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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Lautre&#769;amont ce chaman</title>
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		<dc:creator>Franc&#807;ois-Xavier Leblanc</dc:creator>


		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>surr&#233;alisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Isidore Ducasse est un po&#232;te franco-uruguayen de la seconde partie du 19&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Sa mort pr&#233;matur&#233;e, le myst&#232;re qui entoure sa vie, l'immense impact de ses &#339;uvres &#8212; Les Chants de Maldoror et ses Po&#233;sies I &amp; II &#8212; sur plusieurs g&#233;n&#233;rations d'artistes, &#224; commencer par les &#233;crivains surr&#233;alistes, et la violence de ses &#233;crits, font de lui ce que certains appellent un &#171; po&#232;te maudit &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/surrealisme" rel="tag"&gt;surr&#233;alisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH90/arton2514-6aec3.jpg?1772207517' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Isidore Ducasse est un po&#232;te franco-uruguayen de la seconde partie du 19&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Sa mort pr&#233;matur&#233;e, le myst&#232;re qui entoure sa vie, l'immense impact de ses &#339;uvres &#8212; Les Chants de Maldoror et ses Po&#233;sies I &amp; II &#8212; sur plusieurs g&#233;n&#233;rations d'artistes, &#224; commencer par les &#233;crivains surr&#233;alistes, et la violence de ses &#233;crits, font de lui ce que certains appellent un &#171; po&#232;te maudit &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des personnes qui marquent &#224; jamais la m&#233;moire d'un individu et qui agissent inexorablement sur lui. Isidore Ducasse fait partie de ces rares individualit&#233;s qui m'ont forg&#233; et m'accompagnent c&#233;r&#233;bralement, encore &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; Isidore Ducasse par inadvertance (je dirais m&#234;me par chance !) au cours de mon existence juv&#233;nile. J'&#233;prouve pour ce po&#232;te d'un autre si&#232;cle une admiration sans borne m&#234;l&#233;e d'un profond respect &#8212; moi qui ne r&#233;v&#232;re pas grand-chose. J'aime &#224; me dire que son existence pass&#233;e sur terre n'est finalement pas si lointaine de la mienne et, en outre, que nous avons ce monde en commun. Et si sa carcasse n'est plus, n&#233;anmoins, sa pr&#233;sence demeure. Spectrale. Cette id&#233;e me suffit. Elle r&#233;jouit amplement mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, je peux parfois me demander que serais-je devenu si je n'avais eu l'opportunit&#233;, jadis, de tomber sur &lt;i&gt;Les Chants de Maldoror.&lt;/i&gt; Aucune r&#233;ponse ne m'est jamais r&#233;ellement venue. J'ose croire que mon esprit serait demeur&#233; vacant &#224; tout jamais voire au mieux, inachev&#233;. Ou bien disposerais-je alors d'un ersatz d'esprit ? Ce sont les seules hypoth&#232;ses que j'en tire et, par cons&#233;quent, celles qui me convainquent le plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une rencontre brutale et miraculeuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jamais un auteur ne s'&#233;tait adress&#233; &#224; moi comme il l'avait fait &#8212; aussi abruptement. Aucun auteur ne m'avait directement interpel&#233; comme il eut la hardiesse de le faire, me recommandant, imm&#233;diatement, de me d&#233;tourner de l'ouvrage &#224; peine ouvert &#8212; ayant a priori l'amabilit&#233; de s'inqui&#233;ter de ce qu'il adviendrait de ma sant&#233; mentale. Manifestement, il ne souhaitait pas troubler la qui&#233;tude ambiante cens&#233;e m'habiter &#8212; ou me m&#233;prisait-il d&#233;lib&#233;r&#233;ment, conscient que je ne faisais pas le poids. Je commen&#231;ai &#224; comprendre que ce monsieur Ducasse n'&#233;crivait pas pour les autres, cela lui importait peu. Il &#233;crivait essentiellement pour lui, donnant ainsi au lecteur l'impression qu'il se fichait &#233;perdument du sort r&#233;serv&#233; &#224; son livre, et donc des lignes qu'il &#233;crivait. Serait-il lu ? Ne le serait-il pas ? Brulerait-on son livre ? Qu'importe. &#192; l'&#233;vidence, r&#233;pondre &#224; ces conjectures n'&#233;tait pas son affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les pr&#233;mices de mon entreprise, je r&#233;alisai que cet objet litt&#233;raire n'avait rien de banal. Ma curiosit&#233; fut brutalement &#233;veill&#233;e et, haletante, le demeurerait jusqu'&#224; la fin des six chants &#8212; et m&#234;me bien au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/h-3000-lautreamont_isidore-ducasse-comte-de_les-chants-de-maldoror_1874_edition-originale_5_73108.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L489xH800/h-3000-lautreamont_isidore-ducasse-comte-de_les-chants-de-maldoror_1874_edition-originale_5_73108-1ed1e.jpg?1721840794' width='489' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous l'emprise de Maldoror&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lecture d'Isidore Ducasse m'a fait p&#233;n&#233;trer dans un univers nouveau, impens&#233; &#8212; fa&#231;onn&#233; &#224; l'image de ce Maldoror &#8212;, o&#249;, subitement d&#233;boussol&#233;, je venais de perdre chacun de mes rep&#232;res, les uns apr&#232;s les autres, vacillant interminablement, puis ne sachant plus o&#249; poser ma main pour m'appuyer afin de reprendre et mon &#233;quilibre et mon souffle. Faire une pause quoi. Un instant en route &#8212; C'est ce qu'il me fallait&#8212;. Lui aussi le disait, s'adressant &#224; lui-m&#234;me, comprenant qu'il &#233;tait trop fort, trop puissant pour son &#233;poque et fatalement, pour les si&#232;cles post&#233;rieurs ; que son imagination d&#233;ferlait si all&#232;grement, vague apr&#232;s vague, flots de terreur susceptibles &#8212; s'ils n'&#233;taient pas contenus &#8212; d'ensevelir notre monde, tristement hant&#233; par le vide sid&#233;ral. Puis, apr&#232;s avoir vacill&#233; pendant un laps de temps, presque ind&#233;fini, une fois l'&#233;lixir venimeux instill&#233; en moi, il m'a enfin &#233;t&#233; loisible de me repa&#238;tre de chacune des pr&#233;cieuses saillies qui fusent de l'ouvrage ducassien, sensiblement mal&#233;fique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moiti&#233; hypnotis&#233;, j'acceptai donc de partir &#224; l'aventure avec Maldoror pour un voyage initiatique, v&#233;ritablement intense, dont je ne pouvais mesurer la port&#233;e. Comme un petit fr&#232;re ou un &#233;l&#232;ve, impressionn&#233; par son ain&#233;, j'&#233;tais incapable de formuler quoi que ce soit ; admirant et redoutant cette trombe anthropomorphe qui se mouvait d'un endroit &#224; un autre, envers et contre tout, faisant fi de la loi &#8212; des hommes et de la Divinit&#233; &#8212;, des m&#339;urs ainsi que des gens. C'est demeurer interdit. Bouche b&#233;e. &#202;tre finalement ce genre de complice. Et par moments, au contact de ce r&#244;deur terriblement magnifique, comme envahi d'une assurance particuli&#232;re, je me prenais pour un chien errant avide de sentiments. Il m'arrivait parfois de m'interroger &#224; propos de ma nature nouvelle : Serais-je son bouledogue, ou bien l'un de ces chiens fous &#233;chapp&#233;s des campagnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre l'acolyte de Maldoror, le temps de ses p&#233;r&#233;grinations, c'est aussi disposer du privil&#232;ge inou&#239; de l'accompagner en des lieux o&#249; l'&#234;tre humain lambda n'a h&#233;las pas les facult&#233;s de grimper, et o&#249;, m&#234;me s'il le pouvait &#8212; incapable de se revigorer de l'air impur cher &#224; cet affreux sp&#233;cimen &#8212;, il craindrait l'agonie. Je peux en t&#233;moigner. Au sommet d'une falaise, d'un immense roc, le plus majestueux et le plus sordide, Maldoror est l&#224;, tranquille et alerte. Il voit l'&#201;den, l'&#201;r&#232;be, la terre, les oc&#233;ans indomptables, et tout ce qui s'y trame. Tout ce qui semble sourdre. Tout ce qui se met en place. Et soudain, tandis que je l'observais, je m'&#233;tonnai presque de me savoir &#224; ses c&#244;t&#233;s : moi, heureux spectateur, silencieux, d&#233;f&#233;rent, mais un peu effray&#233; tout de m&#234;me face &#224; cette pr&#233;sence aussi spectaculaire qu'implacable, face &#224; tout ce qui pouvait se profiler devant moi, &#224; mon insu. Et le soleil lui aussi pr&#233;f&#233;rait se faire discret, songeant &#224; se faire la malle, en douce. Alors dans ce d&#233;cor de fin du monde &#8212; ou d'avant monde &#8212;, tapis dans l'ombre, une multitude d'astres s'appr&#234;taient &#224; para&#238;tre pour destituer notre soleil familier, et irradier le monde de leurs rayons maladifs. Je les voyais cheminer au loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/maxresdefault-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/maxresdefault-2-c9f34.jpg?1772205208' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exp&#233;rience chamanique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maldoror est le d&#233;miurge des songes indicibles. Merci &#224; Lautr&#233;amont pour les avoir retranscrits et pour les avoir rapport&#233;s &#224; l'humanit&#233;, cette dr&#244;le d'engeance. Lautr&#233;amont ce proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maldoror est &#233;galement le briseur de r&#234;ves, ce briseur de cha&#238;nes &#8212; de cerveaux robotis&#233;s &#8212; l'annihilateur de toute qui&#233;tude &#8212; de toute routine. D&#233;busquant au passage les cagots qu'il croise, il interf&#232;re dans l'ordinaire des situations afin de semer derri&#232;re lui ce qui lui importe le plus, &#224; savoir, chaos et d&#233;sordre. Maldoror est la pierre angulaire d'un monde nouveau. Maldoror n'est que la vision grandiose de Lautr&#233;amont. Bienheureux sont ceux qui l'ont suivi &#224; travers ces paysages inviol&#233;s o&#249; l'homme craintif n'osa jamais p&#233;n&#233;trer avant lui, me disais-je alors, &#233;trangement transport&#233; par l'atmosph&#232;re mystique qui surplombe ces parages myst&#233;rieux, satur&#233;s d'odeurs primitives, d&#233;daign&#233;es par la soci&#233;t&#233;. C'est comme emprunter un sentier secret menant &#224; l'inconnu ; vaste champ des possibles, toujours inattendu. Infini fulgurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai acquis la certitude : il ne faut pas redouter de saisir cet ouvrage volcanique entre nos doigts d&#233;j&#224; tremblants pour l'exposer devant nos yeux bient&#244;t rougis &#8212; et susceptibles de se r&#233;vulser &#224; tout instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Lautr&#233;amont n'&#233;tait pas qu'un simple proph&#232;te. Peut-&#234;tre ne l'&#233;tait-il pas finalement. Car qu'aurait-il bien pu faire d'une cohorte de fid&#232;les ? &#192; part faire en sorte que Maldoror les pousse, tour &#224; tour, au fond d'un pr&#233;cipice, et &#233;clater d'un rire sardonique ininterrompu&#8230; je ne vois rien d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je pense &#224; lui comme &#224; un chaman. Le chaman d'une nouvelle &#232;re. Celui de l'&#233;poque contemporaine. Un chaman continuellement en pri&#232;re, implorant, &#224; sa mani&#232;re le cosmos, par des impr&#233;cations d'une rare splendeur &#8212; pas de simples psaumes ni de simples incantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, il &#233;tait clairement malheureux de ne pas &#234;tre un dieu. Et je ressentais parfaitement sa douleur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un legs salutaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, quel ne fut pas mon effroi lorsque le jour de mes vingt-cinq ans, je r&#233;alisai avoir d&#233;pass&#233; sa dur&#233;e de vie. Son image s'imposa &#224; moi. Sa gueule &#233;maci&#233;e de jeune loup errant, son regard morne mais hallucin&#233;, son corps fr&#233;missant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais song&#233; &#224; sa mort pr&#233;matur&#233;e quatre mois et demi avant de parvenir &#224; ce quart de si&#232;cle, me faisant la r&#233;flexion qu'il n'&#233;tait plus (oui, &#224; l'&#233;vidence, il n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus). Et bien que me sentant si proche de lui, j'&#233;tais in&#233;vitablement &#224; mille lieues d'appr&#233;hender sa maturit&#233; po&#233;tique si pr&#233;coce ; je pouvais seulement savourer la beaut&#233; de son &#339;uvre, continuer d'aiguiser mes sens &#224; cette derni&#232;re, puis me contenter de l'appr&#233;cier pour le restant de ma vie. Il &#233;tait mort dans la solitude et dans l'anonymat le plus total. Souffreteux. Des lueurs dans les yeux. Mais, c'&#233;tait comme s'il avait pressenti sa fin s'&#233;lancer fr&#233;n&#233;tiquement vers lui. Alors, dans l'urgence, il s'empressa d'&#233;laborer une &#339;uvre fondamentale capable de subjuguer l'humanit&#233;, et de la ranimer le moment venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu importe. Je veux simplement me rem&#233;morer le message l&#233;gu&#233; par Isidore Ducasse, aka le comte de Lautr&#233;amont. Et savourer, encore et encore, son offrande d&#233;licieuse (en relisant mon exemplaire de l'&#233;dition de Jean-Luc Steinmetz parue en 2001).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_21448 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/de_testable_pre_sentation.jpg' width=&#034;768&#034; height=&#034;768&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; voir aussi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;D&#233;testable&lt;/i&gt; par Franc&#807;ois-Xavier Leblanc&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN : 978-2-9588425-0-5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Art Orient&#233; Objet &#224; Lourdes</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Art-Oriente-Objet-a-Lourdes</link>
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		<dc:date>2019-08-03T10:18:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marion Laval-Jeantet et Pascal Pique</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>exposition</dc:subject>
		<dc:subject>entretien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le duo d'artistes Art Orient&#233; Objet, form&#233; par Marion Laval-Jeantet et Beno&#238;t Mangin travaille &#224; retarder la fin du monde. Ils d&#233;veloppent une &#339;uvre singuli&#232;re sur la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server la biodiversit&#233; &#224; partir de leurs recherches en biologie, en &#233;thologie ou en anthropologie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1467-d8624.jpg?1772248090' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le duo d'artistes Art Orient&#233; Objet, form&#233; par Marion Laval-Jeantet et Beno&#238;t Mangin travaille &#224; retarder la fin du monde. Ils d&#233;veloppent une &#339;uvre singuli&#232;re sur la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server la biodiversit&#233; &#224; partir de leurs recherches en biologie, en &#233;thologie ou en anthropologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils sont autant passionn&#233;s par les sciences du vivant et les nouvelles technologies que par les mondes visionnaires et les cultures traditionnelles ayant gard&#233; un lien &#224; l'Invisible. Ils ont &#233;t&#233; parmi les pionniers de l'art &lt;i&gt;bio tech&lt;/i&gt; et de la d&#233;fense de la cause animale &#224; travers l'art contemporain. La jonction de ces domaines qu'ils exp&#233;rimentent et transmettent avec leurs &#339;uvres, repr&#233;sente aujourd'hui un horizon incontournable : celui d'un art de l'antidote du prendre soin et de la r&#233;paration fond&#233; sur des processus de r&#233;enchantement. Pour le ch&#226;teau fort mus&#233;e pyr&#233;n&#233;en de Lourdes ils ont con&#231;u une double proposition qui parle de transhistoire, de survivance des esp&#232;ces, de biodiversit&#233; biologique et de climat. Avec l'ambition d'un art responsable qui participe &#224; l'invention d'une nouvelle culture de la nature et du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;174&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/1_oriente_-objet-0ce3e.jpg?1564158210' width='500' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Andachtsraum, l'aigle et le brochet, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes N&#233;on bleu, 500 x 80 cm (photos Luc Jennepin)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Pique :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Lourdes repr&#233;sente un endroit un peu particulier pour &#233;mettre une proposition d'art contemporain. Qui plus est depuis le Ch&#226;teau fort &#8211; mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en qui surplombe d'un c&#244;t&#233; les sanctuaires de p&#232;lerinage et de l'autre la ville profane. Quelles sensations avez-vous eues et comment avez-vous pris le probl&#232;me d'une double intervention &#224; la suite de votre premi&#232;re visite ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marion Laval-Jeantet :&lt;/strong&gt; Lourdes est surtout une ville de grand passage, donc pourquoi pas d'art contemporain ? Du haut du ch&#226;teau les sanctuaires semblent tr&#232;s lointains, c'est davantage le poids de l'histoire m&#233;di&#233;vale qui s'impose. Et la tr&#232;s importante collection d'objets r&#233;gionaux et ethnographiques qu'abrite le ch&#226;teau. Ce qui nous a d'embl&#233;e impressionn&#233;s &#233;tait cette vaste fresque r&#233;gionaliste qu'a d&#233;velopp&#233; Margalide Bondidier dans le mus&#233;e, r&#233;pertoriant non seulement les meubles et costumes pyr&#233;n&#233;ens, mais aussi les animaux, la g&#233;ologie, les traditions populaires et &#233;sot&#233;riques, jusqu'&#224; l'architecture locale qu'elle a mod&#233;lis&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur du mus&#233;e. Cet ensemble incroyable et foisonnant nous a conduits &#224; nous repencher sur la question transhistorique : comment parler artistiquement des origines, du pr&#233;sent et du futur dans un cadre mus&#233;ographique construit dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;174&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3_oriente_-objet-c092e.jpg?1772190014' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Andachtsraum, l'aigle et le brochet, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes N&#233;on bleu, 500 x 80 cm (photos Luc Jennepin)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Votre proposition fonctionne en diptyque avec deux &#339;uvres d&#233;di&#233;es au monde animal. Comment l'avez-vous &#233;chafaud&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Notre proposition s'est d'abord &#233;chafaud&#233;e sur ce vertige premier d'un mus&#233;e qui vous transporte &#224; travers le temps. D'une part elle reprend la l&#233;gende des origines du blason de la ville sur lequel un aigle tient un poisson dans son bec, qui remonte au si&#232;ge de la forteresse par Charlemagne au d&#233;but de son histoire ; d'autre part elle comprend l'intrusion de l'&#232;re informatique qui d&#233;passe la p&#233;riode de collection des pi&#232;ces du mus&#233;e, pour aller encore au-del&#224;, dans une anticipation darwiniste d&#233;cal&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;174&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/4_oriente_-objet-3c3c5.jpg?1564158211' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Andachtsraum, l'aigle et le brochet, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes N&#233;on bleu, 500 x 80 cm (photos Luc Jennepin)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;La premi&#232;re &#339;uvre pr&#233;sent&#233;e sur le donjon du ch&#226;teau est tr&#232;s belle avec ce dessin de l'aigle de cinq m&#232;tres d'envergure trac&#233; au n&#233;on bleu associ&#233; &#224; un poisson qui semble tomber ou fondre du ciel. Il nous renvoie &#224; la l&#233;gende fondatrice de Lourdes, mais pas seulement ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; D'abord l'aigle du blason de Lourdes, &lt;i&gt;Andachtsraum, l'aigle et le brochet&lt;/i&gt;, est venu d'un moment o&#249; sortant de l'espace int&#233;rieur tr&#232;s fourni du mus&#233;e, nous nous promenions sur la grande terrasse du cavalier et l&#224;, levant les yeux, nous v&#238;mes trois grands milans qui planaient au-dessus de la ville et du ch&#226;teau. Il n'y a que tr&#232;s peu de villes de cette importance en France o&#249; de tels rapaces volent en se sentant chez eux. Aussit&#244;t je revis le moment o&#249; des montreurs d'aigles, non loin de Lourdes, se faisaient voler la viande qu'ils tendaient &#224; des rapaces captifs par des aigles sauvages pyr&#233;n&#233;ens mieux aguerris. C'&#233;tait fascinant, pour moi, l&#224; &#233;tait le &#171; pyr&#233;n&#233;isme &#187;, la capacit&#233; qu'avait cette r&#233;gion &#224; permettre encore la pr&#233;sence d'une nature sauvage qui r&#233;sistait, l&#224; o&#249; elle disparaissait partout. L'inertie temporelle de ce ch&#226;teau ayant surv&#233;cu &#224; tout, devenait le symbole parfait de cette r&#233;sistance sauvage pyr&#233;n&#233;enne, mais il fallait aussi alerter sur les dangers qui guettent si on n'y veille pas. Le titre &lt;i&gt;Andachtsraum&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; espace de contemplation &#187;, est un terme forg&#233; par l'historien d'art Aby Warburg en 1923, pour signifier que la technologie nous faisait d&#233;j&#224; faire un pas en arri&#232;re quant &#224; la contemplation du monde naturel qu'elle mettait en danger. De ce concept, nous avons entam&#233; une s&#233;rie de n&#233;ons d'animaux mis en danger par la pression technologique. Et, forc&#233;ment, il fallait que la grandeur de cette pr&#233;sence sauvage et l&#233;gendaire, l'aigle et le brochet pyr&#233;n&#233;ens, se retrouvent sur la fa&#231;ade du donjon, comme une alerte visuelle et &#233;lectrique pour nous rappeler l'attention que nous devrions toujours leur porter. Car comment vivre si les symboles m&#234;mes de notre culture disparaissent ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13159 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;108&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13_oriente_-objet_v1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/13_oriente_-objet_v1-74b00.jpg?1564383859' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Pr&#233;sentation des cires fil&#233;es au Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;es dans l'esprit de la mus&#233;ographie de Margalide Le Bondidier
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le second volet est compos&#233; du&lt;/i&gt; &#171; Camelus Post-humanus &#187; &lt;i&gt;avec le squelette d'un curieux chameau &#224; quatre cornes qui semble garder une d&#233;chetterie informatique dans l'ancienne poudri&#232;re en contrebas du ch&#226;teau. S'agit-il d'une vision post apocalypse ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s, le &lt;i&gt;Camelus Post-humanus&lt;/i&gt; dans la poudri&#232;re, questionne la n&#233;cessit&#233; de poursuivre la collection au-del&#224; de son point d'arr&#234;t dans les ann&#233;es 70, &#224; la mort de Margalide Bondidier. Tout en demandant ostensiblement si nous n'avons pas perdu de vue la question de l'histoire et de la perp&#233;tuation, avec l'aberration d'un monde contemporain en obsolescence continuelle. Non sans humour, la b&#234;te pr&#233;sent&#233;e selon les crit&#232;res mus&#233;ographiques des collections d'histoire naturelle n'a encore jamais exist&#233;, comme le sp&#233;cifie son nom &#171; Chameau post-humain &#187;&#8230; elle est du reste r&#233;alis&#233;e avec des squelettes trouv&#233;s et recycl&#233;s de 6 ou 7 animaux diff&#233;rents, dont forc&#233;ment celui d'un chameau. Mais elle n'est pas reconstitu&#233;e comme une pure fantaisie, elle suit les pr&#233;ceptes &#233;volutionnistes du zoologue Dougal Dixon qui a imagin&#233; scientifiquement les crit&#232;res d'&#233;volution des esp&#232;ces apr&#232;s la disparition de l'homme. Sauf &#233;trangement celui du chameau. Nous y avons palli&#233; en poursuivant sa logique scientifique. C'est de la pure anticipation, et le mat&#233;riel informatique &#233;pars est l&#224; pour le rappeler : une &#233;poque o&#249; les restes de la technologie humaine du 21e si&#232;cle deviendraient restes arch&#233;ologiques. Alors bien-s&#251;r, &#231;a a l'air post-apocalyptique, sauf &#224; se dire que la vie a eu toutes sortes de formes sur terre, et peut-&#234;tre que nous aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;186&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/6_oriente_-objet-c40b0.jpg?1772190014' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Camelus Post-humanus, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes Os, d&#233;bris technologiques, fer, 200 x 250 x 100 cm (photo Luc Jennepin)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Votre mobilisation pour la cause animale est connue depuis de nombreuses ann&#233;es. Vous avez &#233;t&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1990 parmi les pr&#233;curseurs du Bio art. Quel message livrez-vous en particulier ici &#224; Lourdes ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; La cause de l'animal est aussi celle de l'homme. Les animaux sont de grands r&#233;servoirs pour quantit&#233; de sous-esp&#232;ces, bact&#233;ries, parasites, virus&#8230; en d&#233;truisant leur pr&#233;sence naturelle, nous nous exposons &#224; devenir leurs h&#244;tes futurs. L'humain pense souvent en terme culturel, voire id&#233;ologique, plut&#244;t que scientifique, ici ces &#339;uvres sont &#233;trangement des rappels pour notre conscience. Il nous a sembl&#233; absolument essentiel de revenir ici, &#224; travers le contraste de visions chaotiques, sur l'importance de l'histoire litt&#233;raire d'un pyr&#233;n&#233;isme exploratoire, qui a fait d&#233;buter des livres comme &lt;i&gt;Robinson Cruso&#233;&lt;/i&gt; de Daniel Defoe ou &lt;i&gt;Cinq semaines en ballon&lt;/i&gt; de Jules Vernes ici. Sans l'espace imaginaire du monde sauvage et animal, aucune mythologie, aucun r&#234;ve humain ne saurait tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle souvent de la proximit&#233; entre cr&#233;ativit&#233;s artistique et scientifique, mais la proximit&#233; entre ces deux approches nous semble surtout tenir &#224; leur capacit&#233; de prendre une distance analytique salutaire avec le r&#233;el. Faire de l'art revient pour nous &#224; penser le r&#233;el, en prendre conscience et bouger les limites de la sensibilit&#233; contemporaine. Et cela nous porte depuis plus de vingt ans &#224; nous interroger sur l'&#233;radication du monde sauvage, mais aussi sur la modification du Vivant biologique et environnemental par l'homme. Une ville comme Lourdes semble excentr&#233;e et d&#233;cal&#233;e dans l'histoire actuelle, et pourtant, du fait de sa proximit&#233; avec le r&#233;servoir naturel des Pyr&#233;n&#233;es, elle pourrait s'av&#233;rer dans le futur &#234;tre un lieu &#233;minemment utile &#224; l'&#233;tude de la diversit&#233; biologique, &#224; l'environnement, au climat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;186&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/7_oriente_-objet-874cd.jpg?1564158211' width='500' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Camelus Post-humanus, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes Os, d&#233;bris technologiques, fer, 200 x 250 x 100 cm (photo Luc Jennepin)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Il y a une autre dimension de votre travail qui transpara&#238;t dans l'aigle de lumi&#232;re bleue. C'est votre rapport aux cultures de l'Invisible. D'ailleurs l'une de vos premi&#232;res propositions, &#171; la montagne des esprits &#187;, qui n'a pu &#234;tre r&#233;alis&#233;e, renvoyait &#224; la myst&#233;rieuse tradition des cires de deuil qui est expos&#233;e dans le mus&#233;e. Que repr&#233;sente la lumi&#232;re pour vous ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; La lumi&#232;re est un outil passionnant pour nous. In&#233;vitablement elle &#233;voque la r&#233;manence de la vie, la pr&#233;sence d'une dimension autre, difficile d'acc&#232;s et pourtant &#224; proximit&#233;. M&#234;me si l'aigle venait &#224; dispara&#238;tre, sa pr&#233;sence &#233;vocatoire demeurerait. Dans de nombreuses cultures chamaniques, avec des plantes sacr&#233;es, on atteint cette vision irr&#233;elle et pourtant si marquante de l'aura des &#234;tres vivants, et certaines auras d'&#234;tres qui ne sont physiquement pas l&#224; apparaissent. Elles semblent bleut&#233;es, et produisent les contours d'animaux ou de personnes, de plantes parfois, qui annoncent une existence ignor&#233;e hors de cette connexion tr&#232;s particuli&#232;re. L'aigle de lumi&#232;re et son brochet s'annoncent comme le souvenir renouvel&#233; d'une pr&#233;sence mythique qui fut peut-&#234;tre r&#233;elle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;139&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_orient-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/8_orient-objet-e9e56.jpg?1564158211' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Les Tambours apotropa&#239;ques ou la machine &#224; conjurer la fin du monde,1994-2018,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Courtesy galerie Les filles du calvaire
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;A l'image du ch&#226;teau de Lourdes, votre travail ne se situe t-il pas &#224; la jonction du sacr&#233; et du profane ? Si le sujet est encore assez tabou il est important de l'aborder. Ce &#224; quoi vous vous employez d'ailleurs depuis plusieurs ann&#233;es. Quels sont les enjeux de ce positionnement pour vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Personnellement, j'ai du mal &#224; comprendre la question du sacr&#233; et du profane&#8230; elle implique des interdits, des lois, des conceptions culturelles qui ne me sont pas famili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous faites partie de ces personnes qui percevez des formes de messages ou de visions. Un peu comme Bernadette. Comment adviennent vos propres visions ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Je ne pense pas du tout percevoir des messages ou des visions &#171; comme Bernadette &#187;. D'autant que je vis dans une culture contemporaine tr&#232;s diff&#233;rente de la sienne. J'ai peut-&#234;tre une sensibilit&#233; particuli&#232;re qui me permet de percevoir des instantan&#233;s du monde, des constructions, des structures. J'ai cela depuis que je suis petite, mais je suis aussi une artiste depuis que je suis petite, et ces visions sont peut-&#234;tre &#224; proprement parler simplement artistiques. Et peut-&#234;tre que la seule diff&#233;rence qui existe entre moi et d'autres personnes est que, du fait de ma culture familiale, cela n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme une bizarrerie, mais au contraire comme une r&#233;alit&#233; assumable par certains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;161&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/10_oriente_-objet-92773.jpg?1564158211' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Ursae lacrimae, 2011,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Installation au Ch&#226;teau de Foix, exposition &#171; Quelle histoire &#187; Collection Les abattoirs, Frac Midi-Pyr&#233;n&#233;es
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;D&#232;s lors comment s'articulent ces visions du monde et la mise en &#339;uvre de votre art. En d'autres terme vos &#339;uvres ne sont pas que des imageries ou des illustrations de visions ni de concepts. Mais elles sont litt&#233;ralement charg&#233;es et potentiellement actives. Comme dans certaines cultures de l'Invisible tel que le mazzerisme corse dans lequel vous avez des attaches. Quelle est l'importance de concilier aujourd'hui ouvertement ces diverses dimensions : artiste, chercheur universitaire et anthropologue du chamanisme ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Habituellement, les visions artistiques surgissent avec un caract&#232;re tr&#232;s finalis&#233;. Je peux &#224; chaque fois d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment ce que j'imagine, ce que je per&#231;ois et pourquoi. Mais elles ont aussi quelque chose d'inabouti, c'est pourquoi nous travaillons &#224; deux avec Beno&#238;t Mangin, chaque vision est &#233;tudi&#233;e, discut&#233;e, &#233;nonc&#233;e et lorsqu'elle ne fait pas encore sens, nous la laissons tomber. Cette dialectique est tr&#232;s importante dans notre travail. Elle permet d'&#233;carter le danger, l'anxi&#233;t&#233;, certaines repr&#233;sentations tr&#232;s n&#233;gatives du monde, elle permet l'av&#232;nement d'une certaine justesse du sensible, dans les meilleurs des cas. Quand nous atteignons cette justesse, quand nous entrons en r&#233;sonance, alors les &#339;uvres ont effectivement une activit&#233; particuli&#232;re sur la conscience de ceux qui les regardent. Elles sont actives, dans la mesure o&#249; elles transmettent quelque chose. C'est cette transmission qui fait dire parfois que nos &#339;uvres sont charg&#233;es [sourire]. Pour certains la charge est un concept n&#233;gatif, pour nous, c'est un concept extr&#234;mement pr&#233;cieux, &#224; l'image de ce que les anciens appelaient l'efficace des images. La charge est la dynamique du sensible, ce qui permet aux esprits de bouger leurs positions, c'est une magnifique activit&#233; de l'art, que je place personnellement tr&#232;s au-dessus d'une simple vision. Dans les syst&#232;mes chamaniques aussi, la vision est loin d'&#234;tre l'&#233;l&#233;ment le plus important. Qu'un bon chaman voit est une &#233;vidence, mais pour &#234;tre bon, il doit d'abord &#234;tre capable de transmettre et de n&#233;gocier avec les esprits, autour de lui et dans un autre monde. Le chaman change la r&#233;alit&#233;, il ne se contente pas de voir. Ces processus tr&#232;s anciens, que j'ai &#233;tudi&#233;s en anthropologie, mais aussi sur le terrain dans de nombreux groupes chamaniques traditionnels, ont v&#233;ritablement quelque chose &#224; nous apprendre &#224; l'heure o&#249; le monde se noie dans sa complexit&#233;. Ils nous apprennent l'&#233;vidence, la responsabilit&#233;, la cons&#233;quence de nos actes sans entrer dans une id&#233;ologie moralisatrice.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH417/11_oriente_-objet-c8b5a.jpg?1564158211' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, La peau de chagrin,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Courtesy des artistes, 2009-2010
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vos visions peuvent &#234;tre redoutables, s&#233;v&#232;res, r&#233;alistes, mais &#233;galement empreintes d'une dimension particuli&#232;re. Parfois m&#234;me d'une certaine douceur. Quelles &#233;nergies mettez-vous en &#339;uvre &#224; ces niveaux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Excusez-moi, je ne comprends pas la question. La transmission simultan&#233;e d'une chose et de son contraire est une n&#233;cessit&#233; ontologique quand il s'agit d'art, selon moi. C'est &#224; celui qui regarde de placer son propre curseur entre ces deux p&#244;les oppos&#233;s et de voir si le curseur bouge avec le temps, si sa conscience sensible &#233;volue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12_oriente_-objet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/12_oriente_-objet-8dc3a.jpg?1564158211' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art Orient&#233; Objet, Pioneer World 2, 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous pensez donc que l'art puisse r&#233;ellement avoir une dimension prophylactique ou r&#233;paratrice. Si c'est le cas c'est un enjeu extr&#234;mement important d'un point de vue individuel et collectif. Dans ce cas, comment nourrir et d&#233;velopper non seulement la vision, mais aussi la culture d'un monde visionnaire qui serait en quelque sorte auto-r&#233;parateur ? Et que nous dirait l'Invisible sur le sujet si vous voulez-bien le questionner pour nous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MLJ :&lt;/strong&gt; Oui, au niveau des consciences, forc&#233;ment davantage individuelles que collectives, l'art peut r&#233;parer par la prise de conscience du caract&#232;re toxique de certains &#233;v&#233;nements, et par leur sublimation. Peu d'artistes toutefois revendiquent une dimension visionnaire. Car il s'agit d'un concept empreint d'un archa&#239;sme qui a &#233;t&#233; balay&#233; au si&#232;cle des lumi&#232;res, puis avec la modernit&#233;, o&#249; soudain il n'&#233;tait plus envisageable d'&#233;voquer des notions telles que l'inspiration, historiquement inscrite dans la perception d'un autre monde. Si d&#233;j&#224; certains artistes reviennent sur cette position, il ne sera pas si difficile de d&#233;velopper la conviction d'un pouvoir r&#233;parateur de l'art chez un public tr&#232;s demandeur. En revanche, je n'aurais pas la na&#239;vet&#233; de transmettre une vision univoque de l'invisible. Dans le chamanisme, un seul invisible ne parle pas. Ce sont v&#233;ritablement des milliers d'invisibles qui parlent, et ils sont loin d'&#234;tre tous amicaux. D'une certaine mani&#232;re l'autre monde y est d&#233;crit comme le miroir du n&#244;tre&#8230; Il faut savoir y faire son chemin, ne pas &#233;couter tout le monde, n&#233;gocier, toutes sortes de raisons pour lesquelles le christianisme s'est &#233;loign&#233; des traditions chamaniques qui pr&#233;c&#233;daient son apparition. Ces pratiques pouvaient s'av&#233;rer tr&#232;s dangereuses, comme le montre la culture de l'exorcisme. Il m'est arriv&#233; de croiser des chamanes qui d'un jour &#224; l'autre passaient d'une grande bienveillance &#224; une v&#233;ritable nocivit&#233;, selon les esprits avec lesquels ils devaient n&#233;gocier pour tel ou tel besoin. Penser que la voie visionnaire serait la voie la plus juste en art, ce serait croire qu'il n'y a qu'une v&#233;rit&#233; ailleurs, or ce n'est pas le cas. L'art existe surtout pour permettre &#224; chacun de comprendre o&#249; placer sa sensibilit&#233; pour faire avancer sa conscience &#233;motionnelle. La force de l'art est de revendiquer cette intelligence tr&#232;s particuli&#232;re qui est celle du ressenti, une intelligence propre &#224; notre incarnation dans un corps sensible qui, selon toutes les traditions mystiques, permet de changer de niveau de conscience d'un monde &#224; l'autre. Et n'est-ce pas d&#233;j&#224; incroyable ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Remerciements : les artistes et le commissariat de l'exposition tiennent &#224; remercier Rachel Suteau, Conservatrice du patrimoine, Directrice du ch&#226;teau fort - Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, pour sa pr&#233;cieuse collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IN SITU Patrimoine et art contemporain - 2019 &lt;br class='autobr' /&gt;
21 juin &gt; 29 septembre 2019&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#226;teau fort &#8211; Mus&#233;e pyr&#233;n&#233;en - Lourdes&lt;br class='autobr' /&gt;
Horaires d'ouverture : tous les jours &#8212; De 10h a&#768; 19h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://patrimoineetartcontemporain.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://patrimoineetartcontemporain.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration couverture : Art Orient&#233; Objet, Andachtsraum, l'aigle et le brochet, 2019, Cr&#233;ation pour In situ 2019 au Ch&#226;teau fort-Mus&#233;e Pyr&#233;n&#233;en, Lourdes, N&#233;on bleu, 500 x 80 cm (photos Luc Jennepin)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Archiduc et la culture</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-Archiduc-et-la-culture</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-Archiduc-et-la-culture</guid>
		<dc:date>2018-09-26T15:55:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>La&#235;titia Bischoff</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'aimerais mettre c&#244;te &#224; c&#244;te deux &#339;uvres, distantes l'une de l'autre par les kilom&#232;tres et par les &#226;ges, mais &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; mettant en jeu, c'est-&#224;-dire en force combinatoire, en dialogue, une esp&#232;ce animale et des caract&#233;ristiques humaines.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH106/arton1282-0b648.jpg?1772283448' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'aimerais mettre c&#244;te &#224; c&#244;te deux &#339;uvres, distantes l'une de l'autre par les kilom&#232;tres et par les &#226;ges, mais &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; mettant en jeu, c'est-&#224;-dire en force combinatoire, en dialogue, une esp&#232;ce animale et des caract&#233;ristiques humaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Archiduc&lt;/i&gt; est une chouette effraie empaill&#233;e. Ses ailes se d&#233;ploient autour de ses flancs et laissent appara&#238;tre des d&#233;corations honorifiques accroch&#233;es &#224; son plumage. L'acte de taxidermie a fait d'un &#234;tre vivant un objet. L'&#233;lan vital et les tripes ont &#233;t&#233; perdues au profit d'une physicalit&#233; arr&#234;t&#233;e, sto&#239;que. Les m&#233;dailles bigarr&#233;es dont l'artiste d&#233;core l'animal sont elles aussi des objets, des objets qui conf&#232;rent &#224; leur contexte d'existence une qualit&#233; culturelle, humaine. Cette &#339;uvre de la plasticienne C&#233;line Cl&#233;ron entame alors un court-circuit entre sujet et objet. L'objet &#171; m&#233;daille &#187; rend &lt;i&gt;L'Archiduc&lt;/i&gt; sujet, l'am&#232;ne dans la sph&#232;re humaine, lui procure la &#171; culture &#187; n&#233;cessaire pour acc&#233;der aux sp&#233;cificit&#233;s qui se refusent d'habitude en ce monde moderne &#224; ce qui est &#171; nature &#187;. L'&#339;uvre de Cl&#233;ron cr&#233;e une faille au c&#339;ur de nos codes de soci&#233;t&#233;, elle instaure un dialogue et une consid&#233;ration culturelle avec un non-humain, non sans humour et sensibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diptyque image&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si nous consid&#233;rions la d&#233;marche de Cl&#233;ron, artiste-plasticienne contemporaine s'appropriant le vivant avec d&#233;licatesse, au regard de l'anthropologie de la nature, au regard d'autres formulations artistiques d'&#234;tre vis &#224; vis du vivant ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH395/2_bischoff-4-f809d.jpg?1537980994' width='500' height='395' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sculpt&#233;e dans le bois, une t&#234;te humaine est prise au c&#339;ur d'un bec d'oiseau. Il s'agit d'un masque, un masque plongeon Yup'ik d'Alaska, conserv&#233; &#224; l'Universit&#233; de Californie. Il est con&#231;u pour &#234;tre port&#233; par un danseur, qui baisse puis rel&#232;ve la t&#234;te, r&#233;v&#233;lant tour &#224; tour l'oiseau puis le visage humain nich&#233; au creux du bec. Une compl&#233;mentarit&#233; est en jeu, une coh&#233;sion est recherch&#233;e entre l'humain et l'oiseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi si ce masque semble &#224; premi&#232;re vue avoir les m&#234;mes caract&#233;ristiques combinatoires que celles en pr&#233;sence dans &lt;i&gt;L'Archiduc&lt;/i&gt;, les d&#233;tails humains n'&#233;voquent ici pas forc&#233;ment l'esp&#232;ce humaine. En effet chez les Yup'ik, le visage ne correspond pas &#224; l'humain en tant qu'esp&#232;ce &#224; part enti&#232;re, il est celui de l'&#226;me que tout &#234;tre porte en lui. Le visage figur&#233; dans ce masque &#171; d&#233;note l'int&#233;riorit&#233; de l'&#226;me, le fait que l'animal est dot&#233; d'une subjectivit&#233; analogue &#224; celle des humains, et ce sont des traits humains qui servent &#224; figurer cette int&#233;riorit&#233; animale. &#187; (Descola 269)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le masque Yup'ik marque l'effectuation d'une ontologie du monde bien diff&#233;rente de la n&#244;tre et de celle dans laquelle op&#232;re Cl&#233;ron. Pour se mettre en &#339;uvre, se mettre en mouvement, cette ontologie dite animiste attribue une &#226;me &#224; tous les existants (humains, animaux, v&#233;g&#233;taux, montagnes, nuages, rivi&#232;res, esprits&#8230;). Chaque entit&#233; est dou&#233;e d'une int&#233;riorit&#233;, figur&#233;e par les traits d'un visage humain, et c'est cela qui cr&#233;e une continuit&#233; entre les esp&#232;ces. Nous sommes par contre dissemblables par nos &#171; costumes &#187;, nos physicalit&#233;s qui nous conf&#232;rent l'allure d'un oiseau, d'un f&#233;lin ou d'un humain etc. Les relations culturelles d&#233;passent donc les fronti&#232;res des esp&#232;ces, ce sont des relations entre tous les &#234;tres sans exception qui r&#233;gissent le monde animiste, comme l'explique Descola :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jadis, tous les &#234;tres &#233;taient dot&#233;s d'un m&#234;me corps polyvalent, avant que la diff&#233;renciation des esp&#232;ces dont les mythes narrent les &#233;pisodes ne les confine dans leurs corps actuels. Les humains aussi ont perdu cette polyvalence initiale, de sorte qu'ils s'efforcent d'adjoindre &#224; leur corps les appendices d'autres esp&#232;ces, sous forme d'attributs perforants (becs, griffes, dents), sonores (&#233;lytres d'oiseaux) ou lumineux (plumes d'oiseaux). Cela leur permet d'emprunter aux animaux leurs dispositions particuli&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si les humains animistes se procurent les appendices d'autres esp&#232;ces, dans l'&#339;uvre de Cl&#233;ron c'est la chouette effraie empaill&#233;e qui s'en affuble et qui emprunte &#224; l'animal-humain ses dispositions vestimentaires honorifiques. Une esp&#232;ce se d&#233;guise en une autre dans cette &#339;uvre contemporaine. Un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;flexif int&#233;ressant se met en marche, un &#233;change de type animiste s'amorce dans la figure de &lt;i&gt;L'Archiduc&lt;/i&gt;. Cl&#233;ron ne traite pourtant pas du sujet de l'&#226;me si cher &#224; la cosmologie animiste, elle n'&#233;branle pas la vision du monde moderne, elle y int&#232;gre une faille que l'on qualifierait de po&#233;tique. Dans d'autres &#339;uvres de l'artiste-plasticienne, la calle pour mesurer la taille de l'enfant est un cr&#226;ne d'oiseau, un long squelette de python s'&#233;tire en montagnes russes (&lt;i&gt;L'horizon des &#233;v&#233;nements #1&lt;/i&gt;), des fossiles d'ammonite deviennent yoyos. Cl&#233;ron offre aux non-humains sign&#233;s par leurs squelettes notamment les distinctions, mesures, jeux culturels du monde moderne. Elle fait jouer aux non-humains les jeux culturels que nous nous sommes r&#233;serv&#233;s. Aussi, l'artiste biaise les crit&#232;res objet/sujet afin que, peu &#224; peu, le spectateur &#8211; en l'occurrence moderne et ne pouvant adopter un point de vue animiste &#8211;, revoit les codes de sa sph&#232;re culturelle pour y penser ses co-existants terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanc, Dominique. &#171; La fabrique des images &#187; &lt;i&gt;Connaissance des Arts&lt;/i&gt; 437 (2014).&lt;br class='autobr' /&gt;
Descola, Philippe. &lt;i&gt;La Composition des mondes. Entretiens avec Pierre Charbonnier.&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustrations : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Archiduc (S&#233;rie &#171; les Receleurs &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, Chouette effraie naturalis&#233;e, m&#233;dailles, 30x25x37cm&lt;br class='autobr' /&gt;
Collection priv&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Masque yup'ik repr&#233;sentant un oiseau aquatique (Pastolik, Alaska, XIXe si&#232;cle). Bois peint, 38x21x26cm, Berkeley, Phoebe A. Hearst Museum of Anthropology, University of California, inv.2-4597 (DR).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#226;mes errantes</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-ames-errantes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Les-ames-errantes</guid>
		<dc:date>2018-06-30T19:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hannibal Volkoff</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans le discours spiritualisant, les &#226;mes errantes sont les esprits qui, apr&#232;s la mort, n'ayant pu rejoindre l'au-del&#224; ni se r&#233;incarner, vagabondent dans le monde comme dans des limbes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1262-71fe6.jpg?1772283448' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours spiritualisant, les &#226;mes errantes sont les esprits qui, apr&#232;s la mort, n'ayant pu rejoindre l'au-del&#224; ni se r&#233;incarner, vagabondent dans le monde comme dans des limbes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce concept, riche en r&#233;cits et en images, ne pouvait pas &#233;chapper &#224; de tr&#232;s nombreuses illustrations dans l'art. Mais cette exposition, pr&#233;sentant les travaux de Dan Barichasse, Sandrine Elberg et Hannibal Volkoff, n'aura pas pour but de proposer un &#233;chantillon de ces illustrations. Elle se veut plut&#244;t comme un exercice sensoriel d'images qui se traversent les unes les autres autant qu'elles sont travers&#233;es en elles-m&#234;mes, dans leur mati&#232;re propre, t&#233;moignant d'un passage, d'une apparition int&#233;rieure comme celle d'un spectre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La peinture &#224; l'huile de Dan Barichasse se d&#233;verse sur du papier glac&#233;, support vierge par excellence, refusant d'absorber. La peinture est d'abord en fuite, comme effray&#233;e, puis en attente, elle se cherche sur cet espace o&#249; elle ne peut s'ancrer ; l'artiste l'aide en maniant le papier et en la confrontant &#224; de nouvelles strates de peinture aux dosages vari&#233;s, jour apr&#232;s jour. Ce qui est tache au d&#233;part, telle une cellule, se surprend &#224; explorer son potentiel de formes, se r&#233;pand en apprivoisant les multiples textures qu'elle engendre. Dan Barichasse fait souvent r&#233;f&#233;rence &#224; la cosmogonie, il travaille ses tableaux comme on observe la cr&#233;ation d'un univers et le processus d'irrigation du vivant dans un lieu donn&#233; pour s'y &#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;93&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L452xH650/1_image-6-fdecb.jpg?1530392196' width='452' height='650' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Daniel Barichasse, &#171; Eternel &#233;ph&#233;m&#232;re &#187; Peinture sur papier glac&#233;, 110x78cm, 2004
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le contraste entre le magma de textures et la froideur industrielle du papier glac&#233;, comme celui entre les sillons veineux et les aplats, sautent aux yeux. On est tent&#233; de caresser le tableau, de constater par nous-m&#234;mes comment chaque couche repose sur la pr&#233;c&#233;dente pour muter en une forme, en une impression nouvelle. La peinture est ici particuli&#232;rement sereine, lyrique, elle semble jouir d'&#234;tre l&#224;, de son propre cheminement pour devenir un territoire abstrait multipliant les fronti&#232;res pour mieux les d&#233;passer. On pense &#224; un monde flottant, &#224; un sommeil filtr&#233; par des rideaux aquatiques et v&#233;g&#233;tales, des voiles de m&#233;duses qui se meuvent afin ne pas &#234;tre identifi&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des pr&#233;sences s'y cachent. Ces motifs, visages, lucioles furtives que l'on devine, naissent de l'abstraction mais se refusent encore au figuratif. Ils disent ce qui se dissimule dans l'informe des origines : la vie en latence, la promesse de l'&#234;tre. Comme si la peinture avait la fonction d'un liquide amniotique dans lequel repose le signe, et ne s'incarne qu'&#224; travers notre regard, comme le sens d'un r&#234;ve que l'on d&#233;fini &#224; distance de ses profondeurs indistinctes et qui nous revient tel les rayons de lumi&#232;re transper&#231;ant les abysses&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail de Sandrine Elberg fait preuve d'une volont&#233; inverse : l&#224; o&#249; l'abstraction de Dan Barichasse tend vers le figuratif, sa photographie (pourtant art par excellence de la captation du visible) montre le r&#233;sultat d'une contamination du reconnaissable par des formes abstraites. Nomm&#233;e &#171; M&#233;moire de l'oubli &#187;, la s&#233;rie pr&#233;sent&#233;e prend comme support des photographies argentiques vernaculaires, puis&#233;es dans les archives de l'artiste, images d'int&#233;rieurs ou de paysages, qu'elle soumet dans sa chambre noire &#224; des r&#233;actions thermiques et chimiques d&#233;vorant l'image initiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un noircissement du tirage se produit alors, l'obscurit&#233; s'abat sur les images du quotidien et des traces blanches apparaissent, naissant de cette nuit. Elles &#233;voquent des constellations : la nuit a besoin d'&#233;toiles pour parler d'elle. Elles &#233;voquent aussi les rhizomes : amas de tiges souterraines se nourrissant de la p&#233;nombre, de la chambre noire elle-m&#234;me, enrichissant l'image, en la d&#233;truisant, de sa mati&#232;re organique. Cette s&#233;rie se place dans la continuit&#233; d'un long travail de Sandrine Elberg m&#234;lant le scientifique et l'onirisme, faisant du microscopique un univers macroscopique et des visions cosmiques une exploration cellulaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L447xH650/2_image-7-d436e.jpg?1530392196' width='447' height='650' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Daniel Barichasse, &#194;mes errantes, Peinture sur papier glac&#233;, 110x78, 2009
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les traces envahissent ces images anodines comme pour dire qu'elles ont toujours &#233;t&#233; l&#224;, qu'elles sont la palpitation des profondeurs sous l'habituel, sous le langage. Les photographies sont ensuite num&#233;ris&#233;es : &#171; M&#233;moire de l'oubli &#187; n'est pas seulement la m&#233;moire de l'inconscient, mais aussi de l'argentique, et c'est cette id&#233;e de passage qui est au centre de la d&#233;marche de Sandrine Elberg. Un autoportrait en Yuki-Onna accompagne cette s&#233;rie, fant&#244;me de l'hiver, &#233;ternelle personnification errante de l'&#233;ph&#233;m&#232;re neige, comme une image fun&#233;raire de ce qui p&#233;n&#232;tre les images en les consumant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une s&#233;lection de photographies d'Hannibal Volkoff contextualise les recherches de ces deux alchimistes sous l'angle du corps. Elles sont issues de trois s&#233;ries diff&#233;rentes. L'une utilise des radios de cage thoracique pour en faire un paysage de l'int&#233;rieur, les vestiges d'une cit&#233; engloutie qu'un explorateur aurait localis&#233;es dans les cartographies de Sandrine Elberg et les songes de Dan Barichasse. Deux autres images issues de la s&#233;rie des &#171; Corps vertiges &#187; d&#233;crivent un renversement du corps comme &#233;bloui ou perdu par ce qui le traverse dans son exp&#233;rience intime, lorsque l'&#234;tre vacille, se suspend. L'obscurit&#233; qui l'entoure peut &#234;tre vue comme l'heureuse pl&#233;nitude d'un rejaillissement, ou comme l'angoissante submersion dans un inconnu empli de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L432xH650/4_image-4-92562.jpg?1530392196' width='432' height='650' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hannibal Volkoff, Sans titre Photographie num&#233;rique, 60x42, 2013
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la photographie d'un p&#233;nis en &#233;rection propose un autre angle d'approche de cette exposition, &#224; savoir que ces &#226;mes errantes sillonnant chacune des &#339;uvres seraient en fait la libido, cette &#233;nergie pr&#233;c&#233;dant la conscience et lui survivant. Nous parlions de &#171; monde flottant &#187; pour la peinture de Dan Barichasse ; au japon, dans les terres de la belle Yuki-Onna, le monde flottant est un courant artistique particuli&#232;rement propice &#224; l'&#233;rotisme et au fantastique. C'est une chose que la psychanalyse a bien compris : il faut passer par l'onirisme, par le mythe, pour parler de la v&#233;rit&#233; du corps. La v&#233;rit&#233; du corps, c'est &#224; dire le R&#233;el qui nous restera toujours voil&#233; mais dont la fuyante pr&#233;sence, cette pr&#233;sence en tant que fuite, est justement la qu&#234;te, autant que le point de d&#233;part, de l'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_11149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_image.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_image.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Invitation
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Galerie Hors-Champs est heureuse de vous inviter au vernissage de l'exposition &#034;Les &#226;mes errantes&#034;, pr&#233;sentant des oeuvres de :&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Barichassee (peinture)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sandrine Elberg (photographie)&lt;br class='autobr' /&gt;
Hannibal Volkoff (photographie)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeudi 5 juillet de 18 heures &#224; 21 heures. L'exposition se prolongera jusqu'au dimanche 26 ao&#251;t 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
20 rue des gravilliers 75003 Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au passage, saviez vous que la Galerie Hors-Champs a 7 ans ? !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couverture : Sandrine Elberg, Sans titre, Photographie num&#233;rique, 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'animal</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-animal</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-animal</guid>
		<dc:date>2017-10-29T22:15:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>La&#235;titia Bischoff</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>
		<dc:subject>environnement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour ou contre le loup ? La question est actuelle. Et pourquoi pas pour ou contre le toilettage pour chien ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/environnement" rel="tag"&gt;environnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton1114-6650c.jpg?1772283448' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour ou contre le loup ? La question est actuelle. Et pourquoi pas pour ou contre le toilettage pour chien ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette pratique ne rel&#232;ve-t-elle pas d'une sur-domestication n&#233;faste aux animaux ? Cela ne caract&#233;rise-t-il pas une soci&#233;t&#233; o&#249; l'humain souhaite que les m&#339;urs de quelques esp&#232;ces soient calqu&#233;es sur les siennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du loup, certains, enfouis dans un bureau entre le septi&#232;me et le onzi&#232;me &#233;tage, esp&#232;rent secr&#232;tement, survivent peut-&#234;tre m&#234;me, gr&#226;ce &#224; l'id&#233;e qu'une nature vierge de leurs faits existe et qu'il faut absolument sanctuariser espaces et esp&#232;ces... Pour ce faire il faudra pourtant remettre en cause la ville m&#234;me et son expansion galopante, comprendre la nuisance de l'&#233;clairage public pour les esp&#232;ces sauvages par exemple. De ceux qui vivent avec ou au dedans des espaces naturels, certains souhaitent l'&#233;radication du loup : l'homme est roi ; d'autres la cohabitation. Que l'on soit pour la sanctuarisation ou l'&#233;radication sans faille du loup, c'est un monde avec une grande barri&#232;re entre humain et non-humain qui se dessine. L'un vit hors-sol, l'autre s'accapare l'enti&#232;ret&#233; des surfaces. Dans la solution de la cohabitation, ressort, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, le respect de l'adversaire. L'&#233;leveur ne pourra pas vivre sans se d&#233;fendre, le loup sans attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat est symptomatique d'une soci&#233;t&#233; construite par et pour les humains o&#249; tout le reste (ce qui n'est pas humain) est une ressource ou une propri&#233;t&#233;. Le loup met &#224; mal ressource et propri&#233;t&#233;, il s'immisce dans la cha&#238;ne alimentaire pr&#233;vue par l'humain, foule son territoire, pille ses biens. Selon les extr&#234;mes, il faut donc soit : 1/ le sortir de la soci&#233;t&#233; : le mettre dans des endroits prot&#233;g&#233;s o&#249; l'homme n'a pas le droit de cit&#233;. 2/ tuer tous ses sp&#233;cimens jusqu'au dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si nous faisions soci&#233;t&#233; avec les mouches, les loups, les arbres, les montagnes, les pigeons et les caniches. Bien s&#251;r cela demanderait pas mal d'imagination, et une bonne dose de mise &#224; mal de nos r&#233;flexes &#233;conomiques. Mais dans une telle soci&#233;t&#233;, les confrontations entre humain et loup se poseraient de mani&#232;re tout &#224; fait diff&#233;rente. Bien s&#251;r, il vous semble peut-&#234;tre plus facile d'&#233;radiquer ou de sanctuariser que de changer de mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, ou du moins en envisager un autre. J'en conviens... Encore que, cela n'est peut &#234;tre pas si difficile &#224; entrevoir, comme nous le rappelle Philippe Descola dans &lt;i&gt;Par del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Descola, Par del&#224; nature et culture, Nrf, Biblioth&#232;que des sciences (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous, Occidentaux modernes, sommes bien seuls &#224; avoir instaur&#233; une limite entre humain et non-humain, bien seuls &#224; avoir fait soci&#233;t&#233; &#224; part, &#224; entretenir l'id&#233;e que la &#171; culture &#187; est l'apanage des humains et que c'est cela qui nous &#233;l&#232;ve au-dessus du non-humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Aristote, au christianisme, en passant par Descartes, notre histoire a forg&#233; cet &#233;tat de fait : &#171; [l'homme] n'a donc pas sa place dans la nature comme un &#233;l&#233;ment parmi d'autres, il n'est pas &#8220;par nature&#8221; comme les plantes et les animaux, il est devenu transcendant au monde physique ; son essence et son devenir rel&#232;vent d&#233;sormais de la gr&#226;ce, qui est au-del&#224; de la nature. &#187; Il &#171; observe &#187; la nature, il construit le &#171; paysage &#187;. Cet humain-l&#224; est dit &#171; naturaliste &#187; par Descola. Mais il existe &#233;galement les sch&#232;mes de l'analogisme, du tot&#233;misme et de l'animisme que d&#233;taille l'auteur au fil des pages. L'animisme g&#233;n&#233;ralise &#224; une multitude d'existants la position de sujet moral : &#171; le sujet animique est partout, dans l'oiseau d&#233;rang&#233; qui survole en protestant, dans le vent du nord et la d&#233;b&#226;cle grondante, dans le caribou traqu&#233; qui fait soudain volte-face pour toiser le chasseur &#187;. Selon une vision tot&#233;mique du monde, les humains d'un m&#234;me village appartiennent &#224; diff&#233;rentes esp&#232;ces, enfin, la pens&#233;e chinoise, importante forme de vision analogique fait tr&#232;s peu de distinction entre l'int&#233;riorit&#233; et la physicalit&#233;, tout est dans tout. Ces sch&#232;mes placent chacun &#224; un endroit diff&#233;rent l'universalit&#233;, les particularit&#233;s, les &#233;changes : &#171; Dans l'aire subarctique comme dans maintes soci&#233;t&#233;s amazoniennes, les relations entre humains et non-humains sont avant tout des relations de personne &#224; personne, entretenues et consolid&#233;es au fil de l'existence de tous et de chacun. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois notre soci&#233;t&#233; naturaliste ainsi d&#233;limit&#233;e, il est possible de r&#233;fl&#233;chir, c'est &#224; dire, de prendre du recul, concevoir la relativit&#233; d'une ou de la connaissance... et de se mettre &#224; r&#234;ver. Une fois le conditionnement r&#233;v&#233;l&#233;, on peut choisir en quoi l'humain est tout &#224; la fois distinct de et en continuit&#233; avec les autres formes de vie, on peut concevoir ce que Edouardo Kohn, autre anthropologue, &#233;nonce : &#171; [toutes]formes de vie se repr&#233;sentent le monde d'une mani&#232;re ou d'une autre et que ces repr&#233;sentations sont inh&#233;rentes &#224; leur &#234;tre. Ce que nous partageons avec les cr&#233;atures vivantes non humaines, ainsi, n'est pas la corpor&#233;it&#233; (embodiment) [&#8230;] mais le fait que nous vivions tous avec et &#224; travers des signes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eduardo Kohn, Comment pensent les for&#234;ts, &#201;ditions Zones Sensibles.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbre &#233;met des signes, chaque esp&#232;ce d'animal aussi, &#224; sa mani&#232;re, construit et envoie ses signes, non pas exclusivement pour ses cong&#233;n&#232;res mais pour tout autre forme de vie qui viendrait &#224; y pr&#234;ter garde. Comprendre et &#233;mettre des signaux, voici les gestes et les attitudes d'un territoire de culture. Dans notre univers naturaliste, ce territoire de culture partag&#233; avec les non-humains a eu et a toujours le droit de cit&#233; dans la po&#233;sie et l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques extraits de Tomas Transtr&#246;mer qui marquent son attention aux signes des non-humains, conditionnant ses actes et ses points de vue en fonction des informations ainsi apport&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; [...] Cet &#233;tonnement toujours aussi immense&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;quand l'&#238;le me tend la main&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et me tire de ma tristesse &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Las de tous ceux qui &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;viennent avec des mots, des mots mais pas de langage [&#8230;]&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;je tombe sur les traces &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de pattes d'un cerf dans la neige&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pas de mots mais un langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tomas Transtr&#246;mer, Cinq po&#232;mes du Grand Nord, Gallimard.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et puis l'artiste, faiseur d'images, Bault. Il invente un bestiaire parfois gigantesque sur les murs des villes et des zones p&#233;riph&#233;riques. Le non-humain moiti&#233;-b&#234;te moiti&#233;-esprit reprend place, converse avec l'homme contemporain en incarnant de nouveaux mythes, comme avec cette figure nomm&#233;e &#171; p&#233;trole &#187;. Ses fresques sont des couvertures animales pour nos cit&#233;s, ses personnages des gardiens pour les murs d&#233;s&#339;uvr&#233;s par l'utilitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_image-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/3_image-3-c9a0d.jpg?1772225784' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Des animaux irradi&#233;s par&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;un arc en ciel acide&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;osent se lever depuis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;trois traits enfantins&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;courent les murs &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;gardent le ciel &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;et les passants&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ils brisent&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le blanc&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le gris &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;le ciment&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;veillent et pr&#233;sentent &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;leurs attributs&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de dents&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de cornes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de torses atrophi&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;d'appendices patibulaires&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;fourgu&#233; de lances,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de crevasses et de bosses&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;de becs et de rayons solaires&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;les villes ont toute&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;place pour ces g&#233;ants&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une tribu prend si&#232;ge&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;apporte son feu&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#224; nos revers oubli&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tomas Transtr&#246;mer, Baltiques.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_10078 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH662/1_image-3-dec72.jpg?1509805443' width='500' height='662' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bault explique lors d'un entretien avec Sophie Pujas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai une maladie, depuis tout petit, avec pas mal de potes, c'est celle des murs. Je ne peux pas passer dans une rue sans les regarder. L'atmosph&#232;re, la texture des murs, les couleurs : il y a quelque chose de rupestre, de pr&#233;historique. [&#8230;] J'&#233;tais tr&#232;s attir&#233; par tout ce qui se faisait au Br&#233;sil, par les Os Gemeos. Je faisais des petits fanzines. J'avais des kilos de BD chez moi, et &#231;a a &#233;t&#233; une vraie source d'inspiration et de r&#233;flexion. [&#8230;] J'ai dessin&#233; beaucoup d'insectes, avec cette id&#233;e que c'est sans doute un des gros probl&#232;mes des si&#232;cles &#224; venir &#8211; les pand&#233;mies, les virus &#8211; mais aussi la solution, la nourriture... Beaucoup de sc&#232;nes animales viennent de sc&#232;nes d'actualit&#233; et de choses qui m'inqui&#232;tent. Mais je refuse de faire des choses plus frontales. J'aime l'absurde. Et je refuse de penser que cela ne veut rien dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de Bault dans Artistikrezo.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10079 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_image-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH249/2_image-4-12322.jpg?1509805443' width='500' height='249' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'envelopper des repr&#233;sentations d'&#234;tres imaginaires voil&#224; ce que fait &#233;galement le peuple Haida avec des repr&#233;sentations murales et ses v&#234;tements (des bottes jusqu'au chapeau) aux visuels imbriquant diff&#233;rentes esp&#232;ces animales, la transformation &#233;tant une donn&#233;e de base de leur civilisation et leurs mythes originaires foisonnant d'animaux. Ainsi l'&#234;tre humain se pare d'une identit&#233; d&#233;faite de l'histoire, une identit&#233; de gen&#232;se, comme un arbre se recentre en ses racines &#224; chaque automne. L'animal peint, brod&#233; est la peau culturelle de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; rebours de cette d&#233;monstration, mais de mani&#232;re tout aussi utile et int&#233;ressante, Gregory Forstner habille les animaux de v&#234;tements humains et de gestes cruels emprunt&#233;s aux exactions de la deuxi&#232;me guerre mondiale. Comment se d&#233;p&#234;trer de tant de cruaut&#233; purement humaine et naturaliste ? Les anc&#234;tres de l'artiste ont combattu dans les deux camps de cette guerre, quel h&#233;ritage a-t-il &#224; expier ! La figure du chien revient le plus souvent, cet animal fid&#232;le prend les atours de nous, bourreaux. Nous revenons dans un monde o&#249; la distanciation entre l'homme et l'animal joue pleinement son r&#244;le pour &#171; donner &#224; voir &#187;, mettre la distance n&#233;cessaire &#224; cette impossible figuration. Le non-humain surgit, comme &#224; la rescousse de notre propre esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10081 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_5_image_f.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/4_5_image_f-63347.jpg?1509805444' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233;s naturalistes, nous ne pourrons s&#251;rement pas nous en d&#233;faire, mais essayons de ne pas nous y enfermer. Entrons en culture avec le non-humain, cherchons ses signes, interpr&#233;tons-les, soyons-en les rapporteurs avant qu'ils n'aient plus rien &#224; exprimer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Descola, &lt;i&gt;Par del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;, Nrf, Biblioth&#232;que des sciences humaines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eduardo Kohn, &lt;i&gt;Comment pensent les for&#234;ts&lt;/i&gt;, &#201;ditions Zones Sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tomas Transtr&#246;mer, &lt;i&gt;Cinq po&#232;mes du Grand Nord&lt;/i&gt;, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tomas Transtr&#246;mer, &lt;i&gt;Baltiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview de Bault dans &lt;i&gt;Artistikrezo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parade bilat&#233;rale</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Parade-bilaterale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Parade-bilaterale</guid>
		<dc:date>2015-06-27T16:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Laquet</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>autoportrait</dc:subject>
		<dc:subject>environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Monstre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La production multiforme de Christine Laquet interroge notre rapport au temps, a&#768; l'Histoire et depuis plusieurs anne&#769;es elle se concentre sur les figures de l'animal, de la sauvagerie. A&#768; la frontie&#768;re des sciences naturelles, anthropologiques et politiques, elle porte une attention particulie&#768;re aux rites sociaux et de&#769;construit les oppositions conventionnelles entre Nature et Culture. C'est en e&#769;largissant le dialogue sur les croyances, la question du magique et du rituel dans notre socie&#769;te&#769;, que le travail de Laquet prend forme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/autoportrait" rel="tag"&gt;autoportrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/environnement" rel="tag"&gt;environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Monstre" rel="tag"&gt;Monstre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH87/arton737-9a368.jpg?1772266399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La production multiforme de Christine Laquet interroge notre rapport au temps, a&#768; l'Histoire et depuis plusieurs anne&#769;es elle se concentre sur les figures de l'animal, de la sauvagerie. A&#768; la frontie&#768;re des sciences naturelles, anthropologiques et politiques, elle porte une attention particulie&#768;re aux rites sociaux et de&#769;construit les oppositions conventionnelles entre Nature et Culture. C'est en e&#769;largissant le dialogue sur les croyances, la question du magique et du rituel dans notre socie&#769;te&#769;, que le travail de Laquet prend forme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi2-a2e56.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par le choix de son titre d'exposition, Christine Laquet &#233;voque une manifestation du burlesque. Une parade est &#233;nonc&#233;e, &#224; laquelle elle appose l'adjectif &#171; bilat&#233;rale &#187;, un terme plut&#244;t d'usage en politique. L'artiste engage ainsi une dialectique cr&#233;ative, d&#233;termin&#233;e par une certaine sym&#233;trie. L&#224; o&#249; des accords plus au moins &#233;gaux entre deux parties sont sign&#233;s, un engagement mutuel est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pict7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH280/pict7-2995f.jpg?1509814665' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;P&#233;n&#233;trant dans l'histoire profonde de la terre, &#224; partir d'images des stratigraphies rocheuses et se r&#233;f&#233;rant &#224; ce temps appel&#233; Anthropoc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 80 par Eug&#232;ne Stoermer. Il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'artiste &#233;voque le trouble d'une &#233;poque en cours et incite &#224; renouveler les relations entre Nature et Culture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi.focus3-87708.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de l'anthropologue Philippe Descola, elle entend d&#233;passer cette position occidentale dualiste, en stipulant que la nature est elle-m&#234;me une production sociale, et que les quatre modes d'identification (tot&#233;misme, animisme, analogisme et naturalisme) ont un fort r&#233;f&#233;rentiel commun.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1040695.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/p1040695-ca3bb.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'action de d&#233;vorer est au centre de passions ardentes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pict.4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/pict.4-354e1.jpg?1772190637' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Performer l'avidit&#233; : d&#233;voration est autant un d&#233;sir immod&#233;r&#233; qu'une n&#233;cessit&#233;. Quand la faim ou la soif deviennent pressantes. Un aigle royal engloutit sa proie. Une voix s'&#233;panche. Des sons accompagnent un cheminement. Des regards se croisent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paysage &#233;motionnel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/devoration3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/devoration3-22c34.jpg?1509814665' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a plusieurs mani&#232;res d'aborder le travail de Christine Laquet. L'une des lectures possibles s'int&#233;resserait aux artefacts et peut-&#234;tre plus pr&#233;cis&#233;ment encore aux instruments que convoque l'artiste et qui rel&#232;vent tous &#224; leur mani&#232;re d'une science, archa&#239;que ou moderne. Une science dont les objectifs &#8211; la capture et la preuve &#8211; sont ici d&#233;tourn&#233;s pour donner &#224; voir, &#224; ressentir un moment pr&#233;cis, un seuil d'apparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Objets-&#233;claireurs d'un monde invisible, le travail de Christine Laquet est un territoire troublant o&#249; se confrontent deux forces en lutte dans la modernit&#233; ; deux approches concurrentes dans la recherche d'une saisie du R&#233;el : le rite et la science. Le rite est alors &#224; imaginer dans son r&#233;gime &#233;tendu. Il faudra pour ce faire le penser dans une autre &#233;cologie que celle de l'Occident, en remettant en cause la centralit&#233; de l'homme dans la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/devoration1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/devoration1-d9ea7.jpg?1772190637' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; un effet de balance que nous invite l'artiste &#8212; un effet de suspension entre deux champs magn&#233;tiques &#8212; un mouvement qui alterne le laisser venir, et &#224; l'inverse une volont&#233; de prise et de ma&#238;trise, de projection du soi sur le monde. La langue servira ainsi tout autant &#224; nommer, qu'&#224; faire glisser le sens dans un rite de transformation tant lacanien que chamanique. Les images peintes s'exposeront comme des troph&#233;es, mais aussi comme des v&#339;ux, des r&#234;ves, comme le vocabulaire rupestre d'une communication entre les esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/voirlevoir.1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/voirlevoir.1-ea975.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que pose d'embl&#233;e l'artiste, c'est la question de la pr&#233;sence en mettant en sc&#232;ne des instruments de capture qui sont aussi des instruments d'attente, les outils d'un art du &#171; ce qui vient &#187;. D'o&#249; un certain go&#251;t pour les formes suspendues &#8211; un couteau, un trap&#232;ze... &#8212; qui n'ont rien de l&#233;g&#232;res tant elles supposent que quelque chose peut arriver, se tient d&#232;s le d&#233;but au-dessus de nos t&#234;tes comme une menace qui jamais ne nous quitte, un r&#233;cit des possibles, une &#171; histoire de tout &#187;. Une histoire &#224; double titre : comme retour dans le pr&#233;sent du pass&#233; &#8211; une arch&#233;ologie &#8212;mais aussi : comme fabulation &#8211; c'est-&#224;-dire comme art du futur qui ne cherche pas &#224; le pr&#233;voir ni &#224; le figer, une saisie sans prise qui prend ses distances avec ce qu'Isabelle Stengers nomme la &#171; futurologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/captured_ecran.filmperf2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH278/captured_ecran.filmperf2-c5a15.jpg?1509814665' width='500' height='278' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Difficile d'ailleurs de fixer notre attention sur les seuls objets qu'expose l'artiste, sur un &#171; qu'est-ce que c'est ? &#187; sans parvenir tout &#224; fait &#224; &#233;loigner une autre question tout aussi pr&#233;gnante : &#171; &#224; quel moment sommes-nous ? &#187;. Et &#224; voir revenir par un tour in&#233;dit des questions propres &#224; l'anthropologie &#8211; et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la mise en exposition de ses artefacts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/knife_poznan.1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/knife_poznan.1-7b0a1.jpg?1509814665' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[...] &#192; l'aide d'&#339;uvres g&#233;n&#233;reuses, &#224; la puissance visuelle ind&#233;niable, Christine Laquet jette peut-&#234;tre discr&#232;tement le trouble, joue d'un art du leurre, guette &#224; la mani&#232;re d'un &#233;claireur pour nous conduire sur les traces de cet instant diffus, au seuil d'une apparition fatale, mais insaisissable, celle du moment qui vient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits du texte d'Olivier Marboeuf &#171; L'&#233;claireur et le loup. De l'art du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/plexi.focus2-23104.jpg?1509814665' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 80 par Eug&#232;ne Stoermer. Il se r&#233;f&#233;rait aux donn&#233;es portant sur les effets &#224; l'&#233;chelle terrestre des activit&#233;s humaines. Le nom Anthropoc&#232;ne est employ&#233; lors des discours sur la globalisation en 2000 par Paul Crutzen, Prix Nobel et chimiste de l'atmosph&#232;re, pour proposer que la transformation caus&#233;e par les activit&#233;s humaines m&#233;rite de d&#233;finir une nouvelle &#233;poque g&#233;ologique, succ&#233;dant &#224; l'Holoc&#232;ne qui a commenc&#233; &#224; la fin de la derni&#232;re glaciation, il y a environ douze mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits du texte d'Olivier Marboeuf &#171; L'&#233;claireur et le loup. De l'art du leurre chez Christine Laquet &#187; dans le catalogue &#171; Christine Laquet, Une br&#232;ve histoire de tout &#187;, &#233;dition FRAC des Pays de la Loire, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Galerie White Project&lt;br class='autobr' /&gt;
24, rue Saint Claude &#8212; 75003 Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
du mardi au vendredi de 14H00 a&#768; 19H00 le samedi de 11H00 a&#768; 19H00 et sur RDV&lt;br class='autobr' /&gt;
te&#769;l : 09.60.35.69.14 l info@whiteproject.fr | &lt;a href=&#034;http://www.whiteproject.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.whiteproject.fr&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.christinelaquet.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.christinelaquet.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir le voir (la biche) | 2012 | Encre japonaise sur voile en polyester | 3 x 2 m. Knife | Poznan 2013 | Dague de chasse, verre souffle&#769;, cristal (origine : Portugal), techniques mixtes | 60 x 20 cm. The long now project | 2015 | 16 photographies sur Plexiglas - 16 disques de 50 cm (diame&#768;tre) x 1 cm (e&#769;paisseur).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/plexi.focus1.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oscillations autour du perdu</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Oscillations-autour-du-perdu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Oscillations-autour-du-perdu</guid>
		<dc:date>2014-09-26T22:03:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Carnet de voyage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a dans l'esprit des hommes des aspirations si divergentes si contradictoires qu'un individu ne peut les suivre toutes sans risquer de se perdre.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Coree" rel="tag"&gt;Cor&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Carnet-de-voyage" rel="tag"&gt;Carnet de voyage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton609-fd823.jpg?1772283449' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a dans l'esprit des hommes des aspirations si divergentes si contradictoires qu'un individu ne peut les suivre toutes sans risquer de se perdre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/natacha-nisic-2-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH247/natacha-nisic-2-fnl-28c43.jpg?1509828413' width='500' height='247' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Natacha Nisic
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'empire du perdu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans l'esprit des hommes des aspirations si divergentes si contradictoires qu'un individu ne peut les suivre toutes sans risquer de se perdre. C'est pourquoi, il lui faut bien, &#224; cet individu qui est chacun de nous, sinon choisir du moins se laisser emporter et suivre l'une ou l'autre des grandes directions par lesquelles passe la vie s'il veut pouvoir tisser le motif de son existence particuli&#232;re. Parmi ces aspirations, il y en a deux qui encadrent toute vie humaine, celle qui pousse au d&#233;part et celle qui retient dans l'orbe du pays natal. La mutation de la plan&#232;te terre en territoire commun &#224; tous les hommes modifie la donne et conf&#232;re &#224; ce balancement entre partir et rester qui ouvrait sur une troisi&#232;me possibilit&#233;, partir et revenir, des couleurs tout &#224; fait in&#233;dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui sous la plume de qui la modernit&#233; est n&#233;e, le po&#232;te fran&#231;ais Charles Baudelaire, avait, dans &#171; Le voyage &#187;, ultime po&#232;me de son &#339;uvre ma&#238;tresse, &lt;i&gt;Les fleurs du mal&lt;/i&gt;, cern&#233; de pr&#232;s cette tension intime, vivante et vibrante en chacun, qui le fait h&#233;siter toujours et balancer encore, entre partir et rester. Il a dit du voyage tout ce qu'il est possible de dire et sa vision &#224; la fois synth&#233;tique et cruelle a su ne pas exclure les &#233;lans du d&#233;sir et les accents de la gloire. Simplement, il les a si bien condens&#233;s, qu'il a su reconduire les figures du voyage &#224; leur inanit&#233; tout en exaltant les visions que le voyage fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir, voyager, c'est in&#233;vitablement dessiner une boucle. Cette troisi&#232;me voie, celle qui fait boucle, r&#233;v&#232;le donc l'existence de cette surprenante figure inscrite &#224; m&#234;me le c&#339;ur de tout homme, de ce signe, compris de chacun quoique, &#224; proprement parler, illisible, le signe du &#171; perdu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un matin nous partons le cerveau plein de flamme,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur gros de rancune et de d&#233;sirs amers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous allons suivant le rythme de la lame,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ber&#231;ant notre infini sur le fini des mers&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, &#171; Le voyage &#187; in Les fleurs du mal, Folio, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle qui d&#233;crit le mieux l'empire de ce perdu sur le c&#339;ur de l'homme constitue le vortex de tout voyage puisqu'elle se forme dans les in&#233;vitables tourbillons que fait na&#238;tre l'incommensurabilit&#233; du fini et de l'infini en chacun de nous. Le perdu est la partie centrale, vide, pourtant hant&#233; par les r&#234;ves inaccomplis comme par les d&#233;sirs repus quoique, &#224; peine v&#233;cus, ils soient aussit&#244;t effac&#233;s. C'est ce vide qui constitue la patrie v&#233;ritable, in&#233;vitable, du voyageur. C'est &#224; partir d'elle qu'il mesure toutes les autres patries, sa &#171; vraie &#187; patrie s'il s'en reconna&#238;t une, ses patries d'adoption ou d'&#233;lection s'il en a adopt&#233; ou &#233;lu de nouvelles, ses r&#234;ves si ce sont eux qui finalement continuent de br&#251;ler en lui une fois le voyage accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Amer savoir celui qu'on tire du voyage !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une oasis d'horreur dans un d&#233;sert d'ennui !&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pars, s'il le faut&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 172.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le perdu est peut-&#234;tre tout simplement un autre nom pour d&#233;signer ce &#171; nouveau &#187; qui est, comme on s'en souvient le dernier mot des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, livre qui se cl&#244;t sur une ode &#224; la mort, tombeau paradoxal laissant perler une entaille lumineuse, comme si jamais en effet le couvercle ne se pouvait ajuster d&#233;finitivement sur la nuit de l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#212; mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pays nous ennuie, &#244; mort appareillons !&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos c&#339;urs que tu connais sont remplis de rayon !&lt;br class='autobr' /&gt;
Verse-nous ton poison pour qu'il nous r&#233;conforte !&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons, tant ce feu nous br&#251;le le cerveau,&lt;br class='autobr' /&gt;
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 173.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le po&#232;me de Baudelaire, en dessinant la boucle du voyage, ne nomme donc pas autrement qu'en lui donnant ce statut paradoxal d'un adjectif, c'est cette dimension secr&#232;te qui l'anime, son c&#339;ur battant, ce &#171; perdu &#187; qui hante aussi bien ceux qui restent, mais d'une mani&#232;re moins &#233;vidente, plus confuse et plus trouble peut-&#234;tre que ceux qui sont partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le perdu, en effet, n'est pas cernable par le seul adjectif de nouveau. En fait, comme ne cesse de le montrer Pascal Quignard, en particulier dans les livres regroup&#233;s sous le titre g&#233;n&#233;rique du &lt;i&gt;Dernier royaume&lt;/i&gt;, le perdu se situe entre jadis et jamais. Car il est &#224; la fois ce vers quoi nous tendons, l'objet indicible de toute nostalgie, et ce qui nous restera inaccessible puisque, quel que soit le parcours, que le voyage se fasse en courant terres et oc&#233;ans ou en tournant en rond autour de sa chambre, il est &#224; la fois le centre vide qui existe au c&#339;ur de la boucle form&#233;e par l'errance et l'ensemble des images insaisissables qui y apparaissent et s'effacent aussit&#244;t. Alors, c'est toujours apr&#232;s, un apr&#232;s qui n'est peupl&#233; que de r&#234;ves, de songes, d'images et des rides qui animent, depuis toujours, la surface des oc&#233;ans. La boucle est le miroir infini du perdu, et le perdu tout ce qui passe sur ce miroir et que les yeux aper&#231;oivent sans parvenir &#224; s'en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/lee-ufan-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/lee-ufan-1-b4325.jpg?1772195754' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lee Ufan
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques biographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut en venir maintenant &#224; ce qui motive ce texte, &#224; ce qui fut et continue d'&#234;tre une exp&#233;rience singuli&#232;re de voyage et de voisinage. Elle concerne la relation singuli&#232;re que j'entretiens avec la Cor&#233;e comme pays &#224; travers les relations concr&#232;tes que j'ai nou&#233;es en particulier avec des artistes cor&#233;ens depuis plus de vingt ans maintenant. Si cette excursion biographique s'impose, c'est cependant moins de moi qu'il s'agit que d'une situation singuli&#232;re qui entrem&#234;le voyage et voisinage, au singulier et au pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de commencer en &#233;voquant la mani&#232;re dont les artistes par lesquels j'ai d&#233;couvert la culture cor&#233;enne &#233;taient et sont encore &#224; la fois des voyageurs d'un certain type et des voisins. Bien avant d'avoir pu me rendre &#224; mon tour en Cor&#233;e, je les ai connus et fr&#233;quent&#233;s en France. Ce sont eux les voyageurs de cette histoire, puisqu'ils ont fait le voyage vers la France et ce sont eux les voisins puisqu'ils ont aussi fait le choix de vivre &#224; Paris. Vivant dans la m&#234;me ville, Paris, il fut possible de nous rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus tard, je serai &#224; mon tour le voyageur et pour le temps de mes s&#233;jours, parfois de plusieurs mois, je serai le voisin en Cor&#233;e, renouant parfois avec certains artistes cor&#233;ens qui, entre-temps, ont choisi le retour au pays, bouclant ainsi la boucle du voyage. Il fut alors possible de comprendre combien la puissance magn&#233;tique de cette boucle s'exer&#231;ait d&#233;sormais sur leur vie, mais aussi sur la mienne et combien le perdu &#233;tait le signe &#233;nigmatique d'une blessure &#224; la fois ingu&#233;rissable et vitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une tentative d'approche de la relation culturelle entre l'autre et soi &#224; partir du voyage et du voisinage que j'entends me livrer ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, l'association d'artistes SONAMOU a investi d'anciens hangars &#224; Issy-les-Moulineaux. C'est ainsi qu'une cinquantaine d'artistes cor&#233;ens, la plupart r&#233;cemment arriv&#233;s en France, &#224; l'&#233;poque, le plus souvent pour y suivre des &#233;tudes d'art, ont cohabit&#233; avec une cinquantaine d'autres artistes, fran&#231;ais pour la plupart. Le hasard a voulu que je connaisse un ou deux artistes fran&#231;ais de ce groupe h&#233;t&#233;roclite, et c'est ainsi que de visite d'atelier en visite d'atelier, dans ce lieu convivial qui devint un lieu vivant de la cr&#233;ation &#224; Paris pendant une bonne d&#233;cennie, j'ai fait connaissance et tiss&#233; des liens avec quelques-uns des artistes cor&#233;ens qui y travaillaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, ici, introduire la composante temps, ou plus exactement inscrire cette m&#233;ditation et ce &#171; r&#233;cit &#187; dans la longue dur&#233;e qui est la leur. En effet, si le voyage con&#231;u comme un trajet, est fait de nombreuses rencontres de courtes dur&#233;es, le voyage con&#231;u comme un transport en vue d'un s&#233;jour dans un autre monde, un nouveau pays, une nouvelle culture, ne peut avoir lieu que dans la longue dur&#233;e. Elle seule ouvre la porte aux rencontres de voisinage, &#224; ces possibles co&#239;ncidences des contraires qui, au c&#339;ur de la rationalisation des relations, t&#233;moignent de l'incomparable pr&#233;gnance des affects dans la conduite des pratiques humaines. Quelques ann&#233;es pass&#233;es hors de France, mais pas en Asie, m'ont &#233;loign&#233; de ce lieu et des artistes qui y travaillaient, jusqu'en 2004, moment o&#249;, de retour &#224; Paris, gr&#226;ce &#224; quelques rencontres dans des vernissages, j'ai renou&#233; avec certains d'entre eux. L'ancien hangar existait encore, mais ses jours &#233;taient compt&#233;s. C'est &#224; cette p&#233;riode que l'on m'a propos&#233; d'aller en Cor&#233;e et que s'est instaur&#233;e une relation plus complexe faite de voyages r&#233;guliers vers la Cor&#233;e et de nouvelles formes de voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cisions importent ici dans la mesure o&#249; il s'agit de t&#233;moigner pour &#233;clairer quelques aspects de ce que l'on appelle la diff&#233;rence culturelle que j'avais pratiqu&#233;e &#224; haute dose avec ces voisins proches qu'&#233;taient les Allemands puis les Autrichiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais, en tant qu'attach&#233; culturel, durant six ans dirig&#233; des instituts fran&#231;ais et &#233;t&#233; confront&#233; ainsi aux questions, souvent amicales parfois douloureuses, que nous posent in&#233;vitablement les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redevenu simple citoyen, philosophe, critique d'art et &#233;crivain, j'ai retrouv&#233; une libert&#233; d'esprit et de temps qui m'a permis de me laisser happer par des rencontres et de me consacrer &#224; l'&#233;criture de textes pour des artistes cor&#233;ens. Ces voyages motiv&#233;s par des projets artistiques m'ont permis d'appr&#233;hender combien voyage et voisinage &#233;taient des dimensions de l'existence plus proches que ne le laissaient penser les mots eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH609/lee-bae-1-6d209.jpg?1509828414' width='500' height='609' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lee Bae
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Paris, plateforme exp&#233;rimentale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; raisons &#187; qui ont pouss&#233; des artistes cor&#233;ens &#224; venir s'installer en France apr&#232;s l'ouverture de leur pays &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingts, sont multiples. Pour les plus jeunes, c'est &#224; l'&#233;vidence le syst&#232;me &#233;ducatif, attractif &#224; la fois par sa gratuit&#233; et par sa qualit&#233;, qui a &#233;t&#233; d&#233;terminant, mais pour tous, c'est l'aura de &#171; Paris capitale du XIXe si&#232;cle &#187; comme la nommait le penseur allemand Walter Benjamin, qui a &#233;t&#233; d&#233;terminante. Cette aura a continu&#233; de briller intens&#233;ment jusque dans les ann&#233;es soixante du XXe si&#232;cle et ses rayons ne se sont toujours pas &#233;teints. En d'autres termes, l'Europe et la France en particulier jouissaient et jouissent encore d'une puissance &#224; la fois fantasmatique et symbolique importante dont Paris est le c&#339;ur vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on d&#233;couvre par la suite combien est intense l'attachement des Cor&#233;ens &#224; leur pays natal, partir, quitter la Cor&#233;e appara&#238;t comme un geste fort, un arrachement, et l'on finit par deviner qu'une certaine forme de douleur les hante in&#233;vitablement. Mais il faut prendre en compte et comprendre l'appel d'air constitu&#233; par l'Occident, aujourd'hui encore, dans ce qui compte le plus, &#224; l'&#233;vidence, leur d&#233;sir d'ouverture spirituelle. De plus, &#224; l'heure o&#249; la mondialisation se mettait en marche, une connaissance approfondie de la culture occidentale s'imposait. D'un point de vue global, il importait &#224; ce pays qui se relevait d'une guerre fratricide et commen&#231;ait de prendre place dans le concert des nations industrieuses, d'envoyer des &#233;missaires afin de mieux comprendre les fondements de la culture europ&#233;enne. D'un point de vue individuel, chaque artiste devenait &#224; lui seul un &#171; laboratoire exp&#233;rimental &#187;. Chacun allait vivre et exp&#233;rimenter pour lui et pour les autres &#224; la fois les difficult&#233;s de la diff&#233;rence culturelle et les formes possibles de rapprochement, voire de lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Park Ynhui (nom de plume Park Yeemun) accessible d&#233;sormais aux Ateliers des cahiers dans la traduction de Benjamin Joineau, et intitul&#233; &lt;i&gt;N'&#233;coutez pas la voix d'un cochon&lt;/i&gt;, est &#224; lui seul porteur de l'ensemble des tensions et de la violence inh&#233;rente au voyage en occident et au voisinage, lorsque l'on s'y installe pour quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pencher un instant sur quelques aspects de ce texte permettra de mettre en perspective les r&#233;els enjeux du voyage et les r&#233;elles difficult&#233;s engendr&#233;es par le voisinage. Po&#232;te, intellectuel, Mark Inhume qui publiera ce texte pour la premi&#232;re fois d&#232;s 1967 dans la c&#233;l&#232;bre NRF, t&#233;moigne de la violence de la d&#233;chirure, non seulement en tant que telle, mais parce qu'elle rouvre toutes les blessures du pass&#233;, met la vie &#224; vif et m&#234;le sans anesth&#233;sie les douleurs de l'arrachement &#224; celles du pass&#233;, les douleurs engendr&#233;es par la diff&#233;rence culturelle &#224; celles engendr&#233;es par la m&#233;ditation &#224; laquelle conduit tout v&#233;ritable voyage, la m&#233;ditation sur l'homme m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cependant &#224; la tension violente entre le sens de la tradition, de la terre, de la nature, et la toute puissance de la raison qui est la source des premi&#232;res douleurs que le voyage fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aurais voulu avaler pr&#233;cipitamment bien tard, tr&#232;s tard, l'esprit de la Sorbonne, la Raison de l'Occident.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Park Ynhui, &#171; N'&#233;coutez pas la voix du cochon &#187;, in L'ombre du vide, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#233;crit-il, non sans pr&#233;ciser quelques lignes plus loin combien cette raison est violente, puisque &#171; des pierres, des arbres, des terres ont tous ob&#233;i &#224; l'ordre de la Raison, se sont pli&#233;s &#224; son caprice, &#224; son d&#233;sir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 148.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La fascination est immense, infinie pour l'Occident, ses cath&#233;drales comme ses philosophes, mais compar&#233;s aux hommes qu'il voyait dans la rue et qui &#233;taient les descendants de ceux-l&#224;, Mark Inhume se demandait o&#249; se trouvait le lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je cherchais la r&#233;ponse, croyais l'avoir trouv&#233;e : la raison c'est la puissance, elle n'est pas seulement froide, un nom, un regard inerte ; mais elle est vivante belliqueuse, passionn&#233;e [&#8230;] elle est une perp&#233;tuelle dialectique de la vitalit&#233;, le d&#233;bordement de la force, elle est enfin reproductrice en d&#233;truisant, travailleuse, cr&#233;atrice. Miracle du globe de l'apparition de cette puissance, de ce d&#233;sir &#224; jamais insatiable de l'Occident ! Celui-ci, il faut le r&#233;p&#233;ter, &#233;tait pour moi une r&#233;v&#233;lation, une fascination, une lumi&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 151.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ensuite c'est la Cor&#233;e qui revient hanter ce texte comme une blessure purulente, c'est finalement l'homme qu'il questionne, renvoyant la diff&#233;rence culturelle &#224; l'unit&#233; fondamentale, dont l'homme est, en n'importe quel endroit de la plan&#232;te la mesure et le trouble. C'est sans doute cela la puissante d&#233;couverte que Paris permet &#224; tous ceux qui y viennent &#224; la fois en voyage et qui finissent par y vivre au moins un temps en voisin, celle de l'universalit&#233; effective de l'humain qui culmine pour Mark Inhume dans cette question qui est aussi un cri : &#171; Les hommes sont mortels. L'homme est-il aussi mortel ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 164.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui se poursuit par cette autre question : &#171; Mais jusqu'&#224; quel point, jusqu'&#224; quand l'humanit&#233; va-t-elle vivre ? Jusqu'&#224; l'&#233;ternit&#233; ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 165.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri de Park Ynhui, qu'il assimile finalement dans son texte &#224; celui d'un animal, d'un cochon t&#233;moigne sans fard de la violence de l'arrachement de tout arrachement et en m&#234;me temps de la puissance d'attraction irr&#233;sistible qu'exerce le voyage sur les &#226;mes aventureuses. Chacun de ceux qui ont fait ce voyage et que j'ai pu conna&#238;tre ont in&#233;vitablement &#233;t&#233; travers&#233;s par la violence de questions qui ne peuvent &#234;tre r&#233;solues, mais auxquelles il faut r&#233;pondre. Et pour chacun lorsqu'il est artiste, la r&#233;ponse qu'il invente c'est son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/chong-jae-kyoo-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH341/chong-jae-kyoo-fnl-25ef6.jpg?1509828414' width='500' height='341' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les trois temps du voyage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Paris, berceau de la R&#233;volution est aussi la capitale des arts et la ville o&#249; se trouve le Louvre. Lieu de libert&#233; et d'exp&#233;rimentations vari&#233;es &#224; la crois&#233;e des pratiques artistiques traditionnelles et des pratiques les plus contemporaines, Paris devient, pour les artistes cor&#233;ens, le creuset d'une mutation psychique majeure dont le ferment est la rencontre au m&#234;me endroit de trois temporalit&#233;s diff&#233;rentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re celle de la vie humaine, de la courte dur&#233;e. Elle se compte en ann&#233;es. La deuxi&#232;me est celle de l'&#233;poque moderne. Elle court sur la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle. La troisi&#232;me est s&#233;culaire. Car la Cor&#233;e a aussi une histoire mill&#233;naire et la pr&#233;sence de ses artistes sur le territoire fran&#231;ais est aussi un moyen de confronter deux grandes traditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois dimensions temporelles correspondent &#224; trois types de voyages qui pour &#234;tre distincts n'en sont pas moins compl&#233;mentaires, le voyage &#224; travers la connaissance, le voyage &#224; travers les symboles et le voyage de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque artiste cor&#233;en vivant en France doit accomplir &#224; sa mani&#232;re ces trois voyages, et son &#339;uvre artistique en porte in&#233;vitablement la trace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette impr&#233;gnation culturelle se fait aussi dans l'autre sens. Chaque voyageur porte avec lui son pays natal dont il est l'&#233;missaire et le t&#233;moin. C'est l&#224; que la d&#233;chirure induite par le voyage rencontre la b&#233;ance pans&#233;e par le voisinage. En vivant en France les artistes cor&#233;ens &#233;mettent des signaux forts en direction de la culture occidentale &#224; laquelle ils apportent leur regard si particulier et qu'ils contribuent &#224; faire &#233;voluer in&#233;vitablement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/chong-jae-kyoo-1-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH444/chong-jae-kyoo-1-fnl-59d5c.jpg?1509828414' width='500' height='444' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chong Jae-Kyoo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Regards, gestes, signes, traces&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence et l'activit&#233; des artistes cor&#233;ens en France depuis un demi-si&#232;cle m&#233;riterait qu'on y consacre un livre. Ici, je convoquerai dans une approche non chronologique, moins des souvenirs que des moments, des &#233;clats et des &#233;chos de rencontres appr&#233;hend&#233;es &#224; travers les questions qu'elles posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage en Occident constituera un jour un chapitre sp&#233;cial dans l'histoire de l'art et de la litt&#233;rature cor&#233;enne, comme le fut le voyage en Orient dans la litt&#233;rature fran&#231;aise. Le voyage dont il est question ici n'a rien &#224; voir avec le d&#233;placement touristique, qui a sa valeur de d&#233;couverte propre, mais qui ne se confronte pas &#224; cette d&#233;chirure qui, pour &#234;tre coextensive au voyage, se r&#233;v&#232;le &#234;tre, avant tout, la d&#233;couverte d'une autre d&#233;chirure, celle qui hante l'&#226;me comme son inaccessible et inhabitable patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir est un geste extr&#234;mement concret et terriblement abstrait. Mais c'est avant tout un geste, un engagement du corps &#224; se confronter avec d'autres paysages, d'autres r&#233;alit&#233;s culturelles, d'autres personnes, d'autres habitudes. C'est un geste qui ouvre sur la transformation profonde et parfois douloureuse de ses propres gestes quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance du geste est cruciale pour un artiste, car &#234;tre artiste, c'est avant tout mettre toute sa vie dans des gestes. Chaque &#339;uvre constitue une synth&#232;se du geste de peindre, ou de photographier, ou de sculpter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise &#224; distance de soi par la distance instaur&#233;e avec son pays natal, le voyage est un geste abstrait qui a des cons&#233;quences sensibles, affectives et physiques &#224; la fois &#233;videntes et informulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre &#224; venir est &#224; la fois la manifestation du trouble, l'expression des tensions n&#233;es de la situation nouvelle et elle se trouve in&#233;vitablement &#171; travaill&#233;e au corps &#187; par cette d&#233;chirure. Elle en porte la trace au sens o&#249; cette distance et les tensions sont in&#233;vitablement inscrites &#171; dans &#187; l'&#339;uvre et au sens o&#249; elle en devient le d&#233;positaire, l'archive involontaire mais n&#233;cessaire au-del&#224; de la signification potentielle de l'&#339;uvre. L'&#339;uvre devient ici le territoire m&#234;me dans lequel se joue l'ensemble de la probl&#233;matique li&#233;e au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chong Jae-Kyoo est sans contexte l'un des premiers artistes cor&#233;ens install&#233;s en France, et qui &#224; ce jour y est rest&#233;, dont j'ai pu faire la connaissance et sur l'&#339;uvre duquel je me suis pench&#233; r&#233;guli&#232;rement. Photographe plasticien comme il se d&#233;finit, son travail est port&#233; par une relation aux images m&#233;diatis&#233;e par des gestes radicaux, que l'on pourrait dire violents s'ils n'&#233;taient aussi cr&#233;ateurs. D&#233;couper l'image, en bandes tr&#232;s fines, d&#233;faire le visible donc, puis les tisser entre elles en reconstituant ainsi un visible trembl&#233;, ind&#233;finiment trouble et troubl&#233;, ces gestes sont aussi port&#233;s par une rigueur exp&#233;rimentale quasi-scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur copr&#233;sence dans l'&#339;uvre et les d&#233;placements auxquels ces gestes donnent lieu ouvrent litt&#233;ralement les images dont il se sert comme on ouvre un poisson pour le vider ou comme on ouvre une porte pour permettre de voir au-dehors, de d&#233;couvrir un nouveau paysage. Si l'on constate en plus que nombre d'&#339;uvres sur papier kraft sont des dessins &#224; l'encre de Chine issus directement de la tradition cor&#233;enne du dessin &#224; l'encre, on doit aussit&#244;t prendre acte du fait que cette &#339;uvre qui s'&#233;tale maintenant sur plusieurs dizaines d'ann&#233;es est tout &#224; la fois travers&#233;e et port&#233;e par cette d&#233;chirure et la tension qu'elle fait exister dans la pens&#233;e du voyageur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune mieux que l'&#339;uvre de Chong Jae-Kyoo n'exprime dans le domaine des arts plastiques ce que l'on a vu &#233;merger &#224; travers les remarques de Park Ynhui, &#224; savoir que l'enjeu de ce voyage de l'Orient vers l'Occident est confrontation entre la fascination que la raison exerce tant sur les esprits des hommes que sur le visage nouveau du monde et un rapport au monde qui n'a pas oubli&#233; ses fondements anciens, une relation intime avec la tradition comme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment dans la mani&#232;re d'articuler cette &#233;vidence de la toute puissance de la raison avec la puissance inextinguible d'affects enracin&#233;s dans une relation magique au monde, affects culturels mais r&#233;ellement v&#233;cus, que les artistes cor&#233;ens apportent aujourd'hui &#224; travers leur exp&#233;rience du voyage un renouvellement des pratiques artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le danger est grand de se trouver lorsque l'on reste au pays pris dans les jeux riches mais limit&#233;s des diverses grandes traditions toujours actives et cela plus qu'en Occident, comme la pratique de l'encre sur papier, de la calligraphie ou du paysage. L'autre danger consiste &#224; copier simplement quelques aspects emprunt&#233;s aux divers courants de la modernit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage et le voisinage sont les seuls moyens de passer &#224; travers ces deux obstacles qui se dressent devant tout artiste lorsqu'il s'engage r&#233;solument dans une pratique qui se veut contemporaine. Le voyage parce qu'il ouvre la tradition &#224; la puissance d&#233;stabilisante de l'autre et le voisinage parce qu'il permet de conna&#238;tre l'autre au point que l'on devient capable de trouver en lui de nouvelles ressources sans le copier de mani&#232;re servile.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/bang_haija-1-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/bang_haija-1-fnl-cdbdc.jpg?1509828414' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bang Hai-ja
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des &#339;uvres comme celle de Bang Haija ne sont pas pensables sans cette tension entre deux cultures. Venue en France d&#232;s les ann&#233;es soixante, elle d&#233;veloppe une &#339;uvre dont le message est tr&#232;s inspir&#233; par la sagesse orientale. Pourtant elle trouve en France des alli&#233;s de poids dans d'autres peintres ou des po&#232;tes, et cela sans doute parce que son &#339;uvre est du point de vue formel relativement &#233;loign&#233;e des codes traditionnels cor&#233;ens qu'elle assume &#224; sa mani&#232;re par l'usage du papier comme support de ses &#339;uvres, ce mat&#233;riau majeur de la tradition picturale cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwun Suncheol est un peintre vivant &#224; Paris depuis des d&#233;cennies, faisant lui, des allers-retours constants entre France et Cor&#233;e. Il r&#233;alise une &#339;uvre issue de la tradition cor&#233;enne de la peinture de paysage. Pourtant, on d&#233;couvre sur ses toiles combien son geste pictural est violent. Ses coups de pinceau sont si puissants qu'ils torturent le fond la toile et expriment le tourment des &#226;mes. Gr&#226;ce &#224; une technique assur&#233;e il transforme les portraits qu'il r&#233;alise en de v&#233;ritables paysages. Dans cette &#339;uvre affleurent parfois aussi des barbel&#233;s qui rappellent la guerre civile cor&#233;enne non moins que les camps que l'Europe a connus autour de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Comme on l'a vu avec Park Ynhui, c'est la dialectique entre racines culturelles et assimilation de la culture de l'autre qui est le c&#339;ur battant des artistes du voyage. On d&#233;couvre chez tous ces artistes qui vivent ou ont v&#233;cu en France, cette ardeur particuli&#232;re qui les conduit &#224; tenter de r&#233;aliser l'impossible accord entre le geste et le souffle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/kwun-suncheol-2-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH198/kwun-suncheol-2-fnl-d3f15.jpg?1772195754' width='500' height='198' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Kwun Sun-Cheol
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vivre le perdu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de mes voyages et de mes s&#233;jours en Cor&#233;e que j'ai pris conscience de l'existence vivante du perdu et de la force de cette part d'oubli, de ce monde oubli&#233; dans les attitudes, les pens&#233;es, les comportements, ceux des cor&#233;ens, mais aussi les miens. Comme si cette part refoul&#233;e ou oubli&#233;e creusait pourtant ses souterrains dans notre patrie mentale et continuait &#224; agir, &#224; produire des mutations. &#201;cho vivant d'une empreinte oubli&#233;e, le perdu est le nom de ce qui &#233;chappe &#224; toute d&#233;termination et qui pourtant les porte toutes en lui. Dire que le perdu serait constitu&#233; par l'ensemble des &#233;l&#233;ments qui ont fait jusqu'ici la tradition, &#233;l&#233;ments que la soci&#233;t&#233; industrielle et de consommation de masse a &#233;vacu&#233;s avec brutalit&#233;, serait &#224; la fois juste et une erreur, car ce serait faire du perdu l'objet d'une plainte vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce qui se produit est autre. Certes, on peut regretter ce dont l'industrialisation &#224; outrance est la cause, mais d'un autre c&#244;t&#233;, cet &#233;lan est apparemment irr&#233;sistible, m&#234;me s'il appara&#238;t aussi porteur de grands dangers. Cet &#233;lan constitue &#224; chaque &#233;poque le vecteur m&#234;me du changement et ce qu'il d&#233;truit, il le transforme et l'inscrit dans l'une ou l'autre de ces multiples strates qui constituent notre m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Penser le perdu, c'est consid&#233;rer que quelque chose ne passe pas dans ce qui se passe et que quelque chose persiste et insiste dans ce qui semble pourtant &#234;tre effac&#233; ou d&#233;truit. Penser le perdu, c'est oser faire l'exp&#233;rience du voyage vers l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exp&#233;rience et justement, non pas la relation pr&#233;sente &#224; ce qui est pr&#233;sent mais le voyage ou la travers&#233;e, ce qui veut dire exp&#233;rimenter vers, &#224; travers ou depuis la venue de l'autre dans son h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; la plus impr&#233;visible ; c'est le voyage non programmable, le voyage dont la cartographie n'est pas dessinable. [&#8230;] Le voyage dont on sait d'o&#249; il part et o&#249; il nous m&#232;ne n'est pas un voyage. [&#8230;] Un voyage qui ne serait pas mena&#231;ant, un voyage qui ne serait pas un voyage en vue de l'impossible, en vue de ce qui n'est pas en vue, un voyage qui ne serait pas en vue de ce qui n'est pas en vue, serait-ce encore un voyage ? Ou seulement du tourisme ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, Penser &#224; ne pas voir, &#201;ditions La Diff&#233;rence, Paris, 2013, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/kwun-suncheol-1-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH415/kwun-suncheol-1-fnl-6b007.jpg?1509828414' width='500' height='415' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Kwun Sun-Cheol
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques de Jacques Derrida nous permettent de comprendre que les artistes cor&#233;ens qui ont fait le voyage vers la France ont pu affronter ce danger, dans la mesure m&#234;me o&#249;, artistes, ils disposaient aussi d'un moyen d'expression leur permettant de donner vie &#224; cet impossible en inscrivant sur la toile ou dans les mots &#224; travers des gestes impr&#233;visibles non tant une image que des traces, des &#233;l&#233;ments qui constituent effectivement les strates invisibles de nos m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la Cor&#233;e actuelle et la France, il y a, semble-t-il, une immense diff&#233;rence. Ce n'est qu'en me rendant r&#233;guli&#232;rement en Cor&#233;e que j'ai pu en prendre la mesure ou plus exactement la d&#233;mesure de ce qui relie et oppose ces deux pays aujourd'hui et de ce qui fait du voyage de l'un &#224; l'autre une exp&#233;rience et donc un risque. Cette diff&#233;rence tient dans la relation au pass&#233;. En France, en Europe, nous avons tendance, depuis d&#233;j&#224; des d&#233;cennies, &#224; pr&#233;server les traces du pass&#233;, b&#226;timents, lieux, zones, objets d'art, traditions. En Cor&#233;e, on peut le voir, la tendance est contraire. Il semble &#224; des regards rapides que l'on y d&#233;truit beaucoup et plus vite. C'est pourquoi sans doute, le regret de voir tant de choses dispara&#238;tre est plus puissamment exprim&#233; en Cor&#233;e qu'en France. Et pourtant, il semble que les traditions soient largement plus pr&#233;sentes et plus pr&#233;gnantes en Cor&#233;e qu'en France aujourd'hui. On peut y voir un frein &#224; la modernisation. On peut aussi y voir l'incarnation du paradoxal du perdu. Car le perdu ne doit &#234;tre r&#233;duit ni &#224; des objets ni &#224; des lieux, ni m&#234;me &#224; des gestes traditionnels, m&#234;me s'ils en constituent la part visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le perdu, c'est ce qui, quoique apparemment disparu, continue et de vivre et agir en sous-main, depuis les tr&#233;fonds des m&#233;moires inaccessibles. C'est ce qui, effac&#233; de la m&#233;moire est en quelque sorte engrang&#233; &#171; vivant &#187; dans l'oubli. Et l&#224;, loin de dispara&#238;tre, ce qui s'y trouve entre en fermentation. Cela produit des gaz, des &#233;ruptions, des sursauts, bref des forces incontr&#244;lables qui se manifestent aussi souvent de mani&#232;re incontr&#244;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence de perception des manifestations du perdu, voil&#224; l'un des v&#233;ritables enjeux du voyage, mais aussi ce que le voisinage seul peut permettre d'appr&#233;hender, car le perdu est la torsion m&#234;me de la pens&#233;e qui prend acte de l'impossibilit&#233; de revenir en arri&#232;re et de la puissance incalculable et vitale de l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est aussi, &#8211; comment ne pas le savoir ? &#8211; la fonction centrale de l'art ou du moins l'une de ses fonctions majeures aujourd'hui : prendre en charge l'oubli comme une force vitale et vivante, virale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut sembler paradoxal, mais c'est en fait cet &#171; acte philosophique &#187; que de nombreux artistes accomplissent &#224; travers leur cr&#233;ation, lorsqu'ils tentent moins de sauver quelques &#233;l&#233;ments du pass&#233; que d'interpr&#233;ter ce qui vient &#224; l'aune de gestes inchoatifs qui synth&#233;tisent et portent aujourd'hui la pointe d'hier dans la chair de demain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pass&#233; est cette entaille m&#234;me, et c'est comme entaille psychique vivante &#233;prouv&#233;e par les corps vivants d'aujourd'hui qu'il devient, comme pass&#233; enterr&#233; vivant, le perdu. C'est pourquoi il affleure dans nombre d'&#339;uvres, moins comme th&#232;me ou motif que comme tremblement, moins comme forme que comme diff&#233;rentiel entre formes, comme geste, comme trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous vient de la Cor&#233;e actuelle et des artistes cor&#233;ens qui ont fait le voyage et accept&#233; le voisinage avec les artistes fran&#231;ais, c'est &#224; l'&#233;vidence une sorte de conscience &#224; la fois aigu&#235; et profonde de la puissance de ce &#171; perdu &#187;. Ce qu'ils agissent dans et avec leurs &#339;uvres, c'est cette conscience paradoxale que le perdu ne peut se dire directement, mais qu'il peut &#234;tre approch&#233; m&#233;diatement. Chacune de leurs &#339;uvres est l'une de ces m&#233;diations et, en ce sens, une c&#233;l&#233;bration du perdu comme puissance m&#234;me du devenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5153 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/paik-nam_june_2-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/paik-nam_june_2-fnl-a4fd5.jpg?1772195754' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paik Nam June
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voyager en chaman aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du voyage entre orient et occident, c'est de mesurer la d&#233;mesure m&#234;me de cette informulable tension entre les forces affectives et les puissances qui sont au service de la raison. Et l'une des formes de voyage que l'Occident a depuis longtemps oubli&#233;, refoul&#233;, et peut-&#234;tre m&#234;me tu&#233; en lui, c'est le voyage de l'&#226;me. Certes, dans un monde chr&#233;tien on croit au voyage de l'&#226;me apr&#232;s la mort, mais ce renvoi &#224; un apr&#232;s-coup dont ne nous revient aucune &#171; information &#187; fait de cette foi un geste abstrait, un pari aveugl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chamans sont des voyageurs de l'esprit. Et l'on a vu malgr&#233; l'interdit chr&#233;tien de lui reconna&#238;tre une validit&#233;, cette forme de voyage refaire surface dans les pr&#233;occupations vitales de certains artistes. C'est &#224; partir de la sc&#232;ne artistique que l'Occident a rouvert la porte &#224; des voyages &#224; la fois, r&#233;els, psychiques et spirituels. Joseph Beuys a sans doute &#233;t&#233; le premier des grands artistes europ&#233;ens &#224; faire revenir sur le devant de la sc&#232;ne la puissance motrice de l'&#226;me comme entit&#233; susceptible de voyager hors de nous et de revenir &#224; nous, en nous. Le voyage, alors, c'est se transformer en projectile afin d'aller vers l'autre, animal, autre homme, cosmos, et faire de l'horizon non plus le champ d'&#233;mergence de la conscience comme le veut la ph&#233;nom&#233;nologie, mais la ligne d'impact et de m&#233;tamorphose du regard. Le voyage de l'&#226;me est celui qui de regardeur ou de voyeur nous fait devenir voyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soi comme projectile, soi projet&#233; sur la toile ou la page banche, soi parcourant la courbure du monde, tel est l'enjeu du voyage de type chamanique, sachant que ce &#171; soi &#187; est une entit&#233; qui n'a plus gu&#232;re &#224; voir avec le &#171; moi &#187;, pilier du temple de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il n'y a pas de voyage v&#233;ritable qui ne soit doubl&#233; d'un autre voyage, un voyage dont il se pourrait bien que le voyage r&#233;el soit pr&#233;cis&#233;ment le double et non pas le contraire. Cela doit se comprendre au sens o&#249; l'on pourrait dire que c'est Alice voyageant au pays des merveilles qui pense et fait exister, r&#234;ve donc &#224; sa mani&#232;re Alice qui vit dans une r&#233;alit&#233; qui ressemblerait &#224; la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, donc, le voyage pr&#233;c&#232;de l'existence. L'existence appara&#238;t alors comme une &#233;tape dans un voyage beaucoup plus long, plus &#233;nigmatique et potentiellement interminable. Le voyage r&#233;el et chamanique, ou r&#233;ellement chamanique n'est possible que si nous acc&#233;dons &#224; cette r&#233;v&#233;lation, que nous sommes spectres avant que d'&#234;tre des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le remarque Jacques Derrida, &#171; un spectre c'est quelqu'un ou quelque chose qu'on voit sans voir ou qu'on ne voit pas en voyant, c'est une forme, la figure spectrale, qui h&#233;site de fa&#231;on tout &#224; fait ind&#233;cidable entre le visible et l'invisible. Le spectre, c'est ce qu'on pense voir, &#8220;penser&#8221; au sens, cette fois, de &#8220;croire&#8221; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 58-59.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, nous qui avons fait de la raison notre ma&#238;tre, acceptons et affectons de &#171; penser &#187; que nous pourrions ne croire en rien. Ce que font remonter du fond de l'oubli les voyageurs et ceux qui sont hant&#233;s par le perdu, c'est que, quoique pris par la raison, nous sommes encore et toujours porteurs d'hallucinations au sens o&#249; nous sommes port&#233;s par elles. La singularit&#233; de la Cor&#233;e, ici, c'est que, au-del&#224; des avanc&#233;es irr&#233;sistibles de la modernit&#233;, nombreux sont ses habitants et ses artistes qui conservent une relation forte avec le monde des esprits, &#224; travers celles et ceux qui en sont les interm&#233;diaires, les chamans&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'histoire de l'art nous montre qu'aucune &#233;poque n'est indemne d'&#233;changes charg&#233;s de sens avec le monde des esprits, comme on pourrait le montrer pour tant d'artistes entre la Renaissance et le XXe si&#232;cle, l'&#233;poque contemporaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale, au-del&#224; des croyances apparentes en la toute puissance de la rationalit&#233;, dont on venait cependant de constater les dangers et la puissance destructrice, s'ouvre &#224; nouveau &#224; des exp&#233;riences permettant de p&#233;n&#233;trer dans des zones du psychisme o&#249; les spectres et les esprits r&#232;gnent en ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivains ou artistes sont l&#233;gion qui ont &#233;t&#233; happ&#233;s par des exp&#233;riences qui pour l'essentiel furent li&#233;es &#224; des voyages, r&#233;els et spirituels, hallucin&#233;s et aid&#233;s par l'usage de drogues vari&#233;es, dans lesquels ceux qui les ont fait ont mis leur existence en danger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/paik-name-june-_-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH384/paik-name-june-_-fnl-2de75.jpg?1772195754' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paik Nam June
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, l'un des plus grands voyageurs de cette &#233;poque &#233;tait cor&#233;en. Il avait, lui, choisi comme &#171; tapis volant &#187; pour accomplir son voyage, non les drogues, mais la technologie. C'est &#224; partir de l'outil t&#233;l&#233;vision qui s'appellera par la suite vid&#233;o qu'il est parti &#224; la d&#233;couverte de mondes inconnus et de continents oubli&#233;s. Nul mieux que Paik Nam June n'a su &#234;tre &#224; l'&#233;coute des voix dont la technologie &#233;tait porteuse et qui n'&#233;taient r&#233;ductibles ni &#224; des voix humaines ni &#224; des sons techniques, mais &#233;taient bien des voix. Ces voix sont celles des spectres, c'est-&#224;-dire les n&#244;tres, si nous sommes aptes &#224; nous &#171; penser &#187; aussi comme &#233;tant des spectres. Elles proviennent de sources apparemment ind&#233;termin&#233;es mais ont cette puissance de passer &#224; travers tous les obstacles mat&#233;riels, murs, portes apparemment closes de notre perception imm&#233;diate et fen&#234;tres de nos yeux &#233;carquill&#233;s, et de parvenir directement jusqu'&#224; nous, c'est-&#224;-dire &#224; notre cerveau dans lequel elles explosent comme des super bulles d'information, d'images, de sc&#233;narios variables d'histoires en morceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chamans, souvent des femmes, sont encore nombreuses en Cor&#233;e. Elles y sont encore souvent consult&#233;es. &#192; travers elles les esprits sont pr&#233;sents, ceux des anc&#234;tres avant tout, mais aussi les esprits de morts plus anciens qui par leur truchement continuent d'&#234;tre en relation avec les vivants et les esprits de la nature et des temps imm&#233;moriaux. Cette impr&#233;gnation spirituelle, qu'elle soit reconnue ou d&#233;ni&#233;e, est pr&#233;sente et active. Ces voix hantent et font vibrer nos existences, m&#234;me confus&#233;ment. Baudelaire aussi le savait qui &#233;crivait dans le quatri&#232;me po&#232;me des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, &#171; Correspondances &#187;, &#171; La nature est un temple o&#249; de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles ; / L'homme y passe &#224; travers des for&#234;ts de symboles / Qui l'observent avec des regards familiers. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, op. cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ban-hai-ja-2-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/ban-hai-ja-2-fnl-76a09.jpg?1772195754' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bang Hai-ja
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et toujours nous sommes en qu&#234;te de ces voix.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les gestes que pratiquent les artistes cor&#233;ens sont, qu'ils le veuillent consciemment ou non, en partie port&#233;s voire dict&#233;s par les esprits. En effet, ce sont eux qui sont les vecteurs v&#233;ritables du voyage spirituel. Ce sont eux qu'on rencontre d'une mani&#232;re ou d'une autre lorsque l'on entreprend un tel voyage. Et chacun des artistes ayant fait le voyage vers la France est venu paradoxalement, non pas &#224; la rencontre de son pass&#233; enfoui et de ses propres spectres, mais de son pr&#233;sent technologique et des spectres qui le hantent et dont la raison est porteuse. Et c'est vers eux que, venant en France, secr&#232;tement il s'avance. Ce vers quoi nous allons, lorsque nous faisons le voyage en Cor&#233;e, c'est &#224; l'&#233;vidence vers ces voix que le monde technologique ne nous fait plus entendre que brouill&#233;es par le truchement des appareils, les voix dont les chamans sont aujourd'hui encore les d&#233;positaires et les porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension spirituelle, les artistes qui font le voyage en Cor&#233;e ne peuvent l'ignorer. Christine Laquet par exemple pour laquelle j'ai &#233;crit un texte au sujet de son exp&#233;rience lors de sa r&#233;sidence au GCC en a fait l'exp&#233;rience comme Natacha Nisic qui a montr&#233; dans une exposition au Mus&#233;e du Jeu de Paume &#224; Paris une longue vid&#233;o intitul&#233;e &lt;i&gt;Andrea en conversation&lt;/i&gt;, relatant le voyage r&#233;el vers le chamanisme, le devenir chaman donc, d'une femme allemande.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5157 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/natacha-nisic-3-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH328/natacha-nisic-3-fnl-23b29.jpg?1772195754' width='500' height='328' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Natacha Nisic
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure ce voyage dans l'orbe du perdu, c'est &#224; l'une des grandes voix f&#233;minines de la po&#233;sie cor&#233;enne contemporaine que je laisse la parole, qui, pour clore un essai qu'elle publia en guise de pr&#233;face &#224; un de ses recueils, &#233;crit : &#171; Ainsi, en tant que femme, en tant que po&#232;te, je danse et porte secours aux choses tomb&#233;es dans la boucle d'un magnifique silence ; je r&#233;veille le pr&#233;sent et je laisse les choses mortes &#234;tre mortes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kim Hye-soon, &#171; Dans le monde oxymorique &#187;, (pr&#233;face de All the Garbage of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand voyage n'est pas la mort, mais bien plut&#244;t ce chant et cette danse qui nous emportent dans le m&#234;me mouvement et en m&#234;me temps au-del&#224; et au plus pr&#232;s de nous-m&#234;me. Le voyage v&#233;ritable est ce qui fait de nous ces &#234;tres singuliers capables de vivre en voisins des gouffres et de danser du pas de danse de l'oubli au bord des gouffres d'o&#249; &#233;merge la voix sourde du perdu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &#171; Le voyage &#187; in &lt;i&gt;Les fleurs du mal&lt;/i&gt;, Folio, &#201;ditions Gallimard, Paris. 2010, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 173.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Park Ynhui, &#171; N'&#233;coutez pas la voix du cochon &#187;, in &lt;i&gt;L'ombre du vide&lt;/i&gt;, &#201;ditions Atelier des cahiers, Traduction Benjamin Joineau, Paris/S&#233;oul, 2012, p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida,&lt;i&gt; Penser &#224; ne pas voir&lt;/i&gt;, &#201;ditions La Diff&#233;rence, Paris, 2013, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 58-59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kim Hye-soon, &#171; Dans le monde oxymorique &#187;, (pr&#233;face de &lt;i&gt;All the Garbage of the world, Unite ! action books&lt;/i&gt;, Notre Dame, Indiana, 2011) in Cor&#233;e 2012, &lt;i&gt;Revue Po&amp;sie&lt;/i&gt;, N&#176; 139-140, &#201;ditions Belin, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Avec des ilustrations de Natacha Nisic, Chong Jae-Kyoo, Bang Hai-ja, Kwun Sun-Cheol, Paik Nam June, Lee Ufan, Lee Bae&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 4 de la revue Croisements, &#233;dit&#233;e par l'atelier des cahiers, paru en septembre 2014.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyages, voisinages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me num&#233;ro de Croisements porte sur le th&#232;me &#171; Voyages, voisinages &#187; en Asie de l'Est. Les pays, les territoires, les espaces se trouvent aujourd'hui au c&#339;ur de jeux d'influences multiples qui brouillent l'id&#233;e de limite ou de fronti&#232;re. Les sph&#232;res culturelles, politiques, strat&#233;giques, &#233;conomiques entretiennent entre elles des relations &#233;troites &#224; travers lesquelles il est souvent difficile de d&#233;finir des identit&#233;s stables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voyage, inscrit dans une longue tradition, met en rapport les espaces &#224; travers les d&#233;placements r&#233;els ou imaginaires des hommes, des id&#233;es et des biens.&lt;br class='autobr' /&gt; Les utopies, les fuites, les exils, la circulation des richesses ou des alt&#233;rit&#233;s, marquent la d&#233;couverte, volontaire ou subie, d'une nouvelle fa&#231;on d'appr&#233;hender la r&#233;alit&#233;. Le voyageur est l'acteur d'un d&#233;centrement, d'une remise en question de la norme, et d'une fa&#231;on individuelle d'approcher le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voisinage est une contrepartie n&#233;cessaire : les hommes et les id&#233;es, sont tout &#224; la fois nomades et s&#233;dentaires, et cherchent &#224; s'inscrire dans un territoire, &#224; marquer les cartes d'une empreinte, d'une pr&#233;sence, d'une certitude. Ainsi se dessine un vivre ensemble qui est comme une concession &#224; la libert&#233; de l'errance. Le voyage sert &#224; d&#233;passer les fronti&#232;res que le cartographe voyageur a lui-m&#234;me inscrites sur le papier.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie, les sciences politiques, le droit, l'histoire et la g&#233;ographie, l'anthropologie, la sociologie, mais aussi la litt&#233;rature ou le cin&#233;ma ont beaucoup &#224; nous apporter pour travailler cette complexit&#233;, et nous permettre de mieux comprendre les r&#232;gles, les codes, &#224; travers lesquels les hommes se projettent au monde et se r&#233;partissent des espaces vitaux devenus rivaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responsable scientifique du num&#233;ro 4 : Kenneth White&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Red road never ends</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Red-road-never-ends</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Red-road-never-ends</guid>
		<dc:date>2013-10-25T23:14:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pol Lujan</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>portrait</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>costume/v&#234;tement</dc:subject>
		<dc:subject>gestes</dc:subject>
		<dc:subject>USA</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir interdit pendant plus d'un si&#232;cle aux Indiens de pratiquer leurs rituels, en mal de spiritualit&#233;, les blancs aujourd'hui dialoguent et vont m&#234;me jusqu'&#224; pratiquer ces rites si longtemps censur&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/portrait" rel="tag"&gt;portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/costume-vetement" rel="tag"&gt;costume/v&#234;tement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/USA" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/arton451-53a97.jpg?1772261812' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le massacre des Indiens d'Ame&#769;rique n'est plus un secret... Pourtant, sait-on que le dernier affrontement entre Indiens Sioux (de leur vrai nom &#034;Lakota&#034;) et l'Arme&#769;e ame&#769;ricaine remonte a&#768; l'hiver 1890 ? Il s'agissait de la &#034;Bataille de Wounded Knee&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:80% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/306896594?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/306896594&#034;&gt;Pol Lujan - Red Road Never End's&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/user25678686&#034;&gt;TK-21&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Wounded Knee, Sud Dakota.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Lakota l'appellent le &#034;Massacre de Wounded Knee&#034;. En de&#769;cembre 1890, quelques jours apre&#768;s l'assassinat de Sitting Bull, le vieux chef Big Foot, malade, tente de sauver un groupe de vieux et d'enfants, en prenant la route du Sud. Ils sont rattrape&#769;s et de&#769;sarme&#769;s par la 7e Cavalerie, au soir du 28 de&#769;cembre. Le lendemain, un coup de feu part et c'est le massacre : 300 Lakota sont tue&#769;s et jete&#769;s, pe&#770;le-me&#770;le, dans une fosse commune. Les Lakota n'ont jamais pardonne&#769; cette ignominie. Cent ans plus tard, en de&#769;cembre 1990, une poigne&#769;e de Lakota de&#769;cident de suivre la route de leurs anciens... Par - 35&#176;c, ils marchent vers leur passe&#769;, vers Wounded Knee. Parmi eux, les petits-fils de Sitting Bull, assassine&#769;, et de Big Foot, tue&#769; au combat ; mais aussi un jeune garc&#807;on de 9 ans : Josh Guerrero, qui accomplit sur son poney les 250 km de la Chevauche&#769;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de ce film d&#233;bute en ao&#251;t 1990, &#224; Brian&#231;on dans les Hautes Alpes. Un festival itin&#233;rant, Indiens d'Am&#233;riques, annonce la comm&#233;moration des 100 ans du massacre de 300 personnes &#224; Wounded Knee, Sud Dakota en D&#233;cembre 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Film&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/e.curtis-installation.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/e.curtis-installation-9b0cb.jpg?1524414454' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://vimeo.com/lujanpol/videos" class="spip_out"&gt;Les autres vid&#233;os de Pol Lujan&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;R&#233;alisation : &#169;Pol Lujan&lt;br class='autobr' /&gt;
Montage son : Renaud Michel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Totems</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Totems</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Totems</guid>
		<dc:date>2012-06-27T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Appareil</dc:subject>
		<dc:subject>radioactivity</dc:subject>
		<dc:subject>plantscape</dc:subject>
		<dc:subject>calotype</dc:subject>
		<dc:subject>anthropoce&#768;ne - capitaloce&#768;ne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Align&#233;s en rang d'oignons tels les soldats d'une arm&#233;e de fant&#244;mes et pourtant &#233;parpill&#233;s sur tout le territoire comme une for&#234;t clairsem&#233;e et malade, les pyl&#244;nes &#233;lectriques sont, dans nos territoires, des pr&#233;sences aussi vitales qu'incongrues.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Chamanisme" rel="tag"&gt;Chamanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil-35" rel="tag"&gt;Appareil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/radioactivity" rel="tag"&gt;radioactivity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/plantscape" rel="tag"&gt;plantscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/calotype" rel="tag"&gt;calotype&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Anthropoce%CC%80ne-Capitaloce%CC%80ne" rel="tag"&gt;anthropoce&#768;ne - capitaloce&#768;ne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton230-6a459.jpg?1772262125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;doc1356|left&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Align&#233;s en rang d'oignons tels les soldats d'une arm&#233;e de fant&#244;mes et pourtant &#233;parpill&#233;s sur tout le territoire comme une for&#234;t clairsem&#233;e et malade, les pyl&#244;nes &#233;lectriques sont, dans nos territoires, des pr&#233;sences aussi vitales qu'incongrues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils sont aussi des missionnaires, porteurs de cette bonne parole sans laquelle nous ne saurions vivre aujourd'hui, et tout autant des bruiteurs infatigables faisant siffler la m&#233;lodie du bonheur jusque dans les foyers des hommes. Adjuvants de la si puissante F&#233;e &#201;lectricit&#233;, ils sont les magiciens de l'invisible et les totems d'une religion sans nom. C'est l'&#233;tranget&#233; de leur allure qui surprend. Samoura&#239; de l'au-del&#224;, ils sont et le corps et l'armure et par eux r&#232;gne l'ordre dans le monde, celui des rues &#233;clair&#233;es et des maisons chauff&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb1361|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Martial Verdier s'int&#233;resse &#224; eux, c'est parce qu'ils participent de ce grand transit permanent d'&#233;nergie qui part des entrailles de la terre pour finir dans nos yeux &#233;blouis. En effet, il travaille depuis des ann&#233;es sur ces dieux aux allures de monstres dont les autels sont cach&#233;s sous des tonnes de b&#233;tons et dont les entrailles br&#251;lent de feux insanes. Il photographie des centrales nucl&#233;aires &#224; travers le monde et qui dit centrales, dit production, transport et consommation d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singulier &#171; motif &#187; pour un photographe ! Car si les lieux de production, les vecteurs du transit et les lieux de consommation sont en effet connus, l'&#233;nergie &#224; proprement parler reste invisible. Et puis il y a les fils &#233;lectriques, lignes aux courbures rh&#233;toriques, vides de toute sensualit&#233; qui entre ciel et terre forment comme la trame d'un tissu introuvable. Pr&#233;sence sans doute, mais surtout pr&#233;sent, activit&#233; du pr&#233;sent, relation au pr&#233;sent, voil&#224; ce qu'il y a &#171; dans &#187; ces pyl&#244;nes et ces fils. Un pr&#233;sent dont le message est celui de la vie et dont le message subliminal ou inaudible par les oreilles humaines est un message de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb1357|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En travaillant comme &#224; son habitude &#224; la chambre et r&#233;alisant des calotypes, Martial Verdier fait &#233;merger sur ce pr&#233;sent les traits asignifiants d'une l&#232;pre active. Comme si le paysage &#233;tait en proie &#224; une maladie de l'&#226;me. Comme si cette maladie, qui est v&#233;hicul&#233;e par ces fils, &#233;tait le &#171; deus absconditus &#187; dont nous affectons encore de chercher le nom. Environn&#233;s d'images, de mots, de sons, nous n'entendons pas le bruissement du temps qui coule &#224; travers ces vagues lanc&#233;es depuis des d&#233;cennies maintenant &#224; l'assaut des villes du monde. Ils rendent visible dans le paysage la grande houle, symbole d'une source in&#233;puisable d'&#233;nergie, mais ils la montrent prise dans le fer et l'acier. C'est elle qui hante le paysage comme un esprit malin. C'est elle qui &#171; est &#187; le paysage, celui dans lequel nous vivons, celui dont nous ne parvenons pas &#224; reconna&#238;tre le visage. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb1360|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces pyl&#244;nes est un totem, une statue, un s&#233;maphore et un soldat. Chacun de ces pyl&#244;nes est un arbre aussi, un arbre mort porteur de vie, une figure du destin, un t&#233;moin improbable de l'&#233;ternit&#233;, ou plut&#244;t le t&#233;moin de l'improbable &#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb1358|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.verdier-fr.com" class="spip_out"&gt;www.verdier-fr.com&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gen&#232;se de la peur des images &#8212; II/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Genese-de-la-peur-des-images-II</link>
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		<dc:date>2011-09-08T09:51:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Chamanisme</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma plausible du fonctionnement psychique bicam&#233;ral n'a pas &#233;t&#233; aboli par quatre mill&#233;naires de mutation psychique entra&#238;n&#233;e par l'invention de l'&#233;criture et le d&#233;veloppement de la pens&#233;e scientifique. Il survit et reste actif comme &#233;l&#233;ment partiel du dispositif, c'est-&#224;-dire au moins comme phantasme dans l'univers de la pens&#233;e ratio&#239;de. L'&#233;cart entre ces deux approches du monde est source de la peur, celles des images en particulier &lt;br class='autobr' /&gt; 6. La voix et l'image Si le bicam&#233;ralisme cher &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton84-6b0e8.jpg?1772283449' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le sch&#233;ma plausible du fonctionnement psychique bicam&#233;ral n'a pas &#233;t&#233; aboli par quatre mill&#233;naires de mutation psychique entra&#238;n&#233;e par l'invention de l'&#233;criture et le d&#233;veloppement de la pens&#233;e scientifique. Il survit et reste actif comme &#233;l&#233;ment partiel du dispositif, c'est-&#224;-dire au moins comme phantasme dans l'univers de la pens&#233;e ratio&#239;de. L'&#233;cart entre ces deux approches du monde est source de la peur, celles des images en particulier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. La voix et l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le bicam&#233;ralisme cher &#224; Julian Jaynes fonctionnait surtout &#224; travers des hallucinations auditives, les hallucinations visuelles existaient elles aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il semble possible de dire que ni ce que voyaient les hommes de la pr&#233;histoire ni ce qu'ils ont pu inscrire sur les parois des grottes ne peut &#234;tre appel&#233; &#171; image &#187; au sens iconique, cela peut nous conduire &#224; pr&#233;ciser la distinction entre deux sorte d'images, celles qui sont rendues possibles par le processus d'extraction et la naissance ou l'invention du cadre, et celles que, dans des &#233;tats hallucin&#233;s, port&#233;s par des transes, les hommes ont mat&#233;rialis&#233;es. Ce point de rencontre se &#171; situe &#187; entre la nuit du cr&#226;ne et les parois de la grotte, si l'on suit en tout cas la th&#232;se de Jean Clottes au sujet de Lascaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hypoth&#232;ses se croisent donc, celle indiquant que les premi&#232;res images sont visionnaires et aniconiques, alors que les images iconiques sont, elles, rendues possibles par l'instauration du cadre rendu lui-m&#234;me possible par le d&#233;ploiement temp&#233;tueux du logos, qui n'est pas encore v&#233;cu comme puissance de rationalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les premi&#232;res seraient les purs produits de l'h&#233;misph&#232;re droit et les autres, les produits d'une relation de d&#233;pendance sinon de soumission, relation en train de se constituer entre h&#233;misph&#232;re droit et h&#233;misph&#232;re gauche, au profit du second, d&#232;s lors que les formes de la relation entre &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes pouvaient &#234;tre reli&#233;es par des &#233;l&#233;ments rep&#233;rables et r&#233;p&#233;tables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la conscience est la mise en place d'une domination de l'h&#233;misph&#232;re gauche et de ses &#171; lois &#187; sur l'h&#233;misph&#232;re droit. D&#232;s lors, les &#233;missions discontinues de messages plus ou moins violents et non rationnels sous formes de voix et d'images non iconiques issus de l'h&#233;misph&#232;re droit vont, lentement et au prix d'une violence chaque jour r&#233;it&#233;r&#233;e, &#234;tre l'objet tant d'essais de classification que de processus de rejets et en tout cas de d&#233;n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe donc c'est que les images visionnaires vont devenir, du point de vue nouveau d&#251; &#224; la prise de pouvoir du cerveau gauche, des facteurs de trouble. Ce sont elles, si l'on admet qu'elles sont des &#233;missions ou des messages envoy&#233;s par le cerveau droit au cerveau gauche, qui vont faire peur car elles n'entrent pas dans le cadre justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut supposer que les repr&#233;sentations dans les grottes n'&#233;taient pas li&#233;es &#224; la peur ou alors pas au m&#234;me type de peur. Il serait possible de distinguer entre deux peurs, qui certes se succ&#232;dent, mais une fois existantes ne cessent de cohabiter et de se chevaucher. L'une est li&#233;e au fait m&#234;me qu'il y ait envoi de messages du cerveau droit vers le cerveau gauche. Cette peur est du c&#244;t&#233; de la fascination, de la stupeur et d'une sorte d'impuissance, de paralysie due &#224; l'impossibilit&#233; d'identifier la source comme r&#233;ellement int&#233;rieure, ni comme r&#233;ellement ext&#233;rieure et donc de ne pas pouvoir &#171; y &#187; r&#233;pondre sinon en &#171; ob&#233;issant &#187; &#224; l'injonction, &#224; l'ordre, c'est-&#224;-dire en oubliant sa peur. L'autre forme de peur, post&#233;rieure, est due au fait que les messages hallucin&#233;s sont incompatibles avec les nouveaux crit&#232;res de rationalit&#233;. Elle est une peur panique devant l'impuissance &#224; faire face, &#224; r&#233;pondre &#224; l'injonction d&#233;j&#224; per&#231;ue comme message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images qui passent &#224; travers et finiront pour certaines par s'installer dans le cadre, seront toujours suspectes d'&#234;tre des &#233;missaires cach&#233;s du cerveau droit. Elles ne deviendront moins coupables qu'au fur et &#224; mesure que le discours rationnel r&#233;ussira &#224; l&#233;gitimer leur existence comme auxiliaire dans les processus complexes de connaissance et dans les processus vitaux de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. La l&#233;gitimation ratio&#239;de des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux moments marquent cette l&#233;gitimation des images. Le premier est grec. Il est l'&#339;uvre de Simonide C&#233;os (556- 467 av. J.-C.). Marcel D&#233;tienne, dans son livre &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres de v&#233;rit&#233; dans la Gr&#232;ce archa&#239;que&lt;/i&gt;, &#233;voque avec pr&#233;cision les deux phrases attribu&#233;es &#224; celui qui fit scandale en &#233;tant le premier &#224; faire de la po&#233;sie un m&#233;tier et &#224; composer des po&#232;mes contre une somme d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur importance pour nous aujourd'hui tient &#224; la mise en relation directe sur une base d'&#233;quivalence ratio&#239;de entre image et texte : &#171; La peinture est une po&#233;sie silencieuse et la po&#233;sie une peinture qui parle &#187;, et cette autre phrase, &#171; La parole est l'image (eikon) de la r&#233;alit&#233; &#187; (op. cit., p. 188).&lt;br class='autobr' /&gt;
Simonide marque le moment o&#249; l'homme grec d&#233;couvre l'image, et peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le premier auteur d'une th&#233;orie de l'image. En tout cas il est l'un des acteurs de cette mutation qui affecte la Gr&#232;ce d&#232;s la fin du VIIe si&#232;cle p&#233;riode o&#249; &#171; la statue n'est plus un signe religieux, elle est une &#8220;image&#8221;, un signe figur&#233; qui cherche &#224; &#233;voquer pour l'esprit de l'homme une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure &#187;, &#233;crit Marcel D&#233;tienne (op. cit., p. 188).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation par le christianisme de l'image comme &#233;l&#233;ment essentiel aux processus de connaissance des fins derni&#232;res et de r&#233;assurance psychique face &#224; l'inconnu de l'existence prolongera le d&#233;bat autour de ce statut tel qu'il existait chez les Grecs. Mais dans ce prolongement, qui est aussi un recouvrement, l'image, devenue repr&#233;sentation du dieu, continuait &#224; &#234;tre per&#231;ue en fait non pas seulement comme &#171; repr&#233;sentation &#187; mais encore et toujours comme &#171; pr&#233;sentification &#187;. C'est ce que signalait d&#233;j&#224; Jean-Pierre Vernant dans un texte de 1979, &lt;i&gt;Naissance des images (Religions, histoires, raisons&lt;/i&gt;, Maspero, cit&#233; par Dominique Jaillard, in &lt;i&gt;Les champs de la mim&#233;sis &#224; l'&#233;poque classique&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;La Peur des images, La part de l'&#339;il&lt;/i&gt;, 2008) lorsqu'il &#233;crivait que &#171; l'acte de mimesthai, plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation, est une effectuation, une manifestation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'appelle d&#233;j&#224; image, l'image donc, est ambigu&#235;. En tant que manifestation privil&#233;gi&#233;e de l'h&#233;misph&#232;re droit, elle est porteuse du danger m&#233;tonymique, celui du contact direct et de la transmission directe d'une part de puissance &#171; divine &#187; vers le sujet repr&#233;sent&#233;. D&#232;s ses premi&#232;res manifestations, suspecte d'&#234;tre connect&#233;e aux voix divines, l'image est susceptible d'&#234;tre &#224; la fois le fruit d'une hallucination et un vecteur d'hallucination. Dans un univers qui se retrouve gouvern&#233; par des lois issues des injonction &#233;mises par l'h&#233;misph&#232;re gauche et relay&#233;es par la conscience en train de se former, l'image devient vite un facteur de trouble, m&#234;me s'il est difficile, aujourd'hui encore, de nier la puissance d'attraction qu'elle incarne, celle qui, li&#233;e &#224; la puissance particuli&#232;re de l'h&#233;misph&#232;re droit, implique qu'il semble possible, &#224; travers elle, de ne faire qu'un avec le dieu, avec le nom et la forme de &#171; sa &#187; pr&#233;sence vivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8. Les trois sources de la peur des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma plausible du fonctionnement psychique bicam&#233;ral n'a pas &#233;t&#233; pour autant aboli par quatre mill&#233;naires de mutation psychique entra&#238;n&#233;e par l'invention de l'&#233;criture et le d&#233;veloppement de la pens&#233;e scientifique. Il survit et reste actif comme &#233;l&#233;ment partiel du dispositif, c'est-&#224;-dire au moins comme phantasme dans l'univers de la pens&#233;e ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre le lien qu'il est possible d'&#233;tablir entre notre situation actuelle et la p&#233;riode qui a vu le passage de la pr&#233;histoire &#224; l'histoire, il faut revenir un instant &#224; ce qui alimente cette peur aujourd'hui, aux formes qu'elle prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes oblig&#233;s pour cela de recourir &#224; la distinction entre images &#171; iconiques &#187; fixes, celles qui de la peinture &#224; la photographie rel&#232;vent de la double probl&#233;matique de la mim&#233;sis et de la pr&#233;sentification, et les images visionnaires qui sont des messages &#233;mis directement par le cerveau droit ou par la t&#233;l&#233;vision. Ces images-messages permettent d'acc&#233;der &#224; des univers per&#231;us comme r&#233;els quoique non reli&#233;s &#224; une situation mat&#233;rielle leur correspondant. Abstraites donc, ces images connectent cependant le corps pensant &#224; certains pans de la r&#233;alit&#233;. Elle le font d'une mani&#232;re singuli&#232;rement non ratio&#239;de, magique donc en ceci que ce qui est per&#231;u ne provient pas de sensations induites par la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle mais provient &#171; d'ailleurs &#187;. Ces images peuvent reconduire &#224; la r&#233;alit&#233; ou simplement participer &#224; la mise en place d'un &#233;cart vis-&#224;-vis de la r&#233;alit&#233;. C'est dans ce retour et dans cet &#233;cart que se joue la possibilit&#233; m&#234;me de la pens&#233;e de l'image et des peurs qu'elles inspirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Clottes, dans son livre &lt;i&gt;Les Chamanes de la pr&#233;histoire&lt;/i&gt;, &#233;voque ces images visionnaires et montre qu'elles activent certes des &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; mais qu'elles les mettent en sc&#232;ne d'une telle mani&#232;re que ceux-ci restent d&#233;connect&#233;s de leur contexte. Extraits du psychisme, ils semblent cependant non cadr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images actuelles qui se rapprochent le plus des images visionnaires sont celles qui sont projet&#233;es non pas sur mais bien &#171; par &#187; les &#233;crans sur le monde. Ces images p&#233;n&#232;trent donc dans les cerveaux pour lesquels elles sont per&#231;ues comme provenant du dehors. Ces m&#234;mes cerveaux &#171; oublient &#187; qu'elles ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par des hommes au moyen d'appareils invent&#233;s par des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En occultant le r&#244;le des appareils dans le processus de perception, les hommes ouvrent la porte &#224; une triple d&#233;rivation. Ils ne font pas attention au fait que ces images parlent et que, parlant en tant qu'images, elles s'adressent au cerveau droit. Ils ignorent que, de ce fait, elles mettent &#224; distance l'action r&#233;gulatrice du cerveau gauche. Ils ne font pas plus attention au fait que ces images offrent aussi une plong&#233;e non discursive dans la r&#233;alit&#233; et au fait que leur multiplication tend &#224; remplacer dans le fonctionnement psychique et intellectuel les connaissances issues de l'univers discursif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images mobiles et parlantes entrent de facto en conflit avec les images produites dans notre culture de mani&#232;re ratio&#239;de. Ces images sont li&#233;es avec les textes qui jusqu'ici &#233;taient les vecteurs essentiels de l'explication du monde et de la dispensation du savoir et qui constituaient le vecteur majeur qui permettait aux hommes de s'orienter dans l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur des images est due au trouble qu'&#233;prouvent les structures dominantes du dispositif de la conscience face &#224; la remise en cause de leur domination au profit de structures qui, organis&#233;es autour du langage r&#233;ticulaire et de la production d'images mobiles, semblent s'adresser directement au cerveau droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce trouble induit une premi&#232;re peur dans la conscience, celle d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa puissance propre par une partie d'elle-m&#234;me, &#224; laquelle s'ajoute une seconde peur engendr&#233;e par la r&#233;ception directe des images visionnaires elles-m&#234;mes et leur impact sur le fonctionnement psychique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on en croit les t&#233;moignages divers relatifs aux &#233;tats de transe par exemple et aux moments o&#249; des individus vivent des hallucinations auditives et visuelles, de tels moments sont difficiles &#224; supporter. C'est ce dont t&#233;moigne par exemple un personnage poss&#233;d&#233; cit&#233; par Bertrand Hell dans son livre &lt;i&gt;Possession et chamanisme&lt;/i&gt;, &#171; M&#234;me une maladie vaut mieux. Mieux vaut tomber malade que d'&#234;tre poss&#233;d&#233; &#187; (p. 180). Ces images et ces voix, ces pr&#233;sences qui envahissent l'individu sont des puissances r&#233;elles et r&#233;ellement dangereuses pour le psychisme. Il y a quelque chose de cette puissance dans les images &#233;mises par les &#233;crans en ce qu'elles rel&#232;vent plut&#244;t de l'ordre des images visionnaires que des traductions mim&#233;tiques de la r&#233;alit&#233;, et cela malgr&#233; les &#171; apparences &#187;, car nous ne cessons de croire qu'elles en sont pour l'essentiel, sinon une copie conforme de cette r&#233;alit&#233;, du moins en assurent une pr&#233;sentation convenable. En ce sens, elles sont donc li&#233;es au registre de la soumission plut&#244;t qu'&#224; celui d'une perception active relevant de la conscience et m&#233;diatis&#233;e par le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles leur ressemblent aussi en ceci qu'on semble et qu'on est incapable de leur &#233;chapper. Cette seconde peur est &#224; relier &#224; une forme de peur archa&#239;que, celle qui existait devant la manifestation incontr&#244;lable du divin, du dieu ou de l'esprit, entit&#233; qui avait la capacit&#233; de briser la vie et en tout cas le psychisme de celui qu'il visitait, mais aussi celle de l'aider et de le sauver du danger dans lequel il pouvait se trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un troisi&#232;me registre de peur engendr&#233; par les images actuelles. Cette troisi&#232;me peur est li&#233;e au fait, pour la conscience, de se trouver comme t&#233;tanis&#233;e sans pouvoir r&#233;agir, de voir sans pouvoir faire quelque chose pour r&#233;pondre ou s'opposer &#224; ce qu'elle voit. C'est la peur induite par cette fascination que fait na&#238;tre en chacun la perception de la d&#233;possession de ses moyens d'action. Le psychisme, c'est-&#224;-dire le dispositif de la conscience comme syst&#232;me g&#233;n&#233;ral permettant de d&#233;cider et d'agir, de passer &#224; l'acte et de contr&#244;ler ses actions, se retrouve litt&#233;ralement surinvestit et bloqu&#233; en m&#234;me temps. Cette troisi&#232;me peur affecte la vision g&#233;n&#233;rale et globale du monde que produit la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde domin&#233; par ces images, le psychisme est en train de se saisir en train de se transformer mais impuissant &#224; agir sur cette transformation. Il voit que ce qui jusqu'ici lui servait &#224; se contr&#244;ler et &#224; assurer le contr&#244;le de ses actes ne fonctionne plus. Il est incapable de pr&#233;voir ce qui va lui arriver comme individu et comme &#233;l&#233;ment de l'esp&#232;ce. De plus, les informations qu'il ne cesse de recevoir sont contradictoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le dire d'un mot, la publicit&#233; lui envoie des messages de bien-&#234;tre en configurant une image analogique cr&#233;dible du monde, mais son exp&#233;rience concr&#232;te lui montre et lui d&#233;montre le contraire. Il peut choisir de croire ou non ce que lui dit la publicit&#233;. Dans les deux cas, ce qui est en train de se produire, c'est l'apparition d'une faille radicale dans le fonctionnement des relations entre h&#233;misph&#232;res que la conscience a instaur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images &#233;mises par les &#233;crans, malgr&#233; leur caract&#232;re d'images visionnaires ou justement &#224; cause de lui, pr&#233;sentent aussi des aspects dramatiques au sujet de l'&#233;tat du monde qui contredisent l'image g&#233;n&#233;rale, m&#233;diatis&#233;e par les pouvoirs politiques et &#233;conomiques, d'une r&#233;alit&#233; acceptable et rassurante. Ainsi, le besoin d'&#233;quilibre dont a besoin la conscience et qui est fourni par l'adaptation de ses croyances &#224; l'image analogique et rassurante, se trouve mis en cause. En elle, ce sont d&#233;sormais plusieurs types d'images visionnaires qui se livrent un combat sans merci, certaines donnant des informations de plus en plus troublantes et violentes, contredisant les informations que les autres images, devenues elles aussi visionnaires, &#233;mettent sous forme de messages rassurants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc un double conflit entre les images visionnaires et le monde ratio&#239;de, images iconiques li&#233;es aux textes et d&#233;pendantes d'eux et, &#224; l'int&#233;rieur du champ des images, entre des images toutes &#171; devenues &#187; visionnaires mais &#233;mettant des messages contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9. La nouvelle schize&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On assiste aujourd'hui &#224; la remise en cause du lien de domination de certaines des fonctions du cerveau gauche sur certaines autres du cerveau droit. Cette remise en cause est engendr&#233;e par une sorte d'inversion de polarit&#233; entre ces deux univers psychiques et &#224; une rupture de l'&#233;quilibre, si l'on peut parler d'&#233;quilibre, tel qu'il s'est &#233;tabli depuis l'invention de l'&#233;criture. Comme celle qui a permis le passage du r&#233;gime bicam&#233;ral &#224; celui de la conscience, cette inversion est rendue possible par la plasticit&#233; du cerveau. Ce &#224; quoi nous assistons, c'est &#224; la remise en cause de la puissance de r&#233;confort de notre image mentale globale, &#233;tablie ou g&#233;r&#233;e par notre cerveau droit. Les informations que la conscience engrange depuis un demi-si&#232;cle sont en effet &#224; ce point &#171; impensables &#187; et contradictoires qu'une double schize se forme dans le fonctionnement psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;introduit une forme de s&#233;paration l&#224; o&#249; il y avait plut&#244;t liens et relations, et la seconde traverse les fonctions attribu&#233;es au cerveau droit et se manifeste par le conflit qui oppose images visionnaires rassurantes et images visionnaires terrifiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve donc dans une situation qui est en partie comparable &#224; celle que connaissaient les hommes bicam&#233;raux, comme les hommes qui vivaient avant et encore au temps de l'Iliade. En tout cas, ce que l'on peut apprendre d'eux peut nous permettre de mieux comprendre certains aspects de la crise g&#233;n&#233;rale que nous traversons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, les dieux n'&#233;taient plus toujours bons et justes. Ils commen&#231;aient m&#234;me &#224; &#171; se tromper &#187;, entendons que les hommes commen&#231;aient &#224; &#234;tre capables de voir que ce que disait un oracle pouvait contredire ou &#234;tre contredit par ce que disait en eux la raison. La raison n'&#233;tait pas encore la forme dominante d'organisation du psychisme. Les &#171; informations &#187; &#233;mises par les textes n'&#233;taient pas encore susceptibles de permettre &#224; la r&#233;assurance psychique de type ratio&#239;de de fonctionner &#224; plein r&#233;gime, c'est-&#224;-dire de rassurer les hommes quant &#224; leur place dans le cosmos. Les informations &#233;mises par les images n'&#233;taient plus capables de calmer toutes les angoisses de mani&#232;re satisfaisante et globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les dieux ne sont plus capables du tout d'assurer et de rassurer sur l'avenir, et les informations de type ratio&#239;de sont quant &#224; elles soit trop dramatiques pour &#234;tre acceptables telles qu'elles apparaissent, soit incompr&#233;hensibles, c'est-&#224;-dire impossibles &#224; prendre en charge par les individus isol&#233;s comme par la communaut&#233;, c'est-&#224;-dire par le dispositif g&#233;n&#233;ral de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait alors peut-&#234;tre dire au sujet de la peur qu'elle est en nous et hors de nous comme un effet implacable et in&#233;vitable du destin, que les images que nous avons invent&#233;es semblent devoir d&#233;sormais se tramer hors de notre contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux sont incapables de nous aider, cela nous pensions le savoir. Ce que nous d&#233;couvrons, c'est que nous ne pouvons plus nous aider nous-m&#234;mes, en tout cas pas en recourant au seul dispositif de la conscience. Notre t&#226;che est de tenter de modifier ce dispositif une fois de plus, mais, si l'on peut se risquer &#224; cette formulation, il nous faut le faire de mani&#232;re consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation, in&#233;dite dans l'histoire, constitue une situation de type double bind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les h&#233;ros &#233;taient des &#234;tres qui pouvaient encore faire appel &#224; la puissance des dieux pour leur venir en aide, nous ne pouvons faire appel &#224; rien ni &#224; personne pour nous venir en aide, les appareils eux-m&#234;mes &#233;tant &#224; la fois des &#233;metteurs de paroles et d'images contradictoires et les vecteurs m&#234;mes de la mutation psychique. Comment, englu&#233;s dans cette forme d&#233;pass&#233;e du psychisme, inventer des &#233;l&#233;ments de &#171; r&#233;ponse &#187; pouvant nous permettre d'&#233;chapper &#224; cette absence d'appel ? C'est &#224; l'&#233;vidence en misant malgr&#233; nous et malgr&#233; tout sur les images que nous auront une chance d'inventer la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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