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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>L'arbre comme antidote &#224; la r&#233;p&#233;tition</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Laure Desjardins</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la pr&#233;sence des arbres, tant dans l'art que dans la litt&#233;rature ou le cin&#233;ma, a explos&#233;. L'arbre est devenu le symbole d'une nature maltrait&#233;e et sa condition, le miroir de la n&#244;tre. Compagnons d'infortune, ils subissent de plein fouet les outrances de l'anthropoc&#232;ne, alors que leur ing&#233;niosit&#233;, leur r&#233;silience et leur beaut&#233; sont de profondes sources de connaissance et d'inspiration.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH130/arton2405-1f5b4.jpg?1772245440' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la pr&#233;sence des arbres, tant dans l'art que dans la litt&#233;rature ou le cin&#233;ma, a explos&#233;. L'arbre est devenu le symbole d'une nature maltrait&#233;e et sa condition, le miroir de la n&#244;tre. Compagnons d'infortune, ils subissent de plein fouet les outrances de l'anthropoc&#232;ne, alors que leur ing&#233;niosit&#233;, leur r&#233;silience et leur beaut&#233; sont de profondes sources de connaissance et d'inspiration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant deux jours (jeudi 23 et vendredi 24 novembre 2023), les Conversations sous l'arbre, au Domaine de Chaumont-sur-Loire, ont propos&#233; de participer &#224; une discussion enjou&#233;e &#224; propos &#171; De l'importance des arbres &#187;. L'artiste Eva Jospin, le sp&#233;cialiste de biom&#233;canique des plantes et directeur de recherche &#224; l'INRAE Bruno Moulia, le biologiste et mycologue Francis Martin, ainsi que l'&#233;crivain et commissaire d'exposition Olivier Kaeppelin ont tent&#233; de r&#233;pondre &#224; une interrogation passionnante : les arbres sont-ils plus sages que nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbre surplombe l'humanit&#233; depuis son origine. Si les r&#233;cits mythologiques comme les chansons de geste t&#233;moignent de sa puissance symbolique &#8212; du Jardin des Hesp&#233;rides &#224; l'arbre de la connaissance de la Gen&#232;se, de l'Arbre Monde de la mythologie nordique &#224; celui des Sefirot de la kabbale, de la for&#234;t de Broc&#233;liande au ch&#234;ne de Saint-Louis &#8212;, l'arbre a aussi fourni &#224; l'homme les moyens de sa subsistance et de son d&#233;veloppement. Il a r&#233;gul&#233; son &#233;cosyst&#232;me, servi &#224; le r&#233;chauffer, le prot&#233;ger, l'outiller, le transporter et, don incommensurable, lui a permis non seulement de respirer &#224; son aise mais aussi de diffuser &#224; l'&#233;chelle des continents sa pens&#233;e et ses savoirs. Pourtant sans se soucier d'aucune de ses dettes, ni m&#234;me du moindre remerciement, l'homme moderne a abus&#233; de lui. Il a r&#233;duit drastiquement son territoire engendrant de nombreuses catastrophes environnementales et humaines. Une maltraitance qui a fini par attirer l'attention de tous.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des d&#233;cennies de d&#233;bordements industriels et commerciaux l'ont mis &#224; mal, l'arbre ne cessa pourtant jamais d'habiter l'imaginaire des po&#232;tes et des artistes. Des pommiers en fleurs (1912) de Piet Mondrian, qui initieront un langage plastique pr&#233;curseur de l'art abstrait, &#224; ceux (2020) de David Hockney, qui s'&#233;laborent et se diffusent &#224; l'aide d'une tablette num&#233;rique, les repr&#233;sentations de l'arbre aux XXe et XXIe si&#232;cles r&#233;v&#232;lent autant les croyances et les aspirations d'une &#233;poque que de la relation entretenue par ses contemporains avec la nature, la science et la technique. L'art contemporain a fait de l'arbre un terrain d'expression de la sensibilit&#233; humaine et de la compr&#233;hension du monde. S'il l'a d&#233;laiss&#233; en tant que sujet d'observation purement naturaliste, il l'a investi comme miroir de l'artiste lui-m&#234;me. L'arbre devient alors le mat&#233;riau m&#234;me de l'exp&#233;rimentation artistique. En vue des prochaines Conversations sous l'arbre, au Domaine de Chaumont-sur-Loire, Olivier Kaeppelin a accept&#233; de d&#233;voiler quelques-unes des r&#233;flexions qu'il partagera &#224; propos du th&#232;me de la manifestation : &#171; De l'importance des arbres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ArtsHebdoM&#233;dias.&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;strong&gt;Quand vous entendez le mot &#171; arbre &#187; quelles sont les premi&#232;res images ou premiers souvenirs qui vous viennent &#224; l'esprit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Olivier Kaeppelin.&lt;/strong&gt; &#8211; Je dois avouer que le premier souvenir qui me vient n'est pas en lien direct avec la nature mais avec une repr&#233;sentation de cette derni&#232;re. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, si je pense &#171; nature &#187; ce sont des images de films ou des vers extraits de po&#232;mes que mon esprit convoque. Ainsi, se dresse devant mes yeux l'unique arbre mort de &lt;i&gt;Dodes'kaden&lt;/i&gt; d'Akira Kurozawa ou les arbres &#224; kakis de &lt;i&gt;La Femme des sables&lt;/i&gt;, poignant et philosophique r&#233;cit &#233;crit par Ab&#233; K&#244;b&#244; et magistralement film&#233; par Hiroshi Teshigahara. C'est peut-&#234;tre &#233;trange, mais c'est ainsi. Les images qui me viennent sont magnifiques mais elles soulignent que la vie est une lutte et la mort un passage oblig&#233;. Elles sont du c&#244;t&#233; de l'inqui&#233;tude, comme autant de &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt;. Ceci dit, je n'oublie pas non plus que je suis n&#233; au Br&#233;sil et que j'y ai grandi jusqu'&#224; l'adolescence. A cette &#233;poque, il n'&#233;tait pas question de d&#233;forestation ou de pr&#233;dation des ressources naturelles, telles qu'elles se pr&#233;sentent aujourd'hui. Je me souviens des baobabs &#8211; je ne sais s'ils sont nomm&#233;s ainsi en Am&#233;rique du Sud &#8211;, qui servaient de rep&#232;res dans la for&#234;t. Souvent les autochtones faisaient place nette autour d'eux pour souligner leur puissance et le respect qu'ils leur portaient. L'arbre &#233;tait a minima animalier, quasi personnifi&#233;. A posteriori, je vois dans ces images la puissance de l'arbre et le crime que c'est de ne pas la consid&#233;rer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et du c&#244;t&#233; de l'art, quelques souvenirs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreux &#233;videmment. Par exemple, j'ai toujours trouv&#233; magnifiques les myst&#233;rieuses et magn&#233;tiques for&#234;ts du Douanier Rousseau, dont on ne sait ce qu'elles rec&#232;lent. Beaucoup plus proche de nous, celle de David Claerbout. Une vid&#233;o, que j'ai pr&#233;sent&#233;e &#224; la Biennale de Busan, en 2014, m'a beaucoup impressionn&#233;. Le regard p&#233;n&#233;trait dans une for&#234;t &#224; la beaut&#233; extraordinaire, perc&#233;e selon diff&#233;rents angles par des rais de lumi&#232;re, qui faisaient na&#238;tre un sentiment d'&#233;tranget&#233;. L'&#339;il finissait par comprendre que les ombres &#233;taient fausses, que la for&#234;t &#233;tait une construction num&#233;rique. Puis, l'artiste d&#233;zoomait l'image en quelque sorte et nous apercevions un petit bois de rien du tout au milieu d'un champ cern&#233; par un r&#233;seau autoroutier. La m&#233;moire s'activant, je pense aussi &#224; la premi&#232;re longue &#233;mission que j'ai faite &#224; la demande d'Alain Veinstein pour les Nuits magn&#233;tiques. Il m'avait demand&#233; d'y d&#233;velopper un th&#232;me, j'ai choisi la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;98&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture-decran-2023-11-14-a-16.28_25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH289/capture-decran-2023-11-14-a-16.28_25-2106e.jpg?1705947426' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Travel, 1996-2013
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;(arr&#234;t sur image), HD animation, color, stereo sound, 12 min. &#169;David Claerbout
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous souvenez-vous pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, il me semble que je poursuis une certaine obsession&#8230; J'ai certes un rapport heureux et direct avec la nature, comme certains de mes souvenirs en t&#233;moignent, mais au fond le sujet qui m'habite est celui de la repr&#233;sentation. La for&#234;t que j'avais abord&#233;e, dans cette &#233;mission de cinq fois une demi-heure, &#233;tait symbolique et venait soutenir une pens&#233;e plus large. Pour moi, la culture est plus vivante que la nature. Malgr&#233; le renouvellement des saisons, malgr&#233; les feuillaisons et les floraisons, je vois plus de cr&#233;ativit&#233; et de vitalit&#233; dans la cr&#233;ation assum&#233;e et la culture que dans la nature. Il y a quelques ann&#233;es, j'ai fait une exposition au ch&#226;teau de Biron avec des &#339;uvres appartenant &#224; la Fondation Maeght et c'&#233;tait d&#233;j&#224; le propos. Il y avait le v&#233;g&#233;tal, le min&#233;ral, l'animal et la po&#233;tique. Le propos n'&#233;tait pas affirm&#233; mais souterrain. Ma proposition sugg&#233;rait que la repr&#233;sentation de la nature, les l&#233;gendes, les contes, les r&#234;veries&#8230; qui l'habitent, est plus vivante que la nature elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne craignez-vous pas en affirmant cela de vous attirer les foudres de certains ou, a minima, de d&#233;clencher leur incompr&#233;hension ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la nature est une pens&#233;e de la nature, que la r&#233;alit&#233; n'est qu'un lexique, peu int&#233;ressant, suite de d&#233;signations. Le r&#233;el m'int&#233;resse, c'est-&#224;-dire ce mouvement vivant qui existe entre nous et ce qui nous entoure. La philosophie dirait : entre le sujet et l'objet. Bien entendu que la nature existe en tant que telle mais nous ne la connaissons que par notre interpr&#233;tation. Et c'est bien ce qui a fait le malheur de cette nature car nous avons eu des pens&#233;es totalitaires, des interpr&#233;tations arbitraires, int&#233;ress&#233;es &#233;conomiquement, id&#233;ologiquement, qui ont largement contribu&#233; &#224; sa destruction. Si la nature &#233;tait un &#233;tant donn&#233; magnifique, pourquoi les hommes, s'ils ne l'avaient pas interpr&#233;t&#233;e, l'auraient-ils n&#233;glig&#233;e, attaqu&#233;e, d&#233;truite comme ils le font aujourd'hui ? Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il n'y a pas de nature sans interpr&#233;tation de la nature. Alors peut-&#234;tre qu'&#224; partir du moment o&#249; elle est le lieu o&#249; nous pouvons nous confronter &#224; la vie, &#224; la mort, &#224; la beaut&#233;, au pouvoir, &#224; la puissance&#8230;, un lieu habit&#233; par des symboliques, nourri de l&#233;gendes, peut-&#234;tre pouvons-nous mieux la consid&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/volvent-drome.vue-depuis-la-terrasse-de-la-maison.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH523/volvent-drome.vue-depuis-la-terrasse-de-la-maison-5a1e5.jpg?1705947426' width='500' height='523' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Volvent, paysage de la Dr&#244;me.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Olivier Kaeppelin
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre id&#233;e serait-elle que nous nous devons finalement de r&#233;habiter la nature, la r&#233;investir culturellement pour mieux la comprendre, la respecter et la pr&#233;server ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est pour cela que je m'int&#233;resse beaucoup &#224; des textes comme ceux de Vinciane Despret et de Baptiste Morizot, qui tous deux s'int&#233;ressent &#224; la relation que l'homme entretient avec les vivants, qu'ils soient oiseaux, ours ou lombrics. Je dois dire aussi que la nature existe de mani&#232;re tr&#232;s forte chez moi &#224; travers des auteurs tels qu'Henry David Thoreau, Herman Melville, ou encore Hermann Hesse. Sans oublier Victor Hugo et son regard sur la mer. Je pourrais &#233;voquer l'automne, les promenades &#224; cheval dans les for&#234;ts jurassiennes, etc. Une partie de l'ann&#233;e, j'habite un pays splendide, la Dr&#244;me. Tout pr&#232;s de chez moi, il y a une montagne si belle que parmi les pr&#233;noms de ma fille, il y a son nom : Ang&#232;le. Je pourrai donc vous parler longuement de ses alpages, de ses prairies un peu roussies, aplaties par le vent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement, nous ne sommes pas oblig&#233;s de choisir une attitude et de nous y tenir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, il est possible d'embrasser les arbres sans pour autant cesser de les interpr&#233;ter. Louise Tilleke, par exemple, est une artiste qui peint la nature, en fait le lieu d'apparitions et d'interpr&#233;tations, tout en ayant un rapport direct avec elle, un contact physique qui lui transmet de l'&#233;nergie, affirme-t-elle. Je me souviens notamment d'une vid&#233;o r&#233;alis&#233;e au Fresnoy o&#249; elle appara&#238;t attach&#233;e &#224; un arbre par un fil &#233;lectrique reli&#233; &#224; la terre. Le film se d&#233;ploie comme une parabole, il est aussi un clin d'&#339;il &#224; Nikola Tesla, qui pensait que si on avait suivi ses id&#233;es, il n'y aurait pas eu besoin de vendre l'&#233;lectricit&#233; pour la produire mais que la nature aurait pu seule s'en charger. Cette relation tr&#232;s incarn&#233;e, cette capacit&#233; &#224; s'aboucher avec la nature, existent dans certaines philosophies, pratiques artistiques comme la danse, par exemple. On peut penser aux id&#233;alistes du Monte Verit&#224; sur lesquels Harald Szeeman a beaucoup &#233;crit. Je me souviens aussi avoir expos&#233; des t&#233;moignages de performances r&#233;alis&#233;es par l'artiste surr&#233;aliste H&#233;l&#232;ne Vanel, surnomm&#233;e L'iris des brumes. Des films montrent cette danseuse classique &#233;voluant nue dans la nature. C'&#233;tait &#224; la m&#234;me &#233;poque que les exp&#233;riences au Monte Verit&#224;, dans une atmosph&#232;re li&#233;e &#224; des gens comme Isadora Ducan. Mon exp&#233;rience de la nature est diff&#233;rente, elle passe avant tout par le regard. Quelle que soit la beaut&#233; du coucher de soleil, les rais de lumi&#232;re dans la for&#234;t jurassienne, le d&#233;placement de l'ombre et de la lumi&#232;re sur Ang&#232;le, la nature est toujours pour moi une interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;98&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/es_3077.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH364/es_3077-d4fe2.jpg?1772191582' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Sous la for&#234;ts, les vies, Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2023.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Fabrice Hyber, photo &#201;ric Sander
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbre revient en force aujourd'hui. Il est l'objet de nombreuses attentions, le sujet de multiples repr&#233;sentations. Qu'est-ce que cela vous inspire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que l'arbre est tr&#232;s pr&#233;sent aujourd'hui sur le terrain de l'art. Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; de David Claerbout et de Louise Tillke, nous pourrions &#233;voquer de tr&#232;s nombreux autres artistes qui ont int&#233;gr&#233; dans leur r&#233;flexion picturale des pr&#233;occupations en lien avec la nature. Citons Toni Grand, Damien Cabanes, Philippe Cogn&#233;e, G&#233;rard Garouste, Pascal Convert, Markus Raetz, Andy Goldsworthy&#8230; Et aussi, bien s&#251;r, Fabrice Hyber, qui vit la nature au plus profond de lui. Je le connais depuis longtemps et me souviens de ce qu'il disait de sa jeunesse, de la Vend&#233;e, de sa famille d'agriculteurs. Son &#339;uvre est formidable, car elle n'est pas qu'un jeu formel. C'est une chose v&#233;cue. D'une certaine mani&#232;re, l'arbre est son corps. Hyber s'est beaucoup int&#233;ress&#233; &#224; sa croissance, au rhizome. Il l'a dessin&#233;, l'a transform&#233; en installations, a choisi volontairement le vert pour son Homme de Bessines, vert comme une v&#233;g&#233;tation, corps travers&#233; par l'eau. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale et pour revenir pr&#233;cis&#233;ment &#224; votre question, toutes ces repr&#233;sentations disent beaucoup sur notre soci&#233;t&#233; &#224; bout, exsangue &#224; force de r&#233;p&#233;ter. La culture est une chose dangereuse quand elle n'est faite que de r&#233;p&#233;titions du m&#234;me. Il m'arrive parfois de ressentir une certaine indiff&#233;rence face &#224; des positions esth&#233;tiques qui s'autoproclament nouvelles et ne font en r&#233;alit&#233; que singer le nouveau. La r&#233;p&#233;tition n'a pas de vitalit&#233;, pas de force vive. Pourtant nous vivons dans une soci&#233;t&#233; qui en fait une promotion outranci&#232;re &#224; travers le branding, la communication, le statement&#8230;, &#224; croire que si l'on ne r&#233;p&#232;te pas, rien n'imprime&#8230; Ce que nous apporte l'arbre, la nature, c'est l'exp&#233;rience de tout le contraire, car, malgr&#233; la r&#233;p&#233;tition des saisons, l'arbre se renouvelle en profondeur. Toujours arbre mais diff&#233;rent. Il est une exp&#233;rience sensible qui devient un objet d'interpr&#233;tation traversant tous les cycles de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, quelques mots sur l'exp&#233;rience tr&#232;s singuli&#232;re d'une for&#234;t en plein d&#233;sert ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ai commenc&#233; par vous parler d'arbres morts, c'est probablement que mon interpr&#233;tation convoquait le contraire. Au fond, c'est peut-&#234;tre un sentiment constant chez moi que cette obsession du vivant contre le mort. Je vais donc vous raconter cette exp&#233;rience dans le d&#233;sert de Mongolie-int&#233;rieure, un grand moment pour moi. Dans cette r&#233;gion, les arbres vivent 100 ans, puis ils meurent, restent debout 100 ans de plus avant de se dess&#233;cher au soleil et de se briser au sol. La vision est extraordinaire. C'est l&#224;, dans cet endroit balay&#233; par des &#233;v&#233;nements climatiques extr&#234;mes que Liu Shangying avait d&#233;cid&#233; non seulement de peindre des toiles immenses, mais &#233;galement de les exposer. Nous avons donc dress&#233; les peintures dans cette for&#234;t d'arbres morts. La vie, qui avait quitt&#233; les arbres, inondait les tableaux. C'&#233;tait quelque chose de merveilleux, une exp&#233;rience profonde ressentie par tous les membres de l'&#233;quipe. De ces troncs et branches blanchis tels des os, jaillissait sur les tableaux une incroyable &#233;nergie vitale. La vie ne s'&#233;teint jamais, elle se transmet, elle vagabonde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;176&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_5337.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH397/img_5337-ec813.jpg?1705947426' width='500' height='397' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Liu Shangying peint dans une for&#234;t d'arbres morts en Mongolie-int&#233;rieure.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Image du catalogue de l'exposition dont Olivier Kaeppelin &#233;tait le commissaire. &#169;photo Liu Shangying
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.artshebdomedias.com/article/olivier-kaeppelin-larbre-comme-antidote-a-la-repetition/" class="spip_out"&gt;L'article dans ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture&gt; Ici n&#176;4, Louise Tilleke, 2023, toile expos&#233;e lors de l'exposition Avec la lumi&#232;re (commissaire Olivier Kaeppelin), &#224; la Galerie Guillaume, en juin 2023, &#224; Paris. &#169;Photo MLD&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Suzanne, les fleurs prol&#233;taires et les formes concept-uelles</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Suzanne-les-fleurs-proletaires-et</link>
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		<dc:date>2023-07-02T11:45:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Duchamp</dc:subject>
		<dc:subject>nature</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Karl Blossfeldt, professeur de dessin dans une &#233;cole d'art appliqu&#233; de Berlin, lui c'est dans la Nature, terme r&#233;ducteur car l'Homme s'en exclut abusivement, qu'il va rechercher la Beaut&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH114/arton2311-41582.jpg?1772255856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Karl Blossfeldt, professeur de dessin dans une &#233;cole d'art appliqu&#233; de Berlin, lui, c'est dans la Nature, terme r&#233;ducteur, car l'Homme s'en exclut abusivement, qu'il va rechercher la Beaut&#233;, ce qui n'est pas tr&#232;s original, et l&#224; l'esth&#233;tique de ce qu'il trouve a fortement &#224; voir avec la sym&#233;trie, ce qui n'est toujours pas original, et m&#234;me tr&#232;s franchement r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui l'est &#224; l'inverse, tr&#232;s original, c'est sa m&#233;thode, son syst&#232;me. Blossfeldt a herboris&#233; pendant plus de quarante ans, au cours de ses multiples voyages dans le bassin m&#233;diterran&#233;en et de ses promenades dans la campagne proche de Berlin, et il a herboris&#233; avec un appareil photographique, et non pas en se contentant de coller dans un herbier les v&#233;g&#233;taux collect&#233;s comme cela s'est toujours fait avant lui. Il ne recherche pas des esp&#232;ces de luxe ou exotiques, mais des plantes ou des fleurs &#171; prol&#233;taires &#187;, comme il le dit lui-m&#234;me, ce qui n'est plus du tout r&#233;actionnaire &#231;a. Il proc&#232;de &#224; un examen scrupuleux des v&#233;g&#233;taux, puis il les pr&#233;pare pour la photographie, c'est-&#224;-dire qu'il les s&#232;che, enl&#232;ve les feuilles ou les p&#233;tales qu'il juge surnum&#233;raires, les mod&#232;le, les sculpte, les &#233;tale, puis il les met en sc&#232;ne, avec des minuties de joailler, des d&#233;licatesses d'orf&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui l'int&#233;resse ce sont les formes pures, la g&#233;om&#233;trie de la Nature. Il r&#233;alise des gros plans en noir et blanc qu'il agrandit et il livre les tirages &#224; ses &#233;tudiants pour qu'ils dessinent ou qu'ils s'inspirent dans leurs travaux des volutes, des spirales, des torsades, des &#233;toiles, des ramifications multiples, des calices, en un mot de la &#171; m&#233;canique et des math&#233;matiques &#187; de la Nature. Il leur fournit comme mod&#232;les des outils de tourneur, les rameaux, &#224; forme de forets, de pr&#234;le d'hiver ou de Cassiop&#233;e t&#233;tragone, de menuisier et de charpentier, les feuilles en vrille de la bryone blanche et du giraumont ou celles en herminette du thuya, des b&#226;tons de chefferie, les rameaux du pavier blanc buckeye ou du cornouiller ou de l'&#233;rable jasp&#233;, des sceptres de roi, ceux de l'&#233;pic&#233;a ou de l'&#233;rable &#224; nervures rouss&#226;tres, des crosses d'&#233;v&#234;que, le scolopendre officinale ou la plume d'autruche ou la foug&#232;re ou le capillaire ou le polystic, des feuilles d'or qui ont des gr&#226;ces et des retenues de jeunes filles, plante au compas, dauphinelle-pied-d'alouette, chrysanth&#232;me matricaire, verveine, bec-de-grue, une corne d'abondance d&#233;gorgeant de fleurs, sauge d'argent, clochette, loasa, centaur&#233;e, airelles &#224; corymbes, campanule, an&#233;mone, ancolie, card&#232;re sauvage, cl&#233;matite, et de fruits, cornouiller, cotule, centaur&#233;e odorante, adonis du printemps, souci des jardins, cucubalus bacifer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur donne aussi &#224; ouvrager des rosaces aussi belles et compliqu&#233;es que celles du gothique, parnassie des marais, saxifrage aizoon, langue de chien commune, grande astrance, scabieuse colombaire, ascl&#233;piade, nig&#232;le de Damas, ou &#224; ciseler des r&#233;ceptacles pr&#233;cieux, des d&#233;j&#224; reliquaires de ce qui n'a pas encore donn&#233; naissance, capsules s&#233;minales du pavot, de l'abutilon, de la blumenbachie, des sil&#232;nes coniques et noctiflore. Il veut leur rendre intelligible la g&#233;om&#233;trie complexe des inflorescences et des fructifications et il les invite &#224; fouiller et &#224; d&#233;m&#234;ler les pelotes et les grappes somptueuses des fleurs et des fruits. Tout ceci est d'une beaut&#233; singuli&#232;re, fascinante et inqui&#233;tante &#224; la fois, comme des dentelles de bronze, comme des copaux de cuivre et d'argent, fines ciselures op&#233;r&#233;es par le ciselet de Dieu, qui a pu attirer L&#225;szl&#243; Moholy-Nagy, alors qu'il dirigeait l'atelier de m&#233;tal du Bauhaus, ainsi que tous les architectes-d&#233;corateurs du Jugendstil car une nouvelle source d'inspiration surgissait soudain : la fausse-vraie nature. Tout est v&#233;n&#233;neusement beau l&#224;-dedans car rien n'est vivant, mais tout est fig&#233; dans la semblance du vivant, une illusion de l'atemporalit&#233;. Blossfeldt a tu&#233; et d&#233;pec&#233; la Nature pour en photographier les tron&#231;ons et, sans qu'il en ait eu vraiment conscience, probablement, car il estimait livrer l&#224; les arch&#233;types de la Beaut&#233;, il a esth&#233;tis&#233; la Mort. Il en a donn&#233; une image non seulement possible, non seulement moderne, mais aussi tout &#224; fait d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/karl_blossfeldt_adiantum_pedatum_1928.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH670/karl_blossfeldt_adiantum_pedatum_1928-03019.jpg?1772189602' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Karl Blossfeldt, Adiantum pedatum, 1928
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi Sugimoto, lui, ce n'est pas toujours dans la Nature qu'il va rechercher la Beaut&#233;, mais parfois dans les caves et les collections des universit&#233;s et des mus&#233;es du Japon, et les formes pures qui la caract&#233;risent, cette beaut&#233;, il les trouve dans de ce qu'il appelle les &#171; &lt;i&gt;Conceptual forms&lt;/i&gt; &#187;, les formes conceptuelles, qu'il d&#233;cline en &#171; &lt;i&gt;mathematical forms&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;mechanical forms&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire dans de vieux objets venus d'Allemagne, de Hollande et d'ailleurs, en pl&#226;tre ou en acier, ayant servi de mod&#232;les pour l'enseignement des math&#233;matiques, de la physique et de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets scientifiques, par d&#233;finition, n'ont pas de vocation artistique, mais on peut dire que, de tous temps, il y a eu interp&#233;n&#233;tration des deux champs, Sciences et Art, les unes tirant profit des avanc&#233;es de l'autre et r&#233;ciproquement. Par exemple, la repr&#233;sentation de la perspective s'est nourrie des acquis de la g&#233;om&#233;trie et les planches anatomiques r&#233;alis&#233;es par les artistes ont b&#233;n&#233;fici&#233; aux scientifiques. La science fournit &#224; l'Art des formes pures, soit qu'elle les puise directement dans la Nature, tel le poly&#232;dre de Du&#776;rer qui est en fait un cristal, soit qu'elle lui en tire les &#233;quations fondamentales. Les formes math&#233;matiques, prises de trois-quarts et en contre-plong&#233;e par Sugimoto, sont obtenues par le d&#233;veloppement d'&#233;quations trigonom&#233;triques. Les courbes r&#233;sultantes d&#233;finissent des volumes qui sont saisis dans le pl&#226;tre. Ce sont des formes blanches qui se d&#233;tachent sur un fond totalement noir, et par simple jeu d'ombre et de lumi&#232;re, elles acqui&#232;rent le statut de sculptures : des spirales, des pyramides, des sph&#232;res, qui ont des noms un peu barbares tels h&#233;lico&#239;des, ondulo&#239;des, surfaces de r&#233;volution, &#224; courbure constante positive ou n&#233;gative, avec singularit&#233; ou non. Ce sont des formes le plus souvent parfaitement sym&#233;triques, parfaitement arch&#233;typales et tout &#224; fait intemporelles puisqu'inscrites non seulement dans la Nature, mais &#233;galement dans l'univers, une nature bien plus large que celle &#224; laquelle se r&#233;f&#233;rait Blossfeldt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des m&#233;canismes sombres, o&#249; la pr&#233;sence de l'humain est forte, et qui ne r&#233;pondent pas aux crit&#232;res de beaut&#233; classiques, puisque ce sont des m&#233;canismes, plaque de bois et petites barres de m&#233;tal qui op&#232;rent des transformations math&#233;matiques, et aussi des courbes qui ne d&#233;finissent ni des surfaces ni des volumes, mais qui se d&#233;veloppent dans l'espace &#224; trois dimensions, tige de fer prise entre trois planches, ou bien encore des objets &#233;tranges et compliqu&#233;s, des &#233;pitrocho&#239;des, cercles de m&#233;tal qui roulent les uns sur les autres et qui construisent des courbes, tout cela sculptures de l'intelligence, source de la Beaut&#233; trop souvent ignor&#233;e. L'objet technique, lui aussi, peut &#234;tre beau, surtout quand il n'est pas utile. Personnellement, j'ai toujours &#233;prouv&#233; une sorte de fascination par tout ce qui ne servait &#224; rien, y compris et surtout les savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets m&#233;caniques photographi&#233;s par Sugimoto dans les m&#234;mes conditions que les objets math&#233;matiques ne r&#233;pondent &#224; aucun besoin autre que didactique, et ce sont aussi de tr&#232;s belles formes, mais sans sym&#233;trie aucune. Les vis, les &#233;crous, les manivelles, les tiges filet&#233;es, les roues dent&#233;es, les bielles, les arbres &#224; came, s'assemblent en machines ou en &#233;l&#233;ments de machines destin&#233;es &#224; r&#233;guler le mouvement ou &#224; le d&#233;multiplier, &#224; contr&#244;ler la force, &#224; la soumettre, &#224; la dompter, mais dans un but uniquement d&#233;monstratif. Il y a aussi des formes en verre bizarre, des colonnes remplies de mercure, qui sont des pompes &#224; vide. De la mati&#232;re, l'acier poli ou rugueux, le verre lisse empli de m&#233;tal liquide, davantage que de la forme, &#233;mane une esp&#232;ce de sensualit&#233; brute, voire brutale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;221&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/marcel_duchamp_le_grand_verre_1915-1923.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH778/marcel_duchamp_le_grand_verre_1915-1923-9c2ef.jpg?1772189602' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marcel DUCHAMP, La mari&#233;e mise &#224; nu par ses c&#233;libataires, m&#234;me (Le Grand Verre) 1915-1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Plaques de verre, peinture &#224; l'huile, vernis, feuille et fil de plomb, poussi&#232;res, 277.5 cm &#215; 175.9 cm Philadelphia Museum of Art
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi Sugimoto para&#238;t vouer un v&#233;ritable culte &#224; Marcel Duchamp et il renvoie sa s&#233;rie des &#171; &lt;i&gt;Conceptual forms&lt;/i&gt; &#187; au Grand Verre, ce qui constitue une v&#233;ritable aubaine pour les commissaires d'expositions, les responsables d'institutions, les galeristes. Rien de tel que Marcel Duchamp ou, lorsque l'occasion se pr&#233;sente, Walter Benjamin pour &#233;toffer un discours sur l'&#339;uvre d'un artiste. Tous en usent et souvent en abusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on ne peut nier qu'il y ait ici un principe femelle et un principe m&#226;le, avec entre les deux une sorte de tension violente de l'ordre de la pulsion. Sugimoto se r&#233;clamant lui-m&#234;me de la filiation duchampienne, la rugosit&#233; et l'inutilit&#233; des formes m&#233;caniques ne peut que rappeler les c&#233;libataires sombres qui, pour la post&#233;rit&#233;, mirent &#224; nue la belle mari&#233;e au corps ivoirin, les formes math&#233;matiques. Pourquoi pas ?... En fait, apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion&#8230; Non ! C'est un apparentement trop simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'esth&#233;tique et le rapport au temps, il y a de r&#233;elles diff&#233;rences entre les formes math&#233;matiques et les formes m&#233;caniques, diff&#233;rences qui ont &#224; voir avec la modernit&#233; et le modernisme, avec la science et la technologie. Pour l'expliquer, j'utiliserai l'image de &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; &#224; la fois chez Le Tintoret et chez Picasso. Les formes math&#233;matiques r&#233;sument de fa&#231;on parfaitement involontaire, puisque ce n'&#233;tait pas leur objectif premier, la modernit&#233; sculpturale, modernit&#233; dans le sens que lui a donn&#233; Baudelaire qui pourtant confondait contin&#251;ment modernit&#233; et modernisme et dont la position &#224; l'&#233;gard de l'une ou de l'autre &#233;tait en constante contradiction. Il les d&#233;testait profond&#233;ment, les d&#233;criait, puis se mettait soudain &#224; les adorer. En gros, Baudelaire dit que c'est l'Art qui conf&#232;re &#224; la Beaut&#233;, qui ne devrait &#234;tre qu'&#233;ph&#233;m&#232;re, car tendancielle, son caract&#232;re &#233;ternel&#8230; Enfin ! Si j'ai bien compris, car les textes de Baudelaire ne sont jamais clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les sculptures qui r&#233;sultent du d&#233;veloppement des &#233;quations sont intemporelles, donc &#233;ternelles. L'essence m&#234;me de la Sculpture, de toutes les &#233;poques, est pr&#233;sente dans les formes math&#233;matiques. La jeunesse et la beaut&#233; de Suzanne telles qu'exprim&#233;es par Le Tintoret, et nettement moins bien par Picasso, sont &#233;ternelles, m&#234;me si Le Tintoret introduit dans sa composition un miroir, &#233;l&#233;ment majeur de la Vanit&#233;. La science qui, comme l'Art, est un long continuum, bien que nombre de th&#233;ories scientifiques se trouvent infirm&#233;es avec le temps, mais ce sont des &#233;tapes de la pens&#233;e, est toujours en devenir. La science est intemporelle. C'est une &#233;nergie. Les formes m&#233;caniques renvoient &#224; une technologie d&#233;pass&#233;e et c'est le seul Sugimoto qui leur donne le statut d'&#339;uvres d'Art au travers de ses photographies. Les objets m&#233;caniques sont des vieillards technologiques. Ils sont d'un autre temps. La technologie est la vitrine d'une &#233;poque. L'&#233;poque change et sa technologie dispara&#238;t au profit d'une autre. La technologie, c'est le modernisme &#233;ph&#233;m&#232;re, tel l'&#233;clairage au gaz dans les rues &#224; l'&#233;poque de Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;127&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/jacopo_robusti__called_tintoretto_-_susanna_and_the_elders_-_google_art_project-musee_d_histoire_de_l_art_de_vienne.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/jacopo_robusti__called_tintoretto_-_susanna_and_the_elders_-_google_art_project-musee_d_histoire_de_l_art_de_vienne-b92fb.jpg?1687886782' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Suzanne et les Vieillards, 1557, le Tintoret
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;peinture &#224; l'huile sur toile (147 &#215; 194 cm), Kunsthistorisches Museum de Vienne.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, au fait, qu'est-ce que &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; ? Dans un chapitre apocryphe du Livre de Daniel, dans la Vulgate, on parle d'une jeune fille qui est en train de prendre son bain. Deux vieillards qui passaient par l&#224; s'arr&#234;tent pour contempler sa nudit&#233;. Ils voudront m&#234;me aller bien plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tintoret repr&#233;sente Suzanne, une grasse jeune personne comme on les aimait &#224; l'&#233;poque, sortant de son bain et qui s'essuie les pieds un &#224; un en se contemplant dans un miroir. La sc&#232;ne se passe dans une for&#234;t tr&#232;s arbor&#233;e, ou dans un parc &#224; la v&#233;g&#233;tation luxuriante, plut&#244;t dans un parc parce qu'il y a des statues dans le fond au milieu des arbres, avec plein d'animaux et de fleurs &#224; droite et &#224; gauche. Entre Suzanne et les vieillards, un buisson de roses coup&#233; au carr&#233;, mur difficilement franchissable pour les vieux lubriques qui essayent de le contourner par les deux c&#244;t&#233;s. Suzanne est pensive, comme repli&#233;e sur elle-m&#234;me. Elle admire son image ou bien, elle se dit que les choses, ses gr&#226;ces grasses, ne vont pas rester longtemps en l'&#233;tat. Ses riches v&#234;tements et ses bijoux sont &#233;parpill&#233;s sur la pelouse, mais Suzanne est toute en int&#233;riorit&#233;. Le Tintoret &#233;tait un homme de grande pi&#233;t&#233; qui a pass&#233; sa vie &#224; donner des illustrations des textes sacr&#233;s, parfois sans &#234;tre r&#233;tribu&#233;, comme pour la Scuola Grande di San Rocco &#224; Venise, son &#339;uvre majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Picasso, c'est diff&#233;rent. Suzanne, plantureuse, mais pas grasse du tout, est voluptueusement &#233;tendue sur son lit, les bras crois&#233;s sous sa t&#234;te. Pas question ici de bain purificateur ni de repli chaste sur soi. C'est une v&#233;ritable prostitu&#233;e aux jambes gain&#233;es de bas &#224; rayures qui s'offre au regard des vieillards, un blanc et un noir, qui la contemplent avec concupiscence depuis la petite fen&#234;tre qui donne directement sur sa couche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Picasso &#233;tait un artiste bourgeois, avec les lubies sexuelles de sa classe, qui pissait v&#233;ritablement la peinture et qui a pass&#233; la sienne de vie &#224; gagner plein d'argent. L'image qu'il livre de Suzanne est une image fabriqu&#233;e par un voyeur pour les voyeurs. Elle n'est dot&#233;e d'aucune int&#233;riorit&#233;, comme &#224; peu pr&#232;s toutes les images cr&#233;&#233;es par Picasso. Le Minotaure n'&#233;tait en fait qu'un vieux et pitoyable satyre, et il devait bien le savoir du reste, qui utilisait son ind&#233;niable puissance cr&#233;atrice pour faire croire &#224; sa puissance sexuelle, comme si on lui avait demand&#233; de prouver quelque chose &#224; celui-l&#224;. La Suzanne du Tintoret, vierge en attente peut-&#234;tre de noces mystiques et qui pour ce faire se serait d&#233;lest&#233;e de ses bijoux avant le bain purificateur, est immortelle, tandis que Picasso n'est que le plus sombre et le plus paillard des deux vieillards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Duchamp, avec &lt;i&gt;La mari&#233;e mise &#224; nu par les c&#233;libataires m&#234;me&lt;/i&gt;, avait voulu donner sa propre version de &lt;i&gt;Suzanne et les vieillards&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;La broyeuse de chocolat&lt;/i&gt; repr&#233;senterait alors la pulsion sexuelle, la libido, des &lt;i&gt;Neuf moules M&#226;lic&lt;/i&gt;, les c&#233;libataires ? On peut dire que &lt;i&gt;La Mari&#233;e&lt;/i&gt; de Duchamp a fait causer et &#231;a continue. Une aubaine pour les commissaires d'exposition, les directeurs d'institutions, les galeristes. Il y a peu, je ne sais plus o&#249; ni qui, mais peu importe, il y en a encore qui disaient Bon ! S'ils ont mise nue la mari&#233;e, les c&#233;libataires qu'est-ce qu'ils vont faire avec la broyeuse de chocolat ?... Ben&#8230; Se remplir les moules, &#233;videmment, qui se d&#233;chargeront ensuite dans ou sur la mari&#233;e. Donc, pour ses propres images, Sugimoto avait dans l'esprit l'image de Duchamp qui s'&#233;tait peut-&#234;tre inspir&#233; de l'image du Tintoret. Illusion d'une illusion, d'une illusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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