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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>IX - Gilbert Simondon - Imagination et invention</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au terme de ces s&#233;ances autour de la pens&#233;e de Simondon, nous arrivons &#224; la question essentielle de tenter de dire ce qu'est, ou en quoi, non pas consiste l'invention, mais en quoi il y a ou il peut y avoir invention dans le champ de l'art. Il s'agit de pr&#233;ciser la position de l'invention esth&#233;tique dans le champ g&#233;n&#233;ral des pratiques humaines. Les six derni&#232;res pages du texte et les six pages de la conclusion vont nous permettre de pr&#233;ciser ces points.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton177-bf310.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au terme de ces s&#233;ances autour de la pens&#233;e de Simondon, nous arrivons &#224; la question essentielle de tenter de dire ce qu'est, ou en quoi, non pas consiste l'invention, mais en quoi il y a ou il peut y avoir invention dans le champ de l'art. Il s'agit de pr&#233;ciser la position de l'invention esth&#233;tique dans le champ g&#233;n&#233;ral des pratiques humaines. Les six derni&#232;res pages du texte et les six pages de la conclusion vont nous permettre de pr&#233;ciser ces points.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet, toute pratique artistique ou toute production d'&#339;uvre dite d'art n'est pas invention, c'est-&#224;-dire n'atteint pas &#224; la dimension complexe qui caract&#233;rise l'invention nous le savons mais chaque &#233;l&#233;ment, chaque objet cr&#233;&#233;, chaque pratique individuelle ou collective participe &#224; un degr&#233; ou un autre de ce grand processus d'int&#233;gration d'&#233;l&#233;ments divers qui caract&#233;rise le d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. Ce fonctionnement qui peut se d&#233;finir comme suit : un processus d'int&#233;gration ou de couplage comme le dit Simondon &#171; entre le vivant et son milieu &#187; (op. cit., p. 186) et entre les vivants entre eux en tant qu'ils forment un organisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point qui nous int&#233;resse aujourd'hui, c'est le passage des images mentales &#224; l'invention et &#224; l'invention d'objets esth&#233;tiques ou d'&#339;uvres d'art, dans mesure o&#249; la derni&#232;re fois nous avons &#233;voqu&#233; en d&#233;tail les inventions techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'art comme les objets techniques est production d'un objet sp&#233;cifique r&#233;pondant aux crit&#232;res de l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le syst&#232;me des objets cr&#233;&#233;s, dans la double perspective de la relation avec une nature tendant, par l'&#339;uvre de ce syst&#232;me, &#224; devenir le sur-ensemble organis&#233; des territoires compatibles et de la relation avec le social, sur-ensemble de fonctions organisables en synergie, constitue l'enveloppe de l'individu &#187; (op. cit., p. 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes un individu et a fortiori un individu cr&#233;ateur est un interm&#233;diaire avec le plan des forces qui constituent la nature et avec ses semblables, &#224; ceci pr&#232;s qu'il est aussi un individu qui produit de nouveaux &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant et qui pour n'&#234;tre pas utilitaires vont n&#233;anmoins pouvoir &#234;tre connect&#233;s et entrer en r&#233;sonance avec le milieu et avec chaque individu, au moyen de l'enjambement amplificateur. Simplement, au lieu d'agir dans le champ des fonctionnalit&#233;s, l'&#339;uvre d'art va agir dans un double espace particulier, l'espace social par le partage autour de l'&#339;uvre mais surtout par la connexion pour les individus et pour le groupe avec l'univers ind&#233;termin&#233; passant par l'imagination qui d&#233;passe le &#171; hic et nunc des fins et des besoins &#187; (op. cit., p. 182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'art en ce sens occupe une place particuli&#232;re mais pas totalement d&#233;connect&#233;e des fonctionnalit&#233;s li&#233;es &#224; l'objet technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'&#339;uvre d'art est en fait appr&#233;hend&#233;e ici comme un objet, l'objet esth&#233;tique. Il se trouve relever du domaine du profane en tant qu'il est connect&#233; au domaine de la sacralit&#233;, comme l'exemple du voult &#224; la fin de la troisi&#232;me partie nous l'a montr&#233;, mais donc aussi en tant qu'il est li&#233; &#224; la ritualisation du sacrifice comme objet unique sacralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux plans se d&#233;gagent ainsi, le plan de la sacralit&#233; d&#233;fini comme le plan de la propagation de l'objet esth&#233;tique soit par contact et intention soit par fragmentation, dit Simondon (voir, op. cit., p.179) et le plan de la ritualisation donc qui articule nature et sacralit&#233; au m&#234;me titre que les objets techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon rel&#232;ve cependant ce que l'on pourrait appeler l'espace propre de l'objet esth&#233;tique qui est de passer entre r&#233;alit&#233;, nature et ritualisation en cr&#233;ant ou en inventant cet espace m&#234;me dans lequel il va se d&#233;velopper. Cet espace est celui de la sacralit&#233; qui n'est ni le sacr&#233; ni le religieux, bien entendu. Simondon le d&#233;finit ainsi : la sacralit&#233; pour une part &#171; correspond &#224; une activit&#233; de cr&#233;ation concr&#233;tisant une gen&#232;se d'images, avec incorporation d'effets qui ne sont contenus ni dans l'intention finalis&#233;e ni dans le projet de ritualisation, &#224; la mani&#232;re dont proc&#232;de l'amplification concr&#233;tisante des techniques, et avec la m&#234;me opacit&#233; par rapport &#224; une analyse conceptuelle en termes d'univocit&#233; &#187; (op. cit., p. 179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne faut pas l'oublier Simondon, dans ce livre, cherche &#224; rendre compte de la mani&#232;re dont les images mentales, le cycle des images mentales donc, donnent lieu &#224; des couplages entre l'homme et son milieu et entre les hommes entre eux, &#224; travers des productions d'objet. L'objet technique ou esth&#233;tique a bien s&#251;r un int&#233;r&#234;t en soi, mais c'est du point de vue de sa &#171; fonctionnalit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire de la mani&#232;re dont il assure certains liens essentiels et vitaux pour les hommes, qu'il est appr&#233;hend&#233; ici, et cela en relation avec ce qui constitue sans doute l'&#233;l&#233;ment primordial constitutif de l'homme comme &#234;tre sentant et percevant et pensant que sont les images mentales et leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant &#224; l'invention. Elle est, dit Simondon, &#171; induite par un besoin de compatibilit&#233; interne &#187; (op. cit., p. 185). En d'autres termes, il y a invention, on l'a vu, lorsqu'il y a rupture dans le cours normal des choses, entaille dans l'unit&#233; mobile du territoire con&#231;u comme &#233;tat du monde v&#233;cu comme unitaire unifi&#233;, c'est-&#224;-dire comme permettant une forme de repos psychique &#224; partir duquel des investissements psychiques autres que ceux li&#233;s &#224; la survie peuvent se d&#233;velopper. C'est l&#224; la source de l'otium, pourrait-on dire, et de l'opposition que l'on conna&#238;t culturellement entre travail et loisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce besoin, lui, est comme rendu perceptible par l'analyse du cycle des images dont il faut rappeler ici ce qu'il est. C'est Simondon lui-m&#234;me qui en fait la synth&#232;se dans sa conclusion. &#171; La tendance &#224; d&#233;passer l'individu sujet qui s'actualise dans l'invention est d'ailleurs virtuellement contenue dans les trois stades ant&#233;rieurs du cycle de l'image ; la projection amplifiante de la tendance motrice, avant l'exp&#233;rience de l'objet est une hypoth&#232;se implicite de d&#233;ploiement dans le monde ; les classes perceptives qui servent de syst&#232;me subjectif d'accueil &#224; l'information incidente postulent une application universelle ; enfin le lien symbolique des images souvenirs s'il exprime dans le sens centrip&#232;te, l'attachement du sujet aux situations ayant constitu&#233; son histoire pr&#233;pare aussi et surtout l'usage de r&#233;versibilit&#233; qui le convertit en voie d'acc&#232;s vers les choses. &#192; aucun des trois stades de sa gen&#232;se, l'image mentale n'est limit&#233;e par le sujet individuel qui la porte. &#187; (op. cit., p. 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques tendent &#224; montrer que les trois niveaux de l'image mentale ne cessent de fonctionner &#224; des degr&#233;s divers et avec des transformations, mais de mani&#232;re &#233;vidente, la motricit&#233; n'est pas absente de notre rapport aux images et les images m&#234;me fixes mobilisent en nous des &#171; souvenirs &#187; de motricit&#233;. La connaissance du milieu et la fonction pacifiante des images est &#233;vidente. Enfin, les liens qu'elles entretiennent avec notre univers psychique &#233;motionnel et affectif ne sont pas &#224; d&#233;montrer. Ce qui constitue l'enjeu aujourd'hui, c'est de montrer comment ces trois niveaux de l'image mentale concourent &#224; la formation de l'objet esth&#233;tique et permettent d'en comprendre la fonction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Les trois couches autour de l'objet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Distinction, objet technique et objet esth&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de ces trois couches, interne, moyenne ou interm&#233;diaire et externe qui permettent &#224; Simondon de d&#233;finir l'objet technique. Avec les deux premi&#232;res, il n'est question que d'une organisation de compatibilit&#233; extrins&#232;que, c'est-&#224;-dire de liens qui ressemblent &#224; ceux de la relation s&#233;mantique ou de la manifestation, de l'expression. Avec la troisi&#232;me, il est question de compatibilit&#233; intrins&#232;que, c'est-&#224;-dire de l'objet comme &#171; produit d'une v&#233;ritable invention qui le formalise concr&#232;tement en lui donnant les caract&#232;res d'un organisme &#187; (op. cit., p. 167) et &#171; d'ad&#233;quation directe et imm&#233;diate entre l'acte d'invention et l'objet cr&#233;&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet esth&#233;tique va bien s&#251;r &#234;tre pris dans ces trois couches, mais d'une mani&#232;re diff&#233;rente que les objets techniques. En effet, il n'est pas absolument technique mais agr&#233;gat d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes, comme l'&#233;tait le voult, cette statue de cire votive pour accomplissement de rituels magiques et qui &#233;tait &#224; la fois compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments provenant de la personne &#224; envo&#251;ter et qui devait aussi la figurer, mais pas en prenant ses traits en incluant simplement une s&#233;lection d'aspects permettant la projection identifiante. Le voult rel&#232;ve &#224; la fois du r&#233;gime de la m&#233;tonymie, c'est-&#224;-dire de la pr&#233;sence r&#233;elle et du r&#233;gime de la m&#233;taphore, c'est-&#224;-dire de la pr&#233;sence figurale ou imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il ne sert &#224; rien au sens o&#249; il ne se situe pas compl&#232;tement dans la lign&#233;e des objets techniques puisqu'il n'est pas multipliable ou reproductible dirait Benjamin, mais il op&#232;re des &#171; r&#233;ticulations spatiales et temporelles &#187; selon l'expression de Simondon comparables &#224; celles des objets techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre sacralit&#233; et technicit&#233; existe une sorte d'identit&#233; de fonctionnement, de diffusion des effets avec cependant une diff&#233;rence entre sacralit&#233; et effets de l'&#339;uvre d'art, m&#234;me si Simondon ne parle que d'objet esth&#233;tique, diff&#233;rence qui tient au fait de la non-utilit&#233; directe de l'objet esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#171; la sacralit&#233; correspond &#224; une activit&#233; de cr&#233;ation concr&#233;tisant une gen&#232;se d'images, avec incorporation d'effets qui ne sont contenus ni dans l'intention finalis&#233;e, ni dans le projet de ritualisation, &#224; la mani&#232;re dont proc&#232;de l'amplification concr&#233;tisante des techniques et avec la m&#234;me opacit&#233; par rapport &#224; une analyse conceptuelle en termes d'univocit&#233;. &#187; (op. cit., p. 179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amplification, on s'en souvient, c'est le fait que &#171; l'objet cr&#233;&#233; pour &#234;tre compl&#232;tement organis&#233; doit &#234;tre plus complexe et plus riche que ne le suppose le projet strict de r&#233;solution du probl&#232;me. &#187; (op. cit., p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, comme il le rappelle dans sa conclusion, on peut donc rep&#233;rer trois niveaux d'invention : celles qui ne se manifestent pas en dehors de l'op&#233;rateur, comme c'est le cas pour les animaux, celles qui couvrent plusieurs t&#226;ches, comme c'est le cas dans les objets industriels et ce niveau remarquable, &#171; celui de l'ad&#233;quation dimensionnelle entre une &#339;uvre et une invention organisatrice, l'objet cr&#233;&#233; est organis&#233; en un seul acte [&#8230;] c'est l'objet d'art interm&#233;diaire stable entre la facture artisanale et l'op&#233;ration industrielle comme objet compl&#232;tement organis&#233; et &#224; ce titre absolu mais pourtant singulier &#187; (op. cit., p. 190-191).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'objet esth&#233;tique est donc singuli&#232;re mais rep&#233;rable et situable dans le champ des pratiques inventives. Mais au-del&#224; de ce positionnement, l'enjeu est pour Simondon de montrer en quoi les objets invent&#233;s sont en fait le produit, non tant de l'individu ou du groupe, que port&#233;s par la puissance organisatrice de la nature dont le cycle des images mentales est &#224; la fois l'incarnation et le moteur, ce cycle de l'image mentale &#233;tant la force qui pousse vers l'invention &#171; apparaissant peut-&#234;tre alors comme un degr&#233; &#233;lev&#233; de l'activit&#233; de l'&#234;tre vivant consid&#233;r&#233; comme un syst&#232;me autocin&#233;tique en interaction avec le vivant. &#187;(op. cit., p. 191).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'objet esth&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au cas de l'art, o&#249; on le sait, le projet est d'atteindre &#224; une sorte de d&#233;passement, mais ce n'est pas parce qu'il est projet&#233; qu'il est r&#233;alis&#233;. Tout l'enjeu, disons du point de vue de l'artiste, tient en ce point de la possibilit&#233; de &#171; mesurer &#187; avant, pendant ou apr&#232;s, en lui-m&#234;me ou par les retours qu'il a sur son &#339;uvre, ou sur certaines de ses &#339;uvres, si et comment son &#339;uvre se situe dans le champ de l'invention au sens de Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un enjeu important dans ce qui pourrait &#234;tre appel&#233; la critique d'art ou simplement l'&#233;valuation de la puissance d'une &#339;uvre. Mais c'est aussi un peu vain, on le sait puisque les positions de l'&#339;uvre et des regardeurs changent dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sans vouloir &#234;tre le tribunal de l'histoire pour les si&#232;cles des si&#232;cles, il est possible et juste de se demander comment tout cela fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique ne servant &#224; rien, l'objet esth&#233;tique sert &#224; quelque chose puisqu'il est capable de faire appara&#238;tre une pluralit&#233; de couches plus ou moins profondes et donc proches de l'activit&#233; d'invention qui, Simondon le rappelle encore page 179, est le terme de la gen&#232;se des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc en ce qui concerne l'objet esth&#233;tique, il rappelle que &#171; l'essentiel, c'est l'effet d'amplification par recrutement de r&#233;alit&#233;s primitivement non pr&#233;vues et inclusion de ces r&#233;alit&#233;s avec des pouvoirs nouveaux d&#233;passant l'origine dans un syst&#232;me formalis&#233;. Le d&#233;veloppement de cette formalisation, cons&#233;quence du caract&#232;re cumulatif des inventions entra&#238;ne l'incorporation de r&#233;alit&#233;s d'abord non humaines &#224; un monde ayant sens pour l'homme. &#187; (op. cit., p. 179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous avons l&#224; la base d'une th&#233;orie possible de l'&#339;uvre d'art comme agr&#233;gation d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans un champ d'intentionnalit&#233; et comme synth&#232;se productrice d'effets &#233;chappant &#224; ce champ et finissant par le d&#233;passer et l'envelopper dans un mouvement de r&#233;troaction et de relance [&#8230;] plus ou moins &#171; infini &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se dessine surtout ici c'est une sorte de g&#233;n&#233;alogie de l'&#339;uvre d'art qui est toujours actuelle et toujours reprise dans la cr&#233;ation de chaque &#339;uvre qui est de m&#234;ler les trois couches que nous allons &#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la production d'une &#339;uvre, d'une invention, r&#233;pond-elle de mani&#232;re directe au cycle des images, car elle passe, mais en se situant dans un autre plan en effet, du mouvement &#224; la connaissance et de la connaissance &#224; la saisie des d&#233;chirures &#233;motionnelles et affectives et &#224; la projection d'une entit&#233; capable de les d&#233;plier et replier d'une mani&#232;re nouvelle constituant une synth&#232;se qui, &#224; son tour, va &#224; la fois se d&#233;velopper et surtout envelopper les autres couches, les autres moments, les autres temps et constituer en quelque sorte leur forme, leur expression et leur forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#234;ter attention ici au fait que Simondon parle en premier du paysage comme s'il s'agissait l&#224; du sujet premier pour l'art pour la peinture disons. Et en effet c'est le cas mais pas seulement parce que c'est ce que l'homme qui peint voit, mais parce que le paysage est en quelque sorte le percept &#171; pur &#187;, originel, qu'il concentre &#224; chaque fois qu'on le regarde, l'enjeu du percept. Je rappelle ici la d&#233;finition du percept par Deleuze, grand lecteur de Simondon et qui lui a beaucoup emprunt&#233;, et aussi celle de l'affect qui la pr&#233;c&#232;de et qui nous servira par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les affects sont pr&#233;cis&#233;ment ces devenirs non humains de l'homme, comme les percepts, y compris la ville, sont les paysages non humains de la nature &#187; (Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, p.160).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage est l'un des quatre &#171; sujets &#187; de l'art avec le corps ou l'homme ou la chair si l'on veut, les objets produits par l'homme, objets quotidiens, maisons ou villes, et le cosmico-spirituel existant sous la forme de la lumi&#232;re, du ciel, des nuages ou de l'air, bref de cette puissance &#171; invisible &#187; qui permet cependant d'atteindre &#224; cette unification des &#233;l&#233;ments pr&#233;sents, disons sur la toile pour parler d'un tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Simondon ici, c'est le processus de la r&#233;alisation de l'&#339;uvre qui importe pas le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Couche 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part une couche superficielle qui est le fruit de la s&#233;lection, mais qui reste prisonni&#232;re de l'&#233;vidence visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art qui copie ou plut&#244;t qui s'en tient au donn&#233; et au rendu de ce donn&#233; n'est pas cr&#233;ateur, car il ne plonge pas pr&#233;cis&#233;ment dans le percept, il en reste &#224; la perception dont il tente une translation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'oppos&#233; un &#233;l&#233;ment abstrait ne fait pas sens s'il ne trouve une compatibilit&#233; entre le fond de nature et l'affect susceptible d'&#234;tre &#233;veill&#233; par la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Couche 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La couche moyenne de la production d'objets cr&#233;&#233;s esth&#233;tiques est celle o&#249; l'activit&#233; n'est ni un plaquage al&#233;atoire ni une invention amplifiante mais une &#233;laboration qui reste sur place [...] dans un univers choisi de connaisseur qui op&#232;re en chapelle. &#187; (op. cit., p. 180).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici dans le domaine de ceux qui emploient les arts comme auxiliaire de leur activit&#233; principale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, on voit bien que Simondon est en train de projeter le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral des couches qui composent l'objet technique sur un plan nouveau, celui de l'invention des formes esth&#233;tiques et qu'ainsi les niveaux ant&#233;rieurs se trouvent en partie disqualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine du sacr&#233; et de la ritualisation pour atteindre &#224; une amplification, il ne faut donc ni fausse amplification du motif ni fausse invention d'un territoire qui n'est lui-m&#234;me qu'une extraction ou qu'une protection, mais un nouveau plan, n&#233; de la compatibilit&#233; entre ce qui advient et ce qui existait, disons de toute &#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait c'est aussi du point de vue du type d'attente que l'objet invent&#233; doit combler ou &#224; laquelle il doit r&#233;pondre que se place Simondon. L'exemple du journaliste et de la photo satisfaisante techniquement l'&#233;voque bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est juste apr&#232;s, vous l'aurez not&#233;, que vient cette remarque au sujet des amateurs d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De m&#234;me un amateur &#233;clair&#233; demande &#224; l'objet d'art d'&#234;tre satisfaisant et r&#233;ussi dans un univers marginal et limit&#233;, producteur de ses propres normes ; pour cette raison, l'amateur d'art &#224; tendance &#224; &#234;tre conservateur, c'est-&#224;-dire &#224; appr&#233;cier des techniques raisonnablement anciennes. &#187; (op. cit., p. 181).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce que dit Simondon ici, c'est que le processus de l'invention est analogique dans son d&#233;ploiement au cycle des images et que l&#224;, on se trouve avec la couche 2 au m&#234;me niveau que celui des images cognitives. L'&#339;uvre qui en reste &#224; ce niveau de compatibilit&#233; de deuxi&#232;me niveau a pour but non avou&#233; mais r&#233;el de construire une sorte de monde dans lequel r&#232;gne un confort &#233;quivalent &#224; un territoire qui est la dimension correspondant au niveau deux des images cognitives et qui est bas&#233; sur la reconnaissance, le premier niveau l'&#233;tant sur l'identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Couche 3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;ateurs qui vont atteindre &#224; la couche trois, celle qui correspond aux contenus affectivo-&#233;motifs des images et &#224; la jonction avec les processus d'invention, vont devoir faire une sorte de grand &#233;cart entre des &#233;l&#233;ments tr&#232;s &#233;loign&#233;s dans l'espace-temps culturel, et tr&#232;s actuel dans le sens de pr&#233;sent dans l'&#233;poque pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'activit&#233; des cr&#233;ateurs d'art devrait &#234;tre archa&#239;sante ou tout au moins elle pourrait appara&#238;tre comme primitive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;voquant Xenakis ou Le Corbusier, Simondon tente de nous montrer comment fonctionne l'invention en art, par une connexion entre deux dimensions qui forment comme deux espaces, le monde enfoui de l'archa&#239;que et le monde actuel pris dans sa dimension concr&#232;te et donc le monde dans lequel vit l'artiste ou qu'il conna&#238;t, un monde qui n'est pas &#171; Le &#187; monde dans sa totalit&#233; mais bien une partie du monde, un d&#233;tail m&#234;me parfois et c'est cet aspect &#171; local &#187; que l'&#339;uvre va universaliser. Plus exactement, c'est &#224; partir de cet aspect local que le processus d'universalisation a des chances de pouvoir op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc o&#249; l'on se trouve et comment &#231;a fonctionne. Il ne s'agit donc pas, dans le champ de l'art de cr&#233;er des formes universelles ou &#224; partir d'id&#233;es universelles ou g&#233;n&#233;rales. Car elles ne mobilisent pas le niveau affectivo-&#233;motif et ne r&#233;pondent en rien aux attentes du niveau moteur. Il s'agit plut&#244;t de plonger dans l'espace-temps en quelque sorte ante-historique pour faire remonter des intensit&#233;s oubli&#233;es et par exemple entendre une voix oubli&#233;e. Cette voix ou ces formes pourront se connecter avec le pr&#233;sent dans l'&#339;uvre en &#233;tant rendus compatibles avec un ou des &#233;l&#233;ments actuels. Ces &#233;l&#233;ments serviront &#224; la fois de forme et de moyen d'expression pour cette voix archa&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Archa&#239;sme de la r&#233;alit&#233; sauvage et caract&#232;re local de la manifestation perceptive de la mati&#232;re, telles sont les sources d'effets que l'art majeur c'est-&#224;-dire inventeur d'objets cr&#233;&#233;s recrute et manifeste en les dilatant vers le temps &#224; venir de l'universalit&#233; d'un espace. &#187; (op. cit., p. 182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc comment marchent les trois couches. Elles doivent en quelque sorte entrer en r&#233;sonance et c'est cette r&#233;sonance qui en les enveloppant les fait exister sur un nouveau plan qui est celui de l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Les figures temporelles de l'invention et la boucle de r&#233;troaction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La couche 4 de l'enveloppement global&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de ce texte sur l'objet esth&#233;tique, Simondon &#233;voque en fait la mani&#232;re dont il est inclus dans la vie des peuples, la vie sociale et le temps historique. Car son objectif n'est pas de parler de l'&#339;uvre d'art mais bien du cycle des images mentales et de la mani&#232;re dont des &#339;uvres ou des objets culturels ou de culte peuvent r&#233;tro-agir sur ceux qui les utilisent, vivent avec ou les regardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour cela plonger dans le temps historique qui est celui de la r&#233;ception de ces objets et de leur vie propre &#224; travers le temps. L'exemple des avions-cargos chez les Papous de Nouvelle Guin&#233;e qui disent que ce sont leurs anc&#234;tres qui ont invent&#233; les avions et que c'est la raison pour laquelle ils construisent des pistes d'atterrissage et des tours de contr&#244;le sommaires pour les inviter &#224; se poser parmi eux, est assez singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit d'&#233;voquer les &#233;ventuels transferts possibles de la sacralit&#233; &#224; d'autres fonctions et de comprendre comment cela peut avoir lieu. Or c'est dans le champ socio-culturel qu'on peut voir cela. Et cela c'est en fait un processus disons psychique et intellectuel &#224; la fois qui n'est pas de l'ordre du refoulement mais bien des op&#233;rations qui permettent &#224; la synth&#232;se projective d'&#234;tre efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit alors de prendre acte de l'archa&#239;que non pas au niveau des formes ou des gestes, mais comme dimension du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi on voit se dessiner en filigrane une conception du temps qui est plus proche de la perception et qui rapproche Simondon de la ph&#233;nom&#233;nologie sans en faire un ph&#233;nom&#233;nologue pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais disons qu'il prend le temps pour ce qu'il est, &#224; savoir un mouvement de la vie et de la pens&#233;e, un effet induit par le cycle des images lui-m&#234;me ou par la pulsion vitale qui s'exprime &#224; travers lui et &#224; laquelle il donne forme ou qu'il permet de saisir. Or le temps n'existe qu'en fonction de rep&#232;res et de mouvements. On a vu que les images affectivo-&#233;motives ou que les contenus affectivo-&#233;motifs des images &#233;taient li&#233;s &#224; la m&#233;moire et au d&#233;tour. C'est de cela dont il est &#224; nouveau question ici mais transpos&#233; &#224; un autre niveau qui est celui de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le temps est un d&#233;pliement de mouvements et de gestes qui se font &#224; l'&#233;chelle des humains. La m&#233;moire culturelle qui fonctionne par synth&#232;se, ajout et retrait, s&#233;lection et projection, fait que ces gestes se rapportent &#224; ce qui les pr&#233;c&#232;de d'une mani&#232;re magique et inventive r&#233;pondant aux fonctionnalit&#233;s de l'esprit ou du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en quelque sorte le cycle de l'image qui est comme projet&#233; au niveau m&#233;ta-global de la vie historique, d'une culture, et qui peut y &#234;tre aussi regard&#233;, vu et interpr&#233;t&#233; pour ce qu'il est &#224; ce niveau-l&#224; qui est le plan g&#233;n&#233;ral o&#249; les inventions finissent par &#234;tre int&#233;gr&#233;es &#224; la vie et par former non plus des inventions mais des &#233;l&#233;ments int&#233;gr&#233;s &#224; des parties r&#233;elles du territoire au sens que donne Simondon &#224; ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette boucle de r&#233;troaction est en fait le double mouvement de synth&#232;se in&#233;vitable aux limites de la m&#233;moire et de retour de ces &#233;l&#233;ments oubli&#233;s synth&#233;tis&#233;s dans des figures ou des formes du pr&#233;sent et de l'actuel qui les r&#233;veillent et les font revenir &#224; la surface comme des &#233;l&#233;ments vivants et agissants. La boucle ne ferme pas, elle plonge dans le pass&#233;, repousse l'avenir et y loge le pr&#233;sent comme le mouvement de pr&#233;sentation de cette voix d'hier dont les sons se propagent vers demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps, ce temps, n'est pas celui des horloges mais bien le temps du cycle des images mentales ayant d&#233;bord&#233; du cadre et enveloppant le v&#233;cu et le r&#233;el dans une nouvelle dimension qui les fait tenir ensemble. Il accomplit ainsi le processus qui est, on le comprend, non pas tant infini que sans fin puisqu'il y a toujours un accord &#224; trouver entre archa&#239;que et avenir dans la r&#233;alisation d'une synth&#232;se actuelle puis&#233;e dans le local. Le temps est un d&#233;pliement de l'espacement qui se manifeste dans les formes et de la sacralisation qui n'est que la formalisation des gestes incluant, hors invention actuelle, des contenus culturels. L'invention se fait par rupture et d&#233;passement, mais accomplissement sur un nouveau plan de ce qui est d&#233;pass&#233; et d&#233;fait. Cela sonne h&#233;g&#233;lien, mais cela n'est pas vraiment h&#233;g&#233;lien car il n'y a pas d'esprit qui domine la plaine mais bien une puissance vivante qui s'exprime sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait la nature qui r&#233;ussit &#224; &#234;tre int&#233;gr&#233;e entre sacralit&#233; et fonctionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le passage de la technicit&#233; &#224; la sacralit&#233;, sans aucune modification de l'objet, est rendu possible par le rejet dans le pass&#233; de l'origine de l'objet, non pas dans un pass&#233; historique mais dans le pass&#233; absolu des sources originelles ancestrales et mythiques. La cat&#233;gorie du sacr&#233; est celle du pass&#233; absolu et originel, c'est-&#224;-dire impliquant et portant l'existence actuelle du sujet individuel et collectif [&#8230;] le sacr&#233; est au-del&#224; du causal et le caract&#232;re artistique au-del&#224; du fonctionnel. &#187; (op. cit., p. 183).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet esth&#233;tique, l'&#339;uvre d'art donc, jouit d'une place particuli&#232;re, on l'a vu, entre instrument et appareil, entre artisanat et industrie, et si elle connecte la vie et la nature, c'est &#224; sa fa&#231;on &#224; la fois universelle et singuli&#232;re, prise dans son &#233;poque et pourtant trans-temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mieux est de laisser la parole &#224; Gilbert Simondon qui a donn&#233; non tant une d&#233;finition de l'&#339;uvre d'art qu'une d&#233;finition de ses enjeux qui concourent &#224; sa conception, &#224; sa formation et &#224; sa r&#233;ception, pens&#233;e &#224; partir de la position du cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout inventeur en mati&#232;re d'art est futuriste en une certaine mesure, ce qui veut dire qu'il d&#233;passe le hic et nunc des besoins et des fins en enr&#244;lant dans l'objet cr&#233;&#233; des sources d'effets qui vivent et se multiplient dans l'&#339;uvre ; le cr&#233;ateur est sensible au virtuel, &#224; ce qui demande, du fond des temps et dans l'humilit&#233; &#233;troitement situ&#233;e d'un lieu, la carri&#232;re de l'avenir et l'ampleur du monde m lieu de manifestation ; le cr&#233;ateur sauve les ph&#233;nom&#232;nes parce qu'il est sensible &#224; ce qui, en chaque ph&#233;nom&#232;ne, est une demande de manifestation amplifiante, le signe d'un enjambement postul&#233; vers l'avenir. Il est celui en qui la gen&#232;se des images r&#233;v&#232;le le d&#233;sir d'exister des &#234;tres ; - d'exister, ou plut&#244;t d'exister une seconde fois en renaissant dans un univers significatif o&#249; chaque r&#233;alit&#233; locale communique avec l'universel et o&#249; chaque instant, au lieu d'&#234;tre enseveli dans le pass&#233;, est l'origine d'un &#233;cho qui se multiplie et se nuance en se diversifiant &#187; (op cit, p.182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on clore cette r&#233;flexion sur Gilbert Simondon et peut-on ouvrir la discussion autour d'exemples d'&#339;uvres et d'artistes qui sont ou ont &#233;t&#233; de r&#233;els inventeurs, ce qui nous permettra de confronter nos approches de l'invention &#224; celle de Gilbert Simondon et de confronter nos id&#233;es sur ce qui fait &#339;uvre dans une &#339;uvre pourrait-on dire, ou encore, sur ce qui fait que dans le trajet d'un cr&#233;ateur, il y a des moments o&#249; en effet, comme chez Bacon et Rothko, chez Duchamp ou Viola, des aspects &#233;vidents du cycle des images sont &#224; la fois les vecteurs de l'&#339;uvre, le contenu de l'interrogation et la force qui conduit &#224; l'invention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>VIII - Gilbert Simondon - Imagination et invention</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-VIII-Gilbert</link>
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		<dc:date>2010-05-04T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'invention est ce vers quoi tendent les images. On pouvait d&#233;j&#224; lire dans la partie pr&#233;c&#233;dente la phrase suivante : &#171; qu'il y a dans l'image une activit&#233; de construction qui fait qu'elle n'est pas le simple prolongement de la perception &#187;&lt;/p&gt;

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/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH94/arton176-06d93.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'invention est ce vers quoi tendent les images. On pouvait d&#233;j&#224; lire dans la partie pr&#233;c&#233;dente la phrase suivante : &#171; qu'il y a dans l'image une activit&#233; de construction qui fait qu'elle n'est pas le simple prolongement de la perception &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Introduction la question du cycle de l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re partie de ce livre, l'invention est ce vers quoi tendent les images. On pouvait d&#233;j&#224; lire dans la partie pr&#233;c&#233;dente la phrase suivante : &#171; qu'il y a dans l'image une activit&#233; de construction qui fait qu'elle n'est pas le simple prolongement de la perception &#187; (op. cit., p. 131).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette activit&#233; imageante du cerveau qui est la source de l'invention car d'une certaine mani&#232;re seule l'image est transversale et fonctionne &#224; chacun des niveaux d'exp&#233;riences qui nous caract&#233;risent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le redit page 176 lorsqu'il remarque que &#171; par l'interm&#233;diaire des objets cr&#233;&#233;s, c'est le rapport de l'homme &#224; la nature qui est soumis &#224; un processus d'&#233;volution dialectique amplifiante dont le fondement actif est dans l'invention, expriment efficacement le cycle de l'image par l'expansion hors de l'individu de la phase terminale d'invention cr&#233;atrice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dans la phase ultime de ce cycle, ultime au sens o&#249; elle va concentrer en elle les diff&#233;rents niveaux d'activit&#233;, mais pr&#233;cis&#233;ment en donnant lieu &#224; une activit&#233; nouvelle dont il faut absolument rendre compte puisqu'elle ne semble pas &#234;tre directement li&#233;e &#224; ce cycle de l'image mentale, mais bien &#224; des donn&#233;es ext&#233;rieures qui viennent pr&#233;cis&#233;ment l'interrompre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de cette activit&#233; vont donc se transformer &#224; ce niveau 4 qui est celui de l'invention. L'enjeu est de tenter de comprendre non seulement ce que signifie invention pour Simondon mais en quoi cela consiste. On verra que l'on fait face &#224; deux grands types d'inventions, celles qui sont li&#233;es &#224; la fabrication d'objets techniques et celles qui sont li&#233;es &#224; la fabrication d'&#339;uvres d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'en arriver &#224; cette distinction, il analyse la mani&#232;re dont quelque chose de nouveau se produit dans le champ des activit&#233;s humaines d&#232;s lors que l'on a atteint le niveau 3, celui des images affectivo-&#233;motives, stade qui englobe les deux autres niveaux et qui conf&#232;re aux images une consistance particuli&#232;re, on l'a vu, puisque ce sont ces images qui entra&#238;nent la constitution d'objets, dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas techniques, m&#234;me s'ils r&#233;pondent &#224; certaines attentes psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Le cycle de l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion centrale de la fin de la partie pr&#233;c&#233;dente est celle de cycle de l'image. Ce cycle ne fonctionne pas de mani&#232;re lin&#233;aire ou plus exactement sa lin&#233;arit&#233; est faite de processus constants de retour sur les &#233;tapes ou les niveaux ant&#233;rieurs. C'est &#224; la fois comme s'il fallait reparcourir ne serait-ce qu'&#224; tr&#232;s grande vitesse le chemin complet du cycle de l'image lors m&#234;me que l'on prend appui lors d'une nouvelle exp&#233;rience, ou plut&#244;t sur les exp&#233;riences les plus r&#233;centes du dernier stade, c'est-&#224;-dire sur la production de nouveaux &#171; symboles &#187;. Mais &#224; chaque fois que quoi ? &#192; chaque fois que l'esprit humain se trouve contraint de produire des images nouvelles, &#224; chaque exp&#233;rience nouvelle donc. En fait nous sommes au c&#339;ur du m&#233;canisme m&#234;me par lequel nous pensons et par lequel en m&#234;me temps nous constituons le mat&#233;riel &#224; partir duquel nous pensons. C'est cela la particularit&#233; de l'image chez Simondon, qu'elle est &#224; la fois le mat&#233;riau m&#234;me de la pens&#233;e et ce &#224; partir de quoi la pens&#233;e na&#238;t, s'engendre. Elle est le moteur et le carburant, pourrait-on dire, ce qui porte la pulsion au jour et qui &#171; est &#187; la pulsion au moins au niveau des images motrices pr&#233;cognitives. Mais dans la mesure o&#249; cette propension &#224; avancer vers l'inconnu r&#233;side dans les images motrices, elle existe &#224; tous les niveaux. Simplement elle change d'objet. Au second niveau, elle prendra pour objet ce qui appara&#238;t dans le cadre de l'exp&#233;rience du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va donc de m&#234;me avec le second niveau. Les images perceptives, on l'a vu, ont pour fonction d'instituer un territoire, c'est-&#224;-dire une connaissance d'un milieu tel qu'on puisse s'y sentir globalement en s&#233;curit&#233; et que seuls les &#233;l&#233;ments perturbants deviennent source de r&#233;action et de facto source d'adaptation et donc de nouvelles connaissances. Mais si une telle situation est en quelque sorte valable pour les animaux, pour l'homme les choses sont sensiblement diff&#233;rentes. La vie ne cesse de confronter l'homme &#224; des situations nouvelles auxquelles il doit s'adapter et de plus il doit faire face &#224; ce processus d'engendrement d'images qui a lieu en lui et d'une certaine mani&#232;re malgr&#233; lui. En fait il faut dire simplement que l'homme a un psychisme qui est en prise avec des affects et des &#233;motions qui sont &#224; la fois li&#233;s &#224; ce qui arrive et lui arrive dans le monde et &#224; la fois li&#233;s &#224; rien d'autre qu'&#224; lui-m&#234;me. Cette &#233;tranget&#233; est une exp&#233;rience profonde et constitue sa situation existentielle en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images affectives, elles, sont en fait un processus qui fait passer l'individu du stade de la reconnaissance &#224; celui de la d&#233;couverte de relations entre les choses, les &#234;tres, les situations qui ne sont pas donn&#233;es par les choses, les &#234;tres ou les situations, c'est-&#224;-dire &#224; l'appr&#233;hension du possible. C'est aussi &#224; la formation de l'abstraction que ces images servent, c'est-&#224;-dire &#224; appr&#233;hender des choses comme pouvant ne pas &#234;tre en relation avec la r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; connue. La fonction de ces images est donc complexe comme on l'a vu, mais l'aspect principal c'est sans doute qu'elles sont le lieu d'une conversion comme le dit Simondon &#224; la fin de la troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversion est multiple. Elle est avant tout celle des images en symboles et donc de ce qui est per&#231;u comme successif en quelque chose de per&#231;u comme simultan&#233;, conversion encore de l'individuel en universel, et surtout de la conversion d'image en objet. On se souvient du voult de &#171; l'objet magique qui &#233;tait cens&#233; &#234;tre un analogon de l'&#234;tre &#224; envo&#251;ter, mais il est p&#233;tri d'imaginaire &#187; dit encore Simondon. Mais, en fait, il y a un effet r&#233;troactif du symbole sur le psychisme en lequel il se forme, celui de le mettre &#224; distance du monde, de l'&#233;loigner ou plut&#244;t d'inscrire une sorte de distance, bref de faire une entaille dans la continuit&#233; du territoire ou de faire percevoir le d&#233;j&#224; connu comme n'&#233;tant pas la totalit&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce qui importe ici c'est le double aspect du cycle de l'image. Dans un cas, il se met &#224; fonctionner en quelque sorte &#224; vide et produit ses propres objets, mais qui se d&#233;ploient dans l'imaginaire comme des &#233;l&#233;ments n'ayant plus de lien avec la r&#233;alit&#233;. La question de l'invention se pose &#224; partir du moment o&#249; les images vont pouvoir &#234;tre utilis&#233;es comme vecteur d'un retour et d'une reconnexion avec le tissu de la r&#233;alit&#233;, ou encore comme des moyens de revenir en elle et de recoudre en quelque sorte ce qui a &#233;t&#233; d&#233;chir&#233;. Ainsi serait-il possible de rendre une certaine continuit&#233; et coh&#233;rence l&#224; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment une d&#233;chirure a &#233;t&#233; constat&#233;e, engendr&#233;e et v&#233;cue. L'invention est une sorte de r&#233;ponse complexe qui viendrait prendre la place de cet &#233;panchement de l'imaginaire proche de l'hallucination et qui est sans effet constructif sur et dans la r&#233;alit&#233;, sauf si on croit &#224; la magie en effet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on revient un instant sur le passage des pages 137-138, on voit donc qu'il y a un double cycle de l'image, mais que c'est en quelque sorte le diff&#233;rentiel entre ces deux aspects, entre ces deux niveaux de fonctionnement du m&#234;me cycle de l'image, que la d&#233;chirure se produit r&#233;ellement et que la source de la r&#233;ponse possible se trouve elle aussi l&#224; dans la saisie de cette diff&#233;rence de tempo et d'objet qui caract&#233;rise ces deux cycles, celui qui conduit &#224; une r&#233;alisation et celui qui donne lieu au d&#233;veloppement de l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons surtout cette phrase de la conclusion : &#171; il importe de noter que le cycle de l'image est une gen&#232;se marqu&#233;e en chacune de ses &#233;tapes par une d&#233;cantation, par une r&#233;duction du nombre des &#233;l&#233;ments conserv&#233;s et propos&#233;s finalement comme mati&#232;re d'invention. &#187;(op. cit., p. 138).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Partir du territoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Simondon consiste &#224; tenter de relier la dimension ontog&#233;n&#233;tique et la dimension phylog&#233;n&#233;tique, l'individu et le groupe, l'action isol&#233;e et l'action communicable et effective. En effet, il n'y a pas d'individu isol&#233;, et on l'a vu, les variations ou comportements d&#233;viants individuels ne donnent pas n&#233;cessairement lieu &#224; leur transmission au groupe. Il lui faut donc partir ou repartir de ce qui est en gros acquis &#224; savoir le territoire pour comprendre comment peuvent se mettre en place des comportements qui donnent lieu ou constituent en tant que telles des inventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le territoire ? Rien de v&#233;ritablement concret d&#233;limit&#233; par des fronti&#232;res, mais on l'a vu, c'est le fait pour un individu ou un groupe de conna&#238;tre en gros l'ensemble des donn&#233;es n&#233;cessaires &#224; sa vie et &#224; sa survie, donn&#233;es ext&#233;rieures et comportements adapt&#233;s &#224; ces donn&#233;es qui, sans &#234;tre invariables, sont en gros donn&#233;es pour cette esp&#232;ce. Il faut d&#233;finir le territoire, me semble-t-il, comme une sorte de tissu continu d'exp&#233;riences et de perceptions et surtout comme une sorte d'inclusion r&#233;ciproque du sujet dans le monde et du monde en lui. Il y a une sorte de parall&#233;lisme profond, une sorte de redoublement de l'un dans l'autre et de l'autre dans l'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous quittons l&#224; presque totalement les animaux pour entrer dans le domaine de l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire devient une donn&#233;e plus instable, ou plus exactement, l'homme est cet animal qui va avoir affaire &#224; des exp&#233;riences de rupture de cette continuit&#233; plus profondes et plus brutales, ruptures auxquelles pourtant il va devoir et pouvoir faire face en mobilisant le cycle des images mais de mani&#232;re diff&#233;rente ou nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire la situation typique &#224; partir de laquelle quelque chose comme une invention va pouvoir &#234;tre mise en place, il faut &#233;voquer la rupture d'un parall&#233;lisme entre sujet et monde ou de l'inclusion entre les deux qui est le propre du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention sera en quelque sorte la r&#233;ponse individuelle / collective &#224; une telle situation. En fait, il faudrait la d&#233;crire comme une situation de stress, c'est-&#224;-dire aussi de crise. En effet dans de tels moments, ma connaissance, c'est-&#224;-dire l'image du monde dans laquelle le monde et moi formons le couple compl&#233;mentaire qui donne existence au territoire, ne correspond plus &#224; ce que je vis. Il y a une interruption, une d&#233;chirure dans le tissu continu de la perception / connaissance et l'invention va consister &#224; r&#233;tablir cette continuit&#233; ou r&#233;tablir le parall&#233;lisme entre sujet et monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas de ce qu'&#233;crit Simondon d&#232;s le d&#233;but de cette partie : &#171; &#192; quelle situation correspond l'invention ? &#192; un probl&#232;me, c'est-&#224;-dire &#224; une interruption par un obstacle, par une discontinuit&#233; jouant le r&#244;le d'un barrage, d'un accomplissement op&#233;ratoire continu dans son projet. [&#8230;] Les solutions apparaissent. [&#8230;] L'invention est l'apparition de la compatibilit&#233; extrins&#232;que entre le milieu et l'organisme et de la compatibilit&#233; intrins&#232;que entre les sous-ensembles de l'action. &#187; (op. cit., p. 139).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'entr&#233;e de jeu l'exemple choisi de la route barr&#233;e par une chute de pierres et de la n&#233;cessit&#233; pour les hommes de se mettre ensemble pour r&#233;ussir &#224; d&#233;placer les pierre qu'un seul n'aurait pu parvenir &#224; faire, montre bien comment la r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me engage le passage &#224; un niveau sup&#233;rieur de pens&#233;e. Ce niveau est en fait une sorte de projection, c'est-&#224;-dire le d&#233;clenchement du cycle des images mais dans un contexte de &#171; crise &#187;, un contexte &#224; la fois concret et &#171; irr&#233;el &#187; au sens o&#249; la possibilit&#233; de la solution n'existe pas au niveau individuel ni en mobilisant les comportements, c'est-&#224;-dire les r&#233;ponses habituelles. Il existe un d&#233;sir individuel de sortir de la situation, la route barr&#233;e, pour revenir &#224; ce qui est normal, la poursuite du voyage et il est n&#233;cessaire de sortir des pratiques connues et individuelles pour trouver une solution. Il faut se projeter dans l'irr&#233;el et laisser se constituer des images de r&#233;ponses possibles puis &#224; partir de ce jeu d'images au sens de sc&#233;narios de solutions, il faut qu'il y ait une sorte de feed-back qui soit adapt&#233; &#224; la r&#233;solution concr&#232;te de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'effectue ainsi un retour structurant du contenu de l'anticipation sur la formule de l'action pr&#233;sente ; il s'agit l&#224; d'un retour d'information ou plut&#244;t d'un retour d'organisation dont la source est de l'ordre de grandeur du r&#233;sultat. [&#8230;] &#187; (op. cit., p. 140).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc bien deux plans, deux ordres de grandeur dit Simondon, l'un extrins&#232;que et l'autre intrins&#232;que, l'un correspondant donc au r&#233;sultat et l'autre &#224; l'&#233;v&#233;nement. Mais l'enjeu est moins la solution que la compatibilit&#233; entre ces plans, entre ces grandeurs, entre ces niveaux d'organisation. Tout l'enjeu de l'invention est l&#224; dans la r&#233;tablissement ou l'&#233;tablissement d'un parall&#233;lisme entre ces plans et que Simondon appelle donc compatibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc, comment r&#233;ussir &#224; passer d'un ordre de grandeur &#224; un autre ? Ou par quelles m&#233;diations ? Et comment r&#233;tablir une communication entre le syst&#232;me d'action du sujet et le r&#233;gime de r&#233;alit&#233; du r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Le d&#233;tour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion de d&#233;tour fonctionne &#224; deux niveaux, au niveau op&#233;ratoire et au niveau cognitif. Elle nous ram&#232;ne aux comportements des animaux, celui du li&#232;vre par exemple. Le d&#233;tour nous reconduit &#224; la notion de territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;tours possibles font partie de mani&#232;re actuelle du territoire ; ils ont &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;s au moment de la reconnaissance et existent comme le r&#233;sultat d'un apprentissage g&#233;n&#233;ralement pr&#233;coce qui a form&#233; des images dirigeant l'action &#187; (op. cit., p. 143).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;tour est-il invention dans les conduites animales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est important en ceci que l'on va d&#233;couvrir une fonction essentielle de certaines images, le fait de focaliser l'attention, de constituer un but c'est-&#224;-dire une direction radicale de l'action et donc une r&#233;ponse &#224; la crise ou au stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour est invention &#171; &#224; condition de pr&#233;ciser qu'il s'agit du d&#233;tour impliquant une repr&#233;sentation, une image plus qu'une perception directe ; ce type de d&#233;tour est celui qui implique la repr&#233;sentation d'effets &#233;loign&#233;s des actes et le maintien prolong&#233; d'une direction d'activit&#233;. [&#8230;] La perception du but inhibe les actes qui d&#233;tournent de ce but. &#187; (op. cit., p. 144).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel. Il d&#233;crit le r&#244;le majeur des images du quatri&#232;me type qui sont comme les images affectives et &#233;motives se d&#233;tachant du sujet pour constituer une sorte de monde en soi, mais comme des images cognitives en ce qu'elles produisent un feed-back qui permet de r&#233;soudre un probl&#232;me. D&#233;tour op&#233;ratoire et d&#233;tour cognitif sont aimant&#233;s par quelque chose qui est une image et qui est en un sens &#171; une image abstraite &#187;, un concept au sens de Simondon mais reli&#233; aussi &#224; des aspects &#233;motifs li&#233;s au probl&#232;me &#224; r&#233;soudre et &#224; la n&#233;cessit&#233; de reconduire le sujet &#224; une situation qu'il contr&#244;le ou dans laquelle il se sent &#224; l'aise, recoudre la d&#233;chirure, r&#233;instaurer la continuit&#233; &#171; territoriale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le territoire est donc la base et la source des solutions, c'est-&#224;-dire de l'invention comme le remarque Simondon aux pages 145 et 146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est donc toujours comprise comme un syst&#232;me actif et il en arrive &#224; dire que &#171; les d&#233;tours possibles pr&#233;existent dans l'image et ils sont d'autant plus rapidement d&#233;couverts que cette image est plus pr&#233;cise. &#187; (op. cit., p. 146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu la derni&#232;re fois que cette notion de pr&#233;cision &#233;tait essentielle et on va le voir par la suite aujourd'hui, car il va y avoir un jeu consistant &#224; trouver la bonne distance pour que l'invention puisse avoir lieu, c'est-&#224;-dire op&#233;ratoire et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. L'objet interm&#233;diaire et la question de la m&#233;diation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore on retrouve les animaux capables d'utiliser un objet pour atteindre un but particulier. Et l&#224; encore on retrouve la mobilisation de trois niveaux d'images pour l'invention d'une solution &#224; un probl&#232;me. C'est ce qui importe le plus pour nous, c'est ce point-l&#224; &#224; la jonction entre spontan&#233;it&#233; et &#233;l&#233;ments moteurs, &#171; qui servent de syst&#232;me d'accueil &#224; des donn&#233;es perceptives ; c'est gr&#226;ce &#224; ces &#233;l&#233;ments moteurs qu'il se constitue une image mentale active pouvant servir de solution &#224; un probl&#232;me &#187;. L'instrument na&#238;t en quelque sorte &#224; la conjonction de ces deux niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc ici encore au niveau de l'&#233;laboration des images qui vont ensuite servir d'aimant, d'attracteur ou de tenseur, et tirer en quelque sorte ou pousser comme on veut l'individu ou le groupe vers la solution et donc le pousser &#224; l'invention, le conduire &#224; l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re l'instrument, par exemple l'usage d'un b&#226;ton pour attraper un fruit, est une modalit&#233; du d&#233;tour et la loi reste la m&#234;me &#224; savoir : &#171; plus l'image mentale de la situation et des objets est riche et pr&#233;cise, plus les chances de d&#233;couverte d'une organisation ad&#233;quate sont &#233;lev&#233;es. &#187; (op. cit., p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. La n&#233;cessit&#233; d'une conversion g&#233;n&#233;ralis&#233;e des donn&#233;es dans un code de compatibilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut en effet montrer comment d&#233;tour et m&#233;diation instrumentale peuvent fonctionner de mani&#232;re coupl&#233;e. C'est ici qu'entre en jeu la dimension temporelle qui a &#233;t&#233; en quelque sorte absente de tout ce questionnement. Le temps ici va non pas exister comme temps comptable des horloges mais comme cadre commun permettant l'association d'&#233;l&#233;ments provenant de moments distincts relevant soit du pass&#233;, soit du pr&#233;sent, soit du futur, mais pouvant les uns comme les autres &#234;tre reli&#233;s sur un m&#234;me plan de compatibilit&#233;. En effet, c'est le but &#224; atteindre qui une fois encore constitue &#224; la fois le principe de la mobilisation des &#233;l&#233;ments et rend possible le lien entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'invention comme organisation est donc un d&#233;tour par le pass&#233;. &#187; (op. cit., p. 141).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode, Simondon avance donc &#224; petits pas, c'est-&#224;-dire montre lui-m&#234;me comment les passages entre niveaux diff&#233;rents d'organisation sont possibles sur des bases plus simples, comme leur prolongement ou leur d&#233;ploiement sur un autre plan, et comment ce &#171; saut &#187; s'effectue ou comment cette interaction entre des &#171; champs &#187; diff&#233;rents est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve pr&#233;cis&#233;ment au c&#339;ur du probl&#232;me de l'articulation entre eux d'&#233;l&#233;ments provenant de champs distincts d'&#233;l&#233;ments a priori h&#233;t&#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la page 152 est importante. Simondon y d&#233;taille ce qu'il nomme un processus d'amplification. Il a lieu par un jeu l&#224; encore bas&#233; sur le diff&#233;rentiel de polarisation des &#233;l&#233;ments entre des &#233;l&#233;ments faiblement polaris&#233;s qui sont donc les r&#233;serves, les souvenirs, les apprentissages qui sont disponibles mais &#224; l'&#233;tat latent, pourrait-on dire, et des &#233;l&#233;ments fortement polaris&#233;s que sont les situations de crise, de stress ou de rupture d'&#233;quilibre et qui, elles, sont fortement polaris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les &#233;l&#233;ments qui vont &#234;tre convoqu&#233;s pour aider &#224; la solution sont faiblement polaris&#233;s qu'ils pourront l'&#234;tre, s'ils &#233;taient aussi marqu&#233;s en intensit&#233; que ceux qui apparaissent dans la crise, ils s'annuleraient en quelque sorte en terme d'intensit&#233;. C'est la grande force de Simondon que d'inscrire cette question de compatibilit&#233; dans ce registre du mesurable et non pas du sens. Le lien est a moral ou a id&#233;ologique, mais pas non plus pratique absolument, il est motiv&#233; par la n&#233;cessit&#233; de sortir de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit surtout qu'il y a deux chemins possibles pour les images ou disons les souvenirs qui peuvent &#234;tre convoqu&#233;s dans ces situations. Simondon d&#233;crit pages 152-153 la loi qui gouverne cette distribution des souvenirs en fonction de leur intensit&#233; affective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amplification est donc l'&#233;l&#233;ment central de cette articulation. Elle permet d'assurer la jonction entre des plans ou des champs de valeurs et de puissance ou d'intensit&#233; diff&#233;rentes. Surtout, c'est elle qui permet d'assurer la compatibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la d&#233;finir ? Elle est en fait l'intensit&#233; li&#233;e au but, disons pour simplifier &#224; l'urgence ou &#224; l'intensit&#233; de la situation faisant retour (toujours donc le feed back) sur des &#233;l&#233;ments peu polaris&#233;s qu'elle charge de l'intensit&#233; d&#233;gag&#233;e par la situation de crise. Ceux si se mettent &#224; r&#233;pondre &#224; quelque chose de diff&#233;rent de ce pour quoi ils avaient &#233;t&#233; invent&#233;s et stock&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. La transmission des intensit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette deuxi&#232;me partie, Simondon nous fait passer du domaine des actes concrets au domaine des signes et des symboles. La question centrale reste la m&#234;me : comment assurer l'amplification ? Les r&#233;ponses changent de niveau de plan dans la mesure o&#249; l'homme &#224; la diff&#233;rence des animaux peut utiliser signes et symboles dans ce dessein. L&#224; se met en place le niveau d'invention propre &#224; l'homme comme on peut le d&#233;couvrir p.153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeu donc, l'articulation concret abstrait, particulier g&#233;n&#233;ral, pratique th&#233;orique, qui n'est rien d'autre que le c&#339;ur m&#234;me de la pens&#233;e. En fait, Simondon nous propose une sorte de gen&#232;se mat&#233;rielle organique de la pens&#233;e comme tentative de r&#233;tablissement ou d'&#233;tablissement d'une continuit&#233; spatiale d&#232;s lors que mat&#233;riellement cette continuit&#233; semble rompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de l'homme et de son troupeau d'une part, puis de l'homme et de ses esclaves de l'autre est tout &#224; fait clair. En d'autres termes il fallait pouvoir transmettre des ordres et qu'ils soient compris et appliqu&#233;s. Telle est la situation de d&#233;part en quelque sorte passer outre la proximit&#233; la plus imm&#233;diate, &#234;tre au contact de, et formaliser aussi les &#233;carts spatio-temporels comme dans la question de se rendre quelque part sur un terrain sans rep&#232;re comme la mer ou des territoires peu ou pas connus. Bref, il fallut formaliser les t&#226;ches et en d'autres termes apprendre &#224; mesurer et &#224; formaliser ces mesures pour pouvoir les transmettre. La g&#233;om&#233;trie a &#233;t&#233; longtemps le vecteur majeur de cette transmission, c'est-&#224;-dire de l'&#233;tablissement d'une convertibilit&#233; des donn&#233;es relevant du souvenir concernant la perception au pr&#233;sent et le but &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction est donn&#233;e par la r&#233;ussite ou l'&#233;chec. L'efficacit&#233; du feed-back est donc facilement rep&#233;rable et les effets sont m&#233;morisables comme une exp&#233;rience qui va venir se fondre dans les autres et passer du niveau excit&#233; de l'amplification au niveau neutre des donn&#233;es acquises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. Du chiffre au symbole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les signes ne sont pas univoques et ne servent pas qu'&#224; mesurer le monde. Ils participent du monde &#233;motif et affectif et sont &#224; la fois sources et vecteurs de l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-ce que &#231;a marche du c&#244;t&#233; affectivo-&#233;motif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu du c&#244;t&#233; du cycle des images, il y a une production d'images mentales qui ne sont en quelque sorte pas li&#233;es &#224; des situations concr&#232;tes &#224; r&#233;soudre mais &#224; des situations affectives que l'on va chercher &#224; transmettre, &#224; faire passer, &#224; communiquer &#224; autrui. Le chemin est le m&#234;me que pour le passage d'un ordre, ou parall&#232;le si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon distingue donc l'op&#233;ration qui est ce qu'il faut mettre en &#339;uvre pour r&#233;soudre un probl&#232;me, et l'action qui, individuelle ou collective, est ce qui est formalis&#233; par l'art ou la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit se mettre en place une distinction toujours actuelle en quelque sorte entre otium et tripalium, entre loisir et travail. En quoi consiste cette formalisation, on pourrait dire ce que l'imagination, qui n'est pas un mot employ&#233; par Simondon, peut produire comme effet sur, dans nos esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La formalisation va dans le sens de l'extension, la d&#233;couverte de compatibilit&#233; entre des donn&#233;es &#224; l'origine h&#233;t&#233;rog&#232;nes. &#187; (op. cit., p. 159).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ici donner comme exemple dans l'histoire les associations qui recoupent pr&#233;cis&#233;ment les deux champs, celui des op&#233;rations et celui des actions. C'est de cette mise en relation de donn&#233;es &#224; la fois relevant de champs diff&#233;rents et de niveaux diff&#233;rents qui se trouvent associ&#233;es par &#171; l'imagination &#187;, que se composent aussi bien des textes comme ceux d'H&#233;siode que plus t&#244;t dans l'histoire certains texte comme le code d'Hammourabi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement il faudrait dire que ce dont parle Simondon ici n'est autre que la m&#233;taphore comprise au sens que lui donne Jaynes de &#171; sol m&#234;me qui constitue le langage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le point important ici, c'est que l'on assiste &#224; la constitution d'un nouveau niveau qui est celui de l'int&#233;gration des donn&#233;es h&#233;t&#233;rog&#232;nes dans un syst&#232;me complexe qui constitue &#224; lui seul un champ ou un plan de consistance nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La cl&#233; de ces extensions, c'est qu'un nouvel &#233;l&#233;ment n'est plus apr&#232;s incorporation ce qu'il aurait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;tat isol&#233; comme moyen d'expression unique. &#187; (op. cit., p. 159).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux ici le processus d'amplification et peut-&#234;tre la source m&#234;me de l'imagination. Un &#233;l&#233;ment isol&#233; est en relation avec les &#233;l&#233;ments connexes et est en quelque sorte pris dans une cha&#238;ne. Mais associ&#233; avec un autre plan, avec des &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes, il est comme d&#233;tach&#233; de son environnement imm&#233;diat et se met &#224; r&#233;sonner avec d'autres &#233;l&#233;ments &#224; produire de nouveaux sons, de nouvelles intensit&#233;s, de nouvelles associations, de nouvelles images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compatibilit&#233; est &#233;largie en particulier dans les arts et dans les &#233;poques qui regroupent les arts et les mettent en relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important n'est donc pas ici une question de contenus, elle ne vient qu'en un deuxi&#232;me temps, mais une question d'intensit&#233;. C'est pourquoi il faut revenir un instant sur l'amplification dans la formalisation. En fait le c&#339;ur de l'amplification est une inversion du rapport petit, grand, individu, groupe : &#171; l'invention d'une nouvelle formalisation revient &#224; d&#233;couvrir un mod&#232;le plus petit, plus simple, plus rapproch&#233; du sujet et servant de paradigme aux ordres de grandeur plus consid&#233;rables &#187;. (op.cit., p. 162). C'est un peu comme si la m&#233;taphore &#233;tait aussi un vecteur de comparaison quantitative ou plus exactement de relation et de proportion et assurait, ce qui est le cas, le passage du lointain au proche c'est-&#224;-dire en effet de l'incommensurable au commensurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous fait donc entrer enfin dans l'invention de l'objet et de l'&#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX. l'enjambement amplifiant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable question qui se pose au philosophe au sujet de l'invention est de tenter de comprendre comment l'homme r&#233;ussit &#224; faire plus avec moins, autrement dit comment une situation de simplification n&#233;cessaire ou de synth&#232;se d'&#233;l&#233;ments divers et h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui n'ont qu'une faible valeur ou faible r&#233;sonance pris s&#233;par&#233;ment, finissent par ouvrir sur des r&#233;sonances multiples, sur un spectre sensiblement plus large que ne le laisse attendre la somme de ces &#233;l&#233;ments lorsqu'il sont reli&#233;s &#224; d'autres d'une certaine mani&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien dans une invention une plus-value &#224; la fois pratique et symbolique. Il y a aussi constitution d'un nouveau tissu, d'une nouvelle couche qui s'int&#232;grera aux pr&#233;c&#233;dentes, mais qui en tant que restitution du continu face &#224; une discontinuit&#233; ou une rupture d'&#233;quilibre engendre plus d'effets ou m&#234;me des effets non pr&#233;vus. Ce qui permet cette couture ou plut&#244;t cet enjambement amplifiant, c'est l'invention d'un objet. C'est lui qui mat&#233;rialise la discontinuit&#233; et lui qui rend possible son abolition, ou plut&#244;t le passage au-dessus du vide ouvert et la r&#233;solution de l'angoisse par le sentiment de pouvoir y r&#233;pondre en tissant une nouvelle continuit&#233;, fut-elle mentale, psychique, imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait simplement prendre l'exemple d'un objet technique comme le t&#233;l&#233;phone qui permet une fois invent&#233; &#224; des milliards de gens de communiquer &#224; distance. Mais, une fois atteint ce stade de l'usage par un grand nombre, il devient en plus partie int&#233;grante du continuum perceptif et donc du tissu continu de l'exp&#233;rience et du territoire. C'est l'impact technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il en va de m&#234;me pour un objet esth&#233;tique. Un tableau est un &#233;l&#233;ment de surface extr&#234;mement restreinte un d&#233;coupage dans l'infinit&#233; de la r&#233;alit&#233; et pourtant il peut produire des impacts affectifs et &#233;motifs infinis et devenir lui-m&#234;me aussi un &#233;l&#233;ment de la culture, c'est-&#224;-dire en fait du continuum perceptif. Il en va de m&#234;me pour un morceau de musique ou tout autre objet culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi comprendre que l'obsession de gagner de l'argent trouve ici non tant une justification qu'une explication. Cela r&#233;pond &#224; un aspect fondamental de la relation au monde que l'enjambement amplifiant incarne ou dont il t&#233;moigne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X. L'objet technique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; l'objet technique, premier niveau de fabrication d'un objet, qui r&#233;pond en partie encore &#224; un probl&#232;me, une interruption, une discontinuit&#233;. Il formalise le processus d'invention qui est le v&#233;ritable &#171; enjeu &#187; de cette &#233;tude, pas l'objet technique donc mais bien le processus d'invention &#171; quand il produit un objet d&#233;tachable ou une &#339;uvre ind&#233;pendante du sujet transmissible pouvant &#234;tre mise en commun constituant le support d'une relation de participation cumulative &#187; (op. cit., p. 164). Ceci suffit &#224; montrer la complexit&#233; de l'enjeu ou plus exactement l'ensemble des strates qu'il fait connecter pour que quelque chose comme une invention ait lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'invention implique en fait qu'elle ait des effets et les effets ne peuvent &#234;tre r&#233;els que si l'invention s'inscrit dans le temps. Or singuli&#232;rement la mani&#232;re de s'inscrire dans le temps n'est pas pour Simondon due &#224; une implication directe de l'invention dans le pr&#233;sent, mais bien &#224; la capacit&#233; de l'invention de se connecter avec d'autres, de se fondre dans le continuum culturel et en m&#234;me temps d'incarner l'enjambement entre un probl&#232;me et une amplification des effets et donc d'&#234;tre en quelque sorte intemporel et universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est important car il permet de comprendre l'association qui se fait dans le fonctionnement mental et qui n'est pas temporelle au sens des horloges ou m&#234;me de l'histoire lin&#233;aire mais du lien entre des espace-temps diff&#233;rents. Mais cette universalit&#233; et cette intemporalit&#233; dit Simondon, n'apparaissent nettement que si l'on &#171; fait abstraction de la destination d'utilit&#233; des objets techniques, car une d&#233;finition par l'utilit&#233; est inad&#233;quate et inessentielle parce qu'elle attire l'attention sur ce par quoi de tels objets sont des proth&#232;ses de l'organisme humain. &#187; (op. cit., p. 165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce qui est ici manifest&#233;, c'est le fait que l'objet technique ne peut pas &#234;tre limit&#233; &#224; incarner la solution d'un probl&#232;me technique. Il est le fruit de l'amplification de l'enjambement amplificateur et en ce sens il doit &#234;tre pris &#224; trois niveaux qui se recoupent sans &#234;tre de la m&#234;me nature, le niveau temporel, le niveau de la fonctionnalit&#233; et le niveau de la communicabilit&#233;. Ces trois niveaux forment ou donnent lieu &#224; une appr&#233;hension de l'objet &#224; partir de trois couches qui le constituent dans sa complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objet technique et artistique d'ailleurs est compos&#233; de trois couches que Simondon nommera int&#233;rieure ou interne, interm&#233;diaire ou m&#233;diane et ext&#233;rieure ou externe (voir la diff&#233;rence avec Aristote entre substance et accident).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici remarquer que l'apparition du terme de couche, se fait &#224; partir d'un glissement et d'un exemple, l'automobile, page 165, sans qu'il ait &#233;t&#233; r&#233;ellement d&#233;fini auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait il part de l'objet technique du XXe si&#232;cle, l'automobile, pour nous expliquer ce que sont ces trois couches. On va voir qu'il va y avoir un glissement et une analogie entre le fonctionnement de l'objet et le fonctionnement de l'esprit humain qui le con&#231;oit et le r&#233;alise. On va pouvoir lire &#224; m&#234;me l'objet le processus qui &#224; partir duquel et selon lequel il est engendr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est donc de d&#233;finir ces trois couches &#224; quatre niveaux diff&#233;rents, le premier est concret, on vient de le voir, on prend l'exemple d'un objet technique et on analyse comment et de quoi il est constitu&#233;, ce qui r&#233;v&#232;le ces trois couches, le second est historique, on va le voir avec l'invention de la photographie, le troisi&#232;me est analogique, il comprend les couches en relation avec les gestes humains qui ont permis de les constituer, le quatri&#232;me est ontologique, il &#233;voque en fait l'unit&#233; r&#233;troactive des trois couches. C'est celui de l'essence (p.167). Mais en fait chaque couche est la manifestation d'un des rapports que l'homme entretient avec le temps. La couche externe est li&#233;e au pr&#233;sent, la couche m&#233;diane au futur et la couche interne au pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue technique il y a donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La couche externe, ce que l'on voit, la carrosserie de la voiture et que l'on a tendance &#224; comprendre d'un point de vue esth&#233;tique alors que pour Simondon cela rel&#232;ve des signes, car l'aspect technique est le moins important et ce n'est pas ce qui fait que la voiture est voiture c'est-&#224;-dire roule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La couche interm&#233;diaire, couche des organes partiellement visibles qui rel&#232;ve d'un mixte de langage et de technique et est li&#233;e &#224; l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La couche interne invisible et qui en quelque sorte n'est pas r&#233;ellement per&#231;ue comme telle et qui rel&#232;ve de la presque pure cr&#233;ation technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu ce sont les variations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1, c'est infini en nombre mais limit&#233; en terme d'impact, de signification ou d'impact r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2, cela rel&#232;ve de la compatibilit&#233; extrins&#232;que, c'est-&#224;-dire de ce qui fait que l'objet technique est compatible avec les comportements humains de base ou simple. Il suffit de penser qu'on conduit une voiture sans avoir comment elle fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 3, on est dans l'invention, dans la partie cach&#233;e, secr&#232;te, magique presque pour qui ne parle pas la langue technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet technique s'&#233;l&#232;ve en quelque sorte &#224; la hauteur d'un organisme et c'est l&#224; que pour Simondon se signe l'invention. Il &#233;voque une compatibilit&#233; intrins&#232;que c'est-&#224;-dire non plus m&#233;diatis&#233;e par le langage, mais &#171; par une ad&#233;quation directe, imm&#233;diate entre l'acte d'invention et l'objet cr&#233;&#233; ; l'objet cr&#233;&#233; est un r&#233;el institu&#233; par l'invention en son essence ; cette essence est premi&#232;re et peut exister sans manifestation ni expression. &#187; (op. cit., p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence est en quelque sorte la couche quatri&#232;me et abstraite qui enveloppe et d&#233;termine les autres, m&#234;me si ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il est possible de la saisir. Elle appara&#238;t comme ant&#233;rieure, comme matrice, comme source de l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au c&#339;ur d'une adaptation de la pens&#233;e aristot&#233;licienne substance / accident. L'enjeu est important. Il s'agit d'une pens&#233;e organiciste de Simondon qui veut cependant rester fid&#232;le, autant que faire se peut, &#224; la tradition de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestation couche externe, expression couche moyenne et &#171; noyau de technicit&#233; productive et r&#233;sistante sur laquelle les couches externes et moyennes se d&#233;veloppent en parasite avec une importance variable selon les circonstances. &#187; (op. cit., p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la substance et l'accident, mais &#231;a y ressemble un peu. &#199;a y fait &#233;cho en tout cas sans pour autant d&#233;finir la substance comme quelque chose qui pr&#233;existe et &#233;chapperait au temps, mais c'est &#224; la fois l'organe et la source de la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est que Simondon pense la r&#233;troaction des couches les unes sur les autres. C'est ce qui l'&#233;loigne d'Aristote et c'est sans doute l&#224; que Deleuze a beaucoup pioch&#233; pour ses propres concepts, celui d'expression en particulier. (voir, op. cit., p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici choisir de passer du temps puisqu'il parle de l'invention de la photographie ou plut&#244;t de l'appareil comme invention technique. Elle lui sert d'exemple type, meilleur encore que la voiture, puisqu'on peut vraiment en saisir l'invention alors que la voiture sous un certain angle est li&#233;e au d&#233;veloppement d'id&#233;es tr&#232;s anciennes comme la roue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant c'est sa mani&#232;re d'avancer sur ce point. Il part des utilisateurs de l'usage pour en venir au &#171; contenu &#187; de l'invention. Ainsi l'usage d&#233;termine certaines &#233;volutions et les possibilit&#233;s d&#233;terminent l'usage. Il n'y a pas de pr&#233;&#233;minence, mais il y a une histoire des usages qui conduit &#224; une sorte de fixation des couches ou qui permet de la comprendre et de la d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il vise, c'est &#224; retrouver sa tripartition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons ce qu'il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La couche purement technique : la chambre et le plan film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La couche interm&#233;diaire avec pr&#233;dominance de l'expression : appareils de reportage et &#233;l&#233;ments techniques suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La couche externe de manifestation : appareils automatis&#233;s et &#171; ferm&#233;s &#187;, qui, en quelque sorte, excluent l'int&#233;r&#234;t pour la connaissance de 1 et 2 par les utilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois couches r&#233;pondent &#224; des types d'utilisateur, le photographe, le reporter journaliste et l'homme de la rue pour son loisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XI. L'objet technique comme produit de l'invention &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Passons sur ce point amusant, et venons en au point majeur qui est la d&#233;finition de l'objet technique comme produit de l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage est court mais difficile. Il faut le lire malgr&#233; tout : &#171; L'objet technique comme produit de l'invention se caract&#233;rise de mani&#232;re essentielle par son caract&#232;re organique, que l'on pourrait nommer aussi auto-corr&#233;lation structurale et fonctionnelle, s'opposant &#224; la divergence de l'&#233;volution adaptative qui sp&#233;cialise le produit selon les cat&#233;gories d'utilisateurs. &#187; (op. cit., p. 169).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de montrer en quoi il y a organicit&#233; dans l'objet technique et donc en quoi la pens&#233;e prend sa source dans le concret et la &#171; nature &#187; con&#231;ue comme processus d'auto-adaptation et d'auto-&#233;volution prenant en compte et en charge les transformations tant du biotope et du milieu que des autres acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qui est important chez Simondon, la prise en compte de la r&#233;troaction de tous les facteurs les uns sur les autres et c'est cela qui fonde l'organicit&#233; et non pas une quelconque &#171; nature &#187; inh&#233;rente &#224; l'objet m&#234;me. Ce n'est pas l'objet qui ressemble &#224; un &#234;tre naturel, mais c'est le processus par lequel il est invent&#233; et utilis&#233; qui montre comment ceux qui l'on invent&#233; et utilis&#233; pensent &#224; partir de l'organisation organiciste naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence est donc dans ce que l'on peut inf&#233;rer de la conception m&#234;me de l'objet technique : l'appareil photographique encore une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant sur l'appareil photographique et la photographie, Simondon tente de montrer comment fonctionne une invention. C'est, on l'a dit d&#233;j&#224;, en fait un processus d'association qui va tendre &#224; rendre compatibles des donn&#233;es h&#233;t&#233;rog&#232;nes, c'est-&#224;-dire relevant de domaines n'ayant au d&#233;part aucun lien entre eux, comme un syst&#232;me de vis&#233;e, vision, r&#233;ception, la chambre noire et une surface chimique photosensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La compatibilit&#233; r&#233;side dans la mise en suspens de l'activit&#233; chimique du mat&#233;riau sensible entre la fabrication et le d&#233;veloppement ce qui permet d'ins&#233;rer la prise de vue dans cet intervalle temporel. &#187; (op. cit.,p. 169).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit ici : l'interruption et le lien, l'enjambement de la coupure abstraite et la possibilit&#233; de penser et combler cette coupure par l'invention lors m&#234;me que cette coupure n'existait pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que l'on est loin d'Aristote. Simondon promeut une pens&#233;e de l'interaction des couches et donc de l'expression de la manifestation et du noyau comme permettant seule de penser la r&#233;troaction du projet sur le r&#233;el, de l'image sur le sujet, de la pens&#233;e sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du Polaro&#239;d le montre bien lorsqu'il &#233;voque &#171; la mise en place des personnages avant une prise de vue cin&#233;matographique avec r&#233;troaction des photographies sur l'attitude des acteurs &#187; (op. cit., p. 170).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette compatibilit&#233; va plus loin. Elle concerne dans l'exemple de la photographie &#171; le processus physique de formation de l'image r&#233;elle et le processus photochimique rendus compatibles par le ph&#233;nom&#232;ne de l'image latente &#187; (op. cit., p. 170) qui est ce par quoi l'amplification se met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amplifier c'est quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que les multiples effets de r&#233;troactions activent dans les couches qui sont autant de couches mat&#233;rielles de signification que des couches li&#233;es au sujet qui invente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut pour cela que se produise un ph&#233;nom&#232;ne singulier qui est le d&#233;passement de l'attente par les propri&#233;t&#233;s de l'objet (op. cit., p. 171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore on touche &#224; un point philosophique important li&#233; &#224; Aristote et &#224; ses quatre causes par lesquelles il d&#233;finit un objet, la cause mat&#233;rielle, la cause formelle, la cause motrice et la cause finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on le voit ici, il n'y a pas de finalit&#233; de l'invention. &#171; Il est faux de dire que l'invention est faite pour atteindre un but, r&#233;aliser un effet pr&#233;visible &#224; l'avance ; l'invention est r&#233;alis&#233;e &#224; l'occasion d'un probl&#232;me ; mais les effets d'une invention d&#233;passent la r&#233;solution du probl&#232;me gr&#226;ce &#224; la surabondance d'efficacit&#233; de l'objet cr&#233;&#233; quand il est r&#233;ellement invent&#233; et ne constituent pas seulement une organisation limit&#233;e et consciente de moyens en vue d'un fin parfaitement connue avant la r&#233;alisation. &#187; (op. cit., p. 171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point est essentiel, on le retrouvera avec la question de l'invention en art. Mais la chose est dite. Cela d&#233;passe de fait la conscience. L&#224; on a affaire &#224; des inventions collectives, ce qui n'est pas tout &#224; fait vrai pour la photographie donc. Mais la photographie a bien r&#233;ussi cette connexion entre le degr&#233; individuel de l'invention et le c&#244;t&#233; collectif de son d&#233;veloppement et de son usage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XII. Deux types d'attentes et la boucle de r&#233;troaction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une forme de surabondance des effets li&#233;e &#224; l'invention. L&#224; encore, c'est une position organiciste, un peu &#224; la Paul Klee. Cette surabondance est la signature de l'invention et la signature de l'acc&#232;s de l'objet au niveau de l'invention. En fait, l'objet doit d&#233;passer le niveau pour lequel et en vue du duquel il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Ce mouvement de d&#233;passement est tout sauf h&#233;g&#233;lien, mais absolument philosophique ; Il est en quelque sorte donn&#233; par surcro&#238;t comme un suppl&#233;ment de la fonctionnalit&#233;. Mais la fonctionnalit&#233; ne fonctionne, si l'on peut dire, que si elle atteint ce niveau d'organisation qui est compris par Simondon comme une sorte de niveau d'organicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'objet cr&#233;&#233; pour &#234;tre compl&#232;tement organis&#233; doit &#234;tre plus complexe et plus riche que ne le suppose le projet strict de r&#233;solution du probl&#232;me. &#187; (op. cit., p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est l'interruption dans la continuit&#233; du tissu. La r&#233;ponse est la couture bord &#224; bord au moyen disons d'un objet ou la r&#233;paration de la continuit&#233; par la pr&#233;sence active de l'objet. Il n'y a pas cr&#233;ation d'un nouveau d&#233;part de tissu. L'invention, c'est la prolif&#233;ration &#224; partir de la &#171; couture &#187;, par cet objet, d'un nouveau plan, d'une nouvelle couche d'une nouvelle branche, peu importe la m&#233;taphore, bref d'une nouvelle forme de continuit&#233; de type organique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment de la r&#233;solution devient matrice de formes et de fonctions pourrait-on dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cet accroissement est comparable &#224; une plus value fonctionnelle due au travail des r&#233;alit&#233;s naturelles incorpor&#233;es &#224; l'objet cr&#233;&#233; pour qu'il soit enti&#232;rement compatible avec lui-m&#234;me. &#187; (op. cit., p. 174-175).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement est enjambement, c'est-&#224;-dire en fait transfert de la prolif&#233;ration &#171; naturelle &#187; dans le domaine des techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'op&#232;re ce transfert ? Tel est l'enjeu de l'invention de faire passer non pas tel ou tel aspect de la nature dans la technique, mais la nature comme matrice et processus d'engendrement de formes, comme plus value permanente &#224; l'int&#233;rieur du fonctionnement m&#234;me de l'objet technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc d&#233;placer l'interrogation et consid&#233;rer le projet comme une structure d'attente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un probl&#232;me et la tentative d'une solution. Il y a donc un niveau qui est celui de la perception dans lequel la r&#233;ponse apport&#233;e annule le probl&#232;me, mais ne cr&#233;e rien. La nature est maintenue, mais pas utilis&#233;e comme matrice, simplement comme mod&#232;le, on fait comme la nature de mani&#232;re superficielle dans un jeu de ressemblance formelle. Il n'y a pas cr&#233;ation de plus-value, de suppl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'invention compl&#232;te la perception non seulement parce qu'elle r&#233;alise en objet ce que la perception saisit mais aussi parce qu'elle ajoute des effets aux conditions primitives au lieu de s&#233;lectionner des effets pour une prise d'information&#8230; &#187; (op. cit., p. 175).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le processus de l'invention correspond donc &#224; une sorte de r&#233;troaction du per&#231;u sur le v&#233;cu, engendrant un moment o&#249; le cycle des images se poursuit hors du cadre du probl&#232;me pour s'ouvrir sur quelque chose qui n'existe pas, qui est virtuel. Le principe de l'association de donn&#233;es h&#233;t&#233;rog&#232;nes se poursuit par l'&#233;tude implicite de compatibilit&#233; hors du champ du probl&#232;me. Mais cette surabondance est au d&#233;part fonctionnelle. (op. cit., p. 172). Elle n'est pas orient&#233;e vers un but pr&#233;cis mais port&#233;e par le jeu libre de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente 1 est l'attente d'un r&#233;sultat correspondant au jeu de la perception qui s&#233;lectionne l'information en fonction d'un but r&#233;soudre le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente 2 est l'attente sans objet, pourrait-on dire, car elle mobilise &#224; l'&#233;vidence une dimension affective et &#233;motive m&#234;me si elle n'est pas nomm&#233;e ici et elle ne fait pas d&#233;pendre le jeu du but manifeste mais fonctionne en quelque sorte &#224; vide. Elle projette sans but, sans finalit&#233;, et elle fabrique une sorte d'image qui se trouve &#234;tre invention par ses effets en non en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses effets se mesurent &#224; sa capacit&#233; d'amplification et celle-ci d&#233;borde largement tout cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle de r&#233;troaction est donc celle qui s'instaure entre le processus de production de l'objet et disons l'objet cr&#233;&#233; et ses utilisations virtuelles qui sont donc des images mentales qui sont &#224; la fois des trois niveaux, motrices, cognitives et affectives et qui donnent naissance &#224; une sorte de quatri&#232;me niveau de l'image. Simondon n'en parle pas en ces termes, mais on pourrait l'inventer en effet par prolongement. Ce niveau est paradoxal. Il est &#224; la fois externe et interne, engendr&#233; par la boucle de r&#233;troaction du connu sur le moteur m&#234;me du cycle de l'image, le mouvement de type proprioceptif et pulsionnel qui dessine &#224; l'aveugle et essaie en ne sachant rien encore. C'est ce mouvement qui fait retour et replonge le d&#233;j&#224; connu dans le pas encore connu que l'objet invent&#233; ou en cours d'invention permet d'inventorier ou d'explorer de mani&#232;re virtuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virtuel existe donc bien avant l'invention de l'ordinateur. Il est une capacit&#233; de l'esprit humain &#224; formaliser le possible et &#224; prolonger le connu pour appr&#233;hender l'inconnu voir le non-existant. Ce qui se produit, c'est alors une agr&#233;gation d'&#233;l&#233;ments divers, c'est ainsi que travaille l'image, elle associe et travaille &#224; la v&#233;rification virtuelle de leur utilit&#233; de leurs potentialit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait entrer plusieurs couches en r&#233;sonance, ou disons les trois couches qui sont comme les trois niveaux de l'image toujours &#224; l'&#339;uvre dans l'objet invent&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VII - Image, m&#233;moire, oubli : l'impossible continuit&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/VII-Image-memoire-oubli-l</link>
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		<dc:date>2010-04-03T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S&#233;minaire du 7 avril 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
Commentaire d&#233;taill&#233; du chapitre 3, de Imagination et invention de Gilbert Simondon, portant le titre de Contenu affectivo-&#233;motif des images (image &#224; posteriori ou symboles)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton167-c7268.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer la partie pr&#233;c&#233;dente, et m&#234;me si c'est un peu compact comme entr&#233;e en mati&#232;re, le plus simple est de relire les derni&#232;re lignes du chapitre pr&#233;c&#233;dent. &#171; L'&#233;quilibre qui s'exprime dans l'image intra-perceptive est celui du vivant par rapport &#224; un milieu, non celui du plus bas niveau d'&#233;nergie d'un syst&#232;me ; il ne s'agit pas de l'&#233;tat de repos d'un syst&#232;me unique mais du couplage de deux syst&#232;mes, sujet et monde ; l'image intra-perceptive est le point clef d'insertion dans le monde de ce couplage ; elle est sym&#233;trique de l'existence de l'organisme du sujet par rapport &#224; la limite qui s&#233;pare le sujet du monde. &#187; (op. cit., p. 92).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer la partie pr&#233;c&#233;dente, et m&#234;me si c'est un peu compact comme entr&#233;e en mati&#232;re, le plus simple est de relire les derni&#232;re lignes du chapitre pr&#233;c&#233;dent. &#171; L'&#233;quilibre qui s'exprime dans l'image intra-perceptive est celui du vivant par rapport &#224; un milieu, non celui du plus bas niveau d'&#233;nergie d'un syst&#232;me ; il ne s'agit pas de l'&#233;tat de repos d'un syst&#232;me unique mais du couplage de deux syst&#232;mes, sujet et monde ; l'image intra-perceptive est le point clef d'insertion dans le monde de ce couplage ; elle est sym&#233;trique de l'existence de l'organisme du sujet par rapport &#224; la limite qui s&#233;pare le sujet du monde. &#187; (op. cit., p. 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, il appara&#238;t donc que ce couplage sujet-monde dont l'image cognitive est le point d'articulation, va voir sa primaut&#233; remise en cause par un autre type d'image, l'image a posteriori ou symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que nous nous en tiendrons ici &#224; l'usage que fait Simondon de ce mot, sinon nous risquons de nous enliser dans des d&#233;bats peu productifs, m&#234;me si une confrontation avec d'autres significations de ce mot peut para&#238;tre utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa mani&#232;re d'avancer dans ce monde &#233;trange des images mentales, Simondon revient non pas en arri&#232;re, mais repart des p&#233;riodes dans le d&#233;veloppement des &#234;tres, animaux et humains qui se situent imm&#233;diatement apr&#232;s celle qu'il vient de d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est assez simple &#224; comprendre, mais cela a une importance majeure dans sa mani&#232;re de penser. En effet, si les images cognitives rel&#232;vent donc de ce couplage sujet-monde, elles se d&#233;veloppent d&#232;s la naissance mais aussi pendant les ann&#233;es qui suivent. Cependant, il est important si l'on veut bien situer cette nouvelle couche, enveloppe, ou strate perceptive, il faut non pas partir de l'&#226;ge qui suivrait celui des apprentissages, mais bien des moments auxquels entrent en sc&#232;ne les premi&#232;res images d'un nouveau genre qui rel&#232;vent du complexe affectif et &#233;motif. En fait, c'est &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps ou en parall&#232;le aux images cognitives que ces images a posteriori se d&#233;veloppent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui les caract&#233;rise, c'est donc principalement un autre mode d'inscription que celui des images cognitives. Ces derni&#232;res sont le r&#233;sultat de ce couplage, de ce processus d'adaptation entre les images motrices qui servent d'activateur et les &#233;l&#233;ments issus de la r&#233;alit&#233; dont la consistance et l'impact sont pass&#233;s au crible de ces images motrices. D'une certaine mani&#232;re on peut dire que la r&#233;alit&#233; ou ce que l'enfant peut tenir pour tel est compos&#233; de ces images mentales puisque d'une part il n'y a pas &#171; conscience r&#233;fl&#233;chie &#187; de l'existence des images motrices et que d'autre part il n'y a pas non plus conscience de la r&#233;alit&#233;. Cette &#171; conscience de la r&#233;alit&#233; &#187; qui est la r&#233;alit&#233;, se forge au cours du processus constant d'adaptation entre les deux &#171; dimensions &#187; que sont le monde interne et le monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait tenter de dire que pour penser l'image a posteriori, il faut &#224; la fois concevoir d'une part que les images motrices continuent &#224; fonctionner mais moins comme image et plus comme force, comme pulsion, comme Trieb, comme tendance &#224; &#233;prouver le monde et le soi en devenir &#224; l'aune des images cognitives et d'autre part que quelque chose d'autre existe, un autre type de processus mental. Ce processus est bien li&#233; &#224; l'impact de la r&#233;alit&#233; sur l'enfant, et donc au couplage sujet-monde, mais il se distingue de l'impact trait&#233; par le syst&#232;me cognitif en ce que pr&#233;cis&#233;ment il va venir l'interrompre, instaurer une sorte de discontinuit&#233; dans un processus v&#233;cu parce que produit par le mouvement vital lui-m&#234;me et par la consistance propre aux images cognitives, comme &#171; continu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re la description du plan de consistance form&#233; par les images cognitives est celle d'un continuum assurant l'unit&#233; organique sujet-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe pourtant, dans ce processus cognitif des moments v&#233;cus qui vont donner lieu &#224; des impr&#233;gnations particuli&#232;res dont l'effet sera de produire une sorte de d&#233;rivation &#224; la fois comportementale et donc perceptive par rapport &#224; ce qui est cens&#233; &#234;tre le continuum ou l'unit&#233; sujet-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre consacr&#233; &#224; des comportements &#171; d&#233;viants &#187; de certains animaux ou plut&#244;t &#224; des d&#233;viations connues dans les comportements de certains animaux et m&#234;me de certains humains comme les enfants-loups permet &#224; Simondon de d&#233;gager une seconde enveloppe finalement contemporaine de la premi&#232;re form&#233;e &#224; partir d'impacts qui quoique li&#233;s au milieu et donc au couple sujet-monde, s'en d&#233;gagent d'une certaine mani&#232;re. Ils se manifestent par ces d&#233;rivations comportementales qui font qu'un canard pourra reconna&#238;tre et accepter un humain comme parent si celui-ci est capable d'&#233;mettre les signaux identiques ou approchants &#224; ceux qu'auraient &#233;mis de v&#233;ritables canards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc dans un tel ph&#233;nom&#232;ne deux aspects, celui des causes mat&#233;rielles de l'interruption d'un comportement &#171; normal &#187;, et celui des raisons qui rendent possible le &#171; choix &#187; d'un autre comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes mat&#233;rielles rel&#232;vent d'&#233;l&#233;ments concrets comme l'ensemble des signes et des signaux &#233;mis et il faut donc d&#233;duire qu'ils ont pour le petit animal une pr&#233;gnance particuli&#232;re, que l'on qualifiera pas la suite d'affective donc. Les raisons qui autorisent &#224; un autre choix qui font qu'un canard ne fera pas la diff&#233;rence entre un humain et un canard s'ils &#233;mettent les bons signaux, rel&#232;vent, elles, du fonctionnement psychique, c'est-&#224;-dire r&#233;v&#232;lent l'existence d'une strate nouvelle d'images mentales qui induisent des comportements d&#233;viants ou en tout cas ouvrent une zone d'ind&#233;termination et ouvrent la porte &#224; des &#171; choix &#187; individuels inattendus qui ne rel&#232;vent pas du seul programme g&#233;n&#233;tique en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la vieille querelle entre inn&#233; et acquis (p. 94), et, &#224; travers elle, on peut se demander &#171; quel est le si&#232;ge de ce principe de choix &#187; (op. cit., p. 95). Mais dans tous les cas, &#171; le fait reste ; la valence des diverses configurations de stimuli peut &#234;tre modifi&#233;e par l'apprentissage individuel pr&#233;coce, peut-&#234;tre en certains cas par l'exp&#233;rience h&#233;r&#233;ditairement transmise &#187; (op. cit., p. 95).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Du c&#244;t&#233; des humains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question se pose cependant de mani&#232;re encore plus &#233;vidente du c&#244;t&#233; des humains. Mais avant d'en venir &#224; la d&#233;finition de ce que sont ces nouvelles images mentales affectivo-&#233;motives, Simondon en donne une premi&#232;re description en quelque sorte plut&#244;t qu'une d&#233;finition : &#171; ce sont des images compl&#232;te qui sont ainsi introduites dans le psychisme &#233;l&#233;mentaire et qui servent de mod&#232;le aux choix et aux r&#233;actions ult&#233;rieures du sujet &#187; (op. cit., p .96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe sans doute c'est pr&#233;cis&#233;ment le mot &#171; compl&#232;te &#187;, c'est ce qui les distingue ici des images cognitives qui s'&#233;laborent dans un processus. Ces images affectives s'inscrivent de mani&#232;re violente dans le psychisme et &#171; constituent une base de r&#233;actions affectivo-&#233;motives &#224; des situations d&#233;termin&#233;es &#187; &#233;crivait juste avant Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par compl&#232;te, Simondon signale leur caract&#232;re particulier d'&#233;l&#233;ment venant s'inscrire dans un continuum qu'elles interrompent et qui va se recomposer &#224; partir d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que cette interruption est marquante, c'est-&#224;-dire pr&#233;gnante et que non seulement l'interruption, mais l'image qui vient se loger dans cette coupure va &#234;tre en quelque sorte ineffa&#231;able. On pourrait voir l&#224; une sorte de description de ce qui va venir se loger dans l'inconscient &#233;videmment. Mais il va aussi de soi que ce ne sont pas les seules exp&#233;riences li&#233;es &#224; l'enfance ou &#224; la petite enfance qui seront pr&#233;gnantes et qu'il peut y en avoir &#224; toute &#233;poque de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'autre visage du monde : l'objet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En distinguant &#171; les images de la relation aux &#234;tres vivants de celles qui repr&#233;sentent le milieu comme base du territoire peu &#224; peu organis&#233; &#187; Simondon met le doigt sur un aspect en effet souvent n&#233;glig&#233; par une conception trop anthropocentriste et qui privil&#233;gie comme images affectives des images li&#233;es &#224; la relation parent-enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant en sc&#232;ne les objets comme balises dans ce qu'il appelle le territoire et dont nous avons vu qu'il avait pour d&#233;finition et pour fonction d'&#234;tre &#171; un monde o&#249; il n'y a plus de nouveaut&#233; selon les cat&#233;gories vitales de l'attaque et de la d&#233;fense, et o&#249; l'&#234;tre vivant peut d&#233;ployer une activit&#233; proprement psychique &#187; (op. cit., p. 64), Simondon ouvre la porte &#224; ce qui va devenir dans ce chapitre une analyse des comportements de type magique. Les objets au sens d'objets concrets, mat&#233;riels, tels qu'ils ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s et se trouvent &#224; disposition dans le monde que d&#233;couvre l'enfant et dans lequel vit l'adulte, sont investis par l'individu de la m&#234;me mani&#232;re que les autres entit&#233;s vivantes m&#234;me si la distinction entre vivant et objet se fait ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas pour Simondon cette distinction est essentielle et d&#233;terminante dans la mesure o&#249; il attribue &#224; l'objet une fonction majeure &#224; travers l'exemple du jouet ou de tout objet familier choisi par l'enfant sans que l'adulte y soit pour quelque chose, celle d'&#234;tre &#171; le r&#233;pondant du moi dans le milieu, pour le meilleur et pour le pire &#187; (op. cit., p.98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pr&#233;c&#233;dent s&#233;minaire, j'avais remarqu&#233; ceci : &#171; Le second niveau, le contenu cognitif va rendre en fait lisible ce qui est implicite dans le niveau moteur, le fait que l'image ne va pas devenir encore quelque chose mais le moyen de faire en sorte que quelque chose advienne. C'est ce que je propose d'appeler la structure d'attente ou la structure d'appel de l'image. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici &#224; ce troisi&#232;me niveau, celui du symbole donc, l'image mentale qui se cr&#233;e en relation avec les objets d&#233;finit une structure d'un autre genre que l'on pourrait appeler structure de &#171; couplage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir sur la premi&#232;re apparition du mot symbole ou symbolon qui est d&#233;fini comme l'autre partie d'un tout, un peu comme les corps originels platoniciens qui &#233;taient uns et circulaires et se trouvaient divis&#233;s cherchant par la suite &#224; retrouver leur moiti&#233; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais afin de se d&#233;gager des poncifs psychanalytiques, Simondon va chercher d'un autre c&#244;t&#233;, du c&#244;t&#233; de la relation elle-m&#234;me que l'objet permet d'instaurer non pas seulement du sujet au sujet ou du sujet &#224; l'objet, mais bien &#224; partir du couplage entre sujet et objet, couplage dont on peut dire qu'il est r&#233;alis&#233; par l'image ou comme image et que l'image mentale se trouve alors comme &#171; incarn&#233;e &#187; dans l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce couplage constitue en quelque sorte pour Simondon la base de sa r&#233;flexion m&#234;me si ce n'est pas ainsi qu'elle appara&#238;t dans le texte. Il me semble de plus que si l'on veut relier cela &#224; ce qui nous int&#233;resse &#224; savoir aussi le statut des images, une piste s'ouvre ici, complexe mais riche, si l'on attribue &#224; l'image ou aux images mat&#233;rielles, peintures, dessins, photographies en tout cas, la fonction de couplage. Tisseron a d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; cela &#224; sa mani&#232;re et nous allons voir aujourd'hui comment ce jeu entre objet et image-symbole nous replonge en fait dans le monde des formes dites primitives de couplage entre sujet et monde o&#249; la magie, les comportements de type magique et les croyances magiques trouvent leur source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet a donc plusieurs fonctions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est donc d'assurer ce couplage sujet-monde mais d'une mani&#232;re singuli&#232;re puisque pour Simondon ceci ne signifie pas que &#171; l'objet soit le symbole du Moi en tant que repr&#233;sentant du Moi, image du Moi. Il en est le r&#233;pondant et l'associ&#233; sans confusion avec le Moi. [&#8230;] L'objet est l'autre par rapport au Moi, et non le m&#234;me, mais un autre en couplage serr&#233; avec le Moi son meilleur ami. &#187; (op. cit., p. 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; point-cl&#233; du monde-objet, le jouet est pour l'enfant d'apr&#232;s Simondon, &#171; le prototype du monde &#187;. Si ce vocabulaire est pour nous un peu d&#233;suet, il d&#233;signe cependant la mani&#232;re dont peut fonctionner dans l'esprit ce couplage et la mani&#232;re dont il peut se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui permet en effet &#224; de telles images d'exister et de jouer un r&#244;le parfois plus important, plus d&#233;terminant en tout cas pour la vie d'un individu, que les images cognitives ? Telle est la question que pose Simondon comme physiologiste, neurologue dirait-on aujourd'hui, psychologue et philosophe &#224; la fois. Mais pour savoir &#224; quoi elles servent, le mieux est de chercher &#224; rep&#233;rer comment elles fonctionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde fonction de ces images est donc technique, elle passe par ce qu'il appelle leur nettet&#233;, un terme qui est li&#233; &#224; la photographie ou que la photographie emploie et qui ici d&#233;crit avec pr&#233;cision la forme de l'impr&#233;gnation &#224; laquelle de telles images donnent lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que vise Simondon se trouve en quelque sorte au-del&#224; de ces pr&#233;gnances particuli&#232;res de ces patterns que l'on conna&#238;t bien chez les animaux comme un int&#233;rieur de gosier rouge, la couleur d'un bec ou de certaines plumes et de leur fonction d&#233;terminante dans certains apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Une image interm&#233;diaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe &#224; Simondon, la fin de chapitre pr&#233;c&#233;dent le rappelait, c'est d'interroger le ph&#233;nom&#232;ne de continuit&#233; et de discontinuit&#233;. Rapport&#233; &#224; celui des types de civilisations, celles qui assurent une continuit&#233; enfance, adolescence, adulte et celles qui &#171; opposent les valeurs de l'enfance &#224; celle de l'&#226;ge adulte &#187; (op. cit., p. 101), l'enjeu est propice &#224; certaines analyses, mais c'est au niveau de la fabrique m&#234;me des images comme le dirait Philippe Descola que nous nous situons, et &#224; ce niveau il s'agit de tenter de rendre compte des finesses du fonctionnement perceptif, &#233;motif et comportemental des humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon se sent donc oblig&#233; de plonger litt&#233;ralement dans la pr&#233;sentation d'une sorte de niveau interm&#233;diaire d'image qu'il nomme image cons&#233;cutive. Mais comme le texte le montre bien, il s'agit l&#224; plut&#244;t d'un exercice &#224; la fois n&#233;cessaire pour &#233;viter d'&#234;tre tax&#233; de simplification et peu concluant sur le point des apports descriptifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est le moyen qu'il a trouv&#233; pour commencer &#224; d&#233;plier l'univers particulier des images mentales qui ne sont pas li&#233;es &#224; une sensation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ces images cons&#233;cutives sont en fait des effets secondaires de la perception qui trahissent cependant l'existence de processus mentaux provenant d'une autre source que la perception directe ou en tout cas d'une propension inh&#233;rente au psychisme de prolonger ou de laisser se prolonger des effets perceptifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela lui permet surtout de d&#233;finir le nouveau type d'image dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but de ce chapitre commence en effet ainsi : &#171; Si l'on entend par &#8220;image&#8221; une repr&#233;sentation concr&#232;te &#224; contenu sensoriel construite en l'absence de stimulation sensorielle [&#8230;] &#187;, nous sommes en fait entre le niveau deux et trois des objets mentaux de Changeux. Mais c'est moins la justesse par rapport &#224; des descriptions plus actuelles qui importe, que le cheminement de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un autre plan vient d'appara&#238;tre qui est dans le cerveau celui du souvenir, ou si l'on veut de la m&#233;moire ou plut&#244;t des m&#233;moires. Et c'est bien parce que quelque chose comme cela existe, des traces durables qui occupent la sc&#232;ne mentale et psychique, que le fonctionnement prospectif du cerveau peut continuer &#224; exister. Sinon, une fois le couplage sujet-monde r&#233;alis&#233; il n'y a pas d'&#233;volution ou de transformation de la conscience individuelle. C'est comme cela que &#231;a se passe chez les animaux dont l'existence reproduit celle de leur esp&#232;ce et o&#249; les exceptions ne font pas souche. D'une certaine mani&#232;re, ils n'ont pas de m&#233;moire autre que leur m&#233;moire g&#233;n&#233;tique. L'homme a lui une m&#233;moire individuelle dont la fonction est de servir d'&#233;cran et de lien avec le monde, d'assurer donc une forme de couplage nouveau, diff&#233;rent de celui que connaissent les animaux m&#234;me si ici ou l&#224; on voit des animaux d&#233;velopper des comportements qui prouvent qu'ils disposent d'images cons&#233;cutives voire d'une sorte de m&#233;moire active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon prolonge donc cette approche par la notion d'image imm&#233;diate dont le sens semble un peu contredire celui du mot imm&#233;diat puisque ces images sont li&#233;es &#224; &#171; un mode de persistance plus complexe acceptant un d&#233;lai plus grand que celui de la persistance sensorielle &#187; (op. cit., p. 104). Mais ce n'est d&#233;j&#224; plus la perception qui est &#224; l'&#339;uvre plut&#244;t l'imagination qui prolonge une sensation et cela conduit le plus souvent &#224; une confusion entre images imm&#233;diates et perception sensorielle (p. 104), confusion qui permet &#224; de nombreux tours de prestidigitation de fonctionner (p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici encore une fois, c'est la description fine qu'il va faire du couplage tel qu'il peut s'op&#233;rer dans le cerveau invoquant l'existence d'un bruit de fond des organes (p. 105) qui n'est autre que le conatus spinoziste ou le fait que le moteur qui a permis les images motrices ne cesse pas de fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc en permanence des interf&#233;rences entre niveaux d'images et c'est l&#224; l'un des points majeurs que nous apporte Simondon, de montrer comment les diff&#233;rents niveaux de fonctionnement mental et les diff&#233;rents types d'images ne cessent de continuer &#224; fonctionner, mais finissent par le faire dans des registres qui ne sont plus leur registre d'origine, les images motrices se trouvant par exemple coupl&#233;es avec des perceptions pass&#233;es m&#233;moris&#233;es comme avec des images imm&#233;diates ou avec des souvenirs et les souvenirs avec les images motrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le bruit de fond des sens apporte une stimulation qui interf&#232;re avec les signaux effectivement apport&#233;s par le milieu [&#8230;]. &#187; (op. cit., p . 105)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. L'image eid&#233;tique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors comment tenter de s'y retrouver dans ces niveaux, comment &#233;chapper &#224; une in&#233;vitable confusion ? En allant chercher les caract&#233;ristiques techniques de ces images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait une image affectivo-&#233;motive dit Simondon, c'est sa pr&#233;cision, sa nettet&#233;. Or on se souvient que ce qui caract&#233;rise les images motrices, c'est qu'elles forment un bassin et un tamis qui servira justement &#224; rendre les &#233;l&#233;ments re&#231;us par la perception, plus pr&#233;cis. Mais ces images proprement dites ne sont pas pr&#233;cises, au contraire, elles sont, pourrait-on dire, floues pour permettre &#224; de nombreux &#233;l&#233;ments concrets de venir trouver place dans le cerveau en &#233;tant reconnues par leurs traits g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux types d'images ayant une nettet&#233; ou une pr&#233;cision importantes, les images issues de la perception directe, les images qui se forment au moment o&#249; je regarde donc, et celles qui &#171; se pr&#234;tent &#224; l'exploration mentale &#187; &#233;crit Simondon, pages 105-106 et qu'il nomme images eid&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre les deux images, l'imm&#233;diate et l'eid&#233;tique est pr&#233;cis&#233;e page 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages qui suivent sont passionnantes puisqu'elles nous conduisent &#224; l'exploration de ph&#233;nom&#232;nes &#224; la fois bien connus mais que l'on n'analyse pas souvent ainsi, le fait que certains individus ont une m&#233;moire si importante qu'ils peuvent en quelque sorte convoquer au pr&#233;sent des &#233;l&#233;ments d'un pass&#233; parfois r&#233;cent mais avec une pr&#233;cision telle qu'ils peuvent utiliser ces &#171; visions &#187; comme si elles &#233;taient l&#224; devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; l'&#233;mergence d'une boucle temporelle qu'il faut mentionner m&#234;me si Simondon n'en parle pas, et qui est du pain b&#233;ni pour la science fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me semble le plus important ici c'est la remarque qu'il glisse sur &#171; la m&#233;moire prodigieuse que l'on rencontrait parfois chez le primitif [&#8230;] les derniers t&#233;moins d'un univers mental aujourd'hui disparu. &#187; (op. cit., p. 107).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre l&#224; dans ce que je voudrais d&#233;velopper r&#233;ellement, &#224; savoir le lien que l'on peut &#233;tablir de mani&#232;re assez &#233;vidente entre Simondon, Flusser et Jaynes, lien qui ne consiste pas seulement en rapprochement mais en approfondissement des positions de chacun par celles les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, c'est la mani&#232;re qu'il a de pr&#233;senter ces images eid&#233;tiques comme un type d'images ou d'exp&#233;riences d'images affectives mais qui ont la particularit&#233; de pouvoir &#234;tre convoqu&#233;es hors de toute perception donc de &#171; mani&#232;re presque hallucinatoire avec une tr&#232;s ferme pr&#233;gnance des d&#233;tails &#187; (op. cit., p. 107).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve donc d'une part ici face &#224; ce que le peintre Bacon dit de certaines images qui se pr&#233;sentent en lui comme si elles tombaient derri&#232;re ses paupi&#232;res d'un chariot de diapositives et qu'il n'y aurait plus qu'&#224; les peindre. En fait, bien s&#251;r le chemin qui conduit ensuite de cette vision hallucin&#233;e &#224; la toile est tout sauf une simple copie de ce qui a &#233;t&#233; vu. Cela se rapproche d'une composition lui permettant de se dire non pas que le tableau ressemble &#224; l'image vue mais qu'il a acquis une puissance affective et &#233;motive &#233;quivalente &#224; celle de l'image eid&#233;tique qu'il a vue, ce que Bacon traduit par le fait de toucher directement le syst&#232;me nerveux sans passer par la conscience. Cela se rapproche de ce que dit Simondon lorsqu'il &#233;voque la plasticit&#233; des images eid&#233;tiques (voir, op. cit., p. 109).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on se trouve face &#224; la question g&#233;n&#233;rale des hallucinations comme mode de connaissance. Il faut ici renvoyer &#224; ce que dit Julian Jaynes parle dans son livre La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral. Mais on y reviendra pas la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons donc que l'image eid&#233;tique &#171; est d&#233;j&#224; en un certain sens tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire, le symbole parce qu'elle d&#233;coupe la perception et la stylise en fonction du sujet conservant le souvenir &#187; (op. cit., p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux termes, d&#233;couper et styliser la perception, font r&#233;f&#233;rence &#224; des op&#233;rations de coupures, &#224; des tentatives de faire fonctionner l'appareil mental et psychique malgr&#233; et avec elles pour les att&#233;nuer sans doute des discontinuit&#233;s introduites dans le continuum perceptif par des affections fortes qui ont laiss&#233; des traces dont la particularit&#233; est de devenir des souvenirs et de pouvoir revenir, un peu comme des fant&#244;mes, hanter l'esprit, la pens&#233;e, le psychisme, la vie des vivants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Les images souvenirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elles font l'objet du chapitre suivant. La d&#233;finition de l'image-souvenir est attendue et logique, c'est &#171; celle qui peut r&#233;appara&#238;tre un temps quelconque apr&#232;s la fin de la situation perceptive &#224; laquelle elle se rapporte &#187;. (op. cit., p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais imm&#233;diatement Simondon pose la question de ce qui diff&#233;rencie l'image-souvenir de l'image eid&#233;tique ? Et la r&#233;ponse est int&#233;ressante puisqu'elle distingue une sorte d'univers englu&#233; dans une sorte de passivit&#233;, celui des images-souvenirs et un univers &#244; combien actif, celui des images eid&#233;tiques qui peuvent servir de centre actif &#224; des images souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement des images eid&#233;tiques avec l'activit&#233; des sens avait pu nous alerter, mais ce qui manque &#224; l'image-souvenir c'est en fait une certaine pr&#233;cision au sens cette fois non d'un manque au niveau de la perception mais parce que les images-souvenirs sont aussi le r&#233;sultat de processus d'analyse qui en font une image plus abstraite et donc plus &#233;loign&#233;e de la sensation ou du moment de la perception. Il n'est par exemple pas possible de ressaisir par la rem&#233;moration tous les d&#233;tails de l'image-souvenir alors que l'on a suppos&#233; que c'&#233;tait le cas dans la rem&#233;moration issue de l'image eid&#233;tique celle qui fonctionnait chez les soi-disant primitifs, du genre de ceux qui pouvaient r&#233;citer &lt;i&gt;L'Iliade&lt;/i&gt; par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc affaire &#224; un nouveau couplage qui a lieu entre deux types d'images ou plut&#244;t entre une fonctionnalit&#233; active, et une fonctionnalit&#233; passive, les images-souvenirs apparaissant comme des donn&#233;es auxquelles le principe actif eid&#233;tique va redonner dans le moment de la rem&#233;moration une fonction active li&#233;e &#224; une certaine pr&#233;cision et une certaine valence affective et cognitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image souvenir n'est donc pas tant quelque chose dont on se souvient que ce qui reste d'un processus d'oubli et d'abstraction de synth&#232;se d'une part et d'effacement autre part. C'est un peu comme si les images souvenirs &#233;taient au niveau trois o&#249; nous nous situons, dans l'&#233;tat o&#249; sont d&#233;crites les images motrices au niveau un, c'est-&#224;-dire &#171; floues &#187; pour le dire d'un mot. Mais cette fois ce n'est pas par manque en elles de pr&#233;cision qu'elle sont floues mais par exc&#232;s d'effacement de cette pr&#233;cision en vue d'une g&#233;n&#233;ralisation. L'image-souvenir est plus proche du sch&#233;ma que de la photographie. Elle n'a pas la pr&#233;cision de l'image eid&#233;tique, mais elle peut servir &#224; raviver des &#171; souvenirs &#187; c'est-&#224;-dire des processus affectifs ou cognitifs si elle est r&#233;activ&#233;e par une activit&#233; de type eid&#233;tique entendons de d&#233;ploiement du sch&#232;me op&#233;rant &#224; la remise en &#339;uvre d'une image plus pr&#233;cise, plus compl&#232;te plus complexe aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la fonction des couleurs pour Delacroix est assez clair du moins dans l'approche de Simondon, la couleur valant comme image souvenir capable par contre de faire na&#238;tre ou de faire para&#238;tre chez le spectateur une image plus globale, comme le rendu d'une ambiance voire d'une id&#233;e si l'on entend que, comme le disait Hugo pour lui, &#171; le rouge c'est la loi &#187; &#233;voquant l'image de juges en robe rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'enjeu est plus vaste. Il s'agit une fois de plus de remettre sur la table la question de ce que la pens&#233;e doit &#224; l'oubli et dont pr&#233;cis&#233;ment elle ne peut se souvenir mais dont pourtant d'une certaine mani&#232;re elle garde trace sinon sous forme de souvenir du moins en creux dans certains m&#233;canismes conditionnant ce qu'elle fait avec la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi repasser une allusion &#224; la question de l'&#233;criture comme ce qui &#224; la fois permet de stocker des informations et abolit ou r&#233;duit consid&#233;rablement le travail c&#233;r&#233;bral d'apprentissage et la puissance de rem&#233;moration directe du cerveau individuel (voir, op. cit., p. 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon &#233;voque aussi, page 115, la question des images sonores, ph&#233;nom&#232;ne important dans les hallucinations dont parle Jaynes et indique qu'il pourrait y avoir des liens forts entre r&#233;miniscence visuelle et r&#233;miniscence auditive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remarquant que le couplage n'est pas total entre la phonation et l'audition, Simondon &#233;voque donc l'existence d'un diff&#233;rentiel qui est probablement &#224; chaque niveau de fonctionnement c&#233;r&#233;bral et mental la source des activations, aussi bien des pertes que des gains, aussi bien du fait que le cerveau laisse tomber des &#233;l&#233;ments que du fait qu'il va s'activer pour en r&#233;cup&#233;rer d'autres ou en inventer de nouveaux, ce qui sera l'objet de la derni&#232;re partie du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et celui-ci joue dans chaque champ d'images, qu'elles soient motrices, auditives ou visuelles selon la terminologie de Charcot qu'il cite page 117.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. La question centrale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est page 118 que Simondon pose la question philosophique qui anime ce texte : &#171; Est-ce que les images mentales sont g&#233;n&#233;riques ou particuli&#232;res ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rer les images comme particuli&#232;res c'est faire remonter l'origine de leur acquisition &#224; une circonstance, historiquement bine d&#233;termin&#233;e dans l'existence du sujet comme dans le cas de l'empreinte. Les consid&#233;rer comme g&#233;n&#233;riques, c'est affirmer qu'il se produit &#171; dans la m&#233;moire &#187;, entre une pluralit&#233; de circonstances perceptives d'acquisition la r&#233;apparition d'une image-souvenir unique, un travail de condensation, de somation, de simplification, d'organisation qui donne &#224; l'image une signification g&#233;n&#233;rique comptabilisant une pluralit&#233; d'exp&#233;riences concr&#232;tes . &#187; (op. cit., p. 118). Nous savons que nous sommes le double produit de l'esp&#232;ce et de la singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est autre. &#171; Le probl&#232;me est de savoir si l'on peut passer graduellement des perceptions aux id&#233;es abstraites sans hiatus marquant le contenu des id&#233;es, ou bien si, au contraire la pens&#233;e abstraite est radicalement diff&#233;rente de la pens&#233;e concr&#232;te ? &#187; (op. cit., p. 118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme refuse la continuit&#233; entre contenus perceptifs et pens&#233;e formalis&#233;e et Berkeley cit&#233; par Simondon peut &#233;crire qu'aucun effort de pens&#233;e ne pourra me procurer &#171; l'id&#233;e abstraite &#187; (op. cit., p.119).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le lien s'op&#232;re soit par un dieu omnipotent et omniscient qui assure le couplage entre les cerveaux des hommes au singulier dans lesquels il inscrit l'abstraction (Descartes), soit avec Aristote, on reconna&#238;t la validit&#233; de l'induction et le fait que le passage du &#171; particulier au sens commun s'effectue par un travail de g&#233;n&#233;ralisation et d'abstraction &#187; (op. cit., p. 119).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon est bien s&#251;r du c&#244;t&#233; d'Aristote. En donnant l'exemple des traits communs &#224; diff&#233;rents membres d'un groupe que l'on peut extraire par un double processus d'att&#233;nuation des d&#233;tails et de g&#233;n&#233;ralisation des traits communs, il montre que l'esprit humain semble capable d'accomplir ce processus qui conduit &#224; l'abstraction &#224; partir d'&#233;l&#233;ments concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable question est donc de v&#233;rifier si l'image est bien un moyen de connaissance et si oui, comment elle agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve ici, sans que les choses soient dites de cette mani&#232;re, au c&#339;ur de l'opposition qui existe entre images et textes. On aurait d'une part une saisie globale ou une pr&#233;sentation globale d'un ensemble d'&#233;l&#233;ments par une synth&#232;se &#224; travers un &#233;l&#233;ment de type image et d'autre part la logique des propositions qui renvoie les images &#224; un statut inf&#233;rieur ou leur d&#233;nie la possibilit&#233; de faire acc&#233;der &#224; l'abstraction et au concept auquel seul le verbe serait cens&#233; pouvoir faire acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vieille querelle, qui traverse la culture occidentale, en tout cas depuis quelques mill&#233;naires, et qui n'oppose pas que les empiristes et les id&#233;alistes mais a oppos&#233; les iconodoules et les iconoclastes, et qui a vu une constante tentative de d&#233;nier un statut &#224; l'image dans les processus de connaissance, cette querelle trouve ici une sorte de conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant &#224; l'affirmation d'Aristote, selon laquelle, &#171; l'&#226;me ne pense jamais sans image &#187;, Simondon y trouve une justification &#224; ce qui est sa propre th&#232;se &#224; savoir que &#171; l'image est d&#233;j&#224; un proc&#233;d&#233; de connaissance partiellement formalis&#233; et permettant la g&#233;n&#233;ralisation par syst&#233;matisation analogique &#187; (op. cit., p. 120).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment ou est-ce que l'image ou, disons plut&#244;t les diff&#233;rents niveaux de l'image, peuvent fonctionner ensemble pour donner lieu &#224; l'abstraction ? La r&#233;ponse est en partie donn&#233;e dans le fait qu'il a distingu&#233; ces niveaux ou ces types d'images mentales, mais il reste une question importante qui est de savoir si &#171; l'induction s'effectue selon le processus de totalisation par sommation [&#8230;] ou si la dynamique des images se rapproche plus de la croissance des &#234;tes vivants ? &#187; (op. cit., p. 120).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de moins, rien de plus que de se demander comment fonctionne la pens&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il persiste en pr&#233;sentant une synth&#232;se du d&#233;ploiement par couplage entre totalisation et dynamique du vivant en montrant &#224; la fois que les classes inductives sont enracin&#233;es dans l'exp&#233;rience, et que des empreintes secondaires engendrent, elles, des dichotomies qui sont comme le diff&#233;rentiel permettant l'&#233;laboration de nouvelles classes, lors m&#234;me que le savoir avance par arborescence. Il y a d'une part comme une sorte de primat d'une exp&#233;rience premi&#232;re qui est en fait la reconnaissance du fait que des images s'inscrivent et laissent une empreinte et d'autre part le fait que la connaissance qui aboutit &#224; une sorte de synth&#232;se dont il n'explique pas la gen&#232;se (voir, op. cit., p. 121), se greffe, dit-il, sur les sous-classes issues des images secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image n'est pas tout, mais elle a une fonction absolument essentielle puisque dit Simondon, &#171; c'est l'image qui, de l'empreinte primitive aux &#233;tapes successives, divise et subdivise une classe en sous-classes &#187; (op. cit., p. 121). L'image par le diff&#233;rentiel de puissance entre images primaires et images secondaires engendre des classes et rend possible l'activit&#233; mentale de comparaison et de classement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance telle qu'Aristote l'a d&#233;finie est inductive et vise &#224; une ad&#233;quation avec la r&#233;alit&#233; et donc ouvre la porte &#224; la taxinomie, au classement des classes et des sous-classes. Cela permet &#224; Simondon d'&#233;tablir un parall&#232;le important dans sa d&#233;monstration qui consiste &#224; postuler &#224; la source d'une classe, par exemple des reptiles ou des chats, une image commune qui aurait la m&#234;me relation &#224; ses sous-ensembles qu'une image empreinte ou une image-souvenir dans la vie d'un individu par rapport &#224; ses exp&#233;riences. ( voir aussi p.123).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autrement dit la structure d'embranchement est commune &#224; la taxinomie du naturaliste et &#224; l'activit&#233; de l'image &#187; (op. cit., p. 121).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il s'agit maintenant pour Simondon de s'&#233;carter de ce qui pourrait sembler une liaison &#233;vidente entre connaissance inductive et connaissance par l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, son projet est clairement formul&#233; page 122 : &#171; d&#233;crire la gen&#232;se de l'image et le mode de connaissance qu'elle donne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il va maintenant non plus chercher &#224; rapprocher connaissance inductive et connaissance par l'image, mais bien &#224; donner &#224; la connaissance par l'image toute sa puissance singuli&#232;re (voir, op. cit., pp.123 et 124).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image souvenir, troisi&#232;me type ou niveau d'image mentale, trouve donc enfin ici sa place dans l'approche complexe qui permis de suivre le chemin conduisant de l'image cognitive &#224; l'image affectivo-&#233;motive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il s'agit de parler de la vie mentale et pas de s&#233;parer arbitrairement deux types de connaissances qui existeraient dans le m&#234;me individu et qui n'ayant peut-&#234;tre pas tout &#224; fait la m&#234;me source, pourraient surtout ne pas &#234;tre coupl&#233;es ou reli&#233;es de mani&#232;re fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce couplage que tente de d&#233;crire ou d'expliquer Simondon. Et la puissance de l'image mentale de l'image-souvenir va &#234;tre justement d'assurer le lien, d'&#234;tre le liant g&#233;n&#233;ral qui relie ensemble des exp&#233;riences de provenances distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une est donc du type d&#233;ductif &#224; partir de l'accumulation d'exp&#233;riences, de leur totalisation en une unit&#233; complexe mais faite &#224; la fois d'effacement et de synth&#232;se des traits communs, de r&#233;duction de la classe &#224; des traits. L'autre est li&#233;e &#224; la puissance d'empreinte d'une image-souche pour une classe, &#224; la force affective, mobilis&#233;e et inscrite dans l'individu par une telle image-source . Alors dit Simondon, il y a accumulation mais d'un ordre diff&#233;rent, qu'il nomme saturation et le passage de l'image-souvenir &#224; l'image devenue symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Simondon met en place c'est donc le couplage entre image et affects comme moteurs de la connaissance par l'image en tout cas et comme puissance propre qui seule permettra &#224; l'invention d'exister. Car ce sera l'invention qui sera en quelque sorte la preuve a posteriori de l'existence et de la validit&#233; de l'autre type de connaissance qui cependant ne peut pr&#233;tendre &#224; lui seul assurer le saut quantique permettant &#171; le changement de structure restituant la compatibilit&#233; dans un syst&#232;me nouveau. &#187; (op. cit., p. 124).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant pour pouvoir rendre compte de cette puissance propre de l'image, il faut lui conf&#233;rer une sorte de statut particulier et distinguer deux types de m&#233;moires, une m&#233;moire primitive et une m&#233;moire partielle. &#192; chacune correspond deux types d'image, l'image empreinte &#171; qui est ant&#233;rieure &#224; la r&#233;partition des t&#226;ches entre les m&#233;moires partielles &#187; &#171; et le passage progressif de l'image au symbole &#187; avec une autre particularit&#233; de l'image empreinte, &#224; savoir que sa puissance se d&#233;ploie non seulement en amont &#224; la source du processus imageant, mais au-del&#224; du r&#233;sultat c'est-&#224;-dire qu'elle continue &#224; agir une fois le symbole constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette puissance propre de l'image souvenir qui, persistant dans le symbole, va &#234;tre le socle de la connaissance propre aux images et qui va se r&#233;v&#233;ler relever de deux niveaux un niveau magique et un autre qui sera de d&#233;clencher le saut qui permet l'invention.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. Objets, images et imaginaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette troisi&#232;me grande partie de ce texte va nous conduire &#224; des r&#233;flexions surprenantes ou plut&#244;t &#224; des rencontres inattendues, pour le redire vite &#224; des rapprochements possibles et l&#233;gitimes entre les th&#232;ses de Simondon, de Flusser et de Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image souvenir est un concept pas une r&#233;alit&#233; &#224; laquelle on pourrait avoir acc&#232;s individuellement. Elle est aussi une force puisqu'elle a &#171; les propri&#233;t&#233;s d'une image g&#233;n&#233;rique et m&#234;me de plusieurs en relation d'interaction. &#187; (op. cit., p. 126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous allons retrouver une fonction d&#233;volue au commencement de ce livre aux images motrices, une sorte de classe qui rel&#232;ve d'un certain flou, c'est-&#224;-dire qui peut accueillir des &#233;l&#233;ments distincts en les englobant au point de les confondre. &#171; La connaissance selon l'image confond l'individu et le groupe &#187; (op. cit., p. 126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel, cette confusion est source de probl&#232;me, on le sait, mais elle est salutaire pour la connaissance et plus tard pour l'invention. Elle permet de ne pas se perdre dans le d&#233;dale d'une m&#233;moire qui &#224; &#234;tre aussi pr&#233;cise que celle des images interm&#233;diaires nous interdirait d'avancer, d'inventer, nous pi&#232;gerait dans le seul jeu de comparaison entre des &#233;l&#233;ments distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais outre la confusion, la connaissance par images rend possible la substitution d'un individu &#224; un autre. L'exemple des otages n'est pas le seul possible. Cela joue aussi dans des processus perceptifs li&#233;s aux sons ou aux couleurs et aux rapports couleur forme, le travail de Bacon sur les papes en serait un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que rel&#232;ve Simondon c'est l'existence d'un autre aspect de la connaissance par images qui est d&#251; &#224; l'existence d'une puissance propre au symbole &#224; se d&#233;velopper en action manifeste (voir, op. cit., p. 126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se joue la possibilit&#233; m&#234;me de l'existence de l'imaginaire, dans cette puissance d'extension propre au symbole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. L'imago&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le fait de recourir au concept lacanien d'imago permet &#224; Simondon de prolonger sa propre r&#233;flexion. Il n'entend pas se lancer dans une approche de l'inconscient, mais bien tenter de montrer en quoi les images sont un mode de connaissance et en quoi elles agissent au-del&#224; donc du cerveau &#224; travers certains objets participant dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me des individus &#224; un prolongement par des actes particuliers qui rel&#232;vent de leur puissance propre comme images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est de montrer que ce passage ou ce saut existe et comment il est possible, qui permet &#224; des images devenues donc des symboles de s'incarner en quelque sorte dans la r&#233;alit&#233; et d'avoir l&#224; un impact majeur tant sur les repr&#233;sentations que les hommes se font des choses, d'eux-m&#234;mes que du monde. &#171; L'imago, tension entre des termes extr&#234;mes, contient virtuellement tout l'&#233;ventail des situations possibles par rapport &#224; un &#234;tre d&#233;termin&#233; [&#8230;] L'imago est symbole parce qu'elle fait passer du spectre discontinu de l'exp&#233;rience historique au spectre continu des possibles contenus entre des termes extr&#234;mes antith&#233;tiques ; elle condense et r&#233;ordonne l'exp&#233;rience pour en faire un mode d'acc&#232;s universel &#224; une r&#233;alit&#233; donn&#233;e. &#187; (op. cit., p. 128).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe c'est que l'imago justement &#171; ne r&#233;sume ni ne condense lin&#233;airement des exp&#233;riences successives. Mais qu'elle les concr&#233;tise et les condense en une entit&#233; paradoxale qui est la manifestation au sein du moi du rapport r&#233;el avec autrui comme source d'alt&#233;rit&#233;. &#187; (op. cit., p. 127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit se dessiner pr&#233;cis&#233;ment le conflit entre deux modes de connaissance, celui lin&#233;aire qui est li&#233; &#224; l'&#233;criture et aux textes, et l'autre de condensation concr&#233;tisation qui est li&#233; &#224; l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux type de &#171; langues &#187; presque comme il y a les langues agglutinantes et les langues &#224; flexion, il y a la connaissance lin&#233;aire et la connaissance synth&#233;tique. L'une d&#233;plie, l'autre enveloppe, rassemble et fait fusionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le geste majeur si l'on peut dire des images devenues symboles, cette puissance de condensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'il en donne plus d'explication, mais on commence &#224; en voir l'enjeu profond, c'est encore &#224; la question du continu et du discontinu que revient Simondon un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette question de la formalisation des exp&#233;riences, nous sommes &#224; la fois au c&#339;ur de l'enjeu de cette r&#233;flexion et au c&#339;ur de l'une des fonctions majeures de ce que l'on nomme l'art. En effet, c'est bien de cela dont il est question en particulier dans la fabrication des images, quelle qu'en soit la forme, de cette mani&#232;re de toucher en nous un univers que l'on nomme l'imaginaire ou autrement et qui est en fait ce monde compos&#233; et composite vers la description duquel nous avan&#231;ons maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, qu'est-ce qui se passe avec les images, de quoi les images sont-elles porteuses, qui reste si important et que les textes ne peuvent pas eux ni remplacer ni contredire ? De quoi les images, toutes les images, tous les niveaux d'images qui trouvent comme leur aboutissement dans ce que Simondon nomme symbole, de quoi les images sont-elles la source et le vecteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement rien d'autre que de la possibilit&#233; m&#234;me de la connaissance, de toute connaissance, de la connaissance lin&#233;aire de surcro&#238;t. Car elle ne vient que longtemps apr&#232;s cette connaissance abstraite qui semble fonctionner par un effet de r&#233;troaction de la pens&#233;e sur elle-m&#234;me. Cette r&#233;troaction n'est possible que parce que se met en place, par un oubli au c&#339;ur de la pens&#233;e, oubli qui est li&#233; au fonctionnement des images et qui est l'un des noms, l'un des aspects de ces condensations et concr&#233;tisations qui appartiennent de fait au fonctionnement des images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage qui distingue formalisation binaire et ternaire est essentiel puisqu'il permet de r&#233;v&#233;ler ce qui constitue le moteur m&#234;me de la pens&#233;e, un d&#233;ploiement lin&#233;aire successif et un d&#233;ploiement simultan&#233; qui rapproche, condense, rassemble, en une exp&#233;rience, une pluralit&#233; d'exp&#233;riences. (voir, op. cit., p.128-129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de ces deux mani&#232;res d'approcher le temps en le d&#233;pliant et en le concentrant, ces deux formalisation sont actives &#224; deux niveaux diff&#233;rents, le niveau individuel avec les formalisations binaires et le niveau collectif avec les formalisations ternaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que formalise-t-on ? Les empreintes, individuelles et collectives. Et cette formalisation qui est l'activit&#233; par laquelle se construit le symbole est en fait une activit&#233; inh&#233;rente au fonctionnement des images mentales. Ainsi Simondon peut affirmer &#171; qu'il y a dans l'image une activit&#233; de construction qui fait qu'elle n'est pas le simple prolongement de la perception. &#187; (op. cit., p. 131).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour &#231;a direz-vous ! En quelque sorte on peut le dire puisqu'on pourrait r&#233;sumer ce point en disant que l'image est chez l'homme le vecteur et moteur de projections incessantes, constantes par lesquelles il ne cesse d'assurer son couplage et &#224; autrui et au monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. Aux sources de la magie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait la d&#233;couverte que nous permet de faire ce texte, c'est qu'il nous conduit lors m&#234;me que l'on a l'impression d'avancer vers le c&#339;ur de la connaissance aux sources de la magie, des comportements magiques et de la raison pour laquelle les hommes fabriquent des objets de type magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut donc interroger, c'est le couplage &#171; objets employ&#233;s comme supports ou instrument de la formation symbolique &#187; (op. cit., p. 131) et les diff&#233;rents r&#233;gimes des images mentales, concentr&#233;s en quelque sorte dans le symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas perdre de vue pour comprendre la mani&#232;re dont avance Simondon le fait qu'il tend &#224; comprendre ce qu'est et comment fonctionne l'invention, niveau quatre de ce processus complexe qui permet &#224; l'homme de cr&#233;er des objets qui n'existent pas dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait donc tenter encore une fois un parcours qui remonterait sinon aux origines du moins &#224; l'&#233;l&#233;ment le plus probablement source de l'imitation et de la projection parce que le plus analogue &#224; soi qu'est le corps, le corps des autres et, en particulier, ce corps quand il change de statut et se retrouve priv&#233; de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'imago est le nom que l'on a donn&#233; &#224; ce masque fabriqu&#233; par les Romains, un masque de cire que l'on faisait prendre sur le visage des vivants ou des morts et qui &#233;tait donc &#224; la fois image et empreinte qui conjuguent donc cette double racine de l'image-souvenir dont parle Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pour &#233;voquer les morts que la m&#233;moire peut &#234;tre r&#233;ellement le plus sollicit&#233;e dans le registre affectivo-&#233;motif en effet. &#171; La m&#233;moire fournit &#224; travers l'image, des normes, et elle induit l'imitation mim&#233;tique prenant le corps comme objet interm&#233;diaire &#187; (op. cit., p. 132).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissance du corps de servir d'objet interm&#233;diaire qui assure &#224; la fois la communaut&#233; de ceux qui s'y trouvent reli&#233;s, que ce soit le mort ou le vivant lorsque celui-ci a des fonctions et celle d'enseigner, cette puissance du corps donc est manifeste en ce qu'il pousse &#224; l'imitation et donc &#224; la symbolisation, puisque imiter c'est retenir certains traits et les exhiber comme tout lors m&#234;me qu'ils sont des &#171; parties &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve donc devant l'habituel partage entre m&#233;taphore et m&#233;tonymie entre ce qui rel&#232;ve de l'empreinte et ce qui rel&#232;ve de l'analogie. Le corps est bien ce qui assure le couplage des deux ou plut&#244;t &#224; la fois la source commune aux deux, ce par quoi ou &#224; cause de quoi elle se diff&#233;rencie, et partant le moyen ou le vecteur par lequel leur r&#233;union, leur synth&#232;se peut &#234;tre envisag&#233;e comme possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'op&#232;re pour Simondon un glissement in&#233;vitable entre corps propre et objet interm&#233;diaire qui se trouve de facto investi des m&#234;mes puissances que le corps propre, des m&#234;mes fonctions de moteur des images et du processus de symbolisation. &#171; Prendre un souvenir-symbole, c'est retenir quelque chose de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle on l'emprunte, car cette r&#233;alit&#233; est priv&#233;e de l'une de ses parties, si minime soit-elle, et il s'effectue ainsi partiellement une assimilation au sujet, par l'interm&#233;diaire du lien de propri&#233;t&#233; ; le souvenir est un analogon de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle il a &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;, et il constitue un mode d'acc&#232;s &#224; cette r&#233;alit&#233;, mode d'acc&#232;s par le savoir conscient, mais aussi un mode d'acc&#232;s selon une op&#233;ration d'influence qui prend sens dans l'op&#233;ration magique. &#187; (op. cit., p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quelque chose que nous connaissons bien, que nous avons &#233;voqu&#233; maintes fois et en particulier pour parler de la photographie et de la question de l'ic&#244;ne ou plus exactement pour parler de la diff&#233;rence entre les images faites de main d'homme et les images acheiropo&#239;&#232;tes ou de l'histoire du mandylion et keramion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important dans la d&#233;marche de Simondon, c'est qu'il tente de lier les deux niveaux, les deux aspects que sont la relique et l'image, la partie valant pour le tout et la synth&#232;se &#224; la fois visuelle et concr&#232;te que peut &#234;tre la formation d'un objet composite m&#233;langeant &#224; la fois des aspects mat&#233;riels et des aspects visuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voque le r&#244;le des ongles ou des cheveux, des v&#234;tements ou des parures, il &#233;voque cette r&#233;alit&#233; interm&#233;diaire entre les organismes et les objets du monde ext&#233;rieur manipul&#233;s, il &#233;voque les symboles au sens habituels du mot, comme ceux du pouvoir que sont un doigt lev&#233; ou un sceptre, mais ce qu'il cherche c'est &#224; comprendre cette logique du transfert, &#171; cette croyance au transfert du pouvoir par le moyen de l'objet proph&#233;tique &#187; (op. cit., p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet objet proph&#233;tique ou relique par exemple est au c&#339;ur du couplage. Il est un analogue dans la r&#233;alit&#233; au couplage que les images souvenirs de tous niveaux, on l'a vu, rendent possible entre images motrices et images affectivo-&#233;motives. Il y a un parall&#232;le de fonction parce qu'il y a une structure analogique qui relie sujet et monde pour le dire de mani&#232;re tr&#232;s rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets proph&#233;tiques ne sont donc ni des objets ni des images, il sont des interm&#233;diaires, qui font &#233;cho &#224; des manifestations dont ils &#171; incarnent &#187; le souvenir ou plus exactement le fait qu'il va y avoir d&#233;clenchement de souvenir de manifestation affective et &#233;motive. Ils sont des vecteurs de manifestation. &#171; Ce statut interm&#233;diaire entre celui d'un organisme et celui d'un objet du milieu rend possible la formation d'un symbole &#224; partir de la manifestation per&#231;ue &#224; travers un objet. &#187; (op. cit., p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont Simondon d&#233;crit la fonction de ces objets est int&#233;ressante. C'est une sorte de commutateur qui peut d'une part se tourner vers le sujet, activant ainsi les images mentales et d&#233;clenchant les projections et &#234;tre utilis&#233; par le sujet pour qu'il s'en serve pour d&#233;signer quelque chose qui a lieu dans le monde. Il est la structure de couplage elle-m&#234;me comme l'image-souvenir l'est dans le fonctionnement mental, car il permet de passer d'un registre, le monde int&#233;rieur &#224; l'autre, la r&#233;alit&#233; du monde et cela dans les deux sens indiff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les deux sens, les deux orientations se croisent et se d&#233;ploient entre le spectre continu des occasions imaginaires d'exp&#233;rience, rempla&#231;ant la s&#233;rie lin&#233;aire et discontinue du souvenir. L'image-souvenir &#224; l'origine vivement asym&#233;trique devient ainsi progressivement sym&#233;trique. &#187; (op. cit., p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le symbole trouve-t-il sa d&#233;finition page 136 : &#171; le symbole n'est qu'un pseudo objet, charg&#233; de toute l'&#233;nergie potentielle d'un syst&#232;me m&#233;tastable, pr&#234;t &#224; amorcer un changement de structure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revenons donc au c&#339;ur du sujet qui est de tenter de trouver une source de l'abstraction dans le fonctionnement complexe des images et des objets interm&#233;diaires qui en sont les incarnations dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois il s'agit d'un processus ici qualifi&#233; de processus d'extraction et l'on retrouve la question de la partie et du tout, de l'image totale qui ne vaut d'une certaine mani&#232;re que pour elle-m&#234;me et d'une image partielle sch&#233;ma ou sch&#232;me pouvant permettre, elle, de par son statut particulier, de faire revenir &#224; l'esprit par le souvenir mais comme actuel, comme pr&#233;sent, l'ensemble d'une situation ou la totalit&#233; d'un probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance totalisante et synth&#233;tique de l'image passe par le fait que l'image mentale qui atteint cette puissance active est en fait sup&#233;rieure au symbole, en ceci que, plus sch&#233;matique, incompl&#232;te du point de vue de l'image, elle fait travailler le cerveau autrement, alors que pr&#233;sent&#233;e comme compl&#232;te, comme image d'imitation visant &#224; rendre le plus d'aspects de tel ou tel &#234;tre, elle bloque l'esprit &#224; se cantonner &#224; cette reconnaissance-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit prisonnier de l'image compl&#232;te ne peut pas se mettre &#224; battre la campagne et ne risque pas de produire en cet instant une nouvelle mobilisation de ses souvenirs qui produiront peut-&#234;tre de nouvelles connections, de nouvelles synth&#232;ses pouvant alors devenir propices, moteur ou r&#233;alisation d'une invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage de l'h&#233;raldique lui permet de donner une image pr&#233;cise de cette inversion de la puissance de l'image en fonction de ce qu'elle est concr&#232;tement comme image mat&#233;rielle. Les objets passants sont repr&#233;sent&#233;s en totalit&#233; comme un lion en entier et de profil d&#233;ployant toute sa forme allong&#233;e lors m&#234;me qu'un lion rugissant n'est que la repr&#233;sentation d'une t&#234;te et &#233;ventuellement d'une petite partie du corps, cette partie valant non seulement pour le tout mais plus que pour le tout puisqu'elle ouvre la porte &#224; l'&#233;veil de l'activit&#233; mentale, d'association, de comparaison et de synth&#232;se, bref qu'elle fait fonctionner l'esprit pour qu'il produise lui-m&#234;me alors des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est l&#224; au c&#339;ur d'une des questions majeures concernant l'art et l'on pourrait dire de ce qui peut faire le succ&#232;s de telle ou telle &#339;uvre d'art. Car une &#339;uvre se situe toujours et in&#233;vitablement non seulement sur l'&#233;chelle des valeurs du moment sur le march&#233; des valeurs, du moment dans la soci&#233;t&#233; sur l'&#233;chelle des valeurs, du moment dans tel ou tel groupe, un clan, mais sur l'&#233;chelle des valeurs li&#233;es aux processus mentaux et psychiques qui relient entre elles les images parce qu'ils relient entre eux les niveaux et les diverses fonctionnalit&#233;s de l'image. Ainsi ce qui est le plus pr&#233;cis est sans doute moins une porte ouverte sur l'imaginaire moins actif comme d&#233;clencheur d'imaginaire, que quelque chose de moins pr&#233;cis, de plus flou, de plus ouvert au niveau des significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un point de d&#233;part essentiel pour la quatri&#232;me s&#233;ance qui sera consacr&#233;e &#224; une tentative de donner des exemples de ces nivaux en partant cette fois des &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX. Le voult&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re page de ce long chapitre est tout aussi importante car c'est elle qui nous plonge dans le monde de la magie en &#233;voquant les voults.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe encore et toujours &#224; Simondon c'est de rendre compte de la continuit&#233; ou du moins de l'articulation entre des niveaux et des domaines diff&#233;rents, voire &#224; priori incompatibles, en d'autres termes de comprendre pourquoi les &#234;tres vivants et le monde peuvent entrer en relation si l'on s'accorde &#224; remarquer que le fonctionnement semble autonome. Comment ce couplage est-il possible ? Parce qu'il y a une structure analogique entre sujet et monde et entre les diff&#233;rents niveaux du fonctionnement mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas ce que ces analyses d&#233;taill&#233;es des &#233;tapes interm&#233;diaires tendent &#224; montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'&#233;tend donc &#224; tous les niveaux, c'est-&#224;-dire aussi &#224; ce que l'homme invente, cr&#233;e, fait, r&#233;alise, construit. Et l'une des choses qu'il construit, invente, cr&#233;e &#224; ce niveau interm&#233;diaire o&#249; nous en sommes et qui permet de confirmer l'articulation sujet-monde, c'est pr&#233;cis&#233;ment des voults.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-ce possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il existe une sorte d'infra-monde ou de monde interm&#233;diaire, ni r&#233;el, ni irr&#233;el, mi-concret et mi-abstrait, entre sujet et monde qui est constitu&#233; par les symboles ou que les symboles, fruits de la puissance active des images, rendent possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde des symboles est une esp&#232;ce de pand&#233;monium flottant entre la situation d'objet et celle de sujet, s'interposant entre le vivant et le milieu &#187; (op. cit., p. 127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pand&#233;monium est un mot apparu en 1663 sous la plume de l'anglais John Milton dans Le Paradis perdu. Pand&#233;monium d&#233;signe la capitale imaginaire des enfers o&#249; Satan invoque le conseil des d&#233;mons. Depuis, ce mot est &#233;galement utilis&#233; pour d&#233;signer un lieu o&#249; r&#232;gne corruption, chaos et d&#233;sordre. &#201;tymologiquement, John Milton a form&#233; ce mot &#224; partir du grec pan (neutre de tout ), et daimon (au sens de d&#233;mon ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une sorte de chaos interm&#233;diaire dans lequel l'esprit humain vient plonger pour trouver la force et les &#233;l&#233;ments d'associations particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art &#224; la diff&#233;rence de la magie fixe ces &#233;l&#233;ments et les ritualise. &#171; La magie puise dans l'imaginaire des moyens d'&#233;vocation ou d'influence en mat&#233;rialisant des symboles qu'elle r&#233;individualise, baptise d'un nom propre, fa&#231;onne &#224; la ressemblance d'un &#234;tre vivant pour l'employer comme mode d'acc&#232;s dans l'op&#233;ration analogique d'invocation ou d'envo&#251;tement, le voult est un analogon de l'&#234;tre &#224; envo&#251;ter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on fait avec un voult qui est donc une statue de cire contenant des &#233;l&#233;ment appartenant &#224; la personne ou provenant du corps de la personne &#224; envo&#251;ter, je vous laisse le soin de l'imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la fonction de ce voult dans le processus de l'invention, nous repartirons de l&#224; la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; dire que l'image telle que la con&#231;oit Simondon est un processus un cycle et que &#171; le cycle de l'image est une gen&#232;se marqu&#233;e en chacune de ses &#233;tapes par une d&#233;cantation, par une r&#233;duction du nombre des &#233;l&#233;ments conserv&#233;s et propos&#233;s finalement comme mati&#232;re d'invention. &#187; (op. cit., p. 138).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VI - Du mode d'existence des objets techniques</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-VI-Du-mode-d</link>
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		<dc:date>2010-03-04T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Gerboud &#8224; et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A contrario de la technophobie qui hante les traditions de pens&#233;e inspir&#233;es de Heidegger et de Habermas, Simondon nous invite dans sa r&#233;flexion sur le Mode d'existence des objets techniques &#224; sortir par le haut de la critique de la modernit&#233;. Il offre ainsi un cadre particuli&#232;rement appropri&#233; pour comprendre les enjeux de la &#171; techno-nature &#187; et pour s'interroger sur les formes de subjectivit&#233; politique qui lui correspondent. C'est l'unit&#233; entre le producteur, l'objet technique et l'utilisateur qui participe pour Simondon de la transindividualit&#233; de la machine.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton125-6260a.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A contrario de la technophobie qui hante les traditions de pens&#233;e inspir&#233;es de Heidegger et de Habermas, Simondon nous invite dans sa r&#233;flexion sur le Mode d'existence des objets techniques &#224; sortir par le haut de la critique de la modernit&#233;. Il offre ainsi un cadre particuli&#232;rement appropri&#233; pour comprendre les enjeux de la &#171; techno-nature &#187; et pour s'interroger sur les formes de subjectivit&#233; politique qui lui correspondent. C'est l'unit&#233; entre le producteur, l'objet technique et l'utilisateur qui participe pour Simondon de la transindividualit&#233; de la machine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilbert SIMONDON&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du mode d'existence des objets techniques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;commentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1. Simondon, Gilbert, Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e occidentale, de Heidegger &#224; Habermas en passant par Ellul, est travers&#233;e par la terreur de l'autonomisation croissante de la technique dont les implications politiques seraient &#224; proprement parler ravageuses pour la d&#233;mocratie. De la critique de la technocratie &#224; celle de la technique, il n'y a qu'un pas que de nombreux observateurs n'h&#233;sitent pas &#224; franchir. Cette posture de r&#233;ification de la technique et de &#171; l'agir instrumental &#187;, pour reprendre la terminologie d'Habermas, s'incarne dans un courant technophobe oscillant entre protestation romantique contre la technique et essentialisme, privil&#233;giant les notions d'instrumentalit&#233; et de performativit&#233;. Elle conduit &#224; d&#233;laisser le champ de la technique en ne voyant pas que la technique est, en elle-m&#234;me, toujours-d&#233;j&#224; politique, parce que travers&#233;e par des rapports de forces, des lignes de fuite, des plis et des replis qui peuvent pourtant &#234;tre autant de leviers pour promouvoir une &#171; nouvelle politique de la technologie &#187; et peut-&#234;tre m&#234;me, in fine, de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fondement de l'id&#233;ologie dystopienne (ou contre-utopique) se retrouve cette hypoth&#232;se de Weber, et reprise tant par Heidegger que par Habermas, selon laquelle les soci&#233;t&#233;s modernes se distinguent des soci&#233;t&#233;s pr&#233;-modernes en ce que des domaines unis auparavant, comme l'art, la culture, la politique d'une part et la technique d'autre part, se sont progressivement diff&#233;renci&#233;s, au point de s'autonomiser l'un par rapport &#224; l'autre. L&#226;cher Habermas pour retrouver Simondon, n'est-ce pas une mani&#232;re de sortir par le haut de la critique de la modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon, d&#232;s les premi&#232;res pages de son essai Du mode d'existence des objets techniques1, affirme que l'opposition dress&#233;e entre culture et technique est fausse et sans fondement, et qu'elle ne recouvre qu'ignorance et ressentiment. Simondon peut non seulement nous aider &#224; appr&#233;hender la nature v&#233;ritable du malaise de la culture occidentale face &#224; la technique, mais aussi &#224; d&#233;passer ce clivage artificiel et contradictoire qui consiste &#224; consid&#233;rer l'objet technique soit comme un pur assemblage de mati&#232;re, soit comme un objet, d'inspiration technocratique, anim&#233; d'intentions hostiles vis-&#224;-vis de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;l&#232;ve contre l'idol&#226;trie de la machine qui consiste &#224; croire que le degr&#233; de perfection d'une machine se mesure au degr&#233; de perfectionnement de l'automatisme. Il faut, dit-il, &#171; sacrifier bien des possibilit&#233;s de fonctionnement, bien des usages possibles, pour rendre une machine automatique &#187;. Toute la cyberculture le montre, dans ce qu'elle charrie de terreur vis-&#224;-vis de l'andro&#239;de parfait. Le perfectionnement d'une machine, loin de se mesurer &#224; son degr&#233; d'automatisme, est au contraire proportionnel &#224; la marge d'ind&#233;termination, d'impr&#233;visibilit&#233; &#8211; et donc d'humanit&#233; &#8211; qu'elle rec&#232;le. &#171; Une machine purement automatique, compl&#232;tement ferm&#233;e sur elle-m&#234;me dans un fonctionnement pr&#233;d&#233;termin&#233;, ne pourrait donner que des r&#233;sultats sommaires. La machine qui est dou&#233;e d'une haute technicit&#233; est une machine ouverte, et l'ensemble des machines ouvertes suppose l'homme comme organisateur permanent, comme l'interpr&#232;te vivant des machines les unes par rapport aux autres. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2. Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 11&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crit&#232;re fondamental de cette conception de la technicit&#233; est l'ouverture et l'interop&#233;rabilit&#233; des machines entre elles via l'homme. Le rejet de l'automation comme concept performatif de nature &#233;conomique et sociale li&#233; &#224; l'&#232;re industrielle annonce, chez Simondon, le passage de l'&#232;re de l'&#233;nerg&#233;tisme thermodynamique du XIXe si&#232;cle, marqu&#233; par la d&#233;mesure techniciste et technocratique (viol de la nature, conqu&#234;te du monde, captation de l'&#233;nergie...) &#224; l'&#232;re de l'information et de la communication dont le contenu normatif, affirme-t-il, est profond&#233;ment r&#233;gulateur et stabilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Simondon, le malaise de la culture occidentale face &#224; la technique prend sa source dans le d&#233;doublement de la pens&#233;e magique en pens&#233;e religieuse d'une part, et en pens&#233;e technique d'autre part. Elle se structure autour d'une dichotomie particuli&#232;rement pr&#233;gnante entre le sens, le fond et la forme, la figure ou l'utilit&#233;. Cette d&#233;sarticulation entre technique et culture, due &#224; une sursaturation, &#224; un moment donn&#233;, des potentialit&#233;s de chacune et &#224; un d&#233;doublement en modes s&#233;par&#233;s d'&#234;tre-au-monde, fait que &#171; figure et fond sont devenus &#233;trangers et abstraits l'un par rapport &#224; l'autre &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;3. Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 171.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re un &#171; humanisme facile &#187;, comme le nomme Jean-Hughes Barth&#233;l&#233;my, c'est la possibilit&#233; m&#234;me d'introduction de l'&#234;tre technique dans la culture qui est r&#233;fut&#233;e et qui cache une &#171; r&#233;alit&#233; riche en efforts humains et en forces naturelles &#187;. Cette r&#233;futation conduirait, selon Muriel Combes, &#224; expliquer &#171; La crise r&#233;cente qui voit dans la technique et plus pr&#233;cis&#233;ment dans la m&#233;canisation du proc&#232;s de travail la source d'un drame. Cette crise serait donc due &#224; une m&#233;connaissance du d&#233;placement de la fonction de porteur d'outil de l'homme vers la machine, et, corollairement, du potentiel lib&#233;rateur que contient un tel d&#233;placement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;4 Combes, Muriel, Simondon. Individu et collectivit&#233;, Presses Universitaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle Simondon, d&#233;veloppant l'id&#233;e que les objets techniques ont &#233;t&#233; invent&#233;s par des &#234;tres vivants, affirme qu'ils sont d&#233;positaires de sens et qu'il est n&#233;cessaire, pour y acc&#233;der, de comprendre leur gen&#232;se, leur intention fabricatrice (qui ne doit pas &#234;tre confondue avec l'intention utilisatrice). Loin d'&#234;tre un acteur subordonn&#233;, l'homme serait ainsi &#171; parmi les machines &#187;, &#224; la fois coordinateur et inventeur permanent des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon permet d'approcher avec le plus de finesse la question de la continuit&#233;, en se livrant &#224; une critique radicale de la notion de travail, par essence ali&#233;nant, pour la substituer &#224; celle d'activit&#233;. Pour lui, en effet, le travail renvoie &#224; une d&#233;finition tr&#232;s restrictive de l'objet &#8211; et en particulier de l'objet technique &#8211; qui pousse &#224; le d&#233;finir uniquement selon son principe d'utilit&#233;. L'objet technique, con&#231;u non seulement comme un ustensile mais aussi comme une forme, r&#233;sultat d'une invention et porteuse d'information (une forme-intention), est le support d'une relation qu'il qualifie de transindividuelle et qui permet de penser la continuit&#233; entre l'objet technique et le sujet humain et le collectif. &#171; On peut entendre par relation transindividuelle, une relation qui ne met pas les individus en rapport au moyen de leur individualit&#233; constitu&#233;e les s&#233;parant les uns des autres, ni au moyen de ce qu'il y a d'identique en tout sujet humain [...], mais au moyen de cette charge de r&#233;alit&#233; pr&#233;-individuelle, de cette charge de nature qui est conserv&#233;e avec l'&#234;tre individuel et qui contient potentiels et virtualit&#233;. L'objet qui sort de l'invention technique emporte avec lui quelque chose de l'&#234;tre qui l'a produit et exprime de cet &#234;tre ce qui est le moins attach&#233; &#224; un hic et nunc ... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;5 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 248&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Simondon, toute forme d'activit&#233; qui ne prolongerait pas l'activit&#233; d'invention, toute forme de rupture entre savoir technique et exercice des conditions d'utilisation d'un objet technique, toute conception consid&#233;rant la machine comme une zone obscure, serait du ressort de l'obscurantisme et de l'ali&#233;nation. Dans ces conditions, il tente de promouvoir une v&#233;ritable r&#233;volution de l'agir permettant &#224; l'homme de se rattacher &#224; la nature selon un lien beaucoup plus riche et mieux d&#233;fini que celui de la relation sp&#233;cifique de travail collectif, de penser la relation collective dans un cadre organisant un couplage entre les capacit&#233;s inventives et organisatrices de plusieurs sujets. Simondon affirme que &#171; Les objets techniques qui produisent le plus d'ali&#233;nation sont ceux qui sont destin&#233;s &#224; des utilisateurs ignorants. De tels objets se d&#233;gradent progressivement : neufs pendant peu de temps, ils se d&#233;valuent en perdant ce caract&#232;re, parce qu'ils ne peuvent que s'&#233;loigner de leurs conditions de perfection initiale. Le plombage des organes d&#233;licats indique cette coupure entre le constructeur qui s'identifie &#224; l'inventeur et l'utilisateur qui acquiert l'usage de l'objet technique uniquement par un proc&#233;d&#233; &#233;conomique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;6 Simondon, Gilbert, Op. cit., pp. 250-251&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette conception de l'agir permet de penser, &#224; travers le mod&#232;le de la transindividualit&#233;, la continuit&#233;, le couplage entre l'objet et le sujet humain. L'utopie simondonienne r&#233;concilie technique et culture dans une perspective d'&#233;mancipation, en cherchant &#224; &#171; d&#233;couvrir un monde social et &#233;conomique dans lequel l'utilisateur de l'objet technique soit non seulement le propri&#233;taire de cette machine mais aussi l'homme qui l'a choisie et l'entretient &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;7 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 252&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poss&#233;der l'outil est une condition n&#233;cessaire &#224; l'&#233;mancipation car la non-possession, pour Simondon, augmente la distance entre le travailleur et la machine sur laquelle le travail s'accomplit, mais n'est, en tout &#233;tat de cause, pas une condition suffisante, car poss&#233;der une machine n'est pas la conna&#238;tre. Pour la conna&#238;tre, il est n&#233;cessaire d'avoir un coefficient relativement &#233;lev&#233; d'attention &#224; son fonctionnement technique, &#224; son entretien et &#224; son r&#233;glage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'activit&#233; de r&#233;glage est celle qui prolonge le plus naturellement la fonction d'invention et de construction : le r&#233;glage est une invention perp&#233;tu&#233;e, quoique limit&#233;e. La machine, en effet, n'est pas jet&#233;e une fois pour toutes dans l'existence &#224; partir de sa construction, sans n&#233;cessit&#233; de retouches, de r&#233;parations, de r&#233;glages. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;8 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 250&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ces conditions, l'utilisateur ne s'inscrit pas seulement dans une logique utilitariste, mais s'inscrit, comme acteur &#224; part enti&#232;re, dans l'ontogen&#232;se de l'objet technique et de son utilisation. Il y a quelque chose de profond&#233;ment r&#233;volutionnaire dans la philosophie de Simondon lorsqu'il pense cette continuit&#233;, cette unit&#233; entre le producteur, l'objet technique et l'utilisateur. D&#233;passant les cat&#233;gories sociales, juridiques et &#233;conomiques inh&#233;rentes au capitalisme industriel, il propose une nouvelle forme de m&#233;diation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La communication interhumaine, &#233;crit Simondon, doit s'instituer au niveau des techniques, &#224; travers l'activit&#233; technique, non &#224; travers des valeurs du travail ou des crit&#232;res &#233;conomiques [...]. Ce niveau de l'organisation technique o&#249; l'homme rencontre l'homme non comme membre d'une classe mais comme &#234;tre qui s'exprime dans l'objet technique, homog&#232;ne par rapport &#224; son activit&#233;, est le niveau du collectif, d&#233;passant l'interindividuel et le social donn&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;9 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 253&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Penser, &#224; travers l'objet technique (lui-m&#234;me porteur de transindividualit&#233;), la continuit&#233; entre l'homme et la machine, entre le concepteur et l'utilisateur, reformuler la notion de collectif, au-del&#224; de l'interindividuel et du social, c'est avant toute chose d&#233;velopper non seulement une critique forte des fondements &#233;conomiques et juridiques du syst&#232;me, mais aussi d&#233;velopper une pratique alternative et parall&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apport de Simondon n'est pas de penser la sp&#233;cificit&#233; de la technique mais bien plut&#244;t d'&#233;laborer une th&#233;orie de la continuit&#233; entre technique et culture. L'activit&#233; technique, telle qu'il la con&#231;oit, sur un mod&#232;le certes utopique et non r&#233;alis&#233; constitue, comme le souligne Muriel Combes, une v&#233;ritable r&#233;volution de l'agir, qui pourrait r&#233;soudre le dilemme habermassien, &#233;tablissant une dualit&#233; entre agir communicationnel d'une part et agir instrumental d'autre part. L'activit&#233; technique, telle que la con&#231;oit Simondon, est en elle-m&#234;me un agir communicationnel qui, s'inscrivant dans le monde v&#233;cu, peut &#234;tre per&#231;u comme un vecteur de communication favorisant une discussion r&#233;flexive prenant appui sur la r&#233;f&#233;rence &#224; des normes communes partag&#233;es. C'est au niveau de l'objet technique, &#224; travers l'appr&#233;hension par le sujet de sa forme-intention notamment, que se d&#233;veloppent les situations d'intercompr&#233;hension. Ne retrouve-t-on pas dans ce mythe politique ironique, cette all&#233;gorie au savoir excommuni&#233;, cette &#171; unit&#233; magique primitive &#187; dont Simondon disait qu'elle est &#171; la relation de liaison vitale entre l'homme et le monde, d&#233;finissant un univers &#224; la fois subjectif et objectif ant&#233;rieur &#224; toute distinction de l'objet et du sujet, et par cons&#233;quent aussi &#224; toute apparition de l'objet s&#233;par&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;10 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 165&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb438|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1. Simondon, Gilbert, Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, Paris, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2. Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 11&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;3. Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;4 Combes, Muriel, Simondon. Individu et collectivit&#233;, Presses Universitaires de France, Paris, 1999, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;5 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 248&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;6 Simondon, Gilbert, Op. cit., pp. 250-251&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;7 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 252&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;8 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 250&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;9 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 253&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;10 Simondon, Gilbert, Op. cit., p. 165&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V - Photographie et croyance</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-V-Photographie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-V-Photographie</guid>
		<dc:date>2010-02-02T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S&#233;minaire du 2 f&#233;vrier 2010 : &lt;br class='autobr' /&gt;
commentaire et analyse du chapitre deux&lt;br class='autobr' /&gt;
du livre de Gilbert Simondon, &lt;br class='autobr' /&gt;
Invention et imagination&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH127/arton166-79d72.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lecture de Simondon semble pouvoir nous permettre de renverser l'&#233;difice des croyances li&#233;es &#224; la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas certain qu'une telle entreprise ait un sens si l'on s'accorde &#224; accepter qu'un paravent est toujours la surface qui recouvre un autre paravent, un autre champ d'illusion, une autre surface sur laquelle projeter ses r&#234;ves. Elle en a pourtant un si l'on s'en tient &#224; cette id&#233;e que chaque &#233;poque r&#233;invente le monde et donc les crit&#232;res de certaines des projections qu'elle effectue sur le rideau de ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lecture de Simondon semble pouvoir nous permettre de renverser l'&#233;difice des croyances li&#233;es &#224; la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas certain qu'une telle entreprise ait un sens si l'on s'accorde &#224; accepter qu'un paravent est toujours la surface qui recouvre un autre paravent, un autre champ d'illusion, une autre surface sur laquelle projeter ses r&#234;ves. Elle en a pourtant un si l'on s'en tient &#224; cette id&#233;e que chaque &#233;poque r&#233;invente le monde et donc les crit&#232;res de certaines des projections qu'elle effectue sur le rideau de ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-il temps de formaliser cet &#233;difice que l'on entend ici renverser et qui n'est rien d'autre que le bel &#233;difice de la philosophie. Cette pr&#233;tention, tr&#232;s pr&#233;tentieuse, n'est pas si irr&#233;aliste que cela dans la mesure o&#249; c'est l'analyse de l'image, de son statut, de ses fonctions, qui r&#233;v&#232;le chaque jour un peu plus le fonctionnement mental qui est &#224; la fois source de notre relation au monde, m&#233;canisme de nos croyances, centre de nos d&#233;cisions et espace de nos actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est au c&#339;ur de ce dispositif qu'est notre corps comme l'&#233;l&#233;ment le plus instable et le plus insaisissable et pourtant le plus efficace avec les sons. Mais ce que Simondon nous montre c'est qu'il existe &#171; de l'image &#187; ou des images avant l'image, avant les images, que l'image est un processus, un r&#233;seau complexe de m&#233;canismes divers. C'est en prenant en compte ces m&#233;canismes, ces r&#233;seaux et en analysant les images mat&#233;rielles &#224; l'aune de ces &#233;l&#233;ments que l'on pourra comprendre ce qui arrive et nous arrive avec et &#224; travers les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Processus mental et psychique autant que mat&#233;riel, l'image ainsi con&#231;ue dans sa complexit&#233; appara&#238;t bien comme l'&#233;l&#233;ment majeur contre lequel la pens&#233;e ratio&#239;de et textuelle s'est constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'image n'a-t-elle cess&#233; d'&#234;tre analys&#233;e avec des concepts qui s'opposent en tout &#224; sa ou &#224; ses r&#233;alit&#233;s ou &#224; ses manifestations. Encore que, et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se situe le probl&#232;me, ses manifestations jusqu'&#224; l'invention du cin&#233;ma et de la vid&#233;o, ont &#233;t&#233; contraires ou oppos&#233;es &#224; son mode d'apparition et de manifestation dans l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'image tient sans doute &#224; cette impossibilit&#233;, o&#249; elle a &#233;t&#233; pendant tant de temps (m&#234;me si Lascaux peut montrer en partie le contraire), d'&#234;tre incarn&#233;e autrement que comme fixe et fix&#233;e sur un support mat&#233;riel alors que ce qu'elle tente de traduire ou d'exprimer est en fait une r&#233;alit&#233; en perp&#233;tuel en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; situer l'enjeu par rapport &#224; la philosophie ? Autour des &#233;l&#233;ments centraux au moyen desquels elle se d&#233;termine comme tentative de saisie d'une r&#233;alit&#233; qui &#233;chapperait pr&#233;cis&#233;ment et au temps et au mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait se demander en quoi les exigences de la philosophie ne sont pas tout simplement des fantasmes d&#233;pressifs et r&#233;troactifs, pour parler comme Sloterdijk, face &#224; l'insaisissabilit&#233; du monde, relay&#233;s, il est vrai, par la d&#233;couverte &#224; mesure m&#234;me de l'invention d'un appareil tr&#232;s efficace, l'esprit conscient. Entit&#233; autonome capable de conceptualiser, c'est-&#224;-dire de forger des &#171; images &#187; durables d'un certain type, id&#233;es ou concepts, en ce qu'elles peuvent &#234;tre rappel&#233;es &#224; volont&#233; par des moyens mn&#233;motechniques et autres, sans recourir pour cela &#224; des moyens &#171; magiques &#187;, cet esprit conscient forge son devenir en tordant la r&#233;alit&#233; des images qu'il semble ne pas pouvoir interpr&#233;ter autrement que comme une sorte de reliquat, de trace mn&#233;sique de ce contre quoi il se constitue, un monde non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images portent &#171; en &#187; elles ces traces, ou plut&#244;t nous leur attribuons ces traces qui n'ont peut-&#234;tre rien ou pas grand-chose &#224; voir avec leur r&#233;alit&#233; d'images. On ne peut ignorer cette histoire, cette g&#233;n&#233;alogie de l'image mais plut&#244;t que de la prendre pour argent comptant, il semble n&#233;cessaire de la d&#233;plier de mani&#232;re plus large qu'on ne le fait jusqu'&#224; pr&#233;sent et de la confronter aux donn&#233;es que nous livrent les sciences cognitives en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour cela accepter que les diktats de la philosophie puissent &#234;tre mis en cause de mani&#232;re radicale, c'est-&#224;-dire renvers&#233;s et remis dans une autre chronologie que celle qu'ils nous imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points majeurs sont donc les suivants : la notion d'&#233;ternit&#233; li&#233;e &#224; celle d'immobilit&#233; et aux concepts de bien, de beau, de vrai, qui trouvent leur l&#233;gitimation dans une recherche forcen&#233;e contredisant l'exp&#233;rience dans la tentative de v&#233;rification d'hypoth&#232;ses en fait d&#233;riv&#233;es directement des pr&#233;suppos&#233;s en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, on pose les questions de telle mani&#232;re qu'il ne puisse y avoir que des r&#233;ponses qui cadrent avec les pr&#233;requis dont on n'expose pas les &#171; raisons &#187;, dont on ne questionne pas la formation, ce qui leur &#233;chappe se trouvant de facto rejet&#233;, plong&#233; dans la zone d'ombre ou la zone d'oubli qui entoure, enveloppe et englobe tout cadrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut bien s&#251;r consid&#233;rer que la m&#233;thode scientifique rel&#232;ve de ce fonctionnement, mais la tendance g&#233;n&#233;rale dans le champ scientifique est malgr&#233; tout de savoir qu'il doit &#234;tre possible de questionner la m&#233;thode et les axiomes lorsque cela s'av&#232;re n&#233;cessaire et quelles que soient les r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va pas de m&#234;me dans le champ de la philosophie en particulier dont les bases sont consid&#233;r&#233;es globalement comme immuables, comme le fruit de v&#233;rit&#233;s absolues, si absolues qu'il n'est pas envisageable ni de les remettre en cause, ni surtout pour ce faire d'en raconter l'histoire, d'en faire la g&#233;n&#233;alogie, de d&#233;plier le processus au cours duquel elles peuvent avoir &#233;t&#233; invent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que ce texte de Simondon constitue un v&#233;ritable levier permettant de soulever le socle sur lequel la philosophie est install&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il d&#233;place la question ou plut&#244;t il d&#233;place notre regard, il modifie notre point de vue en faisant de l'image un &#233;l&#233;ment dynamique, une entit&#233; variable, mutante et prise dans un mouvement perp&#233;tuel de d&#233;ploiement et de retour de boucle. C'est ce fonctionnement progressif en boucle qui constitue la principale avanc&#233;e puisqu'il relie l'histoire de la notion avec sa gen&#232;se physiologique, mentale et psychique. Il permet d'ouvrir le cadre, le champ, et de repenser toute l'histoire de l'image qui est fondamentalement ent&#233;e dans le socle de la philosophie. C'est pourquoi il devient n&#233;cessaire de faire basculer ce socle si l'on veut parvenir &#224; penser l'image aujourd'hui et l'image d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Simondon chapitre II&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Structure d'attente structure d'appel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si donc c'est au contenu moteur des images que l'on doit la possibilit&#233; m&#234;me de l'intuition, c'est au contenu cognitif des images que l'on va devoir le concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel, il montre comment fonctionne la boucle de r&#233;troaction qui nous constitue, la mani&#232;re dont nous allons puiser dans les strates les plus profondes et les moins visibles ou lisibles par nous, dans ces m&#233;canismes qui nous constituent, pour trouver la ressource de relancer ind&#233;finiment la machine perceptive et la machine affective. Chaque individu, c'est-&#224;-dire chaque machine perceptive et pensante, avance, et en elle la mani&#232;re dont il se constitue comme individu dans sa relation au monde et &#224; lui-m&#234;me. Pourtant cela n'avance ni en ligne droite ni &#224; l'envers, mais par sauts et retours, projection et contre-effectuation, l'effectuation &#233;tant la projection elle-m&#234;me. Ce mouvement relance et rembarque ou plus exactement r&#233;active la totalit&#233; des &#233;tapes ant&#233;rieures du processus, mais aussi des &#233;tapes post&#233;rieures en quelque sorte dans la mesure o&#249; il y a permanente anticipation de ce qui va venir &#224; chaque niveau, chaque &#233;tape, chaque degr&#233;, anticipation qui est la caract&#233;ristique principale du contenu moteur des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second niveau, le contenu cognitif va rendre lisible ce qui est implicite dans le niveau moteur, le fait que l'image va devenir, non pas encore quelque chose, mais le moyen de faire en sorte que quelque chose advienne. C'est ce que je propose d'appeler la structure d'attente ou la structure d'appel de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble en effet que ce chapitre du livre de Simondon permet de th&#233;oriser ce point de mani&#232;re effective et efficace. On l'avait &#233;voqu&#233; une fois au sujet de la lecture du livre de Jean-Christophe Bailly, &lt;i&gt;L'instant et son ombre&lt;/i&gt; sur l'&#233;tude compar&#233;e d'images de Talbot et d'Hiroshima autour de la question de l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'&#233;voque cette structure que de l'ext&#233;rieur par rapport au processus m&#234;me de la formation des images, c'est-&#224;-dire soit comme structure d'appel dans les relations entre images et r&#233;alit&#233;, (page 60), soit comme structure d'attente, attente suppos&#233;e, soit des personnages sur l'image, soit du spectateur, (page 114), soit enfin comme structure de connexion entre les attentes suppos&#233;es du spectateur et la puissance d'&#233;vocation de l'image singuli&#232;re, (page 126).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons donc de d&#233;gager cette structure d'attente et d'appel du contenu cognitif des images tel que Simondon le pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de Simondon a ceci d'efficace qu'elle nous conduit &#224; ne pas oublier ce qui nous fait, comment nous sommes fait, ce par quoi nous existons. Nous sommes d'abord non tant des animaux qu'un agr&#233;gat de cellules qui vivent, comme les humains et les animaux, des enjeux li&#233;s &#224; la survie, aux territoires et &#224; la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce &#224; quoi la vision sert, c'est, &#224; l'&#233;vidence, &#224; identifier l'autre, ce qui donc est au-dehors, ce qui peut &#234;tre un pr&#233;dateur, un &#233;l&#233;ment neutre ou un &#233;l&#233;ment semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc que nous avons pass&#233; un cap depuis la premi&#232;re partie. &#171; Nous &#187; sommes n&#233;s, nous parlons de la vision et des images telles qu'elles fonctionnent dans les premiers temps de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re la situation est donc la suivante, les cat&#233;gories ou si l'on veut les images mises en place lors de la gestation se trouvent maintenant dans la situation d'&#234;tre activ&#233;es en relation avec des objets, mais deux choses font largement encore d&#233;faut, l'objet comme entit&#233; ou &#233;l&#233;ment identifi&#233; et individu&#233; et le sujet comme individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait l'&#234;tre vivant qui voit est en train de se former, de devenir individu et sujet, mais il ne l'est pas encore. On tente ici de comprendre ce qui se passe dans ce moment-l&#224; de l'&#233;volution et ce &#224; quoi cela conduit en termes de fixations, d'acquisitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le champ de la premi&#232;re adaptation au milieu, tout est &#224; faire d&#233;couvrir le milieu, ce et ceux qui y vivent les dangers que cela repr&#233;sente et ce que l'individu &#224; venir est lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici l'objet n'est pas encore identifi&#233; en tant qu'individuel, reconnu comme &#233;tant cet objet-ci. &#187; (op. cit., p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation g&#233;n&#233;rale est celle d'un &#233;tat d'alerte permanent. Le chapitre va nous conduire de cet &#233;tat d'alerte permanent &#224; un &#233;tat stabilis&#233; dans un territoire et montre comment l'image se modifie durant ce changement de statut &#224; la fois du monde et de l'individu puisqu'il n'y a au fond qu'un seul point de vue dans l'existence en ce qui concerne la formation des images, celui de l'individu en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici l'image est exp&#233;rience. Mais ici c'est o&#249;, c'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce balancement entre deux types de moments et d'&#233;tats, car le moment et l'&#233;tat d'alerte permanents ne durent pas, ils sont in&#233;vitablement suivi de moments de repos, c'est-&#224;-dire de moments o&#249; &#224; la tension s'est substitu&#233;e d&#233;j&#224; une sorte d'espace concret mental, que Simondon appelle le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce balancement que na&#238;t ce que j'appellerai volontiers la spirale perceptive &#224; partir de laquelle quelque chose comme l'un des &#233;l&#233;ments essentiels &#224; la formation de la conscience peut se mettre en place, la spatialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle n'est pas donn&#233;e comme un espace mais sous la forme d'un balancement entre deux &#233;tats, dont l'un, &#233;tat de repos ou d'absence de peur due &#224; l'absence suppos&#233;e de danger est affubl&#233; par Simondon du nom de territoire. Il y a territoire lorsqu'il y a possibilit&#233; de s&#233;journer sans crainte et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce moment de repos qui constitue &#224; ses yeux le d&#233;clencheur d'une nouvelle activit&#233; qu'il dit &#234;tre proprement psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une autre mani&#232;re de donner &#224; ce qui deviendra la conscience, une gen&#232;se, une g&#233;n&#233;alogie, une histoire aussi bien au niveau ontog&#233;n&#233;tique que phylog&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus encore donc que cette g&#233;n&#233;alogie de la conscience, c'est donc cette spirale dont il dessine le fonctionnement page 64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est important, le mouvement de l'&#233;volution ne se fait pas du tout de mani&#232;re lin&#233;aire, mais bien par un jeu constant de mouvements de va-et-vient, d'avanc&#233;es et de reculs, de retours en arri&#232;re accompagn&#233;s de stabilisation. C'est &#224; la fois le processus de stabilisation qui est ici vis&#233; que le processus plus complexe d'identification &#224; partir de ce substrat en cours de constitution de captures plus affin&#233;es d'images plus pr&#233;cises qui seront assimil&#233;es par Simondon &#224; des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa d&#233;finition de l'image comme &#171; anticipation imm&#233;diate dans l'identification de l'objet &#187;, on voit se dessiner sous nos yeux le battement m&#234;me de la vie perceptive qui conduit des &#233;tats encore indistincts &#224; la formation d'une image pr&#233;cise, c'est-&#224;-dire stabilis&#233;e dans l'esprit et qui est assimil&#233;e &#224; un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De conduites motrices, on passe donc &#224; des conduites perceptivo-motrices. En d'autres termes, l'image &#224; ce stade est r&#233;ellement l'interface entre ce qui est en cours de formation dans l'esprit et ce qui vient agresser l'individu-cellule animal ou humain, vient donc entrer dans son champ de perception et lui fournir l'occasion de tester la validit&#233; des mod&#232;les implicites qu'il a d&#233;velopp&#233;s auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une situation de pur apprentissage de balancement entre erreurs et essais, de tests permanents de contr&#244;le tout aussi permanent des donn&#233;es re&#231;ues des r&#233;ponses apport&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La perception n'est donn&#233;e qu'en fin d'activit&#233;, &#233;crit Simondon, au moment de la consommation, chaque &#233;tape qui pr&#233;c&#232;de se fonde sur une &#233;bauche de perception qui est pr&#233;cis&#233;ment l'image : l'image est l'anticipation de l'objet &#224; travers des caract&#232;res potentiels plus riche que la saisie de l'objet identifi&#233;. &#187; (op. cit., pp. 65-66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe ici plus que la situation erreurs/essais par rapports aux stimulus envoy&#233;s par les d&#233;clencheurs, qui sont donc des &#171; pas encore objets &#187; situ&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur et qui viennent se manifester dans le champ perceptif, c'est le d&#233;calage entre une situation motrice et donc une image plus large, plus vaste mais tr&#232;s impr&#233;cise par rapport &#224; ce qui existe dans la r&#233;alit&#233; et qu'il va falloir, pour vivre, identifier, savoir reconna&#238;tre, apprendre donc &#224; identifier et &#224; reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cart est fondamental, c'est lui qui constitue &#224; proprement parler l'espace psychique ou plut&#244;t l'espacement dans lequel l'activit&#233; psychique va pouvoir se d&#233;velopper comme tentative d'une part de pr&#233;cision, de mise au point et d'autre part de cadrage et donc d'oubli ou d'occultation in&#233;vitable de ce qui n'est pas utile &#224; la reconnaissance et donc ne prendra pas place dans la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richesse de l'&#233;v&#233;nement et absence de pr&#233;cision informationnelle, telle est la situation pr&#233;-perceptive au cours de laquelle la perception va se constituer. Mouvement par essai et erreur, vers la pr&#233;cision de l'image, vers la constitution d'une stabilit&#233; permettant la reconnaissance de ce qui est venu du dehors dans le camp perceptif par un double mouvement visant &#224; l'identification &#171; d&#233;finitive &#187; de l'objet, tel est le fonctionnement du psychisme &#224; ce moment de l'&#233;volution de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi l&#224; la base de ce que l'on peut appeler la structure d'appel ou la structure d'attente de l'image qui fonctionnant en fait comme structure d'attente et d'appel, se trouve donc &#234;tre inh&#233;rente et constitutive du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce moment cl&#233; du texte est de d&#233;finir le cadre dans lequel cette articulation entre deux niveaux, entre deux moments est possible et s'effectue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage des images pr&#233;-perceptives, sensori-motrices &#233;labor&#233;es dans la nuit mentale de l'embryon aux images issues de la perception s'effectue par tout un jeu d'adaptation. C'est cet &#233;cart entre la structure vide des images pr&#233;-perceptives structure d'anticipation et le remplissage ou plut&#244;t l'adaptation de sch&#232;me impr&#233;cis &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une reconnaissance pr&#233;cise d'un objet et donc &#224; sa constitution comme objet, comme image d&#233;finie qui constitue l'espacement propre au psychisme, celui dans lequel il peut &#233;merger et se mettre &#224; exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu pour Simondon est de montrer que ce moment est un moment &#233;quivalent &#224; celui par lequel vont na&#238;tre par la suite les concepts. En fait, il tente de montrer que les &#171; concepts &#187;, ces images mentales d'un haut degr&#233; de pr&#233;cision, sont engendr&#233;s par un m&#233;canisme plut&#244;t pr&#233;coce dans le d&#233;veloppement de l'appareil perceptif et cognitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il distingue donc deux aspects parall&#232;les jouant sur deux niveaux diff&#233;rents, mais qui entretiennent entre eux des relations d'analogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images qui sont des &#171; anticipations perceptives de potentialit&#233;s &#187; sont &#171; des a priori permettant l'insertion de l'&#234;tre vivant dans son milieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres sont &#171; le r&#233;sultat d'une exp&#233;rience inductive donc des constructions a posteriori r&#233;sumant l'exp&#233;rience. &#187; (op. cit., p. 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant de ces images qu'elles sont la base des concepts, c'est-&#224;-dire &#171; des images enrichies et pr&#233;cis&#233;es par l'exp&#233;rience &#187;, on comprend que ce qui se passe est de l'ordre d'une perte de la largeur du cadre mais d'un enrichissement dans la pr&#233;cision du d&#233;tail. L'identification se fait sur un fond constitu&#233; comme une sorte de base immuable, c'est-&#224;-dire dont on est assur&#233; qu'elle ne se modifie pas de mani&#232;re constante. C'est ce qu'il appelait le territoire. C'est cette assurance qui lib&#232;re l'esprit pour l'investigation des d&#233;tails et un travail de pr&#233;cision dans l'analyse et la recomposition post-perceptive des &#233;l&#233;ments en une image compos&#233;e qui est d&#233;j&#224; un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces configurations stables permettent &#224; l'aperception d'&#234;tre efficace et suivie d'action d&#233;termin&#233;e m&#234;me lorsqu'elles ne s'adressent pas &#224; un individu d&#233;termin&#233;. [&#8230;] Ces configurations sont donc pour les conduites instinctives des analogues des concepts pour les conduites plus &#233;labor&#233;es fond&#233;es sur les apprentissages. &#187; (op. cit., p. 67).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. D&#233;clencheurs (releasers) et processus d'occultation (aveuglement et masque)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Appel ou attente correspondent &#224; des niveaux de production d'images diff&#233;rents, propres au niveau infra-perceptif et li&#233;s &#224; une situation qui est du point de vue moteur anticipation mais qui devient attente ou appel d&#232;s lors qu'a pu se former une image plus pr&#233;cise d'un objet. L'attente est appel implicite, l'appel peut &#234;tre identifi&#233; comme provenant de l'objet qui se comporte en effet &#171; comme si &#187; il voulait &#234;tre connu ou reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fonctionnement perceptif vient se glisser un m&#233;canisme entre les images pr&#233;-perceptives et les &#171; images con&#231;ues/per&#231;ues &#187;. Ce sont les d&#233;clencheurs, m&#233;canismes qui ont pour fonction de faciliter l'identification sur des bases &#224; la fois rapides et acquises. On ne prend pas en compte tout le processus d'identification mais seulement les choses acquises auxquelles sont rapport&#233;es seulement les &#233;carts, les diff&#233;rences, les &#233;l&#233;ments qui n'entrent pas dans l'image de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces d&#233;clencheurs peuvent fonctionner &#224; partir d'information qui sont &#233;mises et qui sont des leurres, c'est-&#224;-dire incitent &#224; r&#233;agir alors que l'objet n'est pas le bon et ont pour fonction de tromper, soit ont pour fonction de mettre en branle des r&#233;flexes acquis des identifications et de les faire jouer avec d'autres qui ne leur sont pas li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en remarquant page 68 que &#171; ces condensations sont possibles &#187;, Simondon rel&#232;ve ce qui constitue le double aspect &#171; magique &#187; de certaines images mentales et qui deviendra dans certaines images photographiques, de montage en particulier, une de leurs caract&#233;ristiques essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait magique de ces images, c'est d'exclure de leur fonctionnement le principe du tiers exclu, c'est-&#224;-dire d'associer des &#233;l&#233;ments perceptuels pas seulement li&#233;s au visible mais &#224; l'ensemble de l'appareil perceptif qui ne sont pas compatibles dans la r&#233;alit&#233;. Il s'agit moins de raison ici que de compatibilit&#233; &#171; r&#233;elle &#187;. Les images en tant que structure active ont donc ce pouvoir en nous de produire des associations &#171; de type magique &#187;, mais les images cr&#233;&#233;es par le cin&#233;ma par exemple ont aussi ce pouvoir qui n'est possible que parce qu'existe d&#233;j&#224; dans la structure interne de l'appareil perceptif cette possibilit&#233;. La dimension magique tient en fait &#224; l'incertitude ou &#224; l'&#233;cart qui existe entre structure d'attente et d&#233;cryptage de l'&#233;l&#233;ment qui entre dans le champ perceptif. Tant que l'identification n'a pas eu lieu, l'imagination pourrait-on dire peut continuer &#224; fonctionner et produire des rapprochements inexacts ou non l&#233;gitimes. Mais si cela est vite mis de c&#244;t&#233; dans le cas o&#249; l'apprentissage est li&#233; &#224; la survie, cela peut entra&#238;ner des d&#233;calages ou des condensations qui peuvent devenir eux-m&#234;mes des bases erron&#233;es pour des appr&#233;ciations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve l&#224; au point ou au niveau o&#249; se situe les d&#233;clencheurs de ce qui chez Barthes prendra le nom de Studium et de Punctum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que le propos de Simondon, ici, se d&#233;place et change de plan. Il &#233;voque l'association des champs individuels et collectifs dans la formation des images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que commence en g&#233;n&#233;ral l'analyse que l'on fait des images &#224; partir des clich&#233;s culturels des st&#233;r&#233;otypes. (op. cit., p. 70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe le plus, aujourd'hui, c'est de tenter de d&#233;terminer les fondements de cette structure d'attente et d'appel qui semble inh&#233;rente &#224; l'image ou aux images en tant qu'elles sont images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on a vu donc le lien entre images motrices et images d&#233;finies acquises par perception, il faut introduire un recours et un retour en arri&#232;re sur des cat&#233;gories primaires comme celles d'attraction et de r&#233;pulsion ou de r&#233;pulsion et d'appel comme le dit Simondon. Ces cat&#233;gories continuent &#224; fonctionner lors m&#234;me que l'on se trouve dans les niveaux plus &#233;labor&#233;s de perception. Page 71, il &#233;voque la question de la nouveaut&#233; et son aspect attrayant ou r&#233;pulsif. Mais ce que nous pouvons ici remarquer c'est que l'attente serait le nom du moment dans le fonctionnement implicite des sch&#232;mes issus des images motrices et l'appel, le nom du moment lorsque dans un &#233;tat stable quelque chose de nouveau appara&#238;t et remet en fonction l'&#233;tat de &#171; vigilance exalt&#233;e &#187; (op. cit., p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du paragraphe 3, page 72, nous permet de comprendre que nous n'en sommes qu'&#224; un degr&#233; encore peu important de complexit&#233;, certes, mais surtout qu'appara&#238;t une nouvelle dimension ou plut&#244;t un nouveau crit&#232;re non psychologique mais pourtant essentiel qui permet de distinguer entre facteurs discontinus et facteurs continus d'une part, facteurs marquant et facteurs apparemment peu pr&#233;gnants d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Coexistence de deux emplois de l'image intra-perceptive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Page 72, Simondon note donc la possibilit&#233; d'une telle coexistence de deux emplois de l'image intra-perceptive comme classe et comme d&#233;clencheur. L'une est tourn&#233;e vers le classement, la m&#233;moire, l'autre vers l'action. Entre les deux, cet &#233;cart que nous sommes ou plut&#244;t qui est le v&#233;ritable espace psychique, sa base en tout cas &#224; partir de laquelle il va se d&#233;ployer comme espace et comme machine &#224; trier classer et comme lieu de prise de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question est celle de l'existence de sauts brusques qui semblent remettre en marche des processus ant&#233;rieurs dans un moment o&#249; l'image perceptive est d&#233;j&#224; constitu&#233;e et o&#249; la r&#233;action instinctive n'est plus instinctive mais est du m&#234;me type lors m&#234;me qu'elle est bas&#233;e sur des images per&#231;ues. (op. cit., p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve devant un autre aspect essentiel de la structure d'appel cette fois, et qui tient en ceci que certains &#234;tres &#171; sont porteurs de patterns perceptifs qui stimulent telle ou telle cat&#233;gorie de r&#233;actions instinctives &#187; (op. cit., p.73). Simondon prend ici la question de la victime par rapport au pr&#233;dateur, mais on voit bien que l'enjeu est plus vaste. &#171; Un certain pouvoir d'appel des gestes d&#233;lictueux &#187; la formule est s&#233;duisante et limit&#233;e. En fait il y a un certain pouvoir d'appel de gestes et si l'on saute un instant dans le monde des images mat&#233;rielles et qu'on pense &#224; la mani&#232;re que l'on a de percevoir et lire des photographies, on voit bien qu'il y a un certain pouvoir d'appel de certaines images mat&#233;rielles qui touchent en nous d'autres images, d'autres m&#233;canismes imageants et d'autres zones que celles qui semblent lisibles sur l'image m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'id&#233;e que l'on est une structure &#224; couches ou &#224; niveaux s'impose d'elle-m&#234;me comme il le remarque et non pas un sujet monolithique (op. cit., p.74).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Signal - Signe &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but de la seconde partie est tr&#232;s important. Nous sommes pass&#233;s &#224; un niveau de complexit&#233; sup&#233;rieur et le cerveau ne travaille plus par assimilation, erreur et acceptation mais par comparaison a minima entre donn&#233;es enregistr&#233;es et aspects non encore connus dans ce qui advient, arrive ou appara&#238;t, comme le montrent les pages 74 et 75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est la comparaison, la saisie d'informations nouvelles et la d&#233;cision. Nous sommes d&#233;j&#224; dans un fonctionnement psychique complexe. Mais le v&#233;ritable enjeu de ce moment c'est sans doute la mani&#232;re dont s'articulent les formes d'un continuum et les brisures de ce continuum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; nous voyons se mettre en place tout un syst&#232;me de substitution qui est celui des images perceptives qui vient remplacer le syst&#232;me moteur tout en s'appuyant sur lui mais en prenant en charge de nouveaux probl&#232;mes et en r&#233;duisant son impact sur les d&#233;cisions, les choix, les classements de donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Simondon avance page 76, c'est l'acquisition d'un point majeur. Puis il poursuit en disant que &#171; l'image suppose donc un code de transformation de l'objet, une formule de potentialit&#233; permettant de pr&#233;voir les transformations des signaux re&#231;us en fonction de l'entourage et de l'action en cours. &#187; (op. cit., p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait cette fois revenir avec pr&#233;cision sur le Punctum et le Studium. En tout cas ce qui est certain, c'est que ces &#233;l&#233;ments barth&#233;siens rel&#232;vent de cat&#233;gories li&#233;es aux m&#233;canismes de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point suivant, l'image dans la perception diff&#233;rentielle est important en ce qu'il nous pr&#233;sente la mani&#232;re dont se constituent ces deux &#233;l&#233;ments cl&#233; de toute repr&#233;sentation, la figure et le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La page 77 montre le moment de l'apparition et de la constitution comme une sorte d'image r&#233;elle, pourrait-on dire, de l'objet ext&#233;rieur per&#231;u et donc de l'ensemble des donn&#233;es des compossibilit&#233;s acquises par l'exp&#233;rience. Mais nous restons l&#224; encore dans un sch&#233;ma d'action ou d'activit&#233;, car c'est d'un &#233;tat actuel de l'objet dont parle Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un balancement constant se fait donc en nous dans les m&#233;canismes de la perception entre ce qui est li&#233; &#224; des apprentissages sp&#233;cifiques et ce qui rel&#232;ve des m&#233;canismes profonds moteurs et perceptifs. Dans un cas, une grande g&#233;n&#233;ralit&#233; mais un manque de d&#233;tails, dans l'autre une capacit&#233; &#224; percevoir les d&#233;tails en faisant du reste un fond, une sorte d'image globale sch&#233;matique mais discriminante permettant pr&#233;cis&#233;ment de capter les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux se met en place un syst&#232;me de masques, c'est-&#224;-dire le fait que l'on peut confondre les plans ou les niveaux, passer de l'un &#224; l'autre sans le percevoir et faire jouer des crit&#232;res dans un champ qui n'est pas le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On pourrait dire ainsi qu'ici c'est une source essentielle de la servitude volontaire qui se d&#233;voile et en tout cas une source de la difficult&#233; &#224; &#233;chapper au pi&#232;ge des images mat&#233;rielles qui &#224; la fois &#171; sont &#187; cela et font fonctionner en nous de tels m&#233;canismes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cadrage entre l'image et les donn&#233;es de la perception (p. 79) constitue la structure d'attente et d'appel, structure qui va jouer un r&#244;le majeur au-del&#224; de ce moment cl&#233; dans la formation de notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon en arrive &#224; cette formule &#233;trange mais parlante puisqu'il y distingue l'image comme substrat moteur et la perception comme action de capture d'un objet non reconnu et qui donne &#224; voir cet &#233;cart essentiel entre les deux niveaux que sont le niveau moteur et le niveau perceptif : &#171; l'image seule est aussi obscure que la perception sans le secours de l'image. &#187; (op. cit., p. 80).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fin de ce paragraphe qu'il pr&#233;cise un autre aspect de la structure d'appel inh&#233;rente au fonctionnement psychique, mais cette fois &#224; un autre niveau, entre images constitu&#233;es, mat&#233;rielles donc, et images mentales con&#231;ues comme ensemble de sch&#232;mes porteurs de compossibilit&#233;s mais actif dans une certaine ind&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc d&#233;finir la structure d'appel de l'image comme le renvoi au fond d'images ou &#224; des images du fond lors de la perception d'un &#233;v&#233;nement quelconque nouveau non-d&#233;fini. Ce qui se met en marche &#224; ce moment c'est une sorte de m&#233;canisme qui tournerait un peu &#224; vide, une sorte d'imagination sinon sans support du moins sans enjeu et qui se d&#233;ploierait dans le champ mental sans qu'il y ait n&#233;cessit&#233; de revenir au choix ou &#224; la d&#233;cision de l'identification et donc de l'inclusion ou de l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes un signal fait fonctionner l'esprit mais ne constituant pas un signe il n'y a pas de n&#233;cessit&#233;, soit de d&#233;clencher des r&#233;flexes vitaux, soit de classer et trier l'&#233;v&#233;nement nouveau qui est apparu. C'est en gros l'&#233;tat constant de notre perception en un sens qui se contente de passer au crible les micro-diff&#233;rences mais n'est pas confront&#233;e &#224; des brisures majeures. Le continuum l'emporte sur la discontinuit&#233; et nous avan&#231;ons sur un fleuve tranquille sans trop de difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Le retard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ici renvoyer en fait &#224; Duchamp, au retard en verre de Duchamp, qui comme nous le savons a travaill&#233; essentiellement sur ce point majeur qui &#233;tait celui des diff&#233;rences entre niveaux de perception pour le dire simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retard donc qui est li&#233; au diff&#233;rentiel et &#224; la d&#233;rivation entre per&#231;u et image de fond qui permet d'&#233;valuer le nouveau, le retard est donc une sorte d'espace-temps qui est en m&#234;me temps un m&#233;canisme mental propre &#224; la structure d'appel ou qui en r&#233;v&#232;le l'existence en ceci qu'il est possible justement d'intervenir dans cette structure pour qu'elle fonctionne sans trop d'erreur. L'image devient alors un auxiliaire de la perception comme l'&#233;crit Simondon, montrant ainsi que l'image dont il parle est un processus complexe dont la plasticit&#233; est essentielle et parall&#232;le &#224; celle du cerveau (op. cit., p. 81).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. En chemin vers la subjectivit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Simondon op&#232;re un saut important dans cette troisi&#232;me partie puisque nous nous retrouvons &#224; examiner des processus perceptifs qui incluent cette fois d&#233;finitivement l'existence du sujet ou disons de la structure subjective, de la subjectivit&#233;, dans les interpr&#233;tations de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne le dit pas de mani&#232;re th&#233;orique mais c'est assez clair, la dimension subjective se constitue par un effet miroir, une sorte de feedback de la projection qui est le fondement de la dimension neuro-motrice du fonctionnement mental, feedback qui fait que l'attente se d&#233;veloppe dans le sujet comme attente de quelque chose et que l'objet peut se trouver investi par empathie (Einf&#252;hlung) d'une propri&#233;t&#233; qui n'est pas incluse en lui mais qui peut &#234;tre extraite apr&#232;s avoir &#233;t&#233; projet&#233;e par l'esprit subjectif dont on peut dire qu'il se constitue dans son efficience en tout cas &#224; ce moment-l&#224; au cours de cette partie-l&#224; du processus. LA lecture de la page 82 le montre avec clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas de savoir s'il est vrai que l'objet se modifie ainsi, mais de v&#233;rifier qu'il le fait bien pour l'esprit subjectif, que c'est en tout cas per&#231;u ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction et l'existence de ces formes imaginaires, comme les nomme Simondon, doivent pouvoir &#234;tre v&#233;rifi&#233;es, mais si cela est, on se trouve face &#224; une dimension nouvelle du fonctionnement des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela va bien s&#251;r plus loin que de simples jeux avec des signaux de reconnaissance. Il s'agit d'une projection globale sur le r&#233;el des perceptions implicites qui affectent et constituent le vivant en tant que tel, qui est travers&#233; de tensions de forces comme le montre n lecture attentive de la page 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; encore ce que l'on a vu se mettre en place dans La chambre claire et que Tisseron remarquait lorsqu'il &#233;voquait sinon un animisme de Barthes, du moins quelque chose qui y ressemblait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici &#224; la source de cet animisme, c'est-&#224;-dire de cette projection qui implique qu'il n'est pas possible pour l'esprit qui projette de NE PAS retrouver dans l'objet ou l'image les caract&#233;ristiques que le sujet y projette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La page 84 est particuli&#232;rement int&#233;ressante en ceci qu'elle &#233;voque pour la premi&#232;re fois la photographie et que nous faisons face &#224; la question de ce qui, dans la perception, fait image. Nous sommes en train de voir se constituer dans le discours de Simondon ce qu'il en est de l'image mat&#233;rielle qu'est par exemple une photographie. Elle n'est cependant pas appr&#233;hend&#233;e en fonction de ce qui appara&#238;t sur l'image, disons des objets ou un paysage par exemple ou d'un visage, mais bien encore &#224; un niveau infra-perceptif, &#224; partir de composants perceptuels qui sont au fond des jeux entre des masses et des densit&#233;s, entre des d&#233;tails et des ensembles, entre une enveloppe ou des enveloppes et des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe c'est donc le jeu qui existe entre le niveau mol&#233;culaire et le niveau des formes ou le niveau molaire, comme disaient Deleuze et Guattari, qui ont manifestement emprunt&#233; &#224; Simondon cette distinction essentielle de niveau et de fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; les r&#233;versibilit&#233;s, c'est-&#224;-dire les effets de confusion possible ou d'&#233;change perceptif entre image de fond et forme &#233;mergente, Simondon &#233;voque donc, page 85, une nouvelle dimension de l'image mentale qui est le &#171; faire image &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas d'image en ce sens, mais toujours un faire image. Ce qui pose sans doute probl&#232;me avec la perception et la r&#233;ception de la photographie, c'est qu'il y a une image en effet qui est comme sortie du processus constant de notre perception qui est, elle, un &#171; faire image &#187; constant et qui n'op&#232;re jamais de v&#233;ritable arr&#234;t sur image puisqu'elle ne peut pas extraire mat&#233;riellement l'image du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie est cette op&#233;ration psychique mentale impossible ou plut&#244;t improbable qui est devenue r&#233;alit&#233; et c'est sans doute pour cela qu'elle a &#233;t&#233;, qu'elle a d&#251; &#234;tre, re&#231;ue comme quelque chose de miraculeux, comme quelque chose de magique, comme quelque chose qui devait pour &#234;tre acceptable &#234;tre saisie dans des cat&#233;gories qui au fond laissaient de c&#244;t&#233; la r&#233;alit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne. D'ailleurs il n'&#233;tait pas d&#233;crit &#224; cette &#233;poque pas comme aujourd'hui en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc d&#233;sormais dans le monde de l'action perceptive qui est purement cognitive qui permet de rep&#233;rer des formes, des figures, d'identifier des objets, bref c'est maintenant le faire image dans toutes ses composantes qu'analyse Simondon. Ce faire image consiste en un mouvement complexe par lequel une figure finit par se d&#233;tacher d'un fond. Mais cette dimension subjective n'est pas &#224; confondre avec ce que nous entendons par subjectif. Il s'agit l&#224; encore d'un niveau de perception qui se base sur des interpr&#233;tations de signaux, sur un jeu de diff&#233;rences entre des r&#233;gularit&#233;s qui sont l'&#233;quivalent du territoire du d&#233;but qui constituent une sorte de stabilit&#233; sur laquelle, &#224; partir de laquelle, vont venir se d&#233;tacher &#224; cause de l'existence d'irr&#233;gularit&#233;s ou de pr&#233;sences de formes inattendues quelque chose qui va faire image. C'est-&#224;-dire que quelque chose va se d&#233;tacher du fond pour en quelque sorte sinon surgir du moins venir se poser sur le devant du fond et agir ainsi de mani&#232;re plus pr&#233;gnante sur l'appareil perceptif. C'est cela le faire image et la pr&#233;gnance est cet effet par lequel quelque chose devient image au sens courant du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est en ce point, page 87, que l'on retrouve le tissage intense et intime des projections culturelles humaines et de la r&#233;alit&#233; en un mixte unique et pr&#233;gnant globalement qui fonctionne &#224; la fois comme signal et comme signe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. Tendances dans l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier chapitre de cette partie est singulier. Simondon y aborde les pratiques artistiques et certains courants de son &#233;poque. On se trouve &#224; l'&#233;vidence dans un questionnement qui n'est plus le n&#244;tre mais il faut faire attention &#224; certains aspects de son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce qu'il &#233;voque c'est la confrontation entre le fond de formes naturelles, si l'on peut dire, et les formes n&#233;o-g&#233;om&#233;triques en tout cas le r&#233;servoir de formes invent&#233;es par l'homme et qu'il tente d'inscrire sur ou dans la mati&#232;re dont il informe la mati&#232;re donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il distingue donc un art synth&#233;tique d'un art analytique, un art qui ajoute &#224; un art qui se glisse en quelque sorte dans les interstices du r&#233;el pour le transformer presque de l'int&#233;rieur. Il note ainsi que &#171; cette esth&#233;tique analytique correspond &#224; une perception implicite de l'op&#233;ration des choses. &#187; (op. cit., p. 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une posture l&#224; encore de feedback puisque la projection sert non plus &#224; projeter des &#233;l&#233;ments issus du sujet sur la r&#233;alit&#233;, mais apr&#232;s avoir pris en compte cette projection, &#224; consid&#233;rer les productions humaines en fonction ou dans leur relation avec les formes de la nature ou avec les conditions que la nature impose, dans l'exemple des t&#244;les pour le train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle image, un nouveau stade de l'image est ainsi en train de se constituer : &#171; On peut nommer image ce style commun &#224; la configuration d'ensemble et &#224; l'&#233;l&#233;ment. &#187; (op. cit., p. 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve en acte quelque chose qui rel&#232;ve encore et toujours de la double structure d'appel et d'attente et &#171; l'image est la rencontre r&#233;elle du postulat des &#233;l&#233;ments et du postulat de l'ensemble en une axiomatique perceptive de compatibilit&#233;. &#187; (op. cit., p. 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse et le rapprochement entre baroque et optical art est assez singuli&#232;re. Ce qui nous importe ici c'est de relever les derni&#232;res d&#233;finitions de l'image c'est-&#224;-dire les derni&#232;res fonctionnalit&#233;s que rep&#232;re Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art analytique permet de mettre &#224; jour une image &#171; qui n'est pas mat&#233;rielle et qui fait le pont entre les textures et la configuration. &#187; (op. cit., p. 91). L'enjeu est en fait ici de montrer l'existence de liens entre nature et technicit&#233; ou l'enjeu est celui d'un couplage dont Simondon dit qu'il est l'image intra-perceptive &#171; entre la dimension de l'ensemble int&#233;gr&#233; au monde et les micro-structures de l'ouvrage humain &#187; (op. cit., p. 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette stabilit&#233; de l'image comme op&#233;ration commune de la texture et de la configuration &#187; tel est le dernier aspect propos&#233; dans ce chapitre par Simondon. En fait nous nous trouvons devant la tentative d'exprimer la mani&#232;re dont le sujet et le monde pour parler un vocabulaire assez ancien en philosophie s'articulent l'un &#224; l'autre. Il y a porosit&#233;, il y a &#233;change, il y a action et r&#233;action sans fin comme si l'image ici &#233;tait &#224; la fois une r&#233;alit&#233; insaisissable comme objet, mais connaissable &#224; travers son r&#244;le dans l'&#233;change ou les &#233;changes entre le sujet en cours de constitution et le monde en cours d'identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre visait donc &#224; d&#233;finir l'image intra-perceptive qui est &#171; couplage de deux syst&#232;mes sujet et monde &#187; et plus encore &#171; point cl&#233; d'insertion dans le monde de ce couplage &#187; (op. cit., p. 92).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le point majeur pour notre recherche me semble donc d'avoir pu rep&#233;rer de mani&#232;re plus directe cette structure d'attente et d'appel. Elle constitue ou est &#224; la base du mouvement r&#233;ciproque qui fait que quelque chose du sujet s'avance vers le monde et que quelque chose du monde s'inscrit dans le sujet, participant &#224; sa constitution comme sujet et lui permettant de se retrouver dans le monde, de s'en faire un territoire dans et &#224; partir duquel il peut continuer &#224; d&#233;ployer les arcanes de son psychisme, de sa puissance imageante et de son intelligence. Nous le verrons par la suite, ce psychisme va se r&#233;v&#233;ler capable de concevoir des images sans r&#233;f&#233;rences &#224; une sensation ou &#224; une exp&#233;rience perceptive, c'est-&#224;-dire &#224; l'existence r&#233;elle ou suppos&#233;e d'un objet situ&#233; dans l'espace r&#233;el et que Simondon appellera symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette structure d'attente-appel, il faudra y revenir en retravaillant Barthes par exemple ou &#224; partir du texte de Bailly. Je tenterai en juin de faire une synth&#232;se des propositions possibles pour une red&#233;finition de l'image &#224; partir de bases nouvelles qui ne s'appuient plus sur les seuls concepts traditionnels de la philosophie mais qui prennent en compte &#224; la fois leur d&#233;valuation, une analyse de l'image &#224; partir de ses fonctions dans la structure du vivant et l'existence des nouvelles images, celles issues de la vid&#233;o en particulier, dont la r&#233;alit&#233; met en question des conceptions par trop limit&#233;es de l'image en nous offrant dans leur mat&#233;rialit&#233; m&#234;me des preuves d'une plasticit&#233; nouvelle plus proche du fonctionnement r&#233;el du cerveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV - Images mentales - images techniques</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-IV-Images</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-IV-Images</guid>
		<dc:date>2010-01-12T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La lecture de Gilbert Simondon s'impose &#224; nous de mani&#232;re &#233;vidente si l'on prend en compte le travail que nous avons effectu&#233; depuis pr&#232;s de cinq ans. Il a &#224; la fois pour but de penser l'image ou les images, leur statut et leur diversit&#233;, leur fonction et leurs effets, et &#224; travers elles de penser l'&#233;volution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire des relations que les hommes entretiennent entre eux et avec les milieux qui les enveloppent.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L100xH150/arton137-254ac.jpg?1772206506' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lecture de Gilbert Simondon s'impose &#224; nous de mani&#232;re &#233;vidente si l'on prend en compte le travail que nous avons effectu&#233; depuis pr&#232;s de cinq ans. Il a &#224; la fois pour but de penser l'image ou les images, leur statut et leur diversit&#233;, leur fonction et leurs effets, et &#224; travers elles de penser l'&#233;volution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire des relations que les hommes entretiennent entre eux et avec les milieux qui les enveloppent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gilbert Simondon : Les images et le vivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lecture de Gilbert Simondon s'impose &#224; nous de mani&#232;re &#233;vidente si l'on prend en compte le travail que nous avons effectu&#233; depuis pr&#232;s de cinq ans. Il a &#224; la fois pour but de penser l'image ou les images, leur statut et leur diversit&#233;, leur fonction et leurs effets, et &#224; travers elles de penser l'&#233;volution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire des relations que les hommes entretiennent entre eux et avec les milieux qui les enveloppent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image nous est apparue comme &#233;tant un &#233;l&#233;ment concentrant en lui l'essentiel des questions et des enjeux qui s'offrent &#224; nous aujourd'hui. On peut les r&#233;sumer &#224; quelques termes, notions ou concepts, comme ceux d'information, d'appareil, de magie, d'affectivit&#233;, de fonctionnaire. Mais au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments, nous avons abord&#233; un partage plus important, temporel celui-ci, qui nous a conduit &#224; la suite de Vil&#233;m Flusser &#224; penser l'&#233;volution &#171; r&#233;cente &#187; de l'homme pour laquelle nous disposions de donn&#233;es factuelles fussent-elles limit&#233;es, et de donn&#233;es conjecturales importantes, en trois moments, pr&#233;histoire, histoire et post-histoire. &#192; ces trois temps r&#233;pondent, par un jeu d'&#233;cho et de correspondances analogiques et d'une mani&#232;re assez pr&#233;cise, les moments de l'&#233;volution ontog&#233;n&#233;tique et phylog&#233;n&#233;tique qui servent de base &#224; la pens&#233;e de Gilbert Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut les r&#233;sumer par trois moments, le moment pr&#233;-individuel, le moment individuel se composant d'un processus d'individuation et d'individualisation et le moment trans-individuel. Ce troisi&#232;me moment ne se limite pas au seul terme de collectif, mais &#233;voque la multiplicit&#233; des relations &#233;tablies entre les hommes, et entre les hommes et leurs milieux. Il englobe le passage &#224; un niveau d'organisation plus complexe dans lequel l'individu se trouve et se sait embarqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons pour l'essentiel trait&#233; des images en les prenant dans leur mat&#233;rialit&#233;, qu'elles soient photographies, images vid&#233;o ou cin&#233;matographiques, si nous avons parfois &#233;voqu&#233; les processus psychiques associ&#233;s &#224; la perception et &#224; la compr&#233;hension des images, nous n'avons pas encore et de loin mis le pied sur ce continent pourtant premier qui est celui de la formation des images, c'est-&#224;-dire non pas tant le cerveau pris isol&#233;ment que l'&#234;tre vivant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport majeur de Gilbert Simondon dans cette recherche, tient en ce qu'il lui est apparu n&#233;cessaire d'envisager le vivant, et disons essentiellement l'&#234;tre humain, non tant comme entit&#233; ou sujet constitu&#233;, un moi, un sujet et une conscience, fut-elle dot&#233;e d'un inconscient, que comme un processus en constante &#233;volution de la conception &#224; la mort. Dot&#233; de capacit&#233;s motrices se mettant &#224; fonctionner d&#232;s les premiers instants de la conception, un &#234;tre vivant, d&#233;j&#224; au stade de f&#339;tus en particulier, est susceptible d'activit&#233;s qui ne r&#233;pondent &#224; aucun contact avec le monde ext&#233;rieur et ne peuvent qu'&#234;tre d&#233;crites en termes d'activit&#233;s internes auto-produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces activit&#233;s motrices concernent en particulier le fonctionnement c&#233;r&#233;bral et ce que l'on peut d&#233;j&#224; nommer la production spontan&#233;e d'images dont nous pr&#233;ciserons par la suite le statut. Ainsi, ce sur quoi ne cesse d'insister Gilbert Simondon c'est pr&#233;cis&#233;ment de ne jamais oublier l'existence et la fonction, voire la constante r&#233;troaction des moments les plus anciens et des m&#233;canismes qui le conditionnent. Il faut insister sur ce qu'on pourrait appeler une lecture g&#233;n&#233;alogique de la constitution et du fonctionnement de la vie, et pour ce qui nous concerne de la pens&#233;e humaine. Mais aussi sur le fait que le vivant est en perp&#233;tuel changement, mouvement, d&#233;veloppement et constante transformation. Il faut enfin prendre acte de ce qu'une telle conception du vivant et de la pens&#233;e met en question. Il y a trois points majeurs qui fondent globalement la philosophie ou sur lesquels elle s'appuie pour asseoir ses &#233;nonc&#233;s et auxquels une telle conception du vivant de la pens&#233;e rapport&#233;e &#224; ses conditions mat&#233;rielles et biologiques s'oppose directement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le premier est une conception de l'image comme pure passivit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le second une conception du sujet comme substance et partant comme port&#233; par un pattern suppos&#233; immuable.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le troisi&#232;me une conception de la forme comme donation et imposition du dehors d'un sch&#232;me &#224; une mati&#232;re con&#231;ue comme neutre et passive.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En partant du vivant, pour comprendre ce qu'est la pens&#233;e et comment elle fonctionne, il est impossible de s'en tenir &#224; l'un ou l'autre de ces points qui sont sous des formes vari&#233;es se retrouvent dans la plupart des grands courants philosophiques o&#249; ils ne sont gu&#232;re que rarement et partiellement interrog&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces trois points, Gilbert Simondon va opposer : une conception de l'image comme fonction, une conception du sujet comme &#233;volution constante et une conception de la forme comme d&#233;ploy&#233;e &#224; partir des sch&#232;mes internes au vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individuel est pens&#233; &#224; partir d'un pr&#233;-individuel et tend vers un trans-individuel. Ce que l'on nomme sujet n'est qu'un &#233;tat du processus et un moment fort singulier de l'&#233;volution. Cet &#233;tat se divise d'ailleurs entre deux dimensions, deux plans, celui de l'individuation qui est le fait, que m&#234;me dans une colonie de fourmis ou d'oiseaux, chacun a une existence particuli&#232;re, chacun est individu et l'individualisation, qui elle est le propre d'un processus qui permet &#224; cet individu de dire je et d'exister comme sujet. Et l'individu ne pouvant exister sans les autres, il est essentiel de replacer en permanence l'individu dans les diff&#233;rents cadres qu'il occupe et de l'inscrire dans le jeu des relations qui lui permettent d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie : Introduction g&#233;n&#233;rale &#224; la pens&#233;e de Gilbert Simondon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est au livre de Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my que j'emprunte ces &#233;l&#233;ments qu'il me semble imp&#233;ratif d'&#233;noncer pour saisir le cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel va venir s'inclure cette r&#233;flexion sur l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument en phase avec la pens&#233;e de son temps, et plut&#244;t que de singer par des m&#233;taphores faciles le discours scientifique, Gilbert Simondon va au contraire tenter de tirer les cons&#233;quences pour la pens&#233;e, non pas de telle ou telle d&#233;couverte en particulier, mais bien du changement de paradigme qu'a impliqu&#233; la d&#233;couverte de la physique quantique d'une part, et des th&#233;ories de l'information d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi comme le note donc Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my, trois notions sont au c&#339;ur de cette r&#233;volution philosophique qu'accomplit Gilbert Simondon, celle de relation, qu'il oppose &#224; celle de substance, celle d'individu auquel il fait perdre son unit&#233; patriarcale au profit d'une th&#233;orie des phases de l'&#234;tre, et l'application de cette th&#233;orie des phases aux diverses modalit&#233;s de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a. L'individu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un point de vue g&#233;n&#233;ral c'est autour de la notion d'individu que tourne l'ensemble du probl&#232;me. Que sommes nous ? Telle semble &#234;tre la question plut&#244;t que qui sommes nous ? Qui elle suppose d&#233;j&#224; la reconnaissance de notre existence comme sujet. Nous r&#233;pondrions ais&#233;ment que nous sommes des individus, sous entendant ainsi que nous avons de ce &#171; que &#187; ou de ce &#171; qui &#187; une saisie unifi&#233;e bas&#233;e sur l'id&#233;e d'une stabilit&#233; de l'&#234;tre qui le constitue. Cet individu est bien ce qu'interroge Gilbert Simondon et &#224; travers lui l'ensemble de notre syst&#232;me de connaissance qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre un immense montage de croyances toutes plus loufoques les unes que les autres d&#232;s lors qu'on les rapporte aux champs actuels de nos connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une citation de Gilbert Simondon suffira &#224; montrer &#224; la fois ce qu'il pense et comment il pense.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; B p.18-19 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que l'essentiel de la m&#233;thode de Gilbert Simondon, celle qu'il va utiliser donc pour parler de l'image est pr&#233;sent&#233;e ici : prendre acte que chaque &#171; chose &#187; est prise dans un processus, analyser les commencements ou les conditions de possibilit&#233; de l'&#233;mergence d'un tel processus, ne jamais consid&#233;rer qu'un processus puisse &#234;tre clos et ne jamais oublier que les conditions de d&#233;part continuent &#224; agir tout le long de l'&#233;volution, m&#234;me lorsque l'&#233;tat atteint peut &#234;tre d&#233;crit comme stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d'entr&#233;e pourquoi il va s'int&#233;resser &#224; l'image non pas comme entit&#233; culturelle, chose ou objet, mais comme processus mental, &#224; partir de lui et jamais ind&#233;pendamment de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b.	La physique quantique et la d&#233;substantialisation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rentrer dans des d&#233;tails qui nous entra&#238;neraient trop loin, il est bon de rappeler que la physique quantique a pour effet de mettre en question ce qui est d&#233;sormais &#224; prendre comme une croyance, l'existence en chaque &#234;tre, en chaque individu, de quelque chose de stable et d'immuable, d'une substance si l'on tourne le regard du c&#244;t&#233; de la mati&#232;re, d'une essence si l'on tourne le regard du c&#244;t&#233; de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En montrant que nous sommes constitu&#233;s d'atomes qui sont eux-m&#234;mes des entit&#233;s non absolument stables et qui ne trouvent une relative stabilit&#233; que par les relations qu'ils entretiennent entre eux, comme il en va pour les &#233;l&#233;ments qui les composent, la physique quantique montre que ce que l'on nomme l'&#234;tre est une sorte de fantasme r&#233;parateur permettant de masquer le trouble que provoque en nous l'id&#233;e de notre devenir, l'id&#233;e que nous soyons de toujours pris dans un mouvement continu de transformation dont nous savons aujourd'hui qu'il est aussi &#224; l'&#339;uvre dans le champ biologique comme l'a montr&#233; Ameisen dans son livre sur le suicide cellulaire, &lt;i&gt;La sculpture du vivant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#234;tre &#233;tait implicitement suppos&#233; en &#233;tat d'&#233;quilibre stable ; or l'&#233;quilibre stable exclut le devenir &#187; &#233;crit Gilbert Simondon. Autrement quelque chose comme une telle conception de la pens&#233;e comme recherche de qui &#233;chapperait &#224; tout corruption de ce qui serait non seulement marqu&#233; mais incarnerait un &#233;quilibre stable est non seulement, d&#233;finitivement discr&#233;dit&#233;, mais rendu impossible ou plut&#244;t doit &#234;tre neutralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend par exemple ce terme essentiel en philosophie moderne, celui de ph&#233;nom&#232;ne, on pourra comprendre la distance prise par rapport &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie. En effet, en lecteur de Louis de Broglie, Gilbert Simondon notera que &#171; c'est l'individu qui porte l'instrument par lequel s'&#233;tablit la relation &#187;, il utilise des termes que Niels Bohr, n'aurait pas reni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Niels Bohr, 1885-1962, Prix Nobel de physique en 1922 est le d&#233;couvreur / inventeur de la structure de l'atome. Il publie en 1913 un mod&#232;le de la structure de l'atome mais aussi de la liaison chimique dans une s&#233;rie de trois articles dans la revue &lt;i&gt;Philosophical Magazine&lt;/i&gt;. Cette th&#233;orie pr&#233;sente l'atome comme un noyau autour duquel gravitent des &#233;lectrons, les orbites les plus &#233;loign&#233;s du noyau comprenant le plus d'&#233;lectrons, ce qui d&#233;termine les propri&#233;t&#233;s chimiques de l'atome. Les &#233;lectrons ont la possibilit&#233; de passer d'une couche &#224; une autre, &#233;mettant un quantum d'&#233;nergie, le photon. Cette th&#233;orie est &#224; la base de la m&#233;canique quantique. Albert Einstein s'int&#233;resse de tr&#232;s pr&#232;s &#224; cette th&#233;orie d&#232;s sa publication. Ce mod&#232;le est confirm&#233; exp&#233;rimentalement quelques ann&#233;es plus tard.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon d&#233;finit selon Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my en effet le ph&#233;nom&#232;ne &#171; comme le syst&#232;me form&#233; par le r&#233;el mesur&#233; et l'instrument de mesure. &#187; (Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my, op. cit., p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir aborder l'image comme un ph&#233;nom&#232;ne ainsi con&#231;u, il ne faut pas voir l'image comme un objet ou une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, mais comme une r&#233;alit&#233; mentale, une fonction et un processus. Pour Gilbert Simondon, l'image ne sera donc pas un &#171; objet &#187; mental, mais bien un ensemble d'&#233;tats pris dans un devenir incessant et donc susceptibles de conna&#238;tre des formes, des actualisations fort diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c.	Approche g&#233;n&#233;alogique, m&#233;taphore et analogie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;ritable philosophie premi&#232;re n'est pas celle du sujet, ni elle de l'objet, ni celle d'un dieu ou d'une Nature recherch&#233;e selon un principe de transcendance ou d'immanence, mais celle d'un r&#233;el ant&#233;rieur &#224; l'individuation. &#187; (Gilbert Simondon, &lt;i&gt;in Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my, op. cit., p. 35&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec Vil&#233;m Flusser comment partager l'histoire r&#233;cente de l'humanit&#233; en trois grands moments, pr&#233;historique, historique et post-historique. Le moment pr&#233;historique consiste en un &#233;tat de l'homme dans lequel d'une certaine mani&#232;re le sujet, ou la conscience n'existaient pas, en tout cas sous la forme qu'ils ont pour nous ou en nous aujourd'hui et le moment post-historique pouvant lui correspondre &#224; une &#233;poque qui voit se dissoudre la croyance en la primaut&#233; absolue de cette m&#234;me conscience. Le paradoxe de ce moment posthistorique c'est qu'il se trouve devoir prendre en charge ces &#233;tats ant&#233;rieurs &#224; la formation de l'histoire, du sujet et de la conscience. C'est ce &#224; quoi participe Gilbert Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici rappeler aussi les positions de Julian Jaynes qui postule que l'humanit&#233; &#233;tait donc jusqu'&#224; une &#233;poque r&#233;cente bicam&#233;rale (c'est-&#224;-dire vivant sur la base d'une structure psychique de type psychotique) et que l'invention de l'&#233;criture a modifi&#233; notre psychisme rendant possible l'&#233;mergence de la conscience &#224; partir de l'&#233;tablissement d'une pens&#233;e de type analogique. L'analyse de Julian Jaynes acquiert une pertinence accrue si on la met en relation avec celle de Gilbert Simondon, m&#234;me si l'on constate que la pens&#233;e de Gilbert Simondon malgr&#233; ses partis pris g&#233;n&#233;alogiques ne prend pas en charge l'hypoth&#232;se de Julian Jaynes, ce que nous tenterons de faire au cours de ces s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout est en perp&#233;tuel transformation comment alors arriver &#224; penser, comment la pens&#233;e humaine peut-elle appr&#233;hender le r&#233;el qui l'entoure et pr&#233;tendre &#224; la connaissance ? Elle doit s'adapter &#224; ce changement qui est en m&#234;me temps elle et en elle puisqu'il est la condition m&#234;me de la vie de celui qui pense. Il s'agit donc de donner ou plut&#244;t de redonner &#224; ce parall&#233;lisme de fonctionnement une nouvelle place dans l'approche m&#234;me de la pens&#233;e et ce parall&#233;lisme de fonctionnement ne peut &#234;tre que de type analogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si comme le dit Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my &#171; l'analogie est le mode de pens&#233;e propre &#224; la philosophie &#187;, il faut concevoir la pens&#233;e analogique comme &#171; celle qui rel&#232;ve des identit&#233;s de rapports et non des rapports d'identit&#233; &#187; &#233;crit Gilbert Simondon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;habilitation de l'analogie se fait par une distinction d'avec la m&#233;taphore. L'analogie commence avec la science, il faudrait dire qu'elle commence la science. La m&#233;taphore si l'on s'en tient &#224; une approche qui la relie aux figures de rh&#233;torique est un ph&#233;nom&#232;ne d'importance seconde dans la constitution de la pens&#233;e scientifique, mais on peut en faire la base m&#234;me de l'analogie ou plut&#244;t la confirmation de l'importance de la pens&#233;e analogique. Mais si l'on suit Julian Jaynes qui &#233;crit que &#171; la m&#233;taphore n'est pas une simple particularit&#233; du langage. Elle est le sol m&#234;me qui constitue le langage &#187; (op. cit., p. 63), on s'aper&#231;oit que la pens&#233;e de Gilbert Simondon est proche de celle de Julian Jaynes qui conf&#232;re lui aussi &#224; l'analogie une importance majeure dans le processus de constitution de l'individu lorsqu'il &#233;crit que &#171; l'esprit conscient subjectif est l'analogie de ce qu'on appelle le monde r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de m&#234;me que Julian Jaynes voit dans la conscience le r&#233;sultat d'un processus qui suppose donc l'existence d'&#233;tats ou de modes d'existence psychique ant&#233;rieurs &#224; l'instauration de celle-ci, Gilbert Simondon voit dans l'individu le r&#233;sultat toujours transitoire d'un processus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'individu serait alors saisi comme une r&#233;alit&#233; relative, une certaine phase de l'&#234;tre qui suppose avant elle une r&#233;alit&#233; pr&#233;-individuelle et qui, m&#234;me apr&#232;s l'individuation, n'existe pas toute seule car l'individuation n'&#233;puise pas d'un seul coup les potentialit&#233;s de r&#233;alit&#233; pr&#233;-individuelle, et d'autre part, ce que l'individuation fait appara&#238;tre n'est pas seulement l'individu mais le couple individu-milieu. L'individu est ainsi relatif en deux sens : parce qu'il n'est pas tout l'&#234;tre et parce qu'il r&#233;sulte d'un &#233;tat de l'&#234;tre en lequel il n'existait ni comme individu, ni comme principe d'individuation. &#187; (Gilbert Simondon, &lt;i&gt;l'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information, cit&#233; par Jean-Hugues Barth&#233;l&#233;my, op. cit., p. 41&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie : Pr&#233;sentation du livre Imagination et invention&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est que nous devons transformer radicalement notre approche de l'image. Nous parlons et pensons l'image comme un objet, quelque chose qui est ou serait ext&#233;rieur &#224; nous, un objet qui est l&#224; face &#224; nous que nous pensons comme une conscience, un objet qui existe pour nous, pour cette conscience, pour ce sujet que nous sommes ou pr&#233;tendons &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Gilbert Simondon, l'image est appr&#233;hend&#233;e autrement, &#224; partir d'un autre point de vue, plus complexe &#224; mettre en place, et qui peut se r&#233;sumer ainsi : l'image n'est pas un objet mais une &#171; fonction &#187; essentielle, quoique pas unique, une fonction qui est incluse dans un ensemble complexe dont la conscience ou le sujet ne sont eux-m&#234;mes que des figures limit&#233;es, au demeurant elles-m&#234;mes prises dans un mouvement de transformation constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image n'est pas une chose ou un objet, elle est une activit&#233; et une activit&#233; qui n'est pas soumise au contr&#244;le du sujet ou de la conscience ou de l'individu comme on voudra l'appeler, mais une activit&#233; qui l'englobe qui commence avant lui et qui va au-del&#224; de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait m&#234;me dire paradoxalement que c'est en partie contre cette activit&#233; qui existe en lui autant qu'avec elle que le sujet se constitue. Il r&#233;agit, voire sur-r&#233;agit &#224; la pr&#233;sence d'images en lui, ce qui est l'une des sources de l'angoisse et il d&#233;nie ce fait en introjectant les images qui le d&#233;bordent afin de les contr&#244;ler. Mais il y a une chose qu'il ne prend pas en compte, c'est pr&#233;cis&#233;ment le fait qu'elles ne sont pas objet, pas quelque chose de fixe mais bien tout le temps, y compris dans leur dimension concr&#232;te, port&#233;e par des forces et porteuses de forces, qu'elles d&#233;bordent toujours et sans cesse le cadre dans lequel la conscience tend &#224; les retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on peut dire que d'un point de vue global, le travail de Gilbert Simondon est comme une tentative de lever ce d&#233;ni en prenant en compte le d&#233;bordement des images, ce d&#233;bordement constitutif des images comme fonction et comme forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui rend la lecture de Gilbert Simondon encore plus importante et encore plus actuelle, c'est qu'une telle approche correspond massivement &#224; ce qui est en jeu et en cours d'un point de vue non plus pr&#233;-individuel mais trans-individuel ou supra-individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous arrive &#224; travers l'obsolescence des images, c'est une sorte de retour du refoul&#233; ou de retour de l'occult&#233; qui nous oblige &#224; prendre en compte et &#224; reconsid&#233;rer le statut des images, la structure de la conscience du sujet ou de l'individu. Ainsi verra-t-on se mettre en place un parall&#233;lisme int&#233;ressant entre les quatre niveaux de l'image chez Gilbert Simondon, la conception de la conscience de Julian Jaynes et la conception des &#233;poques chez Vil&#233;m Flusser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a.	Commentaire du pr&#233;ambule :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de ce pr&#233;ambule est essentielle car elle donne le cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel nous allons &#233;voluer. Le point majeur c'est que nous parlons donc de l'image mentale, des images mentales, et que sous le mot image Gilbert Simondon d&#233;signe &#171; les &#233;tapes d'une activit&#233; unique soumise &#224; un processus de d&#233;veloppement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les quatre types ou niveaux de l'image :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1. L'image comme faisceau de tendances motrices et anticipation &#224; long terme de l'exp&#233;rience de l'objet.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 2. L'image qui devient au cours de l'interaction avec le milieu syst&#232;me d'accueil des signaux incidents, ce qui permet &#224; l'activit&#233; perceptivo-motrice de s'exercer de mani&#232;re progressive.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 3. L'image comme chose situ&#233;e entre le sujet et l'objet, enrichie des rapports cognitifs, et devenant symbole.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 4. L'image comme invention, c'est-&#224;-dire comme surgissement projectif de donn&#233;es dans un syst&#232;me de pens&#233;e plus global.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus important est ce que Gilbert Simondon ajoute, &#224; savoir qu'&#224; ce point le cycle de l'image recommence. En fait, il ne cesse de recommencer et l'approche de l'image ainsi d&#233;crite, si elle permet de comprendre le fonctionnement ne rend pas compte tout &#224; fait du processus dans son fonctionnement r&#233;el qui est fait &#224; l'&#233;vidence de cycles longs mais aussi de cycles courts et de court-circuits dans les cycles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait Gilbert Simondon ne nous d&#233;crit pas ce qui se passe &#171; dans &#187; le cerveau, mais tente de penser l'activit&#233; qu'est la production imageante en nous de notre conception &#224; notre inclusion dans la soci&#233;t&#233;, voire &#224; notre mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faudra reconna&#238;tre d&#232;s maintenant qu'il y a en quelque sorte deux inconscients, un inconscient cognitif et un inconscient psychologique et que ce qui int&#233;resse Gilbert Simondon se trouve plut&#244;t du c&#244;t&#233; du premier inconscient. Mais ce qui rend sa r&#233;flexion si importante pour nous aujourd'hui, c'est que cet inconscient cognitif est en fait quelque chose qui englobe la conscience et le sujet et pas quelque chose qu'il contr&#244;le, et en m&#234;me temps un faisceau de forces qui le d&#233;terminent. C'est quelque chose qu'il peut donc tenter de conna&#238;tre mais qu'il doit pour cela tenter de construire, d'imaginer, d'inventer donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant du vivant pour analyser l'image, Gilbert Simondon tente de nous rappeler que nous sommes des &#234;tres vivants et que c'est &#224; partir de la puissance propre &#224; ce qui est vivant que nous devons penser nos activit&#233;s et non par rapport ou &#224; partir des fantasmes divers, inventions riches mais souvent d&#233;r&#233;alisantes, qui ont &#233;t&#233; forg&#233;es par l'&#233;volution culturelle de l'humanit&#233; et qui, faisceau de croyances non questionn&#233;es conduisent souvent sur des chemins qui ne m&#232;nent nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il remarque donc que ce qu'il appelle image est un terme qui recouvre des r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes, mais que ces activit&#233;s d&#232;s lors qu'elles rel&#232;vent du m&#234;me processus imageant sont bien toutes des images mentales. Il faut donc inscrire le d&#233;ploiement de l'image dans une dimension temporelle singuli&#232;re. Il y a trois temps dans l'image, ou plut&#244;t il y a trois temps de l'image qui r&#233;pondent ou correspondent &#224; trois fonctions biologiques essentielles qui sont celles d'anticiper, de percevoir et de se rappeler. Ces trois temps sont donc li&#233;s &#224; ces trois fonctions du vivant, la perception, la m&#233;moire et l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sur quoi insiste Gilbert Simondon, c'est qu'il faut lib&#233;rer l'image du pi&#232;ge de la conscience :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot d'image est g&#233;n&#233;ralement compris comme d&#233;signant un contenu mental dont on peut avoir conscience [&#8230;] mais rien ne nous prouve que dans le meilleur des cas la prise de conscience &#233;puise toute la r&#233;alit&#233; de cette activit&#233; locale. &#187; (op. cit., p. 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de d&#233;gager l'image mentale des fourches caudines de la conscience, Gilbert Simondon propose de distinguer entre signe et symbole, en disant que le signe ajoute &#224; la r&#233;alit&#233; qu'il d&#233;signe, l&#224; o&#249; le symbole entretient une relation analytique avec le symbolis&#233;, ce qui conduit &#224; faire du symbole ainsi con&#231;u une image souvenir &#171; r&#233;sultant d'un &#233;change intense entre le sujet et une situation... &#187; (op. cit., p. 5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; cette dimension &#171; m&#233;tonymique &#187; de la relique, mais en l'&#233;tendant au symbole Gilbert Simondon donne &#224; l'image mentale une puissance effective plus large qui permet de rendre compte plus pr&#233;cis&#233;ment de fonctionnements qui sont aussi actifs dans l'inconscient psychologique mais qui trouvent ici aussi une dimension concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b.	D&#233;terminer les fondements biologiques et psychiques des images&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mieux est sans doute de plonger dans le texte et de revenir par la suite &#224; l'introduction qui est &#224; elle seule une sorte de r&#233;sum&#233; de l'ensemble des th&#232;ses pr&#233;sent&#233;es dans ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pris de Gilbert Simondon consiste donc &#224; partir des donn&#233;es empiriques dont on dispose sur le vivant, les &#234;tres vivants et sur les &#234;tres vert&#233;br&#233;s en particulier. Une telle approche a ceci de singulier et de nouveau qu'elle ne consid&#232;re pas l'individu comme le but, la fin et le r&#233;sultat absolu de l'&#233;volution. Au contraire l'&#233;volution est con&#231;ue comme un processus constant dont la phase m&#233;tastable est souvent l'individu mais un individu qui ne trouve en fait sa stabilit&#233; relative que par les relations qu'il ne cesse d'entretenir avec ce qui l'entoure. Mais aussi avec ce qu'il &#233;tait, les &#233;tats ant&#233;rieurs de son &#233;volution qui ne sont pas tous effac&#233;s m&#234;me s'ils peuvent jouer un r&#244;le de moindre importance, et les relations que pour pouvoir continuer &#224; exister, il ne cesse d'entretenir avec les autres individus de son esp&#232;ce et comme avec ceux d'autres esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit pour Gilbert Simondon de remettre en question de mani&#232;re radicale des pr&#233;suppos&#233;s essentiels &#224; la pens&#233;e philosophique qui pense le sujet et surtout &#224; partir du sujet, en fonction du sujet et pour le sujet ou plut&#244;t de l'individu comme sujet. Et le sujet est pos&#233; et pens&#233; comme ce qui fait face &#224; l'objet. Cette relation antagoniste entre l'individu et disons &#171; le monde &#187; est un poncif de la philosophie. Pour Gilbert Simondon, ceci n'est qu'un moment d'un processus, un &#233;tat et une &#233;tape m&#234;me si elle est la plus longue ou la plus importante. Il renvoie l'individu &#224; sa gen&#232;se, comme l'indique le titre g&#233;n&#233;ral de sa th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il fait de m&#234;me pour les images. Il y a un monde des images qui pr&#233;c&#232;de le monde des images li&#233;es &#224; la perception des objets. Il y a quelque chose qui est de l'image avant qu'il y ait un individu et un sujet. Il y a quelque chose qui est une activit&#233; imageante qui pr&#233;c&#232;de toute sensation, toute perception, toute vision. Il y a de l'image avant que l'on soit en mesure de voir des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re phrase du texte est on ne peut plus pr&#233;cise : &#171; Dire que la motricit&#233; pr&#233;c&#232;de la sensorialit&#233;, c'est affirmer que le sch&#232;me stimulus-r&#233;ponse n'est pas absolument premier, et qu'il se r&#233;f&#232;re &#224; une situation du rapport actuel entre l'organisme et le milieu qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par une activit&#233; de l'organisme au cours de sa croissance. &#187; (op. cit., p. 29). Elle r&#233;v&#232;le l'existence de fonctions motrices primaires qui se mettent &#224; fonctionner avant m&#234;me que l'&#234;tre vivant quel qu'il soit, soit confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; au travers de son syst&#232;me sensoriel et qu'il re&#231;oive donc du dehors de nouvelles informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me moteur, le jeu essai / erreur, les mouvements de tout le corps avant qu'il ne soit constitu&#233;, au cours de son &#233;volution et avant qu'il ne soit venu au jour, tout cela joue un r&#244;le majeur, mais pas seulement durant cette p&#233;riode, ce serait bien &#233;videmment trop simple, mais ensuite puisque ce qui se manifeste et se met en place durant cette p&#233;riode n'est rien de moins qu'un syst&#232;me de production d'images par un organisme con&#231;u comme syst&#232;me autocin&#233;tique. (op. cit., p. 30)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe sans doute le plus ici, d&#232;s le d&#233;but de ce texte, c'est le mot peu utilis&#233; quoique pr&#233;sent dans le titre du chapitre, de virtualisation. Il fut rappeler ici ce qu'est le virtuel ou plut&#244;t ce qu'il n'est pas. Dans le vocabulaire courant virtuel signifie plut&#244;t quelque chose qui n'aurait pas de r&#233;alit&#233; ou d'existence, qui pourrait s'actualiser et devenir pr&#233;sence tangible. Or le virtuel est quelque chose bien r&#233;el, il est ce qui existe en puissance et non en acte pour la Scolastique et la virtualit&#233; ne s'oppose pas au r&#233;el mais &#224; l'actualit&#233; &#224; l'actualisation. Virtuel et actuel sont deux mani&#232;res d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le virtuel est comme le complexe probl&#233;matique, le n&#339;ud de tendances ou de forces qui accompagne une situation, un &#233;v&#233;nement, un objet ou n'importe quelle entit&#233; et qui appelle un processus de r&#233;solution l'actualisation [...] Le probl&#232;me de la graine par exemple est de faire pousser un arbre [...] d'un c&#244;t&#233; l'entit&#233; porte et produit ses virtualit&#233;s : un &#233;v&#233;nement par exemple r&#233;organise une probl&#233;matique ant&#233;rieure et il est susceptible de recevoir des interpr&#233;tations vari&#233;es. D'un autre c&#244;t&#233;, le virtuel constitue l'entit&#233; : les virtualit&#233;s inh&#233;rentes &#224; un &#234;tre, sa probl&#233;matique, le n&#339;ud de tensions, de contraintes, de projets qui l'animent, les questions qui le meuvent sont une part essentielle de sa d&#233;termination. &#187; (Pierre L&#233;vy, &lt;i&gt;Qu'est-ce que le virtuel&lt;/i&gt;, &#201;ditions La D&#233;couverte, p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien ce qui est vis&#233; par Gilbert Simondon, le fait que le probl&#232;me de l'embryon humain va &#234;tre de devenir un homme et qu'il s'agite donc &#224; peine existe-t-il pour &#233;voluer dans ce sens. Il dispose de moteurs de recherches, pourrait-on dire, qui vont fonctionner, en quelque sorte dans le vide, &#224; ceci pr&#232;s que ces programmes sont tendus vers l'avenir qu'ils constituent, en permettant &#224; l'&#234;tre en devenir de s'y projeter fut-ce de mani&#232;re apparemment tout &#224; fait embryonnaire, c'est le cas de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le virtuel que nous semblons d&#233;couvrir se trouve-t-il non seulement au terme de l'&#233;volution mais surtout &#224; son commencement. C'est sans doute l&#224; un point essentiel sur lequel nous devrons revenir, lorsque nous tenterons de d&#233;terminer une sorte de temporalit&#233; particuli&#232;re des images &#224; partir de cet entrelacement des trois temporalit&#233;s dans le processus de production des images mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce niveau donc les images ne sont pas des images de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure, puisqu'elle n'existe pas encore pour l'organisme en question, mais comme images de mouvements &#171; elles seraient des sch&#232;mes de conduites pr&#234;tes &#224; se r&#233;aliser mais contenues dans le syst&#232;me nerveux au lieu d'&#234;tre effectivement r&#233;alis&#233;es les unes apr&#232;s les autres. &#187; (op. cit., p. 31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc poursuivre cette exploration de l'image comme fonction mentale ou plut&#244;t motrice avant que d'&#234;tre sensorimotrice en consid&#233;rant comme Gilbert Simondon nous y invite &#171; que l'organisme peut plus ou moins compl&#232;tement jouer &#224; vide ses conduites avant de les appliquer &#224; un objet r&#233;el [...] tout en prenant acte que les &#233;motions ne sont pas seulement un retentissement mais une pr&#233;paration &#224; l'action. &#187; (op. cit., p. 32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus avant c'est donc &#224; une entit&#233; capable d'anticiper sur quelque chose qu'elle ne conna&#238;t pas encore que nous avons affaire et les images de mouvement comme les nomme Gilbert Simondon sont essentielles dans ce processus car &#171; elles montrent que l'organisme poss&#232;de une r&#233;serve de sch&#232;mes complexes de conduite pouvant &#234;tre activ&#233;s de mani&#232;re endog&#232;ne lorsque les motivations sont suffisantes. Il existe donc une v&#233;ritable base biologique de l'imaginaire ant&#233;rieurement &#224; l'exp&#233;rience de l'objet. &#187; (op. cit., p. 33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de mouvement est donc la fois une r&#233;alit&#233; psychique ou disons pr&#233;-psychique, un programme et un sch&#232;me d'application de ce programme. Mais ce qui est en train de se configurer dans l'esprit naissant de l'organisme, c'est une image qui n'a rien &#224; voir avec une quelconque duplication ou proximit&#233; avec un objet r&#233;el, mais tout &#224; voir avec la configuration des tendances motrices qui s'expriment dans l'activit&#233; de l'organisme et qui le font apparemment &#224; vide. C'est donc &#224; la constitution d'une sorte de matrice que travaille l'organisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virtuel est proche du jeu qui est m&#234;me chez les enfants pour l'essentiel pr&#233;-perceptif en ceci qu'il leur permet de tester en permanence les accords et d&#233;saccords possibles entre les images de mouvements qu'ils continuent de d&#233;velopper ou qui continuent de se d&#233;velopper en eux et la r&#233;alit&#233; qu'ils commencent &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne s'effectue pas dans un d&#233;sordre absolu et constant. Il y a bien s&#251;r des &#233;l&#233;ments qui se fixent, les figent m&#234;me, des gestalts qui se forment et qui ne varieront plus ou plus gu&#232;re d&#232;s avant l'exp&#233;rience avec la r&#233;alit&#233; ou suite &#224; certaines exp&#233;riences. Il y a un cycle de l'image dit Gilbert Simondon qui se joue &#224; chaque &#233;tape et se reproduit &#224; chaque renouvellement d'exp&#233;rience ou &#224; chaque passage &#224; un nouveau stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les images de mouvement jouent aussi un r&#244;le important dans la formation de l'image de soi de l'individu. Nous sommes en fait encore au stade pr&#233;-individuel. Mais il est n&#233;cessaire de poser cette question dans la mesure o&#249; pr&#233;cis&#233;ment les sch&#232;mes moteurs sont inh&#233;rents au sch&#233;ma corporel, &#171; repr&#233;sentation que chacun se fait de son corps et qui sert de rep&#232;re dans l'espace [...] ce sch&#233;ma corporel contient l'intuition du syst&#232;me d'action de chaque individu [...] c'est pourquoi avoir l'intuition concr&#232;te du mouvement un objet c'est en quelque mesure se mettre &#224; sa place et dans sa situation comme si notre corps &#233;tait cet objet. [...] Le sch&#233;ma corporel intervient comme un s&#233;lecteur dans l'anticipation imaginative des diff&#233;rents mouvements [...] en r&#233;sum&#233; la source primordiale de l'apriori para&#238;t bien &#234;tre sous forme d'anticipation de mouvement, l'organisme. Cette anticipation prend la forme d'une projection dans le milieu d'images motrices &#224; partir de cette source unique premi&#232;re qu'est l'organisme avec ses sch&#232;mes moteurs rayonnant &#224; partir du sch&#233;ma corporel. &#187; (op. cit., p. 40, 41, 42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c.	Les &#233;tats d'attente et l'&#233;mergence de traces bicam&#233;rales&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde partie de cette premi&#232;re partie du livre de Gilbert Simondon, nous ne quittons pas le moment pr&#233;-individuel, mais il nous conduit &#224; interroger la persistance de l'existence ou du fonctionnement de ces m&#233;canismes pr&#233;-individuels dans les phases suivantes, moment de la perception et moment de la relation. Il nous indique ainsi ce qui constitue le c&#339;ur de sa m&#233;thode, car il fera de m&#234;me lorsque, par la suite, il &#233;tudiera chacun des autres moments de l'image mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient en ces trois temps qu'il ne cesse de maintenir li&#233;s, l'analyse du fonctionnement d'un stade, d'un niveau, d'un moment, ici le pr&#233;-individuel, la persistance d'&#233;l&#233;ments voire de m&#233;canismes li&#233;s &#224; ce stade dans les stades suivants, et la r&#233;manence ou la r&#233;troaction des lois qui gouvernent un stade, un plan, un niveau, c'est-&#224;-dire leur capacit&#233; &#224; intervenir post ante, ou a posteriori et r&#233;troactivement sur un plan ou un niveau ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, s'il y a &#233;volution ou transformation voire peut-&#234;tre m&#234;me progr&#232;s, m&#234;me si on ne pourrait dire en quoi pour l'instant, il appara&#238;t que les conditions d'&#233;mergence des images mentales, au stade pr&#233;-individuel ne s'effacent pas ni ne sont neutralis&#233;es une fois l'individu sorti du ventre de sa m&#232;re et confront&#233; au monde. Au contraire, m&#234;me cette confrontation avec le monde ne peut avoir lieu que parce qu'il est en quelque sorte pr&#233;par&#233;, arm&#233; pourrait-on dire pour cette confrontation. Et cette arme, ces armes, ce sont ces images mentales, ces sch&#232;mes de comportements qui ont permis l'&#233;tablissement d'une structure d'anticipation qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre une structure d'attente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon &#233;crit donc : &#171; L'&#233;vocation pr&#233;c&#233;dente des conditions organiques de l'anticipation de la perception et de l'action montre que, pour l'ensemble de la conduite, les lignes de l'avenir postul&#233; ont autant d'importance que les donn&#233;es du pr&#233;sent ou le retentissement de l'exp&#233;rience sous forme de souvenir. Ce m&#234;me caract&#232;re d'une logique projective de l'anticipation appara&#238;t dans la dynamique des &#233;tats d'attente et d'anticipation du sujet &#224; un niveau qu'on peut nommer psychique. &#187; (op. cit., p. 42) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sur quoi il insiste, c'est donc sur l'ant&#233;riorit&#233; absolue de la structure d'attente sur la confrontation avec le monde et sur les cat&#233;gories auxquelles cette confrontation donnera naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois temps sont encore une fois parfaitement synth&#233;tis&#233; : &#171; Devant une situation inconnue, le sujet est ramen&#233; d'abord &#224; une activit&#233; de niveau primaire ; puis, quand le milieu est devenu territoire, ce monde d&#233;j&#224; organis&#233; est trait&#233; selon le mode secondaire, psychique, ce qui veut dire que le sujet passe des situations aux objets ; enfin le mode logique (ou formel) appara&#238;t quand les objets sont pris comme cadres ou supports de relations, ce qui suppose qu'ils aient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; identifi&#233;s au niveau secondaire, selon les cat&#233;gories perceptivo-motrices de l'action courante &#187;.(op. cit., p. 43)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ce passage nous permet de comprendre, c'est pr&#233;cis&#233;ment, comme on l'a vu avec Jean-Christophe Bailly par exemple dans son livre &lt;i&gt;L'instant et son ombre&lt;/i&gt; ou lorsque nous avons &#233;voqu&#233; les relations entre la photographie et les m&#233;taphores qui ont servi &#224; rendre compte de son fonctionnement, l'existence dans l'image, ou disons dans l'ensemble appareil, prise de vue, tirage et exposition d'une image, quelque chose comme une structure d'attente. Il me semble qu'il faudra rapprocher cette structure d'attente de l'image de ces &#233;tats d'attente comme les nomme Gilbert Simondon qui se mettent en place dans le moment pr&#233;-individuel et qui correspondent aux activit&#233;s motrices psychiques et physiques d'un &#234;tre qui n'a pas encore rencontr&#233; le monde et qui pourtant a largement commenc&#233; &#224; le r&#234;ver, &#224; l'inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d.	L'autonomie des images pr&#233;-individuelles et leur caract&#232;re bicam&#233;ral&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir un instant &#224; quelque chose que note Gilbert Simondon dans son introduction et qui est essentiel si l'on veut comprendre ce passage concernant les images qui se forment au stade pr&#233;-individuel, le fait qu'il y a une autonomie absolue et non pas relative des images ou du moins une autonomie qui ne peut &#234;tre abolie pour un certain type d'image. &#171; Le terme d'imagination peut induire en erreur car il rattache les images au sujet qui les produit et tend &#224; exclure l'hypoth&#232;se d'une ext&#233;riorit&#233; primitive des images par rapport au sujet. &#187; (Gilbert Simondon, &lt;i&gt;Imagination et Invention&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de la Transparence, p. 7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie tient au fait qu'elles apparaissent presque comme des organismes secondaires au sein de l'&#234;tre pensant &#187; (op. cit., p. 9) ou encore que ce &#171; caract&#232;re &#224; la fois objectif et subjectif des images traduit en fait ce statut de quasi organisme que poss&#232;de l'image, habitant le sujet et se d&#233;veloppant en lui avec une relative ind&#233;pendance par rapport &#224; l'activit&#233; unifi&#233;e de la conscience. &#187; (op. cit., p. 9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en &#233;voquant comme des sortes d'images premi&#232;res certaines de nos phobies, Gilbert Simondon montre que ce que nous appelons aujourd'hui l'inconscient pourrait avoir une sorte de base physiologique et motrice. En tout cas, il est possible de lire les ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s au d&#233;go&#251;t, &#224; l'&#233;touffement ou &#224; l'&#233;vitement &#224; partir des mouvements primaires de la cellule en train de commencer &#224; r&#234;ver, inventer ce qu'il lui faudra faire une fois confront&#233;e au monde ext&#233;rieur pour pouvoir y survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui caract&#233;rise l'activit&#233; au stade pr&#233;-individuel, c'est une puissance propre singuli&#232;re le fait qu'elle n'a d'une certaine mani&#232;re pas de limite puisqu'elle ne conna&#238;t pas d'obstacle &#224; son d&#233;ploiement. Et l&#224; aussi, c'est une sorte de source physiologique au &#171; d&#233;lire &#187; qui est comme expliqu&#233;e, et pas seulement le d&#233;lire des malades mentaux mais bien celui de l'imagination d&#233;brid&#233;e d'un romancier ou d'un cin&#233;aste par exemple ou encore et surtout ce que sont les &#171; d&#233;lires &#187; collectifs que repr&#233;sentent certains mythes ou certaines croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde le texte, page 44, on voit bien que Gilbert Simondon nous invite &#224; comprendre la persistance et la r&#233;manence de ce fonctionnement illimit&#233; dans nos productions culturelles ou mentales actuelles en montrant qu'elles sont la preuve vivante du maintien de l'activit&#233; &#224; l'&#226;ge adulte &#224; la fois pour l'individu et pour la civilisation et donc de la persistance des m&#233;canismes du stade pr&#233;-individuel &#224; tous les moments de la vie ou de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prolif&#233;ration d'images dans le psychisme est donc une persistance de l'activit&#233; imageante pr&#233;-individuelle et elle continue &#224; s'exercer non seulement comme puissance, comme force, mais aussi comme prolif&#233;ration incontr&#244;lable comme puissance d&#233;bordante. Ainsi on pourrait dire que l&#224; o&#249; au stade pr&#233;-individuel elle est structure d'attente dans sa prolif&#233;ration m&#234;me, elle devient porteuse de trouble ou d'angoisse lorsqu'elle continue &#224; s'exercer au moment individuel ou collectif. C'est l'effet de feed back des images prolif&#233;rantes sur la structure d'attente elle-m&#234;me qui est comme la cause de la crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui appara&#238;t alors dans le cas de la crainte ou de l'angoisse li&#233;es &#224; la prolif&#233;ration des images, c'est aussi un rappel puissant de quelque chose que l'individu, le sujet ou la conscience, a toujours tendance &#224; nier, &#224; savoir la puissance des images et leur autonomie. On pourrait dire ici que c'est l'existence de l'inconscient qui se manifeste, de l'inconscient psychique, mais il faut simplement accepter aussi de suivre Gilbert Simondon lorsqu'il montre le r&#244;le d&#233;terminant que jouent ces structures dans la construction m&#234;me de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Gilbert Simondon nous livre-t-il une sorte de gen&#232;se de l'image des dieux, sinon de leur existence, page 47, point sur lequel nous reviendrons mais &#224; partir de Julian Jaynes &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait il se r&#233;f&#232;re &#224; Lucr&#232;ce dont le texte est parfaitement clair en ce qu'il prend en charge le d&#233;veloppement de la raison comme puissance de saisie du fonctionnement intellectuel et psychique, mais aussi comme le moment d'un constat qui n'a pu &#234;tre lev&#233; depuis de l'impuissance de la raison &#224; r&#233;guler, contr&#244;ler ou minimiser la puissance des fonctions imageantes pr&#233;-individuelles. (op. cit., p. 47)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon constate donc l'association dans ce moment de la r&#233;manence des images pr&#233;-individuelles sur le sujet de deux ph&#233;nom&#232;nes, l'anticipation et le d&#233;doublement. La fonction imageante au stade pr&#233;-individuel est pure anticipation, mais une fois le monde pr&#233;sent actuel, une fois la confrontation en cours, des &#233;l&#233;ments se stabilisent, des territoires se forment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde se dichotomise &#187; &#233;crit-il page 48. Nous voyons l&#224; en fait, dans ce chapitre essentiel, ce que l'on pourrait appeler la gen&#232;se de la conscience ou du stade individuel et en tout cas des deux figures auxquelles Julian Jaynes donne le nom de &#171; Je analogique et de Moi m&#233;taphorique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on devrait aussi consid&#233;rer cette dualit&#233; interne au sujet autrement et y voir non seulement l'&#233;tablissement de ces deux personnages conceptuels sans lesquelles le sujet ou la conscience ne pourraient pas exister, mais la persistance d'une autre scission, d'un autre clivage. Cet autre clivage est celui qui persiste en nous entre les deux h&#233;misph&#232;res, m&#234;me si &#224; l'&#233;vidence cette r&#233;f&#233;rence est m&#233;taphorique. Il ne s'agit pas de chercher de localisation c&#233;r&#233;brale dans ce cas, m&#234;me si malgr&#233; tout on peut voir dans ce conflit, une des manifestations de celui qui ne cesse de nous traverser, le conflit qui, en nous, oppose le monde des images et leur puissance propre, d&#233;bordante justement, hallucinante sinon hallucin&#233;e, le monde de notre cerveau droit et le monde rationnel ou du moins raito&#239;de li&#233; au texte, de notre cerveau gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il y a &#224; l'&#233;vidence chez Gilbert Simondon une compr&#233;hension rare de la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;r&#233;braux et une r&#233;elle tentative de les impliquer dans une compr&#233;hension de ce que la philosophie a produit et de la mani&#232;re dont elle doit changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tats d'attente positifs ont ceci de clair, tels qu'ils sont pr&#233;sent&#233;s, qu'ils sont r&#233;ellement des phantasmes de r&#233;paration des &#233;tats n&#233;gatifs ou d'angoisse. Ou si l'on veut, il faut l&#224; encore les rapprocher de ce que Julian Jaynes dit du fonctionnement bicam&#233;ral. Car ces &#233;tats d'attente positifs sont en fait des manifestations de la puissance encore actuelle mais ni&#233;e parce qu'elle fait peur et qu'il faut donc la contenir en la rationalisant, de la puissance imageante du stade pr&#233;-individuel. Celui-ci se trouve cependant associ&#233; cette fois directement &#224; la puissance propre du cerveau droit d'envoyer des images dans le cerveau gauche pour lui permettre de surmonter les situations d'angoisse que sont en particulier la mort des autres et le d&#233;sir ou le besoin que l'on a de continuer &#224; vivre avec eux ou &#224; leur parler. &#171; le divin peut &#234;tre l&#224; hic et nunc. &#187; &#233;crit Gilbert Simondon. (op. cit., p. 49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description et l'analyse du monde du merveilleux correspond au mixte d'&#233;tats d'attente n&#233;gatifs et positifs. Il s'agit ici de d&#233;crire la mani&#232;re dont le psychisme a appris &#224; g&#233;rer le conflit et &#224; &#233;tablir des constantes, &#224; stabiliser ces &#233;tats ou plut&#244;t le mouvement de balancement constant entre ces deux p&#244;les et &#224; y trouver une forme de stabilit&#233;. (op. cit., p. 50)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est que Gilbert Simondon y vit le moment o&#249; l'analogie comme mode de pens&#233;e et comme instauration du symbole comme type de lien unifiant les deux cerveaux ou les deux types d'attente trouve sa l&#233;gitimation (op. cit., p. 53). Par la suite il continue &#224; d&#233;rouler sa fable qui a pour fonction de l&#233;gitimer la raison comme facult&#233; de stabilisation des &#233;tats contraires et unification des dimensions temporelles dans une continuit&#233; possible source de notre conception du temps lin&#233;aire voire de la morale. (op. cit., p., 54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la puissance des images du stade pr&#233;-individuel est aussi pr&#233;sente au stade de la formation des images ultimes que sont les inventions. C'est en effet lors de la confrontation avec la limite ou les limites de la r&#233;alit&#233; que cette puissance pourra en quelque sorte &#234;tre canalis&#233;e ou pas, et dans le premier cas &#234;tre utilis&#233;e &#224; la construction d'une image d'un nouveau type. Ainsi, le stade pr&#233;-individuel se trouve-t-il jouer un r&#244;le aux autres &#233;tapes de la formation des images,c'est ce qu'il voulait d&#233;montrer et ce qu'il synth&#233;tise. (op. cit., p. 57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e. La question de l'intuition&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'intuition est essentielle, elle ne cesse de travailler au corps non seulement les artistes mais les scientifiques, les savants, les inventeurs et d&#233;couvreurs de toute sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; sans doute que le texte revient directement apr&#232;s le passage sur Lucr&#232;ce &#224; la philosophie. L'enjeu est de comprendre comment fonctionne la pens&#233;e, l'invention dans la pens&#233;e. Pour cela, comme toujours un passage par Platon s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dans le troisi&#232;me voire le quatri&#232;me stade du processus imageant, alors que l'on en est &#224; retravailler non plus sur les donn&#233;es de la perception mais sur les produits de celle-ci, les images souvenirs. Elles ont une consistance diff&#233;rente sans doute puisqu'elles sont li&#233;es &#224; des objets ou des souvenirs d'objet mais elle conservent aussi de la puissance imageante pr&#233;-individuelle, cette puissance amplifiante qui peut, on l'a vu, soit conduire &#224; l'hallucination soit &#224; un contr&#244;le ratio&#239;de. Mais l&#224; il s'agit de voir comment la projection qui est au c&#339;ur du processus imageant peut jouer un r&#244;le dans ce stade ultime l'invention. Est-ce qu'il y a une puissance propre de l'image qui ne serait pas d&#233;volue au concept ? La v&#233;ritable entit&#233; dans la pens&#233;e qui diff&#232;re de l'image est le concept plus encore que l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait pour Gilbert Simondon, l'image est la source r&#233;elle du processus de projection dont les id&#233;es sont d&#233;j&#224; un produit d&#233;riv&#233; et dont les concepts sont les r&#233;sultats pass&#233;s au crible de la raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;voquant le mythe de la caverne, il rel&#232;ve une diff&#233;rence qui est moins de nature que de processus entre id&#233;es, concepts et images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut l&#224; ne pas confondre les ombres des objets avec les images dont il serait question. Ce qui est vis&#233;, c'est encore et toujours ce qui rel&#232;ve du pr&#233;-individuel et donc des processus moteurs. Et ce qui importe &#224; Gilbert Simondon ici, c'est le fait que pour le philosophe qui est dans la caverne et qui est celui qui se d&#233;tourne des ombres pour regarder vers la source lumineuse, ce qui fait image n'est rien de visible mais le geste moteur de se d&#233;tourner. Ce qui est ou fait image ici n'est rien de visible ou de visuel. C'est le fait de se retourner qui est &#171; une image primordiale de mouvement pur &#187;. (op. cit., p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nouveau l'analogie qui est en jeu, le principe d'analogie pourrait-on dire et qui permet d'associer cette fois un geste moteur &#224; une m&#233;thode de conversion et &#224; une th&#233;orie du cheminement de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on obtient ainsi un point essentiel pour la suite et pour ce qu'il faudra d&#233;crire la prochaine fois comme le mouvement ou le processus de formation de la conscience dans le processus de la formation de l'individu par le mouvement d'individuation, &#224; savoir le ph&#233;nom&#232;ne r&#233;flexif proprement dit qui pour &#234;tre l'apanage de la conscience trouve sa source en fait dans un mouvement pur absolument pr&#233;-individuel. La fin de la page 59 est on ne peut plus claire sur ce point et c'est le fondement de l'analogie comme unique processus l&#233;gitime pour et de la pens&#233;e qui est ici d&#233;crit : &#171; L'initiation philosophique la plus haute n'est donc pas seulement une connaissance des mod&#232;les (Id&#233;es) mais un mode d'&#234;tre qui fait co&#239;ncider le philosophe avec la source absolue des formes et des existences ; c'est bien l'intuition de l'anticipation &#233; l'&#233;tat pur qui est cherch&#233;e dans cette remont&#233;e au principe le plus inconditionnel, &#224; l'a priori le plus complet et le plus radical, el plus ant&#233;rieur &#224; tout mode d'&#234;tre. Ce n'est pas le mouvement, mais l'intuition de toute projection vers l'existence et le multiple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intuition, on n'en a peu parl&#233;. Elle est nomm&#233;e intuition d'anticipation. Ce n'est pas encore en fait l'intuition telle qu'on la trouvera dans le quatri&#232;me stade, celui de l'invention et qui est &#224; l'&#339;uvre dans des processus complexes de r&#233;flexion comme Connes et Changeux le d&#233;crivent dans leur dialogue. Mais il y a d&#233;j&#224; un point qui semble acquis pour Gilbert Simondon et qui est commun aux penseurs scientifiques et aux mystiques, ce point, ce moment est ce processus n&#233;anmoins de la conversion du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la caverne en est un exemple, mais ils sont nombreux pour ne pas dire infinis ces exemples. Ils disent tous &#171; que la connaissance est une conversion qui am&#232;ne au point o&#249; il est possible de saisir la procession qui organise les existences &#224; partir de l'un. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus que l'un qui est une notion dont il faudrait ici faire l'histoire pour en comprendre la fonction mais qui s'impose souvent comme une m&#233;taphore ais&#233;e pour exprimer la n&#233;cessit&#233; d'une synth&#232;se dans les processus cognitifs et la n&#233;cessit&#233; de ne pas revenir sur cette synth&#232;se pour pouvoir avancer, il faut parler de l'intuition comme moment dans un processus li&#233; au vivant. Ce moment permet d'acc&#233;der &#224; une vision globale, totale, une sorte de r&#233;v&#233;lation en effet dans laquelle tout serait comme saisi parce que serait pr&#233;sent d'une certaine mani&#232;re dans cette vision l'ensemble du processus et non seulement le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on le sait ce &#224; quoi contraint l'intuition, c'est &#224; faire le parcours inverse donc &#224; accomplir le mouvement pur, ici celui de se retourner et &#224; le faire en relation &#224; la fois avec le processus complet qui va de la gen&#232;se &#224; la vision et avec le processus rationnel qui pense &lt;i&gt;partes extra partes&lt;/i&gt; et qui doit retrouver sa fonction dans le d&#233;ploiement des &#233;tapes non plus du point de vue de la projection imageante mais disons du point de vue de la projection conceptuelle analytique r&#233;troactive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'important ici c'est de consid&#233;rer que les images sont cette force qui d'une certaine mani&#232;re n'est jamais coup&#233;e de sa source originaire, disons le mouvement pur, la projection et le changement d'&#233;tat et que ce qui compte le plus dans ce chapitre, c'est finalement de comprendre ce que cette approche des images mentales nous apprend sur les autres images. Il y a &#224; ce point deux enseignement essentiels, l'un qui est &#233;voqu&#233; en fait dans l'introduction et qui est l'hypoth&#232;se d'une ext&#233;riorit&#233; primitive des images par rapport au sujet, l'autre est de consid&#233;rer que les images sont toujours en relation ou nous y remettent si l'on veut avec le pr&#233;-individuel, l'ante-conceptuel, ce qui &#233;chappe &#224; la raison, ce qui exc&#232;de la raison et donc le sujet et la conscience d'une part par sa puissance propre qui est d'&#234;tre pur mouvement ind&#233;fini et expansif et d'autre part parce que cela existait avant elle et avant lui comme cette force qui les rend possible puisqu'elle est source de toute forme de projection. Et c'est bien une projection complexe, mais une projection qui est &#224; la source de la raison, car l'association entre deux &#233;l&#233;ments, leur mise en relation comparative inclusive ou exclusive, cela importe peu, c'est-&#224;-dire l'association port&#233;e par un jeu de type m&#233;taphorique et analogique est une projection ou l'effet d'une projection dont les images sont la source peut-&#234;tre unique en tout cas absolue en ce qui concerne la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1-Dieppe-7424-M_Verdier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH748/1-Dieppe-7424-M_Verdier-a2962.jpg?1772190452' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>I - D.H. Lawrence, Art et moralit&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-I-D-H-Lawrence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Seminaire-2009-2010-I-D-H-Lawrence</guid>
		<dc:date>2009-10-09T18:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre &#224; ce grand &#233;crivain qu'est D.H. Lawrence d'avoir su percevoir un ph&#233;nom&#232;ne et d'en avoir compris les implications les plus profondes, celui que Fran&#231;ois Brunet, dans son livre La naissance de l'id&#233;e de photographie, appelle le moment Kodak. Mais D.H. Lawrence sait surtout mettre cet &#233;v&#233;nement en perspective et l'inscrire dans une dimension historique longue.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2009-2010-Imagination-et-invention" rel="directory"&gt;2009-2010 &#034;Imagination et invention&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L121xH150/arton126-51985.jpg?1772206507' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre &#224; ce grand &#233;crivain qu'est D.H. Lawrence d'avoir su percevoir un ph&#233;nom&#232;ne et d'en avoir compris les implications les plus profondes, celui que Fran&#231;ois Brunet, dans son livre La naissance de l'id&#233;e de photographie, appelle le moment Kodak. Mais D.H. Lawrence sait surtout mettre cet &#233;v&#233;nement en perspective et l'inscrire dans une dimension historique longue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S&#233;minaire image technique image mentale, cinqui&#232;me ann&#233;e 2009-2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire du texte de D.H. Lawrence, &lt;i&gt;Art et moralit&#233;&lt;/i&gt;, et pr&#233;sentation de quelques concepts de base de G. Simondon&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L135xH225/arton126-54baf.jpg?1509828348' width='135' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de remercier Fran&#231;ois Sagnes qui m'a parl&#233; du livre &#233;puis&#233; depuis des d&#233;cennies de D.H. Lawrence, &lt;i&gt;Eros et les chiens&lt;/i&gt;, et m'a indiqu&#233; l'existence de ce texte qui faisait &#233;cho de mani&#232;re particuli&#232;rement &#233;vidente &#224; nos pr&#233;occupations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choix de prendre pour cadre de r&#233;flexion pour cette ann&#233;e le livre de Gilbert Simondon, qui est en fait son cours de 1965-1966, intitul&#233; &lt;i&gt;Imagination et invention&lt;/i&gt;, se situe, lui aussi, dans la droite ligne de nos pr&#233;occupations. Apr&#232;s avoir analys&#233; les &#233;l&#233;ments constitutifs de la pratique photographique &#224; partir de la notion d'appareil, avec Vil&#232;m Flusser, apr&#232;s avoir refait le parcours qui conduit de l'invention de la photographie &#224; la vid&#233;o en travaillant sur des textes majeurs comme ceux de Benjamin ou de Barthes, il devient in&#233;vitable de nous plonger au c&#339;ur de la fabrique m&#234;me des images qu'est le cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, vivre et penser, cela ne se con&#231;oit pas sans l'existence, en nous et hors de nous, d'une r&#233;alit&#233; qui soit visible, ni sans cette facult&#233; qui est la n&#244;tre, celle de voir, c'est-&#224;-dire de &#171; faire entrer &#187; en nous cette r&#233;alit&#233; processus qui nous la rend en partie compr&#233;hensible au sens o&#249; cela nous permet de nous orienter en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous est apparu avec violence, c'est le fait que ce que l'on nomme image a non seulement une pluralit&#233; de significations, parfois contradictoires, mais aussi une pluralit&#233; de modes d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de D.H. Lawrence est int&#233;ressant en ce qu'il distingue au moins deux types d'image. En fait, ce sont moins des types d'images qu'il distingue que des relations entre individu et monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le premier type d'images produites par les hommes est port&#233; par la pulsion de ressemblance, elle-m&#234;me sous-tendue par le besoin de reconnaissance et la pulsion scopique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second type d'image est port&#233; par le besoin de traduction &#224; travers un langage visuel d'&#233;tats psychiques non li&#233;s &#224; la vision ou au visible mais pouvant aussi se traduire par des signes visibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autre termes, il existe des images que l'on peut nommer &#171; r&#233;tiniennes &#187; et d'autres que l'on peut nommer &#171; mentales &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; des types d'images, ce sont des conceptions g&#233;n&#233;rales de la morale et plus avant de l'existence, qui sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour D.H. Lawrence, plus que le r&#233;sultat, l'image produite, photographie d'une part, dessin de C&#233;zanne de l'autre, c'est ce qui conditionne la production de l'image qui importe. Et ce qui la conditionne est une certaine conception de l'existence, implicite, apprise, fruit d'une culture qui d&#233;termine le geste humain de produire de la ressemblance et &#233;cho &#224; un double besoin tr&#232;s ancien : celui d'exprimer ou de partager ses &#233;motions et ses connaissances par des moyens communicables, et celui de comprendre comment fonctionne la perception, et dans ce cas pr&#233;cis la perception visuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce texte part d'une question qui peut presque nous sembler bizarre. Elle concerne l'existence d'un sentiment d'immoralit&#233; qui serait exhal&#233; par un dessin ou une toile de C&#233;zanne et viendrait sauter &#224; la gorge du bourgeois moyen et le troubler. Par contre face &#224; une photographie et au fond face &#224; toute image de type mim&#233;tique, ce trouble ne se manifesterait pas. Ce ph&#233;nom&#232;ne pose en fait une triple question qui est au centre de nos pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est celle du statut de la conscience. D.H. Lawrence affirme avec virulence que la conscience a une histoire et donc que s'il y a des grandes constantes dans la perception humaine, il y a aussi des mutations profondes qui sont dues &#224; la fois &#224; la puissance d'invention de l'homme et &#224; l'effet de r&#233;troaction du connu sur la perception elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est celle du statut de l'image dont la double nature qui se manifeste dans le champ m&#234;me de la perception, se retrouve dans le champ des images r&#233;elles. Pour D.H. Lawrence, il y a deux sortes d'images, les images r&#233;tiniennes et les images que l'on peut qualifier de mentales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les premi&#232;res sont prises dans le jeu de la ressemblance ou, plut&#244;t, prennent en charge une donne qui rel&#232;ve de la physiologie de la perception.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les secondes activent quelque chose de plus profond, de plus ind&#233;termin&#233; surtout. Elles font remonter &#224; la surface pourrait-on dire le sentiment confus et largement occult&#233; de l'instabilit&#233; g&#233;n&#233;rale du vivant. Elles participent aussi de la perception, mais elles traduisent ce qui est de l'ordre du percept plut&#244;t que du d&#233;j&#224; connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me est celle de l'invention. L'homme invente, mais l'invention est toujours le r&#233;sultat d'une confrontation avec le non connu. Elle se manifeste par une extraction de quelque chose qui existe et est senti mais qu'il faut aller chercher dans le flux chaotique de l'existence pour lui donner forme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela D.H. Lawrence d&#233;roule une th&#233;orie du cadre absolument essentielle qui m&#233;riterait &#224; elle seule un d&#233;veloppement tr&#232;s long, car les enjeux sont immenses autour de cette question, en philosophie. Cette th&#233;orie permettrait une sorte de remise &#224; plat de l'invention de l'ontologie, et cela &#224; partir des Cavales Parm&#233;nidiennes, mais c'est une autre histoire. Sans remonter aujourd'hui aussi loin, relevons que ce qui est moral c'est ce qui est per&#231;u &#224; travers un cadre plus ou moins implicite, mais actif et d&#233;terminant, le cadre du perceptible qui est au fond une sorte de principe d'autorisation fonctionnant sur les effets de reconnaissance produits par le jeu complexe qui existe entre syst&#232;mes d'inf&#233;rence et syst&#232;mes culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception moyenne, celle du bourgeois moyen, celle de chacun d'entre-nous en fait, est pour D.H. Lawrence une m&#233;canique qui traite le per&#231;u en fonction d'un sch&#233;ma qui s'est impos&#233; comme &#224; peu pr&#232;s unique et qui est en tout cas absolument dominant. C'est celui de l'image kodak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce texte et celui de tout le s&#233;minaire de cette ann&#233;e, c'est de tenter de d&#233;gager les strates qui composent ou participent &#224; notre fonctionnement mental et d'analyser les m&#233;canismes qui les gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des Grecs &#224; l'&#233;v&#233;nement Kodak ou qu'est-ce que l'image ?&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conscience a une histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre &#224; ce grand &#233;crivain qu'est D.H. Lawrence d'avoir su percevoir un ph&#233;nom&#232;ne et d'en avoir compris les implications les plus profondes, celui que Fran&#231;ois Brunet, dans son livre &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, appelle le moment Kodak. Mais D.H. Lawrence sait surtout mettre cet &#233;v&#233;nement en perspective et l'inscrire dans une dimension historique longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour D.H. Lawrence, le probl&#232;me de d&#233;part est simple. Il existe un enjeu profond autour de l'immoralit&#233; ou plut&#244;t de ce qui passe pour &#234;tre immoral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en sait quelque chose lui qui n'ignore pas que ses &#339;uvres sont consid&#233;r&#233;es comme immorales et qui subira une double interdiction de son roman, &lt;i&gt;L'amant de Lady Chatterley&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1928 &#224; Florence et interdit en Angleterre jusqu'en 1960 pour immoralit&#233; et de ses peintures qu'il pr&#233;sente &#224; Londres en 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui passe pour &#234;tre immoral rel&#232;ve pour lui non pas d'un simple contenu qui serait universel mais d'un processus historique &#224; plusieurs entr&#233;es qui rel&#232;ve &#224; la fois des instincts, du syst&#232;me d'inf&#233;rence, de la culture dans laquelle l'&#233;v&#233;nement prend place et de l'articulation entre les affects et l'expression que cette culture met en place et autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre culture a mis en place une telle articulation autour de la notion d'image et des objets concrets que l'on nomme images. Elle a d&#233;couvert dans les d&#233;cennies qui pr&#233;c&#232;dent l'&#233;criture de ce texte, qui date rappelons-le de 1925, un syst&#232;me permettant &#224; une invention encore r&#233;cente, la photographie, de se d&#233;mocratiser. Mais plus que cette apparente d&#233;mocratisation, c'est &#224; l'effet de l'existence m&#234;me de ce genre d'image sur notre perception que s'int&#233;resse D.H. Lawrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il nous faut prendre le texte dans sa dimension g&#233;n&#233;alogique. Il nous faut nous reporter aux pages 50-51 de l'ancienne &#233;dition 10/18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.H. Lawrence voit une correspondance majeure entre une invention r&#233;cente, le Kodak, et un ph&#233;nom&#232;ne ancien, entre &#171; l'habitude de faire de tout une image &#187;, (p. 50) et le fait que l'homme a appris &#171; &#224; se voir lui-m&#234;me. De sorte qu'&#224; pr&#233;sent, il est ce qu'il voit. Il se fait &#224; sa propre image. &#187; (p. 51)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point est essentiel. Il d&#233;termine toute la logique de la pens&#233;e de D.H. Lawrence et nous rapproche d'entr&#233;e de jeu de la conception g&#233;n&#233;rale que se fait Gilbert Simondon de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.H. Lawrence relie l'image photographique &#224; l'existence de la conscience, mais il indique que la conscience n'est pas le propre de l'homme. Elle a &#233;t&#233; invent&#233;e et construite culturellement par les Grecs en particulier comme dispositif fonctionnant &#224; partir d'une projection du regard sur les choses et associant certaines choses entre elles en fonction de crit&#232;res qui n'&#233;taient pas seulement visuels. Ce regard ne voyait pas des images. Il voyait la r&#233;alit&#233;, mais il la voyait en tant qu'il la rapportait aux autres forces actives dans son psychisme et il en d&#233;coupait ce qui &#233;tait n&#233;cessaire &#224; sa vie et pouvait lui rendre le monde plus compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un premier effet de feed-back qui seul a permis au moi de se constituer en tant qu'il pouvait s'appr&#233;hender comme un double de cet &#171; autre &#187; qui avait &#233;t&#233; projet&#233; comme existant au dehors. L'homme s'est invent&#233; ou per&#231;u comme double, celui qui percevait et celui qui interpr&#233;tait ce qu'il percevait. La perception &#233;tait en quelque sorte extraite litt&#233;ralement du flux continu du continuum perceptif et l'&#339;il put &#234;tre saisi comme cette instance qui voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un second feed-back qui permit d'associer le sujet percevant et l'autre projet&#233; et per&#231;u &#224; l'ext&#233;rieur qui &#233;tait aussi bien dieu que le soleil et qui ouvrit la porte &#224; une assimilation singuli&#232;re et erron&#233;e entre sujet percevant et vision globale ou divine.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vision est devenu l'&#233;l&#233;ment central d'une th&#233;ologie implicite puis explicite active encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; d&#233;construire cette association sujet percevant, conscience, &#339;il de dieu qui voit tout, que s'attache D.H. Lawrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre donc, l'&#339;il et l'id&#233;e qu'il existe quelque chose dans l'&#339;il comme une image &#171; pure &#187; ou un objet qui serait &#171; pure image &#187;. Cette forme absolue de l'image serait &#224; la fois ce qui est, la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle donc, ce que voit l'&#339;il et ce que per&#231;oit le sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;duction, de concentration, de limitation, est &#224; l'&#339;uvre qui va &#233;loigner l'image de ses sources que sont les affects et de sa fonction qui consiste &#224; &#234;tre d'un des moyens servant &#224; mesurer les relations que l'homme entretient avec le monde qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour D.H. Lawrence, l'image est un ph&#233;nom&#232;ne mental, psychique, perceptuel, culturel et historique. N'&#233;tant pas un absolu, elle n'&#233;puise en rien la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s &#224; la perception. Elle est, comme toute invention humaine, &#224; la fois moyen et obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les deux images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas encore &#233;voqu&#233; l'autre personnage convoqu&#233; par D.H. Lawrence dans ce texte, C&#233;zanne. Ce dernier est pr&#233;sent&#233; par D.H. Lawrence comme le porteur d'une immoralit&#233; &#224; la fois r&#233;elle et phantasmatique. C&#233;zanne est ici le nom propre qui permet &#224; D.H. Lawrence de montrer qu'il existe au moins deux types d'images, les images mentales et les images r&#233;tiniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend la question de l'immoralit&#233; de C&#233;zanne est en fait ce qui permet &#224; D.H. Lawrence de proposer une distinction entre deux positions d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'une prend appui sur une d&#233;finition de la conscience comme relation entre un je analogue et un moi m&#233;taphorique, pour reprendre ici les termes de Julian Jaynes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre prend appui sur une approche complexe du sujet vivant con&#231;u comme une sorte de m&#233;dium entre un r&#233;el chaotique, instable, &#233;chappant &#224; toute r&#233;ification et une activit&#233; mentale et psychique prenant en charge cette complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure je/moi se retrouve pr&#233;sent&#233;e pour ce qu'elle est, &#224; la fois une structure prise dans une histoire et une structure qui se pr&#233;sente &#224; elle-m&#234;me comme universelle, &#233;ternelle et anhistorique. Cette structure psychique peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme une croyance. Et comme toute croyance, elle est quelque chose qui est largement partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image r&#233;tinienne trouve dans la photographie une sorte de synth&#232;se, celle d'une histoire certes longue mais beaucoup moins longue que l'histoire qui permet &#224; l'image affective et mentale de continuer &#224; exister en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre ces deux images est un conflit entre les strates de m&#233;moire qui nous composent qui se double d'un conflit entre deux pulsions, l'une qui est bas&#233;e sur la peur et l'autre sur la confiance en la capacit&#233; humaine &#224; l'invention. L'une est une image qui rel&#232;ve de la reproduction. L'autre est li&#233;e &#224; l'imagination cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moment Kodak&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son analyse du moment Kodak, Fran&#231;ois Brunet montre trois choses essentielles pour notre propos. Je vous incite &#224; lire ce livre qui est une v&#233;ritable mine. Je ne vous raconterai pas en d&#233;tail l'histoire de George Eastman (1854-1932), sinon que l'invention du nom Kodak qui eu lieu deux ans apr&#232;s l'autre nom mythique de l'Am&#233;rique naissante, Coca-Cola, &#171; r&#233;v&#232;le une commune volont&#233; de marginaliser l'ordre descriptif au profit d'une rythmique orale, mn&#233;motechnique et mythopo&#239;&#233;tique, affichant par le jeu des sonorit&#233;s et leur r&#233;p&#233;tition une fonction nouvelle, rituelle, le nom de Kodak tendant &#224; substituer &#224; l'id&#233;ologie rationaliste et d&#233;mocratique de la photographie un mythe commercial et primitiviste qui cadrait avec l'ambition industrielle d'Eastman. &#187; (&lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt; p. 235)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;ation anti-&#233;tymologique, fait d'accoler un nom &#224; un concept nouveau et &#233;limination du mot &#171; camera &#187; (appareil photo), tout cela implique que le mot va exprimer une chose dans son ensemble qui synth&#233;tise en fait tous les produits d'une marque en plus des objets &#224; proprement parler.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'invention du Kodak a lieu cinquante ans apr&#232;s la publication du daguerr&#233;otype.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; la fonction du mythe de l'image a-technique. Le Kodak faisait de la photographie une magie aux ordres d'un simple d&#233;sir. &#171; You press the button and we do the rest &#187; est un slogan connu de tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qu'induit le Kodak, c'est &#171; la transformation de la photographie (aristocratique ou grande bourgeoise dans sa pratique et savante malgr&#233; les all&#233;gations d'Arago) en pratique de masse et sa refondation en instrument de la m&#233;moire et de la fantaisie ordinaires, quotidiennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots de Fran&#231;ois Brunet sont importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils permettent de comprendre le ph&#233;nom&#232;ne essentiel peut-&#234;tre que nous signale le texte de D.H. Lawrence, le remplacement, presque point par point par un jeu de simple glissement si l'on peut dire, de certaines fonctions par des fonctions &#233;quivalentes mais li&#233;es &#224; une autre strate temporelle ou &#224; une autre strate psychique. En fait, il y a substitution par cr&#233;ation d'un instrument adapt&#233; &#224; des ph&#233;nom&#232;nes nouveaux plus ou moins engendr&#233;s par l'invention m&#234;me des machines, puis des appareils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, &#224; la m&#233;moire ou aux m&#233;moires qui constituent les strates du v&#233;cu humain s'ajoute une nouvelle m&#233;moire rapide imm&#233;diate, li&#233;e &#224; l'acte individuel et ayant un support mat&#233;riel accessible dans l'instant et suppos&#233; p&#233;renne, au moins pour la dur&#233;e de la vie des acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la fantaisie, comment ne pas entendre qu'elle remplace simplement l'imagination ou plut&#244;t que cette production nouvelle et massive d'images la mat&#233;rialise. Certes, on peut dire que ces images n'ont rien &#224; voir avec l'imagination comme facult&#233;, mais d'une certaine mani&#232;re, elle la concr&#233;tise aux yeux de certains, disons de ceux qui ne vont pas n&#233;cessairement s'int&#233;resser &#224; l'imagination kantienne ou autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces substitutions se doublent d'autres, comme le remarque toujours Brunet. &#171; La formule Kodak devint ainsi la formule de la socialit&#233;, de la politique, voire de la morale am&#233;ricaine. Au-del&#224; de la photographie pour tous, ce slogan r&#233;sumait le nouveau contrat social fa&#231;onn&#233; par le capitalisme industriel dans lequel l'entreprise relayait les institutions traditionnelles et particuli&#232;rement l'instance politique dans la gestion de la vie sociale et du progr&#232;s. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 242)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le moment Kodak est aussi celui d'une nouvelle vision qui a paradoxalement &#233;t&#233; mise en &#339;uvre par le plus pictorialiste des photographes nouveaux, Alfred Stieglitz.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le pictorialisme se caract&#233;rise par un codage des compositions un usage du flou de la retouche, du travail sur les tonalit&#233;s et les textures de l'&#233;preuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle vision, elle se caract&#233;rise par une recherche formelle techniquement plus sobre, presque asc&#233;tique et domin&#233;e par le souci de l'&#233;quilibre plastique des composants de l'image, recherche formelle qui prendra le nom de photographie pure. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 244)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement complet de la composition sociale des photographes va &#234;tre rendu possible par cette simplification du geste et de la fabrication de l'image finale. Mais cela va aussi donner lieu &#224; une nouvelle esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait Stieglitz et certains de ceux qui vont pratiquer la &#171; press button photography &#187; vont m&#234;ler, unir ou relier, les deux courants de la photographie. Ils vont garder du pictorialisme un souci de contr&#244;le du d&#233;veloppement et du tirage et le lier avec les exigences de la photographie pure qui est une pratique tout &#224; fait oppos&#233;e &#224; la recherche longue, une pratique capturant l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quoi est fait cet instant ? Pas de ce qui est dans la r&#233;alit&#233;, non mais de la subjectivit&#233; du photographe enfin libre de ses mouvements, subjectivit&#233; qui s'exprime gr&#226;ce au geste simple associ&#233; ou compar&#233; &#224; celui de la main tenant un crayon. Avec un Kodak, tout &#233;tant possible, on peut dire que l'imagination est au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kodak r&#233;concilie &#171; les p&#244;les antinomiques de l'imagination et de l'industrie. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 251) Le photographe peut commencer &#224; croire qu'il subjugue l'appareil qu'il est plus intelligent que lui bref qu'il l'utilise &#224; ses fins et s'exprime comme individu, &#224; travers lui. Nous avons vu avec Vil&#233;m Flusser quelle limite apporter &#224; cette appr&#233;ciation, mais il n'en reste pas moins que cette croyance a &#233;t&#233; et est encore partag&#233;e par tous ou presque, en tout cas par ceux qui font des images.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans un contexte moderne am&#233;ricain marqu&#233; plus g&#233;n&#233;ralement par le fonctionnalisme, ce souci de dialectiser l'opposition art/technique fut explicite et constante chez Alfred Stieglitz ; loin de l'opposer &#224; Eastman, il fit en r&#233;alit&#233; de la photographie &#171; pure &#187; la version picturale du moment Kodak. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le point majeur qui rejoint l'analyse de D.H. Lawrence, c'est le processus de subjectivisation de la photographie rendu possible par l'invention du Kodak et qui est devenu une norme morale d'avoir &#233;t&#233; auparavant une norme technique, pratique et esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mythologie que nous connaissons tous qui a &#233;t&#233; rendue possible par cette invention. En effet, avant le Kodak, le photographe &#233;tait le serviteur de son appareil lourd, compliqu&#233; &#224; manier ou du moins il en &#233;tait le valet.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil maniable l&#233;ger ouvre la porte &#224; ce que l'on peut d&#233;sormais &#171; appeler un acte photographique, acte mental ou perceptif, relay&#233; par la main et destin&#233; &#224; &#171; satisfaire l'&#339;il &#187;, acte ou la technique ne joue plus aucun r&#244;le visible&#8230;/&#8230; La technique est dissoci&#233;e de la prise de vue et celle-ci seule d&#233;termine la valeur plastique. L'asc&#232;se du guet d&#233;bouche sur un h&#233;donisme et un h&#233;ro&#239;sme du regard. Nuridsany &#233;crit qu'&#224; partir de Kodak &#171; l'essentiel est dans la d&#233;cision, la pression du doigt qui fait passer la vision de l'indicible au formul&#233;, de l'intime au public&#8230;/&#8230; Cette d&#233;cision au c&#339;ur de l'acte photographique est fond&#233;e dans l'expression du photographe. A la limite, la photographie ne donne plus rien &#224; voir que le JE, regardez moi dit l'image et le geste de photographier n'&#233;tant plus technique devient une op&#233;ration mentale, le si&#232;ge n'est plus dans la chambre noire mais dans le regard ou le cerveau. Stieglitz parlera de pr&#233;visualisation de l'image. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 256)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voit-on cette proth&#232;se de l'homme pour reprendre une expression de Freud, faire dispara&#238;tre le moment crucial de la cr&#233;ation au profit &#171; d'un couplage entre un regard int&#233;rioris&#233; et un geste minimal qui vaut simple enregistrement. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, op. cit., p. 258)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit D.H. Lawrence ne disait pas autre chose d&#232;s 1925. Il rep&#233;rait avec pr&#233;cision ce glissement qui met la subjectivit&#233; ou plut&#244;t une forme de subjectivation au c&#339;ur d'un phantasme et qui fait de ce phantasme pouvant se r&#233;aliser la norme &#224; la fois pratique, tout avoir d'un seul geste, esth&#233;tique, trouver le bon point de vue comme expression de soi, morale, puisque chacun peut le faire chacun doit le faire ou du moins partager cette nouvelle vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce que dit en plus D.H. Lawrence, c'est que cette subjectivation, en se couplant avec une m&#233;moire suppos&#233;e longue, fait glisser cette illusion d'&#233;ternit&#233; contenue dans la pr&#233;sentation du clich&#233; r&#233;alis&#233; au c&#339;ur de la subjectivit&#233;. Le Moi ou le Je peuvent acc&#233;der &#224; une forme de divinisation puisqu'ils sont porteurs et acteurs d'un enregistrement suppos&#233; parfait absolu et &#233;ternel, bref ayant tous les attributs du divin ou plus exactement ayant toute la puissance de Dieu, celle de voir tout partout et d'enregistrer ce qu'il voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.H. Lawrence a parfaitement compris cette r&#233;tro-projection des fonctions divines sur les puissances propres de l'appareil Kodak et de l'appareil r&#233;duit au statut d'instrument, sur celui qui l'utilise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Image r&#233;tinienne image mentale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet ce n'est pas seulement la r&#233;tro-projection des fonctions divines sur le sujet par le truchement de l'appareil qui importe pour D.H. Lawrence, mais bien le processus m&#234;me de la r&#233;troaction qui est, lui, une fonction du psychisme qui appara&#238;t avec la conscience et devient, durant son r&#232;gne, le principe m&#234;me par lequel le pensable acquiert une valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.H. Lawrence interroge en effet la mise en place d'un jugement de valeur &#224; travers la notion de moralit&#233;, mais c'est bien la valeur du jugement qui est en jeu, du jugement comme jugement de valeur. Il y a d'autres options, mais celle-l&#224;, l'association vision r&#233;tinienne/reconnaissance de la r&#233;alit&#233;/valeur de v&#233;rit&#233;, est une vieille habitude comme il le dit, et elle a abouti non seulement &#224; l'invention de la photographie mais &#224; sa l&#233;gitimation comme m&#233;taphore la plus efficace permettant &#224; cette r&#233;troaction de se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe donc c'est, &#224; la page 48, la prise en compte d'un diff&#233;rentiel entre homme et appareil, diff&#233;rentiel qui est l'objet m&#234;me d'un d&#233;ni constant de la part des hommes. Ce n'est pas qu'on oublie que l'on se sert d'appareils, on l'a vu avec Vil&#233;m Flusser, mais qu'on oublie ce que sont et font les appareils, la mani&#232;re dont ils transforment notre perception du monde et donc nous transforment nous-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'homme, quoi qu'il fasse, n'est pas un Kodak. Mais il s'efforce de tout son c&#339;ur de le devenir ou de tenter de voir COMME le Kodak. &#187; Analogie et m&#233;taphore jouent ici leur r&#244;le central de mise en relation entre deux mondes h&#233;t&#233;rog&#232;nes, &#224; ceci pr&#232;s qu'il ne s'agit pas d'associer une sensation avec une expression, mais, en supposant que la donation de sens se fait du dehors par l'appareil, qu'il va &#234;tre possible d'y r&#233;pondre en se conformant &#224; ses ordres ou &#224; ses indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'un sens passe non plus par le travail subjectif interne de tenter d'accorder le non connu au connu, mais par l'ext&#233;riorisation de ce travail de s'accorder &#224; ses injonctions et de tenter ensuite, par un travail d'introjection, de faire correspondre au &#171; per&#231;u par l'appareil &#187;, un &#171; per&#231;u par le corps ou le cerveau &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'homme finit par oublier la mani&#232;re dont son cerveau fonctionnait avant que l'image Kodak ne devienne le mod&#232;le et le r&#233;f&#233;rent de toute perception et le principe m&#234;me de la subjectivation. Et cela d'autant plus que cette ext&#233;riorit&#233; de l'appareil et l'oubli de ses programmes fait de ce mouvement d'ob&#233;issance le sommet d'un acte libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.H. Lawrence a recours, pour d&#233;montrer cette singularit&#233; violente de la soumission au diktat de l'appareil, &#224; l'existence d'un autre niveau de perception qui n'a pas pour autant disparu m&#234;me s'il a &#233;t&#233; recouvert par la vague d'images indicielles et r&#233;flexives. Le cerveau pour identifier, pour construire, pour inventer, ne passe pas par la seule fonction de reconnaissance, mais par l'analyse, la symbolisation, l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce dont parle D.H. Lawrence, c'est &#224; l'&#233;vidence d'autres fonctions actives dans le psychisme et que nous avons fini par appeler, faute de mieux, le corps. En fait il s'agit pour l'essentiel d'un dispositif complexe qui associe l'ensemble des donn&#233;es sensorielles dans la construction d'une image de la r&#233;alit&#233; et accepte que cette image reste ind&#233;cise, ind&#233;cision qui laisse la place &#224; une r&#233;elle libert&#233; d'interpr&#233;tation et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image r&#233;tinienne s'oppose &#224; l'image mentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est limit&#233;e. Elle est un moment dans la vision, mais si elle est elle-m&#234;me le r&#233;sultat d'une d&#233;composition de composition par les b&#226;tonnets et les c&#244;nes, elle est surtout un moment qui se situe avant la formation d'un objet mental plus complexe qui sera lui le fruit de nombreuses associations nouvelles dans le cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image r&#233;tinienne est en fait tout sauf une image qui viendrait s'imposer d'elle-m&#234;me. Elle est le r&#233;sultat de processus complexes et qui ne sont pas sans signification ni sans fonction dans l'interpr&#233;tation finale de l'image. Il y a extraction et fixation d'un moment particulier dans le mouvement g&#233;n&#233;ral qui conduit &#224; la possibilit&#233; de se forger des objets mentaux permettant de s'orienter dans l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249; l'image mentale est prise en compte d'une complexit&#233;, l'image qui est en fait un objet mental en constante transformation, l'image change de statut et de d&#233;finition. Comme nous le verrons avec Simondon, c'est &#224; la prise en compte de cette complexit&#233; de l'image mentale que nous allons consacrer cette ann&#233;e. Et D.H. Lawrence savait tout cela d'une mani&#232;re extraordinairement pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi tient cette diff&#233;rence entre image r&#233;tinienne et image mentale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut pour cela tenir compte de ce que nous savons sur les appareils et sur la perception.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, il faut d'abord dire qu'il n'y a pas un conflit entre images, mais entre des positions existentielles par rapport aux images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouve que la focalisation sur l'image r&#233;tinienne, sa transformation en crit&#232;re absolu de valeur, est li&#233;e &#224; la survalorisation du lien moi/je dans le dispositif de la conscience. La prise en compte de donn&#233;es autres et plus complexes provenant de l'ensemble du complexe perceptif et non plus de la seule r&#233;tine, implique une autre conception du dispositif de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit alors d'une approche ouverte qui laisse fonctionner la pens&#233;e par rapport &#224; un fond d'inconnaissance qui est le statut originaire de l'homme utilisant pour s'orienter dans le monde des signes et des symboles, et pas par rapport aux seules images r&#233;tiniennes ou photographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel est le fond m&#234;me &#224; partir duquel s'organise la perception. Il faut ici, me semble-t-il, recourir aux deux d&#233;finitions que Deleuze et Guattari donnent du percept et de l'affect dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les affects sont pr&#233;cis&#233;ment les devenirs non humains de l'homme, comme les percepts (y compris la ville) sont les devenirs non humains de la nature. &#187; (op. cit., p. 160)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; N'est-ce pas la d&#233;finition du percept en personne : rendre sensibles les forces insensibles qui peuplent le monde et qui nous affectent, nous font devenir ? &#187; (op. cit., p. 172)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'il faut tenter non seulement de relever la substitution entre clich&#233; et image ou entre image r&#233;tinienne et image mentale dans les fonctionnements culturels et psychiques mais de l'expliquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ce ph&#233;nom&#232;ne est-il possible ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'il est possible par la proximit&#233;, la parent&#233; m&#234;me, qui existe entre l'appareil et la nature, entre l'appareil et le devenir. L'appareil fonctionne comme une force insensible. On a vu que l'appareil mettait l'homme en quelque sorte hors de lui-m&#234;me, le s&#233;parait de son v&#233;cu tout en lui offrant pr&#233;cis&#233;ment le moyen de se le r&#233;approprier comme s'il lui revenait de l'ext&#233;rieur, du grand dehors, celui des voix, des dieux, du chaos, du cosmos, de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil photographique est en quelque sorte le prototype de tous les appareils, surtout en ce qu'il finit par se faire oublier, lib&#233;rant l'homme pour une confrontation non pas avec la nature ou le dehors, mais avec l'&#233;tranget&#233; absolue qu'est la possibilit&#233; de voir avec des yeux non humains, avec un &#339;il pur con&#231;u comme simple structure d'enregistrement, r&#233;tine qui serait comme d&#233;connect&#233;e du reste du corps et du cerveau, comme de la nature et du chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens l'appareil prend la place de la nature en ceci qu'il l'inclut en l'excluant, d&#233;coupant ou pr&#233;d&#233;coupant en lui un cadre dans lequel ne sera retenu que ce qui vient s'y inclure, s'y figer, s'y faire prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil est donc un interm&#233;diaire avant d'&#234;tre une m&#233;diation. Il n'assure pas tant une relation qu'il impose un ordre, qui est bien s&#251;r aussi une relation d'un nouveau genre et c'est en tant qu'il est une relation qui ressemble &#224; la relation ant&#233;rieure, qu'il peut prendre sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette position interm&#233;diaire a donc en amont un r&#244;le de pr&#233;vision de pr&#233;visualisation de d&#233;coupe par un cadre pr&#233;d&#233;termin&#233;, disons pour faire simple celui du viseur de l'appareil, il n'est pas sans effet en aval. L&#224;, il a pour effet de modifier l'id&#233;e ou l'image que se fait celui qui regarde ce qu'il a produit, d&#233;couvert, invent&#233; en quelque sorte, m&#234;me si ce n'est justement pas une invention, au moyen de l'appareil. C'est tout ce qu'il per&#231;oit c'est la perception m&#234;me qui est affect&#233;e par l'appareil et par l'image ou le type d'images que produit l'appareil. C'est ce processus de r&#233;troaction qui importe &#224; D.H. Lawrence, comme on peut le comprendre avec pr&#233;cision &#224; la page 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, se produit une double action, sur le percept et sur la m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait &#233;tablir une sorte d'&#233;quation ou plut&#244;t de double relation, ou de comparaison entre deux rapports, comparaison qui permettra de d&#233;gager la parent&#233; fut-elle erron&#233;e ou fond&#233;e sur une illusion qui permet le glissement de sens entre la moralit&#233; bourgeoise et l'immoralit&#233; artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re prend en compte le cerveau-corps comme projet de s'orienter dans le monde, le monde comme entit&#233; non connue et le chaos comme &#171; sol &#187; originaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde prend en compte la forme actuelle du fonctionnement mental et psychique, la conscience donc, l'existence du monde comme ce qui est connu et l'ordre du monde comme &#171; sol &#187; originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas ce qui est per&#231;u, l'actuel, est mis en relation avec une ou des m&#233;moires longues, des m&#233;canismes anciens, et prend en charge l'actuel, ce qui est per&#231;u, sans tenir compte de ce qui est venu entre-temps interf&#233;rer avec le percept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, le percept est devenu la confrontation implicite avec le per&#231;u tel qu'il est offert ou impos&#233; par l'appareil. Non conscient de cette &#233;tranget&#233; qui passe au contraire pour la norme, le travail tout entier du cerveau consiste &#224; nier cette &#233;tranget&#233; non nomm&#233;e et qui pourtant d&#233;stabilise le percept et les affects, afin de pouvoir &#171; se &#187; retrouver dans un monde qui sera celui que l'appareil nous offre et qui correspondra &#224; l'image qu'il a form&#233; et dont nous croyons &#234;tre les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une mise &#224; l'&#233;cart de l'&#233;tranget&#233; originaire, que le percept prend en charge et son remplacement par un &#171; percept d'appareil &#187; qui rend le monde &#233;trang&#233; mais le rend aussit&#244;t familier puisque cette &#233;tranget&#233; est celle qui nous entoure partout dans le monde et que nous avons appris &#224; ne pas prendre en compte ou en tout cas &#224; occulter tant que cela est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre cette &#171; vision d'appareil &#187; et une tendance lourde dans la culture occidentale de choisir, contre le chaos, la tentation de croire &#224; l'existence d'entit&#233;s incorruptibles, les id&#233;es platoniciennes, le dieu chr&#233;tien, etc. font le reste du travail en ceci qu'ils le l&#233;gitiment comme appareil, comme mode de production et comme mode de perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le &#171; percept d'appareil &#187; est li&#233; &#224; une m&#233;moire r&#233;cente, &#224; une m&#233;moire courte, qui reste quand m&#234;me une m&#233;moire, une m&#233;moire qui est pr&#233;cis&#233;ment fantasm&#233;e comme n'&#233;tant ni courte, ni longue, mais anhistorique, absolue, universelle, &#233;ternelle et, partant, &#233;chappant aux effets d&#233;rangeant du percept qui, lui, fait toujours remonter le spectre du chaos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons bien affaire ici &#224; un confort petit bourgeois qui est encore et toujours au c&#339;ur des pr&#233;occupations de 99,99 pour cent des artistes, soit qu'ils veulent &#224; tout prix &#234;tre reconnus par ceux qui d&#233;terminent l'une ou l'autre des formes actuelles du go&#251;t dominant, soit qu'ils ont eux-m&#234;mes peur du chaos ou pire encore qu'ils ont oubli&#233; que le percept, avant d'&#234;tre m&#233;diatis&#233; par l'appareil, l'&#233;tait par le corps-cerveau m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La le&#231;on de C&#233;zanne et l'enjeu d'un questionnement sur l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; C&#233;zanne dans ce texte de D.H. Lawrence est d'une importance majeure. Il peut nous sembler presque d&#233;suet tant la donne a &#233;volu&#233; depuis un si&#232;cle ou presque, au profit d'un envahissement de nos vies par l'image Kodak et ses d&#233;riv&#233;s. Et pourtant, il permet &#224; D.H. Lawrence de nous parler de quelque chose qui reste important : la possibilit&#233;, pour nous, d'acc&#233;der &#224; une sorte de percept &#171; pur &#187;, l'existence en nous d'affects &#171; purs &#187;. L'enjeu est essentiel, car il s'agit de d&#233;terminer comment la pens&#233;e peut &#233;chapper &#224; son pi&#232;ge le plus intime et le plus radical, le plus pr&#233;gnant, celui du clich&#233;, dans tous les sens du terme. Par clich&#233;, il faut entendre la propension &#224; faire des affects moyens &#224; une &#233;poque donn&#233;e le crit&#232;re de valeur de l'&#233;poque et &#224; r&#233;troprojeter cette valeur sur l'ensemble de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En m&#234;me temps que la vision de l'homme a &#233;volu&#233; dans le sens du Kodak, l'id&#233;e que l'homme se fait de lui-m&#234;me s'est, elle, d&#233;velopp&#233;e dans le sens du clich&#233;&#8230; &#187; &#233;crit D.H. Lawrence pages 49-50.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, cette id&#233;e que l'homme se fait de lui-m&#234;me est une sorte de synth&#232;se de ce qu'il a projet&#233; sur le monde depuis des mill&#233;naires et une sorte de revanche qu'il prend sur les &#233;tats ant&#233;rieurs dans lesquels il s'est trouv&#233; et dont il garde une sorte de m&#233;moire primaire, celle des temps o&#249; il ne &#171; savait &#187; pas. Il choisit donc de reconna&#238;tre ce savoir puisqu'il a trouv&#233; ou invent&#233; des instruments de connaissance qui lui permettent de confirmer cela et il se met &#224; y croire comme il a cru autrefois &#224; ses dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le prix &#224; payer comme dans tout clich&#233;, c'est la limitation que cela implique, le fait de voir &#224; travers un cadre et d'oublier que le cadre existe. Il est vrai que d'une certaine mani&#232;re le cadre est la condition m&#234;me de la pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le geste par lequel il est possible de d&#233;couper dans le flux et le chaos, un espace-temps qui puisse devenir connaissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si c'est une sorte de condition de possibilit&#233; de la pens&#233;e, c'est aussi un pi&#232;ge. Ce pi&#232;ge est d'autant plus efficace que ce qu'il capture est ce qui &#224; la fois &#233;chappe au cadre et rend possible son existence m&#234;me, la double &#233;tranget&#233;, ou la triple si l'on veut, celle de l'existence de l'univers, celle de l'existence de l'homme et celle de sa capacit&#233; &#224; &#233;tablir avec l'univers des relations pr&#233;dictible et ratio&#239;des.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces relations ont, elles aussi, une histoire dans laquelle les affects jouent un r&#244;le majeur. Ce sont eux qui ont permis aux hommes d'&#233;tablir avec le monde qui les entoure les relations qui leur permettent de s'orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; C&#233;zanne est &#224; comprendre comme la pr&#233;sence au c&#339;ur d'un monde envahi par les images Kodak et les complexes Moi/Je qui les r&#233;alisent et s'y mirent, de donn&#233;es qui &#233;chappent au cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le dessin en art est la reconnaissance des rapports entre les diff&#233;rentes choses, les &#233;l&#233;ments diff&#233;rents du flux cr&#233;ateur. Vous ne pouvez inventer un dessin. Vous le reconnaissez avec la quatri&#232;me dimension. C'est-&#224;-dire avec votre sang, vos os, autant qu'avec vos yeux &#187;, note D.H. Lawrence page 57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait face ici &#224; un probl&#232;me de vocabulaire. Le travail sur Simondon nous permettra de donner au mot invention une signification riche et pr&#233;cise. Disons simplement qu'il s'agit l&#224; d'un partage profond qui traverse toute l'histoire de l'art, la pens&#233;e des hommes, comme les champs politiques comme &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze et Guattari au terme d'une r&#233;flexion sur l'art en particulier remarquent : &#171; L'art prend un morceau de chaos dans un cadre, pour former un chaos compos&#233; qui devient sensible, ou dont il tire une sensation chao&#239;de en tant que vari&#233;t&#233;. &#187; (op. cit., p. 194)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce cadrage se double toujours d'une sorte de lutte contre ce qui est d&#233;j&#224; cadr&#233; ou d&#233;j&#224; dans le cadre et qui est pris d'une autre mani&#232;re pour d'autres raison avec d'autres dispositifs ou d'autres appareils. Ainsi, &#171; la lutte avec le chaos n'est que l'instrument d'une lutte plus profonde contre l'opinion, car c'est de l'opinion que vient le malheur des hommes. &#187; (op. cit., p. 194)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Courte pr&#233;sentation de Gilbert Simondon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que ce texte de D.H. Lawrence nous permet d'entrevoir, c'est la complexit&#233; de l'image, des images et de leurs fonctions dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de r&#233;gulation de nos comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point important, mais les images sont dou&#233;es d'une particularit&#233; ou d'une singularit&#233; &#224; savoir qu'elles sont &#224; la fois des &#233;l&#233;ments dont dispose le psychisme, des &#233;l&#233;ments qui semblent pouvoir exister ind&#233;pendamment de lui et qui ont en tout cas une certaine autonomie par rapport &#224; lui et des &#233;l&#233;ments qui semblent pouvoir exister par eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ambigu&#239;t&#233; des images est ancienne et essentielle. On pourrait m&#234;me dire de mani&#232;re un peu brutale que cette relative ext&#233;riorit&#233; et surtout cette autonomie des images est ce qui motive ce long processus par lequel les hommes ont tent&#233; de les apprivoiser et de les int&#233;rioriser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les images mentales pouvaient &#234;tre per&#231;ues &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur, disons dans la t&#234;te ou envahissant tout le corps, et comme ext&#233;rieures &#224; l'individu, ce fait est sans doute la &#171; cause &#187; profonde motivant de ce processus d'introjection des images qu'&#233;voque D.H. Lawrence, un processus de r&#233;appropriation de l'&#233;tranget&#233; en vue de la contrer et de l'affaiblir pour la rendre acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon &#233;voque ce probl&#232;me d&#232;s l'introduction de son cours, comme le montrent en particulier les pages 7 et 8 du livre &lt;i&gt;Imagination et invention&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte nous met lui aussi face &#224; toutes les questions que nous posait le texte de D.H. Lawrence. C'est &#224; elles et &#224; bien d'autres que nous allons tenter non tant de r&#233;pondre que de faire qu'elles trouvent en nous une r&#233;sonance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet ce qui relie D.H. Lawrence et Gilbert Simondon, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'ils ouvrent notre r&#233;flexion sur deux champs le plus souvent ignor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est le monde d'avant, c'est-&#224;-dire &#224; la fois d'avant la conscience, d'avant la connaissance rationnelle et aussi d'avant l'individu, le monde pr&#233;-individuel donc qui se manifeste alors que nous n'existons pas encore comme individu et pourtant d&#233;j&#224; comme &#234;tre vivant, par exemple comme embryon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons que nous formons d&#233;j&#224; des images alors que nous ne voyons pas. Nous savons aussi que les hommes d'avant Kodak voyaient, mais autrement, de m&#234;me qu'il existait des images qui semblaient avoir une vie propre, vie qu'on leur a d&#233;ni&#233;e aujourd'hui, tout en ayant invent&#233; un monde d'images autonomes ou presque dans lequel nous baignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est le monde de l'invention, c'est-&#224;-dire de tout ce qui est engag&#233; par la r&#233;troaction de ph&#233;nom&#232;nes sur notre perception et sur notre fonctionnement. Il s'agit moins d'en prendre conscience que de comprendre en quoi ils se rapprochent souvent des ph&#233;nom&#232;nes qui affectent le monde pr&#233;-individuel par exemple, et en quoi cette r&#233;troaction t&#233;moigne de l'autonomie &#224; cet autre niveau, d'&#233;l&#233;ments comme les images et comment cette autonomie, par exemple celle des images, peut et doit &#234;tre prise en charge par les m&#233;canismes de la pens&#233;e afin de ne pas produire de nouveaux clich&#233;s mais de g&#233;n&#233;rer de l'invention.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le programme du cours de Gilbert Simondon est explicit&#233; aux pages 13 et 14 et il sera d'une certaine mani&#232;re le n&#244;tre pour le s&#233;minaire de cette ann&#233;e 2009-2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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