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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Un m&#233;t&#232;que nomm&#233; Hercule Florence</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le bicentenaire de l'invention de la photographie n'aura officiellement lieu que dans quelques ann&#233;es, mais on s'anime d&#233;j&#224; beaucoup, entre pr&#233;parations de colloques et appels &#224; contribution &#224; des &#171; revues savantes &#187; : tout un plan marketing en action. Du c&#244;t&#233; anglo-saxon, tout se met en place pour glorifier Talbot, Atkins (ah, la premi&#232;re femme photographe, excellent sujet f&#233;ministe &#224; la mode) et Herschel (qui, affirme-t-on haut et fort, inventa le mot photographie &#8211; un vilain mensonge).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH48/arton2549-aedff.jpg?1772255855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='48' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le bicentenaire de l'invention de la photographie n'aura officiellement lieu que dans quelques ann&#233;es, mais on s'anime d&#233;j&#224; beaucoup, entre pr&#233;parations de colloques et appels &#224; contribution &#224; des &#171; revues savantes &#187; : tout un plan marketing en action. Du c&#244;t&#233; anglo-saxon, tout se met en place pour glorifier Talbot, Atkins (ah, la premi&#232;re femme photographe, excellent sujet f&#233;ministe &#224; la mode) et Herschel (qui, affirme-t-on haut et fort, inventa le mot photographie &#8211; un vilain mensonge).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre essentiel de 1997, &lt;i&gt;Burning with Desire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1997, p. 35.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Geoffrey Batchen, l'Australien historien de r&#233;f&#233;rence de la proto-photographie, liste les vingt-quatre inventeurs possibles de la photographie. Dans cette liste, vingt-trois de ces vingt-quatre inventeurs sont des Europ&#233;ens. Et, &#244; surprise, l'un d'eux est un m&#233;t&#232;que, un rastaquou&#232;re, un Latino. Il faut donc se d&#233;p&#234;cher de l'oublier, de nier cet accroc dans l'omnipotence europ&#233;enne, ou, si on est vraiment oblig&#233; d'en parler, de le placer en position de copieur des h&#233;liographies de Ni&#233;pce, de ne surtout pas le situer dans le contexte politico-&#233;conomique de la domination coloniale de l'Occident (ciel ! une analyse politique anti-fran&#231;aise ! comment osez-vous ?) et de bien le confiner dans son contexte br&#233;silien, toutes portes ferm&#233;es (parler de sa famille est politiquement moins risqu&#233; que de parler de son occultation par les historiens occidentaux de la photographie). Il faut rester neutre et ne pas aller &#224; la d&#233;fense de cet inventeur p&#233;riph&#233;rique : la n&#233;cessaire &#171; neutralit&#233; &#187; est, depuis toujours, le discours &#233;ternel des dominants n&#233;ocoloniaux d&#232;s que leur position risque d'&#234;tre mise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le dernier list&#233; des vingt-quatre inventeurs de Batchen &#233;tait certes d'origine europ&#233;enne (Mon&#233;gasque et non pas Fran&#231;ais comme on le lit trop souvent, un cocorico de compensation) mais il vivait au Br&#233;sil, sujet de l'Empereur de ce pays, y ayant immigr&#233; en 1824, &#224; l'&#226;ge de 20 ans. Hercule Florence (1804-1879) n'est sans doute pas le premier photographe (si on date &lt;i&gt;Le Point de vue du Gras&lt;/i&gt; de Ni&#233;pce de 1826-27) : sa premi&#232;re photographie en date du 20 janvier 1833 a disparu, et, s'il affirme dans son journal avoir photographi&#233; divers lieux de sa ville, seules subsistent aujourd'hui sept gravures photographiques r&#233;alis&#233;es par lui. Mais, le 22 octobre 1833, il r&#233;digea un manuscrit de vingt-cinq pages en fran&#231;ais, sa langue maternelle, titr&#233; &lt;i&gt;&#171; Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Retranscrit dans Raimondi 2017, p. 145-165. Une version l&#233;g&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce fut, cinq ans et demi avant Herschel, la premi&#232;re apparition du mot photographie. Cinq ans et demi, soixante-six mois : une avance indubitable, mais difficile &#224; dig&#233;rer pour les savants europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai est donc le premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception d'un article de Philippe Vuaillat, directeur de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans une revue scientifique fran&#231;aise &#224; pr&#233;senter le travail photographique d'Hercule Florence et &#224; lui reconna&#238;tre le m&#233;rite d'avoir invent&#233; le mot &#171; photographie &#187;, en adoptant un point de vue d&#233;colonial sur son occultation par les historiens de la photographie occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui &#233;tait donc ce m&#233;t&#232;que nomm&#233; Hercule Florence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Nice en 1804 d'un p&#232;re fran&#231;ais et d'une m&#232;re mon&#233;gasque, Hercule Florence (en portugais, parfois, H&#233;rcules), fut &#233;lev&#233; &#224; Monaco (&lt;i&gt;&#171; la plus petite monarchie d'Europe &#187;,&lt;/i&gt; &#233;crit-il dans son autobiographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence H. 2015, p. 103 (p. 178 du manuscrit).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Dou&#233; pour le dessin et curieux de voyager, il s'embarqua &#224; 20 ans pour le Br&#233;sil, muni d'un passeport mon&#233;gasque. Le pays venait de devenir ind&#233;pendant : le roi du Portugal s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; en 1807 au Br&#233;sil pour fuir l'invasion napol&#233;onienne, et, apr&#232;s son retour r&#233;ticent en Europe en 1821, son fils ain&#233; resta au Br&#233;sil, proclama l'ind&#233;pendance et devint Empereur. Apr&#232;s trois si&#232;cles d'obscurantisme et de fermeture au monde, l'ancienne colonie se transforma radicalement, se modernisa politiquement et culturellement, tout en maintenant une &#233;conomie traditionnelle de plantation, encore bas&#233;e sur l'esclavage. De nombreuses missions d'exploration de l'int&#233;rieur du pays furent alors entreprises, et Florence, d'abord employ&#233; d'un libraire-imprimeur &#224; Rio de Janeiro, fut embauch&#233;, un an apr&#232;s son arriv&#233;e, comme dessinateur par un savant et diplomate russe d'origine allemande, le baron de Langsdorff qui allait explorer les provinces de l'int&#233;rieur jusqu'en 1829, mais sombra dans la folie au cours de l'exp&#233;dition. Aux fins de documentation scientifique, Florence r&#233;alisa de nombreux dessins des paysages, des indig&#232;nes, de la faune et de la flore au long des 13 000 kilom&#232;tres du p&#233;riple (voir Leenhardt 2018). Excellent dessinateur, il dit avoir alors ressenti le besoin d'un instrument m&#233;canique pratique et &#233;conomique qui lui aurait facilit&#233; son travail de &#171; copiste &#187; de la r&#233;alit&#233; en acc&#233;l&#233;rant les phases les plus simples du dessin. Il eut aussi alors le projet de transcrire le chant des oiseaux et le son des animaux, qu'il nomma zoophonie. De retour &#224; Rio de Janeiro, Florence se maria en 1830 avec la fille d'un homme politique et riche propri&#233;taire terrien, et s'&#233;tablit dans la Vila de S&#227;o Carlos, une petite bourgade de 6700 habitants dont 4000 esclaves, &#224; 100 kilom&#232;tres de S&#227;o Paulo et 500 kilom&#232;tres de la capitale Rio de Janeiro (aujourd'hui Campinas, une ville de 1,2 million d'habitants dot&#233;e d'une excellente universit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet endroit recul&#233; que Florence, qui &#233;tait autodidacte, entreprit ses premi&#232;res recherches, &#224; c&#244;t&#233; de ses activit&#233;s commerciales (et plus tard agricoles) et de sa pratique artistique comme peintre et dessinateur. Voulant diffuser ses travaux sur la zoophonie, il r&#233;alisa qu'il n'y avait qu'une seule imprimerie dans tout l'&#201;tat de S&#227;o Paulo et qu'elle &#233;tait incapable d'imprimer ses dessins et partitions musicales (tant l'imprimerie que l'importation de livres non religieux et non scolaires avaient &#233;t&#233; interdites jusqu'en 1808) ; lithographie comme gravure &#233;taient des proc&#233;d&#233;s complexes et co&#251;teux. Face &#224; ces contraintes, il mit donc au point &#224; partir de 1830 un proc&#233;d&#233; de reproduction d'images en couleurs qu'il nomma polygraphie. Il tenta de le diffuser commercialement, cr&#233;ant une imprimerie polygraphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ses dessins et tableaux de personnes et de paysages (dont de nombreuses &#233;tudes du ciel et des nuages), Florence, &#224; partir de 1832, s'int&#233;ressa &#224; l'&#233;tude de la lumi&#232;re, cr&#233;ant des &#171; peintures cisparentes &#187; perc&#233;es de petits trous pour jouer avec la lumi&#232;re et transformant une pi&#232;ce de sa maison en &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt; pour dessiner. Marchand de tissus, il observa la d&#233;coloration de certaines &#233;toffes sous le soleil tropical et en eut l'intuition qu'il devrait &#234;tre possible de fixer les images projet&#233;es dans sa &lt;i&gt;camera obscura.&lt;/i&gt; Sans r&#233;elle culture scientifique, il &#233;tudia des livres de chimie re&#231;us d'Europe (en particulier ceux de Berzelius) et apprit (le 15 ao&#251;t 1832 d'apr&#232;s son journal) du pharmacien de la bourgade, Joaquim Corr&#234;a de Mello, les propri&#233;t&#233;s du nitrate d'argent. Le 11 janvier 1833 (il n'avait pas encore 31 ans), il nota dans son journal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Le nitrate d'argent est, de toutes les substances que je connais, la seule substance &#224; laquelle je connaisse la vertu de se noircir au soleil. [&#8230;] Or, s'il en &#233;tait ainsi, comme je le crois, on placerait une feuille de papier couverte d'une couche de cette substance dans une chambre obscure [&#8230;] l'objet y resterait repr&#233;sent&#233; m&#234;me apr&#232;s l'avoir retir&#233; de la chambre obscure. [&#8230;] Je crois voir que dans l'avenir un jour on imprimera par l'action de la lumi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livre d'annotations et de premiers mat&#233;riaux, pages 130 et 131v&#186;, source (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;couvertes photographiques du m&#233;t&#232;que Florence au fin fond du Br&#233;sil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il construisit alors un appareil portatif rudimentaire, une petite caisse en bois couverte de sa palette de peintre, avec une lentille de lorgnette, et obtint sa premi&#232;re photographie sur un papier sensibilis&#233; avec une faible solution de nitrate d'argent, comme il le nota dans son journal le 20 janvier 1833 sous le titre &#171; D&#233;couverte tr&#232;s importante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 131v&#186;-132v&#186;, cit&#233; dans Kossoy 2016 p. 149.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il est assez savoureux que, quelques ann&#233;es avant Baudelaire d&#233;clarant la photographie tr&#232;s humble servante des arts, Florence ait mis une palette de peintre au service de la photographie. Cette image d'une vue de sa fen&#234;tre (qui &#233;voque bien s&#251;r le Point de Vue du Gras de Ni&#233;pce) &#233;tait en n&#233;gatif, mais surtout, elle n'&#233;tait pas permanente et continuait de s'obscurcir sous l'action de la lumi&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;L'objet qui &#233;tait repr&#233;sent&#233; dans la chambre obscure &#233;tait une des fen&#234;tres, avec la vitre ferm&#233;e : on y voyait les carreaux, le toit d'une maison en face et partie du ciel. J'ai laiss&#233; cela pendant 4 heures ; j'ai &#233;t&#233; voir, et, apr&#232;s avoir retir&#233; le papier, j'y ai trouv&#233; la fen&#234;tre repr&#233;sent&#233;e d'une mani&#232;re fixe ; mais ce qui devait &#234;tre obscur &#233;tait clair, ce qui devait &#234;tre clair &#233;tait obscur. Mais qu'importe, on verra bient&#244;t le rem&#232;de &#224; cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par crainte que le reste du papier et tout ce qui &#233;tait clair dans la fen&#234;tre ne dev&#238;nt obscur &#224; la lumi&#232;re, je le lavai sans tarder, pour enlever le nitrate d'argent ; ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; noir ne perdit rien de son intensit&#233; au soleil, je pla&#231;ai ce papier &#224; la lumi&#232;re pendant une heure ; ce qui &#233;tait blanc devint &#224; la v&#233;rit&#233; un peu obscur, mais jamais assez pour faire disparaitre le dessin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or il ne manque plus qu'&#224; trouver le moyen d'emp&#234;cher que ce qui est blanc se ternisse de la moindre des choses, et faire que ce qui est obscur dans l'objet reste obscur sur le papier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les mois suivants, Florence s'effor&#231;a de r&#233;soudre ces deux probl&#232;mes, qui sont ceux que tous les proto-photographes ont rencontr&#233;s d'une mani&#232;re ou d'une autre. Il exp&#233;rimenta non seulement avec le nitrate d'argent, ensuite lav&#233; &#224; l'eau, donnant des tons gris&#226;tres, p&#226;les ou roux, mais aussi avec le chlorure d'argent et avec le chlorure d'or, fort co&#251;teux, mais donnant les meilleurs r&#233;sultats apr&#232;s une longue exposition, avec des traits plus fins : &lt;i&gt;&#171; la couleur est plus agr&#233;able, puisqu'elle est d'un beau violet pour les demi-teintes, et de la couleur de l'encre &#224; &#233;crire pour les obscurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 142, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 159.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (8 avril 1833). Pour fixer l'image, la rendre inalt&#233;rable &#224; la lumi&#232;re, il exp&#233;rimenta, un peu par hasard, avec l'urine, et, en avril 1833, la combinaison chlorure d'or et urine, lui permit d'obtenir une image dont &lt;i&gt;&#171; la partie blanche n'a jamais acquis la moindre alt&#233;ration, malgr&#233; que le papier ait s&#233;ch&#233; compl&#233;tement et [soit] rest&#233; si longtemps [pendant plusieurs heures] au soleil &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour les tirages au chlorure d'argent, il obtint du succ&#232;s avec de l'ammoniaque comme fixateur, mais celle-ci, trop caustique, attaquait et d&#233;colorait le dessin. Selon Boris Kossoy, Florence fut le premier &#224; utiliser et le chlorure d'or et l'ammoniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la vue de sa fen&#234;tre, il ne mentionne que deux autres photographies, d'un buste de La Fayette dans son salon et de la prison de S&#227;o Carlos, qui ne nous sont pas parvenues non plus. Il est possible que l'absence d'acc&#232;s &#224; des optiques de meilleure qualit&#233; que sa lentille de lorgnette fut un handicap majeur &#224; la qualit&#233; de ses prises de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la reproduction d'images et de documents, la gravure photographique, Florence mit au point un proc&#233;d&#233; assez similaire au clich&#233;-verre : dessiner &#224; la plume sur une plaque-m&#232;re en verre enduite de gomme et de suie, de sorte que la suie soit effac&#233;e sur les traits dessin&#233;s et que la lumi&#232;re du soleil puisse traverser la plaque en ces endroits ; puis, posant sur la plaque en verre un papier photosensibilis&#233; fix&#233; sur une planche en bois, laisser le soleil impressionner le papier l&#224; o&#249; le dessin a effac&#233; la suie, et reproduire ainsi ce dessin en autant d'exemplaires que l'on veut. La planche titr&#233;e &lt;i&gt;Photographie&lt;/i&gt; [Fig. 1] repr&#233;sente ses divers &#233;quipements : en haut &#224; gauche, son appareil artisanal (marqu&#233; fig. 3) ; au centre (fig. 1 et 2), ses planches en bois ; en bas, un ressaut servant d'appui &#224; la planche-m&#232;re en verre sur laquelle il tra&#231;ait le dessin &#171; n&#233;gatif &#187;. Pour obtenir l'image positive, le papier photosensible &#233;tait plac&#233; entre la planche en bois et la plaque de verre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;309&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH564/fig_1-7e5bf.jpg?1772190328' width='500' height='564' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.1 Hercule Florence, Photographie, 1837, dessin au crayon et encre m&#233;tallo-gallique sur papier, 20.6 cm x 19,1 cm. Initialement dans le manuscrit L'Ami des Arts livr&#233; &#224; lui-m&#234;me. Recherches et d&#233;couvertes sur diff&#233;rents sujets nouveaux, S&#227;o Carlos, 1837. Collection Instituto Hercule Florence, S&#227;o Paulo.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Florence r&#233;alisa ainsi de nombreuses copies photographiques par contact : des &#233;tiquettes de pharmacie [Fig. 2 &amp; 3], des &#233;tiquettes pour bouteilles de vin, des dipl&#244;mes ma&#231;onniques, une illustration pour une fabrique de chapeaux, un dessin de maisonnettes [Fig. 4] : en subsistent sept, qui sont aujourd'hui conserv&#233;es &#224; l'Institut Moreira Salles (qui, outre sa collection propre provenant du bouquiniste Pedro Corr&#234;a do Lago, a acquis en 2023 la collection Cyrillo Hercules Florence aupr&#232;s d'un de ses descendants) ou &#224; l'Institut Hercule Florence (la diss&#233;mination des archives d'Hercule Florence entre plusieurs institutions est due &#224; des bisbilles familiales, chaque branche de la famille tentant de tirer la couverture &#224; elle en pr&#233;tendant &#234;tre celle qui reconna&#238;t le mieux le travail de l'a&#239;eul dans le contexte br&#233;silien actuel, comme on le voit dans les publications contemporaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Schiavinatto 2017 et Leenhardt 2018.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;422&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH352/fig_2-28e19.jpg?1729156776' width='500' height='352' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.2 Hercule Florence, &#201;preuve photographique de neuf &#233;tiquettes pour pharmacie, vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 21 cm x 29,4cm. Collection Instituto Hercule Florence, S&#227;o Paulo. Inscriptions en bas en miroir, &#224; gauche &#171; Photographia de H. Florence, inventor da Photographia &#187;, et &#224; droite &#171; H. Florence, del. et sculp. &#187; [delineavit et sculptit, a dessin&#233; et a sculpt&#233;].
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_21730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_2_detail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH105/fig_2_detail-c62aa.jpg?1729947989' width='500' height='105' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_21732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;326&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH562/fig_3-0fa5e.jpg?1729156776' width='500' height='562' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 3 Hercule Florence, &#201;preuve N&#186; 2 (photographie), vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 22 cm x 19,8 cm. Collection Pedro Corr&#234;a do Lago, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 014HF001. Inscription en bas en miroir &#171; Photographia de H. Florence, inventor da Photographia &#187;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On notera qu'en 1976, au Rochester Institute of Technology (N.Y.), Boris Kossoy a reproduit les exp&#233;riences chimiques d&#233;crites par Florence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kossoy 2016, p. 197-199.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que, en 2016, la physicienne M&#225;rcia de Almeida Rizzutto a r&#233;alis&#233; une analyse physico-chimique de six des sept &#233;preuves subsistantes, confirmant la description qu'il fit de ses proc&#233;d&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#225;rcia de Almeida Rizzutto, &#171; Les &#8216;'&#233;preuves photographiques'' de Hercule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;246&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_4bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH383/fig_4bis-67390.jpg?1772190328' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 4 Hercule Florence, &#201;preuve photographique vue de maisonnettes, vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 8 cm x 10,5 cm. Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5873-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment nommer cette invention ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis le manuscrit in&#233;dit, d&#233;couvert par Georges Didi-Huberman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didi-Huberman 1990. Je remercie Sara Millot d'avoir attir&#233; mon attention sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'un anachor&#232;te du Sina&#239; nomm&#233; Philoth&#233;e (aimant Dieu) qui, quelque part entre le IX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et le XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, d&#233;crivit l'empreinte de Dieu sur lui par le mot &#171; ph&#244;toeinographesta&#239; &#187;, soit une &#233;criture en lui par la lumi&#232;re, la premi&#232;re apparition av&#233;r&#233;e du mot photographie ne date pas, comme l'&#233;crivent trop souvent les historiens de la photographie occidentaux, de l'hiver 1839, mais d'un texte &#233;crit cinq ans et demi plus t&#244;t, en octobre 1833, par Hercule Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens occidentaux ont longtemps attribu&#233; l'invention du mot photographie &#224; John Herschel, qui fut, en effet, le promoteur le plus actif de ce terme. Le mot photographie appara&#238;t en Europe d'abord dans quelques lettres et carnets de Herschel, Talbot et certains de leurs proches de mani&#232;re assez soudaine mais concomitante d&#233;but f&#233;vrier 1839, ainsi que, en France, dans un brevet scell&#233; d&#233;pos&#233; par Paul Desmarets &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences au m&#234;me moment. Ses premi&#232;res mentions publiques semblent avoir &#233;t&#233; un bref article de l'astronome allemand Johann Heinrich von M&#228;dler dans le quotidien berlinois &lt;i&gt;Vossische Zeitung&lt;/i&gt; le 25 f&#233;vrier 1839, puis la pr&#233;sentation de Herschel &#224; la Royal Academy le 14 mars 1839 (&lt;i&gt;&#171; Note on the Art of Photography &#187;&lt;/i&gt;). D&#232;s le printemps 1839, le mot semble adopt&#233; par tous, s'imposant rapidement comme une ombrelle unificatrice englobant toutes les techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le note l'Australien Geoffrey Batchen, l'historien le plus qualifi&#233; sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;	[La] d&#233;nomination de ce processus a fait l'objet d'intenses d&#233;bats au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant 1839. En effet, les pionniers de la photographie ont montr&#233; presque autant d'int&#233;r&#234;t pour la nomenclature du m&#233;dium que pour son invention, et presque tous ont propos&#233; un ou plusieurs noms possibles. Compte tenu de l'importance accord&#233;e &#224; la langue &#224; l'&#233;poque, il est raisonnable de supposer que le choix du nom de leurs inventions &#233;tait dans chaque cas r&#233;v&#233;lateur de leur pens&#233;e g&#233;n&#233;rale sur la photographie et son caract&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1993, p. 22. Ma traduction.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot form&#233; &#224; partir de deux racines grecques appara&#238;t, comme le note Batchen en mentionnant Michel Foucault &lt;i&gt;(Les Mots et les Choses),&lt;/i&gt; &#224; un moment o&#249; le rapport au langage change, passant du discours de &#171; d&#233;nomination &#187; de la culture classique &#224; un discours moderne faisant du langage un sujet d'&#233;tude comme un autre. De plus, il arrive quelques d&#233;cennies apr&#232;s la d&#233;couverte et la d&#233;nomination de la lithographie, de la chalcographie, du t&#233;l&#233;graphe, nouveaux moyens de diffusion et de communication dont les noms sont d&#233;j&#224; bas&#233;s sur la racine &#171; graphe &#187;. Herschel &#233;tait particuli&#232;rement soucieux de nomenclature, et il voulut associer dans le nom de ce nouvel art la nature (le soleil, la lumi&#232;re) et la culture (l'&#233;criture). Cette reconnaissance quasi instantan&#233;e du mot photographie rempla&#231;a imm&#233;diatement ou presque les termes pr&#233;c&#233;demment utilis&#233;s de h&#233;liographie (Ni&#233;pce), sciagraphie ou dessins photog&#233;niques (Talbot ; comme le souligne Bassole 2013, le mot photog&#232;ne a toutefois longtemps subsist&#233; au c&#244;t&#233; du mot photographie), lucigraphie (par un pasteur anglais &#233;crivant sous le pseudonyme Clericus), et bien d'autres. Bien s&#251;r, des noms persist&#232;rent pour d&#233;signer des proc&#233;d&#233;s particuliers : daguerr&#233;otype, calotype, etc. Comme le fait remarquer Batchen :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Dans de nombreux cas, le mot est en fait venu avant l'invention, ou du moins avant que l'invention ne soit pleinement op&#233;rationnelle. Le choix du nom ne refl&#233;tait donc pas tant ce qu'&#233;tait la photographie que ce que la photographie pouvait &#234;tre. C'&#233;tait un r&#233;sum&#233; en un mot de l'id&#233;e de photographie, des d&#233;sirs et des aspirations qui ont pouss&#233; chacun de ses inventeurs &#224; entreprendre leurs exp&#233;riences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;ridique invention du mot &#171; photographie &#187; par un m&#233;t&#232;que de la Vila de S&#227;o Carlos (6700 habitants)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve plusieurs mentions du mot photographie dans les marges du journal de Florence d&#232;s janvier 1833, car il notait &#224; c&#244;t&#233; de ses textes le th&#232;me auquel ils se rattachaient, mais il est possible que ces mentions aient &#233;t&#233; appos&#233;es ult&#233;rieurement. La premi&#232;re mention indubitable se trouve [Fig. 5] dans un manuscrit en fran&#231;ais de 23 pages, dat&#233; du 22 octobre 1833&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcrit dans Raimondi 2017, p. 146-164. Par commodit&#233;, dans ce chapitre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (plus 5 pages en portugais d'annonce d'un projet de journal, le &lt;i&gt;Courrier du Commerce Pauliste,&lt;/i&gt; destin&#233; aux agriculteurs, aux commer&#231;ants et aux industriels, et produit par polygraphie). Ce manuscrit est titr&#233; : &lt;i&gt;&#171; D&#233;couverte (mot ray&#233;). Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re. D&#233;couverte nouvelle qui, par son extr&#234;me simplicit&#233; d'appareil et de proc&#233;d&#233;, met en tous lieux l'imprimerie entre les mains de tout le monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;247&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_5bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH731/fig_5bis-aeaf9.jpg?1772190328' width='500' height='731' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.5 Hercule Florence, Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re, 22 octobre 1833, manuscrit &#224; l'encre ferro-gallique sur papier, 31 cm x 21,2 cm. Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5025-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le choix que fit Florence (avec son ami pharmacien) du mot photographie est expliqu&#233; ainsi deux ans plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Voyons encore quel nom il faudra donner &#224; cet art : je l'appelle Photographie, parce que la lumi&#232;re y joue le premier r&#244;le. Ce nom ne provient pas, comme dans les autres, d'une pi&#232;ce ou de pi&#232;ces principales : il est tir&#233; de la base o&#249; repose le proc&#233;d&#233;, la lumi&#232;re [&#8230;] il faut un nom grec, puisque, si je ne me trompe, on tire toujours de cette langue les noms que l'on donne aux d&#233;couvertes et aux arts nouveaux. J'emploie celui de la lumi&#232;re, qui, comme je l'ai dit, joue le premier r&#244;le. Que l'on lise mon proc&#233;d&#233;, et qu'on lui donne un autre nom, si on en trouve un meilleur, en attendant, il m'en faut un pour que je puisse m'expliquer promptement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence, Le Nouveau Robinson, 1835, f. 4227 : source primaire, transcrite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ne sachant pas le grec, Florence avait d&#233;j&#224; utilis&#233; des racines grecques pour forger des noms pour ses inventions : zoophonie, polygraphie, st&#233;r&#233;opeinture, pulvographie, monocycle. Et, ayant &#233;crit le 11 janvier 1833&lt;i&gt; &#171; imprimer par l'action de la lumi&#232;re &#187; &lt;/i&gt; comme mentionn&#233; ci-dessus, il a naturellement pens&#233; &#224; un mot signifiant &#171; &#233;criture par la lumi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce manuscrit, l'accent est d'abord mis sur l'impression, et non sur la repr&#233;sentation du monde. Ce que Florence d&#233;crit dans la premi&#232;re partie de ce manuscrit est sa technique similaire au clich&#233;-verre d&#233;crite plus haut. Il en vante les avantages pratiques et &#233;conomiques par rapport &#224; l'impression typographique, &#224; la lithographie et &#224; la gravure, et il en sugg&#232;re l'usage pour des reproductions en petit nombre, une vingtaine, par exemple pour un professeur souhaitant distribuer un document &#224; ses &#233;l&#232;ves : c'est un anc&#234;tre de la photocopie. Cette invention sera utile, &#233;crit-il joliment, pour &lt;i&gt;&#171; le voyageur, le n&#233;gociant, le guerrier, le po&#232;te et le talent malheureux &#187;&lt;/i&gt; (f. 5030, p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il liste quelques inconv&#233;nients de la photographie : on ne peut imprimer qu'&#224; la lumi&#232;re du jour, assez lentement et sur une seule face du papier du fait de sa transparence. De plus, laisser les imprim&#233;s constamment &#224; la lumi&#232;re leur donne une l&#233;g&#232;re teinte rousse, et on ne peut obtenir un noir tr&#232;s sombre. Il note aussi que le nitrate d'argent est un poison, et doit donc &#234;tre conserv&#233; dans &lt;i&gt;&#171; un endroit inaccessible aux ignorants, aux mal intentionn&#233;s et surtout aux enfants &#187;&lt;/i&gt; (f. 5029, p. 149).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;crit ensuite tr&#232;s en d&#233;tail tout le proc&#233;d&#233;, le type de verre &#224; employer, la pr&#233;paration de son enduit, l'avantage de telle ou telle plume, la pr&#233;paration du nitrate d'argent, les gestes n&#233;cessaires &#224; l'impression elle-m&#234;me. Il met l'accent sur l'aspect rustique de son proc&#233;d&#233;, pouvant s'adapter &#224; la difficult&#233; d'approvisionnement &#224; l'int&#233;rieur du Br&#233;sil : &lt;i&gt;&#171; ne peut-il pas arriver &#224; quelqu'un de ne pas avoir de verre gradu&#233; et de ne pas en trouver dans le pays o&#249; il se trouve ? &#187; &lt;/i&gt; (f. 5036, p. 153) ou &lt;i&gt;&#171; je n'ai jamais employ&#233; que de l'argent d'une monnaie portugaise qu'on appelle pataque. Cet argent contient quelques milli&#232;mes de cuivre. Mais il est hors de doute que l'argent pur doit &#234;tre meilleur &#187; &lt;/i&gt; (f. 5035, p. 153). Il conclut cette premi&#232;re partie par les mots &lt;i&gt;&#171; Tel est l'art que j'appelle Photographie et que j'offre au public &#187;&lt;/i&gt; (f. 5040, p. 156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie du manuscrit (f. 5046 &#224; 5052, apr&#232;s le projet d'annonce en portugais pour un journal produit par polygraphie) est intitul&#233;e &lt;i&gt;&#171; Recherches sur le moyen de fixer sur le papier qu'on place dans la chambre obscure, l'image des objets qui s'y dessinent &#187;&lt;/i&gt;. Elle &#233;nonce son d&#233;sir de pouvoir repr&#233;senter le monde, d'&lt;i&gt;&#171; obtenir les dessins de tous les objets sans travail intellectuel et sans emploi d'autant de temps qu'il en faut &#187;&lt;/i&gt; (f. 5048, p. 161). Quelques ann&#233;es avant &lt;i&gt;The Pencil of Nature&lt;/i&gt; de Talbot (1844-46), Florence &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Si l'on me disait que la nature dessine, [&#8230;] je conviendrais de la v&#233;rit&#233; de cette assertion, mais [mon id&#233;e] consiste &#224; trouver le moyen d'obtenir de la nature des dessins originaux fixes et durables, de toute esp&#232;ce d'objets &#187;&lt;/i&gt; (f. 5050 - 5051, p. 162-163). Il s'agit donc bien ici de photographie, de prise de vue, mais, dans cette seconde partie, Florence n'utilise plus le mot photographie, alors qu'il appara&#238;t dix fois dans la premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence d&#233;taille ses exp&#233;riences avec la chambre plac&#233;e chez lui &lt;i&gt;&#171; en face de quelques maisons qui &#233;taient devant ma fen&#234;tre &#187;&lt;/i&gt; (f. 5051, p.163) et d&#233;crit le r&#233;sultat obtenu au bout d'un laps de temps de deux heures, plus court que dans l'exp&#233;rience du 20 janvier 1833 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Les portes, les fen&#234;tres, les angles des maisons, les toits, enfin, tous les contours &#233;taient reconnaissables : les d&#233;tails seuls n'&#233;taient pas marqu&#233;s, ou ne l'&#233;taient qu'infiniment peu, cependant ce dessin &#233;tait l'oppos&#233; de ce qu'il aurait d&#251; &#234;tre ; les fen&#234;tres &#233;taient blanches, et les murailles avaient bruni, les toits &#233;taient plus clairs que le ciel ; on y distinguait des arbres, des bananiers, qui pr&#233;sentaient bien l'aspect fid&#232;le de ceux qui &#233;taient devant ma maison, mais qui &#233;taient plus clairs que le ciel ; chez les bananiers, on ne voyait que les contours des feuilles ext&#233;rieures, et chez les arbres, on ne voyait que le contour de sa forme enti&#232;re, et rien absolument de ses feuilles et des d&#233;tails de l'int&#233;rieur si ce n'est des intervalles de ciel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;f. 5052, Raimondi 2017 p. 164.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regrette de n'avoir pas une lentille plus grande et conclut en disant en note : &lt;i&gt;&#171; Il est beau d'avoir pour matrice les objets eux-m&#234;mes. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est donc indubitablement la premi&#232;re mention av&#233;r&#233;e du mot photographie, lequel toutefois semble d&#233;signer davantage la gravure photographique que la prise de vue, &#224; laquelle il ne donne pas de nom sp&#233;cifique autre que &lt;i&gt;&#171; fixation des images dans la chambre obscure &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment, face au pouvoir de l'Occident, le m&#233;t&#232;que dut renoncer et abandonner la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence poursuivit ces exp&#233;riences pendant les cinq ann&#233;es suivantes, mais il se concentra sur la gravure photographique et ne mentionna plus gu&#232;re de prises de vue : d'une part, il n'&#233;tait pas satisfait de la qualit&#233; des images prises avec son appareil car il n'avait pas acc&#232;s &#224; des optiques de bonne qualit&#233;, et d'autre part, il n'en voyait pas le potentiel &#233;conomique. Ainsi, quand, d&#233;but 1838, il fit remettre au Prince de Joinville, venu au Br&#233;sil pour se fiancer avec la s&#339;ur de l'Empereur, le portrait photographique d'un indig&#232;ne Bororo, ce n'&#233;tait pas un tirage photographique, mais la reproduction par contact photographique d'un de ses dessins. Le Prince l'emporta &#224; Paris, mais l'&#339;uvre a disparu. Il est frappant que, apr&#232;s le cardinal d'Amboise de Ni&#233;pce en 1826, le second portrait de l'histoire de la photographie ait &#233;t&#233; d'un Am&#233;rindien, et qu'il ait disparu, contrairement au portrait du cardinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence d&#233;veloppa ses activit&#233;s commerciales de reproduction de documents : annonces publicitaires, &#233;tiquettes&#8230; Selon les cas, il combinait photographie, polygraphie et typographie ; il avait en effet achet&#233; une presse typographique et ouvert un atelier graphique, qu'il nomma Autographie. Il convenait que la polygraphie &#233;tait souvent plus pratique et efficace que la photographie, car moins ch&#232;re et sans risque de s'effacer avec le temps. &#192; partir de mars 1834, les mentions relatives &#224; la photographie se font moins fr&#233;quentes dans ses journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il poursuivit de nombreux autres projets inventifs : une noria hydrostatique, le pilotage de v&#233;hicules a&#233;rostatiques, la coloration d'estampes, la fabrication de chapeaux de paille, un papier inimitable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1839, le &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; de Rio de Janeiro publia un article titr&#233; &#171; Revolu&#231;&#227;o nas artes do desenho &#187; (R&#233;volution dans les arts du dessin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduit dans Kossoy 2016, p.111-114. Source primaire : &lt; &gt; (consult&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sur la r&#233;cente annonce du daguerr&#233;otype &#224; Paris. Florence apprit cette information quelques jours plus tard de la bouche d'un ami : &lt;i&gt;&#171; Vous &#234;tes au courant de cette belle d&#233;couverte qui vient d'avoir lieu ? Oh, c'est admirable ! Un peintre de Paris a trouv&#233; un moyen de fixer les images dans la chambre obscure. Je l'ai lu dans le &lt;i&gt;Jornal do Comercio.&lt;/i&gt; Il met &#224; l'int&#233;rieur une plaque d'argent impr&#233;gn&#233;e d'un sel qui change de couleur sous l'action de la lumi&#232;re et il parvient &#224; obtenir deux ou trois couleurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oliveira 2005, p. 13. Ma traduction.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Florence eut un choc, devint p&#226;le, s'&#233;vanouit presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensa alors retourner en Europe avec sa famille pour y d&#233;fendre et diffuser ses inventions, mais son beau-p&#232;re refusa son d&#233;part &#224; moins qu'il ne laisse deux de ses fils aupr&#232;s de leurs grands-parents, ce qu'il ne put se r&#233;soudre &#224; accepter, selon une lettre &#224; son fr&#232;re du 31 octobre 1839&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raimondi 2017, p. 361.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#233;crivit le 26 octobre une lettre aux deux principaux journaux paulistes, &lt;i&gt;A Ph&#233;nix&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Observador Paulistano&lt;/i&gt; (que le &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; reprendra deux mois plus tard) dans lesquels il expliqua le caract&#232;re original de ses inventions, disant qu'il n'en avait pas fait la publicit&#233; car il voulait les perfectionner, mais concluant : &lt;i&gt;&#171; Comme je ne me suis gu&#232;re occup&#233; de photographie, manquant de moyens plus sophistiqu&#233;s et de connaissances suffisantes en chimie, je ne disputerai de d&#233;couvertes &#224; personne parce qu'une m&#234;me id&#233;e peut venir &#224; deux personnes, parce que j'ai toujours pens&#233; que ce que j'ai obtenu &#233;tait pr&#233;caire, et &#224; chacun son d&#251; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma traduction de ce passage depuis la source primaire Jornal do Comercio du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il affirmait, par contre, fortement ses droits en mati&#232;re de polygraphie et continuera toute sa vie &#224; tenter de faire reconna&#238;tre cette invention-l&#224;. Le journaliste anonyme, mais lucide, commenta : &lt;i&gt;&#171; Que les lecteurs comparent les dates et d&#233;cident si le monde doit la d&#233;couverte de la Photographie, ou au moins de la Polygraphie, &#224; l'Europe ou au Br&#233;sil &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, colonne 1.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son manuscrit &lt;i&gt;L'Inventeur au Br&#233;sil&lt;/i&gt;, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; cahier, &#233;crit en 1861, Florence revint sur le choc qu'il eut en apprenant la d&#233;couverte de Daguerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;J'ai toujours pr&#233;vu que mes d&#233;couvertes, que mon isolement m'emp&#234;chait de faire conna&#238;tre, que le [manque] de mat&#233;riaux m'emp&#234;chait de d&#233;velopper, ne manqueraient pas de surgir dans d'autres pays plus favorables aux progr&#232;s de l'intelligence. Je sentais que mes travaux ne seraient pas utiles, ni &#224; moi, ni &#224; la soci&#233;t&#233; ; cette id&#233;e me chagrinait, mais ne me ralentissait pas. Cependant, je redoutais le moment de l'&#233;preuve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Feuillets 4012-4029 de la source primaire, retranscrits dans la source (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il racontait ensuite, dans une version l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente, le moment o&#249; il apprit la d&#233;couverte en France et son &#233;moi, et concluait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Et si quelqu'un trouve que ces craintes, ces &#233;motions sont pu&#233;riles, qu'il se rappelle qu'un inventeur ne peut &#234;tre pouss&#233; &#224; des travaux si peu lucratifs que par le d&#233;sir de gagner un brevet d'immortalit&#233; aux yeux de la post&#233;rit&#233;. La gloire est tout pour lui, serait-elle accompagn&#233;e de la mis&#232;re, du m&#233;pris et de toutes les souffrances, elle lui tient lieu de fortune, d'honneurs et de toutes les jouissances. Or, il faut, je pense, quelque force d'&#226;me pour voir s'&#233;chapper neuf ans de sacrifices, et n'avoir pas m&#234;me le m&#233;rite de s'&#234;tre sacrifi&#233; pour quelque chose qui soit utile aux hommes. Depuis lors je ne me suis plus occup&#233; de la Photographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, on ne trouve pratiquement plus mention de photographie dans les &#233;crits de Florence apr&#232;s 1839, sinon pour indiquer qu'il y a renonc&#233; et met tous ses efforts dans la promotion de la Polygraphie (par exemple dans une lettre de 1851&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kossoy 2016 p. 287-288.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, en janvier 1840, l'abb&#233; Louis Comte arriva &#224; Rio de Janeiro avec un &#233;quipement complet pour la daguerr&#233;otypie dont il fit la d&#233;monstration. On a retrouv&#233; r&#233;cemment [Fig. 6] un daguerr&#233;otype color&#233; &#224; la main repr&#233;sentant Hercule Florence semblant &#226;g&#233; de 35 &#224; 40 ans, donc fait soit pendant, soit peu apr&#232;s le passage de l'abb&#233; Comte. Linda Fregni Nagler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linda Fregni Nagler, &#171; Du dessin &#224; la Photographie. La main de l'artiste, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve la co&#239;ncidence en supputant qu'il serait &lt;i&gt;&#171; logique qu'il ait d&#233;sir&#233; faire partie des premiers &#224; exp&#233;rimenter les r&#233;sultats &#187;&lt;/i&gt; de cette invention malgr&#233; son d&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;194&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_6bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH624/fig_6bis-5b5d1.jpg?1772190328' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.6 Anonyme, Portrait d'Hercule Florence, vers 1840-1845, daguerr&#233;otype, 11.8 cm x 9.5 cm, Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5881-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hercule Florence poursuivit ses recherches dans des domaines vari&#233;s, tout en dirigeant &#224; partir de 1854 une plantation de caf&#233; avec une trentaine d'esclaves. Mari&#233; deux fois, il eut vingt enfants et une nombreuse descendance. Avec sa seconde &#233;pouse, il cr&#233;a en 1863 le premier coll&#232;ge pour jeunes filles du Br&#233;sil. Il mourut en 1879, &#224; 75 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment l'Occident, non content de l'avoir contraint &#224; renoncer, le fit dispara&#238;tre de l'histoire de la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'Hercule Florence tomba dans l'oubli pendant 140 ans, jusqu'&#224; ce que, &#224; partir de 1976, l'historien et photographe br&#233;silien Boris Kossoy d&#233;couvre ses archives, vainque la r&#233;ticence des diff&#233;rents descendants pour pouvoir les &#233;tudier, reproduise ses exp&#233;riences et &#233;crive articles et livres &#224; son sujet, participant d&#232;s 1989 &#224; un colloque &#224; Cerisy sur les inventions multiples de la photographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Kossoy 1989 et Morand 1989.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son livre de 1997 sur l'invention de la photographie, l'Australien Geoffrey Batchen lui consacra deux pages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1997, p. 44-45.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais en 2007, Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert n'en dirent mot dans leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert, L'art de la photographie, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en 2012, Fran&#231;ois Brunet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Brunet, La naissance de l'id&#233;e de photographie, Paris : Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne le mentionna qu'en passant et avec condescendance, attitude tout &#224; fait typique du nombrilisme des historiens fran&#231;ais de la photographie, qui, dans leur quasi-totalit&#233;, sont muets &#224; son sujet, ou, au mieux, le consid&#232;rent comme une bizarrerie exotique sans int&#233;r&#234;t (et, sauf erreur, &#224; part le Belge &#201;tienne Samain qui vit au Br&#233;sil depuis 1973, aucun n'est lusophone). Un modeste colloque &#224; Nice en 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir Kossoy 2005 et Luret 2005 a &amp; b.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et une belle exposition &#224; Monaco en 2017&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Raimondi 2017.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vinrent compl&#233;ter sa red&#233;couverte (ainsi qu'une discr&#232;te pr&#233;sentation du livre de Kossoy en juillet 2017 &#224; l'antenne parisienne de la Fondation Calouste Gubenkian&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&lt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). On peut noter dans la bibliographie, &#224; part Sylvain Morand, l'absence quasi-totale d'historiens de la photographie fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir trois raisons &#224; cet oubli : l'approche et la personnalit&#233; de Florence lui-m&#234;me, la situation culturelle et &#233;conomique du Br&#233;sil &#224; son &#233;poque, et surtout l'europ&#233;ocentrisme n&#233;ocolonial de l'histoire de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence semble avoir &#233;t&#233; un homme modeste, peu ambitieux et parfois maladroit. Comme le dit William Luret lors du colloque de Nice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;[Il] est effectivement un personnage maladroit, en m&#234;me temps tr&#232;s gauche, hors des codes des scientifiques de l'&#233;poque. Il ne parle pas leur langage, d'une certaine fa&#231;on il ne peut pas se faire comprendre. C'est un autodidacte pour qui p&#233;n&#233;trer des centres scientifiques est d'autant plus difficile qu'on ne le respecte pas. [&#8230;] Lui, ce qui l'int&#233;resse, c'est de chercher, ce n'est pas de vendre ses inventions. Il les vend de fa&#231;on maladroite &#224; des interlocuteurs qui ne sont pas les bons et ne vont pas lui ouvrir les bonnes portes. Il donne &#231;a &#224; des marchands qui partent sans une v&#233;ritable mission. Il a employ&#233; les mauvais canaux de diffusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luret 2005b.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre y eut-il chez lui une certaine fascination de l'&#233;chec, d&#232;s l'exp&#233;dition Langsdorff (dont les documents et dessins disparurent dans les archives de Saint-P&#233;tersbourg pendant plus d'un si&#232;cle) et encore plus avec ses inventions. Florence &#233;tait atteint d'une sorte de fr&#233;n&#233;sie de l'invention, mais, dans bien des cas, renon&#231;a &#224; les compl&#233;ter et les diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence s'est d&#233;fini lui-m&#234;me comme un inventeur en exil, &#233;crivant en 1862 : &lt;i&gt;&#171; Si j'avais &#233;t&#233; en Europe, on aurait reconnu ma d&#233;couverte. N'y songeons plus &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre au Major Charles Auguste Taunay, septembre 1862, cit&#233;e dans Kossoy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son erreur a &#233;t&#233; sans doute de ne pas &#234;tre all&#233; d&#233;fendre son invention en Europe, m&#234;me s'il y songea en 1839. Il fut plus actif pour tenter de faire reconna&#238;tre sa Polygraphie (mais sans plus de succ&#232;s, ce qui est r&#233;v&#233;lateur, non de sa faiblesse, mais de la force de la domination europ&#233;enne : en d'autres termes, il n'avait aucune chance, et aucune invention ne venant ni d'Europe, ni d'Am&#233;rique du Nord n'avait, quelle que soit sa qualit&#233;, la moindre chance d'&#234;tre reconnue) : &lt;i&gt;&#171; Il passera la fin de sa vie &#224; essayer de faire reconna&#238;tre ses inventions. Il &#233;crit &#224; l'Acad&#233;mie de Turin, &#224; l'Acad&#233;mie de Paris, il donne des lettres &#224; des amis qui partent en Europe et les charge de les remettre &#224; untel et untel pour faire conna&#238;tre ce qu'il a mis au point au Br&#233;sil sans jamais de r&#233;ponse &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luret 2005a.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme Patrick Roegiers le souligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Il fait tout comme un autodidacte. Il n'a pas de syst&#232;me de travail, de syst&#232;me de pens&#233;e, de syst&#232;me d'approche du monde, il y va comme un chien fou. Il a quelque chose de fr&#233;n&#233;tique, un peu comme un illumin&#233;, c'est-&#224;-dire quelqu'un qui est fascin&#233; par la connaissance, mais qui, quelque part, est aussi transcend&#233; par cette connaissance. Il n'arrive pas &#224; suivre, tout le d&#233;passe sans cesse y compris son propre destin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;bid.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Europ&#233;ens cherchaient avant tout &#224; fixer l'image obtenue dans la chambre, Florence n'explora que bri&#232;vement cette voie et se concentra sur la reproduction, se pla&#231;ant davantage dans le champ de la technique que de l'art. Ce qui l'int&#233;ressa ne fut pas tant l'expression artistique, malgr&#233; ses talents, que la transmission, la possibilit&#233; d'enregistrer et de diffuser, de passer d'un support &#224; un autre. Comme le souligne Sylvain Morand, il fut &lt;i&gt;&#171; le seul &#224; avoir d&#233;couvert, par hasard, une invention in&#233;luctable &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morand 1989, p. 55.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Morand poursuit : &lt;i&gt;&#171; Mais le contexte social, &#233;conomique et culturel qui l'environnait, interdisait pratiquement que son invention &#233;merge&#226;t de l'anonymat &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La situation de Florence, &lt;i&gt;&#171; g&#233;nie solitaire &#187;, &#171; h&#233;ros m&#233;connu &#187;&lt;/i&gt;, doit &#234;tre analys&#233;e dans le contexte br&#233;silien, peu propice au succ&#232;s de cette invention et &#224; son absorption : une nation tout juste ind&#233;pendante apr&#232;s trois si&#232;cles d'obscurantisme colonial, attirant certes des Europ&#233;ens cultiv&#233;s et pragmatiques, mais qui &#233;tait alors davantage pr&#233;occup&#233;e de se construire administrativement et militairement plut&#244;t que de favoriser le d&#233;veloppement des industries et des techniques (ainsi, il fallut attendre 1882 pour y avoir une loi sur les brevets). Ce contexte, tr&#232;s diff&#233;rent de l'&#233;mergence de la bourgeoisie capitaliste &#224; la m&#234;me &#233;poque en Europe, permet de mieux comprendre pourquoi Florence ne b&#233;n&#233;ficia pas du m&#234;me soutien soci&#233;tal que ses pairs fran&#231;ais ou anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa situation &#233;tait, physiquement et mentalement, &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187;. Il vivait loin des centres culturels et de d&#233;cision, non seulement europ&#233;ens, mais aussi br&#233;siliens ; il &#233;tait en marge du syst&#232;me politique et social tr&#232;s structur&#233; du Br&#233;sil d'alors, loin des capitales culturelles de Rio de Janeiro et Recife. Il &#233;tait autodidacte et, malgr&#233; sa curiosit&#233; scientifique, sa qu&#234;te constante d'informations, et son r&#233;seau relationnel dans un certain milieu br&#233;silien cultiv&#233;, il n'avait pas ais&#233;ment acc&#232;s aux derniers d&#233;veloppements technologiques europ&#233;ens (en optique et en chimie notamment). Cet &#233;loignement ne lui donnait &#233;videmment pas non plus acc&#232;s aux m&#233;canismes de notori&#233;t&#233; en Europe. M&#234;me si ces contraintes furent sans doute stimulantes pour sa cr&#233;ativit&#233; ing&#233;nieuse, ce contexte &#233;touffa sa d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme Boris Kossoy l'a fr&#233;quemment soulign&#233; dans ses &#233;crits sur Florence, l'histoire de la photographie a toujours &#233;t&#233; europ&#233;ocentrique, et, peut-on dire, n&#233;ocoloniale, et elle a donc &#233;videmment n&#233;glig&#233; cet inventeur lointain et exotique : pas de place pour les m&#233;t&#232;ques au Panth&#233;on photographique. Et elle continue &#224; le faire aujourd'hui, le rel&#233;guant syst&#233;matiquement en seconde cat&#233;gorie, comme digne de moins d'int&#233;r&#234;t que les idoles europ&#233;ennes. Il n'est que de voir les programmes de c&#233;l&#233;bration qui sont en train de s'organiser, et la place tout &#224; fait secondaire qu'on daigne lui accorder. Seul l'honn&#234;te Geoffrey Batchen (lui-m&#234;me Australien, venant d'un pays regard&#233; avec une certaine condescendance par nos savants europ&#233;ens) osera enfin, en 2023, 26 ans apr&#232;s son livre sur l'invention de la photographie, &#233;crire, dans le catalogue &lt;i&gt;Mondes photographiques, histoires des d&#233;buts&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;&#171; [d]ans cette version de l'histoire de la photographie, l'Europe est le centre, et le reste du monde devient une simple p&#233;riph&#233;rie [&#8230;] une telle histoire nous contraint &#224; reproduire le r&#233;cit familier de la domination occidentale et de la d&#233;pendance coloniale &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 2003, p. 23.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sergio Burgi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sergio Burgi, &#171; De Florence &#224; Flusser. L'invention de la photographie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d'ailleurs compar&#233; la situation de Florence &#224; celle d'une autre figure br&#233;silienne de la photographie, le philosophe Vil&#233;m Flusser (1920-1991), arriv&#233; lui aussi au Br&#233;sil &#224; 20 ans et qui, lui aussi, eut (et a toujours) un certain mal &#224; s'imposer face au m&#233;pris du paysage intellectuel europ&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Lenot 2025.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, s'il reste un des inventeurs m&#233;connus de la chose photographie, Hercule Florence, r&#233;v&#233;lateur ultime de l'europ&#233;ocentrisme de nos historiens de la photographie, passera au moins dans l'histoire comme l'inventeur du mot photographie. Une maigre revanche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie les Instituts Hercule Florence et Moreira Salles &#224; S&#227;o Paulo et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1997, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Retranscrit dans Raimondi 2017, p. 145-165. Une version l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente (compl&#233;t&#233;e en 1837) est dans Florence H. 2015 p. 30-47 de la transcription (p. 42-79 du manuscrit). &#201;tant lusophone, je me suis efforc&#233; de toujours citer les sources primaires plut&#244;t que, comme tant d'autres, des sources secondaires traduisant les originaux. La connaissance des langues du Sud est aussi une condition n&#233;cessaire pour pouvoir d&#233;monter le discours colonial de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception d'un article de Philippe Vuaillat, directeur de la soci&#233;t&#233; d'ing&#233;nierie Egis au Br&#233;sil, dans les &lt;i&gt;Cahiers de la m&#233;diologie (M&#233;dium) &lt;/i&gt; dirig&#233;s par R&#233;gis Debray en 2013 (1/n&#186; 34).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence H. 2015, p. 103 (p. 178 du manuscrit).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Livre d'annotations et de premiers mat&#233;riaux, pages 130 et 131v&#186;, source primaire, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 146. J'ai parfois modernis&#233; l'orthographe de Florence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 131v&#186;-132v&#186;, cit&#233; dans Kossoy 2016 p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 142, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Schiavinatto 2017 et Leenhardt 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kossoy 2016, p. 197-199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#225;rcia de Almeida Rizzutto, &lt;i&gt;&#171; Les &#8216;'&#233;preuves photographiques'' de Hercule Florence : une analyse physico-chimique &#187;&lt;/i&gt;, dans Raimondi 2017, p. 101-119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didi-Huberman 1990. Je remercie Sara Millot d'avoir attir&#233; mon attention sur ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1993, p. 22. Ma traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcrit dans Raimondi 2017, p. 146-164. Par commodit&#233;, dans ce chapitre, les r&#233;f&#233;rences &#224; la source primaire seront abr&#233;g&#233;es, avec seulement le num&#233;ro du feuillet et la r&#233;f&#233;rence au num&#233;ro de page dans la source secondaire Raimondi 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence, Le Nouveau Robinson, 1835, f. 4227 : source primaire, transcrite dans la source secondaire, Raimondi 2017, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;f. 5052, Raimondi 2017 p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduit dans Kossoy 2016, p.111-114. Source primaire : &lt; &lt;a href=&#034;https://memoria.bn.gov.br/DocReader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=11220&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://memoria.bn.gov.br/DocReader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=11220&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oliveira 2005, p. 13. Ma traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raimondi 2017, p. 361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma traduction de ce passage depuis la source primaire &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; du 29 d&#233;cembre 1839, page 1, colonne 2, &lt; &lt;a href=&#034;https://memoria.bn.gov.br/docreader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=12109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://memoria.bn.gov.br/docreader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=12109&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, colonne 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Feuillets 4012-4029 de la source primaire, retranscrits dans la source secondaire, Raimondi 2017, p. 62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kossoy 2016 p. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Linda Fregni Nagler, &lt;i&gt;&#171; Du dessin &#224; la Photographie. La main de l'artiste, la lumi&#232;re et la contemplation du ciel. Un &#233;cho du tropique du Capricorne &#187;&lt;/i&gt;, dans Raimondi 2017, p.49-83, citation p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Kossoy 1989 et Morand 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1997, p. 44-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert, &lt;i&gt;L'art de la photographie&lt;/i&gt;, Paris : Citadelles Mazenod, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, Paris : Presses Universitaires de France, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir Kossoy 2005 et Luret 2005 a &amp; b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Raimondi 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt; &lt;a href=&#034;https://gulbenkian.pt/paris/agenda/boris-kossoy/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gulbenkian.pt/paris/agenda/boris-kossoy/&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luret 2005b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre au Major Charles Auguste Taunay, septembre 1862, cit&#233;e dans Kossoy 2016, p.292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luret 2005a.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;bid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morand 1989, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 2003, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sergio Burgi, &lt;i&gt;&#171; De Florence &#224; Flusser. L'invention de la photographie et la r&#233;flexion critique sur son influence et sa pr&#233;sence dans les arts visuels et la culture contemporaine &#187;&lt;/i&gt; dans Raimondi 2017, p. 131-142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Lenot 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie les Instituts Hercule Florence et Moreira Salles &#224; S&#227;o Paulo et Rio de Janeiro pour leur soutien et leur aide dans cette recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie Hercule Florence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BASSOLE, JEAN-YVES&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, &#171; &#934;&#969;&#964;&#959;&#947;&#949;&#957;&#942;&#962; / &#966;&#969;&#964;&#959;&#947;&#972;&#957;&#959;&#962; &#8211; photog&#233;nique / photog&#232;ne. Les aventures scientifiques de deux termes th&#233;ologiques &#187;. Contribution au colloque &#171; ELETO- 9th Conference &#8216;'Hellenic language and terminology'' &#187;. Ath&#232;nes, 7 au 9 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
BATCHEN, GEOFFREY&lt;br class='autobr' /&gt;
1993. &#171; The naming of Photography : A mass of metaphor &#187;, History of Photography, 17, n&#186;1, printemps, p. 22-32.&lt;br class='autobr' /&gt;
1997. Burning with desire : the conception of photography. Cambridge (Mass.) : the MIT Press.&lt;br class='autobr' /&gt;
2023. &#171; Nouvelles origines &#187;, dans Christine Barthe et Annabelle Lacour (dir.), Mondes photographiques, histoire des d&#233;buts. Paris / Arles : Mus&#233;e du Quai Branly-Jacques Chirac / Actes Sud, p. 23-29.&lt;br class='autobr' /&gt;
BRIZUELA, NATALIA&lt;br class='autobr' /&gt;
2014. &#171; Light Writing in the Tropics : The Story of Hercule Florence &#187;, Aperture, n&#186; 215, &#233;t&#233;, &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.aperture.org/article/2014/02/02/light-writing-in-the-tropics&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.aperture.org/article/2014/02/02/light-writing-in-the-tropics&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDI-HUBERMAN, GEORGES&lt;br class='autobr' /&gt;
1990. &#171; Celui qui inventa le verbe &#8220;Photographier'' &#187;, Antigone, Revue litt&#233;raire de photographie, n&#186;14, p. 23-32. Repris dans Phasmes. Essais sur l'Apparition, I, Paris : Minuit, 1998, p. 49-56. &lt;br class='autobr' /&gt;
FLORENCE, HERCULE&lt;br class='autobr' /&gt;
2015. L'Ami des Arts livr&#233; &#224; lui-m&#234;me. Recherches et d&#233;couvertes sur diff&#233;rents sujets nouveaux, 1837-1859, manuscrit. Fac-simil&#233; et transcription : S&#227;o Paulo : Instituto Hercule Florence, &lt; &lt;a href=&#034;https://ihf19.org.br/pt-br/hercule-florence/lami-des-arts&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ihf19.org.br/pt-br/hercule-florence/lami-des-arts&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
FLORENCE, LEILA (dir.)&lt;br class='autobr' /&gt;
2009. Hercule Florence e o Brasil. O Percurso de um artista-inventor, cat. exp. (Pinacoteca do Estado de S&#227;o Paulo, 12 d&#233;cembre 2009 &#8211; 14 mars 2010). S&#227;o Paulo : Pinacoteca do Estado de S&#227;o Paulo.&lt;br class='autobr' /&gt;
KOSSOY, BORIS&lt;br class='autobr' /&gt;
1977a. &#171; Hercules Florence, pioneer of photography in Brasil &#187;, Image, vol. 20, n&#186; 1, mars, p. 12-21, &lt; &lt;a href=&#034;https://etnolinguistica.wdfiles.com/local--files/biblio%3Akossoy-1977-florence/kossoy_1977_hercules_florence.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://etnolinguistica.wdfiles.com/local--files/biblio%3Akossoy-1977-florence/kossoy_1977_hercules_florence.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
1977b Hercules Florence : A descorberta isolada da fotografia no Brasil, S&#226;o Paulo, Faculdade de Comunica&#231;&#227;o Social Anhembi.&lt;br class='autobr' /&gt;
1984. &#171; Hercules Florence. La scoperta della fotografia in un'area periferica &#187;, Rivista di storia e critica della fotografia, 5&#232;me ann&#233;e, n&#186; 6, d&#233;cembre, p. 24-40, &lt; &lt;a href=&#034;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/revista_di_historia.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/revista_di_historia.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
1989. &#171; Hercule Florence, l'inventeur en exil &#187;, dans Pierre Bonhomme (dir.), Les Multiples Inventions de la Photographie. Paris : Mission du Patrimoine photographique, p. 73-78.&lt;br class='autobr' /&gt;
2005, &#171; Hercule Florence : l'imaginaire voyage de retour &#187;. Contribution au Colloque Hercule Florence. Nice, Th&#233;&#226;tre de la Photographie et de l'image, 4 novembre, &lt; &lt;a href=&#034;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/hercule_florence_limaginaire_voyage.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/hercule_florence_limaginaire_voyage.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024). &#201;galement, un texte tr&#232;s l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent : &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F2.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F2.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
2016. Hercule Florence. La d&#233;couverte isol&#233;e de la photographie au Br&#233;sil. Paris : L'Harmattan [expansion et traduction de Kossoy 1977b].&lt;br class='autobr' /&gt;
LEENHARDT, JACQUES&lt;br class='autobr' /&gt;
2018 &#171; Hercule Florence (1804-1879), peintre explorateur au Br&#233;sil &#187; Paradis Perdus. S&#233;minaire du 4 d&#233;cembre 2018, &lt; &lt;a href=&#034;https://paradisperdus.hypotheses.org/1716&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://paradisperdus.hypotheses.org/1716&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 12 septembre 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
LENOT, MARC&lt;br class='autobr' /&gt;
2025 &#171; &#8216;Hercule Florence : un photographe avant l'appareil' Un In&#233;dit de Vil&#233;m Flusser ? &#187;, Flusser Studies n&#170;40, &#224; para&#238;tre (Novembre 2025).&lt;br class='autobr' /&gt;
LURET, WILLIAM&lt;br class='autobr' /&gt;
2001. Les trois vies d'Hercule Florence. Paris : JC Latt&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
2005a. Discussion avec Patrick Roegiers lors du Colloque Hercule Florence &#224; Nice le 4 novembre 2005, &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F1.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F1.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024)&lt;br class='autobr' /&gt;
2005b. Discussion avec Patrick Roegiers et Boris Kossoy lors du Colloque Hercule Florence &#224; Nice le 4 novembre 2005, &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F3.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F3.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024) &lt;br class='autobr' /&gt;
MONTEIRO, ROSANNA HORIO&lt;br class='autobr' /&gt;
2004. &#171; Brasil 1833 : A descoberta da fotografia revisitada &#187;. Visualidades, v&#186; 2, n&#186; 1, p. 106-127, &lt; &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.5216/vis.v2i1.17891&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.5216/vis.v2i1.17891&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
MORAND, SYLVAIN&lt;br class='autobr' /&gt;
1989. &#171; 1839 : Hasard ou D&#233;terminisme in&#233;luctable ? &#187;, dans Pierre Bonhomme (dir.), Les Multiples Inventions de la Photographie. Paris : Mission du Patrimoine photographique, p. 53-56.&lt;br class='autobr' /&gt;
OLIVEIRA, ERIVAM MORAIS&lt;br class='autobr' /&gt;
2005, &#171; H&#233;rcules Florence : pioneiro da fotografia no Brasil &#187;. Blog Eriphoto.blogspot.com . 5 novembre. Repris sur le site Biblioteca Online de Ci&#234;ncias da Communica&#231;&#227;o, &lt; &lt;a href=&#034;https://www.bocc.ubi.pt/texts/oliveira-erivam-pioneiro-fotografia-brasil.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bocc.ubi.pt/texts/oliveira-erivam-pioneiro-fotografia-brasil.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
RAIMONDI, CRISTIANO (dir.)&lt;br class='autobr' /&gt;
2017. Hercule Florence. Le Nouveau Robinson, cat. exp. (Nouveau Mus&#233;e National de Monaco, 17 mars &#8211; 11 juin 2017). Milan / Monaco : Humboldt Books / Nouveau Mus&#233;e National de Monaco.&lt;br class='autobr' /&gt;
SCHIAVINATTO, IARA LIS &lt;br class='autobr' /&gt;
2017 &#171; Apontamentos para uma breve hist&#243;ria intelectual do fotogr&#225;fico : sobre Hercule Florence &#187;, Atlante. Revue d'&#201;tudes Romanes, 7, 2017, p. 408-431, &lt; &lt;a href=&#034;https://atlante.univ-lille.fr/data/images/_articles/ATLANTE_7_21.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://atlante.univ-lille.fr/data/images/_articles/ATLANTE_7_21.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 12 septembre 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
WANDERLEY, ANDREA T.&lt;br class='autobr' /&gt;
2015. &#171; Florence, autor do mais antigo registro fotogr&#225;fico existente nas Am&#233;ricas &#187;. Texte modifi&#233; en 2020 et 2024. Site Brasiliana Fotografica : &lt; &lt;a href=&#034;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=1243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=1243&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
2018. &#171; O Franc&#234;s Hercule Florence (1804-1879), inventor de um dos primeiros m&#233;todos de fotografia do mundo &#187;. Texte modifi&#233; en 2023 et 2024. Site Brasiliana Fotografica, &lt; &lt;a href=&#034;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=10341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=10341&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
COLLOQUE de l'INSTITUT HERCULE FLORENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
23 et 24 mai 2023, &#224; S&#227;o Paulo, &lt; &lt;a href=&#034;https://ihf19.org.br/190-anos/pt-br/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ihf19.org.br/190-anos/pt-br/&lt;/a&gt; &gt; [principalement les pr&#233;sentations de Iara Schiavinatto, de Maria Inez Turazzi &#224; partir de 33' sur l'exposition au Quai Branly, de Livia Melzi et bien s&#251;r de Boris Kossoy].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits (E1)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-en-tous-sens-autorises</link>
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		<dc:date>2024-07-29T12:59:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>ArtsHebdoM&#233;dias et Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>ArtsHebdoM&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La chronique qui suit s'inscrit dans une s&#233;rie consacr&#233;e aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/ArtHebdoMedias" rel="tag"&gt;ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH102/arton2520-b32cf.jpg?1772207113' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chronique qui suit s'inscrit dans une s&#233;rie consacr&#233;e aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions de Michel Jeandin, &lt;i&gt;&#171; modeste amateur d'art dont la vie professionnelle fut/est (pour employer les grands mots) port&#233;e par la science des mat&#233;riaux &#187;&lt;/i&gt;, comme ce dernier aime &#224; le pr&#233;ciser. Apr&#232;s trois textes s'int&#233;ressant au polissage, &#224; l'or et au cuivre, l'auteur s'est lanc&#233; dans une r&#233;flexion/analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour embrasser ce vaste sujet, deux temps de publication sont pr&#233;vus. Tel un feuilleton estival, la chronique sera livr&#233;e en 5 &#233;pisodes pour m&#233;nager un temps de r&#233;flexion et le suspens de ce qui adviendra le lendemain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pisode 1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le regard est le porte-parole des yeux, dixit joliment Moix avant moi, les sens sont les h&#233;rauts des mat&#233;riaux, charge &#224; l'art d'en &#233;crire les messages. Cet article s'int&#233;resse donc moins directement aux mat&#233;riaux eux-m&#234;mes qu'aux sens qui les r&#233;v&#232;lent. Il est logiquement structur&#233; pour distinguer les sens en &#233;veil (dits autoris&#233;s par l'auteur, notamment dans son titre), &#233;ventuellement en interaction (synesth&#233;sie au sens large), de ceux qui ne le sont pas. Il les nomme, en cons&#233;quence, respectivement, &#171; sens de circulation &#187; et &#171; sens interdits &#187;. Deux cat&#233;gories de sens dont seule la premi&#232;re sera abord&#233;e cette semaine. Laissant pour une prochaine fois, les &#171; sens interdits &#187; et une synth&#232;se montrant que les mat&#233;riaux sont bien l'essence des sens n&#233;cessaire au voyage sur la route de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;279&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/untitled-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/untitled-1-295b3.jpg?1722000541' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 1 : L'art et les sens
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) Tenture de la Dame &#224; la licorne, 6e tapisserie Mon seul d&#233;sir, photo Mus&#233;e de Cluny, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) Rebecca Horn, &#171; Unicorn (Einhorn), 1970-72, photographie de la performance, collection de l'artiste &#169; Rebecca Horn, ADAGP, Paris, 2021, photo Achim Thod
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement la Dame &#224; la Licorne (figure 1) qui symbolise le mieux la rencontre entre mat&#233;riaux, sens et art. Sa repr&#233;sentation m&#233;di&#233;vale (figure 1a), une tenture, rassemble, en effet, sous la forme de cinq tapisseries all&#233;goriques, les (5) sens classiques. Une sixi&#232;me tapisserie dite &lt;i&gt;A Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt; compl&#232;te cet ensemble. Au-del&#224; de l'interpr&#233;tation classique allant vers un sixi&#232;me sens, il faut y voir, selon l'auteur de ces lignes, une repr&#233;sentation de l'art qui n'est autre que la quintessence (&#171; sextessence &#187; devrait-on plut&#244;t dire alors) des cinq autres. L'art sollicite, en effet, tous les sens comme le dit Lichtenberg qu'aime &#224; citer Sollers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;par exemple, dans son Agent secret, Gallimard, 2021, p. 88&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour y ajouter que l'amour, d'ailleurs, en fait autant. La repr&#233;sentation contemporaine de la &lt;i&gt;Dame &#224; la Licorne,&lt;/i&gt; par exemple au travers de l'&#339;uvre &lt;i&gt;Unicorn&lt;/i&gt; de l'artiste Rebecca Horn (la bien nomm&#233;e), le confirme en reprenant ces m&#234;mes th&#232;mes fondamentaux, notamment celui du d&#233;sir, magnifi&#233; encore lors de sa performance de 1970 (figure 1b) qui se voulait l'exprimer. Depuis lors, le trouple mat&#233;riaux-sens-art se trouble du fait de la complexification engendr&#233;e par des sens plus nombreux et plus en interaction qu'on ne le consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement. Le grand designer Jean-Baptiste Sibertin-Blanc en d&#233;nombre quatre en plus des cinq traditionnels : la proprioception, &#224; savoir la sensibilit&#233; profonde par la perception des diff&#233;rentes parties du corps, l'&#233;quilibrioception ou sens de l'&#233;quilibre, la thermoception ou ressenti des temp&#233;ratures, et la nociception ou perception des stimulations provoquant la douleur, &#224; distinguer de la douleur elle-m&#234;me. Les progr&#232;s de la science attestent cette complexification, gr&#226;ce au d&#233;veloppement de l'imagerie m&#233;dicale notamment. L'interpr&#233;tation artistique comme celle du fait artistique n'en est que plus riche et complexe elle aussi. L'art s'en trouve augment&#233; comme la r&#233;alit&#233; du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue Astasa dans sa s&#233;rie amorc&#233;e en 2023 &#171; Les sens &#224; l'&#339;uvre &#187; l'explore, de mani&#232;re scientifique et document&#233;e pour une clarification de l'ind&#233;finition du fait artistique, comme le qualifiait la Biennale NOVA XX au Centre Wallonie Bruxelles, d&#233;but 2022. Le lecteur est invit&#233; &#224; s'y reporter comme &#224; d'autres articles g&#233;n&#233;raux sur le polysensoriel, par exemple celui paru dans Beaux-Arts magazine, &#224; la m&#234;me &#233;poque (mars 2022). Cette simple chronique, cependant, si elle se veut aller dans le m&#234;me sens n'a pour ambition, que de faire &#233;tat de r&#233;flexions issues de p&#233;r&#233;grinations d'une exposition &#224; une autre au cours de ces deux derni&#232;res ann&#233;es, sans autre rigueur que de se laisser guider par les sens. Il reste (quand m&#234;me !) qu'un plan d&#233;taill&#233; a &#233;t&#233; adopt&#233;, avec pour objectif d'essayer de simplifier le propos, f&#251;t-ce au prix de quelque approche subjective comme l'exercice de la chronique l'autorise.&#8232;Selon qu'ils interviennent au stade de la cr&#233;ation d'une &#339;uvre, par l'artiste en l'occurrence, ou de sa perception, par son public donc, les sens peuvent jouer des r&#244;les diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attachons-nous pour l'heure aux &#171; sens de circulation &#187; attach&#233;s &#224; la cr&#233;ation. Pour aboutir &#224; l'&#339;uvre, l'artiste, puise l'inspiration dans son intellect, voire son intelligence, et/ou d'un mod&#232;le qu'il traduit au travers de ses sens. Parfois, il lui faut recourir &#224; plusieurs sens, plus ou moins simultan&#233;ment, pour exprimer ce qu'il ressent dans ce qui peut s'appeler processus de cr&#233;ation avec interaction de sens. D'autres fois, il entre dans un processus de cr&#233;ation par transcription, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de convertir ce qu'il cr&#233;e et per&#231;oit avec un sens donn&#233; en une autre cr&#233;ation perceptible par un autre sens. Il s'agit alors d'un travail de traduction sensorielle, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec interaction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un des plus beaux exemples de cr&#233;ation selon le premier des processus d&#233;crits plus haut se trouve chez Virgil Thomson, compositeur et critique d'art, d'autant plus que son mod&#232;le &#233;tait des plus artistiques. Thomson fit, en effet, de Peggy Guggenheim un &#171; portrait musical &#187; (sa sonate pour piano n&#176;IV dite &lt;i&gt;Guggenheim Jeune&lt;/i&gt;) qui n&#233;cessita d'elle des heures de pose devant lui tout en lui lisant l'un de ses ouvrages, pour nourrir son inspiration. Cette anecdote racont&#233;e par Peggy Guggenheim, elle-m&#234;me, dans ses m&#233;moires (&lt;i&gt;Ma vie et mes folies,&lt;/i&gt; Perrin, 2004, p. 178) r&#233;v&#232;le bien un type de processus de traduction impliquant plusieurs sens. Toujours pour de la traduction sensorielle mais avec, en plus, le toucher (m&#234;me si avec Peggy aussi&#8230; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Derain, prenait aussi parfois, sur ses genoux, ses mod&#232;les pour travailler. Il lui fallait, en effet, voir mais aussi toucher, leur enserrant la taille d'une main et peignant de l'autre. Moins moralement attaquable aujourd'hui, l'interaction sensorielle est connue, beaucoup plus prosa&#239;quement, gr&#226;ce aux plateaux-repas servis dans les avions qu'il serait os&#233;, quand m&#234;me, de rattacher &#224; l'art, f&#251;t-il culinaire. La synesth&#233;sie entre bruit et go&#251;t, en effet, conduit &#224; saler et/ou sucrer &#224; l'exc&#232;s pour compenser l'impression de fadeur que les passagers trouvent aux aliments du fait des bruits de cabine (de type bruit blanc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple venu du ciel est celui de l'affinage du jambon de Saint-Flour, traditionnellement pratiqu&#233; dans le clocher de la cath&#233;drale puisque bonifi&#233;, aux dires de son cur&#233;, par les vibrations de sa cloche.&#8232;Perturber les sens a toujours fait partie des techniques aidant l'artiste &#224; ouvrir des portes &#224; son inspiration. Le recours aux drogues n'a pas &#224; &#234;tre trait&#233; ici, aussi parce qu'il est banal. Moins banale est la perturbation due &#224; une excitation sensorielle &#171; naturelle &#187;, pouvant cependant mener &#224; des effets majeurs. L'excitation auditive, par la musique notamment, aide &#224; la cr&#233;ation : chor&#233;graphique et philosophique chez les derviches tourneurs soufis, litt&#233;raire chez les artistes du groupe Bazooka, &#224; l'origine de la sc&#232;ne graphzine issue de l'&#233;coute de musique punk (parfois sous psychotrope, il est vrai), picturale pour Charlotte Salomon, glorifi&#233;e par David Foenkinos, qui ne cr&#233;ait qu'en &#233;coutant de la musique, ou litt&#233;raire encore pour Guillaume Musso (r&#233;f&#233;rence retenue ici, bien que probablement triviale pour certains, pour montrer combien le proc&#233;d&#233; est r&#233;pandu) qui ne peut &#233;crire qu'en &#233;coutant de la musique (celle de Philippe Glass, comme aime &#224; dire l'&#233;crivain, excusez du peu !).&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le polyglottisme sensoriel peut s'&#233;tendre &#224; plus de deux sens. L'artiste contemporain Dove Allouche l'a r&#233;cemment montr&#233; dans son &#339;uvre &lt;i&gt;AgBr&lt;/i&gt; dont la grande richesse d'inspiration doit au m&#233;lange des sens, go&#251;t, vue et toucher qui y a conduit : &#339;uvre si riche que la place manque ici pour l'expliquer et tenter d'en faire partager la puissance. Associ&#233;s aux sens, les mat&#233;riaux catalysent l'inspiration artistique puisque argent et brome, combin&#233;s pour former le bromure d'argent, sel m&#233;tallique r&#233;v&#233;lateur photographique, &#233;voquent le sel de la mer Morte qui constitue le mod&#232;le des 9 prises de vue que l'artiste en a fait (figure 2a) &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles de grandissement et contraste. Si, de plus, l'&#339;uvre est correctement &#233;clair&#233;e sur son lieu d'exposition, la lumi&#232;re (en haut de la figure 2b) semble dire qu'elle n'est pas l&#224; o&#249; le regardeur la voit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;163&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_2-17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH227/image_2-17-a6407.jpg?1722000541' width='500' height='227' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 2 : Dove Allouche, &#171; AgBr &#187;,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) Vue oblique d'une partie de l'ensemble des 9 panneaux, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) D&#233;tail en vue de face, 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Par transcription&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La musique est, probablement, l'art par lequel la cr&#233;ation par traduction sensorielle a commenc&#233; et est la plus courante, la transcription musicale en devenant presque une discipline artistique &#224; part enti&#232;re. Cela ne doit pas faire oublier que la musique est abstraite et se suffit &#224; elle-m&#234;me, ce qui lui vaut souvent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le premier des arts. Jon Albers ne disait-il pas : &lt;i&gt;&#171; Tout le monde aime la musique [&#8230;]. G&#233;n&#233;ralement, en l'&#233;coutant, il n'est pas n&#233;cessaire de penser &#224; quelque-chose dans la nature que la musique essaie d'imiter ou de repr&#233;senter. La musique poss&#232;de une vie en soi &#187;&lt;/i&gt; ? Ce n'est, cependant, pas une contradiction avec ce qui vient d'&#234;tre dit plus haut sur l'existence de transcriptions musicales de sens autres que l'ou&#239;e ou, plus commun&#233;ment et &#224; un moindre degr&#233;, d'&#233;vocations/illustrations musicales &#233;veill&#233;es par les arts plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, une &#339;uvre musicale pourra inspirer un plasticien y compris dans le cadre d'une cocr&#233;ation. Certaines barri&#232;res entre plasticiens et musiciens s'en trouvent alors abolies, &#224; la diff&#233;rence de ce qui aura pu exister autrefois entre &#233;crivains et musiciens, Mallarm&#233; le qualifiant m&#234;me de &#171; supr&#234;me jalousie &#187;. L'aujourd'hui est plut&#244;t dans la recherche de connivence entre arts (et sens donc) et la cr&#233;ation des c&#233;l&#232;bres passerelles pour les relier. Diff&#233;rents parcours existent donc, pour cela, d'un sens l'autre ou d'un sens avec l'autre. La suite de cette chronique les distingue, &#224; la lumi&#232;re (pour ne pas dire au son voire au toucher) d'&#339;uvres contemporaines puisque ce sont, surtout, les artistes contemporains qui se sont ouverts et ouvrent au polysensoriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre ou&#239;e et vue, entre son et image pour ce qui est de leur traduction, est la plus courante. La recherche d'un instrument combinant les deux sens simultan&#233;ment, dans le r&#234;ve d'un art synesth&#233;sique a conduit, d&#232;s le d&#233;but du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Vladimir Baranoff-Rossin&#233;, peintre, sculpteur et musicien, &#224; mettre au point son piano optophonique (figure 3a) qui acta, en son temps, la fusion entre peinture et musique. L'instrument assurait la projection d'images color&#233;es se mouvant, au travers de disques peints (figure 3b), simultan&#233;ment au son de ce que jouait le pianiste : les disques peints pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#339;uvres visuelles en elles-m&#234;mes, conserv&#233;es dans les mus&#233;es comme telles d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;171&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_3-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH196/image_3-12-08af3.jpg?1772207052' width='500' height='196' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 3 : Vladimir Baranoff-Rossin&#233;,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#171; Piano ortophonique &#187;, 1920-1923, &#169;Photo M. Jeandin, 2021, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) Disque ortophonique, 1920-1923. &#169;Photo M. Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour aller de l'image au son ou r&#233;ciproquement, sans synesth&#233;sie qui implique la simultan&#233;it&#233; des sens, l'artiste se place dans une qu&#234;te d'&#233;quivalence. Les po&#232;tes et litt&#233;rateurs furent les premiers &#224; y &#234;tre sensibles. Cocteau l'exprime en une fulgurante association des mots (par d&#233;finition m&#234;me de la po&#233;sie) cacato&#232;s, charivari et couleurs dans sa phrase &lt;i&gt;&#171; Les cacato&#232;s entonnent le charivari des couleurs &#187;&lt;/i&gt; reprise sur le banc cr&#233;&#233; par les artistes canadiens contemporains Goulet et Massut (figure 4). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est l'occasion de signaler que ce banc m&#233;rite d'&#234;tre reconnu comme une &#339;uvre contemporaine &#224; part enti&#232;re, &#224; appr&#233;cier dans le Jardin du Palais Royal, m&#234;me si les colonnes de Buren (&lt;i&gt;Les Deux Plateaux&lt;/i&gt;) qui lui sont proches peuvent en &#233;loigner le promeneur. L'esth&#233;tique de ce banc, dit Dentelles d'Eternit&#233;, s'accorde, en effet, parfaitement avec les arbres environnants (figure 4) et les cacato&#232;s aussi gr&#226;ce aux com&#233;diens du Fran&#231;ais qui viennent souvent y r&#233;p&#233;ter leurs sc&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;192&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH291/fig_4-a3a9f.jpg?1772207052' width='500' height='291' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 4 : Michel Goulet et Fran&#231;ois Massut, &#171; Dentelles d'Eternit&#233; &#187; (cf. plaque estampille &#224; droite sur le dos) dans le Jardin du Palais Royal/Paris, 2016. &#169;Photo M. Jeandin, 2023.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marcel Proust est, cependant, le ma&#238;tre pour exprimer le m&#233;lange des sens et leur &#233;quivalence. A la vue et l'ou&#239;e comme elles &#233;taient consid&#233;r&#233;es dans le premier exemple pr&#233;c&#233;demment pris, il ajoute souvent l'odorat (olfaction). Son c&#233;l&#232;bre texte sur les aub&#233;pines est un sommet, au point que l'auteur de cet article a conscience de la vanit&#233; de son projet de parler des sens quand Proust en a d&#233;j&#224; montr&#233; toute la puissance et les subtilit&#233;s. Il encouragerait m&#234;me son lecteur &#224; ne pas en continuer la lecture pour lui pr&#233;f&#233;rer celle du grand Marcel, notamment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je le trouvai [le chemin] tout bourdonnant de l'odeur des aub&#233;pines [&#8230;]. Moi-m&#234;me j'appr&#233;ciais plus le fromage &#224; la cr&#232;me rose, celui o&#249; l'on m'avait permis d'&#233;craser des fraises. Et justement ces fleurs avaient choisi une de ces teintes de chose mangeable, ou de tendre embellissement &#224; une toilette pour une grande f&#234;te, qui, parce qu'elles leur pr&#233;sentent la raison de leur sup&#233;riorit&#233;, sont celles qui semblent belles avec le plus d'&#233;vidence aux yeux des enfants, et &#224; cause de cela, gardent toujours pour eux quelque chose de plus vif et de plus naturel que les autres teintes, m&#234;me lorsqu'ils ont compris qu'elles ne promettaient rien &#224; leur gourmandise et n'avaient pas &#233;t&#233; choisies par la couturi&#232;re &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, repris dans &lt;i&gt;Un amour de Swan&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;Recherche,&lt;/i&gt; figure dans le livre &lt;i&gt;Vacances de P&#226;ques et autres chroniques&lt;/i&gt; de Marcel Proust&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions Gallimard, Collection Folio, n&#176;6727, 2020, p. 16&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il faut conseiller &#224; quiconque cherche, ne serait-ce qu'un livre, pour acc&#233;der au bonheur, pour seulement deux euros qui plus est : fin de digression proustienne. Les couleurs si merveilleusement &#233;voqu&#233;es par Proust sont &#224; la base de multiples cr&#233;ations artistiques visant &#224; les appr&#233;hender autrement que par la vue. Il s'y trouve, par exemple, le c&#233;l&#232;bre sonnet &lt;i&gt;Voyelles&lt;/i&gt; qui m&#233;rite bien son nom puisque Rimbaud y fait sonner les couleurs au son des voyelles qu'il leur fait correspondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas en reste avec Newton pour qui les 7 couleurs de l'arc-en-ciel auraient pour origine la gamme musicale. Le musicologue belge, Claude Charlier, pour sa part, associe des couleurs, non pas &#224; des notes &#233;l&#233;mentaires mais &#224; des phrases musicales, y compris pour des raisons didactiques, en coloriant les partitions, m&#234;me s'il est permis de penser que Bach, son musicien de pr&#233;dilection, n'en avait pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un registre plus r&#233;cent, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre colori&#233;es, les compositions de la grande musicienne contemporaine Camille P&#233;pin, peuvent &#234;tre dites color&#233;es. Elles sont, en effet, par exemple &lt;i&gt;Les Eaux c&#233;lestes,&lt;/i&gt; aux dires de la compositrice elle-m&#234;me, le fruit d'une riche exploration sur des couleurs comme le ferait un peintre. Camille P&#233;pin a trouv&#233; en C&#233;lia Oneto Bensaid, une interpr&#232;te qui la comprend parfaitement puisque, dans &lt;i&gt;Number 1&lt;/i&gt; notamment, cette derni&#232;re revendique dans son interpr&#233;tation de se rapprocher de Pollock. Le mariage P&#233;pin-Ben Said ne pouvait donc &#234;tre que grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la transcription musicale des couleurs, port&#233;e &#224; un niveau exceptionnel par cet exemple, se pose plus g&#233;n&#233;ralement et prosa&#239;quement la question de la sonorisation d'images que peuvent avoir en t&#234;te tant l'artiste que son public. C'est le Prince de Polignac qui en fut l'un des premiers cr&#233;ateurs, par la sonorisation des projections de paysages peints qu'il donnait dans les salons de l'&#233;poque, celui de sa Princesse d'&#233;pouse (Princesse Edmond de Polignac) donc, entre autres. Son go&#251;t de la conjugaison entre l'oreille et la vue l'y pr&#233;disposait, entra&#238;n&#233; qu'il &#233;tait par sa fr&#233;quentation assidue d'Amsterdam et de Venise. C'est l&#224;, comme le rapporte Proust (encore lui !) dans l'une de ses premi&#232;res chroniques au Figaro, qu'il fut le premier &#224; souligner la parent&#233; entre la lumi&#232;re et le silence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Musique d'Aujourd'hui-Echos d'Autrefois, Chronique du 11 mai 1903 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais nous y reviendrons.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les composantes de ces paysages inspirants, le bleu a toujours b&#233;n&#233;fici&#233; d'une attention particuli&#232;re en musique que m&#234;me Michel Pastoureau n'explique pas, cependant. La composition &lt;i&gt;Celeste&lt;/i&gt; (rappelant les Eaux du m&#234;me nom de Camille P&#233;pin, d&#233;j&#224; cit&#233;e) de Brian et Roger Eno, interpr&#233;t&#233;e magistralement par Vanessa Wagner dans son opus &lt;i&gt;Study of the Invisible,&lt;/i&gt; est cit&#233; ici pour sa pertinence, comme veut l'esp&#233;rer l'auteur, mais aussi parce que propre &#224; d'autres commentaires sensoriels (si ce n'est sens&#233;s) dans le deuxi&#232;me volet de l'article (&#167; &#171; Invisible &#187;). &lt;i&gt;A l'&#233;coute du bleu&lt;/i&gt; constitue une autre r&#233;f&#233;rence majeure sous la forme d'un livre r&#233;cent sous ce titre explicite par le chor&#233;graphe L&#233;o Walk : dense et dans&#233;. Sinon, la r&#233;f&#233;rence, plus commune, des &lt;i&gt;Mots bleus&lt;/i&gt; de Jarre et Christophe se doit d'&#234;tre mentionn&#233;e aussi, ne serait-ce que pour ob&#233;ir aux pr&#233;ceptes d&#233;finis par Guillaume Log&#233;e dans son livre &lt;i&gt;Renaissance Sauvage&lt;/i&gt; (Gallimard/PUF, p. 183). Certains musiciens, pourtant, veulent &#233;chapper &#224; cette parent&#233; entre mots &#8211; fussent-ils bleus &#8211; et musique, &#224; rebours du mouvement lettriste (hyper-cr&#233;atiste ou hyper-novatiste). Rodolphe Burger, consacr&#233; r&#233;cemment par le Centre Pompidou, en est l'un des porte-parole, dans sa recherche du &#171; texte non musical &#187;, &#224; mettre en parall&#232;le avec la musique atonale. Il nourrit, si ce n'est la jalousie entre musiciens et &#233;crivains d&#233;j&#224; soulign&#233;e, au moins le d&#233;bat sur le lien entre mots et musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de son sujet, cet article se contentera de dire, dans ce d&#233;bat, qu'au-del&#224; de leur sens, les mots peuvent faire penser &#224; la musique par leur rythme d'&#233;criture et leur graphie. La calligraphie et le calligramme en sont de banals exemples. A ce titre, l'&#233;criture arm&#233;nienne, par l'esth&#233;tique de son alphabet (Mesropian) (figure 5), peut &#234;tre dite entrer de plain-pied dans l'art contemporain, notamment au travers de l'&#339;uvre du cin&#233;aste Artavazd Pelechian qui y ajoute sa pens&#233;e en parfaite symbiose avec le th&#232;me de cet article. L'artiste y consid&#232;re, en effet, le cin&#233;ma comme un art &#233;chappant aux langages, particulier pour un &#339;cum&#233;nisme des sens. A rapprocher de la calligraphie est l'art de Robert Filliou quand il se fonde sur le rythme de r&#233;p&#233;tition des motifs visuels qu'il pr&#233;sente dans ses cr&#233;ations. Sa caract&#233;ristique &#338;uvre sans valeur, par exemple (figure 6), impose ainsi visuellement au regardeur une musicalit&#233;, pour ne pas dire musique, qui lui impr&#232;gne l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH189/fig_5-cc37b.jpg?1772207052' width='500' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 5 : Artavazd Pelechian, commentaire sur son film &#171; La Nature &#187;, 2005. &#169;Photo M. Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_21490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH233/fig_6-d174b.jpg?1722000541' width='500' height='233' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 6 : Robert Filliou, &#171; &#338;uvre sans valeur &#187;, 1969. &#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les exemples pr&#233;c&#233;dents illustraient le parcours du visuel vers le son. L'art contemporain est aussi riche d'exemples o&#249; le parcours des sens va de l'ou&#239;e vers la vue &#8212; m&#234;me si la nuance est parfois subtile pour le distinguer du parcours oppos&#233; &#8212;, c'est-&#224;-dire du son &#224; l'image : celle des couleurs en particulier, sachant que pour ce qui est du son, ne sera consid&#233;r&#233;e ici que la musique, et toujours dans un contexte d'&#233;ventuelle synesth&#233;sie. Le meilleur &#171; parcoureur &#187;, en ce sens, fut Basquiat, sur lequel cette chronique s'attardera car son &#339;uvre annon&#231;a les cr&#233;ations contemporaines les plus en pointe dans le genre. Son obsession premi&#232;re fut, chacun le sait, de traduire les notes de jazz en couleurs, ce qui le situe dans la veine historique d'Esther Carp qui, dans ce qu'elle appelait des &#171; transcriptions musicales &#187;, traduisait de grands compositeurs (Stravinsky, Messiaen, Chopin&#8230;). La symphonie en ut de Chopin lui inspira, entre autres, un dessin shadockien (figure 7) que les critiques d'art contemporains pr&#233;f&#233;reront, cependant, dire annonciateur du Doodle Art ou gribouillage en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;118&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.7-600x800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/fig.7-600x800-6c1de.jpg?1722000541' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 7 : Esther Carp, Transcription musicale de &#171; Valse en ut di&#232;se mineur &#187;,1949. &#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Doodle Art repr&#233;sente, d'ailleurs, un marqueur de la traduction de l'audio au visuel gr&#226;ce &#224; Josef Blahaut, l'une de ses figures marquantes, qui recourait &#224; la pratique du doodle pour se lib&#233;rer des voix qu'il entendait, en un exercice d'exorcisme. Que Jeanne d'Arc n'a-t-elle pas eu un temp&#233;rament d'artiste plut&#244;t que de guerrier ! Basquiat, pour y revenir, se montrait plus structur&#233;, autant que cela puisse &#234;tre dit, gr&#226;ce &#224; la d&#233;finition d'&#233;quivalences entre :&#8232;&lt;strong&gt;- Graphisme et son.&lt;/strong&gt; L'espacement entre les traits du dessin et leur position/hauteur rendent visibles le rythme et l'intensit&#233; musicale, dans une grande partie de son &#339;uvre, singuli&#232;rement dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Anybody Speaking Words&lt;/i&gt; (1982). La symbiose entre musique et peinture qui en r&#233;sulte rappelle la polys&#233;mie du mot &#171; opera &#187; se r&#233;f&#233;rant tant &#224; un genre musical qu'au travail auquel il se rapporte en latin.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Mat&#233;riaux supports et cr&#233;ation musicale.&lt;/strong&gt; La nature et la texture des mat&#233;riaux recevant les cr&#233;ations de Basquiat lui servent souvent &#224; exprimer la cr&#233;ation musicale. Ainsi, dans &lt;i&gt;Left Hand-Right Hand,&lt;/i&gt; 1984-1985, les lattes de bois des palettes figurent les touches o&#249; se posent les mains du pianiste (figure 8). Il rappelle ou plut&#244;t annonce en cela Christian Marclay, dans la sc&#232;ne contemporaine, avec sa s&#233;rie Screams, par exemple, qui exploite les n&#339;uds et les veines du bois support de sa peinture. Il s'y exprime le son/le cri (en r&#233;f&#233;rence &#224; Munch en particulier) par analogie aux ondes sonores, &lt;i&gt;Flaming Shards&lt;/i&gt; (figure 9, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/fig_8-89ce8.jpg?1772207053' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 8 : Jean-Michel Basquiat, &#171; Left Hand-Right Hand &#187;, 1984-1985. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_21493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;98&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH243/fig_9-9b71d.jpg?1772207053' width='500' height='243' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 9 : Christian Marclay, &#171; Scream (Flaming Shards) &#187;, 2019. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Collages et rythme.&lt;/strong&gt; Dans bon nombre de ses &#339;uvres, l'emploi de collages, y compris r&#233;p&#233;titifs (avec usage de photocopies, par exemple) s'accorde parfaitement aux techniques d'&#233;chantillonnages et de r&#233;p&#233;tition dans le rap, le reggae ou le jazz qu'il cherche &#224; traduire sur la toile. &lt;i&gt;Sell Grit&lt;/i&gt; (1983) en est un pulsant exemple, s'il ne fallait en retenir qu'un. Marclay encore, dans un contexte plus contemporain, a repris cette technique de collage aux m&#234;mes fins (cf. certaines de ses &#339;uvres &#233;voqu&#233;es plus loin).&#8232;&lt;strong&gt;- Mots et ponts.&lt;/strong&gt; En apposant souvent sur ses &#339;uvres des mots, comme le fait Basquiat sous forme d'onomatop&#233;es ou allit&#233;rations, par exemple, l'artiste r&#233;duit l'&#233;cart entre le visuel et le textuel. Un peu comme l'a fait Pierre Huyghe dans sa vid&#233;o &lt;i&gt;One Million Kingdoms&lt;/i&gt; (2001), o&#249; le personnage repr&#233;sent&#233; se d&#233;place au sein d'un environnement g&#233;n&#233;r&#233; graphiquement par les paroles qu'il &#233;nonce : la forme des discours se r&#233;percutant sur les surfaces qu'il parcourt. Le processus artistique rappelle en cela l'installation num&#233;rique interactive de Michel Bret, Edmond Couchot et Marie-H&#233;l&#232;ne Tramus &lt;i&gt;La Plume&lt;/i&gt; (1986) expos&#233;e &#224; l'inauguration du Mus&#233;e de la BNF/Richelieu. Cette installation montre une plume voletant sur un &#233;cran au rythme du bruit (des mots par exemple) capt&#233; par un micro lui faisant face. Les mots jouent alors un r&#244;le de ponts, au sens musical du terme, &#224; l'inverse de ce que souhaite Burger, d&#233;j&#224; cit&#233;. L'affichiste contemporain Philippe Apeloig l'a exprim&#233; avec talent dans son affiche &lt;i&gt;Lire la Cara&#239;be&lt;/i&gt; (figure 10) dont le rythme pr&#233;figure le sens des mots qu'elle annonce (pour un salon du livre).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;102&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.10-539x800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH742/fig.10-539x800-c75b9.jpg?1772207053' width='500' height='742' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 10 : Philippe Apeloig, &#171; Lire la Cara&#239;be/Cuba, Ha&#239;ti &#187;, 1998. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Basquiat l'aurait, sans nul doute, aim&#233;e, non seulement parce qu'il y est question de la Cara&#239;be mais aussi parce qu'elle reprend certains traits de son art. L'intellect prendra le relais ensuite comme un paragraphe ult&#233;rieur, sur la perception diff&#233;r&#233;e, le montrera. &lt;i&gt;Eroica&lt;/i&gt; (1988), en r&#233;f&#233;rence &#224; Beethoven, que les ex&#233;g&#232;tes de l'&#339;uvre de Basquiat interpr&#232;tent comme une sorte de coda &#224; la musicalit&#233; de son art voire &#224; sa vie, peut alors &#234;tre mati&#232;re &#224; d&#233;veloppement sur les liens entre les sens. L'auteur s'en passera ici, se bornant &#224; souligner, chacun pouvant comprendre pourquoi, que Basquiat se sentait musicien avant d'&#234;tre peintre, au m&#234;me titre que Modigliani, avait une &#226;me de sculpteur plut&#244;t que de peintre. Ce n'est pas pour rien que les critiques d'art qualifient la peinture de Basquiat de bruyante. Il faut la prendre ici dans son acception synesth&#233;sique et non dans l'acception p&#233;jorative que d'aucuns veulent parfois retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette guerre des sens, arbitr&#233;e par le cours de la vie, la m&#233;diocre plaisanterie sur Beethoven se croyant peintre tellement il &#233;tait sourd, n'est donc pas, en fait, si d&#233;nu&#233; de sens que cela et, encore moins, de respect. Plus s&#233;rieusement mais toujours dans le m&#234;me registre, Jean-Luc Godard disait qu'il &#233;tait un peintre qui faisait du cin&#233;ma, quand il ne disait pas qu'il faisait de la litt&#233;rature avec de la peinture, en une variante tout aussi d&#233;cisive. Tous ces g&#233;nies, qu'ils fussent Basquiat, Beethoven, Godard et autres, avaient surtout bien compris et montr&#233; les r&#244;les crois&#233;s des sens dans leur art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Episode 2 -&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;par exemple, dans son Agent secret, Gallimard, 2021, p. 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions Gallimard, Collection Folio, n&#176;6727, 2020, p. 16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Musique d'Aujourd'hui-Echos d'Autrefois, Chronique du 11 mai 1903 dans Chroniques, Gallimard/L'Imaginaire, 2015, p. 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture &gt; &lt;i&gt;Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt; (d&#233;tail), &lt;i&gt;La Dame &#224; la licorne,&lt;/i&gt; entre 1484 et 1500, Mus&#233;e de Cluny, Paris. Photo &#169; Didier Descouens, Toulouse, 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur le rapport au n&#233;ant et au vide II/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sur-le-rapport-au-neant-et-au-vide</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Sur-le-rapport-au-neant-et-au-vide</guid>
		<dc:date>2024-01-01T12:05:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ant</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir analys&#233; les usages confus de la notion de vide dans une premi&#232;re partie, il est possible de revenir sur la mani&#232;re dont des &#339;uvres d'art posent le probl&#232;me de l'ab&#238;me/n&#233;ant et du vide sur lesquels repose l'existence et forgent la figuration destin&#233;e &#224; aider les humains &#224; symboliser l'ab&#238;me dans des formes qui ne soient pas indignes de leur condition.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/neant" rel="tag"&gt;n&#233;ant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH119/arton2390-245ad.jpg?1772255855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir analys&#233; les usages confus de la notion de vide dans une premi&#232;re partie, il est possible de revenir sur la mani&#232;re dont des &#339;uvres d'art posent le probl&#232;me de l'ab&#238;me/n&#233;ant et du vide sur lesquels repose l'existence et forgent la figuration destin&#233;e &#224; aider les humains &#224; symboliser l'ab&#238;me dans des formes qui ne soient pas indignes de leur condition. D'autant que, le plus commun&#233;ment, avec cette notion de vide, il n'est fait allusion qu'&#224; un vide technique entrant dans des compositions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Revenons-y. En l'occurrence, on a tort de maltraiter ce dernier car il peut passer pour une force de cr&#233;ation, pour une &#171; mati&#232;re &#187; indispensable. Il convient donc d'en dire quelques mots. Par cette &#233;vocation, se donne en effet &#224; entendre un mouvement ou une action choisis par lesquels une situation premi&#232;re dans un volume, un tout/un plein, est d&#233;faite. Ce qui existe ici est emport&#233; pour &#234;tre d&#233;pos&#233; l&#224;, en instaurant ainsi la possibilit&#233; d'autre chose ici. Cela signifie aussi que, sauf s'il s'agit d'une phase de constat, par exemple le vide laiss&#233; apr&#232;s avoir &#244;t&#233; quelque chose, le vide renvoie &#224; une activit&#233; qui laisse un reste d'un tout &#224; l'exclusion de la quantit&#233; &#244;t&#233;e. En somme, le vide se fait. Et dans ce cas, effectivement, il a bien une fonction, encore est-il n&#233;cessairement li&#233; &#224; une intention orient&#233;e par la notion de limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ce vide en art se distribue-t-il entre quatre cas au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans des pratiques.&lt;/strong&gt; En effet, que font le sculpteur en &#233;vidant la pierre et le tisserand en d&#233;vidant la pelote de laine, sinon enlever de la mati&#232;re par l'activit&#233; de l'extraire du lieu, du tout dans lequel elle est concentr&#233;e et instaurer un vide au milieu de la chose alt&#233;r&#233;e ? Le vide rel&#232;ve alors d'une extraction et d'une conception de l'espace rapport&#233;e &#224; la circulation de l'air. Un cas r&#233;cent : le trio iranien Haerizadeh (Ramin et Rokni)-Hesam Rahmanian, fa&#231;onnant avec &lt;i&gt;They're Not Made up of Anything but Space&lt;/i&gt; un espace n&#233;gatif dans de l'argile, celui de l'exil et du sentiment de perte qui l'accompagne :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;168&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/cccodt_2023-ramin_rokni_haerizadeh_hesam_rahmanian-053.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/cccodt_2023-ramin_rokni_haerizadeh_hesam_rahmanian-053-9037d.jpg?1772226554' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ramin Haerizadeh, Rokni Haerizadeh, Hesam Rahmanian &#171; Le Diwan du De&#769;mon &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;vue d'exposition au CCC OD, Tours, France, juin 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; Photo(s) : Aure&#769;lien Mole
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer aussi qu'une partie de l'architecture consiste &#224; &#233;vider de la mati&#232;re (la grotte, le troglodyte), m&#234;me si le plus souvent elle donne forme &#224; et d&#233;limite un vide &#224; occuper, voire &#224; remodeler en permanence &#8212; si l'on repense au jeu premier des plateaux, d&#233;sormais fig&#233;s, du Centre Pompidou de Renzo Piano et Richard Rogers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vide &#233;vid&#233; ne concerne cependant pas uniquement ces pratiques, il peut concerner la peinture &#233;videmment comme le souligne Markus L&#252;pertz, dans &lt;i&gt;Narcisse et &#233;cho&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2020, p. 359&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il joue non moins dans le regard port&#233; sur un tableau d&#232;s lors qu'il est attir&#233; par le contraste des formes peintes (plein-vide), et qu'il d&#233;couvre le calme et la fluidit&#233; dans la circulation entre des espaces non-peints (les passages), comme il en va dans le cas de &lt;i&gt;Verwandte Seelen,&lt;/i&gt; d'Asher Brown Durand, 1849 (Berlin).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03_-_durant.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/03_-_durant-51063.jpg?1701618001' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Verwandte Seelen, Asher Brown Durand, 1849 (Berlin)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la critique des montages normatifs de l'art d'exposition.&lt;/strong&gt; Exemple paradigmatique de cette critique : les travaux d'Yves Klein (&lt;i&gt;Le Vide,&lt;/i&gt; 1958), qui trouvent d'ailleurs leur r&#233;ponse dans le travail d'Arman, en 1960, avec &lt;i&gt;Le Plein.&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas uniquement de faire le vide, ainsi qu'il en va dans le premier cas, ou de pratiquer le sans objet. Nathalie Desmet le commente ainsi dans &#171; L'exposition comme dispositif de disparition de l'&#339;uvre &#187; (&lt;i&gt;Nouvelle revue d'esth&#233;tique,&lt;/i&gt; 2011/2, n&#176; 8, pp. 40-49) et le catalogue &lt;i&gt;Vides, Une r&#233;trospective&lt;/i&gt; en donne les preuves (Paris, Centre Pompidou, 2009). L'optique consiste &#224; montrer le vide, comme le sugg&#232;re Pierre Restany, par ses limites. Autrement dit, relativement &#224; cet aspect, l'enjeu est la d&#233;construction du cadre (des tableaux) et du contexte de l'exposition, au point d'exposer l'espace m&#234;me dans ses limites, selon la pratique reprise ensuite par &lt;i&gt;Art &amp; Language.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui introduit &#224; un troisi&#232;me cas.&lt;/strong&gt; Il se r&#233;fl&#233;chit &#224; partir des effets des arts sur les spectatrices et les spectateurs. Quelques expositions vides et des expositions du vide ne cessent de poser la diff&#233;rence vide-plein en la rapportant au monde de la consommation, au monde du plein d'objets, de l'exc&#232;s de choses tel que autrices (par exemple Elsa Triolet, &lt;i&gt;Roses &#224; cr&#233;dit,&lt;/i&gt; 1959) et auteurs (par exemple Georges P&#233;rec, &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;, 1965), le d&#233;crivent. Dans cette diff&#233;rence, l'art viendrait introduire une pi&#232;ce critique ma&#238;tresse, qui ne se contenterait pas de tomber sous le coup d'un &#233;tat gazeux tel qu'explor&#233; par Yves Michaud (&lt;i&gt;L'art &#224; l'&#233;tat gazeux&lt;/i&gt;, Paris, Stock, 2003), par abandon d'&#339;uvres &#171; sonnantes et tr&#233;buchantes &#187;, au profit d'une esth&#233;tique pure ou de purs supports th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, quatri&#232;me cas.&lt;/strong&gt; Une certaine m&#233;taphysique de la &#171; cr&#233;ation &#187; artistique perp&#233;tue, sous la forme de l'angoisse du commencement, une conception du vide. Ainsi s'y traitent la pierre informe, la toile et la feuille blanches, la pellicule vierge, ces &#171; lieux &#187; o&#249; commence le combat pour la cr&#233;ation &#8212; &#171; &lt;i&gt;ce combat dans lequel le po&#232;te crie de frayeur avant d'&#234;tre vaincu&lt;/i&gt; &#187; (Charles Baudelaire, &lt;i&gt;Petits po&#232;mes en prose,&lt;/i&gt; 1869) &#8212;, le passage de l'informe &#224; la forme, de l'absence au geste, du vide primordial pr&#233;sidant &#224; une naissance, d'une puret&#233; &#224; l'engendrement d'une id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop souvent donc, ce vide technique est envisag&#233; comme passif. Il se d&#233;limite par sa cl&#244;ture impos&#233;e de l'ext&#233;rieur, on d&#233;limite son occupation possible par une intention premi&#232;re. De surcro&#238;t, il est toujours relatif, car il est bord&#233; et on le borde &#8212; par exemple par des murs. Par extension et m&#233;compr&#233;hension, il entre dans ces constructions manich&#233;ennes dont il &#233;tait question ci-dessus, lesquelles instituent une sorte de face-&#224;-face entre deux entit&#233;s, une antinomie s&#232;che : il y aurait d'un c&#244;t&#233; le vide et de l'autre le plein, d'un c&#244;t&#233; l'absence et de l'autre la pr&#233;sence. Outre le jeu organis&#233; par Arman face &#224; Klein dont nous avons parl&#233;, des artistes savent en jouer, en faisant du vide l'&#339;uvre m&#234;me, un objet intangible parce que l'&#339;uvre &#233;chappe au visible par un asc&#233;tisme critique de l'exc&#232;s m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04_-_philp_kojo_metz_2019.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/04_-_philp_kojo_metz_2019-01198.jpg?1701618001' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Philip Kojo Metz, Sorryfornothing, 2019, Berlin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce face-&#224;-face serait connot&#233; comme mal et bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fonctionnant en mode d'alternative ou de renversement vide/plein, absence/pr&#233;sence, manque/satisfaction, ce renversement ne pourrait s'effectuer que gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation d'une autorit&#233; susceptible de d&#233;livrer le monde du mal, en se donnant la vertu d'un &#171; sauveur &#187;. Ce patient tissage manich&#233;en, posant le vide et le plein en ext&#233;riorit&#233;, compose une image du monde et des humains qui ne cesse de laisser croire que ces derniers sont le plus souvent enferm&#233;s primordialement dans une situation qui n'est que vide et dans laquelle l'humain est condamn&#233; &#224; le combler s'il veut &#171; vraiment &#187; vivre. L'attrait du vide, auquel un Didier Faustino nous confronte le long du trajet du tram de Brest, constituerait la raison contradictoire du fait que beaucoup se d&#233;sengageraient de tout et que la plupart g&#233;miraient &#8212; en vain &#8212; contre l'angoisse qui semble les gagner, tout en attendant un sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05_-_faustino-les_jetees_hd_300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH341/05_-_faustino-les_jetees_hd_300-e85eb.jpg?1772226554' width='500' height='341' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Didier Faustino, Jet&#233;es, 2011
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Brest, Place de Strasbourg
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Une autre approche&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le vide et la question qu'il pose &#8212; le rapport &#224; la puissance de l'ab&#238;me ou du n&#233;ant que la notion de &#171; vide &#187; institue en les symbolisant, en d&#233;pla&#231;ant l'horreur de n'&#234;tre plus rien &#8212; peuvent donc faire en esth&#233;tique l'objet d'une toute autre approche. En l'occurrence, une approche gr&#226;ce &#224; laquelle s'organiserait un rapport dynamique n&#233;ant-vide, tant en philosophie d'ailleurs qu'en mati&#232;re artistique. Un peu comme l'art nous a appris &#224; marcher dans le vide, ce vide ou ce plein compensateur symbolique ne resterait pas technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis&#233;s dans l'archipel des &#339;uvres aux forces positives, voici quelques exemples de telles approches &#8212; &#224; d&#233;faut de traiter des vides symboliques sur lesquels repose l'art public d&#233;di&#233; aux gloires h&#233;ro&#239;ques surmontant ainsi l'horreur de n'&#234;tre plus rien, ainsi que nous le montrons dans notre ouvrage &lt;i&gt;Circumnavigation en art public &#224; l'&#232;re d&#233;mocratique&lt;/i&gt; (Lyon, Les Naufrag&#233;s &#233;ph&#233;m&#232;res, 2022) &#8212; qui pourraient &#234;tre avantageusement compl&#233;t&#233;es par l'&#233;tude de r&#233;f&#233;rences tr&#232;s classiques : celle de Le Caravage dont la &lt;i&gt;Corbeille de fruits&lt;/i&gt; (1597) fait en-t&#234;te de cette esquisse ou de Caspar David Friedrich dont le &lt;i&gt;Moine au bord de la mer&lt;/i&gt; (1808-1810) qui a fait l'objet de l'en-t&#234;te de sa premi&#232;re partie, pour ne pas parler plus amplement pour l'heure des &lt;i&gt;Nymph&#233;as&lt;/i&gt; (1916) de Claude Monet.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La nature morte, &#171; de la nature &#224; l'&#233;tat de silence &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Louis Marin, notamment, &#233;crit &#224; propos de &lt;i&gt;La Corbeille de fruits :&lt;/i&gt; &#171; s'agissant d'une &#034;nature morte&#034;, de la nature &#224; l'&#233;tat de silence, se ramassant dans chaque chose, elle est ici offerte &#224; une repr&#233;sentation qui laisse deviner un je ne sais quoi qui d&#233;roberait ces choses (des fruits) &#224; elles-m&#234;mes. L'&#339;uvre signifie au regard que dans la pr&#233;sence des choses l'inscription symbolique du n&#233;ant est effective, dans un monde au Dieu cach&#233; &#187;. Et il renvoie &#224; Blaise Pascal, &#224; son &lt;i&gt;Apologie de la religion chr&#233;tienne,&lt;/i&gt; liasse &lt;i&gt;Vanit&#233;&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les traverses de la vanit&#233; &#187;, in La Travers&#233;e des signes, Paris, EHESS, 2019&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la question dogmatique en Occident&lt;/i&gt; (Paris, Fayard, 1999), le juriste Pierre Legendre fait, lui, allusion &#224; ce rapport n&#233;ant-vide &#224; propos de &lt;i&gt;La Lunette d'approche&lt;/i&gt; (1963),&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;parfois titr&#233;e Le T&#233;lescope&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Ren&#233; Magritte, dont voici une image :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06_-_la-lunette-dapproche-magritte-rene-1963.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH775/06_-_la-lunette-dapproche-magritte-rene-1963-5e7a3.jpg?1772226555' width='500' height='775' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La lunette d'approche, Ren&#233; Magritte, 1963
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard Magritte affirme effectivement : &#171; Le myst&#232;re est invisible. Il ne doit pas son importance (le n&#233;ant non plus) parce qu'il est invisible, mais parce qu'il est n&#233;cessaire absolument &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crits complets, Paris, Flammarion, 1979, p. 675&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et dans &lt;i&gt;Lettres &#224; Andr&#233; Bosmans,&lt;/i&gt; 1958-1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paris, Seghers-Isy Brachot, 1990, p. 185&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit plus de la question de la repr&#233;sentation du monde dans la peinture, comme dans de nombreux cas explor&#233;s par le peintre. C'est pourtant bien une fen&#234;tre &#224; deux battants, vue de l'int&#233;rieur de la maison ; le battant de droite est tir&#233; vers l'avant, et laisse voir une b&#233;ance. Cette derni&#232;re est ouverte sur un &#171; noir &#187;, non pas la couleur, mais &#171; le noir &#187; (le n&#233;ant, l'ab&#238;me), d'autant qu'on ne peut faire cohabiter un ciel de jour encore sur les verres transparents du battant, et le noir au-dehors. En un mot, &#171; Le n&#233;ant est la plus grande merveille du monde [&#8230;]. Il retire l'existence des choses que le myst&#232;re rend possibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on autre chose de Lucio Fontana, lorsqu'il expose cette &#339;uvre : Attese, &lt;i&gt;Concetto spaziale&lt;/i&gt; (1965) ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07_-_fontana_300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH340/07_-_fontana_300-33c6c.jpg?1701618001' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lucio Fontana, Attese, Concetto spaziale, 1965
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de se borner &#224; voir dans cette toile-sculpture au monochrome neutre soit une critique de l'espace renaissant, soit une m&#233;taphore sexuelle par fait de fente. Il reste sans doute plus int&#233;ressant de se laisser d&#233;stabiliser par ce geste de d&#233;passer les limites de la surface (de la toile) en ouvrant l'&#339;uvre &#224; l'infini du n&#233;ant, sans allusion cependant &#224; un arri&#232;re-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces figurations posent un probl&#232;me. Elles risquent d'induire entre l'ab&#238;me et le vide un jeu de profondeur, comme si l'ab&#238;me devait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un ailleurs, un lieu en de&#231;&#224; de ce monde. Ce parti pris est bien d&#233;crit par D. H. Lawrence : &#171; Les hommes ne cessent de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et &#233;crivent leurs conventions, leurs opinions ; mais le po&#232;te, l'artiste pratique une fente dans l'ombrelle, il d&#233;chire le firmament, pour faire passer un peu de chaos libre et venteux et cadrer dans une brusque lumi&#232;re une vision qui appara&#238;t &#224; travers la fente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors plut&#244;t Anish Kapoor qui, dans des travaux aux aspects rituels et cosmogoniques, apparent&#233;s au minimalisme, prend en charge le lien de l'ab&#238;me et du vide, dans un agencement plus immanent, largement comment&#233; par Christine Vial Kayser, dans &lt;i&gt;La M&#233;taphore du vide dans l'&#339;uvre d'Anish Kapoor&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in V. Alexandre Journeau et al., Paris, L'Harmattan, 2013&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au travers de la s&#233;rie des grands bols (2,50 m&#232;tres de diam&#232;tre), intitul&#233;s &lt;i&gt;Void&lt;/i&gt; (Vide), la spectatrice ou le spectateur ne peut se d&#233;partir d'une attraction dans ces &#171; trous &#187; creusant l'espace sans profondeur r&#233;elle, expression de l'absence de fondement dernier, et par cons&#233;quent de la fragilit&#233; des principes stables appel&#233;s par beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08_-_kapoor_2015_la_tourette.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/08_-_kapoor_2015_la_tourette-c8ed9.jpg?1772226555' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Void, couvent de la Tourette, 2015
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;photographie personnelle
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fascinante perspective immanente rencontr&#233;e par l'auteur de cette br&#232;ve esquisse au couvent de la Tourette, en 2015, elle se retrouve autrement pens&#233;e dans les &lt;i&gt;Void Fields,&lt;/i&gt; ces pierres &#233;vid&#233;es par un trou bleu (1990), dont le th&#232;me est malheureusement repris en creux r&#233;el dans &lt;i&gt;Descent into limbo&lt;/i&gt; (un trou de trois m&#232;tres de profondeur et trois m&#232;tres de diam&#232;tre rempli de pigment bleu nuit), expos&#233; &#224; la Documenta 9 de Cassel (Allemagne). Cela dit, ce trou dans le sol conduisant &#224; l'ab&#238;me demeure une mani&#232;re de saisir la spectatrice et le spectateur au droit m&#234;me de son rapport au n&#233;ant et &#224; l'absolu. Rien d'autre par cons&#233;quent que la perte de soi dans l'attraction du vide, en somme la chute dans le n&#233;ant ma&#238;tris&#233;e par le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une autre attraction suscit&#233;e, chacune de ces &#339;uvres d&#233;cline, en tentant de mettre en sc&#232;ne cette autre mani&#232;re d'aborder le &#171; pourquoi &#187; de toutes choses, une &#233;mancipation &#224; l'&#233;gard de l'angoisse potentielle des spectatrices et spectateurs quant &#224; ce th&#232;me. Ces mises en sc&#232;ne artistiques s'organisent comme l'endroit d'une position philosophique relative au vide symbolis&#233; con&#231;u positivement. Au demeurant, les lectrices et lecteurs peuvent prolonger ces options tant en musique &#8212; en commen&#231;ant par exemple, par le chant Yiddish c&#233;l&#233;brant l'&lt;i&gt;&#201;nigme &#233;ternelle,&lt;/i&gt; repris par M. Ravel : &lt;i&gt;Songs&lt;/i&gt; 1896-1914 : &#171; Le monde pose la vieille question/Tra la la tra la la/Et si l'on ne peut te r&#233;pondre/Tra la la Tra la la&#8230; &#187;)&#8212; qu'en litt&#233;rature (en lisant par exemple Robert Musil, &lt;i&gt;Les d&#233;sarrois de l'&#233;l&#232;ve T&#246;rless,&lt;/i&gt; 1957, ou &lt;i&gt;Quartett&lt;/i&gt; de Heiner M&#252;ller, 1985, parmi bien d'autres qui ne sont pourtant pas aussi nihilistes que Beckett ou Ionesco). Dans ce rapport &#224; l'ab&#238;me, l'enjeu est bien le traitement humain du n&#233;ant, transpos&#233; en un vide sans d&#233;dain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous montrent ces &#339;uvres et bien d'autres, c'est que, afin de vivre affranchi, l'humain doit symboliser le n&#233;ant dans des conditions qui ne soient pas indignes de sa condition, seule mani&#232;re de lui permettre de d&#233;coller de lui-m&#234;me afin de s'approcher de lui-m&#234;me et des autres. Ainsi le souligne l'artiste am&#233;ricain Ed Ruscha, en 1997 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ed_ruscha_1997.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH371/ed_ruscha_1997-b3f7f.jpg?1701618001' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Edward Ruscha, The End, 1997
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour parcourir ce trait, par rapport &#224; l'exploration artistique pr&#233;sente, et en attente d'un d&#233;veloppement livresque plus cons&#233;quent, op&#233;rons un d&#233;tour par les propos de Pierre Legendre, l'auteur cit&#233; ci-dessus en rapport avec Magritte. En r&#233;fl&#233;chissant sur les montages normatifs qui portent les humains &#8212; la culture, les arts notamment, en outre des institutions religieuses et politiques &#8212;, Legendre d&#233;couvre, sur fond anthropologique et psychanalytique, qu'il s'agit l&#224; de nouages ou de montages de constructions ayant fonction de leur permettre d'inscrire leur destin propre dans l'esp&#232;ce (ascendants et descendants, permutation symbolique, le fils devient p&#232;re, etc.), tout en gommant la violence de la question de l'ab&#238;me. Mais certains d'entre eux recherchent la soumission, d'autres l'enthousiasme pour des devenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de d&#233;part, l'ab&#238;me qui porte l'humain, l'ab&#238;me du na&#238;tre et du mourir, du &#171; pourquoi ? &#187; et la n&#233;cessit&#233; d'en gommer la violence, de ne pas entretenir avec lui un rapport direct (sinon &#224; se suicider). Comment ? En g&#233;n&#233;ral, en le m&#233;diatisant par l'invention d'un &#233;l&#233;ment fondateur, le vide, mais sous forme d'un plein immuable (Dieu, &#202;tre, Cosmos, Naturel, Tradition, Histoire, &#201;tat, Moi, Transhumain...), d'un &#233;cart protecteur, permettant de &#171; vaincre &#187; le n&#233;ant : &#171; On n'a jamais vu gouverner une humanit&#233;, quelle qu'elle soit, sans c&#233;r&#233;monies, sans la musique, les chants ou le silence sacr&#233;, sans un appareil de c&#233;l&#233;brations, dont la fonction est d'am&#233;nager le vide symbolique, c'est-&#224;-dire de faire face &#224; l'Ab&#238;me majuscule, &#224; l'opacit&#233; des origines, en parlant par le message rituel l'imparlable des fondements du discours &#187; (Legendre, &lt;i&gt;op.cit.,&lt;/i&gt; p. 70). Ainsi est-il symbolis&#233; en vide symbolique, lequel pose une ou des r&#233;f&#233;rences d&#233;limit&#233;es qui permettent de le supporter en en diminuant la pr&#233;gnance. Mais les r&#233;f&#233;rences, pour ne pas &#234;tre consolantes, mais positives, doivent &#234;tre ancr&#233;es dans l'id&#233;e selon laquelle un vide est toujours n&#233;cessaire afin d'entreprendre une action ou un mouvement f&#251;t-elle adress&#233;e &#224; l'ab&#238;me toujours possible de nos propres actes ainsi que le montrent Jochen Gerz et Esther Shalev-Gerz (&lt;i&gt;Monument contre le fascisme,&lt;/i&gt; 1986).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Construire le vide positif&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce vide positif (et ce rapport positif au vide, &#224; la pl&#233;nitude du vide ou au vide plein), il faut donc l'&#233;laborer pour qu'il devienne actif, qu'il indique un autre rapport au pourquoi et aux limites, interdits et possibilit&#233;s de bouger/changer/transformer. Ce qui revient simultan&#233;ment &#224; le construire en distillant des notions et des places dans lesquelles s'inscrivent les individus en rapport avec la possibilit&#233; de critiquer et contester l'interdit de toucher &#224; la r&#233;f&#233;rence (le totem, l'individu, Dieu&#8230;). La vie sociale en prend un autre tour. Il a donc un autre sens. Et devenu autre, il est en posture de renforcer une existence critique et amplifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de cette derni&#232;re signification, notre proposition est celle-ci : reconna&#238;tre que la notion de vide, ainsi que les propos qui la font fonctionner (limite notamment), &#233;quivaut primordialement &#224; une fonction de pens&#233;e ou &#224; un imaginaire de ce qu'il est possible ou non d'entreprendre dans l'existence. Ce qui insiste sans doute sur un lien avec le &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; japonais, ou le d&#233;passement de la dualit&#233; vide/plein par la &#171; voie &#187;. Ainsi con&#231;u, le vide symbolis&#233; devient une potentialit&#233;, il ouvre &#224; une latitude qui fait des transformations du monde, de soi et des rapports culturels, des opportunit&#233;s &#224; saisir et des encouragements &#224; agir parce qu'ils forgent des devenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire d'une pens&#233;e d'une positivit&#233; du vide &#8212; d&#233;placement de quelque chose, acceptation du manque &#224; &#234;tre, cr&#233;ation d'un vide momentan&#233;, appel &#224; autre chose encore ind&#233;termin&#233;, etc. &#8212;, il devient possible de poser qu'il n'y a pas d'autre destin, d'autre divin cause et fin de toutes choses, d'autre nature ou essence des choses et de l'humain, que ceux que nous posons nous-m&#234;mes, et trop souvent figeons. Cette affirmation d'un imaginaire de vide avec lequel frayer donne corps &#224; deux id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;La contingence, sans but ni raison&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Celle de contingence absolue. La contingence, sans but ni raison, devient centrale. Certes, parfois on la pense dans les termes de la pr&#233;carit&#233; des situations sociales, de la flexibilit&#233; des statuts ou de la fragilit&#233; des humains (le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;), par transfert du champ de discours de la question sociale &#224; la philosophie. Elle est soutenue aussi par les sciences humaines &#8212; Cf. Claude L&#233;vi-Strauss, le final de l'&lt;i&gt;Homme nu,&lt;/i&gt; Paris, Plon, 1971 ; Jacques Lacan : dans son s&#233;minaire sur &lt;i&gt;L'&#233;thique de la psychanalyse,&lt;/i&gt; il s'int&#233;resse au probl&#232;me de la sublimation et de l'&#339;uvre d'art. &#192; cet &#233;gard, il introduit, sur les traces de l'&lt;i&gt;Esquisse d'une psychologie scientifique&lt;/i&gt; de Freud le concept de &lt;i&gt;das Ding,&lt;/i&gt; et r&#233;fl&#233;chit sur l'objet perdu auquel le sujet a &#224; renoncer pour entrer dans le monde du langage. Elle a surtout une signification proprement philosophique selon laquelle rien n'est absolument n&#233;cessaire (seulement relativement), tout pourrait &#234;tre autre qu'il est, si l'on renonce &#224; l'id&#233;e d'un ordre naturel ou immuable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et celle qui rend concevable que toutes choses se d&#233;ploient sur fond d'ab&#238;me mu&#233; en vide et limite assum&#233;e &#8212; avoir vid&#233;, se d&#233;faire du pass&#233;, d&#233;nouer la pr&#233;gnance de ce qui est seulement, etc. &#8212; &#224; partir duquel des mouvements, des histoires et des choix culturels sont pos&#233;s, d&#233;ploy&#233;s, renouvel&#233;s ou transform&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me id&#233;e, d&#232;s lors, permet de r&#233;pondre &#224; la question souvent pos&#233;e de savoir : qu'est-ce que devenir sujet de la culture ? La r&#233;ponse pourrait &#234;tre celle-ci : c'est accepter d'&#234;tre son sujet (sujet de la culture, puisqu'elle fait le sujet, dans la diversit&#233; infinie des propositions culturelles), tout en se faisant son producteur (sujet pour la culture, puisque chacun(e) prend part &#224; son &#233;laboration, son entretien et son d&#233;veloppement), et en devenant son oblig&#233;, puisque chacun(e) est sujet &lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt; la culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;www.christianruby.net&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2020, p. 359&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les traverses de la vanit&#233; &#187;, in &lt;i&gt;La Travers&#233;e des signes,&lt;/i&gt; Paris, EHESS, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;parfois titr&#233;e &lt;i&gt;Le T&#233;lescope&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;crits complets,&lt;/i&gt; Paris, Flammarion, 1979, p. 675&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paris, Seghers-Isy Brachot, 1990, p. 185&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in V. Alexandre Journeau et al., Paris, L'Harmattan, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Le Caravage, Corbeille de fruits, 1597&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport au n&#233;ant et au vide (I/II)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Le-rapport-au-neant-et-au-vide-I</link>
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		<dc:date>2023-11-01T12:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>n&#233;ant</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette br&#232;ve esquisse philosophico-esth&#233;tique se propose, en deux parties, d'analyser comment des &#339;uvres d'art posent le probl&#232;me du n&#233;ant et du vide sur lesquels repose l'existence humaine, et forgent la figuration destin&#233;e &#224; aider les humains &#224; symboliser l'ab&#238;me dans des formes qui ne soient pas indignes de leur condition.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/neant" rel="tag"&gt;n&#233;ant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2353-2b27f.jpg?1772255855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette br&#232;ve esquisse philosophico-esth&#233;tique se propose, en deux parties, d'analyser comment des &#339;uvres d'art posent le probl&#232;me du n&#233;ant et du vide sur lesquels repose l'existence humaine, et forgent la figuration destin&#233;e &#224; aider les humains &#224; symboliser l'ab&#238;me dans des formes qui ne soient pas indignes de leur condition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le rapport au n&#233;ant et au vide dans l'art moderne et contemporain occidental&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'objet de cette esquisse n'est pas le vide technique destin&#233; &#224; produire des &#339;uvres plut&#244;t figuratives et classiques, puisque la sculpture et l'architecture contemporaines ne fonctionnent plus ainsi ; elles fa&#231;onnent plut&#244;t le vide ou l'exposent, voire en jouent avec bonheur. Ce type de vide (technique), sur lequel nous reviendrons tout de m&#234;me en deuxi&#232;me partie de ce texte, consiste en g&#233;n&#233;ral &#224; creuser une mati&#232;re afin de cr&#233;er une sculpture ou &#224; d&#233;limiter un volume par des murs aux fins d'am&#233;nagement architectural. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son objet vise plut&#244;t l'analyse du lien entre l'ab&#238;me &#8211; au sens propre d'un fond morbide intangible (du Grec &lt;i&gt;A-bussos,&lt;/i&gt; le sans limite, en Allemand &lt;i&gt;Abgrund&lt;/i&gt; ou en Anglais &lt;i&gt;Abyss&lt;/i&gt;) ou de n&#233;ant &#8211; et les formes symboliques construites par l'humanit&#233; afin de surmonter la confrontation directe avec lui, cet ab&#238;me inappropriable duquel surgit et auquel retourne in&#233;luctablement le vivant. La figure principale de ce lien est celle du &#171; vide &#187; et des limites qui le d&#233;finissent &#224; chaque fois (le lieu o&#249; l'on n'entre pas, le vide de ceci ou cela, ce qui n'a pas encore eu lieu&#8230;), accompagn&#233; des termes accol&#233;s : vanit&#233;, vacuit&#233;, &#233;videmment, &#233;vanouissement, inanit&#233;, etc. Ces figures symboliques n'ont pas de r&#233;alit&#233; substantielle mais seulement une efficacit&#233; comme pr&#233;tention &#224; v&#233;hiculer une v&#233;rit&#233; quoique restreinte, limit&#233;e &#224; un moment d'un temps historique relatif &#224; un espace politique. Elles ont pour fonction de pr&#233;senter des &#171; solutions &#187; &#224; l'absence terrorisante de commencement, au pourquoi de la vie et de la mort. Elles consistent &#224; produire des r&#233;f&#233;rences stables, voire des mod&#232;les d'&#233;tats d'&#226;me susceptibles d'&#234;tre substitu&#233;es &#224; l'ab&#238;me/n&#233;ant, ou des pens&#233;es concr&#232;tes soulageant l'existence humaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces figures sont de deux sortes. Le plus souvent elles disposent du sacr&#233; ou des absolus afin de surmonter l'angoisse du terme ou de l'absence : Dieu, &#202;tre, Cosmos, Nature, Tradition, Histoire, &#201;tat, Moi, Transhumain..., lesquels se critiquent eux-m&#234;mes, en outre de leur fragilit&#233; due &#224; leur mise en &#339;uvre par des histoires diff&#233;rentes. Ces figures ont pour propri&#233;t&#233; d'opposer alors le vide et le plein de fa&#231;on manich&#233;enne, en substitut du n&#233;ant. N&#233;anmoins, parfois, elles font droit &#224; une positivit&#233; du vide &#224; affronter en reconnaissant sa n&#233;cessit&#233; dans le mouvement universel, physique et historique. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce fil conducteur que nous suivons dans cette esquisse. Elle interroge cette dimension de l'existence individuelle et collective sur laquelle reposent les r&#232;gles de vie et de pens&#233;e dont les humains se dotent en renon&#231;ant &#224; d'autres, dans sa traduction dans des formes plastiques, dont l'image de l'&#339;uvre de Caspar David Friedrich (&lt;i&gt;Der M&#246;nch am Meer,&lt;/i&gt; 1808) ouvrant cette premi&#232;re partie est un bon exemple. Encore une telle option est-elle &#233;tudi&#233;e ici dans son aspect occidental. Non pour en &#233;carter l'art &#171; oriental &#187; ou l'art bouddhiste, par exemple &#8211; qui pratiquent le &#171; chemin du vide &#187; &#8211;, voire la peinture musulmane et son horreur du vide, par un quelconque pr&#233;suppos&#233; de sup&#233;riorit&#233;. Cette option rel&#232;ve de la d&#233;cision de ne pas parler &#224; la place &#171; des autres &#187; &#8211; il existe d'excellents sp&#233;cialistes de ces questions impliquant d'autres cultures &#8211;, laquelle reconna&#238;t toutefois que des objets et des &#339;uvres d'Asie, d'Afrique, d'Am&#233;rique latine ont pris rang dans l'art d'exposition europ&#233;en, m&#234;me si par ailleurs il conviendrait d'&#233;viter l'uniformit&#233; accol&#233;e &#224; ces g&#233;ographies qui nous condamnent en fin de compte &#224; ne rien percevoir des diff&#233;rentes significations internes &#224; ces continents. &lt;br class='autobr' /&gt; D'embl&#233;e, deux r&#233;f&#233;rences contemporaines, dans des pratiques artistiques diff&#233;rentes, permettent d'approcher cet objet (le rapport ab&#238;me ou n&#233;ant et vide) concr&#232;tement. &lt;br class='autobr' /&gt;
En premier lieu, le travail de l'artiste Daniel Firman, &lt;i&gt;Excentrique,&lt;/i&gt; 2003-2004. Cette &#339;uvre en pl&#226;tre, filasse, acier, peinture, cuir et textile, est construite autour de l'esquisse d'un carr&#233; central en mode d'approche esth&#233;tique du vide. Ici (mus&#233;e de Nantes), elle est de surcro&#238;t plac&#233;e dans une salle vid&#233;e d'autre contenu mais ouverte par des Vedute carr&#233;es &#233;vid&#233;es dans les murs, comme si le regardeur &#233;tait appel&#233; &#224; passer d'un vide esth&#233;tique &#224; des vides techniques et retour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03_-_firman.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/03_-_firman-a17f6.jpg?1698661889' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Daniel Firman
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	En second lieu, peut-&#234;tre que &lt;i&gt;Asteroid City,&lt;/i&gt; ce film du r&#233;alisateur Wes Anderson (2023) sur le deuil, peut aider aussi &#224; approcher la question. Le film n'a de cesse de s'&#233;pancher autour de l'affrontement avec son sujet principal : la peur de la mort, du n&#233;ant et de l'infini. Rassembl&#233;s dans une ville fictive du d&#233;sert &#224; la lisi&#232;re du Nevada et de l'Arizona, les personnages se concentrent sur l'observation de la vo&#251;te infinie du ciel, oubliant leur condition qui, elle, ne l'est pas. Une critique, Rapha&#235;lle Pireyre (&lt;i&gt;AOC&lt;/i&gt;, mardi 20 juin), le relie au &#171; divertissement &#187; dans son acception pascalienne : &#171; tout le malheur de l'homme vient de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre &#187;. On pourrait &#233;galement r&#233;f&#233;rer &#224; &lt;i&gt;Le ciel rouge&lt;/i&gt; de Christian Petzold.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partons de l&#224; afin d'&#233;clairer cet objet : le rapport de l'ab&#238;me/n&#233;ant (infini) et du vide (fini) dans les arts, &#224; raison de distinguer le vide technique et le vide-plein symbolique, et en ce dernier, le vide consolateur et le vide potentialit&#233; d'op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La path&#233;tique du &#171; vide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette id&#233;e de et la r&#233;alit&#233; du vide symbolique meublent la r&#233;flexion, la sensibilit&#233; et l'imaginaire humains. Qu'il s'agisse des rapports du vide et de la nature en physique, d'Aristote &#224; l'&#233;nergie qui dissout le vide dans la physique quantique ; des philosophes se querellant autour de l'existence ou non du vide en physique ou de l'absence/pr&#233;sence d'un principe premier ; des ethnologues qui t&#233;moignent de la divergence des cultures sur ces points (Inde, Amazonie, Afrique, Europe) ; des sociologues qui condamnent la consommation et les m&#233;dias pour avoir fabriqu&#233; des &#171; soci&#233;t&#233;s du vide &#187;, et d&#233;noncent ce r&#232;gne du vide r&#233;duisant le collectif &#224; n&#233;ant au profit de l'individualisme ; des exorcistes de l'ennui appelant chacune et chacun &#224; faire le vide en soi afin d'atteindre la s&#233;r&#233;nit&#233; int&#233;rieure (et pour lesquels le vide ferait donc du bien) ; ou des effets d'angoisse suscit&#233;s par la rencontre du vide dans un parcours de montagne, le rapport au vide &#8211; mis en sc&#232;ne dans&#233; par Trisha Brown dans &lt;i&gt;Man walking down the side of a building,&lt;/i&gt; 1970 &#8211;, s'il demeure souvent confus quant &#224; la diff&#233;rence entre ab&#238;me/n&#233;ant et vide, ne cesse de pousser les humains &#224; broder des consid&#233;rations collectives ou individuelles sur leur existence. Par exemple, celles que nous fait approcher l'&#339;uvre de William Turner propos&#233;e ci-dessous et comment&#233;e en ce sens par John Ruskin, dans &lt;i&gt;Turner&lt;/i&gt; (Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04_william_turner_le_pont_du_diable_au_saint-gothard_1803-1804.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/04_william_turner_le_pont_du_diable_au_saint-gothard_1803-1804-47ab7.jpg?1698661889' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Turner, Le pont du diable au Saint Gothard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1803 1804
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Au demeurant, ne doit-on pas se d&#233;fier, dans les conversations banales, les repas de famille et les sites internet, des usages premiers de cette cat&#233;gorie de vide, parce qu'elle est presque toujours reconduite &#224; un d&#233;ficit ou une cruelle absence dont on voudrait se d&#233;faire : &#171; le r&#233;servoir est vide &#187;, &#171; sa mort laisse un vide &#187;, le &#171; vide de l'existence &#187;, &#171; le lit est vide &#187; dit Sophie Calle, en avril 1970, cherchant alors &#171; les dormeurs du jour &#187;. Aussi, tant&#244;t le vide est-il combl&#233; par du &#171; ressenti &#187;, ce verbe substantiv&#233; ; le probl&#232;me &#233;tant qu'en lui donnant la fonction d'un &#171; plein &#187;, ce dernier est r&#233;duit &#224; ce mysticisme qui proclame l'existence d'un pur caract&#232;re ineffable envahissant un sujet, en l'opposant &#224; l'impassibilit&#233; de la pens&#233;e, alors que ce &#171; ressenti &#187; est subordonn&#233; &#224; une forme sociale de saisie du monde. Tant&#244;t il est expuls&#233; (ainsi que la conscience du vide) par des institutions pr&#244;nant l'existence d'une pr&#233;sence sup&#233;rieure pleine et effective &#8211; promesse d'un bonheur supportable ou simple promesse de bonheur, salut dans une &#233;ternit&#233; possible sans &#234;tre importun&#233; par une fragilit&#233;, vide mystique de Saint-Jean-de-la-Croix, et ainsi de suite. C'est m&#234;me cela, qu'en dernier recours, les religions op&#232;rent fort bien en promettant de combler tant l'angoisse que ce vide. Alors il est mu&#233; en caract&#233;ristique du diable dont on devrait saisir l'op&#233;ration dans le m&#233;ditant qui r&#233;ussit &#224; se d&#233;faire du d&#233;mon pour laisser place &#224; la pr&#233;sence de Dieu ; ce que montre fort bien Fr&#233;d&#233;rick Tristan, dans &lt;i&gt;Les Tentations (de J&#233;r&#244;me Bosch &#224; Salvador Dali)&lt;/i&gt; (Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2023), dans son commentaire de la Vie de saint Antoine. Ces usages constituent surtout une mani&#232;re d'affirmer que le vide n'est rien d'avantageux, qu'il est passif et pesant, qu'on ne lui doit aucune cr&#233;ativit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, effectivement, de nombreux discours moraux, religieux et politiques s'alignent sur des aspirations manich&#233;ennes &#224; la liquidation de tout vide. Ils reconduisent m&#234;me, comme ce fut signal&#233; ci-dessus, des comportements sociaux d'ennui, d'addiction, de d&#233;senchantement, de d&#233;sengagement et d'asepsie &#224; des situations de vide d&#233;sastreuses. Qu'il s'agisse des enfants (enqu&#234;te europ&#233;enne datant de 2012) ou des adultes, et m&#234;me si les raisons diff&#232;rent, ils parlent d'insatisfaction, de frustration, de ressentiment qui domineraient les esprits au point de les vouer &#224; une perte due &#224; ce vide. Ce n'est pas tant la situation mat&#233;rielle qui est vis&#233;e, que &#171; l'esprit du temps &#187; qui se diluerait dans un affreux cauchemar, alors qu'il pourrait s'agir d'un m&#233;contentement diffus. On ne saurait n&#233;gliger le d&#233;tour litt&#233;raire qui serait aussi n&#233;cessaire ici, puisque la question du vide existentiel y est abondamment trait&#233;e, par exemple chez Joseph Roth (&lt;i&gt;Le miroir aveugle,&lt;/i&gt; 1925, Paris, Rivages poche, 2023, p. 81) ou Robert Musil, &lt;i&gt;Les d&#233;sarrois de l'&#233;l&#232;ve T&#246;rless&lt;/i&gt; (1957, Paris, Seuil, 1960).&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur aversion &#224; son endroit produit de violentes r&#233;actions. La principale vise &#224; conjurer le vide ainsi d&#233;termin&#233; par des discours dramatisants, afin d'encourager &#224; lui substituer, par des r&#233;solutions d&#233;finitives, des orientations abstraites vers des valeurs fixes, des fusions d&#233;finitives et de fermes mises en sc&#232;ne morales et politiques susceptibles de produire &#8211; par r&#233;pression ou adh&#233;sion &#8211; ce plein ou cette pr&#233;sence qui fonctionnerait alors comme une d&#233;livrance. Surtout quelque chose plut&#244;t que &#171; rien &#187; ! De la consommation ou surconsommation plut&#244;t que de la r&#233;flexion. L'artiste Barbara Kruger en fait un slogan critique : &#171; J'ach&#232;te donc je suis &#187; (&lt;i&gt;I shop Therefore I am&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH504/img-0983-f9035.jpg?1772228747' width='500' height='504' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barbara Kruger, Untitled (I shop therefore I am),
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;s&#233;rigraphie sur vinlyle
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Comme si ces instaurations normatives, consolatrices et souvent standardis&#233;es, toujours de surplomb n'&#233;taient pas plus vid&#233;es encore de toute vitalit&#233;, et charg&#233;es de violences, selon la d&#233;monstration d&#233;j&#224; ancienne des artistes du groupe Les Malassis, &#224; Grenoble, dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH418/05_-_les_malassis_variation_sur_le_radeau_de_la_me_duse_1975_grenoble-f57dc.jpg?1698661889' width='500' height='418' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les Malassis, Variation sur le Radeau de la Me&#769;duse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1975 Grenoble
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des confusions &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de l&#224;, la question se pose de savoir s'il n'est pas plut&#244;t envisageable &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; non seulement de conf&#233;rer au vide une figure positive, active et cr&#233;atrice, mais encore de penser l'efficace de cette figure symbolique en potentiel de transformation. Des pratiques artistiques contemporaines y appellent en effet, elles qui, apr&#232;s avoir rompu avec la surface &#233;cran du tableau et ferm&#233; la fen&#234;tre ouverte sur la nature de la peinture perspectiviste, c&#233;l&#232;brent le vide en lui conf&#233;rant une teneur finie plus l&#233;gitime et, en premi&#232;re instance, une fonction potentielle de d&#233;placement des situations et des pr&#233;suppositions notamment. Si la sculpture, la nature morte, la musique par le silence, et l'architecture, pour nous borner pour l'heure &#224; ces r&#233;f&#233;rences, font du vide une fonction essentielle de leurs pratiques et non plus de leurs techniques, ces pratiques contribuent aussi &#224; &#233;laborer la figure de contours qui ouvriraient au rapport ab&#238;me ou n&#233;ant/vide des avenirs inconnus mais pas n&#233;cessairement aventureux, ainsi que le soulignent Walter Benjamin, dans &#171; Le caract&#232;re destructeur &#187; (1931, in &lt;i&gt;&#338;uvres II,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 2000, p. 330-332), et Georg Simmel, dans &lt;i&gt;La philosophie de l'aventure&lt;/i&gt; (1911, Paris, L'Arche, 2002). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces contours permettraient de penser le mouvement en soulignant que rien, dans l'ordre humain et culturel, n'est ni fixe ni d&#233;finitif ni infini. D&#232;s lors, ces pratiques artistiques font signe vers une toute autre dimension du vide qui n'appellerait pas imp&#233;rativement du plein pour l'&#233;conduire, mais qui serait ins&#233;r&#233;e dans les choses, les situations, les comportements en leur permettant de se transformer, de passer d'une forme &#224; une autre, d'un monde sensible &#224; un autre, sans opposer dramatiquement, essentiellement, le vide et le plein, mais en les dialectisant (si l'on pense au rapport infini/fin chez Mark Rothko). Un vide que l'on penserait surtout comme op&#233;rateur fini de mondes sp&#233;cifiques, fonction d'&#233;laboration de r&#232;gles toujours discutables et modifiables sur l'ab&#238;me infini qui nous propulse. Un vide moteur de changement, non parce qu'il existerait en soi, mais parce qu'il d&#233;ploierait ses limites en permettant de penser des mondes potentiels &#8211; en cosmologie, en anthropologie, en sociologie, en mati&#232;re politique &#8211; sans r&#233;f&#233;rence au plein d'une nature ou essence des choses et des existences. &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi Jacques Derrida, dans &lt;i&gt;Les arts de l'espace&lt;/i&gt; (Paris, La Diff&#233;rence, Essais, 2015) a raison de d&#233;construire le plein, la causalit&#233;, le propre (l'essence), et la perspective anthropologique (logocentrisme, phallocentrisme), interrogeant alors le plein m&#233;taphysique (Dieu&#8230;) en rapport avec l'ab&#238;me ou le n&#233;ant. Au commencement, le rien, sinon une trace jamais pr&#233;sente, inaccessible au savoir et &#224; la science. Il est souverain. Encore s'ouvre-t-il &#224; une adresse qui creuse quelque chose tout en demeurant &#224; venir (donc encore le rien ou ce qui n'est pas encore). Rien n'est pos&#233; d'avance. L'adresse elle-m&#234;me est sans intention ni don. Elle arrive, impr&#233;visible. En cet ab&#238;me commence le mouvement de la diff&#233;r&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;nce, la diss&#233;mination, peut-&#234;tre comme en figure un Just Becquet (1829-1907) ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06_-_just_becquet_l_abi_me_1901.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/06_-_just_becquet_l_abi_me_1901-aebe6.jpg?1772228747' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Just Becquet, L'Abi&#770;me
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1901
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Partant, la lectrice ou le lecteur doit mieux appr&#233;hender une difficult&#233; dans les propos et les r&#233;f&#233;rences enregistr&#233;es ci-dessus. Cette difficult&#233; tient au fait que le vide y est pris pour un fait, une &lt;i&gt;&#233;vidence&lt;/i&gt; &#224; dissoudre. L'artiste albanais Adrian Paci, qui a expos&#233; &#224; Paris des &#339;uvres portant sur les th&#232;mes de l'errance et de la qu&#234;te d'identit&#233;, du souvenir, de l'espoir et de la d&#233;sesp&#233;rance n'y a pas c&#233;d&#233;. Le vide li&#233; aux d&#233;sillusions politiques de l'exil, demeur&#233;es la caract&#233;ristique indubitable du monde que nous avons fabriqu&#233; ou que nous sommes encore en train de fabriquer (soit l'Occident), se fait appel &#224; une transformation du monde social et politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH595/07_-_adrian_paci_centre_de_re_tention_provisoire_2007-59753.jpg?1698661889' width='500' height='595' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Adrian Paci, Centre de re&#769;tention provisoire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;2007
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	En r&#233;alit&#233;, cette &lt;i&gt;&#233;vidence&lt;/i&gt; (r&#233;futable) aurait donc son revers, ou son corr&#233;lat soit dans le plein de marchandises, d'objets manufactur&#233;s, puis transfigur&#233;s et mis en spectacle dans les villes modernes, &#233;lev&#233;s enfin &#224; la puissance de signes, d'images, d'informations donn&#233;es en exc&#232;s, dans les moindres recoins, les moindres interstices encore inoccup&#233;s du monde contemporain ; soit dans des r&#233;gimes forts qui s'&#233;carteraient d&#233;finitivement de ces dangers, gr&#226;ce &#224; un &#171; chef &#187; rep&#233;rable, audible et omni-repr&#233;sent&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Aussi, affirmer, comme nous y proc&#233;dons, que l'existence humaine est cern&#233;e par l'ab&#238;me (sans aucun bord, ni terre, ni horizon, ni rivage, ni ciel, comme il en va des &lt;i&gt;Nymph&#233;as&lt;/i&gt; de Claude Monet) et que sa repr&#233;sentation en un vide symbolique, donc d&#233;limit&#233;, peut &#234;tre positive est un propos qui se heurte &#224; l'usage n&#233;gatif trop familier de cette notion, usage dont nous nous d&#233;fions par l&#224;-m&#234;me. L'ab&#238;me, en effet, peut &#234;tre esth&#233;tis&#233; en un vide remplissant une telle fonction symbolique &#8211; au sens de la capacit&#233; humaine &#224; dessiner des repr&#233;sentations gr&#226;ce auxquelles les humains peuvent organiser et partager des relations au monde et aux autres, et &#171; danser au bord de l'ab&#238;me &#187; (Nietzsche, &lt;i&gt;Le Gai savoir,&lt;/i&gt; p. 347) en le rendant moins supportable qu'efficace. Alors, il devient positif. &#201;videmment si l'assentiment au vide ne va pas de soi, il reste qu'on peut l'aborder et l'activer dans le cadre th&#233;orique et artistique ici propos&#233;. En l&#233;gitimant l'op&#233;rativit&#233; du vide, cette br&#232;ve esquisse pr&#233;tend donc simultan&#233;ment grandir l'humanit&#233;, lui conf&#233;rer dignit&#233; et mobilit&#233; en la d&#233;livrant de tout ordre naturel des choses rapport&#233; &#224; un fondement (constat n&#233;gatif), une essence ou une propri&#233;t&#233; fixe, voire une &#233;ternit&#233;, puisque n'existent que des histoires et des cultures, des r&#232;gles dont le mouvement et les transformations sont toujours possibles, voire toujours d&#233;j&#224; en cours (constat positif), et par cons&#233;quent lib&#233;rer son imaginaire cr&#233;ateur, comme l'indique Marc-Antoine Mathieu, dans ce mur peint.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08_-_marc-antoine_mathieu_mur_peint_1991_angoule_me_rue_de_beaulieu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/08_-_marc-antoine_mathieu_mur_peint_1991_angoule_me_rue_de_beaulieu-3ea44.jpg?1772228747' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marc Antoine Mathieu, Mur peint
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1991 Angoule&#770;me Rue de Beaulieu
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	En l&#233;gitimant cette id&#233;e d'une op&#233;rativit&#233; du vide &#8212; pas de principe premier, d'origine, d'essence ou de cause &#8212;, nous nous extrayons &#224; son &#233;gard du manich&#233;isme et de la th&#233;ologie. Nous grandissons bien l'humanit&#233;, parce qu'il n'y a rien qui soit un &lt;i&gt;Grund&lt;/i&gt; (un fondement intangible, &#233;ternel, un absolu). En cons&#233;quence, c'est seulement &#224; elle de choisir ses op&#233;rations et d'apprendre &#224; les transformer si n&#233;cessaire. Autrement dit, cette id&#233;e permet de penser une inventivit&#233; humaine &#233;ternelle. C'est m&#234;me elle qui rend la pens&#233;e du vide centrale, un vide concevable comme moteur de l'humanisation, de l'histoire, des transformations sociales et politiques. Un vide qui oblige &#224; penser aux limites, et &#224; penser les limites comme conditions du mouvement de la pens&#233;e et des actions. Quoique reposant sur un aspect incontournable des an&#233;antissements des humains, ce serait un peu &#224; la mani&#232;re du travail de l'architecte Daniel Libeskind pour donner corps au mus&#233;e juif de Berlin (&lt;i&gt;Leerstelle des Gedenkens, Memory Void&lt;/i&gt;), une architecture qui troue et refuse de combler. &lt;br class='autobr' /&gt; En somme, nous rejoignons ce propos synth&#233;tique de Friedrich Nietzsche, dans &lt;i&gt;Le Gai savoir&lt;/i&gt; : &#171; Nous nous sommes affranchis de beaucoup de repr&#233;sentations &#8212; Dieu, vie &#233;ternelle, justice distributive dans ce monde et dans l'autre, p&#233;ch&#233;, r&#233;dempteur, besoin de r&#233;demption : une esp&#232;ce de maladie passag&#232;re exige que les vides soient combl&#233;s, la peau frissonne quelque peu au froid glacial parce qu'elle &#233;tait autrefois couverte &#224; cet endroit. &#187; (&#224; propos de &lt;i&gt;Le Gai savoir,&lt;/i&gt; 1882, note p. 1236 sur les &#171; Fragments posthumes &#187;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 2019). Ce propos trouve d'ailleurs une application cruciale dans certaines situations. Jean-Jacques Rousseau expose en effet cette positivit&#233; du vide en rapport avec sa propre formation, d&#232;s le d&#233;but des &lt;i&gt;Confessions.&lt;/i&gt; Revenant tardivement d'une promenade au-del&#224; des remparts de Gen&#232;ve, il trouve la poterne de la ville close. Au lieu de s'angoisser, il saisit une telle occasion pour partir et &#233;crit r&#233;trospectivement de cet &#233;v&#233;nement : &#171; Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain &#233;lancement du c&#339;ur vers une sorte de jouissance dont je n'avais pas d'id&#233;e &#187; (Lettre &lt;i&gt;&#192; M. de Malesherbes,&lt;/i&gt; entre 1762 et 1772, Paris). De tels propos viennent de trouver un nouvel usage, un peu d&#233;cal&#233;, dans une exposition, dans laquelle figurent des &#339;uvres de Louise Bourgeois de 1949, intitul&#233;e &lt;i&gt;The God that Failed&lt;/i&gt; (Lauzanne, 2023), et figurant la dignit&#233; d'humains en plein effort pour se tenir debout, sans doute &#224; l'encontre de l'&#233;crasement religieux, sinon &#224; respecter la signification originelle de cette expression visant les d&#233;sillusions relatives au communisme (Andr&#233; Gide, Arthur K&#339;stler, Stephen Spender), voire la crise de la notion d'autorit&#233; (m&#226;le, politique, sociale&#8230;). D&#233;sillusion, donc, et plong&#233;e dans un vide qui pourrait bien &#234;tre positif, obligeant &#224; inventer autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;La suite au prochain num&#233;ro.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;www.christianruby.net&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : Caspar David Friedrich, Der M&#246;nch am Meer, 1808&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lin&#233;aments d'une po&#233;tique imag&#233;e du dissentiment </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Lineaments-d-une-poetique-imagee-2337</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Lineaments-d-une-poetique-imagee-2337</guid>
		<dc:date>2023-10-01T14:14:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233;, dans la premi&#232;re partie de cet article, comment la d&#233;n&#233;gation habituelle du cri et son m&#233;pris sont mis en question par de nombreuses &#339;uvres d'art, la question d&#233;velopp&#233;e dans cette seconde partie est de savoir ce qu'une &#339;uvre sur le cri et de cri veut de la spectatrice ou du spectateur (lectrice/lecteur, auditrice/auditeur), dans quelle mesure les uns et les autres sont pr&#234;ts &#224; lui c&#233;der et c&#233;der quoi, enfin quel est le d&#233;sir qui meut alors les regards ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2337-43ad6.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233;, dans la premi&#232;re partie de cet article, comment la d&#233;n&#233;gation habituelle du cri et son m&#233;pris sont mis en question par de nombreuses &#339;uvres d'art, la question d&#233;velopp&#233;e dans cette seconde partie est de savoir ce qu'une &#339;uvre sur le cri et de cri veut de la spectatrice ou du spectateur (lectrice/lecteur, auditrice/auditeur), dans quelle mesure les uns et les autres sont pr&#234;ts &#224; lui c&#233;der et c&#233;der quoi, enfin quel est le d&#233;sir qui meut alors les regards ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi, comment, les artistes en sont-ils venus &#224; cette invention du cri artistique et &#224; faire par lui appel aux spectatrices et spectateurs ou aux diff&#233;rents regardeurs ? Toutefois, avant de basculer enti&#232;rement du c&#244;t&#233; des spectatrices et des spectateurs, il importe de r&#233;pertorier, autant que possible, les options et conventions culturelles qui ont rendu efficace et centrale la saisie du cri d'indignation et de dissentiment &#224; la fois par les artistes plasticiens et les spectatrices/spectateurs. Qu'est-ce qui du monde les appelle &#224; parler le cri et du cri, en rendant m&#234;me parfois ce geste n&#233;cessaire, dans la mesure o&#249; il souligne des rapports entre des personnes comme l'expose l'image d'une &#339;uvre sur papier d'Annette Messager qui chapote cette deuxi&#232;me partie de notre article. Il faut une telle explicitation afin de justifier la quantit&#233; d'attention discursive ou imag&#233;e que ce type de cri m&#233;rite. Un rep&#233;rage superficiel montre, d'ailleurs, qu'elle se d&#233;ploie &#224; partir de la Renaissance, et surtout &#224; partir du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, cette mont&#233;e en puissance sp&#233;cifique du cri dans les arts visuels semble bien se substituer, en premier lieu, aux lamentations religieuses et aux larmes m&#233;di&#233;vales :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19960 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03_-_pleureuse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/03_-_pleureuse-6c9cd.jpg?1772221639' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quel d&#233;sir de s'adonner &#224; la figuration du cri est poursuivi d&#232;s l'aube du monde moderne ? Il n'est pas impossible d'arguer que l'int&#233;r&#234;t pour un tel d&#233;sir aurait donn&#233;, de surcro&#238;t, aux artistes des moyens d'inventer l'art classique, perspectiviste, mettant de la distance entre le r&#233;el et la repr&#233;sentation ? Pourquoi donc produire de telles images de cris d'indignation et de dissentiment, et quels rapports entretiennent-elles avec la th&#233;orie des passions &#8212; qui vient d'&#234;tre enti&#232;rement renouvel&#233;e par Ren&#233; Descartes dans &lt;i&gt;Les Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt; (1649), ouvrage dans lequel il dresse une liste des passions dont les six primitives sont : l'admiration, l'amour, la haine, le d&#233;sir, la joie et la tristesse, chacune &#233;tant &#233;tudi&#233;e &#224; partir d'une d&#233;finition, de mouvements physiologiques qui lui sont li&#233;s et de son usage &#8212;, lorsqu'il s'agit des classiques, et la th&#233;orie des &#233;motions, au sein du monde moderne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne fallait-il pas surmonter aussi cet ancien sentiment de m&#233;pris &#171; envers les cris et les implorations &#224; la piti&#233; que les gens sens&#233;s r&#233;prouvent &#187;, &#233;crit Eschyle (&lt;i&gt;Les Sept contre Th&#232;bes,&lt;/i&gt; sur le fil d'une opposition femmes/hommes), m&#233;pris que Soeren Kierkegaard conteste : &#171; Je crie (face &#224; la souffrance) ; je tiens cela des Grecs dont on peut apprendre ce qu'il y a de purement humain &#187; (&lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, trad. R&#233;gis Boyer, tome 1, p. 36). Envers les &#233;motions des pleureuses (de femmes) par exemple ? Ne fallait-il pas porter ailleurs la dimension du cri fortement condens&#233;e auparavant dans des st&#233;r&#233;otypes religieux : dans le cri &#233;mis durant la Chute (par exemple chez Cornelis van Haarlem), le cri du Christ &#224; l'adresse de Dieu (&#171; mon p&#232;re, pourquoi m'as-tu abandonn&#233; ! &#187;), les lamentations religieuses (au pied de la croix, le Vendredi saint), les innombrables dragons, Lucifer, anges rebelles et autres repr&#233;sentants des Enfers tels que les affronte Antoine dans les tentations que le diable hurlant exerce &#224; son &#233;gard, et que l'on retrouve bien d&#233;crite dans l'ouvrage &lt;i&gt;Les Tentations (de J&#233;r&#244;me Bosch &#224; Salvador Dali)&lt;/i&gt;, par Fr&#233;d&#233;rick Tristan (Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2023, p. 56-7, 68, 86). Quand le cri humain n'&#233;tait pas enti&#232;rement pris dans le t&#233;lescopage avec le d&#233;moniaque, ainsi que l'exemplifie cette gravure m&#233;di&#233;vale anonyme (1519), puisque le d&#233;mon qui habite l'accus&#233;e (en sorci&#232;re ?) est menteur. Aucune v&#233;rit&#233; ne peut sortir de sa bouche, sinon sous l'exercice de la violence inquisitoriale !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH236/04_-_1519_exorcisme_demons-bouche-87220.jpg?1772221639' width='500' height='236' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;1519 exorcisme demons bouche
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas plut&#244;t question, &#224; partir de l'&#233;poque postrenaissante, de l'&#226;pret&#233; d'une existence &#233;mancip&#233;e du divin, du d&#233;veloppement du th&#232;me culturel de la finitude et des passions humaines, de la crainte du sort r&#233;serv&#233; &#224; tel(le) ou tel(le) en mati&#232;re politique, de l'effroi de tel(le) ou tel(le) devant les coups humains qui le frappent, du cri &#224; laquelle on arrache sa dignit&#233;, etc. ? Dans les cas r&#233;pertori&#233;s, et quelles que soient les tensions entre les diff&#233;rentes figurations, le cri artistique se charge de significations sp&#233;cifiques et invite &#224; des m&#233;ditations dont l'humain et l'ordre qu'il met dans le monde sont l'objet. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'art du cri artistique moderne, si on veut en &#233;tablir la gen&#232;se dans sa dimension pleinement humaine d'indignation et de dissentiment, prosp&#232;re sans doute dans le contexte de la s&#233;cularisation (et de la la&#239;cit&#233;), et rev&#234;t trois traits. Le premier souligne que le cri n'est plus li&#233; &#224; un destin aveugle ou &#224; l'&#233;tat d'une cr&#233;ature. Le r&#244;le lib&#233;rateur du processus d'&#233;mancipation &#224; l'endroit de la religion permet de consid&#233;rer le cri du strict point de vue de la dignit&#233; humaine. Ce serait sans aucun doute le cri de l'humain devant lui-m&#234;me mort, le cri sur lui-m&#234;me en furie. Plus symptomatique sans doute en musique, d&#232;s le &lt;i&gt;Combat de Tancr&#232;de et Clorinde&lt;/i&gt; de Monterverdi (1624), et jusqu'au &lt;i&gt;Roland Furieux&lt;/i&gt; de Vivaldi (1727)), ou le cri de Don Juan tombant mort sous la main du Commandeur. Ce que comprend mieux encore l'auditrice-eur de la version mozartienne : &#171; Se met &#224; r&#233;sonner, en lui, le cri de Don Juan qui cl&#244;t cette m&#234;me rencontre dans le &lt;i&gt;Don Giovanni&lt;/i&gt; de Mozart. Il est l&#224;, il l'entend. C'est un continuum sonore qui n'en finit pas de sortir du larynx r&#233;duit au syrinx, quand l'implosion, l'explosion et la coupure manquent. &#187; (Jean Charmoille, &#171; Mozart et le cri de Don Juan, Dialogue entre l'artiste et le psychanalyste &#187;, Revue &lt;i&gt;Insistance,&lt;/i&gt; Paris, 2005, n&#176;1, pp.37-43). Dans le premier, l'humain se prend pour objet de sa propre dignit&#233;. C'est du moins ainsi que Piero della Francesca (1452, &lt;i&gt;La mort d'Adam,&lt;/i&gt; Arezzo) met en fresque le th&#232;me de la finitude, en cri &lt;i&gt;et,&lt;/i&gt; notamment, en femme :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L365xH270/05_-_piero_della_francesca__la_mort_d_adam_de_tail_-7efbc.jpg?1694003793' width='365' height='270' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Piero Della Francesca, La mort d'Adam
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;de&#769;tail
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le second trait enferme cependant souvent le cri dans un dualisme &#226;me-corps, dessinant une humanit&#233; d&#233;doubl&#233;e, et un cri con&#231;u comme expression spontan&#233;e de l'&#226;me ou du corps, devenant ainsi sublime ou grotesque (non sans maintenir le partage femme-homme). C'est encore Alberti qui pr&#233;cise que les humains peints sur un tableau doivent manifester tr&#232;s visiblement le mouvement de leur &#226;me, de telle sorte que, par exemple, la spectatrice ou le spectateur souffre du cri du personnage avec lui. Il ajoute que les mouvements de l'&#226;me sont r&#233;v&#233;l&#233;s par les mouvements du corps (&lt;i&gt;De la peinture,&lt;/i&gt; II, &#167;41, op.cit.). C'est aussi La Bruy&#232;re, dans &lt;i&gt;Les Caract&#232;res&lt;/i&gt; (1688), insistant sur le fait que l'humain, &#224; l'&#233;poque, a deux oreilles, l'une pour &#171; &#233;couter les pr&#233;dicateurs sacr&#233;s &#187;, et l'autre que &#171; l'on dresse vers les charlatans de foire &#187; et la rue. (Antisth&#232;ne). C'est sans doute ce motif qui, jusqu'&#224; l'art moderniste ou les performances contemporaines qui le contestent, f&#233;minise encore largement le cri et en m&#233;pris. Le troisi&#232;me entra&#238;ne le cri dans une diffraction humaine, en fonction des causes mises en sc&#232;ne, et &#224; une &#233;ventuelle dialectique entre l'individuel et le collectif, impliquant le probl&#232;me des modes de la diffusion du cri (audition par un autre, contagion, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien une sp&#233;cificit&#233; de ces pratiques artistiques d'avoir construit, au cours de l'histoire moderne, un motif particulier &#224; l'inspiration du cri, une sublimation artistique du mal auquel il renvoie, si l'on veut, qui suspend l'&#233;ventuelle r&#233;alit&#233; affreuse du cri ant&#233;rieure. Elles posent le cri comme humain &#8212; si, nous n&#233;gligeons ici les cris des spectres fabuleux encore pr&#233;sents chez Matthias Gr&#252;newald (1512, &lt;i&gt;Retable d'Issenheim&lt;/i&gt;). Si l'humain est le seul &#224; pousser de tels cris d'indignation et de dissentiment, notamment publics, c'est qu'il n'est pas un animal et qu'il est pensant. Et m&#234;me il s'engendre comme humain dans et par le cri. Ces pratiques en travaillent la diff&#233;rence avec d'autres attitudes humaines, en lui conf&#233;rant une signification simultan&#233;ment famili&#232;re et &#233;trange. Elles raffinent un face-&#224;-face de l'humain avec lui-m&#234;me ou une confrontation de lui-m&#234;me avec son image. Que les cris servant de d&#233;cor dans une fresque ou peint sur un tableau appos&#233; sur un mur illustrent la finitude humaine, deviennent une critique de l'inhumanit&#233; de l'humain, ou soient mu&#233;s en performance afin de t&#233;moigner de leur inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; au droit de la mort, les arts, avec un grand lustre de d&#233;tails, donnent aux cris une signification et une audience qui permettent d'explorer &#224; la fois des mani&#232;res de faire artistiques (codes), des pr&#233;jug&#233;s &#224; son &#233;gard et des mani&#232;res de s'en d&#233;prendre, au profit d'un commentaire sur les dissentiments dans l'existence sociale, politique, culturelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des codes du cri&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, avant l'&#233;poque consid&#233;r&#233;e ici, les hurlements, aboiements et autres sons animaux font l'objet d'une r&#233;flexion, c'est tr&#232;s souvent sous forme de diables et de cr&#233;atures mal&#233;fiques incluant parfois les humains puisque, th&#233;ologiquement parlant, tous sont des &#171; cr&#233;atures &#187; au m&#234;me titre. Au moment o&#249; les arts visuels dont nous parlons inventent le cri en bouche, c'est toutefois par diff&#233;rence nette avec les animaux, et a fortiori, par diff&#233;rence avec les peuples &#171; sauvages &#187; pris dans les m&#233;pris coloniaux &#8212; sans d&#233;veloppement, il est n&#233;cessaire de souligner cette sp&#233;cificit&#233; raciste du monde classique qui, traitant une partie de l'humanit&#233; en animal et en &#171; barbare &#187;, r&#233;duit humains et animaux &#224; prof&#233;rer des sons incompr&#233;hensibles ; il faudrait, sous cet angle, examiner l'iconographie du &#171; sauvage &#187;, tel qu'il est pens&#233; et imag&#233; &#224; l'&#233;poque. Seul l'humain (identifi&#233; avec l'europ&#233;en) sait crier d'une mani&#232;re particuli&#232;re, car seul il sait sa finitude et la mani&#232;re dont l'appel ou l'adresse aux autres peut le r&#233;conforter. Seul il sait voir que le cri est finalement le propre de l'humain, mais surtout de l'homme (cette fois au sens restrictif), parce qu'il est le pivot du rapport &#224; l'autre, paraissant au sein d'un conflit, entre une parole qui se fixe dans une bouche et une oreille qui la recueille ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, afin d'aboutir &#224; ce r&#233;sultat, selon l'exp&#233;rience artistique du temps et l'organisation conceptuelle du champ de l'art, il a fallu d&#233;ployer plusieurs processus et/ou faire des choix. Le premier devait faire une place au combat pour s&#233;parer le r&#233;el (&#224; cette &#233;poque la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; biblique) de la fiction artistique (en g&#233;n&#233;ral), en s'appuyant sur la mise en place de la perspective. Le deuxi&#232;me devait inciter &#224; se focaliser sur telle ou telle partie du corps afin de mieux dessiner le cri : la bouche est rapidement privil&#233;gi&#233;e, pour ses qualit&#233;s visuelles. Elle creuse la toile et focalise le regard, comme nous l'avons relev&#233; ci-dessus. Le troisi&#232;me devait s'atteler aux doctrines &#233;labor&#233;es du beau (vertu) et du laid (vice) ; la bouche risquant de frayer avec le laid, pris pour un manquement aux r&#232;gles de l'harmonie. Le quatri&#232;me devait tenir compte du fait que la peinture ou la sculpture narrative du cri peut (ou doit) se redoubler par le cri d'admiration ou de surprise de la spectatrice ou du spectateur, voire leur stupeur devant l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces processus ont trouv&#233; leur &#233;dification majeure dans la codification premi&#232;re d'une dignit&#233; de la figure du cri. Apr&#232;s bien d'autres, c'est, en particulier, &#224; Charles Le Brun, dans son ouvrage &lt;i&gt;L'expression des passions&lt;/i&gt; (1727), que nous devons une syst&#233;matique anatomique qui r&#233;sout, &#224; sa mani&#232;re essentialisante, l'approche classique des probl&#232;mes artistiques et esth&#233;tiques pos&#233;s par le cri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette conf&#233;rence sur l'expression des passions, prononc&#233;e devant l'Acad&#233;mie royale de peinture et de sculpture, aux cours des s&#233;ances des 7 avril et 5 mai 1668, Le Brun dresse une table des mimiques humaines expliquant comment traiter au pinceau la physionomie des passions. Parmi ces mimiques, le cri, expression psycho-physiologique soudaine et violente de l'humain confront&#233; brutalement &#224; quelque chose, dont Le Brun souligne qu'il conviendrait de s'en garder en &#234;tres rationnels que &#171; nous &#187; sommes. Dans cette pathognomique, le cri renvoie, selon les cas propos&#233;s &#224; l'examen, &#224; la douleur &#8212; &#171; La douleur aigue fait approcher les sourcils l'un de l'autre, et &#233;lever vers le milieu ; la prunelle se cache sous le sourcil &#187; &#8212; ou au m&#233;pris &#8212; &#171; L'objet m&#233;pris&#233; cause quelques fois l'horreur et pour lors le sourcil se fronce et s'abaisse beaucoup plus &#187; &#8212;, &#224; l'effroi &#8212; &#171; La violence de cette passion (l'effroi) alt&#232;re toutes les parties du visage, le sourcil s'&#233;l&#232;ve par le milieu ; les muscles sont marqu&#233;s, enfl&#233;s... &#187; &#8212; ou encore au d&#233;sespoir &#8212; &#171; Le front se ride du haut en bas, les sourcils s'affaissent sur les yeux, et le pressent du c&#244;t&#233; du nez ; l'&#339;il est en feu et plein de sang ; la prunelle &#233;gar&#233;e &#187;. En tout &#233;tat de cause, la description de Le Brun doit faire norme pour les artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces discussions sont entreprises par Le Brun et ses coll&#232;gues masculins de l'Acad&#233;mie, mais aussi quoiqu'un peu plus tard, par Gotthold Ephra&#239;m Lessing, dans l'&lt;i&gt;Ut pictura poesis&lt;/i&gt; (1763, &lt;i&gt;La peinture comme la po&#233;sie&lt;/i&gt;) autour de la sculpture d&#233;couverte &#224; la Renaissance, &lt;i&gt;Laocoon.&lt;/i&gt; Ce groupe de trois personnages (un p&#232;re, Laocoon, et ses deux enfants, ceintur&#233;s par un serpent qui les mord et annonce leur mort) donne lieu &#224; des interpr&#233;tations contradictoires autour de la bouche et du cri : la pr&#233;sence visible du cri, si tel est le cas, correspond-elle &#224; l'expression de la douleur provoqu&#233;e par la morsure du serpent ou au contraire montre-t-elle la volont&#233; sublime de la supprimer ? Et pourquoi cette focalisation des commentateurs sur la figure de la bouche ? Parce qu'en peinture, selon Lessing, une bouche b&#233;ante produit l'effet le plus choquant du monde, puisque le beau ne peut &#234;tre qu'harmonieux (par cons&#233;quent le laid est dysharmonieux). La discussion durera, s'y m&#234;leront plus tard Johann Wolfgang Goethe, dans son essai &lt;i&gt;Sur Laocoon&lt;/i&gt; (1798), et d'autres. La pol&#233;mique soulev&#233;e par Lessing n'a pas emp&#234;ch&#233; l'existence d'autres tableaux de cris, comme ici, chez Michel-Ange Houasse, dans son &lt;i&gt;Hercule jetant Lycas dans la mer&lt;/i&gt; (1707).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06_-_houasse_300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/06_-_houasse_300-09718.jpg?1772221639' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hercule jetant Lycas dans la mer, Michel-Ange Houasse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus approfondie, cette enqu&#234;te devrait t&#233;moigner de la n&#233;cessit&#233; premi&#232;re (ou non) de concentrer l'image du cri sur la bouche, et souvent de fa&#231;on machiste sur les femmes, laquelle image se perp&#233;tue longtemps dans les &#339;uvres figuratives, et se trouve encore l&#233;gitim&#233;e jusqu'&#224; des dates r&#233;centes. Ainsi en va-t-il chez Georges Bataille, dans l'article La Bouche : &lt;i&gt;Premiers &#233;crits :&lt;/i&gt; &#171; Chez les hommes civilis&#233;s, la bouche a m&#234;me perdu le caract&#232;re relativement pro&#233;minent qu'elle a encore chez les hommes sauvages. Toutefois [&#8230;] dans les grandes occasions la vie humaine se concentre encore bestialement dans la bouche, la col&#232;re fait grincer des dents, la terreur et la souffrance atroce font de la bouche l'organe des cris d&#233;chirants. [&#8230;] Il est facile d'observer &#224; ce sujet que l'individu boulevers&#233; rel&#232;ve la t&#234;te en tendant le cou fr&#233;n&#233;tiquement, en sorte que sa bouche vient se placer, autant qu'il est possible, dans le prolongement de la colonne vert&#233;brale, &lt;i&gt;c'est-&#224;-dire dans la position qu'elle occupe normalement dans la constitution animale.&lt;/i&gt; [Mais l'homme civilis&#233; adopte normalement une autre attitude] d'o&#249; le caract&#232;re de constipation &#233;troite d'une attitude strictement humaine &#187; (in &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, I, 1970, p. 237-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique des codes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; ce niveau, ce qui nous int&#233;resse, plus encore, c'est de confronter ce que font les artistes modernes et contemporains &#224; la classique prescription rigoureuse de normes concernant le cri expos&#233;e ci-dessus. Car, justement, ils n'y pr&#234;tent plus leur consentement, depuis Auguste Rodin notamment. Ils tentent par tous les moyens de d&#233;sintrumentaliser le cri de cette proc&#233;dure et de d&#233;traquer la machinerie des codes h&#233;rit&#233;s, bien souvent enferm&#233;s, de surcro&#238;t, dans la doctrine de la &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; qu'ils r&#233;cusent et un &#233;vident machisme. Appuy&#233;s sur d'autres doctrines (le primat du mouvement, la prise de conscience brechtienne, la th&#233;orie du signifiant, la r&#233;ception, le &lt;i&gt;in situ&#8230;&lt;/i&gt;), ils proc&#232;dent de plusieurs mani&#232;res. Ils refusent les complaisances ant&#233;rieures pour le cri dramatis&#233;. Ils en contestent simultan&#233;ment le genre, uniforme, puisque d&#233;sormais, la femme sans doute (Pablo Picasso, 1937, &lt;i&gt;Guernica&lt;/i&gt;), mais l'homme crie aussi &lt;i&gt;&#8212; c'est le paradoxe, jamais comment&#233;, du Laocoon &#8212;&lt;/i&gt;, renouant avec les textes grecs qui pr&#234;taient aux h&#233;ros, &#224; Achille en particulier, &#224; Prom&#233;th&#233;e, des cris et des larmes. Ils en critiquent les formes de l'int&#233;rieur comme c'est le cas, chez Alberto Giacometti (1962, &lt;i&gt;T&#234;te d'homme en cri&lt;/i&gt;), Zoran Music (1970, &lt;i&gt;Nous ne sommes pas les derniers&lt;/i&gt;), et Francis Bacon, dont le &lt;i&gt;Portrait du pape Innocent X&lt;/i&gt; (1949) montre une vieille figure de la tradition de l'imitation reprise &#224; l'encontre de cette tradition, la toile ne comportant plus aucune narration et participant enti&#232;rement (bouche, poings, d&#233;cor) &#224; la pr&#233;sentation d'une ar&#232;ne de souffrance et de lutte dont on appr&#233;hende ais&#233;ment la fin, toute en dissolution et dispersion dans le n&#233;ant. Mais ils en critiquent aussi les formes gr&#226;ce &#224; de nouvelles visibilit&#233;s graphiques, ainsi qu'en r&#233;sume le geste de l'artiste JR en &#171; criant &#187; contre la culture globalis&#233;e du regard dont la propri&#233;t&#233; est de confondre le r&#233;el avec une image qui nous rend incapables de voir (les femmes des bidonvilles, les anonymes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Avant de revenir sur le commentaire, ajoutons, &#224; propos de Zoran Music &#8212; mais ce pourraient &#234;tre non moins &#224; propos d'&#339;uvres de Michel Nedjar, Jeanclos ou Rosemarie Koczy &#8212;, que le silence port&#233; par les lieux de m&#233;moire et les m&#233;moriaux &#233;difi&#233;s apr&#232;s et &#224; propos de l'extermination passent par le cri, &#224; la fois passent par leurs cris (celui des victimes), ceux que nul ne voulait entendre, soit qu'ils aient &#233;t&#233; inaudibles, soit qu'ils aient &#233;t&#233; inimaginables, et sont eux-m&#234;mes des cris. De m&#234;me (en une sorte de parall&#232;le) que l'&#233;criture des noms grav&#233;s sur les pierres font de l'&#233;crit le cri m&#234;me. Ce n'est pas non plus ici forme infra-linguistique ou psycho-physiologique. Au contraire. Leurs cris et l'&#233;crit sont des cris sans voix qui crient sans fin d'une parole oppos&#233;e &#224; l'indignit&#233; de la violence inflig&#233;e (Cf. Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#233;criture du d&#233;sastre,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 1980 ; et Robert Antelme, &lt;i&gt;L'esp&#232;ce humaine,&lt;/i&gt; 1957, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07_-_zoran_music.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/07_-_zoran_music-28c4e.jpg?1694003793' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les artistes modernes rompent donc avec le repr&#233;sentable format&#233;, et sa focalisation sur une bouche typ&#233;e, laquelle peut m&#234;me dispara&#238;tre des &#339;uvres, &#224; suivre les artistes Anne et Patrick Poirier et la disparition de la figure au profit du mot (1996, s&#233;rie &lt;i&gt;Fragility&lt;/i&gt;), ou les agencements des multiples vid&#233;os entre lesquelles circuler dans la critique d&#233;coloniale des &lt;i&gt;Oxymores de la raison&lt;/i&gt; de Kader Attia (2015), etc. Il arrive m&#234;me que, dans des vis&#233;es plus m&#233;taphysiques, des artistes pr&#234;tent d&#233;sormais au cri une valeur universelle, ind&#233;pendante de genres ou de causes pr&#233;cises (en extension de Francis Bacon, &lt;i&gt;&#201;tude du pape Innocent d'apr&#232;s Velasquez,&lt;/i&gt; 1947). Quand ils ne nouent pas au cri une plasticit&#233; en situation cr&#233;ative, suivant en cela les auteurs litt&#233;raires ayant centr&#233; le cri sur la cr&#233;ation artistique m&#234;me. C'est alors Charles Baudelaire (la po&#233;sie, &#171; ce combat dans lequel le po&#232;te crie de douleur avant d'&#234;tre vaincu &#187;, in &lt;i&gt;Petits po&#232;mes en prose,&lt;/i&gt; 1869), Cha&#239;m Soutine transformant son cri &#233;crit en peinture (d'apr&#232;s son ami Szittya), Margueritte Duras avouant qu'&#233;crire, c'est hurler sans bruit, ou Ren&#233; Char affirmant que l'art est provocation et cri. Pour ne citer que ces exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, si Duras, dans son film &lt;i&gt;Les mains n&#233;gatives&lt;/i&gt; (1979), a raison de pr&#233;tendre que &#171; les premiers cris sont dessin&#233;s avec les mains &#187;, muant alors le cri en appel &#224; toute l'humanit&#233; et &#224; la succession des g&#233;n&#233;rations, son propos peut &#234;tre compl&#233;t&#233; par celui de Georges Didi-Huberman constatant que &#171; s'il est un motif &#8212; tout &#224; la fois historique et psychologique &#8212; qui investit largement le champ de l'art aujourd'hui, c'est bien celui du trauma, comme si notre &#233;poque dite &#171; postmoderne &#187; se d&#233;finissait elle-m&#234;me en tant qu'&#233;pisode &#171; post-traumatique &#187; de l'histoire moderne &#187; (&lt;i&gt;Image, histoire, d&#233;sastre,&lt;/i&gt; Revue d'&#233;tudes esth&#233;tiques, Presses universitaires de Pau, n&#176; 15, 2008, p. 26). Helena Almeida, quant &#224; elle, s'attache au cri-parole des femmes dans la situation pr&#233;-#MeToo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08_-_helena_almeida_entends-moi_1979.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH411/08_-_helena_almeida_entends-moi_1979-5f869.jpg?1694003793' width='500' height='411' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Helena Almeida, Entends moi 1979
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'humanit&#233; au miroir d'elle-m&#234;me&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est temps de tirer une le&#231;on de ce parcours un peu cavalier dans les th&#233;matiques artistiques du cri, dans une gamme minimale de traitements artistiques du cri recouvrant l'art classique (disons narratif), moderne (disons descriptif de situations) et contemporain (disons performatif). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces traitements ont plusieurs points communs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cri humain d'indignation et de dissentiment n'est pas une s&#233;quence st&#233;r&#233;otyp&#233;e de forces sonores ex&#233;cut&#233;es par r&#233;flexe. Dans ce traitement, il est reconnu que le cri n'est pas une pulsion se d&#233;versant sur quelqu'un comme une cascade. Le cri rev&#234;t des formes diverses, ad&#233;quates aux circonstances que l'artiste veut d&#233;noncer, et se fait r&#233;sistance. En cela, il peut &#234;tre associ&#233; au rire qui pol&#233;mique, lui-aussi, avec une situation, ainsi que le pr&#233;cise Theodor W. Adorno, dans &lt;i&gt;Minima moralia&lt;/i&gt; (I, 1944, Paris, Payot, trad. Eliane Kaufholz et Jean-Ren&#233; Ladmiral, 1980, &#167; 33, p. 51). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cri d'indignation et de dissentiment a toujours valeur d'&#233;v&#233;nement, il marque un avant et un apr&#232;s. Il ne peut &#234;tre ni&#233; comme parole que parce qu'il subit une assignation &#224; la privation de sens. Mais, justement, le cri, dans les arts visuels, r&#233;cuse la d&#233;pr&#233;ciation dans laquelle il est tenu dans la vie courante ou au sein des violences de la vie sociale (ci-dessous, selon Jules Adler, 1899, &lt;i&gt;La gr&#232;ve au Creusot&lt;/i&gt;) et politique, plac&#233; d'embl&#233;e hors parole, dans une spontan&#233;it&#233; aveugle. Aucun artiste n'admet son (in)efficacit&#233;, et le discr&#233;dit jet&#233; sur les &#171; locuteurs &#187;, femmes et hommes confondus ici en une foule protestante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09_-_adler_gre_ve_au_creusot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH340/09_-_adler_gre_ve_au_creusot-7d9d7.jpg?1694003793' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Adler, Gre&#768;ve au Creusot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cri artistique rompt avec une mani&#232;re de d&#233;tourner le cri de toute signification. Le cri ne renvoie pas &#224; des victimes sans phrases, se contentant d'exhiber leur douleur pour susciter crainte ou piti&#233; en mode infra-linguistique. Il dessine des paroles ni&#233;es. Or, une parole emp&#234;ch&#233;e est un acte de r&#233;bellion en puissance dont la propri&#233;t&#233; est qu'il est aussi possible de les organiser, de les th&#233;&#226;traliser, de leur donner de l'efficacit&#233; aux yeux de spectatrices et de spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour dire quoi ? Dans le cri indign&#233;, l'humanit&#233; se montre aux prises avec elle-m&#234;me, avec sa finitude, mais aussi aux prises avec la violence de ses partages, de ses orientations et des l&#233;gitimations injustes de ses actions. Parce qu'il n'&#233;chappe pas &#224; la signification, le cri &#233;value ces ex&#233;g&#232;ses, met en exergue les dissentiments qu'elles dissimulent, interroge les rapports de forces constitutifs des soci&#233;t&#233;s, y compris les rapports hommes/femmes (cf. Mich&#232;le Ramond, &lt;i&gt;Regardez les cris, Conditions de la peinture en temps de guerre,&lt;/i&gt; Paris, Des Femmes, 2017), les corps tortur&#233;s par le racisme et les diff&#233;rentes phobies (x&#233;no-, homo-&#8230;), s'indigne des normes violemment incarn&#233;es, des genres ferm&#233;s sur eux-m&#234;mes ou sur le patriarcat, etc. Le cri est le conflit m&#234;me qui d&#233;signe &#224; la fois une force et ce qu'elle refoule. En ce sens, le cri ne livre pas un passage vers une quelconque profondeur de l'&#234;tre humain. Il impose une c&#233;sure qui ne fait qu'un avec la mise au jour des agencements sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri d'indignation et de dissentiment est &#224; lui seul tout ce qu'il y a &#224; dire : comment supporter ce qui est ? C'est bien l'interrogation de l'artiste Jochen Gerz, dans une vid&#233;o intitul&#233;e &lt;i&gt;Crier jusqu'&#224; l'&#233;puisement&lt;/i&gt; (1972, &lt;i&gt;Rufen bis zur ersch&#246;pfung&lt;/i&gt;), d&#233;non&#231;ant simultan&#233;ment les exactions commises dans la guerre du Vi&#234;t-Nam, celle de l'artiste Absalon, visible et audible d&#233;sormais seulement en vid&#233;o (1993, Bruits, vid&#233;o), et celle de PEROU (via S&#233;bastien Thi&#233;ry) de nos jours, pour ne citer que quelques travaux majeurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Annette Messager, Deux cris ensemble, 2019&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lin&#233;aments d'une po&#233;tique imag&#233;e du dissentiment I/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Lineaments-d-une-poetique-imagee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Lineaments-d-une-poetique-imagee</guid>
		<dc:date>2023-08-04T09:29:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment la d&#233;n&#233;gation habituelle du cri et son m&#233;pris sont mis en question par les nombreuses &#339;uvres d'art, classiques ou contemporaines, qui conf&#232;rent aux cris des significations humaines, sociales et politiques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2331-b6f32.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment la d&#233;n&#233;gation habituelle du cri et son m&#233;pris sont mis en question par les nombreuses &#339;uvres d'art, classiques ou contemporaines, qui conf&#232;rent aux cris des significations humaines, sociales et politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a crie. C'est un fait, irr&#233;ductible dans l'univers humain auquel nous nous bornons. Chacun peut t&#233;moigner avoir entendu des cris, ce qui ne signifie pas les avoir compris. En g&#233;n&#233;ral, dans notre culture et surtout notre culture politique, on s'attache plut&#244;t &#224; les m&#233;comprendre &#8212; ils &#171; g&#234;nent &#187;, ils &#171; cassent les oreilles &#187;, ils &#171; perturbent &#187; la situation&#8230; &#8212; et &#224; les m&#233;priser &#8212; ils seraient infralinguistiques, ils rel&#232;veraient des &#171; passions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, de leur interpr&#233;tation, leur existence n'appelle aucune suspicion. On ne peut &#233;viter d'en constater la prof&#233;ration et la prolif&#233;ration, et de relier cette derni&#232;re &#224; des circonstances &#8212; sociales, politiques, culturelles &#8212; et des effets. Si le terme &#171; cri &#187; ne renvoie &#224; aucune essence, les cris ont toutefois un trait commun : proc&#233;der d'une source, d'une cause &#233;ventuelle et d'une adresse &#224; quelqu'un (au monde, aux autres, &#224; de potentiels interlocuteurs). Leur vari&#233;t&#233; est grande, tous genres confondus (femmes, hommes, enfants), toutes combinaisons possibles (individu et collectif) : cris de naissance de l'enfant, cris de jeu des enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Est-ce parce que Walter Benjamin raconte, dans Enfance berlinoise, avoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cris de douleur de l'agress&#233;(e), cris d'indignation et de col&#232;re devant une situation, cris de refus expos&#233; dans une manifestation, mais aussi cris de stupeur et de joie. M&#234;me s'il n'est pas certain que d'une culture &#224; une autre, les cris proc&#232;dent de traits identiques, comme le montrent Marcel Mauss, Bronislaw Malinowski, Germaine Dieterlen et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il y a bien des cris. Et ils doivent susciter l'attention du philosophe. Selon le degr&#233; de bouillonnement du sang du/des crieur(s) au moment d'un contentement ou face &#224; une violence et une coercition, l'intensit&#233; de ce que l'on appelle classiquement une &#171; passion &#187; ou une &#171; &#233;motion &#187;, la premi&#232;re exultation du cri se donne dans l'intensit&#233; d'un son : &#171; Quels cris, mon Dieu ! Quels cris &#187;, s'exclame le m&#233;decin Bardamu p&#233;trifi&#233; devant un enfant combattant pour sa survie au moment de na&#238;tre, dans Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand C&#233;line&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis-Ferdinand C&#233;line, Voyage au bout de la nuit, 1932, Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore, m&#234;me muets, sonnent-ils fortement aux oreilles du r&#233;cepteur, par une bouche-en-cri ouverte sur une b&#233;ance infinie, ainsi que le montre l'image paradigmatique &#233;labor&#233;e par Sergue&#239; Mikha&#239;lovitch Eisenstein dans Le cuirass&#233; Potemkine (1925).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH636/4-the-battleship-potemkin-1925-original-title-bronenosets-potyomkin--album-6ba2c.jpg?1772221561' width='500' height='636' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le cuirass&#233; Potemkine, de Sergue&#239; Eisenstein
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du fait aux questions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tonnons-nous par cons&#233;quent de ne voir na&#238;tre que peu de questions &#224; l'endroit de cris qui, &#224; chaque fois, font &#233;v&#233;nement, m&#234;me s'ils ne pr&#233;sident pas chacun &#224; des av&#232;nements. Le plus souvent, on ne s'en inqui&#232;te que graduellement, ou on s'exasp&#232;re plut&#244;t insensiblement, parce qu'ils troublent une qui&#233;tude. C'est pourtant la sagesse de Virginia Woolf d'en avoir pos&#233; une premi&#232;re : &#171; Une femme jadis poussait ce cri vers son amant, pench&#233;e &#224; un balcon de Venise : Ahhh ! Ahhh ! Elle pousse ce cri puis recommence. Mais ce n'est qu'un cri. Et qu'est-ce qu'un cri ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Virginia Woolf, Les vagues, 1931, Paris, Le livre de poche, trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une d&#233;finition s'en trouverait-elle chez Georges Bataille ? Il &#233;crit en effet : les cris &#171; affirment la mis&#232;re de l'homme que l'espoir abandonne &#8212; insignifiant et nu &#8212; en un monde qui n'a plus de loi, plus de Dieu, et dont les bornes se d&#233;robent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Bataille, L'Abb&#233; C, 1950, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 2004, chapitre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re question sur la nature du cri en engendre aussit&#244;t une autre : par quel biais saisir le cri ? On l'appr&#233;hende dans l'exp&#233;rience d'un bruit &#233;mis par une bouche et dispens&#233; aux oreilles des autres (&#224; nos oreilles), dans un lieu et &#224; un moment donn&#233;. Cette adresse &#224; une oreille structure profond&#233;ment le cri. Plus que le lieu, et avant la conscience des circonstances. Fritz Lang le souligne &#224; sa mani&#232;re, par le propos de la m&#232;re de la petite Elsie avant son assassinat : &#171; Tant qu'on les [les enfants] entend crier &#187;, c'est que tout va bien&#8230;, s'ensuit une bande son muette et un ballon qui traverse l'&#233;cran en cri muet (1931, M Le Maudit). On entrevoit donc ais&#233;ment que la r&#233;ception du cri ne d&#233;pend pas seulement de ses propri&#233;t&#233;s sonores. Elle repose aussi sur des propri&#233;t&#233;s visuelles (bouches-en-cri, &#233;motions visibles, torsions du corps, &#233;missions de liquides). En somme, le cri se donne &#224; l'autre dans des propri&#233;t&#233;s tympanor&#233;tiniennes. Certes, il est plus fr&#233;quemment sonore &#8212; alto, mezzo, basso, et se rattache &#224; une voix de t&#234;te, de gorge, ou encore une voix de poitrine &#8212;, mais son aspect visuel le renforce. Chacun a pu observer comment Alfred Hitchcock joue de ces traits avec subtilit&#233;, dans la sc&#232;ne de la douche du film Psychose (1960).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05_-_hitchcock.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/05_-_hitchcock-23a28.jpg?1772221561' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Psychose, Alfred Hitchcock
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cri &#233;mis, cette adresse &#224; l'autre, renvoie ensuite &#224; une troisi&#232;me question, d&#233;coulant des deux pr&#233;c&#233;dentes. Le cri prof&#233;r&#233; a-t-il une forme singuli&#232;re signifiante ? William Shakespeare insiste avec humour sur ce qui pourrait sembler un dilemme, en tout cas pour le sens commun (signification ou absence de signification ?), mais se trouve &#234;tre un v&#233;ritable dissentiment sur l'approche du cri. Dans Tro&#239;lus et Cressida (1610), il expose ceci. Alors que Cassandre parle &#171; dehors &#187; (en dehors de la sc&#232;ne) et que le spectateur entend parfaitement le sens de son propos, Prima, sur la sc&#232;ne, s'interroge : &#171; Quel est ce bruit ? Quel est ce cri ? &#187;. Premi&#232;re identification d'une parole refus&#233;e au cri r&#233;duit &#224; un bruit. Et Tro&#239;lus r&#233;plique : &#171; C'est notre folle s&#339;ur ! Je reconnais sa voix &#187;. Tro&#239;lus n'entend que le son et expulse la parole de Cassandre vers la folie (animale). Il ne veut pas reconna&#238;tre une signification &#224; commenter, laquelle fait d'ailleurs l'objet de cette trag&#233;die&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Shakespeare, &#171; Tro&#239;lus et Cressida &#187;, 1602, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le cri &#8212; tant par sa mani&#232;re de se pr&#233;senter que par sa structure, son adresse, le dissentiment sur sa signification &#8212; exige de nous une r&#233;flexion portant sur le processus qui le constitue, la mani&#232;re dont nous l'entendons (ou non) et sa port&#233;e individuelle ou collective pour un auditeur ou pour une soci&#233;t&#233;. Une chose est surtout patente : c'est au c&#339;ur des rapports humains &#8212; vie commune, rencontre, d&#233;monstration, diffusion de maladie, guerre, rapport de force &#8212; que le cri s'effectue, ainsi que l'affirme Louise Miller : &#171; Les grands de ce monde ne savent pas ce qu'est la mis&#232;re, mais je veux la leur peindre, et la hurler, leur crier aux oreilles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich von Schiller, Cabale et amour, 1784, Acte III.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il n'est pas toujours entendu pour ce qu'il &#233;nonce, il est m&#234;me le plus souvent m&#233;pris&#233; en insignifiance infra-linguistique, d&#232;s lors qu'il interroge ces rapports et d&#233;signe en eux un dissentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui revient &#224; affirmer que le cri doit &#234;tre install&#233; au c&#339;ur d'une analyse du rapport d'alt&#233;rit&#233;, de la violence des rapports humains et de sa mani&#232;re d'installer la mort, sous toutes ses formes (renoncement &#224; son enfermement, &#224; son ethnocentrisme, conscience de la finitude, mani&#232;re de se montrer, coercition, destruction&#8230;), sur une sc&#232;ne du regard et de l'audition. Il est temps de d&#233;ployer cette r&#233;flexion autour du cri, trop longtemps marginalis&#233;e parce que l'on r&#233;duit l'attention &#224; son endroit aux seuls cris spectaculaires des victimes afin de provoquer la compassion ou l'adh&#233;sion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des figures visuelles &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans la vie courante, comme dans la vie politique, le cri n'est pas toujours reconnu pour avoir une signification, ni entendu/compris, c'est parce qu'il est d&#233;ni&#233; ou refoul&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Ruby, Criez, et qu'on crie ! Neuf notes sur le cri d'indignation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous nous arr&#234;tons uniquement sur les nombreuses &#339;uvres d'art, en r&#233;f&#233;rence europ&#233;enne, qui conf&#232;rent aux cris des significations, ainsi qu'il en va du travail de Jeremy Deller, r&#233;cemment expos&#233; &#224; Rennes comme en t&#233;moigne la photographie en en-t&#234;te de cet article, et dont &#171; The Battle of Orgreave &#187; (2001) est un concentr&#233; de cris d'indignation &#224; l'&#233;gard de la destruction d'un mode de vie sans rien pour le remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concentrons-nous donc sur des figures plastiques de cri. Explorons une partie du registre entier de recherches artistiques dans lequel le cri n'est ni ignor&#233;, ni m&#233;pris&#233;, ni inaudible, en l'occurrence, le registre po&#233;tique, entendu ici en un sens large (po&#239;&#233;tique, si l'on pr&#233;f&#232;re), que nous restreignons n&#233;anmoins aux seules &#339;uvres visuelles, pour des raisons de commodit&#233; d'attestation dans une publication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raisons qui nous font laisser de c&#244;t&#233; la musique. Elle requiert l'audition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et europ&#233;ennes par auto-limitation. Restreintes encore au cri d'indignation et de dissentiment, les &#339;uvres r&#233;f&#233;r&#233;es ou d&#233;crites dans cet article dessinent un espace de l&#233;gitimation d'une certaine v&#233;h&#233;mence &#8212; m&#234;me d&#233;pos&#233;s sur un support muet (fresque, toile, gravure, dessin, &#233;cran) &#8212;, vitale sans doute, un espace de fureur que l'on croit indompt&#233;e et d&#233;cha&#238;n&#233;e, et surtout un espace du cri d'indignation et de r&#233;sistance devant un mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi triplement r&#233;duite &#8212; au tr&#233;sor de souffrance qu'exhibe l'iconographie de la douleur interhumaine et de la guerre, de l'horreur de la destruction, de l'enchev&#234;trement de formes bless&#233;es &#8212;, l'exploration du cri figur&#233; impose une s&#233;rie de remarques sur l'articulation du cri &#224; des pratiques artistiques de l'image (peinture, cin&#233;ma, photographie, op&#233;ra), ainsi que des analyses esth&#233;tiques (portant sur la r&#233;ception du cri).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attribu&#233; &#224; Orazio Riminaldi, une vue partielle du Supplice de Prom&#233;th&#233;e (1620), met ces remarques en jeu, si l'on observe bien le rapport cri-bouche ou le statut de la bouche-en-cri (bouche, l&#232;vres, langue, dents&#8230;) sur cette toile :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH620/attribue_a_orazio_riminaldi_le_supplice_de_prome_the_e_c_muse_e_des_beaux-arts_de_tours_-79429.jpg?1690194767' width='500' height='620' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Orazio Riminaldi (Attribue&#769; a&#768; ), Le Supplice de Prome&#769;the&#769;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Muse&#769;e des Beaux-Arts de Tours
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien au-del&#224; de Riminaldi, dans de telles &#339;uvres, le cri prend, en premier lieu (historiquement et encore massivement de nos jours), la place d'un objet figuratif, clef d'un travail de structuration de l'image (de la fresque ou de la toile, de la vid&#233;o ou de la performance de nos jours). Il passe alors au centre de l'image, et devient une sorte d'appel au regard des spectateurs en ce qu'il se fait principe d'individuation dans une manifestation dans laquelle le cri est bien le message. En cela, il conteste directement l'opinion qui m&#233;prise le cri, en faisant un &#233;l&#233;ment signifiant central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, il fait l'objet d'un choix : certains artistes se concentrent sur le cri par la bouche, d'autres cernent le cri de/dans tout le corps ; tant&#244;t le cri est individuel, tant&#244;t il est pluriel, impliquant effet de masse, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
En troisi&#232;me lieu, vu de profil ou de face, le cri se traduit par un cercle noir au milieu de l'&#339;uvre, une sorte de trou ouvert sur l'infini, un trou qui ouvre sur l'inanim&#233; : la mort ? Ainsi Jacques Lacan, &#224; propos de la bouche en cri de M&#233;duse (T&#234;te de M&#233;duse, Le Caravage, vers 1595), commente-t-il la &#171; r&#233;v&#233;lation de ce quelque chose d'&#224; proprement parler innommable, le fond de cette gorge, &#224; la forme complexe, insituable, qui en fait aussi bien l'objet primitif par excellence, l'ab&#238;me de l'organe f&#233;minin d'o&#249; sort toute vie, que le gouffre de la bouche, o&#249; tout est englouti, et aussi bien l'image de la mort o&#249; tout vient se terminer&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Lacan, Le S&#233;minaire, Livre II, Le moi dans la th&#233;orie de Freud et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cri, plus pr&#233;gnant que les yeux par lesquels M&#233;duse se m&#233;duse elle-m&#234;me dans le bouclier, n'y est ni d&#233;coratif, ni une figure seulement mim&#233;tique. Il participe &#224; chaque fois &#224; la fabrication du pr&#233;sent du regardeur selon la mani&#232;re de s'y confronter. Il est en effet impossible d'&#233;viter de se demander de quoi le cri artistique nous appelle &#224; nous horrifier sinon de notre propre fragilit&#233;, de notre finitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH513/07_-_me_duse_carravage-6d0f4.jpg?1689773036' width='500' height='513' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le Carravage, M&#233;duse
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quatri&#232;me lieu, il d&#233;livre des &#233;tudes imag&#233;es concr&#232;tes de ce qui est insupportable &#224; l'humain, lorsque l'entour du cri manifeste des causes ou des raisons, en mati&#232;re de douleur ou dans son rapport &#224; la mort : la guerre, la violence, le viol, le dissentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cinqui&#232;me lieu, selon le type d'images et de conventions du regard dans lequel le cri est enferm&#233; (classique, moderne ou contemporain), frayant avec plus ou moins d'exc&#232;s de visualit&#233;, il dispense une adresse &#224; la spectatrice ou au spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notable que les spectatrices-eurs sont alors conduits &#224; se confronter, &#224; travers des prouesses techniques de repr&#233;sentation, de pr&#233;sentation ou de performance, &#224; la construction d'une &#339;uvre qu'ils peuvent interpr&#233;ter en deux sens au moins : soit repousser le cri du c&#244;t&#233; de l'insens&#233; et de l'infra-linguistique &#8212; si le cri leur fait peur, si le sentiment de l'horreur ne leur fait &#233;prouver aucun plaisir esth&#233;tique, s'ils refusent d'entendre &#8212; ; soit en valoriser le contenu dissensuel, s'ils veulent bien l'affronter en le pla&#231;ant au c&#339;ur du rapport culturel &#224; la violence et &#224; la mort. La place de la spectatrice ou du spectateur est ici d&#233;cisive pour conf&#233;rer sa signification au cri, comme le souligne le destin de cette image de cri &#8212; dite La Madone de Bentalha &#8212;, cette photo recadr&#233;e par le monteur avec un &#339;il pictural &#8212; par allusion aux Mater dolorosa m&#233;di&#233;vales &#8212; afin de solliciter la m&#233;moire artistique du spectateur, prise par le photographe Hocine Zarouar, en 1997, au moment d'un attentat, et publi&#233;e dans de nombreux quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH367/08_-_zarouar_la_madone_de_betalha-ff7c6.jpg?1689773036' width='500' height='367' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Hocine Zarouar, La Madone de Betalha
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Si, d'aventure, le poids du cri ne paraissait pas &#233;vident aux spectateurs, quelques admoniteurs &#8212; ce personnage l&#233;gitim&#233; par Leon Battista Alberti : &#171; Ensuite, il est bon que dans une histoire repr&#233;sent&#233;e, il y ait quelqu'un qui avertisse les spectateurs de ce qui s'y passe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leon Battista Alberti, De la peinture, 1435, II, &#167; 42, Paris, Macula, 1992, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, dans des tableaux classiques, l'appellerait &#224; mieux voir. L'admoniteur a entendu le cri dans le tableau et attire sur lui l'attention &#224; l'ext&#233;rieur du tableau, &#224; la limite de provoquer le cri de stupeur des spectateurs. On en trouve de caract&#233;ristiques chez Nicolas Poussin (1637, L'enl&#232;vement des Sabines), dans cette femme horrifi&#233;e plac&#233;e au centre de la composition dont la fonction est d'embrayer le regard des spectateurs. Ce personnage, &#224; un poids phatique, disons de connexion ; il invite les spectateurs &#224; p&#233;n&#233;trer l'espace plastique du cri pour s'immerger dans la bataille qui le suscite ; il s'adresse &#224; eux afin de les engager dans l'&#339;uvre artistique. On en (cri, femme et donc admonitrice) trouve aussi chez Jacques-Louis David, dans L'intervention des Sabines (1796-1799). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela &#233;tant, une derni&#232;re remarque : si le cri r&#233;el fait peur, le cri repr&#233;sent&#233;, mis en fiction, fait-il encore peur de la m&#234;me mani&#232;re ? La m&#233;diation de la fiction ne dissout-elle pas la crainte r&#233;alis&#233;e au profit d'un attrait pour le cri repr&#233;sent&#233;, dont il convient d'examiner la teneur (voyeurisme ou esth&#233;tique) ? En un mot, qu'est-ce qu'une &#339;uvre sur le cri et de cri veut du spectateur (lecteur, auditeur) ? Dans quelle mesure le spectateur est-il pr&#234;t &#224; lui c&#233;der et c&#233;der quoi ? Quel est le d&#233;sir qui meut alors le regard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie de cet article l'explicitera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.christianruby.net" class="spip_out"&gt;www.christianruby.net&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Est-ce parce que Walter Benjamin raconte, dans Enfance berlinoise, avoir entendu le cri des baigneurs dans la piscine devant laquelle il passait que la Piscine de Roubaix (ancienne piscine municipale transmu&#233;e en mus&#233;e) d&#233;roule en permanence une bande passante de cris d'enfants jouant dans l'eau ? C'est du moins ce qui est racont&#233; dans la pr&#233;sentation de ce centre culturel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis-Ferdinand C&#233;line, Voyage au bout de la nuit, 1932, Paris, Gallimard, Folio, p. 330.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Virginia Woolf, Les vagues, 1931, Paris, Le livre de poche, trad. Margueritte Yourcenar, 1993, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Bataille, L'Abb&#233; C, 1950, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 2004, chapitre XV, p. 675.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Shakespeare, &#171; Tro&#239;lus et Cressida &#187;, 1602, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, II, 1959, trad. Fran&#231;ois Hugo, p. 729.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich von Schiller, Cabale et amour, 1784, Acte III.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Ruby, Criez, et qu'on crie ! Neuf notes sur le cri d'indignation et de dissentiment, (Bruxelles, La Lettre vol&#233;e, 2019). Consulter aussi l'article &#171; Le cri sauveur dans les bruits du monde &#187;, in revue Raison pr&#233;sente, n&#176; 226, juin 2023. L'ensemble prend le m&#233;pris du cri &#224; contre-pied &#224; partir de deux sources : certaines philosophies et certaines &#339;uvres d'art.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raisons qui nous font laisser de c&#244;t&#233; la musique. Elle requiert l'audition des compositions avant tout. Cela dit, chacune et chacun peut penser d'embl&#233;e au cri d'Elektra chez Richard Strauss (1906, cri contre sa m&#232;re, sa situation, celle de la cit&#233;), ce qu'on appelle le Todesschrei ; au &#171; Nein &#187; final du personnage de Lulu (Alban Berg, Lulu, 1935, IIIe Acte) ; ou au cri chez Arnold Sch&#246;nberg (Un survivant de Varsovie, 1947), qui le place entre le souffle, le parler et le son pur ; voire au cri de la guitare de Jimi Hendrix et &#224; telle ou telle composition de musique contemporaine. Il conviendrait de parler aussi de la danse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lacan, Le S&#233;minaire, Livre II, Le moi dans la th&#233;orie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1978, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leon Battista Alberti, De la peinture, 1435, II, &#167; 42, Paris, Macula, 1992, trad. Jean-Louis Schefer, p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Annette Messager, Deux cris ensemble, 2019&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Madeleine&#8230; et quelques autres</title>
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		<dc:date>2023-08-04T09:27:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sugimoto m&#234;le tout, temps, espaces, histoires, m&#233;moires, traces, ombres, lumi&#232;res, pratiques artistiques, et il fait du beau avec tout. Il est l'ambassadeur de la Beaut&#233;. La Beaut&#233; est intemporelle et toujours moderne. Mais l'Art doit couler avec la vie, disait &#224; peu pr&#232;s John Cage.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2319-c631f.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sugimoto m&#234;le tout, temps, espaces, histoires, m&#233;moires, traces, ombres, lumi&#232;res, pratiques artistiques, et il fait du beau avec tout. Il est l'ambassadeur de la Beaut&#233;. La Beaut&#233; est intemporelle et toujours moderne. Mais l'Art doit couler avec la vie, disait &#224; peu pr&#232;s John Cage. C'est l&#224; la condition pour qu'il soit moderne. Il ne peut se contenter d'&#234;tre simplement beau en soi, il doit aussi &#234;tre utile, c'est-&#224;-dire transformer la vie en Art et se d&#233;barrasser du &#171; vilain &#187;, ou ce qu'on croit l'&#234;tre, en le p&#233;n&#233;trant et en l'utilisant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Art pour &#234;tre moderne doit faire mat&#233;riau de tout. La musique moderne est celle qui accepte les bruits ambiants, celle qui, loin de s'interrompre quand ils surviennent, en fait une mati&#232;re musicale. Apr&#232;s cela, il reste &#224; la vie devenue Art de transformer tout ce qui l'environne en Art.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle d'une journ&#233;e de pure douceur &#224; Arezzo, un certain &#233;t&#233;. Je fl&#226;nais paresseusement dans une ville curieusement apais&#233;e, tentant de poser mes pas dans les traces laiss&#233;es par ceux de Piero de la Francesca. La cath&#233;drale d'Arezzo est un &#233;difice aust&#232;re. Les escaliers de son parvis ruissellent jusqu'&#224; une petite place o&#249; l'on avait install&#233; ce jour-l&#224; une sc&#232;ne tendue de noir et une sono titanesque pour un groupe de Heavy Metal qui devait se donner le soir en concert. On &#233;tait en train de r&#233;gler les balances et les musiciens en profitaient pour faire un petit galop d'entra&#238;nement. Quand ils s'y mettaient tout le quartier, les maisons et les arbres encadrant la place, les quelques nuages filandreux dans le ciel, la cath&#233;drale, massive pourtant, paraissait saisi de tremblements. C'&#233;tait &#224; chaque fois bref mais intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le batteur cognait vraiment tr&#232;s dur, surtout dans les solos, et la guitare ronflait &#224; s'en p&#233;ter les cordes pour finir dans des miaulements d'&#233;norme f&#233;lin. Il y avait un tr&#232;s gros type avec un tee-shirt noir, sur lequel &#233;tait inscrit en lettres blanches &#171; Black Sabbath &#187;, tout un programme au pied de la cath&#233;drale, qui faisait son s&#233;rieux en poussant des manettes myst&#233;rieuses sur une console compliqu&#233;e, tandis que trois ou quatre autres en jeans crasseux continuaient &#224; d&#233;rouler des bobines de c&#226;bles qu'ils branchaient sur des amplis hauts comme des armoires normandes. Et le batteur remettait &#231;a, tapant comme un forgeron sourd sur ses caisses et cymbales, tandis qu'une seconde guitare se lan&#231;ait dans des stridences &#224; vous &#233;clater les tympans. Mais bon ! Apr&#232;s les extases autour de la &lt;i&gt;Sainte-Croix&lt;/i&gt;, j'&#233;tais venu pour rendre visite &#224; Marie-Madeleine, aussi regrimpais-je prestement les escaliers pour p&#233;n&#233;trer dans la cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai cherch&#233;e un peu partout la petite Madeleine de Piero. Elle &#233;tait bien cach&#233;e. Et puis, soudain, j'ai vu d&#233;passer de derri&#232;re un pilier sa jolie t&#234;te avec pos&#233;e dessus une aur&#233;ole en forme d'assiette. Un peu apeur&#233;e elle serrait contre elle son ample manteau rouge, mais, curieuse aussi, elle tenait son pot d'onguent comme une lanterne pour mieux voir ce qui se passait. De la place montaient par intermittence les ronflements de la lourde forge ainsi que les envol&#233;es farouches et &#233;lectriques des guitares. Cela ne paraissait pas lui d&#233;plaire &#224; la petite Madeleine de Piero. Il y avait l&#224; un vrai changement dans son quotidien un peu terne. En d&#233;finitive, &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, tout ceci ne fonctionnait pas si mal ensemble, je veux dire Piero de la Francesca et le Heavy Metal. Je me suis souvenu alors de ce que disait John Cage, une approche tout &#224; fait singuli&#232;re, &#224; propos de l'Art moderne et de la Beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;124&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L315xH660/madeleine-0c657.jpg?1689348746' width='315' height='660' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Marie Madeleine (la Maddalena) de Piero della Francesca, fresque peinte en 1460, cath&#233;drale San Donato d'Arezzo en Italie.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait pr&#233;tendre que toute l'&#339;uvre de Hiroshi Sugimoto, d&#232;s la premi&#232;re s&#233;rie, les &lt;i&gt;Dioramas&lt;/i&gt; des vieux mus&#233;es d'Histoire naturelle, fant&#244;mes ou fantasmes de l'Histoire pas encore n&#233;e, se trouve comme prise dans une esp&#232;ce de tourbillon du temps, mais un temps du pr&#233; et du post, o&#249; l'Humanit&#233; et m&#234;me le simple biologique, simple mais complexe, sont absents, o&#249; l'image est &#224; peine n&#233;e ou bien est sur le point de dispara&#238;tre, sans transition, traces de cire de Tussauds, ic&#244;nes fossilis&#233;es, temps brut de bien avant ou bien apr&#232;s le langage, temps d'&#233;tincelles de vie errantes ou d'&#226;mes vagabondes et d'oc&#233;ans plats avec un ciel qui se fond en lui, puis, sans transition, temps des ruines que le soleil a d&#233;sert&#233;es, dans des espaces de calme &#233;trange, comme dans un typhon &#224; &#339;il double, regard sur l'avant et regard sur l'apr&#232;s de l'int&#233;rieur du maelstrom, zones non troubl&#233;es, presque apais&#233;es, si ce n'est quand se livrent encore les ultimes escarmouches, inintelligibles, d'un presque bien et d'un mal certain, inintelligibles, presque lumi&#232;re et ombre certaine, dans la spirale &lt;i&gt;Joe&lt;/i&gt;, un peu comme cet arp&#232;ge unique que G&#233;rard Grisey fait r&#233;p&#233;ter et tourbillonner dans l'espace-temps, sorte de sinuso&#239;de spectrale qui s'&#233;l&#232;ve puis redescend puis s'&#233;l&#232;ve &#224; nouveau, acc&#233;l&#233;rant et d&#233;c&#233;l&#233;rant tour &#224; tour, se contractant et se dilatant tour &#224; tour aussi, dans un mouvement ininterrompu, parfois plaqu&#233; sur un piano d&#233;saccord&#233; et n&#233;anmoins virtuose, celui d'une spirale irr&#233;solue. &lt;i&gt;Vortex Temporum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Suzanne, les fleurs prol&#233;taires et les formes concept-uelles</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Suzanne-les-fleurs-proletaires-et</link>
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		<dc:date>2023-07-02T11:45:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Duchamp</dc:subject>
		<dc:subject>nature</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Karl Blossfeldt, professeur de dessin dans une &#233;cole d'art appliqu&#233; de Berlin, lui c'est dans la Nature, terme r&#233;ducteur car l'Homme s'en exclut abusivement, qu'il va rechercher la Beaut&#233;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH114/arton2311-41582.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Karl Blossfeldt, professeur de dessin dans une &#233;cole d'art appliqu&#233; de Berlin, lui, c'est dans la Nature, terme r&#233;ducteur, car l'Homme s'en exclut abusivement, qu'il va rechercher la Beaut&#233;, ce qui n'est pas tr&#232;s original, et l&#224; l'esth&#233;tique de ce qu'il trouve a fortement &#224; voir avec la sym&#233;trie, ce qui n'est toujours pas original, et m&#234;me tr&#232;s franchement r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui l'est &#224; l'inverse, tr&#232;s original, c'est sa m&#233;thode, son syst&#232;me. Blossfeldt a herboris&#233; pendant plus de quarante ans, au cours de ses multiples voyages dans le bassin m&#233;diterran&#233;en et de ses promenades dans la campagne proche de Berlin, et il a herboris&#233; avec un appareil photographique, et non pas en se contentant de coller dans un herbier les v&#233;g&#233;taux collect&#233;s comme cela s'est toujours fait avant lui. Il ne recherche pas des esp&#232;ces de luxe ou exotiques, mais des plantes ou des fleurs &#171; prol&#233;taires &#187;, comme il le dit lui-m&#234;me, ce qui n'est plus du tout r&#233;actionnaire &#231;a. Il proc&#232;de &#224; un examen scrupuleux des v&#233;g&#233;taux, puis il les pr&#233;pare pour la photographie, c'est-&#224;-dire qu'il les s&#232;che, enl&#232;ve les feuilles ou les p&#233;tales qu'il juge surnum&#233;raires, les mod&#232;le, les sculpte, les &#233;tale, puis il les met en sc&#232;ne, avec des minuties de joailler, des d&#233;licatesses d'orf&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui l'int&#233;resse ce sont les formes pures, la g&#233;om&#233;trie de la Nature. Il r&#233;alise des gros plans en noir et blanc qu'il agrandit et il livre les tirages &#224; ses &#233;tudiants pour qu'ils dessinent ou qu'ils s'inspirent dans leurs travaux des volutes, des spirales, des torsades, des &#233;toiles, des ramifications multiples, des calices, en un mot de la &#171; m&#233;canique et des math&#233;matiques &#187; de la Nature. Il leur fournit comme mod&#232;les des outils de tourneur, les rameaux, &#224; forme de forets, de pr&#234;le d'hiver ou de Cassiop&#233;e t&#233;tragone, de menuisier et de charpentier, les feuilles en vrille de la bryone blanche et du giraumont ou celles en herminette du thuya, des b&#226;tons de chefferie, les rameaux du pavier blanc buckeye ou du cornouiller ou de l'&#233;rable jasp&#233;, des sceptres de roi, ceux de l'&#233;pic&#233;a ou de l'&#233;rable &#224; nervures rouss&#226;tres, des crosses d'&#233;v&#234;que, le scolopendre officinale ou la plume d'autruche ou la foug&#232;re ou le capillaire ou le polystic, des feuilles d'or qui ont des gr&#226;ces et des retenues de jeunes filles, plante au compas, dauphinelle-pied-d'alouette, chrysanth&#232;me matricaire, verveine, bec-de-grue, une corne d'abondance d&#233;gorgeant de fleurs, sauge d'argent, clochette, loasa, centaur&#233;e, airelles &#224; corymbes, campanule, an&#233;mone, ancolie, card&#232;re sauvage, cl&#233;matite, et de fruits, cornouiller, cotule, centaur&#233;e odorante, adonis du printemps, souci des jardins, cucubalus bacifer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur donne aussi &#224; ouvrager des rosaces aussi belles et compliqu&#233;es que celles du gothique, parnassie des marais, saxifrage aizoon, langue de chien commune, grande astrance, scabieuse colombaire, ascl&#233;piade, nig&#232;le de Damas, ou &#224; ciseler des r&#233;ceptacles pr&#233;cieux, des d&#233;j&#224; reliquaires de ce qui n'a pas encore donn&#233; naissance, capsules s&#233;minales du pavot, de l'abutilon, de la blumenbachie, des sil&#232;nes coniques et noctiflore. Il veut leur rendre intelligible la g&#233;om&#233;trie complexe des inflorescences et des fructifications et il les invite &#224; fouiller et &#224; d&#233;m&#234;ler les pelotes et les grappes somptueuses des fleurs et des fruits. Tout ceci est d'une beaut&#233; singuli&#232;re, fascinante et inqui&#233;tante &#224; la fois, comme des dentelles de bronze, comme des copaux de cuivre et d'argent, fines ciselures op&#233;r&#233;es par le ciselet de Dieu, qui a pu attirer L&#225;szl&#243; Moholy-Nagy, alors qu'il dirigeait l'atelier de m&#233;tal du Bauhaus, ainsi que tous les architectes-d&#233;corateurs du Jugendstil car une nouvelle source d'inspiration surgissait soudain : la fausse-vraie nature. Tout est v&#233;n&#233;neusement beau l&#224;-dedans car rien n'est vivant, mais tout est fig&#233; dans la semblance du vivant, une illusion de l'atemporalit&#233;. Blossfeldt a tu&#233; et d&#233;pec&#233; la Nature pour en photographier les tron&#231;ons et, sans qu'il en ait eu vraiment conscience, probablement, car il estimait livrer l&#224; les arch&#233;types de la Beaut&#233;, il a esth&#233;tis&#233; la Mort. Il en a donn&#233; une image non seulement possible, non seulement moderne, mais aussi tout &#224; fait d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/karl_blossfeldt_adiantum_pedatum_1928.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH670/karl_blossfeldt_adiantum_pedatum_1928-03019.jpg?1772189602' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Karl Blossfeldt, Adiantum pedatum, 1928
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi Sugimoto, lui, ce n'est pas toujours dans la Nature qu'il va rechercher la Beaut&#233;, mais parfois dans les caves et les collections des universit&#233;s et des mus&#233;es du Japon, et les formes pures qui la caract&#233;risent, cette beaut&#233;, il les trouve dans de ce qu'il appelle les &#171; &lt;i&gt;Conceptual forms&lt;/i&gt; &#187;, les formes conceptuelles, qu'il d&#233;cline en &#171; &lt;i&gt;mathematical forms&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;mechanical forms&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire dans de vieux objets venus d'Allemagne, de Hollande et d'ailleurs, en pl&#226;tre ou en acier, ayant servi de mod&#232;les pour l'enseignement des math&#233;matiques, de la physique et de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets scientifiques, par d&#233;finition, n'ont pas de vocation artistique, mais on peut dire que, de tous temps, il y a eu interp&#233;n&#233;tration des deux champs, Sciences et Art, les unes tirant profit des avanc&#233;es de l'autre et r&#233;ciproquement. Par exemple, la repr&#233;sentation de la perspective s'est nourrie des acquis de la g&#233;om&#233;trie et les planches anatomiques r&#233;alis&#233;es par les artistes ont b&#233;n&#233;fici&#233; aux scientifiques. La science fournit &#224; l'Art des formes pures, soit qu'elle les puise directement dans la Nature, tel le poly&#232;dre de Du&#776;rer qui est en fait un cristal, soit qu'elle lui en tire les &#233;quations fondamentales. Les formes math&#233;matiques, prises de trois-quarts et en contre-plong&#233;e par Sugimoto, sont obtenues par le d&#233;veloppement d'&#233;quations trigonom&#233;triques. Les courbes r&#233;sultantes d&#233;finissent des volumes qui sont saisis dans le pl&#226;tre. Ce sont des formes blanches qui se d&#233;tachent sur un fond totalement noir, et par simple jeu d'ombre et de lumi&#232;re, elles acqui&#232;rent le statut de sculptures : des spirales, des pyramides, des sph&#232;res, qui ont des noms un peu barbares tels h&#233;lico&#239;des, ondulo&#239;des, surfaces de r&#233;volution, &#224; courbure constante positive ou n&#233;gative, avec singularit&#233; ou non. Ce sont des formes le plus souvent parfaitement sym&#233;triques, parfaitement arch&#233;typales et tout &#224; fait intemporelles puisqu'inscrites non seulement dans la Nature, mais &#233;galement dans l'univers, une nature bien plus large que celle &#224; laquelle se r&#233;f&#233;rait Blossfeldt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des m&#233;canismes sombres, o&#249; la pr&#233;sence de l'humain est forte, et qui ne r&#233;pondent pas aux crit&#232;res de beaut&#233; classiques, puisque ce sont des m&#233;canismes, plaque de bois et petites barres de m&#233;tal qui op&#232;rent des transformations math&#233;matiques, et aussi des courbes qui ne d&#233;finissent ni des surfaces ni des volumes, mais qui se d&#233;veloppent dans l'espace &#224; trois dimensions, tige de fer prise entre trois planches, ou bien encore des objets &#233;tranges et compliqu&#233;s, des &#233;pitrocho&#239;des, cercles de m&#233;tal qui roulent les uns sur les autres et qui construisent des courbes, tout cela sculptures de l'intelligence, source de la Beaut&#233; trop souvent ignor&#233;e. L'objet technique, lui aussi, peut &#234;tre beau, surtout quand il n'est pas utile. Personnellement, j'ai toujours &#233;prouv&#233; une sorte de fascination par tout ce qui ne servait &#224; rien, y compris et surtout les savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets m&#233;caniques photographi&#233;s par Sugimoto dans les m&#234;mes conditions que les objets math&#233;matiques ne r&#233;pondent &#224; aucun besoin autre que didactique, et ce sont aussi de tr&#232;s belles formes, mais sans sym&#233;trie aucune. Les vis, les &#233;crous, les manivelles, les tiges filet&#233;es, les roues dent&#233;es, les bielles, les arbres &#224; came, s'assemblent en machines ou en &#233;l&#233;ments de machines destin&#233;es &#224; r&#233;guler le mouvement ou &#224; le d&#233;multiplier, &#224; contr&#244;ler la force, &#224; la soumettre, &#224; la dompter, mais dans un but uniquement d&#233;monstratif. Il y a aussi des formes en verre bizarre, des colonnes remplies de mercure, qui sont des pompes &#224; vide. De la mati&#232;re, l'acier poli ou rugueux, le verre lisse empli de m&#233;tal liquide, davantage que de la forme, &#233;mane une esp&#232;ce de sensualit&#233; brute, voire brutale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;221&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/marcel_duchamp_le_grand_verre_1915-1923.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH778/marcel_duchamp_le_grand_verre_1915-1923-9c2ef.jpg?1772189602' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marcel DUCHAMP, La mari&#233;e mise &#224; nu par ses c&#233;libataires, m&#234;me (Le Grand Verre) 1915-1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Plaques de verre, peinture &#224; l'huile, vernis, feuille et fil de plomb, poussi&#232;res, 277.5 cm &#215; 175.9 cm Philadelphia Museum of Art
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi Sugimoto para&#238;t vouer un v&#233;ritable culte &#224; Marcel Duchamp et il renvoie sa s&#233;rie des &#171; &lt;i&gt;Conceptual forms&lt;/i&gt; &#187; au Grand Verre, ce qui constitue une v&#233;ritable aubaine pour les commissaires d'expositions, les responsables d'institutions, les galeristes. Rien de tel que Marcel Duchamp ou, lorsque l'occasion se pr&#233;sente, Walter Benjamin pour &#233;toffer un discours sur l'&#339;uvre d'un artiste. Tous en usent et souvent en abusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on ne peut nier qu'il y ait ici un principe femelle et un principe m&#226;le, avec entre les deux une sorte de tension violente de l'ordre de la pulsion. Sugimoto se r&#233;clamant lui-m&#234;me de la filiation duchampienne, la rugosit&#233; et l'inutilit&#233; des formes m&#233;caniques ne peut que rappeler les c&#233;libataires sombres qui, pour la post&#233;rit&#233;, mirent &#224; nue la belle mari&#233;e au corps ivoirin, les formes math&#233;matiques. Pourquoi pas ?... En fait, apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion&#8230; Non ! C'est un apparentement trop simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'esth&#233;tique et le rapport au temps, il y a de r&#233;elles diff&#233;rences entre les formes math&#233;matiques et les formes m&#233;caniques, diff&#233;rences qui ont &#224; voir avec la modernit&#233; et le modernisme, avec la science et la technologie. Pour l'expliquer, j'utiliserai l'image de &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; &#224; la fois chez Le Tintoret et chez Picasso. Les formes math&#233;matiques r&#233;sument de fa&#231;on parfaitement involontaire, puisque ce n'&#233;tait pas leur objectif premier, la modernit&#233; sculpturale, modernit&#233; dans le sens que lui a donn&#233; Baudelaire qui pourtant confondait contin&#251;ment modernit&#233; et modernisme et dont la position &#224; l'&#233;gard de l'une ou de l'autre &#233;tait en constante contradiction. Il les d&#233;testait profond&#233;ment, les d&#233;criait, puis se mettait soudain &#224; les adorer. En gros, Baudelaire dit que c'est l'Art qui conf&#232;re &#224; la Beaut&#233;, qui ne devrait &#234;tre qu'&#233;ph&#233;m&#232;re, car tendancielle, son caract&#232;re &#233;ternel&#8230; Enfin ! Si j'ai bien compris, car les textes de Baudelaire ne sont jamais clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les sculptures qui r&#233;sultent du d&#233;veloppement des &#233;quations sont intemporelles, donc &#233;ternelles. L'essence m&#234;me de la Sculpture, de toutes les &#233;poques, est pr&#233;sente dans les formes math&#233;matiques. La jeunesse et la beaut&#233; de Suzanne telles qu'exprim&#233;es par Le Tintoret, et nettement moins bien par Picasso, sont &#233;ternelles, m&#234;me si Le Tintoret introduit dans sa composition un miroir, &#233;l&#233;ment majeur de la Vanit&#233;. La science qui, comme l'Art, est un long continuum, bien que nombre de th&#233;ories scientifiques se trouvent infirm&#233;es avec le temps, mais ce sont des &#233;tapes de la pens&#233;e, est toujours en devenir. La science est intemporelle. C'est une &#233;nergie. Les formes m&#233;caniques renvoient &#224; une technologie d&#233;pass&#233;e et c'est le seul Sugimoto qui leur donne le statut d'&#339;uvres d'Art au travers de ses photographies. Les objets m&#233;caniques sont des vieillards technologiques. Ils sont d'un autre temps. La technologie est la vitrine d'une &#233;poque. L'&#233;poque change et sa technologie dispara&#238;t au profit d'une autre. La technologie, c'est le modernisme &#233;ph&#233;m&#232;re, tel l'&#233;clairage au gaz dans les rues &#224; l'&#233;poque de Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/jacopo_robusti__called_tintoretto_-_susanna_and_the_elders_-_google_art_project-musee_d_histoire_de_l_art_de_vienne.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/jacopo_robusti__called_tintoretto_-_susanna_and_the_elders_-_google_art_project-musee_d_histoire_de_l_art_de_vienne-b92fb.jpg?1687886782' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Suzanne et les Vieillards, 1557, le Tintoret
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;peinture &#224; l'huile sur toile (147 &#215; 194 cm), Kunsthistorisches Museum de Vienne.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, au fait, qu'est-ce que &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; ? Dans un chapitre apocryphe du Livre de Daniel, dans la Vulgate, on parle d'une jeune fille qui est en train de prendre son bain. Deux vieillards qui passaient par l&#224; s'arr&#234;tent pour contempler sa nudit&#233;. Ils voudront m&#234;me aller bien plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tintoret repr&#233;sente Suzanne, une grasse jeune personne comme on les aimait &#224; l'&#233;poque, sortant de son bain et qui s'essuie les pieds un &#224; un en se contemplant dans un miroir. La sc&#232;ne se passe dans une for&#234;t tr&#232;s arbor&#233;e, ou dans un parc &#224; la v&#233;g&#233;tation luxuriante, plut&#244;t dans un parc parce qu'il y a des statues dans le fond au milieu des arbres, avec plein d'animaux et de fleurs &#224; droite et &#224; gauche. Entre Suzanne et les vieillards, un buisson de roses coup&#233; au carr&#233;, mur difficilement franchissable pour les vieux lubriques qui essayent de le contourner par les deux c&#244;t&#233;s. Suzanne est pensive, comme repli&#233;e sur elle-m&#234;me. Elle admire son image ou bien, elle se dit que les choses, ses gr&#226;ces grasses, ne vont pas rester longtemps en l'&#233;tat. Ses riches v&#234;tements et ses bijoux sont &#233;parpill&#233;s sur la pelouse, mais Suzanne est toute en int&#233;riorit&#233;. Le Tintoret &#233;tait un homme de grande pi&#233;t&#233; qui a pass&#233; sa vie &#224; donner des illustrations des textes sacr&#233;s, parfois sans &#234;tre r&#233;tribu&#233;, comme pour la Scuola Grande di San Rocco &#224; Venise, son &#339;uvre majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Picasso, c'est diff&#233;rent. Suzanne, plantureuse, mais pas grasse du tout, est voluptueusement &#233;tendue sur son lit, les bras crois&#233;s sous sa t&#234;te. Pas question ici de bain purificateur ni de repli chaste sur soi. C'est une v&#233;ritable prostitu&#233;e aux jambes gain&#233;es de bas &#224; rayures qui s'offre au regard des vieillards, un blanc et un noir, qui la contemplent avec concupiscence depuis la petite fen&#234;tre qui donne directement sur sa couche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Picasso &#233;tait un artiste bourgeois, avec les lubies sexuelles de sa classe, qui pissait v&#233;ritablement la peinture et qui a pass&#233; la sienne de vie &#224; gagner plein d'argent. L'image qu'il livre de Suzanne est une image fabriqu&#233;e par un voyeur pour les voyeurs. Elle n'est dot&#233;e d'aucune int&#233;riorit&#233;, comme &#224; peu pr&#232;s toutes les images cr&#233;&#233;es par Picasso. Le Minotaure n'&#233;tait en fait qu'un vieux et pitoyable satyre, et il devait bien le savoir du reste, qui utilisait son ind&#233;niable puissance cr&#233;atrice pour faire croire &#224; sa puissance sexuelle, comme si on lui avait demand&#233; de prouver quelque chose &#224; celui-l&#224;. La Suzanne du Tintoret, vierge en attente peut-&#234;tre de noces mystiques et qui pour ce faire se serait d&#233;lest&#233;e de ses bijoux avant le bain purificateur, est immortelle, tandis que Picasso n'est que le plus sombre et le plus paillard des deux vieillards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Duchamp, avec &lt;i&gt;La mari&#233;e mise &#224; nu par les c&#233;libataires m&#234;me&lt;/i&gt;, avait voulu donner sa propre version de &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;La broyeuse de chocolat&lt;/i&gt; repr&#233;senterait alors la pulsion sexuelle, la libido, des &lt;i&gt;Neuf moules M&#226;lic&lt;/i&gt;, les c&#233;libataires ? On peut dire que &lt;i&gt;La Mari&#233;e&lt;/i&gt; de Duchamp a fait causer et &#231;a continue. Une aubaine pour les commissaires d'exposition, les directeurs d'institutions, les galeristes. Il y a peu, je ne sais plus o&#249; ni qui, mais peu importe, il y en a encore qui disaient Bon ! S'ils ont mise nue la mari&#233;e, les c&#233;libataires qu'est-ce qu'ils vont faire avec la broyeuse de chocolat ?... Ben&#8230; Se remplir les moules, &#233;videmment, qui se d&#233;chargeront ensuite dans ou sur la mari&#233;e. Donc, pour ses propres images, Sugimoto avait dans l'esprit l'image de Duchamp qui s'&#233;tait peut-&#234;tre inspir&#233; de l'image du Tintoret. Illusion d'une illusion, d'une illusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Trash : l'esth&#233;tique des ordures</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Le-Trash-l-esthetique-des-ordures</link>
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		<dc:date>2021-05-01T11:32:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pedro Alzuru</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; : crasse, ordures, d&#233;chets, est une cat&#233;gorie esth&#233;tique de plus en plus &#233;tudi&#233;e en Occident, bien qu'elle soit moins connue que la cat&#233;gorie Kitsch, avec laquelle elle pr&#233;sente des similitudes et des diff&#233;rences.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/ecologie" rel="tag"&gt;&#233;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH91/arton1874-a9eee.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; : crasse, ordures, d&#233;chets, est une cat&#233;gorie esth&#233;tique de plus en plus &#233;tudi&#233;e en Occident, bien qu'elle soit moins connue que la cat&#233;gorie Kitsch, avec laquelle elle pr&#233;sente des similitudes et des diff&#233;rences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il traite d'une appr&#233;ciation des aspects bas de l'existence, dont nous trouvons des r&#233;f&#233;rences pionni&#232;res et significatives &#224; Nietzsche et Bataille. Nietzsche, s'oppose &#224; l'id&#233;alisme, adorateur de belle apparence, homme sous-cutan&#233;, chair sanglante, visc&#232;res ; excroissances, mati&#232;res f&#233;cales, urine salivaire, sperme. Bataille, dirige son attention sur les ph&#233;nom&#232;nes impurs et d&#233;gradants de la vie humaine, la d&#233;composition, les malsains, tout ce que l'hypocrisie sociale tente de cacher. Pour les deux, la v&#233;ritable exp&#233;rience esth&#233;tique ne serait pas le go&#251;t mais le d&#233;go&#251;t (Perniola, 2006 : 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux artistes ont fait l'axe d&#233;sagr&#233;able de leur po&#233;tique, on n'oublie pas le Baudelaire de &lt;i&gt;Une charogne&lt;/i&gt;, mais &#224; partir des ann&#233;es soixante du si&#232;cle dernier c'est devenu un mouvement, dont l'&lt;i&gt;American Funk Art&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Wiener Aktionismus&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;N&#233;odada&#239;sme&lt;/i&gt;. Dans le m&#234;me temps, la d&#233;rive populiste des ordures se d&#233;clenche et se d&#233;veloppe, &#171; une d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la d&#233;mocratie, nourrie d'un ressentiment visc&#233;ral envers les &#233;lites en g&#233;n&#233;ral et les intellectuels en particulier, ainsi que d'un profond m&#233;contentement contre le monde symbolique &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; : 5-6), paradoxalement cet anti-intellectualisme peut &#234;tre une option intellectuelle. Il assume pour cette raison des caract&#233;ristiques intol&#233;rantes et r&#233;pressives par rapport &#224; tout type de valeur culturelle, mettant en danger la base m&#234;me de la culture. Cela n'exclut pas, bien s&#251;r, l'instrumentalisation de certaines traditions culturelles tant qu'elles ne sont pas critiques et inoffensives &#224; des fins d'avilissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la poubelle, des deux derni&#232;res d&#233;cennies du si&#232;cle dernier, devient &#224; la mode parmi certaines &#233;lites &#233;mergentes, de sorte que la mauvaise &#233;ducation, la vulgarit&#233;, l'arrogance et l'ostentation cynique sont devenues leurs pratiques habituelles, leurs mod&#232;les de comportement, signes d'appartenance &#224; des groupes sociaux &#233;mergents. Les groupes qui peuvent avoir une origine professionnelle, ethnique, religieuse, militaire, de classe, etc., selon chaque situation particuli&#232;re, s'inspirent des modes de vie du crime organis&#233; et sont reconnus dans le m&#233;pris de toutes les r&#232;gles civiles et de toute &#233;ducation. Comment &#233;tait-il possible que le laid, l'abject, l'obsc&#232;ne soient consid&#233;r&#233;s comme un aspect de la beaut&#233; et deviennent un facteur d'inspiration pour les arts ? Comment &#233;tait-il possible que ces termes utilis&#233;s dans un sens p&#233;joratif soient devenus des cat&#233;gories esth&#233;tiques efficaces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poubelle devient alors &#224; la mode, devient un st&#233;r&#233;otype dans lequel les politiciens, les cadres, les fonctionnaires, les publicistes sans scrupules, les enseignants et les &#233;tudiants qui misent sur la marginalit&#233; sont inspir&#233;s. Cependant, dans les d&#244;mes, bien que cette abjection soit partag&#233;e, le son de l'hypocrisie sonne, il faut se d&#233;placer alternativement dans et hors de la culture et des formes. Nous ne savons pas si nous devons nous r&#233;jouir ou nous attrister parce que finalement les choses r&#233;pugnantes, d&#233;go&#251;tantes et d&#233;sagr&#233;ables li&#233;es aux ordures sont soumises &#224; l'approbation des jeunes &#224; l'&#233;tage et des vieillards pr&#233;sum&#233;s ou parce que dans l'impudeur des ordures il y a une reconnaissance grossi&#232;re et honn&#234;te de la duret&#233; de les conflits socio-&#233;conomiques et une d&#233;mystification potentielle des mensonges et des impostures. L'hypocrisie et les ordures sont les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille, dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle chacun cherche la reconnaissance et personne ne l'obtient, chacun est digne et m&#233;pris&#233; par lui-m&#234;me et par les autres. La pseudo-restauration morale dont se vante la &#171; nouvelle &#187; &#233;lite est aussi anachronique et inefficace que le pseudo-immoralisme des masses qui nagent encore, et qui sait combien de temps, &#224; la poubelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que les &#171; valeurs &#187; &#233;thiques-esth&#233;tiques ne peuvent plus &#234;tre reconsid&#233;r&#233;es dans une soci&#233;t&#233; qui ne reconna&#238;t que la valeur de l'argent et du pouvoir politique. Il y a ceux qui soutiennent, cependant, que les ordures ne pourraient pas &#234;tre la faiblesse mais la force de la culture occidentale, ses vices, pas ses vertus, dans la lutte qu'elle m&#232;ne contre le fanatisme et le fondamentalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme et ses multiples manifestations, dans le paradigme de la communication qui traverse aujourd'hui la culture occidentale, p&#233;n&#232;tre tous les domaines de l'humain : la politique, le commerce, l'industrie et m&#234;me l'&#233;ducation, les arts et la culture, qui seraient plut&#244;t appel&#233;s les contrecarrer, &#234;tre ce qui s'oppose &#224; la communication et &#224; ses m&#233;canismes nuisibles de notation et de spin. Nous sommes alors dans l'apoth&#233;ose du populisme, dans son h&#233;g&#233;monie incontest&#233;e, &#224; tel point qu'aucune opposition &#224; celui-ci n'est dispens&#233;e de devoir y recourir, &#233;tant elle-m&#234;me populiste, m&#233;diatique, communicationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est insist&#233; pour que les reflets soient &#171; attractifs &#187;, pour pouvoir contrecarrer le populisme puisque pour lui toute r&#233;flexion est g&#234;nante ; Il est sugg&#233;r&#233; que les expositions d'art ne soient pas &#171; difficiles &#187; mais &#171; accessibles &#187;, pour s'opposer &#224; l'id&#233;e populiste de l'herm&#233;tisme de l'art. Le populisme est un &#171; r&#233;gime discursif &#187;, c'est aussi un r&#233;gime de repr&#233;sentation, c'est une sp&#233;cificit&#233; rh&#233;torique de repr&#233;sentation, il impose que les choses soient dites simplement et clairement, c'est pourquoi c'est la restauration de toutes les oppositions binaires, de toutes les dichotomies. Par cons&#233;quent, &#171; l'autre &#187; primordial pour le populisme (de droite ou de gauche) est &#171; l'intellectuel &#187; et non &#171; l'ali&#233;n&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a dit que le populisme est un danger pour la d&#233;mocratie lib&#233;rale, et qu'il repr&#233;sente &#233;galement un pi&#232;ge implicite pour sa propre organisation. Le populiste doit s'adresser au &#171; peuple &#187;, cela ne signifie pas que le populisme et le nationalisme sont la m&#234;me chose, dans de nombreuses circonstances, il est n&#233;cessaire de se r&#233;f&#233;rer &#224; un concept de &#171; peuple &#187;, bien que le concept nationaliste de &#171; peuple &#187; soit le plus probl&#233;matique. Le sens multiculturel pose &#233;galement des difficult&#233;s, enfin il s'agit de contraintes identitaires, de biens qui doivent &#234;tre probl&#233;matis&#233;s et d&#233;construits, tant que les circonstances le permettent (Lesage, 2006 : 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;mocratie repr&#233;sentative, les politiciens sont cens&#233;s repr&#233;senter un &#233;lectorat ; dans un r&#233;gime d'h&#233;g&#233;monie populiste, les politiciens doivent faire face &#224; deux attentes contradictoires : d'une part, si le peuple est d&#233;sorient&#233;, il doit &#234;tre guid&#233; ; de l'autre, les politiciens doivent faire entendre les souhaits des gens. Si vous avez traditionnellement le premier &#224; gauche et le second &#224; droite, ils sont aujourd'hui pr&#233;sent&#233;s comme des attentes pour chacun d'entre eux, selon les circonstances, l'opportunit&#233;. Gauche et droite ne signifient pas de diff&#233;rences claires entre repr&#233;sentativit&#233; et autoritarisme, les deux choisissent leur concept de politique selon le menu, comme il leur convient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner la parole &#224; la volont&#233; du peuple ou la guider ; en r&#233;alit&#233;, les politiciens font les deux, le populisme implique paradoxalement la coexistence de la d&#233;mophilie et de la d&#233;magogie, l'amour et la haine du &#171; peuple &#187;, leur transfiguration mythique et leur instrumentalisation cynique. Le populiste suit la ville et peut alors l'influencer. Ce qui se perd dans cette dialectique, entre sacralisation et s&#233;duction, c'est le devoir de l'instruire, de l'&#233;duquer &#224; des fins universelles ou universalisables, d'en faire un sujet &#233;thique, de s'approprier l'amour du savoir et de lui permettre de d&#233;cider dans toute circonstance, sans d&#233;pendre de la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; du gourou, du parti, du commandant, ou de la pr&#233;sence des lois et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_newyork.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/2_newyork-a078d.jpg?1619870089' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;New York, 11 septembre 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, m&#234;me en p&#233;riode de mondialisation, le cadre de l'&#201;tat national r&#232;gne dans le discours politique comme une marge d'action politique, le populiste ne s'int&#233;resse pas &#224; un &#233;lectorat ou des institutions ou des probl&#232;mes qui d&#233;passent ces fronti&#232;res &#233;troites, les int&#233;r&#234;ts &#171; nationaux &#187; pr&#233;valent, il ne pr&#233;tend pas penser ou &#224; agir globalement. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les populismes se limitent au territoire des &#201;tats nationaux en tant que filtre des flux (de marchandises, de capitaux et de personnes) ; des biens et des capitaux aussi d&#233;r&#233;glement&#233;s que possible, des personnes, aussi r&#233;glement&#233;es que possible. Cette utilisation de l'&#201;tat national comme filtre ambigu conserve sa fonction capitaliste classique, ne contredit pas le r&#244;le que &#171; l'Empire &#187; l'attribue, limite son volontarisme au territoire national ou &#224; des alliances temporaires r&#233;gionales, commerciales ou politiques qui rompent comme les affections, g&#233;n&#233;rant un immense crack d&#233;mocratique. L'asym&#233;trie entre l'espace politique et l'espace &#233;conomique n'est pas discut&#233;e, elle fait partie du contenu bloqu&#233; dans sa fuite de l'&#233;ducation vers les gens qui &#171; aiment tant &#187;. Si le slogan lib&#233;ral &#171; penser globalement, agir localement &#187; pouvait, en ce sens, acqu&#233;rir une nuance populiste, en v&#233;rit&#233; le populisme ne pense ni n'agit globalement, abandonne toute politique mondiale possible aux empires ou aux philosophes et aux r&#234;veurs, une politique globale impliquerait dialogue sinc&#232;re, acceptation des diff&#233;rences ; &#224; l'int&#233;rieur du fief ils peuvent &#234;tre ignor&#233;s ou phagocyt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus de penser et d'agir globalement trouve un appui ironique dans le th&#233;oricien de la d&#233;mocratie lib&#233;rale Francis Fukuyama (1992), pour qui une d&#233;mocratie mondiale est impensable car l'histoire se termine avec l'institution de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#224; la fronti&#232;re nationale. Pour cette raison, il ne fait aucun effort pour penser aux diff&#233;rences culturelles dans le cadre d'une d&#233;mocratie mondiale, mais si les diff&#233;rences culturelles sont admissibles dans une nation, pourquoi ne peuvent-elles m&#234;me pas se penser pour un &#201;tat mondial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populistes et les lib&#233;raux sont donc dans une contradiction incurable : le capitalisme est un syst&#232;me &#233;conomique mondial, d&#233;territorialis&#233;, la d&#233;mocratie lib&#233;rale, au contraire, a une d&#233;limitation nationale ou r&#233;gionale, territorialis&#233;e. Tous deux maintiennent l'asym&#233;trie entre les sph&#232;res politique et &#233;conomique, une d&#233;mocratie restreinte, non seulement territoriale, et une &#233;conomie mondiale. Pourquoi ils limitent son soutien &#224; la d&#233;mocratie au niveau national, au lieu de cr&#233;er et de soutenir des institutions politiques mondiales ? C'est peut-&#234;tre &#224; cause du fameux &#171; r&#233;alisme &#187; politique ou parce que l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale qui couvre le monde entier n'est pas viable pour le capitalisme. Le capitalisme prosp&#232;re pr&#233;cis&#233;ment dans le cadre de la s&#233;paration entre l'espace politique et &#233;conomique, une d&#233;mocratie mondiale pourrait repr&#233;senter la fin du capitalisme car il serait tr&#232;s difficile de profiter des diff&#233;rences socio-&#233;conomiques, des &#233;lites corrompues des puissances &#233;conomiques et des &#233;lites corrompues des pays d&#233;pendants, avec des gouvernements de gauche ou de droite, ils auraient beaucoup de difficult&#233;s &#224; se soutenir mutuellement comme ils l'ont fait jusqu'&#224; pr&#233;sent, malgr&#233; leur &#233;thiques &#171; inconciliables &#187;. On peut alors craindre qu'une &#171; d&#233;mocratie lib&#233;rale capitaliste mondiale &#187; soit une contradiction dans les termes, en tout cas elle le sera tant que l'action politique se limitera au territoire des &#201;tats nationaux, consolidant en fait l'h&#233;g&#233;monie dans chacun d'eux et dans le syst&#232;me mondial des petites &#233;lites, bien qu'elles aient l'intention de consacrer leur action aux int&#233;r&#234;ts du &#171; peuple &#187;. Le probl&#232;me du populisme est finalement son &#233;litisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre visage du prot&#233;ique &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; est celui qui a &#224; voir avec le terrorisme islamique du 11 septembre, dans ses actions m&#233;diatiques ou marginales, dans les centres ou dans les p&#233;riph&#233;ries, dans les actions et dans les r&#233;actions. Le terrorisme est commun&#233;ment interpr&#233;t&#233; comme le meurtre de quelqu'un par des terroristes, ce ph&#233;nom&#232;ne a donn&#233; lieu &#224; parler de &#171; guerre asym&#233;trique &#187; et de &#171; guerre contre le terrorisme &#187;. Lorsque le terroriste se suicide dans l'attaque, cela est interpr&#233;t&#233; comme un moyen de parvenir &#224; une fin. Baudrillard (2002) renverse cette perspective et voit dans l'acte suicidaire l'objectif pr&#233;cis du terrorisme et dans le meurtre d'autres personnes des dommages collat&#233;raux du suicide publiquement et m&#233;diatiquement mis en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte terroriste est un acte dans le contexte de l'&#233;conomie symbolique, un &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt;, dans lequel le terroriste sacrifie sa vie de fa&#231;on spectaculaire, comme dans le 11 septembre, le principal &#233;v&#233;nement mondial de notre temps, for&#231;ant la soci&#233;t&#233; occidentale &#224; remplir &#233;galement un sacrifice. Cet acte a &#233;t&#233; planifi&#233; et ex&#233;cut&#233;, apparemment, non par des &#233;trangers sauvages mais par des connaisseurs de l'Occident et de son &#233;conomie symbolique, ce qui leur permet de mettre la culture occidentale face &#224; cette demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la r&#233;action militaire, ce qui s'active imm&#233;diatement avec ce type d'actes, c'est la machine m&#233;diatique occidentale. En ce sens, il s'agit d'un d&#233;fi symbolique dans lequel la culture occidentale a du mal &#224; sortir : elle doit faire un pari &#233;quivalent ou sup&#233;rieur, &#224; la fois dans les sacrifices humains de ceux impliqu&#233;s dans ces actes et ceux qui ont collabor&#233; avec eux, r&#233;agissant r&#233;pressif &#224; l'acte terroriste ; comme dans son pouvoir symbolique, avec le sacrifice de son peuple, au combat, dans la r&#233;pression. Mais ce dernier est tr&#232;s difficile pour la culture occidentale, qui depuis longtemps a laiss&#233; la mort sacrificielle, elle est devenue un tabou. Pour nous, la valeur r&#233;side dans la vie ou la survie, pas dans la mort, ni m&#234;me h&#233;ro&#239;quement, l'Occident moderne, m&#234;me en perdant de nombreuses vies dans chacune des batailles, a toujours imagin&#233; que les victimes seront celles de l'ennemi, pas les leurs, ne pas &#234;tre capable de se pr&#233;parer au sacrifice de la propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferm&#233; la possibilit&#233; du &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt; dans cet aspect, peut-&#234;tre il y a une possibilit&#233; de r&#233;ponse dans l'art, en particulier dans l'art contemporain (Groys, 2006 : 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose qui surprend, c'est le silence et la tranquillit&#233; des terroristes islamiques lorsqu'ils sont interrog&#233;s sur les raisons de leurs actes, leurs r&#233;ponses se r&#233;f&#232;rent toujours &#224; Allah et ne contiennent pas d'aveux personnels, leur partie humaine, leur psychologie et leurs peines sont exclues. Les images dont on se souviendra de Ben Laden, le montrent toujours dans une pose digne et affable, son regard absorb&#233; dans l'infini, l'image de la ma&#238;trise de soi caract&#233;riserait le terrorisme contemporain. Le terroriste est pr&#234;t &#224; sacrifier sa vie mais pas sa dignit&#233;, il n'expose pas sa vie priv&#233;e au voyeurisme occidental. L'homme occidental, au contraire, s'accroche &#224; la vie mais est pr&#234;t &#224; perdre, &#224; sacrifier ou &#224; n&#233;gocier sa dignit&#233;. Il suffit pour nous convaincre d'observer l'art occidental des derni&#232;res d&#233;cennies, pour ne pas s'&#233;tendre &#224; ses d&#233;gradations communicationnelles, il s'agit d'un &#171; exercice volontaire de perte de sa dignit&#233; et de la dignit&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral &#187; (Groys, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;). L'art moderne a soumis l'image de l'homme &#224; la torture qui a atteint sa dissolution compl&#232;te, sa d&#233;formation, &#224; la confession de son impuissance &#224; maintenir la noblesse, le convenable, la perfection. Il a plut&#244;t montr&#233; une image n&#233;gative, incomp&#233;tente et sauvage pr&#233;m&#233;dit&#233;e, celle d'un perdant sans dignit&#233;, un artiste maudit, dans un &#233;tat d'&#233;chec permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confession, qui a commenc&#233; par la reconnaissance de ne pas &#234;tre capable de produire une &#339;uvre d'art parfaite, elle nous am&#232;ne &#224; opposer le terroriste, pr&#234;t &#224; sacrifier sa vie, &#224; l'artiste moderne, pr&#234;t &#224; sacrifier sa dignit&#233;. Ce serait le &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt; offert par l'Occident au sacrifice des terroristes, la dignit&#233; en &#233;change de la vie. &#171; La perte programm&#233;e et calcul&#233;e de la dignit&#233; humaine est devenue, en effet - pour Groys - depuis longtemps, le processus fondamental de la culture commerciale de masse de l'Occident &#187; (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; : 19), et en cela la politique, il faut ajouter, n'a fait que suivre la culture de masse. Dans la recherche publique de sales secrets, de r&#233;v&#233;lations priv&#233;es, la limite de la honte, de l'humiliation est continuellement d&#233;pass&#233;e ; En cela, nous ne savons pas qui imite qui entre les &#233;missions de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; et la vie publique. Et tout cela non pas contre la volont&#233; des participants mais avec leur disponibilit&#233; enthousiaste pour aller chaque fois plus loin. Les m&#234;mes figures &#233;minentes du monde occidental doivent toujours &#234;tre pr&#234;tes &#224; perdre leur dignit&#233;, &#224; montrer leur intimit&#233;, &#224; se d&#233;shabiller devant la voracit&#233; voyeuriste des &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt; et de leur public. Avant, les notables risquaient leur vie en duel, maintenant ils mettent leur dignit&#233; en danger, ce changement de la perte de vie &#224; la perte de dignit&#233; serait le point de d&#233;part de la culture occidentale moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette particularit&#233; est l'un de ses paradoxes car la culture occidentale se vante justement de consid&#233;rer la dignit&#233; humaine. La dignit&#233; de l'homme serait intouchable et nous le croyons. Cela signifie que la dignit&#233; de chaque personne est entre leurs mains, c'est leur propri&#233;t&#233; priv&#233;e, par cons&#233;quent ils peuvent la transformer, la changer, la perdre, la n&#233;gocier comme n'importe quelle marchandise. Dans d'autres cultures, cette libert&#233; n'existe pas, la dignit&#233; individuelle est inscrite dans un ordre hi&#233;rarchique que l'individu ne g&#232;re pas. L&#224; o&#249; l'ordre symbolique demeure ou se r&#233;tablit, gr&#226;ce aux r&#233;volutions religieuses et id&#233;ologiques, ni l'&#233;conomie de march&#233; ni l'&#233;conomie symbolique ne prosp&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_nitsch.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/4_nitsch-372a7.jpg?1772220135' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hermann Nitsch &#8212; Sans titre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La perte de soi, pratiqu&#233;e par les artistes de l'avant-garde historique et th&#233;oris&#233;e par Bataille (1957), a &#224; voir avec le sacrifice de l'image traditionnelle de l'homme, pleine et digne, la perte de soi par l'ivresse, le d&#233;sir sexuel, l'extase qui transgresse toutes les limites de la pudeur. Mais c'est un &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt; interne &#224; l'art, l'artiste se d&#233;nonce a soi-m&#234;me, s'expose, au prix de se gaspiller. Pour radicaliser ce processus, il affirme qu'il ne le fait que pour de l'argent, d&#233;non&#231;ant la m&#234;me int&#233;riorit&#233;, la d&#233;mantelant, avouant la d&#233;faite &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-iconoclastie, d&#233;nigrant sa propre image, est un m&#233;dium artistique tr&#232;s courant, mais elle est profond&#233;ment enracin&#233;e dans l'histoire du christianisme, l'image du Christ en croix est l'image iconoclaste par d&#233;finition, une provocation pour le reste des religions qui ne veulent pas douter de la dignit&#233; de leurs fondateurs. Le traitement de l'image de l'homme par la destruction, la d&#233;formation et l'insulte est dans la tradition chr&#233;tienne. Le processus commencerait par l'incarnation m&#234;me, d&#233;finie par Vattimo avec le mot grec &lt;i&gt;kenosis&lt;/i&gt;, dans son texte &lt;i&gt;Credere di credere&lt;/i&gt; (1996). Cette auto-iconoclastie se prolonge dans la psychanalyse, qui &#233;duque l'homme occidental &#224; communiquer les secrets les plus sombres de son &#226;me et &#224; tol&#233;rer des d&#233;ductions honteuses de sa vie int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain et les m&#233;dias font plonger cette tradition dans le d&#233;lire, aliment&#233; par l'inquisition et la psychanalyse, selon lesquelles la v&#233;rit&#233; du sujet se cache derri&#232;re l'image conventionnelle de la dignit&#233; humaine. Cette v&#233;rit&#233; &#224; valoir, &#224; tenir pour vraie, doit &#234;tre laide, sale et mauvaise, la culture communicationnelle occidentale contemporaine, chacun de nous, s'attend juste &#224; ce que cette v&#233;rit&#233; apparaisse t&#244;t ou tard. Cette culture, face aux &#233;v&#233;nements terroristes, a imm&#233;diatement commenc&#233; la recherche de leurs motifs cach&#233;s dans l'irrationalit&#233;, le ressentiment, la psychologisation et m&#234;me dans l'esth&#233;tisation de la violence en direct, oubliant les d&#233;clarations des terroristes eux-m&#234;mes lorsqu'ils ont affirm&#233; qu'ils s'&#233;taient suicid&#233;s en l'honneur d'Allah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, dit Groys (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; : 21), les vid&#233;os faites par des soldats am&#233;ricains dans la prison d'Abou Ghraib, en Irak, pourraient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un autre document du &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt; occidental, elles sont destin&#233;es &#224; montrer la sale r&#233;alit&#233; qui se cache derri&#232;re le image digne des vid&#233;os de Ben Laden, ces vid&#233;os ne refl&#233;teraient pas notre culture et nos valeurs, mais si vous voyez des informations sur l'histoire de l'art, vous trouverez des citations de l'esth&#233;tique subversive des ann&#233;es 60 et 70, ces images ne nous sont pas &#233;tranges, ce qui expose l'homme comme un corps ac&#233;phale, tremblant et terrifi&#233;, engag&#233; dans des jeux sadomasochistes. Des tortures ont probablement eu lieu, mais il ne peut &#234;tre cach&#233; qu'une grande partie des sc&#232;nes pr&#233;sum&#233;es de d&#233;bauche &#233;taient fabriqu&#233;es pour les photos et vid&#233;os. Il s'agit alors d'art et en particulier d'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volte artistique-intellectuelle des ann&#233;es 60 - 70 a enterr&#233; les valeurs traditionnelles et l'image humaniste de l'homme, d&#233;couvrant la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; du corps ac&#233;phale et sexualis&#233;, pourquoi l'entreprise ne r&#233;ussira-t-elle pas &#224; remettre en cause ? et transgresser de la m&#234;me mani&#232;re une autre culture et son image de l'homme ? Les soldats am&#233;ricains qui ont pris ces photos et vid&#233;os, qui ont mont&#233; ces sc&#232;nes, ont grandi dans une culture dans laquelle c'est d&#233;j&#224; normal, on les voit dans les m&#233;dias, lors de f&#234;tes, lors d'expositions. Ces actions repr&#233;sentent-elles le projet de d&#233;mocratie, de libert&#233;, typique de la culture occidentale ? Si le corps nu, d&#233;pouill&#233; de toute tenue symbolique et id&#233;ologique, est la libert&#233; et la v&#233;rit&#233; de cette culture, alors ils sugg&#232;rent une offre au monde islamique en g&#233;n&#233;ral : &#171; d&#233;shabillez-vous... alors vous serez comme nous, libres, nous pourrons nous amuser ensemble &#187;. C'est un autre &lt;i&gt;potlatch&lt;/i&gt;, non celui de la mort sacrificielle mais celui de la bacchanale, celui de l'&#233;change de la m&#233;chancet&#233; et de la bassesse ; Nous ne pouvons pas encore dire lequel de ces &#233;changes aura le plus de succ&#232;s ? (&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; : 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique culturelle occidentale jusque dans les ann&#233;es 1960, vue d&#233;sormais, avait des choses claires, &#233;tait scandalis&#233;e que la vie ait &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; &#234;tre une annexe du processus de production, puis abordait la culture officielle de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ant&#233;c&#233;dent de la culture de masse et de la mondialisation. Aujourd'hui, la critique culturelle n'est pas claire quant &#224; son objectif, elle essaie simplement de p&#234;cher au milieu d'un vide culturel. Dans ce contexte, il y a l'&#233;pisode du 11 septembre, du terrorisme fondamentaliste en g&#233;n&#233;ral et la r&#233;ponse cons&#233;quente de la lutte antiterroriste et l'&#233;pisode de la prison d'Abou Ghraib en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les valeurs, quels sont les aspects identitaires, culturels, &#233;conomiques et politiques qui s'opposent au d&#233;fi symbolique implicite de la mort sacrificielle des terroristes islamiques ? Les r&#233;ponses n'ont pas &#233;t&#233; convaincantes, elles tombent dans l'&#233;troitesse des id&#233;ologies, dans la timide d&#233;fense du syst&#232;me de valeurs lui-m&#234;me. Il est entendu que la r&#233;ponse &#224; une civilisation n'est pas facile, bien qu'elle ait &#233;t&#233; construite sur les valeurs de la culture, de la d&#233;mocratie et de la libert&#233;, elle a fait du commerce et de la communication deux de ses caract&#233;ristiques, dans cette r&#233;ponse ils doivent mettre en jeu des aspects tels que la dignit&#233;, l'humiliation, la honte, l'honneur, le d&#233;shonneur, qui passent &#224; l'arri&#232;re-plan dans ce contexte d&#233;fini par la lutte acharn&#233;e pour le pouvoir politico-&#233;conomique, obtenu et maintenu par tous les moyens. Ces valeurs, telles que les th&#232;mes de la mort, de l'h&#233;ro&#239;sme, de la force, de la beaut&#233;, de la tradition, du rite, du mythe, ont &#233;t&#233; expuls&#233;es de la culture moderne ou restent trait&#233;es comme de vieilles cartes postales romantiques (Vincentini, 2006 : 24-25 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas r&#233;cent, il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; per&#231;u comment, au moins depuis que les probl&#232;mes du deuxi&#232;me apr&#232;s-guerre tels que la n&#233;vrose, la maladie, l'&#233;chec, la psychose, la perte et la chute de l'&#226;me occidentale constituent le c&#339;ur de sa litt&#233;rature. Ce n'est que tr&#232;s r&#233;cemment, dans la litt&#233;rature et dans les arts de masse, phagocyt&#233;s par la communication, que cette capacit&#233; &#224; voir les profondeurs de l'&#226;me humaine s'est affaiblie et est devenue une critique plus heureuse que tragique des valeurs de l'Occident, d&#233;rive qui se trouve aujourd'hui au centre du d&#233;bat en sciences sociales et philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vid&#233;os d'Abou Ghraib, pr&#232;s de Bagdad, constituent l'un des nombreux &#233;pisodes dans lesquels l'Occident manque de sa pr&#233;tendue sup&#233;riorit&#233; sur les autres cultures, un autre &#233;pisode qui donne lieu &#224; l'autocritique radicale de son propre ethnocentrisme et ses propres hontes. L'indignation pour l'ethnocentrisme est une invention occidentale, les textes r&#233;cents de Girard (1972, 2001) sur le sujet sont la continuit&#233; d'une tradition qui remonte &#224; Montaigne (1533-1592), fondateur d'une lign&#233;e qui s'est depuis enrichie, avec ses plus grands repr&#233;sentants au XVIIIe si&#232;cle, sa r&#233;surgence apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale et sa pertinence m&#234;me dans le d&#233;constructionnisme poststructuraliste. Mais cette autocritique occidentale n'&#233;chappe pas &#224; l'ethnocentrisme qui condamne. Ainsi l'art, l'esth&#233;tique et la philosophie contemporaine condamnent ce que nous sommes sans pouvoir se soustraire &#224; l'ethnocentrisme, l'ethnocentrisme est en fait tr&#232;s bien distribu&#233; dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Girard, la violence est li&#233;e au sacr&#233;, le sacr&#233; dans le monde ancien r&#233;gule la violence en polarisant dans une victime toute la violence qui mena&#231;aient la communaut&#233;, les dieux archa&#239;ques &#233;taient des boucs &#233;missaires divinis&#233;s. La tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne change cette tradition, J&#233;sus n'est plus le bouc &#233;missaire, il est la victime innocente qui perd le pouvoir de r&#233;absorber la violence, et pour ne pas infliger de violence il en souffre, il oppose &#224; la &#171; loi de l'&#339;il pour &#339;il &#187; celle de &#171; tournez l'autre joue &#187;, abandonne la vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne pas accepter l'invitation au mal faite par les violents est le seul moyen de bloquer la violence collective qui se propage comme une peste &#187; (Vincentini, &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; : 26), le terrorisme et la haine pour l'Occident vivent au sein de la communaut&#233; dont ils veulent se venger, ils adoptent leur progr&#232;s et imitent leurs modalit&#233;s, la vengeance na&#238;t au sein d'une fausse int&#233;gration, l'invitation &#224; participer est souvent leur tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un honneur ordinaire et un honneur h&#233;ro&#239;que, le h&#233;ros hom&#233;rique ne doit pas oublier la magnanimit&#233; contre les faibles et les vaincus. L'extr&#233;misme d'honneur fait d'Achille une figure isol&#233;e dans son m&#233;pris, sa col&#232;re, son manque de respect ; son incapacit&#233; &#224; renoncer &#224; la violence ne permet pas la r&#233;conciliation, l'abandon de la vengeance, la r&#233;paration, le retour &#224; l'amiti&#233;. La vie vaut peu si l'on ne vit pas dans la dignit&#233; et n'est pas digne d'&#234;tre v&#233;cue &#224; tout prix, mais l'homme grec pouvait transformer sa chance dans une victoire de la dignit&#233;, de la fiert&#233; et de la libert&#233;, il pouvait donner un sens &#224; l'absurde, &#224; l'humiliation et &#224; la honte avec l'effort quotidien de ma&#238;trise de soi, avec la discipline et la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ennemi n'&#233;chappent pas les parties mesquines, malades et d&#233;fectueuses de notre vie, il se jette sur elles, s'y accroche et les d&#233;chire comme les oiseaux charognards attir&#233;s par la puanteur des corps d&#233;compos&#233;s. Se d&#233;fendre de l'ennemi est possible en se faisant des hommes vertueux, de cela nous profitons pour notre existence, en utilisant l'ennemi comme un v&#233;ritable miroir de nous-m&#234;mes, &#171; nous profitons de l'ennemi &#187; (Plutarque).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;129&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_abughrail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH677/1_abughrail-c8135.jpg?1619870089' width='500' height='677' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Richard Serra, Abu Ghraib, 2004
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Whitney Museum of American Art, New York Richard Serra / Artists Rights Society (ARS), New York
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, qui est l'ennemi de l'Occident et que voit-il se refl&#233;ter dans ses yeux ? Le sacr&#233; a &#233;t&#233; viol&#233; par le march&#233;, la dignit&#233; humaine a &#233;t&#233; viol&#233;e par la culture des droits et de la libert&#233;. Les faits d'Abou Ghraib sont un scandale honteux, une cruaut&#233; m&#234;l&#233;e de perversions sexuelles, le visage d'un Occident qui est heureux de s'enfoncer dans les zones sordides de l'intimit&#233; humili&#233;e. Comme les &#233;missions de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, quintessence de la culture communicationnelle, l'art contemporain semble une d&#233;nonciation heureuse et grotesque de la marchandisation de la vie contemporaine, l'expression d'un monde chaotique, agressif et rapide, plein de marchandises et d'invitations &#224; la consommation, un art qui dorlote la violence, reproduit le vide et tente de s'imposer avec scandale, un art de supermarch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Offensant l'honneur des Irakiens, l'honneur de l'Occident a &#233;t&#233; offens&#233;, d'avoir humili&#233; et offens&#233; l'ennemi, d'avoir eu le plaisir de l'offenser, d'avoir &#233;t&#233; co-auteur de ce film porno m&#233;prisable et inf&#226;me, parce que &#171; qui est noble s'impose de ne pas faire honte &#187; (Nietzsche, &lt;i&gt;Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers les m&#233;dias, nous assistons &#224; ces films d'horreur : New York, Madrid, Londres, Buenos Aires, Caracas, la violence n'est plus seulement du spectacle, c'est de la routine, tous les jours, elle est devenue omnipr&#233;sente, elle a &#233;t&#233; accept&#233;e par un collectif r&#233;sign&#233; et pour scandaliser il faut l'amplifier &#224; travers l'art et le divertissement. Le travail constant des fondamentalismes religieux et politiques, des id&#233;ologies et de la &lt;i&gt;sensolog&#237;a&lt;/i&gt;, du &#171; d&#233;j&#224; pens&#233; &#187; et du &#171; d&#233;j&#224; ressenti &#187; (Perniola, 2004), polarisant les notions de victime et d'agresseur efface les limites de la souffrance que l'on peut infliger &#224; &#171; l'ennemi &#187;, nous a fait oublier de ne pas tol&#233;rer l'intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt;, l'ordure est le nom que la culture attribue aux manifestations qu'elle rejette, ce qui n'a ni nom ni forme, ce qui appara&#238;t dans le langage comme une d&#233;valuation de son contraire positif. Ce n'est peut-&#234;tre pas une pratique aussi silencieuse et inconsciente. C'est un ph&#233;nom&#232;ne ambigu, il appara&#238;t, d'une part, comme la derni&#232;re manifestation de l'avant-garde qui se disloque et se recycle sur le march&#233; de la communication m&#233;diatique, de la sous-culture, de la vulgarit&#233; inacceptable et, d'autre part, c'est aussi sa r&#233;appropriation pour sa contrepartie naturelle, la culture &#171; haute &#187; (Carmagnola, 2006 : 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon go&#251;t du mauvais go&#251;t &#187; (Sontag, 1966), entre la transgression et la &#171; transgression intrins&#232;que &#187; (Zizek, 2004), clin d'&#339;il avec lequel la culture &#171; haute &#187; invite &#224; savourer la &#171; basse &#187;, alors qu'officiellement la condamne, valeur de positionnement, distinction, par rapport au &#171; bon go&#251;t &#187;. Le &lt;i&gt;kitsch&lt;/i&gt; est aussi une exposition de mauvais go&#251;t, tous deux se voient &#171; entre parenth&#232;ses &#187;, avec une attitude r&#233;flexive, ironique, qui s'approprie de ce qui prend de la distance. Le &lt;i&gt;kitsch&lt;/i&gt;, cependant, est de mauvais go&#251;t tant qu'il adh&#232;re avec enthousiasme au bon go&#251;t hyper-cod&#233; ; tandis que le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; est plus autonome dans son penchant pour le vulgaire, dans sa recherche du contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les airs de Postmoderne ont &#233;videmment &#224; voir avec la r&#233;&#233;valuation des deux ph&#233;nom&#232;nes. Le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; a toujours exist&#233;, c'est une des formes extr&#234;mes que l'on pense &#224; la haute culture, mais le vrai &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; ne na&#238;t qu'avec le Postmoderne, avec la chute d&#233;finitive de la palissade entre haute et basse culture, il ne peut survivre sans l'op&#233;ration continue de mettre entre guillemets que fait partie de la mentalit&#233; postmoderne (Eco, 1983). Mais le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; n'est jamais la m&#234;me, son identit&#233; est continuellement intervenue par le pouvoir, auquel il s'oppose plus ou moins consciemment. On peut affirmer qu'il a des anc&#234;tres notables en litt&#233;rature (Rimbaud) et en philosophie (Nietzsche), mais en m&#234;me temps o&#249; la vulgarit&#233; et le mauvais go&#251;t deviennent des intentions conscientes qui s'opposent au statu quo culturel, ils prennent une sens diff&#233;rent, un potentiel critique, d'opposition, cela se passe avec l'avant-garde, de Picasso &#224; Cage. Mais lorsque le Postmoderne est codifi&#233;, sanctionn&#233;, institutionnalis&#233; avec la disparition de la diff&#233;rence de degr&#233;, de niveau et de &#171; valeur &#187;, alors l'impact de l'exp&#233;rience, avec le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt;, diminue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble &#234;tre son ambigu&#239;t&#233; actuelle : montrer de l'aversion pour de tels ph&#233;nom&#232;nes semble traditionnel et conservateur, mais y plonger joyeusement est fortement d&#233;conseill&#233;. Le go&#251;t implique toujours jugement, discrimination, choix. Dans le territoire continu, ind&#233;fini et homog&#232;ne de la culture m&#233;diatique, qui va du mus&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, le soup&#231;on na&#238;t qu'&#233;galement avec le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; il faut chercher les rep&#232;res, &#233;tablir des positions qui changent avec le temps. Peut-&#234;tre que ce n'est qu'une mode, le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; est maintenant la vulgarit&#233; expos&#233;e, implicite, programm&#233;e, choisie sous une de ses multiples formes : le &lt;i&gt;kitsch&lt;/i&gt; ne sait pas se s&#233;parer de la religion officielle du bon go&#251;t, le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; implique, &#224; l'oppos&#233; le choix contraire &#224; la haute culture, &#224; la v&#233;n&#233;ration traditionnelle pour la beaut&#233;, la belle forme et les bonnes mani&#232;res. Dans cette intentionnalit&#233; du &#171; mauvais comportement &#187; appara&#238;t, implicitement, un &#339;il strabique, qui voit de l'ext&#233;rieur et nous dit &#171; regarde comme je suis vulgaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir une affinit&#233; entre tout ce qui va de l'anarchisme &#233;pist&#233;mologique &#224; la Feyerabend et l'ouverture pluraliste et &#233;clectique qui a commenc&#233; dans la culture avec des pratiques l&#233;gitim&#233;es par le Postmoderne ? Dans son ouvrage le plus c&#233;l&#232;bre, &lt;i&gt;Against the Method&lt;/i&gt;, 1970, parall&#232;lement &#224; l'&#233;mergence de la discussion moderne-postmoderne, il est difficile de ne pas percevoir de nombreuses affinit&#233;s. Un d&#233;bat anim&#233; s'&#233;tait ouvert un an plus t&#244;t sur la scientificit&#233; des sciences avec le livre de Thomas Kuhn, &lt;i&gt;The Structure of Scientific Revolutions&lt;/i&gt;, 1969. Celui de la rationalit&#233; de la science n'est qu'un mythe, sur la m&#234;me base l'entreprise scientifique il y a des hypoth&#232;ses irrationnelles, des actes de foi, des persuasions rh&#233;toriques, des &#233;l&#233;ments esth&#233;tiques. La science viole les r&#232;gles que le lieu commun lui attribue, une fois affirm&#233;e elle assume un pouvoir tr&#232;s semblable &#224; celui de la religion. C'est pourquoi &#171; toutes les sciences sont des sciences humaines &#187;, l'&#233;pist&#233;mologie se transforme alors en anthropologie et le savoir en exercice de tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est tr&#232;s similaire &#224; l'ouverture postmoderne et, d'autre part, justifie la po&#233;tique bas&#233;e sur l'abolition des fronti&#232;res et des palissades disciplinaires. Mais, retournant au &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; : quand l'&#233;piphanie de la vie quotidienne, typique de l'art et de la litt&#233;rature de la fin du XIXe si&#232;cle, est devenue une esth&#233;tisation de la vie quotidienne et, plus tard, une concession &#224; la vulgarit&#233;, aux ordures, &#224; la complicit&#233; avec la subculture ? Comment l'&#233;piphanie s'est-elle transform&#233;e en collusion, justification du pire ? Il faut reconna&#238;tre que les d&#233;finitions qui permettaient la critique, l'histoire, sanctionnant et &#233;tablissant des valeurs et des hi&#233;rarchies, se sont effondr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition de la hi&#233;rarchie des sons et l'acceptation du bruit comme &#233;l&#233;ment structurel de la musique, la th&#233;&#226;tralisation des diff&#233;rentes formes d'exp&#233;rience esth&#233;tique, la suppression des fronti&#232;res formelles qui d&#233;limitent l'&#339;uvre de la vie, sont les moments d&#233;cisifs de ce crescendo. Le d&#233;ni de l'art en tant que territoire s&#233;par&#233; et de la s&#233;quence objectif / projet / forme, la perte de la d&#233;finition entre haut et bas, beau / laid, forme / informe, la substitution de la r&#233;bellion par l'acceptation, de la subversion par la subvention, le m&#234;me monde devient &#339;uvre, l'indistinction, o&#249; nous m&#232;ne-t-elle ?, consid&#233;rer le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; comme la forme extr&#234;me d'indistinction &#339;uvre / vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'opposant au mod&#232;le classique de r&#233;alisation bas&#233; sur la &#171; compr&#233;hension &#187;, dans la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, Cage a codifi&#233; une forme paradoxale de &#171; dispositif &#187; d'intentionnalit&#233; : l'intention d'abolir toute intention, &#171; Il ne peut y avoir que de belles choses. Il faut qu'il y ait des choses que nous avons du mal &#224; accepter &#187; (Cage &lt;i&gt;in Carmagnola, Idem&lt;/i&gt; : 54). Par exemple, &lt;i&gt;Finnegan's Wake&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;4'33''&lt;/i&gt;, la &#171; &lt;i&gt;silent piece&lt;/i&gt; &#187; du m&#234;me John Cage de 1952, produisent une &#171; difficult&#233; &#187;, mais ils sont toujours sur le c&#244;t&#233; haut de l'&#339;uvre, nous pouvons cependant demander s'ils ouvrent &#233;galement le voie oppos&#233;e, l'acceptation de la non-forme, vers le &lt;i&gt;splatter&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;pulp&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; (d&#233;chet, ordure, camelote, immondice, cochonnerie, saloperie). Comment exclure &#224; la fois l'exc&#232;s de puret&#233; religieuse, qui annule la belle forme, et l'exc&#232;s inverse, la contamination avec le monde, qui aboutit &#224; des r&#233;sultats similaires par agr&#233;gation plut&#244;t que par exclusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous acceptons l'ambigu&#239;t&#233; du &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt;, nous pouvons surmonter la position &#171; noble &#187; qui rejette le mauvais go&#251;t et la vulgarit&#233; comme n'appartenant pas au domaine de la forme esth&#233;tique et de ses valeurs. Bien qu'il faille tenir compte de la circonstance historique : le postmoderne a codifi&#233; la lib&#233;ration du monde de la vie des suj&#233;tions aux crit&#232;res de l'esth&#233;tique classique, en l'esth&#233;tisant compl&#232;tement. Mais cette op&#233;ration n'est pas diff&#233;rente de la strat&#233;gie de l'avant-garde historique. L'indistinction du postmoderne et son &#233;clectisme seraient ainsi parall&#232;les &#224; l'anarchisme &#233;pist&#233;mologique, &#224; la critique &#171; contre la m&#233;thode &#187; qui encourageait une phase du d&#233;bat sur la science et l'histoire. Loin de repr&#233;senter le d&#233;ni de la haute culture, qui trouve sa plus haute expression dans les &#339;uvres et les pratiques de l'avant-garde, certains des ph&#233;nom&#232;nes du &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; pourraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme la r&#233;alisation la plus radicale de la m&#234;me avant-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; est un comportement vulgaire pur et simple, une &#171; transgression intrins&#232;que &#187;, une reproduction de ce qui existe sous forme d'ironie, de moquerie, de subversion feinte. Ensuite, la culture et la critique r&#233;-l&#233;gitimeraient, par cette exclusion, leur propre statut. Ou le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; a besoin, pour subsister, du clin d'&#339;il, des guillemets, du second regard. La diff&#233;rence serait-elle alors entre sa pratique inaugurale et sa pratique consolid&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ne semblent pas si simples, le paradoxe est que seules les personnes talentueuses ont la capacit&#233; de s'&#233;loigner du talent, de passer de la bonne peinture &#224; la mauvaise peinture, du travail au &lt;i&gt;ready made&lt;/i&gt;, d'abandonner la forme. De la m&#234;me mani&#232;re, semble-t-il, le &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt; prend de la valeur lorsqu'un interpr&#232;te parvient &#224; le citer, lorsqu'un &#339;il r&#233;flexif est capable d'&#233;tablir une nouvelle forme de go&#251;t o&#249; le m&#234;me &lt;i&gt;&#171; anything go&lt;/i&gt; &#187; constitue un dernier mode de distanciation. Cela n'exclut pas le risque que se d&#233;lecter des guillemets soit une forme extr&#234;me de stupidit&#233;, d&#233;j&#224; sans rem&#232;de.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mario Perniola 2006, &#171; Editoriale : Trash o ipocrisia ? &#187;, R&#233;v. Agalma N&#186; 11, pp. 5-6, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mario Perniola 2004, &lt;i&gt;Contro la comunicazione&lt;/i&gt;, Einaudi, Torino.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dieter Lesage 2006, &lt;i&gt;&#171; Populismo e democrazia &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;v. Agalma N&#186; 11, pp. 8-15, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boris Groys 2006, &lt;i&gt;&#171; I corpi di Abu Ghraib &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;v. Agalma n &#176; 11, p. 16-23, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabella Vincentini 2006, &lt;i&gt;&#171; La vergogna, la dignit&#224; e il disonore &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;v. Agalma N&#186; 11, pp. 24-34, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fulvio Carmagnola 2006, &lt;i&gt;&#171; I padri nobili del trash &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;v. Agalma n &#176; 11, pp. 46-57, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Francis Fukuyama 1992, &lt;i&gt;The End of History and the Last Man&lt;/i&gt;, Penguin Books, London.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Baudrillard 2002, &lt;i&gt;L'Esprit du terrorisme&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
George Bataille 1957, &lt;i&gt;L'&#233;rotisme&lt;/i&gt;, Minuit, Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gianni Vattimo 1996, &lt;i&gt;Credere di Credere&lt;/i&gt;, Garzanti, Milano.&lt;br class='autobr' /&gt;
Susan Sontag 1966, &lt;i&gt;Against Interpretation And Other Essays&lt;/i&gt;, Farrar, Straus &amp; Giroux, New York,&lt;br class='autobr' /&gt;
Slavoj Zizek 2004, &lt;i&gt;L'epidemia dell'immaginario&lt;/i&gt;, Meltemi, Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Kuhn 1962, &lt;i&gt;The Structure of Scientific Revolutions&lt;/i&gt;, University of Chicago,&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Feyerabend 1970, &lt;i&gt;Against Method : Outline of an Anarchistic Theory of Knowledge&lt;/i&gt;, in M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : &#034;Poured Painting with painter's smock&#034;, 2015 de Hermann Nitsch, Courtesy Galerie RX &#169; Photo &#201;ric Simon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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