<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tk-21.com/spip.php?id_mot=26&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;clat du cri</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-eclat-du-cri</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-eclat-du-cri</guid>
		<dc:date>2024-06-01T17:11:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que l'on parle beaucoup du cri ou de cris ces derniers temps, cela nous renvoie &#224; l'&#233;tat des rapports sociaux et &#224; des formes d'indignation et de dissentiment. Mais que les artistes s'emparent du cri, c'est d&#233;j&#224; une autre dimension qui entre en jeu. Et qu'un artiste et un philosophe se rencontrent pour &#233;laborer une conversation artistico-philosophique de et du cri, c'est extr&#234;mement rare. En voici pourtant une forme jou&#233;e &#224; Marseille entre l'artiste J&#233;r&#244;me Grivel et le philosophe Christian Ruby.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH61/arton2474-9271d.jpg?1772251784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que l'on parle beaucoup du cri ou de cris ces derniers temps, cela nous renvoie &#224; l'&#233;tat des rapports sociaux et &#224; des formes d'indignation et de dissentiment. Mais que les artistes s'emparent du cri, c'est d&#233;j&#224; une autre dimension qui entre en jeu. Et qu'un artiste et un philosophe se rencontrent pour &#233;laborer une conversation artistico-philosophique de et du cri, c'est extr&#234;mement rare. En voici pourtant une forme jou&#233;e &#224; Marseille entre l'artiste J&#233;r&#244;me Grivel et le philosophe Christian Ruby.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est sous le titre &#171; L'&#233;clatement du cri (humain) &#187; que, sur l'invitation de l'artiste J&#233;r&#244;me Grivel, je suis intervenu en avril 2024 dans la r&#233;sidence qu'il conduisait &#224; Marseille, sous l'&#233;gide de Muriel Bourdeau, fondatrice et directrice artistique de SOMA, lieu associatif et accueillant. L'accord entre nous &#233;tait d&#251; &#224; l'amiti&#233; autant qu'il &#233;tait li&#233; &#224; nos deux lignes de travail sur le cri. Et l'objectif convenu &#233;tait moins d'expliquer ce qu'est le cri, notamment d'indignation et de dissentiment, que d'inviter chacune et chacun &#224; se mettre &#224; l'&#233;coute du cri, en image et en son. Plut&#244;t qu'une essence du cri, l'id&#233;e &#233;tait d'explorer ce que peut le cri, ce qu'il implique du corps et la mani&#232;re dont il peut faire corps avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail de J&#233;r&#244;me Grivel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se reportant au portfolio de J&#233;r&#244;me, parmi d'autres travaux portant sur le corps, la notion de &#171; cri &#187; se rencontre d'embl&#233;e, &#224; la fois sous sa modulation corporelle (le souffle, la bouche, la tension du corps entier) et sous une modulation de nature &#171; politique &#187;, au sens d'une exposition en public et d'un appel &#224; l'&#233;coute de chacune et de chacun. Il y &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le moteur de ma pratique est alimente&#769; par une profonde indignation, dont l'origine est a&#768; trouver dans mon histoire familiale, face aux usages du pouvoir et aux syst&#232;mes institutionnalis&#233;s de dominations ainsi que par une grande m&#233;fiance &#8212; si ce n'est une d&#233;fiance &#8212; face a&#768; toute id&#233;ologie quelle qu'elle soit. [&#8230;] Ainsi, l'articulation entre cris, institutions et architectures est devenue un &#233;l&#233;ment r&#233;current de mon &#339;uvre, [me] permettant d'&#233;tablir une r&#233;flexion quasi ethno-anthropologique sur le monde auquel il appartient. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me propose ainsi des travaux sonores et visuels donnant corps, &#224; tous les sens du terme, &#224; un cri qui incite &#224; penser, non pas un rapport psychologique &#224; une quelconque enfance, mais sa fonction dans le rapport aux autres, &#224; la cit&#233; et au sein de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que, d&#232;s sa pr&#233;sentation, ce travail appelait alors ma participation, puisque mes propres ouvrages concernent l'&#233;laboration d'une philosophie du cri, si l'on se reporte &#224; : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Des cris dans les arts plastiques, de la Renaissance &#224; la performance,&lt;/i&gt; Bruxelles, La Lettre vol&#233;e, 2022 ; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;&#171; Criez, et qu'on crie ! &#187;. Neuf notes sur le cri d'indignation et de dissentiment,&lt;/i&gt; Bruxelles, La Lettre vol&#233;e, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, cet &#233;clatement du cri ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous, un bref compte rendu d'une soir&#233;e qui a bien port&#233; sur le cri d'indignation et de dissentiment. Un choix dict&#233; par l'insistance &#224; mettre de nos jours une chape de silence sur des cris qui ne seraient pas anecdotiques, parce qu'ils n'impliqueraient que leurs protagonistes, mais ouverts sur un monde &#224; prendre &#224; bras-le-corps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/christian_ruby_je_ro_me_grivel_-_25_04_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH291/christian_ruby_je_ro_me_grivel_-_25_04_2024-f33ef.jpg?1717176483' width='500' height='291' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Christian Ruby et Je&#769;ro&#770;me Grivel, 25/04/2024
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photo &#169; Gabriel Gar&#231;onnat
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;clatement &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre choisi de l'intervention, &lt;i&gt;L'&#233;clatement du cri (humain),&lt;/i&gt; m&#234;me s'il ne fait pas signe vers les cris animaux parce que leur &#233;tude requiert une comp&#233;tence d'&#233;thologue que je n'ai pas, est &#224; entendre en r&#233;f&#233;rence &#224; des travaux sonores, visuels, et tympanor&#233;tiniens, en premier lieu. Ces travaux &#8211; ceux de J&#233;r&#244;me et de divers autres artistes, si on cite en vrac : Bruce Nauman, Jochen Gerz, Camille Llobet, Violaine Lochu&#8230; &#8212; sont associ&#233;s &#224; des analyses conceptuelles, portant aussi bien sur l'histoire, les th&#233;ories, la philosophie et la politique&#8230; du cri. Ce titre peut alors s'entendre de plusieurs mani&#232;res. En voici au moins quatre, regroup&#233;es deux &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; entendre &#224; partir d'un aspect pratique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri &#233;mis par quelqu'un &#233;clate aux oreilles de quelqu'un d'autre (emploi transitif) au sens o&#249; il a de l'&#233;clat (au sens de &#171; du brillant &#187; mais sans connotation spectaculaire n&#233;cessaire) en se manifestant brutalement, soudainement et vivement aux oreilles de cet autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri s'&#233;clate dans les lieux publics (sans doute aussi priv&#233;s, mais on ne sait pas, on soup&#231;onne), selon un usage intransitif et politique (des exemples r&#233;cents l'attestent : Gilets Jaunes, Paysans, #MeToo, etc.), il se d&#233;chire en fragments et aussi s'emporte : il gonfle, enfle&#8230; Il y a de ces moments o&#249; les cris se multiplient d'eux-m&#234;mes, par exemple dans les bouches des manifestants&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est non moins &#224; entendre &#224; partir d'un aspect th&#233;orique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233;, durant cette performance-conversation &#224; Marseille, dans le cadre de cette exposition-r&#233;sidence, d'&#233;clater Le cri (en g&#233;n&#233;ral), au sens de le diss&#233;quer, de le faire voler en &#233;clats ou diviser en modes (intensit&#233;, douceur&#8230;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous constatons qu'il s'&#233;clate dans plusieurs domaines (s'&#233;panouit, par ex. musique, po&#233;sie, peinture, &#233;criture-cri&#8230; anthropologie (cf. Darwin), psychanalyse (cf. Freud, etc.), y compris en philosophie (ne serait-ce qu'en suivant Gilles Deleuze : cri et col&#232;re des philosophes), et &#224; la fois dans des &#339;uvres litt&#233;raires, voire comme &#233;criture-cri.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hautes-alpes-un-monument-en-hommage-aux-morts-des-frontieres-erige.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/hautes-alpes-un-monument-en-hommage-aux-morts-des-frontieres-erige-a0c3a.jpg?1772218701' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hautes alpes, un monument en hommage aux morts des fronti&#232;res, &#233;rig&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'objectif &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, traiter du cri, revient &#224; :&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;pouiller le mot &#171; cri &#187; de son acception premi&#232;re, de ses oripeaux psychologiques ou de son identification seulement enfantine ou adolescente ; et refuser de renvoyer le cri &#224; l'&#233;tat de signal ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;pouiller de l'image premi&#232;re que l'on se fait du cri chez l'humain : un cri serait un hurlement per&#231;ant, d&#233;sagr&#233;able &#224; partir d'une certaine hauteur de son, ou &#224; partir de son &#233;talement dans le temps, d&#233;rangeant. Et cela s'arr&#234;terait l&#224; : comment l'arr&#234;ter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir aux termes &#224; utiliser pour en parler : on a une grande palette de notions &#224; disposition (cf. les romans) : plaintes, hurlements, appels &#233;trangl&#233;s, voix rauques&#8230; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cri serait au mieux renvoy&#233; &#224; un &#233;tat infralinguistique (un signal comme dans le code de la route ?) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et r&#233;cuser ce qui est tapi au c&#339;ur de cette image, un rapport plus ou moins avou&#233; &#224; l'animal, mais en mauvaise part : soit qu'on identifie le cri humain au cri animal comme une survivance, soit qu'on les s&#233;pare pour les m&#234;mes raisons invers&#233;es ; une exploration sur ce plan serait d'ailleurs bienvenue (de Hom&#232;re ou Aristote &#224; Donna Haraway, en passant par Malebranche (l'aspect m&#233;caniste de la question et l'id&#233;e selon laquelle l'animal est cri et ne sent rien) et Charles Darwin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant ces exercices de d&#233;liaison d'avec un cri entendu de mani&#232;re n&#233;gative, on en arrive tr&#232;s vite &#224; sortir des confusions qui placent dans l'impossibilit&#233; de produire une analyse rationnelle et d&#233;passionn&#233;e du cri. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, certes, un cri peut ressembler &#224; un hurlement, mais il peut aussi &#234;tre silencieux, &#233;crit, imag&#233;, musicalis&#233;, etc. En quoi, les cris, ce ne sont pas uniquement des strates sonores qui se diss&#233;minent, ce sont aussi des modes et des degr&#233;s diff&#233;renci&#233;s, orient&#233;s vers des significations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par cons&#233;quent, l'objectif ne pouvait &#234;tre que de montrer que le cri instruit le lien social (il va vers l'autre), transgresse les valeurs de consensus (en g&#233;n&#233;ral un niveau &#233;tal), ne respecte aucune hi&#233;rarchie (cela peut provenir de n'importe qui), n'est exclu d'aucune croyance (on en trouve dans des rituels) et existe chez de nombreuses divinit&#233;s anthropomorphes (Ouranos, Zeus, Achille, la col&#232;re du Dieu biblique, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il est possible, au besoin, de s'appuyer sur une extension de la r&#233;flexion par l'&#233;tymologie : cri proviendrait du latin &lt;i&gt;critare,&lt;/i&gt; crier au secours, protester&#8230; L'&#233;crivain Varron fait d&#233;river le terme de &#171; citoyen &#187; (mais cela est peu cr&#233;dible, disant les linguistes). Il s'agirait pourtant de dire quelque chose d'une voix retentissante. Ceci avant de d&#233;signer l'action du crieur public (cf. &lt;i&gt;Le Robert&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plastique et musique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de cette collaboration Grivel/Ruby entreprise au sein de l'exposition-r&#233;sidence de J&#233;r&#244;me Grivel se tient dans l'approche du cri par les arts, telle que nous l'avons examin&#233;e. Nous avons donc projet&#233; un PowerPoint de visuels de cris et une bande son de cris (puis&#233;s dans la musique contemporaine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne constitue d'ailleurs pas un d&#233;tour, sinon apparent. Plut&#244;t une d&#233;marche de type &#233;pist&#233;mologique, concernant le regard et l'oreille, partant de l'id&#233;e de tympanor&#233;tinien, m&#234;me silencieux. Ne pas voir quelque chose ne signifie pas qu'il y ait de l'invisible. Ne pas entendre un cri ne signifie pas qu'aucune tension ne r&#232;gne, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet apparent d&#233;tour permet de faire la critique vive de l'image premi&#232;re du cri chez l'humain (hurlement infralinguistique) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il permet de se rendre compte de la tr&#232;s grande attention des artistes &#224; cette question du cri ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il permet de rencontrer de nombreuses formes de cri : y compris silencieux, ou en image, etc. qui multiplient les r&#233;flexions n&#233;cessaires ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, de surcro&#238;t, il permet de saisir une configuration &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; dont nous sommes tributaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce aux arts, et ici les arts plastiques et la musique, nous approchons directement la mani&#232;re moderne dont le cri devient le point central de l'humain, de la voix, au-del&#224; de la respiration et de l'expulsion d'air qui atteint l'autre avec le son. S'il lui faut inspiration et expiration, il rend surtout solide &#224; l'autre une manifestation de lien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout donc, notre rapport au cri change de nature au seuil de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tant dans son usage (quand crie-t-on, de quelle mani&#232;re, par ex. l'enfant crie ou non, cris dans la rue, etc. : par exemple il n'y a pas partout et toujours des cris d'alarme &#233;cologiques, rel&#232;ve Claude L&#233;vi-Strauss) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dans les consid&#233;rations qu'on lui porte (l&#233;gitimations). Pour aller vite, le cri humain prend place dans une autre hi&#233;rarchie : humain-animal (qui est &#224; d&#233;construire). Il n'est plus travers&#233; par le diable, le monstre, etc. La bouche est lib&#233;r&#233;e du diable, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on en fait des &#339;uvres : Zola, Balzac, surtout Antonin Artaud : &lt;i&gt;Pour en finir avec le jugement de Dieu,&lt;/i&gt; 1947, RDF (Radio diffusion fran&#231;aise) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, nous investissons ce rapport dans une conception la&#239;que de l'humain, diff&#233;rente, qui implique le registre des affects tel qu'il est pens&#233; depuis le couple Ren&#233; Descartes/Charles Le Brun, puis repris et retravaill&#233; dans les domaines &#233;thique, esth&#233;tique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les performances &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les performances de cri et en cri &#8212; et leur forte teneur en art corporel &#8212; ne peuvent se dispenser de tourner autour du souffle/cri, dont elles amplifient les donn&#233;es. Elles constituent &#233;videmment de dures &#233;preuves tant pour l'artiste que pour l'auditeur/regardeur. On y est toujours &#224; la limite de l'exp&#233;rience corporelle, ce qui est bien son objet, &#224; savoir donner &#224; voir le corps-cri, mettre en jeu ses capacit&#233;s. Le souffle en cri (diff&#233;rent de la conception de l'expulsion de l'air chez Gaston Bachelard) est intimement li&#233; &#224; l'&#233;puisement, mais aussi &#224; la violence &#224; l'&#233;gard de soi-m&#234;me, bien plus fortement sans doute que ne le montrent les images des cris de la guerre qui traversent les villes chez quelques peintres c&#233;l&#232;bres, ou ne le laissent supposer les r&#233;cits de camps et de terreur dont le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle nous l&#232;gue l'essentiel, m&#234;me s'il n'a pas l'air de nous inqui&#233;ter encore. Mais il est non moins li&#233; &#224; une image pour l'autre, l'auditeur-regardeur qui ne peut se d&#233;partir d'une impression vive en cours de performance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/occurrence_soma.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/occurrence_soma-cb796.jpg?1772218701' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Occurrence soma
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photo &#169; Gabriel Gar&#231;onnat
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers la politique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, nous avons montr&#233; quand, comment et pourquoi une conception moderne (s&#233;culi&#232;re) du cri a &#233;t&#233; extraite par les arts plastiques et la musique europ&#233;ens de la r&#233;f&#233;rence au divin et au sacrifice. Ces cris &#8212; choisis autour de l'indignation et du dissentiment (donc pas tous) &#8212; suspendent toute culpabilit&#233; religieuse ou allusion aux dragons m&#233;di&#233;vaux. Ce sont des cris individuels ou collectifs, pleins de r&#233;probation envers des sources humaines (guerres, dominations, crimes), en forme d'appel aux spectateurs, afin qu'il regarde ce qui le regarde. Et de montrer que ce r&#233;sultat est d&#233;plac&#233; ensuite par les modernistes et les performances contemporaines de cris, en fonction de nos conceptions de la pulsion ou de l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, nous avons montr&#233; que n'importe o&#249;, &#224; tout moment, un cri peut nous sortir de notre torpeur. C'est dans les replis de ses sonorit&#233;s/images que se loge le cri tout entier. Mais, un cri n'a pas seulement un pouvoir d'&#233;vocation. Il compose un moment sp&#233;cifique &#224; partir duquel se d&#233;construit une voix trop lisse et lin&#233;aire exig&#233; par un rapport social &#224; remettre en question. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, le plus souvent, on commence par dire &#171; insupportable &#187; la r&#233;ception du &#171; crier &#187;, s&#233;par&#233;ment, sans regarder &#224; son motif. Uniquement en raison de ses cons&#233;quences nuisibles pour les oreilles. On oublie donc l'origine de cette insupportabilit&#233; en nous, les r&#233;cepteurs, et on s'imagine que cette qualit&#233; est inh&#233;rente au cri en soi. Ensuite on repousse le cri insupportable du c&#244;t&#233; de l'&#233;metteur. Et comme on n'y voit aucun motif (ext&#233;rieur), on le place dans une quelconque profondeur. Ainsi l'infra-profondeur devient-elle responsable du cri, de ses effets et de ses motifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, cette action-recherche articul&#233;e entre J&#233;r&#244;me et la philosophie du cri montre que le cri en art d'exposition permet aux spectateurs/regardeurs de rencontrer un crieur en porteur d'une r&#233;flexion sur une situation, sur un rapport social et politique, sur l'adresse et l'&#233;change qui le constituent comme humain ou comme exercice d'humanit&#233; dans une civilisation &#224; transformer (puisqu'il crie contre elle). Ce qui peut devenir un moment dans un processus de subjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule condition : qu'il s'agisse bien d'&#339;uvres d'art d'exposition qui &#171; parlent &#187; moins du cri, au sujet de et autour du cri sur le mode analogique, avec l'intention de d&#233;crire une bouche ouverte ou de jauger le cri dans des &#233;valuations morales ou psychologiques, qu'elles ne &#171; parlent &#187; le cri, et en particulier le cri d'indignation et de dissentiment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Conf&#233;rence gesticul&#233;e</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Conference-gesticulee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Conference-gesticulee</guid>
		<dc:date>2023-08-04T09:24:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Gavard-Perret</dc:creator>


		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>Humour</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sous ce terme &#233;nigmatique, La Conf&#233;rence Gesticul&#233;e renvoie moins au mime qu'au langage pour offrir une nouvelle ressource au th&#233;&#226;tre comme &#224; l'agit-prop.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Humour" rel="tag"&gt;Humour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton2314-d1001.jpg?1772262124' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous ce terme &#233;nigmatique, La Conf&#233;rence Gesticul&#233;e renvoie moins au mime qu'au langage pour offrir une nouvelle ressource au th&#233;&#226;tre comme &#224; l'agit-prop.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis bient&#244;t vingt ans &#233;merge une nouvelle forme d'expression militante et culturelle : la conf&#233;rence gesticul&#233;e. Il s'agit d'une forme de spectacle &#224; la jonction du th&#233;&#226;tre, de la conf&#233;rence, de la confidence. Le titre reste n&#233;anmoins trompeur &#8212; et trouv&#233; d'ailleurs incidemment par le cr&#233;ateur du genre. Le principe se fonde sur la prestation d'un &#034;conf&#233;rencier-gesticulant&#034; qui fait part de ses exp&#233;riences v&#233;cues, si possible de ses connaissances th&#233;oriques, avec le cas &#233;ch&#233;ant de l'humour et de l'autod&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19778 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/dsc_1142-768x511-bbc62.jpg?1689427560' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re conf&#233;rence gesticul&#233;e est apparue en 2006, cr&#233;&#233; par Franck Lepage dans le cadre de la SCOP Le Pav&#233; avec le spectacle &#034;Inculture(s)&#034;. Ce militant de l'&#233;ducation y d&#233;veloppa une analyse critique de la culture institutionnelle. Depuis, les conf&#233;rences gesticul&#233;es se sont multipli&#233;es sur des th&#232;mes tr&#232;s vari&#233;s. Toujours selon un objectif d'&#233;ducation populaire. En effet, la conf&#233;rence gesticul&#233;e cherche &#224; apporter des &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension de la politique ou de la soci&#233;t&#233; tout en d&#233;veloppant l'esprit critique des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;actant&#034; d&#233;crit ses exp&#233;riences personnelles, mais en se d&#233;gageant des substrats psychologiques pour les porter dans le champ du social et du politique. Il s'agit pour lui de d&#233;finir ce qui le soumet &#224; diff&#233;rents syst&#232;mes de pression et de soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement &#233;crites pour rester en phase avec le pr&#233;sent de l'actualit&#233; et de l'auditoire, ces s&#233;ances sont souvent accompagn&#233;es d'ateliers qui permettront de d&#233;battre du th&#232;me de la conf&#233;rence. Il s'agit d'offrir en transmission libre une exp&#233;rience qui se veut - &#224; travers une subjectivit&#233; &#8212; collective et politique. &#034;La conf&#233;rence gesticul&#233;e est une arme que le peuple se donne &#224; lui-m&#234;me.&#034; &#233;crit Franck Lepage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi selon lui une sorte d'art pauvre qui ne doit jamais &#234;tre troubl&#233; non seulement des vis&#233;es psychologiques, mais par des consid&#233;rations de culture ou une esth&#233;tisation qui viendrait empi&#233;ter sur le politique. Existe donc l&#224; une nouvelle forme d'agi-propre et de th&#233;&#226;tre politique, en aucun cas d&#233;fini par la qualit&#233; litt&#233;raire ou dramaturgique de ce qui est &#233;mis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulant se distinguer d'une forme n&#233;e, dit Lepage de &#171; l'id&#233;e qu'en balan&#231;ant du fumier culturel sur la t&#234;te des pauvres, &#231;a va les faire pousser et qu'ils vont rattraper les riches ! Qu'on va les &#034;cultiver&#034; en somme &#187;. Celui-ci revendique le fait de refuser &#034;des charrettes d'engrais culturel, essentiellement sous forme d'art contemporain et de cr&#233;ation &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les formes artistiques ne permettent plus de penser la r&#233;alit&#233;, mais simplement de nous y adapter en l'approuvant &#224; l'infini, que ce nouvel expressionnisme veut cr&#233;er des armes op&#233;rationnelles, et ce, dans ce que pr&#233;voyait Guy Debord : &#034;Tout ce qui est bon appara&#238;t, tout ce qui appara&#238;t est bon. &#034;L'objectif h&#233;rit&#233; de Marcuse et de Marx reste la critique du capitalisme, qui pour son d&#233;veloppement implique la domination, &#034;o&#249; l'exploitation s'appelle gestion des ressources humaines et l'ali&#233;nation projet&#034;. (Lepage)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19777 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/58e3756a469a453f008b45a0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/58e3756a469a453f008b45a0-bbfa0.jpg?1689427560' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de d&#233;sintoxiquer le langage, d'inventer une autre histoire de la culture par l'apparition d'un langage &#034;pur&#034; n&#233; de la prise de parole du conf&#233;rencier et mettre &#224; nu les manipulations du langage dans les relations institutionnelles, politiques, m&#233;diatiques et professionnelles. L'objectif de la Conf&#233;rence Gesticul&#233;e revient &#224; identifier les diff&#233;rentes formes de manigances, s'exercer &#224; les comprendre et les d&#233;construire, et imaginer les r&#233;sistances collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la bande appara&#238;trait ainsi un rejet du style de la langue de bois avec ses euph&#233;mismes (d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux), ses oxymores (croissance n&#233;gative), ses antiphrases (plan de sauvegarde de l'emploi), ses faux-ami, ses anglicismes et sigles, ses enjoliveurs (technicien de surface, h&#244;tesse de caisse), ses pl&#233;onasmes (d&#233;mocratie participative), etc. Le tout par la cr&#233;ation en acte et en libert&#233; (incit&#233;e) de &#034;Ridiculum Vitae&#034;, de d&#233;tournements de sigles, dans des strat&#233;gies concr&#232;tes de contre-offensive sur le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de &#034;peuplocratie&#034; qui commence &#224; se th&#233;oriser &#224; travers &#8212; entre autres &#8212; les textes de Michel Foucault. Et, certains voient dans cette forme un moyen de renouveler la d&#233;mocratie en crise. De telles prestations sc&#233;niques deviennent des &#339;uvres sauvages qui se &#034;tissent&#034; mais souvent dans le seul sens des convictions d'une doxa qui veut thermom&#232;tre du monde et indiquerait la juste temp&#233;rature de notre soci&#233;t&#233;. Cet &#034;art&#034; s'affirme en cons&#233;quence capable de cr&#233;er des contacts, des &#233;changes en r&#233;ponse aux questions contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les conf&#233;rences gesticul&#233;es sont donc engag&#233;es, militantes de gauche et l'&#233;cologie y &#233;merge peu &#224; peu. Elles questionnent le rapport au monde &#224; travers la contestation radicale de la culture, l'&#233;conomie et la nature, et fait place aux doutes et ses errances selon des relations conflictuelles o&#249; le genre humain est rendu &#224; ce qu'il est souvent : tragique et parfois grotesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expression directe qui rappelle la fameuse formule post soixante-huitarde &#034;il y a des po&#232;tes partout&#034; fait abstraction d'une formulation v&#233;ritablement construite. Une certaine litt&#233;rature ou dramaturgie fait parfois terriblement d&#233;faut. N'est-ce pas l&#224; tout compte fait un nouveau mod&#232;le de catharsis ? Refusant tout caract&#232;re esth&#233;tique, de tels d&#233;placements de l'id&#233;e d'empreinte et de relev&#233; tournent en une expectoration rendue &#224; l'espace sous forme certes de hantises &#233;voqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la vision et de l'expression d'existences parall&#232;les, parfois en rien &#233;loign&#233;es des n&#244;tres, surgit un nouvel &#233;clairage. Mais il reste norm&#233;. Il incorpore en un imaginaire efflorescent des mat&#233;riaux r&#233;cup&#233;r&#233;s en m&#234;lant diverses inspirations de contestations classiques. &#171; Vous en apprenez beaucoup avec de tels contenus&#034; dit Lepage. Mais un simple flirt avec l'expression artistique ne suffit pas &#224; faire de ce mod&#232;le une arme. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Essayer de trouver un chemin qui ne permet pas uniquement de survivre, mais de vivre&#034; est certes une belle p&#233;tition de principe. Mais n'est pas Shakespeare qui veut. Il faut &#234;tre capable de cr&#233;er des univers aussi graves qu'enjou&#233;s, aussi muets que loquaces pour que quelque chose se passe. Rappelons que toute forme d'art n&#233;cessite comme pr&#233;occupation majeure un aboutissement dans la tension entre les formes, l'humble et le merveilleux. Il faut donc se m&#233;fier des portes d'un tel &#034;songe&#034;. Sans la po&#233;sie au sens premier du texte, Il peut demeurer creux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/inculture-2-1024x665.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH325/inculture-2-1024x665-ed35c.jpg?1689427560' width='500' height='325' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ismael Mundaray : de l'Or&#233;noque &#224; la Seine</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Ismael-Mundaray-de-l-Orenoque-a-la-2203</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Ismael-Mundaray-de-l-Orenoque-a-la-2203</guid>
		<dc:date>2023-01-26T17:13:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ismael Mundaray</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>espace</dc:subject>
		<dc:subject>landscape</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paysage et pens&#233;e, interventions orales sur des &#339;uvres r&#233;centes d'Ismael Mundaray par Alexandre Alaric et Jean-Louis Poitevin.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/espace" rel="tag"&gt;espace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/landscape" rel="tag"&gt;landscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2203-66c97.jpg?1772251773' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paysage et pens&#233;e, interventions orales sur des &#339;uvres r&#233;centes d'Ismael Mundaray par Alexandre Alaric et Jean-Louis Poitevin qui accompagne aussi d'un texte cette pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;intervention de Alexandre Alaric&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/788280360?h=8845d6a1fe&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pens&#233;e picturale&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fleuves, rives, arbres, l'oeuvre d'Ismael Mundaray est comme port&#233;e, soulev&#233;e m&#234;me, par la question que ne cesse de nous adresser depuis toujours ce que nous appelons d&#233;sormais le paysage. Peindre, pour lui, c'est s'adresser &#224; ce qui, de son enfance sur les bords de l'Or&#233;noque &#224; sa vie d'aujourd'hui sur les bords de la Seine, constitue &#224; la fois son cadre de vie, son sujet pictural essentiel et la source de son inspiration, un fleuve et les paysages qui l'entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas s'y tromper, l'oeuvre d'Ismael Mundaray est de part en part peinture pure, c'est-&#224;-dire que les paysages qu'il fait appara&#238;tre sur la toile sont &#224; la fois des inventions n&#233;es de son imagination r&#233;trospective, des constructions mentales &#233;labor&#233;es en fonction des seules lois de la peinture (couleurs, formes, composition, etc.) et des projections psychiques m&#234;lant de mani&#232;re irr&#233;versible une po&#233;tique de l'existence, une interrogation sur la situation de l'homme e, exil sur cette terre et un appel continu lanc&#233; vers le ciel pour tenter de saisir un peu du myst&#232;re de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces strates concr&#232;tes et psychiques sont les vecteurs par lesquels Ismael Mundaray invente et construit non seulement une oeuvre picturale, mais une pens&#233;e picturale. Il transforme ces questions qui traversent chaque homme en visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inversion du regard&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Port&#233;s par des conceptions erron&#233;es relatives &#224; l'art et &#224; la repr&#233;sentation, nous affectons de penser et de croire que peindre ce serait repr&#233;senter quelque chose qui existe dans la r&#233;alit&#233; qui nous entoure. Ismael Mundaray, lui, sait que peindre, au contraire, c'est inventer, construire, faire &#233;merger une image par des moyens uniquement picturaux. Et si cette image repr&#233;sente quelque chose, cette chose n'existe que par la peinture et comme peinture. Elle est le fruit d'une invention. C'est du moins cela qui caract&#233;rise le travail des peintres v&#233;ritables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous faut-il modifier notre approche de l'oeuvre et consid&#233;rer que ce qui nous fait face, m&#234;me si nous y reconnaissons des &#233;l&#233;ments fragmentaires de paysages, n'est pas repr&#233;sentation d'un paysage donn&#233; mais cr&#233;ation d'un paysage &#034;imaginal&#034; &#224; partir de donn&#233;es inscrites dans notre psychisme autant que par notre exp&#233;rience individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur l'exploitation de ces donn&#233;es &#034;imaginales&#034; que se fonde le travail d'Ismael Mundaray. Chaque homme sait qu'il est sur terre, chaque homme sait que l'eau est source de vie, chaque homme sait que l'arbre est, parmi les &#234;tres cr&#233;&#233;s par la nature, celui qui est le plus proche de l'homme, sa place comme symbole dans toutes les cultures le prouve ais&#233;ment. Chaque homme est travers&#233; par les forces telluriques, chaque homme a affaire aux vents, &#224; la pluie, au ciel. Chaque homme &#034;sait&#034; qu'il est seul et qu'il habite une plan&#232;te &#224; la fois hostile et accueillante. Chaque homme fait l'exp&#233;rience de l'ineffable face &#224; un paysage quel qu'il soit. Oui, chaque homme sait ce qu'est un paysage : le monde tel qu'il existerait sans lui, sans l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il nous faut, face aux oeuvres d' Ismael Mundaray, simplement &#034;oublier&#034; ce que nous croyons savoir sur la repr&#233;sentation et accepter de faire face &#224; la mise en sc&#232;ne d'une exp&#233;rience existentielle et partageable. En inversant notre regard, nous parviendrons non pas &#224; chercher &#224; comparer, mais &#224; chercher &#224; comprendre. Nous deviendrons plus essentiellement hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Point de contact et vision pure&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien parce que chaque tableau est invention qu'il peut parvenir &#224; nous toucher. Point de contact entre deux psych&#233;s, le tableau est ce qui permet le v&#233;ritable rapprochement des individus. N'avoir jamais vu l'Or&#233;noque ne m'emp&#234;che pas de faire l'exp&#233;rience de ce qu'il en est d'une vision de fleuve, d'arbres, de paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu d'autres rivi&#232;res, d'autres fleuves, et comme le peintre je suis port&#233; par les forces de la nature. Et, lib&#233;r&#233; de l'obsession de reconna&#238;tre, je peux commencer &#224; voir. J'entre dans la vision que le peintre a cr&#233;e, et, ainsi, je peux enfin commencer &#224; comprendre. Parce que comprendre, c'est sentir, &#233;prouver, s'associer &#224; la vision, penser. Je n'ai pas besoin de savoir peindre pour devenir peinture. Seulement de m'abandonner &#224; la puissance d'&#233;vocation de l'image qui vient &#224; ma rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors le moment o&#249; mon esprit entre en contact avec l'esprit de celui qui peint mais &#224; partir et en fonction de ce qui est pr&#233;sent&#233; sur la toile. C'est cela qu'il me faut d&#233;sormais tenter de &#034;comprendre&#034; : ces strates color&#233;es, parfois &#233;tag&#233;es comme des couches de cr&#232;me sur un g&#226;teau aux couleurs &#233;tranges, ces masses jaunes parlant la langue des flots violents d'un fleuve &#233;ternel, ces coulures qui sont comme les pleurs du ciel sur l'innocence de la terre, ces sables alanguis qui jouent &#224; imiter le fleuve, ces ciels oublieux de leur bleu et qui semblent le reflets des eaux jaunes du fleuve, ces &#238;les qui s&#233;parent le fleuve en deux et qui sugg&#232;rent l'existence de jambes infinies, celles d'un corps qui restera &#224; jamais inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;intervention de Jean-Louis Poitevin&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/788647929?h=5b61e183d1&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;JLP_Mundaray.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les arbres&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a les herbes folles venant accompagner le bord du fleuve. Et puis, il y a l'arbre solitaire &#233;lev&#233; &#224; la puissance du symbole, celui d'arbre de vie. Et puis, il y a les arbres, les arbres qui bordent le fleuve, les arbres qui s'&#233;tendent &#224; l'infini et forment des for&#234;ts qui sont comme des montagnes pour le regard. Et puis, il y a les arbres qui se tiennent comme des sentinelles ou comme des guerriers semblant pr&#234;ts &#224; partir &#224; l'assaut de ce qui leur fait face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prendre la mesure de la pr&#233;sence multiple des arbres nous ouvre &#224; ce qui constitue le coeur des visions qui hantent la psych&#233; d'Ismael Mundaray : le face &#224; face avec la terre telle qu'elle existerait sans nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire dont il est porteur, celle de son enfance sur les bords de l'Or&#233;noque, ce v&#233;cu incomparable qui lui a permis de devenir homme, il s'en saisit. Ou plut&#244;t, faudrait-il dire, il est saisi par elle, et c'est pour qu'elle existe encore et soit partageable qu'il peint. Car, il le sait, cette exp&#233;rience n'est pas &#034;individuelle&#034; au sens restreint du terme. Elle est au coeur de l'exp&#233;rience que fait chaque homme, de cette solitude, de ce face &#224; face sans r&#233;ponse avec les paysages dont la terre est porteuse et auxquels nous faisons face, immobiles et angoiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture d' Ismael Mundaray est &#224; la fois synth&#232;se po&#233;tique d'une existence et partage avec tous les hommes. Non seulement elle nous fait voir notre solitude mais elle nous la fait vivre. Car qui dans la vie courante accepte d'accueillir le myst&#232;re de sa solitude dans ce monde qui ne l'attendait pas ? L'exp&#233;rience esth&#233;tique, dont la peinture est porteuse, est bien celle de ce face &#224; face avec le monde tel qu'il serait si nous n'&#233;tions pas l&#224;. Elle nous permet d'acc&#233;der &#224; ces &#034;paysages non humains de la nature&#034; et ainsi &#224; faire l'exp&#233;rience de ce que nous visons mais &#224; quoi nous ne pr&#234;tons pas attention. La peinture, ici, nous emporte et nous &#233;l&#232;ve juste au-dessus de notre regard, et nous permet de voir avec les yeux d'un &#034;dieu&#034; comment cela se passe lorsqu'en effet nous, les hommes, sommes absents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbres, on le comprend, sont nos doubles. Ils sont &#224; la fois vie et pr&#233;sence, activit&#233; de croissance et &#233;lan &#224; la conqu&#234;te de l'espace qui les entoure. Ils sont ce que nous sommes, des &#234;tres dot&#233;s d'une puissance de vie incomparable &#224; la fois spectateurs et acteurs, guerriers d'une guerre contre le n&#233;ant peupl&#233; qu'est la terre nue et regards exacerb&#233;s face &#224; l'inconnu qui les porte, les accueille, les absorbe. Et tout cela, ils le sont par la seule puissance du pinceau d'Ismael Mundaray.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux &#8212; VIII</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VIII</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VIII</guid>
		<dc:date>2022-12-01T13:19:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire VIII vise &#224; repenser le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme. L'inconscient a ouvert une porte &#224; ce renversement de perspective. Il est devenu lui aussi un obstacle &#224; la compr&#233;hension de la mutation psychique autant que soci&#233;tale qui nous affecte.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2175-6af48.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire VIII vise &#224; repenser le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme. L'inconscient a ouvert une porte &#224; ce renversement de perspective. Il est devenu lui aussi un obstacle &#224; la compr&#233;hension de la mutation psychique autant que soci&#233;tale qui nous affecte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/777507489?h=add83a8d76&amp;title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&amp;speed=0&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux_08_V2.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Pour dessiner une nouvelle carte de ce psychisme, nous ferons appel &#224; des auteurs, qui, chacun &#224; sa mani&#232;re a su confirmer l'existence de strates inexplor&#233;es dans le champ de la pens&#233;e. Certaines &#339;uvres de J. Jaynes, Lionel Naccache, Robert Musil, W.S. Burroughs, nous permettront de commencer &#224; arpenter ces nouveaux territoires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi faudrait-il en finir avec &#199;A, la conscience ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose ne cesse de hanter la pens&#233;e occidentale qui est &#224; la fois comme son socle le plus &#171; moderne &#187;, le plus r&#233;cent, son sol le plus ind&#233;passable et la forme de sa loi la plus ind&#233;passable. D'un face &#224; face avec un dieu &#224; l'&#233;laboration de r&#232;gles pour la pens&#233;e, une instance, un m&#233;canisme en tout point indissociable de l'entit&#233; qui le porte est &#224; la man&#339;uvre. Quel que soit le nom qu'on finisse par lui donner &#224; cette entit&#233;, sujet ou moi, volont&#233; ou entendement, elle n'existe comme telle que parce qu'elle se rapporte &#224; elle-m&#234;me. Le jeu de miroirs, bris&#233;s ou biseaut&#233;s pour le moins, ne cessant jamais de r&#233;fl&#233;chir tel ou tel aspect de ce qui est, est v&#233;cu, est pens&#233;, s'est impos&#233; comme la marque de fabrique du sujet, son instance constitutive, son m&#233;canisme ind&#233;passable, et le p&#244;le de r&#233;f&#233;rence auquel, en derni&#232;re instance il est n&#233;cessaire de se r&#233;f&#233;rer si l'on veut valider quoi que ce soit, aussi bien concernant le sujet qui pense, que le monde qu'il essaye de conna&#238;tre et de penser et dans lequel il essaye de s'orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appellera conscience cette instance, dont on va voir qu'elle est sensiblement plus complexe et d'autant plus apparemment ind&#233;passable qu'on &#233;largira le spectre de ses fonctions bien au-del&#224; du jeu infini des reflets dans le miroir &#224; facettes qui nous sert de rep&#232;re, de boussole et de radar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, parler de la conscience surtout en &#233;non&#231;ant sans que cela soit une injonction qu'il faudrait en finir avec elle, semble imm&#233;diatement impliquer de dire pour quelles raisons, dans quel but, pour la remplacer par quoi ? Or, ce n'est pas si simple ni si clair. Alors d'o&#249; vient cette id&#233;e ? En quoi cela peut-il &#234;tre un projet ? Qu'est-ce que &#231;a peut apporter et &#224; qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le point de d&#233;part&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de cette prise en compte de la conscience &#224; la fois comme une donn&#233;e apparemment incontournable et ind&#233;passable et pourtant probl&#233;matique, est en fait tr&#232;s ancien. Il remonte &#224; l'&#233;poque o&#249; l'expression de conscience politique signifiait encore quelque chose ou du moins semblait signifier quelque chose et o&#249; surtout il semblait que le fait de prendre conscience de ceci ou de cela, probl&#232;me, danger, &#233;tat de fait personnel comme social, politique comme &#233;conomique, dimension nouvelle d'une question, pouvait permettre de palier aux risques qui se pr&#233;sentaient &#224; l'esprit &#224; l'id&#233;e que ce probl&#232;me, ce danger, cette question, puissent persister sans &#234;tre pris en compte et qui sait, lev&#233;s ou r&#233;solus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il apparut tr&#232;s vite, en quelques mois en fait, que la soi-disant prise de conscience de tel ou tel enjeu dans le champ politique, ne conduisait &#224; rien d'autre qu'&#224; lever tant d'autres questions ou probl&#232;mes que la montagne &#224; d&#233;placer devenant si imposant plus rien ne paraissait possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience &#233;tait implicitement reli&#233;e &#224; l'action au passage &#224; l'acte &#224; la mise en place de processus de transformation de tel ou tel aspect d'une r&#233;alit&#233;, l&#224; encore individuelle ou collective, psychique, relationnelle ou sociale. La conscience &#233;tait partout. Et finalement elle ne pouvait se tenir nulle part puisqu'elle &#233;tait appel&#233;e partout &#224; t&#233;moigner &#224; agir et que rien ou si peu ne se produisait qui changeait ce que l'on d&#233;sirait changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;v&#233;lation pr&#233;coce de l'importance et en m&#234;me temps de l'inefficacit&#233; de la conscience n'a pas permis de penser &#224; l'&#233;poque un &#171; d&#233;passement &#187; de la conscience, d'autant que, quelle que soit la direction dans laquelle on se tournait, on la retrouvait, &#224; la fois pr&#233;sente et active, instance de r&#233;f&#233;rence et moteur de l'action, et rien ne venait, mis &#224; part les sir&#232;nes en provenance l'inconscient, permettre de la faire descendre de son pi&#233;destal. D'autant que les sir&#232;nes de l'inconscient ne la remettaient pas en question. elles relativisaient sa puissance qui n'&#233;tait plus toute puissance par d&#233;cret mais qui restait l'instance de r&#233;gulation incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ensuite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des d&#233;cennies plus tard, suite &#224; la lecture de Jaynes, il a &#233;t&#233; possible de commencer &#224; envisager que cette instance r&#233;gulatrice puisse &#234;tre repens&#233;e. Et c'est cela que signifie le &#171; pour en finir avec la conscience &#187;, repenser les instances qui gouvernent notre psych&#233; et notre pens&#233;e ainsi que les modalit&#233;s de leur fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve en 2006 o&#249; suite &#224; la lecture du livre de Jaynes, je tente une premi&#232;re fois de donner forme &#224; cette intuition que la conscience n'est plus l'instance ni la forme de r&#233;f&#233;rence du psychisme avec laquelle ou &#224; partir de laquelle penser ce qui nous arrive. Bien sur cela suppose ou implique une analyse m&#234;me succincte de cette situation, et l&#224; il faut renvoyer pour faire vite au travail de Bernard Stiegler. Mais surtout, cela impose de tenter de repenser &#224; cheval sur la philosophie, la litt&#233;rature, l'art et bien s&#251;r toutes les activit&#233;s qui travaillent sur la psych&#233;, de la psychanalyse aux neuro-sciences, le fonctionnement du psychisme et pour le dire d'un mot les relations entre croire et savoir, entre connaissance et croyance, entre raison et d&#233;raison, ou pour le dire avec celui qui a le mieux positionner le nouveau partage, entre ratio&#239;de et non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait de l&#224; que l'ensemble de mes r&#233;flexions part, de la lecture, ancienne maintenant, mais qui m'a occup&#233; des ann&#233;es, de l'&#339;uvre de Robert Musil. Il est le seul &#233;crivain qui se soit int&#233;ress&#233; &#224; ce qui pouvait se passer &#224; la fronti&#232;re entre &#233;l&#233;ments et ph&#233;nom&#232;nes tant concrets que psychiques relevant de plein droit de la raison et ceux qui, plus essentiels peut-&#234;tre encore pour les individus, rel&#232;vent des domaines dans lesquels la raison n'a pas prise ou ne permet pas de les d&#233;finir. Ce qui les caract&#233;rise c'est qu'ils font l'objet d'une &#171; exp&#233;rience &#187;, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui est &#224; la fois per&#231;u, v&#233;cu, et qui dans sa forme comme dans ses manifestations d&#233;passe litt&#233;ralement l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit depuis des si&#232;cles, c'est un mouvement global dans le champ de la pens&#233;e qui a consist&#233; &#224; refuser droit de cit&#233; &#224; de telles manifestations au nom de l'opposition &#224; la religion, aux croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement de perspective a install&#233; la raison comme facult&#233; dominante en vue de s'orienter dans l'existence et la pens&#233;e et la conscience comme &#233;tant &#224; la fois son op&#233;rateur, son instrument de mesure et la forme de sa l&#233;gitimit&#233; paradoxalement subjective mais offrant &#224; la subjectivit&#233; le moyen de se lib&#233;rer du poids de ces manifestations intempestives d&#233;rangeantes, puisque venant rappeler l'existence de ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els et psychiques incompris. On a remis&#233; dans le champ subjectif les croyances et les ph&#233;nom&#232;nes incompris et contraint la d&#233;nomm&#233;e r&#233;alit&#233; &#224; r&#233;pondre dans toutes ses manifestations aux lois de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces domaines qui &#233;chappent en partie &#224; l'emprise de la raison sont ceux dans lesquels se posent tant des questions majeures, existentielles si l'on veut, concernant cependant des exp&#233;riences que tout le monde peut conna&#238;tre, vivre, croiser dans sa vie, comme l'amour, la passion, ou la folie, que des questions philosophiques ou induites par des mutations techniques et soci&#233;tales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musil est le seul ou l'un des tr&#232;s rares &#224; avoir su, d&#232;s les ann&#233;es 20, formuler un nouveau partage ou dessiner une nouvelle fronti&#232;re entre raison et non-raison, fronti&#232;re qui se r&#233;v&#233;lait en effet, non plus &#233;vidente et marqu&#233;e d'un trait d&#233;finitif s&#233;parant des zones ou des domaines inconciliables, mais floue, poreuse et progressive en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il &#233;tait possible de montrer que l'on pouvait passer non pas un saut radical mais pas une &#233;volution lente et progressive d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout l'enjeu est l&#224; reconna&#238;tre la s&#233;paration, la schize, pour mieux parvenir non pas &#224; maintenir la s&#233;paration, mais pour permettre aux donn&#233;es provenant des deux c&#244;t&#233;s d'&#234;tre appr&#233;hend&#233;es &#224; l'aune de relations et de parent&#233;s qui ne soient pas articul&#233;es par la seule raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref que la d&#233;finition de ce qui &#233;tait rationnel ne suffisait pas &#224; expliquer ou &#224; rendre compte de ph&#233;nom&#232;nes aussi complexes que l'accomplissement d'un crime, les pulsions sexuelles, la relation entre connaissance et croyance ou encore entre ce qu'il est possible de d&#233;terminer comme &#233;tant un acte juste dans le domaine moral ou &#233;thique et ce qui ne l'est pas. En d'autres termes, il est difficile de qualifier d'irrationnelles des exp&#233;riences qui sont en effet &#224; la limite ou au-del&#224; de ce qui est rationnellement cr&#233;dible et pensable et qui sont pourtant v&#233;cues de mani&#232;re indubitable par certaines personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc bon de repasser un instant par Musil, car c'est le meilleur moyen de d&#233;finir le cadre g&#233;n&#233;ral des r&#233;flexions du s&#233;minaire de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'e&#769;crivain autrichien a fait de cette question l'un des enjeux majeurs de son &#339;uvre. Dans un essai de 1918, intitule&#769; &lt;i&gt;La connaissance chez l'e&#769;crivain&lt;/i&gt;, il proposait de parler pluto&#770;t que de rationnel et d'irrationnel, de ratioi&#776;de et de non ratioi&#776;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le domaine ratioi&#776;de englobe, de&#769;limite&#769; a&#768; grands traits, tout ce qui peut entrer dans un syste&#768;me scientifique, tout ce qui peut e&#770;tre re&#769;sume&#769; dans des lois et des re&#768;gles, donc avant tout la nature physique. [...] On peut dire que le domaine ratioi&#776;de est re&#769;gi par la notion de solidite&#769;. [...] En profondeur, la&#768; aussi, les assises sont chancelantes ; les fondements premiers des mathe&#769;matiques ne pre&#769;sentent pas de certitude logique, les lois de la physique ne sont valables qu'approximativement et les astres se meuvent dans un syste&#768;me de coordonne&#769;es dont le lieu n'est nulle part. [...] Si le domaine ratioi&#776;de est celui de la re&#768;gle avec exceptions, le domaine non ratioi&#776;de est celui ou&#768; les exceptions l'emportent sur la re&#768;gle. [...] Dans ce domaine (des affirmations e&#769;thiques) la compre&#769;hension de chaque jugement, le sens de chaque notion est enveloppe&#769; d'une couche d'expe&#769;rience plus subtile que l'e&#769;ther, d'un me&#769;lange de volonte&#769; et de non volonte&#769; personnelles variable de seconde en seconde. Les faits, dans ce domaine et par conse&#769;quent leurs relations sont infinis et incalculables. [...]. Ici de prime abord il n'y a pas de limites aux inconnues, aux e&#769;quations, aux possibilite&#769;s de solutions. La ta&#770;che consiste a&#768; de&#769;couvrir sans cesse de nouvelles solutions de nouvelles constellations, de nouvelles variables. [...] des possibilite&#769;s d'e&#770;tre un homme, d'inventer l'homme inte&#769;rieur &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; ,p. 80-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne les expe&#769;riences e&#769;thiques comme les nomme Musil, mais il va de soi que pour lui cela englobe les expe&#769;riences esthe&#769;tiques ou si l'on veut, artistiques, mais aussi paradoxales d'un point de vue psychique et plus globalement les exp&#233;riences dites mystiques. Il s'y est int&#233;ress&#233; de pr&#232;s en particulier &#224; travers le recueil de textes compil&#233;s par le philosophe Martin Buber sous le titre de &lt;i&gt;Confessions extatiques&lt;/i&gt;, mais aussi en lisant de tr&#232;s pr&#232;s le plus extatique des Romantique Allemands, Novalis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cet int&#233;r&#234;t pour ce qui &#233;chappe directement &#224; l'emprise de la raison n'a jamais cess&#233;. Il a pris des formes diverses au cours des si&#232;cles, des mill&#233;naires, et s'est accord&#233; &#224; l'&#233;volution de ces exp&#233;riences qui propulsent les individus dans des sph&#232;res ou des zones dans lesquelles la raison ne permet pas ou plus de s'orienter. Il persiste et insiste au cours des si&#232;cles et nous verrons par la suite comment cela s'est manifest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH666/5_socrate-41244.jpg?1772200760' width='500' height='666' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Socrate
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I :Br&#232;ve histoire de la conscience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conscience un enjeu philosophique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, aujourd'hui, c'est de tenter de comprendre &#224; la fois comment la conscience s'est constitu&#233;e et en quoi elle est devenue un obstacle &#224; la compr&#233;hension de ce qui &#224; la fois nous arrive soci&#233;talement et individuellement. C'est-&#224;-dire comment cette super m&#233;taphore qu'est la conscience en tant qu'elle a &#233;t&#233; coll&#233;e au sujet, Moi et Je confondus, n'est plus efficace pour nous permettre de nous orienter dans le monde comme de nous comprendre nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il nous faut revenir sur ce que nous croyons savoir au sujet de la conscience et faire un tr&#232;s bref retour arri&#232;re sur la mani&#232;re dont la philosophie a con&#231;u et fait &#233;volu&#233; ce que nous appelons la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire d'un mot, ce qui caract&#233;rise pour nous la conscience, c'est qu'elle a &#233;t&#233; &#224; la fois essentialis&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme le fondement de toutes nos perceptions et de nos connaissances et associ&#233;e et finalement confondue avec le sujet &#224; la fois acteur et destinataire de ces connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini par ne faire qu'une entit&#233; du je pense et du je suis. Cela vous rem&#233;more imm&#233;diatement la formule de Descartes, &#171; je pense donc je suis &#187;. Ce n'est l&#224; en fait qu'un moment certes important mais ce n'est pas le seul dans l'&#233;volution et la transformation ou l'affinement de la relation entre sujet conscience et raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question de faire un cours sur la conscience. Il est cependant n&#233;cessaire de rappeler tr&#232;s bri&#232;vement quelques-uns des moments majeurs de l'&#233;volution de ce qui a permis de constituer notre conception encore actuelle de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle serait pour l'essentiel le fait pour un individu d'accompagner ses connaissances relatives aux choses du monde d'une attention port&#233;e &#224; cette entit&#233; qu'il est, et qui est l'instance qui conna&#238;t, attention qui fait de lui l'objet de cette m&#234;me connaissance et le moyen par lequel, essentiellement alors d'un point de vue &#233;thique, il pourrait appr&#233;hender ses actes, leurs motifs et donc les contr&#244;ler, et ainsi se contr&#244;ler lui-m&#234;me. La conscience est cette bulle qui va de soi &#224; soi, qui relie l'individu acteur &#224; l'individu r&#233;fl&#233;chissant sur lui-m&#234;me, se prenant donc comme objet de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait les entr&#233;es sont multiples, elles commencent plus ou moins si l'on veut par le &#171; gnothi seauton &#187;, la c&#233;l&#232;bre formule &#171; connais-toi toi-m&#234;me &#187;, qui &#233;tait inscrite sur les murs du temple d'Apollon &#224; Delphes et que Socrate utilise dans plusieurs des dialogues dans lesquels Platon le fait appara&#238;tre, en premier lieu le &lt;i&gt;Charmide&lt;/i&gt;, un des tous premiers dialogues, (mais aussi dans le &lt;i&gt;Phil&#232;be, Protagoras&lt;/i&gt;, ou encore &lt;i&gt;Les Lois&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce qu'on peut lire dans le &lt;i&gt;Charmide&lt;/i&gt; en 164 d : &#171; [&#8230;] J'irais presque jusqu'&#224; dire que cette m&#234;me chose, se conna&#238;tre soi-m&#234;me, est temp&#233;rance, d'accord en cela avec l'auteur de l'inscription de Delphes. Je m'imagine que cette inscription a &#233;t&#233; plac&#233;e au fronton comme un salut du dieu aux arrivants, au lieu du salut ordinaire &#171; r&#233;jouis-toi &#187;, comme si cette derni&#232;re formule n'&#233;tait pas bonne et qu'on d&#251;t s'exhorter les uns les autres, non pas &#224; se r&#233;jouir, mais &#224; &#234;tre sages. C'est ainsi que le dieu s'adresse &#224; ceux qui entrent dans son temple, en des termes diff&#233;rents de ceux des hommes, et c'est ce que pensait, je crois, l'auteur de l'inscription &#224; tout homme qui entre il dit en r&#233;alit&#233; : &#171; Sois temp&#233;r&#233;. &#187; Mais il le dit, comme un devin, d'une fa&#231;on un peu &#233;nigmatique ; car &#171; Connais-toi toi-m&#234;me &#187; et &#171; Sois temp&#233;r&#233; &#187;, c'est la m&#234;me chose, au dire de l'inscription et au mien. Mais on peut s'y tromper : c'est le cas, je crois, de ceux qui ont fait graver les inscriptions post&#233;rieures : &#171; Rien de trop &#187; et &#171; Cautionner, c'est se ruiner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Platon, cependant, la conscience et le sujet ne sont pas encore compl&#232;tement constitu&#233;s m&#234;me si les bases de leur existence &#171; l&#233;gale &#187; sont en train d'&#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restons dans le champ philosophique et tentons de dessiner rapidement les divers &#233;l&#233;ments qui participent au portrait de la conscience pour la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit &#233;videmment &#233;voquer Descartes qui dans les &lt;i&gt;M&#233;ditations&lt;/i&gt; &#233;tablit un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral qui va s'imposer comme la base de la compr&#233;hension de la conscience pour toute la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il donne une base substantielle &#224; la conscience en en faisant l'exp&#233;rience que fait l'esprit de lui-m&#234;me comme sujet au sens de substance c'est-&#224;-dire comme r&#233;alit&#233; m&#233;taphysique fondamentale pr&#233;sente &#224; l'identique dans chaque &#233;v&#233;nement de la vie mentale comme son mat&#233;riau dont elle est faite. Il fonde le mod&#232;le de &#034;toute certitude ult&#233;rieure&#034; bas&#233;e donc sur le fait que l'esprit a conscience de la nature formelle d'une pens&#233;e du fait qu'elle est une pens&#233;e en g&#233;n&#233;ral et qu'une pens&#233;e est une id&#233;e. La conscience est perception de soi puisqu'elle reconduit la v&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience premi&#232;re du cogito &#224; savoir que quoique je pense j'existe. &#187; (O. Putois &lt;i&gt;La conscience&lt;/i&gt;, Flammarion, GF, p50-54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t donc &#224; la conscience, pour Descartes, c'est le sujet de cette conscience. Le cogito, le je pense, r&#233;v&#232;le et assure de son existence l'ego, le je, dans son &#234;tre m&#234;me. La conscience est r&#233;flexive et substantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant rendra possible en distinguant aperception et perception : &#171; la red&#233;finition de l'objectivit&#233; comme ce qui est synth&#233;tis&#233;, organis&#233;, par les formes de pens&#233;e logique propres &#224; l'entendement du sujet sur la base de l'affection sensible qu'il &#233;prouve. L'exp&#233;rience consciente est celle d'un sujet dont la repr&#233;sentation originaire doit pouvoir accompagner comme son sujet n&#233;cessaire, tout repr&#233;sentation d'objet. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est en quelque sorte l'interface entre sujet et objet, et la raison est ce qui assure leur n&#233;cessaire coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment assurer l'unit&#233; du sujet pr&#233;alablement &#224; toute unification objectivante ? C'est que le sujet ne dispose pas de cette unit&#233; de toute &#233;ternit&#233;, il l'acquiert dans et par l'exp&#233;rience consciente. L'existence du sujet de et dans la psychose par exemple fait &#233;merger le fait qu'il peut y avoir un sujet dont l'exp&#233;rience consciente ne garantit pas l'unit&#233; du sujet dans chaque exp&#233;rience. Le sujet peut &#234;tre diff&#233;rent &#224; divers moments de son existence. Comment assurer cette unit&#233; ? La philosophie s'y emploie, Locke ou Bergson s'y att&#232;lent &#224; partir de la fonction qui devient centrale celle de la m&#233;moire, la conscience devenant le moyen par lequel on s'assure entre autres choses, de la validit&#233; de ses souvenirs et la validit&#233; de ses choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;merge un sujet qui doit &#234;tre con&#231;u comme responsable potentiellement de ses actes. La conscience devient conscience morale et est une sort de principe inn&#233; de justice et de vertu pour Rousseau en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit pointer son nez un dieu dont la fonction va &#234;tre d'aider la conscience du sujet &#224; choisir &#224; bien choisir puisque m&#234;me s'il sent en lui-m&#234;me qu'il doit bien agir il ne le peut sans intervention d'une force puissante celle de dieu en ce qu'il s'adresse &#224; la conscience en chacun &#224; la conscience de chacun. Luther est pass&#233; par l&#224; qui pour Reiner Sch&#252;rmann en tout cas, le v&#233;ritable &#171; fondateur &#187; de la forme de la conscience moderne, plus encore que Descartes. nous aurons l'occasion sans doute d'y revenir dans des s&#233;ances prochaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est toujours absolument subjective. Le sujet conditionne-t-il cette conscience avec laquelle il &#233;merge comme sujet ? N'y a-t-il pas des activit&#233; pr&#233;-subjectives existant en de&#231;&#224; de la distinction Sujet / Objet qui est le crit&#232;re par lequel la conscience moderne fonde son existence ? On voit venir des questions sur l'existence de ph&#233;nom&#232;nes psychiques &#233;chappant au contr&#244;le de la conscience. L'inconscient appara&#238;t comme le nom de cette base arri&#232;re, de ce domaine &#233;chappant au contr&#244;le de la jusqu'ici toute puissante conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandes branches poussent sur l'arbre de ce questionnement nouveau, celle de la psychanalyse et celle des neuro-sciences. La psychanalyse s'invente dans le giron de la conscience au sens classique du terme et elle ouvre sur des zones que cette conscience ne contr&#244;le pas. Mais elle renvoie finalement &#224; la puissance rectrice de la conscience en visant &#224; rendre au sujet un certain contr&#244;le sur sinon sur ce qui lui &#233;chappe et le constitue du moins sur la part devenue consciente de ce qu'il a pu d&#233;couvrir de lui. Le sujet reste l'instance vitale et normative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les neurosciences, elles, se positionnent d'une tout autre mani&#232;re vis-&#224;-vis de la conscience. Elles articulent deux niveaux ou deux ordres de r&#233;alit&#233;, subjective et objective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut rendre compte de la conscience dans son rapport aux processus corporels qu'en d&#233;terminant la structure objective de l'exp&#233;rience conscient et ph&#233;nom&#233;nale. [...] Varela et Thompson parlent de neuroph&#233;nom&#233;nologie. [...] L'individu, consid&#233;r&#233; comme un syst&#232;me dynamique en &#233;volution permanente a deux aspects, processus neuronaux et v&#233;cus conscients, et il faut les articuler pour caract&#233;riser le ph&#233;nom&#232;ne de la conscience. Et l'articulation que promeut la neuroph&#233;nom&#233;nologie est &#224; la base de l'&#233;mergence de la conscience, une causalit&#233; r&#233;ciproque entre le niveau du v&#233;cu conscient et celui des populations neuronales qui le sous-tendent : de la m&#234;me fa&#231;on que sans des processus neuronaux pr&#233;cis il n'y a pas de conscience (causalit&#233; montante, du local au global), de m&#234;me l'effectuation consciente des t&#226;ches mentales oriente le cours des processus neuronaux jusqu'&#224; pouvoir stopper une crise d'&#233;pilepsie - il y a donc causalit&#233; descendante (du global au local, du mental sur le physiologique. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 45-46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t donc apr&#232;s cette tr&#232;s br&#232;ve pr&#233;sentation de quelques-uns des enjeux, c'est le fait que les relations duales qui nous servent encore largement de mod&#232;le implicite ou explicite d'ailleurs pour penser notre relation &#224; ce qui nous constitue, comme la relation corps-esprit, moi-je, et tous les partages culturels qui continuent d'&#234;tre activ&#233;s dans notre relation au monde qui nous entoure, bien-mal, dieu-homme, existence-transcendance, trouvent de mani&#232;re paradoxale une origine, ou plut&#244;t des ant&#233;c&#233;dents dans le fonctionnement neuronal m&#234;me et &#233;videmment dans la structure c&#233;r&#233;brale proprement dite. C'est &#224; l'examen de ces aspects singuliers qu'il faut se consacrer maintenant, ce qui nous conduira &#224; appr&#233;hender la conscience comme un ph&#233;nom&#232;ne historique, mais d'abord le cerveau comme une entit&#233; au fonctionnement particuli&#232;rement inattendu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_lionel-naccache.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH310/4_lionel-naccache-fd0ff.jpg?1669901554' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lionel Naccache
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fictions interpr&#233;tations croyances (FICs)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une conf&#233;rence publi&#233;e en 2013, intitul&#233;e &lt;i&gt;De quoi prenons-nous conscience&lt;/i&gt;, (Ed Manucisu, 2013), Lionel Naccache nous offre une possibilit&#233; de mieux comprendre comment aborder la question du statut et de la fonction de la conscience aujourd'hui. Nous allons aborder les zones qui nous int&#233;ressent plus particuli&#232;rement et qui concernent les relations entre langue et invention. Au-del&#224; des aspects neurobiologiques &#224; proprement parler, la conscience est l'instance par laquelle nous pensons pouvoir nous assurer que notre relation &#224; nous-m&#234;mes, aux autres et au monde, est bas&#233;e sur une forme d'objectivit&#233; et que cette objectivit&#233; est partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Naccache montre non pas qu'il n'en est rien mais que la zone o&#249; une telle objectivit&#233; partageable est active est finalement extr&#234;mement limit&#233;e et elle-m&#234;me sujette &#224; caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos repr&#233;sentations mentales conscientes ne sont pas seulement dues &#224; la dynamique c&#233;r&#233;brale des relations entre neurones, mais leur &#171; statut est irr&#233;pressiblement interpr&#233;t&#233; et support de croyance subjective &#187;. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous plongeons d'un coup au c&#339;ur de ce qui est en jeu ici, avec cette id&#233;e un peu folle qui prend la forme de la formule assez floue et ind&#233;finie de &lt;i&gt;Faire des dieux&lt;/i&gt;. Et le c&#339;ur de cette aventure, c'est quoi ? Appr&#233;hender ce que j'appelle la trame imaginale, le fait que rien de ce que nous tenons pour vrai, juste, solide, d&#233;finitif, n'&#233;chappe au fait d'&#234;tre tiss&#233; par les mots, c'est-&#224;-dire par ce que l'on peut appeler &#171; la pens&#233;e du dehors &#187;, m&#234;me si l'on trahit un peu Foucault parlant de Blanchot, ici, le fait que nous nous appuyons sur les mots pour &#233;tayer et rendre consistant chaque instant de notre existence. C'est la dimension interpr&#233;tative de notre conscience qui est ici vis&#233;e. C'est en tout cas ce que nous invite &#224; penser Lionel Naccache, dans cette conf&#233;rence, comme dans d'autres de ses ouvrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exp&#233;riences faites dans les ann&#233;es 40 par deux chercheurs am&#233;ricains (Heider et Simmel) ont permis de montrer que la projection de films constitu&#233;s de figures g&#233;om&#233;triques en mouvement mettant en sc&#232;ne des sujets humains, conduisent en quelques secondes &#224; peine, les spectateurs &#224; identifier les personnes et &#224; s'identifier &#224; eux, &#224; leurs &#233;motions, etc... C'est l&#224; un exemple de la fabrique de sens qui est &#233;videmment l'&#339;uvre des processus cognitifs du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bref, nous fabriquons du sens sans m&#234;me le savoir ni le vouloir, et ces significations deviennent le support d'investissement de notre confiance, de notre croyance. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que rel&#232;ve Naccache c'est que la perception d'un objet par exemple, qui dispara&#238;trait de notre champ visuel sans raison et qui nous verrait &#233;mettre la remarque &#171; c'est incroyable &#187; et donc la repr&#233;sentation que nous nous faisons de cet objet &#233;tait &#171; associ&#233;e &#224; une croyance forte : nous croyons ce que nous voyons. Ce mat&#233;riau singulier, celui que je qualifie de &#034;fictions interpr&#233;tations croyances (FICs)&#8221; est celui dont son p&#233;tries nos pens&#233;es conscientes, celles que nous sommes capables de nous rapporter &#224; nous -m&#234;me ou autres, en particulier par des actes de langage. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 13)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH365/split_brain-739117-7e94d.png?1669901554' width='500' height='365' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voque ensuite des exp&#233;riences men&#233;es sur des malades d'&#233;pilepsie s&#233;v&#232;re auxquels ont a sectionn&#233; le corps calleux et dont les h&#233;misph&#232;res ont donc &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s, puisque le corps calleux est le pont entre les deux h&#233;misph&#232;re la zone par laquelle passent toutes les informations circulant d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre. Ils vivent alors avec un split brain, un cerveau divis&#233;. Ils vivent non pas tout &#224; fait comme les bicam&#233;raux de Jaynes, car chez les hommes de la pr&#233;histoire &#233;videmment, le corps calleux fonctionne, mais sont assez proches d'eux si l'on s'accorde &#224; admettre la th&#232;se de Jaynes d'une relative diff&#233;rence et d'une certaine autonomie entre les deux h&#233;misph&#232;re dans les p&#233;riodes qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'invention de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exp&#233;riences men&#233;es avec ces gens ayant un split brain conduisent &#224; des r&#233;sultats passionnants puisque l'on, voit &#224; l'&#339;uvre chez eux &#171; des m&#233;canismes d'interpr&#233;tation fictionnelle &#187;. En gros un des aspects majeurs des exp&#233;riences consistait de demander &#224; un h&#233;misph&#232;re d'accomplir une t&#226;che pr&#233;cise et ensuite de demander &#224; l'autre h&#233;misph&#232;re de fournir l'explication de ce comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le sc&#233;nario invent&#233; par le cerveau gauche pour expliquer ce qui a &#233;t&#233; accomplit par la personne &#224; l'initiative d'injonctions envoy&#233;es au cerveau droit est en fait une explication imaginaire. &#171; La premi&#232;re couche interpr&#233;tative op&#232;re ici en amont de la prise de conscience. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple est le suivant : &#171; on montre dans le champ visuel gauche (donc pour le cerveau droit) un message bref qui dit &#034;marchez&#034;. l'homme comprend le message sans pouvoir le lire &#224; haute voix, ce qui serait le travail du cerveau gauche. Il se l&#232;ve et sort de la pi&#232;ce. Et au seuil de la porte le m&#233;decin lui demande ce qu'il fait et le patient r&#233;pond avec son cerveau gauche qui a le contr&#244;le du langage parl&#233; alors m&#234;me qu'il ignore tout de l'ordre donn&#233; au cerveau droit. Il ne peut pas r&#233;pondre. Va-il le faire adopter &#034;une attitude cart&#233;sienne et rationnelle en tenant un discours comme : je ne sais pas l'origine de comportement...? Loin de l&#224;. Il r&#233;pond du tac au tac par exemple : je vais &#224; la maison chercher du jus de fruit !&#034; Le malade produit &#224; son insu, une explication, une signification, et il y croit consciemment avec une conviction assez forte. Le malade &#233;tudi&#233; par Gazzaniga produit un sens fictif &#224; ce qui lui arrive. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p.16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien direz-vous, nous nous n'avons pas un cerveau divis&#233;, nous sommes &#171; normaux &#187; et notre appr&#233;hension de la r&#233;alit&#233; est tout &#224; fait conforme &#224; ce que nous indique la raison. Or, d'une part nous sommes ou nos cerveaux sont toujours divis&#233;s, m&#234;me s'ils sont en relation constante et directe par le corps calleux, et d'autre part nous ne cessons de &#171; fictionner &#187; . Les FICs se d&#233;ploient aussi dans les cerveaux non divis&#233;s car notre fonctionnement conscient est associ&#233; pour ne pas dire d&#233;pendant des m&#233;canismes qui aboutissent &#224; ces FICs. Leur identification est seulement plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; et analys&#233; le syndrome de Capgras ou &lt;i&gt;d&#233;lire des sosies&lt;/i&gt; - d&#233;lire qui fait que quelqu'un qui a un cerveau endommag&#233; dans la partie permettant de reconna&#238;tre les cadres de familiarit&#233; mais pas la partie permettant de reconna&#238;tre les visages se met &#224; prendre des gens qu'il conna&#238;t pour des sosies de la personne connue - Lionel Naccache pr&#233;sente une analyse plus g&#233;n&#233;rale sur les FICs, c'est-&#224;-dire que le fonctionnement c&#233;r&#233;bral conscience de chacun de nous &#224; partir du d&#233;lire des sosies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce d&#233;veloppement commence ainsi : &#171; Au commencement &#233;tait la dissociation... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 30) C'est qu'en effet, la dissociation ou la perte de connexion entre deux aires servant &#224; reconna&#238;tre et le visage et la personne, ne peut pas &#234;tre conscience. mais comment le patient qui n'est pas l'agent de cette dissociation l'interpr&#232;te-t-il ? Il est conscient de conna&#238;tre ce visage et pourtant il ne lui est plus familier. cela ne va pas l'emp&#234;cher de &#171; construire une signification &#224; partir de ces informations conflictuelles inhabituelles &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 32)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affaire &#224; un objet mental inconscient mais interpr&#233;t&#233;. Il y a donc deux niveaux celui de l'attribution d'une signification ou du sens et celui de la prise de conscience qui se produit apr&#232;s ou apr&#232;s coup ! ou peut-&#234;tre presque en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette capacit&#233; &#224; produire des interpr&#233;tations inconscientes faisant usage d'informations diff&#233;rentes correspond d&#233;j&#224; &#224; une forme d'int&#233;gration et il me semble possible qu'elle puisse correspondre &#224; une classe de ph&#233;nom&#232;nes mentaux qui s'ils sont non conscients d&#233;pendent &#233;troitement de la conscience : l'utilisation de certaines propri&#233;t&#233;s de l'architecture fonctionnelle c&#233;r&#233;brale de la conscience par des processus non conscients. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un ou des interpr&#233;tations initiales qui sont ant&#233;rieures au fonctionnement conscient et qui sont donc &#224; la fois le signe qu'on interpr&#232;te AVANT et donc qu'on dispose &#171; d'une sorte de croyance d'embl&#233;e, sans effort ni agentivit&#233; consciente du sujet. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve face &#224; des questions et des enjeux essentiels. Que se passe-t-il en amont donc ? Une pluralit&#233; de possibilit&#233;s sont pr&#233;sentes et finissent par &#234;tre tri&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La singularit&#233; de la conscience qui est un processus lent, s&#233;riel, limit&#233; en capacit&#233; contraste avec la multiplicit&#233; des processus non conscients parall&#232;les, rapides, &#233;vanescents et de capacit&#233; de traitement bien plus riche... la psychologie exp&#233;rimentale laisse supposer que La prise de conscience s'accompagne d'une r&#233;duction massive des hypoth&#232;ses alternatives, d'une inhibition majeur de toutes ces autres repr&#233;sentations. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 36-37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les processus qui sont &#224; l'&#339;uvre lors de la prise de conscience s'inscrivent donc comme le montre l'exemple du syndrome du sosie en nous comme des &#233;l&#233;ments sur lesquels on ne peut pas revenir. Ils sont donc d&#233;j&#224; conscients au sens o&#249; ils font partie int&#233;grante de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la question qui se pose pour les sujets normaux est la suivante : qu'est-ce que nous allons &#171; tenir pour vrai &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Naccache appelle cela &#171; la dynamique narrative subjective qui est un processus actif et donc faillible. On peut envisager cette narrativit&#233; de FICs comme un processus de r&#233;vision &#233;ditoriale qui se joue &#224; travers la prise de conscience de mat&#233;riaux interpr&#233;t&#233;s, la capacit&#233; &#224; critiquer ces interpr&#233;tations, voire les r&#233;cuser, afin de les faire &#233;voluer ou de leur substituer d'autres significations et d'autres croyances. On peut s'interroger sur ce qui est v&#233;ritablement conscient ici ? L'&#233;valuation, le rejet, la r&#233;vision, la g&#233;n&#233;ration de nouvelles interpr&#233;tations ? &#187; (&lt;i&gt;Op. cit,&lt;/i&gt; p. 39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a affaire &#224; deux plateaux, &#224; deux dimensions, &#224; deux modes de fonctionnement, &#224; deux vitesses, &#224; deux mouvements &#224; travers lesquels s'&#233;changent et se partagent les informations entre aspects non conscients et aspects conscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ressortirait ainsi de cette dynamique des FICs un dialogue entre des aspects conscients et non conscients de notre activit&#233; mentale : rapidit&#233;, parall&#233;lisme et &#034;cr&#233;ativit&#233;&#034; abductive inconscients en relation avec la s&#233;rialit&#233; lente et d&#233;ductive de la conscience. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que veut donc Lionel Naccache, c'est &#171; rappeler &#224; chacun d'entre nous l'omnipr&#233;sence des FICs dans notre vie mentale consciente. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 43) Il termine sa conf&#233;rence en constatant que comme le disait Paul Val&#233;ry &#171; la conscience r&#232;gne mais ne gouverne pas &#187; (&lt;i&gt;in Mauvaises pens&#233;es &amp; autres&lt;/i&gt;, NRF 1942) et que &#171; Nous sommes les interpr&#232;tes du r&#233;el et non ses porte-voix, tant le patient souffrant du d&#233;lire des sosies que chacun d'entre nous dans l'appr&#233;hension consciente de ce qui nous arrive. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tout ce chemin avec Lionel Naccache ? C'est un des rares textes que je connaisse qui pr&#233;sente avec une telle clart&#233; les enjeux qui sont les n&#244;tres, c'est-&#224;-dire qui nous offre des &#233;l&#233;ments pour analyser ce qui se produit dans notre psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste deux &#233;tapes sur le chemin qui va nous conduire &#224; l'examen de textes d'&#233;crivains, de philosophes, de th&#233;ologiens, pour lesquels la conscience au sens traditionnel du terme est &#171; d&#233;pass&#233;e &#187; voire m&#234;me qui l'ignorent, ce qui ne les emp&#234;che ni d'&#233;crire, ni de penser &#233;videmment, mais qui peuvent pr&#233;cis&#233;ment nous accompagner sur ce chemin qui doit nous conduire &#224; donner &#224; l'expression &#171; faire des dieux &#187; une consistance telle qu'elle ne para&#238;t ni incongrue ni absurde, mais au contraire tout &#224; fait clairement constituer l'un des enjeux majeurs de et dans la cr&#233;ation aujourd'hui, qu'elle soit litt&#233;raire, philosophique ou autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_julian-jaynes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH396/3_julian-jaynes-75550.jpg?1669901554' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Julian Jaynes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historicit&#233; de la conscience et plasticit&#233; du cerveau : la th&#232;se de Julian Jaynes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent &#233;voqu&#233; mais pas si souvent convoqu&#233;, c'est donc Julian Jaynes et le d&#233;but de son livre, &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral&lt;/i&gt; (Ed Fage, 2021) qu'il importe ici de pr&#233;senter &#224; la fois bri&#232;vement et en m&#234;me temps consciencieusement, car nous faisons face avec sa th&#232;se globale &#224; une autre approche de la conscience qui est tr&#232;s proche de celle de Naccache et d'autres, quoiqu'elle soit produite dans un autre champ que la neurobiologie, celui de l'anthropologie et de l'histoire des croyances humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui importe dans l'approche de Jaynes ? Le fait suivant : qu'il est le seul du moins sous cette forme si synth&#233;tique, &#224; appr&#233;hender la conscience comme un ph&#233;nom&#232;ne historique et non comme une donn&#233;e structurellement ind&#233;passable du fonctionnement psychique humain. Que veut dire ici ph&#233;nom&#232;ne historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y a eu des structures psychiques chez les humains qui n'&#233;taient pas bas&#233;es sur le primat de la conscience, et donc que la conscience s'est constitu&#233;e &#224; travers les si&#232;cles comme une r&#233;ponse &#224; des modifications profondes de certains aspects de l'existence humaine autour de la m&#233;diterran&#233;e en tout cas, drames li&#233;s &#224; la tectoniques des plaques avec l'effondrement de Santorin et sans doute d'autres tremblements de terre associ&#233;s &#224; des tsunamis puissants qui ont pu avoir lieu &#224; la fin du n&#233;olithique et qui ont ravag&#233; parfois sur de grandes distances dans les terres toute vie humaine sur d'importantes zones, des mutations dans les croyances possibles ou acceptables face &#224; celles qui se sont effondr&#233;es suite &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes et &#224; la recomposition des activit&#233;s que cela a pu impliquer, comme &#224; divers aspects historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une chose essentielle a permis la naissance de la conscience sur les ruines de ce que Jaynes appelle l'esprit bicam&#233;ral, c'est l'&#233;criture. Mais tout cela vous pouvez le lire dans son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe aujourd'hui, c'est de comprendre comment il pr&#233;sente la conscience &#224; la fois pour ce qu'elle peut &#234;tre et comme ph&#233;nom&#232;ne ayant donc eu une gen&#232;se et pouvant donc avoir une fin ou du moins &#234;tre partiellement ou totalement transform&#233;e et comment &#224; travers son analyse de l'esprit bicam&#233;ral, on peut appr&#233;hender la survivance d'&#233;l&#233;ments de type bicam&#233;raux dans le fonctionnement c&#233;r&#233;bral d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le cerveau est &#171; plastique &#187;, il ne cesse d'&#233;voluer de se transformer et c'est implicitement de l&#224; que part Jaynes, de cette capacit&#233; d'adaptation des humains et des possibilit&#233;s qu'offre pour faire face aux transformations qu'il a v&#233;cues, la plasticit&#233; de ses organes de son cerveau en particulier. En nous permettant d'approcher les mondes et les hommes qui nous pr&#233;c&#232;dent, nos anc&#234;tre pr&#233;historiques, les plus proches de nous ceux qui existaient &#224; l'&#233;poque de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; ou un peu avant et un peu apr&#232;s, Jaynes nous ouvre la porte &#224; une compr&#233;hension renouvel&#233;e de nos capacit&#233;s actuelles et aux possibilit&#233;s qui s'offrent &#224; nous d'agir dans la mutation dans laquelle nous sommes entrain&#233;s. La conscience pour Jaynes est le r&#233;sultat de l'adaptation des hommes &#224; l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est donc pour lui la conscience ? Il faut rappeler ici en quelques mots comment Jaynes conc&#807;oit la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conscience et langage : la fonction de la m&#233;taphore&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes montre que la conscience en fait n'a pu se d&#233;velopper que gr&#226;ce au langage et &#224; l'invention de l'&#233;criture et il propose une conception de la m&#233;taphore comme m&#233;canisme incontournable et premier dans la formation et le fonctionnement de la conscience. C'est un peu &#171; technique &#187; mais cela doit &#234;tre pr&#233;sent&#233; en d&#233;tail car c'est sans doute l&#224; que se formule la partie essentielle pour nous, de ce qui et important chez Jaynes, puisqu'il tente de d&#233;crire le fonctionnement de notre esprit, et la ou les mani&#232;res dont ne cessons d'inventer le monde &#224; mesure que nous l'analysons. Et surtout, il nous offre une explication globale de la mani&#232;re dont l'invention de la conscience s'est accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de l'invention langagi&#232;re et donc de la conscience est pour Jaynes la m&#233;taphore. Elle met en &#339;uvre une double articulation entre connu et inconnu ou moins connu, c'est le travail de la m&#233;taphore et entre possibilit&#233; mentale et donc cerveau et monde qui environne les hommes, c'est la relation d'analogie (mieux que r&#233;alit&#233; et bien mieux que r&#233;el qui tous laissent croire que cela existe r&#233;alit&#233; et r&#233;el alors que ces mots sont eux-m&#234;mes des m&#233;taphores de m&#233;taphores).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est, dit-il, &#171; le sol m&#234;me qui constitue la langage. J'utilise ici la m&#233;taphore dans son sens le plus g&#233;n&#233;ral : l'utilisation d'un terme d&#233;signant une chose pour en d&#233;crire une autre &#224; cause d'une sorte de similitude entre elle ou de leur rapport &#224; d'autres choses. Il y a donc toujours deux termes dans la m&#233;taphore, la chose &#224; d&#233;crire que j'appellerai le m&#233;taphrande et la chose ou le rapport utilis&#233; pour l'&#233;lucider, que j'appellerai le m&#233;tapheur. Une m&#233;taphore est toujours un m&#233;tapheur connu s'appliquant &#224; un m&#233;taphrandre moins connu. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 63-64) en d&#233;coule une chose essentielle : &#171; toutes ces m&#233;taphores concr&#232;tes augmentent &#233;norm&#233;ment nos pouvoirs de perception du monde qui nous entoure et de la compr&#233;hension que nous en avons et cr&#233;ent litt&#233;ralement de nouveaux objets. la langue est bien un organe de perception et pas seulement un moyen de communication. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement global va donc du concret vers l'abstrait et cela y compris dans les champs aussi divers que l'amour ou les sciences par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le lexique du langage est donc un ensemble fini de termes qui par le biais de la m&#233;taphore, peut s'&#233;tendre sur un ensemble infini de situations allant m&#234;me jusqu'&#224; en cr&#233;er de nouvelles. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes &#233;tend encore la dimension active de la m&#233;taphore en montrant que ce que nous nommons compr&#233;hension fonctionne comme la m&#233;taphore comme une m&#233;taphore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une th&#233;orie est le rapport qu'un mod&#232;le a avec les choses qu'il est cens&#233; repr&#233;senter. [...] Un mod&#232;le n'est ni vrai ni faux ; c'est seulement la th&#233;orie de sa ressemblance avec ce qu'il repr&#233;sente qui l'est. Une th&#233;orie est donc une m&#233;taphore entre un mod&#232;le et des donn&#233;es. Et comprendre en science, c'est avoir cette impression de similitude entre des donn&#233;es compliqu&#233;es et un mod&#232;le familier. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 68-69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport d'analogie est engendr&#233; par la chose qu'elle repr&#233;sente. on construit &#224; partir du d&#233;j&#224; et bien connu pour approcher et appr&#233;hender le moins connu. C'est la relation entre carte et territoire. Jaynes peut alors dire que &#171; ce rapport entre la carte analogue et le terrain s'appelle une m&#233;taphore. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 70)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci semble nous &#233;loigner de la conscience et pourtant non, nous nous rapprochons de la compr&#233;hension de ce qu'est la conscience pour Jaynes en tout cas. H&#233; bien c'est simple : &#171; L'esprit conscient subjectif est l'analogie de ce qu'on appelle le monde r&#233;el. &#187; En d'autres termes &#171; l'espace mental est une m&#233;taphore de l'espace r&#233;el. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Jaynes en inventant les deux termes associ&#233;s &#224; m&#233;taphrande et parapheur, invente les termes de m&#233;tapheur et paraphrande et entreprend de d&#233;crire la mani&#232;re dont cela fonctionne &#224; l'int&#233;rieur de la grande m&#233;canique des m&#233;taphores qui s'active dans note cerveau et ainsi constitue notre esprit conscient. Il cerne ainsi le mouvement de va-et-vient, de tissage, qui se joue entre les mots dans la langue, en comprenant qu'il y a plus que m&#233;taphrande et paraphreur dans le fonctionnement de la m&#233;taphore, il y a la cohorte d'adjectifs qui partant de l'un pour dire l'autre, reviennent &#224; leur point de d&#233;part et l'enrichissent et deviennent eux-m&#234;mes le point de d&#233;part de nouvelles associations m&#233;taphoriques inversant les r&#244;les faisant passer un m&#233;taphrande au statut de parapheur et inversement, au point que la langue devient alors en plus d'un instrument de perception, un instrument d'invention d'&#233;l&#233;ments verbaux, images, notions concepts. L'invention se fait par &#233;loignement de la source m&#234;me des m&#233;taphores qui sont li&#233;es &#224; la situation de l'homme sur terre et qui finissent par constituer une sorte d'humus non directement connect&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; tout en acqu&#233;rant une valeur de r&#233;alit&#233;, une consistance suffisante pour &#234;tre re&#231;u par l'esprit conscient comme susceptible d'&#234;tre tenus pour vrai, d'&#234;tre crus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchons a comprendre comment cela marche au sujet des m&#233;taphores de l'esprit. on essaye de r&#233;soudre un probl&#232;me et on trouve la solution n nous disant que nous &#171; voyons &#187; la r&#233;ponse. c'est l&#224; une m&#233;taphore. l'analyser conduit &#224; ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#233;taphrande, c'est la d&#233;couverte de la solution : le m&#233;tapheur, c'est ce qu'on voit ; et les parapheurs sont toutes les choses associ&#233;es &#224; cette vision qui ensuite cr&#233;ent les paraphrandes, comme &#034;l'oeil de l'esprit&#034;, &#034;la vision claire de la solution&#034;, et, chose importante ; le paraphrande d'un &#034;espace&#034; dans lequel a lieu la vision, c'est-&#224;-dire ce que j'appelle l'espace mental, et des &#034;objets&#034; &#224; &#034;voir. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 74-75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jaynes donc, &#171; La conscience est le travail de la m&#233;taphore lexicale qui de plus continue &#224; s'engendrer elle-m&#234;me ; chaque nouveau paraphrande &#233;tant capable d'&#234;tre une m&#233;taphrande &#224; part enti&#232;re, donnant lieu &#224; de nouveaux m&#233;tpaheurs et &#224; ses parapheurs et ainsi de suite... Une propri&#233;t&#233; essentielle de l'analogie c'est que la fa&#231;on dont elle est cr&#233;&#233;e n'est pas la fa&#231;on dont on l'utilise, c'est &#233;vident. Le cartographe et l'utilisateur de la carte font deux choses diff&#233;rentes. Pour le cartographe le m&#233;taphrande est la feuille de papier blanc sur laquelle il travaille avec le m&#233;tapheur du terrain qu'il conna&#238;t et dont il a fait l'&#233;tude. Mais pour l'utilisateur, c'est exactement le contraire. le terrain est inconnu ; c'est le terrain qui est le m&#233;taphrande, alors que le m&#233;tapheur c'est la carte qu'il utilise et gr&#226;ce &#224; laquelle il comprend le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la conscience. La conscience est le m&#233;taphrande, quand il est cr&#233;&#233; par les parphrandes de nos expressions verbales. Mais le fonctionnement de la conscience, c'est, en quelque sorte le voyage de retour. La conscience devient le m&#233;tapheur riche de notre exp&#233;rience pass&#233;e, qui op&#232;re une s&#233;lection constante sur ces inconnues que sont nos actions futures, nos d&#233;cisions, nos souvenirs partiels du pass&#233;, sur ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas encore. Et c'est par la structure de la conscience cr&#233;&#233;e que nous comprenons ensuite le monde. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 75-76)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18810 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_jill-bolte-taylor.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/6_jill-bolte-taylor-cd7b9.jpg?1669901554' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jill Bolte Taylor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caract&#233;ristiques de la conscience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience, constitu&#233;e au terme de la mise en place des divers &#233;l&#233;ments qui la composent, se caracte&#769;rise par six aspects qui font d'elle un dispositif complexe assurant a&#768; la fois le fonctionnement interne &#224; l'individu et les relations entre l'individu et la re&#769;alite&#769; qui est a&#768; la fois perc&#807;ue, modele&#769;e et de&#769;finie par ce dispositif et les me&#769;canismes qui le gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les six aspects qui d&#233;terminent l'existence de la conscience qui pour Jaynes est une op&#233;ration plus qu'une chose, un r&#233;ceptacle ou une fonction. Elle est action. Voyons comment se pr&#233;sentent et s'articulent ces six aspects la composant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;La spatialisation&lt;/strong&gt; consiste a&#768; faire en sorte que les choses qui n'ont pas de consistance spatiale en aient une dans la conscience &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'extraction&lt;/strong&gt; consiste a&#768; faire des choix en permanence dans l'ensemble des attitudes possibles face a&#768; une chose, les extraits ne sont pas les choses me&#770;mes et nous faisons comme si ils l'e&#769;taient. Mais c'est un processus distinct de la me&#769;moire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le Je analogue&lt;/strong&gt; est la me&#769;taphore que nous avons de nous-me&#770;mes qui peut faire des choses que nous ne faisons pas re&#769;ellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le Moi me&#769;taphorique&lt;/strong&gt; qui est ce par quoi nous nous percevons en train de faire quelque chose et a&#768; quoi en ge&#769;ne&#769;ral on re&#769;duit la conscience. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La narratisation&lt;/strong&gt; est le fait d'associer un fait isole&#769; a&#768; un autre fait isole&#769;, en un re&#769;cit qui tente de nous permettre de comprendre le pourquoi de nos gestes. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La conciliation ou reconnaissance&lt;/strong&gt;, est un phe&#769;nome&#768;ne commun a&#768; tous les mammife&#768;res par lequel on assimile les choses nouvelles en les assemblant sous la forme d'objets reconnaissables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons remarquer &#224; la fois la complexit&#233; de la conscience et le fait que certains de ces processus s'accomplissent en fait en dehors de ce que nous pouvons contr&#244;ler, comme on l'a vu d&#233;j&#224; avec Naccache et que ce que nous pouvons contr&#244;ler est en fait infime par rapport &#224; tout ce qui est exig&#233; de notre cerveau et accompli par lui pour que nous existions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va retenir notre attention, c'est en particulier la narratisation, car c'est sans doute la partie de la conscience que nous pouvons appr&#233;hender le plus facilement m&#234;me si comme nous l'avons vu les processus &#224; l'&#339;uvre nous &#233;chappent pour l'essentiel. Mais c'est bien ce qui nous caract&#233;rise, nous les humains non seulement le fait que nous ayons une langue que nous parlions mais le fait que nous ne cessions de raconter, de nous raconter, d'inventer, de fictionner, bref de narratiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes ajoute dans le passage consacr&#233; &#224; la narratisation ceci : &#171; ce n'est pas seulement notre propre &#034;je&#034; analogue que nous narratisons ; c'est tout ce qu'il y a d'autre dans la conscience. Un fait isol&#233; est associ&#233; &#224; un autre fait isol&#233; dans le r&#233;cit. Un chat est mont&#233; dans un arbre et nous cr&#233;ons l'image d'un chien qu l'a poursuivi jusque-l&#224;. Ou bien nous assemblons les faits mentaux tels que nous les comprenons au sein d'une th&#233;orie de la conscience. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt; p. 81)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_musil.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/8_musil-bbab2.jpg?1772200760' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Robert Musil
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II Voyage au c&#339;ur de la machine &#224; raconter&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; fin &#187; de la conscience et la possibilit&#233; de faire des dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait important au moins une fois de nous faire &#171; prendre conscience &#187; de ce qu'est notre conscience et comment en fait nous ne sommes que des FICs, des fictions inventions croyances !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi &#231;a qui nous r&#233;unit puisque ces FICs, c'est aussi la source &#224; laquelle chacun pioche pour construire son monde. Et quand ce monde est un monde de cr&#233;ation, qu'elle soit plastique litt&#233;raire ou autre, alors nous nous devons en quelque sorte de pouvoir nous situer et tous ces &#233;l&#233;ments comme on va le voir vont nous permettre &#224; la fois de positionner un certain nombres d'&#339;uvres et de r&#233;flexions sur la carte du XXe et XXIe si&#232;cle. Ils vont surtout nous permettre de tenter de comprendre ce qui a pu motiver tel ou tel individu, mais aussi de distinguer entre des &#339;uvres, celles qui seront li&#233;es encore et toujours et uniquement &#224; la conscience et celles qui auront pris leur parti du pi&#232;ge qu'elle a fini par constituer pour tenter d'inventer des fonctionnements artistiques nouveaux. Ils seront en particulier bas&#233;s sur des fonctionnement mentaux et psychiques comme sur des exp&#233;riences v&#233;cues &#233;chappant au cadre fonctionnel dans lequel notre croyance en l'&#233;ternit&#233; substantielle de la conscience et de l'omnipotence de la raison nous retient. Car maintenant, c'est bien de cela qu'il s'agit, de sauter non seulement jusqu'&#224; aujourd'hui mais aussi de prendre un peu de distance par rapport &#224; cette conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons compris quel &#233;tait le mode d'action continu&#233;e par lequel nous ne cessons de construire le monde dans lequel nous vivons. Et ce monde a, pour le moins, chang&#233; rapidement ces derni&#232;res d&#233;cennies. Nous nous situons &#224; l'endroit et au moment o&#249; cette mutation a lieu et c'est pourquoi nous sommes si durement affect&#233;s par ces changements, car ce dont nous nous apercevons, c'est que les crit&#232;res qui permettent &#224; la conscience de nous aider &#224; nous orienter dans le monde, de l'&#233;valuer et d'y exister comme individus, comme sujets, comme personnes, ces crit&#232;res sont en train de s'effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons peut-&#234;tre une crise qui sous certains aspects ressemble mais en plus concentr&#233;e en plus rapide &#224; celle qui a conduit de l'homme bicam&#233;ral &#224; l'homme conscient. Nous vivons des drames li&#233;s aux d&#233;ploiement de forces incommensurables de la &#171; nature &#187;, &#224; celles d&#233;ploy&#233;es dans l'histoire, aux technologies, bref &#224; nos inventions et nous voyons ceux qui nous gouvernent ne pas parvenir &#224; contr&#244;ler le monde qu'ils dirigent. Nous sommes en train de voir venir fondre sur nous la vague de feed back de ce qui dans le fonctionnement normal de notre conscience a conduit &#224; cette aberration qu'est la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons. Et nous sentons bien que cela ne peut plus durer, mais nous ne savons pas quoi faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons donc &#224; la fois de mieux comprendre ce qui nous arrive et dans le m&#234;me mouvement, d'inventer des choses m&#234;mes apparemment minimes ou apparemment mineures, de &#171; faire des dieux &#187;, ou pour parler encore dans la langue de Bernard Stiegler d'inventer des situations n&#233;guantropiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons nous emporter par un double mouvement, d'une part d'analyse et d'autre part de synth&#232;se et aussi de lanc&#233; de d&#233;s, non pas par d&#233;pit mais pour offrir un instant de plus, un suspens de plus au jeu du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine s&#233;ance permettra de poursuivre le travail double d'analyse d'&#339;uvres, de rep&#233;rage des moments o&#249; d&#233;j&#224; la pouss&#233;e contre le mur de la conscience a abouti &#224; des perc&#233;es, et &#224; la pr&#233;sentation d'&#233;l&#233;ments pouvant ouvrir sur de nouvelles mani&#232;res de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il importe de poursuivre une sorte de mise en place des enjeux. En effet, penser la machine &#224; raconter implique de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- d&#233;ployer les liens entre narration et conscience,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;laborer une r&#233;flexion sur la langue,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; situer les lignes de fracture essentielles ou lignes de schize qui traversent le champ narratif,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; explorer des &#339;uvres dont le propos et l'&#233;criture les projettent par-del&#224; la conscience.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petite th&#233;orie du r&#233;cit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre ancien d&#233;sormais, consacr&#233; &#224; l'&#339;uvre de Robert Musil, paru en 1996, intitul&#233; &lt;i&gt;La cuisson de l'homme&lt;/i&gt;, j'ai tent&#233; de d&#233;finir les points essentiels qui me semblaient alors et me semblent encore aujourd'hui permettre de d&#233;terminer les &#233;l&#233;ments par lesquels les &#233;crivains ont &#171; incarn&#233;s &#187; la place et le r&#244;le de la conscience dans le champ de l'&#233;criture et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musil en effet avait largement compris les limites d'une certaine rationalit&#233; narrative ou plus exactement des liens entre une raison qui se voulait dominante et ma&#238;tresse du monde, des affects peu ou mal contr&#244;lables, et des forces psychiques mais aussi &#171; cosmiques &#187; capables de nous projeter dans des zones &#233;chappant &#224; leurs pr&#233;rogatives, c'est-&#224;-dire donc d'inventer quelque chose qui, en termes musiliens, pourrait s'intituler &lt;i&gt;une autre mani&#232;re de penser&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musil a mis en place une double strat&#233;gie pour endiguer et sauter par dessus le pi&#232;ge de la narration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lutter contre l'omnipotence du moi ou du je en inventant un personnage d&#233;gag&#233;, autant qu'il est possible, des pi&#232;ges que ne cesse de nous tendre le miroir &#224; facettes de la reconnaissance.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inclure dans la structure narrative la pratique et le type d'&#233;criture propres &#224; l'essai afin de d&#233;senclaver l'&#233;criture de sa d&#233;pendance &#224; l'histoire avec ou sans H.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce travail inlassable men&#233; pendant des d&#233;cennies qui va le conduire &#224; se retrouver dans un zone &#233;chappant &#224; la pesanteur dans laquelle il va d&#233;ployer une &#233;criture des positions relationnelles et des relations au monde d'un nouveau genre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_klimt.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH198/2_klimt-439cd.jpg?1772200761' width='500' height='198' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gustav Klimt &#8212; Le baiser
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moi et Je&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'allons pas nous apesantir sur la question du moi et du je que nous retrouverons d'ici peu avec Burroughs. La lecture d'un passage tir&#233; des journaux de Musil suffira &#224; montrer quelle &#233;tait son intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je &#187; dans ce livre ne d&#233;signera ni l'auteur ni un personnage de son invention, mais une combinaison variable de l'un et l'autre... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Jean Louis Poitevin &lt;i&gt;La cuisson de l'homme essai sur l'&#339;uvre&lt;/i&gt; de Robert Musil, Ed Corti 1996, p. 190-19, ou Robert Musil, &lt;i&gt;Journaux II&lt;/i&gt;, C25, p. 141-42, Ed du Seuil)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne d&#233;velopperons pas ici plus avant puisque allons privil&#233;gier la question de la narration et des formes narratives &#224; travers lesquelles la conscience s'est incrust&#233;e dans le champ romanesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Structure narrative et conscience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois n'est pas coutume je vais tout simplement pr&#233;senter un passage de ce livre qui tient en une page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cinqui&#232;me partie du livre, &lt;i&gt;La cuisson de l'homme&lt;/i&gt;, intitul&#233;e &#171; Petite th&#233;orie du r&#233;cit &#187;, j'ai en effet tent&#233; de synth&#233;tiser ce qui me semblait pouvoir permettre de dessiner la carte des p&#244;les &#224; travers lesquels la structure de la narrativit&#233; de la conscience s'incarnait. Il va de soi qu'&#224; l'&#233;poque je n'avais pas lu Jaynes, mais avais d&#233;j&#224; appr&#233;hend&#233; la conscience comme &#233;l&#233;ment majeur non seulement &#224; questionner mais &#224; &#171; d&#233;passer &#187; ! Il appara&#238;t que cela a pris du temps pour parvenir &#224; quelque chose !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale pour Musil est la suivante, qu'est-il possible de raconter qui ne soit pas la r&#233;p&#233;tition ou la reprise du sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral des r&#233;cits ? Pour pouvoir le faire il faut donc &#233;laborer une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du r&#233;cit. C'est ce qu'il fait, non en &#233;crivant un essai sur le sujet mais en ce qu'il identifie les points majeurs auxquels il faut se confronter et auxquels il faut tenter d'&#233;chapper en inventant des formes nouvelles. On a vu la position de Musil et la mani&#232;re qu'il a de contourner la relation obsessionnelle MOI/JE animant aujourd'hui encore la quasi totalit&#233; des &#233;crivains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu un bref aper&#231;u de sa r&#233;flexion sur la relation entre histoire et r&#233;cit qui l'a conduit &#224; inventer une narration incluant l'essai comme l'un de ses param&#232;tres incontournables permettant d'&#233;viter le pi&#232;ge de la r&#233;p&#233;tition et de produire une analyse fine du monde &#224; l'int&#233;rieur d'un r&#233;cit port&#233; par des personnages incarnant chacun un aspect de l'&#233;tat du monde et non une personnalit&#233; aux contours attendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe ici de pr&#233;senter la petite th&#233;orie du r&#233;cit produite alors, car elle est donc une tentative de synth&#232;se de la trame permettant &#224; des consciences de s'affronter dans le champ d'un r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; possible de d&#233;gager quatre points, quatre aspects, ou si l'on veut quatre &#233;tapes, mot &#224; entendre non pas dans son sens lin&#233;aire mais en son sens &#171; initiatique &#187;, permettant &#224; un r&#233;cit et donc &#224; l'auteur qui les manipule en grande partie &#224; son insu, de trouver sa place dans la grande famille des r&#233;cits faits par une conscience pour des consciences, c'est-&#224;-dire promouvant un ordre de type ratio&#239;de en laissant de c&#244;t&#233; les aspects non ratio&#239;des ou du moins en ne les incluant que dans le champ d&#233;limit&#233; par une forme de raison &#171; commune &#187; et qui n'est que la mani&#232;re dont l'&#233;poque de la conscience se l&#233;gitime &#224; ses propres yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre points sont les suivants : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;- Une place &#224; prendre,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une bo&#238;te noire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une diff&#233;rence de potentiel,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une histoire d'amour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus simple est donc de se reporter &#224; la page 198 de &lt;i&gt;La cuisson de l'homme&lt;/i&gt; qui les pr&#233;sente en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le verbe et l'extase : une r&#233;flexion vitale sur la langue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est donc cet e&#770;tre qui rencontre l'extase a&#768; la fois comme une dimension inaccessible de son existence et comme un phe&#769;nome&#768;ne lie&#769; a&#768; une force pourtant active et pre&#769;sente en lui. A&#768; la question de savoir comment acce&#769;der a&#768; cette promesse en nous d'un monde a&#768; la fois un et infini, infiniment actuel et de&#769;finitivement inde&#769;passable, on peut re&#769;pondre par un geste, celui de la prise de drogue. Ce geste, doit e&#770;tre ve&#769;cu comme possible mentalement, la prise de drogue en constituant l'actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce geste reste individuel et si l'on connai&#770;t des rituels de prise de drogue en groupe, il n'en reste pas moins que l'expe&#769;rience comme toute expe&#769;rience ne peut e&#770;tre partage&#769;e qu'indirectement ou, si l'on veut, ne peut qu'e&#770;tre traduite dans une langue qui n'est plus celle du ve&#769;cu mais celle du langage servant a&#768; la transmission. Cela peut e&#770;tre la musique, la danse, l'image, le dessin ou encore les mots, l'e&#769;criture, ou si l'on pre&#769;fe&#768;re le verbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose pourtant vient a&#768; nous dans l'extase, un besoin de partager cette expe&#769;rience et la de&#769;couverte de l'impossibilite&#769; re&#769;elle, une impossibilite&#769; absolue d'un tel partage, sinon a&#768; ce que l'autre fasse lui-me&#770;me des expe&#769;riences similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il existe un nombre non ne&#769;gligeable d'e&#769;crits, non pas seulement sur la drogue ou l'alcool, comme les me&#769;moires de De Quincey ou &lt;i&gt;Les paradis artificiels&lt;/i&gt; de Baudelaire, mais e&#769;crits a&#768; partir de la drogue ou de l'alcool, des livres dont l'alcool ou la drogue sont donc moins le sujet qu'ils ne constituent l'e&#769;le&#769;ment moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces livres e&#769;crits par des auteurs alcooliques ou drogue&#769;s mais dont le sujet n'est pas l'alcool ou la drogue sont nombreux et comptent pour certains parmi les grands livre de l'histoire de la litte&#769;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; de Malcom Lowry, &lt;i&gt;Le ravissement de Lol. V. Stein&lt;/i&gt;, de Marguerite Duras, &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt; de Burroughs, mais aussi les romans de Faulkner ou d'Hemingway pour n'en citer que quelques-uns, tous ces livres nous rappellent qu'il existe entre addiction et e&#769;criture, entre addiction et cre&#769;ation donc, une relation ambigue&#776; mais forte, pour ne pas dire une forme de comple&#769;mentarite&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ceux qui sont passe&#769;s par l'addiction sont, on l'a vu, plonge&#769;s au c&#339;ur me&#770;me du cyclone pour ne pas dire qu'ils habitent, pre&#768;s du centre du maelstro&#776;m, celui qui tourne en chacun de nous et qui se nomme la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue n'est pas cet instrument qui croit-on parfois permet aux humains de communiquer, mais bien quelque chose d'autre, outre un organe de perception : le vecteur, l'ope&#769;rateur et le signe d'une extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk dans ce texte qui fit pole&#769;mique en son temps, &lt;i&gt;Re&#768;gles pour le parc humain&lt;/i&gt;, a indique&#769; ce qu'il en e&#769;tait de cette relation entre extase, e&#770;tre humain, dans les deux sens du terme, et langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il existe un motif philosophique de tenir un discours sur la dignite&#769; de l'e&#770;tre humain, cela tient au fait que l'e&#770;tre humain est justement celui qui est interpelle&#769; par l'e&#770;tre soi-me&#770;me, et, comme Heidegger aime a&#768; le dire en philosophe pastoral, celui qui est charge&#769; d'en assurer la garde. C'est la raison pour laquelle les humains ont le langage &#8211; mais selon Heidegger, ils ne le posse&#768;dent pas en premier lieu dans le seul but de s'entendre les uns avec les autres et de se domestiquer les uns les autres dans ces ententes-la&#768;. &#171; Le langage est pluto&#770;t, au contraire, la maison de l'e&#770;tre, ou&#768; l'homme, en y habitant, ex-iste, dans la mesure ou&#768;, en la gardant, il appartient a&#768; la ve&#769;rite&#769; de l'e&#770;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsqu'on de&#769;finit l'humanite&#769; de l'homme comme l'ex-istence, il s'agit du fait que ce n'est pas l'homme qui est l'essentiel, mais l'e&#770;tre comme dimension de l'ex-tatique de l'ex- istence &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, Editions Mille et une nuits, p. 24-25 et citation de &lt;i&gt;Lettre sur l'humanisme&lt;/i&gt; de Martin Heidegger, p. 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre qui suivit, Peter Sloterdijk pre&#769;cisa ce qu'il fallait entendre par clairie&#768;re, terme cle&#769; de la pense&#769;e heideggerienne et qui est peut-e&#770;tre un des noms de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La re&#769;alite&#769; n'est pas que l'homme sort dans une clairie&#768;re qui parai&#770;t l'attendre. La re&#769;alite&#769; est justement celle-ci : quelque chose de pre&#769;humain devient humain ; quelque chose de pre&#769;mondial devient constituant du monde, quelque chose d'animal, ferme&#769; par les sensations, devient extatique, sensible a&#768; la totalite&#769; et compe&#769;tent face a&#768; la ve&#769;rite&#769; : seul cela produit la clairie&#768;re elle-me&#770;me. &#187; (&lt;i&gt;La domestication de l'e&#770;tre&lt;/i&gt;, Ed. mille et une nuits, p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue ou si l'on veut le langage, est a&#768; la fois ce par quoi la clairie&#768;re s'avance &#171; en &#187; l'homme, ce par quoi elle se constitue comme vide central qu'il remplira parce qu'il nomme son inte&#769;riorite&#769;, ce qui permet d'en dessiner les contours et ce qui, creusant ce vide au moyen des mots, va servir en me&#770;me temps a&#768; recouvrir ce vide, a&#768; adoucir l'angoisse ine&#769;vitable dont cette extase est aussi porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue est en nous la trame inse&#769;cable d'une extase, sinon de l'extase. La langue est en nous comme une drogue a&#768; la fois indispensable et inde&#769;celable, celle sans laquelle, en effet, aucune autre ne pourrait exister, ne pourrait avoir de fonction, si l'on s'accorde a&#768; voir dans ce qui rend leur usage ine&#769;vitable a&#768; certains, la tentative de faire l'expe&#769;rience de ce vide sans recourir aux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage de la drogue permet de s'opposer a&#768; ce recouvrement mensonger et trompeur dont la langue est porteuse mais aussi de fuir cette puissance extatique dont les mots sont porteurs. Et parfois, chez certains de ceux que nous avons nomme&#769;s, il devient e&#769;vident que les mots, la puissance de trouble de la langue sont reconnus comme e&#769;gaux voire supe&#769;rieurs a&#768; la puissance extatique de la drogue ou de l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ils e&#769;crivent mais le font non pas a&#768; partir de la croyance en la vertu communicante des mots ou de la langue, mais bien a&#768; partir de sa vertu de&#769;structurante, troublante, enivrante, a&#768; partir de sa puissance pure de nous faire sortir du chaos et de nous conduire a&#768; l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E&#769;crire, et sans doute aussi tout simplement parler, est la pratique humaine extatique par excellence et si cela est juste, alors, a&#768; ce titre, nous sommes tous drogue&#769;s, sans le savoir, mais pas tout a&#768; fait sans pouvoir le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un chapitre posthume de son grand roman reste&#769;, pour cause d'extase scripturale prolonge&#769;e pendant plus de vingt ans, Robert Musil, a&#768; travers Ulrich son personne principal, e&#769;voque avec une grande pre&#769;cisions les formes de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un comportement entie&#768;rement soumis a&#768; un sentiment unique, tel qu'il l'avait mentionne&#769; a&#768; l'occasion e&#769;tait de&#769;ja&#768; un comportement extatique [&#8230;] une autre extase a&#768; laquelle il avait fait allusion de&#769;ja&#768;, c'e&#769;tait celle des degre&#769;s extre&#770;mes d'un sentiment. [...] Ulrich avait note&#769; enfin qu'une vision du monde d'essence extatique nai&#770;t aussi lorsque le sentiment et les ide&#769;es qui sont a&#768; son service passent avant la re&#769;flexion objective : c'est la vision du monde sentimentale, exalte&#769;e, la vie enthousiaste qui a parfois existe&#769; dans la litte&#769;rature et probablement aussi au moins partiellement dans la re&#769;alite&#769;, au sein de communaute&#769;s plus ou moins importante. A&#768; cette e&#769;nume&#769;ration ne manquait donc que ce qui importait le plus a&#768; Ulrich, la mention de l'unique e&#769;tat de l'a&#770;me et du monde qu'il ti&#770;nt pour une extase comparable a&#768; la re&#769;alite&#769;. &#187; ( Robert Musil, &lt;i&gt;L'homme sans qualite&#769;s&lt;/i&gt;, T. II, Ed. du Seuil, coll. points, p. 639-640).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se dit presque en passant a&#768; la fois que la litte&#769;rature est une des formes de l'extase et que l'extase unique, absolue, centrale incontournable n'est autre que l'existence me&#770;me, mais sans doute en tant qu'elle se parle, cette existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous sommes pas e&#769;loigne&#769;s de la question de la drogue et de ses effets, nous avons simplement parcouru un chemin qui permet d'appre&#769;hender ce qui, au-dela&#768; des questions morales ou me&#769;dicales, le&#769;gitime le recours a&#768; des expe&#769;dients : se rapprocher de l'extase, vivre l'extase, vivre dans l'extase, acce&#769;der a&#768; ce savoir supre&#770;me qui est que l'existence, dans sa simplicite&#769; me&#770;me, est la seule et unique extase. La manie&#768;re dont les humains s'inscrivent et s'imbriquent les uns les autres dans l'existence e&#769;loigne souvent de manie&#768;re irre&#769;versible de la saisie, angoissante sans doute, mais combien fascinante et jouissive, de l'expe&#769;rience de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute litte&#769;rature, c'est-a&#768;-dire ici sans forcer le trait toute grande litte&#769;rature implique de la part de celui qui la pratique une forme de conscience explicite de cette dimension non dite de la langue, du fait qu'elle est pourvoyeuse d'extases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes la&#768; cinq minutes et voila&#768; que nous de&#769;vorons des sie&#768;cles. Vous e&#770;tes le tamis a&#768; travers lequel se de&#769;cante mon anarchie, a&#768; travers lequel elle se re&#769;sout en mots. Derrie&#768;re le mot, se trouve le chaos. Chaque mot est une raie, une barre, mais il n'y a pas et il n'y aura jamais assez de barres pour faire la grille. &#187; Henry Miller, &lt;i&gt;Tropique du cancer&lt;/i&gt;, Ed. Gallimard, coll. Folio, p. 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais a&#768; quoi bon des poe&#768;tes si, finalement, la seule r&#233;alit&#233; constitue la forme unique de l'extase ? Les drogue&#769;s, ceux qui cherchent et trouvent le chemin qui permet de vivre au moins une fois comme un dieu, sont-ils ces poe&#768;tes ? C'est en tout cas ce que sont les e&#769;crivains, les grands, des poe&#768;tes de ce type-la&#768;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'ils savent, ce que les plus grands savent, c'est bien que la ve&#769;ritable extase peut et doit se passer de mot puisque la langue ne peut servir a&#768; communiquer quoi que ce soit, surtout si l'on s'en tient a&#768; cette proposition finale selon laquelle c'est la re&#769;alite&#769; me&#770;me, l'expe&#769;rience de la re&#769;alite&#769;, autrement dit la vie, qui est la seule ve&#769;ritable forme d'extase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18811 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_william-s.-burroughs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/7_william-s.-burroughs-a327b.jpg?1669901554' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William S. Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lignes de schize et champ narratif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'entendre par ligne de schize ? Une zone &#224; la fois psychique et narrative dans laquelle peut se jouer quelque chose qui &#233;chappe au pi&#232;ge de la narration pseudo ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui a sans aucun doute le mieux per&#231;u les lignes de schize dans le champ narratif c'est Burroughs et qui est le mieux plac&#233; pour appr&#233;hender ce qu'il en est de la langue comme drogue lui qui a fait pendant tant d'ann&#233;es de la drogue la langue de son exp&#233;rience dangereusement vitale . Et cela pour plusieurs raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa vie dans l'addiction pendant plus de 15 ou 20 ans,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa capacit&#233; &#224; la quitter et &#224; se mettre &#224; &#233;crire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'invention qui en a d&#233;coul&#233;, celle du &lt;i&gt;cut-up&lt;/i&gt; qui est sans aucun doute l'acte anti-narratif ouvrant sur une infinit&#233; de mani&#232;res de raconter possibles le plus radical de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, acte anti-narratif ayant donn&#233; lieu &#224; l'une des &#339;uvres les plus foisonnantes de cette p&#233;riode,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa connaissance de l'&#339;uvre de Jaynes, cit&#233; plusieurs fois dans ses essais,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa conception particuli&#232;re de la langue ou des mots comme virus,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa capacit&#233; &#224; accueillir comme &#171; normales &#187; les choses les plus apparemment irrationnelles et &#224; tenter de les comprendre en tout cas les int&#233;grer dans sa &#171; vision du monde &#187; comme le montre son analyse des voix de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on parle de schize, il est in&#233;vitable de penser au schizo et &#224; la confusion psychique. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment contre ce partage rationnel irrationnel que Burroughs aussi fait face. Son &#233;criture est une machine de guerre contre ce partage, et pour un rapprochement un m&#233;lange entre ces deux univers. Il faut pour y parvenir changer de mode de perception. Cela ne veut pas dire mettre &#224; bas toutes les valeurs, mais exp&#233;rimenter ce qui se produit quand on l&#232;ve la barri&#232;re qui les s&#233;pare. Des flux, des mots, des &#233;tats, des sensations, des choses incroyables, impensables arrivent et s'en saisir et non les repousser est ce qui permettra d'en prendre la mesure au coeur m&#234;me de la d&#233;mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, le mot schize qui dit la s&#233;paration, la coupure, sert en fait &#224; approcher des ph&#233;nom&#232;nes qui se produisent entre les deux mondes s&#233;par&#233;s par la coupure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; toujours l'ombre de Jaynes et sa th&#232;se sur la bicam&#233;ralit&#233;, ce fonctionnement psychique fond&#233; sur une schize. Deux points sont essentiels pour Burroughs qui conna&#238;t d&#233;j&#224; lui le fait d'entendre des voix ne serait-ce que dans les hallucinations li&#233;es &#224; l'addiction. Accepter l'existence de ces voix et se demander d'o&#249; elles viennent, voil&#224; d&#233;j&#224; un pas de fait vers une autre mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tel est l'enjeu : cesser de repousser les exp&#233;riences v&#233;cues par certains au nom de la r&#232;gle de la loi de la morale ou de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit donc &#224; deux prises de positions majeures pour Burroughs. R&#233;fl&#233;chir sur ces voix implique de les accepter, de reconna&#238;tre qu'elles nous hantent m&#234;me si nous ne le percevons pas dans le syst&#232;me dans lequel nous pensons encore. C'est aussi mettre en pi&#232;ces les r&#233;sistances de l'ego qui se d&#233;couvre enti&#232;rement &#224; la merci de ces voix par exemple. Cela oblige aussi finalement &#224; tenter de comprendre ce qui se produit lorsque l'on introduit dans le domaine le plus propice &#224; ce partage entre donn&#233;es provenant de mondes s&#233;par&#233;s, &#224; savoir la langue, le langage si l'on veut. L'invention du &lt;i&gt;cut-up&lt;/i&gt; est la r&#233;ponse que Burroughs met en place pour faire exister ses d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appara&#238;t alors tr&#232;s vite, si l'on s'en tient &#224; la question des voix, que le dehors le plus lointain celui de l'univers ou celui des morts entre en contact avec nous, qui sommes gouvern&#233;s par notre cerveau gauche par notre conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait surgir imm&#233;diatement ceci : que ces deux instances, l'ego et la conscience, qui n'en forment peut-&#234;tre qu'une, sont incapables de renvoyer ces ph&#233;nom&#232;nes dans la nuit de l'oubli. Elles doivent vivre avec. Et Burroughs est celui qui explore ce qui se produit quand les voix se r&#233;veillent et commencent &#224; &#234;tre per&#231;ues, re&#231;ues, accept&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ces instances que sont l'ego et la conscience, sont contraintes de reconna&#238;tre leur d&#233;pendance &#224; la drogue la plus dure, les mots, et &#224; d&#233;couvrir au c&#339;ur m&#234;me de la langue des &#233;l&#233;ments qui ne cessent de confirmer l'impossibilit&#233; de dresser des barri&#232;res infranchissables enter les mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en compte, analyser, interpr&#233;ter ce qui se passe dans la langue lorsque l'on d&#233;couvre qu'elle est la drogue la plus universelle, telle est la t&#226;che que s'est fix&#233;e Burroughs. Et surtout qu'elle vit et agit en nous et sur nous comme un virus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Virus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels rapports entre dieu, le dieu, les dieux, les mots, les images, les voix et les virus ? Des rapports aussi anciens que ceux qui animent le psychisme bicam&#233;ral, qui survit chez les schizos en particulier, mais surtout que des artistes qui n'ont pas peur de remontrer en de&#231;&#224; des images ou des mots, exp&#233;rimentent et r&#233;v&#232;lent &#224; travers leurs &#339;uvres et que finalement nous exp&#233;rimentons chaque jour, sans nous en apercevoir, sur un mode qui n'en est d&#233;sormais pas si &#233;loign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1959, Brion Gysin a d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; &#224; celle-ci la technique du montage [...] il est un fait que le montage est beaucoup plus proche des faits de la perception, la perception urbaine en tout cas, que la peinture figurative. [...] L'&#233;criture est encore confin&#233;e dans la camisole de force de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman, forme aussi arbitraire que le sonnet et aussi &#233;loign&#233;e des donn&#233;es r&#233;elles de la perception et de la conscience humaine que cette forme po&#233;tique du quinzi&#232;me si&#232;cle. La conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up. Chaque fois que vous marchez dans la rue ou que vous regardez par la fen&#234;tre, votre flux de conscience est coup&#233; par des facteurs al&#233;atoires. &#187; ( Burroughs &lt;i&gt;Essais, I&lt;/i&gt;, &#171; Le dernier potlach &#187;, p. 140-141).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre essai, un peu ant&#233;rieur, Burroughs &#233;crivait d&#233;j&#224; : &#171; Une autre source de mat&#233;riaux pour l'&#233;crivain est constitu&#233; par les voix qu'il entend tout le temps, qu'il le sache ou non. Il peut penser qu'il entend ses propres mots. Si le magn&#233;tophone capte des voix, vous ne faites autant. Un magn&#233;tophone n'est que le mod&#232;le d'une fonction du syst&#232;me nerveux de l'homme. Consid&#233;rez les voix comme une source de mat&#233;riau [...] j'ai parl&#233; de la ressemblance stylistique entre les voix de Raudive et certaines phrases entendues dans les r&#234;ves. Le processus onirique se poursuit tout le temps, mais n'est pas ordinairement perceptible quand vous &#234;tes &#233;veill&#233;, &#224; cause de l'&#233;nergie sensorielle et de la n&#233;cessit&#233; de se projeter dans un contexte apparemment objectif. Les voix oniriques qui peuvent bien avoir les m&#234;mes origines que les voix de Raudive a enregistr&#233;es, peuvent &#234;tre contact&#233;es &#224; n'importe quel moment. Il est simplement n&#233;cessaire de me d&#233;faire des m&#233;canismes de d&#233;fense. La meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#8221;propres mots&#8221; ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. La t&#226;che qu'on peut s'assigner est de rassembler une page ou deux ou autant que vous voulez qui ne contiennent aucun mot qui vous soit propre. &#187; (&lt;i&gt;Essais I&lt;/i&gt;, &#171; &#199;a appartient aux concombres, au sujet des voix enregistr&#233;es par Raudive&lt;/i&gt;, p. 113-114).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233;s par un monde qui cr&#233;e de l'hallucination plus vite que d&#233;filent nos r&#234;ves, nous sommes confront&#233;s &#224; une situation nouvelle en effet comparable &#224; celle de nos anc&#234;tres bicam&#233;raux, &#224; ceci pr&#232;s que nous devons agir, malgr&#233; tout, en fonction de notre conscience dont nous n'arrivons pas &#224; nous d&#233;faire puisque pour beaucoup d'entre nous elle est porteuse encore de la voix qui oriente et qui guide et que donc elle est notre dieu. Mais, comme nous le constatons chaque jour un peu plus, ses conseils sont limit&#233;s et peu efficaces, voire m&#234;me proprement d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de dieu, on peut penser qu'il n'y a plus, on trouve &#224; la place, assaillant la conscience, cette infinit&#233; de voix porteuses de messages dont nous sommes, comme humanit&#233;, les &#233;metteurs, mais dont le sens est pour le moins brouill&#233; ou en tout cas obscurci &#224; la fois par le climat g&#233;n&#233;ral d'hallucination dans lequel nous vivons et par l'impuissance de la conscience &#224; les d&#233;chiffrer ou par le refus d'entendre le double message intenable v&#233;hicul&#233; par ces voix, que le monde tend vers la perfection et qu'il marche &#224; grand pas vers la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images et les mots, de porteurs de sens sont devenus des virus. Ou plus exactement ils fonctionnent comme des virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, toujours lui, a pu &#233;crire dans un texte intitul&#233; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt; ceci : &#171; J'ai souvent compar&#233; le mot et l'image &#224; un virus, ou &#224; l'action virale, et cette comparaison n'a rien d'all&#233;gorique. Il appara&#238;tra que dans les langues syllabiques occidentales, les distorsions constituent de v&#233;ritables m&#233;canismes viraux. Le EST posant l'identit&#233; constitue un m&#233;canisme viral. Si la vis&#233;e peut se d&#233;duire de l'action, un virus consiste &#224; SURVIVRE. Survivre aux d&#233;pends de l'h&#244;te envahi. &#202;tre animal, &#234;tre corps. &#202;tre corps animal que le virus peut envahir. &#202;tre des animaux, &#234;tre des corps. &#202;tre davantage de corps animaux afin que le virus puisse passer d'un corps &#224; l'autre. Rester pr&#233;sent en tant que corps animal. Rester absent en tant qu'anticorps ou que r&#233;sistance &#224; l'invasion du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le LE cat&#233;gorique constitue &#233;galement un m&#233;canisme viral qui vous coince dans l'univers viral. LA locution SOIT/SOIT (OU/OU) constitue une autre formule virale. C'est toujours soit vous soit le virus. SOIT/SOIT&#8230; OU/OU : telle est en fait la formule conflictuelle qui constitue l'arch&#233;type du m&#233;canisme viral. &#187; (William Burroughs, &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Ed Hors Commerce p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un virus se d&#233;ploie en fonction de ph&#233;nom&#232;nes d'amplification, de r&#233;plication, et de multiplication. Cela laisserait entendre que, s'il y a un sens, dans l'infinit&#233; de ces messages, il se trouve plut&#244;t dans leur fonctionnement m&#234;me que dans leur apparente et si visible et si lisible signification. Ce n'est pas ce que les voix disent qui importe, ni ce que ceux qui les contr&#244;lent veulent leur faire dire et nous faire comprendre, mais ce que nous pouvons entendre lorsque nous les &#233;coutons munis d'une oreille &#171; d&#233;conscientis&#233;e &#187;, d'une oreille qui n'a peur ni de la schize, ni de l'apparente extraterritorialit&#233; des voix, ni des fant&#244;mes qui hantent les r&#234;ves, ni des monstres que la raison engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette oreille a reconnu en ces hallucinations auditives et visuelles qui nous environnent la voix des dieux d'avant le dieu. L'intensit&#233; m&#234;me des troubles qui nous saisissent devant l'impuissance de notre dieu comme de notre conscience, &#224; nous aider aujourd'hui pour nous orienter dans le monde, ressemble sans aucun doute &#224; celle qui saisissait l'individu ou le groupe quand, ne sachant pas ou ne sachant plus qui il &#233;tait ni o&#249; il se trouvait, devait apprendre &#224; s'orienter dans un monde angoissant d'&#234;tre travers&#233; par tant de flux incontr&#244;lables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos m&#233;gapoles, nous avons recr&#233;&#233; quelque chose qui se rapproche des conditions de la perception qui pouvait exister dans le monde des voix. Nous avons appris &#224; cloner mots et images et sommes en train de d&#233;couvrir et de &#171; comprendre &#187; que, depuis toujours, ils &#233;taient et fonctionnaient comme des clones ou des virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous apprendre &#224; nous d&#233;fendre et &#224; nous prot&#233;ger ou &#224; les assimiler et en les utilisant, incertains quant aux r&#233;sultats qu'auront sur nous les manipulations auxquelles nous participons ? Ou comme le faisait il y a d&#233;j&#224; un si&#232;cle Italo Svevo adopter une position &#224; la fois d&#233;sesp&#233;r&#233;e et joyeuse, celle qu'il proposait lorsqu'il concluait son grand roman &lt;i&gt;La conscience de Zeno&lt;/i&gt; en &#233;crivant : &#171; La loi du plus fort dispara&#238;t, et, avec elle, la s&#233;lection salutaire. Pour nous sauver il faudrait autre chose que la psychanalyse ! Celui qui poss&#232;dera le plus d'outils, de machines, sera le ma&#238;tre, et son r&#232;gne sera celui des maladies, et des malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre une catastrophe inou&#239;e, produite par les machines, nous ouvrira-t-elle de nouveau le chemin de la sant&#233;. Quand les gaz asphyxiants ne suffiront plus, un homme fait comme les autres inventera, dans le secret de sa chambre, un explosif en comparaison duquel tous ceux que nous connaissons para&#238;tront des jeux d'enfants. Puis un homme fait comme les autres, lui aussi, mais un peu plus malade que les autres, d&#233;robera l'explosif et le disposera au centre de la Terre. Une d&#233;tonation formidable que nul n'entendra &#8211; et la Terre revenue &#224; l'&#233;tat de n&#233;buleuse, continuera sa course dans les cieux d&#233;livr&#233;e des hommes &#8211; sans parasites, sans maladies. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arr&#234;t est brusque, mais la conversation reste sans fin. Elle reprendra lors de la prochaine s&#233;ance et nous permettra de poursuivre la d&#233;couverte de ces territoires psychiques, de ces exp&#233;riences hors normes, de leurs manifestations dans des domaines parfois impr&#233;vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature, &#233;videmment, l'art sans doute, les textes relevant du champ &#233;largi de la religion, il faudra parcourir ces donn&#233;s afin de parvenir &#224; &#233;tablir les inventions, possibles, encore possibles, aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine s&#233;ance (s&#233;ance 2) sera consacr&#233;e essentiellement &#224; une analyse de ce que j'appellerai &#171; La m&#233;thode Kluge &#187;, c'est-&#224;-dire aux moyens mis en &#339;uvres par l'&#233;crivain cin&#233;aste et homme de m&#233;dias Alexander Kluge dans ses &#339;uvres. On y verra appara&#238;tre aussi bien des montages cin&#233;matographiques que des montages textuels permettant d'acc&#233;der &#224; une approche du monde non bas&#233;e sur la conscience ou l'ego m&#234;me lorsque les &#233;l&#233;ments biographiques ne cessent d'affluer et d'innerver les &#339;uvres. Lui aussi est un lecteur de Jaynes et on verra &#224; travers quelques occurrences comment il le re&#231;oit et le comprend. Ceci nous conduira &#224; approcher et &#224; d&#233;terminer comment une vision post-jaynsienne de notre ou de nos r&#233;alit&#233;s peut nous permettre d'acc&#233;der &#224; une connaissance plus juste et de la situation dans laquelle nous nous trouvons et de ce que nous sommes en train de devenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Delphes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux &#8212; VII</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VII</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VII</guid>
		<dc:date>2022-07-01T08:24:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;crire pour Rilke est une op&#233;ration impliquant &#224; la fois une ma&#238;trise sans faille et une capacit&#233; &#224; s'en d&#233;faire pour permettre de laisser les phrases monter en lui et se d&#233;poser sur la page au-del&#224; de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2110-8c024.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;crire pour Rilke est une op&#233;ration impliquant &#224; la fois une ma&#238;trise sans faille et une capacit&#233; &#224; s'en d&#233;faire pour permettre de laisser les phrases monter en lui et se d&#233;poser sur la page au-del&#224; de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/725990917?h=470af35d97&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tout &#231;a ? Ou sur quelques difficult&#233;s incompressibles dans l'approche d'une telle &#339;uvre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque s&#233;ance se r&#233;v&#232;le &#234;tre plus difficile que la pr&#233;c&#233;dente. Celle-ci l'est particuli&#232;rement puisqu'il s'agit de parler sur une &#339;uvre po&#233;tique parmi les plus puissantes et sans concession de l'histoire de la litt&#233;rature, action qui va consister &#224; remplacer des mots irrempla&#231;ables par des mots qui n'atteindront en rien la puissance d'&#233;vocation de ceux qui sont comment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le commentaire vient-il buter sur l'un des &#233;l&#233;ments qui constitue le c&#339;ur de la r&#233;flexion dont ces &#233;l&#233;gies sont porteuses, pas tant sur le langage ou sur la langue que sur la capacit&#233; de l'homme de parvenir &#224; plonger les mots dans l'envers de la vie, dans l'envers du monde, dans la nuit cosmique, pour qu'ils puissent en ressortir comme plus vivants que jamais ils ne le furent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'enjeu est bien de tenter de d&#233;crypter ce qui est comme concentr&#233; &#224; un point maximal dans ces quelques dizaines de pages et ainsi de r&#233;f&#233;rer les myst&#232;res qu'elles contiennent aux &#233;vidences du dicible alors qu'il faudrait pouvoir parvenir &#224; les faire rayonner des rayons sombres qui vibrent de l'autre c&#244;t&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il s'agit de porter la compr&#233;hension au plus pr&#232;s de l'incompr&#233;hensible sans y sombrer et donc de &#171; d&#233;passer &#187; la faille qui hante toute tentative de compr&#233;hension car cela signifierait parvenir &#224; faire exister ce qui ne peut &#171; exister &#187; en tant que tel, c'est-&#224;-dire l'unit&#233; m&#234;me du monde, dans l'acte qui consiste &#224; le dire sans que cette unit&#233; ne soit par cet acte condamn&#233;e &#224; s'effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore d'autres difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de mettre en perspective le texte dans son ensemble sans pour autant se cantonner &#224; l'exercice du commentaire ligne &#224; ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ensuite de tenter d'aborder ce texte en relation avec les &#233;l&#233;ments conceptuels que nous avons avanc&#233;s ces derni&#232;res s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit enfin de tenter de produire une synth&#232;se de ces concepts afin de rendre mieux perceptible le dessin qui s'est peut-&#234;tre form&#233; au cours de ces sept s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que c'est &#224; la fois absurde et impossible qu'il ne faut pas tenter le faire et ce, d'autant qu'&#224; travers la figure de l'ange, mais pas seulement, comme on va le voir, c'est bien &#224; l'activit&#233; que nous &#233;non&#231;ons &#224; travers l'expression &#171; faire des dieux &#187; que se livre &#224; l'&#233;vidence Rilke ici, comme d'ailleurs dans l'ensemble de ses textes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L392xH650/12_elegies-f881c.jpg?1656664018' width='392' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques indications sur la composition du texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rilke et l'&#233;criture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici, de montrer comment &#171; abandonner &#187; l'int&#233;riorit&#233; sans consistance du je pour s'ouvrir au monde et agir le monde en le m&#233;tamorphosant par les mots, en lui conf&#233;rant ainsi sa v&#233;ritable dimension et en montrant ce qu'est la v&#233;ritable maison de l'homme. Il s'agit d'identifier les pi&#232;ges inh&#233;rents &#224; la pens&#233;e et &#224; la sensibilit&#233;, d'extraire les possibilit&#233;s contenues dans cette situation et qui restent comme occult&#233;es par nos croyances h&#233;rit&#233;es, et enfin d'accomplir la &#171; promesse &#187; qui est annonc&#233;e et port&#233;e vers nous par la figure de l'ange, promesse qui n'a rien &#224; voir avec la promesse chr&#233;tienne et tout avec une promesse aussi intenable que grandiose dans sa terrible simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire pour Rilke est une op&#233;ration impliquant &#224; la fois une ma&#238;trise sans faille et une capacit&#233; &#224; s'en d&#233;faire pour permettre de laisser les phrases monter en lui et se d&#233;poser sur la page au-del&#224; de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire est le r&#233;sultat d'un processus long et complexe, d'un processus psychique impliquant l'existence enti&#232;re de Rilke car mobilisant tout ce qu'il a per&#231;u, senti, re&#231;u, v&#233;cu, lu, et pens&#233; et le faisant d'une mani&#232;re telle que ce qui advient soit comme un &#233;lixir, un concentr&#233; et en m&#234;me temps une expression neuve de ce qui est appr&#233;hend&#233; et dont il est question dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire, c'est synth&#233;tiser ce qui est v&#233;cu, vivre la synth&#232;se comme il a v&#233;cu le reste, et le faire en &#233;crivant, ou plut&#244;t comme &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture chez Rilke est une op&#233;ration psychique d'une intensit&#233; rarement atteinte et rarement maintenue &#224; ce niveau de concentration toute une vie durant. Ou pour &#234;tre pr&#233;cis, la lutte incessante de Rilke a &#233;t&#233; de ne pas perdre le fil qui le relie &#224; ses perceptions, &#224; ses pens&#233;es, et &#224; la possibilit&#233; de voir son v&#233;cu pouvoir exister &#224; nouveau dans des mots aussi beaux qu'implacables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;criture, Rilke est &#224; l'&#233;vidence en connexion avec &#171; son dieu &#187;, celui qui loge en chacun et le hante comme une ombre oubli&#233;e et pourtant vivante et vivace, aidante, du moins pour qui sait l'&#233;couter, l'entendre et le faire exister. L'ange est jusqu'&#224; un certain point la forme que prend ce dieu dans les &#201;l&#233;gies, ou plut&#244;t il est son repr&#233;sentant, sachant que le dieu &#224; l'&#339;uvre se rep&#232;re comme la puissance qui rend possible l'ensemble du processus cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Rilke est en connexion avec lui &#224; la fois en permanence et par intermittence. C'est pour &#171; sauver &#187; cette permanence malgr&#233; les intermittences dues aux al&#233;as de l'existence qu'il se bat contre sa tendance forte &#224; aimer et &#224; se perdre dans des relations mondaines. C'est en particulier dans les moments o&#249;, dans sa solitude, il parvient &#224; se concentrer sur ce qu'il re&#231;oit du monde et lui renvoie sous forme de pens&#233;e qu'il confirme ce qu'il sait et vit mais ne peut jamais tenir pour acquis. Si &#171; dieu &#187; il y a pour Rilke, il se manifeste &#224; lui tr&#232;s t&#244;t &#224; travers le fait cr&#233;ateur m&#234;me, quand les mots semblent sourdre en lui et rendent possible la pr&#233;sentation m&#233;tamorphos&#233;e des choses et des &#234;tres &#224; travers les mots, comme mots !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire des &#201;l&#233;gies ou quand l'impossible se r&#233;alise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre qu'il lui consacre dans la collection &#233;crivains de toujours au seuil, Philippe Jacottet nous pr&#233;sente ce qui s'est produit en Rilke au moment de la double cr&#233;ation concomitante des derni&#232;res &#233;l&#233;gies et des sonnets &#224; Orph&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons cependant bri&#232;vement les dates de r&#233;daction des premi&#232;res &#233;l&#233;gies afin de prendre la mesure de l'ampleur du travail et de son d&#233;ploiement &#224; travers les ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est entre octobre 1911 et mai 1912 qu'il r&#233;side pour la premi&#232;re fois au ch&#226;teau de Duino en Italie chez la Princesse de Tour et Taxis rencontr&#233;e en 1909 &#224; Paris et qu'il &#233;crit les premi&#232;res &#233;l&#233;gies qui pour cette raison on pris le nom d'&#233;l&#233;gies de Duino m&#234;me si les suivantes ont &#233;t&#233; &#233;crites ailleurs et bien plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; c'est par des acc&#232;s d'&#233;criture et au dieu qui le hantent dans les deux sens du mot donc, qu'il produit ces premiers textes. Le d&#233;but de la troisi&#232;me sera aussi &#233;crit &#224; cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est achev&#233;e 21 janvier 1912, la seconde fin janvier d&#233;but f&#233;vrier et la troisi&#232;me commenc&#233;e en f&#233;vrier sera achev&#233;e &#224; l'automne 1913.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit la quatri&#232;me en 1915 en deux jours, les 22 et 23 novembre au milieu de sa relation avec la peintre Lou Albert-Lasard alors qu'il sont &#224; Munich et dans les environs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans sa derni&#232;re demeure &#224; Muzot, en Suisse et en quelques jours qu'il &#233;crira toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;coutons ce qu'en dit Jaccottet :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre le 2 et le 5 f&#233;vrier, Rilke compose vingt-six sonnets qu'il annonce le 7 &#224; Madame Knoop : &#171; en quelques jours de saisissement imm&#233;diat, alors que je pensais m'atteler &#224; tout autre chose, ces sonnets m'ont &#233;t&#233; donn&#233;s. Vous comprendrez au premier coup d'&#339;il pourquoi vous devez &#234;tre la premi&#232;re &#224; les poss&#233;der. (Il est question de Vera sa fille d&#233;c&#233;d&#233;e peu de temps auparavant &#224; 19 ans et qui avait fortement impressionn&#233; Rilke par ses talents divers&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors se produit, plus g&#233;n&#233;reux, plus soudain, plus violent qu'il ne l'e&#251;t jamais imagin&#233;, apr&#232;s dix ans d'attente, l'afflux po&#233;tique dont nous-m&#234;me ne pouvons cesser d'&#234;tre surpris. Ce m&#234;me jour, le 7 f&#233;vrier, il &#233;crit la septi&#232;me &#233;l&#233;gie, la huiti&#232;me entre le 7 et le 8. Le 9, les derniers vers de la sixi&#232;me (commenc&#233;e en 1913) et la neuvi&#232;me. Le 11, il ach&#232;ve la dixi&#232;me. &#187; (&lt;i&gt;Rilke par lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, Philippe Jaccottet, Ed. du Seuil, coll. &#233;crivains de toujours, Paris 1970, p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; quelque chose qui en effet d&#233;passe l'entendement et qui pourtant a eu lieu et a eu lieu &#224; de nombreuses reprises auparavant m&#234;me si jamais avec une telle intensit&#233;. C'est aussi de ph&#233;nom&#232;nes de ce genre dont il est question lorsque l'on &#233;voque ce que peut signifier l'expression &#171; faire des dieux &#187; : la survenue (qui ne doit rien au hasard puisqu'elle est le fruit d'une vie de travail) d'une temp&#234;te psychique et cr&#233;atrice qui emporte tout mais pas &#224; la mani&#232;re d'un cyclone d&#233;vastateur mais &#224; la mani&#232;re d'une temp&#234;te mentale cr&#233;atrice, d'un surgissement de mots, de phrases, d'id&#233;es, qui comme si cela venait des mots eux-m&#234;mes, parviennent &#224; un degr&#233; de justesse d'expression, de v&#233;rit&#233;, de grandeur, litt&#233;ralement extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra ici de &lt;a href=&#034;https://www.tk-21.com/Faire-des-dieux-le-seminaire-III?lang=fr&#034;&gt;la premi&#232;re s&#233;ance et de l'&#233;vocation par Jean-Claude Bologne dans son livre &lt;i&gt;Mystiques sans dieu&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, d'&#233;tat hors du commun, d'exp&#233;rience de type mystique, v&#233;cus par des &#233;crivains ath&#233;es et qui ont &#224; la fois d&#233;termin&#233; leur vie et leur &#339;uvre. Nous avons affaire &#224; un &#233;v&#233;nement de ce type qui survient lui au terme d'une vie cr&#233;atrice mais qui a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; la fois par des moments du m&#234;me type m&#234;me si ils furent de moindre intensit&#233; et par une concentration maximale de tout l'&#234;tre du po&#232;te en vue&#8230; de quelque chose, ce quelque chose s'&#233;tant produit, incarn&#233; dans des mots &#224; la rencontre d'une &#233;motion li&#233;e &#224; la mort de la jeune femme, &#224; l'installation dans un nouveau lieu propice &#224; la cr&#233;ation, une relation amoureuse intense avec Baladine Klossowka, et surtout le fond intouch&#233; de vie et de v&#233;cu accumul&#233; en Rilke qui trouve alors sa juste expression au c&#339;ur d'un projet entam&#233; et suspendu par la guerre mais qui n'avait jamais &#233;t&#233; enterr&#233;, qui continuait &#224; vivre, graine en sommeil, dans le c&#339;ur du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qu'il importe non pas d'expliquer mais de prendre en compte si l'on veut comprendre un peu de ce qu'est &#171; le dieu &#187; qui existe potentiellement en chacun et qui en effet, pour Rilke, il ne cesse de le r&#233;p&#233;ter, n'a rien mais absolument rien &#224; voir avec le dieu des chr&#233;tiens ou des juifs ou des musulmans, bref avec cette entit&#233; transcendante et pourtant capable de son lointain retrait, d'agir sur le petit monde des hommes. Le dieu dont parle Rilke, celui qui vit en lui est en effet plus proche de celui qu'a mis au jour Jaynes. C'est &#224; cela qu'il importe aujourd'hui de s'int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de pr&#233;ciser un peu plus comment ces ph&#233;nom&#232;nes ont &#233;t&#233; v&#233;cus et transform&#233;s depuis toujours par Rilke, quelques passages d'une lettre &#224; Lou Andr&#233;as-Salom&#233; suffiront &#224; le pr&#233;ciser, m&#234;me si des dizaines d'autres exemples pourraient &#234;tre trouv&#233;s dans son immense correspondance. Le 25 Juillet 1903, alors qu'il est pr&#232;s de Br&#234;me et de Worpswede, o&#249; il a rencontr&#233; trois ans plut&#244;t Clara Westhoff qu'il &#233;pouse en 1901, il &#233;crit : &#171; xxx &#187; (Lettres &#224; Lou, R.M. Rilke, Ed mille et une nuits, 2005, p. 45-46-47)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, les exemples sont tr&#232;s nombreux dans ses lettres o&#249; il confesse la mani&#232;re qu'il a de ressentir et vivre les choses. Retenons ici, le fait essentiel qui le constitue en tant qu'homme et en tant que po&#232;te : le fait que son int&#233;riorit&#233; n'est en rien une subjectivit&#233; au sens &#233;troit du terme, mais bien une sorte de chambre d'&#233;cho du monde, qu'il appellera le &#171; Weltinnenraum &#187; et que donc son monde int&#233;rieur est le fruit de cette mac&#233;ration et de ces filtres qui ne cessent d'interagir pour faire exister ce qui finalement devient, po&#232;me apr&#232;s po&#232;me, la manifestation de sa singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est presque un paradoxe qu'il ne faut jamais oublier lorsque l'on a affaire &#224; Rilke que le monde int&#233;rieur qui est le sien est en fait rempli d'&#233;l&#233;ments du monde ext&#233;rieur qui sont venus exciter en lui et souvent de fa&#231;on douloureuse les cordes de ses nerfs, les feuilles de son &#226;me, la chair de son c&#339;ur, comme on veut les nommer. Lui n'est QUE cela, un jeu infini de vibration qui cherche &#224; comprendre comment il est possible d'&#234;tre homme et si c'est possible ce que cela peut bien &#234;tre que de se trouver l&#224; sur cette terre, de s'y tenir, de faire face &#224; ce qui s'y passe, de vivre donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre un homme, c'est tenter de comprendre ce que fait un homme sur terre et rendre compte de ce faire aussi particulier soit-il lorsque celui &#224; qui cela arrive est po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou pour le dire autrement, et c'est l'enjeu de toute son &#339;uvre mais des &#233;l&#233;gies tout particuli&#232;rement, Rilke ne cesse de dire ce que c'est qu'HABITER LE MONDE, et donc de se demander d'une part comment et pourquoi cela prend la forme d'une sorte de d&#233;ni et de refus de la situation intra-mondaine partag&#233;e par tous les hommes et d'autre part, comment il est possible de parvenir &#224; &#233;tablir une relation au monde qui soit &#224; la hauteur de cette situation &#224; la fois &#233;ternellement la m&#234;me et toujours changeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Habiter le monde ou l'exigence paradoxale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour cela et pour r&#233;pondre aux deux questions d&#233;placer l'angle sous lequel on appr&#233;hende la r&#233;alit&#233; et la vie et non pas choisir pour fondement de sa r&#233;flexion le moi et les enjeux de survie intra-mondaine, mais tout au contraire, reconna&#238;tre et accepter la situation &#171; impossible &#187; qui est celle des humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, penser l'homme, c'est d'abord reconna&#238;tre cette situation, et donc ne pas se voiler la face. C'est aussi reconna&#238;tre que la vie est sans espoir d'&#234;tre autre chose que ce moment transitoire, non tant &#224; cause de la mort qu'&#224; cause de l'incapacit&#233; o&#249; l'on est de penser cette situation et de penser la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi tenter de comprendre que le monde est pris dans un r&#233;seau de relations ouvert et que pour le comprendre il est n&#233;cessaire de ne pas se cantonner &#224; lui mais de situer l'exp&#233;rience humaine dans un cadre plus vaste celui de la nature et plus encore celui du cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors prendre acte de cette nouvelle situation et la r&#233;tro-projeter sur nos propres pens&#233;es comme une r&#233;alit&#233; nouvelle et tenter de percevoir en quoi cela modifie notre perception du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin tenter de dessiner les contours de cette nouvelle situation de l'homme dans un monde &#224; la fois plus vaste et diff&#233;rent de ce que l'on entend g&#233;n&#233;ralement sous ce mot. C'est enfin pouvoir peut-&#234;tre dessiner non pas le visage d'un homme nouveau, mais d&#233;crire en quoi consiste et &#224; quoi conduit cette nouvelle et v&#233;ritable situation de l'homme dans le monde telle que Rilke l'a v&#233;cue, pens&#233;e, accomplie dans le po&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; en fait, dessin&#233; &#224; grands traits, le parcours que les &#233;l&#233;gies nous proposent d'accomplir et si nous y parvenons nous proposent d'inscrire en nous comme vade-mecum nous permettant &#224; notre tour de nous penser et de nous accomplir de mani&#232;re renouvel&#233;e dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lire les &#201;l&#233;gies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte de cette ampleur est compos&#233; de strates qui parfois affleurent et sont directement lisibles, parfois sont enfouies ou comme incluses dans d'autres et ainsi moins &#233;videntes &#224; appr&#233;hender. Le rep&#233;rage de certaines de ces strates est un aspect de ce que la lecture doit permettre de comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que Paris, la ville, les gens qui y vivent, la Gr&#232;ce antique, l'&#201;gypte antique, la nature, celle des fleurs en particulier, le paysage ou ce qui fait paysage, les hommes et les femmes en tant que tels constituent de telles strates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi pointer des th&#232;mes, des personnages &#171; conceptuels &#187; ou &#171; figures &#187; qui ne cessent d'aller et venir, tissant le texte de leur obs&#233;dante pr&#233;sence. L'ange, premier nomm&#233;, l'amour &#224; travers la figure des amants, la mort et le myst&#232;re dont elle enveloppe l'existence, la figure du h&#233;ros et la question que nous pose sa vie br&#232;ve, dont le mod&#232;le est le h&#233;ros grec tel qu'il appara&#238;t chez Hom&#232;re, le beau, l'angoisse, voil&#224; les principaux th&#232;mes et les principales figures dont ces textes sont tiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut enfin rep&#233;rer des questions qui rel&#232;vent de cette zone dans laquelle philosophie et po&#233;sie se m&#234;lent et qui traversent et les &#233;poques et l'&#233;paisseur du pr&#233;sent. Elles concernent les liens et les tensions qui ne cessent de traverser les &#234;tres ainsi que les relations entre individu et monde. Le statut de l'int&#233;riorit&#233; est un enjeu essentiel de ces textes, la puissance de surrection de la vie comme force capable de lier mais surtout de d&#233;chirer ce qui en l'homme l'inscrit dans son univers. Mais ce sont surtout certaines notions rilk&#233;ennes qui sont essentielles ici, comme l'ouvert, le lieu, l'appel et la plainte, le dire et finalement le &#171; une fois &#187;, la nuit et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; rendre plus manifestes ces points majeurs que nous allons nous employer aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH613/5_baladine-klossowska-1574c.jpg?1772200672' width='500' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rilke par Baladine Klossowska - 1925
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tr&#232;s br&#232;ve pr&#233;sentation des dix &#233;l&#233;gies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de permettre aussi bien &#224; ceux qui ont lu qu'&#224; ceux qui ne connaissent pas ou peu ces textes, il peut convenir de proposer une approche extr&#234;mement condens&#233;e de ce dont parle chaque &#233;l&#233;gie, et ceci afin de donner &#224; voir le mouvement g&#233;n&#233;ral qui &#224; la fois les constitue, les enveloppe, les porte l'une vers l'autre et conf&#232;re &#224; ce texte une unit&#233; incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mieux sera de proposer une suite de mots qui rel&#232;vent &#224; la fois de chacune des strates &#233;voqu&#233;es, et de choisir une ou deux br&#232;ves citations. Se dessinera ainsi une sorte de sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du texte permettant &#224; chacun de mieux se rep&#233;rer pour accomplir le voyage qui va suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 1&lt;/strong&gt; : L'ange, le beau, la terreur ou l'angoisse et la pr&#233;sentation des principales figures qui vont hanter le texte : la nuit, les amants, le h&#233;ros, les plaintes, le ciel &#233;toil&#233;, et finalement le chant celui de Linos figure de la mythologie grecque, grand musicien tu&#233; par Apollon jaloux qui avait compos&#233; des ballades pour Dionysos et une &#233;pop&#233;e de la cr&#233;ation sage d'un savoir universel ma&#238;tre de Thamyris et surtout d'Orph&#233;e lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 2&lt;/strong&gt; : la dualit&#233; insurmontable au-del&#224; m&#234;me de l'ange, de l'angoisse et du doute entre &#234;tre et passer, entre tenir et fuir, entre les choses et nous, entre se trouver et se perdre. L'&#233;vocation des st&#232;les attiques vient &#233;voquer un temps o&#249; les hommes et les dieux vivaient dans une plus grande proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rilke est sensible &#224; cette question qui fait &#233;cho &#224; nos pr&#233;occupations jaynesiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 3&lt;/strong&gt; : G&#233;n&#233;alogie de l'acc&#232;s impossible toujours diff&#233;r&#233; &#224; l'horrible constitution du mensonge in&#233;vitable entre les vivants, comme entre soi et soi ! La puissance de la vie, la surrection de la s&#232;ve, le face &#224; face des amants, les m&#232;res protectrices rien ne permet de constituer une int&#233;riorit&#233; &#171; vraie &#187; et l'on se d&#233;couvre un minuscule point dans le gouffre des a&#239;eux. L'histoire est hant&#233;e par le temps long qui pr&#233;c&#232;de tous les vivants actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 4&lt;/strong&gt; : Le th&#233;&#226;tre de l'int&#233;riorit&#233; s'invente dans le d&#233;faut de la puissance conf&#233;r&#233;e aux oiseaux migrateurs d'&#234;tre inform&#233;s. Nous sommes les jouets du langage l'int&#233;riorit&#233; est &#224; inventer mais elle est prise dans l'opposition entre le danseur et la marionnette (r&#233;f&#233;rence &#224; Kleist) et conduit &#224; cette d&#233;couverte que rien n'est soi-m&#234;me. Il faut pour acc&#233;der &#224; une int&#233;riorit&#233; vraie penser la mort avant la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 5&lt;/strong&gt; : O&#249; est le lieu, le lieu de l'homme ? C'est l'&#233;l&#233;gie dite des saltimbanques dans laquelle l'errance joueuse et joyeuse des hommes ne peut se d&#233;faire du r&#232;gne de madame la mort. Comment parvenir &#224; penser le sol, le lieu, la demeure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 6&lt;/strong&gt; : Nous faisons face ici &#224; la tension inh&#233;rente &#224; la nature et au fait qu'elle est en fait un r&#233;servoir d'injonctions contradictoires qu'elle &#233;met des ordre qui rel&#232;vent d'un double bind permanent. Il faut tenter de comprendre la figure du h&#233;ros travers&#233; par le d&#233;sir d'en finir vite avec la vie lanc&#233; qu'il est vers la gloire destinale et donc marqu&#233; qu'il est par la mort qui l'appelle et contre laquelle les m&#232;res ne peuvent pas le prot&#233;ger, elles qui l'ont fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 7&lt;/strong&gt; : Un appel devient possible, le cri peut devenir voix, l'appel r&#233;sonne partout chez la jeune fille dans l'oiseau mais l'int&#233;riorit&#233; une fois encore s'effondre car le dehors n'appara&#238;t pas durable. Un point de basculement est atteint : il faut tenter de vivre d'accepter de vivre le UNE FOIS. Car une fois suffit pour que la vie soit l&#233;gitim&#233;e justifi&#233;e. L'ange ne viendra pas, car ce n'est pas comme &#231;a que &#231;a marche, mais on peut l'inventer en s'adressant lui. L'int&#233;riorit&#233; vraie est ce qui en chacun s'ouvre et accepte de faire face &#224; l'ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 8&lt;/strong&gt; : L'ouvert comme pur espace ce &#224; quoi s'ouvrent les fleurs&#8230; l'homme doit parvenir &#224; le faire aussi. Le destin de l'homme se dessine ici : faire face &#224; l'ouvert. Mais la conscience fait obstacle, comme toujours, la faille, la schize&#8230; c'est cela qu'il faut appr&#233;hender la f&#234;lure la schize le retournement sur soi de la conscience qui est cause du &#171; malheur &#187; de l'impossibilit&#233; d'&#234;tre comme l'oiseau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 9&lt;/strong&gt; : &#202;tre ici-bas est une grande chose&#8230; mais comment parvenir &#224; le vivre, &#224; vivre cela, &#224; vivre comme cela en portant cela en soi ? En acceptant le UNE FOIS, et en trouvant &#224; qui confier cette exp&#233;rience de l'acceptation du UNE FOIS. Le temps du dire et sa patrie est l'enjeu ici. Le po&#232;te nomme ce qu'il en est de l'injonction que l'homme peut se donner &#224; lui-m&#234;me : c&#233;l&#233;brer le monde pur l'ange, le monde simple des choses. Et par ce chant emporter la terre englober la terre jusqu'&#224; ce qu'elle s'&#233;veille elle aussi &#224; ce d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie 10&lt;/strong&gt; : Le geste de l'homme et la plainte comme possibilit&#233; de prendre en charge la mort. Ne pas en dire plus pour l'instant et garder le myst&#232;re un peu jusqu'au moment du d&#233;nouement de ces textes &#233;crits pour la grande majorit&#233; en quelques jours en f&#233;vrier 1922, il y a tout juste un si&#232;cle donc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant s'avancer dans une lecture d&#233;taill&#233;e des &#233;l&#233;gies avant de tenter une synth&#232;se qui nous permettra de comprendre en quoi nous avons l&#224; un exemple rare de ce que l'on peut entendre lorsque l'on a recours &#224; l'expression faire des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH699/2_klosovska_rilke-36984.jpg?1656664018' width='500' height='699' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Baladina Klosovska et Rilke
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re &#233;l&#233;gie : le beau, l'ange, l'angoisse ou la terreur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut citer d'entr&#233;e l'incipit de ces &#233;l&#233;gies : &lt;i&gt;&#171; Qui si je criais... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma global est donn&#233; : l'homme est seul, l'ange est un interm&#233;diaire entre lui et l'univers, mais il ne peut rien pour l'homme. L'univers est indiff&#233;rent &#224; l'homme, joie et douleurs confondus. Le cri de l'homme se perd in&#233;vitablement d&#233;finitivement. L'ange nous met face &#224; cette indiff&#233;rence de l'univers de la terre &#224; la pr&#233;sence des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le beau, la beaut&#233; est le nom donn&#233; &#224; cette situation de fascination et d'angoisse ou de terreur &#224; laquelle l'homme ne peut &#233;chapper face &#224; cet univers si indiff&#233;rent et pourtant si &#171; pr&#233;sent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres th&#232;mes sont aussi &#233;voqu&#233;s : l'appel de l'univers, l'attente, le une fois de la vie des h&#233;ros. N'&#233;chappe &#224; la pr&#233;gnance de cette impossibilit&#233; d'habiter le monde que la voix, le chant, la vibration de l'air ou mieux encore du vide &#224; travers la figure du personnage de l'antiquit&#233; grecque Linos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces th&#232;mes et toutes ces figures sont ici comme rassembl&#233;s avant d'&#234;tre d&#233;ploy&#233;s dans les autres textes. L'attente non comme tension mais comme distraction appara&#238;t comme un obstacle et non comme une porte ouverte sur une venue. L'amour et le fait de chanter l'amour sont d'entr&#233;e renvoy&#233;s &#224; la s&#233;paration et &#224; au fait que la s&#233;paration est peut-&#234;tre ce qui permet de produire les plus beaux chants, comme l'indique en tout cas la pr&#233;sence du nom de Gaspara Stampa, po&#233;tesse italienne du d&#233;but du XVIe qui chantera un amour impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix se pr&#233;sente comme une dimension m&#234;me de l'approche du monde. Elle est &#224; la fois indiff&#233;renci&#233;e ou plut&#244;t ind&#233;finie et situ&#233;e du c&#244;t&#233; des saints. L'appel fait &#233;cho &#224; l'attente, un appel qui &#233;tait pour les saints celui de dieu et qui pour Rilke est celui multiple et diversifi&#233; de l'univers &#233;tant entendu que l'univers englobe la fleur comme l'oiseau, la terre comme les &#233;toiles et &#233;videmment les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le h&#233;ros n'est pas nomm&#233;, ce sont les morts trop jeunes qui sont &#233;voqu&#233;s ici, et avec eux un ensemble de question relatives &#224; la mort, &#224; l'&#233;ternit&#233;, &#224; l'indiff&#233;renciation entre vivants et morts, qui n'est pas un th&#232;me de science fiction mais un probl&#232;me majeur puisque pour Rilke il est loin d'&#234;tre &#233;vident que les hommes soient &#224; la hauteur de ce que la vie attend d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce texte est donc finalement clair d'entr&#233;e : d&#233;ployer les diverses strates qui composent l'univers, d&#233;ployer les myst&#232;res qui composent l'existence de chaque &#234;tre et tenter de les faire fleurir dans un chant et &#171; comme &#187; chant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement le projet ou si l'on veut le programme est l&#224; d'entr&#233;e. Il suffit d&#232;s lors de l'accomplir. Et cela ne va pas de soi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer cette premi&#232;re &#233;l&#233;gie en six moments : 1 l'ange et l'angoisse ou la terreur. 2 L'absence de secours face au monde que ne sauve aucune interpr&#233;tation. Il reste les habitudes. 3 la situation concr&#232;te de l'homme c'est l'appel de l'univers, l'attente comme puissance de distraction et l'instabilit&#233; des choses v&#233;cues comme ind&#233;passable. 4 La r&#233;p&#233;tition porte le monde du c&#244;t&#233; des amants, des h&#233;ros et de l'ange et &#171; il n'est de demeure nulle part &#187;. 5 En quoi se tenir ? Telle est l'ultime question, s'il est &lt;i&gt;&#171; &#233;trange de ne plus habiter la terre. &#187;&lt;/i&gt; 6 Il faut comprendre ce que cela fait de ne plus habiter la terre. 7 Il faut tenter de comprendre pourquoi les h&#233;ros n'ont plus besoin de nous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me &#233;l&#233;gie : l'ind&#233;passable dualit&#233; homme dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette &#233;l&#233;gie est de part en part &#171; jaynesienne &#187; puisque le constat est sans appel de l'impossibilit&#233; de d&#233;passer le deux, deux mains, deux amants, la s&#233;paration entre l'homme et l'ange, entre deux &#233;poques du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre se pr&#233;cise au sujet de la situation de l'homme. Il y a eu un temps o&#249; l'homme et le ou les dieux &#233;taient li&#233;s, la voix de l'un acc&#233;dant &#224; l'oreille de l'autre et ce temps n'est plus, il n'y a plus que deux &#171; univers &#187; face &#224; face, s'ignorant le plus souvent, et chacun pris dans la boucle de ses propres pens&#233;es. Aujourd'hui la situation de l'homme est prise dans cette coupure entre homme et dieu. C'est pour cela que l'ange est terrible comme l'indique le 1er vers : &lt;i&gt;Jeder engel ist schrecklich&lt;/i&gt;, en &#233;cho au d&#233;but de la premi&#232;re &#233;l&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure et d&#233;mesure s'opposent, et m&#234;me les amants ne parviennent pas &#224; se d&#233;faire de cette fatalit&#233; de la s&#233;paration et du retour hypnotique au &#171; soi . Mais les st&#232;les attiques t&#233;moignent de cet accord qui a pu exister entre hommes et dieux et accord qui s'est aussi manifest&#233; dans la relation des hommes &#224; la mort, dans leur compr&#233;hension de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du texte est pos&#233; : trouver le mod&#232;le de relation dans et malgr&#233; la solitude absolue de l'homme aujourd'hui, relation &#224; l'ange, &#224; la terre, &#224; la mort, au cosmos. On verra que ces termes sont non pas &#233;quivalents mais appartiennent tous &#224; l'autre c&#244;t&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept moments donc : 1 Un rappel au sujet de l'ange comme terrible, et un doute sur la capacit&#233; o&#249; l'homme serait de l'accueillir. 2 Un constat de la faiblesse du c&#339;ur des hommes. 3 Un constat sur la faiblesse de la jeunesse, auto-centr&#233;e et donc oublieuse de l'univers et de ce genre de questions que pose le po&#232;te. 4 L'impossibilit&#233; o&#249; l'on est de dire ce qu'il en est du propre, car tout s'enfuit. Il y a de l'&#234;tre c'est tout ce que l'on peut dire. 5 Les anges font pareil que les hommes, il s'approprient leur essence pour exister. 6 Les amants vivent sans pouvoir y &#233;chapper la tension entre &#234;tre, rester, tenir et glisser, passer, fuir. La logique &#233;ternelle dut se trouver, se perdre gouverner les vies. La promesse d'&#233;ternit&#233; est difficile &#224; entendre. Quelque chose se d&#233;lite toujours et met l'autre &#224; distance. 7 Le mod&#232;le du &#171; toucher &#187; propre aux st&#232;les attiques t&#233;moigne d'un chemin qui a exist&#233; pour les hommes, d'une relation avec les dieux. Mais aujourd'hui cela n'est plus possible. L'homme est d&#233;sesp&#233;r&#233;ment seul.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L405xH600/10_rilke-ece38.jpg?1656664018' width='405' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rainer Maria Rilke
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;gie : Le mensonge (la faille) in&#233;vitable au coeur de l'int&#233;riorit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenter de trouver la cause de l'attitude de l'homme bas&#233;e sur l'exc&#232;s, le plus, le trop. Cette force de surrection, inh&#233;rente &#224; la vie m&#234;me, il faut tenter de la comprendre et surtout de mettre en perspective tout ce que son existence implique. Elle se manifeste dans le d&#233;sir, &#224; travers les amants, mais elle est aussi et surtout ce qui interdit toute forme d'arr&#234;t et qui donc constitue le danger m&#234;me de foncer droit devant et de se perdre dans la mort dont le prototype est celle du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#232;res et les amantes tentent de ralentir cette course folle de la vie surgissante et rugissante. Elles ne parviennent qu'&#224; &#171; inventer &#187; pour lui l'int&#233;riorit&#233; dans laquelle il va se prendre comme dans un filet. Dans ce monde int&#233;rieur, c'est le monde qui se refl&#232;te, pas lui. Il se d&#233;couvre &#234;tre presque rien et surtout hant&#233; par l'histoire incommensurable des hommes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, &lt;i&gt;&#171; les p&#232;res qui telles des ruines de montagne gisent au fond de nous &#187;&lt;/i&gt; et emporte dans cette d&#233;couverte l'amante dont il est dit : &lt;i&gt;&#171; tu as fait na&#238;tre dans l'amant des temps ant&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tapes franchies dans cette troisi&#232;me &#233;l&#233;gie sont donc les suivantes : 1 la puissance de surrection de la vie qui atteint le jeune homme comme la jeune fille conduit &#224; un face-&#224;-face sans solution. 2 Ce face-&#224;-face est d&#233;pli&#233; selon plusieurs strates : le cosmos (d&#233;sir-&#233;toiles) la question relative la cause de cette &#171; force &#187; de la nature, qu'est la nature l'apparition de l'obscur d'un temps imm&#233;morial 3 La figure de la m&#232;re ou des m&#232;res comme source de protection mais aussi origine du mensonge (elles d&#233;tournent par amour le jeune homme de son destin de &#171; h&#233;ros &#187; pour l'en prot&#233;ger et ainsi lui mentent sur la chose principale : chaque vie est UNE FOIS) 4 Le jeune homme se d&#233;couvre cependant une int&#233;riorit&#233; mais il la voit comme li&#233;e au monde sauvage et d&#233;couvre aussi le chemin de ses origines. Il se d&#233;couvre non pas grand, immense, infini mais un grain de sable dans le gouffre des a&#239;eux ! Il fait face &#224; un nouvel effroi. 5 Constat final : l'homme est habit&#233;, hant&#233; par le temps long par l'innombrable par les p&#232;res, par les m&#232;res et tout cela pr&#233;c&#232;de et le jeune homme et la jeune fille. Rilke notera : &lt;i&gt;&#171; tu as fait na&#238;tre dans l'amant des temps ant&#233;rieurs &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me &#233;l&#233;gie : le th&#233;&#226;tre de l'int&#233;riorit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au fond la schize c'est &#231;a : l'existence d'un d&#233;calage entre cerveau droit et cerveau gauche, entre ce qui est et ce qui est connu ou su, d&#233;calage rendu manifeste par l'arriv&#233;e d'informations in&#233;vitablement contradictoires puisque toutes travers&#233;es par cet &#233;cart, parce que traversant cet &#233;cart. &lt;i&gt;&#171; Nous ne sommes pas avertis, accord&#233;s comme les oiseaux migrateurs &#187; (sind nicht wie die Zugv&#246;gel verst&#228;ndig)&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire nous sommes conscients et ne sommes pas en relation directe avec &#171; le dieu &#187; en nous, comme le sont les oiseaux migrateurs qui disposent d'un tel contact permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit le mod&#232;le ant&#233;rieur (ou en quelque sorte &#233;quivalent...) au H&#233;ros grec vu par Jaynes, c'est l'animal qui n'est pas travers&#233; par le doute, par la faille, la schize, la conscience. Pour lui vivre n'est pas dissociable du fait de savoir ce qu'il doit faire et de le faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme ne peut pas s'auto-r&#233;guler. Il est travers&#233; et &#171; bris&#233; &#187; par la faille qu'il d&#233;couvre entre fl&#233;trir et fleurir. Il ne peut pas &#233;chapper &#224; l'angoisse qui na&#238;t de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qui n'&#233;tait assis plein d'anxi&#233;t&#233; devant le rideau de son c&#339;ur ? &#187;&lt;/i&gt; ainsi commence le second moment de cette &#233;l&#233;gie et s'ouvre devant nos yeux le rideau de notre c&#339;ur sur le th&#233;&#226;tre marionnettes. C'est ainsi que nous acc&#233;dons &#224; note int&#233;riorit&#233; mais celle-ci n'est pas tout &#224; fait ce &#224; quoi on pourrait s'attendre. On y d&#233;couvre ceci : du dedans, de notre int&#233;riorit&#233;, en fait on ignore tout, et, de plus, c'est le dehors, le monde les habitudes, le pass&#233; qui mod&#232;le le monde que l'on dit ou croit &#234;tre int&#233;rieur, celui que l'on abrite en chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu des &#233;l&#233;gies, car il y a un enjeu, quelque chose &#224; &#171; conqu&#233;rir &#187; est l&#224; : une int&#233;riorit&#233; ! Et elle est &#224; inventer en la vivant, &#224; construire mais SANS r&#233;f&#233;rent, SANS appui. Car le pass&#233; est appui qui d&#233;tourne de l'accord int&#233;rieur suppos&#233;, celui du h&#233;ros ou de l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danseur est refus&#233; comme mod&#232;le car il est travers&#233; par le doute (comme chez Kleist). Il faut lui pr&#233;f&#233;rer la marionnette, la poup&#233;e chez Rilke qui est porteuse paradoxalement d'une forme d'unit&#233; permettant d'&#233;chapper au pi&#232;ge de la faille de la schize. (&#171; le visage qui est tout entier dans son apparence &#187;). Mais comment faire UN quand on est divis&#233; ? Et qu'est cette &#171; solitude &#187; c'est-&#224;-dire d'&#234;tre l&#224; sans les anc&#234;tres, seul ? Qu'est ce &#171; soi &#187; ? Une destin&#233;e ? Possiblement mais elle est &#171; rien &#187; et se trouve faire face &#224; l'indiff&#233;rence du cosmos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la valeur des regards, des liens humains quand on se trouve confront&#233; au cosmos ? La figure du p&#232;re ne peut r&#233;pondre. Il constate lui aussi que tout fuit vers les &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que faire ? Attendre ! L'ange qui doit para&#238;tre &#224; son tour, m&#234;me si c'est sur la sc&#232;ne vide du th&#233;&#226;tre. &lt;i&gt;&#171; ange et poup&#233;e, tel est finalement le spectacle .../&#8230; Rien n'est soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;. Le constat est violent, le monde int&#233;rieur est une sorte de refuge inexistant, et on devine le projet qui se dessine ici peu &#224; peu : surmonter cette angoisse face &#224; ce vide et inventer une autre relation &#224; soi et au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car rien n'y fait, tout est toujours d&#233;j&#224; divis&#233;, entre monde et jouet, m&#234;me l'enfant. Cette division se retrouve &#224; chaque niveau, &#224; chaque moment. Elle est partout. La mort n'est pas la moindre de ces &#171; divisions &#187;. Mais quelque chose se fait jour qui finira par devenir essentiel : l'&#233;cart, le entre, qui existe entre tout ce qui est divis&#233; ou s&#233;par&#233;, d'une certaine mani&#232;re on en a comme une pr&#233;-connaissance, une &#171; intuition &#187;, comme si une joie nous pr&#233;c&#233;dait : &lt;i&gt;&#171; nous go&#251;tions la joie que donne ce qui demeure et nous nous tenions dans l'interstice entre l'univers et le jouet , dans un lieu qui de tout temps, a &#233;t&#233; cr&#233;e pour un &#233;v&#233;nement pur &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une autre chose encore qui rel&#232;ve de l'impensable : ce n'est pas la mort, ni m&#234;me la mort de l'enfant, &#171; mais comment saisir ceci, contenir cette mort, la porter si doucement avant m&#234;me qu'on soit en vie et n'en pas prendre ombrage ? Cela reste indescriptible. &#187; (&lt;i&gt;&#171; cela reste sans nom &#187; &#171; cela n'est pas dicible &#187; (unbeschreiblich))&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est donc essentiel dans la d&#233;marche et la pens&#233;e de Rilke puisqu'il s'agit de rendre non seulement perceptible mais active l'id&#233;e centrale qu'il porte de prendre en compte et en charge la mort avant m&#234;me la vie comme la v&#233;ritable autre face de la vie, comme son double plus que son autre, car la mort est ce sans quoi la vie est impensable et donc invivable au plus pr&#232;s de ce qu'elle a d'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH542/3_rilke_rodin-34f36.jpg?1772200672' width='500' height='542' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cinqui&#232;me &#233;l&#233;gie : les saltimbanques, le saut et l'esp&#233;rance d'un sol&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re de celles qui sont &#233;crites lors de la temp&#234;te psychique de f&#233;vrier 1922 &#224; Muzot qui emporte Rilke vers ce sommet de po&#233;sie que sont les &#233;l&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que pose cette &#233;l&#233;gie est simple : o&#249; donc est le lieu ? Ou si l'on veut en quoi consiste le lieu ? Le lieu car c'est du lieu de l'homme qu'il s'agit. On se souviendra ici d'un quatrain dans les paragraphes XXXVI et XXXVII du testament de Villon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De pouvret&#233; me guermentant,&lt;br class='autobr' /&gt;
Souventesfoys me dit le cueur :&lt;br class='autobr' /&gt;
Homme, ne te doulouse tant&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ne demaine tel douleur,&lt;br class='autobr' /&gt;
Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Myeulx vault vivre soubz gros bureaux&lt;br class='autobr' /&gt;
Pauvre, qu'avoir est&#233; seigneur&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourrir soubz riches tumbeaux ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
XXXVII.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Qu'avoir est&#233; seigneur !&#8230; Que dys ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, lasse ! ne l'est-il mais !&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon ce que d'aulcun en dict,&lt;br class='autobr' /&gt;
Son lieu ne congnoistra jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant du surplus, je m'en desmectz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'appartient &#224; moy, pecheur ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux theologiens le remectz,&lt;br class='autobr' /&gt;
Car c'est office de prescheur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette &#233;l&#233;gie porte la question de l'espace de type th&#233;&#226;tral hors du th&#233;&#226;tre et donc dans la rue, dans la vie m&#234;me. Peut-&#234;tre que l'exercice de la volont&#233; de vivre, de jouer suffit &#224; justifier l'existence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;l&#233;gie est connue comme celle des saltimbanques, selon les dires m&#234;me de Rilke, &#233;tant entendu qu'elle lui a &#233;t&#233; inspir&#233;e par la pr&#233;sence d'un tableau de Picasso dans un des ch&#226;teaux o&#249; il a s&#233;journ&#233;. &#192; travers les errants, les saltimbanques, il questionne l'activit&#233; de l'homme. Est-elle un pur jeu ? Une chose est s&#251;r elle consiste &#224; sauter et qui dit sauter dit tomber, se relever et encore tomber. Et dans un tel sc&#233;nario qu'est donc le lieu de l'homme ? Car il n'est pas possible de suspendre ce mouvement perp&#233;tuel, de l'arr&#234;ter, de se poser, d'&#234;tre donc quelque part et encore moins de pouvoir le pr&#233;tendre, l'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'existence des saltimbanques est aussi travers&#233;e par une schize insurmontable puisque le vieil homme r&#233;v&#232;le avoir contenu toujours deux hommes l'un d&#233;j&#224; mort et l'autre jeune encore. Est-ce que ce jeu pur des saltimbanques peut n&#233;anmoins conduire une sorte de conscience sup&#233;rieure ? Car ce jeu est celui du tomber et tomber encore du se lever et tomber et tomber encore. (on retrouvera cette dimensions &#224; la toute fin des &#233;l&#233;gies)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour est un jeu du m&#234;me type, et le corps de la femme n'&#233;chappe pas &#224; ce destin d'&#234;tre pris dans le va-et-vient monter / descendre. On passe des saltimbanques aux amants, toujours la figure de r&#233;f&#233;rence lorsqu'il s'agit de tenter de cerner ce qu'est la vie m&#234;me de l'homme ou ce qu'elle peut &#234;tre, puisque l'amour est promesse et don, m&#234;me s'il est aussi impuissance &#224; d&#233;passer la promesse et &#224; transformer le don en quelque chose de durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rilke en appelle &#224; l'ange comme l'&#234;tre qui pourrait recueillir cette exp&#233;rience vitale. Mais rien n'y fait. Quelque chose fait d&#233;faut &#224; l'homme &#224; partir de quoi il pourrait se penser : le lieu, un lieu, son lieu. &lt;i&gt;&#171; O&#249;, o&#249; donc est le lieu ? - je le porte dans mon c&#339;ur -... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;l&#233;gie est peut-&#234;tre la plus directement &#171; questionnante &#187;. Comment parvenir &#224; surmonter l'impossible qui se montre au c&#339;ur m&#234;me de l'existence comme ind&#233;passable ? &lt;i&gt;&#171; Et soudain dans ce lieu, qui est de nulle part, voici l'endroit inexprimable, o&#249; la pure insuffisance se change incompr&#233;hensiblement et saute dans ce vide trop plein. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la ville o&#249; se produisent les saltimbanques est gouvern&#233;e par Madame la Mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier moment &#233;voque &#224; travers l'interrogation pos&#233;e cette fois &#224; l'ange la possibilit&#233; d'une conversion du manque en connaissance, en savoir. Simplement ce savoir peut-t-il permettre au po&#232;te de concevoir une existence qui ne serait pas vou&#233;e &#224; l'insignifiance ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sixi&#232;me &#233;l&#233;gie : la tension inh&#233;rente &#224; la nature et l'ambigu&#239;t&#233; du h&#233;ros&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plus courte des &#233;l&#233;gies commenc&#233; en 1912 mais termin&#233;e aussi &#224; Muzot le 9 f&#233;vrier 1922, c'est la nature comme mod&#232;le ou comme r&#233;f&#233;rent permettant de d&#233;crire la puissance de la nature comme &#233;lan, croissance, acte pur, sans intentionnalit&#233; en quelque sorte et conversion de la fleur en fruit sans que ne vienne s'intercaler quelque r&#233;flexion entre ces &#233;tats. La nature, c'est la continuit&#233; des &#233;tats sans que l'ombre d'un doute vienne alourdir le processus ; face &#224; elle, vue du point de vue de l'homme, &lt;i&gt;&#171; C'est fleurir qu'est notre gloire, et c'est trahis que nous entrons dans l'int&#233;rieur trop longtemps attendu de notre fruit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que se manifeste pour Rilke le double bind qui est inh&#233;rent m&#234;me &#224; la vie, &#224; la nature puisque qu'il y a toujours un d&#233;calage d&#251; &#224; la force de surrection de la vie entre exister et ce que cela &#171; promet &#187; et ce qu'est la vie une fois pos&#233;e, une fois la croissance termin&#233;e. Ce n'est pas le m&#234;me homme. Il appara&#238;t &#224; lui-m&#234;me divis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les h&#233;ros &lt;i&gt;&#171; qui se jettent en avant pr&#233;c&#233;dant leur propre sourire &#187;&lt;/i&gt; ont peut-&#234;tre v&#233;cu quelque chose qui s'approche de ce qui constitue la nature d'un arbre comme le figuier ou plut&#244;t son &#234;tre. Et l&#224; on retrouve un peu ce que Jaynes &#233;voque, au-del&#224; de la diff&#233;rence entre les h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, &#224; savoir le fait qu'il y a, inh&#233;rent &#224; la vie m&#234;me, la faille dans laquelle tout s'engouffre et dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'homme la dur&#233;e est cause de ce que la pens&#233;e fait retour sur la vie, anticipe ou attend, et inscrit la f&#234;lure consciente comme obstacle &#224; toutes les conciliations, &#224; tous les v&#233;cus sans possibles, sans douleur. Le h&#233;ros est celui qui traverse ce trouble et aussi l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie est donc cette transformation, cette transmutation d'un infini des possibles &#8211; chacun est tous les possible dans le ventre de sa m&#232;re comme dans l'esprit de cette m&#232;re &#8211; en un choix in&#233;vitable n&#233;cessaire. Le devenir est cause de l'impossible maintien de ce que la nature offre et fait vibrer dans l'homme qui ne peut &#233;chapper &#224; la conscience qu'il a de ne pas coller &#224; son &#234;tre. Le devenir autre et l'in&#233;vitable loi de la vie et elle s'oppose en tout &#224; ce que qui pour le po&#232;te pourrait permettre de transformer cette douleur en beaut&#233;, cette &#233;vanescence en chose belle et durable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH597/4_rilke_balthus-eeba6.jpg?1772200672' width='500' height='597' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Septi&#232;me &#233;l&#233;gie : L'appel devenu possible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;crite le 7 f&#233;vrier, juste avant la sixi&#232;me, cette &#233;l&#233;gie entame le grand mouvement qui va conduire Rilke &#224; transformer l'infinit&#233; du doute et des questions en la possibilit&#233; d'une connaissance v&#233;cue s'accomplissant po&#233;tiquement de mani&#232;re irr&#233;futable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour cela rassembler les &#233;l&#233;ments glan&#233;s au cours du parcours po&#233;tique r&#233;flexif qu'a constitu&#233; sa vie et les &#233;l&#233;gies d&#233;j&#224; &#233;crites et d&#233;terminer ceux sur lesquels prendre appui si l'on peut dire afin que devienne possible une r&#233;solution des tensions, non pas de mani&#232;re &#171; h&#233;g&#233;lienne &#187; mais bien plut&#244;t po&#233;tique, c'est-&#224;-dire absolue, incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit non pas d'avoir raison au sens de preuve dans une joute philosophique ou autre, mais de parvenir &#224; la conjonction de l'appel de l'attente et l'absence de r&#233;ponse comme &#233;tant ce sur quoi se fonde l'exp&#233;rience de la vie &#233;lev&#233;e &#224; la hauteur d'une exp&#233;rience po&#233;tique &#171; pure &#187;, c'est-&#224;-dire port&#233;e par des mots exprimant au plus pr&#232;s le v&#233;cu face &#224; et de ce qui ne peut &#234;tre r&#233;fut&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de &lt;i&gt;&#171; plonger au fond du gouffre &#187;&lt;/i&gt; selon la formule de Baudelaire, gouffre qu'est finalement pour Rilke l'impossibilit&#233; pour l'homme d'&#233;chapper aux &#233;l&#233;ments qui d&#233;terminent sa condition d'&#234;tre terrestre et en acceptant de se situer &#171; dans &#187; ce gouffre, de faire l'analyse de ces &#233;l&#233;ments et de tenter de comprendre s'il est ou non possible de faire na&#238;tre un &#233;lan qui ne serait pas vou&#233; de mani&#232;re ind&#233;passable &#224; voir retomber en cendre sur le terrain de l'existence l'espoir que fait pousser en chaque &#234;tre la puissance m&#234;me de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le cri devient voix, le comme si du printemps devient un pur appel, la r&#233;ponse &#224; l'appel par la jeune fille devient la convocation de toutes les jeunes filles &#224; participer &#224; la f&#234;te, au bonheur entrevu. Quand l'infini du pass&#233; et des morts r&#233;pond, on est sur la voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux bonheurs, celui qu'on veut &#233;taler aux yeux de tous (jeu d&#233;j&#224; connu des miroirs et de l'exaltation &#233;gotique) et celui qui se m&#233;tamorphose EN NOUS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'invente l'int&#233;riorit&#233; vraie, celle qui ne craint ni l'attente ni l'appel parce qu'elle est l'op&#233;ration (elle n'est ni un lieu, ni un espace, ni une fonction, mais un &#171; faire &#187;) qui permet d'accomplir ce qui sans elle n'est pas possible : faire passer ce qui est du c&#244;t&#233; de l'invisible de la mort, des &#233;toiles. Cette op&#233;ration n'est possible que par un double geste psychique : l&#226;cher la force inh&#233;rente &#224; la nature et la reconstruire &#171; en soi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici &#233;merger un temple int&#233;rieur qui ne ressemble en rien au monde dans lequel &#233;volue un petit moi, mais au temple baudelairien des &#171; Correspondances &#187;. Ce faire est l'&#233;l&#233;vation, la construction de cette int&#233;riorit&#233; comme temple et pas comme reflet ou double du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors tout commence &#224; s'inverser et les blocages &#224; &#234;tre lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient possible de se trouver un destinataire du dire et donc un interlocuteur en la figure de l'ange et donc cela l&#233;gitime absolument le faire qui consiste &#224; dire, &#224; raconter. Mais que dire ? C'est simple : il faut parvenir &#224; dire ce qui persiste malgr&#233; tous les doutes, toutes les destructions, tous les effondrements : le UNE FOIS. (Non pas le il &#233;tait une fois des contes et des r&#233;cits, mais le une fois de chaque existence, de chaque &#234;tre, mais aussi, potentiellement le une fois de la terre et du cosmos.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la vie pour l'homme se concentre dans cette fois unique qu'est sa vie, une vie. Et cette vie est port&#233;e par l'instant de gr&#226;ce qui a fait appara&#238;tre une fois le lien avec l'autre face du monde, celle des morts et des &#233;toiles, l'infini en acte que l'on d&#233;couvre &#224; la fois au plus profond de soi et au plus lointain de soi, le pass&#233; imm&#233;morial et le ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelque chose se produit qui &#224; la fois pourrait sembler d&#233;faire ce bel ordonnancement et qui en fait le rend possible : le fait que l'ange ne puisse &#234;tre appel&#233; ou qu'il ne r&#233;ponde pas &#224; un tel appel. Pourquoi ? Parce que l'ange comme le temple s'invente, est invent&#233; dans et par le geste qui r&#233;sume rassemble tous les gestes : l'offrande paume lev&#233;e de la vie &#224; l'infini, mort et &#233;toiles ensemble avec l'ange pour interm&#233;diaire. On parvient, ici, &#224; un nouveau seuil que va d&#233;velopper la prochaine &#233;l&#233;gie, en reconnaissant que la v&#233;ritable int&#233;riorit&#233; &#233;tablie par le po&#232;te est &#233;gale en tout &#224; l'ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut un instant revenir ici sur l'ange qui prend une fonction de plus en plus pr&#233;cise. Il est la figure centrale des trois derniers paragraphes et il appara&#238;t comme celui recueille les &#171; espaces ouverts &#187; et celui qui est susceptible de se poser comme le narrateur de l'avoir lieu de l'avoir eu lieu. Et s'il ne raconte pas, lui raconter ce que sont les hommes, c'est finalement le geste m&#234;me par lequel l'homme le fait exister (et &#171; se &#187; fait exister). Car l'ange est la puissance et le lieu de l'accueil de la plainte qui transpara&#238;t &#224; travers les &#339;uvres immenses des hommes comme la cath&#233;drale de Chartres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est donc pas question de lui demander de venir, car il ne viendrait pas, il devient possible de le joindre, par le geste m&#234;me de lui offrir ce que l'on a de plus pr&#233;cieux et qui est en m&#234;me temps le plus banal et le plus tragique, ce une fois de chaque vie ce une fois de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste de l'offrande, qui a pour nom LA LOUANGE, et qui n'attend rien est en quelque sorte le moment o&#249; l'homme accepte l'ouvert comme sa dimension propre et si ce n'&#233;tait pas un oxymore il faudrait dire que l'homme entrevoit que c'est l&#224;, dans cet espace non mat&#233;riel son seul &#171; sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Huiti&#232;me &#233;l&#233;gie : l'ouvert&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de cette &#233;l&#233;gie est de r&#233;aliser une assomption du vivre par l'invention d'une voie in&#233;dite dans et par la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait un retour au sch&#233;ma de la premi&#232;re &#233;l&#233;gie et qui traverse tout le texte il est vrai, on repasse par une distinction entre l'animal et l'homme appr&#233;hend&#233;e cette fois &#224; partir de la fonction du regard et de ce qui en constitue l'objet absolu : l'ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;&#171; l'animal libre a toujours sa fin derri&#232;re lui et devant lui dieu &#187;&lt;/i&gt; l'homme par contre est englu&#233; enferm&#233; dans la boucle de r&#233;troaction que constitue sa conscience, boucle qui l'enferme &#171; en lui-m&#234;me &#187;, dans un lui-m&#234;me qui en fait est caract&#233;ris&#233; par un ratage de l'essentiel : l'appr&#233;hension par le regard et plus globalement par tout son &#234;tre, de l'ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animal est l'&#234;tre qui permet &#224; Rilke de d&#233;finir ce qu'il en est du destin de toute cr&#233;ature et donc de l'homme : &lt;i&gt;&#171; C'est bien cela le destin : se tenir en face, et rien d'autre et toujours en face &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rilke d&#233;veloppe sa position jusqu'&#224; faire du moucheron le mod&#232;le de l'&#234;tre qui reste dans le &#171; sein &#187;, c'est-&#224;-dire qui en quelque sorte serait rest&#233; comme &#171; non n&#233; &#187;. Plus po&#233;tiquement, il voit n&#233;anmoins d&#233;j&#224; dans le vol de l'oiseau ou ici de la chauve-souris un geste qui s'inscrit en silence dans le mouvement g&#233;n&#233;ral de la brisure de cet enchantement. On y retrouve la figure de la schize m&#234;me si elle est comme adoucie par la beaut&#233; de la m&#233;taphore : &lt;i&gt;&#171; c'est ainsi que la trace de la chauve-souris d&#233;chire la porcelaine du soir &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins difficile de comprendre ce qui a pu faire de l'homme ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question r&#233;sonne de toute la violence qui se recueille dans le chagrin, quand on sait qu'il n'est plus possible de revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qui donc nous a retourn&#233;s de la sorte pour que, quoi que nous fassions, nous ayons toujours l'attitude de celui qui s'en va ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;l&#233;gie, tr&#232;s courte elle aussi, comme la sixi&#232;me, et qui a &#233;t&#233; &#233;crite du 7 au 8 f&#233;vrier &#224; Muzot, l'enjeu est de tenter, dans un ultime effort de tout l'&#234;tre d'acc&#233;der &#224; une sorte d'esp&#233;rance folle. Celle-ci consiste en ceci qu'il est possible de parvenir &#224; cette compr&#233;hension des limites et des obstacles dans lesquels l'homme est pris et qui l'emp&#234;chent d'habiter le monde de mani&#232;re &#224; la fois vivante et po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi de pouvoir, qui sait, la d&#233;passer, non pas au sens d'un mouvement d'&#233;chappatoire mais &#224; travers un geste po&#233;tique d'int&#233;gration de ces limites et d'accouchement du possible dont elles sont encore n&#233;anmoins porteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est l'&#234;tre vivant sur terre qui ne cesse de se comporter de mani&#232;re paradoxale si l'on s'en r&#233;f&#232;re aux animaux. &lt;i&gt;&#171; Il se retourne, s'arr&#234;te et s'attarde &#8211; c'est ainsi que nous vivons et ne cessons jamais de faire nos adieux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots par lesquels Rilke cl&#244;t cette huiti&#232;me &#233;l&#233;gie nous installent dans le nouvel &#171; espace-temps &#187; dans lequel il va rendre possible, pour l'homme, de se faire un destin &#224; la hauteur de son &#234;tre, ou plut&#244;t des potentialit&#233;s en sommeil en lui. Et cet espace-temps n'a rien &#224; voir avec ce que nous appelons &#171; espace et temps &#187;. Nous allons &#234;tre comme projet&#233;s et dans le m&#234;me mouvement inclus de mani&#232;re radicale, dans ce monde qui est &#224; la fois le n&#244;tre et dans lequel nous ne parvenons pas habiter, et que, appr&#233;hend&#233; du point de vue de la vie prise dans l'&#233;cheveau des habitudes, nous parvenons pas &#224; faire n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe ici comme en deux ou trois autres endroits de ces textes de relever la proximit&#233; avec certaines des th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es par Walter Benjamin. Ici nous sommes au plus pr&#232;s de la c&#233;l&#232;bre 9e th&#232;se sur le concept d'histoire, celle dans laquelle Benjamin d&#233;crit le tableau de Paul Klee intitul&#233; &lt;i&gt;Angelus Novus&lt;/i&gt;. Cela nous conduirait trop loin de d&#233;velopper ces points, mais il importe aussi de rappeler le lien entre le &#171; une fois &#187; et la manifestation d'un esprit du temps dans la 7e &#233;l&#233;gie, th&#232;mes proches de l'aura, ce si c&#233;l&#232;bre et si mal compris concept benjaminien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH376/5_bklossowska-72412.jpg?1656664018' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dessin de Baladine Klossowska
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Neuvi&#232;me &#233;l&#233;gie : le dire patrie de l'humaine condition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La neuvi&#232;me &#233;l&#233;gie a &#233;t&#233; commenc&#233;e en mars 1912 &#224; Duino, et elle est reprise et achev&#233;e &#224; Muzot le 9 f&#233;vrier 1922. On comprend que la &#171; vision &#187; de ce qui allait &#234;tre la fin des &#233;l&#233;gies &#233;tait pr&#233;sente d&#232;s les commencements puisque la 10e a aussi &#233;t&#233; commenc&#233;e en 1912 &#224; Duino, et aussi achev&#233;e &#224; Muzot, deux jours plus tard le 11 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans ce moment o&#249; un voyage qui est celui d'une vie parvient &#224; trouver ce que l'on pourrai appeler sa l&#233;gitimation, &#224; d&#233;couvrir en m&#234;me temps qu'il est dit et &#233;crit la forme de son destin. Rien n'a lieu qui ne soit pas port&#233; et pr&#233;sent dans l'&#233;criture. C'est elle qui permet &#224; ce cheminement m&#233;ditatif d'une vie enti&#232;re de se voir &#171; justifi&#233;e &#187; comme on le dit chez les chr&#233;tiens protestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a bien une humaine condition dont le statut est en un sens tragique car, on l'a peu dit, mais il faut le noter maintenant, l'homme est seul et sans interlocuteur. Certes, il a tous ceux qui sont comme lui, qui sont lui, mais avec ceux-l&#224;, il se perd plus qu'il ne se trouve, il efface ou gomme ou recouvre d'oubli cette solitude m&#234;me qui le constitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce qu'il n'est l&#224; qu'une fois. Plus trivialement, parce qu'il y a la mort au bout du chemin. Et que lors de ce face-&#224;-face avec sa propre condition, l'homme fait face non pas seulement &#224; l'ouvert mais &#224; la contradiction, &#224; la tension insupportable de cette condition : qu'en tant qu'&#234;tre vivant et conscient, il veut ou voudrait tout garder, et qu'en tant qu'&#234;tre vivant tout court, il ne peut rien garder et en tant qu'&#234;tre conscient, et il LE SAIT ! Et c'est pour lui intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il ne cesse de &lt;i&gt;&#171; vouloir devenir terrestre &#187;&lt;/i&gt;. Il DOIT donc inventer son propre &#234;tre au monde, il doit inventer la mani&#232;re qu'il va avoir de &#171; justifier &#187; son existence en ayant recours &#224; ce qui en lui est le plus fort, le mouvement d'&#233;lan qui est au c&#339;ur de la vie des h&#233;ros, au c&#339;ur du &#171; UNE FOIS &#187; comme son essence m&#234;me, au c&#339;ur de la vie comme force de surrection : l'exaltation. Mais une exaltation par la parole, par le dire : &lt;i&gt;&#171; voici le temps du dire, voici la patrie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le geste humain par lequel l'homme surpasse toutes les pertes, y compris la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes cette d&#233;couverte est importante, mais il manque encore quelque chose d'essentiel. Car toute parole, tout dire, n'existe que si une oreille peut la recueillir. Elle DOIT, pour &#234;tre, &#234;tre adress&#233;e &#224; quelqu'un. Et, le constat fait depuis le d&#233;but, c'est qu'il n'y a personne ! En tout cas pas de dieu, au sens chr&#233;tien du terme. Ce dieu l&#224; est absent, (il est peut-&#234;tre mort), en plus il n'entre pas du tout en ligne de compte chez Rilke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'adresser &#224; soi-m&#234;me ou &#224; ses semblables, &#224; d'autres soi-m&#234;mes, cela non plus n'a pas de valeur, pas d'impact sur le comblement de la solitude existentielle qui ne peut &#234;tre combl&#233;e. Alors &#224; qui s'adresser ? Il n'y a pas non plus d'autre au sens lacanien ou rimbaldien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la figure &#224; la fois imaginale et vivante, perceptible quoiqu'invisible, qu'on ne peut voir mais &#224; qui on peut s'adresser, c'est l'ANGE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; celui qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; dans les premiers mots que ces &#233;l&#233;gies montrent qu'il est possible de s'adresser, si l'on admet avoir pu surmonter l'angoisse de la mort, devant la mort et devant l'impossible qu'est l'existence humaine terrestre et si l'on admet qu'il est possible de le faire exister en s'adressant &#224; lui. Mais que lui dire ? De quoi lui parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose appara&#238;t comme aussi important que l'ange et que Arendt et Anders ont relev&#233;, et ce quelque chose, ce sont les &#171; choses &#187;. Vouloir garder, ce que l'homme toujours d&#233;sire, lui dont la vie est si transitoire, c'est vouloir sauver, mais comment sauver quand tout nous dit rien ne peut l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'est-ce que sauver ? Ce n'est pas sauver ce qui aurait le plus de valeur aux yeux de chacun, mais bien ce qui est porteur de la longue histoire des hommes, de la longue histoire presque non dite en tout cas peu prise en compte, si difficile &#224; faire vivre encore, et ce sont les choses qui en sont d&#233;positaires. Elles sont la m&#233;moire des hommes, ces choses simples, heureuses d'&#234;tre et n&#244;tres. Parce qu'elles parlent notre langue, la langue des hommes et c'est elles qu'il faut transformer en mots et offrir &#224; l'ange, dans un don sans limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme a une possibilit&#233;, une chance de (pouvoir) le faire. Il dispose de la seule chose dont les animaux ne disposent pas et qui est l'acte ou l'action ou le geste qui est &#224; la fois le plus quotidien et le plus absolument apparemment insignifiant, mais qui transform&#233; en geste conscient devient &#224; la fois porteur de signification et la signification m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas directement le fait de dire, mais le fait en disant, par le dire, de louer. Louer, c'est lancer vers l'infini, vers l'invisible, ce qui du monde est v&#233;cu comme le plus essentiel : la plainte, celle imm&#233;moriale que lancent les vivants vers le ciel sans pourtant accepter de le faire sans attendre de retour ! Le mode d'&#234;tre propre &#224; l'homme pour Rilke, est, ici, LA LOUANGE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accepter d'adresser son chant sans rien attendre en retour, telle est la situation la plus radicale la plus absolue, telle est la pri&#232;re dans son essence, m&#234;me si le mot n'est pas utilis&#233; ici. C'est de cela dont il est question dans ces &#233;l&#233;gies, de ce qui fait &#171; le dieu &#187;, de comment le faire exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu tient tout entier dans la pri&#232;re parce qu'il est la pri&#232;re si l'on veut, et en tout cas il n'est pas une personne, ni une entit&#233; s&#233;par&#233;e et toute puissante. Il est ce qui peut advenir lorsque l'on accepte le face-&#224;-face et le don, c'est-&#224;-dire le face-&#224;-face avec la pr&#233;sence active de l'invisible. De l'accepter sans chercher &#224; la/le rendre visible. Au contraire. En le faisant, cet invisible dont l'ange est comme la manifestation imaginale, le destinataire du chant parce qu'en tant qu'invisible, il est le destinataire de l'&#233;lan de la vie m&#234;me, le destinataire de l'existence surnum&#233;raire. Car toute existence, chaque existence, est surnum&#233;raire, ni attendue ni adress&#233;e, sans pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, louer, c'est secourir et secourir, ce n'est ni sauver, ni promettre, c'est dire. Telle est la seule possibilit&#233;, la seule chance pour l'homme qui vit la schize comme sa figure destinale, sa force n&#233;gative et son tombeau, de parvenir &#224; se connecter avec l'autre face du monde incarn&#233;e par le ciel &#233;toil&#233; et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort n'est pas ici le fait de mourir mais le monde des morts, et c'est lui qu'il faut comme la terre &#233;lever &#224; la hauteur du d&#233;sir et le d&#233;sir &#224; la hauteur de la reconnaissance de ce qu'il est, un d&#233;sir de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir n'est pas d'&#234;tre pour toujours, non, mais bien et c'est l&#224; que le po&#232;te se distingue du philosophe, d'&#234;tre UNE FOIS, d'&#234;tre le UNE FOIS et de garder &#224; la m&#233;tamorphose la puissance r&#233;v&#233;latrice qu'elle contient en l'inscrivant dans l'orbe qui est celle de cet autre c&#244;t&#233; du monde, celui de la mort, et pour Rilke, plus encore celui des morts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dixi&#232;me &#233;l&#233;gie : le geste de l'homme et son voyage dans le monde des morts et du ciel &#233;toil&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re &#233;l&#233;gie a &#233;t&#233; &#233;crite, pour les 15 premiers vers uniquement, d&#232;s 1912 &#224; Duino et achev&#233;e dans la temp&#234;te cr&#233;atrice le 11 f&#233;vrier 1922 &#224; Muzot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;gie atteint l&#224; un sommet comme chant/narration all&#233;gorique, comme personnification, puisque le sujet &#233;nonciateur devient la plainte elle-m&#234;me et comme &#171; chant de deuil &#187; selon l'&#233;tymologie grecque, &#233;tant entendu que le deuil ici est en quelque sorte li&#233; &#224; l'acceptation du passage dans le monde des morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, je ne sais pas si cela a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; relev&#233; mais la seconde moiti&#233; de la dixi&#232;me &#233;l&#233;gie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un voyage dans un tombeau &#233;gyptien. Il faudra y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est d'abord de mettre en sc&#232;ne une sorte de r&#233;sum&#233; g&#233;n&#233;ral des aspects de la vie li&#233;s &#224; la ville et aux activit&#233;s de l'homme, &#224; l'homme comme &#234;tre actif tendu vers l'avenir. C'est l&#224; le geste de l'homme, saisir la peur, l'angoisse et la lancer au devant de lui en l'offrant sous forme de plainte &#224; l'ange, d'une m&#233;tamorphose de la plainte en chant, en c&#233;l&#233;bration du monde, en chant POUR l'ange !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH595/11_rilke-16878.jpg?1772200672' width='500' height='595' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rainer Maria Rilke
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La plainte est la v&#233;ritable &#171; demeure &#187; des hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y a toujours l'obs&#233;dante pr&#233;sence du monde, de la r&#233;alit&#233;, de la ville, des plaisir, &lt;i&gt;&#171; du sexe de l'argent ! &#187;&lt;/i&gt; Quelle formule ! De &lt;i&gt;&#171; La bi&#232;re &#171; sans mort &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus important n'est-ce pas ce qui vibre &#171; derri&#232;re &#187; cette cl&#244;ture, ce quelque chose qui est vraiment (le r&#233;el ? Si l'on veut mais ce mot trompe et Rilke dit &lt;i&gt;wirklich&lt;/i&gt;, l'adjectif ou en fran&#231;ais l'adverbe. Pas d'ontologie cach&#233;e chez Rilke, juste une mani&#232;re d'intensifier le dire par une italique et une insistance l&#233;g&#232;re, r&#233;ellement !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;l&#233;gie est le chemin en puissance de l'homme qui finalement sait et qui accepte de poursuivre son chemin sur sa lanc&#233;e vers le lointain, le lointain que lui fait entrevoir la plainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, il n'y a que la plainte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le texte soudain bascule. La schize, l'&#233;cart, l'impossible arr&#234;t, l'impensable se tenir ou demeurer quelque part est comme projet&#233; et emport&#233; dans l'autre c&#244;t&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous p&#233;n&#233;trons soudain dans le tombeau. Dans la vall&#233;e ou une plainte imm&#233;moriale se fait entendre. C'est elle qu'il faut suivre d&#233;sormais et dont il faut &#233;couter ce qu'elle a nous dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord un lien avec le pass&#233; o&#249; les dieux &#233;taient encore presque pr&#233;sents. &lt;i&gt;&#171; Jadis nous f&#251;mes riches &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, c'est, enfin, la description de la v&#233;ritable demeure, du temple et des ch&#226;teaux mais en fait de leurs ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Virgile guide Dante, la plainte guide le jeune homme qui s'est d&#233;tach&#233; du filet de la vie pour suivre la plainte et il d&#233;couvre les paysages, les figures proph&#232;tes et sibylles et le sphinx avant de se retrouver DANS le tombeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas voir dans ces mots une &#233;vocation libre de la balance des &#226;mes repr&#233;sent&#233;es dans les tombeaux de la vall&#233;e des rois en particulier que Rilke a visit&#233;s en 1911, balance sur laquelle la plume qui la repr&#233;sente, elle la d&#233;esse de la rectitude, pour le dire d'un mot sert de contrepoids au c&#339;ur du d&#233;funt au moment de la pes&#233;e de son c&#339;ur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est d&#233;j&#224; autre chose que met dans la balance Rilke en &#233;voquant les &#233;toiles, l'infini, le ciel &#233;toil&#233;, la forme visible pr&#233;face de cet invisible &#224; quoi tout retourne et o&#249; l'on se trouve apr&#232;s la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme passe comme un initi&#233; tous les degr&#233;s de l'initiation et se retrouve seul au seuil de l'invisible dans lequel il va entrer. Voil&#224; le chemin des &#233;l&#233;gies, que les &#233;l&#233;gies ont su mener &#224; leur terme, celui d'une initiation sans reste et d'un voyage qui conduit au seuil simplement au seuil pas au-del&#224;, o&#249; la disparition est d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les derni&#232;res lignes &#233;nigmatiques finissent pas nous reconduire &#224; l'&#233;nigme m&#234;me apr&#232;s nous avoir abandonn&#233; sur le seuil.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18276 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_duino.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/7_duino-b26cf.jpg?1656664018' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;e du ch&#226;teau de Duino
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interpr&#233;tation des &#201;l&#233;gies de Duino &#224; l'aune de la schize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) Les questions, les enjeux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on entend parvenir &#224; une compr&#233;hension des &#233;l&#233;gies, on l'a vu en les commentant en d&#233;tail, il faut se d&#233;faire de plusieurs habitudes de pens&#233;e qui nous sont famili&#232;res et dont nous oublions qu'elles fa&#231;onnent notre compr&#233;hension des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re serait de croire que le &#171; mysticisme &#187; rilk&#233;en serait chr&#233;tien. Il ne l'est en rien, bien au contraire. S'il est quelque chose il est grec ou plus encore d'essence purement po&#233;tique, c'est-&#224;-dire ent&#233; sur une culture mais d&#233;ploy&#233; en fonction de ce qui constitue la balance int&#233;rieure du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde serait de croire qu'il est philosophique. Rien de tout cela non plus, car le recours &#224; des mots comme le concept &#171; &#234;tre &#187; reste bien en de&#231;&#224; de l'insistance conceptuelle qu'appelle &#224; son secours la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un usage singulier de la langue, po&#233;tique qui caract&#233;rise l'approche par Rilke des questions centrales qui affectent l'homme, les hommes, car les mots pour lui sont des &#234;tres vivants, des &#234;tres comme les choses ou les fleurs ou l'ange et il doivent &#234;tre utilis&#233;s comme on le fait de tout, avec respect, justesse et l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas tant recours &#224; des m&#233;taphores d'ailleurs qu'&#224; des tentatives de faire vivre dans les mots les interrogations et les perceptions qui l'affectent en les faisant porter par des &#171; personnages conceptuels &#187; ou des &#171; figures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots n'expriment pas une chose, mais &#233;tant choses parmi les choses, ce qu'ils nomment, ce qu'ils portent, il le transforme en une r&#233;alit&#233; aussi essentielle que toute r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle ou toute sensation. Un mot n'est ni un assemblage de lettres, ni un assemblage de sonorit&#233;s ni un paquet de signification mais un &#234;tre vivant. Le mot est en quelque sorte en avance sur la chose qu'il vise, qu'il installe dans la visibilit&#233; sonore du texte. La chose qu'il nomme parce qu'il la fait venir au devant de nous et l'enveloppe de sa protection est donc une entit&#233; qui de fait et de droit rel&#232;ve du myst&#232;re et porte le myst&#232;re de l'existence. C'est en cela que l'usage du langage est &#171; po&#233;tique &#187; au sens le plus multiple du terme. Il est finalement rare m&#234;me chez les po&#232;tes de parvenir &#224; une telle puissance et une telle justesse po&#233;tique et &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici &#233;voquer un passage des &lt;i&gt;Cahiers de Malte Laurids Brigge&lt;/i&gt;, texte qu'il &#233;crit quand il a une trentaine d'ann&#233;e puisque ces pages se situent au d&#233;but du texte commenc&#233; en 1904 et termin&#233; en 1910. Entre les pages 27 et 29 (Points seuil, traduction Maurice Betz), Rilke &#233;nonce son projet de vie et fait de l'&#233;criture une modalit&#233; du &#171; faire &#187; de &#171; l'agir &#187;, du faire advenir, bref d'une tentative de r&#233;ponse face &#224; cette impuissance globale dont les hommes semblent avoir fait preuve depuis tant de mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; forment l'&#339;uvre terminale du processus pr&#232;s de vingt ans plus tard, elle signe l'accomplissement d'un travail intense et continu dont l'objectif &#233;tait bien d'offrir au monde une preuve de ce que cela &#233;tait ou est possible de ne pas sombrer dans les errements qui conduisent les hommes &#224; leur perte. Pour y parvenir, Rilke n'a pas m&#233;nag&#233; sa peine, ni son intelligence, mais c'est surtout sa capacit&#233; &#224; ne pas perdre le fil que le relie &#224; la vie qui constitue la plus haute performance dont les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; t&#233;moignent pour nous encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13_rilke_clara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH361/13_rilke_clara-a0545.jpg?1656664018' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rainer Maria Rilke et Clara
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est dou&#233; d'une capacit&#233; hors norme &#224; &#171; po&#233;tiser &#187; &#224; cr&#233;er par les mots et &#171; dans &#187; les mots, mais cela ne suffit pas, ne lui suffit pas. Il comprend qu'une telle capacit&#233; peut vite tourner &#224; la facilit&#233;. Tout m&#233;rite mieux que le seul jeu avec les mots en vue de doubler le monde d'un voile sur lequel on peindrait des choses d'une vague Beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu consiste &#224; faire advenir comme mots l'ensemble des perceptions sensations et pens&#233;es qui naissent en lui de et dans sa relations intense avec les choses, les &#234;tres, l'univers. Chaque moment de sa vie, et le livre de Lou Albert-Lasard (&lt;i&gt;Une image de Rilke&lt;/i&gt;, Mercure de France) le montre bien, est v&#233;cu port&#233; par ce d&#233;sir d'&#233;l&#233;vation du simple &#224; la hauteur de l'essentiel. Il s'agit &#224; chaque fois de voir en quoi et comment tel micro &#233;v&#233;nement, une fleur, un bouquet, un potier au travail, un paysage, etc. peut &#234;tre reli&#233;, inscrit dans l'ensemble des relations qui le connecte &#224; l'univers et ainsi participent de l'infinie beaut&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est surtout de comprendre ce que cela nous apprend sur le fonctionnement psychique non tant de Rilke lui-m&#234;me que de l'homme, des hommes ou du moins sur des possibilit&#233;s qui existent en chaque homme d'habiter le monde et que souvent il n'exploite pas, se contentant de suivre le mouvement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il se trouve, parce que, pour un grand nombre de raisons, il ne part pas &#224; leur recherche en lui-m&#234;me, ignore m&#234;me qu'elles existent, ces possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; sont, comme souvent les grandes &#339;uvres, qu'elles soient litt&#233;raires, picturales, musicales, et donc certains grands textes, &#224; la fois la mise en sc&#232;ne d'un programme et le mise en sc&#232;ne des moyens pour parvenir &#224; l'accomplir. Le programme on l'a vu c'est de dire comment il est possible d'habiter en po&#232;te, pour paraphraser H&#246;lderlin, dans on po&#232;me &lt;i&gt;&#171; En bleu adorable &#187;&lt;/i&gt;, et le moyen d'y parvenir passe par un triple processus analytique, perceptuel et cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_rilke-balthus-klossowska.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/9_rilke-balthus-klossowska-4f561.jpg?1656664018' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rainer Maria Rilke, le jeune Balthus et sa m&#232;re Baladine Klossowska.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il est conditionn&#233; en quelque sorte par l'acc&#232;s &#224; une dimension psychique &#224; laquelle peu de gens acc&#232;dent. Appelons-l&#224; &#171; dimension bicam&#233;rale &#187;, pour garder le lien avec ce qui est pr&#233;senter dans ce s&#233;minaire depuis un an. Il ne s'agit pas de chercher &#224; tout prix &#224; faire entrer dans une case ce qui est en jeu dans cette &#339;uvre de Rilke, bien au contraire, il s'agit de rep&#233;rer ce qui lui a permis de ne pas tomber dans les travers les plus habituels dans lesquels tombe tel ou tel cr&#233;ateur m&#234;me parmi les grands. Et ce qui lui permet de ne pas tomber dans ce qui aboutit finalement &#224; la production de &#171; clich&#233;s &#187;, de st&#233;r&#233;otypes, de figures de styles attendues, passe par trois mani&#232;res de penser qui se compl&#232;tent et entrant en r&#233;sonance permettent d'&#233;chapper &#224; l'orni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point est de ne pas se laisser prendre au pi&#232;ge de &#171; l'id&#233;ologisation &#187;, de croire qu'&#233;crire ou cr&#233;er, c'est tenter de d&#233;fendre et de mettre en sc&#232;ne une ou des id&#233;es provenant d'autres champs que celui de la &#171; perception pure &#187;, que ces id&#233;es portent sur la technique ou les instruments qu'utilise tel ou tel art. Dans &lt;i&gt;La lettre du jeune ouvrier&lt;/i&gt; &#233;crite juste en m&#234;me temps que les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt;, (12-15 f&#233;vrier 1922, comme le remarque J.P. Lefebvre, Po&#233;sie Gallimard, p. 278), on peut lire par exemple ceci : &#171; Je pr&#233;tends que nous ne savons pas ce qui adviendra des grands principes, il n'y a qu'&#224; les laisser s'&#233;couler sans les contrarier et ne point prendre peur s'ils s'engouffrent soudain dans la structure crevass&#233;e de l'existence et se roulent sous terre dans des lits m&#233;connaissables &#187;. (Rilke, &lt;i&gt;&#338;uvres 1&lt;/i&gt;, Proses, Seuil, p. 359)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est de tenter de dresser un portrait de l'homme qui soit &#224; la fois le moins complaisant et le plus proche de ce qui appara&#238;t comme essentiel po&#233;tiquement, c'est-&#224;-dire, encore une fois relativement &#224; la tentative de dire de l'homme et &#224; l'homme ce qu'il fait, peut faire et pourrait faire de son s&#233;jour sur terre. Et cela conduit Rilke &#224; rep&#233;rer une &#171; dimension &#187; propre &#224; l'homme, propre &#224; son fonctionnement mental, psychique, qui est de se trouver toujours dans la situation d'&#234;tre mis &#224; distance de ce qu'il est, fait, pense, per&#231;oit, ressent. En d'autres termes, l'homme est travaill&#233; et travers&#233; quoiqu'il fasse, dans son monde int&#233;rieur, sa relation aux autres ou sa relation au monde ou &#224; lui-m&#234;me par une faille, que nous appelons la schize. Elle est g&#233;n&#233;r&#233;e par la donne psychique qui le caract&#233;rise et qui se nomme la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre conscient, signifie et implique &#234;tre toujours s&#233;par&#233; de soi-m&#234;me. Non conscient, l'homme ne peut pas l'&#234;tre, ni le redevenir. Il peut d&#233;sirer ou r&#234;ver &#234;tre comme un oiseau ou un moucheron, mais il ne peut pas y parvenir. Ni redevenir un h&#233;ros, au sens o&#249; on l'a vu avec Jaynes et qui voudrait dire &#234;tre un homme bicam&#233;ral pour lequel et &#171; en &#187; lequel le dieu serait toujours vivant et actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me mani&#232;re de penser, pour l'homme consiste &#224; faire face &#224; cette division qui ramifie partout parce qu'elle est ce que l'homme projette sur chaque situation qu'il vit : regard, perception, sensation, amour, d&#233;sir, cr&#233;ation, qu'importe ! Ce gouffre, cette schize est ce qui fait que l'homme toujours fait face &#224; l'angoisse, la terreur, l'inqui&#233;tude, selon. Cette schize est le gouffre contre lequel il doit se dresser et pour l'oubli duquel il travaille &#224; s'user, quitte &#224; faire de chaque &#171; autre &#187; un ennemi. Et ce d'autant que m&#234;me dans l'amour la schize est l&#224; et avec elle l'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande &#171; le&#231;on &#187; des &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; tient d'abord dans ce constat qui est le fruit d'un travail d'analyse intense et sans concession. Mais il est fait sans qu'il se laisse happer par telle ou telle r&#233;ponse d&#233;j&#224; pr&#234;te qui permettrait de lever l'angoisse. C'est l&#224; que surgit &#171; l'id&#233;ologie &#187;, disons le processus par lequel les hommes s'arr&#234;tent d'avancer et de croire en eux-m&#234;mes et tentent de soigner leur plaie c'est-&#224;-dire de renoncer &#224; comprendre pourquoi et comment cette angoisse les travaille et les use en la fuyant donc, en la niant, en la refusant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rilke est l'un des rares &#224; plonger au c&#339;ur de l'&#226;me humaine et &#224; parvenir &#224; cette racine sans pour autant la cr&#233;diter de la dimension du mal. On remarquera que le mal n'appara&#238;t pas ici, qu'il ne joue aucune r&#244;le. L'important est de regarder en face autant que faire se peut cette faille ind&#233;passable insurmontable comme obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut peut-&#234;tre en faire quelque chose ? C'est ce &#224; quoi tend Rilke durant toute son existence. Non pas &#224; la d&#233;passer en la niant ou s'en d&#233;barrasser, mais &#224; l'&#233;lever &#224; la hauteur d'une chance, en tout cas d'une possibilit&#233; inexplor&#233;e et d'une t&#226;che, et donc de la seule possibilit&#233; qui s'offre &#224; l'homme d'&#234;tre un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui se pr&#233;sente &#224; Rilke comme r&#233;sultat de cette qu&#234;te analytique de la situation de l'homme, des hommes et des femme &#233;videmment, c'est une situation qui ne correspond &#224; peu pr&#232;s en rien &#224; l'ensemble des bases sur laquelle repose la soci&#233;t&#233; du d&#233;but du XXe si&#232;cle. S'il &#233;voque ici ou l&#224; cette soci&#233;t&#233;, ce n'est pas sur elle qu'il s'appuie pour creuser le sillon po&#233;tique qui est le sien, mais sur non pas tant le monde d'avant mais ce qui appara&#238;t comme ayant perdur&#233; &#224; travers les &#226;ges. Mieux, Rilke pose comme cadre de sa qu&#234;te et de ses r&#233;flexions l'existence d'un espace-temps particulier, hors norme en ceci qu'il &#233;chappe au sch&#233;ma temporel qui &#224; la m&#234;me &#233;poque (on est en gros pour ne citer qu'un exemple &#224; l'&#233;poque o&#249; Heidegger travaille &#224; &lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;, qui para&#238;tra en 1927) encadre la vision que les hommes ont de leur situation intra-mondaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cet &#171; espace-temps &#187; particulier tient en ceci qu'il se manifeste &#224; qui ne croit pas au temps comme figure entropique ou plut&#244;t &#224; qui ne croit pas que cela soit le d&#233;terminant le plus ind&#233;passable de la situation de l'homme de se soumettre &#224; ce temps qui passe en courant en nous entra&#238;nant &#224; sa suite, mais de plonger au c&#339;ur de ce qui du point de vue de ce &lt;i&gt;&#171; temps qui passe &#187;&lt;/i&gt; justement ne passe pas ou si lentement qu'il semble ne pas passer. &lt;i&gt;&#171; Or, &#224; c&#244;t&#233; des mouvements les plus rapides il y en aura toujours de lents, et m&#234;me d'une si extr&#234;me lenteur que nous ne pourrons voir leur avance. Mais l'humanit&#233; n'est-elle pas l&#224; pour attendre ce qui d&#233;passera l'individu ? Du point de vue de celle-ci, la lenteur est souvent la plus haute rapidit&#233;, c'est-&#224;-dire : il s'av&#232;re que nous ne l'appelions lenteur que parce qu'il s'agissait d'un incommensurable. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 363)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rilke ne pense pas l'avenir, ou le pass&#233;, mais la copr&#233;sence dans le maintenant de l'imm&#233;morial qui habite dans ce qu'on appelle le temps et de l'au-del&#224; qui hante ce que l'on appelle l'avenir. Ce maintenant n'est pas d&#233;chir&#233; entre pass&#233; et pr&#233;sent il est ou DOIT devenir par la pens&#233;e cr&#233;atrice le domaine dans lequel il s'appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela se produit &#224; deux niveaux : celui de l'analyse de la situation de l'homme et celui du projet dans lequel il entend situer l'homme, un projet qui ne tend pas vers l'avenir mais vers l'agr&#233;gation des deux imm&#233;moriaux, l'apr&#232;s la mort et l'avant la vie telle qu'elle se donne maintenant. Ces deux imm&#233;moriaux jouent comme forces structurantes et directionnelles permettant &#224; cette vie de s'ouvrir &#224; l'ouvert de lui faire face sans sombrer dans l'angoisse et ainsi de parvenir &#224; l'accomplissement de ce qui est pour Rilke en tout cas l'agir proprement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habiter l'ouvert est l'un des noms de cette mani&#232;re pour l'homme d'&#234;tre au monde sans s'enfermer dans les impasses d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233;es et toujours reconduites par les hommes quelles que soient les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L399xH600/8_rilke-2b1f4.jpg?1656664018' width='399' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rainer Maria Rilke
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) Avant-Maintenant-Apr&#232;s, une perspective synth&#233;tique sur les&lt;/i&gt; &#201;l&#233;gies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; accompli le voyage que les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; nous proposent de faire en les suivant. Il nous reste &#224; tenter de comprendre comment cela se dessine synth&#233;tiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord pr&#233;senter un sch&#233;ma d'une grande simplicit&#233; qui permet de cerner ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant &#8211; Maintenant &#8211; Apr&#232;s. Voil&#224; ce qu'il y a pour l'homme, pour les vivants humains. C'est tout, rien d'autre. Mais cela est comme gr&#233;v&#233; par l'angoisse d'une part face au gouffre, &#224; la schize, au fait qu'on n'est soi ou chez soi nulle part et que l'autre, les autres sont in&#233;vitablement des ennemis puisque pris comme chacun dans le jeu pervers de la duplicit&#233; qui est on le sait le nom de la faille lorsqu'il n'est pens&#233; que sous sa forme post-bicam&#233;rale, et comme on le voit dans l'&lt;i&gt;Hippias mineur&lt;/i&gt; de Platon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition du donn&#233;, du v&#233;cu est &#224; la fois le r&#233;sultat et le vecteur de l'avanc&#233;e vers la cr&#233;ation po&#233;tique et la possibilit&#233; de l'invention. Car Rilke invente, cr&#233;e, et c'est une r&#233;ponse &#224; la situation de l'homme, une voie permettant de transformer la vie aveugle en une vie d'offrande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois champs s'entrelacent donc dans les &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant se compose de divers &#233;l&#233;ments qu'il fait juste redire ici : &lt;i&gt;l'ange la relation homme/dieux qui impliquait une sorte de co-pr&#233;sence et qui s'est &#233;vanouie et dont la st&#232;le attique t&#233;moigne encore, le h&#233;ros, les animaux qui sont inform&#233;s &#224; l'avance comme les oiseaux migrateurs&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant est le monde de l'absence d'int&#233;riorit&#233;, de l'absence de sujet, en gros au sens que nous avons pu donner &#224; cela en agrandissant un peu le psychisme du h&#233;ros de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; vu par Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintenant lui se compose de l'homme tel qu'il se d&#233;place dans le monde avec son angoisse et qui voit dans l'avant le domaine de l'ange et du terrible, d'une beaut&#233; devenue impensable, insupportable par la puissance affective qu'elle peut g&#233;n&#233;rer, le doute, la solitude mais aussi la nature comme puissance de surrection, l'&#233;lan vital et ces personnages qui sont de la vie l'expression et l'incarnation, le mod&#232;le si l'on veut, &#224; savoir les amants. Mais le maintenant est compos&#233; aussi de tous les gens simples, le potier, le passant, les saltimbanques etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintenant est le monde dans lequel se r&#233;v&#232;le l'existence de la f&#234;lure et donc de l'int&#233;riorit&#233; mais cette int&#233;riorit&#233; se r&#233;v&#232;le remplie par tout autre chose que par ce qui rel&#232;verait de la personne m&#234;me. Cette int&#233;riorit&#233; est en quelque sorte VIDE ou si l'on veut pleine d'&#233;l&#233;ments qui viennent tous du grand dehors, du monde, de la r&#233;alit&#233; sociale, du pass&#233; comme du pr&#233;sent. Le &#171; soi &#187; est sans v&#233;ritable dimension propre. Il est un grain de sable dans l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le maintenant a donc derri&#232;re lui un avant qui est moins un pass&#233; qu'un amas, qu'un humus no&#233;tique dirait Stiegler, et devant lui un apr&#232;s qui n'est pas un avenir et encore moins un futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s est en effet le domaine de l'apr&#232;s la vie, de la mort. Mais il n'est pas vide. Il est une sorte de monde en soi &#224; l'entr&#233;e duquel l'ange nous accueille. Il est ou se r&#233;v&#232;lera &#234;tre un temple celui de la nature devenue temple et symbole (au sens que Baudelaire lui donne dans son po&#232;me &#171; Correspondances &#187; : La nature est un temple o&#249; de vivants piliers, etc.). C'est le domaine de l'invisible et aussi du lointain absolu perceptible que sont les &#233;toiles, ce vers quoi l'on glisse apr&#232;s la mort et vers quoi l'on tend par la pens&#233;e en voulant comprendre sa situation intra-mondaine. L'apr&#232;s est un champ d'accueil dont il faut renverser la position pour qu'il puisse &#234;tre int&#233;grer dans le maintenant de la vie et ne pas &#234;tre r&#233;duit &#224; la mort ou plut&#244;t au mourir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18275 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH373/6_rilke-84316.jpg?1656664019' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rilke aux espadrilles rouges
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) Mouvements entre les trois champs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1) premier ensemble de mouvements : du maintenant on part toujours.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Le premier mouvement nous fait remonter vers l'avant qui est aussi bien hier que le temps long. L'homme doit voir dans l'avant l'incarnation de la nostalgie qui le hante sans qu'il sache pourquoi. Ce mouvement permet de s'approprier les &#233;l&#233;ments qui habitent ces mondes inaccessibles en reconnaissant qu'ils ne cessent d'agir dans le maintenant. Ils constituent le v&#233;ritable contenu de l'int&#233;riorit&#233; et ainsi reconnus permettent au maintenant et &#224; ceux qui y vivent de prendre une certaine consistance. Ce ne sont pas des moi mais quand m&#234;me des &#171; sujets &#187; (au sens que J.F. Billeter donne &#224; ce mot en particulier dans ses deux derniers livres aux &#201;ditions Allia, &lt;i&gt;H&#233;raclite, le sujet&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Court trait&#233; du langage et des choses tir&#233; du Tchouang-Tseu&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Le mouvement vers l'apr&#232;s consiste pour Rilke &#224; parvenir &#224; penser l'existence de la mort avant m&#234;me celle de la vie ou comme pr&#233;c&#233;dant cette vie de toute &#233;ternit&#233; si l'on veut. Ce n'est pas une figure de r&#233;thorique mais bien un saut quantique de la pens&#233;e et dans la pens&#233;e. Penser la mort avant la vie, c'est permettre que se produise une boucle de r&#233;troaction sur le vide de l'int&#233;riorit&#233; qui se remplit de la dimension symbolique de la nature, comme temple et non plus comme seul surgissement. Mais c'est aussi le domaine du chant et de la pri&#232;re en ceci que cet apr&#232;s est ce vers quoi se dirigent toutes les plaintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant est le champ qui recueille les larmes de la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintenant est le champ dans lequel se joue la prise de conscience et surtout l'acceptation que tout a lieu UNE FOIS. C'est cette acceptation du UNE FOIS qui est le v&#233;ritable objectif &#224; atteindre dans le maintenant et pas dans l'apr&#232;s. Le UNE FOIS exclut l'avant et l'apr&#232;s et pourtant l'acceptation du UNE FOIS est ce qui permet &#224; l'avant et &#224; l'apr&#232;s d'exister dans le maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_rilke.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH295/1_rilke-68805.jpg?1656664019' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tombe de Rilke &#224; Rarogne, Valais, Suisse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2) Deuxi&#232;me ensemble de mouvements : l'accord avec le monde ou comment l'homme peut habiter ce monde le/son monde ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintenant est divis&#233;, f&#234;l&#233;, schiz&#233;, mais cette schize est en quelque un espace, mais un espace non spatial faudrait-il dire, car il ne se trouve pas comme une dimension dans le monde mais comme une dimension du monde par et pour la pens&#233;e. L'ouvert, on l'a vu, est &#224; la fois ce qui appara&#238;t comme ab&#238;me et ce qui appara&#238;t non pas comme projet ou avenir mais comme dimension psychique. C'est la schize, en tant quelle est accept&#233;e au-del&#224; de l'angoisse. Ce qu'il est possible de surmonter et qui doit l'&#234;tre, c'est l'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le UNE FOIS c'est ce qui permet d'acc&#233;der &#224; l'apr&#232;s qui est alors le domaine de l'invisible en tant qu'il est la mort moins l'angoisse puisque le UNE FOIS est comme accueilli, non pas seulement comme in&#233;vitable mais comme la temporalit&#233; m&#234;me de la vie, de toute vie, de chaque vie ; de la terre, du cosmos m&#234;me finalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour soustraire l'angoisse il faut un autre mouvement encore : faire passer du c&#244;t&#233; de l'invisible de la mort et des &#233;toiles la puissance m&#234;me de la vie. Et cela ne se peut qu'en le disant qu'en le proposant mais &#224; qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'homme en tant que schiz&#233; est l'&#234;tre qui a besoin de savoir ce qu'il fait et de savoir qu'il est &#233;cout&#233;, voire entendu, en tout cas non pas qu'il n'est pas seul (car &#224; on aurait affaire au recours &#224; un dieu de type chr&#233;tien entit&#233; extra-humaine pr&#233;sent de toute &#233;ternit&#233; et &#224; laquelle l'homme s'adresse depuis toujours ou peut le faire quand il en a besoin), mais qu'il peut adresser ce qui pour lui est le plus important &#224; une oreille attentive accueillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on comprend alors que c'est l'ange qui r&#233;appara&#238;t de l'autre c&#244;t&#233;. Il a saut&#233; de l'avant &#224; l'apr&#232;s o&#249; il se tient, o&#249; il est en train d'attendre les chants de l'homme c&#233;l&#233;brant la nostalgie, le UNE FOIS, et la gloire de l'univers des &#233;toiles (du monde des morts). Et cela l'homme ne peut le faire, chanter sa plainte, louer l'univers, qu'&#224; partir de ce qui constitue sa seule v&#233;ritable int&#233;riorit&#233;. Cette &#171; int&#233;riorit&#233; v&#233;ritable &#187; est celle qu'il a conquise en articulant avant et apr&#232;s, en acceptant le constat que l'homme, ce qui fait l'homme, ce que l'homme seul fait parmi les cr&#233;atures, c'est &#233;tirer sa plainte. Cette plainte est une forme de chant ou de pri&#232;re, qui est chant&#233;e mais qui dans ce qu'elle dit dans son chant ne demande rien. Elle est &#171; sans pourquoi &#187; comme la rose d'Angelus Silesius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ohne Warum : Die Ros' ist ohn' Warum, sie bl&#252;het weil sie bl&#252;het, / Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet. (I, 289)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pourquoi : La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit, / N'a souci d'elle-m&#234;me, ne cherche pas si on la voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce distique se lit au premier livre des po&#233;sies spirituelles d'Angelus Silesius, publi&#233;es sous le titre : &lt;i&gt;Le P&#233;lerin Ch&#233;rubinique. Description sensible des quatre choses derni&#232;res&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici dans la rose, un &#234;tre non schiz&#233;. On se retrouve donc de l'autre c&#244;t&#233; du monde, dans l'apr&#232;s, dans le monde des morts qui est un monde non schiz&#233; lui aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire de l'ange les destinataires de l'offrande musicale, lyrique, des hommes, c'est habiter l'ouvert, c'est-&#224;-dire se tenir dans le entre, comme le maintenant est ENTRE apr&#232;s et avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de temps au sens trivial du terme ici, on le comprend maintenant ais&#233;ment. Il y a quelque chose qui rel&#232;ve de l'invention d'un possible existentiel d&#233;passant les limites connues ou dans lesquelles l'homme se trouve limit&#233;, et que la pratique d'un geste, le chant adress&#233; &#224; l'ange incarne et accomplit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que l'on entend dans cette pri&#232;re, dans ce chant, il faut le dire, ce sont les morts, et les morts sont ceux qui sont &#224; la fois dans l'avant et dans l'apr&#232;s. La mort comme pass&#233; et avenir est &#233;lev&#233;e &#224; la hauteur d'une dimension qui outrepasse la question de l'espace et du temps et inscrit l'homme dans une sorte d'&#233;ternit&#233;, m&#234;me si le mot n'est pas pr&#233;sent et que ce n'est pas ce que vise Rilke m&#234;me si c'est en quelque sorte ce qu'il obtient au terme du voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'homme d&#233;sire par dessus tout c'est une &#233;coute, c'est que sa plainte ne soit pas vaine non pas que cela permette qu'elle soit abolie parce qu'on en abolirait les causes. On l'a vu les causes sont ind&#233;passable : parmi elles, on trouve la schize, la conscience et sa f&#234;lure non r&#233;parable, la distance de soi &#224; soi, l'&#233;cart entre le dieu possible et le soi, etc&#8230; Mais elles sont surmontables ces &#171; causes &#187; si elles sont transform&#233;es en quelque chose qui rel&#232;ve du beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plainte offerte &#224; l'ange. L'ange n'est pas ici le dieu jaynsien, mais bien la figure po&#233;tique, mystique et psychique permettant &#224; l'homme de se situer et d'habiter son monde de faire du monde son monde et en acceptant que ce monde ne soit son lieu que parce qu'il le transmet &#224; personne ni &#224; dieu ni aux hommes, mais &#224; l'ange &#224; l'oreille par laquelle ce qui serait vie de n'&#234;tre pas entendu devient pl&#233;nitude par l'&#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite du tombeau &#233;gyptien qui nous est en quelque sorte propos&#233;e dans &lt;i&gt;la dixi&#232;me &#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; semble confirm&#233;e par le fait que le texte des &lt;i&gt;&#201;l&#233;gies&lt;/i&gt; nous laisse, comme dans les textes des &lt;i&gt;Livres des morts&lt;/i&gt;, au seuil d'une nouvelle vie, celle d'apr&#232;s la mort, d'apr&#232;s l'apr&#232;s, l&#224; o&#249; l'apr&#232;s rejoint l'avant. Et que disent Les textes des &lt;i&gt;Livres des morts ?&lt;/i&gt; Une chose simple accompagnant le voyage de l'&#226;me une fois termin&#233;e la pes&#233;e de l'&#226;me incarn&#233;e dans le c&#339;ur pos&#233; sur la balance avec de l'autre c&#244;t&#233;, sur l'autre plateau, la plume de Ma&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment l'un de ces &lt;i&gt;Textes &#233;gyptiens&lt;/i&gt; se termine, dans la traduction incantatoire de J.C. Mardrus qui a &#233;t&#233; publi&#233;e dans un tir&#233; &#224; part du N&#176; 41 de la revue &lt;i&gt;Le nouveau Commerce&lt;/i&gt;, dirig&#233;e par Marcelle Fonfreid et Andr&#233; Dalmas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Donc salut &#224; la parcelle des Parcelles de la Grande &#194;me incandescente, par-del&#224; la fa&#231;ade de l'Infini. Salut &#224; l'&#226;me pure dans sa recherche du Divin Dessous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Salut &#224; l'&#233;ternel Amant de la Divine Amie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, salut au possesseur des cl&#233;s du Myst&#232;re, au Ma&#238;tre des Philtres et des Talismans, &#224; cet enchanteur de v&#233;rit&#233; sur les chemins de v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, salut &#224; ce roi d'un empire int&#233;rieur, assis sur les rives du r&#234;ve et de l'enchantement, au fond de la retraite o&#249; br&#251;le l'esprit immortel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, salut &#224; ce prince du sentiment qui poss&#232;de dans sa poitrine le briquet du g&#233;nie, et le clou de l'&#233;quilibre fix&#233; dans son c&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, salut &#224; ce ressuscit&#233; dans les veines duquel habite la v&#233;rit&#233; &#224; la mani&#232;re des parfums, et dont le c&#339;ur est un magasin d'aromates des &#201;chelles de l'encens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, salut par millions de saluts &#224; la Forme resurgie divine, salut &#224; ce dieu renouvel&#233; qui s'est rencontr&#233; avec l'ips&#233;it&#233; de lUnique, qui s'est fondu dans les Formes divines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passe, tu es pur.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, plus de surprise, plus de surprise, plus de d&#233;composition, plus de t&#233;n&#232;bres.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, rien que v&#233;rit&#233;, rien que vigueur, rien que vie, sant&#233;, Force.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, rien que F&#233;licit&#233;, Paix, B&#233;atitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excellent, excellent.&lt;br class='autobr' /&gt;
PASSE, TU ES PUR. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : le ch&#226;teau de Duino&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux &#8212; VI</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VI</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-VI</guid>
		<dc:date>2022-04-30T18:31:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;flexions autour d'&#339;uvres d'Heinrich von Kleist, &lt;i&gt;Sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Michael Kohlhaas&lt;/i&gt;, ainsi que sur la pens&#233;e de Thomas M&#252;nzer et de Martin Luther, avec le concours de Ernst Bloch et de son livre &lt;i&gt;Thomas M&#252;nzer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH78/arton2077-0cb82.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;flexions autour d'&#339;uvres d'Heinrich von Kleist, &lt;i&gt;Sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Michael Kohlhaas&lt;/i&gt;, ainsi que sur la pens&#233;e de Thomas M&#252;nzer et de Martin Luther, avec le concours de Ernst Bloch et de son livre &lt;i&gt;Thomas M&#252;nzer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu et c'est heureux consacrer une s&#233;ance compl&#232;te aux &lt;i&gt;Bacchantes&lt;/i&gt; et ainsi reporter la r&#233;flexion sur Kleist ce qui permet de l'&#233;largir et de la rendre plus pertinente relativement aux objectifs de ce s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Les objectifs se pr&#233;cisent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, ici, est de tenter de voir comment la th&#232;se g&#233;n&#233;rale de Julian Jaynes peut nous servir &#224; la fois &#224; mieux comprendre certains ph&#233;nom&#232;nes, certaines &#339;uvres, certaines pens&#233;es, comme celle de Kleist aujourd'hui et au-del&#224; de mieux cerner ce qui se joue dans le domaine de la foi et des croyances, en particulier dans le champs &#233;largi du christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jaynes, les dieux sont sont des manifestations initi&#233;es par le cerveau droit des hommes, vocales ou visuelles (hallucinations) et qui assurent sous la forme d'ordres neurologiques la coordination sans faille (sans &#233;cart temporel perceptible) entre l'ordre et l'action. Dans le monde bicam&#233;ral, entendre revient &#224; ob&#233;ir. Dans le monde conscient qui est le n&#244;tre, le sujet doit recourir &#224; cette fonction singuli&#232;re qu'on nomme volont&#233; et qui est le m&#233;canisme complexe qui permet de faire se rejoindre et finalement co&#239;ncider l'appr&#233;ciation d'une situation et le ou les actes que cette situation appelle en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela nous conduit lentement mais s&#251;rement &#224; reconsid&#233;rer l'ensemble des facteurs constitutifs de la foi tels qu'ils existent &#224; la fois dans les religions du Livre et dans les id&#233;es g&#233;n&#233;rales partag&#233;es sur la religion et la foi y compris dans des champs de pens&#233;es qui se consid&#232;rent comme ath&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, par exemple, m&#234;me ceux qui ne croient pas dans le Dieu de la Bible se r&#233;f&#232;rent sans sourciller au p&#233;ch&#233; originel comme &#224; quelque chose qui, quoique n'existant pas pour eux, synth&#233;tise et rend perceptible le fait que l'homme doit faire face &#224; quelque chose qui le d&#233;passe mais aussi le tient au corps et l'&#226;me pourrait-on dire, et qui a nom le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, on n'a pas trouv&#233; mieux et c'est en cela que c'est un &#233;l&#233;ment partag&#233; par tous, du moins tous ceux qui vivent dans l'orbe des religions du Livre, que ce p&#233;ch&#233; et cette expulsion du Paradis pour exprimer quelque chose que chaque &#234;tre humain est susceptible de ressentir, le fait qu'il per&#231;oit en lui &#224; la fois un attrait pour le toujours plus, qui souvent a la forme d'un &#233;lan pulsionnel essentiel qui est la forme de la &#171; motion &#187;, du mouvement, du connatus, de l'existence vivante en tant qu'elle est vivante justement, et concomitamment un attrait pour une certaine r&#233;serve, pour une r&#233;tention de cet &#233;lan, comme si chacun h&#233;bergeait en lui une conscience d'un autre type relative &#224; la n&#233;cessit&#233; de la pr&#233;servation de ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) O&#249; est dieu ou le dieu dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt; C'est ce qu'on va tenter de d&#233;m&#234;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Jaynes est utilis&#233;e ici de mani&#232;re heuristique. Elle est un instrument majeur mais &#233;videmment pas le seul pouvant permettre de reconsid&#233;rer &#224; la fois les formes dans lesquelles la foi est prisonni&#232;re, mais aussi la pens&#233;e philosophique qui de ne parvenir gu&#232;re &#224; penser les affects ou &#224; les int&#233;grer dans le champ &#233;largi de la raison qui est son domaine propre ne parvient pas &#224; faire &#233;voluer sa mani&#232;re de penser, si tant est que l&#224; aussi il n'y en ai qu'une !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; ce point majeur que le cerveau humain est parvenu &#224; se formater durant de longs si&#232;cles voire mill&#233;naires pour se doter d'un appareil &#224; la fois puissant et d&#233;cisif, qui log&#233; plut&#244;t dans le cerveau droit, avait pour fonction mais surtout pour capacit&#233; de guider, d'aider, de permettre aux hommes de ne pas se perdre en chemin quelles qu'aient &#233;t&#233; leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura sans doute l'occasion un jour de revenir sur le fait que cette bicam&#233;ralit&#233; n'a pas servi qu'aux hommes sous la forme de dieux, mais que d&#233;j&#224; il y plus de cinq mille ans aux rois des grands royaumes m&#233;sopotamiens, elle a permis l'asservissement de foules par le recours &#224; des voix &#171; ext&#233;rieures &#187; &#233;tant entendu que les dieux, s'ils semblaient parler du dehors, parlaient directement &#224; l'homme, &#171; en &#187; lui donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la localisation de ces voix, probl&#232;me soulev&#233; par Jaynes, a structur&#233; et structure encore notre conception g&#233;n&#233;rale du psychisme dont telle ou telle fonction est souvent d&#233;crite relativement &#224; un situation fantasmatique ou imaginaire comme trouvant sa place dans un espace et permettant plus globalement d'organiser l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous acceptons donc de consid&#233;rer que les dieux correspondent au moins pour partie &#224; cette &#171; source &#187; psychique dont a priori chaque &#234;tre humain dispose, ou qui existe potentiellement en chacun (elle demande de toute fa&#231;on &#224; &#234;tre activ&#233;e pour exister), l'enjeu, ici, est de voir comment cette source psychique peut nous ouvrir des voies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. dans la compr&#233;hension de certaines &#339;uvres qui seraient li&#233;es de pr&#232;s &#224; ce m&#233;canisme ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2. dans la mani&#232;re dont se constituent les croyances et en particulier d'une part la &#171; croyance &#187; en un monde sup&#233;rieur, monde des id&#233;es ou maison de dieu, ici cela importe peu, et une partition du monde en monde intelligible et monde sensiblement ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3. dans la constitution d'un monde soumis &#224; la croyance en un dieu unique &#224; la fois ext&#233;rieur &#224; ce monde et agissant en lui (quelle que soit la mani&#232;re dont on reconna&#238;t ses actions ou manifestations) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
4. dans le fonctionnement interne &#224; chacun des courants de pens&#233;e et de variations de croyances auxquels ces courants ont donn&#233; lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons revenir &#224; nous la question qui fut pos&#233;e d&#232;s le d&#233;but travers l'&#233;vocation de penseurs ath&#233;es relatant leur exp&#233;rience &#171; mystique &#187; d&#233;terminante pour leur vie enti&#232;re et leur cr&#233;ation, celle de l'exp&#233;rience directe d'&#233;tats hors norme et de la mani&#232;re dont il est ou pas possible de les partager et surtout de les communiquer aux autres afin qu'ils puissent eux-m&#234;mes faire une exp&#233;rience semblable sinon identique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Enjeux de cette s&#233;ance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous tournant vers Kleist, un personnage hors norme dans le monde des lettres et surtout dans le monde des lettres allemande du pr&#233;romantisme et du romantisme, il appara&#238;t possible de rep&#233;rer ce que l'on pourrait appeler des survivances psychiques bicam&#233;rales tant dans la mani&#232;re de vivre de Kleist m&#234;me que surtout dans ses &#339;uvres. Il nous fait tenter de prendre la mesure de leur interaction ou de leur diff&#233;rence avec les autres sch&#232;mes psychiques &#224; l'&#339;uvre &#224; la m&#234;me &#233;poque, d'autant plus qu'ils sont comme dans le roman &lt;i&gt;Michael Kohlhaas&lt;/i&gt; pr&#233;sents nomm&#233;ment comme c'est le cas pour Luther.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons ainsi se mettre en place un &#171; espace &#187; de pens&#233;e &#224; quatre p&#244;les qui ne passent pas ou pas directement par le partage &#226;me/corps mais par la mise en sc&#232;ne des relations psychiques comme relevant d'un partage entre une ext&#233;riorit&#233; inaccessible et une int&#233;riorit&#233; &#224; conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir, le psychisme en particulier des hommes du d&#233;but du XVIe si&#232;cle, leur &#171; conscience &#187;, n'est toujours pas r&#233;ellement constitu&#233;e, ou plut&#244;t il ne r&#233;pond pas &#224; nos sch&#233;mas actuels. Leur psych&#233; fonctionne sur d'autres modes qui sont d'une part une attente impatiente de transformation du monde et d'autre part l'&#233;mergence d'une conscience de la n&#233;cessit&#233; pour chacun de transformer son &#226;me pour qu'elle puisse accueillir cette ext&#233;riorit&#233; nomm&#233;e dieu. L'enjeu est la co&#239;ncidence entre deux plans qui sont d'une part un monde dit r&#233;el fait de souffrances mais o&#249; les hommes sont port&#233;s par leurs affects puissants et d'autre part un monde largement con&#231;u comme &#171; imaginaire &#187; ou imaginal, et ce d'autant plus que ce qui en est dit semble si lointain si inaccessible si l'on s'en tient &#224; consid&#233;rer l'&#233;tat du monde &#171; r&#233;el &#187; dans lequel chacun vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces p&#244;les sont diff&#233;rents selon qu'on &#233;voque les th&#232;ses de M&#252;nzer et de Luther et celles de Kleist puisque plus de deux si&#232;cle et demi les s&#233;parent. Mais ils sont directement en relation et leur rapprochement ici est n&#233;cessaire puisqu'il est fait par Kleist lui-m&#234;me qui au moins au d&#233;part s'inspire du personnage de M&#252;nzer pour son Kohlhaas et met en sc&#232;ne Luther aussi dans son texte &#233;voquant ainsi les relations entre les deux personnages historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mots les p&#244;les sont donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'exp&#233;rience directe&#8230; mais de quoi ? De dieu ? Elle est port&#233;e par un double affect : une attente impatiente que double au moment des guerres des paysans et apr&#232;s la publication et la diffusion des th&#232;se luth&#233;riennes, une action directe de mise en &#339;uvre du projet dont l'attente est &#224; la fois porteuse, creuset et force latente attendant elle-m&#234;me un d&#233;clic pour se mettre en branle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La s&#233;paration radicale entre un dehors inaccessible o&#249; loge dieu et une int&#233;riorit&#233; hant&#233;e par le mal et o&#249; se refl&#232;te le monde si inhospitalier. Le dieu s'est manifest&#233; par des miracles des proph&#232;tes un livre puis son fils et un autre livre mais depuis il ne s'est plus manifest&#233;. Ceci pose la question de savoir comment parvenir par le recours &#224; ses seuls moyens &#224; ces seules m&#233;diations &#224; rendre possible ce qui est promis par la lettre du texte et par l'esprit du texte. Et surtout comment pour chacun parvenir &#224; faire une place &#224; cette foi dans son int&#233;riorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le surgissement inopin&#233; d'un &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, d'une chance, si d&#233;terminants qu'ils modifient le cours des choses, et qui en ce sens se rapprochent de l'intervention d'un dieu dans le monde bicam&#233;ral et nous th&#233;oriseront sous le nom de facteur de discontinuit&#233;. Cet &#233;v&#233;nement redouble celui de l'apparition du Christ derni&#232;re manifestation radicale et d&#233;finitive de dieu pour sauver les hommes et vient s'inscrire en minuscule mais de mani&#232;re effective et efficace dans le jeu du monde comme un signe voire comme un d&#233;clencheur de la r&#233;alisation effective, dans ce monde &#224; ce moment de l'histoire de la promesse cens&#233;e abolir et le monde et l'histoire en tout cas l'horreur de ce monde et l'ignominie de l'histoire cette attente devenue intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le cours &#171; normal &#187; des choses dont la r&#233;gularit&#233;, la continuit&#233; donc est comme tenue en laisse par la loi ou les lois, dont l'existence si elle ne force pas chacun &#224; les respecter permet &#224; chacun de savoir ce qu'il en est de cette continuit&#233; et ce que co&#251;te le fait de tenter de la briser. C'est aussi si l'on veut &#171; le monde &#187; tel qu'il est, mais il n'a rien &#224; voir avec le n&#244;tre qui est pens&#233; cosmiquement comme nature et int&#233;gration dans un cosmos. Le monde-l&#224; est celui que hantent des hommes pauvres et soumis &#224; la violence tant des seigneurs que de la nature (famines, etc.) et qui esp&#232;rent d'autant plus dans la promesse que leur vie est impossible. La loi des hommes est &#224; la fois un doublet de la loi divine (encore que entre ancien et nouveau testament ce sont deux aspects de dieu qui s'opposent) et ce qu'il faut abolir justement pour que la promesse du Christ devienne r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons qu'entre l'&#233;poque de M&#252;nzer et de Luther et celle de Kleist quelque chose se d&#233;cale, &#224; savoir les formes de la foi, de l'attente, mais malgr&#233; tout on se trouve dans un sch&#233;ma proche pour ne pas dire identique &#224; celui que gouverne une exceptionnalit&#233; dont le nom chr&#233;tien est la gr&#226;ce et qui fait face &#224; l'autre exceptionnalit&#233; qu'est le cours &#171; normal &#187; des choses marqu&#233; cependant par le r&#232;gne de l'arbitraire et de la violence, dont le dieu col&#233;rique de l'ancien testament est le mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Kleist, ce sch&#233;ma est remplac&#233; justement par une forme de &#171; pens&#233;e bicam&#233;rale &#187; qui serait comme en train de se saisir d'elle-m&#234;me et resterait comme conscience &#171; chr&#233;tienne &#187; estomaqu&#233;e par ce surgissement a-th&#233;ologique quoique port&#233; par les m&#234;me sch&#232;mes que sont l'impuissance &#224; revenir en arri&#232;re &#224; abolir le mal ( le p&#233;ch&#233; donc) et le rep&#233;rage n&#233;anmoins de signes permettant de penser que quelque chose d'une perfection (d'une gr&#226;ce) existe bel et bien dans le monde dans ce monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous en sommes l&#224; : tenter de rep&#233;rer ce qui rel&#232;ve d'un autre fonctionnement du psychisme que celui format&#233; par les r&#233;f&#233;rences chr&#233;tiennes auxquelles finalement tout le monde adh&#232;re sans m&#234;me y croire, et cela y compris lorsqu'il se manifeste &#224; travers et dans certaines de ces r&#233;f&#233;rences chr&#233;tiennes. Voil&#224; en tout cas comment il semble possible de recourir &#224; Jaynes pour tenter de se d&#233;faire de tout ou partie du pi&#232;ge intellectuel et mental dans lequel nous sommes encore et toujours prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH619/2_kleist-eb4dd.jpg?1772200711' width='500' height='619' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Heinrich von Kleist
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I : Remarques g&#233;n&#233;rales sur la pens&#233;e de Kleist&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) la faute et le p&#233;ch&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons rapidement &#224; la fois derni&#232;re. L'&#339;uvre de Kleist est au c&#339;ur des questions et des &#233;l&#233;ments essentiels que la lecture des &lt;i&gt;Bacchantes&lt;/i&gt; a soulev&#233;s. On pourrait m&#234;me dire que le th&#233;&#226;tre de Kleist est un h&#233;ritier direct de celui des tragiques grecs et d'Euripide donc parce qu'il se situe existentiellement &#224; un point de tension &#224; peu de chose pr&#232;s &#233;quivalent &#224; celui o&#249; se situe ce que nous connaissons de la trag&#233;die grecque et plus particuli&#232;rement &#224; travers les &lt;i&gt;Bacchantes&lt;/i&gt;, celui o&#249; se d&#233;chire sous nos yeux le voile de pudeur que l'on pose sur les choses comme sur nos pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce voile recouvre sans emp&#234;cher qu'elles ne se manifestent sous des formes diverses mais toutes port&#233;es par une forme ou une autre d'exc&#232;s, les forces que ne cesse de faire se lever en nous une faute dont nous sommes &#224; la fois porteurs, peut-&#234;tre responsables, pas n&#233;cessairement coupables, mais qui, quoique nous en ayons, a prise sur nous et d&#233;termine nos actes, nos vies, nos destins et surtout notre mani&#232;re de les concevoir. (&#192; moins que, comme le fait appara&#238;tre MBK, le mal soit ind&#233;racinable et premier et donc que l'invention de la faute ne soit qu'une mani&#232;re de tenter de masquer l'insupportable de ce fait en l'inscrivant dans un champ de &#171; missives &#187; tendant &#224; d&#233;tourner le regard de cet insupportable et &#224; faire accroire que cela n'est pas &#171; vrai &#187; !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faute a &#224; la fois &#224; voir avec le p&#233;ch&#233; originel biblique formellement et par la tradition r&#233;form&#233;e qui est celle de l'Allemagne. La question est de distinguer entre faute et p&#233;ch&#233; et de d&#233;terminer ce qui est au c&#339;ur du questionnement de Kleist. Par le nom que Kleist lui donne, cette faute s'en distingue en ceci qu'elle se manifeste non par une culpabilit&#233; mais par des diff&#233;rences de potentiel, des tensions entre des p&#244;les positifs et n&#233;gatifs, o&#249; circulent des forces extr&#234;mes dont les effets rel&#232;vent plut&#244;t du hasard, ou si l'on veut de l'impr&#233;visible que de l'in&#233;vitable &#171; n&#233;cessit&#233; &#187;. Une faute peut &#234;tre en quelque sorte &#171; r&#233;par&#233;e &#187;, un p&#233;ch&#233; ne le peut pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute, chez Kleist c'est ce &#224; partir de quoi quelque chose vient non pas s'opposer au cours des choses, car le plus souvent il s'agit d'un hasard, d'un geste malheureux, bref de quelque chose qui ne rel&#232;ve pas de l'intention et donc pas du sujet lui-m&#234;me qui se trouve donc en &#234;tre victime plus qu'acteur, que faire un accroc &#224; la r&#232;gle, &#224; la loi qu'elle soit morale, juridique ou scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute se signale par ses effets plus qu'elle n'existe en soi et elle n'appara&#238;t qu'au terme du parcours de celui ou de celle qui, pour comprendre ce qui lui arrive, va se jeter &#224; corps perdu dans une recherche de cette v&#233;rit&#233;. Car ce qui arrive dans les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre de Kleist ou dans ses nouvelles, prend toujours sa source dans quelque chose d'inexplicable, quelque chose qui d&#233;passe aussi bien le ratio&#239;de que le croyable disponible, voire l'exp&#233;rience v&#233;cue par la personne m&#234;me &#224; qui cela arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par exemple le cas de la grossesse de la &lt;i&gt;Marquise d'O&lt;/i&gt;, qui, elle en est certaine, n'a jamais eu de relations sexuelles avec personne et qui n&#233;anmoins est enceinte. Personne pour la croire, en tout cas pas son p&#232;re, pas l'autorit&#233;. Et personne pour l'aider directement par un aveu. Il reste &#224; d&#233;ployer les subtilit&#233;s d'une histoire dans laquelle aveu et pardon parviendront pour une fois &#224; se frayer un chemin jusqu'au retour &#224; l'ordre &#224; la fois affectif et social. Mais c'est bien rarement le cas, Kleist s'int&#233;ressant surtout &#224; la complexit&#233; de parvenir au pardon au r&#233;tablissement de l'ordre et plut&#244;t au chaos qui g&#233;n&#232;re une telle brisure dans le cours &#171; normal &#187; des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est en activant tous les possibles, en se jetant &#224; corps perdu pour que soit d&#233;couverte la cause ou que soit reconnu le droit qui a &#233;t&#233; bafou&#233;, ou le mensonge qui a occasionn&#233; une punition injuste, que les personnages de Kleist vont souvent d&#233;passer les bornes et devenir finalement les coupables &#171; r&#233;els &#187; d'une faute qui au d&#233;part n'en n'&#233;tait pas une, ou qui n'&#233;tait qu'un fait b&#233;nin, qui n'aurait en rien d&#251; porter &#224; cons&#233;quences. La faute est une sorte d'&#233;cart par rapport &#224; la norme, &#224; la r&#232;gle ou &#224; la loi, ou le surgissement d'un fait impr&#233;visible litt&#233;ralement &#171; impensable &#187; en tant que tel, c'est-&#224;-dire non int&#233;grable dans le champ discursif ratio&#239;de. (Voir par exemple le texte intitul&#233; &#171; V&#233;rit&#233;s invraisemblables &#187; dans le volume de textes intitul&#233; &lt;i&gt;Anecdotes et petits r&#233;cits&lt;/i&gt; (PBP, Payot, 1981.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de &lt;i&gt;Michael Koolhaas&lt;/i&gt;, qui va devenir un chef de bande commettant un nombre incroyable de m&#233;faits pour obtenir r&#233;paration d'une injustice commise par un baron, injustice qui n'a pu &#234;tre trait&#233;e par la justice de mani&#232;re &#171; juste &#187;, le baron coupable de l'avoir flou&#233; ayant des soutiens dans la haute soci&#233;t&#233; et aupr&#232;s des instances rendant le jugement au sujet de la plainte d&#233;pos&#233;e par M.K. Il ira jusqu'au bout de sa d&#233;marche et sera satisfait de voir sa premi&#232;re r&#233;clamation satisfaite lors d'un jugement &#233;quitable, m&#234;me s'il paye cette reconnaissance par la justice d'une condamnation &#224; mort pour l'ensemble des m&#233;faits vols et crimes commis dans le cadre de son action violente en vue de faire reconna&#238;tre son bon droit. Mais nous allons revenir par la suite sur ce texte majeur de Kleist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faute, la faute, est au c&#339;ur du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes&lt;/i&gt; qui va nous occuper maintenant m&#234;me si le terme n'appara&#238;t qu'&#224; la fin de cette nouvelle qui a tout d'un &#171; petit &#187; essai, petit par la taille mais magistral par la d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous plonger dans le texte, nous suivrons d'abord les analyses de Marthe Robert que l'on trouve dans le petit livre &lt;i&gt;Un homme inexprimable essai sur l'&#339;uvre de Heinrich von Kleist&lt;/i&gt;. (L'arche, coll. travaux, 1955/1981)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Heinrich von Kleist est le domaine privil&#233;gi&#233; du malentendu (p. 29). Ainsi s'ouvre d'ailleurs l'ouvrage qu'elle lui a consacr&#233;. C'est que l'organisation du monde est fragile, incertaine, instable et que donc ne cessent de se produire des choses qui ne devraient pas se produire et une fois mise en branle, ces choses ont des cons&#233;quences souvent dramatiques sur ceux qu'elles affectent ou qui se trouvent simplement sur leur chemin. Et c'est ce malentendu qui constitue la faute qui occasionne tous les drames, une faute qui n'est pas tant originelle comme dans la Bible, qu'&#224; l'origine de chaque d&#233;rapage qui peut se produire dans l'ordre convenu des choses, quel que soit cet ordre, social, juridique, politique, ou celui de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre des choses est donc la fois stable et fragile, c'est-&#224;-dire que le moindre d&#233;tail, une &lt;i&gt;cruche cass&#233;e&lt;/i&gt; par exemple peut avoir des effets incroyables qui vont chambouler la vie des protagonistes. Un juge coupable fera tout pour se prot&#233;ger en faisant accuser quelqu'un d'autre de son m&#233;fait. On est proche d'un sc&#233;nario connu, celui d'&lt;i&gt;&#338;dipe roi&lt;/i&gt; par exemple, o&#249; le spectateur connaissant le coupable d'entr&#233;e, devient le r&#233;ceptacle des m&#233;canismes qui vont s'agr&#233;ger pour transformer un mensonge en cataclysme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, il ne s'agit pas de traquer un mal qui serait ext&#233;rieur &#224; l'action - dans la nuit du mythe biblique ou dans le ciel des attentes inaccessibles - et qui viendrait percuter tel ou tel personnage. Car &lt;i&gt;&#171; les plus coupables ne sont pas ceux qui agissent le plus mal car le mal ne consiste pas &#224; mal agir mais &#224; agir, c'est-&#224;-dire &#224; entrer dans le d&#233;roulement historique du monde, sans conna&#238;tre la loi qui le fonde secr&#232;tement. &#187;&lt;/i&gt; (Marthe Robert, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; m&#234;me la chair de l'histoire que naissent les histoires, mais c'est aussi par les accrocs des histoires individuelles que l'histoire prend corps et que la question d'une v&#233;rit&#233; sinon de l'histoire du moins des principes dont elles sont porteuses est mise en jeu, en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Faute et d&#233;cision&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de revenir &#224; la faute, il importe de passer &#224; l'avant-denier chapitre du livre de Marthe Robert, intitul&#233; &#171; La double entente), dans lequel elle note ceci : &lt;i&gt;&#171; Les personnages qu'il cr&#233;e ne mettent aucune distance entre le d&#233;sir et l'accomplissement, entre le soup&#231;on et la vengeance, entre la perception et l'interpr&#233;tation des faits ; de la m&#234;me fa&#231;on Kleist vit presque simultan&#233;ment le sentiment et l'id&#233;e. S'il fallait d&#233;finir l'effort de discipline qu'il a tent&#233; sur lui-m&#234;me, on pourrait le rapprocher de cette &#8220;transformation de l'affect en caract&#232;re&#8221; dont parle Schiller. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel car il nous reconduit au monde des grecs, &#224; celui de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, &#224; celui des hommes bicam&#233;raux, enfin presque. En tout cas, ce qu'on peut appeler caract&#232;re rel&#232;ve de cette dimension psychique bicam&#233;rale ou du moins y fait &#233;cho. Un petit clin d'&#339;il suppl&#233;mentaire nous permettra de mieux appr&#233;hender ce que nous cherchons, &#224; savoir non pas tant des traces que des manifestations dans les psych&#233;s qui ont travers&#233; le temps depuis le n&#233;olithique et qui pour certaines nous sont contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire des dieux, c'est en partie cela, d&#233;couvrir ces &#233;l&#233;ments qui agissent encore en nous aujourd'hui et qui de facto nous rapprochent des dieux ou nous indiquent que les dieux ou le dieu qui pouvait se manifester alors le peut encore aujourd'hui m&#234;me si c'est sous d'autres formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'aura pas &#233;chapp&#233; aux lecteurs de &lt;i&gt;La chartreuse de Parme&lt;/i&gt; que la figure centrale de l'ouvrage &#233;tait la Sanseverina, et &#171; il y avait deux choses dans le caract&#232;re de la duchesse, elle voulait toujours ce qu'elle avait voulu une fois ; elle ne remettait jamais en d&#233;lib&#233;ration ce qui avait &#233;t&#233; une fois d&#233;cid&#233;. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, Ch. XXI, p. 428, Ed. Gallimard, coll. Folio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pouvait y avoir, bien s&#251;r, latence entre une id&#233;e ou un d&#233;sir et leur mise en &#339;uvre, mais cet &#233;cart &#233;tait comme aboli au moment du passage &#224; l'acte, volont&#233;, d&#233;lib&#233;ration, choix et acte coagulant de telle mani&#232;re qu'il n'&#233;tait plus possible de les d&#233;lier et de les s&#233;parer de la personne qui avait pris la d&#233;cision puisqu'ils engagent toute son existence. Les cons&#233;quences, ou si l'on pr&#233;f&#232;re les effets induits par la d&#233;cision seront accept&#233;s et accomplis sans sourciller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sanseverina ne laisse en elle aucune place &#224; une s&#233;paration, &#224; une distance, &#224; un &#233;cart, entre ce qu'elle est et ce qu'elle fait, en tout cas lorsqu'elle a &#171; d&#233;cid&#233; &#187; quelque chose. L'unit&#233; de la personne tient de cette coordination ind&#233;fectible entre raison et affects. Ces derniers, conf&#233;rant &#224; la vie ses motivations, ses motifs, ne s'opposent &#224; la raison que dans le cadre d'une pens&#233;e qui les tient pour s&#233;par&#233;es. Dans le cas de la Sans&#233;v&#233;rina, comme d'ailleurs pour les personnages centraux des textes de Kleist, la raison est con&#231;ue comme &#224; la fois d&#233;pendante et soumise &#224; des r&#232;gles et des lois qui sont celles du monde et la facult&#233; qui ne dispose d'aucun crit&#232;re d&#233;cisif dans l'op&#233;ration psychique o&#249; se m&#234;lent volont&#233;, choix et accomplissement de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel trait de caract&#232;re ne semble plus gu&#232;re nous &#233;mouvoir, nous qui avons comme remplac&#233; les liens entre d&#233;sir, r&#233;flexion, r&#233;solution et acte par une grille certes &#224; choix multiples, mais toujours finalement &#171; binaires &#187; sur laquelle nous inscrivons des croix, chaque croix valant pour un &#171; choix &#187;. Ce que nous choisissons, c'est telle ou telle marchandise, dont la possession, augment&#233;e par des images fastueuses, nous laisse insatisfaits. Ce qui s'est r&#233;tr&#233;ci au point de n'occuper plus qu'une place infime dans notre psychisme, n'est autre que notre caract&#232;re, pour parler avec Stendhal, La Rochefoucauld, Chamfort et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il ici d&#233;finir ce caract&#232;re ? C'est ce qui fait que nous ne nous renon&#231;ons pas et qui de ce fait fonde la singularit&#233; de notre relation aux autres, au monde. &#192; ceux qui sont assur&#233;s d'&#234;tre quelqu'un, il ne leur serait jamais venu &#224; l'esprit, que pour exister, il auraient d&#251; songer &#224; devenir quelque chose. Robert Musil a pu ainsi &#233;crire : &#171; Ce qui est s&#251;r c'est que l'avenir de l'esprit d&#233;pendra de ceux qui ne peuvent se renoncer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il importe de relever dans les deux traits de caract&#232;re de La Sanseverina, c'est un mode majeur du fonctionnement du psychisme, bien qu'il ait fini par passer pour extravagance ou folie : l'absence de repentir. On retrouve de tels &#233;l&#233;ments chez Don Juan par exemple, ou chez Ulrich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature nous en a fait conna&#238;tre un certain nombre, et leur puissance d'effraction continu&#233;e vient de ce que cette dur&#233;e extr&#234;mement faible, insignifiante au regard du fonctionnement consid&#233;r&#233; comme habituel de notre psych&#233;, entre le je veux et l'acte donc, soit associ&#233; &#224; une absence totale de repentir, c'est-&#224;-dire de doute ou d'h&#233;sitation apr&#232;s-coup, si l'on parle du point de vue de la conscience morale, ou de sentiment de culpabilit&#233; si l'on parle du point de vue de la conscience religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel vocabulaire n'est plus de mise en cette &#233;poque qui ne jure que par l'effectivit&#233; du passage &#224; l'acte si celui-ci rel&#232;ve du champ g&#233;n&#233;ral de la consommation, acte qui ne laisse que des traces ne parvenant gu&#232;re &#224; s'inscrire durablement dans le psychisme. Pourtant, ces actes ne cessent de d&#233;poser une vase dissolvant les m&#233;canismes h&#233;rit&#233;s et constitutifs de ce psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve en est que ces actes cens&#233;s d&#233;couler de choix et de d&#233;cisions doivent &#234;tre r&#233;it&#233;r&#233;s ind&#233;finiment &#171; &#224; l'identique &#187; pour que le sujet puisse s'assurer de la l&#233;gitimit&#233; et de l'effectivit&#233; de son existence. En effet, &#224; mesure m&#234;me qu'il r&#233;it&#232;re ces gestes, il pressent sans parvenir &#224; le formuler que ce qui le constituait s'effondre et que seul la r&#233;it&#233;ration du geste &#171; identique &#187; lui permet de continuer &#224; croire qu'il existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut arguer qu'il n'y a pas, l&#224; non plus, de boucle de r&#233;troaction de type repentir ou culpabilit&#233;. Mais c'est qu'il n'y a pas de dimension psychique de type conscience sinon r&#233;duite aux acqu&#234;ts, &#224; ce va-et-vient incessant d'un courant alternatif entre deux p&#244;les, positif et n&#233;gatif, ne donnant lieu &#224; aucun acte psychique port&#233; par ce qui rel&#232;ve de la motivation, mais seulement &#224; des actes de choix par d&#233;faut consistant &#224; cocher des cases sur les feuilles chaque jour renouvel&#233;es du loto de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'&#233;cart au c&#339;ur du psychisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est plus tout &#224; fait d'&#233;poque de parler de conscience, il n'en est pas moins vital de tenter de comprendre ce qu'il advient de notre psychisme. Nos cerveaux &#233;tant des entit&#233;s d'une plasticit&#233; av&#233;r&#233;e, ils ne cessent de se ou d'&#234;tre transform&#233;s, en particulier dans un r&#233;gime qui tend &#224; ne lui laisser pour mode d'existence que d'&#234;tre une variable d'ajustement dans un plan g&#233;n&#233;ral de soumission &#224; des attentes produites par une &#233;conomie devenue folle et gouvern&#233;e par des machines elles-m&#234;mes soumises &#224; des algorithmes surveillant et dirigeant nos actes vers des buts pr&#233;d&#233;finis mais que nous n'avons pas choisis. Ce n'est pas tant que nous n'aurions plus de caract&#232;re, c'est que nous n'avons plus d'occasion d'en faire montre et que, le temps passant, cette comp&#233;tence s'efface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noter psych&#233; semble fonctionner de mani&#232;re &#171; binaire &#187; prise qu'elle est entre des p&#244;les &#224; la fois compl&#233;mentaires et contradictoires. Ce fonctionnement met &#224; mal cette &#171; binarit&#233; &#187; pour ne pas dire cette dualit&#233; qui, depuis quelques si&#232;cles, ou si l'on veut au moins aussi depuis l'invention de la philosophie, n'est pas directement celle que poursuivent de leur vindicte les religions monoth&#233;istes, quoiqu'elle y soit li&#233;e &#233;troitement, mais celle qui est active en-de&#231;&#224; ou &#224; l'int&#233;rieur des constructions mentales, rationnelles ou th&#233;ologiques. Le m&#233;canisme qui y pr&#233;side ne cesse en effet de perdurer, parfois de mani&#232;re active, parfois en restant, telle une cellule dormante dans l'organigramme de la soci&#233;t&#233; c&#233;r&#233;brale que nous sommes, comme en sommeil. Lorsqu'elle se r&#233;veille ou qu'&#171; on &#187; la r&#233;veille, le monde a chang&#233;, mais elle ? Il semble qu'ici ou l&#224;, elle continue d'&#234;tre active et qu'elle persiste &#224; s'adresser &#224; nous &#224; travers des personnalit&#233;s singuli&#232;res qui ont longtemps &#233;t&#233; rang&#233;es dans la cas artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Kleist, le lien entre d&#233;sir ou intention et acte est port&#233; par des situations multiples, dans la mesure o&#249; il est presque toujours le ressort de l'&#339;uvre, th&#233;&#226;tre ou nouvelle, ainsi il en est donc toujours l'enjeu, ou plus exactement &#224; chaque fois se produit justement un d&#233;calage (chez Stendhal on est dans le romantisme triomphant, chez Kleist on est dans un &#224;-c&#244;t&#233; du romantisme allemand au moment o&#249; il s'invente et &#233;merge et qui est plus m&#233;lancolique et plus inquiet), entre ce qui est accompli et ce qui &#233;tait implicitement vis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose vient se loger &#171; DANS &#187; l'intervalle aussi minime soit-il, m&#234;me si dans les faits cela se produit apr&#232;s. L'apr&#232;s est toujours la cons&#233;quence d'un quelque chose qui s'est log&#233; entre la d&#233;cision et l'acte, mais qui n'appara&#238;t, en effet, qu'apr&#232;s coup, car dans cet &#171; instant &#187; dans ce micro-espace psychique, le d&#233;roul&#233; de l'histoire ne peut pas encore &#234;tre d&#233;ploy&#233;. Et quand il se d&#233;ploie, alors, ce qui &#233;tait comme contenu en germe et qui n'&#233;tait pas n&#233;cessairement li&#233; &#224; la faute se d&#233;couvre lui &#234;tre li&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet &#233;cart qu'il nous faut interpr&#233;ter comme une manifestation vivace vivante du bicam&#233;ralisme, car il est bien &#224; la fois le creuset des histoires, de l'histoire et de l'impossibilit&#233; o&#249; sont les hommes de jamais parvenir &#224; recouvrer l'&#233;tat ant&#233;rieur &#224; la faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait l'&#233;cart EST la faute dans la mesure o&#249; embarqu&#233; par le cours des choses et par le langage, par le fait que l'esprit se sait &#171; duplice &#187;, chacun se livre lors m&#234;me qu'il agit, &#224; ce risque majeur qu'est l'&#233;cart qui n'est que le nom poli du gouffre, de l'ab&#238;me, du chaos. Et chacun s'y livre avec volupt&#233;, car ce n'est que dans cette activation du &#171; Mal &#187; qu'il sait ou sent, ou devenir pouvoir et devoir trouver des affects puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; aussi que Platon l'a rep&#233;r&#233; dans son &lt;i&gt;Hippias mineur&lt;/i&gt; lorsqu'il analyse les vers de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; prononc&#233;s par Achille et relatifs &#224; Agamemnon. Et, comme on va le voir avec la nouvelle de Kleist, c'est bien dans cette co&#239;ncidence qui pourrait permettre d'&#233;chapper au gouffre entre d&#233;cision et acte que se joue la question de la relation entre deux plans de consistance distincts que tout oppose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Remarques sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes : vis motrix et gr&#226;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler bri&#232;vement l'histoire. Le narrateur rencontre un danseur c&#233;l&#232;bre et le prend sur le fait de s'int&#233;resser &#224; une petit th&#233;&#226;tre de marionnettes montrant des figurines en train de danser elles aussi. La conversation porte sur la relation entre les forces d&#233;terminant le mouvement et le mouvement tel qu'il se manifeste tel qu'il appara&#238;t et cela &#224; travers une comparaison entre ce que peuvent les hommes danseurs et danseuses et ce que peuvent les marionnettes aux mains du marionnettiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout se joue l&#224; dans cette relation entre deux plans entre deux p&#244;les du monde entre lesquels se joue &#224; la fois l'existence de chacun et les possibilit&#233;s d'action de chacun, la force exerc&#233;e par le marionnettiste sur la m&#233;canique de la poup&#233;e et la force exerc&#233;e par l'esprit du danseur sur le corps du m&#234;me danseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la distinction entre d&#233;cision et acte que l'on vient de quitter. Il y a in&#233;vitablement quelque chose qui s'insinue entre les deux et qui transforme cette &#171; manifestation du dieu ou des dieux en nous &#187; en un &#233;l&#233;ment porteur de danger, de chaos, de malheur&#8230; ou en tout cas interdisant le fonctionnement direct sans m&#233;diation entre les deux p&#244;les de la tension d&#233;sir/d&#233;cision et acte. Et cela d&#233;termine en quelque sorte la &#171; totalit&#233; &#187; de nos actes et de nos pens&#233;es, car il semble n'y avoir aucune autre &#171; intention &#187; que celle qui vise &#224; r&#233;tablir l'ordre, non pas au sens policier du terme mais au sens d'&#233;quilibre des forces devant fonctionner ensemble pour que le cours des choses ne sombre pas dans le chaos, entendons, pour qu'il ne soit par la proie du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intentionnalit&#233; est comme d&#233;termin&#233;e sinon directement par ce savant chimiste comme le nomme Baudelaire, du moins par cet &#233;cart &#224; l'&#233;quilibre, cet accroc sur la surface lisse du r&#234;ve de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'insinue dans cet intervalle aussi infime soit-il ? :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des fils entre les doigts du marionnettiste et le corps m&#233;canique de la poup&#233;e, et donc des intentions ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des affects entre l'intention qui va initier le mouvement et sa r&#233;alisation par le corps du danseur ou de la danseuse en fonction d'un id&#233;al de beaut&#233; d&#233;termin&#233; par la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi une sorte d'&#233;l&#233;ment &#224; la fois mat&#233;riel li&#233; au corps et immat&#233;riel insaisissable en tant que tel, un &#233;l&#233;ment immanent et qui pourtant renvoie &#224; ce qui en nous est ou serait &#171; divin &#187;, ou du moins supra-humain, et qui d&#233;termine &#224; la fois la consistance du mouvement, la justesse de son effectuation et la relation entre le marionnettiste et la poup&#233;e ou entre l'esprit qui d&#233;cide et le corps qui accomplit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est nomm&#233; par Kleist l'&#226;me ou vis motrix. C'est donc une force qui est cens&#233;e permettre l'accomplissement de l'acte au plus pr&#232;s de l'intention et cette force doit s'appliquer en un lieu &#224; la fois tr&#232;s concret et toujours insituable : le centre de gravit&#233; du corps au moment de l'effectuation d'un geste. Il y a une condition &#224; l'efficacit&#233; de l'accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais paradoxalement, cette condition est en tant que telle la chose qui est quasiment impossible &#224; contr&#244;ler. La condition, c'est l'absence d'&#233;cart ou de filtre ou d'&#233;l&#233;ment perturbateur entre d&#233;cision-d&#233;sir-intention et acte-action ou geste-mouvement. Et c'est bien l&#224; que le b&#226;t blesse, car il y a toujours un &#233;cart, &#233;cart dans lequel quoi que ce soit qui vienne s'y loger, cela va faire d&#233;vier le geste ou le bloquer ou interdire qu'il parvienne &#224; l'expression de la gr&#226;ce qui est le nom, ici non pas de cette b&#233;n&#233;diction divine que les hommes peuvent recevoir par surcro&#238;t, mais bien la gr&#226;ce esth&#233;tique qui est n&#233;anmoins la manifestation d'une perfection li&#233;e au affects et qui a nom beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force ne peut s'accomplir que sans interruption, que s'il n'y a pas obstacle entre les deux plans les deux &#233;l&#233;ments, &#226;me et corps, fils et marionnette, marionnettiste et poup&#233;e. Elle est l'immat&#233;riel qui d&#233;termine les ph&#233;nom&#232;nes dans leur manifestation et dans leur possible justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on est au c&#339;ur de ce qui dans la philosophie vient percuter les questions relatives aussi bien au beau qu'au bien et au juste, m&#234;me si ici on en reste apparemment &#224; l'enjeu esth&#233;tique. Ces questions sont toujours d&#233;pendantes de la relation entre un plan supra mat&#233;riel, id&#233;el et un plan ph&#233;nom&#233;nal, celui de l'accomplissement des intentions. Et les autres anecdotes pr&#233;sentes dans le r&#233;cit vont venir d&#233;placer les lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Remarques sur la conscience et la survivance du dieu bicam&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature n'admet en quelque sorte aucun interm&#233;diaire entre instinct et corps ou bien il est r&#233;gl&#233; par l'habitude, et les lois de la nature sont donc en quelque sorte sans intentionnalit&#233; et sans ego. Elles existent certes en vue de la vie, de son maintient, mais pas en vue de permettre &#224; celui-ci ou celle-l&#224; en particulier de survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'homme, il est impossible que quelque chose ait lieu sans impliquer une dose f&#251;t-elle minime de conscience, c'est-&#224;-dire de perception de l'&#233;cart et donc de place con&#231;ue comme un espace et une dur&#233;e ouverts &#224; des remplissages par des &#233;l&#233;ments qui de toute fa&#231;on vont venir interf&#233;rer entre le d&#233;sir et l'action. Soit ils proviennent du dehors des choses de la vie si l'on veut, du cours de l'Histoire, soit ils proviennent de celui ou ceux qui doivent accomplir les choses, les hommes et donc de leur &#171; int&#233;riorit&#233; &#187;. Et cette int&#233;riorit&#233; n'existe pas sans la conscience qui est en fait le nom de ce qui vient occuper l'&#233;cart, de ce qui se produit en terme de connaissance &#171; dans &#187; cet &#233;cart qui est &#224; la fois &#171; spatial &#187; et &#171; temporel &#187; mais pas au sens mat&#233;riel du terme espace ni au sens m&#233;canique que nous donnons au mot temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est le nom de l'&#233;cart en tant qu'il est per&#231;u et de la facult&#233; qui pr&#233;tend le conna&#238;tre et le ma&#238;triser, et se lance dans cette aventure en NIANT le fait qu'elle fait face &#224; une angoisse ind&#233;passable devant cet &#233;cart qui en fait ouvre sur un gouffre. Que cet &#233;cart soit le lieu de la manifestation de la puissance de la conscience, en fait son territoire doit nous interpeler sur sa capacit&#233; &#224; penser et l'espace et le temps, elle qui n'a en fait les yeux riv&#233;s que sur le gouffre et le risque d'y sombrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux histoires qui viennent s'ajouter &#224; cette conversation sur la danse et les marionnettes sont sur ce point tout &#224; fait &#233;difiantes. Elles mettent plus directement encore en sc&#232;ne ce qui est en jeu et ce que nous essayons de mettre en place &#224; partir des r&#233;flexion sur le cerveau bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une montre comment un homme devient en quelque sorte l'&#233;gal ou le double d'un dieu mais comment cela &#224; la fois ne peut avoir lieu qu'une fois et peut devenir la source d'une impossibilit&#233; m&#234;me de vivre. L'autre montre la relation entre inventivit&#233; humaine et puissance de la nature, nature qui est ici repr&#233;sent&#233;e par un ours capable de parer n'importe quel assaut port&#233; contre lui f&#251;t-ce par le meilleur et le plus inventif des escrimeurs, c'est-&#224;-dire par ce que l'esprit humain a pu produire de plus puissant en termes de capacit&#233; de feinte et de tromperie en vue de parvenir &#224; son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme qui prend la pose d'une statue grecque est comme un dieu durant un instant, mais ce geste, cette posture, il les a accomplis en quelque sorte hors conscience. Pas inconsciemment au sens freudien, mais hors du contr&#244;le qu'exerce la conscience sur nos actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ours, est, de son c&#244;t&#233;, en quelque sorte plus divin que l'homme car ce qu'il accomplit n'est accompli que dans l'instant et sans qu'aucune forme d'intention ne vienne interf&#233;rer avec la n&#233;cessit&#233; vitale qui est en jeu, &#224; savoir ici se prot&#233;ger d'une attaque. Il n'y a pas de possibilit&#233; de faire passer m&#234;me la feuille de cigarette d'un doute dans l'esprit de l'ours qui pourrait permettre &#224; quelque id&#233;e saugrenue de le troubler de l'int&#233;rieur et donc de l'emp&#234;cher de r&#233;ussir &#224; se d&#233;fendre. L'ours ne conna&#238;t pas le doute, ni le gouffre auquel la conscience, toute conscience, chaque conscience doit &#224; chaque instant faire face qu'elle y pense ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour l'homme, ce qui se produit c'est que la faille, le gouffre, l'&#233;cart, a &#233;t&#233; &#224; la fois tellement occult&#233; et ni&#233;, et en m&#234;me temps tellement rempli de toutes les fictions les plus inventives pour pouvoir &#234;tre en quelque sorte &#171; oubli&#233; &#187; qu'il s'est encore plus rempli de choses insignifiantes ou non, cela importe finalement peu, et s'est, pour les accueillir, en quelque sorte agrandi jusqu'&#224; prendre les dimensions de l'univers. M&#234;me ceux qui pourraient pr&#233;tendre parvenir &#224; passer par dessus ce tas de m&#233;moires encombrantes pour revenir &#224; l'&#233;tat originel d'avant la faute ne le pourraient pas car justement il y a toujours en lieu et place du gouffre innom&#233; parce qu'innommable, intention, langage, conscience, bref des forces agissantes qui viennent &#224; la fois d&#233;signer l'&#233;cart et l'agrandir pour pouvoir s'y loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.) Avant la faute&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kleist est l'un des auteurs qui s'est approch&#233; au plus pr&#232;s de ce que Jaynes a point&#233; dans la relation cerveau gauche-cerveau droit, et dans la relation homme-dieu. Mais aucune connaissance ne peut effacer ses origine techniques, comme le d&#233;montre Bernard Stiegler et donc ne peut abolir l'&#233;cart ni permettre la restauration de l'unit&#233; originelle. Nous savons d'autre part que cette unit&#233; originaire est un fantasme de type r&#233;troactif, car il n'y a du c&#244;t&#233; de l'origine ou de l'originaire non pas une unit&#233;, un dieu, le un, mais de la dualit&#233;, une dualit&#233; comme m&#233;canisme faisant fonctionner la pens&#233;e autrement que ne fonctionnent les pens&#233;es affid&#233;e &#224; l'Un. Il faudra &#233;videmment dans d'autres s&#233;ances revenir sur la question de l'unit&#233;, du un, du dieu unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous sommes au plus pr&#232;s de ce qui nous motive ici &#224; savoir d&#233;terminer ce qui continue d'exister, de ce fonctionnement bicam&#233;ral et qui est source d'invention singuli&#232;re en particulier artistique comme l'est l'&#339;uvre de Kleist. Cette puissance qui se manifeste en nous, en certains d'entre nous en tout cas, est un des points majeurs permettant de mettre en sc&#232;ne ce qui se joue dans la pens&#233;e, et dans la philosophie &#224; travers le nom d'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser ici que nous nous situons dans le domaine de la pens&#233;e allemande fortement marqu&#233;e par le protestantisme luth&#233;rien et que la question du p&#233;ch&#233; est centrale dans cette th&#233;ologie anti papiste. Quelque chose se joue comme on va le voir d'ici peu autour de cette &#171; origine &#187; fantasmatique, de cette origine imaginale, qui est pour nous &#224; comprendre comme une synth&#232;se particuli&#232;rement efficace de questions essentielles qu'elle fait exister et recouvre &#224; la fois. Car cette invention paulinienne d'un p&#233;ch&#233; originel est &#224; la fois une sorte de n&#233;gation de l'histoire telle qu'elle est v&#233;cue et pens&#233;e par les juifs et l'ouverture d'un nouvel &#171; espace-temps &#187; dans lequel le p&#233;ch&#233; comme origine marque finalement moins un commencement que le signal d'une fin possible, d'une fin de la souffrance dans laquelle vivent les hommes, aussi bien &#224; l'&#233;poque du Christ qu'&#224; celle de Luther et de Thomas M&#252;nzer par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas cependant quelque chose est mis en sc&#232;ne et occult&#233; en m&#234;me temps qui est une sorte de mauvaise nouvelle qu'il s'agit &#224; la fois d'exprimer et de cacher : le mal est l&#224; au moins en m&#234;me temps que ce qu'on appelle le bien et si l'on a invent&#233; ce paradis comme devant &#234;tre n&#233;cessairement perdu, c'est pour que le mal apparaisse comme pensable sans pour autant &#234;tre saisi dans &#171; son &#234;tre-m&#234;me &#187; qui est d'&#234;tre en quelque sorte &#171; premier &#187;, c'est-&#224;-dire l&#224; comme &#171; dimension de l'existence &#187; englobant le bien et pas l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mehdi Belhaj Kacem a dans &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, son opus magnum paru il y a deux ans, donn&#233; &#224; cette question toute la place qu'elle m&#233;rite. Nous aurons sans doute l'occasion d'y revenir dans d'autres s&#233;ances. Aujourd'hui, ce qui importe c'est de comprendre ce qui se joue entre les positions th&#233;ologiques n&#233;es de la r&#233;forme luth&#233;rienne m&#234;me quand elle s'opposent aux id&#233;es du Ma&#238;tre et de voir comment l'enjeu th&#233;ologique s'articule et se diff&#233;rencie de l'enjeu bicam&#233;ral dont Kleist est en quelque sorte porteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est en effet de savoir si l'ensemble de l'histoire des hommes est conditionn&#233;e par cet &#233;v&#233;nement originaire ? Que cet &#233;v&#233;nement soit imaginaire importe finalement peu, puisqu'il agit dans les consciences, il impr&#232;gne la vie de chaque homme, non seulement comme s'il avait eu lieu concr&#232;tement mais comme s'il engageait effectivement l'int&#233;gralit&#233; de l'humanit&#233; &#224; sa suite. Il d&#233;termine chaque vie singuli&#232;re, car personne n'est en quelque sorte dispens&#233; de croire &#224; cette &#233;poque, et l'existence de toute l'humanit&#233; de tous les hommes. Le p&#233;ch&#233; est le nom de ce qui conf&#232;re aux vies humaines &#224; la fois une direction et une signification mais aussi un cadre psychique et qui d&#233;termine ainsi leur vie affective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;ch&#233; est l'&#233;v&#233;nement unique - redoublant n&#233;anmoins celui de la cr&#233;ation du monde - qui vient rejouer sur une sc&#232;ne occup&#233;e alors par les hommes le geste originaire et le remplacer en ceci qu'il s'adresse &#224; la conscience et non &#224; la connaissance. Quelque chose s'&#233;crit avec lui qui est pos&#233; comme ind&#233;passable, &#224; la fois origine et donc commencement et fin pour les chr&#233;tiens du moins en ceci que l'accomplissement promis ne sera effectif que si l'homme, les hommes parviennent &#224; effacer ou recoudre ce coup de couteau qui a d&#233;chir&#233; le ciel du paradis, r&#233;parer ou effacer cette f&#234;lure qui s'est inscrite dans la chair de l'&#226;me, rendre caduque ce qui est apparu aux yeux de chaque homme une fois la chose ayant eu lieu, que l'impensable non seulement existe mais qu'il pourrait bien &#234;tre non seulement premier mais ind&#233;passable, insurmontable. Et cette chose c'est le mal. Et cette tentative d'abolir le mal et le disant second et en induisant qu'il est non seulement possible mais vital de tenter de le surmonter, op&#233;ration &#224; laquelle Hegel a donn&#233; le nom de Aufhebung, cette tentative, cette tentation faudrait-il dire, a constitu&#233; depuis deux si&#232;cles l'objectif &#224; atteindre de toutes les pens&#233;es qui ont vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pris sous un autre angle, il est aussi ce qui encadre l'existence et en tant que telle et fait que toute existence et toute l'existence est comme enkyst&#233;e dans le pi&#232;ge que constitue cet &#233;v&#233;nement qui ne cesse d'arriver et qui ne cesse pas de ne pas finir. C'est l&#224; le paradoxe que rel&#232;ve Kleist en tout cas et dont t&#233;moigne les deniers mots de &lt;i&gt;Sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes&lt;/i&gt; : la possibilit&#233; de revenir non pas au point de d&#233;part, &#224; la faute originelle, mais juste avant pour en quelque sorte voir comment il pourrait &#234;tre possible &#224; partir de la connaissance que nous avons de ce qui s'en est suivi, de lui &#233;chapper, au p&#233;ch&#233;, &#224; l'id&#233;e de p&#233;ch&#233;, au concept de p&#233;ch&#233;, d'&#233;viter qu'il ait lieu et ainsi d'offrir &#224; l'humanit&#233; bien plus qu'une r&#233;demption, la possibilit&#233; d'une vie absolument autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le texte : &lt;i&gt;&#171; Ainsi donc, de m&#234;me que deux courbes se coupent &#224; l'infini apr&#232;s un passage de part et d'autre d'un point, ou que l'image donn&#233;e par un miroir concave redevient soudain r&#233;elle apr&#232;s qu'elle se soit &#233;loign&#233;e &#224; l'infini ; de m&#234;me on retrouve la gr&#226;ce apr&#232;s la connaissance soit, pour ainsi dire, pass&#233;e par un infini ; de sorte que celle-ci se manifeste simultan&#233;ment, de la fa&#231;on la plus pure, dans un corps humain d&#233;pourvu de conscience ou qui en poss&#232;de une infinie, je veux die le pantin articul&#233; ou le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc, dis-je un peu distrait, que nous go&#251;tions &#224; nouveau &#224; l'arbre de la connaissance pour retomber en &#233;tat d'innocence. Absolument, r&#233;pondit-il ; c'est l'ultime chapitre de l'histoire du monde. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout Kleist tient l&#224; dans cette tentative r&#233;p&#233;t&#233;e et explor&#233;e &#224; nouveaux frais dans chaque &#339;uvre de comprendre &#224; la fois ce qui a eu lieu, comment et pourquoi &#231;a a eu lieu et de tenter de d&#233;couvrir comment il serait possible non pas d'effacer mais d'emp&#234;cher que cela arrive &#171; ainsi &#187;, en remontant non pas &#224; l'origine, mais avant, car alors il serait possible d'intervenir, d'agir pour que soit chang&#233; le cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si on voulait savoir comment c'&#233;tait avant le big bang en vue d'emp&#234;cher qu'il ait lieu ! Parce qu'on sait effectivement ce que cet &#233;v&#233;nement a eu comme effet, la diffusion sans limite du mal, c'est-&#224;-dire le constat de l'impossibilit&#233; pour les hommes de s'emp&#234;cher de le commettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'est le mal ? Simplement le fait de toujours vouloir plus comme le dit MBK dans son &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt; et de ne pouvoir s'emp&#234;cher de le faire, c'est-&#224;-dire de continuer encore et toujours &#224; vouloir plus, quel que soit &#171; l'objet &#187; vis&#233; par ce vouloir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_luther.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH357/1_luther-77770.jpg?1651344090' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martin Luther
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II : effectivit&#233; de l'affectivit&#233;, une lecture de Micha&#235;l Kolhaas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.) Michael Kohlhaas, l'obsession de la justice et l'impossible &#171; d&#233;passement &#187; de la faute&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet, c'est le texte de Kleist, mais il ne peut &#234;tre approch&#233; sans que soient faites des incursions dans le champ de l'histoire et de la th&#233;ologie protestante. En effet, l'histoire de MK est au moins pour le premier tiers de l'histoire largement inspir&#233;e de celle de Thomas M&#252;nzer l'un des plus importants th&#233;ologiens et l'un des meneurs des grandes r&#233;voltes des paysannes qui ont secou&#233; l'Allemagne - qui n'&#233;tait pas encore unie loin s'en faut - entre 1524 et 1526 et dont les positions accept&#233;es au d&#233;part par Luther seront finalement combattues par lui. Luther en effet se tournera enti&#232;rement du c&#244;t&#233; des princes contre les paysans, participant &#224; sa mani&#232;re &#224; l'&#233;crasement de cette r&#233;volte qui fera au moins 100.000 morts directs et plongera dans la mis&#232;res la grande majorit&#233; des paysans pendant plusieurs ann&#233;es. Cependant, des am&#233;liorations notables de leurs statuts et de leurs droits sont imputables &#224; cette r&#233;volte et au vent de libert&#233; singulier qu'elle a fait souffler dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler que Martin Luther (1483-1526) est cens&#233; avoir placard&#233; ses 95 th&#232;ses sur les portes de l'&#233;glise de la Toussaint de Wittemberg le 31 octobre 1517. il faut aussi dire qu'il est un personnage de la nouvelle de Kleist et qu'il joue le m&#234;me r&#244;le vis &#224; vis de MK qu'il a jou&#233; vis &#224; vis de M&#252;nzer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire se comprendra d'elle-m&#234;me &#224; mesure que nous allons la suivre, il n'est donc pas n&#233;cessaire de la raconter par le d&#233;tail, cela entra&#238;nerait en effet trop loin de notre chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'enjeu de ce r&#233;cit ? La foi, la fonction de la foi, les possibilit&#233;s offertes par la foi de changer le cours des choses. Et d'entr&#233;e quelque chose s&#233;pare Kleist de la th&#233;ologie protestante : le fait que la foi chez Kleist est inscrite dans la r&#233;alit&#233;, dans le jeu des forces agissant dans le monde et qu'elle n'est pas r&#233;duite &#224; l'enjeu luth&#233;rien de la relation directe de l'individu &#224; dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour MK la foi est l'instrument qui permet de mesurer les affects et les sentiments. Et parmi eux l'affect ou le sentiment majeur, car il n'y a pas d'affect hors des situations offertes par la r&#233;alit&#233;, que vise la foi n'est autre que la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MK a foi dans la justice et ce qu'il demande, face &#224; la situation v&#233;cue par lui, la r&#233;tention par un prince de ses chevaux au motif d'une loi nouvelle entre deux principaut&#233;s qui lui aurait interdit ce qu'il faisait jusqu'alors sans passeport ni papiers et le refus de ce prince de les lui rendre ce qui le pousse &#224; porter plainte contre lui et pour faire court &#224; voir dans un premier temps sa plainte d&#233;bout&#233;e. Le motif est nul et non avenu pour MK et il sait que le refus de statuer en sa faveur, de dire le droit donc est d&#251; &#224; la collusion entre le prince et le juge. Une affaire de classe somme toute banale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi est l'instrument de mesure permettant de savoir dans quel &#233;tat est le monde. Il n'y a pas de foi abstraite ou absolue et si elle existe, elle ne peut que se vivre dans des situations. Elle est ce qui anime MK jusqu'au bout : sa foi en la justice. Il tente de faire exister dans les faits la croyance qui l'anime. Celle croyance c'est que le droit ne peut ni ne doit &#234;tre bafou&#233; par qui que ce soit. Et c'est l'impossibilit&#233; de faire valoir le droit qui va le conduire dans un premier temps &#224; vendre tous ses biens et &#224; lever une arm&#233;e de gueux pour combattre les princes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; dans la doctrine luth&#233;rienne la vie est une sorte d'enfer, m&#234;me si cela n'est pas dit ainsi, et seule la mort d&#233;livre comme l'&#233;nonce la 13e th&#232;se (la mort d&#233;lie de tout) comme seule la foi int&#233;rioris&#233;e permet de supposer qu'on peut &#234;tre sauv&#233; (&#202;tre sauv&#233;, le salut, c'est accomplir la loi) (de la libert&#233; du chr&#233;tien DLC, p. 35 intro) et le titre du premier paragraphe de &lt;i&gt;De la libert&#233; du chr&#233;tien&lt;/i&gt; : L'&#226;me peut se passer de tout sauf de la parole de dieu. (p. 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.) Affect et enthousiasme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kleist, qui vit plus de deux si&#232;cles apr&#232;s la r&#233;forme et la r&#233;volte de paysans et qui publie MK en 1810, il s'agit d'autre chose. La vie est en fait une sorte de coup mont&#233; permanent (p. 1250) Il faut voir l&#224; non pas une la&#239;cisation mais bien un d&#233;placement de la question du salut et de la foi dans l'existence des hommes. Ici, la mesure c'est le droit. Le droit est la balance de la vie psychique. L'espoir d'une forme de salut est d&#233;j&#224; inscrit dans la vie m&#234;me. C'est ce qui permet &#224; MK de se lancer dans cette aventure risqu&#233;e et apparemment absurde, le fait qu'il introjette le droit comme valeur absolue et qu'il en fait le support de ses affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment majeur que Kleist met en avant c'est qu'&#224; la relation Foi / Raison qui est au c&#339;ur de la pens&#233;e r&#233;form&#233;e il associe la relation Affect / Droit. C'est l'introduction des affects comme moteur de l'action humaine et fondement du respect de l'ordre &#233;tabli par le droit qui inscrit sa pens&#233;e dans ce cadre &#171; bicam&#233;ral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qui persiste et insiste, non pas une foi li&#233;e &#224; une entit&#233; abstraite s&#233;par&#233;e de la vie, mais une foi ent&#233;e dans l'existence m&#234;me et dont la manifestation est une sorte d'enthousiasme apparemment d&#233;raisonnable. On se souvient que l'enthousiasme signifie en grec un &#171; d&#233;lire sacr&#233; qui saisit l'interpr&#232;te de la divinit&#233; ; un transport, une exaltation, celle du po&#232;te sous l'effet de l'inspiration par exemple. MK est un exalt&#233; du droit, forme mondaine de la justice. Et cet enthousiasme est au sens strict une survivance bicam&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi et en quoi ? En ceci que l'enthousiasme est la traduction d'un affect &#171; indiff&#233;renci&#233; &#187; mais puissant et d&#233;clench&#233; par la puissance d'attraction de la justice et donc orient&#233; vers le bien ou la justice. Et cet affect pousse &#224; faire un choix qui est mis en &#339;uvre en quelque sorte imm&#233;diatement (on se rappelle de ce que l'on a dit sur la Sanseverina). L'enthousiasme est donc une puissance d&#233;cisive en ce qu'il entra&#238;ne une prise de &#171; d&#233;cision &#187; &#224; la fois imm&#233;diate et irr&#233;versible. Et on retrouve l&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce qui caract&#233;rise le dieu ou les dieux tels qu'ils interviennent dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi comprendre que ce qui se produit dans ce r&#233;cit a une dimension anecdotique, disons pour faire vite le vol de deux chevaux. Il faut noter que ce vol n'est pas le fait de bandits mais de princes qui se r&#233;clame du droit, d'une nouvelle pour s'autoriser &#224; les pr&#233;empter lors du passage de MK sur leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est par l'anecdotique que se produit ce qui est le pire qui puisse arriver, une rupture dans l'ordre des choses, du monde, dans l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral auquel une soci&#233;t&#233; est parvenue. L'incident est en fait une r&#233;p&#233;tition de la faute originelle au sens que Kleist lui donne dans le th&#233;&#226;tre de marionnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.) Rupture de l'ordre : &#233;cart et temporalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que nous retrouvons ce que l'on pourrait appeler le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral bicam&#233;ral (on comprend que c'est bien l&#224; une interpr&#233;tation et un usage tout &#224; fait personnel des th&#232;ses jaynesiennes), &#224; savoir le fait que cette rupture de l'ordre ouvre une br&#232;che sur un gouffre incommensurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ce qui a lieu en s'&#233;talant sur plusieurs si&#232;cles entre la fin du VIIIe si&#232;cle BC et le d&#233;but du Ve si&#232;cle BC en Gr&#232;ce, et qui consiste en cette perte du fonctionnement bicam&#233;ral et son remplacement lent et douloureux par la m&#233;canique de la conscience, mais surtout par cette chose rarement ou jamais &#233;voqu&#233;e qu'est le gouffre qui s'ouvre pour les humains lorsqu'ils commencent par apercevoir ce qui se produit lors que les dieux se retirent : une d&#233;flagration de ce qu'on appelle le mal et surtout l'absence de r&#233;gulation pour le vivre l'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; le penser et &#224; faire face &#224; cette brisure dans l'ordre des choses qui a pour cons&#233;quence irr&#233;m&#233;diable le l&#226;cher du fauve insatiable qu'est mal. Ce qui vient palier &#224; ce d&#233;ferlement, pour Kleist, ce n'est pas tant dieu que le droit, l'un &#233;tant &#233;gal &#224; l'autre si l'on voit en dieu l'&#234;tre qui est capable de mettre en &#339;uvre un principe de justice et de permettre aux hommes de s'y r&#233;f&#233;rer pour vivre eux aussi dans la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelque chose permet de se lever face &#224; d&#233;ferlement d'y faire face, et c'est chez Kleist l'&#233;l&#233;vation &#224; la hauteur d'un symbole ayant pouvoir d'attraction affective fort d'une cause noble, faire respecter le droit, incarnation de dieu parmi les hommes si l'on veut. Et c'est d'accorder un primat &#224; l'affect, au sentiment qui inscrit Kleist dans une dimension bicam&#233;rale. Il est comme port&#233; et emport&#233; par une forme d'enthousiasme qui est comme on le sait un d&#233;lire sacr&#233; qui saisit l'interpr&#232;te de la divinit&#233; ou un transport, une exaltation du po&#232;te sous l'effet de l'inspiration. La palinodie de Socrate dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; de Platon en est l'une des manifestations dans le champ de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il importe de noter maintenant, c'est la &#171; temporalit&#233; &#187; que cet &#233;cart, cette brisure met &#224; jour et fait exister comme dimension cardinale de la r&#233;alit&#233; du moins celle v&#233;cue par MK. Ce qu'il vit comme une brisure dans l'ordre des choses, comme une rupture de l'&#233;quilibre, entra&#238;ne l'ouverture d'un espace-temps nouveau, abstrait, d'un second plan de consistance dirait Deleuze doublant celui dans lequel se produisent les &#233;v&#233;nements r&#233;els. Et ce plan est tout entier d&#233;limit&#233; par la distinction entre un AVANT et un APR&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour MK, cet espace-temps prend la place de la temporalit&#233; qui gouverne les faits et gestes de chacun dans le quotidien. D'une certaine mani&#232;re cela implique &#224; la fois que pour lui &#171; le temps &#187; n'existe plus ou alors qu'il a pris un autre visage. Cet autre visage du temps ressemble &#224; celui dans lequel vivaient les h&#233;ros grecs, &#224; ceci pr&#232;s qu'il s'inscrit non plus dans un monde gouvern&#233; par les dieux mais dans un monde gouvern&#233; par la faute et dans lequel le dieu qui est cens&#233; avoir fait le monde et en prendre soin ne se manifeste gu&#232;re sinon de mani&#232;re intempestive et impr&#233;visible et finalement peu lisible, voire incompr&#233;hensible pour les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AVANT d&#233;signe le monde en tant qu'il est ordonn&#233; et justement suit &#224; peu pr&#232;s un cours normal, c'est-&#224;-dire dans lequel le droit et la justice m&#234;me de mani&#232;re imparfaite r&#232;gnent. APR&#200;S d&#233;signe le but de l'action de MK qui consiste &#224; vouloir r&#233;tablie ce qui a &#233;t&#233; bris&#233; ou d&#233;fait. Il faut que le monde redevienne COMME AVANT et que la vie et le droit dont les ligne ont &#233;t&#233; sectionn&#233;es retrouvent leur coh&#233;rence commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce texte, l'action de ce texte du point de vue de MK &#233;videmment, qui fait &#233;cho en plus d'un sens &#224; l'aventure des anabaptistes qui ont tent&#233; de prendre &#224; la lettre les pr&#233;ceptes luth&#233;riens, l'action de ce roman donc, se situe dans une sorte de MAINTENANT &#224; la fois ind&#233;passable et insupportable. MK agit COMME SI il ne pouvait pas l&#226;cher les deux bords, les deux bouts, l'avant et l'apr&#232;s, car cela risquerait d'entra&#238;ner TOUTE la r&#233;alit&#233; dans le gouffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; une faute inexpiable mais trop &#233;v&#233;nementielle pour ne pas pouvoir &#234;tre &#171; d&#233;pass&#233;e &#187;. De l'autre, une sorte d'effacement possible de cette faute qui permettrait de rendre au monde une certaine coh&#233;rence &#171; divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MK est, si l'on veut bien passer outre l'anachronisme, un envoy&#233; du monde des dieux qui en se situant sur un autre plan de consistance que celui de la soi-disant r&#233;alit&#233;, envoie ses messages, - ses actes, ses requ&#234;tes, etc... - dans le monde r&#233;el pour lui signaler, &#224; ce monde et &#224; ceux qui le hantent, ce qui l'affecte lui et qu'il et ils ne semblent pas remarquer de ne pas le &#171; vivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourquoi se battre pour cette chose &#224; la fois tr&#232;s concr&#232;te, r&#233;cup&#233;rer ses chevaux gr&#226;ce &#224; un jugement &#233;quitable, mais le faire sans regarder aux moyens m&#234;me si ceux-ci impliquent de se soulever et d'entra&#238;ner avec soi des hommes dans la s&#233;dition et de mettre le feu &#224; des villes et &#224; se battre contre les arm&#233;es des princes, contre les tenants de l'ordre donc et ainsi de se mettre HORS LA LOI ? Parce que combler l'&#233;cart est le seul moyen de reconnecter le plan de consistance de la r&#233;alit&#233; avec celui dans lequel le droit et la justice sont respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit la situation de MK est en quelque sorte schizo&#239;de ! Cet &#233;cart, on pourrait l'appeler schize en donnant comme toujours &#224; cette schize une signification metapsychique, philosophique et n&#233;anmoins concr&#232;te, au sens ou un concept peut en effet permettre de trancher dans le corps du croyable disponible et permettre de repenser les partages soi-disant d&#233;finitifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est le suivant parvenir &#224; faire &#224; nouveau co&#239;ncider le monde r&#233;el gouvern&#233; par le mal et le monde id&#233;el dans lequel les affects et parmi eux le sentiment d'injustice v&#233;cu comme insupportable et la raison fonctionnent de concert. Il s'agit de purger le monde d'un ordre fond&#233; sur une raison li&#233;e au mensonge et ayant fait son lit dans la duplicit&#233;, soutenant et utilisant la duplicit&#233; et donc le mal, en r&#233;introduisant non pas LE BIEN, mais des &#233;l&#233;ments justes l&#224; o&#249; la justice a &#233;t&#233; bafou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.) L'&#233;pisode des mandements ou MK et Luther&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MK qui voit que ses d&#233;marches n'avancent pas se d&#233;cide &#224; clouer sur les murs des mandements, autant dire des libelles adress&#233;es &#224; la population et demandant qu'on soutienne sa cause. La progression dans le vocabulaire des exigences et des appels montre que MK se comporte comme s'il devenait lui-m&#234;me &#171; dieu &#187;, ou, comme Luther y engageait ceux qui le lisaient ou l'&#233;coutaient &#224; faire fond sur leur foi, ce qui suffisait &#224; les assurer en quelque sorte du salut. En tout cas (p. 1277) dans un de ses mandements il se d&#233;clare, dit le texte de Kleist &#171; le repr&#233;sentant sur terre de l'archange Michel, porteur du glaive et de la flamme, venu pour ch&#226;tier, en tous ceux qui prendraient le parti du Baron, la perfidie o&#249; sombre le monde entier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize peut &#234;tre prise comme une dimension psychologique propre &#224; l'individu Kohlhaas, ou alors &#234;tre prise comme une dimension de la relation individu &#8211; soci&#233;t&#233;. Dans ce cas, elle n'est pas de son fait, on l'a vu, mais elle est ce qui de cette relation devient visible, devient manifeste, &#171; en lui &#187;, en cela qu'il choisit un bord comme p&#244;le de lancement de son &#233;nergie en vue de parvenir &#224; rejoindre l'autre bord et &#224; r&#233;tablir l'ordre juste. Et cet autre bord, on l'a compris ne fait que s'&#233;loigner &#224; mesure m&#234;me qu'on tente de s'en rapprocher. Luther est alors convoqu&#233; en personne dans le roman et prend parti contre MK. &#171; ton lot sur terre c'est la potence &#187; (p. 1279) dit le premier courrier qu'il envoie au rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et commence ici un moment du texte qui participe directement d'une discussion sur les th&#232;ses luth&#233;riennes. On apprend que le baron n'a jamais eu connaissance de la plainte de MK et Luther convaincu &#224; son tour de la bonne foi de MK lui indique qu'il est d'accord avec lui sur le fond, sur l'injustice dont il fait l'objet mais l'incite, lui MK, &#224; pardonner le baron. Et MK semble presque dire que s'il avait su ce que cela lui avait demand&#233; comme sacrifices, il le ferait, mais que c'&#233;tait en quelque sorte TROP TARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'avais su&#8230; peut-&#234;tre aurais-je fait comme vous dites, r&#233;pond MK, mais, puisque cela m'a co&#251;t&#233; si cher, eh bien ! Que l'affaire suive son cours. &#187; (p. 1283). Nous sommes &#224; peine &#224; la moiti&#233; du texte&#8230; l'aventure en fait ne fait que commencer ou plut&#244;t elle va atteindre son second niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit MK ressemble &#224; ce que dit la Sanseverina. M&#234;me si le d&#233;pliement temporel est plus long entre d&#233;cision et acte, l'acte une fois lanc&#233; et m&#234;me ou surtout s'il implique la mobilisation de toutes les forces de l'imp&#233;trant, l'acte donc doit &#234;tre assum&#233; et pouss&#233; ou port&#233; aux limites de ses cons&#233;quences. Il n'y a pas de retour en arri&#232;re possible pour MK. Le seul retour en arri&#232;re possible ou pensable est celui qui doit se produire sur le plan de consistance des id&#233;es dans les t&#234;tes de ceux qui sont pris dans cette affaire afin de permettre un retour &#224; la situation d'avant cette &#171; crise &#187; par l'accomplissement de la justice et le restitution des chevaux. Nous sommes dans un sch&#233;ma typiquement schiz&#233;, jaynesien donc, ou de type double-bind, dans lequel entre la d&#233;cision et l'acte et entre l'acte entre la poursuite du but et l'acc&#232;s &#224; ce but, rien ne peut interf&#233;rer qui emp&#234;che d'y parvenir. L'affectivit&#233; vaut effectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour clore ce moment d'&#233;change entre Luther et MK, Luther comprenant les arguments de MK rendant impossible pour lui le pardon du baron, il prend une d&#233;cision qui consiste &#224; accepter d'aider MK en lui &#233;crivant un lettre proposant qu'on l'amnistie et qu'on lui rende justice, mais il refuse &#224; MK la sainte communion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous fait un instant revenir au texte luth&#233;rien, car l'enjeu est essentiel pour le roman comme sur d'autres plans. En effet, ce que fait Luther dans le roman et ce qu'il propose aussi dans ses th&#232;ses et dans ses textes, c'est d'&#233;tablir un mur infranchissable en tout cas aux yeux de la collectivit&#233; entre homme int&#233;rieur qui est le &#171; lieu &#187; dans lequel la foi se manifeste ou s'exerce et l'homme ext&#233;rieur dans lequel il accomplit ses &#339;uvres. Et l'un doit rester herm&#233;tiquement s&#233;par&#233; de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'image que nous avons du luth&#233;rianisme ou du protestantisme qui a depuis d&#233;velopp&#233; une forte propension pour la r&#233;ussite sociale, celle-ci pouvant &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme un signe de gr&#226;ce divine pos&#233; sur ceux qui r&#233;ussissent. Mais c'est pourtant bien ce que Luther, avant de se ranger du c&#244;t&#233; des princes et contre Thomas M&#252;nzer et les paysans qui avaient pris pour base de leur action la pens&#233;e luth&#233;rienne, dit et &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un petit texte &#233;difiant intitul&#233; &lt;i&gt;De la libert&#233; du chr&#233;tien&lt;/i&gt;, on voit ce sch&#233;ma se mettre en place. (Ed. Aubier Montaigne, coll. foi vivante, 1969)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 6 on peut lire ce constat &#233;difiant et sans espoir : &lt;i&gt;&#171; la parole qui accorde si grande gr&#226;ce doit &#234;tre telle &#8211; et telle elle est en effet &#8211; que tu entendras ton dieu te dire que toute ta vie et tes &#339;uvres ne sont rien aux yeux de dieu, mais que tu es destin&#233; &#224; la perdition &#233;ternelle ainsi que tout ce qui est en toi. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 50) Comment ne pas voir une sorte d'apologie du mal dans un tel aveu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 9, on peut lire le contrepoint de cet aveu terrible : &#171; Si tu crois tu obtiendras, si tu ne crois pas, tu n'obtiendras rien. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 54). Et ce &#224; quoi la foi peut en effet conduire, c'est au grand nettoyage de l'&#226;me, &#224; l'effacement de toute forme de duplicit&#233; qu'elle abrite par nature et par n&#233;cessit&#233; en son sein. &lt;i&gt;&#171; Ainsi l'&#226;me ne d&#233;tient que mal et que p&#233;ch&#233; : ils deviennent propri&#233;t&#233; du Christ. Alors s'instituent cette joute et cet &#233;change joyeux : puisque le Christ, Dieu et homme, n'a encore jamais p&#233;ch&#233; et que sa justice est invincible, &#233;ternelle et toute puissante, il s'approprie les p&#233;ch&#233;s de l'&#226;me croyante, gr&#226;ce &#224; l'anneau nuptial de celle-ci (c'est-&#224;-dire gr&#226;ce &#224; sa foi) et tout se passe comme s'ils les avait commis, c'est-&#224;-dire que les p&#233;ch&#233;s doivent s'engloutir et se noyer en lui. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait des heures pour commenter ces pages. Retenons simplement que ce que Luther met en place c'est un mur cens&#233; &#234;tre &#233;tanche entre l'&#226;me et le monde et dont la fronti&#232;re et la porte qui entretient cependant la relation entre Dieu et les hommes est la foi. &lt;i&gt;&#171; Mais si quelqu'un n'a pas la foi dans le Christ, rien en tourne &#224; son profit, il est esclave de toutes choses, tout chose doit &#234;tre pour lui source de scandale, de plus sa pri&#232;re n'est pas agr&#233;able, elle ne parvient pas non plus jusque devant dieu. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, chapitre 16, p. 64).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer donc que ce mur ou ce plafond de verre entre Dieu et les hommes peut &#234;tre pass&#233; mais que seul Dieu ou son fils qui est aussi Dieu peut accomplir de passage, ce saut. Et seule l'&#226;me peut y parvenir, mais ni le corps, ni les &#339;uvres, c'est-&#224;-dire les actes dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici en passant que ce mur de s&#233;paration &#233;tanche, infranchissable par l'homme mais surmontable par l'&#226;me &#224; condition que Dieu le veuille, met en sc&#232;ne une dualit&#233; d'un genre qui peut nous sembler bien connu mais qui n'est que rarement approch&#233; &#224; partir d'autres crit&#232;res que ceux qui la fondent. Il y aurait entre l'&#226;me et le corps, et cela depuis plus de deux mill&#233;naires une c&#233;sure et un mur les s&#233;parant. La radicalit&#233; de cette s&#233;paration est pouss&#233;e &#224; sa plus haute limite par Luther, car il ent&#233;rine en quelque sorte l'impossibilit&#233; par des moyens humains le fait de parvenir &#224; un contact avec dieu. La FOI dont il parle reste une sorte de concept extr&#234;mement abstrait. Il balaie d'un trait, par exemple, et pour ne parler que du domaine allemand l'ambition de la grande mystique rh&#233;nane dont Ma&#238;tre Eckart (1260-1327) est le plus illustre repr&#233;sentant. Sur ce point il faudra revenir en d&#233;tail &#224; partir d'autres textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc l&#224; en fait le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du roman de Kleist. Car comme on va le voir les choses vont changer et la suite va raconter, comment dans le monde de MK sa plainte va encore venir buter sur ce mur de s&#233;paration, jusqu'&#224; finir, il est vrai par parvenir non pas &#224; Dieu, mais &#224; celui qui en occupe la place dans le champ de la r&#233;alit&#233; dans laquelle le droit s'applique et dont il est &#224; la fois le garant et celui qui l'administre. MK va parvenir &#224; toucher &#171; dieu &#187; qui est le prince &#233;lecteur de saxe, c'est-&#224;-dire que sa plainte va &#234;tre connue de lui et donc la l&#233;gitimit&#233; de sa d&#233;marche. Un &#233;v&#233;nement va venir, &#233;videmment, encore une fois tout compromettre comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant il importe de noter rapidement deux &#233;tapes dans l'&#233;volution de l'histoire, c'est-&#224;-dire de la question pos&#233;e : comment parvenir &#224; se faire entendre de dieu ou de son repr&#233;sentant afin que celui-ci r&#233;tablisse la justice dans un cas &#224; la fois banal mais essentiel puisque &#224; travers lui c'est tout le droit qui est bafou&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va assister p. 1289 &#224; un d&#233;doublement des plans de consistance sur lesquels l'histoire se d&#233;ploie. L'affaire va &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l&#233;gitime sur le plan de d&#233;part, le vol des chevaux par le baron et ill&#233;gitime sur le plan de la r&#233;action de MK. Sa r&#233;volte est consid&#233;r&#233;e comme criminelle. MK accepte ce nouveau partage dans la mesure o&#249; le point de d&#233;part est reconnu comme l&#233;gitime. Une succession d'incidents va s'en suivre, il va renouer avec l'un de ses acolytes qui lui n'&#233;tait qu'un forban profitant de la r&#233;volte pour s'enrichir. Il va donc lui, MK, &#234;tre &#224; nouveau d&#233;consid&#233;r&#233; dans sa qu&#234;te. En fait, rappelons-nous de ce qui a &#233;t&#233; dit au d&#233;but : la vie continue d'&#234;tre un coup mont&#233; permanent. MK ne peut se fier &#224; personne, chaque jour apporte son lot de mensonges de tromperies et repousse donc toujours PLUS LOIN le p&#244;le qu'il vise &#224; atteindre, la restauration du droit et de la justice par des actes concrets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ira si mal que MK r&#234;vera un instant de fuir l&#224;-bas fuir, loin, l&#224;-bas, hors du monde. Mais cela ne durera pas. Son histoire arrivant aux oreilles du souverain tout redevient possible. Dieu ou son repr&#233;sentant dans la r&#233;alit&#233; sociale et dans le domaine du droit va enfin pourvoir r&#233;gler l'affaire et rendre justice &#224; la requ&#234;te originelle de MK. Oui en effet ! Tout semble enfin aller pour le mieux dans le presque meilleur des modes possibles. Quand tout &#224; coup !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_mu_ntzer.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH498/4_mu_ntzer-c6c9f.jpg?1651344090' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Thomas M&#252;nzer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie III : Sur la capsule au cou de Kohlhaas ou comment l'affectivit&#233; gouverne le monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.) La capsule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans donc nous appesantir sur le nombre incalculable de rebondissements m&#233;nag&#233;s par Kleist, venons-en &#224; celui qui va entra&#238;ner l'histoire sur un nouveau plan et nous conduire &#224; questionner ce qu'il en est de la foi lorsqu'elle est relation avec un dieu &#171; abstrait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il se rend &#224; Berlin, ayant &#233;t&#233; fait prisonnier mais parce qu'on lui avait promis qu'il allait rencontrer le Prince &#233;lecteur, MK est convi&#233; &#224; un moment de son trajet en cal&#232;che &#224; boire quelque chose de la part de riches inconnus qui sont en attente du passage du gibier lors d'une partie de chasse. Une femme, H&#233;lo&#239;se, qui accompagne le Prince, curieuse de ce personnage dans sa cal&#232;che, d&#233;sire donc l'inviter &#224; se rafra&#238;chir avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux, les nobles donc, parmi les quels se trouve le Prince &#201;lecteur, celui que MK veut et doit rencontrer pour faire entendre sa requ&#234;te, sont d&#233;j&#224; passablement &#233;m&#233;ch&#233;s. La femme, pour ne pas impressionner celui qu'elle invite et dont elle ignore tout &#224; et instant, dit au Prince qu'il doit cacher sous ses v&#234;tements la cha&#238;ne qui est le signe de sa dignit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; ce qui se produit : l'homme dans le carrosse est en fait MK&#8230; jusque l&#224; rien de grave. Cependant, le prince, dont MK ignore qu'il est le prince, remarque lorsqu'il se d&#233;fait de son v&#234;tement de voyage pour boire le verre que l'homme, MK donc, porte &#171; &#224; son cou une capsule de plomb suspendue &#224; un cordon de soie. &#187; (p. 1319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prince va lui demander ce que cela signifie et ce que cette capsule contient, MK lui raconte une histoire, celle d'une rencontre qu'il avait faite avec une tzigane diseuse de bonne aventure mais de grande r&#233;putation. Ou plus exactement de la mani&#232;re dont cette tzigane qui disait la bonne aventure &#224; des seigneurs, s'avan&#231;a soudain vers lui qui &#233;tait dans la foule et lui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tiens ! Si ce seigneur veut savoir ce que j'ai &#233;crit sur ce papier qu'il te le demande &#224; toi ! Et ce disant, monseigneur, elle me tendit de sa main osseuse et d&#233;charn&#233;e, le billet que voil&#224;. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1320). Et quand il lui demande ce que c'est d'une part elle l'appelle par son nom MK et d'autre part elle lui dit &lt;i&gt;&#171; c'est une amulette. Conserve l&#224; pr&#233;cieusement, un jour elle te sauvera la vie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours chez Kleist, le rebondissement ne fait que commencer &#224; pousser ses effets en cascade. L'homme qui avait vu son destin scell&#233; dans cette capsule et dont il ignore tout n'&#233;tait autre que le Prince &#233;lecteur qui incognito dans cette sc&#232;ne, retrouve donc cet homme et avec lui la possibilit&#233; de savoir ce que contient ce billet dont il sait seulement qu'il contient : &lt;i&gt;&#171; le nom du dernier r&#233;gnant de ta maison, l'ann&#233;e ou il perdra le pouvoir et le nom de celui qui le lui prendra par la force. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1330)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous y sommes ! C'est le temps d'avant celui du Dieu unique du Christ et de la r&#233;forme qui vient percuter le monde dans lequel vivent MK et les autres ! C'est le temps de la divination, le temps des oracles, le temps du temps sans attente et dans lequel ce qui remplace l'attente est la connaissance possible de certains &#233;l&#233;ments de l'avenir. Le temps ante-historique vient percuter le temps historique, le pass&#233; imm&#233;morial et cens&#233;ment aboli par le nouveau Dieu fait un retour en force et vient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.) Le renversement de perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui importe dans ce renversement ? Il y a l'anecdote &#233;videmment et les effets qu'elle produit&#8230; et toute la question est l&#224; : qu'est-ce que cette histoire de capsule modifie ? Pas seulement la position des personnes concern&#233;es m&#234;me si cela est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la relation g&#233;n&#233;rale entre les &#233;l&#233;ments qui composent la soci&#233;t&#233; &#224; savoir les individus qui composent la soci&#233;t&#233;, la loi et le droit exerc&#233;s par des autorit&#233;s cens&#233;es &#234;tre du c&#244;t&#233; de la justice et enfin le pouvoir politique au niveau symbolique le plus haut repr&#233;sent&#233; par les princes et donc l'empereur (p. 1326)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette relation, cet &#233;quilibre si l'on veut qui est cens&#233; r&#233;gner dans la soci&#233;t&#233;, a &#233;t&#233; bafou&#233;, on l'a vu, du point de vue de MK. Bafou&#233; une fois par le comportement des princes qui lui volent ses chevaux, par le comportement de MK qui se laisse emporter par son d&#233;sir de justice au point, lui aussi, de d&#233;passer les limites de ce qui est juste et finalement un prince qui se voit &#224; son tour emport&#233; par un d&#233;sir irr&#233;pressible et qui pour cela est pr&#234;t &#224; tout pour &#171; sauver &#187; sa vie en acc&#233;dant &#224; la connaissance du futur (une chose tr&#232;s pa&#239;enne s'il en est et en tout cas pas chr&#233;tienne) y compris &#224; obtenir une amnistie devenue ill&#233;gale pour MK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait l'enjeu est essentiel en ceci qu'il gouverne toute notre relation &#224; nous-m&#234;mes et aux autres. Nous voyons s'affronter dans ce roman deux approches de la justice et de l'individu qui se r&#233;v&#232;lent absolument incompatibles parce que bas&#233;es sur deux conceptions oppos&#233;es m&#234;me si elles pourraient se rapprocher sous certaines conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'appuie sur l'autorit&#233; acquise au cours de l'histoire et qui fonctionne sur deux piliers : l'autorit&#233; reconnue de la religion de l'&#233;glise et de l'&#233;tat et de ceux qui les repr&#233;sentent en ceci que cette autorit&#233; fait fond sur les v&#233;rit&#233;s de l'&#233;glise et sur une raison s'appuyant sur le droit pour r&#233;guler la soci&#233;t&#233;. Mais ces valeurs sont v&#233;cues par ceux qui les portent comme abstraites au sens o&#249; d'une part il n'est pas possible de les mettre en cause et comme intangibles au sens o&#249; il n'est pas possible de mettre ne cause ceux qui les portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde s'appuie sur le respect de l'autorit&#233; de la religion et du droit dans la mesure ou les d&#233;cisions prises par leurs repr&#233;sentants sont justes et sur la puissance affective qui lie les sujets singuliers &#224; une justice effective. Ce qui lie les hommes &#224; la soci&#233;t&#233; ce sont les affects et les faits et non pas les valeurs et les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; tout l'enjeu de ce roman ou du moins de ce qu'il met en sc&#232;ne et en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier plan est donc celui du fonctionnement &#171; normal &#187; de la soci&#233;t&#233; dont tous les membres respectent grosso modo les lois et qui dans le cas contraire parvient &#224; faire r&#233;gner l'ordre et r&#233;parer les erreurs ou les fautes, qu'importe ici. Le continuum social est le meilleur garant contre l'irruption du mal et la fonction des lois est bien d'emp&#234;cher que la moindre petite entaille ne finisse par produire une d&#233;chirure irr&#233;parable, et ainsi une porte ouverte au d&#233;ferlement de la violence de l'injustice autant dire du mal. L&#224;, c'est la raison abstraite qui doit r&#233;gner et &#234;tre capable de prendre en compte les incidents individuels et les affects individuels susceptibles d'&#234;tre malmen&#233;s par un non respect des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second plan est celui des affects. Il est le composant majeure des individus qui certes peuvent accepter de se soumettre &#224; la raison, &#224; la loi, de respecter la justice, mais qui en tant que tels sont d'abord affectifs et ensuite raisonnables et qui donc en cas de brisure du &#171; contrat &#187; implicite / explicite qui les lie aux autres par le truchement des lois peuvent se laisser emporter par leurs affects. Mais ces affects ne sont pas l'incarnation ou porteur du mal en tant que tels. Ils sont au contraire, c'est ce que cherche &#224; faire exister MK, le soubassement le plus profond et le plus l&#233;gitime de l'ordre social et de la rectitude des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que la petite d&#233;chirure anecdotique, le vol des chevaux, au niveau des individus, devient sur le plan social une d&#233;chirure &#224; la fois immense et qu'il est difficile voire impossible de r&#233;parer. Car le mal ne vient pas des affects mais du fait que certains ont le droit de les imposer &#224; d'autres par leur statut social (les princes en goguette qui traitent MK comme un vaurien, lui volent ses chevaux et qui par la suite utilisent leurs relations pour ne pas faire appliquer la loi puisque cette fois c'est eux qui devraient en p&#226;tir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;chirure anecdotique &#233;veille chez MK l'affect de la justice ou si l'on pr&#233;f&#232;re montre que la justice pour qu'elle soit juste dit s'appuyer sur les affects et la prise en compte de leur puissance &#171; pharmakonique &#187; ! L'affect n'est pas li&#233; au mal en soi il n'est li&#233; qu'&#224; la force dont il est le repr&#233;sentant pourrait-on dire (pour parler psy !). Mais en tant que force, il est la force supr&#234;me qui ne peut se soumettre &#224; la loi que si la loi est appliqu&#233;e &#224; tous et si donc les autres dont les affects ont d&#233;chir&#233; l'ordre social les y soumettent eux aussi. L'affect porte ne lui la promesse de la co&#239;ncidence, qui sans doute est comme le montre le texte sur le th&#233;&#226;tre de marionnettes, l'autre nom de la gr&#226;ce ou la principale de ses manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'aventure de MK est bas&#233;e, malgr&#233; les exc&#232;s pour le moins &#233;normes qu'il commet, sur cette foi en la justice comme affect majeur et sur la possibilit&#233; de r&#233;guler les affects par la loi, le droit, la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si cela conduit m&#234;me certains &#224; accepter de lui pardonner, au moins dans un premier temps, m&#234;me ses forfaits les plus s&#233;ditieux, cela &#233;choue. Cependant, la perspective d'un retour &#224; l'ordre et d'une reconnaissance de la justesse de sa requ&#234;te originelle lui suffirait pour accepter le verdict m&#234;me apr&#232;s que son amnistie a &#233;t&#233; lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un nouveau plan de dessine &#224; partir d'une nouvelle d&#233;chirure r&#233;v&#233;l&#233;e par une situation elle aussi comme toujours anecdotique, plan qui est celui d'une r&#233;v&#233;lation MAJEURE : le fait que au plus haut niveau de l'&#233;tat dirait-on aujourd'hui, chez des &#234;tres qui sont cens&#233; non seulement faire r&#233;gner le droit et la justice mais en &#234;tre les repr&#233;sentants sur terre, (comme les pr&#234;tres sont ceux de Dieu), on a affaire &#224; des individus, &#224; des hommes, &#224; des paquets d'affects vivants et comme tous les autres hommes, d&#232;s lors qu'ils sont touch&#233;s au c&#339;ur, pour le dire d'une m&#233;taphore, d&#232;s lors que quelque chose qui les d&#233;passe, les englobe et les projette au-del&#224; des limites d&#233;finies par le cadre social, se d&#233;couvrent eux-m&#234;me &#224; eux-m&#234;mes comme ABSOLUMENT SOUMIS &#192; LA PUISSANCE DE LEURS AFFECTS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce troisi&#232;me plan se r&#233;v&#232;le &#224; la lumi&#232;re d'un fonctionnement psychique dans lequel les affects sont plus fort que tout. La ma&#238;trise de soi qui caract&#233;rise un prince ou un empereur est ici mise &#224; mal. Et la force qui assaille le grand &#233;lecteur de Saxe, il est contraint de le remarquer et de le laisser para&#238;tre aux yeux des autres, est plus forte que lui, plus puissante que tout quant &#224; soi. M&#234;me la grandeur de l'habit et du r&#244;le s'effacent ou sont effac&#233;s par le surgissement inopin&#233; d'un affect li&#233; &#224; des questions de vie ou de mort. Car d&#232;s la premi&#232;re fois o&#249; il est mis en pr&#233;sence de MK et de la capsule &#224; son cou, il tombe dans les pommes ! Il perd au sens strict connaissance ! Rien de moins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas exag&#233;r&#233; de voir en cela une survivance bicam&#233;rale &#224; la fois effective puissante et ind&#233;racinable au c&#339;ur de l'&#234;tre humain. Il faut maintenant montrer en quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.) La capsule poin&#231;on des affects au c&#339;ur de la raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la capsule et du billet qu'elle contient occupe un cinqui&#232;me du roman. C'est dire son importance. Alors que tout semble cal&#233;, tout tremble &#224; nouveau. En deux mots le Prince &#233;lecteur de Saxe qui &#233;tait le v&#233;ritable destinataire du billet contenu dans la capsule qui est au cou de MK (p. 1320) est celui pour qui la tzigane a &#233;crit le billet, mais il est aussi celui &#224; qui elle a refus&#233; de le donner, choisissant dans la foule qui &#233;tait l&#224; ce jour-l&#224; MK dans lequel elle discerne en tant que voyante sinon les d&#233;tails de son avenir du moins qu'il aura besoin de disposer de ce secret d'un autre pour assurer sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cet ultime moment de l'histoire tient en ceci que le Prince veut &#224; tout prix r&#233;cup&#233;rer le billet mais qu'il ne peut pas faire n'importe quoi pour cela, MK &#233;tant en quelque sorte prot&#233;g&#233; par son futur statut de condamn&#233; &#224; mort. Il va tout essayer, y compris de recourir &#224; un subterfuge consistant &#224; trouver une tzigane ressemblant &#224; la premi&#232;re pour lui dire d'aller demander &#224; MK de lui rendre la capsule et le billet ! Bien mal lui en a pris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et comme le vrai n'est pas toujours vraisemblable, nous allons rapporter un fait en laissant &#224; chacun toute libert&#233; d'y croire &#8211; ou de ne pas y croire : le seigneur Kunz avait commis l'erreur la plus monumentale. Il avait ramass&#233; dans les rues de Berlin, une vieille chiffonni&#232;re afin de produire une copie de la tzigane, mais, ce faisant, il &#233;tait tomb&#233; sur l'original : il avait mis la main sur la myst&#233;rieuse tzigane en personne. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1334)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Prince malgr&#233; toutes ses tentatives et ce y compris jusqu'&#224; l'instant de l'ex&#233;cution de MK, va &#233;chouer, et m&#234;me son plan de r&#233;cup&#233;rer le billet apr&#232;s la mort de MK va &#233;chouer on va voir comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est de bien comprendre l'enjeu que met &#224; jour ce billet et pour le prince et pour MK. Il s'agit pour chacun des deux protagonistes, car l'histoire soudain se concentre sur ces deux figures, d'&#234;tre pour l'un l'homme qui r&#233;clame que sa bonne foi soit reconnue et que ce qui lui a &#233;t&#233; vol&#233; lui soit rendu et pour l'autre, le prince, d'&#234;tre l'homme qui parviendra &#224; masquer la &#171; duplicit&#233; &#187; de son &#233;tat, non de prince mais d'homme. Car le prince se trouve dans une situation terrible de tension entre l'ordre des choses dans lequel il est prince et l'ordre des choses, ante-historique, dans lequel il est la proie d'un destin pr&#233;-&#233;crit, qui lui &#233;chappe et d'un affect, d'une angoisse intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste d'une part &#224; l'inversion du r&#233;gime des affects autour de l'&#233;chec absolu de parvenir &#224; un accord respectant le d&#233;sir de justice de MK et d'autre part &#224; la r&#233;v&#233;lation de l'existence de deux r&#233;gimes diff&#233;rents d'espace-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affects qui sont pr&#233;sent&#233;s &#224; travers MK comme une force orient&#233;e vers la justice m&#234;me si elle d&#233;borde largement du cadre de la loi, prennent tels des pharmakon, une valeur &#171; n&#233;gative &#187; au sens o&#249; ils deviennent des &#233;l&#233;ments port&#233;s par la haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La page 1324 en t&#233;moigne dans laquelle Mk ayant compris ce qui se trame et qui est le v&#233;ritable destinataire du billet qu'il porte &#224; son cou finit pas s'enfermer dans le petit pouvoir de vengeance dont il comprend qu'il dispose d&#233;sormais. Mais ce n'est pas seulement pour se venger, c'est encore et toujours parce que non seulement ce personnage n'a pas voulu le gracier quand il en avait le pouvoir (avant de savoir que lui MK poss&#233;dait le billet) que MK refuse de le lui remettre m&#234;me en &#233;change d'une &#233;ventuelle lib&#233;ration !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que le cours de l'accomplissement de la loi est dans les mains de l'empereur et non plus de ce prince &#233;lecteur de Saxe qui l'a si rudement condamn&#233; &#224; Dresde, et que rien ne peut plus arr&#234;ter son d&#233;ploiement. MK va &#234;tre condamn&#233; &#224; mort et ex&#233;cut&#233;, mais en voyant sa requ&#234;te originelle accept&#233;e et donc reconnue la l&#233;gitimit&#233; de sa plainte. Il recouvre ses chevaux en bon &#233;tat et donc voit son droit &#224; la justice reconnu. Pour lui tout est &#224; nouveau dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, au vu de ce pouvoir nouveau qui lui a &#233;t&#233; comme r&#233;v&#233;l&#233; par le cours des choses, il ne peut pardonner &#224; ce Prince et non seulement il ne peut pas pardonner mais il va lui nuire jusqu'au bout, c'est-&#224;-dire qu'il va l'enfermer le pi&#233;ger dans sa peur et dans le paquet d'inconnaissance insupportable que constitue pour cet homme le prince &#233;lecteur de Saxe le fait de NE PAS pouvoir conna&#238;tre le contenu du pr&#233;sage le concernant lui et sa lign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux deux plans que constituent les affects et la loi r&#233;pondent deux autres plans que sont la puissance de faire le bien et la puissance de NE PAS le faire, qui n'est pas tout &#224; fait &#233;quivalente &#224; faire le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MK se trouve vis-&#224;-vis du prince dans la m&#234;me position que ce prince vis-&#224;-vis de lui MK auparavant. Il pouvait faire un geste de cl&#233;mence et de justice comme MK pourrait le faire. Mais non seulement il ne le fera pas, mais il fait passer le message suivant &#224; l'&#233;missaire du prince : &lt;i&gt;&#171; Tu peux me conduire &#224; l'&#233;chafaud, mais moi je peux te faire du mal et je veux t'en faire. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1324)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est sur l'&#233;chafaud que l'histoire va prendre fin. Mais avant de raconter la fin, il faut mentionner ce passage de pl&#233;nitude heureuse lorsque Kleist &#233;voque les derniers jours de la vie de MK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le bonheur et la s&#233;r&#233;nit&#233; qu'il connut pendant les derniers jours de sa vie furent sans &#233;gaux. Sur ordre extraordinaire de l'&#201;lecteur e Brandebourg, on avait ouvert la bastille o&#249; il se trouvait et on avait autoris&#233; les nombreux amis qu'il poss&#233;dait dans la ville &#224; lui rendre visite de jour et de nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, il eut m&#234;me encore la satisfaction de voir entrer dans sa prison le th&#233;ologien Jakob Freising, envoy&#233; par le docteur Luther et porteur d'une lettre &#233;crite de la main du ma&#238;tre &#8211; lettre sans aucun doute fort remarquable mais qui malheureusement, n'a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e. Cet homme de Dieu lui donna la sainte communion, assist&#233; par deux doyens du chapitre brandebourgeois. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1338).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redevenu une ic&#244;ne populaire, le peuple attend m&#234;me une gr&#226;ce de l'empereur ! Mais elle ne viendra pas. Car il faut dans la logique narrative que la vengeance et la r&#233;v&#233;lation qui y est attach&#233;e aillent &#224; leur terme. MK va donc mourir sur l'&#233;chafaud. Et l&#224;, juste avant de se faire trancher la gorge, il se d&#233;gage de son ge&#244;lier prend la capsule &#224; son cou, l'ouvre, lit le billet et l'avale et cela sous les yeux du prince &#233;lecteur de saxe qui l&#224; devant lui dans la foule et qui aussit&#244;t perd une nouvelle fois connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister sur ces pertes de connaissance qui sont la marque de la puissance des affects leur manifestation la plus &#233;vidente, la moins contestable. Et dessiner de cette fin un tableau un peu &#224; l'eau de rose en mettant en sc&#232;ne un MK heureux et qui en quelque sorte voit sa FOI en la justice triompher et l'homme de pouvoir tomber, perdre connaissance emport&#233; par ses affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la manifestation en lui non pas tant de l'inconscient comme on aurait tendance &#224; dire aujourd'hui, mais bien de cette dimension ante-historique, bicam&#233;rale, de ce monde dans lequel r&#232;gnent &#224; la fois des affects incomparablement puissants et un r&#233;gulateur lui aussi &#233;minemment puissant qui s'appelait le dieu et qui fonctionnait au quart de tour, en-de&#231;&#224; de toute forme de conscience et qui d&#233;sormais s'appelle la loi, la v&#233;rit&#233;, la justice et qui fonctionne, mais au prix d'un &#233;tirement spatio-temporel qui correspond au gouffre ouvert par la perte de la relation CD/CG et &#224; l'installation de la conscience comme facult&#233; centrale du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_kohlhaas.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/3_kohlhaas-0d1b6.jpg?1772200711' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion : Affect / Concept et survivances du bicam&#233;ralisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait d&#233;j&#224; assez compliqu&#233; comme &#231;a. Il faut conclure et tenter de rapporter tout &#231;a aux choses qui nous int&#233;ressent et qui concernent finalement les enjeux et les &#233;l&#233;ments mis en branle dans la pens&#233;e et la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient dans la s&#233;ance autour de d&#233;cembre sur la Schize que l'on avait approch&#233; une distinction fantasme / r&#233;alit&#233; et une question relative &#224; la diff&#233;rence possible entre fantasme et concept. On retrouve ici ce type de probl&#233;matique dans la mise en sc&#232;ne dans ce roman de trois &#233;l&#233;ments majeurs conditionnant le fonctionnement psychique et celui de la connaissance : l'affect, le droit et la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces notions sont mises en sc&#232;ne &#224; partir de la notion d'incident ou d'&#233;v&#233;nement et viennent percuter la double question du mal et de la gr&#226;ce. Cela ouvre une nouvelle perspective sur cette question majeure qui est celle de comprendre comment et pourquoi se met en place et perdure dans le psychisme une &#233;laboration des id&#233;es qui aboutisse &#224; l'inverse de ce qu'elle peut viser, &#224; savoir de s'&#233;carter des &#233;l&#233;ments issus de la perception, des sensations pour parvenir &#224; r&#233;guler la pens&#233;e m&#234;me &#224; partir d'&#233;l&#233;ments qui, certes, sont fabriqu&#233;s par la pens&#233;e, mais qui finalement reposent sur une forme de n&#233;gation de ce qui les a rendus possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait on se demande ceci : qu'est-ce qui se passe et comment &#231;a marche quand on pense ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que la pens&#233;e s'&#233;labore &#224; partir d'un couplage sensations ou affects et d'un travail de m&#233;morisation transformation de ces donn&#233;es. Mais nous savons aussi qu'un autre niveau de pens&#233;e a &#233;t&#233; rendu possible par le d&#233;couplage d'&#233;l&#233;ments psychiques que Changeux nomme objets mentaux et qu'on appelle concept et qui sont des &#233;l&#233;ments &#171; abstraits &#187;, s&#233;par&#233;s donc, tant dans leur gen&#232;se que jusqu'&#224; un certain point dans leur fonctionnement &#224; l'int&#233;rieur du psychisme, de leur liens avec les sensations, les perceptions, et les souvenirs qui les y accrochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dimension de la pens&#233;e s'est autonomis&#233;e par rapport &#224; ces deux strates que sont sensations et perceptions et dont les affects sont la traduction physico-chimique et la manifestation &#224; travers les corps et les id&#233;es ou images disponibles. Mais, on l'a vu dans les s&#233;ances pr&#233;c&#233;dentes, ces &#171; concepts &#187;, ces fantasmes, ces &#233;l&#233;ments abstraits fonctionnant de mani&#232;re potentiellement autonome dans le psychisme sont cependant tout a fait capables d'&#233;veiller aussi des affects puissants et m&#234;me jusqu'&#224; un certain point, de le faire avec plus d'intensit&#233; que sensations, perceptions et flots d'images n&#233;es de l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension tient en ceci qu'elle peut exister ind&#233;pendamment des perceptions et des sensations. On peut se demander jusqu'&#224; quel point cette s&#233;paration est possible. Ce qui est certain, c'est que cette s&#233;paration fait l'objet depuis plus de deux mill&#233;naires d'inventions et donc de manifestations en confirmant la possibilit&#233; et l'existence et qu'une tendance forte existe encore et toujours visant &#224; la fois &#224; confirmer cette th&#232;se, &#224; la rendre effective et finalement efficace, bref &#224; inverser le sens de formation des id&#233;es et &#224; faire d'id&#233;es ou de concepts produit hors sol, justement le sol &#224; partir duquel recomposer l'ensemble du syst&#232;me de sensation perception et donc pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait sch&#233;matiser et r&#233;sumer l'histoire de la pens&#233;e en trois moments qui ne sont pas effac&#233;s mais continuent de coexister entre eux et &#233;videmment en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier voit dans la relation corps, vie et affects une relation ind&#233;passable et le socle de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second installe le logos la raison comme &#233;l&#233;ment interm&#233;diaire permettant de contr&#244;ler l'affectivit&#233; la part incontr&#244;lable qui se manifeste encore et toujours en chaque &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me, le n&#244;tre installe une rationalit&#233; calculatrice, purement abstraite comme &#233;l&#233;ment de mesure de contr&#244;le et de production des composants de l'existence, ne voyant dans les affects que l'&#233;l&#233;ment principal d'une op&#233;ration de contr&#244;le mesure et soumission &#224; des facteurs qui le concerne pas. Int&#233;grer l'affectivit&#233; comme &#233;l&#233;ment calculable et &#224; calculer, c'est tenter de passer une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans le processus d'abstraction de la pens&#233;e par la pens&#233;e m&#234;me ou par certaines de ses fonctions ou de ses facult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reconna&#238;tra ais&#233;ment que les affects rel&#232;vent originairement et en particulier de la dimension bicam&#233;rale dans laquelle ils trouvent leurs manifestations les plus &#233;videntes en tant qu'&#233;l&#233;ments non ou peu filtr&#233;s par la raison ou le logos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce jeu subtil qui se joue en nous dont nous sommes &#224; la fois les acteurs et les marionnettes, le dieu bicam&#233;ral continue d'&#234;tre actif. C'est du moins ce que montre Kleist dans toute son &#339;uvre et dans deux exemples cit&#233;s dans un court r&#233;cit / essai intitul&#233; : &lt;i&gt;De l'&#233;laboration progressive des id&#233;es dans le discours&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de deux brefs passage de ce texte suffirait &#224; faire comprendre l'enjeu, mais nous nous arr&#234;terons l&#224; pour cette fois !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Heinrich von Kleist&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux V : Les hommes marionnettes des dieux ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-on-les-hommes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-on-les-hommes</guid>
		<dc:date>2022-04-03T14:23:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce qui importe c'est de voir comment, dans cette pi&#232;ce d'Euripide, Les Bacchantes, se n&#233;gocie un nouvel espace &#171; psychique &#187; qui est encore le n&#244;tre.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH73/arton2062-5ee82.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui importe c'est de voir comment, dans cette pi&#232;ce d'Euripide, Les Bacchantes, se n&#233;gocie un nouvel espace &#171; psychique &#187; qui est encore le n&#244;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence comme on va encore une fois l'entendre, les hommes sont, dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; les jouets des dieux, ce qui comme nous le savons signifie que dans des situations de &#171; crise &#187;, de stress, quand ils ne savent plus ce qu'ils doivent faire, quelque chose &#233;tant venu interrompre l'encha&#238;nement de leurs actions, - encha&#238;nement qui se fait sans que d'ailleurs ils interviennent autrement qu'en accomplissant les actes selon ce que l'on pourrait appeler le flux de leurs pens&#233;es connect&#233;es &#224; leurs habitus, sans distance r&#233;flexive ou conscience donc -, ils ont besoin que quelque chose vienne r&#233;orienter leur action, leur dire quoi faire donc, et ainsi rabouter des morceaux de v&#233;cus dans ce qui n'est pas encore le temps lin&#233;aire mais le simple encha&#238;nement des faits et gestes habituels. Et de ces moments, pourtant d&#233;crits avec minutie mais comme des actions des dieux et non des hommes, les individus ne gardent pas de souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui agit en eux ne laisse pas de trace sinon pour ceux qui &#233;coutent l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, qui savent que ces &#171; blancs &#187;, ces interruptions sont &#171; remplis &#187; en fait par les actions dieux pour aider ou contrarier les hommes. Ce qui se produit dans ces instants de rupture dans la continuit&#233; des instants reste sans trace en chacun pris individuellement. Cela se manifeste uniquement dans la reprise et donc le prolongement de l'action qui a &#233;t&#233; interrompue pour telle ou telle raison, angoisse, afflux nerveux qui fait na&#238;tre un d&#233;sir irr&#233;pressible de violence et dans le fait qu'il n'y pas de souvenir de l'interruption comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc de rappeler encore une fois ce qu'il en est des dieux, tels qu'ils sont compris par Jaynes mais surtout tels qu'ils apparaissent dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, avant de confronter cela avec la mani&#232;re dont la relation homme-dieu est mise en sc&#232;ne dans l'une des derni&#232;res pi&#232;ces d'Euripide, l'un des derniers grands auteurs de trag&#233;dies dont nous ayons conserv&#233; des textes.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/695685132?h=0960dc85fa&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Relisons rapidement deux ou trois brefs extraits pour refaire le point sur leur situation et leur fonction. Il y a par exemple le passage sur le tr&#233;pied et la bouse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#201;coute-moi ,d&#233;esse, et viens en ta bont&#233; pr&#234;ter aide &#224; mes jambes ! dit Ulysse.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ces mots il la prie et Pallas Ath&#233;na n'est pas sourde &#224; sa voix. Elle all&#232;ge son corps, des pieds jusqu'aux &#233;paules. Alors qu'ils sont tout pr&#232;s de bondir sur le prix, Ajax en courant glisse &#8211; Ath&#233;na le fait choir &#8211; et c'est juste &#224; l'endroit o&#249; les b&#339;ufs mugissants, abattus par Achille, inlassable coureur, en l'honneur de Patrocle, ont r&#233;pandu leur bouse. La bouse emplit le nez et la bouche d'Ajax, tandis que le divin et valeureux Ulysse enl&#232;ve le crat&#232;re, car il arrive en t&#234;te. Quant &#224; l'illustre preux Ajax, il prend le b&#339;uf, et, de la b&#234;te agreste empoignant une corne, il dit aux Ach&#233;ens en crachant de la bouse :&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheur ! Comme elle a su faire glisser les pieds, cette d&#233;esse qui, toujours aupr&#232;s d'Ulysse, le prot&#232;ge et l'assiste aussi bien qu'une m&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dit. Tous &#224; l'entendre, ont plaisir et s'esclaffent. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, chant XXIII, p. 509, Ed. Gallimard, coll. La Pl&#233;iade, trad Victor B&#233;rard.B&#233;rard.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet comique souligne l'efficacit&#233; de l'intervention d'Ath&#233;na.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au chant I, il y a une autre forme d'intervention directe d'Ath&#233;na qui vient convaincre Achille de renoncer &#224; tuer son roi Agamemnon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il dit. Le P&#233;lide &#224; ces mots s'assombrit. Son c&#339;ur reste ind&#233;cis en sa m&#226;le poitrine ; va-t-il saisir le glaive aigu qu'il porte au flanc et, chassant les Argiens, tuer le fils d'Atr&#233;e ? Ou bien se contenir et calmer sa col&#232;re ? Tandis qu'en son esprit il roule ces pens&#233;es et d&#233;j&#224; du fourreau tire sa grande lame, Ath&#233;na vient &#224; lui des profondeurs du ciel. C'est H&#233;ra qui l'envoie, la d&#233;esse aux bras blancs qui vieille avec amour sur l'un et l'autre chef. Debout derri&#232;re Achille elle saisit les blonds cheveux du P&#233;l&#233;ide ; visible pour lui seul, elle &#233;chappe aux regards de tous les autres hommes. Achille stup&#233;fait, se retourne ; aussit&#244;t il reconna&#238;t Pallas, la divine Ath&#233;na. Ses yeux brillent, terribles. Regardant la d&#233;esse il dit ces mots ail&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
Achille : Fille de Zeus, le porte-&#233;gide, que fais-tu ? Viens-tu pour contempler l'insolence du fils d'Atr&#233;e Agamemnon ? Mais je vais t'annoncer ce qui s'accomplira : sa vanit&#233; bient&#244;t lui co&#251;tera la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;esse aux yeux pers, Ath&#233;na lui r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ath&#233;na : Du haut du ciel j'accours pour te persuader de calmer ta fureur. C'est H&#233;ra qui m'envoie la d&#233;esse aux bras blancs, qui veille avec amour sur toi comme sur lui. Finis cette querelle, allons ! Et que ton bras ne tire pas l'&#233;p&#233;e. Ne te sers que de mots : abreuve-le d'injures, dis-lui ce qui l'attend. Car je vais t'annoncer ce qui s'accomplira : pour prix de cette offense, un jour tu recevras de splendides pr&#233;sents d'une triple valeur. Contiens donc ta fureur, Achille, ob&#233;is-nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors lui dit en r&#233;ponse Achille aux pieds l&#233;gers :&lt;br class='autobr' /&gt;
Achille : Il me fait observer les ordres de vous deux d&#233;esse, quel que soit le courroux de mon c&#339;ur. C'est le meilleur parti : l'homme docile &#224; leurs d&#233;sirs, les dieux l'exaucent. &#187;&lt;/i&gt; (I 187-225, p. 98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on a affaire &#224; une intervention individuelle, directe, et la modification de comportement qu'elle entra&#238;ne si elle n'est pas cette fois imput&#233;e devant les autres et pour les autres &#224; un dieu ou une d&#233;esse, n'en produit pas moins l'effet escompt&#233; et tous les hommes acceptent l'id&#233;e d'aller au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple peut nous permettre encore de mieux nous y retrouver. Nestor vient de parler &lt;i&gt;&#171; et le seigneur du peuple Agamemnon n'est pas d'un autre avis. Il enjoint aux h&#233;rauts, dont la voix porte loin, d'appeler au combat les Argiens chevelus. Les h&#233;rauts ob&#233;issent. Vite le foule accourt. Les rois issus de Zeus, autour du fils d'Atr&#233;e, s'affairent &#224; ranger les troupes en bon ordre. La d&#233;esse aux yeux pers, Ath&#233;na les seconde. Elle tient la fameuse &#233;gide, inalt&#233;rable, insensible aux effets du temps et de la mort, dont les cents franges voltigent dans le vent (de ces franges tress&#233;es chacune vaut cent b&#339;ufs). Brandissant cette &#233;gide, ayant ses yeux &#224; tout, la d&#233;esse parcourt les rangs des Ach&#233;ens, et les pousse &#224; marcher ; au c&#339;ur de chacun d'eux elle verse l'ardeur qui les fera lutter et batailler sans tr&#234;ve ; et combattre, &#224; leurs yeux, prend soudain plus d'attrait que rentrer au pays &#224; bord de leurs nefs. &#187;&lt;/i&gt; (II, 445-460, p. 121-122)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un cas d'hallucination collective qui est ici racont&#233;. L'&#233;gide est un bouclier merveilleux qui porte en son milieu la t&#234;te p&#233;trifiante de la Gorgone et qui agit&#233;, produit les &#233;clairs. Ath&#233;na et Apollon, comme Zeus, s'arment de l'&#233;gide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doit-on pour autant recourir &#224; l'image de la marionnette pour d&#233;crire les personnages de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; ? En un sens oui, car n'ayant pas d'int&#233;riorit&#233;, pas de conscience, pas de moi ou de self - dont le selfcontrol finalement t&#233;moigne de l'existence - leurs actions ne cessent d'osciller entre des actes accomplis sans qu'ils y pensent, m&#233;caniquement, c'est-&#224;-dire des actes qui correspondent &#224; des situations qu'ils connaissent et donc contr&#244;lent et des actes commis dans des situations de crise et qui pourraient aboutir &#224; des gestes incontr&#244;lables et que l'intervention des dieux vient faire en quelque sorte rentrer dans le champ du &#171; croyable disponible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, les dieux occupent, sus la formes d'hallucinations auditives ou visuelles la fonction d'instance de d&#233;cision. Dans le cours des actions humaines le dieu intervient quand l'homme ne peut accomplir le geste suivant dans le cours de ce qu'il &#233;tait en train d'accomplir. Le cerveau droit selon Jaynes envoie les informations n&#233;cessaires pour r&#233;soudre la situation et globalement ces interventions sont per&#231;ues comme plus b&#233;n&#233;fiques que non b&#233;n&#233;fiques. C'est ainsi que les dieux gardent leur pouvoir sur les hommes, par l'efficacit&#233; &#224; laquelle conduit leur intervention, &#233;tant entendu que l'&#233;chec de l'action de l'homme est aussi imputable au dieu. L'homme &#171; sait &#187; qu'il n'est rien sans les dieux, mais il ne le sait que parce que les dieux sont les noms par lesquels, dans le cours du discours, on vient remplir et donc masquer les blancs les interruptions qui se sont produites dans le cours continu des actes. Les dieux sont, si l'on veut, une forme d'inconscient mais qui appara&#238;t comme externalis&#233; ou externe &#224; l'homme, lors m&#234;me que, si l'on s'accorde &#224; suivre Jaynes, leurs manifestations d&#233;cisives et d&#233;cisionnelles proviennent d'une &#171; int&#233;riorit&#233; &#187; non connue, non nomm&#233;e et qui donc en ce sens n'existe pas comme telle, comme int&#233;riorit&#233; qu'est l'activit&#233; du cerveau droit en chaque homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappeler cela encore une fois est n&#233;cessaire car nous allons faire un saut brusque, pr&#232;s de 400 ans plus tard et au moins 200 si l'on s'en tient aux dates du passage des versions orales &#224; la version &#233;crite, mise en place par Pisistrate (&#928;&#949;&#953;&#963;&#943;&#963;&#964;&#961;&#945;&#964;&#959;&#962; / &lt;i&gt;Peis&#237;stratos&lt;/i&gt;, surnom signifiant qui convainc l'arm&#233;e), n&#233; vers 600 av. J.-C., mort en 527, est tyran d'Ath&#232;nes, au pouvoir de 561&#224; 527.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'&#233;poque des Pisistratides est celle des grands travaux d'adduction d'eau et des premi&#232;res grandes constructions sur l'Acropole, avec l'H&#233;catomp&#233;don, l'Olympi&#233;ion, le Lyc&#233;e, le temple d'Apollon Pythien. Pisistrate ouvre la premi&#232;re biblioth&#232;que publique, fait rassembler, &#233;tablir, et publier les rhapsodies hom&#233;riques et les &#339;uvres de plusieurs anciens po&#232;tes. Les r&#233;citations d'Hom&#232;re sont incorpor&#233;es dans les Panath&#233;n&#233;es, grandes f&#234;tes nationales que Pisistrate r&#233;organise avec magnificence. Il contribue de toutes les mani&#232;res &#224; pr&#233;parer la grandeur politique et artistique d'Ath&#232;nes. La concentration de la culture et du m&#233;c&#233;nat &#224; la cour de Pisistrate intensifie remarquablement la vie intellectuelle et esth&#233;tique d'Ath&#232;nes. Le po&#232;te Simonide devient le membre le plus influent du cercle d'artistes, au sens plein du terme, qu'il favorise, aux c&#244;t&#233;s de musiciens et de po&#232;tes comme Anacr&#233;on, Ibycos, Lasos, Onomacritos et Pratinas.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;130&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_satyroi_mainade.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH433/4_satyroi_mainade-0ebc4.jpg?1648998555' width='500' height='433' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Deux satyres et une m&#233;nade
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Face A d'une ancienne figure rouge grecque kylyx - crat&#232;re des Pouilles , 380&#8211;370 av. Louvre , Paris.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Pourquoi les bacchantes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a un certain nombre de trag&#233;dies grecques et toutes m&#233;ritent qu'on les &#233;tudient qu'on les analyse, mais, pour notre propos ici, qui est de tenter de comprendre ce que sont les dieux et surtout de montrer comment s'op&#232;re la mutation psychique qui conduit de la fin de la bicam&#233;ralit&#233; &#224; l'&#233;mergence de la conscience afin de pouvoir comprendre ce qui de la bicam&#233;ralit&#233; continue d'exister dans le m&#233;canisme psychique de la conscience et aussi de tenter d'appr&#233;hender l'&#233;volution et les mutations du psychisme qu'on nomme conscience et qui a sensiblement &#233;volu&#233; depuis la Gr&#232;ce classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait choisir la traduction et c'est &#233;videmment celle de Jean et Mayotte Bollack, publi&#233;e aux &#201;ditions de Minuit en 2005 que nous avons choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que, comme nous le montrent les autres religions qui n'existaient pas encore &#224; cette &#233;poque, ce qu'on appelle les dieux qui deviennent &#171; dieu &#187; au singulier ne cessent de jouer un r&#244;le majeur tant dans les processus gnos&#233;ologiques que dans les processus psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de ph&#233;nom&#232;nes psychiques que nous nommons dieu, en de&#231;&#224;, dans et au-del&#224; des religions qui monopolisent le terme, la notion voire le concept, nous la faisons remonter &#224; cette bicam&#233;ralit&#233;, &#224; l'identification par Jaynes de l'activit&#233; des dieux &#224; l'activit&#233; du cerveau droit des humains, cerveau qui est pris dans la complexit&#233; des relations qui unissent corps et pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui autorise un telle prise de position outre l'ensemble des &#233;l&#233;ments que l'on peut trouver dans les productions culturelles depuis la Gr&#232;ce antique, ce sont des ph&#233;nom&#232;nes qui travaillent aujourd'hui encore certaines personnes ou dont certaines personnes font l'exp&#233;rience, comme on le voit avec quelqu'un qui n'est pas un artiste ni un schizophr&#232;ne et qui raconte sa rencontre avec son cerveau droit dans une conf&#233;rence TED et dans un livre, &lt;i&gt;Voyage au-del&#224; de mon cerveau&lt;/i&gt; (Ed. J'ai lu). Elle se nomme Jill Bolte Taylor. Nous en parlerons sans doute une autre fois. En attendant allez voir la vid&#233;o de la conf&#233;rence et sa page Wikip&#233;dia qui r&#233;serve quelques perles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est une analyse de cette persistance et de la mani&#232;re dont d&#233;j&#224; dans cette pi&#232;ce la bicam&#233;ralit&#233; est comme largement &#171; d&#233;pass&#233;e &#187; sinon compl&#232;tement abolie tout en &#233;tant aussi encore largement pr&#233;sente que nous voulons produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans cette pi&#232;ce, les hommes ou du moins certains d'entre eux sont de mani&#232;re tout &#224; fait manifeste les jouets, les marionnettes des dieux, ou plus exactement d'un dieu le dernier n&#233; de la grande famille grecque, et le seul dieu &#224; &#234;tre le fils de Zeus et d'une mortelle S&#233;m&#233;l&#233; (m&#234;me si on a des traces de son nom qui sont tr&#232;s tr&#232;s ant&#233;rieures). Dionysos va d'une mani&#232;re tout &#224; fait amusante et n&#233;anmoins tragique se venger en se jouant de ceux et celles qui ont refus&#233; publiquement de lui rendre le culte qu'il attend et surtout, puisque c'est dans la ville, la c&#233;l&#232;bre Th&#232;bes, qui est le berceau de sa famille humaine et de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors que Zeus s'&#233;tait &#233;pris d'elle, H&#233;ra, jalouse, emprunta les traits de B&#233;ro&#233;, la nourrice de S&#233;m&#233;l&#233;, et conseilla &#224; sa rivale de demander &#224; Zeus de lui montrer son vrai visage. &#201;pouvant&#233;, mais n'osant refuser car il lui avait promis de lui accorder tout ce qu'elle d&#233;sirerait, Zeus se pr&#233;senta donc devant elle avec sa foudre et ses &#233;clairs : celle-ci, ne supportant pas la vue des &#233;clairs, br&#251;la. Le dieu eut cependant le temps de retirer, du ventre de S&#233;m&#233;l&#233;, Dionysos, le fils qu'elle avait con&#231;u. Zeus l'aurait ensuite gard&#233; dans sa cuisse jusqu'&#224; ce qu'il grandisse, &#233;pisode qui donna naissance &#224; l'expression &#171; sortir de la cuisse de Jupiter &#187; chez les Latins. Par la suite, Dionysos devait trouver &#224; Lerne, guid&#233; par le berger Prosymnos, une route vers les Enfers. Il arracha sa m&#232;re au royaume des Ombres, et la transporta dans l'Olympe, o&#249; elle devint immortelle sous le nom de Thyon&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de cette &#339;uvre, la derni&#232;re d'Euripide qui est lui-m&#234;me le dernier des grands tragiques connus de nous est &#224; la fois une synth&#232;se des enjeux autour de la question du dieu de ses fonctions de sa puissance de ses modes de manifestation et la pr&#233;sentation de la nouvelle situation de la relation homme dieu apr&#232;s l'&#233;mergence de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle bien plus encore. Elle prend acte d'une mutation psychique qu'elle met en sc&#232;ne comme pour permettre de la comprendre. Cette mutation tient en la mise en place dans la psych&#233; d'un espace, d'un &#233;cart, d'une distance, qui &#233;tait &#224; la fois toujours d&#233;j&#224; l&#224; mais jamais rendue sensible puisque les dieux venaient en quelque sorte la combler &#224; peine apparaissait-elle. Cet &#233;cart, d&#233;sormais, se produit entre les formes d'une soumission &#224; un ordre ext&#233;rieur aux hommes et les appels &#224; une d&#233;sinhibition de ces m&#234;mes hommes, en vue soit de s'opposer aux limites qu'ils d&#233;couvrent soit de retrouver un &#233;tat ant&#233;rieur qu'ils pressentent mais que ne sachant l'identifier ils ne parviennent pas &#224; re-trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il faudrait ou il faudra comme le montre magistralement J.P. Vernant accepter d'exister entre ces deux p&#244;les que repr&#233;sentent finalement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; d'un c&#244;t&#233; les m&#233;nades qui sont en fait les femmes que Dionysos punit en les rendant comme folles, celles qui vont donc comme Agav&#233; &#234;tre en proie &#224; une folie destructrice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; de l'autre les suivantes de Dionysos qui sont, comme le remarque J.P. Vernant, &#171; initi&#233;es &#224; ses myst&#232;res et proches du dieu &#187; et qu'on &#171; ne voit jamais d&#233;lirer ou en proie &#224; la mania, mais quand elles &#233;voquent dans le parodos, (Le &lt;i&gt;parodos&lt;/i&gt; (&#960;&#940;&#961;&#959;&#948;&#959;&#962;) est, dans la trag&#233;die grecque comme dans la com&#233;die grecque antique, le premier chant entonn&#233; par le ch&#339;ur, apr&#232;s l'&#233;ventuel prologue) les courses errantes, les danses qu'elles m&#232;nent en montagne, &#224; l'appel et en compagnie du dieu, tout y est puret&#233;, paix, joie, bonheur surnaturel. &#187; (&#171; Le Dionysos masqu&#233; des Bacchantes d'Euripide &#187;, in site Pers&#233;e, provenant de &lt;i&gt;L'homme&lt;/i&gt;, 1985, tome 25, n&#176; 93, p. 31-58)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu de cette pi&#232;ce est absolument diff&#233;rent de ceux que l'on voit &#224; l'&#339;uvre dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, les humains aussi, puisqu'ils disposent d&#233;j&#224; d'une forme d&#233;velopp&#233;e de conscience, forme qui est rendue lisible par la triple dimension dans laquelle se pr&#233;sente la pi&#232;ce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; une pi&#232;ce tragique normale,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; une pi&#232;ce dans laquelle le dieu a quitt&#233; le th&#233;ologeion pour devenir un personnage &#224; part enti&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; une pi&#232;ce qui mettant cela en sc&#232;ne permet au spectateurs de se penser comme semblables au sujet de la pi&#232;ce et ainsi d'int&#233;grer les nouvelles formes de la psych&#233; qui y sont pr&#233;sent&#233;es, &#224; travers les nouvelles relations homme dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut le dire aussi autrement. Ce que l'on voit appara&#238;tre sur la sc&#232;ne c'est un nouveau partage qui ne se situe pas entre les dieux et les hommes mais entre rationalit&#233; et irrationnel, signe que les choses ont bien chang&#233; depuis Hom&#232;re. La philosophie joue un r&#244;le majeur dans cette mutation, mais l&#224; dans cette pi&#232;ce, la pens&#233;e vient percuter le nouveau mur sur lequel s'appuie la cit&#233; grecque, qui en effet se regarde &#233;voluer en allant au th&#233;&#226;tre et permet d'en appr&#233;cier la solidit&#233;. Cette pi&#232;ce permet &#224; la fois de montrer aux grecs ce qu'ils savent et leur permet d'en prendre conscience comme on dit. Et ce qu'ils sont en train de d&#233;couvrir c'est une philosophie implicite, celle de son &#233;poque ou qui est devenue possible &#224; son &#233;poque et qui affirme trois choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212; que la raison (ce que les grecs appelaient le discours rationnel, le logos) est le seul instrument de la v&#233;rit&#233;, et qu'il y suffit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le deuxi&#232;me que la r&#233;alit&#233; doit &#234;tre telle qu'elle puisse &#234;tre comprise par la raison ; et cela implique que la structure de la r&#233;alit&#233; doive en un sens &#234;tre elle m&#234;me rationnelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; que dans un tel univers, seront rationnels aussi bien les valeurs que les faits : le bien supr&#234;me sera soit la pens&#233;e rationnelle soit quelque chose qui en est proche&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les trois affirmations du rationalisme : la raison comme instrument de la v&#233;rit&#233; ; comme caract&#233;ristique essentielle de la r&#233;alit&#233;, comme moyen de La r&#233;demption individuelle. &#187; (E.R. Dodds, &lt;i&gt;Les grecs et leurs croyances&lt;/i&gt;, Ed le f&#233;lin p. 113-114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Eric Robertson Dodds, n&#233; le 26 juillet 1893 et mort le 8 avril 1979 est un historien irlandais, sp&#233;cialiste de la Gr&#232;ce antique. Il signait ses ouvrages &#171; E. R. Dodds &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on repense au monde d'Hom&#232;re, si quelque chose pouvait &#234;tre un peu subsum&#233; sous la cat&#233;gorie &#171; raison &#187;, cela serait la pr&#233;sence, l'activit&#233;, les paroles et les d&#233;cisions des dieux. Les dieux sont le nom pr&#233;historique de la raison. C'est encore le cas chez Eschyle. Sophocle nous plonge dans le c&#339;ur du drame, celui d'une sorte d'&#233;loignement des dieux dont il reste, active pour les hommes et sur eux, la capacit&#233; de les faire ployer devant leur puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Euripide, d&#233;j&#224; la &#171; raison &#187; sert &#224; permettre d'expliciter de mani&#232;re cr&#233;dible ce qui permet de rendre acceptable pour les hommes le fonctionnement du monde. Le destin s'estompe, ce nom de la force qui fait ployer les hommes devant plus grand qu'eux. La raison d&#233;termine ce qui comme on le dit aujourd'hui &#171; fait sens &#187;. Quant &#224; nous, nous sommes donc d&#233;j&#224; dans un monde o&#249; la raison est en train de perdre sa puissance, m&#234;me si elle reste encore le nom permettant aux hommes de croire &#224; un sens du monde et de leur existence, &#233;clat&#233;e qu'elle est entre des modes diff&#233;rents dont la cohabitation devenue explosive ne laisse gu&#232;re augurer de pens&#233;e capable de les r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous supposons donc, ici, que nous prenons en compte cette &#233;volution et que nous tentons de l'&#233;clairer &#224; partir de son point d'aboutissement, de ce moment o&#249; un dieu, f&#251;t-il le plus exub&#233;rant et le plus extatique, est devenu finalement un personnage de th&#233;&#226;tre s'adressant &#224; des hommes pour leur montrer combien il est puissant, signe, pour nous au moins, qu'il a perdu beaucoup de cette puissance et que celle qui lui reste ne remplace en rien l'aura qu'avaient encore les dieux quelques d&#233;cennies plus t&#244;t dans ce cinqui&#232;me si&#232;cle avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;104&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_dyonisos.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH483/1_dyonisos-a48b9.jpg?1648998555' width='500' height='483' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La naissance de Dionysos
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;L&#233;cythe attique &#224; figures rouges attribu&#233; au peintre Alkimakos vers 460 av.JC
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. R&#233;sum&#233; de la pi&#232;ce&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Zeus a partag&#233; la couche de la mortelle S&#233;m&#233;l&#233;, fille du roi de Th&#232;bes Cadmos. Par suite de la jalousie d'H&#233;ra, il foudroie S&#233;m&#233;l&#233;, mais il tire alors son fils du ventre de sa m&#232;re et, s'entaillant la cuisse, y coud l'enfant pour mener sa gestation &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dionysos passe son enfance et son adolescence en Lydie, o&#249; il est ador&#233;. Il retourne ensuite, sous les traits d'un mortel accompagn&#233; de bacchantes, &#224; Th&#232;bes, sa ville natale, o&#249; il rencontre l'hostilit&#233; de sa famille. Il cherche &#224; se venger de Penth&#233;e, son cousin (qui refuse de le reconna&#238;tre et de l'honorer comme un dieu), ainsi que de tous ceux qui nient qu'il soit n&#233; de Zeus. Rapidement, il rend les femmes de la cit&#233; d&#233;lirantes, les entra&#238;ne &#224; sa suite et les emm&#232;ne dans la for&#234;t, o&#249; elles se livrent au culte orgiaque de Dionysos. Parmi elles se trouve Agav&#233;, la m&#232;re de Penth&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cadmos d&#233;cide alors d'autoriser le culte demand&#233;, non pas parce qu'il est convaincu de sa divinit&#233;, mais parce que cela sert l'honneur et l'int&#233;r&#234;t de sa famille. Le devin Tir&#233;sias trouve &#233;galement que cette attitude est la plus s&#251;re et la plus diplomate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penth&#233;e d&#233;couvre la situation et d&#233;cide d'y mettre bon ordre, car son grand-p&#232;re lui a commis le gouvernement de la cit&#233;. Il fait emprisonner l'&#233;tranger, qui n'oppose aucune r&#233;sistance, et les femmes qui l'accompagnent. Les bacchantes sont alors pouss&#233;es &#224; la folie furieuse par le dieu ; elles d&#233;truisent et tuent tout ce qui se trouve sur leur passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tranger, miraculeusement lib&#233;r&#233;, propose &#224; Penth&#233;e de se cacher, habill&#233; en bacchante, sur le mont Cith&#233;ron pour constater par lui-m&#234;me les orgies dionysiaques. Persuad&#233; que ce sont les plaisirs interdits qui attirent les femmes dans la montagne Penth&#233;e accepte, et se ridiculise en portant des habits de femme. En se rendant dans la montagne, il est d&#233;couvert par les bacchantes, qui le r&#233;duisent en pi&#232;ces sur l'ordre de Dionysos, Agav&#233; &#224; leur t&#234;te. Ce n'est qu'apr&#232;s avoir rapport&#233; en triomphe la t&#234;te de Penth&#233;e au palais qu'elle s'aper&#231;oit avec horreur qu'elle a tu&#233; son propre fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dionysos appara&#238;t alors, triomphant, ayant bris&#233; &#224; la fois ceux qui niaient sa divinit&#233; et ceux qui ne l'acceptaient que par int&#233;r&#234;t et par prudence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_dionysos_thiasos.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2_dionysos_thiasos-814bb.jpg?1772188848' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dionysos
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;thiasos Mus&#233;e du Louvre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. La figure du dieu hors de la sc&#232;ne et sur la sc&#232;ne : une dualit&#233; efficiente et r&#233;v&#233;latrice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe c'est de voir comment dans cette pi&#232;ce se n&#233;gocie un nouvel espace &#171; psychique &#187; surtout si l'on s'accorde &#224; admettre que le th&#233;&#226;tre a &#233;t&#233; en quelque sorte la forme majeure, sociale politique et artistique au moyen de laquelle &#224; Ath&#232;nes en particulier les hommes sont parvenus &#224; se donner &#224; voir &#224; eux-m&#234;mes ce qu'ils croyaient et comment ils pensaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le th&#233;&#226;tre fut entre autres choses une mani&#232;re de donner une certaine consistance et une certaine visibilit&#233; aux dieux qui jusque l&#224; &#233;taient pris dans la seule trame des mots r&#233;sonant dans l'esprit de chacun lors des pratiques diverses auxquelles ils &#233;taient associ&#233;s, r&#233;gulations de l'existence individuelle, rituels, oracles, combats, vies sociale et collective. Il y avait des statues et des &#171; images &#187;, dessins ou peintures, dans et autour des temples ou des lieux sacr&#233;s, mais il faut attendre le th&#233;&#226;tre pour qu'ils apparaissent, en quelque sorte en chair et en os, en voix et en corps visibles en tout cas, bien au-dessus de la sc&#232;ne et des personnages qui sont eux sur la sc&#232;ne, pos&#233;s qu'ils sont sur ce dispositif sc&#233;nique qu'on appelle le theologeion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk dans son dernier livre traduit &lt;i&gt;Faire parler le ciel&lt;/i&gt;, (Ed Payot, 2021), explique clairement ce qu'est ce th&#233;ologeion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parce qu'un dieu ne pouvait pas faire son entr&#233;e par la coulisse lat&#233;rale comme un simple messager, il &#233;tait n&#233;cessaire d'imaginer un proc&#233;d&#233; pour le faire descendre en suspension depuis la hauteur. Des ing&#233;nieurs th&#233;&#226;traux ath&#233;niens fabriqu&#232;rent &#224; cette fin une machine qui permettait de faire appara&#238;tre des dieux par le haut. Apo mechanes theos : une grue tournait au-dessus de la sc&#232;ne ; sur sa fl&#232;che &#233;tait fix&#233;e une plateforme, un pupitre &#8211; c'est de l&#224; que le dieu faisait descendre son discours vers la sc&#232;ne humaine. Chez les ath&#233;niens, l'appareil portait le nom de th&#233;ologeion [...] La plus puissante &#233;piphanie sc&#233;nique se produit dans les Eum&#233;nides d'Eschyle (repr&#233;sent&#233;e &#224; Ath&#232;nes en 458 avant notre &#232;re), lorsque Ath&#233;na entre en sc&#232;ne vers la fin du drame [...] (afin de d&#233;nouer le drame) en transformant les &#201;rynies vengeresses en &#171; bienveillantes &#187;. Un ph&#233;nom&#232;ne analogue se d&#233;roule lorsque, dans le Philoct&#232;te du vieux Sophocle (donn&#233; en 409 avant notre &#232;re) un Hercule entre en volant sur la sc&#232;ne pour faire changer d'avis l'ennemi grec qui insiste sur sa souffrance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le theologeion n'est ni un pupitre d'orateur ni une chaire de pr&#233;dication, mais une installation tout &#224; fait sp&#233;cifique au th&#233;&#226;tre. Il constitue une &#171; machine &#187; triviale au sens originel du mot, un effet sp&#233;cial cens&#233; capter l'attention de l'auditoire. Sa fonction n'est pas triviale : il s'agit de faire sortir un dieu de l'&#233;tat de non visibilit&#233; vers celui de visibilit&#233;. [&#8230;] Quand les dieux ne se montrent pas d'eux-m&#234;mes, on leur apprend &#224; appara&#238;tre. C'est d'effets ce type que traite le terme latin plus tardif de deus ex machina [...] on pourrait lui donner le nom de preuve dramaturgique de dieu. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21/22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si &lt;i&gt;Les Bacchantes&lt;/i&gt; d'Euripide est une &#339;uvre de la m&#234;me &#233;poque que le &lt;i&gt;Philoct&#232;te&lt;/i&gt; du vieux Sophocle, un changement majeur se produit, et il est semble-t-il &#171; unique &#187; dans le cadre des connaissances que nous avons des &#339;uvres qui nous sont parvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu Dionysos qui ouvre la pi&#232;ce par un long monologue n'appara&#238;t pas en hauteur juch&#233; sur un th&#233;ologeion. Il est l&#224; sur sc&#232;ne parmi les hommes racontant son histoire, sa conception humaine et divine, ses voyages et dit pourquoi il est l&#224; et ce qu'il vient faire : venger le refus des s&#339;urs de sa m&#232;re et de son cousin Penth&#233;e, fils d'une des s&#339;urs de sa m&#232;re, Agav&#233;, de le reconna&#238;tre comme dieu. Par ce refus, ces th&#233;baines et th&#233;bains rompent le lien social qui lie les hommes aux dieux, car les dieux doivent &#234;tre respect&#233;s. On ne demande pas de croire en eux, (c'est ce qui fera condamner Socrate &#224; la mort condamn&#233; pour avoir dit-on pr&#234;ch&#233; une forme d'indiff&#233;rence ou de refus de la v&#233;n&#233;ration et du respect que demandent les dieux) et Dionysos va leur tendre un pi&#232;ge terrible qui les conduira mais un peu tard &#224; la reconnaissance de son statut de dieu. En effet, nous allons assister &#224; des manifestations terribles de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une nouveaut&#233; &#233;trange. Certes, c'est le statut m&#234;me de Dionysos que d'&#234;tre un dieu qui peut se faire homme lui qui est le seul dieu &#224; &#234;tre n&#233; d'une femme mortelle, S&#233;m&#233;l&#233; et d'un dieu, le grand Zeus. Mais c'est un dieu &#224; part enti&#232;re et ne pas le traiter comme tel, ne pas croire qu'il est un dieu et donc ne pas consentir &#224; lui rendre les honneurs dus &#224; son statut r&#233;sonne pour le dieu comme une sorte d'appel &#224; faire rendre raison &#224; ces humains l&#224;, et donc &#224; recourir pour cela &#224; la manifestation de sa puissance qui prendra la forme d'une terrible vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les dieux n'y vont pas par quatre chemins ! Ce que l'on va voir, c'est la mise en place du pi&#232;ge dans lequel il va prendre ceux et celles qui refusent de rendre les honneurs &#224; sa divinit&#233; et ce que l'on va non pas directement voir mais entendre raconter sur sc&#232;ne est la forme que va prendre l'implacable vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ce prologue, il faut donc bien percevoir que tout ce qui se produit est marqu&#233; par le sceau du double sinon de la dualit&#233;. Et en particulier le fait que Dionysos se pr&#233;sente d'entr&#233;e comme un dieu et comme un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On pourrait s'amuser &#224; tenter un parall&#232;le avec le Christ tant au moins dans la traduction, les &#233;l&#233;ments qui lient le dieu &#224; l'homme sont importants, mais ce serait bousculer la chronologie. Cependant, il n'est pas inutile de relever en passant, les rapprochements qu'il serait possible de faire &#224; partir du point de vue qui est le n&#244;tre ici, celui de la dualit&#233; des natures, l'une divine et l'autre humaine et celui de l'espace psychique qui est en train d'appara&#238;tre, ici en quelque sorte nous le voyons dans ses commencements, et par la suite dans les analyse de corpus chr&#233;tiens on verra les parall&#232;les se confirmer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc relever dans le prologue tout entier dit par le dieu/homme les vers 4, 23, 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect de ce prologue tient dans l'explication de la situation qui lui est faite dans la ville qui pourtant devrait &#234;tre la premi&#232;re &#224; l'honorer et qui est la raison de son courroux et de sa future vengeance, objet m&#234;me de la pi&#232;ce, vers 39-48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre psychique est donc bross&#233; &#224; grands traits et on en voit appara&#238;tre les contours : il s'agit d'abord d'un enjeu &#171; int&#233;rieur &#187; non pas tout &#224; fait &#224; un homme mais &#224; un dieu qui se pr&#233;sente sous les traits d'un homme. &#192; cela s'ajoute l'enjeu &#171; ext&#233;rieur &#187;, social si l'on veut, qui va consister &#224; faire respecter les lois en vigueur, lois qui ne sont pas celles des hommes seuls mais celles qui par tradition assurent la bonne relation entre les hommes et les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve un partage entre lois impos&#233;es par le pouvoir royal et cens&#233;es gouverner les hommes et lois venant de la tradition et cens&#233;e gouverner les relations non &#233;crites entre les hommes et les dieux, que l'on a d&#233;j&#224; vu chez Sophocle dans son &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette fois, c'est le dieu lui-m&#234;me qui descend sur terre pour se venger et pas de n'importe qui, de celui qui est roi, mais aussi son petit cousin, qui est de sa famille donc, et qui de ce fait devrait encore plus directement accepter de rendre les honneurs &#224; ce dieu qui est son cousin. Il est l&#224;, Dionysos, pour rappeler que ce n'est pas une question de croyance mais de respect de la tradition. Il se moque de ce que Penth&#233;e croie ou non en lui, cela n'entre pas du tout en ligne de compte, mais il faut que lui comme dieu soit simplement accept&#233; et reconnu et qu'on lui rendre les honneurs qui lui sont dus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la question de la croyance comme nous l'entendons encore aujourd'hui, cet engagement de l'&#234;tre int&#233;rieur cet engagement d'un sujet d'un moi &#224; tenir pour vrai quelque chose qui ne rel&#232;ve pas de la rationalit&#233; au sens que nous lui donnons mais qui la fonde quand les dieux sont les figures dominantes du destin, rationalit&#233; qui est la forme qu'a prise la loi des hommes aujourd'hui, on comprend que cette question ne se pose pas sous cette forme dans cette pi&#232;ce, &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous situons dans les commencements de l'&#233;mergence de la structure qui deviendra la structure de la subjectivit&#233; et tout n'y est pas encore install&#233;. C'est pourtant l'essentiel de la structure qui va nous &#234;tre donn&#233;e &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;parodos&lt;/i&gt;, premier chant apr&#232;s le prologue et dit par le ch&#339;ur, va raconter l'histoire du dieu et nous fait comprendre qu'il y a, comme le note J.P. Vernant (op. cit., p. 53-54) deux ordres, deux types de bacchantes, ou de m&#233;nades (du grec &lt;i&gt;manonai&lt;/i&gt; d&#233;lirer &#234;tre furieux, les m&#233;nades sont d&#233;j&#224; pr&#233;sentes sous le sens de femmes d&#233;lirantes chez Hom&#232;re, &lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; VI, 130-140 et 389, XXII, 460.), celles qui sont les l&#233;gitimes servantes du dieu, qui sont ses adeptes unies &#224; lui dans la &lt;i&gt;thiase&lt;/i&gt;, dans le groupe extatique et qui connaissent &#224; travers lui puret&#233; joie bonheur surnaturel, et les m&#233;nades dont il va &#234;tre question dans la pi&#232;ce qui sont les ennemies du dieu et que le dieu frappe de d&#233;lire et de folie d'extase n&#233;gative meurtri&#232;re comme une punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter qu'on a affaire ici encore &#224; une situation de d&#233;doublement. Et &#224; chaque fois, le partage s'effectue non pas autour DU bien et DU mal, mais de ce qui fait du bien et de ce qui fait du mal, de ce qui est b&#233;n&#233;fique et de ce qui rend malade. (quoique le mot n'apparaisse pas dans la traduction&#8230; nous sommes dans un type de situation que B. Stiegler a formalis&#233; &#224; travers le terme de pharmakon : le dieu ici agit tel un pharmakon, il peut &#234;tre b&#233;n&#233;fique ou dangereux.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux g&#233;n&#233;rations vont sinon s'affronter du moins &#234;tre confront&#233;es &#224; la m&#234;me situation. La premi&#232;re est celle des anciens repr&#233;sent&#233;e par le grand-p&#232;re, Cadmos associ&#233; au devin Tir&#233;sias, qui tout deux esp&#232;rent que le dieu leur donnera l'&#233;nergie et la folie n&#233;cessaire pour que leurs vieux os puissent les porter &#224; la bacchanale. Il respectent le dieu et n'ont rien &#224; craindre de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre Penth&#233;e les raille et se moque d'eux. Il fait partie de la seconde g&#233;n&#233;ration, celles des enfants et petits enfants de Cadmos incluant les s&#339;urs de S&#233;m&#233;l&#233;, et qui eux refusent de croire que leur cousin ou neveu puisse &#234;tre un dieu ! Ils ne peuvent se r&#233;soudre &#224; y croire et t&#233;moignent ainsi de l'&#233;volution des croyances en ceci que pour les autres auteurs tragiques par exemple, une telle situation aurait &#233;t&#233; impensable. C'est en quelque sorte sous couvert d'un refus de reconnaissance, c'est le signe qu'une forme de doute s'est insinu&#233; dans les esprits des hommes, et sinon de tous les hommes, du moins de certains d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que d&#233;j&#224; une forme d'int&#233;riorit&#233;, de jugement autonome du sujet individuel est pr&#233;sent dans la pi&#232;ce comme en t&#233;moigne ces r&#233;flexion de Tir&#233;sias, pourtant devin, aux vers 200-203. Dans ces vers, deux raisons se font face, le monde mental et psychique a &#233;t&#233; fendu en deux, d&#233;doubl&#233; et les deux, raison et croyances doivent d&#233;sormais cohabiter, m&#234;me si ce n'est pas dit en ces termes, c'est de cela qu'il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie est le nom de cette autre face de la pens&#233;e, de cette autre activit&#233; psychique, celle qui n'est pas occup&#233;e &#224; assurer le lien entre dieux et hommes, mais celle qui est concentr&#233;e sur cette nouvelle t&#226;che de d&#233;couvrir les fondements rationnels de la r&#233;alit&#233; ou d'inscrire les &#233;l&#233;ments composant la r&#233;alit&#233; dans un cadre rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le temps longs des dieux et la raison qui se tient &#224; cette tradition, de l'autre le temps court des hommes et des jugements qu'ils portent sur le choses comme &#233;tant susceptible d'en dire la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affaire &#224; une dualit&#233; qui n'est pas un d&#233;doublement du m&#234;me comme pour le dieu/homme, mais &#224; une dualit&#233; qui traverse un monde coup&#233; en deux, schiz&#233;, schizo&#239;de, et qui est la forme que prend dans le champ du logos, la schize &#171; originelle &#187; m&#234;me si son cadre a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;, celle qui traverse et s&#233;pare le cerveau droit du cerveau gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penth&#233;e, qui sera au d&#233;but le roi autoritaire et finalement non seulement le dindon de la farce mais la victime expiatoire de la vengeance du dieu, Penth&#233;e donc, va commettre du point de vue du dieu, un crime de l&#232;se majest&#233; qui consiste &#224; non seulement refuser de croire comme sujet en cours d'autonomisation, mais refuser d'accomplir ce que la r&#232;gle ou la loi ancienne recommande vis-&#224;-vis des dieux &#224; savoir leur rendre un culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nie la divinit&#233; de Dionysos (vers. 243-247) et nie les dieux en g&#233;n&#233;ral comme le lui fait remarquer le coryph&#233;e (vers. 263-265).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de d&#233;tail, mais qu'il faut relever est aussi le fait que ce dieu &#224; qui l'on refuse &#224; Th&#232;bes d'&#234;tre un dieu a pourtant donn&#233; des preuves s'il en f&#251;t de sa divinit&#233; lui qui a apport&#233; aux hommes la vigne et le vin et l'ivresse donc. Et l'ivresse est un don des dieux elle qui soulage les hommes de leurs peines. Il faut remarquer que c'est un don durable, ce qui n'est pas le cas des dons des autres dieux qui sont toujours r&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous cherchons, ce sont les traces de la constitution d'un espace int&#233;rieur, d'une forme de &#171; conscience &#187;, en tout cas d'un espace qui se situe &#224; l'int&#233;rieur de l'esprit de chaque homme parce que c'est &#224; lui que revient de percevoir des deux p&#244;les et de comprendre qu'il habite, au sens le plus strict, cet espace, qu'il y loge l'ensemble de ses pens&#233;es et que c'est, apr&#232;s coup, qu'il les transforme en motifs d'action ou de renoncement &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est Tir&#233;sias, le devin, qui est le porte-parole de cette dualit&#233; somme toute nouvelle, r&#233;cente en tout cas, et pas encore v&#233;ritablement install&#233;e dans l'esprit de tous les grecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vers 279 et suivant racontent la naissance de Dionysos et fondent sa divinit&#233; ce &#224; quoi Penth&#233;e ne croit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe c'est la phrase que lui adresse Tir&#233;sias : &lt;i&gt;&#171; Et tu te moques de lui par ce qu'une suture l'a implant&#233; dans la cuisse de Zeus ? Je vais te montrer que ce r&#233;cit n'a rien d'incorrect... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux types de raisons se font face, celle qui sera port&#233;e par des r&#233;cits, des mythes donc des MYTHO&#207;, et celle qui sera port&#233;e par des raisonnements qui cependant seront eux aussi port&#233;s par des discours par le LOGOS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce partage essentiel est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans cette pi&#232;ce d'Euripide en 406. Et d&#233;j&#224; le monde est divis&#233; entre des v&#233;rit&#233;s provenant d'ordre psychiques diff&#233;rents, entre des raisons connect&#233;es &#224; des niveaux de r&#233;alit&#233; diff&#233;rents. Nous sommes loin du partage foi/raison, et pourtant, c'est bien lui qui est d&#233;j&#224; l'&#339;uvre ici. Mais il balbutie et prend encore la forme du partage central qui est le c&#339;ur de la naissance de la raison au sens ratio&#239;de du terme, partage d&#251; au fait que l'homme, travaill&#233; par le langage, va finir par appr&#233;hender, &#224; force d'associer entre eux des &#233;l&#233;ments qui poss&#232;dent des r&#233;currences suffisantes pour ne pas relever de la volont&#233; intermittente et instable des dieux, et qu'H&#233;siode, le premier, a formalis&#233;es dans &lt;i&gt;Les travaux et les jours&lt;/i&gt;. (op. cit., coll le chant du monde, Ed. de l'Aire, trad lucien Dallibges : p. 46 r&#233;gularit&#233; humaine et protension = d&#233;but forme int&#233;riorit&#233; &#8211; p. 59 r&#233;gularit&#233; intermittence &#8211; p. 72 le kairos &#8211; p. 81 denier &#167; d&#233;but rationalit&#233;/mesurer par soi-m&#234;me)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et cela n'avait pas &#233;chapp&#233; ni &#224; Jaynes &#233;videmment, ni surtout &#224; Platon, il y a dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; deux vers, les seuls de ce type qui sont porteurs de cette coupure qui traversant le sujet rus&#233;. C'est Achille qui s'adresse &#224; Ulysse et lui parle d'Agamemnon. Ce vers est, pour Jaynes, la marque de l'esprit de type conscient et pour Platon la marque d'une nouvelle &#232;re de la v&#233;rit&#233;, v&#233;rit&#233; qui va s'opposer de plein fouet &#224; celle que d&#233;fendent ceux qui jusqu'alors faisaient autorit&#233; les po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai d&#233;velopp&#233; il y a longtemps dans plusieurs textes. On peut se reporter aux num&#233;ros de TK-21 : N&#176; 53 Logiconochronie IV et V : G&#233;n&#233;alogie de la psychose ontologique 1/2, Une lecture de l'&lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt; de Platon et dans le N&#176; 101 Logiconochronie XLII : S&#233;minaire I : Faire face au mensonge absolu Hom&#232;re, Platon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe seulement ici de faire entendre &#224; nouveau cette phrase : &#171; Je hais autant que les portes de l'enfer, l'homme qui cache une chose dans son c&#339;ur et qui en dit une autre. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; IX, vers 3213 sq.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut simplement appr&#233;hender ici, c'est le fait qu'une faille a &#233;t&#233; ouverte dans le non-lieu de l'esprit humain bicam&#233;ral qui est port&#233; par ce que j'appelle une double ext&#233;riorit&#233;, puisque en tant &lt;i&gt;&#171; qu'organisation du syst&#232;me nerveux central ils peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des personae dans le sens o&#249; il pr&#233;sentaient une grande coh&#233;rence &#224; travers le temps et o&#249; il &#233;taient des amalgames d'images parentales admonitoires. &#187;&lt;/i&gt; (op. cit. Jaynes, &#167; 3, p. 92)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le h&#233;ros qui re&#231;oit les messages est comme le dieu, une sorte de personae, et m&#234;me si nous pouvons dire que le dieu est en quelque sorte &#171; en lui &#187;, en fait, il le re&#231;oit comme lui parlant &#224; lui h&#233;ros du dehors et lui transmettant des ordres ou des d&#233;cisions qu'il n'a qu'&#224; appliquer pour continuer &#224; mener sa vie, donc &#224; exister dans le monde du dehors. En fait il n'y a pas de dehors parce qu'il n'y a pas de dedans, mais si l'on introduit la notion d'int&#233;riorit&#233;, on doit alors penser le monde psychique du h&#233;ros en relation avec cette int&#233;riorit&#233; qui n'existe pas et la consid&#233;rer comme une double ext&#233;riorit&#233;. C'est cette relation homme-dieu dans laquelle l'homme est aveugle &#224; lui-m&#234;me qui va se voir lentement et brutalement d&#233;faite, d&#233;chir&#233;e, d&#233;truite m&#234;me, ou en tout cas mise &#224; mal au point que cette d&#233;chirure va prendre consistance en donnant naissance &#224; ce qui deviendra l'int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la double ext&#233;riorit&#233; va r&#233;pondre une double dimension int&#233;rieure, qui va avoir pour p&#244;les une r&#233;alit&#233; existant en soi et un ordre gouvernant cette r&#233;alit&#233; comme &#233;tant en partie autonome par rapport aux dieux et qui comme tel, dans son nouveau statut va devenir accessible &#224; la pens&#233;e humaine qui se r&#233;v&#232;le dot&#233;e de capacit&#233; jusque l&#224; r&#233;serv&#233;es au dieux, de peser, mesurer, &#233;valuer, (et pouvoir en un sens pr&#233;dire sinon tout l'avenir du moins certaines choses, certains des &#233;v&#233;nements r&#233;currents) bref de faire le travail des dieux et vue de l'accomplissement de l'action du passage &#224; l'acte. Et c'est cet &#171; espace-temps &#187; qui &#233;tait concentr&#233; dans le moment du stress et du trouble et qui n'&#233;tait pas appr&#233;hend&#233; comme tel, qui va constituer le cadre de la pens&#233;e humaine int&#233;rioris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre a coup&#233; en deux la relation &#171; aveugl&#233;e &#187; homme-dieu. Les hommes sont d'un c&#244;t&#233; les dieux de l'autre et ils se rencontrent d&#233;sormais sur une sc&#232;ne commune, ici celle du th&#233;&#226;tre, et se mettent &#224; confronter leurs puissances propres. L'homme n'est plus nu et d&#233;muni face aux dieux, il dispose de quelque chose qui se trouve tenir ou permettre de se tenir face &#224; certains aspects du monde et qui le fait, lui, l'homme, d&#233;sormais se tenir face au dieu comme un homme. C'est tout cela qu'il faut int&#233;grer et qui va prendre un bon demi-mill&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;135&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH694/1maenad_python-7deb4.jpg?1772188848' width='500' height='694' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#233;nade dansante
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;D&#233;tail d'un ancien grec Paestum skyphos figure rouge, fait par Python, ca. 330-320 avant JC. British Museum , Londres
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons au &lt;i&gt;Bacchantes&lt;/i&gt; et aux vers qui ont motiv&#233; cet excursus. Cadmos s'adresse &#224; son fils, le roi Penth&#233;e et lui conseille ceci : &lt;i&gt;&#171; Et m&#234;me si, comme tu le dis, ce personnage n'est pas le dieu, il d&#233;pend de toi qu'on le dise, fais ce beau mensonge : &#8220;il est le fils de S&#233;m&#233;l&#233;&#8221;, pour que l'on croie qu'elle a donn&#233; naissance &#224; un dieu et que l'honneur nous en revienne &#224; nous et &#224; la famille. &#187;&lt;/i&gt; (vers 353-356) C'est une phrase en tout &#233;quivalente &#224; celle tir&#233;e de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe maintenant, c'est de consid&#233;rer la pi&#232;ce comme permettant de d&#233;crire les bornes, le fonctionnement et certains contenus de ce monde int&#233;rieur. Ce n'est pas celui de tel ou tel, mais celui de l'homme, celui accessible aux hommes et dont la pi&#232;ce enti&#232;re est en quelque sorte l'incarnation, la manifestation la plus compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;pisode va voir la rencontre et la confrontation entre un roi, Penth&#233;e qui a fait arr&#234;ter un homme qui se pr&#233;tend &#234;tre un dieu, le dieu Dionysos et dans lequel, lui, Penth&#233;e ne voit qu'un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine vite ce qui va se passer : le dieu va devoir &#171; prouver &#187; qu'il est un dieu en accomplissant des &#171; miracles &#187; ou disons des choses qui d&#233;passent les possibilit&#233;s humaines. Que ces miracles conduisent &#224; l'accomplissement d'horreurs diverses n'est qu'un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire rajoutant une strate aux manifestations de la puissance, la strate des manifestation de la &#171; raison &#187;, c'est-&#224;-dire de la possibilit&#233; d'&#233;tablir une distinction entre ce qui est juste et conduit &#224; percevoir &#224; conna&#238;tre le bien et ce qui est horrible et conduit &#224; appr&#233;hender le tragique, et le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens Dionysos ici occupe la place d'un pharmakon. Il peut faire du bien aux hommes mais aussi les conduire &#224; se faire du mal. Car ce n'est pas lui directement qui va tuer Penth&#233;e, mais il va mettre la folie dans l'esprit des personnages principaux et conduire Agav&#233; la propre m&#232;re de Penth&#233;e, aveugl&#233;e par le dieu &#224; ne pas s'apercevoir de ce qu'elle fait concr&#232;tement et croyant accomplir un geste h&#233;ro&#239;que de capturer et d&#233;vorer un lionceau, elle va d&#233;membrer et d&#233;vorer et poser la t&#234;te de son propre fils au bout d'une pique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;pisode est assez dr&#244;le. Dionysos, qui ressemble plus &#224; une fille qu'&#224; un homme se laisse faire prisonnier. Penth&#233;e le prend pour un homme par pour un dieu et pour un charlatan capable de faire des tours, mais pas de se lib&#233;rer de ses liens. Le dieu va devoir CONVAINCRE le roi de ce qu'il est capable de faire (vers. 491). Mais cela ne suffit pas. Le roi est incr&#233;dule devant les manifestations verbales du dieu. Il veut &#224; la fois se prouver qu'il est lui aussi puissant et plus puissant que cet homme bizarre et pr&#233;tentieux et prouver aux autres qu'il a raison de s'en tenir aux faits, &#224; ce qui peut &#234;tre accompli comme acte et pas seulement comme discours. Le dieu se laisse donc mettre en prison. Non sans prof&#233;rer une menace qui concerne le manque de discernement de Penth&#233;e qui ne sait pas voir le dieu dans cet homme aux cheveux boucl&#233;s. Penth&#233;e qui se veut et se croit en quelque sorte &#171; rationnel &#187;, qui ne croit que ce qu'il voit, ne parvient pas &#224; comprendre qu'un nouvel espace psychique et social est n&#233; dans lequel il n'y a pas un partage radical entre hommes et dieux mais une relation d'un nouveau type puisqu'il habitent d&#233;sormais dans le m&#234;me monde, dans le monde &#171; r&#233;el &#187; si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas parce qu'il est possible au dieu de devenir homme (et donc de n'&#234;tre pas appr&#233;hendable et appr&#233;hend&#233; gr&#226;ce &#224; la seule hallucination conduisant &#224; l'accomplissement d'un acte &#171; voulu &#187; par les dieux, comme dans le monde bicam&#233;ral auquel tient malgr&#233; lui Penth&#233;e) qu'il est possible &#224; l'homme de nier le dieu. Penth&#233;e croit &#224; une r&#233;alit&#233; des hommes s&#233;par&#233;e du monde mythique des dieux. Dionysos est celui qui instaure, installe sur le m&#234;me plan les deux mondes ou plut&#244;t leur m&#233;nage une zone de rencontre de porosit&#233; et c'est cette zone qui s'impose comme le nouveau cadre mental/psychique avec lequel, ou si l'on veut, dans lequel l'homme va devoir penser et agir ou &#224; partir du quel il va devoir d&#233;sormais le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y toujours un ou des dieux dans ce nouveau cadre, mais l'hallucination salvatrice a perdu de sa puissance dans la mesure o&#249; elle doit &#234;tre corrobor&#233;e par des actes, des faits, de preuves. Le monde purement hallucinatoire, on dirait la puissance de l'imaginaire, qui dominait le psychisme bicam&#233;ral se trouve comme fendue en deux et le langage qui portait en gros l'ensemble homme dieu dans le m&#234;me logos se trouve s&#233;par&#233; entre logos &#171; fantasmatique &#187; et logos &#171; ratio&#239;de &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors les faits ! Il sont tr&#232;s dr&#244;les dans ce troisi&#232;me &#233;pisode. Le dieu va r&#233;ussir &#224; circonvenir Penth&#233;e et &#224; lui faire miroiter de pouvoir devenir spectateur de ses rites en le poussant &#224; se d&#233;guiser &#224; s'habiller comme une femme et &#224; aller rejoindre celles que le dieu a d&#233;j&#224; ensorcel&#233;es, et qui sont les femmes de Th&#232;bes et les premi&#232;res d'entre elles qui elles aussi refusent de croire &#224; la divinit&#233; de Dionysos, dont la m&#232;re de Penth&#233;e et s&#339;ur de S&#233;m&#233;l&#233;, Agav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce dialogue, le dieu tisse son filet de mots apr&#232;s avoir donn&#233; des preuves que Penth&#233;e n'a pas accept&#233;es comme telles, en se lib&#233;rant lui-m&#234;me de sa prison. Mais tout cela se passe en plusieurs &#233;tapes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrive un messager qui vient rendre compte de ce que font les femmes dans la montagne et il appara&#238;t qu'elles se livrent &#224; des actes inconsid&#233;r&#233;s, qu'elles s'adonnent &#224; des d&#233;bordement incroyables. Le r&#233;cit est au sens strict extraordinaire et dans un premier temps, les faits d&#233;crits &#233;veillent chez Penth&#233;e le d&#233;sir de se rendre sur le Cith&#233;rion la montagne o&#249; s'&#233;battent les bacchantes et de leur faire la guerre. Mais l'homme avec qui il parle et dans lequel il se refuse &#224; voir le dieu lui conseille de ne pas le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur le r&#233;cit avec les vers 713-715, puis &#224; partir du vers 734&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le merveilleux et l'horrible se rencontrent comme les nouveaux attributs de la puissance divine, car nous savons que tout cela c'est le dieu qui le rend possible. Au sens strict c'est une vision et nous pourrions aussi dire que c'est, pour les bergers, comme une hallucination devenue vraie. Le vers 760 en t&#233;moigne : une vraie vision !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sent ici l'aplatissement de la puissance des dieux entre la fa&#231;on dont elle est montr&#233;e d&#233;crite dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et ici. On est rentr&#233; d&#233;j&#224; dans le grand guignol. Ce que le messager rapporte c'est une sc&#232;ne de film avec effets sp&#233;ciaux ! Et &#231;a marche. &#199;a emporte l'adh&#233;sion des ignorants ; de ceux qui ont besoin de &#231;a pour croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore noter les vers 775-777, dans lesquels le berger, lui, ne doute pas devant ces prodiges que Dionysos soit un v&#233;ritable dieu. Mais Penth&#233;e, arcbout&#233; contre l'&#233;vidence et les connaissances, les r&#233;cits sur le dieu, se refuse &#224; croire. On voit que croire est une op&#233;ration singuli&#232;re qui engage l'ego m&#234;me si ici il est limit&#233; &#224; la forme d'un ego non personnel mais social, l'ego li&#233; &#224; la fonction de roi qui croit par contre en l'absolu de son pouvoir dans sa ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233; &#224; aller se battre contre les bacchantes, Dionysos parvient &#224; dissuader Penth&#233;e en le retournant par un geste invisible et magique qui est de lui promettre de lui montrer de l'autoriser &#224; voir les prodiges accomplis par ces femmes parmi les quelles il y a sa m&#232;re et ses tantes rappelons-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quoi le dieu parvient-il &#224; le tenter ? Avec le d&#233;sir. Le vers 813 le montre quand il s'adresse &#224; Penth&#233;e en lu disant : comment en es-tu arriv&#233; &#224; d&#233;sirer si fort ce spectacle. (N'ayant pas de version grecque je ne peux voir quel mot est ainsi traduit&#8230; mais on peut faire confiance aux Bollack pour que cela soit traduit au plus juste.) Le pi&#232;ge du d&#233;sir est aussi la marque de l'existence d'un espace int&#233;rieur, celui dans lequel un autre soi existe en soi-m&#234;me, diff&#233;rent par ce qu'il d&#233;sire qui n'est pas seulement ce qu'il est acceptable socialement de d&#233;sirer et identique parce que Penth&#233;e sait que c'est lui qui d&#233;sire m&#234;me s'il est en quelque sorte hors de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu qui est pris par Penth&#233;e pour un &#234;tre humain, annonce qu'il agit d&#233;sormais comme un dieu m&#234;me si Penth&#233;e ne l'entend pas. Il y a donc l'homme et le dieu, de la m&#234;me mani&#232;re qu'il y a le Penth&#233;e qui croit en son pouvoir et le Penth&#233;e qui par d&#233;sir et curiosit&#233; renonce &#224; lui-m&#234;me accepte ce que lui conseille le dieu &#224; savoir de se d&#233;guiser en femme pour aller voir le spectacle des bacchantes en pleine furie. Voir le spectacle de m&#233;nades dit le texte au vers 829.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; est le pi&#232;ge. Penth&#233;e va vouloir y aller pour voir et s&#233;vir contre elles, dans la logique de son refus de reconnaissance du dieu et de sa puissance. Il ne voit pas le pi&#232;ge. Pas du tout. Au contraire il va se laisser embobiner par Dionysos qui va aller dans son sens pour le convaincre de se d&#233;guiser &#224; son tour comme une femme pour pouvoir mieux les approcher et les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un court passage qui suit la sortie de Penth&#233;e parti se d&#233;guiser, Dionysos fait part aux spectateurs de ses intentions de ce que le dieu qu'il est a pr&#233;vu de faire de Penth&#233;e ou de lui faire subir pour qu'il reconnaisse qu'il est est un dieu m&#234;me si on le sait il sera mort en quelque sorte avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire vient corroborer cette interpr&#233;tation consistant &#224; voir que la pi&#232;ce est un moment d'installation ou de confirmation de l'installation d'une forme de conscientisation int&#233;rieure &#224; chaque homme et d'une mutation de l'espace psychique, &#233;l&#233;ments qui sont &#224; porter au cr&#233;dit de l'irruption d&#233;j&#224; un peu ancienne, un si&#232;cle ou deux d&#233;j&#224;, d'&#233;l&#233;ments relevant de la science, on dirait de la raison rationnelle, &#233;l&#233;ment qui modifient radicalement les possibilit&#233;s et les mani&#232;res d'interpr&#233;ter, de comprendre le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me &lt;i&gt;stasimon&lt;/i&gt;, voix du ch&#339;ur, de la doxa d'une &#233;poque donc, ouvre une porte sur cette mutation. Il faut lire la page 50 les vers 875 &#224; 900 pour s'en convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui est dit, c'est qu'il faut en quelque sorte accepter la science comme un don des dieux et la consid&#233;rer comme un don des dieux et donc la placer juste en dessous des dieux eux-m&#234;mes. Mais ce geste d'acceptation d'une primaut&#233; des dieux est un geste de croyance au sens trivial du terme. Il est le fruit d'un effort individuel et non plus de l'exercice directe de la puissance des dieux sur les hommes. Les hommes pensent d&#233;j&#224; par eux-m&#234;mes en ce sens qu'ils d&#233;cident de faire l'effort de consid&#233;rer que le temps long prime sur le temps court, le temps des dieux sur celui de la science, mais qu'ils peuvent et doivent cohabiter en l'homme, dans sa psych&#233;. Plus m&#234;me, cette cohabitation est constitutive de l'espace psychique dot&#233; d'une int&#233;riorit&#233;. Il faut pouvoir appr&#233;hender le dieu qui vient sur terre et appara&#238;t tel un homme et cela ne se peut que par les moyens &#224; disposition &#224; savoir sa psych&#233;, et une psych&#233; qui se sait au moins implicitement divis&#233;e en ceci qu'elle doit faire cohabiter en elle deux options plus ou moins contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit rentrer trouver un place dans le sch&#233;ma mental, sch&#233;ma qui doit int&#233;grer la nouvelle dualit&#233; du dieu qui est &#224; la fois dieu et homme, ou du moins appara&#238;t sous les traits d'un homme tout en &#233;tant un dieu (diff&#233;rent du Christ en ce sens mais finalement pas si loin...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quatri&#232;me &#233;pisode tout va commencer &#224; se retourner. Le dieu est en train d'entrer dans l'homme Penth&#233;e et de le retourner au sens qu'on donne &#224; ce mot dans les services secrets. Il lui fait faire ce qu'il veut qu'il fasse lui le dieu, il le prive de sa volont&#233; de son self arbitre aussi minimal &#233;tait-il et aussi puissant aussi puisqu'il a tenu bon jusque l&#224;, contre l'&#233;vidence il est vrai, et donc &#224; cause de son aveuglement. Bref le dieu poss&#232;de l'homme au sens que l'on donne &#224; ce terme. Mais c'est devenu un sens n&#233;gatif. Il le poss&#232;de pour le tromper. Mais pas par plaisir, pour se venger. Pour faire savoir aux th&#233;bains ce qu'il en co&#251;te ou co&#251;terait malgr&#233; tout de ne plus croire aux dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le va-et-vient se fait &#224; la fois dans le th&#233;&#226;tre externe d&#233;crit pour les spectateurs qui ne le voient pas et dans l'esprit de chacun d'entre eux qui sont en fait &#224; la fois des doubles de Penth&#233;e et des spectateur de la dualit&#233; du dieu et de cette nouvelle dualit&#233; homme/dieu. Et d'ailleurs Penth&#233;e se met &#224; voir double. (Vers 918-920)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t, leur psychisme est occup&#233; &#224; la fois par les pens&#233;es de Penth&#233;e et par celles du dieu. Et le jeu va &#234;tre de comprendre que si le dieu est bien un dieu, sa fonction a chang&#233; radicalement. Il n'est plus celui qui &#171; sauve &#187; en faisant que l'homme ou le h&#233;ros dont il s'occupe, accomplisse le geste qui le sauvera, il est celui qui est capable de renverser une situation de faire que ce qui soigne puisse devenir en un instant ce qui tue. Il est le pharmakon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce pharmakon est capable d'&#234;tre mis en &#339;uvre par le dieu de mani&#232;re trompeuse, mais pour l'homme qu'est Penth&#233;e, et qui n'est pas encore ouvert &#224; la subtilit&#233; de la duplicit&#233;, qui fonctionne comme un homme de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, par moments discontinus, qui se succ&#232;dent sans liens r&#233;els, et qui vit chaque instant comme absolu, distinct des autres, m&#234;me s'il sait qu'il est roi et qu'il ne veut pas honorer Dionysos, il n'y a pr&#233;cis&#233;ment pas de doute. Son esprit a &#233;t&#233; chang&#233; par le dieu (un peu comme c'est le cas donc pour un h&#233;ros qui soudain change de comportement ou d'attitude) et il accepte ce que juste avant il se refusait de faire. Et cela est dit par le dieu qui incarne la nouvelle donne psychique car lui est en tant que dieu capable de tous les miracles, donc &#224; la fois homme et dieu, et de modifier la perception des hommes et peur compr&#233;hension de leur situation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vers 923-924 et 947-948 sont r&#233;v&#233;lateurs de cette nouvelle donne. La faiblesse psychique, on dirait aujourd'hui la na&#239;vet&#233; ou la b&#234;tise, de Penth&#233;e, mais ici, c'est bien un &#233;tat de fait psychique, car il ne per&#231;oit par la supercherie, il est incapable d'appr&#233;hender la duplicit&#233;, c'est de ne pas entendre la voix du dieu, de ne pas savoir interpr&#233;ter ce qui arrive et ce qui lui arrive, qui le condamne a &#234;tre le jouet du dieu. Il ne sait pas encore qu'il est le jouet de lui-m&#234;me en ce sens qu'il ne parvient pas &#224; articuler les deux dimensions du dieu et de ce qui advient dans la r&#233;alit&#233;, &#224; savoir le fait que les bacchantes dont sa m&#232;re et sa tante font partie sont des bacchantes dot&#233;es d'un coefficient n&#233;gatif. Elles aussi sont la proie du dieu et elles aussi ignorent ce qu'elles font, ou du moins que ce qu'elles font va se retourner contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me &lt;i&gt;stasimon&lt;/i&gt; est sur ce point tr&#232;s &#233;clairant. Il introduit ce qui va constituer l'enjeu de toute la fin de la pi&#232;ce, la distinction entre deux plans, entre deux &#171; temporalit&#233;s &#187;, entre deux mondes. Nous sommes d&#233;sormais au c&#339;ur de la nouvelle machine psychique. Et l'enjeu nouveau est fix&#233; : la mesure. Et ce qui n'est pas accompli dans l'orbe de la mesure va appara&#238;tre comme pris dans l'orbe de la d&#233;mesure. Un nouveau partage est donc pos&#233;. L'hubris fait face &#224; la &lt;i&gt;dik&#233;&lt;/i&gt;, mais la possibilit&#233; d'&#233;chapper au pi&#232;ge est aussi indiqu&#233;e : respecter les r&#232;gles, celle de la non co&#239;ncidence entre temps des dieux et temps des hommes. L'un, le temps des dieux et DONC le temps long de la tradition qui oblige &#224; respecter les dieux, ce temps ne peut ni ne doit &#234;tre aboli mentalement par des hommes press&#233;s ou en proie &#224; leurs d&#233;sirs imm&#233;diats. L'homme doit croire ce qu'il voit et se soumettre &#224; ce qu'il ne voit pas, mais sait ou conna&#238;t devoir accomplir par la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, ici, dans un partage mental d&#233;j&#224; absolument &#171; moderne &#187; et il continue d'&#234;tre actif dans notre fa&#231;on d'envisager les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me &#233;pisode nous fait rentrer dans l'incroyable, dans le fantastique, dans le hors norme dans l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; et, en m&#234;me temps, il met en sc&#232;ne la puissance absolue du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un messager revient &#224; la ville et raconte ce qui est arriv&#233; &#224; Penth&#233;e son ma&#238;tre. Tout d'abord, il n'a pas per&#231;u qu'il &#233;tait le jouet la marionnette du dieu qui lui a fait donc faire ce qu'il voulait et l'a tromp&#233; sans effort. Et celui qui croit pouvoir assister &#224; un &#171; spectacle &#187; va se trouver en fait pris dans le jeu et la proie de l'aveuglement des femmes qui elles aussi sont sous la coupe du dieu. Et le na&#239;f croyait pouvoir voir sans &#234;tre vu, assister au spectacle sans y &#234;tre embarqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ais&#233;ment ici gloser sur notre situation psychique et concr&#232;te, celle de nous hommes pris encore entre les r&#232;gles d'un jeu qui nous d&#233;passe et nous d&#233;poss&#232;de de nos sensations les plus &#171; imm&#233;diates &#187; et le &#171; d&#233;sir &#187; d'une participation directe &#224; ce qui nous arrive, chose devenue toujours plus impossible &#233;tant entendu que nous installons entre le monde et nous une distance toujours plus grande et des r&#233;tention tertiaires toujours plus nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on assiste, oralement s'entend, &#224; la capture de Penth&#233;e par les femmes, par sa m&#232;re qui pas plus qu'il ne la reconna&#238;t elle, ne le reconna&#238;t lui, et &#224; son immolation au d&#233;sir vorace de celle-ci qui le d&#233;p&#232;ce et lui arrache les membres puis la t&#234;te avant de la planter sur une pique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_bacchanales.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH276/3_bacchanales-5dc52.jpg?1648998555' width='500' height='276' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Poussin - Bacchanale devant une statue de Pan
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit termin&#233; le messager se retire et l'on voit arriver les femmes, et Agav&#233; elle-m&#234;me toute &#233;mue encore de ce qu'elle vient d'accomplir, de ces choses extraordinaires qui viennent de lui arriver et qu'elle est capable de d&#233;crire, de raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les spectateurs comme le ch&#339;ur et comme son p&#232;re Cadmos, assistent &#224; nouveau &#224; ce r&#233;cit, fait cette fois par le protagoniste elle-m&#234;me et chacun s'aper&#231;oit de la terrible discr&#233;pance qui existe entre le r&#233;cit et la r&#233;alit&#233;, ou en fait entre le r&#233;cit des actions vues par les hommes et le r&#233;cit des actions vues par les femmes an proie au d&#233;lire divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous d&#233;couvrons une chose que nous avons plus que tendance &#224; oublier, &#224; occulter, c'est que la r&#233;alit&#233; n'existe pas &#171; en soi &#187;, qu'il n'y a pas une r&#233;alit&#233;, mais qu'elle est ce qui rel&#232;ve essentiellement du croyable disponible ou ce qui s'inscrit dans ce croyable disponible. En fait la r&#233;alit&#233;, c'est le croyable disponible, cette trame imaginale partag&#233;e par la soci&#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233; de l'histoire. La r&#233;alit&#233; c'est ce sur quoi un accord global est &#171; trouv&#233; &#187; sur la mani&#232;re dont le monde fonctionne collectivement ou disons pour la collectivit&#233; et qu'on appelle aussi raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit ensuite est le moment le plus intense, une forme de tragique mais un tragique loin de celui d'Eschyle et de Sophocle. C'est un tragi-comique, n'&#233;tait en effet la mort de Penth&#233;e, la douleur d'Agav&#233; et la rel&#233;gation de toute la famille y compris du grand-p&#232;re Cadmos qui n'est pourtant pas oppos&#233; au dieu mais qui paie le prix des refus de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment, c'est celui o&#249; Agav&#233; raconte &#224; son tour ses exploits. Nous savons d&#233;j&#224; qu'elle se trompe. C'est en cela que la pi&#232;ce nous donne le sch&#233;ma nouveau du fonctionnement psychique. Nous pouvons savoir avant ce qui va &#234;tre DIT apr&#232;s ! L'esprit humain a obtenu, avec l'introduction de la duplicit&#233;, une capacit&#233; de voyance. Ce n'est pas la voyance des dieux, mais c'est une voyance qui peut &#234;tre une claire voyance &#224; condition que celui qui l'exerce ou en qui elle s'exerce se soumette aux lois justes, au respect de la relation temps long - temps court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui afflige, ce qui donne au tragique une place, c'est qu'Agav&#233;, elle, ne sait pas qu'elle est dans l'erreur, que le dieu s'est jou&#233; d'elle et qu'elle d&#233;crit des faits qui n'ont rien &#224; voir avec ce qui a effectivement eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra toute la patience et l'amour d'un p&#232;re d&#233;muni pour la faire revenir &#224; la raison ! C'est-&#224;-dire pour la sortir de l'&#233;tat d'h&#233;b&#233;tude dans lequel elle &#233;tait et qui correspond &#224; l'&#233;tat dans lequel &#233;taient les h&#233;ros de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; quand un dieu les prenait en main en leur faisant accomplir ce que eux les dieux pensaient &#234;tre ce qu'il y avait de mieux &#224; accomplir pour eux. Les dieux &#233;taient globalement per&#231;us comme des soutiens et si les choses allaient mal, on l'a dit, cela &#233;tait attribu&#233; aux dieux aussi, donc &#224; des choses que les hommes ne pouvaient pas conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;tat, s'il est toujours d&#251; &#224; un dieu, a chang&#233; de statut. Il se situe dans un cadre qui a &#233;t&#233; modifi&#233; par l'introduction d'une distinction entre deux niveaux de r&#233;alit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'homme, la duplicit&#233; qui consiste &#224; pouvoir dire une chose et en penser une autre. Ce sont ces deux plans qui constituent donc aujourd'hui encore, l'espace mental des hommes, celui avec lequel il vont devoir compter, m&#234;me si comme on l'a vu, Penth&#233;e par exemple n'y est pas parvenu et est mort avant d'avoir pu y acc&#233;der, ou de n'avoir pu y acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde bicam&#233;ral, les &#233;tats distincts &#233;taient discrets, s&#233;par&#233;s et ils ne pouvaient pas &#234;tre mis en relation. Chaque moment &#233;tait v&#233;cu comme tel, comme absolu, comme &#233;tant en lui-m&#234;me porteur de la totalit&#233; du &#171; temps &#187; qui n'existe donc pas sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Et s'il &#233;tait mis en relation avec d'autres moments ou d'autres &#233;tats, il n'&#233;tait pas possible d'attribuer &#224; tel ou tel &#233;tat une &#171; cause &#187; puisque que la &#171; cause &#187; de tout &#233;taient les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poche d'inconnaissance occup&#233;e par les dieux dans le psychisme a &#233;t&#233; ouverte, bris&#233;e par un double mouvement de d&#233;couverte de ph&#233;nom&#232;nes analysables ind&#233;pendamment des dieux, m&#234;me si le cadre reste globalement comme ici gouvern&#233; par les dieux, et de r&#233;v&#233;lation de l'autonomie potentielle de chacun dans l'accomplissement de ses actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, ce qui se produit, c'est la mise en relation d'actes entre eux, d'actes qui en tant que possibilit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es par la parole comme &#233;l&#233;ments &#224; la fois dicibles et imaginaires, sont et ne sont pas, et ainsi rel&#232;vent en quelque sorte de l'ind&#233;termination qui est le privil&#232;ge des dieux. L'homme se retrouve porteur de cette chose &#233;trange, une maladie presque, qu'est l'ind&#233;cision et avec l'ind&#233;cision s'ouvre la question et la possibilit&#233; du choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;couvre en lui un gouffre, un abime m&#234;me, sans fond, car tout ce qui jusque l&#224; d&#233;passait l'imagination, les r&#233;cits des mythes en quelque sorte et des actes h&#233;ro&#239;ques, peut venir s'y loger. Certes, c'est le dieu qui accomplit les choses extraordinaires ou qui en est la cause, mais l'homme peut aussi le faire par la pens&#233;e, dans la pens&#233;e, avec la pens&#233;e. Il d&#233;couvre qu'il est pens&#233;e, qu'il pense donc, en ceci qu'il parvient &#224; mettre en relation des &#233;l&#233;ments relevant jusque l&#224; de deux mondes diff&#233;rents. Ces deux mondes existent d&#233;sormais en lui. Le monde des dieux &#224; travers le dieu d&#233;guis&#233; en homme a p&#233;n&#233;tr&#233; son esprit ou plus exactement, il le d&#233;couvre comme faisant partie de son esprit, de sa psych&#233;. Car homme, il est double comme le dieu, parce que le dieu s'est pr&#233;sent&#233; comme homme, et donc comme double, comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une d&#233;couvert abyssale, car elle vient ouvrir une porte sur le &lt;i&gt;terrible&lt;/i&gt;, sur quelque chose qui prendra la forme de l'angoisse, du mal, une porte qui ouvre aussi sur tout ce qui d&#233;passe les possibilit&#233;s humaines, possibilit&#233;s que les hommes pensaient r&#233;serv&#233;es au dieux. L'homme n'est pas un dieu, mais un dieu &#233;tant devenu homme, il permet de r&#233;v&#233;ler que sinon la dimension divine du moins quelque chose d'elle existe aussi dans le psychisme humain. Toute la suite de l'histoire de l'humanit&#233; va consister et consiste encore &#224; tenter de se relever de cette r&#233;v&#233;lation, &#224; tenter d'&#233;chapper &#224; ce gouffre &#224; cette angoisse, &#224; cette terreur. (On retrouvera le terrible avec Rilke).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les bornes de ce nouveau psychisme. Il y a la relation m&#233;moire-oubli qui est tout enti&#232;re renouvel&#233;e. Elle est elle aussi int&#233;rioris&#233;e, elle s'inscrit DANS le psychisme car le psychisme est une entit&#233; &#171; autonome &#187; qui sait d&#233;sormais, le psychisme est la manifestation d'un individu et (de) son double, l'autre partie de l'homme &#233;tant en quelque sorte un homme en tant que li&#233; aux dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce qui arrive &#224; Agav&#233; devant nous, lecteurs et spectateurs : la d&#233;couverte de ces deux dimensions conjointes en elle, celle de ce qu'elle a fait sous l'emprise du dieu, celle de ce qu'elle d&#233;couvre par elle-m&#234;me une fois sortie de l'emprise du dieu. Elle se souvient de son hallucination ! De ce qu'elle a fait pendant son hallucination. De ce qu'elle a fait dans son trip sous extasy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; la nouveaut&#233;, ce travail d'anamn&#232;se que son p&#232;re qui lui, a tout vu, lui fait faire, lui indiquant &#224; elle et &#224; nous tous que nous avons une nouvelle fonction et une nouvelle capacit&#233; dans notre psychisme. Avant on se souvenait aussi, mais uniquement des actes qui &#233;taient d'ailleurs &#171; m&#233;moris&#233;s &#187; par les po&#232;tes et par les &#233;pop&#233;es, les actes qui m&#233;ritaient la gloire, les autres on les mettait de c&#244;t&#233; car il &#233;taient ceux qui se r&#233;p&#233;taient sans qu'on ait besoin d'y penser. La m&#233;moire &#233;tait elle aussi alors externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de toute fa&#231;on, il n'y avait pas de souvenir de l'h&#233;sitation et il &#233;tait impossible d'attribuer &#224; la m&#234;me personne d'avoir eu deux attitudes diff&#233;rentes. Ou alors on attribuait ce changement &#224; l'intervention d'un dieu. Il n'y avait pas de pourquoi possible. Le pourquoi &#233;tait occup&#233; par les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, on l'attribue encore &#224; l'intervention d'un dieu mais aussi &#224; la personne &#224; qui cela arrive. Elle en est victime si l'on veut, elle y est sujette, et on voit d&#233;j&#224; poindre toutes les questions qui seront par la suite celles de la responsabilit&#233; face au mal et donc de l'existence du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; on est dans la r&#233;v&#233;lation de cette sc&#232;ne comme &#233;tant int&#233;rieure &#224; Agav&#233;, et chacun comprend qu'une telle situation est d&#233;sormais int&#233;riorisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cadmos qui a vu et qui acceptait que le dieu soit v&#233;n&#233;r&#233; n'a rien pu faire contre l'accomplissement de la d&#233;cision du dieu. (Vers 1236 et 1245, p. 66)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agav&#233; vit alors une sorte de crise, une descente apr&#232;s drogue et le souvenir double voire triple, de ce qu'elle a &#233;t&#233; en proie au d&#233;lire, puis de ce qu'elle &#233;tait avant et de ce qu'elle est en train de redevenir &#224; nouveau, est ce qui rend possible la mise en relation entre ces &#233;tats comme ayant &#233;t&#233; v&#233;cus &#224; des moments diff&#233;rents. Il y a souvenir de l'&#233;tat hallucin&#233; mais aussi de l'&#233;tat qui pr&#233;c&#232;de et la perception de ce qui arrive maintenant, le retour &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur qu'on pourrait dire alors &#171; normal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qui est nouveau, l'apparition de cet &#233;cart et qu'il soit v&#233;cu comme ayant une place ou plus exactement comme se cr&#233;ant, s'ouvrant une place &#171; dans &#187; la personne. C'est encore le dieu qui le fait, mais c'est la personne qui en paie le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique est cette &#171; lente &#187; reconnaissance par Agav&#233; de ce qu'elle a fait, du drame qui n'est plus attribuable &#224; un dieu mais qui devient le sien et qu'elle va devoir assumer : la mort de son fils par sa main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons affaire &#224; une sorte de moteur &#224; quatre temps, si l'on veut : Deux temps sur la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale du dieu deviennent deux temps sur la sc&#232;ne int&#233;rieure de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un &#233;cart, c'est celui qu'occupait le dieu en tant que nu&#233;e ou hallucination qui intervenait dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et qui est d&#233;sormais devenu &#171; objet &#187; de perception, de connaissance et qui est en tant que tel per&#231;u et qui soit ne signifie rien, soit implique sans que cela soit encore pris en compte, un &#233;loignement des dieux, de l'homme d'avec les dieux, m&#234;me si tout a lieu encore sous l'&#233;gide d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouffre est la r&#233;alit&#233; psychique originaire des humains post bicam&#233;raux ! Et nous sommes encore de ceux-l&#224;. Nous sommes encore hant&#233;s par cette faille, par ce gouffre dans lequel nous savons &#171; tous &#187; que nous pouvons &#234;tre emport&#233;s. M&#234;me si les mots et les figures et les noms que nous donnons aux forces qui agissent en nous diff&#232;rent, c'est encore le m&#234;me cadre psychique dans lequel nous &#233;voluons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lenteur de l'anamn&#232;se tragique d'Agav&#233; r&#233;pond le savoir ant&#233;rieur (le pass&#233; ant&#233;rieur dirait-on) de Cadmos et c'est ce qui rend le d&#233;calage, le retard, &#224; la fois &#233;vident et tragique. Si elle avait su avant, elle ne l'aurait pas fait, mais elle n'&#233;tait pas en position de savoir puisque sous la coupe du dieu, mais elle aurait pu le savoir (conditionnel) et elle ne l'a pas fait. On pourrait m&#234;me dire qu'elle aurait d&#251; le savoir. C'est que laisse entendre Dionysos (p. 71, vers 1343).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit se profiler tout ce qui va venir se nicher comme r&#233;flexions autour de la question du &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt;, du bon moment comme le montrent les vers p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une fois reconnue la mort du fils, il va y avoir le moment de l'introjection de l'acte diraient les psy, le moment o&#249; elle va reconna&#238;tre que c'est elle qui a commis cela, le meurtre de son fils (vers 1289 p.68 et 1296). P. 69, elle le reconna&#238;t &#171; par elle m&#234;me &#187; et attribue ensuite, apr&#232;s coup, son geste au dieu, mais c'est elle d'abord qui se sait &#171; coupable &#187; du crime, en tout l'auteur de l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conna&#238;tre c'est donc toujours re-conna&#238;tre quelque chose qu'on savait d&#233;j&#224; mais qu'on n'&#233;tait pas parvenu &#224; voir&#8230; (Freud)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite reste &#224; ent&#233;riner le fait que ce d&#233;bordement de violence a bien &#233;t&#233; provoqu&#233; par le dieu et &#224; en dire la &#171; raison &#187;. On voit que le mot &#171; raison &#187; est en fait un &#233;l&#233;ment qui ne rel&#232;ve pas de ce qui est rationnel en soi mais de ce qui est acceptable et reconnu dans une soci&#233;t&#233; ou un groupe social &#224; un moment donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre social du &#171; croyable disponible &#187; change lui aussi. C'est tr&#232;s important. Cadmos le remarque, ce n'est pas seulement &#224; la vengeance contre Agav&#233; que se limite l'action du dieu, c'est &#224; une mani&#232;re d'imposer sa loi &#224; toute la famille. Il y a une implication sociale du geste individuel m&#234;me s'il a &#233;t&#233; commis alors qu'on &#233;tait &#171; hors de soi &#187; comme on dit. Et cette dimension sociale doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient &#224; deux choses : au fait que l'homme qui s'obstine &#224; ne pas croire aux r&#232;gles sociales n'est plus un homme en proie au d&#233;lire divin mais un homme en proie &#224; une exacerbation, sinon de son ego, du moins de ses pulsions, m&#234;me si ces mots n'apparaissent pas ici. Il est dans l'exc&#232;s et c'est excessif qu'&#233;tait Penth&#233;e en croyant accomplir ce que son statut de roi l'autorisait &#224; faire, mais il ne voyait pas l'offense faite au dieu. Il s'est mis hors jeu social en ne respectant pas le dieu, il est sorti des lignes et il a d&#233;fait le lien social, au sens strict, comme le montre la p. 70 : toute la famille est d&#233;faite, d&#233;truite, chacun est comme d&#233;truit socialement et va devoir quitter son univers, il n'y a plus de &#171; lieu &#187; habitable pour eux. Plus de palais, plus de maison, plus rien que l'errance, cet autre nom du n&#233;ant, ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la morale finale, c'est Dionysos qui l'&#233;nonce p. 71 en imputant le drame &#224; ceux qui n'ont pas su anticiper et penser comme il faut comme il fallait au moment o&#249; c'&#233;tait encore possible. On se souvient que des tels propos &#233;taient impensables dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;. D&#233;sormais, chaque homme est un sujet dot&#233; d'un moi (d'un proto-moi si l'on veut) parce qu'il est dot&#233; ou du moins cr&#233;dit&#233; de la possibilit&#233; de d&#233;cider. Il a acquis une sorte de pouvoir de divination ou plut&#244;t un &#233;quivalent, jusqu'&#224; une certain point, d'un pouvoir de divination r&#233;serv&#233; jusqu'alors aux dieux et aux devins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233;, c'est qu'il est en train d'appr&#233;hender des &#233;carts entre des moments et donc d'inventer une forme ou une proto-forme de &#171; temporalit&#233; &#187;, en tout cas de lien entre avant-pendant-et-apr&#232;s, parce qu'apr&#232;s, on l'a vu, il a &#233;t&#233; capable de le relier &#224; avant et &#224; avant avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;couvre qu'il y a du continu dans ou sous le discontinu, ou que le discontinu est port&#233; par du continu et que c'est &#224; cela qu'il doit se vouer d&#233;sormais, penser le continu, faire du continu le &#171; sol &#187; de la pens&#233;e et du discontinu, un r&#233;sidu de la voix divine qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e pharmakonique et plus salvatrice en toutes circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si le monde bicam&#233;ral est essentiellement discontinu, ceux qui le vivent n'en per&#231;oivent pas la discontinuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on est dans l'une des premi&#232;res manifestations d'une saisie conscientis&#233;e, et &#224; quel prix, de la continuit&#233; malgr&#233; ou sous les discontinuit&#233;s, de l'attribution &#224; la personne d'une continuit&#233; de ses actes et donc de sa responsabilit&#233; de ces ou ses actes. L'homme n'est plus discontinu, il est une continuit&#233; suppos&#233;e qui doit apprendre &#224; se conna&#238;tre comme telle et &#224; se vivre comme telle&#8230; et de cela encore on n'en est pas sorti. Car le continu pour un homme comme pour tous est n&#233;anmoins marqu&#233; par la discontinuit&#233; radicale &#224; laquelle il doit faire face, celle de la mort, de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que &#171; faire des dieux &#187; est une proposition qui prend tout son sens. Il s'agit bien de tenter de repenser le cadre psychique dans lequel nous sommes prisonniers et les modalit&#233;s de nos croyances pour en lib&#233;rer des forces nous permettant de construire d'autres possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Mort de Penth&#233;e &#8211; Mus&#233;e du Louvre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux ou inventer au plus de pr&#232;s de la schize &#8212; IV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-ou-inventer-au</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-ou-inventer-au</guid>
		<dc:date>2022-01-30T14:15:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; travers une analyse du travail plastique de Hans Bellmer et de l'&#233;criture de Francis Scott Fitzgerald, il s'agit d'explorer les modalit&#233;s d'une approche cr&#233;ative au plus pr&#232;s de la schize et de voir comment la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale permet d'inventer dans les parages du gouffre psychique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH128/arton2034-9597c.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; travers une analyse du travail plastique de Hans Bellmer et de l'&#233;criture de Francis Scott Fitzgerald, il s'agit d'explorer les modalit&#233;s d'une approche cr&#233;ative au plus pr&#232;s de la schize et de voir comment la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale permet d'inventer dans les parages du gouffre psychique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappel de la fin de la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles d&#233;couvertes avons-nous faites ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Que la schize bicam&#233;rale persiste&lt;/strong&gt;, et que m&#234;me d&#233;cal&#233;e, m&#234;me prise dans un nouveau sch&#232;me spatio-temporel, non seulement elle existe dans le psychisme contemporain mais elle y joue un r&#244;le en importance au moins aussi important que pour l'homme bicam&#233;ral, r&#244;le qui m&#234;me s'il est mieux vu n'en est pas moins mal pris en compte, pour ne pas dire occult&#233; ou ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que plusieurs sortes de schizes persistent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a- celle qui s&#233;pare conscient et inconscient dans les modalit&#233;s d'acc&#232;s aux informations engramm&#233;es. On la nommera la schize freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b- celle qui s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me, de son propre v&#233;cu, par le fait que les constructions internes fantasmatiques, les associations psychiques entre souvenirs vrais devenus faux ou reconstruits, bref transform&#233;s et ayant perdu finalement pour certains tout lien avec une trace du moment v&#233;cu. Cette schize on la nommera existentielle ou stieglerienne, car elle est port&#233;e et inscrite par l'existence ind&#233;passable mais rarement interrog&#233;e des r&#233;tentions tertiaires qui sont les productions techniques r&#233;alis&#233;es par les hommes qui lui permettent &#224; la fois de mieux conna&#238;tre tel ou tel aspect de la r&#233;alit&#233; et en m&#234;me temps le mettent toujours un peu plus &#224; distance d'une appr&#233;hension &#171; directe &#187; de cette r&#233;alit&#233;, celle qui, plus originelle, passe, comme on dit, par le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes passent par le corps. Ce sont les niveaux de complexit&#233;s et les relations corps / instruments / techniques qui changent et transforment et il est difficile de prendre la mesure de qui se transforme dans ces si nombreuses boucles de r&#233;troaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c- La schize qui s&#233;pare non pas l'homme de son v&#233;cu mais qui s'inscrit en lui-m&#234;me dans le geste m&#234;me de la constitution de la trace parce que devenant trace elle s&#233;pare le v&#233;cu de ce dont il est porteur, elle expose (au sens math&#233;matique) la puissance d'exister en la rendant inaccessible, en ceci que toute trace m&#234;me si elle s'inscrit, m&#234;me si on peut en rappeler certaines, ne contient que des traces et non pas le geste m&#234;me. On l'appellera la schize du perdu. Elle s&#233;pare l'homme du gouffre dont il est porteur mais elle le lui fait voir. Elle est source d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d- On notera que persiste malgr&#233; tout, la schize bicam&#233;rale, celle provenant de la c&#233;sure entre les deux h&#233;misph&#232;res qui n'est plus prise en compte en tant que telle et qui pourtant fonctionne toujours comme on l'a vu &#224; travers le t&#233;moignage de Jill Bolte Taylor. Et celle-ci nous l'appellerons la schize marteau et levier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Que les manifestations de cette schize &#224; travers l'histoire&lt;/strong&gt; connue de nous, artistique, religieuse, intellectuelle, etc., jusqu'&#224; certaines de ces manifestations parmi les plus actuelles relevant toujours pour part de la bicam&#233;ralit&#233;, seront plus compr&#233;hensibles si l'on inclut ou si l'on part de cette dimension ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en particulier pour ce qui constitue le projet de ce s&#233;minaire, dans notre capacit&#233; &#224; comprendre comment cette schize est &#224; la source de cr&#233;ation de &#171; dieux &#187; au sens que donne Bergson &#224; cette expression que nous travaillerons par la suite, tant dans le christianisme et les autres religions du livre que chez les grecs post-hom&#233;riques ou les penseurs du Moyen &#194;ge ou d'apr&#232;s. C'est ce que nous ne cesserons de montrer &#224; travers des exemples lors des prochaines s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine sera consacr&#233;e &#224; une lecture d&#233;taill&#233;e du texte de F.S. Fitzgerald intitul&#233; &lt;i&gt;The crack up, La f&#234;lure&lt;/i&gt;, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Qu'il est possible de penser l'histoire&lt;/strong&gt;, celle de la pens&#233;e, des arts etc. moins comme le fruit de la tension conscient-inconscient qu'&#224; partir de la tension continu-discontinu. Car c'est elle qui active dans la bicam&#233;ralit&#233;, l'&#233;cart permettait aux dieux de se manifester et d'aider les hommes, se retrouve active dans le r&#233;cit ou le po&#232;me. Nous reviendrons une autre fois sur cette question de la diff&#233;rence entre po&#232;me de type hom&#233;rique et po&#232;me post-hom&#233;rique. Ce qui va basculer, &#224; partir de Simonide de C&#233;os, c'est le statut du po&#232;me qui deviendra un moyen d'inventer des vies &#224; des gens riches qui n'&#233;taient en rien des h&#233;ros puisque le po&#232;me sera &#233;crit moyennant finance ! Le moteur de la narrativit&#233; bascule avec ce Simonide de C&#233;os, qui est aussi l'inventeur d'une formule que l'on peut consid&#233;rer comme l'une des premi&#232;res sinon la premi&#232;re mettant en jeu une th&#233;orie de l'image puisque c'est &#224; lui que l'on doit la formule qui deviendra c&#233;l&#232;bre dans sa version latine du ut pictura poi&#233;sis et qui en grec disait la chose suivant : &#171; la peinture est une po&#233;sie silencieuse et la po&#233;sie est une peinture qui parle. &#187; (Marcel D&#233;tienne, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres de v&#233;rit&#233; dans la Gr&#232;ce archa&#239;que&lt;/i&gt;, p. 186)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Qu'il est possible donc de tenter de comprendre comment on a invent&#233; ou comment on a fait des dieux&lt;/strong&gt; &#224; tel ou tel moment de l'histoire &#224; partir d'un triple travail qui est &#224; la fois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; g&#233;n&#233;alogique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; historique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; analytique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cr&#233;ateur de dieux&lt;br class='autobr' /&gt;
et ainsi d'examiner &#224; travers des exemples comment s'est constitu&#233;e, par un jeu infini d'errances et de retours, un jeu odyss&#233;en post iliadique en quelque sorte, l'invention de dieux, jeu qu'il nous faut &#233;lever &#224; la hauteur d'une pratique &#224; la fois consciente et exalt&#233;e ! Et c'est le coupe inhibition-d&#233;sinhibition qui alors prend le pas sur les autres et permet d'approcher ces m&#233;canismes de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17867 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L469xH750/1_bellemer-1fec6.jpg?1643549742' width='469' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I : Hans Bellmer&lt;/h2&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/671684067?h=35facb3168&amp;title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&amp;speed=0&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;Faire-des-dieux_04_part-01&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A Petite anatomie de l'image : une lecture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers une analyse du travail de Hans Bellmer et en particulier de son ouvrage &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt; (Ed Allia), nous explorerons les modalit&#233;s d'une approche cr&#233;ative au plus pr&#232;s de la schize et verrons comment la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale permet d'inventer dans les parages du gouffre psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref passage du livre d'Ansermet et Magistretti offre une transition parfaite pour en venir &#224; une br&#232;ve analyse de l'ouvrage de Hans Bellmer intitul&#233; &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce passage : &#171; p. 215-216 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; install&#233;s de plain-pied dans un univers qui pour infantile qu'il soit, n'en est pas moins susceptible de perdurer dans l'existence de certains et de tisser sa trame lors m&#234;me qu'ils sont, ces &#234;tre-l&#224;, devenus, comme on dit, adultes. Nous y devinons que les fronti&#232;res devenus poreuses, ou plus exactement appr&#233;hend&#233;es avant qu'elles ne s&#233;dimentent, permettent des rencontres, des associations, des inventions, des exp&#233;riences mentales, imaginales ou imaginaires comme on veut d'une puissance hors norme, les d&#233;ploiements de l'imagination pouvant on le sait bien atteindre et d&#233;passer les exp&#233;riences v&#233;cues dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une plasticit&#233; non pas neuronale ici, mais du corps lui m&#234;me en tant qu'il est &#224; la fois carte et image que nous sommes convi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait une analyse d&#233;taill&#233;e de ce livre il y a longtemps lors d'un s&#233;minaire tenu les 5 octobre, 9 novembre et 7 d&#233;cembre 2010 et publi&#233;s dans les trois premiers num&#233;ros de &lt;i&gt;TK-21 LaRevue&lt;/i&gt;. Je vous invite &#224; vous y reporter. J'utiliserai deux ou trois remarques qui s'y trouvent mais, aujourd'hui je ne vais pas me situer dans le champ d'un questionnement sur l'image et plut&#244;t chercher la mani&#232;re dont on peut envisager en suivant les m&#233;andres d'un corps pensant particuli&#232;rement actif et imaginatif, &lt;i&gt;Faire des Dieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, cette fois, c'est de d&#233;gager, en relation avec ce que nous avons vu la fois pass&#233;e, ce qu'une exp&#233;rience comme celle faite et th&#233;oris&#233;e par Bellmer, nous permet d'approcher de pr&#232;s, ce dont il est possible de faire l'exp&#233;rience dans un champ non pr&#233;alablement forclos dans les limites de la bonne conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Bellmer le principe de la perversion&lt;/i&gt; (Ed. Jean-Pierre Faure, 1999), Pierre Dourthe apporte quelques informations importantes au sujet de la mani&#232;re dont Bellmer a travaill&#233; &#224; ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant &#233;chou&#233; &#224; le faire para&#238;tre chez Gallimard, le livre est publi&#233; au terrain vague par &#201;ric Losfeld dans le cours de l'ann&#233;e 1957. Un long passage &#233;tait d&#233;j&#224; paru sous le titre anatomie de l'amour dans le num&#233;ro 4 de la revue &lt;i&gt;Les quatre vents&lt;/i&gt; en 1946 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre &#224; Herta Hausmann, Bellmer note, parlant de son livre : &#171; cela agace au fond tout le monde, parce qu'en plus je m&#233;lange pens&#233;e objective et froide avec des caprices et secrets d'ordre po&#233;tique, rien que pour prouver peut-&#234;tre que, pour avoir un certain don po&#233;tique il ne soit pas n&#233;cessaire, d'embl&#233;e, d'&#234;tre idiot en n'importe quel autre domaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant gu&#232;re connu qu'un succ&#232;s d'estime, &#224; sa sortie, malgr&#233; son c&#244;t&#233; plut&#244;t &#171; scandaleux &#187;, certains ont n&#233;anmoins per&#231;u l'importance de l'ouvrage. Jo&#235; bosquet qui &#233;crit &#171; mon parti est pris apr&#232;s la lecture de votre texte net, ac&#233;r&#233;, purg&#233; de tout lyrisme. Il me r&#233;v&#232;le le plan uni, froid m&#233;tallique qui manquait &#224; mon &#233;difice &#187; (op. cit. , p. 130). Breton, Man Ray qui r&#233;pondit par l'anagramme IMAGE = MAGIE, et Lacan sauront r&#233;agir positivement &#224; l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Dourthe rel&#232;ve donc plusieurs points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part Bellmer s'est en particulier beaucoup int&#233;ress&#233; au livre d'Otto Rank, &lt;i&gt;Le double&lt;/i&gt;, un livre de 1914. Et chez Jaspers dans son livre &lt;i&gt;Psychopathologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, il s'int&#233;resse au 5e chapitre intitul&#233; &lt;i&gt;La diff&#233;renciation de la vie psychique&lt;/i&gt; au concept de diff&#233;renciation et au d&#233;doublement du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses nous int&#233;ressent en fait ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le fait que la relation que le corps entretient avec lui-m&#234;me et les autres corps se met en place &#224; l'interface entre image du corps et sch&#233;ma du corps, deux niveaux ou deux plans autour desquels s'articulent les relations perception-int&#233;gration en vue de la construction du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'identification de deux p&#244;les l'un nomm&#233; foyer r&#233;el et l'autre centre virtuel qui permettent de penser l'interaction entre les sensations sans s'appesantir trop sur la question de la m&#233;moire et des traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage p. 11 nous donne le ton de l'ouvrage dans ce qu'il cherche &#224; formaliser et formuler, la constante mobilit&#233; des &#233;l&#233;ments du corps et donc des images qui se forment &#224; la rencontre de sensations, de positions inopin&#233;es du corps et de curiosit&#233; psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du r&#233;el au virtuel est, constate Bellmer, quasi imm&#233;diat et ce qui compte pour lui, &#171; c'est de d&#233;plac&#233; ce que Bernard No&#235;l avait not&#233;, mais aussi le dynamisme de l'op&#233;ration, le flux, l'&#233;change. &#187; (D. p. 131)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 17-18 Ces passages nous montrent comment Bellmer con&#231;oit ces &#233;changes constants entre excitation r&#233;elle et excitation virtuelle. Ce n'est pas sans nous rappeler les enjeux li&#233;s aux traces et &#224; la constitution du fantasme comme autonomisation des traces perdant leur relation &#224; l'exp&#233;rience qui les portait et qui, s'autonomisant pour devenir elles-m&#234;mes des foyers d'excitation, pour parler comme Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous importe, c'est ce qu'il en tire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 23-24 Il montre comment, selon lui, se produit une amplification de ph&#233;nom&#232;nes physico-physiologiques associ&#233;s aux productions mentales qu'il g&#233;n&#232;re le principe de ce m&#233;canisme &#233;tant le d&#233;doublement, une sorte non pas de reflet dans un miroir mais de scissiparit&#233; des perceptions r&#233;fl&#233;chies, r&#233;pliqu&#233;es, dupliqu&#233;es, scind&#233;es et recompos&#233;es par le cerveau et renvoy&#233;es dans le flux des images traversant le corps pensant. Et comment cette amplification porte en elle le germe d'un d&#233;doublement de l'individu entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous retrouvons donc la schize, appr&#233;hend&#233;e sous un nouvel angle. Mais c'est bien d'elle qu'il s'agit &#224; ceci pr&#232;s qu'elle n'est ici ni physique-mentale ni pathologique-psychique, mais l'effet de jeux de forces li&#233;es au d&#233;sir, forces inh&#233;rentes au d&#233;veloppement psychique d'un &#234;tre qui ne naissant pas &#171; tout fini &#187;, ne naissant pas tel un sujet parfaitement constitu&#233;, se retrouve en proie et la proie de ph&#233;nom&#232;nes psycho-moteurs qui le portent le constituent mais surtout le d&#233;passent. C'est ce que Bellmer nomme sensibilit&#233; et motricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre corps appara&#238;t dans la seconde partie du livre qui examine &#224; travers la relation d&#233;sirante homme femme comment se met en place une &#171; image de soi &#187;. Ces deux op&#233;rations se produisent sous les coups port&#233;s &#224; la m&#233;canique tremblante du corps, par la loi du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re touche le corps propre d&#233;crit ici &#224; travers celui de la femme en tant qu'il est pris dans le jeu du d&#233;sir que l'homme &#233;met &#224; son encontre, d&#233;sir qui produit des excitations partielles ne conduisant pas &#224; la formation d'une image globale compl&#232;te d'un corps stabilit&#233; mais &#224; la formation d'images partielles en constantes interactions en en constante mutation ou transformation.&lt;br class='autobr' /&gt;
P. 33-34. Mais tout cela est &#233;videmment de l'ordre de la simulation, port&#233;e par une imagination qui se r&#233;v&#232;le capable de faire jouer des variations &#224; l'infini n'&#233;tant pas limit&#233;e par un sujet constitu&#233; et fig&#233;, un sujet ayant en quelque sorte banni le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous voyons que ce qui importe c'est une op&#233;ration hallucinatoire mais li&#233;e &#224; une autre strate du d&#233;sir une sorte de d&#233;sir inh&#233;rent &#224; chaque &#234;tre qui est un d&#233;sir cognitif celui de conna&#238;tre en effet le monde qui le compose &#224; savoir ce qui est cach&#233; par la peau, le monde des entrailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une version nouvelle de la relation entre dehors et dedans que nous connaissons bien et qui est pr&#233;sent&#233;e dans le cadre d'un monde o&#249; la r&#233;f&#233;rence de d&#233;part, contre laquelle tout ceci est &#233;crit et pens&#233;, est la conscience ou le fait que l'homme est devenu un &#234;tre avec une int&#233;riorit&#233; qui ne r&#233;pond pas n&#233;cessairement &#224; ses attentes en particulier en ce qu'elle n'est pas ni l'organe de la pens&#233;e ni celui de la d&#233;cision. Mais il ne faut pas s'y tromper, il ne s'agit pas de l'int&#233;riorit&#233; psychique id&#233;alis&#233;e, mais bien de l'int&#233;riorit&#233; &#171; premi&#232;re &#187;, inconsciente pas au sens freudien mais au sens o&#249; le corps est travers&#233; et acteur de forces qui ne sont en rien contr&#244;lables par le moi ni par la conscience, et qui constituent le point d'interrogation ind&#233;passable pour chaque &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me tend &#224; la fusion entre moi et toi, entre l'homme et la femme, entre la m&#233;canique d&#233;sirante et les possibilit&#233;s virtuelles qu'elle permet de mettre au jour par des jeux infinis de simulation. (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette sodomisation du moi par le toi, de cette d&#233;couverte de l'interchangeabilit&#233; des images du masculin et du f&#233;minin une loi se d&#233;gage, celle de la r&#233;versibilit&#233;. (p. 38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux plans, celui de l'exp&#233;rience du corps et celui de l'hallucination d'images v&#233;cues, m&#233;moris&#233;es et projet&#233;es, se recoupant se croisant ind&#233;finiment en des combinaisons incessantes, d&#233;terminent un plan de consistance imageante commun, instable mais actif. Il se forme &#224; la jonction des &#233;lans du corps et des formations imag&#233;es qu'il g&#233;n&#232;re lorsqu'il ne se se saisit par encore lui-m&#234;me comme une totalit&#233; non modifiable.(p. 39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on comprend comment l'articulation dehors dedans op&#232;re &#224; deux niveaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de soi &#224; soi, de son corps &#224; l'invisible qui agit dans le corps. Cette tension g&#233;n&#232;re un d&#233;sir de savoir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et de soi &#224; l'autre comme corps susceptible de venir m&#234;ler les images qu'il g&#233;n&#232;re &#224; celles que mon corps produit et qui, &#224; eux deux, viennent consister dans et comme une nouvelle dimension, celle de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la r&#233;versibilit&#233; ait autant &#224; voir avec les images qu'avec les mots ne nous &#233;tonnera pas. Mais nous ne reviendrons pas sur ce point largement d&#233;velopp&#233; par Bellmer, mais que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie de ce texte intitul&#233;e la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure, vient corroborer ce que nous avons vu avec Ansermet et Magistretti autour de ce qu'ils ont appel&#233; avec Freud : le fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellmer ne le nomme pas ainsi, mais tout ce qu'il dit de cette image dynamique qu'il parvient &#224; extraire de sa m&#233;ditation tend &#224; la rapprocher du fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en jeu, c'est l'articulation entre excitation et images-souvenir, entre exp&#233;rience et traces, entre consolidation et m&#233;tamorphose des traces jusqu'&#224; ce qu'elles deviennent, de signifiant qu'elles &#233;taient des signifi&#233;s autonomes. (p. 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce qui nous importe, c'est la pr&#233;sentation que Bellmer fait du psychisme en proie &#224; l'interrogation sur les composantes et le fonctionnement de sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience appara&#238;t &#224; la fois comme le r&#233;ceptacle de d&#233;part puisqu'elle d&#233;termine les modalit&#233;s de la r&#233;ception perception ou du moins les modalit&#233;s qui nous permettent de les penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle se d&#233;couvre comme l'h&#244;te de ph&#233;nom&#232;nes d'activit&#233;s d'actions qui lui &#233;chappent totalement ou dont elle ne contr&#244;le en fait rien ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est cette entit&#233; qui, comme concept terminal de ce livre, vient permettre de penser une synth&#232;se ouverte de ce qui a &#171; r&#233;ellement &#187; lieu dans le psychismed&#232;s lors qu'on ne lui interdit pas d'appr&#233;hender &#224; partir de son corps ce qui se produit et comment &#231;a se produit et qu'il peut avoir recours &#224; sa puissance &#171; magique &#187; propre l'intuition en lien avec l'imagination : p. 67-68. Le texte se poursuit ainsi p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons un vocabulaire, un r&#233;gime m&#233;taphorique, qui nous reconduit tr&#232;s pr&#232;s de celui qui a cours pour parler du monde hom&#233;rique et de l'homme bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non parce que nous serions redevenus bicam&#233;raux, mais bien que nous n'avons jamais cess&#233; de l'&#234;tre. Le g&#233;nie ou da&#239;mon qu'il &#233;voque n'est pas sans nous rappeler tous les da&#239;mons de la terre, celui de Socrate par exemple, mais tant d'autres, ni tous les d&#233;mons qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ou sont venus apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res pages de ce petit ouvrage sont d'une pr&#233;cision quasi clinique dans la description de ce qui se produit dans un psychisme qui a su se d&#233;gager de l'emprise de la conscience et la consid&#233;rer pour ce qu'elle un cadre g&#233;n&#233;ral, une &#171; maison &#187;, mais en rien le nom de la puissance de domination du psychisme par lui-m&#234;me, et encore moins du sujet sur lui-m&#234;me, mais aussi une puissance inhibitrice que la d&#233;sinhibition qui se met en place &#224; l'&#233;coute du corps et de sa puissance de division et de multiplication, de composition &#171; d'images &#187; mettant en sc&#232;ne la mobilit&#233; incessante des flux et des forces agissant dans le corps comme dans l'esprit, la pens&#233;e, que cette d&#233;sinhibition donc, parvient &#224; rendre inop&#233;rante. (p. 71-72-73)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce dernier passage est sans appel. La conscience n'est rien et nous sommes encore et toujours soumis non plus &#224; des dieux mais &#224; des forces qui ont pour nom, d&#233;sir, curiosit&#233;, d&#233;sir de connaissance donc, et capacit&#233; d'associer des &#233;l&#233;ments divers sans relations apparentes pour en faire &#233;merger un quelque chose qui pourrait tenir lieu de connaissance justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourtant le dieu n'est pas loin, le dieu bicam&#233;ral. Il a pour nom ici le hasard. Ou du moins le hasard montre qu'il pourrait exister comme le laisse entendre ce passage qui vient conf&#233;rer &#224; ce texte sa profonde coh&#233;rence. (p. 77)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit le hasard pourrait exister comme la confirmation toujours possible jamais durable m&#234;me si elle se manifestait, de la coexistence, fut-ce un instant, fut-ce une fois des deux faces de l'image, des deux parties de l'homme divis&#233;, non pas pour qu'elles restent coll&#233;es mais parce qu'alors serait comme confirm&#233;e l'existence de la loi des dieux dans le monde de la conscience comme sinon ce qui sauve du moins ce qui conf&#232;re &#224; l'existence une puissance explosante fixe ind&#233;niable comme ce qui l'&#233;l&#232;ve &#224; la dimension de l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nul mieux que Bellmer n'a su le dire : p. 78&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B Petite anatomie de l'image : vers une interpr&#233;tation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Pierre Dourthe offre une possibilit&#233; de traverser l'oeuvre de Bellmer de mani&#232;re &#224; la fois th&#233;matique et chronologique. Nous allons nous en servir pour rep&#233;rer les &#171; motifs &#187; de sa pens&#233;e qui nous permettrons d'avancer vers un rep&#233;rage de ce qui a conduit en un si&#232;cle &#224; la transformation compl&#232;te de ce qu'il en est de la subjectivit&#233; et &#224; une r&#233;vision des th&#233;ories qui permettaient de la penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard a voulu que pr&#233;parant ce s&#233;minaire je finisse la lecture de &lt;i&gt;De la mis&#232;re symbolique&lt;/i&gt; de Bernard Stiegler et que je m'aper&#231;oive qu'il y avait plus que des concordances. Bellmer mais aussi FSF, et ces deux textes courts en particulier &#233;taient plus que des exemples de cette mutation, ils en &#233;taient des acteurs et des t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers une th&#233;orie de cette mutation ou plus exactement et plus modestement vers un rep&#233;rage des points majeurs qui la r&#233;v&#232;lent que nous allons nous consacrer durant cette s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu majeur est comme on le disait autre fois de sortir de la m&#233;taphysique. Mais en fait, c'est d'abord d'&#234;tre attentifs aux termes que nous utilisons et de ne pas nous laisser pi&#233;ger par quelques mots devenus des mots valises, des mots-cl&#233;s, des pseudo-concepts ou des concepts d&#233;vitalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suite, c'est de prendre en charge un travail essentiel, et que personne ne fait parce que personne ne semble v&#233;ritablement capable de se d&#233;gager du pi&#232;ge que constitue le mot &#171; dieu &#187; de justement &#224; la fois le d&#233;construire comme on dit mais de le faire &#224; partir d'un point de vue qui ne soit absolument plus celui que nous avons int&#233;gr&#233; comme &#233;tant la seule version de dieu que nous y croyions ou pas, le dieu tout puissant cr&#233;ateur du ciel et de la terre etc., le dieu des philosophes et/ou des croyants, bref une entit&#233; que nous consid&#233;rons comme &#233;tant ext&#233;rieure &#224; nous et au sujet de laquelle nous n'avons depuis longtemps plus de nouvelles, ou au sujet de laquelle nous pensons que nous n'avons plus de nouvelles, et qui lorsqu'elle se manifeste le fait soit de mani&#232;re tr&#232;s fragmentaire par des hallucinations collectives de basse intensit&#233;, soit par des miracles eux aussi de base intensit&#233; ou alors par des r&#233;v&#233;lations qui, elles, viennent se manifester &#224; des individus singuliers r&#233;v&#233;lations qu'ils ont du mal &#224; partager par la suite, c'est-&#224;-dire &#224; rendre cr&#233;dible par d'autres qu'eux et &#233;ventuellement un petit groupe de fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce travail que nous pouvons mener ici, en utilisant Jaynes et sa th&#233;orie de bicam&#233;ralit&#233; non comme une v&#233;rit&#233; devant faire de nous des fid&#232;les ex&#233;cutants, mais bien comme un &#233;l&#233;ment heuristique pouvant nous permettre de sortir du pi&#232;ge du monoth&#233;isme s&#233;cularis&#233; et au-del&#224; de repenser l'ensemble des relations celles qui se trament dans les individus, entre les individus et entre les individus et le monde pour le dire vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir que nous disposons d'une batterie de relations invent&#233;es par des artistes et qui font &#233;cho de mani&#232;re singuli&#232;re &#224; celles invent&#233;es par Bernard Stiegler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc &#224; la fois de ne pas rejeter &#224; cause du mot dieu tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit et dit et fait en son nom quel que soit le nom qu'a pris de dieu, d'accepter de voir dans ce mot un op&#233;rateur majeur pour repenser ce que nous sommes, et enfin un vecteur de forces qui rendent encore aujourd'hui pensables et activables des formes de singularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous oblige &#224; poser les quelques points qu'il faut &#224; la fois utiliser et remodeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Bellmer ces points sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le double, &#233;cho puissant au partage bicam&#233;ral qu'il ne recouvre pas mais qu'il &#171; exprime &#187; et qui est li&#233; &#224; un autre terme, &#171; l'autre &#187;, et un autre th&#232;me, &#171; l'alt&#233;rit&#233; &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La relation dehors dedans qui est &#224; la fois exacerb&#233;e et remise en question ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les correspondances entre plans distincts qui chez Bellmer prennent pour nom des parties du corps/Physiologie/Psychisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La mise en cause du principe d'identit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouverons certains de ces aspects chez FSF et nous verrons comment Stiegler nous fournit une interpr&#233;tation coh&#233;rente de ces &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Le double&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de ne pas associer double et bicam&#233;ralit&#233; sans dire que l'un &#171; est &#187; l'autre aucunement. Mais l'obsession du double chez Bellmer, et il n'est pas le seul, vient mettre en avant quelque chose de fondamental en l'&#234;tre humain le fait, qu'il existe &#224; la fois dans des processus biologiques, physiologiques et psychiques. Car le double n'est pas un &#233;tat mais il se manifeste comme r&#233;sultat de l'activation d'une force, celle de la duplication, et cette force met en question le sujet et sa consistance. (D.p. 89)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici tout de suite noter que de mettre en question telle ou telle consistance (on verra le sens que Stiegler donne &#224; ce mot par la suite) n'est pas se contenter de &#231;a, c'est tenter de montrer qu'elles autres consistances la remplacent ou pourraient ou peuvent la remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers le double, la duplication ou le d&#233;doublement, ce que Bellmer rep&#232;re c'est la puissance exp&#233;rimentale du corps, puissance qui est occult&#233;e ou ni&#233;e par les forces sociales qui poussent chaque &#234;tre, chaque individu, &#224; se forger ou plut&#244;t &#224; entrer dans une identit&#233; que la soci&#233;t&#233; tient toute pr&#234;te pour chacun. (D.p. 11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le remarque Dourthe, le double est un sujet qui est pour Bellmer au centre de ses pr&#233;occupations comme en t&#233;moigne le fait qu'il ait lu aussi bien Le Double Otto Rank, des textes de Pierre Janet, de Jaspers et de sa &lt;i&gt;Psychopathologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; dans laquelle il note au sujet de la diff&#233;renciation psychique, qu'il faut diss&#233;quer le concept de diff&#233;renciation. (D. p. 129)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt;, comme le remarque Dourthe ( D. p. 132) il &#233;voque aussi le double hallucinatoire auquel peut donner lieu un foyer de douleur. (PAI, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, ce qui importe c'est de noter l'ind&#233;racinable activit&#233; dissociatrice &#224; tous les niveaux de l'individu et particuli&#232;rement dans des m&#233;canismes physiologiques et psychologiques refoul&#233;s voire ni&#233;s par le jeu social et non pris en compte ou mal par les penseurs du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du bicam&#233;ralisme, ce sont des manifestations infra corporelles et infra psychique de cette division qui nous affecte tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons une autre fois sur le lien double alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. La relation dehors dedans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient de voir que le foyer de douleur peut &#224; la fois donner naissance et &#234;tre oppos&#233; &#224; une virtualit&#233; ext&#233;rioris&#233;e, &#224; un double hallucinatoire. Cela nous suffit pour l'instant pour indiquer que la relation dehors-dedans ou int&#233;rieur-ext&#233;rieur est un enjeu majeur de ce qui nous int&#233;resse, car si nous parvenons &#224; montrer qu'il n'y a pas de dehors ou de dedans, d'int&#233;rieur ou d'ext&#233;rieur, autrement que comme des notions &#224; la fois vagues et suppos&#233;ment claires et pr&#233;cises, comme si chacun savait intuitivement ce qu'est le dehors et ce qu'est le dedans&#8230; !, mais efficaces permettant de croire qu'on saisit gr&#226;ce &#224; elles ce qu'il en est de notre fonctionnement psychique alors qu'elles sont des notions complexes au sens o&#249; nous essayerons de le monter, il n'y a pas de dehors &#224; quelque niveau que ce soit qui ne soit entrelac&#233; &#224; du dedans et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dourthe (p. 51-52) ne s'y est pas tromp&#233; qui cite un passage du catalogue de l'exposition Galerie du Luxembourg de 1947 dans lequel Jo&#235; Bousquet &#233;crit au sujet des dessins qui entretiennent un mouvement incessant entre le manifeste et le voil&#233; :&#171; union de la chair visible et de ses strates nocturnes dans un monde o&#249; le regard et l'&#234;tre s'ajustent et co&#239;ncident. D&#233;couverte de l'homme &#224; des profondeurs visc&#233;rales o&#249; on ne savait pas les sens si pr&#233;sents ; mais en contre-partie d'&#233;nigmes mena&#231;antes&#8230; de quel regard extra-oculaire a d&#251; se rev&#234;tir la pulpe de ces doigts sorciers pour unir le dedans et le dehors en une stature implacable ? Et quel esprit du sens associant le visible et le cach&#233;, en a fait un &#233;pouvantail pour dissiper l'&#233;pouvante ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non content d'&#233;riger l'ext&#233;rieur en spectacle, Bellmer interroge l'int&#233;rieur en n'en retranchant rien, ses &#171; dessins s'enrichissent de mat&#233;riaux que l'estomac, en m&#234;me temps que l'oeil, semble avoir con&#231;us. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Les correspondances entre plans distincts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revenons un instant au phantasme vu par Ansermet et Magistretti (p. 215-216) et au fait que comme le note Dourthe p. 214 &#171; en op&#233;rant sans cesse toutes sortes de correspondances entre les parties du corps, mais aussi le physiologique et le psychique, il s'efforce d'atteindre le tumulte sans repos qu'exige la vie disponible &#224; l'exp&#233;rience derni&#232;re de sa rencontre avec la mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, on le comprendra par la suite, c'est l'articulation entre ces plans, la mani&#232;re de les faire fonctionner ensemble, de les faire &#171; consister &#187; dirait Stiegler qui va nous int&#233;resser au-del&#224; de Bellmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons simplement que ces &#171; &#233;l&#233;ments &#187; sont &#224; la fois chacun li&#233;s et assurent le passage entre dehors et dedans qu'ils soient physiques ou psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette correspondance entre des plans est un fait un enjeu majeur de la pens&#233;e et de la pens&#233;e philosophique ou religieuse en tant que philosophique ou en tant qu'elle participe &#224; l'&#233;laboration d'&#233;l&#233;ments nous permettant de nous orienter dans la pens&#233;e et dans l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait sans en avoir l'air, nous sommes au c&#339;ur d'op&#233;rations qui concernent la pens&#233;e au sens le plus concret et le plus &#233;lev&#233; du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. La mise en cause du principe d'identit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dourthe toujours a bien saisi l'importance que le principe d'identit&#233; a pour Bellmer qui a &#233;t&#233; sa vie durant un farouche oppos&#233; &#224; la soumission de son &#234;tre aux r&#232;gles de la soci&#233;t&#233;, refus du travail salari&#233;, refus de se soumettre au jeu social de l'art, refus se compromettre en faisant des choses qui ne correspondent pas &#224; son travail artistique pour les vendre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il note &#224; ce sujet dans le chapitre qu'il consacre &#224; Sade et Bellmer ceci (p. 253) : &#171; Sans se pr&#233;occuper de restituer la logique propre du discours sadien, Bellmer cherche avant tout &#224; accompagner l'&#339;uvre le plus loin qu'il lui est permis pour, avec Sade, porter sa propre entreprise de destruction du lien social jusqu'&#224; son point le plus radical. L'affrontement est actualis&#233; dans l'exhibition du corps, qui est mesure du monde et lieu de tout &#233;change. C'est son pouvoir qui est vis&#233; &#224; travers &#171; ces combinatoires inimaginables &#187; qui permettent &#224; Bellmer de mettre en question le principe d'identit&#233; fondement de la science et de la morale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principe d'identit&#233; affirme qu'une chose, consid&#233;r&#233;e sous un m&#234;me rapport, est identique &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'exprime sous la forme : &#171; ce qui est est &#187; (A est A) et &#171; ce qui n'est pas n'est pas &#187; : il y a coh&#233;rence de l'&#234;tre, la r&#233;alit&#233; a une certaine immuabilit&#233;, l'arbre reste arbre : il y a coh&#233;rence de la connaissance ou du langage, toute d&#233;signation doit conserver une permanence, le mot &#171; arbre &#187; doit d&#233;signer l'arbre. Le principe d'identit&#233; pr&#233;sente donc deux versions. La version ontologique (sur l'&#234;tre) dit : &#171; Une chose est ce qu'elle est. &#187; La version logique (sur la connaissance formelle) dit : &#171; Ce qui est vrai est vrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe logique d'identit&#233; est le premier des trois grands principes logiques de l'Antiquit&#233; : principe d'identit&#233;, principe de non contradiction (&#171; une proposition ne peut &#234;tre &#224; la fois vraie et fausse &#187;), principe du tiers exclu (&#171; une proposition et sa n&#233;gation ne peuvent &#234;tre toutes deux fausses &#187;), ou, selon une autre triade, principe de non-contradiction et d'identit&#233;, principe du tiers exclu, principe de raison suffisante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17869 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L454xH750/4_fitzgerald-bb6a0.jpg?1643549742' width='454' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On le sait ce qui vaut dans la logique a fini par s'imposer comme norme sociale et morale et dans le champ des &#233;tudes de la psych&#233; il a entra&#238;n&#233; les ravages que l'on sait, interdisant ou mettant &#224; l'&#233;cart l'ensemble des exp&#233;riences et des pratiques qui ne se basent pas sur la reconnaissance explicite ou implicite de ces principes. Bellmer, sa poup&#233;e, ses dessins et ses gravures est l'un des rares artistes &#224; &#234;tre parvenu au prix d'un travail de toute une vie, &#224; mettre en sc&#232;ne des relations entre les corps qui &#224; la fois soient au sens strict figuratives, respectant si l'on veut l'ordre apparent et visible des choses, impossibles car &#233;chappant &#224; la logique de ce que peuvent les corps mis en sc&#232;ne, si l'on se rapporte &#224; la seule r&#233;alit&#233;, et pourtant effectives puisque pr&#233;sentes sous nos yeux, montrant ainsi que la puissance de l'imagination est capable de faire advenir, de faire consister, des possibles qui sont en puissance dans le corps et qu'il r&#233;alise en acte gr&#226;ce &#224; sa main dont Unica Z&#252;rn d&#233;clare que &#171; si on regarde Bellmer &#224; l'&#339;uvre, il semble que sa main n'a aucun poids. On se m&#233;fiait de tant de facilit&#233;, et on veut savoir si sa main reste contact&#233;e au papier, si cette trace chantante n'est pas une sorcellerie venue du N&#233;ant. &#187; (D. p. 281)&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/672808767?h=5d6a53b8fa&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;Faire-des-dieux_04_part-02.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PARTIE II : Francis Scott Fitzgerald&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A Prol&#233;gom&#232;nes &#224; une lecture de la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald &lt;i&gt;The crack-up&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La f&#234;lure&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;L'effondrement&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer de Bellmer &#224; FSF est tout &#224; fait possible si l'on prend appui sur la table des mati&#232;res des deux livres que nous avons en ligne de mire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite anatomie de l'image est compos&#233;e de trois parties ayant pour titres :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les images du moi&lt;br class='autobr' /&gt;
L'anatomie de l'amour&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde ext&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de FSF est aussi compos&#233;e de trois parties ayant pour titres :&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans titre sinon celui g&#233;n&#233;ral de crack up soit f&#234;lure, effondrement ou Craquer&lt;br class='autobr' /&gt;
Recoller (les morceaux)&lt;br class='autobr' /&gt;
Manipuler (avec pr&#233;caution)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera une erreur, une inversion des deux derniers titres dans la version folio (2002) (trad. D. Aury).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, on suit une sorte de chemin parall&#232;le. C'est sans doute un hasard&#8230; encore que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Bellmer on part &#224; la recherche de la mani&#232;re dont fonctionne le corps, entit&#233; &#224; partir de laquelle et dans laquelle et pour la vie de laquelle se d&#233;ploie des m&#233;canismes des jeux de forces divers et surtout tirant dans des directions oppos&#233;es sinon contradictoires. Tout ce qui pourrait constituer une forme d'unit&#233; du moi se r&#233;v&#232;le emport&#233; par la puissance d'un d&#233;doublement tel qu'il appara&#238;t finalement comme la donn&#233;e &#224; partir de laquelle il faudra poursuivre le travail. (p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis dans la deuxi&#232;me partie, il s'int&#233;resse &#224; ce qui se produit dans ce corps et pour ce corps dans la mesure o&#249; il r&#233;pond &#224; la force maximale qui sourd de lui et le motive &#224; aller vers le dehors, le d&#233;sir. (Puisque le germe du d&#233;sir est avant l'&#234;tre&#8230; p. 29) Et ce qui appara&#238;t c'est que le corps, ses parties, ne valent en quelque sorte que si elles peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;es comme pouvant ne pas &#234;tre &#233;gales, ou identiques &#224; elles-m&#234;mes, mais m&#234;l&#233;es et/ou interchangeables en particulier entre ce qui passe pour repr&#233;senter le masculin et le f&#233;minin. p. 39 et p. 39-40) Le dehors et le dedans ne semblent pas &#234;tre des termes permettant de rendre compte de ce qui a lieu r&#233;ellement lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; ce qui se trame dans le corps du point de vue de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie intitul&#233;e &lt;i&gt;Le monde ext&#233;rieur&lt;/i&gt; est cens&#233;e valoir pour la r&#233;alit&#233;, mais encore faudrait-il que l'entit&#233; qui per&#231;oit ce monde ext&#233;rieur ne soit pas elle-m&#234;me en proie &#224; des &#233;tats, &#224; glissements, &#224; des fusions, &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui finalement interdisent de pouvoir fixer une image d&#233;finitive de ce monde ext&#233;rieur. La perception n'est pas rapportable &#224; une conscience stable puisque ce qui nous arrive ce sont pour Bellmer des perceptions-r&#234;ves.(p. 65-66) Plus encore comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu la derni&#232;re page du livre annonce et &#233;nonce que l'individuel et le non individuel sont interchangeables. (p. 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va voir de grands parall&#232;les avec ce qui est en jeu chez FSF alors m&#234;me qu'il ne semble pas qu'il y ait quoique ce soit de proche entre les deux textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui est en jeu c'est pourtant la m&#234;me chose : la question de la consistance du &#171; moi &#187;, ou de ce que veut dire &#234;tre un homme, pas un homme abstrait mais un homme prit dans le tissu de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est &#171; esth&#233;tis&#233;e &#187; chez Bellmer qui plonge dans les arcanes de la fabrication du moi. La question est dramatis&#233;e chez FSF qui d&#233;voile comment fonctionne m&#234;me s'il le fait apr&#232;s-coup la psych&#233; humaine, c'est-&#224;-dire un &#171; moi &#187; en action, fonctionnement qui n'est &#171; racontable &#187; (moteur interne qui n'est d&#233;montable) que lorsque la panne a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Dans la premi&#232;re partie &lt;i&gt;Craquer&lt;/i&gt;, elle-m&#234;me divis&#233;e en deux, il d&#233;crit comment &#231;a marche (p. 3-4/p.37/p. 476) puis comment se manifeste la panne, avec le d&#233;sir d'&#234;tre seul, c'est-&#224;-dire de se retourner sur ce qui est cens&#233; &#234;tre-l&#224; en soi, &#234;tre soi, le noyau de la vie le moi le je le sujet l'homme et s'apercevoir qu'il n'y a pas tout &#224; fait rien mais un faisceau d'&#233;l&#233;ments qui ne tiennent plus ensemble sinon par miracle comme cette assiette f&#234;l&#233;e qu'il faut manier avec pr&#233;caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre qu'il y a bien un &#171; secret &#187; qui n'est pas secret, &#224; savoir qu'il existe quelque chose qui n'est ni moi, ni je, ni self, ni sujet mais qui d&#233;termine tout et qui n'est pas communicable &#224; savoir une force la vitalit&#233;, ce qui fait que le moteur tourne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la traduction de G de la citation de Matthieu 5,13 qui cl&#244;t cette partie est la meilleure : &#171; Vous &#234;tes le sel de la terre. Mais si le sel vient &#224; s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Recoller, titre de la seconde partie donne le ton. On plonge dans l'histoire du je et on d&#233;couvre la pr&#233;sence non pas de failles ni de f&#234;lures mais d'&#233;carts de distances, de d&#233;calages, bref, de non homog&#233;n&#233;it&#233; dans ce qui passe pour devoir l'&#234;tre, homog&#232;ne, dans le fonctionnement suppos&#233; normal d'une existence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;carts se produisent dans l'histoire du sujet de l'individu qui donnent lieu &#224; des reprises en main positives et &#224; faire du sujet ce qu'il est devenu : &#233;crivain et riche. (p. 9/p. 61/p. 487)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et l&#224; cela a lieu dans le grand dehors du monde, de la r&#233;alit&#233; qui elle aussi a sa vie propre ses rythmes propres et qui donc suit son chemin, quelque chose se produit qui affecte les deux p&#244;les qui ont permis &#224; ce je, moi, sujet, de se former et d'exister, l'&#233;criture d'une part et les diff&#233;rents m&#233;canismes qui dans la conscience et la conscience de soi permettent &#224; ce je, moi, sujet, de fonctionner et de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux points sont essentiels. Le premier c'est la perte de valeur ou de fonction de l'&#233;criture romanesque emport&#233;e dans le mouvement de la soci&#233;t&#233; spectaculaire marchande port&#233;e par le cin&#233;ma. (p. 10/p.67/p. 489) Mais sur le fond d'une d&#233;valuation de toutes les valeurs (idem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est la disparition de la consistance du Je, moi, sujet, qui se trouve non plus port&#233; par le fait de fonctionner mais par le fait de commencer &#224; se regarder fonctionner et ainsi de se percevoir et de s'apercevoir que ce regard sur soi est &#224; la fois le signe d'un dysfonctionnement et ce qui emp&#234;che que la m&#233;canique puisse continuer de fonctionner.(p. 12/p. 71-72/p. 492)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu fait face &#224; une force ext&#233;rieure imbattable. (p. 11/p. 69/p. 490)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor est plant&#233;. Si le sujet d'effondre, se f&#234;le, se d&#233;fait, ce n'est pas parce qu'il serait faible ou par une quelconque perversion int&#233;rieure, mais parce qu'il a affaire d'une part &#224; une force ext&#233;rieure imbattable donc, le mouvement de la soci&#233;t&#233; m&#234;me qui le d&#233;cale de ce sur quoi comme petit esquif individuel il s'&#233;tait construit (car on nait toujours &#224; une &#233;poque donn&#233;e et on se construit &#224; partir ce qui est accessible &#224; cette &#233;poque m&#234;me si on va aussi puiser dans d'autres sources, on le verra) et parce qu'il se d&#233;couvre comme &#233;tant mais n'&#233;tant plus que cet esquif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus terrible des r&#233;v&#233;lations c'est que le sujet moi je en fait s'il est bien un esquif qui a su surmonter tout un tas de temp&#234;tes est malgr&#233; tout si on le regarde comme tel, VIDE, il n'y a personne &#224; la barre, pas de je, pas de sujet, pas de moi, au mieux un pantin, une marionnette&#8230; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plus exactement ce je, ce sujet, ce moi se r&#233;v&#232;le &#234;tre ce qu'il est un pur composite, compos&#233; patchwork m&#233;lange associations d'&#233;l&#233;ments divers sans liens entre eux, etc. Bref, une m&#233;canique bancale que ne tient aucune force autre que la vitalit&#233; d&#233;terminant la possibilit&#233; pour une intelligence de premier ordre de faire fonctionner la marionnette (la poup&#233;e, etc.) qui ne se percevait pas quand elle croyait fonctionner &#171; seule &#187; comme une marionnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans la troisi&#232;me partie, Manipuler, on en vient &#224; l'examen d&#233;taill&#233; de ce qui reste &#224; faire une fois la d&#233;couverte faite (et elle est en quelque sorte irr&#233;versible) de la vacuit&#233; du je, moi, sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il y a une force plus essentielle encore que toutes les forces et que la vitalit&#233; m&#234;me qui est si l'on veut l'instinct de survie la vie m&#234;me en tant que subsistance dirait Stiegler et non pas existence et donc encore moins singuli&#232;re et cr&#233;ative, qui pousse et porte l'individu vivant &#224; durer encore et encore, mais cette force appr&#233;hend&#233;e pour ce qu'elle est, met tout le reste en lumi&#232;re ou sous une autre lumi&#232;re si crue que ce qu'il y a &#224; voir appara&#238;t sous la forme du, ou port&#233; par, ou caract&#233;ris&#233; par, le mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force vitale &#233;vanouie, c'est le je, le moi, le sujet qui se trouve contraint de prendre la rel&#232;ve et il s'aper&#231;oit qu'il ne peut rien faire d'autre que d'&#234;tre un ventriloque de lui-m&#234;me &#233;tant entendu que ce lui-m&#234;me &#233;tait en fait non pas l'autre ou un autre mais lui-m&#234;me en tant qu'il n'&#233;tait pas conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui on peut et on doit aller jusque l&#224;, grossir le trait et faire un parall&#232;le avec Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il savait ce qu'il faisait, on l'a vu il a voulu &#233;crire et &#234;tre riche et il y est parvenu, mais il ne sait pas comment cela s'est fait sinon en puisant dans ses forces sans compter et en d&#233;pensant en d&#233;pensant et en cr&#233;ant en cr&#233;ant et en d&#233;pensant, bref en vivant. Mais sous un certain angle, celui qu'il est sait et ne sait pas ce qu'il est, il sait qui il est mais en fait il doit finalement ignorer, occulter, ne pas savoir r&#233;ellement ce qu'il fait, au sens de la conscience comme force en acte capable de d&#233;cider et choisir (qui est rappelons-le, le r&#244;le des dieux chez Hom&#232;re pour Jaynes). Il fait sans d&#233;cider, il fait dans le mouvement dans le flux et &#224; peine la machine le moteur s'arr&#234;te-t-il que tout change, tout appara&#238;t sous son vrai jour comme une salle apr&#232;s la f&#234;te. Tout est d&#233;fait, us&#233;, cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; la conscience, l'autre face de la conscience, celle qui sait qu'elle est en relation avec la volont&#233; mais ne parvient pas &#224; d&#233;cider &#224; se d&#233;cider &#224; faire que le sujet qu'elle est ou qui croit &#234;tre cette conscience, tente de prendre la d&#233;cision, de prendre le relais mais elle a &#233;t&#233; dissoci&#233;e de la force vitale l'incommunicable celle qu'on a ou qu'on n'a pas et elle ne parvient donc &#224; rien d'autre qu'&#224; sauver les apparences, comme on dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FSF tel un h&#233;ros grec vu par Jaynes a agit, port&#233; par la vitalit&#233; et emport&#233; au-del&#224; de lui-m&#234;me, au-del&#224; qui &#233;tait finalement &#171; le vrai &#187; lui-m&#234;me !, par le souffle de la cr&#233;ation. Une fois arr&#234;t&#233; par contre, il tente de renouer avec le dieu en lui, (c'est en tout cas non pas le vocabulaire de FSF mais la situation qui nous permet de dire cela) celui qui lui a permis d'aller jusque l&#224; o&#249; il est all&#233; sans l'emp&#234;cher de s'&#233;puiser &#224; la t&#226;che ( mais les h&#233;ros grecs meurent aussi, ils le savent) et le dieu se r&#233;v&#232;le absent pas l&#224; vide rien et tout est &#224; faire mais sans le dieu &#224; refaire mais sans la vitalit&#233; &#224; reconstruire mais sans la force d'unification qui fait tenir les pi&#232;ces ensemble. Et cette force qu'on dit &#234;tre la conscience, la volont&#233; ou autre chose, eh bien cette force n'est pas &#224; la hauteur de la t&#226;che de l'existence ! Et pire encore, elle ne l'a jamais &#233;t&#233;. La t&#226;che est trop grande et il faut de l'aveuglement pour que &#231;a marche de l'aveuglement sur la chose essentielle qui est en quelque sorte comme pour ceux qui ont le vertige de NE PAS regarder en bas, de NE PAS se demander si ceci ou cela, de NE PAS&#8230; mais de faire, d'inventer, de cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui au c&#339;ur de la cr&#233;ation il y a ce Ne PAS qui est comme la cl&#233; de l'aveuglement positif et qui a pour corollaire on le voit bien en ces temps difficiles un aveuglement n&#233;gatif qui en plus, et c'est l&#224; que c'est &#171; tragique &#187; consiste en la m&#234;me chose que le positif. Et c'est l&#224; que la nouvelle est passionnante pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17868 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_fitzgerald.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/3_fitzgerald-21e14.jpg?1643549742' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Francis Scott Fitzgerald
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste l'aveuglement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est en rien agr&#233;able !! C'est le moins qu'on puisse dire ! De voir savoir ce que l'on est vraiment, de voir savoir ce qu'est vraiment le je, sujet, moi. Car qu'est-il en fait&#8230;. ? Rien !Un truc pas bancal, un truc mensonger, un id&#233;al pr&#233;tentieux qui n'a pas mais pas du tout les moyens de ses fins et auquel on a cru car il n'&#233;tait pas comme un dieu ext&#233;rieur mais comme ce que la soci&#233;t&#233; distille et donc instille en chacun, la croyance qu'&#234;tre quelqu'un c'est &#171; &#231;a &#187;, r&#233;ussir, gagner de l'argent, etc&#8230; Le moi, le je, le sujet sont des constructions de l'id&#233;alisme th&#233;ologico-politique de la croyance en la sup&#233;riorit&#233; de l'homme sur les animaux , la nature, l'univers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi, c'est juste un &#171; il faut &#187; qu'il faut justement continuer &#224; accomplir. Un &#234;tre qu'il faut continuer &#224; pousser ou &#224; tirer m&#234;me si on sait ou surtout si on sait qu'il est faible qu'il n'est pas tout &#224; fait rien mais pas grand-chose&#8230;. Et on devient celui qui veut l'aider le sauver tenir encore &#224; quelque chose en tenant &#224; lui ce petit &#234;tre qui &#233;tait en nous et qui est nous quand le grand nous (le h&#233;ros) s'est &#233;vanoui comme grand et appara&#238;t comme petit et f&#234;l&#233; inutilisable mais qu'on a encore envie de prot&#233;ger (subsistance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; on parvient au point central qui nous fait passer de Bellmer et FSF &#224; Stiegler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que le sujet-moi-je &#171; est &#187; !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; &#233;lev&#233; dans une croyance, la croyance qu'il y a sujet, moi, je et que de pouvoir dire je est le summum, le sommet de ce &#224; quoi peut parvenir un &#234;tre humain. Mais nous savons aussi que tout, absolument tout cela, est en fait une construction sociale relay&#233;e par la nature (la puissance de vie) et mod&#233;r&#233;e par les faiblesses inh&#233;rentes &#224; chaque individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que cette construction sociale ne veut pas pas absolument pas de singularit&#233;, de g&#233;nie, de personnalit&#233; hors norme ou m&#234;me tout simplement de quelqu'un qui pourrait NE PAS vouloir ce qu'elle veut elle, la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; est un organe transindividuel qui fonctionne sur le mod&#232;le du vivant connect&#233; &#224; des appareils techniques invent&#233;s par elle, c'est-&#224;-dire par les hommes qui la composent, qui veut &#224; travers ses organes maintenir son existence, assurer son hom&#233;ostasie et se nourrir et vivre tranquillement en continuant &#224; faire exister les r&#234;ves qui la fondent. Car ce ne sont que des constructions mentales, verbales, sociales et techniques et c'est cet entrelacement qui reste impens&#233; au sens profond du terme. Et elle ne veut en quelque sorte rien d'autre que subsister&#8230; M&#234;me si ceux qui l'agissent eux veulent, d&#233;sirent, cherchent &#224; exister au-del&#224; d'eux-m&#234;me &#233;tant emport&#233;s eux aussi par le souffle, sinon de la cr&#233;ation du moins de l'inconscience de l'aveuglement qui est co-essentiel &#224; l'id&#233;al du moi qui sous-tend ce fonctionnement individuel et soci&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai quant &#224; moi trouv&#233; la manifestation pr&#233;cise et qui m'a fait voir ce qui m'&#233;chappait jusqu'ici quand j'essayais de comprendre ce qu'il en &#233;tait du sujet, fut-il cr&#233;ateur, il y a quelques ann&#233;es maintenant, dans une phrase qui se trouve dans &lt;i&gt;Tu dois changer ta vie&lt;/i&gt;, un livre de Peter Sloterdijk &#224; la fin d'un passage consacr&#233; &#224; Sartre : &#171; L'homme n'est pas n&#233;gativit&#233;, il est le point de diff&#233;rence entre des r&#233;p&#233;titions. &#187; (p. 593) (Ed. Pluriel)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il y avait eu Flusser et Simondon en particulier, mais je butais sur cette question de la formulation de ce qui et du comment se constitue l'individu. Pourtant Simondon en dit beaucoup. Il fallait lever la pr&#233;gnance freudo lacanienne sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis plus r&#233;cemment en lisant Stiegler et en particulier en m&#234;me temps que je pr&#233;parais cette s&#233;ance &lt;i&gt;De la mis&#232;re symbolique&lt;/i&gt;, j'ai &#224; la fois compris ce que je pensais d&#233;j&#224; avoir compris mais compris vraiment parce que Stiegler offre de ce jeu une version renouvel&#233;e, dynamique et cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement si l'on veut, il montre &#224; la fois comment FSF a raison que l'on est &#231;a et que &#231;a et en m&#234;me temps il montre que la base de cette version d&#233;pressive du sujet peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e, surmont&#233;e. En effet, elle se base sur l'id&#233;alisme du moi et tout ce qui le porte et le maintient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est possible de PENSER autrement ce que nous sommes ce qui nous fait et ce que nous faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela demande un gros travail et Stiegler en a fait sa part, une grande part et il importe donc pour de montrer sur quelques points en quoi et comment on peut penser ce que nous sommes autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en jeu &#171; &#231;a &#187;, voil&#224; en fait l'objet du s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aujourd'hui, ce qui importe c'est de signaler certains points et d'ouvrir la voie &#224; la refondation de la pens&#233;e de ce que nous sommes comme &#234;tre humains et singularit&#233;s et comme &#234;tre humains socialis&#233;s. Et cela passe et l&#224; contrairement &#224; la le&#231;on de FSF par une lev&#233;e de l'aveuglement sur les pr&#233;requis dans lesquels nous sommes pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; un travail philosophique de longue haleine et pour lequel Jaynes nous aidera aussi &#224; sa mani&#232;re. Nous le ferons en renouvelant la lecture de textes grecs et chr&#233;tiens dans un premier temps et en parall&#232;le par la relecture aussi de quelques textes plus r&#233;cents actuels comme des textes de Toni Morrison, Kleist ou Rilke, nous verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques incises de Bernard Stiegler dans &lt;i&gt;De la mis&#232;re symbolique&lt;/i&gt; nous permettrons de mieux nous orienter relativement &#224; cette question du &#171; je &#187; et &#224; quelques autres qui sont li&#233;es &#224; ce que nous avons pu d&#233;velopper ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le Je&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de lire les d&#233;buts de paragraphes de ce chapitre 28 pour prendre la mesure de l'enjeu. Le &#171; je &#187; n'est rien seul, mais cela on s'en doutait, mais surtout, ce qu'il nous fait prendre en consid&#233;ration c'est le passage &#171; un je est essentiellement un processus et non un &#233;tat... &#187; (p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'inexistence de l'unit&#233; du moi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#167; 21 de la seconde partie c'est la f&#234;lure qui est directement abord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant les p. 231-232, on peut appr&#233;hender la f&#234;lure comme coextensive &#224; la conscience, autant dire &#224; la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec ce qu'il nomme d&#233;faut d'origine, on voit que ce que nous racontait FSF est en fait non pas seulement quelque chose qui arrive &#224; l'&#233;crivain alcoolique mais &#224; tout homme. C'est pour &#231;a qu'il est possible de retourner la schize &#224; tendance d&#233;pressive contre elle-m&#234;me et d'en faire une force de construction d'un autre mod&#232;le du &#171; je &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'articulation de trois syst&#232;mes et leur complexification&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un individu, une personne, un &#171; je &#187; une conscience n'existe en rien hors de l'articulation entre les trois syst&#232;mes que sont &#171; les organes physiologiques, les organes artificiels et les organisations sociales &#187;. Si on lit le passage on voit que c'est autour de la possibilit&#233; m&#234;me de l'art et de sa fonction dans la soci&#233;t&#233; que la question devient br&#251;lante. (p. 329)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra aussi par la suite comment Bernard Stiegler multiplie et fait varier ces triades et nous permet ainsi d'acc&#233;der &#224; la complexit&#233; de ce que nous sommes c'est-&#224;-dire des relations qui nous font et font que nous sommes ce que nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la triade r&#233;tentions primaires, secondaires et tertiaires, qui anime toute la pens&#233;e de Stiegler appara&#238;t-elle comme une autre mani&#232;re plus riche encore de penser ce que nous avons vu la fois pr&#233;c&#233;dente autour des notions de traces, de fantasmes, de m&#233;moire au singulier et au pluriel et surtout de la relation entre sensation, perception et concept ou fantasme selon, c'est-&#224;-dire entre exp&#233;rience directe, exp&#233;rience rappelable par le souvenir et exp&#233;riences induite par auto-production psychique d'&#233;l&#233;ments actifs et d&#233;terminants dans nos existences mais n'ayant que peu ou pas du tout de liens avec des exp&#233;riences v&#233;cues ou des souvenirs disponibles. Ainsi la lecture des p. 353-354 nous propose-t-elle un &#233;clairage plus puissant sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre triade (fonds pr&#233;individuels propres au moi et v&#233;cu par lui / fonds pr&#233;individuels h&#233;rit&#233;s de ses ascendants / fonds communs &#224; tout le vivant d&#233;sirant (humain)) est encore pr&#233;sent&#233;e p. 357 qu'il faut mentionner parmi d'autres mais qui ne peut &#234;tre d&#233;velopp&#233;e maintenant bien qu'elle soit en lien aussi avec le texte de FSF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. La relation dehors-dedans comme fiction (qui rend malade)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception g&#233;n&#233;rale du sujet est bas&#233;e sur une croyance ind&#233;racinable en l'existence de deux mondes l'un qui est au dehors ou le dehors et l'autre qui en dedans ou au dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons, ici, &#224; appr&#233;hender que ces m&#233;taphores devenues &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; &#224; force d'&#234;tre reprises et comment&#233;es au point d'&#234;tre institu&#233;es comme ind&#233;passables, sont &#224; la fois un vecteur d'occultation des v&#233;ritables m&#233;canismes psychiques et de la relation je-monde mais aussi un obstacle &#224; leur compr&#233;hension. Il faut changer de m&#233;taphore ! Et souvent, c'est de cela dont il est question dans le champ de la pens&#233;e, de la philosophie, de la raison ! Nous ne pensons qu'avec et &#224; partir de mots qui nous incitent ou nous &#171; obligent &#187; comme le dirait Don Jan &#224; M Dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage de la p. 359 va nous replonger d'un coup dans le monde de FSF que l'on va entendre r&#233;sonner et raisonner autrement. Et l'on voit comme s'effacer sous nos yeux ou &#224; nos oreilles le partage pourtant apparemment si ind&#233;passable entre dedans et dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il sera l'un des enjeux de la suite de ce s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous l&#224; et mentionnons seulement les points majeurs, les notions ou les concepts nouveaux ou devant &#234;tre revus &#224; la hausse ou &#224; la baisse qui vont nous occuper par la suite :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le lien entre continu et discontinu dans l'organisation du je et de la relation moi/monde comme dans les processus de cr&#233;ation ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la relation &#226;me/divin ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le perdu ou la perte comme &#233;l&#233;ment commun &#224; chacun et &#224; tous ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la question du temps ou des temps revue &#224; partir du couple synchronie/diachronie ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la question de la d&#233;cision et de la relation conscience / cerveau avec la d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit le programme est vaste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Hans Bellemer et Unica Z&#252;rn&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux &#8212; III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-Dieux-III</guid>
		<dc:date>2021-12-31T12:19:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des dieux de l'Iliade aux m&#233;andres de nos cerveaux contemporains un jeu de parent&#233;s et de diff&#233;rences nous entra&#238;ne sur des chemins escarp&#233;s et jouissifs, ceux de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton2014-c3817.jpg?1772206498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'enjeu de ces s&#233;ances, c'est de tenter de montrer &#224; la fois l'existence de liens entre diff&#233;rentes cultures et entre diff&#233;rents moments dans l'histoire des hommes relatifs aux manifestations et &#224; la croyance en l'existence d'entit&#233;s diverses portant le nom de dieux, esprits, fant&#244;mes, d&#233;mons, anges, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces entit&#233;s ne sont pas &#233;quivalentes, elles semblent toutes parler une langue qui nous est &#224; la fois extr&#234;mement famili&#232;re et terriblement &#233;trang&#232;re ou du moins terriblement inqui&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de l'&#233;tablissement de corr&#233;lations et de concordances parfois inattendues, la question qui se pose &#224; nous est moins celle de la v&#233;racit&#233; de ces manifestations que celle de leur traduction dans des m&#233;taphores susceptibles de s'accorder avec notre vision du monde actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi un va-et-vient permanent entre hier et aujourd'hui appara&#238;t comme le seul moyen d'&#233;tablir ces corr&#233;lations, ces rapprochements et aussi le seul moyen d'en mesurer la pr&#233;gnance, la v&#233;racit&#233;, l'efficacit&#233; relationnelle et symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point s'impose d&#233;j&#224;, qui consiste &#224; montrer comment hier et aujourd'hui s'entre-appartiennent et d&#233;terminent les possibles dans le champ de la pens&#233;e. Sans gommer les diff&#233;rences ni &#233;videmment les nier, il doit &#234;tre possible d'effectuer des rapprochements qui m&#234;me s'ils semblent au premier abord non l&#233;gitimes peuvent &#224; travers la mise en place de certains crit&#232;res trans-historiques, s'av&#233;rer capables de r&#233;v&#233;ler ou de confirmer l'existence de parent&#233;s profondes entre exp&#233;riences apparemment diff&#233;rentes, points de vue apparemment &#233;loign&#233;s, positions au premier abord incompatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces s&#233;ances visent &#224; parvenir &#224; l'&#233;laboration de crit&#232;res, ce qui implique un travail concret sur des exemples relevant en effet de strates culturelles et historiques distinctes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque s&#233;ance, sans &#234;tre organis&#233;e sur un seul mod&#232;le tentera le plus souvent d'&#233;tablir de tels parall&#232;les de telles mises en relations. Ainsi celle d'aujourd'hui va-t-elle nous conduire d'un saut de Hom&#232;re &#224; une analyse contemporaine du cerveau contemporain puis &#224; une plong&#233;e dans un exemple de ce que peut vouloir signifier &#171; Faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous poursuivrons donc la pr&#233;sentation d'une partie de la r&#233;flexion de Julian Jaynes et nous verrons d&#233;j&#224; se d&#233;gager des &#233;l&#233;ments qui pourront fonctionner comme crit&#232;res pour la suite. La lecture eu livre d'Ansermet et Magestratti &lt;i&gt;&#192; chacun son cerveau&lt;/i&gt; nous permettra de faire des rapprochements inattendus. La lecture attentive du livre de Hans Bellmer &lt;i&gt;Petite anatomie de l'image&lt;/i&gt; nous montrera comment un esprit artiste peut parvenir par ses propres moyens &#224; des inventions qui font &#233;cho de mani&#232;re &#233;vidente avec les deux strates de pens&#233;es analys&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_homere-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH251/1_homere-2-3b231.jpg?1772189333' width='500' height='251' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/659889858?h=b865120b7b&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;&#034;Faire-des-dieux&#034; 03 premi&amp;egrave;re partie : &#034;Comment pensaient les h&amp;eacute;ros de l'Iliade ?&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment pensaient les h&#233;ros de l'Iliade ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aide de Julian Jaynes, nous allons tenter de comprendre la &lt;strong&gt;schize&lt;/strong&gt; caract&#233;risant le fonctionnement d'un cerveau bicam&#233;ral, celui des hommes de la fin du n&#233;olithique et de l'&#226;ge de bronze. Autant le pr&#233;ciser d'entr&#233;e de jeu, le terme de schize est bien connu mais il convoque pour l'essentiel des images ou des id&#233;es relevant de la psychologie ou de la m&#233;decine psychiatrique et cela malgr&#233; les efforts il y a pr&#232;s de cinquante ans de Deleuze et Guattari de sortir ce mot de son champ m&#233;dical et de montrer en quoi il pouvait travailler de l'int&#233;rieur de nombreuses strates de la soci&#233;t&#233;. Dans &lt;i&gt;L'anti-oedipe&lt;/i&gt;, p. 51, on peut lire, c'est au sujet de la recherche de Proust : &lt;i&gt;&#171; En termes kleiniens, on dirait que la position d&#233;pressive n'est qu'une couverture pour une position schizo&#239;de plus profonde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il sera utilis&#233; comme un &#233;l&#233;ment heuristique permettant de r&#233;v&#233;ler dans des corpus de textes, de pratiques ou de r&#233;alisations artistiques ou autres, la pr&#233;sence d'une faille, d'une s&#233;paration, d'un gouffre parfois, mais aussi d'une discr&#232;te f&#234;lure et de montrer comment chacun &#224; sa mani&#232;re joue un r&#244;le d&#233;terminant voire un r&#244;le organisateur dans la formulation des questions qui se posent &#224; tel ou tel moment de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la &lt;strong&gt;schize&lt;/strong&gt; change souvent de forme ou de consistance, elle n'en est pas moins rep&#233;rable &#224; la fois comme force activant des divisions que parfois la raison ou la conscience semblent refuser de voir ou de reconna&#238;tre et comme figure dessinant &#224; m&#234;me la chair des &#339;uvres, la succession des id&#233;es ou la trame des concepts, des contours ou des chemins qui conduisent &#224; d'autres approches que celles d&#233;j&#224; valid&#233;es par telle ou telle doxa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de quelques passages de l'Iliade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mieux est sans doute de se plonger rapidement dans quelques passages de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; mettant en sc&#232;ne tel ou tel personnage, le plus souvent un h&#233;ros et tel ou tel dieu, le plus souvent Zeus, Apollon ou Ath&#233;na. Il n'est pas n&#233;cessaire d'aller tr&#232;s loin dans le texte pour trouver de telles occurrences, le premier chapitre &#233;tant &#224; lui seul presque suffisant pour la d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture de l'Iliade, chant I (Pl&#233;iade trad Flaceli&#232;re) vers 1 &#224; 106, p. 93 &#224; 95&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite vient la querelle entre Achille et Agamemnon au sujet de Chrys&#233;is, femme qu'il a obtenu en r&#233;compense lors d'un raid guerrier, ce dernier devant faire ce qu'il se refusait &#224; faire. Contraint par l'oracle, il l'accepte de la rendre &#224; son p&#232;re mais au prix du don par Achille de sa propre proie acquise au m&#234;me moment et qui a nom Bris&#233;is.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette querelle va envenimer tout le d&#233;but du r&#233;cit et d&#233;terminer des &#233;v&#233;nements majeurs comme la mort d'Achille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture de l'Iliade, de la page 97 (vers 180 environ&#8230;) &#224; la page 98 (V225)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re difficile de remarquer dans ces passages ce qui est au fondement de la th&#232;se de Jaynes : &lt;i&gt;ces personnages, ces h&#233;ros, ce n'est pas eux qui prennent les d&#233;cisions qu'ils vont finir par mettre ne &#339;uvre&lt;/i&gt;. En effet, lorsque, comme c'est le cas ici, ils font face &#224; la difficult&#233; de contr&#244;ler leurs affects voire plus exactement leurs pulsions qui sont souvent violentes voire &#224; tendance meurtri&#232;re, ce n'est pas eux qui d&#233;cident mais un dieu ou une d&#233;esse qui se d&#233;pla&#231;ant de l'Olympe vient en un instant leur parler et en fait d&#233;terminer ce que sera leur d&#233;cision, leur choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le dieu ou la d&#233;esse prend place en eux, leur parle comme du dehors mais en fait parle &#224; l'int&#233;rieur d'eux, au plus profond de leur oreille. Et comme personne d'autre ne les voit ou ne sait qu'ils sont &#224; cet instant pr&#233;sents en train de parler &#224; tel ou tel, la d&#233;cision dont ils vont faire part ensuite &#224; l'assembl&#233;e et &#224; laquelle bon gr&#233; mal gr&#233;, ils vont se soumettre, appara&#238;t comme la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais personne n'est dupe puisque chacun vit &#224; chaque moment de doute, de stress, de crise la m&#234;me situation, &#224; savoir qu'un dieu vient &#224; lui et lui indique voire lui dicte la bonne d&#233;cision, celle en tout cas qu'il doit suivre. Et si elle se r&#233;v&#232;le avoir &#233;t&#233; une d&#233;cision qui a conduit le h&#233;ros &#224; la mort, ce sera le dieu ou la d&#233;esse qui en aura &#233;t&#233; la cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu qui parle en eux, c'est une voix ou souvent aussi une vision qui a pour fonction de contraindre le h&#233;ros, son corps, son c&#339;ur, son &#171; esprit &#187;, &#224; ob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant noter qu'il y a d&#233;j&#224; deux niveaux de discours ou de dialogue, ceux qui se tiennent entre le h&#233;ros et un dieu ou une d&#233;esse, et ceux qui se tiennent entre les hommes. Le dieu ou la d&#233;esse interviennent dans des moments o&#249; il faut prendre une d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi des &#233;l&#233;ments partag&#233;s par tous, visibles par tous, mais qui, pour &#234;tre compris doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s. Ce sont des signes qui trament leur niveau de r&#233;alit&#233; entre dieux et hommes, qui sont des manifestations contourn&#233;es des dieux qui intriguent les hommes et que les hommes veulent comprendre. Pour lire et interpr&#233;ter ces &#233;l&#233;ments qu'on nommera des signes, il existe des gens sp&#233;cialis&#233;s, des devins, comme ici, Chalcas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une porte est d&#233;j&#224; ouverte qui conduira &#224; l'&#233;tablissement de liens de plus en plus &#233;troits entre ph&#233;nom&#232;nes concrets, visibles, sensibles et significations d&#233;chiffrables par les hommes. Mais nous n'en sommes pas encore l&#224; et &lt;i&gt;rien de ce que nous nommons raison n'existe&lt;/i&gt;, m&#234;me s'il existe d&#233;j&#224; des zones d'accord autour d'&#233;l&#233;ments communs et connus de tous que l'on nommerait aujourd'hui des valeurs mais qui sont en fait des d&#233;terminants explicites &#224; l'action ou &#224; des actions communes, comme d'avoir accept&#233; de venir combattre avec Agamemnon et P&#226;ris pour r&#233;cup&#233;rer H&#233;l&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s que l'on sort de cette zone des &#233;vidences acquises, et elles ne sont pas si nombreuses, d&#232;s que tel ou tel personnage fait face &#224; une incapacit&#233; de d&#233;cider de ce qu'il doit dire comme de ce qu'il doit faire, un dieu se manifeste qui vient en g&#233;n&#233;ral l'aider, le sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque le sauvetage ne fonctionne pas lorsque la mort survient, c'est qu'entre les dieux des conflits de pouvoir de pr&#233;s&#233;ance ou de jalousie font rage. L'individu, tout h&#233;ros qu'il est, et il le sait, n'est qu'un pion entre les mains des dieux. Telle est la forme de la vie, la mani&#232;re dont elle est pens&#233;e &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_guerre-troie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2_guerre-troie-c162b.jpg?1640953182' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#232;se de Jaynes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici, pour cette fois, pr&#233;senter les chapitres &lt;i&gt;3 L'esprit de l'Iliade, 4 L'esprit bicam&#233;ral et 5 Le cerveau d&#233;doubl&#233;&lt;/i&gt;, du livre de Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivons ce qu'il nous dit d'essentiel dans ces pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de d&#233;terminer ce qu'est la conscience et de montrer que contrairement &#224; ce qui a longtemps pass&#233; pour la v&#233;rit&#233;, &#224; savoir que la conscience &#233;tait &#171; le produit d'une s&#233;lection naturelle remontant &#224; un moment de l'&#233;volution des mammif&#232;res &#187;, la conscience ne peut appara&#238;tre qu'apr&#232;s le d&#233;veloppement du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jaynes l'enjeu est de dater l'origine de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vers - 3000 le langage est l'objet d'une transposition de ses &#233;l&#233;ments parl&#233;s sous forme de marques sur de l'argile, si donc on passe d'une dimension purement acoustique au fait qu'on l'&#233;crit pour qu'il soit VU, c'est-&#224;-dire vu par des gens qui ne sont pas &#224; port&#233;e de voix, c'est dans cette mutation que la conscience prend litt&#233;ralement sa source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne pr&#233;existe pas &#224; ce d&#233;placement &#224; cette mutation&lt;/i&gt; &#224; cette rupture de la bulle sonore-acoustique et &#224; la transformation de son articul&#233;s en traces et signes visibles, visuels donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette mutation ce passage ce saut peut-&#234;tre il faut tenter de comprendre comment fonctionnaient les humains avant cette invention ou, car pour les autres on n'a justement que des textes &#233;voquant ces p&#233;riodes ant&#233;rieures, comment pensaient ceux qui vivaient &#224; l'&#233;poque de cette invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jaynes, c'est l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; qui constitue le texte de r&#233;f&#233;rence &#171; dans une langue dont la traduction offre assez de certitude &#187;. Compos&#233; par les a&#232;des (aoidoi) entre 1230 et 900 ou 850, ce texte nous plonge dans un milieu et avec des hommes &#171; qui n'ont donc pas de mots se rapportant &#224; la conscience ou &#224; des actes mentaux. &#187; (p. 87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t les mots de psych&#233; qui signifie sang et souffle (et pas &#226;me ou esprit pas encore en tout cas !) de thumos signifiant mouvement ou geste (pas &#226;me affective) de phr&#232;nes qui correspond &#224; une sensation dans le diaphragme celui de noos qui deviendra le &#171; nous &#187; l'esprit mais qui alors signifie seulement voir percevoir ce qui est dans le champ de vision ou &#234;tre aupr&#232;s de, puis aussi mermera qui d&#233;rive de mermerizein qui signifie &#234;tre divis&#233; en deux par quelque chose et &#234;tre en conflit avec soi entre deux actions (et non pas entre deux pens&#233;es) (et pas m&#233;diter ou r&#233;fl&#233;chir) et l'on sait qu'il n'y a pas non plus de concept de volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on en prend le temps plus tard, je reviendrai en d&#233;tail sur ces mots et leurs significations et surtout sur leur histoire et leur g&#233;n&#233;alogie &#224; partir de la lecture d'un des livres essentiels quand on veut comprendre le monde grec et plus avant le monde qui pr&#233;side &#224; la gen&#232;se de la conscience, et qui se nomme &lt;i&gt;La naissance de la conscience europ&#233;enne&lt;/i&gt; et qui est &#233;crit pas un anglais Richard Broxton ONIANS, &lt;i&gt;Les origines de la pens&#233;e europ&#233;enne : sur le corps, l'esprit, l'&#226;me, le monde, le temps et le destin&lt;/i&gt; (Seuil, 1999, 690 p. gr&#226;ce &#224; Barbara Cassin). Bref les personnages, les h&#233;ros de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; n'ont, en ce sens, rien de commun avec nous &lt;i&gt;mais ils font face comme nous &#224; la question de la d&#233;cision et de l'action&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pos&#233;e par Jaynes est : qu'est-ce qui commande l'action chez ces hommes s'il n'y a ni volont&#233; ni esprit ni &#226;me pour le faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous a montr&#233; la lecture des pages de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, c'est que ces figures qui parlent aux h&#233;ros, &#171; les dieux leur tiennent lieu de conscience. L'origine des actions ne se trouve pas dans des projets conscients, des raisons ou des mobiles, mais dans les actions et les discours des dieux. &#187; (p. 91). En d'autres termes, &#171; les personnages de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; n'avaient pas du tout d'ego . &#187; (p. 91)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'ailleurs, rappelons nous des tous premiers vers, &lt;i&gt;menin oedie thea chante ta col&#232;re &#244; d&#233;esse&lt;/i&gt;, montre bien que le po&#232;me, l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; donc, est l'&#339;uvre des dieux. C'est le m&#232;tre la m&#233;trique les rythmes qui dirigent l'activit&#233; &#233;lectrique du cerveau et font tomber les inhibitions &#233;motionnelles habituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux, ces dieux donc &#171; qui &#233;taient capables de d&#233;placer hommes et soldats comme des robots comme des automates les dieux sont des voix des organisations du syst&#232;me nerveux central c'est-&#224;-dire des pesonae ayant une grand coh&#233;rence &#224; travers les temps, des amalgames d'images parentales et admonitoires. &#187; (p. 92) (Admonitoire d&#233;rive de admonester qui signifie : &lt;i&gt;Donner un avertissement accompagn&#233; souvent d'un jugement s&#233;v&#232;re, voire d'un bl&#226;me. Et de admonere qui signifie avertir.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu est une partie de l'homme qui le guide le commande la relation dieu h&#233;ros ressemble &#224; celle d&#233;crite par Freud entre moi et surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion la plus forte ressentie par un h&#233;ros vis &#224; vis d'un dieu est la surprise ou l'&#233;merveillement quand la solution d'un probl&#232;me difficile surgit dans notre esprit le eur&#233;ka d'Euclide ! Bref &#171; les dieux sont ce qu'on appelle maintenant des hallucinations. &#187; (p. 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'homme myc&#233;nien n'a pas conscience de sa conscience du monde, ni d'espace mental int&#233;rieur pour pratiquer l'introspection. Il n'a pas de langage mental et l'impulsion &#224; l'action est donn&#233;e par les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux sont aussi en un sens de simples proc&#233;d&#233;s po&#233;tiques utilis&#233;s par les a&#232;des pour rendre l'action plus vivante. Ce qu'il fait donc ben comprendre, c'est que pour Jaynes, la pr&#233;sence de ces voix auxquelles on devait ob&#233;ir est la condition pr&#233;alable et n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tape suivante qui sera l'&#233;tape consciente de l'esprit. Cela nous renvoie &#224; l'existence des royaumes qui &#233;taient des th&#233;ocraties o&#249; chaque roi, chaque wanax &#233;tait la voix dont chaque homme &#233;tait l'esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce passage il faut aussi int&#233;grer des aspects historiques que nous connaissons mal mais un peu le fait que vers la p&#233;riode de -1500 -1200 &#233;tait une p&#233;riode chaotique qui a vu l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral et l'apparition de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signe de cette apparition est un vers qui a &#233;t&#233; ajout&#233; par la suite et qui &#224; lui seul signale et signe l'apparition de ma conscience subjective, vers qui constitue le sujet principal d'un petit dialogue de Platon, intitul&#233; &lt;i&gt;Hippias mineur&lt;/i&gt; que j'ai d&#233;j&#224; beaucoup comment&#233; (&lt;i&gt;Logiconochronie&lt;/i&gt; IV, N&#176; 53 et V, N&#176; 54 et dans &#171; Autrement que croire : schize et reconfiguration psychique sur &lt;i&gt;M&#233;lancholia&lt;/i&gt; de Lars von Trier &#187; &#8212; I et II N&#176; 41 et 42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mensonge ou la tromperie, voil&#224; le sujet affich&#233; de cet Hippias mineur. Le n&#339;ud central de la dispute entre Hippias et Socrate est un vers c&#233;l&#232;bre du chant IX de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; dans lequel Achille r&#233;pond &#224; Ulysse : &#171; divin fils de La&#235;rte, Ulysse aux mille ruses, je dois de mon propos carr&#233;ment te faire part ainsi que je vais l'accomplir et qu'il aboutira, je crois. Car m'est odieux, autant que les portes d'Had&#232;s, celui-l&#224; qui cache un mot dans son c&#339;ur et en dit un autre. Pour moi je parlerai dans le sens m&#234;me o&#249; tout va se trouver r&#233;alis&#233;. &#187; (Traduction J. Labarbe, in &lt;i&gt;Hippias mineur&lt;/i&gt;, &#201;ditions GF Flammarion, traduction Jean-Fran&#231;ois Pradeau et Francesco Fronterotta, 365a, 365b, p164.) (TK-21 N&#176; 53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permets de vous renvoyer &#224; ces textes, m&#234;me si selon le d&#233;veloppement du s&#233;minaire il n'est pas impossible que j'y revienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut entendre avec ce vers, c'est l'introduction de la duplicit&#233; dans la pens&#233;e, duplicit&#233; qui est au sens strict &lt;i&gt;l'ouverture d'un espace interne et la condition de possibilit&#233; de cette ouverture et de la constitution de la dimension interne intime de la conscience.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qu'est donc cet esprit bicam&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature humaine, les hommes &#233;taient divis&#233;s en deux parties une qui commandait appel&#233;e dieu et une qui ob&#233;issait appel&#233;e homme. Et aucune d'elle n'&#233;tait consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien saisir de quoi il s'agit, pensez &#224; ce qui se passe quand vous conduisez &#224; tout ce qui se fait sans recourir &#224; la conscience. Si l'on soustrait la conscience, on a l'homme bicam&#233;ral. On voit donc qu'en nous aujourd'hui encore, il n'est jamais loin ou du moins que la porte qui conduit &#224; lui qui nous rapproche de lui est toujours l&#224;, ferm&#233;e ? Entre-ouverte ? Ouverte ? On verra&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le h&#233;ros agit sur le monde et le monde agit sur lui, il n'est ni aveugle ni insensible etc. mais face &#224; un danger ou &#224; une situation inextricable l'homme bicam&#233;ral devait attendre que SA voix lui vienne en aide et cette voix est le r&#233;sultat d'une accumulation mill&#233;naire de sagesse accumul&#233;e et d'ordre d'admonition qui lui disaient &#171; inconsciemment &#187; que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que font ces voix c'est r&#233;conforter railler commander annoncer gronder rythmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur localisation est un probl&#232;me nous le reverrons plus tard qu'elles peuvent &#234;tre situ&#233;es au-dehors et se manifester aussi au plus pr&#232;s de l'oreille voire r&#233;sonner au dedans du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important, on l'a d&#233;j&#224; dit mais il faut le redire, c'est qu'une situation de stress d&#233;clenche les hallucinations auditives ou visuelles (qui sont plus rares) et le stress appara&#238;t d&#232;s que tout ce qui est r&#233;gl&#233; sur la base de l'habitude et de la r&#233;p&#233;tition est rompu interrompu. Tout ce qui donc rel&#232;ve du conflit, de l'attaque, de la fuite, du combat, tout ce qui n&#233;cessite une D&#201;CISION suffisait &#224; provoquer une hallucination auditive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#201;CISION ne relevait pas de la conscience (et aujourd'hui encore pas vraiment on le verra plus tard) la d&#233;cision, la voix divine met fin au stress AVANT QUE LE SEUIL NE SOIT TROP &#201;LEV&#201;. Sinon c'est la crise, la perte totale des rep&#232;res et le risque de mourir ou de faire des choses qui entra&#238;neraient la mort, m&#234;me si celui &#224; qui cela arrive n'y pense pas ne le sait pas ou s'en aper&#231;oit apr&#232;s coup et trop tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On reverra cela dans la trag&#233;die grecque avec Oedipe par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en revenons au passage cit&#233; la derni&#232;re fois &#224; travers la citation de Bill Viola sur l'ob&#233;issance li&#233;e &#224; l'audition o&#249; il est dit qu'ob&#233;ir c'est entendre en faisant face et que l'enjeu des autorit&#233;s et ces pouvoirs &#233;tait le contr&#244;le des voix &#224; distance ainsi que la gestion du ph&#233;nom&#232;ne qu'est l'opinion que nous avons de nous-m&#234;mes ph&#233;nom&#232;ne par lequel nous r&#233;gulons et contr&#244;lons le pouvoir que les autres ont sur nous. En d'autres termes les voix sont la volont&#233; chez l'homme bicam&#233;ral. Ainsi nous sommes donc de plain pied dans le cerveau bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_jillboltetaylor.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH344/4_jillboltetaylor-c06e4.jpg?1772189333' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jill Bolte Taylor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/660522553?h=c59b622637&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux03 seconde partie&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cerveau d&#233;doubl&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit rep&#232;re temporel nous indique que le cerveau bicam&#233;ral &#233;tait encore actif il y a une centaine de g&#233;n&#233;rations ! Si loin, si pr&#232;s ! Le cerveau bicam&#233;ral est m&#233;diatis&#233; par la parole (en termes stiegleriens il faudrait dire que le langage est la premi&#232;re r&#233;tention tertiaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux h&#233;misph&#232;res sont donc r&#233;partis ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un c&#244;t&#233; gauche qui contr&#244;le le c&#244;t&#233; droit du corps et qui contient les principales zones du langage ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un c&#244;t&#233; droit qui contr&#244;le le c&#244;t&#233; gauche du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage est d'un seul c&#244;t&#233; donc dans les zones de Wernicke de Broca et le gyrus angulaire ou zone de Broadmann 39 (AB39). Outre la langue, cette zone participe &#224; l'activit&#233; de la m&#233;moire &#233;pisodique et s&#233;mantique, aux comp&#233;tences en math&#233;matiques, &#224; l'alphab&#233;tisation et &#224; l'attention spatiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage est la capacit&#233; indispensable la base anticipatrice &#224; l'action sociale, le fil de la communication rendant possible la survie. Mais la structure neurologique n&#233;cessaire au langage existe dans l'h&#233;misph&#232;re droit mais elle non activ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cerveau droit muet peut dans certains conditions &#234;tre activ&#233; (il suffit pour s'en convaincre une bonne fois de regarder la video du TED de la neuro anatomiste Jill Bolte Taylor intitul&#233;e &lt;i&gt;Voyage au bout de mon cerveau&lt;/i&gt;, conf&#233;rence de 20mn dans laquelle elle raconte son AVC et comment elle a v&#233;cu la dissociation entre ses deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux. Elle a &#233;t&#233; bicam&#233;rale et cela l'a sauv&#233;e.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes propose la th&#232;se suivante : le langage des hommes n'&#233;tait li&#233; qu'&#224; un seul h&#233;misph&#232;re pour laisser l'autre accessible au langage des dieux. Quand le lobe temporal droit parle le lobe temporal gauche &#233;coute et le message passe par une zone de trois millim&#232;tres. L'h&#233;misph&#232;re gauche organise l'exp&#233;rience admonitoire. L'h&#233;misph&#232;re droit fait entendre la voix des dieux sous l'impulsion de la zone de Wernicke, voix envoy&#233;e vers l'h&#233;misph&#232;re droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Observations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deux h&#233;misph&#232;res comprennent le langage&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux sont des amalgames d'exp&#233;riences admonitoires constitu&#233;es d'une fusion de tous les ordres donn&#233;s &#224; la personne. Les zones divines interviennent dans la perception/compr&#233;hension du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un vestige/des traces de la fonction divine dans l'h&#233;misph&#232;re droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout tourne donc autour de la question de TRACES et de types de traces ou d'inscriptions ce qui sera au c&#339;ur de la seconde partie l'analyse du livre &lt;i&gt;&#192; chacun son cerveau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que la voix des dieux n'ait pas &#233;t&#233; un discours articul&#233; et la zone de Wernicke avait pour fonction de la traduire et d'en assurer l'efficacit&#233; dans le fonctionnement des affaires humaines. La zone de Wernicke du lobe droit : ce sont des amalgames de certains aspects de l'exp&#233;rience auditive ou visuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces zones ne servent pas &#224; la r&#233;miniscence d'exp&#233;riences pass&#233;es. Ces zones servent en ce qu'elles nous plongent dans des hallucinations distillant des exp&#233;riences admonitoires qui s'incarnent et peut-&#234;tre se rationalise dans l'exp&#233;rience pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cette diff&#233;rence r&#233;miniscence et activation par l'hallucination sera au c&#339;ur de la mutation platonicienne.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra ici de l'expos&#233; sur &lt;i&gt;Perceval&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux h&#233;misph&#232;res peuvent agir de fa&#231;on ind&#233;pendante, se comporter comme des personnes ind&#233;pendantes, leur relation correspondant &#224; celle existant entre l'homme et le dieu pendant la p&#233;riode bicam&#233;rale. Pour mieux comprendre, il faut s'int&#233;resser aux exemples de personnes ayant subit un sectionnement de la commissure, qui voient mais ne peuvent verbaliser ce qu'elles voient avec l'h&#233;misph&#232;re droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; un h&#233;misph&#232;re ne sait pas ce que fait l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nous reviendrons sur ce point lorsque nous &#233;tudierons certains textes de l'Ancien et du Nouveau Testament.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences entre les deux h&#233;misph&#232;res du point de vue de la fonction cognitive refl&#232;te les diff&#233;rences entre les hommes et les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si le mod&#232;le du cerveau bicam&#233;ral est correct il doit y en avoir des traces dans le cerveau de l'homme contemporain.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction des dieux est donc de diriger et d'organiser l'action dans les situations nouvelles. D'&#233;valuer les probl&#232;mes, d'organiser l'action en fonction de la structure ou du but du moment et de faire co&#239;ncider tous les moments disparates (semailles, r&#233;coltes, etc..) dans un grand dessein ! De faire passer ces indications et ces instructions dans le sanctuaire analytique verbal qu'est l'h&#233;misph&#232;re gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'enjeu ici est donc celui de l'articulation entre des moments discrets distincts s&#233;par&#233;s non reli&#233;s bref entre des &#233;l&#233;ments discontinus, &#233;l&#233;ments qu'il s'agit d'organiser de telle mani&#232;re qu'ils finissent par constituer une s&#233;rie m&#234;me de courte dur&#233;e qui soit coh&#233;rente et qui donne l'impression d'une certaine continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question continu/discontinu est au c&#339;ur de ce qu'il faudra &#233;tudier par la suite car apparemment technique ce point est en fait essentiel pour comprendre ce qui rapproche et ce qui peut distinguer aussi des fonctionnements sociaux ou des constructions psychiques appartenant &#224; des &#233;poques apparemment tr&#232;s &#233;loign&#233;es.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nous allons revoir cela dans la seconde partie et une autre fois lorsque nous nous plongerons dans &lt;i&gt;Les travaux et les jours&lt;/i&gt; d'H&#233;siode.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction de l'h&#233;misph&#232;re droit est donc : organiser trier les exp&#233;riences d'une civilisation, rassembler dans un sch&#233;ma qui pourrait dire &#224; l'individu ce qu'il doit faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc diff&#233;rents &#233;v&#233;nements pass&#233;s et futurs sont tri&#233;s, class&#233;s, synth&#233;tis&#233;s, dans une nouvelle repr&#233;sentation, synth&#232;se que et qui constitue la m&#233;taphore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nous reviendrons largement sur ce point essentiel que ce que nous tenons toujours m&#234;me si c'est de loin et que nous les reconnaissons comme de simples m&#233;taphores pour des commencements, ces points majeurs ont une histoire, une g&#233;n&#233;alogie et il ne sont des commencements que parce qu'ils sont des synth&#232;ses devenues incontestables. Par exemple le &lt;i&gt;p&#233;ch&#233; originel&lt;/i&gt;, le mythe de la &lt;i&gt;tour de Babel&lt;/i&gt; et bien d'autres.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;misph&#232;re droit est le lieu des synth&#232;ses de la construction de l'espace, il voit le sens des &#233;l&#233;ments uniquement dans un contexte et consid&#232;re les ensembles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;misph&#232;re gauche est verbal analytique dominant et consid&#232;re les &#233;l&#233;ments en eux-m&#234;mes, un &#224; un en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On pourrait ici renvoyer &#224; de nombreux passages des r&#233;flexions de Wil&#232;m Flusser, en particulier le passage dans &lt;i&gt;Pour une philosophie de la photographie&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possible premi&#232;re fonction du cerveau droit et donc des dieux &#233;tait d'identifier le danger, ou son absence et donc en particulier de lire les visages, les expressions des visages et de permettre de d&#233;terminer si elles &#233;taient amicales ou hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose &#224; nous : comment le cerveau a pu changer (si vite) au point que mes vs ne soient plus entendues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes insiste non pas sur la s&#233;lection naturelle et une lecture drawinienne mais bien sur la PLASTICIT&#201; du cerveau (voir partie II), plasticit&#233; due &#224; un grand nombre de zones redondantes et cela a un but biologique et de s&#233;lection, cela prot&#232;ge l'organisme contre les l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, donne &#224; l'organisme entier une facult&#233; d'adaptation encore plus grande face aux d&#233;fis de ces &#233;poques du n&#233;olithique aux changements climatiques et &#224; la chute de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort de cela, c'est que cette bicam&#233;ralit&#233; n'est pas un &#233;l&#233;ment du pass&#233; qui serait d&#233;pass&#233;, au sens o&#249; il ne serait plus ni valide ni actif ni d&#233;terminant, mais bien un mode de fonctionnement psychique qui fonctionne en grande partie de la m&#234;me mani&#232;re que le cerveau d'aujourd'hui comme nous allons le voir, mais surtout qui a laiss&#233; plus que des traces, qui est encore, parfois, chez certains &#234;tres - et qui sait chez chacun &#8211; actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect doit retenir notre attention, c'est la question de la relation entre &#233;l&#233;ments discontinus qui est la situation concr&#232;te v&#233;cue par les hommes ant&#233;rieurement &#224; l'apparition de leur capacit&#233; &#224; organiser de mani&#232;re de plus en plus consciente leurs exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est et reste d'articuler entre eux des &#233;l&#233;ments discrets. Ils existent comme des &#233;l&#233;ments, des moments s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une forme de trou noir, de vide, qui se tient entre chacun de ces moments. C'est &#224; la fois rien car non per&#231;u, sauf quand pendant ces moments d'oubli tel ou tel a commis des actes atroces ou salvateurs d'ailleurs mais dont il n'a gard&#233; aucun souvenir, et angoissant quand parfois on lui rappelle ces moments dont il ne se souvient pas, comme dans un choix traumatique en quelque sorte. &#192; ceci pr&#232;s que l&#224; il n'y a pas de choc mais un aspect li&#233; au fonctionnement &#171; normal &#187; des hommes/h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui a eu lieu laisse des traces psychiques, celles accumul&#233;es au cours des si&#232;cles, des mill&#233;naires. Cependant les hommes/h&#233;ros s'ils se souviennent de certaines choses, il ne parviennent pas les mettre en relation. Ces moments restent sans rapports entre eux. C'est le travail du po&#232;te comme l'&#233;tait Hom&#232;re ou l'&#233;taient les a&#232;des &#233;tait de relier de tels moments dans un ensemble et ainsi d'assurant des formes de continuit&#233;, fussent-elles partielles, en s'appuyant sur le narrativit&#233; qui est l'association d'&#233;l&#233;ments discrets dans une section plus large qu'on appellera un r&#233;cit, une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne fonctionnons pas autrement aujourd'hui. Et si les traces concr&#232;tes physico- physiologiques de la bicam&#233;ralit&#233; ont peut-&#234;tre en grande partie disparu, il n'en este pas moins que l'histoire m&#234;me de chaque &#234;tre, son long apprentissage rendu n&#233;cessaire pas la n&#233;ot&#233;nie, l'inscrit dans un parcours dont les &#233;tapes sont celles que l'humanit&#233; a parcouru depuis deux ou trois mill&#233;naires lorsqu'elle est pass&#233;e de l'&#233;tat bicam&#233;ral &#224; l'&#233;tat conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus comme nous allons le voir, ce qui rend difficile de chercher les traces actives de la bicam&#233;ralit&#233; aujourd'hui c'est moins leur effacement que le fat que nous avons chang&#233; de grille de lecture dans notre approche du psychisme, sans oublier non plus que nous avons une tendance forte &#224; projeter ce que nous savons ou pensons savoir sur les hommes du pass&#233; en pensant donc qu'ils pensaient comme nous. C'est aussi &#224; lever certains de ces pi&#232;ges que nous nous emploierons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L452xH700/3_cerveau-b44c2.jpg?1640953182' width='452' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II Exploration de notre cerveau d'aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'une lecture du livre de Fran&#231;ois Ansermet, psychanalyste et Pierre Magistretti, neurobiologiste, intitul&#233; &lt;i&gt;&#192; chacun son cerveau&lt;/i&gt; (Ed. Odile Jacob, col sciences poche) nous allons explorer les traces de cette &lt;strong&gt;schize&lt;/strong&gt; dans nos cerveaux contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cerveau de l'homme du XXIe si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera donc une partie encore technique qui a pour but de pr&#233;senter &#224; partir du livre de Fran&#231;ois Ansermet, psychanalyste et p&#233;dopsychiatre &#224; Gen&#232;ve et Pierre Magistretti, neurobiologiste &#224; Lausanne, paru en 2004 aux &#233;ditions Odile Jacob et intitul&#233; &lt;i&gt;&#192; chacun son cerveau&lt;/i&gt;, les rapprochements possibles entre cerveau bicam&#233;ral et cerveau contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la fin et lisons ce passage qui ouvre le chapitre 13, p. 183-184. Que nous revenions en arri&#232;re ne sera que plus profitable car le cadre sera ainsi pos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a de nombreux points communs malgr&#233; les apparentes diff&#233;rences et en particulier celle, essentielle qui fait que le partage qui gouverne la r&#233;flexion de Jaynes et qui se fait entre les deux h&#233;misph&#232;res, se fait d&#233;sormais, &#224; la suite de l'invention par Freud de l'inconscient entre inconscient et conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique essentielle cette diff&#233;rence ne parvient pas &#224; occulter ou &#224; abolir tant dans le discours et dans les m&#233;taphores que dans les enjeux ce qu'il y a de proche voire de commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en effet se joue autour de quelques questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celle relative aux traces c'est-&#224;-dire de la d&#233;finition de ce qui fait exp&#233;rience, de ce qui est v&#233;cu et de la mani&#232;re dont cela s'inscrit dans le psychisme et fonctionne ensuite, apr&#232;s-coup, dans le psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celle portant sur les relations entre &#233;l&#233;ments continus et &#233;l&#233;ments discontinus, tant dans la relation entre corps et monde que dans le fonctionnement c&#233;r&#233;bral lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celle de la d&#233;termination de ce qui est en jeu dans les processus d&#233;cisionnels, et en particulier les processus inhibiteurs et d&#233;sinhibiteurs qui autorisent ou limitent le d&#233;clenchement de l'action, dont le passage &#224; l'acte n'est qu'une des manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'aper&#231;oit donc qu'il y a une tr&#232;s grande proximit&#233; dans les questions pos&#233;es ou plut&#244;t une grande proximit&#233; dans les questions qui se posent. En grossissant un peu le trait on pourrait dire que les questions qui se posaient &#224; l'homme bicam&#233;ral et celles qui se posent &#224; nous hommes du XXIe si&#232;cle sont &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes : &#224; savoir qu'est-ce qui me pousse &#224; agir et d&#233;termine mes actions ? que se passe-t-il en moi ? suis-je un ou plusieurs ? ou si l'on veut &#171; combien suis-je ? &#187; et &#224; quelle coh&#233;rence ou quelle unit&#233; peuvent pr&#233;tendre mes actes et ma vie mais aussi mes pens&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut cependant noter, car ce qui nous int&#233;resse c'est &#233;videmment de tenter de comprendre comment nous fonctionnons, mais aussi de penser les relations qui existent entre nous et l'homme du n&#233;olithique, c'est que Jaynes qui &#233;crit en gros son livre &#224; la fin des ann&#233;es soixante et qui le publie je crois en 1974, a su se pr&#233;server de la domination du freudisme dans l'approche du psychisme, conception qui s'&#233;tait, on le sait en gros g&#233;n&#233;ralis&#233;e et qui n'avait plus pour contradicteurs que des neuro-biologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est important &#224; noter, car un freudien, ou un psychologue &#233;lev&#233; au freudisme implicite ou explicite, n'aurait jamais pu parvenir &#224; une th&#233;orie comme celle de Jaynes. Il fallait &#224; la fois un int&#233;r&#234;t immense pour la psych&#233; et un d&#233;tachement de la doxa de son &#233;poque pour parvenir &#224; penser quelque chose comme la bicam&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'est-ce qui distingue Jaynes d'un freudien, c'est le fait qu'il a pu, en lisant Hom&#232;re et les textes des p&#233;riodes de la fin du n&#233;olithique et des civilisations anciennes, &#201;gyptienne, Grecque, Juive, Babylonienne, Assyrienne, etc. accepter l'id&#233;e que ce que l'on nomme la conscience, n'existait pas &#224; ces &#233;poque l&#224; et en raconter la gen&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence d'int&#233;riorit&#233; des humains de ces &#233;poques est l'&#233;l&#233;ment central qui va les distinguer de l'homme d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui va nous appara&#238;tre, c'est que les questions, les points d'interrogations n'ont pas disparus, pas du tout, ils sont m&#234;me grosso modo les m&#234;mes. Simplement, la carte du psychisme ayant &#233;volu&#233;, ayant chang&#233;, du fait de la plasticit&#233; du cerveau, les questions pourrait-on dire ne se poseront pas au m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela est d&#251; ne particulier au fait que l'homme a vu na&#238;tre en lui, a cr&#233;&#233;, a invent&#233; un monde, pour r&#233;pondre &#224; des exigences diverses sur lesquelles nous reviendrons dans d'autres s&#233;ances, qui n'existait pas chez l'homme bicam&#233;ral, un monde int&#233;rieur. Le cerveau s'est en quelque sorte dot&#233; de dimensions suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme bicam&#233;ral ne conna&#238;t en fait que deux ext&#233;riorit&#233;s, les voix du dehors et les voix des dieux qui bien qu'&#233;mises par son cerveau lui apparaissent ou plut&#244;t sont per&#231;ues par lui comme habitant elles aussi le monde ext&#233;rieur, celui des corps, celui o&#249; vivent les autres &#234;tres, celui de ce qu'on nomme la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. Entre les deux, en lui donc, il n'y a rien. Il ne sait pas que ce qu'il nomme les dieux est une &#233;manation de son propre cerveau. Il ne parvient pas &#224; penser qu'il pense. Cela commence un mill&#233;naire plus tard, on l'a vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, il faut donc tenter de comprendre par un jeu subtil de ressemblances et de diff&#233;rences ce qui unit ou du moins rapproche malgr&#233; tout tr&#232;s profond&#233;ment la psych&#233; bicam&#233;rale de la psych&#233; contemporaine. Il serait fastidieux de r&#233;sumer le livre d'Ansermet et Magisrtetti, mais il va nous falloir malgr&#233; tout entrer un peu dans le d&#233;tail si l'on veut parvenir &#224; prendre la mesure de ce qui nous importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trace &#8211; les traces &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc commencer par pr&#233;ciser que l'homme dont il est question ici et un homme post-historique, un homme dont le cerveau est dot&#233; de facult&#233;s nouvelles ou de dimensions nouvelles par rapport &#224; l'homme bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point qui appara&#238;t dans le discours d'Ansermet et Magistretti, est port&#233; par l'acceptation de la plasticit&#233; du cerveau comme donn&#233;e de base (p. 24), et la tentative de montrer comment elle vient travailler entre les deux d&#233;terminismes que sont le d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique et le d&#233;terminisme environnemental ou psychique. La plasticit&#233; est &#171; ce qui permet de r&#233;aliser une exception &#224; l'universel qui la porte. &#187; (p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien n'a cependant chang&#233; dans le constat de base. L'&#234;tre humain est dot&#233; d'un corps et cerveau sis dans ce corps qui assurent le bon fonctionnement de la perception, mais ce qui est per&#231;u n'&#233;tant pas effac&#233; imm&#233;diatement, on suppose donc que cela s'inscrit et cela ne peut s'inscrire que dans le cerveau. Le cerveau est devenu le nouveau et quasi unique domaine d'investigation lorsque l'on cherche &#224; comprendre ce qui se passe entre le monde ext&#233;rieur et le monde int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprendrai pas ici tous les sch&#233;mas par lesquels les auteurs analysent les m&#233;canismes par lesquels les neurones, les synapses, et l'ensemble des &#233;l&#233;ments et zones du cerveau &#224; la fois re&#231;oivent analysent et r&#233;pondent aux stimuli divers. Restons sur le fait que ce qui vient du dehors doit n&#233;cessairement &#234;tre m&#233;moris&#233; et donc venir s'inscrire dans cette machinerie complexe qu'est le cerveau et donc pouvoir &#234;tre rappel&#233; et r&#233;utilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on lit les pages 46 et 47, on verra que si l'on s'en tient &#224; ce premier moment, les choses semblent simples mais l'exemple choisi, un exemple banal va nous faire appara&#238;tre &#224; nous-m&#234;mes comme des &#234;tres en proie &#224; des tensions psychiques &#224; la fois bien connues et proches, ou du moins en partie comparables &#224; celles que connaissait notre homme bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second niveau psychique s'est manifest&#233; dans cette description d'une situation banale que chacun de nous a v&#233;cu, le fait que des choses pouvaient venir nous troubler qui n'&#233;taient li&#233;es &#224; aucun &#233;l&#233;ment provenant de la situation pr&#233;sente. Des choses, des id&#233;es, des images, des mots, des situations peuplent notre esprit et peuvent sans raison apparente se manifester &#224; notre esprit et venir nous hanter, nous troubler voire m&#234;me agir sur notre &#233;tat g&#233;n&#233;ral, bref modifier notre relation au monde. Et ces &#233;l&#233;ments ne viennent absolument pas de ce qui se passe &#224; c&#244;t&#233; de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que nous vivons, les choses que nous faisons, nous ne les vivons et ne les faisons pas, pour un grand nombre d'entre elles, une seule fois. Elles sont prises dans un jeu complexe de r&#233;p&#233;titions sur des dur&#233;es plus ou moins longues mais qui finissent par s'inscrire dans une sorte de dimension temporelle bien particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous savons par exemple que No&#235;l revient chaque ann&#233;e, nous sommes capables de rappeler &#224; notre esprit des souvenirs et des &#233;l&#233;ments r&#233;currents, mais certains &#233;l&#233;ments puisqu'ils peuvent se manifester en dehors soit du retour de la situation dans la r&#233;alit&#233;, soit de rappels volontaires, ces &#233;l&#233;ments et tous les autres, qu'ils soient r&#233;p&#233;t&#233;s ou uniques, sont stock&#233;s et finissent par acqu&#233;rir une sorte d'autonomie dans le psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ils peuvent revenir sans qu'il n'y ait quelque rapport avec la situation concr&#232;te, v&#233;cue au moment T et donc cela prouve qu'il faut &#171; distinguer r&#233;alit&#233; et r&#233;alit&#233; psychique, en s'interrogeant sur le rapport &#8211; ou pourquoi pas le non-rapport &#8211; entre l'exp&#233;rience et la trace qu'elle laisse au niveau neuronal et, se surcroit, son effet psychique. &#187; (p. 54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;alit&#233; psychique autonome&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi est constitu&#233;e cette r&#233;alit&#233; psychique devenue manifestement autonome quoique constitu&#233;e &#224; l'&#233;vidence de traces qu'ont laiss&#233; au moins au d&#233;part des choses per&#231;ues et v&#233;cues, c'est-&#224;-dire provenant de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ? Elle est constitu&#233;e d'associations entre des &#233;l&#233;ments divers sans rapports directs entre eux et ces associations vont au-del&#224; des exp&#233;riences qui ont caus&#233; les traces initiales. Lisons quelques passages des pages 55 et 56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit appara&#238;tre c'est d'une part le fait que la constitution d'un monde int&#233;rieur s'accompagne de la mise en place d'une faille absolument d&#233;terminante puisque l'accumulation des traces en permettant la constitution d'un r&#233;servoir d'objets mentaux pouvant &#234;tre activer ou s'activer de mani&#232;re plus ou moins autonome, vient produire des effets qui non seulement ressemblent aux traces li&#233;es aux choses per&#231;ues et v&#233;cues mais peuvent prendre leur place dans le fonctionnement psychique de l'individu et se mettre &#224; jouer un r&#244;le de perturbateur de la situation concr&#232;te v&#233;cue &#224; tel ou tel moment. La faille est celle qui se manifeste dans le contr&#244;le dont on cr&#233;dite le sujet sur sa propre existence et sur ses propres souvenirs, contr&#244;le qui lui &#233;chappe pour une tr&#232;s grande part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi le fait que la base du rappel de ces exp&#233;riences effac&#233;es et conserv&#233;es op&#232;re finalement sur un fond totalement manquant, sur le fait que le souvenir originel doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme perdu comme d&#233;finitivement perdu. La faille devient ici gouffre et le perdu se r&#233;v&#232;le &#234;tre le nom originel de tout territoire psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin la mani&#232;re dont se met en place cette nouvelle dimension du psychisme constitu&#233; de tous ces souvenirs perdus mais vivaces et vivants dans une sorte d'humus inaccessible dont pourtant de temps en temps &#233;mergent des effluves violents venant troubler le cours &#171; normal &#187; de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Freud nomme fantasme et qui n'a non pas rien &#224; voir avec la version &#233;rotique ou sado-masochiste &#224; quoi on a voulu le cantonner, mais qui a tout &#224; voir avec une nouvelle force active dans le psychisme, &#171; une nouvelle source pour la vie psychique &#187; (p. 56)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les cartes sont pos&#233;e il n'y a plus qu'&#224; jouer avec !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pour nos deux auteurs possible et n&#233;cessaire de montrer que l'existence et le fonctionnement de ces &#233;l&#233;ments peuvent &#234;tre d&#233;montr&#233;s par des analyse de type neurobiologiques. Ce qui nous int&#233;resse, c'est de constater que ce m&#233;canisme, pouvant se reproduire &#224; l'infini est source &#224; la fois de drame et de jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est autour de la notion de fantasme d&#233;fini par Freud comme &#171; ce qui se produit par une combinaison inconsciente de choses vues et de choses entendues, suivant certaines tendances &#187; (manuscrit &lt;i&gt;Naissance de la psychanalyse&lt;/i&gt;) que des choses nouvelles se jouent. Ce qui se joue l&#224; entre neurobiologiste et psychanalyste, c'est une question de vocabulaire, car ils sont en gros d'accord sur la description des m&#233;canismes. Chez Lacan cela se transformera autour de la relation signifiant-signifi&#233;, le signifi&#233; correspondant &#224; la perception et le signifiant &#224; la trace, la reprise du signifi&#233; par le signifiant et l'auto d&#233;veloppement du signifiant entra&#238;nant la gen&#232;se de nouveaux signifiants pouvant jouer un r&#244;le &#233;quivalent &#224; un signifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture de la page 94&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort, c'est qu'aujourd'hui, on part du donn&#233; qu'est la conscience. Mais en faisant cela, et donc on s'interdit de prendre acte, m&#234;me si en effet le cerveau a &#233;volu&#233; et s'est transform&#233;, de l'&#233;tat ant&#233;rieur du fonctionnement c&#233;r&#233;bral qui tr&#232;s probablement a laiss&#233; lui aussi des &#171; traces &#187; d'un autre ordre sans doute et qu'il faudrait peut-&#234;tre chercher &#224; penser &#224; comprendre, que les traces telles qu'elles sont d&#233;finies ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on remarque aussi que ces court-circuits g&#233;n&#233;r&#233;s par le fantasme et donc l'inconscient, puisqu'on n'a presque pas encore prononc&#233; le mot, disons-le, nous rappellent les court-circuits engendr&#233;s par le stress et le surgissement des hallucinations comme moyen de r&#233;pondre de faire face &#224; la situation chez les hommes bicam&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens le psychisme a vu se d&#233;placer les entr&#233;es et les sorties de courant d'&#233;nergie qui le traversent mais le fonctionnement global reste &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me que pour l'homme bicam&#233;ral. Les voix ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par la conscience, pour faire court on &#233;voquera simplement ce que l'on a eu coutume d'appeler la voix de la conscience, mais on est confront&#233; au fait que la conscience en tant que champ d'exp&#233;rimentation et de s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments psychiques dignes ne parvient pas v&#233;ritablement &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de la d&#233;cision et de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se r&#233;solvait de mani&#232;re &#171; positive &#187; avec l'intervention des dieux donne lieu aujourd'hui &#224; des suspens de r&#233;solutions, des attentes interminables ou des angoisses prolong&#233;es puisque la conscience fait blocage ou a r&#233;duit &#224; presque rien la puissance des voix mais elle comme voix, la conscience, elle ne parvient pas &#224; l'efficacit&#233; des dieux. Elle ne contr&#244;le pas en effet la d&#233;termination de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; l'inconscient peut devenir un &#233;l&#233;ment l&#233;gitime pour expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne mais il ne peut le faire que si on nie l'existence des dieux ou si on la combat quand elle se manifeste, n'y voyant pas un r&#233;sidu d'un psychisme ant&#233;rieur mais la manifestation d'un faiblesse de la conscience, d'une maladie due &#224; des dysfonctionnements entre conscient et de inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconscient n'est donc en rien un substitut des dieux du psychisme bicam&#233;ral, il est le ph&#233;nom&#232;ne &#171; invent&#233; &#187; par le cerveau pour traiter l'effet du langage devenu &#233;crit, donc de la prise de pouvoir d&#233;finitive du cerveau gauche sur le droit sur le psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes que nous sommes n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre la proie d'assauts d'&#233;l&#233;ments venant interrompre l'apparente continuit&#233; v&#233;cue, bref d'&#234;tre un terrain de jeu entre les forces travaillant &#224; maintenir la tendance forte &#224; la continuit&#233;, qui est en fait celle du corps en tant que vivant qui ne conna&#238;t qu'une seule v&#233;ritable interruption de son continuum, la mort, et les forces se manifestant par des brisures des ruptures dans ce continuum infra-perceptif, forces qui ne sont pas contr&#244;l&#233;es mais qui ne sont plus des forces venant du dehors, li&#233;es &#224; des situations dans la r&#233;alit&#233; et provoquant angoisse ou stress, mais des forces venant du monde int&#233;rieur et dont les mots et les significations dont ils sont porteurs, sont les principaux op&#233;rateurs et qui n'agissent que dans ce monde int&#233;rieur ou &#224; partir de lui et ne modifient le cours des choses que parce qu'un individu est en proie &#224; ces forces. (p. 101)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre ces traces mn&#233;siques et le fonctionnement corporel, physiologique, neuro endocrinien et neuro v&#233;g&#233;tatif, tel qu'il est analys&#233; dans le chapitre conforte le fait que nous sommes sous ces aspects plus proches de l'homme bicam&#233;ral que nous ne le pensons. Mais nous en sommes aussi plus loin, suite aux transformations g&#233;n&#233;r&#233;es par la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale, suite &#224; l'appropriation par le langage de certains liens entre les choses, les &#233;v&#233;nements, les incidents, bref le monde ext&#233;rieur, et encore pour part inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pulsion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment qui nous relie directement &#224; l'homme bicam&#233;ral est ce qui du corps continue &#224; se manifester et &#224; traverser les limites et les r&#232;gles impos&#233;es par la conscience au fonctionnement psycho moteur du corps &#224; savoir la pulsion. Mais la pulsion est prise elle aussi dans le champ d'un psychisme divis&#233; entre conscience et inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc noter que la spaltung, la scission, la schize a chang&#233; de &#171; sens &#187;, elle n'est plus entre les deux h&#233;misph&#232;res mais transversale et multipolaire mais pourtant s&#233;pare en deux, coupe, tranche entre ce qui est accessible &#224; la m&#233;moire et &#224; la conscience et ce qui est enfoui, occult&#233;, oubli&#233;, refoul&#233;, qu'importe le nom, mais qui dans la nuit d'un humus psychique continue de grouiller et d'envoyer de mani&#232;re impr&#233;visible des sortes d'obus, de missiles, des signes en tout cas venant interrompre le doux flux continu qui baigne la conscience et dans lequel elle esp&#232;re pouvoir continuer de jouir de sa tranquillit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction est &#233;videmment m&#233;taphorique m&#234;me si l'hypoth&#232;se de Jaynes est juste, mais la m&#233;taphore prend appui sur la r&#233;alit&#233; physiologique, et elle est d&#233;finitivement m&#233;taphorique dans le cas de l'inconscient dans la mesure o&#249; celui-ci est li&#233; &#224; des zones c&#233;r&#233;brales moins d&#233;finies plus dispers&#233;es et &#224; des m&#233;canisme plus intriqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize donc change de sens, de position, l'espace m&#233;taphorique dans lequel elle se manifeste est diff&#233;rent, mais comme on va le voir beaucoup d'&#233;l&#233;ments persistent qui font pour le moins &#233;cho &#224; ce que nous dit Jaynes du psychisme bicam&#233;ral. Et en particulier la pulsion qui conduit &#224; des gestes ou des actes ressemble comme deux gouttes d'eau &#224; ceux que pouvaient commettre les h&#233;ros. Non pas tant tant le type d'acte que dans le fait m&#234;me de soudain s'autoriser &#224; passer &#224; l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages 129-130 nous disent cela avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre deux sources de processus d&#233;cisionnels d&#233;terminant le passage &#224; l'action renforce la parall&#233;lisme entre homme d'hier et d'aujourd'hui, car ce quelque chose persiste qui d'ailleurs ne pourra jamais &#234;tre r&#233;solu, puisque c'est le c&#339;ur battant de l'existence, et qui est d'agir et de savoir pourquoi on agit. La diff&#233;rence entre l'homme bicam&#233;ral et l'homme conscient n'est donc pas tant &#224; chercher du c&#244;t&#233; de la conscience que de la modification des r&#233;seaux d&#233;terminant la d&#233;cision et le passage &#224; l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme bicam&#233;ral ne savait pas pourquoi il faisait ce qu'il faisait &#224; certains moments de sa vie, mais quelqu'un le savait pour lui, qui logeait en lui et qu'il percevait comme existant au dehors de lui et qui pour nous du moins &#233;tait lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme actuel est cens&#233; savoir ce qu'il fait de sa vie, mais des &#233;l&#233;ments qu'il ne contr&#244;le pas peuvent venir interf&#233;rer avec le sch&#233;ma &#233;tabli par sa conscience et toujours en vue de maintenir l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral du corps et de la psych&#233; et ces &#233;l&#233;ments rel&#232;vent de choses qu'il a v&#233;cues ou qu'il a con&#231;ues ou qui se sont comme auto-engendr&#233;es &#224; l'ombre de son cerveau et qui peuvent venir perturber interrompre ou faire d&#233;vier le cours &#171; normal &#187; des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme bicam&#233;ral vivait de mani&#232;re discontinue et n'avait pas d'angoisse relative &#224; la continuit&#233; de son existence. L'oubli qui reliait deux s&#233;quences de sa vie n'&#233;tait en quelque sorte pas per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le h&#233;ros savait sinon qu'il pouvait compter sur le po&#232;te, sur l'a&#232;de pour chanter ses louanges apr&#232;s sa mort et cela suffisait comme projection dans le temps qui n'&#233;tait pens&#233; qu'&#224; la seule mesure de la vie courte ou de la vie longue, comme c'est le cas pour Achille. (voir &lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; p. 102 puis 103-104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la temporalit&#233; de l'homme contemporain n'est pas moins complexe et non uniforme que celle de l'homme bicam&#233;ral. En fait, il y a aussi plusieurs dimensions temporelles qui nous habitent et nous travaillent. (p. 135-146-137)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pulsion donc, disent Ansermet et Magistretti, ne nous est connue que par ses buts qui sont toujours de viser &#224; sa satisfaction. En un sens, pour certains types d'actes et peut-&#234;tre tous, les H&#233;ros &#233;taient des &#234;tres purement pulsionnels et le dieu, la force capable de diriger cette pulsion. La pulsion chez l'homme bicam&#233;ral n'avait pas de BUT unique, elle se manifestait par un &#233;tat d'excitation, de trouble et le dieu venait offrir un but &#224; la satisfaction. Sa v&#233;ritable fonction &#233;tait m&#234;me de d&#233;signer le bon but ou le moins mauvais, &#233;tant entendu que si cela conduisait n&#233;anmoins &#224; une issue tragique fatale, c'est le dieu qui serait responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, aucun dieu ne nous dit ou ne nous indique quoi faire et nous devons mais dans un rythme et avec un d&#233;calage temporel important, nous approprier ce qui se r&#233;glait dans le bref espace temps de la manifestation du dieu. Et cela prend du temps. Il ne s'agit pas du temps des horloges mais de la jonction entre rythme de croisi&#232;re de la conscience adapt&#233; &#224; la relation homme monde et a-temporalit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes psychiques inconscients pouvant donc se manifester sans pr&#233;venir sans pouvoir &#234;tre contr&#244;l&#233;s par la conscience et changer le but av&#233;r&#233; de l'intention et de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 139 et p. 152 (p. 148)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas que la pulsion, il y a aussi le fantasme, mais finalement ce qu'on voit appara&#238;tre, c'est le couple inhibition d&#233;sinhibition qui &#233;tait au c&#339;ur de la m&#233;canique bicam&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout une nouvelle situation &#171; spatiale &#187; de la division, et pour nous de la schize que nous d&#233;couvrons et une nouvelle zone de conflit ou du moins de tension : &#171; Le sujet qui rassemble une r&#233;alit&#233; interne consciente et une r&#233;alit&#233; interne inconsciente, se trouve divis&#233; par l'incidence de la perception des actions &#233;manant soit des processus de d&#233;cision soit de la d&#233;charge pulsionnelle. &#187; (p. 154)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La disparition des dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain lors de la lecture de ce livre on tombe sur ce passage qui analys&#233; au prisme qui est le n&#244;tre, &#233;voque de mani&#232;re &#233;vidente ce que l'on a appel&#233; la mort &#171; de &#187; dieu mais qui a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par la mort des dieux et ce sont les dieux au sens de Jaynes qui sont ici pris en compte de mani&#232;re &#224; la fois involontaire et &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 160-161&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on, constate que cette situation, la n&#244;tre, n'est pas des plus confortable, elle est m&#234;me inconfortable puisque nous nous tenons toujours en quelque sorte au bord d'un gouffre celui de nous perdre en perdant le contr&#244;le sur nos &#233;tats somatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'on &#233;coute ce que nous disent une fois de plus Ansermet et Magistretti, on voit que le nouveau dieu en nous est notre inconscient en tant qu'il occupe sinon la m&#234;me fonction que les dieux du moins une fonction &#233;quivalent relativement au changement d'organisation du psychisme. (p. 162)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit retour sur le fantasme l'inconscient et les traces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur le fantasme et ses fonctions dans le fonctionnement psychique. Sa fonction est assez claire finalement pour les freudiens et les neurobiologistes comme l'indique un passage de la page 197.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieu de constitution des fantasmes, c'est donc l'inconscient qui est d&#233;fini ainsi p. 202 : &lt;i&gt;&#171; l'inconscient n'est donc pas une m&#233;moire, mais un syst&#232;me de traces mn&#233;siques r&#233;arrang&#233;es qui ne sont pas un reflet de la r&#233;alit&#233; externe qui les a engendr&#233;es. En cela, les surgissements de l'inconscient seraient plut&#244;t un trouble de la m&#233;moire car il s'active comme un r&#233;seau d'associations entre traces caract&#233;ris&#233;es par mes marquages somatiques sp&#233;cifiques inscrits dans diff&#233;rentes structures c&#233;r&#233;brales sans qu'on puisse v&#233;ritablement les localiser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double fonction de la plasticit&#233; est donc de permettre une transcription assez fid&#232;le de la r&#233;alit&#233; tout en ouvrant la voie pour une r&#233;alit&#233; nouvellement cr&#233;&#233;e unique proche &#224; chaque sujet elle-m&#234;me source de stimuli et de nouvelles perceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diachronie synchronie et l'ombre de chronos !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point essentiel est tr&#232;s souvent &#233;voqu&#233; dans le dernier tiers du livre celui de la tension interne au psychisme entre continuit&#233; et discontinuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 176 et p. 177-178&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien avec la linguistique saussurienne nous am&#232;nerait &#224; discuter du travail de relecture de Freud par Lacan. mais ce n'est pas notre propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe c'est de montrer que ce qui caract&#233;rise le fonctionnement du psychisme bicam&#233;ral est une succession de moments discrets, autonomes constituant le v&#233;cu des hommes, le tout &#233;tant d'une part coordonn&#233; par les habitudes qui est la premi&#232;re forme de narratisation implicite et par les dieux pour les situations non ordinaires. Si, certes, on voit que des r&#233;cits se sont form&#233; oralement, l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; en t&#233;moigne, la conscience n'&#233;tant pas form&#233;e, la raison non plus, ce qui est assembl&#233; ne forme par encore une narration au sens d'un r&#233;cit orient&#233; vers un but. Ce ne sera le cas qu'avec l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, et encore. L'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; est faite de moments et l'histoire de la guerre de Troie n'est l&#224; finalement qu'en arri&#232;re plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes explique que pour lui la naissance de la conscience n'est possible qu'&#224; partir du moment o&#249; l'&#233;criture grecque adapt&#233;e de l'alphabet ph&#233;nicien permettant d'inscrire et de visualiser et de prononcer les voyelles &#224; partir du texte, est adopt&#233;e. La narratisation au sens de Jaynes est &#224; la fois la condition de possibilit&#233; de la formation d'un nouveau psychisme qui n'est plus strictement bicam&#233;ral et le moyen par lequel les faiblesses inh&#233;rentes &#224; ce nouveau syst&#232;me qui mettra des si&#232;cles &#224; s'imposer et toujours partiellement sur le fond du bicam&#233;ralisme, ce moyen donc c'est la narration, le r&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est donc le r&#233;cit ? Simplement la tentative de faire exister pour la conscience dont le fonctionnement de base est de s'appuyer sur ce qui fait retour sur la r&#233;p&#233;tition de nouvelles connexions de types diachroniques qui enveloppent plus de parties et d'aspects du monde. Au balancement sur fond de trou noir, de schize sans appel, entre cerveau droit et gauche, qui constitue le monde d'existence du h&#233;ros de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et de l'homme pr&#233;historique au sens strict, qui vit avant l'histoire, leur remplacement par la narration comme possibilit&#233; de constituer et maintenir un ordre global permettant au vivant de tenir, de survivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus la narration permet d'int&#233;grer comme une nouvelle dimension, des &#233;l&#233;ments permettant d'acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension de ce qui motive l'action. Autrement dit des &#233;l&#233;ments permettant de comprendre ce qui relevait avant du seul apanage des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la conscience se r&#233;v&#232;le &#234;tre un terrain nouveau dans lequel se joue pour le sujet qui est en train d'&#233;merger, ce qui jusqu'alors lui &#233;chappait parce qu'il ne pouvait y avoir acc&#232;s et qui lui arrive comme une source d'angoisse plut&#244;t que d'&#233;merveillement, et qui se pr&#233;sente &#224; lui comme ce qui le constitue ce qui le fait et pourtant lui &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conflit entre ce qui reste persiste et ce qui s'efface, s'oublie, dispara&#238;t, entre ce qui arrive une fois et ce qui revient de nombreuses fois constitue la nouvelle dimension du fonctionnement de la psych&#233; post-bicam&#233;rale. Mais ce qui reste persiste ou insiste ne rel&#232;ve pas toujours de la m&#234;me strate. Et ce qui interrompt n'est plus une faille inaccessible mais des moments auxquels ont a un acc&#232;s certes limit&#233; mais effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 190 et p. 202&lt;/strong&gt; (sur la cure analytique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et pourtant une nouvelle faille radicale, une nouvelle schize appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 204-205&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous nous d&#233;couvrons des &#233;ternels enfants, c'est du moins ce qu'insinue la conclusion de ce livre, non qu'il le dise ainsi, mais pour rassembler les morceaux &#233;pars, il revient sur l'histoire individuelle et remet en perspective la vie d'un individu de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir p. 222-223-224&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parce qu'il me semble que les moyens connus pour faire des dieux ont atteint leurs limites &#224; la fois parce que leur trucs ont &#233;t&#233; &#233;vent&#233;s et parce que la donne perceptive est en train de changer &#224; grande vitesse et de produire un nouveau psychisme dont nous sommes &#224; la fois les acteurs et les cobayes et si l'on veut les victimes mais aussi ceux qui ne peuvent s'opposer &#224; son existence. L'homme historique est en train de se d&#233;couvrir post-historique, c'est-&#224;-dire peut-&#234;tre plus proche de l'homme bicam&#233;ral que celui du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'entre pour moi en jeu une possible fonction heuristique de Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heuristique ou euristique (de &#949;&#8017;&#961;&#943;&#963;&#954;&#969;, &lt;i&gt;heurisk&#244;&lt;/i&gt;, &#171; je trouve &#187;) est &#171; l'art d'inventer, de faire des d&#233;couvertes &#187; en r&#233;solvant des probl&#232;mes &#224; partir de connaissances incompl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles d&#233;couvertes avons nous faites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Que la schize bicam&#233;rale persiste&lt;/strong&gt;, et que m&#234;me d&#233;cal&#233;e, m&#234;me prise dans un nouveau sch&#232;me spatio-temporel, non seulement elle existe dans le psychisme contemporain mais elle y joue un r&#244;le en importance au moins aussi important que pour l'homme bicam&#233;ral r&#244;le qui m&#234;me s'il est mieux vu n'en est pas moins mal pris en compte pour ne pas dire occult&#233; ou ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que plusieurs sortes de schizes persistent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a - &lt;strong&gt;celle qui s&#233;pare conscient et inconscient dans les modalit&#233; d'acc&#232;s aux informations engramm&#233;es&lt;/strong&gt;. On la nommera &lt;strong&gt;la schize freudienne&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b - &lt;strong&gt;celle qui s&#233;pare l'homme de lui-m&#234;me&lt;/strong&gt;, de son propre v&#233;cu par le fait que les constructions internes fantasmatiques les associations psychiques entre souvenirs vrais devenus faux ou reconstruits bref transform&#233;s et ayant perdu finalement pour certains tout lien avec une trace de moment v&#233;cu . &lt;strong&gt;Cette schize on la nommera existentielle ou stieglerienne&lt;/strong&gt;, car elle est port&#233;e et inscrite par l'existence ind&#233;passable mais rarement interrog&#233;e des r&#233;tentions tertiaires qui sont les productions techniques r&#233;alis&#233;es par les hommes qui lui permettent &#224; la fois mieux conna&#238;tre tel ou tel aspect de la r&#233;alit&#233; et en m&#234;me temps le mettent toujours un peu plus &#224; distance d'une appr&#233;hension &#171; directe &#187; de cette r&#233;alit&#233;, celle qui plus originelle passe comme on dit par le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes passent par le corps. Ce sont les niveaux de complexit&#233;s et les relations corps instruments techniques qui changent et transforment et il est difficile de prendre la mesure de qui se transforme dans ces si nombreuses boucles de r&#233;troaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c - &lt;strong&gt;La schize qui&lt;/strong&gt; s&#233;pare non pas l'homme de son v&#233;cu mais qui &lt;strong&gt;s'inscrit en lui-m&#234;me dans le geste m&#234;me de la constitution de la trace&lt;/strong&gt; parce que devenant trace elle s&#233;pare le v&#233;cu de ce dont il est porteur, elle expose (au sens math&#233;matique) la puissance d'exister en la rendant inaccessible, en ceci que toute trace m&#234;me si elle s'inscrit, m&#234;me si on peut en rappeler certaines, ne contient que des traces et non pas le geste m&#234;me. On l'appellera &lt;strong&gt;la schize du perdu&lt;/strong&gt;. Elle s&#233;pare l'homme du gouffre dont il est porteur mais elle le lui fait voir. Elle est source d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d - On notera que persiste malgr&#233; tout, la &lt;strong&gt;schize bicam&#233;rale&lt;/strong&gt;, celle provenant de la c&#233;sure entre les deux h&#233;misph&#232;res qui n'est plus prise en compte en tant que telle et qui pourtant fonctionne toujours comme on l'a vu &#224; travers le t&#233;moignage de Jill Bolte taylor. Et celle-ci nous l'appellerons &lt;strong&gt;la schize marteau et levier !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Que les manifestations de cette schize &#224; travers l'histoire&lt;/strong&gt; connue de nous, artistique, religieuse, intellectuelle, etc., jusqu'&#224; certaines de ces manifestations parmi les plus actuelles relevant toujours pour part de la bicam&#233;ralit&#233;, seront plus compr&#233;hensibles si l'on inclut ou si l'on part de cette dimension ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en particulier pour ce qui constitue le projet de ce s&#233;minaire, dans notre capacit&#233; &#224; comprendre comment cette schize est &#224; la source de cr&#233;ation de &#171; dieux &#187; au sens que donne Bergson &#224; cette expression que nous travaillerons par la suite, tant dans le christianisme et les autres religions du livre que chez les grecs post-hom&#233;riques ou les penseurs du Moyen &#194;ge ou d'apr&#232;s. C'est ce que nous ne cesserons de montrer &#224; travers des exemples lors des prochaines s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine sera (sans doute) justement consacr&#233;e &#224; une lecture d&#233;taill&#233;e du texte de F.S. Fitzgerald intitul&#233; &lt;i&gt;the crack up, la f&#234;lure&lt;/i&gt;, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Qu'il est possible de penser l'histoire&lt;/strong&gt;, celle de la pens&#233;e, des arts etc. moins comme le fruit de la tension conscient-inconscient qu'&#224; partir de la tension continu-discontinu. Car c'est elle qui active dans la bicam&#233;ralit&#233;, l'&#233;cart permettait aux dieux de se manifester et d'aider les hommes, se retrouve active dans le r&#233;cit ou le po&#232;me. Nous reviendrons une autre fois sur cette question de la diff&#233;rence entre po&#232;me de type hom&#233;rique et po&#232;me post-hom&#233;rique. Ce qui va basculer, &#224; partir de Simonide de C&#233;os, c'est le statut du po&#232;me qui deviendra un moyen d'inventer des vies &#224; des gens riches qui n'&#233;taient en rien des h&#233;ros puisque le po&#232;me sera &#233;crit moyennant finances ! Le moteur de la narrativit&#233; bascule avec ce Simonide de C&#233;os, qui est aussi l'inventeur d'une formule que l'on peut consid&#233;rer comme l'une des premi&#232;res sinon la premi&#232;re mettant en jeu une th&#233;orie de l'image puisque c'est &#224; lui que l'on doit la formule qui deviendra c&#233;l&#232;bre dans sa version latine du &lt;i&gt;ut pictura poi&#233;sis&lt;/i&gt; et qui en grec disait la chose suivant : &#171; la peinture est une po&#233;sie silencieuse et la po&#233;sie est une peinture qui parle. &#187; (Marcel D&#233;tienne, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres de v&#233;rit&#233; dans la Gr&#232;ce archa&#239;que&lt;/i&gt; p. 186)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Qu'il est possible donc de tenter de comprendre comment on a invent&#233; ou comment on a fait des dieux&lt;/strong&gt; &#224; tel ou tel moment de l'histoire &#224; partir d'un triple travail qui est &#224; la fois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; g&#233;n&#233;alogique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; historique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; analytique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cr&#233;ateur de dieux&lt;br class='autobr' /&gt;
et ainsi d'examiner &#224; travers des exemples comment s'est constitu&#233; par un jeu infini d'errances et de retours, un jeu odyss&#233;en post iliadique en quelque sorte, l'invention de dieux, jeu qu'il nous faut &#233;lever &#224; la hauteur d'une pratique &#224; la fois consciente et exalt&#233;e ! Et c'est le couple inhibition-d&#233;sinhibition qui alors prend le pas sur les autres et permet d'approcher ces m&#233;canismes de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire des Dieux, le s&#233;minaire &#8212; II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Faire-des-dieux-le-seminaire-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Faire-des-dieux-le-seminaire-III</guid>
		<dc:date>2021-11-30T22:48:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est la question de ce qui fait exp&#233;rience, de ce qui fait sujet, de ce qui fait homme, qui est ici pos&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2004-3a3f2.jpg?1772262124' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est la question de ce qui fait exp&#233;rience, de ce qui fait sujet, de ce qui fait homme, qui est ici pos&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/651758160?h=506153f392&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;800&#034; height=&#034;600&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux03_1.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les formes de la conscience ou nous sommes tous bicam&#233;raux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer cette seconde s&#233;ance, il importe de rappeler rapidement l'enjeu de la premi&#232;re qui nous a vu passer de Matthias Gr&#252;newald &#224; Hamlet et de Perceval aux s&#233;ries t&#233;l&#233; am&#233;ricaines comme les Experts Miami. La question, peut-&#234;tre un peu occult&#233;e par l'analyse des &#339;uvres &#233;tait la suivante : qu'en est-il de la croyance et comment le fait de croire se transmet-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu qu'entre saint Paul l'ermite et saint Antoine il y a en fait deux approches sensiblement diff&#233;rentes de la foi, l'une qui est port&#233;e par la puissance de l'&#233;glise comme institution et dont les v&#234;tements de saint Antoine t&#233;moignent, l'autre par une mise en acte des pr&#233;ceptes, celui de d&#233;tachement et de pauvret&#233; en particulier et dont les v&#234;tements de saint Paul l'ermite t&#233;moignent eux aussi. Mais dans ce retable comme dans la l&#233;gende, saint Antoine est surtout celui qui est en proie aux assauts du diable &#224; travers des visions, des hallucinations, &#233;v&#233;nements psychiques qui, troublant sa s&#233;r&#233;nit&#233;, montrent tout autant la faiblesse de l'homme que la fragilit&#233; de sa foi. La mise &#224; l'&#233;preuve dont il fait l'objet est aussi &#224; comprendre comme la manifestation d'une tension &#171; interne &#187; ou &#171; int&#233;rieure &#187; entre une tentation mondaine, se conformer &#224; la fois aux pr&#233;ceptes en usage &#224; ce moment de l'histoire o&#249; l'on vit et assumer les fonctions relatives &#224; une position dans l'&#233;glise et une difficult&#233; &#224; pratiquer le message qui est d&#233;livr&#233; par cette m&#234;me &#233;glise. Saint Antoine est dans une posture de schize.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; lui saint Paul l'ermite est pos&#233;, calme, serein. Le corbeau vient comme chaque jour lui apporter sa ration de pain et il vit retir&#233; dans le d&#233;sert, se passant de tout ce qui fait la beaut&#233; du monde cr&#233;&#233; par les hommes pour se contenter donc de ce qui est offert &#224; ses yeux par le paysage et la bont&#233; active de Dieu. Il ne conna&#238;t pas la schize, au sens o&#249; il n'en est pas victime, o&#249; il n'a pas &#224; la subir. Il vit non pas tant &lt;strong&gt;dans l'unit&#233; de Dieu&lt;/strong&gt; que cette unit&#233; m&#234;me&lt;/strong&gt;, car il la fait exister en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout est l&#224; de ce qui est en jeu dans les religions : &lt;i&gt;la question de l'acc&#232;s de chaque &#234;tre, de chaque homme de chaque femme &#224; cette exp&#233;rience qu'est la d&#233;couverte du dieu comme entit&#233; vivante et vivant &#224; l'int&#233;rieur de soi et de la transmission de cette exp&#233;rience. C'est sur ce point que nous allons revenir en d&#233;tail aujourd'hui.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hamlet nous a permis, de faire face &#224; la question de la d&#233;cision. Il s'agissait l&#224; de vengeance organis&#233;e par un roi nouvellement install&#233; sur le tr&#244;ne &#224; la suite d'un crime qui avait besoin d'un relais pour en commettre un second et le d&#233;barrasser de la pr&#233;sence d'un possible h&#233;ritier l&#233;gitime. Perceval nous a permis d'approcher de plus pr&#232;s la structure schizo&#239;de engendr&#233;e par la tentative de se conformer dans ses actes &#224; une parole tir&#233;es des &#233;vangiles dans Matthieu 6.3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'&#201;vangile dit-il &#171; Que ta main gauche ne sache ce que fait ta main droite ? &#187; C'est que la main gauche signifie fausse gloire qui vient d'hypocrisie trompeuse. Et la droite repr&#233;sente charit&#233; qui ne se vante de ses bonnes &#339;uvres mais les dissimule si bien, que nul ne sait sinon celui-l&#224; qui a nom dieu et charit&#233;. Dieu est charit&#233; et &lt;strong&gt;qui vit en charit&#233;&lt;/strong&gt; selon l'&#233;crit de saint Paul (o&#249; je le vis et je le lus) &lt;strong&gt;demeure en dieu et dieu en lui&lt;/strong&gt;. &#187; (Perceval folio, p.33-34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le bien doive &#234;tre accompli dans l'ignorance &#171; volontaire &#187; du mal ne permet pas d'&#233;chapper &#224; l'autre aspect d'un tel &#171; choix &#187;, &#224; savoir que ce choix est une oblit&#233;ration volontaire du mal et qu'il fonctionne comme un d&#233;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se met en place sur la base d'un m&#233;canisme psychique connu qui consiste &#224; chercher l'unit&#233; dans une moiti&#233; du monde, ici en cherchant &#224; vivre au plus pr&#232;s de Dieu, op&#233;ration qui ne peut se faire qu'en occultant l'autre moiti&#233; du monde, celle qu'incarne le diable et qui est la part maudite que gouverne le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu aussi que cette occultation, ce d&#233;ni, n'emp&#234;chait en rien la porosit&#233; entre ces deux faces du m&#234;me monde, entre ces deux faces de la psych&#233;, entre les deux h&#233;misph&#232;res dont nos cerveaux sont compos&#233;s. Le choix de d&#233;part, celui d'une schize affirm&#233;e et dont on croit qu'elle va assurer l'&#233;tanch&#233;it&#233; entre bien et mal, ce choix est mis &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ries am&#233;ricaines comme les Experts Miami - et le saut n'est pas un raccourci mais bien la mise en relation entre des ph&#233;nom&#232;nes proches m&#234;me s'ils ont lieu &#224; des &#233;poques lointaines, car ces ph&#233;nom&#232;nes se produisent tous dans l'orbe du christianisme &#8211; ont ceci d'int&#233;ressant qu'elles mettent en sc&#232;ne, toutes, des tentatives de lutter contre cette porosit&#233; ou plut&#244;t de bien d&#233;limiter les fronti&#232;res entre les deux &#171; mondes &#187; celui du bien et celui du mal et de d&#233;finir les r&#232;gles gouvernant ce qui est autoris&#233; dans les zones de porosit&#233;, &#224; la fois soci&#233;tale et psychique, &#233;tant entendu, en effet que le mal n'a pas disparu de la surface de la terre ni de l'esprit des hommes apr&#232;s deux mille ans de christianisme. La main droite ne devrait pas ignorer ce que fait la gauche et le d&#233;ni ne devrait pas &#234;tre la r&#232;gle, voil&#224; ce que proclament ces s&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize, c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence entre bien et mal, est ici accompagn&#233;e de la reconnaissance de l'impossibilit&#233; d'une victoire d&#233;finitive sur le mal. Elle est donc reconnue comme un m&#233;canisme psychique ind&#233;passable. Ces s&#233;ries mettent sur le devant de la sc&#232;ne une faille et une diff&#233;rence qui rel&#232;vent de la dimension bicam&#233;rale de notre cerveau et donc de notre psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette bicam&#233;ralit&#233;, et au livre culte qui l'a r&#233;v&#233;l&#233; au monde, le livre de Julian Jaynes, &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral&lt;/i&gt;, que nous allons nous int&#233;resser aujourd'hui. Nous montreront &#224; travers quelques exemples comment elle se manifeste, en particulier &#224; travers la question de l'exp&#233;rience de Dieu et des probl&#232;mes li&#233;s &#224; la transmission de cette exp&#233;rience, mais nous insisterons surtout sur le statu de la conscience tel qu'il est d&#233;fini par Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; ce qu'est la conscience et comment elle se constitue sur fond de bicam&#233;ralit&#233;, nous tenterons &#224; travers la lecture de la nouvelle de Henry James &lt;i&gt;Le motif dans le tapis&lt;/i&gt; de prendre la mesure de la mani&#232;re dont se transmet un secret et comment un tel secret fonctionne &#224; la fois comme un facteur d'&#233;lan vital et comme un poison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_julian-jaynes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH344/2_julian-jaynes-f8fcf.jpg?1638353418' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rience de dieu ou d'autre chose, selon qu'on sera un mystique chr&#233;tien ou ath&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la derni&#232;re s&#233;ance, j'avais omis de citer une phrase dans mon introduction. C'est tr&#232;s bien, car c'est vraiment aujourd'hui qu'il est important de la mentionner. Elle permet de nous plonger sans pr&#233;paration dans l'aspect &#224; ce jour non surpass&#233;, non explicit&#233; de mani&#232;re efficace du ph&#233;nom&#232;ne le plus central dans tout le domaine que l'on nomme &#171; religions &#187; : celui de l'exp&#233;rience de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vous aura pas &#233;chapp&#233; que nous nous comportons, aujourd'hui encore faudrait-il dire, et l'on sait en partie pourquoi, comme des marionnettes ventriloques ou si l'on pr&#233;f&#232;re de bons petits perroquets r&#233;p&#233;tant &#224; l'envi, au sujet de Dieu, quel que soit ce dieu, qu'il est une entit&#233; qui existe en dehors de nous, qu'il a cr&#233;&#233; le monde, l'univers la terre le ciel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela, port&#233;s que nous sommes par notre d&#233;sir qu'on nous raconte des histoires nous le v&#233;hiculons que nous soyons croyant ou non, car ces histoires sont au fondement des cultures s'appuyant sur la tradition des religions du livre. Et qui n'a jamais mentionn&#233; le p&#233;ch&#233; originel ou la tour de Babel que ce soit pour en commenter ou en d&#233;nier l'existence ? Croyant ou non nous sommes pris dans les filets de ces r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'ignorons pas non plus que le dieu de ces religions comme celui des autres plus lointaines est essentiellement invisible ou insaisissable par les sens comme par la raison. Nous n'ignorons qu'il n'est accessible directement qu'&#224; ceux qui, par r&#233;v&#233;lation involontaire ou par la pri&#232;re, parviennent &#224; l'entendre ou le voir ou a percevoir ce qu'il envoie comme message en s'adressant &#224; eux par des visions, des hallucinations, des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela, &#224; nous les esprits rationnels, que nous soyons croyants et &#233;videmment non croyants, ath&#233;es ou agnostiques ou simplement sans croyance, nous avons aujourd'hui du mal &#224; &#171; croire &#187;. Notre esprit format&#233; par deux &#224; trois si&#232;cles de &#171; rationalisme lumineux &#187; peut accepter le support narratif mais a du mal &#224; s'y retrouver dans ce dont t&#233;moignent pourtant des hommes et des femmes qui ont, eux, fait directement l'exp&#233;rience d'une rencontre quel qu'en soit le type, premier, deuxi&#232;me troisi&#232;me type ou plus encore, avec Dieu, avec le dieu, avec leur dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; se manifeste notre incroyance fondamentale &#224; nous hommes d'aujourd'hui, parce que de telles exp&#233;riences sont consid&#233;r&#233;es globalement comme probl&#233;matiques, m&#234;me si, ici o&#249; l&#224;, quelques personnages sont reconnus par l'&#233;glise comme des saints. Probl&#233;matique signifie hors norme voire inacceptable ou en tout cas difficilement recevable pour des gens qui quelle que soit leur foi sont format&#233;s au moule de la rationalit&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, des personnes pouvant vivre de telles exp&#233;riences de visions, d'hallucinations, de voix s'adressant &#224; eux sont encore nombreuses. Mais ces exp&#233;riences sont d'abord pass&#233;es au crible en nous de la rationalit&#233; et passent pour marginales ou pour relever de la folie. En aucun cas, on ne parvient &#224; y voir des exp&#233;riences qui rel&#232;vent d'une dimension fondamentale de l'&#234;tre humain ou mieux encore la r&#233;v&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte de 1991 on peut lire ceci : &#171; Les anciens grecs entendaient des voix. Les &#233;pop&#233;es hom&#233;riques sont pleines d'exemples de gens guid&#233;s dans leurs pens&#233;es et actions par des voix int&#233;rieures auxquelles ils r&#233;pondent automatiquement [&#8230;] De nos jours nous sommes m&#233;fiants envers les personnes qui pr&#233;sentent ce type de comportement ; nous oublions que le terme entendre se r&#233;f&#232;re &#224; une sorte d'ob&#233;dience (les racines latines du mot sont ob et audire, c'est-&#224;-dire entendre quelqu'un &#224; qui l'on fait face). L'autonomie de l'esprit est un concept si profond&#233;ment enracin&#233; en nous que nous r&#233;partissons ceux qui entendent des voix en diverses cat&#233;gories : a) ceux qui sont l&#233;g&#232;rement amusant b) ceux qui sont des po&#232;tes, c) ceux qu'il faudrait enfermer dans un institut psychiatrique. Une quatri&#232;me cat&#233;gorie pourrait &#234;tre ceux qui regardent la t&#233;l&#233;vision. [...] S'il y a un espace r&#233;el ou virtuel de la pens&#233;e, alors il doit y avoir aussi du son &#224; l'int&#233;rieur, car tout son cherche &#224; s'exprimer comme vibration dans un milieu spatial. &#187; (&#171; Bill viola le son d'une ligne de balayage &#187;. &lt;i&gt;Chim&#232;re 11&lt;/i&gt;, printemps 1991.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons plus tard sur ce passage qui a pour vertu de mettre en perspective notre &#233;poque et ses inventions techniques les plus actuelles avec cette &#233;poque ante-historique ou pr&#233;historique que scrute en d&#233;tail Julian Jaynes. Retenons pour l'instant que, au mieux, le fait d'entendre des voix par exemple nous inscrit, si l'on s'en tient &#224; l'exp&#233;rience m&#234;me, dans le champ des simples d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si en effet cela peut-&#234;tre le cas, de telles exp&#233;riences, de type hallucinatoire, mais il en existe d'autres types que nous &#233;voquerons par la suite, ont &#233;t&#233; &#224; la fois plus courantes et surtout accept&#233;es comme &#233;tant des exp&#233;riences auxquelles certes tout un chacun n'avait pas acc&#232;s mais qui &#233;taient encore accept&#233;es et consid&#233;r&#233;es comme porteuses de messages provenant des autres mondes, ou plut&#244;t du monde divin, voire de Dieu m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions ici se posent ou se reposent : qui peut faire une telle exp&#233;rience d'entrer en contact avec Dieu, ou avec quelque entit&#233; que ce soit, f&#251;t-ce avec des parts de son propre esprit rest&#233;es inconnues de soi ? Et comment transmettre ou partager de telles exp&#233;riences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre de Jean-Claude Bologne, (qu'il soit ici salu&#233;), intitul&#233; &lt;i&gt;Une mystique sans dieu&lt;/i&gt;, &#224; la page 152, sonne et r&#233;sonne une question : &#171; C'est la question que pose l'encyclique Pascendi : si la foi doit &#234;tre fond&#233;e sur une exp&#233;rience personnelle, que se passe-t-il pour ceux qui n'en jouissent pas ? &#187;. Et au-del&#224; de cette encyclique de 1907 de Pie X, qui marque l'opposition raisonn&#233;e de l'&#233;glise &#224; la &#171; modernit&#233; &#187; technique et rationnelle, &#224; la soci&#233;t&#233; du profit qui transforme radicalement les conditions de toute forme d'exp&#233;rience dont la foi est l'une des plus paradoxales manifestations, &lt;strong&gt;c'est bien la question de ce qui fait exp&#233;rience de ce qui fait sujet, de ce qui fait homme&lt;/strong&gt; qui est ici pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avoir la foi, cela s'apprend. Faire une rencontre avec Dieu, ce qui est cens&#233; &#234;tre le fondement de la foi, cela se vit&lt;/strong&gt;. Et plus nombreux sont ceux qui ont la foi que ceux qui font l'exp&#233;rience d'une extase mystique, d'une rencontre avec Dieu, d'une exp&#233;rience de modification de leur conscience et de leurs sensations, bref d'une transformation radicale, f&#251;t-elle de courte dur&#233;e, du fonctionnement &#171; normal &#187; de leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t du livre de Jean-Claude Bologne et d'un autre publi&#233; des ann&#233;es avant et intitul&#233; &lt;i&gt;Le mysticisme ath&#233;e&lt;/i&gt;, tient en ceci qu'il rapporte des exp&#233;riences faites par des individus qui n'&#233;taient pas croyants, pas chr&#233;tiens, ni d'aucune autre religion, exp&#233;riences qui pourtant relev&#232;rent pour la plupart d'une forme d'extase, extase qui a de facto radicalement modifi&#233; toute leur existence et qui souvent a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur de leur &#339;uvre lorsqu'il s'agit de cr&#233;ateurs, &#233;crivains ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe d'&#233;voquer rapidement certains aspects, rapidement parce que nous y reviendrons durant les prochaines s&#233;ances, de ces moments hors norme, de ces exp&#233;riences in&#233;dites, de ces basculement de l'existence, de ces r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est la &lt;strong&gt;dur&#233;e&lt;/strong&gt;. Sauf en de tr&#232;s rares exceptions, ces moments sont de courte dur&#233;e, relativement &#224; celle de la vie, m&#234;me si ils sont per&#231;us comme ayant ouvert la porte sur une relation directe &#224; une forme d'&#233;ternit&#233;. (MssDieu, p.104, Bernard de Clairvaux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sentiment d'&lt;strong&gt;appartenance au monde&lt;/strong&gt;, de compr&#233;hension imm&#233;diate du monde, de l'ordre des choses en fait souvent partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une action directe d'une &lt;strong&gt;lumi&#232;re puissante&lt;/strong&gt;, la perception d'un &#233;clair, d'une illumination est aussi souvent &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi des &lt;strong&gt;&#233;l&#233;ments banals&lt;/strong&gt; semblent venir prendre d'assaut la conscience et l'emportent dans des voyages extraordinaires. Les lieux, les p&#233;riodes de la vie dans lesquels ont lieu ces exp&#233;riences sont suffisamment divers pour qu'on ne retienne que leurs manifestations et con&#231;oive qu'elles ne sont pas d&#233;termin&#233;es par de tels &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, on a affaire &#224; une &lt;strong&gt;intensification brutale de l'existence&lt;/strong&gt;, du sentiment d'exister. La vie est comme &#171; justifi&#233;e &#187; en de tels instants et &lt;strong&gt;la peur de la mort s'efface&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la courte dur&#233;e de l'exp&#233;rience rapport&#233;e au cours du temps mesur&#233; par les horloges est en fait port&#233;e par un v&#233;cu d'un suspens du temps, d'une abolition de la dur&#233;e, d'un &lt;strong&gt;temps qui s'est arr&#234;t&#233;&lt;/strong&gt;. (MssDieu, p.56 Sartre) Mais aussi que l'espace s'est comme &#233;vanoui. (MssDieu, p.41-42 Bataille Rilke Ionesco)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une relation avec l'infini, le cosmos, l'univers, la totalit&#233; de la vie revient souvent dans ces t&#233;moignages. (Math&#233;e, p.61-62). (MssDieu, p.120-121 Eckhart, Rilke)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La difficult&#233; voire l'impossibilit&#233; de rendre compte par des mots de ces exp&#233;riences&lt;/strong&gt; est tr&#232;s souvent &#233;voqu&#233;e, et il faut un temps parfois des ann&#233;es pour que ceux qui les ont v&#233;cus parviennent &#224; les mettre en mots. (MssDieu, p.69 Proust).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement, ce qui emporte tout pour ceux qui vivent ou ont v&#233;cu de telles exp&#233;riences, c'est une sorte de sentiment de certitude qui cependant pour les mystiques sans dieu ne semble pas devoir ni pouvoir d&#233;river sur la voie d'un aveuglement pouvant conduire &#224; des d&#233;rives en tout genre. (MssDieu, p.150-151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire de tout cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc revenir sur la pierre d'achoppement que soul&#232;vent de telles exp&#233;riences et leurs r&#233;cits, &#224; savoir que ceux qui prennent connaissance de ces exp&#233;riences, les gens banals, normaux, sont des &#234;tres qui ne les ont pas faites et ne le feront sans doute jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans le champ du christianisme et des mystiques avec Dieu, il en ira de m&#234;me. Rares sont ou ont &#233;t&#233; les &#234;tres qui ont v&#233;cu de telles exp&#233;riences. Ils ont souvent &#233;t&#233; rejet&#233;s voire ex&#233;cut&#233;s pour leur d&#233;viance, lors m&#234;me que les textes de l'ancien testament mais aussi certains ph&#233;nom&#232;nes du nouveau testament rel&#232;vent de telles exp&#233;riences. Le fond de la th&#233;ologie juive est proph&#233;tique. Celui de la th&#233;ologie chr&#233;tienne est christique, et aussi proph&#233;tique m&#234;me s'il est cens&#233; &#234;tre le dernier des proph&#232;tes en un sens m&#234;me si c'est dans une sens d&#233;j&#224; d&#233;cal&#233; par rapport au sens que ce terme la dans la th&#233;ologie juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, en effet, c'est bien de cela qu'il s'agit, d'exp&#233;riences hors norme qui, malgr&#233; leur caract&#232;re au sens strict extra-ordinaires, &lt;strong&gt;finissent par servir de borne mais aussi d'&#233;talon de mesure et donc de r&#233;f&#233;rence pour des vies, des &#234;tres qui jamais ne vivront une telle tornade psychique&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit se dessiner en filigrane la fonction des institutions, religieuses ou autres qui consiste &#224; la fois &#224; prot&#233;ger contre les comportements d&#233;viants et &#224; en int&#233;grer une part en la rendant acceptable, consommable, communicable, f&#251;t-ce au prix d'une relative ou compl&#232;te d&#233;formation et d&#233;vitalisation de ce qui &#233;tait en jeu dans ces exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la seule r&#233;ponse ne peut consister &#224; fonder une religion !!! Par contre il est possible avec, contre ou face &#224; de telles exp&#233;riences d'inventer des &#171; r&#233;ponses &#187;, d'inventer des &#171; dieux &#187; &#233;tant entendu qu'avec ces deux mots, si on r&#233;pond, c'est au sens du r&#233;pons en musique, de ce va et vient en un et plusieurs, et si on fait des dieux, c'est au sens o&#249; l'on ouvre des voies d'infinitisation en transformant des exp&#233;riences prises dans les rets de la vie sans extase pour les conduire vers des extases aussi frelat&#233;es soient-elles, comme celles que l'on peu obtenir gr&#226;ce &#224; l'alcool, aux drogues, &#224; la passion amoureuse ou &#224; d'autres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous examinerons rapidement ici quelques-unes de ces r&#233;ponses et nous verrons que nous serons toujours &#224; la fronti&#232;re entre des exp&#233;riences telles que celles que nous avons pr&#233;sent&#233;es et des actes cr&#233;ateurs qui les rendent &#224; la fois exprimable et autant que faire se peut, partageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut d'abord penser autrement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et penser autrement,c'est positionner autrement les &#233;l&#233;ments de la question. C'est ce qu'a tent&#233; Robert Musil lorsqu'il se propose de remplacer la dichotomie rationnel/irrationnel, par la tension avec porosit&#233; entre &lt;strong&gt;Ratio&#239;de et non ratio&#239;de&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication du fonctionnement de notre corps, de notre cerveau, de notre syst&#232;me immunitaire, de notre ADN, comme des lois qui gouvernent la plan&#232;te, mais d'un point de vue extrasensoriel, comme les lois de la tectonique des plaques ou la question des trous noirs par exemple, tout cela nous installe dans une situation o&#249; se met en place une sorte de &#171; perceptiblit&#233; seconde &#187; qui rend en quelque sorte &#171; caduque &#187; la &#171; perception premi&#232;re &#187;, celle &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re la ph&#233;nom&#233;nologie qui pense toujours l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes comme se tournant d'eux-m&#234;mes vers l'&#339;il et donc vers le sujet percevant qui est &#224; la fois l&#224; &#224; les attendre et toujours pr&#234;t &#224; les accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'enjeu dans la philosophie comme dans l'art est de &#171; penser &#187; ce nouveau paradigme en le mettant en &#339;uvre &#224; travers des pratiques ouvertes, crois&#233;es, compl&#233;mentaires et des questionnements &#171; radicaux &#187;, c'est-&#224;-dire qui ne s'alourdissent plus de contraintes ph&#233;nom&#233;nales mais se plongent dans le bain de cette nouvelle ph&#233;nom&#233;nalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme nous le savons, il est toujours possible de penser et d'agir et donc par exemple de faire de l'art selon des mod&#232;les ou des r&#233;f&#233;rences qui rel&#232;vent du &#171; monde d'hier &#187;. Ici, vous devez vous situer pr&#233;cis&#233;ment sur la cr&#234;te qui s&#233;pare ces deux mondes et devez pr&#233;cis&#233;ment tenter de permettre &#224; ces nouvelles modalit&#233;s de r&#233;flexion et de pens&#233;e d'&#234;tre exp&#233;riment&#233;es et mises en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est &#224; la fois simple &#224; formuler et complexe &#224; atteindre. Il s'agit en effet dans cette explication g&#233;n&#233;ralis&#233;e du devenir &#171; visible &#187; de parties autrefois invisibles, au sens d'inaccessibles, de notre fonctionnement mental, psychique, physique comme de celui du monde qui nous entoure. L'enjeu est bien de parvenir &#224; produire des &#171; &#339;uvres &#187; et des &#171; mots &#187;, au sens d'inventer des termes ou de les red&#233;finir de telle mani&#232;re qu'ils soient capables de nous pr&#233;senter d'une part une analyse du r&#233;el tel qu'il est en train d'&#234;tre d&#233;termin&#233; &#224; nouveaux frais, et d'autre part une synth&#232;se singuli&#232;re et puissante capable de provoquer en nous des &#233;motions profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la cr&#233;ation d'un &lt;strong&gt;champ dynamique commun entre proc&#233;dures, proc&#233;d&#233;s, descriptions et commentaires&lt;/strong&gt; qu'il faut tenter de parvenir et cela &#224; soi seul constitue ou devrait constituer sans doute &#224; la fois l'&#234;tre, la fonction et le but d'une &#233;cole d'art ou au moins de certains des cours qui y sont dispens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en effet aujourd'hui au-del&#224; de l'humain et ce n'est pas un hasard si en effet des questions se posent de mani&#232;re r&#233;currente sur tous les aspects que prend le non-humain ou si l'on veut aussi l'invisible. En tout cas, il appara&#238;t clairement que la rencontre entre ce que l'&#233;crivain autrichien Robert Musil appelait le ratio&#239;de et le non-ratio&#239;de est v&#233;ritablement &#224; l'ordre du jour et se pr&#233;sente comme la base th&#233;orique et pratique d'un projet tout autant artistique que th&#233;orique ou textuel. Il a fait de cette question l'un des enjeux majeurs de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un essai de 1918, intitul&#233; &lt;i&gt;La connaissance chez l'&#233;crivain&lt;/i&gt;, il proposait donc de parler plut&#244;t que de rationnel et d'irrationnel, de ratio&#239;de et de non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le domaine ratio&#239;de englobe, d&#233;limit&#233; &#224; grands traits, tout ce qui peut entrer dans un syst&#232;me scientifique, tout ce qui peut &#234;tre r&#233;sum&#233; dans des lois et des r&#232;gles, donc avant tout la nature physique. [...] On peut dire que le domaine ratio&#239;de est r&#233;git par la notion de solidit&#233;. [&#8230;] En profondeur, l&#224; aussi, les assises sont chancelantes ; les fondements premiers des math&#233;matiques ne pr&#233;sentent pas de certitude logique, les lois de la physique ne sont valables qu'approximativement et les astres se meuvent dans un syst&#232;me de coordonn&#233;es dont le lieu n'est nulle part. [...] Si le domaine ratio&#239;de est celui de la r&#232;gle avec exceptions, le domaine non ratio&#239;de est celui o&#249; les exceptions l'emportent sur la r&#232;gle. [...] Dans ce domaine (des affirmations &#233;thiques) la compr&#233;hension de chaque jugement, le sens de chaque notion est envelopp&#233; d'une couche d'exp&#233;rience plus subtile que l'&#233;ther, d'un m&#233;lange de volont&#233; et de non-volont&#233; personnelles variable de seconde en seconde. Les faits, dans ce domaine et par cons&#233;quent leurs relations sont infinis et incalculables. [...] Ici de prime abord il n'y a pas de limites aux inconnues, aux &#233;quations, aux possibilit&#233;s de solutions. La t&#226;che consiste &#224; d&#233;couvrir sans cesse de nouvelles solutions de nouvelles constellations, de nouvelles variables [...] des possibilit&#233;s d'&#234;tre un homme, d'inventer l'homme int&#233;rieur &#187;&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 80-83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne les exp&#233;riences &#233;thiques comme les nomme Musil, mais il va de soi que pour lui les exp&#233;riences &#233;thiques englobent voire m&#234;me sont essentiellement des exp&#233;riences esth&#233;tiques ou mystiques et donc potentiellement, si comme on le verra plus tard on conf&#232;re &#224; l'art une relation avec ces univers non ratio&#239;des, artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, le champ des exp&#233;riences religieuses et mystiques en particulier et celui de l'art au moins sous certaines formes ou chez certains artistes, constituent les deux terrains privil&#233;gi&#233;s sur lesquels la raison, adjuvant essentiel du dispositif de la conscience, s'est trouv&#233;e confront&#233;e &#224; la puissance radicale des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'homme a continu&#233; de se prendre ou de se croire le centre du monde au sens o&#249; ce qui existait lui &#233;tait sinon in&#233;vitablement destin&#233; du moins ne pouvait pas ne pas s'adresser &#224; lui, il doit d&#233;sormais comprendre que la civilisation appr&#233;hend&#233;e dans toute son ampleur et cela depuis les origines les plus lointaines auxquelles nous pouvons aujourd'hui remonter, a toujours &#233;t&#233; une tentative de rendre acceptable ou praticable ou si l'on veut de naturaliser tout ce qui venait &#224; lui sous forme de nouveaut&#233; non humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore et toujours &#224; ce processus qu'il importe de participer avec cette diff&#233;rence qu'aujourd'hui il est non seulement possible mais essentiel de le faire en sachant qu'on le fait. Les pratiques artistiques, si elles se veulent actuelles, se doivent de prendre en charge cette nouvelle situation ce nouveau paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'entre un renouvellement complet du vocabulaire et une mutation des pratiques, l'enjeu est immense. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas oblit&#233;rer cette recherche en l'alourdissant de poids &#171; inutiles &#187; car finalement relevant d'une mani&#232;re de penser qui n'est plus adapt&#233;e &#224; ce nouveau paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enjeu est bien de parvenir &#224; un niveau plus &#233;lev&#233; d'&#233;nonciation, c'est-&#224;-dire &#224; la fois dans les concepts, les notions ET dans les &#339;uvres et les moyens mis en &#339;uvre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut aussi comprendre autrement les voix qu'on entend et le fait de les entendre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a fait William Burroughs en repensant les relations entre voix et image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de revenir sur la citation de Bill Viola. Par contre, comme le but est de s'approcher de la pens&#233;e de Julian Jaynes, remarquons combien ce passage o&#249; il n'est pas cit&#233; est une copie d'un passage de son livre &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les anciens grecs entendaient des voix. Les &#233;pop&#233;es hom&#233;riques sont pleines d'exemples de gens guid&#233;s dans leurs pens&#233;es et actions par des voix int&#233;rieures auxquelles ils r&#233;pondent automatiquement. [...] De nos jours, nous sommes m&#233;fiants envers les personnes qui pr&#233;sentent ce type de comportement ; nous oublions que le terme entendre se r&#233;f&#232;re &#224; une sorte d'ob&#233;dience (les racines latines du mot sont ob et audire, c'est-&#224;-dire entendre quelqu'un &#224; qui l'on fait face). L'autonomie de l'esprit est un concept si profond&#233;ment enracin&#233; en nous que nous r&#233;partissons ceux qui entendent des voix en diverses cat&#233;gories : a) ceux qui sont l&#233;g&#232;rement amusants b) ceux qui sont des po&#232;tes, c) ceux qu'il faudrait enfermer dans un institut psychiatrique. Une quatri&#232;me cat&#233;gorie pourrait &#234;tre ceux qui regardent la t&#233;l&#233;vision. [...] S'il y a un espace r&#233;el ou virtuel de la pens&#233;e, alors il doit y avoir aussi du son &#224; l'int&#233;rieur, car tout son cherche &#224; s'exprimer comme vibration dans un milieu spatial. &#187; (Bill Viola, &#171; Le son d'une ligne de balayage &#187;, &lt;i&gt;Chim&#232;re 11&lt;/i&gt;, printemps 1991)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous y sommes ! Vous avez accept&#233; de tourner le bouton sur &#171; on &#187; et vous vous mettez &#224; recevoir les messages. Mais d'o&#249; viennent-ils, ces messages ? Qui parle et &#224; qui ? Et &#224; travers quoi ? Quelle est la consistance d'une voix ? Quelle est sa puissance, son pouvoir ? Il ne le cite pas c'est &#233;vident &#224; la lecture de ce qui suit que Bill Viola a lu le livre de Julian Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;fl&#233;chissez &#224; ce qui se passe quand vous &#233;coutez et que vous comprenez quelqu'un qui vous parle. Dans un certain sens, nous devons devenir l'autre personne. Disons plut&#244;t que nous lui laissons devenir une partie de nous-m&#234;mes. [...] &#201;couter est en fait une sorte d'ob&#233;issance&#8230; Ob&#233;ir vient du latin obedire qui est un compos&#233; de ob et audire, c'est-&#224;-dire entendre en faisant face &#224; quelqu'un. [...] Le probl&#232;me vient du contr&#244;le de cette ob&#233;issance. Il s'effectue de deux mani&#232;res. La premi&#232;re et la moins importante d&#233;pend simplement de la distance. [...] La deuxi&#232;me fa&#231;on importante de contr&#244;ler l'autorit&#233; que les autres ont sur nous par la voix s'appuie sur l'opinion que nous en avons. [...] Si vous d&#233;sirez que quelqu'un vous contr&#244;le par le langage, il vous suffit de l'&#233;lever dans votre &#233;chelle personnelle de valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Songez maintenant &#224; ce qui se passe quand aucune de ces m&#233;thodes ne marche parce qu'il n'y a personne, pas de point de l'espace d'o&#249; vient la voix, que vous ne pouvez pas la maintenir &#224; distance, qu'elle se trouve aussi proche de vous que ce que vous appelez &#171; vous &#187;, quand sa pr&#233;sence &#233;chappe &#224; toutes les limites quand aucune fuite n'est possible &#8211; fuyez, elle vous suit &#8211; une voix qui n'est pas arr&#234;t&#233;e par les murs ou les distances que l'on ne peut diminuer en se bouchant les oreilles, ni les &#233;touffer avec quoi que ce soit pas m&#234;me ses propres cris, comme celui qui entend ces voix est d&#233;sarm&#233; ! &#187; (Julian Jaynes, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 117-119)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que vous avez compris et que vous vous reconnaissez, que vous nous reconnaissez, enfin ! Il n'y a, entre ce portrait de l'homme bicam&#233;ral et nous, presque aucune diff&#233;rence. Nous passons notre vie &#224; entendre des voix qui viennent de partout dans l'espace et nous ne savons pas comment elles nous parviennent. Elles envahissent nos cerveaux de la m&#234;me mani&#232;re que le faisaient les voix des chefs, des p&#232;res, des dieux. Non, ne protestez pas ! Il n'y a aucune diff&#233;rence, sinon peut-&#234;tre leur nombre. Et encore. Ces voix en nous avaient la capacit&#233; de se multiplier comme se multiplient aujourd'hui les voix du dehors qui partent chaque jour &#224; l'assaut de notre conscience et qu'elles envahissent avec une facilit&#233; chaque jour plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels rapports entre Dieu, le dieu, les dieux, les mots, les images, les voix et les virus ? Des rapports aussi anciens que ceux qui animent le psychisme bicam&#233;ral, qui survit chez les schizos en particulier, mais surtout que des artistes qui n'ont pas peur de remontrer en de&#231;&#224; des images ou des mots, exp&#233;rimentent et r&#233;v&#232;lent &#224; travers leurs &#339;uvres et que finalement nous exp&#233;rimentons chaque jour, sans nous en apercevoir, sur un mode qui n'en est d&#233;sormais pas si &#233;loign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1959, Brion Gysin a d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; &#224; celle-ci la technique du montage. [...] Il est un fait que le montage est beaucoup plus proche des faits de la perception, la perception urbaine en tout cas, que la peinture figurative. [...] L'&#233;criture est encore confin&#233;e dans la camisole de force de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman, forme aussi arbitraire que le sonnet et aussi &#233;loign&#233;e des donn&#233;es r&#233;elles de la perception et de la conscience humaine que cette forme po&#233;tique du quinzi&#232;me si&#232;cle. La conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up. Chaque fois que vous marchez dans la rue ou que vous regardez par la fen&#234;tre, votre flux de conscience est coup&#233; par des facteurs al&#233;atoires. &#187; (Burroughs &lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt;, I, &#171; Le dernier potlach &#187;, p. 140-141).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre essai, un peu ant&#233;rieur, Burroughs &#233;crivait d&#233;j&#224; : &#171; Une autre source de mat&#233;riaux pour l'&#233;crivain est constitu&#233;e par les voix qu'il entend tout le temps, qu'il le sache ou non. Il peut penser qu'il entend ses propres mots. Si le magn&#233;tophone capte des voix, vous ne faites autant. Un magn&#233;tophone n'est que le mod&#232;le d'une fonction du syst&#232;me nerveux de l'homme. Consid&#233;rez les voix comme une source de mat&#233;riau, [...] j'ai parl&#233; de la ressemblance stylistique entre les voix de Raudive et certaines phrases entendues dans les r&#234;ves. Le processus onirique se poursuit tout le temps, mais n'est pas ordinairement perceptible quand vous &#234;tes &#233;veill&#233;, &#224; cause de l'&#233;nergie sensorielle et de la n&#233;cessit&#233; de se projeter dans un contexte apparemment objectif. Les voix oniriques qui peuvent bien avoir les m&#234;mes origines que les voix de Raudive a enregistr&#233;es, peuvent &#234;tre contact&#233;es &#224; n'importe quel moment. Il est simplement n&#233;cessaire de me d&#233;faire des m&#233;canismes de d&#233;fense. La meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#171; propres mots &#187; ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. La t&#226;che qu'on peut s'assigner est de rassembler une page ou deux ou autant que vous voulez qui ne contiennent aucun mot qui vous soit propre. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, I, &#171; &#199;a appartient aux concombres &#187;, au sujet des voix enregistr&#233;es par Raudive, p. 113-114).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embarqu&#233;s par un monde qui cr&#233;e de l'hallucination plus vite que d&#233;filent nos r&#234;ves, nous sommes confront&#233;s &#224; une situation nouvelle en effet comparable &#224; celle de nos anc&#234;tres bicam&#233;raux, &#224; ceci pr&#232;s que nous devons agir, malgr&#233; tout, en fonction de notre conscience dont nous n'arrivons pas &#224; nous d&#233;faire puisque pour beaucoup d'entre nous elle est porteuse encore de la voix qui oriente et qui guide et que donc elle est notre dieu. Mais, comme nous le constatons chaque jour un peu plus, ses conseils sont limit&#233;s et peu efficaces, voire m&#234;me proprement d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de dieu, on peut penser qu'il n'y a plus, on trouve &#224; la place, assaillant la conscience, cette infinit&#233; de voix porteuses de messages dont nous sommes, comme humanit&#233;, les &#233;metteurs, mais dont le sens est pour le moins brouill&#233; ou en tout cas obscurci &#224; la fois par le climat g&#233;n&#233;ral d'hallucination dans lequel nous vivons et par l'impuissance de la conscience &#224; les d&#233;chiffrer ou par le refus d'entendre le double message intenable v&#233;hicul&#233; par ces voix, que le monde tend vers la perfection et qu'il marche &#224; grand pas vers la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les images et les mots, de porteurs de sens sont devenus des virus. Ou plus exactement ils fonctionnent comme des virus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, encore lui, a pu &#233;crire dans un texte intitul&#233; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt; ceci : &#171; J'ai souvent compar&#233; le mot et l'image &#224; un virus, ou &#224; l'action virale, et cette comparaison n'a rien d'all&#233;gorique. Il appara&#238;tra que dans les langues syllabiques occidentales, les distorsions constituent de v&#233;ritables m&#233;canismes viraux. Le EST posant l'identit&#233; constitue un m&#233;canisme viral. Si la vis&#233;e peut se d&#233;duire de l'action, un virus consiste &#224; SURVIVRE. Survivre aux d&#233;pens de l'h&#244;te envahi. &#202;tre animal, &#234;tre corps. &#202;tre corps animal que le virus peut envahir. &#202;tre des animaux, &#234;tre des corps. &#202;tre davantage des corps animaux afin que le virus puisse passer d'un corps &#224; l'autre. Rester pr&#233;sent en tant que corps animal. Rester absent en tant qu'anticorps ou que r&#233;sistance &#224; l'invasion du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le LE cat&#233;gorique constitue &#233;galement un m&#233;canisme viral qui vous coince dans l'univers viral. LA locution SOIT/SOIT (OU/OU) constitue une autre formule virale. C'est toujours soit vous soit le virus. SOIT/SOIT&#8230; OU/OU : telle est en fait la formule conflictuelle qui constitue l'arch&#233;type du m&#233;canisme viral. &#187; (William Burroughs, &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un virus se d&#233;ploie en fonction de ph&#233;nom&#232;nes d'amplification, de r&#233;plication, et de multiplication. Cela laisserait entendre que, s'il y a un sens dans l'infinit&#233; de ces messages, il se trouve plut&#244;t dans leur fonctionnement m&#234;me que dans leur apparente et si visible et si lisible signification. Ce n'est pas ce que les voix disent qui importe, ni ce que ceux qui les contr&#244;lent veulent leur faire dire et nous faire comprendre, mais ce que nous pouvons entendre lorsque nous les &#233;coutons munis d'une oreille &#171; d&#233;conscientis&#233;e &#187;, d'une oreille qui n'a peur ni de la schize, ni de l'apparente extraterritorialit&#233; des voix, ni des fant&#244;mes qui hantent les r&#234;ves, ni des monstres que la raison engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette oreille a reconnu en ces hallucinations auditives et visuelles qui nous environnent la voix des dieux d'avant le dieu&lt;/i&gt;. L'intensit&#233; m&#234;me des troubles qui nous saisissent devant l'impuissance de notre dieu comme de notre conscience, &#224; nous aider aujourd'hui pour nous orienter dans le monde, ressemble sans aucun doute &#224; celle qui saisissait l'individu ou le groupe quand, ne sachant pas ou ne sachant plus qui il &#233;tait ni o&#249; il se trouvait, devait apprendre &#224; s'orienter dans un monde angoissant d'&#234;tre travers&#233; par tant de flux incontr&#244;lables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos m&#233;gapoles, nous avons recr&#233;&#233; quelque chose qui se rapproche des conditions de la perception qui pouvait exister dans le monde des voix. Nous avons appris &#224; cloner mots et images et sommes en train de d&#233;couvrir et de &#171; comprendre &#187; que, depuis toujours, ils &#233;taient et fonctionnaient comme des clones ou des virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous apprendre &#224; nous d&#233;fendre et &#224; nous prot&#233;ger ou &#224; les assimiler et en les utilisant, incertains quant aux r&#233;sultats qu'auront sur nous les manipulations auxquelles nous participons ? Ou comme le faisait il y a d&#233;j&#224; un si&#232;cle Italo Svevo adopter une position &#224; la fois d&#233;sesp&#233;r&#233;e et joyeuse, celle qu'il proposait lorsqu'il concluait son grand roman &lt;i&gt;La conscience de Zeno&lt;/i&gt; en &#233;crivant : &#171; La loi du plus fort dispara&#238;t, et, avec elle, la s&#233;lection salutaire. Pour nous sauver il faudrait autre chose que la psychanalyse ! Celui qui poss&#232;dera le plus d'outils, de machines, sera le ma&#238;tre, et son r&#232;gne sera celui des maladies, et des malades. Peut-&#234;tre une catastrophe inou&#239;e, produite par les machines, nous ouvrira-t-elle de nouveau le chemin de la sant&#233;. Quand les gaz asphyxiants ne suffiront plus, un homme fait comme les autres inventera, dans le secret de sa chambre, un explosif en comparaison duquel tous ceux que nous connaissons para&#238;tront des jeux d'enfants. Puis un homme fait comme les autres, lui aussi, mais un peu plus malade que les autres, d&#233;robera l'explosif et le disposera au centre de la Terre. Une d&#233;tonation formidable que nul n'entendra &#8211; et la Terre revenue &#224; l'&#233;tat de n&#233;buleuse, continuera sa course dans les cieux d&#233;livr&#233;e des hommes &#8211; sans parasites, sans maladies. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'art et la l&#233;gitimit&#233; de l'extase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut aussi rapprocher le verbe et l'extase.&lt;/strong&gt; On peut tenter de faire en sorte que le verbe, les mots, et pas seulement gr&#226;ce &#224; l'alcool ou aux drogues, deviennent, non seulement des r&#233;ceptacles d'extase mais des vecteurs d'extase. Certains po&#232;tes et &#233;crivains sont parvenus &#224; de tels sommets. En voici quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on s'approche de la drogue ou de l'ivresse et qu'on les consid&#232;re un instant du point de vue de ce qui fait l'objet de la qu&#234;te &#224; laquelle leur usage est suppos&#233; conduire, on parvient rapidement &#224; la question suivante : &lt;strong&gt;quel est ce qui en nous nous pousse et nous conduit &#224; rechercher l'extase ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce quelque chose en nous, est-ce une force ? une pulsion ? une sorte de savoir implicite, de pr&#233;-connaissance dont notre corps-pens&#233;e est porteur et qui s'&#233;veille parfois &#224; la seule &#233;vocation, m&#234;me vague, de plaisirs sibyllins, de voyages immobiles, de transgressions vertigineuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, chez certains d'entre nous, de telles &#233;vocations, associ&#233;es des exp&#233;riences d&#233;butantes transforment cette pr&#233;-connaissance en une sorte d'appel anonyme re&#231;u, per&#231;u, entendu par nous et auquel nous nous sentons tent&#233;s de r&#233;pondre, avec tout notre corps, avec tout notre &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vertige pr&#233;c&#232;de l'ivresse et l'ivresse est &#224; la fois acclimatation au vertige, possibilit&#233; d'en jouir sans crainte et maintien de sa r&#233;alit&#233; en nous, r&#233;alit&#233; qu'une vie ordonn&#233;e et raisonnable tend &#224; &#233;loigner pour ne pas dire &#224; rendre inaccessible. Le vertige est le nom de l'extase au moment de l'abandon. L'extase est souvent associ&#233;e &#224; une &#233;l&#233;vation qui, comment l'ignorer, ne peut &#234;tre v&#233;cue &lt;i&gt;ad vitam aeternam&lt;/i&gt;. Elle se doit de conduire &#224; une chute. De nous conduire &#224; la chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; &#224; l'&#233;vidence une dimension incontournable celle du va-et-vient entre r&#233;v&#233;lation et d&#233;clin pour parler avec le po&#232;te autrichien Georg Trakl. Mais le d&#233;clin est impensable lorsque ce qui est en jeu comme le disent ceux qui ont r&#233;pondu &#224; l'appel, c'est de vivre comme des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire en t&#233;moigne lorsqu'il d&#233;crit dans &lt;i&gt;Les paradis artificiels&lt;/i&gt; au chapitre &#171; Le hachisch &#187; les phases par lesquelles passent celui qui s'adonne &#224; la drogue et qu'il aborde la troisi&#232;me phase : &#171; s&#233;par&#233;e de la seconde par un redoublement de crise, une ivresse vertigineuse suivie d'un nouveau malaise est quelque chose d'indescriptible. C'est ce que les Orientaux appellent le kief ; c'est le bonheur absolu. Ce n'est plus quelque chose de tourbillonnant et de tumultueux. C'est une b&#233;atitude calme et immobile. Tous les probl&#232;mes philosophiques sont r&#233;solus. Toutes les questions ardues contre lesquelles s'escriment les th&#233;ologiens et qui font le d&#233;sespoir de l'humanit&#233; raisonnante, sont limpides et claires. Toute contradiction est devenue unit&#233;. L'homme est pass&#233; dieu. &#187; (Baudelaire, &lt;i&gt;Les paradis artificiels&lt;/i&gt;, Le livre de poche, p. 81).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst J&#252;nger lui d&#233;clare &#224; la fin du paragraphe 123 de son livre, &lt;i&gt;Approches, drogues et ivresse&lt;/i&gt;, ceci : &#171; Ce ne sont jamais l&#224; que paraboles. H&#246;lderlin lui aussi se contentait de dire : &#171; J'ai v&#233;cu une fois comme les dieux &#187;. Et rien de plus. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, Folio, p. 224).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenir semblable &#224; Dieu, &#224; un dieu, n'est pourtant pas n&#233;cessairement ce qui motive la recherche de l'ivresse alcoolique ou de la r&#234;verie li&#233;e au haschisch. C'est seulement ce qui les l&#233;gitime comme exp&#233;rience singuli&#232;re et absolue. La drogue ou le vin sont des moyens de parvenir &#224; l'extase par la seule absorption de produits chimiques, c'est-&#224;-dire sans passer par des exercices spirituels et physiques longs et complexes, comme peuvent en pratiquer les sages et les mystiques de toutes les religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais qu'est-ce que cela signifie &#171; avoir v&#233;cu une fois comme un dieu &#187; sinon avoir acc&#233;d&#233; &#224; cette illumination mentale d&#233;crite &#224; maintes &#233;poques et par des gens divers ? Que voit-on ? Que vit-on ? Que se passe-t-il qui soit si puissant dans de tels moments ?&lt;/i&gt; Parler des effets de la drogue, en tant qu'exp&#233;rience pure d'un acc&#232;s &#224; un &#171; autre &#233;tat &#187; pour reprendre l'expression qui fait l'objet de la qu&#234;te d'Ulrich et Agathe les deux protagonistes de la seconde partie de &lt;i&gt;L'homme sans qualit&#233;s&lt;/i&gt; de Musil, c'est d'abord se poser cette question. Y r&#233;pondre ici, cela reviendrait &#224; croire qu'un caramel peut produire le m&#234;me effet qu'une dose d'opium. Mais ne pas y r&#233;pondre serait nier la force d'attraction du ph&#233;nom&#232;ne et donc sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; donner notre cr&#233;ance aux t&#233;moignages rapport&#233;s ou aux exp&#233;riences que l'on a pu faire individuellement pour conf&#233;rer &#224; ces exp&#233;riences leur r&#233;alit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le verbe et l'extase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'homme est donc cet &#234;tre qui rencontre l'extase &#224; la fois comme une dimension inaccessible de son existence et comme un ph&#233;nom&#232;ne li&#233; &#224; une force pourtant active et pr&#233;sente en lui&lt;/i&gt;. &#192; la question de savoir comment acc&#233;der &#224; cette promesse en nous d'un monde &#224; la fois un et infini, infiniment actuel et d&#233;finitivement ind&#233;passable, on peut r&#233;pondre par un geste, celui de la prise de drogue. Ce geste, doit &#234;tre v&#233;cu comme possible mentalement, la prise de drogue en constituant l'actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce geste reste individuel et si l'on conna&#238;t des rituels de prise de drogue en groupe, il n'en reste pas moins que l'exp&#233;rience comme toute exp&#233;rience ne peut &#234;tre partag&#233;e qu'indirectement ou, si l'on veut, ne peut qu'&#234;tre traduite dans une langue qui n'est plus celle du v&#233;cu mais celle du langage servant &#224; la transmission. Cela peut &#234;tre la musique, la danse, l'image, le dessin ou encore les mots, l'&#233;criture, ou si l'on pr&#233;f&#232;re le verbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelque chose pourtant vient &#224; nous dans l'extase, un besoin de partager cette exp&#233;rience et la d&#233;couverte de l'impossibilit&#233; r&#233;elle, une impossibilit&#233; absolue d'un tel partage, sinon &#224; ce que l'autre fasse lui-m&#234;me des exp&#233;riences similaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il existe un nombre non n&#233;gligeable d'&#233;crits, non pas seulement sur la drogue ou l'alcool, comme les m&#233;moires de De Quincey ou &lt;i&gt;Les paradis artificiels&lt;/i&gt; de Baudelaire, mais &#233;crits &#224; partir de la drogue ou de l'alcool, des livres dont l'alcool ou la drogue sont donc moins le sujet qu'ils ne constituent l'&#233;l&#233;ment moteur. Ces livres &#233;crits par des auteurs alcooliques ou drogu&#233;s mais dont le sujet n'est pas l'alcool ou la drogue sont nombreux et comptent pour certains parmi les grands livres de l'histoire de la litt&#233;rature. &lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; de Malcom Lowry, &lt;i&gt;Le ravissement de Lol. V. Stein&lt;/i&gt;, de Marguerite Duras, &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt; de Burroughs, mais aussi les romans de Faulkner ou d'Hemingway pour n'en citer que quelques-uns, tous ces livres nous rappellent qu'il existe entre addiction et &#233;criture, entre addiction et cr&#233;ation donc, une relation ambigu&#235; mais forte, pour ne pas dire une forme de compl&#233;mentarit&#233;. En effet, ceux qui sont pass&#233;s par l'addiction sont, on l'a vu, plong&#233;s au c&#339;ur m&#234;me du cyclone pour ne pas dire qu'ils habitent, pr&#232;s du centre du maelstr&#246;m, celui qui tourne en chacun de nous et qui se nomme la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La langue n'est pas cet instrument qui croit-on parfois permet aux humains de communiquer, mais bien quelque chose d'autre : le vecteur, l'op&#233;rateur et le signe d'une extase.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk dans ce texte qui fit pol&#233;mique en son temps, &lt;i&gt;R&#232;gles pour le parc humain&lt;/i&gt;, a indiqu&#233; ce qu'il en &#233;tait de cette relation entre extase, &#234;tre humain, dans les deux sens du terme, et langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il existe un motif philosophique de tenir un discours sur la dignit&#233; de l'&#234;tre humain, cela tient au fait que l'&#234;tre humain est justement celui qui est interpell&#233; par l'&#234;tre soi-m&#234;me, et, comme Heidegger aime &#224; la dire en philosophe pastoral, celui qui est charg&#233; d'en assurer la garde. C'est la raison pour laquelle les humains ont le langage &#8211; mais selon Heidegger, ils ne le poss&#232;dent pas en premier lieu dans le seul but de s'entendre les uns avec les autres et de se domestiquer les uns les autres dans ce ententes-l&#224;. Le langage est plut&#244;t, au contraire, la maison de l'&#234;tre, o&#249; l'homme, en y habitant, ex-iste, dans la mesure o&#249;, en la gardant, il appartient &#224; la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre. Ainsi, lorsqu'on d&#233;finit l'humanit&#233; de l'homme comme l'ex-istence, il s'agit du fait que ce n'est pas l'homme qui est l'essentiel, mais l'&#234;tre comme dimension de l'ex-tatique de l'ex-istence &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre qui suivit, Peter Sloterdijk pr&#233;cisa ce qu'il fallait entendre par clairi&#232;re, terme cl&#233; de la pens&#233;e heideggerienne et qui est peut-&#234;tre un des noms de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;alit&#233; n'est pas que l'homme sort dans une clairi&#232;re qui para&#238;t l'attendre. La r&#233;alit&#233; est justement celle-ci : quelque chose de pr&#233;humain devient humain ; quelque chose de pr&#233;mondial devient constituant du monde, quelque chose d'animal, ferm&#233; par les sensations, devient extatique, sensible &#224; la totalit&#233; et comp&#233;tent face &#224; la v&#233;rit&#233; : seul cela produit la clairi&#232;re elle-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La langue ou si l'on veut le langage, est &#224; la fois ce par quoi la clairi&#232;re s'avance &#171; en &#187; l'homme, ce par quoi elle se constitue comme vide central qu'il remplira par ce qu'il nomme son int&#233;riorit&#233;, ce qui permet d'en dessiner les contours et ce qui, creusant ce vide au moyen des mots, va servir en m&#234;me temps &#224; recouvrir ce vide, &#224; adoucir l'angoisse in&#233;vitable dont cette extase est aussi porteuse.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La langue est en nous la trame ins&#233;cable de l'extase.&lt;/strong&gt; La langue est en nous comme une drogue &#224; la fois indispensable et ind&#233;celable, celle sans laquelle, en effet, aucune autre ne pourrait exister, ne pourrait avoir de fonction, si l'on s'accorde &#224; voir dans ce qui rend leur usage in&#233;vitable &#224; certains, la tentative de faire l'exp&#233;rience de ce vide sans recourir aux mots. L'usage de la drogue permet de s'opposer &#224; ce recouvrement mensonger et trompeur dont la langue est porteuse mais aussi de fuir cette puissance extatique dont les mots sont porteurs. Et parfois, chez certains de ceux que nous avons nomm&#233;s, il devient &#233;vident que les mots, la puissance de trouble de la langue sont reconnus comme &#233;gaux voire sup&#233;rieurs &#224; la puissance extatique de la drogue ou de l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ils &#233;crivent mais le font non pas &#224; partir de la croyance en la vertu communicante des mots ou de la langue, mais bien &#224; partir de sa vertu d&#233;structurante, troublante, enivrante, &#224; partir de sa puissance pure de nous faire sortir du chaos et de nous conduire &#224; l'extase. &lt;i&gt;&#201;crire est la pratique humaine extatique par excellence et aussi parler et si cela est juste, alors, &#224; ce titre, nous sommes tous drogu&#233;s, sans le savoir, mais pas tout &#224; fait sans pouvoir le savoir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un chapitre posthume de son grand roman rest&#233;, pour cause d'extase scripturale prolong&#233;e pendant plus de vingt ans, Robert Musil, &#224; travers Ulrich son personne principal, &#233;voque avec une grande pr&#233;cision les formes de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un comportement enti&#232;rement soumis &#224; un sentiment unique, tel qu'il l'avait mentionn&#233; &#224; l'occasion &#233;tait d&#233;j&#224; un comportement extatique [...] une autre extase &#224; laquelle il avait fait allusion d&#233;j&#224;, c'&#233;tait celle des degr&#233;s extr&#234;mes d'un sentiment [...] Ulrich avait not&#233; enfin qu'une vision du monde d'essence extatique na&#238;t aussi lorsque le sentiment et les id&#233;es qui sont &#224; son service passent avant la r&#233;flexion objective : c'est la vision du monde sentimentale, exalt&#233;e, la vie enthousiaste qui a parfois exist&#233; dans la litt&#233;rature et probablement aussi au moins partiellement dans la r&#233;alit&#233;, au sein de communaut&#233;s plus ou moins importante. &#192; cette &#233;num&#233;ration ne manquait donc que ce qui importait le plus &#224; Ulrich, la mention de l'unique &#233;tat de l'&#226;me et du monde qu'il t&#238;nt pour une extase comparable &#224; la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi se dit presque en passant &#224; la fois que la litt&#233;rature est une des formes de l'extase et que l'extase unique, absolue, centrale incontournable n'est autre que l'existence m&#234;me.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous sommes pas &#233;loign&#233;s de la question de la drogue et de ses effets, nous avons simplement parcouru un chemin qui permet d'appr&#233;hender ce qui, au-del&#224; des questions morales ou m&#233;dicales, l&#233;gitime le recours &#224; des exp&#233;dients : se rapprocher de l'extase, vivre l'extase, vivre dans l'extase, acc&#233;der &#224; ce savoir supr&#234;me qui est que l'existence, dans sa simplicit&#233; m&#234;me, est la seule et unique extase. La mani&#232;re dont les humains s'inscrivent et s'imbriquent les uns les autres dans l'existence &#233;loigne souvent de mani&#232;re irr&#233;versible de la saisie, angoissante sans doute, mais combien fascinante et jouissive, &lt;i&gt;de l'exp&#233;rience de l'extase.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute litt&#233;rature, c'est-&#224;-dire ici sans forcer le trait toute grande litt&#233;rature, implique de la part de celui qui la pratique une forme de conscience explicite de cette dimension non dite de la langue, du fait qu'elle est pourvoyeuse d'extases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes l&#224; cinq minutes et voil&#224; que nous d&#233;vorons des si&#232;cles. Vous &#234;tes le tamis &#224; travers lequel se d&#233;cante mon anarchie, &#224; travers lequel elle se r&#233;sout en mots. Derri&#232;re le mot, se trouve le chaos. Chaque mot est une raie, une barre, mais il n'y a pas et il n'y aura jamais assez de barres pour faire la grille. &#187; (Henry Miller, &lt;i&gt;Tropique du cancer&lt;/i&gt;, Ed Gallimard, coll. Folio, p.34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; quoi bon des po&#232;tes si seule la r&#233;alit&#233; constitue la forme unique de l'extase ? Les drogu&#233;s, ceux qui cherchent et trouvent le chemin qui permet de vivre au moins une fois comme un dieu, sont-ils ces po&#232;tes ? C'est en tout cas ce que sont les &#233;crivains, les grands, des po&#232;tes de ce type-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'ils savent, ce que les plus grands savent, c'est bien que la v&#233;ritable extase peut et doit se passer de mot puisque la langue ne peut servir &#224; communiquer quoi que ce soit, surtout si l'on s'en tient &#224; cette proposition finale selon laquelle c'est la r&#233;alit&#233; m&#234;me, l'exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233;, autrement dit la vie, qui est la seule v&#233;ritable forme d'extase. C'est pour cela que certains d'entre eux, &#233;crivains radicaux parmi les radicaux &lt;i&gt;vont aller dans la pratique de l'&#233;criture jusqu'&#224; la n&#233;gation de l'&#233;criture comme signe et preuve de cette d&#233;couverte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enrique Vila-Matas dans son livre &lt;i&gt;Bartleby et compagnie&lt;/i&gt;, &#233;voque ces &#233;crivains qui apr&#232;s une &#339;uvre ou deux, se sont tus. Il le fait &#224; partir de la figure tut&#233;laire du scribe invent&#233; par Melville qui selon sa formule, finalement plut&#244;t que d'&#233;crire ou de faire quoique ce soit, &#171; pr&#233;f&#233;rait n'en rien faire &#187; ou &#171; pr&#233;f&#233;rait ne pas&#8230; &#187; Ces trois points de suspensions sont le seuil de la langue, le seuil de l'extase, la porte ouverte sur ce qui entre exp&#233;rience et expression est sans doute la forme la plus radicale de l'exp&#233;rience de la clairi&#232;re, le bord du verbe au bord du vide. Certains d'entre ces &#233;crivains arr&#234;tent d'&#233;crire pour toujours d'autres ne s'y remettent qu'apr&#232;s des d&#233;cennies de silence et pour des &#339;uvres rares. Parce qu'ils savent, parce qu'ils ont d'une mani&#232;re ou d'une autre fait cette exp&#233;rience intime et absolue de la r&#233;alit&#233; comme extase, du fait que vivre donc, &#233;tait faire une exp&#233;rience extatique, la seule qui soit, la seule qui fut jamais. Mais ils n'ont pu la faire qu'en passant par les mots, par la grille, par le verbe, par la traduction de l'extase dans une langue qui n'est pas directement la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, les mots ne peuvent rien, mais pas plus le silence, ou alors le silence des mots, le silence dans les mots, par les mots, la plong&#233;e dans le silence de l'exp&#233;rience extatique par les mots r&#233;duits au silence. Ces &#233;crivains de la n&#233;gation, sans doute en le sachant ou peut-&#234;tre sans vraiment le savoir mettent en pratique, nous dit Vila-Matas, &#171; une th&#233;orie selon laquelle le mot &#171; non &#187; est consubstantiel au paysage po&#233;tique et m&#233;rite le respect en tant que seul mot pourvu de sens. &#187; (Enrique Vila-Matas, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, Christian Bourgois, p.175).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_julian_jaynes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH662/1_julian_jaynes-a1475.jpg?1638353418' width='500' height='662' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Julian Jaynes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julian Jaynes, les dieux et la question de la conscience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Pourquoi Jaynes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut ici renvoyer directement &#224; la postface que j'ai &#233;crite &#224; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage de Julian Jaynes, &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral&lt;/i&gt;. Elle est lisible dans &lt;i&gt;Tk-21 LaRevue&lt;/i&gt; dans les num&#233;ros 116 et 117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La conscience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est d'entrer un peu dans les d&#233;tails et de s'en tenir pour cette s&#233;ance &#224; la question de la conscience. Car c'est bien l&#224; de point de d&#233;part de l'interrogation de Jaynes, la conscience, ou du moins ce qu'on nomme ainsi et ce dont on fait en quelque sorte le propre de l'homme sans trop finalement savoir comment ce propre de l'homme s'est constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que fait Jaynes c'est qu'il montre que la conscience n'est pas donn&#233;e, que l'homme n'est pas de toute &#233;ternit&#233; l'&#234;tre conscient faisant face aux &#234;tres non conscients que sont les animaux, les v&#233;g&#233;taux, les choses. La conscience a une histoire ou du moins, il est possible d'en faire la g&#233;n&#233;alogie. Et c'est bien cela qui d&#233;range comme cela a d&#233;rang&#233; lorsque Nietzsche a fait celle de la morale. Parce que rien n'est donn&#233; en l'homme et qu'il est le fruit d'une &#233;volution non seulement biologique mais que son psychisme lui aussi se transforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience pour Jaynes n'est donc pas ce que nous pensons ou croyons qu'elle est, comme la somme de tous les processus mentaux, ni dans ces processus, ni la continuit&#233; du flot de pens&#233;e qui agite et semble donner sa consistance au moi. Ni aucun des autres aspects comme le fait d'&#234;tre rep&#233;rable dans le ph&#233;nom&#232;ne du spectateur impuissant, ce qu'en effet nous sommes souvent. Mais ce n'est pas cela la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaynes note d&#232;s le d&#233;but de son livre : &#171; la conscience intervient pour d&#233;cider de ce qu'on va dire de la fa&#231;on du moment mais alors la succession ordonn&#233;e et parfaite des phon&#232;mes ou des lettres &#233;crites se fait en quelque sorte sans nous. &#187; (p. 40)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience pour Jayne ni pas n&#233;cessaire ni pour l'&#233;laboration de concepts, ni pour l'exercice de la raison. Homo sapiens croit que la conscience est le si&#232;ge de la raison. Il se trompe sur lui-m&#234;me. Une fois acquis que la conscience n'est pas tr&#232;s &#233;tendue, pas une copie de l'exp&#233;rience par le lieu de l'apprentissage du jugement ou de la pens&#233;e alors il importe de faire un d&#233;tour par le langage et par la m&#233;taphore qui est &lt;i&gt;&#171; l'utilisation d'un terme d&#233;signant une chose pour en d&#233;crire une autre &#224; cause d'une sorte de similitude entre elles de leurs rapports ou d'autres choses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il montre ainsi que la langue est un organe de perception et que la m&#233;taphore a pour fonction de r&#233;pondre au souhait de d&#233;signer un aspect particulier d'une chose ou de d&#233;crire quelque chose pour lequel il ne dispose pas de mots. L&#224; encore il faut tenter de prendre en compte l'&#233;volution humaine et la place de la langue dans cette &#233;volution. Nous n'avons pas toujours eu autant de mots et de langues pour nous exprimer. L'enjeu est de tenter de comprendre &#171; comment l'esprit conscient subjectif est devenu l'analogie de ce qu'on appelle le monde r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient ainsi &#224; une d&#233;finition de la conscience comme &#233;tant le travail de la m&#233;taphore lexicale et constate que la conscience ne cesse de s'engendrer elle-m&#234;me. Par jeu amusez-vous &#224; vous regarder comme des &#234;tres qui ne peuvent cesser de parler et parlant de nommer les choses de les faire exister et les nommant de parvenir &#224; la situer et vous situer dans l'espace et ainsi parvenir &#224; prendre les d&#233;cisions relatives &#224; ces gestes ou actes qui composent notre vie et d'abord les plus apparemment anodins ! Il parvient alors &#224; d&#233;terminer ce que sont pour lui les caract&#233;ristiques de la conscience. Je les livre sans pr&#233;paration.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La spatialisation&lt;/strong&gt; : faire ne sorte que les choses qui n'ont pas de qualit&#233;s spatiales en aient une dans la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extraction&lt;/strong&gt; : choix dans l'ensemble des attitudes possibles par rapport &#224; une chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Je analogue&lt;/strong&gt; qui est la m&#233;taphore que nous avons de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Moi m&#233;taphorique&lt;/strong&gt; qui est l'autre face du je analogue, le fait de s'apercevoir en train de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La narratisation&lt;/strong&gt; qui est l'association d'un fait isol&#233; avec un autre fait isol&#233; dans et par un r&#233;cit (en fait, nous narratisons en permanence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conciliation ou la reconnaissance&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire notre assimilation de tout ce qui est ambigu pour en faire quelque chose d'acquis comme un assemblage des choses sous la forme d'objets reconnaissables int&#233;gr&#233;s au sch&#233;mas acquis pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la d&#233;couverte de Jayne, c'est que c'est presque le seul penseur &#224; avoir donn&#233; une &#171; explication &#187; raisonnable ratio&#239;de, acceptable par nous hommes de peu de foi, de ce que sont ou furent les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aujourd'hui, il va s'agir d'une pr&#233;sentation tr&#232;s br&#232;ve, car ce sera le sujet des prochaines s&#233;ances que d'appr&#233;hender en d&#233;tail, &#224; la fois g&#233;n&#233;alogiquement et actuellement, ce que sont ces dieux. C'est dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; que se manifeste avec le plus d'&#233;vidence ce qu'est un dieu dans le monde grec. Jaynes s'est demand&#233; ce qui commandait l'action des personnages et des h&#233;ros en particulier qui sont en effet h&#233;ros parce qu'ils sont capables d'actions qui sont des exploits en quelque sort des actions surhumaines, lors m&#234;me que pour le reste ce sont des hommes comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors qu'est-ce qui commande l'action ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine de l'action ne se trouve pas dans des projets conscients, des raisons ou des mobiles mais dans les actions ou les discours des dieux. Ils parient ainsi &#224; cette premi&#232;re approche des dieux comme des entit&#233;s capables de d&#233;placer les soldats les hommes comme des robots comme des automates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les dieux sont donc des VOIX c'est-&#224;-dire des organisations du syst&#232;me nerveux central, des personae avec une grande coh&#233;rence &#224; travers le temps, des amalgames d'images parentales et admonitoires. Les dieux sont ce qu'on appelle maintenant des hallucinations. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en arrive &#224; la pr&#233;sentation de sa th&#232;se sur la bicam&#233;ralit&#233; et &#224; la formulation de son hypoth&#232;se : &lt;strong&gt;La nature humaine &#224; cette &#233;poque &#233;tait divis&#233;e en deux une partie qui commandait appel&#233;e dieu et une partie qui ob&#233;issait appel&#233;e homme. Aucune d'elle n'&#233;tait consciente.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons en d&#233;tail &#224; la prochaine s&#233;ance sur la mani&#232;re dont il d&#233;crit le fonctionnement de ces dieux et sur les textes ou &#233;l&#233;ments qui nous permettrons d'affiner encore sa th&#232;se et de la pr&#233;ciser en particulier relativement &#224; l'&#233;volution durant la p&#233;riode qui va d'Hom&#232;re &#224; Platon. Plus loin Jaynes pr&#233;cisera donc ceci : &lt;i&gt;L'esprit bicam&#233;ral est une forme de contr&#244;le social qui a permis &#224; l'humanit&#233; de passer de petits groupes vivant de la chasse et de la cueillette &#224; de grandes communaut&#233;s vivant de l'agriculture et dans des cit&#233;s. L'esprit bicam&#233;ral contr&#244;l&#233; par les dieux s'est d&#233;velopp&#233; comme l'&#233;tape finale de l'&#233;volution du langage qui est &#224; l'origine de la civilisation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut juste remarquer comment cela r&#233;sonne pour nous et semble d&#233;crire peu ou prou bien des aspects importants de notre situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochains s&#233;minaires nous permettrons de mieux comprendre comment fonctionne cet esprit bicam&#233;ral ? Aujourd'hui nous suffit largement l'approche de la conscience car c'est &#224; l'exploration de certains aspects cette &#171; conscience &#187; &#171; moderne &#187; que nous allons nous lancer en analysant la nouvelle d'Henry James intitul&#233;e &lt;i&gt;Le motif dans le tapis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L460xH750/3_motif-4763e.jpg?1638353418' width='460' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henry James, Le motif dans le tapis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'int&#233;resser &#224; cette nouvelle d'Henry James dans ce s&#233;minaire ? Il n'y a apparemment rien en elle de v&#233;ritablement bicam&#233;ral. Par contre, elle est un concentr&#233; explosif relativement &#224; ce qui est apparu dans la premi&#232;re partie, &#224; savoir la question de la transmission. &lt;i&gt;Mais de la transmission de quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien la question, le probl&#232;me, l'enjeu. On pourrait dire que ce qui est en jeu dans cette histoire c'est un secret et m&#234;me grossir le trait en disant que c'est LE secret qui est en jeu. Pourtant il s'agit moins du secret en tant que contenu, en tant que ce dont il est le secret, par exemple de l'emplacement d'un tr&#233;sor ou de l'indication de cet emplacement sur un document crypt&#233; qu'il faut d&#233;chiffrer et comprendre pour acc&#233;der au secret, que du secret en tant que m&#233;canisme qui met chacun de ceux qui y sont confront&#233;s face au double enjeu, celui de conna&#238;tre le contenu du secret et celui de l'assimilation de ce secret au point de le faire sien, d'en devenir le d&#233;tenteur et donc de parvenir &#224; l'utiliser en le gardant pour soi, ou si l'on veut de devenir soi-m&#234;me ce secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'un secret sans contenu est impensable, mais ce qui fait toute la force de cette nouvelle, c'est que le contenu de ce secret ne sera non seulement jamais v&#233;ritablement connu, mais que le doute persistera jusqu'&#224; la fin sur le fait que quelqu'un l'aura d&#233;chiffr&#233;, ce qui jette un doute sur le fait m&#234;me qu'il ait pu exister autrement que dans l'&#233;nonc&#233; m&#234;me que l'a fait exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire en quelques mots est la suivante. Il faut garder &#224; l'esprit qu'elle couvre un assez long laps de temps, quelques ann&#233;es et qu'elle met en sc&#232;ne principalement CINQ protagonistes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un jeune critique litt&#233;raire, qui va avoir la chance d'&#233;crire un article sur son &#233;crivain pr&#233;f&#233;r&#233; et qui est le Narrateur.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un autre critique qui lui est sup&#233;rieur hi&#233;rarchiquement, et n&#233;anmoins son &#171; meilleur ami &#187; Georges Corvick, et qui lui laisse sa place pour &#233;crire ce texte. C'est lui cependant qui pr&#233;tendra avoir trouv&#233; et d&#233;chiffr&#233; donc le secret et qui se refusant &#224; le transmettre par courrier, ne voudra le faire par par un livre et il mourra avant non sans, en principe, l'avoir transmis oralement &#224; sa femme, le lien entre le secret et l'amour ou du moins le mariage &#233;tant comme une figure impos&#233;e par le d&#233;tenteur du secret lui-m&#234;me.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gwendolen Erme, une jeune femme promise &#224; Corvick, mais qui sera intime avec le narrateur lors d'une longue absence de Corvick avant leur mariage. Une fois mari&#233;e elle deviendra veuve se remariera avec un autre critique, m&#233;diocre, lui, Drayton Deane. Mais ne le transmettra pas &#224; son second mari qui se verra, surpris de n'avoir pas &#233;t&#233; mis dans la confidence par sa femme emport&#233; psychiquement par les effets pervers de cette omission signant un manque de confiance voire un maque d'amour.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un grand &#233;crivain qui est &#224; la fois le d&#233;tenteur du secret en tant que chose &#224; d&#233;couvrir sur son &#339;uvre, l'initiateur de la qu&#234;te de ce secret qui fait la trame du r&#233;cit et l'inventeur de ce qu'i faut appeler la force de transmission du secret. Hugh Vereker est plut&#244;t en fin de carri&#232;re, il est &#224; la fois un grand &#233;crivain mais pas un &#233;crivain &#224; succ&#232;s. Il mourra peu avant la fin de l'histoire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le secret est en fait un v&#233;ritable personnage sinon Le v&#233;ritable personnage, celui qui ne cesse de hanter l'histoire de passer de main en main ou d'oreille en oreille, sans pourtant que nous lecteur et donc sans que non lus le narrateur ne sache finalement ce qu'il &#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc Hugh Vereker qui par une confidence faite au narrateur d&#233;voilera l'existence possible d'un &#171; secret &#187; au c&#339;ur m&#234;me de son &#339;uvre, entendons d'une motivation essentielle d&#233;terminante mais que personne &#224; ce jour, aucun critique, n'a pu d&#233;couvrir, personne n'ayant m&#234;me jamais eu l'id&#233;e que ce secret pouvait exister. L'histoire est donc racont&#233;e par le narrateur. Il &#233;crit un texte sur Vereker parce que son ami mais n&#233;anmoins &#171; sup&#233;rieur &#187; sinon hi&#233;rarchique du moins par la notori&#233;t&#233;, Corvick ne peut le faire. Il rencontre l'auteur au moment de la publication chez des amis tenant salon. Il parle avec l'auteur qui lui confie apr&#232;s avoir lu son &#171; papier &#187; et lui avoir fait remarquer que comme les autres il n'avait rien vu de ce qui fait l'essentiel de son &#339;uvre, (p. 1125), de ce qu'il y a en effet au centre de son &#339;uvre et de son existence (p. 1127-28) et p. 1128 : &lt;i&gt;&#171; Il y a dans mon &#339;uvre une notion sans laquelle je ne donnerais pas deux sous de toute l'affaire. C'est la plus belle, la plus dense des notions, et l'appliquer a &#233;t&#233;, je crois, un triomphe de patience, d'ing&#233;niosit&#233;. &#187; et il ajoute que &#171; c'est ce que le critique doit trouver &#187;&lt;/i&gt; (p. 1128). L'auteur ajoutera &lt;i&gt;&#171; Si mon grand dessein est rest&#233; secret, c'est tout bonnement sans que je l'aie voulu &#8211; c'est le cours &#233;tonnant des choses qui a fait en sorte que secret il y ait. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur tente de soutirer &#224; l'auteur des informations plus pr&#233;cises sur le contenu de ce secret mais n'y parviendra pas. Il dit simplement qu'il est pr&#233;sent dans les vingt ouvrages de son &#339;uvre. Il ajoute aussi qu'il serait pr&#233;f&#233;rable pour le narrateur de renoncer &#224; percer le secret. Le narrateur ne va cependant pas manquer de raconter tout &#224; son meilleur ami, Corvick qui est revenu du voyage qu'il avait d&#251; faire pour aller chercher sa fianc&#233;e rest&#233;e en Europe avec sa m&#232;re malade. Le conseil envoy&#233; par lettre &#224; l'auteur de ne pas divulguer l'existence et le contenu de leur conversation, de l'existence de ce secret arrive trop tard. Non seulement le narrateur l'a racont&#233; &#224; Corvick mais ce dernier l'a aussi communiqu&#233; &#224; sa fianc&#233;e Gwendolen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est cela, &lt;i&gt;la transmission d'un secret qui restera finalement pour le narrateur et pour nous lecteurs &#171; sans contenu &#187;&lt;/i&gt;, qui se enclenche le moteur qui va emporter les protagonistes jusqu'&#224; faire de ce secret le c&#339;ur de leur existence et en quelque sorte les conduire &#224; leur &#171; perte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur revoit Vereker et tente &#224; nouveau de lui soutirer quelques indices au sujet du secret. Il cherche un &#171; tuyau &#187; ! mais malgr&#233; une conversation qui s'&#233;tire il n'obtient rien de palpable. &lt;i&gt;&#171; LA chose &#224; laquelle nous &#233;tions si ferm&#233;s &#233;tait &#224; l'&#233;vidence clairement pr&#233;sente pour lui &#8211; une chose comprise dans son plan original, et comparable &#224; un motif complexe dans un tapis persan. Il approuva hautement cette image lorsque j'en usai et il usa lui-m&#234;me d'une autre. C'est le fil m&#234;me sur lequel mes perles sont enfil&#233;es ! &#187;&lt;/i&gt; dit-il. (p. 1135). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le narrateur d&#233;pit&#233; fini, en passant par se demander &lt;i&gt;&#171; o&#249; il avait lui,(Vereker) trouv&#233; son tuyau &#187;&lt;/i&gt; (p. 1136).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le narrateur, un peu fatigu&#233; de toute l'histoire repasse le flambeau &#224; Corvick, plus &#224; m&#234;me que lui de percer ce myst&#232;re. L'importance de Gwendolen, sa fianc&#233;e elle-m&#234;me autrice, s'impose dans le r&#233;cit et elle aussi est prise dans les filets de cette obsession qui vise &#224; d&#233;couvrir le secret. Le d&#233;part pour l'Europe du sud de l'auteur rend toute nouvelle rencontre impossible. Quelque chose alors se produit : le d&#233;part un peu incongru de Corvick pour les Indes en vue d'&#233;crire un reportage et un livre. De plus cela signe une rupture de fait avec sa fianc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retournement de situation a lieu quelques mois apr&#232;s. Corvick (un peu comme Flaubert au milieu du d&#233;sert &#233;gyptien criant &#231;a y j'ai trouv&#233; elle s'appellera Emma Bovary) envoie un t&#233;l&#233;gramme pour annoncer qu'il a trouv&#233; lui le secret, qu'il a d&#233;couvert ce qu'&#233;tait &#171; la chose &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le deuxi&#232;me grand mouvement du r&#233;cit se met en branle.&lt;/strong&gt; Il s'agit du jeu sans fin autour &lt;strong&gt;de la transmission ou non&lt;/strong&gt; de ce secret aux autres, c'est-&#224;-dire au narrateur son ami, &#224; Gwendolen, sa fianc&#233;e, &#224; l'auteur Vereker d'abord pour en v&#233;rifier la justesse. Vereker, que Corvick va voir en Italie, lui confirme qu'il a bien trouv&#233; la r&#233;ponse, qu'il sait de quoi est faite la chose, le secret, mais l&#224; encore il n'en dit rien par lettre. (p. 1145) Il d&#233;cide donc qu'il &#233;crira un texte sur sa d&#233;couverte et que c'est de cette seule mani&#232;re qu'il la d&#233;voilera. Sauf &#224; sa femme&#8230; Cette promesse acc&#233;l&#232;rera le mariage jusqu'ici repouss&#233; pour de multiples raisons enter Corvik et Gwendolen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appara&#238;t ici une second fois, apr&#232;s une remarque de Vereker lui-m&#234;me sur la relation entre ce secret et sa vie priv&#233;e, &lt;i&gt;la dimension sexuelle li&#233;e au secret&lt;/i&gt;, dans la mesure ou Corvick a dit &#224; Gwendolen qu'il lui d&#233;voilera oralement ce secret une fois qu'il seront mari&#233;s. Le narrateur &#224; son tour doit quitter Londres assez longtemps pour soigner son fr&#232;re malade &#224; Munich. Il est donc loin lorsque le mariage a lieu et il ne peut donc revoir son ami pour tenter, au nom de l'amiti&#233;, de lui faire lui r&#233;v&#233;ler tout ou partie du secret. Ici le hasard, le destin, la force sombre li&#233;e au secret, appara&#238;t donc bien comme un r&#233;el protagoniste agissant sur l'histoire, sur la vie des gens, sur la forme et le contenu de leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; peine mari&#233;s, les deux tourtereaux, en possession donc tous les deux du secret vont voir leur bonheur d&#233;truit. En effet pendant le voyage de noces Corvick meurt, emportant avec lui son secret&#8230; &#192; ceci pr&#232;s qu'il l'a communiqu&#233; &#224; celle qui &#233;tait devenue sa femme. Le narrateur rentr&#233; &#224; Londres va tenter de demander &#224; la d&#233;sormais veuve, de lui dire &#224; lui le secret au nom de la double amiti&#233;s qui les lie. La r&#233;ponse sera sans appel : &lt;i&gt;&#171; J'ai tout appris et j'ai l'intention de le garder pour moi ! &#187;&lt;/i&gt;. (p. 1151) Ce refus transforme le secret non divulgu&#233; en &lt;i&gt;&#171; id&#233;e fixe &#187;&lt;/i&gt; ! (p. 1152), c'est-&#224;-dire en obsession, en maladie de l'&#226;me en quelque sorte. Le narrateur qui voit lui traverser l'esprit l'id&#233;e d'&#233;pouser l'autrice Gwendolen pour qu'elle lui r&#233;v&#232;le en quelque sorte sur l'oreiller le secret, prononce une phrase malheureuse : &lt;i&gt;&#171; je sais maintenant ce qu'il faut penser : ce n'est rien du tout ! &#187;&lt;/i&gt;. En &#233;mettant l'hypoth&#232;se que finalement le secret n'est rien il perd toute chance de convaincre Gwendolen de le lui r&#233;v&#233;ler, car elle voit dans cette affirmation d&#233;sabus&#233;e une insulte &#224; Corvick, feu son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appara&#238;t alors dans le paysage, un autre critique, Drayton Deane, un mauvais critique mais qui obtient d'&#233;crire &#224; la fois sur le dernier livre de Vereker, et sur celui de Gwendolen. Vereker en Italie est malade et va mourir. En suspens, toujours la m&#234;me question adress&#233;e implicitement &#224; Gwendolen : &lt;i&gt;va-t-elle parler ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique litt&#233;raire, le narrateur esp&#232;re aussi que l'autrice Gwendolen va si elle n'&#233;crit pas sur Vereker, du moins distiller dans ses propres &#339;uvres un peu de ce secret qu'elle conna&#238;t. Mais rien non plus de ce c&#244;t&#233;. Il n'y a pas de feed back du secret sur l'&#339;uvre de celle qui le conna&#238;t. Il reste, du moins c'est ce que pense le narrateur, encore une personne susceptible de lui r&#233;v&#233;ler quelque chose au sujet du secret, le nouveau mari Drayton Deane. En effet, en vertu de la loi du secret qui ne peut &#234;tre transmis qu'&#224; la personne avec laquelle on vit et est mari&#233;, Gwendolen a d&#251; l'initier. La mort en couches de Gwendolen laisse l'espoir au narrateur de se rapprocher du mari et de le faire parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La surprise sera &#233;norme lorsqu'il comprendra que Gwendolen ne lui a pas d&#233;voil&#233; le secret.&lt;/i&gt; En lui r&#233;v&#233;lant et l'existence de ce secret et le fait que sa femme ne le lui a pas d&#233;voil&#233;, le narrateur provoque chez le second mari une crise existentielle puissante. &lt;i&gt;Il devient aussit&#244;t &#224; la fois par la d&#233;ception que sa femme n'ai pas jug&#233; digne de lui d&#233;voiler le secret et obs&#233;d&#233; &#224; son tour par ce secret.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lui racontant toute l'histoire, celle de la nouvelle donc, le narrateur r&#233;v&#232;le l'ultime secret du secret, sa puissance agissant qui est celle de sa transmission, une fois de plus, mais pas en tant que contenu, en tant que principe actif de la transmission m&#234;me, en tant que force d&#233;clenchant des affects puissants et des circonstances singuli&#232;res. Au point que l'un et l'autre sont hant&#233;s par la m&#234;me d&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se cl&#244;t la nouvelle : &lt;i&gt;&#171; Je puis dire qu'il n'y a pas aujourd'hui entre lui et moi, en nos qualit&#233;s de victimes d'un d&#233;sir inapais&#233;, l'ombre d'une diff&#233;rence. L'&#233;tat dans lequel se trouve le pauvre homme me console presque ; il m'arrive m&#234;me de penser que cela me tient presque lieu de vengeance. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1161).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux de la nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question que pose cette nouvelle de Henry James publi&#233;e en 1896, est celle de la transmission d'une exp&#233;rience dont on pense savoir qu'elle existe pour certains mais que d'autres qui ne l'ont ni v&#233;cue ni comprise vont &#224; leur corps d&#233;fendant eux aussi transmettre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de cette nouvelle nous permet de revenir au premier moment de cette s&#233;ance et d'&#233;clairer concr&#232;tement ce qui a &#233;t&#233; dit au sujet du fonctionnement de la conscience dans le second moment. Elle &#233;claire d'un jour particulier ce qu'il en est de notre fonctionnement psychique et cela se rapproche assez de ce que Jaynes met en sc&#232;ne au sujet de la conscience et des sept &#233;l&#233;ments qui la d&#233;finissent pour lui. C'est surtout de cette articulation entre &lt;i&gt;narratisation et conciliation&lt;/i&gt; dont il est ici question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose existe parce que quelqu'un d&#233;clare qu'elle existe. Cette personne en a &#224; la fois fait l'exp&#233;rience dans sa vie (et cette exp&#233;rience a &#224; voir avec l'amour ou le couple ou donc la proximit&#233; entre deux &#234;tres vivant ensemble leur sexualit&#233;) et en a fait la chose essentielle et de sa vie et de son &#339;uvre. Mais ce &lt;i&gt;motif&lt;/i&gt; est rest&#233; non vu par les lecteurs, les critiques et non dit en tant que contenu d'un secret par l'auteur qui par contre, fait savoir que ce secret a irrigu&#233; toute son &#339;uvre et qu'il est pr&#233;sent d&#232;s le commencement de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce motif (celui qui est cach&#233; dans le tapis) est ce qui a guid&#233; toute son &#339;uvre d'&#233;crivain, m&#234;me si personne, y compris celui qui d&#233;clarera disposer de la r&#233;ponse, ne l'a d&#233;couvert. Mais il faut noter que ce secret existe parce que l'auteur a &#233;mis l'id&#233;e qu'il existait. Il a gliss&#233; &#224; l'oreille, et donc DANS l'oreille du narrateur, &lt;i&gt;(l'&#233;crivain ici s'est fait VOIX du dehors qui s'inscrit au dedans des trois protagonistes de la nouvelle, alors m&#234;me que ses livres lus par les protagonistes lecteurs n'ont pas permis cette ingestion)&lt;/i&gt; une chose, un mot, une id&#233;e. &lt;i&gt;C'est cette id&#233;e qui va &#234;tre au c&#339;ur du r&#233;cit. Elle est donc narratis&#233;e et demande &#224; &#234;tre intro-jet&#233;e et accept&#233;e, reconnue, bref dig&#233;r&#233;e (apr&#232;s avoir &#233;t&#233; ing&#233;r&#233;e par transmission orale de l'un aux autres) et assimil&#233;e comme quelque chose d'existant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous ne saurons rien de cette chose, de son &#171; contenu &#187;, mais nous la verrons, en tant que secret ferm&#233;, non divulgu&#233;, m&#234;me si l'un des personnages est, semble-t-il, parvenu &#224; le d&#233;chiffrer, agir dans le r&#233;cit et donc elle existe &#224; travers les effets qu'elle produit sur l'esprit de ceux qui tentent de la d&#233;couvrir et de l'assimiler. Mais il faut bien prendre acte du fait que cette chose, ce secret, est un &#233;l&#233;ment suppos&#233; &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; par celui qu'il le d&#233;tient. Ce n'est donc pas un &#171; objet &#187; mais un principe de vie qui est cependant transform&#233; en &#233;nergie cr&#233;atrice et qui irrigue toute son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question est celle de l'exp&#233;rience. Qu'est une exp&#233;rience et de quoi fait-on l'exp&#233;rience ?Celle-ci n'est pas aussi fulgurante que celle des mystiques, elle est en quelque sorte continue, elle traverse toute sa vie et son &#339;uvre, elle s'inscrit entre la cha&#238;ne et la trame comme un motif, un motif dans le tapis donc. Elle se manifeste dans le cours de l'existence de Vereker, comme le motif de cette existence, en tant qu'exp&#233;rience centrale, absolue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la d&#233;termination de ce quelque chose, de ce secret que personne n'est &#224; ce jour parvenu &#224; d&#233;couvrir, et qui de ce fait est constitu&#233;e et institu&#233;e comme secret - alors qu'il se peut qu'elle soit une chose &#171; banale &#187; devenant simplement ici extraordinaire parce que n'ayant pas &#233;t&#233; vue ou pr&#233;sent&#233;e comme n'ayant pas &#233;t&#233; relev&#233;e et vue par les lecteurs de l'&#339;uvre de Vereker - &lt;i&gt;n'existe pas autrement que parce qu'elle a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e sans &#234;tre expliqu&#233;e et qu'elle est &#224; la fois recherch&#233;e, pr&#233;tendument trouv&#233;e, mais jamais d&#233;voil&#233;e et pourtant transmise.&lt;/i&gt; Le secret est comme un &#233;l&#233;ment issu de l'&#339;uvre, ou engendr&#233; par elle et qui est &#224; la fois d&#233;crit comme &#233;tant sinon &#224; l'origine de l'&#339;uvre romanesque de Vereker du moins comme constituant son c&#339;ur vivant, l'&#233;l&#233;ment majeur de cette &#339;uvre et de la vie m&#234;me du grand &#233;crivain, est en tant que tel une pure fiction qui sous nos yeux va devenir l'&#233;l&#233;ment majeur d&#233;terminant la vie des principaux personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret une fois transmis comme secret ferm&#233; et non comme secret ouvert ou d&#233;voil&#233; se met &#224; agir tel un objet transitionnel si l'on veut, comme un quelque chose qu'on se glisse de main en main (pierre ou pi&#232;ce de monnaie) sans regarder ce qu'il est ou sans pouvoir le faire. Le fait de le garder pour soi le plus longtemps possible est le seul moyen de continuer &#224; le faire exister et c'est ce qui le transforme en un &#171; op&#233;rateur exp&#233;rientiel &#187; en un &#233;l&#233;ment &#171; vivant &#187;, un acteur de et dans la vie des protagonistes. Il est l'&#233;quivalent, quoique sans contenu apparent, de ce qu'a connu v&#233;cu et transmis en secret dans toute son &#339;uvre romanesque le grand &#233;crivain Vereker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est ce &#224; partir de quoi les protagonistes, le narrateur Corvick, Gwendolen et finalement son second mari, vont d&#233;terminer le cours de leur vie&lt;/i&gt;. Cet &#233;l&#233;ment inconnu n'a qu'un nom vague, est ind&#233;termin&#233; sinon dans l'imagination ou le fantasme des protagonistes, et qui sait m&#234;me peut-&#234;tre de l'auteur qui est &#224; la fois le grand auteur, celui qui domine le secret de la cr&#233;ation, celui qui d&#233;voile l'existence d'un secret au c&#339;ur de sa vie, et donc l'auteur-inventeur du secret comme &#233;l&#233;ment &#224; la fois incommunicable et pourtant transmissible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La nouvelle est la d&#233;monstration de la mani&#232;re dont quelque d'incommunicable peut devenir n&#233;anmoins transmissible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;v&#232;le que ce qui rel&#232;ve de la transmission est moins de l'ordre du &#171; contenu &#187;, le ce que du secret, que du fait m&#234;me de faire l'exp&#233;rience de ce qu'il y a ou de ce qu'il y aurait quelque chose &#224; transmettre. Et on sait combien les secrets de famille sont des &#171; choses &#187; de ce genre qui produisent des effets parfois sur des dur&#233;es qui d&#233;passent le cadre d'une ou deux g&#233;n&#233;rations. En fait, c'est une sorte de petite famille qui se constitue autour du secret du pater familias ou grand auteur et qui se transmet donc aux &#171; enfants &#187; qui ne peuvent pas ne pas le faire vivre comme secret puisque c'est le seul moyen qu'ils ont de rester en contact avec celui qui n&#8216;est pas (encore) mort mais qui est et reste inaccessible du moins en ce qu'il a de plus essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le secret est dot&#233; d'une puissance surnaturelle en quelque sorte de type &#171; magique &#187; et cette puissance est comparable &#224; celles dont sont dot&#233;es des personnes ou personnages ou entit&#233;s surhumaines ou divines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En filigrane dans ce texte une pr&#233;sence du divin ante-historique ou pr&#233;-historique est manifeste quoique discr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors de quoi se compose ce r&#233;cit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De lignes de forces qui ne cessent de se croiser, de s'entrecroiser, de tisser, lier et d&#233;lier et relier des &#233;l&#233;ments qui sont eux-m&#234;mes des affects traversant des personnes des personnages. Chaque &#233;l&#233;ment est comme en qu&#234;te de l'opportunit&#233; de rencontrer un autre et se lier &#224; lui, chaque personnage et tous ces &#233;l&#233;ments gravitent autour d'un centre plein et vide celui de l'exp&#233;rience celui de la chose celui du secret qui est &#224; la fois le centre inexprimable la source et n&#233;anmoins si peu concret qu'il fonctionne comme un moteur un excitant g&#233;n&#233;ral, une pile &#233;lectrique mettant an mouvement (&#233;motion) les &#234;tres et les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. la vie et la litt&#233;rature ne font qu'un.&lt;/strong&gt; La critique litt&#233;raire doit faire son travail de d&#233;chiffreur herm&#233;neute et transmetteur du secret. Mais elle n'y parvient pas. Une fois qu'elle apprend qu'il y en a un la machine se met en marche. La fonction de d&#233;marreur du secret met en marche un moteur qui n'attend que &#231;a. Ce moteur est compos&#233; des quelques personnes pr&#233;sentes dans la narration. L'enjeu est de comprendre un secret. Ce qui se passe c'est que l'on d&#233;couvre non pas ce qu'il est mais comment il agit. LE secret est une FORCE. Il est la &#171; chose &#187; qui agit au c&#339;ur du monde c'est-&#224;-dire ici au c&#339;ur de l'&#339;uvre de l'&#233;crivain Vereker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La chose y est contenue aussi concr&#232;tement qu'un oiseau dans la cage, qu'un app&#226;t sur un hame&#231;on, qu'un morceau de fromage dans une sourici&#232;re. Elle est enfonc&#233;e dans chaque volume comme votre pied dans votre soulier. Elle commande chaque ligne, elle choisit chaque mot, elle met le point sur chaque i, elle place chaque virgule. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Qu'est donc le secret alors ? Qu'est cette chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la conscience au sens de Jaynes en tout cas un &#233;l&#233;ment qui engage la vie en-de&#231;&#224; et au-del&#224; de la simple conscience ou volont&#233; et qui est le principe actif des choix essentiels faits par les personnages. Il est aussi principe g&#233;n&#233;ral d'orientation et une force discriminante qui op&#232;re les choix que l'&#233;crivain suit plus qu'il ne les fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le secret, la chose, la notion. L'&#233;crivain l'a pens&#233;e sans doute il l'a mise en route et ensuite, il se repose sur elle qui fonctionne en lui et dans l'&#339;uvre mais comme si elle &#233;tait autonome. C'est cette autonomie du secret qui est ici montr&#233;e &#224; travers l'histoire racont&#233;e de sa transmission. (Le secret ressemble aussi un peu au morceau de sparadrap dans Tintin &lt;i&gt;Vol 747 pour Sydney&lt;/i&gt; o&#249; le millionaire qui est habill&#233; comme un homme ordinaire se d&#233;bat avec un morceau de sparadrap qui passe de main en main, de corps en corps de chapeau en manteau, sans qu'on puisse parvenir &#224; s'en d&#233;barrasser.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La chose comme &#233;lan vital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est l'&#233;nigme de l'&#339;uvre du ma&#238;tre et le secret de l'&#233;lan vital. C'est en cela une force vivante et vitale celle sans quoi rien n'existe. On pourrait dire qu'elle est le d&#233;sir, un d&#233;sir &#224; la fois entendu comme envie de poss&#233;der et moyen de parvenir &#224; une intensification de son &#234;tre. On pourrait dire que le secret ici est du c&#244;t&#233; de l'&#234;tre alors qu'il ne fonctionne que dans des tentatives li&#233;es &#224; l'avoir, &#224; la possession. Et la vie est ce qui op&#232;re &#224; la jonction des deux. Le secret rel&#232;ve des deux plans. Mais la technique d'organisation de ces deux plans ne suffit pas &#224; lever le myst&#232;re, m&#234;me si c'est l&#224; que se joue le tissage que rend possible le secret. De roman en roman les structures signifiantes vont s'imbriquer jusqu'&#224; faire surgir de leurs entrelacs un motif parfaitement ad&#233;quat &#171; la seule et unique juste combinaison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vereker dira dans le texte de la nouvelle : &lt;i&gt;&#171; Eh bien vous avez un c&#339;ur dans votre corps ! Est-ce que votre c&#339;ur rel&#232;ve de la technique ou des sentiments ? Ce dont je soutiens que personne n'a parl&#233; dans mon &#339;uvre, c'est de l'organe de la vie &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret, dans la nouvelle, est montr&#233; comme jouant ce r&#244;le d'organe de la vie puisqu'il va mettre en branle, d&#233;terminer, diriger, conduire la vie des protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le motif et l'impossible ad&#233;quation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une telle &#171; chose &#187; on le sait est &#224; la fois difficilement pensable comme objet et elle fonctionne comme un &#171; objet &#187; parce que nous ne sommes pas capables de la mettre en mots de la formuler dans des termes qui seraient justement communicables, &#233;changeables, partageables sans que l'&#233;change ne soit pris dans la loi des &#233;changes de choses qui ne peuvent &#234;tre que des objets, c'est-&#224;-dire manipulables du dehors, de l'ext&#233;rieur. Dehors dedans, rien n'est directement dit sur ce partage et pourtant il fonctionne &#224; plein ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien cela que nous montre le recours &#224; la m&#233;taphore du motif du motif dans le tapis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Comment comprendre ce &#171; motif &#187;, cette ad&#233;quation parfait du corps et de la lettre que le d&#233;funt Vereker aimait &#224; concevoir comme l'organe de la vie ? Il convient ici de remarquer que le titre anglais &#171; the figure in the carpet &#187; contient le terme figure, impossible &#224; restituer litt&#233;ralement dans la traduction fran&#231;aise mais qui pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t dans la langue originelle, de contenir une ambigu&#239;t&#233;, figure d&#233;signant non seulement le &#171; chiffre &#187;, ou un &#171; motif &#187;, mais aussi une &#171; silhouette &#187;. La lettre se voit ainsi charg&#233;e de la pr&#233;sence instinctuelle du corps. Un enjeu sexuel s'attache aux recherches de ce critique passionn&#233; Georges Corvick qui met tout en &#339;uvre pour trouver la cl&#233; de l'&#233;nigme Vereker. Entre qu&#234;te du plaisir et qu&#234;te chevaleresque engendrant cruaut&#233; et frustrations, il semblerait m&#234;me que le &#171; motif &#187;tant recherch&#233; ne puisse &#234;tre appr&#233;hend&#233; &#171; que par le couple &#233;poux-&#233;pouse &#8211; que par des amoureux ayant contract&#233; l'union supr&#234;me. &#187;&lt;/i&gt; (note p. 1467-68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc pas recourir au secret comme &#224; une chose et si l'on s'y essaye on en parvient pas &#224; grand-chose sinon &#224; de la frustration. C'est ce &#224; quoi sont contraints malgr&#233; tout malgr&#233; eux les protagonistes qui ne disposent &#171; en eux-m&#234;mes &#187; du principe de leur existence et / se voient contraints pas la force d'attraction (d&#233;sir et fantasme qu'exerce le secret sur la psych&#233; qu'exerce l'id&#233;e qu'il en existe un l'id&#233;e du secret en tant qu'id&#233;e aussi) du secret de soumettre le d&#233;ploiement des &#233;l&#233;ments essentiels de leur vie &#224; ce que leur dicte le secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est dans leur cas devenu un &#171; objet &#187; et non pas un principe int&#233;rieur pr&#233;existant en quelque sorte &#224; soi m&#234;me si en d&#233;clenchant leur obsession &#224; le d&#233;couvrir il devient le principe des &#171; grands choix &#187; (partir, rester, &#233;crire, voyager, se marier, etc...) qu'il font dans leur vie. &lt;i&gt;Il est une m&#233;taphore agissante qui fonctionne comme un &#233;l&#233;ment heuristique et qui vise donc &#224; l'ad&#233;quation entre &#234;tre et avoir pour le dire vite, entre possession et d&#233;termination, entre voix int&#233;rieure et voix ext&#233;rieure.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, justement ce qui nous est r&#233;v&#233;l&#233; ici, c'est que pour tous sauf pour Vereker, il n'y a pas de voix int&#233;rieure en tout cas pas de voix int&#233;rieure suffisamment puissante pour exercer la m&#234;me fonction rectrice que le secret exerce sur eux. Mais le secret POUR EUX est ext&#233;rieur. Il leur a &#233;t&#233; souffl&#233; par la voix de l'&#233;crivain et NI par leur capacit&#233; propre de critiques de le d&#233;couvrir, NI par les &#233;l&#233;ments de leur vie. On voit donc que le secret comme op&#233;rateur de choix de d&#233;cision agit en eux mais du dehors. Acc&#233;der au secret d'ailleurs semble pour eux devoir se faire par l'acc&#232;s &#224; un ou deux &lt;i&gt;tuyaux&lt;/i&gt; comme on en donne pour jouer aux courses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul Corvick trouvera le secret mais il ne sera pas capable de le transmettre ! Par &#233;go&#239;sme, par d&#233;sir de le conserver pour lui-m&#234;me et il ne le partagera qu'avec l'auteur pour avoir confirmation qu'il a bien trouv&#233; et qu'avec sa femme une fois qu'elle l'est devenue pas avant. &lt;i&gt;La transmission est donc impossible pour le contenu du secret hors l'ingestion et la digestion or l'absorption de la substance qu'il contient au point qu'elle devienne sienne. La chose alors se dissout dans le corps le corps absorb&#233; la lettre, la vie et le texte ne font qu'un mais il est impossible ou impensable de les s&#233;parer une nouvelle fois pour les rendre communicables.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret est donc soit un affect originaire et il peut mettre en mouvement mais ne peut pas &#234;tre saisi comme objet, soit il est un concept originaire et lui manquera toujours l'&#233;tincelle de la vie. Et s'il appara&#238;t, on ne peut pas le manquer car il le fait comme le ferait un dieu ou une d&#233;esse, bref une divinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La reconnaissance ou v&#233;rit&#233; et reconnaissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose en effet quand on aborde des &#233;l&#233;ments aussi insaisissables qu'un tel secret qui est, on l'a compris, le nom ici du principe recteur de l'existence comme &#233;tant &#171; donn&#233; &#187; c'est-&#224;-dire v&#233;cu comme faisant partie de soi et occupant la place de la conscience au sens de Jaynes et pas au sens habituel, principe &#224; la fois discret et secret mais efficace et qui donne sens force &#224; la vie. Le secret pour Vereker est d&#233;j&#224; dig&#233;r&#233;, et il en distille la puissance dans sa vie et son &#339;uvre. Pour les autres il doit &#234;tre appr&#233;hend&#233; per&#231;u pour ce qu'il est et pour ceux qui y parviennent il doit alors &#234;tre ing&#233;r&#233; dig&#233;r&#233; et finir par faire partie d'eux, de leur chair, de leur corps. Sinon, il reste l'&#233;l&#233;ment d'un jeu, le d&#233; avec lequel on joue la vie. Mais comme &#233;l&#233;ment d'un jeu il n'a pas cette force de motivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra ici m&#234;me si &#231;a n'a apparemment rien &#224; voir de la phrase de Marc Aur&#232;le dans les soliloques ou pens&#233;es pour moi-m&#234;me son grand ouvrage : &lt;i&gt;&#171; Il faut &#234;tre droit et non redress&#233; &#187;&lt;/i&gt; (Livre III, 5). C'est &#224; parvenir &#224; cette capacit&#233; de reconnaissance &#224; la fois au sens technique de savoir dire que c'est &#231;&#224; et au sens second de savoir reconna&#238;tre que cela est le principe recteur de son existence, que nous conduit le secret.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_henry-james.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_henry-james-0987f.jpg?1772206897' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Henry James
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;John Singer Sargent 1913
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;gr&#233; dans la chair dans la vie, il est actif et dirige l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Re&#231;u de l'ext&#233;rieur, il devient un &#233;l&#233;ment perturbateur. Car il est introduit dans des &#234;tres qui justement n'ont pas trouv&#233; en eux-m&#234;me ce principe. Il ne font que suivre les recommandations du dehors du monde des autres et agissent avec plus ou moins de &#171; raison &#187; sont plus ou moins raisonnables, mais jamais ne connaissent vraiment cette force divine dont on peut dire qu'elle est comme la pr&#233;sence du dieu en eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Corvick envoie un t&#233;l&#233;gramme &#224; Gwendolen, Henry James &#233;crit ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le c&#226;ble &#233;tait ouvert devant elle, cat&#233;gorique mais bref : Eur&#234;k&#226; ! Immense. C'&#233;tait tout &#8211; il n'avait pas sign&#233;, par souci d'&#233;conomie. Je partageai l'&#233;motion de Miss Erme, mais j'&#233;tais d&#233;&#231;u. 3 il ne dit pas quelle est cette intention.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme, pouvait-il le dire dans un t&#233;l&#233;gramme ? Il enverra une lettre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais comment sait-il qu'il sait ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'il sait la v&#233;rit&#233; ? Oh je suis certaine que, quand on la voit, on le sait !&lt;/i&gt; Vera incessu patuit dea. (Virgile&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#201;n&#233;ide&lt;/i&gt;, I,405) &lt;i&gt;Elle se r&#233;v&#233;la par sa d&#233;marche &#234;tre une vraie d&#233;esse &#187;. Cela est dit de V&#233;nus lorsqu'elle appara&#238;t &#224; &#201;n&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; (p. 1136).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire par exemple qu'il n'y a pas besoin d'avoir appris pour savoir pour reconna&#238;tre que l'on a v&#233;cu un moment de plaisir, ou qu'on aime. On peut aussi rapprocher, puisque V&#233;nus est ici pr&#233;sente, que ce qui se produit, par et avec le secret s'il est v&#233;cu, c'est-&#224;-dire s'il a &#233;t&#233; dig&#233;r&#233;, c'est qu'il est possible de le conna&#238;tre, de le reconna&#238;tre sans erreur possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le secret fonctionne comme un &#171; dieu &#187; tel que les grecs d'Hom&#232;re pouvaient encore le concevoir. Ce n'est pas par facilit&#233; de faire ce rapprochement, mais bien parce qu'il montre combien en nous il y a encore des traces et des &#233;l&#233;ments qui rel&#232;vent de ce monde bicam&#233;ral, (nous avons toujours deux h&#233;misph&#232;res que je sache) mais surtout que ces &#233;l&#233;ments montrent qu'une part non n&#233;gligeable de nous, de notre fonctionnement psychique rel&#232;ve encore, et comment, de cette bicam&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux vivent encore en nous, ou du moins le peuvent. Il faudrait dire surtout qu'ils vivent en nous d&#232;s lors, soit comme Vereker nous savons les reconna&#238;tre d'entr&#233;e de jeu et en faire la force rectrice de notre vie, soit, si on les d&#233;couvre du dehors, les ing&#233;rer au point qu'il fassent partie de nous. On voit que la phrase du Prologue de l'&#201;vangile de Jean &#171; Et le verbe se fit chair &#187; pose bien des questions relativement &#224; la relation &#224; la bicam&#233;ralit&#233; qui se dessine avec le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Obsession, id&#233;e fixe et autodestruction : le secret comme pharmakon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par contre on ne parvient pas &#224; reconna&#238;tre le secret, &#224; l'ing&#233;rer au point qu'il devienne possible de le vivre, alors on s'aper&#231;oit que sa propre existence, sa propre vie est et n'est que soumise &#224; des forces qui d&#233;cident pour nous, &#224; ces hasards, des hasards orient&#233;s certes, qui nous entra&#238;nent de &#231;a de l&#224; pareils &#224; la feuille morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'es ce que vivent les personnages autres que Covick qui n'a pas le temps lui de tenter de le faire puisqu'il meurt. Mais ce qui surprend le plus le narrateur, c'est que dans l'&#339;uvre de celle qui a en principe eu acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; et au secret par son mari, l'&#233;crivaine Gwendolen Erme, il n'y aura aucun signe de changement, aucun signe aucune manifestation du secret, entendons aucune manifestation de quelque chose qui rel&#232;ve &#171; du dieu &#187;, qui indiquerait que justement il a pris place dans sa vie, dans son &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus m&#234;me, elle aura si bien gard&#233; le secret pour elle qu'elle ne l'aura pas confi&#233; &#224; son second mari. Mais m&#234;me &#171; tu &#187; le secret reste agissant. &lt;i&gt;Il change de sens cependant et devient d'&#233;l&#233;ment vivant et vital un &#233;l&#233;ment mortif&#232;re et mortel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret fonctionne comme un pharmakon selon la d&#233;finition qu'en donne Bernard Stiegler, &#224; savoir un &#233;l&#233;ment qui sous certaines conditions peut soigner et sous d'autres est un poison. Mais il y a plus. &lt;i&gt;On peut extrapoler un peu et voir dans le fait que pour tous les protagonistes le secret fonctionne comme une id&#233;e fixe.&lt;/i&gt; Centrale et vivante pour l'auteur le secret est la source de son &#339;uvre. Il fonctionne comme &#171; un dieu &#187; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ext&#233;rieure et import&#233;e du dehors dans le psychisme des autres personnages, le secret devient objet, transitionnel source d'angoisse, vecteur d'une qu&#234;te obsessionnelle, et finalement &#233;l&#233;ment qui empoisonne l'existence. Il conduit &#224; la mort Corvick et Gwendolen, le narrateur &#224; une sorte de d&#233;ception et de d&#233;senchantement et le second mari de Miss Erme &#224; un &#233;tat psychique proche d'une forme de folie. &lt;i&gt;Savoir qu'on ne lui a rien dit, chose qui fait pour lui du secret une sorte de fant&#244;me de fant&#244;me, une sorte de n&#233;ant existentiel, a pourtant un effet morbide sur son psychisme.&lt;/i&gt; Cela devient une id&#233;e d'autant plus obs&#233;dante qu'il n' aucune possibilit&#233; de savoir quoique ce soit sur le secret. &lt;i&gt;L'&#233;l&#233;ment vital est devenu en fin de course poison.&lt;/i&gt; On peut aussi prendre cette nouvelle pour une sorte de d&#233;monstration de la mani&#232;re dont la psych&#233; s'empare pr&#233;cis&#233;ment d'un &#233;l&#233;ment et &#224; quelles conditions elle transforme cet &#233;l&#233;ment de facteur de vie en facteur de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est peut-&#234;tre l'une des source de toute forme d'id&#233;alisme qui est ici pr&#233;sent&#233;e et en tout cas c'est un &#233;clairage sur la mani&#232;re dont, pour chacun, qu'il soit individu ou groupe, sa psych&#233; tourne &#224; plein lorsqu'elle trouve en elle-m&#234;me son principe d'orientation et tourne &#224; vide voire se met &#224; s'auto-d&#233;truire quand, d&#233;pourvue de principe d'orientation int&#233;rieur, elle importe de l'ext&#233;rieur un tel &#233;l&#233;ment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous est un m&#233;lange de ces deux tendances, de ces deux situations, parce que de toute fa&#231;on il est n&#233;cessaire d'ing&#233;rer du savoir et de faire des exp&#233;riences pour se construire, mais leur pr&#233;sentation, telle qu'elle est ici mise en sc&#232;ne, n'en reste pas moins &#233;clairante sur le m&#233;canisme &#224; l'&#339;uvre dans la transformation d'une force constructive en une force de destruction, comme sur les conditions originelles de ce qui permet &#224; un &#171; secret &#187; d'&#234;tre un &#233;l&#233;ment vital ou de fonctionner comme un &#233;l&#233;ment mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simplement, cela &#233;claire aussi la faiblesse de notre psych&#233; face &#224; de tels m&#233;canismes qui semblent plus puissants que toutes les forces activ&#233;es par le je ou le moi, par la seule conscience au sens trivial du terme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'avoir confondu la fonction d&#233;cisionnaire de la conscience avec le seul aspect m&#233;canique du jeu entre un Je et un Moi qui conduit &#224; cette erreur. C'est d'occulter notre dimension bicam&#233;rale qui nous conduit &#224; multiplier des efforts qui finissent par user et d&#233;truire ce qu'ils pr&#233;tendent installer, instaurer. Paradoxalement, si l'on suit les th&#232;ses de Jaynes, &#234;tre conscient, c'est reconna&#238;tre et accepter que les d&#233;cisions que nous pr&#233;tendons prendre sont le fruit de forces int&#233;rieures non contr&#244;l&#233;es et que toutes nos pr&#233;tentions &#224; un tel contr&#244;le sont vaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(On pourrait presque dire que le secret est la forme prise par la conscience au sens de Jaynes comme ce qui intervient pour d&#233;cider (&#224; notre place, nous sujets qui pensons choisir et d&#233;cider de tout) de ce que l'on va faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, une attention port&#233;e &#224; la mani&#232;re dont notre psych&#233; fonctionne, et &#224; l'orientation de nos actes en fonctions de m&#233;canismes sur lesquels malgr&#233; tout nous pouvons agir d'une action qui ne rel&#232;ve pas de l'omnipotence d'un &#171; je &#187; tout puissant, nous offre des possibilit&#233;s d'actions d'un autre ordre, possibilit&#233;s que nous explorons &#224; travers l'expression programmatique : faire des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien qu'ici quelque chose se joue d'essentiel et en particulier &#224; notre &#233;poque, pour nous, &#224; savoir la reconnaissance de l'existence de ce que nous appellerons &#171; des dieux &#187; &#224; la fois en nous et dans les choses du monde qui nous entoure. Apprendre &#224; les reconna&#238;tre, &#224; les faire exister, &#224; vivre avec ou par eux, tel est le projet de ce s&#233;minaire. Pour parvenir &#224; les reconna&#238;tre et &#224; les faire exister, en nous comme hors de nous, il faudra d&#233;velopper des capacit&#233;s particuli&#232;res et en particulier d&#233;gager ces &#171; dieux &#187; de tout les clich&#233;s &#233;vidences ou certitudes que nous avons au sujet de ce qui s'appelle Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine s&#233;ance sera consacr&#233;e &#224; la pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e de ce que sont les dieux dans le cadre hom&#233;rique et dans le monde pr&#233;-historique. Nous aborderons le tournant platonicien et la mise en place de la raison enter le VIIIe et le IVe si&#232;cles avant note &#232;re. Nous reviendrons sur quelques exemples contemporains de manifestations d'un bicam&#233;ralisme actif qui permettront de comprendre en quoi cette hypoth&#232;se d'une activit&#233; bicam&#233;rale dans nos cerveaux d'&#234;tre humains post-historiques est tout sauf une fantaisie. Nous suivrons donc aussi un peu les traces de Paik Nam June lorsqu'il &#233;crivait dans son livre &lt;i&gt;Du cheval &#224; Christo et autres &#233;crits&lt;/i&gt; : &#171; Plus je travaille avec la t&#233;l&#233;, plus je pense au n&#233;olithique. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
