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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>IX - Une lecture de Junkspace de Rem Koolhaas&#8230; </title>
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		<dc:date>2011-06-07T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


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		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les images sont sans aucun doute le vecteur privil&#233;gi&#233; permettant de mieux comprendre ce qui s'est produit au cours du XXe si&#232;cle et qui prend le nom de post-histoire. C'est un changement de paradigme, ou si l'on veut, c'est une mutation compl&#232;te des bases sur lesquelles la pens&#233;e s'est &#233;tablie depuis trois mille ans qui est en train de se produire sous nos yeux et avec nous, en nous.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/cityscape" rel="tag"&gt;cityscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH125/arton405-10f3e.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les images sont sans aucun doute le vecteur privil&#233;gi&#233; permettant de mieux comprendre ce qui s'est produit au cours du XXe si&#232;cle et qui prend le nom de post-histoire. C'est un changement de paradigme, ou si l'on veut, c'est une mutation compl&#232;te des bases sur lesquelles la pens&#233;e s'est &#233;tablie depuis trois mille ans qui est en train de se produire sous nos yeux et avec nous, en nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L335xH550/junk-couv-6c8f2.jpg?1772200316' width='335' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de la sixi&#232;me ann&#233;e de s&#233;minaire, il me semble que c'est le bon moment pour tenter une sorte de synth&#232;se du travail effectu&#233;. La lecture de textes li&#233;s au statut des images ne doit pas cependant nous faire oublier la situation g&#233;n&#233;rale dans laquelle nous nous trouvons. Les images sont sans aucun doute le vecteur privil&#233;gi&#233; permettant de mieux comprendre ce qui s'est produit au cours du XXe si&#232;cle et qui prend le nom de post-histoire. C'est un changement de paradigme, ou si l'on veut, c'est une mutation compl&#232;te des bases sur lesquelles la pens&#233;e s'est &#233;tablie depuis trois mille ans qui est en train de se produire sous nos yeux et avec nous, en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais essayer ici de r&#233;sumer &#224; partir de quelques &#233;l&#233;ments essentiels ce qui caract&#233;rise cette mutation et tenter de proposer une sorte de programme de recherche pour l'an prochain. Nous avons d&#233;j&#224; tent&#233; de le faire en travaillant sur un livre qui n'avait gu&#232;re &#224; voir avec l'esth&#233;tique ou avec l'art, et qui &#233;tait le livre de G&#252;nther Anders, &lt;i&gt;Le temps de la fin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais cette fois reprendre cette m&#233;ditation &#224; partir du livre de Rem Koolhaas, &lt;i&gt;Junkspace&lt;/i&gt;. Koolhaas est architecte, mais surtout un grand penseur de la mutation urbaine. Ce travail, il l'a initi&#233; avec son livre &lt;i&gt;New York D&#233;lire&lt;/i&gt; et l'a prolong&#233; &#224; travers ses livres comme &lt;i&gt;XXL&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Junkspace&lt;/i&gt; rassemble trois textes parus entre 1995 et 2005 qui constituent la synth&#232;se de sa vision de la mutation plan&#233;taire observ&#233;e &#224; partir et &#224; travers le prisme de la big city.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en venir &#224; ces textes je voudrais refaire avec vous une travers&#233;e rapide du XXe si&#232;cle en prenant pour point de mire le statut de l'&#339;uvre d'art et en le faisant &#224; partir de l'articulation ou plut&#244;t de la d&#233;chirure qui s'est produite au d&#233;but du XXe si&#232;cle entre mots et images. C'est &#224; suivre cette ligne bris&#233;e au long de laquelle s'&#233;tablit cette d&#233;chirure qui d&#233;sormais nous constitue que je voudrais m'employer aujourd'hui. Ensuite, j'aimerais dessiner les contours de la r&#233;flexion qu'il me semble important de mener l'an prochain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH607/07-fnl-3-dff03.jpg?1509819043' width='500' height='607' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Dessiner la d&#233;chirure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 - Science et pornographie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un raccourci violent formul&#233; dans &lt;i&gt;La Foire aux atrocit&#233;s&lt;/i&gt; par le personnage de Traven, pr&#233;curseur du Vaugham de Crash, J.G. Ballard &#233;crit ceci : &#171; Il faut bien comprendre que pour Traven la science constitue la pornographie ultime, une activit&#233; analytique dont le but primordial est d'isoler les objets ou les &#233;v&#233;nements de leur contexte spatio-temporel. Cette obsession de l'activit&#233; sp&#233;cifique des fonctions quantifi&#233;es, voil&#224; ce que la science partage avec la pornographie. Comme nous sommes loin de Lautr&#233;amont qui unissait la machine &#224; coudre et le parapluie sur une table de dissection, assimilant ainsi les g&#233;nitoires du tapis avec la trame du cadavre. &#187; (p. 66, &#201;ditions Tristram)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Ballard souligne, c'est le fait que les sciences deviennent l'acteur majeur de la s&#233;paration entre nature et culture et donc qu'elles r&#233;v&#232;lent et rendent lisibles les forces essentielles &#224; partir desquelles tout existant se voit isol&#233; et transform&#233; en objet. La pornographie n'est que la mise en &#339;uvre de cette s&#233;paration des rapports qu'entretiennent entre eux hommes et femmes, mais surtout une sorte de m&#233;taphore de la s&#233;paration entre le v&#233;cu, les affects et leur repr&#233;sentation &#224; travers la mise en sc&#232;ne de certains aspects de la m&#233;canique des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, remarque Ballard, c'est de leur cadre spatio-temporel, c'est-&#224;-dire de leur inscription dans une histoire, qu'elle soit personnelle ou collective, priv&#233;e ou publique que se trouvent s&#233;par&#233;s objets ou &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, c'est le cadre de r&#233;f&#233;rence historique et logique qui perd ici toute l&#233;gitimit&#233;. &#192; la source de ce que nous appellerons plus tard la magie, se trouve paradoxalement cet effet singulier induit par la relation qu'entretiennent les sciences avec leurs objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point le plus important concerne en fait notre conception m&#234;me de la science ou des sciences. Cette conception a bascul&#233; au cours du XXe si&#232;cle de mani&#232;re radicale. Ce que la science classique nous proposait c'&#233;tait de pouvoir contr&#244;ler le r&#233;el dans son ensemble puisque la nature ob&#233;issait &#224; des lois et surtout &#224; une loi, celle de la causalit&#233; lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut entendre par causalit&#233; lin&#233;aire le principe selon lequel un effet a toujours une cause : si l'on conna&#238;t la cause, on peut d&#233;terminer l'effet et, si l'on conna&#238;t l'effet, on peut en retrouver la cause. On peut ainsi remonter d'effets en causes pour comprendre et conna&#238;tre l'ensemble des successions causales qui d&#233;terminent le r&#233;el actuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers le futur, on peut imaginer que notre capacit&#233; de pr&#233;diction n'est limit&#233;e que par l'insuffisance de nos connaissances, mais que le principe de causalit&#233; permettrait de pr&#233;voir tout ce qui peut arriver si nous connaissions tous les m&#233;canismes de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#233;canicisme ou ce r&#233;ductionnisme est aujourd'hui abandonn&#233; dans les sciences physiques : la th&#233;orie du chaos, en particulier, a permis de montrer qu'au bout d'un certain nombre d'it&#233;rations d'op&#233;rations simples un syst&#232;me physique &#233;tait susceptible de perdre la &#8220;m&#233;moire&#8221; de ses conditions initiales, et qu'on ne pouvait plus pr&#233;dire son &#233;volution. N&#233;anmoins, et telle est la puissance de ces th&#233;ories, de tels syst&#232;mes, dominants dans la nature, ne cessent d'ob&#233;ir &#224; des lois d&#233;terministes que nous pouvons conna&#238;tre et faire fonctionner.&lt;br class='autobr' /&gt;
La complexit&#233; qui en r&#233;sulte rend obsol&#232;te la vision causaliste traditionnelle puisqu'on peut agir sur le r&#233;el sans en conna&#238;tre les &#034;causes&#034;, et &#224; l'inverse on peut utiliser les lois de la nature sans pouvoir en pr&#233;dire pr&#233;cis&#233;ment les effets &#187; (Jean de Maillard, &lt;i&gt;L'avenir du Crime&lt;/i&gt;, &#201;ditions Flammarion, 1997, p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous montre ici Jean de Maillard, c'est le double aveuglement au c&#339;ur duquel nous nous trouvons aujourd'hui. D'un c&#244;t&#233;, il y a celui qu'impose ce qu'il appelle la perte de la m&#233;moire des conditions initiales et de l'autre, celui qui r&#233;sulte de notre incapacit&#233; &#224; pr&#233;dire l'avenir ou plus exactement les cons&#233;quences de nos d&#233;cisions et de nos actes. Ce double aveuglement constitue le c&#339;ur battant de la machine infernale qui anime notre conception du monde et dont refusons de prendre la mesure de la d&#233;mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela certes n'emp&#234;che en rien que nous soyons d&#233;munis face &#224; la mutation du savoir, parce que ces connaissances nouvelles contredisent radicalement ce qui constitue notre croyance globale, &#224; savoir que la science ou les sciences nous permettent de mieux nous orienter dans l'existence, dans la mesure o&#249; nous persistons &#224; penser leurs effets &#224; partir de notre croyance en la causalit&#233; lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation de crise qui voit donc nos connaissances sur le monde ne plus correspondre &#224; l&#8216;image, rassurante, que nous nous faisions des progr&#232;s apport&#233;s par les sciences et les techniques, va trouver dans le champ des pratiques artistiques &#224; la fois un &#233;cho, un miroir et un champ d'effectuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH389/05-fnl-3-032b8.jpg?1509819043' width='500' height='389' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 - Trois mani&#232;res de faire l'art&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XXe si&#232;cle aura globalement mis en place trois mani&#232;res de faire l'art. Elles vont bien s&#251;r se d&#233;velopper &#224; partir de pratiques ant&#233;rieures, mais elles vont surtout prendre en charge la mutation qui a commenc&#233; de saper les bases de la toute-puissante raison d&#232;s la guerre de 14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces mani&#232;res est bas&#233;e sur la croyance en la validit&#233; des moyens traditionnels de l'art, et en la puissance d'une main rus&#233;e et cr&#233;atrice. L'&#339;uvre est tableau ou sculpture et en tout cas objet mat&#233;riel. Le cr&#233;ateur impr&#232;gne l'&#339;uvre de ses affects ou de ses id&#233;es ou d'un m&#233;lange subtil des deux et cette &#339;uvre devient, par ces manipulations diverses, un objet de type magique devant lequel en tout cas, lorsqu'on le contemple comme il se doit, on s'incline comme devant la statue d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me prend en charge les m&#233;diations nouvelles introduites par l'apparition des appareils et en particulier de l'appareil photo, avant que ne viennent s'imposer le film, la vid&#233;o et les ordinateurs. L'&#339;uvre peut prendre diverses apparences, mais l'image est finalement ce &#224; travers quoi elle devient visible, ce en quoi, fondamentalement, elle s'incarne. Les images aujourd'hui constituent une doublure du monde qui &#224; la fois contribue &#224; l'&#233;loignement que l'on vient d'&#233;voquer entre sujet et monde et fait de lui par un renversement singulier non plus le mod&#232;le mais le double de cette doublure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La virtualit&#233; des images, leur dimension magique, au sens de Flusser, est devenue une vertu puissante qui renverse l'ordre des choses en faisant du r&#233;el un moment du virtuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me tend par une mise entre parenth&#232;ses de toutes les m&#233;diations, que ce soit celle de l'objet ou celle des appareils, &#224; permettre un recours au corps comme &#224; un moyen et un champ d'exp&#233;rimentation. Les &#339;uvres ainsi produites trouvent dans leur statut d'&#233;v&#233;nement &#233;ph&#233;m&#232;re leur l&#233;gitimit&#233;. Ceci tient au fait que le corps peut &#234;tre dit porteur ou travers&#233; par des puissances qui ressemblent de pr&#232;s ou de loin &#224; celles qui rel&#232;vent du numineux ou du moins qui peuvent, par leur possible connexion &#224; des forces non contr&#244;l&#233;es par la conscience, contredire l'ordre des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, il n'y a gu&#232;re de diff&#233;rence entre ce corps performant et le corps qui travaille pinceau ou cam&#233;ra en main. Il est vrai que le corps est alors appr&#233;hend&#233; comme surface d'inscription, mais plus g&#233;n&#233;ralement il reste le vecteur d'une trace qui vient se d&#233;poser hors de lui. On revient ainsi &#224; la premi&#232;re mani&#232;re de faire de l'art. Il n'en reste pas moins que cette mise en jeu du corps est en fait un moyen de questionner l'ensemble des m&#233;diations que la pens&#233;e a instaur&#233;es pour rendre possible une saisie du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mani&#232;re lie l'&#339;uvre &#224; la question du Beau, m&#234;me si depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle, c'est &#224; une mise en ab&#238;me du beau qu'elle s'attache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me mani&#232;re lie l'&#339;uvre &#224; la question de l'imitation. Mais c'est &#224; d&#233;chirer cette ressemblance qu'elle travaille en secret, comme si dans la saisie potentielle de la r&#233;alit&#233; par les images c'est en fait &#224; un travail d'&#233;puisement de la r&#233;alit&#233; que l'on assistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me mani&#232;re lie l'&#339;uvre &#224; la question de l'incarnation. Mais cette incarnation est comme d&#233;chir&#233;e entre une infinit&#233; de reflets ou de doublures engendr&#233;s par les images des corps produites n&#233;cessairement, car il est devenu impossible de se passer d'une sorte de transcription de l'exp&#233;rience sur un support mat&#233;riel quelconque, l'image en &#233;tant un, le papier ou tout autre support possible capable de recevoir une trace quelconque en &#233;tant un autre. Simplement, ce travail de la trace aboutit au r&#233;sultat inverse de celui qui est esp&#233;r&#233;. La trace, m&#233;moire ou souvenir, est en fait le moyen par lequel le corps continue d'&#234;tre d&#233;chir&#233;, divis&#233; et la contrainte est ainsi accrue de devoir tenter une recollection de morceaux par la conscience, conscience qui est pourtant dans l'impossibilit&#233; de produire cette recollection tant elle est, elle-m&#234;me, engag&#233;e dans un processus de division &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/03-fnl-3-74609.jpg?1509819043' width='500' height='343' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 - Dada&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Dada apporte au XXe si&#232;cle, et qu'on ne lui pardonnera pas, c'est d'avoir &#224; la fois analys&#233; les liens entre mot et image, montr&#233; la dimension magique qui leur est propre, compris que les liens entre mots et images passaient par une acceptation de l'existence du numineux ou du non ratio&#239;de, compris que l'image allait prendre le dessus sur les mots en tant que moyen g&#233;n&#233;ralis&#233; de prescription des comportements, en tant que nouveau &#171; dieu &#187; en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Dada analyse les forces actives dans les &#233;l&#233;ments que nous utilisons pour communiquer. Il renvoie ces &#233;l&#233;ments non aux significations qu'ils v&#233;hiculent mais aux forces qui les font na&#238;tre. Et ces forces sont la fascination et la conviction, &#171; le saisissement qui rend l'&#226;me muette &#187; comme disait Rudolf Otto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue et surtout le mot comme vecteur de signification, sont donc pens&#233;s comme des obstacles &#224; l'&#233;mergence de ce qui dans le mot constitue sa puissance propre, le fait de pouvoir rendre compte ou en tout cas &#234;tre le vecteur de ces exp&#233;riences que Musil nommait non ratio&#239;des et qui constituent l'essentiel de l'exp&#233;rience humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour les images. Dada est, dans les pratiques picturales de ses membres fondateurs, du c&#244;t&#233; de l'abstraction, c'est-&#224;-dire du c&#244;t&#233; d'une remise en cause de la dimension symbolique et signifiante des &#233;l&#233;ments picturaux, afin de les rendre &#224; leur dimension plastique et a-signifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu se situe donc dans le r&#244;le respectif du mot et de l'image, dans la capacit&#233; propre &#224; chacun de faire &#233;merger une puissance qui pourrait &#234;tre celle du Numineux et que Hugo Ball nomme magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ultime cons&#233;quence de l'individualisme, c'est la magie &#187; &#233;crit-il le 28 f&#233;vrier 1917 (p.107) et le 7 Avril, il note que &#171; La cr&#233;ation artistique est un processus de conjuration dont l'effet est la magie &#187;. Ce qu'il nomme magie, c'est le ph&#233;nom&#232;ne qui appara&#238;t l&#224; o&#249; la relation texte image se d&#233;chire, l&#224; o&#249; derri&#232;re les images id&#233;ologiques et artistiques classiques se r&#233;v&#232;le la puissance de fascination propre &#224; l'image et o&#249;, par-del&#224; la destruction de la signification des mots, se r&#233;v&#232;le, par la voix et le rythme, le son, la puissance propre du mot comme sonorit&#233; qui est de faire exister les mondes que le pi&#232;ge du sens a fini par occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t ici clairement, c'est bien la ligne de fracture qui va traverser tout le si&#232;cle. Elle se manifeste l&#224; o&#249; mots et images luttent pour le pouvoir, l&#224; o&#249; deux croyances s'opposent, celle qui voit dans les mots la puissance m&#234;me qui conf&#232;re &#224; l'existence sa dimension ontologique et celle qui consid&#232;re que ce sont les images qui capturent, retiennent et expriment l'essence des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fracture va se propager &#224; partir de Dada et conduire au d&#233;veloppement de positions plastiques &#224; forte tendance iconoclaste et de positions artistiques et critiques usant des mots en libert&#233; pour reprendre l'expression de Marinetti, les seuls v&#233;ritables moyens permettant de se positionner et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Ball dessine donc bien le cadre dans lequel les pratiques artistiques, mais aussi les questions, vont se d&#233;ployer au cours du XXe si&#232;cle lorsqu'il note le 12 mars 1916, &#171; Changeons chaque jour l'&#233;criture de la vie &#187; et le 27 mars 1917, &#171; On ne saurait &#234;tre un artiste et croire &#224; l'histoire. &#187; (p. 24 et 110)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/01-fnl-3-0af7d.jpg?1772200316' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 - Vil&#233;m Flusser&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel changement s&#8216;est impos&#233; &#224; cause de la photographie, mais il n'affecte pas seulement les objets d'art, il affecte la vie en g&#233;n&#233;ral, le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral des valeurs et surtout la signification et la fonction m&#234;me de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'on consid&#232;re, comme le dit de mani&#232;re radicale Flusser, que &#171; pour le photographe, c'est justement le noir de la bo&#238;te qui constitue le motif &#224; photographier &#187; (p. 29), il n'en reste pas moins que les images qui sont produites par les appareils conditionnent aussi nos comportements. En effet, si les images permettent &#224; l'homme de lui rendre le monde repr&#233;sentable, elles t&#233;moignent aussi de ce que l'appareil et les codes qui permettent son fonctionnement s'interposent entre lui et le monde, un peu comme on peut aujourd'hui consid&#233;rer que la grille analytique de la perspective s'est interpos&#233;e pendant des si&#232;cles entre nous et le r&#233;el dans l'espace de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; l'homme oublie que c'est lui qui a cr&#233;&#233; les images afin de s'orienter gr&#226;ce &#224; elles dans le monde. Il n'est plus en mesure de les d&#233;chiffrer, il vit d&#233;sormais en fonction de ses propres images : l'imagination s'est chang&#233;e en hallucination. &#187; (p.11)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/09-fnl-75eea.jpg?1772200316' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 - R&#233;sumons&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si les images photographiques n'imitent pas la r&#233;alit&#233; mais la transforment parce qu'elles agissent sur sa signification,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si elles remplacent le texte qui permettait d'articuler l'explicable en fonction de liens temporels successifs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si elles conditionnent l'existence de toutes les autres pratiques et des pratiques artistiques en particulier,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si elles instaurent la magie comme mode d'appr&#233;hension et de lecture du monde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si elles recouvrent les textes qu'elles mettent en image et les codes des programmes qui les font exister&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... alors les pratiques artistiques doivent elles aussi faire face &#224; une situation de crise. Elles se retrouvent in&#233;vitablement parmi les activit&#233;s qui vont tenter de r&#233;pondre &#224; ce d&#233;fi. Mais elles sont prises dans le m&#234;me pi&#232;ge dont il semble qu'il est impossible de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, certains vont tenter de contrer cette prise de pouvoir tyrannique des images techniques sur nos vies, mais ils ne pourront pas se passer pour cela des images, bien au contraire, et d'autre part, d'autres vont, eux, prendre le parti des images, s'appuyer sur elles et accepter leur injonction afin de participer &#224; la transformation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas ce qui a lieu est une accentuation de la schize qui nous traverse et qui d&#233;sormais nous constitue. C'est &#224; un examen plus approfondi de cette d&#233;chirure que nous allons proc&#233;der aujourd'hui en nous appuyant pour cela sur les trois textes de Rem Koolhaas regroup&#233;s dans le livre &lt;i&gt;Junkspace&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH164/011-fnl-eac47.jpg?1772200316' width='500' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - Les formes d'une mutation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 - R&#233;seaux et substance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons chaque jour que notre vie a chang&#233;, mais nous avons du mal &#224; identifier ce qui arrive et ce qui nous arrive. Nous n'osons pas tenir pour vrai des &#233;l&#233;ments qui certes peuvent nous para&#238;tre nouveaux ou diff&#233;rents de ce que nous connaissions, mais qui nous semblent trop r&#233;cents pour &#234;tre interpr&#233;t&#233;s autrement que comme de v&#233;ritables sympt&#244;mes. Il nous est difficile sinon impossible d'y voir l'esquisse de nouvelles lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un &#233;l&#233;ment qui correspond &#224; cela, dans nos vies, c'est bien l'existence des r&#233;seaux. Ces r&#233;seaux sont ceux des ordinateurs connect&#233;s entre eux par le net. C'est un truisme que de dire qu'ils ont envahi nos vies. En fait, ils ont transform&#233; non seulement nos vies mais notre mani&#232;re de penser, c'est-&#224;-dire notre psychisme m&#234;me. Pour le dire autrement, l'ensemble des &#233;l&#233;ments sur lesquels s'appuyait la pens&#233;e pour construire une image coh&#233;rente du monde se trouve r&#233;duit &#224; n&#233;ant ou en tout cas a perdu toute pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela se manifeste d'une mani&#232;re simple qui est la m&#234;me quels que soient les niveaux de l'analyse ou les objets que nous analysons. Ce qui constituait jusqu'ici le socle de l'identification de la valeur, que ce soit celle d'une pens&#233;e ou d'un individu, d'une action ou d'un objet, qu'il soit marchandise ou objet d'art, c'&#233;tait le couplage entre deux notions cl&#233;s, celle de substance et celle d'&#234;tre. Et tout ce qui constituait le lien entre ces deux plans ou ces deux niveaux d'articulation comme les liens entre les objets et les individus qui les cr&#233;aient ou les utilisaient, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme n'ayant aucune valeur d&#233;terminante. En d'autres termes, &#234;tre et substance &#233;taient associ&#233;s dans une relation forte &#224; la fois r&#233;elle et symbolique, port&#233;e par la langue et inscrite dans l'histoire et les histoires, et tout ce qui &#233;tait de l'ordre du lien ou de la connexion, de la m&#233;diation ou du &lt;i&gt;parergon&lt;/i&gt; pour reprendre le terme utilis&#233; par Derrida, ne pouvait pr&#233;tendre &#224; la puissance d&#233;terminante du symbole ou de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le monde de la connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e a impos&#233; en l'espace de quelques d&#233;cennies, c'est un renversement complet de cette position. Comme le remarque Peter Cook d'Archigram en 1967 dans &lt;i&gt;Architecture : action and plan&lt;/i&gt;, &#171; dans un lieu complexe o&#249; il y a trop d'&#233;l&#233;ments pour que chacun d'entre eux puisse rev&#234;tir une valeur symbolique, le r&#233;seau qui les tient ensemble devient aussi important comme symbole que comme m&#233;canisme. &#187; (op. cit., p. 22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut entendre ici c'est que, s'il y a encore des &#233;l&#233;ments qui peuvent avoir puissance de symbole, cette puissance est d'un autre type que celle que nous attribuions jusqu'ici au symbole. Le symbole est engendr&#233; par le nombre, c'est un effet du r&#232;gne de la quantit&#233;, et non par l'exemplarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re l'ensemble du propos qui va suivre, mais aussi celui de Koolhaas sur lequel il s'appuie, est la tentative de redessiner notre image du monde en fonction de cette constatation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on accepte cette pr&#233;misse, le reste devient en quelque sorte &#233;vident. Il y a un double mouvement &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233;, sur toute la plan&#232;te, et qui affecte l'ensemble des populations. Il y a d'une part l'&#233;mergence du grand nombre qui affecte chaque strate de la r&#233;alit&#233; et dont l'effet majeur est d'interdire &#224; quelque &#233;l&#233;ment existant que ce soit de pr&#233;tendre pourvoir devenir, m&#234;me &#224; travers le syst&#232;me m&#233;diatico-politique, le repr&#233;sentant de l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance du symbolique a quitt&#233; la sph&#232;re de l'exemplarit&#233; et de la posture de type divin pour investir ce qui assure &#224; un ensemble sa coh&#233;rence aujourd'hui, &#224; savoir ce qui assure pr&#233;cis&#233;ment le lien entre cette infinit&#233; d'&#233;l&#233;ments, identiques, semblables ou dissemblables, qui ne sont pensables dans leur efficacit&#233; m&#234;me qu'en fonction de leurs liens avec d'autres &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH349/013-fnl-ec72a.jpg?1772200316' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 - Puissance des appareils&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, les appareils sont les &#233;l&#233;ments essentiels de ce nouveau dispositif puisqu'ils supposent pour fonctionner la r&#233;duction pr&#233;alable de tout, absolument tout, &#224; l'unit&#233; de base &#224; partir de laquelle on recomposera chaque strate du r&#233;el. On la recomposera &#224; la fois pour elle-m&#234;me et dans sa relation avec les autres. Ceci se fera &#224; partir de l'&#233;l&#233;ment de base de tout programme, le 0 et le 1, et pour les images du pixel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koolhaas prend en compte cette nouvelle donne lorsqu'il dit que &#171; la substance aujourd'hui est pr&#233;num&#233;ris&#233;e &#187; (p. 89). Il n'y a pas alors &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le fait qu'il pourrait en aller autrement, c'est en quelque sorte trop tard. Il faut par contre tenter de prendre en compte et en charge cette nouvelle donne. Et cela suffit &#224; mettre en &#339;uvre un renversement de toutes les valeurs qu'une certaine philosophie a appel&#233; de ses v&#339;ux. Cela s'accomplit paradoxalement &#224; partir de la technologie et prend corps dans tous les champs de la r&#233;alit&#233; et de la pens&#233;e, m&#234;me si en g&#233;n&#233;ral, il est difficile d'accepter cette nouvelle donne dans ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r l'art, la production artistique dans son ensemble n'&#233;chappent pas &#224; ce nouveau paradigme, mais refuser de le voir, c'est se condamner &#224; penser un monde nouveau avec des concepts inad&#233;quats (ou, si vous voulez, de tenter de fabriquer ou de d&#233;sosser un ordinateur avec une cl&#233; &#224; molette).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence &#171; philosophique &#187; est d&#233;cisive. La substance n'est plus le nom de ce sur quoi r&#233;alit&#233; et pens&#233;e se fondent pour articuler leurs relations, comme ce sur quoi il est possible &#224; la pens&#233;e de s'appuyer, de faire fond, de prendre pied. Toutes les m&#233;taphores de la stabilit&#233; trouvent ici leur limite, pour embrasser le monde et sa complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pens&#233;e occidentale, la singularit&#233; se distingue de la norme, mais, potentiellement exemplaire, elle assure le lien entre l'&#234;tre et ses manifestations. Cela semble une &#233;vidence car cela fait partie depuis longtemps de la r&#233;flexion philosophique en particulier, mais il appara&#238;t d&#233;sormais, et c'est l&#224; l'importance par exemple de ce livre de Koolhaas, que le retournement a &#171; d&#233;j&#224; &#187; eu lieu. C'est pourquoi le monde &#171; doit &#234;tre pens&#233; &#187; &#224; partir de l'unit&#233; de base standardis&#233;e et non plus &#224; partir de la substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi chaque chose existante n'exprime plus la substance. Elle est, par contre, une variation &#224; partir d'&#233;l&#233;ments standardis&#233;s en qu&#234;te d'une dimension symbolique susceptible de lui servir d'enveloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le module devient de plus en plus petit, son statut devient celui d'un cryptopixel. Avec d'&#233;normes difficult&#233;s &#8211; budgets, disputes, n&#233;gociations, d&#233;formations &#8212; on construit de l'irr&#233;gulier et de l'unique &#224; partir d'&#233;l&#233;ments identiques. Plut&#244;t que d'essayer d'extraire l'ordre du chaos, le pittoresque est d&#233;sormais extrait de l'homog&#233;n&#233;is&#233;, le singulier lib&#233;r&#233; du standardis&#233;. &#187; (op. cit., p. 89)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, dans la mesure m&#234;me o&#249; toute chose est aujourd'hui appr&#233;hend&#233;e &#224; partir de sa forme num&#233;ris&#233;e, et donc standardis&#233;e, c'est cette unit&#233; de base qui la constitue. La construction complexe invent&#233;e au cours des trois derniers mill&#233;naires associait une conscience capable &#224; la fois de narratiser et de calculer, d'imposer un lien entre ce qui existe dans une histoire et ce qui existe comme &#233;l&#233;ment d'un calcul, &#224; des &#171; objets &#187; cens&#233;s &#234;tre capables de r&#233;pondre &#224; la double injonction de s'int&#233;grer dans une histoire et de prendre place dans une m&#233;moire infinie. Aujourd'hui ni l'histoire ni la m&#233;moire ne peuvent permettre de rendre compte de ce qui arrive. C'est m&#234;me contre l'histoire et sur une certaine dynamique de l'oubli que les choses doivent &#234;tre pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/015-fnl-0b3f9.jpg?1509819044' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 - Conscience, histoire et appareil&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent &#233;voqu&#233; ici la conscience comme &#233;tant le dispositif g&#233;n&#233;ral mis en place par l'homme dans sa relation au r&#233;el et aux autres, lui permettant de penser et de s'orienter. On a aussi souvent &#233;voqu&#233; une sorte de dilution voire de dissolution de ce dispositif dans les formes actuelles de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, cela ne peut se faire d'un coup m&#234;me si de nombreux &#233;l&#233;ments sont l&#224; qui indiquent que la conscience n'est plus le bon dispositif pour appr&#233;hender ce qui arrive. La donne ayant chang&#233;, le dispositif lui-m&#234;me a &#233;t&#233; affect&#233; et il faut donc &#224; la fois penser autrement et concevoir autrement la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point est sensible, car la vitesse &#224; laquelle &#233;voluent les choses produit un double effet sur la conscience. D'une part, elle constate de mani&#232;re ind&#233;niable qu'une mutation est en jeu, mais en m&#234;me temps que prisonni&#232;re d'elle-m&#234;me elle est en quelque sorte incapable de penser, &#224; partir de ce qu'elle est, son &#171; devenir autre &#187; et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de le prendre en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se produit &#224; la fois une torsion et une d&#233;chirure. Rien ne s'arr&#234;te, tout continue d'exister, mais la capacit&#233; &#224; articuler encore une fois le r&#233;el et le pensable fait d&#233;faut, sauf &#224; accepter de dire au moins que les &#233;l&#233;ments qui constituent la conscience sont en train soit de muter, soit de dispara&#238;tre, et qu'ils sont sous nos yeux et en nous ou contre nous en train d'&#234;tre remplac&#233;s par de nouveaux &#233;l&#233;ments, de nouvelles articulations. Le point de torsion et de rupture principal se joue dans notre relation au temps ou si l'on pr&#233;f&#232;re &#224; l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rem Koolhaas a recours &#224; une m&#233;taphore tr&#232;s pr&#233;cise pour &#233;voquer ce point. Il pose ainsi cette question page 90 : &#171; Quand le temps a-t-il cess&#233; d'avancer pour se d&#233;vider dans toutes les directions comme une cassette qui tourne sans contr&#244;le ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est en train de se d&#233;vider ainsi sous nos yeux, de se plier, de se d&#233;chirer. Devenue litt&#233;ralement impensable, elle laisse place &#224; la post-histoire, qui est la forme de d&#233;ploiement du temps qui correspond &#224; ce d&#233;videment d'une bobine dans toutes les directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de ligne directrice, plus de narratisation possible, plus d'ordre logique, plus de relation de cause &#224; effet, rien que des quantit&#233;s, qui imposent leur logique propre, une logique qui ne rel&#232;ve plus de lois d&#233;terministes, une logique qui s'appuie pour se d&#233;velopper sur l'oubli de ses conditions initiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble tout &#224; fait l&#233;gitime de prolonger cette r&#233;flexion et de l'&#233;tendre au champ global de la pens&#233;e. Les conditions initiales qui sont en quelque sorte &#171; oubli&#233;es &#187; par la mise en place d'un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral bas&#233; sur la connexion, l'&#233;l&#233;ment de base standardis&#233; et la gestion des effets quantitatifs dans une logique fractale, sont celles qui, dans le champ de la pens&#233;e, et non plus de la seule architecture, correspondent aux donn&#233;es de base de la conscience proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les hybridations / proximit&#233;s / frictions / chevauchements / superpositions de programmes qui sont possibles dans la Bigness &#8211; et en fait l'appareil complet de montage invent&#233; au d&#233;but du si&#232;cle pour organiser les relations entre des parties ind&#233;pendantes &#8212; sont en train d'&#234;tre d&#233;faits par une section de l'avant-garde du moment, dans des compositions d'une p&#233;danterie et d'une rigidit&#233; presque risibles, malgr&#233; leur apparence sauvage. &#187; (op. cit., p.36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient des six points par lesquels Julian Jaynes d&#233;finit la conscience. Il faut les rappeler une fois encore : la spatialisation, l'extraction, le Je analogue, le Moi m&#233;taphorique, la narratisation et la conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plut&#244;t que de revenir sur ces points, je voudrais aujourd'hui plut&#244;t m'orienter vers des &#233;l&#233;ments qui composent la conscience dans le champ philosophique, chez Husserl en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re que la conscience est ce dispositif psychique et intellectuel par lequel nous pensons et le monde et nous-m&#234;mes, s&#233;par&#233;ment et dans leur relation, quatre &#233;l&#233;ments permettent d'en rendre compte : l'espace, le temps, l'identit&#233; et la distinction entre r&#233;alit&#233; et fiction, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; de penser quelque chose de l'ordre de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments sont port&#233;s par l'histoire, ce que Jaynes nomme, lui, narratisation, et sont appr&#233;hendables &#224; partir de l'horizon sur lequel, pour Husserl, la conscience doit pouvoir projeter et elle-m&#234;me et les choses pour pouvoir les penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que la narratisation et l'histoire, bref la forme du temps, avaient chang&#233; de statut ou perdu leur fonction dans le monde tel qu'il est aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L498xH700/017-fnl-56e7b.jpg?1509819044' width='498' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 - Une triple perte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'espace et &#224; l'horizon. Ces deux &#233;l&#233;ments sont au c&#339;ur de la r&#233;flexion de Rem Koolhaas. L'architecture est bien le domaine &#224; partir duquel une &#233;ventuelle mutation de ces &#233;l&#233;ments est appr&#233;hendable et pensable, d'autant que l'architecture a, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, des effets r&#233;els puisqu'elle est ce par quoi la ville &#233;volue, et donc ce qui donne forme et consistance &#224; la r&#233;alit&#233; aujourd'hui et mod&#232;le ou informe notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des pages inspir&#233;es, Rem Koolhaas encha&#238;ne les propositions brutales mais claires. Les voici : &#171; Le sol n'est plus / Toute perspective est perdue, comme dans la for&#234;t tropicale / L'espace est tir&#233; du Junkspace, comme d'un bloc de cr&#232;me glac&#233;e humide qui est rest&#233; trop longtemps au cong&#233;lateur / Le plan est un &#233;cran radar o&#249; les pulsations individuelles survivent pendant des dur&#233;es impr&#233;visibles, dans une bacchanale en libre acc&#232;s &#187; (op. cit., p. 97-99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pla&#231;ons sans effort ces propositions et essayons de comprendre en quoi elles t&#233;moignent d'une mutation qui a non seulement commenc&#233;, mais qui est d&#233;j&#224; accomplie pour quelques milliards d'individus vivant dans les m&#233;gapoles. Car &#224; l'&#233;vidence aujourd'hui, ce qui gr&#232;ve la majorit&#233; des approches philosophiques, psychologiques et m&#234;me sociologiques, c'est qu'elles s'appuient pour produire leur discours sur des sch&#233;mas ant&#233;rieurs. Aujourd'hui, la seule mani&#232;re de penser qui ait quelque chance d'&#234;tre valide c'est celle qui part du per&#231;u, de ce qui existe, de ce qui se manifeste. Il est vrai qu'il est impossible de penser sans passer par des mod&#232;les, mais l'enjeu v&#233;ritable aujourd'hui n'est pas de construire des mod&#232;les mais de d&#233;crire ce qui est avec le moins de malhonn&#234;tet&#233; possible. Dans son introduction &#224; l'ouvrage, Gabriele Mastrigli rappelle une phrase issue d'un manifeste du mouvement Nul, un mouvement hollandais, qui est une variante du mouvement allemand Z&#233;ro, dont Rem Koolhaas a &#233;t&#233; proche dans sa prime jeunesse alors qu'il r&#233;digeait des chroniques pour un journal lib&#233;ral : &#171; Ne pas faire la morale, ne pas interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; (l'artistiser) mais l'intensifier. Point de d&#233;part : accepter de mani&#232;re intransigeante la r&#233;alit&#233;&#8230; M&#233;thode de travail : isoler, relier. Donc authenticit&#233;. Non pas de celui qui fabrique, mais de l'information. L'artiste n'est plus un artiste mais un &#339;il froid, rationnel &#187; (op. cit., p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette triple perte ou ce triple effacement des rep&#232;res majeurs que sont le sol, l'horizon et la perspective et cela donc aussi bien dans la r&#233;alit&#233; de l'architecture que dans celui de la conscience ou de la pens&#233;e, est l'un des signes les plus manifestes de l'existence de cette mutation qui, avant d'&#234;tre psychique est &#224; l'&#233;vidence concr&#232;te, incarn&#233;e, active dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la renaissance a invent&#233; un cadre et une structure &#224; l'espace qui nous est devenu si intime que nous ne savons plus penser ni vivre l'espace sans passer par eux, c'est pourtant ce cadre qui a mut&#233; sous nos yeux, dans nos villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty l'a rappel&#233; dans &lt;i&gt;L'&#339;il et l'esprit&lt;/i&gt;. &#171; Les th&#233;oriciens qui tentaient d'oublier le champ visuel sph&#233;rique des anciens, leur perspective angulaire, qui lie la grandeur apparente, non &#224; la distance, mais &#224; l'angle sous lequel nous voyons l'objet, ce qu'ils appelaient d&#233;daigneusement la &lt;i&gt;perspectiva naturalis&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;communis&lt;/i&gt;, au profit d'une &lt;i&gt;perspectiva artificialis&lt;/i&gt; capable en principe de fonder une construction exacte, et ils allaient, pour accr&#233;diter ce mythe, jusqu'&#224; expurger Euclide, omettant de leurs traductions le th&#233;or&#232;me VIII qui les g&#234;nait &#187; (op. cit., p. 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit sous nos yeux, c'est une op&#233;ration du m&#234;me type, mais il s'agit sans doute moins d'accr&#233;diter un mythe que de prendre acte d'un ensemble de faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques pages plus t&#244;t Merleau-Ponty rappelait la chose suivante : &#171; La vision n'est pas la m&#233;tamorphose des choses m&#234;mes en leur vision, la double appartenance des choses au grand monde et &#224; un petit monde priv&#233;. C'est une pens&#233;e qui d&#233;chiffre strictement les signes donn&#233;s dans le corps. La ressemblance est le r&#233;sultat de la perception, non son ressort &#187; (op. cit., p. 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il faut prendre acte, c'est du fait qu'une sorte de &lt;i&gt;perspectiva artificialis&lt;/i&gt; a envahi la r&#233;alit&#233;, &#224; travers cette triple perte, du sol, de l'horizon et de la perspective, et que c'est elle, cette nouvelle perspective artificielle, qui informe le monde, modifie nos comportements, transforme le psychisme et &#233;met des signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces signes qu'il faut tenter de d&#233;chiffrer car ce sont eux qui sont en train d'&#234;tre per&#231;us par le corps ou les corps, nos corps, et c'est &#224; partir de leur lecture avant m&#234;me de pr&#233;tendre pouvoir sinon les d&#233;chiffrer du moins les interpr&#233;ter, qu'il faut tenter de repenser le psychisme au moment m&#234;me o&#249; il est en train de se transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, nous sommes dans la position que d&#233;non&#231;ait Merleau-Ponty, et la perspective artificielle de la Renaissance est devenue notre perspective naturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Simplement, ce qui est comme effac&#233; dans ce mouvement, c'est la possibilit&#233; de penser avec les m&#234;mes concepts qui nous servaient il y a encore dix ou vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; l'invention de nouveaux concepts qu'il nous faut travailler autant que cela soit possible pour une conscience qui ne semble pas capable de muter en pensant sa mutation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/019-fnl-e5712.jpg?1509819044' width='500' height='284' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III - Oxymore et retournement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 - Oxymore g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'oxymore en rh&#233;torique vient, on le sait, du grec &lt;i&gt;oxymoros&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;oxys&lt;/i&gt; aigu, spirituel, fin et de &lt;i&gt;moros&lt;/i&gt;, &lt;i&gt; &lt;i&gt;nias&lt;/i&gt; &lt;/i&gt;, stupide, un mot qui en grec signifie donc malin stupide, ou spirituel sous une apparente stupidit&#233;, et qui est donc lui-m&#234;me un oxymore... C'est une figure de style qui vise &#224; rapprocher deux termes (un nom et un adjectif) que leur sens devrait &#233;loigner, dans une formule en apparence contradictoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oxymore permet de d&#233;crire une situation ou un personnage de mani&#232;re inattendue, suscitant ainsi la surprise. Il exprime ce qui est inconcevable. Il cr&#233;e donc une nouvelle r&#233;alit&#233; po&#233;tique. Il rend compte aussi de l'absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rem Koolhaas en rep&#232;re la pr&#233;sence non seulement en chaque point du Junkspace, mais dans son principe m&#234;me, un principe d'un genre particulier puisqu'il est d&#233;crit par lui-m&#234;me, d&#232;s 1995 dans &lt;i&gt;La ville g&#233;n&#233;rique comme principe de l'absence de principe&lt;/i&gt; : &#171; L'architecture de la ville g&#233;n&#233;rique est du r&#233;sistant rendu mall&#233;able, une &#233;pid&#233;mie d'amollissement obtenue non plus par l'application d'un principe mais par l'application syst&#233;matique de l'absence de principe &#187; (op. cit., p. 70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification et surtout les cons&#233;quences de l'application g&#233;n&#233;ralis&#233;e de cette absence de principe dans le d&#233;veloppement de la ville sont immenses. Mais la plus importante c'est le changement de r&#233;gime qui nous fait passer d'un monde d&#233;fini par le programme de modernisation continu des conditions d'existence et suppos&#233; &#224; terme profiter &#224; tout le monde, &#224; une absence de programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a affaire &#224; une sorte de d&#233;sinhibition g&#233;n&#233;ralis&#233;e dont l'oxymore est la figure majeure. Qu'est-ce que l'oxymore concr&#232;tement ? C'est le rapprochement permanent et effectif d'&#233;l&#233;ments contraires ou sans relation logique entre eux, rapprochement qui les font effectivement coexister et donc interagir. C'est la mise en place de relations entre des &#233;l&#233;ments qui ne r&#233;pondent plus au sch&#233;ma rationnel ou ratio&#239;de g&#233;n&#233;ral qui est, ou faut-il dire, &#233;tait, celui de la modernisation et finalement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Rem Koolhaas, cet oxymore g&#233;n&#233;ralis&#233; se lit dans la mutation de l'architecture, de ce qui est concr&#232;tement r&#233;alis&#233; dans la m&#233;gapole. &#171; &#192; pr&#233;sent, chaque architecture incarne simultan&#233;ment des conditions oppos&#233;es : ancien et nouveau, permanent et temporaire, en fleur et en danger&#8230; &#187; (op. cit., p. 95). Plus loin il remarque que &#171; l'architecture est devenue une s&#233;quence qui passe en acc&#233;l&#233;r&#233; et r&#233;v&#232;le une &#233;volution permanente. La seule certitude est la transformation continue &#187; (op. cit., p. 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sinhibition tient en ceci que les &#171; raisons &#187; qui retenaient les architectes et finalement les d&#233;cideurs de construire telle ou telle chose ont perdu pour eux toute l&#233;gitimit&#233;. Ils peuvent s'autoriser &#224; ne plus suivre les injonctions de la raison au pr&#233;texte que la d&#233;sinhibition serait un facteur de transformation, de progr&#232;s donc, mais c'est en fait le seuil m&#234;me o&#249; le progr&#232;s c&#232;de sa place &#224; un autre type de fonctionnement qu'il se mue en son contraire ou en tout cas en autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'enjeu est l&#224; dans ce seuil qui n'est plus un seuil absolu, une sorte de fronti&#232;re th&#233;orique que tout le monde respecte &#224; peu pr&#232;s ou en tout cas &#224; laquelle chacun reconna&#238;t une l&#233;gitimit&#233;. Ce seuil est emport&#233; dans la fractalisation de l'espace et se trouve en n'importe quel endroit du Junkspace, &#224; n'importe quel moment de la vie politique ou de la vie culturelle. Ce seuil, c'est le moment o&#249;, sous couvert de progr&#232;s, se met en place un mouvement qui n'a plus rien &#224; voir avec le progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi des gens, des th&#233;ories ou des arguments qui semblent aujourd'hui vouloir maintenir vivante l'id&#233;e de progr&#232;s, de modernit&#233; ou de mutation contr&#244;l&#233;e et ratio&#239;de, travaillent, aboutissent litt&#233;ralement au contraire. Ce sont des avant-postes de la mutation et non pas des p&#244;les de r&#233;sistance. C'est assez terrifiant mais c'est ainsi. On va le voir d'ici peu avec la question du statut de la culture et de l'art dans le monde de la post-histoire. Car ils signalent les p&#244;les de r&#233;sistance et montrent donc o&#249; doivent se porter les coups de boutoir de la d&#233;sinhibition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la culture est en fait une puissance massive d'inhibition qui fait se lever contre les formes de ce qui lui para&#238;t &#234;tre un chaos, des barri&#232;res suppos&#233;es r&#233;sistantes et infranchissables. Or, au nom de cette m&#234;me culture on pr&#244;ne la d&#233;sinhibition comme facteur nouveau de progr&#232;s, comme force susceptible de faire bouger les r&#233;sistances. Et cette d&#233;sinhibition est en fait l'application, &#224; toutes les strates de la r&#233;alit&#233; comme de la pens&#233;e, de l'absence de principe. Tout peut cohabiter. Tout &#171; doit &#187; cohabiter. Ce &#171; doit &#187; est implicite. Et tout ce qui s'oppose &#224; cela est finalement soit marginalis&#233; soit lamin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oxymore est &#224; la fois le moyen et la fin, si l'on peut recourir &#224; ce vocabulaire d&#233;pass&#233;. Il est la forme technique et tactique de cette guerre impitoyable et son r&#233;sultat. Il est le vecteur g&#233;n&#233;ralis&#233; de la d&#233;sorientation qui &#224; la fois s'incarne dans les constructions et dans les programmes explicites qui participent &#224; son d&#233;veloppement, qui aboutissent &#224; une sorte d'&#171; anomie &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui, soit existe &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, soit existant comme menace contre laquelle il faut s'opposer, conduit ceux qui s'opposent &#224; elle &#224; reconna&#238;tre son existence et &#224; lui faire une place l&#224; o&#249; elle n'en avait peut-&#234;tre pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas exactement du &#034;laisser faire&#034; ; en fait, le secret du Junkspace est qu'il est &#224; la fois chaotique et r&#233;pressif : comme l'informe prolif&#232;re, le formel s'affaiblit et avec lui toutes les r&#232;gles, r&#233;gulations, les recours&#8230; Babel a &#233;t&#233; mal comprise. La langue n'est pas le probl&#232;me, mais seulement la nouvelle fronti&#232;re du Junkspace. L'humanit&#233;, agit&#233;e par des dilemmes &#233;ternels, dans l'impasse de d&#233;bats apparemment interminables, a lanc&#233; une nouvelle langue qui enjambe d'infranchissables lignes de partage comme une fragile passerelle de designer&#8230; a fabriqu&#233; une onde proactive de nouveaux oxymores pour lever les anciennes incompatibilit&#233;s : style (de) vie, t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, musique (du) monde, boutique (du) mus&#233;e, food-court, soins (de) sant&#233;, salle (d') attente. Le naming a remplac&#233; la lutte des classes, amalgame ronflant de la situation, du high concept et de l'histoire &#187; (op. cit., p. 102-103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, cette &#171; oxymorisation &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;e est le mode d'existence de la post-histoire. Mais en fait il ne s'agit pas seulement de faire fonctionner ensemble des &#233;l&#233;ments qui s'opposent ou se contredisent pour la raison, il s'agit de quelque chose de plus important, d'une sorte de duplication du monde, comme si tout ce qui existait devait changer, pas n&#233;cessairement de statut, mais voir son statut prendre la forme qui convient dans l'univers de la post-histoire. Et cela concerne en particulier l'histoire et la culture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH371/021-fnl-f8aa9.jpg?1772200316' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 - Le retournement de la culture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre en d&#233;tail ce qui se passe dans &lt;i&gt;Junkspace&lt;/i&gt; on peut l'observer et l'analyser comme le fait Rem Koolhaas &#224; partir de ce qui se passe dans la r&#233;alit&#233; architecturale de la ville. Mais on peut aussi tenter de comprendre ce qui a lieu dans le champ des images, et cela dans la mesure m&#234;me o&#249; c'est sans doute ce qui se passe dans le champ des images, toutes images confondues du dessin &#224; la photographie, de la peinture &#224; la vid&#233;o, qui sert de mod&#232;le implicite &#224; ce qui se passe dans la r&#233;alit&#233; qu'elle soit urbaine ou politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait pas dire de mod&#232;le mais de matrice ou de dispositif, car les images participent aux processus de d&#233;cision, elles en sont les supports et le vecteur, et la logique, qui est la leur si l'on peut parler de logique, est en quelque sorte celle qui gouverne le monde de la post-histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; analys&#233; en d&#233;tail avec Flusser en particulier certains aspects de ce fonctionnement des images, et qui se joue aussi bien dans les images ou entre les images que dans les dispositifs utilis&#233;s pour leur conception, leur fabrication et leur transmission. Il est important aujourd'hui de tenter de comprendre les effets qu'a cette emprise du monde ou de la logique des images sur la r&#233;alit&#233; et la pens&#233;e et sur la culture et l'art en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la relation entre r&#233;alit&#233; et virtualit&#233; que se joue pour Rem Koolhaas cette mutation et c'est bien l'univers des images qui est porteur et vecteur de la puissance de la virtualit&#233;. D'une certaine mani&#232;re tout est en train de devenir image ou plus exactement les images sont en train d'instaurer non seulement dans les pages des journaux ou sur les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision, mais dans chaque instant de notre vie, une r&#233;alit&#233; seconde, virtuelle, &#224; laquelle on se r&#233;f&#232;re comme &#224; une r&#233;alit&#233; qui a plus de valeur, plus de validit&#233;, plus de puissance de v&#233;rit&#233; ou de conviction que toute autre forme d'existence, que ce soit des faits av&#233;r&#233;s, des discours ou des actes. Nous l'avons maintes fois soulign&#233; ici, la perte de puissance du texte par rapport aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rem Koolhaas a deux phrases absolument radicales sur ce sujet. &#171; La langue ne sert plus &#224; explorer, &#224; d&#233;finir, &#224; exprimer ou &#224; confronter mais &#224; brouiller &#224; tricher &#224; dissimuler &#224; excuser et &#224; conforter, (dans) une orchestration satanique de l'insignifiant &#187; (op. cit., p. 11). Pendant de cette d&#233;valorisation de la langue dont nous avons vu qu'elle avait &#233;t&#233; per&#231;ue par Dada d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, le fait que la puissance de la langue (ou du discours), qui bien s&#251;r n'est pas abolie enti&#232;rement pour autant, est en fait retourn&#233;e contre elle-m&#234;me ou contre nous qui &#224; la fois continuons &#224; nous en servir (comment faire autrement) et &#224; croire en ses vertus. &#171; Les r&#233;flexes narratifs qui nous ont permis depuis la nuit des temps de relier les points et de remplir les blancs se retournent aujourd'hui contre nous &#187; (op. cit., p. 117).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retournement est notamment sensible dans le champ de la culture et de l'art en particulier. Il est en effet au c&#339;ur de la m&#233;canique des images, il en est le vecteur et le champ d'exp&#233;rimentation privil&#233;gi&#233;. L'art est en fait le domaine dans lequel depuis toujours la r&#233;alit&#233; et la virtualit&#233;, le r&#233;el et l'imagination, si l'on veut, se sont livr&#233;s &#224; un combat sans merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, cette fois, l'imagination a trouv&#233; un alli&#233; de poids dans les dispositifs des images mobiles en ce qu'ils permettent de dupliquer quasi int&#233;gralement en temps r&#233;el l'ensemble de ce qui arrive dans la r&#233;alit&#233;. Mais elle a trouv&#233; aussi un alli&#233; de poids dans l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e comme le reste pour produire une d&#233;r&#233;alisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui fait que le monde virtuel est devenu le r&#233;f&#233;rent et la matrice m&#234;me du monde r&#233;el, ou plus exactement que les principes qui gouvernent le monde des images (absence de logique formelle, magie, oxymore, absence du tiers exclu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ de l'art a &#233;t&#233; l'un des champs d'exp&#233;rimentation les plus avanc&#233;s dans la mise en place de cette nouvelle donne et en particulier &#224; travers les relations entre art et contexte, comme l'a bien montr&#233; Brian O' Doherty dans son analyse du &lt;i&gt;white cube&lt;/i&gt;. Et c'est en fait sur le champ m&#234;me de la m&#233;moire que se joue la partie. Le retournement du r&#233;el en virtuel, car c'est de cela qu'il s'agit, de ce passage, de ce devenir image de tout ce qui existe, de cette d&#233;substantialisation de tout, de cette informatisation de l'ensemble des donn&#233;es et de leur traduction dans la langue des fabricateurs de r&#233;alit&#233; calqu&#233;e sur celle des images, se joue autour de la question du statut m&#234;me de ce qui est virtualis&#233;. En fait, chaque &#233;l&#233;ment transform&#233; en image, pris par l'image, devient l'ombre ou le spectre de lui-m&#234;me. Et ce qu'il a &#233;t&#233;, ce qu'il fut, revient, mais comme donn&#233;e r&#233;siduelle qu'il faut int&#233;grer, au nom de la m&#233;moire donc et de l'histoire, dans le monde virtuel. C'est en fait le deuxi&#232;me acte de cette d&#233;r&#233;alisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture est encore le vecteur majeur de cette recollection des &#233;l&#233;ments m&#233;moriels du pass&#233; et de leur transformation au premier ou au second niveau en images et de leur r&#233;int&#233;gration dans le monde r&#233;el comme spectre, c'est-&#224;-dire comme r&#233;alit&#233; du second degr&#233;, comme aliment du grand estomac visuel qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant que &#171; les mus&#233;es sont des Junkspace moralisants &#187;, Rem Koolhaas rel&#232;ve cette fonction de la culture que l'on tend &#224; refouler, &#224; nier, celle d'un m&#233;canisme d'ins&#233;mination du r&#233;el par le virtuel lors m&#234;me que l'on pense ou croie le contraire, c'est-&#224;-dire qu'on refuse de le voir et encore plus de le penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans sa marche triomphale, ce fournisseur de contenu qu'est l'art &#233;tend au loin les fronti&#232;res de plus en plus &#233;largies du mus&#233;e. Dehors, dans le monde r&#233;el, l'art &lt;i&gt;planner&lt;/i&gt; diffuse l'incoh&#233;rence fondamentale du Junkspace en attribuant des mythologies d&#233;funtes aux surfaces r&#233;siduelles et en concevant des &#339;uvres tridimensionnelles dans le surplus de vide. &#192; la recherche de l'authenticit&#233;, leur contact sonne le glas de ce qui &#233;tait r&#233;el, l'emballe pour l'incorporer au Junkspace. Les galeries d'art se d&#233;placent en masse vers les endroits pointus puis convertissent un espace brut en cubes blancs&#8230; Le seul discours autoris&#233; porte sur la perte, l'art remplit le Junkspace en proportion directe de sa propre morbidit&#233;. Auparavant nous r&#233;novions ce qui &#233;tait &#233;puis&#233;, &#224; pr&#233;sent nous tentons de ressusciter ce qui est mort [&#8230;] Le Junkspace doit exag&#233;rer sa pr&#233;tention &#224; l'authenticit&#233; [&#8230;] L'abondance de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; a fait de nous des gardiens amateurs qui regardent un Junkunivers sur leurs &#233;crans de contr&#244;le [&#8230;] Le mouvement de plong&#233;e de la cam&#233;ra de t&#233;l&#233;vision suspendue &#224; son bras &#8211; un aigle sans bec ni serres, seulement un estomac optique - ingurgite les images et les confessions sans discrimination, comme un sac-poubelle, pour les propulser dans l'espace comme du cybervomi [&#8230;] l'espace r&#233;el est modifi&#233; pour m&#233;nager une transition douce vers l'espace virtuel, charni&#232;re cruciale dans un cycle infernal de feedback&#8230; la vastitude du Junkspace &#233;tendue jusqu'aux fronti&#232;res du big bang &#187; (op. cit., p. 119-120).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, la culture a une double fonction de participer &#224; la m&#233;tamorphose du r&#233;el en virtuel et d'assurer le Back Office de ce qui a &#233;t&#233; lamin&#233; et perdu en le faisant revenir comme image dans le monde virtuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'on est pris dans un m&#233;canisme qui est une sorte de labyrinthe temporel vivant. Chaque geste nous renvoie plus loin encore du point de d&#233;part et toute tentative de r&#233;sister ou de faire autrement semble vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art a &#233;t&#233; transform&#233; en produit et est un produit, ind&#233;pendamment du fait que celui qui le r&#233;alise le veuille ou non. Le labyrinthe tient en ceci que rien ne peut plus &#234;tre &#233;valu&#233; &#224; l'aune de ce qui n'est pas le processus en cours de transvaluation de toutes les valeurs, pour parler comme Nietzsche. Mais il ne s'agit pas l&#224; de pr&#233;parer la venue d'un quelconque surhomme, mais bien d'assurer le fonctionnement de la m&#233;canique de virtualisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/25-fnl-b0cc1.jpg?1509819044' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 - Le devenir de l'art : penser l'inconscient de la post-histoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche sans appel nous contraint &#224; mettre &#224; plat ce qui est &#224; l'&#339;uvre et &#224; ne pas nous voiler la face. C'est sans doute cela le plus difficile, de penser un ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;vitalise cela m&#234;me et ceux-l&#224; m&#234;mes qui l'agissent en le subissant, et tentent de le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce bien agir et subir qui sont les bons termes ? C'est encore une fois celui de feed back qui s'impose. Il se passe quelque chose qui produit des boucles de r&#233;troactions dont les effets viennent &#224; la fois troubler et accentuer le processus en cours. Cela ressemble &#224; un moment d'intense amplification, pour reprendre le terme de Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important de tenter de pr&#233;ciser ce qui pourra &#234;tre une sorte de programme de recherche pour l'ann&#233;e &#224; venir, les points majeurs, les articulations, les points de jonctions, les zones dans lesquelles ce processus de m&#233;tamorphose se produit avec une particuli&#232;re efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, les pratiques artistiques sont travers&#233;es par trois grandes questions, celle de l'imitation, celle de l'incarnation et celle du beau. Il me semble possible de montrer comment, dans cette mutation, ces trois questions vont continuer de nous hanter m&#234;me sous des formes qui ne sont pas imm&#233;diatement reconnaissables. Trois aspects nouveaux sont donc rep&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Le premier est &#233;videmment le pass&#233; et la m&#233;moire. Mais au-del&#224; de la question du maintien ou non des traces mat&#233;rielles, l'enjeu est d'analyser les modes de m&#233;morisation en cours de constitution qui ne seraient plus seulement ceux de l'archive et du tableau. Est-ce qu'il y a dans l'accumulation des images une force propre qui d&#233;passe l'archive et le souvenir, et constitue une forme nouvelle de m&#233;morisation ? Est-ce qu'il est possible de constituer une &#171; image &#187; du monde actuel, au sens le plus large de vision coh&#233;rente et accessible par la pens&#233;e ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toute la question de l'imitation qui se trouve reformul&#233;e ici et qui persiste &#224; tisser sa toile et creuser ses tunnels dans nos psychismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Le deuxi&#232;me est &#171; l'auteur &#187; et le montage qu'il op&#232;re sur le r&#233;el &#224; partir du dispositif de la conscience et du r&#233;seau de ses connaissances. Ce dispositif est obsol&#232;te. Notre monde est un monde sans auteur. Mais non seulement il est encore le mod&#232;le de r&#233;f&#233;rence, mais son effacement n'est pas total, bien au contraire. La conscience continue d'&#234;tre le dispositif auquel nous nous r&#233;f&#233;rons et l'auteur, l'individu, le sujet sont toujours des fictions auxquelles nous croyons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous faut surtout prendre en compte c'est le fait que le recours &#224; la conscience produit des effets qui sont diff&#233;rents, pour ne pas dire contraires, de ceux auxquels on s'attend, . La question qui se pose c'est de savoir comment vont s'op&#233;rer les processus mentaux et psychiques qui vont remplacer ceux de la subjectivation ? Comment vont se jouer les nouvelles formes d'incarnation, pour utiliser un terme essentiel dans l'histoire de l'art ? Tel est l'un des enjeux essentiels de cette mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Le troisi&#232;me est constitu&#233; par l'articulation entre les processus discontinus et les processus continus &#224; l'&#339;uvre dans le vivant comme dans la pens&#233;e. C'est &#224; ce partage nouveau que souvent les clivages anciens peuvent &#234;tre rapport&#233;s. Les clivages qui traversent les pratiques artistiques peuvent &#234;tre traduits dans ces termes. On assiste, comme le remarque Rem Koolhaas, &#224; une inversion des p&#244;les de valorisation. &#171; L'infinie vari&#233;t&#233; de la ville g&#233;n&#233;rique n'est pas loin de rendre la vari&#233;t&#233; normale, banalis&#233;e, contre toute attente c'est la r&#233;p&#233;tition qui est devenue inhabituelle et partant, potentiellement audacieuse et passionnante &#187; (op. cit., p. 73). La perte de valeur du sujet comme auteur r&#233;veille donc les forces non individuelles, et c'est vers l'identification et l'analyse de ces forces li&#233;es au nombre et &#224; la r&#233;p&#233;tition, qui d&#233;passent ou englobent l'individu, qu'il faut se tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'&#233;vidence du c&#244;t&#233; du pr&#233;individuel et transindividuel que l'on pourra aller chercher des &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension et donc du c&#244;t&#233; de Simondon et des sciences, biologie, physique quantique et neurosciences en particulier. Cela permettra de repenser, &#224; nouveaux frais, la question majeure qui sous-tend toute pratique artistique, celle du beau ou de la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH270/23-fnl-be764.jpg?1509819044' width='500' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des aspects concrets multiples qui ont lieu devant nous et en nous, c'est &#224; un moment d'adaptation de nos comportements &#224; la vision du monde qui est n&#233;e de la r&#233;volution scientifique du XXe si&#232;cle, que nous prenons part. Nous sommes sans doute en train de mettre en place un monde qui &#171; ressemble &#187; &#224; l'image que nous sommes d&#233;sormais en mesure de nous faire de l'univers, un monde dans lequel le chaos, les fractales, les relations entre les &#234;tres se pensent en fonction de mod&#232;les biologiques, physiques et math&#233;matiques complexes. Bref, nous sommes en train de construire un monde qui exprime &#224; la fois nos connaissances r&#233;centes et la d&#233;chirure que cela implique vis-&#224;-vis de nos anciennes connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le remarque Rem Koolhaas, &#171; ce n'est pas la conscience comme ses inventeurs originels ont pu l'esp&#233;rer, mais un nouvel inconscient, que cr&#233;e les postmodernismes &#187; (op. cit., p. 72). Il y a avec cette phrase de quoi alimenter une recherche de plusieurs ann&#233;es sur la formation de ce nouvel inconscient. En effet, rien ne se cr&#233;e qui ne le fasse sur l'oubli et sur les ruines de ce qui pr&#233;c&#233;dait et ce qui pr&#233;c&#233;dait, pour le dire d'un mot, une conception du monde, cela ne dispara&#238;t pas compl&#232;tement, mais sans se retrouver n&#233;cessairement refoul&#233;, cela finit enfoui, &#233;cras&#233;, transform&#233; en strates dans les sous-sols de l'oubli. Mais de cette strate pourront un jour remonter des gaz qui provoqueront des incendies dont on aura du mal &#224; identifier la cause.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Iconographie : travaux de Rem Koolhaas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VI - Gen&#232;se de la vision &#224; partir de Spirale,</title>
		<link>https://www.tk-21.com/VI-L-image-et-la-rose-Note-sur-La</link>
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		<dc:date>2011-03-01T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette nouvelle d'Italo Calvino nous pr&#233;sente l'histoire du vivant sur cinquante millions d'ann&#233;es, c'est-&#224;-dire notre histoire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/arton406-3768a.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle d'Italo Calvino nous pr&#233;sente l'histoire du vivant sur cinquante millions d'ann&#233;es, c'est-&#224;-dire notre histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Note sur &lt;i&gt;La Spirale&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-citron-huitres.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH337/02-citron-huitres-88d35.jpg?1509819045' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - Une conscience transhistorique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle d'Italo Calvino nous pr&#233;sente l'histoire du vivant sur cinquante millions d'ann&#233;es, c'est-&#224;-dire notre histoire. Le narrateur est un &#234;tre vivant. Il est vrai qu'il appara&#238;t &#224; certains moments du texte comme un d&#233;miurge qui aurait tout invent&#233;, tout cr&#233;&#233; et qui serait dot&#233; &#224; la fois d'une m&#233;moire absolue et d'une perception totale tel un dieu un et multiple &#224; la fois. En fait, il est plut&#244;t l'incarnation singuli&#232;re d'une conscience en train de se former et qui se rem&#233;morerait &#224; partir de son pr&#233;sent actuel l'histoire globale de sa formation. Cette conscience est &#224; la fois individuelle et commune &#224; tous. Elle existe &#224; partir d'un &#171; lieu &#187; englobant tous les lieux possibles, c'est-&#224;-dire d'un corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce personnage du nom &#233;nigmatique de Qfwfq est comme souvent chez Calvino un personnage dont on pourrait dire qu'il est n&#233; du texte, des mots, des lettres m&#234;me et qu'il vit comme texte dans le texte. Mais il est surtout une sorte de m&#233;taphore de l'histoire du vivant et de la pens&#233;e. C'est &#224; ce titre que nous nous int&#233;resserons &#224; lui et que nous tenterons de comprendre en quoi cette perspective transhistorique peut nous apporter quelque chose dans nos r&#233;flexions sur l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, ce texte me para&#238;t fournir l'occasion id&#233;ale pour tenter une synth&#232;se de ce qui nous pr&#233;occupe ici pour la sixi&#232;me ann&#233;e, c'est-&#224;-dire tenter de comprendre, &#224; travers le concept d'image, et surtout &#224; travers ses diverses incarnations, &#224; la fois comment les images mat&#233;rielles existent dans notre r&#233;alit&#233; et comment elles r&#233;troagissent et influent sur ce qui se passe dans notre psychisme. On pourrait dire qu'il y a deux mani&#232;res d'approcher la question de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re part des d&#233;terminations philosophiques classiques de l'image h&#233;rit&#233;es de la triple tradition grecque juive et chr&#233;tienne, et de leurs avatars modernes que sont les images techniques d&#233;velopp&#233;es &#224; partir de l'invention de la photographie et en tant que cette invention est &#224; la fois prise et porteuse de m&#233;taphores tendant &#224; confirmer ces d&#233;terminations.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde court aussi &#224; travers l'histoire de la philosophie, mais elle ne s'est pas r&#233;ellement impos&#233;e. Elle s'inscrit dans des textes philosophiques mat&#233;rialistes pour l'essentiel, mais aussi dans des textes qui interrogent les limites de la pens&#233;e, comme c'est le cas chez Ma&#238;tre Eckhart ou Nicolas de Cues par exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
De nouvelles d&#233;finitions de l'image sont cependant rendues possibles et n&#233;cessaires par l'&#233;volution m&#234;me des images mat&#233;rielles, invention du cin&#233;ma, de la t&#233;l&#233;vision, de la vid&#233;o, envahissement du paysage, urbain en particulier, par des &#233;crans de toutes sortes et par les effets encore difficiles &#224; mesurer que leur prolif&#233;ration a sur le psychisme et sur les comportements humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est in&#233;vitable et essentiel de croiser l'analyse de ces images mat&#233;rielles avec ce que les neurosciences et les sciences du vivant nous apportent de nouveau au sujet de la perception, et de la formation des objets mentaux en nous. Cette approche philosophique ne peut &#234;tre que critique et donc ent&#233;e sur une analyse qui participe du champ de la d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette seconde lign&#233;e d'analyse de l'image que nous entendons ici participer. Cela implique de revisiter les concepts philosophiques traditionnels au moins en ce qu'ils seraient premiers, fondateurs et ind&#233;passables. Il est impossible de le faire sans prendre pour vecteur de r&#233;flexion le vivant et nos connaissances actuelles sur le vivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224;, pourrait-on penser, une d&#233;marche bien peu orthodoxe philosophiquement parlant, mais on a vu, en travaillant sur Simondon, par exemple, qu'une telle approche &#233;tait, non seulement philosophiquement possible, mais aussi extr&#234;mement riche d'enseignements. C'est &#224; une telle d&#233;marche que nous allons nous consacrer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-chambord.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/01-chambord-64872.jpg?1509819045' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Calvino en quelques mots&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle de Calvino est extraite de &lt;i&gt;Cosmicomics&lt;/i&gt;. Ce recueil de nouvelles paru en 1965 est inspir&#233; par les recherches et les connaissances que Calvino a des avanc&#233;es dans certains domaines scientifiques. Il avait commenc&#233; des &#233;tudes d'ing&#233;nieur agronome, comme son p&#232;re, sa m&#232;re &#233;tant, elle, biologiste. Apr&#232;s avoir adopt&#233; un point de vue n&#233;o-r&#233;aliste dans ses premiers romans, qui racontent ses exp&#233;riences dans les milieux de la r&#233;sistance, il s'en d&#233;tache pour laisser cro&#238;tre sa veine fantastique. Il prendra ses distances avec le PCI apr&#232;s l'invasion de la Hongrie et s'installera en France &#224; partir de 1967, entrera en contact avec Barthes, Perec et L&#233;vi-Strauss, mais c'est &#224; L'Oulipo qu'il finira par &#234;tre accueilli &#224; partir de 1972.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Cosmicomics&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1965, est un recueil de nouvelles qui se situe &#224; la crois&#233;e de son int&#233;r&#234;t pour les sciences, la sociologie et le fantastique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le Ch&#226;teau des destins crois&#233;s&lt;/i&gt; (1969), &lt;i&gt;Les Villes invisibles&lt;/i&gt; (1972), &lt;i&gt;Si par une nuit d'hiver un voyageur&lt;/i&gt; (1979), appartiennent au &#171; syst&#232;me combinatoire des r&#233;cits et des destins humains &#187;, syst&#232;me &#224; l'aide duquel Calvino &#8211; en s'appuyant sur un certain nombre d'&#233;l&#233;ments (les figures du tarot dans &lt;i&gt;Le Ch&#226;teau des destins crois&#233;s&lt;/i&gt;) &#8211; pr&#233;tendait construire ses r&#233;cits. Ce &#171; syst&#233;matisme &#187; traduit l'influence de L'Oulipo et le go&#251;t de ses membres pour toutes les formes d'&#233;criture &#224; contraintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il meurt en 1985 d'une h&#233;morragie c&#233;r&#233;brale, alors qu'il pr&#233;parait pour l'universit&#233; de Harvard les &lt;i&gt;Le&#231;ons am&#233;ricaines&lt;/i&gt;, qui paraissent apr&#232;s sa mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-coquillages.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/03-coquillages-17dae.jpg?1772190199' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - Onto et phylogen&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut ici consacrer un moment au texte de la nouvelle &lt;i&gt;La spirale&lt;/i&gt;, tenter d'en r&#233;v&#233;ler la logique et l'organisation et d'en dessiner les limites afin de pouvoir conduire notre r&#233;flexion sur des chemins qu'elle semble d'ailleurs nous indiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur est un mollusque ant&#233;diluvien, mais il se r&#233;v&#233;lera &#224; un moment du texte &#234;tre aussi un homme d'aujourd'hui qui va revenir sur son pass&#233;, pass&#233; qui n'est pas le sien comme individu, ni m&#234;me celui de l'esp&#232;ce humaine, mais celui du vivant, de tout &#234;tre vivant. Calvino part de l'hypoth&#232;se que le vivant serait n&#233; ou se serait manifest&#233; dans l'oc&#233;an et que des cellules se seraient agglutin&#233;es et au gr&#233; de variations infimes auraient donn&#233; forme &#224; l'infinit&#233; des esp&#232;ces que nous connaissons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux points de vue se relaient constamment dans le texte, source de sa dimension fantastique, un point de vue ontog&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire relatif au d&#233;veloppement biologique de l'individu depuis la conception jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte et un point de vue phylog&#233;n&#233;tique, si l'on s'accorde &#224; dire que la phylogen&#232;se est la science &#233;tudiant la formation et le d&#233;veloppement des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales. La phylogen&#232;se est donc l'histoire &#233;volutive d'une esp&#232;ce ou d'un groupe d'esp&#232;ces apparent&#233;es. L'&#233;tude de cette phylog&#233;nie cherche &#224; d&#233;terminer les liens de parent&#233; entre les groupes d'esp&#232;ces de diff&#233;rents niveaux taxonomiques, afin de mieux comprendre leur &#233;volution et &#224; &#233;tablir une classification des esp&#232;ces en fonction de leur parent&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, Calvino brouille ces deux entr&#233;es. Le narrateur est une voix qui parle &#224; chacun des niveaux de l'histoire qu'il raconte. Il est donc successivement un mollusque vieux de 50 millions d'ann&#233;es qui se rapproche de nous jusqu'&#224; parler en homme d'aujourd'hui. La dimension ontog&#233;n&#233;tique est ent&#233;e sur la dimension phylog&#233;n&#233;tique prise dans son sens le plus large dans la mesure o&#249; Calvino donne &#224; tous les vivants, animaux et humains en tout cas, la m&#234;me racine, une sorte d'amas de cellules qui pourrait &#234;tre un mollusque et qui vivait donc pos&#233; ou accroch&#233; &#224; un rocher dans un temps tr&#232;s lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension fictive de ce texte permet de conf&#233;rer une voix unique &#224; un &#234;tre vivant qui aura connu une infinit&#233; de transformations, voire de mutations. Cette voix se r&#233;v&#232;lera &#234;tre la voix d'un exemplaire unique, d'une singularit&#233; et en m&#234;me temps la voix de tous les vivants dans la mesure m&#234;me o&#249;, par l'activation du syst&#232;me d'inf&#233;rence qui est suppos&#233; &#234;tre commun &#224; tous les vivants, il sera postul&#233; que leur exp&#233;rience originaire aura &#233;t&#233; la m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le comprend, pour les besoins de la fiction, il est n&#233;cessaire de doter d'entr&#233;e de jeu le personnage-narrateur d'une forme de conscience et de m&#233;moire minimale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une analyse g&#233;n&#233;alogique invers&#233;e que nous pratiquons ici, il nous faut tenter de prendre en compte le fait qu'il existe des structures dans le vivant, des m&#233;moires de types divers et des syst&#232;mes de r&#233;gulation des comportements bas&#233;s sur la tension entre exp&#233;riences acquises, r&#233;ponses &#224; faire et d&#233;cisions &#224; prendre dans des situations parfois connues, parfois in&#233;dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cela le texte ne nous parle pas directement, mais nous consid&#233;rerons que ces facteurs sont en quelque sorte pris en compte. En gros nous suivons le cheminement durant lequel quelque chose comme l'individu s'est form&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus qu'&#224; une description de sa gen&#232;se proprement dite, c'est &#224; la mani&#232;re dont il &#233;volue, que nous assistons. Ainsi au d&#233;part, donc, il n'est pas rien mais pas encore quelque chose. Il est un &#234;tre quasi indiff&#233;renci&#233; et c'est &#224; cette diff&#233;renciation, relative mais r&#233;elle, &#224; laquelle s'int&#233;resse le texte. Mais en m&#234;me temps, il met en perspective les mutations et les cr&#233;ations de nouvelles fonctions qui sont invent&#233;es par le vivant pour acc&#233;der &#224; une plus grande complexit&#233; et en m&#234;me temps pour r&#233;guler avec une certaine simplicit&#233; sa position dans le monde vis-&#224;-vis des autres et maintenir une relation relativement coh&#233;rente avec son environnement. Alain Berthoz parle lui, dans son livre &#233;ponyme de &lt;i&gt;Simplexit&#233;&lt;/i&gt; (&#201;ditions Odile Jacob, 2009).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquons donc ce texte avant d'en venir au sujet qui nous importe, la question de la vue, de sa gen&#232;se, et de celles des images. C'est en effet ce qui motive en sous-main le texte d&#232;s les premi&#232;res lignes o&#249; il est question de ces &#171; stries aux colorations vives et de formes qui sont tr&#232;s belles &#224; nos yeux, comme, par exemple, nombre de coquilles des gast&#233;ropodes, ind&#233;pendamment de tout rapport avec la visibilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-rembrandt.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH223/07-rembrandt-9c025.jpg?1772190199' width='500' height='223' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 - Le th&#233;or&#232;me de l'amorphisme humain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que Calvino se situe du c&#244;t&#233; d'une certaine conception de l'homme comme &#234;tre indiff&#233;renci&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Musil nomme cela le &#171; th&#233;or&#232;me de l'amorphisme humain &#187; (Theorem des menschlichen Gestaltlosigkeit). &#171; Le substrat, l'homme, n'est en fait qu'une seule et m&#234;me chose &#224; travers toutes les cultures et les formes historiques ; ce par quoi elle, et du m&#234;me coup lui aussi, se distinguent, proviennent de l'ext&#233;rieur, et non de l'int&#233;rieur. &#187; Ou encore, en d'autres termes : &#171; Je veux soutenir qu'un anthropophage, transplant&#233; &#224; l'&#233;tat de nourrisson dans un environnement europ&#233;en, deviendrait probablement un bon Europ&#233;en, et que le tendre Rainer Maria Rilke serait devenu un bon anthropophage, si un sort malheureux l'avait jet&#233;, petit enfant, parmi les gens des mers du Sud. Je crois la m&#234;me chose d'un nourrisson grec du IVe si&#232;cle avant J.C., qu'un miracle aurait attribu&#233; par substitution &#224; une m&#232;re du Kurf&#252;rstendamm, ou d'un jeune Anglais qui aurait &#233;t&#233; donn&#233; &#224; une m&#232;re &#233;gyptienne de l'an 5000. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La signification du th&#233;or&#232;me est que, contrairement aux hypoth&#232;ses et aux affirmations de la phr&#233;nologie et de la physiognomonie historiques, l'homme est une mati&#232;re premi&#232;re susceptible de rev&#234;tir les formes les plus diverses et les plus antith&#233;tiques, un &#234;tre moralement amorphe, une substance collo&#239;dale sans consistance interne ou &#171; une masse liquide qui doit &#234;tre form&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Cr&#233;pon du CNRS, dans un texte intitul&#233; &lt;i&gt;La compr&#233;hension mutuelle des peuples, Musil, Heidegger et l'id&#233;e de philosophie nationale&lt;/i&gt;, &#233;voque avec pr&#233;cision le th&#233;or&#232;me de l'amorphisme humain ou plut&#244;t les cons&#233;quences qui d&#233;coulent de son adoption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De cette th&#233;orie de l'amorphisme humain, trois cons&#233;quences doivent &#234;tre tir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - La premi&#232;re est qu'elle induit une th&#233;orie de l'histoire qui dissocie l'historicit&#233; de l'existence de toute appartenance &#224; une communaut&#233;. Il s'agit en r&#233;alit&#233; de substituer la question du lieu &#224; celle de l'identit&#233;&#8230;/...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - La deuxi&#232;me cons&#233;quence de cette th&#233;orie est que l'approche de la diversit&#233; qu'elle propose court-circuite tout rappel de l'origine&#8230;/&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Enfin la reconnaissance de l'amorphisme humain conduit &#224; faire son deuil de l'id&#233;e m&#234;me de promesse. Il n'y a pas de salut &#224; attendre de l'accomplissement proph&#233;tique d'une r&#233;v&#233;lation. L'histoire ne nous a pas donn&#233; de mission &#224; remplir, d&#232;s lors que notre situation au carrefour de multiples appartenances, &#224; l'intersection de nombreux faits, est impr&#233;visible. La seule chose que nous puissions faire est d'essayer de modifier cette situation, de rep&#233;rer par exemple tout ce qui rel&#232;ve en elle du fourvoiement, &#224; commencer par les illusions de la foi dans l'avenir de la &#8220;race&#8221;, du &#8220;peuple&#8221;, de &#8220;l'&#233;tat&#8221;. &#187; (op. cit., p. 319)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques peuvent para&#238;tre un peu loin de notre propos, pourtant, le th&#233;or&#232;me de l'amorphisme est pr&#233;sent en filigrane dans le texte de Calvino et les cons&#233;quences de ce th&#233;or&#232;me sont essentielles en particulier le point concernant l'id&#233;e m&#234;me de promesse. Nous le savons, l'image est li&#233;e dans notre culture &#224; la promesse. C'est m&#234;me essentiellement autour de la question de la transmission de la promesse, celle dont est porteur le message chr&#233;tien en particulier mais aussi tout message en tant qu'il s'adresse &#224; un autre, que se posent l'essentiel des questions relatives &#224; l'image dans les d&#233;bats th&#233;ologiques et th&#233;oriques des premiers si&#232;cles de notre &#232;re, d&#233;bats qui ne cessent de se poursuivre dans les d&#233;bats d'aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes, nous l'avons &#233;voqu&#233; ici plusieurs fois, en particulier lors du s&#233;minaire consacr&#233; au texte de G&#252;nther Anders, dans cette situation que nous qualifions de post-historique et qui se caract&#233;rise par l'incapacit&#233; &#224; d&#233;cider ou du moins &#224; &#233;chapper au pi&#232;ge auquel toute d&#233;cision dans un monde probabiliste doit faire face, &#224; savoir qu'elle oscille sans fin entre deux positions, les &#171; en avant toute &#187; et les &#171; en arri&#232;re toute &#187;, comme le dit &#224; peu pr&#232;s Musil dans &lt;i&gt;L'homme sans qualit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-huitres-mouche.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/04-huitres-mouche-5e459.jpg?1509819045' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 - Du pr&#233;-individuel &#224; l'individuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la th&#233;orie de l'amorphisme ne fonctionne pas par l'existence de fonctions diverses, pr&#233;-individuelles, &#224; partir de l'existence desquelles nous nous constituons dans la relation que nous impose et que nous entretenons avec notre environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de ce point de vue qu'est &#233;crit le texte de Calvino. Il montre comment &#224; partir d'un &#234;tre vivant litt&#233;ralement sans forme, amorphe au sens litt&#233;ral, va se constituer, sur l'axe phylog&#233;n&#233;tique, l'infinit&#233; des esp&#232;ces. L'absence de forme n'est donc pas une caract&#233;ristique n&#233;gative mais bien &#224; entendre comme signalant l'existence d'une sorte de r&#233;servoir de formes en puissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui importe, ce sont donc les m&#233;canismes qui permettront &#224; ces formes de voir le jour. Ce que nous suivons tout au long de cette fiction, c'est le processus acc&#233;l&#233;r&#233; de ce qui a pu se produire au long des cinquante derniers millions d'ann&#233;es, p&#233;riode qui a vu le passage du vivant de l'&#233;tat d'amas de cellules apparemment sans avenir parce que sans projet, &#224; l'&#233;tat de populations diversifi&#233;es d'&#234;tres vari&#233;s capables de sentir, de penser et de se projeter dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons ce qui caract&#233;rise donc ces premiers amas de cellules. Mis &#224; part le fait que, pour les n&#233;cessit&#233;s de la narration, Calvino lui conf&#232;re une dimension consciente d'entr&#233;e de jeu &#224; travers une capacit&#233; minimale de r&#233;flexion, qui n'est d'ailleurs pas encore conscience de soi, puisque de moi il n'y a pas sans forme minimale &#224; laquelle le mollusque de d&#233;part n'a pas encore acc&#233;d&#233;, Qfwfq, puisque tel est le nom du personnage, ne dispose pour &#234;tre en relation avec le monde que de deux trous, une bouche et un anus. Il vit dans un monde o&#249; la diff&#233;rence entre un dehors et un dedans n'est pas encore d&#233;finie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, l'histoire que nous raconte Calvino est celle de la diff&#233;renciation, qui ne peut se produire, comme nous le savons, que par le biais de la r&#233;p&#233;tition d'actes et de situations quasi identiques. Cette r&#233;p&#233;tition rend seule possible l'existence de micro variations qui sont, elles, la v&#233;ritable source des modifications qui donnent naissance &#224; la vari&#233;t&#233; des esp&#232;ces et &#224; l'&#233;volution des fonctions existantes vers l'acquisition-invention de nouvelles fonctions permettant de r&#233;pondre aux situations nouvelles qui ont vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde page de ce texte est en effet tr&#232;s riche puisque sont &#233;voqu&#233;s la sym&#233;trie comme principe de base permettant aux variations de na&#238;tre, l'illimitation de la pens&#233;e dans un &#233;tat qui est ant&#233;rieur &#224; la pens&#233;e, le fait que cet &#233;tat quasi originaire &#233;tait caract&#233;ris&#233; par une absence d'image puisqu'il n'existait aucun organe permettant de voir ni d'ailleurs de penser et l'absence de principe d'individuation, chaque cellule &#233;tant pr&#233;sent&#233;e comme susceptible de &#171; penser &#187; c'est-&#224;-dire d'exister pour son propre compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une sorte de pur &#234;tre-l&#224; que nous pr&#233;sente Calvino, un &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt; qui ne correspond en rien &#224; celui de Heidegger, mais qui est sans doute plus proche de ce que nous avons &#233;t&#233; en effet au cours de notre &#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le statut que nous, &#171; sujets &#187;, pouvons conf&#233;rer &#224; cette p&#233;riode du vivant, c'est de dire que les &#234;tres vivants &#233;taient des non-sujets, et cela parce qu'ils n'ont pas encore &#233;tabli de relation avec d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet isolement est pr&#233;sent&#233; avec un certain humour comme narcissique par Calvino, mais en fait c'est le passage vers une vie nouvelle peupl&#233;e d'autres et impliquant donc des relations avec ces autres qui fait l'objet de la suite du texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de l&#224;, les encha&#238;nements nous sont mieux connus, c'est l'affinement des sensations, c'est-&#224;-dire un m&#233;canisme plus raffin&#233; de s&#233;lection permettant qu'&#233;mergent des prises de d&#233;cision, &#224; partir du rep&#233;rage de diff&#233;rences minimales que seule la r&#233;p&#233;tition permet de mesurer. Ces diff&#233;rences d'intensit&#233;s, &#224; l'int&#233;rieur de situations quasi identiques, permettent que se mette en place le fondement m&#234;me de la diff&#233;renciation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de conf&#233;rer &#224; des &#233;tats quasi identiques dans une situation v&#233;cue de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e, une sorte de coefficient, coefficient qui trouve sa justification dans la reconnaissance d'une diff&#233;rence entre plaisir et d&#233;plaisir, entre satisfaction et d&#233;sagr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce moment est concomitant de la reconnaissance de l'existence des autres, moment qui ne sera pour Calvino, jamais tout &#224; fait effac&#233; et qui persistera dans la mani&#232;re dont la conscience ne cessera jamais de se figurer le monde, &#224; la fois comme une source de sensations variables et vari&#233;es et comme une sorte de phantasme invent&#233; par elle ou de structure plus ou moins indiff&#233;renci&#233;e sur laquelle elle projette ses attentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, le d&#233;sir va &#234;tre le grand moteur des modifications ult&#233;rieures. Le d&#233;sir est lui-m&#234;me engendr&#233; par une saisie simplement plus raffin&#233;e des diff&#233;rences d'intensit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des &#233;tats qui commencent &#224; &#234;tre per&#231;us comme porteurs d'informations nouvelles. Pour Calvino comme pour nous, tout ce qui existe et se manifeste dans le monde est information ou plut&#244;t le monde est constitu&#233; par l'information.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08-piranese.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH319/08-piranese-92290.jpg?1509819045' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 - L'information selon Simondon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re qu'il &#233;tait manifeste que l'on pouvait relier certains aspects des th&#233;ories de Bellmer avec celles de Simondon, on peut et on doit le faire ici. En effet, cette nouvelle de Calvino ne fait rien d'autre que de nous raconter une histoire de l'individuation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquons donc un instant la th&#233;orie de Simondon. Elle nous permettra de mieux comprendre ce qui sera en jeu lorsque nous parlerons de l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous le savez, nous en avons parl&#233; longuement l'an pass&#233;, ce qui caract&#233;rise la pens&#233;e de Simondon, c'est le couplage qu'il op&#232;re entre la notion d'information et celle d'individuation. Sans rentrer dans les d&#233;tails, il importe de rappeler la sp&#233;cificit&#233; de sa th&#233;orie. Elle est pour l'essentiel d&#233;velopp&#233;e dans sa th&#232;se publi&#233;e in extenso aujourd'hui aux &#233;ditions J&#233;r&#244;me Millon &#224; Grenoble sous le titre &lt;i&gt;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information&lt;/i&gt;. On peut y lire ceci : &#171; L'information n'est pas une chose, mais l'op&#233;ration d'une chose arrivant dans un syst&#232;me et y produisant une transformation. &#187; (op. cit., p. 159)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'information est donc un &#171; acte &#187; ou &#171; en &#187; acte et elle s'oppose &#224; une conception r&#233;ifi&#233;e de la forme, conception qui sous-tend au fond les th&#233;ories les plus classiques concernant aussi l'image, comme nous le verrons par la suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Simondon, l'information est l'&#233;l&#233;ment majeur de ce qui permet l'individuation &#224; partir de ce qu'il appelle la r&#233;sonance interne &#171; qui est le mode le plus primitif de communication entre des r&#233;alit&#233;s d'ordre diff&#233;rent. &#187; (op. cit., p. 33, n1)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le passage qui sonne comme un manifeste pour une nouvelle th&#233;orie de l'information se trouve page 31 de ce livre. Simondon est conscient de proposer une transformation radiale de la notion. Le voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un tel ensemble de r&#233;forme des notions est soutenu par l'hypoth&#232;se d'apr&#232;s laquelle une information n'est jamais relative &#224; une r&#233;alit&#233; unique et homog&#232;ne, mais &#224; deux ordres en &#233;tat de disparition : l'information, que ce soit au niveau de l'unit&#233; tropistique ou au niveau du transindividuel, n'est jamais d&#233;pos&#233;e dans une forme pouvant &#234;tre donn&#233;e ; elle est la tension entre deux r&#233;els disparates, elle est la signification qui surgira lorsqu'une op&#233;ration d'individuation d&#233;couvrira la dimension selon laquelle deux r&#233;els disparates peuvent devenir syst&#232;me ; l'information est donc une amorce d'individuation, une exigence d'individuation, elle n'est jamais chose donn&#233;e ; il n'y a pas d'unit&#233; et d'identit&#233; de l'information, car l'information n'est pas un terme ; elle suppose tension d'un syst&#232;me d'&#234;tre ; elle ne peut &#234;tre qu'inh&#233;rente &#224; une probl&#233;matique ; l'information est ce par quoi l'incompatibilit&#233; du syst&#232;me non r&#233;solu devient dimension organisatrice dans la r&#233;solution ; l'information suppose un changement de phase d'un syst&#232;me car elle suppose un premier &#233;tat pr&#233;individuel qui s'individue selon l'organisation d&#233;couverte ; l'information est la formule de l'individuation, formule qui ne peut pr&#233;exister &#224; cette individuation ; on pourrait dire que l'information est toujours au pr&#233;sent, actuelle, car elle est le sens selon lequel un syst&#232;me s'individue. &#187; (op. cit., p. 31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes loin de ce que spontan&#233;ment nous entendons par information, que ce soit dans sa d&#233;finition cybern&#233;tique ou dans celle que nous utilisons tous les jours croyant percevoir &#224; travers ce mot, le flux des donn&#233;es, des faits et des &#233;v&#233;nements transmis &#224; travers les mots ou les images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui importe ici, c'est de noter que l'information n'est jamais un terme unique et qu'elle agit dans un syst&#232;me de couplage que Simondon nomme l'amplification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'&#233;l&#233;ment essentiel, c'est que cette d&#233;finition de l'information suppose et implique &#171; pour qu'on puisse parler d'elle, une conscience qui la re&#231;oive et qui soit &#224; son origine. &#187; (Simondon, &lt;i&gt;Communication et information&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Jean-Yves Ch&#226;teau, p. 30)&lt;br class='autobr' /&gt;
Information communication et r&#233;ception sont donc les trois p&#244;les qui caract&#233;risent cette th&#233;orie de la r&#233;ception.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suivons un instant Jean-Yves Ch&#226;teau dans la synth&#232;se qu'il propose de cette th&#233;orie. Vous allez vous apercevoir en entendant ces phrases que c'est d'une certaine mani&#232;re une sorte de r&#233;sum&#233; un peu th&#233;orique du texte de Calvino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme l'individuation, la notion d'information suppose que la r&#233;alit&#233; soit con&#231;ue comme les conditions g&#233;n&#233;rales de la communication le supposent : d'abord un &#233;tat initial pr&#233;c&#233;dant l'individuation, o&#249; la r&#233;alit&#233; soit au commencement inindividu&#233;e et sans forme ; ensuite, la possibilit&#233; que l'individuation et l'information puissent provenir de cet &#233;tat initial inindividu&#233; et informe ; et puis comme cons&#233;quence, qu'&#224; l'int&#233;rieur de cet &#233;tat initial pr&#233;individuel puissent se produire de la communication, de la r&#233;sonance internes ; que de cet &#233;tat initial &#224; l'&#233;tat individu&#233; et inform&#233;, le passage puisse se faire par une amplification transductive et irr&#233;versible. Enfin, ce mod&#232;le ontologique et ontog&#233;n&#233;tique de la r&#233;alit&#233; initiale pr&#233;individuelle, correspond avec le fait que ce qui &#233;tablit cette communication (c'est-&#224;-dire ce qui d&#233;clenche cette amplification) doit pouvoir &#234;tre une incidence &#233;nerg&#233;tique relativement ind&#233;termin&#233;e et faible (susceptible d'advenir dans l'&#233;tat pr&#233;individuel, ou ce qui en demeure au cours de l'individuation du syst&#232;me), et, dans cette mesure, c'est avant tout le syst&#232;me r&#233;cepteur (en devenant syst&#232;me r&#233;cepteur de ce fait m&#234;me, &#224; cette occasion), qui est susceptible de faire que cette incidence est ou non re&#231;ue, et re&#231;ue ou non comme une singularit&#233;, une ecc&#233;it&#233;, un &#233;v&#233;nement et ainsi comme une information. &#187; (op. cit., p. 31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre personnage, portant le doux nom de Qfwfq, r&#233;pond &#224; l'ensemble de ces crit&#232;res. Ce que nous raconte Calvino, c'est une version plausible quoique tout &#224; fait imaginaire de l'&#233;volution en tout cas de l'&#233;volution comme processus d'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH395/11-vinci-deluge-3d0a8.jpg?1772190199' width='500' height='395' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Ces formes si belles &#224; nos yeux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - Amplification&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la fois au tout d&#233;but du texte et aux derniers paragraphes, c'est-&#224;-dire &#224; la question qui nous pr&#233;occupe, celle du statut des images ou plus exactement du visible et de la vision, de la gen&#232;se de la vision dans le sch&#233;ma &#233;volutif et g&#233;n&#233;alogique que nous pr&#233;sente ce texte qui dessine aussi un cadre philosophique &#224; travers lequel nous allons tenter d'avancer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons-nous le premier paragraphe en italique : &lt;i&gt;&#171; Pour la plupart des mollusques, la forme organique visible n'a pas grande importance dans la vie des membres de l'esp&#232;ce, &#233;tant donn&#233; qu'ils ne peuvent pas se voir entre eux ou n'ont, des autres individus et de l'environnement, qu'une perception vague. Ce qui n'emp&#234;che pas l'existence de stries aux colorations vives et des formes qui sont tr&#232;s belles &#224; nos yeux (comme par exemple nombre de coquilles de gast&#233;ropodes), ind&#233;pendamment de tout rapport avec la visibilit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de Calvino, m&#234;me si elle se d&#233;veloppe autour de l'histoire de ce mollusque ant&#233;diluvien, a pour objectif essentiel de tenter de comprendre le myst&#232;re m&#234;me de la vue, de l'existence de la vue et surtout de cette disjonction essentielle qui se produit entre production de formes visibles et impossibilit&#233; de les voir, entre production de beaut&#233; et absence de fonction de cette beaut&#233;. En effet lors m&#234;me que chez certains &#234;tres parmi les plus anciens, le d&#233;veloppement de la vue n'a pas eu lieu, dans le m&#234;me temps, d'autres ont acquis au cours de l'&#233;volution cette capacit&#233; de voir, et ce sont eux qui produisent des formes et des couleurs qui sont pour les yeux un enchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la derni&#232;re partie de ce texte, la partie III, que nous allons nous int&#233;resser maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est important de noter que Calvino &#224; ce moment du texte - apr&#232;s nous avoir fait passer &#224; travers quelques millions d'ann&#233;es et nous avoir conduit dans la partie II jusqu'&#224; un homme du vingti&#232;me si&#232;cle -, fait retour sur cet &#233;cart essentiel qui s'est produit au cours de l'&#233;volution et qui a vu l'apparition d'&#234;tres vivants dot&#233;s de la vue lors m&#234;me que d'autres ne le sont pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En conf&#233;rant &#224; Qfwfq une sorte de connaissance globale de ce qui a eu lieu durant ces cinquante millions d'ann&#233;es, Calvino nous permet de penser cet &#233;cart, cette diff&#233;rence comme la manifestation m&#234;me d'une question. Pourquoi existe-t-il des &#234;tres vivants qui sont la source de productions visibles et visuelles lors m&#234;me qu'il n'y a pas ou en tout cas pas encore de regard pour les appr&#233;hender ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette situation paradoxale permet &#224; Calvino de d&#233;ployer une th&#233;orie de la naissance de l'image tout &#224; fait particuli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord il remarque que la cr&#233;ation d'une forme aussi infime et apparemment sans importance que celle d'une coquille autour d'un mollusque a cependant un effet sur la forme m&#234;me du monde. Nous retrouvons ici une position qui se rapproche &#233;troitement de la th&#233;orie de l'amplification telle que Simondon la formule. L'amplification, rappelons-le, est &#171; le d&#233;clenchement au moyen d'un syst&#232;me apportant une incidence &#233;nerg&#233;tique minime, d'un autre syst&#232;me poss&#233;dant une &#233;nergie beaucoup plus importante &#187;, comme le remarque Jean-Yves Ch&#226;teau (op. cit., p. 27)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-huitres-crevettes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH139/06-huitres-crevettes-96e9a.jpg?1509819045' width='500' height='139' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Avant l'image&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition d'une coquille, - et avec elle d'un grand nombre de coquilles puisqu'&#224; l'&#233;vidence il y a un grand nombre de mollusques identiques &#224; notre narrateur, m&#234;me si ceux-ci ne sont pas &#233;voqu&#233;s pour les besoins de la coh&#233;rence de la fiction -, l'apparition de cette coquille dot&#233;e outre d'une forme singuli&#232;re, d'une r&#233;ceptivit&#233; &#224; la lumi&#232;re qui engendre des effets sp&#233;ciaux, comme celui des couleurs en particulier, fait donc exister dans le monde quelque chose qui a un statut particulier et que Calvino nomme l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu de ce texte, c'est dans un premier temps de montrer que l'image pr&#233;c&#232;de la chose m&#234;me telle qu'elle appara&#238;tra par la suite dans le syst&#232;me &#233;metteur r&#233;cepteur, puisque pour le moment, il y a bien un &#233;metteur, mais qui ne sait pas qu'il &#233;met et il n'y a pas de r&#233;cepteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La coquille ainsi &#233;tait en mesure de produire des images visuelles de coquilles, qui sont des choses tr&#232;s semblables&#8230;/&#8230; Une image pr&#233;supposait par cons&#233;quent une r&#233;tine, laquelle &#224; son tour pr&#233;suppose un syst&#232;me compliqu&#233; qui aboutit &#224; un enc&#233;phale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les choses ne sont &#224; la fois pas si simples et beaucoup moins compliqu&#233;es qu'on ne le pense g&#233;n&#233;ralement lorsque l'on aborde cette fausse question de la poule et de l'&#339;uf. Car c'est bien de cela dont il est question dans ce texte, de l'engendrement de la vue, de la vision et du visible. Engendrement signifie tout autre chose qu'origine. Nous avons tendance &#224; penser que c'est quelque chose comme un sujet constitu&#233; qui, d'une certain mani&#232;re, d&#233;ciderait de projeter quelque chose de lui vers un dehors inconnu afin de le conna&#238;tre. Nous avons tendance &#224; croire que le sujet pr&#233;existe &#224; tout. Ce n'est pas le cas. Et m&#234;me en ce qui concerne l'engendrement des instruments susceptibles de permettre de saisir quelque chose au-dehors, de l'engendrement de quelque chose comme l'&#339;il donc, les choses se passent plut&#244;t autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de cela, l'&#339;il, la vue, n'existerait sans l'ant&#233;riorit&#233; de cette production de quelque chose susceptible d'&#234;tre vu, regard&#233; m&#234;me, admir&#233; aussi bien, mais par des entit&#233;s qui elles-m&#234;mes ne voient pas. Ce ne sont pas encore des images, parce qu'il n'y a pas de r&#233;cepteur pour les recevoir, mais ce sont, pouvons-nous dire avec Calvino, des images en puissance. Il ne manque rien pour qu'elles le deviennent, et elles ne deviendront des images que dans le d&#233;veloppement parall&#232;le des vibrations lumineuses que ces coquilles &#233;mettent, et d'une structure r&#233;ceptrice. Oui, il faut quelque chose comme un &#339;il et comme un enc&#233;phale pour que quelque chose comme la vue puisse exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le myst&#232;re est bien l&#224; dans ce fait que des &#234;tres vivants comme des mollusques &#224; coquilles engendrent des structures visibles alors qu'aucun &#339;il n'existe pour les voir, en tout cas en eux. Ils produisent quelque chose qu'ils ne peuvent pas percevoir et pour laquelle ils n'ont pas et ne d&#233;velopperont pas d'instrument de perception.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de et dans ce d&#233;calage, dans cet &#233;cart que l'image na&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-nautile.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH377/05-nautile-29fdd.jpg?1509819046' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - Invention de l'image&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour moi, je ne poss&#233;dais rien de ce mat&#233;riel, et donc j'&#233;tais le dernier &#224; pouvoir en parler ; pourtant je m'&#233;tais fait mon id&#233;e &#224; savoir que l'important &#233;tait de constituer des images visuelles et ensuite les yeux viendraient par voie de cons&#233;quence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transmettre pr&#233;c&#232;de recevoir, m&#234;me si ce qui est transmis ne commence &#224; exister qu'&#224; partir du moment o&#249; cela est re&#231;u. Ce que nous donne &#224; penser Calvino, c'est une inversion de notre croyance spontan&#233;e de sujets conscients, &#224; savoir que nous serions l'origine de nos perceptions. L'autre version, on la conna&#238;t, c'est de croire que tout a &#233;t&#233; produit par une entit&#233; ext&#233;rieure omnipotente, un dieu donc. Le sujet est et reste le doublet faussement transcendantal du dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image dans son interpr&#233;tation classique est prisonni&#232;re de ce double pi&#232;ge, qui voit en elle une entit&#233; d&#233;grad&#233;e par rapport &#224; une forme consid&#233;r&#233;e comme absolue, intangible et incorruptible et une entit&#233; instable et de moindre valeur par rapport &#224; une forme incarn&#233;e dans une mati&#232;re solide. Le caract&#232;re post pos&#233; de cette conception de l'image est l'un des points majeurs qui oblit&#232;rent une approche de l'image comme entit&#233; dynamique, c'est-&#224;-dire g&#233;n&#233;rant et participant &#224; une dynamique qu'il va falloir tenter de pr&#233;ciser. Ce texte de Calvino participe de cette r&#233;vision conceptuelle n&#233;cessaire au sujet de l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image n'est donc pas ce qui existe &#224; la rencontre des projections d'un sujet ou d'une conscience et de la reconnaissance par eux, de la consistance de la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, l'image est l'un des &#233;l&#233;ments majeurs de l'engendrement m&#234;me de la r&#233;alit&#233; et de la perception. Elle est quelque chose qui est transmis avant de pouvoir &#234;tre re&#231;u, qui existe sans exister, qui est &#233;mise sans &#234;tre re&#231;ue donc, avant de pouvoir exister en tant que telle. Elle est une information au sens de Simondon, qui ne doit pas pr&#233;tendre &#224; une consistance telle qu'elle deviendrait une chose mat&#233;rielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est que dans un mouvement qui tend &#224; &#233;tablir une relation entre les deux p&#244;les entre lesquels une tension s'instaure, que l'engendrement de quelque chose qui n'existe pas, puisque cette chose n'est pas per&#231;ue ou re&#231;ue, pourra exister.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image est la relation entre ces deux p&#244;les que sont les vibrations lumineuses engendr&#233;es par les coquilles et la possibilit&#233; chez d'autres &#234;tres vivants de percevoir ces vibrations &#233;mises par les coquilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du dehors que vient la possibilit&#233; de la vision mais celle-ci n'existera que par une adaptation du corps r&#233;cepteur &#224; cette &#233;mission d'information en vue de la recevoir, c'est-&#224;-dire par la construction d'une structure en permettant la r&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En somme le complexe &#339;il-enc&#233;phale, je le pensais quant &#224; moi comme un tunnel creus&#233; depuis l'ext&#233;rieur, sous l'action de ce qui &#233;tait pr&#234;t &#224; devenir image, plut&#244;t que depuis l'int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire &#224; partir de l'intention de capter une image quelconque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image ici n'est donc pas une chose mais ce qui est produit au c&#339;ur d'une diff&#233;rence de potentiel en train de se constituer. L'image est le devenir des vibrations et des intensit&#233;s qui trouvent un r&#233;cepteur. Le reste n'existe pas, se perd tout simplement dans le non-lieu de l'univers. L'image est ce qui se constitue, en tout cas dans cette nouvelle de Calvino, entre un &#234;tre vivant qui produit quelque chose dont il ne sait pas qu'il peut &#234;tre visible et d'autres &#234;tres vivants qui ont des yeux mais ne savent pas qu'il y a quelque chose &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image est le produit de deux ext&#233;riorit&#233;s &#233;mettrices de vibrations sans signification, d'&#233;l&#233;ments qui ne sont pas des signes donc et qui se vivent comme deux int&#233;riorit&#233;s potentielles. Ces deux univers constituent par leur existence m&#234;me deux polarit&#233;s qui engendrent des &#233;carts entre ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent percevoir d'eux-m&#234;mes et c'est dans cet &#233;cart que se forme la possibilit&#233; de l'alt&#233;rit&#233;, de l'appr&#233;hension de l'existence de quelque chose d'autre qu'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tandis que nous, nous &#233;tions acharn&#233; &#224; faire le plus gros du travail, c'est-&#224;-dire &#224; faire en sorte qu'il y e&#251;t quelque chose &#224; voir, eux, sans en avoir l'air s'occupaient du plus facile : adapter leurs organes r&#233;cepteurs paresseux et embryonnaires &#224; ce qu'il y avait &#224; capter, c'est-&#224;-dire nos images. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-sisley-vague.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH347/12-sisley-vague-a0de5.jpg?1509819046' width='500' height='347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 - L'image sans mod&#232;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ignorer que dans la culture occidentale l'image est &#224; la fois prise en &#233;tau et d&#233;chir&#233;e entre deux forces contradictoires qui sont d'une part l'attraction mim&#233;tique et d'autre part la r&#233;pulsion &#171; physique &#187; entre un mod&#232;le suppos&#233; parfait et sa repr&#233;sentation &#233;ternellement d&#233;grad&#233;e parce qu'&#233;ternellement tendue vers un miracle inaccessible, celui d'une co&#239;ncidence retrouv&#233;e entre elle et son origine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une approche dynamique de l'image con&#231;ue &#224; partir du vivant, on se trouve confront&#233; &#224; quelque chose qui peut nous surprendre mais qui est in&#233;vitable. La production du visible ne r&#233;pond &#224; aucun appel d'un invisible quel qu'il soit, monde des id&#233;es ou dieu, et o&#249; qu'il soit situ&#233;, forme id&#233;ale hantant un ciel inaccessible ou sch&#232;me mental irrepr&#233;sentable d&#233;rivant dans le labyrinthe de notre cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le monde que nous d&#233;crit Calvino, l'image est sans origine, elle est &#224; la fois ce qui permet un processus, ce qui le met en branle et son r&#233;sultat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est &#171; un op&#233;rateur perceptif et cognitif &#187; pour reprendre l'expression de Tania Vladova, lorsqu'elle &#233;voque la conception de l'image qui na&#238;t &#224; la crois&#233;e de l'esth&#233;tique analytique et de la &lt;i&gt;bildwissenchaft&lt;/i&gt; dans son texte, &lt;i&gt;L'image dans l'esth&#233;tique contemporaine&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'image&lt;/i&gt;, &#201;ditions Vrin, Paris 2007, p.195).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous ces yeux &#233;taient les miens. C'est moi qui les avais rendu possibles ; j'avais eu le r&#244;le actif ; je leur fournissais la mati&#232;re premi&#232;re, l'image. Avec les yeux, tout le reste &#233;tait venu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re dans l'univers que nous d&#233;crit cette nouvelle, tout est image, ou plus exactement l'image est le nom m&#234;me de la consistance des choses et des &#234;tres, car c'est par l'image qu'ils communiquent entre eux et comme image qu'ils existent les uns pour les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Disant cela, il nous faut tenter de mettre entre parenth&#232;ses nos r&#233;flexes, il faut tenter de les inhiber, afin de lib&#233;rer un espace-temps mental pour une conception de l'image qui prenne en compte la complexit&#233; de notre situation et la rende pensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Acceptons donc de NE PAS penser &#224; l'&#233;nonc&#233; du MOT image, qu'une image est quelque chose de mat&#233;riel, un tableau ou une photographie, un flux sur un &#233;cran ou le d&#233;roulement d'un r&#234;ve dans notre cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il est possible de s'exprimer ainsi essayons d'imaginer l'image autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'implique le fait de dire que l'image est un op&#233;rateur perceptif et cognitif ? Cela implique d'accepter l'id&#233;e qu'une image, que les images n'ont pas de mod&#232;le et donc, cela implique de les extraire de la question de la mim&#233;sis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ne ressemblent ni ne dissemblent, elles expriment des relations, des tensions, ou des rapports de forces entre des &#233;l&#233;ments qui eux-m&#234;mes sont aussi bien virtuels, r&#233;els, mat&#233;riels qu'imaginaires. Elles sont le vecteur de la relation et la relation elle-m&#234;me qui peut exister entre ces domaines incommensurables.&lt;br class='autobr' /&gt;
En un sens Calvino a raison de laisser entendre que tout est image, si l'image est la mani&#232;re la plus perceptible de l'effectuation de la rencontre entre des univers h&#233;t&#233;rog&#232;nes, comme la lumi&#232;re et la mati&#232;re par exemple, ou la forme et l'espace, les variations temporelles de forces et leurs incarnations actuelles ou encore la pens&#233;e et la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - ce que produit et &#233;met comme intensit&#233; variable le vivant mais tout autant la terre comme &#233;l&#233;ment du cosmos et d&#233;termine la possibilit&#233; d'une ext&#233;riorit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - ce qui s'invente pour le vivant en parall&#232;le aux intensit&#233;s qu'il &#233;met et donc ce qui d&#233;termine la possibilit&#233; d'une int&#233;riorit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - ce qui relie ces &#233;missions d'intensit&#233;s parall&#232;les et constitue le dehors en le r&#233;v&#233;lant peupl&#233; de &#171; semblables diff&#233;rents &#187; &#224; un dedans dans lequel se sont form&#233;s des &#233;l&#233;ments visibles en puissance,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - ce qui constitue donc &#224; la fois la mani&#232;re dont chaque &#234;tre se pr&#233;sente &#224; lui-m&#234;me et &#224; l'autre, aux autres et la forme que prend cette donation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image se constitue &#224; la crois&#233;e de ces faisceaux qui n'ont, en tant que tels, aucune signification mais constituent des embryons de fonctions qui, en se r&#233;pondant, conf&#232;rent &#224; l'image, &#224; la formation de laquelle ils pr&#233;sident, un sens qui n'est autre que l'ensemble de ses fonctions ou si l'on veut de ses r&#244;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image est si l'on peut le dire ainsi sans &#171; &#234;tre &#187; dans la mesure m&#234;me o&#249; elle est pure activit&#233;. On pourrait appeler &#171; imaginal &#187; ce plan sur lequel se croisent et auxquels donnent naissance en se croisant, les diff&#233;rentes &#171; mani&#232;res &#187; de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-vertigo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/09-vertigo-cb2d5.jpg?1772190199' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans mod&#232;le, l'image n'est pas orpheline, bien au contraire, elle est simplement extraite de sa gangue d'immobilit&#233; pour s'int&#233;grer dans le mouvement m&#234;me de la vie et de la cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette nouvelle de Calvino nous a permis d'esquisser une th&#233;orie possible de l'image qui puisse permettre d'articuler ensemble les donn&#233;es qui sont les n&#244;tres aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourvoyeuse de m&#233;taphores, et de m&#233;taphores li&#233;es au psychisme en particulier comme l'a bien montr&#233; Fran&#231;ois Brunet, dans son livre &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, le concept d'image doit &#234;tre repens&#233; aujourd'hui afin que nous puissions prendre en charge &#224; la fois les nouveaux types d'image mat&#233;rielle que les appareils permettent de r&#233;aliser et les mutations qu'entra&#238;nent leur multiplication et leur production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si un texte comme celui de Calvino a pu nous y aider, c'est qu'il nous a permis d'envisager la mani&#232;re dont quelque chose dont nous sommes issus et qui nous reste impensable, a pu se produire. Cette gen&#232;se des images &#224; partir de l'&#233;volution du vivant nous offre un panorama singulier. En effet nous remarquons que la dimension dans laquelle quelque chose comme l'image peut exister est une dimension litt&#233;ralement abstraite, une sorte d'interface entre une mati&#232;re qui ne peut encore se penser et une pens&#233;e qui ne peut encore se percevoir comme pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parall&#232;le que nous pouvons et je crois que nous devons &#233;tablir avec notre situation actuelle est &#233;vident.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait consid&#233;rer que les appareils, qui produisent des images invent&#233;es ou con&#231;ues par les hommes mais qui ont acquis une sorte d'autonomie, (&#171; l'imagination s'est chang&#233;e en hallucination &#187;, disait Flusser), constituent avec les hommes un nouveau couplage qui fait d'eux une sorte d'&#233;quivalent de la coquille des mollusques de la nouvelle de Calvino et des hommes l'&#233;quivalent de la chair de ces mollusques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque entit&#233; &#233;met et re&#231;oit des images et l'image s'impose donc de mani&#232;re de plus en plus manifeste comme le plan de consistance qui non seulement relie entre eux appareils et hommes, mais constitue leur &#234;tre m&#234;me, si l'on peut encore parler d'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La donation de sens ne s'effectue qu'en fin de course, au moment o&#249; en quelque sorte les images s'effacent pour laisser place &#224; ce que nous nommons r&#233;alit&#233;. Mais l'effet de cette prolif&#233;ration des images dans notre vie est sans doute aujourd'hui de d&#233;mon&#233;tiser la signification et les enjeux qui se sont concentr&#233;s autour d'elles au profit des modes de formation du sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous faisons face &#224; une sorte de complexification prolif&#233;rante d&#251;e en fait &#224; l'accumulation des images, il est n&#233;cessaire de penser comment simplexifier cette prolif&#233;ration. Il n'est pas certain que ce soit les appareils qui permettent de r&#233;aliser cette simplexit&#233;, mais que ce soit &#224; l'homme, &#224; la pens&#233;e, de le faire. &#192; l'&#233;vidence, une red&#233;finition du concept d'image comme op&#233;rateur perceptif et cognitif constituera le moment majeur de cette &#233;volution &#224; la fois in&#233;vitable et n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que les appareils permettent de penser en tout cas, c'est quelque chose comme la dimension r&#233;solument &#171; abstraite &#187; de l'image, ou plus exactement son absence de d&#233;pendance par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; comme mod&#232;le ou substrat, et le fait qu'elle est par contre production &#171; pour rien &#187; de variations lumineuses et &#233;nerg&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pour rien est &#224; mettre au c&#339;ur de la question du statut de l'image. On pourrait alors dire d'elle, l'image, qu'elle est comme la rose d'Angelus Silesius, m&#233;decin, po&#232;te et mystique allemand du XVIIe qui &#233;crivit ce distique au premier livre de ses po&#233;sies spirituelles publi&#233;es sous le titre, &lt;i&gt;Le P&#233;lerin Ch&#233;rubinique. Description sensible des quatre choses derni&#232;res&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ohne Warum&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Ros' ist ohn' Warum, sie bl&#252;het weil sie bl&#252;het,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet. (I, 289)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,&lt;br class='autobr' /&gt;
N'a souci d'elle-m&#234;me, ne cherche pas si on la voit.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13-bourguereau.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH406/13-bourguereau-a031a.jpg?1772190199' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, restons-en l&#224; sur ce myst&#232;re au c&#339;ur des images, qui est peut-&#234;tre qu'elles sont aujourd'hui encore toujours l&#224; pour rien comme les stries dans la coquille du mollusque de la nouvelle de Calvino. Personne pour les voir et pourtant elles construisent par leur existence m&#234;me la structure d'une attente dans laquelle viendra se loger une nouvelle forme de perception encore &#224; inventer pour un &#234;tre percevant et pensant lui aussi &#224; inventer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1 mars 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III - Unica Z&#252;rn</title>
		<link>https://www.tk-21.com/III-Unica-Zurn</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/III-Unica-Zurn</guid>
		<dc:date>2010-12-07T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Bloess</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention de Georges Bloess au s&#233;minaire &#177;i, le mardi 7 d&#233;cembre 2010, Unica Z&#252;rn et Hans Bellmer.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton85-03f12.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention de Georges Bloess au s&#233;minaire &#177;i, le mardi 7 d&#233;cembre 2010, Unica Z&#252;rn et Hans Bellmer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous pouvez &#233;couter cette intervention en cliquant sur les enregistrements ci-dessous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soyez patient pour le lancement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07122010271.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/07122010271-3b89a.jpg?1688383042' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_19722 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-19722 &#034; data-id=&#034;428d969d417bbaf3e1680c994521f74e&#034; src=&#034;IMG/mp3/01_unicazu_rn_1.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:344}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;UnicaZu&#776;rn 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Georges Bloess/TK-21 s&#233;minaire (2010)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript114342547669de42e3d16ae0.90471678&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;UnicaZu&#776;rn 2
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Georges Bloess/TK-21 s&#233;minaire (2010)
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&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript114342547669de42e3d16ae0.90471678&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07122010270.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/07122010270-58857.jpg?1688383042' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III - Hans Bellmer </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2010-2011-III-Hans</link>
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		<dc:date>2010-12-07T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes pr&#233;paratoires de Jean-Louis Poitevin relatives au troisi&#232;me s&#233;minaire de l'ann&#233;e 2010 2011 consacr&#233; au livre de Hans Bellmer Petite anatomie de l'image, &#201;ditions Allia.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH147/arton102-eb102.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce court essai en trois parties sign&#233; Hans Bellmer est une v&#233;ritable mine d'or. Publi&#233; la premi&#232;re fois en 1957 au Terrain vague, ce livre s'intitulait La petite anatomie de l'inconscient physique. L'&#233;cart entre ces deux titres constitue le champ d'investigation de ce texte. Il s'agit en effet pour Hans Bellmer de tenter de d&#233;terminer avec la plus grande honn&#234;tet&#233; possible les m&#233;canismes physiologiques et psychiques qui pr&#233;sident en nous &#224; la formation d'images. L'int&#233;r&#234;t de ce texte, c'est de nous faire p&#233;n&#233;trer dans un champ le plus souvent occult&#233;, celui d'une approche dynamique des images ou plus exactement celui d'une conception de l'image comme moment d'un processus complexe et infini li&#233; aux divers processus qui constituent le vivant et lui permettent d'exister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;III. Image de l'autre et autre image : travers&#233;e de l'illusion centrale au c&#339;ur du dispositif de la conscience et r&#233;v&#233;lation des strates et des m&#233;canismes enveloppant par leur pr&#233;gnance historique et physico-psychique le dispositif de la conscience m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Masculin/f&#233;minin : g&#233;n&#233;alogie d'une fausse diff&#233;rence, comme on dit une fausse suivante !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ici &#233;crire, non pas sans faire de phrases, mais d'une mani&#232;re syncop&#233;e, par un jeu de balancement permanent qui nous ferait passer ou plut&#244;t rebondir d'un p&#244;le &#224; l'autre, d'un c&#244;t&#233; l'autre, d'un ch&#226;teau l'autre, d'un h&#233;misph&#232;re c&#233;r&#233;bral l'autre, et qui nous ferait d&#233;couvrir, parce que ce balancement m&#234;me le construit, un plan, plan d'immanence si l'on veut parler le deleuzien, ou plan de consistance sur ou dans lequel ce qui adviendrait n'ob&#233;irait pas aux lois qui sont cens&#233;es gouverner le monde des sujets et des consciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan est moins sc&#232;ne que zone ou territoire dans la mesure o&#249; il se construit non &#224; partir de et pour la conscience ou le sujet, mais en de&#231;&#224; d'elle ou de lui, le traverse, l'enveloppe, le porte, et, il faut accepter de le reconna&#238;tre, en d&#233;termine le fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en effet lire ce texte comme une investigation non pas de l'inconscient tel que Freud l'a formalis&#233;, mais bien plut&#244;t d'une sorte de zone dans laquelle le corps et le psychisme sont li&#233;s sans que le corps soit pens&#233; comme soma, image ou cadavre, et le psychisme comme entit&#233; d&#233;termin&#233;e et puissance organisatrice des pulsions. Ce qui les lie, c'est qu'ils sont saisis certes &#224; partir de ce que l'on conna&#238;t, disons la diff&#233;rence sexuelle, mais pr&#233;cis&#233;ment pour montrer que cette diff&#233;renciation n'est que seconde et que l'existence de cette zone interne, ou si l'on veut int&#233;rieure, est en fait surtout ant&#233;rieure &#224; cette diff&#233;rence, diff&#233;rence toujours marqu&#233;e du sceau des conditions socio-historiques, qui non seulement la d&#233;terminent mais lui donnent sa forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus qu'int&#233;rieur on devrait dire, c'est en tout cas ce que montre Bellmer, qu'elle est transversale, transsexuelle, qu'elle est &#224; l'articulation entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur, entre ce qui deviendra par la suite le corps et la psych&#233;. Elle est, cette zone, comme un &#233;tat de l'&#234;tre humain avant qu'il ne devienne sujet. Ce dont parle Bellmer, ce qu'il d&#233;crit, ce sont les m&#233;canismes d'engendrement de formes, de figures, m&#233;canismes qui ne rel&#232;vent ni de la conscience ni de l'inconscient, mais sans doute de l'articulation ou de la conjonction en nous des &#233;tats li&#233;s aux images motrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous parle du moment o&#249; les formes socialis&#233;es qui d&#233;terminent le corps et la pens&#233;e sont en fait encore non d&#233;termin&#233;es. Il s'agit donc d'une remont&#233;e vers un &#233;tat du corps qui pr&#233;c&#232;de le corps actuel socialis&#233; et sexu&#233;. Il s'agit d'une r&#233;volte de cet &#233;tat du corps, &#233;tat qui n'est pas transitoire mais continue d'&#234;tre actif &#171; sous &#187; &#171; dans &#187; et &#171; hors &#187; du corps tel que le vit et le pense la conscience de l'individu se croyant devenu sujet (p. 38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions donn&#233;es, il faut donc faire un premier pas dans cette deuxi&#232;me partie du texte, que nous analysons donc apr&#232;s l'avoir fait de la troisi&#232;me et derni&#232;re partie, puis de la premi&#232;re dans un second temps. Non par plaisir de brouiller la logique du texte, mais bien parce que la fin nous donnait sinon la cl&#233; du moins la formulation de ce &#224; quoi nous sommes cette fois confront&#233;s de mani&#232;re directe, la pr&#233;sence et la pr&#233;gnance du pr&#233;individuel dans le fonctionnement de l'individu et son r&#244;le dans la constitution m&#234;me du sujet. Le pr&#233;individuel n'est pas aboli par les partages post&#233;rieurs auxquels sont soumis les individus, comme le partage entre masculin et f&#233;minin. C'est pourquoi il appara&#238;t important &#224; Bellmer de prendre ce partage, si r&#233;el et si pr&#233;gnant, comme point de d&#233;part de cette deuxi&#232;me partie, car cette opposition masculin/f&#233;minin parle &#224; chacun, semble ind&#233;passable et va se r&#233;v&#233;ler pourtant tout &#224; fait relative face aux forces en jeu dans la zone du pr&#233;individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes affectent les corps vivants et pensants, mais il est vrai que, pour se manifester, ils doivent passer &#224; travers l'existant, le sujet donc. Pour venir au jour, ils vont puiser dans ce qui est actuel au moment o&#249; ils se manifestent, &#224; savoir un corps pris dans les rets de la d&#233;termination sexuelle. Mais en tant que puissances pr&#233;individuelles, ils ne vont pas s'en tenir au silence que r&#233;clame d'eux l'ensemble corps sujet ou corps conscience. Au contraire, ces forces pr&#233;individuelles, qui ne cessent d'agir tant dans le sujet que dans la r&#233;alit&#233;, comme le montre la troisi&#232;me partie du livre, ne cessent pas de fonctionner et elles continuent d'agir dans le sujet constitu&#233; &#224; travers des &#233;l&#233;ments qu'il ne contr&#244;le pas. De plus, ces &#233;l&#233;ments, ces m&#233;canismes, ces forces r&#233;v&#232;lent que la structure du sujet n'est pas celle qu'il pense &#234;tre, et qu'en tout cas, elle n'est pas aussi solide ni aussi prot&#233;g&#233;e contre le hasard et le non-ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments, pour les conna&#238;tre, on pourrait dire qu'il suffit de les laisser agir et de les suivre &#224; la trace. Ils sont de deux types : des associations d'images ou de formes et des associations de mots ou plut&#244;t de sonorit&#233;s. Ces &#233;l&#233;ments se mettent en mouvement dans le psychisme &#224; partir de rencontres tout &#224; fait hasardeuses entre des &#233;l&#233;ments v&#233;cus, formes visibles, situations, r&#234;ves, et des &#233;l&#233;ments virtuels avec lesquels ils entrent en r&#233;sonance sous la forme de nouvelles associations. Alors, on l'a vu la derni&#232;re fois, ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme r&#233;el et ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme virtuel se retrouvent sur le m&#234;me plan ou plus exactement se r&#233;v&#232;lent non seulement constituer un plan, mais le faire exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe sur ou dans ce plan, on va le voir, contredit les lois qui r&#232;gnent dans le monde dit r&#233;el de la socialit&#233;, de la raison, des sujets, des consciences, des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on peut consid&#233;rer que ce chapitre met en jeu &#224; travers la question et le prisme des relations homme-femme non seulement les relations entre conscience et image, action et passion, ou les liens entre virtuel et r&#233;el, mais cette question philosophique essentielle qui est celle de l'autre. La philosophie n'a cess&#233; de questionner l'alt&#233;rit&#233;, et &#224; travers elle la mani&#232;re dont l'autre peut &#234;tre accueilli par la conscience, celle d'un sujet ou d'un moi constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale du texte, cette zone, donc, il faut le rappeler, se situe bien en amont de la forme sujet qui est &#233;voqu&#233;e dans la troisi&#232;me partie de ce livre et sur laquelle on ne reviendra pas. En fait, on se trouve dans une situation o&#249; le moi n'est pas encore affubl&#233; du je et o&#249; le toi peut jouer un r&#244;le sans &#234;tre identifi&#233; &#224; un autre en tant qu'individu ni &#224; l'autre en tant qu'alt&#233;rit&#233; radicale. Pourtant, c'est bien quelque chose de l'alt&#233;rit&#233; qui va passer, s'&#233;changer entre les figures du masculin et du f&#233;minin, mais cette alt&#233;rit&#233; sera en fait non pas l'autre comme autre forme du m&#234;me mais autre en tant que fonctionnement non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Bellmer, il s'agit de montrer comment dans cette zone ou ce plan d'immanence qui se situe entre le pr&#233;individuel et l'individu, et qui se constitue &#224; partir des forces pr&#233;individuelles entrant en r&#233;sonance &#224; travers l'individu avec des &#233;l&#233;ments essentiels mais d&#233;connect&#233;s de leur finalit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment quelque chose a lieu qui, n'entrant pas dans le sch&#232;me g&#233;n&#233;ral de la finalit&#233; ou des horizons d'attente, peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme une exp&#233;rience de l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc enfin citer la premi&#232;re phrase de cette deuxi&#232;me partie : &#171; Puisque le germe du d&#233;sir est avant l'&#234;tre, la faim avant le moi, le moi avant l'autre &#8211; l'exp&#233;rience de Narcisse alimentera l'image du toi &#187; (p. 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de cette phrase permet de saisir le m&#233;canisme que tente de nous r&#233;v&#233;ler Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On part de forces qui, sous le nom de d&#233;sir, d&#233;signent &#224; l'&#233;vidence les forces fondamentales de l'existence, le fait que chaque &#234;tre tend &#224; pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre dirait &#224; peu de choses pr&#232;s Spinoza, qui le nomme lui le &#171; conatus &#187; : &#171; Toute chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre &#187; (&lt;i&gt;&#201;thique III, Proposition VI&lt;/i&gt;) ; &#171; L'effort par lequel toute chose tend &#224; pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose &#187; (&lt;i&gt;&#201;thique III, Proposition VII&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer le nomme d&#233;sir, et nous comprenons bien de quoi il s'agit, de ce mouvement qui porte le vivant et qui le fait tendre vers&#8230; Ce qui importe, c'est qu'il affirme que le d&#233;sir est avant l'&#234;tre. On retrouve une fois encore des positions proches de celles de Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant la faim avant le moi, Bellmer insiste sur le fait que le &#171; conatus &#187;, si l'on veut, ne cesse pas d'exister et de porter l'&#234;tre vivant dans lequel il se manifeste, d'agir en lui comme son principe m&#234;me d'individuation. Il agit dans le moi et donc aussi sur le moi. Cette entit&#233; stade primaire est n&#233;cessaire &#224; la formation de la conscience mais ant&#233;rieur &#224; sa formation, le moi est la forme active de l'&#234;tre vivant avant qu'il ait &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'autre comme figure du m&#234;me, au reflet donc, c'est-&#224;-dire avant qu'il ait pu devenir un double moi-je, (moi m&#233;taphorique et je analogue, dit Jaynes), couple sans lequel la conscience n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui est tout &#224; fait remarquable dans ce texte de Bellmer, qui une fois de plus est sup&#233;rieur &#224; bien des trait&#233;s de philosophie et de psychologie, c'est qu'il fait exister ce stade interm&#233;diaire, cette zone dans laquelle on peut observer ce qui a pu se passer lors de la constitution du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi est cependant d&#233;j&#224; susceptible d'une chose, se regarder, ce qui ne veut pas dire se reconna&#238;tre ou se conna&#238;tre comme je, mais voir sa figure comme image reflet &#233;cho, pas tout &#224; fait comme double. C'est tout l'enjeu de la r&#233;f&#233;rence &#224; Narcisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses liens avec &#201;cho, qu'il repousse comme tous ceux et toutes celles qui sont amoureux de lui, sont int&#233;ressants. En effet, &#201;cho, pour avoir aid&#233; Zeus &#224; faire fuir ses ma&#238;tresses sans qu'elle puisse le voir sortir en lui racontant des histoires sans fin, est condamn&#233;e par H&#233;ra &#224; r&#233;p&#233;ter les paroles des autres. Narcisse, qui per&#231;oit une pr&#233;sence dans les bois, lui parle et elle r&#233;p&#232;te ce qu'il dit jusqu'&#224; ce qu'il propose &#171; rejoignons-nous &#187;. Mais il la repousse comme les autres, trop fier d&#233;j&#224; de sa beaut&#233;, jusqu'au moment o&#249;, se reposant pr&#232;s d'une source pure, c'est-&#224;-dire qui n'a encore rien eu &#224; refl&#233;ter, il voit un visage appara&#238;tre &#224; la surface de l'eau et en tombe amoureux. C'est de lui-m&#234;me qu'il tombe amoureux, mais il le fait comme d'un autre, de cet autre dont il ne supportait pas qu'il puisse &#234;tre amoureux de lui parce qu'il n'&#233;tait pas digne de sa beaut&#233;, entendons de cette beaut&#233; dont il se sentait porteur. Il prend vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me la place de l'autre et ne peut donc occuper les deux positions &#224; la fois. Le suicide est la seule solution, c'est-&#224;-dire l'effacement de toute image en annulant sa source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que cette histoire, ce mythe, est l'un des nombreux t&#233;moignages au sujet de ces &#233;tats ant&#233;rieurs &#224; la constitution du moi-je de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'&#233;cho, il trouve &#224; se manifester dans ce texte puisqu'il s'agit de montrer qu'il existe des processus d'engendrement de figures par r&#233;p&#233;tition du m&#234;me avec micro-variations qui servent de matrice &#224; des multiplications d'images r&#233;elles et virtuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me phrase n'est pas moins &#233;trange. Elle montre qu'il ne s'agit pas de replier le mythe de Narcisse sur le couple moi-je mais bien sur la relation moi-autre. Il y a de l'autre qui se manifeste avec le moi et cet autre est donc &#224; la fois une forme du moi et ce qui en diff&#232;re suffisamment pour ne pas l'&#234;tre et pas assez pour ne pas &#234;tre assimilable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mais cet autre n'est pas la femme pour l'homme ni l'inverse, il faut je crois bien comprendre cela, l'autre c'est une r&#233;elle alt&#233;rit&#233;, celle qui se donne dans les processus qui nous constituent ou que l'on repoussent pour vivre parce qu'ils ne r&#233;pondent pas &#224; la logique ratio&#239;de qui est, dit-on, cens&#233;e gouverner le monde et les individus.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelque sorte, les fronti&#232;res du sujet ne sont pas encore ferm&#233;es ou sont rapport&#233;es &#224; cet &#233;tat ant&#233;rieur durant lequel elles sont ouvertes de ne pas r&#233;ellement exister, et c'est &#224; une sorte de souvenir sans objet de quelque chose qui a exist&#233; non pas sous cette forme-l&#224;, mais comme situation g&#233;n&#233;rique et que la situation pr&#233;sente r&#233;actualise r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du non-conscient &#224; l'&#233;vidence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point m&#233;riterait un d&#233;veloppement beaucoup plus &#233;tendu, que j'ai esquiss&#233; la fois derni&#232;re et qu'il faudra d&#233;velopper une autre fois dans un autre cadre peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu qui relie et unit homme et femme dans leur rapport &#224; ces forces qui les traversent est donc complexe. Car ce que tend &#224; montrer Bellmer, c'est non pas qu'il n'y a pas de diff&#233;rence entre homme et femme, mais qu'il n'y a pas de diff&#233;rence entre les processus &#171; imageants &#187; qui les affectent l'un et l'autre, ni dans leur formation, ni dans leur r&#233;alit&#233;, ni dans leur virtualit&#233;. Il y a l&#224; une r&#233;ciprocit&#233; &#171; miro&#239;que &#187; qui ne rel&#232;ve pas du stade du miroir puisqu'elle int&#232;gre l'alt&#233;rit&#233; comme &#233;l&#233;ment cl&#233; du processus. On pourrait dire que l'autre est connu comme autre mais qu'il n'a pas besoin ou n'a pas la possibilit&#233; d'&#234;tre reconnu comme tel &#224; ce stade du d&#233;veloppement psychique que tente de nous d&#233;crire Bellmer malgr&#233; tout en sous-main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la deuxi&#232;me phrase du texte dit, c'est cela, un processus non individuel d'engendrement de figures r&#233;p&#233;titives et n&#233;anmoins diffract&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme &#233;pris d'une femme et de soi-m&#234;me ne d&#233;sesp&#232;re qu'assez tard de polir l'aveugle miroir de plomb que la femme repr&#233;sente pour s'y exalter pour la voir exaltante &#187; (p. 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de soi d&#233;termin&#233;, il y a des fonctions communes &#224; l'homme et &#224; la femme, disons en un mot l'imagination, une certaine forme d'imagination en tout cas, qui peuvent se refl&#233;ter l'une dans l'autre dans la mesure m&#234;me o&#249; elles sont identiques chez l'un comme chez l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est la multiplication des figures identiques ou semblables par it&#233;ration, r&#233;p&#233;tition du m&#234;me et variation. C'est l'effet amplifiant du d&#233;sir comme force qui, n'ayant pas de but pr&#233;cis, se saisit de ce qu'il a sous la main, telle ou telle partie du corps qui se trouve d&#232;s lors charg&#233;e d'une puissance &#233;motionnelle forte. Il va de soi que les parties du corps li&#233;es au sexe disposent d'un potentiel plus fort, mais ce ne sont pas les seules &#224; pouvoir jouer un r&#244;le dans cette multiplication d'images, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; l'exemple du fauteuil et de l'assiette. Ce qui importe ici pour Bellmer et pour nous, c'est donc l'aspect interchangeable des images sources dans la prolif&#233;ration d&#233;sirante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ici relire en entier les pages 30 et 31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe maintenant c'est la fin de ce long passage dans lequel on voit comment pour Bellmer le virtuel et l'actuel s'entrem&#234;lent d'une mani&#232;re qui les indiff&#233;rencie ou du moins qui annule toute diff&#233;rence de niveau entre leurs provenances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve masculin, une forme laiss&#233;e par son propre corps, un lien entre la sonorit&#233; des mots associ&#233;s aux deux situations, rien de rationnel, mais tout pour induire cette logique propre au non-ratio&#239;de, l'interchangeabilit&#233; des &#233;l&#233;ments en fonction de ces associations hasardeuses mais li&#233;es entre elles par la puissance des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout la reconnaissance d'un ph&#233;nom&#232;ne auquel Simondon nous a appris &#224; &#234;tre attentif, le double mouvement de projection amplifiante (r&#233;p&#233;tition plus ou moins identique ou de ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s par l'association d'&#233;l&#233;ments hasardeux) et d'&#233;cho ou de r&#233;sonance, amplification seconde qui ouvre et fait passer du soi &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre ne vient au moi que dans cet &#233;cart qui se loge entre deux r&#233;p&#233;titions parce qu'il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pens&#233; ou d&#233;j&#224; reconnu &#224; travers le ph&#233;nom&#232;ne de la projection, qui n'est que la traduction dans le moi du d&#233;sir pens&#233; comme &#171; conatus &#187; ou comme force sans but sinon celui de continuer &#224; exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel est que l'image de la femme avant d'&#234;tre visualis&#233;e par l'homme ait &#233;t&#233; v&#233;cue par son propre sch&#233;ma corporel &#187; (p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque c'est de d&#233;sir qu'il est question, phallus et vagin sont &#224; l'honneur, mais comme formes porteuses si l'on peut dire de tension, ou lieu particulier dans lesquels la tension d&#233;sirante se manifeste au point qu'en effet l'esprit soit comme focalis&#233; sur elles et qu'elles soient donc investies de la puissance active des foyers d'excitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;crit alors Bellmer, c'est donc l'amplification la multiplication des images ou plut&#244;t des embo&#238;tements d'images, du brouillage de l'image normale et norm&#233;e du corps, au profit d'une image sans cesse recompos&#233;e, mais plus selon les lois de la physiologie, mais bien selon les lois de l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une sorte de recomposition permanente de la carte du corps &#224; partir des &#233;l&#233;ments excit&#233;s ou porteurs de l'excitation. Et cela, chez l'homme comme chez la femme, et &#224; partir non pas de l'image de l'autre mais de la pr&#233;existence dans le moi de l'image de l'autre. Ainsi, l'homme &#171; voit &#187; comme une sorte d'hallucination douce l'image de la femme, ou plus exactement des &#233;l&#233;ments du corps f&#233;minin en lui comme faisant partie du m&#234;me plan corporel virtuel actualis&#233; par l'excitation, et la femme, celle de l'homme en elle (p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite va dans le sens d'une sorte de pr&#233;sentation des distorsions envisageables les plus probables, les plus manifestes, qui associent hors de toute logique, qu'elle soit physiologique ou verbale, les divers &#233;l&#233;ments ou parties ou fonctions du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, outre la multiplication, il y la les raccourcis fonctionnels, les associations formelles, bref tout un ensemble de variations qui ont pour fonction premi&#232;re de retourner le sch&#233;ma corporel, de m&#233;langer celui de l'homme et celui de la femme, bref de produire une sorte de chaos g&#233;n&#233;ralis&#233; des formes et des fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas sur le cas de Jo&#235; Bousquet et je vous invite &#224; lire ses livres, &lt;i&gt;Les Lettres &#224; Poisson d'Or&lt;/i&gt;, par exemple ou son livre &#233;rotique, &lt;i&gt;Le Livre noir&lt;/i&gt;. On pourrait aussi &#233;voquer certaines images de Pierre Molinier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photos &#233;voqu&#233;es page 37 ne sont pas sans rappeler celles que Bellmer a faites avec Unica. Le point essentiel &#233;tant qu'il arrive ici dans son analyse au point o&#249; le moi et le toi s'indiff&#232;rent (p. 38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept qui &#233;merge de cette d&#233;monstration est celui de r&#233;versibilit&#233;. Il est essentiel pour la suite du propos. On peut dire que ce concept est le concept central de cette deuxi&#232;me partie puisqu'il d&#233;termine la possibilit&#233; de passer d'un plan &#224; un autre, du moi au toi, de l'homme &#224; la femme, et du virtuel au r&#233;el. Il assure la circulation des &#233;l&#233;ments entre les plans suppos&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes et qui se r&#233;v&#232;lent &#234;tre homog&#232;nes, dans la mesure o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, ils circulent sur ce plan d'immanence compos&#233; par le virtuel et le r&#233;el qu'ils constituent et que Bellmer nomme anatomie de l'amour (p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce que constate Bellmer, c'est simplement la persistance disons des images motrices dans le fonctionnement du sujet constitu&#233; dans le monde des images affectives, pour reprendre le langage de Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une donne incontournable qui est que l'invisible est bien l'int&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle du corps, la chair, les visc&#232;res, les fonctions diverses qui animent le corps dont on a, tous, une &#171; id&#233;e &#187;, ce sch&#233;ma mental de notre corps dont nous disposons souvent sans l'actualiser, mais que l'on ne voit jamais. On ne cesse pourtant aussi de d&#233;sirer voir &#231;a, ce &#231;a-l&#224; qui nous &#233;chappe et qui pourtant peut venir &#224; nous sous la forme de ces images, de ces productions de l'imagination, de ces hallucinations douces ou violentes susceptibles de nous saisir (p. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; r&#233;volte que le corps formule dans son langage propre contre l'ordre de sa nature dont il est l'insoumis &#187;, selon la brutale formule de la page 38, est sans doute l'aspect le plus radical de la d&#233;marche de Bellmer. Il montre comment le moi, l'individu, le futur sujet, le sujet qu'importe, le corps pensant, est travers&#233; par une schize originelle qui n'est pas seulement ou pas tant structurelle que li&#233;e aux forces qui existent dans le corps m&#234;me et qui par leur seule existence constituent des menaces pour l'ordre mais surtout des &#233;metteurs d'images extraordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relevant que le d&#233;tail a une puissance d'intensification sup&#233;rieure &#224; celle d'un sch&#233;ma ou d'une image d'ensemble, Bellmer confirme si l'on veut quelque chose que l'on a d&#233;j&#224; rencontr&#233;. Tout ce qui rel&#232;ve du g&#233;n&#233;ral, dans le champ de la pens&#233;e, doit gommer, voire m&#234;me effacer la puissance et l'intensit&#233; des particularit&#233;s. C'est ce combat entre particularit&#233; et g&#233;n&#233;ralit&#233; qui est l'une des sources de cette schize, ou du moins de ce qui est consid&#233;r&#233; comme une schize, puisqu'en fait il s'agit de la reconnaissance de ce plan de consistance particulier qu'est l'anatomie de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons donc ici dans la zone non pas de l'invisible mais de l'irrepr&#233;sentable de l'image qui &#233;chappe &#224; la photographie et que le dessin par contre peut tenter de rendre visible, ou chez Bellmer la construction de la poup&#233;e. Page 41, on peut consid&#233;rer qu'il &#233;voque la poup&#233;e ou en tout cas les &#233;l&#233;ments qui l'ont conduit &#224; tenter de donner corps &#224; ces permutations que le corps r&#233;el, le corps naturel ne peut atteindre, mais que traversant le corps de leur lignes sans but les images virtuelles r&#233;elles, des projections libres peuvent faire na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; les tentatives que l'on conna&#238;t, le corps ficel&#233; et la poup&#233;e, cette &#233;motion intense &#233;chappe &#224; la photographie, on pourrait presque dire &#224; la repr&#233;sentation, si l'on n'avait pas pour prouver le contraire les dessins de Bellmer et de Z&#252;rn par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait en effet que l'acte cr&#233;ateur puisse acc&#233;der &#224; la puissance non tant en termes d'intensit&#233; qu'en termes de variation, d'essais, de tentatives de la nature, dans un temps si court qu'il est en effet inaccessible au cheminement des forces qu'il concentre et condense et dont il r&#233;v&#232;le &#224; la fois le fonctionnement et l'impossible co&#239;ncidence avec la vitesse de l'esprit. Page 42 il d&#233;crit en effet le corps ficel&#233; d'Unica. La citation de Baudelaire confirme ce lien secret entre sensation et multiplication. Quant &#224; l'image qui nous int&#233;resse ici, on voit bien qu'elle se dit en deux langues, la langue de la repr&#233;sentation, celle de la conscience et de l'objectivit&#233;, et la langue du corps, celle de l'intensit&#233; et des variations infinies. La page 44 est d'une importance capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la description la plus pr&#233;cise de ce plan d'immanence que les multiplications anatomiques sont susceptibles de former. Et il se forme bien s&#251;r par synth&#232;se, mais une synth&#232;se alogique, due au seul mouvement de r&#233;p&#233;tition, multiplication, entassement, prolongement, &#233;tirement, bref au mouvement m&#234;me de la vie sans la pens&#233;e, ou qui fait non pas &#171; la pens&#233;e dans la bouche &#187;, comme le r&#233;clamait Tzara, mais l'image dans le tapis, pourrait-on dire, ou l'image dans le bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une dimension qui est de l'ordre de la trace et qui semble ant&#233;rieure et plus insistante encore que ne l'est l'image au sens photographique du terme. On est au bord de l'irrepr&#233;sentable et c'est en ce point, dans cette zone, que le visible devient visible, que l'image motrice prend corps. On est entre la nuit des images proprioceptives et l'&#233;clat des images conscientes, dans cette zone &#233;trange o&#249; des m&#233;canismes physiologiques et psychiques non reli&#233;s &#224; la vue donnent, semblent tendre vers le visible, donnent lieu en tout cas &#224; des traces. C'est ce m&#233;canisme complexe dont il est difficile de rendre compte dans le vocabulaire habituel. C'est aussi pour cela qu'il faut int&#233;grer dans la d&#233;monstration la dimension langagi&#232;re. C'est ce qui constitue l'objet de la suite de cette anatomie de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer poursuit donc sa tentative de d&#233;crypter le fonctionnement de cette zone floue o&#249; se constituent des images mentales puissantes contredisant aux lois de l'anatomie et de la logique tant physiologique que formelle. Il en arrive &#224; constater une sorte de parent&#233; profonde entre disons des lois math&#233;matiques li&#233;es aux permutations, les articulations &#171; permutantes &#187; entre images virtuelles et r&#233;elles au gr&#233; des tensions et des intensit&#233;s d&#233;sirantes et enfin certain fonctionnement possible du langage qui r&#233;pondrait &#224; ces r&#232;gles de permutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans le royaume magique des anagrammes qui rel&#232;ve un peu plus du monde d'Unica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je renverrai &#224; la troisi&#232;me partie par laquelle nous avions commenc&#233; cette explication avec le texte de Bellmer. C'est bien d'une articulation entre ces deux types d'objets mentaux que constituent les images au sens habituel et les mots qu'il s'agit ici. Mais en fait ce ne sont pas des types d'objets mentaux diff&#233;rents, du moins pas au niveau o&#249; Bellmer se place. Il s'agit de tout autre chose, d'&#233;l&#233;ments qui entrent en r&#233;sonance parce qu'ils sont en quelque sorte sans finalit&#233;, sans lien direct avec leur &#233;ventuelle fonction habituelle ou alors dans un &#233;tat de d&#233;liaison vis-&#224;-vis de cette fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande diff&#233;rence qui s&#233;pare l'approche de Bellmer d'une approche psychanalytique classique, c'est sans doute la reconnaissance de cette absence de finalit&#233;. Simondon aussi ne voit pas de finalit&#233; dans le vivant, sinon le devoir de vivre. L'&#233;tablissement de finalit&#233;s pour l'existence reste un facteur culturel trop r&#233;cent dans l'histoire de l'humanit&#233; pour avoir pu &#234;tre effac&#233; de mani&#232;re radicale. Tout l'enjeu est l&#224;, dans la compr&#233;hension de ce qui est le plus contemporain et peut-&#234;tre le plus essentiel pour nous aujourd'hui et qui se trouve en relation avec ces strates que la conscience dans son autoproclamation au pouvoir a tent&#233; d'&#233;vacuer et qui ne cessent de revenir la hanter, strates dont l'&#339;uvre de Bellmer mais aussi d'Unica Z&#252;rn t&#233;moignent aujourd'hui encore pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Poitevin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes d'&#201;luard sur la poup&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le corps, dans &lt;i&gt;L'anatomie de l'image&lt;/i&gt;, est comparable &#224; une phrase qui vous inciterait &#224; la d&#233;sarticuler pour que se recomposent, &#224; travers une s&#233;rie d'anagrammes sans fin, ses contenus v&#233;ritables. &#187; (Hans Bellmer)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques photos recolori&#233;es par Hans Bellmer sur le conseil de Paul &#201;luard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hans Bellmer colorie ces photographies &#224; la main, avec une peinture &#224; l'aniline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce proc&#233;d&#233; utilis&#233; pour les photographies anciennes, notamment &#233;rotiques, accentue la sensation d'artifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jeux de la poup&#233;e, par Paul &#201;luard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'armoire aux enfants,&lt;br&gt;
il y a des lumi&#232;res enchant&#233;es,&lt;br&gt;
un pistolet charg&#233; qui inspire la terreur,&lt;br&gt;
une fontaine transparente,&lt;br&gt;
un bassin de pierre dont le trop-plein s'&#233;pand sur un lit d'opales,&lt;br&gt;
un chasseur sans souliers,&lt;br&gt;
une fille sans cheveux,&lt;br&gt;
un bateau sur la mer et le marinier chante,&lt;br&gt;
un cheval damass&#233;,&lt;br&gt;
un th&#233;&#226;tre ambulant,&lt;br&gt;
un grillon,&lt;br&gt;
des plumes blanches tomb&#233;es du nid des tourterelles,&lt;br&gt;
de petits paniers creus&#233;s en c&#339;ur et pleins de cr&#232;me rose,&lt;br&gt;
une guitare qui fait des &#233;tincelles&lt;br&gt;
et une robe qui restera toujours neuve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne l'entend jamais parler de son pays, de ses parents. Elle craint une r&#233;ponse du n&#233;ant, le baiser d'une bouche muette. Agile et d&#233;livr&#233;e, l&#233;g&#232;re m&#232;re enfant, elle jette &#224; bas le manteau des murs et peint le jour &#224; ses couleurs. Elle effraye les b&#234;tes et les enfants. Elle rend les joues plus p&#226;les et l'herbe plus cruellement verte &#187; (&#201;luard, Jeux vagues de la poup&#233;e, in &lt;i&gt;Les Jeux de la poup&#233;e&lt;/i&gt;, 1949).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle s'&#233;veille. Elle est seule dans son lit. Que n'a-t-elle une horloge pour l'arr&#234;ter ? Appliqu&#233;e penche la t&#234;te, &#233;coute. Le silence la fait rire. Longue chute de ses cheveux noirs sur son corps minable. Appliqu&#233;e passe une robe transparente. Dessous, elle a nou&#233; tant de rubans qu'une grande ti&#233;deur l'habille de mousse et d'animaux tranquilles. Elle l&#232;che ses doigts. Le tour de sa bouche a des saveurs d'&#233;tincelles &#187; (&#201;luard, Appliqu&#233;e, in &lt;i&gt;Le Minotaure&lt;/i&gt;, 1935).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>II - Hans Bellmer</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2010-2011-II-Hans</link>
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		<dc:date>2010-11-09T18:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes pr&#233;paratoires de JLP relatives au deuxi&#232;me s&#233;minaire de l'ann&#233;e 2010 2011 consacr&#233; au livre de Hans Bellmer Petite anatomie de l'image, &#201;ditions Allia&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L113xH150/arton97-48a2b.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le court essai en trois partie sign&#233; Hans Bellmer est une v&#233;ritable mine d'or. Publi&#233; la premi&#232;re fois en 1957 au Terrain vague, ce livre s'intitulait La petite anatomie de l'inconscient physique. L'&#233;cart entre ces deux titres constitue le champ d'investigation de ce texte. Il s'agit en effet pour Hans Bellmer de tenter de d&#233;terminer avec la plus grande honn&#234;tet&#233; possible les m&#233;canismes physiologiques et psychiques qui pr&#233;sident en nous &#224; la formation d'images. L'int&#233;r&#234;t de ce texte, c'est de nous faire p&#233;n&#233;trer dans un champ le plus souvent occult&#233;, celui d'une approche dynamique des images ou plus exactement celui d'une conception de l'image comme moment d'un processus complexe et infini li&#233; aux divers processus qui constituent le vivant et lui permettent d'exister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bellmer : &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt; (II)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notes pour le s&#233;minaire du 9 novembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Engendrement de l'image et &#233;viction du moi&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente nous a permis d'entrevoir, c'est qu'il existe une logique de la formation des images qui ne r&#233;pond en rien &#224; la logique ratio&#239;de des propositions ou du calcul. C'est &#224; une tentative de description de cette gen&#232;se des images que se livre Hans Bellmer dans ce texte, faut-il le r&#233;p&#233;ter, d'une richesse incroyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pris le texte &#224; l'envers, nous sommes partis de la fin et avons comment&#233; les dix derni&#232;res pages. Nous allons cette fois tenter d'en suivre le cours afin de rep&#233;rer la mani&#232;re dont se met en place cette logique alogique qui pr&#233;side &#224; la formation des images, ou en tout cas d'un certain type d'images en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble simplement n&#233;cessaire en ce d&#233;but de s&#233;ance de rappeler la mani&#232;re dont Hans Bellmer parle de la gen&#232;se de l'image vers la fin du texte : &#171; Il a &#233;t&#233; tir&#233; au clair que &#8220;l'image&#8221; na&#238;t dans des points de conflit ou de transition aigus, c'est-&#224;-dire dans un climat particulier, &#224; la temp&#233;rature et &#224; la hauteur de pression sur&#233;lev&#233;es, et qui est situ&#233; d'&#233;vidence sous la constellation du hasard &#187; (p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant rappeler que cette image-l&#224; est en fait le fruit de la rencontre entre deux autres images qui ne d&#233;pendent pas a priori du moi, c'est-&#224;-dire de la conscience et de son bras arm&#233; qu'est la volont&#233; de l'individu, mais bien du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On aimerait penser qu'il existe comme un &#233;cran de projection, tendu entre le moi et son monde ext&#233;rieur, sur lequel l'inconscient projette l'image de son excitation dominante, mais qui ne serait visible pour la conscience (et communicable objectivement) que dans le cas o&#249; &#8220;l'autre c&#244;t&#233;&#8221;, le monde ext&#233;rieur, projetterait la m&#234;me image, en m&#234;me temps, sur l'&#233;cran, et si les deux images, congruentes, se superposaient &#187; (p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;viction du moi comme instance de contr&#244;le et de production des images est sans aucun doute l'aspect majeur de ce texte, le point &#224; partir duquel, prenant de biais toute la tradition, il ouvre sur une autre approche du fonctionnement du psychisme que celle qui est la n&#244;tre, fond&#233;e, on l'a vu la fois derni&#232;re, sur certains concepts fondamentaux de la philosophie et, on va le voir aujourd'hui, sur une conception du psychisme tout enti&#232;re format&#233;e par la conception freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I La dynamique des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#192; propos du chapitre I : &#171; Les images du moi &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait de trois parties, ce texte tente donc de nous fournir une double g&#233;n&#233;alogie de l'image, &#224; la fois en remontant &#224; la source et en montrant comment on s'est &#233;loign&#233; de la source et comment on s'en maintient &#233;loign&#233;, avec le recours au moi pour penser ce qui arrive au psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233; de moments th&#233;oriques et de r&#233;cits singuliers, ce texte est donc une tentative des plus honn&#234;tes de s'int&#233;resser &#224; la formation en nous d'images mentales, de montrer comment fonctionne le psychisme lorsqu'il est proche de cette source, mais aussi comment nous nous sommes &#233;loign&#233;s de cette source des images en nous et comment retrouver le chemin qui y conduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc comment commence le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que&#8230; &#192; quel besoin, &#224; quelle impulsion du corps ob&#233;it-il ? &#187; (p. 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est essentielle. Cette m&#234;me loi de naissance met en place un parti pris, mais elle situe d'entr&#233;e le niveau auquel Bellmer travaille ici, celui que nous avons appel&#233; le pr&#233;individuel et qui ne correspond en rien &#224; l'inconscient freudien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exist&#233; en nous des m&#233;canismes qui nous ont permis de nous constituer et qui n'ont rien &#224; voir avec ceux gr&#226;ce auxquels nous fonctionnons adultes et conscients. On est proche de ce que l'on a vu avec Simondon lorsqu'il parlait du &#171; contenu moteur &#187; des images mentales. En fait, Bellmer pointe l'existence d'un m&#233;canisme qui serait la source de toute production de signes nous permettant de communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la fonction premi&#232;re des signes est non pas de nous servir &#224; communiquer, mais de nous permettre de vivre, c'est-&#224;-dire d'&#233;tablir une relation coh&#233;rente avec notre environnement, avec nos pulsions et entre les deux. Il y a une dimension dynamique du signe et de l'image trop souvent oubli&#233;e dans l'approche traditionnelle que nous en faisons &#224; cause de la rh&#233;torique philosophique dans laquelle nous la pensons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces impulsions soient r&#233;flexes, qu'elles &#233;chappent donc au contr&#244;le de la conscience ou du moi, et voil&#224; que nous sommes projet&#233;s dans un univers o&#249; la logique, celle en particulier des propositions, ne compte pas et o&#249; la fixit&#233;, celle de l'image dans sa conception traditionnelle comme celle du moi, n'a pas cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de ce texte d&#233;termine l'angle d'attaque de cette recherche sur la remise en question de ce qui sinon fonctionne pour nous comme une &#233;vidence : l'intentionnalit&#233; qui serait au c&#339;ur de l'&#234;tre vivant et pensant et qui, pour Bellmer, ne constitue en rien le fondement de la pens&#233;e et encore moins de la vie psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de raison &#224; l'existence. Aucune t&#233;l&#233;ologie n'est pensable, juste vivre justifie la vie, exister justifie l'existence, et analyser, tenter de comprendre ce qui existe, et non de reproduire les sch&#233;mas h&#233;rit&#233;s d'une tradition qui pourrait bien en plus &#234;tre efficace pour comprendre ce qui a lieu, justifie la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les raisons, les justifications morales ou &#233;thiques, les explications logiques, tout cela se construit apr&#232;s coup seulement, &#224; partir du fonctionnement hors de notre volont&#233; de m&#233;canismes de type instinctifs. On ne sait si l'on peut parler de leur usage r&#233;p&#233;t&#233;, dans la mesure o&#249;, s'ils fonctionnent en nous, nous ne pouvons gu&#232;re ou pas du tout les contr&#244;ler. S'ils fonctionnent en nous, c'est donc sans nous et m&#234;me contre nous, contre le moi et les instances qui, dans la r&#233;alit&#233;, le soutiennent. Ces m&#233;canismes, appelons-les comme cela pour le moment, on va le voir, pourraient apparemment &#234;tre assimil&#233;s &#224; ceux qui pr&#233;sident au fonctionnement du psychisme tel que Freud l'a pens&#233; avec la premi&#232;re topique, inconscient, pr&#233;conscient et conscient, comme avec la seconde, moi, &#231;a, surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. l'image inconsciente du corps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Hans Bellmer d&#233;crit, c'est quelque chose qu'on pourrait prendre pour plus ou moins identique avec le m&#233;canisme du refoulement. On pourrait recourir aussi &#224; ce que Fran&#231;oise Dolto d&#233;signe dans son livre, &lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, par les termes de sch&#233;ma corporel et d'image du corps. Et l'on va voir en quoi ce dont parle Bellmer se situe sur un autre plan, en quelque sorte ignor&#233; ou &#171; refoul&#233; &#187; par la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il n'en est rien. Il est important, je crois ici, de bien montrer en quoi ces approches diff&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons d&#233;j&#224; comment Bellmer d&#233;crit ces m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier m&#233;canisme est li&#233; &#224; une douleur physique, prototype de quelque chose qui arrive au corps et contre lequel il ne peut rien, en tout cas au moment o&#249; cela arrive. Ce m&#233;canisme est celui de la d&#233;rivation ou d&#233;multiplication, qui sera pr&#233;sent&#233; comme la source absolue de l'amplification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que cette d&#233;rivation d'une douleur fait exister, c'est la cr&#233;ation d'un &#171; centre &#8220;virtuel&#8221; d'excitation &#187; (p. 10), c'est-&#224;-dire d'un agr&#233;gat d'&#233;l&#233;ments mentaux ou psychiques qui, s'il servent imm&#233;diatement de d&#233;rivatifs &#224; la douleur, pourront servir par la suite &#224; d'autres usages. Ce centre virtuel d'excitation va donner naissance &#224; des images et servir de m&#233;canisme de base pour des associations d'images infinies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qu&#234;te g&#233;n&#233;alogique de la source des images, on le comprend, se double d'un mouvement d'analyse inverse qui consiste &#224; prendre acte &#224; chaque moment de la gen&#232;se des images, des strates comportementales qui sont venues s'opposer &#224; ce m&#233;canisme, tenter de le rendre inop&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses participent donc &#224; la formation des images en nous, l'image ou les images implicites que nous avons de notre corps et la mani&#232;re dont elles sont activ&#233;es, par la douleur en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;canisme de base, en fait plut&#244;t fragmentaire, est une sorte de projection en cas de douleur de telle ou telle partie du corps auquel est associ&#233;e une tentative de d&#233;rivation de la douleur par projection de cette partie en relation avec une autre. Cette autre partie n'est pas li&#233;e &#224; la premi&#232;re par fonctionnalit&#233; mais par le hasard de la douleur et de l'association qui est purement singuli&#232;re, hasardeuse et non contr&#244;lable. On est bien dans le pr&#233;individuel plus que dans l'inconscient, dans la mesure o&#249; cela se joue sans contr&#244;le de la conscience mais non pas sans qu'il y ait perception de ce m&#233;canisme au moins de mani&#232;re implicite. C'est la non-co&#239;ncidence avec l'image globale que l'on finit par former de son corps qui va entra&#238;ner le choix de repousser ou refuser les nouvelles informations qui viendront &#224; la suite de ces fragments de corps associ&#233;s de mani&#232;re non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une lutte entre image globale et images partielles qui est ici en jeu, l'image globale passant pour r&#233;elle et les images partielles pour virtuelles. Mais ce qui importe pour Bellmer, c'est que cette virtualit&#233; est tout &#224; fait active et m&#234;me aussi essentielle que la r&#233;alit&#233; suppos&#233;e de l'image globale de notre corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'acc&#232;s &#224; la zone d'activit&#233; qui se trouve &#234;tre interdit avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'autonomie des images est port&#233;e par l'autonomie des m&#233;canismes qui peuvent continuer &#224; fonctionner en l'absence de douleur r&#233;elle. L'image partielle devient ainsi un p&#244;le d'excitation &#224; part enti&#232;re. Et un p&#244;le qui n'est pas orient&#233; vers l'utilit&#233;. C'est le surplus psychique qui, une fois le territoire forg&#233;, va permettre &#224; des facteurs divers d'agir sur l'individu et de lui faire voir le monde autrement. Il y a un conflit entre ce qui est orient&#233; vers les fonctionnalit&#233;s actuelles de survie et ce qui, ne l'&#233;tant pas, finit par constituer un obstacle &#224; la fonctionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'homme, la fonctionnalit&#233; majeure est celle de la communication, de l'&#233;change des informations. L'individu, le groupe, tend &#224; ne pas avoir recours &#224; des informations qui viendraient troubler l'&#233;quilibre pr&#233;caire d'une situation, sauf en cas de danger. Les images partielles qui continuent de se former dans l'esprit sont &#224; la fois interdites d'acc&#232;s &#224; la conscience et consid&#233;r&#233;es comme facteur de trouble, donc refoul&#233;es avec leur m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut des situations particuli&#232;res pour que ces blocages soient en quelque sorte lev&#233;s et que l'on voie revenir en force &#224; la fois ces foyers virtuels et les possibles qu'ils peuvent faire na&#238;tre. Mais cela ne peut se faire que contre l'ordre de la raison, de la conscience, du moi, du rationnel. Bellmer cherche donc des situations dans lesquelles ce mur entre le moi et le monde int&#233;rieur des images et des sch&#233;mas int&#233;roceptifs est aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Sch&#233;ma corporel et image du corps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Dolto distingue un sch&#233;ma corporel de l'image du corps. Elle pr&#233;sente les choses de la mani&#232;re suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le sch&#233;ma corporel est en principe le m&#234;me pour tous les individus, l'image du corps, par contre, est propre &#224; chacun : elle est li&#233;e au sujet et &#224; son histoire&#8230;/&#8230; l'image du corps est la synth&#232;se vivante de nos exp&#233;riences &#233;motionnelles &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Dolto insiste cependant sur un point essentiel pour nous aujourd'hui, l'enjeu de la communication avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer, lui, &#233;voque la formation d'image dont le but et la fonction n'ont rien &#224; voir en tout cas dans le processus de leur formation avec un quelconque besoin ou une quelconque tendance &#224; la communication avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est gr&#226;ce &#224; notre image du corps port&#233;e par &#8211; et crois&#233;e &#224; &#8211; notre sch&#233;ma corporel que nous pouvons entrer en communication avec autrui&#8230;/&#8230; car c'est dans l'image du corps, support du narcissisme, que le temps se croise &#224; l'espace &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour le dire autrement : le sch&#233;ma corporel r&#233;f&#232;re le corps actuel dans l'espace &#224; l'exp&#233;rience imm&#233;diate. Il peut &#234;tre ind&#233;pendant du langage entendu comme histoire relationnelle du sujet aux autres&#8230;/&#8230; L'image du corps r&#233;f&#232;re le sujet du d&#233;sir &#224; son jouir, m&#233;diatis&#233; par le langage m&#233;moris&#233; de la communication entre sujets &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle inscrit cette r&#233;flexion dans un cadre th&#233;orique, celui de la psychanalyse, qui va finalement interdire l'acc&#232;s aux m&#233;canismes que d&#233;crit Bellmer, lors m&#234;me qu'elle insistera sur un aspect essentiel de ces images, leur dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'image du corps est toujours inconsciente, constitu&#233;e de l'articulation dynamique d'une image de base, d'une image fonctionnelle et d'une image des zones &#233;rog&#232;nes o&#249; s'exprime la tension des pulsions &#187;( &lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait presque attribuer cette phrase &#224; Bellmer, &#224; ceci pr&#232;s et la diff&#233;rence est cruciale, c'est que, pour Bellmer, si les images dont il parle se trouvent &#224; la crois&#233;e du sch&#233;ma corporel et d'images li&#233;es aux zones &#233;rog&#232;nes, elles ne sont pas inconscientes. Bien au contraire, elles affleurent &#224; la conscience &#224; travers les r&#234;veries des jeunes filles dont il parle (p. 14-17). Elles sont litt&#233;ralement manifestes dans les va-et-vient de la seconde partie et deviennent si l'on veut conscientes, mais au sens de per&#231;ues par l'individu comme existant dans l'individu, modelant ou intervenant dans sa vie sans que cela pour autant ne rel&#232;ve de sa volont&#233;, dans la troisi&#232;me partie de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Dolto pr&#233;cise : &#171; Si le lieu, source des pulsions, est le sch&#233;ma corporel, le lieu de leur repr&#233;sentation est l'image du corps &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette image du corps va subir dans l'enfance un refoulement, car, pr&#233;cise-t-elle, &#171; ce que nous appelons l'image du corps est ensuite refoul&#233;e en particulier par la d&#233;couverte de l'image scopique du corps, puis par la castration &#339;dipienne &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel. Fran&#231;oise Dolto se place du point de vue de la normalit&#233; suppos&#233;e des comportements et de l'&#233;volution des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tiens &#224; insister sur le fait que, s'il y a pas eu de paroles, l'image du corps ne structure pas le symbolisme du sujet, mais fait de celui-ci un d&#233;bile id&#233;atif relationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce cas, il y a tout de m&#234;me &#8220;de&#8221; l'image du corps, mais tellement archa&#239;que, image sensorielle fugace, floue et sans mots pour la repr&#233;senter, qu'il n'y a pas de possibilit&#233; de communiquer avec une personne. Un tel sujet est en attente de symbolisation &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 L'image dynamique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici de plain-pied dans le champ de l'exp&#233;rience dont nous parle Bellmer, et s'il est vrai que nombre de ses observations sont dues &#224; sa relation avec Unica Z&#252;rn et &#224; une certaine connaissance des m&#233;canismes li&#233;s &#224; la psychose, il n'en reste pas moins que ce qu'il &#233;voque, c'est pr&#233;cis&#233;ment la p&#233;rennit&#233; d'un m&#233;canisme qui &#233;chappe au processus sur lequel se fonde la psychanalyse pour proposer sa th&#233;orie du sujet, celui d'un refoulement n&#233;cessaire de cette image du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu plus loin que, tentant de d&#233;finir une image dynamique, Fran&#231;oise Dolto ouvre la porte &#224; une sorte de dimension interm&#233;diaire qui ressemble au champ qu'investit Bellmer, mais elle enferme cette image dynamique, qui donc n'est pas une image fixe ou fix&#233;e mais une sorte de lien mobile qui relie entre elles les trois &#233;tats de l'image, sch&#233;ma corporel, image du corps et image scopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'image dynamique n'a donc pas de repr&#233;sentation qui lui soit propre, elle est tension d'intension&#8230;/&#8230; et de ce fait est inaccessible &#224; tout &#233;v&#233;nement castrateur &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 58-59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;f&#233;rant cette image au d&#233;sir, Fran&#231;oise Dolto ench&#226;sse cette image dans la prison du sujet, c'est-&#224;-dire ici de l'intentionnalit&#233;, m&#234;me si cette intentionnalit&#233; prend le joli nom de d&#233;sir, il n'en reste pas moins que le d&#233;sir est une tension orient&#233;e vers quelque chose, un but f&#251;t-il ind&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;sir, agissant dans l'image dynamique, cherche &#224; s'accomplir gr&#226;ce &#224; l'image fonctionnelle et &#224; l'image &#233;rog&#232;ne &#187; (&lt;i&gt;L'image inconsciente du corps&lt;/i&gt;, p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; Bellmer se distingue donc d'une telle approche, pourtant riche, c'est en faisant de ces images mentales des produits du hasard, c'est-&#224;-dire &#233;chappant de part en part &#224; une quelconque volont&#233; du sujet ou du moi. Il y a bien &#233;ros qui joue sa partie, il y a bien des m&#233;canismes li&#233;s &#224; l'inhibition, il a bien des processus de refoulement, des d&#233;rivations, mais il y a surtout des engendrements d'images qui ne doivent rien &#224; la volont&#233; d'un sujet ou d'un moi et rien non plus &#224; la logique communicationnelle. C'est bien ce qui les rend en effet difficiles &#224; percevoir et m&#234;me parfois &#224; supporter ou tout simplement &#224; accepter pour celui en qui elles arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est clair, pour Bellmer, que de tels processus continuent &#224; exister dans les sujets constitu&#233;s et ayant normalement accompli leur maturation et le processus de symbolisation qui leur permet de communiquer avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, un sujet ou un moi est en fait tout sauf le ma&#238;tre de sa vie, tout sauf le ma&#238;tre en tout cas de l'&#233;mergence en lui d'images de ce genre. Tout le texte de Bellmer est donc quant &#224; lui tendu vers ce but qui est de d&#233;montrer comment des tels m&#233;canismes qui &#233;chappent au sujet et &#224; son contr&#244;le continuent d'agir en lui, de le faire et de le transformer, voire m&#234;me d&#233;montrent que le sujet, ou disons le moi, est une fiction, la fiction du sujet qui feint d'&#234;tre l'organisateur de ce dont il n'est au fond que le r&#233;ceptacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces strates de non-ma&#238;trise que Bellmer explore qui influent sur la vie, voire m&#234;me en modifient compl&#232;tement l'approche que l'on peut donc avoir du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ces images qui naissent en chacun &#224; partir de ces zones de tensions, ce que fait &#224; l'&#233;vidence Bellmer comme il va le maintenir tout au long de ce texte, c'est de montrer qu'elles sont le produit du hasard, c'est-&#224;-dire d'une conjonction entre des &#233;l&#233;ments involontaires ayant lieu dans le sujet, apparition d'images ou de mots fonctionnels et &#233;rog&#232;nes et des &#233;v&#233;nements, d'autres images ou d'autres mots, prenant place hors du sujet dans la r&#233;alit&#233; qui l'entoure et qu'il per&#231;oit donc comme arrivant par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Virtuel et actuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La formation assez &#233;trange de ces centres virtuels d'excitation semble &#234;tre le facteur essentiel de l'expression, elle devrait &#234;tre l'objet de recherches plus suivies. Le domaine &#224; explorer se pr&#233;senterait comme celui des perceptions int&#233;rieures, que nous avons consciemment ou inconsciemment de notre organisme et des migrations de son centre d'excitation pr&#233;dominante ; perceptions o&#249; s'inscrivent les &#8220;tensions musculaires&#8221;, &#8220;l'orientation dans l'espace&#8221;, &#8220;les sensations tactiles&#8221; et l'apport des &#8220;facult&#233;s auditives et olfactives&#8221; qui leur sont attach&#233;es &#187; note Bellmer page 10 de son livre &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce dont il est question fait donc &#233;cho au sch&#233;ma corporel, mais &#224; un sch&#233;ma corporel actif, pourrait-on dire, et en fait &#224; un corps appr&#233;hend&#233; dans toute sa multiplicit&#233;, c'est le mot &#171; virtuel &#187; qui doit maintenant retenir notre attention. Il n'est pas l&#224; par hasard et si son emploi n'est pas pol&#233;mique, il n'en est pas moins pour nous d'une grande importance. Il montre que Bellmer situe parfaitement la gen&#232;se des images mentales dont il nous parle, hors du double ancrage dans la forteresse du moi et dans les filets de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est, est ce qui existe et ce qui existe, est ce qui a une effectivit&#233;, ce qui se manifeste non pas dans la relation avec autrui mais bien dans une int&#233;riorit&#233; qui ne rel&#232;ve pas du dialogue entre moi m&#233;taphorique et je analogue, pour reprendre les expressions de Jaynes, mais dans le complexe corps-cerveau en tant qu'il est le lieu dans lequel se forment des objets mentaux et que ceux-ci trouvent la possibilit&#233; de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, pour Bellmer, c'est de montrer que ces images mentales qui se forment, disons au hasard de tensions physiques, comme la douleur par exemple, peuvent donner lieu &#224; des n&#339;uds de tension affective et &#224; des &#233;missions en retour. Ces images mentales forment donc des p&#244;les d'attraction qui se mettent &#224; engendrer &#224; leur tour de nouveaux objets mentaux, ind&#233;pendamment de la volont&#233; d'un moi et des m&#233;canismes de la conscience, sans pour autant que ces productions soient inconscientes, puisque dans les exemples que donne Bellmer, ces images sont en effet consciemment per&#231;ues, si elles ne sont pas volontairement produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze avait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, qui date de 1969, distingu&#233; entre possible et virtuel. Dans son livre de 1998, &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel&lt;/i&gt;, Pierre L&#233;vy &#233;voque la n&#233;cessit&#233; de produire &#171; une cartographie du virtuel &#187;, &#233;tant entendu que l'enjeu n'est pas pour lui d'analyser les passages du virtuel &#224; l'actuel ou du possible au r&#233;el, mais bien de parler de la virtualisation comme processus qui &#171; remonte du r&#233;el ou de l'actuel vers le virtuel &#187; (p. 10). Le mot revient plusieurs fois dans ce chapitre, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;coutons un instant Pierre L&#233;vy. &#171; On comprend maintenant la diff&#233;rence entre r&#233;alisation (occurrence d'un possible pr&#233;d&#233;fini) et l'actualisation (invention d'une solution exig&#233;e par un complexe probl&#233;matique). Mais qu'est-ce que la virtualisation ? Non plus le virtuel comme mani&#232;re d'&#234;tre, mais la virtualisation comme dynamique. La virtualisation peut se d&#233;finir comme le mouvement inverse de l'actualisation. Elle consiste en un passage de l'actuel au virtuel, en une &#233;l&#233;vation &#224; la puissance de l'entit&#233; consid&#233;r&#233;e. La virtualisation n'est pas une d&#233;r&#233;alisation (la transformation d'une r&#233;alit&#233; en un ensemble de possibles) mais une mutation d'identit&#233;, un d&#233;placement de centre de gravit&#233; ontologique de l'objet consid&#233;r&#233;&#8230;/&#8230; L'actualisation allait d'un probl&#232;me &#224; une solution. La virtualisation passe d'une solution donn&#233;e &#224; un autre probl&#232;me. Elle transforme l'actualit&#233; initiale en cas particulier d'une probl&#233;matique plus g&#233;n&#233;rale sur laquelle est d&#233;sormais plac&#233; l'accent ontologique. Elle implique autant d'irr&#233;versibilit&#233; dans ses effets, d'ind&#233;termination dans ses processus et d'invention dans son effort d'actualisation. La virtualisation est un des principaux vecteurs de la cr&#233;ation de r&#233;alit&#233; &#187; (p. 16-17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte de Bellmer, la question de la virtualit&#233; appara&#238;t en fait une fois le processus du double transfert mis en marche. La d&#233;rivation de fragments du sch&#233;ma corporel vers des points du corps qui permettent de soulager une douleur physique ou psychique dans le cas des deux jeunes filles donne lieu &#224; la formation d'associations et de projections virtuelles de certaines parties et de certaines fonctions du corps, comme celle de voir, sur des parties du corps qui ne sont pas celles qui correspondent &#224; cette activit&#233;. Cela devient voir par l'extr&#233;mit&#233; du nez ou avec la main et non plus avec l'&#339;il par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foyer r&#233;el d'excitation et foyer virtuel vont en fait se retrouver fonctionner de la m&#234;me mani&#232;re. Le transfert se fait entre deux types de fonctionnalit&#233; identique, puisqu'il y a en fait une sorte de va-et-vient ou de boucle de r&#233;troaction entre les &#233;l&#233;ments associ&#233;s au hasard de la d&#233;rivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Bellmer est d'une pr&#233;cision sans appel, comme le montrent les pages 16 et 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi l'&#339;il, l'oreille, le nez, expos&#233;s &#224; des mesures de r&#233;pression, sont devenus &#224; leur tour un foyer r&#233;el, auquel s'oppose n&#233;cessairement &#8211; la main, le talon &#8211; un foyer virtuel d'excitation &#187; (p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait que &#171; cette fois-ci le d&#233;placement a atteint la surface de la conscience, son contenu irrationnel est devenu manifeste &#187; (p. 17). C'est donc &#224; ce constat radical que parvient Bellmer, &#224; savoir que &#171; si l'on pouvait dire&#8230;/&#8230; excitation virtuelle et excitation r&#233;elle se confondent en se superposant &#187; (p. 17-18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;vocation d'&#233;l&#233;ments qui glissent les uns sur les autres et &#233;changent leur fonctionnalit&#233; comme des &#233;l&#233;ments de science-fiction est l'image la plus parlante sans doute. On comprend donc de quoi et comment cette virtualit&#233; tire son actualit&#233; si l'on peut dire. Il y a une sorte d'&#233;quivalent fonctionnel qui permet le passage d'une strate &#224; une autre. Ainsi, image pour image, l'activation d'une partie du sch&#233;ma corporel et la projection de cette partie dans le plan de l'image du corps ne touchent pas &#224; l'unit&#233; suppos&#233;e de ces deux plans, de ces deux entit&#233;s. Elles restent en tant que telles intouch&#233;es, mais elles se trouvent devenir le support d'un jeu de glissements entre entit&#233;s du m&#234;me type, des images mentales de parties excit&#233;es, celle qui sert d'exutoire &#233;tant aussi excit&#233;e &#224; terme que la partie originellement douloureuse ou li&#233;e &#224; des interdits de quelle que sorte que ce soit. C'est ce degr&#233; d'excitation qui assure l'&#233;quivalence ontologique de ces images. Car ce sont bien des images. C'est aussi ce qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aboutit &#224; un effet de r&#233;versibilit&#233; entre entit&#233;s du m&#234;me type, entre images mentales et, &#224; ce niveau et sur ce plan, il n'y a pas de diff&#233;rence. La partie du corps virtuellement excit&#233; par d&#233;rivation et transfert est en train de devenir aussi r&#233;ellement active que le foyer r&#233;el d'excitation &#224; cause de l'aspect fragmentaire de la partie excit&#233;e et des parties du corps mises en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;ma corporel et image du corps ne sont pas remis en cause dans leur statut ontologique, simplement une autre r&#233;alit&#233;, faite d'un m&#233;lange in&#233;dit de fragments d'eux-m&#234;mes, est en train de les recouvrir et de se mettre &#224; fonctionner en lieu et place de l'ordre orthonorm&#233; du sujet. C'est un changement de programme qui joue avec les m&#234;mes instruments ou &#233;l&#233;ments. La partition n'est simplement plus contr&#244;l&#233;e par l'instance habituelle de r&#233;gulation, le moi. Et ce m&#233;canisme en fait ne s'arr&#234;te pas de fonctionner une fois le sujet ou le moi institu&#233;. Il est simplement occult&#233; ou mis entre parenth&#232;ses mais en rien aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de plus, il nous dit quelque chose sur le fonctionnement psychique que les topiques freudiennes ne nous disent pas. Il y a bien une cr&#233;ation de r&#233;alit&#233; propre au fonctionnement mental pour ne pas dire psychique qui se trouve peut-&#234;tre au bord de la folie, mais qui en tout cas existe en tant que tel et qui surtout r&#233;v&#232;le que le psychisme d&#233;pend de proc&#233;d&#233;s et de proc&#233;dures qui n'ob&#233;issent pas au sujet. C'est pourquoi il faut parler un instant du transfert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Le transfert et la gen&#232;se possibles des deux figures centrales de la conscience : le moi m&#233;taphorique et le je analogue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tablit donc un parall&#233;lisme entre l'engendrement des images et les poches r&#233;sistances qui ont &#233;t&#233; invent&#233;es par le moi. Plus exactement, le conflit entre d&#233;sir et interdiction n'est pas &#224; composante morale mais simplement physiologique. Le mouvement de l'individuation conduit l'individu en cours de constitution &#224; oublier ou &#224; occulter le processus de l'individuation qui l'a conduit &#224; cette nouvelle phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc un premier transfert ou une premi&#232;re d&#233;rivation, ou plus exactement un m&#233;lange possible entre de nombreuses parties qui se fait par une double logique, qui rappelle ce que d&#233;crit Simondon lorsqu'il &#233;voque par exemple les relations entre vital et psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre vital et psychique existe donc, lorsque le psychique appara&#238;t, une relation qui n'est pas de mati&#232;re &#224; forme, mais d'individuation &#224; individuation ; l'individuation psychique est une dilatation, une expansion pr&#233;coce de l'individuation vitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il r&#233;sulte d'une pareille hypoth&#232;se que l'entr&#233;e dans la voie de l'individuation psychique oblige l'&#234;tre individu&#233; &#224; se d&#233;passer ; la probl&#233;matique psychique, faisant appel &#224; de la r&#233;alit&#233; pr&#233;individuelle, aboutit &#224; des fonctions et des structures qui ne s'ach&#232;vent pas &#224; l'int&#233;rieur des limites de l'&#234;tre individu&#233; vivant ; si l'on nomme individu l'organisme vivant, le psychique aboutit &#224; un ordre de r&#233;alit&#233; transindividuelle ; en effet, la r&#233;alit&#233; pr&#233;individuelle associ&#233;e aux organismes vivants individu&#233;s n'est pas d&#233;coup&#233;e comme eux et ne re&#231;oit pas de limites comparables &#224; celles des individus vivants s&#233;par&#233;s &#8230;/&#8230; le psychique est du transindividuel vivant &#187; (p. 166).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer, comme Simondon, pense en effet que la r&#233;alit&#233; psychique n'est pas ferm&#233;e sur elle-m&#234;me. Le parall&#232;le est int&#233;ressant, m&#234;me si ce dont parle Bellmer se situe sur un autre plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un parall&#233;lisme au moins fonctionnel, et sans doute philosophique profond, entre ce mouvement qui participe &#224; la constitution du psychisme comme quelque chose qui d&#233;passe l'individuel et donc l'individu et, en fait, le traverse et continue de faire vivre du pr&#233;individuel dans l'individu en le connectant directement &#224; du transindividuel &#224; travers l'individu et donc hors de son contr&#244;le et ce que Bellmer d&#233;crit, &#224; savoir des proc&#233;dures complexe de transfert d'images mentale devenant des foyers r&#233;els d'excitation &#233;chappant au contr&#244;le du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux moments du transfert chez Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier transfert se fait par-dessus l'interdit, plus tardif mais r&#233;el, vis-&#224;-vis de la sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ouvre la porte &#224; un effet de feed-back, qui constitue en quelque sorte le second transfert, qui cette fois va venir r&#233;importer et donc r&#233;int&#233;grer ce par-dessus quoi le premier transfert est pass&#233;, &#224; savoir le sexe ou l'image du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les points d'interdit deviennent-ils &#171; de r&#233;els foyers d'excitation virtuels &#187;, et leur pr&#233;gnance fait de cette virtualit&#233; une puissance r&#233;elle d'excitation au sens o&#249; elle se trouve par ce second moment du transfert acqu&#233;rir une dimension m&#233;morielle active aussi intense que des images r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point majeur de la th&#232;se de Bellmer tient, on l'a vu, en ce que les points d'excitation virtuels vont jouer dans le psychisme un r&#244;le aussi important que les points d'excitation r&#233;els, et m&#234;me donner lieu &#224; des &#171; croyances &#187; irrationnelles comme de voir par la main dans la mesure m&#234;me o&#249; une sensation ou quelque chose d'aussi fort qu'une sensation aura p&#233;n&#233;tr&#233; le psychisme et sera donc aussi actif que les fonctions r&#233;elles de la vue ou du toucher mais dans un montage diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, donc, deux moments ou deux transferts sont-il &#224; l'&#339;uvre pour Bellmer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 16-17 : &#171; Mais ce transfert premier&#8230; foyer virtuel d'excitation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;p. 17 : &#171; L'image du sexe s'&#233;tant gliss&#233;e sous celle de l'&#339;il il n'y a pas d'obstacle &#224; ce que la sexualit&#233; (l'amour) d&#233;guis&#233;e en facult&#233; visuelle ne tienne ses promesses prestigieuses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit de la rencontre sur un m&#234;me plan, disons dans une m&#234;me zone psychique, d'&#233;l&#233;ments provenant de plusieurs niveaux diff&#233;rents, c'est-&#224;-dire du sch&#233;ma corporel et de l'image du corps mais en tant que ces deux domaines pourraient &#234;tre et sont effectivement appr&#233;hend&#233;s &#224; partir d'un m&#233;canisme qui les d&#233;passe et les traverse, celui de l'&#233;cho et de la duplication amplifiante, sur lequel on va revenir dans un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors transfert, donc, d'un plan &#224; un autre, mais aussi et surtout constitution d'un plan particulier qui se situerait entre sch&#233;ma corporel et image du corps et qui les traverserait tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela qu'il y a quelque chose d'important tant du point de vue de la psychologie que de la philosophie dans ce texte. Ces m&#233;canismes qui &#233;chappent au contr&#244;le du moi sont absolument distincts de ceux qui, selon la vulgate freudienne, participent au fonctionnement que l'on qualifiera de &#171; normal &#187; ou d'&#171; habituel &#187; du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait &#224; la th&#233;orie freudienne du refoulement que s'opposent les id&#233;es et les descriptions de Bellmer. Plut&#244;t que de s'y opposer, elles montrent l'existence de m&#233;canismes diff&#233;rents qui semblent ne pas &#234;tre pris en compte ou &#233;chapper &#224; la th&#233;orie freudienne ou qui ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme valides par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Totalement assimil&#233; &#224; l'inconscient avant 1915, le refoulement est pr&#233;sent&#233; par Freud dans le cadre de son travail sur la m&#233;tapsychologie comme ce qui constitue &#171; pour la pulsion et ses repr&#233;sentants, &#171; un moyen terme entre la fuite (r&#233;ponse appropri&#233;e aux excitations externes) et la condamnation (qui sera l'apanage du surmoi) &#187;. &#187; Puis il distingue trois temps constitutifs du refoulement : 1) le refoulement proprement dit, ou refoulement apr&#232;s coup ; 2) le refoulement originaire ; 3) le retour du refoul&#233; dans les formations de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le refoulement en g&#233;n&#233;ral porte sur les repr&#233;sentants des pulsions, eux-m&#234;mes objet d'un retrait d'investissement, c'est-&#224;-dire d'une cessation de prose en charge de la part du pr&#233;conscient ; dans ce cas, l'inconscient effectue imm&#233;diatement un investissement substitutif qui appelle en retour un contre-investissement de la part du pr&#233;conscient, lequel se heurte alors &#224; l'attraction constitu&#233;e par les &#233;l&#233;ments de l'inconscient anciennement refoul&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point conduit Freud &#224; postuler l'existence d'un refoulement originaire sur lequel il ne dira pas grand-chose. Dans Le Moi et le &#199;a, Freud &#233;crit &#224; propos du refoulement rattach&#233; &#224; la partie inconsciente du moi dans la seconde topique &#171; que le refoul&#233; n'est nettement s&#233;par&#233; du moi que par les r&#233;sistances du refoulement, tandis que par le &#231;a il peut communiquer avec lui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref rappel n'a pas d'autre but que de montrer que le refoulement est une affaire qui concerne le moi, c'est-&#224;-dire que le refoul&#233; est con&#231;u en fonction de la signification qu'il peut ou doit avoir pour le moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Out of control&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;rement, ce dont parle Bellmer et avec lui bien d'autres, des artistes en particulier, c'est de m&#233;canismes qui &#233;chappent au contr&#244;le du moi ou du sujet. Ainsi, il peut y avoir des blocages et des blocages d&#233;finitifs, alors sans doute pourrait-on dire qu'on a affaire au refoulement, mais il y a des forces, les pulsions peut-&#234;tre qui continuent &#224; se manifester &#224; travers leurs repr&#233;sentants mais sans &#234;tre soumises &#224; l'imp&#233;ratif de la logique du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce point qui est essentiel, cette non-implication signifiante des &#233;l&#233;ments, ici des images ou des fragments d'images du corps, en tout cas leur d&#233;connexion d'avec des significations purement sexuelles par exemple. C'est ce qui arrive quand l'&#339;il se glisse dans la paume ou le sexe sous l'aisselle. Il n'y a pas ou plus de lien signifiant entre les images et les associations d'images et les attentes ou les croyances du moi relatives &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;possession du sujet par rapport &#224; lui-m&#234;me est au c&#339;ur d'un questionnement philosophique essentiel, que l'on a vu prendre corps surtout autour de la figure d'Artaud, en France, et dont le livre de Derrida, &lt;i&gt;L'animal que donc je suis&lt;/i&gt;, t&#233;moigne encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir comment penser une entit&#233; qui ne serait pas le sujet con&#231;u, pour le dire vite, &#224; partir du mod&#232;le cart&#233;sien. Malgr&#233; de nombreuses tentatives philosophiques, rien n'a v&#233;ritablement chang&#233; sur ce point et la psychanalyse, m&#234;me lacanienne, n'a pas r&#233;ussi, en admettant qu'elle l'ait tent&#233;. Derrida remarque sur ce point &#171; qu'il ne suffit pas &#224; une &#233;thique de rappeler le sujet &#224; son &#234;tre sujet, h&#244;te ou otage, assujetti &#224; l'autre, au tout autre ou &#224; tout autre pour rompre la tradition cart&#233;sienne&#8230;/&#8230; Cela ne suffit pas m&#234;me dans une logique ou une &#233;thique de l'inconscient qui, sans renoncer au concept de sujet, pr&#233;tendrait &#224; quelque &#171; subversion du sujet &#187; (&lt;i&gt;L'animal que donc je suis&lt;/i&gt;, p. 162-164).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. R&#233;versibilit&#233; et &#233;cho : de l'image au mot (des images aux mots)
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les deux sens de l'&#234;tre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer partagea sa vie longtemps avec Unica Z&#252;rn, femme de lettres et dessinatrice hors pair, m&#234;me si les derni&#232;res ann&#233;es furent largement contamin&#233;es par la folie d'Unica. Ses dessins se situent entre ceux d'Andr&#233; Masson et de Max Ernst, et ses livres racontent, si l'on peut dire, la lente mont&#233;e de la folie et rendent compte de ces &#233;tats de dissociation mais aussi et surtout de ces associations qui surgissent et qui fournissent un mat&#233;riau immense et d'une intensit&#233; psychique largement sup&#233;rieure aux images de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'&#233;vidence Unica qui inspire directement les passages suivants du texte de Bellmer et les exemples d'anagrammes qui vont servir &#224; d&#233;montrer en quelque sorte les m&#233;canismes qui participent &#224; la formation et &#224; la puissance d'impact des images, c'est-&#224;-dire des foyers virtuels d'excitation dans le psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit surtout de montrer que la formation des images et des mots se fait &#224; partir d'un fond irrationnel qui est celui du pr&#233;individuel. Comme le remarque Simondon, &#171; l'&#234;tre se dit en deux sens : en un premier sens, fondamental, l'&#234;tre est en tant qu'il est ; mais en un second sens, toujours superpos&#233; au premier dans la th&#233;orie logique, l'&#234;tre est l'&#234;tre en tant qu'il est individu&#233;. S'il &#233;tait vrai que la logique ne porte que sur des &#233;nonciations relatives &#224; l'&#234;tre qu'apr&#232;s individuation, une th&#233;orie de l'&#234;tre ant&#233;rieure &#224; toute logique devrait &#234;tre institu&#233;e &#187; (op. cit. p. 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, on peut dire que Bellmer, avec ce livre, participe de cette pr&#233;sentation d'une th&#233;orie de l'&#234;tre ant&#233;rieure &#224; toute logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est page 149 que Simondon donne une explication de ce qui constitue sans doute le ressort de cette production d'images et de mots ne r&#233;pondant pas &#224; la logique, &#224; savoir une sorte de d&#233;calage constant entre les deux niveaux dans lesquels l'&#234;tre ou l'individu se projette, l'espace et le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'individu physique doit &#234;tre pens&#233; comme un ensemble chrono-topologique, dont le devenir complexe est fait de crises successives d'individuation ; le devenir de l'&#234;tre consiste dans cette non-co&#239;ncidence de la chronologie et de la topologie. L'individuation d'un ensemble physique serait alors constitu&#233;e par l'encha&#238;nement des r&#233;gimes successifs de cet ensemble &#187; (op. cit. p. 149).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui rel&#232;ve de l'absence de logique, c'est bien la topologie, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment les projections d'images de parties dans des associations hasardeuses en ce qu'elles peuvent se faire sans &#234;tre reli&#233;es &#224; un tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la chronologie qui vient interf&#233;rer et constituer un ordre sup&#233;rieur logique lin&#233;aire et discursif v&#233;hicul&#233; par le langage. Mais l'existence de la projection de l'individu dans le temps n'abolit pas la projection dans l'espace. C'est de ce frottement entre des deux dimensions de l'&#234;tre que naissent les images du second degr&#233;, pourrait-on dire, et que leur efficacit&#233; trouve sa source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, et c'est &#224; cela que tend l'usage des palindromes &#233;voqu&#233;s par Bellmer page 21 de son livre. Il existe dans la langue des traces d'une r&#233;versibilit&#233; spatiale non logique ou qui en tout cas d&#233;montre que la logique des propositions est seconde et ajout&#233;e au fonctionnement psychique s'exprimant directement &#224; travers le corps et les associations d'images sources de comportements non logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Faire la pens&#233;e dans la bouche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre une th&#233;orie des images, &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt; d&#233;veloppe aussi une exploration du psychisme et nous fournit une sorte de description g&#233;n&#233;rale non pas tant des effets de la folie que de la gen&#232;se de la division qui est au c&#339;ur de chaque individu et qui pr&#233;c&#232;de l'instauration de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les langues que nous parlons ont atteint depuis longtemps leur maturit&#233;. Mais le go&#251;t de la r&#233;versibilit&#233; qui est &#224; l'origine des mots et qui leur conf&#232;re leur ambigu&#239;t&#233; vibrante, ce go&#251;t subsiste ; il redevient visible quand il s'agit de formations verbales automatiques qui veulent moins communiquer quelque chose qu'&#233;prouver le plaisir de na&#238;tre, de laisser libre jeu &#224; une impulsion instinctive, de &#8220;faire la pens&#233;e dans la bouche&#8221;, selon la formule de Tristan Tzara &#187; (op. cit., p. 19-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage des images aux mots est essentiel. Il faudrait prendre le temps ici de parler longuement du texte d'Hugo Ball, &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, qui raconte la naissance de Dada &#224; Zurich, et surtout de travailler les passages dans lesquels il met en relation le mot et l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais restons avec Bellmer qui, en citant Tzara, rend non seulement un hommage &#224; Dada, mais fait signe avec simplicit&#233; &#224; ce qui a &#233;t&#233; sans doute la &#171; d&#233;couverte &#187; la plus fondamentale de Dada, &#224; savoir qu'il y a des m&#233;canismes qui travaillent dans le sujet et qui ne r&#233;pondent en rien au besoin de communiquer qui est suppos&#233; &#234;tre le propre de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes qui fonctionnent hors intentionnalit&#233; sont en fait sans doute ceux qui t&#233;moignent en nous de l'existence d'un &#233;tat du psychisme ant&#233;rieur &#224; l'invention de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce qui se produit de mani&#232;re fragmentaire ou, disons, qui ne concerne que certains &#233;tats li&#233;s &#224; la douleur ne serait pas g&#233;n&#233;ralisable ? Ce serait alors tout le psychisme qui serait concern&#233;. Bellmer nous invite &#224; passer de la dent &#224; l'individu entier consid&#233;r&#233; comme &#171; foyer de douleur auquel s'opposerait une virtualit&#233;, cette fois ext&#233;rioris&#233;e, sous forme d'un double hallucinatoire &#187; (op. cit., p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reconna&#238;t l&#224; &#224; la fois quelque chose que l'on peut rapprocher de la bicam&#233;ralit&#233; de Jaynes et quelque chose qui ressemble en effet &#224; des &#233;tats li&#233;s &#224; la folie. Mais je crois qu'il faut surtout voir ici une sorte de sch&#233;ma &#224; l'envers qui conduit &#224; imaginer que ces processus continuent &#224; fonctionner ou le peuvent et qu'il y a en nous un autre nous, qui est autre en ce qu'il serait &#224; la fois totalement autre, notre pass&#233; bicam&#233;ral, et relativement autre, en ce que les m&#233;canismes lorsqu'ils se produisent font surgir et exister en nous un autre qui est ou serait notre double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc encore une fois &#233;couter Bellmer qui manifestement sait qu'il avance des &#233;l&#233;ments majeurs relatifs &#224; une vision de l'individu non soumis &#224; la forme sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si les termes de r&#233;el et virtuel ne pr&#234;taient gu&#232;re &#224; malentendu &#8211; leur signification s'&#233;tant exp&#233;rimentalement fix&#233;e &#8211;, il est par contre indiqu&#233; de prendre des pr&#233;cautions terminologiques lorsqu'il s'agit de savoir entre quel moi et quel autre moi se fait la scission donn&#233;e. Conform&#233;ment &#224; la nature du r&#233;flexe, nous proposons de concevoir l'opposition en cause comme celle de principes de la sensibilit&#233; et de la motricit&#233;, comme scission du moi qui subit une excitation et du moi qui cr&#233;e une excitation. &#187; (op. cit., p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de taille. Nous allons le laisser de c&#244;t&#233; pour aujourd'hui et lire la derni&#232;re page de cette premi&#232;re partie. Il faudrait demander &#224; quelqu'un, un photographe sans doute, de tenter de nous dire comment il voit lui cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le m&#233;canisme de la gen&#232;se de l'image&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que l'importance, ici, est pour Bellmer d'avoir en quelque sorte d&#233;montr&#233; l'&#233;quivalence entre r&#233;alit&#233; et virtualit&#233;. Pour nous, ces lignes mettent en sc&#232;ne ce m&#233;canisme de l'opposition et disons du reversement, de l'inversion et de l'&#233;cho au c&#339;ur du psychisme, non seulement comme un m&#233;canisme le d&#233;terminant mais comme un m&#233;canisme sinon &#171; LE &#187; m&#233;canisme pr&#233;sidant &#224; sa gen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en ce qui concerne les images et les mots, la formation des images et des mots, aurait-on affaire &#224; ce m&#233;canisme-l&#224; en particulier. Mais Bellmer va plus loin. Il &#233;voque une r&#233;alit&#233; troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais entendre l&#224; quelque chose qui ressemblerait de loin mais aussi de pr&#232;s &#224; ces entit&#233;s abstraites que sont les id&#233;es, les concepts, les images &#171; absolues &#187; celles qui sont un v&#233;ritable croisement de r&#233;alit&#233; et de virtualit&#233; et qui acc&#232;dent &#224; une r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure, bref &#224; ces objets mentaux qui semblent ne pas devoir exister en fonction de sensations actuelles ou de perceptions actuelles mais qui semblent engendr&#233;es directement par le psychisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets mentaux sont associ&#233;s en g&#233;n&#233;ral aux abstractions comme les id&#233;es &#171; pures &#187; ou les &#171; chiffres &#187; ou les op&#233;rations math&#233;matiques. Il se pourrait en fait que les produits de l'imagination aient la m&#234;me source. Cela changerait alors du tout au tout l'id&#233;e que l'on a de la domination n&#233;cessaire du moi du sujet ou de la conscience. On ne pourrait plus leur attribuer la place centrale dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de la pens&#233;e et de la r&#233;gulation de l'existence. De quoi serait faite alors l'existence ? Laissons cette question en suspens. Elle pourrait d'ailleurs faire l'objet d'une investigation prolong&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je repartirai la prochaine fois de cette derni&#232;re page de la premi&#232;re partie avant de plonger dans la seconde et la troisi&#232;me partie et d'aborder la question des genres masculins et f&#233;minins et la mani&#232;re dont Bellmer met en place un syst&#232;me qui abolit cette diff&#233;rence sexuelle comme d&#233;terminante pour mettre au c&#339;ur de la division cet autre m&#233;canisme de r&#233;p&#233;tition d'inversion et d'&#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais en fait conclure sur une id&#233;e qui m'est venue ne r&#233;digeant ces notes, &#224; savoir qu'il pourrait &#234;tre possible de mettre en place &#224; partir de cette double strate, la strate sujet et la strate du non-sujet, pour le dire de mani&#232;re tr&#232;s imparfaite, des crit&#232;res qui nous permettraient de passer &#224; travers les images afin de les trier-classer et de mieux comprendre leur fonction dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de la production visuelle aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'on pourrait dire que ce qui permet de distinguer entre les images, ce ne serait pas par exemple le fait qu'elles sont figuratives ou abstraites, de la photographie ou de la peinture, de la vid&#233;o ou du cin&#233;ma, mais embarqu&#233;es dans une probl&#233;matique li&#233;e au sujet ou dans une probl&#233;matique de d&#233;subjectivation, pour ne pas dire non subjectiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y aurait d'une part des probl&#233;matiques li&#233;es &#224; celles qui sont directement issues de la tradition philosophique, et qui articulent encore et toujours des questions li&#233;es &#224; l'imitation, au semblable, &#224; l'id&#233;e de beau et &#224; la perfection, &#224; la bonne forme ou encore finalement &#224; l'incarnation d'une id&#233;e et qui fonctionnent sur les processus de reconnaissance. De telles images semblent tenter de r&#233;pondre &#224; une demande implicite qui est, au fond, suppos&#233;e &#234;tre la demande du sujet que l'on r&#233;ponde &#224; son angoisse pour la calmer en lui donnant des objets &#224; reconna&#238;tre, ce qui le conforte dans son territoire et ses habitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d'autre part, il y aurait des images cherchant &#224; rendre compte de ce qui, soit est &#224; la source de ces m&#233;canismes, soit m&#234;me est engendr&#233; par ces m&#233;canismes, mais conduit dans une autre direction, invente d'autres mondes que des copies conformes ou non de la r&#233;alit&#233; suppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est donc de faire exister d'autres r&#233;alit&#233;s comme &#233;tant aussi r&#233;elles que celle que l'on reconna&#238;t et prend g&#233;n&#233;ralement pour la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, comment d&#233;river des m&#233;canismes qui servent pourtant aussi &#224; la marchandise pour se faire accepter de nous, et leur faire produire des formes qui soient aussi pr&#233;gnantes et libres ou en tout cas non limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'o&#249; et comment l'alt&#233;rit&#233; peut-elle entrer dans une production visuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en resterons sur ces questions peut-&#234;tre finalement d&#233;j&#224; connues de vous avant d'entamer donc la prochaine fois l'analyse des deux autres parties de ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>I - Hans Bellmer </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2010-2011-I-Hans-Bellmer</link>
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		<dc:date>2010-10-05T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes pr&#233;paratoires de Jean-Louis Poitevin relatives au premier s&#233;minaire de l'ann&#233;e 2010 2011 consacr&#233; au livre de Hans Bellmer Petite anatomie de l'image, &#201;ditions Allia&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton53-94ff3.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le court essai en trois parties, sign&#233; Hans Bellmer, est une v&#233;ritable mine d'or. Publi&#233; la premi&#232;re fois en 1957 au Terrain vague, ce livre s'intitulait La petite anatomie de l'inconscient physique. L'&#233;cart entre ces deux titres constitue le champ d'investigation de ce texte. Il s'agit en effet pour Hans Bellmer de tenter de d&#233;terminer avec la plus grande honn&#234;tet&#233; possible les m&#233;canismes physiologiques et psychiques qui pr&#233;sident en nous &#224; la formation d'images.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hans Bellmer : &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt; (I)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de ce texte, c'est de nous faire p&#233;n&#233;trer dans un champ le plus souvent occult&#233;, celui d'une approche dynamique des images ou plus exactement celui d'une conception de l'image comme moment d'un processus complexe et infini li&#233; aux divers processus qui constituent le vivant et lui permettent d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes pour le s&#233;minaire du 5 octobre 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;doc260|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une conception dynamique de l'image&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le court essai en trois parties sign&#233; Hans Bellmer est une v&#233;ritable mine d'or. Publi&#233; la premi&#232;re fois en 1957 au Terrain vague, ce livre s'intitulait &lt;i&gt;La petite anatomie de l'inconscient physique&lt;/i&gt;. L'&#233;cart entre ces deux titres constitue le champ d'investigation de ce texte. Il s'agit en effet pour Hans Bellmer de tenter de d&#233;terminer avec la plus grande honn&#234;tet&#233; possible les m&#233;canismes physiologiques et psychiques qui pr&#233;sident en nous &#224; la formation d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de ce texte est de nous faire p&#233;n&#233;trer dans un champ souvent occult&#233;, celui d'une approche dynamique des images, ou plus exactement celui d'une conception de l'image comme moment d'un processus complexe et infini li&#233; aux divers processus qui constituent le vivant et lui permettent d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on parle d'image, on est pris dans des d&#233;terminations culturelles auxquelles il semble impossible ou impensable d'&#233;chapper. Elles sont au nombre de quatre et d&#233;coulent toutes en quelque sorte de la conception grecque, disons platonicienne, de l'image. Celle-ci inscrit toute forme ou tout type d'image dans le sch&#233;ma d'une ontologie g&#233;n&#233;rale bas&#233;e non seulement sur le partage entre &#234;tre et &#233;tant, mais sur une approche substantialiste de l'image qui interdit de la penser comme &#233;l&#233;ment variable participant &#224; un ou &#224; des processus physiques et psychiques continus et variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image li&#233;e &#224; l'id&#233;e, puis &#224; Dieu, s'est trouv&#233;e comme expuls&#233;e de son lieu de production, le corps vivant et pensant. Elle a &#233;t&#233; d&#233;valoris&#233;e et les penseurs qui voulaient voir dans le corps son origine, ont &#233;t&#233; largement discr&#233;dit&#233;s et le plus souvent ne pouvaient conduire leur approche &#224; son terme (Lucr&#232;ce, par exemple, ou Plotin, qui pensait une image dynamique, mais finissaient par la rapporter au sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral issu du platonisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour les fonctions de l'image, qui se sont trouv&#233;es r&#233;duites ou pi&#233;g&#233;es dans les concepts de ressemblance, d'imitation, de beaut&#233;, au lieu d'&#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme des &#233;l&#233;ments dynamiques participant &#224; la constitution et au d&#233;veloppement de l'individu ou de la pens&#233;e. L'image n'a que rarement pour ne pas dire jamais &#233;t&#233; pens&#233;e comme un &#171; op&#233;rateur cognitif et perceptif &#187;, pour reprendre l'expression de Tania Vladova dans son texte consacr&#233; aux d&#233;bats sur l'image dans l'esth&#233;tique contemporaine (in &lt;i&gt;L'image&lt;/i&gt;, &#201;ditions Vrin, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de cette s&#233;ance et de toutes celles &#224; venir va &#234;tre de plonger sans r&#233;serve dans le d&#233;frichage d'une conception dynamique de l'image qui a pour but la remise en question des assises ontologiques de l'image, pour moyen l'analyse et l'usage des images telles qu'elles sont con&#231;ues, fabriqu&#233;es et utilis&#233;es aujourd'hui, pour vecteurs une relecture compl&#232;te de l'histoire des images &#224; partir de l'invention de nouvelles notions et pour objectif de permettre de dessiner les contours d'une forme nouvelle de subjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque tend &#224; rendre cette mutation in&#233;vitable et irr&#233;versible, mais qui cela concerne-t-il et comment ? Qui est capable &#224; la fois de vivre et de penser ce qu'il vit, surtout lorsque ce qui est v&#233;cu contredit les r&#232;gles de la morale et de la biens&#233;ance, comme celles de la logique et de la convenance ou de la raison et de la conscience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte de Hans Bellmer est en fait une v&#233;ritable remise en question des crit&#232;res qui servent &#224; la d&#233;finition de l'image dans la mesure o&#249; il est tout simplement honn&#234;te dans la description et l'analyse de ce qui arrive &#224; un psychisme lorsqu'il fait face &#224; des exp&#233;riences qui ne rel&#232;vent pas directement de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il fallait s'y attendre un peu, d&#232;s lors que l'on n'adopte pas une position id&#233;aliste et rationaliste concernant l'image, on se retrouve confront&#233; &#224; la question de la production d'images mentales et d'images mat&#233;rielles. Celles que Bellmer r&#233;alise, par exemple, &#224; partir des exp&#233;riences qu'il vit et des analyses qu'il d&#233;veloppe, proviennent de situations paradoxales, troublantes, li&#233;es &#224; l'irrationnel ou, pour parler avec Robert Musil, au non-ratio&#239;de.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;doc262|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Le da&#239;mon et les limites de la photographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc revenir un instant sur ce qu'est la conscience si l'on veut pr&#233;senter ce qui a trait &#224; des m&#233;canismes physiologiques, physiques et psychiques qui semblent &#233;chapper &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, je pense qu'il faut repasser par Julian Jaynes si l'on veut prendre la mesure de ce que la conscience a d&#251; mettre de c&#244;t&#233; pour devenir ce qu'elle est. Et ce qu'elle a mis de c&#244;t&#233;, ce sont les conditions et les &#233;l&#233;ments non ratio&#239;des qui ont particip&#233; &#224; sa gen&#232;se et contre lesquels elle s'est &#233;tablie comme syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de r&#233;gulation des comportements individuels dans un syst&#232;me collectif qu'elle cherche &#224; p&#233;renniser. En effet, la conscience tend &#224; p&#233;renniser plut&#244;t qu'&#224; transformer ce syst&#232;me, puisqu'elle s'y retrouve, ou pour s'y retrouver. Elle tend &#224; y faire exister son image et &#224; se conforter ainsi dans son existence, choisissant de prendre pour orientation le donn&#233; stable plut&#244;t que les processus, toujours actifs, qui ne cessent de participer &#224; la fois &#224; son existence et &#224; sa contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience s'est construite avec et contre un certain nombre de processus psychiques dont la forme historique a pris tr&#232;s t&#244;t un nom lorsqu'il ne s'agissait plus d&#233;j&#224; de nommer cela un dieu, et ce nom est celui de &#171; g&#233;nie &#187;. C'est &#224; ce terme-l&#224; que Bellmer a recours apr&#232;s Socrate et son &#171; da&#239;mon &#187;, apr&#232;s Descartes et son &#171; malin g&#233;nie &#187;, apr&#232;s tant d'autres qui ont tent&#233; de le nommer pour le faire exister, mais le plus souvent pour le repousser et le nier ou le d&#233;truire au moins conceptuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc aborder ce texte par la fin et lire int&#233;gralement la page 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes sont explicites. Ils nous mettent d'entr&#233;e de jeu dans une situation inhabituelle, non plus celle de spectateurs ni celle d'acteurs, mais plut&#244;t celle de r&#233;ceptacles vivant, agissant et subissant les effets en nous de manifestations de forces puissantes. Si ces forces se manifestent &#224; travers des affects, elles semblent plus encore relever des dimensions profondes du vivant, des m&#233;canismes qui trouvent place dans le fonctionnement psychique que l'on nomme inconscient, mais que l'on peut rapporter &#224; des sch&#233;mas plus anciens encore, physiologiques et instinctuels, ou alors qui rel&#232;vent pour une part de sch&#232;mes directeurs actifs dans la conscience mais saisis &#224; un moment qui pr&#233;c&#232;de leur int&#233;gration par le processus normatif de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur le partage qui nous est pr&#233;sent&#233; dans cette page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gen&#232;se d'une image, d'une image mentale active, c'est-&#224;-dire ayant des r&#233;percussions r&#233;elles sur le comportement se fait dans le prisme d'un jeu de renvois entre les deux instances constitutives de la personne, de l'individu, du sujet ou du moi. La question est cependant que le moi, ratio&#239;de et mondain, ne reconna&#238;t pas l'existence ni donc la puissance de ce &#171; g&#233;nie appliqu&#233; derri&#232;re le moi &#187;, car ce g&#233;nie ne semble pas respecter, c'est le moins qu'on puisse dire, les r&#232;gles de la logique et de la biens&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer t&#233;moigne donc d'une exp&#233;rience directe, v&#233;cue, r&#233;elle. Elle trouve sa source en lui et dans la vie d'Unica Z&#252;rn, sa compagne pendant de nombreuses ann&#233;es. Cette exp&#233;rience a lieu aux fronti&#232;res de la folie mais trouve tant dans ses dessins que dans ceux d'Unica Z&#252;rn, comme dans leurs textes respectifs, une visibilit&#233; et une lisibilit&#233; essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; fonction &#187; de l'image ainsi con&#231;ue est radicalement diff&#233;rente de celle qu'on lui attribue g&#233;n&#233;ralement. En effet, on associe en g&#233;n&#233;ral l'image &#224; cette fronti&#232;re qui s&#233;pare et relie les figures du vrai, du bien et du beau &#224; celle d'une connaissance directe ou &#224; celle d'une connaissance d&#233;grad&#233;e. Ici, elle rel&#232;ve &#224; peu pr&#232;s enti&#232;rement de &#171; la constellation du hasard &#187;. Sa fonction est donc autre. Elle fait exister, donne &#224; voir et &#224; lire le fonctionnement de ce que certains nomment l'inconscient, mais qui se trouve &#234;tre plut&#244;t la part oubli&#233;e du fonctionnement psychique, sa part maudite parce qu'occult&#233;e, rejet&#233;e parce que ne r&#233;pondant pas aux normes impos&#233;es par la forme la plus &#171; r&#233;cente &#187; du psychisme que l'on nomme &#171; conscience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette part maudite n'en a pas pour autant cess&#233; de jouer un r&#244;le majeur dans le fonctionnement psychique. Simplement elle a &#233;t&#233; occult&#233;e au nom &#224; la fois de la toute-puissance de la raison et de la soumission aux normes de la biens&#233;ance et de la convenance morale et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce g&#233;nie irrespectueux tend &#224; montrer que les partages sur lesquels se fonde la conscience ne correspondent en rien &#224; la r&#233;alit&#233; de certains aspects du fonctionnement mental, et en particulier &#224; la formation des images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, la conscience est une tard venue, elle ne retient que des &#233;l&#233;ments qui se laissent plus ou moins soumettre aux lois de la raison, mais elle ne fait cela qu'au prix de cette occultation essentielle de ce qui pourtant agit en elle. Consid&#233;r&#233;e du point de vue du moi, du sujet ou de la personne, cette domination de la raison et de la conscience se r&#233;v&#232;le &#234;tre un leurre ou un aveuglement volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est en fait d&#233;finie &#224; partir de la conception du moi qu'impose le dispositif de la conscience, un moi dominateur, ma&#238;tre chez lui et qui se sert de la conscience comme d'un crible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est occult&#233;, et c'est l&#224; le point majeur de ce texte, c'est une approche dynamique de l'image qui se trouve non pas rapport&#233;e &#224; ses d&#233;finitions classiques qui en font un adjuvant de la conscience et de la raison, mais aux m&#233;canismes psychiques qui pr&#233;sident &#224; sa gen&#232;se et ne cessent de participer &#224; sa formation et &#224; ses d&#233;formations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il n'y a pas d'image fixe m&#234;me s'il y a des images fixables. &#171; La chose vivante et tridimensionnelle sugg&#232;re sans la subir sa m&#233;tamorphose ; celle-ci est hors de port&#233;e de la photographie &#187; (p. 41). Il s'agit bien s&#251;r de la photographie de cette &#233;poque, analogique donc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;doc261|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 En chemin vers le pr&#233;individuel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux points de vue que nous avons rencontr&#233;s les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes se croisent donc d&#233;j&#224; dans ce texte de Bellmer, une approche du moi comme structure divis&#233;e et non comme structure unifi&#233;e et une approche du psychisme comme &#233;l&#233;ment vivant et, &#224; ce titre, vecteur d'une cr&#233;ation continu&#233;e. On peut lire le texte de Bellmer &#224; la crois&#233;e de la conception de la conscience de Julian Jaynes et de la conception de l'individuation de Gilbert Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jaynes, la conscience est travers&#233;e par une division essentielle, entre les deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, qui se r&#233;percute &#224; travers l'histoire de mani&#232;re d&#233;cal&#233;e mais constante dans des partages divers dont celui qui oppose le corps et l'esprit est le plus connu et le plus reconnu, mais le plus &#233;loign&#233; du partage &#171; originel &#187; pourtant toujours actif en chacun de nous. La distinction entre un je et un moi, entre deux p&#244;les de la subjectivit&#233;, est tout aussi reconnue, mais se fait au prix d'une occultation de l'un des p&#244;les au profit de l'autre. Qu'importe le nom que l'on donne ici ou l&#224; &#224; l'un ou &#224; l'autre, il s'agit bien d'une division n&#233;cessaire au fonctionnement mental. L'une des vertus du texte de Bellmer est de donner &#224; ce partage une forme m&#233;canique en montrant que seule la possibilit&#233; d'un &#233;cho entre deux &#233;l&#233;ments psychiques peut permettre &#224; l'image de se former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage et l'image sont pour lui le r&#233;sultat de cette &#233;cholalie, et cette &#233;cholalie n'est quant &#224; elle qu'un des aspects d'un processus complexe qui est li&#233; au vivant et qui ne conna&#238;t ni forme d&#233;finitive ni arr&#234;t. Simplement, dans la mesure o&#249; elle est n&#233;cessairement prise dans les processus d'individuation, cette &#233;cholalie est abandonn&#233;e par les individus au profit des formes convenables de contr&#244;le des reflets par l'attribution &#224; des miroirs des formes &#233;mises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Simondon, l'individu n'existe pas en soi. Il est le r&#233;sultat de processus d'individuation et le lieu dans lequel l'individuation ne cesse de se poursuivre et donc de le transformer. Ainsi, il existe dans l'individu une dimension &#224; la fois occult&#233;e et pr&#233;sente, celle du pr&#233;individuel dont il est issu, et une dimension &#224; venir et souvent tout aussi occult&#233;e, celle du transindividuel qui inclut autant qu'elle les implique ses possibles m&#233;tamorphoses &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer maintenant dans le d&#233;tail de la pens&#233;e de Simondon, il est n&#233;cessaire d'expliquer ce qui dans sa philosophie peut nous &#234;tre n&#233;cessaire pour mieux comprendre le texte de Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon montre qu'il existe une sorte de dualit&#233; originaire &#224; laquelle le vivant n'&#233;chappe pas et que l'un des m&#233;canismes premiers qui concerne aussi bien les formations de cristaux que celle du vivant et a fortiori de l'individu est celui de la r&#233;sonance int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre plus pr&#233;cis, toute apparition d'une forme se fait sans qu'il y ait de cause ext&#233;rieure &#224; cet &#233;v&#233;nement. Elle se fait par un double mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une part, la mise en place d'un &#233;cart &#224; partir de la diff&#233;rence de potentiel qui existe au sein de tout syst&#232;me mat&#233;riel, lequel est travers&#233; par des quantit&#233;s d'&#233;nergies en tension, ce qu'il appelle un syst&#232;me m&#233;tastable. Cet &#233;cart constitue une opposition-relation entre deux termes sans lesquels l'apparition d'une forme serait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autre part, par ce qu'il nomme r&#233;sonance, et qui est la forme la plus simple de l'activation de la relation dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous touchons ici l'aspect premier et fondamental de l'individuation physique. L'individuation comme op&#233;ration n'est pas li&#233;e &#224; l'identit&#233; d'une mati&#232;re mais &#224; une modification d'&#233;tat &#187; (Gilbert Simondon, &lt;i&gt;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information&lt;/i&gt;, &#201;ditions Millon, p. 79.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est de plain-pied avec la position de Bellmer qui situe aussi l'ensemble de son texte dans la perspective de l'individuation physique et psychique en tant que processus permanent de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'individu est non seulement le champ dans lequel s'effectuent des op&#233;rations mais est &#224; comprendre lui-m&#234;me comme une op&#233;ration constante sinon continue, il appara&#238;t alors que l'individu n'est pas ce que l'on a voulu faire de lui, un sujet dont la forme serait pr&#233;d&#233;termin&#233;e ou fixe et non susceptible de transformations. Il est plut&#244;t un champ dans lequel des forces s'affrontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu n'est que l'&#233;tat d'un syst&#232;me &#224; un moment donn&#233;, ayant, il est vrai, acquis une certaine consistance, mais toujours pris entre deux dimensions, l'une qui le pr&#233;c&#232;de et l'autre qui le suit et toujours en tension entre ces deux p&#244;les qui sont eux-m&#234;mes des processus et non des &#233;tats, et que Simondon nomme le pr&#233;individuel et le transindividuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le domaine du vivant, la m&#234;me notion de m&#233;tastabilit&#233; est utilisable pour caract&#233;riser l'individuation&#8230;/&#8230; qui se double d'une individuation perp&#233;tu&#233;e, qui est la vie m&#234;me, selon le mode de fonctionnement du devenir : le vivant conserve en lui une activit&#233; d'individuation permanente ; il n'est pas seulement r&#233;sultat d'individuation comme le cristal ou la mol&#233;cule, mais th&#233;&#226;tre d'individuation. Aussi toute l'activit&#233; du vivant n'est-elle pas, comme celle de l'individu physique, concentr&#233;e &#224; sa limite ; il existe en lui un r&#233;gime plus complet de r&#233;sonance interne exigeant communication permanente et maintenant une m&#233;tastabilit&#233; qui est condition de vie &#187; (p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, on se situe dans une conception du psychisme qui ressemble plus &#224; celle que d&#233;crit Bellmer qu'&#224; celle que d&#233;crit la philosophie, la psychanalyse ou la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rapportant l'image &#224; sa formation, &#224; sa gen&#232;se psychique, Bellmer fait un travail essentiel de description de m&#233;canismes en g&#233;n&#233;ral non vus par les sciences de l'esprit ou la philosophie. Il montre en quoi il y a intrication et opposition entre deux strates. L'une est celle de l'individu qui se consid&#232;re comme un sujet, une entit&#233; constitu&#233;e et stable et l'autre, l'existence en lui de processus qui contredisent cette stabilit&#233;, relevant des tensions qui ne cessent d'exister dans l'individu entre le pr&#233;individuel qui continue &#224; vivre en lui et le transindividuel. On pr&#233;f&#233;rera le terme de pr&#233;individuel &#224; celui d'inconscient employ&#233; par Bellmer, mais qui l'est dans une acception non directement psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces points de tension, &#224; la fois internes au processus de gen&#232;se et d'individuation et de r&#233;troaction de l'individu constitu&#233; sur et contre les m&#233;canismes qui continuent &#224; l'habiter et &#224; le hanter, que se forment l'image, les images ou plus exactement certaines images. Le g&#233;nie dont il est question au d&#233;but est l'instance qui forme certaines images et peut-&#234;tre m&#234;me toutes les images, et plus qu'&#224; l'inconscient c'est &#224; l'&#233;vidence au pr&#233;individuel qu'il faut le rapporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la construction du texte est complexe, c'est que dans ce texte, Hans Bellmer fait un double travail, d'analyste et d'artiste ou de t&#233;moin et d'acteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;doc261|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partie I&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;1. Le moi&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut absolument partir de la fin du texte si l'on veut comprendre le cheminement complexe dont il est l'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'exemple de la d&#233;rivation de la rage de dents en image mentale lib&#233;rant au moins en partie de la douleur est parlant, il ne nous dit pas directement l'enjeu de ce livre. L'enjeu est le suivant : il s'agit de d&#233;plier &#224; partir de ce point particulier, de cet exemple, de ce d&#233;tail, un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes g&#233;n&#233;ralement non pris en compte dans le fonctionnement psychique et cr&#233;ateur, en particulier dans la formation de certaines images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enjeu est &#224; la fois philosophique, psychologique et artistique, puisque Hans Bellmer est un cr&#233;ateur, un inventeur, ou plus exactement quelqu'un qui va passer sa vie &#224; tenter de donner &#224; ces images transitoires qui se forment avant la constitution de l'individu, une r&#233;alit&#233;, une visibilit&#233;, une mat&#233;rialit&#233;, une expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu pour nous en commen&#231;ant &#224; lire ce livre par la fin est de dire ce qu'est ou n'est pas le moi, car c'est finalement l&#224; que sont &#224; l'&#339;uvre, au-del&#224; de toute forme d'intervention directe sur le psychisme, des m&#233;canismes par lesquels une porte peut &#234;tre ouverte sur ce qui pr&#233;c&#232;de le moi et sur ce qui continue d'&#234;tre &#224; l'&#339;uvre en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi est en effet un pi&#232;ge ou, si l'on veut, l'&#233;quivalent du corps prison de l'&#226;me pour Platon, en tout cas une instance qui se trouve &#234;tre prisonni&#232;re d'elle-m&#234;me en ceci qu'elle finit par se prendre pour la totalit&#233; de l'&#234;tre individu&#233; et ne laisse alors plus place &#224; l'individuation. Le moi semble vouloir prolonger ce qui lui permet d'exister maintenant dans l'oubli des conditions qui lui ont permis de voir le jour, du processus d'individuation, pour parler avec Simondon, et surtout du fait que l'individuation n'est jamais close.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi, c'est l'individu lorsqu'il se prend pour lui-m&#234;me et ferme la porte tant au pr&#233;individuel qui continue &#224; agir en lui, ou &#224; l'inconscient, et au transindividuel et &#224; tout ce qui vient du dehors, les autres, la soci&#233;t&#233;, la nature le cosmos, en tant qu'entit&#233;s dans lesquelles pourtant le moi existe ou qui ne les accueille en lui que dans la mesure o&#249; les &#233;l&#233;ments qui lui parviennent sont consid&#233;r&#233;s par lui comme compatibles avec l'&#233;tat stable qu'il a acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer a une conscience aigu&#235; de ce que Simondon nomme m&#233;tastabilit&#233;. C'est m&#234;me sur cette activation d'&#233;tats caract&#233;ristiques de la m&#233;tastabilit&#233; qu'il fonde son analyse g&#233;n&#233;rale de l'image. Le moi est pour Bellmer soumis &#224; des forces qui ne cessent d'agir autour de lui et en lui, les forces qu'il qualifie de non individuelles et celles qu'il qualifie de cosmiques ou qui proviennent du monde r&#233;el ou du cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi pour Bellmer est donc moins une entit&#233; constitu&#233;e qu'une sorte d'interface entre une int&#233;riorit&#233; non d&#233;finie ou trouble ou instable ou m&#233;tastable et un dehors agit&#233; m&#233;connu ou inconnu dans lequel agissent des forces que l'on ne contr&#244;le pas de toute fa&#231;on. Le moi peut donc &#234;tre envisag&#233; comme une situation stabilis&#233;e dans le processus d'individuation, mais qui est v&#233;cue comme stable et donc comme devant &#234;tre prot&#233;g&#233;e. Rien ne doit venir le troubler et il n'accueille que des &#233;l&#233;ments qui le confortent dans sa stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on peut envisager comme un &#233;l&#233;ment m&#233;tastable une entit&#233; qui accepte de reconna&#238;tre cette m&#233;tastabilit&#233; et qui reste ouverte alors au pr&#233;individuel comme au transindividuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier cas correspondrait l'image de type photographique analogique consid&#233;r&#233;e comme une transcription du r&#233;el et une transcription stable de celui-ci ou visant &#224; confirmer sa stabilit&#233; (p. 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second cas correspond une image qui, comme il le dit lui-m&#234;me page 68, &#171; na&#238;t dans des points de conflit et de transition aigus, c'est-&#224;-dire dans un climat particulier &#224; la temp&#233;rature et &#224; la hauteur de pression sur&#233;lev&#233;es et qui est situ&#233; &#224; l'&#233;vidence sous la constellation du hasard &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Bellmer comme pour Simondon, &#171; l'individu est ainsi relatif en deux sens parce qu'il n'est pas tout l'&#234;tre et parce qu'il r&#233;sulte d'un &#233;tat de l'&#234;tre en lequel il n'existait ni comme individu ni comme principe d'individuation&#8230;/&#8230; Il faut consid&#233;rer l'&#234;tre non pas comme substance ou mati&#232;re ou forme, mais comme syst&#232;me tendu, sursatur&#233;, au-dessus du niveau de l'unit&#233;, ne consistant pas seulement en lui-m&#234;me et ne pouvant pas &#234;tre ad&#233;quatement pens&#233; au moyen du principe du tiers exclu ; l'&#234;tre concret, ou &#234;tre complet, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre pr&#233;individuel, est un &#234;tre qui est plus qu'une unit&#233;. L'unit&#233; caract&#233;ristique de l'&#234;tre individu&#233;, et l'identit&#233;, autorisant l'usage du principe du tiers exclu, ne s'appliquent pas &#224; l'&#234;tre pr&#233;individuel&#8230; &#187; (Gilbert Simondon, p. 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, ce sont deux choses : d'une part, le fait que l'&#234;tre pr&#233;individuel est plus grand que l'&#234;tre individu&#233; et, d'autre part, le fait que le pr&#233;individuel ne r&#233;pond en rien ou n'ob&#233;it en rien &#224; la logique du tiers exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Bellmer va tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment nous conduire dans l'exploration de ces champs-l&#224;, ceux d'une r&#233;serve d'images sup&#233;rieure &#224; celles qui sont incarn&#233;es dans les corps individu&#233;s. Ce champ de possibilit&#233;s ne peut &#234;tre red&#233;couvert qu'&#224; condition que l'on se d&#233;fasse de l'emprise de la logique que le moi lui reconna&#238;t. On doit ouvrir alors la porte au hasard, &#224; sa reconnaissance et &#224; son acceptation, le laisser agir en soi contre la structure du moi ou ind&#233;pendamment de lui, et accepter alors de voir, de vivre, ce qui arrive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La r&#233;sonance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;senter le concept de r&#233;sonance permettra aussi de mieux comprendre ce que Bellmer nous raconte dans cette petite anatomie de l'image. La r&#233;sonance appara&#238;t dans l'analyse de la relation entre moule et mati&#232;re d'un point de vue qui remet en question le mod&#232;le hyl&#233;morphique qui ferait de la mati&#232;re une chose passive et de la forme une information impos&#233;e par le dehors &#224; la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le moule intervient comme condition de fermeture, limite, arr&#234;t d'expansion, direction de m&#233;diation. L'op&#233;ration technique institue la r&#233;sonance interne dans la mati&#232;re prenant forme au moyen de conditions &#233;nerg&#233;tiques et de conditions topologiques &#8230;/&#8230; La r&#233;sonance interne est un &#233;tat de syst&#232;me qui exige cette r&#233;alisation des conditions &#233;nerg&#233;tiques, des conditions topologiques et des conditions mat&#233;rielles &#187; (p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit son analyse de la r&#233;sonance au niveau du vivant : &#171; L'&#234;tre vivant, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; amorc&#233;, continue &#224; s'individuer lui-m&#234;me ; il est &#224; la fois syst&#232;me individuant et r&#233;sultat partiel d'individuation. Un nouveau r&#233;gime de r&#233;sonance interne s'institue dans le vivant dont la technologie ne fournit pas le paradigme : une r&#233;sonance &#224; travers le temps, cr&#233;&#233;e par la r&#233;currence du r&#233;sultat remontant vers le principe et devenant principe &#224; son tour. Comme dans l'individuation technique, une permanente r&#233;sonance interne constitue l'unit&#233; organismique. Mais, de plus, &#224; cette r&#233;sonance du simultan&#233; se surimpose une r&#233;sonance du successif, une allagmatique temporelle. Le principe d'individuation du vivant est toujours une op&#233;ration, comme la prise de forme technique, mais cette op&#233;ration est &#224; deux dimensions, celle de la simultan&#233;it&#233; et celle de la succession, &#224; travers l'ontogen&#232;se soutenue par la m&#233;moire et l'instinct &#187; (p. 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir &#224; l'instant, l'image dont parle Bellmer est tout &#224; fait le r&#233;sultat d'une r&#233;sonance interne &#224; l'individu qui se situe pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'articulation entre le pr&#233;individuel ou le non-individuel et le transindividuel ou l'univers et le cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc au texte, toujours en partant donc de la fin, car c'est le meilleur moyen de pouvoir ensuite refaire avec pr&#233;cision le chemin qui a permis &#224; Bellmer d'acc&#233;der &#224; une conception dynamique de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit Bellmer dans les pages 68 &#224; 78 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ces deux anecdotes ou histoires sur lesquelles nous reviendrons plus tard. L'essentiel se trouve dans l'articulation qu'il propose entre trois entit&#233;s, un g&#233;nie qui, on l'a vu, travaille derri&#232;re le moi pour qu'il imagine et per&#231;oive. Le moi est donc non pas l'instance centrale, mais bien un m&#233;canisme qu'il va d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a lieu c'est une d&#233;rivation, qui est en quelque sorte la source de la r&#233;sonance int&#233;rieure. Au d&#233;but du texte, il parle de &#171; la douleur de la dent d&#233;doubl&#233;e aux d&#233;pens de la main &#187; (p. 9) et il revient sur cette d&#233;rivation. Entre-temps il y a eu une sorte d'&#233;quivalence fonctionnelle &#233;tablie entre douleur et d&#233;sir interdit. On se situe hors du champ de la raison ou de ce qu'elle contr&#244;le, et l&#224; se produit pr&#233;cis&#233;ment une recherche instinctive de solution &#224; cette douleur ou &#224; cet interdit pour permettre &#224; ces &#171; forces &#187; agissantes de trouver &#224; se formuler hors de la zone physique ou psychique dans laquelle elles agissent. Cet homme qui cherche une porte de sortie &#224; la douleur ou &#224; l'interdit &#171; entre pourrait-on dire dans le climat du surrationnel dont la base est donn&#233;e par l'instinct &#233;l&#233;mentaire : voir se d&#233;doubler l'image de l'excitation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;doublement de l'image me semble tout &#224; fait &#233;quivalent &#224; la r&#233;sonance interne dont parle Simondon. Elle est engendr&#233;e par le processus m&#234;me de d&#233;rivation de l'excitation qui op&#232;re un peu comme par scissiparit&#233;. D'un &#233;l&#233;ment, il en fait deux et c'est entre ces deux &#233;l&#233;ments que quelque chose qui s'appellera l'image va pourvoir appara&#238;tre et se mettre &#224; fonctionner de mani&#232;re autonome.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Pens&#233;e sans pens&#233;e et amplification&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des deux r&#233;cits qui cl&#244;turent ce texte, on peut lire ceci : &#171; Rien ne r&#233;pond au d&#233;sespoir. Toutes les r&#234;veries noires ou blanches reconduisent au seul instinct persistant, &#233;chapper aux contours du moi. La pens&#233;e sans pens&#233;e tourne autour de l'allumette, d'un mot, autour du nombre 53, nombre de nos derni&#232;res journ&#233;es &#187; (p. 69-70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e sans pens&#233;e est le c&#339;ur de la m&#233;canique qui meut la pens&#233;e, elle est proche du d&#233;sir, mais en de&#231;&#224; de lui, en de&#231;&#224; de l'image, elle est la force qui fait na&#238;tre la r&#233;sonance et donne lieu aux divers mouvements &#224; partir desquels l'imagination et la pens&#233;e avec objet, avec pens&#233;e, pourront se former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image rel&#232;ve de la pens&#233;e d'avant la pens&#233;e, d'avant le rationnel, elle na&#238;t au plus pr&#232;s du m&#233;canisme ou du principe cr&#233;ateur qui est non rationnel, en effet, et r&#233;pond &#224; des jeux d'&#233;chos li&#233;s &#224; ces &#233;lans instinctifs de fuite et de d&#233;rivation qui entra&#238;nent des d&#233;doublements dans le corps et donc des images li&#233;es aux parties du corps. Elle n'existe pas parce qu'il y aurait un autre moi derri&#232;re le moi, elle est engendr&#233;e par ce m&#233;canisme. Mais comme il se poursuit une fois le moi, le sujet ou l'individu constitu&#233;, il entre en relation conflictuelle avec les instances et les &#233;l&#233;ments v&#233;cus autour desquels le sujet s'est constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi si l'on veut remonter &#224; la source des images, ce qui est en quelque sorte le projet de Bellmer dans ce livre, il faut accepter de reconna&#238;tre la g&#233;n&#233;alogie des images et de la pens&#233;e &#224; la fois &#224; partir d'une pens&#233;e sans pens&#233;e et des m&#233;canismes instinctifs &#224; l'&#339;uvre dans l'individu. Il faut alors prendre en charge l'ensemble des d&#233;rivations pour remonter &#224; cette source en acceptant, dans ce mouvement de retour ou de r&#233;troaction, de se trouver face &#224; des donn&#233;es qui rel&#232;vent apparemment de la pens&#233;e et de la raison. Il faut alors les combattre ou plus exactement tenter de rep&#233;rer ce qui dans la formation du sujet a &#233;t&#233; le fruit de luttes entre des donn&#233;es ratio&#239;des et l'intervention dans l'existence de donn&#233;es non ratio&#239;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en activant ce sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral qu'il sera possible de remonter vers la source des images et de produire des images li&#233;es au dynamisme de leur source et non pas &#224; la fixation n&#233;vrotique du sujet ou du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui caract&#233;rise cette source, pour revenir au vocabulaire de Simondon, c'est qu'elle est non pas tant source des images que source d'amplification. Ce d&#233;doublement est moins &#224; analyser du c&#244;t&#233; du miroir ou du reflet que de la prolif&#233;ration, de l'essai, de la multiplication infinie des possibles de la virtualit&#233;, pour revenir au vocabulaire de Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce n'est pas une image, une infinit&#233; d'images, qui peut &#234;tre produite ou engendr&#233;e &#224; partir d'un point de d&#233;rivation. C'est ce que nous reverrons dans un instant en revenant au d&#233;but du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, il est n&#233;cessaire de d&#233;crire &#224; grands traits le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral auquel aboutit le livre. Il s'agit de rien moins que de rouvrir la porte qui s&#233;pare le moi du monde, de rendre &#224; l'&#233;motion et &#224; la sensation leur possibilit&#233; d'agir sur l'individu. Cela se fait par une sorte de r&#233;duction de la puissance suppos&#233;e du moi. Il s'agit de montrer que le moi n'est pas un mur qui s&#233;pare mais un champ de forces &#224; travers lequel transitent et s'expriment des donn&#233;es non ratio&#239;des dont il est &#224; la fois l'objet et le fruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le sujet ou l'individu est individu parce qu'il s'identifie. Mais &#224; quoi ? Pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces images qui le traversent &#224; certains moments douloureux ou excit&#233;s. Au-del&#224; du r&#233;flexe instinctif, donc, se passe autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cependant il paraissait encore difficile &#224; dire &#224; quoi se ram&#232;ne l'effet, l'efficacit&#233;, de ces &#8220;solutions d'identit&#233;&#8221;, effet qui se d&#233;gage comme surprise, choc, ravissement ou sentiment merveilleux, comme sensation vertigineuse enfin d'une r&#233;alit&#233; autre, plus intense, multipli&#233;e du moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du texte est plus pr&#233;cise encore. Bellmer met en place un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral de l'&#233;motion comme source des images. Il s'agit donc d'une part de montrer qu'il existe un monde ant&#233;rieur et int&#233;rieur au moi qui n'est pas le moi et un monde post&#233;rieur et ext&#233;rieur au moi et qui n'est pas le moi. Le moi se retrouve ainsi d&#233;valoris&#233; ou plus exactement envoy&#233; &#224; sa fonction r&#233;elle d'interface entre des moments v&#233;cus dont il est cens&#233; assurer le lien. Il est le point de convergence et de conversion des exp&#233;riences discontinues en exp&#233;riences continues et inversement des exp&#233;riences continues ou &#171; faussement &#187; continues du moi en exp&#233;riences dans lesquelles la discontinuit&#233; des sensations peut trouver place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces preuves d'identit&#233; s'accomplissent au-del&#224; de la volont&#233; consciente du &#8220;moi&#8221;, qui assiste plut&#244;t en spectateur &#224; la solution de sa propre cause et qui discerne &#233;tonn&#233; deux facteurs actifs : l'intervention d'un &#8220;non-moi&#8221; individuel, de &#8220;L'INTUITION&#8221;, et celle d'un facteur provenant du monde ext&#233;rieur, du facteur &#8220;HASARD&#8221;. Quand les deux facteurs semblent agir ind&#233;pendamment l'un de l'autre, mais dans des buts convergents vis-&#224;-vis du &#8220;moi&#8221;, le choc de cette double intervention produit une &#233;trange multiplication de la conscience. C'est sans mon effort qu'une fonction r&#233;versible s'est &#233;tablie : entre le &#8220;moi&#8221; inconscient et le hasard aveugle, entre l'INDIVIDU et l'UNIVERS &#187; (p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette multiplication de la conscience qui n'est donc pas le moi mais, disons, le champ perceptif en tant qu'il est activ&#233;, n'est rien d'autre que le fait que soit rendu &#224; ce stade de l'&#233;volution individuelle quelque chose du processus d'amplification qui pr&#233;side &#224; la naissance des images et plus g&#233;n&#233;ralement de la pens&#233;e. Si le moi est le point de rencontre entre le pr&#233;individuel et le cosmos, entre le moi inconscient et l'univers, alors il d&#233;couvre qu'il peut accueillir et voir se produire en lui une floraison d'images. C'est ce que raconte le d&#233;but du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. Le syst&#232;me est un peu plus complexe quant &#224; la production des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Bellmer va au bout de son id&#233;e et montre que le moi n'est en aucun cas une structure intentionnelle. Ce qui en termes philosophiques est important. C'est en quelque sorte le fondement m&#234;me de la ph&#233;nom&#233;nologie qui est ici comme balay&#233; d'un geste. Ce qui se passe c'est un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes qui vont aboutir &#224; des concr&#233;tions diverses, &#224; des solidifications, &#224; des r&#233;ifications. Le concept est une m&#233;taphore solidifi&#233;e, disait &#224; peu pr&#232;s Nietzsche dans &lt;i&gt;Le livre du philosophe&lt;/i&gt;. Mais cela n'emp&#234;che en rien que le pr&#233;individuel et le transindividuel continuent d'exister. Ce que Bellmer propose avec sa th&#233;orie des images, c'est de montrer comment elles continuent d'exister dans un moi solidifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages 76 et 77 sont comme un condens&#233; de la g&#233;n&#233;alogie de l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; et comme un plaidoyer en fonction de son oppos&#233; qu'est le hasard. Mais, au-del&#224;, c'est une tentative de montrer que la r&#233;gulation de la pens&#233;e par une sorte de m&#233;canisme qui r&#233;gulerait le continu et le discontinu ne peut &#234;tre que fallacieuse. Le hasard est la source de la pens&#233;e et il continue &#224; agir du dehors en relation avec les images ou pens&#233;es qui agitent le monde int&#233;rieur, non pas du moi mais sur et contre lequel le moi s'est constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Gu&#233;rin dans son livre, &lt;i&gt;La Terreur et la Piti&#233;&lt;/i&gt;, donnait de l'&#233;motion l'analyse suivante : &#171; Il y a donc, et l'observation quotidienne le confirme, une ambigu&#239;t&#233; de l'&#233;motion qui est la fin et le commencement de tout. L'&#233;motion est un carrefour o&#249; le moi et le monde sont en &#233;quilibre instable : l'un et l'autre y sont en gestation. La r&#233;alit&#233; de l'&#233;motion, c'est la singuli&#232;re concordance d'un effort du moi et de l'envahissement des choses &#187;(p. 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bellmer en fait dit plus. Il ne sauve pas le moi. Il montre qu'il est un &#233;cran, et ce dans les deux sens du terme. Il est &#233;cran comme ce qui s&#233;pare, un mur, une vitre, bref ce qui fait que le moi et le monde peuvent en quelque sorte savoir qu'ils existent sans entrer en contact. L'&#233;cran est &#224; la fois la n&#233;gation de l'&#233;motion et la forme que prend la raison qui contr&#244;le ainsi les conditions de la transmission des informations entre moi et monde. Il peut devenir ou redevenir &#233;cran dans un autre sens, c'est-&#224;-dire de surface de projection et de lieu de rencontres r&#233;elles entre &#233;l&#233;ments qui proviennent des deux c&#244;t&#233; de l'&#233;cran, le moi et son &#171; non moi &#187;, son inconscient et le monde, l'univers et l'infinit&#233; des possibles dont il est porteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, ce que Bellmer montre, c'est comment la d&#233;rivation peut en quelque sorte reconduire &#224; une intensit&#233; &#171; originelle &#187; et faire que se manifeste quelque chose du pr&#233;individuel. La fin du texte est donc une d&#233;finition plus ouverte de l'&#233;motion ou plut&#244;t du moment de l'&#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord le ph&#233;nom&#232;ne de la co&#239;ncidence entre deux images projet&#233;es sur cet &#233;cran fait de deux fois la m&#234;me image, l'une envoy&#233;e par l'inconscient et l'autre par le monde. Mais, l&#224; encore, la conscience ou l'interpr&#233;tation vient en quelque sorte limiter ou bloquer l'&#233;motion. Il interpr&#232;te au lieu d'&#234;tre surpris, il filtre et cherche toujours &#224; vouloir communiquer avec autrui, puis tend ses efforts en vue de ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelle condition peut-il y avoir surprise, ravissement, extase ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la co&#239;ncidence se fait par-dessus le moi sans son intervention, s'il devient en quelque sorte le spectateur de la relation directe entre mon moi et monde, entre pr&#233;individuel et transindividuel, entre source infinie des images et sources infinies des possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral est complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le moi qui projette une image mais une image qui est projet&#233;e par l'inconscient et qui est en m&#234;me temps par hasard projet&#233;e par le monde. Cette co&#239;ncidence est la cl&#233; qui ouvre la porte entre moi et monde. L'image qui trouble n'est ni image du moi, ni image du monde, c'est ce qui est engendr&#233; par la rencontre entre deux images par co&#239;ncidence. Et c'est cette nouvelle image qui peut &#234;tre investie par le surmoi, ou reconnue comme provenant de lui et qui assure &#224; l'&#233;motion la puissance amplifiante &#224; la fois d&#233;passant et accomplissant l'angoisse et le trouble d'exister. La source des images est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible maintenant de commencer &#224; lire le texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;5 octobre 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Photographie du s&#233;minaire du 5 octobre</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Photographie-du-seminaire-du-5</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Photographie-du-seminaire-du-5</guid>
		<dc:date>2010-10-05T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martial Verdier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;Petite anatomie de l'image&#034;
&lt;br class='autobr' /&gt;
de Hans Bellmer,
&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#201;ditions ALLIA)
&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Galerie &lt;br class='autobr' /&gt;
IMAGES DE FER
&lt;br class='autobr' /&gt;
(Dirig&#233;e par Alain Pras)
&lt;br class='autobr' /&gt;
13, rue de seine 75006 Paris&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2010-2011-Petite-anatomie-de-l" rel="directory"&gt;2010-2011 &#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH40/arton51-4b5f8.jpg?1772206521' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='40' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Petite anatomie de l'image&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
de Hans Bellmer,&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#201;ditions ALLIA)&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re partie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;Galerie &lt;br class='autobr' /&gt;
IMAGES DE FER&lt;br class='autobr' /&gt;
(Dirig&#233;e par Alain Pras)&lt;br class='autobr' /&gt;
13, rue de seine 75006 Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.tk-21.com/Hans-Bellmer-seminaire-I-2010-2011" class="spip_out"&gt;Hans Bellmer - s&#233;minaire I | 5 octobre 2010&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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