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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>&#171; Prometheus Delivered &#187; ?</title>
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		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


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		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La Connaissance est une dynamique qui devrait conduire l'Homme &#224; se hisser au niveau des dieux et les dieux, bien s&#251;r, ils veulent &#224; tout prix &#233;viter &#231;a&#8230; enfin tous sauf un, Prom&#233;th&#233;e !&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2554-d2658.jpg?1772202174' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Connaissance est une dynamique qui devrait conduire l'Homme &#224; se hisser au niveau des dieux et les dieux, bien s&#251;r, ils veulent &#224; tout prix &#233;viter &#231;a&#8230; enfin tous sauf un, Prom&#233;th&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Zeus, le nouveau dieu supr&#234;me n'aime pas les hommes. &lt;i&gt;&#171; &#8230; il ne fit aucun compte des malheureux mortels &#187;&lt;/i&gt;, fait d&#233;plorer Eschyle &#224; Prom&#233;th&#233;e alors que celui-ci est d&#233;j&#224; clou&#233; sur son rocher, &lt;i&gt;&#171; il voulait en faire dispara&#238;tre la race tout enti&#232;re pour en faire na&#238;tre une nouvelle &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, in &#171; Eschyle Th&#233;&#226;tre complet &#187;, traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e bien qu'immortel est dot&#233; d'un c&#339;ur tout empli d'une extr&#234;me compassion, et de fait le ch&#339;ur des filles d'Oc&#233;an, ses cousines et belles-s&#339;urs, le dit et le r&#233;p&#232;te, Prom&#233;th&#233;e est devenu &lt;i&gt;&#171; l'ennemi de Zeus, parce qu'il a trop aim&#233; les hommes &#187;&lt;/i&gt; ... L'angoisse de mort ressentie par les Hommes, les mortels, le peine et le pousse &#224; agir. (Et Prom&#233;th&#233;e d'ajouter :) &lt;i&gt;&#171; J'ai mis fin aux terreurs que la vue de la mort cause aux mortels&#8230; J'ai log&#233; en eux d'aveugles esp&#233;rances&#8230; J'ai fait plus encore je leur ai donn&#233; le feu&#8230; ils apprendront de lui beaucoup d'arts... &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le feu est le supr&#234;me privil&#232;ge des dieux... Le feu, c'est la pomme du jardin d'&#201;den, la source de la Connaissance, celle d'absolument tous les savoirs, de tous les arts pour un Grec de ce temps-l&#224;, c'est-&#224;-dire de celui d'Eschyle, et de bien avant lui, du temps d'H&#233;siode, l'a&#232;de auquel les muses gracieuses de l'H&#233;licon ont appris le chant merveilleux et qui le premier contera cette histoire et plus encore si on veut le fouiller soigneusement. G&#233;n&#233;alogie d'immortels et chronologie d'&#233;v&#232;nements bizarres, voil&#224; son obsession &#224; H&#233;siode, un obs&#233;d&#233; du temps au c&#339;ur m&#234;me de l'intemporalit&#233; puisqu'il parle essentiellement des immortels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;ogonie, traduction Jean-Louis Back&#232;s, Gallimard, 2001.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (On y reviendra sans doute). Et Prom&#233;th&#233;e fait cette sublime d&#233;claration : &lt;i&gt;&#171; &#192; parler franc, je hais tous les dieux, qui, oblig&#233;s par moi, m'en payent par un traitement inique &#187;.&lt;/i&gt; (Il avait aid&#233; &#224; l'av&#232;nement de la nouvelle g&#233;n&#233;ration de dieux et ne s'&#233;tait pas ralli&#233; au soul&#232;vement des Titans, bien que Titan lui-m&#234;me. On y reviendra sans doute).&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Ce que je retire, moi, de la cosmogonie grecque &#8212; des g&#233;n&#233;rations de divinit&#233;s, pour une partie davantage principes que divinit&#233;s &#8212; et de la mythologie qui s'ensuivit, celle d'H&#233;siode relay&#233;e ou non par le th&#233;&#226;tre canonique de la Gr&#232;ce, c'est que l'harmonie, ici l'union resserr&#233;e de la Terre et du Ciel (l'abominable histoire de Gaia, d'Ouranos et de Kronos), ne peut jamais s'&#233;tablir durablement car la tyrannie et le crime se tiennent toujours &#224; l'affut. Ce sont, elle et lui, les vecteurs du d&#233;sordre. On en restera l&#224; pour l'enseignement d'H&#233;siode&#8230; enfin pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou peut-&#234;tre pas, enfin pas directement car il y a ce bizarre prolongement de l'histoire de Prom&#233;th&#233;e, celui encha&#238;n&#233; sur son rocher caucasien et dont le foie demeure en permanence d&#233;chir&#233; par le &#171; chien ail&#233; &#187; de Zeus, une effrayante dystopie crach&#233;e &#224; notre face dans une ruine industrielle extravagante comme le Capital ne cesse d'en fabriquer, d&#233;placement de pions sur l'&#233;chiquier global, travailleurs contre travailleurs, abject g&#226;chis de savoir-faire, d'&#233;nergies et de vies.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/prometheus-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH647/prometheus-2-9981c.jpg?1772189657' width='500' height='647' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur une palette de chantier est install&#233;e une grande statue de marbre baroqueusement tourment&#233;e et comme oxyd&#233;e, une r&#233;plique du chef-d'&#339;uvre d'un sculpteur presque oubli&#233; du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, Nicolas S&#233;bastien Adam, Prom&#233;th&#233;e hurlant et se tortillant de douleur sous les coups de bec et de griffes de l'aigle divinement mis en rage, furieux battements d'ailes, un liquide marron-jaune et gluant rongeant son corps d'&#233;ph&#232;be tel un sang empoisonn&#233; d&#233;goulinant de ses blessures multiples, avec fracas des lourdes cha&#238;nes enserrant les poignets et les chevilles, volutes de flammes s'&#233;chappant d'une torch&#232;re renvers&#233;e, quasi envol de l'ample voile qui couvrait partiellement sa nudit&#233;. D&#233;ferlement de bruit silencieux, tensions et torsions, un Baroque tardif enti&#232;rement habit&#233; par l'esprit de Bernini. &lt;i&gt;&#171; Prometheus Delivered &#187;&lt;/i&gt; nous dit-on, mais pas tant que cela et m&#234;me pas du tout, pas d'H&#233;racl&#232;s en vue, pas de d&#233;livrance &#224; esp&#233;rer, puisqu'&#233;troitement pris dans un r&#233;seau dense de fins tuyaux, tels Laocoon et ses fils &#233;trangl&#233;s par des n&#339;uds de serpents caoutchouteux, tuyaux qui injectent dans ses chairs marmor&#233;ennes un jus de bact&#233;ries lithophages. Perfusion assassine, comme si Zeus, lass&#233; de l'acharnement vain de son &#171; chien ail&#233; &#187;, avait d&#233;cid&#233; de se d&#233;barrasser une fois pour toute de ce trublion de Prom&#233;th&#233;e, mais avec une lenteur de bourreau chinois, en annihilant jusqu'&#224; son image, en la br&#251;lant &#224; petit feu cette image, en la r&#233;duisant en poudre, en l'atomisant et en la liqu&#233;fiant, en la transformant en une boue pierreuse grouillante de bact&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est plus compliqu&#233; que cela, beaucoup plus. Les tuyaux sont reli&#233;s &#224; toute une machinerie &#233;lectronique avec plein de petits voyants lumineux qui clignotent ainsi qu'&#224; d'&#233;normes alambics de verre, dont certains bizarrement orn&#233;s de sorte de tentacules de pieuvre g&#233;ante faites en la m&#234;me mati&#232;re, dans lesquels bouillonnent des substances rouge&#226;tres ou verd&#226;tres, selon les cas, le laboratoire d'une alchimie tr&#232;s technologis&#233;e, le cabinet d'une sorcellerie transhumaniste informatis&#233;e, install&#233; ici dans la halle gigantesque et glac&#233;e de la ruine industrielle extravagante fabriqu&#233;e par le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plein de circulations de liquides troubles dans les m&#234;mes minces tuyaux zigzaguant cette fois-ci sur le sol, parmi un enchev&#234;trement de c&#226;blages &#233;lectriques, toujours des serpents, des &#233;changes de substances indicibles entre les alambiques, les verreries de montage r&#233;actionnel et volum&#233;triques, install&#233;s sur des paillasses carrel&#233;es de c&#233;ramique blanche, parmi tout un encombrement de tubes &#224; essai et de culture, ou des tr&#233;pieds d'acier. Parfois baignent des masses vaguement organiques dans des fioles jaug&#233;es ou de tr&#232;s gros ballons &#224; fond plat sur&#233;quip&#233;s d'ampoules &#224; d&#233;canter, de tubes coud&#233;s etc., tout le dispositif ultrasophistiqu&#233; d'une monstrueuse cuisine faustienne con&#231;ue pour mitonner un inconcevable homuncule, &#234;tre inimaginable m&#234;me pour H&#233;siode et Hildegarde von Bingen pourtant familiers des &#171; cr&#233;atures &#187; de mythe et d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/prometheus-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/prometheus-3-91794.jpg?1772189657' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici et l&#224;, sont install&#233;s quelques armoires vitrines pr&#233;sentant des cahiers aux pages couvertes de myst&#233;rieux sch&#233;mas biophysiques et d'&#233;quations ind&#233;chiffrables, ainsi que des maquettes un peu effrayantes de mol&#233;cules compliqu&#233;es, et de produits interm&#233;diaires issus des tests pratiqu&#233;s, ou bien encore de r&#233;sidus d'exp&#233;riences avort&#233;es, les f&#339;tus de la science en quelque sorte. Sur des panneaux sont tendues de larges toiles peintes sans v&#233;ritable soin comme les affiches d'un vieux film de s&#233;rie B, ou la couverture un rien racoleuse d'une bande dessin&#233;e de science-fiction, au titre d&#233;goulinant : &#171; Prometheus delivered &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif poursuivi, tout &#224; fait noble en soi, m&#234;me si hallucinant, est de reconstituer durablement le foie de Prom&#233;th&#233;e &#224; partir de cellules h&#233;patiques humaines auxquelles sont fournies comme nutriment les susdites bact&#233;ries lithophages, donc une forme presque classique d'immunisation, une phagocytose, mais qui toutefois devrait s'av&#233;rer absolument inop&#233;rante pour pr&#233;munir Prom&#233;th&#233;e des tourments que lui inflige l'aigle, &#224; moins&#8230;&#224; moins que celui-ci ne se casse le bec sur le foie possiblement durci par les bact&#233;ries mangeuses de marbre. Enfin, le surplus, car il y en a un, des cellules g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es ou augment&#233;es, cela va sans dire, est ferment&#233; et distill&#233; pour faire de l'alcool &#224; consommer sur place, &#231;a pourrait &#234;tre propos&#233;, ou &#224; emporter, &#231;a pourrait &#234;tre propos&#233; aussi, dans de fines bouteilles de couleur parfaitement aptes &#224; la commercialisation. &lt;i&gt;&#171; Rien ne se perd&#8230;tout se transforme &#187;&lt;/i&gt;, comme on a fait dire &#224; Lavoisier mais ici en abr&#233;g&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Rien ne se perd, rien ne se cr&#233;e, tout se transforme. &#187;&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Imaginez-vous l'&#233;tiquette du produit : &lt;i&gt;&#171; Prometheus delivered. La v&#233;ritable Fine de foie humain &#187;&lt;/i&gt;. Car ce dont il est question dans toute cette affaire c'est bien d'ANTHROPOPHAGIE en tant que destin r&#233;gressif possible, et sans doute in&#233;luctable, en raison de l'inflation d&#233;mographique et de l'amenuisement des ressources alimentaires, l'une &#233;tant proportionnellement l'inverse des autres, destin r&#233;gressif, dis-je, de l'Humanit&#233; dans la phase pr&#233;-apocalyptique qu'elle a d&#233;j&#224; amplement engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Feuerstein qui se pr&#233;sente lui-m&#234;me comme un &lt;i&gt;&#171; bio-artiste int&#233;ress&#233; par le processus, la transformation et la transmutation &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de Thomas Feuerstein &#224; l'occasion de la biennale de Lyon 2019.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui d&#233;finit son travail comme un jeu sur diff&#233;rents niveaux de langages, s&#233;miotique, mol&#233;culaire, m&#233;diatique, a &#233;crit un beau texte de fiction sp&#233;culative sur ce devenir tragique de l'humanit&#233;, texte qu'il donne &#224; lire dans la p&#233;nombre d'un petit cabinet attenant &#224; son laboratoire-distillerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je pense, moi, et s&#251;rement le pense-t-il aussi, c'est que depuis l'instant m&#234;me de leur apparition les Hommes n'ont jamais cess&#233; de s'entred&#233;vorer et que la ruine industrielle extravagante au sein de laquelle l'&#339;uvre est pr&#233;sent&#233;e fut l'abominable th&#233;&#226;tre de la perp&#233;tuation de la violence cannibalique primitive. Mais tous les bavards du monde de l'Art, ceux qui ont des &lt;i&gt;&#171; mises en abyme &#187;&lt;/i&gt; plein la bouche, les logophores comme je les appelle, veulent discerner dans cette &#339;uvre un message hautement optimiste, une illustration de la volont&#233; humaine de d&#233;passer sa condition, de vivre absolument quelles qu'en soient les contreparties exig&#233;es et, s'il faut en arriver l&#224;, de rena&#238;tre quoi qu'il en co&#251;te. Tous des Faust en impuissance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux, puisqu'on lui redonne un foie tout neuf, puisque l'artiste se substitue &#224; Zeus, il y a bien d&#233;livrance de Prom&#233;th&#233;e, d'ailleurs &#171; Liverty &#187; a inscrit ironiquement Feuerstein sur ses tableaux-affiches, alors que le supplice impose d&#233;j&#224; que ce foie se reconstitue de lui-m&#234;me quotidiennement. Ironie encore dans l'emploi de &lt;i&gt;&#171; delivered &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeu de mot sur la base de &#171; Liberty &#187; et de &#171; Liver &#187; (foie). Dans &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout est une question de foie. Peu importe le rocher, les cha&#238;nes et la persistance du d&#233;chirement. Omission totale de la proposition anthropophage car ceci ne rentre pas dans leurs sch&#233;mas &#224; eux qui se croient &#234;tre les porte-paroles, voire les jurisconsultes, de la culture et du go&#251;t parfait. Anthropophagie et bon go&#251;t ne vont pas bien ensemble. En fait, tout ce verbiage n'a strictement aucun sens ! D&#233;cid&#233;ment, entre eux, les logophores, et moi il y a plus qu'un monde !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/prometheus-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/prometheus-4-3955b.jpg?1729619927' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eschyle, Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;, in &#171; Eschyle Th&#233;&#226;tre complet &#187;, traduction &#201;mile Chambry (Garnier Fr&#232;res, 1964).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#233;ogonie, traduction Jean-Louis Back&#232;s, Gallimard, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Rien ne se perd, rien ne se cr&#233;e, tout se transforme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de Thomas Feuerstein &#224; l'occasion de la biennale de Lyon 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeu de mot sur la base de &#171; Liberty &#187; et de &#171; Liver &#187; (foie). Dans &#171; Delivered &#187;, d&#233;livrer et aussi livrer, il y a &#233;galement &#171; Liver &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extraits du &#171; Th&#233;&#226;tre de Dieu &#187; et de &#171; Physique, Astrophysique, M&#233;taphysique &#187; in &#171; Autour de la Cosmogonie/Cosmologie d'Hildegarde von Bingen &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faire des dieux &#8212; XI</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton2255-a6966.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est arr&#234;t&#233;e avant que l'expos&#233; ne parvienne &#224; la fin qui &#233;tait pr&#233;vue et c'est en quelque sorte une chance, car les quelques remarques manquantes au sujet de projet de Burroughs, qui va de l'usage du cut-up &#224; la possibilit&#233; d'une litt&#233;rature non affid&#233;e &#224; la conscience c'est-&#224;-dire &#224; la langue comme virus ou &#224; la dimension virale de la langue, constituent, et ce n'est pas un paradoxe gratuit, une excellent introduction &#224; une lecture des &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous avons affaire &#224; quatre textes qu'on divise en deux groupes, les trois premiers &#233;vangiles dit synoptiques qui relatent et donc fondent ce que l'on sait ou croit savoir sur la vie du Christ, ceux de Marc, Matthieu et Luc donc tous &#233;crits avant la fin du premier si&#232;cle, et l'&#233;vangile de Jean, &#233;crit apr&#232;s les trois premiers entre 90 et 110 et publi&#233; au d&#233;but donc du IIe si&#232;cle, qui lui est un &#233;vangile d'un tout autre style que l'on pourrait nomm&#233; synth&#233;tique et qui est en fait th&#233;ologique au sens o&#249; il est &#233;crit certes &#224; partir et en fonction et d'ailleurs en &#171; modifiant &#187; ou en insistant sur un certains nombre d'&#233;l&#233;ments de la vie du Christ, mais en vue d'&#233;tablir les &#233;l&#233;ments majeurs de ce qui servira de base au dogme chr&#233;tien et en particulier la doctrine trinitaire.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/814057957?h=c20e27dfef&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux_11.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre ouvrages, mais celui de Jean plus que les autres sont aussi des textes qui utilisent de mani&#232;re intensive des citations provenant de quelques textes de l'ancien testament, citations qui toutes ont pour fonction de montrer que l'annonce de la venue d'un messie &#233;tait contenue dans les &#233;crits sacr&#233;s de la Thora et donc de l'ancien testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas forcer le trait que de dire en particulier pour Jean, et on le verra par la suite chez des auteurs comme Orig&#232;ne (n&#233; &#224; Alexandrie vers 185 et mort &#224; Tyr en 253) qui est le fondateur de l'ex&#233;g&#232;se biblique, que l'&#233;criture des &#233;vangiles prend appui sur une pratique &#171; citationnelle &#187; qui souvent prend la forme d'une inclusion de ces &#233;l&#233;ments dans le corps du texte nouveau et donc constitue d&#233;j&#224; une pratique qui se rapproche de celle du &#171; cut-up &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire XI va donc se d&#233;ployer en trois moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une reprise du s&#233;minaire pr&#233;c&#233;dent l&#224; o&#249; il a &#233;t&#233; interrompu et une pr&#233;sentation du projet litt&#233;raire de Burroughs &#224; partir de la pratique du cut-up, projet litt&#233;raire qui vise &#224; &#233;crire des ouvrages qui vont tenter d'&#233;chapper au diktat de la conscience impuissante &#224; d&#233;cider et &#224; agir et au formatage ou &#224; la soumission de celle-ci &#224; des voix du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une synth&#232;se absolument n&#233;cessaire des acquis de l'ensemble des s&#233;ances pass&#233;e &#224; partir de la mise en relations des p&#244;les extr&#234;mes de l'extase et de l'addiction qui permettra de dresser un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du dis-fonctionnement de la conscience &#224; partir d'une prise en compte de la dimension bicam&#233;rale qui est rest&#233;e active de mani&#232;re &#224; la fois visible, manifeste, &#233;vidente, m&#234;me mais non interpr&#233;t&#233;e comme telle durant les trois ou quatre derniers mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une introduction &#224; une lecture renouvel&#233;e des &#233;vangiles &#224; partir de ces acquis. Cette lecture peut &#234;tre dite renouvel&#233;e en ceci qu'elle permettra de montrer comment fonctionnent les &#233;vangiles, &#224; savoir comme des textes largement port&#233;s par un moment intense de compr&#233;hension explicite &#224; travers la figure du Christ de la nouvelle formulation de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e dans sa relation avec l'action. Une telle approche ou une telle lecture a pour but de montrer comment fonctionne l'esprit bicam&#233;ral apr&#232;s l'&#233;poque de son remplacement par l'instance historique qu'on nomme ici conscience. on commentera pour commencer un passage de l'Evangile de Jean, le chapitre XV.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_burroughs-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/4_burroughs-2-f9396.jpg?1680454421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'invention et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se souvenir que la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est termin&#233;e sur la lecture d'un texte de Kluge, qu'il faut donc lire &#224; nouveau maintenant. Il est extrait du volume II de &lt;i&gt;Chronique des sentiments&lt;/i&gt;, livre sous titr&#233; &lt;i&gt;Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt; aux pages 212-213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. (montr&#233; actuellement dans une galerie parisienne S&#233;miose rue Quincampoix). Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, ou plus exactement au fait que nous soyons d&#233;pendant de la langue pour exister. Cette d&#233;pendance est amplifi&#233;e au point de transformer la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable par l'existence des mass media et cela d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque de Burroughs. &#192; la n&#244;tre, ce sont les r&#233;seaux et la structure d'internet, mais la question est la m&#234;me celle de prendre la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci. Nous savons qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour nous aider &#224; nous orienter dans l'existence, mais nous ne pouvons nous passer d'eux. Il reste difficile cependant de concevoir que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes que nous sommes et qu'ils ne sont en en rien porteurs d'un nouvel &#233;vangile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir les hommes &#224; les rendre chacun jour plus d&#233;pendants de cette drogue qu'est la parole, une parole r&#233;duite &#224; la transmission d'informations au demeurant fausses. Et cela a lieu de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus, puisque l'h&#244;te de ce virus, les hommes que nous sommes, ne peuvent concevoir leur existence sans l'usage de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui doivent beaucoup, comme on l'a compris, &#224; son long s&#233;jour dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait, pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &#171; Les quatre cavaliers de l'apocalypse &#187;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;i&gt;&#171; &#233;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont&lt;/i&gt; Le festin nu, &lt;i&gt;un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b-Fonctions du cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up. &lt;i&gt;&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. De fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient : &lt;i&gt;&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; La meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoin des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation et comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Impossible de ne pas se rem&#233;morer ce que disait Martin Buber sur l'extase, l'impossibilit&#233; de ne pas en parler et le fait que le mieux pourtant est ou serait de parvenir &#224; NE PAS le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up, &#224; l'&#233;gal de l'extase, est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc, de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part, vis-&#224;-vis de la langue. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, en ce qu'il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons, de nouvelles formules, de nouvelles images qui pourront en s'infiltrant dans nos esprits, nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est une guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien avouer que sa position &#233;tait pour le moins &#171; visionnaire &#187;. Mais, en effet, seul un homme qui a compris dans son corps m&#234;me, le fonctionnement de la marchandise et donc du march&#233;, peut envisager que l'addiction g&#233;n&#233;rale dans laquelle l'humanit&#233; est maintenue depuis si longtemps ne pourra pas &#234;tre soign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que la drogue peut produire, mais &#224; des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants. Ou encore &#224; ce qu'&#233;crivait Hugo Ball l'un des fondateurs du mouvement DADA de Zurich dans le journal, publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, qu'il a tenu durant ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on lire &#224; la date du 12 juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce que nous appelons Dada est une bouffonnerie issue du n&#233;ant et toutes les grandes questions y entrent en jeu ; un geste de gladiateur ; un jeu avec de mis&#233;rables r&#233;sidus ; une mise &#224; mort de la moralit&#233; et de l'abondance qui ne sont que postures. [...] Le dada&#239;ste sait que le monde des syst&#232;mes s'est disloqu&#233; et que l'&#233;poque, qui exige que tout soit pay&#233; comptant, a inaugur&#233; la grande braderie des philosophies priv&#233;es de Dieu. L&#224; o&#249; commencent l'effroi et la mauvaise conscience du boutiquier, commencent pour le dada&#239;ste le grand rire et une indulgence apaisante &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce qui nous caract&#233;rise, c'est l'image, nous saisissons par l'image. Quoiqu'il en soit &#8211; c'est la nuit- et entre nos mains nous ne tenons qu'une copie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mot et l'image ne font qu'un. Le peintre et le po&#232;te sont indissociables. Le Christ est image et verbe. Le verbe et l'image sont crucifi&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore le 18 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Nous avons maintenant fait tellement &#233;voluer la plasticit&#233; du mot qu'il sera difficile d'aller encore plus loin. Nous avons obtenu ce r&#233;sultat au prix de l'abandon de la construction logique et rationnelle de la phrase et, par cons&#233;quent, nous avons aussi renonc&#233; &#224; une &#339;uvre documentaire (uniquement envisageable par un regroupement de phrases respectant l'organisation logique de la syntaxe, ce qui prend du temps). [&#8230;] Nous avons charg&#233; le mot de forces et d'&#233;nergies qui nous ont fait red&#233;couvrir le sens &#233;vang&#233;lique du &#171; verbe &#187; (logos), qui est une image magique complexe. [&#8230;] Nous avons essay&#233; de donner au vocable isol&#233; la pl&#233;nitude d'une conjuration, l'incandescence d'un astre. Et curieux : le vocable, investi de magie, a invoqu&#233; et engendr&#233; une phrase nouvelle qui n'est plus conditionn&#233;e ni li&#233;e par aucun sens conventionnel. Sugg&#233;rant mille id&#233;es &#224; la fois, sans les nommer, cette phrase a fait r&#233;sonner la nature irrationnelle originellement ludique, mais refoul&#233;e, de l'auditeur&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Ball identifie des forces &#224; l'&#339;uvre hors de la langue qui peuvent se regrouper sous le seul nom de magie. 28 f&#233;vrier 1917 : &lt;i&gt;&#171; L'ultime cons&#233;quence de l'individualisme, c'est la magie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Avril : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique est un processus de conjuration dont l'effet est la magie &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d- En quoi consiste la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs : &lt;i&gt;&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. Pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demand&#233; quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses.&lt;/i&gt; (p. 139) &#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &lt;i&gt;&#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;&lt;/i&gt; (p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;i&gt;&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fait soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [&#8230;] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso.&lt;/i&gt; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &lt;i&gt;&#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde de la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;&lt;/i&gt; (p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &lt;i&gt;&#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187;&lt;/i&gt; ceci : &lt;i&gt;&#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up. &#187;&lt;/i&gt; (p. 141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi tenter de mieux comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187; sur certaines d&#233;couvertes neurologiques et cela dans la mesure o&#249; il &#233;tait capable de voyager dans la psych&#233; humaine comme rarement &#233;crivain le fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant pour la perception, lui offrant un cadre et la possibilit&#233; de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre l'&#233;criture et le fait de faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite accept&#233;, m&#234;me sans savoir le nommer. Le cut-up, et l'&#233;criture comme li&#233;e &#224; la magie permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;. Mais avec une lus grande puissance encore que celle du concept d'effectuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu. Mais la forme de continu que promeut la conscience n'est pas celle qui a cours dans le monde de l'extase et des exp&#233;riences directes du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc. auxquelles se livrent les artistes post-historique, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &lt;i&gt;&#171; Et le soi-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience, &#224; des degr&#233;s et des niveaux de r&#233;alit&#233;, &#224; des degr&#233;s et des nivaux de perception, comme on a pu le voir avec Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse que la conscience a &#233;lev&#233;e au moyen d'une conception biais&#233;e &#224; la raison et d'une conception ferm&#233;e de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi, il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation trans-temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;i&gt;&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ai raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC, de l'Am&#233;rique et de maman etc... &#187;&lt;/i&gt; (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [&#8230;] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'une punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [&#8230;] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste....&lt;/i&gt; (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;mas de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est donc bien la magie qui alors va entrer en jeu et en action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;f- Puissance de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;, p. 145) Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429) On verra tout &#224; l'heure comment ces phrases font &#233;cho &#224; certaines positions de J&#233;sus dans les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates, et non pas les lisser dans une formule continue. Il les rapproche jusqu'&#224; '&#233;tincelle. L'essai intitul&#233; &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 424-435) est l'un de ceux qui permettent d'approcher ce en quoi &#171; croit &#187; Burroughs, c'est-&#224;-dire comment il est possible de penser dans un cadre non uniquement rationnel et raisonnable au sens dit plus haut de ceux qui veulent &#224; tout prix avoir raison, mais magique et n&#233;anmoins ratio&#239;de. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 431-432-433-434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &lt;i&gt;&#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [&#8230;] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir [&#8230;] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marquer la bande, jouer plusieurs piste &#224; la fois, couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, en vue de faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible et pensable de lui &#233;chapper, non pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. parlant des artistes il remarque qu'ils &lt;i&gt;&#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existantes. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes de conscience. [&#8230;] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion de la Partie I&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme d'un voyage c'est-&#224;-dire au commencement d'un autre, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter, par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction &#224; la mise en &#339;uvre d'un exemple d'interpr&#233;tation &#224; travers une relecture des &#233;vangiles &#224; partir de la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer. On s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous permet la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, en particulier ces quelques lignes par lequelles Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant il importe de tenter une synth&#232;se des acquis de ces dix s&#233;minaires. Ces acquis sont en fait des &#233;l&#233;ments permettant de dessiner une nouvelle carte non pas du psychisme en tant que tel mais des relations entre forces actives dans la psych&#233; et forces actives dans la soi-disant r&#233;alit&#233;. L'&#233;criture du silence, l'abolition du temps, l'indiff&#233;rence au temps seront des &#233;l&#233;ments essentiels pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH180/1_lotto-a906e.jpg?1680454421' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;gom&#232;nes &#224; une lecture bicam&#233;rale des &#233;vangiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux volets &#224; une approche bicam&#233;rale, l'un qui conduit &#224; des propositions telles que celles faites pr&#233;c&#233;demment qui sont des tentatives de synth&#232;se de ce qui peut &#233;merger de ce l'on pourrait appeler une m&#233;thode herm&#233;neutique bicam&#233;rale. Une telle approche plut&#244;t que m&#233;thode consiste &#224; proposer des interpr&#233;tations de textes ou autres types d'&#339;uvres ou de pratiques ou d'exp&#233;riences en y rep&#233;rant comment s'inscrivent dans ces &#339;uvres et fonctionnent des &#233;l&#233;ments ou aspects qui rel&#232;vent de pr&#232;s ou de loin de la dimension bicam&#233;rale du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce projet intitul&#233; &#171; faire des dieux &#187; va consister, en avan&#231;ant d&#233;sormais en marchant sur deux pieds, &#224; inventer les &#233;l&#233;ments avec lesquels on peut construire une trame imaginale &#224; tendance philosophique permettant de passer &#224; l'acte, c'est-&#224;-dire de faire des dieux au sens de Burroughs par exemple quand il dit &lt;i&gt;&#171; le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses &#187;&lt;/i&gt;. Parmi ces &#233;l&#233;ments, il y a ceux que l'on peut rep&#233;rer et r&#233;v&#233;ler par l'analyse de textes y compris de textes aussi fondamentaux que le sont les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il s'agit de tenter de comprendre comment certains textes, certaines &#339;uvres, certaines exp&#233;riences on en effet fait arriver des choses. On renverra ici &#224; l'exemple c&#233;l&#232;bre de l'analyse par Kleist de la fable de La Fontaine &#171; Les animaux malade de la peste &#187; dans le court texte intitul&#233; &#171; Comment les pens&#233;es viennent en parlant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix des &#233;vangiles comme prochain corpus d'analyse va permettre de faire plusieurs choses &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;tudier des textes qui constituent, au sens strict, le lieu de l'invention d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chercher &#224; voir comment ce nouveau dieu est travers&#233; de dimensions bicam&#233;rales et comment de nouvelles dimensions s'inventent &#224; partir et avec de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Analyser comment une telle invention va &#234;tre transform&#233;e aussit&#244;t apr&#232;s avoir &#233;t&#233; faite et chercher &#224; comprendre et pourquoi et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Approcher ainsi la mani&#232;re dont aujourd'hui encore et ce d'autant plus que nous vivons dans l'orbe de ce dieu, et cela ind&#233;pendamment de nos croyances, nous continuons &#224; la fois de fermer la porte en nous &#224; l'invention et n&#233;anmoins d'inventer et en particulier &#224; partir et dans ce registre particulier que nous nommons l'invention de dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ces dieux n'ont &#224; la fois rien de commun avec les dieux grecs ou le dieu chr&#233;tien et pourtant tout &#224; voir avec ce que nous pouvons d&#233;couvrir en les analysant &#224; partir de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a l&#224; un pari qui pour n'&#234;tre pas pascalien n'en est pas moins gagnant-gagnant en ceci qu'il nous permet peut-&#234;tre de nous secourir nous-m&#234;mes en acceptant de convoquer dans le champ de la conscience, la bonne comme la mauvaise, le r&#233;seau des actions magiques que nous portons en nous et qui ont pour nom par exemple sentiments. (Kluge, &#171; Les sentiments peuvent d&#233;placer des montagnes &#187;, &lt;i&gt;in Utopie des sentiments&lt;/i&gt;, p. 97 &#224; 104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avant d'ouvrir une lecture attentive des &#233;vangiles, et pour conclure aujourd'hui et se projeter vers les s&#233;ances suivantes, il est possible de se lancer dans une lecture rapide de l'Evangile de Jean chapitre XV. Il appara&#238;t important de situer &#224; travers m&#234;me un unique exemple en quoi cette &#171; m&#233;thode bicam&#233;rale &#187; peut se distinguer d'autres approches de la question de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- Les deux dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, et aujourd'hui encore sans doute, on distinguait, au moins dans le champ de la philosophie et sans doute aussi chez les th&#233;ologiens, deux dieux, entendons deux approches radicalement distinctes pour ne pas dire oppos&#233;es de dieu, le dieu des philosophes donc et celui des &#171; croyants &#187;, l'un &#233;tant au fond un concept et l'autre le vecteur, le support et l'objet d'une exp&#233;rience psychique suppos&#233;e incomparable et incommunicable. &#192; ceci pr&#232;s, on le sait que la raison a infiltr&#233; la foi d&#232;s le IIe si&#232;cle apr&#232;s le Christ si l'on s'en tient au christianisme comme exemple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH386/2_lotto-a7333.jpg?1772188239' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1-Le dieu bicam&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral se situe en quelque sorte &#224; c&#244;t&#233; ou en retrait par rapport &#224; ces deux approches de dieu qui sont en quelque sorte li&#233;es et finalement coextensives l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral, on l'a compris, n'est ni une id&#233;e, ni une personne, ni un &#234;tre ni un concept, ni une entit&#233; ou une substance, ni une projection du psychisme humain mais une possibilit&#233; active dans le psychisme, le cerveau selon la terminologie actuelle. Il &#233;chappe aussi bien aux d&#233;finitions de la philosophie qu'&#224; celles de la th&#233;ologie. Et pourtant, probablement, il constitue le fond originaire duquel ont &#233;merg&#233; les dieux et finalement le dieu unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est la puissance qui fait arriver les choses et ce qui arrive, la manifestation visuelle ou auditive d'une part et le nom donn&#233; &#224; ce qui a permis qu'un acte ait &#233;t&#233; accompli, qu'une situation ait &#233;t&#233; transform&#233;e, qu'une douleur ou une blessure ait &#233;t&#233; gu&#233;rie ou aussi qu'une destruction soit advenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est le nom de ce qui a lieu dans le moment du passage entre cerveau droit et cerveau gauche et qui se propage et se manifeste n&#233;cessairement dans le champ ph&#233;nom&#233;nal, quelle que soit la forme que prenne ce ph&#233;nom&#232;ne, sensible ou imaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est l'activation et l'activit&#233;, il est la violence et le soin, il est surtout la manifestation d'un &#171; soin &#187; dirait-on aujourd'hui ou plus exactement d'une attention port&#233;e par quelque chose d'insituable, de plus grand qu'elle, &#224; la personne qui &#224; la fois existe ici et maintenant et cependant ne se per&#231;oit pas, ne se conna&#238;t pas comme personne, au sens actuel du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu est donc &#224; la fois le cerveau droit comme si&#232;ge potentiel identifiable apr&#232;s coup du dieu mais dans la mesure o&#249; il est en relation avec le cerveau gauche, il est la schize en tant que telle, le gouffre qui s&#233;pare ces deux &#171; entit&#233;s &#187; et ce qui, passant par elle et au-dessus d'elle, &#224; travers elle, rend possible la relation la corr&#233;lation entre des &#171; conceptions du monde &#187; ces deux &#171; entit&#233;s &#187;, ces deux fonctionnalit&#233;s distinctes apr&#232;s coup permettant aux hommes de vivre une relation moins dangereuse avec et dans l'univers qui les accueille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- Le dieu unique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a, malgr&#233; leur diff&#233;rence radicale, quelque chose de commun entre le dieu des th&#233;ologiens et celui des jud&#233;o-chr&#233;tiens, c'est le fait que ce dieu soit Un, unique et un, malgr&#233;, avec ou gr&#226;ce &#224; la multiplicit&#233; des &#233;l&#233;ments qui participent ou des noms d'entit&#233;s &#224; la fois distinctes et li&#233;es qui le composent, comme le p&#232;re, le fils et l'esprit saint, sans parler des anges et autres entit&#233;s spirituelles, des &#233;ons gnostiques par exemple, dans le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est ind&#233;fectiblement li&#233; &#224; une situation dont la dualit&#233; constitue le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous aurons l'occasion de d&#233;ployer une r&#233;flexion autour de ce point dans l'&#233;tude des &#233;vangiles. Rappelons simplement, &#224; travers quelques citations extraites d'un livre de l'un des deux ou trois grands philosophe fran&#231;ais vivants, &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem, comment ce dieu-un constitue encore et toujours le fond &#224; partir duquel dieu est con&#231;u, pens&#233; et pri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est bien l&#224; que se situe la singularit&#233; et la potentielle puissance heuristique du dieu bicam&#233;ral, c'est qu'il peut permettre de passer &#224; travers ou d'&#233;viter les pi&#232;ges que nous tend le dieu unique et de parvenir &#224; penser certaines des articulations conceptuelles sur lesquelles nous pensons que le monde est b&#226;ti comme transitoires et donc d'appr&#233;hender et de construire, c'est un des sens de faire des dieux, d'&#233;baucher en tout cas ce qui est peut-&#234;tre une nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette nouvelle mani&#232;re, qui existe d&#233;j&#224;, qui a des pr&#233;curseurs puissants, bien plus puissants, et sans lesquels rien de tout cela n'aurait &#233;t&#233; possible &#233;videmment, n'est pas encore parvenue &#224; s'imposer et &#224; faire exister d'une mani&#232;re plus &#233;tendue, les possibilit&#233;s dont elle est porteuse ou qui, lorsqu'on pense &#224; ces pr&#233;curseurs, n'ont pas &#233;t&#233; per&#231;u comme pouvant permettre d'inventer cette nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'enjeu est de tenter de sortir du pi&#232;ge que sont devenues pour nous la conscience et l'obsession d'une m&#233;moire int&#233;grale non en tant que telles mais en tant qu'elles ont &#233;t&#233; connect&#233;es et sont devenues les faire valoir d'obsessions paradoxales puisqu'elles allient le fantasme d'un dieu unique et tout puissant aux possibilit&#233;s non advenues de l'esprit humain qui, parce que non advenues constituent le relais de ce fantasme au point de tenter de le faire exister comme dimension nouvelle dans de la pens&#233;e, et dans ce que l'on nomme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un double travail s'impose, de relecture et d'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que dit ou que veut ce dieu unique &#224; l'&#233;poque qui suit sa mort annonc&#233;e et tant comment&#233;e au point qu'il nous faudrait presque croire que ces commentaires lui ont permis d'acc&#233;der &#224; une sorte de r&#233;surrection, &#224; la fois th&#233;orique et concr&#232;te socialement et plan&#233;tairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Simplement pour ne pas perdre de vue dans quel monde nous vivons voici, sans commentaire, car nous en reparlerons dans les s&#233;ances suivantes, quelques citations extraites du livre &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il importe de relever ici, c'est simplement le fait que cette approche de dieu rel&#232;ve int&#233;gralement du fantasme du dieu unique et tout puissant, c'est-&#224;-dire de la fiction invent&#233;e par les juifs et transform&#233;e les chr&#233;tiens, entendons par des g&#233;n&#233;rations de philosophes et th&#233;ologiens en mal de gloire th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il nous semble important de faire, c'est de partir d'une tout autre conception du dieu et dans un m&#234;me mouvement de relire et de tenter de comprendre comment le dieu unique connect&#233; &#224; la conscience a &#233;t&#233; invent&#233; et comment &#224; l'int&#233;rieur des champs infinis des commentaires et des inventions, des &#339;uvres produites par deux mill&#233;naires de culture chr&#233;tienne, on a continu&#233; de faire l'exp&#233;rience de ce dieu bicam&#233;ral, &#224; travers des manifestations incomparables, au d&#233;tour d'une extase ou d'une lecture, d'un geste ou simplement d'un chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce renversement de l'approche, du regard, du point de vue, on le dira comme on voudra, semble le seul moyen de parvenir &#224; une pens&#233;e renouvel&#233;e du dieu et cela dans la mesure o&#249; il est pens&#233; &#224; partir de notre situation actuelle, celle de la disruption analys&#233;e par Bernard Stiegler mais dans laquelle il est possible aussi de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b- Lecture du chapitre XV de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;capitulation et cette synth&#232;se de ce qui a &#233;t&#233; abord&#233; depuis deux ans &#233;tait essentielle &#224; la fois pour prendre la mesure de ce qui a &#233;t&#233; acquis et pour permettre de d&#233;ployer sur un nouveau terrain une lecture renouvel&#233;e des fondements et de notre culture et de notre conception de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour le dire aujourd'hui d'un mot, nous y reviendrons en d&#233;tail la prochaine fois, si l'on veut comprendre la m&#233;connaissance ou plus exactement l'interpr&#233;tation ou la conception de dieu &#224; laquelle nous sommes attach&#233;s, croyants ou non et donc de laquelle nous sommes prisonniers, il n'y a rien de mieux que de revenir &#224; ce moment cl&#233; de notre culture pour ne pas dire de notre civilisation qu'a &#233;t&#233; la p&#233;riode pendant laquelle on a particip&#233; litt&#233;ralement &#224; l'invention d'un dieu, d'un nouveau dieu. Et sur cette invention nous avons des documents de premi&#232;res mains, les &#233;vangiles, les autres textes du nouveau testament et des textes apocryphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous disposons aussi &#233;videmment d'une biblioth&#232;que quasiment infinie de textes qui ont eux &#233;t&#233; &#233;crits, par la suite, et pour un certain nombre dans les deux ou trois si&#232;cles qui ont suivi la mort du Christ et la r&#233;daction des &#233;vangiles. Ces textes nous permettent de prendre la mesure du &#171; saut quantique &#187; qui est accompli par ces penseurs philosophes et th&#233;ologiens, saut qui &#224; la fois accomplit par la parole et le texte, par le logos donc, la mutation de la posture existentielle invent&#233;e par le Christ et induit &#224; partir de cette mutation &#171; originaire &#187;, une s&#233;rie de mutations majeures, mais qui ne cesseront de s'&#233;loigner et de tenter de revenir et de s'&#233;loigner et de revenir encore &#224; la parole originaire recueillie dans ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mutations th&#233;oriques se pr&#233;sentent toutes sous la forme d'adaptations ou de transformations th&#233;ologiques cens&#233;es nous rapprocher ou nous emp&#234;cher de nous &#233;loigner voire de sauver le message et le contenu initial des paroles et des actes bref de la position existentielle du Christ. Et cependant il semblent qu'ils n'y parviennent que par l'invention de la machine de contr&#244;le des existence que va devenir l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le souligner de suite, ces textes ne cessent d'accro&#238;tre la distance qui nous s&#233;pare de l'exp&#233;rience faite non pas par les premiers chr&#233;tiens, le terme n'appara&#238;t que bien apr&#232;s la mort du Christ, mais par ceux qui ont pu accompagner le messie pendant sa vie terrestre, ou ceux qui ont &#233;t&#233; capables d'inventer une telle figure &#224; la fois novatrice dans les relations entre l'homme et son dieu, et synth&#233;tique en ce qu'elle invente une coh&#233;rence nouvelle et une posture nouvelle de l'home dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#234;tre de synth&#232;se &#224; l'aura si humaine et si puissante qu'elle semble inaccessible, cet &#234;tre qui a accompli et propos&#233; d'accomplir des exp&#233;riences hors norme et les textes qui racontent sa vie, vont servir de base pour des r&#233;flexions men&#233;es dans des communaut&#233;s en grande partie d&#233;sireuses d'une nouvelle orientation mais avant tout d&#233;sireuse de voir la promesse s'accomplir, celle de la venue imm&#233;diate d'une fin du monde tel qu'il est, tel qu'il est gouvern&#233; et celle d'un renouveau absolument complet de la structure m&#234;me de la relation homme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes et les paroles d'&#234;tres d'exception, de rabbis visionnaires, d&#233;ployant des images nouvelles et puissantes, de mages comme de magiciens, comme l'&#233;poque en a fourni de nombreux auront servi de mat&#233;riaux pour cette synth&#232;se hors norme dont le destin &#233;tait plut&#244;t de finir dans l'oubli face &#224; la puissance de Rome et &#224; celle du juda&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture du livre d&#233;j&#224; ancien de Jacques Lacarri&#232;re &lt;i&gt;Les hommes ivres de dieu&lt;/i&gt; suffit pour se faire une id&#233;e du bouillonnement des esprits qui vivaient &#224; cette &#233;poque autour de la Mer morte. Ce qui importe c'est de prendre acte d'une situation psychique particuli&#232;re, d'une sorte de conscience &#224; la fois aig&#252;e et confuse envahissant un grand nombre de personnes sinon tous ceux qui viennent dans cette zone au moins, d'un d&#233;sir et d'un besoin de voir &#233;merger une nouvelle approche de la situation existentielle de l'homme, celles qui existent ayant toutes fait la preuve qu'elles ne permettaient plus d'agir ou d'interagir avec les choses qui se produisent, faisant ainsi &#233;merger une appr&#233;hension insupportable du devenir humain, de leur propre devenir comme personnes, comme groupes et comme humanit&#233;. Sur tout cela nous reviendrons quand nous plongerons dans ce bassin incroyable d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; chaque jour suffit sa peine, mais pour ne pas rester sans avoir ouvert une page des &#233;vangiles et afin de pr&#233;ciser &#224; grands traits la m&#233;thode de lecture bicam&#233;rale, je voudrais, aujourd'hui, simplement proposer une lecture du chapitre XV de l'Evangile de Jean et un commentaire de quelques versets qui montreront bien comment ces textes o&#249; un dieu litt&#233;ralement s'invente, sont li&#233;s et de quelle mani&#232;re au dieu ou plut&#244;t au fond psychique bicam&#233;ral qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Le chapitre 15 de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de lire une fois au moins ce texte dans son int&#233;gralit&#233; afin d'avoir bien pr&#233;sentes &#224; l'esprits les m&#233;taphores et les all&#233;gories qui le constituent et le trament. Elles rel&#232;vent quasiment toutes d'un registre spatial, le terme spatial devant &#234;tre entendu sous plusieurs facettes et c'est pr&#233;cis&#233;ment l'articulation entre elles de ces facettes qui constitue au sens strict l'invention &#224; l'&#339;uvre dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis nous nous arr&#234;terons ensuite sur un verset le verset 24 qui a lui seul donne une indication g&#233;n&#233;rale au sujet de la lecture que nous proposerons de cet ensemble de textes. Il importe ici, de souligner que ce verset 24 peut &#234;tre reli&#233; au passage du chant IX de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, vers 312-313, vers qui permettent &#224; Platon dans son &lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt; de d&#233;montrer en quoi et comment la po&#233;sie est mensonge et la philosophie porteuse d'une nouvelle forme d'acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233;. Le passage suivant est en 264c-264e, dans la traduction de Chambry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;SOCRATE&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. &#8212; C'est fort bien parler. Voyons donc : quand tu as dit qu'Achille avait &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; comme le meilleur, je pensais comprendre ta pens&#233;e, et de m&#234;me quand tu as dit que Nestor &#233;tait le plus sage ; mais quand tu as ajout&#233; que le po&#232;te avait repr&#233;sent&#233; Ulysse comme le plus rus&#233;, &#224; te dire la v&#233;rit&#233;, je ne comprends pas du tout ce que tu veux dire par l&#224;. Dis-moi donc, pour voir si maintenant je comprendrai mieux, si Achille n'a pas &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; par Hom&#232;re comme un homme rus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HIPPIAS&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas du tout, Socrate, mais comme tr&#232;s simple et tr&#232;s sinc&#232;re, et la preuve, c'est que dans les Pri&#232;res, quand il les fait converser ensemble, il fait ainsi parler Achille &#224; Ulysse : &#171; Fils de La&#235;rte, issu de Zeus, ing&#233;nieux Ulysse, il faut te dire mon intention sans d&#233;tour, comme je l'ex&#233;cuterai et comme je crois qu'elle s'accomplira ; car je hais &#224; l'&#233;gal des portes d'Had&#232;s celui qui cache une chose dans son esprit et en dit une autre. Pour moi, je vais dire ce qui sera accompli. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Les m&#233;taphores spatiales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ, le sarment et la vigne, &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; quotidienne sont mis en relations avec une autre dimension elle aussi spatiale, celle de l'int&#233;riorit&#233; et donc de la distinction entre une int&#233;riorit&#233; et une ext&#233;riorit&#233;. On verra aussi que cette ext&#233;riorit&#233; sera comme divis&#233;e en deux l'une qui sera le doublet de l'int&#233;riorit&#233; acquise ou trouv&#233;e en soi et l'autre qui sera appel&#233;e le monde et qui sera comme rejet&#233;e, ostracis&#233;e, bref transform&#233;e en un espace qu'il faut &#233;viter de parcourir &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un principe de dualit&#233; affirm&#233;e qui gouverne tout le texte et qui est contenu dans le premier verset &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne, la vraie et mon p&#232;re c'est le vigneron. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est difficile de ne pas interpr&#233;ter ou de ne pas envisager une lecture &#171; bicam&#233;rale &#187; quand on se penche sur ces deux personnes. Cela ne signifie pas de calquer p&#232;re et fils sur cerveau droit et cerveau gauche dans une version simplifi&#233;e de la th&#232;se de Jaynes, mais bien d'entendre ce qui se dit : il y a une relation entre le Christ et une figure qu'il nomme le p&#232;re qui ressemble &#224; celle qui eut exister entre un homme bicam&#233;ral et son dieu. &#192; ceci pr&#232;s qu'il SAIT qu'il porte en lui ce dieu ou que ce dieu est en relation directe avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce sch&#233;ma d&#233;coulent tous les autres, par analogie, des analogies toujours plus distendues par rapport au mod&#232;le mod&#232;le qu'il s'agit de ne jamais quitter, dont il s'agit de ne jamais s'&#233;loigner trop, car un trop grand &#233;loignement d&#233;truirait ou affaiblirait la puissance de l'analogie et ferait perdre &#224; l'interlocuteur la r&#233;v&#233;lation dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- La m&#233;taphore du sarment et l'invention de l'int&#233;riorit&#233; psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc un champ et une vigne mais avant que de d'en venir &#224; l'espace que constitue un champ et une vigne, le texte part du sarment c'est-&#224;-dire de la fonction de la vigne qui est de donner des grappes et de ce qu'elle produit aussi &#224; savoir des sarments des pousses sans fruit. Les actions du vigneron sont rapport&#233;es par analogie &#224; celle de la parole c'est-&#224;-dire &#224; la fonction &#224; la fois gnos&#233;ologique et r&#233;v&#233;latrice de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de ce que Burroughs disait au sujet de la dimension magique de la parole : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui se produit dans ce premier moment, c'est l'&#233;tablissement d'un partage qui va &#234;tre ensuite appliqu&#233; au psychisme, un partage entre deux espaces, l'un qui sera associ&#233; &#224; l'int&#233;riorit&#233; psychique et qui est la vigne en tant qu'elle est &#224; la fois le cep et le champ qui porte des grappes et l'autre qui sera tout ce qui est hors de la vigne, espace dans lequel on jette les rebuts ou que 'on associe avec ce qui n'est pas productif de fruits, ce qui n'est pas vivant, et qui sera associ&#233; &#224; l'ext&#233;riorit&#233; psychique, qui sera appel&#233;e le monde et associ&#233;e au mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace d'accueil, la vigne, l'int&#233;riorit&#233; psychique donc est cependant pr&#233;sent&#233; comme porteur d'un trouble qu'il faut &lt;i&gt;clarifier&lt;/i&gt; (3). Ainsi l'espace de la vigne et le partage entre vigne et sarment, ou bon et mauvais sarment, porteur et non porteur de fruits, est la m&#233;taphore qui permet de poser et de faire exister un partage symbolique ou abstrait qui lui concerne la psych&#233; m&#234;me, le en moi et hors de moi, par assimilation entre vigne et christ, entre espace et int&#233;riorit&#233; enveloppante fonctionnant &#224; la fois au-dessus de l'individu et en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette complexit&#233; lexicale et m&#233;taphorique qui assure l'efficacit&#233; du texte et l'assimilation d&#233;cal&#233;e de (5) : &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne et vous les sarments &#187;&lt;/i&gt;, distinction qui relance le partage sur un nouveau plan, celui qui d&#233;termine la relation entre le Christ et les hommes comme deux plans parall&#232;les &#224; la fois &#233;quivalents et distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeu se prolonge avec l'ajout d'une double exigence de proximit&#233; en moi, hors de moi (5) et avec moi et s&#233;par&#233; de moi (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement propos&#233; par (6) permet d'effectuer un lien qui sera ind&#233;l&#233;bile entre le dehors et le mal &#224; travers donc l'image du terrain vivant la vigne et du terrain mort et ind&#233;fini l&#224; o&#249; l'on rejette les sarments morts pour les br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#233;tablit ensuite un nouveau parall&#232;le entre Christ homme vigne sarment et parole et d&#233;finit la parole retenue dans l'int&#233;riorit&#233; au plus pr&#232;s du dieu donc comme cet homme le Christ est au plus pr&#232;s du dieu comme accomplissement ou possibilit&#233; du devenir acte de ce qui sera alors formul&#233; ou demand&#233;. &#171; &lt;i&gt; oui, cela vous arrivera. &#187;&lt;/i&gt; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de la parole magique vue par Burroughs et d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien cela qu'il s'agit de tenter de d&#233;terminer, de d&#233;finir et de comprendre, cette potentialit&#233; contenue dans la parole que ce qu'elle &#233;nonce puisse advenir. On ne peut pas s'emp&#234;cher de dire advenir dans la r&#233;alit&#233;, mais en fait on voit bien qu'il s'agit de la r&#233;alit&#233; en tant qu'elle est tress&#233;e avec la r&#233;alit&#233; psychique qui, elle, est invention verbale. Et ce n'est pas tant Ce qui peut arriver qui importe que LE FAIT QUE CELA ARRIVE ou ADVIENNE.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH388/3_lotto-2d3cc.jpg?1772188239' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- Fonction de la joie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le verset (8) on est &#224; un moment de pause dans le texte, on va changer de th&#232;me et donc on va d&#233;placer l'analogie ou la faire travailler autrement en &#233;largissant le champ, dans tous les sens du terme, ce qui va conduire &#224; pr&#233;ciser que la relation Christ-hommes se d&#233;ploie aussi par analogie dans les relations que peuvent ou doivent avoir les hommes entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui constitue le nerf de ces passages, c'est bien les pr&#233;cisions m&#233;taphoriques qui sont donn&#233;es sur l'effectuation, sur ce qui advient, sur la mani&#232;re de faire arriver les choses et sur ce que sont les choses qui arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retour sur le parall&#232;le entre la relation Christ-hommes ou hommes-Christ (rester dans mon amour) et la relation Christ-p&#232;re, donc homme dieu au sens bicam&#233;ral, va permettre d'indiquer CE QUI circule, et qui a nom ici LA JOIE. La joie, c'est la manifestation ou la r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; une situation mondaine v&#233;cue et pens&#233;e non pas comme tragique au sens grec mais comme vou&#233;e au mal, au chaos et due la d&#233;r&#233;liction, &#224; cette solitude morale, due &#224; un sentiment d'abandon, en particulier par rapport &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le joie va s'imposer comme le vecteur immat&#233;riel de la relation affective r&#233;alis&#233;e, effective et efficace entre hommes et Christ, hommes et hommes, hommes et dieu. Il n'est pas interdit de voir dans cette &#171; joie &#187; une sorte de reliquat de la puissance d'efficacit&#233; du dieu bicam&#233;ral dont les interventions &#233;taient porteuses de salut, autrement dit de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#232;s que ce qui advient l'est comme traduction d'un constat de n&#233;cessit&#233; qui prend la forme d'un commandement (12), commandement qui est l'un des plus connus de ce qui deviendra le christianisme et qui appara&#238;t ici dans sa forme et sa formulation originelle et dont en g&#233;n&#233;ral on omet la partie finale : &lt;i&gt;&#171; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aim&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (12) Ce &#171; comme &#187; fait toute la diff&#233;rence avec la m&#234;me formulation, telle qu'on la r&#233;p&#232;te aujourd'hui &#224; l'envi et qui omet le &#171; comme &#187; ou le consid&#232;re comme allant de soi. Mais son absence dans les formulations courantes de la pastorale, indique un glissement qui se fera il est vrai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le verset (10) qui d&#233;termine la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale car le comme est un comme relatif &#224; une action &#171; comme j'ai veill&#233; sur les commandements de mon p&#232;re... &#187; (10) et sur une injonction &#224; ne pas s'&#233;loigner &#224; ne pas quitter cette proximit&#233;. Et on sait que c'est sans doute la chose la plus difficile ou qui va induire l'ensemble des r&#233;flexions relatives au mal comme s'instaurant par la distance prise avec le dieu en moi, le dieu en chacun, l'&#234;tre pr&#232;s du dieu qu'a pratiqu&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5- Proximit&#233; et distance : sur la relation dieu / homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux m&#233;taphores spatiales li&#233;es &#224; l'espace comme dimension mat&#233;rielle et &#224; la relation int&#233;riorit&#233;-ext&#233;riorit&#233;, s'ajoute une m&#233;taphore spatiale &#233;voquant la proximit&#233; et la distance ou l'&#233;loignement, m&#233;taphore qui aura de belles heures devant elle. C'est elle qui d&#233;termine en effet la modulation des relations homme dieu ou dieu homme, puisque l'un semble chercher &#224; &#233;chapper &#224; l'autre mais que l'autre le dieu semble aussi, ce sera le cas chez Pascal, s'&#234;tre &#233;loign&#233; des hommes dans un mouvement &#233;quivalent, parall&#232;le, les deux d&#233;coulant en quelque sorte de cette m&#233;taphore originaire puisque l'on ne peut pas ignorer que ce passage autour du &lt;i&gt;&#171; aimez vous les uns les autres &#187;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; l'un des plus importants dans les pr&#233;ceptes diffus&#233;s par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau moment appara&#238;t autour des notions d'amour et d'amiti&#233; et qui finalement d&#233;terminent les relations hommes Christ comme &#233;tant une relation de d&#233;pendance invers&#233;e qui soulage les hommes du poids du choix et de la d&#233;cision les lib&#232;re de cette responsabilit&#233; mais les enferme dans une d&#233;pendance affective forte. Cependant le verset (16) fait retour sur les m&#233;taphores du d&#233;but, celle du fruit et de la vigne et celle de l'attente implicite-explicite qui est celle des hommes face au dieu et qui quoique formul&#233;e par le th&#232;me du don est en fait une attente d'effectivit&#233;, de r&#233;alisation, en vue de l'obtention de ce qui est demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore tr&#232;s pr&#232;s du monde magico-bicam&#233;ral, des attentes comme &#233;tant des attentes de transformation ou de transmutation de soi par le dieu plus encore que d'obtention de &#171; quelque chose &#187; de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est demand&#233; est implicite, mais il s'agit de la joie ou si l'on veut de la transformation hic et nunc de la relation que l'on a au monde et donc du monde. Mais on sait que cela ne peut pas &#234;tre aussi simple et que l'attente est aussi une attente d'une transformation du monde de l'injustice de ce monde et donc d'une reprise en main, par le dieu, de l'&#233;tat des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6- Les dangers du &#171; comme &#187; et le risque de la connaissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier moment de ce chapitre 15 est celui qui va d&#233;finir les effets, les cons&#233;quences, pour ceux qui vont se soumettre au commandement et ces cons&#233;quences sont n&#233;gatives, voire terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part reste l'analogie entre ce que vont devoir accepter et vivre les hommes et ce que le Christ a v&#233;cu, analogie renforc&#233;e par celle qui est instaur&#233;e entre la relation hommes-Christ et la relation Christ-dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On instaure ainsi, &#224; bas bruit un &#233;cart de type &#171; temporel &#187; au sens o&#249; il y a un avant, ce que le Christ a v&#233;cu et un apr&#232;s qui est &#224; la fois un maintenant et un &#224; venir dans la mesure o&#249; la venue du Christ n'a pas permis de faire advenir pour tous l'apocalypse, la r&#233;v&#233;lation, entendons la reprise en main du mal et du monde par le dieu. Cet &#233;cart constitue au sens strict la formule temporelle qui sert de fondement au futur christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe dans cette double analogie l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;e, c'est que de la m&#233;taphore esclave-ma&#238;tre on est pass&#233; &#224; la m&#233;taphore ami-(&#233;coute du) p&#232;re (15) et (20). Mais ce qui emporte le raisonnement, c'est encore et toujours la relation Christ-p&#232;re c'est-&#224;-dire homme-dieu bicam&#233;ral comme mod&#232;le ind&#233;passable. Ce qui fonde la relation c'est l'ob-audire, la capacit&#233; &#224; entendre la voix du dieu et &#224; se soumettre &#224; son message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; elle &#233;tait comme non consciente &#224; l'&#233;poque bicam&#233;rale, mais consid&#233;r&#233;e comme effective et salvatrice, cette &#233;coute, cette entente est en train, sous nos yeux, de devenir consciente. Et devenir conscient signifie ou implique que l'&#233;cart entre la situation stressante et la manifestation du dieu, se transforme en &#233;cart entre une attente et une r&#233;ponse, un r&#233;sultat. Et que dans cet &#233;cart, l'homme devient &#224; la fois celui qui vit cette attente et celui qui en recevra les b&#233;n&#233;fices &#224; partir d'une soumission au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point marquant c'est donc que l'inconscience ou la non-conscience est devenue un &#233;tat impossible. L'analogie hommes-Christ, christ-dieu et la relation Christ-hommes au sens des autres hommes, ceux qui ne le reconnaissent pas, prend litt&#233;ralement la place de cette inconscience en quoi consistait la r&#233;ponse du dieu &#224; l'attente du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres hommes sont ceux qui vont se retourner contre ceux qui entendent la parole du Christ et donc du dieu, ceux qui n'ont pas entendu cette parole, n'ont pas reconnu cette voix et se sont retourn&#233;s contre ceux qui en t&#233;moignent par leur foi parce qu'ils disposent encore de structures de pouvoir politiques ou religieuses pour faire r&#233;gner &#171; leur &#187; conception du dieu et de la relation au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH290/5_lotto-75e4d.jpg?1680454946' width='500' height='290' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7- La conscience, la schize et l'angoisse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que dans ce texte, on parvient &#224; un &#233;nonc&#233; attribu&#233; au Christ &#224; une parole du Christ donc, et qui fonctionne, ici, comme une r&#233;v&#233;lation de ce qui constitue le fond m&#234;me sur lequel na&#238;t et va croitre ce qui deviendra le christianisme et qui n'est pour l'instant que la mise en sc&#232;ne d'une r&#233;v&#233;lation essentielle qu'il faut interpr&#233;ter comme &#233;tant celle de l'in&#233;vitable existence d&#233;sormais de quelque chose comme une distance infranchissable entre la parole &#233;mise et le parole entendue. C'est cela qui fait qu'il n'y a pas ou plus d'imm&#233;diatet&#233; au sens strict, d'absence de m&#233;diation, qui &#233;tait la seule garantie d'un acc&#232;s direct &#224; la parole du dieu en soi et &#224; la correspondance entre ce que l'on faisait de cette parole et ce qu'elle disait, c'est-&#224;-dire nous disait de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; face &#224; la reconnaissance de la structure de base de ce qui deviendra &#171; la conscience &#187;, structure qui va se d&#233;ployer et se construire &#224; travers les si&#232;cles mais qui se manifeste comme une donn&#233;e ind&#233;passable incontestable, et qui tient dans ces versets 22-23-24, que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si je n'&#233;tais pas venu et ne leur avais pas parl&#233; ils n'auraient pas connus de manque (p&#233;ch&#233;). Mais maintenant ils n'ont plus d'alibi &#224; leur manque (p&#233;ch&#233;). Qui me hait, hait aussi le p&#232;re. Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Fr&#233;d&#233;ric Boyer traduit par manque est traduit en g&#233;n&#233;ral par p&#233;ch&#233; dans les traduction plus &#339;cum&#233;niques. Il faut cependant pousser les choses un peu plus loin et entendre dans le manque, non tant quelque chose qui tendrait &#224; asseoir la l&#233;gitimit&#233; de la psychanalyse que ce que &#224; partir de Jaynes il est devenu possible d'appeler la schize, cette structure ind&#233;passable du psychisme contre laquelle toutes les tentatives post-bicam&#233;rales ont lutt&#233; pour l'effacer, la nier, la faire dispara&#238;tre et qui ne cesse non seulement de r&#233;appara&#238;tre mais de se manifester ; c'est-&#224;-dire de montrer qu'elle n'a jamais disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize, c'est donc le nom de l'&#233;cart imprescriptible entre les deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, entre les deux grands fonctionnalit&#233;s c&#233;r&#233;brales d&#232;s lors qu'il est per&#231;u ou appr&#233;hend&#233; m&#234;me de mani&#232;re implicite. Une fois nomm&#233;, et c'est que fait ici le Christ, cet &#233;cart devient un obstacle en quelque sorte infranchissable ou qu'il faudra franchir mais dont la seule mani&#232;re de le faire sera de le faire en le niant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela viendra juste apr&#232;s cette puissante invocation christique, car ce que dit le Christ c'est la n&#233;cessit&#233; de prendre acte de l'existence de cet &#233;cart et d'aller chercher en soi-m&#234;me dans la confiance que l'on peut et doit avoir dans le dieu le moyen de passer par-dessus lui pour acc&#233;der &#224; la r&#233;alisation de la parole &#224; la parole effective au logos qui fait advenir ce qui est dit voulu ou souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il SAIT, lui le Christ et donc ce qu'il ne peut pas NE PAS ajouter, c'est que ce saut par dessus le gouffre, gouffre qui prendra la forme du doute, est aussi un saut par-dessus la faiblesse qui est en chaque homme, une sorte de &#171; manque &#224; croire &#187; pourrait-on dire. Lorsqu'il s'adresse au dieu ou cherche &#224; entendre ce qu'il lui dit et &#224; se soumettre &#224; cette voix qui doit le sauver, l'homme comprend qu'il doit effectuer un saut qui est per&#231;u comme impossible tant le gouffre est lui-m&#234;me per&#231;u comme incommensurable. et d'une certaine mani&#232;re il a peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre conscient, c'est voir et savoir que ce que l'on esp&#232;re ou attend ou appelle de ses v&#339;ux, on doit l'accomplir, mais l'accomplissement n'est pas garanti et cette absence de garantie, cette discontinuit&#233; devenue perceptible &lt;i&gt;&#171; entre le je veux et l'accomplissement de l'acte &#187;&lt;/i&gt; comme le dira Nietzsche dans &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, est le creuset de toutes les peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire de toutes les angoisses, pire encore de L'ANGOISSE originaire qui saisit les hommes lorsqu'ils commencent &#224; comprendre que ces dieux qui les aidaient, le faisaient parce qu'ils ne pouvaient pas, eux les hommes, intervenir eux-m&#234;mes &#224; ce moment-l&#224; pour r&#233;soudre ce probl&#232;me-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance entre un homme comme l'est chacun de ceux qui cherchent &#224; entrer en contact avec le dieu, et le dieu, cette distance est per&#231;ue comme une distance infranchissable. Et infranchissable, elle l'est non seulement de mani&#232;re m&#233;taphoriquement &#171; spatiale &#187; mais aussi parce que l'homme voit qu'il existe une diff&#233;rence de potentiel entre un p&#244;le positif absolu le dieu et ce qui deviendra finalement un p&#244;le n&#233;gatif, lui l'homme cet &#234;tre de chair faillible et peccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Christ est &#224; la fois celui qui va r&#233;v&#233;ler qu'il est possible encore et toujours d'entrer en relation avec le dieu, mais aussi celui qui, au vu de la mutation psychique en cours depuis quatre ou cinq si&#232;cles, SAIT que cette relation ne peut &#234;tre &#233;tablie ou v&#233;cue que sous condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8- L'invention du p&#233;ch&#233; comme &#171; n&#233;gation &#187; de la schize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui deviendra le christianisme va consister en une tentative jamais close de remplir l'&#233;cart entre le dieu et les hommes en inventant des ponts cens&#233;s permettre d'&#233;tablir un ou des passages continus entre le dieu et l'homme. Ainsi, on va assister &#224; une prolif&#233;ration d'inventions verbales, psychiques et comportementales, inventions qui vont cependant &#224; chaque fois promettre l'&#233;tablissement des ces ponts et les rendre impossibles par l'accumulation de conditions n&#233;cessaire &#224; leur franchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit le verset 24, &lt;i&gt;&#171; Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque &#187;&lt;/i&gt; est &#224; la fois la chose la plus belle puisqu'elle t&#233;moigne de l'efficacit&#233; possible de la relation homme dieu, qui est comme on le verra par la suite bas&#233;e sur une confiance absolue, et la plus terrible puisqu'elle t&#233;moigne de l'impossibilit&#233; pour chacun d'acc&#233;der &#224; la puissance psychique dont, pourtant, chacun potentiellement est cens&#233; pouvoir disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va rester de ce jeu analogique l'activation de la puissance psychique dans un cadre restreint mais dont la limite ne sera pas appr&#233;hend&#233;e comme telle au contraire. On en fera le cadre extensible &#224; l'infini d'une entreprise singuli&#232;re, celle qui permet de vivre COMME le Christ, de faire COMME le Christ, bref d'&#202;TRE sinon le Christ, du moins d'&#234;tre COMME le Christ, c'est-&#224;-dire &#233;lev&#233; &#224; la hauteur n&#233;cessaire pour rencontrer et entrer en contact directement avec le dieu et cela sans que soit garanti le fait de parvenir &#224; ce que cela ait lieu : cette exp&#233;rience d'une union avec le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenue pour la chose la plus d&#233;sirable, cette &#171; chose &#187; sera pos&#233;e comme la plus impossible ou improbable et cette impossibilit&#233; m&#234;me servira de base &#224; l'&#233;tablissement de r&#232;gles infinies seules capables de garantir sinon l'acc&#232;s au dieu du moins l'approche du dieu. mais &#224; quel prix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce verset 24 t&#233;moigne du niveau de conscience atteint &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction du texte, car il ne dit rien d'autre que si on ne savait rien ce que l'on ignore n'existerait pas mais d&#232;s lors qu'on le sait, c'est-&#224;-dire qu'on en a entendu parl&#233;, alors LA CHOSE existe et cette chose ce n'est pas dieu mais la schize, le manque, le p&#233;ch&#233; qui n'est pas d'abord le nom d'un mal inh&#233;rent mais celui d'une faille structurelle, d'une impossibilit&#233; li&#233;e au fonctionnement psychique lorsque le cerveau bicam&#233;ral a &#233;t&#233; remplac&#233; par un cerveau conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous donnent &#224; VOIR directement les &#233;vangiles et la figure du Christ, c'est le psychisme en train de muter et la mani&#232;re dont il mute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la prise de conscience si l'on veut, ou le d&#233;but d'une prise de conscience qui est &#224; la fois d&#233;j&#224; l&#224; et qui n'aboutit jamais &#224; une &#171; d&#233;cision &#187;, de ce que le pi&#232;ge, le gouffre la schize est &#171; en &#187; chacun de nous et qu'elle est le creuset de notre addiction au langage et de notre incapacit&#233; &#224; lui &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir qu'on sait ne prot&#232;ge de rien au contraire cela ouvre sur le gouffre et l'angoisse et oblige &#224; fuir au plus loin et le Christ est celui qui a su faire face &#224; ce gouffre et qui a su apporter une &#171; r&#233;ponse &#187; &#224; cette situation, r&#233;ponse qui se r&#233;v&#232;lera trop intenable pour &#234;tre pratiqu&#233;e mais suffisamment puissante pour inspirer dans sa dilution des inventions verbales et comportementales nombreuses jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; partir de ce point on pourra reprendre &#224; nouveaux frais des &#233;l&#233;ments qui semblent accept&#233;s par tous comme r&#233;f&#233;rences implicites, comme le p&#233;ch&#233; originel ou la tour de Babel, et l'on verra que si on tente de les comprendre &#224; partir de cette situation d'angoisse et d'addiction &#224; la langue elles changeront de signification. Il sera alors possible peut-&#234;tre de transformer notre regard sur le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9- Le coup de gr&#226;ce &#224; l'esp&#233;rance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de gr&#226;ce vient aussit&#244;t (24-25) qui fait savoir le prix &#224; payer pour acc&#233;der au dieu dans un nouveau r&#233;gime psychique, &#224; savoir d'&#234;tre ha&#239; COMME l'a &#233;t&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le salut recouvre cette angoisse annonc&#233;e par une promesse renouvel&#233;e, celle de la possibilit&#233; de recouvrer le lien direct au dieu, &#224; dieu, au p&#232;re directement sans m&#234;me avoir &#224; passer par le fils qui accomplira la promesse et s'effa&#231;ant une fois l'acte accompli. Mais ce qu'il faut entendre se situe en-de&#231;a des m&#233;taphores p&#232;re-fils-souffle, m&#234;me si cela ne peut &#234;tre dit sans elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souffle que le Christ promet d'envoyer &#224; chacun ou SUR chacun n'est pas autre chose que le r&#233;tablissement d'un lien direct homme-dieu ou dieu-homme, lien direct qui &#171; t&#233;moignera pour moi &#187; dit le texte, ce qui implique que le message dont le Christ est porteur est bien celui d'une possibilit&#233; imm&#233;diate, &#224; la fois au sens d'absence de m&#233;diation et au sens d'un ici et maintenant, non pas d'entrer en relation avec le dieu comme avec une entit&#233; ext&#233;rieure, mais de vivre la pr&#233;sence ou la manifestation du dieu, d'&#234;tre donc aupr&#232;s de lui, aupr&#232;s de dieu comme le Christ ne cessera de dire et de r&#233;p&#233;ter qu'il l'est, lui aupr&#232;s de dieu ou dieu aupr&#232;s de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant ce moment, l'attente est le seul rem&#232;de, l'attente et le t&#233;moignage de cette foi que cela est possible et que cela aura lieu, l&#224; maintenant ou si bient&#244;t que ce n'est pas alors une attente mais une simple respiration entre l'annonce par lui le Christ et le devenir effectif de la parole de ce qu'elle annonce de ce dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est difficile de nous repr&#233;senter que cette attente &#233;tait v&#233;cue encore &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction de ces textes comme une simple formalit&#233; puisque l'effectuation de la promesse ne devait pas durer plus que quelques jours, mois, ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu'il est advenu de cet &#233;cart, il s'est transform&#233; un gouffre temporel et psychique insurmontable. Et l'on voit bien qu'on a toujours un mal fou &#224; se remettre de cette impossibilit&#233; de le franchir m&#233;taphoriquement et par l'exp&#233;rience faudrait-il dire, m&#234;me si, depuis l'annonce, des hommes et des femmes, nombreuses et nombreux, seront parvenus &#224; faire l'exp&#233;rience d'une proximit&#233; avec le dieu, exp&#233;rience qui, pour l'&#233;glise qui sera devenue le corps de dieu, appara&#238;tra suspecte, mais qu'elle devra aussi accepter et reconna&#238;tre comme &#233;tant la preuve de ce que la parole du Christ n'&#233;tait ni mensong&#232;re, ni vaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH292/6_lotto-affd9.jpg?1680454946' width='500' height='292' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vue de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire qui s'ouvre avec le christianisme et le champ d'exp&#233;riences si diverses et si li&#233;es malgr&#233; leur diversit&#233; sont tels qu'il nous incitent &#224; accepter de repenser le dieu non pas &#224; partir des textes ou des seuls textes, mais des exp&#233;riences v&#233;cues au sujet desquelles nous avons des t&#233;moignages et des r&#233;flexions ou constructions th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques diverses qui toutes, parfois malgr&#233; elles et souvent sans tout &#224; fait oser aller au bout de leurs ambitions, nous permettront de voir combien cette &#171; approche bicam&#233;rale &#187; permet d'infl&#233;chir et notre conception du dieu et permet de repenser ce &#224; quoi l'injonction &#171; faire des dieux &#187; nous invite, nos capacit&#233;s d'invention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Le Christ au jardin des Oliviers &#8212; Eug&#232;ne Delacroix (Petit Palais, Paris)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Faire des dieux &#8212; X</title>
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		<dc:date>2023-03-01T11:47:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
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		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/dieu" rel="tag"&gt;dieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2238-1ac22.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Nos guides se nomment Martin Buber et William Burroughs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/803580589?h=48f9fb09ad&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons au terme d'un parcours et d'une recherche qui a port&#233; sur le rep&#233;rage des figures de la schize et des dieux, de leur manifestations diverses, de Hom&#232;re &#224; aujourd'hui et nous avons pu voir comment cette schize pouvait &#234;tre active dans la pens&#233;e &#224; diff&#233;rents moments de l'histoire, et comment ces dieux s'activaient ou s'inventaient souvent avec des accents proches malgr&#233; les diff&#233;rences entre les exemples &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine &#233;tape sera une plong&#233;e dans le christianisme qui constitue un excellent exemple de ce que peut vouloir dire l'expression provenant, rappelons-le, de Bergson et reprise par Stiegler, faire des dieux puisque avec ses commencements bien rep&#233;r&#233;s, nous pouvons &#233;tudier comment en Palestine, il y a deux mille ans, des groupes assez restreints de gens ont en effet &#171; invent&#233; &#187; un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il importe de tenter de pr&#233;senter un peu le bilan de cette recherche et de voir ce qu'elle a pu nous apporter. Pour cela rien de mieux que de s'appuyer, comme toujours, sur des exemples pr&#233;cis d'auteurs et d'&#339;uvres qui nous ouvrent des portes sur des zones que l'on pressentait mais auxquelles nous ne savions pas toujours comment acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois choses nous importent particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re c'est celle de l'exp&#233;rience. Nous l'avons &#233;voqu&#233;e, d&#232;s le s&#233;minaire II, intitul&#233; &lt;i&gt;Nous sommes tous bicam&#233;raux !&lt;/i&gt; et qui a eu lieu en novembre 2021. Voici ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; au d&#233;but de la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre de Jean-Claude Bologne, (qu'il soit ici salu&#233;), intitul&#233; &lt;i&gt;Une mystique sans dieu&lt;/i&gt;, &#224; la page 152, sonne et r&#233;sonne une question : &#171; C'est la question que pose l'encyclique Pascendi : si la foi doit &#234;tre fond&#233;e sur une exp&#233;rience personnelle, que se passe-t-il pour ceux qui n'en jouissent pas ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous allons &#233;voquer aujourd'hui, &#224; travers l'examen de trois champs d'exp&#233;rience, celui de l'extase, de la drogue et de la conversation. La question de savoir ce qu'il advient de ceux qui ne parviennent pas &#224; avoir une exp&#233;rience &#171; directe &#187; du dieu, avec le dieu, mais de comprendre de plus pr&#232;s ce que cela implique pour ceux qui y parviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dessinons ici un point de m&#233;thode important. Il ne faut jamais perdre de vue que l'humanit&#233; est une entit&#233; variable mais qui s'est constitu&#233;e et d&#233;ploy&#233;e &#224; partir de ce qu'il faut bien appeler la moyenne. Et une moyenne, nous le savons est un compos&#233; de choses diverses, d'exp&#233;riences diverses donc qui vont des plus simples et partag&#233;es par tout un chacun, aux choses les plus extr&#234;mes que seuls de rares individus ou groupes parviennent &#224; faire et &#224; partager. Elle est le r&#233;sultat d'un &#171; calcul &#187; implicite qui est fait par le groupe ou l'esp&#232;ce en vue de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous allons mettre au c&#339;ur de nos investigations des positions extr&#234;mes, parce qu'elles seules parviennent &#224; &#233;clairer, &#224; r&#233;v&#233;ler, &#224; faire appara&#238;tre les biais, les d&#233;nis, les aveuglements divers dans lesquels nous nous tenons lorsque nous nous contentons de d'exister dans le champs des exp&#233;riences de basse intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point de m&#233;thode appara&#238;t aussit&#244;t. Il concerne la possibilit&#233; ou non de communiquer ou de partager ce que l'on appelle une exp&#233;rience et donc le statut &#224; accorder &#224; la langue ou au langage. Et l'on sait que si certaines peuvent l'&#234;tre au moins partiellement, il n'en pas de m&#234;me pour les exp&#233;riences de haute intensit&#233; comme celle que vivent les mystiques par exemple. C'est donc aux portes de l'incommunicable qu'il faut venir frapper et voir &#171; qui &#187; va nous ouvrir ou &#171; ce qui &#187; va se montrer, une fois la porte entrouverte. C'est donc la fonction du langage, et surtout ses limites quant &#224; la transmission de &#171; donn&#233;es exp&#233;rimentales de haute intensit&#233; &#187; qu'il va falloir tenter de cerner ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longuement &#233;voqu&#233; le fait qu'il existait une sorte de flou entre ce qu'&#233;tait et ce que n'&#233;tait pas la conscience. Et cela doit nous conduire &#224; tenter de revisiter, ce qui viendra par la suite esp&#233;rons-le, ce que l'on peut appeler le topos de notre psych&#233;. Mais justement en allant du c&#244;t&#233; des exp&#233;riences extr&#234;mes on parvient plus ais&#233;ment &#224; appr&#233;hender un certain nombre de points limites ou points de basculement ou encore de points de conversion ou de renversement, c'est-&#224;-dire de zones dans lesquelles certains &#171; choses &#187; peuvent soudain changer radicalement de sens, de place, de fonction etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons &#224; travers la question de l'extase en particulier et de la drogue, mais sur d'autres plans, comment ce que nous tenons pour acquis lorsque nous utilisons des termes qui indiquent la localisation de telle ou telle fonction ou de telle ou telle exp&#233;rience justement, en &#233;voquant l'int&#233;riorit&#233; ou l'ext&#233;riorit&#233;, le dedans ou le dehors. La notion d'espace est tout sauf acquis et fixe dans ces registres comme celle de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, ce qui rel&#232;ve des exp&#233;riences extr&#234;mes est assez difficilement partageables, car elles ont pr&#233;cis&#233;ment pour &#171; effet &#187;, de brouiller les relations norm&#233;es au monde qui nous entoure et donc elles apparaissent comme ne relevant pas des formes habituelles de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut rappeler ici la formule kantienne : &#171; il y a deux formes pures de l'intuition sensible, comme principe de la connaissance &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, savoir : l'espace et le temps. &#187; (&lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, p. 55.) Nous n'entrerons pas dans une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e des positions kantiennes, mais &#224; la relecture il appara&#238;t que cela d&#233;termine notre appr&#233;hension de ce qui est appel&#233; ext&#233;rieur &#224; nous et int&#233;rieur &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pouvons-nous lire p. 63. ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le temps est la condition formelle a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral. L'espace, en tant que forme pure de l'intuition ext&#233;rieure, est limit&#233;, comme condition a priori, simplement aux ph&#233;nom&#232;ne externes. Au contraire, comme toutes les repr&#233;sentations, qu'elles puissent avoir ou non pour objets des choses ext&#233;rieures, appartiennent, pourtant en elles-m&#234;mes, en qualit&#233; de d&#233;terminations de l'esprit, &#224; l'&#233;tat interne, et comme cet &#233;tat interne est toujours soumis &#224; la condition formelle de l'intuition int&#233;rieure et que, par suite, il appartient au temps, le temps est une condition a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral et, &#224; la v&#233;rit&#233;, la condition imm&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;rieurs (de notre &#226;me), et, par l&#224; m&#234;me, la condition m&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes ext&#233;rieurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons simplement qu'il va de soi, ici, pour Kant, que les notions d'ext&#233;riorit&#233; et d'int&#233;riorit&#233; semblent claires et que, donc, une forme de spatialisation est &#224; l'&#339;uvre qui en effet semble &#233;chapper &#224; la notion de l'espace telle que l'exp&#233;rience nous la fait conna&#238;tre et qui cependant la conditionne et le d&#233;termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes plus contemporains, notre cerveau, et partant notre corps, constituent bien le domaine dans lequel ce que l'on nomme int&#233;riorit&#233; trouve &#224; se loger lors m&#234;me qu'ext&#233;riorit&#233; sert &#224; d&#233;signer ce qui est au dehors des limites de ce corps, &#224; savoir le monde des ph&#233;nom&#232;nes que l'on nomme g&#233;n&#233;ralement r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les exp&#233;riences extr&#234;mes ne semblent pas mais pas du tout valider cette approche kantienne qui est aujourd'hui encore grosso modo la conception implicite que chacun se fait de l'int&#233;riorit&#233; et de l'ext&#233;riorit&#233;. C'est pourquoi, il faudra tenter de partir des extr&#234;mes et de ce que nous pouvons en saisir pour reconsid&#233;rer ce que nous tenons habituellement pour acquis quand nous &#233;voquons des notions comme dehors, dedans, haut, bas, loin, proche, notions qui sont r&#233;currentes lorsqu'il s'agit en particulier de cerner ce qui se passe dans une extase et de pr&#233;ciser comment conf&#233;rer &#224; une telle exp&#233;rience des rep&#232;res qui le rendent communicables &#224; qui ne l'a pas faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point de m&#233;thode concerne, parmi les aspects v&#233;cus d'une exp&#233;rience de type extatique en particulier, sa dur&#233;e, surtout lorsqu'elle est r&#233;currente, c'est-&#224;-dire se r&#233;p&#232;te pendant un certain temps. Cette prise en compte des dur&#233;es et la difficult&#233; &#224; en rendre compte dans le langage norm&#233; du temps ou des temporalit&#233;s reconnues par l'exp&#233;rience triviale ou les connaissances au sujet du concept de temps, vient mettre en avant la question du discontinu et du continu comme &#171; dimension &#187; active au c&#339;ur m&#234;me de la pens&#233;e et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut renvoyer ici aux deux derniers livres de Lionel Naccache, &lt;i&gt;Le cin&#233;ma int&#233;rieur&lt;/i&gt; paru en 2020 et &lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, paru en 2022 tous les deux aux &#233;ditions Odile Jacob. Mais ce n'est pas l'heure de les commenter, peut-&#234;tre seulement d'en extraire plus tard quelques citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est tout l'&#233;difice de la raison qui alors vacille, sans pour autant s'&#233;crouler. Mais ses &#171; fondations &#187; se voient, elles aussi, largement remises en question et c'est l&#224; un point majeur qu'il faudra d&#233;velopper dans la suite de ce travail dans les prochains s&#233;minaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Le langage se trouve &#224; la fois &#234;tre le vecteur de la transmission et l'&#233;l&#233;ment central de blocage voire d'aveuglement et donc ce qui permet et interdit &#224; la fois (le pharmakon oubli&#233; en quelque sorte) &#224; une exp&#233;rience d'&#234;tre exprim&#233;e et communiqu&#233;e. En quoi il participe de mani&#232;re massive &#224; notre aveuglement, nous le verrons avec Burroughs en particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L319xH499/1_buber-9aa93.jpg?1677671996' width='319' height='499' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I : &#192; propos de l'extase&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le langage comme pharmakon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de proposer une br&#232;ve lecture de l'introduction &#233;crite par Martin Buber (Vienne 1878- 1965 J&#233;rusalem) au livre qu'il a fait para&#238;tre sous le titre de &lt;i&gt;Confessions extatiques&lt;/i&gt;, livre qui rassemble des confessions qu'il a choisies &#224; travers les cultures et &#224; travers les &#233;poques. Car dans cette introduction, le grand philosophe conteur et p&#233;dagogue autrichien puis isra&#233;lien, auteur du livre culte &lt;i&gt;Le Je et le Tu&lt;/i&gt;, concentre les &#233;l&#233;ments majeurs qui sont au c&#339;ur de notre r&#233;flexion, la question de la communicabilit&#233; d'une exp&#233;rience hors norme et a priori incommunicable, le fait que l'extase est hors temps et hors espace et que ce qui se passe dans l'&#226;me ou pour la personne qui la vit se voit entra&#238;n&#233;e au-del&#224; ou en-de&#231;a des formes habituelles de la perception comme de celles qui gouvernent le maniement des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons donc d'esquisser ce nouveau topos &#224; partir de ce qui justement &#233;chappe &#224; toute formulation mais qui, puisque cela arrive &#224; des &#234;tres humains vivants, &#224; des &#234;tres parlant, se trouve au c&#339;ur des contradictions inh&#233;rentes au fait de parler que nous avons une forte tendance &#224; ignorer, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la vie intellectuelle, comme dans la cr&#233;ation litt&#233;raire d'ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons donc par la fin ou presque de ce texte. Buber, &#233;voque d'abord le fait qu'il est quasiment impossible pour un &#234;tre humain ayant v&#233;cu l'extase de NE PAS ext&#233;rioriser ce qu'il a v&#233;cu : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le contenu de la confession de l'extatique doit para&#238;tre plus arbitraire encore &#224; celui qui n'a pas endur&#233; en son &#226;me la m&#234;me trag&#233;die qui r&#233;sulte de la rencontre entre, d'une part le besoin d'ext&#233;rioriser ce qu'il y a de plus intime, de plus personnel et, d'autre part, le langage humain traditionnel : c'est le combat de l'irrationnel contre le rationnel, qui s'ach&#232;ve sans victoire ni d&#233;faite, par une feuille de papier couverte d'&#233;criture portant pour l'&#339;il qui sait voir le sceau d'une grade souffrance. &#187; (Martin Buber, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Imperfection du langage, m&#233;canisme et unit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage et le fait de recourir &#224; une langue pour exprimer ce qui est litt&#233;ralement inexprimable appara&#238;t d'entr&#233;e dans sa double fonction de moyen de transcrire et donc potentiellement de transmettre ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu par une personne aux autres, de communiquer donc pour parler la langue d'aujourd'hui, et en m&#234;me temps d'obstacle le plus ind&#233;passable &#224; la transmission de quelque chose qui en effet &#233;chappe absolument &#224; toute transcription. Le langage est, il faut le rappeler, un ensemble de signes limit&#233;s ne permettant pas, ou tr&#232;s imparfaitement, de rendre compte de l'infinit&#233; des exp&#233;riences (et pas seulement extatiques) et donc ce moyen est non seulement incapable de permettre &#224; d'autres d'acc&#233;der &#224; ce qui fait le c&#339;ur battant d'une exp&#233;rience par d&#233;finition incommunicable mais il emp&#234;che &#224; jamais cette transmission de se faire par les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation des mots depuis que l'homme parle, des textes et m&#234;me des confessions d'extatiques par exemple n'a jamais permis &#224; autre chose qu'&#224; la connaissance de se d&#233;velopper dans les cerveaux humains, mais sinon jamais du moins tr&#232;s rarement, sauf dans des temps tr&#232;s recul&#233;s sans doute, &#224; d&#233;clencher directement chez tel ou telle une explosion psychique telle qu'elle se rapprocherait ou serait semblable &#224; celles v&#233;cues par les extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber d&#232;s la premi&#232;re ligne du texte utilise le terme de &lt;i&gt;m&#233;canisme&lt;/i&gt; pour d&#233;signer ce qui occupe et d&#233;termine la globalit&#233; de nos vies et qu'il d&#233;finit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;canisme me procure les objets et les id&#233;es qui vont avec mais pas l'unit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons ici que l'unit&#233; est le mot qu'utilise Buber pour synth&#233;tiser l'exp&#233;rience extatique, et le m&#233;canisme la vie qui est celle de chaque homme qui ne parvient pas &#224; &#233;chapper aux r&#232;gles g&#233;n&#233;rales du comportement, et qui, de plus, emp&#234;che ou restreint l'acc&#232;s ceux qui pourraient le d&#233;sirer, de parvenir &#224; des exp&#233;riences v&#233;cues limites, extatiques ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; ce point majeur du langage comme &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;. Buber &#233;crit peu apr&#232;s le passage cit&#233; pr&#233;c&#233;demment ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une contradiction (pr&#233;sent&#233;e peu avant &#224; travers une citation de Bossuet qui remarque que les extatiques doivent en passer par le langage lors m&#234;me qu'il veulent exprimer quelque chose qui est sans image sans mot ou au-del&#224; d'eux) est en effet d&#233;nonc&#233;e. Mais que signifie-t-elle pour juger des hommes qui passent leur vie dans la douleur d'une formidable contradiction : celle qui existe entre le v&#233;cu et le m&#233;canisme, &#224; laquelle ils s'arrachent, mais pour y retomber sans cesse ? C'est la contradiction entre l'extase qui n'entre pas dans la m&#233;moire et le d&#233;sir de sauver cette extase pour la m&#233;moire sous forme d'images de discours, de confession. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera en passant la mani&#232;re dont Buber met en sc&#232;ne la contradiction : entre absence de m&#233;moire li&#233;e &#224; l'extase, &#224; l'exp&#233;rience, donc, et n&#233;cessit&#233; de forger une m&#233;moire qui est la seule mani&#232;re de rendre possible une forme de transmission. On remarquera surtout donc que cette contradiction est ind&#233;passable du moins jusqu'&#224; ce jour parce que le langage est &#224; la fois porte qui peut ouvrir et mur qui emp&#234;che de passer de l'autre c&#244;t&#233;. Le langage permet de dire, et donc si l'on veut, l'apr&#232;s de l'exp&#233;rience passe PAR lui, mais comme m&#233;diation pour quelque chose qui doit &#234;tre v&#233;cu directement, sans m&#233;diation, il interdit ou emp&#234;che l'exp&#233;rience en tant que telle de passer &#192; TRAVERS lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas ind&#233;cent, bien au contraire, de rappeler ici une citation du cher Marquis de Sade qui fait dire &#224; Dolmanc&#233; alors qu'il s'adresse &#224; la jeune Eug&#233;nie qu'il va pervertir en un tour de main avec l'aide de son amie madame de Saint-Ange : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Belle Euge&#769;nie, j'aimerais cent fois mieux vous voir e&#769;prouver tout ce que je voudrais faire, que de vous raconter ce que j'ai fait. &#187; (&lt;i&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/i&gt;, dialogue III)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car m&#234;me si l'exp&#233;rience ne semble pas du m&#234;me ordre, ce que vit la jeune et vierge Eug&#233;nie est bien une exp&#233;rience au sens strict, une transformation de son &#233;tat, un changement de ou dans son &#234;tre, le v&#233;cu de quelque chose qui rel&#232;ve du non r&#233;versible et qui va avoir des cons&#233;quences sur toute sa vie. Et si l'extase n'est pas mystique pour les raisons que l'on devine, elle est pour le moins physique et psychique et s'approche par bien des points de ceux dont parlent les mystiques, m&#234;me si en effet l'unit&#233; entre le moi et le dieu n'est pas ici chez Sade l'enjeu, mais celle entre un corps sensible et un esprit dot&#233; de volont&#233;, fonctionnant de concert en vue d'acc&#233;der &#224; des sensations intenses, sexuelles et qui sont une des formes possibles de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH659/4_alpais-7ac58.jpg?1772188239' width='500' height='659' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Alpais de Cudot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sp&#233;cificit&#233;s de l'extase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le paradoxe de l'extase : l'exemple d'Alpais de Cudot&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; Buber et &#224; la question de l'extase. C'est quelque chose qui d&#233;passe litt&#233;ralement l'entendement que de vivre une ou des extases et qui est &#224; la fois associ&#233; au ravissement et &#224; la souffrance. Que veut dire extase ? Ekstasis en grec veut dire (entre autres choses) sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me signale le paradoxe de l'extase qui est une exp&#233;rience qui conjugue les extr&#234;mes et qui en effet rend impossible toute description pr&#233;cise puisque le langage ne permet en rien de dire &#224; la fois la richesse et la complexit&#233; de ces moments, de ces &#233;tats. Car l'extase est un &#233;tat et Musil s'en souviendra qui rendra &#224; ce mot toute sa puissance en inscrivant la qu&#234;te d'Ulrich et d'Agathe sous le terme de recherche de &#171; l'autre &#233;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut jamais oublier donc que le vocabulaire de la description de l'extase est d'abord pris dans la langue et donc port&#233; par la grande machine &#224; m&#233;taphores qui est le c&#339;ur battant de toute langue (et non pas tant ou pas seulement le fait d'&#234;tre un moyen de communiquer) et ensuite qu'elle est conditionn&#233;e par l'&#233;poque, le cadre ou le milieu dans lequel l'extatique vit, celui-ci pouvant &#234;tre souvent un milieu li&#233; &#224; une religion, mais pouvant &#234;tre aussi v&#233;cu &#224; la marge de tels groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul exemple permettra de rendre cela plus &#233;vident. Le mieux est de se reporter &#224; l'un des textes rassembl&#233;s par Martin Buber, un texte d'une fran&#231;aise, Alpais de Cudot, &#224; la vie &#233;difiante, malade, l&#233;preuse, que sa famille veut laisser mourir tant elle est comme en &#233;tat de putr&#233;faction et qui va recevoir une vision de la vierge qui va lui donner, en retour, le don de faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps ne sent plus mauvais, mais elle reste recluse plus de quarante ans se nourrissant exclusivement d'hosties. Elle aura r&#233;guli&#232;rement des visions et des extases et son culte sera accept&#233; par Pie IX en 1874.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un long passage, cit&#233; par Martin Buber est une r&#233;ponse &#224; des questions d'un saint homme pour savoir si elle avait des visions dans son corps ou hors de son corps ou si elle &#233;tait ravie en esprit ou non. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68, extraits choisis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ces quelques passages, c'est approcher directement les &#171; contradictions &#187; qui se mesurent &#224; l'aune de la logique de la langue et surtout approcher un &#233;tat qui semble nous projeter dans le monde d'avant la conscience ou d'au-del&#224; de la conscience et qui est n&#233;anmoins v&#233;cu, per&#231;u, et dont ceux ou celles qui le vivent gardent suffisamment de souvenirs pour tenter de la pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que d'autres, ce texte met en sc&#232;ne les questions qui nous int&#233;ressent, et en particulier, celle de l'approche en termes de spatialisation de l'exp&#233;rience qui se r&#233;v&#232;le impossible. On est au c&#339;ur de la question de la relation &#224; la fois in&#233;vitable et impossible entre v&#233;cu et narration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons un bref r&#233;sum&#233; des questions et des enjeux qui apparaissent si clairement dans ce texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les visions dont je vous parle je les vois se produire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quoiqu'il en soit de la v&#233;rit&#233; de ces choses, je sais que je ne suis pas tromp&#233;e et ne trompe, car ce que je dis je le vois comme je le dis et je le dis comme je le vois ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est ainsi, me semble-t-il, que mon &#226;me est sortie soudain de mon corps sans que je m'en aper&#231;oive ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on ne peut trouver dans le monde entier, d'objet &#224; l'image duquel la forme ou la nature de l'&#226;me pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce qu'elle entend, elle l'entend enti&#232;rement et se souvient enti&#232;rement des sons (idem pour la vue le toucher le go&#251;t : le corps est donc enti&#232;rement mobilis&#233;) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#226;me n'est contenue en aucun lieu, car elle n'est pas localis&#233;e, elle n'est limit&#233;e par aucun espace car elle n'a pas d'extension, n'est born&#233;e par aucun membre car elle n'est pas corporelle. Elle est toute enti&#232;re pr&#233;sente en chaque parcelle du corps.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de m&#234;me que dieu est partout, l'&#226;me est partout forte dans le corps comme dans son monde &#224; elle qu'elle anime, meut, r&#233;git ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et de m&#234;me que le dieu est dans son monde au-dedans et au-dehors, en haut en bas, de m&#234;me l'&#226;me dans son corps le r&#233;git en haut le porte en bas, l'emplit au dedans et l'entoure au-dehors. De sorte qu'elle est dedans et dehors, qu'elle entoure comme elle p&#233;n&#232;tre, qu'elle dirige comme elle porte, et porte comme elle dirige ; et de m&#234;me que dieu ne cro&#238;t pas dans la croissance des cr&#233;atures ni ne diminue avec leur diminution, de m&#234;me l'&#226;me n'est pas amoindrie par l'amoindrissement des membres ni augment&#233;e par leur augmentation. &#187;(Alpais de Cudot, &lt;i&gt;in Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les extatiques, des bicam&#233;raux tardifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc ici quelque chose d'essentiel pour nous. On pourrait dire par un raccourci peut-&#234;tre utile, que les extatiques sont des bicam&#233;raux tardifs mais d'un bicam&#233;ralisme puissant, et en tout cas qu'ils nous conduisent dans des zones et des &#233;tats du psychisme qui n'ont gu&#232;re &#224; voir avec la conscience quel que soit le sens que l'on donne &#224; ce mot m&#234;me si de facto elle n'est pas absente des confessions puisque celles-ci sont faites lors du retour &#224; l'&#233;tat &#171; normal &#187; de extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire aussi que le dieu qui les assaille et avec lequel ces extatiques vivent une forme d'unit&#233; ou d'union surpuissante, ressemble plus au dieu des bicam&#233;raux qu'au dieu chr&#233;tien. M&#234;me si la plupart des extatiques choisis par Buber le sont, d'autres ne le sont pas et des t&#233;moignages proviennent de toutes les &#233;poques et de tous les groupes sociaux ou religieux, confirment cet aspect des choses. Nous faisons donc ici un pas pour nous approcher au plus pr&#232;s de ce qu'a pu &#234;tre et peut encore &#234;tre une mani&#232;re pr&#233;cise de &#171; faire des dieux &#187;, ou plus exactement de faire ou le plus souvent de &#171; subir &#187; la venue d'un dieu en tout cas de montrer &#224; la fois ce qui se produit et comment cela se fait et surtout comment cela modifie la psych&#233; au moins pendant l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dehors, pas de dedans, pas de temps, pas de raison rationnelle, pas de communication, pas de langage possible ni d'ailleurs n&#233;cessaire et sans ces &#233;l&#233;ments qui constituent nos existences qui les balisent et sans lesquels nous n'imaginons pas pouvoir vivre quelque chose a lieu qui d&#233;passe l'entendement mais qui pourtant est ind&#233;niable, m&#234;me si l'on n'a d'autre choix que de &#171; croire &#187; ce que nous disent ces confessions, &#233;videmment. Mais nous n'avons pas non plus de raison de penser que ces t&#233;moignages ne sont que des tentatives pour nous tromper comme le disait si bien Alpais de Cudot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Les deux mondes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux mondes qui cohabitent parfois en certains &#234;tres mais la plupart du temps nous n'en connaissons qu'un, le monde du m&#233;canisme, de la connaissance de la raison et du langage. L'autre, le monde de l'extase, est celui qui parfois surgit et emporte tout ce que nous connaissions et nous-m&#234;mes si loin de nous que rien ne reste, au point que tout pourrait sembler perdu puisque tout serait m&#233;tamorphos&#233; et pass&#233; dans une dimension sans dimension. Reste &#224; chacun &#224; d&#233;couvrir la capacit&#233; qu'il a de se projeter dans un autre &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier monde est toujours gouvern&#233; par le langage. Buber dit &#224; propos des dieux et on pourrait m&#234;me dire de dieu qu'il ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par l'&#226;me en tant qu'elle est prise dans les filets du langage qui a &#171; suivi la formation de l'&#226;me humaine par des chemins toujours plus secrets, qui a fa&#231;onn&#233; des noms, qui a escalad&#233; l'Olympe de l'esprit humain, qui a cr&#233;&#233; cet Olympe en entassant m&#233;taphore sur m&#233;taphore jusqu'&#224; ce qu'il ait pu traduire par le verbe les cimes les plus inaccessibles de la pens&#233;e, mais la multiplicit&#233; de ce Moi cr&#233;atrice de signe fait qu'il ne p&#233;n&#233;trera jamais dans le royaume de l'extase qui est le royaume de l'unit&#233;. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite de l'emprise du langage sur nos existences, nos pens&#233;es et nos capacit&#233;s de penser et d'agir autrement qu'en &#233;tant soumis au joug du logos conduit &#224; nommer ce qui en constitue la point la plus globalement intenable : le silence. Il faut noter ici que cette question du silence on la retrouvera aussi chez Burroughs. Et le silence sera aussi pour lui ce &#224; quoi il faudrait parvenir &#224; se tenir pour &#233;chapper &#224; l'emprise n&#233;gative des voix du dehors et du filet du langage. &#171; Le silence est notre symbole contre les dieux et les anges du m&#233;canisme ; ce qui nous garde de ses erreurs, ce qui nous purifie de son impuret&#233;. &#187; &#233;crit encore Buber (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- Deux dieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#171; dieux &#187;, deux approches du dieu plus exactement, ne cessent de se faire face et dans ce texte et souvent au c&#339;ur m&#234;me des religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale ne cesse de hanter les religions, celles du Livre en particulier, mais pas seulement, et surtout faire peur &#224; leur clerg&#233;. Buber prend ici le parti de &#171; croire &#187; ces extatiques, c'est-&#224;-dire qu'il accepte de prendre en charge leur message si apparemment &#171; irrationnel &#187; et de le consid&#233;rer comme fiable et surtout digne d'&#234;tre accepter et au moins inclus dans l'espace mental et th&#233;orique qui est le n&#244;tre. Musil ne fera pas autre chose &#224; la fin de sa vie lorsqu'il se plongera sans r&#233;serve dans l'histoire entre Ulrich et Agathe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber cite un texte d'un certain Hierotheos, sans dire de quand date le texte qui nous indique le point extr&#234;me qu'implique l'extase et qui est en quelque sorte une sorte de renoncement &#224; la vie pour poursuivre l'autre vie, celle qui a lieu dans l'autre &#233;tat, dans l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il me semble convenable d'exprimer sans parole et de comprendre sans reconnaissance ce qui est au-del&#224; des paroles et de la reconnaissance ; je n'entends par l&#224; rien d'autre que le silence secret et le repos mystique qui d&#233;truit la conscience et dissout les formes. Cherche donc, dans le silence et le secret cette union parfaite et originelle avec le bien primitif essentiel. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part on peut ais&#233;ment comprendre que ce &#224; quoi il fait allusion est proche de ce que Jaynes propose avec sa th&#232;se sur la bicam&#233;ralit&#233;, m&#234;me si c'est fait ici &#224; partir de la seule exp&#233;rience mystique et de cette esp&#233;rance de re-trouver ce qui a &#233;t&#233; en quelque sorte perdu &#224; savoir l'unit&#233; du psychisme et du dieu. Nous pouvons conjecturer que le monde bicam&#233;ral permettait d'appr&#233;hender un dieu pr&#233;sent en chacun, ce qui n'impliquait pas que chaque vie ait &#233;t&#233; mystique. Simplement, chaque homme pouvait plus facilement faire une exp&#233;rience de type &#171; paradoxal &#187; et pouvait saisir non pas que le dieu &#233;tait en lui, mais qu'il &#233;tait au moins pr&#232;s de lui et susceptible de l'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi comprendre en quoi la conscience est d&#233;j&#224; donc un obstacle plut&#244;t qu'une aide, m&#234;me si l&#224; encore, ce qui est propos&#233;, ici, c'est l'extr&#234;me comme &#171; mesure &#187; et non comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est la conscience qui est form&#233;e par le langage, plus que l'inconscient qui lui s&#251;rement ne l'est gu&#232;re finalement, et form&#233;e par le langage ou &#224; travers lui comme instrument permettant de surmonter la crise longue que conna&#238;t le psychisme suite &#224; la fin du r&#232;gne du dieu bicam&#233;ral, et de le faire au moyen ou gr&#226;ce au langage, au logos, au verbe, &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence est donc un paradoxe puisqu'il est comme une sorte d'abandon ou d'abolition du monde et du moi, mais au profit d'une exp&#233;rience prolong&#233;e, illimit&#233;e en quelque sorte, qui surpasse toute les autres exp&#233;riences et qu'il est le seul moyen de la conserver, cette exp&#233;rience dans sa puret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber ajoutera d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois aux extases qu'aucun son n'a effleur&#233; comme &#224; un tr&#233;sor invisible de l'humanit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH672/3_martin_buber-c7b37.jpg?1677671996' width='500' height='672' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martin Buber &#8212; Portrait
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Extase et temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le temps qui n'existe pas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect qui concerne les extases dans leurs confrontations avec les exp&#233;riences ne relevant que de la vie courant aussi excessives soient-elles, est la question du temps. Mais en fait le mot ne r&#233;pond &#224; rien de ce qui est v&#233;cu par les extatiques. Le temps n'existe pas, pour eux du moins pendant l'extase. Apr&#232;s l'espace on vient ici buter sur le second point de rupture avec les exp&#233;riences qui n'&#233;chappent ni au langage ni &#224; une certaine forme de rationalit&#233; aussi extr&#234;mes puissent-elles &#234;tre, c'est-&#224;-dire sur la question de la dur&#233;e des extases et de leur impact sur la vie de ceux et celles qui les ont connues, v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce second point extr&#234;me qu'il faut prendre en compte et l'installer au c&#339;ur m&#234;me de notre pens&#233;e si l'on veut non seulement comprendre un peu ce qui est en jeu avec l'extase mais aussi ce qui nous est en quelque sorte interdit d&#232;s lors que nous nous contentons des r&#232;gles de la raison commune ou scientifique d'ailleurs pour penser et le moi et le monde et surtout au-del&#224; du moi et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale qui est au c&#339;ur de cette exp&#233;rience de l'extase est une schize &#224; caract&#232;re &#171; temporel &#187; en ceci qu'elle abolit le temps au sens strict ou du moins en retire la perception, ou vu sous un autre angle, si l'on prend en compte les souffrances que peuvent avoir v&#233;cues certains ou certaines extatiques, la dur&#233;e dans laquelle s'est inscrite leur exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber est tr&#232;s insistant sur le fait que, m&#234;me si il est impossible &#224; beaucoup d'extatiques de garder le silence sur ce qu'ils vivent ou ont v&#233;cu &#224; cause de ce qu'il en est du besoin d'ext&#233;rioriser et donc de raconter et donc d'inscrire dans la dur&#233;e d'une narration qui est celle du logos ou du verbe, le mieux serait de se taire. Mais l'homme veut &#171; se &#187; comprendre et pour cela il est en quelque sorte pr&#234;t &#224; tout et surtout &#224; parler, pensant qu'aini il comprendra mieux ce qui lui est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car il ne se comprend pas ; et cependant le d&#233;sir de se comprendre, qu'avait &#233;teint l'extase, s'est r&#233;veill&#233; en lui. Il dit les formes et les sons et remarque qu'il ne dit rien de l'&#233;v&#233;nement, rien du fond, rien de l'unit&#233;... Car le verbe br&#251;le en lui. L'extase est morte assassin&#233;e dans le dos par le Temps qui n'accepte pas qu'on se raille de lui. Mais en mourant elle (l'extase) a jet&#233; le Verbe en lui et le Verbe le br&#251;le... Telle est l'exaltatio de celui qui est rentr&#233; dans le m&#233;canisme et ne peut s'en satisfaire ; telle est son &#233;l&#233;vation : celle d'un homme qui discourt, apparent&#233;e &#224; celle du po&#232;te... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que cette tentative d'approcher un peu la question de l'extase et du v&#233;cu de l'extase, de l'exp&#233;rience de l'extase, nous renvoie &#224; celle pos&#233;e au d&#233;but sur ce qui se passe dans la vie de ceux qui ne connaissent pas de telles exp&#233;riences limites, de telles extases, c'est-&#224;-dire l'immense majorit&#233; des humains. Il y a une antinomie, une s&#233;paration radicale entre ces deux types de vie. Mais cette exp&#233;rience est v&#233;cue, nul ne peut le contester. Il n'est possible que de la rejeter comme irrationnelle. Il est in&#233;vitable d'accepter qu'elle existe pour certains &#234;tres qui vivent bien aussi dans le m&#234;me monde que les autres et alors de faire le pari de s'int&#233;resser &#224; ce que l'extase nous apporte comme &#233;l&#233;ments de connaissance sur l'homme. C'est en particulier le choix que font et Burroughs et Musil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extase est donc un ph&#233;nom&#232;ne globalement incommunicable, qui perd ce qu'elle a de plus indicible et qui est aussi ce qu'elle de plus extraordinaire, &#224; &#234;tre transmise par les mots. Par elle se r&#233;v&#232;le l'existence d'une scission profonde entre deux mondes qui ne sont pas compatibles, sauf &#224; accepter que la rationalit&#233; ne soit pas la seule instance capable de mesurer ce qu'il est en est de la vie ou du v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Le temps comme question du continu et du discontinu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre, ici que la question du temps ou de la temporalit&#233; pos&#233;e par l'existence des extases et des extatiques nous entra&#238;ne non pas dans des consid&#233;rations sur le temps mais sur deux points essentiels largement oubli&#233;s dans tous les discours qui touchent au temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la possibilit&#233; de vivre quelque chose qui &#233;chappe &#224; toutes les formes connues de temps ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la situation de la question du temps non comme li&#233;e &#224; la temporalit&#233;, mais comme pont dans le psychisme entre les deux h&#233;misph&#232;res, ou si l'on veut entre deux p&#244;les d'activit&#233;s psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du temps est d'abord li&#233;e &#224; la question que nous pose l'existence, dans la vie psychique en particulier, d'un double r&#233;gime d'activit&#233;s qui sont per&#231;ues ou comprises comme &#233;tant soit continues soit discontinues. On le sait le discontinu est autrement nomm&#233; en math&#233;matiques. On l'appelle le discret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Naccache le montre avec pr&#233;cision dans ses deux derniers livres, mais il &#233;tait possible &#233;videmment de rep&#233;rer cette vibration interne au psychisme dans des activit&#233;s li&#233;es &#224; la pens&#233;e. Si nous ne voyons pas dans cette distinction un moteur majeur de tout ce qui est, de toutes nos activit&#233;s, et donc de la pens&#233;e m&#234;me, c'est que nous pr&#233;f&#233;rons nous en tenir &#224; l'&#233;vidence partag&#233;e que notre vie, nos vies, sont prises dans l'&#233;vidence de la continuit&#233; construite, seul moyen il est vrai pour ne pas sombrer dans un doute existentiel profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que vivent les extatiques est, le plus souvent, quelque chose qui, &#233;chappant au temps, semble traduire une exp&#233;rience de continuit&#233; radicale plus spatiale que temporelle d'ailleurs, parce qu'elle est, cette exp&#233;rience de fusion entre le dieu et le moi jusqu'&#224; l'indistinction des deux. Ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il faut, en passant par le langage, tenter de rendre compte de ce qui s'est pass&#233; et donc se soumettre ou accepter d'&#234;tre soumis &#224; la logique du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que Naccache en bon scientifique de tr&#232;s haut niveau qui d&#233;montre que le substrat de notre vie psychique est compos&#233; d'un infinit&#233; de moments discontinus ou discrets se range du c&#244;t&#233; de la conscience comme activit&#233; cens&#233;e assurer le lien entre ces moments discontinus pour la plupart non perceptibles puisque de l'ordre du milli&#232;me de seconde ou un peu plus ou un peu moins, selon, et comme instance de la formation de la &#171; sensation &#187; ou de l'id&#233;e de la continuit&#233; de notre vie que nous forgeons par-del&#224; cette infinit&#233; de moments discrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prend donc parti plut&#244;t &#171; contre &#187; le continu, surtout lorsqu'il est revendiqu&#233; comme une mani&#232;re de faire un avec... que ce soit un dieu ou un autre, ou simplement l'univers ! Quoique prenant en charge la m&#233;canique du discontinu dans le psychisme, il ne semble pas accorder de valeur &#224; l'appel du continu et encore moins aux exp&#233;riences du continu dont il ne nie pas l'existence mais qu'il reconduit &#224; leur statut de voile port&#233; sur la structure discontinue du psychisme. Suivons le dans ce qu'il &#233;crit. Il commence par citer un passage de &lt;i&gt;L'idiot&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, le discours du prince Mychkine, et poursuit en prenant position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais qu'est-ce que &#231;a peut faire que ce soit une tension anormale, si le r&#233;sultat lui-m&#234;me, si la minute de sensation, quand on se souvient d'elle et qu'on l'examine en pleine sant&#233;, est au degr&#233; ultime de l'harmonie, de la beaut&#233;, et si elle vous donne un sentiment de pl&#233;nitude invraisemblable, insoup&#231;onn&#233;e, un sentiment de mesure, d'apaisement, celui de se fonder, en pri&#232;re extatique, dans la synth&#232;se sup&#233;rieure de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit donc ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bref, les auras &#233;pileptiques extatiques procurent un cadre d'exp&#233;riences subjectives d'apparence continue (et non discr&#232;te) au monde. Leurs r&#233;percussions culturelles &#224; travers la litt&#233;rature, et plus largement dans les pens&#233;es religieuses, mystiques et plus largement spirituelles, participent probablement &#224; l'&#233;clipse de la discr&#233;tion au profit du rayonnement cosmique du bienheureux sentiment de continuit&#233;. Presque une b&#233;atitude. &#187; (&lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, p. 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire simplement : no comment ! Pourtant il faut ajouter autre chose, et c'est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;terminer ce qui est en jeu ici, &#224; savoir l'&#233;ternel &#171; m&#233;pris &#187;, m&#234;me relatif, de ce que sont et de ceux qui font ces exp&#233;riences et de ce qu'elles traduisent : une exp&#233;rience v&#233;cue ind&#233;niable. Et c'est aussi de ne pas voir, bien qu'il ait le nez dedans si l'on peut dire, ou de ne pas prendre en compte le fait que le cerveau puisse &#234;tre porteur de cette fonction, de cette dimension, de cette puissance capable de produire de tels effets, et que Jaynes nomme le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous ce qui importe c'est ceci : il est imp&#233;ratif de tenter de prendre en compte le fait que de telles exp&#233;riences non seulement remettent en cause l'&#233;vidence du temps et de l'espace, mais plus encore de nous approprier ces positions, ces effets de l'extase, pour - si l'on admet qu'ils sont des effets du cerveau bicam&#233;ral qui vient encore en nous et donc des confirmations de ce que le dieu est potentiellement toujours actif ou activable - transformer notre mani&#232;re de penser et partir de ce que nous enseignent ces positions extr&#234;mes pour modifier ce que nous tenons pour vrai et donc ce &#224; quoi nous croyons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous devons aborder les questions relatives &#224; l'espace &#224; partir d'une gen&#232;se de la spatialit&#233; et non faire comme si l'espace &#233;tait donn&#233;. Idem pour le temps. Nous verrons comment tenter de formuler les effets d'une compr&#233;hension m&#234;me lointaine et m&#233;diate de l'extase sur la pens&#233;e, sur notre pens&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH700/2_burroughs-684a0.jpg?1677671996' width='500' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'addiction comme extase n&#233;gative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. L'addiction entre ob&#233;issance, soumission et r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de l'&#339;uvre de William Burroughs demanderait un nombre cons&#233;quent de s&#233;ances et ce n'est pas notre objectif aujourd'hui. L'enjeu est de voir comment cet homme hors norme et &#224; la vie pour le moins compliqu&#233;e est parvenu &#224; la compr&#233;hension de ph&#233;nom&#232;nes que d'une certaine mani&#232;re seuls les extatiques ont approch&#233;s sinon compris mais qu'ils nous ont permis d'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- D&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il faut commencer par le presque commencement son premier livre &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, &#233;crit avant l'invention du cut-up que nous allons aborder par sa pr&#233;face qui est l'un des textes les plus pr&#233;cis sur notre situation existentielle actuelle, car en effet qui de plus proche que la drogue sinon la marchandise et sinon quoi de plus commun &#224; tous les humains sinon le langage, cette drogue si bien connue comme moyen de communication et ignor&#233;e pour ce qu'elle est, un virus pour Burroughs et partant une entit&#233; capable de loger en nous sans nous l&#226;cher de nous envahir et de nous bouffer la moelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; la pr&#233;face de Burroughs &#224; son premier livre, c'est plonger &#224; la source, la double source si l'on veut de son &#339;uvre, dans la mesure o&#249; il n'y aurait pas eu la r&#233;v&#233;lation de la duplicit&#233; de la langue sans la conscience de la forme de la servitude induite par la consommation pendant plus de 15 ans de drogues diverses et il n'y aurait pas eu non plus de livres sans le fond de v&#233;cu servant de base aux r&#233;cits ni de capacit&#233; &#224; d&#233;couvrir avec le cut-up un principe de transmutation de l'&#233;criture et donc de la langue pour tenter d'&#233;chapper au pi&#232;ge dans lequel sinon elle tient chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de mieux que de lire int&#233;gralement les trois premi&#232;res pages de cette introduction au &lt;i&gt;festin nu&lt;/i&gt;, c'est la seule mani&#232;re pour qui n'est pas familier avec l'auteur et avec l'addiction, de prendre la mesure de la pens&#233;e de Burroughs. Car, point essentiel il nomme la drogue virus et il fera de m&#234;me pour le langage. Il sera plus ais&#233; de voir comment il op&#232;re pour mettre en relation la ligne de la came et celle du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois points majeurs doivent retenir notre attention : les trois principes de base du monopole, la came comme produit id&#233;al et le cam&#233; comme facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut revenir sur un autre point avant tout, le fait que Burroughs distingue deux types de drogues, celles qui asservissent et celles qui font voir dieu. Et de celle-l&#224; il ne semble pas se servir. Il est lui, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, dans la maison du diable si l'on veut. C'est ce qu'il importe de prendre en compte. Car tout ce qu'il va parvenir &#224; construire se fait &#224; partir de l&#224;, en fonction de ce voyage initiatique dans les bas-fonds et dans la zone d'influence de la mort et du mal. Mais c'est cela qui va lui permettre de retourner comme un gant l'&#233;vidence apparente de la relation &#224; la drogue comme &#233;tant une sorte de d&#233;viance et d'exc&#232;s lors m&#234;me qu'elle appara&#238;t comme le mod&#232;le m&#234;me des transactions qui sont au c&#339;ur de la soci&#233;t&#233;, et en tout cas de la soci&#233;t&#233; qui est en train de na&#238;tre ou qui a commenc&#233; &#224; s'implanter depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle et qui se d&#233;ploie alors de la mani&#232;re la plus s&#233;duisante en recouvrant le monde qu'elle impose d'un voile de s&#233;duction, donc lors m&#234;me qu'elle est en train d'inventer une d&#233;pendance dramatique et une transformation du monde en une sorte d'enfer joyeusement irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dix ans avant l'&#233;criture de &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; pas plus, et en fait &#224; peu pr&#232;s &#224; l'&#233;poque des d&#233;buts de l'IS, soit entre 57 et 60. Il n'en reste pas moins que le portrait de la soci&#233;t&#233; &#224; la fois existante et &#224; venir puisque les trente glorieuses ne font que d&#233;buter en Europe, que Burroughs dresse dans cette pr&#233;face est largement aussi implacable que celui que dressera Debord. Il en tireront les m&#234;mes conclusions sur la mani&#232;re possible de se d&#233;faire de cette emprise, &#224; savoir qu'il ne s'agit pas comme le dit Burroughs de tenter de couper la t&#234;te des r&#233;seaux mais bien de rendre pr&#233;f&#233;rable une autre relation au monde que celle induite par la d&#233;pendance. On sait aussi que de telles id&#233;es pour justes qu'elles soient sont sans avenir. On sait aussi cependant qu'elles d&#233;crivent avec pr&#233;cision la loi du monde qui est encore celle qui gouverne notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les trois principes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les trois principes mettent en sc&#232;ne, c'est la situation d'ob&#233;issance qui pr&#233;vaut dans la relation de l'homme &#224; toute substance qui lui est propos&#233;e du dehors et qui est injectable ou ing&#233;rable par lui. Si la drogue est quelque chose de concret de mat&#233;riel de palpable, il y a d'autres &#233;l&#233;ments qui tout en l'&#233;tant moins peuvent aussi venir s'installer dans l'esprit de ceux &#224; qui ont les impose, comme les images, les mots et avant tout les voix. On voit aussit&#244;t pourquoi Burroughs a trouv&#233; en Jaynes un alli&#233; intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 1 : L'argent est au c&#339;ur de tout partage de toute relation de tout &#233;change &#171; humain &#187;. Il y a donc une m&#233;diation qui est &#224; la fois ind&#233;passable et impossible &#224; occulter. L'argent constitue en quelque sorte la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; ultime sur les relations entretenues par ceux qui &#233;changent dans le champs &#233;largi de la drogue. Il suffit de remplacer drogue par marchandise et le tour est jou&#233;. Nous savons alors ce que nous sommes comment nous vivons et pourquoi nous vivons. En passant on peut interroger &#224; partir de ce point l'usage de l'argent dans la relation qu'entretiennent analys&#233; et analysant dans l'analyse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 2 : C'est donc celui qui dispose (pas poss&#232;de dispose car ceux qui poss&#232;dent ne sont jamais les acteurs des relations directes) de la marchandise qui est en mesure de cr&#233;er le vide, entendons l'interruption ou plus exactement le suspens dans la relation entre acheteur et vendeur, suspens qui permet que s'op&#232;re le renversement complet de la situation faisant en sorte que celui qui en fait ach&#232;te devienne celui demande. Le mot attente est ici le plus important puisqu'il s'agit en quelque sorte d'une sorte de concentr&#233; temporel de forme en raccourci de ce qui est au c&#339;ur de la promesse au moins dans la relation chr&#233;tienne qui est d'attendre le retour du messie, et peut-&#234;tre en fait de toute forme de promesse. L'attente est au centre de toutes les religions qui toutes, d'une mani&#232;re ou d'une autre, projettent dans un avenir ind&#233;fini une lib&#233;ration suppos&#233;e apporter une forme ou une autre de bonheur. Et ici le paradoxe c'est qu'en effet la rencontre &#224; venir entre cam&#233; et pourvoyeur va permettre au cam&#233; de voir l'attente combl&#233;e. &#192; ceci pr&#232;s que le produit lui-m&#234;me est porteur de la m&#234;me structure, celle du manque qui est le nom de la forme physique que prend l'attente pour le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 3 : L'enjeu est plus que de faire savoir ou faire sentir, de concr&#233;tiser le pouvoir du vendeur sur le consommateur lorsque cela est possible afin d'imprimer en lui la reconnaissance par lui ou plut&#244;t l'acceptation de sa soumission. La mat&#233;rialisation du manque, l'ouverture de l'attente sur un temps devenant &#171; infini &#187; puisque n'ayant plus de limite par la disparition du pourvoyeur, suite &#224; la rupture de la relation, font de la relation entre cam&#233; et pourvoyeur un &#233;quivalent de la relation de type amoureux. La mise en sc&#232;ne de l'absence comme d&#233;finitive, l'inscription du manque dans l'irr&#233;versibilit&#233;, induisent chez le cam&#233; un renforcement de la demande et de la soumission face aux menaces &#224; venir de nouvelles ruptures. Car qui finalement n'est pas pr&#234;t &#224; se prosterner pour qu'il revienne. Qui ? le porteur de la bonne nouvelle, le messager, l'&#233;vang&#233;liste aux mains pleines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- L'&#233;quation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Burroughs parvient &#224; ce rapprochement &#224; cette &#233;quivalence entre drogue et marchandise, entendons &#224; voir dans la drogue le mod&#232;le, la matrice de toute forme de marchandise en tant que la marchandise est bien quelque chose qui nous est impos&#233; du dehors et dont la fonction est de parvenir &#224; nous s&#233;duire de mani&#232;re telle que les signes dont elles sont porteuses s'inscrivent dans notre psych&#233;. La marchandise est un langage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs parvient alors &#224; produire l'&#233;quation la plus radicale que nous avons feint de d&#233;couvrir lors de ce moment de t&#233;l&#233;vision impromptu o&#249; le patron de TF1 a &#233;voqu&#233; les minutes de cerveaux disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation est simple : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le trafiquant ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur &#224; son produit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation se double d'une formule magique : &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La drogue rec&#232;le la formule du virus &#034;diabolique&#034; : l'Alg&#232;bre du Besoin. et le visage du diable est toujours celui du besoin absolu. &#187; (Burroughs, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement Burroughs parvient &#224; constat implacable : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Car le cam&#233; du trottoir - celui qui a besoin de came pour pouvoir se maintenir en vie - est le seul facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de constater que nous sommes potentiellement tous des cam&#233;s du trottoir, et donc que les lois qu'il d&#233;crit s'appliquent &#224; nous tous &#224; la fois dans notre relation aux autres et &#224; la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que la drogue est le prototype de la relation d&#233;terminant les modalit&#233;s profondes des &#233;changes entre les hommes dans le cadre marchand. Mais il n'y a pas &#224; pousser beaucoup plus loin le curseur pour voir se dessiner une sorte de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des &#233;changes entre les hommes qui ressemblerait beaucoup &#224; celle que r&#233;v&#232;le l'&#233;change entre drogu&#233; et pourvoyeur. Pour parvenir &#224; ce &#171; saut quantique &#187; ou plus exactement &#224; prouver cette analogie, il va falloir identifier l'&#233;l&#233;ment central qui est au c&#339;ur de tous les &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on le sait ce sera le langage, et avec le langage, l'impossibilit&#233; pour les hommes de NE PAS parler ! En partant en quelque sorte du p&#244;le oppos&#233; de l'exc&#232;s, la drogue face &#224; l'extase, on se retrouve cependant &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me &#171; endroit &#187; dans l'organigramme des fonctions psychiques d&#233;terminantes. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, le point d'achoppement est bien ce besoin de s'exprimer qui est la manifestation de l'existence pour chacun la plus commune, vitale et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L447xH650/5_burroughs-d4123.jpg?1677671996' width='447' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le langage comme virus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; par G.G. Lemaire est tout &#224; fait bien venue pour comprendre comment Burroughs parvient dans sa r&#233;flexion &#224; appr&#233;hender la question du langage &#224; la fois comme un &#233;quivalent d'une drogue et en relation avec les th&#232;ses de Jaynes, auteur qu'il cite &#224; plusieurs reprises au cours des ann&#233;es sans qu'on puisse savoir quand il l'a lu, les textes des essais n'&#233;tant pas dat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La question du verbe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage, il faut l'entendre ici au sens large, c'est &#224; la fois &#233;videmment la langue que nous parlons, les signes que nous &#233;changeons, mais c'est aussi et surtout le Verbe, celui qui nous vient de la bible et avec lui le logos et donc une certaine forme de raison. Il y a &#224; la fois une fascination pour ce verbe et un d&#233;go&#251;t une r&#233;pulsion. Toute l'entreprise cr&#233;atrice de Burroughs va consister &#224; d&#233;gager du langage des possibilit&#233;s expressives qui tout en y &#233;tant contenues sont comme tenues prisonni&#232;res dans les filets qui enserrent le langage et lui assurent sa l&#233;gitimit&#233; : le langage m&#234;me, le moi qui se sert du langage, la raison qui organise toute pens&#233;e s'exprimant par le langage. On le sait cela passera par l'invention du cut-up mais il faut remarquer que &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt; est &#233;crit plus de deux ans avant cette invention &#224; Paris avec Brion Gysing en 1959, dans une chambre d'un h&#244;tel de la rue G&#238;-le-c&#339;ur comme le dit la l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est dot&#233; d'un v&#233;cu dont peu d'hommes disposent, d'une intelligence certaine, d'une imagination efficace et surtout d'un sens aigu de tout ce qui ressort de la logique profonde dont il a pris connaissance dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un paradoxe sans doute que G.G. Lemaire rappelle d'entr&#233;e dans sa pr&#233;face, le fait que cette position pour le moins critique vis-&#224;-vis du langage trouve l'une de ses racines, la plus proche de nous finalement si l'on se r&#233;f&#232;re au monde des commencements de la conscience, dans le nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment l'ouverture de l'&lt;i&gt;&#233;vangile de Jean&lt;/i&gt; qui sonne ainsi dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe parole /et le verbe parole &#233;tait pour le dieu./ Oui Dieu &#233;tait le Verbe parole. Lui qui &#233;tait au commencement pour le Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre traduction dans la &lt;i&gt;Bible de Jerusalem&lt;/i&gt; nous donne une version plus proche de ce que nous sommes habitu&#233;s &#224; entendre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe et le Verbe &#233;tait aupr&#232;s de dieu et le Verbe &#233;tait Dieu. Il &#233;tait au commencement aupr&#232;s de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, en rage contre le temps et l'id&#233;e d'un mouvement vers la paix universelle alors que l'histoire nous montre le contraire n'h&#233;sitera pas &#224; &#233;crire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le verbe. Et le verbe &#233;tait de la merde ! &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 14)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et un peu moins connu il y a dans le chapitre 3 intitul&#233; &lt;i&gt;Contre l'intemp&#233;rance du langage&lt;/i&gt;, dans l'&lt;i&gt;&#233;pitre de Jacques&lt;/i&gt;, des phrases incisives qui elles parlent du langage qu'il faut &#233;videmment distinguer du verbe mais qui t&#233;moignent d'une conscience aig&#252;e des probl&#232;mes pos&#233;s par le langage relativement au activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si un homme ne commet pas d'&#233;cart de paroles, c'est un homme parfait, il est capable de r&#233;fr&#233;ner tout son corps / La langue est un membre minuscule et elle peut glorifier de grandes choses ! Voyez quel petit feu embrase une immense for&#234;t : la langue aussi est un feu. c'est le monde du mal cette langue plac&#233;e parmi nos membres ; elle souille tout le corps ; elle enflamme le cycle de la cr&#233;ation, enflamm&#233;e qu'elle est par la G&#233;henne. / La langue personne ne peut la dompter : c'est un fl&#233;au sans repos. Elle est pleine d'un venin mortel. Par elle nous b&#233;nissons le Seigneur et P&#232;re, et par elle nous maudissons les hommes faits &#224; l'image de dieu. De m&#234;me de la bouche sort la b&#233;n&#233;diction et la mal&#233;diction.... &#187; (&lt;i&gt;Bible de J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, p. 2031)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ces &#233;l&#233;ments r&#233;v&#232;lent, c'est que la langue est per&#231;ue par Burroughs comme un instrument de coercition, une machine de contr&#244;le ou pire encore comme une maladie contagieuse h&#233;r&#233;ditaire au fondement de notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Localiser le dieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, c'est &#224; partir de ses propres exp&#233;riences qu'il parvient &#224; cette constatation, mais il est &#233;vident que la lecture de Jaynes ne peut que le confirmer dans ses analyses. Jaynes n'est pas seulement celui qui a su montrer que le dieu est une entit&#233; qui loge dans le psychisme de chaque homme, mais il a aussi montr&#233; que cette entit&#233; n'&#233;tait ni fixe, ni &#233;ternelle, encore moins une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; toute puissante qui habiterait en chacun, mais un processus psychique &#171; invent&#233; &#187; par les humains ou existant en eux mais ne se d&#233;clenchant qu'en fonction des situations pour permettre de faire face &#224; des d&#233;fis apparemment insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi et il faudrait dire surtout, celui qui a r&#233;v&#233;l&#233; comment la voix ou les voix &#233;taient (avec les hallucinations visuelles) le vecteur privil&#233;gi&#233; de la transmission des informations c'est-&#224;-dire des injonctions ou encore des ordres entre le cerveau droit et le gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voix, les sons, les bruits, sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus difficiles &#224; situer dans l'espace. Notre cerveau n'est pas capable de d&#233;terminer avec pr&#233;cision la provenance d'un son, d'une voix pas m&#234;me de dire si cette voix provient de &#171; l'int&#233;rieur &#187;, c'est-&#224;-dire de son cr&#226;ne, de son propre corps ou du dehors et dans ce dehors si elle provient d'&#224;-c&#244;t&#233; ou de loin, des arbres ou du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses participent &#224; cela en plus de cette faiblesse constitutive, le fait qu'il faudra bien des si&#232;cles pour que le corps soit per&#231;u par chaque homme comme l'unit&#233; d'une complexit&#233; de fonctions et que soit attribu&#233; &#224; chaque partie du corps la fonction juste qui est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le magnifique livre de Richard Broxton Onians, &lt;i&gt;Les origines de le pens&#233;e europ&#233;enne&lt;/i&gt;, montre, entre autres choses, de mani&#232;re d&#233;finitive &#224; travers l'&#233;tude de l'&#233;volution sur quelques si&#232;cles entre l'&#233;poque de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et celle de la fin de Rome, des d&#233;nominations des parties du corps et des fonctions qui leur sont attribu&#233;es, le lent processus de correction constant auquel cela a donn&#233; lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En renfor&#231;ant l'id&#233;e de la difficult&#233; voire de l'impossibilit&#233; de situer une voix ou des voix dans l'espace, cela confirme bien la multiplicit&#233; des approches et des r&#233;actions individuelles ou collectives sur cette question et leurs variations. Et on l'a vu cela avec &lt;i&gt;les confessions extatiques&lt;/i&gt;, par l'intensit&#233; des exp&#233;riences qu'elles narrent, elles confirment cette impossibilit&#233; de localisation et l'h&#233;sitation constante entre un dedans flou dans lequel elles sont insituables mais qui est situ&#233; plus ou moins quelque part &#171; en &#187; l'individu affect&#233;, et un dehors infini d&#233;sign&#233; &#233;videmment par le mot ciel, mais qui pr&#233;cis&#233;ment n'indique rien de pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_burroughs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH337/6_burroughs-a2c98.jpg?1677671996' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Prendre la place des voix divines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre point que Burroughs trouve ou retrouve chez Jaynes et que nous avons effleur&#233; en passant avec Kluge qui lui aussi l'a bien compris, c'est que cette &#171; impossibilit&#233; de situer des voix &#187;, va &#234;tre utilis&#233;e tr&#232;s vite dans l'histoire des hommes, - et sans doute cela remonte-t-il &#224; des temps imm&#233;moriaux, ceux o&#249; dominait la puissance de certaines voix humaines, des chefs de hordes pour le dire vite -, pour prendre le contr&#244;le sur les individus et des groupes humains. Ces voix du dehors, cette fois de mani&#232;re claire puisque ce sont les voix d'autres hommes ou les sons &#233;mis par des hommes, chefs, pr&#234;tre ou autres, ces voix vont prendre la place des voix divines en tout cas les recourir et le remplacer, avec plus ou moins de succ&#232;s, dans la t&#234;te des masses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple de ce remplacement est pr&#233;sent&#233; par Alexander Kluge dans quelques pages de sa &lt;i&gt;Chronique des sentiments, II, Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt;, il pr&#233;cise ce point en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; Jaynes en passant. C'est p. 213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La traque des voix&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, lui, va litt&#233;ralement traquer les voix, c'est-&#224;-dire plonger au c&#339;ur de la contradiction inh&#233;rente au langage et &#224; ce que l'on pourrait appeler la situation post-historique de l'homme dans laquelle le langage voit ses fonctions changer radicalement et r&#233;v&#233;ler combien il est un &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; puisqu'il a pu &#234;tre utile et salvateur et qu'il a pu devenir destructeur ou virus vivant sur le dos de l'&#234;tre qui l'a accueilli. Dans ces relations de symbiose, on sait bien que le virus, comme pour la drogue, a besoin &#224; la fois que son h&#244;te ne meure pas, mais il doit aussi rester suffisamment faible pour que sa soumission et sa d&#233;pendance ne soient pas impact&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste ce changement de fonction relatif au langage ? En ce que les mots, le langage, en particulier &#224; partir de l'invention finale de l'alphabet et voyelles au VIIe avant notre &#232;re, qui s'est impos&#233; comme une aide permettant aux hommes de faire face &#224; la nouvelle situation psychique qui &#233;tait la leur, celle de la lente invention de la conscience comme moyen de surpasser l'affaiblissement du dieu dans la structure psychique bicam&#233;rale, que le langage donc est devenu, en bon &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;, un obstacle au d&#233;veloppement psychique de l'homme voire m&#234;me son meilleur pr&#233;dateur en ceci qu'il ne sert plus les desseins de l'homme mais l'emp&#234;che de les atteindre. G.G. Lemaire cite alors cette phrase de Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le cerveau-outil est muni d'un m&#233;canisme propre qui l'emp&#234;che les probl&#232;mes et ce m&#233;canisme est LE MOT. Le Cerveau ne peut que produire plus d'outils de survie qui produisent encore plus de probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;gage l&#224; de mani&#232;re claire ce que Medhi Belhadj Kacem va d&#233;velopper dans son &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, mais &#224; partir de la langue, certes comme outil ou instrument technique, &#224; savoir que l'homme se trouve embarqu&#233; dans un mouvement qui le conduit &#224; r&#233;pondre &#224; ses probl&#232;me en produisant toujours plus, et donc toujours plus de probl&#232;mes croyant cependant travailler &#224; des solutions, et qu'il est incapable de suspendre ce mouvement destructeur, de NE PAS poursuivre dans une voie qu'il sait lui &#234;tre fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t &#224; des lecteurs de Jaynes donc, et c'est aussi ceci, que ce que pointe Burroughs, fait appara&#238;tre notre situation existentielle dans une parent&#233; extr&#234;me avec celle que nous avons pu identifier dans le long passage du monde bicam&#233;ral au monde de la conscience. Avec l'expression &lt;i&gt;En finir avec la conscience&lt;/i&gt;, on ne vise &#224; rien d'autre qu'&#224; faire appara&#238;tre cela de mani&#232;re indubitable. Conscience et langage sont en quelque sorte sinon synonymes du moins des &#233;quivalents ou des doubles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L463xH700/7_burroughs-dd31a.jpg?1677671996' width='463' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Identifications des m&#233;canismes du virus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esprit attentif et toujours &#224; l'aff&#251;t de ce qui pouvait lui permettre de d&#233;couvrir des &#233;l&#233;ments pouvant lui permettre de d&#233;ployer ses id&#233;es, Burroughs va s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes intrigants, para-normaux au sens strict, au sens o&#249; ils d&#233;fient en effet les lois de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un d'eux auquel il consacre de nombreuses pages sont les enregistrements effectu&#233;s par un certain Raudive avec des magn&#233;tophones install&#233;s dans des studios insonoris&#233;s. La surprise &#224; l'&#233;coute de bandes qui auraient dues &#234;tre vierges de tout son, c'est qu'on pouvait y entendre non pas des bruits mais des voix. Il en parle dans &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt; et dans un essai intitul&#233; &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres &#224; propos des voix enregistr&#233;es de Raudive&lt;/i&gt;. Burroughs s'appuie sur les r&#233;sultats de ces exp&#233;riences qui ont donc permis d'entendre plus de 10.000 phrases dites par ces voix provenant de nulle part ou de n'importe o&#249; si l'on pr&#233;f&#232;re. Ce qu'il cherche ce n'est pas tant &#224; savoir ce que disent ces voix et &#224; produire une interpr&#233;tation de leur signification que le fait m&#234;me que des voix nous traversent nous p&#233;n&#232;trent et puissent en quelque sorte s'inscrire en nous sans que nous puissions en avoir conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rapproche cela surtout de ses exp&#233;riences de cut-up et comprend ces voix comme &#233;tant autant de messages envoy&#233;s de strates inaccessibles de nos psych&#233;s, de notre histoire, de nos exp&#233;riences v&#233;cues non enregistr&#233;es qu'il &#233;voque au d&#233;but de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces ph&#233;nom&#232;nes para-normaux lui permettent de pr&#233;ciser sa pens&#233;e au sujet de la langue, des mots et surtout de notre relation aux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre de d&#233;couvrir que : &#171; Le verbe lui-m&#234;me est peut-&#234;tre un virus qui s'est d&#233;finitivement implant&#233; dans un h&#244;te &#187; comme il l'&#233;crit dans &lt;i&gt;Revolution &#233;lectronique&lt;/i&gt; (Ed Hors Commerce, p. 27), il remarque que nombre des voix entendues sur les bandes de Raudive parlent &#171; dans un style distinctif qui rappelle le discours schizophr&#233;nique. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs ne cesse de rencontrer un type post-historique d'&#233;l&#233;ments proprement bicam&#233;raux ou s'en rapprochant de mani&#232;re significative. Plus encore, c'est &#224; une sorte de m&#233;lange qui n'est ni coh&#233;rent, ni absolument incoh&#233;rent, de phrases, de mots, de situations, et qui ressemble en tout &#224; ce qui est sorti de ses cut-up qu'il fait face, ce qui lui permet de renverser ais&#233;ment et nos certitudes et nos croyances en ces trois &#233;l&#233;ments majeurs qui tous se manifestent par la langue, l'&#234;tre, le moi et la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de pointer du doigt le mot comme calamit&#233; s&#233;mantique pour comprendre ce qu'il s'est pass&#233;. Il faut tenter de comprendre comment l'homme en est arriv&#233; &#224; r&#233;ifier des exp&#233;riences dans des concepts, ou si l'on veut &#224; contraindre la multiplicit&#233; de ses exp&#233;riences &#224; rester prisonni&#232;res de quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il existe une propension du cerveau &#224; classer et surtout &#224; fonctionner &#224; partir de donn&#233;es qui ne sont pas directement issues des exp&#233;riences v&#233;cues, &#224; inventer donc des concepts. Ces concepts peuvent se mettre &#224; fonctionner de mani&#232;re autonome et par un effet de feed back, ils finissent par aider &#224; traiter ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu non plus en fonction des seuls affects ou sentiments mais en fonction de ces &#233;l&#233;ments abstraits cens&#233;s repr&#233;senter et valoir pour ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu (sensation, &#233;motions, etc...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce moment de l'invention des deux grandes r&#232;gles qui croisent les exigences de &#171; rationalit&#233; &#187; de l'expression, de la langue si l'on veut, et l'exigence d'une coh&#233;rence du sujet &#233;gale &#224; celle qui se d&#233;ploie dans le monde abstrait gouvern&#233; par les concepts que va rep&#233;rer Burroughs et qu'il va, en tant que cr&#233;ateur, tenter de faire exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il voie dans la premi&#232;re guerre mondiale et dans la suite du XXe si&#232;cle un moment de grande bascule qui permet &#224; ces concepts de servir &#224; une prise du pouvoir sur nos cerveaux par ds entit&#233;s diverses mais toutes li&#233;es &#224; l'argent et aux diverses formes de pouvoir ne saurait &#233;tonner. Ce qui nous importe surtout c'est de suivre bri&#232;vement la mani&#232;re dont Burroughs formule le lien entre ces trois concepts. Il le fait dans son ouvrage &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le EST de l'identit&#233; entra&#238;ne toujours l'implication d'une chose et de rien d'autre, ainsi que l'attribution d'une condition permanente. rester ainsi. Toute appellation pr&#233;suppose le EST de l'identit&#233; [...] Le EST posant l'identit&#233; constitue un m&#233;canisme viral. La la vis&#233;e peut se d&#233;duire de l'action, un virus vise &#224; SURVIVRE. survivre aux d&#233;pends de l'h&#244;te envahi [&#8230;] le LE cat&#233;gorique constitue &#233;galement un m&#233;canisme viral qui vous coince dans l'univers viral. La locution SOIT/SOIT (OU/OU) constitue une autre forme virale. C'est toujours soit vous soit le virus. SOIT/SOIT...OU/OU : telle est en fait la formule conflictuelle qui constitue l'arch&#233;type du m&#233;canisme viral. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 42 et 45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre g&#233;n&#233;ral de la grammaire pour le dire vite &#233;labor&#233; depuis Aristote, a cependant pris une tournure sensiblement plus contraignante depuis la mise en place des bases de la soci&#233;t&#233; de masse &#224; r&#233;sonance plan&#233;taire et fond&#233;e sur le bombardement permanent de mots, de voix, d'images qui n'ont pour fonction que de nous contraindre, nous contr&#244;ler et interdire tout recours &#224; d'autres possibilit&#233;s &#224; d'autres inventions ou plus simplement &#224; d'autre modes de fonctionnements psychiques, mat&#233;riels, exp&#233;rientiels, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le virus est en train de coloniser de mani&#232;re irr&#233;versible ses h&#244;tes, &#224; savoir nous les humains. Ou plus exactement, cette colonisation est le vecteur par lequel, comme pour les rois assyriens, certains groupes d'individus s'assurent de la main mise et de la soumission des &#234;tres humains qui participent &#224; l'&#233;laboration des biens dont ils ne peuvent pas jouir, ceux-ci &#233;tant r&#233;serv&#233;s &#224; ceux dont les voix donnent des ordres auxquels il n'est plus possible de ne pas se soumettre tant la quantit&#233; et la multiplicit&#233; des &#171; phrases de contr&#244;le &#187; comme les nomme Burroughs, agit &#224; chaque instant comme un tsunami qu'on ne peut arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc la logique profonde d&#233;tect&#233;e par Burroughs se mettre en place. &#192; la logique du besoin qui d&#233;finit le cam&#233;, r&#233;pond la logique de la soumission qui d&#233;finit les utilisateurs de la langue. On se rappellera en passant le texte dans lequel Bill Viola citait sans donner son nom un passage du livre de Jaynes sur le sens du verbe ob&#233;ir qui provient de ob-audire signifiant entendre quelqu'un &#224; qui l'on fait face. Simplement d&#233;sormais on ne fait plus face. les messages, comme dans certains ouvrages de Philip K. Dick, nous traversent en permanence les oreilles et viennent prendre dans nos cerveaux toute la place et rendre impossible ou presque que nous puissions entendre d'autres voix qui elles aussi vivent en nous plus anciennes improbables non codifi&#233;es ou mieux encore des &#233;chos de la voix du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L471xH700/8_burroughs-5ddb7.jpg?1677671996' width='471' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, mais amplifi&#233;e au point qu'elle transforme la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable voire essentielle par l'existence des mass media &#224; l'&#233;poque de Burroughs et des r&#233;seaux internet &#224; la n&#244;tre, et il entend bien assumer cette position en prenant la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci, le fait qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour aider &#224; s'orienter dans l'existence, et que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes et en rien les promoteurs d'un nouvel &#233;vangile. Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir et cela de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui pour beaucoup rel&#232;vent comme on l'a compris de son long s&#233;jour dans le monde de la drogue, exp&#233;rience qui elle n'est pas partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier. Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &lt;i&gt;Les quatre cavaliers de l'apocalypse&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Fonctions du cut-up&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. de fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoins des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Le cut-up est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_dream_machine_event_cherie_nutting.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/11_dream_machine_event_cherie_nutting-601a0.jpg?1772188240' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dream machine event cherie nutting
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons de nouvelles formules de nouvelles images qui pourront s'ing&#233;niant dans nos esprits nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir. Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est un de guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que le drogue peut produire, mais des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles. Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux essais, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demander quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses. &#187; (p. 139)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;(p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fais soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [...] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso. &#187; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;(p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ici renvoyer en particulier &#224; &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, le journal d'Hugo Baal, l'un des fondateurs de dada qui analysait au jour le jour ce qui se passa &#224; Zurich &#224; partir de 1916 et qui a des phrases qui se rapprochent singuli&#232;rement de celles de Burroughs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187; ceci : &#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up &#187;.(p.141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187;... sur certaines d&#233;couvertes neurologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant &#224; la perception de l'encadrer et de lui permettre de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre &#233;criture et faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite et le cut-up pour le dire d'un mot permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc... auxquelles se livrent les artistes post-historiques, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &#171; Et le soit-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience. On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse de la conscience &#233;lev&#233;e au moyen d'un recours passif &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L423xH700/9_burroughs_junkie-5a88a.jpg?1677671997' width='423' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation transtemporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ait raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC de l'Am&#233;rique et de maman etc... (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [...] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'un punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [...] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste.... (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;ma de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est bien une certaine conception de la magie qui alors va entrer en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Puissance de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait en fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates pas les lisser dans une formule continue mais les rapprocher jusqu'&#224; l'&#233;tincelle. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 432-433)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [...] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir. [...] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marque la bande jouer plusieurs piste &#224; la fois couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, pour faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible pensable de lui &#233;chapper pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. Parlant des artistes il remarque qu'ils &#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existante. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes e conscience. [...] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH700/10_burroughs-a28b5.jpg?1677671997' width='476' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme du voyage ou &#224; son commencement, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction au prochain s&#233;minaire qui entamera une relecture des &lt;i&gt;&#201;vangiles&lt;/i&gt; dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer et qui s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous offre la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, que ces quelques lignes par lequel Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. Le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : William Burroughs&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Faire des dieux &#8212; IX</title>
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		<dc:date>2022-12-29T17:23:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
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		<dc:subject>dieu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le S&#233;minaire IX vise &#224; montrer qu'il est possible et m&#234;me souhaitable et vital d'en finir avec le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2200-bd7e9.jpg?1772202174' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le S&#233;minaire IX vise &#224; montrer qu'il est possible et m&#234;me souhaitable et vital d'en finir avec le primat que nous accordons &#224; la conscience dans notre conception actuelle du psychisme et de la pens&#233;e. &#192; travers l'analyse d&#233;taill&#233;e de &#034;Parsifal-Container&#034; d'Alexander Kluge et Georg Baselitz (Ed Spector Books), il s'agit d'explorer quelques-uns de ces nouveaux territoires. Notre conception du Moi, de la Raison, de la Logique bas&#233;e sur le Principe de causalit&#233;, fera face &#224; la &#034;Tendre Force&#034; de l'amour et des sentiments, et &#224; une logique du hasard et de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;FAIRE DES DIEUX - S&#201;MINAIRE IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la conscience II : La fonction des sentiments&lt;br class='autobr' /&gt;
Une exploration des enjeux narratifs, esth&#233;tiques et &#233;thiques dans les oeuvres d'Alexander Kluge et dans Parsifal Container, en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/785051850?h=b1b032009c&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;512&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe de faire un bref retour sur la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente qui a permis de d&#233;gager &#224; la fois le profil de la conscience, ses ancrages et les modalit&#233;s de ses manifestations et de sa domination dans le champ narratif comme dans celui de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu la conscience est non seulement associ&#233;e au sujet, au Je et au moi mais elle elle semble &#234;tre la manifestation la plus effective et efficace de leur existence. Elle est inscrite dans le cadre d'un pens&#233;e de la substance et de l'&#234;tre, et elle joue un r&#244;le central dans les processus de la connaissance puisqu'elle est le pivot autour duquel s'articule la r&#233;flexivit&#233; qui assure au fait de conna&#238;tre la reconnaissance de sa justesse par le sujet connaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La choix de la version de la conscience de Julian Jaynes offre le plus large &#233;ventail de fonctions ce qui permet de d&#233;finir le spectre d'activit&#233;s, d'actions, qu'elle met en &#339;uvre et dont elle est &#224; la fois le support et le destinataire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130679_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/p1130679_blog-69d31.jpg?1672334647' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Importe de rappeler bri&#232;vement les six points par lesquels Jaynes &#034;dessine le portrait&#034; de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La spatialisation consiste a&#768; faire en sorte que les choses qui n'ont pas de consistance spatiale en aient une dans la conscience &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extraction consiste a&#768; faire des choix en permanence dans l'ensemble des attitudes possibles face a&#768; une chose les extraits ne sont pas les choses me&#770;me et nous faisons comme si ils l'e&#769;taient. Mais c'est un processus distinct de la me&#769;moire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Je analogue est la me&#769;taphore que nous avons de nous-me&#770;mes qui peut faire des choses que nous ne faisons pas re&#769;ellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Moi me&#769;taphorique qui est ce par quoi nous nous percevons en train de faire quelque chose et a&#768; quoi en ge&#769;ne&#769;ral on re&#769;duit la conscience. &lt;br class='autobr' /&gt;
La narratisation est le fait d'associer un fait isole&#769; a&#768; un autre fait isole&#769;, en un re&#769;cit qui tente de nous permettre de comprendre le pourquoi de nos gestes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conciliation ou reconnaissance, est un phe&#769;nome&#768;ne commun a&#768; tous les mammife&#768;res par lequel on assimile les choses nouvelles en les assemblant sous la forme d'objets reconnaissables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec Lionel Naccache, que, malgr&#233; l'invention de l'inconscient, la conscience n'&#233;tait pas, m&#234;me dans une approche neurobiologique, le socle assur&#233; de lui-m&#234;me sur lequel il serait possible de fonder aussi bien la connaissance que le sujet. Non qu'elle n'existe pas, mais elle ne gouverne qu'une part extr&#234;mement limit&#233;e des m&#233;canismes qui participent &#224; faire exister le monde pour nous et &#224; nous permettre d'exister dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Lionel Naccache montre, &#224; partir et au-del&#224; des exp&#233;riences men&#233;es sur des sujets pr&#233;sentant des dysfonctionnements s&#233;rieux comme un split brain, un cerveau dissoci&#233; dans lequel les deux h&#233;misph&#232;res n'ont plus de relation entre eux le corps calleux ayant &#233;t&#233; sectionn&#233;e, que nous sommes tous assujettis ou si l'on veut soumis &#224; ces m&#233;canismes neuronaux et psychiques qui ont lieu avant que les &#233;l&#233;ments tri&#233;s ne parviennent &#224; la conscience et que donc tous nous fonctionnons &#224; partir de ce que nous fabriquons sans nous en rendre compte, des FICs, des fictions, imaginations croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conscience est tiss&#233;e par les m&#233;canismes neuronaux qui lui &#233;chappent &#224; elle et donc &#224; n&#244;tre contr&#244;le et par les mots (trames imaginales) et les phrases par lesquelles nous attribuons signification et sens &#224; ce qui nous arrive et &#224; ce que nous voudrions qu'il nous arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet voit son &#034;pouvoir&#034; sur lui-m&#234;me battu en br&#232;che et se retrouve certes toujours disposer de lui-m&#234;me mais avec des pr&#233;rogatives extr&#234;mement limit&#233;es. Au point que la conscience telle qu'elle a &#233;t&#233; pens&#233;e depuis deux mille ans semble devenue obsol&#232;te et pire encore est devenue un pi&#232;ge compos&#233; de &#034;croyances&#034; multiples dans lequel nous tournons en rond et nous offrons &#224; toutes les manipulations imaginables de la part d'entit&#233; ayant compris comment fonctionnait ce &#034;pi&#232;ge&#034; que nous tenons pour la seule forme d'existence et de notre conscience et donc de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130677_hd_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/p1130677_hd_blog-1b701.jpg?1772194539' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conscience et narration&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un point d'entr&#233;e pour repenser la conscience s'est impos&#233; : la narration. &#201;l&#233;ment central du dispositif de la conscience, que Jayne nomme narratisation et qui englobe &#224; la fois les r&#233;cits fait par les sujets conscients et les FICs de Naccache, la narration est devenu au XXe si&#232;cle le champ d'exp&#233;rimentations et d'exp&#233;riences qui affectaient aussi bien les formes litt&#233;raires que le champ de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples sont nombreux, mais peut-&#234;tre pas si nombreux que cela a prendre en charge les mutations du psychisme dues &#224; la fois aux d&#233;couvertes en m&#233;decine et en neurobiologie mais aussi aux transformations sociales imputables &#224; un si&#232;cle qui a r&#233;v&#233;l&#233; aux hommes leur puissance de destruction et pus encore d'autodestruction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est au coeur m&#234;me de ces processus soci&#233;taux que se jouent les mutations de nos psych&#233;s. Cependant, il va de soi que la majorit&#233; des textes produits aujourd'hui encore, s'appuient sur des sch&#233;mas mentaux et psychiques qui rel&#232;vent de ceux de la conscience. Ces textes, ces livres reconduisent ainsi &#224; la fois la croyance en une autonomie et une libert&#233; de la conscience et du sujet, en une valeur positive du doute, en une capacit&#233; de l'introspection &#224; modifier le cours d'une vie voire tel ou tel fragment de la soci&#233;t&#233;, lors m&#234;me que, nous le v&#233;rifions chaque jour, non seulement tien en change mais les formes normatives de pens&#233;e tentent par tous les moyens de ne pas se faire les &#233;chos d'exp&#233;riences de pens&#233;e nouvelle, et encore moins de nouvelles mani&#232;res de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est l'otage de ceux qui veulent que le sch&#233;ma mental dont ils tirent leurs profits ne changent pas, ce qui d'ailleurs assure &#224; tous les trafics souterrains une p&#233;rennit&#233; toujours plus glorieuse. Mais chacun est aussi un otage volontaire en ceci que apparemment sa conscience ne lui permet pas de voir le pi&#232;ge auquel il se livre corps et biens et dont il est en grande partie aussi l'auteur ou au moins l'instigateur et de toute fa&#231;on celui qui trouve une forme de &#034;confort&#034; dans la prorogation de la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains FICs ont un pouvoir suffisamment grand pour emp&#234;cher que le mod&#232;le ne craque.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres donc, des artistes souvent, des gens qui ne parviennent pas &#224; s'int&#233;grer dans ces sch&#233;mas, des gens dits &#034;normaux&#034; qui souffrent en silence de la situation ne trouvant pas n&#233;cessairement en eux la force de faire bouger les lignes mais qui en r&#234;vent d'une mani&#232;re quasi active pourtant, et bien d'autres, ces gens dessinent des lignes qui peuvent &#233;voquer une nouvelle forme de psychisme, posent les bases de nouvelles dimensions, bref inventent de nouvelles mani&#232;res de consid&#233;rer les agitations neuronales et les comportements et les pens&#233;es qui les accompagnent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pr&#233;sent&#233; raidement la derni&#232;re fois un sch&#233;ma tentant de d&#233;crire de mani&#232;re synth&#233;tique les points de passage oblig&#233;s d'un r&#233;cit qui le sachant on non, tenait, au-del&#224; de l'histoire m&#234;me, &#224; &#034;sauver&#034; la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
les quatre points mentionn&#233;s, tir&#233;s du livre La cuisson de l'homme, &#233;taient les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une place &#224; prendre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une bo&#238;te noire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une diff&#233;rence de potentiel
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une histoire d'amour&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus simple est donc de se reporter &#224; la page 198 de La cuisson de l'homme qui les pr&#233;sente en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant de partir explorer des oeuvres litt&#233;raires qui ont toutes pour projet de transformer les bases de la narration, mais elles pourraient &#234;tre cin&#233;matographiques, plastiques ou musicales sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexander Kluge et son oeuvre immense, tant litt&#233;raire que cin&#233;matographique, s'est impos&#233; comme le meilleur exemple pour commencer &#224; dessiner la carte des territoires mentaux et psychiques dans lesquels se d&#233;ploient des pens&#233;es qui ont, non tant pour objectif, mais d&#233;j&#224; pour moyen de montrer comment l'esprit peut exister dans un monde qui se situe &#034;par-del&#224; la conscience&#034; ou si l'on pr&#233;f&#232;re dans une &#233;poque post-conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Faire des dieux&#034; implique de changer de mani&#232;re de travailler ou de pr&#233;senter les choses. certes cela va rester un expos&#233; le plus riche et construit possible mais la part d'improvisation risque d'augmenter. Ce qui est bien dans cette affaire c'est qu'on a affaire &#224; des textes fragment&#233;s et qu'il est possible de se saisir de l'un ou de l'autre int&#233;gralement ( ou en partie &#233;videmment) et d'en proposer une analyse ou un commentaire en le lisant, en offrant ainsi une v&#233;ritable entr&#233;e dans ce dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins qu'il faut tenter de conf&#233;rer &#224; ce moment une coh&#233;rence vitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I Pour en finir avec la conscience : entre lutte arm&#233;e et corps &#224; corps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de mettre &#224; bas la conscience. C'est une structure psychique et mentale, narrative et spatiotemporelle qui s'est forg&#233; au cours des derniers mill&#233;naires mais qui semble avoir atteint ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130676_hd_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH391/p1130676_hd_blog-b2e2e.jpg?1772194539' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La schize&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Pour le dire d'un mot, en suivant Jaynes, elle est ce qui a remplac&#233; peu &#224; peu le syst&#232;me psychique bicam&#233;ral, dont le fonctionnement &#233;tait bas&#233; sur une dissociation non per&#231;ue entre des fonctions c&#233;r&#233;brale et donc entre des activit&#233;s. Un peu comme si chaque homme &#233;tait plus ou moins le jouet d'un cerveau &#034;split&#233;&#034;, s&#233;par&#233;, coup&#233; en deux, schiz&#233;, mais avec une capacit&#233; de ce cerveau &#224; proposer des solutions efficaces pouvant appara&#238;tre dans les moments les plus inattendus ou les plus difficiles de stress intense, et cela de mani&#232;re suffisamment constante pour que la validit&#233; su fonctionnement ne soit pas mise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On l'a vu, en suivant toujours Jaynes, la conscience est le dispositif psychique qui a peu &#224; peu remplac&#233; le fonctionnement bicam&#233;ral dans lequel les dieux &#233;taient des forces psychiques efficientes. cette conscience, s'est constitu&#233;e comme une r&#233;ponse relativement efficace aux probl&#232;mes qui se posaient aux humains et comme une boussole permettant de s'orienter dans l'existence et dans la pens&#233;e, m&#234;me si de nombreux points d'achoppement ne cessaient d'appara&#238;tre sur le chemin. Elle a permis au cerveau gauche d'&#233;tablir et d'assurer sa domination par l'usage du langage comme &#233;l&#233;ment fondateur de la raison. Le cerveau droit, celui ces dieux s'est affaibli et sans jamais pour autant s'effacer, en restant vivace chez certains parfois assez nombreux, non seulement les dieux ont continu&#233; d'exister en et pour certains hommes, mais le cerveau droit a continu&#233; &#224; offrir une certaine force aux humains, en particulier en tant que camp d'&#233;mergence de ce que l'on appellera le monde des affects ou avec Kluge le monde des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes, une fois la conscience &#233;tablie en eux comme usine de production des raisons et entreprise de contr&#244;le des d&#233;rives et des d&#233;viances, ne se sont cependant par aper&#231;us qu'ils &#233;taient schiz&#233;s, mais ils ont v&#233;cu en livrant un combat permanent en tentant de contenir les forces du sentiment sans pouvoir les abolir, ni pouvoir parvenir &#224; les faire taire. Ils ont appris &#224; leur conf&#233;rer une place et se servir d'eux comme d'un lubrifiant in&#233;vitable oscillant entre un mal n&#233;cessaire et un obstacle insurmontable mais devant toujours &#224; d&#233;faut d'&#234;tre surmont&#233;, &#234;tre ni&#233; comme puissance sup&#233;rieure &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forts de leur puissance sans cesse accrue sur les choses et le monde, ils ont continu&#233; d'attribuer &#224; la puissance de leur cerveau gauche de leur raison les bienfaits qu'ils pr&#233;tendaient inventer gr&#226;ce &#224; elle, et cette nouvelle d&#233;esse a finit par les conduire &#224; voir dans la conscience le nom global de la forteresse imprenable qu'il ne cessaient de r&#234;ver &#234;tre devenus. Imprenable parce qu'incapable d'&#234;tre coupable d'erreurs si graves qu'elles remettraient en cause le fondement m&#234;me de la croyance de chaque homme en elle. Elle est devenue non pas un concept mais la m&#233;taphore absolue assurant le je pense d'une l&#233;gitimit&#233; tout aussi absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous sommes assez &#034;conscients&#034; de ce que nous faisons et vivons pour acc&#233;der &#224; la formulation suivante : ce que nous nommons les faits ne sont finalement pas faits d'une autre &#233;toffe que les r&#234;ves, ou plus exactement nous devenons susceptibles d'appr&#233;hender qu'&#224; certaines conditions les faits peuvent se m&#233;tamorphoser en r&#234;ves et les r&#234;ves en faits. Ainsi faits et r&#234;ve, on le devine et le comprend &#224; d&#233;faut de l'accepter et de prendre toute le mesure de ce que cela implique pour et dans la pens&#233;e et l'existence, que les faits et les r&#234;ves donc n'ont jamais cess&#233; de s'entrelacer, et cela tant entre les hommes entre les hommes et les choses qu'en chaque homme. C'est cette m&#233;tamorphose constante des faits en r&#234;ves et des r&#234;ves en faits, sous certaines conditions que nous appelons trames imaginales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 D&#233;sorientation&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous le constatons, nous vivons une &#233;poque qui a commenc&#233; il y a au moins 200 ans, m&#234;me si ce &#224; quoi elle aboutit est aussi le r&#233;sultat de maturations plus longues encore, &#233;poque qui voit se transformer l'ensemble des rep&#232;res qui ont permis &#224; la conscience d'&#234;tre en effet et la forteresse et la gardienne de la forteresse dans le m&#234;me temps, se fendiller, se fragmenter, se liqu&#233;fier, se dissoudre, s'&#233;vanouir, et parfois, apparemment du moins, compl&#232;tement dispara&#238;tre. C'est elle qui nous meut et puisque nous sommes pris en elle, c'est aussi nous qui la mouvons. Mais il nous appara&#238;t souvent que nous ne savons ni vraiment o&#249; cette poque semble aller, elle que nous percevons comme une entit&#233; autonome un peu semblable &#224; celle que nous sommes ou croyons &#234;tre, ni o&#249; nous m&#234;me nous allons. Par exemple nous ne cessons de nous demander si nous devons aller dans ce que nous supposons &#234;tre la direction qu'elle prend ou si nous devons lutter contre le courant et ramer &#224; l'envers du cours du fleuve. Mais c'est l&#224; un des questions nombreuses qui nous assaillent. Toutes elle se r&#233;sument cependant &#224; celle que nous connaissons formul&#233;e par Kant : comment s'orienter dans la pens&#233;e. (v&#233;rifier)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sorientation a de nombreuses &#034;causes&#034; ou si l'on pr&#233;f&#232;re de nombreuses manifestations, sachant que certains faits sont tellement puissants ont eu des d&#233;flagrations tellement inconcevables, qu'ils nous ont d&#233;sorient&#233;s et que depuis &#034;nous errons dans la nuit et nous nous consumons dans le feu&#034;. La forteresse a non seulement trembl&#233; mais elle a vu ses assises s'effriter, s'effondrer, et il faut toute la puissance d'un ensemble de manifestations puissantes pour emp&#234;cher aussi bien que la forteresse ne s'effondre de mani&#232;re indubitable ou que le r&#234;ve qui emp&#234;che de voir l'effritement et l'effondrement ne se termine sur un r&#233;veil brutal. Il y a l&#224; des faits comme des r&#234;ves dont la puissance est telle qu'ils transforment ou plut&#244;t r&#233;v&#232;lent l'existence d'un aveuglement g&#233;n&#233;ralis&#233; comme &#233;tant une fonction centrale du dispositif de la conscience. (note sur / contre le dispositif d'Agamben)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II Tableau g&#233;n&#233;ral et ouvert des notions actives permettant de penser par-del&#224; la conscience, les mutations qui l'affectent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cheval entre philosophie et observation des choses de la vie, se d&#233;ploient des mots qui finissent par former un petit chapelet (une th&#233;orie) de notions et de zones conceptuelles qui concernent directement la conscience, son fonctionnement et les personnage conceptuels dont elle est indissociable, qui l'animent et qu'elle anime. Ces zones ne font pas syst&#232;me m&#234;me si elles finissent par former une zone de zones, et atteindre &#224; un certain niveau de consistance. La pens&#233;e de Kluge consiste et insiste plus qu'elle ne fait syst&#232;me. L'enjeu est donc de tenter d'explorer ces zones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zones conceptuelles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est compos&#233;e par le sujet, l'entit&#233; qui dit Je ou Moi. Il pr&#233;tend ou croit que la conscience est un aspect de lui-m&#234;me et m&#234;me la forme la plus &#233;labor&#233;e de ce Moi et en m&#234;me temps qu'elle est comme la puissance qui assure la coh&#233;rence et la coh&#233;sion de toute ses facettes ou du moins permet de les penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde zone est form&#233;e par l'ensemble des activit&#233;s du sujet qui nourrissent la conscience et lui permettent d'&#233;tablir sa domination sur les choses mais qui peuvent aussi &#233;chapper &#224; son contr&#244;le. Percevoir, sentir, conna&#238;tre tissent des relations fortes qui se voient n&#233;anmoins devenir le champ d'un combat &#224; ce jour sans vainqueur entre le monde de la raison, l'adjuvant fondateur du r&#232;gne de la conscience et celui des affects ou des sentiments, (Die z&#228;rtliche kraft), pour parler avec Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me est celle de l'ontologie dont la conscience est cens&#233;e relever ou dans laquelle elle doit s'inscrire si elle veut pr&#233;tendre assurer sa domination sur l'ensemble des zones pr&#233;cit&#233;es. &#202;tre et substance sont les deux concepts centraux qui assurent le lien entre sujet et monde et les relations entre pens&#233;e et existence en inscrivant le sujet dans une dimension qui le porte, le d&#233;passe et l'englobe et qui permet de faire de ce qu'il produit, les connaissances, le socle &#224; partir duquel il s'approprie le monde et construit sa forteresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me zone est la zone des id&#233;es, ces mots qui devenus des r&#233;alit&#233;s mentales pr&#233;tendent &#224; la m&#234;me consistance que les autres donn&#233;es perceptives ou calculables, rationnelles ou sentimentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es agissent comme des op&#233;rateurs de motivation qui permettent aux sujets de s'orienter dans le monde et dans l'histoire. D&#233;ploy&#233;es dans l'histoire, ces id&#233;es ont finit par former au sens large la zone des id&#233;ologies qui fonctionnent comme le remarque Kluge comme &#034; un mode d'investissement pulsionnel qui permet &#224; la conscience de se conserver&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais les id&#233;es sont aussi des &#233;l&#233;ments, des forces, capables de produire des frottements susceptibles de faire bouger les lignes du croyable disponible et d'engendrer de nouveaux &#034;concepts&#034;, de nouvelles notions et surtout de nouvelles mani&#232;res de les approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Boucles de r&#233;troaction et jugement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette seconde approche de la zone des id&#233;es permet de la d&#233;finir comme le champ transversal dans lequel sont &#224; l'oeuvre les boucles de r&#233;troaction qui permettent &#224; l'ensemble des processus pr&#233;sent&#233;s ci-dessus de trouver, malgr&#233; les tensions et les conflits qui n'ont cess&#233; d'alimenter leur coexistence, une coh&#233;rence et une coh&#233;sion qui est pr&#233;cis&#233;ment celle que se targue de &#034;poss&#233;der&#034; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurant la l&#233;gitimit&#233; de la conscience, l'organisation entre ces zones &#224; la fois psychiques et conceptuelles lui permet de s'imposer comme l'op&#233;rateur qui assure le bon fonctionnement g&#233;n&#233;ral du syst&#232;me psychique. Le moyen ind&#233;pass&#233; &#224; ce jour dont elle a fait son g&#233;n&#233;ral est port&#233; par le sujet et se nomme le jugement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jugement est ce qui permet, &#224; chaque &#233;poque, &#224; la conscience de faire le tri entre les nouvelles donnes mat&#233;rielles et psychique auxquelles les hommes font face, en oubliant le plus souvent que ces mutations sont n&#233;es de leurs activit&#233; m&#234;me. Cet oubli est le fondement de la survie du jugement et du sujet, car il assure &#224; la conscience la part d'aveuglement n&#233;cessaire &#224; sa survie, elle qui ne voit que ce qui entre dans le sch&#233;ma global de ce qu'elle peut accepter et de ce &#224; quoi elle peut croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les d&#233;veloppement de la neurobiologie ne cesse de confirmer tant d'un point de vue global, que de points de vue focalis&#233;s sur telle ou telle fonction sensorielle ou perceptive (l'oeil, &#233;tant le meilleur exemple d'organe disposant &#224; la fois d'une capacit&#233; hors norme et d'un &#034;trou noir qu coeur m&#234;me de ce qu'il est et donc de son activit&#233; perceptive), que la conscience ne cesse d'inventer ce qu'elle tient pour vrai. Ce domaine, on le nommera l'empire du croyable disponible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'impact psychique de cette situation aux facettes multiples est bien peu pris en compte par les instances qui ont pour fonction de faire fonctionner le monde. L'un des enjeux est de continuer &#224; faire de la conscience le garant des institutions psychiques et gnos&#233;ologiques et d'assurer sa survie comme op&#233;rateur et guide spirituel, qui situ&#233; en chacun peut-&#234;tre consid&#233;r&#233; comme valide pour tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce bel &#233;difice de la conscience a non seulement commenc&#233; &#224; se fissurer mais il a, au cours du si&#232;cle pass&#233;, &#233;t&#233; le support &#224; la fois rationnel et moral, voire m&#234;me l'op&#233;rateur ou du moins l'&#233;l&#233;ment, sans lequel rien de tout cela n'aurait pu &#234;tre justifi&#233;, d'un travail de destruction d'une telle ampleur que la destruction est devenue non plus un moment mais un &#233;tat g&#233;n&#233;ral dans lequel les individus, les soci&#233;t&#233;s et la plan&#232;te m&#234;me sont prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la conscience semble impuissante &#224; aider &#224; s'orienter dans l'existence comme dans la pens&#233;e. On s'efforce de croire qu'elle est toujours l'instance d&#233;terminante tant pour la connaissance que pour les d&#233;cisions, mais il semble que la boucle de r&#233;troaction dont elle se targue de disposer ne fonctionne plus autrement qu'en ne lui apportant plus que des &#034;mauvaises nouvelles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III Les ruines et l'incommensurable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir un instant sur ces &#233;v&#233;nements connus de tous au moins dans une version basique et qui sont les principaux &#233;l&#233;ments signalant aux yeux de l'humanit&#233; enti&#232;re que quelque chose comme un effondrement du royaume de la conscience a largement commenc&#233; pour ne pas dire qu'il s'est install&#233; comme fond m&#234;me de l'existence des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La production des ruines&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier ensemble de faits qui affecte la forteresse de la conscience, ce sont, on le sait, les faits historiques, la grande guerre et ses millions de morts, la suivante, les camps d'extermination, la bombe atomique et donc ses millions et millions de morts. Puis, &#224; la fois pour permettre ces massacres (armement et recherches li&#233;es pour le dire vite) et comme moyen de poursuivre cette oeuvre de destruction sur des domaines jusque-l&#224; rest&#233;s &#224; peu pr&#232;s indemnes de l'action de destruction, &#224; savoir tout simplement la totalit&#233; des aspects de la vie des humains, il y a l'existence d'un capitalisme devenus fou. Il faut de suite noter qu'il ne reste pas fig&#233; dans ses positions, bien au contraire et qu'il est sans cesse en m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 l'irruption de l'incommensurable&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me ensemble d'&#233;v&#233;nements qui affecte la forteresse de la conscience, entendons donc chacun de nous puisque chacun a &#233;t&#233; format&#233; en gros et souvent en d&#233;tail sur l'un ou l'autre des mod&#232;les qui s'appuient sur les r&#232;gles globales qu'&#034;elle&#034; a mises en place, est la d&#233;couverte et la prise en compte et mieux encore l'utilisation des r&#233;sultats parvenus lors de l'exploration de de dimensions jusqu'ici inconnues en tant que telles, et disons le pour rappel, l'infiniment petit de la m&#233;canique quantique et aujourd'hui des science de la vie et l'infiniment grand r&#233;v&#233;la par la physique cosmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 La r&#233;volution technologique : attention et calculabilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de d&#233;velopper ici le sujet de l'envahissement des existences des hommes par les objets technologiques et la surveillance int&#233;grale qui en est sinon la &#034;condition&#034; du moins l'enjeu non formul&#233; et qui s'il n'a pas &#233;t&#233; act&#233; comme projet est devenu la part centrale du projet une fois celui-ci ayant montr&#233; ses potentialit&#233;s. Sinon pour en dire deux choses, l'une que la domination, qui comme toutes les autres se produit avec notre assentiment ou du moins sans que nous puissions y opposer un non efficace, est totale, elle ne laisse hors d'elle aucun aspect de la vie et agit sur les choses comme sur les &#234;tres vivants, l'autre qu'elle affecte les sch&#233;mas profonds et les m&#233;canismes de la conscience et en particulier ce qui a &#233;t&#233; la base non reconnue mais devenue &#233;vidente aujourd'hui &#224; savoir l'attention. C'est cette fonction qui assure notre lien &#224; tout ce qui n'est pas nous. Cette r&#233;volution affecte &#233;videmment aussi l'ensemble des &#233;l&#233;ments constitutifs de l'existence et en particulier les objets auxquels est d&#233;sormais associ&#233;e une calculabilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 Les voix du dehors&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des aspects manifestes de la r&#233;volution technologique qui est bien s&#251;r connu et mentionn&#233; mais qui ne semble pas faire l'objet d'une r&#233;flexion pouss&#233;e est le fait que les hommes sont environn&#233;s jour et nuit de voix, qu'elles soient des sons ou de v&#233;ritable voix, c'est-&#224;-dire par une infinit&#233; de messages sonores et vocaux auxquels ils ne peuvent s'opposer. La forteresse de la conscience est aujourd'hui m&#234;me si elle peut sembler tenir sur ses base comme b&#226;timent m&#233;taphorique ainsi que le font encore nos maison, ouverte &#224; tous les vents. Elle ne prot&#232;ge plus de rien en tout cas pas de la p&#233;n&#233;tration des corps et des psych&#233;s par ces voix port&#233;es de plus par des flux d'images. Le monde ne cesse &#224; chaque instant de passer les murs de nos demeures et il entre en nous comme il l'entend &#233;tant entendu qu'ici le monde signifie bien plut&#244;t l'ensemble de ces &#034;voix&#034; du dehors produites par la technologie bien plus en effet que le bruit du tonnerre du vent ou l'infini pr&#233;sent devant nos yeux sous la forme du ciel &#233;toil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous accordons avec Jaynes pour admettre qu'au moins un des aspects majeurs de la manifestation et donc de l'existence des dieux, c'&#233;tait ces voix que les hommes entendaient qui provenaient de leur cerveau mais qu'eux ne savaient pas situer et auxquelles ils attribuaient des incarnations vari&#233;es et infinies, alors il nous faudra tenter de comprendre en quoi notre &#233;poque se rapproche au moins un peu de ce qui pouvait constituer il y a quelques centaines de si&#232;cles l'exp&#233;rience quotidienne des hommes bicam&#233;raux. &#192; ceci pr&#232;s que nous connaissons les &#233;metteurs par lesquels elles passent, sinon tous les auteurs des voix du dehors et qu'elles ne sont pas &#233;mises par notre cerveau droit m&#234;me si sous bien des aspects elles ont la forme et la consistance d'hallucinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kluge le sait parfaitement et il tient compte de cette situation qu'il analyse avec Jaynes &#224; partir d'un exemple tir&#233; de l'histoire ancienne, le r&#232;gne des assyriens. On doit donc comprendre que cette situation de la soumission du psychisme &#224; des voix puissantes du dehors est un des &#233;l&#233;ments qu'il prend en compte quand il s'avance sur les chemins conduisant &#224; la remise en question de la capacit&#233; de la conscience &#224; assurer ses fonctions. La distinction entre dedans et dehors, entre int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233; est pour Kluge non plus quelque chose qui va de soi mais l'enjeu d'une redistribution des fonctions actives dans le psychisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc ici de lire les pages 212-213-214 de Chronique des sentiments Livre II inqui&#233;tance du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV Pour sortir du pi&#232;ge de la conscience ou faire l'exp&#233;rience de la m&#233;tamorphose : La m&#233;thode Kluge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il faut parvenir &#224; &#034;prendre conscience&#034; pourrait-on dire avec humour, c'est du fait que la conscience est devenue plus un probl&#232;me, voire un obstacle, que le vecteur des solutions &#224; la situation dans laquelle les hommes de cette humanit&#233; plan&#233;taires se retrouvent projet&#233;s sinon jet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral qui la constitue et qu'elle tente de proroger le plus loin possible dans l'espace comme dans le temps fait aujourd'hui fonction de voile, de masque, de mur, bref de quelque chose qui litt&#233;ralement interdit &#224; l'intelligence, &#224; l'esprit, &#224; la conscience elle-m&#234;me, de pouvoir pr&#233;tendre comprendre le monde tel qui est devenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parvenir &#224; sortir de ce pi&#232;ge deux qualit&#233;s si l'on veut, m&#234;me si le mod&#232;le originel de cette r&#233;flexion est port&#233; par le roman de Musil intitul&#233; comme on le sait L'homme sans qualit&#233;s, sont n&#233;cessaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'int&#233;resser &#224; toutes les strates de ce qui compose la culture et donc pas aux seuls domaines bien connus que sont la philosophie et les arts pour faire court et donc d&#233;placer ainsi l'&#233;chelle &#034;id&#233;ologique&#034; des valeurs.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; prendre en charge le cadavre de notre &#233;poque qui se r&#233;v&#232;lera moins mort que vif et porteur de visions renouvel&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se souviendra ici de ce texte de J.G. Ballard que constitue la pr&#233;face de la seconde &#233;dition fran&#231;aise de son livre culte Crash et qu'il importe ici de citer &#224; nouveau et dans lequel il &#233;voque le cadavre le plus consid&#233;rable de notre &#233;poque. Il y e&#769;voque combien le XXe sie&#768;cle a de&#769;veloppe&#769; &#171; ces maladies de la psyche&#769; (qui) sont toutes contenues dans le cadavre le plus conside&#769;rable de l'e&#769;poque : celui de la vie affective &#187; et que &#171; le fait capital du XXe sie&#768;cle est l'apparition de la notion de possibilite&#769; illimite&#769;e. &#187; ( op. cit., p7-8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce cadavre le plus consid&#233;rable de notre &#233;poque&#034; qui a pour nom &#034;la vie affective&#034;, voil&#224; bien ce qu'il importe de prendre en charge, c'est du moins la tentative faite par A. Kluge sa vie durant, si l'on veut pr&#233;tendre &#233;chapper au pi&#232;ge de la conscience. Il a pour sa part donn&#233; &#224; la vie affective de Ballard le nom g&#233;n&#233;rique de &#034;sentiments&#034; et &#224; son opus magnum litt&#233;raire le titre de Chronique des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#224; la prise en compte de l'ensemble des strates composant l'existence, cela signifie simplement d'&#233;tablir un rapport non id&#233;ologique et d&#233;livr&#233; de la pesanteur du jugement, avec le monde comme avec les autres. Le moyen est simple : suspendre ou abolir le jugement comme force ayant en vue de remettre de l'ordre dans le chaos en s'appuyant sur le bras arm&#233; de la conscience qu'est la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le verra, le suspens du jugement n'implique pas de ne pas peser aussi bien ce qui est que ce que l'on dit ou pense, et ne pas prendre appui ni sur la seule raison ni sur le seul calcul pour penser et agir le monde n'implique en rien de ne pas &#034;raisonner&#034; de ne pas se servir de son entendement, mais simplement de le ne pas lui accorder la position dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen que Kluge a invent&#233; ou du moins a mis en oeuvre de mani&#232;re syst&#233;matique consiste &#224; faire appara&#238;tre &#224; un m&#234;me niveau narratif des points de la grande histoire et des faits de la petite histoire, idem pour les id&#233;es, idem pour les motivations, bref de montrer que la r&#233;alit&#233; n'est pas id&#233;ologique mais bien au contraire un tissage de fils en constante mutation en perp&#233;tuelle m&#233;tamorphose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autre termes deux &#233;l&#233;ments essentiels changent de &#034;sens&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce que l'on nomme r&#233;alit&#233; change de consistance int&#233;gralement, puisque les faits ne vaudront pas en tant que tel mais rapport&#233;s &#224; leur puissance d'impact psychique plus que symbolique et de leur puissance &#034;narrative&#034;. Kluge tient pour acquis ce que l'on a vu avec Lionel Naccache, que les FICs (fictions interpr&#233;tations croyances) que je nomme aussi trames imaginales constituent la nouvelle &#034;r&#233;alit&#233;&#034;, c'est-&#224;-dire une dimension &#224; la fois psychique et concr&#232;te qu'il est en tout cas impossible de ne pas prendre en compte.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce que l'on nomme valeur n'est pas aboli bien au contraire, mais ce qui importe est mesur&#233; &#224; l'aune de la source oubli&#233;e et de la tendre force, celle qui vibre au c&#339;ur des sentiments et de l'ent&#234;tement ou Eigensinn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce n'est plus la raison qui sert de mesure et de r&#233;f&#233;rent au jugement, quelle que soit la forme que puisse prendre cette raison, ce qui ne signifie pas qu'on doive la perdre la raison, mais bien la confronter &#224; ce qui n'est pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments sont quelque chose qui existe et agit dans la vie des hommes et ces sentiments sont sous bien des aspects plus puissants et plus d&#233;terminants que la raison dans les choix qu'ils font et les d&#233;cisions qu'ils prennent que toutes les arguties que relaie en particulier la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et soudain, pour qui est capable de mettre en oeuvre et de tenir un programme &#224; la fois si apparemment simple et au fond si ambitieux, rien ne change et tout a boug&#233;. On peut &#233;voquer ici la formule utilis&#233;e par Musil dans sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre Les exalt&#233;s, par la voix de Thomas qui s'exprime au sujet de ce qu'a pu vivre celle qu'il d&#233;sire, avec un autre homme et qui se demande donc ce quI a bien pu se passer : &#034; Rien ? C'est-&#224;-dire tout, justement ! Je sais que tu ne me dirais jamais un mensonge. Rien n'a chang&#233; de place ; mais la terre enti&#232;re avec ce qu'il y a dessus chancelle !&#034; (La cuisson de l'homme, p.182-183)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la catastrophe plan&#233;taire et &#224; l'empire des ruines, Kluge et d'autre avant et apr&#232;s lui, opposent les vibration d'une boussole qui ne donne pas comme direction le nord de la raison mais l'ouest des sentiments. Si tout change, c'est bien que la mani&#232;re de voir et de penser change. Le c&#339;ur de la question est et reste celui-l&#224; : non pas accumuler de nouvelles id&#233;es sur tout et rien, mais inventer une nouvelle mani&#232;re de penser. En d'autres termes, dans cette aventure, les moyens et la fin ne sont pas s&#233;par&#233;s par l'ab&#238;me de temporalit&#233; inconciliables, ils forment les deux pinces d'un homard capable de se saisir de ce qui pour la raison et la conscience peuvent appara&#238;tre comme &#034;deux id&#233;es contradictoires&#034;, un exemple de celles pr&#233;cis&#233;ment qu'&#233;voquait F.S. Fitzgerald dans La f&#234;lure, o&#249; l'on peut lire en effet cette phrase difficilement oubliable mais qui d&#233;sormais prend un accent non plus d&#233;pressif mais inventif, dans la traduction de Pierre Guglielmina :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute vie, dans sa course, est un processus de de&#769;composition**, mais les chocs qui effectuent la partie spectaculaire de l'ope&#769;ration &#8212; les grands chocs soudains qui viennent ou semblent venir de l'exte&#769;rieur &#8212;, ceux dont vous vous souvenez et que vous rendez responsables de ce qui se passe, dont vous parlez a&#768; vos amis dans des moments de faiblesse, ne produisent pas tous imme&#769;diatement leurs effets. Il existe un autre genre de choc qui vient de l'inte&#769;rieur &#8211; que vous ne ressentez qu'au moment ou&#768; il est trop tard pour y reme&#769;dier, qu'au moment ou&#768; vous comprenez de fac&#807;on irre&#769;vocable que jamais plus vous ne serez, a&#768; certains e&#769;gards, un type aussi bien. Le premier genre de cassure semble se produire instantane&#769;ment &#8212; le second se produit presque sans que vous le sachiez, mais vous en prenez conscience brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que je ne me lance dans cette bre&#768;ve histoire, permettez-moi de faire une observation d'ordre ge&#769;ne&#769;ral &#8211; la marque d'une intelligence de premier plan est qu'elle est capable de se fixer sur deux ide&#769;es contradictoires sans pour autant perdre la possibilite&#769; de fonctionner. On devrait, par exemple, e&#770;tre capable de voir que les choses sont sans espoir et cependant de&#769;termine&#769; a&#768; les faire changer. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
On remarquera bien sur en passant que la relation dehors-dedans constitue le topos m&#234;me de la conscience, sur lequel il faudra revenir en d&#233;tail, et surtout on peut mesurer le d&#233;placement qui s'effectue entre une posture de type d&#233;pressif et une posture de type inventif, c'est-&#224;-dire qui prend en charge le fait de changer les choses &#224; partir de la transformation du point de vue port&#233; sur les choses. C'est en quelque sorte un tel glissement et comment il renouvelle notre approche et du sujet et du monde, qui est en question aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir, il existe bien une m&#233;thode Kluge mais elle n'est pas r&#233;ductible &#224; quelques pr&#233;ceptes qu'il s'agirait de reproduire face &#224; n'importe quelle situation. Bien au contraire. Il s'agit d'associer une culture immense &#224; une sensibilit&#233; ac&#233;r&#233;e, d'accueillir ce qui est repouss&#233; par la raison et le traiter comme on le ferait d'un h&#244;te de marque, bref de changer la mani&#232;re dont on aborde les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi va-t-on voir se mettre en place ce qui va finir par constituer un r&#233;seau ouvert de notions qui vont permettre de tisser de nouvelles formes de liens entre les choses entre les hommes non sans continuer d'interroger la mani&#232;re dont, dans telle ou telle situation, les choses consistent, seule chance de pouvoir apercevoir et faire &#233;merger un champ de &#034;raisons&#034; qui ne rel&#232;veront plus de la seule puissance d'une raison calculatrice mais de motivations essentielles et donc sentimentales, pour ceux qui sont impliqu&#233;s dans telle ou telle situation &#224; tel ou tel moment. Il y a une mani&#232;re de penser chez Kluge qui le rapprocherait un peu, mais dans le champ textuel et cin&#233;matographique, de ce qu'on tent&#233; en leur temps les situationnistes, au sens o&#249; il fait syst&#232;me de et dans l'absence de syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le courage, la d&#233;termination, l'obstination qui font syst&#232;me et qui permettent dans un d&#233;pliement quasi infini rapport&#233; &#224; la vie d'un homme et &#224; ses connaissances de d&#233;plier et d&#233;ployer une sorte de marqueterie sans fin dans laquelle les choses, les mots, les corps, les r&#233;cits ne cessent d'appara&#238;tre et de se transformer...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la r&#233;volution comme renversement suppos&#233; de tout, r&#233;pond la m&#233;tamorphose constante, continue ou presque, du moins ici dans le champ de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/p1130673_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH669/p1130673_blog-741ca.jpg?1672334647' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;image extraite du livre &lt;i&gt;Parsifal Container&lt;/i&gt; paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V &#192; quoi servent donc les sentiments ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 La force tendre&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mot central pour ne pas dire notion ou concept op&#233;ratoire de toute son oeuvre, le sentiment est le nom de ce qui ne cesse de vibrer au coeur du vivant et donc de la pens&#233;e. C'est une force, la force tendre comme il la nomme qui fait que le corps ne r&#233;pond pas ou pas n&#233;cessairement aux injonctions diverses qui lui sont adress&#233;es &#224; lui et donc &#224; la vie comme &#224; la pens&#233;e par les instances diverses qui ont pour mission de l'assujettir ou de faire entrer les activit&#233;s humaines dans les tableaux que lui propose une raison calculante associ&#233;e &#224; une technologie avide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment ou plut&#244;t, les sentiments, car il sont nombreux et peuvent produire des effets sensiblement diff&#233;rents, &#233;tant entendu que l'amour n'est pas le seul ni m&#234;me peut-&#234;tre le premier, m&#234;me si tous les sentiments pointent du c&#244;t&#233; de ce que le monde de la loi de la norme et de la r&#232;gle appellerait faiblesse alors que, et c'est le sens profonde de la d&#233;marche de Kluge, les sentiments se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des sources de forces elles aussi incommensurables en tout cas souvent, comme le montre l'infinit&#233; des exemples qu'il d&#233;ploient capable de faire exister d'autres formes de r&#233;alit&#233; que celle soumise aux inventions de la raison calculante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendre force est justement capable de faire plier des mat&#233;riaux durs et apparemment implacables et incassable et de participer &#224; un remplacement, fut-il ponctuel ou limit&#233; dans l'espace-temps, de mode d'existence contraignants impos&#233;s par la conscience l'ordre moral bref une ratio ratiocinante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de th&#233;orie du sentiment ou des sentiments mais un rep&#233;rage des points sensibles des histoires, des &#233;v&#233;nements, des petits faits de la grande histoire comme des grands faits innervant la petite histoire, et &#224; chaque fois un examen &#224; travers la narration de ce qui se passe dans cette situation pr&#233;cise. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait de La princesse de Cl&#232;ve / Commentaires que l'on peut lire dans A. K. et la France ( Presses universitaires Blaise Pascal/ clermont-Ferrand) permet de comprendre comment Kluge fonctionne. On doit lire les pages 133-134-135.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand tissu que l'on prend pour la r&#233;alit&#233; se r&#233;v&#232;le &#234;tre un v&#233;ritable origami qui peut &#234;tre, petit morceau par petit morceau, retourn&#233; (boucle de r&#233;troaction en action non synth&#233;tique comme le veut je jugement mais concr&#232;te, active ici et maintenant) et ainsi finir par faire appara&#238;tre sur le devant de la sc&#232;ne des aspects des &#233;l&#233;ments des forces rest&#233;es jusque l&#224; comme enfouies ou simplement recouvertes par le glacis des id&#233;es dominantes qui ne sont, on le sait que des croyances install&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas fait au nom d'une v&#233;rit&#233; ou de LA v&#233;rit&#233;, mais bien &#224; partir des &#233;l&#233;ments dont sont porteurs les sentiments, c'est-&#224;-dire finalement les &#234;tres humains quand ils ne sont pas consid&#233;r&#233;s seulement comme des objets, des choses ou des marionnettes ob&#233;issants aux voix du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce dont ils sont porteurs, et qui vivent en eux depuis plus longtemps que la conscience ou la raison moderne, ce sont les sentiments qui sont donc le nom g&#233;n&#233;rique de tout ce qui dans les corps comme dans la psych&#233; agit, nous agit, de tout ce qui se passe sans que nous le percevions et qui pourtant nous conduit souvent &#224; prendre des d&#233;cisions &#224; accomplir des actes dont pr&#233;cis&#233;ment nous n'avons pas conscience. On se souvient une fois de plus de ce que dit Lionel Naccache &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments sont le nom des forces actives dans les corps pensants et sentants que nous sommes et qui, quoique nous &#233;chappant souvent, parviennent &#224; se manifester dans le jeu du monde en ce qu'elles d&#233;terminent sans que nous ne puissions les contr&#244;ler, actes, choix, d&#233;cision, &#233;v&#233;nements de la petite et souvent aussi de la grande histoire. Ces sentiments ne sont pas vou&#233;s &#224; rester inconnus ou incompris ou &#224; &#234;tre cantonn&#233;s &#224; la fonction de variable d'ajustement dans l'infini jeu de l'oie auquel s'adonnent les hommes. Au contraire, ils sont ce qui nous fait sortir de nous-m&#234;mes, ce qui nous pousse &#224; agir, ce qui nous d&#233;termine, non de mani&#232;re substantielle, essentielle et contraignante, mais ce qui &#233;merge des zones non conscientes de notre psych&#233; et nous transforme en nous d&#233;terminant &#224; agir &#224; tel instant de telle ou telle mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi doit-on chercher dans l'histoire comme dans les anecdotes comme dans les oeuvres ces moments d&#233;terminants et montrer comment ils ont agi comment ils ont d&#233;termin&#233; tel ou tel aspect d'une vie d'une histoire ou de l'histoire. Le monde des sentiments est d'une telle puissance qu'il remplace, chez Kluge, le monde du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attention constante &#224; la fois s&#233;rieuse, profonde et joueuse, sensible aux mouvements de surface, une attention active, transversale et acceptant tous les moments d'inattention qui la constituent, cette attention est &#224; la fois puissance d'observation, d'analyse, capacit&#233; &#224; voir les d&#233;tails sans oublier l'ensemble pr&#233;sent et actif &#224; cet instant ni l'ensemble des connaissances accessibles &#224; l'esprit ou dont dispose celui qui observe. Elle est, enfin, ce qui permet de porter dans la langue et donc &#224; la connaissance de tous et de chacun ces nouveaux &#233;l&#233;ments jusqu'alors souvent occult&#233;s ou simplement ignor&#233;s parce que n'&#233;tant pas per&#231;u par les capteurs mis en place par le syst&#232;me raison-conscience. Elle est le moyen d'un retournement des postures et des attentes aussi bien que des certitudes et des moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 Frottements et &#233;changes impr&#233;visibles : une nouvelle vision de la schize&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation pour Kluge est une lutte mais pas une lutte entre bloc id&#233;ologiques entre des d&#233;terminations maximalistes, elle est une lutte qui se joue dans les interstices dans les intervalles dans les zones de frottement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au combat face &#224; face de bloc suppos&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes, Kluge oppose donc les frottements, les glissements, les porosit&#233;s, les accrocs, bref les transformations ou m&#233;tamorphoses qui se produisent et ne cessent de se produire &#224; notre insu souvent aussi, de mani&#232;re imperceptibles et qui se manifestent lors m&#234;me que l'on soul&#232;ve un petit coin de l'origami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme relevant de l'irrationnel ou de la seule fiction au sens trivial du terme. Bien au contraire. On va le voir, ce que Kluge pense, invente et impose, c'est un renversement de la posture dominante qui est celle du sujet-conscient s&#251;r de sa domination sur les choses et le monde gr&#226;ce &#224; la toute puissance de sa raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il s'agit d'appr&#233;hender, d'approcher de conna&#238;tre, c'est ce qui en chaque homme constitue la tendre force, ce qui en chacun est actif mais non reconnu, &#224; savoir le fait qu'entre les deux mondes qui nous habitent ou que nous habitons, c'est selon, m&#234;me si l'on a construit sans fin des murs, ceux-ci ne peuvent emp&#234;cher que des choses passent d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre et ce d'autant plus que ces murs se sont en grande partie effondr&#233;s. La crise de la conscience a un effet positif car elle favorise le brassage, le m&#233;lange, la porosit&#233; entre les mondes qui nous habitent et donc les &#233;tincelles, c'est-&#224;-dire la manifestation des &#034;dieux&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que ce qui est per&#231;u par Kluge &#224; l'aune de son exp&#233;rience d'enfance de la destruction de sa ville de Halberstadt par les bombardement am&#233;ricains, c'est paradoxalement si l'on veut une approche et une conception positive, vivante et cr&#233;atrice de la ruine ou des ruines. M&#234;me si la mort r&#244;de, la vie continue et il y a l&#224; non pas un message d'optimisme au sens m&#233;diatique politique ou th&#233;ologique du terme, mais bien le constat que la vie est une force incommensurable plus encore sans doue que celles lev&#233;es par les hommes et qui tentent ou sont capables de la d&#233;truire. Il y a l&#224; un changement de point de vue net, car il ne s'agit pas de savoir si l'on est optimiste ou pessimiste, mais de prendre en charge les forces actives &#224; tel moment en tel lieu et de les comprendre pour agir avec elles et sur elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, dans ce &#034;l&#224;&#034; qui n'est pas le &#034;DA&#034; du &#034;da-sein&#034; heideggerien, mais un l&#224; engag&#233; dans les frottements de l'existence autant que de l'histoire, des histoires autant que des concepts, un l&#224; qui ne cesse de se m&#233;tamorphoser dans le mouvement des trames imaginales que se &#034;situe&#034; la pens&#233;e klugienne ou du moins qu'elle s'active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons donc &#224; faire avec la tendre force non &#224; une nouvelle forme d'aveuglement mais bien &#224; une lutte contre l'ignorance dans laquelle le sujet et la conscience, l'entendement et la raison se sont barricad&#233;s &#224; force de vouloir en finir, eux, avec les affects, avec les sentiments au nom de la soi-disant &#034;objectivit&#233;&#034; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit ici, au contraire, de porter &#224; la connaissance la capacit&#233; gnos&#233;ologique mais aussi cr&#233;atrice des sentiments et le fait qu'ils sont pour l'homme et en l'homme une &#034;facult&#233;&#034; &#224; la puissance &#233;gale sinon sup&#233;rieure &#224; celle de l'entendement et de la raison. Les sentiments sont porteurs de &#034;jugements&#034; qui rel&#232;vent d'autres strates que le jugement au sens kantien, et qui ont une capacit&#233; de modifications des choses sup&#233;rieure puisqu'ils sont, eux, ces jugements n&#233;s des sentiments, ou coextensifs aux sentiments dont ils constituent la manifestation, des forces actives capables de transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, cette tendre force est entre autres choses, celle qui continue &#224; assurer le fonctionnement du ou des liens ante-historiques entre nos deux cerveaux. Kluge, qui cite plusieurs fois Jaynes dans sa Chronique de sentiments, le sait parfaitement. C'est bien &#224; un renouvellement de l'acceptation de l'existence de ces deux cerveaux et de l'acceptation de l'&#233;change vital entre eux de donn&#233;es qui ne rel&#232;vent pas directement de la raison, pens&#233;es, choix, d&#233;cisions, conseils, injonctions, etc.. ne lui sont de toute fa&#231;on pas affid&#233;es, que nous invite Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 Eigensinn : la subjectivit&#233; rebelle ou l'ent&#234;tement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge se positionne ainsi comme l'un des rares &#233;crivains (on verra la prochaine fois ce qu'il en est avec Burroughs) &#224; prendre acte de la bicam&#233;ralit&#233; et du fait que dans le monde des ruines la bicam&#233;ralit&#233;, une bicam&#233;ralit&#233; renouvel&#233;e, que les dieux ne portent plus les masques de Zeus ou Ath&#233;na ou Herm&#232;s, mais se manifestent dans des situations et par des ph&#233;nom&#232;nes singuliers et auxquels pr&#233;cis&#233;ment la raison ne peut rien opposer et qui n&#233;anmoins, ces ph&#233;nom&#232;nes non seulement emportent une certaine adh&#233;sion mais ont une &#233;vidente efficacit&#233;. Les manifestations des dieux sont constantes dans ce monde en ruines port&#233; par cette bicam&#233;ralit&#233; renouvel&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; nouveau vivante et vivace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles ne sont plus directement &#034;port&#233;s&#034; par les dieux. Ce qui non pas tient lieu de dieu en chacun mais rend possible leur manifestation, c'est l'eigensinn, la subjectivit&#233; rebelle. elle est en nous un peu ou beaucoup de la voix des dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alexander Neumann dans l'article qu'il &#233;crit pour A.K. et la France consacr&#233; &#224; une mise en relation entre Kluge et Deleuze-Guattari note aux pages 162-163 qu'il faut lire int&#233;gralement, que &#034;le concept d'Eigensinn (subjectivit&#233; rebelle) &#233;mane tu sujet qui produit sa propre expression ais se d&#233;finit aussi en rapport &#224; une alt&#233;rit&#233;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui nous conduit &#224; proposer ceci, qu'il importe de consid&#233;rer la schize sous un autre angle d&#233;sormais et de ne plus la voir comme le signe d'une ant&#233;riorit&#233; morte, la bicam&#233;ralit&#233; pr&#233;-historique, ni comme le signe d'une maladie, ni &#224; continuer de nier son existence, mais de la reconna&#238;tre comme &#233;tant une donn&#233;e vitale de l'existence, comme &#233;tant le nom g&#233;n&#233;rique de l'ensemble des zones sismiques, des failles, des intervalles, des interstices, o&#249; se produisent pr&#233;cis&#233;ment des frottements, des combats, des conflits, des luttes mais surtout des &#233;changes infinit&#233;simaux ou non rep&#233;rables imm&#233;diatement par les appareils d&#233;pendant de la raison. Et ce qui advient dans ces zones de failles, dans ces schizes multipli&#233;es &#224; l'infini, qu'elles soient individuelles, collectives, historiques ou psychiques, ce sont pr&#233;cis&#233;ment ce que nous cherchons &#224; d&#233;couvrir et &#224; penser, &#224; savoir des dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le texte de Jean-Pierre Morel du A.K. et la France, on peut lire ceci : &#034;In den L&#252;cken der Gesetze wohnen die G&#246;tter&#034; dit M&#252;ller. Kluge s'amuse lui &#224; parodier Wotan &#224; l'acte I de Siegfried : Les failles des lois sont le si&#232;ge des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI Parsifal Container&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kluge a donn&#233; &#224; son opus magnum le titre de Chronique des sentiments, ce qui doit nous conduire &#224; penser que le terme de chronique est aussi important que celui de sentiment, m&#234;me si aujourd'hui nous nous concentrons sur le second. Mais en fait les deux sont li&#233;s. Kluge &#233;crit en effet &#034; tout ce que j'entend pas chronique renvie au temporalit&#233;s actuelles qui rendent compte de l'empire des forces subjectives&#034;. ( In A.K. et la France, p.269, citation extraite de &lt;i&gt;Comment transformer Les essais et pourquoi&lt;/i&gt; de Vincent Pauval.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zones de frottements et manifestations des dieux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc de tenter un premier rep&#233;rage de ces formes interstitielles de combat ou de lutte telles que Kluge les pense, et les articuler entre elles. La liste n'est &#233;videmment pas exhaustive. Nous allons le faire aujourd'hui &#224; partir du livre Parsifal Container, paru en 2021 et accompagn&#233; de dessins de Baseltiz qui venait de cr&#233;er les costumes et d&#233;cors pour une mise en sc&#232;ne du m&#234;me Parsifal qui a eu lieu &#224; Munich&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons &#224; la fois comment fonctionne la m&#233;thode klugienne, comment se mettent place des d&#233;calages qui sont autant d'ouvertures et d'emp&#234;chement de re-fermeture autour d'&#233;l&#233;ments clich&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref r&#233;sum&#233; de l'action du Parsifal de Wagner s'impose. La lecture de la page Wikipedia sur le sujet suffira amplement &#224; faire le point. Non seulement le Parsifal de Wagner est un drame et un op&#233;ra religieux et mystique mais il est une &#339;uvre achev&#233;e, ce qui n'est pas le cas de notre Perceval qui est le dernier et inachev&#233; roman de chr&#233;tien de Troyes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Kluge/Baselitz se pr&#233;sente comme des pages qui sont des bandes de papier ins&#233;r&#233;es entre les grandes pages de dessins. La mise en page joue avec des images, les typographies, et cela permet de rappeler qu'il faudrait consacrer une s&#233;ance compl&#232;te aux &#233;l&#233;ments non directement textuels dans les livres de Kluge et les mettre en parall&#232;le avec les &#233;l&#233;ments qui ne sont pas des images mais des textes, des cartons comme dans les films muets, dans ses films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il va faire, c'est se saisir de quelques points, de quelques &#233;l&#233;ments qui sont &#224; la fois des points majeurs d'interpr&#233;tation mais qui ne visent en rien &#224; permettre de produire une lecture du texte ou de l'op&#233;ra en tant que tel. Ce n'est pas une litt&#233;rature secondaire ou critique de type universitaire qu'accomplit Kluge, c'est un travail de d&#233;cryptage d'&#233;l&#233;ments qui peuvent permettre d'illustrer ses intuitions profondes et de les d&#233;montrer en le mettant en sc&#232;ne comme un texte nouveau, une cr&#233;ation nouvelle et pas un texte critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une liste des principaux sujet ou th&#232;mes dont il s'empare pour cr&#233;er son propre texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#232;re&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier et grand sujet de ce livre est la m&#232;re de Parsifal, Herzeleide (coeur douloureux), car c'est en quelque sorte par elle que tout arrive. Cette figure de la m&#232;re ne s'ouvre pas sur une lecture psychologique ou psychanalytique, elle permet de mettre en relation des &#233;l&#233;ments psychiques individuels et historiques, relevant de la grande m&#233;moire collective commune comme le sont les proverbes ou les contes etc.. Le &#034;th&#232;me&#034; donc sera ici le &#034;mutterwitz&#034; c'est-&#224;-dire le suppos&#233; &#034;bon sens maternel&#034;. Ce bon sens est comme l'incarnation &#224; la fois du fond sentimental qui habite en chaque &#234;tre, de la sagesse bienveillante cens&#233;e animer chaque m&#232;re et d'une force mentale incroyable, d'une capacit&#233; de d&#233;cision, de choix et surtout de fore &#224; se tenir &#224; ce choix, d&#251;t-il conduire, mais on ne le sait qu'apr&#232;s coup, &#224; la catastrophe. P43.44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant la m&#232;re a &#233;t&#233; analys&#233;e comme celle qui avec &#224; partir et malgr&#233; son aveuglement &#224; elle, - ce qui implique que chacun existe avec sa part plus ou moins importante douloureuse ou joyeuse d'aveuglement -, parvient &#224; transmettre quelque chose &#224; son fils. La question est d'identifier un tant soit peu ce qu'elle transmet. Et la r&#233;ponse est claire pur Kluge : il s'agit de la forme majeure de la schize, celle dont on est affect&#233; sans le savoir et dont la d&#233;couverte va permettre de relier le grand dehors au plus intime dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Schize majeure&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle renvoie &#224; celle que nous avons analys&#233;, il y a quelque s&#233;ances, lorsque nos avons pr&#233;sent&#233; le Perceval de Chr&#233;tien de Troyes. Perceval nous a permis d'approcher de plus pre&#768;s la structure schizoi&#776;de engendre&#769;e par la tentative de se conformer dans ses actes a&#768; une parole tire&#769;es des e&#769;vangiles dans Mathieu 6.3. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Pourquoi l'e&#769;vangile dit-il &#171; Que ta main gauche ne sache ce que fait ta main droite ? &#187; C'est que la main gauche signifie fausse gloire qui vient d'hypocrisie trompeuse. Et la droite repre&#769;sente charite&#769; qui ne se vante de ses bonnes &#339;uvres mais les dissimule si bien, que nul ne sait sinon celui-la&#768; qui a nom dieu et charite&#769;. Dieu est charite&#769; et qui vit en charite&#769; selon l'e&#769;crit de saint Paul (ou&#768; je le vis et je le lus) demeure en dieu et dieu en lui. &#187; (Perceval folio, p.33- 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le bien doive e&#770;tre accomplit dans l'ignorance &#171; volontaire &#187; du mal ne permet pas d'e&#769;chapper a&#768; l'autre aspect d'un tel &#171; choix &#187;, a&#768; savoir que ce choix est une oblite&#769;ration volontaire du mal et qu'il fonctionne comme un de&#769;ni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se met en place sur la base d'un me&#769;canisme psychique connu qui consiste a&#768; chercher l'unite&#769; dans une moitie&#769; du monde, ici en cherchant a&#768; vivre au plus pre&#768;s de dieu, ope&#769;ration qui ne peut se faire qu'en occultant l'autre moitie&#769; du monde, celle qu'incarne le diable et qui la part maudite que gouverne le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu aussi que cette occultation, ce de&#769;ni, n'empe&#770;chait en rien la porosite&#769; entre ces deux face du me&#770;me monde, entre ces deux faces de la psyche&#769;, entre les deux he&#769;misphe&#768;res dont nos cerveaux sont compose&#769;s. Le choix de de&#769;part, celui d'une schize devenue s&#233;paration affirme&#769;e et dont on croit qu'elle va assurer l'e&#769;tanche&#769;ite&#769; entre bien et mal, ce choix est mis a&#768; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majeure, la schize transmise par la m&#232;re de Parsifal &#224; son fils l'est en ceci qu'elle traverse le champ social de l'&#233;poque des chevaliers et sans doute court bien au-del&#224;, jusqu'&#224; nous. C'est une schize psychique, la m&#232;re entend prot&#233;ger son fils du dehors et en ne lui montrant qu'un c&#244;t&#233; du monde elle occulte l'autre, et une schize sociale puisque ce dehors dont elle veut prot&#233;ger son fils, &#224; savoir le monde des armes dans lequel le p&#232;re a trouv&#233; la mort, va fonctionner comme un attracteur puissant d'autant plus puissant qu'il ne correspond &#224; rien dans le v&#233;cu et les connaissance de Parsifal et que l'&#233;clat des armures va valoir pour l'&#233;toile du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'il est priv&#233; d'un moiti&#233; du monde et d'une moiti&#233; de son cerveau en quelque sorte ( il n'a pas de nom ou ne le conna&#238;t pas) qu'il va investir le monde avec la seule moiti&#233; dont il dispose. Et c'est cela qui va pr&#233;cis&#233;ment provoqu&#233; l'infinit&#233; des &#233;tincelles, c'est-&#224;-dire les aventures de Parsifal. Et il va appara&#238;tre que c'est pr&#233;cis&#233;ment de cette moiti&#233; dont le monde a besoin ou si l'on veut celle qui manque au monde, ce qui signifie ici la possibilit&#233; de le d&#233;livrer de la racine du mal qui affecte quelques personnes mais &#224; travers eux toute la cr&#233;ation, non seulement donc ces personnes mais mystiquement et symboliquement toute la cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe du d&#233;cloisonnement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple met en oeuvre ce que l'on pourrait appeler le principe du d&#233;cloisonnement qui consiste &#224; ouvrir un texte, un r&#233;cit, un moment de l'histoire, une anecdote, bref n'importe quel mat&#233;riaux textuel ou historique ou v&#233;cu par des gens qui le racontent, et &#224; l'&#233;clairer d'une mani&#232;re in&#233;dite. Cette mani&#232;re consiste &#224; associer dans le mouvement du texte, des d&#233;tails et, si cela s'impose, des remarques plus g&#233;n&#233;rales, d'inscrire tel aspect de ce dont l'exemple est porteur dans un cadre plus large, de relier cela &#224; un concept et du concept, revenir aux actes, aux actions, &#224; la situation qui s'en trouve cependant &#233;clair&#233;e autrement. Ce d&#233;placement du regard est sans doute l'&#233;l&#233;ment majeur de la &#034;technique&#034; ou de la &#034;m&#233;thode Kluge&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le bon sens&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, comme c'est le cas ici, une id&#233;e fuse et se mat&#233;rialise par exemple en une sorte d'aphorisme ressemblant &#224; un dicton et ces mots agissent comme un op&#233;rateur efficace qui fait glisser d'une notion bien connue du bon sens &#224; une revalorisation &#233;thique de ce terme qui devient un instant une sorte d'&#034;image&#034; mentale forte. L'esprit ou le trait d'esprit proche du witz et de l&#034;ironie ici, permet de penser un contraire possible du bon sens et de la nommer : &#034;le contraire du bon sens est l'ab-sens d'&#226;me&#034;. Cette phrase p.46 semble comme projeter dans le ciel des significations possibles ce que mobilisent et motivent les proverbes dictons ou citation qui pr&#233;c&#232;dent et parlent des m&#232;res ou de la m&#232;re en g&#233;n&#233;ral et en r&#233;v&#232;le la puissance &#034;objective&#034; d'orientation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec cette phrase notre vision du bon sens change, en tout cas notre point de vue sur le bon sens et la validit&#233; de notre &#034;jugement&#034;, et cela sans que Kluge n'ait eu besoin de s'adresser &#224; nous comme sujet ou comme conscience, car il n'y a donc aucun jugement seulement une sorte de constat &#034;objectif&#034;, au sens o&#249; le bon sen est une forme d'objectivit&#233; bas&#233;e sur les affects, ce qui est une th&#232;se forte de Kluge, la fonction des affects des sentiments comme capables de porter eux aussi la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le frottements des temps&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de la p.56, qui est l'histoire en raccourci de la relation entre une m&#232;re et un fils qui elle aussi a trait &#224; la relation m&#232;re/fils/guerre montre un autre aspect majeur de la m&#233;thode Kluge qui consiste &#224; aller chercher dans des anecdotes qu'il puise aussi bien dans un pass&#233; proche que lointain, des exemples d'histoires qui se rapportent d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; l'&#233;l&#233;ment de base qui est &#034;analys&#233;&#034; ou qui sert de trame au d&#233;ploiement des r&#233;cits qui constitue le livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
puis en arriver au conseil d&#233;cisionnaire toujours du cot&#233; m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La figure de Parsifal&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second &#233;l&#233;ment central de ce livre de Kluge est &#233;videmment la figure de Parsifal, un sujet schiz&#233; ou duel, s&#233;par&#233; du monde par sa m&#232;re et qui va traverser le monde au moyen de l'innocence qui est la sienne jusqu'&#224; parvenir &#224; la reconnaissance de sa mission, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; ce qu'il s'accorde avec l'autre moiti&#233; de lui-m&#234;me mais &#224; un niveau tel qu'il &#233;chappe en quelque sorte au mal, c'est-&#224;-dire &#224; la chute qui est en quelque sorte le lot du psychisme des hommes apr&#232;s l'effondrement du monde bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bicam&#233;ral, Parsifal l'est, mais dans un sens nouveau, qui prend ici, revu et relu et remis en selle par Kluge, une dimension plus actuelle que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize n'est pas tant int&#233;rieure, qu'individuelle et sociale. elle affecte l'individu mais aussi la relation individu soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, individuellement elle est incarn&#233;e par le personnage de Parsifal. Cependant, les autres personnages sont eux aussi affect&#233; de schizes diverses mais plus sociale qu' individuelles m&#234;me si leur personne semble atteinte parfois de maux incurables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Restons en Parsifal. Sa schize est rendue perceptible ou visible par ses v&#234;tements, ce qui conduit Kluge &#224; &#233;crire le court texte de la p.30 qui se termine ainsi : &#034; Il continuait de porter son habit de fou sous l'armure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un triple mouvement&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge fait de cette schize qui est finalement moins originellement psychique que le fruit d'une s&#233;paration entre l'individu et le monde, le r&#233;sultat de l'&#233;ducation maternelle et le vecteur d'un double mouvement :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;cryptage des autres formes de schize qui existent d&#233;j&#224; dans la soci&#233;t&#233; et en chaque individu
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de diss&#233;mination de cette schize. Cette diss&#233;mination va se faire ici essentiellement &#224; travers les actes de Parsifal.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'&#233;tablissement des partages bris&#233;s mal compris et de r&#233;v&#233;lations des &#233;tincelles, autant dire des dieux. Par exemple, le rire de Kundry-H&#233;rodiade est celui d'une forme de duplicit&#233; et il est cause du mal, mais face &#224; cela la schize dont Parsifal ignore &#234;tre porteur est le v&#233;ritable vecteur d'une puissance salvatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout l'enjeu finalement est l&#224; : la formulation faire des dieux vise une chose rendre aux frottements g&#233;n&#233;r&#233;s pas la diffraction des schizes leur vertu &#224; la fois &#233;clairante et soignante, r&#233;v&#233;latrice et salvatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
La schize n'est ni un mal ni une maladie, elle est &#224; la fois le vecteur de partages erratiques aux effets puissants et le vecteur du r&#233;tablissement de l'efficacit&#233; du &#034;dieu&#034;, c'est-&#224;-dire de la puissance salvatrice contenue dans la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le principe de prolif&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kluge voit dans la schize une sorte de principe actif de prolif&#233;ration, c'est-&#224;-dire un moyen de faire en sorte qu'au lieu de l'affrontement de positions id&#233;ologiques, all&#233;goriques ou symboliques, il y ait des frottements affectant des zones vari&#233;es, multiples. C'est alors que se produisent des &#233;tincelles qui sont comme les voix ou les signes, qui &#233;mergent du monde des ruines, des souvenirs, de l'histoire ou des vies individuelles lorsqu'elles sont confront&#233;es aux flux violents de l'histoire par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le double&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La schize a un effet peut-&#234;tre inattendu et qui reste non per&#231;u, si l'on ne voit en elle que le vecteur de scissions internes ou int&#233;rieurs et donc de conflits insurmontables, c'est que finalement, en particulier pour Kluge mais aussi pour Sloterdijk comme le montre le premier volume de sa trilogie Sph&#232;res, intitul&#233; Bulles, l'un des visage majeurs de la schize, c'est la figure du double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout fonctionne en double, avec un double, en relation avec la figure du double. Parsifal p.119-120-121 : Kluge raconte &#224; la fois une histoire dans l'histoire ( o&#249; le prend-il, je l'ignore) et engage son texte sur des voies inattendues mais d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es par le titre &#034; que font les gens quand les dominants, pris par leurs aventures, n'ont pas le temps de s'occuper d'eux.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps mythique de la rencontre entre les deux demi fr&#232;res on bascule alors dans le pr&#233;sent historique celui de la pr&#233;sidence de Trump &#224; l'&#233;poque de l'&#233;criture et Kluge signale ainsi l'existence de br&#232;ches temporelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deux raisons et les deux logiques&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parsifal devient moins un personnage qu'un op&#233;rateur psycho-philosophico-th&#233;ologique, l'enjeu &#233;tant de confronter le bon sens &#224; la th&#233;ologie, ou si l'on veut deux types de &#034;raison&#034; fort &#233;loign&#233;s l'un de l'autre. Ici la logique de la m&#233;connaissance se heurte &#224; celle de la connaissance magique surpuissante et de la connaissance sacr&#233;e devenue impuissante. L'enjeu est de parvenir &#224; faire basculer &#224; nouveau la puissance du c&#244;t&#233; du sacr&#233;, du dieu connu et de laisser les acteurs du mal &#224; leur malheur justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des textes sur La princesse de Cl&#232;ves, Kluge fait appara&#238;tre l'existence de &#034;deux raisons&#034;. Ce n'est pas la raison face &#224; l'amour que comprend Kluge dans la Princesse de Cl&#232;ves, c'est le fait que la conduite de la princesse dict&#233;e jusqu'alors par la raison selon une logique lin&#233;aire simple et gr&#226;ce a laquelle les probl&#232;mes pouvaient &#234;tre r&#233;solus en r&#233;f&#233;rence &#224; un code de conduite, que cette raison ne suffit plus &#224; assurer la d&#233;fense qu'elle a instaur&#233;e entre elle et le monde. &#034;La passion et la forteresse du moi se livrent bataille. &#034; &#233;crit Kluge dans Labynrinth p.450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'irruption de l'amour menace, d'o&#249; la perte d'orientation de la princesse. elle devient le lieu o&#249; agissent deux logiques h&#233;t&#233;rog&#232;nes, celle de la pr&#233;servation de la vie personnelle et celle e l'effusion vitale,&#034; note Mandana Covindassamy. (Kluge et la France, La tendre carte de la princesse de Cl&#232;ves, p.119) Elle voit &#224; l'&#339;uvre chez Kluge la pr&#233;sence de deux logiques l'une lin&#233;aire donc et l'autre lat&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En effet, le roman de madame de Lafayette &#034;devient un point nodal de l'&#339;uvre de Kluge et une r&#233;serve s&#233;minale de son &#233;criture. La germination suit donc deux lignes : elle na&#238;t e la lecture du texte initial, puis s'auto-g&#233;n&#232;re par d&#233;veloppements &#224; partir d'une premier texte klugien. Cette premi&#232;re ligne de construction germinales se double d'une seconde de type lat&#233;ral et r&#233;ticulaire, tout aussi caract&#233;ristique de l'&#233;criture de Kluge. Lat&#233;rale, l'&#233;criture l'est notamment gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence des images. elle permet d'ouvrir la lin&#233;arit&#233; du texte &#224; la bidimensionnalit&#233; iconique non pas simplement en raison de l'insertion des photographies et sch&#233;mas, mais parce qu'il ne s'agit pas l&#224; d'illustrations. Le dispositif d'insertion propre &#224; l'esth&#233;tique klugienne conc&#232;de &#224; l'image une valeur &#233;gale &#224; celle du langage, sans relations de subordination. L'image est plac&#233;e sur le c&#244;t&#233; du texte, empi&#232;te sur la marge, ou vient interrompre une phrase sur deux images. L'ouverture lat&#233;rale de l'&#233;criture klugienne fraie la voie &#224; son fonctionnement r&#233;ticulaire.&#034; (idem, p.121).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux raisons donc qui ne sont pas celle de l'entendement face &#224; celle du coeur, mais celle du moi et de l'amour propre face &#224; l'irruption de la passion et de ses lois propres qui viennent battre en br&#232;che la loi lin&#233;aire &#224; la fois int&#233;rieure et ext&#233;rieure individuelle et sociale en mettant en danger l'&#233;quilibre moi-monde par renversement de la pr&#233;s&#233;ance de ce moi-monde face &#224; un autre moi qui &#233;merge de et dans la passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Topique de l'outre conscience (ou de la post-conscience)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes qui se d&#233;ploient aux pages 63-64-65-66 du Parsifal Container non conduisent sur une pente tout &#224; fait singuli&#232;re, celle qui r&#233;v&#232;le comment s'op&#232;rent des glissements, des adjonction ou des suppressions de signification et finalement des modifications de sens qui peuvent &#234;tre temporaires ou profondes et durables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parall&#232;le m&#232;re-fils, Herzeleide-Parsifal et Klara-Hitler conduit &#224; des avanc&#233;es notables. la premi&#232;re concerne la schize qui creuse sa faille en Hitler et qui est elle-m&#234;me sans cause v&#233;ritablement d&#233;finie (p.64) en d'autres termes le moi est le fruit de forces difficilement analysables et fixables tout juste rep&#233;rables et c'est &#224; cela que sert l'&#233;criture &#224; les mettre en perspectives &#224; les associer selon les deux logiques que l'on vient de pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi appara&#238;t la question &#233;ternelle du MAL qui est dans le texte suivant pr&#233;sent&#233;e comme le r&#233;sultat d'une confusion entre des registres ou plut^to d'un basculement entre des versions ou des approches de la figure de Klingsor entre celle de Wolfram von Eschenbach et celle de Wagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.65 on voit appara&#238;tre un de ces glissements qui nous propulsent dans une autre dimension de la pens&#233;e dans la quelle notre conscience droite et juste et raisonnable se voit tout simplement balay&#233;e par un vent puissant et tournoyant qui ruines les assises sur lesquelles, elle, la conscience pensait se tenir pour l'&#233;ternit&#233;. On appellera post-conscience ou outre conscience ce nouvel &#233;tat de la psych&#233; lorsqu'elle doit s'orienter dans un mode de ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Confiance versus connaissance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture du court texte p.108 suffit &#224; nous faire comprendre jusqu'o&#249; peut s'avancer la plume de Kluge lorsqu'il s'abandonne &#224; un flux de pens&#233;e qu'il laisse couler, courir sans trop chercher &#224; le contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coeur du texte la question de la distinction de la puissance de chacun de ces facult&#233;s la connaissance, bien connue de nous et la confiance qui n'est pas &#233;lev&#233;e au rang de facult&#233; dans le mode de la raison dominante et qui l'est chez Kluge dans la mesure ou ce &#034;sentiment&#034; cet affect, est d&#233;terminant tant dans le champ des relations sociales que pour ce qui concerne les choix individuels voire intime que chacun peut faire, en relation avec quelqu'un ou en fonction de ce qu'a pu dire ou faire telle ou telle personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde se divise par une sorte de parth&#233;nogen&#232;se conceptuelle, de d&#233;senclave et s'enrichit de possibles insoup&#231;onn&#233;s. Telles sont les manifestations des dieux : irr&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La capacit&#233; de distinguer (de choisir) mort et vie&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte p.157 nous permet de prendre acte de ce que les partages binaires de type id&#233;ologique, bien mal noir blanc, sacr&#233; profane, pur souill&#233; etc... c'est-&#224;-dire ce ces partages qui ressemble, &#224; des schize mais sont des murs emp&#234;chant le passage entre les deux p&#244;les, entre les deux cerveaux, ou, pour filer la m&#233;taphore, des moyens de bloquer tout ce qui serait non contr&#244;lable par le moi et les instances sociales de contr&#244;le (et dieu sait s'il y a des choses non contr&#244;lables qui se produisent en nous et des instances cens&#233;es faire ces contr&#244;les) parmi l'infinit&#233; des informations qui transitent n&#233;cessairement par notre corps calleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize est en fait la part de vie au coeur des catastrophes et il n'est nul besoin de croire &#224; la toute puissance de la pens&#233;e morale pour choisir entre vie et mort.... et donc entre bien et mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte p.159, lui, nous montre ce qu'il en est du temps ou plut&#244;t de noter croyance au temps aux figures impos&#233;es du temps l'une scientifique de sa lin&#233;arit&#233; infinie et l'autre de sa circularit&#233; v&#233;cue.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore comme dan les cellules capables de choisir entre bien et mal l'adn parcourt le monde en tout sens et pas seulement au sens spatial de la m&#233;taphore mais au sens temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'ADN agit dans les deux sens : du futur vers les temps pass&#233;s, des temps pass&#233;s jusqu'&#224; notre pr&#233;sent.&#034; Pas besoin d'insister aujourd'hui, seulement de remarquer combien les coordonn&#233;s du temps changent avec cette simple phrase. Pas besoin de s'en r&#233;f&#233;rer &#224; la version dite scientifique du temps pur contredire ce que dit Kluge. Il ne s'agit ni de v&#233;rit&#233; ni de mensonge, mais de r&#233;organisation des coordonn&#233;es g&#233;n&#233;rales de la pens&#233;e en tant qu'elle est prise dans un jeu de m&#233;tamorphoses constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance d&#233;fensive et offensive de la dimension autobiographique&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisqu'on ne cesse de se demander ce que ce serait ou ce que c'est que &#034;faire des dieux&#034; il suffit d'&#233;couter le bref texte p.136 intitul&#233; Comment je ne devins pas un Parsifal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les dieux ne parlent pas en vous, s'ils ne vous parlent pas, est-ce grave ? En aucun cas, il suffit de les faire ces dieux pour qu'ils existent et soient l&#224; aupr&#232;s de vous et deviennent pour chacun &#034;ses&#034; dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers une reconfiguration du topos du psychisme&lt;br class='autobr' /&gt;
On le comprend, ce qui caract&#233;rise la pens&#233;e en acte d'Alexander Kluge, c'est qu'elle fait trembler tout l'&#233;difice sur lequel implicitement ou explicitement nous faisons reposer notre conception du monde et de nos relations avec lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi et comment y parvient-elle. Et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y parvient non pas en brouillant les codes comme on le dit si bien aujourd'hui, mais on montrant comment ils le sont brouill&#233;s, l&#224;-m&#234;me o&#249; l'on nous enseigne et nous fait croire &#224; grand coup de publicit&#233; permanente et de mensonges officiels diffus&#233;s sans fin sur les ondes et les &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de vis&#233;e &#034;r&#233;volutionnaire&#034; ici, mais une activit&#233; de d&#233;chiffrement de ce qui est et est tenu pour vrai non pas une critique directe qui serait toujours id&#233;ologique mais par un travail intense de chiffrement des donn&#233;es acquises d&#233;couvertes ou d&#233;truites, c'est-&#224;-dire par un travail constant de recomposition m&#233;tamorphique qui entraine &#224; comprendre la vie comme une processus en constante mutation m&#233;tamorphose transformation.... on choisit le ou les termes qui nous conviennent le mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet a-id&#233;ologisme effectif est l'aspect le plus manifeste et peut-&#234;tre le moins per&#231;u comme tel et c'st en cela que quoique non r&#233;volutionnaire au sens historique du terme il l'est au sens post)historique. Il montre comme l'a fait Flusser en son temps que la maison a chang&#233; d'allure et de statut et qu'elle est &#034;trou&#233;e comme un gruy&#232;re&#034; (Vil&#232;m Flusser, Petite philosophie du design, p.69)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maus au-del&#224; de ces points essentiels quelque chose se profile qu'il est possible de synth&#233;tiser et qu'il faudra appeler un nouveau topos de la psych&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffira pour conclure d'en indiquer les &#233;l&#233;ments principaux qui consistent en ceci une m&#233;tamorphose des coordonn&#233;es g&#233;n&#233;rales espace temps vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois brefs exemples nous suffiront &#224; amorcer les s&#233;minaires &#224; venir. Kluge rep&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt; - des Temporalit&#233;s vides ou r&#233;versibles &lt;br class='autobr' /&gt;
P.158 adn dans les deux sens
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une mutation des relations entre ce que l'on comprend par dehors et dedans, int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233;, quand il s'agit de parler et des individus et de leur psych&#233; et des relations qu'ils et elles entretiennent avec ce qui est cens&#233; &#234;tre le dehors, le monde qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre plus int&#233;rioris&#233; qu'on ne le pense.&lt;br class='autobr' /&gt; - une relation qui traverse aussi bien les choses que les pens&#233;es et qui est la relation entre ce qui a lieu et ce qui est per&#231;u pour le dire tr&#232;s vite. On a vu avec les FICs de Lionel Naccache combien ce que nous nommons r&#233;alit&#233; ou fiction sont des &#233;l&#233;ments relevant de la m&#234;me &#233;toffe, mais on ne fait que commencer &#224; comprendre la mani&#232;re dont fonctionne ce moteur &#224; deux temps qu'est celui de la construction psychique du soi et du monde. Ce moteur fonctionne sur deux &#034;temps&#034; l'&#233;vidence illusoire de l'existence d'une continuit&#233; des choses et l'incessante manifestation de moments de discontinuit&#233;, d'&#233;l&#233;ments discrets comme on les nomme en math&#233;matique. bref nous r&#234;vons en continu et le monde fabrique du continu par une prolif&#233;ration d'&#233;l&#233;ments discontinus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous y sommes, la boucle est boucl&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sacre&#769; nom de Dieu</title>
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		<dc:date>2022-12-29T17:06:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Dekeyser</dc:creator>


		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>dieu</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec &#034;Sacr&#233; nom de dieu&#034;, Patrick Dekeyser nous fait d&#233;couvrir la &#171; vid&#233;o princeps &#187;, celle o&#249; s'originent toutes celles que nous avons pr&#233;sent&#233;es jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &#034;Sacr&#233; nom de dieu&#034;, Patrick Dekeyser nous fait d&#233;couvrir la &#171; vid&#233;o princeps &#187;, celle o&#249; s'originent toutes celles que nous avons pr&#233;sent&#233;es jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:75% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/781590599?h=9818641663&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Patrick Dekeyser - Sacre&#769; Nom de Dieu.mov&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que vont les nouvelles qui s'&#233;gosillent de trop br&#251;ler le coeur des hommes, d'une r&#233;clamation face &#224; un silence dont nul ne peut pr&#233;dire s'il est, chaque fois, le r&#233;sultat d'une mauvaise audition ou l'effet d'une cacophonie intersid&#233;rale brouilleuse d'onde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La prolif&#233;ration des questions et des interjections insistantes conduit &#224; prendre fait et cause, en silence, pour ce silence, au point de l'exalter jusqu'&#224; l'indicible et l'incommunicable. Ceci r&#233;v&#232;le tant et si bien le parti pris qui n'est pas celui des choses mais celui des bip&#232;des sans plumes munis d'un organe vocal insatiable, c'est-&#224;-dire tous, &#224; savoir qu'il leur est pr&#233;f&#233;rable ind&#233;finiment d'interpeler plut&#244;t que de ruiner leur souffle &#224; l'avaler sans bruit jusqu'&#224; se transformer en ballons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui, ayant entendu le silence, sera pr&#234;t &#224; parier qu'il existe vraiment et &#224; risquer sa place dans le ch&#339;ur ? Il affirmera qu'il n'en est rien et que oui bien s&#251;r quelque chose loin a crach&#233; dans sa conque mais si fort qu'il a oubli&#233; de se souvenir de ce qui a &#233;t&#233; dit ou murmur&#233; ou m&#234;me tu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a loin de la voix qui se fait entendre dans les nuages de Troie au silence qui r&#233;sulte de ce qui fut re&#231;u &#224; proximit&#233; de la synagogue comme un message sanguinolent. Cet &#233;cart semble s'&#233;carteler plus encore &#224; chaque tentative de contact entre les p&#244;les des aimants d&#233;saimant&#233;s lors m&#234;me que dans chaque c&#339;ur unique qui bat dans chaque corps unique ronronne jusqu'&#224; atteindre la zone rouge du compte tours une exigence inconsolable. Parler, entendre, &#233;couter, dire, s'enivrer du silence, s'&#233;puiser dans le cri : m&#234;me combat !&lt;br class='autobr' /&gt;
Impossible de dire par o&#249; commencer quand on commence sinon par ce qui d&#233;j&#224; fait autorit&#233;, fut-elle, cette autorit&#233;, &#224; la fois confirm&#233;e et conspu&#233;e, attaqu&#233;e et moqu&#233;e autant que v&#233;n&#233;r&#233;e et choisie. Il y a loin jusqu'au lointain. Il y a tout aussi loin jusqu'aux s&#233;ismes &#224; r&#233;p&#233;tition du c&#339;ur. Les sentiments s'&#233;vertuent malgr&#233; nous &#224; nous monter la voie, alors que les voix du ventre s'&#233;vertuent, elles, &#224; cracher leurs scorie jusqu'au ciel, ou du moins &#224; essayer un peu sans trop y croire, car qui sait ce qui vous retombe sur le coin du nez et au creux des oreilles de ce que l'on a au loin vomi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin n'est jamais assez loin et pr&#232;s est toujours trop pr&#232;s. C'est &#034;l&#224;&#034; que s'entrelacent encore et encore dans l'imminence du souffle d'un chacun, le commencement du rien et la faim de la fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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