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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>L'adresse de l'&#339;uvre d'art &#224; n'importe qui, aujourd'hui ? </title>
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		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
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		<dc:subject>art public</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art-public" rel="tag"&gt;art public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2633-c05ef.jpg?1772196872' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;). Ses usages sont aussi fonction des mutations sociales et scolaires, et donc aussi des orientations politiques de ceux qui en parlent. Le probl&#232;me est que de nombreux usages se r&#233;duisent souvent &#224; vouloir &#171; conqu&#233;rir du public &#187;, &#171; attirer du public &#187;, etc., toutes versions qui traitent du public de mani&#232;re quantitative. Pourtant, il est possible d'envisager cette question du public autrement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ce th&#232;me de la Semaine de la Pop Philosophie SAISON XVI (2024), d&#233;roul&#233;e &#224; Marseille, renvoie non seulement &#224; une proposition de son organisateur depuis longtemps, Jacques Serrano, mais encore &#224; une interrogation sur la notion de &#171; public &#187;, sur la r&#233;alit&#233; de celui-ci et la mani&#232;re de l'aborder. Serrano a fond&#233; jadis &#171; Pop Philosophie &#187; sous l'inspiration de Gilles Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourparlers, Paris, Minuit, 1990, p. 10&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette ann&#233;e, il a impos&#233; ce titre, &#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ad&#233;quat aux soucis de l'&#233;poque, &#224; ses interlocuteurs : Francesco Masci, Fran&#231;oise Gaillard, Jean-Marie Schaeffer, Christian Ruby, Robin Renucci, Constance Rivi&#232;re, Emmanuel Wallon et bien d'autres, philosophes ou historiennes et historiens d'art concern&#233;s par les missions publiques. Avec les nombreux auditrices et auditeurs, ils ont d&#233;pouill&#233; cette interrogation &#224; l'aune du temps pr&#233;sent &#8212; entre r&#233;f&#233;rences aux classes sociales, &#224; la fracture &#171; haute culture &#187; / &#171; culture populaire &#187;, aux discriminations, &#224; la diversit&#233; de la population relativement aux canons des arts, aux droits culturels, &#224; la mondialisation culturelle, etc. &#8212;, tout en travaillant avec des artistes contemporains au nombre desquels Jean-Baptiste Farkas et Christophe Apprill.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image00002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/image00002-79e7f.jpg?1739715832' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;vidences portant sur &#171; le public &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son fond, le fil conducteur des r&#233;flexions ne pouvait qu'&#234;tre le suivant : de nos jours, dans les missions artistiques et culturelles ouvertes sur le service (public) de la population, comment mise-t-on (ou peut-on miser) moins sur l'attraction du nombre que sur l'intelligence &#233;gale des participants, au titre de &#171; public &#187; ? Encore faut-il que cette notion de &#171; public &#187; soit &#233;clair&#233;e, si possible &#224; partir de pratiques de spectatrices et spectateurs, voire auditrices et auditeurs, regardeurs...Or sur ce plan, nous devons d'embl&#233;e nous m&#233;fier d'une fr&#233;quente adh&#233;sion trop rapide &#224; ce qui se dit dans le d&#233;bat m&#233;diatique et mondain sur le &#171; public &#187; contemporain. Toujours pris pour une entit&#233; pr&#233;existante au lieu d'un devenir. Toujours regard&#233; au prisme de l'inculture. &#171; Le public &#187; et notamment &#171; le grand public &#187; est accus&#233; d'entretenir un rapport esth&#233;tique et social m&#233;caniquement d&#233;pr&#233;ciateur &#224; l'art contemporain. De ce fait, la place qu'on lui r&#233;serve dans les institutions est soumise aux m&#233;diations culturelles ou &#224; l'&#201;ducation Artistique et Culturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque se pose la question de savoir si l'art &#8212; sous ses nombreuses esp&#232;ces &#8212; a encore vocation ou non &#224; concerner, de nos jours, toutes les citoyennes et tous les citoyens, une foule d'&#233;vidences pleines, peu av&#233;r&#233;es, reposant sur des hypostases &#8211; sur un art contemporain qui aurait dissous l'Art dans les traits de la consommation culturelle marchande, une d&#233;mocratie soumise &#224; esth&#233;tisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, un capitalisme investissant les objets de consommation des attributs symboliques des arts, un &#171; public &#187; c&#233;l&#233;brant la seule magie de l'&#233;pate, sans doute aussi sur l'universel &#8212; remplit ces propos tenus dans l'espace public en forme de d&#233;ploration. En g&#233;n&#233;ral, ces &#171; th&#233;ories &#187; du pr&#233;sent font de l'esth&#233;tique mass-m&#233;diatique, spectaculaire et marchande, le signe et la mesure quasi-exclusifs du temps pr&#233;sent et ne se signalent par aucune critique artistique, remplac&#233;e plut&#244;t par une p&#233;joration. Elles sont de surcro&#238;t souvent relatives &#224; l'optique abstraite d'une d&#233;mocratisation culturelle surplombante ou d'une d&#233;mocratie culturelle seulement &#171; participative &#187;, dont elles affirment l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &#233;vidences &#187; s'interdisent de reconna&#238;tre que, outre faire entrer le domaine des arts dans une r&#233;flexion politique intrins&#232;que, la notion d'un &#171; Art pour tous/tes &#187; peut &#234;tre &#233;valu&#233;e &#224; une autre aune que celle d'une ali&#233;nation telle que d&#233;crite encore r&#233;cemment par Francesco Masci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Superstitions, Paris, Allia, 2023&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au moins trois aunes potentielles : celle d'un principe (l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui de l'art d'exposition depuis la Renaissance), d'un grand r&#233;cit (en faveur du public &#171; &#233;loign&#233; &#187; contre l'&#233;lite &#171; bourgeoise &#187;) ou d'une fiction modeste alimentant des pratiques destin&#233;es &#224; appuyer l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie encore vide &#224; accomplir. Trois aunes qui se c&#244;toient d'ailleurs de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes nombreux sont les indices de l'existence d'un capitalisme marchand et d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale &#233;tatique fragilis&#233;e, qui ne sert plus d'&#233;tayage &#224; l'existence des citoyennes et des citoyens. Certes aussi l'&#201;tat, les r&#233;gions, les municipalit&#233;s voudraient bien &#234;tre &#171; sauv&#233;es &#187; de leurs d&#233;boires divers par l'Art &#8212; du moins jusqu'&#224; une date r&#233;cente et les remises en question des politiques culturelles de r&#233;gions et de villes qui s'acharnent &#224; renverser ce paradigme &#8212;, en captant un rayon de sa lumi&#232;re afin de distraire les populations, au prix d'une &#171; communication cibl&#233;e &#187; et de s'&#233;garer dans une d&#233;finition de la culture comme ensemble d'activit&#233;s inoffensives, d&#233;coratives, voire ludiques. Mais ce n'est pas une raison pour rester aveugle &#224; des formes possibles d'exercices artistiques qui pourraient encore assumer un lien positif &#8212; sous tendu de l'universel : &#171; culture pour tou(te)s &#187;, &#171; culture pour chacun(e) &#187;, &#171; culture pour tout un chacun(e) &#187; selon l'expression de Jean-Gabriel Carasso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je serai ministre de la Culture, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; entre art contemporain et n'importe qui, des spectateurs/spectatrices potentiels. Il existe toujours en ces formes des ressources critiques permettant de ne pas se contenter des soi-disant signes exclusifs du temps pr&#233;sent d&#233;crits ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique reste plus proprement la possibilit&#233; d'ajuster moins une politique culturelle &#224; l'Art &#8212; l'Art pens&#233; comme entit&#233;, bloc uniforme, essence, valeur, et des politiques de service public soumises &#224; g&#233;om&#233;trie variable selon les partis politiques, etc. &#8212; que celle de soutenir la politique immanente de pratiques artistiques multiples, ouvertes &#224; leur fr&#233;quentation (et &#224; la reprise n&#233;cessaire de celle-ci pour &#171; entrer &#187; dans les &#339;uvres) et reconnaissance par n'importe qui, non pas de ses envies, mais de sa capacit&#233; &#224; se transformer culturellement. Cette autre mani&#232;re d'aborder la politique r&#233;cuserait justement deux autres versions : d'une part, l'Art catalogu&#233; en consensus universel de type populiste &#224; destination d'un &#171; public &#187; pr&#233;tendument r&#233;alis&#233; ou pour lequel les arts devraient c&#233;l&#233;brer l'unit&#233; du corps politique identifi&#233; au public d'&#233;lite ; d'autre part, l'Art catalogu&#233; en irr&#233;ductible n&#233;gativit&#233; aupr&#232;s d'une classe ouvri&#232;re marginalis&#233;e, dont la notion cette fois opposerait le caract&#232;re original de l'&#339;uvre d'art &#224; la standardisation de la vie instaur&#233;e par le capitalisme, oubliant la dimension centrale de l'&#233;mancipation port&#233;e par le rapport aux &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de penser que l'art contemporain, s'il ne prolonge ni l'enthousiasme des Lumi&#232;res, ni la n&#233;gativit&#233; moderniste, pr&#233;serve une part anticipatrice d'un monde remani&#233; pour et par tous&#183;tes. L'art contemporain, en effet, pers&#233;v&#232;re &#224; entretenir un r&#233;gime de fiction, de construction imaginaire (&#171; pour tous&#183;tes &#187;), sans le soumettre pour autant &#224; un grand r&#233;cit surplombant, qui le rattache sans critique &#224; une option politique g&#233;n&#233;rale et essentialis&#233;e (LA d&#233;mocratie). L'essentiel est dans sa recherche nouvelle d'une transitivit&#233; discut&#233;e oppos&#233;e &#224; l'exc&#232;s et au spectaculaire, sensible souvent dans l'art en public ouvert aux d&#233;bats publics, r&#233;ellement d&#233;mocratiques. Apr&#232;s tout, ce qui fait de l'art contemporain un &#233;l&#233;ment vital de notre soci&#233;t&#233;, c'est sa mani&#232;re de ne plus se contenter de d&#233;velopper chacune des formes possibles de s&#233;cession par rapport aux modes de perception ou de pens&#233;e de l'art, mais de se confronter aux formes de vie et de communaut&#233;, de &#171; maisons communes &#187; fictives.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L251xH201/ben_l_art_est_une_illusion-2-74ab9.jpg?1740432478' width='251' height='201' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le public &#187;, un principe et une r&#233;alit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la modernit&#233;, la dimension du public, dans les arts et la culture, est, il est vrai, d'abord une affaire de principe crucial. L'id&#233;e d'art n&#233;e &#224; partir de la Renaissance, et ses pratiques, repose sur ce principe : l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; tous&#183;tes ou &#224; chacune et chacun. Ce principe distingue l'art d'exposition de l'art de culte, le premier r&#233;f&#233;rant &#224; un &#171; public &#187;, le second au divin. Cependant, il n'est pas difficile d'observer qu'entre le principe, universalisant, et son effectivit&#233;, un hiatus social certain s'est instaur&#233; en termes de discrimination sociale, de parit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce hiatus, se sont esquiss&#233;es la plupart des esth&#233;tiques modernes dont se r&#233;clament les organisateurs de la venue du &#171; public &#187; dans les institutions d'art et de culture. En ces esth&#233;tiques, la r&#233;ponse &#224; ce hiatus a pris l'orientation suivante : comment supprimer ce hiatus, tout du moins le r&#233;duire, par cons&#233;quent r&#233;unir le plus grand nombre possible de spectateurs/spectatrices ou auditeurs/auditrices en un &#171; public &#187; ? Ce qui a souvent impliqu&#233; que l'adresse universelle soit d&#233;tourn&#233;e en adresse &#224; juger par le nombre de personnes pr&#233;sentes au spectacle ou par un type de population, un genre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce principe et ces distorsions, ces esth&#233;tiques et les professionnels &lt;br class='autobr' /&gt;
de la mise en &#339;uvre des arts r&#233;pondent ainsi : il est possible &#8212; et dans les cas d'option &#171; de gauche &#187;, n&#233;cessaire &#8212; de supprimer ce hiatus. Comment ? Soit par &#233;l&#233;vation des &#233;vinc&#233;s (en les cultivant !) ; soit par int&#233;gration des exclus (il est possible de faire mieux !) ; soit en les extrayant de leur situation ali&#233;n&#233;e (par promotion culturelle paternaliste !). Dans ces options, un seul objectif s'affiche : un souhait d'&#233;largissement num&#233;rique et social pes&#233; &#224; l'aune du public d&#233;j&#224; inclus, structurellement et culturellement privil&#233;gi&#233;, au besoin par des p&#233;dagogies de surplomb &#224; l'endroit de &#171; nouveaux publics &#187; &#224; domestiquer (mais justement, ils ne sont pas encore des publics !), dans lesquelles certain(e)s parlent &#224; la place des autres et visent l'augmentation de statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'entre eux renoncent &#224; ce v&#339;u d'extension quantitative, en se confrontant au probl&#232;me autrement. En tentant, par exemple, de changer/r&#233;inventer le rapport entretenu avec &#171; le public &#187; et sa notion, de changer le regard ou l'approche des arts dans leur dimension d'adresse, en affirmant que la difficult&#233; ne r&#233;side pas dans un accroissement du public &#224; obtenir pour le soi-disant plus grand bien de tous&#183;tes et des arts, en r&#233;alit&#233; d'un corps civique uniformis&#233;. De telles conceptions diff&#233;rentes valorisent un autre traitement de la question, &#224; partir de l'affirmation de l'&#233;galit&#233; des intelligences entre citoyennes et citoyens en rapport avec les &#339;uvres et la diffusion culturelle, supprimant toute vis&#233;e de surplomb born&#233;e &#224; une simple correction de la situation, et toute vis&#233;e de la critique des partages du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles s'opposent ainsi &#224; ce que &#171; public &#187;, relativement aux arts et &#224; l'esth&#233;tique, fasse le plus souvent l'objet de m&#233;pris, d'indiff&#233;rences, de critiques acerbes et g&#233;n&#233;rales, ou d'une valorisation &#224; l'aune d'une tradition, nous l'avons &#233;crit. Elles r&#233;futent le fait que les milieux culturels finissent par se situer au c&#339;ur d'un paradoxe : &#171; nous &#187; avons besoin du public mais il ne cesse de &#171; nous &#187; importuner. Imaginaire n&#233;gatif donc ! &#171; Passif &#187;, dit-on, &#171; aveugle &#187;, &#171; fait d'individus sans qualit&#233;, non pr&#233;par&#233;s &#187;, ou ainsi que l'expose &#201;mile Zola en forme de st&#233;r&#233;otype : le &lt;i&gt;&#171; public ne comprendra pas [&#8230;], devant une peinture qui bouscule, on n'a encore jamais vu &#231;a &#187;&lt;/i&gt; ; et pourtant r&#233;plique le peintre (Claude Lantier) &lt;i&gt;&#171; si on n'avait encore jamais vu cela, on le verrait ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; on s'en fichait bien du public ! &#187;&lt;/i&gt;. Ces consid&#233;rations paradoxales sont connues, quand elles ne tombent pas, pareillement, sous le coup du &#171; paradoxe du spectateur &#187; tel que l'&#233;nonce Jacques Ranci&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce paradoxe est simple &#224; formuler : il n'y a pas de th&#233;&#226;tre sans spectateur (f&#251;t-ce un spectateur unique et cach&#233;, comme dans la repr&#233;sentation fictive du&lt;/i&gt; Fils naturel &lt;i&gt;qui donne lieu aux&lt;/i&gt; Entretiens &lt;i&gt;de Diderot&lt;/i&gt;). &lt;i&gt;Or, disent les accusateurs, c'est un mal d'&#234;tre spectateur pour deux raisons au moins. Regarder n'est pas conna&#238;tre, et n'est pas agir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le spectateur &#233;mancip&#233;, Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces autres conceptions du public font encore remarquer que le type de r&#233;flexion m&#233;prisante sur le public est moins cern&#233; par une connaissance que par un regard brid&#233; par la d&#233;termination d'une essence (identit&#233;, uniformit&#233;, mono-r&#233;f&#233;rence). &#171; Le &#187; public se d&#233;finirait, essentiellement, comme ensemble de r&#233;cepteurs contemplatifs des &#339;uvres, appliqu&#233;s et capables de les juger. Le paradoxe cit&#233; ci-dessus r&#233;sulte d'ailleurs de ce regard, confrontant la r&#233;alit&#233; avec cette essence (perception distraite, rumeurs traversant le jugement), puisque chacun(e) des membres du public pr&#233;sents aux &#339;uvres ne sont pas tels, et surtout tr&#232;s divers. Beaucoup seraient ignorants des r&#232;gles de l'art, agit&#233;s, inattentifs, lorsqu'ils s'ins&#232;rent dans le cours du spectacle ou dans les dispositifs d'accessibilit&#233; &#224; l'art. Ce qui &#233;videmment serait &#224; prouver ou &#224; analyser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il demeure que l'usage du terme &#171; public &#187; n'est pas compris dans toute son ampleur. Non seulement, en dehors de son emploi dans la sph&#232;re politique (domaine public, lieu public, en public), dans la sph&#232;re des arts et de la culture, il est utilis&#233; &#224; partir de st&#233;r&#233;otypes mais les propos laissent croire que &#171; le public &#187; existerait en dehors d'une corr&#233;lation &#224; des &#339;uvres (spectacles ou autres). Ainsi parle-t-on de &#171; publics emp&#234;ch&#233;s &#187; (mais alors ils ne sont pas des publics !), de &#171; non-publics &#187; (&#233;trange expression), de &#171; public oppositionnel &#187; (qui jugerait &#224; bon droit une &#339;uvre sans l'avoir vue), etc. !, cette derni&#232;re expression appliquant la notion de &#171; public &#187; &#224; des personnes qui n'ont pas vu les &#339;uvres dont elles parleraient avec pertinence pour en contester la teneur. Au lieu, il faut l'affirmer, de se contenter de parler &#224; leur endroit d'une &#171; vigilance citoyenne &#187; toujours possible &#224; prodiguer, mais qui ne peut viser l'&#339;uvre non vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propos m&#233;prisants, par ailleurs, outre leur absence de r&#233;flexion politique sur le sujet, ignorent totalement le fait que des expositions d'&#339;uvres d'art contemporain, des artistes, des institutions d'art se vouent &#224; des exercices p&#233;dagogiques d'action culturelle, d'attraction d'habitantes et d'habitants, &#224; des tentatives de formation au devenir public, &#224; l'&#233;laboration d'instances de pr&#233;paration &#224; l'adresse de citoyennes et citoyens dits &#171; artistiquement d&#233;favoris&#233;s &#187;, voire &#224; des exercices de participation pour des habitant(e)s &#224; muer en publics. C'est au moins un parti-pris, m&#234;me s'il reste en droite ligne du pr&#233;suppos&#233; d'une distance &#224; effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les projets d'&#233;ducation artistique et culturelle ne reposent-ils pas, de nos jours, sur des pr&#233;suppos&#233;s semblables, largement marqu&#233;s au sceau du surplomb et parfois d'une id&#233;ologie &lt;i&gt;aufkl&#228;rer&lt;/i&gt; ? Cela dit, m&#234;me si ces exercices se plient encore &#224; la volont&#233; d'&#233;largir le public, ils prouvent qu'il n'est pas de public des arts en dehors d'un rapport aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/mac-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/mac-2-f91b4.jpg?1740309220' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quatri&#232;me mur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Tanguy, Rom&#233;o Castellucci pour le th&#233;&#226;tre, nombre d'organisatrices et organisateurs d'expositions, de directrices et directeurs de salles de cin&#233;ma, se refusent &#224; avaliser cette id&#233;e du public en &#171; quatri&#232;me mur &#187; m&#233;pris&#233; et &#224; &#233;duquer. C'est sans doute elle qui a engag&#233; un nouveau paradoxe du &#171; public &#187; : depuis quelques d&#233;cennies, les metteuses et metteurs en sc&#232;ne ne veulent plus de ce qu'ils appellent un spectateur passif, ils veulent recevoir des spectateurs actifs, susceptibles de recr&#233;er au th&#233;&#226;tre des communaut&#233;s vivantes, voire politiques. Ils proposent donc des &#339;uvres participatives, des installations du c&#244;t&#233; des plasticiens. Mais, et l&#224; se trouve un paradoxe r&#233;el, les uns et les autres ont du mal &#224; se retrouver devant des spectateurs qui se mobilisent au-del&#224; de ce qu'ils leur demandent, &#224; la mani&#232;re du spectateur d&#233;crit dans le film Yannick (de Quentin Dupieux, 2023). En l'occurrence, ce qu'on semble d&#233;couvrir d&#233;sormais avec peine, lorsque s'affichent des manifestations publiques de d&#233;saccords, des d&#233;parts en cours de repr&#233;sentation&#8230;ou des interpellations des acteurs. Parfois aussi des descentes de gradins bien marqu&#233;es (l'une d'elles vue et entendue &#224; Avignon). Ou racont&#233; par Laurence Chable, deux hommes qui partent et s'arr&#234;tent devant les acteurs en cours de repr&#233;sentation pour d&#233;clarer : &lt;i&gt;&#171; au revoir, messieurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy, Montreuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant qu'on ne d&#233;rive pas ! C'est bien de l'appr&#233;hension du public qu'il s'agit, car ces actions sont conduites par des personnes qui ont assist&#233; &#224; la pi&#232;ce. C'est pour elle que le metteur en sc&#232;ne Fran&#231;ois Tanguy a invent&#233; un dispositif : pr&#233;voir un comit&#233; d'accueil de sortie, dehors, pour que celles et ceux qui se plaignent de fa&#231;on ostentatoire puissent le faire, dire leur rage, sans trop perturber quand m&#234;me le d&#233;roulement de la pi&#232;ce ; pr&#233;server le regard sur l'&#339;uvre, mais discuter des regards (h&#233;ritage de Brecht). Ce qui peut se moduler en plusieurs orientations vives de nos jours : vis-&#224;-vis des probl&#232;mes d&#233;coloniaux, de genre, de droits culturels, etc. L'id&#233;e : on n'est pas d'accord, donc on en parle, plut&#244;t que de censurer ou de gommer. En un mot, Tanguy d&#233;ployait l'id&#233;e de r&#233;futer la s&#233;paration du public, le 4&#7497; mur. La question : &#171; Qu'est-ce que je fabrique quand je cr&#233;e ? &#187; et que l'autre n'emprunte peut-&#234;tre pas le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ordre d'id&#233;e, Olivier Neveux, professeur d'histoire et d'esth&#233;tique du th&#233;&#226;tre (ENS, Lyon), rench&#233;rit : &lt;i&gt;&#171; assister &#224; une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, c'est &#234;tre renvoy&#233; au caract&#232;re fabriqu&#233; de son regard, &#224; ses assignations, se demander comment on regarde (et pas seulement ce que l'on regarde) et quel travail il est n&#233;cessaire de faire sur son imaginaire &#187;&lt;/i&gt;. D'ailleurs, personne ne peut ignorer l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des salles contenant du public en &#339;uvre. Personne n'y a vraiment v&#233;cu la m&#234;me chose. &lt;i&gt;&#171; Mais&lt;/i&gt;, ajoute-t-il, &lt;i&gt;on n'est pas l&#224; pour d&#233;fendre sa vision. Plut&#244;t pour la confronter, et faire aussi soi-m&#234;me l'exp&#233;rience de toutes les fois o&#249; le regard est ab&#238;m&#233;, paresseux, rapt&#233; par la d&#233;magogie &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, du point de vue des arts et de l'art contemporain, nous assistons plut&#244;t &#224; une r&#233;sistance de leur part, non &#224; l'&#233;gard &#171; du public &#187;, mais envers le discours mondain du milieu de l'art et de ses acteurs. Cette r&#233;sistance s'exerce &#224; l'&#233;gard de leurs m&#233;pris du public dont les formules traversent galeries, mus&#233;es, collectionneurs, et une certaine histoire de l'art&#8230; Enfin, m&#234;me si l'art contemporain n'exprime plus ses options en termes de &#171; Non &#187;, il s'investit dans les mani&#232;res dont les publics se saisissent des propositions artistiques, surtout &#224; l'&#233;poque des droits culturels&#8230; des hybridations, m&#233;langes, m&#233;tissages, cr&#233;olisations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, avec ce th&#232;me de &#171; L'art pour tous&#183;tes &#187;, pour y revenir, nous sommes &#224; la fois du c&#244;t&#233; des politiques culturelles et du c&#244;t&#233; des pratiques artistiques : quelle politique artistique pour tous&#183;tes, et quelle pratique adress&#233;e encore &#224; tous&#183;tes, mais surtout pourquoi ? Nous parlons donc toujours d'art (type d'&#339;uvres et d&#233;finition de l'art et de ses lieux, attentes et motivations des artistes), d'esth&#233;tique (codes, concepts du monde de l'art, sensible, rejets et controverses) ou de sociologie (public, institutions, la construction des valeurs, appropriation, interactions sociales, l'urbain) m&#234;me si on m&#233;lange l'id&#233;e d'Art et des &#339;uvres et des pratiques. Mais surtout nous parlons de &#171; politique &#187; : d'une fiction possible pour une politique culturelle d'&#233;mancipation, d'une fiction qui s'adresse aussi aux syst&#232;mes de financement des arts, comme aux diff&#233;rents probl&#232;mes pos&#233;s par l'usage de la notion de cr&#233;ativit&#233; (ville cr&#233;ative, capitalisme cr&#233;atif, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain (mais soyons vigilants sur ces notions globalisantes) b&#233;n&#233;ficie du partage classique du face &#224; face acquis dans les conditions de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui. Il sait que l'&#339;uvre contient d'abord une n&#233;cessit&#233; d'exister (selon le mot de Novalis). Il b&#233;n&#233;ficie non moins de l'exp&#233;rience du sublime moderne des avant-gardes. Mais il se voue &#224; l'interf&#233;rence au lieu du surplomb, dans laquelle il fait jouer le savoir de son histoire : l'&#339;uvre qui n&#233;gligerait compl&#232;tement sa responsabilit&#233; envers elle-m&#234;me serait incons&#233;quente. L'&#339;uvre est au travail de sa propre r&#233;alisation. Le public n'est pas le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre - elle d&#233;fie m&#234;me le public, mais en s'adressant au devenir public de la foule ou des habitants et habitantes ou des citoyennes et citoyens. Le public vivant dans les salles, aupr&#232;s des &#339;uvres, constitue un devenir incontournable. L'art contemporain compl&#232;te ce savoir par un id&#233;al de d&#233;mocratie participative : loin de relever uniquement d'un face-a&#768;-face, d'une relation de producteur a&#768; r&#233;cepteur &#8212; ou&#768; ce dernier n'est qu'un destinataire &#8212;, artistes et citadins co-construisent, moins une &#339;uvre, qu'une interaction sociale et culturelle sp&#233;cifique. L'analyse de ces propositions et, en filigrane, des processus qui voient l'&#233;mergence de nouveaux crit&#232;res et valeurs esthe&#769;tiques est l'occasion d'interroger ces moments critiques de l'&#233;laboration et de l'appr&#233;ciation esth&#233;tique, qui r&#233;v&#232;lent la capacit&#233; des cre&#769;ateurs d'une part, des r&#233;cepteurs d'autre part, de modifier leur relation conjointe et &#224; l'orienter vers une politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/affiche_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH494/affiche_-2-f6024.jpg?1740309220' width='500' height='494' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;****&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Concernant la question du public des arts, ce qui serait int&#233;ressant, ce serait de savoir ce qui se passerait si une politique culturelle renversait la perspective (sous couvert d'une nouvelle fiction) : quel tous/toutes pour l'art/Art ou pour quelle conception de l'art ? Ainsi passerait-on d'une commande, sans doute envoy&#233;e &#224; la mauvaise adresse, &#224; la possibilit&#233; pour chacune et chacun, donc pour n'importe qui, de se commander &#224; soi-m&#234;me un faire ou un regarder (&#233;couter&#8230;), un faire-regarder ou un regarder-faire. &#192; supposer que cette correction et ce renversement soient pens&#233;s, il faudrait encore revenir sur les notions en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synth&#233;tisons le point : &#192; la question, qui devrait plut&#244;t &#234;tre celle de l'appropriation : L'art pour n'importe qui ? Concernant la pr&#233;position, une r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour la gloire, c'est &#234;tre enseveli sous les lauriers,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour l'argent, c'est trop mesquin,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour soi, c'est trop chiche,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour un(e) seul(e), c'est tr&#232;s &#233;triqu&#233;,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour des millions, c'est un trop grand poids, &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour le &#171; peuple &#187;, c'est suspect,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour une prestation civique, c'est c&#233;der &#224; l'animation,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Non ! &#338;uvrer seulement pour l'&#339;uvre elle-m&#234;me,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;C'est elle qui dessine l'adresse, et ind&#233;termin&#233;e, et attend n'importe qui. &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Qui s'y corr&#232;le s'y noue toujours pour lui-m&#234;me et pour toutes et tous ?&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1990, p. 10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Superstitions&lt;/i&gt;, Paris, Allia, 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Quand je serai ministre de la Culture&lt;/i&gt;, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;,&lt;/i&gt; Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy&lt;/i&gt;, Montreuil, &#201;ditions Th&#233;&#226;trales, 2024, p.70&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le p&#233;rilleux exercice public de l'art</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Le-perilleux-exercice-public-de-l</link>
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		<dc:date>2024-12-27T10:20:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby et Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>sculpture</dc:subject>
		<dc:subject>art public</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Par la s&#233;rie d'articles que je publie dans TK 21 autour du travail d'un ou d'une artiste, mon objectif est, apr&#232;s rencontres et discussions, de d&#233;crire et de commenter pour le public un certain nombre de propositions artistiques dans le contexte qui est le leur, et de tenter de susciter et de multiplier les relations qui peuvent se tisser entre les cr&#233;atrices/eurs, les artistes et les publics des expositions, les citadin(e)s et la ville lorsqu'il s'agit d'art public.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art-public" rel="tag"&gt;art public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2592-6fc80.jpg?1772186868' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par la s&#233;rie d'articles que je publie dans TK 21 autour du travail d'un ou d'une artiste, mon objectif est, apr&#232;s rencontres et discussions, de d&#233;crire et de commenter pour le public un certain nombre de propositions artistiques dans le contexte qui est le leur, et de tenter de susciter et de multiplier les relations qui peuvent se tisser entre les cr&#233;atrices/eurs, les artistes et les publics des expositions, les citadin(e)s et la ville lorsqu'il s'agit d'art public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que ces relations soient qualifi&#233;es et qualifiables d'esth&#233;tique ou non, selon les significations pr&#234;t&#233;es &#224; ce terme dans le cadre de l'art contemporain, elles sont centrales puisque, paradoxalement, elles doivent assumer, de nos jours, ce qui a fond&#233; l'art classique &#224; partir de la Renaissance : l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; chacune et chacun, et la rupture avec les avant-gardes du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'on rencontre dans les pratiques contemporaines. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les &#339;uvres dont il est question, petit &#224; petit, sont d&#233;sormais des &#339;uvres originales, destin&#233;es &#224; des espaces ouverts et pluriels et pas uniquement au White Cube, notamment les lieux urbains collectifs. C'est au sein de cette option que se joue aussi la r&#233;publique contemporaine, la res-publica, par cons&#233;quent les possibilit&#233;s offertes aux corps des passants, puis des regardeurs de r&#233;aliser ce qui fait la d&#233;mocratie. En l'occurrence, avec le travail de Jean-Christophe Nourisson, des corps assis, debout, couch&#233;s, qui s'offrent &#224; des rencontres, &#224; des jeux sans obligation, ni sanction. La propri&#233;t&#233; de ces &#339;uvres, on peut l'observer dans les visuels qui accompagnent le dialogue publi&#233; ci-dessous, est &#233;videmment, malgr&#233; ou &#224; l'encontre du premier regard, l'ind&#233;termination fonctionnelle puisqu'il s'agit d'art et non de design. Cette ind&#233;termination n'assigne pas une place d&#233;finitive aux corps. Elle se d&#233;ploie dans la multiplicit&#233; des possibilit&#233;s, laissant sa part aux occupants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;change auquel nous nous sommes livr&#233;s, Jean-Christophe et moi, ne concerne pas seulement l'&#339;uvre, la d&#233;taillant ou la soumettant &#224; analyse. Il concerne aussi les dynamiques de la commande dans laquelle les artistes sont pris de nos jours. Et il aboutit heureusement &#224; des consid&#233;rations plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Ruby : Tu as r&#233;pondu plusieurs fois &#224; des commandes en vue de lieux publics (Arras, Lille, Nice, Riom, Toulouse, &#201;vry). Qu'attendent les commanditaires dans ce cas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Christophe Nourisson :&lt;/i&gt; Chaque commande est particuli&#232;re mais je ne sais jamais vraiment ce qu'attendent les commanditaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tu le sais, dans le cadre du 1% artistique, il s'agit d'une commande &#224; laquelle les collectivit&#233;s territoriales ne peuvent pas &#233;chapper puisque cela rel&#232;ve d'une obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;j&#224; distinguer deux types d'accueil fait &#224; cette obligation. Parfois cela est saisi comme une opportunit&#233; de permettre &#224; l'art d'entrer dans des b&#226;timents publics. D'autres fois cela est v&#233;cu comme une contrainte, et d'autre fois encore, comme &#224; Arras, il s'agit d'une commande sans obligation. L'Universit&#233; r&#233;ussit &#224; d&#233;gager un budget pour r&#233;aliser plusieurs &#339;uvres diss&#233;min&#233;es sur le Campus, &#224; partir d'une envie qui &#233;mane d'un petit groupe de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais aussi que dans le cadre de la commande publique l'artiste a affaire &#224; un coll&#232;ge qui va des usagers &#224; l'architecte, aux &#171; experts &#187; artistiques, aux politiques. Les attentes peuvent y &#234;tre divergentes. L&#224; o&#249; un architecte sera sensible &#224; la r&#233;sonnance conceptuelle ou plastique avec son ouvrage, un usager pourra attendre un agr&#233;ment, tandis qu'un politique pourra &#234;tre sensible &#224; l'art comme vecteur de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, je ne sais jamais ce qu'attendent les commanditaires. Il s'agit rarement d'une personne (un prince !) qui sait ou non ce qu'elle veut et pourquoi. Je ne peux en avoir qu'une id&#233;e vague &#224; travers des appels d'offres qui orientent plus ou moins la commande. Ces appels sont souvent r&#233;dig&#233;s de mani&#232;re administrative, sous forme d'une adresse impersonnelle. J'essaie toujours d'en savoir le maximum. D'ailleurs, il y a des commandes auxquelles je ne r&#233;ponds pas (celle d'une collectivit&#233;, ouvertement d'extr&#234;me droite ou des demandes clairement &#224; c&#244;t&#233; de ma pratique, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors des attentes explicites qui rel&#232;vent souvent d'un vocabulaire r&#233;f&#233;rant &#224; l'am&#233;lioration du cadre de vie ou d'une pacification des espaces, les appels d'offres cachent leur pauvret&#233; conceptuelle derri&#232;re un vocabulaire technique &#224; rallonge. C'est le jeu des march&#233;s publics qui r&#233;f&#232;re essentiellement au juridique. J'y d&#233;c&#232;le des repr&#233;sentations de l'art install&#233;es dans un imaginaire soi-disant commun. Beaucoup d'architectes perp&#233;tuent cette conception par culture du consensus. Tu peux en avoir id&#233;e en consultant les visuels de projets d'architectes ou de paysagistes. Ils c&#232;dent d'abord &#224; des imp&#233;ratifs : il y fait toujours beau, les &#234;tres humains sont souriants et bien dans leur corps, ils sont joyeux. Aujourd'hui les dessins comportent toujours une in&#233;vitable prairie fleurie et tu y retrouves les poncifs de la sculpture contemporaine qui donnent la touche Arty au projet. C'est devenu un r&#233;flexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attente implicite tend m&#234;me &#224; s'affirmer sans retenue, celle que l'on pourrait appeler l'effet Bilbao ou Soho puissance 10. Depuis Bilbao &#8212; l'&#233;rection de l'architecture de Frank Gehry et les effets induits de tourisme &#8212; la fr&#233;quence d'apparition de l'art contemporain mainstream dans les visuels d'architectes n'a cess&#233; de cro&#238;tre. Le mod&#232;le est export&#233; aux quatre coins de la plan&#232;te, il parie sur un art qui accompagne l'attractivit&#233; &#233;conomique. Je caricature un peu, mais je n'ai pas encore trouv&#233; de commande dans laquelle la d&#233;sob&#233;issance civile, voire la remise en cause des ordres &#233;tablis, apparaisse. En un mot, c'est une touche signifiante de pure communication qui assigne l'art &#224; une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la fin, c'est celui qui paye qui a le pouvoir de signer le contrat. Ainsi chaque commande pr&#233;cise ce qui ne peut pas &#234;tre gouvern&#233;, mais l'est de fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH298/2_copie-7ffb9.jpg?1733567293' width='500' height='298' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'artiste peut-il y r&#233;pondre ? Comment &#233;chapper &#224; l'effet et au d&#233;coratif lors d'une commande ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il faut d&#233;cevoir, refuser le spectacle et toute forme d'adh&#233;sion &#224; un art appareill&#233; &#224; une quelconque bonne intention. S'en tenir &#224; la colonne vert&#233;brale de son travail, dans mon cas les interrelations entre soi et les choses. Il faut convaincre et faire vaciller les attentes, c'est un exercice p&#233;rilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, l'intervention artistique ne transforme-t-elle pas un embryon de lieu en v&#233;ritable espace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet l'espace en tant qu'espacement qui fabrique la qualit&#233; d'un lieu. J'essaie de m'y employer &#224; l'interface des &#339;uvres, de l'architecture, du paysage et des &#234;tres humains conduits &#224; fr&#233;quenter le lieu. J'ai l'impression de m'&#234;tre entrain&#233; toute ma vie &#224; d&#233;velopper une analytique sensible de l'espace et &#224; d&#233;ployer des hypoth&#232;ses de travaux plastiques qui iraient au contact des autres et rendraient enfin l'espace public au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin de chacune de mes pi&#232;ces d&#233;termine leurs capacit&#233;s &#224; dialoguer dynamiquement les unes avec les autres pour chaque espace sp&#233;cifique. Pour les &#171; pensoirs &#187;, la g&#233;om&#233;trie biaise ouvre sur le ciel et offre la possibilit&#233; de s'en prot&#233;ger. Les praticables sont &#224; la fois des sc&#232;nes et des surfaces de d&#233;lassement. Les &#171; pensoirs &#187; et praticables r&#233;unis multiplient les potentialit&#233;s d'appr&#233;hension de l'installation. On peut s'en tenir &#224; distance comme devant un panorama. Mais cela ne r&#233;siste pas au moindre d&#233;placement du regard et du corps qui chemine d'une place &#224; l'autre. Ce qui s'anime ce ne sont pas simplement les &#339;uvres mais les corps des usagers pr&#233;sents. En d'autres termes, il ne s'agit pas d'imposer un dispositif de capture des corps, comme pourrait l'accomplir une salle de th&#233;&#226;tre, mais plut&#244;t de laisser ouvertes les possibilit&#233;s de r&#233;union commune. La conception et la r&#233;alisation exigent une attention soutenue aux relations qui s'&#233;tablissent entre le corps et la volum&#233;trie, la densit&#233; de 1400 kg pour chaque pensoir, la texture, du b&#233;ton moul&#233; finement et de la couleur, ici un blanc marbre et un noir textur&#233;, ou une conjonction bois-b&#233;ton pour les deux plans horizontaux. C'est &#224; la crois&#233;e de l'ensemble de ces d&#233;cisions que je fixe pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233;e sa dynamique formelle propre, chacune des pi&#232;ces composant l'ensemble propose une orientation. Ma m&#233;thode consiste &#224; mettre en difficult&#233; toute tentative de saisie visuelle unitaire qui focaliserait le regard sur une &#339;uvre unique. Je multiplie les unit&#233;s et met ainsi en mouvement les points de vues sans les r&#233;duire &#224; un plan de projection (le cadre). Puis j'organise la dispersion, en proposant un &#233;clatement de la bulle n&#233;o-classique toujours si pr&#233;sente dans l'am&#233;nagement : figure de sym&#233;trie - alignement - composition g&#233;om&#233;trique - axe majeur... Nous en avons d&#233;j&#224; parl&#233; &#224; propos des compositions al&#233;atoires pour l'ensemble de pi&#232;ces sur le campus de Nice. &#192; Arras les six pi&#232;ces invitent chacune et chacun &#224; entrer dans la danse, &#224; consid&#233;rer l'objet qui fait signe dans la continuit&#233; d'un espace non fini qui accompagne chacun(e). Enfin je laisse la possibilit&#233; au corps de venir y prendre place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3-44-ed00e.jpg?1772187957' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les sites sur lesquels je travaille sont en g&#233;n&#233;ral la r&#233;sultante de d&#233;cisions purement fonctionnelles, ce qui en soi pourrait &#234;tre qualitatif si, et c'est l&#224; que se joue pour moi la bascule, une r&#233;flexion sensible accompagnait ces projets. Souvent, je dois constater que la r&#233;flexion esth&#233;tique est d&#233;corr&#233;l&#233;e de ce qui donne consistance &#224; un lieu. Cela tient en partie au processus de commande et &#224; la formation des architectes et paysagistes. Formation qui maintient &#224; quelques exceptions pr&#232;s la doxa schizophr&#233;nique de la diff&#233;rence ontologique entre le sensible et l'intelligible, la nature et la culture, le sujet et l'objet&#8230; &#192; Arras, pour cette derni&#232;re commande, la prairie sur laquelle je suis intervenu est ceinte par des voies bitum&#233;s qui d&#233;finissent le p&#233;rim&#232;tre, enclosant l'espace vert. Comment att&#233;nuer cette sensation de cl&#244;ture, d'ilot, &#233;largir l'horizon qui accompagne chacun dans son cheminement ? L'espace paysager d&#233;volu &#224; l'implantation de l'&#339;uvre s'inscrit dans les poncifs du jardin d'agr&#233;ment des ann&#233;es 1970. Comment surmonter le dessin de l'espace vert ? J'ai souvent envie de tout reprendre (des sols aux plantations), mais je dois m'adapter &#224; la situation. Enfin l'architecture du campus, &#233;videmment pr&#233;dominante, donne son identit&#233; au lieu. Ici les b&#226;timents courbes et circulaires en brique correspondent aux diff&#233;rents p&#244;les d'enseignement. Comment surmonter ou se laisser couler dans l'identit&#233; de cette architecture ? Je fais, ici, le constat d'&#233;chec du b&#226;ti &#224; fabriquer du lieu. J'ai pens&#233; que la r&#233;alisation devait se distinguer et ne pas jouer de connivence. Ce qui m'arrive parfois lorsque je r&#233;ussis &#224; accompagner une intention architecturale de qualit&#233; comme &#224; Riom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sculpture dans sa d&#233;finition &#233;largie peut &#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re comme cela se rencontre chez des artistes aussi divers que Thomas Hirshhorn ou Otto Piene, ou durable comme c'est le cas de certaines &#339;uvres de Bruce Nauman ou Lothar Baumgarten. &#192; Arras, comme sur les autres sites sur lesquelles je suis intervenu, je fais le pari d'une pr&#233;sence qui engage les &#339;uvres sur le temps long. Cela met &#224; l'&#233;preuve la question du soin apport&#233;e aux sculptures mais plus largement l'int&#233;r&#234;t que l'on porte &#224; un lieu public. Il y a le devenir ruine de la sculpture publique qui angoisse tous les commanditaires mais parfois on me rappelle plusieurs ann&#233;es apr&#232;s l'installation pour mener une campagne de restauration comme c'est le cas &#224; l'abbaye de Maubuisson ou &#224; Lille. Les &#339;uvres testent ainsi la capacit&#233; des citoyens &#224; se saisir de l'entit&#233; juridique propri&#233;taire des &#339;uvres. Cela confirme l'int&#233;r&#234;t commun qu'il y a &#224; maintenir la vie non marchande que ces &#339;uvres engendrent. Peut-&#234;tre est-ce aussi parce que l'on se d&#233;barrasse plus facilement des objets que d'un lieu et que parfois les objets sont indissociables du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes &#339;uvres peuvent &#234;tre per&#231;ues comme un support de m&#233;diation entre les humains qui fr&#233;quenterons l'installation, dans l'alternance de leur propre mouvement : pas d'attention possible &#224; celui qui ne trouverait pas le sommeil, pas de conscience &#224; celui qui ne r&#234;ve pas, pas de pr&#233;sent sans pass&#233;. Je me r&#233;jouis &#224; l'id&#233;e que mes sculptures puissent favoriser l'apparition d'un lieu qui ferait surgir les liens profond&#233;ment improductifs qui nous unissent. Ce qui signifie que l'espace dont je parle n'est pas un contenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais de ce fait, l'intervention de l'artiste ne s&#232;me-t-elle pas le trouble chez les commanditaires ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s heureux si je s&#232;me le trouble mais si je suis aussi troubl&#233; moi-m&#234;me par les r&#233;actions incit&#233;es. Il est bon de semer le trouble d&#232;s lors que les &#339;uvres ruminent au-del&#224; du visible et sont irr&#233;ductibles &#224; l'objet. Ce sont des objets malgr&#233; tout, mais en tant qu'ils engendrent du proche et du lointain, qu'ils d&#233;font toute saisie unitaire, qu'ils s'intercalent dans le flux du vivant. Le trouble provient de la saisie sensible. On sent bien qu'il se passe quelque chose qui est pourtant difficile &#224; nommer et parfois intraduisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout lorsque les commanditaires con&#231;oivent la pr&#233;sence sculpturale comme d&#233;corative ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coratif n'a rien en soit de probl&#233;matique, d'ailleurs beaucoup d'artistes et non des moindres, le revendiquent. Toutefois, la sculpture ne s'y r&#233;duit pas et l'art encore moins. Les appr&#233;ciations en termes de beau et de laid, de nourritures bonnes ou mauvaise n'ont pas cess&#233;s de se d&#233;placer. Les recherches d'Alain Corbin sur l'histoire des sensibilit&#233;s relativisent totalement l'&#233;tablissement d'un jugement esth&#233;tique une fois pour toute. On comprend avec lui ou avec Norbert Elias combien les sensations et les &#233;motions sont enchev&#234;tr&#233;es &#224; l'histoire et aux milieux. Je fais totalement confiance au passant, qui per&#231;oit en lui-m&#234;me les relations complexes, parce qu'elles ne sont pas simplement des relations de vision, qui se nouent entre lui et les artefacts. Je pense ainsi que la perception des &#339;uvres n'est pas n&#233;cessairement li&#233;e &#224; la spectatorialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente d&#233;corative ne r&#233;siste pas &#224; l'exp&#233;rience de l'art. Regardez encore et encore la r&#233;ception des vieilles godasses crott&#233;es peintes par Van Gogh et tant d'autres &#339;uvres, celles des soi-disant barbares qui attirent maintenant les foules. L'&#233;ducation peut parfois aider &#224; d&#233;placer les certitudes qui entourent les relations entre art et beaut&#233;. Les artistes depuis toujours accompagnent les m&#233;tamorphoses du sensible et souvent avec le coup d'avance qui les fait apparaitre comme &#171; affreuses &#187;. Ce qui anime mes cr&#233;ations n'est pas le souci du beau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_copie-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_copie-2-7c50d.jpg?1772187957' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment con&#231;ois-tu ton &#233;criture spatiale (mati&#232;re-forme-espace) et son lien avec les passants ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;sulte d'une lente distillation qui a conduit &#224; formuler une &#233;criture, dans l'oscillation d'un d&#233;bat entre le concret et l'abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars de l'espace, celui, pr&#233;cis, sur lequel je vais travailler, et ce n'est jamais abstrait. L'espace tel que je l'entends est constitu&#233; de champs &#233;lectro-magn&#233;tiques qui recomposent et influent sur les cha&#238;nes du vivant, et dont on devine qu'il ne s'agit plus d'&#233;ther. Les coups r&#233;p&#233;t&#233;s de la physique quantique et du symbiotique en biologie rendent caduque toute d&#233;finition de l'espace qui se tiendrait encore du c&#244;t&#233; d'un d&#233;sastreux &lt;i&gt;Ground z&#233;ro&lt;/i&gt; &#224; conqu&#233;rir. En tant qu'humain participant &#224; la modification sensible de l'espace, j'essaie d'intervenir avec le tact n&#233;cessaire &#224; la construction en me glissant, intercalant, n&#233;gociant avec l'instabilit&#233; du vivant visible et invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#233;thode ressemble &#224; celle d'un dresseur de pierre. J'&#233;prouve les sensations multiples des embryons de lieu sur lesquels je travaille. C'est sans doute ce qui devient le plus important au fil du temps. Je marche, sillonne, &#233;prouve les qualit&#233;s atmosph&#233;riques et lumineuses, me rends disponible &#224; l'&#233;coute, explore ce qui conditionne la sensation, l'architecture, le paysage, les usages humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus abstrait, chaque lieu est porteur d'une histoire. Pourquoi tel b&#226;timent est-il plac&#233; &#224; tel endroit ? Pourquoi tel type de mati&#232;re ou de forme ? Tout cela me raconte les histoires des imaginaires politique, social et esth&#233;tique qui pr&#233;existent. Avant m&#234;me que je me d&#233;cide &#224; proposer quelque projet que ce soit, il y a sur place un champ d'&#233;nergie qui r&#233;f&#232;re au terrestre et au culturel. Dans la tension d'une histoire toujours en devenir, j'op&#232;re une analyse fine qui passe au crible analytique et au crible de la sensation cette premi&#232;re approche du lieu. Mes outils sont tr&#232;s simples, un carnet de notes manuscrites et un appareil photographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'atelier, je tente de comprendre, le o&#249; et le quand de la proposition. C'est une phase durant laquelle je formule des r&#233;ponses aux questions qui apparaissent au fil de la recherche. Lorsque j'ai enfin une id&#233;e assez claire, je fabrique des hypoth&#232;ses plastiques dessin&#233;es qui pourraient se glisser entre chacune de ces r&#233;alit&#233;s. Verticalit&#233; - horizontalit&#233; - volum&#233;trie - puis mat&#233;riau, chacun de ces termes dans sa mise en &#339;uvre formule une courbure de l'espace-temps et engage les &#339;uvres dans leurs rapports aux hommes, femmes et enfants, qui fr&#233;quenteront ce lieu augment&#233;. J'essaie d'intervenir de mani&#232;re hom&#233;opathique dans le plurivers toujours satur&#233; d'une maison jamais tout &#224; fait blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Arras, tu as produit un ensemble articul&#233; d'&#339;uvres faisant signe aux passants. Mais que cherches-tu &#224; accentuer : les surfaces sensibles de chaque &#339;uvre, la marche dans l'espace local ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette derni&#232;re commande, la fr&#233;quentation du campus ouvert sur la ville, r&#233;guli&#232;rement emprunt&#233; &#224; pied dans le but de relier deux quartiers, et bien s&#251;r la pr&#233;sence des &#233;tudiants et du personnel de l'universit&#233; constituent le premier public. Je fais le pari du fr&#244;lement, de l'interf&#233;rence que les &#339;uvres engendrent dans le cours de la marche, c'est-&#224;-dire d'une modification de ces indicibles mouvements qui nous alertent inconsciemment. Ce qu'en termes savant James Gibson nommait les &#171; affordances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que la pr&#233;sence des &#339;uvres sera en capacit&#233; de modifier sensiblement la perception du lieu. Pour cela, j'installe des ensembles dont les pi&#232;ces tr&#232;s souvent identiques entrent en r&#233;sonnances les unes avec les autres. &#192; l'universit&#233; d'Arras, deux praticables horizontaux et quatre pi&#232;ces verticales en bois et b&#233;ton sont mis en place. Cet ensemble dispers&#233;, on peut le voir sous de multiples angles qui se renouvellent sans cesse au fil des d&#233;ambulations. Il n'impose pas de point de vue, de bon angle, sous lequel on verrait la sculpture. Au contraire, il invite &#224; la marche, &#224; la danse et &#224; toute autre posture en mouvement. Chaque &#339;uvre est praticable, on peut s'y asseoir, s'y allonger, s'y tenir debout. Chacune devient le support de multiples activit&#233;s. Chacune invite &#224; une appropriation partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, je dirais que c'est tout ce que j'ai accumul&#233; dans ma pratique qui me permet de faire fonctionner l'installation. Mon attention aux mat&#233;riaux, aux surfaces, &#224; la volum&#233;trie rend fluide la relation entre le proche et le lointain, le mouvement et la pause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tente de construire un lieu ouvert &#224; l'activit&#233; et &#224; la r&#234;verie, &#224; l'exp&#233;rience renouvel&#233;e du monde et des autres. C'est la dimension premi&#232;re du lieu que de mettre en interrelation les humains. Si l'espace peut exister ind&#233;pendamment de notre pr&#233;sence, le lieu n'existe pas sans les hommes qui le traversent ou y prennent place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5a_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/5a_copie-ce002.jpg?1733567293' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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