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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>La nouvelle crise panique de l'alt&#233;rit&#233;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il faut d'abord &#233;noncer jusqu'&#224; n'en plus pouvoir les p&#244;les sur lesquels le discours panique de l'alt&#233;rit&#233; s'arr&#234;te commun&#233;ment, du moins en France ou en Europe, de nos jours.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2286-24011.jpg?1772262090' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il faut d'abord &#233;noncer jusqu'&#224; n'en plus pouvoir les p&#244;les sur lesquels le discours panique de l'alt&#233;rit&#233; s'arr&#234;te commun&#233;ment, du moins en France ou en Europe, de nos jours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En voici quelques-uns, qui font l'objet d'un m&#233;pris affich&#233; ou sourd selon les cas : les migrants et les r&#233;fugi&#233;s, les changements de genre et les orientations sexuelles diff&#233;rentes, les centres de planning familial, le port de v&#234;tements inhabituels dans notre contexte, le f&#233;minisme et le mouvement #metoo, le wokisme, certaines religions, les handicaps qui se montrent, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si rien de syst&#233;matiquement &#233;quivalent ne rapproche ces p&#244;les, ils sont n&#233;anmoins l'objet insidieux d'un m&#234;me affect d'hostilit&#233; bient&#244;t tourn&#233;e en haine, qu'elle vise des &#171; objets &#187; ext&#233;rieurs &#224; la collectivit&#233; de r&#233;f&#233;rence ou soit rabattue sur des &#171; objets &#187; proches et plus personnels. Cette hostilit&#233; est exprim&#233;e dans des attitudes aux formes plus ou moins dramatiques et des propos vengeurs au quotidien, tout autant qu'elle est soutenue et r&#233;pandue au gr&#233; des &#233;v&#233;nements dans des discours tenus dans ou par les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04_messager.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/04_messager-67b90.jpg?1685217167' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Annette Messager, 2017, Mus&#233;e Cond&#233;, Chantilly
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est nouveau, c'est que, de nos jours, ces p&#244;les suscitent des haines renouvel&#233;es. Elles ne portent plus &#171; contre &#187; l'autre, soumis &#224; un degr&#233; de visibilit&#233; d&#233;pendant du type et de la forme du milieu de r&#233;ception. Elles portent sur l'acuit&#233; de l'autre &#224; &#171; notre &#187; &#233;gard. Cet affect de haine, traduit certes toujours en effort destructeur, mais, au-del&#224; de l'autre et de l'antith&#232;se simple &#171; moi &#187; et les &#171; autres &#187;, il porte sur le nouveau rapport qui fait l'alt&#233;rit&#233; (antith&#232;se redoubl&#233;e) au terme de plusieurs ann&#233;es de luttes des &#171; autres &#187; pour la reconnaissance. Ces p&#244;les cristallisent une attention aux nouveaux rapports entre les uns et les autres dans un monde et une &#233;poque soumis, entre autres, &#224; deux caract&#233;ristiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'une part, la fragilisation et la d&#233;cr&#233;dibilisation des grands r&#233;cits de soi propres &#224; l'histoire de l'Occident ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; D'autre part, la conqu&#234;te de leur reconnaissance progressive par les vaincus de cette m&#234;me histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux caract&#233;ristiques constituent pr&#233;cis&#233;ment le point d&#233;cisif de ces vindictes, devenues courantes &#224; la surface des territoires sur lesquels porte notre propos. Elles obligent express&#233;ment &#224; comprendre &#8211; si ce n'&#233;tait pas encore le cas, malgr&#233; les narrations &#233;tablies &#8211; qu'aucun sensible commun universel n'a valu dans notre histoire, sinon sous l'&#233;gide d'une domination (&#233;conomique, politique, coloniale, patriarcale, esth&#233;tique&#8230;) et d'une mani&#232;re pour l'Occident de penser dans la t&#234;te des autres, voire avec &#171; l'&#339;il de Dieu &#187; capable de tout voir et de tout organiser (selon l'expression de Donna Haraway). Elles montrent plus fortement encore qu'aucun sensible commun universel ne vaut actuellement malgr&#233; les appels moraux et compassionnels, tenus pour historiquement neutres, &#224; l'accueil de l'autre. Quant &#224; participer &#224; la construction d'un (autre) universel cette fois discut&#233;, un universel concret, il n'en est pas question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vindicte &#224; l'&#233;gard de l'alt&#233;rit&#233;, donc, qui porte &#224; r&#233;cuser le rapport m&#234;me constitutif de l'un et de l'autre, chacun en autre de l'autre, puisque les autres sont r&#233;duits par les dispositions d'esprit et la parole de l'un, sans d&#233;licatesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH666/05_audiard-08d14.jpg?1772226812' width='500' height='666' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Michel Audiard, Passage Abdelkader, 2022, vandalis&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Insistons sur une diff&#233;rence. La forme (le style) de ces attitudes et discours est certes commune avec l'ancien racisme de l'autre. Elle n'est bien s&#251;r pas d'argumenter sur tel ou tel ph&#233;nom&#232;ne, pas plus qu'elle n'est de requ&#233;rir des v&#233;rifications des propos tenus dans la fable efficace des dommages caus&#233;s ou des injures &#233;mises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais diff&#233;rent de cet ancien racisme qui nie m&#234;me l'humanit&#233; de l'autre, son objet est de centrer le geste et le ton sur le rapport d'alt&#233;rit&#233; m&#234;me et sur la panique dont l'esprit est d&#233;j&#224; accapar&#233; par la fragilisation de ses r&#233;f&#233;rences habituelles &#8211; cette &#233;chelle unique sur laquelle nous avons cru pouvoir mesurer la qualit&#233; des civilisations &#8211;, ou d'obtenir que cette panique s'&#233;tende sur d'autres esprits, par un jeu de l'imagination constitu&#233; de traits rh&#233;toriques traumatisants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si on &#171; les &#187; laisse faire, &#171; nous &#187; allons dispara&#238;tre, nous ne nous reconna&#238;trons plus nous-m&#234;mes chez nous ! ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#171; Ce qui vaut pour un, vaut pour tous &#187; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#171; Si on c&#232;de aux uns, il faudra c&#233;der &#224; tous &#187; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#171; Si on c&#232;de sur cela, on c&#232;de sur tout &#187; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#171; S'il y en a un quelque part, c'est que nous sommes d&#233;j&#224; envahis &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces traits et cette logique du passage sans m&#233;diation de un &#224; tous entra&#238;nent des images de propagation incontr&#244;l&#233;e, m&#226;tin&#233;es d'une angoisse d'impuissance &#224; surmonter un d&#233;ferlement sans secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, il y a bien une sp&#233;cificit&#233; de la crise panique de l'alt&#233;rit&#233; v&#233;cue depuis le d&#233;but du XXI&#232;me si&#232;cle, depuis l'&#233;mergence publique de la conscience du coucher de soi en soleil qu'a atteint l'Occident. Au sens o&#249; &#171; Occident &#187; est un terme construit &#224; partir du latin : &lt;i&gt;ob-cadere&lt;/i&gt; signifiant tomber, et en parlant du soleil, il signifie : se coucher&#8230; En ce sens, le nom &#171; Occident &#187; appliqu&#233; &#224; l'Europe fait d'elle le lieu d'un coucher du soleil du monde pour lequel s'est pris l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06_les-femen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/06_les-femen-3b47e.jpg?1685217167' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les Femen, 2017, Place de la R&#233;publique, Paris
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; on a saisi depuis longtemps que le rejet de l'autre r&#233;pondait d'abord &#224; une peur de soi sous r&#233;gime d'identit&#233; collective forte et dominante &#8211; ce rejet de l'autre et cette d&#233;nonciation permanente reposait d'abord sur les perspectives nouvelles apport&#233;es par l'autre d'une mani&#232;re d&#233;centr&#233;e par rapport &#224; &#171; notre &#187; exp&#233;rience, mise en mouvement face &#224; laquelle chacun(e) essayait de retrouver le centre habituel de son point de vue, m&#234;me si parfois il consistait en un d&#233;sir de l'autre renvers&#233;, en peur de son propre d&#233;sir lorsqu'il d&#233;sire le d&#233;sir des autres et le retourne en d&#233;sir de ha&#239;r ce que les autres aiment &#8211;, la configuration actuelle s'ancre dans un degr&#233; sup&#233;rieur de la haine, du rapport d'alt&#233;rit&#233; sous r&#233;gime, cette fois, d'identit&#233; fragile et de reconnaissance n&#233;cessaire du fait que la pluralit&#233; (des humains et des cultures) n'est pas une donn&#233;e simplement math&#233;matique. Cette haine s'enveloppe d'une angoisse de mort devant les nouveaux rapports d'alt&#233;rit&#233;. Elle &#233;quivaut au rejet de ce rapport d'alt&#233;rit&#233; parce qu'on sait devoir tenir compte d&#233;sormais du fait que chacun sait n'&#234;tre plus qu'un autre pour l'autre. D&#232;s lors que l'on sait que les autres r&#233;clament, &#224; juste titre, une r&#233;ciprocit&#233; qui n'admet plus de domination. Et ce n'est pas uniquement une le&#231;on acquise et r&#233;fl&#233;chie par les travaux de sociologie, d'ethnologie ou surtout d'ethnologie invers&#233;e, et des psychanalystes. Il ne s'agit m&#234;me plus de d&#233;couvrir ce retour d'alt&#233;rit&#233;. Il s'agit de le vivre au d&#233;triment de sa formation premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cette panique ne se dispense pas de puiser dans les discours excluant du pass&#233; ou dans les peurs enfouies au plus profond des humains. &#192; leur configuration, elle impose tout de m&#234;me une torsion. Dans la haine panique de l'alt&#233;rit&#233; de nos jours, on doit compter sur le d&#233;ploiement d'une force sup&#233;rieure &#224; celle de la logique habituelle des st&#233;r&#233;otypes et des relativismes (par essentialisation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa force d&#233;borde, en effet, les st&#233;r&#233;otypes qui r&#233;duisent l'autre par la parole de l'un&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que Jacques Lacan souligne d'un : &#171; regarder le voisin et croire qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces derniers n'exposent encore que l'affect de ne frayer qu'avec des corps norm&#233;s sous r&#233;gime d'identit&#233; collective forte et d'absorption dans la r&#233;alit&#233; mani&#233;e quotidiennement, autour desquels tous les autres sont barbaris&#233;s/racis&#233;s. Ce sont des sortes d'accusations, dont les porteurs-euses sont conscient(e)s, tourn&#233;es en assignations, &#224; partir de collages de traits distinctifs d&#233;finissant l'autre, d'un c&#244;t&#233; (et l'essentialisant : mani&#232;res sp&#233;ciales de prononcer certains mots, habitudes vestimentaires et autres &#171; marqueurs identitaires &#187;). Mais aussi, de l'autre, de larges ressentiments sociaux, fond&#233;s sur un ou des types de distribution du sensible dans telle ou telle soci&#233;t&#233;, bient&#244;t tourn&#233;s en vandalisme des &#339;uvres des autres. Ces st&#233;r&#233;otypes exercent un v&#233;ritable pouvoir performatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela &#233;tant, ils sont mouvants, d'abord parce qu'ils s'organisent &#224; partir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sous une rh&#233;torique qui, pour &#234;tre simpliste, n'en est pas moins efficace quant &#224; sa pr&#233;gnance. Encore est-elle parfois prise &#224; revers sous couvert de tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa force ne les sublime m&#234;me pas en relativismes culturels. Plus durables que les st&#233;r&#233;otypes, il ne s'agit cependant l&#224; que d'une mani&#232;re d'&#233;carter l'autre de tout rapport avec soi. Le relativisme produit des effets de rejet et d'exclusion peut-&#234;tre plus violents, parce qu'il est oblig&#233; de faire sa place &#224; la culture autre, cette fois en naturalisant les refus que l'autre s'impose des partages et diff&#233;rences culturelles promues par le partisan du relativisme : fa&#231;ons de parler, styles vestimentaires, habitudes culinaires,... en visant &#224; les cantonner dans des espaces sans m&#233;lange et interf&#233;rence. Ces pratiques et discours reposent sur de pseudo-concepts charg&#233;s de montrer simultan&#233;ment que des in&#233;galit&#233;s intellectuelles se manifestent dans les cultures pour ces &#171; raisons &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La grille culturelle de lecture de ces hi&#233;rarchisations a une certaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa force est de les englober plut&#244;t dans un rejet ancr&#233; dans l'insupportable, le rapport d'alt&#233;rit&#233; lui-m&#234;me : &#234;tre regard&#233; soi-m&#234;me par les autres comme &#171; leur &#187; autre, et seulement leur autre, raval&#233; de ce fait au rang d'un parmi tant d'autres. Cette nouvelle dimension qui pr&#233;c&#233;demment n'&#233;tait ni enti&#232;rement consciente ni fortement exprim&#233;e l'est d&#233;sormais d'autant plus que le grand r&#233;cit de l'Occident n'est plus cr&#233;dible, que d'autres grands r&#233;cits sont diffus&#233;s, et que les &#233;changes mondiaux sont autrement structur&#233;s. Elle autorise &#224; d&#233;cr&#233;ter des mises &#224; mort de l'autre. Salman Rushdie a fait les frais de ces passions de type pulsionnel, l&#233;gitim&#233;es par un commandement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH666/07_archive-esclavage-fb531.jpg?1772226812' width='500' height='666' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Archive de l'esclavage occidental, dessin d'un artiste anonyme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reformulons alors les choses. Se savoir regard&#233; comme autre, et savoir que les alt&#233;rit&#233;s de ce fait se regardent et se recoupent dans un monde qui ne cesse de contester les dominations et les grands r&#233;cits de surplomb est devenu insupportable aux haineux. Ce n'est plus le &#171; nous &#187; qui pla&#231;ons l'autre l&#224; o&#249; nous le voulons. &#171; Nous &#187; d&#233;couvrons que nous ne sommes que l&#224; o&#249; se croisent les uns et les autres. Paradoxalement, la panique en question reconna&#238;t l'humanit&#233; de l'autre sous forme d'un rival dans ce rapport. Il n'y a plus de norme dominante en mati&#232;re de regard puisque l'autre peut aussi regarder l'autre selon les m&#234;mes voies. Il n'y a plus de norme dominante en mati&#232;re de langue puisque toutes les langues se valent, etc. Et le monde prend une configuration qui appelle &#224; des d&#233;bats plut&#244;t qu'&#224; des certitudes identitaires. La m&#233;connaissance du rapport dans le contexte contemporain est li&#233; &#224; l'imposition d'une reconnaissance universelle n&#233;cessaire et d&#233;j&#224; en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'autant plus parler de &#171; haine &#187; dans ces ph&#233;nom&#232;nes, que d&#233;sormais le terme fait consensus dans les domaines juridiques, institutionnels et litt&#233;raires pour d&#233;signer le racisme, le sexisme, l'homophobie, la transphobie ou le validisme. Encore faut-il se m&#233;fier d'un usage qui risque de maintenir les gestes et propos d&#233;sign&#233;s dans le registre des &#233;motions, alors que ces ph&#233;nom&#232;nes sont pris dans des constructions politiques et th&#233;oriques qui traversent nos soci&#233;t&#233;s en les structurant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH594/08_adrian-paci-19292.jpg?1772226813' width='500' height='594' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Adrian Paci, 2007, Centre de permanence temporaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que nous ne nous trouvons pas face &#224; une machinerie sociale insaisissable, et &#224; une haine &#224; laquelle nous ne pouvons rien. Cette derni&#232;re est bien un ph&#233;nom&#232;ne dont chacun(e) pourrait se d&#233;faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que nous ayons appuy&#233; ce triomphe de la haine sur une &#233;clipse du grand r&#233;cit identitaire et uniform&#233;ment appliqu&#233; de la Nation ou de l'Occident, ainsi qu'&#224; la lutte mondiale pour la reconnaissance entreprise par &#171; les autres &#187;, il reste &#224; discuter la question de savoir si la reconstitution (esp&#233;r&#233;e par beaucoup) de grands r&#233;cits identitaires porterait &#224; la diminution ou disparition de cette haine de l'alt&#233;rit&#233; m&#234;me ? Bien &#233;videmment non. Les grands r&#233;cits n'en sont pas la seule cause (l'&#233;conomie, la politique les soutiennent). Ces reconstitutions confinent &#224; un nouveau nationalisme x&#233;nophobe. Par extension, on pourrait ajouter qu'en appuyant cette haine sur des pulsions particuli&#232;res, on ne solde pas plus cette mont&#233;e en puissance de la haine de l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, c'est &#233;ventuellement en intervenant sur les processus de subjectivation des citoyennes et des citoyens que pourraient se d&#233;gager des voies par lesquelles ce ph&#233;nom&#232;ne pourrait ne pas poursuivre sa propre reproduction. Puisque cette haine est un affect passif de la relation m&#234;me, disons subi sous des conditions sociales, politiques et historiques de domination d&#233;cal&#233;e et contest&#233;e, elle peut &#234;tre transmu&#233;e en activit&#233; positive ou un engagement de chacune et chacun en sujets d'un monde de dissentiments assum&#233;s. En promouvant des dynamiques de subjectivation, ce sont autant de recompositions de sujets d'une nouvelle cit&#233; par le biais d'une histoire commune avec tous ceux qui sont exclus par tel ou tel rapport social et culturel qui pourraient se profiler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;Christian Ruby&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que Jacques Lacan souligne d'un : &#171; regarder le voisin et croire qu'il pense ce que nous pensons est une erreur grossi&#232;re &#187; (&lt;i&gt;S&#233;minaire II&lt;/i&gt;, &#171; Le Moi dans la th&#233;orie de Freud &#187;, Paris, Seuil, 1978, p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela &#233;tant, ils sont mouvants, d'abord parce qu'ils s'organisent &#224; partir d'un rapport (entre deux groupes qui se forgent dans ce rapport) qui, quoique non r&#233;ciproque, est toujours susceptible de d&#233;placements parce que ce sont des mondes sensibles qui s'y affrontent ; et ensuite puisque, par un jeu de transfert qui peut prendre des formes morales, politiques, voire esth&#233;tiques, les assign&#233;s eux-m&#234;mes ne s'y enferment souvent qu'en les tournant en plaisanterie, quand ils ne s'emparent pas parfois des stigmates qui leur sont accol&#233;s pour en faire des symboles de fiert&#233; dans une requ&#234;te en reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La grille culturelle de lecture de ces hi&#233;rarchisations a une certaine efficacit&#233;, dans la mesure o&#249; ce discours croit pouvoir &#233;viter &#224; son &#233;gard les condamnations l&#233;gales pour &#171; racisme culturel &#187;. Il lui suffit d'affirmer que toutes les cultures ne se valent pas, et que chaque culture doit rester dans son espace pr&#233;tendument &#171; naturel &#187;, sinon &#224; organiser &#171; chez nous &#187; un grand remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Hans Haacke, &#192; la population, Berlin, Reichstag, 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Au commencement de(ux) &#187;</title>
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		<dc:date>2023-05-05T10:44:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Barbuscia</dc:creator>


		<dc:subject>Eros</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En extension d'une lecture des &#171; &#201;l&#233;gies de Duino &#187; de Rilke, Marie Barbuscia s'empare de l'exercice pour composer un chant &#233;l&#233;giaque &#171; Au commencement de &#187; &#233;voquant la rencontre et la cr&#233;ation. On entendra sans se m&#233;prendre, la morsure des dents dans le fruit. Illustr&#233;e par l'artiste Rey RAYA, la gravure creuse un paysage en suspens, saisie de stupeur &#224; l'image d'une pendule faisant le bien et le mal. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Au commencement de(ux) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une rencontre, C'est une coupure dans la multiplicit&#233;, Une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Eros" rel="tag"&gt;Eros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/arton2268-57da5.jpg?1772192669' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En extension d'une lecture des &#171; &#201;l&#233;gies de Duino &#187; de Rilke, Marie Barbuscia s'empare de l'exercice pour composer un chant &#233;l&#233;giaque &#171; Au commencement de &#187; &#233;voquant la rencontre et la cr&#233;ation. On entendra sans se m&#233;prendre, la morsure des dents dans le fruit. Illustr&#233;e par l'artiste Rey RAYA, la gravure creuse un paysage en suspens, saisie de stupeur &#224; l'image d'une pendule faisant le bien et le mal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; Au commencement de(ux) &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_19367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-couverture-orchestre_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/image-couverture-orchestre_blog-6abf4.jpg?1682184939' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Orchestre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Rey RAYA, Acrylique sur carton, 30*42 cm, 2020
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une rencontre, &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une coupure dans la multiplicit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Une visitation de soi-m&#234;me &#224; l'origine du monde. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis la chute du Paradis et l'&#233;mergence de la conscience, le Deux chantent son apparition ambigu&#235; entre joie et d&#233;chirure pour retrouver l'&#233;cho d'une Mn&#233;mosyne. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Entends-tu les couleurs de la mer battre le nuancier sur les rochers ? &lt;center&gt;
&lt;center&gt;Les variations en demi-silence : le son repli&#233; d'une vague&lt;center&gt;
&lt;center&gt; qui s'entretient toujours avec celle &#224; venir est semblable aux souvenirs&lt;center&gt;
&lt;center&gt;et &#224; ses tonitruantes sonorit&#233;s d'allers-venus.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Mer, que portes-tu dans tes tr&#232;s-fonds silencieux ?&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;right&gt;Ind&#233;chiffrable unit&#233; &#224; l'&#339;il nu, l'ouverture immense du bleu sans marges est une dialectique d&#233;sincarn&#233;e par le flot des vagues contradictoires. En partition musicale, elle d&#233;plie les lignes &#224; l'horizontale pour donner &#224; chaque tonalit&#233;, un tout harmonique&lt;/right&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Entre deux b&#226;illements,&lt;center&gt;
&lt;center&gt;Le ciel est ce qui ne nait pas - dit -&lt;center&gt;
&lt;center&gt;Une porte entrouverte : sans verrous ni seuil.&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_19368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image1-anne_es1_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH629/image1-anne_es1_blog-fdcb7.jpg?1682184939' width='500' height='629' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ann&#233;es
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Rey RAYA, S&#233;rigraphie, 35*50 cm, 2015
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le ciel inatteignable embrasse et oppresse, on s'interroge sur les augures dans les sillons des oiseaux. Le salut est l'apoth&#233;ose occasionn&#233; par le d&#233;sir de gu&#233;rison, r&#233;gi par la possibilit&#233; d'entrouvrir la serrure de la faute. Le ciel grince comme un violon d'Ingres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme cieux renferm&#233; dans sa monodie et Femme perdue nomm&#233;e par les nuages cherchent voix &#224; l'accord mystique ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel un lieu ferm&#233;, l'&#206;le est la surabondance de la pl&#233;nitude, elle est la Terre comme festivit&#233; &#233;ternelle du printemps, o&#249; la mati&#232;re elle-m&#234;me, jouit en devenant chant. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des Palimpsestes grav&#233;s sur des &#233;corces, l'importance d'une parole de v&#233;rit&#233; tient &#224; sa fertilit&#233; dans nos racines. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19369 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image3-fierte__blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/image3-fierte__blog-97924.jpg?1682184939' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fiert&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Rey RAYA, Encre rouge sur carton, 15*21 cm, 2015
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'ombre de cet arbre qui arrose le n&#233;ant de la Terre hors du Jardin, sinon l'Histoire qui en d&#233;coulera d&#232;s qu'on aura mang&#233; l'Impossible, d&#232;s qu'on aura cru chanter le bien et le mal ? &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;M&#234;me un balbutiement peut devenir semence,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt; Si elle se r&#233;v&#232;le &#234;tre la trace d'une sueur plus ancienne,&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Celle de l'indescriptible narration de l'&#234;tre.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Marie Barbuscia&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur/peindre</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sur-peindre</link>
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		<dc:date>2023-03-01T11:51:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Cauda</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Surfigurer est &#224; entendre tel qu'on entendait figurer au XVe si&#232;cle : &#171; D&#233;crire un d&#233;tour hors de la ressemblance et la d&#233;signation, entrer dans le domaine paradoxal de l'&#233;quivoque et de la dissemblance. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2229-1c3d7.jpg?1772205331' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Surfigurer est &#224; entendre tel qu'on entendait figurer au XVe si&#232;cle : &#171; D&#233;crire un d&#233;tour hors de la ressemblance et la d&#233;signation, entrer dans le domaine paradoxal de l'&#233;quivoque et de la dissemblance. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui que le r&#233;el est dans un rapport de stricte &#233;galit&#233; avec le visible, rien n'existe en dehors de son image. Aussi la peinture ne saurait avoir d'autre objet que le d&#233;j&#224;-vu et d'autres exigences que de l'interroger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'arriverait-il &#224; la peinture si on ne peignait que ce qui co&#239;ncide avec son image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Peindre le d&#233;j&#224;-vu ne revient-il pas &#224; le maintenir dessus le monde des images par le signe efficace de sa propre destruction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Dans la peinture, l'absence du peintre n'appara&#238;t-elle pas comme une empreinte dans laquelle le spectateur peut glisser ses pas, alors que le photographe ne manque jamais &#224; la photographie qui est la preuve de sa pr&#233;sence omnipotente dans laquelle le spectateur vient buter comme contre un mur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peindre le d&#233;j&#224;-vu, autrement dit se d&#233;livrer des clefs qui ouvrent la repr&#233;sentation, et redonner une figure au monde par le trou que fait la peinture dans cette image que le r&#233;el a pris pour seul mod&#232;le, et &#224; qui elle se substitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visages peints par Poussin, par leur &#233;vidente appartenance au principe du d&#233;j&#224;-vu, rec&#232;lent des signes avant-coureurs de surfiguration. D&#233;j&#224;-vu par l'&#339;il, l'&#339;il absolu (l'&#339;il de Dieu) plus que jamais omnipr&#233;sent dans l'approche surfigurative qui pose avec Lui un signe &#233;gal entre le visible et le r&#233;el. Ils ont aussi cette frontalit&#233; myst&#233;rieuse (l'expression est de Daniel Kl&#233;baner ) qui les pr&#233;sente, en quelque sorte, de face et de profil en m&#234;me temps, un peu comme s'ils pariaient sur l'existence de Dieu (profil ou face ?), pari qui engage aussi la surfiguration. &#192; la question de savoir s'il y a un moyen de voir le dessous du jeu, la surfiguration r&#233;pond : &#171; Oui, la Peinture et le reste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue dialectique du destin de l'art, le passage de l'&#233;motion dionysiaque au r&#234;ve apollinien n'est aucunement r&#233;versible. En revanche, avec la surfiguration, le r&#234;ve apollinien de la photographie est emport&#233; dans le sommeil de l'&#233;motion jusqu'au r&#233;veil de celle-ci par la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edgar A. Poe : &#171; Ainsi tout argument fond&#233; sur la fiction est applicable &#224; la v&#233;rit&#233; ; et la recherche de la v&#233;rit&#233; est le but. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au si&#232;cle dernier, au cours des ann&#233;es 1960/1970, le verbe &#171; peindre &#187;, &#224; l'exception de quelques (emplois) monochromes, a d&#233;sert&#233; le vocabulaire de la plupart des artistes. D'autres, comme Stella et Reinhardt, tent&#232;rent m&#234;me d'&lt;i&gt;ex&#233;cuter&lt;/i&gt; l&#224; leur &#171; Dernier Tableau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, la th&#233;orie a alors quitt&#233; le champ de la repr&#233;sentation (jug&#233;e triviale) pour celui de la pr&#233;sentation et du pr&#233;sentateur. Dans le m&#234;me temps, la t&#233;l&#233;vision prenait le pas sur le cin&#233;ma, et, &#171; Rio Bravo &#187; &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme le dernier western&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_famille-goya.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH394/1_famille-goya-1634f.jpg?1677671747' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Famille (Goya), pastel sur papier 2015
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour m&#233;moire, la pr&#233;sentation, dite performative, confondue &#224; son &#233;nonciation, &#233;tait son propre r&#233;f&#233;rent autoproclam&#233; et totalitaire. Tautologiquement une et se d&#233;signant comme tout, elle ne d&#233;signa rien d'autre que sa propre fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Thuiller : &#171; Plus un art limite ses moyens, et plus il se lib&#232;re du temps ; plus il se veut total, et plus court est l'instant o&#249; il se r&#233;alise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les figures de la surfiguration ont ceci en commun qu'elles comprennent l'acte d'imitation et non son r&#233;sultat. Elles en comprennent la cause, &#171; comprendre &#187; au double sens d'avoir avec soi et de percevoir, la cause d'&#234;tre caus&#233;e par l'omnipr&#233;sence de l'&#339;il dont on ignore o&#249; il se trouve, et les effets qui en d&#233;coulent : qu'il est impossible de rendre (visible) ce par quoi on est regard&#233;, bien que ce par quoi on est regard&#233; soit la cause de notre regard, sauf &#224; l'inscrire dans l'imagination du r&#234;ve et du d&#233;j&#224;-vu qu'il comprend avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on fait un portrait, il y a trois mani&#232;res de poser un visage : ou de face, ou de trois-quarts, ou de profil. De face, le portrait regarde son semblable, c'est-&#224;-dire la mort droit dans les yeux. De trois-quarts, il regarde Dieu, l'&#233;ternit&#233;, l'infini. Et de profil, sa post&#233;rit&#233;, comme &#201;rasme peint par Holbein regarde son acte d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une quatri&#232;me, cubiste, qui est de rendre toutes les trois en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le regard est port&#233; sur le temps. Et davantage avec le cubisme qui ajoute du temps biologique au temps math&#233;matique, m&#233;tronome jusqu'alors en peinture. Pour la biologie, comme pour la peinture cubiste, 1 n'est pas &#233;gal &#224; 1, le temps qui passe entre les deux les rend dissemblables, un peu comme s'il s'agissait du m&#234;me sous les traits d'un autre qui d&#233;file sous les traits du m&#234;me. En somme, une figure + une figure + une figure &#233;galeraient une surfigure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger de Piles &#233;crirait aujourd'hui qu'il y a deux sortes d'id&#233;es : l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale qui convient &#224; tous les hommes, c'est la photographie ; et l'id&#233;e particuli&#232;re qui convient au peintre seulement, c'est la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;zanne : &#171; La nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'introduire dans nos vibrations de lumi&#232;re repr&#233;sent&#233;es par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleut&#233;s pour faire sentir l'air. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la surfiguration, la couleur repr&#233;sente aussi bien que le trait. Et tout particuli&#232;rement quand il s'agit d'un portrait o&#249; la profondeur n'est plus seulement une question d'espace mais d'int&#233;riorit&#233;. Un bleu, par exemple, exprimera l'articulation qu'il y a entre le souffle du monde et celui du d&#233;j&#224;-vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux phrases &#224; surfigurer au pass&#233; &lt;i&gt;r&#233;miniscent&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) Christian Boltanski : &#171; Reconstitution d'un accident qui ne m'est jamais arriv&#233; et o&#249; j'ai trouv&#233; la mort. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Roland Barthes : &#171; &#202;tre photographi&#233; produit un sentiment de perte d'identit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfigur&#233;, le temps est l'expression de la continuation de la photographie qui n'est plus dans la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie rel&#232;ve du mythe de Diane, la peinture de celui d'Act&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste surfiguratif se tient &#224; mi-chemin du visible et de l'invisible, pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; r&#234;ve une image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconscient a &#233;t&#233; d&#233;couvert pour redonner un &#339;il &#224; la figure du monde que la photographie venait de lui &#244;ter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_frago-cauda.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/2_frago-cauda-d6f30.jpg?1772191836' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Frago
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le rapport qu'entretient la peinture avec la photographie au travers de la surfiguration est &#224; rapprocher de celui qui, sous le coup de la naissance du Purgatoire au XIIIe si&#232;cle, permit &#224; Giotto de faire passer l'art de peindre du grec au latin. Dans les deux cas, il s'agit d'un entre-deux, d'un espace nouveau, produit des relations qui unissent l'espace de la soci&#233;t&#233; des morts &#224; celui de la soci&#233;t&#233; des vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portrait nous montre les mots que nous sommes devenus. Surfigur&#233;e, la peinture d'un visage est &#224; entendre comme une vocalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture aurait-elle des oreilles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portrait surfiguratif est fait de visages qu'il re&#231;oit en lui comme un corps re&#231;oit issu de lui-m&#234;me des corps suppl&#233;mentaires. Chaque corps a son avant-corps par la forme qui l'organise, et son &lt;i&gt;apr&#232;s-corps&lt;/i&gt; par le prolongement de sa mati&#232;re. Au geste surfiguratif de les faire tenir &#224; la fois et en m&#234;me temps, en eux-m&#234;mes et hors d'eux-m&#234;mes, y &#234;tre tout en n'y &#233;tant pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la surfiguration, la peinture fait un trou dans la suite ininterrompue de &#171; maintenant &#187; qu'est la vie et dans la suite &#171; d'ici et maintenant &#187; qu'est la photographie, un trou o&#249; plonger ce qu'il y a de plus ressemblant &#224; la ressemblance par excellence : le cadavre. L'homme est ainsi fait (&#224; l'image de son &#233;tranget&#233; cadav&#233;rique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goethe : &#171; Dans toute forme organique, l'ext&#233;rieur proc&#232;de morphologiquement de l'int&#233;rieur. &#187; Ainsi, avec la peinture le b&#339;uf sera toujours &#233;corch&#233; et la le&#231;on toujours d'anatomie. De m&#234;me, prise dans la perspective surfigurative, la peinture est &#224; regarder comme l'int&#233;rieur d'une image (photographique), intestine &#224; la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Georges Bataille : &#171; Toute question est d'abord une question d'emploi du temps. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Walter Benjamin : &#171; Ce n'est pas un hasard si le portrait a jou&#233; un r&#244;le central aux premiers temps de la photographie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le peintre surfiguratif, il s'agit d'objectiver la perception subjective, de prendre pour objet des sensations dont la source n'est plus la nature mais sa repr&#233;sentation r&#233;tinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir c'est tendre le d&#233;sir au miroir ou l'inverse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste surfiguratif a pour ambition premi&#232;re de refaire l'amour avec la peinture, avec le monde par la jouissance qui fait que la peinture est la peinture parce qu'elle donne &#224; jouir. Peindre est &#224; concevoir comme ph&#233;nom&#232;ne &#233;rotique et le peintre comme amant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_la-plage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/3_la-plage-cf0fc.jpg?1677671747' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; La-plage
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;toile, 100x73cm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Marion : &#171; L'amant n'aime pas tant pour &#234;tre que pour r&#233;sister &#224; ce qui annule l'&#234;tre. &#187; &#171; L'amour ne d&#233;rive pas de l'ego mais le pr&#233;c&#232;de et le donne &#224; lui &#224; lui-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le peintre n'aime pas tant pour peindre que pour r&#233;sister &#224; ce qui annule la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin Retz : &#171; Marcel Duchamp ne ha&#239;ssait pas seulement la peinture et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale tout ce qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233;, il ha&#239;ssait avec la plus grande indiff&#233;rence, et donc avec la plus grande cruaut&#233;, tout ce qui de pr&#232;s ou de loin se rapportait &#224; la jouissance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste surfiguratif redonne un corps &#224; la peinture dont l'histoire d&#233;j&#224; &#233;crite revient au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le geste surfiguratif, ce n'est pas le fait de produire de l'&#234;tre qui est unique, c'est la mani&#232;re de le produire. L'&#234;tre produit par le peintre surfiguratif est univoque avec l'&#234;tre produit par les effets de la peinture, (en consid&#233;rant que le peintre agit en produisant l'acte d'exister concomitamment avec ses effets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une mise en perspective surfigurative, qui de l'image photographique ou de la peinture occuperait le point de vue ou le point de fuite ? La question, &#233;videmment infond&#233;e, est absurde, elle rel&#232;ve m&#234;me du n'importe quoi. Mais de la poser, nous invite &#224; conclure que si, par extraordinaire, ces deux points se trouvaient &#224; co&#239;ncider sur un m&#234;me plan, ce ne serait plus comme autrefois par le seul effet d'une projection en miroir mais en imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gracian : &#171; La transmutation est davantage fond&#233;e lorsque le th&#232;me transform&#233; entretient quelques &#233;quivalences avec celui en lequel on le transforme, et il se trouve ainsi comme sous deux lumi&#232;res, sur deux versants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on encore qualifier l'art d'anticipatif et doter l'artiste d'un don de double vue, proph&#233;tique et voyant ? Adorno :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Anticipation d'un inconnu&#8230; &#187; Berenson : &#171; Mod&#232;les pour des g&#233;n&#233;rations futures&#8230; &#187; Starobinski : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Anticipation des changements de l'esprit collectif&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kafka : &#171; Miroir qui avance&#8230; &#187; Etc&#8230; Aujourd'hui que le regard, coup&#233; de son histoire, g&#238;t au fond d'un urinoir, il semble plut&#244;t que pour beaucoup l'avenir n'est plus qu'au pr&#233;sent perp&#233;tuel et l'art au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_lascaux-ithyphallique.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/4_lascaux-ithyphallique-872a8.jpg?1677671747' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Lascaux ithyphallique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Louis Cane : &#171; Il me semble qu'aujourd'hui, &#224; part les hommes de lettres, plus personne dans le milieu de l'art ne s'int&#233;resse vraiment &#224; la repr&#233;sentation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martial Raysse : &#171; Parlant de peinture, il est surprenant d'entendre dire ces derni&#232;res ann&#233;es &#171; retour &#224; la peinture &#187; comme si les int&#233;ress&#233;s y &#233;taient arriv&#233;s&#8230; Les grands peintres, bien que situ&#233;s dans le pass&#233; par le temps historique, sont en r&#233;alit&#233;, sur le plan de l'esprit, loin devant nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser le d&#233;j&#224;-vu comme ossature d'une th&#233;orie (et d'une pratique) de la peinture a l'avantage d'en &#234;tre exclu. Voir est imm&#233;diat, alors que d&#233;j&#224; voir donne le recul, l'exclusion, n&#233;cessaire &#224; toute &#233;laboration du regard. Rien ne se constitue sans la distance dont le regard est l'auteur. D'autre part, &#233;crire sur la peinture, c'est aussi s'en faire regarder, car &#171; c'est l'&#339;il, dit Edmond Jab&#232;s, qui d&#233;clenche le vrai questionnement, l'interrogation des mille interrogations qui sommeillent dans la lettre &#187; sous les traits d'un regard endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'art est toujours en avance sur la th&#233;orie. Plus exactement, c'est la th&#233;orie qui est toujours en retard sur la pratique. Pour la surfigure et la surfiguration, la pratique et la th&#233;orie sont express&#233;ment contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Val&#233;ry distingue le regard de l'homme de celui du peintre : &#171; L'homme vit et se meut dans ce qu'il voit mais il ne voit que ce qu'il songe. Quant au peintre : &#171; il ne peut qu'il ne voie ce &#224; quoi il songe, et songe ce qu'il voit &#187;. Par cons&#233;quent, au plus fort de la surfiguration, ce qu'il voit le meut &#224; toujours revoir ce qu'il songe comme ce &#224; quoi il songe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfigurer c'est raconter une histoire, avec un d&#233;but et une fin, qui d&#233;tache la figure du fond qui l'enveloppe et qui signe en cela l'absence de la r&#233;alit&#233; d'o&#249; elle a &#233;t&#233; extraite, en l'occurrence de l'image industrielle. Ainsi, la figure surfigur&#233;e ne se doit pas seulement &#224; la ressemblance mais surtout &#224; la pr&#233;sence masqu&#233;e et sign&#233;e par l'absence de cette image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image c'est avant tout une pr&#233;sence. La pr&#233;sence d'une chose dont elle se d&#233;tache sans jamais la quitter. Elle pr&#233;sente le retrait de cette chose qui lui colle &#224; la peau. Elle en montre l'absence par la pr&#233;sence, et dans un m&#234;me mouvement : elle repr&#233;sente. C'est ce mouvement que surligne la surfiguration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture n'est pas une image. Elle n'est pas non plus une non-image. Elle est entre deux, la passe entre l'attrait et le retrait, entre le portrait et le soustrait, entre le trait et l'extrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Didi-Huberman : &#171; Chaque image offerte &#224; notre regard ne se sera donn&#233;e, dans son &#233;vidence m&#234;me, qu'&#224; travers l'&#233;conomie d&#233;concertante de paradoxes toujours nou&#233;s &#224; d'autres paradoxes. Chaque image ne se sera donn&#233;e que comme l'intensit&#233; affolante, souvent sublime, d'une simultan&#233;it&#233; contradictoire, d'une r&#233;union d'ordres h&#233;t&#233;rog&#232;nes, dans le passage le plus libre des repr&#233;sentations de choses aux repr&#233;sentions de mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_lascaux.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/5_lascaux-d4c9d.jpg?1677671747' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Lascaux
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Livrer l'image photographique au jeu de l'&#233;tranget&#233;, la d&#233;figurer pour mieux la surfigurer dans l'atteinte visuelle d'une coloration d&#233;concertante, surnaturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surfiguration rend &#224; la m&#233;moire ce que l'image industrielle a abandonn&#233; &#224; la lumi&#232;re : le trop-per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfigurer c'est donner &#224; l'image une peinture du dedans dissoute dans la couleur et la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surfiguration ne mod&#232;le pas, elle module, pour reprendre le verbe de C&#233;zanne, elle module sur tous les tons les effets de cette n&#233;gation : la peinture n'est pas une image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Clair : &#171; Dans son rapport au r&#233;el, ce que le regard envisage c'est le visage de son propre n&#233;ant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_les-transats.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/6_les-transats-ff9b2.jpg?1677671747' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Les Transats
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;toile, 100x73cm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine de la peinture il y a Lascaux, et, &#224; l'origine de l'Origine du Monde, Courbet. D'un c&#244;t&#233;, un homme ithyphallique, de l'autre une fente. La corne et la muleta. Deux &#171; histoires &#187; crois&#233;es qui font tout le regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Teyss&#232;dre : &#171; La grotte peinte dans l'Origine du Monde a pu montrer que ce qui se passe dans l'&#233;criture, se passe sous les deux yeux de la mort. Deux yeux non pas d'un c&#244;t&#233; mais l'un en retrait de l'autre, dans la profondeur. Car pour peu que l'on se souvienne (comment ne pas s'en souvenir ?) que le sujet du tableau, c'est un sexe de femme, peut-&#234;tre se repr&#233;sentera-t-on l'autre sujet, celui du d&#233;sir, sous l'aspect de l'homme-p&#233;nis qui tombe roide mort &#224; travers un double trou de regard, l'&#339;il aveugl&#233; du Cyclope qui saigne au bord du trou, l'&#339;il qui regarde Ca&#239;n. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfigurer c'est faire que le regard redevienne le miroir de la mort de l'image aveugl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste surfiguratif n'estime que les arts plans. Il rejette la sculpture et l'architecture. Au th&#233;&#226;tre il pr&#233;f&#232;re le cin&#233;ma, et &#224; la danse Fred Astaire. De la photographie, complice, il s'amuse et se sert, complice aussi, des &#233;crans. Il aime &#233;galement les pages rectangulaires de toutes les litt&#233;ratures, la sacr&#233;e comme la profane. Avec un go&#251;t marqu&#233; pour la premi&#232;re qui a l'avantage sur la seconde d'attabler la peinture &#224; la mort : &#171; Si Dieu peut accomplir des miracles &#224; travers les os, il est clair qu'il peut en faire aussi &#224; travers les images &#187;. Concile de Nic&#233;e II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image photographique a mauvais genre, elle est le reflet de ce que Castiglione appelait la p&#233;danterie de l'exactitude, et &#224; laquelle il opposait le principe de suggestion. Elle copie &#224; l'envi les moindres accidents que la nature impuissante &#224; corriger r&#233;p&#232;te inlassablement. Mais elle le fait sans faille, sans erreur, sans accident. Autrement dit, elle rend l'imparfait &#224; la perfection. Maintenant num&#233;rique, on lui a d&#233;cern&#233; le titre d'artifice jusqu'alors d&#233;volu &#224; la peinture, et consid&#233;r&#233; par Vasari comme le seul antidote au naturel empoisonnant. C'est donc d&#233;sormais une image &#224; deux t&#234;tes, une t&#234;te artificielle et une t&#234;te naturelle, qui a pour regard les yeux de la suggestion : le principe surfiguratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galil&#233;e : &#171; Artistique au plus haut point sera l'imitation qui repr&#233;sente le relief par son contraire qui est le plan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/7_velasquez--les-lances-e7bde.jpg?1772191836' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Vel&#225;zquez &#8212; Les lances
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question de l'imitation qui ne se posait plus depuis l'invention de la photographie revient sur le devant de la sc&#232;ne picturale gr&#226;ce au geste surfiguratif. Et rien n'est moins provocant que de regarder le pass&#233; sous les traits du pr&#233;sent. Et le d&#233;j&#224;-vu comme une nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton : &#171; Autrement appr&#233;ciable m'appara&#238;t la tentation ininterrompue de confronter tout ce qui existe &#224; tout ce qui peut exister, de faire surgir du jamais-vu de tout ce qui peut exhorter le d&#233;j&#224;-vu &#224; se faire moins &#233;tourdiment voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie ne questionne jamais la mim&#232;sis, elle ne se demande pas ce qu'il faut retenir, ni comment le faut-il : ou en totalit&#233; ou en partie ? Elle enregistre tout machinalement. Que penser alors de la surfiguration qui la prend pour mod&#232;le ? Reviendrait-elle &#224; renouer avec la peinture d'imitation tant d&#233;cri&#233;e par Baudelaire ? Non. La surfiguration r&#233;inscrit la peinture au c&#339;ur de la modernit&#233; et rend &#224; l'imagination l'imitation heureusement sacrifi&#233;e au d&#233;sir de revoir ce que Ga&#235;tan Picon appelle &#171; l'inchoatif d'un monde qu'il serait faux de croire achev&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfigurer c'est capter le mouvement de la chair et du sang dans les corps devenus exsangues et fantomatiques parce que vid&#233;s de leur temps par des machines &#224; fabriquer de l'image. Surfigurer c'est redonner des couleurs aux fant&#244;mes que nous sommes devenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty : &#171; Non pas voir par le dehors, comme les autres voient, le contour d'un corps qu'on habite, mais surtout &#234;tre vu par lui, exister en lui, &#233;migrer, &#234;tre s&#233;duit, capt&#233;, ali&#233;n&#233; par le fant&#244;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste surfiguratif &#171; parle &#187; la peinture dans une langue encore inconnue &#224; la peinture. Les mots sont les m&#234;mes mais leur sens a gliss&#233; vers un autre toujours d&#233;rob&#233;. Ce glissement entra&#238;ne la surfiguration &#224; pr&#233;senter l'image &#224; l'&#233;preuve de la peinture, dont le visible &#224; l'invisibilit&#233; provocante se d&#233;robe lui aussi sans cesse. Faut-il pr&#233;ciser que l'appareil photo et la cam&#233;ra ne produisent pas de visible (ce ne sont pas des lunettes) mais seulement des images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surfiguration pose la question de savoir comment retourner le gant du mensonge en v&#233;rit&#233; ? Comment pousser la nature amplifi&#233;e de toutes ses copies &#224; recouvrer l'imagination, la reine du vrai, positivement apparent&#233;e avec l'infini, selon Baudelaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier surfiguratif est le dernier lieu o&#249; reposent les images. Le trou o&#249; elles tombent sous l'&#339;il de la peinture. Leurs cendres, l'obscur le noir l'oubli, sont &#224; la naissance du geste surfiguratif, la lumi&#232;re la couleur la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Picasso : &#171; Le r&#244;le de la peinture n'est pas de peindre le mouvement, de mettre la r&#233;alit&#233; en mouvement. Son r&#244;le est plut&#244;t d'arr&#234;ter le mouvement. Il faut aller plus loin que le mouvement pour arr&#234;ter l'image. Sinon on court derri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constantin Brunner a introduit, entre la r&#233;alit&#233; fictive (reconnue par les sens) et la r&#233;alit&#233; abstraite (reconnue par la pens&#233;e abstraite), le fictivisme qui prend pour objet la r&#233;alit&#233; convertie en absolu ou l'absolu fictif. La surfiguration, entre la r&#233;alit&#233; de l'image et la r&#233;alit&#233; de la peinture, prend pour objet la surfigure convertie en absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire : &#171; Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur condamne &#224; peindre, h&#233;las, sur les t&#233;n&#232;bres&#8230; C'est Elle, Noire ! Et pourtant lumineuse&#8230; &#187; Peindre sur les t&#233;n&#232;bres, peindre pour recouvrir l'image, l'obscurcir, la br&#251;ler et trouver dans cet acte cette lumi&#232;re qui appara&#238;t, tel est le palimpseste mis en place par le geste surfiguratif : tons superpos&#233;s, recouverts, traces martyres, jeux d'images, photos d&#233;figur&#233;es puis surfigur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_velasquez-ve_nus.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/8_velasquez-ve_nus-36aa5.jpg?1677671748' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Cauda &#8212; Vel&#225;zquez &#8211; V&#233;nus
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Christine Buci-Glucksmann : &#171; D'embl&#233;e, le travail de l'&#339;il &#171; mort &#187; est travail de m&#233;moire, rassemblant des traces pour faire advenir de l'&#202;tre. D'embl&#233;e aussi, la peinture s'origine dans la blessure de l'&#339;il souvent peint comme aveugle, anonyme, sans regard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surfiguration privil&#233;gie le portrait. Tout portrait tient &#224; la fois de l'appara&#238;tre et du dispara&#238;tre : un visage appara&#238;t &#224; la lumi&#232;re de sa propre fin et dit : &#171; &#199;a a &#233;t&#233;. &#187; Exactement comme l'image photographique, cin&#233;matographique, vid&#233;ographique, arrache &#224; la mort des moments &#231;a et l&#224;. Pourquoi alors peindre ce que l'image nous donne imm&#233;diatement et beaucoup mieux, en regard de l'imitation, que ce que la peinture ne pourra jamais faire. Yves Bonnefoy annonce que la disparition du portrait dans la peinture, &#224; la fin du XXe si&#232;cle, est un mauvais signe pour l'avenir qu'il nous reste &#224; vivre. Sans doute parce que la peinture r&#233;f&#232;re davantage &#224; la mort que l'image. Par l'image, la mort est arr&#234;t&#233;e ; par la peinture elle est en plein travail. Et dans le geste surfiguratif, qui a pour mod&#232;le l'image du mod&#232;le et non plus le mod&#232;le lui-m&#234;me, la peinture multiplie le dispara&#238;tre par deux, et par autant son pouvoir de subversion, c'est-&#224;-dire ses chances de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'image industrielle serve de mod&#232;le &#224; la surfiguration importe plus qu'il n'y para&#238;t. Cette image marque le territoire des yeux. Elle est le voile (le manteau avec lequel Sem et Japhet recouvrirent la nudit&#233; de No&#233;) sans quoi rien de visible ne saurait &#234;tre permis. Il revient ensuite au geste surfiguratif de recr&#233;er le regard en aveuglant cette image de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Picabia in J&#233;sus Rastaquou&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Nous sommes un tube digestif.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Notre t&#234;te a deux besoins comme le ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re phrase &#233;claire d'un jour nouveau l'imp&#233;ratif eucharistique cher &#224; la surfiguration : &#171; Avale et tu verras ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde enfonce le clou : le ventre commande &#224; J&#233;sus de rentrer par la bouche avant que la Peinture ne Lui ordonne de ressortir par la t&#234;te. Tandis que les mains font le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kandinsky &#233;crivait, il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle, que la peinture &#233;tait encore presque r&#233;duite &#224; se contenter des formes qu'elle empruntait &#224; la nature. Avec la surfiguration qui emprunte ses formes &#224; l'image industrielle, qui est &#224; la nature ce que le poisson rouge est &#224; son bocal : un centre du milieu d'autour, il ne s'agit plus d'une r&#233;duction mais d'une somme. Une somme th&#233;ologique dont le total trinitaire (centre+milieu+autour) est toujours &#233;gal &#224; Un. Pour Kandinsky, cette trinit&#233; est g&#233;om&#233;trique, c'est un triangle qui figure assez bien, dit-il, la vie spirituelle. Un triangle dont la partie la plus proche du sommet atteindra &#171; demain &#187; l'endroit o&#249; la pointe &#233;tait &#171; aujourd'hui &#187;. &#171; Aujourd'hui &#187; et &#171; demain &#187;, pr&#233;cise-t-il, doivent &#234;tre pris dans le m&#234;me sens que les jours de la cr&#233;ation dans la Bible. &#192; la base du triangle se tient une foule affam&#233;e de pain spirituel qui convient &#224; ses besoins. C'est le pain de la transsubstantiation que lui tend aujourd'hui la surfiguration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le myst&#232;re de l'eucharistie, la transsubstantiation du pain et du vin qui ouvre le corps r&#233;el &#224; sa possible repr&#233;sentation, c'est-&#224;-dire &#224; la peinture, est le credo de la surfiguration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La table : le tableau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Jacques Cauda &#8212; Rapha&#235;l&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Qu'est-ce que le Syst&#232;me du pl&#233;onectique ?</title>
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		<dc:date>2023-03-01T11:46:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une analyse du grand &#339;uvre de Mehdi Belhaj Kacem, syst&#232;me du pl&#233;onectique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH92/arton2227-7183c.jpg?1772244068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La vraie philosophie consiste en un &lt;i&gt;d&#233;boulonnage&lt;/i&gt; de la m&#233;canique universellement re&#231;ue de la Raison [&#8230;] Chaque fois qu'on sort d'une philosophie digne de ce nom, c'est bien la &lt;i&gt;perception&lt;/i&gt;, au sens quasiment physique, du monde, qui change, voire sa sensibilit&#233; m&#234;me &#187;. Mehdi Belhaj Kacem&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s son introduction, qu'il nomme, pas par hasard, &#171; Philosophie hors les murs &#187;, Mehdi Belhaj Kacem (MBK ensuite) se place dans une g&#233;n&#233;alogie prestigieuse de philosophes et penseurs-critiques non universitaires : Spinoza, H&#246;lderlin, Kierkegaard, Nietzsche, Walter Benjamin, G&#252;nther Anders, Georges Bataille, Sch&#252;rmann, Maurice Blanchot, et enfin, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt; (il consid&#232;re qu'il est le penseur politique le plus important de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle &#8212; et nous approuvons), Guy Debord. Car telle est la g&#233;n&#233;alogie d'une morale belhajkac&#233;mienne : &#234;tre un penseur extra-scolastique, c'est-&#224;-dire faire partie d'un cercle qui se d&#233;nombre sur les doigts de deux mains depuis Kant. N&#233;cessaire &#171; r&#233;action &#187; &#224; la &#171; st&#233;rilisation sans pr&#233;c&#233;dent &#224; quoi a abouti la monopolisation du concept par l'Universit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui impressionne, avec la th&#233;orie de Belhaj Kacem qui donne son titre au livre, c'est qu'elle s'applique quasiment &#224; tous les domaines de la vie sociale de l'homme, du p&#233;ch&#233; originel &#224; l'art, en passant par la chasse, le jeu et l'agriculture. D&#232;s le p&#233;ch&#233; originel, c'est le fruit d&#233;fendu de l'Arbre de la Connaissance, c'est-&#224;-dire la volont&#233; de savoir (coucou Michel Foucault), qui tente l'homme (et la femme). Pour caract&#233;riser cet &#171; avoir plus &#187; continuel, MBK utilise tr&#232;s souvent un mot rare, &#171; exponentiation &#187;, qui concerne la totalit&#233; des activit&#233;s humaines depuis 30 ou 40 000 ans, y compris la sexualit&#233; humaine trop humaine : une volont&#233; d'appropriation et de transgression toujours exponentielle. Jacques Henric, lui voyait les choses comme &#231;a : &#171; Qu'est-ce qui fait ouvrir les livres ? &#187; Un certain savoir (&#231;a-voir) sur le sexe, bien s&#251;r !&#8230; Prenons l'entr&#233;e &#171; Katharsis &#187; de son livre ; on y lit : &#171; Tout d&#233;passement (&lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;) est la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; de quelque chose, son &#233;vacuation, sa &#171; purgation &#187; a-t-on traduit pendant bien longtemps. &#187; Ainsi, et par exemple, quand Sade se d&#233;passe dans la d&#233;mesure sexuelle dans ses romans (n'oublions jamais qu'il est enferm&#233;, sans partenaire sexuel, pendant de tr&#232;s nombreuses ann&#233;es), c'est pour &#233;vacuer un trop d'&#233;nergie dite sexuelle, tr&#232;s certainement. Nous lecteurs, t&#233;moins de tant d'atrocit&#233;s, sommes purg&#233;s de ce Mal absolu, et &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ne le commettrons pas dans le r&#233;el, &#171; am&#233;lior&#233;s &#187; comme &#234;tres humains par le ph&#233;nom&#232;ne artistique bien connu de la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt;, ou purgation des passions. Pour le dire vite et r&#233;sumer : le spectacle du Mal nous en dispense. Pour notre philosophe, toute l'Histoire de l'art est pl&#233;onectique, en ce sens que nous avons toujours &lt;i&gt;besoin de plus&lt;/i&gt; de violence dans la repr&#233;sentation (exemplairement au cin&#233;ma), et de plus en plus sophistiqu&#233;e, pour y croire encore. Puisque toute l'Histoire humaine est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; l'&#171; avoir plus &#187;, il &#233;tait in&#233;vitable que l'art ne d&#233;roge&#226;t pas &#224; cette contrainte interne et comme ontologique &#224; l'humaine condition : le syst&#232;me du pl&#233;onectique ? Humain, trop humain !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour MBK, &#171; la philosophie r&#233;elle &lt;i&gt;d&#233;montre&lt;/i&gt; toujours quelque chose, ou n'est rien &#187;. (D'o&#249; que la plupart de ses concurrents actuels tombent dans le n&#233;ant.) Mais il y a plus : on sait que Gilles Deleuze d&#233;finissait la philosophie comme &#171; cr&#233;ation de concepts &#187; ; raison pour laquelle il renvoyait &#224; leurs &#171; ch&#232;res &#233;tudes &#187; tous les autoproclam&#233;s &#171; Nouveaux Philosophes &#187; des ann&#233;es 80-90. MBK pr&#233;cise cette d&#233;finition n&#233;cessaire mais non suffisante : &#171; Un concept, c'est un outil mental de compr&#233;hension du monde qui n'existait pas avant lui, et donc en somme une &lt;i&gt;clarification&lt;/i&gt; de ce monde &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt;, qui n'aurait pas lieu sans lui. &#187; Pr&#233;cisons, au-dessus de l'&#233;paule de Mehdi : &#234;tre philosophe, c'est avoir un savoir conceptuel propre, &#171; &#224; soi &#187;, comme l'&#233;tait la n&#233;cessit&#233; d'avoir &#171; une chambre &#224; soi &#187; pour l'&#233;crivain-femme au temps de Virginia Woolf. Voici donc un livre, &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, qui regorge de concepts ; suivons donc leur fil :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pl&#233;onectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;j&#224; vu, ce n&#233;ologisme invent&#233; par l'auteur signifie &#171; avoir plus &#187; ; et ce concept permet, selon lui, de remonter &#224; la racine de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; nos maux et probl&#232;mes : &#171; Que le capitalisme et l'&#233;cocide sans cesse acc&#233;l&#233;r&#233; ressortissent d'un seul et unique processus, justement celui que j'appelle &#8220;pl&#233;onectique&#8221;. &#187; Ce concept &#171; d'avoir plus &#187; explique presque tout ce qui constitue les conditions de la philosophie : &#171; Sexualit&#233; et art, science et m&#339;urs, politique et religion, &#233;thique et psychologie, etc. &#187; Plus le temps avan&#231;ait, plus l'homme a voulu de sexe hors reproduction, et plus il a voulu de science pour &#171; expliquer &#187; la quasi-totalit&#233; du monde. Cette expansion est sans fin, et est concomitante au capitalisme m&#234;me, que cela plaise ou non. (Notons ici que le sovi&#233;tisme avec son &#233;conomie planifi&#233;e ne fut pas en reste dans la course &#224; la production, et ne constitua donc pas un mod&#232;le cr&#233;dible pour une sortie du pl&#233;onectique.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mal radical&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le grand th&#232;me de MBK, son &#171; beau souci &#187;, son sujet d'&#233;tude principal, d&#233;sormais, c'est le Mal, avec un M majuscule, c'est-&#224;-dire la souffrance induite par le seul comportement de certains hommes vis-&#224;-vis de leurs fr&#232;res : une souffrance hors Nature, en quelque sorte, et non justifi&#233;e par ses lois immuables. Expliquons-nous : une lionne qui tue une antilope pour se nourrir ne commet pas de mal ; c'est sa nature et l'ordre de la Nature qui commande son acte ; un homme qui tue son prochain, si ! D'o&#249; les Commandements de la premi&#232;re religion monoth&#233;iste, et en particulier celui-ci : &#171; Tu ne commettras pas de meurtre. &#187; En quelque sorte, &#234;tre humain ne va pas de soi ; et il faut que l'homme soit &#233;duqu&#233; &#224; ces commandements, car &#171; l'horreur n'est pas au fond des &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt;, mais de l'&lt;i&gt;homme&lt;/i&gt; &#187;. Pour MBK, la radicalit&#233; c'est l'action de revenir au radical, c'est-&#224;-dire &#224; l'origine &#8211; par exemple &#224; celle du Mal &#8211; radical ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser, c'est penser dangereusement ; d&#232;s lors cette activit&#233;-l&#224; elle aussi devient pl&#233;onectique : l&#224; o&#249; &#231;a pense ; l&#224; cro&#238;t aussi le danger ! L'art moderne en soi est une d&#233;clinaison du Mal sous toutes ses formes, de plus en plus &#233;tendue : &#171; Une v&#233;ritable &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; du Mal. &#187; Pourquoi ? Nous laissons au lecteur le loisir de d&#233;couvrir les cl&#233;s de ce myst&#232;re tout entier pl&#233;onectique (c'est-&#224;-dire que plus le temps avance, et plus les visions horrifiques, montr&#233;es ou sugg&#233;r&#233;es, sont terribles et violentes, en particulier depuis les d&#233;buts de la modernit&#233;, qu'on peut faire remonter &#224; Sade et Goya). Quelqu'un comme Walter Benjamin, exemplairement, avec son concept d'aura &#224; l'heure de la reproduction m&#233;canis&#233;e des &#339;uvres d'art, a chang&#233; le cours de la philosophie de l'Esth&#233;tique ; MBK en fait de m&#234;me, et &#231;a se saura de plus en plus dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La perception&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vraie philosophie consiste en un &lt;i&gt;d&#233;boulonnage&lt;/i&gt; de la m&#233;canique universellement re&#231;ue de la Raison [&#8230;] Chaque fois qu'on sort d'une philosophie digne de ce nom, c'est bien la &lt;i&gt;perception&lt;/i&gt;, au sens quasiment physique, du monde, qui change, voire sa sensibilit&#233; m&#234;me &#187;. Il n'en va ainsi pas diff&#233;remment de la philosophie que de l'art : une nouvelle philosophie, d&#233;rouill&#233;e, sera une philosophie-action, comme il y eut &lt;i&gt;l'action-painting&lt;/i&gt; ! Voir c'est percevoir (Bergson et Deleuze) ; et la &#171; Raison commande aux perceptions communes &#187;, qu'il s'agit de bousculer pour les d&#233;boulonner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la fortune critique de l'&lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/i&gt; de Gilles Deleuze ; mais on ne sait pas encore que ce livre titr&#233; &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt; (en passant, je souligne que le fait que je n'aie pas entendu parler de ce livre &#224; sa sortie, pour cause de panique pand&#233;mique, est en soi un scandale) en est aussi un : &#171; Ce livre, qui r&#233;serve au concept de jeu une place inusit&#233;e en philosophie, est au fond lui-m&#234;me con&#231;u comme une sorte de jeu &#8220;interactif&#8221; &#187; : on peut aussi bien le lire dans l'ordre que rentrer par n'importe quelle porte. On note que tout un syst&#232;me de renvoi &#224; des chapitres &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt; permet de parcourir ce volume comme un rhizome : n'importe quel point de n'importe quel chapitre peut &#234;tre connect&#233; &#224; n'importe quel autre, sans presque de perte. Mais prouvons notre dire par un pr&#233;l&#232;vement (une preuve !) dans le chapitre &#171; Art &#187; : la &#171; &lt;i&gt;Katharsis (infra.)&lt;/i&gt; doit donc se traduire par le mot quasi math&#233;matique d'&#8220;&#233;puration&#8221;, non de &#8220;purgation&#8221; : non seulement l'imitation (&lt;i&gt;infra., Mim&#232;sis&lt;/i&gt;) des horreurs et l'exhibition &lt;i&gt;repr&#233;sentative&lt;/i&gt; etc. &#187; Une telle forme appellerait presque une &#233;dition &#233;lectronique du livre, si nous n'&#233;tions pas allergique et totalement oppos&#233; &#224; une telle chose&#8230; En tout cas, ces renvois incessants d'un chapitre l'autre constituent la principale originalit&#233; de cet &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt; du philosophe qui joue le jeu du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici bien un syst&#232;me pl&#233;onectique par excellence : l'art ; plus le temps avance, et plus sa violence repr&#233;sent&#233;e (ou pr&#233;sent&#233;e, dans le cas par exemple de l'Actionnisme viennois) doit (et peut) augmenter, dans un vaste ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ralis&#233; d'exponentiation. MBK de s'interroger : &#171; Peut-&#234;tre que l'affect de la &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;] par excellence est-il celui-l&#224; m&#234;me d'une possible &lt;i&gt;jouissance du Mal&lt;/i&gt;. &#187; Pens&#233;e scandaleuse s'il en est&#8230; Comment ? Vous n'avez pas encore lu &lt;i&gt;La Litt&#233;rature et le Mal&lt;/i&gt; de Georges Bataille ? Non plus que &lt;i&gt;La Peinture et le Mal&lt;/i&gt; de Jacques Henric ? Nous ne pouvons rien pour vous, lecteur&#8230; Il vous faut tout reprendre &#224; z&#233;ro depuis le d&#233;but : &#171; Le tragique, c'est la situation qui est repr&#233;sent&#233;e par la trag&#233;die &#187;, pas la sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre elle-m&#234;me ou le livre &#233;crit ou encore le plateau de tournage d'un film&#8230; Pasolini n'a commis aucun mal en tournant &lt;i&gt;Sal&#242;&lt;/i&gt; !&#8230; Un livre ou un plateau de tournage sont un n&#233;ant de l'&#233;tant, et seul le regard que l'on porte sur ces repr&#233;sentations cr&#233;e du tragique : &#171; Tel est, rigoureusement, &lt;i&gt;l'art&lt;/i&gt; : nous regardons un n&#233;ant (bloc de papier avec des taches d'encre, un barbouillis de traits et de couleurs, une projection de lumi&#232;re quelconque : un agencement de mati&#232;re inerte), qui, en r&#233;alit&#233;, parvient &#224; nous regarder, nous ; pour le dire de mani&#232;re d&#233;su&#232;te, &#224; nous sonder au plus profond de notre &#226;me qui n'est autre que le corps incorporel de l'&lt;i&gt;affect&lt;/i&gt;, de l'intensivit&#233; pure &#187; : d&#233;finition oh combien profonde ! Qui, jamais, a dit mieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MBK cite Blanchot, en le soulignant : &#171; L'image est bonheur, mais pr&#232;s d'elle le n&#233;ant s&#233;journe. Et la toute-puissance de l'image ne peut s'exprimer qu'en lui faisant appel. [&#8230;] L'image capable de nier le n&#233;ant &lt;i&gt;est aussi le regard du n&#233;ant sur nous&lt;/i&gt;. &#187; On se souvient que le cin&#233;aste Jean-Luc Godard a maintes fois cit&#233; ce passage dans ses essais-vid&#233;o. L'artiste, partant le philosophe v&#233;ritable (artiste, lui aussi), devra se pr&#233;senter (ou repr&#233;senter dans le cas du cin&#233;aste (voir Godard en idiot dans par exemple &lt;i&gt;King Lear&lt;/i&gt;)) en idiot dosto&#239;evskien pour dire la V&#233;rit&#233; du monde : &#171; Le philosophe est cet idiot dosto&#239;evskien, cet enfant attard&#233; &lt;i&gt;[qui joue dans l'Ai&#244;n, disait d&#233;j&#224; H&#233;raclite]&lt;/i&gt;, qui fait un petit pas de c&#244;t&#233;, adopte une infinit&#233;simale distance par rapport &#224; la chose &lt;i&gt;[ce d&#233;passement constant de la violence repr&#233;sent&#233;e dans les arts]&lt;/i&gt;, et s'&#233;crie soudain : &#8220;H&#233;, les amis : &#231;a ne va &lt;i&gt;pas du tout&lt;/i&gt; de soi ! Vous ingurgitez, par tous les moyens, de repr&#233;sentations d'horreurs, d'atrocit&#233;, des &#8216;choses dont la vue nous est p&#233;nible dans la r&#233;alit&#233;', comme dit l'autre, et ce quasi tous les jours, sans jamais vous aviser une seule seconde de l'&#233;tranget&#233; de cette seconde nature&#8221;. &#187; Ce qui permet &#224; MBK de se questionner et de nous interroger &#224; la fois : &#171; Qu'est-ce que cette habitude, devenue inv&#233;t&#233;r&#233;e, r&#233;v&#232;le de ce que nous &lt;i&gt;sommes&lt;/i&gt; ? &#187; On ne se rel&#232;vera pas de sit&#244;t de cette mise en ab&#238;me de notre nature profonde, de ce &#171; th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; &#187; qui semble avancer toujours moins masqu&#233; mais toujours plus sophistiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : &#171; De l'Acropole aux m&#233;gapoles contemporaines, [&#8230;] de la cithare gratouill&#233;e par l'a&#232;de aux centaines d'ordinateurs et de baffles g&#233;antes mises en &#339;uvre par le g&#233;nialissime Stockhausen, on peut dire que l'&lt;i&gt;amplification mim&#233;tique&lt;/i&gt; que permettent les avanc&#233;es technologiques chaque jour davantage, a &#233;t&#233; [&#8230;] une exponentiation des possibilit&#233;s &lt;i&gt;intensives&lt;/i&gt; et &#233;motionnelles dont dispose la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; esth&#233;tique sous ses formes les plus diverses. &#187; Par rapport &#224; nos A&#239;eux, &#171; nous ne cessons d'enrichir nos moyens d'&lt;i&gt;amplifier&lt;/i&gt; l'intensivit&#233; de ces sensations d'effroi, de d&#233;go&#251;t, de terreur paradoxalement jouissives (&lt;i&gt;infra.&lt;/i&gt;, jouissance) &#187; : syst&#232;me pl&#233;onectique s'il en est !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;passement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le renouvellement par MBK de l'investigation philosophique sur les origines du Mal, voici un concept de premi&#232;re importance, le d&#233;passement (au c&#339;ur de l'&#171; avoir plus &#187;, n'est-ce pas ?) : &#171; Non pas proposer un &#233;ni&#232;me d&#233;passement (comme les avant-gardes historiques le firent, et qui ne peut mener qu'&#224; la mort &lt;i&gt;in fine [voir le cas des Futuristes italiens, en particulier]&lt;/i&gt;), mais &lt;i&gt;d&#233;placer&lt;/i&gt; la pens&#233;e du d&#233;placement &#187; &#8211; de sorte que tout soit chang&#233; : &#171; L'&#233;v&#233;nement qui singularise l'animal humain du reste du r&#232;gne animal vivant et terrestre est l'&#233;v&#233;nement d'appropriation techno-mim&#233;tique [&#8230;] qui se s&#233;dimente historiquement en ce que nous connotons sous le terme de &#8220;science&#8221;. Ce r&#233;gime appropriateur, recouvrant aussi bien ce que les philosophes d&#233;signent candidement comme Bien, se solde presque imm&#233;diatement par un r&#233;gime d'&lt;i&gt;expropriation&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, qui est ce que recoupe tout ce que nous d&#233;signons sous le terme de &#8220;politique&#8221;, mais aussi bien du Mal. &#187; &#192; une &#233;poque pas si lointaine, on disait que tout &#233;tait politique ; il faudra d&#233;sormais se r&#233;soudre &#224; dire que tout est pl&#233;onectique, c'est-&#224;-dire d&#233;passement : d&#233;passement exponentiel de la quantit&#233; d'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e, d&#233;passement de la d&#233;pense sexuelle non reproductrice, etc. MBK y insiste ici, et c'est sa grandeur, &#171; l'art moderne, seul, a pens&#233; le Mal avec une radicalit&#233; qui a longtemps laiss&#233; les philosophes sur le carreau, &#224; l'exception des lucidit&#233;s sup&#233;rieures comme Bataille, Blanchot, Adorno, Sch&#252;rmann et quelques autres. &#187; En r&#233;alit&#233;, et &#171; nous &#187; ne voulions pas le voir, &#171; l'art est devenu ce qu'il a toujours &#233;t&#233; essentiellement : une exposition intraitable, syst&#233;matique et, dit-on parfois, complaisante, du Mal pur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui effraie, c'est qu'on comprend alors que le syst&#232;me belhajkac&#233;mien suffit &#224; expliquer pourquoi on a assist&#233; au cours des si&#232;cles &#224; toujours plus de puissance de destruction, de pr&#233;dation et de torture, et, partant, de Mal ; toujours plus de &lt;i&gt;tekhn&#232;&lt;/i&gt; ne pouvant qu'y conduire &#8211; une bombe, f&#251;t-elle atomique, doit un jour servir. Pour cette raison m&#234;me, MBK a depuis ce livre pu pr&#233;dire (pr&#233;-dire) que le XXIe si&#232;cle, en mati&#232;re d'horreur totalitaire et de Mal, serait pire que le XXe, pourtant d&#233;j&#224; assez performant en la mati&#232;re. On l'a vu avec le fascisme sanitaire mondial&#8230; Explication : &#171; Personne, nulle part, ne m&#233;dite comme c'est dans le fruit de notre fonctionnement ontologique le plus intime et le plus foncier, savoir pl&#233;onectique, que g&#238;t le ver contagionnant du probl&#232;me : la propension elle-m&#234;me au d&#233;passement, qui n'est autre, donc, que l'&lt;i&gt;aufhebung&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien. &#187; En derni&#232;re analyse, le pl&#233;onectique c'est le d&#233;passement perp&#233;tuel ; et le nouveau si&#232;cle risque bien d'&#234;tre encore plus apocalyptique que celui des deux totalitarismes&#8230; A&#239;e !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Katharsis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu commun de la pens&#233;e philosophique sur l'art ; mais MBK formule les choses d&#233;finitivement, et mieux que tout le monde : au travers de la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; artistique, &#171; les affects p&#233;nibles habituellement &#187; deviennent des &#171; affects absolument jouissifs et lib&#233;rateurs, et en m&#234;me temps ils sont conserv&#233;s, puisque c'est &lt;i&gt;quand m&#234;me&lt;/i&gt; de la Terreur et de la Piti&#233; qu'on &#233;prouve dans l'imitation tragique, face au destin d'&#338;dipe, &#201;lectre ou Antigone &#187; &#8211; &#171; sublimation r&#233;ussie d'affects enti&#232;rement n&#233;gatifs, &#224; la fois supprim&#233;s &lt;i&gt;dans leur n&#233;gativit&#233;&lt;/i&gt;, et conserv&#233;s &lt;i&gt;dans leur intensit&#233;&lt;/i&gt; par la &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt; artistique en g&#233;n&#233;ral &#187;. De sorte que &#171; seul l'art est la promesse effective d'une &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; collective, communautaire, du Mal &#187; ; tandis que la Science est &#171; la mal&#233;diction dont l'&#234;tre humain ne pourra jamais se d&#233;barrasser &#187; : fruit d&#233;fendu de l'Arbre de la Connaissance, de la bombe atomique &#224; l'Agent orange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concept deleuzien s'il en est, MBK en renouvelle l'approche en ce sens qu'il le fait aussi rentrer dans son syst&#232;me d'explication de l'humanit&#233; : &#171; Le D&#233;sir est la propension de l'&#233;tant &#224; l'appropriation &#187; ; et &#224; cause du syst&#232;me du pl&#233;onectique, l'Histoire de l'homme est aussi l'histoire d'un plus de jouissance sexuelle et de transgression &#224; travers les &#226;ges. &#171; L'homme est l'&lt;i&gt;animal&lt;/i&gt; physiquement vid&#233;, ext&#233;nu&#233;, mutil&#233; par la suppl&#233;mentation techno-mim&#233;tique &#187; : parfait portrait psycho-g&#233;ographique du marquis de Sade en ses prisons !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jeu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce chapitre, MBK d&#233;veloppe une id&#233;e tout &#224; fait originale, et qu'il est &#224; peu pr&#232;s le seul &#224; porter, c'est-&#224;-dire conceptualiser : il s'agirait de remplacer l'&#233;galit&#233;, concept anti-pl&#233;onectique et donc anti-naturel, qui n'a d'ailleurs abouti qu'&#224; des d&#233;sastres (stalinisme, Goulag, Khmers Rouges, Terreur r&#233;volutionnaire et son corollaire logique : &#171; La R&#233;volution n'a pas besoin de po&#232;tes &#187;, etc.), par le principe d'&lt;i&gt;&#233;quit&#233;&lt;/i&gt;, que le jeu seul permet d'atteindre (pensons ici au &lt;i&gt;fairplay&lt;/i&gt; des grands tennismen) : &#171; L'&#233;mulation ludique, c'est le pl&#233;onectique devenu, politiquement, non plus &#8220;&#233;galit&#233;&#8221;, mais &lt;i&gt;&#233;quit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; Outre que le jeu est la forme du lien social &lt;i&gt;par excellence&lt;/i&gt;, il permet de rejouer, sur une table, la chance dont le destin a priv&#233;s les pauvres et les exploit&#233;s. Dans le jeu, &#171; chaque &lt;i&gt;citoyen&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt;, au m&#234;me titre que n'importe qui, et avec les m&#234;mes chances de base &#187; : &#171; Tous &#233;gaux ! &#187;, du Roi au man&#339;uvre. Moins le prol&#233;taire aura de temps de travail (ou de corv&#233;e), et plus il aura de temps de jeu. Dans la soci&#233;t&#233; &#233;quitable du jeu, &#171; les meilleurs sont r&#233;compens&#233;s selon leurs m&#233;rites &#187;, mais &#171; m&#234;me le plus mauvais, le plus b&#234;te et m&#233;chant, a le droit de gagner de temps en temps &#187; ; c'est-&#224;-dire &#171; d'exister, dans sa pleine &lt;i&gt;singularit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; n'est pleinement elle-m&#234;me que lorsqu'elle joue : &#171; Seul le jeu est pleinement la &lt;i&gt;katharein&lt;/i&gt; du pl&#233;onectique : tous les autres arts sont des &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; diff&#233;r&#233;s, m&#233;di&#233;s. &#187; De plus, dans le jeu, l'an&#233;antissement de l'autre est jou&#233;, feint ; de sorte que &#171; le jeu n'est &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; l'irr&#233;alisation de la mort &#187;, comme le Goulag ou le camp khmer, &#171; mais sa suspension : jouer avec la mort, c'est la &lt;i&gt;diff&#233;rer&lt;/i&gt; dans sa Repr&#233;sentation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel de la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Kriegspiel&lt;/i&gt; par Guy Debord, que MBK qualifie de &#171; l'un de ses chefs-d'&#339;uvre &#187;, nous donne l'occasion d'illustrer notre texte d'une photographie du penseur en train d'y jouer :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/debord_jeu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/debord_jeu-f8c82.jpg?1677671904' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Guy Debord devant son &#171; jeu de la guerre &#187; &#224; Champot en ao&#251;t 1987
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ressort de la lecture de ce &#171; pav&#233; &#187; philosophique un profond pessimisme, dont MBK ne se cache pas tant il se met de lui-m&#234;me dans une filiation avec les penseurs du pessimisme historique que sont Walter Benjamin et Adorno. &#171; Plus l'Histoire avance, plus les bouleversements qui m&#233;tamorphosent chaque g&#233;n&#233;ration qui se succ&#232;dent sont consid&#233;rables, voire &#8220;apocalyptiques&#8221;. Telle est la logique semble-t-il implacable du pl&#233;onectique. &#187; La Nature n'est que r&#233;p&#233;tition et retour du m&#234;me, alors que l'&#233;tant humain &#171; &lt;i&gt;s'approprie&lt;/i&gt; la r&#233;p&#233;tition &#187;, dans un constant d&#233;passement de soi. Que faire face &#224; ce constat, si ce n'est &#234;tre lucide sur l'in&#233;luctabilit&#233; de l'advenue du Mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer ainsi &#224; d&#233;rouler et analyser les corr&#233;lations entre les chapitres de ce livre et le syst&#232;me conceptuel int&#233;gral du pl&#233;onectique reviendrait &#224; prouver qu'il fait jour quand le soleil luit ; aussi laissons-nous maintenant &#224; la dilection du lecteur le plaisir de d&#233;couvrir par lui-m&#234;me les concepts suivants du volume, qui est le chef-d'&#339;uvre de Mehdi Belhaj Kacem, son &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, version &#171; Marxisme et schizophr&#233;nie &#187;, sans toutefois oublier de nommer les titres les plus jouissifs pour la pens&#233;e de ses divers chapitres (ou plateaux) : &#171; Mim&#232;sis &#187;, &#171; Nihilisme &#187;, &#171; Sexuation &#187;, &#171; Transgression, &#171; V&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH580/spinoza-4cec6.jpg?1772199476' width='500' height='580' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Baruch Spinoza
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Mehdi Belhaj Kacem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique Mehdi Belhaj Kacem Diaphanes, coll. &#171; anarchies &#187;, 1000 p., 45 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Dans le noir de l'anarchie</title>
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		<dc:date>2023-01-26T16:59:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>covid19</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;ditions du Seuil (et c'est assez surprenant) ont publi&#233; en d&#233;but d'ann&#233;e 2022 un assez gros (384 pages) livre sans nom d'auteur (anonyme, donc) titr&#233; &lt;i&gt;Manifeste conspirationniste&lt;/i&gt;, en lettres blanches sur fond noir (comme un carton de cin&#233;matographe) &lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH109/arton2205-4a63e.jpg?1772261782' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;ditions du Seuil (et c'est assez surprenant) ont publi&#233; en d&#233;but d'ann&#233;e 2022 un assez gros (384 pages) livre sans nom d'auteur (anonyme, donc) titr&#233; &lt;i&gt;Manifeste conspirationniste&lt;/i&gt;, en lettres blanches sur fond noir (comme un carton de cin&#233;matographe) &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le noir de l'anarchie (on se souvient que le drapeau noir fit sa premi&#232;re apparition &#171; officielle &#187; dans une manifestation des sans-travail aux Invalides, le 9 mars 1883, lors d'un meeting organis&#233; par le syndicat des menuisiers. Louise Michel y arbora, pour la premi&#232;re fois, un drapeau improvis&#233; &#224; partir d'un vieux jupon noir fix&#233; sur un manche &#224; balai). La 4e de couverture est r&#233;duite &#224; sa plus simple expression :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18968 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_manifesteconspi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH209/1_manifesteconspi-e3e8e.jpg?1674752121' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se r&#233;jouit qu'une telle sortie, qui rappelle les publications sans nom d'auteur des br&#251;lots de Sade, Diderot, Vivant Denon, etc., soit encore possible aujourd'hui, et alors que seule la marque du nom-d'auteur est cens&#233;e faire encore vendre des livres. On lit dans la presse insignifiante dite &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; des plans sur la com&#232;te sur le suppos&#233; nom de l'auteur de ce manifeste : on s'en contre-fiche !&#8230; Nous lisons ce texte en-tant-que-texte, et basta ! D'ailleurs, quelle plus belle preuve d'anarchisme qu'un texte sans nom d'auteur ? Roland Barthes &#233;crivait dans son essai &lt;i&gt;La mort de l'auteur&lt;/i&gt; : &#171; L'unit&#233; d'un texte ne r&#233;side pas dans ses origines, ou son cr&#233;ateur, mais dans sa destination, ou son public. &#187; La tr&#233;pas de l'auteur y &#233;tait vu comme l'acte permettant de rendre sa place au lecteur : structuralistes de tous les pays, unissez-vous ! L'unit&#233; du discours est doit &#234;tre mise &#224; mal ; la mort de l'auteur d&#233;voile &#171; l'&#234;tre total de l'&#233;criture &#187;, c'est-&#224;-dire la &#171; nature &#187; d'un texte qui est fait &#171; d'&#233;critures multiples, issues de plusieurs cultures et qui entrent les unes avec les autres en dialogue, en contestation &#187;. &lt;i&gt;Sic transit nostrum manifesto ! &#171; Ce livre est anonyme car il n'appartient &#224; personne ; il appartient au mouvement de dissociation sociale en cours &#187;&lt;/i&gt; : entre eux (qui ont collabor&#233; aveugl&#233;ment) et nous, c'est d&#233;sormais &lt;i&gt;&#171; une question d'incompatibilit&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit ce livre ? L'introduction attaque fort : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes conspirationnistes, comme tous les gens sens&#233;s, d&#233;sormais. &#187;&lt;/i&gt; Le philosophe Mehdi Belhaj Kacem, dans une r&#233;cente vid&#233;o, dit qu'il faut s'approprier cette nouvelle insulte apparemment supr&#234;me : &#171; complotiste ! &#187;&#8230; comme autrefois il fallut &#224; d'autres minorit&#233;s moqu&#233;es ou pourchass&#233;es s'emparer des invectives telles que &#171; Nous les youpins &#187;, ou &#171; Nous, les p&#233;dales &#187;, ou encore &#171; Nous les n&#232;gres &#187;. S'inoculer l'offense comme un vaccin. (J'ai moi-m&#234;me appliqu&#233;, dans ma d&#233;dicace, cette strat&#233;gie dans mon ouvrage dit &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;.) Plus avant : &#171; Pour que la mystification soit reine, il faut que l'aveuglement soit roi. &#187; Qui pourrait nier cette proposition implacable ? Quelle &#233;poque r&#233;cente fut plus aveugl&#233;e que la n&#244;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giorgio Agamben l'avait d&#233;j&#224; dit tr&#232;s t&#244;t dans la crise (&#171; Deux vocables inf&#226;mes &#187;, in &lt;i&gt;lundimatin&lt;/i&gt; du 27 ao&#251;t 2020), &#171; s'il y a des complotistes, c'est simplement parce qu'il y a des complots &#187;. Il faut &#234;tre particuli&#232;rement na&#239;f pour ne pas voir que &#171; la rh&#233;torique anticonspirationniste vise, pour les propri&#233;taires de ce monde, &#224; s'adjuger le monopole de la facult&#233; de conspirer &#187;. Comment ? Vous ne voyez aucun probl&#232;me dans les SMS &#233;chang&#233;s entre madame von der Leyen et M. Bourla, le PDG de Pfizer, pour n&#233;gocier les contrats d'achat de doses de &#171; vaccins &#187; ? Vous, &#234;tes le probl&#232;me. &#171; C'est, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, toute la gauche qui donne, depuis deux ans, le meilleur d'elle-m&#234;me. Elle sera tomb&#233;e dans tous les panneaux tendus &lt;i&gt;[par McKinsey, NdA]&lt;/i&gt;. Elle aura relay&#233; tous les mots d'ordre des agences de communication et n'aura rechign&#233; &#224; aucun chantage affectif, &#224; aucun paralogisme &lt;i&gt;[#restezchezvous #sauvezdesvies]&lt;/i&gt;, &#224; aucun mutisme complice. &#187; Cette gauche fant&#244;me aurait, assur&#233;ment, trait&#233; de complotiste ses meilleurs &#233;l&#233;ments ; ainsi &#171; un surconspirationniste tel que Guy Debord ne peut &#234;tre &#233;lev&#233; au rang de tr&#233;sor national que parce qu'il n'est plus l&#224; pour cracher sur ceux &#187; qui l'ont finalement r&#233;cup&#233;r&#233;. Le constat est implacable et d&#233;primant : &#171; Tous les auteurs que la gauche adule, elle les d&#233;testerait vivants &lt;i&gt;[et au premier chef Artaud et Lautr&#233;amont]&lt;/i&gt; ; et eux, vivants, la m&#233;priseraient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me fiche de savoir qui a &#233;crit ce Manifeste ; mais je me dois de dire qu'il est fort bien &#233;crit : &#171; Que la gauche ait, au fond, &lt;i&gt;toujours &#233;t&#233; du c&#244;t&#233; des vainqueurs&lt;/i&gt;, dont elle n'&#233;tait que la mauvaise conscience hyst&#233;rique, voil&#224; qui n'&#233;tait apparu &lt;i&gt;aux yeux de tous&lt;/i&gt;, dans l'Histoire, que par &#233;clats vite oubli&#233;s &#187; : &#171; Depuis deux ans, c'est un spectacle quotidien, interminable, immanquable. &#187; Vite le CONfinement, la distanciation sociale (sic !), les gestes-barri&#232;res, le masque, le paSS, et enfin la vax !&#8230; &lt;i&gt;There is no alternative&lt;/i&gt;, le slogan tristement c&#233;l&#232;bre de la Dame de fer britannique semble &#234;tre devenu le mot d'ordre du Parti &#171; Socialiste &#187; fran&#231;ais : &#171; c'est juste deux semaines &#187;, &#171; c'est juste un masque &#187;, &#171; c'est juste un m&#232;tre &#187;, &#171; c'est juste une piqure &#187; (sous-entendu : ensuite, on sera enfin d&#233;barrass&#233;s du m&#233;chant virus), etc. R&#233;alistes-socialistes de tous les pays, soumettez-vous !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre auteur qui en avait eu marre, plus que marre, qu'on ne parle que de son patronyme, mais pas (assez) de ses films, ce fut Jean-Luc Godard ; voici un carton tir&#233; d'un de ses essais vid&#233;o des ann&#233;es 2010 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18969 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_danslenoir.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/2_danslenoir-b119c.jpg?1772198498' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; ailleurs (sur &lt;i&gt;derives.tv&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) du tr&#232;s beau film produit (&#224; l'Abominable, laboratoire argentique d'artistes partag&#233; et autog&#233;r&#233;) et projet&#233; en 35 mm de Noah Teichner, &lt;i&gt;Navigators&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que le jeune cin&#233;aste, et c'est un sacr&#233; manifeste, a film&#233; les cartons de texte de son livre au banc-titre, apr&#232;s qu'ils eurent &#233;t&#233; compos&#233;s en typographie comme on peut le voir ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une deuxi&#232;me vision au Centre Pompidou, lors de la s&#233;ance offerte le 13 janvier 2022 &#224; la revue de cin&#233;ma &lt;i&gt;Trafic&lt;/i&gt; pour la sortie de son &#171; Almanach 2022 &#187;, je souhaite rajouter ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Je n'avais pas vu, &#224; la premi&#232;re vision, le rapprochement qu'on pourrait faire entre la d&#233;portation (c'est le th&#232;me alors employ&#233;) de 249 anarchistes bolch&#233;viques russes des &#201;tats-Unis vers la Russie, via la Finlande, en 1919, sur le navire Buford (qui sera utilis&#233; en 1924 par le cin&#233;aste Buster Keaton pour le tournage de son films &lt;i&gt;La Croisi&#232;re du Navigator&lt;/i&gt;), et le mouvement des &lt;i&gt;truckers&lt;/i&gt; canadiens contre la Terreur sanitaire (et l'obligation vaccinale), d&#233;but 2022 : m&#234;me hyst&#233;rie de la peur (ici &lt;i&gt;Red Scare&lt;/i&gt; ; l&#224; peur de la contagion), m&#234;me traitement m&#233;diatique pour d&#233;nigrer un mouvement anarchiste : ici, on se moqua en chanson des ennemis syndicalistes de l'ext&#233;rieur (ainsi, dans une chanson de 1919, on entend : &lt;i&gt;&#171; Let's knock the bull out of the bolsheviki, and send them back where they belong &#187;&lt;/i&gt;) ; l&#224; on qualifia les routiers canadiens de mouvement d'extr&#234;me-droite, pour le disqualifier d'avance (et alors que ce fut &#224; peu pr&#232;s le seul endroit d'humanit&#233; et d'entraide collective et anarchiste &#224; la fois de tout le Canada ultra-covidiste d'alors). Le regrett&#233; professeur et ancien Prix Nobel de m&#233;decine Luc Montagnier a dit que &#171; les non-vaccin&#233;s sauveraient le monde &#187; ; &#224; tout le moins, le mouvement des &lt;i&gt;truckers&lt;/i&gt; canadiens a sauv&#233; l'honneur du Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Noah Teichner se pla&#238;t &#224; imaginer qu'Alexander Berkman, dont on lit des extraits du Journal de voyage de d&#233;portation entre New York et la Finlande dans le film, exil&#233; &#224; Paris l'ann&#233;e de la sortie fran&#231;aise du film de Keaton (1925), se retrouva dans une salle obscure (noire) puis fut saisi par l'image d'un paquebot resurgi fortuitement de son pass&#233;, le &lt;i&gt;Buford&lt;/i&gt;, mais recouvert d'une nouvelle couche de peinture, noire :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH400/3_symbolea-81715.jpg?1674752121' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un navire en noir, comme un immense embl&#232;me anarchiste se d&#233;pliant &#224; l'&#233;cran :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_navigators-title.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH209/4_navigators-title-b6382.jpg?1772198498' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fondu au noir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://derives.tv/navigators-de-noah-teichner/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://derives.tv/navigators-de-noah-teichner/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_18972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_manifesteconspi_couv.jpg' width=&#034;442&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : Buford&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#339;uvre d'art objet technique</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-oeuvre-d-art-objet-technique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-oeuvre-d-art-objet-technique</guid>
		<dc:date>2022-12-29T17:20:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Triail et Sylvie Raulx</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La rencontre entre une r&#233;flexion sur la pens&#233;e de Gilbert Simondon et les &#339;uvres de Sylvie Ruaulx.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2167-d62bd.jpg?1772249509' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En s'int&#233;ressant aux rebuts, en les remettant &#224; port&#233;e de vue, Sylvie Ruaulx reconna&#238;t qu'il n'y a pas de rencontre d&#233;sincarn&#233;e entre une mati&#232;re et une forme mais une action humaine complexe, un acte de culture, comme le pensait d&#233;j&#224; le philosophe de la technique Gilbert Simondon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas de d&#233;chets. Les chimistes, depuis Lavoisier et les cultivateurs depuis toujours, le savent. Il n'y a pas de nulle part, d'endroit o&#249; se perdre. On n'a jamais autant jet&#233; qu'aujourd'hui mais cr&#233;er un d&#233;chet n'est toujours pas une op&#233;ration magique d'effacement. La craie de l'ardoise ne dispara&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les feuilles tombent au pied des arbres et deviennent l'humus. Les sacs plastiques tombent, volent, glissent, se cachent mais persistent. Notre grand paradoxe : nous jetons ce qui dure, nous l'avons con&#231;u pour rester intact pendant plus de g&#233;n&#233;rations que n'importe quelle armoire en ch&#234;ne patiemment fabriqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me non r&#233;gl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait d'autres angles pour l'aborder, sans pr&#233;tendre &#224; des solutions outrecuidantes. En finir avec ce fantasme de la disparition : il n'y a ni gain ni perte dans le deux-pi&#232;ces cuisine o&#249; l'univers nous a plac&#233;s. Pas de vide-ordures vers le n&#233;ant. Tout se regarde alors, tout se consid&#232;re. Il n'y a pas de cire perdue : elle se pr&#234;te &#224; la prise de forme puis s'&#233;clipse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvie Ruaulx a port&#233; son regard sur les contre-formes, sur tout ce qui comme la cire participe &#224; la fabrication et se retrouve au rebut. Elle n'a pas accept&#233; que le regard se d&#233;tourne, sans doute parce que ces histoires d'usine comptent pour elle, qu'elle a une conscience intime de leur humanit&#233;. Ce qui reste apr&#232;s la d&#233;coupe de la t&#244;le n'est pas un d&#233;chet. Il a fallu ce soit l&#224; pour que l'op&#233;ration se fasse. La brique ne na&#238;t pas de la rencontre fortuite d'un assemblage de planchettes et d'une quantit&#233; d'argile, par hyl&#233;morphisme. Des processus de pens&#233;e pratique, tendus vers une recherche de r&#233;sultat, ont &#233;labor&#233; la forme et le montage du moule, le mat&#233;riau n&#233;cessaire, sa pr&#233;paration, le s&#233;chage, la cuisson, et toutes les op&#233;rations qui aboutissent &#224; son insertion dans un &#233;difice. La pens&#233;e qui aligne tous ces param&#232;tres est en soi digne d'int&#233;r&#234;t mais il faut aussi y ajouter des affects : le sentiment de bien faire, celui de son utilit&#233;&#8230; En s'int&#233;ressant aux rebuts, en le remettant &#224; port&#233;e de vue, Sylvie Ruaulx reconna&#238;t il n'y a pas de rencontre d&#233;sincarn&#233;e entre une mati&#232;re et une forme mais une action humaine complexe, un acte de culture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L466xH700/2-la-part-des-angess-57480.jpg?1672151569' width='466' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La part des Anges, L'art dans les Chapelles, Cuisset, 2013
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas cependant de placer seulement ces objets sous le regard, de d&#233;finir son acte artistique comme celui d'un d&#233;placement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce d&#233;placement est un acte familier aux amateurs d'art contemporain, avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ne l'int&#233;ressent pas en tant que forme &#171; pure &#187; appelant &#224; une hypoth&#233;tique r&#233;forme du regard mais comme mati&#232;re travaill&#233;e, pens&#233;e, aim&#233;e m&#234;me et ne demandant qu'&#224; trouver une nouvelle utilit&#233;. Elle ne recherche pas le plus petit acte significatif, elle monte, assemble, construit, ins&#232;re, colore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi prendre ces rebuts et ne pas les poser l&#224;, simplement, inviter &#224; regarder ces &#234;tres &lt;i&gt;sous la main&lt;/i&gt; ? Pourquoi en faire un &#233;chafaudage, un claustra, des ferrures de porte ? Peut-&#234;tre que la technique artistique doit r&#233;pondre, se mettre &#224; la hauteur de la technique technique. Sylvie Ruaulx ne se place pas en surplomb pour cueillir ici et l&#224; des traces de culture mat&#233;rielle et les mettre en vitrine d&#251;ment &#233;tiquet&#233;es. Ces fant&#244;mes de pi&#232;ces sont habit&#233;s, anim&#233;s par toute cette vie d'usine, cette attention, ce souci de bien faire qui fait la vie de l'industrie. Les sch&#232;mes r&#233;ducteurs de la technique sont avant tout le signe qu'on ne regarde plus les &#234;tres humains &#224; l'&#339;uvre. Aussi la technicit&#233; de l'art, le souci de soi-m&#234;me devenir op&#233;ratrice de ses contemplations est-il un geste visant non seulement &#224; r&#233;assembler les sph&#232;res techniques et artistiques mais aussi &#224; les replacer dans le champ &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-echafaudage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH219/3-echafaudage-3acdc.jpg?1672151569' width='500' height='219' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Echafaudage, exposition 777, ch&#226;teau de Kerpaul, Loctudy, 2009, photo C.Douar&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation socl&#233;e d'objets finis mais &#233;tranges, leur projection dans un jeu t&#233;l&#233;vis&#233; r&#233;activ&#233;, ne sont pas des actions visant &#224; jouer sur la distance, sur l'&#233;tranget&#233;, la familiarit&#233;, ni m&#234;me &#224; poser l&#224; leur esth&#233;tique. Ces objets ne sont ni beaux ni laids, ou alors ils traversent toutes les esth&#233;tiques. Ce qui compte, c'est qu'ils soient &lt;i&gt;travaill&#233;s&lt;/i&gt;. Ils ne sont jamais venus au monde par eux-m&#234;mes, ils sont le terme d'un processus que l'on pourra, si l'on veut, qualifier d'individuation. Ils sont comme les dod&#233;ca&#232;dres que l'on trouve parfois dans des fouilles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sph&#232;re d'Atmostat en est d'ailleurs une &#233;vocation peut-&#234;tre volontaire&#8230;&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne sait pas &#224; quoi &#231;a sert, c'est plus &#233;trange que beau, mais on devine ce qu'il a fallu de soin, d'attention, d'astuce, pour cr&#233;er ces formes &#224; l'utilit&#233; ind&#233;niable mais oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4-similiblic.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH376/4-similiblic-dc908.jpg?1772212011' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Exposition t&#233;l&#233;visuelle, SIMILIBLIC, MAC-VAL
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5-exposition-televisuel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH357/5-exposition-televisuel-5e9e8.jpg?1672151569' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Expositionvt&#233;l&#233;visuelle, SIMILIBLIC, MAC-VAL
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6-similiblic.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH401/6-similiblic-ae1c0.jpg?1672151569' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Similiblic, Galerie Jean Fournier, 2018, SPH&#200;RE, &#201;milie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7-similiblic.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH390/7-similiblic-efc38.jpg?1672151569' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Similiblic, Galerie Jean Fournier, 2018, Vis
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Produits finis et incompris, rebuts recycl&#233;s ou r&#233;utilis&#233;es en attente d'une nouvelle liqu&#233;faction, traces de ces m&#234;mes objets, tous portent avec eux une histoire propre, celle du milieu qui les a vu passer de mati&#232;re brute &#224; mati&#232;re transform&#233;e et de mati&#232;re transform&#233;e &#224; objets, plus ou moins finis, aux emplois plus ou moins &#233;vidents. Ils sont une population n&#233;e dans des hangars venteux et surchauff&#233;s, sous des lumi&#232;res crues, dans le vacarme des presses, emboutisseurs, chignoles. Ils viennent de ces endroits que nous fuyons, que nous parvenons m&#234;me &#224; exporter &#224; l'autre bout de la terre. Nous &#233;vitons ainsi de nous interroger sur ce que notre confort r&#233;clame d'extractions, de fusions, d'usinages. Nous perdons le go&#251;t de ces objets, les imaginons n&#233;s dans la fureur alors qu'ils ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;s avec soin et fiert&#233;. Sylvie Ruaulx nous le rappelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8-casting-similiblics.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/8-casting-similiblics-33dfa.jpg?1772212011' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Casting Similiblics, 2018
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; faire de ces exp&#233;riences une histoire sans verser dans l'all&#233;gorie. Autrefois, le r&#233;alisme militant r&#233;activait sans grande l&#233;g&#232;ret&#233; le monde du travail id&#233;al des planches de l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;, il faisait de l'art &#224; propos des usines mais restait &#224; distance. Sylvie Ruaulx prolonge l'immersion en mobilisant la technicit&#233; artistique et se lance dans un travail de peinture sur tissu, d'apr&#232;s photographies. A chacun son m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/10-stock-similibic-b5c25.jpg?1672151570' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Stock SIMILIBIC, exposition Progress Gallery, Paris 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit plus de consid&#233;rer les objets isol&#233;ment mais dans leur milieu, ce milieu industriel, cet atelier, cette usine qui ont &#233;t&#233; sortis des centres villes, soustraits au regard, que l'on effacerait ais&#233;ment si nos modes de vie n'en &#233;taient pas si d&#233;pendants. Si les objets que nous tenons en mains, que nous commandons aujourd'hui sont souvent fa&#231;onn&#233;s sous d'autres fuseaux horaires dans des conditions que nous ne voulons pas conna&#238;tre, il y est toujours question d'usines. Il est rare, presque unique, qu'un artiste nous les donne &#224; voir. Ces peintures, apr&#232;s le long processus d'usinage artistique que l'on a bri&#232;vement retrac&#233; ici, sont un acte d'int&#233;r&#234;t, d'affection, de respect de la part d'une artiste envers des gens qui eux aussi font, et sont oubli&#233;s du fait de leur utilit&#233;. Elles montrent des objets, des hommes, des lieux de travail, mais rien de vain, rien de perdu qui s'&#233;coulerait hors de la vue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/11-vent-pluie-d2624.jpg?1672151570' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;VENT PLUIE, blouson et masque, S. Ruaulx/Nopoto, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les amateurs de sciences et techniques auront relev&#233; le terme d'hyl&#233;morphisme, r&#233;invent&#233; par Gilbert Simondon, pour d&#233;signer et r&#233;futer la croyance en une simple rencontre de la forme et de la mati&#232;re comme raison de l'objet. C'est que le travail de Sylvie Ruaulx stimule la r&#233;flexion dans ce frottement entre art et technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes se plaisent &#224; se diff&#233;rencier des artisans et les artisans d'art veulent se distinguer des plombiers et des &#233;lectriciens, au motif que leur activit&#233; vise &#224; la d&#233;lectation, comme si ce n'&#233;tait pas le cas de celle &#224; laquelle on doit sa douche chaude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-trophe_es-industriels.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH136/12-trophe_es-industriels-088dc.jpg?1772212012' width='500' height='136' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Troph&#233;es industriels, exposition Derri&#232;re l'usine, Sucy-en-Brie, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La tradition philosophique place la technique aux confins, l'histoire de l'art identifie bien les moments o&#249; l'artiste est un producteur mais &#339;uvre &#224; diff&#233;rencier son domaine d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Simondon, un temps oubli&#233; et aujourd'hui abondamment r&#233;&#233;dit&#233; et comment&#233;, est connu comme un philosophe de la technique. Son &#339;uvre est bien plus ample mais c'est &#224; ce projet d'une r&#233;int&#233;gration de la technique dans la culture, mis en &#339;uvre dans &lt;i&gt;Du mode d'existence des objets techniques&lt;/i&gt; (MEOT) que nous nous tenons ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre, paru en 1958 et qui figura longtemps dans les biblioth&#232;ques des ing&#233;nieurs, vise &#224; d&#233;finir l'essence de la technicit&#233;, en ce qu'elle proc&#232;de d'une pens&#233;e technique ayant un r&#244;le dans &#171; l'ensemble de la pens&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SIMONDON,G, Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, 2012, p. 336.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;marche, Simondon est amen&#233; &#224; diff&#233;rencier des ordres de pens&#233;e magique, technique, religieuse et esth&#233;tique. Il y a donc une pens&#233;e de l'esth&#233;tique, voire de l'art chez Simondon et l'on doit &#224; Ludovic Duhem, artiste autant que philosophe, un remarquable travail de long terme sur l'esth&#233;tique simondienne. Pour Duhem, l'ontologie g&#233;n&#233;tique est une occasion de repenser le domaine esth&#233;tique en dehors de la m&#233;taphysique et ou du substantialisme, cela m&#234;me si l'&#339;uvre majeure de Simondon, issue de la th&#232;se, n'aborde pas l'esth&#233;tique en elle-m&#234;me. Concernant MEOT, il voit bien que la pens&#233;e esth&#233;tique est dissoci&#233;e de la pens&#233;e ontog&#233;n&#233;tique et se rattache pr&#233;f&#233;rentiellement &#224; la pens&#233;e magique, dont elle serait une nouvelle phase. Cette pens&#233;e de l'esth&#233;tique laisse curieusement de c&#244;t&#233; l'&#339;uvre comme objet et c'est en quoi Duhem parle de faux d&#233;part&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DUHEM, L, La t&#226;che aveugle et le point neutre, Cahiers Simondon, 2006.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propos ici, inspir&#233; par le travail de Sylvie Ruaulx, fait mine de mal comprendre la pens&#233;e simondienne. La pens&#233;e esth&#233;tique tient une place essentielle chez Simondon mais, sans doute par myopie conceptuelle, nous ne pouvons nous enlever de l'id&#233;e que l'&#339;uvre d'art est fr&#233;quemment, sinon exclusivement, un objet et que cet objet, pourvu qu'on lui reconnaisse un degr&#233; de mat&#233;rialit&#233;, traverse des phases d'&#233;laboration complexes et ne relevant pas que de la pens&#233;e et de l'&#233;motion artistique. Autrement dit, il nous para&#238;t utile de regarder l'&#339;uvre d'art comme un objet technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n&#233;gligeons, au moins provisoirement, un pan de la production artistique qui se d&#233;clare immat&#233;riel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute faudrait-il s'interroger sur la mat&#233;rialit&#233; que cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est question ici d'objets, que l'on appelle des &#339;uvres mais qui n'en passent pas moins par un processus d'&#233;laboration. Consid&#233;rant le &lt;i&gt;faux d&#233;part&lt;/i&gt; de Simondon, nous en tentons un nouveau, au prix d'une amn&#233;sie passag&#232;re de la pens&#233;e esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons donc la m&#233;thode suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
Entreprendre une lecture de l'objet-&#339;uvre d'art &#224; l'aide de l'ontogen&#232;se simondienne&lt;br class='autobr' /&gt;
Enqu&#234;te sur la place de la r&#233;flexion technique, comme d&#233;marche cognitive, dans la d&#233;marche artistique&lt;br class='autobr' /&gt;
Hypoth&#232;se : possibilit&#233; d'une science des op&#233;rations (allagmatique) qui autoriserait une relecture de l'esth&#233;tique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objet technique/&#339;uvre d'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des int&#233;r&#234;ts de la lecture de Simondon est l'abondance des exemples pouss&#233;s, pris dans un spectre immense de connaissances. Pour nous en tenir &#224; MEOT, la critique de l'hyl&#233;morphisme, comme on l'a &#233;voqu&#233; plus haut, convoque l'exemple de la brique. Il est fr&#233;quemment cit&#233; car embl&#233;matique du projet d'une r&#233;int&#233;gration de la technique dans la culture. Concevoir la notion m&#234;me de brique, en tant que projet puis en tant que chose &#224; fabriquer, engage une pens&#233;e qui n'est pas d'ex&#233;cution mais fait vivre ensemble les pens&#233;es et la mati&#232;re. C'est l'accession de l'objet &#224; lui-m&#234;me dont Simondon &#233;crit le r&#233;cit philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L449xH700/13-phasme-e45de.jpg?1672151570' width='449' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PHASME, exposition Derriere l'usine, Sucy-en-Brie, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gen&#232;se est une histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simondon ne cherche pas &#224; saisir l'&#234;tre, en tant que tel, ontologiquement mais &#224; comprendre sa construction, sa &lt;i&gt;gen&#232;se&lt;/i&gt;. Pour comprendre un &#234;tre, il ne faut pas partir de ce que l'on voit dans l'instant, sous peine de rattacher cet &#234;tre &#224; des objets voisins aux apparences similaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que fait la phylog&#233;n&#233;tique, en r&#233;visant les classifications linn&#233;ennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le seul moyen de conna&#238;tre sa sp&#233;cificit&#233; est de remonter &#224; ses origines, &#224; sa gen&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que fait la phylog&#233;n&#233;tique, en r&#233;visant les classifications linn&#233;ennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme primitive de l'objet en devenir est appel&#233;e forme abstraite par Simondon. Il y a une dynamique d'&#233;volution vers une concr&#233;tisation. L'abstraction n'est pas une pure id&#233;e mais un &#234;tre en devenir, qui ne se distingue pas pleinement du milieu d'o&#249; il &#233;merge. La concr&#233;tisation n'est pas tant l'accroissement du degr&#233; de mat&#233;rialit&#233; que l'avanc&#233;e vers une certaine unit&#233;, ou coh&#233;rence. L'abstrait est l'inabouti. Le concret est le moment d'&#233;quilibre dans une forme entre les id&#233;es et les exp&#233;riences qui l'ont produite. Avant cet aboutissement, diff&#233;rents aspects de l'objet existent mais ne sont pas accomplis, n'atteignent pas la pl&#233;nitude de leur fonction dans l'ensemble constitu&#233; par l'objet. Simondon prend l'exemple tr&#232;s technique des ailettes ajout&#233;es, aux fins de refroidissement, aux premiers moteurs &#224; explosion et qui acqui&#232;rent progressivement des utilit&#233;s m&#233;caniques dans la rigidit&#233; de l'ensemble, au point qu'on ne puisse distinguer les fonctions. L'acte &#171; th&#233;orique &#187; est donc celui de l'ajout des ailettes pour une raison d&#233;termin&#233;e et la concr&#233;tisation s'affirme au fil des &#233;volutions : l'objet acquiert sa logique propre. Il ne s'agit pas d'une am&#233;lioration de la compr&#233;hension de ses concepteurs, d'une lutte contre la mati&#232;re r&#233;sistante. Le r&#233;cit que Simondon fait de la gen&#232;se ne laisse pas appara&#238;tre de tels antagonismes. La concr&#233;tisation est un mouvement vers l'unit&#233; de l'objet, vers le moment de sa coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette cause intrins&#232;que qui est la condition de l'&#233;volution technique, ce perfectionnement vu comme une r&#233;duction de ses contradictions, de ses inutilit&#233;s, jusqu'&#224; saisir son accomplissement : &lt;i&gt;&#171; L'objet technique complet est celui qui n'est plus en lutte avec lui-m&#234;me, celui dans lequel aucun effet secondaire ne nuit au fonctionnement de l'ensemble ou n'est laiss&#233; en dehors de ce fonctionnement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MEOT, p. 41.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une belle machine, donc, de celles qu'on admire pour sa complexit&#233; et pour son &#233;conomie, mais cette admiration doit porter autant sur le cheminement que sur l'ach&#232;vement provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parfois cet int&#233;r&#234;t pour la technique, pour l'objet qui est beau sans le vouloir, sans le viser et nous voyons de le beaut&#233; o&#249; il y a peut-&#234;tre une coh&#233;rence, une mani&#232;re d'&#234;tre pleine et peut-&#234;tre une histoire, une gen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14-flux.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/14-flux-e66eb.jpg?1672151570' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;FLUX, Esplanade de Mers-les-bains, Francois Trancart, couleurs, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet accomplissement, cette compl&#233;tude va cependant au-del&#224; de cette satisfaction. Il n'est pas que le lieu de rencontres entre des conceptions abstraites, scientifiques et des conditions mat&#233;rielles. Il est un &#234;tre en soi. Par sa coh&#233;rence, il se rapproche des &#234;tres vivants, non pas des plantes de serre qui sont des vivants artificialis&#233;s mais les &#234;tres de nature, fruits d'une &#233;volution et adapt&#233;s &#224; leur milieu : &lt;i&gt;&#171; &#8230; par la concr&#233;tisation technique, l'objet, primitivement artificiel, devient de plus en plus semblable &#224; l'objet naturel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. Cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'&#233;dition &#224; laquelle nous nous r&#233;f&#233;rons mentionne une variante pour la fin de cette phrase, variante que nous adoptons volontiers ici : &lt;i&gt;l'objet se lib&#232;re et se naturalise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/15-parade-flux.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH108/15-parade-flux-f9d0e.jpg?1672151570' width='500' height='108' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PARADE FLUX, Mers-les-bains, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ration de l'objet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet ne devient pas enti&#232;rement naturel, il n'est pas s&#233;parable des intentions du &lt;i&gt;&#171; vivant humain sur la terre &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op.cit., p. 71.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour reprendre la p&#233;riphrase de Simondon. Il n'est surtout pas s&#233;parable de cette gen&#232;se, cette histoire qui le rend plus concert que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Il est dernier de sa lign&#233;e mais pas n&#233;cessairement ultime, un autre objet plus concert, c'est-&#224;-dire plus accord&#233; &#224; lui-m&#234;me, pouvant subvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons ici cette notion de lign&#233;e, de transformations successives, sans r&#233;gularit&#233;s, marqu&#233;es par des moments de stabilit&#233;, jusqu'&#224; l'impr&#233;visible moment d'une nouvelle phase de concr&#233;tisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux origines de la lign&#233;e, il y a l'invention, qui est &lt;i&gt;&#171; le conditionnement du pr&#233;sent par l'avenir &#187;&lt;/i&gt;. Les conditions de cr&#233;ation du premier objet, de l'origine absolue de la lign&#233;e, se trouvent dans l'imagination du vivant (Simondon ne pr&#233;cise plus &#171; humain &#187;) qui r&#233;unit mentalement, &lt;i&gt;symboliquement&lt;/i&gt;, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la concr&#233;tisation &#224; venir. Il ne s'agit pas d'un jeu de formes mentales mais de l'&#233;mergence d'&#233;l&#233;ments depuis une immense virtualit&#233;, sorte de bruit de fond mental, appel&#233; ici &lt;i&gt;fond dynamique&lt;/i&gt;. Il y a une analogie entre la fa&#231;on dont les premi&#232;res id&#233;es de l'objet, ou plut&#244;t ses premi&#232;res images mentales, se distinguent dans un milieu de potentialit&#233;s floues et la fa&#231;on dont l'objet, une fois mat&#233;rialis&#233;, ne se concr&#233;tise que dans son rapport &#224; son milieu : &lt;i&gt;&#171; L'objet technique individualis&#233; est un objet qui a &#233;t&#233; invent&#233;, c'est-&#224;-dire produit, par un jeu de causalit&#233; r&#233;currente entre vie et pens&#233;e chez l'homme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op.cit., p. 75.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus d'invention, qui se d&#233;marque des conceptions psychologiques de son &#233;poque, est comme le reflet de l'ins&#233;parabilit&#233; de l'objet et de son milieu. Ce n'est ni un processus naturel, ni une op&#233;ration de pens&#233;e, ni une suite math&#233;matique. Simondon pose d'ailleurs une loi de cette &#233;volution, de cette histoire, aux termes de laquelle les am&#233;liorations ne sont pas continues, r&#233;guli&#232;res, ni r&#233;guli&#232;rement espac&#233;es dans le temps. Il la nomme loi de relaxation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc avec quelques caract&#233;ristiques de l'objet technique tel que d&#233;finies dans le premier tiers de MEOT. Nous laissons de c&#244;t&#233; la suite de l'&#339;uvre car, pour les besoins de la d&#233;monstration, nous devons nous concentrer sur la gen&#232;se de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons maintenant l'exp&#233;rience de revenir sur le travail de Sylvie Ruaulx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traitons ici d'&#339;uvres fabriqu&#233;es &#224; partir de mat&#233;riaux trouv&#233;s/donn&#233;s/r&#233;cup&#233;r&#233;s sur des sites industriels en activit&#233;. Il ne s'agit pas de po&#233;sie des ruines mais de saisie dans un processus de fabrication, de gen&#232;se technique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/17-chignon-brosse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH363/17-chignon-brosse-829a1.jpg?1772212012' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;CHIGNON-BROSSE, Exposition &#201;preuves-d'usine, H-du-Si&#232;ge, Valenciennes, 2015
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/18-boucle-d_oreille.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH363/18-boucle-d_oreille-04b8b.jpg?1772212012' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Boucle d'oreille Rachel, Green Cr&#233;ative/ Boyer laser, Exposition Derri&#232;re l'usine, Sucy-en-Brie, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/19-boucle-d_oreille-moustache.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/19-boucle-d_oreille-moustache-6eff3.jpg?1772212012' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Boucle d'oreille, Moustache et Orange, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJET&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant sur la notion de &lt;i&gt;pi&#232;ce orpheline&lt;/i&gt;, selon le mot de l'artiste. Dans un processus de fabrication, disons d'avanc&#233;e conjointe de l'intention et de la mati&#232;re, il y a des fausses routes, des pi&#232;ces bien faites selon un plan mal fait, ou des pi&#232;ces bien pens&#233;es mais mal faites, tout un spectre d'ajustements. Il arrive m&#234;me que dans l'usine, on ne sache plus &#224; quoi la pi&#232;ce orpheline devait servir. Sylvie Ruaulx les r&#233;cup&#232;re en tant que partie d'une finalit&#233; g&#233;n&#233;rale, en tant que jalons &#233;gar&#233;s d'une gen&#232;se. Dire que la pi&#232;ce est orpheline, c'est sugg&#233;rer qu'elle a une histoire dans une filiation, une lign&#233;e, et cela peut &#233;voquer Simondon, tant la notion de lign&#233;e technique est centrale pour lui. La pi&#232;ce trouv&#233;e dans les &#224;-c&#244;t&#233;s de l'usine a contribu&#233; &#224; une certaine &#233;volution dont nous ne savons rien mais qui a d&#233;termin&#233; sa forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle nature est ici le r&#233;emploi ? L'&#339;uvre expos&#233;e &lt;i&gt;Moustache et orange&lt;/i&gt; est constitu&#233;e d'&#233;l&#233;ments m&#233;talliques visiblement destin&#233;s &#224; un assemblage. On peut voir dans l'&#339;uvre un simple assemblage, voire un &lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt; mais ce serait en m&#233;conna&#238;tre la gen&#232;se artistique. Les pi&#232;ces orphelines ne sont pas ramass&#233;es dans la rue, elles sont adopt&#233;es lors d'un temps pass&#233; en usine, un terrain diraient les anthropologues. Elles sont consid&#233;r&#233;es par l'artiste en tant que telles, r&#233;sultat d'un travail technique. Elles ont exist&#233; dans un processus de fabrication, sont tomb&#233;es du train en raison du caract&#232;re incertain de la gen&#232;se technique mais, plut&#244;t que d'&#234;tre mises au rebut, broy&#233;es, fondues ou oubli&#233;es, elles trouvent un nouveau destin. Leur histoire ne dispara&#238;t pas, elle est tout au plus muette, seule la forme la raconte sans nous instruire. Ayant &#233;chou&#233; &#224; se naturaliser/lib&#233;rer pour toutes les raisons qui font que la technique n'est pas un chemin rectiligne et abstrait, elles se trouvent mises en vue et d&#233;plac&#233;es dans une autre utilit&#233;. Le r&#233;emploi est courant dans l'art comme dans l'industrie mais ici, il faut y insister, l'op&#233;ration n'est ni un d&#233;placement ni un d&#233;tournement : c'est en tant que pi&#232;ce d'usine et non comme pure forme, que la pi&#232;ce orpheline est adopt&#233;es dans une lign&#233;e artistique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH599/20-flux-souterrain-89378.jpg?1772212012' width='500' height='599' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Exposition Trimvirat, FLUX-SOUTERRAIN
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecartons d'embl&#233;e tout hyl&#233;morphisme : il n'est pas question de r&#233;v&#233;ler la forme artistique &#224; partir de l'objet brut, tel un bloc de marbre qui se conformerait progressivement au moule conceptuel r&#234;v&#233; et mis en &#339;uvre par l'artiste. Sylvie Ruaulx dialogue avec les producteurs de ces pi&#232;ces, s'immerge dans l'usine, s'y fait accepter. Elle a besoin de comprendre le processus avant d'exercer son regard et de la porter &#233;ventuellement sur les d&#233;laiss&#233;s. L'objet est isol&#233; mais pas extrait. Il entre avec son histoire dans un nouveau dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement est comme une nouvelle concr&#233;tisation. Isol&#233;, il est juste un moment de cr&#233;ation technique, un moment de causalit&#233; inaboutie entre vie et pens&#233;e. Le processus artistique s'engage avec son potentiel d'abstraction, notion qui est &#224; prendre autant dans l'acception artistique que simondienne et dans sens rigoureusement op&#233;ratoire. Ce qui concr&#233;tise &#224; nouveau l'objet, c'est moins le regard curieux port&#233; sur lui que l'&#233;valuation de sa capacit&#233; &#224; entrer dans une lign&#233;e diff&#233;rente. Quel est le futur contenu en lui ? Il est pour cela ins&#233;r&#233; dans un milieu neutre qui devient un fond de couleurs. &lt;i&gt;L'objet cru&lt;/i&gt; (Sylvie Ruaulx cite Fernand L&#233;ger) ne sera pas refondu mais int&#233;gr&#233; en tant que lui-m&#234;me &#224; un nouveau milieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/21-vue-ge_ne_ral.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH363/21-vue-ge_ne_ral-68c19.jpg?1772212012' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;VUE G&#201;N&#201;RAL L&#201;GER
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MILIEU&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons rapidement &#233;voqu&#233;, la gen&#232;se de l'objet ne peut s'op&#233;rer pour Simondon que dans un milieu associ&#233;. Il se trouve que dans le cas qui nous int&#233;resse, la production d'objets n'est pas s&#233;parable de leur pr&#233;sentation, laquelle &#233;tant articul&#233;e par un dispositif faisant lui-m&#234;me &#339;uvre, &#224; la mesure de la salle d'exposition, une sorte de machine faite de tubes servant habituellement &#224; &#233;vacuer les fum&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/22-vue-ge_ne_rale-le_ger-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH363/22-vue-ge_ne_rale-le_ger-1-f858b.jpg?1772212012' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;VUE G&#201;N&#201;RAL L&#201;GER
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fumiste est un m&#233;tier, qui n'a rien &#224; voir avec l'art contemporain. Qui pense &#224; ces fum&#233;es que nous &#233;mettons dans nos logements chauff&#233;s ? Le fumiste est comme le plombier de l'air. Le fumiste est pr&#233;cis, comme tous ceux dont notre s&#233;curit&#233; d&#233;pend. Il ne raconte pas d'histoires, il capture, achemine, &#233;vacue. Le fumiste sollicit&#233; par Sylvie Ruaulx a fait son travail. Fils d'un des techniciens ayant particip&#233; &#224; la construction du centre Georges Pompidou, il a &#233;labor&#233; cette sculpture d'air qui int&#232;gre les autres &#339;uvres. Elle est &#224; la fois l'objet et l'exposition et les objets existent dans cet environnement con&#231;u apr&#232;s eux mais selon eux. Les erreurs, les oublis, les chutes du processus de concr&#233;tisation ont &#233;t&#233; repens&#233;s &#224; partir d'eux-m&#234;mes et ont d&#233;termin&#233; l'environnement dans lequel ils ont exist&#233; le temps d'une exposition, environnement en eux et autour d'eux. Formons donc l'hypoth&#232;se que l'exposition pourrait &#234;tre parfois un milieu associ&#233; et lisons les phrases qui suivent en les appliquant &#224; la pratique de l'exposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces objets ne sont viables que si le probl&#232;me est r&#233;solu, c'est-&#224;-dire s'ils existent dans leur milieu associ&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Seule la pens&#233;e capable de pr&#233;vision et d'imagination cr&#233;atrice peut op&#233;rer ce conditionnement renvers&#233; dans le temps : les &#233;l&#233;ments qui mat&#233;riellement constitueront l'objet technique, et qui sont s&#233;par&#233;s les uns des autres, sans milieu associ&#233;, doivent &#234;tre organis&#233;s les uns les autres en fonction de la causalit&#233; circulaire qui existera lorsque l'objet sera constitu&#233; ; il s'agit donc d'un conditionnement du pr&#233;sent par l'avenir, par ce qui n'est pas encore. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MEOT, p. 71.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exposition, par nature temporaire, est toujours un futur qui conditionne le pr&#233;sent, une abstraction qui va vers une concr&#233;tisation, m&#234;me si on donne &#224; ces mots le sens commun. L'importance du milieu associ&#233; vaut pour l'&#339;uvre comme objet mais semble encore plus &#233;vidente pour l'exposition qui fait &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L467xH700/23-edifice-azerty-6m-672d8.jpg?1672151570' width='467' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;difice Azerty 6m, exposition Milieu sensible, Jeonbuk-Museum, Cor&#233;e, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L467xH700/24-edifice-azerty-2_5-5b5a3.jpg?1672151570' width='467' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;difice Azerty 2,5, exposition Milieu sensible, Jeonbuk-Museum, Cor&#233;e, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;85&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L467xH700/25-edifice-azerty-2_5-80a86.jpg?1672151570' width='467' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;difice Azerty 2,5, exposition Milieu sensible, Jeonbuk-Museum, Cor&#233;e, 2022, d&#233;tail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenons un dernier exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edifice AZERTY/QWERTY &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
3 sculptures en m&#233;tal chrom&#233;es et plexi color&#233;s avec c&#226;bles et tendeurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvres r&#233;alis&#233;es pour l'exposition &lt;i&gt;&#171; Milieu sensible &#187;&lt;/i&gt;, au Jeonbuk Museum of art, Cor&#233;e, de mai &#224; septembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce travail, le processus n'est pas la r&#233;cup&#233;ration mais l'&#233;laboration &#224; partir du milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barqu&#233;e en Cor&#233;e, l'artiste distingue et interpr&#232;te le milieu et cherche &#224; le saisir : &lt;i&gt;&#171; &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; de mes habitudes, j'ai essay&#233; de comprendre la situation g&#233;ographique de Jeonju (du Jeonbuk museum of art) &#8211; c'est une r&#233;gion essentiellement agricole patrimoniale, donc touristique et tr&#232;s peu industrielle. &#187;&lt;/i&gt; Beaucoup d'informations, certains comprises, d'autres pas, une topographie, avec la montagne, l'agriculture, des pratiques de tourisme, choses communes. Et une &#233;criture, une langue, qui ne peuvent &#234;tre que des sons et des caract&#232;res. Des enseignes de commerce, notamment. Un milieu pour un &#234;tre en devenir : mati&#232;res, formes, signes, espaces, air , lumi&#232;re, pens&#233;e. Car dans cette phase confuse, ce ne sont pas des id&#233;es qui participent &#224; cet environnement, c'est une pens&#233;e qui vogue, qui n'op&#232;re pas. La premi&#232;re phase d'abstraction vient de cette exp&#233;rience flottante : taper &#224; l'ordinateur les alphabets occidentaux et cor&#233;ens, comme des formes non reli&#233;es entre elles, d&#233;pourvues de signification. Voir ce que &#231;a donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les rapprocher, sans les fusionner, utiliser les principes graphiques du braille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re phase de concr&#233;tisation : d&#233;finir des formes &#224; partir de ces alphabets. La mat&#233;rialisation des formes se fait avec le m&#234;me plexiglas que les enseignes de la grande rue de Jeonbuk, transparent et color&#233;. Les formes doivent g&#233;n&#233;rer le moins de chutes possibles (qui sait d'ailleurs si ces chutes ne trouveront pas leur usage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin se poursuit : des formes de pr&#233;sentation se d&#233;gagent. Il faut &#234;tre dans la rue, dans le milieu d'origine. Les structures m&#233;talliques qui portent ces formes sont d&#233;termin&#233;es par leur fonction, par &#233;conomie maximale, autant esth&#233;tique qu'&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre, quelque chose qui &#233;mane du milieu et doit y trouver issue. Il y a des op&#233;rations successives qui ne doivent rien au remplissage d'une forme par un contenu. Le besoin d'aller vers une finalit&#233; mat&#233;rielle, une &#339;uvre d'art, am&#232;ne &#224; la concr&#233;tisation. Il s'agit d'une r&#233;sidence et d'une invitation &#224; une exposition. Il y a bien la n&#233;cessit&#233; de produire une &#339;uvre. Certains s'en sortent en ouvrant leurs cartons et reprenant une id&#233;e ant&#233;rieure, parfois avec une adaptation contextuelle. D'autres sont d'ailleurs attendus pour leur art de la r&#233;p&#233;tition. Quelques uns, enfin, produisent une situation, des relations, un moment parfois &#233;vanescent. La n&#233;cessit&#233; dont nous parlons pour Sylvie Ruaulx est dict&#233;e par tout son travail de production d'objets (encore que l'on trouve dans son corpus des vid&#233;os et m&#234;me une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision, ax&#233;e il est vrai sur les objets). Peut-&#234;tre cette mani&#232;re de remplir son contrat tient-elle aussi &#224; sa fr&#233;quentation des usines et des ateliers, de ceux recherchent la coh&#233;rence de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les trois sculptures existent et se comprennent d'autant mieux que l'on nous explique leur gen&#232;se. C'est un d&#233;bat toujours vif en art contemporain : faut-il laisser le public seul avec son regard ou prendre le soin de l'entourer de commentaires, Si certains de ces derniers n'apportent rien et parfois m&#234;me retirent, nous pensons pour notre part que le commentaire qui dit l'histoire de l'&#339;uvre, son ontogen&#232;se, n'est jamais inutile, quelle que soit l'&#233;poque de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concr&#233;tisation de ces &#339;uvres n'est pas &#224; comprendre seulement comme le passage &#224; un &#233;tat tangible, mais comme l'arriv&#233;e &#224; un point o&#249;, artistiquement, &lt;i&gt;&#231;a fonctionne&lt;/i&gt;. Une &#339;uvre qui trouve sa forme, sa place, son sens. Ce dernier concerne &#233;galement les passants, pas m&#234;me visiteurs, tous cor&#233;ens et auxquels s'adressent les deux alphabets recr&#233;es ainsi que la forme famili&#232;re des enseignes ainsi &#233;voqu&#233;e. Ces objets semblent ainsi se naturaliser, trouver un &#233;quilibre et le processus entier vise &#224; l'apaisement. Qui peut dire si ces objets &#339;uvres d'art se &lt;i&gt;lib&#232;rent&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sait pas mais on peut poser la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ELEMENTS POUR UNE ENQUETE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc d&#233;lib&#233;r&#233;ment ignor&#233; la diff&#233;rence fondamentale entre objet technique et objet artistique : l'utilit&#233;. L'&#339;uvre d'art ne sert &#224; rien. Dans l'esth&#233;tique de Simondon, telle qu'expos&#233;e dans la troisi&#232;me partie de MEOT, les fonctions de l'&#339;uvre d'art sont constitutives du destin humain mais nullement sur un mode op&#233;ratoire. La pens&#233;e esth&#233;tique y est donn&#233;e comme occupant un espace entre le magique et le technique. L'objet esth&#233;tique n'est pas abord&#233; comme l'objet technique en tant qu'&#234;tre tendant vers son accomplissement mais en soi, dans son lien avec l'impression esth&#233;tique et en r&#233;seau avec tout autre objet esth&#233;tique. Il est &#224; la fois la rencontre entre &lt;i&gt;&#171; un aspect du monde r&#233;el et un geste humain &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MEOT p. 263.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le d&#233;positaire d'une perception &#224; venir, se trouvant &#224; la fois sujet et objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une pens&#233;e de l'ontogen&#232;se, dans laquelle tout &#234;tre humain, non humain, vivant, non vivant proc&#232;de d'une histoire de sa propre constitution, la question de la venue de l'objet d'art &#224; lui-m&#234;me n'est pas &#233;tudi&#233;e, au nom d'ailleurs de consid&#233;rations qui le d&#233;tachent en l'abstrayant : &lt;i&gt;&#171; L'art franchit les limites ontologiques, se lib&#233;rant par rapport &#224; l'&#234;tre et au non &#234;tre : un &#234;tre peut devenir et avoir &#233;t&#233; sans se refuser et se nier d'avoir &#233;t&#233;, l'art est pouvoir d'it&#233;ration qui n'an&#233;antit pas la r&#233;alit&#233; de chaque recommencement ; en cela il est magique &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MEOT, p. 275.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons nous demander quelle ontogen&#232;se se trouve derri&#232;re/sous/avant cette magie, si nous voulons tenter de comprendre comment l'objet d'art se fabrique, nous devons nous poser une question : &lt;i&gt;est-ce que l'&#339;uvre d'art op&#232;re ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons d'abord au processus de concr&#233;tisation de l'objet technique. Nous avons vu qu'il s'accomplissait dans l'apaisement. Lorsqu'il n'y a plus de lutte avec les &#233;l&#233;ments, lorsque les effets secondaires s'att&#233;nuent jusqu'&#224; dispara&#238;tre, il tend &#224; sa concr&#233;tisation. C'est &#224; la fois la lib&#233;ration de l'objet, son entr&#233;e dans une existence propre et sa naturalisation. Le signe de cet apaisement c'est que l'objet op&#232;re, tout simplement (mais pas seulement) qu'il fonctionne bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question &#224; poser aux artistes. Ne connaissent-ils pas ce moment o&#249; &lt;i&gt;&#231;a fonctionne&lt;/i&gt; ? Ne connaissent-ils pas ce moment o&#249; il n'y a plus rien &#224; ajouter, plus rien &#224; enlever ? N'y a-t-il pas eu avant des moments de potentialit&#233;, d'incertitude, un conditionnement du pr&#233;sent par le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de chercher des r&#233;ponses &#224; ces questions en examinant les &#339;uvres de l'ext&#233;rieur, nous nous proposons ici de poser la question aux artistes eux-m&#234;mes. S'agissant du processus de cr&#233;ation, s'il l'on veut sortir de l'hypoth&#232;se, la m&#233;thode de l'enqu&#234;te nous semble la plus appropri&#233;e. C'est pourquoi un questionnaire s'annexe au pr&#233;sent texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent travail ne se veut donc pas conclusif. Dans l'art, on ne se dirige pas avec des moyens satellitaires mais avec des cartes dress&#233;es &#224; hauteur d'exp&#233;rience humaine. Quand nous regardons les portulans anciens, nous sommes toujours attir&#233;s par ce que nous savons &#234;tre des erreurs ou des approximations. Ces cartes ne disaient rien d'assur&#233; sur les vents, les courants, les r&#233;cifs, elles n'emp&#234;chaient pas les naufrages mais elles permettaient les voyages, que l'on choisisse le cabotage ou le grand large. Il arrivait d'ailleurs que l'on arrive ailleurs que pr&#233;vu et c'&#233;tait parfois une bonne surprise. Ainsi, notre bref parcours dans Simondon ne s'est fait ni au drone ni au GPS. Il propose aux navigateurs artistiques, qui de toutes fa&#231;ons ne se fient qu'&#224; leur propre boussole, de tenter leur propre voie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/26-rodeur-d9f9b.jpg?1672151570' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;RODEUR, exposition Canalsatllite, Migennes, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous visons n&#233;anmoins une destination, peut-&#234;tre chim&#233;rique. Si nous pouvons mieux comprendre le processus d'acc&#232;s d'une &#339;uvre &#224; sa propre lib&#233;ration, si nous trouvons des &#233;l&#233;ments de comparaisons dans des exp&#233;riences diverses, nous pouvons envisager le processus artistique comme une op&#233;ration, dans le sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le vocabulaire de Simondon, JY Ch&#226;teau, Ellipses 2008. Les citations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; elle ne peut &#234;tre pens&#233;e &#224; part de la structure, o&#249; les deux sont ins&#233;parables. Simondon envisageait comme &lt;i&gt;&#171; une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des &#233;changes et des modifications des &#233;tats &#187;&lt;/i&gt;, lui donnant le nom d'allagmatique, et qui peut se comprendre comme une science des op&#233;rations. Dire que l'&#339;uvre d'art est un objet technique, en ce sens qu'elle comprend des relations entre des phases abstraites et des phases mat&#233;rielles, essayer de comprendre ces phases et ces aboutissement, ce serait aborder la question esth&#233;tique sous l'angle allagmatique et possiblement monter dans une embarcation &#224; destination inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUESTIONS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce questionnaire s'adresse aux artistes, au sens d'individus connaissant des exp&#233;riences cr&#233;atives productives. Il concerne un processus suppos&#233; allant vers la &lt;i&gt;d&#233;livrance/livraison&lt;/i&gt; d'une &#339;uvre depuis la premi&#232;re id&#233;e ou m&#234;me avant cette premi&#232;re id&#233;e, jusqu'&#224; l'acc&#232;s suppos&#233; &#224; l'autonomie de l'&#339;uvre, &#224; la lib&#233;ration de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre travail artistique, pouvez-vous identifier le moment de la premi&#232;re id&#233;e de l'&#339;uvre ? Juste avant et juste apr&#232;s ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvez-vous identifier un environnement favorable &#224; la survenue de ce fait g&#233;n&#233;rateur et &#224; la poursuite du processus(milieu, relations, &#233;changes&#8230;) ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la gen&#232;se de l'&#339;uvre, identifiez-vous des moments o&#249; des probl&#232;mes sont &#224; r&#233;soudre ? Comment les traitez-vous : r&#233;solution, contournement, &#233;vitement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la gen&#232;se de l'&#339;uvre, faites-vous une diff&#233;rence entre exp&#233;rience de pens&#233;e et exp&#233;rience mat&#233;rielle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Identifiez-vous dans votre travail une ou plusieurs lign&#233;es, au sens o&#249; des &#339;uvres diff&#233;rentes et espac&#233;es dans le temps serait li&#233;es dans un m&#234;me processus ? Si oui, ces lign&#233;es peuvent-elles conna&#238;tre un ach&#232;vement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvez-vous parler d'ach&#232;vement de l'&#339;uvre et si oui, diriez-vous qu'il s'agit d'un acc&#232;s &#224; un fonctionnement (&#231;a fonctionne) et/ou d'un acc&#232;s &#224; l'autonomie de l'objet, &#224; sa lib&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui auront l'int&#233;r&#234;t, la patience et l'amabilit&#233; de r&#233;pondre &#224; ces questions, nous serons tr&#232;s int&#233;ress&#233;s &#224; les recevoir sur l'adresse suivante : allagmatique@gmail.com. Ces r&#233;ponses serviront &#224; faire progresser la pr&#233;sente r&#233;flexion, encore en ses commencements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce d&#233;placement est un acte familier aux amateurs d'art contemporain, avec le contresens institutionnel port&#233; par Breton puis Goodman. Il est ici hors sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La sph&#232;re d'Atmostat en est d'ailleurs une &#233;vocation peut-&#234;tre volontaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SIMONDON,G, &lt;i&gt;Du mode d'existence des objets techniques&lt;/i&gt;, Aubier, 2012, p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DUHEM, L, &lt;i&gt;La t&#226;che aveugle et le point neutre&lt;/i&gt;, Cahiers Simondon, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans doute faudrait-il s'interroger sur la mat&#233;rialit&#233; que cette immat&#233;rialit&#233; engage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que fait la phylog&#233;n&#233;tique, en r&#233;visant les classifications linn&#233;ennes, est du m&#234;me ordre. Il y a des similarit&#233;s sans histoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que fait la phylog&#233;n&#233;tique, en r&#233;visant les classifications linn&#233;ennes, est du m&#234;me ordre. Il y a des similarit&#233;s sans histoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MEOT, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op.cit.&lt;/i&gt;, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op.cit.&lt;/i&gt;, p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MEOT, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MEOT p. 263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MEOT, p. 275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf. Le vocabulaire de Simondon&lt;/i&gt;, JY Ch&#226;teau, Ellipses 2008. Les citations suivantes proviennent, gr&#226;ce &#224; cet ouvrage, de &lt;i&gt;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information (ILFI)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : La part des Anges, L'art dans les Chapelles, Cuisset, 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et la caravane passe</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Et-la-caravane-passe</link>
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		<dc:date>2022-04-03T14:21:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>El Pablo</dc:creator>


		<dc:subject>catastrophe</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Oui, c'est bon, c'est &#231;a qu'on aime !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/catastrophe" rel="tag"&gt;catastrophe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2051-24cb6.jpg?1772245633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Oui, c'est bon, c'est &#231;a qu'on aime !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le sang, les armes, les tanks, les fusils-mitrailleurs, les avions supersoniques, les explosions ! BOOM, BOOM, BOOM ! Et beh alors ? Faut rigoler ! Comme disait Eli Kakou : &#171; C'est un spectacle comique, on rigole ! &#187; Mille sept cents ans auparavant, la propagande &#233;tait celle des pi&#232;ces d'or sur laquelle figurait la t&#234;te d'Alexandre, il y en a 500, c'&#233;tait l'imprimerie et les pamphlets protestants de Martin Luther. Un demi-si&#232;cle en arri&#232;re on assistait au match &#233;v&#232;nement Cocos VS Nazis, puis Cocos VS Yankees, puis Cocos VS Cocos. Aujourd'hui, tout est plus compliqu&#233;, et toujours pareil aussi, &#224; peu de choses pr&#232;s. Aujourd'hui, existent les r&#233;seaux sociaux, les images subliminales des films am&#233;ricains qui ont fini par rentrer compl&#232;tement dans le cr&#226;ne, style &lt;i&gt;Orange M&#233;canique&lt;/i&gt;. Ces longs-m&#233;trages qui ne peuvent exister sans un lance-grenade, sans un &#233;lan de patriotisme d&#233;goulinant de clich&#233;s immondes. Et oui mes chers ! On est bel et bien dedans, des cadavres de soldats, non, de jeunes hommes compl&#232;tement perdus, au cerveau astiqu&#233;, comme les v&#244;tres, comme le mien. Bizarre, d&#233;rangeant n'est-ce pas ? En deux clics trois mouvements : Reddit, r&#233;seau social anonyme qui souvent n'a que faire des sources, du fact-checking, de qui fait quoi, de qui dit quoi. Pour &#234;tre franc, moi non plus. Ce qu'on y voit sont des hommes et des femmes morts : pour preuve, j'ai visionn&#233; chaque vid&#233;o de tank russe explosant une voiture d'innocents, de missile explosant sur une fillette &#224; v&#233;lo tout autant que celles des blind&#233;s explos&#233;s au lance-roquette : m&#233;tal coupable et chair corrompue des pauvres combattants en lambeaux. J'adore. En promenade dans la capitale, d&#233;filent entre Bastille et R&#233;publique de jeunes fran&#231;ais, flambeaux de la philosophie des lumi&#232;res, qui oublient les caract&#233;ristiques du nazisme, de la shoah, et emploient les termes &#224; tout bout de champ pour caract&#233;riser un ours bless&#233; et parano&#239;aque. Pas m&#234;me dix jours que le conflit a commenc&#233; que l'on sent la mode pass&#233;e, il devient d&#233;j&#224; &lt;i&gt;has-been&lt;/i&gt; dans notre soci&#233;t&#233; de l'imm&#233;diat. Poutine, d&#233;cid&#233;ment moins bon acteur que son homologue Ukrainien, aurait au moins pu attendre le cliffhanger de la premi&#232;re saison avant de brandir son &lt;i&gt;deus-ex machina&lt;/i&gt;. Le scorpion occidental lui, qu'on ne sait pas si il est homme-ours-porc ou mi-ours mi-scorpion et re mi-ours derri&#232;re a d&#233;j&#224; d&#233;vers&#233; son poison dans les cuves depuis des lustres, tant et si bien qu'il l'a d&#233;gust&#233; lui-m&#234;me. C'est dans cette eau finalement d&#233;sinfect&#233;e, au bout de deux ans, qui s'&#233;vapore un peu plus chaque jour, que nous nous baignons et oublions la biens&#233;ance pourtant primordiale, dans ce th&#233;&#226;tre de l'absurde o&#249; tout le monde aboie&#8230; et la caravane passe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les enfants surveill&#233;s, punis</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-enfants-surveilles-punis</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Les-enfants-surveilles-punis</guid>
		<dc:date>2022-02-27T11:38:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romane Charbonnel</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La prison de la Petite Roquette est inaugur&#233;e en 1840, et exerce son pouvoir jusqu'&#224; sa destruction en 1976. &#201;ric Rondepierre en &#233;crit l'histoire d'un point de vue, personnel et fictionnel.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/memoire" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH111/arton2049-66d48.jpg?1772234757' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Commentaires sur La Maison cruelle d'&#201;ric Rondepierre (Mettray, 2022)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Naissance de la prison d'enfant &#187; pourrait &#234;tre sous-titr&#233; &lt;i&gt;La Maison Cruelle&lt;/i&gt; tant l'&#233;tude d'&#201;ric Rondepierre est historique et peut &#234;tre apparent&#233;e &#224; celle de Foucault dans &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, en t&#233;moignent 24 pages de bibliographie qui constituent un document pr&#233;cieux pour quiconque s'int&#233;resse au carc&#233;ral ou aux droits de l'enfance, ainsi que l'avant propos : &#171; Dans un premier temps, je consultais les registres d'&#233;crou de la Petite-Roquette aux Archives de Paris, et photographiais tous les noms et pr&#233;noms qui y avaient &#233;t&#233; inscrits durant quatre-vingt-quatorze ann&#233;es, dans l'id&#233;e de les retranscrire et de les mettre en sc&#232;ne int&#233;rieurement. Durant cet inventaire d&#233;sesp&#233;r&#233;, toujours en cours, des questions s'impos&#232;rent &#224; moi. J'entamais une recherche documentaire. Tout ce que j'apprenais des articles, livres, t&#233;moignages, fictions, tout ce mat&#233;riel de seconde main, venait se m&#234;ler au silence de ces quelques mots d&#233;pos&#233;s sur un registre il y a un si&#232;cle et demi et o&#249; s'est jou&#233;e la vie de deux cent mille enfants et adolescents. &#187; Si elle n'est similaire, je puis affirmer qu'elle m&#233;rite de faire r&#233;f&#233;rence, autant que l'&#339;uvre &#224; laquelle je me r&#233;f&#232;re imm&#233;diatement. Nous verrons aussi quelques divergences, stylistiques et historiques, entre les deux &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la particularit&#233; et la long&#233;vit&#233; de cette prison en m&#234;me temps que l'amn&#233;sie ou l'omerta la concernant qui motivent ce travail de recherche, ou pour le dire dans sa langue m&#234;me : &#171; l'extr&#234;me singularit&#233; de cette c&#233;l&#232;bre institution - qui n'a d'&#233;gale que sa disparition dans la conscience contemporaine &#187;. C'est aussi l'enfance et l'adolescence de l'auteur : &#171; je ne peux, sans une intime l&#226;chet&#233;, laisser l'exercice de la m&#233;moire se dissoudre &#224; ce point &#187;. &#201;ric Rondepierre raconte sa jeunesse dans &lt;i&gt;Placement&lt;/i&gt; (Seuil, 2088) et &lt;i&gt;Confidentiel report&lt;/i&gt; (Le Bleu du ciel, 2017). Conditions d'existence qu'il partage avec son &#233;diteur Didier Morin qui a &#171; pass&#233; son adolescence &#224; Mettray &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_charbonnel-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/2_charbonnel-3-ba176.jpg?1645875727' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marguerite Duras &#224; la Petite Roquette, 12 minutes, 1967, INA
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La prison de la Petite Roquette est inaugur&#233;e en 1840, et exerce son pouvoir jusqu'&#224; sa destruction en 1976, malgr&#233; l'opposition de quelques intellectuels dont Foucault et Perrot. Si le nom de Petite Roquette vous revient, c'est surement en tant que prison de femmes (car &#171; on en revenait pas &#187;, de Mettray, disait Genet). Mais si aujourd'hui des enfants jouent dans le square auquel elle c&#232;de sa place, ceux qu'elle a enferm&#233;s durant pr&#232;s d'un si&#232;cle ne sont reconnus que depuis l'installation d'une plaque comm&#233;morative inaugur&#233;e en 2021 par la Mairie de Paris (c&#233;r&#233;monie &#224; laquelle &#201;ric Rondepierre fut convi&#233;). La note 36 de &lt;i&gt;La Maison Cruelle&lt;/i&gt; &#233;met un doute concernant la date &#224; laquelle la Petite-Roquette cesse de d&#233;tenir des enfants, cela reste autour de 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi est-elle singuli&#232;re ? La Petite Roquette est &#233;rig&#233;e et r&#233;gie selon deux principes, architectural et disciplinaire : le Panoptique (Bentham, 1791) et le &lt;i&gt;confinement system&lt;/i&gt; de Cherry Hill (Philadelphie). Et cela avec une rigueur tenace, selon Rondepierre rien n'a chang&#233; entre le texte de Ma&#238;tre Corne (&lt;i&gt;La Petite Roquette, &#201;tude sur l'&#233;ducation correctionnelle des jeunes d&#233;tenus du d&#233;partement de la Seine&lt;/i&gt;, Durand, 1865) et l'exp&#233;rience de la prison par L&#233;on Mallet en 1926.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;119&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH705/3_charbonnel-3-30e31.jpg?1645875727' width='500' height='705' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La prison de la Petite Roquette, une cellule de correction
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;[photographie de presse] / Agence Meurisse
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Agence Meurisse
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'emploi du temps de la Petite Roquette suit le r&#233;cit de torture de Damien dans l'ouverture de &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;. Mettre les deux en balance pr&#233;pare le lecteur &#224; la th&#233;orie de Foucault selon laquelle la prison &#233;liminerait de la peine &#171; la souffrance physique, la douleur du corps lui-m&#234;me &#187;. &#171; Le ch&#226;timent est pass&#233; d'un art des sensations insupportables &#224; une &#233;conomie des droits suspendus. &#187; Bien que Foucault reviendra sur cette position en admettant que le corps reste &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; au c&#339;ur du syst&#232;me carc&#233;ral, des tortures genr&#233;es pratiqu&#233;es dans &#171; la maison cruelle &#187; et d&#233;crites par Rondepierre compromettent le plan dialectique de Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est entre autre dans l'&#233;criture de ces r&#233;cits que Rondepierre - par ailleurs romancier - prend des libert&#233;s litt&#233;raires que Foucault ne s'autorise pas. Le r&#233;cit est au pass&#233; simple, avec des dialogues au pr&#233;sent &#171; Si tu gueules, je te vas tanner la peau ! &#187; pr&#233;vient le &#171; gardien Gousset &#187; &#224; l'enfant : on ne sait plus vraiment si on lit un roman ou une &#233;tude historique. J'ai lu ce passage romanesque ou documentaire &#224; un enfant de six ans. &#171; Moi, j'aurais cach&#233; un livre dans mon slip pour l'assommer avec &#187;, &#171; et, et, et&#8230; &#187; L'enfant est parti dans un monde imaginaire o&#249; il mettait en &#233;chec le ge&#244;lier. Le comble aurait &#233;t&#233; que ce livre-arme phallique soit un Jules Vernes. L'auteur de &lt;i&gt;20 000 lieux sous les mers&lt;/i&gt; a us&#233; de la &#171; correction paternelle &#187; pour enfermer son fils &#224; Mettray.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17988 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_charbonnel-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/4_charbonnel-2-867b2.jpg?1772226836' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Image Studio Henri Manuel, 1929-1931
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'exorde de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, Foucault insiste donc sur la d&#233;sincarnation du ch&#226;timent qu'incarne ici l'emploi de temps de la Petite Roquette. Mais il all&#232;gue aussi sur la fin de ce qu'il nomme le &#171; ch&#226;timent-spectacle &#187;. &#171; La punition a cess&#233; peu &#224; peu d'&#234;tre une sc&#232;ne. &#187; On pourrait lui objecter que le syst&#232;me panoptique, dont la Petite Roquette est le premier exemple en France, inclut une dimension spectaculaire. Pire encore, voyeuriste. &#171; &#192; n'importe quel moment, le ge&#244;lier, le visiteur, l'aum&#244;nier, le philanthrope, les inspecteurs, les curieux, pouvaient voir (les d&#233;tenus) sans &#234;tre vus, par le guichet [...]. &#187; (Rondepierre) Si le but est de cr&#233;er pour les d&#233;tenus l'illusion d'une surveillance permanente, divine (&#171; Dieu vous voit &#187; &#233;tait inscrit dans les cellules de Mettray), Bentham semble avoir peu pens&#233; les cons&#233;quences mentales pour les citoyens libres : &#171; &#192; partir des ann&#233;es 1840, c'&#233;tait la grande mode d'observer le d&#233;tenus. Les citoyens du dehors venaient voir les enfants de la Petite Roquette. C'&#233;tait tellement exotique. Ils les voyaient ne pas les voir ; l'entr&#233;e des enfants dans une zone de non retour les qualifiait comme objet. &#187; La o&#249; nous sommes d'accord avec Foucault, c'est que le spectacle est diff&#233;rent. Le spectacle n'a plus qu'un point de vu unique, et ne montre donc que ce que ce point de vu accepte de montrer, tout en d&#233;cuplant la jouissance du spectateur. Rondepierre r&#233;v&#232;le cette &#339;ill&#232;re en forme de ciel ouvert ; le panoptique n'est pas le panoramique et l'illusion est commune aux spectateurs et aux d&#233;tenus. &#171; &#192; la Petite Roquette, le voyeurisme est le plus court chemin qui m&#232;ne &#224; l'aveuglement [&#8230;] dirig&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je construis mon article sur le pilier foucaldien, c'est que la prison d'enfant l'embrasse, l'enserre. Rondepierre remarque avec perspicacit&#233; que &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; commence et se termine avec la prison d'enfant. En effet, si l'emploi du temps de la Petite Roquette illustre le d&#233;but du syst&#232;me carc&#233;ral, c'est &#224; l'ouverture de Mettray que Foucault fait remonter la fin de ce syst&#232;me. Il qualifie cette nouvelle structure d'&#171; archipel carc&#233;rale &#187;. C'est le d&#233;but de la &#171; soci&#233;t&#233; panoptique &#187; (Foucaut), ou le &#171; devenir prison de l'humanit&#233; &#187; (Rondepierre).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Paris. Prison de la grande Roquette, Ouvriers travaillant &#224; la d&#233;molition. 154 rue de la Roquette, 11e arr.]photographie positive au g&#233;latino-bromure d'argent sur papier baryt&#233; d'apr&#232;s le n&#233;gatif sur verre d'Henri Godefroy ; 28,4 x 38,8 cm&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;crit, l'&#233;cran, l'esprit : &#171; peanser &#187; la r&#233;flexivit&#233; dans le milieu num&#233;rique</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-ecrit-l-ecran-l-esprit-peanser</link>
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		<dc:date>2021-12-31T12:25:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Alombert</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Inventer &#034;le monde d'apr&#232;s&#034; en suivant les traces de Bernard Stiegler&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH73/arton2013-6b9b7.jpg?1772189214' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Inventer &#034;le monde d'apr&#232;s&#034; en suivant les traces de Bernard Stiegler&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction : apocalypses et r&#233;v&#233;lations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A partir du mois de mars 2020, la pand&#233;mie de Covid 19 et les diff&#233;rents confinements qui l'ont suivi ont &#233;t&#233; d&#233;crits par de nombreux auteurs et dans de nombreux m&#233;dias comme la fin du &#171; monde d'avant &#187; : il s'agissait ainsi d'engager les repr&#233;sentants politiques et les citoyens &#224; inventer le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;. Un an plus tard n&#233;anmoins, le &#171; monde d'apr&#232;s &#187; semble avoir du mal &#224; &#233;merger : de variants en variants, de vaccins en vaccins, de doses en doses, c'est bien le &#171; monde d'avant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L. Cordonnier, &#034;En avant vers le monde d'avant&#034;, Le Monde diplomatique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui semble se prolonger, acc&#233;l&#233;rant sa course vers ce que les scientifiques du GIEC d&#233;crivent aujourd'hui comme un &#171; point de rupture &#187;, caract&#233;ris&#233; par une augmentation sans pr&#233;c&#233;dent du r&#233;chauffement climatique et par la multiplication des catastrophes &#233;cologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le dernier rapport du GIEC : .&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors que les conditions de vies semblent de plus en plus menac&#233;es sur la biosph&#232;re, le seul &#171; monde d'apr&#232;s &#187; qui semble se profiler est celui des &#171; m&#233;tavers &#187;, univers num&#233;riques parall&#232;les auxquels nous pourrions acc&#233;der depuis nos salons gr&#226;ce &#224; des casques de r&#233;alit&#233; virtuelle. Si c'est bien la fin d'un monde qui s'est amorc&#233; &#224; travers la crise sanitaire, loin de conduire au &#171; Royaume de Dieu &#187;, cette apocalypse semble plut&#244;t annoncer l'av&#232;nement du r&#232;gne de Mark Zukerberg&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Kaplan, &#171; Facebook et son m&#233;tavers : le cauchemar devient-il r&#233;alit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont l'entreprise, qui poss&#232;de d&#233;j&#224; un r&#233;seau social plan&#233;taire, entend d&#233;sormais prendre le contr&#244;le des espaces virtuels, alors m&#234;me que la toxicit&#233; de ses technologies relationnelles appara&#238;t au grand jour. Les r&#233;centes r&#233;v&#233;lations de la lanceuse d'alerte Frances Haugen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; The Facebook files. A Wall Street Journal Investigation &#187;, The Wall (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont en effet montr&#233; qu'un r&#233;seau social comme Instagram pouvait pr&#233;senter de graves dangers pour la sant&#233; mentale des jeunes g&#233;n&#233;rations, des adolescentes notamment, r&#233;v&#233;lant ainsi les effets pathologiques que peuvent engendrer les technologies num&#233;riques sur les processus psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps apocalyptiques, de telles &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; devraient peut-&#234;tre nous interpeller : le terme &#171; apocalypse &#187;, issu du terme grec &lt;i&gt;&#171; apocalupsis &#187;&lt;/i&gt; qui signifie &#171; r&#233;v&#233;lation &#187;, semble sugg&#233;rer que toute situation apocalyptique porte en elle une part de d&#233;couverte ou de v&#233;rit&#233;, et contribue aussi, malgr&#233; tout, &#224; d&#233;voiler un impens&#233;. Par del&#224; les pr&#233;dictions d'effondrement &#233;cologique annonc&#233;es par les scientifiques, par-del&#224; les projets d'univers virtuels annonc&#233;s par les industriels, qu'est-ce que la situation contemporaine pourrait-elle donc nous r&#233;v&#233;ler ? Outre ses cons&#233;quences macro-&#233;conomiques et macro-politiques, il semble que dans le quotidien de tout un chacun, l'exp&#233;rience de la pand&#233;mie, puis du confinement, ait d'abord &#233;t&#233; celle de l'omnipr&#233;sence des &#233;crans, et des technologies num&#233;riques plus g&#233;n&#233;ralement. Il est alors apparu &#224; tous, que nous le voulions ou non, que les dispositifs num&#233;riques n'&#233;taient pas de simples &lt;i&gt;outils&lt;/i&gt; ou de simples &lt;i&gt;moyens&lt;/i&gt; que chacun serait libre d'utiliser selon ses propres finalit&#233;s, mais qu'ils constituaient bien plut&#244;t un &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt; dans lequel nous nous trouvions tous plong&#233;s, et dont les r&#232;gles semblaient bien souvent nous &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-1-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/image-1-14-5799e.jpg?1772189215' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Image g&#233;n&#233;r&#233;e par ordinateur par l'Agence Spatiale Europ&#233;enne (ESA/AFP)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Milieu technique sans doute, mais aussi milieu mental, pour ceux qui passaient leurs journ&#233;es devant Netflix, milieu social, pour ceux qui rencontraient leurs amis sur Zoom, milieu professionnel enfin, pour ceux qui travaillaient &#224; distance &#224; l'aide de divers logiciels. Outre leurs caract&#232;re de &#171; milieu &#187;, omnipr&#233;sents et ubiquitaires, les &#233;crans num&#233;riques ont aussi r&#233;v&#233;l&#233;s leur ambigu&#239;t&#233; : ils permettaient d'assurer la &#171; continuit&#233; p&#233;dagogique &#187; tout en mena&#231;ant les capacit&#233;s attentionnelles, ils permettaient de nous rapprocher malgr&#233; les distances tout en nous emp&#234;chant parfois de communiquer avec nos prochains, ils nous permettaient de nous connecter mais aussi de nous contr&#244;ler, ils nous rendaient toutes sortes de services, mais ils semblaient aussi nous utiliser. Bref, la technique est apparue &#224; la fois comme le milieu de nos activit&#233;s mentales et de nos relations sociales, mais aussi comme un milieu intrins&#232;quement ambivalent, comme ce qui constitue ces activit&#233;s et ces relations, et comme ce qui peut aussi, du m&#234;me coup et dans le m&#234;me mouvement, les d&#233;truire ou les r&#233;duire &#224; n&#233;ant, &#224; l'image du &lt;i&gt;&#171; pharmakon &#187;&lt;/i&gt; d&#233;crit par Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Ph&#232;dre et J. Derrida, &#034;La pharmacie de Platon&#034; (1968), La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui signifie &#224; la fois le rem&#232;de et le poison, la drogue dont on ne peut se passer, mais contre les effets de laquelle il faut toujours veiller &#224; lutter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17676 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/image-2-14-acdac.jpg?1640954315' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The Social Dilemma, Jeff Orlowski, Netflix, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A en croire les analyses de Jacques Derrida et de Bernard Stiegler, cette conception de la technique comme &#171; milieu pharmacologique &#187;, qui semble s'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; l'occasion de la pand&#233;mie, constitue pr&#233;cis&#233;ment l'impens&#233; de la m&#233;taphysique : ce que la tradition philosophique ne serait jamais parvenu &#224; envisager, ce qu'elle aurait toujours r&#233;primer ou d&#233;nier. Plus encore, selon Derrida et Stiegler, c'est seulement &#224; partir de cette r&#233;pression ou de ce d&#233;ni que quelque chose comme un &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; philosophique aurait pu se d&#233;ployer, fond&#233; sur les oppositions entre pens&#233;e et technique, esprit et mati&#232;re, intelligible et sensible, intellectuel et manuel, int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233; &#8211; autant d'oppositions que, selon les deux auteurs, une prise en charge de la question de la technique aurait impliquer d'inqui&#233;ter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces questions, voir notamment J. Derrida, De la grammatologie, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le milieu technique est constitutif de nos vies psychiques et collectives, alors les oppositions entre symboles et supports ou entre dedans et dehors doivent &#234;tre questionn&#233;es. Si le milieu technique qui rend possible les activit&#233;s mentales et les relations sociales peut aussi les d&#233;truire, si la condition de possibilit&#233; peut toujours se renverser en une condition d'impossibilit&#233;, alors c'est l'opposition m&#234;me entre le bien et le mal qu'il faudra interroger. On comprend donc la difficult&#233; proprement &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; &#224; laquelle nous confronte la situation contemporaine : en r&#233;v&#233;lant la technique comme un milieu pharmacologique, elle nous met ainsi devant la n&#233;cessit&#233; de penser ce que nos cat&#233;gories traditionnelles servaient &#224; masquer, elle nous d&#233;voile ce que nous n'avons pas encore les moyens d'appr&#233;hender. C'est peut-&#234;tre d'abord en ce sens qu'il s'agit d'une apocalypse, et qu'il reste un nouveau monde, ou du moins un nouveau langage, &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, par del&#224; les grands discours transhumanistes sur les &#171; intelligences artificielles &#187; et les &#171; machines spirituelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De tels notions sont au c&#339;ur des discours transhumanistes, comme en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la v&#233;ritable question semble plut&#244;t &#234;tre celle de savoir comment le nouveau milieu technique affecte nos capacit&#233;s cognitives et psychiques, nos m&#233;moires, nos perceptions, nos imaginations - nos facult&#233;s de nous souvenir, de penser et de nous projeter. Mais pour saisir la mani&#232;re dont les technologies actuelles transforment nos capacit&#233;s r&#233;flexives, il est n&#233;cessaire de remonter aux technologies qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;, de r&#233;inscrire la mutation contemporaine dans son historicit&#233; - depuis les supports litt&#233;raux ou picturaux jusqu'aux supports digitaux ou num&#233;riques, en passant par les supports analogiques (photograhiques, phonographiques, cin&#233;matographiques).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &#171; Le dehors est le dedans &#187; : r&#233;flexivit&#233; psychique et r&#233;flexivit&#233; technique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un essai de 1969 intitul&#233; &#171; La diss&#233;mination &#187;, Jacques Derrida amorce de telles consid&#233;rations. Le cinqui&#232;me paragraphe de cet essai s'intitule en effet &#171; L'&#233;criT, l'&#233;crAn, l'&#233;crIN &#187; : comme nous pouvons le voir ici &#224; l'&#233;cran, certaines lettres de ce sous-titre sont &#233;crites en majuscules - le T de &#171; &#233;criT &#187;, le A de &#171; &#233;crAn &#187; et le IN de &#171; &#233;crIN &#187;. De ce fait, &#224; travers les trois mots &#171; &#233;criT, &#233;crAn, &#233;crIN &#187;, un quatri&#232;me mot s'&#233;crit en filigrane. Ce quatri&#232;me mot, nous ne pouvons pas l'entendre, mais nous pouvons le voir appara&#238;tre &#224; travers les signes graphiques, comme une image subliminale : si on lit uniquement les majuscules, c'est le mot &#171; tain &#187; (T-A-IN) qui se refl&#232;te silencieusement &#224; travers les lettres. Ce n'est sans doute pas un hasard si le mot &#171; tain &#187; semble ici se refl&#233;ter, car le &#171; tain &#187; d&#233;signe justement un m&#233;lange de m&#233;taux (d'&#233;tain et de mercure) qui est appos&#233; sur les miroirs et qui leur permet de r&#233;fl&#233;chir ou de renvoyer la lumi&#232;re. Le tain d&#233;signe donc la substance qui donne au miroir sa fonction r&#233;flexive ou r&#233;fl&#233;chissante : en effet, avant de d&#233;signer la capacit&#233; subjective ou spirituelle de penser, de s'interroger ou de raisonner, la r&#233;flexion ou la r&#233;flexivit&#233; d&#233;signent une propri&#233;t&#233; objective ou mat&#233;rielle, &#224; savoir, la capacit&#233; d'une surface ou d'un support &#224; renvoyer ou r&#233;fl&#233;chir la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;261&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH583/image-3-12-feb03.jpg?1772189215' width='500' height='583' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Narcisse, le Caravage, 1597&#8211;1599
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Galleria Nazionale d'Arte Antica. CC : Carole Raddato. Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Narcisse_(Le_Caravage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Narcisse_(Le_Caravage&lt;/a&gt;)#/media/Fichier:Narcissus_by_Caravaggio,_1597%E2%80%931599,_Galleria_Nazionale_d'Arte_Antica_(21836123485).jpg
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, s'il est possible de dire d'un sujet qu'il est r&#233;flexif ou r&#233;fl&#233;chissant, il est aussi possible de le dire d'un objet : on le dit habituellement du miroir, qui nous renvoie notre reflet ou notre image, mais l'on pourrait aussi le dire de l'&#233;cran de cin&#233;ma, qui renvoie au public les images projet&#233;es sur lui par le faisceau lumineux de la lentille optique. Au cin&#233;ma en effet, c'est la projection physique et mat&#233;rielle de la lumi&#232;re depuis la lentille jusqu'&#224; l'&#233;cran, puis de l'image depuis l'&#233;cran jusqu'aux yeux des spectateurs, qui rend possible la projection psychique ou imaginaire des spectateurs dans la vie des acteurs ou des personnages &#8211; projection qui les conduit parfois &#224; s'identifier aux acteurs ou aux personnages, au point de vouloir passer &#171; de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;cran &#187; (ou du miroir), m&#234;me si, comme le rappelle Derrida, l'&#233;cran, &#171; surface visible de projection pour les images &#187;, est aussi &#171; ce qui interdit de voir de l'autre c&#244;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Derrida, &#171; La diss&#233;mination &#187; (1969), La diss&#233;mination, op. cit. 1969.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/image-4-10-4a565.jpg?1640954315' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Rose pourpre du Caire, Woody Allen, 1985
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bref, si la r&#233;flexivit&#233; peut &#234;tre la propri&#233;t&#233; d'une &#171; &#226;me &#187; ou d'un &#171; esprit &#187;, qui sont en cela dot&#233;s d'une capacit&#233; sp&#233;culative, elle peut aussi &#234;tre celle d'un miroir ou d'un &#233;cran, qui sont en cela dot&#233;s d'une capacit&#233; &#171; sp&#233;culaire &#187;. Et si la &#171; sp&#233;culation &#187; est traditionnellement consid&#233;r&#233;e comme l'activit&#233; de l'&#226;me, l&#224; o&#249; la &#171; sp&#233;cularit&#233; &#187; est traditionnellement consid&#233;r&#233;e comme la propri&#233;t&#233; du miroir, le terme de &lt;i&gt;&#171; psych&#232; &#187;&lt;/i&gt;, comme le remarque Derrida dans le livre du m&#234;me nom&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En v&#233;rit&#233;, Psych&#233;, le nom propre, c'est aussi le nom commun d'un grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;signe &#224; la fois l'&#226;me et le miroir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La &#171; revenance &#187; des esprits &#224; travers les &#233;crans&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour Derrida en effet, et pour Bernard Stiegler &#224; sa suite, qui tirera les cons&#233;quences th&#233;oriques et pratiques d'une telle id&#233;e, la r&#233;flexivit&#233;, souvent consid&#233;r&#233;e comme une capacit&#233; mentale, constitutive de l'int&#233;riorit&#233; des sujets conscients, et que l'on pourrait donc qualifi&#233;e de &#171; r&#233;flexivit&#233; psychique &#187;, est en fait conditionn&#233;e par une r&#233;flexivit&#233; &#171; technique &#187;, c'est-&#224;-dire, par la possibilit&#233; pour le sujet r&#233;fl&#233;chissant, de s'appara&#238;tre &#224; lui-m&#234;me dans le monde, &#224; travers toutes sortes d'&#233;crans que constituent les diff&#233;rents artefacts, images et objets qui l'entourent, sur lesquels il projette son &#171; esprit &#187;, et gr&#226;ce auxquels, il peut surtout acc&#233;der aux &#171; esprits &#187; des autres, aux esprits de ses contemporains, mais aussi aux esprits de ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, et qui peuvent ainsi revenir le hanter, comme des &#171; esprits &#187; justement, c'est-&#224;-dire, comme des spectres ou des revenants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la spectralit&#233; et la hantise, voir notamment J. Derrida, Spectres de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17679 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/image-5-7-7eb6d.jpg?1640954315' width='500' height='379' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida dans Ghost Dance, Ken Mc Mullen, 1983
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est parce que les visions des hommes du Pal&#233;olithique sup&#233;rieur se sont ext&#233;rioris&#233;es sur les parois des cavernes que nous pouvons aujourd'hui acc&#233;der &#224; ce que Georges Bataille d&#233;crit comme l'origine de l'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Bataille, Lascaux ou la naissance de l'art (1955), Paris, L'atelier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; ce que Marc Az&#233;ma d&#233;crit comme la pr&#233;histoire du cin&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Az&#233;ma, La pr&#233;histoire du cin&#233;ma. Origines pal&#233;olithiques de la narration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-6-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH328/image-6-5-ef948.jpg?1640954315' width='500' height='328' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Grotte de Lascaux
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;CC : Prof saxx Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_de_Lascaux#/media/Fichier:Lascaux_painting.jpg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_de_Lascaux#/media/Fichier:Lascaux_painting.jpg&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les pens&#233;es de Socrate se sont s&#233;diment&#233;es dans les livres de Platon que nous pouvons aujourd'hui acc&#233;der &#224; ce que Jean-Pierre Vernant d&#233;crit comme l'origine de la philosophie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. Vernant, Mythes et pens&#233;e chez les Grecs (1965), Paris, La d&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;189&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH720/image-7-3-671e9.jpg?1640954315' width='500' height='720' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;but du Ph&#232;dre de Platon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Parchemin Codex Clarkianus 39, biblioth&#232;que Bodl&#233;ienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A8dre_(Platon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A8dre_(Platon&lt;/a&gt;)#/media/Fichier:Codex_Clarkianus_Phaedrus.png
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les improvisations de Charlie Parker se sont enregistr&#233;es dans les disques que nous pouvons aujourd'hui acc&#233;der &#224; ce que Ross Russell d&#233;crit comme l'origine du jazz moderne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Russell, Bird. La vie de Charlie Parker, Paris, Livre de poche, 1982.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-8-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/image-8-3-e7c31.jpg?1640954316' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pochette de disque de Charlie Parker
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que l'image de Charles Baudelaire s'est fig&#233;e sous le pinceau d'Edouard Manet ou sur la pellicule photographique de F&#233;lix Nadar que nous pouvons aujourd'hui nous figurer le visage du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;111&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH548/image-9-2-4332f.jpg?1772189215' width='500' height='548' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Baudelaire, Edouard Manet, 1865
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Edouard_Manet_-_Baudelaire.jpg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Edouard_Manet_-_Baudelaire.jpg&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH682/image-10-bf5b2.jpg?1640954316' width='500' height='682' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Baudelaire, F&#233;lix Nadar, 1855
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_Charles_Baudelaire_2.jpg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_Charles_Baudelaire_2.jpg&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les r&#234;ves de Fran&#231;ois Truffaut ou d'Hayao Myasaki sont devenus des films que ces r&#233;alisateurs peuvent nous faire r&#234;ver aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH376/image-11-65952.jpg?1772189215' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La nuit am&#233;ricaine, Fran&#231;ois Truffaut, 1966
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH276/image-12-cfca5.jpg?1640954316' width='500' height='276' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le vent se l&#232;ve, Hayao Miyazaki, 2013
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et c'est parce que les savoirs de toutes sortes de contributeurs se sont ext&#233;rioris&#233;es sur la plateforme Wikip&#233;dia que nous pouvons d&#233;sormais profiter de la premi&#232;re &#171; encyclop&#233;die participative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Wikip&#233;dia est une encyclop&#233;die universelle et multilingue cr&#233;&#233;e par Jimmy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, qu'il s'agisse des supports picturaux, litt&#233;raux, photographiques, cin&#233;matographiques, ou num&#233;riques, ceux-ci constituent autant d'&#233;crans d&#233;positaires d'une m&#233;moire collective, dans lesquelles se sont projet&#233;es les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es et dans lesquels se projetterons les futures g&#233;n&#233;rations. Pour Derrida comme pour Stiegler, il n'y a d'esprit qu'&#224; cette condition : la m&#233;moire psychique, qui suppose elle-m&#234;me une m&#233;moire nerveuse et c&#233;r&#233;brale, proc&#232;de de l'int&#233;riorisation d'une m&#233;moire collective toujours d&#233;j&#224; ext&#233;rioris&#233;e sur des supports, et qui se verra int&#233;rioris&#233;e, transmise et transform&#233;e &#224; travers le processus de l'&#233;ducation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir notamment B. Stiegler, &#171; Pharmacologie de l'&#233;pistem&#232; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. De l'oral &#224; l'&#233;crit : analyse et synth&#232;se litt&#233;rales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les travaux de Derrida sur ces questions se limitent (d'une certaine mani&#232;re) &#224; cette constatation, les travaux de Stiegler se caract&#233;risent &#224; l'inverse par la tentative d'&#233;tudier tr&#232;s concr&#232;tement cette co-&#233;volution entre les supports techniques et les capacit&#233;s mentales ou psychiques, en s'int&#233;ressant notamment au passage des supports litt&#233;raux aux technologies analogiques puis aux technologies num&#233;riques. Pour ce faire, Stiegler mobilise le concept de &lt;i&gt;grammatisation&lt;/i&gt;. Selon Stiegler, un processus de grammatisation, se caract&#233;rise par la spatialisation d'un flux temporel et continu sous la forme d'unit&#233;s ou d'&#233;l&#233;ments discrets et mat&#233;riels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La grammatisation (&#8230;) d&#233;signe la transformation d'un continu temporel en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en ce sens, l'&#233;criture litt&#233;rale constitue un processus de grammatisation, &#224; travers lequel le flux temporel et sonore de la parole ou du discours, se spatialise sous forme d'&#233;l&#233;ments discrets et visuels (les lettres, les mots, les phrases). Comme l'ont montr&#233; les travaux de l'anthropologue Jack Goody&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple dans J. Goody, Pouvoirs et savoirs de l'&#233;crit, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette spatialisation du discours offre des possibilit&#233;s r&#233;flexives nouvelle : non seulement elle permet de conserver une trace des sons &#233;mis, mais elle permet surtout de &#171; faire rebondir ses pens&#233;es entre soi et une feuille de papier &#187;, de s'appara&#238;tre ainsi &#224; soi-m&#234;me, de prendre conscience de son discours int&#233;rieur &#224; mesure qu'il s'exprime dans l'ext&#233;riorit&#233;. Mais l'&#233;criture permet surtout aux auditeurs, devenant des lecteurs, de faire retour sur les discours prononc&#233;s et de les analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsque de l'&#233;coute un discours, l'auditeur est suspendus &#224; la parole de l'orateur, il est contraint de suivre le rythme du discours, et ne peut donc pas, en m&#234;me temps, r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui est dit. A l'inverse, lorsque le lecteur se retrouve face &#224; un texte, il peut revenir sur chacun des arguments, il peut comparer le d&#233;but et la fin du discours, il peut examiner les arguments et le raisonnement. Il peut aussi annoter le texte, s&#233;lectionner des passages, r&#233;organiser les id&#233;es et produire un autre texte, plus ou moins critique, pour exprimer son interpr&#233;tation singuli&#232;re. La grammatisation litt&#233;rale du discours oral offre ainsi de nouvelle possibilit&#233; d'analyse (d&#233;composition critique) et de synth&#232;se (recomposition interpr&#233;tative) : elle permet le d&#233;veloppement de facult&#233;s analytiques et synth&#233;tiques qui n'ont rien de subjectives ou de transcendantales mais qui sont d'abord li&#233;es &#224; la pratique de la &#171; technologie intellectuelle &#187; que constitue l'&#233;criture alphab&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. De l'&#233;cran analogique &#224; l'&#233;cran num&#233;rique : analyse et synth&#232;se audiovisuelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Stiegler, le passage des technologies analogiques aux technologies num&#233;riques constitue un processus de grammatisation analogue &#224; celui qui a permis le passage de l'oral &#224; l'&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette analogie est notamment d&#233;velopp&#233;e dans B. Stiegler, &#171; L'image discr&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, de m&#234;me qu'un discours, un film cin&#233;matographique ou une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision constituent des flux temporels (non seulement sonore, mais aussi visuels) : contrairement &#224; la page d'un livre, dans le cas du film ou de l'&#233;mission, les images et les sons s'encha&#238;nent dans une apparente continuit&#233;, et selon une certaine dur&#233;e. Pour suivre le fil du film, le spectateur doit donc, l&#224; encore, adopter son rythme, faire co&#239;ncider le temps de sa conscience avec le temps du film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir B. Stiegler, La technique et le temps t.3 Le temps du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et suspendre par l&#224;-m&#234;me ses capacit&#233;s r&#233;flexives et critiques. C'est l'une des raisons pour laquelle Adorno et Horkheimer se montraient si m&#233;fiants &#224; l'&#233;gard des films cin&#233;matographique dans leur travaux sur les industries culturelles : la forme m&#234;me du film leur semblait probl&#233;matique, dans la mesure o&#249; elle &#171; interdit toute activit&#233; mentale au spectateur s'il ne veut rien perdre des faits d&#233;filant &#224; toute allure sous ses yeux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Adorno et M. Horkheimer, La dialectique de la raison (1944), Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, selon Stiegler, les technologies num&#233;riques modifient en profondeur cette situation. , dans la mesure o&#249; elles permettent tout d'abord de revoir les contenus transmis dans l'apr&#232;s-coup de leur diffusion, introduisant ainsi la possibilit&#233; d'un temps diff&#233;r&#233; qui constitue un changement majeur dans le processus de r&#233;ception. En effet, la possibilit&#233; de r&#233;p&#233;ter l'exp&#233;rience de r&#233;ception ouvre de nouvelles possibilit&#233;s de d&#233;couvertes. En relisant plusieurs fois un texte, le lecteur prend conscience de ce qui &#233;tait demeurer inconscient : s'il dispose des savoirs et des techniques n&#233;cessaires, il devient aussi capable de saisir la mani&#232;re dont le texte a &#233;t&#233; construit, de comprendre les logiques argumentatives mobilis&#233;es, et &#233;ventuellement, de le critiquer. De m&#234;me, en revoyant un film ou une &#233;mission, non seulement le spectateur peut voir appara&#238;tre ce qui lui avait &#233;chapper lors de sa premi&#232;re vision, mais de plus, s'il dispose des savoirs et des techniques n&#233;cessaires (c'est-&#224;-dire, de logiciels d'analyse des images et des sons), il peut devenir capable de d&#233;couvrir les techniques de montages, de r&#233;alisation et de post-production qui ont permis la r&#233;alisation du film ou de l'&#233;mission. A l'aide des logiciels appropri&#233;s, il peut isoler certaines s&#233;quences ou certains plans, les couper et les remonter, et &#233;ventuellement produire un autre film ou une autre &#233;mission pour exprimer sa propre interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;150&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH316/image-13-11de9.jpg?1640954316' width='500' height='316' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Logiciel &#171; Lignes de temps &#187; d&#233;velopp&#233; sous la direction de Bernard Stiegler &#224; l'Institut de Recherches et d'Innovation du Centre Pompidou
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la grammatisation litt&#233;rale, la grammatisation num&#233;rique offrirait elle aussi de nouvelles possibilit&#233;s d'analyse et de synth&#232;se, qui ne se concr&#233;tiseraient plus seulement sous forme textuelle, mais bien sous forme audiovisuelle, &#224; condition bien s&#251;r, de pratiquer des logiciels permettant d'analyser, de d&#233;construire ou de d&#233;composer les flux de sons et images re&#231;us et de produire, de synth&#233;tiser, de monter ou de recomposer de nouveaux flux de sons et d'images anim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Des &#171; technologies persuasives &#187; aux &#171; technologies de l'esprit &#187; : vers des &#171; &#233;crans d'&#233;criture &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si, selon Stiegler, le passage de l'analogique au num&#233;rique avait pu para&#238;tre prometteur, c'est donc qu'il promettait de transformer les spectateurs passifs de contenus audiovisuels en r&#233;cepteurs critiques et en producteurs cr&#233;atifs de films ou d'&#233;missions, en mettant &#224; la port&#233;e de tous des technologies qui &#233;taient auparavant r&#233;serv&#233;es aux professionnels du cin&#233;ma ou de la t&#233;l&#233;vision, et en d&#233;multipliant les dispositifs de publication. De telles pratiques supposent n&#233;anmoins l'acquisition d'une culture de l'&#233;criture et de l'image num&#233;rique, qui permettent aux plus jeunes g&#233;n&#233;rations de pratiquer des technologies de montage, de r&#233;alisation et de post-production, et de ne pas se contenter des maigres possibilit&#233;s qu'offrent aujourd'hui la plupart des applications, qui, loin de permettre un recul critique sur les flux d'images re&#231;ues, &#224; travers leurs analyse dans l'apr&#232;s-coup, cherchent pour la plupart &#224; absorber les utilisateurs dans un flux constant de notifications et de contenu &#171; en temps r&#233;el &#187;, afin de capter leurs attentions pour les vendre &#224; des annonceurs ou de stimuler leurs pulsions pour provoquer des comportements de consommation. Dans un tel milieu technique, domin&#233; par les &#171; technologies persuasives &#187; et la &#171; captologie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La captologie est l'&#233;tude de l'informatique et des technologies num&#233;riques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;22, les capacit&#233;s r&#233;flexives et expressives, qui ne peuvent se d&#233;velopper que dans le temps diff&#233;r&#233; de l'apr&#232;s-coup et non dans le temps r&#233;el de l'imm&#233;diatet&#233;, se voient &#233;videmment court-circuit&#233;es, par autant de conduites compulsives et r&#233;actives, quand elles ne deviennent pas violentes et agressives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question de la violence mim&#233;tique et des r&#233;seaux sociaux, voir G. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/image-14-79723.jpg?1772189215' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Webs&#233;rie Dopamine, L&#233;o Favier, Arte, 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;flexions de Stiegler nous rappellent que cet &#233;tat de fait n'est pas une fatalit&#233; : de m&#234;me que la technique de l'&#233;criture litt&#233;rale, qui avait rendu possible la manipulation des esprits par la rh&#233;torique des Sophistes, a aussi pu devenir la &#171; technologie intellectuelle &#187; &#224; l'origine de la philosophie, de m&#234;me, les technologies num&#233;riques, qui servent aujourd'hui &#224; contr&#244;ler les comportements &#224; travers le &#171; psychopouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Stiegler, Economie de l'hypermat&#233;riel et psychopouvoir, Paris, Fayard, 2008.&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de quelques entreprises plan&#233;taires, pourraient devenir des &#171; technologies de l'esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les technologies de l'esprit doivent se distinguer entre : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#224; l'origine de nouvelles cultures et de nouvelles pratiques audiovisuelles. En effet, les technologies num&#233;riques rendent possibles des pratiques d'indexation, d'annotation, de commentaire et de discussion autour des contenus audiovisuels, qui demeuraient impossible &#224; l'&#233;poque du cin&#233;ma ou de la t&#233;l&#233;vision : &#224; travers l'usage de plateformes d'annotation contributives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Stiegler avait con&#231;u en ce sens la plateforme Lignes de temps : .&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la diversit&#233; des interpr&#233;tations pourraient ainsi s'inscrire &#224; m&#234;me les contenus audiovisuels qui deviendrait alors des supports de d&#233;bats et de controverses entre amateurs, entre professionnels, entre &#233;tudiants, entre citoyens, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/image-15-4e319.jpg?1640954316' width='500' height='351' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Logiciel &#171; Lignes de temps &#187; utilis&#233; par Bernard Stiegler dans le cadre d'un cours de philosophie pour l'annotation contributive
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De telles pratiques digitales, critiques et cultiv&#233;es, gagneraient sans doute &#224; se d&#233;velopper, en particulier dans le contexte pand&#233;mique qui voit se multiplier les visioconf&#233;rences et le &#171; t&#233;l&#233;-enseignement &#187;. Le num&#233;rique permettrait ainsi l'av&#232;nement de v&#233;ritable &#171; &#233;crans d'&#233;criture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous traduisons ainsi l'expression &#171; writing screen &#187;, mobilis&#233;e par Bernard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, alliant pour la premi&#232;re fois la lettre et l'image, la page et le film, le livre et le cin&#233;ma. Une telle bifurcation requiert n&#233;anmoins que les &#233;crans num&#233;riques ne soient pas seulement des espaces d'exposition de soi ou de transactions financi&#232;res, mais qu'ils deviennent aussi des milieux de pratiques interpr&#233;tatives et d'&#233;changes symboliques - bref, qu'ils ne constituent pas seulement des moyens de se r&#233;fugier dans des &#171; m&#233;tavers &#187; immersifs, mais qu'ils deviennent aussi des supports de &#171; r&#234;ves no&#233;tiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un r&#234;ve r&#233;alisable est un r&#234;ve no&#233;tique r&#233;activant des r&#234;ves contenus et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, susceptibles de &lt;i&gt;projeter&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;r&#233;aliser&lt;/i&gt; le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir L. Cordonnier, &#034;En avant vers le monde d'avant&#034;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, janvier 2021 : &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/CORDONNIER/62635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/CORDONNIER/62635&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le dernier rapport du GIEC : &lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/en-bref/281114-rapport-du-giec-sur-le-climat-un-constat-alarmant&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.vie-publique.fr/en-bref/281114-rapport-du-giec-sur-le-climat-un-constat-alarmant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir A. Kaplan, &#171; Facebook et son m&#233;tavers : le cauchemar devient-il r&#233;alit&#233; ? &#187;, &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2021 : &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/facebook-et-son-metavers-le-cauchemar-devient-il-realite-172455&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theconversation.com/facebook-et-son-metavers-le-cauchemar-devient-il-realite-172455&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; The Facebook files. A Wall Street Journal Investigation &#187;, &lt;i&gt;The Wall Street Journal&lt;/i&gt;, septembre 2021 : &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/articles/the-facebook-files-11631713039?mod=bigtop-breadcrumb&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsj.com/articles/the-facebook-files-11631713039?mod=bigtop-breadcrumb&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; et J. Derrida, &#034;La pharmacie de Platon&#034; (1968), &lt;i&gt;La diss&#233;mination&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces questions, voir notamment J. Derrida, &lt;i&gt;De la grammatologie&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1967 et B. Stiegler, &lt;i&gt;La technique et le temps t. 1 La faute d'Epim&#233;th&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De tels notions sont au c&#339;ur des discours transhumanistes, comme en t&#233;moignent les titres des deux ouvrages de Raymond Kurzweil &#224; ce sujet : R. Kurzweil, &lt;i&gt;The age of intelligent machines&lt;/i&gt;, MIT Press, 1990 et R. Kurzweil, &lt;i&gt;The age of spiritual machines&lt;/i&gt;, Viking Press, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Derrida, &#171; La diss&#233;mination &#187; (1969), &lt;i&gt;La diss&#233;mination, op. cit.&lt;/i&gt; 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; En v&#233;rit&#233;, &lt;i&gt;Psych&#233;&lt;/i&gt;, le nom propre, c'est aussi le nom commun d'un grand miroir mobile et pivotant : invention de l'art pour un Narcisse moderne, nom propre et nom commun, le mythe et la technique, l'image et la sp&#233;culation. &#187;, J. Derrida, &lt;i&gt;Psych&#232;. Inventions de l'autre&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la spectralit&#233; et la hantise, voir notamment J. Derrida, &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1994 et B. Stiegler, &#171; Nous entrons dans le revenir de Jacques Derrida &#187;, &lt;i&gt;Rue Descartes&lt;/i&gt;, 2005/2 (n&#176; 48), p. 64-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Bataille, &lt;i&gt;Lascaux ou la naissance de l'art&lt;/i&gt; (1955), Paris, L'atelier contemporain, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Az&#233;ma, &lt;i&gt;La pr&#233;histoire du cin&#233;ma. Origines pal&#233;olithiques de la narration graphique et du cin&#233;matographe&lt;/i&gt;, Paris, Errances, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. Vernant, &lt;i&gt;Mythes et pens&#233;e chez les Grecs&lt;/i&gt; (1965), Paris, La d&#233;couverte, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Russell, &lt;i&gt;Bird. La vie de Charlie Parker&lt;/i&gt;, Paris, Livre de poche, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Wikip&#233;dia est une encyclop&#233;die universelle et multilingue cr&#233;&#233;e par Jimmy Wales et Larry Sanger le 15 janvier 2001. Il s'agit d'une &#339;uvre libre, c'est-&#224;-dire que chacun est libre de la rediffuser. G&#233;r&#233;e en wiki dans le site web &lt;i&gt;wikipedia.org&lt;/i&gt; gr&#226;ce au logiciel MediaWiki, elle permet &#224; tous les internautes d'&#233;crire et de modifier des articles, ce qui lui vaut d'&#234;tre qualilfi&#233;e d'&lt;i&gt;encyclop&#233;die participative&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;finition de &#171; wikip&#233;dia &#187; sur Wikip&#233;dia. Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir notamment B. Stiegler, &#171; Pharmacologie de l'&#233;pistem&#232; num&#233;rique &#187;, &lt;i&gt;Organologie des savoirs et technologies de la connaissance&lt;/i&gt;, Paris, FYP, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La grammatisation (&#8230;) d&#233;signe la transformation d'un continu temporel en un discret spatial &#187;, d&#233;finition de &#171; grammatisation &#187; sur le site d'ArsIndustrialis. Source : &lt;a href=&#034;https://arsindustrialis.org/grammatisation&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arsindustrialis.org/grammatisation&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple dans J. Goody, &lt;i&gt;Pouvoirs et savoirs de l'&#233;crit&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette analogie est notamment d&#233;velopp&#233;e dans B. Stiegler, &#171; L'image discr&#232;te &#187;, &lt;i&gt;Echographies de la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir B. Stiegler, &lt;i&gt;La technique et le temps t.3 Le temps du cin&#233;ma et la question du mal-&#234;tre&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Adorno et M. Horkheimer, &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt; (1944), Paris, Gallimard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La captologie est l'&#233;tude de l'informatique et des technologies num&#233;riques comme outil d'influence / de persuasion des individus (traduction de l'anglais captology pour &lt;i&gt;computers as persuasive technologies&lt;/i&gt;). &#187;, d&#233;finition de &#171; Captologie &#187; sur Wikip&#233;dia. Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Captologie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Captologie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question de la violence mim&#233;tique et des r&#233;seaux sociaux, voir G. Schullenberger, &#8220;Human sacrifice and the digital business model&#8221;, Tablet, juillet 2020 : &lt;a href=&#034;https://www.tabletmag.com/sections/science/articles/sacrificial-games-cancel-culture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tabletmag.com/sections/science/articles/sacrificial-games-cancel-culture&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Stiegler, &lt;i&gt;Economie de l'hypermat&#233;riel et psychopouvoir&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les technologies de l'esprit doivent se distinguer entre : psychotechnologies et nootechnologies ; seule ces secondes sont des techniques sur l'esprit qui favorisent la culture et la valeur de l'esprit. &#187; , d&#233;finition de &#171; Technologies de l'esprit &#187; sur le site d'Ars Industrialis. Source : &lt;a href=&#034;https://arsindustrialis.org/technologies-de-lesprit&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://arsindustrialis.org/technologies-de-lesprit&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Stiegler avait con&#231;u en ce sens la plateforme Lignes de temps : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lignes_de_temps&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lignes_de_temps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous traduisons ainsi l'expression &#171; writing screen &#187;, mobilis&#233;e par Bernard Stiegler dans une conf&#233;rence de 2015 &#224; Mexico, publi&#233;e dans B. Stiegler, trad. D. Ross, &lt;i&gt;The Neguanthropocene&lt;/i&gt;, Open Humanity Press, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un r&#234;ve r&#233;alisable est un r&#234;ve no&#233;tique r&#233;activant des r&#234;ves contenus et retenus dans la n&#233;cromasse no&#233;tique &#187;, B. Stiegler, &lt;i&gt;Qu'appelle-t-on panser ? t.2 La le&#231;on de Greta Thunberg&lt;/i&gt;, Paris, Les liens qui lib&#232;rent, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : &lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Klee, &lt;i&gt;Insula dulcamara&lt;/i&gt;, 1938/48, huile sur papier maroufl&#233; sur toile, 88 x 176 cm, Berne, Zentrum Klee&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Esth&#233;tique &#224; l'&#232;re de la globalisation &#8212; III/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-Esthetique-a-l-ere-de-la-2011</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-Esthetique-a-l-ere-de-la-2011</guid>
		<dc:date>2021-12-31T11:49:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pedro Alzuru</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le passage de l'&#339;uvre d'art traditionnelle, caract&#233;ris&#233;e par son identit&#233; unique et non reproductible, &#224; la forme moderne d'expression artistique, comme la photographie et le cin&#233;ma, dissout l'&#339;uvre en une multiplicit&#233; d'exemplaires sans original. Mais cela n'emp&#234;che pas que &#034;sentir&#034; reste l'activit&#233; centrale fondant la relation des hommes aux oeuvres d'art.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Histoire" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH116/arton2011-ab471.jpg?1772262077' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le passage de l'&#339;uvre d'art traditionnelle, caract&#233;ris&#233;e par son identit&#233; unique et non reproductible, &#224; la forme moderne d'expression artistique, comme la photographie et le cin&#233;ma, dissout l'&#339;uvre en une multiplicit&#233; d'exemplaires sans original. Mais cela n'emp&#234;che pas que &#034;sentir&#034; reste l'activit&#233; centrale fondant la relation des hommes aux oeuvres d'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Sentir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autant que la vie, la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;action&lt;/i&gt; pour l'esth&#233;tique doit &#234;tre pertinente, si l'on s'en tient &#224; son &#233;tymologie (aisth&#233;sis, sensation), l'argument du &lt;i&gt;sentir&lt;/i&gt;. L'esth&#233;tique se constitue comme une discipline autonome pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249;, au XVIIIe si&#232;cle, l'ind&#233;pendance du sentiment de la raison th&#233;orique et de la raison pratique est reconnue ; malgr&#233; toutes les tentatives de cadrer l'esth&#233;tique dans un contexte m&#233;taphysique et transcendant, elle na&#238;t comme une connaissance li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience, &#224; l'immanence, essentiellement terrestre et mondaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XXe si&#232;cle, nous avons v&#233;cu ce paradoxe : d'une part, une grande partie de la pens&#233;e esth&#233;tique au sens strict, &#233;tait tr&#232;s peu int&#233;ress&#233;e par la question du sentir ; en revanche, ceux qui mettent le sentir au centre de leur r&#233;flexion, n'ont presque rien &#224; voir avec l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque de l'esth&#233;tique pour donner une interpr&#233;tation du sentir contemporain s'explique par sa propre histoire : des notions comme la vie et la forme, des facult&#233;s comme la connaissance et la volont&#233; sembleraient insuffisantes pour faire face &#224; la sensibilit&#233; actuelle ; les instruments th&#233;oriques fournis par Kant et Hegel, le jugement et la dialectique se r&#233;v&#232;lent incapables de r&#233;sister l'impact d'une exp&#233;rience qui ne peut plus &#234;tre racont&#233;e soit comme inclusion du particulier dans l'universel, soit comme d&#233;passement des contradictions. Implicite dans la notion d'esth&#233;tique, la tendance &#224; r&#233;concilier les contraires, pr&#233;figurant la fin du conflit, moment ir&#233;nique o&#249; la douleur et la lutte seront suspendues. Mais le sentir du XXe si&#232;cle s'oriente dans une direction oppos&#233;e &#224; la conciliation esth&#233;tique, vers l'exp&#233;rience d'un conflit sup&#233;rieur &#224; la contradiction dialectique, vers une opposition entre des termes qui ne sont pas sym&#233;triques. Cet &#233;v&#233;nement philosophique peut renvoyer &#224; la notion de &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt;, entendue comme non-identit&#233;, comme une dissemblance plus grande que la diversit&#233; ou la distinction. L'entr&#233;e dans l'exp&#233;rience de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; signale l'abandon de la logique de l'identit&#233; aristot&#233;licienne et de la dialectique h&#233;g&#233;lienne (Perniola, 2011 : 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les penseurs de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; ne se situent pas dans l'esth&#233;tique au sens strict, ils nous transf&#232;rent vers une intrigue th&#233;orique irr&#233;ductible au kantisme et au l'h&#233;g&#233;lisme. Le philosophe qui a pris ce tournant &#224; la fin du XIXe si&#232;cle est Friedrich Nietzsche (1844-1900), introduisant les notions de &lt;i&gt;dionysiaque&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;d&#233;passement&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#220;berwindung&lt;/i&gt;) dans la philosophie et attribuant &#224; ces concepts un caract&#232;re subversif par rapport &#224; toute la tradition philosophique occidentale, donnant &#224; la pens&#233;e occidentale une v&#233;h&#233;mence de nature artistique qui anticipe les avant-gardes du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de penseurs de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; par rapport &#224; l'esth&#233;tique moderne ne d&#233;coule pas d'un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le sentir ; c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de l'&#233;tude du sentir que l'esth&#233;tique postkantienne et posth&#233;g&#233;lienne a &#233;t&#233; laiss&#233;e de c&#244;t&#233; comme &#233;pigonique et tardive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de voir la notion de &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; comme un concept analogue &#224; celui d'identit&#233; (logique d'Aristote) ou de &lt;i&gt;contradiction&lt;/i&gt; (dialectique de Hegel). Son point de d&#233;part n'est pas l'horizon pur de la sp&#233;culation th&#233;orique mais l'horizon impur du sentir : des exp&#233;riences inhabituelles et d&#233;rangeantes, irr&#233;ductibles &#224; l'identit&#233;, ambivalentes, excessives, avec lesquelles se tisse l'existence de nombreux hommes et femmes &#224; l'&#233;poque contemporaine. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce type de sensibilit&#233; que les arts d'avant-garde ont trouv&#233; l'inspiration. C'est aussi probablement la cause de &#171; l'oubli &#187; du sentir dans l'esth&#233;tique du XXe si&#232;cle, ne voulait pas rencontrer un sentir diff&#233;rent de celui qui constituait le point de d&#233;part de la discipline de Kant &#224; Hegel, et a pr&#233;f&#233;r&#233; se replier sur les th&#232;mes traditionnels de &lt;i&gt;vie&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;forme, connaissance&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;action&lt;/i&gt;. Pour cette raison, les penseurs du sentir ne se sont pas reconnus dans la discipline esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'exp&#233;rience esth&#233;tique introduit une distance, une suspension, de la subjectivit&#233; consciente, c'est un fait que de Kant il a &#233;t&#233; soulign&#233; par les philosophes et les psychologues ; le d&#233;sint&#233;r&#234;t et la distance psychique sont reconnus depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle comme des aspects essentiels de l'exp&#233;rience esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est Sigmund Freud (1856-1939) qui pense &#224; une instance psychique si &#233;trange et diff&#233;rente de la conscience subjective et qui &#233;tablit des relations de conflit extr&#234;me avec elle : cette instance est l'inconscient, et la psychanalyse peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la th&#233;orie du sentir conflictuel. La psych&#233; est le th&#233;&#226;tre d'une lutte qui d&#233;passe de loin le sch&#233;ma agonistique, la confrontation de pr&#233;tendants sym&#233;triques. Aucune correspondance ne peut &#234;tre &#233;tablie entre l'inconscient et le syst&#232;me conscient-pr&#233;conscient car le premier n'appara&#238;t jamais sur la sc&#232;ne de la confrontation ; c'est le lieu de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt;. Sa opposition au syst&#232;me conscient-pr&#233;conscient n'est pas seulement topique, elle est aussi dynamique et &#233;conomique : dans la dynamique de la premier topique freudienne, les pulsions du moi, de l'auto-pr&#233;servation, s'opposent aux pulsions sexuelles qui, &#233;limin&#233;es par la d&#233;fense du moi conscient, restent inconscientes ; &#233;conomiquement, comme opposition entre l'&#233;nergie li&#233;e au processus secondaire, maintenue et accumul&#233;e et l'&#233;nergie li&#233;e au processus primaire qui tend &#224; se d&#233;charger, la stagnation de l'&#233;nergie g&#233;n&#232;re du d&#233;plaisir, le flux g&#233;n&#232;re du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panorama des instances psychiques de Freud est tr&#232;s diff&#233;rent de celui de la tradition esth&#233;tique, dans laquelle le sujet et la conscience jouent un r&#244;le essentiel. Si l'essence de la dimension esth&#233;tique est dans la conciliation, dans le retour &#224; l'unit&#233; de la nature humaine (Kant), de l'histoire humaine (Hegel), la pens&#233;e de Freud semble aller dans une direction inesth&#233;tique, il th&#233;orise la dissidence &#224; l'int&#233;rieur de l'&#234;tre humain qui montre la dissociation, le chaos, l'inconfort, la laideur, la douleur, l'abjection, dans une affectivit&#233; dont les limites &#233;taient le sentiment du sublime et l'id&#233;al artistique. C'est maintenant que se d&#233;veloppent les cons&#233;quences esth&#233;tiques de la pens&#233;e freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'inconscient et le conscient s'ouvre un espace interm&#233;diaire, caract&#233;ris&#233; par des formations de compromis qui tentent de satisfaire les exigences du premier et les d&#233;fenses du second : sympt&#244;mes n&#233;vrotiques, r&#234;ves, petits ph&#233;nom&#232;nes psychopathologiques quotidiens (oubli, d&#233;ch&#233;ance, n&#233;gligence) ; les occurrences (&lt;i&gt;Witz&lt;/i&gt;) et les &#339;uvres po&#233;tiques sont aussi des formations de compromis (1905). La blague, &lt;i&gt;Witz&lt;/i&gt;, d&#233;signe &#224; la fois l'occurrence et la facult&#233; qui le produit, l'astuce ; Il diff&#232;re de la com&#233;die et de l'humour, ceux-ci &#233;voluent dans le domaine pr&#233;conscient, le conflit de la &lt;i&gt;blague&lt;/i&gt; passe entre le pr&#233;conscient et l'inconscient. La com&#233;die est n&#233;e d'une d&#233;gradation du contraire, c'est un moyen facile d'&#233;viter les conflits avec une diff&#233;rence. Dans l'humour, le contraire est assimil&#233; et surmont&#233; par le sujet, le conflit est &#233;vit&#233; par sa neutralisation, le Moi se d&#233;fend en sentant qu'il d&#233;passe et transcende le contraire. L'astuce &#233;vite le conflit dans l'inconscient avec la cr&#233;ation d'un engagement, l'occurrence (biais&#233;e ou innocente), le caract&#232;re de l'astuce est dans sa forme linguistique, dans sa litt&#233;ralit&#233;, dans son caract&#232;re irrempla&#231;able ; Entre l'instinct de l'ego qui essaie de maintenir la repr&#233;sentation linguistique et l'instinct oppos&#233; qui la dissout, une signification oppos&#233;e &#233;merge du mat&#233;riel verbal similaire. Nous ne savons pas de quoi nous rions, la supercherie conduit &#224; rire sur des chemins biais&#233;s et tordus, &#224; l'exclusion de la repr&#233;sentation consciente. Le comique implique la pr&#233;sence de deux personnes, le moqueur et le moqu&#233;, l'humour se r&#233;alise chez une personne, la blague n&#233;cessite la participation d'un tiers, le moqu&#233;, qui est l'objet de l'&#233;v&#233;nement -agression sexuelle ou hostile- et celui qui per&#231;oit l'&#233;v&#233;nement, seul ce dernier rit, le &lt;i&gt;blagueur&lt;/i&gt; ressent du plaisir mais ne rit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres po&#233;tiques, dans la perspective freudienne, se substituent &#224; la satisfaction &#224; laquelle l'auteur a d&#251; renoncer dans la vie r&#233;elle, &#233;vitent un conflit avec les r&#233;pressions et, &#224; la diff&#233;rence des r&#234;ves, sont destin&#233;es &#224; d'autres personnes. L'art et le jeu (1907), constituent un royaume interm&#233;diaire entre fantasme et r&#233;alit&#233;. Le jeu est bas&#233; sur des objets tangibles, dans l'art des symboles et des formations de substitution cr&#233;ent de vrais effets. L'artiste n'est pas conscient de ces processus, c'est pourquoi Freud reprend la vieille image du po&#232;te comme poss&#233;d&#233;, comme le proph&#232;te, la bacchante et l'amant, en coh&#233;rence avec la d&#233;-subjectivation du sentir faite par la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde topique freudienne, dans la psych&#233; le &#199;a (nouveau terme pour d&#233;signer le p&#244;le moteur de la psych&#233;), Moi et Surmoi (nouveau terme pour d&#233;signer l'instance autocritique de la psych&#233;) sont &#171; confront&#233;s &#187;. Les pulsions du Moi et les pulsions sexuelles, d'auto-pr&#233;servation de l'individu et de l'esp&#232;ce respectivement, constituent les pulsions de vie. Le caract&#232;re &#171; oppos&#233; &#187; est assum&#233; par un &#171; au-del&#224; du principe du plaisir &#187;, d&#233;fini comme &#171; pulsion de mort &#187;, qui tend &#224; r&#233;tablir la mati&#232;re inorganique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_klee-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/1_klee-3-f3dba.jpg?1772192226' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Freud observe que l'esth&#233;tique traite d'arguments qui correspondent &#224; des &#233;tats d'esprit positifs, tels que le beau et le sublime : mais la port&#233;e de leur int&#233;r&#234;ts devraient s'&#233;tendre &#224; des aspects du sentir caract&#233;ris&#233;s comme n&#233;gatifs comme &lt;i&gt;inqui&#233;tants&lt;/i&gt; (1919), un type d'effroi li&#233; &#224; ce que nous savons ; quelque chose de familier, domestique et &#224; la fois cach&#233;, secret, dangereux ; dans l'&lt;i&gt;inqui&#233;tant&lt;/i&gt; les contraires co&#239;ncident, des choses qui devraient rester cach&#233;es pourtant &#233;mergent. L'inqui&#233;tant n'est pas seulement un conflit entre des p&#244;les asym&#233;triques (dont l'un n'appara&#238;t pas sur la sc&#232;ne), mais aussi une ambivalence, la pr&#233;sence simultan&#233;e d'une affirmation et d'une n&#233;gation sans possibilit&#233; de d&#233;passement dialectique. L'essence de l'&lt;i&gt;inqui&#233;tant&lt;/i&gt; est, selon Freud, dans un type particulier de r&#233;p&#233;tition, une r&#233;p&#233;tition ind&#233;sirable qu'il d&#233;finit comme une &#171; contrainte &#224; r&#233;p&#233;ter &#187;, une r&#233;p&#233;tition diff&#233;rente. C'est la diff&#233;rence maximale, l'exp&#233;rience la plus &#233;loign&#233;e de l'identit&#233;, une &#233;tranget&#233; familiale. Freud soul&#232;ve ainsi une notion de diff&#233;rence sans pr&#233;c&#233;dent : la diff&#233;rence n'est pas un compromis entre des contraires dont la distance est sup&#233;rieure &#224; la contradiction dialectique (Hegel) et &#224; celle de polarit&#233; (Nietzsche), mais une ambivalence qui unit identit&#233; et alt&#233;rit&#233;. Si l'esth&#233;tique du XXe si&#232;cle est un d&#233;veloppement de la pens&#233;e kantienne et h&#233;g&#233;lienne : ce n'est qu'avec le probl&#232;me de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; que commence l'exploration d'un domaine inconnu du sentiment irr&#233;ductible &#224; l'intrigue conceptuelle de la philosophie et de l'esth&#233;tique ant&#233;rieure (Perniola, 2011 : 168).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Freud m&#232;ne une d&#233;-subjectivation du sentir, Martin Heidegger (1889-1976) op&#232;re une d&#233;-subjectivation de la pens&#233;e, dans le cadre de son d&#233;fi de la m&#233;taphysique occidentale, qu'il reproche d'avoir impos&#233; une conception r&#233;ductrice et inad&#233;quate de l'&#234;tre, dans l'antiquit&#233; pens&#233;e comme substance et dans la modernit&#233; comme sujet. Dans les deux cas, la place de l'&#234;tre est prise par l'&#233;tant et ainsi la diff&#233;rence entre les deux est oubli&#233;e, une vision de l'action et de la pens&#233;e caract&#233;ris&#233;e par l'affirmation de l'identit&#233; a pr&#233;valu. Cet oubli se manifeste dans le calcul de la science, dans la valorisation de l'humanisme et dans l'exp&#233;rience v&#233;cue de l'esth&#233;tique. Le d&#233;veloppement du projet m&#233;taphysique, selon Heidegger, a &#233;t&#233; apport&#233; par Kant, Hegel et Nietzsche lui-m&#234;me dont la volont&#233; de puissance est le couronnement de l'identit&#233;, de la substance et du sujet. Dans l'histoire de l'Occident, tr&#232;s peu auraient &#233;chapp&#233; &#224; cet oubli : dans les temps anciens, les pr&#233;socratiques, comme Parm&#233;nide et H&#233;raclite, pour qui la question de l'&#234;tre &#233;tait une &#233;nigme inqui&#233;tante, et dans les temps modernes, certains po&#232;tes, comme H&#246;lderlin et Rilke, qui ont restaur&#233; la chose &#224; sa distance proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique a &#233;galement consid&#233;r&#233; l'&#339;uvre d'art dans le domaine de la m&#233;taphysique, l'essence de l'art et de l'exp&#233;rience ne rel&#232;ve pas de l'esth&#233;tique : dans l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par le sujet, elle se manifeste comme une attention exclusive &#224; l'&#233;tat affectif auquel est r&#233;duit l'&#233;tat esth&#233;tique. Wagner repr&#233;sente l'expression extr&#234;me de cette r&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;-subjectivation de la pens&#233;e op&#233;r&#233;e par Heidegger se r&#233;sume comme un rejet de deux notions centrales de l'esth&#233;tique subjectiviste, &#171; l'expression de l'exp&#233;rience v&#233;cue &#187; et &#171; l'&#233;tat affectif &#187; (1934-1935). Il oppose le premier au caract&#232;re essentiellement linguistique de la po&#233;sie et de l'existence humaine, mais le langage n'est pas l'expression d'un sujet, ce n'est pas nous qui avons le langage, c'est le langage qui nous a &#224; nous. La langue est la marchandise la plus dangereuse, avec elle il y a l'&#234;tre et le non-&#234;tre, la po&#233;sie et les ragots, l'enracinement et le bannissement, le familier et l'&#233;trange. Ces oppos&#233;s doivent rester ensemble sans &#234;tre d&#233;pass&#233;s, l'essence du logos n'est pas de collecter dans l'unit&#233; mais un collecter qui maintient les oppos&#233;s. C'est pourquoi alors que l'exp&#233;rience v&#233;cue est l'affirmation r&#233;active d'une identit&#233;, la po&#233;sie est le salut et la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; &#171; l'&#233;tat affectif &#187;, le sentiment est implicite dans les probl&#232;mes du sujet. Heidegger oppose une tonalit&#233; qui ne se limite pas &#224; l'accompagnement, r&#233;v&#232;le le monde et manifeste &#224; la fois l'&#234;tre et le non-&#234;tre, elle n'est pas fix&#233;e par le sujet, la tonalit&#233; porte le sujet, c'est une puissance qui embrasse tout, c'est d&#233;j&#224; la joie et le deuil que le deuil vient des joies anciennes, rien &#224; voir avec la sentimentalit&#233; et l'excitation de la m&#233;lancolie, c'est la richesse du po&#232;te, en pr&#233;servant les contraires en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentir de Heidegger est donc ins&#233;parable de la pens&#233;e et de l'action, avant la division de l'&#234;tre humain en connaissance, action et sentiment (1946). Le caract&#232;re original qu'il attribue &#224; l'art (1936) signifie que l'art est origine, c'est le caract&#232;re que l'esth&#233;tique a ni&#233; &#224; l'art en le concevant comme traduction et conservation de quelque chose. La notion d'origine souligne la discontinuit&#233; radicale de l'&#233;v&#233;nement artistique avec tout ce qui l'entoure, le pr&#233;c&#232;de et lui succ&#232;de. Heidegger soustrait l'&#339;uvre de toutes les relations qu'elle entretient avec ce qu'elle n'est pas afin de lui attribuer la dimension la plus profond&#233;ment historique, la constitution de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique a toujours pens&#233; qu'il y avait quelque chose &#224; propos ou au-del&#224; la chose, qui s'ajoute et constitue l'&#339;uvre d'art, all&#233;gorie, symbole, union de la spiritualit&#233; et de la mat&#233;rialit&#233;, en un mot une annexe de la chose, alors qu'elle reste impens&#233;e. La m&#233;taphysique occidentale a pens&#233; la chose comme substance, objet ou mati&#232;re ; diff&#233;rentes fa&#231;ons de violer la cosit&#233; de la chose. Mais &#224; la chose, rien ne s'ajoute, l'utilit&#233; et l'artistique sont implicites dans la cosit&#233; de l'&#339;uvre, son utilit&#233; est sa v&#233;racit&#233;, son artisticit&#233; est sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;-subjectivation de la pens&#233;e implique &#233;videmment une exp&#233;rience de la v&#233;rit&#233; diff&#233;rente de celle de la m&#233;taphysique. Pour cela, Heidegger se r&#233;f&#232;re &#224; la Gr&#232;ce archa&#239;que dans laquelle la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; &#233;tait dite &lt;i&gt;al&#233;theia&lt;/i&gt; qui peut &#234;tre traduite comme non cach&#233;e, pas cacher. La v&#233;rit&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; de l'entit&#233; ou le caract&#232;re d'un jugement ou une certitude subjective, ces trois options nous am&#232;nent &#224; penser que nous pouvons atteindre la v&#233;rit&#233; avec une vue exacte, une repr&#233;sentation correcte, une perception plus fine ; en r&#233;alit&#233; il faut que la chose se manifeste &#224; nous et que nous soyons dispos&#233;s &#224; la recevoir dans l'environnement o&#249; l'&#234;tre appara&#238;t et se cache, n&#233;cessite un abandon &#224; la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt;. Ce lieu n'est pas subjectif ou personnel ou psychologique, il est historique, c'est un &#233;v&#233;nement et il est historis&#233; dans l'&#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction de la m&#233;taphysique et de l'esth&#233;tique en particulier, se prolonge dans le d&#233;mant&#232;lement de l'opposition traditionnelle forme-mati&#232;re. Heidegger dit respectivement monde et terre, en essayant de penser diff&#233;remment l'&#339;uvre d'art. Si l'&#339;uvre se r&#233;duit &#224; la forme, l'histoire de sa v&#233;rit&#233; se perd, l'&#339;uvre d'art ouvre un monde, elle se r&#233;f&#232;re &#224; l'ouvert. La notion de terre renvoie &#233;galement &#224; quelque chose qui n'est pas s&#251;r, se retire dans sa lourdeur et rejette toute tentative de dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, &#171; habiter po&#233;tiquement &#187;, c'est &#234;tre dans des lieux, dans une relation de voisinage et de distance, &#234;tre attentif &#224; tout, se montrer identique et diff&#233;rent, en supposant que nous avons tort, sans but et sans projet. Cette marche dissout &#224; la fois l'enracinement et l'ali&#233;nation, enfin il n'est pas n&#233;cessaire d'aller loin pour trouver la diff&#233;rence, elle est toujours l&#224;, o&#249; nous en sommes. Nous avons besoin de toutes nos capacit&#233;s conceptuelles, philosophiques et sensibles pour essayer cette exp&#233;rience qui nous demande de livrer notre destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludwig Wittgenstein (1889-1951), avec Freud et Heidegger, le troisi&#232;me grand penseur de la diff&#233;rence, rejette &#233;galement l'esth&#233;tique et aborde le lien familiarit&#233;-&#233;tranget&#233;. Il consid&#232;re que le jugement esth&#233;tique est logiquement incoh&#233;rent et pratiquement inutile (1938). Il identifie l'esth&#233;tique &#224; l'&#233;thique comme des discours &#233;valuatifs : les mots qui expriment le beau et le bien peuvent &#234;tre r&#233;duits &#224; des internalisations d'approbations et de d&#233;sapprobations ; les jugements esth&#233;tiques n'ont alors aucune autonomie et se r&#233;f&#232;rent totalement au contexte environnemental et historique dans lequel ils se prononcent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que le jugement, il s'int&#233;resse au sentir, un sentir particulier qui d&#233;passe les notions d'identit&#233; et d'alt&#233;rit&#233; : il consiste &#224; voir dans une entit&#233; inchang&#233;e deux choses diff&#233;rentes, par exemple interpr&#233;ter le m&#234;me dessin comme un canard ou un lapin (1953). Beaucoup de choses nous donnent cette impression d'ambigu&#239;t&#233;, les &#339;uvres d'art en particulier mais aussi dans la vie quotidienne avec les gens et les choses. Ce ph&#233;nom&#232;ne nous introduit dans une dimension impersonnelle de l'exp&#233;rience, la subjectivit&#233; est un obstacle qui d&#233;nature, par l'int&#233;gration conceptuelle, la simplicit&#233; du sentir. De plus, ce sentir n'appartient &#224; personne, &#224; aucun sujet du sentir. Ainsi un foss&#233; s'&#233;tablit entre langage et sentiment : les th&#233;ories spiritualistes, subjectivistes et mentalistes, pour lesquelles le sentiment est r&#233;ductible aux repr&#233;sentations et aux formations mentales, sont insuffisantes pour expliquer l'exp&#233;rience de la diff&#233;rence ; mais les th&#233;ories positivistes et comportementales qui suppriment toute r&#233;f&#233;rence &#224; la conscience et nient la validit&#233; &#224; toute introspection, r&#233;duisent le sentiment &#224; ce qui est observable de l'ext&#233;rieur, sont &#233;galement insuffisantes. La d&#233;-subjectivation du sentir ouvre ainsi des questions inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit que pour comprendre les faits il faut les int&#233;grer par des m&#233;diations interpr&#233;tatives (1980) : il s'agirait de &#171; voir comment &#187;, se r&#233;f&#233;rant &#224; un parall&#232;le, &#224; une intrigue conceptuelle et cela garantirait l'intelligibilit&#233;, la philosophie est largement constitu&#233;e de cette activit&#233; de familiarisation, ce m&#233;lange de voir et de penser. A ce &#171; voir comme &#187; Wittgenstein oppose un &#171; voir ainsi &#187;, cette occurrence, cet instantan&#233; nous laisse surpris, cette fa&#231;on de voir est similaire &#224; l'intuition intellectuelle et cr&#233;ative que Kant attribue &#224; Dieu. Une alternative, plus proche de nous, est de voir une chose comme une chose (1953), la diff&#233;rence n'est pas l'alt&#233;rit&#233; absolue mais une r&#233;p&#233;tition diff&#233;rente, une structure &#233;trange et vacillante qui ne peut pas &#234;tre pi&#233;g&#233;e dans son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ress&#233; &#233;galement &#224; d&#233;limiter les caract&#232;res de la nouvelle sensibilit&#233;, Walter Benjamin (1892-1940), a pour objets privil&#233;gi&#233;s le baroque et Baudelaire. Il en d&#233;limite les traits essentiels d'un sentiment centr&#233; sur la mort, la marchandise et le sexe, traite de ces trois aspects de l'existence que l'esth&#233;tique avait n&#233;glig&#233;s et les met en relation, conf&#233;rant une dimension th&#233;orique &#224; une exp&#233;rience alternative au vitalisme que l'on peut d&#233;finir par son expression &#171; le sex-appeal de l'inorganique &#187; : m&#233;lange de la dimension humaine et de la dimension de la &lt;i&gt;&#171; chose &#187;&lt;/i&gt;, dans cette exp&#233;rience la sensibilit&#233; humaine se r&#233;ifie et les &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt; semblent dou&#233;es de sensibilit&#233;. C'est un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;j&#224; abord&#233; (Freud, Wittgenstein), mais chez Benjamin il acquiert un sens essentiel pour l'interpr&#233;tation de la culture baroque et de la soci&#233;t&#233; capitaliste de l'&#201;tat &#224; l'&#233;poque de Baudelaire, il constitue une cl&#233; tr&#232;s f&#233;conde du XXe si&#232;cle. L'inorganique est le min&#233;ral, le cadav&#233;rique, le momifi&#233;, le chimique, la marchandise, le f&#233;tiche ; il se d&#233;mat&#233;rialise ainsi, devient abstrait et incorporel sans se transformer en quelque chose d'imaginaire ou d'irr&#233;el, au contraire, le paradigme de tout cela est extr&#234;mement r&#233;el et efficace, l'argent. La diff&#233;rence peut &#234;tre la r&#233;alit&#233; psychique primaire (Freud), l'&#234;tre dans l'immensit&#233; de ses manifestations (Heidegger), l'usage linguistique (Wittgenstein), mais chez Benjamin il assume la d&#233;termination la plus inqui&#233;tante, impliquant dans un lien inextricable sexualit&#233;, philosophie et &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_klee-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/2_klee-3-d1cf8.jpg?1772192226' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gen&#232;se th&#233;orique du &#171; sex-appeal de l'inorganique &#187; peut &#234;tre identifi&#233;e dans une dissolution de l'identit&#233;, accompagn&#233;e de traumatisme, d'&#233;motion forte, de choc. Benjamin trouve dans l'&#233;thique sto&#239;cienne et dans l'invitation &#224; devenir personne et rien la pr&#233;misse du sentiment baroque, ce qui implique un d&#233;part total du naturel, un rejet de l'expression subjective (1971) ; ce sont des conditions pour participer au jeu du monde, du caract&#232;re baroque apr&#232;s la catastrophe, de la capacit&#233; &#224; &#233;voluer entre des contradictions scandaleuses, une exp&#233;rience vertigineuse de changement et d'investissement. De m&#234;me chez Baudelaire, le spleen c'est l'&#233;tat d'esprit qui correspond &#224; la catastrophe permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'identit&#233; l'unit&#233; est dilu&#233;e, tout est d&#233;compos&#233; et fragment&#233; en parties infinies. Dans l'all&#233;gorie baroque, chaque personnage, n'importe quoi, quelle que soit la situation, comme dans le march&#233;, tout peut se &#233;changer pour tout. Les passages parisiens (galeries, publicit&#233;s de centres commerciaux ou &lt;i&gt;malls&lt;/i&gt;) du XXe si&#232;cle, sont pour Benjamin la repr&#233;sentation architecturale du transit permanent qui dissout l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, le proche et le lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la cat&#233;gorie d'&lt;i&gt;ext&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt;, mort, marchandise et sexe se rencontrent et se renforcent. Le baroque est, pour Benjamin, une vision s&#233;cularis&#233;e et mondaine du monde, o&#249; il n'y a pas de place pour la transcendance : les figures de l'ext&#233;riorit&#233; sont le dandy, sa passion de l'extr&#234;me, son go&#251;t du d&#233;fi, sa capacit&#233; &#224; rapprocher les oppos&#233;s tout en conservant leurs diff&#233;rences ; le &lt;i&gt;fl&#226;neur&lt;/i&gt;, pour qui les loisirs sont plus importants que le travail ; l'exaltation de la caducit&#233; et de la beaut&#233; f&#233;minine, le s&#233;rieux et la frivolit&#233;, la vanit&#233; et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de l'&#339;uvre d'art traditionnelle, caract&#233;ris&#233;e par son identit&#233; unique et non reproductible, &#224; la forme moderne d'expression artistique, comme la photographie et le cin&#233;ma, dissout l'&#339;uvre en une multiplicit&#233; d'exemplaires sans original. Benjamin d&#233;crit ce ph&#233;nom&#232;ne comme la perte de l'aura et de la valeur culturelle de l'&#339;uvre, son remplacement par la valeur expositoire et spectaculaire ; cela ne peut se produire sans une transformation de la perception et du sentir, un sentiment artificiel na&#238;t l&#224; o&#249; ils sont proches et distants, la r&#233;alit&#233; devient illusoire et surnaturelle &#224; la fois. Cet auteur invite ses contemporains &#224; ne pas s'&#233;tonner de l'ampleur et de la radicalit&#233; des changements et que, m&#234;me sans illusion pour la nouvelle &#232;re, ils doivent se prononcer sans r&#233;serve pour elle (1936).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Bataille (1897-1962) consid&#232;re que Hegel a subordonn&#233; le n&#233;gatif &#224; une positivit&#233; historique qui, le transcendant, l'a &#233;limin&#233; ; pour cette raison, il revendique un n&#233;gatif autonome, sans emploi, irr&#233;ductible et souverain qui se manifeste dans la co&#239;ncidence de la naissance et de la mort, dans le rire, l'&#233;rotisme, la po&#233;sie, l'art. Ces exp&#233;riences &#233;loignent l'homme de lui-m&#234;me et l'&#233;loignent de la servilit&#233; du travail et de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une relation profonde entre la po&#233;sie et le n&#233;gatif, l'&#339;uvre po&#233;tique, l'&#339;uvre d'art en g&#233;n&#233;ral, se constitue dans le rejet du langage servile et positif de l'&#233;conomie et de la logique ; elle est exempte d'intentions utilitaires et projectives, d'une certaine mani&#232;re, elle est &#171; perversion &#187; et &#171; sacrifice &#187; de la parole. La po&#233;sie d&#233;truit les choses qu'elle nomme et permet d'entrer dans l'inconnu, elle est li&#233;e &#224; des situations de marginalit&#233;, elle a des liens avec les manifestations d'une logique n&#233;gative (le non-sens, l'antinomie), avec la moral (mal), l'&#233;conomie (la perte, le gaspillage), le juridique (crime), la psychologie (enfance, folie), le physique (mort, maladie), elle est sous le signe de la transgression (1957a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radical que la po&#233;sie et l'art dans la recherche du n&#233;gatif, l'&#233;rotisme, v&#233;ritable exp&#233;rience de souverainet&#233; pour Bataille (1957b). C'est diff&#233;rent de la simple sexualit&#233;, c'est une activit&#233; psychique li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience du n&#233;gatif et du viol. Elle marque le passage de l'animalit&#233; &#224; l'humanit&#233;, de l'instinct &#224; l'apprentissage, c'est l'exp&#233;rience contradictoire de la prohibition et de sa transgression : elle suspend l'interdiction mais ne la supprime pas compl&#232;tement, elle ne peut pas devenir un retour &#224; la nature ou une reconstitution totale de la positivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Maurice Blanchot (1907-2003), ce n'est pas le n&#233;gatif mais le neutre qui caract&#233;rise l'exp&#233;rience-limite : irr&#233;ductible &#224; l'unit&#233; et &#224; la dualit&#233;, &#224; la pr&#233;sence et &#224; l'absence, son espace est interm&#233;diaire, il ne peut &#234;tre attribu&#233; &#224; un individu ou une conscience parce qu'elle implique la dissolution des deux, c'est l'exp&#233;rience de l'acc&#232;s du Moi qui meurt &#224; l'espace o&#249; mourir n'est pas mourir comme &#171; moi &#187;, c'est l'espace de l'&#233;criture litt&#233;raire (1955), l'espace du neutre car c'est le seul langage qui met en jeu, cr&#233;e une relation de diff&#233;rence (1969), qui ne se termine pas par l'alternative identit&#233;-alt&#233;rit&#233;, n'affirme ni nie, cr&#233;e un environnement neutre, ind&#233;pendant de l'auteur et du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;diff&#233;rence de la r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; est le probl&#232;me de Pierre Klossowski (1905-2001), &#224; lui on doit l'&#233;laboration philosophique de la notion de simulacre, celui-ci est irr&#233;ductible &#224; la r&#233;alit&#233; et &#224; l'apparence. Les choses seraient essentiellement une copie d'un mod&#232;le qui n'a jamais exist&#233; ; l'exp&#233;rience est la r&#233;p&#233;tition, un retour &#233;ternel qui dissout l'identit&#233; du r&#233;el et &#233;limine tout sens et toute direction de l'histoire (1963), face &#224; cela nous n'avons que l'&lt;i&gt;amor fati&lt;/i&gt; (1969) : ce n'est pas l'int&#233;riorisation d'une identit&#233; aveugle et inconnue, c'est la perte d'identit&#233; et l'externalisation maximale qui nous conduit &#224; d&#233;cider en faveur de l'existence d'un univers qui n'a d'autre objectif que d'&#234;tre ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luigi Pareyson (1918-1991), place &#233;galement le probl&#232;me du mal au centre de ses m&#233;ditations (1995) : conflit, duplicit&#233;, diff&#233;rence. Renverser l'opposition classique entre &#171; esprits forts &#187;, ath&#233;es et libertins et &#171; belles &#226;mes &#187;, pieux et d&#233;vou&#233;s : la soci&#233;t&#233; contemporaine nous offre des exemples d'un nihilisme pacifi&#233; dans sa joie calme et modeste, les nouvelles &#171; belles &#226;mes &#187; sont ath&#233;es, nihilistes r&#233;concili&#233;s avec la vie, affables et sociables, ils m&#232;nent une vie douce et confortable, oppos&#233;e au d&#233;fi et au risque, &#224; la philosophie. La r&#233;alit&#233;, pour Pareyson, n'est pas conceptualisable, elle est ind&#233;pendante de la pens&#233;e ; ce qui existe impose sa pr&#233;sence et suscite l'&#233;tonnement, une &lt;i&gt;stupeur de la raison&lt;/i&gt;. Cet &#233;tat d'esprit, avec des affinit&#233;s avec l'&#233;coute de l'&#234;tre (Heidegger) ou de l'exp&#233;rience limite (Blanchot), est charg&#233; chez Pareyson d'une &#233;norme importance attribu&#233;e &#224; la souffrance. La douleur et le mal sont si abyssaux qu'ils ne peuvent pas &#234;tre contenus dans une vision d'acceptation sereine et de pi&#233;t&#233; religieuse. Ainsi, il rejette l'identification m&#233;taphysique entre Dieu, le bien et l'&#234;tre, en Dieu la pr&#233;sence du mal demeure et peut toujours &#234;tre activ&#233;e. Ce discours th&#233;ologique t&#233;m&#233;raire s'accompagne d'un discours anthropologique tout aussi t&#233;m&#233;raire, il renvoie &#224; la copr&#233;sence dans l'exp&#233;rience humaine de la douleur et du plaisir, de la souffrance et de la volupt&#233;, du tourment et de la joie ; il nous introduit ainsi dans un sentiment excessif, ouvrant des horizons o&#249; froideur et th&#233;&#226;tralit&#233;, d&#233;ni et attente, soumission et vengeance, humiliation et renaissance sont indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Lacan (1901-1981), transf&#232;re le probl&#232;me philosophique de la diff&#233;rence &#224; l'&#233;tude de la sexualit&#233;. Entre le sentiment sexuel masculin, caract&#233;ris&#233; par la jouissance phallique, et le f&#233;minin, il y a une asym&#233;trie radicale (1973). Pour cette raison, il est faux d'imaginer la relation sexuelle comme l'accomplissement de l'unit&#233;, le plaisir masculin, pens&#233; comme une activit&#233;, et le plaisir f&#233;minin, pens&#233; comme s'ouvrant vers quelque chose de totalement autre, n'est jamais consomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, Lacan r&#233;interpr&#232;te l'amour courtois m&#233;di&#233;val (1986), qui est configur&#233; comme une mani&#232;re raffin&#233;e de compenser l'absence de relation sexuelle, simulant que c'est le couple qui l'entrave. Ses r&#233;flexions sur la beaut&#233; sont tout aussi int&#233;ressantes, car elles r&#233;v&#232;lent sa nature ambigu&#235;, qui en m&#234;me temps interdit le d&#233;sir et demande l'indignation (idem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Luce Irigaray (1932), il n'y a pas de sym&#233;trie entre masculin et f&#233;minin. La sexualit&#233; f&#233;minine est irr&#233;ductible &#224; l'identit&#233;, donc elle ne peut &#234;tre pens&#233;e tant que la philosophie est prisonni&#232;re des cat&#233;gories m&#233;taphysiques. Ces cat&#233;gories supposent une structure de pens&#233;e phallocratique qui ne pense pas aux femmes dans leur autonomie mais dans leur subordination aux hommes (1974). Elle propose donc un sentiment de diff&#233;rence propre &#224; l'exp&#233;rience des hommes comme des femmes : il s'agit d'admiration pour l'inconnaissable, pour l'autre qui diff&#232;re sexuellement. C'est l'aspect de la sexualit&#233; le plus proche de l'art et de l'esth&#233;tique ; nous soustrait &#224; la logique de la possession et du r&#233;ductionnisme m&#233;taphysique, l'admiration respecte et exalte la diff&#233;rence, maintient un espace libre et attractif entre masculin et f&#233;minin, un espace neutre, pr&#234;t &#224; recevoir l'arriv&#233;e de la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes (1915-1980) &#233;tablit &#233;galement une relation &#233;troite entre plaisir et &#339;uvre litt&#233;raire, passant &#224; la fois plaisir et travail, de la logique identitaire &#224; l'exp&#233;rience de la diff&#233;rence. Au-del&#224; du plaisir il trouve la jouissance ; au-del&#224; de l'&#339;uvre trouve le texte. Le plaisir est un sentiment qui d&#233;passe la distinction entre plaisir et douleur (1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Derrida (1930-2004), reproche &#224; la tradition philosophique occidentale d'avoir pens&#233; &#224; l'&#233;criture subordonn&#233;e au discours, au logos, consid&#233;r&#233; comme l'origine de la v&#233;rit&#233;. Concernant la voix, la &lt;i&gt;phon&#233;&lt;/i&gt;, l'&#233;criture appara&#238;t comme une chute de l'ext&#233;riorit&#233; du signe : le texte, compris comme un tissu de signes, est toujours secondaire car il est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une v&#233;rit&#233;, d'un sens, d&#233;j&#224; constitu&#233; dans les logos. La &#171; grammatologie &#187; est donc une justification de la priorit&#233; de l'&#233;criture contre le logocentrisme de la philosophie occidentale : mais il ne s'agit pas d'inverser l'ordre de d&#233;pendance mais de radicaliser l'alternative &#224; la logique identitaire initi&#233;e par Freud et Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative se d&#233;roule dans une activit&#233; inlassable de d&#233;construction de la philosophie et de l'esth&#233;tique. Derrida examine, par exemple, la notion de go&#251;t de Kant. Kant admet la possibilit&#233; de certains plaisirs n&#233;gatifs, en particulier le sublime, qui s'oppose aux int&#233;r&#234;ts des sens. Mais le sublime est id&#233;alis&#233; dans une exp&#233;rience o&#249; le n&#233;gatif est sublim&#233; ; la m&#234;me chose se produit avec la repr&#233;sentation du mal lorsqu'elle est sublim&#233;e par l'art. Une seule dimension semble &#224; Kant inaccessible par l'esth&#233;tique, le d&#233;go&#251;tant. Ce n'est pas une valeur n&#233;gative rachet&#233;e par l'art, elle est irrepr&#233;sentable, inexprimable, compl&#232;tement diff&#233;rente, en dehors du syst&#232;me. Seuls les vomissements att&#233;nuent l'effet du d&#233;go&#251;tant. Pour sortir de cette logique identitaire et de la logique de la contradiction dialectique, il semble n&#233;cessaire de passer de l'esth&#233;tique &#224; l'anthropologie, d'une r&#233;flexion a priori et formelle du ressenti &#224; une r&#233;flexion empirique. Parmi les sens, c'est avec l'odorat que l'on peut trouver quelque chose de plus d&#233;go&#251;tant que de vomir, quelque chose sur lequel l'autorit&#233; hi&#233;rarchique du logocentrisme ne peut s'exercer, une exp&#233;rience plus d&#233;go&#251;tante que d&#233;go&#251;tante. Nous pouvons atteindre le diff&#233;rent, non pas par le contraire, mais par la duplication, la r&#233;p&#233;tition, la simulation, seule la r&#233;p&#233;tition de l'opposition maximale peut faire la diff&#233;rence. Des recherches r&#233;centes dans ce domaine font des propositions similaires : au-del&#224; du d&#233;go&#251;tant, il y aurait l'abject (Kristeva 1980) ou la col&#232;re (Sloterdijk 2006), comme cl&#233; pour comprendre la situation psycho-politique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Irigaray et Derrida, nous assistons &#224; un glissement du psychique et du ph&#233;nom&#233;nologique vers l'empirique et le physiologique : le f&#233;minin et le d&#233;go&#251;tant sont des notions que nous ne pouvons pas atteindre par la pens&#233;e et l'action, elles exigent un sentiment, mais un sentiment qui ne reste pas (comme le sentiment kantien, le &lt;i&gt;pathos&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien, l'impulsion de vie bergsonienne, la volont&#233; d'art de Riegl, l'intuition de Croce) sur le plan d'une spiritualit&#233; id&#233;alisante. Elle n&#233;cessite une sensation d&#233;rangeante et diff&#233;rente, non r&#233;ductible &#224; la douce harmonie des belles &#226;mes de l'esth&#233;tique, le tout restant sur le plan psychique et ph&#233;nom&#233;nologique. Au contraire, ces auteurs nous d&#233;crivent un sentiment qui s'inscrit dans l'ext&#233;riorit&#233; de l'esprit, dans les plis du sexe f&#233;minin, dans les cavit&#233;s pulmonaires, dans une &#233;criture impronon&#231;able ou dans une proth&#232;se, une substance, une rituelle, c'est-&#224;-dire dans &lt;i&gt;&#171; les choses sentantes &#187;&lt;/i&gt;, elles font donc que le sentir fasse un virage physiologique. Celui-ci s'ajoute aux quatre autres (politique, m&#233;diatique, sceptique et communicatif) et nous oriente vers quelque chose que nous ne connaissons pas encore et qui est &#233;tudi&#233; dans l'esth&#233;tique contemporaine au sens le plus large (Perniola 2011 : 190).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze (1925-1995) et F&#233;lix Guattari (1930-1992) sont les auteurs d'un vaste ouvrage, 1972, 1980, que l'on peut consid&#233;rer comme une somme des perspectives esth&#233;tiques du XXe si&#232;cle. Dans le tableau trac&#233; par l'opposition fondamentale entre la parano&#239;a (li&#233;e &#224; la logique du capitalisme et l'affirmation de l'identit&#233;) et la schizophr&#233;nie (li&#233;e au mouvement d'&#233;mancipation et &#224; l'&#233;mergence de la multiplicit&#233;), les quatre axes principaux de l'esth&#233;tique sont repens&#233;s : vie, forme, connaissance et action. De la m&#234;me mani&#232;re, ils sont impliqu&#233;s dans les quatre tournants qui ont marqu&#233; ces quatre lignes dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle : politique, m&#233;diatique, sceptique et communicatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect le plus important de sa r&#233;flexion, cependant, a &#224; voir avec la cinqui&#232;me ligne, le sentir. Sa d&#233;subjectivation est recherch&#233;e et promue dans tous les domaines. Cela ne conduit pas ses auteurs &#224; des propositions dissolues et chaotiques, ils soumettent le probl&#232;me de la relation entre le sentir et l'art &#224; l'analyse avec clart&#233; et perspicacit&#233;. Ils distinguent la dimension subjective et personnelle du sentir, qui se manifeste dans les &lt;i&gt;perceptions&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;affections&lt;/i&gt;, de celle d&#233;subjectiv&#233; et impersonnelle, qui est group&#233; en &lt;i&gt;percepts&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;affects&lt;/i&gt;. Celles-ci d&#233;passent le sujet et l'objet et ne sont atteintes qu'en tant qu'entit&#233;s autonomes et autosuffisantes qui ne doivent plus rien &#224; ceux qui les ont ressenties : elles sont le devenir non humain de l'&#234;tre humain, elles ouvrent des zones d'indiscernabilit&#233; sensible et affective entre les choses, les b&#234;tes et les gens, les zones &#233;quatoriales et glaciaires qui &#233;chappent &#224; la d&#233;termination des genres, des sexes, des ordres et des royaumes. Les &#339;uvres d'art jouent un r&#244;le fondamental dans la stabilisation et le maintien de ces entit&#233;s : ce sont pr&#233;cis&#233;ment des blocs de sensations qui d&#233;fient la caducit&#233; du vivant et sont transmises comme monuments aux g&#233;n&#233;rations futures. L'art doit &#234;tre diff&#233;rent de la philosophie et de la science, mais ces trois plans trouvent leur conjonction dans le cerveau, ils d&#233;crivent &#233;galement le d&#233;placement du psychique et du ph&#233;nom&#233;nologique vers le physiologique (Deleuze et Guattari 1991)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_klee-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH384/4_klee-2-89b7a.jpg?1772192226' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. Culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe encore un sixi&#232;me courant de l'esth&#233;tique contemporaine qui n'est pas reconnu dans les pr&#233;c&#233;dents (de forme et de vie &#8211; Kant ; de savoir et de pratique &#8211; Hegel ; de sentiment post-esth&#233;tique - Nietzsche) car son objet est avant tout la culture. L'identification culture-esth&#233;tique trouve sa formulation la plus coh&#233;rente dans Friedrich Schiller (1759-1805), notamment dans ses &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme&lt;/i&gt; (1795). De son point de vue, ce n'est que par l'esth&#233;tique que nous nous dirigeons vers la libert&#233; politique, en &#233;vitant les dangers oppos&#233;s de l'&#233;tat de nature, dans lequel la violence est souveraine, et de la barbarie, dans laquelle les principes intellectuels abstraits sont impos&#233;s comme des lois d'Etat. La culture doit &#234;tre &#233;loign&#233;e autant de la grossi&#232;ret&#233; et de la duret&#233; que de l'idol&#226;trie de l'utilit&#233; et du travail. Schiller inaugure une strat&#233;gie qui sera suivie par de nombreux penseurs du XXe si&#232;cle : l'adieu au despotisme de l'Ancien R&#233;gime et la modernisation ne s'obtiennent pas par un grand bond en avant vers un avenir inconnu et impr&#233;visible, mais par un pas en arri&#232;re la red&#233;couverte des sources de la culture dont nous sommes issus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Schiller, l'identification culture-esth&#233;tique est reprise par Carl Jacob Burckhardt (1818-1897), qui a ouvert la voie &#224; une expansion de l'horizon esth&#233;tique, incluant toutes les manifestations de l'existence priv&#233;e et collective &#224; travers l'adoption de un point de vue distanci&#233; et d&#233;sint&#233;ress&#233; par rapport &#224; l'histoire de l'Occident. Burckhardt applique finalement &#224; la prise en compte de l'histoire les caract&#233;ristiques que Kant a sp&#233;cifi&#233;es comme aspects essentiels du jugement esth&#233;tique : d&#233;sint&#233;r&#234;t, absence de pr&#233;conceptions, ind&#233;pendance par rapport &#224; la r&#233;alisation d'un objectif et &#233;mancipation de la particularit&#233; de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burckhardt se demande : qu'est-ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233; dans l'histoire de l'Occident, quels ont &#233;t&#233; les grands hommes, selon quels crit&#232;res peut-on dire que quelque chose est accompli ou a &#233;chou&#233; ? Ces questions rel&#232;vent davantage de la philosophie de l'histoire que de l'esth&#233;tique, mais si elles sont confront&#233;es &#224; l'attitude qui caract&#233;rise l'esth&#233;tique, elles lib&#232;rent tout l'horizon historique de la ma&#238;trise des passions et des fant&#244;mes qui entravent sa connaissance (1905). George Dickie (1926) reprend ce probl&#232;me (1971).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique traditionnelle fait l'erreur de donner &#224; l'expression &#171; &#339;uvre d'art &#187; un sens imm&#233;diatement positif, excluant la possibilit&#233; qu'une &#339;uvre d'art laide existe. L'appartenance au &#171; monde de l'art &#187; n'implique pas en soi une &#233;valuation, cela signifie seulement que quelque chose est pr&#233;sent&#233; comme un &#171; candidat &#224; l'&#233;valuation &#187;. Celui qui fait la proposition ne peut &#234;tre que l'artiste, l'important est que quelqu'un baptise la chose comme une &#339;uvre d'art, assumant la responsabilit&#233; d'&#234;tre un officiel dans le monde de l'art. Tout d&#233;pend du cadre institutionnel dans lequel elle est expos&#233;e, c'est pourquoi la proposition de Dickie est connue sous le nom de &#171; th&#233;orie institutionnelle de l'art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet auteur exprime &#233;galement son d&#233;sir que les institutions du monde de l'art ne passent pas de l'informel au juridique, comme l'universit&#233; ou la pr&#233;fecture, pour entrer dans certaines conditions, cela enl&#232;verait fra&#238;cheur et exub&#233;rance &#224; l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Danto (1986) reprend le th&#232;me h&#233;g&#233;lien de la mort de l'art en lui donnant un autre sens. Pour Hegel, la fin de l'art commence avec le christianisme, l'art est d&#233;pass&#233; par la philosophie car la nouvelle religion rompt l'&#233;quilibre entre la forme et le contenu qui constituait la grandeur de l'art classique. Pour Danto, la mort de l'art est tr&#232;s r&#233;cente, elle survient dans les ann&#233;es 80 du si&#232;cle dernier, comme cons&#233;quence du Pop Art. A partir du moment o&#249; le march&#233; international de l'art devient h&#233;g&#233;monique, l'id&#233;e qu'il existe une histoire de l'art constitue un obstacle &#224; l'arbitraire total auquel elle aspire. Il n'y a aucun mouvement qui interpr&#232;te l'esprit du temps. Les gens continueront &#224; peindre, sculpter, r&#233;aliser des installations, etc., mais leurs &#339;uvres entreront dans un contexte posthistorique, qui les enfermera dans un h&#233;donisme &#233;ph&#233;m&#232;re, sans le substrat th&#233;orique que la philosophie leur a conf&#233;r&#233;, m&#234;me s'il &#233;tait ambigu et biais&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Platon, la philosophie est hostile &#224; l'art, soutient Danto ; le philosophe grec lui reproche d'&#234;tre doublement faux, cette opinion se transmet &#224; travers les si&#232;cles et m&#234;me ceux qui lui attribuent une fonction &#224; l'&#233;poque moderne, ne la reconnaissent pas comme ayant une valeur cognitive. L'art n'est donc pas pour Danto le porteur de quelque savoir et encore moins peut exercer une action sur la soci&#233;t&#233;. Le fait qu'il ait &#233;t&#233; censur&#233; est paradoxal, s'il ne dit rien de vrai et n'a aucune influence. Une r&#233;ponse pourrait &#234;tre son inutilit&#233; et son inefficacit&#233; m&#234;me, dans un monde domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts du pouvoir et de l'&#233;conomie, l'art nous introduirait pr&#233;cis&#233;ment &#224; une exp&#233;rience d&#233;sint&#233;ress&#233;e et &#233;trang&#232;re. Danto rejette cette r&#233;ponse qui ram&#232;ne l'art &#224; l'esth&#233;tique quand il est vraiment converti au march&#233;. C'est dans cette d&#233;sillusion et dans cette d&#233;gradation de son pouvoir que r&#233;side son licenciement. Non seulement il est inutile, son inutilit&#233; n'a aucun avantage indirect, son identification &#224; l'ennemi est totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re tentative pour &#233;viter l'autodestruction de la culture esth&#233;tique occidentale a &#233;t&#233; men&#233;e par Pierre Bourdieu (1930-2002), &#224; travers une transformation et une expansion du concept de d&#233;sint&#233;r&#234;t esth&#233;tique (1994, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pour Burckhardt l'&#201;tat et la religion &#233;taient les ennemis de la culture, Bourdieu consid&#232;re que le premier est le garant du &lt;i&gt;capital culturel&lt;/i&gt;. La culture esth&#233;tique au sens strict est la transformation d'une attitude envers la vie de la soci&#233;t&#233; pr&#233;moderne, qui attribue &#224; l'honneur et au d&#233;sint&#233;r&#234;t une importance imp&#233;rative. Cette attitude &#224; l'&#232;re moderne a conduit &#224; la formation de &lt;i&gt;champs&lt;/i&gt; dans lesquels le d&#233;sint&#233;r&#234;t et la g&#233;n&#233;rosit&#233; constituent les fondements de l'&lt;i&gt;&#233;conomie des biens symboliques&lt;/i&gt;, au sein desquels l'argent et le pouvoir ont un r&#244;le subalterne. La notion de d&#233;sint&#233;r&#234;t esth&#233;tique de Kant prend une ampleur inhabituelle, englobant tous les domaines de la production culturelle (litt&#233;raire, artistique, morale, scientifique, religieux...), y compris juridique et bureaucratique. L'&#201;tat et l'&#201;glise ne sont plus les ennemis de Bourdieu, ils constituent au contraire des remparts contre l'utilitarisme qui r&#233;duit tout &#224; l'argent et au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition de cette attitude d&#233;sint&#233;ress&#233;e implique cependant un &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;, une mani&#232;re d'&#234;tre qui montre l'individu comme initi&#233; dans la logique de l'&#233;conomie des biens symboliques : c'est le produit de l'&#233;ducation familiale et scolaire. Le &lt;i&gt;champ&lt;/i&gt; n'est ni une communaut&#233; ni une classe, c'est l'espace d'un jeu, fait de conflits, d'alliances et d'engagements, au sein duquel se situent ceux qui ont assimil&#233; des r&#232;gles et des strat&#233;gies. Il est construit sur une illusion, une croyance partag&#233;e qui implique des attentes, des int&#233;r&#234;ts, des investissements &#233;motionnels, des opportunit&#233;s objectives, mais surtout une demande de reconnaissance. L'illusion n'est pas un fantasme, chaque domaine a ses r&#232;gles, incompr&#233;hensibles &#224; quiconque est &#224; l'ext&#233;rieur ou dans un autre domaine. Le champ n'est pas statique, dans le jeu les positions et les valeurs changent continuellement. La soci&#233;t&#233; contemporaine, pour Bourdieu, ne marque pas la fin des illusions, au contraire, elle a multipli&#233; le nombre de &lt;i&gt;champs&lt;/i&gt; et donc le nombre d'illusions et d'opportunit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans ces illusions, la vie est insignifiante, les gens ont un besoin de distinction, qui est garanti par la possession d'un &lt;i&gt;capital symbolique&lt;/i&gt; qui se manifeste dans tous les aspects de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau scientifique et artistique, seul l'Etat a les moyens d'imposer et d'inculquer des principes, c'est le lieu de concentration et d'exercice du pouvoir symbolique. Pour cette raison, Bourdieu critique le populisme esth&#233;tique, le populisme ne fait que consolider le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; : il d&#233;nonce les conditions inhumaines de l'existence de millions d'indigents et pr&#233;tend en m&#234;me temps leur attribuer &#171; gratuitement &#187; les dispositions li&#233;es &#224; la culture esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'une importance fondamentale, pour cet auteur, de sauver l'autonomie des &lt;i&gt;champs&lt;/i&gt;, cette autonomie est menac&#233;e non seulement par les m&#233;dias et par la &lt;i&gt;puerilisation&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; occidentale, mais aussi par les magnats qui tentent de marginaliser et d'annuler m&#234;me le domaine politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mario Perniola 2011, &lt;i&gt;Estetica contemporanea : una visione globale&lt;/i&gt;, Il Mulino, Bologna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Illustrations :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvres de Paul Klee.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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