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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Les monstres en h&#233;ritage	</title>
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		<dc:creator>No Anger</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Dans mes recherches, j'avance l'id&#233;e que la monstration des corps handicap&#233;s est inconsciemment rel&#233;gu&#233;e au registre de l'obsc&#232;ne, au m&#234;me titre que les monstrations sexuelles ou scatologiques, ou m&#234;me l'&#233;vocation de la mort.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/handicape" rel="tag"&gt;handicap&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH87/arton2566-56436.jpg?1772192387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans mes recherches, j'avance l'id&#233;e que la monstration des corps handicap&#233;s est inconsciemment rel&#233;gu&#233;e au registre de l'obsc&#232;ne, au m&#234;me titre que les monstrations sexuelles ou scatologiques, ou m&#234;me l'&#233;vocation de la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e dans le cadre d'un atelier transversal pendant les journ&#233;es professionnelles de DCA, l'association nationale pour le D&#233;veloppement des centres d'art, le 28 novembre 2022, au Carreau du Temple (Paris).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quarante-cinq minutes, je vais parler du validisme et de son rapport &#224; l'art contemporain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'est-ce que le validisme ? Je pourrais vous dire que c'est une oppression syst&#233;mique qui repose sur la hi&#233;rarchie symbolique entre les corps valides et les corps handicap&#233;s, les existences valides et les existences handicap&#233;es. Mais que saisiriez-vous de ces mots ? S&#251;rement une image abstraite. Peut-&#234;tre ressentirez-vous un vague sentiment d'indignation ? Mais c'est tout. Vous n'aurez probablement pas acc&#232;s au milli&#232;me de ce qu'implique cette oppression. Alors je choisis une autre fa&#231;on pour vous expliquer ce qu'est le validisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre, je roulais tranquillement dans un parc, quand j'entends soudain la voix paniqu&#233;e d'un gar&#231;on de huit ans crier derri&#232;re moi : &lt;i&gt;&#171; Papa ! Papa ! J'ai peur ! &#187;&lt;/i&gt;. Une seconde plus tard, je le vois d&#233;bouler &#224; toute vitesse &#224; c&#244;t&#233; de moi en me jetant des regards terroris&#233;s. Je le d&#233;passe en filant. Puis, je me dis : &lt;i&gt;&#171; mais&#8230; c'est moi qui lui ai fait peur ? &#187;&lt;/i&gt; et l'id&#233;e me met tellement mal &#224; l'aise que je rebrousse chemin pour v&#233;rifier, en esp&#233;rant que je me sois tromp&#233;e. Je recroise le gosse et son p&#232;re dans l'all&#233;e. Et l'enfant me regarde et me dit &lt;i&gt;&#171; NON ! NON ! N'AVANCE PAS ! &#187;&lt;/i&gt; et d&#233;tale &#224; nouveau en hurlant loin, loin. Son p&#232;re me regarde d'un air contrit, me dit bonjour, essaye de faire comme si de rien n'&#233;tait ; et, dans son regard, je vois cette condescendance muette que je connais bien pour l'exp&#233;rimenter au quotidien, ce pr&#233;suppos&#233; selon lequel je serais aussi atteinte d'une d&#233;ficience intellectuelle, et que &#231;a va, tant que &#231;a se rend pas compte, &#231;a passe&#8230; Mais je le regarde intens&#233;ment pour lui faire comprendre que je sais ce qui est en train d'arriver. En cet instant, tout en moi est mortifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a, le validisme. Plus que des mots abstraits, c'est cet enfant &#8212; d&#233;j&#224; grand &#8212; qui hurle de terreur devant moi et me supplie de ne pas approcher de lui. C'est ce p&#232;re qui ne dit rien et fait comme si. C'est moi aussi qui, pendant toute une semaine, ai d&#251; composer avec cette vieille sensation d'&#234;tre une abomination, bien rang&#233;e la plupart du temps, mais qui ressurgit quand la violence tape trop fort. Le validisme, c'est cette violence-l&#224;. Cette violence qui ne laisse pas de plaies, ni d'ecchymoses, mais broie un peu plus chaque fois l'estime de soi et fait voir un reflet d&#233;form&#233; et monstrueux dans le miroir. Cette violence insidieuse car invisible. Cette violence qui demeure la plupart du temps impunie. Car, dans le validisme &#8212; tout au moins, le validisme ordinaire &#8212;, il n'y a, la plupart du temps, aucun coupable, ni aucune mauvaise intention. L'enfant n'est pas responsable d'avoir eu peur, et encore moins coupable. C'&#233;tait une terreur non feinte. Mais c'est cela m&#234;me qui rend, pour moi, la situation aussi cruelle et implacable ; car, derri&#232;re la peur de l'enfant, j'entrevois toute la complexit&#233; de structures sociales qui distinguent et esseulent, hi&#233;rarchisent et ostracisent. Derri&#232;re les hurlements de l'enfant, j'entends la voix du validisme qui me dit que c'est normal qu'un &#234;tre humain hurle sa terreur devant un autre &#234;tre humain et que, peut-&#234;tre, je n'aurais pas d&#251; me trouver l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, car le validisme, ce sont aussi ces questions : qu'a-t-on inculqu&#233; &#224; cet enfant pour qu'il r&#233;agisse ainsi ? Qu'a-t-on inculqu&#233; au p&#232;re pour qu'il ne r&#233;agisse pas ? Que m'a-t-on inculqu&#233;, &#224; moi, pour que, pendant toute la semaine qui a suivi, mon corps me soit &#224; ce point insupportable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet enfant, &#224; ce p&#232;re, on a montr&#233; des images qui ont forg&#233;, en leur subjectivit&#233;, une certaine id&#233;e du handicap. &#192; moi, on a dit des mots, qui ont fix&#233; en mon esprit des sensations et des pens&#233;es. On m'a montr&#233; des personnages de fiction et on m'a sugg&#233;r&#233; que j'&#233;tais comme eux, que j'&#233;tais eux. Mais vous allez s&#251;rement me demander qui est ce &#171; on &#187;. Je ne sais pas. Il n'a pas de corps, ni de mati&#232;re, mais il se refl&#232;te partout, &#224; travers des r&#233;pliques de film ou des lois que l'on vote au Parlement, dans des crit&#232;res de s&#233;lection ou les courbes d'un visage repr&#233;sent&#233; sur une toile, dans une mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale ou des interactions &#233;tranges, &#224; travers le destin tragique des personnages de fiction ou la terreur d'un enfant. Or, qu'y a-t-il au fondement des repr&#233;sentations, des pratiques et interactions sociales, des productions culturelles ou des &#233;motions ? L'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je vais donc vous parler du validisme par le biais de l'imaginaire, car il faut bien choisir un angle d'approche pour brosser, en quarante-cinq minutes, un portrait efficace de cette oppression. Et puis, parler de l'imaginaire, de la production des imaginaires dominants, de leurs effets sur les corps, et de leurs transformations, c'est &#224; peu pr&#232;s tout ce que je sais faire. En effet, comme cela a &#233;t&#233; dit, je suis &#224; la fois artiste et chercheuse. Mes recherches portent sur le fa&#231;onnement des perceptions sociales des corps et les moyens dont disposent les activistes, les artivistes et les artistes pour transformer les visions dominantes. Ma th&#232;se portait plus sp&#233;cifiquement sur les corps assign&#233;s f&#233;minins et les corps queer, et donc sur les imaginaires androcentr&#233; et cis-h&#233;t&#233;rocentr&#233;. Maintenant, dans le sillage des travaux anglo-saxons et aux c&#244;t&#233;s d'autres personnalit&#233;s qui se revendiquent handicap&#233;es, je souhaite &#233;largir cette r&#233;flexion &#224; la probl&#233;matique du validisme, et dans mon travail de recherche et dans mon travail d'artiste. Mais je me heurte &#8212; et nous nous heurtons &#8212; &#224; un silence assourdissant, ou &#224; des mani&#232;res de parler de moi, de nous, dans lesquelles je ne reconnais pas mon corps et nos exp&#233;riences. La recherche, l'art, parlent peu de handicap &#8212; et encore moins de validisme &#8212;, et quand ils en parlent, ne savent en parler que d'une seule mani&#232;re, en en effa&#231;ant beaucoup d'autres. Mais je reviendrai sur cette id&#233;e plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, il me faut expliciter devant vous certains pr&#233;suppos&#233;s qu'impliquent un propos sur les effets de l'imaginaire validiste sur les corps, qu'ils soient valides ou handicap&#233;s. Le premier concerne la notion m&#234;me d'imaginaire. Si je me souviens bien de mes cours de Terminale en philosophie de l'art, Oscar Wilde se dressait contre l'id&#233;e selon laquelle l'imaginaire d&#233;coulerait de la r&#233;alit&#233;, ne constituant qu'un reflet mental du r&#233;el. Pour lui, l'art et l'imaginaire cr&#233;ent la r&#233;alit&#233;. C'est en quelque sorte le m&#234;me renversement que Corn&#233;lius Castoriadis op&#232;re, en consid&#233;rant la relation r&#233;cursive entre imaginaire et r&#233;alit&#233; : l'imaginaire produit la r&#233;alit&#233; sociale qui, en retour, produit l'imaginaire. Ainsi, l'imaginaire fonde les pratiques sociales, les pratiques corporelles et les interactions entre les individus. De m&#234;me que Judith Butler parle de &lt;i&gt;&#171; parodies sans original &#187;&lt;/i&gt; pour d&#233;signer le genre et mettre en exergue sa structure imitative et l'absence de mod&#232;les mat&#233;riels et concrets, de m&#234;me que Paul B. Preciado &#233;voque, &#224; la suite de Monique Wittig, des fictions politiques pour qualifier la f&#233;minit&#233; et la masculinit&#233; comme essences et mettre l'accent sur leur caract&#232;re imaginaire et leur construction sociale, politique et culturelle, je postulerai qu'il y a un imaginaire qui fa&#231;onne les pratiques sociales des corps valides et handicap&#233;s, des fictions politiques du corps valide et du corps handicap&#233; qui structurent les perceptions sociales autour de ces corps. Ces fictions, je les appelle parfois : scripts corporels. Donc, scripts corporels de la validit&#233; et scripts corporels du handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second pr&#233;suppos&#233; d&#233;coule du premier. Si je consid&#232;re le corps valide et le corps handicap&#233;, comme les produits de fictions socialement et culturellement construites, alors je m'inscris dans la conception du handicap propre au mod&#232;le social. En sciences sociales, deux conceptions du corps handicap&#233; s'opposent : le mod&#232;le m&#233;dical et le mod&#232;le social. Pour expliquer en quoi consistent ces deux grilles de lecture, j'ai l'habitude de raconter une anecdote : un jour, quand j'&#233;tais enfant, un m&#233;decin m'a demand&#233; d'attraper un minuscule cube entre mon pouce et mon index. Je me souviens avoir pens&#233; : &lt;i&gt;&#171; mais &#231;a sert &#224; rien. Je me sers jamais de ma main &#187;&lt;/i&gt;. Et en effet, comme j'avais d&#233;velopp&#233; d'autres mani&#232;res, notamment avec mes pieds, de saisir des objets, je me fichais &#233;perdument de pouvoir prendre ce tout petit cube entre le pouce et l'index. Le mod&#232;le m&#233;dical, incarn&#233; ici par le regard du m&#233;decin sur mon corps, ne voit dans le handicap qu'une d&#233;ficience, qu'un probl&#232;me individuel et m&#233;dical, que des corps tronqu&#233;s et &#224; r&#233;parer. Mais tronqu&#233; par rapport &#224; quoi ? D&#233;ficient par rapport &#224; quoi ? Tronqu&#233; par rapport &#224; l'id&#233;e qu'on se fait de ce que doit &#234;tre un corps. D&#233;ficient par rapport &#224; une certaine r&#233;f&#233;rence implicite. Le m&#233;decin ne prenait pas mon corps pour lui-m&#234;me, avec ses potentialit&#233;s et ses contraintes ; mais il l'&#233;valuait par rapport &#224; une certaine id&#233;e du corps valide. Ainsi, mon corps n'&#233;tait pas incapable en soi, mais il a &#233;t&#233; rendu incapable par la situation dans laquelle il a &#233;t&#233; plac&#233;, c'est-&#224;-dire assise sur une chaise, derri&#232;re un bureau, les jambes coinc&#233;es sous la table. Dans une posture de corps valide &#8212; et qui plus est, une posture socialement admise, une posture de &#171; bonne &#233;l&#232;ve &#187; &#8212;, j'ai &#233;t&#233; mise en &#233;chec, l&#224; o&#249;, assise par terre, les jambes libres et pouvant user de mes propres strat&#233;gies corporelles, j'aurais r&#233;ussi l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert a posteriori que ma r&#233;action d'enfant pouvait s'apparenter aux conceptions du mod&#232;le social, qui se centrent sur les corps handicap&#233;s eux-m&#234;mes, et non sur le corps handicap&#233; consid&#233;r&#233; comme lacunaire par rapport &#224; la r&#233;f&#233;rence implicite du corps valide. Dans le sillage des &lt;i&gt;disability studies&lt;/i&gt; apparues, sous l'impulsion des mouvements militants handicap&#233;s pour leurs droits civiques, dans les universit&#233;s anglo-saxonnes, le mod&#232;le social insiste donc sur la conception des handicaps comme d&#233;savantages sociaux et sur l'id&#233;e de situation de handicap. Ces nouvelles conceptions ont pour m&#233;rite de d&#233;m&#233;dicaliser l'approche du corps handicap&#233; : le handicap n'est plus un probl&#232;me individuel, un corps &#224; soigner, puisque ce sont les logiques sociales, la spatialit&#233;, les perceptions sociales, l'imaginaire dominant qui le produisent. Mais ce mod&#232;le a aussi ses limites. Si on consid&#232;re le handicap uniquement en termes de situations, si on r&#233;duit le handicap &#224; une s&#233;rie de situations, on nie la construction identitaire, et l'exp&#233;rience intime et corporelle, de tout individu qui a &#224; composer avec les logiques validistes. C'est le reproche qu'adressent les th&#233;oriciens et th&#233;oriciennes &lt;i&gt;crip&lt;/i&gt; au mod&#232;le social dans les ann&#233;es 1990-2000. Pour illustrer cette id&#233;e, je prends toujours comme exemple mon exp&#233;rience du premier confinement, o&#249; je ne suis pas sortie de chez moi pendant quatre-vingts jours, et o&#249; je n'ai donc pas &#233;t&#233; confront&#233;e aux marches &#224; l'entr&#233;e des magasins, aux trottoirs sans bateaux, aux trottinettes gar&#233;es en plein milieu, aux mille emp&#234;chements quotidiens du monde ext&#233;rieur. Pendant quatre-vingts jours, je n'ai plus &#233;t&#233; en situation de handicap, et pourtant je me consid&#233;rais toujours comme une personne handicap&#233;e, avec ma construction personnelle, avec mon exp&#233;rience du validisme et, comme le dit aussi Alison Kafer dans &lt;i&gt;Feminist Queer Crip,&lt;/i&gt; avec mon corps et ses douleurs. Voil&#224; donc le socle th&#233;orique sur lequel se fonde mon propos. C'&#233;tait le second pr&#233;suppos&#233; que je voulais expliciter devant vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois d&#233;taill&#233;es mes conceptions de l'imaginaire et du handicap, je souhaiterais revenir sur ma petite histoire du d&#233;but : l'enfant qui a peur, le p&#232;re qui ne r&#233;agit pas, et mes sensations de monstruosit&#233; qui reviennent au grand galop. Je vais analyser cette petite histoire, &#224; la lumi&#232;re de ce que je viens de dire sur l'imaginaire dominant qui fonde les pratiques et interactions sociales. Pour cela, je vous parlerai un instant du travail que j'ai fait &#224; propos de la figure de Quasimodo. Ce travail a donn&#233; lieu &#224; une pi&#232;ce chor&#233;graphique. Voici un extrait de la pr&#233;sentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1996, sortait le long-m&#233;trage Disney, Le bossu de Notre-Dame. En 1998, &#233;tait donn&#233;e la premi&#232;re de la com&#233;die musicale, Notre-Dame de Paris. Je suis une enfant des ann&#233;es 1990 ; j'ai regard&#233; ce dessin anim&#233; et &#233;cout&#233; assid&#251;ment la com&#233;die musicale. Pendant toute mon enfance, j'ai donc c&#244;toy&#233; le personnage de Quasimodo, rare repr&#233;sentation du corps handicap&#233; disponible et je me suis peu &#224; peu construite avec cette narration.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours eu une relation ambivalente &#224; Quasimodo : je m'identifiais malgr&#233; moi &#224; lui, je craignais d'&#234;tre lui, je ne voulais pas &#234;tre lui. Ce personnage et ce qu'on disait de lui me hantait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que dit-on de lui ? et que dit Quasimodo de lui-m&#234;me ? Pour vous, j'ai fait ce montage qui liste de fa&#231;on non exhaustive ce que disent la com&#233;die musicale et le film d'animation Disney &#224; propos de ce personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laid. Effrayant. Difforme. Monstrueux. Incapable de susciter l'amour et le d&#233;sir. Et donc, violeur. Condamn&#233; &#224; la solitude et &#224; la mort. Quantit&#233; n&#233;gligeable pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a donne tr&#232;s envie, n'est-ce pas ? Autant &#224; vous. Autant &#224; moi. Autant &#224; l'enfant de huit ans qui a eu peur. Autant au p&#232;re qui, supposons-le, a &#233;t&#233; expos&#233;, depuis sa propre enfance, aux m&#234;mes repr&#233;sentations du handicap. Il aura donc &#233;t&#233; habitu&#233; &#224; porter un certain regard sur les personnes handicap&#233;es, &#224; les consid&#233;rer, si ce n'est comme des monstres, du moins comme des &#233;l&#233;ments non humains. Il aura donc trouv&#233; l&#233;gitime la peur de son fils, l&#233;gitime de ne pas s'excuser devant moi, m'ostracisant ainsi de ce qui lui paraissait semblable &#224; lui, et trouvant l&#233;gitimes cette diff&#233;renciation et cette ostracisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, ce que je dis l&#224; ne sont que des hypoth&#232;ses. Je ne peux que sp&#233;culer sur les raisons de la r&#233;action de ce p&#232;re et de son fils, car je ne suis pas &#224; leur place, dans leur position de valide. Et ce n'est peut-&#234;tre pas &#224; moi d'interroger de cette mani&#232;re, cette position. C'est s&#251;rement aux personnes valides de le faire elles-m&#234;mes. Moi, je ne peux que leur tendre un miroir, mais je ne peux examiner leur reflet que depuis ma place de personne handicap&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, je saurais mieux vous parler de moi et de la fa&#231;on dont je me refl&#232;te dans ce m&#234;me miroir. Peut-&#234;tre, maintenant, comprenez-vous mieux ces sensations de difformit&#233; et de monstruosit&#233; qui m'ont habit&#233;e pendant toute une semaine. Depuis l'enfance, mon corps a &#233;t&#233; expos&#233; &#224; des narrations que l'on a voulu lui imposer, ce qui a cr&#233;&#233; une forte impression de hiatus, entre ce que l'on disait de moi, ce que l'on attendait de moi, ce que moi je voulais &#234;tre, et ce que moi j'&#233;tais. &#202;tre un monstre, me sentir intrins&#232;quement un monstre, a eu de nombreuses cons&#233;quences, notamment dans mon rapport au d&#233;sir. Tout &#224; l'heure, vous avez entendu Frollo scander les mots : &lt;i&gt;&#171; Bossu ! Boiteux ! Borgne ! Violeur ! &#187;&lt;/i&gt;. Souvent, le d&#233;sir sexuel d'une personne handicap&#233;e, lorsqu'il est repr&#233;sent&#233;, est diabolis&#233; et assimil&#233; au viol, et cet imaginaire-l&#224; a rendu mon rapport au d&#233;sir tr&#232;s complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que le simple fait de d&#233;sirer quelqu'un, le/la violentait ; que mon d&#233;sir n'allait pas de soi, que c'&#233;tait quelque chose de dangereux. Ce sentiment de culpabilit&#233;, d&#251; au validisme, &#233;tait renforc&#233; par mon assignation femme &#8212; en tant que fille/femme, la passivit&#233; est de mise dans l'&#233;diction du d&#233;sir &#8212; et mon d&#233;sir lesbien qui, comme chez la plupart des adolescentes lesbiennes des ann&#233;es 2000, &#233;tait invisibilis&#233;. Ici, on voit comment le validisme a pu d&#233;former ma perception de la r&#233;alit&#233;. &#192; l'inverse, par la d&#233;sexualisation qu'il op&#232;re sur les corps handicap&#233;s, le validisme peut renforcer les conditions d'impunit&#233; pour un homme handicap&#233; qui commet viols et agressions sexuelles, et donc renforcer la charge qui p&#232;se sur les victimes, car cette r&#233;alit&#233; de l'homme handicap&#233; violeur demeure impens&#233;e et impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ambivalence dans la monstration (ou non) d'une sexualit&#233; handicap&#233;e &#8212; et dans la figure m&#234;me de Quasimodo &#8212; revient &#224; poser la question suivante : &#224; l'instar du d&#233;bat sur les repr&#233;sentations des personnages gays, lesbiens et/ou trans dans le cin&#233;ma (je pense ici au livre et au film &lt;i&gt;Celluloid Closet&lt;/i&gt;), on peut se demander s'il ne vaut pas mieux montrer d'une mauvaise fa&#231;on, que de ne pas montrer du tout. Certains diront que, m&#234;me si ce n'est pas une repr&#233;sentation positive, la repr&#233;sentation existe tout de m&#234;me. Personnellement, je pense qu'une m&#233;-repr&#233;sentation &#233;quivaut &#224; une non-repr&#233;sentation, en ce que la multitude des r&#233;alit&#233;s et des exp&#233;riences handicap&#233;es est, dans l'un comme dans l'autre cas, invisibilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les productions culturelles, dans lesquelles est pr&#233;sente la figure de Quasimodo, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par des auteurs valides, qui portaient un regard de personne valide sur les corps handicap&#233;s et ont donc cr&#233;&#233; ce personnage selon des sch&#232;mes validocentr&#233;s. De ce fait, on se rend compte que les instruments de production et de diffusion des repr&#233;sentations du monde (pour employer un langage marxiste et bourdieusien), comme les films, les chansons, la litt&#233;rature, ou m&#234;me les mots de tous les jours, ne sont pas neutres : ils sont empreints d'une vision du r&#233;el conforme au regard des dominants et des dominantes, vision qui va essaimer dans l'espace social et fonder ainsi les fa&#231;ons de dire et de repr&#233;senter le monde, de se repr&#233;senter dans le monde, les repr&#233;sentations qu'a un groupe domin&#233; de lui-m&#234;me, en l'occurrence les personnes handicap&#233;es. Ainsi, cette seule vision du corps et de l'existence handicap&#233;s exclut peu &#224; peu la possibilit&#233; pour d'autres repr&#233;sentations du monde de se diffuser. Il devient alors naturel de penser au corps handicap&#233; comme un objet &#224; prendre en charge m&#233;dicalement et &#224; r&#233;parer ; il est alors naturel de penser aux existences handicap&#233;es, comme le dit le sociologue britannique Mike Oliver, en termes de tragique et de vies condamn&#233;es, puisque ce sont les seules repr&#233;sentations disponibles, et donc cr&#233;dibles. Le regard se verrouille progressivement autour de ces fictions, ces trompe-l'&#339;il qui occultent alors les mille r&#233;alit&#233;s des corps et des existences handicap&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;rement comprenez-vous mieux d&#233;sormais pourquoi je disais tout &#224; l'heure que l'art et la recherche, en France, ne savent parler du handicap que d'une seule mani&#232;re, une mani&#232;re qui s'inscrit dans un imaginaire m&#233;dical, individualisant, exceptionnalisant. Et en soi, ce qui est le plus probl&#233;matique, ce n'est pas que cette conception du handicap existe, m&#234;me si, personnellement, je n'y adh&#232;re pas du tout, car elle d&#233;politise la question du handicap, elle la d&#233;connecte de toute id&#233;e de conflictualit&#233; sociale, effa&#231;ant ainsi la probl&#233;matique du validisme. Mais bon. Soit. Cette vision existe, et si des personnes s'approprient ainsi leur handicap et y trouvent une source d'apaisement, alors tant mieux. C'est une telle gageure de se construire en contexte validiste que ce n'est pas &#224; moi de juger de leur fa&#231;on de s'exp&#233;rimenter en tant que personne handicap&#233;e. En revanche, ce qui est probl&#233;matique, c'est l'omnipr&#233;sence de cette vision m&#233;dicale. Mais pourquoi est-ce si probl&#233;matique, me demanderez-vous ? C'est probl&#233;matique, car, selon moi, le verrouillage du regard des chercheur&#183;euse&#183;s et des artistes autour du mod&#232;le m&#233;dical, invisibilise tout d'abord les diverses r&#233;alit&#233;s du handicap. Et ensuite, parce que &#231;a paralyse toute heuristique et toute cr&#233;ation. Je m'en suis rendu compte quand j'ai tent&#233; de faire une synth&#232;se de la recherche fran&#231;aise sur les artistes handicap&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasante majorit&#233; des articles en sciences sociales, qui travaillent les liens entre art et handicap, les abordent sous l'angle de la r&#233;insertion sociale ou de la reconstruction psychologique : les personnes handicap&#233;es y apparaissent avant tout, non comme des artistes, mais comme des usagers et usag&#232;res d'un service m&#233;dico-social, qui trouvent un certain soutien psychologique dans l'art pour surmonter l'exp&#233;rience d'un corps v&#233;cu comme un obstacle : la pratique artistique est ici envisag&#233;e comme un facteur d'int&#233;gration sociale pour une population vuln&#233;rable et isol&#233;e. Ce prisme surplombant, qui se retrouve aussi dans des travaux sur l'art brut ou l'art des fous, emp&#234;che de consid&#233;rer les artistes handicap&#233;.e.s, comme des actrices et acteurs &#224; part enti&#232;re du champ artistique et de d&#233;velopper d'autres approches. On pourrait, par exemple, interroger les processus sociaux &#224; l'&#339;uvre dans la production esth&#233;tique des artistes qui portent une parole antivalidiste ; ou construire un cadre th&#233;orique qui consid&#232;re les exp&#233;riences handicap&#233;es, non pas comme un obstacle &#224; la cr&#233;ation, mais comme un m&#233;dium cr&#233;atif ; ou bien encore, penser les sch&#232;mes esth&#233;tiques et culturels d'un art con&#231;u &#224; partir de l'exp&#233;rience d'un corps valide, &#224; l'instar de l'art f&#233;ministe et queer, qui a permis de mettre en exergue les sch&#232;mes androcentr&#233;s et cis-h&#233;t&#233;rocentr&#233;s d'un art l&#233;gitim&#233;. Le verrouillage du regard ferme aussi le champ des possibles intellectuels et artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, qui dit verrouillage du regard, dit aussi possibilit&#233;s de d&#233;verrouillage ; si on &#339;uvre, notamment dans le champ artistique, &#224; instaurer les conditions n&#233;cessaires &#224; la production et la diffusion d'autres narrations du corps et de l'existence handicap&#233;s. Mais selon moi, tout ne d&#233;pend pas que de ces narrations-l&#224;. Il y a un an, j'ai donn&#233; une conf&#233;rence sur l'invisibilisation des artistes handicap&#233;&#183;e&#183;s (dont certain&#183;e&#183;s d'entre vous ont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; lu le texte sur mon blog). J'y &#233;voquais, entre autres, la difficult&#233; que j'&#233;prouvais &#224; me dire moi-m&#234;me artiste, le profond sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; &#224; me d&#233;finir ainsi. Car, pour r&#233;sumer cette difficult&#233; en une phrase, le corps de l'artiste n'est pas le mien ; et si, donc, le corps de l'artiste n'est pas le mien, mon corps ne saurait produire quelque chose digne d'int&#233;r&#234;t artistique, c'est-&#224;-dire qui ouvre sur l'universel. C'est la narration de la figure de l'artiste, en tant qu'homme blanc h&#233;t&#233;rosexuel et valide, qui a suscit&#233;, pendant longtemps en moi, ce sentiment d'ill&#233;gitimit&#233; &#224; me penser comme potentielle artiste &#8212; ou maintenant comme artiste &#224; part enti&#232;re. C'est pour cela qu'&#224; mon sens, il ne suffit pas de travailler &#224; cr&#233;er de nouvelles narrations du corps et de l'existence handicap&#233;e, mais il faut aussi penser autrement la figure de l'artiste et les narrations de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, j'aimerais vous raconter plus pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;l&#233;gitimation et la rel&#233;gitimation artistiques, d'une des modalit&#233;s de mon corps. En 2014, ma premi&#232;re performance publique a eu lieu. J'y interpr&#233;tais une semi-improvisation de danse au sol. &#192; l'&#233;poque, je ne voulais pas appara&#238;tre dans mes performances en fauteuil roulant &#233;lectrique. Pourtant, au quotidien, c'est une machine qui prolonge mon corps. Mais il me paraissait important de mettre en sc&#232;ne la gestuelle de mon corps handicap&#233;, sans fauteuil, car le corps handicap&#233;, dans l'imaginaire validiste, appara&#238;t comme indissociable du fauteuil roulant. &#192; celles et ceux qui croyaient impossible de m'inviter dans leur immeuble sans ascenseur, que de fois ai-je r&#233;pondu : &lt;i&gt;&#171; mais tu sais, je ne suis pas viss&#233;e sur mon fauteuil &#187;&lt;/i&gt;. Dissocier mon corps du fauteuil roulant cr&#233;ait donc une autre fa&#231;on d'imaginer les corps handicap&#233;s. Mais j'ai r&#233;cemment pris conscience des ressorts, jusqu'alors quasiment inconscients, qui me poussaient aussi vers ce choix sc&#233;nique. Je n'arrivais pas encore &#224; penser que ma gestuelle en fauteuil roulant &#233;lectrique puisse avoir une quelconque valeur artistique. Certes, beaucoup d'artistes handicap&#233;&#183;e&#183;s se montrent, dans leurs danses ou leurs acrobaties, en fauteuil roulant manuel ; mais il n'en va pas de m&#234;me pour le fauteuil roulant &#233;lectrique, souvent cantonn&#233; &#224; une image p&#233;jorative. C'est cette image qui a pendant longtemps fa&#231;onn&#233; ma propre perception de mon corps en fauteuil roulant &#233;lectrique, parfois renforc&#233;e par l'attitude de certaines personnes qui estimaient, par exemple, que s'asseoir dans un fauteuil roulant portait malheur. Pendant longtemps, ma gestuelle en fauteuil roulant &#233;lectrique m'a donc parue saccad&#233;e, disgracieuse, inexploitable d'un point de vue sc&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais r&#233;cemment, du fait de mon travail avec le chor&#233;graphe Eric Minh Cuong Castaing et la compagnie Shonen, j'ai r&#233;vis&#233; cette perception. Nous avons travaill&#233; ensemble &#224; construire un spectacle, jou&#233; au th&#233;&#226;tre du Ch&#226;telet, o&#249; collaborent danseur&#183;euse&#183;s professionnel&#183;le&#183;s, enfants handicap&#233;&#183;e&#183;s et robots de t&#233;l&#233;pr&#233;sence. Mon r&#244;le dans cette cr&#233;ation consistait &#224; piloter un de ces robots, et notamment de le faire danser pendant deux duos avec des danseuses. Pour ce travail, j'ai transpos&#233; mon exp&#233;rience de conduite en fauteuil roulant &#233;lectrique au pilotage du robot, explorant ainsi les diverses qualit&#233;s de mouvements que permet la machine. En retour, le travail avec le robot a renouvel&#233; la perception que j'avais d'une gestuelle de machine, et donc de ma propre gestuelle quand elle est soutenue par le fauteuil roulant &#233;lectrique : elle m'appara&#238;t aujourd'hui plus l&#233;gitime &#224; montrer sur sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; ce frein psychologique, s'ajoute un biais bien plus concret : les marches d'escaliers ! En somme, la suite de mon propos va consister, si vous me le permettez, &#224; dire en quoi les marches d'escaliers sont &#224; l'origine de la d&#233;l&#233;gitimation artistique des corps handicap&#233;s, de leur invisibilisation, et enfin, de leur rel&#233;gation au registre de l'obsc&#232;ne. Vous l'aurez bien &#233;videmment compris, c'est un raccourci teint&#233; d'humour, mais qui n'est pas compl&#232;tement faux. Ce que je veux dire, c'est que l'organisation spatiale, associ&#233;e &#224; d'autres biais, contribue &#224; forger et &#224; renforcer un certain imaginaire sur les corps handicap&#233;s. En effet, s'il y a des marches pour monter sur sc&#232;ne, je ne peux pas me montrer en fauteuil roulant &#233;lectrique. S'il y a un escalier dans des lieux de r&#233;sidence artistique, je ne peux pas envisager de cr&#233;er une chor&#233;graphie en fauteuil roulant &#233;lectrique. De plus, combien de fois ai-je renonc&#233; &#224; me d&#233;placer loin de chez moi pour me produire dans des festivals, en pensant &#224; la charge mentale que ces voyages impliquaient : trouver un AirBnB qui soit v&#233;ritablement accessible, v&#233;rifier l'accessibilit&#233; des transports en commun de la ville, ou trouver une compagnie de taxis qui poss&#232;de des v&#233;hicules adapt&#233;s aux fauteuils roulants non pliables, sans parler des compagnies d'avion qui, parfois, font d'&#233;normes difficult&#233;s pour le transport d'un fauteuil roulant &#233;lectrique. Donc, lorsque c'est moi qui dois porter cette gigantesque charge mentale &#8212; en plus du travail de cr&#233;ation lui-m&#234;me &#8212;, je renonce le plus souvent. Encore une repr&#233;sentation sc&#233;nique en moins pour mon fauteuil roulant &#233;lectrique, qui sera encore plus effac&#233; du champ du visible. On voit ainsi comment l'emp&#234;chement spatial participe de l'invisibilisation du corps handicap&#233; en g&#233;n&#233;ral, et du corps handicap&#233; en tant qu'artiste, en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce biais spatial, tr&#232;s concret, s'ajoutent d'autres biais. Des biais imaginaires, tout d'abord : comme je me suis beaucoup attard&#233;e sur cette notion, je me contenterai de vous raconter une anecdote, recueillie pendant une des r&#233;unions du cycle d'&#233;changes &#171; Handicap et Danse &#187;, organis&#233;es par l'Office national pour la diffusion des arts et le British Council : un participant raconte que l'organisateur d'un atelier de danse, interrog&#233; sur les modalit&#233;s d'accueil des publics handicap&#233;s &#224; l'&#233;v&#233;nement, aurait r&#233;pondu : &lt;i&gt;&#171; &#224; quoi &#231;a sert ? Il n'y en aura pas. Il n'y en a pas qui dansent &#187;&lt;/i&gt;. Ce t&#233;moignage est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur, en ce qu'il montre comment un certain imaginaire du corps handicap&#233; conditionne la non-accessibilit&#233; des ateliers de danse, ce qui emp&#234;che effectivement la venue d'&#233;ventuels participants et participantes handicap&#233;es, renfor&#231;ant ainsi l'imaginaire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ensuite, d&#233;coulant de l'imaginaire, il y a aussi des biais institutionnels : je pense notamment au paradigme de l'inclusion sociale &#8212; propre aux politiques culturelles actuelles qui entendent lutter contre l'exclusion et l'invisibilisation des artistes, issus de minorit&#233;s&#8212; ; mais tel qu'il est pens&#233; actuellement, ce paradigme a des effets pervers. Il structure les discours issus des programmations des spectacles vivants, et en particulier ceux qui mettent en sc&#232;ne des danseuses et danseurs assign&#233;s handicap&#233;s. Ce paradigme de l'inclusion sociale essentialise ces artistes, les faisant appara&#238;tre aux yeux des programmatrices et programmateurs et des publics, avant tout comme des personnes porteuses de handicap. Ainsi, les spectateurs et spectatrices seront donc plus dans l'optique d'aller voir des handicap&#233;s qui dansent, que d'assister &#224; une pi&#232;ce chor&#233;graphique, pens&#233;e par de v&#233;ritables artistes, qui &#233;laborent et portent un discours sur leur exp&#233;rience corporelle. Donc, cette mani&#232;re essentialisante de penser l'inclusion prive les cr&#233;atrices et cr&#233;ateurs handicap&#233;s de leur statut d'artiste. Et de plus, pour parler de mani&#232;re tr&#232;s cynique, un spectacle avec des handicap&#233;s qui dansent, c'est pas vendeur, pour des raisons que je d&#233;velopperai tout de suite apr&#232;s. Et donc, les lieux culturels seront peut-&#234;tre plus r&#233;ticents &#224; programmer des cr&#233;atrices et cr&#233;ateurs handicap&#233;s, ce qui renforce leur d&#233;l&#233;gitimation artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi, donc, des handicap&#233;s qui dansent, ce ne serait pas vendeur ? Je d&#233;velopperai rapidement ce dernier point, car il s'agit l&#224; d'une de mes recherches actuelles, et vous l'exposer en d&#233;tails n&#233;cessiterait de remonter jusqu'au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et vous parler de colonialisme et de t&#233;ratologie, mais aussi de baraques de foire, de g&#233;ants, de lilliputiens et de v&#233;nus anatomiques, et mon expos&#233; dure depuis bien trop longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en somme, dans de r&#233;cents travaux, je formule l'hypoth&#232;se que l'invisibilisation actuelle des artistes handicap&#233;s s'enracine en partie dans la surexposition des corps handicap&#233;s, durant le contexte particulier du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans les &lt;i&gt;freaks shows&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis, ou l'exhibition de &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187;, en France. Cela peut sembler paradoxal de lier l'id&#233;e d'invisibilisation, &#224; celle de sur-monstration. Pourtant, &#224; mon sens, lorsqu'un corps handicap&#233; est aujourd'hui montr&#233; sur sc&#232;ne, sa monstration est conditionn&#233;e par tout un imaginaire, que j'identifie comme un h&#233;ritage des &lt;i&gt;freaks shows&lt;/i&gt; ou des expositions de monstres. Lorsque j'&#233;labore une performance, je le ressens beaucoup, car je dois composer la mise en sc&#232;ne de mon corps, en contrecarrant deux injonctions : je dois, en premier lieu, affirmer que mon corps est digne d'&#234;tre montr&#233; artistiquement, m'opposant ainsi &#224; l'id&#233;e que mon corps ne peut &#234;tre montr&#233; autrement que comme un objet de curiosit&#233;, &#224; l'instar des acteur&#183;trice&#183;s exhib&#233;&#183;e&#183;s dans les &lt;i&gt;freaks shows.&lt;/i&gt; Les journaux de l'&#233;poque les d&#233;crivent davantage comme des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187; que comme des artistes, les caract&#233;risant presque toujours plus par leurs particularit&#233;s physiques que par leur capacit&#233; &#224; effectuer de parfaites acrobaties, par exemple, alors que des articles &#233;logieux foisonnent &#224; propos des talents du clown Auriol (qui &#233;tait un artiste acrobate, encens&#233; entre autres par Th&#233;ophile Gautier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, face &#224; l'imaginaire des &lt;i&gt;freaks shows,&lt;/i&gt; je dois affirmer que c'est bien moi qui ai choisi de montrer mon corps, que je suis active dans cette monstration, actrice principale de cette mise en sc&#232;ne, car, en arri&#232;re-plan, il y a souvent l'id&#233;e tenace (et peut-&#234;tre aussi, plus diffuse) que si mon corps handicap&#233; est montr&#233;, c'est seulement parce qu'il subit sa monstration, manipul&#233; par des personnes peu scrupuleuses. Or, dans mes recherches, je retrouve cet argument moral, qui revient beaucoup, &#224; partir des ann&#233;es 1920, et a contribu&#233; &#224; la disparition progressive de ces spectacles forains, puis de music-hall&#8230; mais, ne nous voilons pas la face, si ces spectacles ont disparu, c'est plut&#244;t parce qu'ils &#233;taient devenus moins rentables que du fait d'un quelconque sursaut moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que, dans l'imaginaire des &lt;i&gt;freaks shows,&lt;/i&gt; le corps handicap&#233; est vu comme forc&#233;ment exploit&#233;, victime passive de son exhibition jug&#233;e immorale. Il ne peut en aucun cas &#234;tre acteur de sa monstration. On peut penser qu'en filigrane de cet imaginaire, &#233;merge un certain inconfort du regard face &#224; la monstration sc&#233;nique ou filmique des corps handicap&#233;s. Dans mes recherches, j'avance l'id&#233;e que la monstration des corps handicap&#233;s est inconsciemment rel&#233;gu&#233;e au registre de l'obsc&#232;ne, au m&#234;me titre que les monstrations sexuelles ou scatologiques, ou m&#234;me l'&#233;vocation de la mort. Souvent pris dans cet inconfort moral, le regard des spectateur&#183;trice&#183;s h&#233;site &#224; assigner une valeur artistique &#224; la cat&#233;gorie de l'obsc&#232;ne. Ainsi, se dessine une relation r&#233;cursive entre rel&#233;gation &#224; l'obsc&#232;ne, d&#233;l&#233;gitimation artistique de certains corps et leur invisibilisation sc&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, je reviendrai &#224; ma question de d&#233;part, pour y r&#233;pondre, ou plut&#244;t pour ne pas y r&#233;pondre. Qu'est-ce que le validisme ? Ce n'est pas seulement un enfant qui hurle sa terreur devant moi. Ce n'est pas seulement un p&#232;re qui ne r&#233;agit pas. Ce n'est pas seulement des sensations de monstruosit&#233; qui hantent des corps. Ce n'est pas seulement des marches d'escalier. Le validisme, c'est un imaginaire, mais pas que. C'est aussi des personnages de fiction qui forgent la perception des corps r&#233;els et esquissent des reflets dans un miroir. C'est aussi des paradigmes qui influent sur des politiques culturelles et des choix artistiques. Le validisme, c'est peut-&#234;tre surtout un h&#233;ritage, parfois trop lourd &#224; porter individuellement ; mais, comme tout h&#233;ritage, nous pouvons d&#233;cider ce que l'on veut en faire collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous remercie de votre attention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Double vue</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Sagnes , Gilles Polizzi et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


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		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bomarzo, texte de Gilles Polizzi, photographies de Fran&#231;ois Sagnes, est un livre (Cr&#233;aphis &#201;ditions) dont on peut dire qu'il nous permet de faire de mani&#232;re indirectement directe une exp&#233;rience de double vue, comme si la doublure et la vue s'&#233;taient donn&#233;es rendez-vous devant nous dans ces pages pour une rencontre in&#233;dite dont nous sommes et les auteurs et les otages. LE JARDIN DE BOMARZO, L'APPROCHE PHOTOGRAPHIQUE de et par Franc&#807;ois Sagnes poursuit cette r&#233;flexion sur image, paysage et jardin.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Italie" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton980-18b34.jpg?1772261758' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bomarzo,&lt;/i&gt; texte de Gilles Polizzi, photographies de Fran&#231;ois Sagnes, est un livre (Cr&#233;aphis &#201;ditions) dont on peut dire qu'il nous permet de faire de mani&#232;re indirectement directe une exp&#233;rience de double vue, comme si la doublure et la vue s'&#233;taient donn&#233;es rendez-vous devant nous dans ces pages pour une rencontre in&#233;dite dont nous sommes et les auteurs et les otages. &lt;i&gt;Le Jardin de Bomarzo, L'Approche Photographique&lt;/i&gt; de et par Franc&#807;ois Sagnes poursuit cette r&#233;flexion sur image, paysage et jardin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bomarzo est un lieu mythique, un jardin &#224; nul autre pareil dont l'histoire nous est ici cont&#233;e et dont les images qui nous sont ici pr&#233;sent&#233;es nous permettent de faire une visite relay&#233;e par l'imagination. Car aucune image n'atteint son but si elle n'est relay&#233;e en nous, par nous par cette facult&#233; aux ressorts innombrables. Ce jardin a &#233;t&#233; pens&#233; et r&#233;alis&#233; entre 1542 et 1552 par Vicino Orsini, fils du condottiere Gian Corrado Orsini. Son histoire, son abandon, ses red&#233;couvertes ont lieu pour nous entre 1930 et 1957, par Dali, Mandiargues, Breton, Antonioni ayant quant &#224; lui r&#233;alis&#233; un documentaire en 1950 intitul&#233; &lt;i&gt;La villa dei mostri&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH625/2-roland-furieux-981f6.jpg?1509814663' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Roland Furieux
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vain de r&#233;sumer ce texte prolifique, endiabl&#233;, pr&#233;cis comme une horloge marquant le temps du mythe et vain aussi de commenter les images exactes comme celles que fait na&#238;tre une horloge &#224; l'arr&#234;t dans l'esprit de celui qui regarde, et pr&#233;cises comme le sont les dents de la v&#233;rit&#233; dans leur attente sempiternelle de nous d&#233;vorer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-la-maison-penche_e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/3-la-maison-penche_e-e028f.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La maison pench&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dualit&#233; native&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jardin ench&#226;ss&#233; dans un paysage, nature devenant lieu de l'&#233;mergence de figures mythiques comme si elles &#233;taient pr&#234;tes enfin &#224; parler, Bomarzo d&#233;fait nos certitudes et nous fait faire l'exp&#233;rience centrale non pas du doute hyperbolique cart&#233;sien mais de la dissension insurpassable encore entre les frayeurs de l'artifice et les terreurs de la v&#233;rit&#233;, ou entre &#171; l'&lt;i&gt;inganno&lt;/i&gt;, ruse ou tromperie qui s'apparente &#224; son contraire l'&lt;i&gt;ingenium&lt;/i&gt;, l'ing&#233;niosit&#233; qui con&#231;oit la merveille, tandis que l'art de son c&#244;t&#233;, s'identifie &#224; la &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt; qui permet de la r&#233;aliser. &#187; (Bomarzo, p.23)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4-pluton-et-dragon.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/4-pluton-et-dragon-22903.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pluton et dragon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est bien l'espace mental, psychique, culturel, dont Platon constate l'&#233;mergence d&#232;s son &lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt;, qui vient &#224; nous sous la forme incarn&#233;e de ce jardin aux statuaires mythiques troublant nos rep&#232;res, installant notre regard dans le pi&#232;ge de l'attente, autant dire de l'image, et nous contraignant &#224; recourir &#224; l'infinit&#233; de l'interpr&#233;tation pour endiguer les fl&#232;ches que nous lance l'&#233;vidence impartageable de pr&#233;sences &#233;nigmatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les images de Fran&#231;ois Sagnes sont &#224; lire en relation avec le texte de Gilles Polizzi et inversement. Autant dire qu'&#224; la d&#233;ambulation narr&#233;e fait &#233;cho le geste d'aller et venir d'un cot&#233; l'autre du livre, texte-ci, images-l&#224;, pour une visite &#224; nulle autre pareille puisqu'elle nous contraint &#224; ces allers-retours entre nos deux cerveaux de mani&#232;re permanente ce qui en r&#233;v&#232;le et en rel&#232;ve l'in&#233;vitable s&#233;paration, discontinuit&#233; spatio-temporelle dont nous sommes &#224; la fois les otages et les acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH625/5-nymphe-a_-la-vasque-e6454.jpg?1509814663' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nymphe &#224; la vasque
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surrection&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Polizzi remarque que, &#171; aux temps modernes, la d&#233;mat&#233;rialisation qu'op&#232;re la photographie, est le strict &#233;quivalent &#187; de celle que pouvaient op&#233;rer dessins, peintures et estampes dont le jardin est le prolongement naturel. En effet, l'image isole, saisit et capture, retient et installe dans la nudit&#233; du cadre une chair &#233;vocatrice. Que ces chairs soient de pierre ne change rien, au contraire. Le contraste n'en est que plus saisissant. La d&#233;mat&#233;rialisation ne fait qu'envenimer la chose charnelle d'une immunit&#233; apparente. Car devenue image, elle nous revient de bien plus loin que des ruines de l'inconscient. Elle remonte de l'avenir pour nous assaillir, car les ruines sont cela, un temps &#224; venir anticip&#233;, que cela fut par volont&#233; ou par hasard, qui nous tombe dessus et nous entra&#238;ne non dans sa chute mais dans son &#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons ici &#224; l'instant magique de l'&#233;veil possible des statues, &#233;veil qu'il ne tient qu'&#224; nous d'accomplir et que le texte, rivi&#232;re agit&#233;e de m&#233;taphores saisissantes fait advenir &#224; sa mani&#232;re. Ainsi le mort ne saisit pas le vif, mais le vif encha&#238;ne le mort &#224; sa r&#233;surrection.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH625/6-demeter-gai_a-109a1.jpg?1509814664' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Demeter Ga&#239;a
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois natures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a trois natures ou trois d&#233;sordres pour reprendre le terme d'Andr&#233; Chastel. &#171; Le premier &#8220;d&#233;sordre&#8221; est celui de la ruine, qui oppose l'&#339;uvre de l'homme &#224; la nature premi&#232;re ou &lt;i&gt;natura naturata&lt;/i&gt; de la Cr&#233;ation [...] La deuxi&#232;me composante de la &#8220;beaut&#233; folle&#8221; est la difformit&#233; des monstres. Elle proc&#232;de, toujours selon Chastel, de l'esth&#233;tique de la grotesque assimil&#233;e au produit d'une deuxi&#232;me nature dite &lt;i&gt;natura naturans&lt;/i&gt; [...] Enfin un troisi&#232;me d&#233;sordre &#8211; j'en ferai ma troisi&#232;me &#8220;nature&#8221; - se d&#233;duit de la mani&#232;re des deux premiers. Mandiargues a dit ce qu'il pouvait y avoir de &#8220;na&#239;f&#8221; dans la disposition des figures, et de difforme dans leurs proportions. Il reste &#224; interpr&#233;ter la maladresse de leur facture, que malgr&#233; une &#233;vidente diff&#233;rence de qualit&#233;, je rapprocherai du &lt;i&gt;non finito&lt;/i&gt; (l'inachev&#233;) par lequel Chastel conclut son expos&#233; &#187; (Bomarzo, p. 68-69-70).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7-harpie-et-couple-de-lions.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/7-harpie-et-couple-de-lions-b801b.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Harpie et couple de lions
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a &#224; l'&#233;vidence entre Bomarzo et nous que l'&#233;paisseur d'une feuille de papier &#224; cigarette ou si l'on veut d'une pellicule de film. Cette &#233;paisseur est celle que recouvre le trait du dessin, la couleur de la peinture, les sels argentiques de la photographie ou les phrases envahissantes de C&#233;zanne &#233;voquant &#224; travers la description de sa mani&#232;re de peindre dans un entretien avec Gasquet le devenir vivant de ce qui appara&#238;t, enfin, une fois les assises &#233;croul&#233;es. Le jardin, comme le tableau c&#233;zannien, est ce qui &#233;merge de la ruine des gestes port&#233;s par l'in&#233;vitable mim&#233;tique de la cr&#233;ation et ce que nous animons comme nous animons dans le r&#234;ve une infinit&#233; d'images fixes en les faisant d&#233;filer &#224; grande vitesse dans le cin&#233;mascope de notre cr&#226;ne endormi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8-perse_phone.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/8-perse_phone-1d55b.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pers&#233;phone
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;on de Bomarzo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissant bien s&#251;r le livre de Peter Handke, &lt;i&gt;La le&#231;on de la Sainte Victoire&lt;/i&gt;, Gilles Polizzi cherche &#171; sa &#187; le&#231;on de Bomarzo. &#171; Elle n'est pas dans ses histoires. Et hormis la co&#239;ncidence historique qui place la cr&#233;ation du parc au moment pr&#233;cis o&#249; son paradigme change, o&#249; la figuration distanci&#233;e du verger courtois bascule dans une esth&#233;tique expressive qui transforme le paysage-m&#233;dium en instrument susceptible de saisir et de transporter le visiteur, sa le&#231;on n'est pas non plus dans l'histoire des jardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est un peu en de&#231;&#224;, dans son usage in&#233;dit des virtualit&#233;s de la mati&#232;re (la croissance min&#233;rale, la dynamique de la ruine) ou tr&#232;s au-del&#224;, dans la mise en &#339;uvre des invariants d'un art paysager qui s'invente et qui m&#232;ne de notre temps, &#224; l'Art Brut (pr&#244;n&#233; par Mandiargues) ou bien au Land Art (invent&#233; par Smithon). &#187; (Bomarzo, p. 85)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9-la-nymphe-endormie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH401/9-la-nymphe-endormie-9f3ce.jpg?1509814664' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La nymphe endormie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore une autre v&#233;rit&#233; possible, une autre le&#231;on &#224; faire &#233;merger que Gilles Polizzi nomme &#171; la mise en &#339;uvre d'un merveilleux cin&#233;tique &#187;. Et l&#224; se boucle la boucle, provisoirement et &#233;ternellement ou plus exactement se dit le co-appartenance in&#233;vitable entre voix et image, entre texte et forme, entre attente et accomplissement impossible rendu possible par &#171; la qualit&#233; singuli&#232;re de ce parc, li&#233;e &#224; son aptitude &#224; jouer des &#233;chelles, &#224; contraindre les perspectives, &#224; d&#233;finir des plans-s&#233;quences pour en tirer des effets si naturels qu'on oublie qu'ils sont fabriqu&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10-la-nymphe-endormie_-buste.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/10-la-nymphe-endormie_-buste-6d261.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La nymphe endormie &#8212; buste
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;ve &#233;veill&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; regarder les images de Fran&#231;ois Sagnes, on peut avec lenteur et d&#233;termination fabriquer nos plans-s&#233;quences, sans crainte car nous savons, arpenteurs du jardin que nous sommes devenus en lisant le livre, qu'il n'y a pas de bonne mani&#232;re de la regarder ou de le voir sinon de le regarder et de le voir ou plut&#244;t de l'arpenter, m&#234;me par livre interpos&#233;, car c'est ainsi qu'il s'offre, se pr&#233;sente et se donne, ce jardin, anim&#233; de figures indescriptibles, de d&#233;esses de pierres dont on sait qu'elles vont parler d&#232;s que nous aurons le dos tourn&#233;, de monstres qui nous narguent mais ne nous font finalement pas peur. Ainsi on comprend, en ces temps de m&#233;lancolie salie, qu'il exist&#226;t une m&#233;lancolie heureuse et qu'elle est encore accessible. C'est celle qui se donne &#224; nous non &#224; travers les coups de couteau de l'angoisse mais &#224; travers le baume de la crainte et du tremblement qui nous assaillent &#224; la vue de ces monstres sages dont nous savons qu'ils ne le sont plus lorsque nous avons le dos tourn&#233;. Ainsi recouvrons nous la puissance de l'imagination qui est de nous faire &#233;prouver vivant ce qui ne l'est pas et comprendre ainsi que le sens n'est pas la signification du ceci ou du cela mais l'ouverture en nous de la faille tectonique du vrai toujours divis&#233; entre tromperie et invention.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH625/11-te_te-de-me_duse-e86c0.jpg?1509814664' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;T&#234;te de M&#233;duse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Sagnes de son c&#244;t&#233; a m&#233;dit&#233; sur le jardin et nous ivre ici quelques remarques inspirantes sur son approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Jardin de Bomarzo est une se&#769;rie de quatre-vingt-quinze photographies en noir et blanc dont les prises de vues ont e&#769;te&#769; re&#769;alise&#769;es au cours de plusieurs allers-retours de 1990 a&#768; 2004 et dont le format des tirages originaux est de 16 x 20 cm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes premie&#768;res de&#769;couvertes du jardin de Bomarzo se sont faites dans les livres de photographies. En premier lieu, l'e&#769;dition d'un ouvrage soigne&#769; des photographies de Bomarzo de Daniel Boudinet aux &#201;ditions Stil en 1978, puis par l'ouvrage contenant le texte de Pieyre de Mandiargues sur Bomarzo accompagne&#769; de photographies de Georges Glasberg qui datait de 1957.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en 1991 que je fis un premier voyage a&#768; Bomarzo. Vagabondage dans le lieu en e&#769;te&#769;, de&#769;couverte d'un locus charge&#769; de figures et de fabriques plus que de l'espace d'un jardin, ... et de&#769;ception. De&#769;ception non point du tout a&#768; l'e&#769;gard de ce que je voyais, mais du fait de l'e&#769;cart entre les traitements photographiques connus, pre&#769;textes qui m'y avaient mene&#769; voir, et les perceptions et visions qui me venaient sur place. Le chaos et les corps disloque&#769;s exploite&#769;s par la vision surre&#769;aliste de Pieyre de Mandiargues et Glasberg ne correspondaient plus a&#768; l'e&#769;tat des lieux. Tout en gardant un grand respect pour le travail attentif de Daniel Boudinet, j'y trouvais d'autres forces ; et puis l'on sait que tout travail photographique d'un moment devient un document d'un autre temps des lieux plus rapidement qu'on ne le pense. E&#769;tat des lieux en un moment donne&#769;. Ce qui m'a engage&#769; a&#768; de&#769;velopper une de&#769;ambulation personnelle entre documentation et poi&#776;e&#769;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-te_te-au-fond-de-la-prairie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/12-te_te-au-fond-de-la-prairie-51855.jpg?1772190179' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;T&#234;te au fond de la prairie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De l'e&#769;tonnement a&#768; la curiosite&#769;, puis au de&#769;fi : quelques prises de vues en noir et blanc effectue&#769;es a&#768; la chambre 4 x 5 inches sur pied pour parcourir, observer et vivre ce monde a&#768; l'e&#769;preuve d'un travail et d'un projet, puis l'engagement dans le plein de&#769;veloppement d'une se&#769;rie de photographies pour la mise en forme d'une de&#769;couverte, vision et d'une lecture du lieu. Apre&#768;s ce premier travail d'aou&#770;t 1991, ce furent des retours multiples, de&#769;cembre 1992, fe&#769;vrier 1994, avril 2001, fe&#769;vrier 2004, le travail se poursuivant en hiver pour e&#769;viter les effets d'un &#171; feuillagisme &#187; en photographie qui isolerait les sculptures sur des fonds de plans ferme&#769;s ; pour e&#769;viter les jeux de lumie&#768;res graphiques au travers des futaies, et expressionnistes dans l'e&#769;clairement des sculptures ; pour travailler dans les lumie&#768;res sans heure de l'hiver une dure&#769;e hors du saisissement d'instants ; dans des luminosite&#769;s pauvres le surgissement des ombres, et pour laisser remonter l'humidite&#769; de la terre dans la roche mise a&#768; nue du socle ge&#769;ologique dans laquelle sont taille&#769;es ces sculptures, mises en sce&#768;nes des mondes souterrains dans un rapport aux forces chtoniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le temps des de&#769;ambulations, passer d'une se&#769;rie d'images de sculptures dans un parc a&#768; la pense&#769;e et la construction d'un tout de ce qui fut un jardin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce jardin, sans reste d'entre&#769;e, ni de centre, ni de sortie, &lt;i&gt;boscetto&lt;/i&gt; aux parcours sans perspectives, aux rares ouvertures de vues, sous l'espace ferme&#769; par le couvert de la ve&#769;ge&#769;tation actuelle, une posture s'imposait : au long des parcours incertains, laisser aller le mouvement des sentiers et des cheminements qui serpentent. Laisser ope&#769;rer une construction flottante de&lt;br class='autobr' /&gt;
la de&#769;ambulation. Laisser venir les sculptures qui surgissent dans la succession des enchai&#770;nements et des mises en sce&#768;nes. Constructions e&#769;tage&#769;es par paliers, de terrasses en terrasses, de dessus en contrebas, hors de vues d'ensemble empe&#770;che&#769;es par d'impossibles reculs. Espaces frontaux qui adossent les choses dans le relief du terrain contre les parois naturelles ou les murs. Ouvertures d'e&#769;troits plateaux de sce&#768;nes. Face a&#768; face. Machineries de figures et bouches d'ombre. Et sur les plateaux, distribution des sce&#768;nes et des figures spectaculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les proximite&#769;s force&#769;es par l'e&#769;troitesse des espaces des terrasses et des passages ame&#769;nage&#769;s a&#768; flanc de colline, construire l'attention aux formes dans la variation des mouvements, des angles de vues et des distances d'apparition. Tourner autour des figures qui serpentent sur toutes leurs faces en effets de mouvements incessants. De me&#770;me, multiplier les points de vue pour rendre compte d'un de&#769;placement physique dans l'espace effectif ; contours, de&#769;tours et retours. Enchainements d'e&#769;nigmes aux sens obscurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fabriques de ruines et de tombeaux se me&#769;langeant aux effets de l'e&#769;rosion sur ce qui fut sans doute lisse, un lieu de fe&#769;licite&#769; et de fe&#770;tes e&#769;voque&#769;es dans la ve&#769;ge&#769;tation libre, retour de de&#769;sordres et d'entropie, ine&#769;vitables surcharges de signes d'un devenir du tout vers sa propre ruine, me&#769;ditations sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail s'acheva de lui-me&#770;me lorsque le lieu lui-me&#770;me devint d'une certaine fac&#807;on autre sous les effets du temps, des de&#769;frichages, des re&#769;ame&#769;nagements et des restaurations ; lorsque la se&#769;rie des photographies faites trouva une juste densite&#769; qui puisse reconstituer un jardin en-soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_8920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/bomarzo_livre-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/bomarzo_livre-2.jpg' width=&#034;686&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bomarzo&lt;br class='autobr' /&gt;
Po&#233;tique d'un jardin italien&lt;br class='autobr' /&gt;
Essai de Gilles Polizzi, Photographies de Fran&#231;ois Sagnes&lt;br class='autobr' /&gt;
210 x 225 mm / 228 pages / 92 photographies / 38 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ditions Cr&#233;aphis &lt;a href=&#034;http://www.editions-creaphis.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.editions-creaphis.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : La bocca del inferno&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Opticon</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Opticon</link>
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		<dc:date>2016-09-30T22:25:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin et Oh Jaewoo - &#50724;&#51116;&#50864;</dc:creator>


		<dc:subject>paysage</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Appareil</dc:subject>
		<dc:subject>radioactivity</dc:subject>
		<dc:subject>catastrophe</dc:subject>
		<dc:subject>environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Loi des images, loi de l'&#233;tat : note sur une forme contemporaine de schize : Un voyage &#224; partir d'images impossibles au c&#339;ur de la centrale nucl&#233;aire de G&#246;ri, pr&#232;s de Busan, en Cor&#233;e et une m&#233;ditation sur ce que peuvent les images aujourd'hui.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil-35" rel="tag"&gt;Appareil&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH58/arton940-0554e.jpg?1772248253' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='58' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Loi des images, loi de l'&#233;tat : note sur une forme contemporaine de schize : Un voyage &#224; partir d'images impossibles au c&#339;ur de la centrale nucl&#233;aire de G&#246;ri, pr&#232;s de Busan, en Cor&#233;e et une m&#233;ditation sur ce que peuvent les images aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/183794545?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Opticon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette &#339;uvre de Ho Jaewoo a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e largement dans l'article pr&#233;c&#233;dent, Logiconochronie XII, mais dans le cadre d'une analyse visant &#224; &#233;voquer les modalit&#233;s de la pr&#233;sentation de la question nucl&#233;aire en relation avec des formes d'actualisation de notre croyance en un dieu absent.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que telle, cette &#339;uvre est aussi une d&#233;monstration efficace des capacit&#233;s r&#233;ciproques des pouvoirs publics d'occulter une r&#233;alit&#233; en la rendant en quelque sorte non visible dans le monde des images, au sens de celles que l'on peut trouver sur le net, et d'un artiste de parvenir, en jouant avec les codes visuels utilis&#233;s pour rendre impossible l'approche d'un lieu existant pourtant dans la r&#233;alit&#233;, &#224; rendre non seulement cette occultation visible mais signifiante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, des images parviennent &#224; faire percevoir et comprendre et donc &#224; rendre visible ce qu'il est impossible ou interdit de montrer et cela par le seul biais d'images, entendons avec une bande musicale mais ans aucun commentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arme utilis&#233;e, l'occultation sur une carte satellite de la centrale de G&#246;ri par l'&#233;tat cor&#233;en devient le vecteur d'une d&#233;monstration par l'image de ce que le visible en tant que tel ne fait pas sens et moins encore lorsque ce visible est image et non l'objet d'une perception directe, mais bien la mani&#232;re de le pr&#233;senter, de le mettre en sc&#232;ne, bref de le sc&#233;nariser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Ho Jaewoo est un ma&#238;tre en la mati&#232;re. Avec rien, ou presque, il parvient &#224; rendre sensible, non pas l'absence, ici celle de la centrale sur les images satellites ou sur celles des rues enregistr&#233;e pour l'orientation &#224; partir du net, mais bien le danger qu'elle repr&#233;sente tout entier. Ce danger est incarn&#233; par le silence qui porte ce film et le &#171; rien &#224; voir &#187; qui en constitue sinon le sujet du moins l'objet visuel r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous voyons ce sont donc les non-images qui apparaissent sur l'&#233;cran quand on tente de chercher sur le net cette centrale nucl&#233;aire et ce que l'on voit quand on s'en approche r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette vid&#233;o nous donne &#224; voir la fl&#232;che de nos ordinateurs tenter et tenter encore de faire appara&#238;tre cet objet et l'&#233;chec auquel cette qu&#234;te est vou&#233;e. Nous cherchons et savons &#224; la fois qu'il y a quelque chose l&#224; et que rien de ce qu'il y a n'est en fait v&#233;ritablement visible. Nous sommes au c&#339;ur de la forme contemporaine de la schize et de la disjonction qui veut qu'en m&#234;me il y ait et il n'y ait pas quelque chose. Et notre conception de la r&#233;alit&#233; comme notre conception de la logique sont ici battues en br&#232;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons et constatons que nous ne pouvons rien voir, nous voyons et constatons qu'il n'y a rien &#224; voir, nous comprenons et constatons qu'il n'y a rien &#224; comprendre, sinon ce que tout cerveau humain se refuse &#224; envisager : l'existence, &#224; nos portes, du pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste pourrait sembler une litanie, mais cette litanie est quand m&#234;me un chant de mort distill&#233; avec constance directement et indirectement par les images qui nous entourent, celles de la publicit&#233; comme celles des informations, celles qui sont visibles comme celles qui sont occult&#233;es ou cach&#233;es. Car le silence ou l'absence ne peuvent pas ne pas &#234;tre per&#231;us autrement que comme des trous dans l'image et un trou dans l'image est une sorte de trou dans la t&#234;te, on le sent m&#234;me si on ne le voit pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Opticon, Ho Jaewoo nous livre une m&#233;ditation effective et efficace sur ce trou qui b&#233;e au milieu de notre syst&#232;me visuel g&#233;n&#233;ral. Nous voyons non ps ce que 'on nous interdit de voir ni ce que l'on voudrait nous cacher mais le fait que nous savons et que nous ne voulons pas voir ni savoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, en effet, vivre ne serait plus possible et c'est bien sur cet acharnement &#224; vivre dont nous sommes tous les otages que jouent jusqu'&#224; passer les limites et &#224; nous entra&#238;ner au-del&#224; de nous-m&#234;mes aussi bien les &#233;tats que les entreprises qui se servent et de nous et de notre environnement pour poursuivre leur &#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nouvelle constellation du Centaure</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-nouvelle-constellation-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-nouvelle-constellation-du</guid>
		<dc:date>2016-08-06T12:24:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herbert Holl et Kza Han &#54620;&#44221;&#51088;</dc:creator>


		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 4 d&#233;cembre 2002, &#224; l'occasion d'un entretien en vue de &lt;i&gt;Heiner M&#252;ller et Alexander Kluge arpenteurs de ruines. Le grouillement bariol&#233; des temps&lt;/i&gt; (&#233;d. de L'Harmattan, coll. DA &#8211; De l'Allemand, 2004), nous avions offert &#224; Alexander Kluge, dans son antre de Kairos-Film, avec des fleurs de sel de Gu&#233;rande, les fleurs de la bouche du &lt;i&gt;Fardeau de la joie&lt;/i&gt;, de et sur Friedrich H&#246;lderlin.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/poesie" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Histoire" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton912-999a8.jpg?1772247921' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 4 d&#233;cembre 2002, &#224; l'occasion d'un entretien en vue de &lt;i&gt;Heiner M&#252;ller et Alexander Kluge arpenteurs de ruines. Le grouillement bariol&#233; des temps&lt;/i&gt; (&#233;d. de L'Harmattan, coll. DA &#8211; De l'Allemand, 2004), nous avions offert &#224; Alexander Kluge, dans son antre de Kairos-Film, avec des fleurs de sel de Gu&#233;rande, les fleurs de la bouche du &lt;i&gt;Fardeau de la joie&lt;/i&gt;, de et sur Friedrich H&#246;lderlin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2015, nous publiions dans le n&#176; 43 de TK-21 &lt;i&gt;Le rebroussement de l'Ister&lt;/i&gt;, o&#249; s'entrecroisent en version bilingue notre traduction du chant nationel de H&#246;lderlin, &#171; L'Ister &#187;, avec notre commentaire, et la nouvelle histoire d'Alexander Kluge, &#171; Mais on nomme celui-ci l'Ister. Bellement il habite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; pr&#233;sent, il nous &#233;choit de publier la traduction de &lt;strong&gt;&#171; Denn nichts kann ein und alles sein / ein Ri&#223; hat es getrennt&#8220; Zu einer Anfrage von Herbert Holl &#252;ber H&#246;lderlins &#8222; Chiron&#8220; und &#8222;Der blinde S&#228;nger&#8220; &#187; / &#171; &#8222;Car rien ne peut &#234;tre un et tout, une d&#233;chirure l'a scind&#233;&#8220; Sur une requ&#234;te de Herbert Holl relative &#224; &#8222;Chiron&#8220; et &#8222;L'a&#232;de aveugle&#8220; de H&#246;lderlin &#187;&lt;/strong&gt;, vingt-cinq nouvelles histoires in&#233;dites en allemand et en fran&#231;ais &#224; ce jour, &#233;crites en 2016, en r&#233;ponse &#224; un ensemble de documents sur l'ode et le chant nocturne de Friedrich H&#246;lderlin (1800/01 et 1803/05). Transmuant ces mat&#233;riaux, Alexander Kluge construit un gu&#233; &#224; partir des bois flott&#233;s hesp&#233;riques de citations d&#233;tourn&#233;es des odes de H&#246;lderlin, retraduites ici en nous orientant sur ces bifurcations, &#224; partir aussi des commentaires h&#246;lderliniens de fragments de Pindare &#8211; &#171; Le Vivifiant &#187;, &#171; Infid&#233;lit&#233; de la sagesse &#187; &#8211;, de la &lt;i&gt;Raison dans l'histoire&lt;/i&gt; de Hegel, du Genou de Christian Morgenstern, de la &lt;i&gt;Table des destins&lt;/i&gt; de Khlebnikov&#8230; Kluge, qui se per&#231;oit soi-m&#234;me comme un centaure, comme un Chiron, se met-il &#224; l'&#233;coute de l'exhortation de Chiron dans la derni&#232;re strophe du chant nocturne de Friedrich H&#246;lderlin ? &#8211; &#171; Nimm nun ein Ro&#223;, und harnische dich und nimm / Den leichten Speer, o Knabe ! Die Wahrsagung / Zerrei&#223;t nicht, und umsonst nicht wartet, / Bis sie erscheinet, Herakles R&#252;ckkehr. &#187; &#8211; &#171; Prends lors un destrier, te harnache et prends / Le javelot l&#233;ger, &#244; varlet ! La v&#233;ridiction / Ne rompt pas, n'attend en vain / Jusqu'&#224; ce qu'apparaisse, d'H&#233;racl&#232;s le retour. &#187; Pour rendre possible cette impossible mission, Kluge rompt et recolle dans son titre deux vers de Yeats, quand Crazy Jane rencontre l'&#233;v&#234;que et lui lance : &#171; For nothing can be sole or whole / That has not been rent &#187; &#8211; &#171; Denn nichts kann ein und alles sein / ein Ri&#223; hat es getrennt &#187; &#8211; &#171; Car rien ne peut &#234;tre un et tout / Une d&#233;chirure l'a scind&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, quand l'anatomiste avicennien scie en deux un centaure en vue d'une improbable autopsie dans &#171; Rien ne peut &#234;tre un et tout&#8230; &#187;, c'est du grincement de cette scie, des froissements physiologiques de l'apprentissage d'une anatomie t&#233;ratologique du centaure que naissent les &#171; math&#232;mes &#187;. Quand le chant nocturne &#171; Chiron &#187; de H&#246;lderlin, &#224; l'&#233;tat de veille entre le r&#233;citatif et l'incitatif, se resserre en 3, 3, 2, 2, 2 dans l'Un scind&#233; en deux du calcul po&#233;tique, Kluge per&#231;oit dans sa nouvelle histoire &#171; L'innocence du pur savoir est l'&#226;me de la sagacit&#233; &#187;, attribuant au po&#232;te russe Khlebnikov un commentaire h&#246;lderlinien de Pindare, &#171; Infid&#233;lit&#233; de la sagesse &#187;, les nombres &#171; d&#233;membr&#233;s en deux ou trois &#187; de Khlebnikov, la forme visible du destin dont les &#233;toiles sont des nombres. Chez Kluge les mots, qui chez Khlebnikov sont aussi des nombres, deviennent alors des &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;, &#224; la fois poison et rem&#232;de. L&#224; o&#249; dans l'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; de Sophocle &#171; le mot saisit le corps, au point que celui-ci tue &#187; selon H&#246;lderlin, les canons dont les projectiles survolent les soldats au combat vont mettre le mot &#224; mort chez Kluge, &#171; o&#249; le mot manque au corps, au point que celui-ci tue. &#187; Tous deux gravitant dans l'orbe de Stefan George, Kurt Hildebrandt et Norbert von Hellingrath bifurquent chez Kluge mortellement l'un de l'autre. C'est alors que les national-socialistes h&#246;lderliniens de la science, incarn&#233;s par Kurt Hildebrandt, se heurtent durement au mot du Chiron de H&#246;lderlin en qu&#234;te de son &#171; Ich &#187; : &#171; Ich war's &#187;, &#171; Ich war &#8216;s wohl &#187; / &#171; C'&#233;tait moi &#187;, &#171; C'&#233;tait bien moi &#187;. Kluge va mettre cette affirmation de Chiron, le dieu de la bifurcation et du doute, &#224; la rude &#233;preuve des &#171; Ich &#187; r&#233;it&#233;r&#233;s attribu&#233;s aux nazis de la science, tel celui qui narre &#171; l'auto-ablation &#187; de sa rune, son mot de passe hitl&#233;rien, apr&#232;s l'avoir op&#233;r&#233;e en 1945. Cependant, Norbert von Hellingrath, le d&#233;couvreur en 1911 des traductions et commentaires des fragments de Pindare par H&#246;lderlin, l'inspirateur de la traduction du &#171; Centaure &#187; de Maurice de Gu&#233;rin par Rilke, mortellement bless&#233; pr&#232;s de Verdun en 1916, vivifie son dernier mot innomm&#233;, murmur&#233; &#224; travers sa descendance h&#246;lderlinienne. Le face &#224; face initial entre le professeur de l'universit&#233; populaire qui explique &#171; Chiron &#187; &#224; une &#233;tudiante, et l'&#233;tudiante qui br&#251;le de se rendre d'Hesp&#233;rie en Orient en &#171; d&#233;esse des batailles &#187; de l'&#201;tat Islamique, se transforme &#224; la fin en facettes multiples d'&#234;tres dimorphes insaisissables : &#171; vivre en trois ou quatre temps inconciliables, &#231;a d&#233;chire. &#187; Vivifiant derechef la relation mutuelle du nombre et de la motricit&#233; comme &#171; &#233;v&#233;nement originaire &#187; de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;, cependant que Chiron se meut, immobile, &#171; d'une heure &#224; l'autre &#187;, ne pourrait-elle se m&#234;ler, comme chez Maurice de Gu&#233;rin, &#171; aux fleuves qui coulent dans le vaste sein de la terre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Kza Han et Herbert Holl&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH637/08-holl-f94ed.jpg?1772221705' width='500' height='637' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Alexander Kluge
&lt;p&gt;&#8222;Car rien ne peut &#234;tre un et tout,&lt;br class='autobr' /&gt;
une d&#233;chirure l'a scind&#233;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur une requ&#234;te de Herbert Holl relative &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8222;Chiron&#8220; et &#8222;L'a&#232;de aveugle&#8220; de H&#246;lderlin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Contrairement &#224; &#8222;fer&#8220;, &#8222;bois&#8220; est vivant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe pour demi-savant. Wikipedia est mon universit&#233;. J'ai d&#233;j&#224; am&#233;lior&#233; plus d'un article par mes contributions. De larges pans du savoir sont nouveaux pour moi. Ainsi, je puis jeter mon &#226;me de toutes mes forces sur cette nouveaut&#233;, mes d&#233;couvertes. Plus d'un bloc de bois s'&#233;veille &#224; la vie dans la nuit, touch&#233; par le rayon d'&#226;me d'un t&#233;moin. Je me l&#232;ve souvent la nuit. Me pr&#233;pare un pot de lait br&#251;lant. Le sommeil s&#233;nescent est pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8211; Vous qualifiez des vers de H&#246;lderlin de blocs de bois ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8211; Vous sous-estimez la mati&#232;re bois. Contrairement au fer, il &lt;i&gt;vit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222; &#8230; alors dans la nuit je l'entends / Donnant la mort, le lib&#233;rateur, donnant la vie, / Le Tonnant du Couchant &#224; l'Orient / se h&#226;ter&#8230; &#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du cours de l'universit&#233; populaire que j'anime, on me demande qui donc se h&#226;te du Couchant &#224; l'Orient. La questionneuse, en compagnie de laquelle je passai un moment au caf&#233; apr&#232;s mon cours, sans que la nature de nos relations s'en trouve clarifi&#233;e (sa vive qu&#234;te du bonheur me donnait vie) avait vu dans ces vers de H&#246;lderlin une invitation &#224; quitter sur le champ l'Ouest &#8211; le cours avait lieu &#224; Cologne, donc en Allemagne occidentale &#8211; vou&#233; selon elle &#224; sa perte, pour gagner le Proche Orient. Elle me demanda si elle ferait mieux de rejoindre &#224; son arriv&#233;e l'E.I. en qualit&#233; de d&#233;esse des batailles, ou de choisir un autre groupe aux objectifs moins &#233;nigmatiques. Je lui r&#233;pondis, &#224; elle qui &#233;tait assise en face de moi, de belle prestance, silhouette &#233;lanc&#233;e, voire &#8222;nerveuse&#8220; &#8211; une combattante du bonheur &#8211; qu'elle ne devrait aller nulle part si elle pensait pouvoir choisir. Soit elle se sentirait emport&#233;e, &#8222;tous ses sens poursuivant une certitude&#8220;, soit elle n'aboutirait &#224; rien. Elle ne ressentait pas d'emportement en elle, r&#233;pondit-elle. Elle pensait que sans une certaine amplitude d'oscillation, quelque chose de ludique, il n'y avait pas de vie. La v&#233;h&#233;mence de mes propos, de mes appels (&#8222;trop intentionnels&#8220;) la rebuta. Elle remuait une flaque de caf&#233;, et il n'y eut pas moyen de la replonger dans l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Post-scriptum relatif &#224; la soir&#233;e manqu&#233;e :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mot &#8222;Couchant&#8220;, exposai-je, il s'agit du soleil vesp&#233;ral, c'est-&#224;-dire de la d&#233;rive vers l'est du champ magn&#233;tique terrestre. Or c'est venant de l'ouest (donc &#233;galement du &#8222;couchant&#8220;) que le Photophore (&#8222;tel il m'apparaissait encore &#224; la Saint-Sylvestre 1799&#8220;) s'&#233;tait h&#226;t&#233; vers l'est. Station interm&#233;diaire, Malte. Puis orientation sud-est. De la sorte, le Sauveur avait conquis quarante si&#232;cles de m&#233;moire (c'est-&#224;-dire aucun territoire). En l'occurrence, selon mon interpr&#233;tation du texte de H&#246;lderlin, Bonaparte &#233;tait accompagn&#233; d'une arm&#233;e de savants. Davantage de scientifiques que de chevaux et de soldats. C'est-&#224;-dire que le &#8222;temps gagn&#233;&#8220; prend forme dans les t&#234;tes. &#192; ce stade de la conversation, j'avais perdu mon amante virtuelle (laquelle au final ne le fut pas) &#8222;par quelques mots de trop&#8220;, tout comme le po&#232;te lui-m&#234;me ne manque pas de parler en langues, pronon&#231;ant &#224; chaque fois quelques mots de plus que n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;&#8230; &#233;tincelaient pour moi / Les fleurs telles mes propres yeux&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 heures encore, les yeux de l'&#233;l&#232;ve avaient &#233;tincel&#233;, allum&#233; mes feux visuels. &#192; pr&#233;sent, vers 21 h 30, nous &#233;tions assis l'un en face de l'autre, d&#233;gris&#233;s, nos miroirs ternis. Pour elle, tendue vers l'action, comptaient les faits, autrement dit les moyens d'ins&#233;rer sa vie dans le flux. Les mots &#8222;Couchant&#8220; et &#8222;Orient&#8220;, de m&#234;me que les expressions &#171; donnant la vie, donnant la mort&#8220; ne lui disaient rien. Pour moi, pas de gains en mati&#232;re d'intimit&#233;. Il aurait mieux valu rester muet et aveugle aux yeux puissants de cette jeunesse prometteuse. &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;&#212; lumi&#232;re de jouvence ! &#244; bonheur !
&#8230; que vous b&#233;nisse le voyant !&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;div class='spip_document_8246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH310/02-holl-540a7.jpg?1509805284' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anatomie d'un centaure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils portent l'estomac dans leur corps chevalin. Car les chevaux sont des animaux prompts &#224; fuir : estomacs et intestins fugitifs. Ainsi le thorax humain et le milieu du corps sont-ils disponibles pour le souffle. Mais les deux corps peupl&#233;s de colonies d'esprit et de nerfs comme d'une flore intestinale. Une coh&#233;sion pr&#233;caire. D'o&#249; l'ivrognerie et l'addiction aux drogues, pour que le cerveau &#8222;joue&#8220; dans ses colonies. &#192; l'emplacement du diaphragme chez les humains se trouve chez Chiron l'estomac aux drogues. L&#224; o&#249; se situe le c&#339;ur des chevaux au galop, se trouve chez le centaure le MAELSTR&#214;M DES SUBSISTANCES MAT&#201;RIELLES. Or la racine d'immortalit&#233; de Chiron r&#233;side dans cette partie inf&#233;rieure du corps. De ce point de vue, les organes d'un centaure ne sont pas comparables &#224; un convoi ferroviaire compos&#233; par exemple d'une locomotive tirant des wagons sur des rails fixes, bien au contraire : ils constituent une unit&#233; aterrestre. J'appellerais volontiers le corps chevalin et l'esprit p&#233;r&#233;grin du centaure son soleil. L'aire sexuelle contigu&#235; &#224; l'appareil digestif cach&#233; &#224; l'int&#233;rieur du cheval, je l'appellerai lune. T&#233;l&#233;pathie &#224; travers toutes les fibres de cet &#234;tre perp&#233;tuellement excit&#233; et de ce r&#233;gime n&#233;anmoins tranquille r&#233;gnant dans le chef de Chiron. Ce que souligne d&#233;j&#224; H&#233;rodote. Les centaures n'ont pas d'anus et ne connaissent pas d'excr&#233;tions. La chose dig&#233;r&#233;e s'exhale &#224; travers la peau et le poil. &#192; supposer qu'une parcelle de ce qu'ils ing&#232;rent comme mati&#232;re (et pas seulement le contenu de leurs outres) conserve quelque chos&#233;it&#233;, puisque les centaures plut&#244;t complexes, tel Chiron, ne connaissent (selon Plotin) aucun dualisme entre esprit et mati&#232;re. TOUT EST SPIRITUEL. D'o&#249; la difficult&#233; pour l'anatomiste, comme le remarque d&#233;j&#224; Avicenne, d'appr&#233;hender l'essentiel lorsqu'on d&#233;coupe le corps d'un centaure mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;decin dans la maison dispense du charpentier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a lieu ici de me faire conna&#238;tre comme la r&#233;incarnation d'O.F. Walter, partant comme le t&#233;moin pl&#233;nipotentiaire en mati&#232;re d'interpr&#233;tation de H&#246;lderlin au temps du national-socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux temps de l'action, &#8222;elle doit aller de c&#244;t&#233;, la m&#233;ditative&#8220;. Mais lorsque le champ d'activit&#233; a sombr&#233; dans l'ab&#238;me, les barres et les poutres entrecrois&#233;es s'agencent en une &lt;i&gt;nouvelle&lt;/i&gt; construction. On peut toujours tomber dans l'ab&#238;me en passant &#224; travers les interstices des bois, mais on peut y s&#233;journer un moment pour les besoins de la vie quotidienne. De la sorte, ce qui devait aller de c&#244;t&#233; peut &#224; pr&#233;sent aller et venir au centre. Pour le national-socialiste moderne, tout ce qu'il a jamais pens&#233; est battu en br&#232;che depuis 1945, mais non pas, &#224; la racine, la raison m&#234;me de sa pens&#233;e initiale.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;Le c&#339;ur veille &#224; nouveau.&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
L'HOMME DROIT, dont j'ai vu le portrait dans un journal de modes datant de 1934, s'en tient au nommable, et moi &#224; l'innomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un propos du h&#246;lderlinien Hildebrandt datant de 1934&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les sentiers ont de m&#233;chant, je le dis en tant que national-socialiste, ce n'est pas le passage vers un nouveau d&#233;compte de la raison, mais l'ob&#233;issance &#224; la &#8222;vieille loi de la terre&#8220;, c'est-&#224;-dire aux &#233;l&#233;ments. M&#233;chants, les sentiers le sont au c&#339;ur m&#234;me du savoir, &#8222;parce que le savoir, une fois ses barri&#232;res rompues, comme ivre&#8230; s'excite soi-m&#234;me.&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'an 1934&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;veillai au moment m&#234;me o&#249; mon Allemagne galvaudait son plus r&#233;cent &#233;veil. Je me tenais pour la r&#233;incarnation de H&#246;lderlin jusqu'au jour o&#249; me servant des registres paroissiaux de Waltershausen, je d&#233;couvris au champ tombal, puis &#8211; poursuivant mes recherches &#8211; sur des pierres tombales de l'Alpe Souabe que je ne puis &#234;tre un descendant de mon idole, issu de sa relation avec Wilhelmine Kirms. Dans mon g&#233;nome &#8211; derechef un po&#232;me &#8211; que j'ai fait imprimer &#224; Stanford &#8211; c'est Sinclair, son magistral fr&#232;re de c&#339;ur, qui s'av&#232;re mon ascendant, non le ma&#238;tre en personne. Soixante-dix virus tronqu&#233;s et compress&#233;s en ADN, antig&#232;nes de maladies toutes disparues, constituent un cordon, une sorte d'&#233;chelle de Jacob sur un parcours comportant quatorze pour cent de mon g&#233;nome. Une raret&#233; ! Mais en revanche, pas un vers de ce p&#232;re id&#233;al. Rien n'est &#233;dulcor&#233;, tout s'est amass&#233;. En outre, je doute. Je rejoins en pleine plasticit&#233; l'entourage du professeur Hildebrandt &#224; Kiel. En automne 1935, je vais repartir &#224; Ehingen non loin d'Ulm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8222;Le c&#339;ur veille &#224; nouveau, pourtant elle m'envo&#251;te et / M'entrave la nuit infinie toujours&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH283/03-holl-1c5a9.jpg?1772221705' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;SI LE PO&#200;TE &#201;CHOUE
&#192; TROUVER DANS LA TRAG&#201;DIE LES MOTS JUSTES,
LES &#8222;PAROLES MORTELLES&#8220; FONT
IRRUPTION DANS LA R&#201;ALIT&#201;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
La voix de Hegel prenait une inflexion claire, souabe, quand il &#233;tait &#233;nerv&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8222;Ainsi l'homme verra-t-il dans sa clart&#233;&#8230; Au soir, il aura &#8230; parachev&#233; son soleil int&#233;rieur, le soleil de sa conscience &#8230; C'est l&#224; LE GRAND JOUR DE L'ESPRIT, la t&#226;che quotidienne qu'il accomplit dans l'histoire mondiale.&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le concept du centaure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8222;Le concept des centaures est bien celui de l'esprit d'un fleuve&#8230; C'est pourquoi il figure &#224; ces endroits de la nature o&#249; la rive est riche en rocs et en grottes, SURTOUT EN CES LIEUX o&#249; le fleuve devait originellement quitter la cha&#238;ne de montagnes et fendre transversalement leur cours &#8230; les eaux stagnantes furent repouss&#233;es par la rive plus abrupte JUSQU'&#192; GAGNER DES BRAS, et suivant leur propre cours, buvant d'elles-m&#234;mes dans des cornes d'argent, se frayer un chemin &#8230; &#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;et comme la source suit le fleuve / O&#217; IL PENSE, je dois aller&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet d'&#8222;il pense&#8220;, c'est le Tonnant. Il se nomme &#233;galement lib&#233;rateur et sauveur. Probablement Bonaparte, qui est jeune, n'est en fonctions que depuis six semaines au moment o&#249; H&#246;lderlin &#233;crit ses vers. Heiner M&#252;ller tient le Tonnant pour Staline, sans tenir compte du fait que H&#246;lderlin n'a pas pu conna&#238;tre Staline. M&#252;ller de r&#233;pliquer : Pourquoi le po&#232;te ne pourrait-il pressentir les choses &#224; venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui suis-je, moi la &#8222; source qui suit le fleuve&#8220;, au XXIe si&#232;cle ? Quel fleuve ? Il importe de lire les signes. Qu'est-ce qui s'&#233;coule en cette singuli&#232;re double d&#233;cennie qui se targue d'&#234;tre le pr&#233;sent ? C'est un &#233;cheveau de signes divers, de fils, une sorte de mati&#232;re synth&#233;tique, pas un fleuve. D&#232;s lors, je ne serais pas une source ? Une source &#224; la recherche du fleuve, c'est ce que je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans nos parages, je ne puis apercevoir quelque idole au visage enfantin, baign&#233; de lumi&#232;re, de souverain habill&#233; en officier, je veux dire : nul &#234;tre &#233;nergique, &#224; m&#234;me de d&#233;tourner un tapis roulant, de m&#233;tamorphoser un amoncellement r&#233;ifi&#233; en roulement fluide, le faisant traverser par un flux. Si je savais lequel IL est, celui qui &#8222;pense&#8220;, je pourrais &#233;claircir la question de mon identit&#233; comme source. Du m&#234;me coup, je trouverais le fleuve. &#192; partir de la direction qui est mienne. IL PENSE, et d'o&#249; que m'appellent le tonnerre, la lib&#233;ration et la salvation &#8222;je dois aller&#8220;, de ce que je fais avec ardeur je puis donc en conclure au flux, &#224; la direction d'o&#249; provient mon ardeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joue en ma faveur, comme je l'ai dit, mon savoir tr&#232;s limit&#233;. Les fragments, ces &#8222;champs de ruines de mon intellect&#8220;, font en sorte (temp&#233;rament chaleureux re&#231;u de ma m&#232;re, tendance naturelle aux fraternit&#233;s, aspire au recommencement, &#8222;nul bien-&#234;tre dans la confusion&#8220;) que je reste &#8211; un vol sans visibilit&#233; &#8211; en mouvement. Je parle d&#233;j&#224; de vol, alors m&#234;me que je suis loin du flot. En quoi je suis aveugle, moi l'a&#232;de. Je demande : &#8222;si un sauveur ami ne venait &#224; moi&#8220; ? &#8222;s'il ne sommeille en moi une &#233;tincelle du Lanceur d'&#233;clairs ?&#8220; Alors en effet, &#8222;il y a longtemps que je le poursuis l&#224; o&#249; il pense&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment un moine falsifie en toute humilit&#233; un texte en l'amputant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#201;crit &#224; la main) : &#8222;O&#249; dans la mer les fleuves sont pris / Au son des p&#244;les font percevoir/&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; reines des esprits / &#8230; chant de victoire.&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;ET PAREILLE AU DRAGON &#8230; se soul&#232;ve LA SAUVAGET&#201; EN D&#201;R&#201;LICTION&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;Du champ sauvage le d&#233;senvo&#251;teur &#8230;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lev&#233;e de l'envo&#251;tement attriste les champs ( lesquels sont au sein de la deuxi&#232;me nature les usines, et de la troisi&#232;me, les fichiers et les flux &#233;lectroniques). Au-dessus d'eux flotte &#224; basse altitude la sauvagerie originelle. Tel un brouillard matinal. La brume descend jusque sous le ventre, de sorte qu'&#224; arpenter les champs, on patauge dans la LUMI&#200;RE MIXTE. Ce n'est pas une solution tr&#232;s pratique. R&#233;cup&#233;rer la part sauvage des champs, c'est bien compliqu&#233;. Comment la conserver ? Dans des bouteilles ? Ce ne sera pas possible. Quels r&#233;cipients faudra-t-il &#224; l'envo&#251;tement des champs ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le demi-dieu, &#224; l'instant m&#234;me un valet, plein d'abn&#233;gation, empli de z&#232;le, se dessaisissant de soi, ne s'interroge pas sur les raisons pour lesquelles le rival, LE GRAND FR&#200;RE, l'envoie au loin, en vue de commettre des carnages sans cesse renouvel&#233;s. LE GRAND TRAVAILLEUR avait sans doute pour consigne de s&#233;parer les champs de leur sauvage envo&#251;tement. Mais sans envo&#251;tement, ce ne sont plus des champs ! Lui, H&#233;racl&#232;s, n'en a pas tenu compte et n'a cess&#233; de se charger de nouvelles t&#226;ches. Jamais il n'a men&#233; l'un de ses travaux &#224; une fin susceptible de plaire &#224; un CHAMP. C'est ainsi qu'en 1914, la classe ouvri&#232;re verse dans un tonneau tout ce qu'elle poss&#233;dait. Gaspille l'exp&#233;rience de tout un si&#232;cle ! Les &#8222;prol&#233;taires en uniforme&#8220; de Russie se d&#233;barrass&#232;rent de leur costume. Un &#233;lan r&#233;siduel cherche refuge dans la technique spatiale, est exp&#233;di&#233; dans le cosmos &#8211; l&#224;-bas, pas un seul champ. Rien qui retienne l'envo&#251;tement. Il fait ou bien trop chaud ou bien trop froid sous les &#233;toiles. &#8222;Un sol ensauvag&#233;.&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;Alors je per&#231;ois souvent &#8230;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Racines de la sauvagerie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je per&#231;ois (pr&#234;tant l'oreille &#224; toute direction d'o&#249; ne provient encore aucun son) le CH&#338;UR DES FILS ABANDONN&#201;S. En 1944, dans l'abri anti-a&#233;rien, une radio en plastique, &#171; Radio Roma &#187;. C'est madame Butterfly qui chante. Son fils restant fut d&#233;port&#233; apr&#232;s la mort de la Japonaise. Et qu'advint-il du fils de Marie devenue muette ? Ses camarades de jeu ont racont&#233; que Woyzeck avait &#233;trangl&#233; et jet&#233; sa m&#232;re &#224; l'eau pr&#232;s de Leipzig. Le gar&#231;on comprit-il ce qui lui arrivait ? Ou bien ne l'a-t-il compris que trente ans plus tard, si jamais il a surv&#233;cu jusque l&#224; ? Nul cri d&#233;chirant ne se fait entendre. Nul vengeur en vue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/04-holl-2731c.jpg?1509813481' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;&#192; la fra&#238;che des &#233;toiles j'appris &#8230;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens seulement de l'apprendre : de son mari violent, Desd&#233;mone avait eu sept enfants. Elle n'&#233;tait pas jeune &#224; sa mort. La femme &#224; la peau lisse avait donn&#233; bien des choses en partage &#224; ses t&#234;tards. Il s'agissait de quatre filles qui jamais ne s'apais&#232;rent et de trois gar&#231;ons dont deux furent tu&#233;s au combat. Mais qu'en &#233;tait-il du troisi&#232;me et de la petite-fille d'une de ces filles ? Est-il vrai qu'en 1946 encore, cette derni&#232;re se pr&#233;sentait en mer &#201;g&#233;e comme la reine des Amazones ? Dans une zone commerciale en attente de No&#235;l, l'une des meneuses passa devant un parfait inconnu, originaire de l'Afrique centrale, or une &#233;tincelle, jaillie de l'esprit de vengeance qu'elle transportait dans son sac &#224; main, se communiqua &#224; cet &#233;tranger, lequel &#8211; inexplicablement selon les enqu&#234;teurs &#8211; commit un attentat &#224; l'explosif dans les quinze jours qui suivirent. Pour que les morts attestent la valeur de leurs blessures !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;sans c&#339;ur / La nuit de puissance m'&#233;tire &#8230;&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;On ne doit rien expliquer, mais tu dois lire les pr&#233;sages. &#8222;Sauveur ami viendrait peut-&#234;tre &#224; moi&#8220;. Les NU&#201;ES R&#201;UNIES des laiss&#233;s pour compte, des &#8222;morts au combat, lorsque le destin passait par l&#224;&#8220; ! &#8222;Puisqu'il y a du poison entre nous&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extraits du calepin d'Eva von P., qui vient de laisser son amant et de rentrer chez elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jason (l'enfant pontique), Act&#233;on, Achille, Th&#233;s&#233;e, Hyppolite, Palam&#232;de, Ulysse, Diom&#232;de, Castor, Antiloque, &#201;n&#233;e (sans oublier) Ascl&#233;pios. Cronos (dieu patriarcal , monstre du temps), le Tonnant (mortif&#232;re, vivifiant), Hercule (ouvrier de Zeus et valet de l'usurpateur). Prom&#233;th&#233;e (Titan, porteur de projets radicaux, &#8222;pr&#233;curseur conceptuel&#8220;, fondateur enclin &#224; la duperie). Chiron, la &#8222;main&#8220;, fr&#232;re de Zeus, fils de Cronos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centaure &#8222;au sens figur&#233;&#8220;, car immortel. Roi de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a, elle l'a not&#233; dans son cahier. &#201;trangement, elle a &#233;crit au lit, sous d'ardents c&#226;lins. Le bien-aim&#233; n'en fut pas &#233;tonn&#233;. Plus ardents encore que ses caresses, ses r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8222;Centaure est esprit de fleuve.&#8220; Leur activit&#233; : la travers&#233;e de fleuves imp&#233;tueux. Kentron (aiguillon) = centaure. Dubitatif = car dimorphe. Chiron = Dieu Dubitatif. &#8222;Aiguillon du dieu (aiguillon divin)&#8220;. &#8222;Et tel l'incendie &#8230; se / Soul&#232;ve &#8230; la sauvaget&#233; d&#233;sarm&#233;e&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle rentre chez elle, avec les v&#234;tements qu'elle rejette &#224; l'improviste en prenant cong&#233; de son bien-aim&#233;, le &#8222;souffle de la nuit&#8220; persiste sur sa peau. Une douche l'en d&#233;barrassera. Elle range ses notes. Toute une nuit d'explications aimantes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Apolis = hors la cit&#233;.
Chiron habite grotte&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Au pied de la montagne du P&#233;lion en Thessalie. Falsification : centaures dans le cercle infernal des violenti, des brutes. Ne frappent que lorsqu'ils sont totalement ivres, hors de sens.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;Jeunes herbes, se font abondantes&#8220;
&#8222;Tol&#233;rance, herbe qui abonde&#8220; (fr&#232;res Grimm, Dictionnaire Allemand, XI, p. 2341)
&lt;i&gt;Rage du calcul&lt;/i&gt; (d&#233;comptage de la raison) &#8222;&#8230; aux aguets / La longue vue &#8230;&#8220;
&#8222;De terre fra&#238;che et nuages d'amour&#8220; &lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Telle la biblioth&#233;caire d'un couvent, elle avait pris note. Moqueur, le bien-aim&#233; l'avait trait&#233;e de nonne capable de se laisser s&#233;duire, mais non distraire. Elle avait soigneusement not&#233; tout ce que le th&#233;oricien disait. Les heures &#233;coul&#233;es, pleines d'exaltation, sans sommeil. &#192; pr&#233;sent qu'elle est chez elle, elle se met au lit pour un somme de rattrapage. Le prochain rendez-vous est seulement pour midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste et cr&#233;ateur d'adultes Prom&#233;th&#233;e fa&#231;onne les humains avec de la glaise (&#8222;terre fra&#238;che&#8220;) et de l'eau (l'&#233;l&#233;ment contenu dans les nuages). En parall&#232;le, Ixion couvre la nu&#233;e o&#249; se dissimule Junon et engendre les centaures. &#192; l'exception, comme on l'a dit, de Chiron, n&#233;, lui, de Cronos. Il n'a donc fait que prendre forme de centaure, le fils de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH289/05-holl-4591a.jpg?1509805285' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8222;O&#249; le mot vient &#224; manquer au corps, au point que celui-ci tue&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glac&#233;s jusqu'&#224; la moelle, les fantassins s'engag&#232;rent prudemment dans la for&#234;t, heureux d'une part de quitter les abris-tranch&#233;es d&#233;tremp&#233;s o&#249; ils avaient pass&#233; une semaine &#224; attendre dans la temp&#234;te de neige, pour enfin sortir &#224; l'air libre, s'attendant d'autre part &#224; recevoir un projectile dans la poitrine avant m&#234;me la phase de r&#233;chauffement des corps durant la marche. Les blessures froides saignent faiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'&#233;coutaient pas un mot. On ne pouvait appeler &#8222;mots&#8220; les ordres beugl&#233;s depuis leur base de d&#233;part. Sur le moment, un silence oppressant. Des branches sous les pieds, des herbes muettes. Peu de temps apr&#232;s, le pilonnage reprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne furent pas mis en branle par un mot, mais par une croyance. Parce qu'on croit en la toute-puissance de l'artillerie. C'est surtout son bruit qu'on entend. Ils sont oblig&#233;s de courir une heure enti&#232;re jusqu'aux points d'impact des obus. D'ici l&#224;, des rafales de mitrailleuses couperont quelques uns d'entre eux en deux, &#224; hauteur des genoux, du ventre, de la poitrine ou du cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance en question explique qu'on les ait envoy&#233;s en si petit nombre. Le mat&#233;riel est suppos&#233; &#234;tre efficace &#224; distance, il ne s'agit pas que des milliers de pieds foulent la for&#234;t en toute h&#226;te. Le rouleau compresseur des tirs est pass&#233; au-dessus des casemates fortifi&#233;es devant eux. Des balles tir&#233;es de l&#224; font mouche sur la compagnie. Ces projectiles de petit calibre ricochent sur les arbres, touchant perfidement au flanc les hommes qui progressent lentement &#224; travers les broussailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manque le mot. Ces gens sont transis de froid et de peur au point de transpercer &#224; la ba&#239;onnette une harde d'ennemis bless&#233;s venant vers eux, les mains lev&#233;es, avant m&#234;me de savoir ce que ces &#233;trangers voulaient d'eux. Toujours pas un mot. Le mot manquant fait que leurs corps tuent, l'esprit ailleurs. C'est chose faite avant que les sens engourdis ne se rendent compte de quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;En concile, pour cause de c&#339;ur ; o&#249; te trouver lumi&#232;re ?&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert von Hellingrath avait dans son havresac beaucoup de papier vierge lorsqu'il tomba &#224; Verdun en 1916. En quoi la lumi&#232;re est-elle &#8222;en concile&#8220; ? Qu'est-ce qui fait douter et changer le rayon lumineux ? O&#249; r&#233;side dans les intervalles qui ponctuent l'obscurit&#233; la seconde lumi&#232;re soustraite au regard ? En dernier recours, il fallut que Chiron le Voyant magnanime plonge &#224; chaque fois le regard dans la phase obscure de la lumi&#232;re. Apollon eut beau accro&#238;tre la luminosit&#233; de son esprit, il ne parvint pas &#224; contr&#244;ler cette phase. Comme munis de b&#233;quilles spirituelles, les deux dieux visionnaires, Chiron et Apollon tenant concile, quand une d&#233;cision d'amour signifie l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la neuvi&#232;me ode pythique de Pindare, Apollon rend visite &#224; Chiron. Il s'agit d'une affaire d'amour. Ce vieillard affable au c&#339;ur jeune renvoie, comme ferait un moderne psychanalyste, le dieu de l'amour &#224; ses propres racines. Ne voit-il pas toute chose, le dieu ! Il suffit qu'il fasse attention &#224; ce qu'il voit ! Le dieu fut toujours trop prompt, m&#234;me dans ses propres d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut moins de temps encore pour que Hellingrath gise dans un creux de terrain boueux, la chair cribl&#233;e de balles. Balles tir&#233;es par des gens qui n'avaient nulle intention de le tuer, lui et pas un autre. Cela se passa en un instant d&#233;sert&#233; par les dieux. Il restait toujours au mourant des r&#233;serves de d&#233;sir. Pendant une demi-heure, il parla dans un murmure, par-devers soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#192; la guerre, un homme un jour fut abattu tant et plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de l'un de ces mots murmur&#233;s par Hellingrath que je descends, moi qui &#233;cris ceci. Je ne connais pas le mot lui-m&#234;me, je sais seulement qu'il agit en moi. &#8222;Ce n'est pas un genou, ce n'est pas une tente, c'est un mot et rien d'autre !&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'oreille de l'a&#232;de aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu de la guerre Ar&#232;s a aveugl&#233; les yeux d'Ajax, lequel, en proie au d&#233;lire et &#224; la haine, provoque un carnage dans un troupeau de b&#234;tes qu'il prenait pour des Grecs. &#192; pr&#233;sent, ses yeux sont doublement d&#233;truits, de sorte que la vision de sa d&#233;tresse, des regards sardoniques des &#8222;fid&#232;les&#8220;, du r&#233;sultat de la tuerie lui est &#233;pargn&#233;e. Les &#8222;somnambules&#8220; de juillet / ao&#251;t 1914 et les bureaucrates de Bruxelles en 2014, dont les n&#233;gociations ont provoqu&#233; les aventures ukrainiennes, n'ont pas perdu la lumi&#232;re oculaire. Pour eux, l'absence de remords est un sentiment bienfaisant. Dans une telle zone d'aveuglement, &#234;tre aveugle revient &#224; &#234;tre sourd et muet. Nous attendons Chiron ! Depuis 1927, on n'a plus vu de dieux en mer &#201;g&#233;e. Puisse au moins l'oreille du centaure nous venir en aide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lign&#233;e des Titans. Lign&#233;e de Prom&#233;th&#233;e et d'&#201;pim&#233;th&#233;e (&#8222;impulsif, pensif&#8220;). Lign&#233;e de Chiron. &#8222;Tu as lib&#233;r&#233; mes yeux d'un horrible fardeau, Ar&#232;s.&#8220; C'est dit par Ajax, porte-glaive solitaire et fanatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH289/06-holl-0200f.jpg?1509805285' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur orbe erratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;thiopien, initialement per&#231;u comme un homme inconnu venu d'Afrique, arm&#233; d'un grand couteau de boucher, avait fonc&#233; sur le v&#233;hicule d'intervention des deux policiers, encore ferm&#233; dans un premier temps. C'est &#224; travers cet expos&#233; des faits que les deux tireurs policiers, en patrouille dans une banlieue de Z&#252;rich, nullement form&#233;s en vue de ce genre de situation, s'expliquaient les treize coups de feu qu'ils avaient tir&#233;s au total, dont l'un avait transperc&#233; une porte d'immeuble, deux une voiture en stationnement. Les cartouches restantes tu&#232;rent l'agresseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;connaissant la situation, les deux tireurs avaient ouvert les porti&#232;res du v&#233;hicule. Porte close, ils auraient &#233;t&#233; inexpugnables. Tout au plus l'auteur des faits, manifestement hors de lui, aurait-il pu endommager la peinture. Mais apr&#232;s avoir quitt&#233; leur v&#233;hicule et lanc&#233; &#171; Halte ! Police ! &#187;, ils se virent en danger de mort. Confront&#233;s &#224; la menace d'une attaque. L'homme, qui courait, &#233;tait encore &#224; une certaine distance. Coinc&#233;s entre leur peur et le principe qu'on leur avait inculqu&#233; lors des stages &#8211; toujours respecter la PROPORTIONNALIT&#201; DES MOYENS dans l'utilisation des armes &#224; feu, ils tomb&#232;rent dans la PR&#201;CIPITATION. Viser l'une des jambes de l'individu qui approchait rapidement et sans manifester la moindre crainte (volont&#233; fr&#233;n&#233;tique de passage &#224; l'acte), l'id&#233;e ne les effleura m&#234;me pas. Ils tir&#232;rent toutes les cartouches de leur arme. Ce qui les mit dans l'obligation de se justifier au bout de trois heures &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le porte-parole de la police, qui disposait de bons contacts avec la r&#233;daction du journal t&#233;l&#233;vis&#233; et la presse quotidienne, r&#233;ussit &#224; faire ressortir l'agressivit&#233; et l'origine &#233;trang&#232;re de l'auteur n&#233;gro&#239;de de cet attentat. Impossible de justifier les treize coups de feu tir&#233;s au hasard. Mais on parvint &#224; &#233;dulcorer le processus de discussion pour le plus grand bien des deux fonctionnaires de police plong&#233;s dans la confusion, de sorte que blogueurs et lecteurs s'int&#233;ress&#232;rent davantage &#224; l'heure nocturne, &#224; l'absurde feuille de boucher et aux origines de l'auteur des faits qu'aux tirs des fonctionnaires. Six balles, dont trois dans les bras, deux dans la r&#233;gion stomacale, une sixi&#232;me dans la jambe d'Omar M. Hayet, son &#233;pouse : Omar travaillait comme cuisinier. En Suisse depuis quatorze ans. Astreint &#224; prendre de puissants m&#233;dicaments par temps de f&#246;hn. La perquisition men&#233;e dans le logement de l'auteur des faits pr&#232;s d'Oerlikon ne fournit pas d'&#233;l&#233;ments de preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; chaque cigarette, le temps passait un peu plus vite. &#192; dix heures moins dix un homme, &#224; peine plus grand que Napol&#233;on, fit son apparition.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Titulaire d'une chaire &#224; T&#252;bingen, P. se replongeait tous les matins dans le bain de jouvence d'un nouveau jour. Sa curiosit&#233;, toujours intacte. Avide d'innovation qu'il &#233;tait, d&#233;barrass&#233; de toutes les phases ant&#233;rieures de sa vie. En blouse blanche, il fon&#231;a &#224; travers la salle de dissection. Salua. La rune SS &#224; l'int&#233;rieur de son bras, il l'avait enlev&#233;e par auto-ablation en cet automne m&#234;me de 1945. L'encoche portait dans son curriculum vitae le nom de perforation par projectile aussit&#244;t ressorti. Il ne restait rien qui p&#251;t l'incriminer. Mais dans son for int&#233;rieur, son feu restait inentam&#233;. Les t&#234;tes contenant les cerveaux &#224; expertiser de l'Arm&#233;e Fraction Rouge avaient &#233;t&#233; apport&#233;es de Stuttgart. Ils n'avaient pas dans le quartier de haute s&#233;curit&#233; l&#224;-bas d'installations comparables &#224; celles dont ils disposaient &#224; T&#252;bingen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;rateur garda pour lui quelques coupes cervicales. D'o&#249; la paille dans la t&#234;te dont le d&#233;fenseur releva la pr&#233;sence dans le proc&#232;s-verbal &#233;tabli lors de la restitution des cadavres. Qu'est-ce que l'aventurier entendait faire de ces pr&#233;l&#232;vements conserv&#233;s dans de la glyc&#233;rine, sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e ? Est-ce qu'il pressentait qu'au plus profond de l'Afrique un homme nouveau pourrait &#234;tre assembl&#233; &#224; partir de quelques-unes de ces cellules ? Praticien qu'il &#233;tait, il restait imperm&#233;able &#224; la pens&#233;e m&#233;caniste du comptage occidental. Et son d&#233;sir d'innovation se fondait sur la prescience comme impulsion vectrice de plaisir. Si l'histoire mondiale avait connu une issue diff&#233;rente, son &#233;nergie, ses infatigables et roboratives probl&#233;matisations auraient pu assurer avant 1945 l'activit&#233; d'une soixantaine de laboratoires. Fascin&#233;e, une rel&#232;ve venue du Kazakhstan et d'autres territoires orientaux faisait d'ores et d&#233;j&#224; le voyage de T&#252;bingen, exigeait d'&#234;tre mise au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'infortun&#233; H&#233;mon, fils d'un sinistre p&#232;re fondateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a rien fait de travers. Pourtant, il suit Antigone dans la mort, ne peut la sauver. Lorsqu'il veut la lib&#233;rer, for&#231;ant sa tombe, y d&#233;couvrant son suicide, il cesse de vivre. Dans un monde sans Antigone, il ne peut vivre. Comme disait ma grand-m&#232;re maternelle, il est &#8222;d&#233;raisonnable&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH489/07-holl-6d256.jpg?1772221705' width='500' height='489' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ill. : Les centaures ne connaissent pas la selle. Le pelage : un flocon. Peut importe pour la naissance que le centaure soit m&#226;le ou femelle. Chez les centaures divins, les petits poussent sur leur &#233;chine. Les jeunes pousses sortent du buste et d&#233;valent l'&#233;pine dorsale pendant la grossesse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les humains qui descendent des centaures d&#233;tiennent quatre forces fondamentales, dont l'une consiste en la facult&#233; d'enseignement et d'apprentissage. Et il convient, &#233;crit Henriette Honeybee Ertl (tel est le nom de la descendante issue de la liaison entre H&#246;lderlin et Wilhelmine Kirms, dot&#233;e d'un g&#233;nome h&#246;lderlinien int&#233;gral), de nommer les quatre fleuves avec exactitude. Ils r&#233;pondent quand on les appelle, &#224; l'instar des coursiers du dieu-soleil. Ils se laissent conduire, mais seulement par qui conna&#238;t leurs noms. Car il faut aiguillonner les chevaux quand on veut qu'ils ralentissent l'allure, et ils r&#233;pondent au r&#233;fr&#232;nement en acc&#233;l&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;est poison entre nous &#8230;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; une inadvertance de son &#233;l&#232;ve Hercule, Chiron est atteint au genou par une fl&#232;che qu'empoisonna le sang de l'hydre. Immortel, le centaure voit se profiler des tourments sans fin. LES CENTAURES SONT DES ESPRITS MARCHANDS IVRES. Un &#233;change a lieu. Qu'un immortel renonce &#224; la vie en sa faveur, et Prom&#233;th&#233;e sera lib&#233;r&#233; des cha&#238;nes qui le rivent au granite caucasien. Ce &#224; quoi Chiron s'engage formellement. Lui sans tourments, Prom&#233;th&#233;e sans cha&#238;nes. Ainsi s'acheva la vie de ce ma&#238;tre magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;L'innocence du pur savoir est l'&#226;me de la sagacit&#233;&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notice de V&#233;limir Khlebnikov datant de 1911&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8222;Tout dans le DEUX : antagonique ou parall&#232;le. Troisi&#232;me &#339;il, LE TROIS, c'est un sac de fragments. QUATRE, nulle raison d'en rabattre. &#192; savoir, les &#233;tendues du carr&#233;, les communaux : auberge de tous les triangles et t&#233;trade au-dessus de l'hypoth&#233;nuse. Le CINQ cependant est sauvage et indomptable. De m&#234;me le SEPT, bonne sente. La connaissance doit parcourir sept degr&#233;s (frottements et fourvoiements), parvient ainsi au nombre 365, moins 39 = 326. Les principaux &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale se produisent dans l'intervalle ou un fragment du nombre cosmique 326.&#8220;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;UN QUI NE CESSA DE PASSER PAR L'ANTITH&#200;SE ET LA FACE NOCTURNE DES CHOSES, SANS JAMAIS D&#201;BOUCHER SUR LA RECTITUDE. &#8222;FID&#201;LIT&#201; FAIT N&#201;CESSIT&#201;&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;&#8230; autour des for&#234;ts je les vois voguant / les r&#233;miges c&#233;lestes&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais bien : r&#233;miges c&#233;lestes, ce sont les plumages, les vol&#233;es d'oiseaux qui tournent autour des for&#234;ts et se posent dans les champs. Mais ils ne sont pas les &#8222;r&#233;miges c&#233;lestes voguant&#8220;, en effet, celles-ci sont ailes protectrices, ailes ang&#233;liques, et dans notre XXIe si&#232;cle ce ne sont d'ailleurs pas les nuages, &#224; savoir ces masques &#224; gaz condens&#233;s, avec peu de r&#233;pondant, qui occultent tels des rideaux le soleil au-dessus de la Chine. Il s'agit bien plut&#244;t des masses de donn&#233;es en chute libre dans le ciel, lesquelles voguent autour des gratte-ciels, et non des for&#234;ts. Dans l'obscurit&#233;, y compris le jour.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8222;Me voici assis seul en silence, au fil / Des heures&#8220;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8222;Car la sagacit&#233; est l'art de rester fid&#232;le en diff&#233;rentes circonstances&#8220;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; vu bien des pass&#233;s se faufiler &#224; travers le pr&#233;sent (ou plut&#244;t, j'en ai per&#231;u la trace) : avides de devenir futur. Des dieux sont juch&#233;s sur les &#233;paules de messagers tels que ceux-l&#224;. Des Titans cal&#233;s par des dieux. Et les esprits d'apprentissage endurent des souffrances, car leurs deux c&#339;urs battent imp&#233;rieusement, en raison de l'incapacit&#233; de s'asseoir &#224; l'aide de leurs jambes chevalines. &#202;tre dimorphe, vivre en trois ou quatre temps inconciliables, &#231;a d&#233;chire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gar&#231;ons studieux sur leurs sentiers d'avenir, dont ils ne savent s'ils sont binaires ! En tout cas, biparti leur ma&#238;tre. Soupir de douleur apr&#232;s chaque proposition vraie, qui n'est pourtant qu'un murmure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si ces colonnes se faisaient retarder par des traces ! Allaient s'int&#233;resser au pr&#233;sent ! H&#244;tes du ch&#226;teau d'&#233;vasion dans l'avenir. Il reste beaucoup de place dans les caves de l'a&#233;roport de Tegel. Il serait loisible d'y fonder une HAUTE &#201;COLE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf l'image qui suit &#171; L'infortun&#233; H&#233;mon&#8230; &#187;, les illustrations du texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Traduit de l'allemand par Kza Han et Herbert Holl&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;div class='spip_document_8258 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;107&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/pdf/chiron-fnl.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 395.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L200xH189/chiron-ico-72292.jpg?1509805285' width='200' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cliquez sur l'ic&#244;ne pour acc&#233;der aux odes de Friedrich H&#246;lderlin dans leurs versions g&#233;n&#233;tiques bilingues
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_8255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH506/11-holl-04dba.jpg?1772221705' width='500' height='506' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Sur les versants de la nuit et de la lumi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187;, &#171; Chiron &#187;, l'ode alca&#239;que, la m&#234;me, l'autre, la triple. Commenc&#233; &#224; la fin de l'&#233;t&#233;, au d&#233;but de l'automne 1800 &#224; Stuttgart, achev&#233; sans doute en &#233;t&#233; 1801 &#224; N&#252;rtingen apr&#232;s son retour de Hauptwil en Suisse, o&#249; H&#246;lderlin avait travaill&#233; comme pr&#233;cepteur, &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; apparut d'abord en simple titre soulign&#233;. Apr&#232;s une premi&#232;re esquisse fragmentaire, H&#246;lderlin remania les deux premi&#232;res strophes sous le m&#234;me titre, avant de reprendre toute l'ode, non sans quelques lacunes, sous le titre de &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187;. La premi&#232;re version compl&#232;te de &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; avec son titre initial ne para&#238;tra qu'en 1826, sous la forme strophique, tandis qu'une deuxi&#232;me version, hymnique avec son &#233;pigraphe de l'&lt;i&gt;Ajax&lt;/i&gt; de Sophocle, ne sera pas publi&#233;e du vivant de H&#246;lderlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son retour de Bordeaux o&#249; il avait travaill&#233; comme pr&#233;cepteur et pr&#233;dicateur, frapp&#233; d'Apollon lors de sa travers&#233;e de la Vend&#233;e, atterr&#233; par la mort de Susette Gontard, H&#246;lderlin reprit l'&#233;tat inachev&#233; de &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187; dont il raya le titre, composa la premi&#232;re version, lacunaire, de &#171; Chiron &#187; qu'il acheva en hiver 1803, apr&#232;s avoir assist&#233; avec son ami Sinclair en d&#233;cembre 1802 au Congr&#232;s des Princes &#224; Ratisbonne. &#171; Chiron &#187;, premier des neuf chants nocturnes au chiffre divin des Muses, parut en 1805 dans l'&lt;i&gt;Almanach pour l'amour et l'amiti&#233;&lt;/i&gt;. C'est &#224; partir de &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187; que l'ode de H&#246;lderlin va bifurquer en &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; et en &#171; Chiron &#187;, formant les branches d'un &#171; Y &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Hans-Jost Frey, Der unendliche Text, Frankfurt a. M. : Suhrkamp, 1990.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'a&#232;de aveugle &#187; par sa ferveur extatique, &#171; Chiron &#187; par sa ferveur mesur&#233;e se trouvent aux prises, le premier avec une pure nuit grecque, le second avec une nuit sans c&#339;ur, avec toute sa puissance hesp&#233;rique de dressage. Au sortir de la question initiale &#171; Wo bist du, Licht ? &#187;, &#171; O&#249; te trouver, lumi&#232;re ? &#187;, ce seul &#233;l&#233;ment commun aux six &#233;tats va s'engager dans un jeu de transformations, de suppressions et d'ajouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les strophes qui errent, se destinent, seule la septi&#232;me reste semblable &#224; elle-m&#234;me &#224; travers les six &#233;tats, mais dans &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, elle devient le lieu d'articulation des deux premi&#232;res triades et des deux ultimes triades, dans &#171; Chiron &#187; elle s'adjoint la strophe suivante &#224; la p&#233;rip&#233;tie de l'ode. Con&#231;ue au moment m&#234;me o&#249; &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187; bifurque en &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; et &#171; Chiron &#187;, la treizi&#232;me strophe de &#171; Chiron &#187; appara&#238;t radicalement nouvelle. &#192; travers les reprises obstin&#233;es de son ode, fid&#232;le &#224; la loi calculable du chant, H&#246;lderlin ne cesse de rechercher &#171; la jubilation haute et pure &#187; sur les versants de la nuit et de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, l'ode tragique m&#234;me, &#224; la fois excessive et paradigmatique, commence par l'&#233;tat de s&#233;paration extr&#234;me, la n&#233;cessit&#233; du commencement de toute trag&#233;die. &#171; Der blinde S&#228;nger &#187;, l'a&#232;de aveugle rappelle le &lt;i&gt;typhlos aner&lt;/i&gt; d'un hymne &#224; Apollon, Hom&#232;re le Grec, Ossian son fr&#232;re hesp&#233;rique, Tiresias conduit par l'enfant &#224; la c&#233;sure de l'&lt;i&gt;&#338;dipe&lt;/i&gt; de Sophocle, Rousseau que H&#246;lderlin appelle &#171; Der Blindgeschlagene &#187;, le frapp&#233; d'aveuglement, l'aveugle d'une ode de Jacobus Balde, po&#232;te baroque de la pri&#232;re quotidienne &#224; la Madonne. Selon Lawrence Ryan, &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; est la seule ode de H&#246;lderlin &#224; parcourir les sept phases du &lt;i&gt;tonwechsel&lt;/i&gt;, du change des trois tons &#233;l&#233;mentaires, na&#239;f, h&#233;ro&#239;que, id&#233;al, tonalit&#233;s fondamentales, tensions constitutives, couleurs rythmiques, tout comme le nombre sept poursuit sa destinerrance, de Pindare &#224; Kluge via H&#246;lderlin et Khlebnikov, sans perte du &#171; Grundton &#187;, le ton fondamental id&#233;al, le pur qui s'exhibe : &#171; une m&#233;taphore continuelle d'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; sentiment &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lawrence Ryan, H&#246;lderlins Lehre vom Wechsel der T&#246;ne, Stuttgart 1960. &#8211; &#171; Es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chiron &#187;, suspendu entre le chant d'amour aux r&#233;miges lasses et l'ode patriotique, nationelle, le chant nocturne va exhiber et d&#233;nier la fable de Chiron, cette &#233;toffe &#233;trang&#232;re pareille au destin du po&#232;te, cette figure excentrique du demi-dieu, telle l'architectonique du ciel et de la terre qui se r&#233;fl&#233;chissent, celle que les Hesp&#233;riques recommencent &#224; chanter &#171; &#224; la fa&#231;on des p&#232;res et de la nature, de fa&#231;on proprement originelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la deuxi&#232;me lettre de H&#246;lderlin &#224; Casimir Ulrich B&#246;hlendorff ; cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le chant nocturne tire de l'impossible formation &#233;pochale de l'h&#233;ro&#239;que et du na&#239;f l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour une nouvelle alliance de l'h&#233;ro&#239;sme et de la na&#239;vet&#233; qui vont forger son &lt;i&gt;&#233;pos&lt;/i&gt; m&#233;ditatif. L'alternance des trois tons, id&#233;al, h&#233;ro&#239;que, na&#239;f, qui parcourent &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; et &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187;, s'accordant avec les trois extases temporelles, le pass&#233;, le pr&#233;sent, le futur, se subvertissent d'embl&#233;e chez Chiron dans sa structure et sa puret&#233; par la r&#233;flexion de la lumi&#232;re, par la marche oblique de Chiron qui prend dans les rets de sa propre alternance les trois tons qui, jet&#233;s hors de leur orbite, se fragmentent tout en restant reconnaissables au gr&#233; des strophes, pour s'abolir vers la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ode tragique &#233;pique en cinq chants avec &#233;pilogue, &#171; Chiron &#187; se resserre en 3,3,2,2,2 puis en une strophe, se maintenant debout dans l'alternance des temps du deuil et de la jubilation, dans la distance mortelle des phrases pr&#233;cairement reli&#233;es par des ponts argumentatifs et narratifs, &#224; l'aide de &#171; sonst nemlich &#187;, &#171; denn &#187;, &#171; aber &#187;, &#171; nun &#187; &#8230; D'entr&#233;e de jeu, &#171; Chiron &#187; r&#233;duit l'amplitude des tons pour leur donner cong&#233; au fur et &#224; mesure que l'accouplement monstrueux, pourtant autochtone, du dieu et de l'homme, de l'homme et de l'animal, de l'animal et du dieu resserre toutes les strophes jusqu'&#224; ce qu'apparaisse l'aborig&#232;ne innomm&#233; du premier &#171; Chiron &#187; selon un calcul contrapunctique, comme l'ellipse des trajectoires de Kepler par laquelle s'&#233;quilibrent p&#233;rilleusement les pures conditions du temps et de l'espace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la destin&#233;e de l'alternance des tons chez H&#246;lderlin, cf. Bernhard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chiron doit s'avancer comme le cheval va l'amble, patte contre patte, visit&#233; par Apollon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chiron, &#171; Einer &#187;, l'Un, au nom d&#233;nominalis&#233;, au pronom d&#233;pronominalis&#233;, r&#233;cite la trajectoire d'H&#233;lios d&#233;sencha&#238;n&#233; dans une bouff&#233;e d'excentricit&#233;, &#171; Irrstern &#187;, astre erratique que seule Dik&#232;, contour de l'ab&#238;me de la nuit, remet au pas juste, &#171; en ce lieu &#187;. &#171; &#214;rtlich &#187;, s&#233;jour du soleil et de la terre, maison des p&#232;res jadis , &#171; apolis &#187;, &#171; unst&#228;dtisch &#187;, &#171; hors la cit&#233; &#187;. Il touche &#224; l'&lt;i&gt;orthos&lt;/i&gt;, &#171; l'homme droit &#187; de la caverne de Platon, o&#249; les habitants apprennent un regard plus juste, avant de retourner dans la caverne de Chiron pour respirer juste, sortir de toute caverne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la colline de lumi&#232;re s'interpellent &#171; Wo bist du ? &#187;, &#171; O&#249; te trouver ? &#187;, question matricielle de tous les &#233;tats de l'ode, en exc&#232;s de toute r&#233;ponse, et &#171; Ich war's &#187; (1er &#171; Chiron &#187;), &#171; C'&#233;tait moi &#187;, c&#233;sure de solstice, r&#233;ponse qui suspend toute question. Dans &#171; Ich war's wohl &#187; (2&#232;me &#171; Chiron &#187;), &#171; C'&#233;tait certes moi &#187;, &#171; wohl &#187; entre en r&#233;sonance pourtant avec &#171; Wo &#187;, la question &#233;l&#233;giaque originaire qui poursuit son orientation &#224; travers &#171; wohin, wohin ? &#187;, &#171; jusqu'o&#249; ? &#187; de &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, cependant que &#171; Chiron &#187; par l'homonymie disruptive de &#171; Saiten &#187; de &#171; Pri&#232;re quotidienne &#187; et de &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, et de &#171; Seite &#187; du 1er et du 2&#232;me &#171; Chiron &#187;, rend impossible par la d&#233;viation de trajectoire des cordes la poursuite extatique du divin qui se poursuit pourtant &#224; travers &#171; Was ist es ? &#187; de &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, question biblique pos&#233;e par les juifs lorsque la manne, &#171; manna &#187;, le pain divin proche de l'homme, &#171; Mann &#187;, tombait sur eux du ciel, avant d'&#233;clore dans l'extase h&#233;ro&#239;que de &#171; Und o wie wird mir ? &#187;, &#171; Et quelle survenance ? &#187; &#192; travers &#171; Chiron &#187;, &#171; Nachdenkliches &#187; se retourne sans arri&#232;re-pens&#233;e sur sa propre lumi&#232;re, espa&#231;ant Chiron &#171; profonde pens&#233;e &#187;, &#946;&#945;&#952;&#965;&#956;&#951;&#964;&#945;, de la troisi&#232;me &#171; N&#233;m&#233;enne &#187; de Pindare&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pindare, &#338;uvres compl&#232;tes, trad. J.-P. Savignac, Paris : &#201;ditions de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Zur Seite &#187; et &#171; zu Zeiten &#187;, &#171; de c&#244;t&#233; &#187; et &#171; de jour &#224; autre &#187;, presque c&#244;te &#224; c&#244;te, marchent obliquement, comme Helios doit d&#233;vier de sa trajectoire, &#224; l'&#233;cart du c&#244;ne de lumi&#232;re trac&#233; par l'&#233;cart m&#234;me de Chiron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;tumos&lt;/i&gt; grec, le risque de l'esprit, le sacre du c&#339;ur &#224; la fois &#233;cho c&#233;leste et fils terrestre s'expose ainsi &#224; &#234;tre banni quotidiennement par les &#171; impies &#187; dans la nuit profonde. Selon Heidegger, la veille chez H&#246;lderlin, c'est le point de la nuit qui abrite, d&#233;sabrite. Dans ce &#171; wach &#187; r&#233;sonne le &#171; Wacholder &#187;, &#171; Wach&lt;i&gt;h&lt;/i&gt;older &#187;, l'arbre de veille, le gen&#233;vrier, le sureau, &#233;ponymes de H&#246;lderlin. Chez H&#246;lderlin, la &#171; cause de c&#339;ur &#187;, les &#171; chemins du c&#339;ur &#187; se nourrissent de la privation de c&#339;ur ; chez Hegel, la &#171; loi du c&#339;ur &#187; en son abri est incapable de concilier les instances ontologiques de l'individualit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.W.F. Hegel, Ph&#228;nomenologie des Geistes, Hamburg : Meiner, 1952, p. 266.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Rathschlagen &#187;, c'&#233;tait fermer le cercle de la d&#233;lib&#233;ration dans la ferveur excessive d'un festin commun o&#249; chacun appara&#238;t comme gibier et chasseur, alors que la nuit &#233;tanche par gouttes la soif de la lumi&#232;re oculaire. Pourtant chez H&#246;lderlin, les mots croissaient comme les fleurs ; la terre recevait la lumi&#232;re du ciel et la renvoyait au ciel en floraison, &#171; bl&#252;hen auf &#187; ; le ciel accordait &#224; la terre son illlumination, &#171; Leuchten &#187;, et la terre reverdissait en berceau divin. Voici les fleurs de la bouche, &#171; Blumen des Mundes &#187; qui fleurissent, illuminent le visage de la bien-aim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la trace des herbes foresti&#232;res, &#171; ein waiches Wild &#187;, suspendu entre l'accusatif et le nominatif, est-il tendre gibier, chasseur subtil ? Chiron &#224; qui la fid&#233;lit&#233; est inn&#233;e commettra l'infid&#233;lit&#233; divine, infid&#233;lit&#233; de la sagesse, cueillant de sa main d'&#233;ducateur chirurgien un bouquet de plantes ; nommant de sa bouche de chiromancien les &#233;toiles, il perdra sa voix. La terre en d&#233;r&#233;liction, empoisonn&#233;e &#224; son tour par Chiron empoisonn&#233; par H&#233;racl&#232;s s'enflammera de la prolif&#233;ration des herbes. D&#232;s lors de face, tel le &#171; face &#224; face &#187; de l'&#233;p&#238;tre aux Corinthiens (1,13,12) ; telles les faces des &lt;i&gt;panim&lt;/i&gt; de l'Ancien Testament, le dieu aborig&#232;ne dans son &#234;tre-l&#224; rel&#232;ve l'injustice divine, le &#171; n&#233;cessaire arbitraire de Zeus &#187;, la s&#233;paration ultime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'infid&#233;lit&#233; divine, cf. la fin des remarques de H&#246;lderlin sur &#339;dipe-Roi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son nombre est l'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt;, &#171; ein &#187; de &#171; einheimisch &#187; o&#249; se d&#233;noue Un, &#171; Einer &#187; de Chiron qui ne saurait &#234;tre au pays, &#171; heimisch &#187;, sans p&#233;n&#233;trer dans le pays, &#171; ein-heimisch &#187;, &#171; inheima &#187; en vieux haut allemand, l'&lt;i&gt;oikein, l'epidemos&lt;/i&gt; grec, &#171; das einheimische Reich der Wahrheit &#187;, &#171; le royaume aborig&#232;ne de la v&#233;rit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hegel, op. cit., p. 133.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'air est &#233;branl&#233; par le son, il se r&#233;percute &#224; l'int&#233;rieur de l'oreille, cloche &#224; l'unisson qu'Emp&#233;docle appelle &#171; un rameau de chair &#187;. L'air qui frappe ses parties solides produit l'&#233;cho, provoque le bourdonnement des tempes, &#171; Sausen der Schl&#228;fe &#187;, source de tourment, de br&#251;lure rafra&#238;chie par le parfum de la mer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean Bollack, Emp&#233;docle. I. Introduction &#224; l'ancienne physique, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme &#224; travers les masques optiques d'Adele R&#246;der dans &lt;i&gt;L'anatomie d'un centaure&lt;/i&gt; d'Alexander Kluge. Au commencement de &#171; L'a&#232;de aveugle &#187;, le son, h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#224; la lumi&#232;re, se fait pourtant l'&#233;cho du c&#339;ur, l'&#233;cho septuple de la lumi&#232;re par les cordes, par les questions. Tonnerre, ou dieu tonnerre, omnipr&#233;sence lointaine, par myth&#232;me du char ou sch&#232;me de la voix, se rapproche par figures de r&#233;sonance, &#171; d'amour et de douleur &#187; (&#171; L'a&#232;de aveugle &#187;), &#171; de terre fra&#238;che et nuages d'amour &#187; (&#171; Chiron &#187;). Dans &#171; L'a&#232;de aveugle &#187; hymnique, apr&#232;s le partage du visuel et de l'auditif, la voix se fait hyper-visuelle &#224; travers la voyance sans vision, tandis que dans &#171; Chiron &#187; l'&#233;cart de la lumi&#232;re annonce d'embl&#233;e l'&#233;cho &#224; travers l'arri&#232;re-pens&#233;e r&#233;fl&#233;chissante qui suspend le privil&#232;ge visuel de la lumi&#232;re. L'alternance des jours rythme l'&#233;cho, donnant le visuel en p&#226;ture : &#171; nun trinkt, / Ihr meiner B&#228;che Weiden ! ein Augenlicht &#187;, &#171; buvez d&#233;sormais, / Vous saules de mes ruisseaux ! un &#339;il clairvoyant &#187; &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le dernier &#233;tat de &#171; Chiron &#187; &#233;nonce l'&#233;cho du divin dans lequel le poison se distille et se purifie puisqu'il se meut en soi-m&#234;me. &#171; Quelle &#187; s'est mu&#233;e en &#171; Qual &#187;, supplice de Chiron, tel l'esprit de source, &#171; Quellgeist &#187; chez Jakob B&#246;hme lorsqu'il est empoisonn&#233; par Lucifer. Au retour de l'&#233;cho, la terre renvoie au ciel sa propre marche, sans sa r&#233;plique l'Un ne pourrait r&#233;sister &#224; l'appel de la folie : &#171; ce qui n'a pas de r&#233;sonance dans l'esprit d'autrui &#187; selon la parole de Bettina von Arnim. Au sortir de l'ab&#238;me, tout rayon, tout souffle, l'&#233;cho se fait n&#233;cessit&#233; &#224; port&#233;e des mortels, se retournant avec ces mortels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bettina von Arnim, Die G&#252;nderode, in Dichtungen nach 1806. M&#252;ndliches, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Knabe &#187;, pouss&#233; par l'injonction d'un &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt;, &#171; nun &#187;, &#171; d&#232;s lors &#187; qui enserre le novice entre l'attaque et la cadence du premier vers de la treizi&#232;me strophe de &#171; Chiron &#187;, &#171; Nimm &#8230; nimm &#187;, &#171; Prends &#8230; prends &#187;, muni du triple armement, destrier, harnois, javelot, ce &#171; varlet &#187; est &#224; la poursuite des trois plantes, crocus, thym, bl&#233;, autant de figures d'herbe, &#171; Kraut &#187;, vers la &#171; Wahrsagung &#187;, v&#233;ridiction qui n'&#233;coute le myth&#232;me et n'envisage le philosoph&#232;me que par la triple dualit&#233;, la dimension fractale entre deux &#8211; le crocus et l'avoine, l'&#233;p&#233;e et la lance g&#233;mellaires des premi&#232;res esquisses de &#171; Chiron &#187;, armes &#233;chang&#233;es par Castor et Pollux &#8211; et trois des armes du novice, trois des plantes du centaure, vers &#171; Knabenkraut &#187;, l'orchid&#233;e, leur lieu de concrescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main de Chiron reconnecte les trois &#233;ons &#8211; pr&#233;sent, pass&#233;, futur. Achille a re&#231;u ses armes de son p&#232;re, Pel&#233;e, dont Chiron avait sauv&#233; la vie et arrang&#233; le mariage avec Th&#233;tis, sauvant Zeus de la d&#233;voration par le fils qu'il aurait engendr&#233; avec Th&#233;tis. Chiron avait taill&#233; de sa main dans un tronc d'arbre le javelot qui ne serait l&#233;ger que pour le seul Achille. Ajax p&#233;rirait de n'avoir pu d&#233;tenir les armes d'Achille, reposant au fond d'une caverne non loin du figuier d'Achille. Achille assumerait la pr&#233;diction de Xanthos, son cheval qui lui annon&#231;ait son voyage sans retour &#224; Troie. Achille lui r&#233;pliquerait : &#171; Qu'as-tu &#224; pr&#233;dire ma mort, Xanthos ? Une telle chose ne te convient pas. Je connais mon destin ; c'est ici que je dois succomber. &#187; C'est l&#224; qu'Apollon se tourne &#171; envers terre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Zwei Bretter und zwei / Brettchen apoll envers terre &#187;, inscrit en haut &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Kza Han et Herbert Holl&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_8256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-holl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/12-holl-291b2.jpg?1772221705' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Xylophanes Chiron
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf l'image qui suit &#171; L'infortun&#233; H&#233;mon&#8230; &#187;, les illustrations du texte d'Alexander Kluge sont extraites de : Alexander Kluge &#8211; Adele R&#246;der (masques optiques) &lt;i&gt;3 Filme&lt;/i&gt; (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Hans-Jost Frey, &lt;i&gt;Der unendliche Text&lt;/i&gt;, Frankfurt a. M. : Suhrkamp, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lawrence Ryan, &lt;i&gt;H&#246;lderlins Lehre vom Wechsel der T&#246;ne&lt;/i&gt;, Stuttgart 1960. &#8211; &#171; Es ist eine fortgehende Metapher Eines Gef&#252;hls. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; la deuxi&#232;me lettre de H&#246;lderlin &#224; Casimir Ulrich B&#246;hlendorff ; &lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; &#233;galement les lettres de d&#233;cembre 1803 &#224; Friedrich Wilmans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la destin&#233;e de l'alternance des tons chez H&#246;lderlin, cf. Bernhard B&#246;schenstein, &#171; Les Etudes sur H&#246;lderlin de Peter Szondi. Un trajet exemplaire &#187;, &lt;i&gt;in L'Acte critique. Sur l'&#339;uvre de Peter Szondi&lt;/i&gt;, Lille/Paris : Presses Universitaires de Lille / &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1985, p. 193-218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pindare, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, trad. J.-P. Savignac, Paris : &#201;ditions de la Diff&#233;rence, 1990, p. 283 (v. 53).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G.W.F. Hegel, &lt;i&gt;Ph&#228;nomenologie des Geistes&lt;/i&gt;, Hamburg : Meiner, 1952, p. 266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'infid&#233;lit&#233; divine, cf. la fin des remarques de H&#246;lderlin sur &lt;i&gt;&#339;dipe-Roi&lt;/i&gt; de Sophocle. Sur le n&#233;cessaire arbitraire de Zeus, &lt;i&gt;cf. Entw&#252;rfe zur Poetik, Frankfurter Ausgabe&lt;/i&gt; XIV, Frankfurt a. M. : Roter Stern, 1979, p. 37 ; &#171; Untreue der Weisheit &#187;, premier des neuf fragments de Pindare traduits et comment&#233;s par H&#246;lderlin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hegel, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Jean Bollack, &lt;i&gt;Emp&#233;docle. I. Introduction &#224; l'ancienne physique&lt;/i&gt;, Paris : &#233;d. de Minuit, 1965, p. 229 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bettina von Arnim, &lt;i&gt;Die G&#252;nderode, in Dichtungen nach 1806. M&#252;ndliches&lt;/i&gt;, Frankfurter Ausgabe IX, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 486 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Zwei Bretter und zwei / Brettchen apoll envers terre &#187;, inscrit en haut &#224; gauche de la page 74 du &#171; Homburger Folioheft &#187;, Faksimile-Edition, Supplement III de la &lt;i&gt;Frankfurter Ausgabe&lt;/i&gt;, hg. v. D.E. Sattler und Emery E. George, Basel &#8211; Frankfurt a. M. : Str&#339;mfeld/Roter Stern, 1986, p. 307. D.E. Sattler a ce commentaire laconique : &#171; Un &lt;i&gt;concetto&lt;/i&gt; &#224; peine traduisible : le cercueil qualifie le rapport d'Apollon avec la terre, et lui-m&#234;me comme dieu de la mort. &#187; (&lt;i&gt;Frankfurter Ausgabe, Einleitung&lt;/i&gt;, Frankfurt a. M. : Roter Stern, 1975, p. 29). &#8211;Certains &#233;l&#233;ments de &#171; La nouvelle constellation du Centaure &#187; transmuent, &#224; la lumi&#232;re de &#171; Rien ne peut &#234;tre un et tout / Une d&#233;chirure l'a scind&#233; &#187; d'Alexander Kluge, la &#171; Constellation du Centaure &#187; du &lt;i&gt;Fardeau de la joie&lt;/i&gt;, traduit et comment&#233; par Kza Han et Herbert Holl, collection DA De l'Allemand, dirig&#233;e par Fran&#231;oise Lartillot et Jo&#235;l Bernat, Paris : L'Harmattan, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Logiconochronie &#8212; II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronies-II</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Logiconochronies-II</guid>
		<dc:date>2015-10-28T22:01:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>repr&#233;sentation </dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ici, au fil des lectures, des rencontres parcourir les reflets des mondes hallucin&#233;s dans lesquels nous allons, fant&#244;mes sectaires asserment&#233;s, inventer des voyages dans les plis du grand drap de notre cerveau en creusant dans le ciel des images les chemins de nos extases d&#233;sar&#231;onn&#233;es.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/representation" rel="tag"&gt;repr&#233;sentation &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH106/arton798-e8b86.jpg?1772266399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ici, au fil des lectures, des rencontres parcourir les reflets des mondes hallucin&#233;s dans lesquels nous allons, fant&#244;mes sectaires asserment&#233;s, inventer des voyages dans les plis du grand drap de notre cerveau en creusant dans le ciel des images les chemins de nos extases d&#233;sar&#231;onn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dualisme c&#233;r&#233;bral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans le balancement lancinant des images cr&#233;pitant dans les lin&#233;aments de notre cerveau comme un souvenir irrepr&#233;sentable des eaux bruissantes o&#249; se seraient form&#233;s les premiers assemblages de cellules vivantes et des vagues incessantes qui devaient agiter ces eaux acides. Rien ne peut &#233;chapper &#224; ce ressac, ni les images, ni les pens&#233;es, ni les id&#233;es, rien de ce fatras cosmique et marin qui vient buter nuit et jour contre le mur du cr&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir &#171; &#231;a &#187; un jour, non plus dans la tr&#232;s imparfaite sph&#232;re du chef mais au dehors, juste devant soi qui soudain prend des allures de ma&#238;tre de l'univers et de forteresse assi&#233;g&#233;e, qui ne l'esp&#232;re fut-ce avec la plus grande crainte ? Cette hantise est le plus virulent des aiguillons et ce que l'on a nomm&#233; d&#233;sir, n'est-ce pas, avant de devenir la fl&#232;che lanc&#233;e de l'un &#224; l'autre ou de l'autre &#224; l'un, cette pr&#233;gnance irr&#233;alisable d'une expectoration que l'on voudrait voir se transformer en soulagement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois qui gouvernent la vie de l'esprit sont incertaines et malgr&#233; quelques si&#232;cles ardents d'investigations philosophiques comme m&#233;dicales, on navigue encore &#224; vue, balanc&#233;s que nous sommes entre b&#226;bord et tribord, entre un h&#233;misph&#232;re aux puissances ordonnatrices et un autre aux puissances figurales. Si, en effet la cartographie du cerveau s'est excessivement complexifi&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, la distinction entre les fonctions sensiblement oppos&#233;es voire contradictoires des deux h&#233;misph&#232;res reste &#224; la fois un cadre de r&#233;f&#233;rence n&#233;cessaire et un p&#244;le d'orientation. Lorsque l'on se penche sur les jeux d'&#233;chos, de doubles, de miroirs, d'oppositions, on ne peut que constater qu'ils ont travers&#233; les repr&#233;sentations que les hommes, toutes cultures confondues, et qu'ils trouvent leur source incomparable dans ce &#171; dualisme &#187; physique ind&#233;niable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7068 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7002_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/dscf7002_-_copie-6417e.jpg?1509806713' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tenter de comprendre les &#171; raisons &#187; de l'existence de ces deux cerveaux ne conduirait pas tr&#232;s loin, mais au moins &#224; consid&#233;rer que, comme nous ne sommes pas des dauphins et ne pouvons laisser dormir l'un de nos h&#233;misph&#232;res pendant que l'autre travaille, nous pensons et r&#234;vons avec les deux qui fonctionnent ensemble et donc se livrent en nous une bataille incessante pour le contr&#244;le de nos actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pr&#233;tendu, suivant en cela l'&#233;vidence des limites de nos corps, &#234;tre des entit&#233;s indivisibles et sans doute devons-nous le faire pour survivre. Mais rien ne nous autorise, m&#234;me apr&#232;s quelques si&#232;cles de controverses cart&#233;siennes, &#224; pouvoir pr&#233;tendre que l'unit&#233; serait en quelque sorte ant&#233;rieure &#224; cette dualit&#233; inscrite &#224; m&#234;me notre corps puisque le ma&#238;tre lui-m&#234;me dut convenir qu'il lui fallait combattre un malin g&#233;nie dont l'existence ne pouvait &#234;tre externalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pens&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut nous efforcer de croire que nous vivons dans une r&#233;alit&#233; dont tout ce qui vient d'elle nous confirme qu'elle est dure comme la pierre et tranchante comme l'acier de la faux lors m&#234;me que tout ce qui vient de nous, nous pousse &#224; penser qu'elle n'est qu'une sorte de r&#234;ve, bon ou mauvais qu'importe, un voyage &#233;nigmatique dans l'&#233;paisseur de la toile d'un tableau ou dans le scintillement hyst&#233;rique des &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Long a &#233;t&#233; le travail de la pens&#233;e pour s'appr&#233;hender comme double du volume du cr&#226;ne en s'inventant sous les traits de l'h&#244;te d'un monde int&#233;rieur susceptible &#224; la fois de l'accueillir et d'y faire entrer la r&#233;alit&#233; qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne passe pourtant pas ainsi, ou alors seulement dans certaines conditions. En d'autres termes, la pens&#233;e est un magma producteur de masques qui servent moins &#224; la cacher &#224; elle-m&#234;me qu'&#224; lui rendre possible de para&#238;tre dans le monde alors que tout ce qui la constitue se manifeste sous d'autres formes, sous d'autres traits, saillances paradoxales dont les redents clignotent dans un ciel assombri.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7069 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7003_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/dscf7003_-_copie-50ab3.jpg?1509806713' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e a moins besoin de contenus qui lui servent certes &#224; &#233;prouver sa consistance, que de signaux multiples qui lui permettent de s'inventer un chemin dans le d&#233;dale des for&#234;ts d'hier et des m&#233;gapoles d'aujourd'hui. Elle ressemble moins &#224; un ch&#226;teau ou &#224; une forteresse qu'&#224; un labyrinthe ou un d&#233;dale. Quant au sujet, &#224; la conscience, &#224; l'individu, &#224; celui qui croit se retrouver dans ces d&#233;nominations et qui ne fait que s'y enfermer volontairement sachant qu'en faisant cela il se s&#233;pare de ce qu'il n'est pas pour mieux pouvoir ensuite se retrouver au bout d'un chemin qui n'a jamais exist&#233; que dans ses r&#234;ves, il est le jouet de cet aveuglement in&#233;vitable qui accable la pens&#233;e lorsqu'elle pr&#233;tend devenir une au prix de la n&#233;gation de la dualit&#233; ind&#233;passable qui la taillade et l'occupe sans rel&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Visions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Colmar, il est possible de voir l'un des ensembles picturaux les plus grandioses au monde et rares sont parmi les autres, ceux qui peuvent pr&#233;tendre atteindre &#224; sa puissance d'expression. Le retable d'Issenheim, de Mathis Gothart Nithart, nomm&#233; par habitude Matthias Gr&#252;newald, offre parmi les enjeux th&#233;ologiques &#233;vidents ou secrets que proposent les divers panneaux qui le composent, une m&#233;ditation radicale sur ce que l'on appellera ici les visions. Le diptyque consacr&#233; &#224; saint Antoine en t&#233;moigne &#224; lui seul.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7008_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/dscf7008_-_copie-484ac.jpg?1509806713' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Laissons &#224; la prose endiabl&#233;e de l'in&#233;vitable J.-K. Huysmans le soin de nous dire ce qu'il en est, non sans remarquer qu'il commence son approche des deux panneaux par la conversation entre saint Antoine et saint Paul l'ermite et la termine donc par celle de la tentation de saint Antoine.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans une campagne couleur de lapis et de vert de mousse, les deux solitaires sont assis l'un en face de l'autre : saint Antoine &#233;tonnamment v&#234;tu pour un homme qui vient de traverser le d&#233;sert d'un manteau gris perle, d'une robe bleue, et coiff&#233; d'une toque rose ; saint Paul, habill&#233; de sa fameuse robe de palmier, qui n'est plus ici qu'une robe de roseaux ; pr&#232;s de lui est couch&#233;e une biche et, en l'air, dans les arbres, vole le corbeau traditionnel apportant dans son bec le repas des ermites, un pain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tableau est d'une peinture claire et repos&#233;e, d'une tenue superbe. Dans ce sujet qui l'obligeait &#224; se refr&#233;ner, Gr&#252;newald n'a perdu aucune de ses qualit&#233;s de magnifique peintre. Ce tableau est une halte dans la chevauch&#233;e furieuse de cet homme, une halte br&#232;ve, car il repart aussit&#244;t, et dans le volet voisin nous le rencontrons, l&#226;chant la bride &#224; sa fantaisie, caracolant dans les casse-cous, sonnant &#224; plein cor ses fanfares de couleurs, excessif comme dans ses autres &#339;uvres. La Tentation de saint Antoine, il dut s'y plaire, car les expressions les plus convulsives, les formes les plus extravagantes, les tons les plus v&#233;h&#233;ments s'accordaient avec ce sabbat de d&#233;mons livrant bataille au moine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux panneaux disent un mouvement qui nous fait passer de l'exub&#233;rance intenable du r&#234;ve hant&#233; de visions grotesques au calme serein d'une confiance absolue. Plus exactement l'univers d&#233;crit &#224; droite dans la pr&#233;sentation originelle du retable vient, s&#233;par&#233; il est vrai par les sculptures de Nicolas de Haguenau, buter contre le dos de saint Paul qui semble, lui ne pas devoir &#234;tre touch&#233; par de telles hallucinations. Dans sa violence de glaive point&#233; sur le cr&#226;ne du saint homme dormant, un glaive tout entier constitu&#233; d'un angle saillant venant finir sa course presque sur le bord du cr&#226;ne de saint Antoine et constitu&#233; de cette cohorte de d&#233;mons grotesques et affreux, ce panneau semble lancer un anath&#232;me contre le monde entier incarn&#233; par cet homme r&#234;vant et voit sa pr&#233;tention stopp&#233;e net par la puissance sereine d'un autre saint homme lanc&#233; lui dans l'exercice purificateur d'un je&#251;ne permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeu pictural, saint Paul, l'homme qui a confiance parce qu'il sait que le temps est un leurre puisque chaque jour est le m&#234;me jour que le corbeau visite pour pourvoir &#224; sa modeste pitance, a en face de lui, v&#234;tu de v&#234;tements d'apparat celui qui de l'autre c&#244;t&#233; r&#234;ve, crie, hallucine en proie &#224; des visions barbares.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut inventorier ces deux tableaux &#224; partir des enjeux th&#233;ologiques dont ils sont les messagers. On peut aussi les regarder pour ce qu'ils sont : des mises en sc&#232;ne de la double nature de l'homme. L'homme n'est pas humain et divin comme tend &#224; nous le faire accroire le message chr&#233;tien, il est susceptible d'&#234;tre la proie d'hallucinations ou de visions et susceptible aussi de vivre sans elles. L'enjeu est l&#224;, dans cette articulation entre deux puissances rivales, entre deux cerveaux rivaux peut-&#234;tre, entre deux forces, faudrait-il dire, ou entre deux mani&#232;res de se situer face &#224; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7067 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7001_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/dscf7001_-_copie-a7612.jpg?1509806714' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que ces deux tableaux &#233;voquent, c'est en effet un combat apparemment in&#233;gal entre un homme et ses d&#233;mons. Le fait qu'ils soient montr&#233;s comme l'assaillant de l'ext&#233;rieur &#233;vacue l'id&#233;e qu'ils se tiendraient en lui. Dans le second tableau, le corbeau nourricier confirme l'hypoth&#232;se que &#171; &#199;A &#187; ne vient pas de l'int&#233;rieur mais du grand dehors, des horizons lointains, de ce l&#224; sans lieu d'o&#249; surgit chaque jour l'oiseau pain au bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;riorit&#233; est une fiction. Elle est, pense-t-on, une forteresse, un lieu, un espace. Il semble qu'elle soit en fait une sorte de surface interstitielle contre laquelle les croyances viennent buter, tant celles qui accr&#233;ditent l'existence des d&#233;mons que celles qui accr&#233;ditent l'existence du divin. L'enjeu est autre. C'est celle de la posture de chaque homme face aux forces qui le font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est, pour chacun, de parvenir &#224; cette extase radicale qui lib&#232;re de la croyance en l'int&#233;riorit&#233; comme champ de bataille de forces contraires. Il faut se d&#233;faire de cela, de cette croyance, tel semble &#234;tre en tout cas le propos dont sont porteurs ces tableaux. Non pas de il faut, seulement un constat qu'il existe deux mani&#232;res de vivre dans le r&#234;ve, l'une hallucin&#233;e, l'autre d&#233;pouill&#233;e de croyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture y parvient puisqu'elle doit mettre en sc&#232;ne le grand dehors comme espace de la repr&#233;sentation des visions. J&#233;r&#244;me Bosch ne fit pas autrement. En permettant de voir notre suppos&#233; monde int&#233;rieur ou du moins d'en figurer des manifestations possibles, la peinture s'est de facto oppos&#233;e &#224; la rumination int&#233;rioris&#233;e que les textes imposent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7075 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7009_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/dscf7009_-_copie-3d98e.jpg?1509806714' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'ermite est sans livre. Il vit, c'est tout, et ne se pr&#233;occupe de rien puisque le ciel pourvoit &#224; sa pitance. La foi ici est radicale. L'autre, savant harnach&#233; comme un noble des villes, est contraint de venir chercher chez cet &#234;tre sans int&#233;riorit&#233; l'indication de la route &#224; suivre. Pour vivre la foi et non pas jouer avec les bobines de fil de la croyance, il suffit de &#171; croire &#187;, c'est-&#224;-dire de remettre son destin dans les mains du destin, de ne pas attendre puisque cela arrive, de ne pas prier puisque la vie est pri&#232;re, de ne pas demander puisque les mots qui r&#233;pondent &#224; des questions vaines ne servent &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de cette main lev&#233;e, paume ouverte, pour que constat soit pris de l'inexistence av&#233;r&#233;e d'autre chose que d'un r&#234;ve. Le temps est mort, et s'&#233;tire &#224; m&#234;me le souffle apais&#233; de l'ermite l'autre temps, celui qui ne passe pas et qui fait chaque souffle &#234;tre l'unique respiration du grand souffle de la vie. Et ce r&#234;ve n'est pas hant&#233; par les visions, par les hallucinations. Il est simplement peupl&#233; du silence du paysage, de ce paysage qui constitue la trame m&#234;me du r&#234;ve. Le paysage est la forme la plus radicale et pour cela la plus refoul&#233;e de l'hallucination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sommes-nous aussi aujourd'hui, engonc&#233;s dans nos certitudes concernant les modes de subjectivation en cours depuis quelques si&#232;cles. Pourtant nous sommes parvenus &#224; l'externalisation de nos visions int&#233;rieures, du moins le croyons-nous, mais nous ne sommes pas encore parvenus &#224; l'acceptation de ce que notre int&#233;riorit&#233;, la croyance en son efficacit&#233; comme rempart contre les assauts incessants des visions les plus noires, est un leurre absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant nous allons, de-ci de-l&#224;, pareils &#224; des feuilles mortes qui dansent dans le paysage, mais nous sommes munis de nos appareils &#224; fabriquer des images que nous utilisons, port&#233;s que nous sommes par l'esp&#233;rance de construire encore et encore l'histoire de nos vies et d'ainsi chasser les horribles d&#233;mons qui nous hantent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7079 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dscf7013_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/dscf7013_-_copie-2fd89.jpg?1509806714' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, que nous dit du lointain des si&#232;cles ce saint Paul ermite, ce n'est pas ainsi que cela se passe. Pour &#233;chapper aux d&#233;mons, il faudrait les d&#233;poser, ces appareils, sur le bord du chemin et nous tenir l&#224; d&#233;livr&#233;s de l'attente, concentr&#233;s sur l'envers du r&#234;ve que constitue le monde qui nous entoure et le percevoir comme un r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cela est possible en effet, les d&#233;mons s'&#233;vanouissent comme les images d'un r&#234;ve au r&#233;veil et nous sommes seuls, oui absolument seuls, assis au bord du ciel, sans int&#233;riorit&#233;, sans ext&#233;riorit&#233;, sachant sans doute une seule chose, que toutes les forces psychiques s'annulent non au pied de la croix mais &#224; la surface de la peau de la paume lev&#233;e, ce non-lieu absolu o&#249; germinent les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui pour parvenir &#224; cela ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parade bilat&#233;rale</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Parade-bilaterale</link>
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		<dc:date>2015-06-27T16:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Laquet</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>autoportrait</dc:subject>
		<dc:subject>environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La production multiforme de Christine Laquet interroge notre rapport au temps, a&#768; l'Histoire et depuis plusieurs anne&#769;es elle se concentre sur les figures de l'animal, de la sauvagerie. A&#768; la frontie&#768;re des sciences naturelles, anthropologiques et politiques, elle porte une attention particulie&#768;re aux rites sociaux et de&#769;construit les oppositions conventionnelles entre Nature et Culture. C'est en e&#769;largissant le dialogue sur les croyances, la question du magique et du rituel dans notre socie&#769;te&#769;, que le travail de Laquet prend forme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH87/arton737-9a368.jpg?1772266399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La production multiforme de Christine Laquet interroge notre rapport au temps, a&#768; l'Histoire et depuis plusieurs anne&#769;es elle se concentre sur les figures de l'animal, de la sauvagerie. A&#768; la frontie&#768;re des sciences naturelles, anthropologiques et politiques, elle porte une attention particulie&#768;re aux rites sociaux et de&#769;construit les oppositions conventionnelles entre Nature et Culture. C'est en e&#769;largissant le dialogue sur les croyances, la question du magique et du rituel dans notre socie&#769;te&#769;, que le travail de Laquet prend forme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi2-a2e56.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par le choix de son titre d'exposition, Christine Laquet &#233;voque une manifestation du burlesque. Une parade est &#233;nonc&#233;e, &#224; laquelle elle appose l'adjectif &#171; bilat&#233;rale &#187;, un terme plut&#244;t d'usage en politique. L'artiste engage ainsi une dialectique cr&#233;ative, d&#233;termin&#233;e par une certaine sym&#233;trie. L&#224; o&#249; des accords plus au moins &#233;gaux entre deux parties sont sign&#233;s, un engagement mutuel est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pict7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH280/pict7-2995f.jpg?1509814665' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;P&#233;n&#233;trant dans l'histoire profonde de la terre, &#224; partir d'images des stratigraphies rocheuses et se r&#233;f&#233;rant &#224; ce temps appel&#233; Anthropoc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 80 par Eug&#232;ne Stoermer. Il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'artiste &#233;voque le trouble d'une &#233;poque en cours et incite &#224; renouveler les relations entre Nature et Culture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi.focus3-87708.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de l'anthropologue Philippe Descola, elle entend d&#233;passer cette position occidentale dualiste, en stipulant que la nature est elle-m&#234;me une production sociale, et que les quatre modes d'identification (tot&#233;misme, animisme, analogisme et naturalisme) ont un fort r&#233;f&#233;rentiel commun.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1040695.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/p1040695-ca3bb.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'action de d&#233;vorer est au centre de passions ardentes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pict.4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/pict.4-354e1.jpg?1772190637' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Performer l'avidit&#233; : d&#233;voration est autant un d&#233;sir immod&#233;r&#233; qu'une n&#233;cessit&#233;. Quand la faim ou la soif deviennent pressantes. Un aigle royal engloutit sa proie. Une voix s'&#233;panche. Des sons accompagnent un cheminement. Des regards se croisent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paysage &#233;motionnel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/devoration3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/devoration3-22c34.jpg?1509814665' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a plusieurs mani&#232;res d'aborder le travail de Christine Laquet. L'une des lectures possibles s'int&#233;resserait aux artefacts et peut-&#234;tre plus pr&#233;cis&#233;ment encore aux instruments que convoque l'artiste et qui rel&#232;vent tous &#224; leur mani&#232;re d'une science, archa&#239;que ou moderne. Une science dont les objectifs &#8211; la capture et la preuve &#8211; sont ici d&#233;tourn&#233;s pour donner &#224; voir, &#224; ressentir un moment pr&#233;cis, un seuil d'apparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Objets-&#233;claireurs d'un monde invisible, le travail de Christine Laquet est un territoire troublant o&#249; se confrontent deux forces en lutte dans la modernit&#233; ; deux approches concurrentes dans la recherche d'une saisie du R&#233;el : le rite et la science. Le rite est alors &#224; imaginer dans son r&#233;gime &#233;tendu. Il faudra pour ce faire le penser dans une autre &#233;cologie que celle de l'Occident, en remettant en cause la centralit&#233; de l'homme dans la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/devoration1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/devoration1-d9ea7.jpg?1772190637' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; un effet de balance que nous invite l'artiste &#8212; un effet de suspension entre deux champs magn&#233;tiques &#8212; un mouvement qui alterne le laisser venir, et &#224; l'inverse une volont&#233; de prise et de ma&#238;trise, de projection du soi sur le monde. La langue servira ainsi tout autant &#224; nommer, qu'&#224; faire glisser le sens dans un rite de transformation tant lacanien que chamanique. Les images peintes s'exposeront comme des troph&#233;es, mais aussi comme des v&#339;ux, des r&#234;ves, comme le vocabulaire rupestre d'une communication entre les esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/voirlevoir.1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/voirlevoir.1-ea975.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que pose d'embl&#233;e l'artiste, c'est la question de la pr&#233;sence en mettant en sc&#232;ne des instruments de capture qui sont aussi des instruments d'attente, les outils d'un art du &#171; ce qui vient &#187;. D'o&#249; un certain go&#251;t pour les formes suspendues &#8211; un couteau, un trap&#232;ze... &#8212; qui n'ont rien de l&#233;g&#232;res tant elles supposent que quelque chose peut arriver, se tient d&#232;s le d&#233;but au-dessus de nos t&#234;tes comme une menace qui jamais ne nous quitte, un r&#233;cit des possibles, une &#171; histoire de tout &#187;. Une histoire &#224; double titre : comme retour dans le pr&#233;sent du pass&#233; &#8211; une arch&#233;ologie &#8212;mais aussi : comme fabulation &#8211; c'est-&#224;-dire comme art du futur qui ne cherche pas &#224; le pr&#233;voir ni &#224; le figer, une saisie sans prise qui prend ses distances avec ce qu'Isabelle Stengers nomme la &#171; futurologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/captured_ecran.filmperf2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH278/captured_ecran.filmperf2-c5a15.jpg?1509814665' width='500' height='278' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Difficile d'ailleurs de fixer notre attention sur les seuls objets qu'expose l'artiste, sur un &#171; qu'est-ce que c'est ? &#187; sans parvenir tout &#224; fait &#224; &#233;loigner une autre question tout aussi pr&#233;gnante : &#171; &#224; quel moment sommes-nous ? &#187;. Et &#224; voir revenir par un tour in&#233;dit des questions propres &#224; l'anthropologie &#8211; et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la mise en exposition de ses artefacts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/knife_poznan.1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/knife_poznan.1-7b0a1.jpg?1509814665' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[...] &#192; l'aide d'&#339;uvres g&#233;n&#233;reuses, &#224; la puissance visuelle ind&#233;niable, Christine Laquet jette peut-&#234;tre discr&#232;tement le trouble, joue d'un art du leurre, guette &#224; la mani&#232;re d'un &#233;claireur pour nous conduire sur les traces de cet instant diffus, au seuil d'une apparition fatale, mais insaisissable, celle du moment qui vient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits du texte d'Olivier Marboeuf &#171; L'&#233;claireur et le loup. De l'art du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi.focus2-23104.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 80 par Eug&#232;ne Stoermer. Il se r&#233;f&#233;rait aux donn&#233;es portant sur les effets &#224; l'&#233;chelle terrestre des activit&#233;s humaines. Le nom Anthropoc&#232;ne est employ&#233; lors des discours sur la globalisation en 2000 par Paul Crutzen, Prix Nobel et chimiste de l'atmosph&#232;re, pour proposer que la transformation caus&#233;e par les activit&#233;s humaines m&#233;rite de d&#233;finir une nouvelle &#233;poque g&#233;ologique, succ&#233;dant &#224; l'Holoc&#232;ne qui a commenc&#233; &#224; la fin de la derni&#232;re glaciation, il y a environ douze mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits du texte d'Olivier Marboeuf &#171; L'&#233;claireur et le loup. De l'art du leurre chez Christine Laquet &#187; dans le catalogue &#171; Christine Laquet, Une br&#232;ve histoire de tout &#187;, &#233;dition FRAC des Pays de la Loire, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Galerie White Project&lt;br class='autobr' /&gt;
24, rue Saint Claude &#8212; 75003 Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
du mardi au vendredi de 14H00 a&#768; 19H00 le samedi de 11H00 a&#768; 19H00 et sur RDV&lt;br class='autobr' /&gt;
te&#769;l : 09.60.35.69.14 l info@whiteproject.fr | &lt;a href=&#034;http://www.whiteproject.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.whiteproject.fr&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.christinelaquet.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.christinelaquet.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir le voir (la biche) | 2012 | Encre japonaise sur voile en polyester | 3 x 2 m. Knife | Poznan 2013 | Dague de chasse, verre souffle&#769;, cristal (origine : Portugal), techniques mixtes | 60 x 20 cm. The long now project | 2015 | 16 photographies sur Plexiglas - 16 disques de 50 cm (diame&#768;tre) x 1 cm (e&#769;paisseur).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus1.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les paradoxes de l'image</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-paradoxes-de-l-image-700-700</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Les-paradoxes-de-l-image-700-700</guid>
		<dc:date>2015-03-25T12:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Eros</dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>Vanit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Joel-Peter Witkin qui exposait ses &#339;uvres r&#233;centes &#224; la galerie Baudoin Lebon a accord&#233; un long entretien &#224; TK-21 LaRevue.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Eros" rel="tag"&gt;Eros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Vanite" rel="tag"&gt;Vanit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton700-26e7d.jpg?1772265363' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Joel-Peter Witkin qui exposait ses &#339;uvres r&#233;centes &#224; la galerie Baudoin Lebon a accord&#233; un long entretien &#224; TK-21 LaRevue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me, il parle de l'image, des images, de ses images et de ce &#224; quoi il croit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une image, pour Joel-Peter Witkin, est une construction mentale complexe, une sorte de plan de consistance mat&#233;rialis&#233;. Chaque image est port&#233;e par une &#171; histoire &#187;, celle des rencontres n&#233;cessaires &#224; sa fabrication, des anecdotes qui ont &#233;maill&#233; sa r&#233;alisation, mais elle est aussi, en tant que telle, un op&#233;rateur de transformation mentale et spirituelle. C'est en tout cas cette croyance qui fonde l'&#339;uvre enti&#232;re de Joel-Peter Witkin et &#224; propos de laquelle il nous entretient aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/123146421?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&#034; width=&#034;500&#034; height=&#034;281&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans l'atelier de r&#233;paration</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Dans-l-atelier-de-reparation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Dans-l-atelier-de-reparation</guid>
		<dc:date>2015-03-25T11:40:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>catastrophe</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>
		<dc:subject>Hommage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En publiant un livre intitul&#233; &#171; R&#234;ver de r&#233;parer l'histoire, psychanalyse, cin&#233;ma politique &#187;, Jean-Jacques Moscovitz montre comment sa passion pour le cin&#233;ma et sa pratique de l'analyse peuvent conduire &#224; l'&#233;laboration de questions essentielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la pr&#233;sentation non dogmatique des blessures qui &#224; la fois d&#233;chirent la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons et laissent en chacun des plaies qui restent souvent ouvertes la vie durant, ce livre nous propose une r&#233;flexion o&#249; se m&#234;lent esth&#233;tique et &#233;thique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/catastrophe" rel="tag"&gt;catastrophe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Hommage" rel="tag"&gt;Hommage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton701-cc066.jpg?1772266399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En publiant un livre intitul&#233; &#171; R&#234;ver de r&#233;parer l'histoire, psychanalyse, cin&#233;ma politique &#187;, Jean-Jacques Moscovitz montre comment sa passion pour le cin&#233;ma et sa pratique de l'analyse peuvent conduire &#224; l'&#233;laboration de questions essentielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la pr&#233;sentation non dogmatique des blessures qui &#224; la fois d&#233;chirent la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons et laissent en chacun des plaies qui restent souvent ouvertes la vie durant, ce livre nous propose une r&#233;flexion o&#249; se m&#234;lent esth&#233;tique et &#233;thique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'infigurable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma et les films donc, nous proposent un monde miniature qui, m&#234;me s'il nous tombe dessus, nous envahit et nous enveloppe de l'immensit&#233; de l'&#233;cran. C'est pourquoi ce que nous donne &#224; voir et &#224; vivre le cin&#233;ma est plus ais&#233;ment dig&#233;rable psychiquement que les faits qu'il met en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'il reconna&#238;t au cin&#233;ma cette double fonction de pr&#233;sentation des enjeux soci&#233;taux et de vecteur d'int&#233;gration psychique que Jean-Jacques Moscovitz peut articuler avec efficacit&#233; les trois niveaux de v&#233;cus qu'il voit exister ou les trois types d'histoire qui nous constituent, l'individuelle, la familiale, la plan&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans ce livre des notions qui fonctionnent par trois. Elles rel&#232;vent toutes de l'articulation complexe de plans compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire intime, l'histoire familiale et la &#171; grande &#187; histoire forment les trois plans principaux autour desquels nos vies et notre psychisme se constituent. Ainsi le simple fait de les pr&#233;senter permet de prendre en charge la double fonction des images, celle de repr&#233;sentation permettant les processus de symbolisation et celle de transformation, au moins de soi mais aussi de la relation que l'on entretient avec les autres et le monde, par le travail impliqu&#233; en nous du fait de les regarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois &#233;l&#233;ments constitutifs du film que sont l'image, le son et le texte s'entrelacent de telle mani&#232;re que ces enjeux trouvent &#224; la fois une efficacit&#233; rare et une intrication qui peut sembler difficilement analysable. Ne pas renoncer &#224; le faire est ce que propose Jean-Jacques Moscovitz.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH274/08-7-4db53.jpg?1509806779' width='500' height='274' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Zelig &#8212; Woody Allen
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;plie ainsi d'autres articulations &#171; ternaires &#187; comme religion, science et rituel (p. 62), sans jamais tenter de forcer l'analyse &#224; partir de pr&#233;suppos&#233;s &#171; id&#233;ologiques &#187;, d&#233;crivant par avance leurs relations et en prenant en compte la dimension du semblant qui est au c&#339;ur de toute pratique cr&#233;atrice d'image (p. 50).&lt;br class='autobr' /&gt;
En analysant &lt;i&gt;Zelig&lt;/i&gt; de Woody Allen, il trouve la pr&#233;sence organisatrice de trois identifications, l'hyst&#233;rique, l'identification au trait et une identification primordiale, &#233;cho d&#233;cal&#233; aux autres structures trinitaires (p. 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Les yeux secs&lt;/i&gt; de Narjiss Nejjar, il &#233;voque une autre trinit&#233;. Elle se dit &#224; travers trois phrases tir&#233;es du film. Ces phrases d&#233;ploient la complexit&#233; des relations hommes - femmes qui, au-del&#224; de ce film, traversent &#233;videmment le cin&#233;ma comme son ombre port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'accroche pas tes yeux &#224; d'autres yeux &#187;, &#171; Aucun regard d'homme ne me fera trouver le ventre de ma m&#232;re &#187;, &#171; Il faut que je sois une femme pour avoir mal, &#234;tre bless&#233; &#187; : ces trois phrases sonnent, extraites de leur contexte, comme des oracles ou comme des &#233;nigmes (p. 67).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH293/02-11-4a73e.jpg?1509806779' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les yeux secs &#8212; Narjiss Nejjar
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas les rapprocher des trois phrases de Lacan, extraites des &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, page 213, que cite Jean-Jacques Moscovitz lorsqu'il aborde la question du regard dans le travail de Claude Lanzmann, et tenter d'entendre ce qui les rapproche et comment, en nous, elles convoquent, fut-ce de mani&#232;re confuse, nos interrogations constantes sur notre &#234;tre au monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme sait ce qui n'est pas un homme &#187;, &#171; Les hommes se rencontrent entre eux pour &#234;tre des hommes &#187;, &#171; Je m'affirme &#234;tre un homme de peur d'&#234;tre convaincu par les hommes de n'&#234;tre pas un homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyageurs sans bagages, nous sommes, munis de ces seules remarques, &#224; la fois renvoy&#233;s &#224; l'ambigu&#239;t&#233; fondamentale de notre &#234;tre et projet&#233;s au-del&#224; de notre &#234;tre homme, devant ainsi faire ce travail auquel nous aide le cin&#233;ma, le grand cin&#233;ma comme y insiste Jean-Jacques Moscovitz, de devenir homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est cela qui motive ce livre, l'analyse de notre situation intramondaine &#224; partir de ce que nous disent, souvent bien au-del&#224; de ce que nous croyons savoir, y compris lorsque ce croire est celui d'un analyste, les images au cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6153 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH194/01-13-d210d.jpg?1772222259' width='500' height='194' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Shoah &#8212; Claude Lanzamann
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Kein warum&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question que nous adressent tous les arts visuels est celle non pas tant de la figuration que du figurable. Le figurable est ce qui parvient &#224; &#234;tre symbolis&#233; par chacun d'entre nous, &#224; devenir au moins un peu appr&#233;hendable dans la bonne distance, celle qui permet de relier les chocs de la perception et leurs effets psychiques aux possibilit&#233;s de la compr&#233;hension, tant affective, psychique, qu'intellectuelle, la derni&#232;re pouvant constituer une moyen d'acc&#232;s plus ais&#233; pour des situations douloureuses ou intenables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En construisant son livre autour d'une r&#233;flexion sur la grande blessure qui fend en deux le XXe si&#232;cle, s'inscrit dans la chair des hommes et marque au fer rouge la psych&#233; des juifs et de leurs descendants, celle que laissent dans l'air satur&#233; de fum&#233;e les camps d'extermination, Jean-Jacques Moscovitz entreprend une ex&#233;g&#232;se singuli&#232;re de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; partir des films qui leur ont &#233;t&#233;, apr&#232;s coup, consacr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Symbole de l'infigurable, les camps et ce qui s'y est pass&#233; sont cependant une r&#233;alit&#233; qui est revenue hanter l'histoire jusqu'&#224; aujourd'hui. Elle indique que l'infigurable est li&#233; aux pulsions les plus destructrices auxquelles l'humanit&#233; peut &#234;tre en proie &#224; certains moments. Et c'est bien cela la grande question : pourquoi y a-t-il sinon &#171; le &#187; mal du moins l'existence de telles atrocit&#233;s dans ce monde des hommes qui par ailleurs semblent savoir cohabiter de mani&#232;re pacifi&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH376/07-fnl-4-948db.jpg?1772222259' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Shoah &#8212; Claude Lanzmann
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et la r&#233;ponse fuse : il n'y a pas de pourquoi. &#171; Hier ist kein warum &#187; &#233;crit Primo Levi, lorsqu'il parle des camps. Ce qui s'y passe est litt&#233;ralement obsc&#232;ne, hors champ pourrait-on dire, et en effet cela point du c&#244;t&#233; de cette image manquante qu'&#233;voque Pascal Quignard, ou en qu&#234;te de laquelle est parti le cin&#233;aste cambodgien Rithy Panh.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette exp&#233;rience infigurable mais pas irrepr&#233;sentable comme le prouve &#224; la fois le film de Claude Lanzmann &#171; Shoah &#187; et tous les autres, aussi diff&#233;rents soient-ils, qui ont &#233;t&#233; consacr&#233;s &#224; cette question, Jean-Jacques Moscovitz nous conduit &#224; comprendre en quoi et comment le cin&#233;ma est le vecteur majeur qui nous permet de faire l'exp&#233;rience paradoxale, d'autant qu'il est fait d'images, de l'infigurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la saisie de cet infigurable, comme une cat&#233;gorie de l'exp&#233;rience et de la pens&#233;e, ouvre sur une approche contrast&#233;e de ce que l'on pourrait appeler le sujet post-historique, celui pour lequel l'articulation entre conscient et inconscient est comme mise &#224; mal par traumas si puissants qu'ils tendent &#224; la d&#233;faire, &#224; la faire m&#234;me exploser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/05-fnl-4-77b20.jpg?1509806780' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'image manquante &#8212; Rithy Panh
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre d&#233;shumanisation de la parole et r&#233;v&#233;lation constante de &#171; notre saloperie &#224; tous &#187;, comme le dit Fran&#231;oise Dolto dans un entretien qu'elle avait eu avec Jean-Jacques Moscovitz, (p. 134), &#171; le sujet est expuls&#233; de sa pens&#233;e &#187; (p. 152) et se retrouve faire face dans la r&#233;alit&#233; comme en lui &#224; une d&#233;shumanisation forcen&#233;e. Ainsi l'irrepr&#233;sentable rejoint l'impensable mais ce sont moins des donn&#233;es fondamentales li&#233;es &#224; la structure de l'inconscient que des &#233;l&#233;ments parlant les langues devenues &#233;trang&#232;res de choses qui ne peuvent plus &#234;tre compar&#233;es. Autrement dit, on ne sait plus comment les mettre en relation de mani&#232;re &#224; ce qu'elles se mettent &#224; signifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que &#171; sont &#187; ces choses ? Le cin&#233;ma les porte, les fait vivre, les repr&#233;sente lors m&#234;me qu'il nous d&#233;livre une sorte de message au sujet de l'impossibilit&#233; o&#249; l'on est de les faire signifier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH297/06-fnl-2-e1814.jpg?1509806780' width='500' height='297' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'image manquante &#8212; Rithy Panh
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le visible devient ombre de lui-m&#234;me, la relation entre les hommes s'ouvre sur un gouffre d'incommunicabilit&#233; radicale, aussi radicale que le mensonge qui affecte la totalit&#233; des relations humaines dans un monde gouvern&#233; par les m&#233;dias et les nouvelles technologies et o&#249; les hommes sont encore les descendants directs des clans et des &#233;tats nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mutation est en cours. Le cin&#233;ma l'exprime et la porte vers nous, nous permet de nous en saisir. Mais il est possible que sa puissance herm&#233;neutique faiblisse au seuil d'un monde dans lequel les images sont port&#233;es par d'autres relations que les relations logiques, celles que porte le cin&#233;ma, qui est et reste li&#233; &#224; un inconscient structur&#233; comme un langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre monde s'ouvre devant nous. Le livre de Jean-Jacques Moscovitz, au titre si parlant, &lt;i&gt;R&#234;ver de r&#233;parer l'histoire&lt;/i&gt;, en d&#233;crit &#224; la fois la naissance et les contours. Le cin&#233;ma, peut-&#234;tre, nous raconte-t-il cela, notre devenir coupable d'avoir cr&#233;&#233; un mal sans pour autant savoir dire comment nous en sommes devenus les auteurs, de m&#234;me que dans la parabole de la loi dans &lt;i&gt;Le proc&#232;s&lt;/i&gt; de Kafka, K. ignorant pourquoi et de quoi il est coupable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Jacques Moscovitz &#8212; R&#234;ver de r&#233;parer l'histoire... Psychanalyse Cin&#233;ma Politique&#8212; Le regard qui bat &#8212; Cin&#233;ma, image et psychanalyse &#8212; &#201;ditions &#233;r&#232;s &#8212; ISBN 978-2-7492-4665-9 &#8212; &lt;a href=&#034;http://www.editions-eres.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.editions-eres.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le jardin des monstres</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Le-jardin-des-monstres</link>
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		<dc:date>2014-02-25T16:59:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laura S&#233;rani et Salvatore Puglia</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>landscape</dc:subject>
		<dc:subject>exposition</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; travers une d&#233;marche artistique et historique, Salvatore Puglia compose ses images en strates utilisant un langage plastique diversifi&#233; : photographies, encres, fils et aiguilles, gravure sur verre&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/landscape" rel="tag"&gt;landscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Italie" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton520-6d443.jpg?1772249808' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; travers une d&#233;marche artistique et historique, Salvatore Puglia compose ses images en strates utilisant un langage plastique diversifi&#233; : photographies, encres, fils et aiguilles, gravure sur verre&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'attirance de Salvatore Puglia pour les arts visuels a tr&#232;s vite rejoint le territoire de ses &#233;tudes et sa fr&#233;quentation de l'Histoire en tant que chercheur pour aboutir &#224; une recherche bas&#233;e sur le recours &#224; l'image documentaire comme support d'interventions artistiques. Son travail implique une recherche permanente de sources qui deviennent objet de lectures &#233;volutives, dans un processus o&#249; d&#233;marches historique et artistique sont toujours structurellement li&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#233;langeant &#233;poques, faits historiques, textes classiques, mythologie et sciences sociales, Puglia propose de nouvelles perceptions du pass&#233; et du pr&#233;sent. Les titres de ses travaux, &lt;i&gt;Ritratto dell'artista da figliuol prodigo, Six le&#231;ons de drap&#233;, Anabasis, L'art de la guerre, Les &#226;mes du Purgatoire, Les pr&#233;occupations du p&#232;re de famille&lt;/i&gt;,&#8230; donnent le ton de son &#339;uvre, originale, subtile et engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2013-rupestre-pd_a-01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/2013-rupestre-pd_a-01-5a1d9.jpg?1509806729' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;2013-rupestre-pd
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un pas en arri&#232;re : fin des ann&#233;es 1970 en Italie, lentement ou pr&#233;cipitamment se dessinait l'avenir de notre g&#233;n&#233;ration, pendant que l'espoir de transformer le monde s'estompait et le choix des chemins personnels se d&#233;finissait. Comme autant de mat&#233;rialisation de d&#233;sirs et d'int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents, cohabitaient sur la table, piles de feuilles remplies &#224; l'Olivetti Lettera 22, pinceaux et couleurs destin&#233;s aussi bien aux abstractions &#224; la Miro que Puglia dessinait sur des cartons longs et &#233;troits, anticipation du format panoramique affectionn&#233; plus tard, qu'aux aquarelles insipides que d'autres peignaient, tout en d&#233;couvrant Tina Modotti, synth&#232;se d'art et de politique et en apprivoisant le premier Nikkormat qui a gard&#233; la m&#233;moire de ces moments. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1980, fini l'&#233;t&#233; romain et les travers&#233;es de la ville en Lambretta, Salvatore Puglia a commenc&#233; &#224; alterner les voyages &#224; travers l'Europe et les s&#233;jours de plus en plus longs &#224; Paris. Les premi&#232;res ann&#233;es parisiennes, v&#233;cues dans une atmosph&#232;re post-boh&#232;me et denses de rencontres, rue de Cond&#233;, seront celles du virage d&#233;finitif vers un parcours totalement d&#233;di&#233; &#224; la pratique artistique, sans h&#233;sitations ni concessions, mais o&#249; l'Histoire devait rester toujours pr&#233;sente, dans une symbiose qui caract&#233;risera tous ses travaux jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1986 Salvatore Puglia se consacre aux arts visuels et vit actuellement dans le sud de la France o&#249; la lumi&#232;re rappelle celle de Rome o&#249; il a v&#233;cu jusqu'&#224; l'&#226;ge de vingt-cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2013-rupestre-hs-_diorama_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH341/2013-rupestre-hs-_diorama_-333ea.jpg?1509806729' width='500' height='341' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;2013-rupestre-hs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque temps Puglia &#233;crivait &#224; propos de sa d&#233;marche :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Apr&#232;s avoir pratiqu&#233; pendant quelques ann&#233;es le montage de documents &#233;crits et visuels, j'ai &#233;t&#233; naturellement amen&#233; &#224; la tentative de cerner une &#8220;photographie de l'Histoire&#034;. Me limitant &#224; consid&#233;rer la photographie dans sa plus stricte fonction reproductrice, je l'utilise comme pi&#232;ce &#224; conviction, dans des ensembles &#224; la structure s&#233;rielle, qui ne pr&#233;tendent pas reconstruire un sens, mais qui tentent de questionner notre mani&#232;re de regarder le pass&#233;. Les images que je montre sont le plus souvent mutil&#233;es, r&#233;duites &#224; des fragments qui ne permettent pas d'imaginer une unit&#233; qui les prolongerait ; elles sont parfois brouill&#233;es par des couches superpos&#233;es de documents graphiques ou iconographiques. Si la reproduction fonctionne comme un outil de conservation, cela va n&#233;cessairement de paire avec de la perte. L'image originaire &#233;tant de toute mani&#232;re perdue, il reste les infinies possibilit&#233;s de la recr&#233;er dans notre imaginaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire sociale ou familiale, les histoires d'inconnus ou des siens &#224; travers les images des archives de la police et du docteur Charcot ou celles des albums de famille, ont commenc&#233; &#224; habiter des surfaces mutantes en donnant corps parfois &#224; des r&#233;cits aux allures de labyrinthes o&#249; les seuls liens entre les images sont des indices autobiographiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2012-rupestre-00.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/2012-rupestre-00-842d8.jpg?1772221644' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rupestre, 2012
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Technique mixte, 22 x 32 cm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Encres et laques, fils et aiguilles inventent et soulignent silhouettes et contours, perforent et impr&#232;gnent toile et papier-calque, s'&#233;talent sur cire, plomb, c&#233;ramique, verre et miroirs : autant de langages pour r&#233;&#233;crire l'Histoire. Les recherches de Puglia s'expriment &#224; travers des supports et outils diff&#233;rents en jouant la stratification, en allusion &#224; celle de la m&#233;moire et aux traces d'un pass&#233; toujours sous-jacent dans la repr&#233;sentation du pr&#233;sent. Les voyages et les influences sont permanents entre Histoire et Histoire de l'art, mais aussi entre diff&#233;rentes pratiques, le dessin, le collage, l'incision, le moulage. La photographie au fil du temps est devenue d&#233;terminante et pr&#233;dominante, que ce soit par la r&#233;appropriation d'images pr&#233;existantes ou la r&#233;alisation de nouvelles images, mais elle int&#233;resse toujours Puglia en tant qu'&#233;l&#233;ment documentaire, vecteur de m&#233;moire, t&#233;moin de l'absence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans limites dans l'exploration des champs cognitifs et des langages visuels et techniques, l'ensemble de l'&#339;uvre de Puglia est aussi complexe et multiforme que coh&#233;rente et imm&#233;diatement reconnaissable. Des constructions savantes s'accompagnent souvent d'un trait incertain donnant vie &#224; d'&#233;tranges contrastes entre la pens&#233;e &#233;labor&#233;e qui pr&#233;side au processus cr&#233;atif et le recours &#224; ce trait souvent volontairement maladroit. Ce trait incertain, avec lequel Puglia dessine et brode des figures ind&#233;finies qui &#233;voquent des ombres ou les marques laiss&#233;es sur les murs et les tapisseries par des objets disparus, ou avec lequel, d'une &#233;criture tremblante, il retranscrit textes classiques, &#233;pitaphes et sonnets, est une constante dans son &#339;uvre. Les certitudes du travail de chercheur semblent se confronter &#224; une l&#233;gitimit&#233; que Puglia ne voudrait toujours pas reconna&#238;tre au geste. De ce fragile d&#233;s&#233;quilibre naissent des &#339;uvres d'une po&#233;sie vibrante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel un sp&#233;l&#233;ologue de la m&#233;moire collective ou priv&#233;e, Puglia revisite, m&#233;ticuleusement et &#224; sa fa&#231;on, lieux et &#233;pisodes toujours inattendus. De ses fouilles &#233;mergent des reconstitutions intrigantes qui ouvrent d'autres perspectives d'investigation de l'Histoire et de nouvelles visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition &lt;i&gt;Le jardin des monstres&lt;/i&gt; r&#233;unit des travaux r&#233;cents ax&#233;s autour des relations entre Histoire et nature, paysage et intervention humaine, relations variables au cours du temps. Le mot jardin, synonyme d'espace et de nature apprivois&#233;e, contraste avec celui de monstre, figure par excellence de l'incapacit&#233; humaine &#224; contr&#244;ler la nature et ses cr&#233;atures. Le d&#233;cor est plant&#233; et, en avan&#231;ant, on peut s'attendre &#224; toutes sortes de rencontres. Objet des r&#233;centes explorations de Puglia, des r&#233;gions aujourd'hui difficilement accessibles et peu peupl&#233;es, comme la Tuscia au nord de Rome, parsem&#233;es de sites arch&#233;ologiques abandonn&#233;s o&#249; les ruines recouvertes, de la Pr&#233;histoire &#224; nos jours, gardent les traces de leurs fonctions successives : tombes &#233;trusques, refuges de guerre ou bergeries. &#192; tour de r&#244;le, la v&#233;g&#233;tation ou l'intervention humaine ont eu raison de l'autre. En introduisant sur ces lieux des objets &#233;trangers et anachroniques, en forme de langues ou de feuilles en latex aux couleurs fluorescentes, Puglia op&#232;re une nouvelle stratification de lexiques qui, tout en renvoyant &#224; l'Histoire de l'art, trouble le rapport au temps et la vision romantique du paysage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces images, d&#233;sign&#233;es par Puglia, &#171; Land Paintings &#187;, on retrouve ses pr&#233;occupations d'investigation historique et ses dispositifs cr&#233;atifs habituels. Mais la surprise est permanente pour ce qui concerne les lieux re-visit&#233;s et la juxtaposition des &#233;l&#233;ments gliss&#233;s ou cousus dans les images. Des animaux sauvages apparaissent dans une campagne domestiqu&#233;e ; des traces incongrues d'un passage humain r&#233;cent investissent des sites &#224; la v&#233;g&#233;tation imp&#233;n&#233;trable ou des espaces aseptis&#233;s. Une langue enduite de pigment rouge fluorescent rend tout son pouvoir &#224; l'Ogre de Bomarzo, un des monstres de ce parc, extravagance de la Renaissance et repaire de dragons, sphinx et demeures pench&#233;es. &#192; partir de l'introduction &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; d'un &#233;l&#233;ment qui, une fois photographi&#233;, donne vie &#224; une &#339;uvre &#224; part enti&#232;re, Puglia produit ce qu'il appelle une arch&#233;ologie invers&#233;e en ajoutant de nouvelles stratifications &#224; celles existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li&#233;e au paysage, la question du rupestre, au centre des r&#233;flexions de Puglia depuis un certain temps, est pos&#233;e de fa&#231;on diff&#233;rente par chaque pi&#232;ce pr&#233;sente dans l'exposition, permettant de constituer une sorte de trait&#233; illustr&#233; du &#171; rupestre &#187;, dont ses mots introduisent bien le concept :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si &#8220;rupestre&#8221; est l'intervention de l'homme sur la nature, qui devient ainsi &#8220;&#339;uvre&#8221; (les peintures, les sanctuaires, les rochers sculpt&#233;s, les pierres grav&#233;es), un artefact humain peut aussi devenir rupestre, une fois qu'il est abandonn&#233; et que la nature reprend ses droits. Certainement, l&#224; o&#249; nature et Histoire se rencontrent, on est dans le rupestre. Que ce soit l'&#233;vanescence de l'Histoire face au retour de la nature, ou la d&#233;faite de la nature face &#224; l'avanc&#233;e de l'Histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH558/horror_vacui_2013-22444.jpg?1772221644' width='500' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Horror vacui, 2013
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Technique mixte, 33 x 33 cm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;SIT DOWN&lt;br class='autobr' /&gt;
4, rue sainte-anastase. 75003 paris &lt;a href=&#034;http://www.sitdown.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sitdown.fr&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;du 8 mars au 19 avril 2014&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La ligne de l'angoisse</title>
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		<dc:date>2012-03-14T20:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


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		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ungeness, England, 2005, une image de J&#252;rgen Nefzger extraite du livre : &#034;Fluffy Clouds&#034; aux Editions Hatje Cantz, Allemagne, 2009.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/radioactivity" rel="tag"&gt;radioactivity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/plantscape" rel="tag"&gt;plantscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton186-77530.jpg?1772262125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ungeness, England, 2005, une image de J&#252;rgen Nefzger extraite du livre : &#034;Fluffy Clouds&#034; aux Editions Hatje Cantz, Allemagne, 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Angoisse et cr&#233;ation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb833|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traversant l'histoire de l'art depuis ses commencements, une ligne &#224; la fois douloureuse et invisible court et relie nos attentes et nos peurs sur l'&#233;cran int&#233;rieur de nos cerveaux ind&#233;cis. Ligne certes, mais aussi faille, f&#234;lure, d&#233;chirure, les mots pour dire l'angoisse, les images pour la figurer, sont au c&#339;ur de tout processus cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vertige du possible, l'angoisse est le nom que l'on donne &#224; une exp&#233;rience humaine aux multiples visages. Cependant, elle se caract&#233;rise par l'absence d'objet sur lequel se porter. Elle est d'une certaine mani&#232;re sans raison, puisque c'est dans cette confrontation avec l'absence de raison potentielle de l'existence de toute chose qu'elle se l&#232;ve, d&#233;moniaque et ancillaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'angoisse na&#238;t lorsque du c&#339;ur m&#234;me de l'existence finie s'ouvre une porte donnant sur l'incommensurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit peupl&#233; de monstres ou d'anges glissant dans des cieux radieux, l'incommensurable est &#224; la fois la source et l'espace de projection d'images qui nous hantent comme nos ombres. En tant que telle l'angoisse est un processus qu'il faut qualifier d'imaginaire, m&#234;me si, nombreux sont ceux qui le vivent dans leur corps comme une r&#233;alit&#233;. L'angoisse est en fait une v&#233;ritable puissance cr&#233;atrice d'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'incommensurable et la petitesse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que le XXe si&#232;cle a mis en &#339;uvre et qui &#233;tait impensable avant lui, c'est le devenir r&#233;el de l'incommensurable. Et il ne s'agit pas seulement du nombre des morts qu'il a vu se coucher dans la tombe, mais des forces qu'il a su faire se lever. Si ce si&#232;cle a pu les mettre &#224; notre service, il a surtout fallu qu'il ouvre pour cela la bo&#238;te de Pandore. Et elle s'est r&#233;v&#233;l&#233;e pleine de tous les dangers que nous promettait le mythe. &#192; ceci pr&#232;s qu'au XXe si&#232;cle, le mythe est devenu r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant pour &#171; motif &#187; les centrales nucl&#233;aires, le photographe et artiste J&#252;rgen Nefzger a choisi de faire face &#224; cette mutation, &#224; ce devenir-r&#233;alit&#233; de l'incommensurable, &#224; cette incarnation de l'imaginaire dans des formes relativement sages, voire banales et pourtant monstrueuses. L'image, ici, a une puissance sup&#233;rieure &#224; celle des mots en ce que, captant plusieurs r&#233;alit&#233;s, elle les pr&#233;sente au regard et &#224; la conscience en m&#234;me temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, c'est &#224; partir du diff&#233;rentiel entre une puissance monstrueuse suppos&#233;e et une petitesse apparemment innocente que J&#252;rgen Nefzger pense et r&#233;alise ses images. Il s'est litt&#233;ralement saisi, d'une part de cette mutation irr&#233;versible qui fait exister l'incommensurable dans nos vies, et d'autre part de la petitesse irr&#233;ductible de nos existences. Il faut entendre le mot petitesse au sens que lui donne Pascal dans ses &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;. &#171; Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle id&#233;e n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-del&#224; des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la r&#233;alit&#233; des choses. C'est une sph&#232;re dont le centre est partout, la circonf&#233;rence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caract&#232;re sensible de la toute puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pens&#233;e. &#187; ( Pascal, Pens&#233;e 72, ed. Brunschwicg)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de dieu, point, et les atomes, de m&#233;taphore sont devenus une r&#233;alit&#233; &#171; palpable &#187;, quoique restant toujours invisibles. Voil&#224; le point n&#233;vralgique o&#249; J&#252;rgen Nefzger pose son appareil. Voil&#224; la faille qu'il explore. Car, comme Pascal, c'est l'homme qu'il nous montre. Un monstre le guette, &#224; la fois tapi dans le paysage et massivement pr&#233;sent, et lui, l'homme, semble ne pas le voir, tout absorb&#233; qu'il est par les plaisirs de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le double regard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apanage des &#339;uvres importantes tient en ceci qu'elles incluent dans leur &#171; sujet &#187; une r&#233;flexion sur ce qui les rend possible. Ces photographies de J&#252;rgen Nefzger ne se contentent pas de pr&#233;senter la diff&#233;rence de potentiel qui existe entre une apocalypse possible mais tenue en respect dans des sarcophages de b&#233;ton et des humains libres dans une nature accueillante mais dangereuse parce que potentiellement contamin&#233;e, il met aussi en &#233;vidence l'aveuglement n&#233;cessaire, vital m&#234;me, qui constitue le c&#339;ur m&#234;me de tout regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir, c'est cadrer et l'invention de la photographie n'a fait que donner une sorte de preuve de l'existence de ce processus d'extraction qui est &#224; l'&#339;uvre dans la conscience. Voir &#171; tout &#187;, sentir &#171; tout &#187; &#233;prouver &#171; tout &#187;, cela est impossible. Notre regard n'est, en effet, qu'une fen&#234;tre ouverte sur le monde et nous n'en voyons jamais que quelques aspects. Non que notre cerveau, potentiellement, ne serait pas capable d'accueillir toutes les informations. C'est notre appareil psychique qui ne peut accueillir en lui l'immensit&#233; du danger et l'infinit&#233; du drame, tout occup&#233; qu'il est, d&#233;j&#224;, par l'angoisse d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En positionnant son appareil photo &#224; des endroits o&#249; c'est la cath&#233;drale de b&#233;ton, telle un pr&#233;dateur &#224; l'aff&#251;t, qui semble &#171; regarder &#187; l'homme, alors que l'homme lui, semble tout faire pour ne pas le voir, lui, le monstre n&#233; de l'accouplement de son imagination et de sa raison, J&#252;rgen Nefzger rend visible la ligne m&#234;me de l'angoisse qui court &#224; travers l'homme et qu'il n' a eu de cesse d'inscrire sur le paysage de ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons que ce qui est montr&#233; ici n'est pas un r&#234;ve mais notre pr&#233;sent, un pr&#233;sent qui, d&#233;sormais, va s'&#233;tirer jusqu'&#224; la fin des temps, le moment, ind&#233;fini, du temps de la fin, comme le nomme G&#252;nther Anders.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce moment que J&#252;rgen Nefzger sait, avec une pr&#233;cision d'orf&#232;vre, mettre &#224; jour et s'il fallait ne retenir qu'une seule image incarnant ce temps-l&#224;, ce serait celle o&#249; un petit gar&#231;on, tout souriant, nous salue du wagon d'un petit train destin&#233; au plaisir des vacanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment savoir ce qu'il tente de nous dire en agitant la main. Est-ce bonjour ? Est-ce adieu ? Il y a en tout cas qu'elle transforme, par ce simple geste, tout ce qu'elle ne voit pas et qui se tient dans son dos, en un d&#233;cor pour train fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, J&#252;rgen Nefzger le sait, le voit, nous le dit, nous le montre : le monde est devenu un immense parc &#224; th&#232;me. Mais de th&#232;me, au fond, il n'y en a qu'un. Baudelaire l'avait d&#233;j&#224; reconnu et le tenait d&#233;j&#224; pour un vice. &#171; Il ferait volontiers de la terre un d&#233;bris / et dans un b&#226;illement avalerait le monde ; / C'est l'ennui ! &#8211; l'&#339;il charg&#233; d'un pleur involontaire, / Il r&#234;ve d'&#233;chafauds en fumant son houka. / Tu le connais, lecteur, ce monstre d&#233;licat, / - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon fr&#232;re ! &#187; (Au lecteur, in &lt;i&gt;Les fleurs du mal&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite fille, incarnation de notre innocence volontairement aveugle, ainsi montr&#233;e par J&#252;rgen Nefzger, fait de nous non plus des lecteurs mais des voyeurs. Nous ignorons encore si &#171; voir &#187; att&#233;nue plus l'angoisse que &#171; lire &#187; ou que &#171; parler &#187;. En tout cas la photographie seule est capable de montrer dans la m&#234;me image les puissances du r&#234;ve, les sourires de l'oubli et les dangers mortels d'un temps qui, feignons-nous de croire, pourrait ne pas passer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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