; Immanuel Kant, et contourne tout recours transcendant. Il consiste &#224; postuler des structures profondes de l'esprit humain qui se sont institu&#233;es &#8211; originairement, mais il existe aussi des postulations historiques &#8211; pour faire jouer un m&#234;me fonctionnement dans des pratiques diff&#233;rentes, d&#233;limit&#233;es par l'arpenteur moderne. Cet arpenteur a &lt;i&gt;d&#233;coup&#233;,&lt;/i&gt; &#8211; c'est le sens du mot &#171; critique &#187; (tracer des fronti&#232;res) &#8211; des terrains, mesur&#233; des actions, et l&#233;gitim&#233; deux ou plusieurs l&#233;gislations (ici, l'esth&#233;tique et la th&#233;orie scientifique), des coloris diff&#233;rents, des rh&#233;toriques s&#233;par&#233;es et n&#233;cessaires. Dans sa capacit&#233; &#224; assigner des portions de terrain &#224; quelqu'un, une profession, etc., il a cependant d&#233;ploy&#233; l'autonomie des &#339;uvres arts et sciences, r&#233;p&#233;tons, l'autonomie, donc pas l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les conditions de possibilit&#233; d&#233;termin&#233;es par l'esprit humain tracent un champ de d&#233;terminations qui rend compte de proximit&#233;s op&#233;rationnelles. Ainsi arts et sciences seraient d'une certaine mani&#232;re d&#233;j&#224; reliables, avant qu'une unit&#233; effectivement naisse par le travail des un(e)s et des autres. Cela donnerait lieu &#224; des r&#232;gles admissibles de fonctionnement r&#233;ciproque et d&#233;finirait des points d'application valides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit de ce type de propos, il n'a heureusement pas emp&#234;ch&#233;, m&#234;me bien avant l'&#233;laboration de probl&#233;matiques &#171; interdisciplinaires &#187;, la mise en place de champs de parole &#233;largis, con&#231;us et v&#233;cus comme indispensables par des artistes, des scientifiques et des philosophes, ainsi qu'en rappelle l'existence Fran&#231;ois Dosse, dans son article de la revue, &#224; propos de l'exposition &lt;i&gt;Les Immat&#233;riaux&lt;/i&gt; (1985), et d'objets &#233;labor&#233;s ou interrog&#233;s. Ils se caract&#233;risent par des r&#233;gimes de pens&#233;e &lt;i&gt;immanents&lt;/i&gt; &#224; des pratiques confront&#233;es arts et sciences en chaque chercheur&#183;euse et entre chercheur&#183;euses. Ils et elles s'accordent alors sur la n&#233;cessaire interrogation de la diversit&#233; des modes d'approche du monde, sur l'essentielle ouverture contr&#244;l&#233;e &#224; la transversalit&#233; &#8211; y compris leur propre transversalit&#233;. S'iels ont chacun des affinit&#233;s avec la d&#233;marche de co-construction Arts &amp; Sciences, iels la l&#233;gitiment diff&#233;remment : par des veines philosophiques, toutes en tension et en pol&#233;miques fructueuses, notamment dans des institutions &#224; cette destination (ici sans &#233;voquer notamment Polytech Dijon (Universit&#233; de Bourgogne Europe), et le travail de Jean-Christophe Nourisson) :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268-3e48d.png?1746704189' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des formes de co-construction et de transformation culturelle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re ou d'une autre, la rencontre entre l'artiste et le/la chercheur-euse cr&#233;&#233; un espace de co-construction et de recherche &#224; la fronti&#232;re mobile de deux mondes, ou de deux communaut&#233;s de pratiques et d'institutions qui, elles, peuvent figer les choses. Ce type d'espace &#224; la fronti&#232;re, cet entre-deux qui conduit &#224; une red&#233;finition des r&#232;gles, des normes et des identit&#233;s, sans doute pos&#233;es par l'arpenteur moderne, est central dans l'optique Arts &amp; Sciences, mais non moins d&#233;cisif dans nos soci&#233;t&#233;s, qu'on le qualifie d'&#233;tat liminaire en anthropologie, d'espace de cohabitation en sociologie, de jeu social n&#233;cessaire en politique, etc. D'o&#249; l'on comprend aussi pourquoi nous avons pr&#233;cis&#233; en t&#234;te de r&#233;flexion qu'il ne fallait pas m&#233;priser les propos du sens commun, dans la mesure o&#249; le lien implicite qu'il veut valoriser entre arts et sciences, il en fait un t&#233;moin socio-politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions sous-jacentes &#224; ces pens&#233;es, auxquelles il importe de r&#233;pondre notamment au c&#339;ur de toute formation du public, cependant sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pourquoi avons-nous fini par penser &#233;tablies une fois pour toutes des disciplines comme territoires s&#233;par&#233;s, alors que l'origine de ces territoires n'est pas naturelle mais historique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi les pensons-nous souvent sous des abstractions, des essentialisations : L'Art et La Science ? Pourquoi le rapport ainsi entre art et science est-il pens&#233; par des artistes et des savants, ainsi que par le public sous forme de divertissement &#8211; illustration scientifique ou science articis&#233;e &#8211; plut&#244;t que comme dynamique de culture ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne risque-t-on pas une r&#233;ification des actions r&#233;ciproques potentielles et la p&#233;trification des sujets r&#233;cepteurs (le public) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne risquons-nous pas aussi d'en faire un nouveau domaine sp&#233;cialis&#233;, avec des mod&#232;les fixes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de sortir des pens&#233;es classificatoires, du sch&#232;me cognitif de la cat&#233;gorisation du r&#233;el, faut-il pour autant inventer des fictions dans lesquelles les &#234;tres, les choses et les disciplines ne sont plus consid&#233;r&#233;s de cette mani&#232;re, pour que chacun&#183;e &#8211; ici, artistes et savant&#183;es &#8211; accepte de se concevoir comme cohabitant d'un monde partag&#233;, appel&#233; par cons&#233;quent &#224; questionner les cloisonnements et &#224; valoriser les interactions ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans quelle mesure des mod&#232;les de penser du type r&#233;seau, rhizome ou hybridation peuvent-ils donner corps &#224; un archipel Arts &amp; Sciences en rapport avec un collectif social et politique vivant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien l&#224; une dimension culturelle centrale que nous avons choisi de renvoyer &#224; l'id&#233;e de coconstruction (dans tous les cas), et donc aussi &#224; la dimension de l'&#233;ducation artistique et culturelles (EAC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, pour qu'un tel archipel Arts &amp; Sciences ait lieu, non seulement dans des pratiques entre artistes et scientifiques, mais encore dans les esprits et l'esprit public, il faut encore que la hi&#233;rarchie entre les &#171; disciplines &#187; en question (les arts, les sciences) ait &#233;t&#233; transform&#233;e ou le soit dans les travaux pr&#233;sent&#233;s sous ce titre. Or, dans ce qui, de nos jours, se donne pour Arts &amp; Sciences, ne trouvons-nous pas encore trop de perspectives qui ne d&#233;collent pas d'une conception repr&#233;sentative des arts d'un c&#244;t&#233; (les arts illustrent les sciences) et une conception positiviste des sciences de l'autre (les sciences sont au somment de la hi&#233;rarchie), voire une conception encore romantique (les arts sont plus profonds que les sciences) ? Quand on n'invoque pas les anciens cabinets de curiosit&#233;s. C'est &#233;videmment faire fi des d&#233;marches artistiques et scientifiques contemporaines qui ne valorisent plus les m&#234;mes sujets, les m&#234;mes techniques, les m&#234;mes relations qu'autrefois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;www.christianruby.net&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Gustave Flaubert, &lt;i&gt;Bouvard et P&#233;cuchet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autoportrait, Paris, Klincksieck, 2004, p. 35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique,&lt;/i&gt; (version 1939, Paris, Gallimard, 2000). Ou &#224; des arts qui parodient les sciences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pouvons-nous nous passer de la notion d'avenir ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Pouvons-nous-nous-passer-de-la</link>
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		<dc:date>2026-07-04T19:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Futur</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De guide f&#233;cond qu'elle &#233;tait, l'id&#233;e d'avenir est dor&#233;navant destitu&#233;e en leurre. De nos jours, en Europe et au-del&#224;, les mani&#232;res d'&#233;crire ou d'extrapoler l'avenir humain ne c&#232;dent plus gu&#232;re &#224; une consid&#233;ration positive. Si l'id&#233;e d'avenir faisait jadis signe vers la fougue, l'entrain et la cr&#233;ativit&#233; &#8211; d'ailleurs en g&#233;n&#233;ral afin de s'extraire d'une situation dramatique (la monarchie au XVI&#7497; si&#232;cle, les camps au XX&#7497;&#8230;) &#8211;, elle est d&#233;sormais log&#233;e du c&#244;t&#233; de la mort, d'&#233;v&#233;nements terrorisants et d'explosions dramatiques potentielles. Ce qui fut &#171; progr&#232;s &#187; et &#171; enchantement &#187;, se dit maintenant en meurtrissure : &#171; nous coulons ! &#187;, &#171; nous d&#233;chantons ! &#187;. Voil&#224; pour l'appr&#233;hension du terme dans nombre de propos courants.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Futur" rel="tag"&gt;Futur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/ruby2-f6c12.jpg?1783192852' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De guide f&#233;cond qu'elle &#233;tait, l'id&#233;e d'avenir est dor&#233;navant destitu&#233;e en leurre. De nos jours, en Europe et au-del&#224;, les mani&#232;res d'&#233;crire ou d'extrapoler l'avenir humain ne c&#232;dent plus gu&#232;re &#224; une consid&#233;ration positive. Si l'id&#233;e d'avenir faisait jadis signe vers la fougue, l'entrain et la cr&#233;ativit&#233; &#8211; d'ailleurs en g&#233;n&#233;ral afin de s'extraire d'une situation dramatique (la monarchie au XVI&#7497; si&#232;cle, les camps au XX&#7497;&#8230;) &#8211;, elle est d&#233;sormais log&#233;e du c&#244;t&#233; de la mort, d'&#233;v&#233;nements terrorisants et d'explosions dramatiques potentielles. Ce qui fut &#171; progr&#232;s &#187; et &#171; enchantement &#187;, se dit maintenant en meurtrissure : &#171; nous coulons ! &#187;, &#171; nous d&#233;chantons ! &#187;. Voil&#224; pour l'appr&#233;hension du terme dans nombre de propos courants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et en ce qui regarde l'action ? Jadis &#171; avenir &#187; fleurissait sur le terrain optimiste de la conqu&#234;te et de l'aventure. De nos jours, &#171; avenir &#187; d&#233;cline un &#233;vident pessimisme, l'obligation de se restreindre et de diminuer ses convictions quant &#224; l'organisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc &#224; nous la question de savoir non seulement comment et pourquoi cette id&#233;e a &#233;t&#233; initi&#233;e, mais aussi &#224; partir de quoi elle fonctionne dans un tel conflit optimisme/pessimisme, arbitraire et caricatural, et enfin si nous pouvons nous passer d'un tel souci de &#171; l'avenir &#187; et qualifier autrement ce que nous tentons de faire dans chaque pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, pouvons-nous entreprendre une critique du pr&#233;sent, une lutte ou une contestation sans envisager de r&#233;aliser un lendemain diff&#233;rent ? N&#233;anmoins, au vu des consid&#233;rations politiques les plus r&#233;pandues, nous ne pouvons nous emp&#234;cher de nous interroger sur la traduction concr&#232;te de cette id&#233;e. Car &#224; chaque usage de cette vis&#233;e d'un au-del&#224; du pr&#233;sent, ce qui semble lui donner sa force, appuy&#233;e sur le cin&#233;ma et de nombreuses images, ce n'est plus que la technique &#233;tendant sa domination dans le monde, surplombant les &#201;tats et sans l&#233;gitimit&#233; sauf les gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre tr&#232;s pr&#233;cis, sans que nous assumions encore des usages antiques, il est bon de rappeler que l'&#233;tymologie du terme renvoie bien au latin. En l'occurrence : &lt;i&gt;ad-venire,&lt;/i&gt; &#171; il advient &#187;, &#171; cela advient &#187; ou &#171; il est &#224; faire &#187;. Cette r&#233;f&#233;rence est incarn&#233;e en Janus, lui qui a un &#339;il riv&#233; sur le pass&#233; et un autre sur l'avenir. Elle s'associe &#224; l'espoir visant une p&#233;riode de temps qui n'est pas encore accomplie, mais que domine le destin nous imposant de nous concentrer sur la r&#233;p&#233;tition des exp&#233;riences pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons le monde antique de c&#244;t&#233; ! Le monde moderne, du moins au sens occidental, a en effet inaugur&#233; des pens&#233;es diff&#233;rentes en alt&#233;rant le sens des m&#234;mes mots (traduits), des expressions semblables : l'avenir &#224; partir du pr&#233;sent a pour condition un pass&#233; auquel renoncer. Ainsi vont depuis la Renaissance des &#233;nonc&#233;s qui, pour nous, promettent des &#233;v&#233;nements in&#233;dits et positifs dispos&#233;s en Anthropologie (sous mode accomplissement de l'humain), en Histoire (sous mode progr&#232;s de la civilisation) et en Politique (&#171; &#224; l'avenir &#187;, sous-entendu &#224; partir de maintenant autre chose va se d&#233;rouler ; et on &#171; investit dans l'avenir &#187;, etc.). Ces formules dessinent la pr&#233;sence en l'humain d'un horizon d'attente, comportant n&#233;anmoins le sentiment d'une marge d'incertitude au c&#339;ur d'exp&#233;riences &#224; venir. Il convient donc de &#171; pr&#233;parer &#187; cet avenir, mais en fonction d'un fant&#244;me &#171; aux mains vides &#187;, qui n'acquiert une densit&#233; qu'une fois mis en sc&#232;ne par un dessin, une repr&#233;sentation d'un plein susceptible de remplir ce vide et subtilement agenc&#233; pour susciter le d&#233;sir d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&#233;cu et th&#233;orie modernes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, la question de l'avenir n'est pas une question d'essence &#224; mettre au jour et &#224; implanter. Elle est bien, simultan&#233;ment, une question de v&#233;cu et de signification. De l&#224; l'id&#233;e selon laquelle la meilleure fa&#231;on de conna&#238;tre l'avenir est de le faire. Au vrai, sans un avenir con&#231;u comme une partie &lt;i&gt;int&#233;grante&lt;/i&gt; de notre existence et repr&#233;sentant de possibles r&#233;alisations, aucune relance en permanence des actions n'est concevable.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est du moins ce que nous apprennent les analyses produites dans la perspective s&#233;cularis&#233;e moderne, d&#233;livr&#233;e du destin, des proph&#232;tes et de Dieu, et transcrite effectivement dans cet adage &#171; on ne subit pas l'avenir, on le fait &#187;. Ce qui inclut d'ailleurs la question de l'avenir dans une multiplicit&#233; de d&#233;terminations (projets de ville, de soci&#233;t&#233; harmonieuse, utopies litt&#233;raires), dans des &#233;motions, la peur ou l'esp&#233;rance (nonobstant la bo&#238;te de Pandore). Elle ne laisse pas d'informer les actions au sein d'un pr&#233;sent et de divers projets, puisqu'agir, c'est vouloir le transformer afin de faire advenir autre chose, un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L299xH168/images-5-9a83f.jpg?1781950158' width='299' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, cette perspective d'un &#171; avenir &#187; a aussi rev&#234;tu au XX&#7497; si&#232;cle des avatars pr&#233;cis. Selon deux veines tr&#232;s oppos&#233;es. Soit il a pu demeurer flottant en fonction d'&#233;bauches politiciennes &#224; partir d'une conjoncture (les Trente Glorieuses), soit &#234;tre mu&#233; en un mod&#232;le th&#233;orique d'existence, totalisant et atemporel, fix&#233; et fig&#233; en une forme pr&#233;sent&#233;e comme d&#233;finitive, cl&#244;turant l'histoire. Ainsi en est-il all&#233; du dessin de la belle totalit&#233; de la soci&#233;t&#233; sans classes ou de la figure promue de &#171; l'Homme de l'Avenir &#187;, desquels, cependant, les v&#233;cus catastrophiques de peuples entiers et les trag&#233;dies des camps sont sortis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment de nombreuses raisons &#224; cela, mais s'y ajoute sans doute, du point de vue de cet essai, qu'on a peu pris la peine de comprendre que le terme appelait un g&#233;nitif : avenir de quoi ou de qui, et dans quelle situation ? des modalit&#233;s : comment ? des orientations : quelles actions en d&#233;coulent, et en lien avec quel terme/fin ? Et une diff&#233;rence avec la connotation technologique &#8211; quoique nous ayons besoin de techniques &#8211; d'un &#171; futur &#187; pr&#233;dictible (futuropolis, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'usage actuel de la notion, il nous oblige &#224; admettre qu'elle n'est pas, ou peut-&#234;tre plus, univoque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et que l'on pourrait appliquer aussi &#224; la notion de &#171; pass&#233; &#187;, qui dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qu'un impitoyable conflit structure cet usage. Cherchant &#224; circonscrire un moment &#233;ventuel de notre histoire, pour l'heure sans contenu sinon sous forme d'attente ou de projet, cette notion se trouve actuellement d&#233;vast&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref rep&#233;rage : Elle flotte dans la pens&#233;e commune et celle des politiques sous le vague d'une situation am&#233;lior&#233;e envisag&#233;e &#8211; &#171; ce que nous r&#233;serve l'avenir &#187;, &#171; l'avenir qui nous attend &#187;, etc. Elle r&#233;siste dans de vieux discours portant sur le futur qui devrait nous reconduire au pass&#233; inoubliable ! Elle se red&#233;finit dans des consid&#233;rations philosophiques qui tendent &#224; &#233;conduire son alliance avec les grands r&#233;cits du progr&#232;s. Elle insiste dans des recherches scientifiques sous la forme de modestes mod&#232;les d'analyse que les scientifiques se gardent toutefois de rev&#234;tir d'une figure imp&#233;rieuse, aux contours d&#233;finitifs, parce que les incertitudes demeurent quant aux longues &#233;ch&#233;ances, et cela m&#234;me si l'opinion mue la r&#233;ception de ces mod&#232;les en certitudes autoritaires d&#232;s lors qu'il s'agit des ph&#233;nom&#232;nes de transmission (en biologie), de climatologie (environnement et r&#233;chauffement climatique). Et dans les arts, elle ne cesse de mobiliser les questions des artistes, non seulement relativement aux technologies, mais surtout en lien avec la conscience d'une modification des anciens dictons : &#171; l'art change les mentalit&#233;s &#187;, &#171; l'art &#233;duque les spectateurs &#187;, &#171; l'art inspire des orientations nouvelles &#187; ! Il est de fait que les artistes cherchent &#224; faire de chaque &#339;uvre un nouvel exercice, r&#233;cusant l'&#233;ni&#232;me it&#233;ration d'un mod&#232;le tourn&#233;e vers le pass&#233;. C'est le refus du geste autoritaire de l'artiste, et l'acc&#232;s &#224; de &#171; jeux &#187; qui d&#233;placent ce qui est plut&#244;t que de faire valoir une &#171; r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que la 61&#7497; version de l'Exposition internationale d'art (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi que l'&#339;uvre fabrique un v&#233;ritable avenir, ad-venir&#8230; &#233;laborant, dans les plis du monde mondialis&#233;, des antidotes &#224; l'anesth&#233;sie. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; allons-nous ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Avant de revenir sur ce conflit, il importe de pr&#233;ciser comment nous en sommes venus &#224; avoir besoin d'une telle notion et &#224; la construire, dans notre contexte culturel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que la croyance en un Dieu, un destin ou d'autres modalit&#233;s de maintien &#224; l'identique de ce qui est seulement se sont estomp&#233;es, entra&#238;nant l'id&#233;e que dans un monde fig&#233;, la r&#233;p&#233;tition rend automatiquement possible l'application d'exp&#233;riences pass&#233;es au pr&#233;sent, la question de l'avenir est devenue centrale. Elle a appel&#233; le travail des philosophes. Sans recherche approfondie sur d'hypoth&#233;tiques &#171; premiers &#187; philosophes &#224; avoir pos&#233; le probl&#232;me de la notion d'avenir, nous devons &#224; Friedrich von Schiller (1794) et Immanuel Kant (1798), une r&#233;flexion d&#233;cisive qui contribue (ou a contribu&#233;) &#224; &#233;carter de la notion les rumeurs concernant divinations et pr&#233;sages, ainsi qu'&#224; une absorption de cette notion dans le mod&#232;le des lois de la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que le philosophe Cieszkowski (Prolegomena zur Historiosophie, Berlin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kant pr&#233;cise : on ne saurait parler de l'avenir comme les savants parlent des futures &#233;clipses de soleil, malgr&#233; le fait que des exp&#233;riences du pass&#233; peuvent permettre avec une grande probabilit&#233; d'indiquer la possibilit&#233; d'&#233;v&#233;nements &#224; venir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Immanuel Kant, Le conflit des facult&#233;s, 1798, trad. Paris, Payot, 2015&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, il rattache la notion &#224; l'id&#233;e selon laquelle il importe de reconna&#238;tre que l'humanit&#233; est tendue vers l'avant, trace des parcours &#224; partir de sa volont&#233; et sa libert&#233;. Friedrich von Schiller ajoute : le probl&#232;me de l'avenir se pose &#224; partir d'une attention au pr&#233;sent et non sous l'effet d'un ordre du ciel ; un pr&#233;sent &#224; analyser en fonction de l'enthousiasme des humains dans les actions destin&#233;es &#224; r&#233;soudre leurs probl&#232;mes par eux-m&#234;mes (libre choix) et &#224; s'acheminer vers des solutions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich von Schiller, Lettre sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain, 1794, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La rh&#233;torique des textes, r&#233;dig&#233;s au futur y participe (&lt;i&gt;Lettre sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme,&lt;/i&gt; 9e lettre, 1794). Un Turgot (&lt;i&gt;Second discours sur les progr&#232;s successifs de l'esprit humain&lt;/i&gt;) ou plut&#244;t un Marie-Jean-Antoine Nicolas de Caritat, comte de Condorcet, consacre lui aussi le dernier chapitre de son &lt;i&gt;Esquisse d'un tableau historique des progr&#232;s de l'esprit humain&lt;/i&gt; (1795), la &#171; dixi&#232;me &#233;poque &#187;, &#224; des conjectures relativement pr&#233;cises sur les &#171; progr&#232;s futurs de l'esprit humain &#187;, sous la forme de ce qui se multiplie alors en mode &#171; grand r&#233;cit &#187; de l'&#233;mancipation humaine par le progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/utopiae-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH531/utopiae-1-eb510.jpg?1781950158' width='500' height='531' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autant ces propositions confirment l'identification de l'humanit&#233; et d'une histoire que les humains peuvent (voire doivent) r&#233;aliser &#8211; &#171; ce qui nous attend dans l'avenir &#187; (Kant, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 119) &#8211;, autant elles s'ancrent, il est vrai, dans l'id&#233;e de progr&#232;s et son &#171; grand r&#233;cit &#187; de la cha&#238;ne incassable vou&#233;e &#224; l'am&#233;lioration sociale et morale, dont le signe positif se trouve g&#233;n&#233;ralement dans la R&#233;volution fran&#231;aise (mais dont on masque les effets coloniaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, &#224; l'encontre de cette r&#233;f&#233;rence il est possible d'arguer que Blaise Pascal notamment a devanc&#233; l'amorce de ce plan de r&#233;flexion. Dans les &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt; (&#233;dition posthume, 1669), il est essentiel de s'arr&#234;ter sur la &lt;i&gt;Pens&#233;e&lt;/i&gt; 43, et d'y rencontrer ceci : les humains sont incapables de s'en tenir au &#171; temps pr&#233;sent &#187;. Ils passent leur temps &#224; anticiper l'avenir (trop lent &#224; venir selon eux) et &#224; rappeler le pass&#233; (pour l'arr&#234;ter). Ainsi errent-ils constamment dans des temps qui ne sont pas les leurs. Conclusion de Pascal : ils feraient mieux de se consacrer au pr&#233;sent. Toutefois, pour &#234;tre juste, cette mise &#224; l'&#233;cart de l'avenir, ainsi que du pass&#233;, dont la pr&#233;gnance est donc certaine, r&#233;sulte d'une option chr&#233;tienne quoique moderne. Seul le pr&#233;sent, en effet, dans cette vis&#233;e, est &#224; la mesure de l'humain. C'est seulement de l&#224; qu'il peut penser et agir afin de s'&#233;lever au divin (ni dans le pass&#233;, on ne le saurait, ni dans l'avenir qui n'existe pas). Au demeurant, que l'on puisse comparer ce propos avec celui de Michel de Montaigne dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; (I, III, d&#233;but,1572), pourquoi pas, mais dans une option sceptique. &lt;br class='autobr' /&gt;
En l'occurrence, concernant la notion d'avenir, un double souci en traverse l'&#233;laboration classique, puisqu'on peut parler avec cette notion soit de la capacit&#233; des humains &#224; d&#233;passer leur &#233;poque (action politique), soit de la possibilit&#233; de conna&#238;tre l'avenir (non sous forme de divination, mais d'histoire). Lorsque G.W. Hegel reprend la question, il affirme que les humains ne peuvent d&#233;passer leur &#233;poque - autant pr&#233;tendre sauter au-dessus du rocher de Rhodes, &#233;crit-il, apr&#232;s avoir bien lu la &lt;i&gt;Lettre 2&lt;/i&gt; des &#233;crits de Schiller, dans la pr&#233;face des &lt;i&gt;Principes de la philosophie du droit&lt;/i&gt; (1820, Paris, PUF, 1998, p. 86) &#8211; et que le philosophe ne peut proposer des consid&#233;rations sur l'avenir. Ce qu'il &#233;nonce ainsi : &#171; le philosophe ne s'occupe pas de proph&#233;ties &#187; (&lt;i&gt;der Philosoph hat es nicht mit dem Prophezeien zu tun&lt;/i&gt;) ! En un mot, l'avenir ne nous concerne pas ; il ne doit pas &#234;tre pour nous un motif d'inqui&#233;tude. C'est l&#224;, ajoute-t-il, la juste pens&#233;e concernant l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, l'&#233;laboration, classique/moderne, de cette notion ne va pas de soi. Mais elle rel&#232;ve d'une certaine n&#233;cessit&#233; : donner du champ &#224; l'action humaine et &#224; sa compr&#233;hension. Cependant, il faut la suivre de pr&#232;s, et parfois on se trompe sur sa signification lorsqu'on la rencontre. Friedrich Nietzsche, par exemple, a promu sa philosophie en forme de &#171; philosophie de l'avenir &#187;. Au soupir de la cr&#233;ature face &#224; son Dieu, il oppose effectivement l'avenir. Il r&#233;cuse ce qu'on dit trop souvent, devant un &#233;v&#233;nement tragique : &#171; c'est humain, trop humain &#187;, &#171; c'est un trait g&#233;n&#233;ral de l'humanit&#233; &#187;, ne serait-ce que pour se consoler de sa paresse et &#233;viter de s'affranchir de l'id&#233;e de transformation, et finalement laisser faire, ou ne s'occuper que de la forme de l'existence (un peu plus, un peu moins) ? &#192; l'encontre d'une telle attitude, ainsi que des grands r&#233;cits du progr&#232;s, il se propose plut&#244;t d'&#234;tre inactuel, sous le mode de repenser la r&#233;alit&#233; comme jeu d'interpr&#233;tation. C'est en cela qu'il y a &#171; avenir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, l'avenir pour autant n'est ni un lieu, ni un mod&#232;le. La &#171; philosophie de l'avenir &#187; ne d&#233;signe pas un genre ni une variante de la philosophie. Elle explicite seulement la notion m&#234;me de philosophie, une fois celle-ci mise en accord avec son exigence de radicalit&#233; en mati&#232;re de questionnement &#8211; ambition que, selon Nietzsche, les philosophes ne sont jamais parvenus &#224; r&#233;aliser v&#233;ritablement. Habit&#233;e par cette exigence, la philosophie se doit de prendre pour objet de r&#233;flexion ce qu'il y a de plus radical, ce qui conditionne toute pens&#233;e et plus largement toute activit&#233; humaine &#8211; c'est-&#224;-dire le mode de conditionnement lui-m&#234;me, ce que Nietzsche d&#233;signe par le terme de &#171; valeurs &#187;. &#192; titre de cons&#233;quence, on d&#233;couvre alors que c'est le fa&#231;onnement de l'homme et l'&#233;laboration d'une nouvelle forme de vie qui est au c&#339;ur de son entreprise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sur quoi nous aurons &#224; revenir en fin de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dimensions politiques du pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitu&#233;e de ces diverses polarit&#233;s, c'est cette notion europ&#233;enne classique qui traverse encore la pens&#233;e courante actuelle. Encore le XX&#7497; si&#232;cle a-t-il ajout&#233; de nouveaux profils en mati&#232;re d'usage de la notion d'avenir. &#171; L'avenir &#187; y a pris l'allure d'une fiction r&#233;gulatrice pour des aspirations politiques : &#171; Le peuple &#224; venir &#187; ! Mais, si en tant que tel, il ne d&#233;signe aucun contenu particulier, les politiques ont tenu &#224; lui en donner un, le plus souvent sous forme d'utopie, de r&#232;gne du bonheur &#224; viser, de soci&#233;t&#233; sans classes accessible, etc., dont les cons&#233;quences sont connues. Les s&#233;ductions qu'ont engendr&#233; alors ses figures ont &#233;t&#233; intimement li&#233;es au soutien que leur ont apport&#233; des &#171; avant-gardes &#187; susceptibles de les propager. Y r&#233;fl&#233;chir devrait, d'ailleurs, nous entra&#238;ner &#224; nous m&#233;fier plus de nos d&#233;sirs d'adoration que des contenus qu'on peut lui pr&#234;ter. S'y r&#233;f&#233;rer porte le plus souvent &#224; combler un vide du sens historique plut&#244;t que d'assurer un devenir. Il est question d'y croire afin de renoncer &#224; la r&#233;alit&#233; du hasard et de l'absence de fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient alors une question relative &#224; notre actualit&#233;. Apr&#232;s la chute des derni&#232;res utopies politiques, et des derni&#232;res utopies urbaines, que nous arrive-t-il donc ? Devons-nous faire le sacrifice de tout projet de surmonter le temps pr&#233;sent ? Sommes-nous condamn&#233;s &#224; r&#233;entrevoir et repenser l'avenir en termes de divination comme on en observe le retour en gr&#226;ce, de retour des morts-vivants, de r&#233;p&#233;tition ou de nostalgie de la tradition (pourquoi pas de restauration de l'authentique ?), voire en termes de pr&#233;sentisme, ainsi que nous y incitent nombre de discours contemporains d'historiens ? N'existe-t-il aucune autre perspective pour cerner ce que Magritte peint sous la forme d'une &#171; lunette d'approche &#187; (1963), la possibilit&#233; d'inventer une prospective afin de combler un horizon d'attente politique, et que beaucoup d&#233;sormais interrogent en faisant valoir que nos productions &#233;tant habit&#233;es par les traces de ce qu'elles ont &#233;t&#233;, mais aussi de ce qu'elles auraient pu &#234;tre, ou de ce qu'elles seront un jour, il convient d'en prendre compte, et penser l'avenir en termes de jeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De r&#233;centes r&#233;flexions antiracistes et f&#233;ministes concr&#233;tisent ces difficult&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle peut &#234;tre &#233;tendue en lisant le dialogue publi&#233; par NonFiction entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de r&#233;ussir &#224; aller &#171; au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau &#187; (Baudelaire).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH375/9782493117441_1_75-fe103.jpg?1781950158' width='250' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, travaillant &#224; d&#233;coloniser l'universalisme (Occidental), &#224; partir d'une &#233;thique f&#233;ministe transnationale, la philosophe Serene J. Khader, affirme qu'un f&#233;minisme qui aurait force normative ne saurait exiger une conception du monde unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serene J. Khader, D&#233;coloniser l'universalisme, Pour une &#233;thique f&#233;ministe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce f&#233;minisme ne peut plus se r&#233;clamer d'aucune recette contre l'imp&#233;rialisme, le racisme, l'h&#233;t&#233;rosexisme, le classisme, le validisme et le cissexisme, par exemple. Il doit mettre l'accent sur ce qu'il faut changer plut&#244;t que sur un id&#233;al final &#224; atteindre. L'avenir des femmes et des relations hommes-femmes ne r&#233;siderait donc plus dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e &#224; &#233;tablir &#224; partir de mod&#232;les, mais dans la mani&#232;re dont les ressources et les pouvoirs doivent &#234;tre redistribu&#233;s. Quant aux mod&#232;les auxquels renoncer, ils reposent sur l'id&#233;e selon laquelle adopter des valeurs occidentales permet de transformer les soci&#233;t&#233;s de mani&#232;re f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En l'occurrence, ce qui rendrait donc aveugle, c'est de ne pas observer que d'abord que les formes possibles d'un avenir doivent proc&#233;der de mani&#232;re immanente. Et certes, les femmes peuvent aussi se battre &#224; l'int&#233;rieur de telles valeurs traditionnelles, permettant alors une &#233;mancipation qui serait immanente &#224; leurs actions, et non une application d'une doctrine venant de l'ext&#233;rieur. Il n'est pas inenvisageable de penser que des f&#233;minismes peuvent se fonder sur la n&#233;gociation et le compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;constitution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est toutefois encore d'autres voies, investies pas des philosophes contemporains. Elles portent une triple dimension : la critique de la construction classique de l'avenir ; une mise en question de l'institutionnalisation des grands r&#233;cits inclus en elle ; mais aussi une strat&#233;gie du d&#233;sir de la chute (de la notion classique) qui n'en vise cependant pas la mort. &lt;br class='autobr' /&gt; Compte tenu de ses orientations, Michel Foucault, par exemple, &#233;labore effectivement un rapport aux dynamiques du changement, incluant la notion d'avenir (quoique sans la d&#233;tailler). Il n'en supprime pas la notion, mais ne la pense plus dans les termes ant&#233;rieurs de la r&#233;volution, pour simplifier. La pr&#233;occupation constante de la &#171; nouveaut&#233; &#187; ne revient donc pas du tout &#224; une valorisation du &#171; progr&#232;s &#187;. Bien loin d'&#234;tre des &#233;tapes sur un chemin historique pourvu de sens, les nouvelles &lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;s&lt;/i&gt; cr&#233;ent des mondes humains presque incommensurables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, La question anthropologique, Paris, EHESS, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa perspective en effet repose sur un double ressort. D'une part, le pr&#233;sent &#8211; quelle que soit l'&#233;poque &#8211; en tant qu'il rompt avec le pass&#233;, ce qui correspond &#224; la notion d'(&#233;pist&#233;m&#232;.&lt;/i&gt; D'autre part, l'attente de l'&#233;v&#233;nement qui bouleversera la structure en place. En cela, il n'y a chez lui aucune autorit&#233; de l'avenir ou d'un Avenir (&#224; faire advenir), pouvant servir d'horizon ou de r&#233;f&#233;rence, de but &#224; atteindre. En revanche, si la liaison entre le pr&#233;sent et l'&#233;v&#233;nement se r&#233;fl&#233;chissent &#224; partir du diagnostic du pr&#233;sent, il est possible de penser l'&#233;v&#233;nement sous la forme d'un avenir que nous nous donnons &#224; nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le diagnostic du pr&#233;sent (de notre pr&#233;sent &#224; chaque fois : &#171; qu'est-ce qui vient de nous arriver ? &#187;) consiste &#224; d&#233;terminer &#171; ce qui nous arrive &#187; (diagnostic), et &#224; d&#233;tailler &#171; ce qu'est ce monde nouveau &#187; qui n'est plus &#171; ce qui est &#187;. Mais simultan&#233;ment, il ne pousse pas &#224; idol&#226;trer ce nouveau, et peut susciter une &#171; impatience de la libert&#233; &#187; ou une &#171; lib&#233;ration de ce qui est &#187;, selon les derniers mots de &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paris, Br&#233;al, 2004, p. 86, perspective reprise dans le texte sur &#171; Les gens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les termes exacts de Foucault, il est peu question d'un avenir, mais toujours des probl&#232;mes de &#171; nouveaut&#233; &#187;, et le &#171; nouveau &#187; est toujours r&#233;fl&#233;chi par rapport &#224; une &lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alors, aujourd'hui ? Le pr&#233;sent ? Qu'y faire valoir ? Quelle diff&#233;rence y diagnostiquer ? Voici une formule de Foucault, &#171; qu'est-ce qui nous arrive et comment r&#233;agir ? &#187;. Certes, d'abord en &#233;tablissant le diagnostic du pr&#233;sent, mais aussi en assumant l'&#233;chec de l'id&#233;e de r&#233;volution. D'une certaine mani&#232;re : attente de l'&#233;v&#233;nement qui bouleversera la structure en place des signes avant-coureurs du &#171; nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, il fait surgir une conception de l'avenir qui rel&#232;gue les pr&#233;c&#233;dentes au magasin des vieilleries. Il parle de &#171; mutation &#187; pour qualifier la &#171; nouvelle histoire &#187;, et pour bien creuser l'&#233;cart et bien marquer la nouveaut&#233; apport&#233;e par sa &#171; g&#233;n&#233;ration &#187;, il va jusqu'&#224; em&#173;ployer le vocabulaire religieux de la &#171; conver&#173;sion &#187; : &#171; je crois que, comme chez tous ceux de ma g&#233;n&#233;ration, s'est produit en moi, entre les ann&#233;es cinquante et soixante-cinq, une sorte de conversion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit., p. 629.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quant &#224; Jean-Fran&#231;ois Lyotard, pour prendre un deuxi&#232;me exemple de travail philosophique contemporain sur la notion d'avenir, et constater comment les philosophes en d&#233;placent la signification sans la r&#233;cuser, il montre, depuis &lt;i&gt;La condition postmoderne&lt;/i&gt; (1979&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), cette &#233;pop&#233;e du d&#233;clin des grands r&#233;cits, comment l'homme moderne se trouve pris dans un paradoxe. Il s'est fond&#233; (contre l'homme religieux ou cosmique) sous le nom de libert&#233; et au sein d'une certaine notion d'avenir. Or, la notion de libert&#233; enveloppe une sorte de &#171; vide &#187; ou de &#171; blanc &#187; relatif &#224; ce qui peut arriver (l'&#233;v&#233;nement). La libert&#233; implique une &#171; ind&#233;finition &#224; sauvegarder &#187;, sinon elle tombe dans le destin ou le d&#233;terminisme. Or, les syst&#232;mes technologiques constitu&#233;s par l'homme moderne sont produits pour aplanir cet avenir en futur d&#233;termin&#233;. Par eux, tout est &#233;cr&#234;t&#233;. Ces syst&#232;mes nous font prendre la libert&#233; pour la s&#233;curit&#233;. Les programmes qu'ils dessinent s'efforcent de neutraliser tout futur ouvert, et les effets r&#233;put&#233;s impr&#233;visibles. Libert&#233; et s&#233;curit&#233; s'opposent dans la recherche d'une ma&#238;trise absolue du temps, et dissolvent l'avenir en un m&#234;me d&#233;multipli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour nous donc, concr&#232;tement, &#171; avenir &#187; renvoie &#224; la formule par laquelle nous cherchons &#224; exprimer un d&#233;passement possible de ce qui est seulement en visant autre chose, de l'ordre de l'in&#233;dit. Et certes, &#224; cette fin, une conception de l'avenir est n&#233;cessaire pour agir, ancr&#233;e dans la nouveaut&#233; potentielle, l'in&#233;dit possible, et une t&#226;che n&#233;cessaire, d&#232;s lors qu'on reconna&#238;t avec J.W. Goethe, en opposition &#224; la Bible, que &#171; au commencement &#233;tait l'action &#187; (&lt;i&gt;Faust,&lt;/i&gt; v. 1237). Mais les conceptions de l'avenir ne se valent pas. Et comme cet essai sur la notion d'avenir le montre, chacun/chacune le sent bien, nous frayons pour l'heure avec un conflit sur les mani&#232;res de tenir compte des r&#233;sultats de nos actions au-del&#224; du pr&#233;sent. C'est en quoi nous devons nous concentrer sur cette notion, et assumer les d&#233;sillusions qui s'attachent &#224; son usage pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re ou d'une autre, nous ne vivons plus sous le type d'interrogation de Charles Baudelaire (&#171; Que sommes-nous aujourd'hui ? &#187;, cherchons l'&#233;ternel dans l'actuel), lequel valorise un certain pr&#233;sent ; mais nous ne consid&#233;rons plus non plus positivement le &#171; que faire ? &#187; d'Immanuel Kant, confondant l'avenir avec le grand r&#233;cit du progr&#232;s, d&#233;sormais accus&#233; de nous avoir &#233;gar&#233;s. Cela ne signifie pourtant pas que nous n'ayons plus d'avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Ruby, Devenir contemporain ?, La couleur du temps au prisme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela souligne que nous le pensons autrement. Nous relisons le pass&#233; afin d'y d&#233;couvrir d'autres ressources, et en tentant de penser autrement son devenir. Nous cherchons &#224; diagnostiquer pass&#233; et pr&#233;sent afin de multiplier les exercices de vie. Mais dans l'ensemble, nous ne pouvons nous passer de la question : que nous arrive-t-il ?, laquelle fait fond sur les &#233;v&#233;nements qui obligent &#224; penser des transitions &#224; d&#233;faut de r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27426 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH276/22b0b1_217f2042aa6448d79befa8be0498d727_mv2-56cc5.jpg?1781950159' width='500' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et que l'on pourrait appliquer aussi &#224; la notion de &#171; pass&#233; &#187;, qui dans un autre genre, n'est pas plus simple &#224; manier, h&#233;sitant entre des fictions et les travaux des arch&#233;ologues. Et que l'on pourrait appliquer aussi &#224; la notion de &#171; pass&#233; &#187;, qui dans un autre genre, n'est pas plus simple &#224; manier, h&#233;sitant entre des fictions et les travaux des arch&#233;ologues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que la 61&#7497; version de l'Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise est plac&#233;e sous le th&#232;me &#171; In Minor Keys &#187; (en fr&#233;quences mineures). Rappelons que la 61&#7497; version de l'Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise est plac&#233;e sous le th&#232;me &#171; In Minor Keys &#187; (en fr&#233;quences mineures).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que le philosophe Cieszkowski (&lt;i&gt;Prolegomena zur Historiosophie,&lt;/i&gt; Berlin 1838) explicite ainsi : &#171; Kant situe son entreprise &#224; &#233;gale distance de la pr&#233;diction scientifique, bas&#233;e sur les lois de la nature qui font en l'occurrence d&#233;faut dans le domaine des actions humaines, et du discours proph&#233;tique (&lt;i&gt;weissagend, prophetisch&lt;/i&gt;), qui pr&#233;tend proc&#233;der d'une inspiration surnaturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Immanuel Kant, &lt;i&gt;Le conflit des facult&#233;s,&lt;/i&gt; 1798, trad. Paris, Payot, 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich von Schiller, Lettre sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain, 1794, trad. Robert Leroux, Paris, Aubier, 1943&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle peut &#234;tre &#233;tendue en lisant le dialogue publi&#233; par NonFiction entre l'anthropologue Christophe Darmangeat (Le communisme primitif n'est plus ce qu'il &#233;tait. Aux origines de l'oppression des femmes, La D&#233;couverte, 2025), et V&#233;ra Nikolski (F&#233;minic&#232;ne, Fayard, 2023), &lt;a href=&#034;https://www.nonfiction.fr/article-12726-modernite-et-fragilite-de-lemancipation-feminine.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nonfiction.fr/article-12726-modernite-et-fragilite-de-lemancipation-feminine.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serene J. Khader, &lt;i&gt;D&#233;coloniser l'universalisme, Pour une &#233;thique f&#233;ministe transnationale,&lt;/i&gt; Paris, &#201;liott, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;La question anthropologique,&lt;/i&gt; Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paris, Br&#233;al, 2004, p. 86, perspective reprise dans le texte sur &#171; Les gens de notre g&#233;n&#233;ration &#187;, in Paris, Dits et &#201;crits, Gallimard, p. 546.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit., p. 629.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Ruby, &lt;i&gt;Devenir contemporain ?, La couleur du temps au prisme de l'art,&lt;/i&gt; Paris, Le F&#233;lin, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire droit au cri hors du droit positif</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-droit-au-cri-hors-du-droit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-droit-au-cri-hors-du-droit</guid>
		<dc:date>2026-05-31T10:06:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La reconnaissance &#233;prouv&#233;e pour une revue culturelle comme TK-21, d&#233;j&#224; dans sa quinzi&#232;me ann&#233;e, nous permet, dans l'article ci-dessous, d'&#233;voquer souvent &#171; la question de la culture &#187; avec un respect n&#233; de la conviction selon laquelle ce terme, et les pratiques qu'il recouvre, m&#233;ritent qu'on leur rende justice, sans c&#233;der aux complaisances habituelles. Nous trouvons, &#224; l'occasion de cet anniversaire, l'occasion de faire le point sur l'un des axes &#224; partir desquels nous en avons constamment abord&#233; les formulations, les pratiques, les &#339;uvres et leurs objectifs. Cet axe prend ici la configuration &#8211; centr&#233;e sur le refus des p&#233;trifications &#8211; d'un travail de philosophe un peu &#233;cart&#233;, depuis longtemps, celui de Jean-Fran&#231;ois Lyotard (1924-1998).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/jfl-f8c79.jpg?1780223762' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La reconnaissance &#233;prouv&#233;e pour une revue culturelle comme TK-21, d&#233;j&#224; dans sa quinzi&#232;me ann&#233;e, nous permet, dans l'article ci-dessous, d'&#233;voquer souvent &#171; la question de la culture &#187; avec un respect n&#233; de la conviction selon laquelle ce terme, et les pratiques qu'il recouvre, m&#233;ritent qu'on leur rende justice, sans c&#233;der aux complaisances habituelles. Nous trouvons, &#224; l'occasion de cet anniversaire, l'occasion de faire le point sur l'un des axes &#224; partir desquels nous en avons constamment abord&#233; les formulations, les pratiques, les &#339;uvres et leurs objectifs. Cet axe prend ici la configuration &#8211; centr&#233;e sur le refus des p&#233;trifications &#8211; d'un travail de philosophe un peu &#233;cart&#233;, depuis longtemps, celui de Jean-Fran&#231;ois Lyotard (1924-1998).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;s&lt;/i&gt; lors qu'on le souhaite, comment le cri peut-il se dire en philosophie, et en philosophie politique en particulier ? Son mode d'expression co&#239;ncide avec la difficult&#233; face &#224; laquelle il nous entra&#238;ne : s'agissant d'une parole interruptive, la difficult&#233; est de ne pas le relever &#8211; ou le faire relever &#8211; dans les termes habituels d'une langue ou d'un discours articul&#233;, avec son r&#233;f&#233;rent et le destinataire de sa signification, de sorte &#224; produire ou forcer de l'entente. De plus, &#224; la diff&#233;rence d'un discours souvent plat sur lui (&#233;voquant la g&#234;ne, la surprise, l'incompr&#233;hension), un cri devrait &#234;tre &#233;mis et re&#231;u en tonalit&#233;s variables, hauteur de sons, rythmes, etc. Seules ces qualit&#233;s projettent en avant son jeu d'&#233;cart avec un pr&#233;sent ou des rapports interindividuels. Et elles ne pr&#233;tendent pas expliciter le d&#233;saccord. Le cri le joue, et appelle &#224; prendre ce jeu au s&#233;rieux de son refus d'encha&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le propos qui suit, le terme &#171; cri &#187; s'entendra comme une m&#233;taphore des conflits dans lesquels s'engagent des membres d'une cit&#233;, individuellement et collectivement. De nos jours, il tente m&#234;me d'&#233;noncer quelque chose de l'esprit et de la r&#233;alisation de la d&#233;mocratie, si l'on accepte de penser, et non d'ignorer, les cris qui &#233;maillent la vie politique et sociale, ceux que trop de th&#233;oriciens &#233;cartent ou au contraire adulent, &#224; condition de les muer en parole gr&#226;ce &#224; leur expertise. Dans le propos qui suit, nous souhaitons montrer que le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; (ce qu'on appelle &#171; le peuple &#187; trop souvent figur&#233; en entit&#233; fig&#233;e, identit&#233;) ne peut &#234;tre envisag&#233; en lui refusant le cri (en g&#233;n&#233;ral) ou les cris (en particulier). Un &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; sans cri caract&#233;rise une d&#233;mocratie morte ! Cette parole demeure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la philosophie des ann&#233;es r&#233;centes, on trouve, en effet, peu de r&#233;flexions philosophiques sur le cri, hormis chez Gilles Deleuze, Michel Foucault, et quelques autres, mais souvent r&#233;duites &#224; des cris sp&#233;cifiques. Plus certainement, nous pouvons puiser les lin&#233;aments d'une pens&#233;e du cri, entre singularit&#233; et universalit&#233;, d'une philosophie du cri, dans l'h&#233;ritage du philosophe Jean-Fran&#231;ois Lyotard (1924-1998)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le Diff&#233;rend, Paris, Minuit, 1983.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun/chacune l'observe. Quelqu'un (ou un groupe) crie contre un autre (individu ou groupe) parce que cet autre lui refuse quelque chose et m&#234;me plut&#244;t lui interdit la rh&#233;torique commune et d'argumenter sur un objet qui ne le concerne pas seulement pour lui-m&#234;me, mais &#224; l'adresse de la cit&#233; enti&#232;re. De tels conflits, il en est de toutes sortes : dans le travail, dans l'&#233;ducation, entre femmes et hommes, dans l'exercice citoyen comme dans l'institution de la famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple, Actes de la recherche en sciences sociales, num&#233;ro 260, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En mode de cris. Sans les n&#233;gliger, Lyotard centre plut&#244;t son analyse sur la dimension politique de ces cris. Leur propri&#233;t&#233; est de t&#233;moigner de protestations sur la base d'indignations et de dissentiments&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Indignations couvertes par exemple par l'ouvrage de St&#233;phane Hessel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au plus robuste de son &#233;nonciation, le cri, qui est bien une forme de parole, nous place face &#224; l'incommensurable de certaines situations (Shoah, Goulag), aux fracas des manifestations r&#233;solues, aux brutalit&#233;s des relations polici&#232;res entre humains (classes, sexes, cultures&#8230;), &#224; l'agressivit&#233; envers l'opposant, aux traques de l'&#233;tranger, aux peurs et angoisses interindividuelles. Simultan&#233;ment, il nous confronte &#224; un double paradoxe : la violence qui r&#233;duit les voix au silence suscite la violence sonore du cri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que reprend fort bien l'artiste J&#233;r&#244;me Grivel dans ses performances.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le cri est bien une parole qui n'adopte pas la configuration d'avance impos&#233;e dans le discours ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore convient-il d'en analyser la signification et la port&#233;e. &#192; partir de lui, Lyotard a tent&#233; d'&#233;laborer une &#171; politique philosophique &#187; du cri, distincte des habituelles philosophies politiques fond&#233;es dans un consensus format&#233;. En t&#233;moignent encore les ouvrages de J&#252;rgen Habermas, dont les discours relus &#224; l'occasion de son r&#233;cent d&#233;c&#232;s. Globalement d'ailleurs, la perspective de Lyotard repose sur l'id&#233;e selon laquelle l'existence de l'humanit&#233; serait intrins&#232;quement distribu&#233;e autour d'antagonismes &#8211; le Diff&#233;rend &#8211;, qu'ils portent sur les relations entre individus ou entre groupes (guerre des riches contre les pauvres, des propri&#233;taires contre les esclaves, r&#233;voltes des classes&#8230;). Les humains vivraient ainsi sous le &#171; destin &#187; d'une division originaire, celle d'une irr&#233;conciliabilit&#233;, que les pouvoirs masquent sous des images d'unit&#233; et de concorde, mais qu'il faut r&#233;fl&#233;chir et en faire la mati&#232;re de l'histoire (&#171; Qu'arrive-t-il ? &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mod&#232;le de r&#233;flexion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pouvons-nous penser et faire de ces divisions, en d&#233;mocratie, alors que cette derni&#232;re a toujours &#233;t&#233; pens&#233;e comme penchant vers l'harmonie et l'unit&#233;, quoiqu'au sens m&#233;taphysique de ces termes ? Afin de faciliter la saisie de sa pens&#233;e, Lyotard adopte un mod&#232;le de r&#233;flexion ais&#233;ment appr&#233;hendable, dans la mesure o&#249; il permet de consid&#233;rer la valeur politique des &#171; jeux &#187; sociaux de langage et une politique &#171; du moindre mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dissentiments auxquels il r&#233;f&#232;re auraient leur traduction la plus percutante, au-del&#224; de la diversit&#233; des langues, dans l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des langages, des actes de parole qui d&#233;coupent le monde, des modes d'approches des locuteurs (autoris&#233;s ou non), des vis&#233;es d'objets. Cela, chacune et chacun a pu l'observer &#224; propos des querelles r&#233;centes autour de l'&#233;cologie et du changement climatique : scientifiques et politiques parlent la m&#234;me langue, mais les documents sur lesquels ils s'appuient ne brassent pas le m&#234;me langage. Et pourtant, beaucoup ne cessaient de vouloir les reconduire &#224; l'unit&#233; d'une pens&#233;e unique, leur imposer le contr&#244;le des normes et des usages sur leurs propos.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/je_ro_me_griel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/je_ro_me_griel-3a54c.jpg?1778146426' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#244;me Griel, performance, 2024
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Simplifions cette figure : deux personnes entrent en une vive discussion, mais en prof&#233;rant, pourtant dans la m&#234;me langue, des discours qui ne s'entendent pas (scientifique, artistique, &#233;thique, politique) sur la signification &#224; pr&#234;ter apparemment &#224; un &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; objet. Qui peut trancher le d&#233;bat, voire la dispute ? La situation, de nos jours, est complexe. Car le d&#233;saccord est d'autant plus vif que les grands prescripteurs de r&#232;gle, avec leurs &#171; grands r&#233;cits &#187; &#233;crasants auxquels tous doivent ou devaient adh&#233;rer, ont perdu leur cr&#233;dibilit&#233;. Entendons par l&#224;, par exemple, que le discours th&#233;ologique avec son primat d'un Dieu r&#233;gulateur, le discours sur les progr&#232;s de la civilisation europ&#233;enne et son imposition de la V&#233;rit&#233;, le discours des Lumi&#232;res ancr&#233; dans un unique mod&#232;le d'Humain ou le discours du &#171; grand dirigeant &#187;, ne peuvent, en tant que tels, s'imposer &#224; tous et toutes. Ces discours ne fondent plus rien. Ils portent, de surcro&#238;t, parce qu'ils ont longtemps domin&#233; les &#233;changes, une responsabilit&#233; dans les d&#233;sastres historiques des XIX&#7497; et XX&#7497; si&#232;cles (colonisation, Auschwitz, Goulag, terrorisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, quelle r&#233;f&#233;rence centrale, quelle place assignable aux uns et aux autres, quelle r&#232;gle publique absolue, quel jugement dernier peuvent permettre d'affirmer que l'un a raison et l'autre non qui se r&#233;clament de ces discours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'hypoth&#232;se mallarm&#233;enne de substituer la litt&#233;rature et la po&#233;sie &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Sommes-nous cependant vou&#233;s &#224; attendre que l'un domine l'&#233;change et retire &#224; l'autre sa voix au chapitre ? L'autre doit-il renoncer au d&#233;bat, se r&#233;soudre &#224; crier sans fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solder les dommages ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Explor&#233;es par Lyotard, quelles solutions sont habituellement propos&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler &#224; un juge ? Mais le droit positif que sert ce personnage ne s'offre qu'&#224; corriger les dissensions internes &#224; la cit&#233; en se r&#233;f&#233;rant &#224; la loi &#233;tablie, comprise comme mod&#232;le d'unit&#233; parce qu'assurant le &#171; consensus &#187;, ce terme d&#233;signant ce qui est entendu de m&#234;me mani&#232;re par et pour tous, consenti ou impos&#233;. Le phras&#233; du droit : &#171; Il faut vous entendre ! &#187;. Mais dans &#171; mes &#187; termes. Antigone le pouvait-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insouciance vis-&#224;-vis des relations sociales est-elle pr&#233;f&#233;rable ? Par cons&#233;quent, sur cette voie, le jeu de l'isolement indiff&#233;rent des uns aux autres, &#224; la mani&#232;re de monades (sans portes, ni fen&#234;tres disait Leibniz). Non plus. Cette &#233;chappatoire rend complice d'un individualisme qui conforte l'horizon d'un danger totalitaire. Le capitalisme, qui se veut ma&#238;tre de toutes choses, ne d&#233;teste pas nous voir nous enfermer sur nous-m&#234;mes et sacrifier un &#171; commun &#187; qu'il aime d&#233;clarer inutile et d&#233;suet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Dardot et Christian Laval, Commun. Essai sur la r&#233;volution au XXIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que faire ? De la po&#233;sie, se r&#233;fugier dans l'&#233;criture de livres, dans l'art ? Sans n&#233;gliger ce qu'il en va de la litt&#233;rature et/ou des arts et de leur capacit&#233; &#224; susciter du commun, Lyotard incite &#224; un exercice de pens&#233;e plus rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, n'importe-t-il pas d'abord de distinguer plusieurs types de conflits centraux ? Les conflits d'int&#233;r&#234;t et les dommages qui rel&#232;vent de la justice positive (vol), ce sont de simples litiges ; les conflits de l&#233;gitimit&#233; (Robespierre &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; Louis XVI), plus graves et qui mettent en jeu l'ordre de la cit&#233; ; les conflits irr&#233;ductibles par retrait de la libert&#233; d'expression et d'action, par menaces, privations et exterminations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite n'est-il pas essentiel de prendre conscience des impasses du droit et de l'absence de r&#232;gles d&#233;finitives susceptibles de trancher un diff&#233;rend ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, mieux vaut choisir de se mettre &#224; l'&#233;coute des propos, des cris ou du silence fonctionnant dans de tels conflits. Demandons-nous ce qui arrive dans le cas examin&#233;. Comment les phrases des uns et des autres s'encha&#238;nent-elles ou pourraient-elles s'encha&#238;ner dans une discussion, sans faire dispara&#238;tre l'autre ? Vers quoi cela tend-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi approche-t-on la faible envergure d'un dommage (d'un pr&#233;judice) dans une soci&#233;t&#233; face &#224; d'autres motifs de d&#233;saccord. Et nous pouvons interroger notre premi&#232;re r&#233;action devant de nombreux conflits. Face &#224; trop d'entre eux, nous disons que les parties ne &lt;i&gt;s'entendent pas&lt;/i&gt; ! Ce qui revient &#224; assurer que les parties doivent pouvoir parler, t&#233;moigner du dommage, le porter &#224; la connaissance d'autrui, par exemple devant un tribunal. Et que dans tous les cas, un type d'encha&#238;nement des phrases cicatriserait l'opposition. Que le conflit s'apaise ! C'est la pr&#233;tention du droit positif, la situation de plaidoirie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, dans de nombreux cas, nul ne se pose de questions. Comme si la solution &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#234;te. Ce sont les moyens habituels destin&#233;s &#224; cicatriser une opposition qui sont mis en avant, un arbitrage et une conciliation par un tiers. Ce tiers invite chacun &#224; des d&#233;marches assez usuelles dans ce cadre, &#224; partir d'injonctions, telles que : n&#233;gociez ! ; &#233;coutez-vous ! ; respectez vos diff&#233;rences, assumez la diversit&#233; ! ; vous pouvez vous entendre et vous rendre &#224; des raisons ! ; soyez raisonnables ! ; mettez-vous &#224; la place de l'autre ! ; reconnaissez vos torts et reconnaissez-vous ! soumettez-vous au consensus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces injonctions &#224; des transactions, &#224; des encha&#238;nements codifi&#233;s implique soit que l'une des parties c&#232;de, soit qu'une r&#232;gle ext&#233;rieure tranche le cas en faisant croire que l'enjeu est le m&#234;me pour chacune et la r&#232;gle commune. L'espoir en est que le conflit se dissoudra d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rend et victime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, pourtant, l'encha&#238;nement prend un autre tour. L'autre peut &#234;tre priv&#233; de libert&#233; de parler, de rendre publiques ses id&#233;es, de porter sa conception du monde &#224; la connaissance des autres : il ne lui reste que silence, sanglot, injure, cri. Celui-l&#224; devient une &#171; victime &#187;, parce que le conflit n'est pas une simple opposition, mais un v&#233;ritable diff&#233;rend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Central dans la pens&#233;e de Lyotard, qu'en est-il donc de ce terme, un ou des &#171; diff&#233;rends &#187; ? Un &#171; diff&#233;rend &#187; s'&#233;l&#232;ve lorsque les deux parties ne partagent pas le m&#234;me idiome dans l'encha&#238;nement de leurs propos. L'opposition entre elles est impossible &#224; surmonter dans les proc&#233;dures l&#233;gales pr&#233;vues &#224; cet effet. L'autre ne peut pas entrer dans la voie qu'on lui propose, celle de transiger, car ce que beaucoup prennent pour un litige est pour lui un tort.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27239 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ruby_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH526/ruby_3-744c1.jpg?1778146426' width='500' height='526' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Examinons-en deux versions, pr&#233;sent&#233;es par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, les conflits de l&#233;gitimit&#233;, ceux durant lesquels la plainte est exprim&#233;e. Par exemple, dans la &lt;i&gt;D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789&lt;/i&gt; &#224; l'encontre de la l&#233;gitimit&#233; royale d&#233;chue. Aucun tribunal ne peut trancher le diff&#233;rend. Est-ce que la solution serait de faire coexister les deux l&#233;gitimit&#233;s en un tout sup&#233;rieur qui les rendrait &#233;quivalentes ? Un gouvernement associant Robespierre et Louis XVI ? Certes, chacune des parties est dans &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; droit. Chacune pr&#233;tend &#224; une validit&#233; universelle. Le diff&#233;rend suppose que les deux l&#233;gitimit&#233;s se d&#233;fendent, mais qu'on &#233;coute et v&#233;rifie leur &#171; incompossibilit&#233; &#187;, l'impossibilit&#233; d'un terrain commun, de n&#233;gociation possible. Alors le diff&#233;rend est d&#233;clar&#233; irr&#233;ductible. La situation devient tragique, ce qui revient &#224; refuser de taire le diff&#233;rend, &#224; l'activer publiquement, mais &#224; acter l'absence de solution. Le diff&#233;rend est infini dans le dialogue, mais dissous dans la pratique, puisqu'il faudra que l'un c&#232;de et s'efface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, les conflits dans lesquels le plaignant (l'autre) ne peut porter plainte : le diff&#233;rend est &#171; inexprimable publiquement &#187;, parce que d'embl&#233;e r&#233;prim&#233;. Ils prennent l'aspect de torts unilat&#233;raux livr&#233;s &#224; la forclusion et &#224; l'an&#233;antissement. Lyotard pr&#233;cise &lt;i&gt;&#171; un cas de diff&#233;rend entre deux parties a lieu quand le&lt;/i&gt; &#171; r&#232;glement &#187; &lt;i&gt;du conflit qui les oppose se fait dans l'idiome de l'une d'elles alors que le tort dont l'autre souffre ne se signifie pas dans cet idiome &#187;&lt;/i&gt;. Et il y a m&#234;me un cas qui n'est plus rien que diff&#233;rend : entre le SS et le juif, il n'y a m&#234;me pas un idiome commun possible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment statuer, non seulement en l'absence d'une r&#232;gle pour juger l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, mais encore en l'absence d'une pratique possible qui changerait la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interlocuteurs sont en d&#233;s&#233;quilibre : l'un d&#233;ploie l'idiome commun actuel (qu'il soit l&#233;gitime ou non). L'autre est emp&#234;ch&#233; d'argumenter, ou n'arrive pas &#224; argumenter dans le m&#234;me idiome et ne trouve pas les r&#232;gles d'encha&#238;nement de phrases capables d'exprimer le diff&#233;rend (une extermination, un totalitarisme...). Il est effac&#233;, gomm&#233;. Il devient une victime. Il en est de nombreuses dans l'histoire : l'esclave, le juif, le colonis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avoir voix &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos de Lyotard ne saurait en rester l&#224;. Il ne rel&#232;ve pas d'une philosophie constative. Il s'inqui&#232;te de savoir &#224; quoi la victime peut recourir. Quel moyen d'action peut-elle forger pour porter plainte pour un tort et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; pour un tort d&#233;ni&#233;, pour la n&#233;gation de l'autre (pourtant condition de la pens&#233;e) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyotard refuse, en effet, de croire que rien ne peut plus s'accomplir, sans pour autant fixer un &#171; avenir &#187; de r&#233;f&#233;rence. Certes, le &#171; diff&#233;rend &#187; est &lt;i&gt;&#171; un &#233;tat instable et l'instant du langage o&#249; quelque chose qui doit pouvoir &#234;tre mis en phrases ne peut pas l'&#234;tre &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; &#187;, &#171; ne peut l'&#234;tre &lt;i&gt;&#224; l'instant&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt; ! Mais plus tard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment sera-ce possible ? Avant de r&#233;pondre, il faut placer ici une remarque portant sur la notion de &#171; victime &#187; : contrairement &#224; l'usage que l'on fait du terme, qui contribue toujours &#224; enfermer telle personne dans un statut, ce n'est pas un &#234;tre fig&#233; dans une essence, mais un devenir relatif &#224; une condition premi&#232;re, celle de la n&#233;gation de l'autre. Elle ne devrait donc pas relever d'un imaginaire compassionnel, ou d'une m&#233;taphysique de la victime originaire et &#233;ternelle. &#171; Il y aura toujours des pauvres ! &#187;, &#171; la nature humaine est ainsi faite ! &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, si &#171; victime &#187; est un r&#233;sultat, pour Lyotard, la &#171; victime &#187; ne peut vouloir le rester. C'est le sens du &#171; encore &#187; de la citation ci-dessus. Et si un &#171; avenir &#187; peut toujours se dessiner, m&#234;me dans l'infini des antagonismes, il pourrait consister &#224; &#171; faire droit au diff&#233;rend &#187;, donc &#224; nous pousser &#224; &lt;i&gt;&#171; instituer de nouveaux destinataires, de nouveaux destinateurs, de nouvelles significations, de nouveaux r&#233;f&#233;rents pour que le tort trouve &#224; s'exprimer et que le plaignant cesse d'&#234;tre victime &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27240 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/perrot_ruby-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH448/perrot_ruby-2-7696e.jpg?1779882732' width='500' height='448' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photographie d'Olivier Perrot,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Dire NON, Une installation de 493 photographies
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certes, pour l'instant, la victime n'a pas d'autre possibilit&#233; que le cri. C'est-&#224;-dire &#224; la fois la reconnaissance d'un impossible momentan&#233; et la tentative d'attirer l'attention sur lui. Le cri, c'est en premier lieu un acte qui conteste l'&#233;touffement, c'est une alerte, la marque d'un incompossible, d'une alt&#233;rit&#233; qui ne peut s'inscrire dans le M&#234;me : la victime n'a pas d'autre issue, elle ne peut encha&#238;ner dans l'idiome commun (le m&#234;me), et elle ne peut encha&#238;ner n'importe comment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si Lyotard choisit ce terme, c'est aussi que le cri est momentan&#233; dans sa pouss&#233;e. Il est bien &#233;mis en vue de cr&#233;er un &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; d'un autre ordre que ce qui est. Mais il t&#233;moigne d'une orientation &#224; trouver, d'une autre instance possible, d'une invention : &lt;i&gt;&#171; Il faut beaucoup chercher pour trouver les nouvelles r&#232;gles de formation et d'encha&#238;nement des phrases capables d'exprimer le diff&#233;rend que trahit le sentiment, si l'on ne veut pas que ce diff&#233;rend soit aussit&#244;t &#233;touff&#233; en un litige, et que l'alerte donn&#233;e par le sentiment ait &#233;t&#233; inutile &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri exprime le diff&#233;rend, afin d'&#233;viter l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi y a-t-il chez Lyotard une v&#233;ritable th&#233;orie du cri, sous forme d'une th&#233;orie de la justice et d'une politique du moindre mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette th&#233;orie de la justice (mais pas du droit positif) renvoie &#224; des traits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une th&#233;orie vers&#233;e du c&#244;t&#233; de l'alt&#233;rit&#233; ni&#233;e, comme demande adress&#233;e &#224; un destinataire (le m&#234;me), sous forme in&#233;dite, qui ne rentre pas dans le cadre d'une plainte, mais s'exprime dans la pure diff&#233;rence du cri parce que l'autre ne veut pas entendre les phrases propos&#233;es par la victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie implique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* le constat selon lequel, dans les soci&#233;t&#233;s, il y a toujours quelque chose qui exc&#232;de ce qui peut &#234;tre phras&#233; dans l'idiome commun (l'alt&#233;rit&#233;), dans l'anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale (l'oubli de l'autre), qui exc&#232;de le droit de celui qui domine, qui fixe les r&#232;gles de la justice (positive). Il y a toujours du conflit, de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne (du sensible inasservi) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* que c'est cet exc&#232;s qui d&#233;termine &#224; la fois la diff&#233;rence entre dommage ou litige (ce qui est traitable) et tort (l'intraitable), ainsi que l'exigence de se battre pour permettre l'institution d'idiomes qui n'existent pas encore en faisant valoir l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne et l'incommensurable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* que, enfin, devant l'impossible, cet exc&#232;s se mue en &#233;nergie, &#233;clair, fulgurance : une sorte de &#171; il y a &#187; incontournable et qui peut enfin d&#233;semparer le dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela le cri ! Une puissance disruptive de l'alt&#233;rit&#233; (dans le m&#234;me), de ce &#224; quoi on n'a pas voulu reconna&#238;tre son expression. Le cri n'est pas impuissant, mais un d&#233;tour d&#233;non&#231;ant la puissance que met l'autre &#224; annihiler quelque chose ou quelqu'un. Le cri r&#233;sout le probl&#232;me d'autre chose qui est rendu impossible &#224; parler, mais qu'on ne peut faire dispara&#238;tre totalement. Il est impossible de le faire taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un dit : je ne peux m'exprimer dans votre langage ; l'autre dit : alors je ne comprends pas, rentrez dans le droit commun ! Et le cri devient le moyen de signifier le diff&#233;rend soit sur la destination, soit sur le sens, soit sur le r&#233;f&#233;rent. Le cri serait donc une &#171; demande &#187;, une souffrance &#8211; celle de l'autre. Il serait un sentiment, substitut d'une phrase encore absente, impossible dans le langage commun. Il est adress&#233; &#224; un destinataire afin de le d&#233;semparer (provoquer son intranquillit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il ne s'agit pas d'un cri absolu, il s'agit bien d'un absolu du cri. Le cri de la victime serait une mise en phrase qui ne l'est pas dans le discours dominant. Le cri est une n&#233;cessit&#233; relative &#224; une impossibilit&#233; ; et il est bien une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;****&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Lyotard se d&#233;marque de la conception banale du cri : celle qui affirme que le cri r&#233;pond &#224; une impossibilit&#233; de s'exprimer, comparativement au langage commun ou ordinaire ; celle qui laisse croire que le cri est uniquement l'effet d'une r&#233;action-limite alors qu'il est l'acte par lequel quelqu'un conduit un rapport au jour, et refuse de s'y conformer (pas seulement aux cons&#233;quences) ; celle qui fait de l'&#233;chec du cri la faute du crieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie du cri est plut&#244;t le point de d&#233;part d'une philosophie du juste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* d'une philosophie des apories du droit parce que le cri n'est pas traitable dans les termes du droit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* d'une philosophie qui ne confond pas cri et vengeance attendue, tout en criant sa haine (selon la derni&#232;re phrase de &lt;i&gt;L'&#201;tranger&lt;/i&gt; d'Albert Camus) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-* d'une pens&#233;e ouverte sur une philosophie plus g&#233;n&#233;rale de la dette irr&#233;missible, et d'une servitude imm&#233;moriale attentive aux conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question : pouvons-nous envisager une &#171; fin &#187; du cri (y mettre un terme), une communaut&#233; utopique, reconnaissante de l'autre et finalement unifi&#233;e (reste de toute mani&#232;re &#224; pr&#233;ciser en quel sens) ? Pour Lyotard, ce propos n'a pas de signification. L'avenir n'est pas porteur de solutions d&#233;finitives pour une humanit&#233; r&#233;concili&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;www.christianruby.net&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, num&#233;ro 260, &#171; Du c&#244;t&#233; obscur de la famille &#187; (1), D&#233;cembre 2025, et num&#233;ro 261, tome II, Avril 2016, Paris, Seuil/EHESS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Indignations couvertes par exemple par l'ouvrage de St&#233;phane Hessel, &lt;i&gt;Indignez-vous !&lt;/i&gt;, Paris, Indig&#232;ne &#201;ditions, 2010. Ce fut aussi le cas de l'ouvrage de Salom&#233; Saqu&#233;, R&#233;sister, Paris, Payot, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que reprend fort bien l'artiste J&#233;r&#244;me Grivel dans ses performances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'hypoth&#232;se mallarm&#233;enne de substituer la litt&#233;rature et la po&#233;sie &#224; l'absence de Dieu et de roi, &#233;tant exclue ici, du moins tant qu'on ne statue pas sur les arts chez Lyotard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Dardot et Christian Laval, &lt;i&gt;Commun. Essai sur la r&#233;volution au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, La d&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette th&#233;orie de la justice (mais pas du droit positif) renvoie &#224; des traits communs entre Lyotard et Jacques Ranci&#232;re, mais elle fait aussi leur diff&#233;rence fondamentale. Le trait commun : la tradition philosophique s&#233;pare radicalement le cri et le juste (cf. Aristote : la parole d&#233;cide du juste et de l'injuste, par le cri), alors que Lyotard et Ranci&#232;re les relient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Dans &lt;i&gt;Tribune juive&lt;/i&gt;, 2026, Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Collection familiale personnelle de Dolor&#232;s Lyotard (2022), &#224; propos de l'antis&#233;mitisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au mur de La chambre claire</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Au-mur-de-La-chambre-claire</link>
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		<dc:date>2026-05-31T09:59:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chong Jae-Kyoo &#51221; &#51116;&#44508;</dc:creator>


		<dc:subject>Photo plasticienne</dc:subject>
		<dc:subject>groupe novembre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le titre de l'ouvrage de Roland Barthes sur la photographie, &#171; La chambre claire. Note sur la photographie &#187;, peut &#234;tre compris &#224; partir de sa relation avec la camera obscura (p.164). C'est &#224; partir m&#234;me de ce titre que j'ai pu trouver l'intitul&#233; de mon propre travail d'interpr&#233;tation relevant de la &#171; photo plasticienne &#187;. En effet, mes travaux de &#171; photo plasticienne &#187; peuvent, au sens litt&#233;ral, &#234;tre directement expos&#233;s sur les murs d'une &#171; chambre claire &#187;. La galerie, le mus&#233;e ou l'espace priv&#233; o&#249; s'expose une forme plastique deviennent ainsi l'oppos&#233; de la &#171; chambre noire &#187;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Photo-plasticienne" rel="tag"&gt;Photo plasticienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/groupe-novembre-128" rel="tag"&gt;groupe novembre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/cjk_ch3-ddd93.jpg?1780223763' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le titre de l'ouvrage de Roland Barthes sur la photographie, &#171; La chambre claire. Note sur la photographie &#187;, peut &#234;tre compris &#224; partir de sa relation avec la camera obscura (p.164). C'est &#224; partir m&#234;me de ce titre que j'ai pu trouver l'intitul&#233; de mon propre travail d'interpr&#233;tation relevant de la &#171; photo plasticienne &#187;. En effet, mes travaux de &#171; photo plasticienne &#187; peuvent, au sens litt&#233;ral, &#234;tre directement expos&#233;s sur les murs d'une &#171; chambre claire &#187;. La galerie, le mus&#233;e ou l'espace priv&#233; o&#249; s'expose une forme plastique deviennent ainsi l'oppos&#233; de la &#171; chambre noire &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si les textes d'interpr&#233;tation de Roland Barthes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; portant sur vingt-cinq photographies, ainsi que ces photographies elles-m&#234;mes, furent pr&#233;sent&#233;s au public sous la forme du livre, mon point de d&#233;part, quant &#224; lui, se situe au-del&#224; des limites de la compr&#233;hension et de l'exp&#233;rience de la photographie telles qu'elles s'&#233;laborent &#224; travers l'acte de lecture de cet ouvrage. Autrement dit, j'ai entrepris un travail d'interpr&#233;tation plastique, visuelle et perceptive de ces vingt-cinq photographies, afin d'ouvrir, dans les galeries, les mus&#233;es ou les espaces priv&#233;s &#8212; c'est-&#224;-dire dans des lieux oppos&#233;s &#224; la &#171; chambre noire &#187;, o&#249; les formes plastiques sont expos&#233;es &#8212; la possibilit&#233; d'une exp&#233;rience perceptive plastique et picturale de l'image photographique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;359&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH708/cjk_1-0da17.jpg?1777372304' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.9, Daniel Boudinet : Polaro&#239;d, 1979 / p.35, Alfred Stieglitz : Le terminus de la gare &#224; chevaux (New York, 1893) / p.43, Koen Wessing : Nicaragua, L'arm&#233;e patrouillant dans les rues, 1979/ p.45, Koen Wessing : Nicaragua, Parents d&#233;couvrant le cadavre de leur enfant, 1979 &#187;, photo sur papier, d&#233;coupage/collage, 90 x 64 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &#192; propos du mode de prise de vue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre une interpr&#233;tation textuelle et une interpr&#233;tation plastique-perceptive ne saurait &#234;tre r&#233;duite &#224; une simple distinction de genre entre litt&#233;rature et arts plastiques. En particulier, en r&#233;sonance avec l'int&#233;r&#234;t et la compr&#233;hension, &#224; la fois techniques et philosophiques, que suscite aujourd'hui la physique quantique, j'ai voulu tenter une possibilit&#233; transg&#233;n&#233;rique &#224; travers le rapport d'&#171; intrication plasticienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Intrication plasticienne &#187; : n&#233;ologisme que j'ai forg&#233; &#224; partir de l'&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, ce livre de Roland Barthes, son texte et les vingt-cinq photographies qu'il contient sont devenus, pour moi, le point de d&#233;part d'une nouvelle exp&#233;rience de perception photographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, j'ai commenc&#233; par photographier la forme ext&#233;rieure de la couverture du livre, puis j'ai pris, dans l'ordre, les pages o&#249; les photographies apparaissent, en suivant leur succession comme on suit le fil d'une lecture. Je maintenais les pages du livre de la main gauche tandis que je photographiais de la main droite. En raison de l'&#233;paisseur du volume, j'ai &#233;galement utilis&#233;, sur la table de travail de l'atelier, un r&#233;cipient d'eau pour soutenir les pages, ainsi qu'une r&#232;gle en plastique pour les maintenir en place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH702/cjk_2-fa1f7.jpg?1777372304' width='500' height='702' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.173, Andr&#233; Kert&#233;sz : Piet Mondrian dans son atelier, Paris, 1926 &#187;, photo sur papier, d&#233;coupage/collage, 90 x 64 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Principe de composition plastique et transformabilit&#233; &#224; travers la structure r&#233;p&#233;titive de la composition &lt;i&gt;Studium plasticien&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture explicative et interpr&#233;tative de Roland Barthes, d&#233;ploy&#233;e &#224; partir de la seule image photographique, a &#233;galement pu entrer en relation avec mon propre travail d'interpr&#233;tation plastique. Il s'agit plus particuli&#232;rement des deux notions qu'il propose : le &lt;i&gt;Studium&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Punctum&lt;/i&gt;. Dans mon cas aussi, ces deux concepts ont pu fonctionner comme une boussole orientant mon travail d'interpr&#233;tation plastique. Ils peuvent ainsi &#234;tre reformul&#233;s en &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Studium plasticien&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt; &#187;,&lt;/i&gt; ouvrant une nouvelle dimension au travail d'interpr&#233;tation plastique de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la photographie g&#233;n&#233;rale, la relation entre &lt;i&gt;Studium&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Punctum&lt;/i&gt; est donn&#233;e d'une certaine mani&#232;re ; dans ma &#171; photo plasticienne &#187;, en revanche, la configuration de cette relation peut se trouver transform&#233;e. Autrement dit, la structure plastique peut y assumer la fonction de &lt;i&gt;Studium plasticien,&lt;/i&gt; tandis que le ph&#233;nom&#232;ne plastique peut y exercer celle de &lt;i&gt;Punctum plasticien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la structuration plastique du &#171; N&#233;o-plasticisme &#187; de Piet Mondrian pouvait, pour moi, se relier directement au &lt;i&gt;Studium plasticien&lt;/i&gt; ; la composition g&#233;om&#233;trique g&#233;n&#233;rale fond&#233;e sur l'intersection de l'horizontale et de la verticale pouvait d&#232;s lors en constituer l'&#233;quivalent. En revanche, les ph&#233;nom&#232;nes plastiques produits, dans chaque photographie, &#224; partir de cette structure d'intersections g&#233;om&#233;triques, pouvaient relever du &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt;, se distinguant ainsi du &lt;i&gt;Punctum&lt;/i&gt; propre &#224; la photographie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt; pouvait &#233;galement advenir du fait du r&#244;le compositionnel li&#233; au petit format des photographies. La structure d'agencement produite par la r&#233;p&#233;tition identique d'images photographiques tir&#233;es en petit format (10 &#215; 10 cm) et par leur combinaison avec d'autres photographies manifeste en effet une fonction de &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; elle fait revenir de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e le texte de Roland Barthes et son contenu &#224; la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le plan bidimensionnel constitu&#233; par la r&#233;p&#233;tition de petites photographies g&#233;om&#233;triquement abstraites au moyen de la technique du &lt;i&gt;d&#233;collage de la surface photographique&lt;/i&gt; se trouvait dans un &#233;tat de moindre reconnaissabilit&#233; de l'image, rendant possible, &#224; due proportion, une expansion de la perception. D&#232;s lors, la r&#233;p&#233;tition d'images photographiques r&#233;duites &#224; de petites unit&#233;s revenait &#224; une sorte d'agencement microscopique d'unit&#233;s quantifi&#233;es de l'image photographique. Une telle hypoth&#232;se est rendue possible pr&#233;cis&#233;ment parce que la surface de fond a atteint un seuil o&#249; la reconnaissance visuelle se d&#233;fait. C'est ainsi qu'au cours de la mise en &#339;uvre op&#233;ratoire de la structure plastique, la fonction de &lt;i&gt;Punctum plasticien&lt;/i&gt; assum&#233;e par les images photographiques devenues &#233;l&#233;ments plastiques a pu &#234;tre confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;147&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH704/cjk_3-5672f.jpg?1777372304' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.170, Richard Avedon : A. Philip Randolph (The Family, 1976) &#187;, photo sur papier, d&#233;coupage/collage, 90 x 64 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;En r&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; l'interpr&#233;tation textuelle que Roland Barthes donne de l'image photographique, ma tentative d'interpr&#233;tation photo-plasticienne n'est rien d'autre qu'une exp&#233;rience de la &#171; non-localit&#233; photographique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Non-localit&#233; photographique &#187; : n&#233;ologisme inspir&#233; de la &#171; non-localit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans le champ plasticien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la premi&#232;re s'op&#232;re au niveau d'une s&#233;mantique imaginaire fond&#233;e sur une conceptualisation macroscopique, la seconde rel&#232;ve d'un &#233;v&#233;nement perceptif correspondant &#224; l'exp&#233;rience de l'image photographique par une perception instantan&#233;e d&#233;localis&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; ce que l'on pourrait appeler une &#171; mesure plasticienne &#187;. Il s'agit l&#224; d'un aspect relevant de la dimension micro-quantifi&#233;e de l'image photographique, et d'un mode d'approche qui tente d'acc&#233;der &#224; l'image photographique en tant qu'&#171; intrication plasticienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH705/cjk_4-78bb0.jpg?1777372305' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.137, Nic&#233;phore Niepce : La Table mise, alentour 1822 (Mus&#233;e Nic&#233;phore Ni&#232;pce) &#187;, photo sur papier, d&#233;coupage/collage, 90 x 64 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;136&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH704/cjk_5-28271.jpg?1777372305' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.174, Andr&#233; Kert&#233;sz : Le petit chien, Paris, 1928 &#187;, photo sur papier, d&#233;coupage/collage, 90 x 64 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;155&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH705/cjk_6-8c9dd.jpg?1777372305' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.78. Andr&#233; Kert&#233;sz : La Ballade du violoniste, Abony, Hongrie, 1921 &#187;, photo sur carton, d&#233;coupage/collage, 100 x 70 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;143&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cjk_7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH705/cjk_7-67f8a.jpg?1777372305' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; p.149, Alexander Gardner : Portrait de Lewis Payne, 1865 &#187;, photo sur carton, d&#233;coupage/collage, 100 x 70 cm, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Les Cahiers du cin&#233;ma, Gallimard/Seuil, 1980&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Intrication plasticienne &#187; : n&#233;ologisme que j'ai forg&#233; &#224; partir de l'&#171; intrication quantique &#187;. Sa g&#233;n&#233;ralisation a v&#233;ritablement pu s'amorcer &#224; partir du th&#232;me consacr&#233; par le prix Nobel de physique 2022, et je l'envisage comme la possibilit&#233; d'un paradigme susceptible de traverser l'ensemble des genres culturels. J'accorde une attention particuli&#232;re &#224; la propri&#233;t&#233; de &#171; non-localit&#233; &#187;, en tant que ph&#233;nom&#232;ne quantique du monde microscopique venant d&#233;placer la perspective relativiste g&#233;n&#233;rale propre au monde macroscopique. Cf. Carlo Rovelli, Helgoland. Le sens de la m&#233;canique quantique, Flammarion, 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Non-localit&#233; photographique &#187; : n&#233;ologisme inspir&#233; de la &#171; non-localit&#233; quantique &#187;, caract&#233;ristique propre &#224; l'intrication quantique. Celle-ci d&#233;signe le ph&#233;nom&#232;ne par lequel, ind&#233;pendamment de la distance, les propri&#233;t&#233;s de deux particules se d&#233;terminent instantan&#233;ment et simultan&#233;ment l'une par rapport &#224; l'autre. Si l'on consid&#232;re les op&#233;rations d'imagination et de rem&#233;moration suscit&#233;es par l'image photographique ordinaire (l'image photographique en g&#233;n&#233;ral) comme relevant d'un &#171; r&#233;alisme local &#187;, la photo plasticienne pourrait alors &#234;tre envisag&#233;e comme un &#171; r&#233;alisme non local &#187;. On d&#233;finit souvent la photographie &#224; partir de l'&#171; irr&#233;alit&#233; r&#233;elle &#187;, en d&#233;ployant une dialectique macroscopique et dualiste entre l'absence du r&#233;el et la r&#233;alit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne imageant ; mais &#224; travers les seuils perceptifs de la &#171; non-localit&#233; photographique &#187; et de l'&#171; intrication plasticienne &#187;, il devient possible d'approcher une exp&#233;rience de conscience microscopique et unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arationnalit&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Arationnalite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Arationnalite</guid>
		<dc:date>2026-05-03T18:00:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclam&#233; dans sa th&#232;se de doctorat que Prom&#233;th&#233;e &#233;tait &#171; le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique &#187; et puis il va encore retenir de Marx une d&#233;finition biologique du travail que celui-ci donne dans son &#171; Capital &#187;. Le travail humain est &#171; un proc&#232;s dans lequel l'homme r&#232;gle et contr&#244;le son m&#233;tabolisme avec la nature par la m&#233;diation de sa propre action... &#187;. Le mot important, &#224; la fois m&#233;taphore et concept, c'est &#171; m&#233;tabolisme &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des r&#233;actions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la pr&#233;servation du Vivant.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/kuwait_ds_oil_fire_near_border_-_usace-p15141coll5-10659-2-20c2d.jpg?1777833664' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peter Sloterdijk rappelle que Karl Marx avait proclam&#233; dans sa th&#232;se de doctorat que Prom&#233;th&#233;e &#233;tait &#171; le plus noble des saints et martyrs du calendrier philosophique &#187; et puis il va encore retenir de Marx une d&#233;finition biologique du travail que celui-ci donne dans son &#171; Capital &#187;. Le travail humain est &#171; un proc&#232;s dans lequel l'homme r&#232;gle et contr&#244;le son m&#233;tabolisme avec la nature par la m&#233;diation de sa propre action... &#187;. Le mot important, &#224; la fois m&#233;taphore et concept, c'est &#171; m&#233;tabolisme &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des r&#233;actions chimiques intra et intercellulaires qui permettent la pr&#233;servation du Vivant. L'Homme et la Nature constituent donc une sorte de grand organisme avec une voie m&#233;tabolique principale, l'action de l'Homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;+++++&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que ferais-je alors sur cette terre qui ne rec&#232;le que la promesse ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une promesse-pierre.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y r&#232;gnent que la mort et les paroles qu'y rev&#234;tent ses spectres.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y habitent que ses d&#233;mons, leurs feux et la fum&#233;e des hommes... &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Adonis&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adonis, Histoire qui se d&#233;chire sur le corps d'une femme in Lexique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'humanit&#233; moderne est un collectif d'incendiaires qui mettent le feu &#224; des for&#234;ts et des tourbi&#232;res souterraines. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Peter Sloterdijk&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Le remords de Prom&#233;th&#233;e &#8211; Du don du feu &#224; la destruction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;+++++&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk va construire une &#233;quation tr&#232;s simple, tout du moins au d&#233;part, qu'il nomme formule m&#233;tabolique et dont on va suivre l'&#233;volution au fil des mill&#233;naires puis des si&#232;cles. Le m&#233;tabolisme de l'homme se d&#233;veloppe ainsi : force musculaire + X, o&#249; X est le feu, tout du moins au d&#233;part. Car d&#232;s la pr&#233;histoire, suite &#224; l'apport de Prom&#233;th&#233;e, le feu est cet agent extra-biologique qui intervient dans les activit&#233;s humaines, &#224; tel point que l'histoire de l'humanit&#233; se confond avec celle des applications du feu. D&#233;j&#224; le feu rend le produit de la chasse plus consommable par rapport au go&#251;t, m&#234;me sans sel, et &#224; la digestion. Et puis tr&#232;s vite, pour des questions de territoire de chasse, vingt-cinq kilom&#232;tres carr&#233;s sont n&#233;cessaires pour chaque chasseur, il y a des luttes de hordes, et la proie animale se compl&#232;te par la proie humaine, non pas pour manger, quoique, mais pour travailler. Apparition de l'esclavage et simultan&#233;ment de l'&#233;levage et de l'agriculture ! X devient feu + force musculaire externe, on entend par l&#224; esclave + b&#234;tes de somme, et la formule m&#233;tabolique s'accroit donc de nouveaux termes : force musculaire propre (celle du ma&#238;tre) + cet X &#233;largi. Et &#231;a va durer longtemps comme &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Aristote l'esclave est un &lt;i&gt;&#171; outil anim&#233; &#187;&lt;/i&gt; mais Sloterdijk pr&#233;f&#232;re le terme de &lt;i&gt;&#171; biomachine humano&#239;de &#187;&lt;/i&gt; qu'il d&#233;finit comme &lt;i&gt;&#171; un producteur anim&#233; par des muscles ...auquel on inculque l'habitus consistant &#224; r&#233;pondre aux ordres par l'ob&#233;issance &#187;&lt;/i&gt; et il &#171; reformule &#187; sa formule en &#171; pouvoir de commandement + parc de biomachines + pyrotechnie &#187;. C'est la m&#234;me chose mais en plus techniquement dit. La source de la pyrotechnie c'est bien s&#251;r le bois et Aristote qui avait des id&#233;es tranch&#233;es sur tout m&#233;prisait le bois qui &#233;tait pour lui &lt;i&gt;&#171; un mat&#233;riau sans qualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Aristote &#233;nervait beaucoup Giordano Bruno qui dans son grand dialogue philosophique &#171; Cause, Principe et Unit&#233; &#187; en fait une critique syst&#233;matique, ce qui n'a pas plu du tout &#224; l'&#233;glise catholique tr&#232;s aristot&#233;licienne &#224; son &#233;poque, mais c'est l&#224; une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir et en finir avec Aristote, Sloterdijk rappelle, il rappelle beaucoup Sloterdijk, qu'il consid&#233;rait que l'ordre ne saurait exister &lt;i&gt;&#171; sans l'attelage de la domination et de l'&#234;tre domin&#233; &#187;&lt;/i&gt;. L'ob&#233;issance c'est l'horizon du musculaire. C'est grave m&#234;me pour son &#233;poque ! Toujours est-il, la pyrotechnie a de multiples usages domestiques, un foyer dans chaque foyer pourrait-on dire, ainsi qu'&#233;conomiques, fours des boulangers, des c&#233;ramistes, des m&#233;tallurgistes, chauffage des bains, et aussi, d&#232;s l'&#226;ge de bronze, fabrication des armes. Elle impose la gestion des ressources sylvicoles parce qu'on ne peut consommer que le bois dont on dispose. Il faut r&#233;g&#233;n&#233;rer constamment les for&#234;ts, s'atteler aux &#171; repousses &#187; qui sont lentes et qui sont soumises aux m&#234;mes contraintes climatiques que l'agriculture. Il y a d&#233;veloppement d'un r&#233;el savoir forestier. Au Moyen &#194;ge, on va passer de l'esclavage au servage ce qui revient &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me puisque la majorit&#233; des gens vit dans une tr&#232;s grande pr&#233;carit&#233;. Leur situation s'aggravera encore avec le syst&#232;me anglais des &#171; enclosures &#187;, appel&#233; &#224; se g&#233;n&#233;raliser dans toute l'Europe, et qui se r&#233;sume en une privatisation des p&#226;turages et des for&#234;ts abandonn&#233;s jusqu'ici &#224; l'usage collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la fin du Moyen &#194;ge et surtout de la Premi&#232;re Renaissance, l'urbanisation acc&#233;l&#233;r&#233;e s'accompagne de la cr&#233;ation de manufactures, puis de fabriques, beaucoup plus tard d'usines, et avec ces derni&#232;res l'exploitation de sources fossiles d'&#233;nergie non soumises &#224; la &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration lente &#187;, les &lt;i&gt;&#171; for&#234;ts souterraines &#187; &lt;/i&gt; selon l'expression de l'historien Rolf Peter Sieferle amplement reprise par Peter Sloterdijk, pour alimenter des &#171; machines &#224; combustion &#187;, d'o&#249; un renforcement de la place de la pyrotechnie dans le X de la formule m&#233;tabolique. La force de travail est une marchandise, on a vendu des esclaves, les ouvriers ali&#232;nent &#171; librement &#187; la leur, c'est-&#224;-dire leurs forces musculaires, et souvent leurs savoir-faire &#224; un patron en contrepartie d'un salaire qui leur permet &#224; peine de la restaurer cette force de travail. On parlait pour ces derniers, et on parle encore, &#224; juste titre, &lt;i&gt;&#171; d'esclavage salari&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie est une autre marchandise et quelle ! Tr&#232;s t&#244;t, le charbon s'av&#232;re &#234;tre meilleur march&#233; que le bois dont le prix s'&#233;tait consid&#233;rablement rench&#233;ri avec le &#171; boom &#187; urbanistique et celui de la construction navale, et avec le charbon on &#233;prouve pour la premi&#232;re fois la sensation d'un infini pyrotechnique. C'est le feu nourri par le charbon qui fait bouillir l'eau et produit la vapeur qui active les machines et comme l'indique Sloterdijk on forge alors &lt;i&gt;&#171; un concept universel d'&#233;nergie &#187;&lt;/i&gt; ou de &#171; force &#187; qui s'appuie sur un continuum &lt;i&gt;&#171; chaleur, pression d'extension, mouvement &#187;&lt;/i&gt;. Et puis a muri d'abord tr&#232;s lentement, depuis l'&#233;tonnement des Grecs devant les propri&#233;t&#233;s de l'ambre et de la magn&#233;tite, jusqu'&#224; une tr&#232;s forte acc&#233;l&#233;ration au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'id&#233;e de l'&#233;lectromagn&#233;tisme et de ses multiples applications. Le monde devient alors un &lt;i&gt;&#171; grand chantier de forces agissantes &#187;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#171; forces sans phrases &#187;&lt;/i&gt; comme le dit Sloterdijk, puisqu'on n'a pas besoin de leur donner d'ordres comme aux esclaves et aux ouvriers, et tous voient dans l'&#233;nergie la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; car c'est elle qui r&#233;alise. Certains seront tent&#233;s de dire que la &#171; biomachine humano&#239;de &#187;, plac&#233;e face aux chambres de combustion, face &#224; l'&#233;nergie, s'auxiliarise de plus en plus, mais ces certains exag&#232;rent bien s&#251;r car on continue de travailler beaucoup dans le monde, je veux dire musculairement. En r&#233;action Marx d&#233;clare que le travail, &lt;i&gt;&#171; concept de prestation abstrait &#187;&lt;/i&gt; par rapport au r&#233;alisme de la force, est la &lt;i&gt;&#171; source de toute cr&#233;ation de valeur &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi, l'homme, le travailleur redevenu cr&#233;ateur, appartient &#224; une &#171; classe prom&#233;th&#233;enne &#187; selon ses propres termes, le prol&#233;tariat, et puis c'est le travailleur qui alimente les machines, surveille leur bon fonctionnement, et produit les choses qu'il a con&#231;ues au moyen d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la marchandise charbon surpasse toutes les autres et assure la pr&#233;&#233;minence de la Grande-Bretagne dans le monde mais quelques &#233;conomistes de l'&#233;poque, William Stanley Jevons par exemple, ont conscience du caract&#232;re limit&#233; de la ressource donc du risque de d&#233;clin de la Grande-Bretagne qui est de plus en plus d&#233;pendante de livraisons externes reposant sur la mise en esclavage d'une partie des peuples colonis&#233;s. Et puis il y a la pollution, ce qu'en &#233;conomie on appelle une externalit&#233; n&#233;gative, et comme le souligne Sloterdijk, c'est l&#224; le &lt;i&gt;&#171; principe central de la dynamique de la civilisation &#187;&lt;/i&gt; de lib&#233;rer toujours plus d'effets que ceux qu'on domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la formule m&#233;tabolique change une fois encore : pouvoir de commandement + main d'&#339;uvre + syst&#232;me de machines motrices + vecteur d'&#233;nergie fossile + d&#233;chets ou &#233;missions toxiques. Ici, la main d'&#339;uvre est constitu&#233;e des ouvriers ainsi que des esclaves qui travaillent &#224; l'extraction externe et dans les plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il y a quand m&#234;me une forme &#171; d'&#233;mancipation &#187; des travailleurs par l'emploi de plus en plus manifeste des machines mais ce n'est pas seulement pour les soulager les travailleurs bien s&#251;r. Sloterdijk voit dans ce ph&#233;nom&#232;ne un &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de l'exploitation &#187;&lt;/i&gt; car la production devient massive en raison du caract&#232;re apparemment in&#233;puisable de l'&#233;nergie, ce d'autant plus avec l'inscription du p&#233;trole dans le processus, et puis aujourd'hui de l'uranium, une autre &#233;nergie fossile. Il y a abondance de biens partageables ce qui conduit &#224; un changement de soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; de consommation s'installe qui, en plus de permettre l'&#233;coulement des marchandises surabondantes, est suppos&#233;e d&#233;samorcer les conflits sociaux. Elle est bas&#233;e sur une surexploitation des ressources de la terre et des animaux utiles. Pour illustrer &#231;a, Sloterdijk, qui d&#233;nonce le &lt;i&gt;&#171; nihilisme extractif &#187;&lt;/i&gt;, donne quelques chiffres r&#233;cents et hallucinants. La consommation annuelle serait de 8,1 milliards de tonnes de charbon, de 4,3 milliards de tonnes de p&#233;trole, de 4 milliards de m&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; de gaz, mais pas de chiffre pour l'uranium, presque tout converti en &#233;lectricit&#233;. En tant qu'Allemand il parle de &lt;i&gt;&#171; goulag global des animaux &#187;&lt;/i&gt; avec 80 milliards d'animaux issus du seul &#233;levage abattus chaque ann&#233;e sans compter 2 milliards de poissons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-08-06_a_15.57_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH622/capture_d_e_cran_2025-08-06_a_15.57_12-aa486.jpg?1777040538' width='500' height='622' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est entre autres &#224; cela que se r&#233;sume le concept sloterdijkien de &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de l'exploitation &#187; &lt;/i&gt; h&#233;rit&#233; selon lui des suiveurs du socialiste utopique Saint-Simon, mais aussi de Descartes, qui appelaient &#224; &lt;i&gt;&#171; l'exploitation de la terre par l'homme &#187;&lt;/i&gt; en lieu et place de &#171; l'exploitation de l'homme par l'homme &#187;. Et puis, des montagnes de d&#233;tritus, une atmosph&#232;re irrespirable, un empoisonnement tant des terres que de l'alimentation, la pollution des mers etc. etc. Arationnalit&#233; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Arationnalit&#233; &#187; est un concept que j'ai plus ou moins forg&#233;, comme celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi on glisse de &lt;i&gt;&#171; la honte prom&#233;th&#233;enne &#187;&lt;/i&gt; ressentie par G&#252;nthers Anders, en constatant l'incendie mondial, au remords prom&#233;th&#233;en d'avoir apport&#233; le feu aux hommes soup&#231;onn&#233; par Sloterdijk. Lorsqu'il &#233;voque le nucl&#233;aire ou certains projets de vulcanotechnique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La vulcanotechnique peut se r&#233;sumer en la connexion de centrales &#233;lectriques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il parle de &lt;i&gt;&#171; prom&#233;th&#233;isme sans remords &#187;&lt;/i&gt;, pour les hommes, et m&#234;me de n&#233;o-prom&#233;th&#233;isme, voire d'hyper-prom&#233;th&#233;isme, et de citer Virgile et son &#201;n&#233;ide, &lt;i&gt;&#171; Je vais mettre l'enfer en mouvement &#187;&lt;/i&gt;. Il entrevoit comme cons&#233;quence probable de tout ceci une nouvelle &lt;i&gt;ekpyrosis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie effondrement et/ou embrasement.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui met particuli&#232;rement en fureur Sloterdijk c'est l'accaparement par les &lt;i&gt;&#171; despotes p&#233;troliers &#187;&lt;/i&gt; des sous-sols et de leurs richesses alors que c'est par pur hasard qu'ils sont assis dessus. Il d&#233;plore que ne soit pas reconnu un &lt;i&gt;&#171; patrimoine des richesses mini&#232;res de l'humanit&#233; &#187;&lt;/i&gt; comme l'a &#233;t&#233; le &#171; patrimoine culturel mondial &#187;. C'est l&#224; un juste courroux, une juste revendication, mais qui n'offre aucune garantie contre le &#171; nihilisme extractif &#187;. Parfois Sloterdijk laisse appara&#238;tre une esp&#232;ce de candeur avec les solutions qu'il peut avancer dans le cadre qui est le sien du &lt;i&gt;&#171; pacifisme &#233;nerg&#233;tique &#187;,&lt;/i&gt; comme promouvoir de nouvelles technologies qui permettraient la r&#233;cup&#233;ration et le stockage de petites quantit&#233;s d'&#233;nergie cin&#233;tique produite par n'importe quel type d'activit&#233; humaine, le cyclisme ou le fitness par exemple, ou encore l'&#233;clatement des m&#233;gapoles qui d&#233;truisent la nature accompagn&#233; du choix d'une bonne gouvernance pour une vraie vie locale retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;fie des mots &#171; durabilit&#233; &#187;, &lt;i&gt;&#171; un pieux mensonge que l'on se fait &#224; soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;, et &#171; alternatif &#187; qui pourrait signifier que l'on poursuivrait ce que l'on fait aujourd'hui mais par des moyens diff&#233;rents. Sa plus grande crainte est la Chine avec son id&#233;ologie communiste et son mode de gestion hyper-capitaliste qui ne pourra en aucune fa&#231;on stopper sa consommation monstrueuse de combustibles fossiles, mais il ne parle pratiquement pas des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique qui accusent pourtant une empreinte &#233;cologique colossale pour une aussi petite population et qui sont &#224; peu pr&#232;s responsables de tout dans la catastrophe actuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure Peter Sloterdijk parodie Marx et Engels et leur Manifeste en lan&#231;ant : &lt;i&gt;&#171; Fire-Fighters de tous les pays, jugulez les incendies ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;156&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/peter_sloterdijk_no_fronteiras_do_pensamento_porto_alegre_2016__30141849675_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/peter_sloterdijk_no_fronteiras_do_pensamento_porto_alegre_2016__30141849675_-29ecd.jpg?1777394522' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Peter Sloterdijk, Fronteiras do Pensamento, S&#227;o Paulo, 2016.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;CreditFronteiras do Pensamento / Greg Salibian. Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un temps o&#249; les hommes &#233;taient plus que les hommes, plus que les hommes actuels pr&#233;cise le Po&#232;te, et le roi Philoct&#232;te, compagnon de Jason, h&#233;ritier d'H&#233;racl&#232;s, arma sept vaisseaux fins qui jet&#232;rent trois cent cinquante de ces hommes, venus de M&#233;thone et d'ailleurs, sur le rivage d'Ilion afin de grossir les rangs ach&#233;ens align&#233;s en ce lieu pour la guerre. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis j'ai rencontr&#233; Max ! Un homme rare car &#224; mes yeux il &#233;tait parfait ! &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais encore tr&#232;s jeune, au sens o&#249; on veut l'entendre &#224; l'heure actuelle, et je travaillais au sein d'une institution concern&#233;e par le d&#233;veloppement &#233;conomique de sa zone g&#233;ographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je le rencontrai la premi&#232;re fois, je dois admettre qu'il me fit imm&#233;diatement une tr&#232;s forte impression. Ing&#233;nieur issu de l'une des meilleures &#233;coles fran&#231;aises, je pus appr&#233;cier imm&#233;diatement sa finesse d'esprit, sa culture, son extr&#234;me courtoisie, sa profonde humanit&#233;. J'&#233;tais quelque peu vers&#233; dans les questions de financement, de cr&#233;ation et de rapprochement d'entreprises dans des cadres de fusion ou de transmission, et c'est pour cette derni&#232;re raison que Max m'avait contact&#233;, plus pr&#233;cis&#233;ment pour l'aider dans sa recherche et dans le peaufinage de sa strat&#233;gie en vue de trouver une affaire &#224; reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max pr&#233;sidait aux destin&#233;es d'une grosse entreprise du secteur de l'automobile qui fabriquait des blocs-moteur ou des syst&#232;mes de freinage, je ne me rappelle plus exactement. Il d&#233;clara qu'il recherchait des petites ou moyennes structures &#339;uvrant dans ce domaine ou dans des domaines connexes. Lors de nos entretiens suivants, Max me r&#233;v&#233;la dans quelle position il se trouvait personnellement alors. Quelques mois plus t&#244;t, les membres de son conseil d'administration, bien que l'entreprise f&#251;t florissante, lui avaient demand&#233; de d&#233;couvrir des gisements d'&#233;conomie, autrement dit d'&#233;laborer un plan de restructuration avec comme principale t&#234;te de chapitre la compression de la masse salariale, le personnel repr&#233;sentant pour nombre d'actionnaires un co&#251;t et non pas un potentiel de comp&#233;tences et d'&#233;nergie cr&#233;ateur de richesses, la &#171; variable d'ajustement &#187; majeure, et c'est d'autant plus vrai aujourd'hui &#224; l'&#232;re du num&#233;rique triomphant et de l'intelligence artificielle en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max, tant bien que mal, en anticipant des d&#233;parts en retraite, en ne renouvelant pas les contrats temporaires, en ne proc&#233;dant &#224; aucune embauche &#233;videmment, en d&#233;pit de la croissance de l'activit&#233;, en op&#233;rant une nouvelle r&#233;partition des effectifs, en encourageant la r&#233;alisation de certains projets personnels se traduisant par des d&#233;parts volontaires, r&#233;ussit &#224; faire gagner quelques points de productivit&#233; &#224; son entreprise. Malheureusement, ces efforts ne suffirent pas &#224; satisfaire le conseil d'administration qui exigea que Max proc&#232;de &#224; des licenciements secs avec un objectif de profitabilit&#233; bien d&#233;fini. Max &#233;tait un professionnel de haut niveau, qui adorait son m&#233;tier, qui aimait son entreprise, qui respectait les gens qui travaillaient pour elle, et qui &#233;tait respect&#233; d'eux. Il nourrissait aussi quelques valeurs qu'on lui demandait de bafouer. Ulc&#233;r&#233; par cette op&#233;ration qu'il lui fallait diligenter, il refusa tout bonnement d'obtemp&#233;rer, d&#233;cision qui lui fit perdre non seulement la pr&#233;sidence de son conseil d'administration mais l'obligea aussi &#224; d&#233;missionner de son poste de directeur g&#233;n&#233;ral. Il ne comprenait pas, il me le dit clairement, quel int&#233;r&#234;t il pouvait y avoir &#224; gagner autant d'argent au d&#233;triment de la bonne marche de l'entreprise, des emplois des ouvriers, et au profit d'hydropiques retrait&#233;s &#233;tats-uniens circulant en caddies &#233;lectriques sous les palmiers de Floride. &#199;a c'est moi qui le rajoute mais Max, un homme raffin&#233; qui ne l'aurait jamais dit, le pensait tr&#232;s fort. Les fonds de pension &#233;tats-uniens imposent aux entreprises dont ils sont actionnaires des taux de profit exub&#233;rants, et l'entreprise que dirigeait Max comptait, si je me souviens bien, deux fonds de pension dans son conseil d'administration. &#192; cinquante ans pass&#233;s, en d&#233;pit de sa superbe formation, de sa tr&#232;s grande exp&#233;rience, de l'attachement qu'il ressentait pour son entreprise, Max se retrouvait tout &#224; coup sans emploi et &#233;prouvait, en ces instants, la plus grande difficult&#233; &#224; s'imaginer un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait pris une d&#233;cision en &#226;me et conscience tr&#232;s co&#251;teuse professionnellement et sentimentalement pour lui, d&#233;cision qu'il ne regrettait en aucune fa&#231;on, mais qui le laissait errant et solitaire, un peu comme Bell&#233;rophon, aim&#233; puis ha&#239; des dieux, sur un sombre rivage, en proie &#224; la plus languissante des m&#233;lancolies, ou bien &#224; Philoct&#232;te que l'on avait exil&#233; sur l'&#238;le d&#233;serte de Lemnos. A sa mani&#232;re, &#224; son niveau, Max avait introduit du dysfonctionnement dans la m&#233;canique parfaitement huil&#233;e de son entreprise. Il avait refus&#233; d'ob&#233;ir aux injonctions de son conseil d'administration et ce dernier le lui faisait payer ch&#232;rement. Oui, d&#233;cid&#233;ment, Max &#233;tait un homme parfait, tout du moins &#224; mes yeux, et beaucoup plus pur que Bell&#233;rophon et Philoct&#232;te &#224; n'en pas douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arationnalit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce &#224; quoi nous assistions Max et moi c'&#233;tait &#224; un changement d'&#232;re, celui du passage du capitalisme d'ing&#233;nierie, ou des ing&#233;nieurs si on pr&#233;f&#232;re, au capitalisme financier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, dans le cadre de mes fonctions, j'ai re&#231;u la visite de repr&#233;sentants de Bain Capital, l'un des principaux fonds de pension et capital-risqueur &#233;tats-uniens. C'&#233;taient l&#224; des gens d'&#224; peu pr&#232;s mon &#226;ge qui &#233;taient &#224; la recherche d'investissements profitables. Ils ne parlaient que d'argent et le d&#233;veloppement &#233;conomique n'&#233;tait pas du tout leur affaire. Cette rencontre fut gla&#231;ante !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L490xH634/capture_d_e_cran_2025-08-13_a_11.02_45-45363.jpg?1777040538' width='490' height='634' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cela fait pr&#232;s de dix ann&#233;es que le roi Philoct&#232;te hurle sa douleur et sa rage, abandonn&#233; de tous sur un tas de cailloux &#233;tranger, seul, lui l'ancien compagnon de Jason, sur l'&#238;le de Lemnos. Il y a pr&#232;s de dix ann&#233;es, d&#232;s que posant le pied sur le rivage d'Ilion, il fut mordu au pied par un serpent, ou peut-&#234;tre d&#233;chir&#233; par la barbe d'une fl&#232;che tomb&#233;e de son carquois, possible punition divine sanctionnant un parjure, et sa blessure d&#233;gagea bient&#244;t une telle puanteur, et son mal lui soutira de tels cris &#233;pouvantables, que l'on pr&#233;f&#233;ra, c'est-&#224;-dire les autres rois, l'exiler sur l'&#238;le de Lemnos, lui, l'h&#233;ritier d'H&#233;racl&#232;s, car la d&#233;moralisation commen&#231;ait &#224; gangrener l'arm&#233;e. Se nourrissant de la chair de ses derniers sujets, les vautours, avant que sa chair &#224; lui, pourtant roi aux anciennes amiti&#233;s presque divines, les nourrisse &#224; leur tour. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(&#192; suivre.)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adonis, Histoire qui se d&#233;chire sur le corps d'une femme in Lexique amoureux, NRF-2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, Le remords de Prom&#233;th&#233;e &#8211; Du don du feu &#224; la destruction mondiale par le feu, Payot &amp; Rivages, 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Arationnalit&#233; &#187; est un concept que j'ai plus ou moins forg&#233;, comme celui d'amodernit&#233; que j'utilise souvent. Est arationnel quelqu'un qui ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la Raison, qui se situe carr&#233;ment en dehors d'elle, ce qui ne signifie donc pas qu'il soit irrationnel ou irraisonnable. Il ignore raison ou irraison tout simplement et agit uniquement pour lui-m&#234;me. On est arationnel comme on est amoral, anomique, apolitique et amoderne. L'&#233;conomie ultralib&#233;rale est arationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La vulcanotechnique peut se r&#233;sumer en la connexion de centrales &#233;lectriques souterraines &#224; des volcans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie effondrement et/ou embrasement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l'entreprise et des souffrances de l'homme au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits de mon texte &#171; Philoct&#232;te &#187;, personnage de la pi&#232;ce &#233;ponyme de Sophocle, dans lequel je parle de l'entreprise et des souffrances de l'homme au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Koweit, puits de p&#233;trole en feu, pr&#232;s de la fronti&#232;re irakienne, 1er avril 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
Photo Jordan Jonas, Domaine public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Madonna del Parto</title>
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		<dc:date>2026-04-05T10:02:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Age</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre qui passe du cultuel au culturel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Moyen-Age" rel="tag"&gt;Moyen-Age&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Italie" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH121/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte-06c4d.jpg?1775383396' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre de la Renaissance qui passe du cultuel au culturel et qui pose, outre de nombreuses questions sur la peinture, des questions sur le statut de l'&#339;uvre, de son ancrage au territoire et aux humains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1178550524?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Marc Lenot, La Madonna del Parto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Piero della Francesca est un personnage tout &#224; fait surprenant pour deux ou trois raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re, c'est qu'on est en effet aux tous d&#233;buts de la Renaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc il fait partie des peintres, il n'est pas le seul, qui instaurent, qui devinent, qui explorent une nouvelle mani&#232;re de peindre par rapport &#224; la mani&#232;re dont on peignait jusqu'&#224; la fin du Moyen &#194;ge. Il y en a d'autres. Il y a Fra Angelico, il y a Giotto&#8230; Mais il est un de ceux qui introduisent une certaine forme de modernit&#233; dans la peinture. &#199;a le met dans un groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a deux choses, &#224; mon sens, par lesquelles il se distingue par rapport &#224; ce groupe-l&#224; : la premi&#232;re, c'est une question de style, de beaut&#233;, de la mani&#232;re dont ces personnages existent, fonctionnent, s'ins&#232;rent dans l'espace, ont une forme de gravit&#233;, de distance qui est relativement unique par rapport &#224; ce qui se fait &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me, c'est que Piero della Francesca est aussi un math&#233;maticien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est peintre, mais il a aussi &#233;crit deux livres de g&#233;om&#233;trie qui sont tr&#232;s en avance pour son &#233;poque, un livre de calcul, qui l'est moins. Des trait&#233;s de g&#233;om&#233;trie sur la perspective et sur les solides dits de Platon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc dans sa peinture, il est un de ceux qui introduisent le plus de structure, de conception g&#233;om&#233;trique de l'espace, de formes. &#199;a se voit relativement peu, ce n'est pas un truc &#233;vident, mais en cherchant un peu, en travaillant un peu, en regardant surtout celles des peintures ou des fresques dans lesquelles il a eu une libre disposition de l'espace, par opposition &#224; celles o&#249; il &#233;tait contraint dans un espace donn&#233;, on commence &#224; d&#233;couvrir des choses qui vont au-del&#224; des th&#233;ories d'Alberti sur la perspective, par lesquelles il arrive &#224; construire son espace de mani&#232;re extr&#234;mement rigoureuse. C'est aussi de ce point de vue-l&#224; qu'il est un peintre tout &#224; fait &#233;tonnant par rapport aux autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres peintres de l'&#233;poque n'ont pas, pour la plupart, cette conception scientifique des choses. L&#233;onard de Vinci l'aura un si&#232;cle apr&#232;s. Mais &#224; l'&#233;poque, il y a gu&#232;re qu'Uccello qui ait aussi une certaine dimension g&#233;om&#233;trique, math&#233;matique des choses. Donc de ce point de vue-l&#224;, Piero est quelqu'un de tout &#224; fait singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il exerce une forme de fascination par cette part de myst&#232;re qu'il r&#233;ussit &#224; instaurer avec une atmosph&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on trouve dans la plupart des autres peintres de l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
La quasi-totalit&#233; de ses tableaux sont des tableaux religieux. Il y a trois, quatre exceptions. Ces peintures sont des peintures religieuses. Sans qu'il y ait n&#233;cessairement une forte dimension th&#233;ologique derri&#232;re, avec parfois beaucoup de myst&#232;re dans la mani&#232;re dont il le repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la composition, je ne veux pas &#234;tre trop p&#233;dant, mais la figure de la Vierge, l'ensemble de la fresque, &#231;a se tient sur ce qu'on appelle un dod&#233;ca&#232;dre, c'est-&#224;-dire un solide de Platon qui a 12 faces polygonales. On retrouve &#231;a tout de suite en voyant comment il a compos&#233; &#231;a, cette forme qui est un peu un ballon de football, mais avec moins de faces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fresque est aussi &#233;tonnante de par sa localisation. Elle a &#233;t&#233; peinte vers 1460, on n'a pas la date exacte, dans une toute petite &#233;glise, sur une colline, dans la for&#234;t des confins de la Toscane et de l'Ombrie. &#192; l'&#233;poque, l'Ombrie fait partie des &#201;tats du pape.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Toscane est ind&#233;pendante. C'est le grand-duch&#233; de Toscane. Aux confins des deux, &#224; trois kilom&#232;tres de la fronti&#232;re, dans la for&#234;t, loin de tout, il y a une rivi&#232;re qui coule. &#192; l'&#233;poque, il n'y a rien &#224; cet endroit, juste ce tout petit village, Monterchi, o&#249; il n'y a pas vraiment de richesse, qui est le village d'o&#249; vient la famille de sa m&#232;re. Sa m&#232;re est n&#233;e l&#224;. Ensuite, elle a &#233;pous&#233; le p&#232;re de Piero &#224; Sansepolcro &#224; 15, 20 kilom&#232;tres de l&#224; et est all&#233;e y vivre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de grandes familles, il y a des nobles, mais il n'y a pas de gens qui ont une grande richesse, il n'y a pas de monast&#232;re. Donc il n'y a pas de raison qu'il y ait eu un commanditaire. On n'imagine pas qu'il puisse y en avoir un pour cette &#339;uvre-l&#224; &#224; cet endroit-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or Piero, toute sa vie, enfin presque toute sa vie, d&#232;s qu'il a &#233;t&#233; un peu connu, a peint pour des grands de ce monde. Il a peint pour le pape, il a peint pour le duc d'Urbino, il a peint pour des grands bourgeois d'Arezzo&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a presque toujours peint pour des commanditaires, quelquefois pour lui-m&#234;me aussi, mais globalement pour des commanditaires. Or, dans ce petit village-l&#224;, d'apr&#232;s ce qu'on sait de l'&#233;conomie de ce village &#224; l'&#233;poque, au XV&#7497; si&#232;cle, il n'y a personne qui aurait eu les moyens de s'offrir &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pourquoi avoir peint dans un petit village et m&#234;me pas dans l'&#233;glise principale du village, mais dans une chapelle perdue de la for&#234;t ? On n'a aucune id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut raconter ce qu'on veut, faire des conjectures l&#224;-dessus. Il y a plein d'hypoth&#232;ses. Une des hypoth&#232;ses, c'est qu'il y avait un projet de monast&#232;re franciscain si j'ai bonne m&#233;moire. On ne sait pas. On peut laisser l'imagination divaguer l&#224;-dessus, mais on ne sait absolument pas pourquoi &#231;a a &#233;t&#233; peint l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#224; la fin du XVIII&#7497;, les &#233;diles du village ont construit un cimeti&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de cette chapelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, c'est devenu la chapelle du cimeti&#232;re. Donc &#231;a a donn&#233; des contresens. Par exemple, vers 1950, quand Chagall va voir la fresque, il dira : &#171; Je comprends, c'est parce que sa m&#232;re est enterr&#233;e l&#224;. &#187; Il croit en cette hypoth&#232;se, mais ce n'est pas du tout &#231;a, parce que le cimeti&#232;re n'&#233;tait pas l&#224; avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'on sait, dans cette chapelle qui date du XII&#7497; &#224; peu pr&#232;s, c'est qu'avant que Piero ne peigne, il y avait une fresque dont il reste trois fragments, d'une Vierge allaitante qui est au m&#234;me mus&#233;e actuellement, le mus&#233;e de Monterchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait aussi une statue, une Vierge &#224; l'enfant. Cette statue-l&#224; &#233;tait v&#233;n&#233;r&#233;e d&#233;j&#224; par les femmes enceintes ou par les femmes voulant &#234;tre enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait d&#233;j&#224; qu'il y avait une forme de p&#232;lerinage dans cette chapelle pour les femmes qui voulaient avoir un enfant ou avaient peur de perdre leur enfant, voulaient que leur grossesse se passe bien. Est-ce que la m&#232;re de Piero, originaire de cet endroit-l&#224;, o&#249; vivaient encore ses fr&#232;res, est venue prier l&#224; quand elle &#233;tait enceinte de Piero ? C'est une hypoth&#232;se qu'on peut faire, mais on n'en sait strictement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on sait aussi, c'est qu'avant, au temps des &#201;trusques et des Romains, passait l&#224; une rivi&#232;re qui s'appelle la Momentana, qui &#233;tait li&#233;e &#224; un culte de la f&#233;condit&#233;. On sait que depuis toujours, cet endroit-l&#224; avait un rapport avec la f&#233;condit&#233; et on a quelques t&#233;moignages pas tr&#232;s anciens qui disent que beaucoup de femmes de la r&#233;gion venaient se baigner dans la rivi&#232;re pour &#234;tre f&#233;condes. On a deux ou trois t&#233;moignages l&#224;-dessus recueillis par des ethnologues. Il y a un lien &#233;ternel, en tout cas tr&#232;s ancien, avec ces rites pa&#239;ens qui deviennent des rites chr&#233;tiens autour de la f&#233;condit&#233;. Pourquoi l'endroit ? On ne sait pas. On a une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce th&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a aussi, c'est un grand myst&#232;re. Parce que le th&#232;me de la Vierge enceinte est un th&#232;me extr&#234;mement rare dans l'iconographie, en tout cas occidentale. Il est un peu plus fr&#233;quent dans l'orthodoxie, pas beaucoup, mais un peu plus. Et dans l'orthodoxie, il est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente. Il est repr&#233;sent&#233;, en fait, par ce qu'on appelle la Platytera. Il est repr&#233;sent&#233; avec la Vierge qui a un corps &#171; normal &#187;, mais sur son ventre se trouve une esp&#232;ce de m&#233;daillon, une esp&#232;ce de mandorle dans lequel est inscrit le corps de J&#233;sus. Mais en surimpression par-dessus. C'est quelque chose qui est comme coll&#233; sur son ventre. C'est un th&#232;me pas tr&#232;s fr&#233;quent, mais qu'on retrouve en Russie, en Gr&#232;ce, &#224; plusieurs endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En art occidental, c'est tr&#232;s rare. On en trouve quelques-uns. &#192; Florence, il y en a un ou deux, on en trouve aussi &#224; Venise, &#224; l'Acad&#233;mie. Il y en a quelques-unes comme &#231;a, mais elles sont relativement peu fr&#233;quentes. Donc ce n'&#233;tait pas du tout un th&#232;me important par rapport &#224; tous les th&#232;mes qu'il a pu y avoir de repr&#233;sentations de la Vierge, qui est la femme la plus repr&#233;sent&#233;e dans l'histoire de l'art, dans l'iconographie. De toutes sortes de mani&#232;res. Il y a des dizaines de repr&#233;sentations de la Vierge en majest&#233;, &#233;crasant le serpent, Reine du monde, mis&#233;ricordieuse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vierge enceinte, c'est un th&#232;me qui est d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, rare. Et en plus, dans l'art occidental, avant Piero, c'est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re extr&#234;mement d&#233;licate. C'est-&#224;-dire qu'elle n'est pas du tout enceinte comme l'est la Madonna del Parto. Elle n'a pas du tout un ventre qui est sur le point d'&#233;clater, de donner naissance. Elle est discr&#232;tement enceinte avec un petit ventre. On peut avoir quelques doutes de temps en temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que c'est un th&#232;me rare, ce n'est pas tout &#224; fait vrai, parce que dans l'&#233;pisode de la Visitation, quand Marie va voir &#201;lisabeth, sa cousine, beaucoup plus &#226;g&#233;e qu'elle et enceinte pour la premi&#232;re fois, de Jean-Baptiste, on la repr&#233;sente. Mais uniquement dans ce cas-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le seul cas o&#249; elle &#233;tait repr&#233;sent&#233;e enceinte dans le grand art. &#199;a, c'&#233;tait jusqu'&#224; l'&#233;poque de Piero della Francesca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, sur ce th&#232;me-l&#224;, un si&#232;cle apr&#232;s cette fresque, il y a le concile de Trente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concile de Trente, c'est le concile de la Contre-R&#233;forme. Les protestants, les r&#233;form&#233;s gagnent de plus en plus de pouvoir et donc l'&#201;glise catholique instaure un certain nombre de r&#232;gles, dans toutes sortes de domaines, pour lutter contre la R&#233;forme. Les derniers jours du concile, on est en 1563, si j'ai bonne m&#233;moire. Les derniers &#233;dits concernent l'iconographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un certain nombre de dispositions g&#233;n&#233;rales, disant qu'il faut repr&#233;senter la Vierge, les saints, le Christ de mani&#232;re digne et que &#231;a doit &#234;tre approuv&#233; par l'&#233;v&#234;que si &#231;a sort un peu des canons ordinaires, etc. Des trucs relativement g&#233;n&#233;raux, mais qui sont l&#224;. Ces &#233;dits tr&#232;s g&#233;n&#233;raux sont ensuite interpr&#233;t&#233;s par des th&#233;ologiens. Il y en a trois ou quatre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal est un th&#233;ologien qui &#233;tait &#224; Louvain, en Belgique, qui s'appelle Molanus, qui &#233;crit un tr&#232;s gros trait&#233; des saintes images. La traduction fran&#231;aise doit faire 600 pages, il est &#233;crit en latin. Il dit : &#171; Voil&#224; ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire. &#187; Et c'est int&#233;ressant parce qu'il n'interdit pas la Vierge enceinte. Il recommande de montrer toujours la Vierge avec dignit&#233;. Il recommande de ne pas dire qu'elle a souffert pendant son accouchement. Donc, il ne faut pas la repr&#233;senter en train de se reposer apr&#232;s l'accouchement parce qu'elle n'est pas fatigu&#233;e. L'accouchement s'est pass&#233; tout seul. On peut la montrer allaitant, mais il faut tr&#232;s peu montrer ses seins, etc. Mais il ne dit rien sur la Vierge enceinte. De nouveau des choses g&#233;n&#233;rales, il faut que &#231;a soit digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation des &#233;v&#234;ques. Et l&#224;, il y a un truc int&#233;ressant que j'essaie de soulever dans mon livre, c'est qu'il y a une premi&#232;re dialectique, une premi&#232;re lutte. D'un c&#244;t&#233;, il y a des &#233;v&#234;ques relativement conservateurs qui pr&#233;f&#233;reraient que cette image ne soit pas montr&#233;e. Donc, qui, dans certains cas, la d&#233;truisent. Et on a trouv&#233; un certain nombre de vestiges, de t&#233;moignages, de statues ou de peintures qui ont &#233;t&#233; d&#233;truites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, par ailleurs, il y a des femmes qui, elles, veulent cette image. Il y a des femmes qui veulent pouvoir prier devant une image de la Vierge enceinte, que &#231;a soit pour &#234;tre enceinte ou que &#231;a soit pour que leur accouchement se passe bien ou que &#231;a soit pour que leur b&#233;b&#233; soit en bonne sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a une dimension populaire qui se pr&#234;te &#224; &#231;a. Et &#231;a, c'est vrai dans toute la chr&#233;tient&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il n'y a pratiquement plus de peinture de la Vierge enceinte. J'en ai trouv&#233; une au Portugal. Mais, par des grands peintres, il n'y en a pratiquement plus. On va revenir au cas de cette fresque-l&#224;, mais dans toute la chr&#233;tient&#233;, &#224; partir de ce moment-l&#224;, il n'y a pratiquement plus de repr&#233;sentation de la Vierge enceinte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, ce qui d&#233;marre &#224; peu pr&#232;s &#224; ce moment-l&#224;, c'est un art populaire. Donc ce sont des petites statues, des petites statues mal faites, tr&#232;s simples, en pierre ou en bois, tr&#232;s grossi&#232;res. Et l&#224;, on en trouve pas mal. On n'en trouve pas en Italie, curieusement. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. On en trouve en Bavi&#232;re, on en trouve en Autriche, on en trouve en Espagne, on en trouve au Portugal, on en trouve m&#234;me jusqu'au Br&#233;sil. Et il y a un culte populaire autour de statues qu'on appelle de noms diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Br&#233;sil et au Portugal, on dit &lt;i&gt;Nossa Senhora do &#211;,&lt;/i&gt; le O des Litanies de l'Avent. En Espagne, il y a Notre-Dame de l'Expectation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a cet art populaire qui se d&#233;veloppe en r&#233;action &#224; un grand art qui, lui, a disparu et qu'on ne veut plus montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Piero della Francesca, j'ai trouv&#233; un tableau, mais pratiquement plus personne ne va repr&#233;senter la Vierge enceinte jusqu'au XX&#7497; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a toute cette dialectique de pouvoir entre une &#201;glise qui veut contr&#244;ler et le peuple, &#224; certains endroits, qui se rebelle contre ce contr&#244;le et qui exige de continuer &#224; avoir cette image de d&#233;votion pour pouvoir prier. On peut se poser la question : pourquoi l'&#201;glise veut-elle contr&#244;ler ? C'est un peu ce que dit la th&#233;ologienne Lucienne Cordier dans le texte qui est dans ce num&#233;ro de TK-21, c'est que l'&#201;glise, plus ou moins, nie la f&#233;minit&#233; de la Vierge. Elle fait de la Vierge une image, une sainte, une ic&#244;ne, mais son corps est relativement ni&#233;. On voit sa t&#234;te, on voit ses mains, parfois ses pieds , mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne montre pas son corps comme un corps de femme. On en fait une ic&#244;ne, mais on n'en fait pas une femme. On voit &#231;a dans les &#201;vangiles, bien avant, o&#249; elle parle tr&#232;s peu, o&#249; elle est peu cit&#233;e, contrairement au Coran d'ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est peu cit&#233;e, on en parle peu. Elle a tr&#232;s peu souvent le droit &#224; la parole. Je crois qu'elle prend la parole seulement quatre fois dans les &#201;vangiles. C'est une femme &#224; qui on enl&#232;ve sa qualit&#233; de femme pour en faire quelque chose d'&#233;th&#233;r&#233;, d'iconique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a joue beaucoup dans ce m&#233;canisme de la Contre-R&#233;forme. Autant au Moyen &#194;ge, sans parler des vierges enceintes, la Vierge est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une jeune femme rieuse, enjou&#233;e, agr&#233;able. Il y a m&#234;me des peintures de la Vierge qui sont assez sexu&#233;es. Il y a une Vierge allaitante de Fouquet, &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps que la fresque de Piero, 1450, si j'ai bonne m&#233;moire, qui est conserv&#233;e au mus&#233;e d'Anvers, o&#249; le mod&#232;le de la Vierge est Agn&#232;s Sorel, qui est la ma&#238;tresse du roi et qui a un corps parfait, qui a des seins parfaits, qui est absolument merveilleuse. Elle tend son sein, J&#233;sus est l&#224;. Ce sont des peintures extr&#234;mement sexu&#233;es. &#192; partir de 1500, 1560, tout &#231;a, c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui se joue &#224; ce moment-l&#224;, c'est qu'&#224; partir de la Renaissance jusqu'en 1900, une femme enceinte, c'est moche. &#199;a ne correspond pas aux crit&#232;res de beaut&#233; canon. &#199;a ne correspond pas &#224; l'&#233;quivalent f&#233;minin de l'homme de Vitruve, &#224; la beaut&#233; classique qu'on doit avoir. Donc, curieusement, entre 1500 et 1900, il n'y a pratiquement pas de peinture de femmes enceintes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y en a une qui est apocryphe, c'est la &#171; Donna gravida &#187; de Rapha&#235;l. Mais il n'est pas du tout s&#251;r qu'elle soit enceinte et le titre a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; la toile un si&#232;cle apr&#232;s, 50 ans apr&#232;s. On n'est pas du tout s&#251;rs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais globalement, il n'y en a pas. On trouve quelques petits tableaux ici ou l&#224;, mais pratiquement, il n'y a rien jusqu'en 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 1900, &#231;a repart avec Klimt, avec Picasso, avec Degas, avec Chagall, avec Paula Modersohn-Becker, qui se peint nue et enceinte alors qu'elle n'est pas enceinte. Elle le sera apr&#232;s, elle en mourra d'ailleurs, mais elle ne l'est pas. Autour de 1900, &#231;a red&#233;marre. On recommence &#224; regarder le corps de la femme enceinte comme quelque chose de beau et qu'on a envie de repr&#233;senter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant, rien. &#199;a a disparu. Le th&#232;me a compl&#232;tement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une des &#233;tranget&#233;s qui m'a attir&#233; vers cette fresque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Piero peigne &#231;a &#224; ce moment-l&#224;, qu'il peigne une femme aussi &#233;videmment enceinte. Et ensuite, le fait qu'apr&#232;s qu'il l'ait peinte, c'est un th&#232;me qui dispara&#238;t de l'art, du grand art en tout cas, mais qui reste au niveau populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fresque qu'on a aujourd'hui, c'est ce qui reste, c'est ce qui subsiste. On sait qu'avant, elle &#233;tait plus grande, elle &#233;tait plus large. On sait qu'il y avait un fond derri&#232;re la tente, qu'elle se d&#233;veloppait des deux c&#244;t&#233;s et qu'en plus, il y avait deux petites fresques de c&#244;t&#233;, sainte Lucie et la Passion, si j'ai bonne m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait qu'elle &#233;tait plus grande. Il y avait un d&#244;me au-dessus de la tente, au-dessus du chapiteau. On a quelques vestiges ici ou l&#224;. On ne sait pas vraiment comment c'&#233;tait. On a quelques vestiges. On sait qu'il y avait une bande de pierres blanches &#224; l'horizontale derri&#232;re. Donc, il y avait un peu plus de profondeur. En m&#234;me temps, en effet, c'est une fresque qui n'a pas beaucoup de volume par rapport &#224; d'autres &#339;uvres de Piero o&#249; il y a des volumes extraordinaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense &#224; sa Vierge avec les saints qui est &#224; la Pinacoth&#232;que de Brera &#224; Milan, o&#249; il y a des effets de volume extraordinaires avec l'&#339;uf d'autruche qui est au-dessus de la Vierge. On ne sait pas tr&#232;s bien s'il est devant, derri&#232;re, etc. Il est tr&#232;s fort pour faire &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais de la science de Piero sur la perspective. Ici, il n'y a pas de perspective. Ici, tout est plat, tout est mis directement l&#224;. Peut-&#234;tre &#224; cause de l'espace, c'est quand m&#234;me une petite chapelle. Il n'y avait pas beaucoup d'espace pour poser quelque chose. Je ne sais pas. C'est une composition tr&#232;s structur&#233;e avec les deux anges qui sont quasiment identiques. Il y a de toutes petites diff&#233;rences. Ils sont faits visiblement &#224; partir des m&#234;mes cartons. Apr&#232;s, ils bougent un tout petit peu. Il y en a un qui est un peu plus en avant, un peu plus en retrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux anges sont quasiment sym&#233;triques. Cette grande tente qui l'abrite, qui est aussi comme une sph&#232;re. En fait, ce sont des abris dans des abris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as le monde, tu as la chapelle. Dans la chapelle, tu as cette tente-l&#224;. Dans la tente, tu as le corps de la Vierge. Dans le corps de la Vierge, tu as le Christ. Ce sont des sph&#232;res qui se resserrent les unes sur les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette tente-l&#224; est extr&#234;mement construite avec ses panneaux de vair. Le vair, c'est la fourrure de l'&#233;cureuil. Ces panneaux de fourrure organis&#233;s, agenc&#233;s pour cr&#233;er une structure derri&#232;re. Mais c'est en effet quelque chose qui a tr&#232;s peu de profondeur. La Vierge para&#238;t un tout petit peu en avant par rapport aux anges, mais on n'est m&#234;me pas s&#251;rs. Par rapport &#224; tout ce qu'il a pu faire par ailleurs sur la perspective, la peinture de Brera, la Flagellation du Christ, l&#224;, il y a tr&#232;s peu d'effets de perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Chaque jour, c'est une giornata. Donc au total, &#231;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Tout n'est pas en fresque. Il y a quelques &#233;l&#233;ments qui sont &#224; sec, qui sont moins bien conserv&#233;s. On sait par exemple que la Vierge avait un voile derri&#232;re la t&#234;te et celui-ci a quasiment disparu. Donc tout n'est pas en fresque. Curieusement, il y a du fresco, du semi-fresco et du secco, il y a un peu des trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, cette fresque est oubli&#233;e. Elle est oubli&#233;e pendant 400 ans, 450 ans. Elle est peinte vers 1460 &#224; peu pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; la n&#233;gliger vers 1580. Dans cette chapelle, il y avait deux autels. Il y avait un autel sous la fresque de Piero et un autel lat&#233;ral sous la statue miraculeuse de la Vierge. Chacun des autels &#233;tait consacr&#233;. Vers 1580, l'&#233;v&#234;que enl&#232;ve la pierre sacr&#233;e de l'autel devant la fresque de Piero. Donc, on ne dit plus la messe sur cet autel-l&#224;. Ce n'est plus un autel au sens religieux du terme, juste une table de pierre sous la fresque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est quasiment oubli&#233;. On a tous les rapports d'inspection des &#233;v&#234;ques qui viennent de temps en temps. Au bout d'un moment, on ne dit m&#234;me plus que c'est fait par Piero della Francesca. &#199;a dispara&#238;t. Seules les femmes du coin savent encore que c'est l&#224;, mais &#231;a dispara&#238;t de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est red&#233;couvert &#224; la fin du 19e. Piero commence &#224; &#234;tre un peu connu. Piero aussi a un peu disparu pendant ce temps-l&#224;. Piero est un peintre qui a connu une longue &#233;clipse de sa mort, pas de sa mort, 50 ans apr&#232;s sa mort, quand Vasari &#233;crit sur lui, jusqu'en 1870, 1880, quand on recommence &#224; &#233;crire un peu sur lui. Des Italiens, des Allemands, principalement, des Anglais un petit peu, red&#233;couvrent l'importance qu'il a eue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1890, il y a un &#233;rudit local qui va dans cette chapelle par hasard, pour autre chose, puis d&#233;couvre que c'est un Piero della Francesca. Et il l'&#233;crit dans le journal. Il faut du temps pour que &#231;a se mette en branle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq ans ou 10 ans apr&#232;s, le mus&#233;e des Beaux-Arts vient et dit : &#171; Oui, en effet, c'est un Piero. Il n'est pas tr&#232;s bien fait, mais c'est un Piero della Francesca. &#187; Mais il est en mauvais &#233;tat. Il y a l'humidit&#233;, pour toutes sortes de raisons. La chapelle a &#233;t&#233; reconstruite, d&#233;velopp&#233;e, arrang&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a un restaurateur qui vient, qui met la fresque dans un cadre, donc on peut la transporter plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un jour, on va dire, o&#249; &#231;a passe d'objet de culte &#224; objet d'art, c'est ce jour-l&#224;. Le jour o&#249; Fiscali, le restaurateur, vient et l'enl&#232;ve du mur, d&#233;couvre les fragments de l'ancienne fresque qui est en dessous, et met la fresque de Piero dans un cadre qui fait deux m&#232;tres sur deux m&#232;tres, &#224; peu pr&#232;s. Un peu plus parce qu'il prend un peu du fond. C'&#233;tait ce jour-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1917 il y a un tremblement de terre. Il y a des dizaines de morts &#224; Monterchi. L'&#233;glise est &#224; moiti&#233; d&#233;truite. La fresque ne l'est pas. Le surintendant des Beaux-Arts dit qu'il faut la mettre en s&#233;curit&#233;. Elle n'est pas ab&#238;m&#233;e, la fresque. Fiscali l'a restaur&#233;e sur place. Il faut la mettre en s&#233;curit&#233;, il faut l'emmener &#224; Sansepolcro, qui est la grande ville du coin, qui est la ville o&#249; Piero a v&#233;cu et qui est &#224; 15 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On la met sur un char &#224; b&#339;ufs et on veut l'emmener l&#224;-bas. Les femmes du village bloquent la charrette et disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; Donc, on la met dans la maison de quelqu'un, elle y reste deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, au bout de deux ans, elle va &#224; Sansepolcro parce que c'est la fin de la guerre, etc. La chapelle n'est pas encore reconstruite. Finalement, elle donc &#224; Sansepolcro. Elle y reste deux ans, puis elle revient. On refait une chapelle &#224; ce moment-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui se passe apr&#232;s, ce sont des histoires d'architecture, la chapelle qui n'est pas bien faite, qui doit &#234;tre consolid&#233;e, modifi&#233;e, la fresque qu'il faut restaurer. Mais un si&#232;cle apr&#232;s, enfin pas tout &#224; fait un si&#232;cle apr&#232;s, mais en 1990, la chapelle est vraiment en tr&#232;s mauvais &#233;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me moment cl&#233; du passage du culte &#224; la culture, beaucoup de discussions, on d&#233;cide de la mettre dans un mus&#233;e. Temporairement. Le temporaire dure toujours 30 ans apr&#232;s. Donc on l'enl&#232;ve, on la transporte et on la met dans une ancienne &#233;cole d&#233;saffect&#233;e qui a un style tr&#232;s brutaliste, tr&#232;s mussolinien, o&#249; il n'y a rien d'autre, c'est la seule &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a rien dans ce mus&#233;e &#224; part cette seule &#339;uvre d'art, on la met l&#224;. Elle est dans un caisson hydrofuge avec un verre blind&#233; anti-vandalisme, anti-agression devant, des lumi&#232;res LED, etc. C'est un objet d'art. C'est devenu un objet d'art mus&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233; pour ce livre, c'est comment on est pass&#233; d'un objet de culte qui &#233;tait uniquement un objet de pri&#232;re, qui n'avait aucune valeur artistique, en tout cas dont la valeur artistique &#233;tait inconnue. Comment on est pass&#233; de &#231;a, &#224; un objet qui est seulement un objet de culture, qui est maintenant dans un mus&#233;e o&#249; on paye pour entrer et qui a quasiment perdu sa valeur cultuelle. Je dis quasiment parce que c'est assez amusant, l'entr&#233;e du mus&#233;e est gratuite pour les femmes enceintes qui peuvent venir prier devant. J'y suis all&#233; trois fois et je ne n'en ai jamais vues, mais il y en a. Des gens disent : &#171; On en voit de temps en temps qui viennent. &#187; Il y a une petite bo&#238;te &#224; pri&#232;res, on met un petit mot dedans, &#224; c&#244;t&#233; de la fresque. Donc &#231;a garde un tout petit peu de son pouvoir magique, culturel, religieux, donc magique. Comment &#231;a a boug&#233; l&#224;-dessus ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ? Pourquoi ? Vers 1780, &#231;a devient la propri&#233;t&#233; de la ville. Avant, &#231;a appartenait &#224; l'&#233;glise. Et quand la ville veut construire un cimeti&#232;re, ils demandent l'autorisation &#224; l'&#233;v&#234;que de d&#233;truire la moiti&#233; de l'&#233;glise, de la d&#233;sacraliser. On ne parle pas de la fresque d'ailleurs, on n'en parle pas dans le contrat. &#192; ce moment-l&#224;, &#231;a devient propri&#233;t&#233; de la ville, donc &#231;a appartient &#224; la ville. Avec quelques chicaneries, mais &#231;a appartient &#224; la ville de Monterchi depuis.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un objet culturel. Un objet culturel, c'est un objet qui se montre, qui se visite et qui se montre. Il se visite, oui, il y a des gens qui viennent. Il y en a 20 000, 30 000 par an. La plupart viennent voir la Vierge enceinte. Monterchi est connu &#224; cause de &#231;a, les gens viennent l&#224; pour &#231;a, etc. C'est un objet qui se montre, surtout &#224; partir du moment o&#249; c'est devenu un objet culturel, &#224; partir du moment aussi o&#249; la renomm&#233;e de Piero est devenue beaucoup plus forte. &#199;a commence un peu avant la Seconde Guerre mondiale, mais surtout apr&#232;s. Il devient beaucoup plus connu, il y a beaucoup plus de livres sur lui, beaucoup plus de recherches, beaucoup plus de colloques, plein de choses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, cette &#339;uvre d'art, on veut la montrer ailleurs. Il y a toutes sortes de demandes qui sont faites pour la montrer &#224; Florence, &#224; Rome, au Louvre, au Metropolitan de New York. Demandes qui sont faites parfois avec une contrepartie financi&#232;re importante. Le Metropolitan offre de l'argent pour &#224; la fois restaurer la fresque et reconstruire l'&#233;glise. Puisque c'est un objet culturel, comme la plupart des objets culturels, il devrait pouvoir voyager. Certes, il peut y avoir des probl&#232;mes techniques. Il faut faire attention &#224; comment on fait, etc. Mais on pourrait la faire voyager. Il n'y a rien qui, a priori, techniquement, devrait s'y opposer. C'est une fresque, c'est relativement solide. L'histoire la plus int&#233;ressante se passe pendant la guerre. Il y a ce qu'on appelle la R&#233;publique de Salo, Mussolini s'est r&#233;fugi&#233; au nord. Et la R&#233;publique de Salo d&#233;cide de mettre cette &#339;uvre d'art &#224; l'abri. Il y a deux &#233;minents professeurs de Florence, un professeur et un conservateur, je crois, de Florence qui viennent &#224; Monterchi pour emmener la fresque, la mettre &#224; l'abri. Et il y a une &#233;meute. La gardienne de l'&#233;glise, sonne le tocsin, appelle tout le monde. Les femmes et les hommes arrivent et attaquent les deux &#233;minents professeurs qui repartent sous la protection des carabiniers, bredouilles. Quelques ann&#233;es apr&#232;s la guerre, en 1954 un de ceux-l&#224; et un autre reviennent &#224; Monterchi simplement pour voir la fresque, dans quel &#233;tat elle est, comment elle est. Et les femmes du village de nouveau croient qu'ils veulent la prendre et de nouveau les attaquent et leur chantent une chanson qui &#233;tait compos&#233;e &#224; l'&#233;poque sur la fresque et la d&#233;fense. Ce qui est int&#233;ressant dans cette p&#233;riode-l&#224;, c'est que la fresque n'est jamais pr&#234;t&#233;e. &#192; chaque fois, il y a un refus de la pr&#234;ter, refus du conseil municipal, mais surtout refus du peuple, refus des gens et des femmes du village qui disent : &#171; Si une de nous est enceinte, si une de nous a des probl&#232;mes de grossesse pendant qu'elle n'est pas l&#224;, si une de nous a un accouchement difficile pendant qu'elle n'est pas l&#224;, comment on va faire ? Elle va mourir !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut qu'elle reste ici. La fresque est l&#224;. Si vous voulez la voir, il faut venir &#224; Monterchi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; toutes ces demandes du march&#233; de l'art, ou plut&#244;t des structures de l'art. Des gens extr&#234;mement respectables qui sont intervenus pour qu'on la pr&#234;te. Il y a toujours un refus de ce petit village disant : &#171; Non, on ne la pr&#234;tera pas, elle reste ici, elle ne bougera pas. &#187; C'est l'autre chose qui m'a int&#233;ress&#233;. Certes, c'est un objet culturel, mais c'est un objet culturel avec une dimension, un ancrage dans le territoire d&#251; &#224; ces si&#232;cles pass&#233;s de d&#233;votion, mais avec un ancrage dans le territoire tel qu'il y a un refus absolu de la pr&#234;ter. Je n'ai pas fait des recherches tr&#232;s approfondies, mais ce n'est pas si fr&#233;quent que &#231;a, que ce refus de d&#233;placer une &#339;uvre d'art vienne du peuple. Il y a tr&#232;s souvent des refus pour des raisons techniques, &#233;videmment. Il y a parfois des refus pour des raisons nationalistes, &#231;a ne quittera pas le pays, on ne veut pas que &#231;a parte, on pr&#233;empte, etc. Mais alors c'est l'institution qui d&#233;cide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ce sont les gens du peuple qui s'expriment par le conseil municipal et qui disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; &#199;a, &#231;a m'a paru l'autre aspect tr&#232;s int&#233;ressant. Apr&#232;s la r&#233;volte des femmes contre la contre-r&#233;forme, contre les cons&#233;quences de la contre-r&#233;forme, on veut continuer &#224; prier la Vierge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;volte aujourd'hui disant : &#171; D'accord, ce n'est plus vraiment un objet de culte, mais &#231;a l'est quand m&#234;me encore un petit peu. Et de toute fa&#231;on, &#231;a ne partira pas d'ici. &#187; C'est l'autre chose qui me semble tr&#232;s int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est aujourd'hui &#224; un point d'interrogation parce qu'on ne sait pas o&#249; la fresque va aller. Pour le moment, elle est dans cette &#233;cole. &#199;a fait 30 ans qu'elle est l&#224;, mais c'est du provisoire, para&#238;t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'une part l'&#201;tat, le Conseil d'&#201;tat italien qui voudrait qu'elle revienne &#224; son emplacement initial. Qu'on reconstruise la chapelle, mais c'est compliqu&#233; parce que d'une part, il faudrait reconstruire une chapelle d&#233;cente qui puisse accueillir suffisamment de visiteurs pour la voir. Et d'autre part, il y a le cimeti&#232;re juste derri&#232;re et il y a un lotissement, pas un centre commercial, un centre de sports, un centre d'animation qui est de l'autre c&#244;t&#233; de la route. Ce n'est plus du tout l'environnement bucolique dans lequel Piero l'avait peinte. Il y a une proposition de la transporter de l'autre c&#244;t&#233; de la route dans un couvent qui est en ruine. &#199;a co&#251;te tr&#232;s cher, &#231;a co&#251;terait de l'argent, etc. Donc je ne sais pas ce qui va se passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait 10 ou 15 ans qu'on en parle avec les diff&#233;rents pouvoirs politiques, l'&#201;glise, la ville, la Superintendance des beaux-arts de la Toscane, le Minist&#232;re des beaux-arts et de la culture, le Conseil d'&#201;tat maintenant. Donc il y a toutes sortes de discussions autour de &#231;a. Est-ce qu'il faut lui redonner un environnement un peu moins mus&#233;al et un peu plus religieux ? C'est-&#224;-dire, soit la mettre dans l'&#233;glise originale, soit la mettre dans le monast&#232;re abandonn&#233; des B&#233;n&#233;dictines qui est en face. Est-ce qu'il faut au contraire la garder dans des conditions techniques parfaites l&#224; o&#249; elle est maintenant et rester l&#224; ? Donc ces discussions sont assez anim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter mon livre &#224; Monterchi le 17 avril et je pense que je vais les laisser discuter entre eux parce que je ne suis pas comp&#233;tent pour dire o&#249; elle doit aller. Mais je sais qu'il y a un certain nombre de tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un exemple fran&#231;ais d'un refus par le peuple du d&#233;placement d'une &#339;uvre d'art qui est int&#233;ressant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit village dont le nom est connu de tout le monde, qui s'appelle Cucugnan. Alors, ce n'est pas le Cucugnan de Daudet, c'est un Cucugnan qui est pr&#232;s de Carcassonne. Je ne vais peut-&#234;tre pas trop me tromper dans les dates, mais je dirais juste avant la guerre, la Seconde Guerre mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un nouveau cur&#233; qui arrive &#224; Cucugnan. Et dans l'&#233;glise, il y a une statue d'une Vierge enceinte. Et le nouveau cur&#233; est moderne, il trouve &#231;a &#233;pouvantable, indigne, obsc&#232;ne. Donc, sans vraiment rien dire &#225; personne, il l'envoie aux Beaux-Arts &#224; Carcassonne. Donc la statue est &#224; Carcassonne. Et la gr&#234;le s'abat plusieurs ann&#233;es de suite sur les cultures de Cucugnan. Cucugnan est d&#233;vast&#233; par la gr&#234;le pendant plusieurs ann&#233;es. Et donc les habitants de Cucugnan font une p&#233;tition pour que la Vierge revienne. C'est la guerre, &#231;a se passe apr&#232;s la guerre. Et la Vierge revient &#224; Cucugnan. &#199;a, c'est vrai, c'est une histoire vraie, c'est r&#233;cent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas v&#233;rifi&#233; quelle &#233;tait l'intensit&#233; de la gr&#234;le mais voil&#224; l'histoire. Je ne suis pas all&#233; &#224; Cucugnan, mais c'est racont&#233; l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une petite miniature de la Vierge de Cucugnan. Mon int&#233;r&#234;t pour &#231;a fait que j'ai beaucoup de petites statuettes miniatures qui viennent du monde entier de Vierge enceinte dont celle de Cucugnan. C'est un artiste qui l'a reproduite. Il faudrait que j'aille l&#224;-bas un jour, il y a une petite exposition permanente l&#224;-bas qui parle des Vierges enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc c'est un des rares exemples que j'ai o&#249; pour des raisons, on va dire, &#233;conomiques, mais aussi un peu magiques, il y a eu une opposition du peuple &#224; ce que cette statue parte. Je ne sais pas s'il y en a beaucoup des comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos mus&#233;es sont pleins d'images de religion. Il y en a partout. Tu vas au Louvre, tu vas au British Museum, tu vas au mus&#233;e du Vatican, tu vas o&#249; tu veux, il y en a plein, il y en a partout. Et ces objets ont &#233;t&#233; enlev&#233;s, retir&#233;s de lieux de culte pour devenir des objets de mus&#233;e. Donc c'est tr&#232;s fr&#233;quent, &#231;a. C'est extr&#234;mement fr&#233;quent de faire &#231;a. Et combien de fois toi, comme moi, comme des tas de gens, nous entrons dans des &#233;glises, non pas pour prier, mais pour voir une &#339;uvre d'art. On fait &#231;a tout le temps. Donc ce transfert du cultuel au culturel est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les &#233;glises, on cohabite avec des gens qui, eux, prient. Donc on partage et on respecte et on est &#224; c&#244;t&#233; d'eux par rapport &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on admire, si on n'est pas croyant, ce qui est mon cas. Si on admire une &#339;uvre d'art, eux sont l&#224; pour prier cette m&#234;me &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, c'est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Monterchi, il y a un d&#233;placement d'un lieu &#224; un autre. C'est aussi quelque chose de relativement fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est plus rare, c'est finalement ce qui subsiste &#224; Monterchi : &#171; gratuit pour les femmes enceintes &#187;. C'est-&#224;-dire, certes, c'est un objet culturel, mais on accepte de garder un tout petit peu cette dimension religieuse, d&#233;votionnelle, magique. On accepte de la garder un tout petit peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas l'annuler compl&#232;tement parce que les femmes du coin ne le veulent pas. Et &#231;a, c'est par contre tr&#232;s rare, de prier dans un mus&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au mus&#233;e du Vatican il n'y a pas tr&#232;s longtemps, je n'ai vu personne prier dans le mus&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Saint-Pierre, oui, mais dans le mus&#233;e lui-m&#234;me, Sixtine ou ailleurs, moi, je n'ai vu personne en train de prier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne. Et je crois que c'est vrai partout. On ne prie plus dans les mus&#233;es. Monterchi est peut-&#234;tre le seul endroit au monde o&#249; il y a un mus&#233;e o&#249; on prie. Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, ce qui m'a int&#233;ress&#233; dans cette histoire, au-del&#224; de Piero qui m'int&#233;resse, mon int&#233;r&#234;t pour l'art de mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale, c'est que c'est une histoire de r&#233;sistance. C'est une histoire de libert&#233;. C'est une histoire de refus de r&#232;gles impos&#233;es par le haut. Et c'est une histoire du f&#233;minisme, d'une certaine mani&#232;re. Ce refus s'exprime principalement par des femmes qui se rebellent contre le pouvoir, qu'on va appeler patriarcal si tu veux, mais contre un pouvoir qui veut leur imposer quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvoir religieux, pouvoir culturel. Et donc c'est une dimension de r&#233;sistance qui moi m'a int&#233;ress&#233;. Je ne suis pas sp&#233;cialiste de &#231;a, de r&#233;sistance f&#233;ministe, mais &#231;a me para&#238;t s'inscrire dans une lign&#233;e o&#249; tu peux retrouver plein d'autres cas de femmes qui r&#233;sistent &#224; une oppression. Et c'est &#231;a qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion rapide que je voudrais faire. Piero della Francesca n'a pas grand-chose &#224; voir avec d'autres domaines dans lesquels je travaille. Je me suis pos&#233; la question de savoir, au-del&#224; de mon int&#233;r&#234;t pour cette fresque, cette &#171; History of Resistance &#187;, quel lien je fais entre &#231;a ? Quel lien je fais entre d'autres choses que j'ai faites et &#231;a ? Je me dis que finalement, ce qui m'int&#233;resse, ce sont des choses qui sont &#224; la marge. J'ai travaill&#233; sur Miroslav Tich&#253;, un photographe qui &#233;tait compl&#232;tement &#224; la marge de la soci&#233;t&#233;. J'ai travaill&#233; sur les photographes exp&#233;rimentaux, qui sont des photographes qui ne font pas ce que font les autres photographes, qui font des choses diff&#233;rentes, qui sont un petit peu en retrait de &#231;a. Je travaille sur le philosophe Vil&#233;m Flusser, qui est aussi quelqu'un qui, d'une part, a &#233;t&#233; &#224; la marge de la philosophie de la fin du XX&#7497; si&#232;cle et qui, d'autre part, n'a jamais &#233;t&#233; vraiment reconnu, en particulier en France, parce qu'il &#233;tait &#224; la marge des cercles de pouvoir, des cercles universitaires, des cercles de la question. Je travaille sur Hercule Florence. Hercule Florence, c'est un Mon&#233;gasque qui est parti au d&#233;but du XIX&#7497; si&#232;cle au Br&#233;sil. En 1820, il est parti au Br&#233;sil, il y a eu une vie diverse et vari&#233;e et vers 1833, 1834, dans une petite ville perdue au fin fond du Br&#233;sil, il invente la photographie. Lui aussi, tout seul, dans son coin, sans rien savoir, sans avoir fait aucune &#233;tude en la mati&#232;re, avec le pharmacien du coin qui lui vend des produits. Le type, en m&#234;me temps que Ni&#233;pce, tout seul, il invente, il fait des photographies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dispara&#238;t de l'histoire. C'est un marginal total. Il est br&#233;silien, c'est un m&#233;t&#232;que, on n'en parle pas, etc. &lt;a href='https://www.tk-21.com/Un-meteque-nomme-Hercule-Florence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J'ai publi&#233; un article dans TK-21 sur lui.&lt;/a&gt; Chose encore plus merveilleuse, il invente le mot &#171; photographie &#187;. Tous ces gens qui sont quelque peu en marge, de c&#244;t&#233;, ces gens ou ces &#339;uvres qui sont un peu de c&#244;t&#233; par rapport &#224; une histoire mainstream de l'art, voil&#224; des choses qui m'int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Je conclurai l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH769/2-800-6979b.jpg?1775826344' width='500' height='769' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_27077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte.jpg' width=&#034;195&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca ind&#233;pla&#231;able,&lt;/strong&gt; Marc Lenot, aux &#233;ditions Cinabre, avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&lt;/a&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Penser la culture et les actions culturelles sans p&#233;trifications</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/culture" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/dscf6878-74432.jpg?1775383397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'&#233;chappe &#224; personne que les programmes &#171; culturels &#187; rel&#232;vent de multiples facettes de ce type, surmont&#233;es de surcro&#238;t d'appels &#224; la restauration normative de rep&#232;res ou de v&#339;ux de voir reconstituer une religion civile, notamment face &#224; ce qui est nomm&#233; &#171; individualisme &#187; ou &#171; barbarie &#187; de certains ou de beaucoup, des milieux &#171; bourgeois &#187; ou des &#171; quartiers &#187;, ou &#224; ce qui est r&#233;clam&#233; sous le titre d'une &#171; identit&#233; &#187; par la culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute l'ironie sur ces mots n'est-elle gu&#232;re de mise alors qu'ils engagent si gravement les existences. Aussi proposons-nous plut&#244;t ci-dessous un exercice de pens&#233;e, autour de notions utilis&#233;es pour parler &#171; culture &#187; : individu, auteur-autrice, &#339;uvre, public, mais aussi lieux et espaces publics. Ce qui est caract&#233;ristique des usages, c'est que ces termes sont essentialis&#233;s, comme celui de &#171; culture &#187; (LA Culture). Il est sans doute possible de sortir de ces abstractions et de projets culturels typ&#233;s, si l'on s'attache &#224; r&#233;inscrire ces termes dans des dynamiques leur proposant de s'&#233;manciper &#224; l'&#233;gard d'eux-m&#234;mes, de leur emploi fig&#233;, des traditions et des hi&#233;rarchies. Quelques illustrations s'y attachent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;trifications de la culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de consid&#233;rations actuelles relatives au champ culturel insistent sur des corr&#233;lations constitutives des objets qui le traversent : auteur&#183;rice et &#339;uvre, &#339;uvre et normes, public et &#339;uvre, etc. Elles figent pourtant ces corr&#233;lations au gr&#233; de leurs objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les m&#233;dias et les discours publics, ces corr&#233;lations portent bien sur les rapports internes caract&#233;ristiques de l'espace public esth&#233;tique contemporain, sur les subalternit&#233;s, les pr&#233;s&#233;ances et les hi&#233;rarchies entre p&#244;les sollicit&#233;s (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre, public), mais selon des combinaisons p&#233;remptoires. Par exemple : on superpose et confond individu et auteur&#183;rice (compositeur-acteur) ; l'auteur&#183;rice serait premier par rapport &#224; l'&#339;uvre ; l'&#171; &#339;uvre &#187; r&#233;sulterait d'un &#171; cr&#233;ateur/cr&#233;atrice &#187; ; le/la cr&#233;ateur&#183;rice &#233;chapperait aux valorisations sociales ; le public devrait voir l'auteur&#183;rice ou l'artiste dans l'&#339;uvre ; l'&#339;uvre ne disposerait d'aucune autonomie ; l'adresse &#339;uvre-public r&#233;sulterait de la publicit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, on doit d'autant moins m&#233;priser ces formulations qu'elles ont un usage social et une histoire. Dans cette derni&#232;re perspective, elles ont &#233;t&#233; compos&#233;es et discut&#233;es d&#232;s le d&#233;ploiement de l'art d'exposition ou d'ex&#233;cution moderne (Renaissance-Lumi&#232;res), dans son double espace &#233;conomique et esth&#233;tique. En son sein fonctionnaient les Salons, cercles de lecteurs&#183;rices par excellence relevant de la &#171; publicit&#233; &#187; (au sens de l'actuel &#171; usage public de la raison &#187;). Elles ont eu le m&#233;rite de d&#233;connecter la sph&#232;re des arts de l'&#201;glise. Elles ont &#233;t&#233; utilis&#233;es, critiqu&#233;es et affin&#233;es, par exemple, par Denis Diderot, tant dans &lt;i&gt;Lettre sur le commerce de la librairie&lt;/i&gt; (1763) que dans &lt;i&gt;Le paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt; (1773-1830), au c&#339;ur par cons&#233;quent des Lumi&#232;res. Ces d&#233;bats sont revenus dans le &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; de Marcel Proust (posthume, 1954), au c&#339;ur de la modernisation g&#233;n&#233;ralis&#233;es de ce double espace (XIX&#7497;), au prix de leur recodification au sein du nouveau cadre m&#233;diatique (journaux, radios). Longuement critiqu&#233;s, ils sont pourtant p&#233;riodiquement remis en selle sous forme p&#233;trifi&#233;e. Revenons-y donc, d'autant qu'y oblige la d&#233;construction des notions d'&#339;uvre et d'auteur, d'individu et de public, en fin de XX&#7497; et d&#233;but de XXI&#7497; si&#232;cles, en rapport avec les cultures, alors que beaucoup la n&#233;gligent pour mieux c&#233;l&#233;brer &#224; nouveau l'individu traditionnel psychologique et singulier comme &#171; cause &#187; de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_1916-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_1916-2-3e381.jpg?1772701376' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux n&#233;gligences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, une partie de ces propos sur la psychologie des auteurs, la subalternit&#233; des &#339;uvres, etc. n'a plus qu'une fonction id&#233;ologique. Ce ne sont pas des d&#233;bats en, devant ou avec un public sous r&#232;gle d&#233;mocratique qui leur importent. Ce sont plut&#244;t les expansions de disputes fortement infl&#233;chies par les m&#233;dias aux fins de contr&#244;le de la sph&#232;re culturelle. Il est possible d'observer le poids de cette fonction dans le cas des formules aux traits sym&#233;triques d&#233;ploy&#233;es autour des &#171; personnages &#187; cit&#233;s ci-dessus (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre d'art, public). Soit, d'un c&#244;t&#233;, se rencontrent des d&#233;clarations prosa&#239;ques sur des d&#233;terminations psychologiques ou morales relatives &#224; la psych&#233; ou au v&#233;cu de l'individu-artiste (ses parents, ses m&#233;faits, son rapport aux autres, &#224; la biens&#233;ance, &#224; l'argent, aux vices et vertus et quelques traits racistes) &#171; exprim&#233;es &#187; dans ses &#233;crits ; soit, en contrepoint ou en retour, s'exposent des consid&#233;rations sur l'approche du ou par le public d'&#339;uvres d'adresse ind&#233;termin&#233;e, trait&#233;e en r&#233;flexe conditionn&#233; m&#233;prisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;nonc&#233;s se d&#233;roulent au profit d'emballements autour de sensualit&#233;s superficielles passant pour sources &#8211; on dit parfois &#171; origines &#187; &#8211; des &#339;uvres et crit&#232;res de leur analyse. Aucun compte n'est tenu de nombre de r&#233;flexions d'auteurs&#183;rices pensant leur &#339;uvre en &#171; refus de soi &#187; (du moi, de l'individu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, ces propos sertis de moralisme, tenus autour du th&#232;me de l'individu ou de l'artiste imm&#233;diatement fondu-confondu dans &#171; son &#187; &#339;uvre, servent d&#233;sormais non moins d'accusation contre l'&#339;uvre, sa facture et sa diffusion, d&#232;s lors que l'un ou l'autre, l'individu ou l'auteur&#183;rice, accomplit des m&#233;faits ou fait d&#233;faut &#224; la loi positive. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant le second trait, &#339;uvre-public, la possibilit&#233; m&#234;me d'une analyse de l'&#339;uvre par un public dispara&#238;t, puisque ce dernier est cens&#233; se couler dans la conception de l'&#339;uvre comme expression/miroir de l'auteur&#183;rice (au sens psychologique du terme), et se contenter de projeter sur elle ou de vouloir reconnaitre en elle des traits qui, par le truchement de la rumeur ou des m&#233;dias, proviennent de sa petite enfance ou de son adolescence. Dans cette projection se jouent, en sus de l'influence sur la r&#233;ception de l'&#339;uvre, les objectifs &#233;ducatifs assign&#233;s fr&#233;quemment aux &#339;uvres d'art &#224; partir d'un partage normatif (&#171; cultiver les citoyen&#183;nes &#187;, &#171; &#233;duquer les classes populaires &#187;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par de tels propos par lesquels les m&#233;dias attisent l'opinion, utilisant sans vergogne des l&#233;gitimations juridiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'artistique est soumis &#224; cong&#233;lation sous une double loi. D'abord celle, psychologique, de l'affinit&#233; subjective entre l'auteur, sa vie et &#171; son &#187; &#339;uvre. Ensuite, en un parall&#232;le inverse, mais sur le m&#234;me mod&#232;le, celle d'un jugement du &#171; beau &#187; ramen&#233; soi-disant aux seuls sentiments du regardeur-individu. Cette loi (double) r&#233;duit la parole artistique &#224; des fonctions m&#233;caniques. Que ce soit la &#171; cr&#233;ation &#187; ou le regard esth&#233;tique, ils sont plac&#233;s hors de la possibilit&#233; d'une critique des dynamiques immanentes de la culture, gr&#226;ce &#224; ses adresses, fut-ce-t-elles silencieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de ces discours culturels, les formulations dominantes d'un rapport de type &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187;, deviennent m&#233;caniques. Elles admettent en sous-entendu une pirouette : &#171; l'&#339;uvre est l'homme &#187;, dont la valeur est celle d'un &#171; l'&#339;uvre : donc l'homme &#187;. Pirouette et sous-entendu ne se demandent pas si les deux c&#244;t&#233;s s'embo&#238;tent vraiment si ais&#233;ment. S'y lit seulement que l'&#339;uvre fonde l'auteur plus qu'elle-m&#234;me, en se nouant &#224; sa seule parole. L'&#339;uvre ne serait rien d'autre que son support mat&#233;riel. Leur in&#233;vitable r&#233;sultat est de priver l'auditeur ou l'auditrice d'une compr&#233;hension dynamique de ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre part, la r&#233;flexion &#224; conduire postule que l'on peut y objecter un autre libell&#233;. Ce dernier aurait &#224; charge de rendre sa vivacit&#233; &#224; la conjonction de coordination &#171; et &#187;, en lui redonnant une signification de v&#233;ritable &#171; rapport &#187;, sans tendance &#224; ressembler au verbe &#171; &#234;tre &#187;, et &#224; &#233;vincer une dissym&#233;trie potentielle. Il exclurait la pens&#233;e courante d'un ajustement ext&#233;rieur entre les termes reli&#233;s, d'une simple relation sans pluralit&#233; de points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons en effet qu'un rapport, soit une formule &#224; deux ou quatre termes, implique des diff&#233;rences/dissym&#233;tries et requiert des liens qui rendent le jeu intrins&#232;que actif, gr&#226;ce &#224; quelque chose qu'il laisse en blanc. En l'occurrence un rapport impulse des devenirs, en laissant une fonction &#224; du vide. Si l'on entend par &#171; vide &#187; une fonction de f&#233;condit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Ruby, La f&#233;condit&#233; du vide, Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; le vide permet de s'avancer dans les lueurs de l'imaginaire &#8211;, fonction permettant de tricoter des dynamiques de rapports, c'est effectivement lui qui rend possible la modification des termes, le passage entre eux (ou des impasses) et une r&#233;p&#233;tition potentielle du mouvement qui les modifie encore peu &#224; peu en se donnant r&#233;ponse les uns aux autres. D'une telle connexion/rapport, ludique et critique, notamment dans les lieux/espaces publics, il est impossible d'en penser la notion sans son opposition avec des &#233;tats (sans mouvement) ou des figures solidifi&#233;es (normes sacr&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2012.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/img_2012-413f5.jpg?1772701376' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de ce recadrage sur la notion de &#171; rapport &#187;, notamment sur celui qui concerne l'&#233;quation auteur&#183;rice-&#339;uvre, est d&#233;cisive. Un &#171; auteur/autrice &#187; n'est pas un &#234;tre imm&#233;diatement donn&#233;, f&#251;t-ce sous la solitude du penseur (ou du &lt;i&gt;Penseur &lt;/i&gt; &#224; la Rodin). C'est un individu devenu auteur&#183;rice gr&#226;ce &#224; l'appel d'un vide (un trou dans son r&#233;el), potentiellement d'une &#339;uvre &#224; entreprendre. Une &#171; &#339;uvre &#187; n'est pas non plus une chose p&#233;trifi&#233;e, imm&#233;diatement donn&#233;e telle quelle parce que produite par un &#171; auteur&#183;rice &#187;, mais le r&#233;sultat d'une interaction entre le devenir auteur&#183;rice d'un individu et un devenir &#171; &#339;uvre &#187; &#224; partir d'un vide (une inexistence) appuy&#233;e sur des &#171; nappes discursives &#187; pr&#233;alables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des jeux de r&#232;gles (ou de r&#233;sistances aux r&#232;gles devenues &#171; officielles &#187;) du champ de r&#233;f&#233;rence. Enfin, le rapport entre auteur&#183;rice et &#339;uvre ne peut donc &#234;tre simplifi&#233; par une r&#233;f&#233;rence &#224; une causalit&#233; m&#233;canique, pas plus que ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; des automatismes le rapport &#339;uvre-spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dynamogramme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de reformuler les corr&#233;lations constitutives du champ artistique, nous pensons possible et positif de construire des raisonnements autour de ce que nous appelons un &#171; dynamogramme &#187;, selon le vocabulaire de Aby Warburg, et des &#171; jeux des subalternit&#233;s &#187;. Ces notions permettent de statuer &#224; nouveaux frais sur les rapports envisag&#233;s. Si &#171; jeu &#187; para&#238;t un terme pertinent pour &#233;voquer des devenirs, des vides qui appellent et des rapports entre des instances, la notion de &#171; subalternit&#233; &#187; n'a d'int&#233;r&#234;t que dans sa combinaison avec &#171; jeu &#187;. Ce second terme &#233;voque moins des couches hi&#233;rarchiques fixes que des niveaux de r&#233;flexion ou des dispositions pouvant muter en fonction des activit&#233;s prises en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dynamiques excluent que &#171; individu &#187;, &#171; auteur&#183;rice &#187;, et simultan&#233;ment &#171; &#339;uvre &#187;, r&#233;f&#232;rent &#224; des &#234;tres inalt&#233;rables, &#224; des isolats monadiques. De m&#234;me il est central pour le d&#233;veloppement entrepris d'y inclure ce rapport dont on parle peu, celui du public, des lecteurs&#183;rices, spectateurs&#183;rices, etc., &#224; l'&#339;uvre. &#171; Public &#187;, en effet, n'a de sens qu'en refus des pressions m&#233;diatiques imposant des tours psychologiques &#224; l'individu et &#224; la personne de l'artiste, tours dont la propri&#233;t&#233; est de combler les jugements potentiels, et critiques, par le plein de lieux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, nous avons affaire &#224; une quadrilogie individu-auteur&#183;rice-&#339;uvre-public. Son premier m&#233;rite est de s'organiser autour d'encha&#238;nements et non autour de points d'appui, de liens d'accords et de d&#233;saccords, de r&#233;ussites et de revers, etc. Son second m&#233;rite est de laisser sa latitude n&#233;cessaire &#224; &#171; individu &#187; de concerner les hommes et les femmes dans leur singularit&#233; ainsi que le processus de leur formation (familial, &#233;ducatif) en direction ou non d'un appel &#224; devenir auteur ; &#224; &#171; auteur/autrice &#187; de viser un type d'activit&#233; en premier lieu ind&#233;fini, vide, la vis&#233;e-&#339;uvre, ou une vie artistique pour laquelle la confrontation &#224; des milieux, des r&#232;gles, des objectifs est centrale, tout en se d&#233;tachant de &#171; individu &#187; sans l'ignorer ; &#224; &#171; &#339;uvre &#187; de cerner des types de langage r&#233;&#233;laborant la langue ordinaire, des conflits entre r&#233;alisations, des jeux de normes et de contestation de celles-ci en ouverture sur une adresse ind&#233;termin&#233;e, donc vide, &#224; toutes et tous ; et &#224; &#171; lecteur/spectateur &#187;, ou &#224; &#171; public &#187; d'&#233;voquer des formes d'(auto-)&#233;ducation, de r&#233;formes ou de mises en question de soi. En quoi le graphe dynamogrammatique ci-dessous peut se sillonner selon les &#233;nergies sur lesquelles r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20-bd1e6.png?1772701377' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afin d'objectiver diff&#233;remment nos amendements, gardons en m&#233;moire les obstacles &#224; surmonter dans chaque formulation de cette topologie : &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste, ni l'&#339;uvre, ni le public ne rel&#232;vent d'&#233;manations divines, ce qui sans doute r&#233;soudrait bien de (fausses) difficult&#233;s ! Il n'y aurait plus de liens &#224; penser, puisqu'on y laisse au Dieu de la religion la charge de la cause et de la cons&#233;cution. Chaque cr&#233;ature/cr&#233;ation serait paradoxalement de droit ind&#233;pendante, quoique uniquement d&#233;pendante de la lumi&#232;re divine susceptible de faire loi (lien). &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste ne se caract&#233;risent par une quelconque nature humaine, ou un quelconque g&#233;nie, lesquels gr&#226;ce &#224; de telles qualit&#233;s &#171; naturelles &#187; agiraient en dehors de toute d&#233;termination sociale ou culturelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'&#339;uvre n'est un bloc de marbre, ni m&#234;me un bloc de v&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni le public n'est une chose manipulable en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que d'autres obstacles ne sont pas moins importants encore &#224; surmonter sur ce terrain du jeu, des rapports et des vides. Si les liens se formulent en termes d'expression, de transfert, de similitude, de continuit&#233;, de subsomption, de communication, restons-en au propos le plus r&#233;pandu : le rapport de causalit&#233;, pens&#233; de mani&#232;re magique. Nous ne pouvons adh&#233;rer &#224; sa formulation, d'autant que les discours qui le formulent donnent de l'efficace de la causalit&#233; l'image d'une activit&#233; sans distance, d'une succession imm&#233;diate, automatique, de l'effet. Elle dissout tout dans l'indiff&#233;rence d'une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeu et vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, sortir de la causalit&#233; m&#233;canique directe, telle est la derni&#232;re difficult&#233; &#224; dompter. Il est n&#233;cessaire d'affoler les identifications sans mouvement. Il est bon de r&#233;cuser l'imaginaire de la co&#239;ncidence qui pr&#234;te des motifs &#224; des attaques ad hominem : si tel personnage fait ceci ou cela dans l'&#233;crit, ce n'est rien d'autre que le v&#233;cu de l'auteur&#183;rice ou de l'artiste. Comme il est non moins n&#233;cessaire de combattre les s&#233;parations si rigoureuses qu'elles imposent de l'artiste la figure d'un &#234;tre d&#233;tach&#233; de toutes contingences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs en ce point que s'articulent les notions de &#171; jeu &#187; et de &#171; vide &#187;. Il n'est sans doute plus n&#233;cessaire de faire remarquer que la formulation courante de l'expression mise ici &#224; la question &#8211; &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187; &#8211; ne suppose aucun rapport dynamique, mais une simple conjonction attirant des automatismes d'identification. Elle demeure bien trop format&#233;e en figure duelle et ne dit finalement rien. Sa transmutation en &#171; l'artiste et l'&#339;uvre &#187; laisse survivre ce m&#234;me dualisme fig&#233;, ainsi que les autres jonctions : spectateur-&#339;uvre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cr&#233;dits accord&#233;s &#224; l'absence de tensions dans l'activit&#233; artistique souhaitent curieusement s'en prendre violemment aux th&#233;ories/pens&#233;es de l'autonomie de l'&#339;uvre. La raison ? Ces derni&#232;res d&#233;pouilleraient le jeu de la &#171; cr&#233;ation &#187;, de la lecture ou de l'audition d'une &#339;uvre des avatars de la vie priv&#233;e, du &#171; v&#233;cu &#187; des individus ou auteurs appliqu&#233;s m&#233;caniquement sur lui. Elles &#233;carteraient les formules qui &#171; expliqueraient &#187; par l'&#226;me de l'auteur&#183;rice les termes constitutifs des liens. Elles r&#233;cuseraient toute coagulation qui &#233;vincerait les dynamiques et puissances de jeu intrins&#232;ques aux champs des arts. Et elles ne s'&#233;l&#232;veraient pas assez &#224; l'encontre des juges qui consid&#233;reraient avec prudence les tourments relevant de l'individu soi-disant d&#233;ploy&#233;s dans &#171; son &#187; &#339;uvre, notamment la &#171; chose &#187; sexuelle ou les signes d'une d&#233;pravation, sans les leur assigner, ou &#224; l'inverse consid&#233;reraient les avatars priv&#233;s sans faire allusion &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la dimension de la &#171; cr&#233;ation &#187; se joue justement dans le refus d'entit&#233;s, se joue par cons&#233;quent dans des &lt;i&gt;devenirs,&lt;/i&gt; lesquels supposent des vides potentiels. Elle fait alors de l'individu, comme de l'auteur&#183;rice, de l'&#339;uvre et du public (le public, les lieux et les espaces publics), dans leurs relations contradictoires, des sortes de &#171; zones d'autonomie temporaires &#187; en mouvement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_0536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0536-798a6.jpg?1772701377' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que l'individu n'est pas directement identifiable &#224; l'auteur&#183;rice ; que l'auteur&#183;rice doit renoncer &#224; la pr&#233;tention &#224; &#234;tre le sujet ma&#238;tre et propri&#233;taire de ses &#233;crits ; que l'&#339;uvre n'est pas le r&#233;sultat imm&#233;diat de l'expression de sa volont&#233; cr&#233;atrice ; que l'&#339;uvre d&#233;pend sans doute plus de contingences sociales et juridiques que de cette volont&#233; ; que l'&#339;uvre n'est donc pas r&#233;ductible non plus &#224; une id&#233;e ; que le public n'est pas un simple r&#233;ceptacle de ce qu'un auteur aurait voulu exprimer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons inscrit ci-dessus les termes &#171; jeu &#187; et &#171; vide &#187; dans l'&#233;vocation des devenirs et des rapports dynamogrammatiques entre des instances convergentes, individu-auteur-&#339;uvre-public. Insistons sur leur pertinence relativement &#224; nos analyses. Ces termes signifient &#224; la fois que les rapports peuvent &#171; avoir du jeu &#187; entre eux, et jouer avec tel ou tel terme, dans la mesure o&#249; toutes les interactions supposent une dynamique et un vide ouvrant des possibilit&#233;s de liaisons et de d&#233;liaisons, de hi&#233;rarchies ou de d&#233;constructions. Que la notion de &#171; jeu &#187; comportant l'id&#233;e de plaisanterie ou de plaisir procur&#233; ne fait que renforcer l'id&#233;e selon laquelle des rapports entre des termes ou des objets ne peuvent &#234;tre identifi&#233;s &#224; des engrenages (encore ceux-ci supposent-ils aussi du &#171; jeu &#187; !). Et si l'on se prend au mouvement des dynamogrammes, c'est leur jeu m&#234;me qui vient en avant : la d&#233;clinaison des modalit&#233;s de rapport et la pluralit&#233; des transformations possibles des termes et des relations, en fonction d'un vide qui doit &#234;tre sans cesse activ&#233;, surtout lorsqu'on pose le probl&#232;me des lieux et espaces publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re du &#171; jeu &#187; &#8211; il suffit &#224; cet &#233;gard de relire les &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain,&lt;/i&gt; de Friedrich von Schiller &#8211; est de d&#233;stabiliser les cl&#244;tures, les enfermements et les abstractions aux fins de provoquer des mouvements sans fin. Le jeu a une fonction plastique et excite les liens. En cela, il n'est pas tout &#224; fait sans r&#232;gle, mais il trouve et construit sa r&#232;gle dans le mouvement m&#234;me qu'il aiguillonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune et chacun a d&#233;j&#224; not&#233; l'opposition du jeu &#224; toute r&#233;it&#233;ration ou imitation, que l'on pense &#224; l'&#233;ducation ou &#224; une formation quelconque en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'espace public en d&#233;mocratie notamment. Chacune des th&#233;ories de la pulsion de jeu se d&#233;connecte d'une imitation dans laquelle certains tentent d'enfermer encore les citoyen&#183;nes, car l'imitation se fait conformiste et entravante. Tandis que l'assise dans le jeu indique qu'un rapport entre (des individus, des auteurs-rices, des &#339;uvres, des spectateurs) s'&#233;l&#232;ve au-dessus de l'imm&#233;diatet&#233; et du statique. Il est jeu au sens o&#249;, par la place vide qu'il inclut afin de fonctionner, il permet de saisir un rapport sans le laisser tel quel. On joue avec lui, ou on imagine &#224; partir de lui autre chose, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1998, p. 70 ; Ren&#233; Char, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1983, p. 168, 653 ; mais aussi Pierre Ducrozet, in &lt;i&gt;Andy Warhol, Miroirs du sphinx,&lt;/i&gt; Paris, Bouquins, 2025, traitant Warhol en &#171; miroir sans tain &#187;, &#171; habit&#233; par la qu&#234;te du rien, et la dissolution du moi &#187; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer probl&#233;matique : soit &#171; la personne qui est &#224; l'origine d'une &#339;uvre originale ou d'une cr&#233;ation ; une personne qui a fait une cr&#233;ation originale manifestant sa personnalit&#233;, qu'il s'agisse de lettres, de sciences humaines ou d'art &#187; (formule de Fran&#231;ois Dagognet, &lt;i&gt;Philosophie de la propri&#233;t&#233;,&lt;/i&gt; Paris, Puf, 1992, p. 131).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Ruby, &lt;i&gt;La f&#233;condit&#233; du vide,&lt;/i&gt; Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie le 22 f&#233;vrier 1969, Paris, Honor&#233; Champion, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : Olivier Perrot, &lt;i&gt;Dire NON, Une installation de 493 photographies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la photographie du cadavre &#224; l'&#233;ternit&#233; virtuelle 2/5</title>
		<link>https://www.tk-21.com/De-la-photographie-du-cadavre-a-l</link>
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		<dc:date>2026-03-01T18:37:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ir&#232;ne Jonas</dc:creator>


		<dc:subject>mort</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les rites fun&#233;raires ob&#233;issent &#224; deux logiques principales, celle qui consiste &#224; &#171; retenir &#187; le mort parmi les vivants et celle qui consiste &#224; venir dire que l'on s'en s&#233;pare.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/mort" rel="tag"&gt;mort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2824-9d00f.jpg?1772390498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les rites fun&#233;raires ob&#233;issent &#224; deux logiques principales, celle qui consiste &#224; &#171; retenir &#187; le mort parmi les vivants et celle qui consiste &#224; venir dire que l'on s'en s&#233;pare *.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enjeu de la ritualit&#233; fun&#233;raire est de transformer le d&#233;c&#233;d&#233; en un d&#233;funt et de faire place au d&#233;funt en ritualisant cette s&#233;paration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Baudry, opus cit&#233;, p. 21&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier usage de la photographie &#224; la base de rituels fun&#232;bres, fut de reproduire un clich&#233; du mort, r&#233;alis&#233; de son vivant, afin de le joindre aux courriers familiaux, &#224; la notice n&#233;crologique, de pr&#233;senter celle-ci lors de la c&#233;r&#233;monie ou encore apr&#232;s l'enterrement de la disposer, avec la photographie, dans un coin de la maison, sous un cadre tendu d'un ruban de cr&#234;pe noir garni de fleurs, monument miniature et domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faire-part de d&#233;c&#232;s, souvent accompagn&#233; d'une photographie prise lors du vivant de la personne, est con&#231;u pour donner &#224; celui qui le re&#231;oit des informations essentielles : l'annonce de la mort et la pr&#233;sentation de la famille, des informations secondaires relatives au c&#233;r&#233;monial et, &#233;ventuellement, des informations compl&#233;mentaires concernant le d&#233;funt ou la cause du d&#233;c&#232;s. Il est envoy&#233; &#224; tous les amis et connaissances du d&#233;funt pour les tenir au courant de sa disparition, mais aussi pour leur fournir les informations n&#233;cessaires concernant la date et le lieu des obs&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-46.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/3-46-e5b08.jpg?1772486328' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La tradition des avis de d&#233;c&#232;s (annunci funebri) placard&#233;s dans les rues, Italie.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Ir&#232;ne Jonas - Agence r&#233;v&#233;lateur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quoi diff&#232;re l'annonce de la mort sur un r&#233;seau social ? Les r&#233;seaux sociaux sont des mani&#232;res de garder du lien avec la personne. On y rend visible une partie de notre vie. Toutefois, comme le rappellent plusieurs articles dont celui de Sophie P&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie P&#232;ne, Facebook mort ou vif, Questions de communication, 19/2011.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , la mort repr&#233;sente une part infime des th&#232;mes explicites des messages sur les r&#233;seaux sociaux. Bien qu'anciens et nouveaux faire-part disent tous deux le vide laiss&#233; par la perte, &#233;voque et/ou &#233;nonce les causes de la mort, le post sur Facebook perd la vocation de convier ses &#171; ami.es facebook &#187; &#224; la c&#233;r&#233;monie pour se limiter &#224; l'annonce du d&#233;c&#232;s. Par ailleurs, si les faire-part de d&#233;c&#232;s c&#233;l&#233;braient le culte de la famille, dans le sens o&#249; la famille rassembl&#233;e annon&#231;ait la mort de l'un des siens, et semblait mettre en sc&#232;ne sa coh&#233;sion et sa puissance face au reste de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabrielle Petitdemange, &#171; Les faire-part de d&#233;c&#232;s. Un autre langage du deuil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur Facebook, c'est l'individu seul, voire esseul&#233;, qui informe ses &#171; ami.es-Facebook &#187; de la mort d'un.e proche. &lt;i&gt;&#171; L'annonce du d&#233;c&#232;s de ma s&#339;ur sur facebook, avec une des rares photos o&#249; nous sommes toutes les trois, &#233;tait fait pour la communaut&#233; Facebook, amis et coll&#232;gues&#8230; Je lui fais une place dans l'historique de mon fil Facebook parce que j'y mets des &#233;tapes de ma vie et je ne pouvais pas faire comme si ma s&#339;ur n'&#233;tait pas morte. Je ne voulais pas &#234;tre plainte mais j'ai eu une inondation de condol&#233;ances &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si dans les deux cas sont annonc&#233;s le lien de parent&#233; avec le ou la disparu.e, &#233;ventuellement les causes de la mort, les &#233;motions ressenties par celle ou celui qui poste l'annonce du d&#233;c&#232;s ont une place particuli&#232;re sur les r&#233;seaux sociaux qu'elles n'avaient pas dans le faire-part. La photographie, souvent issue d'un album de photo, montre la personne d&#233;c&#233;d&#233;e avec la personne qui publie le post explicitant le lien mais aussi l'affection qui les unissaient : &lt;i&gt;&#171; Ma maman nous a quitt&#233;s aujourd'hui, j'ai eu la chance de la ch&#233;rir pendant 60 ans !!! &#187;&lt;/i&gt;. L'annonce de la mort sur les r&#233;seaux sociaux avec la pr&#233;sentation d'une photographie post-mortem reste extr&#234;mement rare. Le choix de Louise Rafkin de partager une photo de sa m&#232;re sur son lit de mort sur les r&#233;seaux sociaux pour annoncer sa mort a donn&#233; lieu &#224; un article dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, ce post ayant suscit&#233; de nombreux commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre nouveaut&#233; li&#233;e au r&#233;seaux sociaux, l'annonce du d&#233;c&#232;s sur la page facebook du disparu. Une &#233;tude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanny Georges, Virginie Julliard. Profilopraxie et apposition des stigmates (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui s'int&#233;resse au remplacement de l'image de profil montre qu'elle t&#233;moigne d'un changement de perspective tant au niveau photographique qu'&#233;nonciatif. On glisse ainsi d'une photographie que le d&#233;funt avait choisie pour la remplacer par une image, souvent choisie par un ou des proches, qui rende au mieux hommage au disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'annonce du d&#233;c&#232;s d&#233;passe la sph&#232;re de la famille et des proches pour s'&#233;tendre aux &#171; amis-Facebook &#187;, seuls les morts anonymes semblent &#234;tre encore davantage invisibilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_14_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/image_14_-10da3.jpg?1772485675' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Samy Ait Chikh
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Baudry, opus cit&#233;, p. 21&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sophie P&#232;ne, Facebook mort ou vif, &lt;i&gt;Questions de communication&lt;/i&gt;, 19/2011. &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/2617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/2617&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabrielle Petitdemange, &#171; Les faire-part de d&#233;c&#232;s. Un autre langage du deuil ? &#187;, in &lt;i&gt;Revue des Sciences Sociales&lt;/i&gt;, n&#176;31, 2003, p. 218-224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fanny Georges, Virginie Julliard. Profilopraxie et apposition des stigmates de la mort : comment les proches transforment-ils la page Facebook d'un d&#233;funt pour la post&#233;rit&#233; ?. L&#237;nguas e Instrumentos Lingu&#237;sticos (Br&#233;sil), 2016, 37, pp.231-256. hal-01575175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Accompagnement par l'association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes (MSMA) lors de l'inhumation d'une d&#233;funte anonyme. &#169; SAMY AIT CHIKH&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(*) Louis-Vincent Thomas (1985), opus cit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;genter le go&#251;t de la foule*</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Regenter-le-gout-de-la-foule</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Regenter-le-gout-de-la-foule</guid>
		<dc:date>2026-03-01T18:17:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>censure</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article (6/6) cl&#244;t le dossier Censure ouvert il y a quelques mois dans TK-21 LaRevue. Apr&#232;s les articles de Carole Douillard, Elliott Covrigaru, Myriam Mechita et Martial Verdier, analysant l'application de la censure &#224; telle ou telle pratique artistique, il vise &#224; amplifier la question sous un angle plus philosophique, &#233;tudiant les argumentations souvent employ&#233;es &#224; ce propos sous forme de censure dans la culture et de censure culturelle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/censure" rel="tag"&gt;censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/theatre" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH77/arton2811-96ba4.jpg?1772389177' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte (6/6) cl&#244;t le dossier ouvert il y a quelques mois dans TK-21 LaRevue. Apr&#232;s les articles de Carole Douillard, Elliott Covrigaru, Myriam Mechita et Martial Verdier, analysant l'application de la censure &#224; telle ou telle pratique artistique, il vise &#224; amplifier la question sous un angle plus philosophique, &#233;tudiant les argumentations souvent employ&#233;es &#224; ce propos sous forme de censure dans la culture et de censure culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_23169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;549&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01_-_grandville_-_descente_dans_les_ateliers_de_la_liberte__de_la_presse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH317/01_-_grandville_-_descente_dans_les_ateliers_de_la_liberte__de_la_presse-4fd7c.jpg?1770636800' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lithographie de Grandville 1832
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sur la gauche, le roi Louis-Philippe plaque sa main sur la bouche d'une ouvri&#232;re symbolisant la libert&#233; de la presse. Derri&#232;re lui se tient le d&#233;put&#233; et magistrat Jean-Charles Persil, avec son nez en forme de bec de perroquet et, &#224; la main, une grande paire de ciseaux repr&#233;sentant la censure. Sur la droite, d'autres membres du gouvernement s'en prennent aux imprimeurs et au mat&#233;riel d'imprimerie. Sous la plafond sont accroch&#233;es des revues anti-gouvernementales telles que &lt;i&gt;La Caricature&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Droits de l'homme&lt;/i&gt;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Caroline Verdu, vice-pr&#233;sidente du p&#244;le th&#233;&#226;tre d'Ekhosc&#232;ne, lors d'une rencontre professionnelle, affirme : &lt;i&gt;&#171; Une nouvelle forme de censure se d&#233;veloppe sur les territoires de la part de programmateurs guid&#233;s par les &#233;lus locaux, qui pr&#233;f&#232;rent &#233;viter de mettre &#224; l'affiche, dans leurs lieux, des spectacles portant sur des th&#233;matiques qu'ils imaginent heurter une partie de leurs administr&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (voir l'article du Monde, ci-dessous, du 26 septembre 2025). &#192; c&#244;t&#233; de la censure d'&#201;tat publiquement affich&#233;e, de la censure &#233;conomique, de censures plus amples d&#233;sormais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pensons aux nouvelles pressions d'associations parentales dans le cadre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il existe encore au moins une autre censure, &#171; insidieuse &#187;, celle qui veut pr&#233;server une &#171; population &#187; locale (des &#233;lectrices et &#233;lecteurs sans aucun doute), ces temps-ci, de la diversit&#233;, du f&#233;minisme, de l'homosexualit&#233;, de l'inclusion, du partage&#8230; , de tout ce qui serait &#171; woke &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En t&#233;moigne cet article de Sandrine Blanchard, publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; exposant les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te portant sur la pression des &#233;lus sur les choix culturels dans les municipalit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02_-_img_2322-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH271/02_-_img_2322-3-c6bf8.jpg?1772452058' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Monde
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;26 septembre 2025
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons bien d'&#339;uvres culturelles, d'objets sp&#233;cifiques (un livre, un film, une BD, un tableau, une performance&#8230;), de traitements sp&#233;cifiques de ces objets, dans et par les &#233;coles d'art non moins, et de leur rassemblement en un domaine particulier de la cit&#233; &#224; signification universelle, la culture et le &#171; commerce &#187; (!) des pens&#233;es. N'y aurait-il pas de fortes raisons de penser que ces &#339;uvres sont &#224; la fois des objets mat&#233;riels (requ&#233;rant des instances d'exposition) ainsi que des trajectoires d'objets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Immanuel Kant, Qu'est-ce qu'un livre ?, 1796 (Paris, Puf, 1995), extrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (un spectacle, une performance supposent une pr&#233;paration) et des objets qui, par leur dispositif d'adresse ind&#233;termin&#233;e, promeuvent l'&#233;galit&#233; des esprits, en &#233;tant ouverts/offerts &#224; chacune et chacun ? Il est possible de les dire &#171; &#233;ducateurs &#187;, &#171; formateurs &#187; ou &#171; &#233;mancipateurs &#187;, c'est selon, pour nous, ici. Mais, c'est sans doute ce qui accentue le fait que chacun de ces objets, chacune de ces pratiques, avec des objectifs diff&#233;rents, ne cesse d'&#234;tre expos&#233; &#224; la hargne de la d&#233;nonciation, de l'effacement et de la volont&#233; de disparition qui s'acharne contre eux, par ces &lt;i&gt;&#171; messieurs les Contr&#244;leurs ordinaires des ouvrages des autres &#187;&lt;/i&gt; (les censeurs et censeures, d&#233;sign&#233;(e)s ainsi par Louis Coquelet en 1730, dans &lt;i&gt;&#201;loge du Rien&lt;/i&gt;). Par exemple, les exposer &#224; &#234;tre d&#233;truits, r&#233;serv&#233;s aux seuls initi&#233;s ou traduits devant les tribunaux. D&#232;s le proc&#232;s Jean Grave (1894), le minist&#232;re public d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; L'accus&#233; d'aujourd'hui est un livre (&#8230;] ce livre est un explosif ; frappez-le comme une bombe ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parlons effectivement, comme le font heureusement d&#233;sormais l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation, des DRAC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pays de Loire par exemple qui lance un plan pour la libert&#233; de cr&#233;ation,&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des associations culturelles et des ouvrages, de censure &#224; leur endroit, au sens &lt;i&gt;restreint&lt;/i&gt; d'un acte public de d&#233;nonciation (formellement : une demande de censure) et au sens &lt;i&gt;large&lt;/i&gt; d'une imposition d'&#233;radication d'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme indiqu&#233; dans l'&#233;ditorial de ce dossier, il importe de distinguer la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'encontre d'un &lt;i&gt;&#171; public [qui] veut savoir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voltaire, L'Affaire Calas, 1761, Paris, Folio, 1975, p. 37. Si Voltaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; afin de parfaire sa culture ou renforcer ses jugements. Cette censure est d'ailleurs parfois redoubl&#233;e, comme de nos jours, par l'id&#233;ologie de la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'ouvrage Censure et arts, sous la direction de S&#233;bastien Saunier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les coupes budg&#233;taires d'une censure &#233;largie dans ses moyens. D'une mani&#232;re ou d'une autre, il s'agit bien de soustraire les &#339;uvres &#171; au regard &#187; (&#224; l'&#233;coute, au jugement). Cette expression toute faite souligne d'ailleurs le lien entre l'existence mat&#233;rielle de la culture et l'intelligence des spectateurs, auditeurs, lecteurs, du &#171; public &#187; des citoyennes et des citoyens. Les &#171; soustraire &#187; donc. Mais au profit de quoi ? Sans doute au profit du silence culturel, de r&#233;serves sectaires, de l'expansion de lieux communs, d'assignations identitaires ou de cadenassages orwelliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle opposition &#224; la &#171; publicit&#233; &#187; d'une &#339;uvre se r&#233;clame la censure ? De celle d'un pr&#233;tendu danger d'influence n&#233;faste sur un public, que l'on d&#233;clare finalement sans qualit&#233;, contre son droit d'admiration corr&#233;latif de l'adresse de l'&#339;uvre culturelle, et contre son droit de discuter avec et dans le public (ou le droit de discuter de ce qu'on entend par &#171; public &#187;). L'opposition de l'uniforme &#224; la diversit&#233; de la discussion publique ou ce qui prend d&#233;sormais, nous l'avons dit, le nom de &#171; woke &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il clair qu'un pouvoir donne &#224; la censure la charge de la surveillance du jugement public, ainsi que le souligne d'Alembert dans son article &#171; censeur &#187; publi&#233; dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; (1751). Sa mission : limiter le spectre public des repr&#233;sentations symboliques du monde, c'est-&#224;-dire limiter le monde public des id&#233;es et des sensibilit&#233;s. Le censeur ne censure pas pour lui, sinon pour s'en glorifier. Il censure &#224; l'endroit de l'autre par rapport au pouvoir, afin de lui signifier le grand int&#233;r&#234;t moral et politique que ce dernier lui porte ! Cet int&#233;r&#234;t lui montre qu'on n'a pas besoin de lui, qu'on se moque de ce qu'il peut bien penser ainsi que des discussions potentielles. Le censeur veut obliger l'autre, tout autre, &#224; parler sa langue. &lt;i&gt;&#171; La censure, ce n'est pas seulement ce qui interdit, c'est aussi ce qui oblige &#224; dire. Il est plus douloureux souvent d'&#234;tre oblig&#233; de dire quelque chose que d'&#234;tre oblig&#233; de ne rien dire &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Le Neutre, Paris, Cours au Coll&#232;ge de France, 1978, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, r&#233;pliquer au censeur, qui &#233;voque parfois un soi-disant choc du public &#224; l'&#233;gard de telle &#339;uvre, que nul n'est oblig&#233; de rencontrer une &#339;uvre d'art, que nul imp&#233;ratif de s'y rendre n'est fait au public lorsque s'ouvre une exposition, et que l'on n'est pas tenu d'acheter un livre critique de la morale publique, qu'il suffit de regarder ailleurs sans besoin d'appeler les gendarmes, et que nul n'a le droit d'exiger d'une personne qu'elle rencontre ou ne rencontre pas telle ou telle &#339;uvre culturelle, est certes n&#233;cessaire, mais insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit suffit-il de proclamer que l'&#201;tat ne &#171; &lt;i&gt; peut obliger les hommes &#224; penser que quelque chose qui est vrai est faux &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baruch Spinoza, Trait&#233; des autorit&#233;s th&#233;ologico-politiques, 1670, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Il faut sans aucun doute souligner avec Baruch Spinoza, &#201;tienne de La Bo&#233;tie, Denis Diderot, Voltaire, Jean d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau, Johann Wolfgang Goethe, St&#233;phane Mallarm&#233;, Andr&#233; Breton, Marcel Proust, etc. que l'on ne peut se contenter de telles remarques et observations si l'on veut r&#233;sister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric van Essche (dir.), Le sens de l'ind&#233;cence, La question de la censure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces philosophes et &#233;crivains n'ont cess&#233; de souligner que la censure n'est pas un d&#233;cret d'un individu isol&#233;, ni l'&#233;manation d'une int&#233;riorit&#233; quelconque ou d'une nature (humaine), mais un ph&#233;nom&#232;ne sociopolitique. Ce qui est caract&#233;ristique d'une censure, n'est pas seulement un interdit impos&#233; par quelqu'un &#224; l'adresse d'un autre (type parent &#224; enfant), mais un interdit global envers les citoyennes et citoyens. La censure, si elle ne se contente pas d'&#233;voquer seulement un fait pr&#233;cis, pointe toujours au-del&#224; de ce fait une constellation dans laquelle de tels faits prennent une signification sociale et politique, publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le censeur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En quoi les discours sur (contre) la censure doivent &#233;viter de se contenter d'un discours sur le mal, le diable, sur un Iago de mauvaises m&#339;urs ou sur une nature humaine &#171; diabolique &#187;. Et pour nous, la question de fond &#224; l'&#233;gard des censeurs (peu d'usages au f&#233;minin ?) est de savoir comment ils/elles portent et/ou assument leur geste au sein de soci&#233;t&#233;s, notamment d&#233;mocratiques. Que ces soci&#233;t&#233;s demeurent violentes, antagonistes, ne diminue pas leur responsabilit&#233; sp&#233;cifique dans la sph&#232;re de la culture dans laquelle ils importent la violence du silence impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelles sont les cat&#233;gories de pens&#233;e qui forment l'optique du censeur ? En dehors de consid&#233;rations id&#233;ologiques (estimation de la moralit&#233; publique, recours &#224; une norme, volont&#233; de pr&#233;server le &#171; r&#233;el &#187;), la principale est d&#233;j&#224; contenue dans les propos d'Emmanuel Kant (1724-1804) : que les humains demeurent &lt;i&gt;mineurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?, 1784, Paris, Mille et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !, disons sous la tutelle d'un pouvoir. La tutelle contribue, en effet, &#224; servir de mesure &#224; une repr&#233;sentation de l'autre ou des autres. Ce rapport fait d'ailleurs entrer dans la censure non seulement les citoyennes et citoyens d'une d&#233;mocratie, mais encore des peuples entiers sous le versant des colonisations. Franz Fanon n'a pas dit autre chose. Mais cela englobe non moins la position de ceux qui parlent pour les autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que dit, en effet, le censeur ? Les citoyennes et les citoyens doivent rester &#224; leur place et sous ma tutelle ! Moi, le censeur, je sais ce qui est bon pour eux, et je peux pr&#233;juger de l'effet de l'&#339;uvre sur eux ! Je d&#233;cide de ce qu'ils peuvent voir ou entendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas le pari de ce qui devrait s'appeler d&#233;mocratie qui est pris par le censeur, car ce parti consid&#232;re que les citoyens sont majeurs dans l'&#233;galit&#233; des intelligences. Le censeur m&#233;prise les citoyennes et les citoyens, dans le cadre d&#233;mocratique. Il biffe ce qui d&#233;pla&#238;t (ci-dessous un exemple datant de 1723).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03_-_istockphoto-172318483-1024x1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH646/03_-_istockphoto-172318483-1024x1024-6ef1c.jpg?1772389177' width='500' height='646' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une loi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rentrons dans ce cadre. Nous en d&#233;ployons certains traits dans nos contr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'on y accepte l'existence d'un minist&#232;re de la Culture ou d'un pouvoir de l'&#201;tat relativement &#224; la culture, des missions s'imposent &#224; lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il reste toutefois possible de contester la n&#233;cessit&#233; d'un minist&#232;re de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Mais d&#232;s lors que les d&#233;put&#233;(e)s voient poindre le risque d'une mise sous tutelle des citoyennes et des citoyens, ils ont aussi une t&#226;che &#224; accomplir ! C'est le cas actuellement. Il est requis de d&#233;fendre, par un acte l&#233;gislatif &#8211; d&#233;marche qui devrait m&#234;me valoir pour toute l'Europe &#8211;, des activit&#233;s artistiques dont la survie d&#233;pend d'eux, la possibilit&#233; d'exposer les &#339;uvres d'art vivant (arts plastiques, cin&#233;ma, musique, chansons, multim&#233;dias, photographie...) en public, sans tomber sous le coup d'interruptions brutales confinant &#224; la censure des &#339;uvres, par destruction ou par exclusion, au sein des expositions publiques ou priv&#233;es et en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fondement philosophique de la loi portant &lt;i&gt;libert&#233; de la cr&#233;ation artistique&lt;/i&gt; (2016), en France, sous une d&#233;mocratie r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif assign&#233; ? Penser une l&#233;gislation qui ne consiste pas &#224; inventer une loi de toutes pi&#232;ces destin&#233;e &#224; conf&#233;rer des privil&#232;ges &#224; certains, les auteurs et autrices, les artistes. Outre les garanties n&#233;cessaires contre une action de l'&#201;tat ou n'importe quelle imposition, cette l&#233;gislation doit contribuer &#224; &#233;tendre le domaine de la protection des &#339;uvres d'art, mais aussi des apprentissages et donc des &#233;coles d'art. Compte tenu du fait que les options artistiques, les th&#232;mes des expositions, les lieux d'exposition, les modalit&#233;s des expositions mutent sous le coup des transformations des pratiques et des enseignements adjoints, ou sous le coup d'une d&#233;l&#233;gation faite aux expositions de ne pas occulter la critique sociale par les &#339;uvres, les garanties et la protection s'&#233;largissent &#224; toutes requ&#234;tes en annulation. Cette loi reconna&#238;t alors que tout ce qui s'expose enveloppe une conception du public culturel et artistique universalisable. Elle r&#233;pond &#224; la constitution m&#234;me de l'&#339;uvre culturelle : &lt;i&gt;&#171; L'artiste devrait exiger le plus simplement du monde que son travail soit montr&#233; de telle mani&#232;re, install&#233; de telle fa&#231;on, car cela fait partie de la nature de son travail.... La pr&#233;sentation est la chose le plus &#233;l&#233;mentaire qui soit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Donald Judd, Art Press, n&#176; 119, Novembre 1987. &#192; noter, Judd parle de la &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement beaucoup de choses (culturelles) n'&#233;taient pas prot&#233;g&#233;es jusqu'alors, et n'&#233;taient pas prot&#233;g&#233;es contre les agressions de l'&#201;tat ou particuli&#232;res. Notamment, &#224; la fois, les propositions de diffusion, de programmation, et les expositions, travers&#233;es de surcro&#238;t par des pratiques in&#233;dites de performances, m&#233;langes, installations, transformations des spectateurs en acteurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; de ces derni&#232;res ann&#233;es montre que ces propositions sont soumises &#224; des indignations d&#233;cal&#233;es, des diktats de censure, des demandes expr&#232;s, d'autant plus furieux que les tensions politiques g&#233;n&#233;rales sont grandes et les soucis de l'&#233;tat d'une communaut&#233; jug&#233;e dissoute, patents. Et que ces gestes trouvent d&#233;sormais des alli&#233;s dans une g&#233;n&#233;ration de responsables politiques pour lesquels cr&#233;ation et diffusion culturelles ont partie li&#233;e avec l'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt; (le populisme culturel et artistique) davantage qu'avec la d&#233;mocratisation culturelle ou avec l'id&#233;e d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une loi &#233;tait donc n&#233;cessaire, susceptible de garantir non seulement la libert&#233; de cr&#233;ation, non seulement la protection des &#339;uvres, mais la libert&#233; d'exposition des diffuseurs, des programmateurs, des m&#233;diateurs, des commissaires d'exposition, des directeurs d'institutions culturelles publiques et priv&#233;es. Elle devait prot&#233;ger de surcro&#238;t les artistes, en particulier ceux qui ne peuvent faire appel contre une censure devant les m&#233;dias parce qu'ils n'ont pas la notori&#233;t&#233; suffisante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore faut-il tenir compte de nos jours d'un paradoxe : compte tenu des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cela, elle affirme &#224; juste titre ce principe : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique est libre &#187;&lt;/i&gt;, ce qui est l'honneur de la l&#233;gislation d'affirmer cela haut et fort &#224; l'instar des principes d&#233;mocratiques. Encore, heureusement, va-t-elle plus loin. Elle se prolonge ainsi : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique et son exposition en public sont libres &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les citoyennes et les citoyens sont prot&#233;g&#233;s par l&#224;, dans leur devenir spectateur/trice. On ne peut leur d&#233;nier un droit &#224; l'exercice esth&#233;tique, cr&#233;er, &#233;crire, voir les &#339;uvres afin de mieux pouvoir les juger. S'il leur est refus&#233;, l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation constitue un recours, en relevant et agissant contre les censures, ainsi que cela est r&#233;sum&#233; dans l'ouvrage publi&#233; (2020) et sur le site : &lt;a href=&#034;https://libertedecreation.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libertedecreation.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04_-_oeuvre-face-aux-censeurs_page_1_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/04_-_oeuvre-face-aux-censeurs_page_1_image_0001-39c26.jpg?1772389177' width='500' height='688' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expression/cr&#233;ation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Afin de conforter leur refus des exigences imparties par une telle loi, quelques-uns construisent une &#233;quation simple et efficace, en appelant &#224; la fois &#224; la &#171; transmission &#187; (incons&#233;quente et sectaire) et &#224; la &#171; critique &#187; (plut&#244;t la r&#233;cusation) des &#339;uvres, notamment du pr&#233;sent. Ils affirment, de l'&#339;uvre d'art contemporain notamment, qu'elle n'est rien d'autre qu'une expression individuelle de l'artiste, selon les mots d'une vieille esth&#233;tique causale de l'intention, r&#233;veill&#233;e depuis quelques ann&#233;es. Et ils poursuivent : puisqu'il ne s'agit que d'expression, alors les artistes sont d&#233;j&#224; prot&#233;g&#233;es par la loi sur la libert&#233; d'expression. Si l'artiste manque &#224; la loi, il tombe sous ses fourches. Il n'est pas n&#233;cessaire de lui faire le privil&#232;ge d'une nouvelle loi qui l'en exempterait. Toute loi sp&#233;cifique fabriquerait un &#171; r&#233;gime d'exception &#187;, disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il leur suffit d'ajouter que &#171; cr&#233;ation &#187; &#233;quivaut &#224; &#171; expression &#187; (en un sens psychologique) et l'argument tourne tout seul au d&#233;triment de la possibilit&#233; d'une loi. On peut m&#234;me se moquer de ce libell&#233;, et certains ne s'en privent pas : c'est &#233;vident, quel est le probl&#232;me, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela dit, bien s&#251;r, les choses &#224; juger ne se r&#233;partissent pas sagement, sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nombre de philosophes l'ont montr&#233;, le vrai probl&#232;me est que cet argument repose sur une s&#233;rie de glissements, de l'individu &#224; l'artiste, de l'artiste &#224; l'expression et de l'expression &#224; l'&#339;uvre ; qu'il fait fond sur une erreur de perspective, puisqu'elle ne pense ni l'individu, ni l'artiste comme des devenirs, mais comme des &#171; &#234;tres &#187; ; qu'il s'ancre dans une th&#233;orie de l'expression apparemment &#171; d&#233;mocratique &#187;, en ce qu'elle fait de chacun un artiste potentiel, par r&#233;ciprocit&#233; ; et que nul n'a plus &#224; se soucier de l'essentiel qui est pos&#233; ici, c'est-&#224;-dire l'&#339;uvre, con&#231;ue comme simple copie de la vie de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'essentiel, en effet, n'est ni l'individu, ni l'artiste, ni l'expression, ni la restauration des vieilles esth&#233;tiques. L'essentiel est l'exposition en public des &#339;uvres, conform&#233;ment &#224; des &#339;uvres d'art qui ne sont pas &#171; expressions &#187;, mais art d'exposition et donc &#171; proposition r&#233;gl&#233;e faite &#224; n'importe qui, &#224; de (futurs) spectatrices/eurs &#187;. Au titre du mode de r&#233;ception par un public anonyme ind&#233;termin&#233;, elles s'exposent &#233;videmment &#224; des commentaires, des oppositions, des pamphlets aussi, qui rel&#232;vent chacun d'une discussion publique &#224; assurer &#8211; les diffuseurs le savent &#8211; et prot&#233;ger &#8211; c'est le r&#244;le de la loi et des associations de d&#233;fense de l'exposition et de la discussion publique. Une proposition &#233;tablie en &#339;uvre, quelle qu'en soit la nature et de quelque mani&#232;re qu'elle contribue &#224; reforger la dynamique des affects publics, est bien faite pour &#234;tre discut&#233;e dans le dissensus, non pour &#234;tre censur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste donc le cas de la censure de l'exposition et dans l'exposition : morale, politique, communautariste, d'autant que l'&#339;uvre provoque un choc ou une situation &#233;trange (ce qui ne signifie pas n&#233;cessairement qu'elle soit choquante). Il s'agit de la censure impos&#233;e par tel &#233;lu qui interdit la pr&#233;sentation de telle &#339;uvre sur sa commune, y compris lorsqu'il ne l'a pas vue ; celle de telle autorit&#233; morale qui fait enlever telle &#339;uvre d'une exposition parce qu'elle ne veut pas ouvrir un d&#233;bat ; celle de telle association priv&#233;e qui veut faire la police pour que tel probl&#232;me ne soit pas pos&#233; en public, etc. &#8212; tous cas r&#233;pertori&#233;s par l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation. La question est bien celle de l'imposition de la censure aux &#339;uvres culturelles et artistiques expos&#233;es et de la n&#233;gation totale de l'exercice de la spectatorialit&#233;, du lectorat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrainte/libert&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;affirmons-le ! Les citoyennes et citoyens doivent rester copartageants et responsables d'un monde collectif de paroles et d'&#339;uvres, par trois biais : pouvoir voir/entendre des &#339;uvres et pouvoir en parler lorsqu'elles ont &#233;t&#233; fr&#233;quent&#233;es ; exercer une parole discutant le commun propos&#233; au besoin par l'&#339;uvre ; et exiger que l'on retravaille les opinions artistiques et culturelles d&#232;s lors que les pratiques se renouvellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la pens&#233;e moderne, le probl&#232;me de la censure culturelle n'a commenc&#233; &#224; &#234;tre th&#233;matis&#233; qu'aux XVI&#7497; et XVII&#7497; si&#232;cles, chez les philosophes (ce qui est aussi une question). Il ne fait aucun doute que ce qui est devenu, par eux, une question civique est paru d'abord dans l'opposition &#224; la classe f&#233;odale ou absolutiste et &#224; ses valeurs. La bourgeoisie a r&#233;clam&#233; l'abolition de la censure (en &#233;tait-ce le nom ?) des textes, des &#233;crits, des libelles, des &#339;uvres par rapport aux limitations et aux d&#233;pendances que l'ordre absolutiste et th&#233;ologique maintenait. Ce faisant, les philosophes ont &#233;t&#233; pouss&#233;s &#224; d&#233;fendre et justifier la licence de penser, d'&#233;crire, de peindre, de composer, d'imprimer, &#224; partir du th&#232;me de la libert&#233; d'expression appuy&#233;e sur la libert&#233; de penser (Libertins, Protestants, etc.). De l&#224; &#224; la fois la r&#233;clamation d'&#233;mancipation, les justifications critiques rationnelles appuy&#233;es sur la notion de libert&#233;, et la volont&#233; de codifier une lib&#233;ration r&#233;elle. Et dans la libert&#233; de penser/d'expression, placer la part du sujet, susceptible de s'indigner et s'opposer. En cela, la philosophie a devanc&#233; le droit, et la d&#233;finition de la libert&#233; formelle, afin d'obtenir que l'&#233;mancipation devienne un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais de l&#224; on est aussi tomb&#233; tr&#232;s vite dans une s&#233;rie d'antinomie : libert&#233;/d&#233;pendance, autonomie/incapacit&#233;, etc. Ce qui a entra&#238;n&#233; &#224; manquer aussi autre chose : un paralogisme. Il se constitue ainsi. Du c&#244;t&#233; d'une d&#233;finition courante de la libert&#233;, on n&#233;glige le probl&#232;me de l'acceptation des contraintes, et le fait que la libert&#233; est sociale et conditionn&#233;e ; du c&#244;t&#233; de la d&#233;pendance, s'&#233;tablit le probl&#232;me de consid&#233;rer la d&#233;pendance comme une libert&#233; (le nazi se dit &#171; libre &#187;, et l'affiche en proclamant qu'il n'a pas voulu les camps, preuve qu'il n'en avait pas l'intention !). Question : quel est l'int&#233;r&#234;t de la raison dans ce conflit ? Et de la politique culturelle et artistique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, il convient de toujours &#233;viter de tomber dans l'antinomie simple : censure/libert&#233; sur le mod&#232;le d&#233;terminisme/libert&#233;. Ayant eu, ainsi que nombre de ses coll&#232;gues, &#224; p&#226;tir de la censure, certes encore monarchique, le philosophe Emmanuel Kant, dans &lt;i&gt;Le conflit des facult&#233;s,&lt;/i&gt; argumente : &#192; la libert&#233; de penser s'oppose la contrainte civile. Mais on dit parfois que la libert&#233; de parler ou d'&#233;crire peut &#234;tre &#244;t&#233;e par une puissance sup&#233;rieure, non la libert&#233; de penser. Or penserions-nous vraiment si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun, avec d'autres qui nous font part de leurs pens&#233;es et auxquels nous communiquons les n&#244;tres ? Ne devons-nous pas dire que cette puissance ext&#233;rieure qui enl&#232;ve aux hommes la libert&#233; de communiquer publiquement leurs pens&#233;es, leur &#244;te &#233;galement la libert&#233; de penser. Nulle raison sinon &#233;chang&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, Kant s'interroge sur la l&#233;gitimit&#233; de la censure. Selon lui, elle doit &#234;tre reconnue et accept&#233;e pour ce qui concerne la raison d'&#201;tat, qui s'exerce avec l'appui de ses experts dans l'Universit&#233; (les Facult&#233;s qui transmettent des contenus de savoir : Th&#233;ologie, Droit, M&#233;decine). Mais la Facult&#233; de philosophie fait exception ! N'exer&#231;ant aucun pouvoir, elle peut dire le vrai. D&#232;s lors, &lt;i&gt;toute censure exerc&#233;e sur la raison pure est ill&#233;gitime.&lt;/i&gt; N'est-ce pas, par ailleurs, Helv&#233;tius (1715-1771) qui demande : &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce qu'un mauvais livre ? &#187;&lt;/i&gt; Et r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; C'est un livre cautionn&#233; par la censure, c'est-&#224;-dire un livre sans ennemi, donc sans int&#233;r&#234;t ! &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude-Hadrien Helv&#233;tius, De L'homme, 1772, Introduction, chap. 3, note 4, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet de censure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La discussion ne saurait se terminer en ce point. Elle doit en englober deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est soulev&#233; par Jacques Derrida (1930-2004). Sachant que Kant fonde sa position sur la raison pure, la raison comme telle, est-elle, elle-m&#234;me, d&#233;pourvue de censure ? M&#234;me sans aucune interdiction explicite et sans recours &#224; la force, il suffit qu'une institution s'efforce de justifier ou l&#233;gitimer tel ou tel choix pour qu'il y ait censure implicite, effet de censure. Or la raison est aussi une construction. Elle tend vers une architectonique avec ses d&#233;limitations, ses principes, ses sch&#232;mes, ses d&#233;finitions, etc... Elle exclut, elle choisit, donc, &#233;crit-il, elle censure !, revenant sur le propos de Jacques Ranci&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;expos&#233; en note 4.&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, il faut que toute censure soit justifi&#233;e, expliqu&#233;e par un droit, une contrainte ou un imp&#233;ratif. Il n'y a pas d'exercice possible de la censure sans recours &#224; la raison. Si elle use de la force, ce peut &#234;tre par violence brutale, mais pas par violence pure. La raison (d'&#201;tat ou non) ne peut se d&#233;clarer hostile &#224; un discours qu'au nom d'un autre discours. Ce dernier supposant lui aussi un droit, des institutions, des proc&#233;dures l&#233;gales, des experts, un gouvernement. Il en r&#233;sulte une position particuli&#232;re (kantienne), celle du ma&#238;tre de philosophie : c'est un censeur sans force publique, qui exerce sa censure au service de la raison ! Les r&#233;serves qu'il &#233;met parfois &#224; l'encontre de telle ou telle raison d'&#201;tat n'y changent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le second demeure central face &#224; l'exercice de la censure. Si chaque &#233;crivain ou artiste ne se heurte pas directement &#224; la censure, ne se sent-il pas, face &#224; elle, devant l'obligation de s'autocensurer ? Mais finalement, l'autocensure ne rend-elle pas compte de l'impossibilit&#233; de se sentir &#224; la hauteur de ce qu'on (le censeur) demande et d'&#234;tre capable de r&#233;sister. L'autocensure ne serait donc rien d'autre qu'un mode d'int&#233;riorisation de la r&#233;pression et le sentiment d'&#234;tre soumis &#224; une chose contre laquelle on ne peut s'insurger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il reste &#224; surmonter le malaise probable de toute exposition sur la censure. Ce type de r&#233;flexion d&#233;teste la censure, c'est entendu. Mais elle reste aussi persuad&#233;e de la rencontrer constamment dans le cadre des soci&#233;t&#233;s structur&#233;es par des antagonismes. La censure est l'inexorable instrument de ces mondes et de ces types d'&#201;tats et d'exercices du pouvoir. Et, il n'est gu&#232;re de nostalgie possible d'un monde qui aurait eu lieu sans ce genre de conflits ou mode d'exercice de la domination. Ni de perspective possible d'un monde utopique absent de censures, sinon sous forme de souhait ou de promesse. Il ne s'offre &#224; cette r&#233;flexion qu'une position, celle qui ne c&#232;de pas ni &#224; une valorisation du pass&#233;, ni &#224; un quelconque destin, mais d&#233;cline tout de m&#234;me une conscience tragique : rester attach&#233; &#224; la vertu politique des citoyennes et des citoyens, c'est-&#224;-dire &#224; leur refus potentiel de toute indiff&#233;rence &#224; l'encontre des actions politiques subies et leur infatigable attention &#224; toute censure contre laquelle s'&#233;lever sans cesse. Ce qui est une mani&#232;re &#233;l&#233;gante de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pensons aux nouvelles pressions d'associations parentales dans le cadre de culture et cin&#233;ma dans les &#233;tablissements scolaires, aux institutions qui ont command&#233; des &#339;uvres d'art &#224; des artistes (par exemple Nan Goldin) et qui r&#233;cusent leur achat alors que l'artiste a pris telle ou telle position politique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Immanuel Kant, Qu'est-ce qu'un livre ?, 1796 (Paris, Puf, 1995), extrait autonomis&#233; de la Doctrine du droit, 31, II : &#171; Le livre est d'un c&#244;t&#233; un produit de l'art mat&#233;riel&#8230; ; mais de l'autre c&#244;t&#233; le livre est aussi pur et simple discours de l'&#233;diteur au public&#8230; avec le pouvoir de l'auteur &#187;, en somme objet, pens&#233;e, diffusion et relation au public.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pays de Loire par exemple qui lance un plan pour la libert&#233; de cr&#233;ation, &lt;a href=&#034;https://lnkd.in/eSA6wFEs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lnkd.in/eSA6wFEs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme indiqu&#233; dans l'&#233;ditorial de ce dossier, il importe de distinguer la censure au sens normatif (sens restreint), et les effets de mise &#224; l'&#233;cart social et politique d&#251; au partage du sensible qui d&#233;termine qui a qualit&#233; pour dire ce qu'on voit et le sens de ce qu'on voit (censure sens large). Dans les termes de Jacques Ranci&#232;re, ce dernier rel&#232;ve d'un d&#233;coupage du visible et de l'invisible qui &#171; fait voir qui peut avoir part au commun en fonction de ce qu'il fait, du temps et de l'espace dans lesquels cette activit&#233; s'exerce &#187;. Les diff&#233;rents modes de ce partage d&#233;terminent le fait d'&#234;tre ou non visible dans un espace commun, et donnent naissance &#224; des r&#233;gimes d'identification des objets d'art, appr&#233;hend&#233;s comme &#233;tant destin&#233;s &#224; se partager. Cf. Le partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voltaire, L'Affaire Calas, 1761, Paris, Folio, 1975, p. 37. Si Voltaire d&#233;fend Calas sur la base d'un droit &#233;tabli au nom du public, de ce qui doit &#234;tre public, du cri public, toutes instances qui lient culture et public au nom du savoir, de la v&#233;rit&#233; et de l'&#233;change des raisons ; un Denis Diderot, notamment dans la Lettre sur le commerce de la librairie, souligne qu'il &#171; Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans m&#233;nagement &#187;, d'autant que &#171; la v&#233;rit&#233; ne s'&#233;touffe jamais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. l'ouvrage Censure et arts, sous la direction de S&#233;bastien Saunier, Paris, Institut francophone pour la justice et la d&#233;mocratie, 2026, et l'article de Thomas Perroud, &#171; De la cancel culture, &#224; la recherche d'un fondement &#224; l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux espaces publics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;Le Neutre,&lt;/i&gt; Paris, Cours au Coll&#232;ge de France, 1978, Paris, Seuil, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baruch Spinoza, Trait&#233; des autorit&#233;s th&#233;ologico-politiques, 1670, Paris, Gallimard, chapitre 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric van Essche (dir.), Le sens de l'ind&#233;cence, La question de la censure des images &#224; l'&#226;ge contemporain, Bruxelles, La lettre vol&#233;e, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?, 1784, Paris, Mille et une nuits, 2006&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il reste toutefois possible de contester la n&#233;cessit&#233; d'un minist&#232;re de la Culture, cf. Revue Nectart, Fabrice Lextrait, Pour une politique culturelle transversale, Toulouse, &#201;ditions de l'Attribut, n&#176; 4, p. 37, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Donald Judd, Art Press, n&#176; 119, Novembre 1987. &#192; noter, Judd parle de la &#171; pr&#233;sentation &#187;, pas de l'adresse, cette derni&#232;re &#233;tant contest&#233;e, comme on le sait, par Walter Benjamin, par exemple, dans La t&#226;che du traducteur, &#338;uvres I, Paris, Gallimard, 2000, p. 244 : &#171; Aucun po&#232;me ne s'adresse au lecteur, aucun tableau au spectateur... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore faut-il tenir compte de nos jours d'un paradoxe : compte tenu des effets publics du pressentiment de censure ou de la censure, certains auteurs/artistes, dans le secret de leur pens&#233;e, ne seraient pas m&#233;contents qu'on les vise puisque la censure d&#233;cuple les ventes des &#339;uvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela dit, bien s&#251;r, les choses &#224; juger ne se r&#233;partissent pas sagement, sous un r&#233;gime ou un autre. Il est des actes qui &#233;chappent &#224; cette r&#233;partition. Tant mieux. Cela permettra de ne pas laisser croire en l'&#233;ternit&#233; de la loi. Elle devra sans doute &#234;tre remani&#233;e, rediscut&#233;e, parce que les &#339;uvres d'art d&#233;placent sans cesse les probl&#232;mes, fendent les harmonies. Elle pourrait aussi se retourner contre des &#339;uvres futures si d'aventure la d&#233;finition des &#339;uvres d'art y &#233;tait trop pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude-Hadrien Helv&#233;tius, De L'homme, 1772, Introduction, chap. 3, note 4, Paris, Fayard, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;expos&#233; en note 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* St&#233;phane Mallarm&#233;, &lt;i&gt;Le Jury de peinture pour 1874 et M. Manet,&lt;/i&gt; 1874, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1945, p. 695.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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