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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Le chaos et la sph&#232;re du temps</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Chaos</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chaos, lui, peut &#234;tre un tout petit papillon qui, par-del&#224; les mers et les oc&#233;ans, survole le Monde et le bouleverse, alors que lui, le papillon, grossit d&#233;mesur&#233;ment au fil de son voyage.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH145/arton2478-b90cc.jpg?1772187588' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le chaos ce n'est pas le d&#233;sordre qui, lui, renvoie exclusivement &#224; l'entropie maximale, c'est- &#224;-dire &#224; l'&#233;quilibre thermodynamique absolu. Le d&#233;sordre est un &#233;pais nuage de mouches qui s'acharnent sur une charogne. Le chaos, lui, peut &#234;tre un tout petit papillon qui, par-del&#224; les mers et les oc&#233;ans, survole le Monde et le bouleverse, alors que lui, le papillon, grossit d&#233;mesur&#233;ment au fil de son voyage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le chaos a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Edward Lorenz, un math&#233;maticien du MIT qui bizarrement s'est pris de passion pour la m&#233;t&#233;orologie. Cette th&#233;orie expose clairement que ce que raconte la femme plus tr&#232;s jeune et un peu zozoteuse qui se d&#233;hanche devant une carte de France g&#233;ante le soir &#224; la t&#233;l&#233; ne correspondra jamais au temps qu'il va faire, surtout lorsque ses pr&#233;dictions s'&#233;talent sur une semaine. Ses mouvements de cuisses et de bassin n'influencent pas les d&#233;placements de masses d'air ni les valeurs d'aucun autre des innombrables facteurs qui interviennent dans cette discipline si complexe qu'est la m&#233;t&#233;orologie. Elle ne chevauche pas les nuages ni ne fait pas v&#233;ritablement monter la pression...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos est l'une des belles mani&#232;res d'approcher la Complexit&#233; qui, comme me l'a enseign&#233; le Ma&#238;tre en modernit&#233;, cet &#233;pist&#233;mologue brillant, ce pur sp&#233;cimen de penseur postmoderne, marque l'instant pr&#233;cis, l'instant magique, ou la Science rejoint la Philosophie et la Po&#233;sie... tout en restant la Science. Avant, ce n'&#233;tait que de la m&#233;canique, disait-il mais l&#224; il exag&#233;rait. Si l'univers n'&#233;tait pas complexe l'esp&#232;ce humaine aurait peut-&#234;tre disparu depuis longtemps, poursuivait-il. La Complexit&#233; en tant qu'assurance-vie, pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la th&#233;orie du chaos n'est pas &#224; proprement parler une th&#233;orie scientifique, qui dit obligatoirement quelque chose sur le Monde, que cette chose soit vraie ou fausse, qu'elle soit confirm&#233;e ou infirm&#233;e au fil du temps. La th&#233;orie du chaos est une th&#233;orie essentiellement math&#233;matique, c'est-&#224;-dire que c'est une construction issue de la logique la plus pure, toujours vraie elle, susceptible de s'appliquer, ou non, &#224; des ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s dans le r&#233;el. C'est sur cette diff&#233;rence qu'insiste particuli&#232;rement l'un des amis du Ma&#238;tre en modernit&#233;, un math&#233;maticien dur. Et lui, il l'explique bien le principe chaotique en montrant les limites de notre connaissance des choses. C'est ici que la Vanit&#233; nous regarde &#224; nouveau de ses orbites vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science s'est int&#233;ress&#233;e &#224; deux types de syst&#232;me au cours du temps. D'une part, le syst&#232;me d&#233;terministe qui fait que lorsque l'on conna&#238;t l'&#233;tat de d&#233;part du syst&#232;me, ses conditions initiales ou &#224; un moment donn&#233;, on peut, en r&#233;solvant des &#233;quations simples, des &#233;quations lin&#233;aires, conna&#238;tre son &#233;tat pass&#233; et pr&#233;voir celui &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la &#171; m&#233;canique &#187; newtonienne o&#249; en suivant un tout petit nombre de lois, celles de Newton, et en se servant de ce qu'on appelle le calcul diff&#233;rentiel, qui remonte &#224; l'Antiquit&#233;, on peut pr&#233;voir avec une pr&#233;cision extr&#234;me le mouvement des plan&#232;tes, le passage des com&#232;tes, l'amplitude et la p&#233;riodicit&#233; des mar&#233;es, en fait &#224; peu pr&#232;s tout de ce qui est observable, ce qui a fait croire que l'univers &#233;tait r&#233;gl&#233; comme une horloge et qu'on pouvait pr&#233;voir tout ce qui s'y passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le syst&#232;me stochastique qui conduit &#224; l'utilisation des probabilit&#233;s parce que les ph&#233;nom&#232;nes ou les &#233;v&#233;nements que l'on veut suivre sont al&#233;atoires ou inobservables. C'est le cas de la m&#233;canique quantique qui s'int&#233;resse &#224; l'infiniment petit, aux particules &#233;l&#233;mentaires &#224; peine perceptibles ou pas perceptibles du tout. On n'a jamais observ&#233; de visu un quark ou un gluon. Pour pr&#233;voir tout un tas de ph&#233;nom&#232;nes la physique quantique utilise donc les probabilit&#233;s. La question de l'acceptabilit&#233; du hasard s'est pos&#233;e d'embl&#233;e, notamment &#224; Einstein avec son fameux &lt;i&gt;&#171; Dieu ne joue pas aux d&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, et elle continue de se poser. Le hasard est-il un fait &#233;tabli ou seulement une m&#233;connaissance appel&#233;e &#224; se r&#233;duire avec les progr&#232;s de la Science et de la Connaissance ? Werner Heisenberg expliquait tout simplement ce qu'il fallait entendre par probabilit&#233;s. Ce n'est pas un d&#233; o&#249;, une fois qu'on l'a lanc&#233;, la probabilit&#233; qu'un chiffre sorte est d'un sixi&#232;me. C'est l'expression d'une tr&#232;s forte tendance telle qu'elle ressort, par exemple, de la fonction d'ondes de Schr&#246;dinger, l'&#233;quation fondamentale des d&#233;buts de la physique quantique, qui postule la position dans l'espace-temps d'une particule ou de toute autre objet physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos, elle, s'int&#233;resse aux syst&#232;mes d&#233;terministes et aux ph&#233;nom&#232;nes qu'ils g&#233;n&#232;rent, d&#233;terministes soit mais... chaotiques. De ceci, le math&#233;maticien Poincar&#233; en avait eu l'intuition bien des ann&#233;es avant que la th&#233;orie ne soit formul&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour arriver &#224; th&#233;oriser le chaos, Lorenz disposait d'un ordinateur, un de son &#233;poque, un ordinateur des d&#233;buts de l'informatique. Avec la seule r&#232;gle &#224; calcul il ne serait arriv&#233; &#224; rien. L'informatique &#224; ses d&#233;buts c'&#233;tait du lourd. Des machines &#233;normes qui occupaient des pi&#232;ces enti&#232;res avec plein de c&#226;bles partout et des grosses ampoules qui p&#233;taient continuellement, et tout cela pour crachoter assez p&#233;niblement des listings de chiffres au bout d'un temps d&#233;mentiel. Une puissance de calcul infime en regard d'une minuscule calculette actuelle. Je le sais, mon p&#232;re a travaill&#233; pendant un quart de si&#232;cle chez IBM en tant qu'ouvrier, au d&#233;part dans ce qu'on appelle les traitements thermiques. Il s'agissait de chauffer des pi&#232;ces m&#233;talliques destin&#233;s aux ordinateurs dans des gros fours puis de les plonger dans des bains d'acide, de cyanure, de chrome ou d'or pour les durcir et les rendre inoxydables. Il arrivait que les fours explosent car en surchauffe. On y respirait des vapeurs d&#233;l&#233;t&#232;res et il y a m&#234;me un gars qui est tomb&#233;, un jour, dans un bassin d'acide. On n'a retrouv&#233; de lui que son alliance en or. Dixit mon p&#232;re. C'est qu'il en connaissait un bout, mon p&#232;re sur la dangerosit&#233; du travail. Il avait &#233;t&#233; ouvrier m&#233;tallurgiste, toutes les ann&#233;es trente, dans l'est de la France dans des &#171; grosses bo&#238;tes &#187;, la forge et la fabrique de tubes comme il disait. Ah ! On peut dire qu'il m'en aura appris celui-l&#224; sur la condition ouvri&#232;re de son &#233;poque...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Lorenz, la m&#233;t&#233;o et son ordinateur, tout s'est fait &#171; par hasard &#187; mais je ne rentrerai pas dans les d&#233;tails. Ce qu'il constate c'est que certains syst&#232;mes sont plus sensibles que d'autres &#224; d'infimes variations des conditions initiales et qu'ils &#233;voluent en apparence de fa&#231;on &#171; d&#233;sordonn&#233;e &#187; sans qu'on sache v&#233;ritablement pourquoi. On rentre dans la Complexit&#233; et il faut utiliser alors des &#233;quations non lin&#233;aires que seul peut r&#233;soudre l'ordinateur, ou &#224; peu pr&#232;s, tout du moins jusqu'&#224; ce que les &#233;carts dans les conditions initiales, quand on fait plusieurs simulations, soient multipli&#233;s par dix. C'est ce que l'on appelle le &#171; temps caract&#233;ristique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du temps caract&#233;ristique, on ne peut plus rien calculer car les &#233;carts s'amplifient de fa&#231;on exponentielle, jusqu'&#224; un certain point quand m&#234;me car &#231;a va vite et on sortirait ais&#233;ment des limites de l'Univers, comme le fait remarquer le math&#233;maticien ami du Ma&#238;tre en modernit&#233;. &#192; chaque simulation, le ph&#233;nom&#232;ne se traduit par une trajectoire dans l'espace et comme il y a toujours un &#233;cart, m&#234;me infime, dans les conditions initiales, les trajectoires diff&#232;rent plus ou moins avec cette amplification plus que rapide. Au-del&#224; du temps caract&#233;ristique, le syst&#232;me, ou plut&#244;t le produit de la simulation, enfin la trajectoire, va retomber dans certains parages, que l'on appelle &#171; attracteurs &#233;tranges &#187;, et y rester, et toutes les trajectoires des ph&#233;nom&#232;nes issus des diff&#233;rentes simulations vont se retrouver par l&#224; comme si elles &#233;taient attir&#233;es... &#233;trangement. Tout cela nous donne une tr&#232;s jolie image en forme de papillon et de fait l'attracteur &#233;trange devient &#171; l'attracteur du papillon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner un exemple concret, l&#226;chons une bille dans une vasque tr&#232;s large, comme un plateau de roulette mais beaucoup plus &#233;vas&#233; et beaucoup plus profond, en lui impulsant de la main un mouvement rotatif proche de ses l&#232;vres. La bille glissera le long de la paroi dans un lent tourbillon au c&#339;ur de la vasque qui s'ach&#232;vera en un point tout au fond, au centre ou proche du centre. Prenons une seconde bille et tentons de lui imprimer le m&#234;me mouvement. M&#234;me en s'appliquant on n'y parviendra pas. Mouvement du poignet, vitesse impuls&#233;e, point de d&#233;part plus ou moins proche des l&#232;vres de la vasque, tout sera diff&#233;rent. La seconde bille fera un tourbillon, tracera une autre trajectoire, proche ou non de la premi&#232;re, et &#233;chouera &#224; son tour dans le fond de la vasque avec la premi&#232;re bille mais probablement pas au m&#234;me endroit. Les conditions initiales pour les deux billes sont diff&#233;rentes dans le syst&#232;me vasque, donc leurs trajectoires sont diff&#233;rentes, leur &#233;cart s'accentuera au fil du glissement le long des parois, jusqu'&#224; atteindre le temps caract&#233;ristique et le d&#233;passer, et le fond de la vasque agit comme un attracteur &#233;trange. Le syst&#232;me vasque est un syst&#232;me chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;t&#233;orologie est complexe et avec sa mise en jeu d'une multitude de facteurs, un million disent certains mais c'est une image, la temp&#233;rature, la pression, le taux d'hygrom&#233;trie et quantit&#233; d'autres choses en diff&#233;rents points du globe, au sol et en altitude, sur terre et en mer, c'est le syst&#232;me chaotique par excellence, d'o&#249; la fameuse image de Lorenz pour marquer les esprits : &lt;i&gt;&#171; un papillon qui bat des ailes au Br&#233;sil peut d&#233;clencher une tornade au Texas &#187;&lt;/i&gt;. &#192; partir de ceci, la zozoteuse qui se tortille &#224; la t&#233;l&#233; devant une carte de France a une capacit&#233; pr&#233;dictive pas tellement sup&#233;rieure &#224; celle d'une grenouille avec une petite &#233;chelle dans son bocal, et ce en d&#233;pit de la r&#233;volution informatique. Mais des syst&#232;mes chaotiques on en trouve absolument partout et parfois m&#234;me... en musique. Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zimmermann et son &#171; Requiem f&#252;r einen jungen Dichter &#187;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le Requiem pour un jeune po&#232;te est une &#339;uvre tout &#224; fait singuli&#232;re que l'on ne peut pas pousser dans toutes les oreilles comme un bout de coton hydrophile, et pour le coup c'est une composition d'une modernit&#233; incontestable en ce qu'il y a volont&#233; de d&#233;sali&#233;nation de l'esth&#233;tisme canonique, et c'est aussi un fantastique syst&#232;me chaotique. Une &#339;uvre-monstre ! Il faut dire que Zimmermann est un habitu&#233; du fait. Son op&#233;ra &#171; Die soldaten &#187;, les soldats, est un monument colossal, peut-&#234;tre le plus gros op&#233;ra d'apr&#232;s-guerre, avec &#171; Le grand macabre &#187; de Gy&#246;rgy Ligeti. La composition musicale rejoint souvent l'architecture grandiose. Ainsi certaines &#339;uvres sont de v&#233;ritables cath&#233;drales gothiques, les symphonies de Beethoven et de Mahler, les oratorios de la Passion de Bach, par exemple, et bien s&#251;r le requiem de Mozart. Le requiem de Zimmermann aurait plut&#244;t &#224; voir avec les Prisons de Piran&#232;se, tellement il foisonne en coins et recoins, en passerelles et en pont-levis jet&#233;s entre des colonnes-tours, en voutes et en escaliers enchev&#234;tr&#233;s, dont certains sont des spirales se d&#233;veloppant dans le vide, en piliers monumentaux et en arches &#233;crasantes, en poulies et en cabestans hissant des cordes et des cha&#238;nes &#224; des hauteurs vertigineuses, juxtaposition de volumes incroyables, superposition d'espaces improbables, lieux abominables de perdition et de strangulation. Les prisons de Piran&#232;se sont des labyrinthes sans aucune issue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2024-01-18_a_09.16_54.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH697/capture_d_e_cran_2024-01-18_a_09.16_54-26eb6.jpg?1717321094' width='500' height='697' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;L'une des &#171; prisons &#187; de Piranese
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Zimmermann emprisonne le temps dans une sph&#232;re et tous les sons de son si&#232;cle rebondissent, m&#233;lang&#233;s, fusionn&#233;s, hybrid&#233;s, sur les parois de verre de cette cloche dans laquelle il est enferm&#233; lui aussi. Logique de Wittgenstein, harangues nazies, po&#232;mes de Ma&#239;akovski, discours fondateurs de r&#233;publiques et oraisons fun&#232;bres des r&#233;volutions, rugissements des manifestations juv&#233;niles et des soul&#232;vements ouvriers, r&#233;miniscences de musiques solennelles et fugacit&#233;s pop, fulgurance du Verbe et odieuses propagandes, feux d'artifice d'intelligence et ronflements de la barbarie, miracles des mots et discours d'assassins, &#233;criture contrapuntique de la d&#233;mesure et des extr&#234;mes, polyphonie sublime g&#233;n&#233;ratrice ou issue des catastrophes, Histoire et vanit&#233; de l'Histoire, destruction du sens et rythmicit&#233; des langues et des langages, mati&#232;re sonore et antimati&#232;re, &#233;vanouissement de la Beaut&#233;, annihilation de l'Esp&#233;rance, tout est requiem et anti- structure, tout devient battement f&#233;brile, tout y est captur&#233; et tout vole en &#233;clats, tout se d&#233;sint&#232;gre dans une monstrueuse d&#233;flagration. &#171; Big Crunch &#187; de l'Esprit, de la po&#233;sie et de la musique. Ne reste plus que le N&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce requiem, Zimmermann, compositeur &#224; la fois mystique et dionysiaque, &#171; un moine dionysien &#187; pr&#233;cise Laurent Feneyrou son meilleur connaisseur, joli mani&#232;re de dire maniaco-d&#233;pressif, imbib&#233; de philosophie allemande, Kant, Heidegger, Husserl, l'a m&#251;ri pendant plus de cinquante ans en faisant de l'Eccl&#233;siaste la pierre angulaire sur laquelle reposerait sa superbe m&#233;ditation, la colonne vert&#233;brale &#224; laquelle il adjoindrait jour apr&#232;s jour quantit&#233; d'ossements afin de construire, de reconstituer serait plus exact, le squelette de l'Histoire &#233;v&#232;nementielle et spirituelle, une multitude de textes, il fait montre d'une &#233;rudition sans limite, de citations musicales &#233;clectiques, cantatique, op&#233;ratique, symphonique, baroque, classique, dod&#233;caphonique, et d'enregistrements de moments de l'Histoire du Monde, catalogue prolifique tenu sans aucun souci de chronicit&#233;, sph&#233;ricit&#233; du temps oblige. Il emprunte beaucoup &#224; James Joyce et &#224; Ezra Pound. Au premier, la mosa&#239;que de styles de l'Ulysse et l'idiosyncrasie du Finnegans Wake. Au second, la pratique du collage, la compilation apocalyptique, de fragments d'histoires et de langues &#233;trang&#232;res des Cantos, dans sa qu&#234;te obsessionnelle d'un rythme universel et absolu. Toute la m&#233;moire du compositeur est mobilis&#233;e, tout s'y est d&#233;pos&#233; en couches alluvionnaires, tout y a patiemment ferment&#233;, pendant un demi-si&#232;cle tout le savoir s'est accumul&#233; en strates, et puis l'intelligence a travaill&#233; &#224; partir de toute cette mati&#232;re, beaucoup, elle l'a tritur&#233;e, &#233;norm&#233;ment. Zimmermann parle d'un &#171; r&#233;seau confus de fils entrem&#234;l&#233;s &#187; et s'en &#233;tonne, et s'en &#233;merveille, et se r&#233;jouit de toute cette richesse de &#171; mat&#233;riaux culturels &#187;, de cet empilement &#171; temporel et &#233;v&#232;nementiel &#187;, dans lesquels il trouve un peu de &#171; s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a &#171; le parler mis en musique &#187;, non pas le Sprechgesang de Schoenberg mais quand m&#234;me h&#233;rit&#233; de lui, o&#249; le contenu s&#233;mantique est totalement &#233;vacu&#233; pour ne plus retenir que le timbre propre &#224; chaque langue, sa musicalit&#233; accentu&#233;e souvent par la superposition des discours, subtil contrepoint lingual. &#338;uvre-monstre donc, et &#224; &#339;uvre-monstre dispositif- monstre. Un orchestre symphonique mais sans violon, un orgue, un ensemble de jazz, trois ch&#339;urs, deux r&#233;citants, un soprano, une basse ou un baryton, deux bandes magn&#233;tiques &#224; quatre pistes. Les ch&#339;urs et les amplis pour les bandes magn&#233;tiques sont r&#233;partis devant, derri&#232;re, &#224; droite et &#224; gauche du public de la salle de concert, l'orchestre, l'ensemble de jazz, les chanteurs autres que ceux des ch&#339;urs et les r&#233;citants occupant la sc&#232;ne principale. Il y a donc spatialisation de la musique. Certains parlent d'un &#171; effet de strangulation musicale &#187; pour bien souligner le fait qu'il est absolument impossible d'&#233;chapper &#224; la musique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La spatialisation est la grande red&#233;couverte du vingti&#232;me si&#232;cle musical, spatialisation pratiquement oubli&#233;e depuis l'&#226;ge baroque, gr&#226;ce notamment &#224; Stockhausen, un ennemi jur&#233; de Zimmermann et pourtant tout aussi mystique que lui, et &#224; son Gruppen qui place le public au milieu de trois ensembles symphoniques, et dans lequel il superpose d&#233;j&#224; des couches temporelles diff&#233;rentes. L'utilisation de bandes magn&#233;tiques en musique savante est une invention pure de ce m&#234;me si&#232;cle, &#233;videmment, d&#233;velopp&#233;e &#224; partir des travaux des bruitistes futuristes italiens. On retrouve l&#224;-dedans des exp&#233;rimentateurs comme Edgard Var&#232;se, John Cage, mais aussi Pierre Schaeffer, le p&#232;re de la musique concr&#232;te, et son disciple Pierre Henry, qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le p&#232;re nourricier de la musique &#233;lectroacoustique. Karlheinz Stockhausen, encore lui, s'en empare notamment pour Hymnen, morceau tout &#224; fait contemporain du Requiem de Zimmermann.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sph&#232;re du temps. Il n'y a ni avant ni apr&#232;s, tout se confondant tout le temps. Quatre mouvements pour un plurilinguisme musical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prologue s'avance doucement mais c'est d&#233;j&#224; tr&#232;s sombre. Missa pro Defunctis &#171; Faites, nous vous en prions, Dieu tout-puissant et mis&#233;ricordieux. &#187; (en latin) puis d&#233;marrage des r&#233;flexions philosophiques de Wittgenstein &#224; propos d'un chapitre de Saint-Augustin traitant du langage &#171; I. Augustin (Confessions, 1.8) :Quand ils (les adultes) nommaient une certaine chose et qu'ils se tournaient... &#187; (en allemand) avec des extraits de l'allocution de Jean XXIII pour l'ouverture de Vatican II &#171; Le Deuxi&#232;me Conseil &#339;cum&#233;nique du Vatican dont les d&#233;buts... &#187; (en italien) et monologue de Molly Bloom &#224; la fin d'Ulysse &#171; le jour que je l'ai amen&#233; &#224; me parler mariage... &#187; (en anglais), enfin Alexandre Dubcek dans une allocution marquant la fin du Printemps de Prague &#171; dans cet accord et dans cette attitude sont les fondements de notre avenir... &#187; (en tch&#232;que). La musique enfle progressivement, tout se m&#233;lange et se couvre tour &#224; tour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/requiem_pour_un_jeune_poe_te.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH435/requiem_pour_un_jeune_poe_te-028cc.jpg?1716558622' width='500' height='435' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Requiem I d&#233;marre avec la suite de la Missa pro Defunctis et le gonflement des ch&#339;urs. Arr&#234;t brutal pour laisser place &#224; toute une construction s&#233;rielle, sur les diff&#233;rentes pistes des bandes et selon les interventions des r&#233;citants, autour d'une lecture de la loi fondamentale de la RFA &#171; La dignit&#233; de l'&#234;tre humain est intangible... &#187; (en allemand), des citations de Mao Zedong &#171; En fin de compte, le r&#233;gime socialiste se substituera au r&#233;gime capitaliste... &#187; (en allemand), d'un po&#232;me de Sandor We&#246;res &#171; silence / paix / silence / paix / lumi&#232;re / lumi&#232;re de silence... &#187; (en hongrois), du chapitre 3 de l'Eccl&#233;siaste &#171; Je regarde la t&#226;che que Dieu donne aux enfants des hommes... &#187; (en latin), d'un extrait de Finnegans Wake &#171; Monjour, ma ville ! Liffe ! C'est moi Liffey qui te parle... &#187; (en anglais), des Perses d'Eschyle &#171; Allez, enfants des Grecs d&#233;livrez la patrie... &#187; (en grec ancien), de Pour Anna Blume de Schwitters &#171; O toi, bien- aim&#233;e de mes vingt-sept sens, je te aime... &#187; (en allemand), d'un discours de Hitler &#224; l'occasion de l'entr&#233;e des troupes allemandes en Tch&#233;coslovaquie &#171; Dans la mesure o&#249; la d&#233;fense du Reich l'exige... &#187; (en allemand), d'une d&#233;claration de Chamberlain &#171; Je vais rencontrer le Chancelier allemand... &#187; (en anglais), d'un extrait des Cantos pisans &#171; O Lynx, r&#233;veille Sil&#232;ne et Casey... &#187; (en anglais), du Caligula de Camus &#171; A raison de nos besoins... &#187; (en fran&#231;ais), de Dubcek encore &#171; Mes chers compatriotes, mes chers camarades... &#187; (en tch&#232;que), d'un discours de Papandr&#233;ou &#171; La d&#233;mocratie vaincra ! &#187; (en grec moderne), du Prom&#233;th&#233;e enchain&#233; &#171; Ether divin, vents &#224; l'aile rapide... &#187; (en grec ancien), de Ma&#239;akovski &#171; Honor&#233;s camarades qui viendrez apr&#232;s nous !... &#187; (en russse), d'un discours de Imre Nagy &#171; Mes fr&#232;res hongrois, je m'adresse encore &#224; vous d'un amour br&#251;lant !... &#187; (en hongrois et en allemand), de We&#246;res encore &#171; ... vent-eau-terre... &#187; (en hongrois), de Ma&#239;akovski &#171; ...Dans ma gorge le chagrin est comme un sac... &#187; (en russe) et enfin &#171; ... En fouillant la merde p&#233;trifi&#233;e d'aujourd'hui... &#187; (en russe). Tout ceci surgissant un &#224; un puis se m&#233;langeant, se superposant et s'effa&#231;ant progressivement, tout ceci entrecoup&#233; de rumeurs de manifestations, de ressac marin, de sons &#233;lectroniques, de bruits de foules et de guerre, et des &#233;clairs musicaux, Milhaud, La cr&#233;ation du monde, Messiaen, L'Ascension, Zimmermann, Symphonie en un mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le Requiem II la Missa pro Defunctis refait son apparition avec des cuivres et des percussions et des vagues de ch&#339;urs et encore plus de vague au c&#339;ur. Longue scansion sur plusieurs pistes du Sixi&#232;me sens de Konrad Bayer &#171; ... j'ai contre ma nature et mon instinct (!), adopt&#233; un point de vue optimiste. J'ai vraiment essay&#233;... &#187; (en allemand) puis, apr&#232;s une incursion du Hey Jude des Beatles, une toute aussi longue scansion de Ma&#239;akovski &#171; Honor&#233;s camarades qui viendrez apr&#232;s nous ! En fouillant la merde p&#233;trifi&#233;e d'aujourd'hui... &#187; (en russe et en allemand) et des Carnets de Gustav Anias Horn de Hans Henny Jahnn &#171; Impossible de mesurer l'humiliation que renferme cette constatation... Savoir qui je suis r&#233;ellement, cette question ne s'est toujours pas tue en moi... &#187; (en allemand), enfin glissades al&#233;atoires de free- jazz, musique que l'on peut qualifier de dionysiaque, et hachures des textes et po&#232;mes susdits qui se d&#233;tachent, se succ&#232;dent, ou se superposent. Ch&#339;ur, orgue, piano, percussions, cuivres, soprano et baryton pour une r&#233;surgence de la Missa pro Defunctis et surtout une version chant&#233;e du m&#234;me Canto pisan &#171; Lynx, m&#233;fie-toi de ces vignes &#233;pineuses O lynx... &#187; (en anglais et en allemand). La soprano chante quelques mesures de We&#246;res &#171; Silence/paix/Silence... &#187; (en hongrois), puis arrivent d'autres mesures, &#233;lectroniques celles-ci, de Tratto de Zimmermann, enfin tous les ch&#339;urs, chanteurs et r&#233;citants, soutenus ou couverts par l'orgue et les cuivres, enfilent dans un contrepoint hallucinant, mi-chant&#233;s, mi-cri&#233;s, des fragments de Ma&#239;akovski &#171; Arr&#234;tez, assez... Non, Essenine, ne croyez pas que je plaisante... &#187; (en allemand), de la Missa pro Defunctis et de son Kirie &#171; Seigneur, ayez piti&#233; !... &#187; (en latin), de Schiller &#171; Fr&#232;res, au- dessus du firmament.. &#187; (en Allemand).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour finir Dona nobis Pacem pour lequel tous les moyens vocaux, magn&#233;tiques et orchestraux sont mobilis&#233;s. &#171; Dona nobis pacem &#187; dans une longue psalmodie qui s'&#233;talera pratiquement sur tout le mouvement avec plus ou moins de force et de coh&#233;sion, avec des jaillissements de cuivre, des roulements de tambours et timbales, des frissonnements de cymbales et quelques tintements, et des accords plaqu&#233;s sur clavier, &#171; Dona nobis Pacem &#187; qui ne permettra pas aux discours, d&#233;clarations et communiqu&#233;s de se d&#233;velopper. Ribbentrop : &#171; Le bolch&#233;visme fait face au national-socialisme, dans une hostilit&#233; mortelle... &#187; (en allemand), premi&#232;re division de DCA : &#171; Attention ! Attention ! ... &#187; (en allemand). Clameurs tr&#232;s vite interrompues de masses fanatis&#233;es. M&#234;me Beethoven et sa neuvi&#232;me est masqu&#233;, tout comme Goebbels : &#171; Je vous le demande : ... &#187; (en allemand), et le major Remer &#233;videmment : &#171; Le Fuhrer dit : ... &#187; (en allemand). M&#234;me le th&#232;me de Hey Jude et Churchill n'arrivent plus &#224; passer. Staline &#224; la radio russe et Freisler devant le Tribunal du Peuple, ne sont plus autoris&#233;s par la r&#233;volte qui gonfle et qui monte des pav&#233;s soixante-huitards, &#171; Vendus ! Vendus ! ... &#187; et les ch&#339;urs s'emportent et les c&#339;urs s'&#233;l&#232;vent, puis tout s'arr&#234;te. Konrad Bayer : &#171; comme chacun sait, comme chacun savait, comme tous le savaient, comme tous le savent... comme chacun pouvait &#224; distance le voir, comme chacun peut le voir, comme tout homme peut le voir. &#187; (en allemand). Apr&#232;s une br&#232;ve annonce des percussions, un dernier et path&#233;tique DONA NOBIS PACEM ! hurl&#233; par les ch&#339;urs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les citations litt&#233;raires et musicales et les &#233;l&#233;ments historiques se d&#233;veloppent bien au d&#233;marrage, comme dans tout syst&#232;me complexe, et puis il y a une v&#233;ritable et irr&#233;sistible acc&#233;l&#233;ration, comme dans tout syst&#232;me complexe, avant que tout n'aille se briser au contact des parois de verre de la sph&#232;re du temps, et retomber en &#233;clats plus ou moins fins, comme les gouttes d'une pluie d'&#233;t&#233; tr&#232;s drue, sur la partition, afin de former une polyphonie d'autant plus int&#233;ressante qu'elle est devenue totalement al&#233;atoire et que tout discours est rendu impossible. Chaos ! Certaines choses sont l&#224;, enregistr&#233;es sur bandes, presque toujours pr&#233;sentes, sans qu'on les entende parce que compl&#232;tement recouvertes, victimes de la superposition chaotique, les r&#233;flexions sur le temps du Qohelet dans l'Eccl&#233;siaste par exemple, temps universel et temps passager de l'Homme. Chaos fantastique des mots, des musiques, des bruits. Il y a dans ce syst&#232;me-Requiem deux attracteurs &#233;tranges. D'une part, la belle et rugueuse figure de Vladimir Ma&#239;akovski derri&#232;re laquelle se dissimule &#224; peine l'ombre noire d'un bien mauvais gar&#231;on, Sergue&#239; Essenine. &#171; Vous &#234;tes pass&#233; dans l'autre monde, comme on dit. Dans le vide... Vous piquez vers les &#233;toiles. Plus question de brasseries, d'avance ou de cr&#233;dit. C'est fini, lucidit&#233; totale. Non Essenine... &#187;. D'autre part, la silhouette fugitive de Konrad Bayer, po&#232;te tourment&#233; lui aussi, totalement travers&#233; par un courant d'influences h&#233;t&#233;roclites, un flux ininterrompu de r&#233;f&#233;rences philosophiques et artistiques. &#171; question : qu'esp&#233;rer ? il n'y a rien qui puisse &#234;tre atteint sinon la mort... il n'y a ni faute, ni p&#233;ch&#233;, ni bien, ni mal, ni dieu, ni possibilit&#233;, juste l'apparence de pouvoir vivre pour l'apparence... &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de ses master-classes, Gy&#246;rgy Kurt&#228;g, un autre tr&#232;s beau compositeur, ne se lassait jamais de r&#233;p&#233;ter qu'une partition &#233;tait &#224; concevoir comme un squelette, et que c'&#233;tait &#224; l'interpr&#233;tation d'y coller la chair et le sang n&#233;cessaires &#224; la vie. Dans la construction complexe de Zimmermann, la chair et le sang sont d&#233;j&#224; attach&#233;s au squelette, mais ce sont chair et sang des po&#232;tes suicid&#233;s, Essenine (?), Ma&#239;akovski (?), Bayer. Ces attracteurs &#233;tranges ne fixent pas durablement la trajectoire musicale. Ils sont un peu comme la surface lisse d'un &#233;tang qu'un nuage de libellules multicolores (couleurs des langues) viendrait p&#233;riodiquement effleurer et rider, surface tendue qui ferait rebondir ce nuage vers le ciel. Il ressort de tout cela aussi, un &#233;pouvantable cri, un sentiment de culpabilit&#233; &#233;norme de l'homme d'Allemagne qui a fait la guerre au sein de la Wehrmacht et qui s'exprime dans l'insistance &#224; ramener les discours des psychopathes de son &#233;poque et de son pays. A partir de ceci, plus rien ou presque n'est possible comme le disait d&#233;j&#224; Adorno. Tout se d&#233;truit en se m&#233;langeant dans la fureur, y compris la musique. Ce Requiem c&#233;l&#232;bre &#224; sa mani&#232;re la mort de l'Esprit, la mort de la Po&#233;sie, la mort de la Musique et pr&#233;matur&#233;ment la mort du compositeur. Rong&#233; par la m&#233;lancolie, englu&#233; dans la d&#233;pression, Bernd Alois Zimmermann n'entendra jamais jouer son Requiem. Il mettra fin &#224; ses jours peu de temps apr&#232;s la premi&#232;re de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de &#171; L'illusion, la trace et la sph&#232;re du temps &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2024-01-18_a_10.02_01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH577/capture_d_e_cran_2024-01-18_a_10.02_01-78896.jpg?1772221067' width='500' height='577' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Bernd Alois Zimmermann
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tous les textes cit&#233;s figurent dans le livret traduit en fran&#231;ais du &#171; Requiem pour un jeune po&#232;te &#187;, coordination, recherche et annotations de Laurent Feneyrou (Laurent Feneyrou/Festival d'automne &#224; Paris-1995).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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