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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Sens du mat&#233;riau</title>
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		<dc:date>2025-09-29T14:54:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s la mise en ligne, du premier volet Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie traitant des sens interdits, Michel Jeandin nous livre ici une synth&#232;se, sens par sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels les mat&#233;riaux de l'art agissent. Bonne lecture !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2735-6b46e.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la mise en ligne, du premier volet Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie traitant des sens interdits, Michel Jeandin nous livre ici une synth&#232;se, sens par sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels les mat&#233;riaux de l'art agissent. Bonne lecture !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mat&#233;riau peut tromper par son apparence : &#224; la vue comme &#224; tout autre sens. S'il faut cat&#233;goriser, selon une d&#233;testable habitude, il peut &#234;tre dit que le scientifique essaiera d'y &#233;chapper (&#224; son apparence) pour en d&#233;finir des caract&#233;ristiques intangibles, tandis que l'artiste cherchera &#224; l'exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste plasticienne Kiki Kogelnik, en son temps l'avait bien compris et employait du mat&#233;riau sous forme de mousse pour masquer son corps lors de diff&#233;rentes performances &#224; New York dans les ann&#233;es 1960. Pionni&#232;re du mouvement f&#233;ministe gr&#226;ce &#224; ses m&#233;ditations sur le corps f&#233;minin genr&#233;, marchandis&#233;, fa&#231;onn&#233; et artificiel, les mat&#233;riaux la masquant bloquaient l'acc&#232;s aux sens : les siens mais aussi ceux qui l'observaient, la femme potiche s'en trouvant combattue ainsi. Elle fut, par l&#224;-m&#234;me, l'une des premi&#232;res &#224; souligner l'artificiel, bien avant l'intelligence (loin d'en &#234;tre une) du m&#234;me nom, le r&#233;sumant dans sa maxime rest&#233;e fameuse &#171; L'art vient de l'artificiel &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artifice peut donc &#234;tre un masquage par le mat&#233;riau comme le mat&#233;riau, lui-m&#234;me, peut &#234;tre artificiel, gagnant alors (m&#234;me si ce n'est pas toujours valorisant) le qualificatif de simili ou de pseudo : simili cuir, pseudo-alliage, etc. Les plastiques, en particulier, y ont trouv&#233; la voie royale de l'imitation. Certains sens s'en trouvent alors interdits pour favoriser la perception d'un trompe-l'&#339;il (ou tout autre sens), par exemple, ou plus g&#233;n&#233;ralement, de ce qui s'apparente &#224; la&lt;i&gt; blufiKultur,&lt;/i&gt; les canards, ou les infox (&lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;) comme il se dit aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces effets de tromperie peuvent &#234;tre apocalyptiques, cela dit surtout pour assurer la transition avec ce qui suit, en l'occurrence une confusion entre mat&#233;riaux due &#224; leur apparence. L'apocalypse, en effet, ou plut&#244;t l'Apocalypse (21 :18) selon St Jean, d&#233;crit ainsi : &#171; &#8230; , la ville &#233;tait d'or pur semblable &#224; du verre transparent &#187;. De nos jours, la tromperie repose sur le virtuel. L'&#233;crivain Nathan Devers, d'ailleurs, reprend, fort &#224; propos, ces termes &#171; or-verre &#187; de l'Apocalypse pour qualifier le m&#233;tavers, souvent pris pour la nouvelle J&#233;rusalem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Les liens artificiels, Albin Michel, 2022, p. 97&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;tavers rime avec or-verre : rien que de plus normal donc.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la mati&#232;re &#8212; nom g&#233;n&#233;rique du mat&#233;riau comme pr&#233;f&#232;rent dire ceux qui travaillent dans le domaine &#8212; n'est ni artifice ni artificielle comme vu pr&#233;c&#233;demment, l'artiste doit en ma&#238;triser la qualit&#233; constitutionnelle pour qu'elle s'accorde &#224; ce qu'il veut en tirer. Certains artistes vont ainsi jusqu'&#224; &#233;laborer leur mati&#232;re/mat&#233;riau, y compris pour qu'elle ne porte plus trace de ce qui est appel&#233; commun&#233;ment &#171; l'intelligence de la main &#187; propre &#224; la d&#233;naturer. La mati&#232;re, parfois laborieusement &#233;labor&#233;e, se rapproche alors de l'encre du calligraphe comme l'a montr&#233; l'artiste chinois Yang Jiechang sous la cam&#233;ra de Jean-No&#235;l Delamare &lt;i&gt;(figure 31)&lt;/i&gt;. Il n'est donc pas surprenant que des peintres chinois comme CHU Teh-Chun utilisent, pour peindre, de l'encre de chine, afin de prouver leur &#171; ancrage dans la culture chinoise &#187; (dixit quelque ex&#233;g&#232;te de la peinture chinoise sans (ou plut&#244;t avec) jeu de mots, dont le nom ne sera pas pr&#233;cis&#233;). A l'inverse de la maxime de Kogelnik (cf. d&#233;but de cette partie &#171; Sens du mat&#233;riau &#187;), &#171; l'art vient de l'artificiel &#187;, il est donc plus opportun de dire, &#171; l'art vient du mat&#233;riau &#187;, quitte &#224; ce que le mat&#233;riau joue le pseudo ou l'artificiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;111&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.31_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/fig.31_2nd-volet-96b75.jpg?1772213148' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 31. Jean-No&#235;l Delamare extrait de vid&#233;o &#171; Encres de Chine &#187;, 1992.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction conclura logiquement que l'artiste doit prendre un soin particulier au choix des mat&#233;riaux &#224; utiliser pour ses cr&#233;ations. Ce sont les propri&#233;t&#233;s des mat&#233;riaux, donc leur connaissance, qui doivent guider ce choix pour qu'ils assurent les fonctions que l'artiste veut leur voir exprimer. Il ne s'agit de rien d'autre que d'un cahier des charges artistique, autrement dit de la perception sensorielle, m&#234;me si l'expression peut choquer, un cahier des charges s'appliquant, en effet, g&#233;n&#233;ralement au domaine technique ou industriel. Ici, il s'agit bien d'un cahier des charges pour les mat&#233;riaux devant r&#233;pondre, par leurs propri&#233;t&#233;s, aux objectifs de perception sensorielle vis&#233;s par l'artiste. C'est pourquoi la suite du texte est structur&#233;e par fonction sensorielle, not&#233;e ainsi : fonction &#233;metteur (sens r&#233;cepteur). La vue y sera encore privil&#233;gi&#233;e. Moins de figures seront int&#233;gr&#233;es au texte pour ne pas l'alourdir, le lecteur, pouvant, cependant, par curiosit&#233;, trouver sur l'internet les images d'illustration correspondant aux r&#233;f&#233;rences donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Montrer (voir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des &#171; propri&#233;t&#233;s mat&#233;riaux &#187; &#224; associer &#224; ce qui est vu (montrable) est celle appel&#233;e plasticit&#233;. Cette propri&#233;t&#233; caract&#233;rise, en effet, la capacit&#233; de la mati&#232;re &#224; se d&#233;former sans se rompre. La ma&#238;trise de la forme en d&#233;pend, la sculpture donc aussi, en premier lieu &#233;videmment. Ma&#238;tre mot dans le domaine des mat&#233;riaux, o&#249; elle a donn&#233; lieu &#224; nombre de th&#233;ories scientifiques, la plasticit&#233; l'est aussi dans le domaine des arts plastiques (les bien nomm&#233;s) et la litt&#233;rature. Une revue sp&#233;cialis&#233;e en est m&#234;me, pour cela, intitul&#233;e &lt;i&gt;Plasticit&#233;.&lt;/i&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain de Maincutters, dans sa recherche de l'arch&#233;ologie des formes, est, au titre de la plasticit&#233;, l'un des plus saillants. L'influence de l'environnement sur les &#339;uvres artistiques expos&#233;s, notamment par sa temp&#233;rature sur leur forme, y sont source d'inspiration sur la labilit&#233;. Le d&#233;veloppement des mat&#233;riaux &#224; m&#233;moire de forme, incessant depuis la Seconde Guerre mondiale et la d&#233;couverte de l'effet de m&#233;moire de forme dans des alliages cupro-aluminium, constitue, en quelque sorte une r&#233;ponse &#224; cette labilit&#233;. Un mat&#233;riau &#224; m&#233;moire de forme, d&#233;form&#233; par chauffage, retrouve, en effet, toujours son &#233;tat initial apr&#232;s simple refroidissement. Les applications industrielles en sont aujourd'hui multiples : tissus infroissables, proth&#232;ses m&#233;dicales, mat&#233;riels orthodontiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain n'est pas en reste pour exploiter la m&#233;moire de forme mais dans une optique oppos&#233;e &#224; Maincutters, &#224; savoir montrer la p&#233;rennit&#233;/immuabilit&#233; des choses. Ainsi, Jean-Marc Philippe (disparu en 2008) cr&#233;a &lt;i&gt;KEO,&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1990, une sculpture en alliage &#224; m&#233;moire de forme pionni&#232;re dans l'art dit spatial. L'envol en orbite de &lt;i&gt;KEO,&lt;/i&gt; l'oiseau arch&#233;ologique de Philippe, a &#233;t&#233; retard&#233; par le d&#233;c&#232;s de l'artiste mais fait toujours partie des satellites inscrits dans le programme de lanceurs ayant accept&#233; le principe de l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trente ans apr&#232;s son lancement, le projet de Philippe existe donc toujours, r&#233;v&#233;lant ainsi aussi son immuabilit&#233; en une esp&#232;ce de m&#233;moire de forme de l'artiste. Son ex&#233;cution constitue, par l&#224;-m&#234;me, une autre &#339;uvre d'art &#8212; conceptuelle &#8212; s'ajoutant &#224; la sculpture d'origine. Plus g&#233;n&#233;ralement, les alliages &#224; m&#233;moire de forme pourraient/devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une p&#226;te &#224; r&#233;miniscences, mati&#232;re premi&#232;re souvent de l'artiste comme les &#233;pisodes 3 et 4 de la s&#233;rie ont pu le montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;La premi&#232;re des &#171; propri&#233;t&#233;s mat&#233;riaux &#187; &#224; invoquer pour ses relations avec les sens, la vue notamment, est m&#233;canique, la plasticit&#233; en l'occurrence. La seconde est la rugosit&#233; superficielle, autrement dit plus prosa&#239;quement, le relief. Cette propri&#233;t&#233; est topographique avec, en cons&#233;quence directe, sa qualification en tant que propri&#233;t&#233; optique puisque c'est l'&#233;tat de surface (en plus de sa nature) qui r&#233;git le comportement optique d'un mat&#233;riau (absorption, r&#233;flexion, r&#233;fraction, dispersion&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur des partis en est pris dans l'art du vitrail o&#249; la &#171; mise en plomb &#187;, c'est-&#224;-dire le sertissage des verres color&#233;s, permet les effets de lumi&#232;re et de contraste uniques. Le choix du plomb y est primordial car la faible duret&#233; de ce mat&#233;riau permet un &#233;tat de surface assez lisse et ma&#238;trisable &#224; la mise en forme, qui, associ&#233; &#224; sa couleur grise, conf&#232;re un contraste optique exceptionnel avec le verre environnant. Incidemment, gr&#226;ce au plomb ici, le lien est &#233;tabli entre plasticit&#233; (la premi&#232;re propri&#233;t&#233; d&#233;crite) et relief, artistes de la forme et de la lumi&#232;re. L'artiste contemporain Franck Scurti l'a exploit&#233; merveilleusement dans son &#339;uvre &lt;i&gt;Lux-vision #1&lt;/i&gt; (2021-2022), affirmant que c'est la diffusion superficielle de la lumi&#232;re qui avait inspir&#233; cette cr&#233;ation. Le verre de Murano et le plomb y marivaudent sublimement entre eux, nonobstant leur diff&#233;rence de classe : vitreux et m&#233;tallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, plus classiquement, sans remonter au Moyen &#194;ge, Josef Albers avait exp&#233;riment&#233; ce voisinage verre-m&#233;tal, aux propri&#233;t&#233;s optiques diff&#233;rentes, dans, par exemple, &lt;i&gt;Eclats dans la grille&lt;/i&gt; ( 1921) et &lt;i&gt;Parc&lt;/i&gt; (1923-1924). En jouant (volontairement ou non) sur l'&#233;tat de surface du m&#233;tal qu'elle affectionnait particuli&#232;rement pour en couvrir ses toiles, Anna-Eva Bergman parvient &#224; donner &#224; l'aluminium un aspect gris acier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. N&#176;6-1960 Pyramide, 1960&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que ces mat&#233;riaux pr&#233;sentent des plasticit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rentes. A l'extr&#234;me, l'&#233;tat de surface peut &#234;tre rendu propre &#224; absorber quasi totalement la lumi&#232;re, gr&#226;ce &#224; des techniques de traitements superficiels de pointe (c'est le cas de le dire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain a contribu&#233; fortement au d&#233;veloppement du plus connu de ces mat&#233;riaux, le Vantablack (ou Vantanoir comme peu fr&#233;quemment dit), popularis&#233; par le plasticien britannique Anish Kapoor. Le Vantablack est compos&#233; de carbone, mat&#233;riau d&#233;j&#224; bien absorbant, mais sous la forme de nanotubes &#224; sa surface qui lui conf&#232;re un relief en peau de choupisson, conduisant &#224; une absorption de 99,995 %. Ce &#171; pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re &#187;, pour reprendre les termes de l'auteur esth&#232;te Serge Bramly&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Un pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re, Flammarion, 1979&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, doit sa caract&#233;ristique &#224; un relief de surface commensurable aux longueurs d'ondes du spectre lumineux classique. A ces &#233;chelles fines, le relief &#171; casse &#187; la lumi&#232;re comme, &#224; une autre &#233;chelle (plus grossi&#232;re), les pieux de ch&#234;ne brise-lames, plant&#233;s sur la plage de Saint-Malo depuis 200 ans, cassent les vagues. Le Normand pr&#233;f&#233;rera citer les pieux de la plage de Coutainville prot&#233;geant sa dune de sable. Qu'elle soit lumineuse ou aqueuse, l'onde, en partie corpusculaire, se trouve cass&#233;e et pi&#233;g&#233;e dans son d&#233;placement. Ce m&#234;me principe pr&#233;side au d&#233;veloppement des m&#233;tamat&#233;riaux, d&#233;j&#224; cit&#233;s dans une autre chronique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;d&#233;tails in Les mat&#233;riaux propices au surgissement du merveilleux, Smaris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, susceptibles un jour d'exaucer le r&#234;ve de l'invisibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrer, dans le sens de faire voir, donne la part (la plus belle) aux mat&#233;riaux puisqu'intervenant dans la gamme de vision la plus &#233;tendue, &#224; savoir de l'invisible &#224; la lumi&#232;re satur&#233;e, cette derni&#232;re dans le cas de mati&#232;re en combustion. Entre les deux, toutes les nuances optiques sont possibles selon l'&#233;tat de surface du mat&#233;riau, auquel vient s'ajouter l'influence de la couleur : couleur li&#233;e &#224; la nature de la surface susceptible d'&#233;voluer selon son oxydation et plus g&#233;n&#233;ralement des transformations de phases dont elle peut &#234;tre le si&#232;ge. Transparence, iridescence et autres ph&#233;nom&#232;nes optiques peuvent se produire. L'art contemporain promeut, depuis peu, une forme d'art dit &#171; art involontaire &#187;, fond&#233; sur la photosynth&#232;se propre aux v&#233;g&#233;taux lors de leur exposition &#224; la lumi&#232;re. Le v&#233;g&#233;tal se pose en nouveau support d'image labile que l'artiste habile peut composer et fixer gr&#226;ce &#224; des outils techniques (cache, humidificateur, chauffage, enrobage&#8230;) jouant sur la photosynth&#232;se. L'espagnol Almuneda Romero en est l'un des fers de lance, dans un parcours &#233;coresponsable comme il est de bon ton de le souligner, bien s&#251;r : par exemple avec &lt;i&gt;Large scale collage II. The Act of Producing&lt;/i&gt; (2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sonner (ou&#239;r)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparence est trompeuse. Cette assertion &#233;cul&#233;e devient antienne quand il est question de mat&#233;riaux pour les sens, d'autant plus que l'ou&#239;e est en cause. Le meilleur exemple en est que les cuivres sont souvent confondus avec des bois. Le saxophone, par exemple, et les instruments de sa famille sont des bois et non des cuivres comme l'apparence conduit souvent &#224; le penser. Le bois sonne comme tel car c'est la vibration d'une anche (en bois donc) qui produit les notes, bien que l'instrument soit en (alliage de) cuivre. Le sens &#171; ou&#239;e &#187; l'emporte donc sur le sens &#171; vue &#187; par le r&#244;le du mat&#233;riau qui en est &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allant plus loin encore dans cette voie, Christian Marclay dessina, sur des partitions, des instruments faits de mat&#233;riaux h&#233;t&#233;roclites (corde, m&#233;tal, etc.), pour cr&#233;er &lt;i&gt;To be continued&lt;/i&gt; (2016). Un dernier exemple de bijection entre un couple de mat&#233;riaux et le couple ou&#239;e-vue est celui d'Emmanuel, le gros bourdon : celui de Notre-Dame comme il doit &#234;tre compris ainsi ici (pas de confusion, surtout !). S'il sonne si bien, en effet, c'est moins pour le bronze m&#233;tal dont est constitu&#233;e la cloche que pour les phases dites interm&#233;diaires qu'il contient. Les phases interm&#233;diaires pr&#233;sentent, pourtant, un caract&#232;re m&#233;tallique moins marqu&#233; que les m&#233;taux qui en sont la source, le bronze d'Emmanuel se contentant de r&#233;sonner.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cat&#233;gorisation par sens des mat&#233;riaux, peu usit&#233; en science des mat&#233;riaux (pour ne pas dire pas du tout) encourage &#224; distinguer la classe de ceux qui &#171; sonnent le silence &#187;. Les mat&#233;riaux acousto-sensibles comme ceux utilis&#233;s dans l'installation de Gautel, &lt;i&gt;Un ange passe,&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233;e, agissent en d&#233;tecteurs de silence. Ils se compl&#232;tent de mat&#233;riaux le g&#233;n&#233;rant, autant que faire se peut, nomm&#233;s acoustiques, phoniques, isolants, absorbants, etc. En dresser le catalogue pr&#233;sente peu d'int&#233;r&#234;t, celui-ci r&#233;side surtout dans le fait que leur point commun est d'y trouver encore le relief de surface comme caract&#233;ristique essentielle &#224; leur fonction, &#224; laquelle il convient d'ajouter la porosit&#233; interne, s'il en est. Cette derni&#232;re peut, si elle est notable, c'est-&#224;-dire sup&#233;rieure &#224; environ 5% vol., communiquer avec la surface via le r&#233;seau de pores pr&#233;sents : la porosit&#233; &#233;tant dite alors ouverte. Le son s'y casse, selon le m&#234;me principe physique pr&#233;sidant &#224; la &#171; casse &#187; des ondes lumineuses ou liquides d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es dans le paragraphe pr&#233;c&#233;dent &#171; Montrer (voir) &#187; : cela dit &#171; avec les mains &#187;, selon l'expression consacr&#233;e (autant que facile) des enseignants cherchant &#224; vulgariser, aupr&#232;s de leurs &#233;l&#232;ves, des concepts difficiles, y compris pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste a plus de force pour y parvenir gr&#226;ce &#224; la puissance de ses &#339;uvres : ainsi parmi les contemporains, Thomas Demand avec sa chambre an&#233;cho&#239;que d&#233;j&#224; cit&#233;e (&lt;i&gt;Labor/Laboratory&lt;/i&gt;, 2000). Un caract&#232;re commun aux r&#233;seaux, tant de pics superficiels que de pores, de tous ces types de mat&#233;riaux, est d'&#234;tre p&#233;riodiques et/ou r&#233;guliers. Leur &#233;chelle topographique va de la microm&#233;tique, voire nanom&#233;trique, jusqu'aux plus macroscopiques comme l'est celle de la Tour Eiffel. La Tour est mentionn&#233;e car elle peut &#234;tre prise comme exemple de structure poreuse, pour ne pas dire dentel&#233;e, exceptionnelle par le fait qu'elle p&#232;se moins lourd que la colonne d'air qui la contient, c'est dire le degr&#233; lacunaire de sa structure. Elle sonne ainsi sous le souffle du vent parisien qui la fait vibrer telle une gigantesque anche d'instrument, non pas en bois comme dans les cuivres de type saxophone (cf. plus haut) mais en fer (techniquement dit &#171; puddl&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjugaison de la nature du mat&#233;riau et de sa structure/relief lacunaire en fait un instrument d'exception qui a inspir&#233; l'artiste contemporain am&#233;ricain Joseph Bertolozzi, qui l'a utilis&#233; comme tel pour sa composition Tower Music en 2013 (Apple Music, 2016). Plus g&#233;n&#233;ralement, la qualit&#233; acoustique d'un mat&#233;riau, que ce soit pour l'isolation ou la production de sons, va d&#233;pendre de sa structure, singuli&#232;rement de son relief. Quel &#233;quivalent du Vantablack pourrait-il se d&#233;velopper ? Ce mat&#233;riau &#224; na&#238;tre attend son Anish Kapoor et les sp&#233;cialistes en science des mat&#233;riaux susceptibles de le d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toucher (toucher)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la vue, le toucher est un sens de la perception de la surface de la mati&#232;re, de son apparence donc. Il peut, cependant, ouvrir &#224; une perception plus forte de celle-ci parce qu'il permet d'acc&#233;der &#224; certaine connaissance des propri&#233;t&#233;s plus dans le corps du mat&#233;riau : par exemple, en le grattant ou lui tapant dessus pour le sonder (m&#233;caniquement, thermiquement et acoustiquement, notamment) en quelque sorte. L'analyse reste, cependant, limit&#233;e en profondeur, sauf &#224; disposer de pouvoirs extrasensoriels permettant d'appr&#233;hender de ses propri&#233;t&#233;s internes : hypoth&#232;se faible s'il en est mais que l'artiste reste, cependant, le plus &#224; m&#234;me de consid&#233;rer (cf. &#167; final de cette partie). Le toucher se montre donc plus puissant que la vue pour percevoir un mat&#233;riau. Ce sens devrait donc &#234;tre logiquement privil&#233;gi&#233; dans le choix des mat&#233;riaux par l'artiste en fonction de ce que son &#339;uvre qui les utilise est sens&#233;e provoquer, voire controuver. L'&#339;uvre de Michel Fran&#231;ois, &lt;i&gt;A l'arrach&#233;e-Instant gratification&lt;/i&gt; (2005), en &lt;i&gt;figure 32,&lt;/i&gt; traduit magnifiquement le pi&#232;ge de l'apparence, pouvant conduire &#224; une ambivalence entre attractivit&#233; et r&#233;pulsion quand il se r&#233;v&#232;le que le mat&#233;riau ayant &#233;t&#233; touch&#233; n'est pas or mais de la simple argile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la science des mat&#233;riaux l'enseigne maintenant (le concept &#233;tait encore r&#233;volutionnaire voil&#224; seulement quelques d&#233;cennies), un mat&#233;riau ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme monolithique mais comme un c&#339;ur rev&#234;tu d'un ou plusieurs autres mat&#233;riaux. Ces derniers se forment, involontairement, par r&#233;action avec l'environnement (par oxydation, par exemple) ou volontairement, par traitement de la surface pour laquelle certaines propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res sont souhait&#233;es. L'art et les sens l'avaient compris bien avant la science.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;167&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.32_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH463/fig.32_2nd-volet-8d52c.jpg?1758288574' width='500' height='463' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 32. Michel Fran&#231;ois, &#171; A l'arrach&#233;e-Instant gratification &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;argile et feuille d'or, 42,5&#215;50,0 x 50,0 cm, 2005. &#169;L'artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La nature d'un mat&#233;riau, autrement dit, son nom, est peu donc pour le qualifier puisque c'est sa surface qui en est per&#231;ue en premier lieu. Le toucher, pour cette raison, est donc le sens &#224; privil&#233;gier. Ce n'est pas un hasard si les plus grands g&#233;nies artistiques sont gauchers, la facult&#233;, dit-on, ayant depuis longtemps montr&#233; que le gaucher, ou la main gauche chez le droitier, pr&#233;sentait une sensibilit&#233; au toucher accrue. De m&#234;me, les techniciens dans l'industrie savent bien que toucher la surface d'une pi&#232;ce, pour en contr&#244;ler la qualit&#233;, doit &#234;tre effectu&#233; de la main gauche. L'appr&#233;ciation tactile, plus g&#233;n&#233;ralement la perception haptique, d&#233;pend de l'&#233;chelle &#224; laquelle se produit l'interaction entre le r&#233;cepteur (la main, par exemple) et l'&#233;metteur, &#224; savoir la surface du mat&#233;riau &#224; &#233;prouver. L'artiste contemporaine, Yoko Ono, dans son fascinant court-m&#233;trage &lt;i&gt;Fly&lt;/i&gt; (1970) l'avait, on ne peut mieux, montr&#233;, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'objet premier du film. Le spectateur peut y voir une mouche se promenant, pendant pr&#232;s d'une demi-heure, sur un corps nu f&#233;minin, celui de l'actrice Virginia Lutz. Si le spectateur, &#224; son &#233;chelle, n'a qu'une envie, celle de toucher cette peau lui semblant lisse et pure, la mouche, &#224; la sienne, en revanche, voit un relief tourment&#233;, au point que ses pattes (de mouche) la feront tr&#233;bucher et glisser lors de sa p&#233;r&#233;grination. La s&#233;quence le montrant constitue un rebondissement majeur dans ce film de non-action mais riche d'enseignement pour qui veut en savoir plus sur la th&#233;orie du contact, &#224; la base de la tribologie moderne et d'une certaine perception sensorielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sentir (sentir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mat&#233;riau ne peut exhaler que ce qu'il contient. S'il n'est pas organique donc s'il est m&#233;tallique ou c&#233;ramique ou vitreux, il ne sentira que ce qu'il aura pu capter d'organique au pr&#233;alable sous forme fluide. Les capteurs sont les pores et les parois ouvertes sur l'ext&#233;rieur o&#249; viennent se pi&#233;ger les mati&#232;res organiques odorantes, sous l'action de ph&#233;nom&#232;nes physico-chimiques (absorption, infiltration, capillarit&#233;, etc.). Dans le b&#226;timent et le g&#233;nie civil, certains mat&#233;riaux de construction exploitent d&#233;j&#224; ces ph&#233;nom&#232;nes pour combattre la pollution. Pour le sens &#171; odorat &#187;, le r&#244;le premier des caract&#233;ristiques de rugosit&#233; et de porosit&#233; du mat&#233;riau est donc &#224; mettre en avant comme cela avait d&#233;j&#224; pu &#234;tre montr&#233; et d&#233;taill&#233; pr&#233;c&#233;demment pour la vue, l'ou&#239;e et le toucher. Ce paragraphe n'y reviendra pas, si ce n'est pour mentionner que les c&#233;ramiques (comme certains m&#233;taux aussi, cependant) sont des mat&#233;riaux particuli&#232;rement adapt&#233;s &#224; la captation et la production d'odeurs et parfums puisque leur mode d'&#233;laboration, &#224; partir de poudres, se pr&#234;te bien &#224; la ma&#238;trise de structures poreuses et/ou rugueuse. L'artiste contemporain Antoine Renard en a tir&#233; parti pour sa cr&#233;ation Impressions, apr&#232;s Degas (#28) (d&#233;j&#224; montr&#233;e en figure 33 dans l'&#233;pisode 4) dont l'exhalaison d'odeurs fut inspir&#233;e des pratiques shamaniques utilisant des parfums pour gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cr&#233;ation contemporaine, il peut donc &#234;tre ais&#233;ment suppos&#233; que le go&#251;t actuel du public et des artistes pour les &#339;uvres olfactives, d'une part, et pour les c&#233;ramiques d'autre part, va aller croissant vu ce qui vient d'&#234;tre dit sur la rencontre entre c&#233;ramique et odorat. Si le mat&#233;riau est massif, dense, et sans relief, son odeur pourrait &#234;tre dite ind&#233;finissable car ce qu'il est susceptible de contenir, endog&#232;ne comme venant de l'ext&#233;rieur, ne peut &#234;tre qu'en proportion infinit&#233;simale. Certains s'y sont essay&#233;s (&#224; d&#233;finir cet ind&#233;finissable), cependant. Ainsi, le cuivre a pu &#234;tre dit sentir l'&#233;lectricit&#233; puisqu'il la conduit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Chronique L'ivresse du cuivre dans ArtsHebdoMedias&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, il sent donc l'ozone (du grec ozon, &#171; odorant &#187;), car c'est le nom qu'avait donn&#233; le chimiste Sch&#246;nbein &#224; l'odeur &#171; &#233;lectrique &#187; (comme il l'appelait) &#224; la suite de ses travaux sur l'&#233;lectricit&#233;. Autre exemple : l'argent. Seul mat&#233;riau plus conducteur que le cuivre, il devrait donc plus &#171; sentir l'&#233;lectrique &#187; que lui mais, comme l'argent est cens&#233; ne pas avoir d'odeur, le d&#233;bat est ouvert. Dans son exposition &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt; &#224; la Maison de Victor Hugo, au premier semestre 2022, Lucienne Forest prolongea cette r&#233;flexion sur les diff&#233;rents sens dans le processus artistique, notamment sur le parfum des mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette classe de mat&#233;riaux purs et non poreux au parfum ind&#233;finissable, le plomb m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; pour sa relation, si ce n'est avec l'art mais au moins avec les belles lettres qui n'en sont pas &#233;loign&#233;es. Ryoko Sekiguchi rel&#232;ve, en effet, dans son tr&#232;s bel ouvrage &lt;i&gt;L'Appel des odeurs&lt;/i&gt; (P.O.L., 2024), d&#233;j&#224; cit&#233;, que les livres anciens (et m&#234;me leurs imprimeurs) lib&#232;rent l'odeur du plomb &#8211; celui des caract&#232;res &#8211; exalt&#233;e par celle de l'encre, dont ils sont impr&#233;gn&#233;s. Papier et encre sont les organiques en cause dans le processus olfactif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;cr&#233;ter (Go&#251;ter)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes r&#233;gissant le go&#251;t, d&#233;taill&#233;s plus haut, mettent en jeu la surface sp&#233;cifique (surface totale rapport&#233;e &#224; l'unit&#233; de masse) des mati&#232;res en cause dans le syst&#232;me &#233;metteur-r&#233;cepteur sensoriel impliqu&#233;. L'&#233;chelle microm&#233;trique voire, mieux encore, nanom&#233;trique y avait &#233;t&#233; montr&#233;e de premi&#232;re importance, illustr&#233;e par les papilles gustatives, r&#233;ceptrices de go&#251;t. Les mat&#233;riaux &#233;metteurs de go&#251;t, susceptibles de s&#233;cr&#233;ter ce qui en est la source (des &#233;l&#233;ments organiques principalement), sont prioritairement des micro-nanomat&#233;riaux, sous forme particulaire donc, ou des structures &#224; cette &#233;chelle (relief, porosit&#233; ouverte) m&#233;nag&#233;es dans des corps plus volumineux. Les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;gissant les interactions entre mol&#233;cules sapides et les mat&#233;riaux &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles sont extr&#234;mement complexes. Les efforts pour aboutir &#224; des crit&#232;res de choix en la mati&#232;re pour ma&#238;triser le go&#251;t n'ont pas &#233;t&#233; encore totalement couronn&#233;s de succ&#232;s, au grand d&#233;sespoir des &#339;nologues ou autres commer&#231;ants pouvant en tirer parti, par une cartographie de la langue ou une taxinomie des aliments go&#251;teux (sucr&#233;, sal&#233;, amer, acide, unami, oleogustus). Sans aller aussi loin, l'artiste (celui de l'art culinaire en t&#234;te) devrait d&#233;j&#224; retenir qu'il lui faut jouer sur les nanoparticules et/ou les &#233;l&#233;ments (aliments) poreux et/ou rugueux (sur le mod&#232;le du chou-fleur) pour all&#233;cher, au sens propre du terme, son public. L'industriel a depuis longtemps adopt&#233; pareille d&#233;marche, en ajoutant seulement quelques nanoparticules de tel aliment &#224; son plat dit cuisin&#233; pour lui donner du go&#251;t, plut&#244;t que de le mettre sous forme de gros morceaux, plus lourds et plus chers donc. L'artiste plasticien pourrait faire de m&#234;me en cr&#233;ant des &#339;uvres &#171; &#224; l&#233;cher &#187; pour n'en &#234;tre que plus all&#233;chantes, laissant Jeff Koons et ses alors banales sculptures-chiens &lt;i&gt;(Balloon dogs)&lt;/i&gt; loin derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ressentir (ressentir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paragraphe aborde le domaine du non perceptible via les sens classiques par ce qui &#233;tait appel&#233; pr&#233;c&#233;demment le r&#233;cepteur mais que l'&#233;metteur &#8212; le mat&#233;riau en l'esp&#232;ce &#8212; ressent et pourrait exprimer dans des termes analogues &#224; ceux utilis&#233;s dans les parties respectives traitant des diff&#233;rents sens. Le domaine des &#233;motions se trouve directement en cause sans passer par l'interm&#233;diaire de la perception sensorielle classique. M&#234;me si l'&#233;crire est &#233;trange (et pour cause !), le paranormal et la perception extrasensorielle se trouvent convoqu&#233;s comme d&#233;j&#224; en quelques autres endroits de cette chronique. Cette partie d&#233;volue aux mat&#233;riaux y revient car l'exemple des cristaux d'Emoto y incitent, &#224; la crois&#233;e des chemins de l'art, des mat&#233;riaux et du paranormal o&#249; les &#233;motions comptent beaucoup. La presque homophonie entre Emoto et &#233;motion ne peut, d'ailleurs, &#234;tre un hasard, pour l'analyste fran&#231;ais (pour le japonais, moins il est vrai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cristaux sont des cristaux de glace obtenus selon une m&#233;thode mise au point par le m&#233;decin japonais Mazaru Emoto au tournant des ann&#233;es 2000. Elle consiste &#224; exposer, avant g&#233;lification, l'eau &#224; des pens&#233;es ou des musiques plus ou moins &#171; positives &#187;. Pour ce faire, des bouteilles d'eau &#233;tiquet&#233;es &#171; amour &#187; ou &#171; mort &#187;, ou ayant baign&#233; dans du Bach (baroque et non bas rock) ou du hard rock, avaient conduit respectivement &#224; de magnifiques (prismatiques &#224; sym&#233;trie hexagonale) ou d'horribles cristaux, une fois l'eau gel&#233;e. La validit&#233; scientifique des exp&#233;riences d'Emoto n'a pas &#233;t&#233; prouv&#233;e mais leur r&#233;sultat a suffi &#224; renforcer l'id&#233;e d'une interaction entre pens&#233;e, sens et mat&#233;riaux et &#224; nourrir anecdotiquement (?) cette chronique.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;riau, autrement dit la mati&#232;re, est bien porteur de l'inspiration de l'artiste, v&#233;hicul&#233; par les sens vers son public. Le choix des mat&#233;riaux entrant dans la composition d'une &#339;uvre, sera effectu&#233; de sorte que les sens soient plus ou moins interdits pour employer le vocabulaire de la chronique. Souligner l'&#233;vidence ayant parfois son charme, il est donc essentiel de r&#233;p&#233;ter que l'artiste se doit de conna&#238;tre les mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenant compte de l'analyse des sens, avec les mat&#233;riaux en arri&#232;re-plan, donn&#233;e dans les premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie, cette derni&#232;re partie de la chronique conduit &#224; conclure que c'est moins la nature du mat&#233;riau que sa structure, dont d&#233;pendent certaines propri&#233;t&#233;s cl&#233;s, qui est primordiale pour les sens. Il n'aurait donc pas &#233;t&#233; judicieux, ici, de dresser un panorama des diff&#233;rents mat&#233;riaux &#8212; un &#171; panoramat&#233;riau &#187; &#8212; qui se serait r&#233;v&#233;l&#233; inutile. Il suffit de se concentrer sur ces propri&#233;t&#233;s/caract&#233;ristiques cl&#233;s, au nombre de deux : la plasticit&#233; et le relief.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plasticit&#233; a &#233;t&#233; vue comme macroscopique, &#224; associer &#224; la forme de l'objet (l'&#339;uvre) constitu&#233; du mat&#233;riau consid&#233;r&#233;. Si plusieurs mat&#233;riaux sont en jeu, il va de soi que chacun poss&#232;de sa propre plasticit&#233;. La plasticit&#233; &#233;tait probablement la propri&#233;t&#233; mise en avant par les artistes plasticiens (nom oblige) traditionnels, qui consid&#233;raient surtout la forme, rel&#233;guant la mati&#232;re au second plan. Pareille dissociation, pouvant d'ailleurs m&#234;me surprendre aujourd'hui, pouvait s'appliquer, par exemple, &#224; C&#233;sar. La lecture r&#233;cente d'une coupure de presse de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 3 nov. 1976, donn&#233;e &#224; lire au MAC VAL (Exposition &lt;i&gt;L'&#339;il v&#233;rit&#233;,&lt;/i&gt; mai-septembre 2023), intitul&#233;e &lt;i&gt;Ce sont mes mains qui font travailler ma t&#234;te&lt;/i&gt; le confirma. Il y &#233;tait rapport&#233; un entretien entre Raoul-Jean Moulin et l'artiste faisant ressortir des propos comme : &#171; On pourrait penser que le mat&#233;riau joue un r&#244;le primordial dans ma sculpture mais c'est faux. Le mat&#233;riau n'a aucune importance ou plut&#244;t tous les mat&#233;riaux se valent. Ce qui importe, c'est ce que tu veux en faire &#187;, par sa forme donc, obtenue aussi bien &#224; partir d'argile, de ferraille ou de plastique, pour ce qui concernait C&#233;sar. L'appr&#233;ciation contemporaine des &#339;uvres, y compris celles de C&#233;sar, heureusement, tendent &#224; impliquer d'autres sens que la vue, pour la vision des seules formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;Le relief (avec par extension la porosit&#233; qui en d&#233;bouchant &#224; la surface se confond avec), seconde caract&#233;ristique de mat&#233;riau mise en valeur dans cette chronique, est &#224; la base de la perception par la vue mais ajout&#233;e aux autres sens. Le Vantablack, la peau (de Virginia Lutz, Alessandra Maio, ou autres), les surfaces absorbantes de Demand et Renard, parmi les exemples d'art contemporains cit&#233;s, montrent que la perception sensorielle variera en fonction de l'&#233;chelle d&#233;finissant le relief. Cette variation int&#233;resse tant le type de sens que son degr&#233; de perception, allant de &#171; sens autoris&#233; &#187; &#224; &#171; sens interdit &#187; comme il a &#233;t&#233; appel&#233; un peu trivialement, dans cette chronique. &#201;videmment, d&#232;s que des relations de d&#233;pendance lient une caract&#233;ristique (le relief (rugosit&#233;-porosit&#233;)) &#224; d'autres param&#232;tres (les sens et leur degr&#233;, en l'occurrence), les num&#233;riciens maintenant se mettent de la partie pour les mod&#233;liser pour pouvoir &#224; terme disposer d'outils num&#233;riques pr&#233;dictifs. L'artiste alors pourrait les utiliser pour la conception de mat&#233;riaux dont le relief correspondrait &#224; une perception sensorielle voulue : forme, luminosit&#233;, couleur, propri&#233;t&#233; acoustique&#8230; Incidemment, la sculpture num&#233;rique, pr&#244;n&#233;e par l'Ars Mathematica de l'artiste contemporain Christian Lavigne, se situe dans une d&#233;marche analogue mais plus limit&#233;e (en contrepartie donc plus m&#251;re) puisque restreinte &#224; la forme macroscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; la voie de perception g&#233;n&#233;ralis&#233;e, les mat&#233;riaux en question seraient virtuels, dans un premier temps, avant r&#233;alisation &#233;ventuelle tant que le monde laissera encore un peu de place au concret. Pareille d&#233;marche est employ&#233;e dans l'industrie depuis des lustres avec l'av&#232;nement des techniques xAO (x Assist&#233;e par Ordinateur) (CAO-ConceptionAO, FAO-FabricationAO, etc.) et de la mod&#233;lisation num&#233;rique, pour plus d'efficacit&#233; par rapport &#224; l'exp&#233;rimental et l'empirisme.&#8232;Dans le domaine artistique et de la perception sensorielle, ces mat&#233;rIAux, ainsi qu'ils ont &#233;t&#233; baptis&#233;s plus haut dans cette chronique &#8212; ne serait-ce que pour introduire l'IA, version &#233;volu&#233;e de l'AO &#8212; b&#233;n&#233;ficient des travaux cons&#233;quents des scientifiques travaillant dans le domaine de la morphologie math&#233;matique depuis plusieurs d&#233;cennies ((figure 33)&lt;/i&gt;, particuli&#232;rement en pointe en France, depuis les travaux pionniers de G. Matheron, J. Serra et D. Jeulin. Le mat&#233;rIAu peut rester virtuel, quitte &#224; nourrir l'art NFT (&lt;i&gt;Non Fungible Token :&lt;/i&gt; jeton non fongible et non &#233;changeable), ou se concr&#233;tiser, pourvu qu'il puisse &#234;tre &#233;labor&#233;. La science des mat&#233;riaux peut alors &#234;tre utile car le cahier des charges sensoriel d&#233;fini par l'artiste aura pu se traduire par un cahier des charges &#171; mat&#233;riau &#187; exigeant. De la r&#233;ussite de ce travail de concr&#233;tisation d&#233;pend l'&#233;quilibre entre virtuel et r&#233;el. Celui-ci risque de changer &#8211; pour ne pas dire se d&#233;grader &#8211; si le virtuel, au-del&#224; de toucher l'&#233;metteur (c'est-&#224;-dire le mat&#233;riau comme il a &#233;t&#233; appel&#233;), touche le r&#233;cepteur sensoriel, en cons&#233;quence le public.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.33_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH501/fig.33_2nd-volet-1f5d6.jpg?1758288574' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 33. D. Jeulin et P. Laurenge
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Image adimensionnelle obtenue par simulation num&#233;rique de surface de mati&#232;re rugueuse &#187;, 1996 (&#201;cole des Mines de Paris).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution dans cette direction a, d'ores et d&#233;j&#224;, commenc&#233;. Le combat entre num&#233;rique et digital (que les fervents d'anglicismes ne peuvent m&#234;me pas comprendre) semble, en effet, engag&#233; : o&#249; l'intelligence artificielle (IA) nuit &#224; l'intelligence des doigts, ou de la main comme il est dit plus couramment. Une manifestation r&#233;cente (2023) de ce combat a &#171; jet&#233; un froid &#187; comme l'a dit un certain commentateur plaidant pour un monde meilleur. Il rapportait, en effet, un nouveau pas (japonais en l'esp&#232;ce puisque ce sont des scientifiques japonais qui en sont &#224; l'origine) sur le chemin de la perception virtuelle ou, dit autrement par peur de ne pas para&#238;tre totalement embarqu&#233; dans le virtuel, de la perception physique d'un monde virtuel. Ce pas formidable, c'est-&#224;-dire effrayant dans son acception premi&#232;re, permet &#224; l'&#234;tre humain de percevoir les variations de temp&#233;rature beaucoup plus vite que son enveloppe, sa peau en l'occurrence, ne le permet : d&#233;fiant en cela la loi de l'inertie thermique. La d&#233;couverte consiste &#224; jouer la carte de la synesth&#233;sie en usant des jeux de lumi&#232;res particuliers mystifiant le cerveau. La lumi&#232;re y lancera ainsi, par exemple, des alertes au froid alors que la peau, du fait de son inertie thermique, n'aura pas eu le temps de se refroidir, m&#234;me sous l'effet d'un flux d'air frais si ce mode traditionnel avait &#233;t&#233; choisi pour conduire &#224; cette sensation. En bref, l'exposition &#224; une lumi&#232;re bien programm&#233;e dope la sensibilit&#233;, en apparence. C'est l&#224; que se niche le virtuel dont les applications sont multiples. Dans ce cas, un individu visionnant dans son casque de r&#233;alit&#233; virtuelle un film montrant, par exemple, une alternance rapide entre paysages de banquise et champ de lave ressentira quasi imm&#233;diatement les variations de temp&#233;rature correspondantes. Les Odorama, Dolby, et autres Sensurround, sont bien, d'ores et d&#233;j&#224;, des proc&#233;d&#233;s d&#233;pass&#233;s, &#233;tant donn&#233; le champ ouvert aux manipulations cognitives pour la modification de la perception sensorielle, &#224; l'instar de ce qui vient d'&#234;tre d&#233;crit. Et le mat&#233;riau dans tout &#231;a, chancellerait-il ?&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;riaux sont la mati&#232;re de l'artiste. Puisque son r&#244;le est &#233;minent au travers des sens qui le per&#231;oivent, tant pour l'artiste que pour son public, le d&#233;veloppement du virtuel doit &#234;tre surveill&#233;. Plus que ses propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques dont il a &#233;t&#233; vu qu'elles peuvent &#234;tre modifi&#233;es dans leur perception (jusqu'&#224; des propri&#233;t&#233;s complexes comme l'exemple vient d'en &#234;tre donn&#233;) c'est principalement par sa plasticit&#233; et son relief (rugosit&#233; et par extension, porosit&#233;) que l'artiste devrait consid&#233;rer prioritairement. Dans sa cr&#233;ation, le travail sur l'&#233;laboration et le traitement de surface des mat&#233;riaux devraient prendre, pour cela, une place plus cons&#233;quente. Sinon, il est &#224; craindre que le virtuel ne s'impose, laissant dominer le seul mat&#233;riau qui vaille actuellement pour certains : le silicium qui, comme chacun sait est la base des syst&#232;mes informatiques, jusqu'&#224; ce qu'il soit d&#233;tr&#244;n&#233; par les photons des futurs ordinateurs quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; numiversel &#187; comme le nomme Alain Damasio, menace. Il est bon, cependant, de croire que le concret subsistera, d'autant plus que, paradoxalement, les c&#233;l&#232;bres GAFAM le soutiennent, m&#234;me si les raisons n'en sont pas toujours des plus nobles (financi&#232;res notamment). Elles sont analys&#233;es dans l'essai technocritique passionnant du m&#234;me Damasio, (Vall&#233;e du silicium&lt;/i&gt; (Editions du Seuil, 2024) auquel le lecteur pourra se reporter pour en savoir plus.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce tourbillon du virtuel, il faut esp&#233;rer que les artistes ne seront pas trop tent&#233;s d'embo&#238;ter le pas japonais d&#233;crit plus haut, c'est-&#224;-dire duper leur public via les manipulations cognitives. Une raison d'y croire est que le virtuel n'int&#233;grera pas de sit&#244;t, si tant est qu'il puisse le faire un jour, l'histoire &#224; l'origine de la cr&#233;ation des &#339;uvres et les sentiments qu'elles portent. L'art conceptuel, a priori donc, semble en &#234;tre pr&#233;serv&#233;, en particulier, de m&#234;me que les mat&#233;riaux qui peuvent leur &#234;tre associ&#233;s. Le mat&#233;riau devrait donc tenir bon devant le mat&#233;rIAu, ce dernier pouvant m&#234;me lui &#234;tre un alli&#233; pr&#233;cieux pour son d&#233;veloppement dans le domaine artistique, pourvu que l'emprise du virtuel en soit ma&#238;tris&#233;e, notamment pour la perception sensorielle qui en est la base. Sinon, que penser des sens et comment en user, notamment pour appr&#233;cier l'art ? Le Penseur en serait-il d&#233;sar&#231;onn&#233; &lt;i&gt;(figure 34)&lt;/i&gt; et se muerait-il en simple panseur des plaies laiss&#233;es b&#233;antes de l'incompr&#233;hension artistique en r&#233;sultant ? Bien s&#251;r que non, doit-il &#234;tre r&#233;pondu, y compris pour finir sur une note optimiste qui doit devenir fredon. A nous tous de l'entretenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22791 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;183&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.34_2nd-volet_jerome_sagot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH325/fig.34_2nd-volet_jerome_sagot-a8bf9.jpg?1758288575' width='500' height='325' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 34. &#171; Le Penseur en panne. Mais quel sens donner &#224; tout cela ? &#187;, 2024.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Michel Jeandin, remerciements &#224; Rodin, Hopper et, pour le traitement d'image, &#224; J&#233;r&#244;me Sagot.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Les liens artificiels,&lt;/i&gt; Albin Michel, 2022, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. N&#176;6-1960 &lt;i&gt;Pyramide,&lt;/i&gt; 1960&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Un pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re, Flammarion, 1979&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;d&#233;tails in &lt;i&gt;Les mat&#233;riaux propices au surgissement du merveilleux, Smaris Elaphus,&lt;/i&gt; 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Chronique &lt;i&gt;L'ivresse du cuivre&lt;/i&gt; dans ArtsHebdoMedias&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Inscription &#224; lire dans le couloir menant &#224; la &lt;i&gt;Tenture de la Dame &#224; la licorne,&lt;/i&gt; au Mus&#233;e de Cluny/Mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris. &#169;Photo Michel Jeandin, 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La chatte de Schr&#246;dinger</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-chatte-de-Schrodinger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-chatte-de-Schrodinger</guid>
		<dc:date>2025-07-29T08:54:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chong Jae-Kyoo &#51221; &#51116;&#44508; et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>Photo exp&#233;rimentale</dc:subject>
		<dc:subject>photographie conceptuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans les paradoxes de la th&#233;orie des quantas, il y a, entre autres, l'intrication, &#171; le temps de Plank &#187; (le moment original n'est pas le temps 0 qui ne peut pas exister, mais un moment d'intrication absolue sans temps et sans espace), la quantification et le paradoxe de Schr&#246;dinger qui, il y a exactement 90 ans, a &#233;tabli un syst&#232;me ternaire, oui/non/peut-&#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Photo-experimentale" rel="tag"&gt;Photo exp&#233;rimentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie-conceptuelle" rel="tag"&gt;photographie conceptuelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton2680-3f2f8.jpg?1772187179' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le rapport entre &#171; Le temps de Plank du monde &#187; et &#171; L'origine du Monde &#187; produit une intrication quantique relative et absolue comme la dur&#233;e de la vision microscopique et le moment instantan&#233; de la singularit&#233; de l'univers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps de Plank du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les paradoxes de la th&#233;orie des quantas, il y a, entre autres, l'intrication, &#171; le temps de Plank &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le temps de Plank, c'est le temps qu'il faudrait &#224; un photon (l'objet le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le moment original n'est pas le temps 0 qui ne peut pas exister, mais un moment d'intrication absolue sans temps et sans espace. La quantification et le paradoxe de Schr&#246;dinger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le paradoxe de Schr&#246;dinger, illustre la superposition quantique et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui, il y a exactement 90 ans, a &#233;tabli un syst&#232;me ternaire, oui/non/peut-&#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Lacan qui (peut-&#234;tre) cachait &lt;i&gt;L'origine du Monde&lt;/i&gt; derri&#232;re une version peinte par Andr&#233; Masson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lacan a &#233;t&#233; le propri&#233;taire secret du tableau, qu'il avait dissimul&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voici &lt;i&gt;&#171; Le temps de Plank du monde &#187;&lt;/i&gt; dans une version Lynch&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre y a-t-il une image, peut-&#234;tre pas, l'&#233;nergie noire l'aura fait disparaitre et quel est-elle ? Un syst&#232;me quaternaire &#171; oui/non/peut-&#234;tre/quoi &#187;. Une rencontre entre Chong, Plank, Schr&#246;dinger et Lacan, un probl&#232;me &#224; quatre corps.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;Martial Verdier&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'intrication quartenaire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galit&#233; des rapports entre plusieurs perspectives dans la rencontre de la peinture d'Andr&#233; Masson et celle de Gustave Courbet, couverte comme par un v&#234;tement, par le jeu de montrer-cacher, visible et invisible,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est la rencontre intriqu&#233;e &#224; travers un syst&#232;me quaternaire plut&#244;t qu'un syst&#232;me ternaire. Il y a une potentialit&#233; de rencontre essentielle dans un &#233;v&#233;nement intriqu&#233; &#224; entr&#233;es multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un &#233;v&#233;nement quantique au niveau d'un jeu de superpositions plurielles &#224; partir d'une superposition ternaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut remarquer deux sortes de superpositions, dans &lt;i&gt;Le chat de Schr&#246;dinger&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;&#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; chez Lacan. Chez Schr&#246;dinger il y a une superposition ternaire : le chat mort ou vivant et un &#233;tat d&#233;finitif par mesure/ouverture. Lacan a introduit la superposition du jeu de montr&#233;/cach&#233; dans un syst&#232;me quaternaire : un visible cache un autre visible et l'ordre de l'espace et du temps les intrique doublement. C'est-&#224;-dire l'&#233;tat &lt;i&gt;devant &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; est toujours &lt;i&gt;apr&#232;s &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; et vice versa : l'&#233;tat &lt;i&gt;derri&#232;re &#171; la peinture par Andr&#233; Masson &#187;&lt;/i&gt; (= la peinture de Courbet) et toujours &lt;i&gt;devant celle de Courbet&lt;/i&gt; (= la peinture de Masson). Cette propri&#233;t&#233; entre deux objets nous montre bien l'&#233;tat heureux de l'intrication quaternaire avec les combinaisons diff&#233;rentes entre l'espace et le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me quaternaire nous r&#233;v&#232;le aussi une autre propri&#233;t&#233; potentielle : l'inversement de l'ordre du temps produit dans le mouvement quantique microscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On envisage donc deux &#171; Origines du Monde &#187;, par Gustave Courbet et par Andr&#233; Masson. Chaque toile portant le m&#234;me titre, bien que la seconde n'existe que par la premi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jeu du mot paradoxal : l'&#233;tat &lt;i&gt;devant &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; est toujours &lt;i&gt;derri&#232;re &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; ; l'&#233;tat &lt;i&gt;derri&#232;re &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt; est toujours &lt;i&gt;devant &#171; L'origine du Monde &#187;&lt;/i&gt;. C'est le point de confusion du monde particulaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra plus tard rencontrer des &#233;tats non particulaires ! C'est-&#224;-dire ondulatoire, mais c'est une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;CHONG Jae-Kyoo&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le temps de Plank,&lt;/i&gt; c'est le temps qu'il faudrait &#224; un photon (l'objet le plus rapide de l'univers) pour parcourir une longueur de Planck (la plus petite longueur mesurable).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le paradoxe de Schr&#246;dinger, illustre la superposition quantique et la d&#233;coh&#233;rence, &#224; l'&#233;chelle macroscopique. Un chat est enferm&#233; dans une bo&#238;te avec un flacon de gaz mortel qui peut se briser. Le chat est &#224; la fois vivant et mort tant que nous n'ouvrons pas la bo&#238;te pour l'observer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lacan a &#233;t&#233; le propri&#233;taire secret du tableau, qu'il avait dissimul&#233; derri&#232;re une version &#171; soft &#187; r&#233;alis&#233;e par Andr&#233; Masson. Le tableau &#233;tait expos&#233; dans son bureau, &#224; la fois montr&#233; et cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Projet pour l'exposition/performance &lt;strong&gt;Sol Mur Temps/Intrication 2025&lt;/strong&gt; &#224; l'Espace Icare &#224; Issy les Moulineaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du 08 au 27 septembre 2025, 21 artistes &#224; Espace ICARE d'Issy-les-Moulineaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un programme &#224; t&#233;l&#233;charger :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22402 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/pdf/programme_sol_mur_temps_intrication_2025.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 31.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.tk-21.com/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1772795840' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Programme Sol Mur Temps/Intrication 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_22591 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01_flyers_nume_rique_sol_mur_temps_intrication_2025_recto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01_flyers_nume_rique_sol_mur_temps_intrication_2025_recto.jpg' width=&#034;1655&#034; height=&#034;1125&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_22592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02_flyers_nume_rique_sol_mur_temps_intrication_2025_verso.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02_flyers_nume_rique_sol_mur_temps_intrication_2025_verso.jpg' width=&#034;1654&#034; height=&#034;1173&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_22401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;111&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/intrication_paradoxale_du_temps.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/intrication_paradoxale_du_temps.jpg' width=&#034;1080&#034; height=&#034;724&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Exemple d'intrication quantique imag&#233;e, la couverture du n&#176;164 de mai 2025 qui est li&#233;e avec cet article
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (2)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l-2700</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l-2700</guid>
		<dc:date>2025-07-29T08:53:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suite de l'article de Michel Jeandin paru dans le num&#233;ro 166. Une &#233;tude de l'ou&#239;e, le toucher, l'odorat et le go&#251;t.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2700-c22f4.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite de l'article de Michel Jeandin paru dans le num&#233;ro 166. Une &#233;tude de l'ou&#239;e, du toucher, de l'odorat et du go&#251;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ou&#239;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand l'ou&#239;e est en/un sens interdit, le m&#233;canisme de compensation par un autre sens, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit, s'instaure via la plasticit&#233; du cerveau ou une modification comportementale. Dans le domaine artistique, glorification en fut faite gr&#226;ce au chansigne reposant sur la chor&#233;graphie pr&#233;sent&#233;e par le danseur sourd Shaheem Sanchez sur &lt;i&gt;Supernature,&lt;/i&gt; l'un des moments forts de la c&#233;r&#233;monie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. La vue, la proprioception et l'&#233;quilibrioception y agissaient magnifiquement en compensation de l'ou&#239;e. &lt;i&gt;&#171; Voir le jamais ou&#239; &#187;&lt;/i&gt; pourrait dire le chansigneur, &#224; l'instar de Dominique Vermeesch dans son installation intitul&#233;e &lt;i&gt;Ou&#239;r le jamais vu&lt;/i&gt; (figure 22). Il reste que le seul son qui ne pourra jamais &#234;tre &#233;touff&#233;, dans l'art, selon l'amer Ben, est bien celui du tiroir-caisse si l'on en juge par Le Son de l'art moderne, 1989, qui en repr&#233;sente un. Il y montre que le sens le moins interdit, dans l'univers contemporain (le contemporain &#233;tant &#233;ternel peut-on craindre, en l'esp&#232;ce), est bien celui des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._22._dominique_vermeesch_2021__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH663/fig._22._dominique_vermeesch_2021__c_photo_michel_jeandin_2023-bfe85.jpg?1772213156' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 22 Dominique Vermeesch, Oui&#776;r le jamais vu, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur la route du silence qui repr&#233;sente le mieux l'interdiction de l'ou&#239;e, se poste le bruit blanc. Un bruit blanc peut, en effet, assourdir des sons environnants en s'y superposant. Sans recourir aux d&#233;finitions scientifiques (du ressort de la stochastique), il peut &#234;tre dit qu'il s'agit d'un bruit g&#233;n&#233;ralement sourd, uniforme, r&#233;p&#233;titif et apaisant, regroupant toutes les fr&#233;quences du spectre audio. Cette derni&#232;re caract&#233;ristique impose l'analogie avec la lumi&#232;re blanche, d'o&#249; son qualificatif de blanc aussi. Malevitch n'est pas loin donc, Kandinsky encore moins puisqu'il d&#233;clara : &lt;i&gt;&#171; Le blanc agit sur notre &#226;me comme le silence absolu &#187;&lt;/i&gt;. Le blanc certifie donc la parent&#233; entre vue et ou&#239;e. Le musicologue averti et un peu pr&#233;cieux se trouve ainsi autoris&#233; &#224; dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sur France Musique, &#171; Musique matin sp&#233;ciale Faur&#233; &#187;, 4 novembre 2024&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que les cordes aig&#252;es, dans l'andante du quatuor &#224; cordes en mi mineur de Faur&#233;, sont comme du blanc sur du blanc. Dans la pratique, il est bien connu que pour &#233;couter de la musique, le m&#233;lomane aimera &#234;tre environn&#233; de blanc, ce pourquoi les meilleures salles de concert l'incluent (Philharmonie de Paris, KKL de Lucerne, etc.). Il pourra ainsi, en particulier, go&#251;ter pleinement le silence apr&#232;s un morceau de Mozart qui est encore de... Haydn, plaisanterait quelque anti-Mozart pas enti&#232;rement d&#233;nu&#233; d'oreille. En revanche, un exemple particuli&#232;rement go&#251;teux et go&#251;t&#233;, de silence apr&#232;s Mozart, plus pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s son Divertimento K. 563 en mi b&#233;mol majeur, est celui d&#233;crit par Akira Mizubayashi dans son splendide roman &lt;i&gt;Suite inoubliable&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2023, pp. 61-63&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce silence traduit un tonnerre d'applaudissements mais n&#233;cessairement totalement contenus pour ne pas braver l'interdit que ce concert imposait parce que donn&#233; en temps de guerre pendant un couvre-feu. Bien que la r&#232;gle soit moins imp&#233;rieuse, pour appr&#233;cier une exposition, le silence est le plus souvent de rigueur : sauf &#224; vouloir b&#233;n&#233;ficier d'&#233;ventuels effets sonores voulus par l'artiste dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question dans la premi&#232;re saison de la s&#233;rie d'articles dans laquelle s'inscrit ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; dans les deux premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie, en tant que composante &#224; part enti&#232;re du son per&#231;u par l'ou&#239;e, en sens autoris&#233; donc. Ici, dans ce volet sur les sens interdits, le silence est consid&#233;r&#233; comme le n&#233;gatif du son, m&#234;me si nombreux sont ceux, et non des moindres, qui n'y voient (encore un lien entre vue et ou&#239;e) que le sens autoris&#233; et le qualifient de &#171; musique &#187; : Verlaine, Anouilh, Mahler, etc. La meilleure preuve en est qu'il s'enregistre, devenant un sujet de recherche en &#233;co-acoustique, pour J&#233;r&#244;me Sueur au Mus&#233;e d'Histoire Naturelle, auquel s'ajoute une touche d'art pour l'artiste contemporain Viktor Knud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre preuve tient en ce que nombre de musiciens de tous genres cr&#233;ent des &#339;uvres sur l'oxymore &#233;cul&#233; &#171; &#233;couter le silence &#187;, jusqu'&#224; rendre leur silence assourdissant, pour utiliser un clich&#233; du m&#234;me ordre. Le silence reste, cependant, par d&#233;finition, l'anti-bruit selon la pr&#233;conisation de Rimbaud pour &#171; ma&#238;triser le silence &#187;. Depuis le po&#232;te, les faiseurs de silence se sont montr&#233;s, &#224; commencer, pour rester dans l'&#233;crit, par Fantasio dans l'aventure de Spirou du m&#234;me nom Les Faiseurs de silence. Il y mit au point l'&#171; aspison &#187; qui se pr&#233;sentait sous la forme d'un petit bo&#238;tier. Une fois actionn&#233;, tous les sons environnants s'y trouvaient aspir&#233;s, assurant, pour tous ses heureux possesseurs, une vie enfin dans le calme. Des chercheurs de l'Ecole Polytechnique de Lausanne (il n'est de meilleur pays que la Suisse pour aspirer (encore !) au calme), en 2023, ont, sur la route de l'aspison, pr&#233;sent&#233;, si ce n'est un bo&#238;tier mais un g&#233;n&#233;rateur de plasma se d&#233;ployant en une fine paroi, de l'ordre du cm en &#233;paisseur, annihilant une bonne partie des sons environnants. Son implantation dans l'oreille humaine (ou ce qu'il en restera &#224; l'horizon du transhumanisme) n'est m&#234;me pas utopique, &#224; terme. En attendant, l'int&#233;r&#234;t, si ce n'est du silence mais au moins du parler bas est enfin reconnu. Pr&#233;f&#233;rer la ouate au Watt semble donc &#234;tre une nouvelle tendance affirm&#233;e plut&#244;t qu'une simple revendication genr&#233;e. Malheureusement, diront certains, la chanson, avec Billie Eilish par exemple (longtemps apr&#232;s le pionnier Moustaki qui l'annon&#231;ait), et m&#234;me la politique, avec la vid&#233;o de campagne l&#233;gislative 2024 du Nouveau Front Populaire, ont ainsi exploit&#233; avec succ&#232;s la technique dite ASMR (&lt;i&gt;Autonomous Sensory Meridian Response&lt;/i&gt; ou, en fran&#231;ais, R&#233;ponse autonome sensorielle culminante), c'est-&#224;-dire chuchoter leurs messages afin qu'ils soient mieux per&#231;us. Ce type de communication a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Am&#233;lie Blanckaert dans son r&#233;cent ouvrage &lt;i&gt;Taisez-vous, on vous &#233;coutera : le pouvoir du silence&lt;/i&gt; (Plon, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que le r&#233;sultat d'un sens interdit (l'ou&#239;e donc), le silence est un art, reconnu et repr&#233;sent&#233; par les arts majeurs et ses nobles cr&#233;ateurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La musique,&lt;/strong&gt; avec, en premier lieu, bien entendu (fa&#231;on de parler), John Cage et son morceau radical intitul&#233; &lt;i&gt;4'33'',&lt;/i&gt; fait de 4 minutes 33 secondes de silence compos&#233; de trois mouvements, &lt;i&gt;33'', 2'40'' &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;1'20'',&lt;/i&gt; fruit de 4 ans de gestation et pr&#233;sent&#233; en 1952. M&#234;me si la notation de l'unit&#233; temporelle y est, improprement, confondue avec la notation angulaire, l'&#339;uvre, loin d'&#234;tre un canular, est puissante pour faire d&#233;couvrir la notion de sens interdit, dans le cas de l'ou&#239;e. Toujours dans le contemporain, le compositeur Arvo P&#228;rt avec son monument de la musique minimaliste &lt;i&gt;Silentium&lt;/i&gt; (in Tabula rasa, 1977) d&#233;veloppe le concept de silence interrompu par du silence : le morceau se concluant par un quasi-silence de 2 minutes apr&#232;s un crescendo path&#233;tique. Le graphisme associ&#233; &#224; &lt;i&gt;Tabula rasa/Silentium,&lt;/i&gt; couvertures de livres, pochettes, etc. (cf. l'internet), utilise abondamment le blanc, traduction visuelle du silence, comme le disait Kandinsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peinture,&lt;/strong&gt; puisque Kandinsky disait en effet du silence (d&#233;j&#224; cit&#233; pr&#233;alablement pour annoncer Faur&#233;) : &lt;i&gt;&#171; Le blanc, sur notre &#226;me, agit comme le silence absolu &#187;&lt;/i&gt;. Anna-Eva Bergman l'accompagnait ainsi dans cette qu&#234;te de silence, en cr&#233;ant sa &lt;i&gt;St&#232;le N&#176;2 - 1964&lt;/i&gt; destin&#233;e, selon le v&#339;u et les mots de l'artiste, &lt;i&gt;&#171; &#224; inciter le spectateur &#224; ressentir le silence que l'on ressent quand on entre dans une cath&#233;drale &#187;&lt;/i&gt;. La bouleversante sc&#233;nographie au Mus&#233;e d'Art Moderne de Paris, dans la r&#233;trospective consacr&#233;e &#224; Bergman en 2023, portait &#224; la puissance 2 cette volont&#233;, par l'&#233;cho (&#224; l'&#233;vidence celui du silence) produit par l'&#339;uvre avec son reflet, son cartel et son sobre environnement (figure 23).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._24._marcel_duchamp_1916_1964__c_photo_michel_jeandin_2021.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH481/fig._24._marcel_duchamp_1916_1964__c_photo_michel_jeandin_2021-14b65.jpg?1753780318' width='500' height='481' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 24 Marcel Duchamp A bruit secret, 1916-1964
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sculpture,&lt;/strong&gt; avec le ready-made de Marcel Duchamp appel&#233; &lt;i&gt;A bruit secret&lt;/i&gt; (1916/1964) parce que contenant un petit objet inconnu dont le bruit quand on secoue l'&#339;uvre ne trahit pas ce qu'il est. L'&#339;uvre symbolise donc les sens interdits, &#224; double titre, &#224; savoir la dissimulation duchampienne, &#224; la vue d'une part et au silence, d'autre part. Etant donn&#233; que ce ready-made (figure 24) &#233;voque immanquablement une bouche (de cuivre) cousue par la ficelle qui en joint les l&#232;vres, il se devait d'&#234;tre ici mentionn&#233;. Plus explicitement, le silence fut repr&#233;sent&#233; par Jacob Gautel dans son projet d'installation &lt;i&gt;Un ange passe&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#234;tre expos&#233;e en 1992 dans le 11&#7497; arrondissement de Paris. Elle y aurait montr&#233; un mat&#233;riau- balise s'&#233;clairant quand la rumeur de la ville s'&#233;teignait et que le silence s'installait, image du passage d'un ange. Une r&#233;ponse ainsi donn&#233;e par anticipation &#224; la sempiternelle question &#171; L'oreille voit-elle ? &#187; comme la posait d&#233;j&#224; Le Monde (&#233;dition du 17 juin 1990) dans une chronique &#233;ponyme sur la musique film&#233;e. Le projet ne s'est pas concr&#233;tis&#233;, faute d'ange &#233;clair&#233; &#224; la Mairie de Paris, probablement. Dommage car l'installation aurait confirm&#233;, en passant (comme l'ange), la jolie phrase de Philippe Sollers dans son &lt;i&gt;Tr&#233;sor d'Amour&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2013, p. 16&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; L'oreille sait o&#249; elle a quelque-chose &#224; voir &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La litt&#233;rature,&lt;/strong&gt; via la page blanche de l'&#233;crivain, m&#233;taphore du silence. Philippe Apeloig, grand affichiste devant l'&#233;ternel, designer graphique comme cela se dit aujourd'hui, en appelait logiquement au blanc pour l'&#233;voquer, notamment pour annoncer des salons r&#233;unissant des &#233;crivains (par exemple, entre 1997 et 2015, la F&#234;te du livre d'Aix-en-Provence). Malraux ne fut pas l'un des moindres &#224; &#233;voquer la &#171; voix du silence &#187;, oxymore tant de fois utilis&#233; en art (chanson, musique, etc.), au point de r&#233;unir sous ce titre tous ses &#233;crits sur l'art. Silence et art sont donc bien intimement li&#233;s : probablement aussi parce que, pour les artistes, le silence est associ&#233; au souffle, synonyme de vie, comme l'ont si bien repr&#233;sent&#233; Piero Manzoni avec son &#233;mouvant &lt;i&gt;Fiato d'Artista&lt;/i&gt; (1960) et Olivier Leroi avec son &#233;cologique &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Souffle&lt;/i&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le th&#233;&#226;tre,&lt;/strong&gt; avec Olivier Py qui affichait &#171; Ton silence est une machine de guerre &#187; en fond de plateau dans sa mise en sc&#232;ne du &lt;i&gt;Roi Lear&lt;/i&gt; &#224; Avignon en 2015, montrant la force du sens interdit ; avec aussi Samuel Benchetrit qui, dans sa pi&#232;ce Lapin (2024), consid&#233;rait, en toute synesth&#233;sie, la fin comme une lumi&#232;re silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 7&#7497; art,&lt;/strong&gt; qui inventa le silence en m&#234;me temps que, paradoxalement, le cin&#233;ma parlant, comme le souligna pertinemment Jean-Claude Carri&#232;re dans son captivant livre de souvenirs &lt;i&gt;Ateliers&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odile Jacob, 2019&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une fois cette lumineuse constatation exprim&#233;e, il peut s'affirmer que le cin&#233;ma parlant, par le contenu de certains de ses films, magnifie le silence. Celui de Jean-Daniel Pollet, &lt;i&gt;Dieu sait quoi&lt;/i&gt; (1997), peut &#234;tre privil&#233;gi&#233;. Il s'impose, en effet, tel une ode au &#171; monde muet &#187; inspir&#233;e par la po&#233;sie de Francis Ponge. Cette approche pongienne-polletienne &#8212; pour qui n'a pas peur des qualificatifs pompeux &#8212;, par la conjugaison de deux arts, le cin&#233;ma et la po&#233;sie, s'applique parfaitement &#224; l'art contemporain car elle permet d'extirper la substantifique moelle des choses : la &lt;i&gt;&#171; cruchit&#233; de la cruche &#187;&lt;/i&gt; selon Pollet. Toujours dans le 7&#7497; art puisque ce dernier regroupe les arts dits visuels, la photographie a parfois pu, gr&#226;ce au talent de certains photographes contemporains, repr&#233;senter le silence, m&#234;me si elle n'a pu b&#233;n&#233;ficier, &#224; la diff&#233;rence du cin&#233;ma, de l'effet de contraste d&#251; au parl&#233; du parlant, pour paraphraser Godard. Ainsi, Thomas Demand l'a r&#233;ussi, dans &lt;i&gt;Labor/Laboratory&lt;/i&gt; (2000), en recr&#233;ant l'image d'une chambre an&#233;cho&#239;que (chez le constructeur auto BMW) qui restitue l'aspect visuel du son du silence tout en d&#233;voilant l'artifice inh&#233;rent au monde de l'ing&#233;nierie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Port&#233; par tous ces arts, le silence peut, par-dessus tout, signifier la disparition d'une culture comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit dans l'introduction de ce sous-chapitre citant le travail m&#233;moriel d'Abdessamad El Montassir. La disparition d'une langue peut en &#234;tre le signe inqui&#233;tant. Celle de la langue aka-bo dite &#171; langue des oiseaux &#187; &#8212; disparue inexorablement en 2010 avec la mort de Boa Sr. qui en &#233;tait la derni&#232;re locutrice &#8212; a sonn&#233; la fin des cultures autochtones des &#238;les Andaman dans le Golfe du Bengale. Cet &#233;v&#233;nement a inspir&#233; l'artiste contemporain Manish Pushkale avec &lt;i&gt;To whom the bird should speak&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;A qui l'oiseau devrait-il s'adresser ?,&lt;/i&gt; 2022-2023, (figure 25). Quiconque verse un tant soit peu dans le domaine de la science des mat&#233;riaux, ne manquera pas de constater que le graphisme de cette &#339;uvre exprime la labilit&#233; et/ou la m&#233;tastabilit&#233;. Il s'apparente, en effet, &#224; des faci&#232;s dit &#171; eutectique &#187; ou de pr&#233;cipitation m&#233;tastable de la mati&#232;re, faci&#232;s traduisant un &#233;tat de la mati&#232;re propre &#224; dispara&#238;tre plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;101&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._25._manish_pushkale_de_tail_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH749/fig._25._manish_pushkale_de_tail_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2024-6cc13.jpg?1772213156' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 25 Manish Pushkale, To whom the bird should speak, de&#769;tail 2022 2023
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'artiste aura donc trouv&#233;, m&#234;me si probablement involontairement, dans la langue des mat&#233;riaux, &#224; remplacer la langue disparue des oiseaux. Dans la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui, les seules langues artistiques d'oiseaux restantes, en dehors des chants et p&#233;piements, sont les sons des sifflets attach&#233;s aux queux des pigeons &#224; P&#233;kin selon la tradition. Plus naturel et visuel, le &#171; murmure &#187; des &#233;tourneaux est une forme de langage collectif se traduisant par la brusque s&#233;paration de leur nu&#233;e, &#224; l'approche d'un obstacle, et sa reformation rapide une fois celui-ci pass&#233;. Le murmure peut &#234;tre m&#233;taphoriquement consid&#233;r&#233; comme l'image du soubresaut d'une parole en voie de disparition. Ecologie et libert&#233; sont li&#233;es. La disparition d'une langue peut, en effet, &#234;tre aussi le r&#233;sultat d'une censure, &#224; l'instar de l'interdiction de patois r&#233;gionaux jadis destin&#233;s &#224; effacer les cultures locales et unifier ainsi la nation qui les porte. Le silence peut &#234;tre pris alors pour une repr&#233;sentation &#233;loquente de la censure comme la sculpture appel&#233;e Silence (1978), qui avait fait conna&#238;tre Wang Keping en tant que pionnier de l'avant-garde chinoise, le montre admirablement (figure 26). Cette &#339;uvre, dans son esth&#233;tique de bouche bouch&#233;e, cousue au figur&#233;, rappelle celle, tout aussi terrible, de Marion Scemama portant le message r&#233;sum&#233; dans son titre &lt;i&gt;Silence=Death&lt;/i&gt; (1989), gr&#226;ce au portrait d'un homme &#224; la bouche r&#233;ellement cousue. Plus savamment, les relations entre censure et silence, prises sous l'angle soci&#233;tal et litt&#233;raire ont &#233;t&#233; analys&#233;es par Christian Salmon dans son r&#233;cent ouvrage &lt;i&gt;L'art du silence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed. LLL, 2022&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que l'exercice de cette chronique ne soit en rien soumis &#224; la censure, son auteur se contentera de citer, pour conclure cette partie, les magnifiques phrases extraites du r&#233;cent journal intime de Jacques Robinet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'attente, Ed. La Coop&#233;rative, 2024&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en relation avec le silence : &#171; Des N&#233;nuphars fleurissent l'&#233;tang. Bonheur de ce moment o&#249; je ne suis plus que r&#233;ceptacle des rumeurs m&#234;l&#233;es de l'air et de l'eau. Sentiment d'appartenance &#224; un monde dont l'intense bavardage nourrit mon silence... N'&#233;coutez que ce que je ne dis pas : le cri nu qui vole vers Vous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._26._wang_keping_1978_sculpture_sur_bois_bouleau_43x27x27_cm3__c_wang_keping_studio_courtesy_de_l_artiste_et_de_la_galerie_nathalie_obadia_paris_bruxelles.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH519/fig._26._wang_keping_1978_sculpture_sur_bois_bouleau_43x27x27_cm3__c_wang_keping_studio_courtesy_de_l_artiste_et_de_la_galerie_nathalie_obadia_paris_bruxelles-878c8.jpg?1753780318' width='500' height='519' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 26 Wang Keping Silence &#27785;&#40664;, 1978
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sculpture sur bois bouleau 43x27x27 cm &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Wang Keping Studio Courtesy de l'artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris Bruxelles
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Toucher&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_22651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._27._touchante_plaquette_d_avertissement_muse_e_du_louvre__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH54/fig._27._touchante_plaquette_d_avertissement_muse_e_du_louvre__c_photo_michel_jeandin_2022-02119.jpg?1753780318' width='500' height='54' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 27 Touchante plaquette d'avertissement Muse&#769;e du Louvre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le toucher en tant que sens interdit ne trouve pas de plus belle illustration que l'injonction figurant sur la plaquette d'avertissement se trouvant dans les lieux d'exposition (figure 27), soulignant en creux (comme il est normal qu'il en soit ainsi dans le cas pr&#233;sent) la tentation d'y recourir. Au-del&#224; de la tentation, cependant, le toucher devient n&#233;cessit&#233; pour pallier la d&#233;ficience visuelle, autrement dit recourir aux &lt;i&gt;&#171; mains voyantes &#187;&lt;/i&gt; selon la belle expression de Rimbaud, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; signal&#233; &#224; plusieurs reprises. Giuseppe Penone n'en disait pas moins avec son marbre &lt;i&gt;A occhi chiusi&lt;/i&gt; (Les yeux ferm&#233;s), 2009, de m&#234;me que les trompe-toucher au revers de tableaux du 18&#7497; si&#232;cle d&#233;j&#224; mentionn&#233;s en d&#233;but de texte. Le recours au toucher va, cependant, &#224; l'encontre de Lacan, semblant vanter, dans une dislocation fameuse, les m&#233;rites de la c&#233;cit&#233;, quand il disait : &lt;i&gt;&#171; Le r&#233;el, c'est quand on se cogne &#187;&lt;/i&gt;. En revanche, comme la chronique doit, ici, parler du manque de toucher, il peut &#234;tre &#233;crit qu'&#224; l'inverse, pallier l'absence de toucher par la vue est possible. Certains handicap&#233;s profonds, peuvent &#171; parler &#187; en dictant gr&#226;ce aux mouvements des yeux, comme l'ont fait savoir Stephen Hawking et Jean- Dominique Bauby, notamment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour sa part, Val&#233;rie Zenatti dans son dernier roman, &lt;i&gt;Qui-vive&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions de l'Olivier, 2024&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, raconte que son h&#233;ro&#239;ne perd le sens du toucher, perturb&#233;e qu'elle est par le chaos du monde, pour le retrouver apr&#232;s un voyage o&#249; elle d&#233;couvre dans une vid&#233;o que L&#233;onard Cohen a eu &#224; faire face &#224; semblable incapacit&#233; pendant son fameux concert de J&#233;rusalem, en 1972. Ce livre, avec bande-son en quelque sorte, est une bouleversante qu&#234;te sensorielle, jalonn&#233;e de sens interdits en relation avec l'intellect. Toujours pour &#233;voquer la perte du toucher et montrer qu'il est susceptible d'&#234;tre remplac&#233; par la vue, le photographe plasticien espagnol Joan Fontcuberta a eu l'id&#233;e originale de photographier la surface de pages de texte encrypt&#233; en braille. Le toucher y trouve ainsi une traduction visuelle s'apparentant &#224; des paysages lunaires qui ne demandent qu'&#224; &#234;tre explor&#233;s. Fontcuberta rencontre en cela l'inspiration de l'artiste contemporaine cor&#233;enne CHO Sun-Young dans &lt;i&gt;Spirit Fruit&lt;/i&gt; (2020) cherchant la visualisation des neuf fruits sacr&#233;s dans la culture cor&#233;enne exprim&#233;s en braille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte du toucher correspond au sens interdit le plus obs&#233;dant pour les artistes, surtout les plasticiens. Pour ce qui est de ceux &#339;uvrant dans d'autres domaines, la musique par exemple, la perte trouve parfois compensation. Ainsi, Django Reinhardt et Michel Petrucciani ont-ils tir&#233; parti de leurs infirmit&#233;s respectives jouant sur la sensation tactile : s&#233;quelles de br&#251;lures pour l'un et maladie des os de verre pour l'autre. Les plasticiens, les sculpteurs en t&#234;te, expriment leur propension (voire obsession) tactile en travaillant la terre : argile devenant c&#233;ramique contemporaine en empreinte du toucher comme dans l'exposition Toucher terre. Les cr&#233;ations de Nani Champy-Schott (figure 28) y &#233;taient montr&#233;es destin&#233;es &#224; toucher terre pour s'y ressourcer. Les c&#233;ramiques sont, parmi les mat&#233;riaux, ceux qui, par leur &#233;tat de surface, &#171; parlent &#187; le mieux du toucher, expliquant ainsi le regain pour ce type de mati&#232;re, les techniques d'&#233;laboration actuelles permettant maintenant de jouer sur une large gamme d'&#233;tats de surface. La partie finale de la chronique, plus particuli&#232;rement consacr&#233;e aux mat&#233;riaux, y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le toucher est dit en sens interdit, n'est-ce pas pour exprimer qu'il semble &#233;cart&#233; de la compr&#233;hension du monde ? La sagace r&#233;flexion de Ryo&#772;ko Sekiguchi dans son livre, qui ne l'est pas moins, &lt;i&gt;L'Appel des odeurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O.L, 2024, p. 141&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, conforte dans cette id&#233;e. Elle y &#233;crit, en effet : &#171; &lt;i&gt; &#8220;Je vois&#8221;, &#8220;je sens&#8221;, et &#8220;j'entends&#8221; peuvent prendre le sens de &#8220;je comprends&#8221;. Toucher, lui, n'est pas synonyme de compr&#233;hension. Mais finalement, tout ou presque ne revient-il pas au toucher, la compr&#233;hension se faisant en mode passif ; touch&#233; par l'odeur, par le son, par la lumi&#232;re, on saisit le monde parce qu'il vient nous toucher ? &#187;&lt;/i&gt;. Le plus touchant, cependant, est que l'art &#233;tablisse la relation symbiotique entre tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._29._daniele_galliano_2016__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH387/fig._29._daniele_galliano_2016__c_photo_michel_jeandin_2022-41edc.jpg?1753780318' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 29 Daniele Galliano Stop making sense, 2016
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Odorat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'odorat, en tant que sens interdit, se trouve on ne peut mieux introduit par la peinture Stop making sense (2016) de l'artiste contemporain Daliele Galliano, gr&#226;ce au contraste employ&#233; entre noir et blanc et couleur (figure 29). Plus que Galliano et autrement, malheureusement, c'est la Covid-19 qui a fait d&#233;couvrir, &#224; une grande partie de la population, l'anosmie, c'est-&#224;-dire la perte de l'odorat, puisqu'elle en &#233;tait l'un des sympt&#244;mes. S'il en &#233;tait besoin, l'importance de ce sens s'en trouva amplifi&#233;e. Elle le fut d'autant plus que ce sens, &#224; la diff&#233;rence de tous les autres, n'est pas (&#224; ce jour) r&#233;parable ni m&#234;me corrigible. De plus, l'odorat est remarquable parce que sa perte n'est pas remarqu&#233;e par autrui, sauf &#224; le lui signaler : &#224; la diff&#233;rence des troubles de la vue ou de l'ou&#239;e, tout de suite et ais&#233;ment d&#233;tect&#233;s. Ne pas jouir de l'odorat est une souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple en fut celle de Proust qui, sans &#234;tre anosmique, endurait mal de ne pouvoir appr&#233;cier le parfum des fleurs de Normandie qu'il affectionnait tant, du fait d'une allergie s&#233;v&#232;re l'obligeant &#224; les observer de sa voiture toutes vitres ferm&#233;es. A cause de (gr&#226;ce &#224;) cela, cependant, il put d&#233;velopper une perception exceptionnelle des odeurs subtiles non allerg&#232;nes (le th&#233; sur son in&#233;vitable madeleine !) ainsi que de la vue (des aub&#233;pines ou cattleyas, singuli&#232;rement) et en fit profiter, par son g&#233;nie litt&#233;raire, ses lecteurs. Sinon, comme dit plus haut, l'anosmie est une souffrance, propre &#224; rendre m&#233;lancolique et/ou taciturne : l'odorat, en disparaissant, emporte les mots avec lui comme l'&#233;crit joliment Ryo&#772;ko Sekiguchi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid. p. 102&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Onge (peuplade des &#238;les Andaman) l'avaient, peut-&#234;tre, d'ailleurs pressenti en supposant que, dans l'au-del&#224;, l'homme voyageait sans odeur. Cette souffrance est d'autant plus p&#233;nible qu'elle n'int&#233;resse personne, Freud, lui-m&#234;me, n'ayant quasiment jamais mentionn&#233; l'odorat dans ses &#233;crits. Pourtant, l'odeur est la carte d'identit&#233; de l'individu et le sera m&#234;me concr&#232;tement &#224; l'avenir, l'haleine lui &#233;tant aussi propre (fa&#231;on de parler) que ses empreintes digitales. Nicolas Carreau le soutient dans sa rubrique intitul&#233;e &#171; Je sens donc je suis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Marianne, 15-21 sept. 2022, p.80&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : carte d'identit&#233;, qui plus est, dynamique, c'est-&#224;- dire aussi marque du temps (cela dit sans rapport aucun avec la c&#233;l&#232;bre publicit&#233; d'un non moins c&#233;l&#232;bre d&#233;odorant rappelant, &#224; sa mani&#232;re, l'heure du th&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre d'Adel Abdessemed, &lt;i&gt;Shams&lt;/i&gt; (2018) expose des ruines exhalant des odeurs de pourriture pour mieux l'&#233;voquer. Dans la perception des &#339;uvres, se passer des odeurs et parfums peut faire perdre beaucoup &#8212; y compris d'&#234;tre d'accord avec Hemingway (cf. introduction de cette chronique) &#8212; jusqu'&#224; remettre en cause la restauration des &#339;uvres ou monuments. C'est pour cela que Philibert Humm, dans son excellent et dr&#244;lissime &lt;i&gt;Roman fleuve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Folio-Poche, 2024, p. 246&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'insurge avec humour contre ce que l'on a fait de Jumi&#232;ges (&lt;i&gt;&#171; ... o&#249; on jurerait que les vo&#251;tes sont &#233;pousset&#233;es matin et soir : en un sens je comprends Hugo et toute sa clique de po&#232;tes romantiques qui pr&#233;f&#233;raient les ruines en &#233;tat avanc&#233; de d&#233;labrement... &#187;&lt;/i&gt;). Dans le domaine des arts plastiques, cependant, le contre-pied semble pris. L'olfactif y est, en effet, dans le vent : qui ne le dissipe d'ailleurs pas. Les &#339;uvres odorif&#233;rantes et autres odoramas font maintenant flor&#232;s (logiquement), sur la vague du courant immersif qui noie plus qu'autre chose le milieu culturel.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Go&#251;t&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t en sens interdit n'est pas le d&#233;go&#251;t mais le sans-go&#251;t, &#224; condition toutefois que ce dernier ne signifie pas mauvais go&#251;t. Sinon, il s'inscrirait alors en variante du go&#251;t, f&#251;t-il partiellement interdit. Le go&#251;t en sens interdit se con&#231;oit difficilement en France, pays de l'art culinaire puisque la cuisine est consid&#233;r&#233;e comme un art, jusqu'&#224; pr&#233;tendre au titre de 11&#7497; art qui n'a toujours pas &#233;t&#233; attribu&#233;. La notion d'interdiction, si ce n'est d'interdit, pour le go&#251;t est &#224; associer aux nanomat&#233;riaux sur lesquels reviendra le dernier volet de cette chronique. C'est, en effet, &#224; l'&#233;chelle nanom&#233;trique (celle du milliardi&#232;me de mm) qu'interviennent les ph&#233;nom&#232;nes &#8212; physico-chimiques &#8212; &#224; la source du go&#251;t, gr&#226;ce aux papilles gustatives sur la langue qui en a le relief (micro/nanom&#233;trique). Les papilles gustatives ne sont rien d'autre que des protub&#233;rances pouvant capter les fumets provenant de leurs homonymes (des fum&#233;es donc) compos&#233;es de nanoparticules. Si Warhol et John Pasche, les concepteurs graphiques de Sticky Fingers des Rolling Stones avaient &#233;t&#233; plus physiciens qu'artistes, il aurait probablement repr&#233;sent&#233; ces papilles, &#224; une &#233;chelle plus fine, sur la langue du logo iconique stonien pour en augmenter le caract&#232;re sticky, les ph&#233;nom&#232;nes d'adh&#233;sion (collage) d&#233;pendant &#233;minemment du relief nanom&#233;trique des surfaces en contact. Le lecteur, pour s'en assurer, pourra se reporter, sur l'internet, aux s&#233;ries de clich&#233;s de langues pris au microscope &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t, en tant que sens interdit, est donc li&#233; aux nanoparticules qui encourent aussi des interdictions de toute part, depuis que leur nocivit&#233; a commenc&#233; d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;e au grand public qui, pourtant, en avait chant&#233; le p&#233;an pendant longtemps. Le d&#233;samour est en partie d&#251; &#224; la parution de l'ouvrage de Micha&#235;l Crighton, &lt;i&gt;La Proie,&lt;/i&gt; en 2002 attirant l'attention sur les dangers des nanotechnologies. Les r&#244;les se trouvent donc invers&#233;s aujourd'hui. Ce n'est plus la nanoparticule qui est la proie du go&#251;t, comme le processus physico- chimique &#224; la base de ce sens l'impose, mais bien le go&#251;t qui devient la proie de la nanoparticule, selon qu'elle pourra exister ou pas. Pour exemples, le go&#251;t du sak&#233;, s'il doit beaucoup &#224; Ozu par son chef- d'&#339;uvre cin&#233;matographique &#233;ponyme (1962), doit aussi aux nanoparticules, en l'occurrence celles d'or ajout&#233;es &#224; la boisson pour en stabiliser le go&#251;t d'origine. Au contraire, ainsi que l'a bien d&#233;nonc&#233; Claes Oldenburg, dans son &#339;uvre d&#233;nonciatrice Tea Bag, 1965 (figure 30), le go&#251;t du th&#233; a souffert (souffre ?) des nanoparticules, notamment de plastique, m&#234;l&#233;es au th&#233; dans son petit sachet si pris&#233; des amateurs. Plus g&#233;n&#233;ralement, le go&#251;t peut souffrir, m&#234;me si cela est justifi&#233;, de ce qui pourrait &#234;tre appel&#233; &#171; paranano&#239;a &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._30._claes_oldenburg_1965_pre_sente_lors_de_l_exposition_le_synthe_tique_au_coeur_de_l_humain_au_centre_culturel_canadien_2022__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH708/fig._30._claes_oldenburg_1965_pre_sente_lors_de_l_exposition_le_synthe_tique_au_coeur_de_l_humain_au_centre_culturel_canadien_2022__c_photo_michel_jeandin_2023-e1bbe.jpg?1753780318' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 30 Claes Oldenburg, Tea Bag, 1965
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pre&#769;sente&#769; lors de l'exposition Le synthe&#769;tique au c&#339;ur de l'humain au Centre culturel canadien 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le sens interdit pour le go&#251;t est en vue donc d'autant plus que les nanomat&#233;riaux y trouveront leur place. La soci&#233;t&#233; en d&#233;cidera, aid&#233;e, heureusement par l'art dont il est su qu'il d&#233;pend des mat&#233;riaux, ceux-ci consid&#233;r&#233;s dans toute leur diversit&#233;. La derni&#232;re partie de l'article, qui suit imm&#233;diatement, essaie d'en &#233;tablir une synth&#232;se, en fonction des sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels ils agissent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sur France Musique, &#171; Musique matin sp&#233;ciale Faur&#233; &#187;, 4 novembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard, 2023, pp. 61-63&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard, 2013, p. 16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odile Jacob, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed. LLL, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'attente,&lt;/i&gt; Ed. La Coop&#233;rative, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions de l'Olivier, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.O.L, 2024, p. 141&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid. p. 102&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Marianne, 15-21 sept. 2022, p.80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Folio-Poche, 2024, p. 246&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-et-synesthesie-dans-lart-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (Suite dans ArtsHebdoMedia)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cinq exercices critiques de l'arpenteur moderne</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Cinq-exercices-critiques-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Cinq-exercices-critiques-de-l</guid>
		<dc:date>2025-07-29T08:50:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour le troisi&#232;me volet de notre dossier (appelant de nombreux compl&#233;ments au fur et &#224; mesure des publications) portant sur les rapports entre arts et sciences, ici d&#233;sormais r&#233;fl&#233;chis sous le graphe A/S ou A&amp;S, nous pr&#233;sentons le texte d'une intervention de Christian Ruby &#224; un colloque &#224; La Grange (Lausanne) le 28 mars 2025. Outre servir l'objectif du colloque, il donne aussi des indications sur les pistes qu'il conviendrait de suivre d&#233;sormais autour de ce graphe, pistes que des artistes, comme des scientifiques, ne cessent d'arpenter concr&#232;tement. Il dessine aussi explicitement des perspectives afin de soutenir les &#233;coles d'art en grande difficult&#233; et les institutions publiques dont l'avenir est incertain (le Palais de la D&#233;couverte).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton2719-a37c3.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour le troisi&#232;me volet de notre dossier sur les rapports entre arts et sciences, ici d&#233;sormais r&#233;fl&#233;chis sous le graphe A/S ou A&amp;S, nous pr&#233;sentons le texte d'une intervention de Christian Ruby &#224; un colloque &#224; La Grange &#224; Lausanne le 28 mars 2025. Outre servir l'objectif du colloque, il donne aussi des indications sur les pistes qu'il conviendrait de suivre d&#233;sormais autour de ce graphe, pistes que des artistes, comme des scientifiques, ne cessent d'arpenter concr&#232;tement. Il dessine aussi explicitement des perspectives afin de soutenir les &#233;coles d'art en grande difficult&#233; et les institutions publiques scientifiques dont l'avenir est incertain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Familier de longue date des interf&#233;rences entre &#171; arts et sciences &#187;, nous ne sommes pourtant ni artiste, ni savant. Simple philosophe, nous sommes vou&#233;s &#224; l'observation critique des activit&#233;s humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nos participations effectives se limitent aux &#339;uvres et propos de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si ne pas &#234;tre directement de la partie invite &#224; la modestie quant aux commentaires de travaux complices, cela peut aussi constituer un atout. Le recul gagn&#233; permet d'interroger leurs pr&#233;suppos&#233;s (quels arts ? quelles sciences ? quels liens ? etc.) et d'observer comment se forme un archipel sp&#233;cifique de pratiques interf&#233;rantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association des deux notions ou activit&#233;s (arts et sciences) en archipel d'interf&#233;rences, ou en r&#233;seau, doit en effet focaliser l'attention sur la conjonction de coordination, sa force et ses exigences, et garantir de ne pas tomber dans une simple addition ou pes&#233;e (un peu de&#8230; et un peu de&#8230;). C'est parce que nous avons abord&#233; ces vell&#233;it&#233;s de forger un tel archipel de cent fa&#231;ons diff&#233;rentes &#8212; avec des r&#233;seaux (TRAS, Universciences, CEA, Le Fresnoy&#8230;), face &#224; des r&#233;ussites, des &#233;checs, des rapprochements vagues, des approches d&#233;coratives, des confusions entre science et technologie, etc. &#8212;, que nous avons appris &#224; prendre de telles pr&#233;cautions avec ce qui se donne ordinairement pour A&amp;S : outre des survivances de r&#233;cits glorieux d'accords, des illustrations des sciences par les arts, un positivisme pla&#231;ant les sciences en juge de la valeur des arts, ou un romantisme dans lequel les arts jugeraient de la valeur des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la r&#233;flexion, des probl&#232;mes de d&#233;construction des disciplines, de critique des ancrages dans d'anciens mod&#232;les d'acceptabilit&#233; (le Beau, la V&#233;rit&#233;), de refus des hi&#233;rarchies sp&#233;culatives, d'&#233;laboration de &lt;i&gt;jeux d'empi&#232;tement&lt;/i&gt; en promesses de naissance de nouveaux territoires, devraient &#233;merger. Probl&#232;mes &#224; ne pas simplifier en les recouvrant du terme &#171; postmoderne &#187;, compte tenu des difficult&#233;s d'usage de ce vocable fr&#233;quemment confondu avec absence de r&#232;gles ou de sens (&#171; tout se vaut &#187;). Nous ne pouvons non plus oublier la mani&#232;re dont l'&#233;mergence de la notion A&amp;S pr&#233;side d&#233;sormais &#224; des exigences de financements, de coop&#233;rations entre institutions, de modalit&#233;s de diffusion, ainsi que de modes/m&#233;thodes de formation (y compris universitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observations faites &#224; l'HEAR (Haute &#201;cole des arts du Rhin) et &#224; l'&#201;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et scolaires) et d'expositions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_4639.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_4639-4dde0.jpg?1772221780' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jan Dibbets en hommage &#224; Jean Arago (Paris)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire de cinq exercices&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Ruby, Ab&#233;c&#233;daire des arts et de la culture, Toulouse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous nous proposons de mettre en &#233;vidence les modalit&#233;s d'av&#232;nement et de d&#233;veloppement de ces probl&#232;mes dans le champ culturel et social, au demeurant occidental &#8212; hors de la question des rapports Arts et Intelligence Artificielle qui d&#233;passe nos comp&#233;tences. Dans un propos lui-m&#234;me en archipel, privil&#233;giant des surfaces d'&#233;change et des passages ou des &#171; voyages &#187; &#224; l'encontre des pens&#233;es syst&#233;matiques de l'identit&#233; et des fronti&#232;res pr&#233;serv&#233;es/surveill&#233;es, nous tressons ici les fils d'un glossaire du &#171; brouillage des fronti&#232;res &#187;, qui conforterait ce que peut devenir un tel &#171; archipel &#187;, en monde commun d'actes diff&#233;rents entrelac&#233;s dans un projet. D'autant qu'au c&#339;ur de cet archipel se tient et doit se tenir un destinataire : un public int&#233;ress&#233; par A&amp;S (ou une communication &#224; des citoyennes et citoyens), ou l'espace public d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sillusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier exercice reliant des participant(e)s de l'archipel A&amp;S : renforcer le fil pol&#233;mique requis afin de distinguer les v&#233;ritables affinit&#233;s constitutives de cet archipel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui est appel&#233; A&amp;S de nos jours, trop de choses sont embarqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des savant(e)s qui peignent et des artistes qui pr&#233;tendent &#171; exp&#233;rimenter &#187;, par exemple. Ce qui ne pose pas de probl&#232;me tant qu'ils n'ont pas de pr&#233;tention &#224; A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, dans de nombreux travaux rang&#233;s sous ce titre (A&amp;S), il manque habituellement l'un des deux : soit les arts, pens&#233;s dans des termes classiques de figuration ou d'illustration ; soit les sciences, r&#233;sum&#233;es dans les connaissances acquises, qu'il s'agisse de sciences dites &#171; dures &#187; ou &#171; historiques &#187; ou &#171; humaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y est bien question du titre A&amp;S, nous y observons un amas pr&#233;-critique de travaux, comme des &#339;uvres artistiques illustrant une connaissance scientifique ou un travail scientifique employant les moyens de l'art, ou des travaux artistiques qui r&#233;clament seulement le soutien, l'approbation de scientifiques. Soit on y r&#233;duit les sciences &#224; un support technique alimentant les arts (radiographie, instruments de restauration), r&#233;duisant l'art &#224; l'exploitation de ce que les sciences fournissent ; soit on convoque les arts aupr&#232;s des sciences afin d'organiser des expositions-spectacles destin&#233;es &#224; captiver l'&#339;il des n&#233;ophytes. Le retour insistant, au sein de la modernit&#233;, de la forme &#171; cabinet de curiosit&#233;s &#187; du XVI&#7497; si&#232;cle cautionne ces confusions. Les &#171; curiosit&#233;s &#187; (raret&#233;s, singularit&#233;s de la nature) ne peuvent avoir l'ancienne signification puisqu'elles sont jug&#233;es apr&#232;s la d&#233;faite de la m&#233;taphysique, et se pr&#233;sentent sous l'outillage disciplinaire &#233;mancip&#233;. Elles tombent dans des relations ludiques et des lieux qui conditionnent la lecture du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, l'exercice du d&#233;cept est requis &#224; proportion d'un manque de consistance ou de r&#233;ciprocit&#233; dans les travaux. Nuance cependant : il est parfois des travaux ind&#233;cidables. Cette ind&#233;cidabilit&#233; renvoie au moins au fait que les fronti&#232;res pr&#233;tendument d&#233;finitives, nous allons y revenir, sont toujours labiles, relevant d'une instabilit&#233; constitutive. Elle prouve aussi qu'arts et sciences ne sont pas isol&#233;s autant qu'on le croit et ne doivent pas &#234;tre bloqu&#233;s dans les images que l'on se fait classiquement de ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/a_img_5069.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/a_img_5069-ad0b5.jpg?1772221780' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Incitation &#224; penser A&amp;S
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arpenteur moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me exercice : r&#233;pondre &#224; la question de savoir pourquoi tenter de tresser un monde commun dans un archipel A&amp;S ? Dans les travaux A&amp;S, qu'est-ce qui devrait se partager sinon d'abord des questions, dont celles destin&#233;es &#224; contredire des d&#233;coupages pr&#233;alables ? Ne devrait-il pas s'agir d'un riche travail de d&#233;cloisonnement, &#171; indisciplinaire &#187;, de passerelles (dirait Jean-Marc Levy-Leblond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, La science n'est pas l'art, Paris, Hermann, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et de nouveaux corpus communs &#224; construire (dirait Gaston Bachelard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Ruby, &#171; Une philosophie des interf&#233;rences &#187;, in Raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, bien s&#251;r ! Encore faut-il avoir examin&#233; la condition d'existence des divisions, bien avant de songer &#224; une &#171; r&#233;conciliation &#187; et &#224; son type (pragmatique, dialectique, herm&#233;neutique, critique&#8230;) si envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici renvoy&#233;s &#224; &#171; l'arpenteur moderne &#187;, cet &#234;tre historique qui discrimine, fixe des fronti&#232;res. Dans notre cas, il a tent&#233; et r&#233;ussi &#224; tracer un vif &#233;cart avec la m&#233;taphysique et la th&#233;ologie m&#233;di&#233;vales, ces savoirs qui normaient arts et sciences sans s&#233;paration entre elles, &#224; l'aune des proportions de la Cr&#233;ation, et unifiaient toutes choses en une autorit&#233; suprahumaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relire &#224; ce propos Ernst Gombrich, avec Didier &#201;ribon, Ce que l'image nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arpenteur en question a &#171; mis de l'ordre dans les savoirs &#187;, construit des disciplines, divis&#233; des t&#226;ches, instaur&#233; des lieux, des capacit&#233;s et des temps, fondant l'ordre du monde moderne. Une &#171; modernit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le Diff&#233;rend, Paris, Minuit, 1983.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans diff&#233;rend cependant (selon le terme de Jean-Fran&#231;ois Lyotard). Arpenteurs, ce sont ceux qui ont forg&#233; un consensus autour de confins de divers champs &#8212; les sciences dites &#171; dures &#187; et l'art perspectiviste uniquement, en conflit avec notre &#233;poque investie par d'autres sciences et pratiques artistiques &#8212;, appuy&#233;s sur des centres r&#233;ifi&#233;s autour de socialit&#233;s, des &#233;coles isol&#233;es, se c&#244;toyant tout juste dans le monde clos de l'universit&#233;, sans interaction jusqu'&#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette s&#233;paration (ordre/d&#233;sordre, pur/impur), ni les arts ni les sciences n'existeraient, ni m&#234;me la philosophie moderne qui en assume la s&#233;paration. L'arpenteur a d&#233;coup&#233; - c'est le sens du mot &#171; critique &#187; (tracer des fronti&#232;res, des partages) - des terrains, mesur&#233; des actions, et l&#233;gitim&#233; des groupes de r&#232;gles (des l&#233;gislations) s&#233;par&#233;s : ici l'esth&#233;tique et la th&#233;orie scientifique, toutefois sous couvert antique encore du Beau et de la V&#233;rit&#233;. Dans sa volont&#233; d'assigner des portions de terrain &#224; telle ou telle savoir/profession &#8212; &#224; la limite de d&#233;signer des types d'humains, l'Artiste, le Savant &#8212;, il a d&#233;ploy&#233;, non l'ind&#233;pendance, mais l'autonomie des arts et des sciences (chacun a ses r&#232;gles propres sans vocation &#224; r&#233;glementer l'autre) tout en la r&#233;f&#233;rent &#224; un sujet (cogito universel &#224; la Ren&#233; Descartes ou sujet transcendantal &#224; la Immanuel Kant) ou &#224; un grand r&#233;cit du progr&#232;s dont un des mod&#232;les est l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; (Denis Diderot), laquelle pourtant ne d&#233;teste pas valoriser des transits (corr&#233;lats, et ainsi de suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet arpenteur, s'il est possible de le concentrer dans un nom, celui de Kant, il est plus largement possible de lui donner le nom du travail moderne de mise en discipline de territoires, selon les analyses de Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique des enclosures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me exercice : la critique des cl&#244;tures induites par l'arpenteur moderne, sans nostalgie, afin de structurer la possibilit&#233; de l'archipel A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renvoi &#224; l'arpenteur moderne (et occidental) ne concerne pas seulement lui, hier. Ce renvoi doit nous interroger nous-m&#234;mes. Pourquoi avons-nous fini par penser &#233;tablies, &#171; naturelles &#187; des disciplines, en les entretenant comme des territoires ontologiquement s&#233;par&#233;s par des fronti&#232;res infranchissables &#8212; excluant simultan&#233;ment la &#171; pens&#233;e sauvage &#187; &#8212; , alors que l'origine de ces territoires, montre justement l'arpenteur, n'est pas naturelle mais historique ? Pour aller plus loin, pourquoi parlons-nous encore souvent de l'archipel A&amp;S sous des abstractions, des essentialisations : l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt (le Beau, l'imagination, le sensible ou r&#233;ception brute, le d&#233;li&#233;) et la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience (la V&#233;rit&#233;, la raison, le raisonnement, l'efficacit&#233;) ? D'autant que ces abstractions unifient, sous des concepts uniques et univoques, des coutumes et parfois les distinctions hommes/femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vieille histoire : Les hommes sont &#171; &#233;videmment &#187; vou&#233;s aux sciences et aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les pratiques et orientations de chaque domaine ? Pourquoi beaucoup pensent-ils encore que les arts ne rel&#232;vent pas de concepts (ce qui est probl&#233;matique, et d'autant plus &#224; l'aune des arts contemporains), et que les concepts n'enveloppent pas des &#233;motions (ce qui est probl&#233;matique relativement aux impulsions de la recherche, etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de tels propos est d'autant plus suspecte que les disciplines soi-disant encloses ne sont pas si ferm&#233;es sur elles-m&#234;mes que cela. Outre qu'elles se transforment de nos jours, elles entretiennent entre elles des liens autour de la facult&#233; humaine de juger, lesquels ne leur sont pas ext&#233;rieurs mais immanents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines ici en question, les arts et les sciences, m&#234;me sous leurs anciennes versions (dont il faut pr&#233;ciser qu'elles ne sont pas toutes glorieuses si l'on pense aux sculpteurs illustrant les diff&#233;rentes &#171; races &#187; que &#171; la science des races &#187; des naturalistes &#233;laborait), se nourrissent (se sont nourries) aussi de travaux r&#233;ciproques, qu'on en appr&#233;cie le r&#233;sultat esth&#233;tique ou non : des tableaux figurant des savants (peu de savantes jadis), des parall&#232;les entre l'invention de la g&#233;ologie et le paysage en peinture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S'il existe bien une relation entre la g&#233;ologie et la peinture par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des repr&#233;sentations des instruments scientifiques, des instruments scientifiques artialis&#233;s, etc. Que nous montre le CNAM, sinon qu'il est impossible de croire que les arts et les sciences n'ont jamais eu de souci de l'autre, et que ce souci est souvent une fonction de la conception du monde en cours, comme des d&#233;placements des angles du regard sur le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les travaux A&amp;S devraient lutter contre ces essentialisations, les crit&#232;res conformes, contre une certaine inculture (la scission entre &#171; j'aime &#187; et &#171; je sais &#187;), et contre une croyance de chacun en soi comme sujet absolu (&#171; je &#187; sais tout, &#171; je &#187; peux tout faire, &#171; je &#187; suis artiste/savant(e)&#8230;) excluant le savoir &#171; sauvage &#187;. Ce serait sans doute la condition pour d&#233;ployer un potentiel critique et &#233;mancipateur des sujets artistes et savant(e)s, voir du public, autour de rapports vivants entre des arts et des sciences interrog&#233;s sur leur vivacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'archipel A&amp;S ne devrait pas seulement se charger d'instaurer des liens entre arts et sciences, mais aussi de faire fructifier et &#233;tendre des liens existants. Faire tomber les fronti&#232;res, de mani&#232;re productive, non par ignorance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/aimg_3360.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH418/aimg_3360-5f858.jpg?1772221780' width='500' height='418' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;A&amp;S par rebond
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Archipel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quatri&#232;me exercice. Il porte sur ces liens immanents et les l&#233;gitimations susceptibles d'aider &#224; forger un commun ou des r&#232;gles communes, et la question de savoir qui en d&#233;cide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Devant des modes d'actions et des comp&#233;tences qui dialoguent, interagissent, ouvrent d'int&#233;ressants champs d'investigations exp&#233;rientielles et de pratiques, ce qui se tisse, c'est bien un archipel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ren&#233; Char, La pens&#233;e en archipel, Paris Gallimard, 1962, ou &#201;douard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : des liens immanents, des coordinations modifiant les termes, une pragmatique des l&#233;gitimit&#233;s des activit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et une formation ou une culture en r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; centrale des congruences de comp&#233;tences au sein de cet archipel (A&amp;S) est justement le choix du mod&#232;le de texture &#224; adopter. En un mot, comment produire non seulement des fa&#231;ons de penser d&#233;l&#233;gitimant les habitudes, mais encore produire de nouvelles formations de l'esprit ou de la recherche et les l&#233;gitimer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mod&#232;les qui rel&#226;chent la trame encyclop&#233;dique, il en existe de toutes sortes. Listons-en quelques-uns : l'addition sous forme d'un pluralisme empiriste, l'arrangement esth&#233;tique, l'imposition d'une dialectique unifiante, le pr&#244;ne d'un retour &#224; une m&#233;taphysique visant une totalit&#233; (l'&#234;tre, le cosmos&#8230;), le nouveau mode encyclop&#233;dique (&lt;i&gt;L'Encyclop&#233;die Diderot,&lt;/i&gt; d'il y a quelques ann&#233;es), et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; une esquisse de tableau sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/ruby_-_tableau_art_sciences_-_2018_lbi_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH353/ruby_-_tableau_art_sciences_-_2018_lbi_copie-47c3c.png?1772221780' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, un tel archipel n'a sa v&#233;ritable signification que s'il repose sur un travail d'interf&#233;rences qui modifie l'un et l'autre p&#244;le et d&#233;saccorde le sujet d'avec lui-m&#234;me afin de l'ouvrir &#224; l'alt&#233;rit&#233;, disons d'abord &#224; de nouveaux th&#232;mes de recherche. Parmi lesquels d&#233;sormais, par exemple, le vivant, l'&#233;cologie pour un humain non pr&#233;dateur, le vivre ensemble (arts et sciences sociologiques dans le cadre de PEROU - P&#244;le d'Exploitation des Ressources Urbaines), le quantique, etc. Il s'agirait donc d'un travail d'interrogation r&#233;ciproque dont la propri&#233;t&#233; serait d'introduire du jeu dans les savoirs et les pouvoirs des institutions, dans les images que chacun se fait de soi et de l'autre, dans les effrangements possibles de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait encore d'autres obstacles &#224; surmonter afin d'entretenir vivant un tel archipel, cela ne fait aucun doute. Les institutions, par exemple, avec leurs contraintes d&#233;finissant les pratiques et les &#233;nonc&#233;s admissibles, pr&#233;f&#232;rent le r&#233;duire au divertissement, parfois sous enjeu de &#171; transmission &#187;, plut&#244;t qu'&#224; une dynamique de culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la fonction des institutions, cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles prennent le risque, en cons&#233;quence, de p&#233;trifier les sujets r&#233;cepteurs sur la sc&#232;ne publique, ce qu'on appelle &#171; le public &#187; (les profanes ?), ce public auquel un Friedrich von Schiller rend attentif en l'extrayant du pr&#233;suppos&#233; n&#233;gatif de l'opposition entre entendement et sensibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich von Schiller, Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous devons tenir, dans ces r&#233;flexions, c'est &#224; la fois &#224; l'&#233;mancipation des artistes et des savant(e)s des carcans de leur milieu, ainsi que des codes ant&#233;rieurs &lt;strong&gt;et,&lt;/strong&gt; j'insiste, &#224; l'&#233;mancipation du destinataire A&amp;S et de la parole publique sur A&amp;S, des images dont on le (A&amp;S) couvre (primat du ludisme et du divertissement, soi-disant pr&#233;f&#233;rence pour le sensible sur le concept, pr&#233;jug&#233;s et ignorances, etc.). Par sa fr&#233;quentation des r&#233;flexions communes circulant dans des Incubateurs, des Lab(s) ou des Tiers-Lieux, voire les colloques A&amp;S, et plus uniquement dans les institutions d'&#201;tat r&#233;serv&#233;es, le public A&amp;S les combat de lui-m&#234;me, aux c&#244;t&#233;s de m&#233;diatrices et m&#233;diateurs apprenant simultan&#233;ment que leur r&#244;le n'est pas (ne devrait pas &#234;tre) de parler &#224; la place des participants du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le public A&amp;S est aussi susceptible d'angoisses devant les atteintes aux fronti&#232;res (entre disciplines, s'il faut pr&#233;ciser derechef, quoique&#8230;), quoique sans doute pour d'autres raisons. Il doit faire le deuil de ses certitudes premi&#232;res, lesquelles suscitent un recul de d&#233;fense face au &#171; m&#234;l&#233; &#187;, une frayeur envers ce qui mettrait &#171; en jeu la civilisation &#187;, un d&#233;sespoir de voir diminuer certaines auras. Dommage que cela n'atteigne pas toujours des &#233;l&#233;ments tout aussi percutants : le devenir marchandise de A&amp;S, l'instrumentalisation des connaissances scientifiques, l'esth&#233;tisation des sciences par l'&#201;tat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se joue donc une &#233;mancipation cruciale pour l'espace public. Ce public pourrait ne plus demander &#224; A&amp;S d'&#234;tre &#233;mu (version art) ou sid&#233;r&#233; (version science), d'&#234;tre la vis&#233;e d'une transmission ou d'une consommation. Il pourrait demander plut&#244;t d'acqu&#233;rir des comp&#233;tences, de parler et de se former, de reconna&#238;tre que les arts sont des formes de la pens&#233;e, pens&#233;e anciennement figurale et performante de nos jours ; que les sciences sont des formes de pens&#233;e ouvertes ; et que nous devons aux deux de ne plus voir le monde dans les formes de r&#233;cit dans lesquelles il &#233;tait pens&#233; jadis, les deux cristallisant des attitudes diff&#233;rentes face au monde et pouvant se nouer dans une pens&#233;e critique de l'&#233;tat des choses/des humains ou du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conviendrait sans doute de permettre &#224; ce public de r&#233;futer des approches qui ont fait trop longtemps autorit&#233; dans son quotidien. D'abord la s&#233;paration entre sensible et intelligible, toujours pos&#233;e comme premi&#232;re et &#171; &#233;vidente &#187;. Ensuite les diff&#233;rences non explicit&#233;es entre exp&#233;rimentation scientifique et &#171; exp&#233;rimentation &#187; artistique (exp&#233;rimentation, exp&#233;rience, Erfahrung), comme l'usage confus de &#171; observation &#187; dans les deux cas (arts et sciences). Il en va de m&#234;me pour l'usage du terme &#171; bricolage &#187;, repris autant au &#171; savoir sauvage &#187; qu'aux pratiques populaires. Et pour caract&#233;riser encore les deux cas (arts et sciences), les termes &#171; protocole &#187; et &#171; hypoth&#232;se &#187; utilis&#233;s sans discernement. En somme, ces distinctions incitent bien &#224; entretenir des rapprochements ou des diff&#233;rences mais, s'ils n'excluent donc pas des rapports, au contraire, produisent ou confirmes des divisions sociales, des choix d'objet de recherche, etc., impos&#233;s, incapables de donner lieu &#224; &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pourrait lui para&#238;tre justement d&#233;cisif, ce sont les &#233;carts que produisent les pratiques artistiques par rapport aux pratiques scientifiques, et r&#233;ciproquement, dans un but commun. Ne peut-on concevoir les dynamiques A&amp;S comme autant de trajectoires de culture articul&#233;es ouvrant sur le d&#233;ploiement des comp&#233;tences des individus anonymes, lesquels ne doivent pas &#234;tre r&#233;duits &#224; assister simplement &#224; ce qu'on veut bien leur rendre visible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nos participations effectives se limitent aux &#339;uvres et propos de Jean-Pierre Luminet (Paris), Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Laurent Mulot, Val&#233;rie Legembre, Adrien Mondot, Claude Alma, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observations faites &#224; l'HEAR (Haute &#201;cole des arts du Rhin) et &#224; l'&#201;cole d'Aix-en-Provence (exp&#233;rience &lt;i&gt;Locus Sonus&lt;/i&gt;). Le th&#232;me A&amp;S ne doit pas pr&#233;sider &#224; une r&#233;duction des uns aux autres, ni spectaculariser &#171; la &#187; science.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Ruby, &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire des arts et de la culture,&lt;/i&gt; Toulouse, L'Attribut, 2015, article &#171; Exercice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;-Cf. Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, &lt;i&gt;La science n'est pas l'art,&lt;/i&gt; Paris, Hermann, 2010, ainsi que Martina Kramer, &lt;i&gt;Un morceau d'air, trois dialogues sur l'invisible,&lt;/i&gt; avec Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Iva Patarcec, Ludovic Lignon, Collection Pr&#233;occupations, L'Ollave, Clans (Alpes Maritimes), 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Ruby, &#171; Une philosophie des interf&#233;rences &#187;, in Raison pr&#233;sente, &lt;i&gt;Arts et Sciences, n&#176;179&lt;/i&gt;, 2011, disponible sur Pers&#233;e. Et Michel Serres, La Naissance de la physique dans le texte de Lucr&#232;ce, Paris, Minuit, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relire &#224; ce propos Ernst Gombrich, avec Didier &#201;ribon, &lt;i&gt;Ce que l'image nous dit&lt;/i&gt;, Paris, Arl&#233;a, 2010 ; John Dewey, &lt;i&gt;L'art comme exp&#233;rience&lt;/i&gt;, 1934, Paris, Folio, 2005 (p. 183-184) ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vieille histoire : Les hommes sont &#171; &#233;videmment &#187; vou&#233;s aux sciences et aux hauts &#233;chelons et les femmes vou&#233;es aux arts ou aux t&#226;ches subalternes dans les sciences. Anna Tsing rappelle comment ses parents lui ont refus&#233; des &#233;tudes scientifiques parce que femme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S'il existe bien une relation entre la g&#233;ologie et la peinture par le C&#233;zanne des carri&#232;res de Bib&#233;mus, cela rel&#232;ve d'une conception du monde selon laquelle il est possible d'expliquer la surface par les couches souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Ren&#233; Char, &lt;i&gt;La pens&#233;e en archipel&lt;/i&gt;, Paris Gallimard, 1962, ou &#201;douard Glissant, &#171; Conversation avec Hans Ulrich Obrist &#187;, in &lt;i&gt;The Archipelago Conversations&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Isolarii 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;La condition postmoderne,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la fonction des institutions, cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;La condition postmoderne, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 34 et &lt;i&gt;De la nature du rapport art et science,&lt;/i&gt; M&#233;lodie Faury, &#201;douard Kleinpeter, Bastien Lelu, ENS Lyon, 2000 : &lt;a href=&#034;http://ehvi.ens-lyon.fr/IMG/pdf/art_et_science.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ehvi.ens-lyon.fr/IMG/pdf/art_et_science.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich von Schiller, &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain,&lt;/i&gt; 1794, Paris, Aubier, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (1)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l</link>
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		<dc:date>2025-06-29T08:39:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>
		<dc:subject>ArtsHebdoM&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La chronique qui suit s'int&#233;resse aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a toujours &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. En plus des textes dissertant sur le polissage, l'or, le cuivre, et le plomb, l'auteur s'est lanc&#233; dans une analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soyez attentifs, l'auteur est fac&#233;tieux !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/ArtHebdoMedias" rel="tag"&gt;ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2699-10755.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chronique qui suit s'int&#233;resse aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a toujours &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. En plus des textes dissertant sur le polissage, l'or, le cuivre et le plomb, l'auteur s'est lanc&#233; dans une analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain. La deuxi&#232;me partie paraitra le mois prochain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soyez attentifs, l'auteur est fac&#233;tieux !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article constitue la suite de la s&#233;rie publi&#233;e, en 2024 dans les colonnes d'ArtsHebdoMedias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous trouverez plusieurs renvoie vers notre partenaire dans le texte&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur les sens dans l'art, leurs interactions et le r&#244;le des mat&#233;riaux en la mati&#232;re. C'est dire si, comme dans les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents, sentience (ou plut&#244;t sensibilit&#233; pour &#233;chapper &#224; l'anglicisme) et sapience pourront s'y trouver m&#234;l&#233;es mais toujours, cependant, sans science (enfin pas trop) ni impatience (si ce n'est peut-&#234;tre un peu celle du lecteur). Pour fixer les id&#233;es, l'exposition, pr&#233;sent&#233;e de mars &#224; septembre 2024 et intitul&#233;e &lt;i&gt;Sentience, &#233;couter le parfum de la couleur,&lt;/i&gt; &#224; l'Abbaye de Maubuisson &#224; Saint-Ouen-l'Aum&#244;ne (Val d'Oise), se situe, par exemple, dans l'esprit de l'article. S'il peut &#234;tre dit avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;, comme les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents, sous l'&#233;gide de la Dame &#224; la licorne, il le fut cependant, moins &#224; la lumi&#232;re des tapisseries qui la repr&#233;sente qu'&#224; l'ombre du couloir qui y m&#232;ne au sein du Mus&#233;e de Cluny-mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris (fig.1, en ouverture). Son contenu, en effet, porte, dans une premi&#232;re partie, sur les sens dits interdits, par opposition aux sens dits autoris&#233;s qui furent l'objet de la premi&#232;re s&#233;rie d'articles : en l'occurrence ceux utilis&#233;s dans l'art pour la perception des &#339;uvres tant par l'artiste que par le public susceptible de les appr&#233;cier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils soient autoris&#233;s ou interdits, cependant, les sens sont bien ceux chant&#233;s par le th&#233;ologien Jean de Gerson dont les mots, report&#233;s en exergue de cet article, figurent au fond du couloir mentionn&#233; plus haut. La notion de sens interdit a pris de l'ampleur depuis la Covid-19 et le confinement qui s'ensuivit, entra&#238;nant la modification notable, voire la suspension, de l'usage de nos sens. Dans le domaine de l'art, les &#171; sens interdits &#187; ne manquent donc pas de renvoyer &#224; Edward Hopper, peintre du confinement s'il en est, notamment pour sa c&#233;l&#232;bre peinture Gas (1940). Il n'en sera pas dit plus ici parce que ce dernier est hors du champ de l'art contemporain mais aussi pour laisser le lecteur deviner pourquoi cette c&#233;l&#232;bre peinture, r&#233;pond si bien &#224; l'interdiction de sens. Un autre article se concentre sur les mat&#233;riaux utilis&#233;s par les artistes dans leurs cr&#233;ations et dont les propri&#233;t&#233;s jouent sur la perception sensorielle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A voir dans la suite dans ArtsHebdoMedias&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette partie exploite ce qui aura &#233;t&#233; abord&#233; dans les volets &#171; Sens autoris&#233;s &#187; et &#171; Sens interdits &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les sens interdits, la r&#233;f&#233;rence &#224; la Dame &#224; la licorne est en creux. Une r&#233;f&#233;rence plus directe, serait Tommy, personnage phare de la &#171; g&#233;n&#233;ration lyrique &#187; comme l'appelle Fran&#231;ois Ricard &#224; laquelle ne peut se cacher d'appartenir l'auteur de cette chronique, celle des babyboomeurs &lt;i&gt;(baby boomers)&lt;/i&gt;. La composition en question n'est alors plus du 16&#7497; si&#232;cle comme dans le cas de la tenture de la Dame mais bien du 20&#7497;, n&#233;e de la brillante inspiration des Who pour le premier op&#233;ra rock au monde (1971). Le livret, si tant est que le terme s'applique en l'esp&#232;ce, raconte, en effet, l'histoire d'un enfant sourd-muet et aveugle qui devient champion de flipper (billard &#233;lectrique) et recouvre ses sens au point de devenir un gourou que ses adeptes finiront par rejeter. La Dame &#224; la licorne et Tommy, &#224; cinq si&#232;cles d'&#233;cart, se posent donc comme l'envers et l'avers de la repr&#233;sentation des sens. Cette id&#233;e se trouve confort&#233;e par les troublantes similitudes entre certains motifs (losanges/fleurs de lys) utilis&#233;s tant dans la tenture de la Dame (en particulier dans la tapisserie dite du sixi&#232;me sens &lt;i&gt;Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt;) que sur la pochette du double album original &lt;i&gt;Tommy&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Decca, 1969)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : qui plus est avec, dans les deux cas, l'emploi d'un bleu virginal, signe de noblesse et esprit, et la pr&#233;sence d'animaux symboliques. Le chasseur de m&#233;taphores (le &#171; m&#233;taforeur &#187; autrement dit) et de co&#239;ncidences peut s'en trouver satisfait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sens interdits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sens interdits se doivent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s car l'absence de sens ne nuit pas obligatoirement &#224; l'appr&#233;hension des &#339;uvres comme ce chapitre tentera de le montrer. En bref, non-sens (c'est-&#224;-dire sens interdit) n'est pas nocence. Comme le d&#233;but du premier &#233;pisode de cette s&#233;rie d'articles l'avait soulign&#233;, un sens d&#233;ficient, voire manquant, peut se trouver compens&#233; gr&#226;ce &#224; la plasticit&#233; du cerveau. La travailler passe parfois par la mise au point de m&#233;thodes, certaines anciennes, remarquables autant que spectaculaires. Ainsi, celle issue du PPP (&#171; Parkinson's Pantomime Project &#187;) mise au point par le mime parkinsonien Rob Mermin vise &#224; r&#233;duire les sympt&#244;mes de la maladie par le mime avec pour cons&#233;quence d'am&#233;liorer le sens du toucher et la proprioception. D'autres touchent (sans jeu de mots) la vue/vision comme celles d&#233;crites dans l'ouvrage historique autant que curieux d'Aldous Huxley, &lt;i&gt;L'art de voir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Payot, 1953&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutes ces m&#233;thodes jouent sur le r&#233;cepteur du signal transmis par le sens sollicit&#233;, sachant que l'artiste ou le m&#233;diateur joue sur son &#233;metteur, &#224; savoir l'&#339;uvre ou sa r&#233;plique interm&#233;diaire &#233;ventuellement pr&#233;vue pour l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie consacr&#233;e aux sens interdits les traite sens par sens, en fonction de leur degr&#233; d'interdiction, c'est-&#224;-dire plus ou moins interdits, et de leurs interactions. Elle se concentre d'abord sur la vue, sens premier dans les arts plastiques, n'en d&#233;plaise &#224; Duchamp. L'ou&#239;e sera trait&#233;e ensuite et avant le toucher malgr&#233; la classification habituelle des arts qui reconna&#238;t la sculpture, les arts visuels et la musique dans cet ordre. L'odorat ferme le ban m&#234;me si c'est ce sens qui a le vent en poupe (toujours utile pour la dissipation des odeurs) actuellement, notamment quand il intervient en synesth&#233;sie avec d'autres sens dans les arts plastiques. Ce r&#244;le semble prendre le pas sur celui de sens unique (la m&#233;taphore routi&#232;re &#233;tant tenace), sauf &#233;videmment dans le cas de l'art des parfums. M&#234;me s'il n'est pas &#224; proprement parler un sens, le go&#251;t est, ensuite et enfin l'objet d'un paragraphe particulier puisque, par sa composition avec l'odorat et le toucher, il a la faveur de la flaveur, base de l'art culinaire qui ne saurait &#234;tre oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer d'autres sens que la vue ajoute, cependant, &#224; la capacit&#233; d'appr&#233;ciation des &#339;uvres du public. Il est loin le temps o&#249; Hemingway disait appr&#233;cier les mus&#233;es parce qu'il n'y trouvait pas d'odeurs, allant m&#234;me, de son propre aveu, jusqu'&#224; sauter un repas pour le remplacer par la vue d'un Picasso ou d'un Matisse. Le sens unique (la vue) et les sens interdits (les autres) faisaient donc, pour cette raison, du mus&#233;e un endroit (p)r&#233;serv&#233;. Aujourd'hui, un certain manque na&#238;t plut&#244;t si d'autres sens que la vue ne sont pas aiguis&#233;s lors de la visite d'un mus&#233;e, quitte, pour l'instant, &#224; ce qu'ils le soient gr&#226;ce &#224; (&#224; cause de) sa caf&#233;t&#233;ria et l'&#233;ventuel casque de visite propos&#233;. A l'inverse, lors d'une visite de mus&#233;e, les sens peuvent aller jusqu'&#224; se trouver tous interdits mais ce n'est que dans le cas extr&#234;me du syndrome de Stendhal qui peut toujours y survenir quand la chance (?) en est donn&#233;e, le regardeur &#233;tant frapp&#233; de stupeur et restant interdit &#8212; lui aussi donc &#8212; jusqu'au malaise. Sinon, la satisfaction du public d&#233;pend g&#233;n&#233;ralement du rapport entre sens autoris&#233;s et sens interdits, selon leur nature, ce rapport ob&#233;issant &#224; quelques lois. La premi&#232;re d'entre elles impose que la perte (ou la d&#233;gradation) d'un sens en favorise un (ou plusieurs autres), d&#251;t-elle faire mentir le brave L&#233;on (Zitrone)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;source : Intervilles, finale 1971&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'exclamant, dans un &#233;lan rest&#233; fameux, &lt;i&gt;&#171; Je ne vous entends pas, on m'a cass&#233; mes lunettes &#187;&lt;/i&gt; ou, plus r&#233;cemment, Nicolas Sarkozy avec son d'ores et d&#233;j&#224; m&#233;morable &lt;i&gt;&#171; J'croyais pas mes oreilles de voir mon nom &#187;&lt;/i&gt;, lors d'une intervention, le 30 septembre 2024. Le personnage de Tommy, d&#233;j&#224; cit&#233;, dans l'op&#233;ra &#233;ponyme, b&#233;n&#233;ficie des vertus de cette loi, en d&#233;veloppant une habilet&#233; au flipper telle qu'il en devient champion &lt;i&gt;(Pinball wizard)&lt;/i&gt;. Les artistes et metteurs en sc&#232;ne connaissent bien le pouvoir des sens interdits parce qu'ils captent l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;trange autant que sublime &lt;i&gt;Don Juan&lt;/i&gt; d'Emmanuel Daumas (pour suivre la mode de citer le metteur en sc&#232;ne plut&#244;t que l'auteur, quand bien m&#234;me il serait Moli&#232;re), &#224; la Com&#233;die Fran&#231;aise, en 2022, se gardait bien de montrer la statue du Commandeur. De m&#234;me le Faust de Jorge Lavelli, en 1975, se passa de plume au chapeau pour invoquer Satan, ce qui, &#224; l'&#233;poque, d&#233;clencha un scandale &#224; Garnier. Quant au &lt;i&gt;Couronnement de Popp&#233;e&lt;/i&gt; sans l'ombre d'un couronnement, dans sa repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Die Oper #1-#3&lt;/i&gt; &#224; Berlin en 2023, son metteur en sc&#232;ne, Christopher Schlingernsiefs, en assuma la pertinence. Ne pas voir ce que l'on attend ne le rend donc que plus visible, dans l'esprit alors, selon le principe de r&#233;action au manque d&#233;j&#224; d&#233;crit dans l'&#233;pisode 5 de la s&#233;rie. Ce n'est pas un hasard si les deux derniers exemples cit&#233;s rel&#232;vent du genre op&#233;ratique qui exacerbe les sens. Les mots de Barthes extraits d'un m&#233;morable entretien avec Hector Bianciotti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les fant&#244;mes de l'op&#233;ra, Le Nouvel Observateur, d&#233;c. 1973&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'appliquent, au-del&#224; de la sensualit&#233;, valent &#224; l'&#233;vidence aussi pour la sensibilit&#233; et la sensorialit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Elle rayonne de toute part, de la musique, de la vision, des parfums de la salle, de ce que j'appellerai la v&#233;nust&#233; et la pr&#233;sence emphatique des corps dans un espace immense et prodigieusement &#233;clair&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Un sens atrophi&#233;, voire interdit, comme dans les mises en sc&#232;ne mentionn&#233;es plus haut, peut traduire, &#224; dessein pour le metteur en sc&#232;ne, un effet de m&#233;moire traumatique. Don Juan, Faust et Popp&#233;e le subirent au plus haut point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors du domaine de l'art dramatique, l'artiste contemporain Abdessamad El Montassir est l'un de ceux ayant le mieux exprim&#233;, dans son &#339;uvre polymorphe Trab'ssahl, cette relation entre traumatisme et perte de sens (dans l'acception sensorielle du terme, bien &#233;videmment), li&#233;e &#224; l'abandon du Sahara sud marocain et son passage du nomadisme &#224; la vie citadine. Il y met au jour des questions communes &#224; bon nombre d'approches sensorielles d'une &#339;uvre, reprises ici du texte du commissariat de son exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment montrer ce que l'on ne peut voir, comment &#233;couter ce qui ne peut se dire ? Qu'advient-il des m&#233;moires emp&#234;ch&#233;es, confisqu&#233;es ? Quelle forme donner &#224; l'oubli ? Dans Trab'ssahl, Abdessamad El Montassir propose d'&#233;couter ce qu'il appelle des paroles &lt;i&gt;silenci&#233;es&lt;/i&gt; (&lt;a href='https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l-2700' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cf. &#167; &#171; Ou&#239;e &#187;&lt;/a&gt; TK-21 n&#176;167 &#224; venir) pour y d&#233;celer les indices d'une m&#233;moire traumatique, celle associ&#233;e au Sahara sud marocain, en l'occurrence. Elles se font les t&#233;moins aupr&#232;s de ceux qui sauront les entendre. L'interdit appelle donc le d&#233;veloppement de sens compensateurs comme d&#233;j&#224; dit moult fois dans la premi&#232;re s&#233;rie, sans pr&#233;ciser, cependant, que cela pouvait aller jusqu'&#224; la cr&#233;ation d'endroits o&#249; tel ou tel sens &#233;tait banni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi de la vue, avec de nouveaux lieux pour &#233;duquer le go&#251;t, par exemple, le restaurant &#171; Dans le noir &#187; (publicit&#233; non pay&#233;e), pr&#232;s de Beaubourg, premier du genre, employant et recevant des malvoyants. M&#234;me un mus&#233;e permanent de l'obscurit&#233;, seul de son genre, a ouvert, en 2009, &#224; Barcelone (&#171; Di&#224;leg a la Fosca &#187;), sachant que des fr&#233;quentes visites dans l'obscurit&#233; (avec, &#233;ventuellement, lampe de poche) de mus&#233;es s'organisent tr&#232;s souvent &#224; l'occasion de performances et d'&#233;v&#233;nements particuliers (comme l'historique &lt;i&gt;Exposition internationale du surr&#233;alisme&lt;/i&gt; de 1938 &#224; la Galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein, &#171; Nuit Blanche &#187; ou autres) pour &#233;veiller et/ou modifier les sens (y compris en synesth&#233;sie) et l'intellect. Pour &#234;tre conscient de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233;, il n'est qu'&#224; penser aux &lt;i&gt;Notes de chevet (Soshi)&lt;/i&gt; de Sei Sh&#244;nagon, Dame d'Honneur d'une princesse japonaise du XI&#7497; si&#232;cle, &#224; Kyoto, classant dans les &#171; Choses peu rassurantes &#187; l'action de manger des fraises dans l'obscurit&#233;. Elle rejoint, par certains c&#244;t&#233;s, Chim&#232;ne d&#233;clarant et d&#233;clamant : &lt;i&gt;&#171; Je cherche le silence et la nuit pour pleurer &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Le Cid, Acte III, sc. V.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Proust, l'obscurit&#233; n'est pas non plus rassurante, dans l'art litt&#233;raire et l'histoire des lettres s'entend. Quelques pages d&#233;finitives dans sa chronique &lt;i&gt;Contre l'obscurit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Vacances de P&#226;ques et autres chroniques, Gallimard/Folio, 2019, pp. 71-75&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'associent, en effet, &#224; la peur de l'inintelligibilit&#233;, montrant ainsi un parall&#232;le entre sens et intellect, tout en d&#233;non&#231;ant le risque de l'avant-gardisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les sens autoris&#233;s trait&#233;s dans la premi&#232;re saison et les sens interdits abord&#233;s ici, existent aussi ce que d'aucuns, voulant poursuivre dans la m&#233;taphore routi&#232;re, pourraient appeler les sens en circulation altern&#233;e. Comme sur les parcours routiers, ils sont rares et n'encombreront donc pas la suite. Cependant, pour en donner une id&#233;e par un exemple, ils sont convoqu&#233;s dans le cas de tout ce qui s'apparenterait aux &#171; revers &#187; rencontr&#233;s dans l'art classique, c'est-&#224;-dire des trompe-l'&#339;il pr&#233;sents au dos de certains tableaux, d&#232;s le 14&#7497; si&#232;cle en Occident. Ces dos n'&#233;taient, &#224; l'origine pas vou&#233;s &#224; l'invisibilit&#233; mais, au contraire, destin&#233;s &#224; &#234;tre expos&#233;s &#224; intervalles r&#233;guliers. &lt;i&gt;La Vierge du Chancelier Rolin,&lt;/i&gt; tableau de Jan van Eyck r&#233;cemment restaur&#233; au Louvre, a donn&#233; un regain de popularit&#233; aux revers. La circulation est donc altern&#233;e pour la vue avec, pour le m&#234;me prix, appel au trompe-l'&#339;il (et m&#234;me au trompe-toucher en l'esp&#232;ce, puisque l'avers de la Vierge donne r&#233;ellement la sensation au toucher qu'il s'agit d'une pierre polie).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;137&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._2._wang_du_2022_exposition_j_ai_une_famille_au_muse_e_national_de_l_immigration_2023__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH296/fig._2._wang_du_2022_exposition_j_ai_une_famille_au_muse_e_national_de_l_immigration_2023__c_photo_michel_jeandin_2024-a113e.jpg?1772206979' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 2 Wang Du &#034;Trois ombres&#034; 2022,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;J'ai une famille&#034; au Muse&#769;e national de l'immigration, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction sur les sens interdits pourrait assur&#233;ment &#234;tre illustr&#233;e par l'&#339;uvre poignante de Wang Du, &lt;i&gt;Trois ombres&lt;/i&gt; (2022), expos&#233;e r&#233;cemment au Mus&#233;e de l'histoire de l'immigration. Elles y faisaient grand effet sous sa vo&#251;te &#233;clairante (figure 2), en une sorte de r&#233;plique contemporaine des trois Singes de la sagesse est-asiatique, montrant les masques fl&#233;aux de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce qu'ils repr&#233;sentent sera d&#233;velopp&#233; dans ce qui suit (comme le concept g&#233;n&#233;ral de masquage avait pu l'&#234;tre dans le cinqui&#232;me &#233;pisode de la s&#233;rie (saison 1) et dans une pr&#233;c&#233;dente chronique sur le cuivre : sur la base que le casque de r&#233;alit&#233; virtuelle, le casque de soldat et le masque chirurgical, port&#233;s par les r&#233;pliques des &lt;i&gt;Trois Ombres&lt;/i&gt; de Rodin, soulignent le r&#244;le des sens dans la prise en compte des maux et les pr&#233;occupations du temps pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vue est consid&#233;r&#233;e comme le sens le plus pr&#233;cieux, pour l'artiste comme pour le commun des mortels, m&#234;me si Duchamp se rebellait contre la tyrannie du visible et pr&#244;nait, tout comme Andr&#233; Breton, l'art non r&#233;tinien. Sans cette tyrannie du visible, nul doute qu'Eurydice aurait &#233;chapp&#233; au s&#233;jour des morts, Orph&#233;e &#233;vitant de se retourner pour privil&#233;gier un autre sens que la vue pour v&#233;rifier sa pr&#233;sence avant de sortir des Enfers. Cette chronique n'essaiera m&#234;me pas de justifier cette pr&#233;&#233;minence de la vue, si nombreux d&#233;j&#224; &#233;tant ceux s'y &#233;tant attach&#233;s. Son auteur se contentera ici de faire r&#233;f&#233;rence &#224; son ophtalmologiste, le (tr&#232;s) bon Dr Lasry, dont le m&#233;tier le tient loin, par d&#233;finition, de l'ultracr&#233;pidarianisme en la mati&#232;re. Ce dernier, en effet, le certifie bien en affichant non sans humour des &#339;uvres de Mir&#243; et Delaunay dans sa salle d'attente : cela dit pour donner une touche personnelle au propos. Pour ce qui est de l'artiste, d'une part : &lt;i&gt;&#171; Je n'apprends pas &#224; peindre mais &#224; voir &#187;&lt;/i&gt;, disait Jon Albers tandis que Mathilde Rosier semble dire dans sa puissante &#339;uvre La souche que l'&#339;il est la souche des sens, pour preuve ses yeux de verre qui y grimpent (figure 3), rappelant la c&#233;l&#232;bre photo de Dora Maar &lt;i&gt;Les Yeux&lt;/i&gt; (vers 1932-1935).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le commun des mortels, d'autre part : on sait que la vue est le sens pr&#233;dominant. Quand la vue est sollicit&#233;e, le cerveau n&#233;glige d'activer tout ou partie d'autres fonctions susceptibles pourtant de lui &#234;tre utiles voire n&#233;cessaires. C'est pour cela qu'il est tr&#232;s mauvais de regarder un &#233;cran en mangeant, les fonctions digestives &#233;tant mises en veilleuse (question de vue encore). A contrario, une alt&#233;ration de la vision, quand elle n'affecte pas l'audition (syndrome &#171; de Zitrone &#187;, encore et encore), favorise le toucher le plus fr&#233;quemment et/ ou l'intellect. Pour ce qui est du toucher, beaucoup a &#233;t&#233; dit dans les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes, en substance que les mus&#233;es s'&#233;quipent de plus en plus pour proposer une esp&#232;ce de &#171; braille artistique &#187;, non seulement pour les cartels mais aussi pour les &#339;uvres elles-m&#234;mes, donnant ainsi au visiteur un apport haptique. Les &#339;uvres peuvent &#234;tre m&#234;me photographiques gr&#226;ce aux d&#233;veloppements les plus r&#233;cents des techniques de reproduction 3D, par exemple le gaufrage de papier &#233;pais mis au point par la soci&#233;t&#233; Cr&#233;anog pour l'&#233;dition du coffret &lt;i&gt;Amazonia Touch&lt;/i&gt; (Editions Taschen, 2024) reproduisant, en reproduisant, en relief, les photos azoniennes de Sebasti&#227;o Salgado. D'autres maisons d'&#233;dition pr&#244;nent une autre forme de braille artistique o&#249; braille, cette fois, d&#233;riverait d'ailleurs plut&#244;t de brailler dans son acception sonore. Les &#339;uvres y sont d&#233;crites alors pour en prendre plein les yeux mais par les oreilles (comme le dit le slogan) gr&#226;ce aux r&#233;cents mais d&#233;j&#224; populaires &#171; podcast &#187; artistiques, par exemple ceux, tout &#224; fait recommandables, de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA), regroup&#233;s sous le titre La recherche de l'&#339;uvre en plusieurs saisons &#224; partir de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._3._mathilde_rosier_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/fig._3._mathilde_rosier_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2023-8c5f2.jpg?1750069254' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 3 Mathilde Rosier Souche 2022 2023
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'intellect, (toujours pour pallier encore la vue) Fran&#231;oise P&#233;trovitch en appelle &#224; aller voir ce qui est derri&#232;re les paupi&#232;res, que l'on ne peut voir physiquement par d&#233;finition. Dans son exposition logiquement nomm&#233;e &lt;i&gt;Derri&#232;re les Paupi&#232;res,&lt;/i&gt; &#224; la BnF Mitterrand en 2022, elle invite &#224; traverser les apparences, a fortiori si on ne les voit pas : l'intellect au secours de la vue, c'est-&#224;-dire vision int&#233;rieure vs vision ext&#233;rieure. Dans la vie courante, cependant, quotidiennet&#233; oblige, c'est la vue qui s'impose plut&#244;t pour se substituer plus ou moins &#224; l'intellect (le raisonnement) et/ou d'autres sens : f&#226;cheusement, par exemple, quand il s'agit de la t&#233;l&#233;vision (les &#233;crans dirait-on aujourd'hui) devenue le chewing-gum de l'&#339;il comme le disait Obaldia. Emmanuel Tellier, dans une r&#233;cente et brillante chronique (&lt;i&gt;Marianne,&lt;/i&gt; 30 mai-5 juin 2024), intitul&#233;e &lt;i&gt;Ecrans : il faut voir comme on nous parle,&lt;/i&gt; enfonce le clou (dans l'&#339;il, comme de bien entendu) en compl&#233;tant la r&#233;crimination d'Alain Souchon dans &lt;i&gt;Foule Sentimentale,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Il faut voir comme on nous parle &#187;&lt;/i&gt;, par &lt;i&gt;&#171; comme &#224; de gros d&#233;biles qui ont les yeux sur leur t&#233;l&#233;phone portable pour y regarder des vid&#233;os sans le son mais avec du texte int&#233;gr&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Le m&#233;dia en ligne, Brut, en est le chantre. La foule aux &#233;crans, en rien sentimentale, n'a donc pas soif d'id&#233;al mais seulement de TRES GROSSES LETTRES INCRUSTEES DANS L'ECRAN MONTRANT CE QUE LE MONSIEUR OU LA DAME EST EN TRAIN DE DIRE. Puisse cela n'&#234;tre pas le cas, ici, pour les lecteurs de cette chronique, &lt;i&gt;&#171; attir&#233;s par les &#233;toiles &#187;&lt;/i&gt;, bien s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la vue interdit, ou partiellement interdit, se retrouve sous diff&#233;rentes manifestations, faisant l'objet de 3 parties distinctes dans la suite : alt&#233;ration des couleurs (pathologique ou non), flou et c&#233;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la monochromie et la bichromie (le noir et blanc surtout, que ce soit par achromatopsie ou par choix) ont inspir&#233; nombre d'artistes contemporains, il n'en est pas de m&#234;me de la polychromie s&#233;lective, c'est-&#224;-dire avec absence de certaines couleurs malgr&#233; l'existence du daltonisme et ses variantes : protanopie (difficult&#233; &#224; voir le rouge), deut&#233;ranopie (difficult&#233; &#224; voir le vert) et tritanopie (difficult&#233; &#224; voir le bleu). Les exemples de peintres daltoniens sont donc peu nombreux, bien que loin d'&#234;tre les moindres, &#224; savoir : De Vinci (m&#234;me si son daltonisme n'&#233;tait pas des plus purs), Michel-Ange, Tintoret, Meyron, Turner, C&#233;zanne, Monet, Picasso, Calder, Warhol, O'Keeffe, et... Uderzo. L'art contemporain est absent de cette liste et ne s'y trouve qu'annonc&#233;. Bien que n'appartenant pas (encore) &#224; cette distingu&#233;e lign&#233;e, la peintre Jano'Acrylik semble &#234;tre la seule &#224; int&#233;grer cette anomalie visuelle et la revendiquer comme aide &#224; la cr&#233;ation comme d'aucuns pr&#233;tendent &#224; ce qu'elle puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e ainsi. Une d&#233;marche sym&#233;trique, c'est-&#224;-dire chez les exposants d'art contemporain s'est, d'ailleurs, r&#233;cemment instaur&#233;e, pour une meilleure appr&#233;ciation de la rencontre entre daltonisme et art. Ainsi, depuis 2022, le Centre Pompidou met &#224; disposition des lunettes (m&#234;me si ce n'est qu'au nombre de vingt) &#224; destination des daltoniens pour leur permettre de mieux appr&#233;cier les nuances de couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste n&#233;anmoins que la monochromie est plus accessible, qu'elle soit appr&#233;ciable ou d&#233;testable. Yasmina Reza dans sa pi&#232;ce &lt;i&gt;Art&lt;/i&gt; (1994) ou Alphonse Allais avec sa &lt;i&gt;Premi&#232;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige&lt;/i&gt; et autres moqueries (1883) l'ont bien cern&#233;e : au-del&#224;, de cette &#233;criture picturale &#171; sympathique &#187;, au sens de l'encre du m&#234;me nom, r&#233;pandue par Malevitch (le pionnier), Strzeminski, Fontana, Klein, Richter, Soulages, etc. Pour eux, la restriction de la palette de couleurs, paradoxalement, ouvre les yeux sur le monde. Le grand photographe d&#233;ambulateur Robert Frank allait dans le m&#234;me sens quand il vantait, pour son art, la pr&#233;cellence du noir et blanc, jusqu'&#224; &#233;noncer que &lt;i&gt;&#171; Noir et blanc sont les couleurs de la photographie &#187;&lt;/i&gt;. Frank fut, cependant, moins extr&#233;miste que son confr&#232;re Raoul Hausmann, chantre de ce qu'il appelait m&#233;lanographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in La m&#233;lanographie, Ed. Jean Petithory, 1968&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire l'image noire. Pour lui, le noir porte la photographie, en une restriction ultime de la palette de couleurs donc, le clich&#233; photographique n'&#233;tant rien d'autre que la trace de la br&#251;lure de la couche photosensible par la lumi&#232;re. L'artiste plasticien et photographe contemporain Laurent Cammal aura, cependant, mis d'accord Frank et Hausmann, dans bon nombre de ses r&#233;centes prises de vue, en recouvrant des lieux en friche de peinture noire et blanche pour en privil&#233;gier une perception bimodale et aplanir ainsi la vision tridimensionnelle du regardeur. Gr&#226;ce &#224; une d&#233;marche oppos&#233;e, c'est-&#224;-dire allant du noir et blanc &#224; la couleur, l'artiste contemporain britannique Neil Harbisson peut se targuer d'avoir &#233;t&#233; le premier artiste cyborg au monde. Souffrant, &#224; la naissance, d'achromatopsie qui ne lui permet de ne voir qu'en noir et blanc, l'implantation d'une antenne dans la t&#234;te, en 2004, lui a permis d'endosser le statut de cyborg (officiellement reconnue, sur son passeport notamment o&#249; sa photo le montre avec son antenne) mais surtout d'acc&#233;der &#224; la perception des couleurs gr&#226;ce &#224; l'antenne et une puce &#233;lectronique qui en permet la traduction sous forme de sons : la fr&#233;quence du son variant selon la couleur. Cet exemple suffit &#224; illustrer la circulation des sens et les perspectives synesth&#233;siques associ&#233;es, pour peu que les artistes contemporains s'en saisissent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._4._fabrice_samyn_2016__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._4._fabrice_samyn_2016__c_photo_michel_jeandin_2022-51947.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 4 Fabrice Samyn &#034;Eyes does not see itself&#034; 2016
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du daltonisme et d'autres troubles visuels, poussant l'imperfection visuelle &#224; son paroxysme, de toute fa&#231;on il est acquis que ne rien voir ne signifie pas qu'il n'y a rien &#224; voir, quand bien m&#234;me les efforts pour y parvenir peuvent &#234;tre mal consid&#233;r&#233;s. &lt;i&gt;&#171; C'est bien cela les hommes : assez idiots pour aller voir une lumi&#232;re qui n'existe pas &#187;&lt;/i&gt;, comme l'&#233;crivait G.B. Edwards dans &lt;i&gt;Sarnia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Nadeau/Payrus, 1983&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rapport&#233; par Olivier Rollin dans &lt;i&gt;Vider les lieux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard/Folio, 2022, p. 250&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Heureusement, rendre visible l'invisible peut &#234;tre pris pour l'un des objectifs de l'art contemporain. Le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration,&lt;/i&gt; dans son &#233;dition du 21 novembre 2024, le confirma dans sa critique d'&lt;i&gt;Assembl&#233;e Elargie (Constellation z&#233;ro)&lt;/i&gt; (2024), une &#339;uvre de Katinka Bock compos&#233;e de c&#233;ramiques-chaussures et aspirateurs, pr&#233;sent&#233;e &#224; la touchante exposition &lt;i&gt;Chaque vie est une histoire&lt;/i&gt; au Mus&#233;e de l'histoire de l'immigration, &#224; Paris (nov. 2024 &#8211; f&#233;v. 2025). Cette critique dit, en effet : &lt;i&gt;&#171; C'est une &#339;uvre de d&#233;senvoutement destin&#233;e &#224; rendre visible l'invisible &#187;&lt;/i&gt;. Pour sa part, Catherine Fol, directrice de la Centrale for contemporary art de Bruxelles/Paris, dans son introduction &#224; l'exposition &lt;i&gt;Traces de l'Invisible&lt;/i&gt; re&#231;ue en 2022 au Centre Wallonie-Bruxelles/Paris, affirme que le recours est de &lt;i&gt;&#171; voir comme un ressenti &#187;&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre de Fabrice Samyn &lt;i&gt;Eye does not see itself &lt;/i&gt;(2016) en est la parfaite illustration (figure 4). Elle est compos&#233;e d'une page blanche, de fait un monochrome, au verso de laquelle une phrase est &#233;crite et se refl&#232;te dans un miroir. L'artiste oblige le spectateur &#224; se pencher pour y lire les mots suivants : &#171; L'&#339;il ne se voit pas lui-m&#234;me &#187;. Le commissariat de l'exposition voit (pour utiliser un verbe &#224; propos) en cette phrase &#171; une fa&#231;on d'amplifier la notion m&#234;me du regard, fait de visible et d'invisible (le ressenti), que l'on porte sur soi mais &#233;galement sur une &#339;uvre d'art, symbolisant ainsi l'intime communion se cr&#233;ant entre le visiteur et l'&#339;uvre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NDLA : l'occasion est trop belle ici donn&#233;e &#224; l'auteur de faire part d'une note applicable &#224; l'ensemble de cette chronique. Elle na&#238;t du mot visiteur (&#224; la fin de la derni&#232;re phrase) qui n'ob&#233;it pas &#224; la r&#232;gle de l'&#233;criture inclusive &lt;/i&gt; &#8211; radix stultitiae &lt;i&gt; selon certain(e)s. L'absence du &#183;euses en fin de mot, son invisibilit&#233; autrement dit, veut simplement dire que, si la F&#233;minit&#233; n'est pas exprim&#233;e ainsi (par le &#171; pointeuse &#187; (&#183;euse), elle n'en est pas moins pr&#233;sente puisque ressentie selon les pr&#233;ceptes de Catherine Fol et des artistes de l'invisible. L'invisible ou le peu visible peut r&#233;sulter d'une incapacit&#233; physique (troubles visuels) comme, &#224; l'inverse, d'un surcro&#238;t de stimuli visuels, tant par la nature que par la densit&#233; du flux d'information qui emp&#234;che la perception de leur enti&#232;ret&#233;. C'est ce que d&#233;nonce, en particulier, Emmanuel Van des Auwera de la soci&#233;t&#233; actuelle en tant que d&#233;versoir d'images. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e mais relatif &#224; un exc&#232;s de couleurs, cette fois, Eug&#232;ne Leroy &#8211; m&#234;me si son art est plus &#224; cat&#233;goriser dans le moderne que dans le contemporain &#8211; peut faire figure d'exemple pour faire ressentir ce que l'&#339;il ne distingue pas au premier abord. Il en est ainsi de son &lt;/i&gt; Tronc d'arbre &lt;i&gt; (huile sur toile, 1988).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radical est le principe du masquage pour limiter le nombre d'informations &#224; traiter simultan&#233;ment par l'&#339;il. La technique du revers, pr&#233;sent&#233;e plus haut en m&#234;me temps que celui de la circulation altern&#233;e, participe de ce principe, de m&#234;me pourrait-il en &#234;tre dit du monochrome qui masque les autres couleurs. Des exemples en ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;s. Plus contemporain, le photographe Laurent Lafolie, laur&#233;at du Prix Niepce 2022, gr&#226;ce &#224; des proc&#233;d&#233;s de tirage originaux (qui lui ont valu la r&#233;compense), joue aussi avec l'alternance visible/invisible, dans la plus pure tradition des tableaux &#224; malices (abord&#233;s d&#233;j&#224; dans la chronique sur le polissage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Pour cela, des proc&#233;d&#233;s de tirage originaux (qui lui ont valu la r&#233;compense) en trois dimensions, sur fil (figure 5a) ou sur papier washi (figure 5b), rendent l'image photographique propos&#233;e au regardeur, variable en fonction de la position de ce dernier. Par son d&#233;placement devant l'&#339;uvre, l'&#339;il compose et recompose ce qu'il voit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;154&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._5._laurent_lafolie_a_de_tail_2023_b_collection_florence_et_damien_bachelot_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/fig._5._laurent_lafolie_a_de_tail_2023_b_collection_florence_et_damien_bachelot_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-09dc5.jpg?1772206979' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 5 Laurent Lafolie.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#034;Fil&#034; de&#769;tail 2023. &lt;br class='autobr' /&gt;
b) &#034;OI l'origine des images&#034;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Collection Florence et Damien Bachelot 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du flou, 2&#7497; composante du triptyque dans les sens interdits apr&#232;s l'alt&#233;ration des couleurs et avant la c&#233;cit&#233;, le mot interdit voit son sens propre rejoindre son sens figur&#233;. En effet, interdit veut dire frapp&#233; par la stupeur comme dans le syndrome de Stendhal d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, au bas mot donc fortement troubl&#233; comme l'est le flou, par d&#233;finition. L'int&#233;r&#234;t pour le flou est connu depuis longtemps et pas seulement dans les bergeries (comme l'avertit M. Aubry). En litt&#233;rature le concept de flou a &#233;t&#233; pour le mieux exprim&#233; par Virginia Woolf quand elle disait qu'il fallait &lt;i&gt;&#171; voir le monde, du centre d'un grain de raisin &#224; travers la peau &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire voir mieux parce que de loin et flou. Cette phrase pr&#233;sente aussi la subtilit&#233; de sembler aussi donner du go&#251;t &#8211; celui du fruit divin en l'esp&#232;ce &#8211; &#224; la vision du monde que sa peau transmet. Ce r&#244;le de la peau dans l'art, d&#233;j&#224; soulign&#233; de mani&#232;re clinique par la plasticienne Martine Colignon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in La peau, m&#233;taphore d'une rencontre entre art et clinique, Editions &#233;r&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; r&#233;cemment admirablement mis en lumi&#232;re par Alexandra Maio. Cette artiste contemporaine montre, en effet, &lt;br class='autobr' /&gt;
explicitement la peau (figure 6) comme &#233;mettrice/r&#233;ceptrice des sensations et en &#233;crit, compl&#233;tant Virginia Woolf et jetant un pont entre peinture et litt&#233;rature : &lt;i&gt;&#171; Je cherche les paroles que je n'ai pas &#233;crites, celles &#224; fleur de peau &#187;.&lt;/i&gt; Le croisement entre Woolf et Maio souffle alors l'id&#233;e de d&#233;finir le flou par de la fleur de peau. En retour, il est donc logique que la r&#233;flexion sur la couleur de peau, noire en l'esp&#232;ce, par la grande photographe contemporaine Mame-Diarra Niang, passe principalement par l'usage volontaire du flou. Il est notable dans sa s&#233;rie de ce qu'elle appelle non-portraits, Rapport depuis ce r&#234;ve (2022) notamment, pour exprimer la n&#233;gligence voire l'oubli de peuples. Plus prosa&#239;quement, dans les arts plastiques, le flou appelle la r&#233;f&#233;rence (et la r&#233;v&#233;rence) &#224; Gerhardt Richter, pionnier de la peinture directement par-dessus la projection d'une diapositive (la technique aura &#233;volu&#233; depuis, sur le m&#234;me principe) sur la toile apr&#232;s d&#233;focalisation de l'objectif du projecteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;136&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._6._alessandra_maio_2022__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH501/fig._6._alessandra_maio_2022__c_photo_michel_jeandin_2022-5f73d.jpg?1750069254' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 6 Alessandra Maio &#034;Peau. Je cherche les paroles que je n ai pas e&#769;crites, celles a&#768; fleur de peau&#034; 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._7._gerhard_richter_1983__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH587/fig._7._gerhard_richter_1983__c_photo_michel_jeandin_2022-03ab3.jpg?1750069254' width='500' height='587' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 7 Gerhard Richter &#034;Scha&#776;del (Cra&#770;ne)&#034; 1983
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans sa peinture &lt;i&gt;Sch&#228;del (Cr&#226;ne),&lt;/i&gt; 1983 (figure 7), le flou ajout&#233; &#224; une quasi-monochromie aux effets d&#233;j&#224; d&#233;crits (&#167; pr&#233;c&#233;dent) conf&#232;re une puissance exceptionnelle de &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt; &#224; l'&#339;uvre : le flou &#233;voquant immanquablement l'illusoire. Le flou est source d'illusion aussi parce que consubstantiel &#224; l'art photographique. &#201;tait devrait-on dire, sans tomber dans le Laudator temporis acti, cependant, gr&#226;ce, pour ne pas dire &#224; cause, du num&#233;rique qui l'efface en m&#234;me temps &#8211; ce qui est plus grave &#8211;, la trace du temps qu'il signifie. Une photographie pr&#233;sent&#233;e, r&#233;cemment, au Mus&#233;e Guimet, dans le cadre de l'exposition &lt;i&gt;A la cour du Prince Genji&lt;/i&gt; &#187;, montra encore une fois toute la puissance d'&#233;vocation et la beaut&#233; du flou. Il s'agissait de la photo de classe, dat&#233;e de 1860, montrant la promotion des &#233;l&#232;ves japonais de la classe de fran&#231;ais du Consul de France &#224; Nagazaki, L&#233;on Dury. Sous l'effet du temps, le visage &#8212; et lui seul pour quelque raison technique qui ne sera pas expliqu&#233;e ici &#8212; de nombre des &#233;l&#232;ves appara&#238;t diaphane, conf&#233;rant paradoxalement un caract&#232;re d'&#233;ternit&#233; &#224; la mission d'&#233;change entre les 2 pays assign&#233;e au consul. Cette photo n'est pas montr&#233;e dans cette chronique pour que son auteur puisse faire le flou-flou, autrement dit laisser flou le flou et le lecteur, en cons&#233;quence imaginer la photo avant de l'y trouver sur l'internet, s'il le souhaite vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie de Degas dont il sera question plus loin (figure 21), et, plus g&#233;n&#233;ralement les photographies du d&#233;but de la photo (par exemple, les fascinantes plaques photographiques conserv&#233;es aux archives du Mus&#233;e de la Vie Romantique/Paris) en sont aussi des t&#233;moins exceptionnels, notamment pour vivifier les souvenirs. Leur vivification est d'autant plus intense qu'ils sont flous, selon un processus de r&#233;miniscence, le fameux &lt;i&gt;&#171; cela a &#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt; de Barthes, &#224; partir de photographies comme Kundera l'a d&#233;crit de mani&#232;re bouleversante dans &lt;i&gt;L'insoutenable l&#233;g&#232;ret&#233; de l'&#234;tre.&lt;/i&gt; Ce type de flou est diff&#233;rent du flou dit &#171; artistique &#187; &#8212; devenu une expression, surtout quand il ne l'est pas, d'ailleurs &#8211; dont la vocation n'est qu'esth&#233;tique. Le seul effacement en r&#233;sultant ne fut parfois que celui de la perversit&#233; de ceux le pratiquant, &#224; l'instar de David Hamilton. Autres que naus&#233;abondes, le flou peut susciter des odeurs &#233;manant, l&#224; encore, de la r&#233;miniscence. L'artiste John Murphy a appliqu&#233; avec bonheur ce principe aux fleurs, dans son ensemble explicitement titr&#233;, &lt;i&gt;Cut for the Visible-An Indefinable Odour&lt;/i&gt; semblant r&#233;pondre au reflet flou des fen&#234;tres du Marais sur la vitrine de la galerie (Galerie Bernard Bouche) o&#249; il fut pr&#233;sent&#233; r&#233;cemment (figure 8).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;278&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig__8_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH745/fig__8_-5016e.jpg?1750069254' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 8. Vitrine de la Galerie Bernard Bouche, Paris,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pour l'exposition en 2024 &#171; Cut from the Visible-An Indefinable Odour&#8230; &#187; de John Murphy, avec, en incrustation, tirage couleur c-print unique 45,5&#215;53,3&#215;4 cm3, intitul&#233;e de m&#234;me, 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'art dramatique, il peut &#234;tre cit&#233; une nouvelle fois, l'iconoclaste Jorge Lavelli et son usage pr&#233;curseur du flou, &#224; la m&#234;me &#233;poque que Richter, les ann&#233;es 1980 donc. Il ne pouvait, en effet, s'emp&#234;cher d'interposer, entre la sc&#232;ne d'op&#233;ra et le public, un voile de tulle. Dans &lt;i&gt;Madame Butterfly&lt;/i&gt; (Op&#233;ra Garnier, 1977), le proc&#233;d&#233; se r&#233;v&#233;la grandiose gr&#226;ce au judicieux m&#233;lange de proximit&#233; et d'&#233;loignement d&#233;coulant de la double partition propos&#233;e : la musicale, puccinienne, d'une part, conjugu&#233;e &#224; celle, lavellienne, s&#233;parant sc&#232;ne et salle, d'autre part. De plus, l'exotisme de l'&#339;uvre, traduit par cette dualit&#233; s'en trouvait exprim&#233;e &#224; plein, sans pr&#233;senter le c&#244;t&#233; carton-p&#226;te qui lui est parfois pr&#234;t&#233;. Le tulle ne manque pas d'&#233;voquer les ateliers &#171; flous &#187;, par opposition aux ateliers dits &#171; tailleurs &#187;, en haute couture. Ces ateliers cr&#233;ent la transparence floue selon l'expression nuanc&#233;e employ&#233;e par le commissariat de la prestigieuse exposition Transparences du Mus&#233;e Yves Saint Laurent, en 2024. La notion de flou s'&#233;tendait m&#234;me jusqu'aux patrons du fait de leur ex&#233;cution sur du papier calque (figure 9). Cette transparence floue fascinait tellement Man Ray qu'il chercha, dans quelques-uns de ses rayogrammes, &#224; en reproduire les effets. Il n'y manquait que le mouvement, composante essentielle pour en r&#233;v&#233;ler tout le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._9._yves_saint_laurent_2001__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH570/fig._9._yves_saint_laurent_2001__c_photo_michel_jeandin_2024-8f6f9.jpg?1750069254' width='500' height='570' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 9 Yves Saint Laurent &#034;Patron d'une robe du soir&#034; 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;209&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._10_2nd-volet-.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L478xH800/fig._10_2nd-volet--0dbd3.jpg?1750069254' width='478' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 10 Yves Saint-Laurent,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Ensemble du soir, Collection Automne-hiver 1978 &#187; en regard de &#171; Danse Serpentine II &#187; du Film Lumi&#232;re n&#176;765,1, 1897-1899. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma, cependant, s'&#233;tait d&#233;j&#224; charg&#233; de le montrer, d&#232;s ses d&#233;buts (figure 10), en filmant les chor&#233;graphies de Lo&#239;c Fuller. La sc&#233;nographie tr&#232;s inspir&#233;e de l'exposition au Mus&#233;e YSL acheva de le faire. Le cin&#233;ma souligna, par l&#224; m&#234;me, encore sa compl&#233;mentarit&#233; avec la photographie, f&#251;t-elle un rayogramme, et l'int&#233;r&#234;t de ces sens en sus que sont la proprioception et l'&#233;quilibrioception (cf. premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie). A la base, il est normal que les couturiers s'int&#233;ressent au flou et &#224; la transparence puisqu'ils assurent une fonction enveloppante, ainsi que le disait le commissariat de l'exposition &lt;i&gt;Dans l'appartement de L&#233;once Rosenberg&lt;/i&gt; au Mus&#233;e Picasso au premier trimestre 2024. Ce jugement s'appliquait &#224; l'endroit des tableaux de la s&#233;rie bien connue Transparences de Picabia qui le d&#233;coraient, faisant &#233;cho aux m&#233;taphysiques Cit&#233;s transparentes d'Alberto Savinio et au surr&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, ce caract&#232;re enveloppant pr&#234;t&#233; au flou et &#224; la transparence a &#233;t&#233; sublim&#233; par le photographe contemporain Hiroshi Sugimoto, notamment dans son travail sur Giacometti. L'utilisation du flou dans ses prises de vues d'&#339;uvres du grand Alberto leur donne, en effet, de l'&#233;paisseur, dans tous les sens du terme, sans aller donc, ce qui peut surprendre, &#224; l'encontre des &#233;motions provoqu&#233;es par la morphologie fam&#233;lique caract&#233;ristique des personnages de Giacometti. De plus, les effets de transparence (et reflets associ&#233;s) apport&#233;e par la sc&#233;nographie adopt&#233;e &#224; l'Institut Giacometti se combinaient parfaitement au flou des photos de Sugimoto o&#249; elles furent pr&#233;sent&#233;es en 2024. Ces effets de transparence provenaient des vitraux et des vitrines environnant les &#339;uvres du ma&#238;tre, conduisant &#224; leur mise en abyme, par exemple pour ses figurines debout (figure 11).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;166&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._11._hiroshi_sugimoto_dans_l_environnement_de_l_institut_giacometti_paris_2013__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L389xH800/fig._11._hiroshi_sugimoto_dans_l_environnement_de_l_institut_giacometti_paris_2013__c_photo_michel_jeandin_2024-b18f1.jpg?1750069254' width='389' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 11 Hiroshi Sugimoto &#034;Past Presence 001 Tall Figure III Alberto Giacometti&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;dans l'environnement de l'Institut Giacometti Paris 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me principe de floutage (m&#234;me si le mot est peu engageant) de grandes &#339;uvres du pass&#233;, le floutage de figures historiques (pour ne pas dire &#171; gueules &#187; qu'il serait tentant de dire par facilit&#233; (autant que trivialit&#233;)) est devenu embl&#233;matique du travail de Philippe Cogn&#233;e, &#224; partir de peintures de Vel&#225;zquez ou Ingres (figure 12), en particulier. L'originale technique de Cogn&#233;e pour ce faire, &#224; savoir le passage d'un fer &#224; repasser sur la peinture &#224; l'encaustique (une copie, quand m&#234;me), a pour but de r&#233;v&#233;ler par brouillage du regard ce qui, apr&#232;s ce que l'artiste consid&#232;re comme un &#233;branlement respectueux (sic), r&#233;siste dans la toile d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;223&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig__12ab.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH216/fig__12ab-87057.jpg?1772206979' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 12. Philippe Cogn&#233;e,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#171; Philippe IV (d'apr&#232;s Diego Velasquez) &#187;, 1994, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) &#171; Madame Marcotte de Sainte-Marie (d'apr&#232;s Jean Auguste Dominique Ingres) &#187;, 2014-2016. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photos Michel Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique cataracte &#233;volue vers la c&#233;cit&#233;, troisi&#232;me partie du volet consacr&#233; &#224; la vue, en prolongement logique de tout ce qui s'y est dit jusqu'alors sur le flou. La c&#233;cit&#233; n'est que la traduction commune d'un sens interdit quand il s'agit de la vue. On peut, cependant, aussi l'attribuer au cas o&#249; ce qui est visible aura &#233;t&#233; masqu&#233; pour permettre de voir &lt;i&gt;&#171; derri&#232;re ses paupi&#232;res &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire au-del&#224; de ce qui est impos&#233; au regardeur, selon le mot de Fran&#231;oise P&#233;trovitch rappel&#233; en introduction. Comme d&#233;j&#224; dit, le concept de masquage a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;tabli dans l'&#233;pisode 5 de la s&#233;rie. Cette partie de chronique se contente donc de montrer par l'exemple le pont entre masquage et c&#233;cit&#233;. L'exemple retenu ici est celui de l'&#339;uvre de Christo dont les emballages ont, non seulement toujours provoqu&#233; des emballements mais aussi et surtout, permis de d&#233;couvrir mieux les monuments qu'ils cachaient, suivant en cela le paradoxe apparent de l'effet de masquage d&#233;j&#224; d&#233;crit. Pour l'anecdote que le sujet de cette chronique sur le multisensoriel appelle, il fut saisissant de constater que l'&#233;poque de la Covid-19 avait vu masqu&#233; tant l'Arc de Triomphe que les passants (figure 13) : pour peu que le feu tricolore f&#251;t rouge comme sur la photo de la figure 13 et la notion de sens interdit s'en trouva magnifi&#233;e. La c&#233;cit&#233; est donc un non-sens raisonn&#233;, en un double paradoxe donc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._13._double_masque_aux_champs_christo_et_christine_17_mars_2022__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._13._double_masque_aux_champs_christo_et_christine_17_mars_2022__c_photo_michel_jeandin_2022-b454d.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 13 Double Masque aux Champs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Christo et Christine, 17 mars 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Orhan Pamuk, dans &lt;i&gt;Mon nom est Rouge,&lt;/i&gt; son chef d'&#339;uvre traitant du monde de l'art, &#233;crit que la c&#233;cit&#233; est une gr&#226;ce divine que &lt;i&gt;&#171; tous les vrais grands peintres attendent pour d&#233;couvrir enfin les vraies images de la nature que seule leur m&#233;moire du c&#339;ur et Dieu leur commande qu'on les observe &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Mon nom est Rouge Gallimard/Folio, N&#176; 3840, p. 515&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La c&#233;cit&#233; pr&#233;serve aussi le peintre d'avoir &#224; se plier &#224; de nouvelles influences, une fois son &#339;uvre r&#233;alis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 578&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les pages (ibid. pp. 581-583) o&#249; le Ma&#238;tre Osman se cr&#232;ve les yeux, pour acc&#233;der plus t&#244;t (pour des raisons que le roman explique) &#224; cette gr&#226;ce divine, sont parmi les plus prenantes et &#233;mouvantes qui soient, qui justifieraient &#224; elles seules le Nobel de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature contemporaine, y compris fran&#231;aise, a repris ce paradoxe de la c&#233;cit&#233; qui ouvre les yeux. Le plus c&#233;l&#232;bre exemple est probablement Neige de Maxence Fermine (Seuil/Points, 2000), dans lequel le Ma&#238;tre japonais aveugle Soseki enseigne, malgr&#233; son handicap, au po&#232;te h&#233;ros du r&#233;cit la couleur parce que ses po&#232;mes sont jug&#233;s trop &#171; blancs &#187;. La c&#233;cit&#233; peut/doit donc favoriser la sensibilit&#233; aux &#339;uvres, autrement que par la vision directe. &lt;i&gt;&#171; Le soleil, &#231;a peut marcher aussi la nuit &#187;&lt;/i&gt;, dit Nicolas Fargues dans son tr&#232;s beau roman &lt;i&gt;P&#233;remption&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O.L., 2023, p.125&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur la tentative de r&#233;alisation d'une &#171; frise sensorielle &#187; comme la nomme son h&#233;ro&#239;ne artiste. Il est donc normal, sinon logique, de penser que ne pas &#234;tre visible pour une &#339;uvre peut &#234;tre un moyen d'en aiguiser la perception. Il est alors fond&#233; de revendiquer le principe du masquage volontaire, quand il n'est pas le fruit d'une parano&#239;a quelconque comme chez Esther Carp (cf. &lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1er &#233;pisode&lt;/a&gt;), le principe du cach&#233;, m&#234;me dans sa version extr&#234;me de &#171; mus&#233;e cach&#233; &#187; comme celui de l'artiste contemporain Ariel Kupfer, en allant jusqu'au concept ultime de &#171; provisibilit&#233; &#187; et d'invisibilit&#233; ? Depuis Giacometti et son sublissime dernier bronze surr&#233;aliste &lt;i&gt;Objet invisible, mains tenant le vide&lt;/i&gt; (1934-1935), il est aussi difficile que pr&#233;somptueux de revenir sur le sujet, ne f&#251;t-ce que dans une chronique comme celle- ci, libre, y compris de toute honte. Au-del&#224; de ses applications pratiques, par exemple &#224; l'Aston Martin de Pierce Brosnan dans &lt;i&gt;Meurs un autre jour&lt;/i&gt; ou, moins vulgairement, &#224; la cape d'Harry Potter ou &#224; celle de Siegfried dans la mythologie nordique, l'approche conceptuelle de l'invisibilit&#233; pour la relier aux sens interdits int&#233;ressant cette chronique, a donn&#233; lieu &#224; d'&#233;clairants ouvrages ou expositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y trouvent, en particulier, le r&#233;cent recueil d'illustrations par Catherine Meurisse intitul&#233; &lt;i&gt;Le passage&lt;/i&gt; (Barbier, 2024) ou l'exposition &lt;i&gt;Les traces de l'invisible&lt;/i&gt; (2022), d&#233;j&#224; cit&#233;e. Ces traces de l'invisible sont reconnues comme marquantes (la moindre des choses pour des traces) : pour preuve les peintures d'Ingres souvent appr&#233;ci&#233;es pour avoir &#233;t&#233; peintes avec un pinceau invisible, le nec plus ultra donc pour la ligne claire si en vogue aujourd'hui. Ces ouvrages et expos expliquent donc l'attrait pour l'invisible plus savamment et moins cyniquement que ne peut le faire Marc dans la pi&#232;ce de Yasmina Reza d&#233;j&#224; cit&#233;e (&lt;i&gt;Art,&lt;/i&gt; 1994) : &lt;i&gt;&#171; Naturellement, on ne peut pas d&#233;tester l'invisible, on ne d&#233;teste pas le rien &#187;&lt;/i&gt;. De l&#224; &#224; penser que, pour cela, d'aucuns aient pu investir 15 000 &#8364; dans l'achat, en 2021, de l'&#339;uvre invisible de Salvatore Garau (voir d&#233;tails dans une chronique ant&#233;rieure, &lt;i&gt;Or l'or&lt;/i&gt;) il n'y a qu'un pas. Vanessa Wagner, cit&#233;e dans l'&#233;pisode 2 de la s&#233;rie 1, a priori, n'en fait pas partie, tant son &#233;tude de l'invisible &lt;i&gt;(Study of the invisible)&lt;/i&gt; en semble &#233;loign&#233;e mais comment savoir ? Pour sa part, l'auteur de cette chronique se contentera ici de citer l'objet lunettes mais au sens barth&#233;sien du terme (excusez du peu !) qui lui semble traduire au mieux ce concept. Les lunettes, pour Roland Barthes, ne sont pas faites pour am&#233;liorer la vue mais surtout pour diminuer celle des autres. Dans &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions du Seuil, 1977, p. 52 et sq.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;crivain et s&#233;miologue s'en prend aux lunettes de soleil qui cachent ce qui n'existe pas. De plus, Barthes affirme, s'inspirant de Descartes : &lt;i&gt;&#171; Il faut que cacher se voie : sachez que je suis en train de vous cacher quelque chose, tel est le paradoxe actif que je dois r&#233;soudre : il faut en m&#234;me temps que &#231;a se sache et que &#231;a ne se sache pas : que l'on sache que je ne veux pas le montrer voil&#224; le message que j'adresse &#224; l'autre. Larvatus prodeo &#187;&lt;/i&gt;. Pour illustrer par un exemple la dialectique de Barthes, pendant un enterrement, un porteur de lunettes noires voudra cacher les larmes qu'il n'a pas, autrement dit cacher le fait qu'il ne pleure pas, plut&#244;t que cacher ses larmes par pudeur. On cache donc ce qui n'existe pas, en une variante subtile du jeu de cache-cache sur &#171; les traces de l'invisible &#187;, pour reprendre le titre de l'exposition d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le domaine artistique, la question rel&#232;ve de l'analyse spectrale &#8211;dans les deux acceptions du mot spectre &#8211; d'une &#339;uvre du fait de l'invisible qu'elle utilise. Le capara&#231;on fantomatique montr&#233; par Guillaume Leblon dans &lt;i&gt;Lost Friend,&lt;/i&gt; 2014, (figure 14) entre dans cette cat&#233;gorie, sur le mod&#232;le du Chevalier inexistant dans le c&#233;l&#232;bre roman (1959) d'Italo Calvino.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._14._guillaume_leblon_2014_exposition_parade_au_palais_de_tokyo_19_oct._2022-8_jan._2023__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L474xH800/fig._14._guillaume_leblon_2014_exposition_parade_au_palais_de_tokyo_19_oct._2022-8_jan._2023__c_photo_michel_jeandin_2022-83f05.jpg?1750069254' width='474' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 14 Guillaume Leblon &#034;Lost Friend&#034; 2014
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;Parade au Palais de Tokyo&#034; du 19 oct 2022 au 8 jan 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'invisible doit, cependant, &#234;tre distingu&#233; du non-visible qui d&#233;pend, &#233;videmment, de l'&#233;chelle d'observation. Par exemple, la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; reproduite en &#233;criture en pattes de mouche, dans une belle r&#233;alisation d'art litt&#233;raire par un collectif d'artistes contemporains (figure 15), pourra sembler invisible alors qu'elle n'est, pour le coup, qu'illisible &#224; l'&#339;il nu : r&#233;jouissant curieusement ainsi les anti-Proust d&#233;non&#231;ant l'illisibilit&#233; du monument litt&#233;raire pour la raison inverse de pr&#233;sence de trop de longueurs, une histoire de dimension aussi donc. Puisse la phrase pr&#233;c&#233;dente ne pas entrer dans cette cat&#233;gorie ! Dans cette m&#234;me veine mais avec un objectif totalement oppos&#233;, les travaux du duo d'artistes contemporains mountaincutters ont abouti &#224; la cr&#233;ation de ce qu'il a appel&#233; Intervalles. Ce projet litt&#233;raire consiste en une &lt;i&gt;&#171; pratique de l'&#233;criture fragmentaire &#224; caract&#232;re po&#233;tique, sur papier 44 recycl&#233; &#187;&lt;/i&gt; (sic). Les fragments de mots s'y accumulent dans le d&#233;sordre et la continuit&#233;, par cycle depuis 2012 et sont pratiquement illisibles dans tous les sens du terme : la po&#233;sie, diront certains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;175&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._15._collectif_d_artistes_contemporains_tableau_au_mur_reproduisant_l_inte_grale_de_a_l_ho_tel_swan_paris_2010__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._15._collectif_d_artistes_contemporains_tableau_au_mur_reproduisant_l_inte_grale_de_a_l_ho_tel_swan_paris_2010__c_photo_michel_jeandin_2024-5f7ee.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 15 Collectif d'artistes contemporains
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Tableau au mur reproduisant l'inte&#769;grale de &lt;i&gt;A la recherche du temps perdu) a&#768; l'Ho&#770;tel Swan, Paris 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le th&#232;me du difficilement visible, il peut &#234;tre dit aussi qu'il peut soutenir l'inspiration d'un artiste : Basquiat, par exemple, avec sa propension &#224; mettre en valeur ce qui est oblit&#233;r&#233;, par la rature et/ou la d&#233;figuration (cf. son Defacement, 1983). Dans l'art contemporain, un bel exemple est celui de Dove Allouche, d&#233;j&#224; cit&#233; dans l'&#233;pisode 1 pour son &#339;uvre si riche AgBr, 2022. Qu'il explique ainsi : &lt;i&gt;&#171; Mon approche est celle d'un presbyte. Je voudrais r&#233;v&#233;ler ce qui est trop proche de notre vue pour &#234;tre vu, ce qui est ici, juste &#224; c&#244;t&#233; de nous, mais &#224; travers nous regardons pour regarder autre chose. Saisir &#8220;l'invisibilit&#233; de ce qui est trop visible&#8221;, comme dirait Michel Foucault &#187;&lt;/i&gt;. L'artiste peut m&#234;me &#234;tre &#224; l'origine de ce non-visible, c'est-&#224;-dire le cr&#233;er et non se contenter de le r&#233;v&#233;ler : la r&#233;v&#233;lation &#233;tant d&#233;volu au public, quitte &#224; ce que ce le soit via un autre sens que la vue. Ainsi, Bach, artiste un peu moins contemporain qu'Allouche mais plus fac&#233;tieux probablement, avait cach&#233; son nom dans son Art de la fugue, premier mouvement, sous couvert du leitmotiv &#171; si b&#233;mol-la-do-si b&#233;carre &#187;, c'est-&#224;-dire B-A-C-H dans la notation de gamme &#233;trang&#232;re allemande. L'occasion est trop belle, ici, de digresser (un art de la fugue aussi mais mineur et pas en r&#233;) et de mentionner (partager l'amour de) Gregory Sokolov, pianiste dont l'interpr&#233;tation (1978-1981) de l'Art de la fugue reste un sommet. La digression n'&#233;tait pas si divagante parce que Sokolov est une image majestueuse de la polysensorialit&#233; (toucher, go&#251;t, ou&#239;e, et intellect en l'occurrence, ici) dont traite cette chronique, Christian Bobin disant de lui (in Murmure, Gallimard, 2024, p. 21) : &lt;i&gt;&#171; Pendant que les mains de Sokolov parlent, sa bouche m&#226;che comme un chewing-gum le silence qui manque &#224; nos vies affol&#233;es &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes contemporains, dans l'avenir, travailleront encore dans cette direction de polysensorialit&#233; mais, probablement, avec des outils de transcription plus modernes. En tant que jalon interm&#233;diaire y ayant men&#233;, il est difficile de ne pas mentionner l'apport de Gaston Teuscher pour rendre visible le cach&#233; ou le flou qui, par d&#233;finition, participe de l'al&#233;atoire. Dans le cas de Teuscher, l'al&#233;atoire r&#233;sulte des froissures de papier d'emballage que l'artiste r&#233;v&#232;le en soulignant au stylo-bille les formes anthropomorphes qu'il y voit pr&#233;exister (figure 16).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._16._gaston_teuscher_1976_exposition_gribouillage_-_scarabocchio_aux_beaux-arts_de_paris_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH360/fig._16._gaston_teuscher_1976_exposition_gribouillage_-_scarabocchio_aux_beaux-arts_de_paris_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-c2e2d.jpg?1750069254' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 16 Gaston Teuscher &#034;Sans titre&#034; 1976
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;Gribouillage Scarabocchio&#034; aux Beaux-Arts de Paris, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'invisible ou le difficilement visible susceptibles d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;s, soit en regardant mieux comme dans les exemples pr&#233;c&#233;dents (en grossissant avec une loupe, par exemple) soit en imaginant, existe l'invisible susceptible de l'&#234;tre par des moyens souvent qualifi&#233;s de paranormaux. Le premier d'entre eux consiste &#224; remplacer la vue par des &#171; mains magn&#233;tiques &#187; pouvant d&#233;tecter et/ou transmettre le fameux &#171; fluide vital &#187; au sens o&#249; l'entendaient Franz Anton Mesmer, le Marquis de Puys&#233;gur et Karl von Reichenbach. Ces mains magn&#233;tiques jouissent d'une sensibilit&#233; dermo-optique/paroptique (mais non panoptique). Les perceptions extrasensorielles associ&#233;es peuvent &#234;tre &#233;valu&#233;es par des cartes (genre cartes &#224; jouer) dite de Zener du nom du psychologue qui les a mises au point (tout cela semblant donc tr&#232;s s&#233;rieux !) ou avec des machines plus &#233;volu&#233;es, au point que l'artiste Marc Cohen en a con&#231;u une &#339;uvre, &lt;i&gt;Antin&#233;a,&lt;/i&gt; (figure 17). Pareilles machines mesurent les effets id&#233;omoteurs de ressenti o&#249; l'homme est un r&#233;cepteur d'ondes qu'il r&#233;percute en les rendant visibles : la plus connue d'entre elles &#233;tant le b&#226;ton du sourcier. Le m&#233;rite de ces machines est de r&#233;v&#233;ler l'importance premi&#232;re des mat&#233;riaux, qu'ils soient cuivre (figure 17) ou coudrier, sur laquelle la derni&#232;re partie de la chronique reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._17._marc_cohen_2022__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH295/fig._17._marc_cohen_2022__c_photo_michel_jeandin_2023-e984a.jpg?1750069254' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 17 Marc Cohen Antine&#769;a 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me partie reviendra aussi sur les mountaincutters, d&#233;j&#224; cit&#233;s, parce qu'incidemment, la machine d'Antin&#233;a s'apparente &#224; toutes celles cr&#233;&#233;es par ce groupe d'artistes. Toujours dans le chapitre de rendre visible ce qui ne l'est pas, se situe la mise en &#233;vidence de l'aura des individus. Elle fut une source d'inspiration pour l'artiste conceptuelle suisse Doroth&#233;e Elisa Baumann qui utilise une &#171; palette de couleurs invisibles &#187; (sic) pour cr&#233;er des portraits d'auras (figure 18).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;203&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._18._dorothe_e_elisa_baumann_se_rie_photographique_re_alise_e_lors_d_une_performance_au_muse_e_d_histoire_de_la_me_decine_le_12_novembre_2022_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH270/fig._18._dorothe_e_elisa_baumann_se_rie_photographique_re_alise_e_lors_d_une_performance_au_muse_e_d_histoire_de_la_me_decine_le_12_novembre_2022_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-ef8e8.jpg?1750069254' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 18 Dorothe&#769;e Elisa Baumann &#034;Que la force soit avec toi&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;se&#769;rie photographique re&#769;alise&#769;e lors d'une performance au Muse&#769;e d'histoire de la me&#769;decine le 12 novembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;NDLR En figure 18, ce n'est que le reflet du photographe &#8211;aussi auteur de cet article &#8211; sur la vitre de la vitrine d'exposition et non son aura (suppos&#233;e faible) qui sera probablement venue s'ajouter &#224; l'&#339;uvre pendant sa prise de vue&lt;/i&gt;]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les halos de couleurs dessinant l'aura autour du corps humain ont &#233;t&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement &#233;tudi&#233;s et d&#233;crits dans des ouvrages savants comme &lt;i&gt;L'Homme Visible et Invisible&lt;/i&gt; de C. W. Leadbeater, aux Editions Paris Publications Th&#233;osophiques, 1903. Quoiqu'il en soit, une conclusion tangible semble &#234;tre que pour conserver son aura, il faille rester invisible. Une anecdote fameuse relative au tournage de la s&#233;rie &#224; succ&#232;s &lt;i&gt;L'Homme Invisible,&lt;/i&gt; celle des ann&#233;es 1950-1960, le corrobore. Elle signale que l'acteur interpr&#233;tant Peter Brady, &#224; l'&#233;poque, ne l'&#233;tait pas moins (invisible) puisqu'il lui &#233;tait impos&#233;, par contrat, l'anonymat et une discr&#233;tion absolue quant &#224; sa participation &#224; la s&#233;rie pour lui conserver tout son myst&#232;re : en cons&#233;quence son aura n'en aura (bis) que grandi. L'aura et, plus g&#233;n&#233;ralement, les &#233;nergies insaisissables qui parcourent le corps humain, le Xi (celui du Xi (ou Chi)-Gong), selon la tradition chinoise, inspirent les artistes contemporains. Il en est ainsi de Hsiao Chin (Xiao Qin), dans Chi-88 notamment, (figure 19).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._19._hsiao_chin_xiao_qin_1980__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/fig._19._hsiao_chin_xiao_qin_1980__c_photo_michel_jeandin_2023-491f5.jpg?1772206979' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 19 Hsiao Chin Xiao Qin Chi 88 1980
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, l'artiste photographe majeure, Juliette Agnel, a fait de la capture des &#233;nergies insaisissables comme elle les appelle aussi, un objectif premier de son travail appliqu&#233; aux v&#233;g&#233;taux. Initi&#233;e par le sourcier g&#233;obiologue Yann Guilbert, elle a pris le cas des foug&#232;res suppos&#233;es &#234;tre les gardiennes &#233;nerg&#233;tiques des menhirs, pour son projet &lt;i&gt;L'invisible,&lt;/i&gt; 2019. Il est vrai que la contemplation de la forme de la foug&#232;re (figure 20), pour peu que l'esprit y soit pr&#233;par&#233;, peut convaincre que les M&#226;nes en &#233;manent. Le sens interdit devient autoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._20._juliette_agnel_2019__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH627/fig._20._juliette_agnel_2019__c_photo_michel_jeandin_2024-50487.jpg?1750069254' width='500' height='627' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 20 Juliette Agnel L'invisible 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout cela traduit la difficult&#233; &#224; repr&#233;senter le n&#233;ant, &#233;tant donn&#233; les difficult&#233;s &#224; l'admettre pour l'homme probablement, c'est-&#224;-dire, en fait, le concevoir. L'homme cherchera, en effet, toujours &#224; voir quelque chose et ne veut/peut pas croire en rien, sauf &#224; en &#234;tre pouss&#233; au suicide, entra&#238;nant celui de son &#339;uvre s'il en est. Claude Rutault, en concevant sa &lt;i&gt;Peinture suicide n&#176;2 d&#233;finition/m&#233;thode n&#176;84&lt;/i&gt; (1973-2016), qu'il serait trop long de d&#233;crire ici malgr&#233; tout son int&#233;r&#234;t et parce qu'il faut bien que l'internet serve &#224; quelque-chose, est probablement l'artiste contemporain l'ayant le mieux exprim&#233;. Dubuffet aussi en avait aussi une telle profonde conviction (en le rien) qu'il en a produit sa derni&#232;re s&#233;rie de tableaux dite &lt;i&gt;Non-lieux.&lt;/i&gt; Ces peintures gravement nihilistes visent &#224; repr&#233;senter non plus le n&#233;ant mais l'incorporalit&#233; du monde, ou, disons, le n&#233;ant fantomatique peupl&#233; des fantasmes que nous y projetons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Biographie au pas de course, 1985, PES IV, Gallimard, 1995, p. 537&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans doute pour cela que le grand projeteur de fantasmes qu'&#233;tait Fellini avait cru toucher le n&#233;ant de son inspiration, peu avant Huit et demi qu'il avait pu, cependant tourner gr&#226;ce &#224; un sursaut du genre pirouette. Le grand Federico le raconte ainsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;rapport&#233; par Jean-Philippe Toussaint dans L'Echiquier, Les Editions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; Voil&#224; le moment o&#249; tout se r&#233;sout : j'entre du coup au c&#339;ur de mon film, je raconterai tout ce qui &#233;tait en train de m'arriver, je ferai mon film avec l'histoire d'un r&#233;alisateur de films qui ne sait plus ce qu'&#233;tait le film qu'il voulait faire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour marquer la fin de ce sous-chapitre sur la vue en sens interdit, une photographie prise par Degas pourrait &#234;tre retenue pour synth&#232;se des manifestations de monochromie, flou, invisibilit&#233; et c&#233;cit&#233; qui y ont &#233;t&#233; abord&#233;es. Cette photographie (figure 21), accroch&#233;e lors de l'exposition &lt;i&gt;Degas en noir et blanc&lt;/i&gt; &#224; la BnF Richelieu/Paris, en 2023, montre Renoir et Mallarm&#233;. Le v&#233;ritable sujet, tel que cette partie de chronique le retiendra, en est, cependant, bien Degas. Ce dernier y appara&#238;t (terme appropri&#233; s'il en est), en effet, dans l'arri&#232;re-plan, en fant&#244;me dans le miroir, pr&#232;s de son appareil et des ombres de Mallarm&#233; et de sa fille. Dans ce clich&#233;, l'arri&#232;re- plan est donc essentiel comme il l'est dans cette chronique puisqu'il repr&#233;sente les mat&#233;riaux sur lesquels elle se concentrera dans sa derni&#232;re partie de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;179&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._21._edgar_degas_ste_phane_mallarme_et_auguste_renoir-reflets_de_degas_marie_et_genevie_ve_mallarme_chez_julie_manet_et_ses_cousines_paule_et_jeannie_gobillard_1895.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH693/fig._21._edgar_degas_ste_phane_mallarme_et_auguste_renoir-reflets_de_degas_marie_et_genevie_ve_mallarme_chez_julie_manet_et_ses_cousines_paule_et_jeannie_gobillard_1895-18d9b.jpg?1772206979' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 21 Edgar Degas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Ste&#769;phane Mallarme&#769; et Auguste Renoir avec les reflets de Degas Marie et Genevie&#768;ve Mallarme&#769; chez Julie Manet et ses cousines Paule et Jeannie Gobillard 1895
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous trouverez plusieurs renvoie vers notre partenaire dans le texte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A voir dans la suite dans &lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-et-synesthesie-dans-lart-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ArtsHebdoMedias&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.tk-21.com/Materiaux-en-tous-sens-autorises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Decca, 1969)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Payot, 1953&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;source : Intervilles, finale 1971&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les fant&#244;mes de l'op&#233;ra, Le Nouvel Observateur,&lt;/i&gt; d&#233;c. 1973&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Le Cid,&lt;/i&gt; Acte III, sc. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in Vacances de P&#226;ques et autres chroniques,&lt;/i&gt; Gallimard/Folio, 2019, pp. 71-75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in La m&#233;lanographie, Ed. Jean Petithory, 1968&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Nadeau/Payrus, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard/Folio, 2022, p. 250&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/lombre-dune-colonne-de-buren-est-sans-rayures/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.artshebdomedias.com/article/lombre-dune-colonne-de-buren-est-sans-rayures/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in La peau, m&#233;taphore d'une rencontre entre art et clinique,&lt;/i&gt; Editions &#233;r&#232;s poche, 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in Mon nom est Rouge&lt;/i&gt; Gallimard/Folio, N&#176; 3840, p. 515&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 578&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.O.L., 2023, p.125&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions du Seuil, 1977, p. 52 et sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Biographie au pas de course,&lt;/i&gt; 1985, PES IV, Gallimard, 1995, p. 537&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;rapport&#233; par Jean-Philippe Toussaint dans &lt;i&gt;L'Echiquier,&lt;/i&gt; Les Editions de Minuit, 2023, p. 191&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Inscription &#224; lire dans le couloir menant &#224; la Tenture de la Dame &#224; la licorne, au Mus&#233;e de Cluny/Mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris. &#169;Photo Michel Jeandin, 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Colloque Arts et sciences</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Colloque-Arts-et-sciences</link>
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		<dc:date>2025-06-29T08:37:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>
		<dc:subject>installation</dc:subject>
		<dc:subject>sculpture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici le deuxie&#768;me volet de notre dossier sur le the&#768;me Arts et Sciences. Apre&#768;s son introduction, Jean-Christophe Nourisson propose ci-dessous une re&#769;flexion concre&#768;te qui s'articule aux concepts qu'il de&#769;ploie dans son travail. Il sera suivi en conclusion d'un troisie&#768;me et dernier article en juillet.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/installation" rel="tag"&gt;installation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH102/arton2697-1a09e.jpg?1772252634' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici le deuxie&#768;me volet de notre dossier sur le the&#768;me Arts et Sciences. Apre&#768;s son introduction, Jean-Christophe Nourisson propose ci-dessous une re&#769;flexion concre&#768;te qui s'articule aux concepts qu'il de&#769;ploie dans son travail. Il sera suivi en conclusion d'un troisie&#768;me et dernier article en juillet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#201;tonnement et exp&#233;rience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode moderne, d'une s&#233;paration entre art et science, nature et culture, corps et esprit, est encore en discussion. La philosophe Isabelle Stengers &#233;voque en 1979 la position singuli&#232;re d'&#233;coute po&#233;tique de la nature que devrait tenir les scientifiques, elle fait un pas vers la notion d'extra-territorialit&#233; th&#233;orique attribu&#233;e plus commun&#233;ment aux artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste sonore Akio Suzuki jette en public des objets dans une station de m&#233;tro &#224; Nagoya. La performeuse Isabelle Lartault fait surgir, lors du finissage de l'exposition de Michel Verjux &#224; la galerie Martine Aboucaya &#224; Paris, le son cristallin d'un cri qui d&#233;chire l'une de ses lectures publiques. Nous pourrions qualifier ces actions d'impalpables effractions, qui nous &#233;veillent &#224; la conscience d'un monde partag&#233;, dans le pr&#233;sent de l'&#233;v&#233;nement. Ce sont des bifurcations qui op&#232;rent &#224; la mani&#232;re d'un saut entre le hasard et la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La micro-biologiste Lynn Margulis exposait, dans son livre Microcosmos, ses d&#233;couvertes sur la symbiog&#233;n&#232;se entre cellules, bact&#233;ries et biotopes. Donna Haraway, &#224; sa suite, portait &#224; notre attention la voix des bestioles qui construisent, fabriquent et r&#233;alisent des n&#339;uds polytemporels et polyspatiaux. Ces &#234;tres entiers sains et saufs se construisent mutuellement &#224; travers des involutions mat&#233;rielles et s&#233;miotiques. Dans le monde intersp&#233;cique, la sympo&#239;ese chante et danse &#224; bas bruit. Ces d&#233;couvertes scientifiques collaboratives ne s'&#233;rigent pas en cath&#233;drale imprenable. Elles t&#233;moignent au contraire d'une science, situ&#233;e, en perp&#233;tuel questionnement et m&#233;fiante des pouvoirs prom&#233;th&#233;ens de ma&#238;trise. Elles savent avec Vil&#233;m Flusser comment nous fabriquons les outils et pourquoi ils contre-attaquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces voix d'arts et de sciences qui s'expriment dans des langues &#233;trang&#232;res les unes aux autres, tissent des r&#233;cits parfois compatibles. Ce sont ces humusit&#233;s, ces sandwichs gluants, ces archipels, qui arment le combat des devenirs. C'est dans ce partage fragmentaire de leurs ombres et lumi&#232;res r&#233;ciproques qu'un dialogue entre art et science fait de dissensus et de consensus pourrait advenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;87&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image2-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH718/image2-12-83b85.jpg?1772206022' width='500' height='718' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Akio Suzuki
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Throwing things at the stairs &#187;. Nagoya Station, Tokyo. 1963.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment apprendre de l'&#233;tonnement et en faire d&#233;sir d'exp&#233;rience ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compositeur John Cage en recherche d'un silence absolu qu'il souhaitait &#233;couter, visite en 1948, la chambre an&#233;cho&#239;que de l'universit&#233; d'Harvard. Mais &#224; sa grande surprise, il &#233;crira : &#171; J'entendis deux bruits, un aigu et un grave. Quand j'en ai discut&#233; avec l'ing&#233;nieur&#8230;, il m'informa que le son aigu &#233;tait celui de l'activit&#233; de mon syst&#232;me nerveux et que le grave &#233;tait le sang qui circulait dans mon corps &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John CAGE. 4'33&#8216;' 1952.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette exp&#233;rience fut d&#233;terminante pour l'&#233;criture de son &#339;uvre en 3 mouvements : 4'33&#8216;'. Le 29 ao&#251;t 1952 &#224; Woodstock, l'interpr&#232;te David Tudor s'assoit au piano, ouvre le couvercle et laisse ses mains au dessus des touches. Les trois silences et la s&#233;paration en trois mouvements de 33'', 2'40'', 1'20'' est marqu&#233;e par l'ouverture et la fermeture du couvercle, &#224; la fin du morceau, le musicien ferme le couvercle et se l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image3-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH498/image3-14-5c3c0.jpg?1748969909' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Akio Suzuki
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une des empreintes des Oto Date pour un parcours d'&#233;coute. &#192; Wakahama (Japon) 2005.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la station de m&#233;tro &#224; Nagoya en 1963, l'artiste Akio Suzuki, r&#233;alise l'un de ses premiers &#171; self-study events &#187;, &#171; Throwing things at the stairs &#187;. La photographie de cette performance nous montre l'artiste en contre-plong&#233;, qui jette des objets cylindriques. L'image t&#233;moigne de l'&#233;v&#233;nement mais l'exc&#233;dent sonore du geste reste inaudible : il faut imaginer l'activit&#233; urbaine perturb&#233; par le son d'objets d&#233;valant l'escalier. L'artiste &#233;veille &#224; l'&#233;coute des mondes que nous habitons, ceux qui sont l&#224;, ici, et que nous ne faisons le plus souvent que traverser sans y pr&#234;ter attention.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image4-16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/image4-16-5f7e4.jpg?1748969909' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Akio Suzuki
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Une des empreintes des Oto Date pour un parcours d'&#233;coute. &#192; Wakahama (Japon) 2005.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette performance d&#233;cisive et espi&#232;gle amor&#231;ait un mouvement ininterrompu &#224; ce jour. &#192; Berlin en 1996, il r&#233;alise ses premi&#232;res empreintes peintes au sol qui peuvent aussi &#234;tre moul&#233;es en bas-relief sur une plaque de b&#233;ton. Le dessin de l'empreinte combine la repr&#233;sentation d'un pied et d'une oreille ex&#233;cut&#233;e alors, qu'il accompagnait John Cage &#224; l'a&#233;roport dans les ann&#233;es 80. Ce sont des points d'&#233;coutes, nomm&#233;s oto-date, dispers&#233;s dans la ville et que l'on peut retrouver &#224; l'aide d'un plan ou bien d&#233;couvrir par hasard. A Wakayama par exemple, il y a 18 points. L'artiste les choisit pr&#233;cis&#233;ment. Il invite les passants &#224; s'arr&#234;ter sur ces marques. Engag&#233; dans le parcours d'un oto-date &#224; l'autre, l'exp&#233;rience polysensorielle redessine l'espace du paysage urbain. S'arr&#234;ter l&#224;, o&#249; l'on ne fait que passer, &#234;tre attentif &#224; ce qui arrive dans l'espace-temps visuel et sonore qui se pr&#233;sente. Parfois, les oto-date peuvent se retrouver en milieu de chauss&#233;e, la difficult&#233; &#224; tenir sa place face aux v&#233;hicules qui s'avancent rend l'exercice p&#233;rilleux. Cette combinaison entre notre position corporelle ancr&#233;e au sol et notre perception active notre sensorialit&#233; et fait venir &#224; la conscience un rapport &#224; l'ext&#233;riorit&#233; unique pour chaque participant. Un moment de la prise avec soi, du comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exp&#233;riences d'Akio Suzuki peuvent indiff&#233;remment s'&#233;prouver au plein air d'un paysage de moyenne montagne ou dans le complexe dispositif technique des m&#233;gapoles. La pr&#233;sence corporelle situ&#233;e en &#171; &#339;il&#8211;&#233;coute &#187; peut consid&#233;rer l'amusant chaos de l'embouteillage auquel r&#233;pondent la corneille et le gr&#233;sillement des enseignes qui se m&#234;lent au hurlement d'un enfant. Si elles semblent venir d'un &#226;ge d'avant la coupure consomm&#233;e entre l'&#226;me et le corps, elles sont loin d'une approche id&#233;aliste de la science et de l'art, qui nous laisserait seuls face &#224; une nature muette. Nous sommes habitu&#233;s, entra&#238;n&#233;s et domestiqu&#233;s &#224; pratiquer les coupes franches entre nature et culture, objets et sujets, car nous nous sommes culturellement et scientifiquement convaincus, que nos sens &#233;taient trompeurs. Les oto-date semblent nous indiquer au contraire qu'un simple changement de posture, un laisser-aller dans la vigilance du jeu, peut ais&#233;ment relativiser les pr&#233;suppos&#233;s selon lesquels nous serions coup&#233;s des mouvements du vivant. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience urbaine &#224; laquelle nous r&#233;-initie Akio Suzuki est plus intense que celle d'un spectateur ou d'un lecteur, car ce qui s'inspire et se respire n'est ni un th&#233;&#226;tre, ni un livre. Ces sensations sont fugaces, fragiles et l&#233;g&#232;res, or qu'appelle-t-on une id&#233;e si ce n'est une forme l&#233;g&#232;re, fugitive, sinon l'enveloppe quasi translucide d'une lourde masse de choses, parfois aussi concr&#232;te que le corps ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Serres, &#171; H&#233;rmes II, L'interf&#233;rence, &#233;d. Les &#233;ditions de Minuit, 1972.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'artiste Isabelle Lartault la relation entre le corps, l'espace et les mots dans le pr&#233;sent d'une situation est manifeste depuis les ann&#233;es 80. Elle r&#233;alise des livres, des installations et des performances qui se contaminent. Son &#339;uvre se d&#233;veloppe autour de trois projets &#233;volutifs, qui peuvent s'hybrider : Les Grandes Occasions qui explorent la r&#233;currence et l'&#233;volution des habitus des famili&#232;res et r&#233;currentes f&#234;tes d'anniversaire, de mariage, de naissance et d'enterrement. Des mesures &amp; d&#233;mesures qui s'appuit jusqu'&#224; l'absurde sur l'autorit&#233; r&#234;vante des nombres. La veille et le Lendemain prend note des petits gestes du quotidien et r&#233;v&#232;le un espace &#224; disposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;223&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image5-18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH306/image5-18-3264c.jpg?1748969909' width='500' height='306' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Lartaud
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Seul &#224; seul au milieu des autres. (des mesures &amp; d&#233;mesure) Performance lors de l'exposition Alberto Giacometti. Fondation Edouard Leclerc. 31 octobre 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bVi5m0SyrDc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=bVi5m0SyrDc&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'artiste appara&#238;t au milieu d'un public r&#233;uni lors d'une exposition. Elle se d&#233;place dans l'espace un feuillet &#224; la main, la pr&#233;cision des gestes et de son corps silencieux attire l'attention, quelques spectateurs se retournent et soudain elle parle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence ? C'est commenc&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; il y a longtemps&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a a commenc&#233; avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expansion, refroidissement, fusion, effondrement, expulsion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roche, gaz, poussi&#232;re : nuage en rotation, augmentation de la vitesse, compression, collision, combustion, expansion, refroidissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; il y a plus de 13 milliards d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence en plein vol par une entr&#233;e en mati&#232;re, chocs, roches qui gravitent, qui explosent, qui s'agglom&#232;rent : gaz, feu, poussi&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence par s'emballer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; il y a 4,54 milliards d'ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a a commenc&#233; il y a 300 000 millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence dans les profondeurs, dans les hauteurs ; &#231;a commence dans les plissements, dans les soul&#232;vements&#8230; &#199;a commence dans l'eau, &#231;a commence au chaud, &#231;a commence avec la lumi&#232;re, c'est la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste cherche &#224; montrer et &#224; lever le voile des apparences, &#224; montrer les deux poids deux mesures d'un monde o&#249; chacun veut sortir du nombre, &#224; rappeler l'&#233;vidence de la r&#233;p&#233;tition des cycles naturels et culturels dans lesquels nous &#233;voluons. &#192; l'horizon des cart&#233;siens, le soleil continue de se lever et se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre po&#232;me perform&#233;, elle dira :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche une place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait des jours que je tourne pour trouver une place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, elle avait remont&#233; le r&#233;veil.&lt;br class='autobr' /&gt;
La veille, il avait rempli le frigo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, il avait fait tr&#232;s chaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La veille, le lendemain mais entre-temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche une place. &#199;a fait des heures, des jours, des ann&#233;es&#8230; &#199;a fait des si&#232;cles&#8230; Une &#233;ternit&#233; que je tourne, tourne pour trouver une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;160&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image6-20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH372/image6-20-2147d.jpg?1748969909' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Lartaud
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Lecture-performance, R&#233;versible ? (Combinaison n&#176;41 &#8211; des mesures &amp; d&#233;mesure) site Patrimonial industriel de la chaux, Beffes. 2017.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ses performances est l'occasion d'une n&#233;gociation entre texte et contexte dans l'entre-temps de son actualisation. Le texte, le cheminement du corps parlant dans l'espace et l'&#233;mergence de la po&#232;te performeuse dans le flux liquide des visiteurs courbe l'espace, diffracte le temps lin&#233;aire, disjoint la mesure, pour chacun des spectateurs. Parfois la diction ira jusqu'au cri cristallin qui suspend le sens des mots, &#224; moins que ce ne soit ici, le cri qui nous parle et nous touche. Cette suspension du sens, cet insens&#233; d'une vibration sonore rend paradoxalement la pr&#233;sence &#224; soi et aux autres dans l'espace situ&#233; plus intense.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22469 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image7-22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L467xH800/image7-22-0c39d.jpg?1748969909' width='467' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Francisco de Goya
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le chien, 1819-1823, Mus&#233;e du Prado, Madrid.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces &#339;uvres sont peu appareill&#233;es, un micro-cravate parfois pour Isabelle Lartault, un piano pour Cage ou une marque au sol pour Akio Suzuki, Elles prennent &#224; partie sans injonction nos corps pensants dans une salle de concert, un espace d'exposition ou une ville, autant de milieux techniques desquels elles ne cherchent pas &#224; s'extraire. Elles ont recours aux instruments de mani&#232;re p&#233;riph&#233;rique ainsi, d'un piano qui n'&#233;met aucun son, d'une empreinte sur laquelle on s'arr&#234;te ou pas ou d'une voix humaine perceptible diff&#233;remment d'une oreille &#224; l'autre. Ces &#339;uvres ne sont pas circonscrites dans quelque objet que ce soit, elles n&#233;gocient avec l'existant. Elles interf&#232;rent et m&#233;diatisent la relation affective de l'&#233;coute et du voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image8-24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH147/image8-24-2266f.jpg?1748969909' width='500' height='147' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les actions d'Akio Suzuki, d'Isabelle Lartault ou de John Cage se tiennent en limite de l'imperceptible et subjectivent objectivement l'inattendu. Pleinement dans le sentir du monde, ces &#339;uvres se sont &#233;loign&#233;es des philosophes rationalistes, que furent Descartes et Leibniz, toujours en discussion avec le Mo&#239;se des Tables de la Loi, ou bien des d&#233;bats qui opposaient encore au mitan des ann&#233;es 50 des artistes comme Max Bill et Asger Jorn autour du nouveau Bauhaus &#224; Ulm.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicola PEZOLET, &#171; Le Bauhaus imaginiste contre un Bauhaus imaginaire &#187; : la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bill &#233;tait tourn&#233; vers une fonctionnalit&#233; r&#233;futant toute forme de subjectivit&#233; et &#233;tait pleinement engag&#233; dans la collaboration avec les scientifiques tandis que Jorn d&#233;fendait la n&#233;cessit&#233; d'une cr&#233;ation anarchique. Ces deux versants classique et romantique relevaient des imaginaires id&#233;alistes dont il faudrait traquer la piste en de&#231;&#224; du proc&#232;s de Galil&#233;e. Le philosophe David Abram dans son livre &#171; Comment la terre s'est tue &#187; &#233;voque une piste int&#233;ressante : le passage de l'oralit&#233; &#224; l'alphabet. Il nous rappelle &#224; la signification picturale toujours pr&#233;sente dans l'alphabet s&#233;mitique, qui fut &#233;vacu&#233;e de l'alphabet grec. Ainsi l'aleph pour le nom h&#233;breux de b&#339;uf devenu alpha ou de la lettre beth qui signifiait la maison devenue beta. Le &#171; langage &#187; &#233;crit nous explique-t-il, a commenc&#233; &#224; se s&#233;parer du flux anim&#233; du monde et &#224; devenir une pr&#233;sence anim&#233;e en tant que telle. Les livres font venir &#224; nous des images, des sons comme autant de perceptions sans objet, autrement dit : des hallucinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Platon ou plut&#244;t l'association entre Platon qui &#233;tait alphab&#233;tis&#233; et Socrate qui ne l'&#233;tait presque pas peut-&#234;tre d&#233;finie comme le point charni&#232;re : lorsque le style de conscience sensuel, mim&#233;tique, profond&#233;ment incarn&#233;, qui est propre &#224; l'oralit&#233;, fait place au mode de pens&#233;e plus d&#233;tach&#233;, abstrait qu'engendre le savoir alphab&#233;tique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Davis ABRAM, &#171; Comment La terre s'est tue &#187;, &#233;d. La d&#233;couverte. 2021.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'analyse du psychologue Julian Jaynes sur le saut accompli entre les personnages de l'Iliade &#224; l'Odyss&#233;e va dans ce sens. Si Achille a besoin de l'approbation des dieux pour accomplir ses actes, Ulysse lui, &#233;coute sa voix int&#233;rieure (son moi analogue) tra&#231;ant le chemin vers la conscience. &#171; Le fait fondamental de la cosubjectivit&#233; qu'il faudrait reconstituer &#224; partir de la th&#233;orie psychologique n'appara&#238;t donc ni dans les relations objectives entre le sujet et l'objet, ni dans les transactions affectives entre sujet et sujet, mais uniquement dans ces entit&#233;s, sujet &#8211; nobjet, qui en tant que r&#233;sonance du m&#233;tabolisme psychique, pr&#233;existe &#224; toutes les autres activit&#233;s mat&#233;rielles communicatives &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis POITEVIN, &#171; La naissance de la conscience dans l'effondrement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les nobjets sont des choses, des m&#233;dias ou des personnes qui exercent la fonction de g&#233;nie vivant ou de compl&#233;ment intime. La pr&#233;sence de ses voix d'ailleurs qui s'immiscent dans les foyers d&#232;s l'invention de la radio prolonge la coupure amorc&#233; par l'&#233;criture. Peter Sloterdijk va dans ce sens lorsqu'il s'int&#233;resse aux diff&#233;rents motifs des dyades entre moi et non-moi, f&#339;tus et placenta ou aux figures de g&#233;mellit&#233;s. Il balaie les affirmations sur la n&#233;cessit&#233; qui hantait les classiques en recherche de l'unit&#233; et des romantiques qui se lamentent de cette perte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;107&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image9-26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/image9-26-42ec5.jpg?1772206022' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Hochshule f&#252;r Gestaltung Ulm, 1953-1968. &#171; Temple &#187; du fonctionnalisme allemand d'apr&#232;s-guerre.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les langues de chacune des activit&#233;s artistiques ou scientifiques ont atteint de tels niveaux d'expertises qu'artistes et scientifiques ne se parlent qu'&#224; demi-mots. En 1026, avant la rel&#233;gation provisoire des alchimistes, le moine Guido d'Arezzo rapporte l'histoire suivante : &#171; Un certain Pythagore, grand philosophe, voyageait d'aventure ; on arriva &#224; un atelier o&#249; l'on frappait sur une enclume &#224; l'aide de cinq marteaux. &#201;tonn&#233; de l'agr&#233;able harmonie qu'ils produisaient, notre philosophe s'approcha et, croyant tout d'abord que la qualit&#233; du son et de l'harmonie r&#233;sidait dans les diff&#233;rentes mains, il interchangea les marteaux. Cela fait, chaque marteau conservait le son qui lui &#233;tait propre. Apr&#232;s en avoir retir&#233; un qui &#233;tait dissonant, il pesa les autres et, chose admirable, par la gr&#226;ce de Dieu, le premier, pesait douze, le second neuf, le troisi&#232;me huit, le quatri&#232;me six de je ne sais quelle unit&#233; de poids. Il connut ainsi que la science de la musique r&#233;sidait dans la proportion et le rapport des nombres &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guido D'AREZZO, Micrologus, Trad. Marie No&#234;llle Colette et Jean-Christophe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il est probable que nous ayons tout int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;ouvrir les portes de nos cabinets de curiosit&#233;s, mais avec pr&#233;caution, car il serait facile de remettre en sc&#232;ne un nouveau dieu unifiant les harmoniques ou de nouvelles chim&#232;res comme des &#339;uvres-objets destin&#233;s &#224; produire un suppl&#233;ment d'&#226;me ou une d&#233;monstration de physique amusante dans une facult&#233; des sciences. Il n'y a pas de rapport sexuel entre l'art et la science, parce l'art et la science sont des entit&#233;s conceptuelles essentialis&#233;s. Il est pr&#233;f&#233;rable d'examiner les &#339;uvres et les productions scientifiques, culturellement inscrites dans telle ou telle soci&#233;t&#233; et d'observer le fonctionnement de ces dyades. Les &#339;uvres contemporaines ne sont pas des manifestes jet&#233;s &#224; la face proclamant une v&#233;rit&#233; sur ce qui nous entoure. Elles se tiennent en vigie et composent avec la symbiopoi&#234;se dont elles sont partie prenante. Elles vectorisent la gauch&#232;re synchronie du corps en mouvement et entrent en affection et sans peur avec les voix qui en nous r&#233;sonnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une science affect&#233;e par son objet &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Stengers observe &#171; qu'au sein d'une population riche et diverse de pratiques cognitives, notre science occupe la position singuli&#232;re d'&#233;coute po&#233;tique de la nature &#8211; au sens &#233;tymologique o&#249; le po&#232;te est un fabricant &#8211; exploration active, manipulatrice et calculatrice, mais d&#233;sormais capable de respecter la nature qu'elle fait parler &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle STENGERS, &#171; Civiliser la modernit&#233; &#187;, &#233;d. Les presses du r&#233;el, 2017.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cet indicible, qui se manifeste est le sujet de pr&#233;dilection des artistes et des scientifiques surpris par ces baignoires qui d&#233;bordent ; ces pommes, qui soudainement se d&#233;tachent ou ces roues de bicyclette qui s'animent en feu follet. Isabelle Stengers insiste : &#171; Les plus fondamentales de nos th&#233;ories se d&#233;finissent d&#233;sormais comme l'&#339;uvre d'&#234;tres inscrit dans le monde qu'ils explorent &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ilya PRIGOGINE &amp; Isabelle STENGERS, &#171; La nouvelle alliance &#187;, P.45. &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les humains t&#233;moignent de l'attention, qu'ils portent &#224; l'invisible et &#224; l'inaudible qui nous touche et nous traverse. Ils m&#232;nent des enqu&#234;tes po&#233;tiques d'arts et de sciences qui se contaminent l'une l'autre. La recherche ne consid&#232;re plus le terrain d'&#233;tude et d'exp&#233;rimentation depuis un regard surplombant. En ce sens, la science aurait abandonn&#233; toute illusion d'extraterritorialit&#233; th&#233;orique. Les fen&#234;tres offrent des points de vue ; &#224; travers elles nous voyons le dehors depuis le dedans : les Grecs appelaient une telle vision th&#233;oria : pas besoin de se mouiller pour regarder.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Villem FLUSSER, &#171; Nous sommes tous les enfants de Marie Curie &#187;, P.213. &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pluie, le nez au vent les terrestres sont travers&#233;s par les poussi&#232;res d'&#233;toiles, ils cohabitent avec les multiples esp&#232;ces de virus et de bact&#233;ries qui vont et viennent. Comme nous le rappelle la biologiste Lynn Margulis &#171; Les organismes individuels ne sont pas des formes platoniciennes bien d&#233;finies &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lynn MARGULIS &amp; Dorion SAGAN, &#171; Microsmos &#187;, P.177. &#233;d. Wildproject. 2022.&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un organite (&#8230;) vit &#224; l'int&#233;rieur d'une amibe qui vit dans les intestins d'un mammif&#232;re, qui vit dans une for&#234;t de la plan&#232;te vit dans plusieurs mondes embo&#238;t&#233;s, qui fournissent chacun leur propre cadre de r&#233;f&#233;rence et leur propre r&#233;alit&#233; &#187;. Les &#339;uvres d'arts contemporaines et les d&#233;couvertes scientifiques apparaissent dans des espaces culturels, selon des temporalit&#233;s et des spatialit&#233;s variables, incluses dans un milieu qui les d&#233;borde de tout c&#244;t&#233;. Elles construisent, s'enchev&#234;trent et tissent des jeux de ficelles qui se renouvellent sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces humains en qu&#234;te parcourent donc les sentes, &#224; l'aff&#251;t des traces laiss&#233;es par l'impr&#233;visible affection qui les relient aux vivants, aux morts et maintenant aux objets techniques incorpor&#233;s. Ils sont conscients d'&#234;tre les fragiles sujets du monde qui les affectent et qu'ils affectent en retour. Leurs arts et sciences devraient s'avancer avec pr&#233;caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;potoir de l'anthropoc&#232;ne, &#234;tre sur &#171; Ga&#239;a &#187; et exister dans la &#171; zone sensible &#187;, c'est renoncer &#224; l'illusion de la distance ontologique et de la distance avec le monde qui nous accueille et nous habite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John CAGE. 4'33&#8216;' 1952. &lt;a href=&#034;https://brahms.ircam.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brahms.ircam.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Serres, &#171; H&#233;rmes II, L'interf&#233;rence, &#233;d. Les &#233;ditions de Minuit, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicola PEZOLET, &#171; Le Bauhaus imaginiste contre un Bauhaus imaginaire &#187; : la pol&#233;mique autour de la question du fonctionnalisme entre Asger Jorn et Max Bill. D&#233;partement d'histoire. Facult&#233; des Lettres. Universit&#233; de Laval, Qu&#233;bec. 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Davis ABRAM, &#171; Comment La terre s'est tue &#187;, &#233;d. La d&#233;couverte. 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis POITEVIN, &#171; La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral &#187;. Postface, &#171; Pourquoi lire Julian Jayne aujourd'hui &#187; &#233;d. Fage. 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guido D'AREZZO, Micrologus, Trad. Marie No&#234;llle Colette et Jean-Christophe Jolivet, chap XX. Vers 1026. &#233;d. PMC. 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle STENGERS, &#171; Civiliser la modernit&#233; &#187;, &#233;d. Les presses du r&#233;el, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ilya PRIGOGINE &amp; Isabelle STENGERS, &#171; La nouvelle alliance &#187;, P.45. &#233;d. Gallimard. 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Villem FLUSSER, &#171; Nous sommes tous les enfants de Marie Curie &#187;, P.213. &#233;d. Wildproject. 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lynn MARGULIS &amp; Dorion SAGAN, &#171; Microsmos &#187;, P.177. &#233;d. Wildproject. 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : John Cage, &lt;i&gt;&#8220;4'33&#8221;&lt;/i&gt; (1952/1953), ink on paper, The Museum of Modern Art, New York.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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