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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Holyshit, de l'inceste au possible pardon</title>
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		<dc:date>2024-04-01T09:42:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Belkhodja</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>feminisme</dc:subject>
		<dc:subject>Intime</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Victime d'un inceste durant l'enfance, Sarah Marcuse ne trouvait pas les mots pour l'&#233;crire. Il lui a fallu attendre plus de quarante ans pour que les vannes s'ouvrent. Holyshit raconte cet &#233;mouvant parcours qui va du cauchemar &#224; la gu&#233;rison.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Sur-un-plateau" rel="directory"&gt;Sur un plateau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/feminisme" rel="tag"&gt;feminisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Intime" rel="tag"&gt;Intime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2424-f1114.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Victime d'un inceste durant l'enfance, Sarah Marcuse ne trouvait pas les mots pour l'&#233;crire. Il lui a fallu attendre plus de quarante ans pour que les vannes s'ouvrent. Holyshit raconte cet &#233;mouvant parcours qui va du cauchemar &#224; la gu&#233;rison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle voulait &#233;crire l'histoire de son inceste &#224; sept ans. &#192; l'&#233;poque, Sarah Marcuse ne trouvait pas les mots. Elle s'est alors fait la promesse de reprendre plus tard son t&#233;moignage et a tenu parole. Quand elle s'est mise &#224; l'ouvrage, elle avait 49 ans. Elle a &#233;crit &#171; Holyshit ! &#187;, une pi&#232;ce qu'elle interpr&#232;te elle-m&#234;me, seule en sc&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle utilise son savoir-faire de com&#233;dienne, mais nous offre paradoxalement un spectacle d'une grande authenticit&#233;. La co-mise en sc&#232;ne avec Madeleine Raykov est sobre et d&#233;pouill&#233;e, au service de la parole, sinc&#232;re et sans artifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouleversante, Sarah Marcuse refuse de se poser en victime. Elle cherche surtout &#224; &#233;vacuer la honte et &#224; trouver le chemin de la gu&#233;rison et du pardon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle explique le processus mental qui, du stade de la stup&#233;faction, lui permet de traverser cette &#233;preuve et de rejoindre l'autre rive en s'aimant assez pour survivre &#224; ce cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; un chemin spirituel ponctu&#233; de lectures vari&#233;es et de rencontres d&#233;terminantes, elle parvient &#224; survivre &#224; ce traumatisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne pourra, naturellement, jamais supprimer les douleurs du pass&#233;, mais la cr&#233;ativit&#233; lui permet de transformer ses blessures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous la suivons dans sa recherche qui passe par toute une palette d'&#233;motions. Stup&#233;faction, col&#232;re, tendresse, terreur, col&#232;re, honte, douceur. Chaque fois, elle aborde de nouvelles situations avec une intelligence rare. Cette enfant surdou&#233;e et pleine de ressources aura eu besoin de tout ce temps pour affronter l'innommable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu le privil&#232;ge de la rencontrer apr&#232;s la sortie du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Catherine Belkhodja - Comment as-tu r&#233;ussi, apr&#232;s tant d'ann&#233;es, &#224; &#233;crire sur ce traumatisme d'enfance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sarah Marcuse &lt;/strong&gt; - Ma boite noire a fait rejaillir en bloc non pas la m&#233;moire, qui n'avait rien occult&#233;, mais les &#233;motions et les sensations que mon corps anesth&#233;si&#233; avait refus&#233;es, au-del&#224; ce que j'aurais pu imaginer. J'ai ressenti de la fiert&#233; d'avoir mis tant de d&#233;licatesse et de force dans ce texte alors que je me sentais si fragile. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Comment l'id&#233;e d'un spectacle a-t-elle &#233;merg&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;SM &lt;/strong&gt; - Avec les mots, des images de mise en sc&#232;ne sont apparues, des musiques, des costumes et des accessoires. Tout s'est d&#233;ploy&#233; en simultan&#233;. J'ai demand&#233; &#224; Madeleine Raykov de m'accompagner parce que je savais pouvoir me livrer &#224; son regard. J'avais confiance en elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je savais sa rigueur, ses connaissances du corps et son go&#251;t du d&#233;tail. Et les maux ont pris corps. Le corps m'a guid&#233;e en sc&#232;ne pour retrouver go&#251;t et mouvement alors qu'en moi tout &#233;tait p&#233;trifi&#233;. Retrouver ma libert&#233;. Ma sensualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Tu es all&#233;e tr&#232;s loin dans l'&#233;vocation de ton intimit&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&lt;/strong&gt; - J'avais choisi d'&#234;tre sur sc&#232;ne avec mes outils et mon exp&#233;rience de com&#233;dienne, mais sans jouer : en me pr&#233;sentant au public dans cet endroit d&#233;licat de ma v&#233;rit&#233;, de ma reconstruction, sans masque et sans tricher. Pour braver la honte de moi afin de me valider enfin. De m'accepter, l&#224;, en int&#233;gralit&#233;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - On sent une grande maturit&#233; spirituelle dans le spectacle. En dehors de ta formation au cirque ou en th&#233;&#226;tre, as-tu suivi d'autres enseignements ou v&#233;cu des exp&#233;riences sp&#233;cifiques ?&#8232;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;SM &lt;/strong&gt; - Comme j'en parle dans la pi&#232;ce, j'ai vraiment essay&#233; beaucoup de choses : la m&#233;ditation Vipassana, l'EMDR et les th&#233;rapies psychotropes... Toutes ces m&#233;thodes ont en commun de nous permettre d'aller voir ou ressentir les m&#233;canismes qui se sont cristallis&#233;s et qui finissent par nous &#233;touffer, pour nous sauver dans un premier temps. Ce qui m'a vraiment permis de revenir dans mon corps, c'est une formation de transe cognitive auto induite, th&#233;oris&#233;e par Corine Sombrun &#224; partir de sa propre exp&#233;rience ( ndlr : voir le film &lt;i&gt;Un monde plus grand&lt;/i&gt; de Fabienne Berthaud).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les livres ont aussi &#233;t&#233; d'une grande aide pour ne pas devenir folle... &#171; Le processus de la pr&#233;sence &#187; de Michael Brown, &#171; Rompre avec soi-m&#234;me &#187; de Jo Dispenza, &#171; Aimer ce qui est &#187; de Byron Katie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Tu dis dans un passage de la pi&#232;ce que tu ne veux pas te victimiser. Peux-tu nous donner des explications ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&lt;/strong&gt; - C'est le grand paradoxe. Il faut accepter le fait d'&#234;tre une victime et mettre le doigt sur les souffrances et m&#233;caniques que cela a &#171; engramm&#233; &#187; dans chacune de nos cellules pour pouvoir en sortir ! Et il faut ensuite sortir du statut de victime, qui a &#233;t&#233; comme une seconde nature et qui nous a constitu&#233;, pour sortir de la souffrance. Cette &#233;mancipation est primordiale et elle ne d&#233;pend de personne d'autre que nous. C'est un acte lib&#233;rateur que l'on s'offre &#224; soi-m&#234;me. Plus facile &#224; dire qu'&#224; faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Tu animes des ateliers en lien avec le spectacle et ton histoire. As-tu rencontr&#233; beaucoup d'enfants ou d'adolescents agress&#233;s sexuellement, qui ont pu d&#233;passer ces violents traumatismes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&lt;/strong&gt; - Dans les ateliers, les enfants et adolescents n'en sont pas &#224; la prise de parole. Elle vient parfois apr&#232;s, dans un cadre s&#233;curis&#233;. C'est surtout un partage de mon exp&#233;rience et une proposition pour qu'un regard constructif soit pos&#233; sur le traumatisme afin de sortir de la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Aurais-tu un message particulier &#224; donner &#224; ceux qui ne parviennent pas &#224; d&#233;passer des traumatismes d'enfance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&lt;/strong&gt; - La chose la plus importante &#224; mon sens est de se rappeler toujours que la blessure et le trauma ont g&#233;n&#233;r&#233; automatiquement des ressources et des aptitudes tr&#232;s puissantes. Les voir, c'est accepter que quelque chose de beau est fatalement issu de ce cauchemar. Aller &#224; la rencontre de ces tr&#233;sors que l'on a d&#233;velopp&#233;s, c'est enrichissant et r&#233;parateur. Il existe des techniques tr&#232;s puissantes pour faire ce chemin. &#171; Que faire de cette douleur-l&#224; ? &#187;, c'est r&#233;ellement une question de vie ou de mort ... Chercher ce que &#199;A m'a apport&#233; de positif pour ne pas sombrer. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Es-tu capable de pardonner &#224; celui qui t'a bless&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&lt;/strong&gt; - Le chemin est plut&#244;t de me pardonner &#224; moi-m&#234;me. C'est peut-&#234;tre difficile &#224; comprendre pour qui ne l'a pas v&#233;cu ! C'est plut&#244;t un retour &#224; l'amour de soi. Un amour plus grand qu'auparavant car il englobe aussi les parts de moi que je d&#233;testais et qui me faisaient honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CB - Ta d&#233;marche &#233;voque pour moi le Kintsugi, l'art japonais de r&#233;parer les c&#233;ramiques bris&#233;es avec de la laque et de l'or : Cette technique remonte au XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et met en valeur les f&#234;lures et les cassures. On peut consid&#233;rer que tu r&#233;pares en effet tes cicatrices d'enfance bris&#233;e avec de l'or, transformant ainsi ton exp&#233;rience douloureuse en &#339;uvre d'art.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SM&#8232;&lt;/strong&gt; - Oui, cette image est assez parlante. Il y a aussi ce dicton qui dit que c'est par nos f&#234;lures, par nos blessures, qu'entre la lumi&#232;re qui nous permet de nous rencontrer ou de nous conna&#238;tre vraiment. Le r&#233;sultat est pour moi, je pense, un condens&#233; d'authenticit&#233;, un pas d&#233;cisif vers ma singularit&#233;. Celle d'avoir cru ou su depuis toujours que mon salut viendrait de mon aptitude &#224; tirer de ce cauchemar, quelque chose de beau. Voir en moi l'or, enfoui sous toute la peur du monde. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.reineblanche.com" class="spip_out"&gt;Th&#233;&#226;tre de la Reine Blanche &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dates et renseignements :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.holyshit-show.ch&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.holyshit-show.ch&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de la pi&#232;ce est publi&#233; aux &#201;ditions du chamois rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sarah Marcuse est n&#233;e &#224; Ta&#239;wan en 1971 d'une m&#232;re indon&#233;sienne et hollandaise et d'un p&#232;re australien et belge. Genevoise d'adoption, elle est de nationalit&#233; franco-suisse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sans le d&#233;sir du psychanalyste je ne suis rien</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sans-le-desir-du-psychanalyste-je</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Sans-le-desir-du-psychanalyste-je</guid>
		<dc:date>2023-05-28T08:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicole Sottiaux</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que de liens t&#233;nus et puissants entre une peintre et un analyste !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH111/arton2285-54d36.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette s&#233;ance du 3 juin &#233;tait donc la p&#233;nulti&#232;me de mon analyse qui tenait en son suspens cette derni&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; On prendra un autre rendez-vous ! chuchotait-t-il avec difficult&#233; dans son message, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; bient&#244;t !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne l'ai pas revu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour l'engager, je me r&#233;f&#232;rerai &#224; un paragraphe du chapitre &#171; Du d&#233;sirable au d&#233;sirant &#187;, dans &lt;i&gt;L'Inconscient &#224; demi-mot&lt;/i&gt; de Moustapha Safouan et Sylvain Fr&#233;rot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Safouan, S. Fr&#233;rot, L'inconscient &#224; demi-mot, Entretiens et autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le livre est sorti de presse en janvier 2020, je ne l'ai trouv&#233; en librairie qu'au mois d'ao&#251;t. Je circulais au rythme des autorisations covid. C'&#233;tait peu apr&#232;s ma derni&#232;re s&#233;ance avec M. Safouan, le 3 juin 2020 et apr&#232;s qu'il m'ait t&#233;l&#233;phon&#233; le 12 juin pour s'excuser de ne pouvoir me recevoir comme nous en avions convenu, &#233;puis&#233; qu'il &#233;tait, disait-il dans son message t&#233;l&#233;phonique, par une fatigue JAMAIS jusqu'alors &#233;prouv&#233;e. Il avait souhait&#233; que nous accrochions au mur de la petite pi&#232;ce d'attente, &#224; un endroit choisi lors de la pr&#233;c&#233;dente s&#233;ance, un petit tableau que je lui avais donn&#233; quelques ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;ance du 3 juin &#233;tait donc la p&#233;nulti&#232;me de mon analyse qui tenait en son suspens cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On prendra un autre rendez-vous ! chuchotait-t-il avec difficult&#233; dans son message, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; bient&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai pas revu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_sottiaux_cons_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/1_sottiaux_cons_3-8dc99.jpg?1684253137' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Construction 3
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 50 x 50 cm, XII 2012, Collection priv&#233;e Istanbul.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moi ce que je d&#233;sire, c'est d&#233;sirer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors, il s'agit de faire cette diff&#233;rence entre un d&#233;sirant sur fond de d&#233;sirable et un d&#233;sirant d&#233;tach&#233; d'un tel fond. Et &#233;videmment, il est aussi certain que s'il y a quelque chose qui s'appelle d&#233;sir d'analyste, &#231;a ne peut &#234;tre que dans le registre d&#233;tach&#233; du d&#233;sirable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 50.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-ce un savoir insu qu'il y a diff&#233;rents ordres de d&#233;sirs, d&#232;s lors de jouissances, qui m'a conduite, il y a longtemps, &#224; vouloir devenir analysante. Un os &#224; ronger pour le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#199;&#224; c'est pour moi ! me suis-je dit ce jour-l&#224;. Un jour, &#231;a sera ma vie ! Ma vie sera la psychanalyse. C'est tomb&#233; comme une foudre chuchotante. La certitude de &#199;&#224;, d'un d&#233;sir dont il s'agirait l&#224;-bas et dont je ne connaissais rien, croyais-je. Tout cela qui depuis n'a pas fl&#233;chi d'un iota.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais vingt-ans alors lorsqu'un ami, amen&#233; dans la corbeille de mariage par ma belle-famille russe juive, jeune psychanalyste, nous racontait, entre autres, sa pratique du r&#234;ve &#233;veill&#233;. Ma vie serait une psychanalyse c'est s&#251;r et j'y vaquerais comme dans un &#171; r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; ! C'&#233;tait &#224; la fin des ann&#233;es 50, dans ma province universitaire de Belgique. Je terminais mes &#233;tudes et je me mariais. Je ne savais pas que j'&#233;pousais (m'identifiais) en doublon le d&#233;sir qui &#233;manait des r&#233;cits ravissants de l'ami de la corbeille de mariage. Je ne savais pas non plus qu'en &#233;pousant Ge&#8230;, j'&#233;pousais Al&#8230;Ni&#8230;Ge&#8230;Ensemble : ANGE, le signifiant. C'est le nom de code que s'&#233;tait donn&#233; la famille au moment o&#249; parents et fils de huit ans sont s&#233;par&#233;s par les soins d'une Association qui s'occupait &#224; sauver des rafles les Juifs en les cachant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents seront cach&#233;s dans un couvent en ruine, l'enfant dans un r&#233;seau de R&#233;sistance (1942-45). J'ai &#233;pous&#233; G&#8230; parce qu'Ange-le code, enfant guerrier, il avait &#233;t&#233; enfant-h&#233;ros tandis qu'enfant juste mal &#224; demi n&#233;e, je jouais pendant la m&#234;me guerre avec les anges de marbre sur la tombe de ma s&#339;ur jumelle morte, souffle d'ange &#224; peine dans le r&#233;el du ciel bleu. C'est sous la force de mes coups de pied &lt;i&gt;in utero&lt;/i&gt; qu'elle &#233;tait finalement morte, disait alors mon p&#232;re. F&#339;tus faiseur d'ange ! Le signifiant et le d&#233;sir singulier qui s'y conjoignait, avaient de beaux jours devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune psychanalyste, G&#8230; aussi de son patronyme, en regard du pr&#233;nom G&#8230; de l'&#233;poux, sera le parrain de notre enfant &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenir une d&#233;sirante d&#233;tach&#233;e du fond de d&#233;sirable, comme le psychanalyste, serait aujourd'hui une meilleure d&#233;finition de mon attente. Deux ann&#233;es plus tard, j'&#233;tais juste une jeune femme enceinte, an&#233;antie par un cauchemar, &#224; trois mois de grossesse, qu'on a dit de d&#233;sir d'avortement. Interpr&#233;t&#233; pour tel vingt-cinq ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'&#233;tais-je tromp&#233;e d'accouchement, d'enfantement, de grossesse, de jouissance, de d&#233;sir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je divorcerai seize ans apr&#232;s la mise au monde de notre fille et apr&#232;s deux th&#233;rapies mentalement ruineuses, mais on appelait &#231;a des psychanalyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce temps du couple, je m'efforcerai d'&#234;tre un objet de d&#233;sir peu commun, factice, tourment&#233; et r&#233;ussi. J'en jouissais sur un mode tr&#232;s r&#233;glement&#233; : d&#233;sirable-et-inaccessible, pour tous sauf un. Fid&#233;lit&#233; conjugale exacerb&#233;e. Provocation &#224; une asc&#232;se &#233;tourdissante et ravageante. Les coups de foudre pleuvaient. Je tombais en anorexies. Je ne touchais plus le sol.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_sottiaux_cons_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH497/2_sottiaux_cons_1-828b6.jpg?1684253137' width='500' height='497' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Construction 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 50 x 50 cm, XI 2012, collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Profession : psychanalysante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Divorc&#233;e, install&#233;e &#224; Paris, j'&#233;tais d&#233;sormais libre de travailler pour me payer des psychanalystes. Car il en faudra des, mais un &#224; la fois. Comme Dom Juan les femmes, &#233;crivait Lacan. Il les aimera toutes, mais une &#224; la fois. Rencontres tarif&#233;es avec d&#233;sirs d'analystes d&#233;fiant parfois la d&#233;finition pr&#233;-cit&#233;e. La vie passait qui m'obligeait &#224; constater que je ne m'&#233;prouvais sens&#233;e, viable, d&#233;sirante, qu'avec pour partenaire, dans une part de mon existence en retrait du monde social o&#249; il fallait &#233;voluer pour vivre, la fr&#233;quentation d'un d&#233;sir d'analyste. Le mien devra passer par diverses nuances avant d'arriver &#224; une reconnaissance jusque-l&#224; insatisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors les activit&#233;s culturelles avec quoi je gagnais ma vie alors, depuis longtemps j'avais fait le choix d'une vie claustrale, aujourd'hui je dis d'ermite parce que l'appartement est devenu un mus&#233;e-atelier-refuge. Mon Ermitage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'&#233;poque de ce temps parisien, analysante forcen&#233;e, j'ai compot&#233; en cure infinie. Il fallait &#224; tout prix que le temps de la vie &#224; passer, qui &#233;tait long et lent, ne le soit pas hors quelque sens que ce soit. Ce sens-l&#224; &#8211; claustral et analysant &#8211; me convenait &#224; l'exclusion d'un quelconque autre. Je fr&#233;quentais associations et &#233;coles, prenais part aux activit&#233;s, dissolutions et refondations, cartels, passes, passeure, passante, &#233;critures, publications et destructions, &#233;dition, diffusion, distribution, lecture de Freud et Lacan sans cesse et sans trop y entendre. J'y faisais mon march&#233; : Psychanalyse en extension disait-on. De temps &#224; autre, une id&#233;e, une phrase-perle dont nourrir le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dessin&#233; &#233;perdument des n&#339;uds math&#233;matiques &#224; la mani&#232;re de Jacques Lacan et de son n&#339;ud borrom&#233;en. Catherine Millot nous donne &#224; approcher dans &lt;i&gt;La vie avec Lacan&lt;/i&gt; ce qu'il en est exemplairement de poss&#233;der et de l'&#234;tre par un n&#339;ud que l'on visite, questionne et revisite sans cesse et sans fin et qui vous le rend bien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Millot, La vie avec Lacan, Paris, Gallimard, L'Infini, 2016.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Captive sous capture, je m'en suis invent&#233; un de type borrom&#233;en g&#233;n&#233;ralis&#233; disait-on dans le milieu, fragile et &#224; usage personnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Du signifiant-ma&#238;tre &#224; la reconnaissance du plan projectif &#187;, dans Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il me fallait &#224; tout prix dessiner malin pour contrer le dessiner m&#233;diocre du temps adolescent de l'acad&#233;mie du soir des Beaux-Arts et plus tard &#224; Paris celui de la Grande Chaumi&#232;re. Deux d&#233;pressions avec art&#232;re mal taill&#233;e au cutter rouill&#233;, h&#244;pitaux, maisons de repos &#8230; &lt;i&gt;Errata&lt;/i&gt; que tout cela ? Ma conviction est qu'il ne s'analysait pas ce qu'il aurait fallu, comme il aurait fallu, la parole &#224; avoir n'y &#233;tait pas, mais l'essentiel &#233;tait d'&#234;tre l&#224; et &#224; tout prix en position d'analysante, c'est-&#224;-dire en situation de d&#233;sirante hors d&#233;sirable, c'est-&#224;-dire en s&#233;ances. Face &#224; un d&#233;sir d'analyste qui finirait bien, un jour, par me faire dessiner les contours en v&#233;rit&#233; du mien. Ma vie n'&#233;tait alors toujours pas le r&#234;ve &#233;veill&#233; de la psychanalyse que j'avais imagin&#233;. Le d&#233;bordement d'activit&#233;s auquel je m'adonnais, ne laissait &#224; quelque d&#233;sir de r&#234;verie ambulante que ce soit la chance d'y acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Un jour de 2011, M. Safouan accepte ma demande d'analyse. &#192; ses conditions : Trois s&#233;ances par semaine, m'&#233;loigner du milieu, des liens et des relations que j'y entretenais, le temps de l'analyse avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son maniement de la parole dans les s&#233;ances faisait de ces rencontres de v&#233;ritables shoots. Des shoots de bouche, dirais-je aujourd'hui, qui me pr&#233;cipit&#232;rent dans le travail et me firent en sept ans (de d&#233;cembre 2012 &#224; mars 2019), produire mon dit mus&#233;e. Je suis une historienne de l'art, ancienne conservateure-adjointe de mus&#233;es moyennement convaincante. Musicologue depuis longtemps &#224; bout de souffle. Aujourd'hui j'ai produit le mus&#233;e-ermitage de mes s&#233;ances chez M. Safouan. Celui du r&#234;ve &#233;veill&#233;, peut-&#234;tre faudrait-il dire de la r&#234;verie chuchotante qu'est enfin devenu le temps-de-la-vie-qui-passe-autrement, allant des s&#233;ances de peinture aux s&#233;ances d'analyse, se provoquant l'une l'autre &#224; une jouissance unique, r&#233;jouissance hors sexe, sans que ni l'une ni l'autre n'arrive &#224; s'y &#233;puiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'avoir lu chez Lacan, il y a longtemps d&#233;j&#224;, ce qu'il dit des mystiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Encore, Paris, Seuil, 1973, p. 70-71.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, autour d'Hadewijch d'Anvers et &#224; propos de saint Jean de la Croix : &#171; l'existence d'une jouissance qui soit au-del&#224;, non pas du phallus mais de ce qui les (les hommes) encombre &#224; ce titre &#187;. Qu'est cette jouissance que j'associe &#224; celle &#233;prouv&#233;e dans le travail en r&#233;ponse aux s&#233;ances-shoots ? La parole de l'analyste ferait fl&#232;che &#224; la mani&#232;re baroque de celle du Bernin ? Je le crois ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint se conjoindre &#224; cette lecture, bien plus tard, et qui m'amena &#224; vouloir faire mon analyse avec M. Safouan, la question qu'il pose de l'existence ou non d'une jouissance a-phallique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Safouan, Le langage ordinaire et la diff&#233;rence sexuelle, Paris, Odile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#233;voque la possibilit&#233; pour le cr&#233;ateur, Dante ici qui, d'&#339;uvrer &#224; mettre en rimes ses louanges, satisfaisait ainsi &#224; son amour pour B&#233;atrice, et en &#233;prouverait de la plus &#233;minente mani&#232;re, cette jouissance spirituelle-l&#224;. Et si, d'iconiser l'objet qui cause le d&#233;sir, en r&#233;plique &#224; la parole-fl&#232;che de l'analyste en s&#233;ance, procurait une jouissance de cet ordre-l&#224; ? Une jouissance pousse-&#224;-peindre ? Je sais juste que peindre, produire de l'ouvrage peint, produire ces rejetons-l&#224;, ces surgeons de l'Imaginaire en direction du regard, tout au long de la cure fut l'occasion d'une r&#233;jouissance ind&#233;passable et qu'elle tenait &#224; l'effet-fl&#232;che de la parole de l'analyste en s&#233;ance. Mon insistance &#224; d&#233;fendre la jouissance a-phallique ne convainquait pas M. Safouan. Il &#233;crivait finalement qu'il y a l'alternative jouissance phallique ou pulsion de mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 127.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors je penche pour la seconde, et que celle-l&#224; m'attendait au berceau. Je la n&#233;gocierai finalement en substituant, du c&#244;t&#233; du langage, du d&#233;sir de l'Autre, le faire paire au faire couple, &lt;i&gt;une couple&lt;/i&gt; au couple et la paire au p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_sottiaux_cons_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH614/3_sottiaux_cons_3-94e24.jpg?1684253137' width='500' height='614' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Construction 13
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 50 x 61 cm, III 2013,Collection priv&#233;e Qu&#233;bec.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, il y aurait des femmes qui sont peintres, et qui, comme les hommes qui sont peintres, auraient droit &#224; une &#171; muse &#187; ! Ce serait une nouveaut&#233;. &#192; une &#171; b&#233;atrice &#187; ! qui serait &#224; mon sens d'analysante, la parole pleine dans l'acte psychanalytique. La muse : c'est une discussion que j'avais souvent avec une amie physicienne devenue peintre. Une muse, pourquoi eux et pas nous ? Pourquoi avais-je cette discussion avec elle et pas avec d'autres ? Serait-ce parce que nous avions en commun d'avoir choisi, &#224; un moment de nos existences, de demander &#224; la chirurgie l'acte biologique d'une ligature des trompes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inf&#233;condit&#233; biologique conquise sur la terreur d'avoir envers et contre moi un second enfant du mariage, actait dans mon corps le manque ou l'erreur d'enfantement dont mon inconscient revendiquait une reconnaissance. Cet acte faisait-il entrer dans le r&#233;el ce que je n'arrivais pas &#224; symboliser alors ? Six mois apr&#232;s je divor&#231;ais et partagerai une vie commune, qui ne durera pas, avec ce premier psychanalyste. Jungien. Sa rencontre &#224; mon arriv&#233;e &#224; Paris, dix ans auparavant, m'avait aussi mise, comme si de rien n'&#233;tait, &#224; la peinture &#224; l'huile. Les murs de sa maison en &#233;taient pleins. Son d&#233;sir d'analyste m'aurait mise enceinte d'un d&#233;sir de peinture &#224; l'huile ? Cette production des ann&#233;es 1970-80 a disparu corps et bien. J'y ai scrupuleusement veill&#233; &#224; l'&#233;poque. On peut penser que la parole et le d&#233;sir de l'analyste, n'&#233;taient alors pas &#224; l'aulne de l'exigence inconnue qui r&#233;gnait du c&#244;t&#233; du mien. Vivre en couple avec l'ex-analyste, faire couple n'y a rien chang&#233;. Je ne savais pas encore que du c&#244;t&#233; de l'Autre mon choix &#233;tait d'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; couple. C'est &#224; ce moment-l&#224; que je suis partie en claustrerie (vivre hors couple sous mon seul et propre toit), et ai travaill&#233; pour me payer d'autres psychanalystes. Des d&#233;sirs d'analyste n&#233;o-jungien, lacanien et topologue, qui me conduisirent longtemps &#8211; toute peinture oubli&#233;e sinon reni&#233;e &#8211; &#224; la seule passion de la lettre, au maniement du lettrisme, &#224; l'&#233;criture de fictions, de mythologies jungiennes, de psychanalyse et de n&#339;uds math&#233;matiques aux destins divers. Des publications, beaucoup de destructions. L&#224; non plus le d&#233;sir d'&lt;i&gt;une couple&lt;/i&gt; qu'il y aurait fallu, n'a pris davantage le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ann&#233;es passeront ainsi en errances excitantes, avant la rencontre avec Moustapha Safouan et qu'il me dise &#8211; &#171; imprudemment &#187;, pr&#233;cisera-t-il plus tard &#8211; : Je vous pr&#233;f&#232;re en artiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; de retour, au juste rejeton d'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; couple qu'il y aurait &#224; engendrer, avec d&#233;sir d'analyste qui fasse aussi muse ou effet-b&#233;atrice.&lt;/p&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entretrente-ans de ces exp&#233;riences il m'a fallu reconna&#238;tre peu &#224; peu au d&#233;sir le penchant &#224; un masculin aussi incontournable qu'ind&#233;fini. C'est cela, c'est lui qui sera procr&#233;ateur des rejetons-toiles de la parole, au contact d'un d&#233;sir d'analyste &lt;i&gt;muse ou b&#233;atrice&lt;/i&gt;. Rejetons d'un nouvel ouvroir. Au fil des errances analytiques et des rencontres boiteuses avec le d&#233;sirable de ma vie priv&#233;e, il a r&#233;v&#233;l&#233; cette tournure-l&#224;. Que dire de la jouissance qui s'en d&#233;duisait ? C'est d'un d&#233;sir autrement sexu&#233;, une mani&#232;re d'impossible sexe, qu'elle aura &#224; advenir. On verra plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous &#233;tions dans une situation d'Annonciation, &#8211; ce que peut &#234;tre aussi la s&#233;ance en cure &#8211; la parole pleine de l'analyste vaut celle, f&#233;condante, de l'Ange Gabriel port&#233;e par le battement d'ailes de la colombe. C'est de ce masculin-l&#224;, qui flotte en haut l&#224;-bas quelque part, toujours ail&#233;, signifiant ANGE, muse ou effet-b&#233;atrice &#224; mon endroit, dont je parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, si je sais que la jouissance qui tient au transfert dans mon analyse fut de cet ordre-l&#224;, quel nom lui donner s'il ne convient pas que je la dise a-phallique ? L'autre question &#233;tant : la possibilit&#233; d'une jouissance hors le d&#233;sirable sexuel, la jouissance d'un autre &#234;tre-d&#233;sirable, est-elle viable dans la cit&#233; et hors transfert analytique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain d&#233;sir dont la satisfaction, dans la rencontre avec le d&#233;sir de l'analyste, produit des rejetons qu'on dit &#234;tre des cr&#233;ations. De l'&#339;uvre &#224; l'ouvrage. Je me m&#233;fie du mot cr&#233;ation s'il s'agit d'y joindre les affres bien connues dont je n'ai rien connu ici. Les affres sont ailleurs. Je suis peintre puisque je peins, mais je peins &lt;i&gt;pour dire&lt;/i&gt;, c'est pour la conversation, pas pour le cri. Cela fait-il que je sois artiste-peintre ? J'ai toujours un doute. &#192; certains moments c'est au &lt;i&gt;regard&lt;/i&gt; seul que j'arrive &#224; adresser ce qui doit &#234;tre dit, ainsi avec les peintures dans la cure. Mais j'ai fait d'autres choses pour dire : parler, &#233;crire, inventer une langue, faire de la contre-&#233;loquence, alors cela s'adresse &#224; l'&lt;i&gt;ouir&lt;/i&gt; de l'autre. J'ai us&#233; de la lettre. C'&#233;tait avant. Mais c'est &#224; nouveau pour l'instant, avec ce texte, et aussi parce que je ne reverrai jamais Moustapha Safouan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, ce dont il s'est agi dans cette cure : c'est d'un transfert de travail, tel que le renomme Sylvain Fr&#233;rot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Safouan, Sylvain Fr&#233;rot, L'inconscient &#224; demi-mot, op. cit., p. 53.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pr&#233;cis&#233;ment un transfert d'amour du travail. Le d&#233;lice de la cure, c'est que ce n'est que du travail. Sinon, &#224; quoi rimerait l'ordre de jouissance qui s'y d&#233;ploie ? C'est la seule qui y tienne. &#202;tre &#224; la peine du travail de la parole et qu'elle soit juste, c'est r&#233;jouissant. D&#233;sirante devenue cette d&#233;sirable-l&#224; pour le psychanalyste et la psychanalyse, voil&#224; telle que je peux me reconna&#238;tre &#234;tre ici. Les peintures en sont les retomb&#233;es, les cons&#233;quences. Je n'ai pas demand&#233; cette cure pour devenir enfin psychanalyste ! Juste pour que l'&#233;criture de cette derni&#232;re s&#233;ance me conduise, assez tard dans mon existence, au constat d'&#234;tre cette &#171; autrement d&#233;sirable-l&#224; &#187;. Si l'objet de la cure est la reconnaissance du d&#233;sir, on y est. Puisque M. Safouan &#233;voquait la possibilit&#233;-Dante d'une autre jouissance, l'a-phallique, et qu'il me faille ne pas y compter, je proposerais : Je, sujet d&#233;sirant sur fond de d&#233;sirable dantique. Une jouissance dantique. Pas dantesque, juste i-dantique qui me procure l'acc&#232;s &#224; un d&#233;sir d'analyste &lt;i&gt;muse&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;b&#233;atrice&lt;/i&gt;. Sans ce d&#233;sir-l&#224; du psychanalyste, je ne suis rien. Mais &#224; me reconna&#238;tre le d&#233;sir de cette jouissance-l&#224;, je deviendrais bien quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas beaucoup d'analyses n'arrivent &#224; ce que, de pair, les deux gagnent cette partie de travail qu'est une cure. Il y faut en effet, un go&#251;t du partage &#233;pur&#233;, parce que ce qu'il reste pour tout d&#233;chet de fin d'analyse, c'est juste une perle baroque pour deux. Le partage est pure gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon plus grand plaisir est quand m&#234;me d'avoir quelqu'un qui veut travailler avec moi et avec qui je travaille. Partager le travail c'est quelque chose mais je ne vois pas &#231;a comme une transmission.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8230; (le transfert de travail) c'est un genre de transfert auquel je r&#233;ponds toujours.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8230; Quand quelqu'un dit j'aime travailler, &#231;a veut dire j'aime partager&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 52-53.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu le privil&#232;ge, avec Moustapha Safouan, d'&#234;tre de ces analysants-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'&#234;tre cette derni&#232;re analysante-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH611/4_sottiaux_cons_23-bbed0.jpg?1684253137' width='500' height='611' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D'&#201;querre, Construction 23
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 71 x 60 cm, V 2013, Collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre mon questionnement sur la possibilit&#233; d'un &#234;tre-d&#233;sirable autrement pour le d&#233;sirant, il faut savoir qu'il y a d'abord eu le choix de mon p&#232;re : &lt;i&gt;Je te verrais bien en sainte&lt;/i&gt; (Th&#233;r&#232;se, sa passion) m'avait-il donn&#233; &#224; entendre, devant le Carmel de Lisieux o&#249; la famille, lorsque j'avais seize ans, p&#233;lerinait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homophonie lumineuse : &lt;i&gt;Je te verrais bien enceinte&lt;/i&gt; (de moi) a dit le psychanalyste, &#224; mi-voix et pour tout demi-dire, &#224; l'encontre dudit p&#232;re. Je n'en croyais pas mes oreilles. Et d'avoir &#224; admettre qu'il me verrait bien &#234;tre, celui-l&#224;, pour lui, les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette intervention &#233;clairait l'ordonnance qui s'imposera d&#232;s l'&#234;tre-d&#233;sirable adolescent et qui reviendra r&#233;guli&#232;rement dans le vocabulaire des s&#233;ances : &lt;i&gt;Pas de co&#239;t&lt;/i&gt;. Juste &lt;i&gt;pas de co&#239;t&lt;/i&gt;. Je faillirai n&#233;cessairement la vie durant &#224; l'imp&#233;ratif. Mais non sans qu'&#224; bien des reprises ce n'ait &#233;t&#233; pour me dire : &#8211; &lt;i&gt;Tout &#231;a pour &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura une deuxi&#232;me homophonie. C'est sur deux homophonies que s'est d&#233;ploy&#233;e l'analyse avec M. Safouan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Regarder m'affame&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bascul&#233; d'une enfance inapp&#233;tante s&#233;v&#232;re &#224; une adolescence s&#233;v&#232;rement insatiable. Insati&#233;t&#233; orale jusqu'&#224; la boulimie, devenue ingouvernable apr&#232;s le divorce et apr&#232;s le temps de la vie de couple o&#249; je pratiquais cahotiquement et anorexiquement l'&#234;tre-d&#233;sirable-et-interdite, dans une vie priv&#233;e et professionnelle, peupl&#233;e d'hommes d&#233;sirables et d&#233;sireux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Regardez ma femme !&lt;/i&gt; Cet imp&#233;ratif bondit du regard fix&#233; de mon p&#232;re, neurasth&#233;nique &#233;lectrochoqu&#233;, sur moi fille adorante de onze ans qui le photographiais, lors d'une sortie permise hors le Sainte-Anne de la r&#233;gion. Glain s'appelait le lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un dimanche d'automne froidement ensoleill&#233;, &#224; la ferme grand-parentale. Il &#233;tait assis sur un banc sous la gloriette ce p&#232;re, aux c&#244;t&#233;s de sa femme ma m&#232;re, accabl&#233;e dans le manteau de fourrure qu'il lui avait offert peu avant, d'&#234;tre la femme d'un &#171; homme malade &#187;. &#8211; N'&#233;pouse jamais un homme malade ! se plaignait-elle peu avant cette rencontre. Un &#171; fou &#187; chuchotait-on. J'ai d&#251; saisir l'occasion pour conclure l&#224; une noce certaine avec l'&#234;tre-peintre de mon p&#232;re, dont je n'&#233;tais pas revenue jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le regard d'un amour im/pitoyable, siphonn&#233; par l'objectif et oblit&#233;rant le lieu (de la parole, je suppose) d'o&#249; il poursuit son accrochage au mien captur&#233;-le capturant, depuis ce jour-l&#224;. La cause de ma peinture dans la cure serait ce p&#232;re alors ador&#233;, le dit fou, peintre du dimanche &#233;l&#233;ctrochoqu&#233; de ma fin d'enfance dont le regard s'illuminait aux dessins que je lui apportais dans les salles communes malodorantes de Glain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &lt;i&gt;Je ne serai qu'une bouche !&lt;/i&gt; propose l'analyste en r&#233;solution au double versant de l'homophonie. Ce qui est aussi l'annonce, &#224; l'antichambre de l'adolescence, du sympt&#244;me &#224; venir des boulimies. Au nom de cet amour du p&#232;re l&#224;. Et l'origine de la soumission &#224; devenir plus tard fruit d&#233;fendu en m&#234;me temps qu'artiste d&#233;butante, admir&#233;e de lui. Origine aussi de la tendance &#224; devenir un jour d&#233;sirante sur fond de d&#233;sirable dantique : mettre un d&#233;sirable autoris&#233; en lieu et place du forclos. Je serai donc un jour psychanalysante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudra, &#224; cette m&#233;tamorphose du d&#233;sir et de la jouissance, du temps et des &#233;checs de vie et de cures. Le temps d'apprendre qu'on ne peut avoir jouissance que du d&#233;sir qu'on a endoss&#233;. Quasi le temps d'une vie. En attendant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8230; Pour ce qui est de la fille, parfois elle sent la s&#233;duction du p&#232;re, mais elle sent qu'elle est pour son p&#232;re le fruit d&#233;fendu. Il l'admire, il ne fait rien de r&#233;pr&#233;hensible, mais il a une position telle qu'elle sent que son d&#233;sir est de son c&#244;t&#233;, son fruit d&#233;fendu. Elle peut passer toute sa vie comme le fruit d&#233;fendu, pas seulement une analyse. Comme il est dit dans la parole biblique : &#8220;Les parents mangent les raisins verts et ce sont les dents des enfants qui grincent.&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Safouan, Ch. Hoffmann, Questions psychanalytiques, Paris, Hermann (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'aux d&#233;buts de ma lecture de Freud, &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, &#171; Sur le rabaissement&#8230; &#187;, en 1987&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, La vie sexuelle, Paris, PUF, 7e &#233;d., 1985, p. 65.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; j'avais rep&#233;r&#233; que l'insatisfaction de la pulsion sexuelle (ph&#233;nom&#232;ne que je me suis appliqu&#233; d&#232;s cette lecture et qui soutient les formules des deux homophonies), est ce qui a finalement permis que la civilisation se d&#233;veloppe. D&#232;s lors, si &#8211; &lt;i&gt;Tout &#231;&#224; pour &#231;&#224; !&lt;/i&gt; interpelle bien la-dite insatisfaction, interpelle ma difficult&#233; &#224; sacrifier au d&#233;sirable requis chez le d&#233;sirant hors cure, avec le d&#233;sir dantique qui engendre des peintures et des &#233;critures, je produis de la civilisation. Ce serait donc plut&#244;t r&#233;ussi. Si j'admets qu'on a la jouissance du d&#233;sir dont on s'est nanti.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Pour dire ce qu'il advint d&#232;s l'adolescence, je n'aurai gu&#232;re &#224; ajouter au livre fondamental de l'&#233;poque follement studieuse, d&#233;sirante et amoureuse qui me gouvernait alors : &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt; de Charles Morgan (1937). Il m'avait &#233;t&#233; donn&#233; &#224; lire par ma professeure de grec, personnage de l'amour ind&#233;pass&#233; de ma vie, au moment o&#249; l'ancien p&#232;re aim&#233; de l'enfance embarrassait d'un malaise fuyant mon &#234;tre-et-corps agit&#233; d'alors. C'est pr&#233;cis&#233;ment l'objet de cette passion grecque qui a &#233;t&#233; remise en jeu dans le transfert. Platonicienne, socratique, agathonique ? D-antique en tous les cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette professeure franchement audacieuse, alerte et parfum&#233;e, &#233;tait aur&#233;ol&#233;e d'un je ne sais quoi d'outrageant pour les murs gris limite de l'Institut des saints-Anges, avec le rouge associ&#233; de ses ongles et de ses l&#232;vres, ses talons venus d'ailleurs qui martelaient le parquet cir&#233; du couloir de la chapelle du couvent (une autre vol&#233;e d'anges &#224; l'intention du signifiant), o&#249; j'&#233;tudiais, m&#233;diocrement d'ailleurs, le grec, le n&#233;erlandais et le reste. Cette professeure aura &#233;t&#233;, avec l'&#233;thique de son d&#233;sir d&#233;lur&#233; d'enseignante et son choix d'une amiti&#233; &#233;lective &#224; mon endroit, &#8211; il occupera ma vie d'apr&#232;s les cours durant cinq ann&#233;es &#8211;, l'avant-premi&#232;re psychanalyste de ma longue carri&#232;re d'analysante. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait dans des ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt;, c'est Tristan et Iseult dans la litt&#233;rature anglaise du moment, c'est l'Art, l'Amour et la Mort comme triade d'une unique extase, c'est l'exp&#233;rience mystique de l'asc&#232;se impos&#233;e au d&#233;sir, c'est son accomplissement sacrificiel. Il m&#232;nera le po&#232;te Piers Tenniel, septi&#232;me vicomte, douzi&#232;me baron de Sparkenbroke &#8230; &#224; une mort extatique dans le tombeau familial. Ce m&#234;me d&#233;sir immol&#233; qui ram&#232;nera Mary, la jeune femme qui aimait, dans un d&#233;chirement unique, le po&#232;te et l'&#233;poux, &#8211; qui la ram&#232;nera apr&#232;s une vaine tentative de mourir &#8211;, aupr&#232;s de ce dernier, Georges Harry son mari, de toujours l'ami absolu du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, la professeure, dans son entreprise &#224; me faire acc&#233;der &#224; un &#234;tre-l&#224; alors pataugeant, voulait-elle que l'asc&#232;se &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt; f&#251;t &#224; un moment donn&#233;, mon lot ? Et pourquoi elle y parvint si bien ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_sottiaux_paes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH484/5_sottiaux_paes-fd363.jpg?1772190392' width='500' height='484' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paestum le regard 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 60 x 60 cm, VI 2013, Collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Si le d&#233;sir c'est le d&#233;sir de l'A(a)utre &#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, bouche insatiable-mon sympt&#244;me, n'&#233;tais-je d&#233;sirante et occup&#233;e &#224; mon mus&#233;e (son avenir est aujourd'hui en suspens) que du fait des s&#233;ances ? Autrement dit du transfert ? Pourquoi furent-elles d'irrempla&#231;ables rencontres jusqu'ici oblig&#233;es, si ce n'est que l'analyste, dans sa position de d&#233;sirant d&#233;tach&#233; du d&#233;sirable n'est lui non plus, litt&#233;ralement et au bout du compte, qu'une bouche ? Une bouche pour une parole. Les s&#233;ances sont ici le face &#224; face de deux &lt;i&gt;Je ne serai qu'une bouche&lt;/i&gt;. Je sais de quoi je parle car si M. Safouan reste le psychanalyste chrysostome de mes exp&#233;riences de psychanalyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;chrysostome, bouche d'or.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai eu affaire en un demi-si&#232;cle &#224; des &#171; molubdostomes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;ologisme, Molubdostome bouche de plomb. Le mot est aussi inhospitalier que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une couple&lt;/i&gt; de d&#233;sirants dans le transfert, pas un couple. Ici, pas de fruit d&#233;fendu dans la cure. &lt;i&gt;Une couple&lt;/i&gt; disait le grand si&#232;cle pour ce qu'on dit aujourd'hui plus g&#233;n&#233;ralement &#234;tre &lt;i&gt;une paire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une couple de soufflets &#233;gale aujourd'hui &#224; une paire de baffes. Parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un autre ordre d'amour dans le transfert, une mani&#232;re de fraternit&#233; o&#249; se pratique la passion du travail. Je l'ai dit : le go&#251;t de besogner &#224; l'&#339;uvre, &#224; quoi j'ai le meilleur acc&#232;s depuis toujours dans la vie et que cela produise des rejetons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, avec cet analyste, j'ai trouv&#233; un d&#233;sir jumeau du mien. Monozygote. Et c'&#233;tait bien l'affaire de ma vie : retrouver la g&#233;mellit&#233;, cette fraternit&#233; extr&#234;me, perdue d&#232;s ma naissance de jumelle orpheline. Les jumeaux font la paire, ils ne font certainement pas un couple. Une paire de jumeaux, c'est juste un pl&#233;onasme. Ils ne sont pas des gants. C'est juste des jumeaux. Deux sujets dont l'&#339;il nu voit qu'ils vont de pair. M&#234;me pas besoin de le dire. Cependant Moustapha Safouan me l'a dit un jour &#224; sa mani&#232;re, avec l&#233;ger glissement du regard vers la voix, &#233;tant donn&#233; les circonstances de la mort d&#232;s notre naissance, de ma s&#339;ur jumelle : &#8211; En somme, vous &#234;tes jumelle par oui-dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une paire de d&#233;sirants au d&#233;sir jumeau, dans ma cure ? Pour que cela fonctionne, il faut avoir d&#233;j&#224; reconnu le d&#233;sir dantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si c'est jumeau, c'est ici &#224; cette diff&#233;rence radicale pr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les petites diff&#233;rences proph&#233;tiques chez les jumeaux homozygotes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le d&#233;sirable &#233;cart&#233; chez l'analyste, l'est sur le lieu de la s&#233;ance. Pour moi l'analysante, d&#233;sirante dantique, il a commenc&#233; de s'imposer sur le lieu de la vie, avec l'interpellation paternelle, lors de mes dix-sept ans agac&#233;s, sur la place du carmel de Lisieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, la famille visitait le Mont Saint-Michel. Dans la salle du Chapitre, coup de foudre pour le trop bel &#233;tudiant qui nous faisait une visite guid&#233;e magistrale. Franchement, c'est un chrysostome, me suis-je d&#233;j&#224; dit l&#224; en l'&#233;coutant. Une avant-premi&#232;re parole-fl&#232;che. Fini de tergiversations, je serai historienne de l'art et arch&#233;ologue, comme lui et comme m'y incitait d'ailleurs &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, la professeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sera pas, d&#232;s cette &#233;poque, sans me sentir &#234;tre une sans-corps qui r&#233;p&#233;tait &#224; l'envi : &#8211; Je ne que &lt;i&gt;suis&lt;/i&gt; que corps. O&#249; &#233;tait pass&#233; mon &lt;i&gt;avoir&lt;/i&gt; corps ? Il me manquait de l'avoir dans l'&#234;tre et cela continue d'accabler cet &#234;tre-l&#224; qui voudrait toujours n'avoir pas &#224; y &#234;tre, l&#224;, d&#233;poss&#233;d&#233; qu'il reste de son avoir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du genre, je l'ai dit, j'ai tir&#233; l'&#233;pingle du jeu de mon d&#233;sir en mettant au f&#233;minin le p&#232;re et le couple. Le film &lt;i&gt;The crying game&lt;/i&gt; de Neil Jordan (1992) &#233;clairerait assez bien le propos si c'&#233;tait le lieu de le pousser. Le drame de la jouissance que le genre, travesti du masculin en f&#233;minin par l'h&#233;ro&#239;ne-h&#233;ros, contrariera tragiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part est &#224; l'&#339;uvre quand et dans ce que je peins, quelque chose d'un d&#233;sir homosexuel masculin. Tel celui de l'h&#233;ro&#239;ne Dill. La sc&#232;ne du d&#233;voilement fut saisissante comme une v&#233;rit&#233; faite foudre : un d&#233;sir (d')hermaphrodite. Absolument. L'impossible genre, le sexe impossible. Depuis longtemps analysante, je le dis et me le redis. &#192; ce jour, c'est durant le temps des peintures dans la cure que les codes d'usage de ce d&#233;sir auront &#233;t&#233; au mieux &#224; leur affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma trouvaille, en regard du drame du film, mon &#233;pingle tir&#233;e du jeu, c'est d'avoir tordu le d&#233;sirable ind&#233;sir&#233; chez la d&#233;sirante (en cause l'amour du p&#232;re) jusqu'&#224; lui donner sa tournure dantique. C'&#233;tait &#231;a ou la pulsion de mort. Il y a au moins l&#224; cause &#224; &#233;clairer &lt;i&gt;Tout &#231;&#224; pour &#231;&#224; !&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Je ne que serai que bouche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il, aujourd'hui dans la cit&#233;, de la jouissance mill&#233;naire des mystiques, avec ici la parole comme objet &#224; causer le d&#233;sir et provoquer une jouissance qui est un pousse-&#224;-&#339;uvrer ? Ainsi Th&#233;r&#232;se d'Avila, dans l'ordre : elle m&#233;dite, elle extasie, elle &#233;crit, elle cr&#233;e des Carmels dans tout le pays. Elle &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lacan &#233;crit en exergue au chapitre du Baroque, dans &lt;i&gt;Encore : L&#224; o&#249; &#231;a parle, &#231;a jouit, et &#231;a sait rien&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je paraphrase le &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; : L&#224; o&#249; l'analyste parle, j'extasie et je rentre peindre. Vendre un tableau Maquetter un catalogue. &#201;crire et faire &#233;crire les textes. Entendre l'acheteur ou les critiques dire : &#8211; J'en ai besoin pour vivre ! &#8211; C'est inclassable &#8230; ! &#8230; de l'ordre de la saintet&#233; paradoxale, qui participe aux figures de l'engendrement des mondes &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou le po&#232;te : &#8211; C'est un privil&#232;ge d'&#234;tre ici, (&#224; l'ermitage-appartement) avec tes tableaux, toi et P. (sa femme po&#232;te), je n'ai besoin de rien d'autre au monde. C'est l'absoluit&#233; de l'amour ! Voil&#224; le scopique et l'invocant r&#233;unis, mais on voit qu'il y faut &#234;tre trois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_sottiaux_paes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH497/6_sottiaux_paes-a9712.jpg?1684253137' width='500' height='497' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paestum le regard 2
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 60 x 60 cm, VI 2013.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; sans le d&#233;sir de cet A(a)utre l&#224; je ne suis rien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dois-je entendre de cet E(e)ntrelacs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agirait-il que j'aie &#224; me payer encore un d&#233;sir de psychanalyste ? Ou bien s'en trouvera-t-il exister un gracieux d&#233;sormais, des gratuits pour l'entrelacs de d&#233;sirs dantiques de travail ? Des hors-s&#233;ances dans la cit&#233; pour manier de l'&#339;uvre dont on voit ici qu'il ne s'accomplit pas sans ce genre d'autres dont le nom vient de s'inviter &#224; mon clavier. Afin de remettre au travail en suspens le mus&#233;e-ermitage abouti, soutenu et engendr&#233; dans la cette cure dite &lt;i&gt;&#171; Plus de co&#239;t &#8211; Je ne serai qu'une bouche &#187;&lt;/i&gt;. En somme, un autre nom pour la r&#232;gle fondamentale dans la cure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici le lieu de me poser la question de savoir si &#171; r&#234;ve &#233;veill&#233; &#187; est la bonne d&#233;finition de ce qui se passait et qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233; ailleurs et souvent dans ma vie. Ma vie est une gigantesque r&#234;verie en boucle sur mon propre compte. Cela expliquerait qu'un seul r&#234;ve ait abouti en neuf ans de cure. Je n'aimais pas que des r&#234;ves s'en m&#234;lent. J'escamoterai ce r&#234;ve-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette torpeur de l'esprit o&#249; me plongeait l'&#233;tat d'&#234;tre-occup&#233;e-&#224;-peindre, aussi bien qu'&#234;tre occup&#233;e-&#224;-ne-pas-peindre qui envahit l'espace &#224; l'identique, lorsqu'on suspend l'acte. Cette torpeur favorisait un l&#226;cher de pens&#233;es provoqu&#233; par les traces de la parole en s&#233;ance et qui, le temps que durait l'entre-deux des s&#233;ances o&#249; je besognais aux grandes toiles, se constituait petit &#224; petit, &#8211; par souvenirs et racontars, revendications, ressassements, th&#233;ories al&#233;atoires, complaisances, bla-bla-bla, r&#233;criminations, jeux de r&#244;les et r&#233;chafaudages, parlottes solitaires, jubilations et pleurs &#224; n'en pas finir &#8211;, en une id&#233;e, une trouvaille plut&#244;t que j'allais apporter dans la s&#233;ance suivante. Comme l'hu&#238;tre fait sa perle. Est-ce r&#234;ve &#233;veill&#233; ou auto-analyse dirig&#233;e que cela ? Et si ce texte &#233;tait une passe &#8230; ? Ou rien de cela ? C'&#233;tait juste le travail dans la cure. L'objet du d&#233;sir dantique : le travail de la parole dans la cure. Le d&#233;chet de ces pratiques fermentantes d'entre-s&#233;ances, la trouvaille &#224; venir d&#233;velopper, c'&#233;tait une sorte de troph&#233;e un peu enfantin. Comme peindre d'ailleurs pendant tout ce temps, c'&#233;tait effervescent et s&#233;rieux comme au jardin d'enfants Montessori des Saints-Anges, au tableau noir des petits, au temps de la saintet&#233; enfantine r&#234;v&#233;e par le p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme une pure pratique, d&#233;tourn&#233;e &#224; l'ermitage, de l'autre partie de la r&#232;gle fondamentale : &lt;i&gt;En(tre les) s&#233;ances, (me) dire tout ce qui me passe par la t&#234;te&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux peintures dans la cure, je ne peux m'emp&#234;cher de penser ici qu'elles se sont aussi voulues r&#233;ponse du berger &#224; la berg&#232;re (moi &#224; ma m&#232;re demanderesse) qui pr&#233;f&#233;rait le fonctionnaire du Minist&#232;re des Finances qu'elle avait &#233;pous&#233; &#224; l'homme ab&#238;m&#233; de l'asile, le peintre &#233;lectrochoqu&#233; du dimanche que je photographiais en toute soumission d'amour et &#224; qui je d&#233;diais mes dessins d'enfant. J'allais un jour en mettre plein le regard de ma m&#232;re berg&#232;re et de tous les autres de ma vie, un jour, et la psychanalyse allait me fournir le transfert dont j'avais besoin pour dire avec la dimension des toiles, celle de cet amour de fin d'enfance pour ce p&#232;re du Sainte-Anne local. En r&#233;alit&#233;, la dimension dantique &#224; laquelle j'allais soumettre plus tard le d&#233;sir qui s'est forg&#233;, contre et &#224; cause de l'amour de ce p&#232;re-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix est-il d'&#234;tre le peintre de la jouissance de parole ? Le prix est-il d'un d&#233;sir d'analyste oblig&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sera-t-il un jour &lt;i&gt;p&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, l'homme au d&#233;sir alors &#233;teint de Glain que je ranimais avec mes dessins d'enfant, l'est-il devenu au fil des toiles ici accomplies, ou devrait-il juste continuer de n'&#234;tre que le &lt;i&gt;papa&lt;/i&gt; d'alors ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le prix du d&#233;sir qui s'affiche a pour nom &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt;. On y revient. &#192; l'adolescence consomm&#233;e le lien &#224; mon p&#232;re est compl&#232;tement d&#233;fait. Quelque chose de lui g&#234;nait mon &#234;tre-corps ing&#233;rable et fuyant. &#201;chapper au repoussement adolescent. Ma passion agathonique pour phi, la proffe prend un relais bienfaisant. D&#232;s lors, le temps hors classe se passait &#224; combiner les tennis, concerts, ballades et lectures, les rencontres avec ses amies professeurs d'autres coll&#232;ges, mais d'abord la passion Acropole des temples et le fameux &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt; des proportions que j'avais d&#232;s avant trouv&#233; dans la biblioth&#232;que de mon p&#232;re &#8230; en m&#234;me temps que j'y avais aussi trouv&#233; les vies de ses deux saintes Th&#233;r&#232;se. J'&#233;tais fascin&#233;e par leurs maladies obstin&#233;es. Leurs corps souffrants. Me revient d'Aragon-Ferrat, la chanson, qui dit ce qui s'est pass&#233; alors, &#224; propos de l'approche de mon p&#232;re : &#8211; &lt;i&gt;Vous me mettrez avec en terre / Comme une pierre au fond d'un trou.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce cela refouler ? Que l'&#233;toile de la chanson et de l'amour enfantin se soit transmu&#233;e en pierre, en astre mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La feinte &lt;i&gt;Sparkenbroke &#8211; jouissance dantique &#8211; passion&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, s'est &#233;rig&#233;e en r&#232;gle fondamentale appliqu&#233;e &#224; bien des passions amoureuses de ma vie, d&#232;s la lecture de &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt;. Les livres, les pinceaux, le piano faisaient rempart aux gar&#231;ons que je m&#234;lais s&#233;lectivement &#224; ma quotidiennet&#233;. Cette ann&#233;e-l&#224; je passais le concours public de piano du conservatoire, favorite de la promotion. La veille, le vieux directeur qui partait &#224; la retraite apr&#232;s cette derni&#232;re session avait propos&#233; &#224; ma professeure de piano flatt&#233;e, la faveur de me faire faire une derni&#232;re r&#233;p&#233;tition, sur la sc&#232;ne. J'en &#233;tais &#224; la cinqui&#232;me &lt;i&gt;Invention&lt;/i&gt; &#224; deux voix de Bach lorsqu'il pose sa main sur mon genou, la glisse sous &#8230; etc &#8230; jusqu'&#224; ce que je me l&#232;ve brusque, arrache les partitions du pupitre et m'en aille en toute h&#226;te et d&#233;composition. Le lendemain sur sc&#232;ne, j'ai un trou de m&#233;moire, laborieusement rattrap&#233; avec la partition, je poursuis l'&#233;preuve jusqu'au bout et lorsque je me l&#232;ve pour saluer, je renverse le tabouret. Je le redresserai ! Pitoyable est le mot juste. Jubilation dans les rangs adverses, rage bl&#234;me de la professeure. Quant &#224; moi je d&#233;couvrais en secret que cet ordre des choses tues du sexe, obligeait les contours d'un autre d&#233;sir &#224; se manifester. L'&#234;tre-corps de ma personne, parmi ce qu'on appelle les autres, le public, la soci&#233;t&#233;, le groupe, la communaut&#233;, le monde venait de subir sa premi&#232;re n&#233;antisation. Qui deviendra la norme de ma vie &#171; en soci&#233;t&#233; &#187;. Je me mis &#224; ne plus trop savoir quoi comment que faire de ce corps d&#233;sormais engodich&#233; par la d&#233;pravation du vieux directeur de musique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;92&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_sottiaux_equ.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH499/7_sottiaux_equ-0ef6f.jpg?1772190392' width='500' height='499' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D'&#201;querre, Construction 14
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 60 x 60 cm, III 2013, Collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Je suis en classe de Po&#233;sie. Dans le m&#234;me temps, l'autre &#233;v&#233;nement adolescent, contemporain de celui du Conservatoire et qui int&#233;resse &#224; l'identique inverse, cette derni&#232;re s&#233;ance : &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, la professeure, avec son livre-cadeau &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt; qui tombait &#224; pic d'un id&#233;al romanesque d'asc&#232;se appliqu&#233;e &#224; un supr&#234;me amour, s'inqui&#233;tait de me voir c&#233;der &#224; dix-sept ans &#224; la pulsion forcen&#233;e du d&#233;sirable pour N&#244;, le compositeur quarantenaire tr&#232;s contemporain. Il &#233;crivait la partition du ch&#339;ur des &lt;i&gt;Cho&#233;phores&lt;/i&gt; d'Eschyle que nous devions interpr&#233;ter, les filles de l'Institut ensemble avec les gar&#231;ons du Coll&#232;ge des J&#233;suites. &#201;ducation sentimentale en surcro&#238;t de la litt&#233;raire ? Toujours est-il qu'&#224; la lecture &#233;tourdissante du livre, je ne c&#233;derai pas &#224; cette premi&#232;re passion amoureuse. Elle s'adossait, janusienne, &#224; celle de la professeure et durera au-del&#224;, le temps de la vie &#224; l'Universit&#233; mais aussi le temps de la vie tout court et tr&#232;s longue, comme signal du &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt; interdit, &#171; l'interdit Sparkenbroke &#187;, l'interdit r&#233;f&#233;rent, et fera veto &#224; la r&#233;alisation des grands d&#233;sirs amoureux qui surviendront. Je ne c&#233;derai pas. Comme on s'ampute d'un membre. Qu'avait-elle donc d'entravant, cette jouissance de l'&#234;tre-d&#233;sirable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adossement, pile et face, dos &#224; dos de la r&#233;pulsion-&lt;i&gt;piano&lt;/i&gt; clos avec l'attraction-&lt;i&gt;&#233;moi fou N&#244;&lt;/i&gt;, chapeaut&#233;s par la passion &lt;i&gt;phidantique&lt;/i&gt; serait-il la cause ? Une siamoisie ? Trancher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rangerai. J'entreprendrai d'&#233;tudier la musicologue au lieu que l'arch&#233;ologue programm&#233;e au Mont Saint-Michel et le piano d&#233;programm&#233; du Conservatoire, je m'emballerai pour l'&#233;criture s&#233;rielle, j'&#233;pouserai l'arch&#233;ologue le plus &#233;rudit de ma promotion et aurai un enfant avec lui. Cela fait, je m'engouffrerai dans l'univers syphonnant des &#233;critures pal&#233;ographiques, archives et manuscrits musicaux du &lt;i&gt;Quattrocento&lt;/i&gt; (mes hi&#233;roglyphes) pour l'inattendue aventure, l'inouie exp&#233;rience extatique de LA RECHERCHE. &#192; l'Universit&#233; et dans le &lt;i&gt;Rinacimento&lt;/i&gt; europ&#233;en, d&#232;s 1963.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233; je d&#233;couvre, malgr&#233; moi, au fil de cette &#233;criture, que le souhait de &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt; &#233;tait au curieux avenant de celui de mon p&#232;re, l'asc&#232;se (amoureuse) &lt;i&gt;Spakenbroke&lt;/i&gt; faisant duo avec l'asc&#232;se (mystique) sainte &lt;i&gt;Unetelle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Infra, l'identit&#233; de Unetelle.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; mon encontre. Ces deux-l&#224; recherchaient la m&#234;me chose, sans doute pour des causes, des avenirs et des cons&#233;quences diff&#233;rentes, mais la m&#234;me chose quand m&#234;me. Que je me refuse &#224; l'&#234;tre-d&#233;sirable. Pour l'instant de cette passion N&#244; (elle) ou pour le temps d'une vie au Carmel (lui). Le constat de cette intention qui ne fait d'eux qu'un, me pourfend, quant &#224; moi, en deux ! Mon psychanalyste aurait &#233;t&#233;, je pense, bien aise que je vienne &#224; lui avec cette trouvaille de l'instant : le trait d'identit&#233; de leurs deux souhaits, la professeure adul&#233;e au d&#233;sir socratique audacieux, et le p&#232;re post-neurasth&#233;nique et toujours plus pieux, au d&#233;sir de r&#233;clusion d&#233;rangeant. Il aurait appr&#233;ci&#233; que je mette ce p&#232;re que j'ignorais obstin&#233;ment durant la cure, &#224; cette place de choix. La place o&#249; &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt; la professeure tenait le haut du pav&#233; dans le transfert ! C'est l&#224;, sous le couvert de cette v&#233;n&#233;ration adolescente agathonique dont je continuais &#224; m'&#233;mouvoir en cure, que couvait, dans le transfert, l'amour forcen&#233; du p&#232;re dont je ne peux mieux dire ici qu'il y avait l&#224;-dedans quelque chose d'&#233;minemment toxique et obsc&#232;ne, d'irregardable dans lequel, sans aucun doute, j'avais ma part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu de dire que le coup de Jarnac que je venais de me donner et prendre &#224; la fois, avec ce constat des deux autres en un, me d&#233;senchante un peu du transfert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si cela sert &#224; la d&#233;sidentification &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH619/8_sottiaux_equ-79242.jpg?1684253137' width='500' height='619' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D'&#201;querre, Construction 22
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 71 x 60 cm, V 2013, Collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; apporter &#224; l'&#233;clairage de cette derni&#232;re s&#233;ance l'&#233;v&#233;nement de naissance qui allait entre autres, causer les al&#233;as du d&#233;sir et t&#233;moigner que cela s'est aussi &#233;tay&#233; sur un mensonge d'&#201;tat civil et un silence parental sur les dessous des pr&#233;noms qu'on attribua &#224; notre naissance g&#233;melle fracass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je nais pr&#233;matur&#233;ment, b&#233;b&#233; rond &#224; la ferme des grands-parents maternels. Pas de d&#233;livrance pour la m&#232;re. Il y a une deuxi&#232;me enfant qui ne peut pas na&#238;tre &#224; la ferme. On se transporte, par nuit glac&#233;e, dans une clinique de la ville. Na&#238;t mon autre, ch&#233;tive et bien trop minuscule, un souffle d'&#234;tre &#224; peine. Mon p&#232;re la baptise &#224; la h&#226;te comme l'autorise l'&#201;glise. Ils lui donnent pr&#233;nom Bernadette de la sainte enfant Soubirous de Lourdes &#224; qui apparut la Vierge Marie, puis elle meurt. Bernadette est le nom grav&#233; sur le bois de sa tombe bleu ciel de b&#233;b&#233; mort, dans le cimeti&#232;re de campagne, derri&#232;re la ferme o&#249; nous sommes, sept ans plus tard, retourn&#233;s vivre apr&#232;s le bombardement de notre maison par l'aviation am&#233;ricaine. Je faisais volontiers de la tombe mon terrain de jeu lorsque nous allions d&#233;sherber avec les religieuses du village les tombes abandonn&#233;es par la guerre. C'est &#224; cette &#233;poque de l'&#226;ge de raison que mon p&#232;re dira, le m&#233;decin pr&#233;sent ne d&#233;sacquiescant pas, que mes coups de pieds &lt;i&gt;in utero&lt;/i&gt; l'avait tu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une anastomose, un STT, syndrome transfuseur-transfus&#233;. C'est dans les registres des d&#233;c&#232;s que je la retrouverai finalement, sans pr&#233;nom, d&#233;clar&#233;e &lt;i&gt;enfant de sexe f&#233;minin sortie sans vie du sein de la m&#232;re&lt;/i&gt;. Le mensonge d'&#201;tat civil avec le nom de mon p&#232;re pour faire foi, sa signature dont enfant j'admirais toujours la prestance et qui vient contredire la l&#233;gende familiale du bapt&#234;me Bernadette. On m'appellera Nicole (c'&#233;tait de mode), Marie-Jos&#233; (le nom d'une princesse de la famille royale, c'&#233;tait de tradition populaire), Marguerite (ce n'&#233;tait spirituellement pas normal). Le dernier pr&#233;nom, celui de la marraine, devait &#234;tre Louise, grand-m&#232;re paternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait cette Marguerite ? Toute l'enfance, mon p&#232;re m'effeuillera des marguerites dans les champs l'&#233;t&#233;, des p&#226;querettes sur les pelouses au printemps, on chantait les bijoux de la Castafiore, Ah je ris &#8230; ! On &#233;tait loin de Marguerite de Navarre. Ma m&#232;re et pieuse &#233;pouse, accrochait &#224; la bretelle de ma chemisette, sous les v&#234;tements que je portais lorsque j'allais &#224; l'&#233;cole un petit scapulaire du C&#339;ur Sacr&#233; de J&#233;sus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour le STT j'interroge Internet et d&#233;couvre l'histoire de sainte Marguerite Alacoque, mystique du XVIIe si&#232;cle chez les Visitandines de Paray-le-Monial &#224; qui c'est le Christ qui apparut et l'encouragera &#224; cr&#233;er le culte du Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Culte particuli&#232;rement pratiqu&#233; au pays minier de ma famille paternelle. Des couvents fran&#231;ais de l'Ordre s'y &#233;taient install&#233;s d&#232;s la cr&#233;ation des Visitandines. La nouvelle autobiographie de la tr&#232;s jeune Marguerite mystique y circulait, dont ils firent, mes parents, le choix, de me mettre sous tutelle spirituelle, de me remarrainer d&#232;s la naissance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8230; Au reste, lui-m&#234;me (Dieu) veillait &#224; ce que rien ne v&#238;nt ternir la candeur de cette&lt;/i&gt; Fleur des champs, &lt;i&gt;dont il voulait se r&#233;server exclusivement le parfum et la beaut&#233;. Il donnait &#224; cette petite enfant de tels &#233;lans vers la puret&#233; que, de son aveu, sans savoir ce que c'&#233;tait, elle se sentait continuellement press&#233;e de dire ces paroles : &#8220;O mon Dieu, je vous consacre ma puret&#233; et je vous fais v&#339;u de perp&#233;tuelle chastet&#233;&#8221;. Une fois m&#234;me elle les pronon&#231;a entre les deux &#233;l&#233;vations de la messe. Ainsi donc, sans qu'elle en e&#251;t encore positivement l'intelligence, Marguerite &#233;tait d&#233;j&#224; marqu&#233;e d'un sceau divin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vie et &#339;uvres de Sainte Marguerite-Marie Alacoque. &#201;dition 1920. Tome II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que je situerais le toxique et obsc&#232;ne intrigant. Fruit d&#233;fendu un jour mais fleur &#224; effeuiller qu'on s'autorise d&#232;s la naissance. Voil&#224; ce qui faisait d&#233;j&#224; courir l'amour du p&#232;re pieux au temps de notre double naissance entrav&#233;e et &#233;chafauder pour le d&#233;sirable &#224; venir un d&#233;ni auquel, on l'a vu, je ne serai finalement pas qu'insoumise. Est-ce pour s&#233;quelles de l'amour qu'en fin d'enfance je portais &#224; son &#234;tre-dit-fou de Glain-Sainte-Anne ? Est-ce pour l'expiation des coups de pieds, qu'il envisageait pour moi cet &#233;tat et que je ne me r&#233;volterai que pour une part ? Lui qui l'avait d&#233;clar&#233;e morte lorsque son r&#226;le ineffable permettait le bapt&#234;me ? L'autorit&#233; de sa signature au pied de l'acte l'a quelque part enterr&#233;e agonisante en m'entra&#238;nant dans le sillage. Mais o&#249; ? Au pied de la lettre de son nom propre en tout cas. Quant au long et lent temps de ma vie qu'il m'aura souvent fallu tuer pour qu'il passe, il n'aura pas &#233;t&#233; sans se passer &#224; rendre sa demie heure de vie vol&#233;e &#224; mon infime Autrelacs si ind&#233;licatement ensevelie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH653/9_sottiaux_obj-17cda.jpg?1772190392' width='500' height='653' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'Objet 5 B
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 116 x 89 cm, I 2014, Collection priv&#233; Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;Que devient le p&#232;re &#224; la fin de l'analyse ? C'&#233;tait la question pivot de M. Safouan. Pour l'heure, il vient juste de lui &#234;tre donn&#233; d'appara&#238;tre, tel qu'en lui-m&#234;me les circonstances transf&#233;rentielles de mon analyse l'ont r&#233;v&#233;l&#233; : l'homme au nom de la M(m)arguerite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dix-huit ans, je suis rh&#233;toricienne. Apr&#232;s les vacances d'&#233;t&#233; j'entre &#224; l'Universit&#233;. C'est &#224; la ville de N&#244;, le compositeur contemporain. C'est le d&#233;but adulte de la suite. Ma meilleure amie entre au couvent pour faire son noviciat dans une ville des Flandres. Nous allons une derni&#232;re fois cueillir des gerbes de saints Jean dans les champs de notre campagne famili&#232;re, juste avant le temps des bl&#233;s. Deux brass&#233;es de saints Jean. Je ne sais plus &#224; qui elle r&#233;servait la sienne. Sans doute au ch&#339;ur de l'&#233;glise paroissiale. Je suis all&#233;e dire au revoir &#224; &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, la professeure de grec avec ma brass&#233;e d&#233;chirante, &#233;videmment cueillie &#224; son intention. C'&#233;tait peu de dire la mort dans l'&#226;me. Potlatch, elle me lira et me donnera un po&#232;me qu'elle avait &#233;crit &#224; mon intention, un po&#232;me pour la route. Un demi-si&#232;cle durant il ne me quittera pas. Un jour de mis&#232;re, je l'ai d&#233;chir&#233;. C'est en d&#233;composition que j'ai franchi la porte sans retour de sa chambre qu'elle m'avait ouverte pour la premi&#232;re fois et pour la derni&#232;re conversation &#224; l'Institut. Cinq ann&#233;es de conversations s'&#233;taient pass&#233;es sur le pas de cette porte. Je n'ai pas su dire que je l'aimais. Mon mutisme ce jour-l&#224; scellait les al&#233;as qu'auraient &#224; affronter les d&#233;finitions de mon d&#233;sir. Mais je l'affirme ici, c'est &#224; cause d'elle qui m'avait appris le go&#251;t &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt; et la pratique de la beaut&#233; durant le temps de nos apr&#232;s-cours, que ceux-ci seront un jour dantique. D'antique origine cette passion et son d&#233;sir qui m'auront fait rencontrer un certain masculin. Agathonien et besogneur, tel que le transfert aura &#224; le rejouer dans la cure. L&#224; o&#249; celui de mon p&#232;re aura &#233;t&#233; radicalement tourn&#233; vers Dieu. Ci-g&#238;t finalement la petite diff&#233;rence radicale. Celle qui me rendrait diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224; initia la hantise qui, si souvent m'a saisie en quittant la s&#233;ance chez M. Safouan, d'avoir un jour &#224; franchir sans retour la porte du psychanalyste. Sans avoir dit &#8211; c'est ici fait &#8211; la passion que je portais &#224; sa parole en s&#233;ance, le mus&#233;e que j'ai produit pour y r&#233;pondre sans indignit&#233;. Dire que sa parole reste irrempla&#231;able et que j'en suis orpheline. Dire aussi que la rencontre avec le d&#233;sir d'analyste que supportait sa personne immens&#233;ment humaine, aura &#233;t&#233;, apr&#232;s celle de &lt;i&gt;Phi&lt;/i&gt;, la professeure, la rencontre que la vie qui sait se faire prier, m'aura r&#233;-accord&#233;e. La travers&#233;e fut prodigieuse. Merci Monsieur Safouan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'avait dit, durant que nous cherchions la place du tableautin : &#8211; Je vous inviterai &#224; d&#233;jeuner ! Il me signifiait ma cure avec fin et la fin de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner n'aura pas eu lieu. Mais le Banquet, lui, ces huit ann&#233;es durant, a irr&#233;futablement eu lieu. &lt;i&gt;Je ne serai qu'une bouche !&lt;/i&gt; avait-il interpr&#233;t&#233; lorsque je disais : &#8211; &lt;i&gt;Regardez ma femme /Regarder m'affame&lt;/i&gt;. Il s'est bien agi dans cette travers&#233;e d'une passion platonicienne (&lt;i&gt;Regarder m'afemme&lt;/i&gt; pourrais-&#233;crire) port&#233;e &#224; son pinacle par un amour de, sur et par la seule parole, la langue, la lettre, la voix comme cause et fin de notre entreprise de v&#233;rit&#233; mi-dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aujourd'hui que le lieu de la cure psychanalytique pour que ce d&#233;sir de d&#233;sirant trouve &#224; s'accomplir, Phila professeure en avait bien l'id&#233;e qui m'avait, avec les passions &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt; et Acropole, ouvert la voie. Il faut reconna&#238;tre que cela n'a jamais emp&#234;ch&#233; les morsures du d&#233;sirable de s'emparer de l'&#234;tre-et-avoir corps de ce d&#233;sirant-l&#224;. L'imagerie baroque du g&#233;nial Bernin, la fl&#232;che, le &lt;i&gt;putto&lt;/i&gt; et la sainte en ses drap&#233;s, ne permettent pas d'en douter. Le terrible d&#233;sirable chez le d&#233;sirant reste la cause de toute cette affaire. Alcibiade au Banquet d'ailleurs, ne manque pas d'en revendiquer la reconnaissance &#224; Socrate qui &#233;coute Agathon. On peut penser que survolant ce r&#233;cit, une certaine diotimie veille &#224; la mesure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me revient &#224; l'instant du c&#244;t&#233; des fleurs que le saint Jean est en Belgique le nom de la marguerite. Une derni&#232;re fois, il aura fallu que je d&#233;cline au f&#233;minin le pr&#233;nom masculin, ici de la saintet&#233; mystique, &#224; l'instar des noms de couple et de p&#232;re d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le Carmel de Lisieux, mon p&#232;re avait r&#234;v&#233; de la voie mystique d'un saint Jean de la Croix/Marguerite Alacoque pour mon d&#233;sir. Au Mont Saint-Michel le lendemain je choisissais pour mon d&#233;sir, contre-et-&#224;-cause de l'amour de ce p&#232;re-l&#224;, la voie antique et gentille, historique et philosophique de la beaut&#233; comme bout du compte de l'amour. Cette voie qui s'est pratiqu&#233;e au Banquet de la cure avec M. Safouan.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;78&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH658/10_sottiaux_obj-27ef7.jpg?1684253138' width='500' height='658' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'Objet 5 A
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 116 x 89 cm, XI 2013, Collection priv&#233;e Gen&#232;ve.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;br&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;p&gt;A l'instant, mon r&#233;cit garde au c&#339;ur, de ce temps, une plaie ouverte. Celle du &lt;i&gt;Juste&lt;/i&gt; perdu que jusqu'ici j'ai omis d'&#233;voquer alors que c'est de pair avec lui que j'ai men&#233; ma cure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est de ce temps-l&#224;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Que je garde au c&#339;ur&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Une plaie ouverte !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &lt;i&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; dit mieux qu'une oraison de Marguerite au c&#339;ur sacr&#233; ce que fut ce temps-l&#224; de la plaie ouverte qui me conduisit &#224; la premi&#232;re cure. Tarauder ici l'aiguillon de cet inachev&#233;, m&#234;me s'il inconforte un peu la cadence de mon d&#233;bit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps des cerises unique avait &#233;t&#233; celui de ma passion de jeune adulte pour la recherche universitaire. Juste mari&#233;e et m&#232;re, je devenais chercheure en musicologie. L'objet absolu de la r&#233;jouissance m'est ainsi tomb&#233; dessus, &#233;tranger &#224; tout le reste, le pouvoir d'&#233;blouissement jusqu'&#224; l'extase (d&#233;velopp&#233;e ailleurs), aux champs de fouilles et de trouvailles que furent les manuscrits et parchemins de sublime graphie enlumin&#233;e pour la musique et des d&#233;p&#244;ts d'archives saoulantes pour les textes. L'odeur enivrante des papiers-grimoires, paperolles, liasses, recueils, registres et autres supports d'un demi mill&#233;naire d'&#226;ge, dans des lieux qui &#233;taient autant de puits d'un silence tout aussi antique. J'y devenais une r&#233;surrectrice, je ramenais &#224; la vie des bribes gisant aux limbes d'&#234;tres et de sons, de voix qui avaient fait et allaient refaire la renaissance. La Grande et la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Universit&#233; assez vite me fera savoir qu'elle n'avait plus les moyens de ma passion. La perte de mon r&#233;surrectorat, l'ensevelissement du monde des trouvailles et des offrandes savantes qui vous font flirter avec la pratique du saint sacrement de recr&#233;ation, m'am&#232;neront &#224; Paris, chez les psychanalystes jungiens d'abord, les freudo-lacaniens, lacaniens et topologues jusqu'&#224; ce jour du 3 juin, juste pour que la psychanalyse me prive d'en mourir.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de ce pouvoir-l&#224; m'&#233;tait venu t&#244;t, d&#232;s la corbeille de mariage o&#249; l'&#233;poux Pygmalion m'avait offert &lt;i&gt;Juste ou la qu&#234;te d'H&#233;l&#232;ne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Thiry, Juste ou la qu&#234;te d'H&#233;l&#232;ne, La Renaissance du livre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, roman po&#233;tique fantastique qui mod&#233;lisera mon go&#251;t du travail dans les archives et dans la cure, une qu&#234;te qui connecta mon syst&#232;me de curiosit&#233; efficace &#224; un livre. De nouveau. Les pouvoirs inou&#239;s de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit faustien se d&#233;roule dans la Saxe des ann&#233;es 1830.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste y est cet enfant blond &#224; l'allure singuli&#232;rement divine. &#192; l'instar de sa m&#232;re, Il est marqu&#233; au front d'une petite lune noire. Il est le fils que Faust a eu avec la reine H&#233;l&#232;ne de Sparte. Celle que son savant art des transmutations, alli&#233; au pacte sign&#233; avec le Diable, lui avait donn&#233;e, pour un temps donn&#233; et pour prix de son &#226;me. La nuit de terreur o&#249; l'enfant Juste Faust trouve au sol son vieux p&#232;re au cou tordu par Satan et ne retrouve pas sa m&#232;re dans la maison, il va se mettre en qu&#234;te de sa retrouvaille. Il voit sur une sc&#232;ne de bateleurs th&#233;&#226;treux se jouer &#224; la ville, sur le mode de la moquerie rustaude, l'ancien mythe du docteur Faust et H&#233;l&#232;ne de Troie, o&#249; il pressent retrouver son histoire. Adolescent, il entame de l&#224; sa recherche, poursuit la trace de sa m&#232;re, dans la Saxe de son enfance, &#224; la cure du savant pasteur dont la biblioth&#232;que l'&#233;merveillait, plus tard &#224; l'Universit&#233; de Cologne dans tous ces grands livres, manuscrits et incunables de l'&#233;poque avec des ma&#238;tres renomm&#233;s. Tout cela, ces pratiques ravissantes du savoir dont la perte m'accablera car la lecture de &lt;i&gt;Juste&lt;/i&gt; avait fait de moi pour toujours une poss&#233;d&#233;e de son syst&#232;me de qu&#234;te de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, je ne publierai pas, comme l'Acad&#233;mie Royale de Belgique me le demandait, mes recherches en musique dont elle avait couronn&#233; les r&#233;sultats, pour lesquelles j'avais re&#231;u le prix et l'agent du prix, comme le stipulait le r&#232;glement du Concours. Cette impossibilit&#233; de conclure qui n'a cess&#233; de me tenir, jusqu'&#224; cette cure s'achevant au fil de cette derni&#232;re s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sur les p&#233;r&#233;grinations de Juste, les labeurs, les rencontres enchanteresses et malheureuses qu'il fera au long de sa qu&#234;te savante, en exceptant cependant celle d'une jeune Marguerite paysanne. D&#233;positaire des amours de son ascendance olympienne, il d&#233;clinera, avec une jeune sagesse deux fois mill&#233;naire, les r&#234;ves d'effeuillages de la fille au nom de fleur des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fantastiquement et par les livres, il se savait petit-fils du Cygne s&#233;ducteur et de L&#233;da la d&#233;sirable, qui avait mis au monde deux paires de jumeaux immortels : H&#233;l&#232;ne et Clytemnestre, Castor et Pollux. Il lui suffisait de lever les yeux vers la nuit c&#233;leste pour retrouver ses fr&#232;res d'Immensit&#233;. Deux paires qui suffirent amplement &#224; me faire choisir la voie de la recherche justienne comme ind&#233;passable r&#233;jouissance g&#233;melle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19549 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH609/11_sottiaux_ana-aa8a1.jpg?1684741276' width='500' height='609' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anastomose 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 100 x 81 cm, VII 2013.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu placer ici cet apart&#233; sans savoir s'il convient &#224; l'&#233;quilibre de ma r&#233;daction mais il situe, en un paragraphe comme en mille, cette &lt;i&gt;plaie ouverte du temps des cerises&lt;/i&gt; dont, pour rien au monde, je n'aurais voulu, jusqu'&#224; cette cure et cette reconnaissance de &lt;i&gt;Juste&lt;/i&gt;, qu'elle se referme. Celle de lui rende le d&#251; d'avoir pu &#234;tre &#224; mon tour une mani&#232;re de &#171; Juste &#187; pour rejouer avec la cure-qu&#234;te, la catastrophe intime de la recherche r&#233;ssurectrice perdue, comme passion premi&#232;re et derni&#232;re de mon existence et de la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiens d'&lt;i&gt;Histoire de la Folie&lt;/i&gt; de Michel Foucault, au chapitre de &#171; la grande Peur &#187;, o&#249; il cite Pressavin, Tissot et d'autres multiples guillemets ouverts et ferm&#233;s, que c'est du XVIIIe au XIXe si&#232;cle, qu'elle date et se surpasse : cette folie qui vient, aux femmes surtout, avec la multiplication des romans depuis cent ans, dont la lecture assidue leur fait perdre tout sens de l'imm&#233;diatet&#233;. En bref : &#171; Une fille qui &#224; dix ans lit au lieu de courir doit &#234;tre &#224; vingt ans une femme &#224; vapeurs et non une bonne nourrice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci que j'ai relat&#233; &#8211; les passions &lt;i&gt;Juste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Sparkenbroke&lt;/i&gt; qui ont fond&#233; mon &#234;tre et mon r&#233;cit &#8211; et les mots que j'ai trouv&#233;s pour les dire, je me plais &#224; penser qu'aujourd'hui encore, deux si&#232;cles apr&#232;s leur d&#233;nonciation, elles peuvent bien &#234;tre de l'ordre des vapeurs. &#199;a n'emp&#234;che pas la v&#233;rit&#233; fictionnelle d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Profession psychanalysante &#224; Paris, ce sera, pour ne pas p&#233;rir de la perte du r&#233;ssurectorat, devenir chercheure &lt;i&gt;&#233;s&lt;/i&gt; Je &#8211; le sujet. Chercheure de trouvailles &#224; mon encontre, affam&#233;e. La seule carri&#232;re, par la dur&#233;e, de ma vie. J'en ai d&#233;ploy&#233; le r&#233;cit sur la basse continue de &#171; l'identification &#224; l'amour du p&#232;re &#187;, notifi&#233;e par Freud dans son sch&#233;ma de la lettre 52 &#224; Fliess, parce c'est &#224; ce moment de mon arriv&#233;e &#224; Paris que je relisais &lt;i&gt;Juste&lt;/i&gt; et que ce p&#232;re, d&#232;s alors veuf, &#233;tait devenu, lui, un chercheur &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; Dieu, l'autre Immortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il disait parfois &#224; table : &#8211; Si je survis &#224; votre m&#232;re, j'entrerai &#224; la Trappe ! Ce qu'il ne fit pas lorsqu'elle mourut, jeune, alors qu'il &#233;tait de surcro&#238;t son a&#238;n&#233; de onze ann&#233;es. Il s'installa dans le nouvel appartement qu'ils avaient achet&#233; sur plan, dans un parc idyllique, le r&#234;ve de leur fin de vie qu'elle ne conna&#238;tra pas. Il en fit sa Trappe, ce fils de mineur pieux du Minist&#232;re des Finances et qu'on disait vieux gar&#231;on jusqu'&#224; son mariage tardif &#224; trente-quatre ans, avec une jeune beaut&#233; paysanne. Sa Marguerite de l'&#233;poque. J'ai bien fait du mien un ermitage. Il a r&#233;alis&#233; son r&#234;ve de Carme d&#233;chauss&#233;, si j'en crois sa biblioth&#232;que spirituelle tr&#232;s annot&#233;e, son incursion audacieuse du c&#244;t&#233; de Teilhard de Chardin, son attachement particulier au livre d'Isa&#239;e, sa correspondance avec un Prieur de l'Ordre, les dons qu'il fit de certains de ses avoirs &#224; des Institutions r&#233;guli&#232;res choisies. Tout cela qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; au moment de sa disparition lorsque je rangeais ses livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; sa voisine, veuve de palier et le cercle de leurs connaissances, ils &#233;voquaient &#224; ses fun&#233;railles un saint homme dont les mani&#232;res de pr&#234;ches qu'ils organisaient autour de sa parole chez l'un et chez l'autre, avaient le don de les r&#233;conforter infiniment. Ils n'eurent de cesse d'en redemander. Ils en &#233;taient orphelins. Et de m'attirer, la voisine, &#224; l'&#233;cart des autres, pour me glisser la chose comme un secret : &#8211; Il vous admirait tellement, Madame, vous sa fille artiste ! Il ne se lassait pas de le dire et redire, durant le temps des dix ann&#233;es que durera sa vie de Carme au c&#233;libat retrouv&#233;, &#224; sa Trappe intime r&#233;invent&#233;e. En effet, dans la chambre &#224; coucher, fun&#233;raire pour l'occasion, &#233;tait accroch&#233; au mur l'immense Discobole antique grandeur nature que j'avais peint &#224; dix-sept ans et qui voisinait d&#233;sormais avec, sur la coiffeuse, l'image de sainte Th&#233;r&#232;se en ses noces christiques et la photo de son mariage avec ma m&#232;re, sa femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Moi aussi, j'&#233;tais un artiste, m'a-t-il murmur&#233; avec difficult&#233; dans un souffle de confidence, quasi un r&#226;le et pour derni&#232;re parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8230; Pour ce qui est de la fille &#8230; elle sent qu'elle est pour son p&#232;re le fruit d&#233;fendu. Il l'admire, il ne fait rien de r&#233;pr&#233;hensible &#8230; Elle peut passer toute sa vie comme le fruit d&#233;fendu, pas seulement le temps d'une analyse&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis Juste Sparkenbroke, la fille Dill au masculin, peintre et chercheure &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; Je, d'un p&#232;re au d&#233;sir de Carme d&#233;chauss&#233;. Voil&#224; ce qui m'a Trapp&#233;e. Fille d'un sujet qui se sera voulu d&#233;sirant &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; Dieu, hors d&#233;sirable &#224; la ville, en famille, en pri&#232;re, en veuvage. En somme, la fille d'un d&#233;sir paternel, dont le genre s'est g&#233;mell&#233; au d&#233;sir d'analyste, celui que j'ai pratiqu&#233; &#224; l'i-d'antique pour que tienne envers et contre tout mon identification. &#192; l'identique de celui de mon psychanalyste sans lequel, jusqu'&#224; ce 3 juin 2020, je me suis dite n'&#234;tre rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et voil&#224;, citerai-je volontiers, pourquoi votre fille est muette !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet amour du p&#232;re-l&#224;, j'ai rendu son d&#251; en signant de son nom propre, repris avec le divorce, les toiles de mes cures. La dette est apur&#233;e. Il peut bien &#234;tre mort et la cure achev&#233;e. Un livre d'art se pr&#233;pare et s'y ajoute, auquel participeront des psychanalystes, pour favoriser une dispersion du mus&#233;e-Ermitage qui ne soit pas vaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est publi&#233; depuis : Nicole Sottiaux ou le d&#233;sir de l'analyste, Paris, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19548 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12_sottiaux_cons_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH498/12_sottiaux_cons_12-898f6.jpg?1772190392' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Construction 12
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;huile sur toile, 50 x 50 cm, XII 2013, Collection priv&#233;e Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;On y est. Au mois de septembre, j'ai d&#233;pos&#233; le tableautin devant la porte du psychanalyste &#8211; covid insiste &#8211; et je ne l'ai plus revu. Les courriels qu'Ismail Safwan adressait au monde psychanalytique de son entourage et que j'avais commenc&#233; de recevoir en &#233;t&#233;, ne laissaient aucun doute. La porte sans retour de la cure avait &#233;t&#233; franchie le 3 juin sans qu'on le sache. J'ai confi&#233; au clavier puis au papier, peut-&#234;tre un jour &#224; vous, lecteur inconnu s'il s'av&#233;rait, le temps passant, que je ne l'ai pas seulement &#233;crit pour mon tiroir, j'ai confi&#233; la v&#233;rit&#233; partielle et partiale de son seul mi-dire possible. Pour l'heure, r&#233;ussir l'&#233;chec du d&#233;sirable chez le d&#233;sirant auquel je me suis livr&#233;e jusqu'ici, serait juste de reconna&#238;tre aux toiles d'&#234;tre aujourd'hui les D&#233;sirables, les Bienveillantes, les &lt;i&gt;Eum&#233;dides&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec Agamemnon et les Cho&#233;phores, ces trois trag&#233;dies forment l'Orestie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de cette histoire.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Juillet 2020 - Avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Addendum&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il me semble que le deuil de Moustapha Safouan s'ach&#232;ve, apr&#232;s bient&#244;t deux ans, tandis que d'autres trouvailles et des sculptures &#233;mergent, encore &#233;crites et dress&#233;es en papier pour mon tiroir. Cette &#233;criture questionne l'homme-fr&#232;re (Oreste-&#201;lectre), l'homme p&#232;re &amp; fr&#232;re (&#338;dipe-Antigone) avec la question du d&#233;sir fraternel dont, dans ce texte-l&#224;, je ne puis emp&#234;cher que s'y impose la question, la trace, la recherche d'un trait d'inceste pensable &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'&#233;mergence spontan&#233;e de la s&#233;rie des sculptures qui je titre : &lt;i&gt;Antigone, de la tunique au linceul&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH432/antigone-4f839.jpg?1684741276' width='500' height='432' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de la s&#233;rie : Antigone de la tunique au linceul
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Deux sculptures papier coton, 2022, h 70 cm (tunique) et h 50 cm (linceul).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ach&#232;ve ici de lire la pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;Jacques Lacan et la question de formation des analystes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. SAFOUAN, Jacques Lacan et la question de la formation des analystes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'y rel&#232;ve :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8230; avec l'accent mis par Lacan sur le d&#233;sir de l'analyste, au sens que je viens d'expliciter, la question se pose de savoir s'il est possible qu'un analysant s'identifie au d&#233;sir de l'analyste tout en &#233;tant loin d'&#234;tre &#224; m&#234;me d'articuler ce en quoi il consiste. Je r&#233;pondrais que oui mais non sans noter que ce qui est possible ne fait pas n&#233;cessairement loi &#187;.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Safouan r&#233;pondait &#224; cet endroit &#224; la question de la possibilit&#233;, propos&#233;e par la psychanalyste &#201;lisabeth Leypold, qu'existe cet ordre d'identification-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage est sorti de presse un an apr&#232;s la disparition de M. Safouan, lu par moi deux ans apr&#232;s, mais sign&#233; et dat&#233; d&#232;s novembre 2019, au temps o&#249; je le rencontrais encore. Rarement. En une phrase, comme moi en les mille et une de ce texte o&#249; je me suis efforc&#233;e de d&#233;finir les contours de cette identification et d'en t&#233;moigner, ces deux psychanalystes &#233;noncent la v&#233;rit&#233; de mon transfert. Cette cure aura bien &#233;t&#233; celle de mon identification originelle &#224; ce &#171; d&#233;sir de l'analyste &#187; dont il a tant &#233;t&#233; question (mode lacanien de l'identification) sous-tendue par celle de &#171; l'amour du p&#232;re &#187; (mode freudien). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte et le temps ayant pass&#233;, je peux m&#234;me dire que le d&#233;sir de cet analyste-l&#224; aura &#233;t&#233; au plus proche de cet haut-re d&#233;sir, th&#233;oris&#233; en 1973 par Jacques Lacan dans le S&#233;minaire XX : celui, baroque, de la femme pas-toute d'&lt;i&gt;Encore&lt;/i&gt;, de Jean de la Croix et du Bernin &#224; la fl&#232;che en ses drap&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Encore, op. cit., note 10, p. 4.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La boucle est boucl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'issue de cette passion partag&#233;e pour le travail dans la cure avec Moustapha Safouan, je conclurai ce texte de deuil et de reconnaissance du d&#233;sir des deux partenaires, en en r&#233;troversant &#224; cet endroit le titre pour un l'avenir : Telle Juste, sans le d&#233;sir trouvailleur du psychanalysant je ne suis rien. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
N.S. d&#233;cembre 2022 - janvier 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Safouan, S. Fr&#233;rot, &lt;i&gt;L'inconscient &#224; demi-mot&lt;/i&gt;, Entretiens et autres textes, &#233;ditions des Cr&#233;puscules, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Millot, &lt;i&gt;La vie avec Lacan&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, L'Infini, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Du signifiant-ma&#238;tre &#224; la reconnaissance du plan projectif &#187;, dans Michel Bertheux, Guy-Robert Saint-Arnaud, Nicole Sottiaux, Jean-Michel Vappereau, &lt;i&gt;Lu&lt;/i&gt;, le pliage du sch&#233;ma de Freud, Paris, Topologie en Extension, 1991, pp.128 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicole Sottiaux, &lt;i&gt;Ut&#233;ron le N&#339;ud&lt;/i&gt;, Variations chromatiques et borrom&#233;ennes sur le n&#339;ud math&#233;matique du double enlacement, Exposition de vingt-deux huiles sur toile, un collage, un dessin et un f&#233;tiche Vaudou FON du B&#233;nin, &#224; la Galerie Jean Briance, Paris, septembre 2019, catalogue-coffret manuscrit en XXI exemplaires num&#233;rot&#233;s. Aujourd'hui &#233;dit&#233; dans : &lt;i&gt;Nicole Sottiaux ou le d&#233;sir de l'analyste&lt;/i&gt;, Pr&#233;face de Christian Hoffmann, Lelivredart, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;Encore&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1973, p. 70-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Safouan, &lt;i&gt;Le langage ordinaire et la diff&#233;rence sexuelle&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2009, pp. 121-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Safouan, Sylvain Fr&#233;rot, &lt;i&gt;L'inconscient &#224; demi-mot, op. cit&lt;/i&gt;., p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 52-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Safouan, Ch. Hoffmann, &lt;i&gt;Questions psychanalytiques&lt;/i&gt;, Paris, Hermann &#201;diteurs, 2005, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;La vie sexuelle&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 7e &#233;d., 1985, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;chrysostome, bouche d'or.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233;ologisme, Molubdostome bouche de plomb. Le mot est aussi inhospitalier que le minerai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une couple de soufflets&lt;/i&gt; &#233;gale aujourd'hui &#224; &lt;i&gt;une paire de baffes&lt;/i&gt;. Parce qu'aujourd'hui, on est moins regardants, dans la mesure o&#249; on dit paire pour tout ce qui va n&#233;cessairement ensemble : &lt;i&gt;une paire&lt;/i&gt; de gants. Wikitionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les petites diff&#233;rences proph&#233;tiques chez les jumeaux homozygotes, d&#233;couverte majeure d'Arnold Gesell, psychologue de l'Universit&#233; de Yale (1937) qui s'int&#233;resse peu &#224; la question des jumeaux dont la th&#233;orie s'int&#233;resse surtout au fait qu'ils sont des couples, c'est-&#224;-dire avant tout des identiques. Voir R. Zazzo, &lt;i&gt;Le paradoxe des jumeaux&lt;/i&gt;, Stock, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Infra&lt;/i&gt;, l'identit&#233; de &lt;i&gt;Unetelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Vie et &#339;uvres de Sainte Marguerite-Marie Alacoque&lt;/i&gt;. &#201;dition 1920. Tome II, Autobiographie, pp. 29-30. Ouvrage publi&#233; par la Visitation de Paray-le-Monial, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; totalement refondu et notablement augment&#233; par Mgr Gauthey, archev&#234;que de Besan&#231;on. Trois volumes in-8&#176;, Librairie J. de Gigord, 15, rue Cassette, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Thiry, &lt;i&gt;Juste ou la qu&#234;te d'H&#233;l&#232;ne&lt;/i&gt;, La Renaissance du livre, Bruxelles, 1953. Secr&#233;taire perp&#233;tuel de l'Acad&#233;mie de langue et de litt&#233;rature de Belgique. Po&#232;te, nouvelliste, romancier, , homme politique, dont Paul &#201;luard disait : &#8211; Comment, vous ne le connaissez pas ? Ce n'est pas possible. C'est un des po&#232;tes les plus remarquables d'aujoud'hui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est publi&#233; depuis : &lt;i&gt;Nicole Sottiaux ou le d&#233;sir de l'analyste&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. Lelivredart, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec &lt;i&gt;Agamemnon&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;les Cho&#233;phores&lt;/i&gt;, ces trois trag&#233;dies forment &lt;i&gt;l'Orestie&lt;/i&gt; d'Eschyle, la trilogie des Atrides.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. SAFOUAN, &lt;i&gt;Jacques Lacan et la question de la formation des analystes&lt;/i&gt;, pr&#233;sentation de Christian Hoffmann, 2de &#233;dition, Paris, Hermann, 2021, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;Encore, op. cit.&lt;/i&gt;, note 10, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frontispice&lt;/strong&gt; : Nicole Sottiaux &#8212; Paestum le regard 3, huile sur toile, 60 x 81 cm, VII 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le S&#233;nat pr&#233;sente Nicole Sottiaux au Pavillon Davioud, &lt;i&gt;Droites et courbes huiles sur toile et collages, 2011 - 2014&lt;/i&gt;, disponible au S&#233;nat et chez l'auteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nicole Sottiaux &#8212; &lt;i&gt;Du module &#224; la figure&lt;/i&gt; &#8212; Texte de Jean-Louis Poitevin et Avant-propos de Christophe Henry, 2016 &#8212; TK-21 &#201;dtions, disponble chez Tschann et chez l'auteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Nicole Sottiaux et le d&#233;sir de l&#8216;analyste&lt;/i&gt;, Pr&#233;face de Christian Hoffmann, textes de P. Castex Menier, Jeanne Lafont, W. Lambersy, J.-L. Poitevin, N. Sottiaux, Paris, &#201;d. Lelivredart, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'ensemble de l'iconographie de l'artiste voir : &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Louis Poitevin, &lt;i&gt;Nicole Sottiaux, Du module &#224; la figure&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.tk-21.com/Nicole-Sottiaux-Du-module-a-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;TK-21 LaRevue N&#176; 66&lt;/a&gt;, f&#233;vrier 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Louis Poitevin, &lt;i&gt;Variations chromatiques et borrom&#233;ennes&lt;/i&gt;, Note sur les derni&#232;res &#339;uvres de Nicole Sottiaux, &lt;a href='https://www.tk-21.com/Variations-chromatiques-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;TK-21 LaRevue n&#176;119&lt;/a&gt;, mai 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann &#8212; III/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-III-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-III-III</guid>
		<dc:date>2023-05-27T19:05:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2278-4ee02.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233; &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233; &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;\ C'est quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des peintures de guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es trop con !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On dirait un supporter //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture fait une embard&#233;e. Un bruit de mitraillette sur les bandes de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Putain / Gilles / fais gaffe !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ralentis ! &#231;a sert &#224; quoi d'aller &#224; fond ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Me laisse pas le volant si t'es flipp&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'imagines la gueule de Fourchaume si on se fait choper par les flics ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au mitard&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au mitard !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'as raison // le t'as-raison qui veut dire ta gueule, connard ! j'ai pas envie de crever sur une nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'&#233;claire m&#234;me plus les nationales dans ce pays&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es s&#251;r qu'on peut arriver en pleine nuit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Puisque j'te dis qu'y'a personne //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes cens&#233;s trouver une maison vide. Vous avez travers&#233; la nuit venue des champs de bataille o&#249; miroitent encore quelques feux : BP illumine un petit morceau d'autoroute, buffalo brille. Pass&#233; le p&#233;age ils auraient pu voir, comme toi, lutin, ces enseignes tournoyer, ces fumerolles s'envoler du brasier des discounts qui vous poursuivaient comme un cheval au galop. Il y avait beaucoup de choses dans ta nuit qui auraient pu les faire r&#233;fl&#233;chir, les pousser &#224; la prudence, au repli, aspirer &#224; la paix, mais ils n'ont rien vu, attendant leur guerre, se moquant bien des territoires d&#233;vast&#233;s, des usines en ruine et de la fatigue g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu crois qu'on est les prochains &#224; partir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; chaque fois pareil : c'est d'abord le rima. Apr&#232;s peut-&#234;tre / th&#233;oriquement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bagnole, sans vraiment te calculer, ils se racontent : la base d'Orl&#233;ans, les blind&#233;s, eux un minimum. Tu imprimes sorti de tes r&#234;ves. Gilles est n&#233; &#224; Strasbourg, il n'a quitt&#233; l'Alsace que pour s'engager &#224; vingt-et-un ans. Cent kilos pour un m&#232;tre quatre-vingt, c'est le plus fort des trois. Mustapha vient de la banlieue sud de Paris, sa s&#339;ur lui sous-loue un deux pi&#232;ces &#224; &#201;tampes \ des yeux bleus et une peau de fille, le tombeur. Fabrice habite \ th&#233;oriquement // chez sa copine, mais ses parents lui ont gard&#233; sa chambre aile nord du pavillon achet&#233; sur plan il y a vingt ans dans un trou perdu &#224; quarante kilom&#232;tres d'Amiens \ Fabrice dit \ UNE-CITE-DU-GRAND-OUEST-PARISIEN // golri cet emprunt &#224; radiofrance d'un seul coup. De cette cit&#233; perdue dans les labours s'approche la golf volkswagen. Th&#233;oriquement, les parents confin&#233;s en Espagne, Fabrice peut se permettre de loger ses amis pour une nuit. Il y a un canap&#233;-lit dans le salon et la chambre de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e est inoccup&#233;e. L'&#233;tape chez Fabrice pr&#233;c&#232;de une journ&#233;e &#224; la mer \ Deauville th&#233;oriquement \ une petite d&#233;tente avant le retour &#224; la caserne. Deauville ne m'int&#233;resse pas b&#233;zef, je les laisse &#224; leur programme et rentre en hypnose \ pratiquement rendu &#224; destination il faut que je me rassemble. Quoi ? &#224; un quart d'heure du bar de Sophie grand maximum. Cette proximit&#233;, il serait prudent de la rappeler en temps utile aux amis de Rachid ainsi que le petit d&#233;tour pr&#233;vu demain matin, qui ne les retardera m&#234;me pas d'une demi-heure avant qu'ils ne prennent la route pour Deauville \ sinon tu te d&#233;brouilleras &#224; pied ou en stop. Difficile de pr&#233;voir tr&#232;s &#224; l'avance l'humeur de tes permissionnaires \ improbables soces de Rachid ! J'avoue, Rachid a sans doute de multiples facettes mais comment &#234;tre &#224; la fois antimilitariste, antiflic, antitout et vouloir t'engager dans l'arm&#233;e ? cent pour cent par hasard sous influence ou pour le fric \ trop zarb, il faudra lui en recauser si tu le revois \ sauf que Fabrice, Mustapha, Gilles, o&#249; les aurait-il connus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ T'as vraiment l'air con avec tes lunettes de soleil en pleine nuit. Heureusement que c'est moi qui conduis ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a me repose les yeux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Fermez-la ! vous voyez pas qu'y dort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Laissez dormir le gamin ! merde //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;part qu'ils n'arr&#234;tent pas de s'insulter \ le mieux pour ne pas &#234;tre indirectement pris &#224; partie \ &#231;'aura &#233;t&#233; de faire semblant de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Th&#233;oriquement c'est la deuxi&#232;me &#224; gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu fais chier. T'es s&#251;r ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais th&#233;oriquement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Th&#233;oriquement ou alors&#8230; th&#233;oriquement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J't'encule //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai qu'il irrite, le Fabrice, avec ses th&#233;oriquement \ pas trop courant comme tic \ manie de flipp&#233; par excellence \ mais tu &#233;viteras de heurter sa susceptibilit&#233; car en pratique sa langue se d&#233;lie en un quart de tour \ d&#233;vergond&#233;e \ grande gueule et bons r&#233;flexes que ses copains testent prudemment, m&#234;me quand il se paume dans sa propre cit&#233; et les encule pour cacher la tehon \ tu r&#234;ves ! J'avoue, si tu entrouvres les yeux, ce n'est pas compl&#232;tement de sa faute : la v&#233;rit&#233; tu ne quittes pas un espace urbain aussi neutre pour revenir impun&#233;ment en touriste, au retour la m&#233;moire le rejette enti&#232;rement, ton espace, il manque de rep&#232;res, d'une &#233;glise, une couleur, un bar tabac, un tranchant &#224; quoi te fier \ n&#233;gliger d'y vivre et y revenir apr&#232;s plus d'un mois, c'est accumuler les erreurs, t'exposer &#224; errer sans fin, le propre de l'homme sans GPS \ la v&#233;rit&#233;, c'est qu'un tel territoire tu en es d&#233;poss&#233;d&#233;, il n'est plus permis de t'y mouvoir librement, tu dois abandonner ton sort &#224; la machine et lui faire confiance, ali&#233;n&#233; cent pour cent. TH&#201;ORIQUEMENT tu arrives &#224; bon port \ les maths pareil, tu fais confiance &#224; ton axiome et tu braves sans probl&#232;me toutes les sinuosit&#233;s que Carapelli te r&#233;serve, l'esprit s'engage te gardant des erreurs et des difficult&#233;s. Sauf &#224; d&#233;montrer par l'absurde, tu choisis une route et tu la prends, le doute se dissipe &#224; coup d'exercices et la nuit th&#233;oriquement finit par s'&#233;clairer \ j'avoue ! tu es toujours surpris : &#224; moins d'en rester aux mensonges des premi&#232;res ann&#233;es d'apprentissage, rien ne se passe jamais comme pr&#233;vu. &#192; force de diss&#233;quer des probl&#232;mes, tu l&#226;ches un peu tes tables de calcul et si tu crois trouver des solutions qui de loin semblent solides, comme dit Carapelli, tu comprends qu'elles ne reposent que sur des bases provisoires \ conventions que ces lois universelles qu'on met sur le dos des sciences pour se rassurer ! Les soi-disant grandes d&#233;couvertes ne rassurent que par ce qu'elles allument de vague compr&#233;hension et d'espoir dans l'&#339;il des cong&#233;n&#232;res mais la v&#233;rit&#233; c'est un jeu de bluff o&#249; tu relativises // vachement. Dans toutes les \ disciplines // tu captes vite fait que le s&#233;rieux, le respect d&#251; &#224; tes pairs et la logique sont secondaires, la v&#233;rit&#233; est secondaire, tu mod&#232;res tes ambitions, tu te contentes d'approximations pour continuer d'avancer \ Il faut avancer // &#233;crit plusieurs fois William dans ses carnets, est-ce qu'il veut dire faire confiance ? esp&#233;rer que les informateurs ne t'ont pas tromp&#233; \ car tu ne pourras recouper que plus tard \ forc&#233; d'avancer avant de pouvoir &#233;tayer tes articles \ un sbeul de charognards pour tous les reporters \ pas un m&#233;tier pour toi babtou fragile et timide.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant tu restes cool m&#234;me quand la Volkswagen manque &#233;craser cet alcoolo cingl&#233; qui d&#233;lire en plein milieu de la route titubant dans les phares comme un lapin myxomateux, et si la maison que tu devais trouver vide est &#233;clair&#233;e de l'int&#233;rieur et la porte d'entr&#233;e ouverte, avant que la la golf se range, et qu'une silhouette de femme se dresse dans le rectangle de lumi&#232;re orange \ que la place est donc prise impr&#233;visiblement. Dans le contrejour tu distingues un jean sombre et le bleu roi d'un sweat-shirt, des cheveux blonds coup&#233;s court, de petits yeux qui fouillent la nuit \ plus besoin : par nappes fluctuantes l'&#233;clairage automatique r&#233;veille les parterres de rosiers multicolores qui bordent la fa&#231;ade. Tes pupilles accommodent. Une maison de plain-pied. Une porte, une fen&#234;tre, un garage. Un muret pav&#233; de granit, une barri&#232;re de laquelle ont commenc&#233; &#224; se d&#233;coller de petits rectangles argent&#233;s, marqu&#233;s WHITE POLYVINYL CHLORYD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est H&#233;l&#232;ne, ma s&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle est pas mal, dis donc !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Allez on y va ! et vous &#234;tes dispens&#233;s de commentaires //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vocable de prof \ est-ce qu'en pr&#233;sence de sa s&#339;ur le langage de Fabrice se normalise ? possible qu'en famille le m&#226;le cisgenre s'abstienne d'enculer \ pas axiomatique. Nos porti&#232;res claquent presque &#224; l&#8216;unisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieux nous attend debout dans le salon \ plus de trente ans &#224; coup s&#251;r, un peu maigre, avec des lunettes carr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ziad //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix de basse, un demi sourire \ au moins dix ans de plus que les autres mais pas assez pour un p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui. Je te pr&#233;sente Ziad. Fabrice, mon fr&#232;re. Et&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Gilles&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mustapha&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que vous avez sur le visage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! merde. Pardon, bafouille Gilles, qui &#233;tale d'un revers les guillemets de couleurs rouge et verte qui marquent son visage. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est de la peinture&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des peintures de guerre, pr&#233;cise Mustapha navr&#233; ? par la touche de son camarade&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous pouvez vous d&#233;barbouiller dans la salle de bain. &#199;a fait un peu peur, non ? reprend H&#233;l&#232;ne &#224; l'adresse de son fr&#232;re. Et lui, c'est qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Peter, dis-je &#224; mon tour //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voici dans la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un petit fr&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il fout avec vous, alors ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On l'a pris en stop. &#192; Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un gamin, vous &#234;tes malades&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai quinze ans // pr&#233;cis&#233;-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de nouveaux mensonges, te promets-tu. Laisse faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est le fr&#232;re de Sophie, continue Fabrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Sophie du Forty-four ? Je ne savais pas qu'elle avait un fr&#232;re. C'est vrai que vous avez un petit air de ressemblance //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un avantage &#224; &#234;tre fils unique c'est bien d'&#233;chapper &#224; ce genre de remarques &#224; la noix ! Ma s&#339;ur \ ma vraie demi-s&#339;ur Ella \ et moi ne nous ressemblerons jamais en rien \ rassembl&#233;s tout nous distingue et notre attachement sera de pur hasard. Mais que l'&#224;-propos de Fabrice ait limit&#233; les questions me soulage grandement. M&#234;me s'il n'a pas forc&#233;ment gob&#233; le char que Rachid lui a textot&#233;, il s'en est arrang&#233; et le ressert &#224; merveille \ de l'avis de Rachid expliquer qu'un gamin fait le mur de son bahut pour rejoindre une nana de neuf ans son a&#238;n&#233;e apparaissait beaucoup plus risqu&#233; que de pr&#233;senter Sophie comme une s&#339;ur \ c'est pass&#233; cr&#232;me, le subterfuge a rassur&#233; tes compagnons de route, simplifi&#233; et &#233;vit&#233; de pr&#234;ter le flanc &#224; leurs vannes \ tu oses &#224; peine les imaginer te parler de sexe ou d'amour. Pour quelques heures encore Sophie sera ma s&#339;ur \ qui me ressemble \ me comprend ? H&#233;l&#232;ne n'est peut-&#234;tre pas dupe non plus mais le char &#233;vite pour elle-aussi de prolonger le combat : elle n'a pas envie de creuser \ elle a raison, Rachid a raison, d&#233;balles-en le moins possible sinon tu t'exposes &#224; devoir d&#233;velopper, justifier, supporter les soup&#231;ons, les ricanements, pire : la piti&#233;. Strat&#233;gie militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu ne saurais par o&#249; commencer \ ta petite enfance en Angleterre ? sans d&#233;conner. Tu te vois parler de Lisbeth &#224; des inconnus ! que dire de William ? tu&#233; par un &#233;clat d'obus que tu n'&#233;tais pas encore sorti du ventre de sa femme \ &#233;pisode &#224; faire fr&#233;mir les guerriers qui t'escortent ! Et apr&#232;s ? tranquilliser les esprits pour t'&#233;viter la compassion et les sourires affectueux qui vont avec \ d&#233;montrer comme tu survis \ finger in the nose \ &#224; la douleur, &#224; la tristesse, &#224; la col&#232;re, &#224; une m&#232;re &#233;tonnante \ baratiner j'avoue, car tu n'as jamais g&#226;cher tes heures &#224; analyser le fatras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu n'es pas si diff&#233;rent des autres ! occupe-toi du pr&#233;sent // diagnostique Lisbeth d&#232;s que tu l&#226;ches \ ce pourquoi tu prends le pli de te taire quand la situation se complique et m&#234;me si abhorrant le mensonge, tu aimerais pouvoir le d&#233;noncer dans cette villa, tu te tais car tous se fichent que Sophie soit ou non ta s&#339;ur \ qu'elle ne soit en r&#233;alit&#233; qu'une amie ta vraie s&#339;ur \ grande \ a&#238;n&#233;e de huit ann&#233;es \ et que cette s&#339;ur ne soit que ta demi-s&#339;ur parce que fille adoptive du deuxi&#232;me &#233;poux de Lisbeth deux fois veuve \ S&#338;UR ELLA, ta demi-grande ! dont il faudrait alors mentionner les origines vu que vous ne partagez ni p&#232;re ni m&#232;re \ aucun g&#233;niteur devrais-tu dire et avec cette histoire d'adoption tout appara&#238;trait encore plus tordu \ et toi pris pour un mytho chaque fois que tu essayes d'expliquer et t'y prends de travers. C'est pourquoi, &#224; l'ext&#233;rieur, dans le grand monde, tu simplifies ! Ella est ma s&#339;ur, basta ! sauf ici, &#224; Amiens \ Sophie. Sophie comment ? Pas Baumann non \ s'ils partent sur les noms de famille je suis mal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ils t'oublient, assis dans le salon, avec des boites de bi&#232;re Heineken \ tous sauf Ziad un caf&#233; \ z&#233;ro fumeur, z&#233;ro vapo, tous &#224; carreau. H&#233;l&#232;ne propose de r&#233;chauffer une pizza. Fabrice abandonne la compagnie et suit sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e dans la cuisine, o&#249; je sirote un coca bouteille plastique, &#224; c&#244;t&#233; du frigo. Sur une table bistro tra&#238;nent les restes d'une bolo + une bouteille de Bordeaux &#224; peine entam&#233;e \ Ch&#226;teau Larose //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est quoi cette histoire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quelle histoire. Je t'ai dit : je passe une semaine chez les parents&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a fait combien de temps que t'&#233;tais pas venue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'en sais rien, un an. Je bossais &#224; Clermont, t'es au courant, non ? osef //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrice est pris de court \ provisoirement sans r&#233;plique \ sa s&#339;ur prend le dessus, une bonne respiration et la voici lanc&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Qu'est-ce qu'il y a ? Tu me reproches de pas voir les parents et en m&#234;me temps aujourd'hui on dirait que &#231;a t'emmerde que je sois l&#224; hein ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu sais bien qu'ils sont en Espagne !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je savais pas, je leur avais m&#234;me pr&#233;vu des cadeaux / et je savais pas non plus que tu allais d&#233;barquer avec tes copains / d&#233;sol&#233;e //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment apr&#232;s cette hargne &#224; tenir le si&#232;ge peut-elle dire \ il y a de quoi les loger sans probl&#232;me // l&#226;cher aussi b&#234;tement la garde sans que son fr&#232;re lui ait rien demand&#233; ? je n'en reviens pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je sais / c'est pas &#231;a / c'est l'autre l&#224; !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qui ? Ziad ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es avec un arabe maintenant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain j'ai pas la burqa t'es raciste ou quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Parle moins fort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il en pense ton copain / comment d&#233;j&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mustapha&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il est pas arabe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pas pareil&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pourras d&#233;cliner l'invitation &#224; dormir sur place \ dans un des convertibles // t'&#233;viter tout &#231;a, pr&#233;texter que ta s&#339;ur Sophie pr&#233;venue de ton arriv&#233;e t'attend tard dans la nuit. Mais o&#249; dormir en vrai ? pas d'h&#244;tel ici, nul nom pour ton GPS, nulle adresse o&#249; rejoindre Sophie \ tu le crois ? qu'Ella refuse de te donner \ pr&#233;tende ne pas conna&#238;tre son nom de famille ! Aucune Sophie sur internet ne correspond au z&#233;ro six dont tu disposes, ni dans la ville, ni en p&#233;riph&#233;rie \ le Forty-four ? quel chemin et &#224; qui demander dans le d&#233;sert des rues noires ? Quoi faire : &#339;uvre d'imagination, comme si tu &#233;crivais un roman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien trouv&#233; mieux que de t'accrocher &#224; ton trio de permissionnaires ! c'est affligeant. &#192; croire qu'avec l'&#226;ge \ je me sens vieux parfois \ la cr&#233;ativit&#233; s'&#233;mousse. Plus jeune, je n'avais pas vu trois films que je me prenais pour Orson Welles \ l'idole de ma grand-m&#232;re Eileen, avec Joyce \ l'&#233;crivain de Dubliners \ Gens de Dublin \ des histoires sinistres qu'elle essaye de me refourguer chaque &#233;t&#233;. &#201;videmment qu'&#224; dix ans tu suis b&#233;zef des flashes de Kane mais cherchant &#224; plaire en singeant le go&#251;t de la yeuve, tu n'es pas moins convaincu que ton g&#233;nie t'ouvrira les portes de la renomm&#233;e. Aujourd'hui je pense &#224; l'oppos&#233; : prends soin de brider ton g&#233;nie s'il existe ! bon ou mauvais c'est l'ennemi le plus redoutable : contrairement &#224; ce que tu penses, il ne te d&#233;leste d'aucun probl&#232;me, si tu lui laisses du champ tu prends juste le risque qu'adviennent toutes sortes d'horreurs \ et la r&#233;alit&#233; en est assez pourvue, non ? Tu &#233;coutes Einstein pleurnicher sur les dangers de la bombe et tu r&#233;fl&#233;chis. Ce genre de sentences d&#233;plait profond&#233;ment &#224; BP : tu es l&#224; pour te la p&#233;ter Peter \ mais si tu fabriques du neuf histoire de te faire mousser, c'est le destin que tu provoques dans ton \ jeu destructeur // Tu seras tenu responsable de chacun de tes mots \ soumis &#224; la morale d&#233;sastreuse des critiques&#8230; j'avoue ! je ne suis pas s&#233;rieux \ flemmard juste \ les tao&#239;stes appellent &#231;a wuwei : le non-agir \ quoi qu'il en soit, impressionn&#233; par mes belles s&#233;ries de D&#201;LIRES PERFORMATIFS, Philippe m'a l&#226;ch&#233; la grappe avec la philo qu'il me conseillait &#224; la place des maths \ abond&#233; dans mon sens \ cit&#233; G&#233;rard de Nerval d'apr&#232;s qui l'imagination humaine n'a rien invent&#233; qui ne soit vrai dans ce monde ou dans les autres ! Je n'aurai jamais la cruaut&#233; de lui dire que je d&#233;connais \ William pensait un peu pareil // l&#224;-dessus qu'il te cherche finalement \ te recycler en fils de William \ quoi ? une esp&#232;ce de globe-trotter \ un vagabond d&#233;poss&#233;d&#233; de son &#339;uvre \ une plume au service de l'universel reportage \ z&#233;ro chance que tu reprennes le flambeau \ aucune envie de te fader toutes sortes de situations merdiques &#224; Gaza, Beyrouth ou Amiens pour des blaireaux qui ne s'int&#233;ressent qu'&#224; un r&#233;sum&#233; vite fait sur Twitter cent pour cent bidon. J'avoue Will ! enqu&#234;ter, noter, raconter des histoires sont peut-&#234;tre les meilleurs rem&#232;des &#224; l'ennui, mais l&#224;, vois-tu, dans ce pavillon, cette cuisine avec H&#233;l&#232;ne, son fr&#232;re, et les zouaves qui campent au salon, rien d'excitant pour l'&#226;me d'un reporter \ pour m'extraire de la m&#233;lancolie : que la certitude de retrouver Sophie. J'avoue, ce n'est plus m&#234;me l'espoir du succ&#232;s qui te fait agir puisque le besoin de voir celle que tu aimes, de jouir de sa pr&#233;sence, te domine exclusivement. Crush&#233; \ en iench ? &#224; la course ! tu auras bien le temps de souffler \ revenir aux maths quand tu ne seras plus cern&#233; par les militaires \ dans l'imm&#233;diat zapper cette nuit qui n'en finit pas \ partir &#224; la premi&#232;re heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En les &#233;coutant &#224; l'&#233;cart, appuy&#233; &#224; l'encoignure de la porte, tu esp&#232;res &#233;chapper &#224; ton tour, car, Fabrice r&#233;apparu dans le salon, un &#224; un, les h&#244;tes se d&#233;barrassent de leurs bios, vite fait, comme un store &#224; enrouleur qu'on descend et qu'on remonte aussi sec. Gilles et Fabrice r&#233;sument leurs faits d'armes, les autres ont plus &#224; dire. Mustapha a pass&#233; les dix premi&#232;res ann&#233;es de sa vie en Kabylie. Il y retourne chaque ann&#233;e voir sa grand-m&#232;re et ses cousins. Ziad est n&#233; en &#201;gypte, d'une m&#232;re &#233;gyptienne et d'un p&#232;re d'origine afghane. Il n'a aucun souvenir du Caire. La plus grande partie de son enfance, il l'a v&#233;cue &#224; Tunis, dans la maison de son oncle. &#192; douze ans, il a perdu sa m&#232;re \ il n'en dit pas plus sur sa m&#232;re. Il a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; par ses oncle et tante. Son p&#232;re, le plus souvent absent, voyageait en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ soi-disant pour affaires. Il a fini par me faire venir chez lui &#224; Berlin. Puis apr&#232;s : Paris //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te sens quelques points communs \ plus qu'avec le gros Gilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Moi je ne suis sorti de France que pour passer la fronti&#232;re avec l'Allemagne. &#192; part Baden Baden&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a va changer, coupe Fabrice, tu vas bient&#244;t voir du pays //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas m&#233;content d'avoir relev&#233; \ Afghanistan // dans les mots de Ziad-amant-de-sa-s&#339;ur, Fabrice annonce comme av&#233;r&#233; son ordre de mission &#224; Kaboul le mois prochain \ maintien de l'ordre sous l'&#233;gide de l'otan // tel que promis par le commandant Fourchaume, la veille de perm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#199;a chauffe, c'est pr&#234;t dans dix minutes, pr&#233;vient H&#233;l&#232;ne s'asseyant au milieu du convertible entre le fr&#232;re et l'amant.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Toi aussi tu pars ? demande ce dernier &#224; Mustapha.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Kaboul ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il y a cousin ? tu cherches &#224; me mettre mal &#224; l'aise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non / je ne sais m&#234;me plus o&#249; on en est l&#224;-bas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ignorais que tu partais, dit H&#233;l&#232;ne &#224; l'adresse de Fabrice mais sans le regarder \ dans le vide. Les parents sont au courant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'ai pas choisi ce m&#233;tier pour rester en caserne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On va tous se faire un sang d'encre c'est tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il fait dans la vie ton mec ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Infirmier anesth&#233;siste, soupire Ziad.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Renault c'est ta voiture ? s'enquiert Gilles qui vient de finir sa bi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un tas de ferrailles j'avoue&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai pas dit &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et moi &#231;a t'int&#233;resse pas que j'ai repris un boulot ? interrompt H&#233;l&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as retrouv&#233; du boulot ? &#224; Clermont&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben non ! ici. Je commence la semaine prochaine //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nord-ouest Picardie le vent c&#232;de &#224; une bruyante averse qui suspend trente seconde la discussion. Puis avec la bruine sont comment&#233;s les derniers r&#233;sultats du mondial de ? Une moto passe &#224; toute blinde, Fabrice reconna&#238;t le treize cents de Martial Angot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est le fianc&#233; de ta s&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celui qui &#233;l&#232;ve des pitts&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu viens d'o&#249; ? toi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fianc&#233;. Bien s&#251;r. Pourquoi n'en aurait-elle pas ? Curieux comme je n'y ai pas pens&#233; \ aucun souvenir qu'elle m'en ait parl&#233; non plus \ pas un mot. Si Ella est au courant je la tue ! O&#249; paradait-il ce fianc&#233; pendant le weekend en Baie de Somme ? avec ses pitts \ pas en iench de Sophie en tout cas \ qui se passait de lui sans probl&#232;me. Ne te laisse pas abattre ! encaisse et repars en sautillant Mohammed Ali ! Encore un moment dans les cordes, esquive et puis redanse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D'o&#249; tu viens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De Nice / j'ai pris le train de nuit / et puis la Golf &#224; la Porte de Bagnolet jusqu'ici&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu visites ta s&#339;ur &#224; Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens / la ville des amis&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est Rachid qui nous l'a confi&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On s'est retrouv&#233;s au Mc Donald, pr&#233;cis&#233;-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il ne prend pas beaucoup de place avec son mini sac-&#224;-dos&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as quoi l&#224;-dedans ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il voyage l&#233;ger&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas une t&#234;te de migrant en tout cas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh une petite gueule de juif mais sympa&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Routard genre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un rom putain !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas vraiment, dis-je m'agr&#233;geant &#224; leur rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'en n'as vraiment rien &#224; foutre de moi, insiste H&#233;l&#232;ne, soufflant dans l'oreille de son fr&#232;re d&#232;s que la bonne humeur retombe. Je suis ta s&#339;ur merde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi tu dis &#231;a ? se plaint gentiment Fabrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mon boulot / tu m'as m&#234;me pas demand&#233; / t'en as rien &#224; foutre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si ! c'est quoi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que le travail importe \ pas parce que tu n'en veux pas qu'il faudrait le nier \ occuper les heures, t'ali&#233;ner au service d'un patron et dormir le soir dans le remboursement de tes cr&#233;dits ? Sauf qu'&#224; toi, c'est bien connu, il te faut la passion, tu tiens de William dont Lisbeth raconte qu'il &#233;tait un forcen&#233; \ constamment sur la br&#232;che \ se posait sans cesse des questions dont il imaginait les r&#233;ponses &#224; des milliers de kilom&#232;tres de chez lui \ partait, revenait avec z&#233;ro r&#233;ponse et encore plus de questions. &#192; l'inverse S&#339;ur Ella flotte librement \ suit sa pente sans s'en poser \ de questions \ mais c'est une pose \ de la hauteur. Dans ses chansons en anglais, elle pose ~un regard tendre et compassionnel sur les travailleurs pauvres // dixit le c&#339;ur d'artichaut de Qobuz \ tu parles comme elle les allume les travailleurs, elle aurait d&#233;j&#224; mis la baston ici ! mais j'avoue, si Ella &#233;tait comme elle dit paresseuse ou anar, elle ne s'enfermerait pas des journ&#233;es enti&#232;res pour r&#233;p&#233;ter. Moi je verrai bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne est auxiliaire pu&#233;ricultrice \ pseudo pas terroche pour qui s'occupe de microbes toute la journ&#233;e &#224; la place de parents partis on ne sait o&#249; pour quel travail. Que le monde soit si dr&#244;lement organis&#233; t'&#233;patera toujours \ hyperactifs rechignants ou d&#233;vou&#233;s, attel&#233;s &#224; la grande cha&#238;ne de production toute cette gu&#233;guerre ce massacre de masse est une &#233;nigme. Tu n'as qu'&#224; photographier Ziad pour te sensibiliser un ministre de la sant&#233; : les yeux cern&#233;s par les nuits de veille aux urgences, vaillant, consciencieux \ une offensive impr&#233;vue des drh de son h&#244;pital et il y passe. Comme tous les deux avons pris le parti de d&#233;barrasser la table du salon et de faire un peu de m&#233;nage dans la cuisine en attendant que le fr&#232;re et la s&#339;ur se raccommodent \ si c'est possible \ il me prend &#224; part, imm&#233;diatement sympathique, causeur naturel, sinc&#232;re, avec qui tu peux te l&#226;cher \ moins sur le qui-vive, du coup moins laconique. Comme il s'int&#233;resse &#224; tes \ centres d'int&#233;r&#234;ts // te reprochant d'&#234;tre \ taiseux // et que tu lui r&#233;ponds que la passion des maths n'est pas toujours facile &#224; communiquer, il part comme une fl&#232;che sur la science qui fournit \ toutes sortes d'histoires &#224; rebondissements / des histoires passionnantes qui peuvent faire rire ou pleurer / genre que tout le monde aime // et cite admiratif l'admirable &#201;tienne Klein. J'avoue qu'il en redemande, te branche sur les multivers \ comme s'il n'y avait pas d'autre chat &#224; fouetter. Je ne sais pas pourquoi je baratine qu'un jour j'aimerais publier sur le sujet \ mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je trouverais &#231;a admirable, Peter. Moi j'ai toujours &#233;t&#233; paralys&#233; &#224; l'&#233;crit, je suis incapable d'aligner deux phrases&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi ce sont les m&#233;decins, les gens comme vous, qui soignent, que je trouve admirables. Je n'aurais pas le courage de me d&#233;vouer toute ma vie aux autres&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! &#233;crire est plus important et on se tutoie non ? Quand on a un don il ne faut pas le g&#226;cher //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revoil&#224;-t-y pas cette fameuse v&#233;n&#233;ration du petit g&#233;nie \ salvator mundi ? et l'injonction qui l'accompagne de ne pas g&#226;cher ton temps comme s'il y avait en effet urgence &#224; sauver le monde et que tes fantaisies puissent servir ce grand projet ! autant de pierres&#8230; comme s'il y avait la moindre chance de succ&#232;s \ un int&#233;r&#234;t ? Dieu merci ! tes math&#233;matiques ne s'encombrent pas de ce genre de croyances. Carapelli ne t'investit d'aucune mission, qu'il en soit lou&#233; ! Tes signes n'expriment que ce qu'ils sont, ils ne flottent pas dans le ciel de tes r&#234;ves ! tu les formes pour eux-m&#234;mes, pas envie qu'ils servent autre chose que des raisonnements abstraits \ servir &#224; quoi ? tout foirer, engraisser le syst&#232;me &#224; lui faire exploser le ventre, am&#233;liorer l'efficacit&#233; d'une bombe \ la preuve aussi que publier n'est pas pour toi : la croyance et l'id&#233;ologie te pourriraient le cerveau, tu d&#233;fendrais des chapelles, tu t'emporterais contre tes cong&#233;n&#232;res, tous plus ent&#234;t&#233;s, embourb&#233;s dans des impasses, et l'absolu de tes recherches passerait par pertes et profits \ yomb &#233;nerv&#233; d&#232;s l'intro de ton article \ grandiloquent et tout \ ou alors il faudrait t'exercer en continu, jusqu'&#224; ce que les mots te deviennent indiff&#233;rents, qu'ils ne fassent plus d'histoires, que leur usage se simplifie comme une alg&#232;bre &#224; dessiner du vivant \ comme dans ces petits po&#232;mes japonais \ que tu les sch&#233;matises \ mouchetures \ matriciels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Bizarre que tu fr&#233;quentes ces lascars, observe encore Ziad, &#224; mi-voix. C'est b&#234;te mais tu as un petit c&#244;t&#233; romantique qui ne colle pas dans le d&#233;cor&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne sais pas si je suis romantique mais ces types me rendent super service&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as raison / en fait l'essentiel c'est de savoir o&#249; on veut aller&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dans une chanson ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je ne crois pas // s'esclaffe l'anesth&#233;siste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es pas dupe : la raison, l'essentiel, toujours les m&#234;mes enjeux, la m&#234;me injonction qui d&#233;busquent le romantisme ou la b&#234;tise, qui poussent les aventuriers &#224; la fugue et les militaires au front. La b&#234;tise \ pour lui &#233;chapper il faudrait ne jamais agir \ ne se confronter qu'au n&#233;ant \ pas de vaccin \ la commenter c'est en redoubler \ tu as beau t'y pr&#233;parer, elle te surprend toujours, chez toi, les autres, elle se glisse comme un serpent parmi les serpents, s'apparie prudent\e &#224; celui pernicieux de la connaissance \ la b&#234;tise quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je vais te conduire chez ta s&#339;ur / si tu les attends ! tu n'es pas rendu //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant la b&#234;tise peut te d&#233;contenancer par sa banalit&#233;, autant la g&#233;n&#233;rosit&#233; reste &#233;mouvante et inattendue. Chaque fois que se manifeste la bont&#233;, tu en as la gorge nou&#233;e. Tu fais alors le v&#339;u de t'am&#233;liorer, d'&#234;tre toi-m&#234;me meilleur, d'utiliser ton intelligence &#224; am&#233;liorer le monde et te voici dressant en acc&#233;l&#233;r&#233; l'inventaire de tes facult&#233;s \ denr&#233;es imp&#233;rissables dont tu abandonnerais le monopole \ d&#233;tenteur de la bont&#233; ! Ce en quoi, scientifique hypersensible, je m'aper&#231;ois que tu n'es pas si diff&#233;rent d'Ella, si prompte &#224; servir de \ belles causes // Sauf qu'Ella ne se contente pas \ comme toi \ de revendiquer dans le d&#233;sert ! elle partage les joies et les peines d'un maximum d'agit&#233;s \ militante &#224; tous crins \ &#233;trangement froide dans ses performances les plus risqu&#233;es sur sc&#232;ne et si inutilement &#233;chauff&#233;e dans ses prises de position vegan ou f&#233;ministe ! Alors que toi :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_notes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH52/1_notes-056ba.jpg?1684418215' width='500' height='52' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; don't you worry &#8216;bout a thing \ autant que ceux qui souffrent ne comptent pas trop sur ton aide \ j'avoue ! il faudrait plus de Ziads sur terre \ avec du temps et une voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Non ! ne t'emb&#234;te pas &#224; bouger la gova&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu rigoles ! &#231;a va me fera des vacances // ironise Ziad, un mouvement de t&#234;te vers la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une avanc&#233;e que chacun dirait positive, n&#233;e de la fraternit&#233;, de l'amour, tu es persuad&#233; que se cr&#233;e une image oppos&#233;e, un double assez horrible, une douleur de compensation stock&#233;s tu ne sais o&#249; \ dans les esprits ? Cette pr&#233;sum&#233;e contrepartie te d&#233;fie d'accepter de bon c&#339;ur les largesses du destin. Le c&#339;ur se r&#233;duisant &#224; une coupe &#233;troite, tu ne fraternises qu'avec mod&#233;ration et supportant seul le poids de tes d&#233;cisions, tu n&#233;gliges le concours des meilleures volont&#233;s \ voulant ne rien devoir, tu refuses le don : tu ne fausseras pas compagnie aux milites pour te fourrer dans les pattes de Ziad. J'avoue, tes choix ne sont pas forc&#233;ment les bons : si par exemple tu avais fait d'Ella ton alli&#233;e, &#233;videmment l'affaire serait mieux engag&#233;e. M&#234;me si tu la sais encline aux chamailleries plus qu'au partage, tu devrais arr&#234;ter de la maintenir tout le temps &#224; l'&#233;cart \ impensable de mettre Ella &#224; contribution sans que &#231;a vire au carnage, une relation qui vaut celle de Fabrice et d'H&#233;l&#232;ne, pens&#233;-je, dont Ziad pr&#233;tend sub rosa que s'ils n'&#233;taient fr&#232;re et s&#339;ur ils se seraient &#233;trip&#233;s depuis longtemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Incroyable ! des caract&#232;res aussi oppos&#233;s dans la m&#234;me famille&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pareil avec ma s&#339;ur, dis-je donc assez dou&#233; pour enfiler des perles. Possible qu'il y ait une loi scientifique l&#224;-dessus&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La loi de Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je vais y aller &#224; pied, j'ai besoin de marcher&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Cinq kilom&#232;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas chez elle / je vais passer au forty-four, c'est plus pr&#232;s, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! c'est encore ouvert, convient un Ziad goguenard, sauf qu'on n'y laisse pas entrer les moins de seize ans / mais bon ! avec ta s&#339;ur, c'est diff&#233;rent //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; prolonger le mensonge \ prenant sans arr&#234;t la tangente auras-tu l'amour ? ou plus s&#251;rement &#233;toufferas-tu d'angoisse muette, enferm&#233; dans ta fiert&#233;, risquant devenir violent ? Plut&#244;t mourir b&#234;te de col&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;e, indign&#233; par le destin que simplement cracher le morceau \ faire confiance aux amis \ t'en remettre &#224; une bonne &#226;me ! miskine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui / pas de probl&#232;me !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dingue comme tu lui ressembles &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas trop la couleur de / cheveux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vertige de l'usurpateur. Oublier que Ziad parle de la blonde Sophie et non de la brune Ella : faut-il que je sois distrait ! Ne te trahis pas, joue ton r&#244;le de fr&#232;re \ plausible \ ne vends pas ta peau d'ours ! Primo range-toi &#224; la force des clich&#233;s qui inspire &#224; Ziad sa phrase toute faite pour le r&#233;confort des mifas du monde entier. Ou deuxio amuse-toi de cet adage \ probabilit&#233; &#224; deux balles qui veut que la ressemblance des amants accro&#238;t vos chances d'&#234;tre faits \ Sophie et toi \ contrefaits l'un pour l'autre \ &#226;mes s&#339;urs \ physiques fr&#232;res \ quand bien m&#234;me la ressemblance ne te frappe mais alors pas du tout ! La carte du tendre est cousue de poncifs &#224; la peau dure, mon cher Peter, un vrai tambour dans la t&#234;te, ces temps-ci ! Pour autant tu n'iras pas risquer la v&#233;rit&#233;, m&#234;me avec qui semble pr&#234;t &#224; l'entendre \ garde ta concentration sur l'&#233;chafaudage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle heure ? Minuit. Les bars sont ouverts le samedi soir : c'est la graine que tu rumines depuis qu'a vrombi la moto de l'intrus \ le fianc&#233; dont je me figure le masque d'idiotie, le regard vitreux, la l&#232;vre pendante. Martial Angot vs Peter Baumann, une intelligence dans un corps fluet fascin&#233;e par la b&#234;tise et la force brute. Sur l'affiche, au poids, tes chances sont compromises \ mais le hasard peut d&#233;cider d'un accident en compensation de ta faiblesse \ une issue favorable, un passage invisible jusqu'&#224; la derni&#232;re minute ? Prends les d&#233;tours infinis de la complaisance et ne cesse pas d'y croire ! l'obstination est la qualit&#233; num&#233;ro un. Il peut y avoir un moment o&#249; Sophie se rendra disponible \ reste &#224; man&#339;uvrer cette nuit pour que le fianc&#233; ne la passe pas chez elle et que subjugu&#233;e la zouz te pardonne la man&#339;uvre : comment t'en voudrait-elle si c'est pour aimer ? Elle entrera dans tes mensonges \ corroborera \ qui ne sait mentir ignore ce qu'est v&#233;rit&#233; \ tiens bon ! tu ne seras jamais aussi pr&#232;s de la conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ S&#251;r ? tu ne veux pas que je t'accompagne ? c'est sur ma route / je pars bosser / de permanence toute la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui non &#231;a me fera du bien de prendre l'air //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ziad n'est pas genre &#224; se vexer \ la cr&#232;me des hommes \ toujours pr&#234;t &#224; rendre service \ se mettre &#224; ta place : &#233;prouver ton besoin de marcher une demi-heure pour r&#233;fl&#233;chir \ s&#251;r qu'il a besoin d'air lui aussi, pour tromper sa tristesse car il a l'air un peu triste \ plus d'un ne r&#233;ussit &#224; rompre ses propres cha&#238;nes qui pour l'ami est cependant un r&#233;dempteur. S&#251;r qu'il serait de bon conseil \ un gars pos&#233;, &#233;veill&#233; \ une autre fois. S&#251;r que tu joues gros, &#224; fleur de peau, n'&#233;coutant plus ton instinct&#8230; Prends le temps de te calmer faire le point, traversant tellement d'&#233;tats dans le cours d'une journ&#233;e, te rappeler o&#249; tu habites ! Impossible inventaire des &#233;tats de Baumann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Si on y allait tous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au forty-four ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On accompagne Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sans moi, dit H&#233;l&#232;ne. De toute fa&#231;on, ils vont bient&#244;t fermer&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi je pr&#233;f&#232;re l'excalibur / c'est ouvert jusqu'&#224; deux heures / mais il faut passer prendre Cynthia&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On d&#233;pose Peter, on boit un canon et on file &#224; l'excalibur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je crois que Peter pr&#233;f&#232;re marcher un peu, plaide Ziad.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ! tu fais bande &#224; part ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non mais j'ai besoin de marcher / j'ai un truc compliqu&#233; &#224; demander &#224; ma s&#339;ur et il faut que j'y r&#233;fl&#233;chisse&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous n'avez qu'&#224; nous rejoindre &#224; l'excalibur quand elle aura ferm&#233; la boutique !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue je vais lui proposer &#231;a //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t peupl&#233;e de tant d'interdits et de peurs tu avances &#224; pas feutr&#233;s, les lampadaires, les pavillons et les jardins plant&#233;s loin derri&#232;re : il n'y a plus qu'une route et un bois \ l'ensemble for&#234;t renfermant la forme Peter &#224; peine visible sur l'accotement. Br&#232;ve travers&#233;e de no man's land dans l'infini dharma des zones commerciales \ l'enfer j'avoue ! rien de comparable avec ce va-et-vient de nature &#224; civilisation qui te pla&#238;t tellement dans la campagne anglaise depuis tout petit \ qui a suffisamment plu &#224; Lisbeth pour qu'elle s'y r&#233;tablisse ~dans cette New Forest que lui ont fait conna&#238;tre les f&#233;es. Moi, je crains que les pixies ne m'aient pris en grippe : depuis que tu ne mets plus les pieds dans leur pays qu'une ou deux fois par an, ils ne t'ont fait l'offrande d'aucune harde fabuleuse \ tout juste si quelques poneys se souviennent de toi. N'emp&#234;che, s'il y a un endroit accueillant, c'est bien la ferme d'Eileen. Une des grandes p&#226;tures alentour servait de terrain de football aux petits gars du village \ ailier de remplacement, je n'ai pas beaucoup jou&#233; \ j'aimais mieux rester seul quand c'&#233;tait possible, accaparer toute la surface pour faire d&#233;coller un cerf-volant et japper les deux beagles d'Eileen. Je me passais sans probl&#232;me des moutons et autres enfants. Le vide et l'ennui ne me font pas peur, ils ont fini par aiguiser un d&#233;sir de vaine conqu&#234;te, d'une avidit&#233; sans borne, un go&#251;t pour le luxe et la pauvret&#233;, &#233;galement vain\e\s dans mon esprit, RIEN&#201;CHANG&#201; : ton id&#233;e de l'absurde s'est incrust&#233;e dans ton AD\haine. La mort tu ne la prends pas au s&#233;rieux \ leur r&#233;v&#233;rence de la mort que les mortels appellent sagesse te serait forfaiture \ habitu&#233; &#224; la for&#234;t d&#232;s le plus jeune &#226;ge, aux cruelles folies des animaux, aux larmes de joie du d&#233;voreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avisant de ta t&#233;n&#232;bre les lueurs de la station-service qui limitent la fin de ton tunnel, je dirais pour simplifier que tu as de nature le moral en dents de scie. Je me souviens quand ta m&#232;re ou, plus s&#233;rieusement, ta grand-m&#232;re essayaient de te r&#233;conforter \ pitoyables efforts : soit elles peinaient &#224; d&#233;guiser leur propre tristesse, soit elles y parvenaient si bien que toi, lass&#233; de leurs mimodrames, bless&#233; par leur douceur que ta grande injustice prenait pour de la condescendance, tu plongeais dans de longues heures de d&#233;pression \ d&#233;sign&#233;e &#224; l'enfant sous d'autres vocables \ bouderie // PI&#200;TRE HUMEUR &#224; quoi ne rem&#233;diait que la promenade en for&#234;t \ seul ou accompagn&#233;, je marche d'un bon pas, en me parlant sans arr&#234;t, je r&#233;p&#232;te tout bas des genres de limericks \ pour me d&#233;tendre je suppose \ en anglais le plus souvent \ mais rarement dr&#244;les \ du coup faut-il parler de limericks ? et cette esp&#232;ce de po&#232;me en fran&#231;ais aujourd'hui d'o&#249; vient-il &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un tel effroi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Peur de moi, peur du roi,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas prise sur vos trap&#232;zes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de place dans vos c&#339;urs,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vide me p&#232;se et le nombre m'&#233;c&#339;ure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eileen n'en compose pas de tels, Lisbeth ou Ella encore moins \ un de ces vieux trucs moyen&#226;geux. Pareil ! cette chanson qui prend le relais, o&#249; et quand l'as-tu entendue ? Pas le tube de l'ann&#233;e non plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ It's gonna be allright&lt;br class='autobr' /&gt;
And slowly goes the night&lt;br class='autobr' /&gt;
Ten lonely days, ten lonely nights&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
I'm so lonely //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tant que &#231;a \ isol&#233;, je veux dire ! Si tu fais le point s&#233;rieusement, si tu t'&#233;loignes un peu du miroir, honn&#234;tement tu n'es pas si seul. Tu ne manques pas d'amis \ de sommeil oui, mais d'alli&#233;s \ qu'il se soit trouv&#233; les \ bonnes personnes // pour favoriser ta cavale, c'est un signe. &#192; la question de Sophie \ Peter ? mais qu'est-ce que tu fais l&#224; // la baraque n'aura pas lieu de s'effondrer \ les co&#239;ncidences t&#233;moigneront en ta faveur et persuaderont la belle que vous n'avez pas &#233;t&#233; rapproch&#233;s par le SEUL hasard, suspendus l'un et l'autre au-dessus du n&#233;ant, mais que les dieux-f&#233;es vous observent d'un bon &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les girandoles du forty-four clignotent encore pass&#233; minuit n'est pas non plus pour te d&#233;plaire, que ni vigile ni physionomiste ne t'arr&#234;te sous la cascade lumineuse et qu'&#224; ton entr&#233;e les rafales de couleurs et de musique techno emp&#234;chent toute reconnaissance te semblent encore de bons pr&#233;sages ! car tu n'es pas pr&#234;t, la promenade n'a pas assez dur&#233; pour inspirer aucune m&#233;thode, rien n'est cal&#233; et ta candidature r&#233;clame un d&#233;lai suppl&#233;mentaire. L'&#233;motion me paralyse, comme d'hab, devoir agir me rend idiot, je r&#233;p&#232;te en acrobate, je tourne les mots et les gestes mille fois dans ma t&#234;te mais ils se pulv&#233;risent, voltigeant au hasard, sans esprit, sans escalier \ pfft. Sur la petite piste du forty-four les trajectoires de la client&#232;le n'annoncent pas la fermeture : les danseurs s'agitent devant le bar comme s'ils venaient d'arriver, frais comme des gardons, &#224; peine moins nombreux que les buveurs agglutin&#233;s autour du bar. Le mouvement d&#233;sordonn&#233; bloque ta progression \ la travers&#233;e rel&#232;ve du miracle \ incapable d'arr&#234;ter un principe g&#233;n&#233;ral, tu stagnes, englu&#233; dans un brouillard gorg&#233; de sang \ barbe-&#224;-papa &#224; la fraise \ pistache \ fraise \ pistache \ et une odeur assortie de chicha sans que personne ne pipaille \ Sophie a-t-elle choisi le parfum sucr&#233; des fumig&#232;nes ? Je suis ainsi fait que pris par le temps, alors qu'il me faudrait sonder sans attendre le fond de mon &#226;me, y puiser du courage, le moindre incident, la plus petite odeur m'&#233;garent, mon esprit s'y laisse aussit&#244;t distraire \ s'il y en avait une je regarderais par la fen&#234;tre, attendri comme un &#233;colier par des fragments de ciel ou la multitude des passants \ les humains si prolifiques \ en voie de disparition ~paradoxale esp&#232;ce. Trop de paradoxes se t&#233;lescopent dans ta bo&#238;te jusqu'&#224; ce qu'une courte apparition les mette en charpie. C'est elle \ silhouette de barmaid, masqu&#233;e par les buveurs. Avec ses yeux pour guide \ deux petits phares entre les vagues \ tu pourras enfin la rejoindre sur terre \ pour que les n&#233;gociations reprennent \ &#224; tu et &#224; toi ! que la valse incertaine reparte de z&#233;ro. J'ai confiance, vous aurez un accord \ nulle autre mieux que Sophie ne comprend Peter Baumann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est aussi la reine des parages, indiff&#233;rente &#224; ses sujets subjugu&#233;s \ alors qu'eux, subjugu&#233;s, une m&#232;che de cheveux les fr&#244;le et wazy ! dans les vapes \ j'avoue ! la plus belle des cascades, le torrent le plus spectaculaire jalouseraient la retomb&#233;e des boucles sur de telles &#233;paules rondes, la douceur insubmersible de ces &#233;paules \ d'une pianiste-f&#233;e, la souplesse de ces mains commande &#224; chaque bouteille, aux bocks rassembl&#233;s d'une pichenette leurs petits ballets de sabbat. C'est bien Sophie d'ensorceler de pauvres bougres et de n'en calculer aucun \ toi pas plus ? oh ! il n'y a qu'&#224; attendre qu'elle ait tout embras&#233;, que le forty-four et la for&#234;t tout autour prennent feu \ que tout obstacle &#224; votre accouplement diabolique r&#233;duit en cendre vous puissiez pi&#233;tiner les danseurs pulv&#233;ris&#233;s \ c'est fait. Transper&#231;ant de ses prunelles les fant&#244;mes tremblotant du dance-floor, Sophie si ! te calcule et comme l'autre fois vos regards s'aimantent jusqu'&#224; ce que les vingt secondes de ton lent zigzag ne te rapprochent et ne s'entament les pourparlers \ hurl&#233;s sur la techno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Peter ? mais qu'est-ce que tu fais l&#224; ? //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'haleine d&#233;licatement menthol&#233;e de l'amante d'Amiens exciterait le plus quantique des quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En fait je m'ennuyais de toi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De moi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rire rallume-t-il la connivence ? L'amour ne vit-il que de cet affleurement reproduit sans cesse ? Comment peut-il durer sinon, au-del&#224; d'une nuit et un jour ? Peut-&#234;tre qu'&#224; parler sans rien dire, &#224; n'&#233;changer que des banalit&#233;s, les vieux amants ravivent, comme ils respirent, entre eux un assentiment : leur journ&#233;e enti&#232;re passe en clignements d'yeux et d&#232;s que p&#232;se le silence, voici le commentva ?oh !bienettoi ? qui arrive au secours \ pauvre commerce incantatoire, gestes l&#233;gers, le corps moins qu'une plume et toute pens&#233;e envol&#233;e mille pieds au-dessus des clients du forty-four.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'ai suppos&#233; que &#231;a te ferait plaisir qu'on se revoie&lt;br class='autobr' /&gt;
~Bien s&#251;r mais il faut que je te dise / aussi / tout de suite / parce que je ne sais pas ce que tu imagines / j'ai un copain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bah ! elle ne dit pas ami \ petit \ amant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ L'homme &#224; la moto&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que c'est important ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r. Et le plus important c'est que //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue ! m&#234;me forc&#233;e, sa voix est tellement douce &#224; ton oreille, pleine de tact, anxieuse de ne pas blesser qu'elle te scotche \ sauf qu'&#224; cet instant tu aimerais glisser que le plus important c'est l'amour et que si tu es amoureux d'elle, peut-&#234;tre elle-m&#234;me aimerait dire aussi qu'elle t'aime et que l'autre, le motard, finira dans les d&#233;cors \ mais elle embraye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le plus important c'est que j'attends un b&#233;b&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#234;b&#234;b&#234;. Absurde : la nature aura bient&#244;t repris la main et nous l&#224; redevenus poussi&#232;res d'&#233;toiles c'est bien le moment de faire des enfants \ claquemur&#233;s dans une maison que nous ne faisons plus que hanter, intrigant les insectes encore vivants : comment peux-tu d&#233;sirer un b&#233;b&#233; ? En vrai ! la pens&#233;e d'un gniard &#224; &#233;lever te coupe illico l'envie de faire l'amour et si tu regardes les mifas \ la mienne, pardon Lisbeth ! la reproduction a tout d'une mal&#233;diction, une maladie v&#233;n&#233;rienne qui dure et fait souffrir jusqu'&#224; la mort \ vas-tu multiplier avant de savoir soustraire ? &#192; cet instant tu aimerais glisser que l'avortement est LA solution, et si le meurtre aujourd'hui t'effraie, il te vaudra dispense de responsabilit&#233; le jour o&#249; fermera disneyland. &#192; peine chelou les humains qu'extasie la beaut&#233; de leur prog&#233;niture \ qui s'ing&#233;nient &#224; pourrir leurs enfants : quelques ann&#233;es de ce genre d'&#233;ducation et les microbes ne r&#234;vent plus \ d&#233;j&#224; salis, blas&#233;s, avides \ pr&#234;ts pour le massacre. De gr&#226;ce ma Sophie \ aimerais-tu glisser \ restons de grands enfants ! vivons librement non reproduits&#8230; Or ce n'est pas ce qu'il convient de dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un enfant ? c'est super //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta voix part dans les aigus, comme si elle n'avait pas fini de muer ! Tu as p&#226;li, forc&#233;ment, mais ne t'effondre pas \ d&#233;j&#224; beau de ne pas tomber dans les pommes \ sans compter qu'elle s'est donc bien foutue de ta gueule ? J'avoue ! tu aurais d&#251; demander &#224; Ella de te lire le tarot avant de prendre le train \ tirer le Yi King. Tu ne peux t'en prendre qu'&#224; toi-m&#234;me si tu n'es pas mieux pr&#233;par&#233; \ la jeunesse. Mais tu ne c&#233;deras pas &#224; ces premi&#232;res contrari&#233;t&#233;s car un signe de faiblesse semble guetter Sophie, qui te remettrait dans la partie. Une couleur de mort gagne vos deux visages comme si toute la vigueur et le sang leur &#233;taient confisqu&#233;s par le f&#339;tus cannibale : une nappe de lumi&#232;re bleue qui annonce la fermeture. Tu regrettes de n'&#234;tre pas document&#233;, de n'avoir d'autre exp&#233;rience de la naissance que la tienne enterr&#233;e \ d'une lign&#233;e malthusienne n'avoir jamais pris de b&#233;b&#233; dans les bras putain \ ne rien avoir lu d'obst&#233;trique \ impardonnable \ ne rien pouvoir replacer des temps de gestation ou des naus&#233;es de la future m&#232;re \ aucun exemple litt&#233;raire \ ne reste pas comme deux ronds de flan ! La question du pr&#233;nom pourrait se poser, pos&#233;ment, d'une voix grave&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Martial et moi sommes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ! le motard ! est l&#224; ? t'inqui&#232;tes-tu amor&#231;ant un panoramique.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non. Comment sais-tu qu'il fait de la moto ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Fille ou gar&#231;on ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On ne sait pas encore //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a n'est pas pour toi, tu zappes ta liste des pr&#233;noms. Quand Delporte a pos&#233; la question du sexe &#224; Cl&#233;menti \ en plein cours carr&#233;ment \ elle aussi est enceinte mais &#231;a se voit \ elle a r&#233;pondu qu'elle ne serait fix&#233;e qu'apr&#232;s l'accouchement \ qu'elle ne voulait pas \ se priver de l'ind&#233;cision qui entre pour beaucoup dans notre sentiment de libert&#233; // Il doit prendre un sale coup ton sentiment de libert&#233; avec un gosse ! Pareil un jour que nous lui demandions d'&#234;tre exempt&#233;s de cours, Augustin et moi, sous pr&#233;texte d'un d&#233;veloppement informatique en retard, Fran&#231;oise Cl&#233;menti avait eu cette remarque cinglante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En somme, vous voulez &#233;changer une heure de lecture, une heure de libert&#233; &#224; lire Sartre et Camus \ pas l'&#233;clate non plus \ contre une heure &#224; programmer des lignes de codes copi&#233;es sur des tutoriels &#233;crits en anglais / vous vous comportez comme de parfaits esclaves / je n'ose m&#234;me pas imaginer ce qu'auraient pens&#233; de vous les &#233;crivains que nous / les &#233;crivains dont j'ai l'illusion qu'un jour vous tirerez quelque enseignement etc //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle parle comme &#231;a Fran&#231;oise Cl&#233;menti, ses phrases sont bien construites \ r&#233;fl&#233;chies \ elle prend un peu de temps avant chaque, sans doute pour &#233;viter les fautes \ tu r&#234;ves qu'elle fait belek &#224; la concordance et z&#233;ro libert&#233; d'usage ! Vue sous cet angle, la langue est une prison \ tu prends perp&#232;te &#224; d&#233;jouer les barbares et tu finis trahie par la r&#232;gle ! tellement ingrate en fran&#231;ais \ r&#233;gime d'acceptions \ navrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'imagine que Sartre vous aurait massacr&#233;s //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref ! au nom de Sartre ou d'un autre infernal, elle nous a encore trait&#233;s de valets \ asservis &#224; la machine que nos ma&#238;tres am&#233;ricains nous branchent dans le cul pour d&#233;finitivement nous abrutir // elle a aussi des formules assez grossi&#232;res Fran&#231;oise Cl&#233;menti, c'est une femme contrast&#233;e \ bref ! comme dirait Carapelli, number one of our unamerican masters ~nous nous d&#233;lestions de notre personne r&#233;elle pour toujours plus d'abstractions // D'ailleurs ayant eu vent de notre d&#233;marche \ tout se sait &#224; BP \ il \ Carapelli \ nous a coinc&#233; \ abond&#233; dans le sens de Cl&#233;menti \ distingu&#233; opportunisme et servilit&#233; \ r&#233;v&#233;l&#233; que \ notre apparent pragmatisme n'est que le sympt&#244;me de l'anxi&#233;t&#233; // texto ! qu'il ne fallait pas prendre la science pour \ panac&#233;e universelle de notre ignorance // ni l'informatique comme unique moyen d'obtenir \ notre place au soleil // ou nous deviendrions au contraire des zombies \ p&#226;lichons j'avoue Gu et moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Et je crois que je ne voudrai pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Conna&#238;tre le sexe de mon b&#233;b&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, quand sera enfant&#233; cet enfant sans genre, confie-le aux bons soins de nounous asserment&#233;es ! confine-le dans la nursery d'un abri antiatomique ou alors abandonne-le au plus vite &#224; la tutelle de son p&#232;re ! Entends-le qui braille sur le si&#232;ge arri&#232;re d'une moto lanc&#233;e &#224; toute vitesse&#8230; Ce n'est pas ce qu'il convient de dire \ qui d'ailleurs d&#233;passerait ta pens&#233;e \ tu d&#233;lires \ de d&#233;pit \ aveugl&#233; par la col&#232;re \ en manque d'apparences favorables \ forc&#233; d'avancer &#224; l'aveugle \ sous l'effet de la sid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pourquoi faire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je veux dire / cet enfant / tu le d&#233;sires vraiment ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben ! oui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et lui / le p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'esp&#232;re ! tu es dr&#244;le //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre d'instruction men&#233;e avec tellement de d&#233;licatesse manquerait tout faire foirer, si Sophie n'avait de nouveau ce rire dans la voix \ cet humour inalt&#233;rable \ entre le rire et les larmes, elle se jettera sur le rire. Pourtant pas de quoi, voudrais-tu insister : oublieuse de sa nature, notre action la d&#233;nature, pas de virus plus n&#233;faste au vivant interplan&#233;taire que la prolif&#233;ration des homosapiens ! Englu&#233;s \ schizos \ d&#233;sempar&#233;s \ sous la double contrainte de tout mieux consommer et d'arr&#234;ter imm&#233;diatement \ impossible de miser sur une nouvelle g&#233;n&#233;ration dans une soci&#233;t&#233; qui doit prot&#233;ger ce qu'elle d&#233;truit et ne sait r&#233;p&#233;ter que VA MOURIR ! Es-tu viable et capable de te sauver, as-tu mis au point un soleil artificiel, la t&#233;l&#233;portation ? J'avoue, c'est &#224; ton microbe Sophie qu'il reviendra de d&#233;ployer tout son g&#233;nie, s'il en a le temps, ou il fondra doucement, irrecyclable et sans emploi avec le reste des travailleurs malheureux, spoli&#233; par ses propres g&#233;niteurs, des parents au d&#233;sarroi dont il ne pourra m&#234;me pas justifier l'existence ni r&#233;p&#233;ter les n&#233;vroses \ merci. Si tu admets qu'avoir des enfants ait &#233;t&#233;, &#224; une &#233;poque lointaine, une preuve ultime d'amour et de courage \ une conjuration de la peur et de l'ennui plus souvent \ un comblement du vide \ aujourd'hui tout &#231;a te semble&#8230; inconsid&#233;r&#233;. Enfin quoi ! n'es-tu pas inform&#233;\e ? Fin de sursis, pauvre ou riche, &#224; la m&#234;me enseigne, tous &#224; r&#234;ver du futur le moins apocalyptique, comme si les crimes du pass&#233; ne rendaient pas la vie impossible ! Irr&#233;parable. Dans l'esp&#232;ce difficile de pers&#233;v&#233;rer, mais en rajouter ne te semble-t-il pas criminel ? Sacrifier encore &#224; l'ogre de la technique, quand m&#234;me les dieux les plus t&#233;m&#233;raires nous abandonnent&#8230; J'avoue, ton discours n'est pas tenable \ noir &#224; l'exc&#232;s \ ou pareil, attribu&#233; automatiquement &#224; la cruaut&#233; de ton jeune &#226;ge. Mais tandis que je tergiverse, Sophie passe &#224; autre chose \ normal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En attendant j'ai rendez-vous pour mon premier tatouage&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme tout le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je t'en avais parl&#233; /une licorne c'est pas comme tout le monde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh si ! o&#249; &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sur l'&#233;paule / qu'est-ce que tu bois ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Droite //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun souvenir de ce projet de tatouage. Assez temporis&#233; ! Tu barytone &#224; pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ah ! moi j'aimerais mieux pas mais tu / mais l'enfant ne me d&#233;range pas, dis-je soudain inspir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que tu racontes //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Te voici bien avanc&#233;, pi&#232;tre conquistador sans ma&#238;tre et sans dieu, infoutu d'abdiquer ! Force et faiblesse o&#249; le corps et l'esprit oscillent, un seul pas de c&#244;t&#233; tu tr&#233;buches, &#224; peine le temps de r&#233;cup&#233;rer tu r&#233;alises que tu t'engages pour la vie ! Cette audace t'est-elle souffl&#233;e par William ? Plaise au ciel que ton histoire n'avorte comme son r&#233;cit fonceur de la guerre civile au \ Congo-Brazzaville // ! \ Oh ! my, oh ! mum, que vais-je pouvoir sauver du d&#233;sastre // une ligne isol&#233;e en t&#234;te, le murmure d&#233;sol&#233; d'un rescap&#233; qu'il n'a fait que croiser quelques minutes, descriptions de paysages dans la suite des pages, rencontre avec un jeune chef de clan et interruption abrupte \ nombreux ces d&#233;buts que le daron n'a pas repris. Un &#233;t&#233; j'ai tout lu, cal&#233; dans une berg&#232;re bancale, sous l'&#233;clairage du hublot qui embrase le grenier, &#224; hauteur des cimes du sous-bois de la propri&#233;t&#233; d'Eileen, sans cesse je me suis demand&#233; laquelle de ces histoires avort&#233;es &#233;tait la plus prometteuse, laquelle serait la plus porteuse comme j'imagine qu'il ironisait lui-m&#234;me, l'histoire que tu retiendrais pour une nouvelle ou un d&#233;part de roman \ si tu &#233;tais moins cossard. Rien sur toi magl ! Et pour cause si tu en crois Lisbeth : il ignorait jusqu'&#224; l'&#233;ventualit&#233; de ta personne \ un p&#232;re malgr&#233; tout. Mais laisse tomber ! Si Ella se charge de ton h&#233;ritage, tu n'auras plus &#224; culpabiliser ni regretter : elle &#233;pluchera toute la pile d'agendas, traquera une indication, un ressassement, la reprise d'un brouillon, et si elle ne trouve rien, z&#233;ro note d'intention dans ces centaines de m&#233;mos en vrac, basta ! elle b&#226;tira tout un roman elle-m&#234;me. Lui \ comme toi \ n'a jamais fait long, l'essentiel &#233;tait dit dans un feuillet. D'apr&#232;s Lisbeth, il attendait toujours d'&#234;tre au pied du mur pour r&#233;diger ses articles, livrant la veille de leur parution au guardian \ un seul jet sans ratures ni atermoiements. Entre les lignes tu t'aper&#231;ois que la r&#233;alit&#233; lui suffit \ la recherche de l'info \ le baroud avec ses coll&#232;gues \ ses fixeurs \ la rencontre du \ sujet // la transmission le pr&#233;occupe et l'engage plus que le style \ ultra lisible j'avoue \ classique ? Il se fichait du nombre de signes auquel se mesure l'importance de ton reportage, ignorait les commentateurs. Le sbeul des m&#233;dias relevait pour lui d'une forme de glorification de soi, il le d&#233;nigrait comme toi facebook ou twitter. Son truc c'&#233;tait le concret \ creuser les pistes \ prendre des risques \ comme &#231;a qu'il c&#233;l&#233;brait l'existence \ mais pour la \ cuisine // il allait vite \ tu m'&#233;tonnes que tu te casses de Nice &#224; la premi&#232;re occase ! &#192; ne pas douter que tout BP entrera dans la logique du tel p&#232;re tel fils \ m&#234;me Carapelli \ inquiet le vieux ? furieux j'avoue ! s'il t'avait calcul&#233; avec ces cr&#233;tins de militaires, sauf que lui ne dirait pas \ cr&#233;tins // Carapelli n'est pas aussi violent dans l'expression que Cl&#233;menti et il s'&#233;pargne le c&#244;t&#233; hautain. J'avoue, &#224; cr&#233;tin, cr&#233;tin et demi, je peux pavoiser, &#224; prendre mes d&#233;lires pour des r&#233;alit&#233;s ! Tarantino, tes films ne collent pas. Pr&#233;visions trop optimistes, bagages b&#226;cl&#233;s, attends-toi &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u par les rushes ! Tu ne r&#233;colteras que des horreurs et tous tes plans voleront en &#233;clats \ ou alors wazy que cette pluie, la nuit finissent ! tu t'&#233;veilleras gentiment dans les bras de la fille du forty-four et le sourire de la fille du forty-four collera avec celui qui t'obs&#232;de depuis trois semaines \ raccord. Ne g&#226;che plus un seul milligramme de cervelle disponible &#224; tes sc&#233;narios catastrophes \ trop tard pour consid&#233;rer l'&#233;ventualit&#233; que tu te fourvoies grave comme ricanerait le Carapelli non-violent \ comme chaque fois que tu foires une d&#233;mo \ il semble que vous vous soyez grave fourvoy&#233;, mon cher Monsieur Baumann // Bien s&#251;r que tu aurais pu &#233;couter l'oncle Philippe, juger froidement la situation, l'esprit repos&#233; apr&#232;s une bonne nuit, mais tout &#231;a, honn&#234;tement, autant ne pas y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cet enfant nous pourrons tr&#232;s bien l'&#233;lever ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es compl&#232;tement &#224; la masse mon bonhomme&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Les math&#233;matiques il faut commencer t&#244;t //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proie de ce rire si beau, je d&#233;fie qu'il m'enterre, muet, affaiss&#233; comme une vieille poup&#233;e automate bloqu&#233;e sur pause : vas-tu crier maman d&#232;s qu'on t'aura chang&#233; les piles ? Tandis qu'un didg&#233; invisible a brutalement coup&#233; le son du forty-four, la rieuse Sophie, rappel&#233;e &#224; sa mission de tenanci&#232;re, entreprend de fermer le bar. Les clients d&#233;senvo&#251;t&#233;s joignent la sortie. Certains saluent la barmaid et puis moi comme si j'&#233;tais avec elle et qu'ils ne connaissaient pas Martial l'homme &#224; la moto \ ou plus probable me prenaient pour le cadet de l'un ou l'autre. Surpris de le pouvoir encore, je filme, j'enregistre : Sophie effleure tout en souplesse le tableau &#233;lectrique et d'une arabesque &#233;conome commande l'extinction une &#224; une des lumi&#232;res jusqu'&#224; ne laisser qu'un nuage jaune enrober le bar. Les portes battues ravivent l'odeur de l'alcool, la bi&#232;re surtout, &#226;cre, une poisse m&#234;l&#233;e de tabac, de sueur, de notes incompatibles \ vas-tu tourner de l'&#339;il ? non pas : trop occup&#233; &#224; admirer ta Sophie dans ses virevoltes, son jean noir tr&#232;s serr&#233;, son teeshirt noir avec la langue des Rolling Stones en pleine poitrine, bien ringard. Rien ne para&#238;t encore : combien de mois ? c'est la premi&#232;re question qu'un ami attentionn&#233; aurait pos&#233;e &#224; une femme enceinte putain concentre-toi ! Un poster g&#233;ant de New York \ un vieux avec les deux tours \ couvre le mur derri&#232;re le bar, l&#224; o&#249; plus souvent, dans d'autres &#233;tablissements, un miroir double la sc&#232;ne \ tant mieux qu'il n'y ait pas de miroir : pas press&#233; de voir ma tronche, heureux de pouvoir baisser le volume, de t'accorder, mezzo, avec un couplet rassurant de questions anodines \ que ne feras-tu pour Sophie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#199;a ne se voit pas. Tu es enceinte de combien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas trois mois&lt;br class='autobr' /&gt;
~Tu travailles ici depuis longtemps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas un mois&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Le patron est au courant que tu es enceinte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas / mais de toute fa&#231;on je ne compte pas m'&#233;terniser / je me suis donn&#233; une dizaine de jours pour trouver mieux que ce bouge //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue ! toi non plus tu n'aimerais pas taffer dans un forty-four aussi cheap, la techno d'il y a dix ans dans les oreilles \ tu d&#233;p&#233;rirais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu veux que je t'aide &#224; ranger ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! ce n'est pas notre boulot / il y a une entreprise qui passe pour ranger et faire le m&#233;nage / un couple de Serbes super sympa. Yann et moi, on rentre / qu'est-ce que tu as pr&#233;vu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
~J'ai dit &#224; mes / amis / qu'on les rejoindrait &#224; l'Excalibur / ensemble / si tu &#233;tais d'accord / mais je suppose qu'il y a ton Martial //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit avance &#224; reculons. Qui est ce Yann que je calcule pour la premi&#232;re fois ? blond peroxyd&#233; tout de blanc v&#234;tu &#224; l'inverse de Sophie \ pas moins serr&#233; mais tellement plus ventru qu'elle \ didg&#233;, barman en second ? les aisselles aur&#233;ol&#233;es \ vigile anti-mouches \ nous nous saluons il est d&#233;j&#224; sorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu connais du monde ici ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ H&#233;l&#232;ne et Ziad me logent, cit&#233; des For&#234;ts, &#224; c&#244;t&#233;. Je suis venu de Paris avec le fr&#232;re d'H&#233;l&#232;ne et deux khey / dans leur voiture une vieille golf.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La golf de Fabrice / ma parole ! mais tu connais TOUT le monde //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant la question de son agenda en suspens : passera-t-elle la nuit avec Martial oui ou non ? retentissent quelques notes de Rigoletto, la donna &#232; mobile, quand tu aurais attendu du R&amp;B ? mais qu'est-ce qu'une sonnerie de mobile dit de son propri&#233;taire hein ? j'avoue : &#224; peu pr&#232;s tout \ et rien \ tant que la &#231;onnerie ne t'effraie pas. Moi par exemple j'ai la de base \ imitation de dring ancien \ le dring de Beyrouth ? j'avoue, la d&#233;faite \ trop r&#233;pandue : une fois sur deux tu te surprends &#224; d&#233;crocher par erreur alors que c'est un autre clone du m&#234;me dring de la m&#234;me walkyrie des origines, m&#234;me note m&#234;me timbre, pas loin qui vibre \ je devrais me singulariser, ta sonnerie de hess te d&#233;personnalise quand m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est mon fianc&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;nom Martial. Sois attentif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ A l'Excalibur ? Peter n'est pas mon fr&#232;re //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vas-y que tu &#233;carquilles les yeux implorant Sophie de ne pas te d&#233;noncer, que tu te d&#233;signes de la poitrine, opinant du museau comme le chien miniature kidiwi pos&#233; sur la plage arri&#232;re de la golf de Fabrice : pour &#233;viter les complications il t'a fallu mentir veux-tu dire \ au risque de brusquer j'avoue, mais tu as bon fond ! tellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Enfin pas vraiment : c'est mon DEMI-FR&#200;RE / tu ne pouvais pas savoir / je ne le vois quasiment jamais&#8230; oh ! je ne suis pas son ange-gardienne //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelle vivacit&#233;, elle accepte de te couvrir \ et quel talent d'improvisation ! Son visage ne souffre pas une seconde la stup&#233;faction, ni la col&#232;re \ un sourire, l'humour ? reprennent instantan&#233;ment le dessus. Demi-s&#339;urs, demi-fr&#232;res&#8230; je m'y connais \ il fallait y penser. Quelle femme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Martial proposait de venir nous chercher mais je lui ai dit qu'on y allait &#224; pied / que tu m'accompagnais. Qu'en dis-tu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ O&#249; &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'Excalibur pardi ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; pied ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est &#224; un quart d'heure / le temps de me raconter un peu ta vie //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pardi ? &#201;bahi tu ne peux que consentir sauf que tu aimerais &#234;tre &#224; l'origine de cette invitation &#224; la promenade, avoir plus de prise, part &#224; la d&#233;cision, bref ne pas devoir miser chaque minute &#224; venir sur la bienveillance de Sophie \ or je souris de toutes mes dents beno&#238;tement \ niaisement \ &#224; l'avance r&#233;joui \ une catastrophe. Ose apr&#232;s &#231;a r&#233;clamer l'amour ! le truc exclusif \ non, tu dois imposer ton rythme. Si tu persistes dans cette fuite effr&#233;n&#233;e, si tu laisses faire le mensonge en fait de demi-s&#339;urs, demi-fr&#232;res, demi-amants, si tu ne d&#233;clares pas la guerre, si tu ne te d&#233;clares pas enti&#232;rement, Sophie et toi resterez au mieux bons amis et l'histoire sera finie demain. Oublie l'enseignement du Bouddha tel qu'Ella te l'a condens&#233;, qui dit et redit qu'il n'y a que la souffrance, que tout bonheur est &#233;ph&#233;m&#232;re, que les minutes les plus palpitantes, les plus joyeuses, m&#234;me celles qui mettent fin &#224; une angoisse terrible, &#224; une souffrance insupportable, ne font que pr&#233;figurer de nouvelles souffrances ! Le nirv&#226;na d'Ella c'est pour les gogos \ wazy il sert &#224; rien son gros anesth&#233;siste de bouddha punk de mes couilles dans ton abattoir sans piti&#233; \ j'avoue tu tiens &#224; peine debout mais l'&#233;veill&#233; c'est toi ! Et tu n'as pas fait la route pour passer la nuit &#224; visiter les bars de Picardie. &#192; toi de jouer, tu prendras une gamelle mais insiste ! Tu sauras assez t&#244;t si aucune sagesse am&#232;ne plus s&#251;rement &#224; la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne crains pas la pluie&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu dis &#231;a ! dans cette r&#233;gion pourrie mieux vaut se m&#233;fier //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature est douce mais d'apr&#232;s l'appli m&#233;t&#233;o de Sophie les pr&#233;visions sont &#224; la pluie. Elle rev&#234;t une esp&#232;ce de k-way et insiste &#224; te munir d'un parapluie publicitaire Clan Campbell \ des articles de pluie &#224; dominante noire qui vous apparentent aux corbeaux. Les veilleuses du forty-four &#233;teintes, les portes referm&#233;es, vous traversez un petit parking puis vous enfoncez dans la for&#234;t \ il fallait que j'y revienne pr&#233;ciser que rien ne borde la route qu'un vrai bois : des arbres de toutes sortes, des ch&#234;nes sans doute \ des bouleaux. J'aime la for&#234;t, Eileen m'a rab&#226;ch&#233; mille fois le nom des essences \ un mot qu'elle aime dire en fran&#231;ais et que je lui ai piqu&#233; \ sans savoir pourquoi elle le pr&#233;f&#232;re &#224; species \ mais je n'identifie pas les essences : j'ai &#233;t&#233; matraqu&#233; de trop de mots pendant les ballades pour imprimer le b\a\ba de la dendrologie. Et puis la for&#234;t il faut vivre avec \ au jour le jour \ avoir besoin d'appeler les arbres par leur nom parce qu'ils sont tes voisins\ devenus potes. Salut &#224; toi h&#234;tre dor&#233; ! salut eucalyptus, &#231;a boume ? Qui reconna&#238;tre ici dans la nuit un lampadaire tous les cent m&#232;tres ? &#224; peine si tu vois o&#249; tu mets les pieds. Il faudrait que Sophie ralentisse qui conna&#238;t la zone par c&#339;ur que les arbres indiff&#232;rent \ g&#233;n&#233;reuse for&#234;t qui va mourir, je te demande pardon aux noms de tous les humains qui t'ont suc&#233; la s&#232;ve. Dommage car vis-&#224;-vis des filles, c'est toujours chouette de pouvoir nommer des arbres \ te restent les &#233;toiles ou un anneau de M&#246;bius vite fait avec une bande de papier ou alors tu fais vibrer tes super-cordes \ j'avoue ! les &#233;toiles \ les &#233;toiles sont tellement le meilleur atout des gar&#231;ons comme toi, un truc tellement clich&#233; qu'elles pourraient se m&#233;fier et les gar&#231;ons comme toi s'abstenir, mais rien &#224; faire, le sexe est directement branch&#233; sur le cosmos, tu d&#233;colles direct, tu sublimes, sans exclusive, genr&#233;, pas genr&#233;, tu transcendes, tu transsssexes, tu intersssexes, c'est l'universel co&#239;t sous les grandes vo&#251;tes. Penses-y !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#192; quoi tu penses ? demande-t-elle sans se retourner, dix pas en avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; notre avenir&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as pas plut&#244;t envie de me raconter ce que tu deviens / depuis ce week-end c'&#233;tait quand / pas si longtemps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Deux semaines&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es quand m&#234;me allum&#233; ! qui t'a donn&#233; l'id&#233;e de venir ici ? Ella ? //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ton de flic affranchie me scotche. Il faudrait que tu la rattrapes pour lui indiquer la n&#233;buleuse d'Orion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Est-ce que tu comprends que ton live de tout &#224; l'heure n'a aucun sens ? j'ai un copain, je vais avoir un b&#233;b&#233; et tu veux quoi / m'&#233;pouser, t'es ouf //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Rien de tellement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne le prends pas mal mais c'est n'importe quoi ! Quand on s'est vu avec Ella et les autres je t'ai trouv&#233; super sympa mais aujourd'hui / tu me sid&#232;res. On passe un week-end et toi / je ne sais pas ce que tu vas te fourrer dans la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Juste envie de te revoir //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sinc&#233;rit&#233; finira par payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui mais / moi aussi d'ailleurs &#231;a me fait plaisir &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mais quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Nous deux &#231;a ne m&#232;ne nulle part&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! &#224; cause de mon &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ! ah ! oui par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne crois pas non&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es extraordinaire ! tu n'as pas ta vie toi aussi ? le lyc&#233;e &#224; Nice&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une bo&#238;te &#224; zinzins ? merci / si ma vie doit se limiter &#224; &#231;a / tu ne crois pas que l'amour est le plus important ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment savoir ce que Sophie regarde, toujours devant, lointaine, dans la nuit ? Ma parole elle &#233;tait plus facile &#224; atteindre quand il y avait cette distance de mille kilom&#232;tres entre nous \ ach diese L&#252;cke &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu ne crois pas //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'elle rebrousse chemin et te heurtant t'embrasse \ &#224; pleine bouche \ pas du tout le baiser sur la joue que tu as pu redouter mais un jeu de langues qui se prolonge quelques secondes pas plus vous reprenez d&#233;j&#224; vos distances et la marche au c&#339;ur de la for&#234;t obscure. &#192; l'agonie, tu aimerais entendre chanter \ int&#233;rieurement \une romance qui te donne du courage, car tu avances encore et toujours &#224; l'aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Nous deux &#231;a ne m&#232;ne nulle part / je suis une fille s&#233;rieuse. Je n'ambiance pas mon mec pour un soir : je ne suis pas genre de ton milieu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'ai pas de milieu et je suis tr&#232;s patient&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu me fais rire / ma parole quelle t&#234;te de mule ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu crois que je ferais un mauvais p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je r&#234;ve. D'abord mon enfant je vais l'&#233;lever toute seule tu comprends ? je ne compte pas sur Martial et encore moins sur toi : un seul gamin suffit. Quoi ! tu te vois en jeune p&#232;re / g&#226;cher tes &#233;tudes ? bien s&#251;r que non / ne mens pas ! &#224; ton &#226;ge personne n'a envie&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; mon &#226;ge ? j'avoue ! &#231;a d&#233;pend&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Imagine seulement ce que &#231;a veut dire ! moi d&#233;j&#224; je ne sais pas, c'est mon premier / je ne peux m&#234;me pas me baser sur mes parents !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas super responsables mes parents \ un euph&#233;misme // comme tu dirais ! Heureusement ma grand-m&#232;re m'a prise en charge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh c'est parfait une grand-m&#232;re / moi il y avait Eileen, la m&#232;re de mon p&#232;re //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'heureux p&#232;re ni de grand-p&#232;re vivant, seulement tes amers des deux c&#244;t&#233;s du Channel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On a grandi sans p&#232;re tous les deux c'est vrai / sauf que le tien n'a jamais fait de prison / avoue que nous ne sommes pas du m&#234;me monde mon cher Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne suis pas sp&#233;cialement riche, ma famille est tr&#232;s / dispers&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
\ La mienne &#233;tait sp&#233;cialement pauvre. En tout cas toi et moi c'est impossible &#231;a commence et &#231;a s'arr&#234;te aujourd'hui d&#233;sol&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible ! Peter / impossible Peter //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'un &#233;clair dans le ciel illumine vos sourires tristes et vos cheveux luisants, puis le tonnerre pourtant tr&#232;s lointain semble donner le d&#233;part de la course \ Sophie se met &#224; courir par jeu plus que pour se mettre &#224; couvert de l'orage \ elle se presserait en sens inverse, si elle savait ce qui vous attend. Car dans quelques minutes, tu pourras broder sur le yin yang \ en l'occurrence ton attirance obsessionnelle pour la sym&#233;trie se payera d'une gentille &#233;pouvante et de hess plombera tes amours naissantes. Mais pourquoi un &#233;pisode sordide devait-il vous chasser du paradis ? C'est quoi ce relent de vieux concept de p&#233;ch&#233; originel de mes deux ? un vestige de sermon anglican \ en quoi l'insouciance serait-elle p&#233;ch&#233; ? Quel oiseleur d&#233;moniaque songerait &#224; lester des passereaux du poids d'un crime ? Attendez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu la rejoins en trottinant \ voletant l&#233;pidopeter \ sur le parking de la mini zone de commerciale o&#249; le cordon de police l'a arr&#234;t&#233;e. Un seul gyrophare persiste dans la nuit au-dessus d'un fourgon battant le secteur prot&#233;g&#233; par les gendarmes, ils auraient pu le couper \ le gyrophare pas le cordon \ se contenter de l'arri&#232;re-plan lumineux r&#233;pandu par les enseignes de l'excalibur pour &#233;clairer leur th&#233;&#226;tre, ce rayonnement bleuverd&#226;tre disloqu&#233; morceau par morceau, qui s'&#233;vapore enti&#232;rement puis r&#233;appara&#238;t cut, immanquablement, en lettres majuscules, dans l'air humide. &#201;chapp&#233;s &#224; l'attraction des voitures rang&#233;es feux &#233;teints &#224; l'ext&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre, quelques corps satellitaires, policiers, gendarmes et pompiers bougent pesamment on dirait sans volont&#233; pr&#233;cise. Et puis tandis que Sophie retourn&#233;e vers toi s'appr&#234;te &#224; lib&#233;rer les pressentiments, par un sursaut soudain les gendarmes se d&#233;cident &#224; r&#233;tablir la circulation de la quatre-voies longeant les boutiques grillag&#233;es du centre commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne les vois pas //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre la bouche, pour dire que si ! c'est machin \ Gilles, debout devant le car des flics \ sauf que Martial Angot vient vers nous \ c'est sans doute &#224; &#231;a qu'il ressemble d'habitude : tout en cuir de motard, casque &#224; la main, pas tr&#232;s grand, pas tr&#232;s beau \ &#224; peine plus accabl&#233; que d'habitude, il passe sa t&#234;te livide sous la banderole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu n'as pas re&#231;u mon texto ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la nuit, la temp&#233;rature d&#233;passe encore les vingt degr&#233;s \ plus qu'inhabituel au mois de mai \ l'orage n'a rien rafra&#238;chi. La bruine ti&#232;de perle sur son \ nos visages qui se font face dans un effluve de gas-oil \ j'avoue ! nous serions tous plus beaux autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je te disais de ne surtout pas venir : il s'est pass&#233; quelque chose / lui c'est Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Keskispass ? questionne Sophie toute p&#226;le d'angoisse \ beaut&#233; fatale.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est Fabrice&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi Fabrice ? Putain il a tabass&#233; un mec&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non c'est lui //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As-tu parcouru mille kilom&#232;tres pour moisir sur ce parking / transi ? Th&#233;oriquement non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tous ceux que nous n'avons pas contact&#233;s peuvent rentrer chez eux ce serait bien merci //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix du flic en civil ne porte pas \ manque de puissance et de conviction pour sortir l'assembl&#233;e de sa tr&#232;s grande apathie \ question de rythme aussi \ mais tu te vois mal utiliser un m&#233;gaphone dans une brumaille aussi paisible. Les plantons paraissent patiemment profiter de la pause, m&#233;ditatifs, comptant le temps que les nerfs se d&#233;nouent apr&#232;s que le pire est pass&#233; \ aucune urgence &#224; r&#233;examiner la gova dans laquelle une heure plus t&#244;t un type de vingt ans du nom de Fabrice Courtin a &#233;t&#233; abattu d'une balle dans la t&#234;te. Quand m&#234;me les scientifiques sont l&#224; pour &#231;a TH&#201;ORIQUEMENT \ bienvenus \ y retourner une derni&#232;re fois avant de tout nettoyer \ laisser les derniers t&#233;moins rentrer chez eux \ remettre les moteurs en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Fabrice s'est fait buter par un cingl&#233; / ils vont pr&#233;venir sa s&#339;ur / on aurait pr&#233;f&#233;r&#233; qu'elle l'apprenne par un ami mais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il est mort ? demandes-tu pour Sophie dont les l&#232;vres se mangent.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm / je crois que ce serait bien de passer chez elle / je ne sais pas ce que tu en penses // &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martial ne pourra voir Sophie acquiescer dans le vide car il n'attend pas vraiment de r&#233;ponse \ ne nous calcule plus \ il a fait un quart de tour en mode poids lourd vers la sc&#232;ne de crime. Nous voici trois en rang d'oignons &#224; fixer la golf au cadavre dans laquelle j'ai transit&#233; il y a peu \ je n'h&#233;site pas &#224; entourer la main de ma barmaid d'une &#233;treinte d&#233;licate et sans force. Une seconde, elle te fait cadeaux de ses grands yeux effar&#233;s. Quant &#224; Martial Angot, il serait qualifi&#233; en finale des h&#233;b&#233;t&#233;s que la peur paralyse, belle p&#226;leur dans ce tableau de parking aux traits d&#233;compos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Vingt ans il s'est trouv&#233; l&#224; au mauvais moment //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses formules de fianc&#233; qui joue le champion rh&#233;torique au pr&#233;texte d'&#233;vacuer les tensions ? t'exasp&#232;rent un rien. Tu te demandes si les flics font pareil ou s'ils se retiennent. Surtout je me tais \ passe encore inaper&#231;u. Stress&#233; \ v&#233;n&#232;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Gilles et Mustapha l'avait laiss&#233; seul avec sa copine.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Cynthia ! elle est bless&#233;e ? encha&#238;ne la voix assourdie \ sublime \ de Sophie.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Indemne / elle est avec un m&#233;decin et un psy dans le camion des pompiers&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un psy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un soutien psychologique, pr&#233;cise Martial.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En pleine nuit c'est / bien / tu &#233;tais l&#224; quand c'est arriv&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non/ j'ai vu les flics / des gendarmes / ils &#233;taient d&#233;j&#224; arriv&#233;s / j'ai //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fatigue me tombe sur les &#233;paules. J'aimerais nous voir ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est &#201;ric Deblicker je le connais, reprend Martial / mon voisin / il travaille &#224; la p&#233;gi / je vais lui demander si on peut s'en aller //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas le grand gaillard un peu fort un peu groggy un peu vo&#251;t&#233; \ minable dans son battle-dress de toile perm&#233;able trop ajust&#233; \ pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre ailleurs lui aussi, de toute &#233;vidence \ que la gendarmerie n'ait pas contact&#233; son bureau \ que le meurtrier de Fabrice Courtin arr&#234;t&#233; moins d'une heure apr&#232;s le clash n'e&#251;t aucun ant&#233;c&#233;dent \ ne f&#251;t pas impliqu&#233; dans une enqu&#234;te &#224; lui Deblicker \ ne pas d&#233;barquer sur ce parking tremp&#233; et avoir &#224; constater \ qui &#224; part un bourreau scrupuleux voudrait-il constater un mort de violence ? Tu n'as jamais cru aux h&#233;ros-flics imperturbables des s&#233;ries scandinaves chambrant le l&#233;giste &#224; la bien pendant une autopsie. Ton imagination fonctionne diff&#233;remment : pour l'inspecteur Deblicker tu vois que s'&#233;gr&#232;ne la litanie des souvenirs associ&#233;s \ les listes morbides auxquelles se confronte une carri&#232;re \ si le tableau de cette nuit n'est pas le plus horrible, tu peux &#234;tre sensible &#224; la jeunesse de la victime \ au-dessus de la bouche intacte grand ouverte et comme &#233;tonn&#233;e la t&#234;te a morfl&#233;, elle a subi toutes sortes de transformations plus ou moins subtiles sans parler de ce manque toujours moins r&#233;gulier et plus impressionnant du c&#244;t&#233; o&#249; la balle ressort \ ou peut-&#234;tre qu'ici tout est moins grossier ne faisant qu'un seul et m&#234;me tunnel &#224; l'horizontale net et discret = d'une tempe &#224; l'autre \ j'avoue ! le d&#233;sagr&#233;ment majeur, la besogne qui un jour te pousse &#224; d&#233;missionner, parce que toi, Deblicker et tes coll&#232;gues de la p&#233;gi, vous n'avez pas choisi l'action, les situations dangereuses, pour vous retrouver englu&#233;s dans les constats collat&#233;raux \ sordides \ les scientifiques eux oui peut-&#234;tre \ capables de s'abstraire \ et quoi dire des keufs qui tirent sur la foule pour mettre le sbeul et aplatir les soul&#232;vements \ guett&#233;s chaque dimanche par le d&#233;go&#251;t d'eux-m&#234;mes ? Ni frappeur ni scientifique, l'inspecteur Deblicker que tu vois approcher de Martial Angot et l'emmener &#224; l'&#233;cart, a n&#233;anmoins le pas pesant et un regard vide : le jour o&#249; il aura &#224; constater la mort d'un copain ce sera la derni&#232;re enqu&#234;te, la fin des affaires. Et ses putains de vert&#232;bres ! comment &#231;a se voit qu'il n'en peut plus de cette sensation d'une tortue qui essaie de se dresser sur les pattes arri&#232;re. Et puis ses cent kilos. Et la collection d'anti-inflammatoires qui lui collent la gerbe. L'herbe, le valium et la bi&#232;re le soir, avec quoi tu fais un fonctionnaire vraiment trop intoxiqu&#233; pour durer jusqu'&#224; la retraite, &#233;puis&#233; d&#232;s la premi&#232;re saison \ mais sur ce parking b&#233;nie soit l'illusion, le canevas qui te prot&#232;ge, toi, et par la m&#234;me occasion Sophie qui a les mains froides \ et si douces \ &#224; qui il faudra raconter ton policier \ mais n'est-elle d&#233;j&#224; abreuv&#233;e de ces clones d&#233;pressifs submerg&#233;s de meurtres en s&#233;rie ? J'avoue, remballe ta s&#233;rie noire ! ou alors je ne sais pas, monte une embrouille qui vous t&#233;l&#233;porte sur Mars\eille \ &#244; \ soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coup d'&#339;il que te jettent &#201;ric Deblicker et Martial Angot pendant leur discussion, tu penses que c'est foutu \ te voil&#224; d&#233;masqu&#233; ! C'est le moment de fuir &#224; nouveau \ fuir la France, la main de Sophie serr&#233;e dans la tienne ! mais tu la rel&#226;ches et passant sous la banderole te rend gentiment &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Peter ? attendez-moi une minute ! s'il vous pla&#238;t // ordonne une voix de basse &#224; l'accent des hauts pays plats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#233;fiance ni regret l'inspecteur vous abandonne, Martial et toi, se pressant d'aller intercepter la jeune femme qui vient de sortir du fourgon de la s&#233;curit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est Cynthia / la fianc&#233;e de Fabrice // te pr&#233;cise Martial comme si tu prenais des notes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas franchement indemne \ fra&#238;chement d&#233;maquill&#233;e \ le regard dans le vague errant sur ses pompes deadstock \ &#233;vitant le regard des autres comme une vedette de revue &#224; scandale \ Cynthia \ blonde princesse &#224; cape d'or et d'argent \ se soucie-t-elle de respirer plus grand ? haletant malgr&#233; les calmants \ de retenir sa tra&#238;ne ? Une suivante aux cheveux blancs la rattrape \ flotte &#224; ses c&#244;t&#233;s dans un ample uniforme de la s&#233;curit&#233; civile, la soutient, la l&#226;che puis surveille sa marche \ frottant le dos de Cynthia, ses mains consolantes crissent sur la couverture de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Cynthia tu perds pied, tu n'es surpris de rien \ une incartade sur un parking de zone et tu vois ton fianc&#233; \ fianc&#233; // qu'est-ce que &#231;a veut dire &#224; la fin ? flingu&#233; par l'inconnu qu'il n'a provoqu&#233; que pour le principe, d'un geste machinal, de pilote &#224; pilote \ le malheur n'en restera pas l&#224;, &#224; cause de Cynthia qui d&#233;vaste tout sur son passage, sept lettres d'un pr&#233;nom auxquelles sans savoir pourquoi tu ne peux accoler qu'une tornade tropicale ou les marques d'une enfant battue, tout un lot de trag&#233;dies \ en plus que Cynthia ce n'est pas ancr&#233; dans du solide, j'avoue &#231;a te maintiens juste en vie, dans un d&#233;cor d'Ed Wood affubl&#233; de mal&#233;fices, maudite comme une hollywood princess h&#233;ro&#239;ne de thriller. Oh ! tu entends clairement les paroles que lui adresse l'inspecteur au timbre bas \ d'une voix neutre \ enveloppant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je m'appelle &#201;ric Deblicker, c'est moi qui vais enqu&#234;ter sur ce qui est arriv&#233; / je suis d&#233;sol&#233; / je sais que vous avez d&#233;j&#224; parl&#233; &#224; mes coll&#232;gues alors je vous laisse tranquille nous nous verrons plus tard. Votre p&#232;re est arriv&#233;, il va vous emmener, bon courage //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;change de regards entre Cynthia \ perdu \ et Sophie \ d&#233;mesur&#233; \ces deux-l&#224; ne sont pas assez amies pour s'enlacer \ ou manquent soudainement de ferveur. L'inspecteur n'a pas plus l'&#233;nergie d'aller au-devant du p&#232;re, cet homme massif, un m&#232;tre soixante-dix, le dessus du cr&#226;ne d&#233;garni brillant sous la pluie, moustache rousse, &#233;paules affaiss&#233;es et le m&#234;me air perdu que sa fille, dont il ne recueille le regard que quelques secondes \ avant de lui tourner le dos sans l'avoir &#233;treinte, l'entra&#238;nant au d&#233;part \ tous les deux pareils semblant ne pas savoir o&#249; mettre leurs pas, marchant maintenant c&#244;te &#224; c&#244;te, &#224; un demi-m&#232;tre de distance, la t&#234;te pench&#233;e vers le sol \ tous les deux soufflant &#224; chaque pas comme apr&#232;s un effort de r&#233;sistance. Puis Cynthia court presque vers les voitures \ s'enfermer. Son p&#232;re passe plus pr&#232;s. Son blouson &#233;cossais bleu et vert s'ouvre sur un maillot de cycliste aux couleurs sobres \ &#224; l'effigie des assurances AG2R. La veille ce dynamique conducteur de travaux ? apparaissait sur le chantier d'une nouvelle rocade \ dans la force de l'&#226;ge. Une gendarme l'attend, tient sa porti&#232;re ouverte, le salue, lui indique le sens de la circulation d'un mouvement de t&#234;te \ il &#233;coute les yeux ferm&#233;s sans prononcer un mot \ rouvre les yeux au volant de son antique Opel Vectra pour d&#233;marrer, sortir &#224; vitesse r&#233;duite, sans calculer sa fille &#224; c&#244;t&#233;. Quelle part a-t-il eu dans le choix du pr&#233;nom ? doit-il s'en vouloir de n'avoir pas &#233;t&#233; capable de prot&#233;ger Cynthia dont il d&#233;sapprouvait \ violemment \ depuis des ann&#233;es \ la conduite et les fr&#233;quentations ? Est-ce qu'il attribue &#224; un miracle le fait qu'elle ait &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e \ consid&#232;re qu'elle finira par s'en sortir \ qu'elle ne m&#233;ritait pas \ personne \ que la mort s'abatte sur son petit ami. Tu lis dans les yeux clairs que ce p&#232;re, lui, ne s'en rel&#232;vera pas \ sa fille oui, mais lui \ et les autres : H&#233;l&#232;ne, la s&#339;ur de Fabrice, cit&#233; des For&#234;ts, les parents exil&#233;s &#224; la neige, an&#233;antis par un coup de t&#233;l&#233;phone, dans un chalet F2 &#224; Val-Thorens ? Alors qu'&#201;ric Deblicker adresse un signe au chef des pompiers, une douleur famili&#232;re lui agrippe la nuque et les &#233;paules, il revient vers vous en grima&#231;ant \ toi \ Martial \ et Sophie qui a franchi elle aussi la banderole sous la capuche de son k-way \ les m&#226;choires t&#233;tanis&#233;es. L'inspecteur se masse le cou de la main gauche, l'air \ un peu moins furieux. Aucun fardeau qui ne nous soit jet&#233; sur les &#233;paules, dont nous ne puissions supporter l'&#233;preuve \ qu'est-ce que tu vas bien pouvoir dire &#224; ce flic &#224; part &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tu prends un quadrilat&#232;re quelconque, tu divises chacun de ses c&#244;t&#233;s en trois segments &#233;gaux. Tu traces les lignes s&#233;cantes reliant deux par deux les points de division les plus proches. Tu obtiens un parall&#233;logramme et tu v&#233;rifies par la m&#234;me occasion le th&#233;or&#232;me de Ferdinand Wittenbauer, un autrichien des ann&#233;es 1900.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH157/2_lignes-b61c4.jpg?1684418215' width='250' height='157' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagine ces deux surfaces comme deux feuilles de densit&#233; uniforme, le centre de ton parall&#233;logramme a comme par hasard le m&#234;me centre de gravit&#233; que celui de ton quadrilat&#232;re original, le m&#234;me point d'&#233;quilibre autour duquel la masse est uniform&#233;ment r&#233;partie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH157/3_lignes-ea0d4.jpg?1684418215' width='250' height='157' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qui les math&#233;matiques murmurent amicalement dans le creux de l'oreille c'est une chance de pouvoir reposer sur une base scientifique&#8230; ainsi &#224; toute figure quelconque, &#224; tous les &#233;pisodes confus de ton existence, tu peux appliquer des lois universelles qui dissipent le chaos en te r&#233;v&#233;lant le plan cach&#233; de l'univers : te voici rassur&#233; et, ton &#233;quilibre retrouv&#233;, tu avances confiant dans l'avenir. Si tu pars calmement de Thal&#232;s, mon soce Gu as raison, tu peux tout d&#233;montrer, prouver par mille vecteurs, extrapoler \ tout se tient. Ainsi de ce temps pass&#233; sur le parking ? sans doute \ amour et mort sont l&#224;, tu n'en feras pas un roman non plus, huit douze barres sur un flow percutant, &#224; la rigueur \ j'avoue, tu vois bien que les c&#244;t&#233;s sordides ne p&#232;sent plus rien d&#232;s que tu recadres autour de Sophie et que dans le d&#233;sordre apparent tu tiens parfaitement l'&#233;quilibre, si rien n'encombre tes synapses que les maths, si tu passes les complications inutiles \ un fianc&#233; &#224; tes basques ? un b&#233;b&#233; sur les bras et quoi ? bient&#244;t class&#233; $ d&#233;linquant juv&#233;nile \ tu as tout gagn&#233; &#224; prendre des vacances pour les beaux yeux de Sophie : cette promesse r&#233;it&#233;r&#233;e ne comble-t-elle pas tes esp&#233;rances ? Sans passage &#224; l'acte, j'avoue la frustration, mais comme te serinerait le Carapelli, la gloire ne t'attend nulle part, &#224; toi de remettre sur l'ouvrage, genre simple, convaincant, obstin&#233; \ ni journal intime, ni liste de courses, tes articles scientifiques seront brefs, denses et bien inform&#233;s, tes lettres d'amour une tuerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu &#233;criras un roman policier // me glisse Philippe au milieu de son rire d&#233;sabus&#233;, sid&#233;r&#233; que je puisse me soucier d'un avenir avec Sophie et ne pas couper les ponts \ s&#251;r que lui passerait &#224; autre chose sans m&#234;me penser relier les s&#233;cantes. &#201;va me sera plus instructive \ si elle daigne faire son apparition : d&#233;j&#224; une demi-heure que nous l'attendons entre deux nuages, au soleil miroitant de Paris, rencogn&#233;s dans le caf&#233; du palais de Tokyo. &#201;va est extralucide &#224; ses heures, cent fois plus puissante qu'Ella et son tarot vaudou : nous verra-t-elle dans son ciel, Sophie, moi, l'enfant ? Ne serait-ce qu'une tendance \ niveau moral c'est important m&#234;me pour un scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un roman policier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'am&#233;ricaine avec des ambiances //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le probl&#232;me avec Philippe : tu lui demandes un avis sur la vraie vie et aussit&#244;t il embraye sur les livres ou le cin&#233;ma \ mani&#232;re de taper en touche. J'avoue ! ce mec vit dans la fiction \ ta mis&#232;re ne l'int&#233;resse que s'il peut l'adapter &#224; l'&#233;cran. J'avoue, pas chaud de revenir sur ce parking \ pas des masses fascin&#233; par le glauque et la violence \ envie de nous voir ailleurs avec Sophie \ aucun regret de ne pas tourner de fusillades ou de poursuites \ ne revendique aucun r&#244;le ni dans la sc&#232;ne fatale de l'excalibur ni dans la \ spectaculaire // arrestation du meurtrier pr&#233;sum&#233; secteur d'&#201;touvie sur une autre zone du grand ouest \ juste onlooker et d&#233;cid&#233;ment pas fan de Tarantino. Tu ne t'en fous pour autant \ de la violence \ mais peut-&#234;tre pr&#233;par&#233; au pire &#224; cause de William, vaccin&#233; en quelque sorte, tu cicatrise le trauma. Mais tu ne jouerais pas plus dans les guerres de ton daron \ reporter d&#233;ment mont&#233; sur tes grands chevaux \ tu ne donnerais pas tant de jours au combat, jusqu'&#224; la d&#233;faite, non tu te tiendrais naturellement &#224; distance, mais pas insensible \ au contraire \ la compassion pas tr&#232;s loin, toujours envisageable, mais quel int&#233;r&#234;t de singer William ? S&#251;r qu'il les aurait regard&#233;s davantage : Fabrice, Gilles ou Mustapha, qu'il se serait m&#234;l&#233; de leurs histoires \ moi, je ne note rien, t&#233;moin pourri \ m&#234;me pas le f&#233;tichisme du carnet comme Ella que le rap a aussi tent&#233;e \ je rappe pas papa chacun son karma : &#224; quoi bon hurler si tu ne peux sauver personne, si tu ne plies pas les gens de pouvoir, si tu n'as pas &#233;t&#233; foutu de compenser l'absence en me laissant quelque chose de senti&#8230; une directive \ un po&#232;me. J'imagine qu'une rude journ&#233;e de baroud marqu&#233;e par un tas d'absurdit&#233;s te d&#233;charge de tout effort \ la conscience apais&#233;e \ sans trop le souci de la p&#233;rennit&#233; \ au calme \ sauc&#233; que ne t'ait pas happ&#233; \ l'indicible violence qui hante le c&#339;ur des hommes // telle que d&#233;crite par le cruel Philippe dans l'exorde de son dernier opus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Au d&#233;part, mon h&#233;ros n'est pas un homme plus violent que les autres mais les circonstances l'am&#232;nent &#224; commettre l'irr&#233;m&#233;diable avant qu'il ait eu le temps de s'endurcir. As-tu song&#233; aux premi&#232;res exp&#233;riences de ton p&#232;re propuls&#233; directement de son amphi au th&#233;&#226;tre des op&#233;rations ? m'interroge l'&#233;crivain tortur&#233; commentant son propre commentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas vraiment / d&#233;boussol&#233; j'imagine&lt;br class='autobr' /&gt;
\ William n'&#233;tait pas un journaliste comme les autres : il pensait et s'int&#233;ressait &#224; la croyance&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La croyance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il ne supportait pas que l'existence humaine se r&#233;duise &#224; une mati&#232;re premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une mati&#232;re premi&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celle du progr&#232;s technologique / du capitalisme financier / des guerres je ne sais quoi toutes sortes d'horreurs / nous sommes tellement dou&#233;s pour asservir / rendre notre soci&#233;t&#233; toujours plus ha&#239;ssable. Il disait que les hommes n'avaient plus la patience de vivre, qu'ils &#233;taient comme press&#233;s de mourir&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; la guerre forc&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non partout le plus vite est le mieux, regarde : les touristes veulent &#234;tre revenus, les travailleurs en vacances, les artistes reconnus, tous riches, pas demain, tout de suite / un peu de patience que diable ! voil&#224; ce qu'il s'&#233;crirait \ ce que William &#233;crirait de ces marathoniens de Paris qui d&#233;talent dans tous les sens sur les trottoirs dans les gaz et la poussi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme &#224; Nice sauf qu'ici pas trop de soleil non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il &#233;crivait peu mais il voyait juste / est-ce que tu as lu l'&#233;tat dada ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ L'article qui l'a rendu c&#233;l&#232;bre ? je crois oui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu devrais / c'est une belle m&#233;taphore de la dictature &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une m&#233;taphore ? pas son genre ! si ? oh //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu &#233;coutes Philippe, ton p&#232;re est mieux qu'un h&#233;ros : un mod&#232;le \ si tu &#233;coutes Rachid, j'ai d&#233;j&#224; dit : les p&#232;res ne sont m&#234;me pas dignes du m&#233;pris de leurs enfants \ les quelques articles de William le rendent-ils aimable ? son monde moins ha&#239;ssable. Qu'a-t-il fait pour toi &#224; part &#234;tre mort ? Qu'iras-tu glaner sur ce qu'il t'a l&#233;gu&#233; de nom et de fortune : r&#233;seau dispers&#233; \ liens d&#233;faits \ une vie de baroudeur que la guerre a fini par avoir. Merci ou pas pour la vie, mais ton petit bourgeois de fils refuse l'h&#233;ritage de l'aventure, il est s&#233;rieux, esp&#232;re qu'avec toute sa science il pourra sauver les meubles, m&#234;me si Lisbeth qui s'en fout comme de l'an quarante ! l'attaque direct, au vivant, critique et le traite de pantoufle \ stick in the mud // de \ singe savant reli&#233; &#224; d'autres singes savants toujours &#224; farfouiller dans les poubelles de l'archive &#233;lectronique &#224; dissiper son temps dans des # contradictoires // au point de persuader le plus brillant chercheur que ses r&#233;sultats il ferait bien de se les garder \ ne jamais divulguer \ carr&#233;ment \ ne pas participer pas &#224; ce gros g&#226;chis, mais rester planqu&#233; &#224; l'&#233;cart de cette \ soci&#233;t&#233; de merde // n'offrir aucune br&#232;che &#224; la contradiction \ cesser d'examiner Nature ou Science comme une analyse de sang qui inqui&#232;te ou rassure \ bannir tout exc&#232;s de curiosit&#233;, toute passion malsaine \ la malsaine indiscr&#233;tion du chercheur et toutes ces vanit&#233;s qui compromettent ton &#233;quilibre // Merci maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ La dictature c'est la dictature non ? Les m&#233;taphores &#231;a va bien pour faire comprendre les sciences aux neuneus / mais une m&#233;taphore de la dictature &#231;a t'embrouille pour rien&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu embrouilles le pouvoir et tu &#233;claires ton lecteur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu contournes peut-&#234;tre la censure mais tu perds ton punch&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne suis pas d'accord / la m&#233;taphore c'est ce par quoi l'homme atteint plus qu'il ne peut saisir / pour &#231;a que c'est aussi le chemin de la connaissance scientifique / et tu dis \ pour les neuneus // parce que tu es fatigu&#233; Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue il m'arrive d'&#234;tre fatigu&#233; / m&#233;tabolisme un peu haut&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu oublies que l'effort de communication des scientifiques enrichit le contenu de leurs futures d&#233;couvertes / les neuneus ce sont ceux qui se foutent d'&#234;tre intelligibles ou qui se posent la question trop tard&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a m'arrive : je ne suis pas &#201;tienne Klein&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas lu / pour moi par exemple Einstein est d'abord un homme d'imagination / un d&#233;pressif que la science lib&#232;re et fait r&#234;ver&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un conteur de sornettes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En quelque sorte //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adore comme certains plumitifs te parlent de science \ il ne leur manque que la science. Philippe c'est abus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Il avait l'air sympa ton flic / qu'est-ce que vous vous &#234;tes dit finalement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des conneries. Il m'a laiss&#233; appeler Lisbeth / il lui a parl&#233; et &#231;a n'a pas manqu&#233; : elle t'a demand&#233; de venir me chercher / je te remercie de ne pas avoir mentionn&#233; que j'&#233;tais pass&#233; par chez toi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle m'aurait tu&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trange complicit&#233; \ dirais-tu d'un Philippe trente ans plus vieux que toi qu'il est un soce valable ? La diff&#233;rence d'&#226;ge ferait en l'occurrence moins obstacle qu'en amour \ enfin ! n'est-il pas d&#233;sesp&#233;rant que Sophie ait disparu, que tu aies attendu seul dans ce bureau de police et qu'au lieu de te tenir compagnie, la dulcin&#233;e soit all&#233;e soutenir Martial dans sa visite courageuse &#224; l'amie H&#233;l&#232;ne ? &#192; n'en pas douter. Encore, ce flic t'aurait permis de courir la rejoindre ! mais non, pas moyen de d&#233;guerpir. J'avoue ! elle te griffonne son 06 au creux de ta main \ &#224; l'ancienne \ comme si tu l'avais d&#233;j&#224; perdu ! susurre qu'un jour vous vous retrouverez \ &#224; Paname ou sur la C&#244;te // et pftt ! Que peux-tu r&#233;pondre ? Attends ! Fixons au moins une date \ insister en ces temps tragiques t'aurait disqualifi&#233; \ grave &#233;go&#239;ste, insensible, en vrai un fou furieux \ et la folie effraie, elle t'isole : f&#233;licite-toi de n'avoir pas oppos&#233; par d&#233;raison l'urgence de l'amour &#224; la tristesse du deuil ! Basta. Patience et no rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pourquoi ne vous croirais-je pas ? s'&#233;tonne Deblicker.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est tellement con&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non il faut tenter la chance //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traverser ton pays par amour n'a rien d'extravagant, si tu ne fais pas ce genre de choses la vie ne vaut pas d'&#234;tre v&#233;cue dit &#224; mots couverts ton flic de roman. Comportement standard des particules, libres dans l'espace, enferm&#233;es dans le temps, songes-tu &#233;puis&#233;, vaguement heureux d'&#233;chapper &#224; des ann&#233;es de prison pour un crime invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;~Votre m&#232;re va rappeler ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai laiss&#233; un texto //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bizarre encore cette intelligence &#224; l'&#233;gard d'un vieux keuf \ quarante ? qui te rend ta carte d'identit&#233; sans la regarder, t'&#233;coute sans rien noter, que tu amuserais presque dans ce parking sinistre \ une compensation aux ravages de la nuit ? Mais voici que Lisbeth rappelle ! Vous vous appelez une fois l'an et il faut que &#231;a tombe cette nuit \ dans une fourgonnette en pleine nuit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Qu'est-ce que tu fous chez les flics //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma parole \ tu sais bien que cette femme a des antennes \ m&#233;dium en quelque sorte \ aussi puissante qu'Ella, &#201;va et la pythie r&#233;unies putain ! Mais c'est comme si te conna&#238;tre la dispensait d'attentions et de points sur les i : en vrai tes incartades elle s'en fiche \ en l'occurrence elle aurait pu d&#233;couvrir moins tardivement le message de BP signalant ton absence et t'appeler aussit&#244;t mais c'est comme si tu &#233;tais &#233;mancip&#233; depuis tes sept ans, comme si tu ne risquais rien, que l'&#233;ducation rustique et le sucre dont sa belle-m&#232;re Eileen t'a gav&#233; te gardait de la fatigue, comme si les orphelins de naissance &#233;taient immunis&#233;s contre les mauvaises surprises \ et le diab&#232;te ? Gu&#232;re de chance que cet &#233;pilogue picard entame son self-control.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je n'y comprends rien ! Quelle fille ? franchement tu d&#233;connes / il faudra qu'on parle s&#233;rieusement tous les deux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menace en l'air, z&#233;ro conviction, elle pourrait au moins essayer, mais Deblicker me demande le t&#233;l&#233;phone. Sophie s'est &#233;loign&#233;e, elle et Martial discutent gravement pr&#232;s de la yamaha encore &#233;teinte \ ils reviennent leur casque &#224; la main gauche, produire leur droite d&#233;gant&#233;e pour des aurevoir&#224;bient&#244;t distants. J'avoue, nous serons tous libre la t&#234;te vide, bient&#244;t lav&#233;e des souvenirs, comme demain ce parking, la pluie infiltr&#233;e fera un peu grimacer la surface et puis &#231;a passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pour le reste je fais confiance &#224; votre m&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous &#234;tes bien le seul&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Votre oncle de Paris viendra vous chercher au poste de police&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Philippe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi n'allez-vous jamais en Angleterre ? j'aime beaucoup ce pays&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi pas / seulement la campagne //&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : By Azim Khan Ronnie - Own work, CC BY-SA 4.0, &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96966484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96966484&lt;/a&gt;, via Wikimedia Commons&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann II/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-II-III</link>
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		<dc:date>2023-05-05T10:46:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; MultiversFootball &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2264-a79bd.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; MultiversFootball &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;lisabeth, son pr&#233;nom de queen, a-t-il &#224; lui seul entra&#238;n&#233; ma m&#232;re, quoique de basse extraction, dans les bras de mon p&#232;re, un Anglais de la haute ? Golri ce mariage des contraires ! Tu imagines Lisbeth prendre des pincettes, le ton s&#233;rieux de la gentry ? Non. Il faudra que je lui demande dans quelle langue ils se sont parl&#233; &#224; Paname la premi&#232;re fois \ pourquoi ce fran&#231;ais que tu tritures avec entrain, William ne l'&#233;crivait que pour ajouter son apostille aux courriers de Lisbeth ou remplir des papiers administratifs ? alors qu'il lisait Marcel Proust dans l'original ! m&#234;me il le cite sur un magn&#233;to avec son fort accent \ toujours. Parler, il a fallu qu'il y soit contraint et forc&#233; : en Afrique francophone, travaillant longtemps avec un photographe fran&#231;ais \ j'avoue : traducteur de toi-m&#234;me, tu ne dis que le n&#233;cessaire, tu apprends surtout &#224; perdre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ais de langue maternelle, anglais de paternelle, d'apr&#232;s Cl&#233;menti il ne m'en co&#251;terait pas d'en rajouter \ et r&#233;guli&#232;rement tu promets de faire l'effort. Pour Carapelli, partir &#224; l'assaut de nouvelles langues, c'est la qu&#234;te du Saint Graal, le truc qui transforme ton existence, se limiter &#224; deux c'est le risque d'en manquer une troisi&#232;me par laquelle tu es rendu chez toi pour de bon \ &#224; voir. Auparavant, quand je jouais au Peter apatride, je m'en fichais \ exil&#233; de toujours \ avec ce douloureux accent o&#249; que tu fusses ! Je ne suis plus ce Jane Peter Brookin, je ne suis plus poseur, je ne pose plus mes op&#233;rations ni rien, je roule avec mon essence \ essentiellement en fran&#231;ais genre soutenu \ pas encore dispos&#233; au multilinguisme \ r&#233;tif &#224; presque toutes les \ disciplines // auxquelles BP voudrait d'embl&#233;e t'initier. J'avoue ! &#224; Babel Pascal tout est possible, tu r&#233;veilles m&#234;me les mortes, de langues. Ah ! l'indispensable beaut&#233; de ces humanit&#233;s d&#233;su&#232;tes ! ce rudiment de grec ancien et de latin qu'&#201;veline &#201;taix s'&#233;chine &#224; te faire entendre \ &#201;taix le dernier sp&#233;cimen du secondaire &#224; te faire lire &#224; haute voix et dans le texte un la&#239;us de Cic&#233;ron. Pas franchement up-to-date, mais curieusement personne ne ren&#226;cle : &#224; BP tu respectes les anciens. Avoue que tu pourrais agr&#233;er Carapelli et t'initier aux vivantes ! l'arabe, le chinois\ parler couramment mandarin ou cantonais comme le petit Vincent ! Tu le crois qu'il a mon &#226;ge ! Moi qui ne suis pas un g&#233;ant le d&#233;passe d'au moins vingt-cinq centim&#232;tres, minus Vincent ! mais &#224; la tchatche personne, m&#234;me Oscar, n'arrive &#224; sa cheville \ Vincent c'est Oscar10, Oscar sans les obstacles de l'infirmit&#233;. Pour tchatcher, il tchatche ! chiche de switcher &#224; la seconde, anglais, chinois, espagnol \ frais j'avoue ! son babil printanier dans le jardin &#224; l'intercours, always fluent, comme de l'eau qui clapote entre des galets. Vincent pr&#233;tend qu'avec une seule le&#231;on par semaine, sans rien de chinois dans les g&#232;nes, tu pourrais lire le mandarin ou le cantonnais fingers in the nose \ pas d&#233;chiffrer : lire ! couramment, comme lui. Tu ne peux m&#234;me pas l'attaquer sur son h&#233;r&#233;dit&#233; consulaire : ses quelques mois &#224; Hong Kong, l'avorton les a v&#233;cu 100 % en anglais, regagnant l'Europe avec quoi ? du bruit dans l'oreille : trois gros mots de pidgin en tout et pour tout \ et m&#234;me lascar dans les sciences : tu d&#233;chiffres quand lui d&#233;roule \ imbattable. Il n'y a qu'avec ton fran&#231;ais bizarre que tu l'int&#233;resses mais en litt&#233;rature il assure trop mon lossa ! &#224; l'&#233;crit et &#224; l'oral \ heureusement qu'&#224; BP tu m&#233;prises la comp&#232;te ! que la diffusion du savoir est la r&#232;gle \ que tu peux jouer les idiomes sans vanterie, piquer &#224; Ella son cr&#233;ole ha&#239;tien ou le slang des clubs pour r&#233;chauffer l'ambiance \ pimenter tes playlist punk. Une arme fatale, les mots d'Ella. Mais j'avoue, si tu esquives le music business banal que nous bafouons, le fran&#231;ais a toujours la pr&#233;f&#233;rence quand nous nous engueulons. Et pas de cessez-le-feu : tu la textotes pour pas la r&#233;veiller, elle te rappelle, yomb !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Bon dieu ! tu peux pas parler plus fort ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je te dis que je suis dans un train !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un train ! &#231;a existe encore ? Je pensais qu'&#224; BP tu en &#233;tais &#224; la t&#233;l&#233;portation&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Depuis lurette mais l&#224; j'avais du temps &#224; perdre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Parle plus fort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je vais pas hurler dans un train couchette&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh ! bien quitte ta place, va pr&#232;s des chiottes !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est ce que j'ai fait&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi putain ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai entendu couchette&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ella ! c'est la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a veut dire que tu d&#233;barques &#224; Paris ? &#224; tous les coups / &#201;va et Philippe vont te passer une de ces soufflantes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas leur genre et puis je n'ai pas l'intention de les mettre au courant&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu comptes dormir sous un pont ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un pote va m'h&#233;berger&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quel pote ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un pote&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis &#224; London mon coco : tu peux dormir chez moi mais il faut r&#233;cup&#233;rer mes cl&#233;s chez &#201;va&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible / il faudrait / enfin les faire r&#233;cup&#233;rer par quelqu'un qui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben ! voyons&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au cas o&#249; / sinon / ils sont gentils / mais ils vont me fliquer tu sais bien&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Rappelle-moi combien de temps tu t'es incrust&#233; la derni&#232;re fois !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pour le coup c'est juste une nuit / je dors sur le canap&#233; quelques heures et je mets les bouts&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et ton pote alors ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue / peut-&#234;tre que tu loges d&#233;j&#224; quelqu'un / tu as un mec en ce moment ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Merci de te soucier de ma vie ! &#201;va et Philippe vont se douter t&#234;te de pioche : je suis nulle pour inventer un bobard / tout ce que je d&#233;teste&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a va Londres ? Tu as raison je ne peux pas te / je vais passer les voir, c'est plus simple. Est-ce que tu m'autorises ? je veux dire chez toi au cas o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que j'ai le choix ? tu me mets toujours au pied du mur / c'est juste abus&#233; // conclut S&#339;ur Ella dans un soupir expr&#232;s pour que tu te sentes de lui faire tes excuses et de lui d&#233;biter un gros bouquet de pens&#233;es positives sur sa tourn&#233;e anglaise \ vite, avant qu'elle ne change d'avis, ne braque cet abruti de Philippe contre toi, ou pire, n'avertisse Lisbeth. Je lui dis qu'elle est une s&#339;ur formidable, la seule &#224; qui parler, que je ne mesure pas ma chance de l'avoir, toujours disponible, et comme je sens un radoucissement, marque une pause, lui parle de son amie Sophie, gr&#226;ce &#224; qui, l'amour subordonnant toute logique, je prends conscience que ma vie peut d&#233;railler \ heureusement. Je ne rel&#232;ve pas l'ironie ellienne dans les termes de sa capitulation r&#233;sign&#233;e \ gamelle garantie mais si &#231;a peut te faire grandir / une bonne correction / parce que si tu veux un jour s&#233;duire une fille tu as du boulot // indiff&#233;rent j'avoue ! je lui donne raison : je ne perdrai rien &#224; corriger ma nature de monstre et mes phrases acerbes, enfin ! je gagnerai fatalement &#224; aimer \ &#234;tre aim&#233; \ math&#233;matique ! et ravalant le b.a.ba de psy que je tiens toujours pr&#234;t &#224; servir, sentant qu'Ella s&#8216;impatiente, je lui r&#233;p&#232;te qu'elle a tout bon : je veux d'abord et avant tout conna&#238;tre l'amour \ hatsuko&#239; // m'essay&#233;-je pour la premi&#232;re fois en japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le sexe tu veux dire //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit sans sommeil m'affame, je d&#233;vorerais volontiers une plaque de chocolat \ les sucreries rassurent en cas de pa\nique. Le manque de glucose n'est pas recommand&#233; : quand tu n'as pas ta dose tu es insupportable \ pas prudent d'&#234;tre parti si l&#233;ger dans les p&#233;nibles conditions o&#249; tu navigues. Sache ce qui est bon pour toi, tu emmerderas moins le monde ! J'avoue. Pas exclu que dans dix ans je n'ai recours &#224; l'alcool \ ou au sexe ! &#234;tres d&#233;pendants que nous sommes. Force et faiblesse o&#249; le corps oscille \ d&#233;sirs dont tes activit&#233;s semblent d&#233;pendre \ te consomment : sans sucre tu tournes en boucle, tu t'adresses des reproches, doute d'un monde tangible \ &#234;tre d'imagination &#233;gar&#233; au premier regard \ incorrigible collectionneur de fantasmes, femmes id&#233;ales et grande aventure. Wazy ! cette moiti&#233; de bounty sorti du fond de ton sac te remet les pieds sur terre \ avant qu'un d&#233;but d'&#233;rection ne te rappelle au diktat du jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le sexe, l'amiti&#233;, l'amour, &#224; mon &#226;ge les fronti&#232;res sont un peu floues, dis-je, m'exposant sans vergogne &#224; la causticit&#233; sororale.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as vraiment peur de rien ! grogne Ella. Tu manges ou je r&#234;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Du ridicule ? non je crains seulement la mort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! tu es un peu jeune encore&lt;br class='autobr' /&gt;
\ N'est-ce pas justement de l'adolescence, ce rapport de fascination &#224; la mort ? Pas que je me frappe trop mais je pr&#233;f&#233;rerais qu'elle arrive apr&#232;s une belle histoire d'amour la mort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Okay arr&#234;te avec tes phrases ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas mourir avant d'avoir bais&#233; comme tu dis&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne sois pas vulgaire comme ta s&#339;ur et ne sur&#233;value pas les premi&#232;res fois mon Peter ! l'amour est g&#233;n&#233;ralement sur&#233;valu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'attends pas des miracles juste un truc cool ! apprivoiser un peu le corbeau que je prom&#232;ne sur l'&#233;paule / lui interdire une bonne fois de me picorer le cr&#226;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a y est, c'est reparti, fais-moi flipper ! je suis s&#251;re que tu t'&#233;clates &#224; BP&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! les math&#233;matiques seront toujours une excellente distraction&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si tu &#233;tais moins tordu, tu aurais une copine &#224; Nice / de ton &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne te croyais pas si r&#233;ac &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu peux parler Benito&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'imagine que je devais trouver l'amour ailleurs qu'&#224; BP&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sophie ! c'est du d&#233;lire&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! toi tu penses que l'amour c'est l'infini &#224; la port&#233;e des caniches, quelque chose qu'on n'a pas pour qui n'en veut pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas de moi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dans ta chanson&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je cite tout un tas de connards dans mes chansons //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces phrases sans queue ni t&#234;te qui sonnent &#224; l'inverse de vos bonnes intentions \ que d&#233;j&#224; vous regrettez \ vous devriez en rire \ proscrire ce genre de battle contre-productif qu'en vrai Ella et toi ex&#233;crez, mais non il vous faut toujours ce d&#233;fouloir p&#233;dopsy \ dommage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Figure-toi que je vais la l&#226;cher, ma piaule ! Je m'installe &#224; Londres l'ann&#233;e prochaine, est-il annonc&#233; avec un peu de lassitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je m'en doutais, est-il menti crari la connivence&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est le seul endroit o&#249; je peux travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je veux dire : je me doutais que tu ne laisserais pas tomber le groupe ! super, ench&#233;ris-je encore, sans y croire suffisamment, insuffisamment impliqu&#233; dans le brexit la destin&#233;e de Tohotaua, suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ta dulcin&#233;e aussi a d&#233;m&#233;nag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Londres ? avanc&#233;-je, mena&#231;ant de basculer, d&#233;j&#224;, de l'effarement vers la r&#233;signation.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle ne travaille plus &#224; Paris ? ce truc ringard / rue de Lappe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non / dans un autre bar, &#224; Amiens / ce sont des choses qui arrivent&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens qu'est-ce que c'est ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une ville. La ville o&#249; vit ta Sophie, chef-lieu de la Picardie comme elle dit, enfin c'est de l&#224; qu'elle m'a appel&#233;e la derni&#232;re fois. Elle partage une maison dans la banlieue d'Amiens / en collocation&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il y a une banlieue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi ne l'as-tu pas appel&#233;e au lieu de faire le mur idiot ? N'importe qui texte ou appelle avant / appelle-la ! Soit elle t'envoie chier soit elle t'invite &#224; sa nouvelle adresse / au moins tu es fix&#233;. &#199;a te ressemble si peu cette improvisation : je te vois trop d&#233;barquer dans son bar en te faisant passer pour majeur / comment peux-tu &#234;tre aussi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien Ella de te faire la le&#231;on ! elle et son z&#233;ro sens commun, mais je suis &#224; court de r&#233;pliques \ soumis par cons&#233;quent &#224; une longue critique de ma gentille personne : la liste des dons que je g&#226;che, le temps que je perds, les fausses questions que je me pose, les vraies auxquelles je refuse de r&#233;pondre, etc. Comme d'habitude je suis son roi, elle est mon fou. Ma folle. Ma naine blanche ! j'avoue l'image odieuse pour une haute bringue &#224; la peau sombre, sauf qu'Ella n'a qu'&#224; pas te traiter de raciste d&#232;s que tu lui parles musique \ tant pis si &#231;a ressemble &#224; l'ironie KKK d'un gros schlag, mais naine blanche pour l'&#233;nergie et la densit&#233; &#231;a me parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Fuck les circonvolutions ! les math&#233;matiques ne t'emp&#234;chent pas d'&#233;crire le livre de ton p&#232;re. Tu dois le faire //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;croch&#233;, comment Ella en est-elle arriv&#233;e l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le livre de mon p&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu pourrais au moins t'int&#233;resser &#224; sa bio //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien Ella de balancer des skuds pareils, tes devoirs de fils, ce que tu dois faire ou pas \ et elle te trouve de ces mots \ circonvolution // je te jure ! C'est bien Ella \ Injonction // en voil&#224; un autre de ces mots qui te foutent par terre. &#201;crire le livre de mon p&#232;re ! comme si \ &#224; quatorze ans, &#224; peine capable de finir une phrase correctement \ comme si tu n'avais pas autre chose &#224; faire ! C'est bien Ella \ vraiment \ son truc \ l'expression autistique ! SON ENVIE A ELLE cette bio, la v&#233;rit&#233;, qu'est-ce qu'elle attend pour s'y coller ? Mais cent fois tu l'autoriseras &#224; &#233;crire, cent fois elle te ripostera que William n'est pas son p&#232;re \ que soi-disant Lisbeth ou Eileen tireraient la gueule. En vrai elle a peur d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e, de s'engager trop \elle a beau jeu de me coller sur le dos toutes les corv&#233;es qui la plombent \ s&#251;r qu'avec moi les vieilles seraient ravies, wazy que je fouine dans les archives ! Ella m'agace. Mens lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D&#233;trompe-toi ! j'en ai touch&#233; un mot &#224; Lisbeth&#8230; et l'id&#233;e ne lui pla&#238;t pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce t'en as &#224; foutre ? Lisbeth est compl&#232;tement p&#233;t&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est notre m&#232;re dont tu parles //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien moi de m'indigner ! pas cr&#233;dible \ j'avoue, si tu veux &#233;viter qu'Ella te coince dans les cordes, &#233;vite de prolonger les discussions ! Je le sais \ pertinemment \ mais tu te fais toujours avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je vais passer la nuit chez Rachid / c'est le plus simple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ton pote ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais j'avoue ! tu parles de Rachid, un mec sans domicile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; MultiversFootball &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ouvris les yeux. La pluie tombait &#224; verse sur les vitres. Le dos offert &#224; une lampe froide, je dormais seul, mon bras pour oreiller. Un soubresaut du train m'avait peut-&#234;tre r&#233;veill&#233;. Approchant de Paris, les r&#233;percussions qui marquaient la jointure des rails suivaient une cadence ralentie &#224; l'extr&#234;me \ de William j'ai r&#233;colt&#233; un nombre infini de d&#233;buts \ tous ces papiers que Lisbeth m'a un jour confi&#233;s, notes de voyages, plans et brouillons d'articles, une terrible masse de textes, de croquis&#8230; mais c'est la d&#233;duction commune &#224; ceux qui l'ont connu, selon Philippe D&#233;roi, le pater n'avait aucune envie de s'infliger les heures de solitude n&#233;cessaire &#224; la confection d'un livre : il produisait un t&#233;moignage &#224; usage imm&#233;diat et jetable \ il se vantait d'aller tranquillement d'&#233;chec en &#233;chec, que c'&#233;tait le secret du succ&#232;s, citant Churchill ? pour lequel il n'avait par ailleurs que peu de sympathie. En vrai, ses penchants litt&#233;raires ne lui servaient qu'&#224; se documenter ? ou &#224; d&#233;fendre, avec indulgence ? les &#339;uvres de certains amis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Philippe D&#233;roi entre autres, glisse Philippe attendri, mais en dehors de rares adorations chez les ma&#238;tres anciens, il ne s'attardait pas en litt&#233;rature. Il d&#233;mythifiait. Il disait qu'&#224; notre &#233;poque Shakespeare serait cin&#233;aste, Tennyson et Rimbaud webmasters / ce genre de conneries //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas besoin de Philippe pour calculer que William n'a rien de \ l'artiste &#224; la sensibilit&#233; maladive qui r&#234;ve d'&#234;tre sauv&#233; par un succ&#232;s de librairie // nulle part aucune requ&#234;te, rien qui ressemble &#224; un d&#233;sir de post&#233;rit&#233; \ fils, je t'en conjure, reprends tout et fais-en ! un chef-d'&#339;uvre // j'avoue, &#231;a m'aurait fait chier de ranger tous ses fichiers, avec toutes ces pages imprim&#233;es, ces cahiers et ces grimoires &#224; moiti&#233; lisibles remplis d'adresses, de noms et de chiffres, tout un charabia \ si William avait voulu qu'on le reprenne, il aurait au moins laiss&#233; une trame, compil&#233; quelque chose sur un ordi qui facilite la t&#226;che : d'o&#249; Ella sort-elle cette id&#233;e de biographie ? S'il y a un sujet, en vrai, c'est elle : son enfance &#224; Ha&#239;ti, son adoption miraculeuse, son p&#232;re millionnaire te rempliraient un best-seller \ mais non, encore une fois, elle te dira qu'une chanson sera mieux, qu'elle s'y colle demain. Elle a raison, une belle ballade en fran&#231;ais serait parfaite pour les \ rabibocher // elle et son &#238;le \ sans trop ses d&#233;lires junkie for a change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paresseux, occup&#233;s par la vie, le sexe, la po&#233;sie, les math&#233;matiques, je ne sais quoi, ni Ella ni moi n'ajouterons donc un \ roman // aux myriades qui d&#233;bordent chaque ann&#233;e le lit de l'Amazone \ d&#233;so pas d&#233;so \ tu laisses la litt&#233;rature &#224; l'oncle Philippe ! Ou peut-&#234;tre qu'il faut se sentir au pied du mur, mis&#233;rable comme un train qui s'arr&#234;te et il faut en descendre et alors tu vois publi&#233; ton roman aux &#233;ditions du chien qui pue, tes m&#233;moires promues en t&#234;te de plateforme, ta vie, ta douleur transcend&#233;es, pour le bonheur de ta petite famille \ les quelques-uns remerci&#233;s dans la postface. Toi bosse les maths ! s&#233;rieux tu te vois noircir ta page comme Philippe tous les matins ? corriger sans fin comme on trie des d&#233;chets \ quand tu sais o&#249; aller, tu ne fomentes pas trompe-la-mort d'interminables casse-t&#234;te sans issue. Il faudrait quand m&#234;me tirer au clair ces complots litt&#233;raires \ vite fait, par acquit de conscience \ or tu remets &#224; plus tard car voici Paris ! le bled o&#249; tu transites &#224; cent-soixante kilom&#232;tres du grand Amiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gare de Lyon, le ch&#339;ur de ceux qui savent o&#249; ils vont traverse le ballet des solistes qui ne savent o&#249; aller. Sac au dos, l&#233;ger, tu franchis un portillon d&#233;rob&#233;, press&#233; de te mouvoir dehors, &#224; l'air libre. Tu fais partie des nantis \ centr&#233; sur objectifs \ tu rallumes ton t&#233;l&#233;phone pour qu'il r&#233;vise quel d&#233;tour t'emm&#232;nera &#224; la pizz&#233;ria o&#249; tu supposes retrouver Rachid \ son texto dit \ yes no problemo // sa collection de sourires te fait sourire et te plonge dans un r&#234;ve moyen&#226;geux, composant le long po&#232;me de l'Emotikon, une grande d&#233;claration \ likes et dislikes \ de guerre et d'amour \ pleine de ces figures d&#233;biles, gif et &lt; : o) webcomic ? Mais ton avatar de po&#232;te courtois se disloque dans un bruit d'estomac : une pizza, un caf&#233;, et ensuite il faudra bien, quand m&#234;me, l'air de rien, aller frapper &#224; la porte de Philippe, auquel tu textotes ta demande d'h&#233;bergement pour la nuit. M&#233;tro ? non, tu te rues sur le boulevard en qu&#234;te d'un pain au chocolat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris me d&#233;becte \ j'y d&#233;barque avec l'envie d'en repartir \ et puis je ne sais quoi accroche quand-m&#234;me, la d&#233;tresse sur les visages, LE pr&#233;cieux sourire qui aide &#224; passer la salet&#233; et la puanteur des tunnels, des rames et des foules bourgeoises. Allez Apollinaire ! un petit effort : cette ville est la plus belle askip \ le centre du monde ! Mais qu'est-ce qu'une belle vil\l\e ? Salisbury. Paname finira-t-il par t'attendrir autant que Salisbury ? Peut-&#234;tre, si tu deviens de ses habitu&#233;s, autoris&#233;s &#224; vous fr&#233;quenter seul &#224; seul mais &#224; vos trop rares dates tu as toujours eu Lisbeth ou Ella sur le dos \ elles te serinent leur amour de joliparis cependant que trouvant tout laid et violent tu ronchonnes dans leurs jupons \ aujourd'hui est une premi&#232;re ! Qui sait si, sans filtre, le go&#251;t de joliparis ne sera pas meilleur ? plus fort \ le piment bien connu de la libert&#233;. J'avoue, tout de suite tu n'as rien &#224; faire de cette prison moisie : es-tu gratifi&#233; d'un rayon de lumi&#232;re, millioni&#232;me prisonnier de joliparis ? wazy crevard, dis bonjour la pluie ! La bruine t'enveloppe tout le vilain joliparis \ a wet blanket... Boulevard Diderot, contre le mur de ta boulangerie, un homme dort avec un joli petit gamin sous son bras, dans une couverture tremp&#233;e. Les marcheurs tournent le regard puis le d&#233;tournent \ glissant sur les trottoirs plus ou moins gris, ils rapetissent, disparaissent vers un but ind&#233;termin&#233; \ la mort ? L'ombre de leur passage assombrit des vitrines, d'autres s'&#233;clairent \ la nettet&#233; du cort&#232;ge, c'est selon la pluie et la quantit&#233; de jour \ gris sur gris, en marche, press&#233;, sans savoir vraiment, haletant dans l'air malsain, d&#233;j&#224; ti&#232;de, du joliparis qui t'attrape, au poste les travailleurs ! te les engloutis gloups dans ses industries de s&#233;vices \ leur sort, le tien, malgr&#233; tout plus avantageux que duquel ne sait o&#249; aller, ne peut s'allonger ailleurs que sur le trottoir. L'homme ne dort pas, donne ton pain au chocolat ! tu en rach&#232;teras un \ ses paupi&#232;res s'abaissent, sa prise est faible, son regard sombre, pas de mots, tu ne t'attardes pas &#224; le fixer \ pour peu qu'il te dise non ? merci \ from where ? romassyrien \ il faut demander \ ne pas avoir peur de l'&#233;change \ toi de seulement regarder la t&#234;te du microbe qui dort \ sous la couverture gel&#233;e un enfant abandonn&#233; sur un matelas de vent \ petit j&#233;sus v&#234;tu de givre quand le froid de la nuit&#8230; William &#233;tait moins lyrique \ plus genre &#224; creuser \ en &#233;tat de guerre permanent ? &#224; prendre en filature le petit j&#233;sus \ Alex ? jusqu'&#224; une cit&#233; bidonville au bord du p&#233;riph mais toi tu es d&#233;j&#224; loin \ habitu&#233; &#224; poursuivre ton r&#233;cit parmi les nantis \ rien n'est plus &#224; craindre que la vie errante, dehors, sans argent : c'est ce que tu entends ici sans lumi&#232;re, et pas que le soleil de joliparis brille pour tout le monde. Go underground.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sortie Belleville une &#233;claircie fait briller les trottoirs, les dieux du soleil sont de onze heures \ un peu t&#244;t pour une pizza, j'ai dit midi &#224; Rachid \ une huile solaire ? Appelle ! des fois qu'il consente &#224; devancer le rendez-vous ton fr&#232;re Rachid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#201;clips&#233; ? dis plut&#244;t que tu as pris la tangente mon fr&#232;re // peut-il s'esclaffer au matin de ce premier jour \ car c'est connu nous sommes tous khoya\ sinon je te tue \ que tu pries ou pas, le m&#234;me p&#232;re, tous b&#226;tards, et la m&#234;me r&#233;serve d'invectives &#224; distribuer gentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tout &#231;a pour retrouver ta pute okay ! moi qui te croyais zen / tous pareils en fait avec les meufs / et les maths ? tu ne vas pas arr&#234;ter les maths j'esp&#232;re ? parce que l&#224; t'es trop au-dessus du lot excuse-moi !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elles peuvent attendre, les maths / Sophie, c'est moins s&#251;r&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu te soustrais mon fr&#232;re / tu prends la tangente / juste / toujours des maths / Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La ville du pr&#233;sident&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quel pr&#233;sident ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue tu me tues ! J'ai des potes qui y vont ce soir, je demande s'ils peuvent t'emmener&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si c'est pas un signe !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne t'emb&#234;te pas ! je vais me d&#233;brouiller&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Que je m'emb&#234;te ? avec toi j'ai l'impression d'&#233;couter ma grand-m&#232;re / celle c&#244;t&#233; roumi ! directrice d'&#233;cole genre. Si tu fouilles comme &#231;a les vestiges de la langue, pas &#233;tonnant que tu te tapes une vieille / tu ne m'emb&#234;tes pas ! J'avoue : &#231;'est les plus chaudasses&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non vraiment mais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'occupes / tu pointes &#224; midi comme pr&#233;vu manger ta pizza et on en discute / &#231;a co&#251;te rien de leur passer un texto / au pire on fera chou blanc comme tu dirais / midi chez Ilan&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Midi chez Ilan //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de r&#233;pondant \ demander &#224; avancer l'heure du rencard n'&#233;tait pourtant pas sorcier ! la faim se rappelle &#224; toi aussit&#244;t raccroch&#233; \ &#233;ni&#232;me illustration de l'esprit d'escalier. Te voici tra&#238;nant jusqu'&#224; midi dans les rues de Belleville, &#224; m&#233;diter sur le voyage que t'organise Rachid &#224; ton c&#339;ur d&#233;fendant ? quand je m'accommodais si bien d'improviser solitaire. Assieds-toi sur un banc et attelle-toi &#224; une &#233;quation ! quantit&#233;s te d&#233;fient sur ton t&#233;l&#233;phone, de quoi rassurer qui sacralise les maths parce qu \ elles t'ouvrent les portes de partout //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oh ! pour &#231;a les applis de ton iphone suffisent // ai-je envie de r&#233;pondre &#224; Rachid \ mais tu pr&#233;sumes qu'il bondirait \ moins cool que Sophie \ qu'il n'accepterait pas plus le d&#233;nigrement des maths que celui de son activit&#233; commerciale \ Regarde ! autant d'applications pour t'aider &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes que pour t'en cr&#233;er / la vie en mieux ! ton made-in-chinapple / un seul cerveau pour tous les humains, une m&#233;moire qui tend vers l'infini, pour tous, braves ou m&#233;chants, pauvres ou riches / manger, aimer, dormir, tout est r&#233;gl&#233; // et il repartirait quoi ? qu'aucun t&#233;l&#233;phone ne te prive jamais du libre-arbitre \ mort !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entrouvre la porte de mon dossier multivers et un stock de th&#233;ories me saute &#224; la gorge, physique, astrophysique, j'ai l'univers encastr&#233; dans ce t&#233;l&#233;phone, une micropuce de mille exp&#233;riences non v&#233;cues, ma r&#233;serve de possibilit&#233;s, de lectures &#224; peine commenc&#233;es, de vid&#233;os entraper&#231;ues, de conf&#233;rences pour plus personne, d&#233;j&#224; obsol&#232;tes \ les conf&#233;rences obsol&#232;tes qui te disqualifient des forums o&#249; tu te tapes l'avanie pour un seul retard de mise &#224; jour. D&#233;j&#224; le collapsus annonc&#233; sur tous les tons a tendance &#224; te d&#233;concentrer \ tu crains de finir autarcique, aux abris, confin&#233; dans ta camisole NBC \ ouep ! pas le moment de rel&#226;cher l'effort collectif de sauvegarde. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien regardent-ils les &#233;toiles parmi les passants qui passent ? Les couch&#233;s-par-terre eux par la force des choses&#8230; prient, interrogent la leur \ d'&#233;toile. Pas mieux, rien de plus beau, sur le bas-c&#244;t&#233;, cern&#233; de catastrophes en marche, que de r&#234;ver de multivers \ meurs-de-faim te rassasier d'&#233;toiles \ reprendre &#224; &#233;clater de ton streetfood sid&#233;ral ! &#192; BP ce genre de came t'est servi avec mod&#233;ration, les galaxies lointaines sont m&#234;me plus ou moins proscrites par Carapelli parce qu'elles te d&#233;collent trop du r&#233;el \ si le r&#234;ve est primordial, ce n'est pas pour vous enfermer dans votre bulle mais pour consolider vos relations entre terriens / reliez-vous avant de penser &#224; plier l'espace-temps // J'avoue, quand bien nombre de terriens, scientifiques, partagent mes lubies, il appara&#238;t qu'&#224; quatorze ans, les trous noirs ne servent pas \ la communication au quotidien // g&#234;nent plut&#244;t, comme des dents pourries gardent &#224; distance : tu ne sonnes pas de ton &#226;ge ! Or si l'exc&#232;s de tes passions sonne faux, manquant &#224; d&#233;guiser ta phobie sociale, tu pourras bien d&#233;tenir des v&#233;rit&#233;s, la confiance chancellera de toute part et tu te trouveras isol&#233; \ sans avenir. M&#234;me si tu es cal&#233;, une pointure absolue, aucun savant ne viendra te r&#233;clamer de lumi&#232;res sur les supercordes, tu te dess&#233;cheras de solitude dans ta tour d'ivoire, car notre soci&#233;t&#233; n'attend rien de la jeunesse, au contraire : les moments o&#249; se lib&#232;rent l'&#233;nergie et l'intelligence sont les plus redout&#233;s, les vieux adultes aiment &#233;duquer mais pas voir grandir, que ces petits perroquets se braquent sans raison, qu'ils parlent trop fort en leur nom, qu'ils t'inventent des proph&#233;ties de ouf \ aucune envie que &#231;a change. Moi dans le grand monde, du coup, le plus souvent je la boucle. R&#234;vant de me baigner dans une eau vive, j'&#233;coute Shame \ songs of praise // en boucle, ce que Lisbeth appelle du punk, Ella du punk rock, moi rien, des titres qui distrairont Sophie de son &#233;lectro, des riffs du style que si &#231;a se trouve mon p&#232;re jouait pour se d&#233;tendre sur sa vieille Gibson. J'avoue le vacarme de \ songs of praise // te r&#233;conforte sous les &#233;couteurs \ r&#233;duit dehors &#224; un gr&#233;sillement d'insectes. Cheveux plaqu&#233;s sous le casque tu passes peut-&#234;tre pour ah !social, mais vu que tu ne croules pas sous les demandes de playlists et les forums, autant te focaliser \ coller au clich&#233; qui rassure, te replier, cultiver ta solitaire petite r&#233;bellion. Les vieux adultes pr&#233;f&#232;rent &#231;a &#224; ce que tu viennes pi&#233;tiner leurs plates-bandes, les effrayer avec des formules &#224; la William Blake. En vrai, ils esp&#232;rent toujours te r&#233;concilier avec tout ce qui t'insupporte, quittes m&#234;me &#224; ce que leur &#233;cole adopte ton style, que tu t'y fasses de vrais soces, que la musique avance &#224; ton rythme, comme s'ils pouvaient te tisser un cocon et au final papillon t'enrichir d'un grand m&#233;lange : faire du bien &#224; Mozart en le jouant sur une Gibson ! Tu r&#233;sistes quelques ann&#233;es et, par inadvertance, &#224; un moment, bim ! tu marches au pas de tout le monde pour \ gagner ta vie // admets que tu n'es pas Mozart etc. J'adore Mozart \ je d&#233;teste le clavecin mais au piano lourd ! &#192; la Gibson en revanche s&#251;r qu'il insupporterait m&#234;me un fan du cross-over. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tonnant comme les musiques prolif&#232;rent et fusionnent, un nouveau beat &#233;crase le pr&#233;c&#233;dent, te passe par-dessus la t&#234;te \ comme manque le faire ce monstrueux katkatastrof, d&#233;truire le pauvre pi&#233;ton que je suis \ dans ses pens&#233;es // parce qu'&#233;videmment tu rognes sur la chauss&#233;e, casque sur les oreilles, proie toute d&#233;sign&#233;e pour les suvs. Furieux l'&#233;craseur d'avoir &#224; freiner, congestionn&#233;, hors d'&#226;ge, aussi bouffi que sa mercosse d'assassin \ sale bilan carbone, triomphe d'esth&#233;tique militaro-bourgeoise, un gros caca nazi fait pour bouffer la route et se chier, pas rouler mollement ce gros chauffard, sous-merde waffen-ss qui doit l'avaler tous les matins sa merde, d'une seule bouch&#233;e \ est-ce qu'il aura toujours faim, ce morphale autog&#233;r&#233; ? Est-ce qu'il ne va pas &#233;clater derri&#232;re son pare-brise blind&#233; ? pas assez teint&#233; pour le prot&#233;ger du peter au regard qui tue ! Il a eu peur ? Qu'il en cr&#232;ve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Va p&#233;ter ! connard // l'entreprends-je, mais il est d&#233;j&#224; loin et toute ma s&#233;rie d'insultes se perd en dommages civils, t&#233;moins collat&#233;raux bouche b&#233;e, plus ou moins divertis par ma belle m&#233;canique incendiaire. Dans ces cas-l&#224; je regrette que l'oncle Philippe ne soit pas &#224; mes c&#244;t&#233;s : un jour que j'&#233;tais franchement &#233;nerv&#233;, il m'a bien calm&#233;, mais je ne me rappelle jamais d'appliquer ses conseils sur le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Laisse tomber ! Pourquoi accumuler de la col&#232;re, du ressentiment dont tu ne peux rien faire et qui t'empoisonne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne vais pas changer demain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si, pourquoi pas ? Ce que tu ne peux changer, oublie ! Toi, tu peux changer&#8230; Commence par oublier toutes ces questions d&#233;biles !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi : ce qu'il faut changer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
~Non, les questions que tu me poses sans arr&#234;t, par exemple : &#224; quoi sert la politique si les cons sont toujours les plus forts ? tout &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi ? c'est de mon &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui mais &#231;a t'attriste //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a raison. Pas seulement que tu rumines, tu as des soupirs mode thug revenu de tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'est pas revenu &#224; quatorze ans, m&#234;me avec une m&#232;re juive, on n'est pas m&#251;r, &#224; peine parti //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le game de Philippe c'est de te faire miroiter d'autres voies que \ la r&#233;volte st&#233;rile ou l'aquabonisme // plus originales, moins rebattues que celles de bas\s\e politique, il te recentre sur \ des questions de ton &#226;ge // il repart de vieux mythes, r&#233;cits de libert&#233;, amour, aventure. Peut-&#234;tre a-t-il peur que je devienne agressif par manque de r&#233;cits solides \ incorpor&#233; dans un black-block. Il pr&#233;tend que toute violence se retourne contre toi \ &#224; moins que si tu n'arrives &#224; la caser un minimum dans des inventions de papier \ flippant. Bref ! il te somme de calmer le jeu en te m&#233;nageant de petites respirations \ comme on fait depuis la nuit de temps //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ L&#226;che-toi ! fais la liste de toutes les merdes !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et apr&#232;s ? j'en fais des chansons comme Ella ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi pas ! ce que tu veux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et apr&#232;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Demande-toi ce que tu peux effectivement changer ! dit-il. En commen&#231;ant par des petites choses //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais soudain allergique au psychophilowcost il &#233;ternue et se mouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On arr&#234;te, je me sens devenir idiot&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bouddhiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bouddhiste &#224; Paris ? a wolf in a zoo you mean //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouddhisme, l'ahimsa et la science humaine sont all&#232;grement d&#233;laiss&#233;s au profit de l'astrophysique. Il faut voir Philippe se passionner comme un gamin pour les trous noirs, alors que dans ses livres rien du trou \ la vieille litt&#233;rature dans ses livres, le vieux th&#233;&#226;tre romantique, l&#224;-dessus oui, il tartine ! les vieilles lumi&#232;res, les aristos dix-septi&#232;me \ au point d'en &#234;tre satur&#233; sans doute, parce qu'avec moi il s'abstient, pas un poil de Marivaux, motus ! En vrai pas de meilleur public &#224; mes multivers ! absorb&#233; tout entier par ma th&#233;orie des supercordes. J'avoue \ mes, ma // c'est pour ne pas perdre de temps &#224; citer les sources que j'ai &#224; peine potass&#233;es, tout &#231;a n'est encore que balbutiements \ hobby \ le moyen de faire l'int&#233;ressant chez Ilan en attendant la pizza, car tu n'es pas encore chez l'oncle Philippe, ne br&#251;le pas les &#233;tapes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
En plein mondial de foot, Ilan ne reconna&#238;t d'&#233;toiles que piqu&#233;es sur le c&#339;ur des champions \ trois sur son maillot de l'&#233;quipe argentine choisi une taille en dessous. La splendeur des multivers, au final, &#231;a le laisse froid, tu peux rempocher ton t&#233;l&#233;phone. Connect&#233;es du matin au soir sur un match, des taches de pixels rebondissent sur l'&#233;cran g&#233;ant qui surplombe l'entr&#233;e de la cuisine, toute la rue profite du direct, avec ou sans le son, comme aujourd'hui : buts rediffus&#233;s et publicit&#233;s tournent en boucles muettes, mille images font vibrer la pizz&#233;ria dans une lumi&#232;re bizarre de sous-bois o&#249; percerait un soleil d'enfer \ une for&#234;t toute perfor&#233;e de lumi&#232;re blanche et verte \ et rouge \ des taches de lumi&#232;re assez classe en elles-m&#234;mes mais dont les reflets amochent la face des t&#233;l&#233;spectateurs. Zombiques, un, deux, trois jeunes m&#226;les d&#233;s&#339;uvr&#233;s s'attardent, Ilan comptabilise plus de sa t&#233;l&#233; qu'aturent dans la pizza... des petites choses ! gratuits que de consos \ timides tifosi absorb&#233;s par les pixels blancs, verts, rouges vomis d'un ballon plat, victimes quantiques de cette pur&#233;e multicolore qui rend tout abstrait, comme sur mon iphone mes images t&#233;lescopiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En vrai &#231;a m'a l'air cal&#233; mais sur un t&#233;l&#233;phone &#231;a fait chier / je suis s&#251;r que si les Martiens existaient, m&#234;me eux ils joueraient au football // commente Ilan, un coup de t&#234;te vers la t&#233;l&#233;, sans regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probable. Pas tr&#232;s cal&#233; foot. Jamais vraiment jou&#233;, m&#234;me petit, pendant les r&#233;cr&#233;ations. Suivi cette ann&#233;e un match de l'&#233;quipe du Br&#233;sil \ soumis &#224; cette force d'attraction qui semble souder tout l'univers du football au jeu du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le Br&#233;sil, c'est du flan //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ses moues &#224; r&#233;p&#233;tition, tu captes qu'Ilan n'est pas homme &#224; tomber dans les clich&#233;s \ pas plus intrigu&#233; par mes petites images de Mars \ il n'a demand&#233; &#224; les voir que par pure politesse \ ni les galaxies ni le jeu br&#233;silien tu dirais que ce sont les &#233;crans qu'il m&#233;prise, sa t&#233;l&#233; g&#233;ante qui ne lui arrache pas un seul regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu es pour la France, ton pays non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Avant j'&#233;tais pour l'Angleterre //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#233;quipe de France je ne sais que dire et ne discerne pas davantage le favori d'Ilan entre l'&#233;quipe croate qu'il pr&#233;tend invincible, la s&#233;lection de Serbie qui aurait les meilleurs joueurs du monde ou l'Argentine dont quand m&#234;me il porte les couleurs \ je ne peux qu'esp&#233;rer l'arriv&#233;e de Rachid pour me tirer du malaise grandissant de qui ne sait quel camp choisir \ sinon la tangente, fuir toujours. Mais le voici mon fr&#232;re, th&#233;&#226;tral, m&#233;nageant ses effets : ni d&#233;rapage, ni klaxon aux commandes de ce katkatkayenne &#224; la robe mattverdegri. Comment l'aurais-tu soup&#231;onn&#233;, invisible derri&#232;re les vitres fum&#233;es ? Il n'appara&#238;t qu'une fois gar&#233; en douceur, sans musique &#224; l'ouverture, &#224; quelques m&#232;tres, une descente au ralenti, un claquement feutr&#233;, l'ic&#244;ne de la modestie marchant en surveillant ses snickers \ crachote sur le c&#244;t&#233;. Chaloup&#233; \ le Pacha loup&#233; // textoterait lui-m&#234;me Rachid \ mais ptn c'est quoi ce blond sur le dessus du cr&#226;ne et ce gilet brillant sur une chemise lilas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Putain comment tu nous la joues ! Iconique mon pote, gueule Ilan d'une voix de fausset. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Iconique ta m&#232;re ? reprend mon fr&#232;re mezzo voce.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sans rire je me suis cru tu sais bien dans le clip &#224; Johnny Depp r&#233;f&#233;rence au petit gilet&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a spass ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a spass / tout le monde a pas la belle vie comme toi. Ton petit pote est l&#224; depuis une demi-heure&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Salut Peter ! tranquille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ D'o&#249; tu sors cette bagnole // relance Ilan, couvrant mon tranquille&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tranquille //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que pour une horreur &#231;a se pose \ la m&#234;me que celle du gros waffen-ss ou je r&#234;ve ? que la couleur qui change \ celle-l&#224; c'est vraiment la guerre. Du nom de Cayenne o&#249; tu d&#233;grades les hommes et br&#251;les les essences, des hectares de for&#234;t fossile pour un litre sans plomb \ &#224; quand par devoir de m&#233;moire la vapote Auschwitz, le parapluie Nagasaki, &#224; l'ozone antiparticules ? puisque toute infamie, toute histoire se recyclent et qu'il reste un peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Du garage, r&#233;pond Rachid comme une &#233;vidence que tu prends pour une vanne mais non.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Du garage &#224; ton fr&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que tu crois fr&#232;re, j'ai pas gagn&#233; au loto ! Tu veux l'essayer Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je te remercie, les gamos c'est pas trop mon truc&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! &#231;a viendra //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou pas. Le temps est aboli o&#249; tu r&#233;gnais &#224; l'am&#233;ricaine sur des avenues d&#233;mesur&#233;es, fini de pavoiser en grand v&#233;hicule \ tristesse des temps nouveaux, restriction mat&#233;rielle et pollution de la libert&#233; \ dont contempteur du sport m&#233;canique tu ne souffriras pas moins que les autres. Un moment je crains que Rachid n'ait pr&#233;vu de m'emmener &#224; Amiens dans son bolide, mais il y a l'autre arrangement, une place dans une autre voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas de foot, pas de bagnole, qu'est-ce que tu aimes dans la vie ? s'inqui&#232;te Ilan / &#224; part ta Sophie et la pizza / la musique classique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! plein de choses / les marches en for&#234;t par exemple //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachid part d'un grand &#233;clat de rire, Ilan incr&#233;dule, dans sa cuisine. Non, le char d'assaut ne me conduira pas &#224; Amiens mais des soces \ des mecs de l'arm&#233;e // m'attendront au macdo de la Porte de Bagnolet. En prime \ forc&#233; \ Rachid raconte le bref moment o&#249; il s'est vu milite juste &#224; cause de la paye et des annuit&#233;s vite faites \ trop jeune mineur il n'a pas pu convaincre sa famille au bled fr&#232;res et oncles qui l'auraient banni mais il a gard&#233; des potes engag&#233;s auxquels tu peux faire confiance Fabrice le plus sympa connait m&#234;me la bo&#238;te o&#249; travaille ta pute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je pr&#233;f&#232;re que tu appelles Sophie autrement. Je sais que tu n'y vois rien d'insultant mais pute / moi &#231;a heurte mon c&#244;t&#233; Vieille France //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire repart, franc et massif \ Rachid a ce rire, un rire de vieux roman policier, franc et massif, et une tendance g&#233;n&#233;rale &#224; la bonne humeur. Tandis que \ nous ne sommes pas du m&#234;me monde // semble dire le rictus d'Ilan \ cette pizza que je te pr&#233;pare est la seule chose qui nous rapproche fr&#232;re // non il me servirait plut&#244;t du \ mon pote // sonnant dans sa bouche comme antiphrase \ signal d'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Mademoiselle Sophie / d&#233;sormais ce sera Mademoiselle Sophie &#231;a te va ? fr&#232;re // propose Rachid avec un grand respect modulant son rire. J'appr&#233;cie. J'acquiesce la bouche pleine. Tu appr&#233;cies toujours qu'on prenne au s&#233;rieux ta qu&#234;te de la belle langue. Tu es en bonne compagnie et ptn ! ta qu&#234;te est noble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu le crois ! que Fabrice le keum avec qui tu pars fr&#233;quente assid&#251;ment le bar dancing de Mademoiselle Sophie //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;r qu'au fond Rachid pense comme moi que le laisser-aller n'est pas fatal, que tu peux prendre plaisir &#224; rehausser ton langage comme Ilan le niveau g&#233;n&#233;ral de la pizza : en quoi ces chewing-gums de fromage et de p&#226;te vendus par toutes sortes de franchises merdiques ressemblent encore &#224; une pizza de Naples ? &#224; l'id&#233;e que tu t'en fais : croustillante, presque rafra&#238;chissante \ tu resales ! tu rel&#232;ves : Ilan r&#233;siste avec ses armes, sa bonne volont&#233;, pas si loin de Naples. Tu peux y aller de ton compliment, ton \ d&#233;-li-ci-eux // fera rire Rachid &#224; d&#233;faut de d&#233;rider le cuisinier. J'avoue, amuse donc Rachid puisqu'enrichir le temps d'une ou deux conversations semble suffire au bonheur de ton g&#233;nie providentiel ! puisqu'il refuse tes remerciements \ est-ce un comportement de fr&#232;re ? je parle au sens religieux \ si les recruteurs du djih&#226;d sont si sympathiques tu m'&#233;tonnes qu'ils cartonnent. J'avoue ! Rachid est apparemment peu vers&#233; dans le coran, d&#233;sint&#233;ress&#233;, ni homo, ni barbu, ni lascar, ni mouton, khoya qui n'attend rien, que tu n'arrives pas &#224; cerner, qui quoique le benjamin de sa nombreuse famille, ferait un a&#238;n&#233; convenable, te nourrirait d'une solide exp&#233;rience entrepreneuriale \ dommage que tu ne sois pas genre novice &#224; chercher le grand fr&#232;re. Pas pr&#232;s de faillir aux pr&#233;rogatives du fils unique, le Peter ! J'avoue, tu n'es pas en manque de compr&#233;hension, ni de reconnaissance, oh ! pas trop \ et depuis tout petit tu te d&#233;brouilles comme un chef, triste et solitaire. Il y a eu Ella bien s&#251;r ! mais elle vient de si loin, ta s&#339;ur \ demi-s&#339;ur et tout le temps barr&#233;e. Quand m&#234;me, dommage pour moi d'&#234;tre &#224; ce point si ours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;\ I could not awaken my heart to joy at the same tone / and all I lov'd / I lov'd alone&#8230; Moi aussi je suis fils unique, mais il ne faut pas exag&#233;rer, me coupe Philippe, j'y vois surtout des avantages ! non ? Qui est ce Rachid //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe et Eva habitent un bel ? appartement dans le onzi&#232;me arrondissement de Paname \ pas immense : ce qu'ils r&#233;p&#232;tent &#224; chaque nouveau visiteur \ le prix du m&#232;tre carr&#233; &#233;tant ce qu'il est // mais bien &#233;clair&#233;, au calme \ et puis des tics de parisiens &#224; propos du terter : pas trop bourgeois \ mixte // des mots de nantis. Quand les gens te d&#233;crivent leur vie, ils oublient le plus souvent la lumi&#232;re, c'est une suite de r&#233;criminations, le refrain de la vie ch&#232;re qui t'interloquent toujours \ pourquoi sont-ils et comment font-ils &#224; genoux devant le travail pognon ? Quoi ! &#224; Paris ou ailleurs d&#232;s que tu oublies la lumi&#232;re et la rumeur o&#249; tu vis, tu n'as plus part &#224; rien. Comme ailleurs \ la propri&#233;t&#233; y prive l'homme de sa propri&#233;t&#233; premi&#232;re qui est d'&#234;tre // dixit Marx Carapelli. Pour &#231;a qu'autant d&#233;m&#233;nagent \ un h&#244;pital de jour Paname. Mais Philippe D&#233;roi trouvera encore que j'exag&#232;re. Ce peu de fi&#232;vre ! d'un mec aussi litt&#233;raire &#231;a me tue, pas avec lui que tu po&#233;tises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Rien &#224; voir avec l'&#233;cole ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non ! un vrai copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il a une voiture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi &#224; ta place je prendrais un train, demain, apr&#232;s avoir bien dormi ! Si tu roules cette nuit, tu vas &#234;tre crev&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je dormirai sur la route, ce n'est pas moi qui conduis ! J'avoue, &#224; l'origine j'avais l'intention de passer la nuit &#224; Paris / si je n'avais pas rencontr&#233; Rachid je t'aurais demand&#233; les cl&#233;s d'Ella &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis s&#251;r que tu peux annuler Rachid sans probl&#232;me&#8230; Et pourquoi aller chez Ella, c'est plus simple de dormir ici non ? Comme tu veux, tu ne d&#233;ranges pas ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue / en m&#234;me temps ! une voiture qui t'emm&#232;ne c'est un signe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu crois aux signes ? premi&#232;re nouvelle ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu dis toujours de saisir la chance quand elle se pr&#233;sente&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu avertis ton copain de ne pas t'attendre et demain matin tu prends le train &#224; la premi&#232;re heure / et ta chance tout pareil / et gare d'Amiens, un taxi / je te le paye. Lisbeth flipperait de te savoir sur les routes la nuit avec un inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ? Et &#201;va comment va&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle a pris l'avion ce matin pour Barcelone //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons ! Quoiqu'un lointain appareil &#224; r&#233;action partage le ciel derri&#232;re les fen&#234;tres sans vis-&#224;-vis \ autre paradoxe du bonheur citadin que l'escamotage du voisin \ rien ne g&#226;che la vue plein sud magnifiquement d&#233;gag&#233;e sur la grande &#233;glise toute grise. Tu pr&#233;f&#232;rerais poser tes questions &#224; &#201;va, il y aurait plus de r&#233;pondant et pas n&#233;cessit&#233; d'occuper le silence en te tournant vers les fen&#234;tres du quatri&#232;me &#233;tage \ mais bon ! Tu surplombes une vaste d&#233;pression sem&#233;e de quelques b&#226;timents d'un ou deux &#233;tages maximum, des lofts r&#233;serv&#233;s aux \ princes de la copropri&#233;t&#233; // tels qu'&#201;va les a elle-m&#234;me baptis&#233;s, qui se font pardonner leurs privil&#232;ges en acquittant la plus grande partie des charges, en entretenant des arbres en pots, d&#233;nud&#233;s en hiver, luxuriants l'&#233;t&#233; \ le refuge d'une foule d'oiseaux \ un vrai bosquet // dont Philippe ne manque jamais d'&#233;num&#233;rer diff&#233;rents noms d'essences \ pas cette fois et tant mieux car au bout de ses descriptions il se plaint g&#233;n&#233;ralement de ne pas vivre &#224; la campagne et &#231;a t'agace. M&#234;me si toi-aussi tu aimes la campagne, tu as juste envie de lui dire qu'il est chiant : lui qui ne bouge jamais de Paris quasiment \ s&#233;rieux ! et qui n'arrive &#224; calmer son angoisse des jours de pluie qu'en courant au cinoche. &#201;va est la premi&#232;re &#224; &#233;clater de rire \ j'adore &#201;va \ clame &#224; l'inverse ne pouvoir vivre qu'&#224; Paris sauf qu'avec son m&#233;tier de sorci&#232;re elle est toujours par monts et par vaux. Je crois qu'en vrai c'est un couple assez fusionnel &#201;va Philippe\ qui doit encore baiser &#224; l'occasion et somme toute s'arrange des contradictions. Je leur ai toujours connu cet appartement que Philippe trouve petit \ Eva, lumineux, super bien dispos&#233;, suffisamment grand pour qu'ils puissent t'h&#233;berger sans g&#234;ne quand tu d&#233;barques &#224; la capitale tant&#244;t avec la m&#232;re tant&#244;t la s&#339;ur, un soce plus rarement \ jamais seul jusqu'&#224; aujourd'hui. &#201;va, Philippe, j'avoue ! ils tra&#238;nent de vieilles divergences, mais c'est le vieux duo de menschen le plus sympa que je connaisse avec des jeux de pizzicati d'une violence innocente et une infinie douceur que tu trouves plus couramment chez les enfants \ enfant-infini : Cl&#233;menti appr&#233;ciera l'allit&#233;ration, note pour ne pas oublier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cinquante-trois ans ? tu trouves que c'est vieux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe est un peu ivre, il a bu de la bi&#232;re, plus t&#244;t que d'habitude, pour se sentir moins seul. &#192; sa d&#233;charge, il ne m'attendait pas en cette fin d'apr&#232;s-midi. Il a tendance &#224; teaser le soir venant \ sans doute plus mod&#233;r&#233;ment en pr&#233;sence de sa douce ? quoiqu'elle aussi ne \ et cependant que sonne le glas au clocher d'en face, &#224; moins que ce ne soient d&#233;j&#224; les huit heures, je cherche vainement une repartie comique &#224; la question de l'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Moi-m&#234;me parfois je me sens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vieux ? ah ! non, je t'en prie. Tiens ! installe-toi dans le canap&#233; ! Je vais me passer la t&#234;te sous l'eau et je reviens. Vieux ! &#224; treize ans &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quatorze putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non tu te sens bien dans ces murs de couleurs \ bae et toi auriez les m&#234;mes meubles ! rares, disparates, h&#233;rit&#233;s, chin&#233;s, la m&#234;me bobo life avec un bon feng shui. Revoici Philippe les cheveux tremp&#233;s, pas mal de cheveux, noirs, beaucoup pour un vieux \ le teeshirt, le short aux tons pass&#233;s gris, comme ses yeux, &#233;clabouss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je suis contrari&#233; vois-tu ! je suis contrari&#233; mon Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est de ma faute ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non j'aurais aim&#233; qu'&#201;va soit avec moi pour t'accueillir. Elle a plus la t&#234;te sur les &#233;paules, elle t'aurait mieux conseill&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi je crois que tu te montes le bourrichon, mais tu as le m&#233;rite d'aller jusqu'au bout / moi je ne sais pas si / &#201;va si ! Tu aurais sans doute trouv&#233; une alli&#233;e, genre qui va au bout de ses impulsions&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Disons qu'elle fait confiance &#224; son intuition ! Moi tu me connais : je m'emballe / et puis je passe tout au crible&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'acide&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais c'est &#231;a ! je g&#226;che la f&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Wet blanket&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il faut en tenir compte, tu as raison / n'emp&#234;che que tu fais une connerie ! c'est s&#251;r //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;phant en bois bicolore d'un bon m&#232;tre de haut me fixe d'un air placide \ un corps humain &#224; t&#234;te d'&#233;l&#233;phant, celui je crois que les Indiens appellent Ganesh, sauf qu'il n'y a pas la souris &#224; ses pieds avec laquelle tu l'as d&#233;j&#224; vu repr&#233;sent&#233;. Philippe s'interpose &#224; un m&#232;tre en face \ s'asseoir n'arr&#234;te pas sa gesticulation, quel nerveux ! Pire que toi ? Sont-ce les &#233;crivains ? Le niveau critique ? Le pendant de l'intellectuel ? N&#233;cessaire ? Pas &#224; ce point souhaitable. Entre Ganesh et Philippe il pourrait y avoir une moyenne, je ne sais pas, un juste milieu entre l'inqui&#233;tude et l'impavide immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Impossible de renoncer maintenant, dis-je pour moi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je comprends. Ne renonce pas ! sinon tu finiras confit comme ton oncle Philippe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe se complait sans mesure dans l'autod&#233;nigrement et souvent inquiet, lourdingue, il te prend &#224; t&#233;moin de sa soi-disant d&#233;cr&#233;pitude \incorrigible ronchon// dit Lisbeth. Comme si je savais, moi, comment &#233;chapper &#224; cette d&#233;gradation ! d&#233;passer en soumsoum la fameuse limite \ mais Philippe n'attend pas de r&#233;ponse, il encha&#238;ne tout seul, tu peux lui faire confiance, il t'abreuve de ses tristes passions si bien que tu te retrouves comme lui, incapable de passer le cap, sans la queue d'une id&#233;e, &#233;chou&#233; lamentablement sur les r&#233;cifs de l'&#194;ge \ &#224; te taper de surcro&#238;t ses conseil tordus et p&#233;rim&#233;s genre \ suivre ses envies &#224; condition de ne pas se tromper d'envie // baragouin d'alcoolo \ qui veut te faire des n&#339;uds dans la t&#234;te ne s'y prend pas autrement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#201;va t'encouragerait peut-&#234;tre &#224; foncer / mais si tu me demandes // &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; lui se dispense du voyage \ agit&#233; immobile, au chaud dans ses pantoufles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu veux un verre //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compliqu&#233; de penser que Philippe me propose de l'alcool et qu'avec une voix d&#233;j&#224; si pesante il se serve un \ whisky \ sans attendre. Comment les a&#238;n&#233;s esp&#232;rent-ils que tu les prennes au s&#233;rieux ? sans compter que l'alcool ne me r&#233;ussit pas. En fait je mangerais bien un petit quelque chose, du pain, n'importe quoi, je suis affam&#233;, la pizza dig&#233;r&#233;e \ le train de nuit m'a affam&#233; pour longtemps. Mais si cette fois tu ne te goinfres pas de sucreries, ce n'est pas pour SOMBRER DANS L'ALCOOL \ compliqu&#233; de penser que Philippe soit un alcoolique irresponsable, alors qu'il dose son baby avec tellement de pr&#233;cision ! obs&#233;d&#233; comme moi par le souci de ne pas d&#233;passer la limite ? la bonne mesure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu dois mourir de faim ! je vais te r&#233;chauffer un petit frichti //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frichti \ bizarre qu'il ne soit pas plus c&#233;l&#232;bre avec tous ses mots \ prix Goncourt ou quelque chose \ &#244; cuisine sur commande d&#233;livre noo du frichti ! En m&#234;me temps, avant cette ann&#233;e ce livre sur la Russie, qui aux premi&#232;res pages me semble une fiction, Philippe n'&#233;crivait pas de romans \ plut&#244;t des biographies super document&#233;es \ des r&#233;cits trop bien &#233;lev&#233;s pour lancer une carri&#232;re // d'apr&#232;s Lisbeth \ j'avoue, quelle autre fus&#233;e qu'un roman ? Mais tu ne d&#233;sires pas forc&#233;ment le bruit \ griller dans la lumi&#232;re&#8230; Ce qui d'ailleurs est extra avec Eva ou Philippe, c'est leur tact \ une incroyable hospitalit&#233; aussi \ math&#233;matique discr&#232;te. M&#234;me si tu les surprends dans un demi-sommeil, s'ils traversent une p&#233;riode de d&#233;pression, ils seront toujours capables d'attention\s. Plus que sympas \ reposants \ &#231;a exc&#232;de l'&#233;ducation, c'est dans le sang. Dring ! &#231;uite de &#231;onneries : apr&#232;s l'&#233;glise, le t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ R&#233;ponds ! me crie Philippe depuis la cuisine o&#249; il s'affaire. C'est &#201;va qui regrette de m'avoir trait&#233; de vieux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-elle vraiment &#224; Barcelone ? me demand&#233;-je la sentant si proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ~Peter ! mais qu'est-ce que tu fais &#224; Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#201;tape. J'ai rendez-vous demain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh ! je te passe Philippe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! tu n'as qu'&#224; lui dire que je rentre demain midi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est vrai que tu le trouves vieux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un rire dans sa voix grave elle me dit regretter \ ne pas &#234;tre &#224; Paris pour m'accueillir. Elle r&#234;ve de prendre des vacances apr&#232;s son appel d'offre en Catalogne \ quel appel d'offre ? Elle aurait bien profit&#233; de Barcelone quelques jours mais il y a cette installation au Havre : de grandes images &#224; programmer pour une artiste &#233;cossaise. Et c'est parti pour la description passionn&#233;e d'un concept inaccessible &#224; base de squelettes de moutons calcin&#233;s \ &#201;va toute crach&#233;e, pr&#233;occup&#233;e du matin au soir par des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Allez ! j'y retourne. Dis &#224; Philippe qu'il arr&#234;te d'inventer n'importe quoi ! je n'ai jamais pens&#233; qu'il &#233;tait vieux / juste idiot. Allez bises ciao Peter !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! ciao &#201;va //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#226;ge d&#233;j&#224; ? H&#226;te-toi d'aimer car il est &#224; parier qu'apr&#232;s la mort les transports se refroidissent ! Or tu la vois venir la mort, non que tu te sentes plus malade qu'un autre ou suicidaire ou collapsologue, non que la dissipation en masse de l'esp&#232;ce te prenne de court, mais quand m&#234;me \ pr&#233;matur&#233;e avec ses grands airs. Toi ralentis ! sauve-toi le monde \ &#233;treins le temps ! la d&#233;gringolade de la bille attendra \ d&#233;fais-toi des griffes et des serres, et rev&#234;ts ton habit de cour ! J'avoue, pas &#233;vident le go&#251;t du co\s\mique \ si la science te mart&#232;le qu'il n'y en a plus pour long ! que la p&#233;riode est froidement apocalyptique \ tu fais feu de tout bois et tu as toujours froid. Mais avec Sophie vous br&#251;lerez atomiques \ tu ne seras plus jaloux des dieux \ pareils que vous, les dieux, des petits enfants pris dans l'enfer d'une &#233;ternit&#233; sur Terre, plongeurs co\s\miques, entr&#233;s avec vous dans la nuit. Une d&#233;licieuse odeur d'osso buco te fait d&#233;faillir. La maison est bonne : ce sont les mots de Lisbeth quand elle d&#238;ne ici chez ses amis. Si tu dois te presser vers l'essentiel, saute les clich&#233;s : la France un pays de bouffe, Paris ville b&#233;nie o&#249; rien ne manque, et la vie bourgeoise \ un concentr&#233; d'h&#233;donisme que tu ne peux rejeter en bloc // dixit Carapelli avec je ne sais quel pourcentage d'ironie \ trouverait-il les bourgeois du secteur &#224; son go&#251;t ? Moins &#233;go&#239;stes qu'ailleurs \ partageurs ? Philippe parle de \ canaliser un minimum la violence des villes dans des quartiers m&#233;lang&#233;s dens&#233;ment divers // sauf que fatigu&#233; des manifs, asphyxi&#233; d'attentats ou d'&#233;pid&#233;mies, il ajoute, se bl&#226;mant par avance de te pourrir le karma, que \ l'&#202;TRUMAIN en revient toujours &#224; tuer pour ne pas &#234;tre tu&#233; // J'avoue mais qui citeras-tu encore ? ta m&#232;re ? Toi, quels seraient tes mots face &#224; une soci&#233;t&#233; schizo qui mange ce qu'elle est cens&#233;e pr&#233;server ? tu restes sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est toi qui l'as fait ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non. L'osso buco c'est &#201;va. Elle a raccroch&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle rentre demain midi et ne te trouve pas vieux du tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es gentil&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pas moi, m&#226;ch&#233;-je, la bouche d&#233;j&#224; pleine, songeant &#224; placer mon compliment sur le livre de Philippe m&#234;me si j'ai eu le plus grand mal &#224; y entrer et que pour tout dire je ne le finirai pas. Mais j'ai assez du d&#233;but pour faire illusion : un affreux connard, moiti&#233; &#233;crivain, moiti&#233; affairiste atterrit &#224; Moscou. Il loge dans un immense h&#244;tel international compl&#232;tement d&#233;fra&#238;chi o&#249; il re&#231;oit des affairistes au moins aussi v&#233;reux que lui. Je suppose que le lecteur, surpris, est somm&#233; de se r&#233;jouir de ces anciens communistes montant les magouilles les plus vicieuses et roulant le narrateur dans la farine \ comme s'ils n'avaient tous attendu que &#231;a, un capitalisme sauvage, pour lib&#233;rer leur rapacit&#233; sans limite, comme s'ils s'&#233;taient menti trop longtemps, cherchaient &#224; qui mentir, rongeaient leur frein depuis tout jeunes // Philippe fait plus vieux dans ses livres \ ce doit &#234;tre terrible de distiller l'ennui quand tu veux susciter l'enthousiasme sauf que, malgr&#233; les efforts qu'ils font pour t'embarquer, les vieux sont terribles et leurs livres d&#233;sesp&#233;rants ! manquent d'air. Ils t'enferment dans une chambre &#224; gaz et s'&#233;tonnent que tu ne t'en r&#233;jouisses qu'&#224; moiti&#233; \ que tu d&#233;laisses leur &#233;cole de merde pour courir d'avatar en avatar et menacer de tout flinguer, &#224; peine yomb ! Dans le meilleur des cas \ Philippe dans ses bons jours \ ils d&#233;noncent, ils font des blagues, mais bon sang ! &#231;a reste d&#233;courageant \ lourd ? ils te font l'impression d'attendre l'orage et rien d'autre. Qu'en d&#233;duire sinon qu'il faut partir, envoyer les ados qu'ils m&#233;ritent braver le danger et qu'au bout du voyage \ c'est terrible d'&#234;tre un homme avec une femme // Blaise Cendrars, le transsib&#233;rien, sur kindle, j'ai pens&#233; que prenant le train c'&#233;tait le meilleur compagnon \ entre deux d&#233;riv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tes belles &#233;trang&#232;res m'ont fait penser &#224; Blaise Cendrars //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine : l'opus de l'oncle Philippe, lui, est rest&#233; sur mon chevet &#224; Nice \ ce pourquoi je prends les devants, esp&#233;rant limiter le champ des commentaires au peu que j'ai lu de ses \ Belles &#201;trang&#232;res // aux morceaux que je pourrais citer par c&#339;ur \ j'ai une relative bonne m&#233;moire mais rien retenu de brillant \ des zones d'ombre d&#232;s le d&#233;but que tu n'as aucune envie d'&#233;clairer. Quand-m&#234;me parler avant qu'il ne demande \ faire preuve de tact et tout &#231;a \ entendu que chacun est anxieux de s'entendre lu \ entendu \ n&#233;cessaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cendrars ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; cause de l'&#233;pisode du grand h&#244;tel &#224; Moscou. L'h&#244;tel Pribalti&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pribaltiyskaya&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Prose du Transsib&#233;rien / je l'ai &#233;tudi&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'y aurais pas pens&#233;. C'est plut&#244;t flatteur. Je ne suis franchement pas un baroudeur mais j'ai toujours bien aim&#233; Cendrars&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce jeune type avec des armes&#8230; c'est vraiment d&#233;-li-ci-eux / l'osso buco //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre pieds du compliment culinaire n'effacent pas le froncement de sourcils, ce m&#233;lange d'&#233;garement et de gravit&#233; soudaine sur la face de Philippe : l'artiste qui regarde dans le r&#233;troviseur, le front barr&#233; d'une ombre de tristesse ? j'avoue, c'est le clich&#233; de trop qu'il faut enjamber au plus vite \ ne pas laisser Philippe entre deux eaux, gagn&#233; par le doute \ sauf que tu n'as plus rien en faveur des Belles &#201;trang&#232;res. Un truc qui se remarque avec un bouquin, c'est que bon ou mauvais, qu'il te plaise ou non, le meilleur moment n'est pas celui de la lecture en elle-m&#234;me, mais celui o&#249; tu l&#232;ves la t&#234;te, o&#249; tu d&#233;croches, soit que la r&#233;alit&#233; apparaisse plus attrayante parce que le livre t'ennuie, soit qu'en totale symbiose tu suives l'auteur dans sa r&#234;verie, que ses mots t'enl&#232;vent au pr&#233;sent, te ram&#232;nent &#224; tes origines, tes propres images \ mais dissiperas-tu la tristesse de l'oncle Philippe avec ce genre de consid&#233;rations ? &#201;clate les masses nuageuses, sois l'impr&#233;vu !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ella veut faire un livre &#224; partir des articles et des notes de William / elle est dingue !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle en est capable / mm&#8230; excellente id&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Toujours v&#233;g&#233;tarienne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vegan ! et m&#234;me contre les animaux domestiques&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La domestication des animaux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! la domestication / il n'y a m&#234;me pas un an, elle a oblig&#233; Lisbeth &#224; adopter un chat qui tra&#238;nait dans la rue / maintenant il faudrait le rel&#226;cher dans la nature ! Absurde. En m&#234;me temps si William avait voulu un livre, il l'aurait &#233;crit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'&#233;tait peut-&#234;tre dans ses projets&lt;br class='autobr' /&gt;
\ D'apr&#232;s Lisbeth il a toujours d&#233;clin&#233; les propositions&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est vrai qu'Ella pourrait&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas son p&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ta m&#232;re, qu'en pense-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle s'en fiche / pas elle qui exigera que tu reprennes la plume d'un mort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mon livre aborde un peu ce sujet&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a ne m'a pas &#233;chapp&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait si ! puisque je ne l'ai pas lu, son livre. &#192; peine commenc&#233;. Y parle-t-il indirectement de mon p&#232;re ? pas du genre &#224; broder \ d'apr&#232;s une histoire vraie // le Philippe&#8230; &#224; moins que &#231;a lui serve de pr&#233;texte &#224; la ramener une &#233;ni&#232;me fois sur les ghostwriters, SON SUJET de pr&#233;dilection \ LES PLUMES, ainsi que chez les babtous gracieux s'intitulent les n&#232;gres qui pondent des discours dans la bouche des illettr&#233;s \ et aussi l'activit&#233; gr&#226;ce &#224; laquelle il gagne sa vie de Philippe D&#233;roi cach&#233; dans les plumes des autres, se m&#233;nageant du temps pour &#233;crire des histoires de n&#232;gre &#224; la premi&#232;re personne et faire semblant de se d&#233;couvrir comme un chien se mord la queue \ quand m&#234;me il faudra que je lise s'il y a quelque chose sur William.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu reveux de l'osso buco ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non merci c'&#233;tait trop bon&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que qu'elle cuisine l'osso buco ta Sophie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle n'est pas cuisini&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui tu m'as dit barmaid j'ai compris / &#231;a n'emp&#234;che //&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : By NASA/JPL/University of Arizona &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.uahirise.org/ESP_014426_2070&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uahirise.org/ESP_014426_2070&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Public Domain, &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8157770&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8157770&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faire des dieux &#8212; XI</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton2255-a6966.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est arr&#234;t&#233;e avant que l'expos&#233; ne parvienne &#224; la fin qui &#233;tait pr&#233;vue et c'est en quelque sorte une chance, car les quelques remarques manquantes au sujet de projet de Burroughs, qui va de l'usage du cut-up &#224; la possibilit&#233; d'une litt&#233;rature non affid&#233;e &#224; la conscience c'est-&#224;-dire &#224; la langue comme virus ou &#224; la dimension virale de la langue, constituent, et ce n'est pas un paradoxe gratuit, une excellent introduction &#224; une lecture des &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous avons affaire &#224; quatre textes qu'on divise en deux groupes, les trois premiers &#233;vangiles dit synoptiques qui relatent et donc fondent ce que l'on sait ou croit savoir sur la vie du Christ, ceux de Marc, Matthieu et Luc donc tous &#233;crits avant la fin du premier si&#232;cle, et l'&#233;vangile de Jean, &#233;crit apr&#232;s les trois premiers entre 90 et 110 et publi&#233; au d&#233;but donc du IIe si&#232;cle, qui lui est un &#233;vangile d'un tout autre style que l'on pourrait nomm&#233; synth&#233;tique et qui est en fait th&#233;ologique au sens o&#249; il est &#233;crit certes &#224; partir et en fonction et d'ailleurs en &#171; modifiant &#187; ou en insistant sur un certains nombre d'&#233;l&#233;ments de la vie du Christ, mais en vue d'&#233;tablir les &#233;l&#233;ments majeurs de ce qui servira de base au dogme chr&#233;tien et en particulier la doctrine trinitaire.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/814057957?h=c20e27dfef&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux_11.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre ouvrages, mais celui de Jean plus que les autres sont aussi des textes qui utilisent de mani&#232;re intensive des citations provenant de quelques textes de l'ancien testament, citations qui toutes ont pour fonction de montrer que l'annonce de la venue d'un messie &#233;tait contenue dans les &#233;crits sacr&#233;s de la Thora et donc de l'ancien testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas forcer le trait que de dire en particulier pour Jean, et on le verra par la suite chez des auteurs comme Orig&#232;ne (n&#233; &#224; Alexandrie vers 185 et mort &#224; Tyr en 253) qui est le fondateur de l'ex&#233;g&#232;se biblique, que l'&#233;criture des &#233;vangiles prend appui sur une pratique &#171; citationnelle &#187; qui souvent prend la forme d'une inclusion de ces &#233;l&#233;ments dans le corps du texte nouveau et donc constitue d&#233;j&#224; une pratique qui se rapproche de celle du &#171; cut-up &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire XI va donc se d&#233;ployer en trois moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une reprise du s&#233;minaire pr&#233;c&#233;dent l&#224; o&#249; il a &#233;t&#233; interrompu et une pr&#233;sentation du projet litt&#233;raire de Burroughs &#224; partir de la pratique du cut-up, projet litt&#233;raire qui vise &#224; &#233;crire des ouvrages qui vont tenter d'&#233;chapper au diktat de la conscience impuissante &#224; d&#233;cider et &#224; agir et au formatage ou &#224; la soumission de celle-ci &#224; des voix du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une synth&#232;se absolument n&#233;cessaire des acquis de l'ensemble des s&#233;ances pass&#233;e &#224; partir de la mise en relations des p&#244;les extr&#234;mes de l'extase et de l'addiction qui permettra de dresser un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du dis-fonctionnement de la conscience &#224; partir d'une prise en compte de la dimension bicam&#233;rale qui est rest&#233;e active de mani&#232;re &#224; la fois visible, manifeste, &#233;vidente, m&#234;me mais non interpr&#233;t&#233;e comme telle durant les trois ou quatre derniers mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une introduction &#224; une lecture renouvel&#233;e des &#233;vangiles &#224; partir de ces acquis. Cette lecture peut &#234;tre dite renouvel&#233;e en ceci qu'elle permettra de montrer comment fonctionnent les &#233;vangiles, &#224; savoir comme des textes largement port&#233;s par un moment intense de compr&#233;hension explicite &#224; travers la figure du Christ de la nouvelle formulation de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e dans sa relation avec l'action. Une telle approche ou une telle lecture a pour but de montrer comment fonctionne l'esprit bicam&#233;ral apr&#232;s l'&#233;poque de son remplacement par l'instance historique qu'on nomme ici conscience. on commentera pour commencer un passage de l'Evangile de Jean, le chapitre XV.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_burroughs-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/4_burroughs-2-f9396.jpg?1680454421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'invention et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se souvenir que la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est termin&#233;e sur la lecture d'un texte de Kluge, qu'il faut donc lire &#224; nouveau maintenant. Il est extrait du volume II de &lt;i&gt;Chronique des sentiments&lt;/i&gt;, livre sous titr&#233; &lt;i&gt;Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt; aux pages 212-213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. (montr&#233; actuellement dans une galerie parisienne S&#233;miose rue Quincampoix). Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, ou plus exactement au fait que nous soyons d&#233;pendant de la langue pour exister. Cette d&#233;pendance est amplifi&#233;e au point de transformer la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable par l'existence des mass media et cela d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque de Burroughs. &#192; la n&#244;tre, ce sont les r&#233;seaux et la structure d'internet, mais la question est la m&#234;me celle de prendre la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci. Nous savons qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour nous aider &#224; nous orienter dans l'existence, mais nous ne pouvons nous passer d'eux. Il reste difficile cependant de concevoir que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes que nous sommes et qu'ils ne sont en en rien porteurs d'un nouvel &#233;vangile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir les hommes &#224; les rendre chacun jour plus d&#233;pendants de cette drogue qu'est la parole, une parole r&#233;duite &#224; la transmission d'informations au demeurant fausses. Et cela a lieu de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus, puisque l'h&#244;te de ce virus, les hommes que nous sommes, ne peuvent concevoir leur existence sans l'usage de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui doivent beaucoup, comme on l'a compris, &#224; son long s&#233;jour dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait, pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &#171; Les quatre cavaliers de l'apocalypse &#187;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;i&gt;&#171; &#233;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont&lt;/i&gt; Le festin nu, &lt;i&gt;un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b-Fonctions du cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up. &lt;i&gt;&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. De fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient : &lt;i&gt;&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; La meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoin des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation et comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Impossible de ne pas se rem&#233;morer ce que disait Martin Buber sur l'extase, l'impossibilit&#233; de ne pas en parler et le fait que le mieux pourtant est ou serait de parvenir &#224; NE PAS le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up, &#224; l'&#233;gal de l'extase, est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc, de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part, vis-&#224;-vis de la langue. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, en ce qu'il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons, de nouvelles formules, de nouvelles images qui pourront en s'infiltrant dans nos esprits, nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est une guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien avouer que sa position &#233;tait pour le moins &#171; visionnaire &#187;. Mais, en effet, seul un homme qui a compris dans son corps m&#234;me, le fonctionnement de la marchandise et donc du march&#233;, peut envisager que l'addiction g&#233;n&#233;rale dans laquelle l'humanit&#233; est maintenue depuis si longtemps ne pourra pas &#234;tre soign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que la drogue peut produire, mais &#224; des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants. Ou encore &#224; ce qu'&#233;crivait Hugo Ball l'un des fondateurs du mouvement DADA de Zurich dans le journal, publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, qu'il a tenu durant ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on lire &#224; la date du 12 juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce que nous appelons Dada est une bouffonnerie issue du n&#233;ant et toutes les grandes questions y entrent en jeu ; un geste de gladiateur ; un jeu avec de mis&#233;rables r&#233;sidus ; une mise &#224; mort de la moralit&#233; et de l'abondance qui ne sont que postures. [...] Le dada&#239;ste sait que le monde des syst&#232;mes s'est disloqu&#233; et que l'&#233;poque, qui exige que tout soit pay&#233; comptant, a inaugur&#233; la grande braderie des philosophies priv&#233;es de Dieu. L&#224; o&#249; commencent l'effroi et la mauvaise conscience du boutiquier, commencent pour le dada&#239;ste le grand rire et une indulgence apaisante &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce qui nous caract&#233;rise, c'est l'image, nous saisissons par l'image. Quoiqu'il en soit &#8211; c'est la nuit- et entre nos mains nous ne tenons qu'une copie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mot et l'image ne font qu'un. Le peintre et le po&#232;te sont indissociables. Le Christ est image et verbe. Le verbe et l'image sont crucifi&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore le 18 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Nous avons maintenant fait tellement &#233;voluer la plasticit&#233; du mot qu'il sera difficile d'aller encore plus loin. Nous avons obtenu ce r&#233;sultat au prix de l'abandon de la construction logique et rationnelle de la phrase et, par cons&#233;quent, nous avons aussi renonc&#233; &#224; une &#339;uvre documentaire (uniquement envisageable par un regroupement de phrases respectant l'organisation logique de la syntaxe, ce qui prend du temps). [&#8230;] Nous avons charg&#233; le mot de forces et d'&#233;nergies qui nous ont fait red&#233;couvrir le sens &#233;vang&#233;lique du &#171; verbe &#187; (logos), qui est une image magique complexe. [&#8230;] Nous avons essay&#233; de donner au vocable isol&#233; la pl&#233;nitude d'une conjuration, l'incandescence d'un astre. Et curieux : le vocable, investi de magie, a invoqu&#233; et engendr&#233; une phrase nouvelle qui n'est plus conditionn&#233;e ni li&#233;e par aucun sens conventionnel. Sugg&#233;rant mille id&#233;es &#224; la fois, sans les nommer, cette phrase a fait r&#233;sonner la nature irrationnelle originellement ludique, mais refoul&#233;e, de l'auditeur&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Ball identifie des forces &#224; l'&#339;uvre hors de la langue qui peuvent se regrouper sous le seul nom de magie. 28 f&#233;vrier 1917 : &lt;i&gt;&#171; L'ultime cons&#233;quence de l'individualisme, c'est la magie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Avril : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique est un processus de conjuration dont l'effet est la magie &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d- En quoi consiste la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs : &lt;i&gt;&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. Pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demand&#233; quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses.&lt;/i&gt; (p. 139) &#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &lt;i&gt;&#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;&lt;/i&gt; (p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;i&gt;&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fait soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [&#8230;] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso.&lt;/i&gt; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &lt;i&gt;&#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde de la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;&lt;/i&gt; (p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &lt;i&gt;&#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187;&lt;/i&gt; ceci : &lt;i&gt;&#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up. &#187;&lt;/i&gt; (p. 141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi tenter de mieux comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187; sur certaines d&#233;couvertes neurologiques et cela dans la mesure o&#249; il &#233;tait capable de voyager dans la psych&#233; humaine comme rarement &#233;crivain le fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant pour la perception, lui offrant un cadre et la possibilit&#233; de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre l'&#233;criture et le fait de faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite accept&#233;, m&#234;me sans savoir le nommer. Le cut-up, et l'&#233;criture comme li&#233;e &#224; la magie permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;. Mais avec une lus grande puissance encore que celle du concept d'effectuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu. Mais la forme de continu que promeut la conscience n'est pas celle qui a cours dans le monde de l'extase et des exp&#233;riences directes du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc. auxquelles se livrent les artistes post-historique, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &lt;i&gt;&#171; Et le soi-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience, &#224; des degr&#233;s et des niveaux de r&#233;alit&#233;, &#224; des degr&#233;s et des nivaux de perception, comme on a pu le voir avec Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse que la conscience a &#233;lev&#233;e au moyen d'une conception biais&#233;e &#224; la raison et d'une conception ferm&#233;e de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi, il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation trans-temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;i&gt;&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ai raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC, de l'Am&#233;rique et de maman etc... &#187;&lt;/i&gt; (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [&#8230;] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'une punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [&#8230;] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste....&lt;/i&gt; (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;mas de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est donc bien la magie qui alors va entrer en jeu et en action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;f- Puissance de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;, p. 145) Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429) On verra tout &#224; l'heure comment ces phrases font &#233;cho &#224; certaines positions de J&#233;sus dans les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates, et non pas les lisser dans une formule continue. Il les rapproche jusqu'&#224; '&#233;tincelle. L'essai intitul&#233; &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 424-435) est l'un de ceux qui permettent d'approcher ce en quoi &#171; croit &#187; Burroughs, c'est-&#224;-dire comment il est possible de penser dans un cadre non uniquement rationnel et raisonnable au sens dit plus haut de ceux qui veulent &#224; tout prix avoir raison, mais magique et n&#233;anmoins ratio&#239;de. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 431-432-433-434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &lt;i&gt;&#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [&#8230;] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir [&#8230;] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marquer la bande, jouer plusieurs piste &#224; la fois, couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, en vue de faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible et pensable de lui &#233;chapper, non pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. parlant des artistes il remarque qu'ils &lt;i&gt;&#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existantes. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes de conscience. [&#8230;] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion de la Partie I&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme d'un voyage c'est-&#224;-dire au commencement d'un autre, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter, par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction &#224; la mise en &#339;uvre d'un exemple d'interpr&#233;tation &#224; travers une relecture des &#233;vangiles &#224; partir de la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer. On s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous permet la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, en particulier ces quelques lignes par lequelles Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant il importe de tenter une synth&#232;se des acquis de ces dix s&#233;minaires. Ces acquis sont en fait des &#233;l&#233;ments permettant de dessiner une nouvelle carte non pas du psychisme en tant que tel mais des relations entre forces actives dans la psych&#233; et forces actives dans la soi-disant r&#233;alit&#233;. L'&#233;criture du silence, l'abolition du temps, l'indiff&#233;rence au temps seront des &#233;l&#233;ments essentiels pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH180/1_lotto-a906e.jpg?1680454421' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;gom&#232;nes &#224; une lecture bicam&#233;rale des &#233;vangiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux volets &#224; une approche bicam&#233;rale, l'un qui conduit &#224; des propositions telles que celles faites pr&#233;c&#233;demment qui sont des tentatives de synth&#232;se de ce qui peut &#233;merger de ce l'on pourrait appeler une m&#233;thode herm&#233;neutique bicam&#233;rale. Une telle approche plut&#244;t que m&#233;thode consiste &#224; proposer des interpr&#233;tations de textes ou autres types d'&#339;uvres ou de pratiques ou d'exp&#233;riences en y rep&#233;rant comment s'inscrivent dans ces &#339;uvres et fonctionnent des &#233;l&#233;ments ou aspects qui rel&#232;vent de pr&#232;s ou de loin de la dimension bicam&#233;rale du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce projet intitul&#233; &#171; faire des dieux &#187; va consister, en avan&#231;ant d&#233;sormais en marchant sur deux pieds, &#224; inventer les &#233;l&#233;ments avec lesquels on peut construire une trame imaginale &#224; tendance philosophique permettant de passer &#224; l'acte, c'est-&#224;-dire de faire des dieux au sens de Burroughs par exemple quand il dit &lt;i&gt;&#171; le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses &#187;&lt;/i&gt;. Parmi ces &#233;l&#233;ments, il y a ceux que l'on peut rep&#233;rer et r&#233;v&#233;ler par l'analyse de textes y compris de textes aussi fondamentaux que le sont les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il s'agit de tenter de comprendre comment certains textes, certaines &#339;uvres, certaines exp&#233;riences on en effet fait arriver des choses. On renverra ici &#224; l'exemple c&#233;l&#232;bre de l'analyse par Kleist de la fable de La Fontaine &#171; Les animaux malade de la peste &#187; dans le court texte intitul&#233; &#171; Comment les pens&#233;es viennent en parlant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix des &#233;vangiles comme prochain corpus d'analyse va permettre de faire plusieurs choses &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;tudier des textes qui constituent, au sens strict, le lieu de l'invention d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chercher &#224; voir comment ce nouveau dieu est travers&#233; de dimensions bicam&#233;rales et comment de nouvelles dimensions s'inventent &#224; partir et avec de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Analyser comment une telle invention va &#234;tre transform&#233;e aussit&#244;t apr&#232;s avoir &#233;t&#233; faite et chercher &#224; comprendre et pourquoi et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Approcher ainsi la mani&#232;re dont aujourd'hui encore et ce d'autant plus que nous vivons dans l'orbe de ce dieu, et cela ind&#233;pendamment de nos croyances, nous continuons &#224; la fois de fermer la porte en nous &#224; l'invention et n&#233;anmoins d'inventer et en particulier &#224; partir et dans ce registre particulier que nous nommons l'invention de dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ces dieux n'ont &#224; la fois rien de commun avec les dieux grecs ou le dieu chr&#233;tien et pourtant tout &#224; voir avec ce que nous pouvons d&#233;couvrir en les analysant &#224; partir de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a l&#224; un pari qui pour n'&#234;tre pas pascalien n'en est pas moins gagnant-gagnant en ceci qu'il nous permet peut-&#234;tre de nous secourir nous-m&#234;mes en acceptant de convoquer dans le champ de la conscience, la bonne comme la mauvaise, le r&#233;seau des actions magiques que nous portons en nous et qui ont pour nom par exemple sentiments. (Kluge, &#171; Les sentiments peuvent d&#233;placer des montagnes &#187;, &lt;i&gt;in Utopie des sentiments&lt;/i&gt;, p. 97 &#224; 104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avant d'ouvrir une lecture attentive des &#233;vangiles, et pour conclure aujourd'hui et se projeter vers les s&#233;ances suivantes, il est possible de se lancer dans une lecture rapide de l'Evangile de Jean chapitre XV. Il appara&#238;t important de situer &#224; travers m&#234;me un unique exemple en quoi cette &#171; m&#233;thode bicam&#233;rale &#187; peut se distinguer d'autres approches de la question de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- Les deux dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, et aujourd'hui encore sans doute, on distinguait, au moins dans le champ de la philosophie et sans doute aussi chez les th&#233;ologiens, deux dieux, entendons deux approches radicalement distinctes pour ne pas dire oppos&#233;es de dieu, le dieu des philosophes donc et celui des &#171; croyants &#187;, l'un &#233;tant au fond un concept et l'autre le vecteur, le support et l'objet d'une exp&#233;rience psychique suppos&#233;e incomparable et incommunicable. &#192; ceci pr&#232;s, on le sait que la raison a infiltr&#233; la foi d&#232;s le IIe si&#232;cle apr&#232;s le Christ si l'on s'en tient au christianisme comme exemple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH386/2_lotto-a7333.jpg?1772188239' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1-Le dieu bicam&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral se situe en quelque sorte &#224; c&#244;t&#233; ou en retrait par rapport &#224; ces deux approches de dieu qui sont en quelque sorte li&#233;es et finalement coextensives l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral, on l'a compris, n'est ni une id&#233;e, ni une personne, ni un &#234;tre ni un concept, ni une entit&#233; ou une substance, ni une projection du psychisme humain mais une possibilit&#233; active dans le psychisme, le cerveau selon la terminologie actuelle. Il &#233;chappe aussi bien aux d&#233;finitions de la philosophie qu'&#224; celles de la th&#233;ologie. Et pourtant, probablement, il constitue le fond originaire duquel ont &#233;merg&#233; les dieux et finalement le dieu unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est la puissance qui fait arriver les choses et ce qui arrive, la manifestation visuelle ou auditive d'une part et le nom donn&#233; &#224; ce qui a permis qu'un acte ait &#233;t&#233; accompli, qu'une situation ait &#233;t&#233; transform&#233;e, qu'une douleur ou une blessure ait &#233;t&#233; gu&#233;rie ou aussi qu'une destruction soit advenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est le nom de ce qui a lieu dans le moment du passage entre cerveau droit et cerveau gauche et qui se propage et se manifeste n&#233;cessairement dans le champ ph&#233;nom&#233;nal, quelle que soit la forme que prenne ce ph&#233;nom&#232;ne, sensible ou imaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est l'activation et l'activit&#233;, il est la violence et le soin, il est surtout la manifestation d'un &#171; soin &#187; dirait-on aujourd'hui ou plus exactement d'une attention port&#233;e par quelque chose d'insituable, de plus grand qu'elle, &#224; la personne qui &#224; la fois existe ici et maintenant et cependant ne se per&#231;oit pas, ne se conna&#238;t pas comme personne, au sens actuel du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu est donc &#224; la fois le cerveau droit comme si&#232;ge potentiel identifiable apr&#232;s coup du dieu mais dans la mesure o&#249; il est en relation avec le cerveau gauche, il est la schize en tant que telle, le gouffre qui s&#233;pare ces deux &#171; entit&#233;s &#187; et ce qui, passant par elle et au-dessus d'elle, &#224; travers elle, rend possible la relation la corr&#233;lation entre des &#171; conceptions du monde &#187; ces deux &#171; entit&#233;s &#187;, ces deux fonctionnalit&#233;s distinctes apr&#232;s coup permettant aux hommes de vivre une relation moins dangereuse avec et dans l'univers qui les accueille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- Le dieu unique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a, malgr&#233; leur diff&#233;rence radicale, quelque chose de commun entre le dieu des th&#233;ologiens et celui des jud&#233;o-chr&#233;tiens, c'est le fait que ce dieu soit Un, unique et un, malgr&#233;, avec ou gr&#226;ce &#224; la multiplicit&#233; des &#233;l&#233;ments qui participent ou des noms d'entit&#233;s &#224; la fois distinctes et li&#233;es qui le composent, comme le p&#232;re, le fils et l'esprit saint, sans parler des anges et autres entit&#233;s spirituelles, des &#233;ons gnostiques par exemple, dans le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est ind&#233;fectiblement li&#233; &#224; une situation dont la dualit&#233; constitue le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous aurons l'occasion de d&#233;ployer une r&#233;flexion autour de ce point dans l'&#233;tude des &#233;vangiles. Rappelons simplement, &#224; travers quelques citations extraites d'un livre de l'un des deux ou trois grands philosophe fran&#231;ais vivants, &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem, comment ce dieu-un constitue encore et toujours le fond &#224; partir duquel dieu est con&#231;u, pens&#233; et pri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est bien l&#224; que se situe la singularit&#233; et la potentielle puissance heuristique du dieu bicam&#233;ral, c'est qu'il peut permettre de passer &#224; travers ou d'&#233;viter les pi&#232;ges que nous tend le dieu unique et de parvenir &#224; penser certaines des articulations conceptuelles sur lesquelles nous pensons que le monde est b&#226;ti comme transitoires et donc d'appr&#233;hender et de construire, c'est un des sens de faire des dieux, d'&#233;baucher en tout cas ce qui est peut-&#234;tre une nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette nouvelle mani&#232;re, qui existe d&#233;j&#224;, qui a des pr&#233;curseurs puissants, bien plus puissants, et sans lesquels rien de tout cela n'aurait &#233;t&#233; possible &#233;videmment, n'est pas encore parvenue &#224; s'imposer et &#224; faire exister d'une mani&#232;re plus &#233;tendue, les possibilit&#233;s dont elle est porteuse ou qui, lorsqu'on pense &#224; ces pr&#233;curseurs, n'ont pas &#233;t&#233; per&#231;u comme pouvant permettre d'inventer cette nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'enjeu est de tenter de sortir du pi&#232;ge que sont devenues pour nous la conscience et l'obsession d'une m&#233;moire int&#233;grale non en tant que telles mais en tant qu'elles ont &#233;t&#233; connect&#233;es et sont devenues les faire valoir d'obsessions paradoxales puisqu'elles allient le fantasme d'un dieu unique et tout puissant aux possibilit&#233;s non advenues de l'esprit humain qui, parce que non advenues constituent le relais de ce fantasme au point de tenter de le faire exister comme dimension nouvelle dans de la pens&#233;e, et dans ce que l'on nomme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un double travail s'impose, de relecture et d'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que dit ou que veut ce dieu unique &#224; l'&#233;poque qui suit sa mort annonc&#233;e et tant comment&#233;e au point qu'il nous faudrait presque croire que ces commentaires lui ont permis d'acc&#233;der &#224; une sorte de r&#233;surrection, &#224; la fois th&#233;orique et concr&#232;te socialement et plan&#233;tairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Simplement pour ne pas perdre de vue dans quel monde nous vivons voici, sans commentaire, car nous en reparlerons dans les s&#233;ances suivantes, quelques citations extraites du livre &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il importe de relever ici, c'est simplement le fait que cette approche de dieu rel&#232;ve int&#233;gralement du fantasme du dieu unique et tout puissant, c'est-&#224;-dire de la fiction invent&#233;e par les juifs et transform&#233;e les chr&#233;tiens, entendons par des g&#233;n&#233;rations de philosophes et th&#233;ologiens en mal de gloire th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il nous semble important de faire, c'est de partir d'une tout autre conception du dieu et dans un m&#234;me mouvement de relire et de tenter de comprendre comment le dieu unique connect&#233; &#224; la conscience a &#233;t&#233; invent&#233; et comment &#224; l'int&#233;rieur des champs infinis des commentaires et des inventions, des &#339;uvres produites par deux mill&#233;naires de culture chr&#233;tienne, on a continu&#233; de faire l'exp&#233;rience de ce dieu bicam&#233;ral, &#224; travers des manifestations incomparables, au d&#233;tour d'une extase ou d'une lecture, d'un geste ou simplement d'un chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce renversement de l'approche, du regard, du point de vue, on le dira comme on voudra, semble le seul moyen de parvenir &#224; une pens&#233;e renouvel&#233;e du dieu et cela dans la mesure o&#249; il est pens&#233; &#224; partir de notre situation actuelle, celle de la disruption analys&#233;e par Bernard Stiegler mais dans laquelle il est possible aussi de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b- Lecture du chapitre XV de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;capitulation et cette synth&#232;se de ce qui a &#233;t&#233; abord&#233; depuis deux ans &#233;tait essentielle &#224; la fois pour prendre la mesure de ce qui a &#233;t&#233; acquis et pour permettre de d&#233;ployer sur un nouveau terrain une lecture renouvel&#233;e des fondements et de notre culture et de notre conception de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour le dire aujourd'hui d'un mot, nous y reviendrons en d&#233;tail la prochaine fois, si l'on veut comprendre la m&#233;connaissance ou plus exactement l'interpr&#233;tation ou la conception de dieu &#224; laquelle nous sommes attach&#233;s, croyants ou non et donc de laquelle nous sommes prisonniers, il n'y a rien de mieux que de revenir &#224; ce moment cl&#233; de notre culture pour ne pas dire de notre civilisation qu'a &#233;t&#233; la p&#233;riode pendant laquelle on a particip&#233; litt&#233;ralement &#224; l'invention d'un dieu, d'un nouveau dieu. Et sur cette invention nous avons des documents de premi&#232;res mains, les &#233;vangiles, les autres textes du nouveau testament et des textes apocryphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous disposons aussi &#233;videmment d'une biblioth&#232;que quasiment infinie de textes qui ont eux &#233;t&#233; &#233;crits, par la suite, et pour un certain nombre dans les deux ou trois si&#232;cles qui ont suivi la mort du Christ et la r&#233;daction des &#233;vangiles. Ces textes nous permettent de prendre la mesure du &#171; saut quantique &#187; qui est accompli par ces penseurs philosophes et th&#233;ologiens, saut qui &#224; la fois accomplit par la parole et le texte, par le logos donc, la mutation de la posture existentielle invent&#233;e par le Christ et induit &#224; partir de cette mutation &#171; originaire &#187;, une s&#233;rie de mutations majeures, mais qui ne cesseront de s'&#233;loigner et de tenter de revenir et de s'&#233;loigner et de revenir encore &#224; la parole originaire recueillie dans ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mutations th&#233;oriques se pr&#233;sentent toutes sous la forme d'adaptations ou de transformations th&#233;ologiques cens&#233;es nous rapprocher ou nous emp&#234;cher de nous &#233;loigner voire de sauver le message et le contenu initial des paroles et des actes bref de la position existentielle du Christ. Et cependant il semblent qu'ils n'y parviennent que par l'invention de la machine de contr&#244;le des existence que va devenir l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le souligner de suite, ces textes ne cessent d'accro&#238;tre la distance qui nous s&#233;pare de l'exp&#233;rience faite non pas par les premiers chr&#233;tiens, le terme n'appara&#238;t que bien apr&#232;s la mort du Christ, mais par ceux qui ont pu accompagner le messie pendant sa vie terrestre, ou ceux qui ont &#233;t&#233; capables d'inventer une telle figure &#224; la fois novatrice dans les relations entre l'homme et son dieu, et synth&#233;tique en ce qu'elle invente une coh&#233;rence nouvelle et une posture nouvelle de l'home dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#234;tre de synth&#232;se &#224; l'aura si humaine et si puissante qu'elle semble inaccessible, cet &#234;tre qui a accompli et propos&#233; d'accomplir des exp&#233;riences hors norme et les textes qui racontent sa vie, vont servir de base pour des r&#233;flexions men&#233;es dans des communaut&#233;s en grande partie d&#233;sireuses d'une nouvelle orientation mais avant tout d&#233;sireuse de voir la promesse s'accomplir, celle de la venue imm&#233;diate d'une fin du monde tel qu'il est, tel qu'il est gouvern&#233; et celle d'un renouveau absolument complet de la structure m&#234;me de la relation homme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes et les paroles d'&#234;tres d'exception, de rabbis visionnaires, d&#233;ployant des images nouvelles et puissantes, de mages comme de magiciens, comme l'&#233;poque en a fourni de nombreux auront servi de mat&#233;riaux pour cette synth&#232;se hors norme dont le destin &#233;tait plut&#244;t de finir dans l'oubli face &#224; la puissance de Rome et &#224; celle du juda&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture du livre d&#233;j&#224; ancien de Jacques Lacarri&#232;re &lt;i&gt;Les hommes ivres de dieu&lt;/i&gt; suffit pour se faire une id&#233;e du bouillonnement des esprits qui vivaient &#224; cette &#233;poque autour de la Mer morte. Ce qui importe c'est de prendre acte d'une situation psychique particuli&#232;re, d'une sorte de conscience &#224; la fois aig&#252;e et confuse envahissant un grand nombre de personnes sinon tous ceux qui viennent dans cette zone au moins, d'un d&#233;sir et d'un besoin de voir &#233;merger une nouvelle approche de la situation existentielle de l'homme, celles qui existent ayant toutes fait la preuve qu'elles ne permettaient plus d'agir ou d'interagir avec les choses qui se produisent, faisant ainsi &#233;merger une appr&#233;hension insupportable du devenir humain, de leur propre devenir comme personnes, comme groupes et comme humanit&#233;. Sur tout cela nous reviendrons quand nous plongerons dans ce bassin incroyable d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; chaque jour suffit sa peine, mais pour ne pas rester sans avoir ouvert une page des &#233;vangiles et afin de pr&#233;ciser &#224; grands traits la m&#233;thode de lecture bicam&#233;rale, je voudrais, aujourd'hui, simplement proposer une lecture du chapitre XV de l'Evangile de Jean et un commentaire de quelques versets qui montreront bien comment ces textes o&#249; un dieu litt&#233;ralement s'invente, sont li&#233;s et de quelle mani&#232;re au dieu ou plut&#244;t au fond psychique bicam&#233;ral qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Le chapitre 15 de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de lire une fois au moins ce texte dans son int&#233;gralit&#233; afin d'avoir bien pr&#233;sentes &#224; l'esprits les m&#233;taphores et les all&#233;gories qui le constituent et le trament. Elles rel&#232;vent quasiment toutes d'un registre spatial, le terme spatial devant &#234;tre entendu sous plusieurs facettes et c'est pr&#233;cis&#233;ment l'articulation entre elles de ces facettes qui constitue au sens strict l'invention &#224; l'&#339;uvre dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis nous nous arr&#234;terons ensuite sur un verset le verset 24 qui a lui seul donne une indication g&#233;n&#233;rale au sujet de la lecture que nous proposerons de cet ensemble de textes. Il importe ici, de souligner que ce verset 24 peut &#234;tre reli&#233; au passage du chant IX de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, vers 312-313, vers qui permettent &#224; Platon dans son &lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt; de d&#233;montrer en quoi et comment la po&#233;sie est mensonge et la philosophie porteuse d'une nouvelle forme d'acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233;. Le passage suivant est en 264c-264e, dans la traduction de Chambry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;SOCRATE&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. &#8212; C'est fort bien parler. Voyons donc : quand tu as dit qu'Achille avait &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; comme le meilleur, je pensais comprendre ta pens&#233;e, et de m&#234;me quand tu as dit que Nestor &#233;tait le plus sage ; mais quand tu as ajout&#233; que le po&#232;te avait repr&#233;sent&#233; Ulysse comme le plus rus&#233;, &#224; te dire la v&#233;rit&#233;, je ne comprends pas du tout ce que tu veux dire par l&#224;. Dis-moi donc, pour voir si maintenant je comprendrai mieux, si Achille n'a pas &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; par Hom&#232;re comme un homme rus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HIPPIAS&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas du tout, Socrate, mais comme tr&#232;s simple et tr&#232;s sinc&#232;re, et la preuve, c'est que dans les Pri&#232;res, quand il les fait converser ensemble, il fait ainsi parler Achille &#224; Ulysse : &#171; Fils de La&#235;rte, issu de Zeus, ing&#233;nieux Ulysse, il faut te dire mon intention sans d&#233;tour, comme je l'ex&#233;cuterai et comme je crois qu'elle s'accomplira ; car je hais &#224; l'&#233;gal des portes d'Had&#232;s celui qui cache une chose dans son esprit et en dit une autre. Pour moi, je vais dire ce qui sera accompli. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Les m&#233;taphores spatiales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ, le sarment et la vigne, &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; quotidienne sont mis en relations avec une autre dimension elle aussi spatiale, celle de l'int&#233;riorit&#233; et donc de la distinction entre une int&#233;riorit&#233; et une ext&#233;riorit&#233;. On verra aussi que cette ext&#233;riorit&#233; sera comme divis&#233;e en deux l'une qui sera le doublet de l'int&#233;riorit&#233; acquise ou trouv&#233;e en soi et l'autre qui sera appel&#233;e le monde et qui sera comme rejet&#233;e, ostracis&#233;e, bref transform&#233;e en un espace qu'il faut &#233;viter de parcourir &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un principe de dualit&#233; affirm&#233;e qui gouverne tout le texte et qui est contenu dans le premier verset &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne, la vraie et mon p&#232;re c'est le vigneron. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est difficile de ne pas interpr&#233;ter ou de ne pas envisager une lecture &#171; bicam&#233;rale &#187; quand on se penche sur ces deux personnes. Cela ne signifie pas de calquer p&#232;re et fils sur cerveau droit et cerveau gauche dans une version simplifi&#233;e de la th&#232;se de Jaynes, mais bien d'entendre ce qui se dit : il y a une relation entre le Christ et une figure qu'il nomme le p&#232;re qui ressemble &#224; celle qui eut exister entre un homme bicam&#233;ral et son dieu. &#192; ceci pr&#232;s qu'il SAIT qu'il porte en lui ce dieu ou que ce dieu est en relation directe avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce sch&#233;ma d&#233;coulent tous les autres, par analogie, des analogies toujours plus distendues par rapport au mod&#232;le mod&#232;le qu'il s'agit de ne jamais quitter, dont il s'agit de ne jamais s'&#233;loigner trop, car un trop grand &#233;loignement d&#233;truirait ou affaiblirait la puissance de l'analogie et ferait perdre &#224; l'interlocuteur la r&#233;v&#233;lation dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- La m&#233;taphore du sarment et l'invention de l'int&#233;riorit&#233; psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc un champ et une vigne mais avant que de d'en venir &#224; l'espace que constitue un champ et une vigne, le texte part du sarment c'est-&#224;-dire de la fonction de la vigne qui est de donner des grappes et de ce qu'elle produit aussi &#224; savoir des sarments des pousses sans fruit. Les actions du vigneron sont rapport&#233;es par analogie &#224; celle de la parole c'est-&#224;-dire &#224; la fonction &#224; la fois gnos&#233;ologique et r&#233;v&#233;latrice de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de ce que Burroughs disait au sujet de la dimension magique de la parole : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui se produit dans ce premier moment, c'est l'&#233;tablissement d'un partage qui va &#234;tre ensuite appliqu&#233; au psychisme, un partage entre deux espaces, l'un qui sera associ&#233; &#224; l'int&#233;riorit&#233; psychique et qui est la vigne en tant qu'elle est &#224; la fois le cep et le champ qui porte des grappes et l'autre qui sera tout ce qui est hors de la vigne, espace dans lequel on jette les rebuts ou que 'on associe avec ce qui n'est pas productif de fruits, ce qui n'est pas vivant, et qui sera associ&#233; &#224; l'ext&#233;riorit&#233; psychique, qui sera appel&#233;e le monde et associ&#233;e au mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace d'accueil, la vigne, l'int&#233;riorit&#233; psychique donc est cependant pr&#233;sent&#233; comme porteur d'un trouble qu'il faut &lt;i&gt;clarifier&lt;/i&gt; (3). Ainsi l'espace de la vigne et le partage entre vigne et sarment, ou bon et mauvais sarment, porteur et non porteur de fruits, est la m&#233;taphore qui permet de poser et de faire exister un partage symbolique ou abstrait qui lui concerne la psych&#233; m&#234;me, le en moi et hors de moi, par assimilation entre vigne et christ, entre espace et int&#233;riorit&#233; enveloppante fonctionnant &#224; la fois au-dessus de l'individu et en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette complexit&#233; lexicale et m&#233;taphorique qui assure l'efficacit&#233; du texte et l'assimilation d&#233;cal&#233;e de (5) : &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne et vous les sarments &#187;&lt;/i&gt;, distinction qui relance le partage sur un nouveau plan, celui qui d&#233;termine la relation entre le Christ et les hommes comme deux plans parall&#232;les &#224; la fois &#233;quivalents et distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeu se prolonge avec l'ajout d'une double exigence de proximit&#233; en moi, hors de moi (5) et avec moi et s&#233;par&#233; de moi (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement propos&#233; par (6) permet d'effectuer un lien qui sera ind&#233;l&#233;bile entre le dehors et le mal &#224; travers donc l'image du terrain vivant la vigne et du terrain mort et ind&#233;fini l&#224; o&#249; l'on rejette les sarments morts pour les br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#233;tablit ensuite un nouveau parall&#232;le entre Christ homme vigne sarment et parole et d&#233;finit la parole retenue dans l'int&#233;riorit&#233; au plus pr&#232;s du dieu donc comme cet homme le Christ est au plus pr&#232;s du dieu comme accomplissement ou possibilit&#233; du devenir acte de ce qui sera alors formul&#233; ou demand&#233;. &#171; &lt;i&gt; oui, cela vous arrivera. &#187;&lt;/i&gt; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de la parole magique vue par Burroughs et d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien cela qu'il s'agit de tenter de d&#233;terminer, de d&#233;finir et de comprendre, cette potentialit&#233; contenue dans la parole que ce qu'elle &#233;nonce puisse advenir. On ne peut pas s'emp&#234;cher de dire advenir dans la r&#233;alit&#233;, mais en fait on voit bien qu'il s'agit de la r&#233;alit&#233; en tant qu'elle est tress&#233;e avec la r&#233;alit&#233; psychique qui, elle, est invention verbale. Et ce n'est pas tant Ce qui peut arriver qui importe que LE FAIT QUE CELA ARRIVE ou ADVIENNE.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH388/3_lotto-2d3cc.jpg?1772188239' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- Fonction de la joie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le verset (8) on est &#224; un moment de pause dans le texte, on va changer de th&#232;me et donc on va d&#233;placer l'analogie ou la faire travailler autrement en &#233;largissant le champ, dans tous les sens du terme, ce qui va conduire &#224; pr&#233;ciser que la relation Christ-hommes se d&#233;ploie aussi par analogie dans les relations que peuvent ou doivent avoir les hommes entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui constitue le nerf de ces passages, c'est bien les pr&#233;cisions m&#233;taphoriques qui sont donn&#233;es sur l'effectuation, sur ce qui advient, sur la mani&#232;re de faire arriver les choses et sur ce que sont les choses qui arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retour sur le parall&#232;le entre la relation Christ-hommes ou hommes-Christ (rester dans mon amour) et la relation Christ-p&#232;re, donc homme dieu au sens bicam&#233;ral, va permettre d'indiquer CE QUI circule, et qui a nom ici LA JOIE. La joie, c'est la manifestation ou la r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; une situation mondaine v&#233;cue et pens&#233;e non pas comme tragique au sens grec mais comme vou&#233;e au mal, au chaos et due la d&#233;r&#233;liction, &#224; cette solitude morale, due &#224; un sentiment d'abandon, en particulier par rapport &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le joie va s'imposer comme le vecteur immat&#233;riel de la relation affective r&#233;alis&#233;e, effective et efficace entre hommes et Christ, hommes et hommes, hommes et dieu. Il n'est pas interdit de voir dans cette &#171; joie &#187; une sorte de reliquat de la puissance d'efficacit&#233; du dieu bicam&#233;ral dont les interventions &#233;taient porteuses de salut, autrement dit de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#232;s que ce qui advient l'est comme traduction d'un constat de n&#233;cessit&#233; qui prend la forme d'un commandement (12), commandement qui est l'un des plus connus de ce qui deviendra le christianisme et qui appara&#238;t ici dans sa forme et sa formulation originelle et dont en g&#233;n&#233;ral on omet la partie finale : &lt;i&gt;&#171; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aim&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (12) Ce &#171; comme &#187; fait toute la diff&#233;rence avec la m&#234;me formulation, telle qu'on la r&#233;p&#232;te aujourd'hui &#224; l'envi et qui omet le &#171; comme &#187; ou le consid&#232;re comme allant de soi. Mais son absence dans les formulations courantes de la pastorale, indique un glissement qui se fera il est vrai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le verset (10) qui d&#233;termine la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale car le comme est un comme relatif &#224; une action &#171; comme j'ai veill&#233; sur les commandements de mon p&#232;re... &#187; (10) et sur une injonction &#224; ne pas s'&#233;loigner &#224; ne pas quitter cette proximit&#233;. Et on sait que c'est sans doute la chose la plus difficile ou qui va induire l'ensemble des r&#233;flexions relatives au mal comme s'instaurant par la distance prise avec le dieu en moi, le dieu en chacun, l'&#234;tre pr&#232;s du dieu qu'a pratiqu&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5- Proximit&#233; et distance : sur la relation dieu / homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux m&#233;taphores spatiales li&#233;es &#224; l'espace comme dimension mat&#233;rielle et &#224; la relation int&#233;riorit&#233;-ext&#233;riorit&#233;, s'ajoute une m&#233;taphore spatiale &#233;voquant la proximit&#233; et la distance ou l'&#233;loignement, m&#233;taphore qui aura de belles heures devant elle. C'est elle qui d&#233;termine en effet la modulation des relations homme dieu ou dieu homme, puisque l'un semble chercher &#224; &#233;chapper &#224; l'autre mais que l'autre le dieu semble aussi, ce sera le cas chez Pascal, s'&#234;tre &#233;loign&#233; des hommes dans un mouvement &#233;quivalent, parall&#232;le, les deux d&#233;coulant en quelque sorte de cette m&#233;taphore originaire puisque l'on ne peut pas ignorer que ce passage autour du &lt;i&gt;&#171; aimez vous les uns les autres &#187;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; l'un des plus importants dans les pr&#233;ceptes diffus&#233;s par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau moment appara&#238;t autour des notions d'amour et d'amiti&#233; et qui finalement d&#233;terminent les relations hommes Christ comme &#233;tant une relation de d&#233;pendance invers&#233;e qui soulage les hommes du poids du choix et de la d&#233;cision les lib&#232;re de cette responsabilit&#233; mais les enferme dans une d&#233;pendance affective forte. Cependant le verset (16) fait retour sur les m&#233;taphores du d&#233;but, celle du fruit et de la vigne et celle de l'attente implicite-explicite qui est celle des hommes face au dieu et qui quoique formul&#233;e par le th&#232;me du don est en fait une attente d'effectivit&#233;, de r&#233;alisation, en vue de l'obtention de ce qui est demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore tr&#232;s pr&#232;s du monde magico-bicam&#233;ral, des attentes comme &#233;tant des attentes de transformation ou de transmutation de soi par le dieu plus encore que d'obtention de &#171; quelque chose &#187; de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est demand&#233; est implicite, mais il s'agit de la joie ou si l'on veut de la transformation hic et nunc de la relation que l'on a au monde et donc du monde. Mais on sait que cela ne peut pas &#234;tre aussi simple et que l'attente est aussi une attente d'une transformation du monde de l'injustice de ce monde et donc d'une reprise en main, par le dieu, de l'&#233;tat des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6- Les dangers du &#171; comme &#187; et le risque de la connaissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier moment de ce chapitre 15 est celui qui va d&#233;finir les effets, les cons&#233;quences, pour ceux qui vont se soumettre au commandement et ces cons&#233;quences sont n&#233;gatives, voire terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part reste l'analogie entre ce que vont devoir accepter et vivre les hommes et ce que le Christ a v&#233;cu, analogie renforc&#233;e par celle qui est instaur&#233;e entre la relation hommes-Christ et la relation Christ-dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On instaure ainsi, &#224; bas bruit un &#233;cart de type &#171; temporel &#187; au sens o&#249; il y a un avant, ce que le Christ a v&#233;cu et un apr&#232;s qui est &#224; la fois un maintenant et un &#224; venir dans la mesure o&#249; la venue du Christ n'a pas permis de faire advenir pour tous l'apocalypse, la r&#233;v&#233;lation, entendons la reprise en main du mal et du monde par le dieu. Cet &#233;cart constitue au sens strict la formule temporelle qui sert de fondement au futur christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe dans cette double analogie l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;e, c'est que de la m&#233;taphore esclave-ma&#238;tre on est pass&#233; &#224; la m&#233;taphore ami-(&#233;coute du) p&#232;re (15) et (20). Mais ce qui emporte le raisonnement, c'est encore et toujours la relation Christ-p&#232;re c'est-&#224;-dire homme-dieu bicam&#233;ral comme mod&#232;le ind&#233;passable. Ce qui fonde la relation c'est l'ob-audire, la capacit&#233; &#224; entendre la voix du dieu et &#224; se soumettre &#224; son message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; elle &#233;tait comme non consciente &#224; l'&#233;poque bicam&#233;rale, mais consid&#233;r&#233;e comme effective et salvatrice, cette &#233;coute, cette entente est en train, sous nos yeux, de devenir consciente. Et devenir conscient signifie ou implique que l'&#233;cart entre la situation stressante et la manifestation du dieu, se transforme en &#233;cart entre une attente et une r&#233;ponse, un r&#233;sultat. Et que dans cet &#233;cart, l'homme devient &#224; la fois celui qui vit cette attente et celui qui en recevra les b&#233;n&#233;fices &#224; partir d'une soumission au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point marquant c'est donc que l'inconscience ou la non-conscience est devenue un &#233;tat impossible. L'analogie hommes-Christ, christ-dieu et la relation Christ-hommes au sens des autres hommes, ceux qui ne le reconnaissent pas, prend litt&#233;ralement la place de cette inconscience en quoi consistait la r&#233;ponse du dieu &#224; l'attente du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres hommes sont ceux qui vont se retourner contre ceux qui entendent la parole du Christ et donc du dieu, ceux qui n'ont pas entendu cette parole, n'ont pas reconnu cette voix et se sont retourn&#233;s contre ceux qui en t&#233;moignent par leur foi parce qu'ils disposent encore de structures de pouvoir politiques ou religieuses pour faire r&#233;gner &#171; leur &#187; conception du dieu et de la relation au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH290/5_lotto-75e4d.jpg?1680454946' width='500' height='290' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7- La conscience, la schize et l'angoisse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que dans ce texte, on parvient &#224; un &#233;nonc&#233; attribu&#233; au Christ &#224; une parole du Christ donc, et qui fonctionne, ici, comme une r&#233;v&#233;lation de ce qui constitue le fond m&#234;me sur lequel na&#238;t et va croitre ce qui deviendra le christianisme et qui n'est pour l'instant que la mise en sc&#232;ne d'une r&#233;v&#233;lation essentielle qu'il faut interpr&#233;ter comme &#233;tant celle de l'in&#233;vitable existence d&#233;sormais de quelque chose comme une distance infranchissable entre la parole &#233;mise et le parole entendue. C'est cela qui fait qu'il n'y a pas ou plus d'imm&#233;diatet&#233; au sens strict, d'absence de m&#233;diation, qui &#233;tait la seule garantie d'un acc&#232;s direct &#224; la parole du dieu en soi et &#224; la correspondance entre ce que l'on faisait de cette parole et ce qu'elle disait, c'est-&#224;-dire nous disait de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; face &#224; la reconnaissance de la structure de base de ce qui deviendra &#171; la conscience &#187;, structure qui va se d&#233;ployer et se construire &#224; travers les si&#232;cles mais qui se manifeste comme une donn&#233;e ind&#233;passable incontestable, et qui tient dans ces versets 22-23-24, que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si je n'&#233;tais pas venu et ne leur avais pas parl&#233; ils n'auraient pas connus de manque (p&#233;ch&#233;). Mais maintenant ils n'ont plus d'alibi &#224; leur manque (p&#233;ch&#233;). Qui me hait, hait aussi le p&#232;re. Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Fr&#233;d&#233;ric Boyer traduit par manque est traduit en g&#233;n&#233;ral par p&#233;ch&#233; dans les traduction plus &#339;cum&#233;niques. Il faut cependant pousser les choses un peu plus loin et entendre dans le manque, non tant quelque chose qui tendrait &#224; asseoir la l&#233;gitimit&#233; de la psychanalyse que ce que &#224; partir de Jaynes il est devenu possible d'appeler la schize, cette structure ind&#233;passable du psychisme contre laquelle toutes les tentatives post-bicam&#233;rales ont lutt&#233; pour l'effacer, la nier, la faire dispara&#238;tre et qui ne cesse non seulement de r&#233;appara&#238;tre mais de se manifester ; c'est-&#224;-dire de montrer qu'elle n'a jamais disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize, c'est donc le nom de l'&#233;cart imprescriptible entre les deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, entre les deux grands fonctionnalit&#233;s c&#233;r&#233;brales d&#232;s lors qu'il est per&#231;u ou appr&#233;hend&#233; m&#234;me de mani&#232;re implicite. Une fois nomm&#233;, et c'est que fait ici le Christ, cet &#233;cart devient un obstacle en quelque sorte infranchissable ou qu'il faudra franchir mais dont la seule mani&#232;re de le faire sera de le faire en le niant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela viendra juste apr&#232;s cette puissante invocation christique, car ce que dit le Christ c'est la n&#233;cessit&#233; de prendre acte de l'existence de cet &#233;cart et d'aller chercher en soi-m&#234;me dans la confiance que l'on peut et doit avoir dans le dieu le moyen de passer par-dessus lui pour acc&#233;der &#224; la r&#233;alisation de la parole &#224; la parole effective au logos qui fait advenir ce qui est dit voulu ou souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il SAIT, lui le Christ et donc ce qu'il ne peut pas NE PAS ajouter, c'est que ce saut par dessus le gouffre, gouffre qui prendra la forme du doute, est aussi un saut par-dessus la faiblesse qui est en chaque homme, une sorte de &#171; manque &#224; croire &#187; pourrait-on dire. Lorsqu'il s'adresse au dieu ou cherche &#224; entendre ce qu'il lui dit et &#224; se soumettre &#224; cette voix qui doit le sauver, l'homme comprend qu'il doit effectuer un saut qui est per&#231;u comme impossible tant le gouffre est lui-m&#234;me per&#231;u comme incommensurable. et d'une certaine mani&#232;re il a peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre conscient, c'est voir et savoir que ce que l'on esp&#232;re ou attend ou appelle de ses v&#339;ux, on doit l'accomplir, mais l'accomplissement n'est pas garanti et cette absence de garantie, cette discontinuit&#233; devenue perceptible &lt;i&gt;&#171; entre le je veux et l'accomplissement de l'acte &#187;&lt;/i&gt; comme le dira Nietzsche dans &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, est le creuset de toutes les peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire de toutes les angoisses, pire encore de L'ANGOISSE originaire qui saisit les hommes lorsqu'ils commencent &#224; comprendre que ces dieux qui les aidaient, le faisaient parce qu'ils ne pouvaient pas, eux les hommes, intervenir eux-m&#234;mes &#224; ce moment-l&#224; pour r&#233;soudre ce probl&#232;me-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance entre un homme comme l'est chacun de ceux qui cherchent &#224; entrer en contact avec le dieu, et le dieu, cette distance est per&#231;ue comme une distance infranchissable. Et infranchissable, elle l'est non seulement de mani&#232;re m&#233;taphoriquement &#171; spatiale &#187; mais aussi parce que l'homme voit qu'il existe une diff&#233;rence de potentiel entre un p&#244;le positif absolu le dieu et ce qui deviendra finalement un p&#244;le n&#233;gatif, lui l'homme cet &#234;tre de chair faillible et peccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Christ est &#224; la fois celui qui va r&#233;v&#233;ler qu'il est possible encore et toujours d'entrer en relation avec le dieu, mais aussi celui qui, au vu de la mutation psychique en cours depuis quatre ou cinq si&#232;cles, SAIT que cette relation ne peut &#234;tre &#233;tablie ou v&#233;cue que sous condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8- L'invention du p&#233;ch&#233; comme &#171; n&#233;gation &#187; de la schize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui deviendra le christianisme va consister en une tentative jamais close de remplir l'&#233;cart entre le dieu et les hommes en inventant des ponts cens&#233;s permettre d'&#233;tablir un ou des passages continus entre le dieu et l'homme. Ainsi, on va assister &#224; une prolif&#233;ration d'inventions verbales, psychiques et comportementales, inventions qui vont cependant &#224; chaque fois promettre l'&#233;tablissement des ces ponts et les rendre impossibles par l'accumulation de conditions n&#233;cessaire &#224; leur franchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit le verset 24, &lt;i&gt;&#171; Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque &#187;&lt;/i&gt; est &#224; la fois la chose la plus belle puisqu'elle t&#233;moigne de l'efficacit&#233; possible de la relation homme dieu, qui est comme on le verra par la suite bas&#233;e sur une confiance absolue, et la plus terrible puisqu'elle t&#233;moigne de l'impossibilit&#233; pour chacun d'acc&#233;der &#224; la puissance psychique dont, pourtant, chacun potentiellement est cens&#233; pouvoir disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va rester de ce jeu analogique l'activation de la puissance psychique dans un cadre restreint mais dont la limite ne sera pas appr&#233;hend&#233;e comme telle au contraire. On en fera le cadre extensible &#224; l'infini d'une entreprise singuli&#232;re, celle qui permet de vivre COMME le Christ, de faire COMME le Christ, bref d'&#202;TRE sinon le Christ, du moins d'&#234;tre COMME le Christ, c'est-&#224;-dire &#233;lev&#233; &#224; la hauteur n&#233;cessaire pour rencontrer et entrer en contact directement avec le dieu et cela sans que soit garanti le fait de parvenir &#224; ce que cela ait lieu : cette exp&#233;rience d'une union avec le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenue pour la chose la plus d&#233;sirable, cette &#171; chose &#187; sera pos&#233;e comme la plus impossible ou improbable et cette impossibilit&#233; m&#234;me servira de base &#224; l'&#233;tablissement de r&#232;gles infinies seules capables de garantir sinon l'acc&#232;s au dieu du moins l'approche du dieu. mais &#224; quel prix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce verset 24 t&#233;moigne du niveau de conscience atteint &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction du texte, car il ne dit rien d'autre que si on ne savait rien ce que l'on ignore n'existerait pas mais d&#232;s lors qu'on le sait, c'est-&#224;-dire qu'on en a entendu parl&#233;, alors LA CHOSE existe et cette chose ce n'est pas dieu mais la schize, le manque, le p&#233;ch&#233; qui n'est pas d'abord le nom d'un mal inh&#233;rent mais celui d'une faille structurelle, d'une impossibilit&#233; li&#233;e au fonctionnement psychique lorsque le cerveau bicam&#233;ral a &#233;t&#233; remplac&#233; par un cerveau conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous donnent &#224; VOIR directement les &#233;vangiles et la figure du Christ, c'est le psychisme en train de muter et la mani&#232;re dont il mute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la prise de conscience si l'on veut, ou le d&#233;but d'une prise de conscience qui est &#224; la fois d&#233;j&#224; l&#224; et qui n'aboutit jamais &#224; une &#171; d&#233;cision &#187;, de ce que le pi&#232;ge, le gouffre la schize est &#171; en &#187; chacun de nous et qu'elle est le creuset de notre addiction au langage et de notre incapacit&#233; &#224; lui &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir qu'on sait ne prot&#232;ge de rien au contraire cela ouvre sur le gouffre et l'angoisse et oblige &#224; fuir au plus loin et le Christ est celui qui a su faire face &#224; ce gouffre et qui a su apporter une &#171; r&#233;ponse &#187; &#224; cette situation, r&#233;ponse qui se r&#233;v&#232;lera trop intenable pour &#234;tre pratiqu&#233;e mais suffisamment puissante pour inspirer dans sa dilution des inventions verbales et comportementales nombreuses jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; partir de ce point on pourra reprendre &#224; nouveaux frais des &#233;l&#233;ments qui semblent accept&#233;s par tous comme r&#233;f&#233;rences implicites, comme le p&#233;ch&#233; originel ou la tour de Babel, et l'on verra que si on tente de les comprendre &#224; partir de cette situation d'angoisse et d'addiction &#224; la langue elles changeront de signification. Il sera alors possible peut-&#234;tre de transformer notre regard sur le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9- Le coup de gr&#226;ce &#224; l'esp&#233;rance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de gr&#226;ce vient aussit&#244;t (24-25) qui fait savoir le prix &#224; payer pour acc&#233;der au dieu dans un nouveau r&#233;gime psychique, &#224; savoir d'&#234;tre ha&#239; COMME l'a &#233;t&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le salut recouvre cette angoisse annonc&#233;e par une promesse renouvel&#233;e, celle de la possibilit&#233; de recouvrer le lien direct au dieu, &#224; dieu, au p&#232;re directement sans m&#234;me avoir &#224; passer par le fils qui accomplira la promesse et s'effa&#231;ant une fois l'acte accompli. Mais ce qu'il faut entendre se situe en-de&#231;a des m&#233;taphores p&#232;re-fils-souffle, m&#234;me si cela ne peut &#234;tre dit sans elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souffle que le Christ promet d'envoyer &#224; chacun ou SUR chacun n'est pas autre chose que le r&#233;tablissement d'un lien direct homme-dieu ou dieu-homme, lien direct qui &#171; t&#233;moignera pour moi &#187; dit le texte, ce qui implique que le message dont le Christ est porteur est bien celui d'une possibilit&#233; imm&#233;diate, &#224; la fois au sens d'absence de m&#233;diation et au sens d'un ici et maintenant, non pas d'entrer en relation avec le dieu comme avec une entit&#233; ext&#233;rieure, mais de vivre la pr&#233;sence ou la manifestation du dieu, d'&#234;tre donc aupr&#232;s de lui, aupr&#232;s de dieu comme le Christ ne cessera de dire et de r&#233;p&#233;ter qu'il l'est, lui aupr&#232;s de dieu ou dieu aupr&#232;s de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant ce moment, l'attente est le seul rem&#232;de, l'attente et le t&#233;moignage de cette foi que cela est possible et que cela aura lieu, l&#224; maintenant ou si bient&#244;t que ce n'est pas alors une attente mais une simple respiration entre l'annonce par lui le Christ et le devenir effectif de la parole de ce qu'elle annonce de ce dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est difficile de nous repr&#233;senter que cette attente &#233;tait v&#233;cue encore &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction de ces textes comme une simple formalit&#233; puisque l'effectuation de la promesse ne devait pas durer plus que quelques jours, mois, ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu'il est advenu de cet &#233;cart, il s'est transform&#233; un gouffre temporel et psychique insurmontable. Et l'on voit bien qu'on a toujours un mal fou &#224; se remettre de cette impossibilit&#233; de le franchir m&#233;taphoriquement et par l'exp&#233;rience faudrait-il dire, m&#234;me si, depuis l'annonce, des hommes et des femmes, nombreuses et nombreux, seront parvenus &#224; faire l'exp&#233;rience d'une proximit&#233; avec le dieu, exp&#233;rience qui, pour l'&#233;glise qui sera devenue le corps de dieu, appara&#238;tra suspecte, mais qu'elle devra aussi accepter et reconna&#238;tre comme &#233;tant la preuve de ce que la parole du Christ n'&#233;tait ni mensong&#232;re, ni vaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH292/6_lotto-affd9.jpg?1680454946' width='500' height='292' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vue de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire qui s'ouvre avec le christianisme et le champ d'exp&#233;riences si diverses et si li&#233;es malgr&#233; leur diversit&#233; sont tels qu'il nous incitent &#224; accepter de repenser le dieu non pas &#224; partir des textes ou des seuls textes, mais des exp&#233;riences v&#233;cues au sujet desquelles nous avons des t&#233;moignages et des r&#233;flexions ou constructions th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques diverses qui toutes, parfois malgr&#233; elles et souvent sans tout &#224; fait oser aller au bout de leurs ambitions, nous permettront de voir combien cette &#171; approche bicam&#233;rale &#187; permet d'infl&#233;chir et notre conception du dieu et permet de repenser ce &#224; quoi l'injonction &#171; faire des dieux &#187; nous invite, nos capacit&#233;s d'invention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Le Christ au jardin des Oliviers &#8212; Eug&#232;ne Delacroix (Petit Palais, Paris)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann &#8212; I/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-I-III</link>
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		<dc:date>2023-04-01T17:24:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2249-09f56.jpg?1772241525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;\ Le cr&#232;ve-c&#339;ur quitter le vieux village&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour marcher aux fronti&#232;res du Nord-Ouest&lt;br class='autobr' /&gt;
L'empereur a fix&#233; un jour pr&#233;cis&lt;br class='autobr' /&gt;
Refuser l'ordre est encore pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui qui r&#232;gne d&#233;j&#224; sur tant de terres&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi veut-il toujours en conqu&#233;rir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrach&#233; &#224; l'amour de tous les miens&lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche arm&#233; en ravalant mes larmes //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu Fu, Andr&#233; Markowicz. Chanson de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Come away, O human child !&lt;br class='autobr' /&gt;
To the waters and the wild&lt;br class='autobr' /&gt;
With a faery, hand in hand,&lt;br class='autobr' /&gt;
For the world's more full of weeping than you can understand. //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Butler Yeats. The stolen child.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; SlowlyGoesTheNight &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ? quand tu penses que l'humain d&#233;vore tout ce qui se pr&#233;sente \ vir&#233; de la table avant m&#234;me d'avoir pay&#233; l'addition \ et d'abord ce train de nuit quelle connerie ! les couchettes en b&#233;ton, l'arriv&#233;e dans un &#233;tat second \ bravo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas si grave / vous pouvez sauter une nuit, me siffle le contr&#244;leur dans le couloir. Vous &#234;tes jeune, vous r&#233;cup&#233;rerez &#224; la prochaine&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Croyez-vous //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il en sait ce gros mollasson avec ses valoches sous les yeux ? qu'est-ce qu'il tiendrait de particulier Bolosse ? il est n&#233; dans son uniforme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Vos parents auraient d&#251; vous acheter un billet t&#233;g&#233;v&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ils sont radins //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as des r&#233;ponses laconiques \ parfois cinglantes \ un jeune Voltaire dirait Carapelli \ mais rien qui semble d&#233;sar&#231;onner l'aimable contr&#244;leur \ &#233;trange amabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#192; ce propos puis-je vous demander vos titres de transport //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; trente secondes &#224; fourrager dans ton sac &#224; dos tu \ connu sous le nom de Peter Baumann \ fournis un billet chiffonn&#233;. Un seul titre donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas de carte ouvrant une r&#233;duction ? sur votre mobile peut-&#234;tre // s'enquiert l'homme encore en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non d'un mouvement de t&#234;te. Ouvrant une r&#233;duction, c'est fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Permettez que je le d&#233;froisse&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui, pardon, d&#233;plions ! d&#233;plions-nous // bayes-tu, accordant tes gestes en l'air &#224; l'ironie de l'autorit&#233; mal ras&#233;e. Si bien qu'apr&#232;s compostage, l'autre s'enfuit d'un coup d'&#233;trier et que toute la rame r&#233;sonne de son rire cavalier \ arr&#234;te avec &#231;a, veux-tu ! &#224; quoi riment ces trucs de cavalerie ? si tu veux arriver, oublie ! abr&#232;ge et reprends le train ! Que n'as-tu h&#233;rit&#233; le style du regrett&#233; paternel : tu dormirais d&#233;j&#224; aupr&#232;s de ta Sophie, tu aurais zapp&#233; ce voyage, roul&#233; sans fioritures, sec, carr&#233;ment t&#233;l&#233;graphique. Rire de contr&#244;leur jusqu'en premi&#232;re \ dans les compartiments pour dames seules \ relations humaines \ papier compost&#233; \ usages d'un autre temps. Mais bon ! tu ne vas pas jouer &#224; &#231;a, tu n'es pas ton p&#232;re \ William Carling \ un gros inconnu ton p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement les choses ne se d&#233;roulent pas de mani&#232;re aussi fluide, dans une forme aussi&#8230; correcte \ avec la race des flics je veux dire \ et l'uniforme n'est d'aucune garantie. Hier par exemple dans les beaux jardins ni&#231;ois, le ka&#239;ra municipal a assez mal pris que tu fasses le malin \ qu'un mineur l'ait corrig&#233; sur sa diction, lui qui voulait DU RESPECT UN POINT C'EST TOUT. Rabrou&#233; tu as &#233;t&#233;, rudement et sans grammaire. J'avoue, je ne demande pas les imparfaits du subjonctif \ qu'un blanc-bec se laisse aller &#224; l'accent des terters tu t'en fiches mais piti&#233; ! un minimum de soin dans la prononciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Enl&#232;v'toi d'ce banc ! s'te pla&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pardon mais votre sabir m'est inconnu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Wazy bouge //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais allong&#233; avec les pieds qui d&#233;passaient expr&#232;s \ j'allais pas le saloper son banc ! c'&#233;tait pas l'intention. Juste une sieste &#224; l'ombre avant de reprendre les cours \ pas de quoi fouetter un cheval. Mais en serions-nous convenus que l'esclandre avait trop dur&#233; \ ce satan&#233; kapo r&#233;ussissait &#224; m'entra&#238;ner dans son cirque et nous passions tous les deux pour des abrutis de premi&#232;re classe aupr&#232;s de toutes les nurses post&#233;es alentour, qu'on entendait rameuter la marmaille, h&#233;sitant &#224; miser sur mon exil et pr&#233;parant par prudence un d&#233;part en catastrophe de ce square habituellement si paisible et que dor&#233;navant il leur faudrait &#233;viter. Oh ! comme elles s'attristeraient de mon d&#233;part si elles me connaissaient plus intimement ! Comme les aurait rassur&#233;es de savoir comme j'aime les enfants \ comme en d'autres circonstances j'aime ch&#226;tier mon fran&#231;ais \ chatoyer \ en la pr&#233;sence d'&#226;mes sensibles \ jamais un mot plus haut que l'autre \ un trait d'humour &#224; la rigueur. Si elles savaient que tu ne regagnerais pas ton lyc&#233;e Blaise Pascal mais le premier train en gare de Nice pour tenter de rejoindre ta Sophie, comme toutes ces nurses apeur&#233;es te trouveraient romantique ! oh ! &#224; leur go&#251;t finalement \ tu pourrais si bien les aimer ch&#226;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ouais ! va voir ailleurs ! le philosophe //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tandis que tu quittais l'endroit d'un pas crissant et majestueux, tu t'es malgr&#233; tout r&#233;joui que tes remarques aient port&#233;, qu'&#224; la fin de votre entretien, ton gardien ait fait un net effort d'articulation, ce r&#233;el effort de clart&#233;, comme s'il prenait un engagement pour la suite de sa carri&#232;re et qu'avec le choix de ce mot \ philosophe // banal certes, mais &#224; la fronti&#232;re de son lexique, il renouait un lien d&#233;fait avec son intelligence \ tout &#231;a pour dire que tu demeures comme certains yeuves de ma connaissance attach&#233; au langage&#8230; ch&#226;ti&#233; \ m&#234;me si tu es pass&#233; de mode, si l'&#233;loquence se passe des rigueurs du fran&#231;ais &#224; la premi&#232;re occasion, qu'en vrai tu n'as plus trop besoin ni de grammaire ni d'orthographe pour te faire une place au soleil \ a contrario de ce que pr&#233;tendent Cl&#233;menti et tous ces profs sans scrupules qui te font crari que personne ne s'en sort sans manier les nuances \ j'avoue, m&#234;me si tu n'es pas dupe des profs, tu persistes ! Mais franchement tu as l'air de quoi ? un d&#233;serteur pass&#233; dans le camp des acad&#233;miciens \ &#233;coute les gens parler ! est-ce que tu les entends dans ton ch&#226;teau de Versailles ? hautain d'altitude avec ta voix de ma&#238;tre Yoda poudr&#233; qui d&#233;gouline d'adjectifs sur des oreilles &#233;tanches &#224; ton style, pour des cervelles d&#233;j&#224; remplies par d'autres, baragouineurs professionnels, leur tintamarre grossissant les interviews, semant des voil&#224; ! d&#232;s qu'ils calent au milieu d'une phrase, comme s'il fallait compatir &#224; l'essoufflement o&#249; les m&#232;ne la passion, comme si leur qualit&#233; de petite personne press&#233;e m&#233;ritait &#224; elle-seule l'assentiment, et sur le myst&#232;re insondable de leurs pens&#233;es, le monde entier devait signer des ch&#232;ques en blanc ! &#201;coute-les ! &#201;coute-toi ! Grammaire ou pas, personne ne s'en sort \ lacunes dans tous les domaines \ les paroles se barrent en couille et les &#233;crits n'y gagnent pas. Genre m&#234;me quand la langue est belle, elle ne sert plus que la connerie... J'avoue, l'inconv&#233;nient avec mes dr&#244;les d'id&#233;es, mes emballements d'arri&#232;re-garde, grammaire ou pas, c'est de para&#238;tre plus que mon &#226;ge \ une grand-m&#232;re chimpanz&#233; \ un geignard \ mais c'est mon karma : grande bouche, grandes oreilles et pas de plomb dans la cervelle \ une chance si c'est ce qui pla&#238;t &#224; Sophie. Quoiqu'en l'occurrence, la langue ch&#226;ti&#233;e aura pu faire obstacle : parfois de ne pas comprendre elle a ri, r&#233;p&#233;t&#233; en sifflant certains des mots que tu as prononc&#233;s \ le genre de moquerie qui met &#224; distance \ pas de barri&#232;re comme avec un contr&#244;leur ou un gardien de square, mais plus de distance qu'avec Rachid par exemple, or c'est avec Sophie que tu voudrais coucher, pas avec Rachid \ miskine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, je me rends compte qu'il est assez d&#233;testable de faire ainsi caramboler des noms de personnes comme s'ils &#233;taient connus de la terre enti&#232;re, mais c'est para&#238;t-il un d&#233;faut de la jeunesse d'imposer les sujets qui l'occupent en tenant pour acquis qu'ils touchent &#224; l'universel : que soient donc pardonn&#233;s ces coq-&#224;-l'&#226;ne qui ne sont que l'effet de mon inexp&#233;rience \ de la passion \ les pays d'occident n'accordent-il pas &#224; l'adolescent un besoin d'exutoire, le droit d'exiger l'attention, certains que des carambolages qui l'animent na&#238;tront l'inattendu et, &#224; d&#233;faut d'universel, un divertissement salutaire ? &#201;videmment que ce gardien peut te faire penser &#224; Rachid \ les cheveux gras du gardien assaisonn&#233;s &#224; l'huile d'arachide \ non, s&#233;rieux, son &#233;locution, pas les m&#234;mes cheveux, une langue moins riche mais le m&#234;me d&#233;bit que Rachid. Et vice-versa, c'est &#224; cause de Rachid, mon contact &#224; la capitale, que je repense &#224; ce gardien de square ni&#231;ois \ pourtant rien de commun dans les apparences, tout &#224; l'oppos&#233;, mais qui bouffe pareillement ses phrases, emploie les m&#234;mes intonations \ universelles \ pas le m&#234;me habit mais le d&#233;bit pareil. En r&#233;sum&#233; ? que lascar, keuf ou banquier pataugent dans le m&#234;me flow, tout le monde s'en bat les couilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref ! sur la Prom' une heure avant mon d&#233;part rien n'&#233;tait d&#233;cid&#233;, je baignais dans le flou artistique : o&#249; dormir &#224; Paname, comment rejoindre Sophie ? Et puis il y a eu ce gardien qui me rappelait un peu la nervosit&#233; et l'accent de Rachid \ toujours chelou quand-m&#234;me une voix rebeu sur du jambon-beurre. Bref ! mon ennemi des jardins de Nice m'a sugg&#233;r&#233; sans le savoir la solution Rachid : quoi qu'il m'arrive &#224; la capitale, je dois pouvoir compter sur Rachid. Il y a quoi ? un peu plus d'un an, l'hiver dernier, il m'a ramass&#233; quartier Belleville un soir que je rentrais du cin&#233;ma, largu&#233; par je ne sais plus quel film am&#233;ricain. Je marchais depuis Stalingrad ayant trop n&#233;glig&#233; de grailler \ en vrai je zigzaguais entre &#233;vanouissement et putes chinoises sur le boulevard. Surgi de nulle part dans l'espoir de me taxer, Rachid s'est interpos&#233; entre moi et mon avenir en marche. Tout en refusant ses clopes de contrebande, j'ai profit&#233; de marquer une pause, appuy&#233; contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne fume pas&lt;br class='autobr' /&gt;
~Tu parles / mais allez ! on s'en balek / t'es tout p&#226;le, il faut que tu manges mon gars / si tu m'invites, je te fais go&#251;ter la meilleure pizza de Paname&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai pas les lov&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est &#231;a / allez mec ! un peu de g&#233;n&#233;rosit&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachid estime qu'&#224; vingt-trois, l'&#226;ge qu'il d&#233;clare, il est bon d'osciller entre plusieurs activit&#233;s, que si tu n'es pas polyvalent &#224; vingt-trois, tu ne le seras jamais \ que tu te retrouves toujours plus vite que pr&#233;vu sur le carreau. Rachid a des ressources : m&#233;canique, bricolage, deal de tabac ou de shit cannabis, et derni&#232;rement vente d'accessoires &#233;lectroniques &#224; la sauvette \ exp&#233;dients. Il va vite, bicrave un ou deux t&#233;l&#233;phones jour, cinquante &#224; cent euros pi&#232;ce. Il n'a pas peur de prendre un mauvais coup, dit y &#234;tre pr&#234;t \ ne pas abuser des calmants. Il parle beaucoup \ pendant que je d&#233;vorais ma pizza par exemple, se contentant lui d'un coca et d'une camel, toujours aussi peu convaincu quand j'ai r&#233;p&#233;t&#233; que je ne fumais pas \ ni tabac ni rien. Quand bien m&#234;me, d'apr&#232;s lui, avec mes cheveux longs, mon look grunge, je ferais aussi bien de m'y mettre \ &#224; b&#233;dave \ pour la coh&#233;rence en quelque sorte \ que je clope ou non, mon look finirait par m'attirer des ennuis, les apparences ne t&#233;moigneraient pas en ma faveur aupr&#232;s des keufs \ je devais faire gaffe aux apparences. Je lui ai r&#233;pondu qu'il allait trop au cin&#233;ma, histoire de protester qu'on ne m'arr&#234;terait pas &#224; cause de mes cheveux, que les chances &#233;taient minimes, mais Rachid m'a promis d'aller rarement au cin&#233;ma, que ce n'&#233;tait pas la peine parce qu'il avait LA VRAIE BOURLINGUE SANS FAUX-SEMBLANTS \ pas les mots de tout le monde, pour &#231;a que tu les mets en majuscules. Peut-&#234;tre est-ce qu'il frime \ effray&#233; parfois comme n'importe qui \ ou que des pans entiers de son existence lui &#233;chappent \ ou qu'il s'ennuie. Tu as l'impression tandis qu'il te prend sous son aile de le sortir, toi, de sa routine. Une chose certaine, c'est le genre de types avec qui tu r&#233;vises pas mal de pr&#233;jug&#233;s, &#224; commencer par la pizza : m&#234;me si l'&#233;clairage n&#233;on lui d&#233;niait sa chance elle &#233;tait vraiment top \ sans fromage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant que tu repenses &#224; cette &#233;poque pas tr&#232;s lointaine \ cette ann&#233;e d'ind&#233;cision qui a pr&#233;c&#233;d&#233; ton entr&#233;e &#224; Blaise Pascal \ tout semblait fichu. Vir&#233; une fois de plus du lyc&#233;e, tu quittais ta banlieue chic sans v&#234;tements de rechange \ d&#233;j&#224; tu fuyais \ sans un fl&#232;che, nulle part o&#249; aller, happ&#233; dans le L&#233;viathan indescriptible de Paname, tu tombais \ et puis une apr&#232;s-midi de janvier exceptionnellement douce, tu atterris dans cette pizzeria-belle-ville-restaurant-chez-Ilan o&#249; de nouveaux amis te rappellent ta chance \ eux, Rachid, Ilan, n'ayant pas eu les m&#234;mes opportunit&#233;s \ pris &#224; d'autres jeux, pizza, meccano, que toi qui tant&#244;t r&#233;cup&#233;reras de tes errances, int&#233;greras l'&#233;cole ad hoc et y consacreras le plus clair de ton temps aux d&#233;veloppements qui t'amusent, lanc&#233; dans des &#233;quations que Rachid ou Ilan jugent hors d'atteinte \ quoiqu'ils admettent pour te faire plaisir que tous les jeux se valent et que toutes les trajectoires remplissent d'elles-m&#234;mes leur destination m&#234;me quand tu d&#233;gringoles \ UNE FONCTION DANS LA SOCI&#201;T&#201; // a sentenc&#233; Rachid et vous avez failli rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un peu comme les billes des machines &#224; sous du Japon, a encha&#238;n&#233; Ilan, le truc l&#224;-bas ! au Japon //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je sugg&#233;rais le mot patchinko, Rachid a agrandi son sourire en &#233;crasant m&#233;thodiquement sa boite de coca apr&#232;s y avoir jet&#233; son clope, et de s'exclamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu vois ! ce mec n'a pas treize ans et il sait tout //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pr&#233;cis&#233; \ quatorze // &#233;voqu&#233; les statistiques, les belles courbes en cloches que tu dessines avec un jeu comme le patchinko \ et brod&#233; sur l'image du parieur qui se voit d&#233;gringoler, une bille parmi des milliers, entre des clous \ son reflet dans la machine &#224; sous, travailleur, d&#233;gringoleur, ch&#244;meur, buveur de sak&#233;, cloche parmi des milliers qui s'accrochent, cognent, chutent et se rel&#232;vent, recommencent, dop&#233;s par le jeu \ j'avoue, je me suis aper&#231;u que la noirceur de la m&#233;taphore g&#234;nait mes nouveaux soces. Qu'eux se lamentent, okay ! qu'ils fassent grincer la machine, c'est in&#233;vitable, mais qu'un mec de treize quatorze ans sonne &#224; leur diapason, sinc&#232;rement &#231;a les aurait presque inqui&#233;t&#233;s. La noirceur que Rachid comme Ilan cultivaient avec soin \ jaloux \ &#233;tait inappropri&#233;e &#224; mon &#226;ge et ma situation. Alors j'ai vaguement encha&#238;n&#233; sur Blaise Pascal, ce lyc&#233;e ni&#231;ois pr&#233;tendant accueillir les intol&#233;rants au syst&#232;me, l'ultime INSTITUT SP&#201;CIALIS&#201; &#224; bien vouloir de moi \ montr&#233; plein centre-ville ce gros pudding belle &#233;poque ? tout d&#233;gueulasse \ en vrai je pipeautais &#224; moiti&#233;, pas encore franchement d&#233;cid&#233;, mais quoi qu'il en serait, mon admission dans un lyc&#233;e sur mesure les a fait kiffer comme pas permis \ j'en &#233;tais sur le cul. Oubli&#233;s l'indiff&#233;rence d'Ella, l'enthousiasme forc&#233; de Lisbeth ou grandma : une opinion pesait enfin dans la balance, Ilan et Rachid illuminaient de bonne humeur ta future installation chez les fadafafs de la C&#244;te \ trop d&#233;class&#233; ! Peter // gobant la propagande qui leur vendait BP comme \ une antenne de r&#233;sistance &#224; l'uniformit&#233; // quand toi tu imaginais plus radicalement, plus sobre dans tes emballements, une internationale des dingos du ciboulot. J'avoue ! la C&#244;te d'Azur branchait Ilan et Rachid au plus haut point, elle les disposait &#224; une r&#234;verie qu'ils m'ont conduit &#224; partager m&#234;me si la troublant d'ultimes r&#233;serves \ jug&#233;es indignes \ je suis encore pass&#233; pour un pissefroid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Comment peux-tu h&#233;siter une seconde ? Nice, putain ! la C&#244;te, le soleil, les meufs / trop d&#233;class&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En pension&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pension de luxe mon pote ! cinq &#233;toiles //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
et la bo&#238;te de coca de valdinguer dans la poubelle, tandis que, cent kilos de muscles pas super expansifs, un hochement de t&#234;te par-ci par-l&#224;, Ilan faisait d&#233;filer les images de BP sur son t&#233;l&#233;phone, r&#233;sumant d'un mot les passionnants programmes du secondaire, et \ pour apr&#232;s // les sp&#233;cialit&#233;s universitaires et les pr&#233;pas qu'&#224; BP tu touchais mieux que nulle part ailleurs. &#192; peu pr&#232;s aussi cal&#233; que mes conseillers d'orientation, en moins exalt&#233;, il m'interrogeait d'un haussement de sourcil sur des mots et des cursus que j'ignorais complet. Ilan \ difficile d'interpr&#233;ter son rictus permanent : admiration, condamnation ou tendance naturelle du visage \ mais s&#251;r Rachid &#233;tait emball&#233;, je vois encore ses grands sourires et ses yeux larmoyants. Lui ne se retient pas de vider son sac \ vas-y plains-toi ! tu connais pas ta chance, tu m&#233;rites pas // un doux reproche apr&#232;s l'autre, en toute bienveillance. Pendant le silence contraint qui relayait un \ c'est abus&#233; ! tu devrais avoir honte // nos regards ont circul&#233; sur quelques clich&#233;s noir et blanc : les visages de Marlon Brando et d'une dizaine d'autres acteurs am&#233;ricains parsem&#233;s sur les pl&#226;tres roses de la pizzeria \ pas d'actrices curieusement. J'ai un peu honte parfois c'est vrai \ j'avoue, la tehon peut-&#234;tre pas, mais l'inconfort que doivent conna&#238;tre ceux qui, par petites bouff&#233;es, prennent conscience de leurs privil&#232;ges, s'en sortent plut&#244;t bien, compar&#233;, dont la vie est une part de g&#226;teau sin&#233;cure, &#224; une heure lumi&#232;re de ce qu'endurent les enfants de la guerre tels que le d&#233;crivent les reportages de William ! ton p&#232;re \ des souvenirs de Rachid aussi : apprenant que je n'ai pas connu mon p&#232;re, il tique puis se reprend, d&#233;plorant avoir subi le sien trop longtemps, dans son gourbi cit&#233; Curial, qui lui foutait des gnons &#224; pas dix ans, un vrai massacre jusqu'au jour des quinze de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e Samia, une semaine apr&#232;s le licenciement de leur m&#232;re, o&#249; le courageux puncheur a disparu de la circulation \ jamais plus de nouvelles, ni en France, ni au bled, mort ou vivant, plus d'importance \ trop tard pour r&#233;pliquer. Rachid dit que les p&#232;res sont au mieux des l&#226;ches m&#234;me pas dignes du m&#233;pris de leurs enfants, bons qu'&#224; piquer les allocs, que m&#234;me pour le mien il ne fallait pas pleurer certain qu'il avait men&#233; sa vie comme il voulait et qu'il aurait continu&#233; sans s'occuper de moi \ Rachid s'emballe, d'abord je n'ai pas tant pleur&#233; \ tu ne peux pas pleurer &#233;ternellement \ et je n'&#233;prouve pas non plus le besoin de profiter &#224; outrance, de la rage qu'il y aurait &#224; vivre sans p&#232;re je veux dire \ la tristesse prend ses distances, et tu peux te divertir par la pratique des arts comme ma ch&#232;re Ella \ sublimer sans pour &#231;a d&#233;vorer ta life ! Peut-&#234;tre &#231;a viendra plus tard, pas la hype tout de suite. &#192; croire ma s&#339;ur, pratiquer les arts te fait vivre plus fort, l&#224;-dessus elle n'a aucun doute, scotch&#233;e que tu puisses trouver les math&#233;matiques plus excitantes que sa zik de d&#233;prim&#233;e \ chacun ses bails. D'accord, Ella n'est pas d&#233;prim&#233;e \ peut-&#234;tre noire, je veux dire romantique, mais maladive pas du tout, super vivante au contraire, comme elle r&#233;p&#232;te dans les interviews \ bouff&#233;e de n&#233;vroses dissoutes dans la musique // tout sauf mollassonne. Elle ne reconna&#238;trait aucun des sentiments tourment&#233;s que tu lui pr&#234;tes \ sauf que si tu t'exprimes sur sc&#232;ne, tu t'exposes &#224; &#234;tre jug&#233; \ au premier degr&#233; le plus souvent \ m&#234;me quand tu chantes du rock il arrive qu'on &#233;coute, paroles et musique dans les d&#233;tails, et waouh ! quand tu &#233;coutes Ella, &#231;a transpire pas la joie de vivre. Il n'y a que ce pigiste de Qobuz pour n'en retenir qu'une grosse &#233;nergie post-punk, des chansons v&#233;n&#233;neuses, comparer Ella &#224; une resplendissante plante carnivore et en tomber amoureux sans se tailler les veines. Pour les autres, pour les cocos de BP, pour Delporte \ Tohotaua c'est pas franchement fun / t'as une s&#339;ur drolldement allum&#233;e ! &#231;a veut dirkoi d'ailleurs ? tohotaua // C'est vrai que tu te demandes comment tant de cruaut&#233;, d'enfants battus et de petits animaux noy&#233;s dans l'alcool peuvent hanter une seule Ella, tant de lyrics sordides se caser un nombre finalement assez restreint de scores. Tohotaua, le nom du groupe, le dernier en date, le seul qui ait vraiment pris, c'est aussi le surnom que le p&#232;re adoptif d'Ella, &#201;douard \ mon beau-p&#232;re pendant un temps \ avait choisi pour sa fille, bien apr&#232;s l'avoir amen&#233;e de Ha&#239;ti en France \ du nom pr&#233;sum&#233; de ce mod&#232;le &#224; la chevelure rousse &#224; qui Ella &#233;tait cens&#233;e ressembler, une vahin&#233; jeune tahitienne pas trop #MeToo qui figure avec un &#233;ventail de plumes sur un tableau de Gauguin \ qu'ils ont d&#251; voir dans une expo pendant leur voyage en Californie. Les surnoms, c'&#233;tait une marotte du vieil &#201;douard, le second &#233;poux de ma m&#232;re \ mort avant d'en avoir trouv&#233; un pour moi \ de surnom.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont trois dans le groupe, deux filles et un gar&#231;on, tous plut&#244;t skinny, pas tr&#232;s grands non plus \ des mod&#232;les r&#233;duits. Ella tient la vedette, au chant et &#224; la guitare ; Lynn, une fille de Leeds, a &#233;crit un ou deux jolis po&#232;mes qu'elle adore massacrer en insultant sa batterie ; et &#224; la deuxi&#232;me guitare il y a Paul, le bariton flamand, que son anglais ind&#233;chiffrable n'emp&#234;che pas d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; aux vocals, comme les filles \ tout ce monde compose et chante mais Ella assure l'essentiel du boulot. Pas de basse, pas de clavier \ leur musique, leur langage, leurs mani&#232;res sont assez rugueux et enjou&#233;s. Je ne suis pas un sp&#233;cialiste mais si je tombe sur une ou un qui s'int&#233;resse je pr&#233;tends qu'ils font penser aux White Stripes, un peu \ Ella ne serait furieusement pas d'accord, mais comme je ne peux pas citer les dizaines de groupes qu'elle est la seule &#224; me faire conna&#238;tre, si je veux noyer le poisson, je dis entre les White Stripes et PJ Harvey \ des trucs un peu ringards, pas vraiment punks, pas trop tuant. En vrai, c'est souvent que dans le UK chart le bruit des guitares te d&#233;range, mais Tohotaua j'aime bien \ pas seulement parce que c'est ma s&#339;ur \ &#231;a me va \ m&#234;me si c'est bizarre qu'une crevette ha&#239;tienne joue ces trucs de blancs un peu coinc&#233;s du cul \ pas groovy \ que rien ne danse &#224; la bien. Tu lui demandes : elle t'accuse de bloquer sur \ des vieux clivages racistes // what ze phoque ! Apr&#232;s va lui arracher pourquoi elle ne se sert pas de son pr&#233;nom Ella pour le groupe ! Superstition ? Comme si la magie risquait de se perdre parce tu n'as pas gard&#233; enfoui le secret du lien avec la grande Ella ! Moi au d&#233;part je croyais que son game de chanteuse, c'&#233;tait justement &#224; cause du pr&#233;nom \ aussi parce qu'&#224; un moment on n'&#233;coutait que du jazz ma s&#339;ur et moi \ qu'on ne trouvait rien de mieux que le scat \ la soul \ rien de plus cool que le hot&#8230; O&#249; Ella p&#234;che-t-elle son inspiration sinon ? Qu'elle s'explique ! sauf qu'avec moi elle se braque, r&#233;sultat j'ai l&#226;ch&#233; l'affaire \ et on ne fredonne plus jamais rien &#224; deux \ peur de rompre le charme ? r&#233;sign&#233;s &#224; ne pas empi&#233;ter sur nos petits jardins. Tohotaua, c'est donc pour le groupe \ pas garanti que &#231;a cartonne mais quelle importance quand tu as du talent : dessin, cin&#233;ma, chanson&#8230; qu'il ne t'en co&#251;te m&#234;me pas de choisir \ rien besoin de sacrifier ma s&#339;ur Ella ! demand&#233;e sur tous les fronts, motiv&#233;e dans toutes les disciplines, cherchant &#224; s'exprimer dans l'instant, tous azimuts \ pourvu que ce soit concret ! qu'elle produise. Je fonctionne aux antipodes j'avoue : &#224; moi l'abstraction ne fait pas peur, mais c&#244;t&#233; assidu z&#233;ro \ les profs sont d&#233;j&#224; sauc&#233;s quand je me focalise plus de trente secondes sur leur discipline \ &#224; part les maths o&#249; je ne compte pas, mort ! Pas que tu manques de concentration ou de suite dans les id&#233;es, que tu sois paresseux plus que &#231;a&#8230; j'avoue : tu faillis peut-&#234;tre &#224; la discipline mais au moins tu n'es pas obs&#233;d&#233; comme certains, genre Augustin Ferrand \ un externe, il pourrait profiter : non \ &#224; devenir neurasth&#233;nique, un troll de la science &#224; qui tu conseillerais un d&#233;rivatif, j'avoue tu t'en balec, mais un sport ou quelque chose pour arr&#234;ter un peu de s'astiquer le g&#233;nie. Moi aussi je charbonne, je ne suis pas pr&#232;s de \ d&#233;crocher // pas d'inqui&#233;tude ! re&#231;u &#224; toutes sortes de concours, fingers in the nose si tu en crois les tests, sauf le bac mention pas tr&#232;s bien &#224; cause d'un handicap &#224; la con en philo : &#224; la question PEUT-ON PENSER LE VIDE ? ai r&#233;pondu en majuscules sur ma copie \ Ne sais pas mais on l'oublie tout le temps // loin de Blaise Pascal ou de la sagesse orientale attendue, je pr&#233;sume, le c&#244;t&#233; zen pourtant ? trop \ une pointe dialectique insuffisamment d&#233;velopp&#233;e // a tranch&#233; Cl&#233;menti. Un plan, quelques citations&#8230; je pr&#233;sume qu'&#201;tienne Klein aurait &#233;t&#233; le bienvenu, dommage ! Les sujets philo m'inspirent peu ou alors je pars dans des d&#233;lires pas hyper comp&#233;titifs, mais je m'en fous \ il semblerait qu'&#224; BP tu puisses toujours rattraper tes faiblesses \ en bastonnant sur le plan artistique par exemple. Ils te poussent &#224; l'expression, c'est le truc pour marquer des points sans te casser \ sauf que sur un plan artistique, je ne vaux pas non plus tripette. H&#233;las ! Caroline, la prof qui vient des beaux-arts, n'osera jamais le dire, mais je sais qu'elle me trouve maladroit. L&#224; o&#249; les copains et moi rigolons \ de concert \ les profs n'arrivent pas &#224; cacher leur g&#234;ne quand ils observent un de mes dessins ou m'&#233;coutent r&#233;citer \ &#224; leurs petits temps d'h&#233;sitation, je vois bien qu'ils sont pay&#233;s pour m'encourager et le malaise s'amplifie. M&#234;me si les mots \ maladroit dans l'expression artistique // en ont remplac&#233; certains autres d'avant BP \ d'une sensibilit&#233; maladive // par exemple, je reste pire qu'un tocard dans l'expression artistique, pas super blind&#233; comme Ella, d&#233;ter &#224; me faire entendre, capable de donner une forme &#224; toutes mes folies \ maladivement emp&#234;ch&#233; // ce que tous ils noteraient dans leurs &#233;valuations s'ils &#233;taient dans un lyc&#233;e normal et pouvaient, eux-aussi, comme leurs petits prot&#233;g&#233;s, se laisser aller. Pourquoi s'obstiner avec moi ? Offre-leur seulement une chanson d'Ella et tu les raviras ! Qu'ils te laissent marner avec tes probl&#232;mes et tes lignes d'&#233;quation et tout ira bien ! Pourquoi te font-ils composer des vrais po&#232;mes avec l'h&#233;mistiche, la rime et tout, quand Carapelli dit lui-m&#234;me qu'une belle d&#233;monstration est po&#233;sie ? Ah ! \ d&#233;couverte des pratiques artistiques qui de s&#233;ance en s&#233;ance d&#233;cuplerait ton imaginaire, le meilleur moyen d'&#233;largir le champ de l'investigation scientifique // dixit aussi ! Carapelli \ si tu ne t'y ennuyais pas autant ! Non pas besoin de Picasso, ni m&#234;me d'alg&#232;bre pour prendre le large : &#8730;2, pi, rien qu'un nombre imaginaire, tu d&#233;m&#233;nages garanti ! Pour ceux qui te r&#233;clament de l'art &#224; tout prix s&#339;ur Ella est l&#224; \ s'il le faut elle te fera une chanson pour Sophie \ une jolie ballade en trois accords \ merci &#224; elle. Chacun son game, il faut savoir d&#233;l&#233;guer. J'avoue ! &#224; BP tout est con&#231;u pour que tu y trouves ton compte, n'emp&#234;che ! tu as parfois l'impression que le patchwork des cours ne sert qu'&#224; occuper les profs \ s'ils veulent te distraire de tes petites obsessions se distraire des obsessions de leurs petits prodiges, je leur conseille d'aller aux concerts de ma s&#339;ur, &#224; Londres ! plut&#244;t que de pousser le Peter &#224; s'&#233;pancher \ BP est tout juste une bo&#238;te de rattrapage, pas une sc&#232;ne o&#249; massacrer des guitares ou des cam&#233;ras \ tu planches \ tes sons et tes images s'expriment vite fait en longueurs d'onde \ abscisses ordonn&#233;es genre \ et rien qu'entre taupes tu attrapes suffisamment la grosse t&#234;te sans te prendre en plus pour un artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'est pas aux Beaux-Arts, merde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es jaloux de ta s&#339;ur, c'est aussi simple que &#231;a // claironne Augustin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon au piano \ aucun m&#233;rite : il a commenc&#233; &#224; six ans \ pour le reste, une gaufre ! sauf en math.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Jaloux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Chanter / y'a pas mieux / tu deviens une star / tu fais le tetour du monde&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Le tour de Londres tu veux dire&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est toi qui serais mieux / enferm&#233; / dans la tetour //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins &#224; l'aise dans la vanne qu'avec Chopin \ un peu b&#232;gue, le Gu, un peu lent \ pas encore star. Chanter, mesurer ta renomm&#233;e au nombre de followers, tweeter au quart de tour&#8230; trop pas la pr&#233;occupation &#224; BP, connect&#233;s mais imperm&#233;ables la plupart \ except&#233; Delporte \ que Matthieu Delporte pour c&#233;der &#224; l'idiotie de ces rites de passage \ jug&#233;s improductifs sinon. &#192; BP la vie publique indiff&#232;re \ pas envie de redonner du lustre &#224; une soci&#233;t&#233; creuse et d&#233;senchant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres \ en vrai je d&#233;teste les clubs o&#249; Ella joue sa musique, l'agitation forcen&#233;e des clubbe\u\rs\euses. Toute mon Angleterre c'est la New Forest \ la campagne \ et pas &#224; cause des photos du jeune William, mon p&#232;re, en jodhpurs sur son poney, parce que l'&#233;quitation, &#224; part te casser le cul... J'avoue, en ville je manque d'air \ le manque ne s'aggrave pas dans la dur&#233;e, il perdure quelques jours, une semaine &#224; bader apr&#232;s la s&#233;paration d'avec mes arpents verts et pfft. Dans les villes de nos jours, c'est l'inconstance qui fait mal, un jour tu respires, le lendemain tu suffoques, tu te colles un masque pour pas crever, &#231;a c'est dur. Si j'avais le choix, je serais un animal sans attaches et sans poumons, j'oublierais vite ma nature \ aussit&#244;t r&#233;habitu&#233;. Heureusement que la New Forest te passe tes infid&#233;lit&#233;s et te ressert toujours son petit bol d'air, prie que ta grand-m&#232;re puisse y vivre encore longtemps, seule, maintenant que Lisbeth n'y s&#233;journe plus ! Heureusement j'ai l'arri&#232;re-pays ni&#231;ois ! de la verdure, du ciel et des petits oiseaux \ heureusement mais pour quelle dur&#233;e ? L'odeur de bi&#232;re et la fum&#233;e des studios rock, la suite sans fin des a&#233;roports et des h&#244;tels moches, la pollution sonore que tu s&#232;mes autour du monde merci ! Peut-&#234;tre qu'Ella est + dans la vie, qu'&#224; force je passe &#224; c&#244;t&#233;, mais qu'est-ce j'y peux, punk ou &#233;lectro, quand le bruit me t&#233;tanise, s'il n'y a que la d&#233;bauche des petits oiseaux pour me rassurer. M'imaginer en for&#234;t et siffloter une petite ritournelle d'oiseau suffit &#224; mon bonheur : c'est mot pour mot la confidence faite &#224; ma s&#339;ur &#224; sa sortie de sc&#232;ne parisienne, la derni&#232;re fois, au nouveau casino \ elle se demandait ce que j'avais &#224; siffler comme un perdu \ un piaf dans la rumeur d'apr&#232;s concert \ m&#234;me pas un air de Tohotaua mufle que je suis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Les piafs inspirent tous les musiciens, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La concurrence est d&#233;loyale // a-t-elle r&#233;pondu dans un long croassement, &#224; peine &#233;prouv&#233;e par son tour de chant. Quelle &#233;nergie elle a, bon sang !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne dis pas que les oiseaux chantent mieux que toi, ce n'est pas ce que je dis, ai-je hurl&#233; dans le brouhaha.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r que les oiseaux chantent mieux que moi, a-t-elle hurl&#233; plus fort encore, partant d'un grand &#233;clat de rire. Ravens, maybe not, but nightingales for sure / rossignol, rossignol de mes amours //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa voix s'&#233;claircit \ une coloratur quand elle a envie \ d&#232;s que c'est pour beugler des conneries bizarrement elle a vite largu&#233; les graves cargu&#233; les voiles. Ce coup-ci, elle &#233;tait pas overhyp&#233;e \ un peu partie, pas au plafond, juste un peu gaie, Ella ne m'en voulait pas : elle a tchip&#233; comme &#231;a pour rire sachant que trop m'importent le chant des petits oiseaux et sa voix d'Ella sinon j'ai peur de tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, la violence des gar&#231;ons, l'adolescent borderline cens&#233; ne tutoyer que la mort, pas pour moi \ pas fier dans ce train de nuit, cette petite escapade qui redouble la tension permanente o&#249; tu vis, comme sous l'effet d'un franchissement de seuil invisible entre le myst&#232;re et la lumi&#232;re \ passage &#224; la limite. Tu te persuades que la clef des champs donne acc&#232;s &#224; tous tes d&#233;sirs, alors que si &#231;a se trouve Sophie ne sera pas plus impressionn&#233;e et t'enverra pa&#238;tre \ et tu n'auras plus qu'&#224; te laisser mourir \ d&#233;c&#233;d&#233; du jour au lendemain \ difficile &#224; imaginer \ si bien accoutum&#233; &#224; te laisser vivre. Pour l'heure, tu te fredonnes la seule chanson en fran&#231;ais de Tohotaua que tu connaisses \ J'ai peur de moi, j'ai peur du roi&#8230; je n'ai pas prise sur vos trap&#232;zes, pas de place dans votre c&#339;ur, le vide me p&#232;se et le nombre m'&#233;c&#339;ure //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ella &#233;crit dans un style &#233;pur&#233;, elle a un fran&#231;ais limpide, un peu old school \ c'est une paroli&#232;re beaucoup plus crue en anglais. Je ne sais si elle souffre pour &#233;crire, si &#233;crire la fait souffrir, si elle parle de ses vraies histoires de c&#339;ur, si elle a des astuces ou quoi, mais quand j'&#233;coute ses paroles je me laisse avoir \ attrap&#233; au c&#339;ur &#224; chaque fois \ tout est simple et touchant m&#234;me quand elle parle de vieux crachats ou de seringues accroch&#233;s au c&#339;ur de la nuit \ tu sens une vieille douleur des origines qui l'inspire \ pour &#231;a qu'elle a le feu sacr&#233;, qu'elle peut br&#251;ler sans br&#251;ler, pas banale, d'une flamme si noire, inadurante, souffler le chaud et le froid, d'un souffle qui ne s'&#233;puise pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Il y a h&#226;te en moi. Il y a urgence. Je voudrais. Je voudrais que ce soit, mais vite. Je voudrais m'en aller. Je voudrais &#234;tre d&#233;barrass&#233; de tout cela. Je voudrais repartir &#224; z&#233;ro. Je voudrais en sortir. Pas sortir par une sortie. Je voudrais un sortir multiple, en &#233;ventail. Un sortir qui ne cesse pas, un sortir id&#233;al qui soit tel que, sorti, je recommence aussit&#244;t &#224; sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais me lever //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas ce genre d'inspiration \ ou alors &#231;a reste &#224; l'int&#233;rieur \ &#231;a ne sort pas, m&#234;me quand mon train fonce &#224; travers les t&#233;n&#232;bres, je ne trouve pas la sortie, m&#234;me si je creuse au quatri&#232;me dessous, m&#234;me &#224; bord du Nautilus &#231;a ne viendrait pas, la po&#233;sie et moi &#231;a fait deux. J'appr&#233;cie, j'amuse Ella en ch&#226;tiant mon fran&#231;ais, j'ai plein de m&#233;taphores, je te les sers &#224; qui mieux mieux, mais de l&#224; &#224; m'atteler s&#233;rieusement &#224; un po&#232;me \ j'avoue, je ch&#226;tie d&#233;j&#224; pas mal et les sciences t'obligent &#224; la pr&#233;cision. L'anglais, passe encore, mais sur le fran&#231;ais je suis un peu tatillon, limite &#233;nervant \ tatillon // exactement le type de mots qui te posent ! pas besoin de citer Voltaire, rien qu'avec \ tatillon // automatiquement tu t'affiches, p&#233;dant, m&#234;me &#224; BP. J'&#233;vite autant que possible de la ramener ou de corriger les autres \ je me contente de corriger dans ma t&#234;te, de me r&#233;citer des listes de vocabulaire, de reb&#226;tir vite fait les phrases bancales. Certains coreligionnaires partagent ton obsession, m&#234;me de purs matheux \ soucieux de se faire entendre, logique \ pas dress&#233;s comme les matheux des &#233;coles de la performance mais pas de ouf enclin &#224; sacrifier leurs pr&#233;cieuses minutes aux fioritures du langage, en iench de la pr&#233;cision, j'avoue, mais pas de ouf enclin. Du coup, tu trouves moins chelou que BP t'encourage &#224; creuser ton sillon \ compiler des expressions insolites sans que &#231;a fasse tout un foin \ tu les &#233;changes comme partie du travail \ p&#233;rorer ne te colle plus forc&#233;ment une &#233;tiquette \ les autres s'adaptent &#224; ton style et toi r&#233;ciproquement \ mettons ! Mais il ne faut pas r&#234;ver, dans leur majorit&#233;, au fond d'eux-m&#234;mes et pour leur usage perso, les cocos du lyc&#233;e restent hostiles &#224; la phrase \ press&#233;s \ ils r&#233;duisent la syntaxe &#224; sa fonction la plus sommaire \ la majorit&#233; te perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ch&#226;tr&#233; ! le langage des sans-coucouilles // ricane l'ami Gu, quand tu lui fais remarquer qu'une d&#233;monstration math&#233;matique sonne plus juste avec des mots choisis \ une langue ch&#226;ti&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ce qui se con&#231;oit bien s'&#233;nonce clairement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et les mots pour le dire arrivent ais&#233;ment je sais Boileau je d&#233;teste / les vieux bouquins c'est ton d&#233;lire pas le mien ! r&#233;plique-t-il gravement / tu me fais marrer : t'es pas foutu de poser proprement une d&#233;mo et tu voudrais que je parle comme un connard de boubourgeois du moyen-&#226;ge. Wazy ! montre l'exemple Peter le po&#232;te ! Ponds-les donc tes popos / tes th&#233;or&#232;mes en alexandrins ! mais putain avant, commence par ma&#238;triser les bases ! Que tu puisses tenir au moins une minute au tableau ! D'apr&#232;s le th&#233;or&#232;me de Thal&#232;s les droites joignant deux points adjacents d'un m&#234;me sommet sont parall&#232;les &#224; la diagonale oppopos&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tout le monde conna&#238;t par c&#339;ur !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu ne d&#233;montres pas Wittenbauer sans rappeler Thal&#232;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne vais pas repartir de z&#233;ro&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si ! et tu as besoin de moi / alors tu recopies mes petits dessins et m&#234;me les fautes de fran&#231;ais / et ne me fais pas le coup du \ trivial // on popose tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il faudra quand m&#234;me que &#231;a sonne&lt;br class='autobr' /&gt;
~Putain ! t'en n'as pas marre de tes concours d'&#233;loquence ? tu feras sonner plus tard je te fais confiance / babalance un rap ! pour changer //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'idiot ! il a beau jeu \ pas ma faute si les d&#233;mos m'emmerdent \ &#224; quoi bon copier des barres de logique que tout le monde a d&#233;j&#224; en t&#234;te ? &#192; moins d'y caser de l'impr&#233;vu, les d&#233;mos c'est la mort, tu prends le premier raccourci ! Ce train : s'il arrive &#224; l'heure en gare de Paris-Lyon, tu en d&#233;duis qu'il a emprunt&#233; les bons rails, le trac&#233; plus ou moins pr&#233;vu, sans te retaper tout le trajet depuis le d&#233;part. Et apr&#232;s feras-tu semblant de ne pas savoir o&#249; tu vas ? chez Sophie \ et qu'est-ce que tu prouves &#224; marner dans la rame ? que tu ne triches pas ? que tu es sur l'unique chemin ? le plus rigoureux ? On a compris !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quand les solutions d'un probl&#232;me t'apparaissent comme un flash, les profs craignent que tu n'aies perdu le fil du raisonnement \ ils ne suivent pas tes raccourcis \ un court-circuit leur para&#238;t suspect ! moins une tricherie, un cadeau du ciel qu'un sympt&#244;me de d&#233;mence\ pour moi le d&#233;ment au contraire c'est de r&#233;inventer toutes les &#233;tapes cens&#233;es conduire au r&#233;sultat : comme si tu pouvais d&#233;baller a posteriori ce que tu n'as m&#234;me gard&#233; en t&#234;te ! Il n'y a pas mort d'homme &#224; laisser quelques simplifications rang&#233;es au fond de ton inconscient si tu les remplaces par un ou deux mots d'explication \ une &#233;quation n'est pas un crime, tu peux la r&#233;soudre sans remonter aux origines, sans produire toutes les preuves \ a priori tu n'iras pas en prison \ personne n'est menac&#233; de \ cons&#233;quences // par le pr&#233;sident des math&#233;matiques. D&#232;s que tu admets la saloperie universelle qui mesure l'intelligence et jauge de la valeur math&#233;matique de chacun dans la concurrence de tous contre tous : go newbie ! premier arriv&#233;, premier servi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
En vrai, tu t'efforces toujours d'expliquer, mais la m&#233;thode est confuse et au bout d'une minute \ tu papasses en momode &#233;jaculateur pr&#233;coce // Augustin exag&#232;re &#224; peine \ Carapelli sourit tristement et t'envoie te rasseoir. Deux ou trois formules r&#233;flexes ne suffisent pas, m&#234;me toute une le&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e de m&#233;moire ne donne pas le change \ basta ! tu n'y peux rien, je ne vais pas pleurer ! Carapelli prend le relais, il d&#233;taille, &#231;a semble facile, c'est clair et du coup pas si ennuyeux. Il y met du style qui plus est, s'exprimant avec gr&#226;ce afin que son exemple porte et que normalement tu te corriges \ le blem avec ce genre de pointure c'est que tu manques de r&#233;pondant, alors la fois d'apr&#232;s, cent pour cent sous l'effet de la domination, tu paraphrases, tu imites, tu plagies, tu es devenu un clone de Carapelli \ homoth&#233;tique. Je ne donnerai pas de noms mais tu entends bon nombre de pr&#233;tendument excentriques faire v&#339;u d'insoumission alors que mine de rien ils sont d&#233;j&#224; des Carapelli miniatures. L&#224; o&#249; le ma&#238;tre est le plus fortiche, c'est qu'il s'en aper&#231;oit illico \ des contrefa&#231;ons \ pas du tout flatt&#233; : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tr&#232;s bien ! susurre Carapelli s&#233;nior, depuis le fond de la classe, au petit Carapelli debout face &#224; la grande ardoise, mais si vous deviez le formuler plus simplement, avec vos mots //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vigilant le vieux ! pas &#233;vident de casser le moule que tu as toi-m&#234;me fabriqu&#233;, d'en extirper tes mod&#232;les en douceur, de t'efforcer &#224; la bienveillance quand une tet&#233; informe bugge &#224; s'exprimer par elle-m&#234;me \ caramba ! Aucune faille le Cara ? quand m&#234;me ouf qu'il ne laisse jamais marner, sans arr&#234;t attentif quoi qu'il arrive, cent pour cent zen, j'avoue il assure \ le plus thug des samoura&#239;s qui tranche toujours &#224; la derni&#232;re &#233;quation ! pas de mod&#232;le comparable avant BP, que du d&#233;cevant d&#232;s la premi&#232;re minute. En vrai quel m&#233;tier ! tu te d&#233;voues et la r&#233;compense, le meilleur diagnostic de ta popularit&#233;, c'est que les &#233;l&#232;ves te charrient \ des charognes qui se barreront d&#232;s que tu n'auras plus de jus \ une vocation ? Moi je serais ramass&#233; d&#232;s le premier cours rien qu'&#224; chercher des mots-cl&#233;s \ gu&#232;re brillant comme prof \ le manque d'&#224;-propos te serait fatal : tu ne t'en sortirais pas comme avec ce contr&#244;leur avec une trouvaille aussi m&#233;diocre : des parents \ radins // j'avoue Peter bien ou&#233;je, m&#234;me pas d&#233;rang&#233; son fran&#231;ais hyper correct au gros ! Petite inspiration ces derniers temps, mettons &#231;a sur la fatigue du voyage ! Comment Rachid te l'aurait rembarr&#233; ce contr&#244;leur de mes deux ! carr&#233; o&#249; il faut son billet t&#233;g&#233;v&#233; \ mais toi, avec ta langue ch&#226;ti&#233;e et ton esprit d'escalier, ton esprit de hanneton qui roule ses boulettes de phrases silencieuses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;encore e&#251;t-il fallu que mes parents se souciassent de r&#233;server mes billets, cher Monsieur ! qu'une m&#232;re, un p&#232;re, un adulte responsable fussent entr&#233;s dans mes projets or figurez-vous que ce p&#233;riple est impromptu et qu'&#224; l'arriv&#233;e la principale int&#233;ress&#233;e \ dont je ne connais avec certitude que le pr&#233;nom \ Sophie \ n'est m&#234;me pas dans la confidence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu moisis dans ton hangar au milieu des invendus et des r&#233;pliques jamais livr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu as l'intention de voyager, tu en parles &#224; ta m&#232;re. &#201;ventuellement elle te paye l'avion. Tu ne perds pas ton temps dans des trains hors d'&#226;ge, tu es fluide, nanti du confort moderne, un minimum. Mais d&#232;s que tu improvises genre \ des vir&#233;es romantiques // il semblerait que la confidentialit&#233; prime sur le confort. Au d&#233;but, longeant la M&#233;diterran&#233;e, le jaune cr&#233;pusculaire de la C&#244;te, ses perspectives secr&#232;tes et spectaculaires, mettons que tu surkiffes ! mais Marseille-Saint-Charles oublie ! Et quand tu d&#233;barques &#224; Paname, gare de Lyon, au petit matin, la gueule ! Rien ne justifie de s'enfermer dans ce vibro toute une nuit, au ralenti, laisser impuissant filer tout le sable du marchand comme sur un tamis g&#233;ant \ je veux dire passer une nuit blanche \ plus de onze heures dans ton intercit&#233;s ! rien, sinon l'amour ? &#233;videmment. Que n'aurai-je pas fait pour Sophie ! Canard tu t'accommodes &#224; toutes les sauces. Merveille des nuits intercit&#233;s o&#249; tu ballottes ind&#233;finiment dans ton insomnie de l'inqui&#233;tude &#224; l'&#233;merveillement ! Ton lit &#233;tait pr&#234;t, on t'a fil&#233; une bouteille d'eau, une pochette confort avec des lingettes rafra&#238;chissantes, des bouchons d'oreilles et des mouchoirs \ pas &#224; plaindre \ ou alors de n'&#234;tre pas du genre f&#233;minin : tu aurais ton \ compartiment dame seule // et pas &#224; te fader ce trader de seconde zone qui r&#233;vise ses tableaux comptables en se rongeant les ongles \ bouffon mais bien &#233;lev&#233;, le voisin, quoique ses questions de politesse il les adresse &#224; son ordinateur plus qu'&#224; toi \ la mort s'il se d&#233;tourne une seconde du boulot \ quand m&#234;me mieux qu'une horde de supporters ou de milites alcoolis&#233;s ? les vilains clich&#233;s du transport bas de gamme, j'avoue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Surtout dites-moi si je d&#233;range !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! pas du tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je m'arr&#234;te quand vous voulez&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne compte pas dormir de sit&#244;t //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle concentration ! Une telle concentration rend la vie impossible \ je veux dire qu'absorb&#233; comme ce petit monsieur chauve, isol&#233; de toute r&#233;alit&#233;, de tout r&#234;ve, dans un affreux &#233;tat de d&#233;pendance &#224; la machine, tu te prives de tout, tu te d&#233;shumanises \ te laisser prendre &#224; ce genre de boulot, c'est la pire des cam : attraper le train en marche, allumer ton &#233;cran, une pilule pour les neurones et bon trip dans l'intermonde ! Wesh gros, dis bonjour &#224; Klaod ! Klaod va prendre soin de toi, assurer la s&#233;curit&#233; de tes donn&#233;es \ de qui n'est plus personne \ dispara&#238;t chaque nuit embarqu&#233; dans le cauchemar des math&#233;matiques financi&#232;res. Est-ce ce gengenre d'avenir auquel est vou&#233; le camarade Gu ? &#192; souhaiter qu'il soit rattrap&#233; par la d&#233;pression et sauv&#233; par l'amour \ s'il n'est pas d&#233;j&#224; foutu : la question que tu peux te poser, le voyant &#224; l'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cher Augustin as-tu l'intention de travailler toute la nuit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien oblig&#233; ! Delporte m'a laiss&#233; tomber pour le t&#233;d&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delporte pas mieux : un de ces individus autoris&#233; par ses vieux &#224; se tatouer un ours et une chim&#232;re quatre couleurs sur les bras ! qui se d&#233;clarent altercr&#233;atifs &#224; quinze ans et qui &#224; quarante votent au centre \ tu en vois partout genre concons sur patinette mode roue libre avec en plus la passion du foot&#8230; J'avoue : difficile de trouver gr&#226;ce &#224; tes yeux ces derniers temps, tu as chop&#233; les nerfs depuis cette soir&#233;e dans les Hauts avec Sophie \ le sentiment que BP n'est qu'une taule comme une autre dont il te faut trisser fissa si seulement tu avais les guts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un match de foot ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'heure o&#249; je te parle il doit d&#233;j&#224; &#234;tre &#224; Marseille / billet de derni&#232;re minute / il finira par se faire virer &#224; toujours faire le mur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas si personne n'est au courant / wazy qu'il t'a propos&#233; une place &#224; pas cher &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tout juste&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et que tu as refus&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme si je m'int&#233;ressais au foot&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as pas int&#233;r&#234;t &#224; le d&#233;noncer&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas l'enviki&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il te tuerait poucave //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normal ! repens&#233;-je en cette premi&#232;re nuit de cavale intercit&#233;s, saisissant quelques traits d'une gare blafarde \ un v&#233;ritable soce ami est une tombe // aurais-je pu ajouter \ sauf qu'Augustin Ferrand, Matthieu Delporte et toi n'&#234;tes ni soces ni secrets. Des livres ouverts : Gu et Matt int&#233;greront leur grande &#233;cole de commerce et en sortiront missionn&#233;s pour la vie comme d'un s&#233;minaire, ils reprendront les int&#233;r&#234;ts de Papa, te nommeront peut-&#234;tre \ information systems manager // puis revendront et adoreront le superprofit genre jusqu'&#224; la mort \ des crevures sans conscience // aurait &#233;crit ce fouteur de merde qu'&#233;tait ton p&#232;re &#224; toi \ son style, William. J'avoue ! les gars, encore un peu de marge et dans quoi ? dix ans ? si tout ce sbeul existe encore, nous serons avec les autres, derri&#232;re les barreaux \ sur GPS.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon sang, c'est un chevreuil dans la nuit ! je devrais en toucher deux mots &#224; mon voisin d'en face, le sortir de ses tableaux de gestion avant qu'il ne soit trop tard, lui dire que les animaux n'ont pas disparu \ mais c'est mort \ qu'enfant j'en ai beaucoup observ&#233; dans la campagne anglaise, et pas virtuels, pas captifs, pas crev&#233;s dans un coin de ta calculette hyperconnect&#233;e ! Gordon Earle Moore avait bien vu la prolif&#233;ration arriver : agriff&#233;es &#224; ta peau de pauvre bagnard, jamais rassasi&#233;es, des millions de puces vont te saigner &#224; mort, puis elles feront place nette \ toute la petite machine a programm&#233; ton obsolescence, zumain z&#233;l&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Quoi ? voulez-vous d&#233;truire les machines comme vos compatriotes luddistes au dix-neuvi&#232;me // m'a vann&#233; Carapelli d&#232;s le premier jour que je fracassais le clavier d'un ordi \ Les artisans de la laine en Angleterre&#8230; allez voir sur Wikip&#233;dia ! ils s'attaquaient aux machines par lesquelles les industriels tentaient de les remplacer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je suis un peu dingue c'est pour &#231;a // ai-je r&#233;pondu cr&#226;nement \ niaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oh ! Spartacus a d&#251; para&#238;tre bien plus dingue que vous &#224; ses compagnons de peine mais sa r&#233;volte n'en &#233;tait pas moins juste //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carapelli tout crach&#233; ! avec son encyclop&#233;die et ses r&#233;f&#233;rences qui abondent dans ton sens jusqu'&#224; ce que tu aies envie de penser l'inverse de ce que tu penses \ satur&#233; \ et qu'il me l&#226;che avec l'Angleterre. En vrai, il insinue des trucs curieux pour un prof \ comme pour s'assurer de ton insoumission, te forcer &#224; r&#233;fl&#233;chir, en continu, que tu n'ob&#233;isses pas au doigt et &#224; l'&#339;il pr&#234;t &#224; tout pour choper \ les bonnes relations dans les bonnes entreprises // empiler des boulots d&#233;biles et te faire entuber &#224; coup de clics \ dents et nageoires arrach&#233;es, akabl&#233; conkass&#233; frit de bit\e\s \ et que n'exsudent de ta chair broy&#233;e que des strassdad&#233;ennes d&#233;mat&#233;rialis&#233;es. O&#249; que tu ailles, Cara ne te laissera pas en paix, c'est encore lui qui relance dans ce train pourri : pour gagner ta vie dois-tu vieillir idiot comme ton voisin d'en face le c&#339;ur plus pollu&#233; par l'argent que l'oc&#233;an par le plastique ? seras-tu esclave, animateur, surveillant de tirelire ? concourras-tu pour fermer la boutique ? toi, le comptable de voyage, Gu, et derniers candidats dispos&#233;s &#224; se tirer la bourre \ ta gueule Cara ! tu sers &#224; rien : tu n'emp&#234;cheras jamais que les requinzumains se d&#233;chiquettent ! que Matthieu Delporte n'&#233;trangle ce cher Augustin pour l'avoir vendu si par hasard s'&#233;bruite l'escapade au stade \ j'avoue, en fait de requin il se pose l&#224; le Matt, en haut de la cha&#238;ne&#8230; C'est le terrible et universel probl&#232;me de la comp&#233;tition : rapidement plus personne ne trouve gr&#226;ce m&#234;me &#224; BP \ tous arrivistes d&#233;pourvus de la moindre compassion psychologie. De potes, de potables alli&#233;s tu te fais des adversaires \ d'une bo&#238;te pour inadapt&#233;s une &#233;cole de commerce&#8230; Stop ! tu te donnes le blues : venant de faire le mur je te recommanderais plut&#244;t de soigner le moral aux petits oignons \ puisque tu dois te diriger seul. D&#233;barrass&#233; des emmerdeurs, sans personne sur le dos, du coup te voici en col&#232;re contre le monde entier ! en vrai je ne comprends pas que tu ne sois pas de meilleure humeur, ou quoi : as-tu besoin qu'on porte des jugements sur ta conduite, qu'une autorit&#233; alimente ta petite r&#233;bellion ? Non, patience ! Que Sophie, Ella, Rachid et tous les anges de la nuit se radinent, le froufrou de leurs ailes d'anges fera un sort &#224; ta misanthropie et tu seras d&#233;lest&#233; de ces temps maudits. Profite de la solitude pour r&#233;fl&#233;chir ! M&#233;dite !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, rien n'est cal&#233; correctement \ pas moyen : plus d'agenda depuis que Sophie te trotte dans la t&#234;te, qu'elle ne cesse de murmurer &#224; ton oreille \ m&#234;me pas essouffl&#233;e \ qu'elle ouvre la porte et montre peau blanche et nombril coquillage entre un corsage et le short, que tes mains veulent ses reins, serrent la croupe, prisent la rotondit&#233; du cul, que langues et l&#232;vres ont un projet. La zouz t'a aspir&#233; le c&#339;ur et l'&#226;me \ j'avoue, vers Sophie vont toutes tes pri&#232;res, mais son corps, m&#234;me assez fluet, c'est du tangible, vous n'allez pas jouer les fant&#244;mes de romans qui montent dans les tours et se lamentent \ rien de commun avec la jeune Charlotte, ni moi avec le jeune Werther, les ectos que Fran&#231;oise Cl&#233;menti programme au premier trimestre, rien &#224; voir avec toutes ces hauteurs o&#249; pour ne pas mourir d'ennui il n'y a qu'&#224; sauter \ tout ce romantisme te para&#238;t tellement superflu oh !jourd'hui que l'univers nous l&#226;che \ il y a urgence &#224; aimer, &#224; corps perdu, en roue libre, &#224; deux quatre pattes \ quelques ann&#233;es maximum et ton carrosse, ta libert&#233; de c&#339;ur &#233;perdu auront fait long feu. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
La destruction est &#224; l'&#339;uvre Great Greta, pas de regret ! Vu la rapacit&#233; ambiante \ greed all around \ nous n'avions aucune chance. S&#233;rieux, crois-tu que l'humain puisse encore &#234;tre rep&#234;ch&#233; et escompter un d&#233;lai de m&#232;re nature ? Que vas-tu pr&#233;server de L'ENVIRONNEMENT quand il se d&#233;clare ton meilleur ennemi ? fatal ! Fourre dans un sac cette boule de fange qu'est le monde, jette-la au fonds d'un puits et oublie ! Va vivre libre et sauvage dans le chaos des origines ! Toi, Peter Baumann, ne te laisse pas abattre trop vite, ton exode vers le Nord te r&#233;tablira \ si tu ne peux reporter cette date de p&#233;remption qui semble une marque de fabrique, si la situation se d&#233;grade, laisse les &#233;tudes et &#224; d'autres le soin de tester les soleils artificiels ! J'avoue, autant solder tes croisi&#232;res dans l'espace et tes r&#234;ves de gloire, tu sauveras le monde un autre jour ! Si tu aimes, ne tergiverse pas, ne diff&#232;re pas tes rendez-vous \ Cours-y vite ! Tu n'as plus le temps de tirer des plans sur la com&#232;te // dirait grandma Eileen. Oublie la grammaire, osef les pr&#233;liminaires ! s&#251;r je ne pourrirai pas Sophie d'un millier de textos, quelques jours pour ken et basta \ tu ne l'auras pas m&#234;me gougueulis&#233;e \ pas superstitieux mais juste &#231;a me d&#233;prime de recouper des persos d'inconnu\e\s. Photos, instagram et consort, tu gardes pour plus tard, en mode couple, pas trop mon game anyway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Facebook est le cheval de Troie de la guerre sociale // clame Delporte, d&#232;s qu'il rep&#232;re une proie amicale sur le net. Mais toi, tu esquives les r&#233;seaux, comme par superstition, comme si derri&#232;re les photos fake s'&#233;vaporaient les pens&#233;es \ et avec Sophie tu soignes la relation d'&#226;me &#224; &#226;me, je veux dire que m&#234;me super intimes, tu respecteras une certaine distance, d&#233;ter &#224; fermer l'internet et tout ce merdier de life &#224; la con qui te grignote le cerveau, o&#249; tu crois inventer ce que tu copies. Adieu pseudo, n'&#233;change que du confidentiel ! en direct \ tant pis si tu perroqu&#232;tes, petit Carapelli ! j'avoue, j'entends le ma&#238;tre engueuler Delporte \ On ne devient pas amis sans tisser de liens v&#233;ritables juste parce qu'on a post&#233; une photo sur facebook / il faut &#234;tre deux pour danser le tango et on commence g&#233;n&#233;ralement par se faire &#233;craser les pieds / on rit pour de vrai, on exp&#233;rimente, quitte &#224; souffrir // Le r&#233;seau, il appelle &#231;a les relations liquides, internet, le monde liquide, &#224; cause de la fluidit&#233; du savoir et des contacts, ce truc o&#249; tu baignes, &#224; force que partout il sourd et t'arrose \ o&#249; tu perds pied. Perch&#233; mais pas idiot Cara. De l&#224; peut-&#234;tre ta sensibilit&#233; grandissante &#224; l'eustatisme au niveau des mers ou au r&#233;chauffement climatique, comme si c'&#233;tait la courbe de ta propre temp&#233;rature qui prenait des inclinaisons jamais vues \ parce que la vie intime est g&#233;ographique, soumise &#224; des temp&#234;tes qu'il est impossible de commander ni de calmer \ qui arr&#234;te un tsunami par la seule force de l'esprit ? Si les pleurs ne cessent, notre vall&#233;e de larmes fera un oc&#233;an amer qui nous immergera bient&#244;t de pur chagrin \ en vrai tu peux &#234;tre plus ringard que Cara \ lyrique. Va balancer tes j&#233;r&#233;miades &#224; un mec comme Delporte branch&#233; porno ou shmup en permanence ! Serial killer depuis quel &#226;ge ? En m&#234;me temps, flinguer des m&#233;chants nazislamistes, collectionner les cong&#233;nitoires : tu te distrais sans emmerder personne, hors du r&#233;el, tu r&#233;agis normal, &#231;a ne fait pas de Delporte le plus frappadingue des zozos de BP \ des a&#238;n&#233;s te con&#231;oivent un d&#233;fouloir &#224; ta mesure, tu ne seras pas jug&#233; aux fantaisies qui te tourmentent mais &#224; ton adh&#233;sion sinc&#232;re aux progr&#232;s du divertissement. Tu peux aussi te gaver de m&#233;docs ou de sport, te lancer dans la course, sur la Prom' et les trottoirs, comme tous ces croulants en juste au corps \ quels godzillas pensent-ils fuir ? Cet escape game g&#233;ant te sauve-t-il de la parano&#239;a ? En quoi le fitness all&#232;ge-t-il \ prot&#232;ge de la violence au boulot ? Partageras-tu ce d&#233;lire sm, rechercheras-tu des limites, sans cesse lanc&#233; au bout de toi-m&#234;me parce que tu as rat&#233; tes suicides adolescents ? Delporte a aussi le foot \ jamais entendu qu'il le pratique mais une vraie passion. BP n'est cependant pas un rep&#232;re de sportifs, j'avoue ! tu n'&#233;chappes pas aux clich&#233;s : chez les pr&#233;coces et les toctocs, le surmenage laisse peu de place &#224; la culture physique, l'intendance le corps doit suivre. Si auparavant ailleurs tu as pu te trouver ch&#233;tif, &#224; BP tu fais presque figure d'athl&#232;te \ alors qu'intellectuellement parlant tu croises dans la moyenne \ en tout cas tu n'effraies plus autant. Il arrive m&#234;me qu'avec ceux de classe sup&#233;rieure tu perdes pied, Julien par exemple qui te cite des philosophes Kant Heidegger comme s'ils &#233;taient de sa famille \ qui &#224; quinze ans en para&#238;t dix et te fixe avec un peu trop d'intensit&#233; un peu trop bouff&#233; de tics autour de la bouche et des yeux \ de langage aussi : style trop genre \ comme s'il avait tout le temps de la fi&#232;vre \ un moribond. Il te largue. Entre lui et Delporte c'est plus qu'un ab&#238;me \ un vide que BP rebaptise hypocritement du nom de \compl&#233;mentarit&#233;// entendu que rien n'est redout&#233; de sympt&#244;mes ni de syndrome, que du maniaque &#224; l'asperger un peu lourdingue chacun apporte sa pierre ! J'avoue, l'&#233;cole n'arr&#234;tant aucun crit&#232;re de s&#233;lection, probable que les profs d&#233;cident chacun de leur chouchou et enseignent &#224; la t&#234;te du client \ pareil ! &#224; l'exam d'entr&#233;e si tes parents ont un peu d'argent et toi un peu de chou, &#231;a s'organise assez vite. Tu \int&#232;gres// &#224; tous les &#226;ges, de tous les genres, les notions d'&#226;ge et de sexe sont assez chamboul&#233;es et les classes tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites de ce point de vue. Les filles sont en minorit&#233; et plus qu'intimidantes, plut&#244;t effrayantes certaines \ sans que &#231;a ait rapport au physique ou #MeToo mais beaucoup trop barr&#233;es pour toi \ Sylvia et B&#233;n&#233;dicte, les pires, toujours concentr&#233;es sur l'&#233;cran d'un smartphone, avec de dr&#244;les de rougeurs sur le visage, super nerveuses, des voix suraigu&#235;s, des comportements au moins aussi belliqueux que les m&#226;les les plus atteints. Mais j'avoue ! &#224; BP, quelle que soit ta situation, on s'en occupe, on extirpe le moindre petit caca des boyaux de ta t&#234;te, on te prot&#232;ge tout en prenant soin de ne pas t'isoler, on te connecte au reste du monde avec un best of du r&#233;el animaux beaut&#233;s g&#233;ographiques chefs d'&#339;uvre de l'art&#8230; le tout savamment dos&#233; pour te filer la hype \ sans non plus se prosterner, il ne faudrait pas que tu touches le plafond d&#232;s la premi&#232;re semaine, shoot&#233; &#224; la consid&#233;ration ! Subtil. En attendant tu restes un alien \ il n'y a qu'&#224; voir comme Cara et Cie craignent l'atterrissage &#224; chaque session d'exams, comment ils s'efforcent de relativiser l'importance des dipl&#244;mes. J'avoue ! le surkiffe &#224; BP c'est quand m&#234;me cette dose de zinzinerie qui rend aventureuse ta future INSERTION dans la soci&#233;t&#233; \ et Delporte c'est abus&#233;, il est beaucoup trop normal, matheux sans g&#233;nie sinon quoi ? Une publicit&#233; de sous-nerd, le standard de l'abruti qui se fout bien de ta gueule si tu as la mauvaise id&#233;e d'&#233;voquer Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Une vieille // r&#233;sume-t-il intelligemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Les malheurs de Sophie // ajoute-t-il plein de sa pseudoculture \ cet &#233;coulement de r&#233;f&#233;rences fameuses comme fausse-monnaie qui remplit les poches des abrutis \ dipl&#244;m&#233;s de tout poil. J'avoue, pourquoi as-tu bav&#233;, qu'est-ce qui te prend de pousser Sophie en premi&#232;re ligne ? Comme s'il y avait besoin de frimer pour obtenir de Delporte son expertise de fugueur inaper&#231;u ! Que n'es-tu rest&#233; flou ! sur un pr&#233;texte bidon : une escapade dans les brouillards de Londres pour une finale de cricket&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Sophie des malheurs de Sophie serait encore trop m&#251;re pour toi, mon pauvre Matthieu ! Les films de boules glorifient-elles la fra&#238;cheur des jeunes filles ? Tu n'as pas cinq ans d'&#226;ge mental // ai-je failli lui r&#233;pondre aussi b&#234;tement sorti de l'escalier mais non :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Matt, si c'est pour balancer ce genre de conneries, on va faire comme si j'avais rien dit / s&#251;r que vingt-trois ans c'est vieux j'avoue / j'aurais d&#251; la boucler //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux mains ouvertes fa&#231;on no comprendo, il proteste de sa bonne volont&#233; vis-&#224;-vis du cr&#233;tin susceptible qui ferait mieux de se radoucir \ ne pas compliquer inutilement \ ou on t'enverra pa&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; \ Tu ne penses jamais aux filles ? reprends-je innocemment apr&#232;s un long silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r que j'y pense !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celles de la vraie vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi les filles de la classe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Trop ! &#233;videmment&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une en particulier Sylvia ? B&#233;n&#233;dicte ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ En ce moment il n'y a personne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Voil&#224; ! tu y penses en g&#233;n&#233;ral et tu ne baises avec personne // pas d'autre langage auquel les oreilles de Delporte soient plus sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tgptn petit p&#233;d&#233; ! s&#233;rieux tu crois qu'elle s'int&#233;resse &#224; toi ta Sophie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es compl&#232;tement jet&#233; mon pauvre ami ! S&#233;rieux tu parles de baise&#8230; mais toi : vous n'avez fait que parler ! c'est ouf //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacr&#233; Matthieu. Wazy ! s&#233;rieux recycle mes vieux scuds \ jet&#233; mon pauvre ami // c'est du Baumann, pas du Delporte ! Ce mec est le roi du copi&#233;-coll&#233;. Un vrai vampire. En m&#234;me temps comment lui en vouloir ? O&#249; irait-il puiser ? M'est avis que ses punchlines ne d&#233;passent pas les cent mots du badass \ que sa m&#232;re ne lui lisait pas les malheurs de Sophie pour l'endormir genre. Moi non plus &#224; vrai dire \ rien ouvert de S&#233;gur \ mais pour ce qui est des Anglais, j'en ai soup&#233;, de tous les classiques, thanks Eileen ! Du coup, pr&#232;s de cette arm&#233;e de h&#233;ros filles et gar&#231;ons qui t'encombrent de leurs amours tourment&#233;s, tes &#233;lans paraissent banals, ton p&#232;lerinage touristique &#224; c&#244;t&#233; de leur folle pers&#233;v&#233;rance \ saloperie de litt&#233;rature &#224; toujours te rabaisser \ Jet&#233; mon pauvre ami // du Baumann tout crach&#233; \ qu'est-ce qui lui arrive &#224; Delporte ? pourquoi cette entorse &#224; son r&#233;gime d'insultes \ tellement plus violent d'habitude \ et ce manque de repartie &#231;a ne lui ressemble pas ! et cette nouvelle chemise ? et cette fatigue dans la voix \ le degr&#233; z&#233;ro de la geeky touch ! L'Olympique aurait-il\elle perdu ? Quelle fatale &#233;clipse peut-elle assombrir le hipster ? hooligan ? hobo ? Quelle truffe ! D&#233;testable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu restes dehors apr&#232;s la pause de midi et tu demandes &#224; quelqu'un de pointer pour toi en t&#233;d&#233; / c'est le plus simple / &#231;a te donne un peu d'avance / en m&#234;me temps je ne sais pas pourquoi je te dis, t'auras pas les guts //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il me voyait dans ce train, il en serait comme deux ronds de flanc ! scotch&#233; le Matt. Scotch&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; Gbayas &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S 23 \ quand PB bient&#244;t 15 aura la barbe, la diff&#233;rence sera gomm&#233;e. S'il y en a que l'arithm&#233;tique emp&#234;che, ce sont tous ces noobs avec leurs vieilles id&#233;es de vieux bourgeois \ fortune carr&#233;e et surtout pas de m&#233;langes ! Pareil chez les planqu&#233;s de BP : une vieille m&#233;diocrit&#233; de boursicoteurs ravage leurs neurones. D&#233;j&#224; ravitaill&#233;s par le panier rempli des parents, tu les sens piaffer \ h&#233;ritiers impatients, esclaves inquiets de voir un jour br&#251;ler le magasin de jouets \ l'Amazonie en flammes. Du coup, pour la tranquillit&#233;, ils se pr&#233;commandent tous les secrets de leur vie de merde \ la petite bagouse des jeunes larbins \ tout plut&#244;t que tenter l'aventure \ l'aventure est trop risqu&#233;e, on te le serine &#224; tous les coins d'&#233;cran \ de te tenir en place \ ne pas tirer sur la laisse \ assomm&#233;s &#224; coup de promos sur les Bal&#233;ares ! les r&#233;volutionnaires \ n'inqui&#232;te pas le march&#233; avec tes sentiments amoureux ! J'avoue, &#224; BP comme ailleurs tu peux t'endormir vite fait \ la m&#234;me fumerie d'opium, &#224; fuir ! Heureusement qu'il y a des Carapelli qui te sonnent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ S'il est un temps o&#249; l'aventure n'est pas forclose // de ces mots Carapelli je te jure \ et ne doit pas l'&#234;tre, c'est l'adolescence // incipit du seul et unique livre qu'il ait &#233;crit &#224; ma connaissance : un petit pamphlet d'une cinquantaine de pages qui tra&#238;ne &#224; la biblioth&#232;que du lyc&#233;e, du vite lu que tu captes quasi du premier coup, le format d'un QUE SAIS-JE avec un titre un peu d&#233;bile \ l'&#233;cole au rabais // provoc &#224; deux balles genre. Le Cara n'a pas besoin de tartiner pour cracher sur le syst&#232;me, &#231;a sort en quelques barres et pour toi c'est cadeau : vu comme il d&#233;nonce l'&#233;ducation fran&#231;aise, il pourra difficilement te reprocher de faire le mur, ou tu lui resserviras \ la part incongrue // laiss&#233;e au sport, &#224; la musique ou au dessin, la s&#233;lection et la reproduction des &#233;lites qu'il compare &#224; un &#233;levage de poulets en batterie, tu lui resserviras une phrase de son Bourdieu qu'il cite abondamment \ parmi d'autres zoteurs qu'un jour ou l'autre il faudra que tu te fades. J'avoue ! si tu suis l'emploi du temps qui t'est r&#233;serv&#233; dans le programme de Carapelli, tu ne dors plus qu'une ou deux heures par nuit \ et lui ? combien de temps garde-t-il pour sa femme et ses deux gosses ? Ce mec est barge \ les Bourdieu aussi j'imagine \ va savoir ! Impossible d'imaginer Carapelli en dehors de l'&#233;cole \ d&#233;tendu pour un pique-nique en for&#234;t avec sa femme et ses deux gosses // comme il pr&#233;tend, encore moins faire du sport, sans ses lunettes \ mytho plus probable. &#192; BP la tendance n'est pourtant pas au surmenage \ attendu l'&#233;tat nerveux de l'&#233;l&#232;ve commun&#233;ment consid&#233;r&#233; comme fragile et que, passionn&#233; de l'&#233;tude, il n'y a pas besoin de pousser \ tu te surcharges tout seul, comme si le surmenage contribuait &#224; te maintenir d'aplomb \ la tendance enseignante serait plut&#244;t de calmer canaliser les ardeurs. Aussi dans d'autres lyc&#233;es il y a des idylles, le sexe occupe les journ&#233;es&#8230; &#224; BP moins \ pas une forte envie de chiner entre dingos ! D'ailleurs tu ne lis pas un mot d'&#233;ducation sentimentale dans le Carapelli \ inutile. Quant &#224; toi ma gueule, Sophie te dispense de th&#233;ories galantes, rendu &#224; un principe de base : ne pas tergiverser, ou alors la concurrence te prendra de vitesse \ un principe &#224; int&#233;grer d&#232;s le d&#233;part avec la jolie S \ essentiel. En l'occurrence il n'a &#233;t&#233; question que d'ex, de rupture, de pas s&#233;rieux cens&#233; avoir pris ses distances, mais la zouz n'a peut-&#234;tre pas tout dit et la conversation a roul&#233; sur bien d'autres sujets. Mais il n'y avait pas de nostalgie dans l'air, elle en pin&#231;ait pour toi et pas un autre, et si un autre se repointait, tu sens bien qu'il ne serait pas du niveau \ et puis trop tard : il avait c&#233;d&#233; la place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une f&#234;te inopin&#233;e comme ma s&#339;ur Ella en organise plusieurs fois par an. Au pr&#233;texte cette fois-ci d'une fin de tourn&#233;e ? elle plongeait une vingtaine de ses amis dans le brouillard de la Baie de Somme. Une grande maison avait &#233;t&#233; lou&#233;e avec vue panoramique sur la baie : quelques m&#232;tres carr&#233;s de gr&#232;ve au plus fort de la journ&#233;e. Selon nos recoupements, Sophie et moi &#233;tions arriv&#233;s par le m&#234;me intercit&#233;s \ d&#233;j&#224; \ en avance sur tous les autres, nous rejoignant devant la porte close de l'&#233;norme b&#226;tisse. Nous avons cach&#233; nos sacs &#224; dos dans la cabane du jardin puis err&#233; dans les rues d'un patelin du bout du monde nomm&#233; le Crotale \ rentr&#233;s r&#233;frig&#233;r&#233;s, tenus &#224; l'&#233;cart des pr&#233;paratifs, nous sommes post&#233;s aux fen&#234;tres de l'&#233;tage attendant qu'un paysage daigne appara&#238;tre \ en vain \ ou alors &#224; peine Turner genre \ une chance ! car s'il y avait eu plus, si tous les replis de l'estuaire n'&#233;taient pas rest&#233;s indistincts, peut-&#234;tre aurions-nous moins parl&#233;. Remercie donc ce ciel plomb&#233;, ces p&#226;les &#233;tendues de sable, les chemin&#233;es de cette endiverie lointaine qui ouvraient une br&#232;che crayeuse dans le gris et dont vous vous &#234;tes demand&#233; s'il s'agissait des fum&#233;es d'une centrale thermique nucl&#233;aire ! J'avoue, chuchotant une &#233;l&#233;gie &#224; Fukushima, traumatis&#233;s par les derni&#232;res images encore vives dans votre m&#233;moire, vous vous &#234;tes &#233;tonn&#233;s que la catastrophe sembl&#226;t si ancienne, avant que Paul ne vienne vous r&#233;citer le nom des villages invisibles, d'une voix bien timbr&#233;e, avec un accent belge, vous rass&#233;r&#233;ner, en Somme, avant l'&#233;teignoir. Contre toute attente, parmi les arriv&#233;es jusqu'&#224; la nuit tomb&#233;e, aucune figure n'a distrait Sophie de l'attention qu'elle te r&#233;servait, son regard insistant et ses grands sourires ne t'ont pas l&#226;ch&#233; \ la vie avait cess&#233; d'&#234;tre un cauchemar ennuyeux. &#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillard commence presque de se d&#233;gager une heure avant la nuit et comme de juste votre conversation marque un arr&#234;t mais trop tard : le feu couve et peut reprendre &#224; tous moments \ tu en arrives &#224; surkiffer ce soir d'automne avec son soleil noy&#233;, son aplat de jach&#232;res commun et morne, son bras de mer qui &#233;tend ses nervures compliqu&#233;es comme pour sabrer du lavis ses airs de grandiose \ des ratures surchargeant la flache et les parapets noir&#226;tres \ stries et ondulations recouvrant le Sahara \ ce qu'un temps deux contemplateurs prennent pour d&#233;sert d'Afrique : mer et laisses \ sexuelles substances \ rime \ rythme d'archet \ mati&#232;re de po&#232;me vir&#233;e vite fait &#224; la poubelle. Sans penser au jardin des d&#233;lices et &#224; tous ces trucs de belges quand m&#234;me tu moulines pas mal, tu as vite des visions de tar&#233;s dans cette lumi&#232;re incertaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me trouvais moi-m&#234;me difforme, heureux que Sophie n'ait pas &#233;t&#233; repouss&#233;e par ma tronche de gnome radioactif, qu'elle se soit m&#234;me abstenue de danser pour ne pas briser \ comme en un moment &#233;loign&#233;s, vos regards se croisent et s'aimantent d&#232;s que le rideau tournoyant des danseurs les red&#233;couvrent, vos corps se rejoignent entre &#233;clairs et nuages de fum&#233;e. D'abord tu as peur, ce crush fa&#231;on coup de foudre te ferait moins flipper si tu le mettais sur le compte de l'alcool, mais tu te rends &#224; l'&#233;vidence : ni la belle, ni toi mon beau n'avez tellement bu. Or aucune ne t'a jamais reluqu&#233; avec autant d'insistance. Quand une t'approche \ tu n'as jamais l'initiative \ elle semble aussit&#244;t regretter ! &#192; peine le contact &#233;tabli, le c&#244;t&#233; intello l'a d&#233;j&#224; gonfl&#233;e \ l'humour aussi \ le pince-sans-rire un peu vieillot dans lequel tu t'enferres assez souvent \ cassant // c'est ce que disent les zouz habituellement : que c'est dommage \ que je n'ai pas un physique si monstrueux, que je pourrais faire des efforts et elles s'&#233;loignent sans attendre. Avec Sophie je ne sais pas pourquoi tu t'abstiens de d&#233;conner \ m&#234;me Ella ne parvient pas &#224; vous distraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Dites donc ! vous avez l'air en osmose tous les deux, mais vous n'allez pas causer toute la nuit dans votre coin / il faudrait songer &#224; danser / //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, le surprenant c'est l'intensit&#233; de la conversation\ au point que tu la repasses in extenso dans ce train de nuit comme la preuve incontestable \ une raison incontestable de courir vers Sophie bravant les interdits du Sud au Nord. Car si moi, c'est fait, elle m'a scotch&#233; \ abalob&#233; \ il semble que tu doives encore, toi, achever de la faire fondre. Devancer la promesse de revoyure et fuguer pour ta jolie fianc&#233;e est bien le moindre \ de Blaise Pascal une formalit&#233; \ le genre d'incartade qu'&#224; BP tu pardonnes au g&#233;nie \ une figure impos&#233;e pour ainsi dire. Osef ! mais prie qu'un vrai g&#233;nie sorti de sa lampe te fasse appara&#238;tre sans attendre le visage de la m&#244;me, ses yeux rieurs tellement frais &#224; c&#244;t&#233; de ton reflet niaiseux dans la vitre. Ah ! si la douce voix de Sophie t'indiquait seulement la marche &#224; suivre dans le grand Paris \ si instantan&#233;ment tu rep&#233;rais dans la foule ses cheveux un peu cuivr&#233;s, un peu courts, ses yeux un peu bleut&#233;s, un peu gris, ses mouvements ondulants et son sourire de bonne s&#339;ur qui te pardonne illico d'avoir fugu&#233; ! Car il est hors de question de l'appeler : la surprise conditionne &#233;videmment la conqu&#234;te et la reddition \ d&#233;j&#224; que partant de BP, tu perds direct de l'aspect h&#233;ro&#239;que, n'abuse pas de la facilit&#233;, m&#233;nage au moins l'effet de surprise ! Et puis elle s'inqui&#233;terait ou t'embrouillerait rapport &#224; ce que tu as pu lui dire de BP \ tu ne fugues pas d'un bahut o&#249; les PRINCIPES sont si bien chamboul&#233;s, o&#249; tu es bassin&#233; de respect, de confiance, de connivence&#8230; tu en aurais dit moins si tu avais su, tu l'int&#233;ressais autrement \ j'avoue, rien ne vaut le pr&#233;sentiel pour justifier l'incons&#233;quence \ que ta nature immature, le c&#244;t&#233; pas fini, n'effraient pas Sophie \ si ravie pour toi \ de ta chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue \ Tu as eu de la chance&#8230; // a-t-elle r&#233;sum&#233; apr&#232;s que je lui ai expliqu&#233; comment BP m'a c&#233;d&#233; la place d'un candidat admissible s'&#233;tant d&#233;fil&#233; alors que j'avais moi-m&#234;me largement d&#233;pass&#233; les d&#233;lais pour concourir \ accept&#233; sur un simple entretien avec Carapelli et la directrice qui n'arr&#234;taient pas de blaguer entre eux. &#192; travers les yeux de Sophie, la solution trouv&#233;e en catastrophe par Lisbeth devenait plaisante \ une chance que je me fixe quelque part. Sophie a pens&#233; que la f&#234;te &#233;tait &#224; cause de &#231;a aussi, mais non j'ai d&#233;menti. Elle enviait la libert&#233; dont j'allais pouvoir jouir, l'enseignement &#224; la carte, l'internat, tout lui semblait \ une chance // le mot qui qualifie le plus souvent BP j'avoue. Bien qu'elle n'en ait gu&#232;re de bons souvenirs, Sophie pr&#233;tend que les &#233;tudes sont \ un ticket pour la libert&#233; // que tes ann&#233;es de souffrance seront vite oubli&#233;es, que pour elle il n'y a pas eu d'&#233;chappatoire style BP, qu'apr&#232;s avoir d&#233;croch&#233; son bac &#224; toutes forces elle s'est trouv&#233;e compl&#232;tement d&#233;sorient&#233;e &#224; chercher des boulots de caissi&#232;re \ mise dans la t&#234;te de se tirer de chez sa m&#232;re et qu'&#233;tudier c'&#233;tait un truc pour plus tard. Dans l'imm&#233;diat \ gagner son bifteck // la lib&#233;rait de parents divorc&#233;s qui n'avaient jamais eu les moyens \ moins inquiets d'ailleurs, les parents, qu'elle ne l'&#233;tait, elle, au sujet du petit fr&#232;re Romuald qui glandait au lyc&#233;e \ toutes ces banalit&#233;s qu'elle aurait pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas aligner, a-t-elle dit, mais auxquelles l'&#233;cole fait la haie d'honneur, as-tu abond&#233; : te d&#233;courageant par la s&#233;lection, te spoliant des soi-disant bonnes fili&#232;res, distribuant l'ennui comme nulle part ailleurs \ &#224; n'y pas tenir. J'aurais aussi bien d&#251; m'abstenir, ne pas avouer que chez moi la d&#233;sertion &#233;tait devenue r&#233;flexe, s&#233;chant les cours sans plus m'en apercevoir \ que plus rien ne coulait, sauf moi bien s&#251;r, &#224; pic ! Du coup, je suis apparu comme un enfant g&#226;t&#233; \ les comme toi sont favoris&#233;s // a souri Sophie \ inadapt&#233;s peut-&#234;tre mais des gens bien t'&#233;coutent et finissent par te reconna&#238;tre une utilit&#233; / exploiter ton originalit&#233;, sonder tes capacit&#233;s // J'avoue, tes capacit&#233;s les int&#233;ressent. Ils disent pouvoir t'aider : tu es sain et sauf. Carapelli pr&#233;tend que si toutes les &#233;coles fonctionnaient sur le mod&#232;le BP, l'humanit&#233; s'apaiserait durablement \ comme au Bhoutan probable. Pour le moment, l'humanit&#233; n'ayant d'yeux que pour l'&#233;conomie, tu attends de ses rejetons qu'ils fassent tourner, que Sophie et Romuald s'enrichissent un minimum et continuent d'enrichir un maximum les plus m&#233;chamment cons. Si tu veux la faire pleurer, l'humanit&#233;, il faut y aller fort : enfant, si tu portes ce qu'il faut d'h&#233;r&#233;dit&#233; et de tares, malade g&#233;n&#233;tique, &#231;a ne marche pas trop mal. Bizarrement les pr&#233;coces ont aussi la carte \ les bourgeois qui se reproduisent sur le tard ont tendance &#224; sacraliser l'intelligence, &#224; postuler que leurs rejetons sont sp&#233;ciaux \ m&#234;me s'il n'y a rien de sp&#233;cial &#224; &#234;tre quelqu'un de sp&#233;cial, &#231;a le fait. Si tu veux plaire, paye ta bosse des maths, souffre un bon peu et sois original ! La moyenne n'a aucun attrait, mais ceux dans ton genre avec leur PROBL&#200;ME D'INCOMMUNICABILIT&#201; il n'y a pas mieux. Les math&#233;matiques peuvent attendre, la psychologie d'abord \ &#234;tre intelligent voil&#224; le probl&#232;me majeur ! il n'y a qu'&#224; voir les reportages, les livres et tout : mettre au monde un gamin autiste atypique ? chanm&#233; ! Le top du cool serait le pr&#233;coce &#224; la Baumann l&#233;g&#232;rement atteint, avec une touche d'hypersensibilit&#233; \ dommage qu'&#224; Lisbeth ce soit trop pas son kif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D&#233;ficit de l'attention, hyperactivit&#233;, trouble oppositionnel avec provocation, le TOP of course ! Celui-l&#224; est pour toi : trouble explosif intermittent \ du spectacle ? Ils sont tout public vraiment ! Mon pauvre Peter, je crains que tes insomnies et ton humeur de chien ne s'am&#233;liorent pas mais c'est fait : tu es inscrit &#224; Blaise Pascal //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, la mode du surdou&#233; atteint vite ses limites et tu te retrouves avec Oscar, un troll qui te pourrit l'existence \ le seul autiste vraiment s&#233;rieux de mon groupe &#224; BP \ le QI tellement d&#233;velopp&#233; qu'il arrive &#224; compenser tous ses troubles : il s'analyse comme un dingue, ses d&#233;ficits et tout, genre extralucide, et il g&#232;re. Avec lui tu ne sais pas ce qui est facile, c'est comme s'il portait un masque \ pour &#231;a que nous ne sommes pas amis, il ne retire jamais son masque \ je retiens seulement qu'il est d'origine argentine, qu'il parle quatre ou cinq langues sans baver et sans accent et qu'il aime bien passer de l'une &#224; l'autre d&#232;s qu'il est en pr&#233;sence d'un interlocuteur valable, la faconde camouflant l'impr&#233;cision \ une autre barri&#232;re &#224; notre amiti&#233;, focalis&#233; que je suis sur la pr&#233;cision du fran&#231;ais et la tournure de ses phrases, un peu born&#233; sous cet angle j'avoue. S&#251;r que tu passes pour un idiot &#224; BP avec seulement le fran&#231;ais et l'anglais, mais je pr&#233;f&#232;re &#234;tre limit&#233; qu'avoir &#224; endurer la souffrance d'Oscar \ c'&#233;tait &#233;crit &#1605;&#1603;&#1578;&#1608;&#1576; : tu collectionneras les p&#233;rip&#233;ties romanesques, pas les idiomes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Chacun son lot // dit Oscar, le genre d'expression que m&#234;me Eileen trouve p&#233;rim&#233;. L'angoisse ! &#231;a et les trucs chelous qu'il confie &#224; Augustin : que son intellect hyperactif lui permet de fonctionner avec un minimum de n&#233;vroses \ que c'est devenu une force. Mettons ! mais est-ce que &#231;a justifie ce foin autour des pr&#233;coces ? Plut&#244;t envie de fuir \ que tant de frustr&#233;s s'en r&#233;jouissent comme du nec plus ultra ! Comme si se fader un gamin pr&#233;coce &#233;tait la reconnaissance ultime \ bonjour l'ego \ comme si pour changer le monde il suffisait de \ faire d&#233;tecter // ton gniard avant qu'il ait dit ouf ! Et wazy de r&#234;ver aux futurs prodiges \ j'avoue, moi, ce n'est pas Lisbeth qui m'aura emmerd&#233; : si je n'avais pas gravement foir&#233;, si les autorit&#233;s ne l'avaient pas convoqu&#233;e, s&#251;r qu'elle m'aurait laiss&#233; v&#233;g&#233;ter tranquille. Idem elle cartonne en sciences mais faire de la recherche ne l'a jamais branch&#233;e \ alors te pousser &#224; l'&#233;tude ! Elle doit penser que tu t'&#233;l&#232;ves tout seul ou s'en remettre &#224; Eileen \ ce qui n'en fait pas une m&#232;re indigne mais pas non plus hyperfusionnelle du coup. Toujours est-il qu'elle me paye BP et qu'&#224; BP on te bichonne &#224; te g&#226;cher le plaisir de s&#233;cher les cours. Tout est pens&#233;, discut&#233;, adapt&#233;, pour que tu te sentes comme un poisson dans l'eau, et vu que rien n'est obligatoire, tu te retrouves un peu coinc&#233; : forc&#233; de profiter en somme. Et s'il arrive que de leur c&#244;t&#233; ils s&#232;chent \ d'un point de vue p&#233;dagogique \ c'est toi le premier consul\t&#233;, comme si tu &#233;tais le Napol&#233;on Mbapp&#233; de l'&#233;ducation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cher Peter ? quels rectificatifs pensez-vous que notre &#233;tablissement doive apporter &#224; votre cursus //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout ailleurs tu prendrais la question au dixi&#232;me degr&#233;, &#224; BP \ aucune connotation sarcastique / allez-y ! dites // &#199;a te laisse sur le cul tellement c'est loin de ce que tu as pu conna&#238;tre, tu en perdrais l'habitude de ne pas &#234;tre &#224; l'heure ! J'avoue, pointer m'ayant toujours gonfl&#233;, j'ai &#233;t&#233; mille fois l'ennemi des profs et des administrations \ refus&#233; en cours pour un malheureux quart d'heure de d&#233;calage. R&#226;lant. Quand c'est &#224; toi qu'il incombe de rappeler l'emploi du temps, compliqu&#233; d'&#234;tre en retard ! en plus qu'&#224; BP les profs se foutent de rien commencer comme pr&#233;vu : un cauchemar pour un gadjo comme Oscar qui aime tant compter le temps \ du coup lui a droit &#224; un agenda sur mesure, il fait trop piti&#233; \ s&#251;r qu'il ne cautionne pas l'esprit, ce spectacle autour \ rageux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Carapelli est le premier &#224; t'accorder \ que Sophie m'accorde que si tu te plies &#224; toutes les normes \ la ponctualit&#233; par exemple \ eh ! bien tu es perdu pour la France : tu n'int&#233;resses plus personne ! Si tu ne r&#233;sistes pas un maximum, ni BP ni rien de vraiment cool ne te feront une place ! tu peux crever noy&#233; tu seras, sous des flots de banalit&#233; et d'ennui, entra&#238;n&#233; dans le troupeau des abrutis, &#233;cras&#233; par la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Mais si ! je t'assure // ai-je assur&#233;, insoucieux que mes descriptions carapelliennes d'une jeunesse perdue aient pu &#224; certains &#233;gards agacer Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Perdue et pour seul progr&#232;s toujours plus de banalit&#233; et d'ennui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De quoi tu parles ? tu n'as pas l'air de t'ennuyer //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'avais pas trop bu, un gin et apr&#232;s ? J'avoue ! un verre suffit &#224; te translater de la timidit&#233; &#224; l'impudence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu sais bien : internet, la t&#233;l&#233;, le bruit, le t&#233;l&#233;phone, les tablettes, le prurit de l'info et des flash mobs / facebook, twitter, la fatale cohorte &#224; virus // as-tu bafouill&#233;, soignant autant que possible ta pose de subversif \ surdou&#233; \ sorti du troupeau \ autoris&#233; &#224; d&#233;conner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne suis pas tr&#232;s accro &#224; mon iPhone // a-t-elle r&#233;pondu comme pour me tranquilliser \ mais c'est pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Profite ! Demain tout aura disparu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ! la t&#233;l&#233; ? facebook c'est parti pour durer non ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! la t&#233;l&#233; / c'est comme s'ils n'existaient d&#233;j&#224; plus et que personne ne les regrettait ces animateurs de foire, ces poup&#233;es, ces peoples qui squattaient chez toi, proprement brillants, plein d'humour et tout / de bonne humeur / aussi intelligents qu'un t&#233;l&#233;phone, sauf que tu n'as plus besoin de personne pour te brancher au direct&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il y a les influenceurs, hi ! le t&#233;l&#233;phone ne remplace pas tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Demain des noces grin&#231;antes nous uniront &#224; la machine comme dit Ferrand&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Diff&#233;rent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Augustin Ferrand / un copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu ne serais pas en train de radoter ? comme un vieux con //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; elle a explos&#233; de rire comme &#231;a peut arriver quand les nerfs l&#226;chent devant une t&#233;l&#233; ou un t&#233;l&#233;phone \ au d&#233;bat des pr&#233;sidentielles ? En vrai il n'a rien de dr&#244;le le Gu quand il d&#233;lire que le salut c'est l'augmentation : un corps d&#233;sint&#233;gr&#233; et reconstruit en plus solide gr&#226;ce &#224; la machine \ quand il te provoque avec son sourire en coin, genre sadique, mieux vaut l'esquiver, lui, ses robots, ses hybrides et son manque d'humour \ les noces grin&#231;antes // c'est de moi : Gu, tu lui ajoutes une note de po&#233;sie, &#231;a fait tout de suite rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est comme &#231;a que tu dragues les filles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne drague pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ N'emp&#234;che ! tu m'as scotch&#233;e. Moi qui pensais que les mecs dans ton genre adoraient les machines / ou alors je n'ai rien compris&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je ne suis pas du genre / je suis ton genre, ai-je soupir&#233; / jamais &#233;t&#233; dans ce d&#233;lire, les &#233;crans, tous ces trucs / je m'en sers &#233;videmment mais la technologie ne m'a jamais fascin&#233; / sauf que tu ne peux pas fermer les yeux / ou partir faire des maths sur une &#238;le d&#233;serte //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie &#233;tait encore &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je te vois bien comme un furieux sur ton &#238;le&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis d&#233;j&#224; suffisamment &#224; part / non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu m'enverrais des selfies !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ni selfie, ni texto, tu viendrais avec moi //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait balanc&#233;. Adieu les selfies, la compta de tes likes, les alertes promos de l&#233;gumes bio sur Amazon ! putain dar. J'ai regard&#233; un reste de glace fondre dans mon verre presque vide, attendant que Sophie r&#233;cup&#232;re son s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as raison / l'avenir n'est peut-&#234;tre pas si minable // a-t-elle myst&#233;rieusement conclu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi n'avoir pas alors vant&#233; ses beaux yeux ? fait le lien avec la beaut&#233; de l'espace, la th&#233;orie des super-cordes, les multivers \ au lieu de cracher sur l'e-monde, l'e-m&#233;dia, l'e-dioty, l'embecellet&#233; uneverselle, &#233;cervel&#233; ! tu critiques tout comme un petit facho \ un compliment t'aurait &#233;corch&#233; ? La prochaine fois allonge un valable ou la gow finira par manquer d'humour ! C'est quoi ton probl&#232;me &#224; toujours digresser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ton truc, c'est le ciel ! Tu pr&#233;f&#233;reras toujours le ciel // proph&#233;tisait la corrosive Lisbeth quand je d&#233;crochais de ses exercices de math, les yeux trop longtemps fix&#233;s au plafond \ le moyen de dissimuler ton incapacit&#233; ou de feignasser quand, &#224; la &#233;ni&#232;me &#233;quation &#224; r&#233;soudre que te file ta m&#232;re, l'inspiration vient &#224; manquer \ kikou j'avoue. Jamais Lisbeth n'a &#233;t&#233; dupe, elle faisait comme si \ feignait n'y voir que du feu \ comme si tu levais les yeux pour contempler la nuit &#233;toil&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Toujours la t&#234;te dans les &#233;toiles // insistait-elle alors que nous nous croisions il y a encore quelques jours &#224; Londres \ en coup de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'aurais &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;e que tu ne te passionnes pas pour l'astrophysique //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi de la plupart des m&#232;res, bloqu&#233;es sur un seul mode \ m&#234;me la mienne, la plus d&#233;tach&#233;e des obligations maternelles, la plus scientifique, s'invente des signes pour soulager ses doutes \ des mill&#233;naires que dure l'angoisse : trop tard pour en vouloir aux m&#232;res ! As-tu seulement tent&#233; de te pendre ou m&#234;me gratt&#233; une guitare avant de te passionner pour les supercordes ? J'avoue, exactement le genre d'ineptie qui inqui&#232;te les m&#232;res pour rien \ la vanne foireuse que tu regrettes imm&#233;diatement. Essaie au moins une fois d'&#234;tre attentif aux signes annonciateurs au lieu de crier b&#234;tement &#224; la superstition ! Sauf que le zodiaque m'&#233;nerve \ pas le bienvenu dans la maison \ jamais entr&#233; dans ma passion astronomique \ trop pas de temps pour un th&#232;me astral parce que r&#234;veur ou non, les supercordes t'occupent H 24 et en vrai l'espace-temps est infiniment plus surprenant que les voyantes les plus voyantes \ oublie Ella et son Yi-King, oublie Eileen et ses tarots ! putain de d&#233;lire les supercordes ! j'y reviendrai &#224; n'en pas douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'heure, brinquebalant dans l'intercit&#233;s, admets que la science passe au second plan ! Obnubil&#233; par les &#233;chos du rire de Sophie comme un sortil&#232;ge te t&#233;l&#233;portant &#224; la grande villa du bord de mer, tu zappes le d&#233;fil&#233; serr&#233; des gares de banlieues, &#224; peine distrait par la br&#232;ve lumi&#232;re des quais. Les nuits ordinaires o&#249; te d&#233;fie l'insomnie, tu alignes des &#233;quations jusqu'&#224; ce que le sommeil te gagne. Au bout d'un nombre assez consid&#233;rable &#231;a fonctionne. Pas ici. J'avoue ! pour qui a horreur des maths, vouloir tout r&#233;soudre par des &#233;quations para&#238;t un enfer, mais pour qui les sciences murmurent amicalement dans le creux de l'oreille c'est un biais incroyablement apaisant \ disons que relier chaque moment de l'existence &#224; une base scientifique me d&#233;tend \ j'aime reposer sur une base scientifique \ la masse de l'univers, combien de sucres dans un caf&#233; ? s&#233;rieux ! tu trouves &#224; occuper l'esprit \ sauf que l&#224; z&#233;ro ! le syst&#232;me est en rade : par quelle &#233;quation parvenir &#224; S ? dans quelle lointaine banlieue seras-tu alpaguer par les flics ou je ne sais qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Honn&#234;tement, &#224; l'instant t, je ne m'en fiche pas qu'un peu du nombre et des fonctions d&#233;riv&#233;es \ d'aucun secours \ je cale largu&#233; putain et faute de pouvoir d&#233;terminer l'&#233;quation de ma tangente aux courbes de S, je crains que soit pass&#233;e toute envie de dormir \ trop remu&#233; pour me concentrer sur autre chose que l'heure &#224; venir : l'emploi du taxi, le d&#233;tour ou non vers \ le sun // la bo&#238;te o&#249; chante S&#339;ur Ella quand elle se produit &#224; Paname avec Tohotaua, et puis trouver un endroit o&#249; dormir quelques heures, pas dehors si possible \ trop pas aguerri le Peter angoisse. Dommage de ne pas avoir le go&#251;t de l'impro comme ma s&#339;ur ! J'avoue, Ella peut bien me traiter de maniaque \ me reprocher de vouloir tout pr&#233;m&#233;diter \ sauf que cette fois s&#339;urette ! tu seras surprise. Ton fr&#233;rot n'en est pourtant pas &#224; sa premi&#232;re &#233;quip&#233;e, mais tant de pr&#233;cipitation lui ressemble si peu \ et que je m'&#233;prenne d'une de tes copines alors qu'en g&#233;n&#233;ral, au bout de quelques mots, l'indiff&#233;rence me d&#233;tourne des gens que tu t'ent&#234;tes &#224; me pr&#233;senter. Ella hallucinera \ ou bien, de sa voix la plus rauque, elle n'aura que ce petit \ oh // de surprise, prolong&#233; d'un souffle de g&#234;ne, assorti d'un \ pas possible // pourvu qu'elle se rappelle m'avoir pr&#233;sent&#233; Sophie ! car Ella oublie vite \ &#224; se demander comment elle retient une chanson ! Moi maintenant je me souviens : la maison en bord de mer c'&#233;tait aussi l'occasion de f&#234;ter son d&#233;part pour l'Angleterre, un passage plus m&#233;morable que les pr&#233;c&#233;dents parce qu'elle comptait s'installer &#224; Londres une ann&#233;e minimum \ aux derni&#232;res nouvelles &#231;a a capot&#233; \ &#233;videmment. Faut-il encore parler de la destin&#233;e impr&#233;visible d'Ella ! Le coq &#224; l'&#226;ne est le pi&#232;ge le plus aga&#231;ant de la litt&#233;rature : tu bifurques, tu t'&#233;gares, tu ne d&#233;couvres qu'au bout d'un pav&#233; le pot aux roses que tu aurais aussi bien capt&#233; en page 3 \ bizarre comme tu te laisses encore avoir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, les biblioth&#232;ques sont le rep&#232;re des captains obvious, les ressorts de roman tellement &#233;vidents que tu h&#233;sites toujours dans les cours de Cl&#233;menti \ quand tu veux intervenir, mettre la vieille Ph&#232;dre et son jeune Racine au carr&#233;, v&#233;rifier l'intuition de l'espace-temps que tu as au th&#233;&#226;tre, il est trop tard, l'analyse est b&#226;cl&#233;e par les autres, Cl&#233;menti pass&#233;e &#224; Roland Barthes ! paragraphe suivant \ tu rates trop l'occasion, distrait par trop de pens&#233;es inutiles \ trop. &#199;a que Carapelli appelle l'esprit d'escalier. Il m'a cit&#233; un tas d'exemples de maladroits dans mon genre, mais en vrai il ne s'explique pas mon mutisme en mati&#232;re litt&#233;raire ni la raison pour laquelle en revanche, en sciences, en ses cours &#224; lui, je saute toujours les &#233;tapes pour blablater ! et il doit me reprocher de vendre la m&#232;che trop vite, de ne pas savoir valoriser mon raisonnement etc \ un myst&#232;re. Lui j'avoue ne rate jamais l'occasion de digresser ! en plein milieu d'un exercice de g&#233;om&#233;trie dans l'espace il part sur les Confessions de Rousseau \ de ceux qui se lamentent sur leur esprit d'escalier \ et pfft le Carapelli, envol&#233; au dix-huiti&#232;me ! se fiche complet de r&#233;atterrir \ tu n'as plus qu'&#224; attendre devant ton cube et ton t&#233;tra&#232;dre qu'il revienne parmi les vivants \ mode pragmatique \ se rappelle que le temps est compt&#233; \ que toutes les heures qu'il perd &#224; ressusciter des anc&#234;tres &#224; la con te sont d&#233;compt&#233;es \ merde \ la vie est courte \ h&#226;tons-nous aujourd'hui de jouir de la vie Nathalie ! qui sait si nous serons demain // &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pourquoi je m'en tiens au peu que je sais de la Sophie des Hauts \ la dispense des Racine, Rousseau, S&#233;gur et Cie \ et la rejoignant au plus vite, tente de mener l'histoire &#224; bon port et sans d&#233;tours. Pour le coup, tu as le libre arbitre, tu peux contredire l'&#233;vidence, te fabriquer les lois qui vont bien, l'&#233;quation qui d&#233;range le moins possible tes d&#233;sirs \ c'est le moment de d&#233;roger &#224; ta r&#232;gle, habill&#233;e de mauvaise foi toute d&#233;monstration fera l'affaire, te persuadera que Sophie et toi c'est oblig&#233; alors que si &#231;a se trouve tu te fais un film \ ton ind&#233;cision sera r&#233;solue par l'axiome \ aberration psychologique de l'&#233;pris // dont l'&#233;nonc&#233; est des plus simples : toute implication i dans une histoire d'amour ha induit une marge d'erreur impr&#233;visible x, un quota de conneries &#224; chacun de tes actes q et ce en proportion de ta sensibilit&#233; qq. J'avoue, ce genre d'axiome te coince dans un compartiment du moyen &#226;ge avec ce schlag endormi bouche b&#233;e devant un &#233;cran bleut&#233; qui s'assombrit et se r&#233;claire &#224; tout bout de champ \ mais en vrai n'importe qui aurait t&#226;t&#233; le terrain un minimum, ne serait-ce que d'un seul texto : l'effet de surprise peut bien te sembler l'arme la plus efficace, le meilleur moyen de n&#233;gocier le tournant d&#233;cisif avec Sophie, qui la fera c&#233;der perdre la route&#8230; si tu t'en tiens aux faits, tu es seul &#224; danser le tango. La gow s'est-elle manifest&#233;e depuis que vous avez &#233;chang&#233; vos z&#233;ro six et promis la revoyure ? Nullement. Un z&#233;ro six de fin de soir&#233;e vaut-il un serment ? Trop pas \ sauf peut-&#234;tre celui de celle qui au beau milieu d'un accident nucl&#233;aire te glisse un truc du genre \ nous avons d&#233;cid&#233;ment trop d'atomes crochus // Et aussi rien ne la for&#231;ait dans ses &#233;clats de rire &#224; d&#233;clarer vouloir t'&#233;pouser dans l'instant, pas de vanne sans un fond s&#233;rieux. J'avoue, sans doute toi et ton probl&#232;me d'escalier vous refusez-vous &#224; \ une badinerie sans lendemain // comme aurait dit Rousseau ? mais il y a surtout le baiser. Le baiser encourage l'imagination &#224; &#233;chafauder des plans \ embrasser les apparences. Le baiser valide le billet intercit&#233;s et toutes les conneries &#224; venir \ m&#234;me s'il ne dure que deux secondes, suivi dans la pr&#233;cipitation d'un \ au revoir &#224; bient&#244;t // parce que des Parisiens lui ont propos&#233; de la reconduire CHEZ ELLE &#192; LA CAPITALE. Cet aurevoir&#224;bient&#244;t sur ce court bec auquel tes l&#232;vres n'ont m&#234;me pas le temps de r&#233;agir c'est abus&#233; ! une provocation. Quoi ? tu aurais pari&#233; sur des adieux banals avec serrement de c&#339;ur, pas ce petit bec mouill&#233; qui te fait rougir jusqu'&#224; la racine des cheveux \ mais &#224; pr&#233;sent que tu t'y cramponnes, ce bec est logique, point d'orgue d'une soir&#233;e qui n'a pas d&#233;vi&#233;, o&#249; elle n'est pas all&#233;e danser de son c&#244;t&#233; et toi n'es pas comme &#224; l'accoutum&#233;e redescendu de ton nuage, doucement refroidi, r&#233;fugi&#233; dans une encoignure de la grande maison. Non, vous &#234;tes rest&#233;s coll&#233;s &#224; p&#233;rorer \ osmose \ et m&#234;me si apr&#232;s l'aurevoir&#224;bient&#244;t ce petit baiser d'eau fra&#238;che est fa&#231;on de conclure impulsivement, sans rendez-vous, sans promesse, sans rien de pr&#233;cis pour l'avenir, une fantaisie sans aucun avenir, il appelle la r&#233;cidive \ une histoire \ pour toi l'exp&#233;rience qui renvoie au n&#233;ant les pr&#233;c&#233;dents d&#233;sastreux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-elle &#233;t&#233; volage ? Assur&#233;ment \ toi, affranchi d'un lien plus ancien, de promesses vieilles d'un an qui n'auraient jamais &#233;t&#233; tenues parce que Caro retournait sagement dans son lyc&#233;e parisien et toi pas, qu'elle avait trop bu sans parvenir pour autant &#224; se d&#233;coincer et toi pas mieux, frustr&#233; par une fellatio interrupta, Caro un peu p&#226;le refusant alors tes caresses maladroites \ tu tireras un trait sur le pass&#233;. Sophie, habile, r&#233;parera ton manque d'ouverture au monde sensuel. Tu seras relanc&#233; sur de bonnes bases. En retour certain tu l'aideras en math, mati&#232;re qu'elle redoute par-dessus tout dans son stage. Le premier cours particulier se payera d'un deuxi&#232;me baiser \ un autre prolong&#233; \ des cadeaux &#224; foison. Tu ne peux plus faire machine arri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
PERSONNE NE FAIT MACHINE ARRI&#200;RE \ projet&#233; vers un destin funeste, tu jouiras de ta fortune comme Byron le corsaire \ Casanova de Venise. Emprunte leur f\o\ugue, tu trouveras le second souffle ! Mise &#224; donf sur la surprise et d&#233;barquant sans pr&#233;venir, tu poseras la touche romantique &#224; laquelle aucune femme ne r&#233;siste ! le pire clich&#233; se r&#233;v&#233;lant souvent \ en premi&#232;re intention \ une arme infaillible. Seul un idiot comme Augustin peut me rire au nez quand pour justifier quoi ? le barda vite fait, l'impossibilit&#233; de pr&#233;senter de concert l'expos&#233; pr&#233;vu, malheur ! j'all&#232;gue encore mon voyage vers Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oublie ! elle avait trop bu ou trop fum&#233; voil&#224; tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas &#224; toi que &#231;a arrive t&#234;te de mort //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fa&#231;on dont je l'ai trait&#233; le Gu, il a trouv&#233; que pour un qui ch&#226;tiait son langage je m'&#233;garais facilement, qu'une bonne baffe me remettrait en place et l'a fournie \ une tape sur la joue au final, sans poids, d'autant plus m&#233;prisante. J'ai voulu r&#233;pliquer mais il est trop fort \ il ne le para&#238;t pas mais c'est peut-&#234;tre le plus costaud du bahut avec ses airs de geek \ plus costaud que Delporte mine de rien \ deux ans de plus que toi et il fait du sport ce con, du judo ou quelque chose \ bref ! il a esquiv&#233;, m'a d&#233;s&#233;quilibr&#233; et maintenu &#233;trangl&#233; sur le parquet du couloir jusqu'&#224; ce que je jure d'arr&#234;ter \ arr&#234;ter quoi ? Nous ne nous parlerons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, je ne regrette pas de me tirer de cet enfer ! m'accorder une petite p&#233;riode de vacances suppl&#233;mentaire loin de ces z&#232;bres \ filles et gar&#231;ons te cassent les couilles pour que tu sauves la couche d'ozone, leurs amis les animaux et tout, et ne sont m&#234;me pas capables de se tenir eux-m&#234;mes. Que leur survie \ leur moindre intention d&#233;pendent d'une foule de gens &#224; leur service ne les emp&#234;che pas de penser qu'ils ont le pouvoir de sauver la plan&#232;te \ malgr&#233; les nerfs fragiles et tout \ que &#231;a ira mieux d&#232;s qu'ils s'y mettront \ quand ils le sentiront \ d&#232;s que &#231;a gazera dans leur t&#234;te ou qu'ils auront leur doctorat&#8230; mais pas d'urgence &#224; sortir le respirer ce vieux monde pr&#233;tendument en danger ! et comment ne pas reculer ? sauf &#224; aimer l'odeur de macchab \ je veux dire que c'est mort \ notre royaume \ le temps o&#249; tu imaginais de la Californie un peu partout, te faire conduire dans des limos, am&#233;liorer les situations, f&#234;ter de p&#233;riodiques augmentations autour d'un ap&#233;ritif en contemplant la beaut&#233; de l'Oc&#233;an&#8230; T'inqui&#232;te ! le monde te survivra sans probl&#232;me \ plus de souci ni de place &#224; se faire, tu peux L&#194;CHER PRISE, fini Hollywood l'Eldorado \ sheh ! we weren't the real kings. &#201;videmment que tu n'as pas envie de sortir de ton petit palais, mon gadjo : tu gobes du m&#233;dia et tu restes au chaud \ blablabla que tu es trop sensible ~en voie d'extinction va savoir ! schizo surtout. Oh ! tu n'as pas le beau r&#244;le \ pas hyper press&#233; de sauter de l'avion sans parachute \ un petit safari touristique passe encore ! mais le \ retour &#224; la terre // courir toute l'ann&#233;e la savane avec les bestiaux pour retrouver du sens : mort ! Coinc&#233;. Il n'y a que l'amour pour te sortir la t&#234;te du cul de la torpeur \ miser un aller-simple sur le succ&#232;s \ pas que je me fiche du retour au lyc&#233;e, je me connais, le s&#233;rieux, je pense &#224; mes chers professeurs, mais culpabiliser, non ! ni remords ni regret, il sera toujours temps de remonter &#224; la surface \ dans un mois ? donner signe de vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourvu qu'Ella tienne sa langue, tout ira bien. Qu'elle n'alerte pas Lisbeth comme chaque fois avec ses messages &#224; la noix ! En m&#234;me temps il en faut beaucoup pour l'affoler ma m&#232;re \ Peter encore barr&#233; ? et alors // depuis qu'elle a d&#233;cr&#233;t&#233; qu'avec mon \ bon fond // je savais respecter les limites \ sans dire lesquelles pour globalement &#233;viter de se faire du souci \ pas de sermon, elle me passe tout. En vrai s'il y en a une qui entretient de mauvais d&#233;mons \ l'am&#232;re ancolie \ 7 Ella. Moi compar&#233; je suis un ange \ pas hypocrite non plus : jamais cach&#233; mes pr&#233;dispositions de fugueur \ TuTiensDeTonP&#232;re // redit Lisbeth, pas un ange, instable mais au final plus facile &#224; \ g&#233;rer // plus asocial mais moins grande gueule qu'Ella \ j'avoue. Or le poncif qui s'accole le plus souvent aux agit&#233;s dans mon genre LES ASOCIAUX c'est leur caract&#232;re difficile, et donc, paradoxalement, mes bonnes mani&#232;res sonnent faux \ importunes. Les agit&#233;s dans ton genre ne sont ni bien &#233;lev&#233;s, ni gentils \ &#224; la limite de la l&#232;che avec les profs dira Delporte \ lui c'est diff&#233;rent : carr&#233;ment faux-cul \ encore un que j'aimerais massacrer \ plus &#224; ma port&#233;e qu'Augustin d'un point de vue physique. Quoi ? tu peux restes fonci&#232;rement gentil, m&#234;me progresser en douceur tout en te frottant &#224; la baston au noble art de la boxe \ la recherche d'un standard amical entre coreligionnaires n'emp&#234;che pas certaines frictions \ tu ne vis pas au Bhoutan ! Je ch&#226;tie, j'avoue ! et la l&#232;che non, les discours hypocrites, je ne supporte pas \ ni les phrases inutiles. &#192; une &#233;poque tu as eu la langue bien pendue, besoin de parler sans avoir rien &#224; dire \ exub&#233;rant bavard \ tu es plus r&#233;serv&#233; aujourd'hui. 7 un autre poncif que la pr&#233;cocit&#233;, la rapidit&#233; ou je ne sais quoi s'accompagnent fatalement de probl&#232;mes de communication : il faudrait qu'&#224; BP on soit tous un peu comme Oscar, sinon autistes \ artistes ? au minimum dyslexiques, comme si tu ne pouvais aller plus vite que la musique sans te payer de fausses notes ou un diagnostic &#224; la Hawking \ pas oblig&#233;. J'avoue, la vie est peut-&#234;tre une longue maladie, mais de l&#224; &#224; prendre au s&#233;rieux toutes les pathologies qui rangent les d&#233;rang&#233;s, il y a une marge. Le manuel diagnostique te dit au mieux atypique, borderline, &#224; quoi &#231;a sert sinon nourrir les psys et les &#233;ducsp&#233;s qui vivent de ta mis&#232;re ? La bosse des maths suffit &#224; ton bonheur \ bien assez encombrante sans rire \ elle te pousse &#224; suffisamment d'extr&#233;mit&#233;s, cette bosse qui pousse en m&#234;me temps que la sensibilit&#233; qui est l'intelligence qui est la lucidit&#233; \ qui est une mal&#233;diction car tout &#233;merveille et l'&#233;merveillement fait long feu. En vrai, tu pleures tous les matins que les animaux ont disparu, que le beau spectacle s'effrite merguez avec ses paillettes, ses cris sauvages et ses couchers de soleil, car la tare des maths est en ceci pesante qu'elle ne te sert qu'&#224; recompter la facture, et vu qu'&#224; chaque avanc&#233;e de l'esp&#232;ce, la belle boutique est revisit&#233;e &#224; coup de pioche, l'envie te passe de t'appesantir sur les sous-ensembles \ juste envie de tout fourguer au feu \ juste d&#233;sirer d&#233;sob&#233;ir et rejoindre Sophie \ surseoir serait insens&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'embarras avec les r&#233;cits adolescents, c'est leur petite ritournelle d&#233;sesp&#233;r&#233;e \ laisse aux po&#232;tes les arbres qu'on abat, la souffrance et les sonnettes d'alarme, les blessures de l'amour propre et la connerie universelle qui pousse au d&#233;sespoir ! J'avoue, si tu traines alentour putain ! la gueule : toutes ces populations v&#233;rol&#233;es avec la peur de mourir \ mais si tu mets des &#339;ill&#232;res, que tu vas droit au but, en bon fran&#231;ais, avec les formules de politesse et tout, non seulement tu zapperas la mis&#232;re mais tu seras trait&#233; correctement par les dieux de l'audace. Assez pi&#233;tin&#233;, tu vas agir un minimum, ne plus seulement revendiquer \ ne parler que pour servir des pr&#233;occupations &#233;go&#239;stes \ pas le bout du monde ! J'avoue, possible qu'&#224; BP on me trouve un tantinet r&#233;ac, les copains parfois m&#234;me les profs \ mon jargon n'arrange rien \ qu'est-ce que j'y peux ? Un d&#233;faut d'&#233;locution b&#233;gaiement zozotage dissiperaient la g&#234;ne, tes phrases bizarres passeraient pour des b&#233;quilles expr&#232;s, anti-d&#233;faut, mais ne b&#233;gaye ni ne zozote, n'enrichis d'aucun trouble la case \ inadapt&#233; // rien &#224; surveiller sp&#233;cialement sinon cette petite tendance maniaco-d&#233;pressive oh ! pas exceptionnelle : dans un vingt et uni&#232;me aussi brillant une d&#233;pression c'est le rhume de l'hiver. Au final ce qui ailleurs ferait ta SINGULARIT&#201; passe &#224; BP pour une donn&#233;e basique, indigne d'un v&#233;ritable talent, au mieux un effet mineur, collat&#233;ral de l'impatience qui conduit &#224; sauter les &#233;tapes, arriver plus vite \ mais tous pareils &#224; BP de ce point de vue, des bolides plus ou moins. Except that I know, tous nous devrions ralentir, calmer le jeu, ne pas mourir avant d'avoir exist&#233; \ ce &#224; quoi te servent les phrases en vieux fran&#231;ais : canaliser, temp&#233;rer le feu, passer le temps \ l'oiseau trompe ainsi l'ennui entre deux vols \ si tu veux hurler, passe &#224; l'anglais !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas s&#251;r que l'anglais me soit plus \ naturel // mais il se pr&#234;te mieux aux hurlements \ &#224; tes harangues. Tu ne remercieras jamais assez Gramma Eileen de t'avoir inculqu&#233; la grammaire anglaise d&#232;s ta troisi&#232;me ann&#233;e, gr&#226;ce &#224; elle\s\ tu as pu bricoler les rudiments de ta conf&#233;rence universelle &#224; l'&#226;ge o&#249; d'autres empilent des cubes \ placer ton filet dans le grand chaos, mentir, &#234;tre de ton temps, pas tout perdu, pousser la chansonnette sans trop d&#233;ranger tes jouets &#224; coups de pieds \ d&#233;rang&#233; toi, j'avoue, mais pas n&#233;cessairement perdu ! L'&#233;ducation de Gramma a ses d&#233;fauts : elle te place au-dessus, te convainc d'&#234;tre int&#233;ressant, te recommande l'unique, l'important, de ne souffrir qu'une vie meilleure, de l'imposer autour, te condamne presque &#224; devenir un de ces artistes bien connus qui t'empilent des cubes n'importe o&#249; n'importe comment, qui t'imposent leur libert&#233; en br&#251;lant des cath&#233;drales de partout... Sauf que Lisbeth a allum&#233; le contre-feu \mal\heureusement remis vite fait les pendules &#224; l'heure et, quand il s'est agi du fran&#231;ais, tu as compris qu'on ne plaisantait pas avec la langue, qu'en fran&#231;ais langue maternelle tu aurais surtout &#224; te taire et abr&#233;ger. Lisbeth aime la rusticit&#233; ~mais gravir les sommets en sautillant \ les sentiers escarp&#233;s \ les braises \ plaisanter ne l'int&#233;ressent pas. Pass&#233; au crible, chaque &#233;clat de fran&#231;ais te co&#251;te cher, non que la langue te semble plus difficile que sa cousine anglaise, non, le difficile est dans l'enjeu du sens, le poids que Lisbeth met dans chaque mot \ la s&#233;v&#233;rit&#233; de ses critiques. Si tu te plains de ne pouvoir en placer une, Lisbeth ne t'&#233;coute pas ! Quand tu y vas relax \ rel&#226;ches ton fran&#231;ais dans un sanglot, elle ne s'en &#233;meut pas davantage ! te corrige vertement et sans que tu comprennes pourquoi, te raconte, ce qu'elle tient de William, que chez un certain peuple de Centrafrique, les enfants utilisent une langue diff&#233;rente de celle des adultes, une esp&#232;ce de langue maternelle qui n'a qu'un temps \ quel rapport ? Faut-il que jeunesse prenne ses distances, se replie sur soi, mutique, jusqu'&#224; se sentir autoris&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vieux Philippe D&#233;roi m'a rapport&#233; que mon p&#232;re, sans toujours ciseler son anglais, en bannissait la moindre superfluit&#233; \ mode texto \ et, lecteur de la collection Pl&#233;iade, v&#233;n&#233;rait le fran&#231;ais au point de ne le pratiquer que sous la contrainte \ tu parles d'un h&#233;ritage ! R&#233;sultat, tu induis tout jeunot que tes propos seront limit&#233;s, ta m&#232;re pr&#233;f&#233;rant communiquer par les math&#233;matiques, te challengeant sans cesse comme un ma&#238;tre d'armes. Vous vous escrimez &#224; mort, jusqu'&#224; une certaine normalisation des &#233;changes il y a peu. J'avoue, c'est m&#234;me dingue aujourd'hui comme elle se l&#226;che : pas une minute de s&#233;rieux dans son fran&#231;ais \ encore abrupte en anglais, mais en fran&#231;ais, que des mots hyper trash, avec un genre de col&#232;re qui rode et claque &#224; tous vents \ &#231;a m'horripile, m&#234;me si, soi-disant, rien n'est dirig&#233; contre toi. Tu te forges un foutu caract&#232;re, parce qu'&#233;videmment, pass&#233; l'injustice l'in&#233;galit&#233;, impossible d'&#233;coper le flot d'insultes, tu enregistres, tu compiles les gros mots, et tu ressers le flow de Lisbeth \ en son absence \ &#224; la premi&#232;re occasion. Il faudra du temps avant qu'une grossi&#232;ret&#233; te surprenne, plus de temps encore pour &#233;purer ton langage \ mais tant qu'aupr&#232;s de Sophie tu contr&#244;les, tout ira bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La tangente de Baumann &#8212; I/III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit en 7 chapitres de Pierre Faucomprez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; SlowlyGoesTheNight &gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; Gbayas &gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : Charles J. Sharp, CC BY-SA 4.0 &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://creativecommons.org/license...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
, via Wikimedia Commons&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Chevaux aim&#233;s</title>
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		<dc:date>2023-04-01T17:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme une &#226;me qui s'en va un petit air de fl&#251;te dans l'assembl&#233;e avait &#233;teint les paroles et quelques uns marchant dehors baissaient la t&#234;te sous leurs turbans.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH116/arton2247-71678.jpg?1772189403' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme une &#226;me qui s'en va un petit air de fl&#251;te dans l'assembl&#233;e avait &#233;teint les paroles et quelques uns marchant dehors baissaient la t&#234;te sous leurs turbans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais les chevaux piaffaient dehors, une tension dans le troupeau irritait et de m&#234;me dans l'assembl&#233;e circulaient des jurons. Le cercueil resta dans l'&#233;glise, et quand le musicien chanta &#171; il est parti, ils est parti ! Que les lointains l'accueillent &#187; on entendit des pleurs et quelques g&#233;missements&#8230; Les chevaux foulaient l'herbe verte des pr&#233;s, certains se dirigeaient vers la source des bois, d'autres s'approchaient de la foule rassembl&#233;e o&#249; quelques personnes se levaient et secouaient leurs v&#234;tements. L'air de fl&#251;te avait cess&#233;, c'&#233;tait au tour des tambourins de faire r&#233;sonner les rythmes vari&#233;s de Princesse Augure, Prince Renom et Diable Fortune qui avan&#231;aient venant de trois directions in&#233;gales en &#233;cartant la foule. Le fl&#251;tiste reprit la chanson : &#171; il est parti, il est parti&#8230; &#187; tandis que les chevaux derri&#232;re la cl&#244;ture s'assemblaient silencieusement en observant la foule qui s'&#233;brouait. Par petits groupes se resserraient les liens, des personnes isol&#233;es allaient calmer les chevaux de monte attach&#233;s au mur de l'&#233;glise ou &#224; l'ombre de deux arbres. Derri&#232;re le troupeau ventre contre ventre serr&#233; et immobile arrivaient quelques &#233;talons belliqueux qui poussaient ; les plus jeunes s'esquivaient, de plus vieux r&#233;sistaient ou c&#233;daient le passage, les &#233;talons bient&#244;t furent sur le devant, ils tr&#233;pignaient un peu, un homme muni d'une branche les repoussaient&#8230; Et dans l'assembl&#233;e clairsem&#233;e sur le parvis d'herbe rase s'&#233;levaient des voix plus fortes et quelques cris tandis que s'arrangeaient les groupes. Le pr&#234;tre sortit, leva les bras en direction des chevaux puis s'installa aupr&#232;s des musiciens. Princesse Augure dansa en tournant sur elle-m&#234;me, sa robe volait autour de sa taille fine pendant que Prince Renom jouait l'acrobate tant&#244;t la pr&#233;c&#233;dant, tant&#244;t virevoltant pr&#232;s d'elle, ils avan&#231;aient fendant la foule dont les mouvements incessant produisaient des bousculades que les chevaux semblaient suivre en fr&#233;missant. Quant &#224; Diable Fortune, il ajustait son pantalon de zouave pr&#232;s de l'enclos. Les tambourins battaient un rythme plus soutenu pendant que les gens d&#233;roulaient des tapis et des toiles pour s'installer face au pr&#234;tre et musiciens ; le fl&#251;tiste changea d'instrument et joua un air sombre et lent dont le souffle apaisa les voix et les mouvements&#8230; On rejetait d'une &#233;paule le plis des capes de voyage, on ajustait le voile de cheveux, on posait sur ses genoux les mains aux bagues nombreuses, quelques uns ajustaient le poignard de ceinture, d'autres repoussaient la toile du large pantalon dans les bottes de cuir, on d&#233;posait les fusils aux brides d&#233;cor&#233;es et les sacs de dentelle ; l'air sombre allait son train, le souffle du musicien m&#234;l&#233; aux notes modul&#233;es repoussait &#224; l'extr&#234;me la respiration ; ainsi chacun retenait la sienne et les chevaux &#224; la cl&#244;ture pi&#233;tinaient d'une jambe sur l'autre, les oreilles dress&#233;es et mobiles&#8230; Le ciel &#233;tait sans nuage. &#171; En ce lieu, nous avons go&#251;t&#233; la douceur&#8230; &#187; La voix seule chanta parmi les musiciens silencieux ; quelques hommes approuv&#232;rent &#171; &#244;l&#224;&#224;h ! &#187;. &#171; Nous avons go&#251;t&#233; la douceur mais nos chevaux ont de l'humeur ! Celui qu'on honore &#034;je vais vers toi, fais un pas vers moi&#034;, il doit le dire. Qui va faire ce pas ? Je sens qu'ils sont nerveux, faut-il les calmer. Faut-il calmer l'attente de l'homme d&#233;c&#233;d&#233; ? Qu'a-t-il fait pour en attendre la douceur ? Nous sommes ici dans la douceur ; c'est pour l'aider que nous y sommes&#8230; &#187; Et la fl&#251;te reprend, les tambourins l'accompagnent, les gens bougent un peu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH611/1_euge_ne_delacroix-de25e.jpg?1680375404' width='500' height='611' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le vent, le vent soudain souffle fort sur l'assembl&#233;e, on se serre en silence, les groupes se d&#233;placent &#224; peine, c'est &#224; genoux qu'ils se rapprochent ; on se g&#232;ne, les chevaux frissonnent tandis que les queues fouettent leurs flancs ; les crini&#232;res se soul&#232;vent et s'&#233;bouriffent, les chevaux avec patience observent les gens&#8230; &#171; Nous avons go&#251;t&#233; la douceur, voici le vent du d&#233;saccord. Que vous a fait celui-l&#224; ? Laissez les souffles et ne bougez pas. Nous avons go&#251;t&#233; la douceur, laissons-la, elle calme les humeurs, elle calmera son attente. Il est parti, celui qu'on honore&#8230; &#187; &#171; &#212;l&#224;&#224;h ! &#187; La fl&#251;te reprend l'air l&#233;ger, comme une &#226;me s'en va, la m&#233;lodie passe sur les groupes et se disperse&#8230; Une fine pluie descend du ciel couvert jusqu'&#224; l'horizon d'une &#233;paisseur de gris brumeux qui s'&#233;paissit au-dessus de l'assembl&#233;e. Les t&#234;tes baiss&#233;es remuent peu. &#171; Gens inquiets, supporterez-vous la pluie ? Vous avec go&#251;t&#233; la douceur en ce lieu, ne le quittez pas ! &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici que l'orage se leva et tonna le tonnerre. &#171; Voici ce qui nous vient, n'&#233;gayons pas notre humeur et gardons-lui l'honneur&#8230; &#187; Des &#233;clairs travers&#232;rent le ciel gris, les chevaux flanc &#224; flanc se bouscul&#232;rent et puis soudain la foudre f&#233;rocement craqua au-dessus de l'assembl&#233;e, et soudain les chevaux, les chevaux affol&#233;s pass&#232;rent la barri&#232;re. Sauve qui peut ! Qui peut se sauve ! Les chevaux foulent les tapis et les toiles, ils heurtent l'estrade qui s'&#233;croule, les musiciens roulent, certains sous les pieds des chevaux ; sur le parvis le troupeau s'&#233;gare, cherche une issue &#224; sa fuite, pi&#233;tine, pi&#233;tine encore en tournant affol&#233;s et furieux, des hommes parfois au milieu d'eux l&#232;vent les bras ; alors les chevaux se bousculent l'un l'autre, ruent et se dressent et des gens au-dessous subissent ces assauts, sont pi&#233;tin&#233;s, meurent ensanglant&#233;s. Les b&#234;tes, les hommes cherchent un chemin, une issue, les chevaux trouvent entre les arbres le chemin de la fuite, ils s'y engouffrent, bousculent les chevaux de monte qui tirent sur les longes et ruent ; des gens se prot&#232;gent, ils tirent l'un deux par le v&#234;tement, comme ils peuvent le mettent &#224; l'abri du carnage, ils se poussent, s'&#233;nervent, &#233;nervent les b&#234;tes qui s'enfuient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si l'on veut un petit air de fl&#251;te, le chant d'une &#226;me parmi les d&#233;g&#226;ts et les morts s'&#233;l&#232;ve tandis que l'orage s'&#233;loigne et que s'&#233;goutte l'eau laiss&#233;e par la pluie&#8230; Je chante, je le chante en pleurant car alors la musique est poignante, je me laisse aller ainsi &#224; l'&#233;l&#233;vation, ma voix ne monte pas mais l'expression du sanglot entra&#238;ne, elle devient rauque et profonde, le souffle alors s'&#233;poumone et je d&#233;couvre le public assis sur les bancs du parvis de l'&#233;glise ; je d&#233;couvre qu'il se tait si obstin&#233;ment que j'appr&#233;hende le malheur, je le sens qui passe au travers de mon ventre ce qui contribue &#224; rendre mon chant plus dramatique&#8230; Je chante mes amis et je vous dis merci ; je chante les chevaux qui vinrent par ici noyer les vaines c&#233;l&#233;brations et je c&#233;l&#232;bre ainsi nos retrouvailles ; le ciel est cl&#233;ment, sous le feuillage des arbres l'ombre est douce. Voici ce qu'il advint alors qu'approchait l'orage, les chevaux irrit&#233;s d'attendre la vaine assembl&#233;e, les chevaux irrit&#233;s du son fluet d'une musique &#233;trang&#232;re ou bien les chevaux attir&#233;s par la musique famili&#232;re se ru&#232;rent dehors en course d&#233;sordonn&#233;e, et ce qu'il en advint, vous le savez, les morts le savent et c'est pour effacer la m&#233;moire que nous allons reprendre le chant des amants incertains : ils vinrent avec le troupeau participer &#224; la f&#234;te des neuvaines, ils chevauch&#232;rent quatre lieues, &#212;, &#212; &#194;h ! Ils chevauch&#232;rent, les voici, ils atteignirent le lieu de la f&#234;te, l'amour les y attendait mais la mort guettait. Un orage ce n'est rien, l'orage des c&#339;urs qui s'aiment c'est autre chose, il se rua sur elle pour la prot&#233;ger, on crut qu'il voulait la forcer, on eut le temps de le faire tomber mais les chevaux, les chevaux sur elle et sur lui, unis tous deux, les chevaux pi&#233;tin&#232;rent sans fa&#231;on, sans fa&#231;on et sans &#226;me ils s'&#233;loign&#232;rent de la f&#234;te pour courir &#224; la source des bois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustrations : Eug&#232;ne Delacroix &#8212; Chevaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faire des dieux &#8212; X</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233;.&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Nos guides se nomment Martin Buber et William Burroughs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/803580589?h=48f9fb09ad&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons au terme d'un parcours et d'une recherche qui a port&#233; sur le rep&#233;rage des figures de la schize et des dieux, de leur manifestations diverses, de Hom&#232;re &#224; aujourd'hui et nous avons pu voir comment cette schize pouvait &#234;tre active dans la pens&#233;e &#224; diff&#233;rents moments de l'histoire, et comment ces dieux s'activaient ou s'inventaient souvent avec des accents proches malgr&#233; les diff&#233;rences entre les exemples &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine &#233;tape sera une plong&#233;e dans le christianisme qui constitue un excellent exemple de ce que peut vouloir dire l'expression provenant, rappelons-le, de Bergson et reprise par Stiegler, faire des dieux puisque avec ses commencements bien rep&#233;r&#233;s, nous pouvons &#233;tudier comment en Palestine, il y a deux mille ans, des groupes assez restreints de gens ont en effet &#171; invent&#233; &#187; un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il importe de tenter de pr&#233;senter un peu le bilan de cette recherche et de voir ce qu'elle a pu nous apporter. Pour cela rien de mieux que de s'appuyer, comme toujours, sur des exemples pr&#233;cis d'auteurs et d'&#339;uvres qui nous ouvrent des portes sur des zones que l'on pressentait mais auxquelles nous ne savions pas toujours comment acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois choses nous importent particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re c'est celle de l'exp&#233;rience. Nous l'avons &#233;voqu&#233;e, d&#232;s le s&#233;minaire II, intitul&#233; &lt;i&gt;Nous sommes tous bicam&#233;raux !&lt;/i&gt; et qui a eu lieu en novembre 2021. Voici ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; au d&#233;but de la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre de Jean-Claude Bologne, (qu'il soit ici salu&#233;), intitul&#233; &lt;i&gt;Une mystique sans dieu&lt;/i&gt;, &#224; la page 152, sonne et r&#233;sonne une question : &#171; C'est la question que pose l'encyclique Pascendi : si la foi doit &#234;tre fond&#233;e sur une exp&#233;rience personnelle, que se passe-t-il pour ceux qui n'en jouissent pas ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous allons &#233;voquer aujourd'hui, &#224; travers l'examen de trois champs d'exp&#233;rience, celui de l'extase, de la drogue et de la conversation. La question de savoir ce qu'il advient de ceux qui ne parviennent pas &#224; avoir une exp&#233;rience &#171; directe &#187; du dieu, avec le dieu, mais de comprendre de plus pr&#232;s ce que cela implique pour ceux qui y parviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dessinons ici un point de m&#233;thode important. Il ne faut jamais perdre de vue que l'humanit&#233; est une entit&#233; variable mais qui s'est constitu&#233;e et d&#233;ploy&#233;e &#224; partir de ce qu'il faut bien appeler la moyenne. Et une moyenne, nous le savons est un compos&#233; de choses diverses, d'exp&#233;riences diverses donc qui vont des plus simples et partag&#233;es par tout un chacun, aux choses les plus extr&#234;mes que seuls de rares individus ou groupes parviennent &#224; faire et &#224; partager. Elle est le r&#233;sultat d'un &#171; calcul &#187; implicite qui est fait par le groupe ou l'esp&#232;ce en vue de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous allons mettre au c&#339;ur de nos investigations des positions extr&#234;mes, parce qu'elles seules parviennent &#224; &#233;clairer, &#224; r&#233;v&#233;ler, &#224; faire appara&#238;tre les biais, les d&#233;nis, les aveuglements divers dans lesquels nous nous tenons lorsque nous nous contentons de d'exister dans le champs des exp&#233;riences de basse intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point de m&#233;thode appara&#238;t aussit&#244;t. Il concerne la possibilit&#233; ou non de communiquer ou de partager ce que l'on appelle une exp&#233;rience et donc le statut &#224; accorder &#224; la langue ou au langage. Et l'on sait que si certaines peuvent l'&#234;tre au moins partiellement, il n'en pas de m&#234;me pour les exp&#233;riences de haute intensit&#233; comme celle que vivent les mystiques par exemple. C'est donc aux portes de l'incommunicable qu'il faut venir frapper et voir &#171; qui &#187; va nous ouvrir ou &#171; ce qui &#187; va se montrer, une fois la porte entrouverte. C'est donc la fonction du langage, et surtout ses limites quant &#224; la transmission de &#171; donn&#233;es exp&#233;rimentales de haute intensit&#233; &#187; qu'il va falloir tenter de cerner ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longuement &#233;voqu&#233; le fait qu'il existait une sorte de flou entre ce qu'&#233;tait et ce que n'&#233;tait pas la conscience. Et cela doit nous conduire &#224; tenter de revisiter, ce qui viendra par la suite esp&#233;rons-le, ce que l'on peut appeler le topos de notre psych&#233;. Mais justement en allant du c&#244;t&#233; des exp&#233;riences extr&#234;mes on parvient plus ais&#233;ment &#224; appr&#233;hender un certain nombre de points limites ou points de basculement ou encore de points de conversion ou de renversement, c'est-&#224;-dire de zones dans lesquelles certains &#171; choses &#187; peuvent soudain changer radicalement de sens, de place, de fonction etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons &#224; travers la question de l'extase en particulier et de la drogue, mais sur d'autres plans, comment ce que nous tenons pour acquis lorsque nous utilisons des termes qui indiquent la localisation de telle ou telle fonction ou de telle ou telle exp&#233;rience justement, en &#233;voquant l'int&#233;riorit&#233; ou l'ext&#233;riorit&#233;, le dedans ou le dehors. La notion d'espace est tout sauf acquis et fixe dans ces registres comme celle de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, ce qui rel&#232;ve des exp&#233;riences extr&#234;mes est assez difficilement partageables, car elles ont pr&#233;cis&#233;ment pour &#171; effet &#187;, de brouiller les relations norm&#233;es au monde qui nous entoure et donc elles apparaissent comme ne relevant pas des formes habituelles de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut rappeler ici la formule kantienne : &#171; il y a deux formes pures de l'intuition sensible, comme principe de la connaissance &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, savoir : l'espace et le temps. &#187; (&lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, p. 55.) Nous n'entrerons pas dans une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e des positions kantiennes, mais &#224; la relecture il appara&#238;t que cela d&#233;termine notre appr&#233;hension de ce qui est appel&#233; ext&#233;rieur &#224; nous et int&#233;rieur &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pouvons-nous lire p. 63. ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le temps est la condition formelle a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral. L'espace, en tant que forme pure de l'intuition ext&#233;rieure, est limit&#233;, comme condition a priori, simplement aux ph&#233;nom&#232;ne externes. Au contraire, comme toutes les repr&#233;sentations, qu'elles puissent avoir ou non pour objets des choses ext&#233;rieures, appartiennent, pourtant en elles-m&#234;mes, en qualit&#233; de d&#233;terminations de l'esprit, &#224; l'&#233;tat interne, et comme cet &#233;tat interne est toujours soumis &#224; la condition formelle de l'intuition int&#233;rieure et que, par suite, il appartient au temps, le temps est une condition a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral et, &#224; la v&#233;rit&#233;, la condition imm&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;rieurs (de notre &#226;me), et, par l&#224; m&#234;me, la condition m&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes ext&#233;rieurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons simplement qu'il va de soi, ici, pour Kant, que les notions d'ext&#233;riorit&#233; et d'int&#233;riorit&#233; semblent claires et que, donc, une forme de spatialisation est &#224; l'&#339;uvre qui en effet semble &#233;chapper &#224; la notion de l'espace telle que l'exp&#233;rience nous la fait conna&#238;tre et qui cependant la conditionne et le d&#233;termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes plus contemporains, notre cerveau, et partant notre corps, constituent bien le domaine dans lequel ce que l'on nomme int&#233;riorit&#233; trouve &#224; se loger lors m&#234;me qu'ext&#233;riorit&#233; sert &#224; d&#233;signer ce qui est au dehors des limites de ce corps, &#224; savoir le monde des ph&#233;nom&#232;nes que l'on nomme g&#233;n&#233;ralement r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les exp&#233;riences extr&#234;mes ne semblent pas mais pas du tout valider cette approche kantienne qui est aujourd'hui encore grosso modo la conception implicite que chacun se fait de l'int&#233;riorit&#233; et de l'ext&#233;riorit&#233;. C'est pourquoi, il faudra tenter de partir des extr&#234;mes et de ce que nous pouvons en saisir pour reconsid&#233;rer ce que nous tenons habituellement pour acquis quand nous &#233;voquons des notions comme dehors, dedans, haut, bas, loin, proche, notions qui sont r&#233;currentes lorsqu'il s'agit en particulier de cerner ce qui se passe dans une extase et de pr&#233;ciser comment conf&#233;rer &#224; une telle exp&#233;rience des rep&#232;res qui le rendent communicables &#224; qui ne l'a pas faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point de m&#233;thode concerne, parmi les aspects v&#233;cus d'une exp&#233;rience de type extatique en particulier, sa dur&#233;e, surtout lorsqu'elle est r&#233;currente, c'est-&#224;-dire se r&#233;p&#232;te pendant un certain temps. Cette prise en compte des dur&#233;es et la difficult&#233; &#224; en rendre compte dans le langage norm&#233; du temps ou des temporalit&#233;s reconnues par l'exp&#233;rience triviale ou les connaissances au sujet du concept de temps, vient mettre en avant la question du discontinu et du continu comme &#171; dimension &#187; active au c&#339;ur m&#234;me de la pens&#233;e et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut renvoyer ici aux deux derniers livres de Lionel Naccache, &lt;i&gt;Le cin&#233;ma int&#233;rieur&lt;/i&gt; paru en 2020 et &lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, paru en 2022 tous les deux aux &#233;ditions Odile Jacob. Mais ce n'est pas l'heure de les commenter, peut-&#234;tre seulement d'en extraire plus tard quelques citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est tout l'&#233;difice de la raison qui alors vacille, sans pour autant s'&#233;crouler. Mais ses &#171; fondations &#187; se voient, elles aussi, largement remises en question et c'est l&#224; un point majeur qu'il faudra d&#233;velopper dans la suite de ce travail dans les prochains s&#233;minaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Le langage se trouve &#224; la fois &#234;tre le vecteur de la transmission et l'&#233;l&#233;ment central de blocage voire d'aveuglement et donc ce qui permet et interdit &#224; la fois (le pharmakon oubli&#233; en quelque sorte) &#224; une exp&#233;rience d'&#234;tre exprim&#233;e et communiqu&#233;e. En quoi il participe de mani&#232;re massive &#224; notre aveuglement, nous le verrons avec Burroughs en particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L319xH499/1_buber-9aa93.jpg?1677671996' width='319' height='499' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I : &#192; propos de l'extase&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le langage comme pharmakon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de proposer une br&#232;ve lecture de l'introduction &#233;crite par Martin Buber (Vienne 1878- 1965 J&#233;rusalem) au livre qu'il a fait para&#238;tre sous le titre de &lt;i&gt;Confessions extatiques&lt;/i&gt;, livre qui rassemble des confessions qu'il a choisies &#224; travers les cultures et &#224; travers les &#233;poques. Car dans cette introduction, le grand philosophe conteur et p&#233;dagogue autrichien puis isra&#233;lien, auteur du livre culte &lt;i&gt;Le Je et le Tu&lt;/i&gt;, concentre les &#233;l&#233;ments majeurs qui sont au c&#339;ur de notre r&#233;flexion, la question de la communicabilit&#233; d'une exp&#233;rience hors norme et a priori incommunicable, le fait que l'extase est hors temps et hors espace et que ce qui se passe dans l'&#226;me ou pour la personne qui la vit se voit entra&#238;n&#233;e au-del&#224; ou en-de&#231;a des formes habituelles de la perception comme de celles qui gouvernent le maniement des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons donc d'esquisser ce nouveau topos &#224; partir de ce qui justement &#233;chappe &#224; toute formulation mais qui, puisque cela arrive &#224; des &#234;tres humains vivants, &#224; des &#234;tres parlant, se trouve au c&#339;ur des contradictions inh&#233;rentes au fait de parler que nous avons une forte tendance &#224; ignorer, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la vie intellectuelle, comme dans la cr&#233;ation litt&#233;raire d'ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons donc par la fin ou presque de ce texte. Buber, &#233;voque d'abord le fait qu'il est quasiment impossible pour un &#234;tre humain ayant v&#233;cu l'extase de NE PAS ext&#233;rioriser ce qu'il a v&#233;cu : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le contenu de la confession de l'extatique doit para&#238;tre plus arbitraire encore &#224; celui qui n'a pas endur&#233; en son &#226;me la m&#234;me trag&#233;die qui r&#233;sulte de la rencontre entre, d'une part le besoin d'ext&#233;rioriser ce qu'il y a de plus intime, de plus personnel et, d'autre part, le langage humain traditionnel : c'est le combat de l'irrationnel contre le rationnel, qui s'ach&#232;ve sans victoire ni d&#233;faite, par une feuille de papier couverte d'&#233;criture portant pour l'&#339;il qui sait voir le sceau d'une grade souffrance. &#187; (Martin Buber, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Imperfection du langage, m&#233;canisme et unit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage et le fait de recourir &#224; une langue pour exprimer ce qui est litt&#233;ralement inexprimable appara&#238;t d'entr&#233;e dans sa double fonction de moyen de transcrire et donc potentiellement de transmettre ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu par une personne aux autres, de communiquer donc pour parler la langue d'aujourd'hui, et en m&#234;me temps d'obstacle le plus ind&#233;passable &#224; la transmission de quelque chose qui en effet &#233;chappe absolument &#224; toute transcription. Le langage est, il faut le rappeler, un ensemble de signes limit&#233;s ne permettant pas, ou tr&#232;s imparfaitement, de rendre compte de l'infinit&#233; des exp&#233;riences (et pas seulement extatiques) et donc ce moyen est non seulement incapable de permettre &#224; d'autres d'acc&#233;der &#224; ce qui fait le c&#339;ur battant d'une exp&#233;rience par d&#233;finition incommunicable mais il emp&#234;che &#224; jamais cette transmission de se faire par les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation des mots depuis que l'homme parle, des textes et m&#234;me des confessions d'extatiques par exemple n'a jamais permis &#224; autre chose qu'&#224; la connaissance de se d&#233;velopper dans les cerveaux humains, mais sinon jamais du moins tr&#232;s rarement, sauf dans des temps tr&#232;s recul&#233;s sans doute, &#224; d&#233;clencher directement chez tel ou telle une explosion psychique telle qu'elle se rapprocherait ou serait semblable &#224; celles v&#233;cues par les extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber d&#232;s la premi&#232;re ligne du texte utilise le terme de &lt;i&gt;m&#233;canisme&lt;/i&gt; pour d&#233;signer ce qui occupe et d&#233;termine la globalit&#233; de nos vies et qu'il d&#233;finit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;canisme me procure les objets et les id&#233;es qui vont avec mais pas l'unit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons ici que l'unit&#233; est le mot qu'utilise Buber pour synth&#233;tiser l'exp&#233;rience extatique, et le m&#233;canisme la vie qui est celle de chaque homme qui ne parvient pas &#224; &#233;chapper aux r&#232;gles g&#233;n&#233;rales du comportement, et qui, de plus, emp&#234;che ou restreint l'acc&#232;s ceux qui pourraient le d&#233;sirer, de parvenir &#224; des exp&#233;riences v&#233;cues limites, extatiques ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; ce point majeur du langage comme &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;. Buber &#233;crit peu apr&#232;s le passage cit&#233; pr&#233;c&#233;demment ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une contradiction (pr&#233;sent&#233;e peu avant &#224; travers une citation de Bossuet qui remarque que les extatiques doivent en passer par le langage lors m&#234;me qu'il veulent exprimer quelque chose qui est sans image sans mot ou au-del&#224; d'eux) est en effet d&#233;nonc&#233;e. Mais que signifie-t-elle pour juger des hommes qui passent leur vie dans la douleur d'une formidable contradiction : celle qui existe entre le v&#233;cu et le m&#233;canisme, &#224; laquelle ils s'arrachent, mais pour y retomber sans cesse ? C'est la contradiction entre l'extase qui n'entre pas dans la m&#233;moire et le d&#233;sir de sauver cette extase pour la m&#233;moire sous forme d'images de discours, de confession. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera en passant la mani&#232;re dont Buber met en sc&#232;ne la contradiction : entre absence de m&#233;moire li&#233;e &#224; l'extase, &#224; l'exp&#233;rience, donc, et n&#233;cessit&#233; de forger une m&#233;moire qui est la seule mani&#232;re de rendre possible une forme de transmission. On remarquera surtout donc que cette contradiction est ind&#233;passable du moins jusqu'&#224; ce jour parce que le langage est &#224; la fois porte qui peut ouvrir et mur qui emp&#234;che de passer de l'autre c&#244;t&#233;. Le langage permet de dire, et donc si l'on veut, l'apr&#232;s de l'exp&#233;rience passe PAR lui, mais comme m&#233;diation pour quelque chose qui doit &#234;tre v&#233;cu directement, sans m&#233;diation, il interdit ou emp&#234;che l'exp&#233;rience en tant que telle de passer &#192; TRAVERS lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas ind&#233;cent, bien au contraire, de rappeler ici une citation du cher Marquis de Sade qui fait dire &#224; Dolmanc&#233; alors qu'il s'adresse &#224; la jeune Eug&#233;nie qu'il va pervertir en un tour de main avec l'aide de son amie madame de Saint-Ange : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Belle Euge&#769;nie, j'aimerais cent fois mieux vous voir e&#769;prouver tout ce que je voudrais faire, que de vous raconter ce que j'ai fait. &#187; (&lt;i&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/i&gt;, dialogue III)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car m&#234;me si l'exp&#233;rience ne semble pas du m&#234;me ordre, ce que vit la jeune et vierge Eug&#233;nie est bien une exp&#233;rience au sens strict, une transformation de son &#233;tat, un changement de ou dans son &#234;tre, le v&#233;cu de quelque chose qui rel&#232;ve du non r&#233;versible et qui va avoir des cons&#233;quences sur toute sa vie. Et si l'extase n'est pas mystique pour les raisons que l'on devine, elle est pour le moins physique et psychique et s'approche par bien des points de ceux dont parlent les mystiques, m&#234;me si en effet l'unit&#233; entre le moi et le dieu n'est pas ici chez Sade l'enjeu, mais celle entre un corps sensible et un esprit dot&#233; de volont&#233;, fonctionnant de concert en vue d'acc&#233;der &#224; des sensations intenses, sexuelles et qui sont une des formes possibles de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH659/4_alpais-7ac58.jpg?1772188239' width='500' height='659' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Alpais de Cudot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sp&#233;cificit&#233;s de l'extase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le paradoxe de l'extase : l'exemple d'Alpais de Cudot&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; Buber et &#224; la question de l'extase. C'est quelque chose qui d&#233;passe litt&#233;ralement l'entendement que de vivre une ou des extases et qui est &#224; la fois associ&#233; au ravissement et &#224; la souffrance. Que veut dire extase ? Ekstasis en grec veut dire (entre autres choses) sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me signale le paradoxe de l'extase qui est une exp&#233;rience qui conjugue les extr&#234;mes et qui en effet rend impossible toute description pr&#233;cise puisque le langage ne permet en rien de dire &#224; la fois la richesse et la complexit&#233; de ces moments, de ces &#233;tats. Car l'extase est un &#233;tat et Musil s'en souviendra qui rendra &#224; ce mot toute sa puissance en inscrivant la qu&#234;te d'Ulrich et d'Agathe sous le terme de recherche de &#171; l'autre &#233;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut jamais oublier donc que le vocabulaire de la description de l'extase est d'abord pris dans la langue et donc port&#233; par la grande machine &#224; m&#233;taphores qui est le c&#339;ur battant de toute langue (et non pas tant ou pas seulement le fait d'&#234;tre un moyen de communiquer) et ensuite qu'elle est conditionn&#233;e par l'&#233;poque, le cadre ou le milieu dans lequel l'extatique vit, celui-ci pouvant &#234;tre souvent un milieu li&#233; &#224; une religion, mais pouvant &#234;tre aussi v&#233;cu &#224; la marge de tels groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul exemple permettra de rendre cela plus &#233;vident. Le mieux est de se reporter &#224; l'un des textes rassembl&#233;s par Martin Buber, un texte d'une fran&#231;aise, Alpais de Cudot, &#224; la vie &#233;difiante, malade, l&#233;preuse, que sa famille veut laisser mourir tant elle est comme en &#233;tat de putr&#233;faction et qui va recevoir une vision de la vierge qui va lui donner, en retour, le don de faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps ne sent plus mauvais, mais elle reste recluse plus de quarante ans se nourrissant exclusivement d'hosties. Elle aura r&#233;guli&#232;rement des visions et des extases et son culte sera accept&#233; par Pie IX en 1874.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un long passage, cit&#233; par Martin Buber est une r&#233;ponse &#224; des questions d'un saint homme pour savoir si elle avait des visions dans son corps ou hors de son corps ou si elle &#233;tait ravie en esprit ou non. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68, extraits choisis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ces quelques passages, c'est approcher directement les &#171; contradictions &#187; qui se mesurent &#224; l'aune de la logique de la langue et surtout approcher un &#233;tat qui semble nous projeter dans le monde d'avant la conscience ou d'au-del&#224; de la conscience et qui est n&#233;anmoins v&#233;cu, per&#231;u, et dont ceux ou celles qui le vivent gardent suffisamment de souvenirs pour tenter de la pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que d'autres, ce texte met en sc&#232;ne les questions qui nous int&#233;ressent, et en particulier, celle de l'approche en termes de spatialisation de l'exp&#233;rience qui se r&#233;v&#232;le impossible. On est au c&#339;ur de la question de la relation &#224; la fois in&#233;vitable et impossible entre v&#233;cu et narration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons un bref r&#233;sum&#233; des questions et des enjeux qui apparaissent si clairement dans ce texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les visions dont je vous parle je les vois se produire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quoiqu'il en soit de la v&#233;rit&#233; de ces choses, je sais que je ne suis pas tromp&#233;e et ne trompe, car ce que je dis je le vois comme je le dis et je le dis comme je le vois ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est ainsi, me semble-t-il, que mon &#226;me est sortie soudain de mon corps sans que je m'en aper&#231;oive ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on ne peut trouver dans le monde entier, d'objet &#224; l'image duquel la forme ou la nature de l'&#226;me pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce qu'elle entend, elle l'entend enti&#232;rement et se souvient enti&#232;rement des sons (idem pour la vue le toucher le go&#251;t : le corps est donc enti&#232;rement mobilis&#233;) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#226;me n'est contenue en aucun lieu, car elle n'est pas localis&#233;e, elle n'est limit&#233;e par aucun espace car elle n'a pas d'extension, n'est born&#233;e par aucun membre car elle n'est pas corporelle. Elle est toute enti&#232;re pr&#233;sente en chaque parcelle du corps.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de m&#234;me que dieu est partout, l'&#226;me est partout forte dans le corps comme dans son monde &#224; elle qu'elle anime, meut, r&#233;git ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et de m&#234;me que le dieu est dans son monde au-dedans et au-dehors, en haut en bas, de m&#234;me l'&#226;me dans son corps le r&#233;git en haut le porte en bas, l'emplit au dedans et l'entoure au-dehors. De sorte qu'elle est dedans et dehors, qu'elle entoure comme elle p&#233;n&#232;tre, qu'elle dirige comme elle porte, et porte comme elle dirige ; et de m&#234;me que dieu ne cro&#238;t pas dans la croissance des cr&#233;atures ni ne diminue avec leur diminution, de m&#234;me l'&#226;me n'est pas amoindrie par l'amoindrissement des membres ni augment&#233;e par leur augmentation. &#187;(Alpais de Cudot, &lt;i&gt;in Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les extatiques, des bicam&#233;raux tardifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc ici quelque chose d'essentiel pour nous. On pourrait dire par un raccourci peut-&#234;tre utile, que les extatiques sont des bicam&#233;raux tardifs mais d'un bicam&#233;ralisme puissant, et en tout cas qu'ils nous conduisent dans des zones et des &#233;tats du psychisme qui n'ont gu&#232;re &#224; voir avec la conscience quel que soit le sens que l'on donne &#224; ce mot m&#234;me si de facto elle n'est pas absente des confessions puisque celles-ci sont faites lors du retour &#224; l'&#233;tat &#171; normal &#187; de extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire aussi que le dieu qui les assaille et avec lequel ces extatiques vivent une forme d'unit&#233; ou d'union surpuissante, ressemble plus au dieu des bicam&#233;raux qu'au dieu chr&#233;tien. M&#234;me si la plupart des extatiques choisis par Buber le sont, d'autres ne le sont pas et des t&#233;moignages proviennent de toutes les &#233;poques et de tous les groupes sociaux ou religieux, confirment cet aspect des choses. Nous faisons donc ici un pas pour nous approcher au plus pr&#232;s de ce qu'a pu &#234;tre et peut encore &#234;tre une mani&#232;re pr&#233;cise de &#171; faire des dieux &#187;, ou plus exactement de faire ou le plus souvent de &#171; subir &#187; la venue d'un dieu en tout cas de montrer &#224; la fois ce qui se produit et comment cela se fait et surtout comment cela modifie la psych&#233; au moins pendant l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dehors, pas de dedans, pas de temps, pas de raison rationnelle, pas de communication, pas de langage possible ni d'ailleurs n&#233;cessaire et sans ces &#233;l&#233;ments qui constituent nos existences qui les balisent et sans lesquels nous n'imaginons pas pouvoir vivre quelque chose a lieu qui d&#233;passe l'entendement mais qui pourtant est ind&#233;niable, m&#234;me si l'on n'a d'autre choix que de &#171; croire &#187; ce que nous disent ces confessions, &#233;videmment. Mais nous n'avons pas non plus de raison de penser que ces t&#233;moignages ne sont que des tentatives pour nous tromper comme le disait si bien Alpais de Cudot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Les deux mondes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux mondes qui cohabitent parfois en certains &#234;tres mais la plupart du temps nous n'en connaissons qu'un, le monde du m&#233;canisme, de la connaissance de la raison et du langage. L'autre, le monde de l'extase, est celui qui parfois surgit et emporte tout ce que nous connaissions et nous-m&#234;mes si loin de nous que rien ne reste, au point que tout pourrait sembler perdu puisque tout serait m&#233;tamorphos&#233; et pass&#233; dans une dimension sans dimension. Reste &#224; chacun &#224; d&#233;couvrir la capacit&#233; qu'il a de se projeter dans un autre &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier monde est toujours gouvern&#233; par le langage. Buber dit &#224; propos des dieux et on pourrait m&#234;me dire de dieu qu'il ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par l'&#226;me en tant qu'elle est prise dans les filets du langage qui a &#171; suivi la formation de l'&#226;me humaine par des chemins toujours plus secrets, qui a fa&#231;onn&#233; des noms, qui a escalad&#233; l'Olympe de l'esprit humain, qui a cr&#233;&#233; cet Olympe en entassant m&#233;taphore sur m&#233;taphore jusqu'&#224; ce qu'il ait pu traduire par le verbe les cimes les plus inaccessibles de la pens&#233;e, mais la multiplicit&#233; de ce Moi cr&#233;atrice de signe fait qu'il ne p&#233;n&#233;trera jamais dans le royaume de l'extase qui est le royaume de l'unit&#233;. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite de l'emprise du langage sur nos existences, nos pens&#233;es et nos capacit&#233;s de penser et d'agir autrement qu'en &#233;tant soumis au joug du logos conduit &#224; nommer ce qui en constitue la point la plus globalement intenable : le silence. Il faut noter ici que cette question du silence on la retrouvera aussi chez Burroughs. Et le silence sera aussi pour lui ce &#224; quoi il faudrait parvenir &#224; se tenir pour &#233;chapper &#224; l'emprise n&#233;gative des voix du dehors et du filet du langage. &#171; Le silence est notre symbole contre les dieux et les anges du m&#233;canisme ; ce qui nous garde de ses erreurs, ce qui nous purifie de son impuret&#233;. &#187; &#233;crit encore Buber (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- Deux dieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#171; dieux &#187;, deux approches du dieu plus exactement, ne cessent de se faire face et dans ce texte et souvent au c&#339;ur m&#234;me des religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale ne cesse de hanter les religions, celles du Livre en particulier, mais pas seulement, et surtout faire peur &#224; leur clerg&#233;. Buber prend ici le parti de &#171; croire &#187; ces extatiques, c'est-&#224;-dire qu'il accepte de prendre en charge leur message si apparemment &#171; irrationnel &#187; et de le consid&#233;rer comme fiable et surtout digne d'&#234;tre accepter et au moins inclus dans l'espace mental et th&#233;orique qui est le n&#244;tre. Musil ne fera pas autre chose &#224; la fin de sa vie lorsqu'il se plongera sans r&#233;serve dans l'histoire entre Ulrich et Agathe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber cite un texte d'un certain Hierotheos, sans dire de quand date le texte qui nous indique le point extr&#234;me qu'implique l'extase et qui est en quelque sorte une sorte de renoncement &#224; la vie pour poursuivre l'autre vie, celle qui a lieu dans l'autre &#233;tat, dans l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il me semble convenable d'exprimer sans parole et de comprendre sans reconnaissance ce qui est au-del&#224; des paroles et de la reconnaissance ; je n'entends par l&#224; rien d'autre que le silence secret et le repos mystique qui d&#233;truit la conscience et dissout les formes. Cherche donc, dans le silence et le secret cette union parfaite et originelle avec le bien primitif essentiel. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part on peut ais&#233;ment comprendre que ce &#224; quoi il fait allusion est proche de ce que Jaynes propose avec sa th&#232;se sur la bicam&#233;ralit&#233;, m&#234;me si c'est fait ici &#224; partir de la seule exp&#233;rience mystique et de cette esp&#233;rance de re-trouver ce qui a &#233;t&#233; en quelque sorte perdu &#224; savoir l'unit&#233; du psychisme et du dieu. Nous pouvons conjecturer que le monde bicam&#233;ral permettait d'appr&#233;hender un dieu pr&#233;sent en chacun, ce qui n'impliquait pas que chaque vie ait &#233;t&#233; mystique. Simplement, chaque homme pouvait plus facilement faire une exp&#233;rience de type &#171; paradoxal &#187; et pouvait saisir non pas que le dieu &#233;tait en lui, mais qu'il &#233;tait au moins pr&#232;s de lui et susceptible de l'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi comprendre en quoi la conscience est d&#233;j&#224; donc un obstacle plut&#244;t qu'une aide, m&#234;me si l&#224; encore, ce qui est propos&#233;, ici, c'est l'extr&#234;me comme &#171; mesure &#187; et non comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est la conscience qui est form&#233;e par le langage, plus que l'inconscient qui lui s&#251;rement ne l'est gu&#232;re finalement, et form&#233;e par le langage ou &#224; travers lui comme instrument permettant de surmonter la crise longue que conna&#238;t le psychisme suite &#224; la fin du r&#232;gne du dieu bicam&#233;ral, et de le faire au moyen ou gr&#226;ce au langage, au logos, au verbe, &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence est donc un paradoxe puisqu'il est comme une sorte d'abandon ou d'abolition du monde et du moi, mais au profit d'une exp&#233;rience prolong&#233;e, illimit&#233;e en quelque sorte, qui surpasse toute les autres exp&#233;riences et qu'il est le seul moyen de la conserver, cette exp&#233;rience dans sa puret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber ajoutera d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois aux extases qu'aucun son n'a effleur&#233; comme &#224; un tr&#233;sor invisible de l'humanit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH672/3_martin_buber-c7b37.jpg?1677671996' width='500' height='672' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martin Buber &#8212; Portrait
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Extase et temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le temps qui n'existe pas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect qui concerne les extases dans leurs confrontations avec les exp&#233;riences ne relevant que de la vie courant aussi excessives soient-elles, est la question du temps. Mais en fait le mot ne r&#233;pond &#224; rien de ce qui est v&#233;cu par les extatiques. Le temps n'existe pas, pour eux du moins pendant l'extase. Apr&#232;s l'espace on vient ici buter sur le second point de rupture avec les exp&#233;riences qui n'&#233;chappent ni au langage ni &#224; une certaine forme de rationalit&#233; aussi extr&#234;mes puissent-elles &#234;tre, c'est-&#224;-dire sur la question de la dur&#233;e des extases et de leur impact sur la vie de ceux et celles qui les ont connues, v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce second point extr&#234;me qu'il faut prendre en compte et l'installer au c&#339;ur m&#234;me de notre pens&#233;e si l'on veut non seulement comprendre un peu ce qui est en jeu avec l'extase mais aussi ce qui nous est en quelque sorte interdit d&#232;s lors que nous nous contentons des r&#232;gles de la raison commune ou scientifique d'ailleurs pour penser et le moi et le monde et surtout au-del&#224; du moi et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale qui est au c&#339;ur de cette exp&#233;rience de l'extase est une schize &#224; caract&#232;re &#171; temporel &#187; en ceci qu'elle abolit le temps au sens strict ou du moins en retire la perception, ou vu sous un autre angle, si l'on prend en compte les souffrances que peuvent avoir v&#233;cues certains ou certaines extatiques, la dur&#233;e dans laquelle s'est inscrite leur exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber est tr&#232;s insistant sur le fait que, m&#234;me si il est impossible &#224; beaucoup d'extatiques de garder le silence sur ce qu'ils vivent ou ont v&#233;cu &#224; cause de ce qu'il en est du besoin d'ext&#233;rioriser et donc de raconter et donc d'inscrire dans la dur&#233;e d'une narration qui est celle du logos ou du verbe, le mieux serait de se taire. Mais l'homme veut &#171; se &#187; comprendre et pour cela il est en quelque sorte pr&#234;t &#224; tout et surtout &#224; parler, pensant qu'aini il comprendra mieux ce qui lui est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car il ne se comprend pas ; et cependant le d&#233;sir de se comprendre, qu'avait &#233;teint l'extase, s'est r&#233;veill&#233; en lui. Il dit les formes et les sons et remarque qu'il ne dit rien de l'&#233;v&#233;nement, rien du fond, rien de l'unit&#233;... Car le verbe br&#251;le en lui. L'extase est morte assassin&#233;e dans le dos par le Temps qui n'accepte pas qu'on se raille de lui. Mais en mourant elle (l'extase) a jet&#233; le Verbe en lui et le Verbe le br&#251;le... Telle est l'exaltatio de celui qui est rentr&#233; dans le m&#233;canisme et ne peut s'en satisfaire ; telle est son &#233;l&#233;vation : celle d'un homme qui discourt, apparent&#233;e &#224; celle du po&#232;te... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que cette tentative d'approcher un peu la question de l'extase et du v&#233;cu de l'extase, de l'exp&#233;rience de l'extase, nous renvoie &#224; celle pos&#233;e au d&#233;but sur ce qui se passe dans la vie de ceux qui ne connaissent pas de telles exp&#233;riences limites, de telles extases, c'est-&#224;-dire l'immense majorit&#233; des humains. Il y a une antinomie, une s&#233;paration radicale entre ces deux types de vie. Mais cette exp&#233;rience est v&#233;cue, nul ne peut le contester. Il n'est possible que de la rejeter comme irrationnelle. Il est in&#233;vitable d'accepter qu'elle existe pour certains &#234;tres qui vivent bien aussi dans le m&#234;me monde que les autres et alors de faire le pari de s'int&#233;resser &#224; ce que l'extase nous apporte comme &#233;l&#233;ments de connaissance sur l'homme. C'est en particulier le choix que font et Burroughs et Musil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extase est donc un ph&#233;nom&#232;ne globalement incommunicable, qui perd ce qu'elle a de plus indicible et qui est aussi ce qu'elle de plus extraordinaire, &#224; &#234;tre transmise par les mots. Par elle se r&#233;v&#232;le l'existence d'une scission profonde entre deux mondes qui ne sont pas compatibles, sauf &#224; accepter que la rationalit&#233; ne soit pas la seule instance capable de mesurer ce qu'il est en est de la vie ou du v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Le temps comme question du continu et du discontinu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre, ici que la question du temps ou de la temporalit&#233; pos&#233;e par l'existence des extases et des extatiques nous entra&#238;ne non pas dans des consid&#233;rations sur le temps mais sur deux points essentiels largement oubli&#233;s dans tous les discours qui touchent au temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la possibilit&#233; de vivre quelque chose qui &#233;chappe &#224; toutes les formes connues de temps ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la situation de la question du temps non comme li&#233;e &#224; la temporalit&#233;, mais comme pont dans le psychisme entre les deux h&#233;misph&#232;res, ou si l'on veut entre deux p&#244;les d'activit&#233;s psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du temps est d'abord li&#233;e &#224; la question que nous pose l'existence, dans la vie psychique en particulier, d'un double r&#233;gime d'activit&#233;s qui sont per&#231;ues ou comprises comme &#233;tant soit continues soit discontinues. On le sait le discontinu est autrement nomm&#233; en math&#233;matiques. On l'appelle le discret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Naccache le montre avec pr&#233;cision dans ses deux derniers livres, mais il &#233;tait possible &#233;videmment de rep&#233;rer cette vibration interne au psychisme dans des activit&#233;s li&#233;es &#224; la pens&#233;e. Si nous ne voyons pas dans cette distinction un moteur majeur de tout ce qui est, de toutes nos activit&#233;s, et donc de la pens&#233;e m&#234;me, c'est que nous pr&#233;f&#233;rons nous en tenir &#224; l'&#233;vidence partag&#233;e que notre vie, nos vies, sont prises dans l'&#233;vidence de la continuit&#233; construite, seul moyen il est vrai pour ne pas sombrer dans un doute existentiel profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que vivent les extatiques est, le plus souvent, quelque chose qui, &#233;chappant au temps, semble traduire une exp&#233;rience de continuit&#233; radicale plus spatiale que temporelle d'ailleurs, parce qu'elle est, cette exp&#233;rience de fusion entre le dieu et le moi jusqu'&#224; l'indistinction des deux. Ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il faut, en passant par le langage, tenter de rendre compte de ce qui s'est pass&#233; et donc se soumettre ou accepter d'&#234;tre soumis &#224; la logique du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que Naccache en bon scientifique de tr&#232;s haut niveau qui d&#233;montre que le substrat de notre vie psychique est compos&#233; d'un infinit&#233; de moments discontinus ou discrets se range du c&#244;t&#233; de la conscience comme activit&#233; cens&#233;e assurer le lien entre ces moments discontinus pour la plupart non perceptibles puisque de l'ordre du milli&#232;me de seconde ou un peu plus ou un peu moins, selon, et comme instance de la formation de la &#171; sensation &#187; ou de l'id&#233;e de la continuit&#233; de notre vie que nous forgeons par-del&#224; cette infinit&#233; de moments discrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prend donc parti plut&#244;t &#171; contre &#187; le continu, surtout lorsqu'il est revendiqu&#233; comme une mani&#232;re de faire un avec... que ce soit un dieu ou un autre, ou simplement l'univers ! Quoique prenant en charge la m&#233;canique du discontinu dans le psychisme, il ne semble pas accorder de valeur &#224; l'appel du continu et encore moins aux exp&#233;riences du continu dont il ne nie pas l'existence mais qu'il reconduit &#224; leur statut de voile port&#233; sur la structure discontinue du psychisme. Suivons le dans ce qu'il &#233;crit. Il commence par citer un passage de &lt;i&gt;L'idiot&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, le discours du prince Mychkine, et poursuit en prenant position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais qu'est-ce que &#231;a peut faire que ce soit une tension anormale, si le r&#233;sultat lui-m&#234;me, si la minute de sensation, quand on se souvient d'elle et qu'on l'examine en pleine sant&#233;, est au degr&#233; ultime de l'harmonie, de la beaut&#233;, et si elle vous donne un sentiment de pl&#233;nitude invraisemblable, insoup&#231;onn&#233;e, un sentiment de mesure, d'apaisement, celui de se fonder, en pri&#232;re extatique, dans la synth&#232;se sup&#233;rieure de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit donc ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bref, les auras &#233;pileptiques extatiques procurent un cadre d'exp&#233;riences subjectives d'apparence continue (et non discr&#232;te) au monde. Leurs r&#233;percussions culturelles &#224; travers la litt&#233;rature, et plus largement dans les pens&#233;es religieuses, mystiques et plus largement spirituelles, participent probablement &#224; l'&#233;clipse de la discr&#233;tion au profit du rayonnement cosmique du bienheureux sentiment de continuit&#233;. Presque une b&#233;atitude. &#187; (&lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, p. 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire simplement : no comment ! Pourtant il faut ajouter autre chose, et c'est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;terminer ce qui est en jeu ici, &#224; savoir l'&#233;ternel &#171; m&#233;pris &#187;, m&#234;me relatif, de ce que sont et de ceux qui font ces exp&#233;riences et de ce qu'elles traduisent : une exp&#233;rience v&#233;cue ind&#233;niable. Et c'est aussi de ne pas voir, bien qu'il ait le nez dedans si l'on peut dire, ou de ne pas prendre en compte le fait que le cerveau puisse &#234;tre porteur de cette fonction, de cette dimension, de cette puissance capable de produire de tels effets, et que Jaynes nomme le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous ce qui importe c'est ceci : il est imp&#233;ratif de tenter de prendre en compte le fait que de telles exp&#233;riences non seulement remettent en cause l'&#233;vidence du temps et de l'espace, mais plus encore de nous approprier ces positions, ces effets de l'extase, pour - si l'on admet qu'ils sont des effets du cerveau bicam&#233;ral qui vient encore en nous et donc des confirmations de ce que le dieu est potentiellement toujours actif ou activable - transformer notre mani&#232;re de penser et partir de ce que nous enseignent ces positions extr&#234;mes pour modifier ce que nous tenons pour vrai et donc ce &#224; quoi nous croyons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous devons aborder les questions relatives &#224; l'espace &#224; partir d'une gen&#232;se de la spatialit&#233; et non faire comme si l'espace &#233;tait donn&#233;. Idem pour le temps. Nous verrons comment tenter de formuler les effets d'une compr&#233;hension m&#234;me lointaine et m&#233;diate de l'extase sur la pens&#233;e, sur notre pens&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH700/2_burroughs-684a0.jpg?1677671996' width='500' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'addiction comme extase n&#233;gative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. L'addiction entre ob&#233;issance, soumission et r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de l'&#339;uvre de William Burroughs demanderait un nombre cons&#233;quent de s&#233;ances et ce n'est pas notre objectif aujourd'hui. L'enjeu est de voir comment cet homme hors norme et &#224; la vie pour le moins compliqu&#233;e est parvenu &#224; la compr&#233;hension de ph&#233;nom&#232;nes que d'une certaine mani&#232;re seuls les extatiques ont approch&#233;s sinon compris mais qu'ils nous ont permis d'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- D&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il faut commencer par le presque commencement son premier livre &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, &#233;crit avant l'invention du cut-up que nous allons aborder par sa pr&#233;face qui est l'un des textes les plus pr&#233;cis sur notre situation existentielle actuelle, car en effet qui de plus proche que la drogue sinon la marchandise et sinon quoi de plus commun &#224; tous les humains sinon le langage, cette drogue si bien connue comme moyen de communication et ignor&#233;e pour ce qu'elle est, un virus pour Burroughs et partant une entit&#233; capable de loger en nous sans nous l&#226;cher de nous envahir et de nous bouffer la moelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; la pr&#233;face de Burroughs &#224; son premier livre, c'est plonger &#224; la source, la double source si l'on veut de son &#339;uvre, dans la mesure o&#249; il n'y aurait pas eu la r&#233;v&#233;lation de la duplicit&#233; de la langue sans la conscience de la forme de la servitude induite par la consommation pendant plus de 15 ans de drogues diverses et il n'y aurait pas eu non plus de livres sans le fond de v&#233;cu servant de base aux r&#233;cits ni de capacit&#233; &#224; d&#233;couvrir avec le cut-up un principe de transmutation de l'&#233;criture et donc de la langue pour tenter d'&#233;chapper au pi&#232;ge dans lequel sinon elle tient chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de mieux que de lire int&#233;gralement les trois premi&#232;res pages de cette introduction au &lt;i&gt;festin nu&lt;/i&gt;, c'est la seule mani&#232;re pour qui n'est pas familier avec l'auteur et avec l'addiction, de prendre la mesure de la pens&#233;e de Burroughs. Car, point essentiel il nomme la drogue virus et il fera de m&#234;me pour le langage. Il sera plus ais&#233; de voir comment il op&#232;re pour mettre en relation la ligne de la came et celle du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois points majeurs doivent retenir notre attention : les trois principes de base du monopole, la came comme produit id&#233;al et le cam&#233; comme facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut revenir sur un autre point avant tout, le fait que Burroughs distingue deux types de drogues, celles qui asservissent et celles qui font voir dieu. Et de celle-l&#224; il ne semble pas se servir. Il est lui, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, dans la maison du diable si l'on veut. C'est ce qu'il importe de prendre en compte. Car tout ce qu'il va parvenir &#224; construire se fait &#224; partir de l&#224;, en fonction de ce voyage initiatique dans les bas-fonds et dans la zone d'influence de la mort et du mal. Mais c'est cela qui va lui permettre de retourner comme un gant l'&#233;vidence apparente de la relation &#224; la drogue comme &#233;tant une sorte de d&#233;viance et d'exc&#232;s lors m&#234;me qu'elle appara&#238;t comme le mod&#232;le m&#234;me des transactions qui sont au c&#339;ur de la soci&#233;t&#233;, et en tout cas de la soci&#233;t&#233; qui est en train de na&#238;tre ou qui a commenc&#233; &#224; s'implanter depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle et qui se d&#233;ploie alors de la mani&#232;re la plus s&#233;duisante en recouvrant le monde qu'elle impose d'un voile de s&#233;duction, donc lors m&#234;me qu'elle est en train d'inventer une d&#233;pendance dramatique et une transformation du monde en une sorte d'enfer joyeusement irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dix ans avant l'&#233;criture de &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; pas plus, et en fait &#224; peu pr&#232;s &#224; l'&#233;poque des d&#233;buts de l'IS, soit entre 57 et 60. Il n'en reste pas moins que le portrait de la soci&#233;t&#233; &#224; la fois existante et &#224; venir puisque les trente glorieuses ne font que d&#233;buter en Europe, que Burroughs dresse dans cette pr&#233;face est largement aussi implacable que celui que dressera Debord. Il en tireront les m&#234;mes conclusions sur la mani&#232;re possible de se d&#233;faire de cette emprise, &#224; savoir qu'il ne s'agit pas comme le dit Burroughs de tenter de couper la t&#234;te des r&#233;seaux mais bien de rendre pr&#233;f&#233;rable une autre relation au monde que celle induite par la d&#233;pendance. On sait aussi que de telles id&#233;es pour justes qu'elles soient sont sans avenir. On sait aussi cependant qu'elles d&#233;crivent avec pr&#233;cision la loi du monde qui est encore celle qui gouverne notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les trois principes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les trois principes mettent en sc&#232;ne, c'est la situation d'ob&#233;issance qui pr&#233;vaut dans la relation de l'homme &#224; toute substance qui lui est propos&#233;e du dehors et qui est injectable ou ing&#233;rable par lui. Si la drogue est quelque chose de concret de mat&#233;riel de palpable, il y a d'autres &#233;l&#233;ments qui tout en l'&#233;tant moins peuvent aussi venir s'installer dans l'esprit de ceux &#224; qui ont les impose, comme les images, les mots et avant tout les voix. On voit aussit&#244;t pourquoi Burroughs a trouv&#233; en Jaynes un alli&#233; intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 1 : L'argent est au c&#339;ur de tout partage de toute relation de tout &#233;change &#171; humain &#187;. Il y a donc une m&#233;diation qui est &#224; la fois ind&#233;passable et impossible &#224; occulter. L'argent constitue en quelque sorte la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; ultime sur les relations entretenues par ceux qui &#233;changent dans le champs &#233;largi de la drogue. Il suffit de remplacer drogue par marchandise et le tour est jou&#233;. Nous savons alors ce que nous sommes comment nous vivons et pourquoi nous vivons. En passant on peut interroger &#224; partir de ce point l'usage de l'argent dans la relation qu'entretiennent analys&#233; et analysant dans l'analyse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 2 : C'est donc celui qui dispose (pas poss&#232;de dispose car ceux qui poss&#232;dent ne sont jamais les acteurs des relations directes) de la marchandise qui est en mesure de cr&#233;er le vide, entendons l'interruption ou plus exactement le suspens dans la relation entre acheteur et vendeur, suspens qui permet que s'op&#232;re le renversement complet de la situation faisant en sorte que celui qui en fait ach&#232;te devienne celui demande. Le mot attente est ici le plus important puisqu'il s'agit en quelque sorte d'une sorte de concentr&#233; temporel de forme en raccourci de ce qui est au c&#339;ur de la promesse au moins dans la relation chr&#233;tienne qui est d'attendre le retour du messie, et peut-&#234;tre en fait de toute forme de promesse. L'attente est au centre de toutes les religions qui toutes, d'une mani&#232;re ou d'une autre, projettent dans un avenir ind&#233;fini une lib&#233;ration suppos&#233;e apporter une forme ou une autre de bonheur. Et ici le paradoxe c'est qu'en effet la rencontre &#224; venir entre cam&#233; et pourvoyeur va permettre au cam&#233; de voir l'attente combl&#233;e. &#192; ceci pr&#232;s que le produit lui-m&#234;me est porteur de la m&#234;me structure, celle du manque qui est le nom de la forme physique que prend l'attente pour le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 3 : L'enjeu est plus que de faire savoir ou faire sentir, de concr&#233;tiser le pouvoir du vendeur sur le consommateur lorsque cela est possible afin d'imprimer en lui la reconnaissance par lui ou plut&#244;t l'acceptation de sa soumission. La mat&#233;rialisation du manque, l'ouverture de l'attente sur un temps devenant &#171; infini &#187; puisque n'ayant plus de limite par la disparition du pourvoyeur, suite &#224; la rupture de la relation, font de la relation entre cam&#233; et pourvoyeur un &#233;quivalent de la relation de type amoureux. La mise en sc&#232;ne de l'absence comme d&#233;finitive, l'inscription du manque dans l'irr&#233;versibilit&#233;, induisent chez le cam&#233; un renforcement de la demande et de la soumission face aux menaces &#224; venir de nouvelles ruptures. Car qui finalement n'est pas pr&#234;t &#224; se prosterner pour qu'il revienne. Qui ? le porteur de la bonne nouvelle, le messager, l'&#233;vang&#233;liste aux mains pleines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- L'&#233;quation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Burroughs parvient &#224; ce rapprochement &#224; cette &#233;quivalence entre drogue et marchandise, entendons &#224; voir dans la drogue le mod&#232;le, la matrice de toute forme de marchandise en tant que la marchandise est bien quelque chose qui nous est impos&#233; du dehors et dont la fonction est de parvenir &#224; nous s&#233;duire de mani&#232;re telle que les signes dont elles sont porteuses s'inscrivent dans notre psych&#233;. La marchandise est un langage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs parvient alors &#224; produire l'&#233;quation la plus radicale que nous avons feint de d&#233;couvrir lors de ce moment de t&#233;l&#233;vision impromptu o&#249; le patron de TF1 a &#233;voqu&#233; les minutes de cerveaux disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation est simple : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le trafiquant ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur &#224; son produit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation se double d'une formule magique : &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La drogue rec&#232;le la formule du virus &#034;diabolique&#034; : l'Alg&#232;bre du Besoin. et le visage du diable est toujours celui du besoin absolu. &#187; (Burroughs, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement Burroughs parvient &#224; constat implacable : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Car le cam&#233; du trottoir - celui qui a besoin de came pour pouvoir se maintenir en vie - est le seul facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de constater que nous sommes potentiellement tous des cam&#233;s du trottoir, et donc que les lois qu'il d&#233;crit s'appliquent &#224; nous tous &#224; la fois dans notre relation aux autres et &#224; la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que la drogue est le prototype de la relation d&#233;terminant les modalit&#233;s profondes des &#233;changes entre les hommes dans le cadre marchand. Mais il n'y a pas &#224; pousser beaucoup plus loin le curseur pour voir se dessiner une sorte de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des &#233;changes entre les hommes qui ressemblerait beaucoup &#224; celle que r&#233;v&#232;le l'&#233;change entre drogu&#233; et pourvoyeur. Pour parvenir &#224; ce &#171; saut quantique &#187; ou plus exactement &#224; prouver cette analogie, il va falloir identifier l'&#233;l&#233;ment central qui est au c&#339;ur de tous les &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on le sait ce sera le langage, et avec le langage, l'impossibilit&#233; pour les hommes de NE PAS parler ! En partant en quelque sorte du p&#244;le oppos&#233; de l'exc&#232;s, la drogue face &#224; l'extase, on se retrouve cependant &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me &#171; endroit &#187; dans l'organigramme des fonctions psychiques d&#233;terminantes. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, le point d'achoppement est bien ce besoin de s'exprimer qui est la manifestation de l'existence pour chacun la plus commune, vitale et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L447xH650/5_burroughs-d4123.jpg?1677671996' width='447' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le langage comme virus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; par G.G. Lemaire est tout &#224; fait bien venue pour comprendre comment Burroughs parvient dans sa r&#233;flexion &#224; appr&#233;hender la question du langage &#224; la fois comme un &#233;quivalent d'une drogue et en relation avec les th&#232;ses de Jaynes, auteur qu'il cite &#224; plusieurs reprises au cours des ann&#233;es sans qu'on puisse savoir quand il l'a lu, les textes des essais n'&#233;tant pas dat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La question du verbe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage, il faut l'entendre ici au sens large, c'est &#224; la fois &#233;videmment la langue que nous parlons, les signes que nous &#233;changeons, mais c'est aussi et surtout le Verbe, celui qui nous vient de la bible et avec lui le logos et donc une certaine forme de raison. Il y a &#224; la fois une fascination pour ce verbe et un d&#233;go&#251;t une r&#233;pulsion. Toute l'entreprise cr&#233;atrice de Burroughs va consister &#224; d&#233;gager du langage des possibilit&#233;s expressives qui tout en y &#233;tant contenues sont comme tenues prisonni&#232;res dans les filets qui enserrent le langage et lui assurent sa l&#233;gitimit&#233; : le langage m&#234;me, le moi qui se sert du langage, la raison qui organise toute pens&#233;e s'exprimant par le langage. On le sait cela passera par l'invention du cut-up mais il faut remarquer que &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt; est &#233;crit plus de deux ans avant cette invention &#224; Paris avec Brion Gysing en 1959, dans une chambre d'un h&#244;tel de la rue G&#238;-le-c&#339;ur comme le dit la l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est dot&#233; d'un v&#233;cu dont peu d'hommes disposent, d'une intelligence certaine, d'une imagination efficace et surtout d'un sens aigu de tout ce qui ressort de la logique profonde dont il a pris connaissance dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un paradoxe sans doute que G.G. Lemaire rappelle d'entr&#233;e dans sa pr&#233;face, le fait que cette position pour le moins critique vis-&#224;-vis du langage trouve l'une de ses racines, la plus proche de nous finalement si l'on se r&#233;f&#232;re au monde des commencements de la conscience, dans le nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment l'ouverture de l'&lt;i&gt;&#233;vangile de Jean&lt;/i&gt; qui sonne ainsi dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe parole /et le verbe parole &#233;tait pour le dieu./ Oui Dieu &#233;tait le Verbe parole. Lui qui &#233;tait au commencement pour le Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre traduction dans la &lt;i&gt;Bible de Jerusalem&lt;/i&gt; nous donne une version plus proche de ce que nous sommes habitu&#233;s &#224; entendre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe et le Verbe &#233;tait aupr&#232;s de dieu et le Verbe &#233;tait Dieu. Il &#233;tait au commencement aupr&#232;s de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, en rage contre le temps et l'id&#233;e d'un mouvement vers la paix universelle alors que l'histoire nous montre le contraire n'h&#233;sitera pas &#224; &#233;crire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le verbe. Et le verbe &#233;tait de la merde ! &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 14)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et un peu moins connu il y a dans le chapitre 3 intitul&#233; &lt;i&gt;Contre l'intemp&#233;rance du langage&lt;/i&gt;, dans l'&lt;i&gt;&#233;pitre de Jacques&lt;/i&gt;, des phrases incisives qui elles parlent du langage qu'il faut &#233;videmment distinguer du verbe mais qui t&#233;moignent d'une conscience aig&#252;e des probl&#232;mes pos&#233;s par le langage relativement au activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si un homme ne commet pas d'&#233;cart de paroles, c'est un homme parfait, il est capable de r&#233;fr&#233;ner tout son corps / La langue est un membre minuscule et elle peut glorifier de grandes choses ! Voyez quel petit feu embrase une immense for&#234;t : la langue aussi est un feu. c'est le monde du mal cette langue plac&#233;e parmi nos membres ; elle souille tout le corps ; elle enflamme le cycle de la cr&#233;ation, enflamm&#233;e qu'elle est par la G&#233;henne. / La langue personne ne peut la dompter : c'est un fl&#233;au sans repos. Elle est pleine d'un venin mortel. Par elle nous b&#233;nissons le Seigneur et P&#232;re, et par elle nous maudissons les hommes faits &#224; l'image de dieu. De m&#234;me de la bouche sort la b&#233;n&#233;diction et la mal&#233;diction.... &#187; (&lt;i&gt;Bible de J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, p. 2031)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ces &#233;l&#233;ments r&#233;v&#232;lent, c'est que la langue est per&#231;ue par Burroughs comme un instrument de coercition, une machine de contr&#244;le ou pire encore comme une maladie contagieuse h&#233;r&#233;ditaire au fondement de notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Localiser le dieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, c'est &#224; partir de ses propres exp&#233;riences qu'il parvient &#224; cette constatation, mais il est &#233;vident que la lecture de Jaynes ne peut que le confirmer dans ses analyses. Jaynes n'est pas seulement celui qui a su montrer que le dieu est une entit&#233; qui loge dans le psychisme de chaque homme, mais il a aussi montr&#233; que cette entit&#233; n'&#233;tait ni fixe, ni &#233;ternelle, encore moins une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; toute puissante qui habiterait en chacun, mais un processus psychique &#171; invent&#233; &#187; par les humains ou existant en eux mais ne se d&#233;clenchant qu'en fonction des situations pour permettre de faire face &#224; des d&#233;fis apparemment insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi et il faudrait dire surtout, celui qui a r&#233;v&#233;l&#233; comment la voix ou les voix &#233;taient (avec les hallucinations visuelles) le vecteur privil&#233;gi&#233; de la transmission des informations c'est-&#224;-dire des injonctions ou encore des ordres entre le cerveau droit et le gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voix, les sons, les bruits, sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus difficiles &#224; situer dans l'espace. Notre cerveau n'est pas capable de d&#233;terminer avec pr&#233;cision la provenance d'un son, d'une voix pas m&#234;me de dire si cette voix provient de &#171; l'int&#233;rieur &#187;, c'est-&#224;-dire de son cr&#226;ne, de son propre corps ou du dehors et dans ce dehors si elle provient d'&#224;-c&#244;t&#233; ou de loin, des arbres ou du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses participent &#224; cela en plus de cette faiblesse constitutive, le fait qu'il faudra bien des si&#232;cles pour que le corps soit per&#231;u par chaque homme comme l'unit&#233; d'une complexit&#233; de fonctions et que soit attribu&#233; &#224; chaque partie du corps la fonction juste qui est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le magnifique livre de Richard Broxton Onians, &lt;i&gt;Les origines de le pens&#233;e europ&#233;enne&lt;/i&gt;, montre, entre autres choses, de mani&#232;re d&#233;finitive &#224; travers l'&#233;tude de l'&#233;volution sur quelques si&#232;cles entre l'&#233;poque de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et celle de la fin de Rome, des d&#233;nominations des parties du corps et des fonctions qui leur sont attribu&#233;es, le lent processus de correction constant auquel cela a donn&#233; lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En renfor&#231;ant l'id&#233;e de la difficult&#233; voire de l'impossibilit&#233; de situer une voix ou des voix dans l'espace, cela confirme bien la multiplicit&#233; des approches et des r&#233;actions individuelles ou collectives sur cette question et leurs variations. Et on l'a vu cela avec &lt;i&gt;les confessions extatiques&lt;/i&gt;, par l'intensit&#233; des exp&#233;riences qu'elles narrent, elles confirment cette impossibilit&#233; de localisation et l'h&#233;sitation constante entre un dedans flou dans lequel elles sont insituables mais qui est situ&#233; plus ou moins quelque part &#171; en &#187; l'individu affect&#233;, et un dehors infini d&#233;sign&#233; &#233;videmment par le mot ciel, mais qui pr&#233;cis&#233;ment n'indique rien de pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_burroughs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH337/6_burroughs-a2c98.jpg?1677671996' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Prendre la place des voix divines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre point que Burroughs trouve ou retrouve chez Jaynes et que nous avons effleur&#233; en passant avec Kluge qui lui aussi l'a bien compris, c'est que cette &#171; impossibilit&#233; de situer des voix &#187;, va &#234;tre utilis&#233;e tr&#232;s vite dans l'histoire des hommes, - et sans doute cela remonte-t-il &#224; des temps imm&#233;moriaux, ceux o&#249; dominait la puissance de certaines voix humaines, des chefs de hordes pour le dire vite -, pour prendre le contr&#244;le sur les individus et des groupes humains. Ces voix du dehors, cette fois de mani&#232;re claire puisque ce sont les voix d'autres hommes ou les sons &#233;mis par des hommes, chefs, pr&#234;tre ou autres, ces voix vont prendre la place des voix divines en tout cas les recourir et le remplacer, avec plus ou moins de succ&#232;s, dans la t&#234;te des masses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple de ce remplacement est pr&#233;sent&#233; par Alexander Kluge dans quelques pages de sa &lt;i&gt;Chronique des sentiments, II, Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt;, il pr&#233;cise ce point en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; Jaynes en passant. C'est p. 213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La traque des voix&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, lui, va litt&#233;ralement traquer les voix, c'est-&#224;-dire plonger au c&#339;ur de la contradiction inh&#233;rente au langage et &#224; ce que l'on pourrait appeler la situation post-historique de l'homme dans laquelle le langage voit ses fonctions changer radicalement et r&#233;v&#233;ler combien il est un &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; puisqu'il a pu &#234;tre utile et salvateur et qu'il a pu devenir destructeur ou virus vivant sur le dos de l'&#234;tre qui l'a accueilli. Dans ces relations de symbiose, on sait bien que le virus, comme pour la drogue, a besoin &#224; la fois que son h&#244;te ne meure pas, mais il doit aussi rester suffisamment faible pour que sa soumission et sa d&#233;pendance ne soient pas impact&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste ce changement de fonction relatif au langage ? En ce que les mots, le langage, en particulier &#224; partir de l'invention finale de l'alphabet et voyelles au VIIe avant notre &#232;re, qui s'est impos&#233; comme une aide permettant aux hommes de faire face &#224; la nouvelle situation psychique qui &#233;tait la leur, celle de la lente invention de la conscience comme moyen de surpasser l'affaiblissement du dieu dans la structure psychique bicam&#233;rale, que le langage donc est devenu, en bon &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;, un obstacle au d&#233;veloppement psychique de l'homme voire m&#234;me son meilleur pr&#233;dateur en ceci qu'il ne sert plus les desseins de l'homme mais l'emp&#234;che de les atteindre. G.G. Lemaire cite alors cette phrase de Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le cerveau-outil est muni d'un m&#233;canisme propre qui l'emp&#234;che les probl&#232;mes et ce m&#233;canisme est LE MOT. Le Cerveau ne peut que produire plus d'outils de survie qui produisent encore plus de probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;gage l&#224; de mani&#232;re claire ce que Medhi Belhadj Kacem va d&#233;velopper dans son &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, mais &#224; partir de la langue, certes comme outil ou instrument technique, &#224; savoir que l'homme se trouve embarqu&#233; dans un mouvement qui le conduit &#224; r&#233;pondre &#224; ses probl&#232;me en produisant toujours plus, et donc toujours plus de probl&#232;mes croyant cependant travailler &#224; des solutions, et qu'il est incapable de suspendre ce mouvement destructeur, de NE PAS poursuivre dans une voie qu'il sait lui &#234;tre fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t &#224; des lecteurs de Jaynes donc, et c'est aussi ceci, que ce que pointe Burroughs, fait appara&#238;tre notre situation existentielle dans une parent&#233; extr&#234;me avec celle que nous avons pu identifier dans le long passage du monde bicam&#233;ral au monde de la conscience. Avec l'expression &lt;i&gt;En finir avec la conscience&lt;/i&gt;, on ne vise &#224; rien d'autre qu'&#224; faire appara&#238;tre cela de mani&#232;re indubitable. Conscience et langage sont en quelque sorte sinon synonymes du moins des &#233;quivalents ou des doubles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L463xH700/7_burroughs-dd31a.jpg?1677671996' width='463' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Identifications des m&#233;canismes du virus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esprit attentif et toujours &#224; l'aff&#251;t de ce qui pouvait lui permettre de d&#233;couvrir des &#233;l&#233;ments pouvant lui permettre de d&#233;ployer ses id&#233;es, Burroughs va s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes intrigants, para-normaux au sens strict, au sens o&#249; ils d&#233;fient en effet les lois de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un d'eux auquel il consacre de nombreuses pages sont les enregistrements effectu&#233;s par un certain Raudive avec des magn&#233;tophones install&#233;s dans des studios insonoris&#233;s. La surprise &#224; l'&#233;coute de bandes qui auraient dues &#234;tre vierges de tout son, c'est qu'on pouvait y entendre non pas des bruits mais des voix. Il en parle dans &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt; et dans un essai intitul&#233; &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres &#224; propos des voix enregistr&#233;es de Raudive&lt;/i&gt;. Burroughs s'appuie sur les r&#233;sultats de ces exp&#233;riences qui ont donc permis d'entendre plus de 10.000 phrases dites par ces voix provenant de nulle part ou de n'importe o&#249; si l'on pr&#233;f&#232;re. Ce qu'il cherche ce n'est pas tant &#224; savoir ce que disent ces voix et &#224; produire une interpr&#233;tation de leur signification que le fait m&#234;me que des voix nous traversent nous p&#233;n&#232;trent et puissent en quelque sorte s'inscrire en nous sans que nous puissions en avoir conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rapproche cela surtout de ses exp&#233;riences de cut-up et comprend ces voix comme &#233;tant autant de messages envoy&#233;s de strates inaccessibles de nos psych&#233;s, de notre histoire, de nos exp&#233;riences v&#233;cues non enregistr&#233;es qu'il &#233;voque au d&#233;but de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces ph&#233;nom&#232;nes para-normaux lui permettent de pr&#233;ciser sa pens&#233;e au sujet de la langue, des mots et surtout de notre relation aux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre de d&#233;couvrir que : &#171; Le verbe lui-m&#234;me est peut-&#234;tre un virus qui s'est d&#233;finitivement implant&#233; dans un h&#244;te &#187; comme il l'&#233;crit dans &lt;i&gt;Revolution &#233;lectronique&lt;/i&gt; (Ed Hors Commerce, p. 27), il remarque que nombre des voix entendues sur les bandes de Raudive parlent &#171; dans un style distinctif qui rappelle le discours schizophr&#233;nique. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs ne cesse de rencontrer un type post-historique d'&#233;l&#233;ments proprement bicam&#233;raux ou s'en rapprochant de mani&#232;re significative. Plus encore, c'est &#224; une sorte de m&#233;lange qui n'est ni coh&#233;rent, ni absolument incoh&#233;rent, de phrases, de mots, de situations, et qui ressemble en tout &#224; ce qui est sorti de ses cut-up qu'il fait face, ce qui lui permet de renverser ais&#233;ment et nos certitudes et nos croyances en ces trois &#233;l&#233;ments majeurs qui tous se manifestent par la langue, l'&#234;tre, le moi et la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de pointer du doigt le mot comme calamit&#233; s&#233;mantique pour comprendre ce qu'il s'est pass&#233;. Il faut tenter de comprendre comment l'homme en est arriv&#233; &#224; r&#233;ifier des exp&#233;riences dans des concepts, ou si l'on veut &#224; contraindre la multiplicit&#233; de ses exp&#233;riences &#224; rester prisonni&#232;res de quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il existe une propension du cerveau &#224; classer et surtout &#224; fonctionner &#224; partir de donn&#233;es qui ne sont pas directement issues des exp&#233;riences v&#233;cues, &#224; inventer donc des concepts. Ces concepts peuvent se mettre &#224; fonctionner de mani&#232;re autonome et par un effet de feed back, ils finissent par aider &#224; traiter ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu non plus en fonction des seuls affects ou sentiments mais en fonction de ces &#233;l&#233;ments abstraits cens&#233;s repr&#233;senter et valoir pour ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu (sensation, &#233;motions, etc...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce moment de l'invention des deux grandes r&#232;gles qui croisent les exigences de &#171; rationalit&#233; &#187; de l'expression, de la langue si l'on veut, et l'exigence d'une coh&#233;rence du sujet &#233;gale &#224; celle qui se d&#233;ploie dans le monde abstrait gouvern&#233; par les concepts que va rep&#233;rer Burroughs et qu'il va, en tant que cr&#233;ateur, tenter de faire exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il voie dans la premi&#232;re guerre mondiale et dans la suite du XXe si&#232;cle un moment de grande bascule qui permet &#224; ces concepts de servir &#224; une prise du pouvoir sur nos cerveaux par ds entit&#233;s diverses mais toutes li&#233;es &#224; l'argent et aux diverses formes de pouvoir ne saurait &#233;tonner. Ce qui nous importe surtout c'est de suivre bri&#232;vement la mani&#232;re dont Burroughs formule le lien entre ces trois concepts. Il le fait dans son ouvrage &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le EST de l'identit&#233; entra&#238;ne toujours l'implication d'une chose et de rien d'autre, ainsi que l'attribution d'une condition permanente. rester ainsi. Toute appellation pr&#233;suppose le EST de l'identit&#233; [...] Le EST posant l'identit&#233; constitue un m&#233;canisme viral. La la vis&#233;e peut se d&#233;duire de l'action, un virus vise &#224; SURVIVRE. survivre aux d&#233;pends de l'h&#244;te envahi [&#8230;] le LE cat&#233;gorique constitue &#233;galement un m&#233;canisme viral qui vous coince dans l'univers viral. La locution SOIT/SOIT (OU/OU) constitue une autre forme virale. C'est toujours soit vous soit le virus. SOIT/SOIT...OU/OU : telle est en fait la formule conflictuelle qui constitue l'arch&#233;type du m&#233;canisme viral. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 42 et 45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre g&#233;n&#233;ral de la grammaire pour le dire vite &#233;labor&#233; depuis Aristote, a cependant pris une tournure sensiblement plus contraignante depuis la mise en place des bases de la soci&#233;t&#233; de masse &#224; r&#233;sonance plan&#233;taire et fond&#233;e sur le bombardement permanent de mots, de voix, d'images qui n'ont pour fonction que de nous contraindre, nous contr&#244;ler et interdire tout recours &#224; d'autres possibilit&#233;s &#224; d'autres inventions ou plus simplement &#224; d'autre modes de fonctionnements psychiques, mat&#233;riels, exp&#233;rientiels, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le virus est en train de coloniser de mani&#232;re irr&#233;versible ses h&#244;tes, &#224; savoir nous les humains. Ou plus exactement, cette colonisation est le vecteur par lequel, comme pour les rois assyriens, certains groupes d'individus s'assurent de la main mise et de la soumission des &#234;tres humains qui participent &#224; l'&#233;laboration des biens dont ils ne peuvent pas jouir, ceux-ci &#233;tant r&#233;serv&#233;s &#224; ceux dont les voix donnent des ordres auxquels il n'est plus possible de ne pas se soumettre tant la quantit&#233; et la multiplicit&#233; des &#171; phrases de contr&#244;le &#187; comme les nomme Burroughs, agit &#224; chaque instant comme un tsunami qu'on ne peut arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc la logique profonde d&#233;tect&#233;e par Burroughs se mettre en place. &#192; la logique du besoin qui d&#233;finit le cam&#233;, r&#233;pond la logique de la soumission qui d&#233;finit les utilisateurs de la langue. On se rappellera en passant le texte dans lequel Bill Viola citait sans donner son nom un passage du livre de Jaynes sur le sens du verbe ob&#233;ir qui provient de ob-audire signifiant entendre quelqu'un &#224; qui l'on fait face. Simplement d&#233;sormais on ne fait plus face. les messages, comme dans certains ouvrages de Philip K. Dick, nous traversent en permanence les oreilles et viennent prendre dans nos cerveaux toute la place et rendre impossible ou presque que nous puissions entendre d'autres voix qui elles aussi vivent en nous plus anciennes improbables non codifi&#233;es ou mieux encore des &#233;chos de la voix du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L471xH700/8_burroughs-5ddb7.jpg?1677671996' width='471' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, mais amplifi&#233;e au point qu'elle transforme la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable voire essentielle par l'existence des mass media &#224; l'&#233;poque de Burroughs et des r&#233;seaux internet &#224; la n&#244;tre, et il entend bien assumer cette position en prenant la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci, le fait qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour aider &#224; s'orienter dans l'existence, et que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes et en rien les promoteurs d'un nouvel &#233;vangile. Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir et cela de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui pour beaucoup rel&#232;vent comme on l'a compris de son long s&#233;jour dans le monde de la drogue, exp&#233;rience qui elle n'est pas partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier. Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &lt;i&gt;Les quatre cavaliers de l'apocalypse&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Fonctions du cut-up&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. de fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoins des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Le cut-up est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_dream_machine_event_cherie_nutting.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/11_dream_machine_event_cherie_nutting-601a0.jpg?1772188240' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dream machine event cherie nutting
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons de nouvelles formules de nouvelles images qui pourront s'ing&#233;niant dans nos esprits nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir. Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est un de guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que le drogue peut produire, mais des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles. Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux essais, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demander quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses. &#187; (p. 139)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;(p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fais soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [...] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso. &#187; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;(p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ici renvoyer en particulier &#224; &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, le journal d'Hugo Baal, l'un des fondateurs de dada qui analysait au jour le jour ce qui se passa &#224; Zurich &#224; partir de 1916 et qui a des phrases qui se rapprochent singuli&#232;rement de celles de Burroughs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187; ceci : &#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up &#187;.(p.141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187;... sur certaines d&#233;couvertes neurologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant &#224; la perception de l'encadrer et de lui permettre de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre &#233;criture et faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite et le cut-up pour le dire d'un mot permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc... auxquelles se livrent les artistes post-historiques, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &#171; Et le soit-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience. On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse de la conscience &#233;lev&#233;e au moyen d'un recours passif &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L423xH700/9_burroughs_junkie-5a88a.jpg?1677671997' width='423' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation transtemporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ait raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC de l'Am&#233;rique et de maman etc... (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [...] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'un punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [...] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste.... (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;ma de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est bien une certaine conception de la magie qui alors va entrer en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Puissance de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait en fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates pas les lisser dans une formule continue mais les rapprocher jusqu'&#224; l'&#233;tincelle. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 432-433)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [...] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir. [...] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marque la bande jouer plusieurs piste &#224; la fois couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, pour faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible pensable de lui &#233;chapper pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. Parlant des artistes il remarque qu'ils &#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existante. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes e conscience. [...] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH700/10_burroughs-a28b5.jpg?1677671997' width='476' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme du voyage ou &#224; son commencement, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction au prochain s&#233;minaire qui entamera une relecture des &lt;i&gt;&#201;vangiles&lt;/i&gt; dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer et qui s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous offre la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, que ces quelques lignes par lequel Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. Le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : William Burroughs&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une femme trouve&#769;e dans les bois</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-femme-trouve%CC%81e-dans-les-bois</link>
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		<dc:date>2023-01-26T16:52:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Me&#769;lanie Dornier</dc:creator>


		<dc:subject>Photo plasticienne</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224;. Il y a cette femme qui d&#233;cide de tourner le dos &#224; la soci&#233;t&#233;. Elle quitte le monde urbain et tous ses codes pour s'enfoncer dans la nature. C'est arriv&#233; soudainement, une d&#233;cision prise dans l'instant. Les carapaces tombent et le poids de la soci&#233;t&#233; s'envole. On est &#224; la fronti&#232;re o&#249; tout bascule. On se niche dans le pari du devenir.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Photo-plasticienne" rel="tag"&gt;Photo plasticienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2213-125f0.jpg?1772241525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224;. Il y a cette femme qui d&#233;cide de tourner le dos &#224; la soci&#233;t&#233;. Elle quitte le monde urbain et tous ses codes pour s'enfoncer dans la nature. C'est arriv&#233; soudainement, une d&#233;cision prise dans l'instant. Les carapaces tombent et le poids de la soci&#233;t&#233; s'envole. On est &#224; la fronti&#232;re o&#249; tout bascule. On se niche dans le pari du devenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_19035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.03-fbc29.jpg?1674752921' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette femme c'est vous comme moi. Une histoire qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'actualit&#233;, on parle du point de rupture : le moment de la d&#233;chirure o&#249; on laisse sa vie d'avant. Il y a de plus en plus de personnes qui changent compl&#232;tement de vie, qui disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bain r&#233;v&#233;lateur, c'est la m&#234;me histoire. Apr&#232;s une longue attente, la d&#233;cision est rapide. Les tirages argentiques Lith sont appel&#233;s l'art du &#171; snatch &#187;, un arrachement qui permet de stopper ce d&#233;veloppement compl&#232;tement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la narration, il y a ce myst&#232;re. Cette femme vit dans la for&#234;t. Un nouvel &#233;quilibre se dessine dans la fragilit&#233; du territoire. Les images mentales se m&#233;langent aux paysages. Elle se d&#233;fait de son personnage, s'&#233;vapore dans cette nouvelle vie douce comme am&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de ce changement n'est pas explicite. L'histoire c'est &#224; vous de vous la raconter, les &#233;l&#233;ments sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH332/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.02-baef2.jpg?1674752921' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.04.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.04-a5dea.jpg?1674752921' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.05-dca2b.jpg?1772213603' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19038 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.06-21c8d.jpg?1772213603' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH749/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.07-c1f07.jpg?1772213603' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.08-82cf9.jpg?1674752921' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19041 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.09-52e15.jpg?1674752921' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19042 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH749/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.10-7d906.jpg?1772213603' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19043 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.11-acea6.jpg?1674752921' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH749/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.12-1eff2.jpg?1772213603' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.13-e3013.jpg?1772213603' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19046 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.14-a2576.jpg?1674752922' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19047 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH332/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois.15-f3d75.jpg?1674752922' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19048 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois_16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/me_lanie-dornier_une_femme_trouve_e_dans_les_bois_16-0c89f.jpg?1674752922' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.melaniedornier.com" class="spip_out"&gt;www.melaniedornier.com&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des dieux &#8212; IX</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-dieux-IX</link>
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		<dc:date>2022-12-29T17:23:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
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		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>dieu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le S&#233;minaire IX vise &#224; montrer qu'il est possible et m&#234;me souhaitable et vital d'en finir avec le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/dieu" rel="tag"&gt;dieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2200-bd7e9.jpg?1772202174' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le S&#233;minaire IX vise &#224; montrer qu'il est possible et m&#234;me souhaitable et vital d'en finir avec le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme et de la pens&#233;e. &#192; travers l'analyse d&#233;taill&#233;e de &#034;Parsifal-Container&#034; d'Alexander Kluge et Georg Baselitz (Ed Spector Books), il s'agit d'explorer quelques-uns de ces nouveaux territoires. Notre conception du Moi, de la Raison, de la Logique bas&#233;e sur le Principe de causalit&#233;, fera face &#224; la &#034;Tendre Force&#034; de l'amour et des sentiments, et &#224; une logique du hasard et de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;FAIRE DES DIEUX - S&#201;MINAIRE IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la conscience II : La fonction des sentiments&lt;br class='autobr' /&gt;
Une exploration des enjeux narratifs, esth&#233;tiques et &#233;thiques dans les oeuvres d'Alexander Kluge et dans Parsifal Container, en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/785051850?h=b1b032009c&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;512&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe de faire un bref retour sur la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente qui a permis de d&#233;gager &#224; la fois le profil de la conscience, ses ancrages et les modalit&#233;s de ses manifestations et de sa domination dans le champ narratif comme dans celui de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu la conscience est non seulement associ&#233;e au sujet, au Je et au moi mais elle elle semble &#234;tre la manifestation la plus effective et efficace de leur existence. Elle est inscrite dans le cadre d'un pens&#233;e de la substance et de l'&#234;tre, et elle joue un r&#244;le central dans les processus de la connaissance puisqu'elle est le pivot autour duquel s'articule la r&#233;flexivit&#233; qui assure au fait de conna&#238;tre la reconnaissance de sa justesse par le sujet connaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La choix de la version de la conscience de Julian Jaynes offre le plus large &#233;ventail de fonctions ce qui permet de d&#233;finir le spectre d'activit&#233;s, d'actions, qu'elle met en &#339;uvre et dont elle est &#224; la fois le support et le destinataire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130679_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/p1130679_blog-69d31.jpg?1672334647' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Importe de rappeler bri&#232;vement les six points par lesquels Jaynes &#034;dessine le portrait&#034; de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La spatialisation consiste a&#768; faire en sorte que les choses qui n'ont pas de consistance spatiale en aient une dans la conscience &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extraction consiste a&#768; faire des choix en permanence dans l'ensemble des attitudes possibles face a&#768; une chose les extraits ne sont pas les choses me&#770;me et nous faisons comme si ils l'e&#769;taient. Mais c'est un processus distinct de la me&#769;moire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Je analogue est la me&#769;taphore que nous avons de nous-me&#770;mes qui peut faire des choses que nous ne faisons pas re&#769;ellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Moi me&#769;taphorique qui est ce par quoi nous nous percevons en train de faire quelque chose et a&#768; quoi en ge&#769;ne&#769;ral on re&#769;duit la conscience. &lt;br class='autobr' /&gt;
La narratisation est le fait d'associer un fait isole&#769; a&#768; un autre fait isole&#769;, en un re&#769;cit qui tente de nous permettre de comprendre le pourquoi de nos gestes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conciliation ou reconnaissance, est un phe&#769;nome&#768;ne commun a&#768; tous les mammife&#768;res par lequel on assimile les choses nouvelles en les assemblant sous la forme d'objets reconnaissables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec Lionel Naccache, que, malgr&#233; l'invention de l'inconscient, la conscience n'&#233;tait pas, m&#234;me dans une approche neurobiologique, le socle assur&#233; de lui-m&#234;me sur lequel il serait possible de fonder aussi bien la connaissance que le sujet. Non qu'elle n'existe pas, mais elle ne gouverne qu'une part extr&#234;mement limit&#233;e des m&#233;canismes qui participent &#224; faire exister le monde pour nous et &#224; nous permettre d'exister dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Lionel Naccache montre, &#224; partir et au-del&#224; des exp&#233;riences men&#233;es sur des sujets pr&#233;sentant des dysfonctionnements s&#233;rieux comme un split brain, un cerveau dissoci&#233; dans lequel les deux h&#233;misph&#232;res n'ont plus de relation entre eux le corps calleux ayant &#233;t&#233; sectionn&#233;e, que nous sommes tous assujettis ou si l'on veut soumis &#224; ces m&#233;canismes neuronaux et psychiques qui ont lieu avant que les &#233;l&#233;ments tri&#233;s ne parviennent &#224; la conscience et que donc tous nous fonctionnons &#224; partir de ce que nous fabriquons sans nous en rendre compte, des FICs, des fictions, imaginations croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conscience est tiss&#233;e par les m&#233;canismes neuronaux qui lui &#233;chappent &#224; elle et donc &#224; n&#244;tre contr&#244;le et par les mots (trames imaginales) et les phrases par lesquelles nous attribuons signification et sens &#224; ce qui nous arrive et &#224; ce que nous voudrions qu'il nous arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet voit son &#034;pouvoir&#034; sur lui-m&#234;me battu en br&#232;che et se retrouve certes toujours disposer de lui-m&#234;me mais avec des pr&#233;rogatives extr&#234;mement limit&#233;es. Au point que la conscience telle qu'elle a &#233;t&#233; pens&#233;e depuis deux mille ans semble devenue obsol&#232;te et pire encore est devenue un pi&#232;ge compos&#233; de &#034;croyances&#034; multiples dans lequel nous tournons en rond et nous offrons &#224; toutes les manipulations imaginables de la part d'entit&#233; ayant compris comment fonctionnait ce &#034;pi&#232;ge&#034; que nous tenons pour la seule forme d'existence et de notre conscience et donc de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130677_hd_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/p1130677_hd_blog-1b701.jpg?1772194539' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conscience et narration&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un point d'entr&#233;e pour repenser la conscience s'est impos&#233; : la narration. &#201;l&#233;ment central du dispositif de la conscience, que Jayne nomme narratisation et qui englobe &#224; la fois les r&#233;cits fait par les sujets conscients et les FICs de Naccache, la narration est devenu au XXe si&#232;cle le champ d'exp&#233;rimentations et d'exp&#233;riences qui affectaient aussi bien les formes litt&#233;raires que le champ de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples sont nombreux, mais peut-&#234;tre pas si nombreux que cela a prendre en charge les mutations du psychisme dues &#224; la fois aux d&#233;couvertes en m&#233;decine et en neurobiologie mais aussi aux transformations sociales imputables &#224; un si&#232;cle qui a r&#233;v&#233;l&#233; aux hommes leur puissance de destruction et pus encore d'autodestruction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est au coeur m&#234;me de ces processus soci&#233;taux que se jouent les mutations de nos psych&#233;s. Cependant, il va de soi que la majorit&#233; des textes produits aujourd'hui encore, s'appuient sur des sch&#233;mas mentaux et psychiques qui rel&#232;vent de ceux de la conscience. Ces textes, ces livres reconduisent ainsi &#224; la fois la croyance en une autonomie et une libert&#233; de la conscience et du sujet, en une valeur positive du doute, en une capacit&#233; de l'introspection &#224; modifier le cours d'une vie voire tel ou tel fragment de la soci&#233;t&#233;, lors m&#234;me que, nous le v&#233;rifions chaque jour, non seulement tien en change mais les formes normatives de pens&#233;e tentent par tous les moyens de ne pas se faire les &#233;chos d'exp&#233;riences de pens&#233;e nouvelle, et encore moins de nouvelles mani&#232;res de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est l'otage de ceux qui veulent que le sch&#233;ma mental dont ils tirent leurs profits ne changent pas, ce qui d'ailleurs assure &#224; tous les trafics souterrains une p&#233;rennit&#233; toujours plus glorieuse. Mais chacun est aussi un otage volontaire en ceci que apparemment sa conscience ne lui permet pas de voir le pi&#232;ge auquel il se livre corps et biens et dont il est en grande partie aussi l'auteur ou au moins l'instigateur et de toute fa&#231;on celui qui trouve une forme de &#034;confort&#034; dans la prorogation de la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains FICs ont un pouvoir suffisamment grand pour emp&#234;cher que le mod&#232;le ne craque.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres donc, des artistes souvent, des gens qui ne parviennent pas &#224; s'int&#233;grer dans ces sch&#233;mas, des gens dits &#034;normaux&#034; qui souffrent en silence de la situation ne trouvant pas n&#233;cessairement en eux la force de faire bouger les lignes mais qui en r&#234;vent d'une mani&#232;re quasi active pourtant, et bien d'autres, ces gens dessinent des lignes qui peuvent &#233;voquer une nouvelle forme de psychisme, posent les bases de nouvelles dimensions, bref inventent de nouvelles mani&#232;res de consid&#233;rer les agitations neuronales et les comportements et les pens&#233;es qui les accompagnent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pr&#233;sent&#233; raidement la derni&#232;re fois un sch&#233;ma tentant de d&#233;crire de mani&#232;re synth&#233;tique les points de passage oblig&#233;s d'un r&#233;cit qui le sachant on non, tenait, au-del&#224; de l'histoire m&#234;me, &#224; &#034;sauver&#034; la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
les quatre points mentionn&#233;s, tir&#233;s du livre La cuisson de l'homme, &#233;taient les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une place &#224; prendre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une bo&#238;te noire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une diff&#233;rence de potentiel
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une histoire d'amour&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus simple est donc de se reporter &#224; la page 198 de La cuisson de l'homme qui les pr&#233;sente en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant de partir explorer des oeuvres litt&#233;raires qui ont toutes pour projet de transformer les bases de la narration, mais elles pourraient &#234;tre cin&#233;matographiques, plastiques ou musicales sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexander Kluge et son oeuvre immense, tant litt&#233;raire que cin&#233;matographique, s'est impos&#233; comme le meilleur exemple pour commencer &#224; dessiner la carte des territoires mentaux et psychiques dans lesquels se d&#233;ploient des pens&#233;es qui ont, non tant pour objectif, mais d&#233;j&#224; pour moyen de montrer comment l'esprit peut exister dans un monde qui se situe &#034;par-del&#224; la conscience&#034; ou si l'on pr&#233;f&#232;re dans une &#233;poque post-conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Faire des dieux&#034; implique de changer de mani&#232;re de travailler ou de pr&#233;senter les choses. certes cela va rester un expos&#233; le plus riche et construit possible mais la part d'improvisation risque d'augmenter. Ce qui est bien dans cette affaire c'est qu'on a affaire &#224; des textes fragment&#233;s et qu'il est possible de se saisir de l'un ou de l'autre int&#233;gralement ( ou en partie &#233;videmment) et d'en proposer une analyse ou un commentaire en le lisant, en offrant ainsi une v&#233;ritable entr&#233;e dans ce dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins qu'il faut tenter de conf&#233;rer &#224; ce moment une coh&#233;rence vitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I Pour en finir avec la conscience : entre lutte arm&#233;e et corps &#224; corps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de mettre &#224; bas la conscience. C'est une structure psychique et mentale, narrative et spatiotemporelle qui s'est forg&#233; au cours des derniers mill&#233;naires mais qui semble avoir atteint ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130676_hd_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH391/p1130676_hd_blog-b2e2e.jpg?1772194539' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La schize&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Pour le dire d'un mot, en suivant Jaynes, elle est ce qui a remplac&#233; peu &#224; peu le syst&#232;me psychique bicam&#233;ral, dont le fonctionnement &#233;tait bas&#233; sur une dissociation non per&#231;ue entre des fonctions c&#233;r&#233;brale et donc entre des activit&#233;s. Un peu comme si chaque homme &#233;tait plus ou moins le jouet d'un cerveau &#034;split&#233;&#034;, s&#233;par&#233;, coup&#233; en deux, schiz&#233;, mais avec une capacit&#233; de ce cerveau &#224; proposer des solutions efficaces pouvant appara&#238;tre dans les moments les plus inattendus ou les plus difficiles de stress intense, et cela de mani&#232;re suffisamment constante pour que la validit&#233; su fonctionnement ne soit pas mise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On l'a vu, en suivant toujours Jaynes, la conscience est le dispositif psychique qui a peu &#224; peu remplac&#233; le fonctionnement bicam&#233;ral dans lequel les dieux &#233;taient des forces psychiques efficientes. cette conscience, s'est constitu&#233;e comme une r&#233;ponse relativement efficace aux probl&#232;mes qui se posaient aux humains et comme une boussole permettant de s'orienter dans l'existence et dans la pens&#233;e, m&#234;me si de nombreux points d'achoppement ne cessaient d'appara&#238;tre sur le chemin. Elle a permis au cerveau gauche d'&#233;tablir et d'assurer sa domination par l'usage du langage comme &#233;l&#233;ment fondateur de la raison. Le cerveau droit, celui ces dieux s'est affaibli et sans jamais pour autant s'effacer, en restant vivace chez certains parfois assez nombreux, non seulement les dieux ont continu&#233; d'exister en et pour certains hommes, mais le cerveau droit a continu&#233; &#224; offrir une certaine force aux humains, en particulier en tant que camp d'&#233;mergence de ce que l'on appellera le monde des affects ou avec Kluge le monde des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes, une fois la conscience &#233;tablie en eux comme usine de production des raisons et entreprise de contr&#244;le des d&#233;rives et des d&#233;viances, ne se sont cependant par aper&#231;us qu'ils &#233;taient schiz&#233;s, mais ils ont v&#233;cu en livrant un combat permanent en tentant de contenir les forces du sentiment sans pouvoir les abolir, ni pouvoir parvenir &#224; les faire taire. Ils ont appris &#224; leur conf&#233;rer une place et se servir d'eux comme d'un lubrifiant in&#233;vitable oscillant entre un mal n&#233;cessaire et un obstacle insurmontable mais devant toujours &#224; d&#233;faut d'&#234;tre surmont&#233;, &#234;tre ni&#233; comme puissance sup&#233;rieure &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forts de leur puissance sans cesse accrue sur les choses et le monde, ils ont continu&#233; d'attribuer &#224; la puissance de leur cerveau gauche de leur raison les bienfaits qu'ils pr&#233;tendaient inventer gr&#226;ce &#224; elle, et cette nouvelle d&#233;esse a finit par les conduire &#224; voir dans la conscience le nom global de la forteresse imprenable qu'il ne cessaient de r&#234;ver &#234;tre devenus. Imprenable parce qu'incapable d'&#234;tre coupable d'erreurs si graves qu'elles remettraient en cause le fondement m&#234;me de la croyance de chaque homme en elle. Elle est devenue non pas un concept mais la m&#233;taphore absolue assurant le je pense d'une l&#233;gitimit&#233; tout aussi absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous sommes assez &#034;conscients&#034; de ce que nous faisons et vivons pour acc&#233;der &#224; la formulation suivante : ce que nous nommons les faits ne sont finalement pas faits d'une autre &#233;toffe que les r&#234;ves, ou plus exactement nous devenons susceptibles d'appr&#233;hender qu'&#224; certaines conditions les faits peuvent se m&#233;tamorphoser en r&#234;ves et les r&#234;ves en faits. Ainsi faits et r&#234;ve, on le devine et le comprend &#224; d&#233;faut de l'accepter et de prendre toute le mesure de ce que cela implique pour et dans la pens&#233;e et l'existence, que les faits et les r&#234;ves donc n'ont jamais cess&#233; de s'entrelacer, et cela tant entre les hommes entre les hommes et les choses qu'en chaque homme. C'est cette m&#233;tamorphose constante des faits en r&#234;ves et des r&#234;ves en faits, sous certaines conditions que nous appelons trames imaginales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 D&#233;sorientation&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous le constatons, nous vivons une &#233;poque qui a commenc&#233; il y a au moins 200 ans, m&#234;me si ce &#224; quoi elle aboutit est aussi le r&#233;sultat de maturations plus longues encore, &#233;poque qui voit se transformer l'ensemble des rep&#232;res qui ont permis &#224; la conscience d'&#234;tre en effet et la forteresse et la gardienne de la forteresse dans le m&#234;me temps, se fendiller, se fragmenter, se liqu&#233;fier, se dissoudre, s'&#233;vanouir, et parfois, apparemment du moins, compl&#232;tement dispara&#238;tre. C'est elle qui nous meut et puisque nous sommes pris en elle, c'est aussi nous qui la mouvons. Mais il nous appara&#238;t souvent que nous ne savons ni vraiment o&#249; cette poque semble aller, elle que nous percevons comme une entit&#233; autonome un peu semblable &#224; celle que nous sommes ou croyons &#234;tre, ni o&#249; nous m&#234;me nous allons. Par exemple nous ne cessons de nous demander si nous devons aller dans ce que nous supposons &#234;tre la direction qu'elle prend ou si nous devons lutter contre le courant et ramer &#224; l'envers du cours du fleuve. Mais c'est l&#224; un des questions nombreuses qui nous assaillent. Toutes elle se r&#233;sument cependant &#224; celle que nous connaissons formul&#233;e par Kant : comment s'orienter dans la pens&#233;e. (v&#233;rifier)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sorientation a de nombreuses &#034;causes&#034; ou si l'on pr&#233;f&#232;re de nombreuses manifestations, sachant que certains faits sont tellement puissants ont eu des d&#233;flagrations tellement inconcevables, qu'ils nous ont d&#233;sorient&#233;s et que depuis &#034;nous errons dans la nuit et nous nous consumons dans le feu&#034;. La forteresse a non seulement trembl&#233; mais elle a vu ses assises s'effriter, s'effondrer, et il faut toute la puissance d'un ensemble de manifestations puissantes pour emp&#234;cher aussi bien que la forteresse ne s'effondre de mani&#232;re indubitable ou que le r&#234;ve qui emp&#234;che de voir l'effritement et l'effondrement ne se termine sur un r&#233;veil brutal. Il y a l&#224; des faits comme des r&#234;ves dont la puissance est telle qu'ils transforment ou plut&#244;t r&#233;v&#232;lent l'existence d'un aveuglement g&#233;n&#233;ralis&#233; comme &#233;tant une fonction centrale du dispositif de la conscience. (note sur / contre le dispositif d'Agamben)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II Tableau g&#233;n&#233;ral et ouvert des notions actives permettant de penser par-del&#224; la conscience, les mutations qui l'affectent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cheval entre philosophie et observation des choses de la vie, se d&#233;ploient des mots qui finissent par former un petit chapelet (une th&#233;orie) de notions et de zones conceptuelles qui concernent directement la conscience, son fonctionnement et les personnage conceptuels dont elle est indissociable, qui l'animent et qu'elle anime. Ces zones ne font pas syst&#232;me m&#234;me si elles finissent par former une zone de zones, et atteindre &#224; un certain niveau de consistance. La pens&#233;e de Kluge consiste et insiste plus qu'elle ne fait syst&#232;me. L'enjeu est donc de tenter d'explorer ces zones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zones conceptuelles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est compos&#233;e par le sujet, l'entit&#233; qui dit Je ou Moi. Il pr&#233;tend ou croit que la conscience est un aspect de lui-m&#234;me et m&#234;me la forme la plus &#233;labor&#233;e de ce Moi et en m&#234;me temps qu'elle est comme la puissance qui assure la coh&#233;rence et la coh&#233;sion de toute ses facettes ou du moins permet de les penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde zone est form&#233;e par l'ensemble des activit&#233;s du sujet qui nourrissent la conscience et lui permettent d'&#233;tablir sa domination sur les choses mais qui peuvent aussi &#233;chapper &#224; son contr&#244;le. Percevoir, sentir, conna&#238;tre tissent des relations fortes qui se voient n&#233;anmoins devenir le champ d'un combat &#224; ce jour sans vainqueur entre le monde de la raison, l'adjuvant fondateur du r&#232;gne de la conscience et celui des affects ou des sentiments, (Die z&#228;rtliche kraft), pour parler avec Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me est celle de l'ontologie dont la conscience est cens&#233;e relever ou dans laquelle elle doit s'inscrire si elle veut pr&#233;tendre assurer sa domination sur l'ensemble des zones pr&#233;cit&#233;es. &#202;tre et substance sont les deux concepts centraux qui assurent le lien entre sujet et monde et les relations entre pens&#233;e et existence en inscrivant le sujet dans une dimension qui le porte, le d&#233;passe et l'englobe et qui permet de faire de ce qu'il produit, les connaissances, le socle &#224; partir duquel il s'approprie le monde et construit sa forteresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me zone est la zone des id&#233;es, ces mots qui devenus des r&#233;alit&#233;s mentales pr&#233;tendent &#224; la m&#234;me consistance que les autres donn&#233;es perceptives ou calculables, rationnelles ou sentimentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es agissent comme des op&#233;rateurs de motivation qui permettent aux sujets de s'orienter dans le monde et dans l'histoire. D&#233;ploy&#233;es dans l'histoire, ces id&#233;es ont finit par former au sens large la zone des id&#233;ologies qui fonctionnent comme le remarque Kluge comme &#034; un mode d'investissement pulsionnel qui permet &#224; la conscience de se conserver&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais les id&#233;es sont aussi des &#233;l&#233;ments, des forces, capables de produire des frottements susceptibles de faire bouger les lignes du croyable disponible et d'engendrer de nouveaux &#034;concepts&#034;, de nouvelles notions et surtout de nouvelles mani&#232;res de les approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Boucles de r&#233;troaction et jugement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette seconde approche de la zone des id&#233;es permet de la d&#233;finir comme le champ transversal dans lequel sont &#224; l'oeuvre les boucles de r&#233;troaction qui permettent &#224; l'ensemble des processus pr&#233;sent&#233;s ci-dessus de trouver, malgr&#233; les tensions et les conflits qui n'ont cess&#233; d'alimenter leur coexistence, une coh&#233;rence et une coh&#233;sion qui est pr&#233;cis&#233;ment celle que se targue de &#034;poss&#233;der&#034; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurant la l&#233;gitimit&#233; de la conscience, l'organisation entre ces zones &#224; la fois psychiques et conceptuelles lui permet de s'imposer comme l'op&#233;rateur qui assure le bon fonctionnement g&#233;n&#233;ral du syst&#232;me psychique. Le moyen ind&#233;pass&#233; &#224; ce jour dont elle a fait son g&#233;n&#233;ral est port&#233; par le sujet et se nomme le jugement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jugement est ce qui permet, &#224; chaque &#233;poque, &#224; la conscience de faire le tri entre les nouvelles donnes mat&#233;rielles et psychique auxquelles les hommes font face, en oubliant le plus souvent que ces mutations sont n&#233;es de leurs activit&#233; m&#234;me. Cet oubli est le fondement de la survie du jugement et du sujet, car il assure &#224; la conscience la part d'aveuglement n&#233;cessaire &#224; sa survie, elle qui ne voit que ce qui entre dans le sch&#233;ma global de ce qu'elle peut accepter et de ce &#224; quoi elle peut croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les d&#233;veloppement de la neurobiologie ne cesse de confirmer tant d'un point de vue global, que de points de vue focalis&#233;s sur telle ou telle fonction sensorielle ou perceptive (l'oeil, &#233;tant le meilleur exemple d'organe disposant &#224; la fois d'une capacit&#233; hors norme et d'un &#034;trou noir qu coeur m&#234;me de ce qu'il est et donc de son activit&#233; perceptive), que la conscience ne cesse d'inventer ce qu'elle tient pour vrai. Ce domaine, on le nommera l'empire du croyable disponible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'impact psychique de cette situation aux facettes multiples est bien peu pris en compte par les instances qui ont pour fonction de faire fonctionner le monde. L'un des enjeux est de continuer &#224; faire de la conscience le garant des institutions psychiques et gnos&#233;ologiques et d'assurer sa survie comme op&#233;rateur et guide spirituel, qui situ&#233; en chacun peut-&#234;tre consid&#233;r&#233; comme valide pour tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce bel &#233;difice de la conscience a non seulement commenc&#233; &#224; se fissurer mais il a, au cours du si&#232;cle pass&#233;, &#233;t&#233; le support &#224; la fois rationnel et moral, voire m&#234;me l'op&#233;rateur ou du moins l'&#233;l&#233;ment, sans lequel rien de tout cela n'aurait pu &#234;tre justifi&#233;, d'un travail de destruction d'une telle ampleur que la destruction est devenue non plus un moment mais un &#233;tat g&#233;n&#233;ral dans lequel les individus, les soci&#233;t&#233;s et la plan&#232;te m&#234;me sont prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la conscience semble impuissante &#224; aider &#224; s'orienter dans l'existence comme dans la pens&#233;e. On s'efforce de croire qu'elle est toujours l'instance d&#233;terminante tant pour la connaissance que pour les d&#233;cisions, mais il semble que la boucle de r&#233;troaction dont elle se targue de disposer ne fonctionne plus autrement qu'en ne lui apportant plus que des &#034;mauvaises nouvelles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III Les ruines et l'incommensurable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir un instant sur ces &#233;v&#233;nements connus de tous au moins dans une version basique et qui sont les principaux &#233;l&#233;ments signalant aux yeux de l'humanit&#233; enti&#232;re que quelque chose comme un effondrement du royaume de la conscience a largement commenc&#233; pour ne pas dire qu'il s'est install&#233; comme fond m&#234;me de l'existence des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La production des ruines&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier ensemble de faits qui affecte la forteresse de la conscience, ce sont, on le sait, les faits historiques, la grande guerre et ses millions de morts, la suivante, les camps d'extermination, la bombe atomique et donc ses millions et millions de morts. Puis, &#224; la fois pour permettre ces massacres (armement et recherches li&#233;es pour le dire vite) et comme moyen de poursuivre cette oeuvre de destruction sur des domaines jusque-l&#224; rest&#233;s &#224; peu pr&#232;s indemnes de l'action de destruction, &#224; savoir tout simplement la totalit&#233; des aspects de la vie des humains, il y a l'existence d'un capitalisme devenus fou. Il faut de suite noter qu'il ne reste pas fig&#233; dans ses positions, bien au contraire et qu'il est sans cesse en m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 l'irruption de l'incommensurable&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me ensemble d'&#233;v&#233;nements qui affecte la forteresse de la conscience, entendons donc chacun de nous puisque chacun a &#233;t&#233; format&#233; en gros et souvent en d&#233;tail sur l'un ou l'autre des mod&#232;les qui s'appuient sur les r&#232;gles globales qu'&#034;elle&#034; a mises en place, est la d&#233;couverte et la prise en compte et mieux encore l'utilisation des r&#233;sultats parvenus lors de l'exploration de de dimensions jusqu'ici inconnues en tant que telles, et disons le pour rappel, l'infiniment petit de la m&#233;canique quantique et aujourd'hui des science de la vie et l'infiniment grand r&#233;v&#233;la par la physique cosmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 La r&#233;volution technologique : attention et calculabilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de d&#233;velopper ici le sujet de l'envahissement des existences des hommes par les objets technologiques et la surveillance int&#233;grale qui en est sinon la &#034;condition&#034; du moins l'enjeu non formul&#233; et qui s'il n'a pas &#233;t&#233; act&#233; comme projet est devenu la part centrale du projet une fois celui-ci ayant montr&#233; ses potentialit&#233;s. Sinon pour en dire deux choses, l'une que la domination, qui comme toutes les autres se produit avec notre assentiment ou du moins sans que nous puissions y opposer un non efficace, est totale, elle ne laisse hors d'elle aucun aspect de la vie et agit sur les choses comme sur les &#234;tres vivants, l'autre qu'elle affecte les sch&#233;mas profonds et les m&#233;canismes de la conscience et en particulier ce qui a &#233;t&#233; la base non reconnue mais devenue &#233;vidente aujourd'hui &#224; savoir l'attention. C'est cette fonction qui assure notre lien &#224; tout ce qui n'est pas nous. Cette r&#233;volution affecte &#233;videmment aussi l'ensemble des &#233;l&#233;ments constitutifs de l'existence et en particulier les objets auxquels est d&#233;sormais associ&#233;e une calculabilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 Les voix du dehors&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des aspects manifestes de la r&#233;volution technologique qui est bien s&#251;r connu et mentionn&#233; mais qui ne semble pas faire l'objet d'une r&#233;flexion pouss&#233;e est le fait que les hommes sont environn&#233;s jour et nuit de voix, qu'elles soient des sons ou de v&#233;ritable voix, c'est-&#224;-dire par une infinit&#233; de messages sonores et vocaux auxquels ils ne peuvent s'opposer. La forteresse de la conscience est aujourd'hui m&#234;me si elle peut sembler tenir sur ses base comme b&#226;timent m&#233;taphorique ainsi que le font encore nos maison, ouverte &#224; tous les vents. Elle ne prot&#232;ge plus de rien en tout cas pas de la p&#233;n&#233;tration des corps et des psych&#233;s par ces voix port&#233;es de plus par des flux d'images. Le monde ne cesse &#224; chaque instant de passer les murs de nos demeures et il entre en nous comme il l'entend &#233;tant entendu qu'ici le monde signifie bien plut&#244;t l'ensemble de ces &#034;voix&#034; du dehors produites par la technologie bien plus en effet que le bruit du tonnerre du vent ou l'infini pr&#233;sent devant nos yeux sous la forme du ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous accordons avec Jaynes pour admettre qu'au moins un des aspects majeurs de la manifestation et donc de l'existence des dieux, c'&#233;tait ces voix que les hommes entendaient qui provenaient de leur cerveau mais qu'eux ne savaient pas situer et auxquelles ils attribuaient des incarnations vari&#233;es et infinies, alors il nous faudra tenter de comprendre en quoi notre &#233;poque se rapproche au moins un peu de ce qui pouvait constituer il y a quelques centaines de si&#232;cles l'exp&#233;rience quotidienne des hommes bicam&#233;raux. &#192; ceci pr&#232;s que nous connaissons les &#233;metteurs par lesquels elles passent, sinon tous les auteurs des voix du dehors et qu'elles ne sont pas &#233;mises par notre cerveau droit m&#234;me si sous bien des aspects elles ont la forme et la consistance d'hallucinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kluge le sait parfaitement et il tient compte de cette situation qu'il analyse avec Jaynes &#224; partir d'un exemple tir&#233; de l'histoire ancienne, le r&#232;gne des assyriens. On doit donc comprendre que cette situation de la soumission du psychisme &#224; des voix puissantes du dehors est un des &#233;l&#233;ments qu'il prend en compte quand il s'avance sur les chemins conduisant &#224; la remise en question de la capacit&#233; de la conscience &#224; assurer ses fonctions. La distinction entre dedans et dehors, entre int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233; est pour Kluge non plus quelque chose qui va de soi mais l'enjeu d'une redistribution des fonctions actives dans le psychisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc ici de lire les pages 212-213-214 de Chronique des sentiments Livre II inqui&#233;tance du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV Pour sortir du pi&#232;ge de la conscience ou faire l'exp&#233;rience de la m&#233;tamorphose : La m&#233;thode Kluge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il faut parvenir &#224; &#034;prendre conscience&#034; pourrait-on dire avec humour, c'est du fait que la conscience est devenue plus un probl&#232;me, voire un obstacle, que le vecteur des solutions &#224; la situation dans laquelle les hommes de cette humanit&#233; plan&#233;taires se retrouvent projet&#233;s sinon jet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral qui la constitue et qu'elle tente de proroger le plus loin possible dans l'espace comme dans le temps fait aujourd'hui fonction de voile, de masque, de mur, bref de quelque chose qui litt&#233;ralement interdit &#224; l'intelligence, &#224; l'esprit, &#224; la conscience elle-m&#234;me, de pouvoir pr&#233;tendre comprendre le monde tel qui est devenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parvenir &#224; sortir de ce pi&#232;ge deux qualit&#233;s si l'on veut, m&#234;me si le mod&#232;le originel de cette r&#233;flexion est port&#233; par le roman de Musil intitul&#233; comme on le sait L'homme sans qualit&#233;s, sont n&#233;cessaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'int&#233;resser &#224; toutes les strates de ce qui compose la culture et donc pas aux seuls domaines bien connus que sont la philosophie et les arts pour faire court et donc d&#233;placer ainsi l'&#233;chelle &#034;id&#233;ologique&#034; des valeurs.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; prendre en charge le cadavre de notre &#233;poque qui se r&#233;v&#232;lera moins mort que vif et porteur de visions renouvel&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se souviendra ici de ce texte de J.G. Ballard que constitue la pr&#233;face de la seconde &#233;dition fran&#231;aise de son livre culte Crash et qu'il importe ici de citer &#224; nouveau et dans lequel il &#233;voque le cadavre le plus consid&#233;rable de notre &#233;poque. Il y e&#769;voque combien le XXe sie&#768;cle a de&#769;veloppe&#769; &#171; ces maladies de la psyche&#769; (qui) sont toutes contenues dans le cadavre le plus conside&#769;rable de l'e&#769;poque : celui de la vie affective &#187; et que &#171; le fait capital du XXe sie&#768;cle est l'apparition de la notion de possibilite&#769; illimite&#769;e. &#187; ( op. cit., p7-8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce cadavre le plus consid&#233;rable de notre &#233;poque&#034; qui a pour nom &#034;la vie affective&#034;, voil&#224; bien ce qu'il importe de prendre en charge, c'est du moins la tentative faite par A. Kluge sa vie durant, si l'on veut pr&#233;tendre &#233;chapper au pi&#232;ge de la conscience. Il a pour sa part donn&#233; &#224; la vie affective de Ballard le nom g&#233;n&#233;rique de &#034;sentiments&#034; et &#224; son opus magnum litt&#233;raire le titre de Chronique des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#224; la prise en compte de l'ensemble des strates composant l'existence, cela signifie simplement d'&#233;tablir un rapport non id&#233;ologique et d&#233;livr&#233; de la pesanteur du jugement, avec le monde comme avec les autres. Le moyen est simple : suspendre ou abolir le jugement comme force ayant en vue de remettre de l'ordre dans le chaos en s'appuyant sur le bras arm&#233; de la conscience qu'est la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le verra, le suspens du jugement n'implique pas de ne pas peser aussi bien ce qui est que ce que l'on dit ou pense, et ne pas prendre appui ni sur la seule raison ni sur le seul calcul pour penser et agir le monde n'implique en rien de ne pas &#034;raisonner&#034; de ne pas se servir de son entendement, mais simplement de le ne pas lui accorder la position dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen que Kluge a invent&#233; ou du moins a mis en oeuvre de mani&#232;re syst&#233;matique consiste &#224; faire appara&#238;tre &#224; un m&#234;me niveau narratif des points de la grande histoire et des faits de la petite histoire, idem pour les id&#233;es, idem pour les motivations, bref de montrer que la r&#233;alit&#233; n'est pas id&#233;ologique mais bien au contraire un tissage de fils en constante mutation en perp&#233;tuelle m&#233;tamorphose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autre termes deux &#233;l&#233;ments essentiels changent de &#034;sens&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce que l'on nomme r&#233;alit&#233; change de consistance int&#233;gralement, puisque les faits ne vaudront pas en tant que tel mais rapport&#233;s &#224; leur puissance d'impact psychique plus que symbolique et de leur puissance &#034;narrative&#034;. Kluge tient pour acquis ce que l'on a vu avec Lionel Naccache, que les FICs (fictions interpr&#233;tations croyances) que je nomme aussi trames imaginales constituent la nouvelle &#034;r&#233;alit&#233;&#034;, c'est-&#224;-dire une dimension &#224; la fois psychique et concr&#232;te qu'il est en tout cas impossible de ne pas prendre en compte.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce que l'on nomme valeur n'est pas aboli bien au contraire, mais ce qui importe est mesur&#233; &#224; l'aune de la source oubli&#233;e et de la tendre force, celle qui vibre au c&#339;ur des sentiments et de l'ent&#234;tement ou Eigensinn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce n'est plus la raison qui sert de mesure et de r&#233;f&#233;rent au jugement, quelle que soit la forme que puisse prendre cette raison, ce qui ne signifie pas qu'on doive la perdre la raison, mais bien la confronter &#224; ce qui n'est pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments sont quelque chose qui existe et agit dans la vie des hommes et ces sentiments sont sous bien des aspects plus puissants et plus d&#233;terminants que la raison dans les choix qu'ils font et les d&#233;cisions qu'ils prennent que toutes les arguties que relaie en particulier la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et soudain, pour qui est capable de mettre en oeuvre et de tenir un programme &#224; la fois si apparemment simple et au fond si ambitieux, rien ne change et tout a boug&#233;. On peut &#233;voquer ici la formule utilis&#233;e par Musil dans sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre Les exalt&#233;s, par la voix de Thomas qui s'exprime au sujet de ce qu'a pu vivre celle qu'il d&#233;sire, avec un autre homme et qui se demande donc ce quI a bien pu se passer : &#034; Rien ? C'est-&#224;-dire tout, justement ! Je sais que tu ne me dirais jamais un mensonge. Rien n'a chang&#233; de place ; mais la terre enti&#232;re avec ce qu'il y a dessus chancelle !&#034; (La cuisson de l'homme, p.182-183)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la catastrophe plan&#233;taire et &#224; l'empire des ruines, Kluge et d'autre avant et apr&#232;s lui, opposent les vibration d'une boussole qui ne donne pas comme direction le nord de la raison mais l'ouest des sentiments. Si tout change, c'est bien que la mani&#232;re de voir et de penser change. Le c&#339;ur de la question est et reste celui-l&#224; : non pas accumuler de nouvelles id&#233;es sur tout et rien, mais inventer une nouvelle mani&#232;re de penser. En d'autres termes, dans cette aventure, les moyens et la fin ne sont pas s&#233;par&#233;s par l'ab&#238;me de temporalit&#233; inconciliables, ils forment les deux pinces d'un homard capable de se saisir de ce qui pour la raison et la conscience peuvent appara&#238;tre comme &#034;deux id&#233;es contradictoires&#034;, un exemple de celles pr&#233;cis&#233;ment qu'&#233;voquait F.S. Fitzgerald dans La f&#234;lure, o&#249; l'on peut lire en effet cette phrase difficilement oubliable mais qui d&#233;sormais prend un accent non plus d&#233;pressif mais inventif, dans la traduction de Pierre Guglielmina :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute vie, dans sa course, est un processus de de&#769;composition**, mais les chocs qui effectuent la partie spectaculaire de l'ope&#769;ration &#8212; les grands chocs soudains qui viennent ou semblent venir de l'exte&#769;rieur &#8212;, ceux dont vous vous souvenez et que vous rendez responsables de ce qui se passe, dont vous parlez a&#768; vos amis dans des moments de faiblesse, ne produisent pas tous imme&#769;diatement leurs effets. Il existe un autre genre de choc qui vient de l'inte&#769;rieur &#8211; que vous ne ressentez qu'au moment ou&#768; il est trop tard pour y reme&#769;dier, qu'au moment ou&#768; vous comprenez de fac&#807;on irre&#769;vocable que jamais plus vous ne serez, a&#768; certains e&#769;gards, un type aussi bien. Le premier genre de cassure semble se produire instantane&#769;ment &#8212; le second se produit presque sans que vous le sachiez, mais vous en prenez conscience brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que je ne me lance dans cette bre&#768;ve histoire, permettez-moi de faire une observation d'ordre ge&#769;ne&#769;ral &#8211; la marque d'une intelligence de premier plan est qu'elle est capable de se fixer sur deux ide&#769;es contradictoires sans pour autant perdre la possibilite&#769; de fonctionner. On devrait, par exemple, e&#770;tre capable de voir que les choses sont sans espoir et cependant de&#769;termine&#769; a&#768; les faire changer. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
On remarquera bien sur en passant que la relation dehors-dedans constitue le topos m&#234;me de la conscience, sur lequel il faudra revenir en d&#233;tail, et surtout on peut mesurer le d&#233;placement qui s'effectue entre une posture de type d&#233;pressif et une posture de type inventif, c'est-&#224;-dire qui prend en charge le fait de changer les choses &#224; partir de la transformation du point de vue port&#233; sur les choses. C'est en quelque sorte un tel glissement et comment il renouvelle notre approche et du sujet et du monde, qui est en question aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir, il existe bien une m&#233;thode Kluge mais elle n'est pas r&#233;ductible &#224; quelques pr&#233;ceptes qu'il s'agirait de reproduire face &#224; n'importe quelle situation. Bien au contraire. Il s'agit d'associer une culture immense &#224; une sensibilit&#233; ac&#233;r&#233;e, d'accueillir ce qui est repouss&#233; par la raison et le traiter comme on le ferait d'un h&#244;te de marque, bref de changer la mani&#232;re dont on aborde les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi va-t-on voir se mettre en place ce qui va finir par constituer un r&#233;seau ouvert de notions qui vont permettre de tisser de nouvelles formes de liens entre les choses entre les hommes non sans continuer d'interroger la mani&#232;re dont, dans telle ou telle situation, les choses consistent, seule chance de pouvoir apercevoir et faire &#233;merger un champ de &#034;raisons&#034; qui ne rel&#232;veront plus de la seule puissance d'une raison calculatrice mais de motivations essentielles et donc sentimentales, pour ceux qui sont impliqu&#233;s dans telle ou telle situation &#224; tel ou tel moment. Il y a une mani&#232;re de penser chez Kluge qui le rapprocherait un peu, mais dans le champ textuel et cin&#233;matographique, de ce qu'on tent&#233; en leur temps les situationnistes, au sens o&#249; il fait syst&#232;me de et dans l'absence de syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le courage, la d&#233;termination, l'obstination qui font syst&#232;me et qui permettent dans un d&#233;pliement quasi infini rapport&#233; &#224; la vie d'un homme et &#224; ses connaissances de d&#233;plier et d&#233;ployer une sorte de marqueterie sans fin dans laquelle les choses, les mots, les corps, les r&#233;cits ne cessent d'appara&#238;tre et de se transformer...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la r&#233;volution comme renversement suppos&#233; de tout, r&#233;pond la m&#233;tamorphose constante, continue ou presque, du moins ici dans le champ de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130673_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH669/p1130673_blog-741ca.jpg?1672334647' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V &#192; quoi servent donc les sentiments ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La force tendre&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mot central pour ne pas dire notion ou concept op&#233;ratoire de toute son oeuvre, le sentiment est le nom de ce qui ne cesse de vibrer au coeur du vivant et donc de la pens&#233;e. C'est une force, la force tendre comme il la nomme qui fait que le corps ne r&#233;pond pas ou pas n&#233;cessairement aux injonctions diverses qui lui sont adress&#233;es &#224; lui et donc &#224; la vie comme &#224; la pens&#233;e par les instances diverses qui ont pour mission de l'assujettir ou de faire entrer les activit&#233;s humaines dans les tableaux que lui propose une raison calculante associ&#233;e &#224; une technologie avide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment ou plut&#244;t, les sentiments, car il sont nombreux et peuvent produire des effets sensiblement diff&#233;rents, &#233;tant entendu que l'amour n'est pas le seul ni m&#234;me peut-&#234;tre le premier, m&#234;me si tous les sentiments pointent du c&#244;t&#233; de ce que le monde de la loi de la norme et de la r&#232;gle appellerait faiblesse alors que, et c'est le sens profonde de la d&#233;marche de Kluge, les sentiments se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des sources de forces elles aussi incommensurables en tout cas souvent, comme le montre l'infinit&#233; des exemples qu'il d&#233;ploient capable de faire exister d'autres formes de r&#233;alit&#233; que celle soumise aux inventions de la raison calculante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendre force est justement capable de faire plier des mat&#233;riaux durs et apparemment implacables et incassable et de participer &#224; un remplacement, fut-il ponctuel ou limit&#233; dans l'espace-temps, de mode d'existence contraignants impos&#233;s par la conscience l'ordre moral bref une ratio ratiocinante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de th&#233;orie du sentiment ou des sentiments mais un rep&#233;rage des points sensibles des histoires, des &#233;v&#233;nements, des petits faits de la grande histoire comme des grands faits innervant la petite histoire, et &#224; chaque fois un examen &#224; travers la narration de ce qui se passe dans cette situation pr&#233;cise. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait de La princesse de Cl&#232;ve / Commentaires que l'on peut lire dans A. K. et la France ( Presses universitaires Blaise Pascal/ clermont-Ferrand) permet de comprendre comment Kluge fonctionne. On doit lire les pages 133-134-135.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand tissu que l'on prend pour la r&#233;alit&#233; se r&#233;v&#232;le &#234;tre un v&#233;ritable origami qui peut &#234;tre, petit morceau par petit morceau, retourn&#233; (boucle de r&#233;troaction en action non synth&#233;tique comme le veut je jugement mais concr&#232;te, active ici et maintenant) et ainsi finir par faire appara&#238;tre sur le devant de la sc&#232;ne des aspects des &#233;l&#233;ments des forces rest&#233;es jusque l&#224; comme enfouies ou simplement recouvertes par le glacis des id&#233;es dominantes qui ne sont, on le sait que des croyances install&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas fait au nom d'une v&#233;rit&#233; ou de LA v&#233;rit&#233;, mais bien &#224; partir des &#233;l&#233;ments dont sont porteurs les sentiments, c'est-&#224;-dire finalement les &#234;tres humains quand ils ne sont pas consid&#233;r&#233;s seulement comme des objets, des choses ou des marionnettes ob&#233;issants aux voix du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce dont ils sont porteurs, et qui vivent en eux depuis plus longtemps que la conscience ou la raison moderne, ce sont les sentiments qui sont donc le nom g&#233;n&#233;rique de tout ce qui dans les corps comme dans la psych&#233; agit, nous agit, de tout ce qui se passe sans que nous le percevions et qui pourtant nous conduit souvent &#224; prendre des d&#233;cisions &#224; accomplir des actes dont pr&#233;cis&#233;ment nous n'avons pas conscience. On se souvient une fois de plus de ce que dit Lionel Naccache &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments sont le nom des forces actives dans les corps pensants et sentants que nous sommes et qui, quoique nous &#233;chappant souvent, parviennent &#224; se manifester dans le jeu du monde en ce qu'elles d&#233;terminent sans que nous ne puissions les contr&#244;ler, actes, choix, d&#233;cision, &#233;v&#233;nements de la petite et souvent aussi de la grande histoire. Ces sentiments ne sont pas vou&#233;s &#224; rester inconnus ou incompris ou &#224; &#234;tre cantonn&#233;s &#224; la fonction de variable d'ajustement dans l'infini jeu de l'oie auquel s'adonnent les hommes. Au contraire, ils sont ce qui nous fait sortir de nous-m&#234;mes, ce qui nous pousse &#224; agir, ce qui nous d&#233;termine, non de mani&#232;re substantielle, essentielle et contraignante, mais ce qui &#233;merge des zones non conscientes de notre psych&#233; et nous transforme en nous d&#233;terminant &#224; agir &#224; tel instant de telle ou telle mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi doit-on chercher dans l'histoire comme dans les anecdotes comme dans les oeuvres ces moments d&#233;terminants et montrer comment ils ont agi comment ils ont d&#233;termin&#233; tel ou tel aspect d'une vie d'une histoire ou de l'histoire. Le monde des sentiments est d'une telle puissance qu'il remplace, chez Kluge, le monde du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attention constante &#224; la fois s&#233;rieuse, profonde et joueuse, sensible aux mouvements de surface, une attention active, transversale et acceptant tous les moments d'inattention qui la constituent, cette attention est &#224; la fois puissance d'observation, d'analyse, capacit&#233; &#224; voir les d&#233;tails sans oublier l'ensemble pr&#233;sent et actif &#224; cet instant ni l'ensemble des connaissances accessibles &#224; l'esprit ou dont dispose celui qui observe. Elle est, enfin, ce qui permet de porter dans la langue et donc &#224; la connaissance de tous et de chacun ces nouveaux &#233;l&#233;ments jusqu'alors souvent occult&#233;s ou simplement ignor&#233;s parce que n'&#233;tant pas per&#231;u par les capteurs mis en place par le syst&#232;me raison-conscience. Elle est le moyen d'un retournement des postures et des attentes aussi bien que des certitudes et des moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 Frottements et &#233;changes impr&#233;visibles : une nouvelle vision de la schize&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation pour Kluge est une lutte mais pas une lutte entre bloc id&#233;ologiques entre des d&#233;terminations maximalistes, elle est une lutte qui se joue dans les interstices dans les intervalles dans les zones de frottement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au combat face &#224; face de bloc suppos&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes, Kluge oppose donc les frottements, les glissements, les porosit&#233;s, les accrocs, bref les transformations ou m&#233;tamorphoses qui se produisent et ne cessent de se produire &#224; notre insu souvent aussi, de mani&#232;re imperceptibles et qui se manifestent lors m&#234;me que l'on soul&#232;ve un petit coin de l'origami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme relevant de l'irrationnel ou de la seule fiction au sens trivial du terme. Bien au contraire. On va le voir, ce que Kluge pense, invente et impose, c'est un renversement de la posture dominante qui est celle du sujet-conscient s&#251;r de sa domination sur les choses et le monde gr&#226;ce &#224; la toute puissance de sa raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il s'agit d'appr&#233;hender, d'approcher de conna&#238;tre, c'est ce qui en chaque homme constitue la tendre force, ce qui en chacun est actif mais non reconnu, &#224; savoir le fait qu'entre les deux mondes qui nous habitent ou que nous habitons, c'est selon, m&#234;me si l'on a construit sans fin des murs, ceux-ci ne peuvent emp&#234;cher que des choses passent d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre et ce d'autant plus que ces murs se sont en grande partie effondr&#233;s. La crise de la conscience a un effet positif car elle favorise le brassage, le m&#233;lange, la porosit&#233; entre les mondes qui nous habitent et donc les &#233;tincelles, c'est-&#224;-dire la manifestation des &#034;dieux&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que ce qui est per&#231;u par Kluge &#224; l'aune de son exp&#233;rience d'enfance de la destruction de sa ville de Halberstadt par les bombardement am&#233;ricains, c'est paradoxalement si l'on veut une approche et une conception positive, vivante et cr&#233;atrice de la ruine ou des ruines. M&#234;me si la mort r&#244;de, la vie continue et il y a l&#224; non pas un message d'optimisme au sens m&#233;diatique politique ou th&#233;ologique du terme, mais bien le constat que la vie est une force incommensurable plus encore sans doue que celles lev&#233;es par les hommes et qui tentent ou sont capables de la d&#233;truire. Il y a l&#224; un changement de point de vue net, car il ne s'agit pas de savoir si l'on est optimiste ou pessimiste, mais de prendre en charge les forces actives &#224; tel moment en tel lieu et de les comprendre pour agir avec elles et sur elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, dans ce &#034;l&#224;&#034; qui n'est pas le &#034;DA&#034; du &#034;da-sein&#034; heideggerien, mais un l&#224; engag&#233; dans les frottements de l'existence autant que de l'histoire, des histoires autant que des concepts, un l&#224; qui ne cesse de se m&#233;tamorphoser dans le mouvement des trames imaginales que se &#034;situe&#034; la pens&#233;e klugienne ou du moins qu'elle s'active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons donc &#224; faire avec la tendre force non &#224; une nouvelle forme d'aveuglement mais bien &#224; une lutte contre l'ignorance dans laquelle le sujet et la conscience, l'entendement et la raison se sont barricad&#233;s &#224; force de vouloir en finir, eux, avec les affects, avec les sentiments au nom de la soi-disant &#034;objectivit&#233;&#034; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit ici, au contraire, de porter &#224; la connaissance la capacit&#233; gnos&#233;ologique mais aussi cr&#233;atrice des sentiments et le fait qu'ils sont pour l'homme et en l'homme une &#034;facult&#233;&#034; &#224; la puissance &#233;gale sinon sup&#233;rieure &#224; celle de l'entendement et de la raison. Les sentiments sont porteurs de &#034;jugements&#034; qui rel&#232;vent d'autres strates que le jugement au sens kantien, et qui ont une capacit&#233; de modifications des choses sup&#233;rieure puisqu'ils sont, eux, ces jugements n&#233;s des sentiments, ou coextensifs aux sentiments dont ils constituent la manifestation, des forces actives capables de transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, cette tendre force est entre autres choses, celle qui continue &#224; assurer le fonctionnement du ou des liens ante-historiques entre nos deux cerveaux. Kluge, qui cite plusieurs fois Jaynes dans sa Chronique de sentiments, le sait parfaitement. C'est bien &#224; un renouvellement de l'acceptation de l'existence de ces deux cerveaux et de l'acceptation de l'&#233;change vital entre eux de donn&#233;es qui ne rel&#232;vent pas directement de la raison, pens&#233;es, choix, d&#233;cisions, conseils, injonctions, etc.. ne lui sont de toute fa&#231;on pas affid&#233;es, que nous invite Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 Eigensinn : la subjectivit&#233; rebelle ou l'ent&#234;tement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge se positionne ainsi comme l'un des rares &#233;crivains (on verra la prochaine fois ce qu'il en est avec Burroughs) &#224; prendre acte de la bicam&#233;ralit&#233; et du fait que dans le monde des ruines la bicam&#233;ralit&#233;, une bicam&#233;ralit&#233; renouvel&#233;e, que les dieux ne portent plus les masques de Zeus ou Ath&#233;na ou Herm&#232;s, mais se manifestent dans des situations et par des ph&#233;nom&#232;nes singuliers et auxquels pr&#233;cis&#233;ment la raison ne peut rien opposer et qui n&#233;anmoins, ces ph&#233;nom&#232;nes non seulement emportent une certaine adh&#233;sion mais ont une &#233;vidente efficacit&#233;. Les manifestations des dieux sont constantes dans ce monde en ruines port&#233; par cette bicam&#233;ralit&#233; renouvel&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; nouveau vivante et vivace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles ne sont plus directement &#034;port&#233;s&#034; par les dieux. Ce qui non pas tient lieu de dieu en chacun mais rend possible leur manifestation, c'est l'eigensinn, la subjectivit&#233; rebelle. elle est en nous un peu ou beaucoup de la voix des dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alexander Neumann dans l'article qu'il &#233;crit pour A.K. et la France consacr&#233; &#224; une mise en relation entre Kluge et Deleuze-Guattari note aux pages 162-163 qu'il faut lire int&#233;gralement, que &#034;le concept d'Eigensinn (subjectivit&#233; rebelle) &#233;mane tu sujet qui produit sa propre expression ais se d&#233;finit aussi en rapport &#224; une alt&#233;rit&#233;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui nous conduit &#224; proposer ceci, qu'il importe de consid&#233;rer la schize sous un autre angle d&#233;sormais et de ne plus la voir comme le signe d'une ant&#233;riorit&#233; morte, la bicam&#233;ralit&#233; pr&#233;-historique, ni comme le signe d'une maladie, ni &#224; continuer de nier son existence, mais de la reconna&#238;tre comme &#233;tant une donn&#233;e vitale de l'existence, comme &#233;tant le nom g&#233;n&#233;rique de l'ensemble des zones sismiques, des failles, des intervalles, des interstices, o&#249; se produisent pr&#233;cis&#233;ment des frottements, des combats, des conflits, des luttes mais surtout des &#233;changes infinit&#233;simaux ou non rep&#233;rables imm&#233;diatement par les appareils d&#233;pendant de la raison. Et ce qui advient dans ces zones de failles, dans ces schizes multipli&#233;es &#224; l'infini, qu'elles soient individuelles, collectives, historiques ou psychiques, ce sont pr&#233;cis&#233;ment ce que nous cherchons &#224; d&#233;couvrir et &#224; penser, &#224; savoir des dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le texte de Jean-Pierre Morel du A.K. et la France, on peut lire ceci : &#034;In den L&#252;cken der Gesetze wohnen die G&#246;tter&#034; dit M&#252;ller. Kluge s'amuse lui &#224; parodier Wotan &#224; l'acte I de Siegfried : Les failles des lois sont le si&#232;ge des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI Parsifal Container&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kluge a donn&#233; &#224; son opus magnum le titre de Chronique des sentiments, ce qui doit nous conduire &#224; penser que le terme de chronique est aussi important que celui de sentiment, m&#234;me si aujourd'hui nous nous concentrons sur le second. Mais en fait les deux sont li&#233;s. Kluge &#233;crit en effet &#034; tout ce que j'entend pas chronique renvie au temporalit&#233;s actuelles qui rendent compte de l'empire des forces subjectives&#034;. ( In A.K. et la France, p.269, citation extraite de &lt;i&gt;Comment transformer Les essais et pourquoi&lt;/i&gt; de Vincent Pauval.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zones de frottements et manifestations des dieux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc de tenter un premier rep&#233;rage de ces formes interstitielles de combat ou de lutte telles que Kluge les pense, et les articuler entre elles. La liste n'est &#233;videmment pas exhaustive. Nous allons le faire aujourd'hui &#224; partir du livre Parsifal Container, paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz qui venait de cr&#233;er les costumes et d&#233;cors pour une mise en sc&#232;ne du m&#234;me Parsifal qui a eu lieu &#224; Munich&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons &#224; la fois comment fonctionne la m&#233;thode klugienne, comment se mettent place des d&#233;calages qui sont autant d'ouvertures et d'emp&#234;chement de re-fermeture autour d'&#233;l&#233;ments clich&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref r&#233;sum&#233; de l'action du Parsifal de Wagner s'impose. La lecture de la page Wikipedia sur le sujet suffira amplement &#224; faire le point. Non seulement le Parsifal de Wagner est un drame et un op&#233;ra religieux et mystique mais il est une &#339;uvre achev&#233;e, ce qui n'est pas le cas de notre Perceval qui est le dernier et inachev&#233; roman de chr&#233;tien de Troyes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Kluge/Baselitz se pr&#233;sente comme des pages qui sont des bandes de papier ins&#233;r&#233;es entre les grandes pages de dessins. La mise en page joue avec des images, les typographies, et cela permet de rappeler qu'il faudrait consacrer une s&#233;ance compl&#232;te aux &#233;l&#233;ments non directement textuels dans les livres de Kluge et les mettre en parall&#232;le avec les &#233;l&#233;ments qui ne sont pas des images mais des textes, des cartons comme dans les films muets, dans ses films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il va faire, c'est se saisir de quelques points, de quelques &#233;l&#233;ments qui sont &#224; la fois des points majeurs d'interpr&#233;tation mais qui ne visent en rien &#224; permettre de produire une lecture du texte ou de l'op&#233;ra en tant que tel. Ce n'est pas une litt&#233;rature secondaire ou critique de type universitaire qu'accomplit Kluge, c'est un travail de d&#233;cryptage d'&#233;l&#233;ments qui peuvent permettre d'illustrer ses intuitions profondes et de les d&#233;montrer en le mettant en sc&#232;ne comme un texte nouveau, une cr&#233;ation nouvelle et pas un texte critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une liste des principaux sujet ou th&#232;mes dont il s'empare pour cr&#233;er son propre texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#232;re&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier et grand sujet de ce livre est la m&#232;re de Parsifal, Herzeleide (coeur douloureux), car c'est en quelque sorte par elle que tout arrive. Cette figure de la m&#232;re ne s'ouvre pas sur une lecture psychologique ou psychanalytique, elle permet de mettre en relation des &#233;l&#233;ments psychiques individuels et historiques, relevant de la grande m&#233;moire collective commune comme le sont les proverbes ou les contes etc.. Le &#034;th&#232;me&#034; donc sera ici le &#034;mutterwitz&#034; c'est-&#224;-dire le suppos&#233; &#034;bon sens maternel&#034;. Ce bon sens est comme l'incarnation &#224; la fois du fond sentimental qui habite en chaque &#234;tre, de la sagesse bienveillante cens&#233;e animer chaque m&#232;re et d'une force mentale incroyable, d'une capacit&#233; de d&#233;cision, de choix et surtout de fore &#224; se tenir &#224; ce choix, d&#251;t-il conduire, mais on ne le sait qu'apr&#232;s coup, &#224; la catastrophe. P43.44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant la m&#232;re a &#233;t&#233; analys&#233;e comme celle qui avec &#224; partir et malgr&#233; son aveuglement &#224; elle, - ce qui implique que chacun existe avec sa part plus ou moins importante douloureuse ou joyeuse d'aveuglement -, parvient &#224; transmettre quelque chose &#224; son fils. La question est d'identifier un tant soit peu ce qu'elle transmet. Et la r&#233;ponse est claire pur Kluge : il s'agit de la forme majeure de la schize, celle dont on est affect&#233; sans le savoir et dont la d&#233;couverte va permettre de relier le grand dehors au plus intime dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Schize majeure&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle renvoie &#224; celle que nous avons analys&#233;, il y a quelque s&#233;ances, lorsque nos avons pr&#233;sent&#233; le Perceval de Chr&#233;tien de Troyes. Perceval nous a permis d'approcher de plus pre&#768;s la structure schizoi&#776;de engendre&#769;e par la tentative de se conformer dans ses actes a&#768; une parole tire&#769;es des e&#769;vangiles dans Mathieu 6.3. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Pourquoi l'e&#769;vangile dit-il &#171; Que ta main gauche ne sache ce que fait ta main droite ? &#187; C'est que la main gauche signifie fausse gloire qui vient d'hypocrisie trompeuse. Et la droite repre&#769;sente charite&#769; qui ne se vante de ses bonnes &#339;uvres mais les dissimule si bien, que nul ne sait sinon celui-la&#768; qui a nom dieu et charite&#769;. Dieu est charite&#769; et qui vit en charite&#769; selon l'e&#769;crit de saint Paul (ou&#768; je le vis et je le lus) demeure en dieu et dieu en lui. &#187; (Perceval folio, p.33- 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le bien doive e&#770;tre accomplit dans l'ignorance &#171; volontaire &#187; du mal ne permet pas d'e&#769;chapper a&#768; l'autre aspect d'un tel &#171; choix &#187;, a&#768; savoir que ce choix est une oblite&#769;ration volontaire du mal et qu'il fonctionne comme un de&#769;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se met en place sur la base d'un me&#769;canisme psychique connu qui consiste a&#768; chercher l'unite&#769; dans une moitie&#769; du monde, ici en cherchant a&#768; vivre au plus pre&#768;s de dieu, ope&#769;ration qui ne peut se faire qu'en occultant l'autre moitie&#769; du monde, celle qu'incarne le diable et qui la part maudite que gouverne le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu aussi que cette occultation, ce de&#769;ni, n'empe&#770;chait en rien la porosite&#769; entre ces deux face du me&#770;me monde, entre ces deux faces de la psyche&#769;, entre les deux he&#769;misphe&#768;res dont nos cerveaux sont compose&#769;s. Le choix de de&#769;part, celui d'une schize devenue s&#233;paration affirme&#769;e et dont on croit qu'elle va assurer l'e&#769;tanche&#769;ite&#769; entre bien et mal, ce choix est mis a&#768; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majeure, la schize transmise par la m&#232;re de Parsifal &#224; son fils l'est en ceci qu'elle traverse le champ social de l'&#233;poque des chevaliers et sans doute court bien au-del&#224;, jusqu'&#224; nous. C'est une schize psychique, la m&#232;re entend prot&#233;ger son fils du dehors et en ne lui montrant qu'un c&#244;t&#233; du monde elle occulte l'autre, et une schize sociale puisque ce dehors dont elle veut prot&#233;ger son fils, &#224; savoir le monde des armes dans lequel le p&#232;re a trouv&#233; la mort, va fonctionner comme un attracteur puissant d'autant plus puissant qu'il ne correspond &#224; rien dans le v&#233;cu et les connaissance de Parsifal et que l'&#233;clat des armures va valoir pour l'&#233;toile du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'il est priv&#233; d'un moiti&#233; du monde et d'une moiti&#233; de son cerveau en quelque sorte ( il n'a pas de nom ou ne le conna&#238;t pas) qu'il va investir le monde avec la seule moiti&#233; dont il dispose. Et c'est cela qui va pr&#233;cis&#233;ment provoqu&#233; l'infinit&#233; des &#233;tincelles, c'est-&#224;-dire les aventures de Parsifal. Et il va appara&#238;tre que c'est pr&#233;cis&#233;ment de cette moiti&#233; dont le monde a besoin ou si l'on veut celle qui manque au monde, ce qui signifie ici la possibilit&#233; de le d&#233;livrer de la racine du mal qui affecte quelques personnes mais &#224; travers eux toute la cr&#233;ation, non seulement donc ces personnes mais mystiquement et symboliquement toute la cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe du d&#233;cloisonnement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple met en oeuvre ce que l'on pourrait appeler le principe du d&#233;cloisonnement qui consiste &#224; ouvrir un texte, un r&#233;cit, un moment de l'histoire, une anecdote, bref n'importe quel mat&#233;riaux textuel ou historique ou v&#233;cu par des gens qui le racontent, et &#224; l'&#233;clairer d'une mani&#232;re in&#233;dite. Cette mani&#232;re consiste &#224; associer dans le mouvement du texte, des d&#233;tails et, si cela s'impose, des remarques plus g&#233;n&#233;rales, d'inscrire tel aspect de ce dont l'exemple est porteur dans un cadre plus large, de relier cela &#224; un concept et du concept, revenir aux actes, aux actions, &#224; la situation qui s'en trouve cependant &#233;clair&#233;e autrement. Ce d&#233;placement du regard est sans doute l'&#233;l&#233;ment majeur de la &#034;technique&#034; ou de la &#034;m&#233;thode Kluge&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le bon sens&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, comme c'est le cas ici, une id&#233;e fuse et se mat&#233;rialise par exemple en une sorte d'aphorisme ressemblant &#224; un dicton et ces mots agissent comme un op&#233;rateur efficace qui fait glisser d'une notion bien connue du bon sens &#224; une revalorisation &#233;thique de ce terme qui devient un instant une sorte d'&#034;image&#034; mentale forte. L'esprit ou le trait d'esprit proche du witz et de l&#034;ironie ici, permet de penser un contraire possible du bon sens et de la nommer : &#034;le contraire du bon sens est l'ab-sens d'&#226;me&#034;. Cette phrase p.46 semble comme projeter dans le ciel des significations possibles ce que mobilisent et motivent les proverbes dictons ou citation qui pr&#233;c&#232;dent et parlent des m&#232;res ou de la m&#232;re en g&#233;n&#233;ral et en r&#233;v&#232;le la puissance &#034;objective&#034; d'orientation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec cette phrase notre vision du bon sens change, en tout cas notre point de vue sur le bon sens et la validit&#233; de notre &#034;jugement&#034;, et cela sans que Kluge n'ait eu besoin de s'adresser &#224; nous comme sujet ou comme conscience, car il n'y a donc aucun jugement seulement une sorte de constat &#034;objectif&#034;, au sens o&#249; le bon sen est une forme d'objectivit&#233; bas&#233;e sur les affects, ce qui est une th&#232;se forte de Kluge, la fonction des affects des sentiments comme capables de porter eux aussi la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le frottements des temps&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de la p.56, qui est l'histoire en raccourci de la relation entre une m&#232;re et un fils qui elle aussi a trait &#224; la relation m&#232;re/fils/guerre montre un autre aspect majeur de la m&#233;thode Kluge qui consiste &#224; aller chercher dans des anecdotes qu'il puise aussi bien dans un pass&#233; proche que lointain, des exemples d'histoires qui se rapportent d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; l'&#233;l&#233;ment de base qui est &#034;analys&#233;&#034; ou qui sert de trame au d&#233;ploiement des r&#233;cits qui constitue le livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
puis en arriver au conseil d&#233;cisionnaire toujours du cot&#233; m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La figure de Parsifal&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second &#233;l&#233;ment central de ce livre de Kluge est &#233;videmment la figure de Parsifal, un sujet schiz&#233; ou duel, s&#233;par&#233; du monde par sa m&#232;re et qui va traverser le monde au moyen de l'innocence qui est la sienne jusqu'&#224; parvenir &#224; la reconnaissance de sa mission, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; ce qu'il s'accorde avec l'autre moiti&#233; de lui-m&#234;me mais &#224; un niveau tel qu'il &#233;chappe en quelque sorte au mal, c'est-&#224;-dire &#224; la chute qui est en quelque sorte le lot du psychisme des hommes apr&#232;s l'effondrement du monde bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bicam&#233;ral, Parsifal l'est, mais dans un sens nouveau, qui prend ici, revu et relu et remis en selle par Kluge, une dimension plus actuelle que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize n'est pas tant int&#233;rieure, qu'individuelle et sociale. elle affecte l'individu mais aussi la relation individu soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, individuellement elle est incarn&#233;e par le personnage de Parsifal. Cependant, les autres personnages sont eux aussi affect&#233; de schizes diverses mais plus sociale qu' individuelles m&#234;me si leur personne semble atteinte parfois de maux incurables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Restons en Parsifal. Sa schize est rendue perceptible ou visible par ses v&#234;tements, ce qui conduit Kluge &#224; &#233;crire le court texte de la p.30 qui se termine ainsi : &#034; Il continuait de porter son habit de fou sous l'armure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un triple mouvement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge fait de cette schize qui est finalement moins originellement psychique que le fruit d'une s&#233;paration entre l'individu et le monde, le r&#233;sultat de l'&#233;ducation maternelle et le vecteur d'un double mouvement :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;cryptage des autres formes de schize qui existent d&#233;j&#224; dans la soci&#233;t&#233; et en chaque individu
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de diss&#233;mination de cette schize. Cette diss&#233;mination va se faire ici essentiellement &#224; travers les actes de Parsifal.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'&#233;tablissement des partages bris&#233;s mal compris et de r&#233;v&#233;lations des &#233;tincelles, autant dire des dieux. Par exemple, le rire de Kundry-H&#233;rodiade est celui d'une forme de duplicit&#233; et il est cause du mal, mais face &#224; cela la schize dont Parsifal ignore &#234;tre porteur est le v&#233;ritable vecteur d'une puissance salvatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout l'enjeu finalement est l&#224; : la formulation faire des dieux vise une chose rendre aux frottements g&#233;n&#233;r&#233;s pas la diffraction des schizes leur vertu &#224; la fois &#233;clairante et soignante, r&#233;v&#233;latrice et salvatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
La schize n'est ni un mal ni une maladie, elle est &#224; la fois le vecteur de partages erratiques aux effets puissants et le vecteur du r&#233;tablissement de l'efficacit&#233; du &#034;dieu&#034;, c'est-&#224;-dire de la puissance salvatrice contenue dans la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le principe de prolif&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge voit dans la schize une sorte de principe actif de prolif&#233;ration, c'est-&#224;-dire un moyen de faire en sorte qu'au lieu de l'affrontement de positions id&#233;ologiques, all&#233;goriques ou symboliques, il y ait des frottements affectant des zones vari&#233;es, multiples. C'est alors que se produisent des &#233;tincelles qui sont comme les voix ou les signes, qui &#233;mergent du monde des ruines, des souvenirs, de l'histoire ou des vies individuelles lorsqu'elles sont confront&#233;es aux flux violents de l'histoire par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le double&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La schize a un effet peut-&#234;tre inattendu et qui reste non per&#231;u, si l'on ne voit en elle que le vecteur de scissions internes ou int&#233;rieurs et donc de conflits insurmontables, c'est que finalement, en particulier pour Kluge mais aussi pour Sloterdijk comme le montre le premier volume de sa trilogie Sph&#232;res, intitul&#233; Bulles, l'un des visage majeurs de la schize, c'est la figure du double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout fonctionne en double, avec un double, en relation avec la figure du double. Parsifal p.119-120-121 : Kluge raconte &#224; la fois une histoire dans l'histoire ( o&#249; le prend-il, je l'ignore) et engage son texte sur des voies inattendues mais d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es par le titre &#034; que font les gens quand les dominants, pris par leurs aventures, n'ont pas le temps de s'occuper d'eux.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps mythique de la rencontre entre les deux demi fr&#232;res on bascule alors dans le pr&#233;sent historique celui de la pr&#233;sidence de Trump &#224; l'&#233;poque de l'&#233;criture et Kluge signale ainsi l'existence de br&#232;ches temporelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deux raisons et les deux logiques&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parsifal devient moins un personnage qu'un op&#233;rateur psycho-philosophico-th&#233;ologique, l'enjeu &#233;tant de confronter le bon sens &#224; la th&#233;ologie, ou si l'on veut deux types de &#034;raison&#034; fort &#233;loign&#233;s l'un de l'autre. Ici la logique de la m&#233;connaissance se heurte &#224; celle de la connaissance magique surpuissante et de la connaissance sacr&#233;e devenue impuissante. L'enjeu est de parvenir &#224; faire basculer &#224; nouveau la puissance du c&#244;t&#233; du sacr&#233;, du dieu connu et de laisser les acteurs du mal &#224; leur malheur justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des textes sur La princesse de Cl&#232;ves, Kluge fait appara&#238;tre l'existence de &#034;deux raisons&#034;. Ce n'est pas la raison face &#224; l'amour que comprend Kluge dans la Princesse de Cl&#232;ves, c'est le fait que la conduite de la princesse dict&#233;e jusqu'alors par la raison selon une logique lin&#233;aire simple et gr&#226;ce a laquelle les probl&#232;mes pouvaient &#234;tre r&#233;solus en r&#233;f&#233;rence &#224; un code de conduite, que cette raison ne suffit plus &#224; assurer la d&#233;fense qu'elle a instaur&#233;e entre elle et le monde. &#034;La passion et la forteresse du moi se livrent bataille. &#034; &#233;crit Kluge dans Labynrinth p.450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'irruption de l'amour menace, d'o&#249; la perte d'orientation de la princesse. elle devient le lieu o&#249; agissent deux logiques h&#233;t&#233;rog&#232;nes, celle de la pr&#233;servation de la vie personnelle et celle e l'effusion vitale,&#034; note Mandana Covindassamy. (Kluge et la France, La tendre carte de la princesse de Cl&#232;ves, p.119) Elle voit &#224; l'&#339;uvre chez Kluge la pr&#233;sence de deux logiques l'une lin&#233;aire donc et l'autre lat&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En effet, le roman de madame de Lafayette &#034;devient un point nodal de l'&#339;uvre de Kluge et une r&#233;serve s&#233;minale de son &#233;criture. La germination suit donc deux lignes : elle na&#238;t e la lecture du texte initial, puis s'auto-g&#233;n&#232;re par d&#233;veloppements &#224; partir d'une premier texte klugien. Cette premi&#232;re ligne de construction germinales se double d'une seconde de type lat&#233;ral et r&#233;ticulaire, tout aussi caract&#233;ristique de l'&#233;criture de Kluge. Lat&#233;rale, l'&#233;criture l'est notamment gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence des images. elle permet d'ouvrir la lin&#233;arit&#233; du texte &#224; la bidimensionnalit&#233; iconique non pas simplement en raison de l'insertion des photographies et sch&#233;mas, mais parce qu'il ne s'agit pas l&#224; d'illustrations. Le dispositif d'insertion propre &#224; l'esth&#233;tique klugienne conc&#232;de &#224; l'image une valeur &#233;gale &#224; celle du langage, sans relations de subordination. L'image est plac&#233;e sur le c&#244;t&#233; du texte, empi&#232;te sur la marge, ou vient interrompre une phrase sur deux images. L'ouverture lat&#233;rale de l'&#233;criture klugienne fraie la voie &#224; son fonctionnement r&#233;ticulaire.&#034; (idem, p.121).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux raisons donc qui ne sont pas celle de l'entendement face &#224; celle du coeur, mais celle du moi et de l'amour propre face &#224; l'irruption de la passion et de ses lois propres qui viennent battre en br&#232;che la loi lin&#233;aire &#224; la fois int&#233;rieure et ext&#233;rieure individuelle et sociale en mettant en danger l'&#233;quilibre moi-monde par renversement de la pr&#233;s&#233;ance de ce moi-monde face &#224; un autre moi qui &#233;merge de et dans la passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Topique de l'outre conscience (ou de la post-conscience)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes qui se d&#233;ploient aux pages 63-64-65-66 du Parsifal Container non conduisent sur une pente tout &#224; fait singuli&#232;re, celle qui r&#233;v&#232;le comment s'op&#232;rent des glissements, des adjonction ou des suppressions de signification et finalement des modifications de sens qui peuvent &#234;tre temporaires ou profondes et durables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parall&#232;le m&#232;re-fils, Herzeleide-Parsifal et Klara-Hitler conduit &#224; des avanc&#233;es notables. la premi&#232;re concerne la schize qui creuse sa faille en Hitler et qui est elle-m&#234;me sans cause v&#233;ritablement d&#233;finie (p.64) en d'autres termes le moi est le fruit de forces difficilement analysables et fixables tout juste rep&#233;rables et c'est &#224; cela que sert l'&#233;criture &#224; les mettre en perspectives &#224; les associer selon les deux logiques que l'on vient de pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi appara&#238;t la question &#233;ternelle du MAL qui est dans le texte suivant pr&#233;sent&#233;e comme le r&#233;sultat d'une confusion entre des registres ou plut^to d'un basculement entre des versions ou des approches de la figure de Klingsor entre celle de Wolfram von Eschenbach et celle de Wagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.65 on voit appara&#238;tre un de ces glissements qui nous propulsent dans une autre dimension de la pens&#233;e dans la quelle notre conscience droite et juste et raisonnable se voit tout simplement balay&#233;e par un vent puissant et tournoyant qui ruines les assises sur lesquelles, elle, la conscience pensait se tenir pour l'&#233;ternit&#233;. On appellera post-conscience ou outre conscience ce nouvel &#233;tat de la psych&#233; lorsqu'elle doit s'orienter dans un mode de ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Confiance versus connaissance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture du court texte p.108 suffit &#224; nous faire comprendre jusqu'o&#249; peut s'avancer la plume de Kluge lorsqu'il s'abandonne &#224; un flux de pens&#233;e qu'il laisse couler, courir sans trop chercher &#224; le contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coeur du texte la question de la distinction de la puissance de chacun de ces facult&#233;s la connaissance, bien connue de nous et la confiance qui n'est pas &#233;lev&#233;e au rang de facult&#233; dans le mode de la raison dominante et qui l'est chez Kluge dans la mesure ou ce &#034;sentiment&#034; cet affect, est d&#233;terminant tant dans le champ des relations sociales que pour ce qui concerne les choix individuels voire intime que chacun peut faire, en relation avec quelqu'un ou en fonction de ce qu'a pu dire ou faire telle ou telle personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde se divise par une sorte de parth&#233;nogen&#232;se conceptuelle, de d&#233;senclave et s'enrichit de possibles insoup&#231;onn&#233;s. Telles sont les manifestations des dieux : irr&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La capacit&#233; de distinguer (de choisir) mort et vie&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte p.157 nous permet de prendre acte de ce que les partages binaires de type id&#233;ologique, bien mal noir blanc, sacr&#233; profane, pur souill&#233; etc... c'est-&#224;-dire ce ces partages qui ressemble, &#224; des schize mais sont des murs emp&#234;chant le passage entre les deux p&#244;les, entre les deux cerveaux, ou, pour filer la m&#233;taphore, des moyens de bloquer tout ce qui serait non contr&#244;lable par le moi et les instances sociales de contr&#244;le (et dieu sait s'il y a des choses non contr&#244;lables qui se produisent en nous et des instances cens&#233;es faire ces contr&#244;les) parmi l'infinit&#233; des informations qui transitent n&#233;cessairement par notre corps calleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize est en fait la part de vie au coeur des catastrophes et il n'est nul besoin de croire &#224; la toute puissance de la pens&#233;e morale pour choisir entre vie et mort.... et donc entre bien et mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte p.159, lui, nous montre ce qu'il en est du temps ou plut&#244;t de noter croyance au temps aux figures impos&#233;es du temps l'une scientifique de sa lin&#233;arit&#233; infinie et l'autre de sa circularit&#233; v&#233;cue.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore comme dan les cellules capables de choisir entre bien et mal l'adn parcourt le monde en tout sens et pas seulement au sens spatial de la m&#233;taphore mais au sens temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'ADN agit dans les deux sens : du futur vers les temps pass&#233;s, des temps pass&#233;s jusqu'&#224; notre pr&#233;sent.&#034; Pas besoin d'insister aujourd'hui, seulement de remarquer combien les coordonn&#233;s du temps changent avec cette simple phrase. Pas besoin de s'en r&#233;f&#233;rer &#224; la version dite scientifique du temps pur contredire ce que dit Kluge. Il ne s'agit ni de v&#233;rit&#233; ni de mensonge, mais de r&#233;organisation des coordonn&#233;es g&#233;n&#233;rales de la pens&#233;e en tant qu'elle est prise dans un jeu de m&#233;tamorphoses constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance d&#233;fensive et offensive de la dimension autobiographique&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisqu'on ne cesse de se demander ce que ce serait ou ce que c'est que &#034;faire des dieux&#034; il suffit d'&#233;couter le bref texte p.136 intitul&#233; Comment je ne devins pas un Parsifal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les dieux ne parlent pas en vous, s'ils ne vous parlent pas, est-ce grave ? En aucun cas, il suffit de les faire ces dieux pour qu'ils existent et soient l&#224; aupr&#232;s de vous et deviennent pour chacun &#034;ses&#034; dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers une reconfiguration du topos du psychisme&lt;br class='autobr' /&gt;
On le comprend, ce qui caract&#233;rise la pens&#233;e en acte d'Alexander Kluge, c'est qu'elle fait trembler tout l'&#233;difice sur lequel implicitement ou explicitement nous faisons reposer notre conception du monde et de nos relations avec lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi et comment y parvient-elle. Et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y parvient non pas en brouillant les codes comme on le dit si bien aujourd'hui, mais on montrant comment ils le sont brouill&#233;s, l&#224;-m&#234;me o&#249; l'on nous enseigne et nous fait croire &#224; grand coup de publicit&#233; permanente et de mensonges officiels diffus&#233;s sans fin sur les ondes et les &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de vis&#233;e &#034;r&#233;volutionnaire&#034; ici, mais une activit&#233; de d&#233;chiffrement de ce qui est et est tenu pour vrai non pas une critique directe qui serait toujours id&#233;ologique mais par un travail intense de chiffrement des donn&#233;es acquises d&#233;couvertes ou d&#233;truites, c'est-&#224;-dire par un travail constant de recomposition m&#233;tamorphique qui entraine &#224; comprendre la vie comme une processus en constante mutation m&#233;tamorphose transformation.... on choisit le ou les termes qui nous conviennent le mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet a-id&#233;ologisme effectif est l'aspect le plus manifeste et peut-&#234;tre le moins per&#231;u comme tel et c'st en cela que quoique non r&#233;volutionnaire au sens historique du terme il l'est au sens post)historique. Il montre comme l'a fait Flusser en son temps que la maison a chang&#233; d'allure et de statut et qu'elle est &#034;trou&#233;e comme un gruy&#232;re&#034; (Vil&#232;m Flusser, Petite philosophie du design, p.69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maus au-del&#224; de ces points essentiels quelque chose se profile qu'il est possible de synth&#233;tiser et qu'il faudra appeler un nouveau topos de la psych&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffira pour conclure d'en indiquer les &#233;l&#233;ments principaux qui consistent en ceci une m&#233;tamorphose des coordonn&#233;es g&#233;n&#233;rales espace temps vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois brefs exemples nous suffiront &#224; amorcer les s&#233;minaires &#224; venir. Kluge rep&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt; - des Temporalit&#233;s vides ou r&#233;versibles &lt;br class='autobr' /&gt;
P.158 adn dans les deux sens
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une mutation des relations entre ce que l'on comprend par dehors et dedans, int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233;, quand il s'agit de parler et des individus et de leur psych&#233; et des relations qu'ils et elles entretiennent avec ce qui est cens&#233; &#234;tre le dehors, le monde qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre plus int&#233;rioris&#233; qu'on ne le pense.&lt;br class='autobr' /&gt; - une relation qui traverse aussi bien les choses que les pens&#233;es et qui est la relation entre ce qui a lieu et ce qui est per&#231;u pour le dire tr&#232;s vite. On a vu avec les FICs de Lionel Naccache combien ce que nous nommons r&#233;alit&#233; ou fiction sont des &#233;l&#233;ments relevant de la m&#234;me &#233;toffe, mais on ne fait que commencer &#224; comprendre la mani&#232;re dont fonctionne ce moteur &#224; deux temps qu'est celui de la construction psychique du soi et du monde. Ce moteur fonctionne sur deux &#034;temps&#034; l'&#233;vidence illusoire de l'existence d'une continuit&#233; des choses et l'incessante manifestation de moments de discontinuit&#233;, d'&#233;l&#233;ments discrets comme on les nomme en math&#233;matique. bref nous r&#234;vons en continu et le monde fabrique du continu par une prolif&#233;ration d'&#233;l&#233;ments discontinus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous y sommes, la boucle est boucl&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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