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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>R&#233;alisme Magique</title>
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		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/magie" rel="tag"&gt;magie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH129/nelson_ramos_2026-04-02_a_16_34-ad17f.jpg?1775383066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jeff Wall &#233;prouve de la tendresse pour tout ce qui est abandonn&#233;, rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes. Il s'agit l&#224; de la part romantique de sa personne, l'attirance pour les ruines. Par exemple, il dit que lorsque &lt;i&gt;&#171; un objet est cass&#233; et jet&#233; &#224; la d&#233;charge&#8230;sa d&#233;faite en tant que partie vive de la vie et de l'&#234;tre est manifeste, et il devient un objet d'aversion cadav&#233;rique et abject. C'est &#224; ce moment qu'il commence &#224; exister vraiment en tant qu'objet &#187;&lt;/i&gt;. Parlant des Hommes et de leurs combats, le po&#232;te palestinien Mahmoud Darwich, un prince celui-l&#224;, &lt;i&gt;&#171; l'ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt; c'est certain, disait &lt;i&gt;&#171; qu'il y a davantage d'humanit&#233; et de po&#233;sie dans la d&#233;faite que dans la victoire &#187;&lt;/i&gt;. Dans la d&#233;faite les objets tout comme les Hommes acqui&#232;rent toute leur grandeur. &#171; Peas and sauce &#187;. Une barquette en aluminium ayant contenu des petits pois en sauce, reposant &#224; m&#234;me l'asphalte, pourrait bien &#234;tre le c&#339;ur, abandonn&#233;, de celui qui en a fait son repas, lui-m&#234;me probablement rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes, car qui d'autre qu'un exclu est susceptible de manger une barquette de petits pois en sauce en pleine rue ? Jeff Wall &#233;voque une &lt;i&gt;&#171; philosophie de la forme &#187;&lt;/i&gt;, et c'est ainsi que la barquette de petits pois se trouve tout &#224; fait &#224; m&#234;me d'incarner le c&#339;ur de celui qui l'a mang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rainfilled Suitcase &#187;, une valise en bois recouverte de tissu et emplie de pluie, ainsi que de quelques pauvres affaires inidentifiables car d&#233;tremp&#233;es, abandonn&#233;e au milieu d'un tas de d&#233;tritus, vestige d'un drame inconnu, peut-&#234;tre en rapport avec celui de &#171; The Destroyed Room &#187;, pour le moins viol d'une intimit&#233; d&#233;funte. Esth&#233;tique du d&#233;sastre !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/graphiquecolle_-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/graphiquecolle_-3-3fa4f.jpg?1774784600' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ivan Le Lorraine Albright, un artiste &#233;tats-unien assez mal connu en Europe, est l'un des tr&#232;s rares repr&#233;sentants du r&#233;alisme magique en peinture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme magique peut se r&#233;sumer &#224; l'interp&#233;n&#233;tration de deux mondes, pas n&#233;cessairement hostiles l'un &#224; l'autre, celui des vivants et celui des morts. Les morts font des va-et-vient permanents entre un monde et l'autre. Son origine est &#224; rechercher, n'en d&#233;plaise aux Europ&#233;ens qui veulent absolument y coller Kafka, dans la litt&#233;rature indig&#233;niste latino-am&#233;ricaine, avec des romanciers comme Manuel Scorza et sa &#171; Guerre silencieuse &#187; ou Gabriel Garcia Marquez avec ses &#171; Cent ans de solitude &#187; mais pas tr&#232;s indig&#232;ne ce dernier, litt&#233;rature toute impr&#233;gn&#233;e qu'elle est de croyances populaires, d'histoires politico-militaires et d'amours tragiques, de luttes paysannes contre les exactions des grands propri&#233;taires fonciers, de &lt;i&gt;&#171; jours et nuits d'amour et de guerre &#187;&lt;/i&gt;, selon la belle formule d'Eduardo Galeano, un autre prince &lt;i&gt;&#171; ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. On le trouve &#233;galement dans le cin&#233;ma de certains po&#232;tes chiliens, tels Ra&#250;l Ruiz ou Alejandro Jodorowsky, et en Asie chez le tha&#239;landais Apichatpong Weerasethakul, dans une version bouddhiste, et le Philippin Lav Diaz, d&#233;nonciateur infatigable de la cruaut&#233; des pouvoirs. Donc, le r&#233;alisme magique est un hybride de r&#233;alit&#233;s sociales crues et de surnaturel quelques fois merveilleux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui d'Ivan Albright rel&#232;ve de l'art fun&#233;raire, d'une esth&#233;tique de cimeti&#232;re&#8230;ou de morgue anticip&#233;e. La mort habite le vivant, elle entre en fusion avec lui. Elle enfle et fripe tous les corps plong&#233;s dans un bain grouillant de d&#233;tails dignes du baroque et des natures mortes de Hollande, dentelles d&#233;fraichies, coupes et flacons de cristal &#224; moiti&#233; vid&#233;s, fleurs dess&#233;ch&#233;es, lampes &#224; huile &#233;teintes, fruits pourrissants et vieux argents jaunis. &lt;i&gt;Picture of Dorian Gray&lt;/i&gt;, image &#233;pouvantable de Dorian Gray au luxe lourd habit&#233; de cauchemars, visage ravin&#233; et grima&#231;ant, regard plus fou que celui d'un Courbet hallucin&#233; m&#226;tin&#233; d'un Van Gogh avec son gros pansement, mains d&#233;goulinant le sang sur un tapis au motif de grosses fleurs, gants jet&#233;s au pied d'un gu&#233;ridon victorien charg&#233; d'un chat &#233;gyptien aux yeux pliss&#233;s de cruaut&#233;, immense miroir qui se dissout dans les tentures pour cause d'un trop-plein de reflets, chaise aux jambes arqu&#233;es mouchet&#233;e d'argent et &#233;clabouss&#233;e de couleurs, costume &#233;pais dissimulant mal les boursouflures et que traversent d&#233;j&#224; toutes les humeurs de la d&#233;composition, p&#233;nombre peupl&#233;e de cr&#233;atures innommables ou d'objets incertains, projections de l'&#226;me malade de Dorian Gray.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L280xH566/graphiquecolle_-4-45b12.jpg?1774784600' width='280' height='566' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Temptation of Saint Anthony&lt;/i&gt;, menace d'engloutissement tentateur pour un Antoine noirci de panique, d&#233;j&#224; emp&#234;ch&#233; par les filets infernaux de deux succubes bleus aux cuisses d'&#233;trangleuses, tandis que chiens et loups hurlent &#224; la mort parmi des fragments de coraux et de corps, que grouillent iguanes aux dents effil&#233;es et salamandres sur un lit de perles dans des &#233;coulements d'or, au sein d'une grotte aquatique b&#226;tie de roches visqueuses, quoique tranchantes, toute bouillonnante de sang, et que ricane un cr&#226;ne coiff&#233; de deux mains ligneuses qui tiennent une grosse boule d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH425/graphiquecolle_-5-ec74e.jpg?1774784600' width='500' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peintre &#224; l'extr&#234;me minutie, un miniaturiste de grandes surfaces, des plans gigantesques parfois, certains tableaux lui prennent des ann&#233;es, portraitiste autopsieur, de femmes pr&#233;matur&#233;ment flasques aux jointures enfl&#233;es, pas forc&#233;ment des prostitu&#233;es, mais des th&#233;&#226;treuses et danseuses, ou de jeunes et honn&#234;tes m&#232;res de famille, ou des bourgeoises, ou sa propre &#233;pouse, vieux ou faussement vieux travailleurs aux gueules et mains us&#233;es et aux doigts gonfl&#233;s, p&#234;cheur, fermiers, dont un qui ressemble au pape de Velasquez, concierge, &#233;lectricien, tenancier de bar, palefrenier, ou autres, ou d'autres personnes, dans l'entourage ou au hasard des rencontres d'Albright, pas forc&#233;ment des alcooliques, mais hommes capables encore de cr&#233;er Dieu &#224; leur image, &lt;i&gt;And Man Created God in His Own Image&lt;/i&gt;, pour certains, mais toujours chairs ratatin&#233;es ou sur le point d'&#233;clater&#8230;O&#249; est-il &#233;crit que notre existence doive &#234;tre n&#233;cessairement confortable et que l'Homme moderne soit naturellement jeune et beau, tout &#224; la fois ? Il ne l'est pas !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L324xH380/graphiquecolle_-6-d8ae0.jpg?1774784600' width='324' height='380' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a tout un tas d'autoportraits, presqu'autant que chez Rembrandt, ou peut-&#234;tre plus encore, montrant un vieillard tr&#232;s pr&#233;coce, jeune dandy aux traits creus&#233;s et aux cheveux d&#233;j&#224; blancs, vingt-sept ou vingt-huit ans mais en paraissant cinquante de plus, fumant, buvant, et prenant ses aises &#224; une table-nature morte, mais &#171; vieillardisant &#187; de plus en plus, c'est normal, &#233;loignement du dandysme et avachissement progressif du visage, avec toujours ce m&#234;me regard de tristesse &#233;tonn&#233;e. &lt;i&gt;&#171; The Body is our Tomb &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L446xH326/graphiquecolle_-8-17e71.jpg?1774784600' width='446' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Art fun&#233;raire qui trouve son aboutissement dans une toile surprenante, aussi grande que l'est son titre &#233;nigmatique, &lt;i&gt;That Wich I Should Have Done I Did Not Do (The Door)&lt;/i&gt; &#8212; ce que je devrais avoir fait que je n'ai pas fait (la porte) &#8212;, une miniature g&#233;ante, porte de maison ancienne/couvercle de cercueil au bois peint en noir avec plein d'&#233;raflures, un gros bouquet fan&#233; de lys et de roses nou&#233; dessus et qui s'effrite un peu, des p&#233;tales et des feuilles dess&#233;ch&#233;s sont tomb&#233;s sur le seuil, le tout dans un encadrement tr&#232;s ouvrag&#233;, et puis une main serrant un mouchoir de fines dentelles, avec des perles l&#224; encore, qui para&#238;t se tendre vers le bouton cisel&#233;, comme pour une caresse, alors qu'un soup&#231;on de fum&#233;e, ou un souffle vaporeux, s'exhale de la serrure, le dernier souffle. Ce que je devrais avoir fait&#8230;un regret exprim&#233; &#224; ce spectre, spectre tout autant que porte s&#233;pulcrale, qui semble ouvrir tr&#232;s grand ce qui lui sert d'yeux. D'un point de vue technique, la porte est vue de trois quarts et sa forme est tr&#232;s l&#233;g&#232;rement convexe, comme peut l'&#234;tre le couvercle de certains cercueils anciens, ce qui constitue une sorte de d&#233;fi par rapport &#224; la plan&#233;it&#233; de la toile, une tension v&#233;ritable. Ivan Albright a mis dix ans &#224; la r&#233;aliser avec des pinceaux tr&#232;s fins parfois, un seul poil, et en la polissant, et en la patinant, comme un menuisier d'art, tout en travaillant en parall&#232;le &#224; d'autres peintures, bien s&#251;r, toutes aussi compliqu&#233;es ces peintures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L306xH624/graphiquecolle_-9-a503a.jpg?1774784600' width='306' height='624' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il lui arriva de conduire des exp&#233;riences &#233;tranges, d'ordre plus ou moins conceptuel et m&#233;taphysique, qui l'amen&#232;rent aux fronti&#232;res de l'abstraction, &#224; partir d'images r&#233;manentes, &lt;i&gt;afterimages&lt;/i&gt;. Trace m&#233;morielle, ou persistance r&#233;tinienne, mais sur le tr&#232;s long terme, ou les deux &#224; la fois, d'assemblages d'objets, ou plut&#244;t de couleurs et d'organisation dans l'espace de ces couleurs les unes par rapport aux autres, qui apr&#232;s restitution sur la toile r&#233;v&#232;le une forme g&#233;n&#233;rale et tr&#232;s ancienne, sortes de natures mortes en hommage &#224; ses parents, &lt;i&gt;From Yesterday's Day&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Image After&lt;/i&gt;. Ivan Albright poss&#232;de sa &lt;i&gt;Destroyed Room&lt;/i&gt;, il l'a cr&#233;&#233;e, tout aussi terrifiante que celle de Jeff Wall mais plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e encore, sans pass&#233;, sans pr&#233;sent, sans futur, comme l'&#233;nonce longuement son titre, &lt;i&gt;Poor Room - There Is No Time, No End, No Today, No Yesterday, No Tomorrow, Only the Forever, and Forever and Forever without End (The Window)&lt;/i&gt;, pauvre chambre, il n'y a pas de temps, pas de fin, pas d'aujourd'hui, pas d'hier, pas de demain, seulement le toujours, et du toujours, et du toujours sans fin (la fen&#234;tre), une image qui, dit-on, a tir&#233; des cris d'effroi &#224; Jean Dubuffet lui-m&#234;me quand il l'a vue dans l'atelier d'Albright, Dubuffet pourtant sp&#233;cialiste absolu de la mati&#232;re amalgam&#233;e, homuncules et b&#234;tes &#224; cornes qui se d&#233;battent dans la gl&#232;be primordiale, tout un monde carc&#233;ral au niveau social, cellulaire au niveau biologique, de quoi brouiller les images, les Mires de toutes les t&#233;l&#233;visions. Une fen&#234;tre ouverte dans un mur ma&#231;onn&#233; de vieille pierraille rong&#233;e de lichen et incrust&#233;e de branches mortes, fen&#234;tre au ch&#226;ssis de bois compl&#232;tement pourri, et dans l'encadrement d&#233;form&#233; de laquelle des gu&#234;pes ont &#233;tabli leurs nids. Les tentures sont rejet&#233;es de c&#244;t&#233; par une grosse main sans corps et quantit&#233; d'objets venus du pass&#233;, d&#233;risoires et luxueux d&#233;tritus, comme mus par une &#233;nergie ou une volont&#233; propre, commencent &#224; se d&#233;verser, en vrac, dans on ne sait quel ext&#233;rieur. &lt;i&gt;&#171; Un enfer de formes &#187;&lt;/i&gt; a rugi Dubuffet. Des cadres de photos ou de petits tableaux ou de miroir, l'in&#233;vitable lampe &#224; huile, une carafe fine, un flacon de parfum pour sac de dame, des r&#233;silles d'argent, une statuette renvers&#233;e, un trousseau de clefs, une th&#233;orie de bibelots cisel&#233;s et de ferraille rong&#233;e par la rouille, des pieds de meubles cannel&#233;s, de vieux cuirs, des papiers froiss&#233;s et des bouts de tissus qui commencent &#224; s'accumuler sur le rebord de la fen&#234;tre tels les p&#233;tales dess&#233;ch&#233;s sur le seuil de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, en fait presque la chambre mortuaire de Pharaon que des pillards surpris n'auraient pas eu le temps de vider compl&#232;tement. Tout ceci a des allures de m&#233;moire encombr&#233;e que l'on s'emploierait &#224; d&#233;charger de ses souvenirs p&#233;nibles ou devenus inutiles, ou d'un inconscient dont il conviendrait de liquider les vieux traumas pathog&#232;nes, telle cette main surgie de l'Histoire, d&#233;j&#224; main de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, la main coup&#233;e de Blaise Cendrars ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L368xH488/graphiquecolle_-10-066c8.jpg?1774784856' width='368' height='488' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, bo&#238;tes d'exposition de poup&#233;es, une toile inachev&#233;e et une lithographie, t&#233;moignent encore une fois de cette crispation sur la mort qui caract&#233;rise l'&#339;uvre d'Ivan Albright. Une poup&#233;e de porcelaine, richement habill&#233;e &#224; l'ancienne, repose de c&#244;t&#233; dans une bo&#238;te de verre sur des coussins de soie au milieu des dentelles. Elle a les yeux ouverts et les bras lev&#233;s, sans doute dans le but de souligner la v&#233;racit&#233; de son apparence de petite fille mod&#232;le. Un vaporisateur de parfum est pos&#233; aupr&#232;s d'elle. Cette bo&#238;te de verre, article presque ordinaire du voyeurisme chr&#233;tien, renvoie &#233;videmment au cercueil de verre dans lequel on pr&#233;sente le corps non corrompu de certaines saintes. Ainsi, on pourrait supposer, qu'avec ses &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, Ivan Le Lorraine Albright a affich&#233; sa pr&#233;tention de hisser son art fun&#233;raire au rang de l'art sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH318/graphiquecolle_-11-997b2.jpg?1774784856' width='476' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, Logs, 2002
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait avancer aussi que l'univers de Jeff Wall, peupl&#233; de spectres, de fragments et de d&#233;tritus, ses ruines, avec ses figures all&#233;goriques et ses r&#233;f&#233;rences artistiques multiples, est en fait tr&#232;s proche de celui d'Ivan Albright habit&#233; de morts en sursis, de rebuts luxueux et de bo&#238;tes s&#233;pulcrales. J'estime que l'art de Jeff Wall s'inscrit tout autant dans la mouvance du r&#233;alisme magique que dans celle du conceptualisme, peut-&#234;tre m&#234;me davantage. Mais, au-del&#224; des bo&#238;tes en &#171; isme &#187;, urnes qui ont recueilli les cendres de la culture et du savoir, finalement quelle est la signification de tout cela ? Hommes d&#233;chir&#233;s par la &#171; Grande Guerre &#187; dont t&#233;moigne Ivan Albright dans quelques carnets de dessins et d'aquarelles qu'il a ramen&#233;s d'Europe o&#249; il servit un temps, mauvais, en tant qu'infirmier militaire, &lt;i&gt;Medical Sketchbook&lt;/i&gt;, tas de choux rejet&#233; de cartons &#233;ventr&#233;s et qui ach&#232;ve de pourrir dans une d&#233;charge, &lt;i&gt;&#171; Bad Goods &#187;&lt;/i&gt;, entrevus par Jeff Wall ? Violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, cruaut&#233; et irrationalit&#233; de l'esp&#232;ce, non-sens tant humain qu'&#233;conomique, trag&#233;die et grotesque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Retour aux &lt;i&gt;suburbs&lt;/i&gt; de Vancouver. &lt;i&gt;&#171; The Pine on the Corner &#187;&lt;/i&gt;, le pin du coin de la rue, un monument dress&#233; &#224; une autre trag&#233;die, &lt;i&gt;&#171; la trag&#233;die &#233;cologique qui met en cause notre &#233;conomie, notre culture urbaine, notre ordre social &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce Jeff Wall. Une rue anonyme bord&#233;e de pavillons faits de pas grand-chose, plein de voitures gar&#233;es, quelques arbres par ci par l&#224;, une montagne au sommet enneig&#233;e dans le fond, au premier plan un tr&#232;s grand arbre &#224; un angle de rues, &lt;i&gt;&#171; une sentinelle d&#233;corative &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-il. Le pin du coin de la rue est une ruine, un fragment de nature abandonn&#233; sur un trottoir et que plus personne ne voit. Pourtant il est l&#224; en toutes saisons et par tous les temps, comme l'est sur les trottoirs d'Occident une partie de tous les d&#233;sh&#233;rit&#233;s du Monde. &lt;i&gt;&#171; L'arbre solitaire est le grand symbole antique de l'individu mortel, dit Jeff Wall, il a beau &#234;tre enracin&#233; dans la nature toute enti&#232;re, c'est dans la solitude qu'il subit sa destin&#233;e &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH398/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990-dae87.jpg?1775050807' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, the Pine on the Corner
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A proximit&#233; des villes et de leurs banlieues, ce qu'il reste de for&#234;t sert de refuge &#224; tout un tas de solitudes subissant elles aussi leurs destin&#233;es, pauvres gens qui tentent d'&#233;chapper &#224; l'inquisition de l'&#339;il photographique en se dissimulant derri&#232;re un rideau d'arbres, tandis que leur repas continue de chauffer sur un foyer de &#171; fortune &#187;. Fin d'hiver gris de la p&#233;riph&#233;rie de Vancouver. R&#233;alisme qui a perdu toute magie. &lt;i&gt;&#171; Forest &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nuit d'&#233;t&#233; de Vancouver, mais ce pourrait &#234;tre d'ailleurs et en une autre saison, et m&#234;me dans un au-del&#224; de tourments dantesques. Un empilement de rondins coinc&#233; par des gros cubes de b&#233;ton, comme des cr&#226;nes tondus entraper&#231;us avant que les lugubres portes ne se referment. Extermination arboricole, comme au Costa Rica, en Malaisie continentale, et au Sarawak o&#249; je n'ai entendu qu'un interminable requiem de tron&#231;onneuses. La nature massacr&#233;e et le b&#233;ton comme t&#233;moignage indestructible des horreurs de l'histoire contemporaine. &lt;i&gt;&#171; Logs &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L436xH330/graphiquecolle_-13-7f075.jpg?1774784856' width='436' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme celle d'Ivan Albright, l'&#339;uvre de Jeff Wall rev&#234;t la dimension d'une grande m&#233;ditation sur la mort, mort de l'Homme, des soci&#233;t&#233;s qu'il a construites, et de la nature dans son ensemble, mais dans le contexte sp&#233;cifique du capitalisme triomphant, du vampirisme g&#233;n&#233;ralis&#233;. &lt;i&gt;Memento mori.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH293/graphiquecolle_-14-c7325.jpg?1774784856' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette obsession du vampire, celle de Jeff Wall, on la trouve chez un artiste uruguayen peu ou pas connu en Europe, Nelson Ramos, mais Nelson Ramos est aussi un homme que tourmente la trag&#233;die permanente de l'Am&#233;rique latine. Dans ses crises figuratives, le vampire est pratiquement toujours pr&#233;sent, chauve-souris, aux ailes gigantesques amplement d&#233;ploy&#233;es, qui plane, mena&#231;ante, au-dessus des populations humbles de l'Am&#233;rique latine, mort de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s, mort colonialiste, imp&#233;riale puis imp&#233;rialiste, qui survole en continu cette terre de douleurs, &lt;i&gt;Latinoamerica&lt;/i&gt;. Dans ses bo&#238;tes-tableaux, il montre les d&#233;sastres de la conqu&#234;te, toute une soldatesque, &#224; cheval ou servant des canons, qui foule des dizaines de squelettes entass&#233;s dans des cryptes cellulaires superpos&#233;es sous l'&#339;il attendri d'un cur&#233;, &lt;i&gt;Tunatioh&lt;/i&gt;, les produits du pillage de l'Am&#233;rique enferm&#233;s derri&#232;re de lourdes portes d'or encadr&#233;es par, ou incrust&#233;es dans, un &lt;i&gt;tzompantli,&lt;/i&gt; et surveill&#233;es par quelques lanciers, &lt;i&gt;Ellos a&#250;n nos miran&lt;/i&gt;, ils nous regardent encore, peuple souterrain de squelettes gard&#233; par un vampire aux ailes d&#233;ploy&#233;es, &lt;i&gt;Colonizaci&#243;n&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH421/graphiquecolle_-15-e2176.jpg?1774784856' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ces espaces sans respiration possible, fragment&#233;s, il demeure plus qu'une trace des compositions &#171; constructivistes &#187; de Joaqu&#237;n Torres Garc&#237;a, le grand Mont&#233;vid&#233;en. Ce que livre Nelson Ramos, dans ses p&#233;riodes de crises figuratives, ce sont des images 3D, fabriqu&#233;es &#224; partir de papiers, de carton et de petits bouts de bois, du tragique de la condition de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s latino-am&#233;ricaines, images pas tr&#232;s &#233;loign&#233;es en fait des &lt;i&gt;Arpilleras&lt;/i&gt; chiliennes, patchworks r&#233;alistes en toile de sac et brins de laine, mais chez lui tout &#224; fait all&#233;goriques. Il parle de &lt;i&gt;Vanitas mestizas&lt;/i&gt;, Vanit&#233;s m&#233;tisses, pour d&#233;signer ses petites bo&#238;tes constitu&#233;es d'alv&#233;oles emplies de squelettes et de cr&#226;nes et domin&#233;es par la silhouette englobante du vampire aux ailes dentel&#233;es. &lt;i&gt;Los de arriba y los de abajo&lt;/i&gt;, ceux du dessus et ceux du dessous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus, une table avec une nappe en dentelles recouverte de bouteilles et de verres, treize personnages en costumes noirs dont un qui porte un toast &#224; on ne sait qui ou quoi, oligarchie cr&#233;ole ou conseil d'administration d'une firme transnationale, toujours les m&#234;mes avec quelques milliardaires &#233;tats-uniens en sus puisque machin transnational. En dessous, cinq rang&#233;es de dix squelettes poussi&#233;reux et assis dans des alv&#233;oles &#233;troites. Au-dessus la table est &#233;clair&#233;e par une verri&#232;re, &lt;i&gt;una claraboya&lt;/i&gt;, derri&#232;re laquelle se profile l'ombre sinistre et vampirique de la mort latino-am&#233;ricaine. Monde du dessus et monde du dessous. &lt;i&gt;Latinoamerica, Mundo triste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH413/graphiquecolle_-16-f562d.jpg?1774784856' width='500' height='413' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nelson Ramos &#233;tait aussi un homme de la lumi&#232;re, donc du c&#244;t&#233; de la vie, et il a construit des petites charpentes de roseau et de carton sur lesquelles il a pos&#233;, coll&#233; ou cousu, des carreaux de papier translucide ou de couleur pour figurer les verri&#232;res, les &lt;i&gt;claraboyas&lt;/i&gt;, qui couvrent les patios des maisons de Dolores et de Montevideo. C'est un peu comme une repr&#233;sentation cubiste du ciel, ciel des &#171; Orientaux &#187; d&#233;coup&#233; comme un g&#226;teau par les verri&#232;res des patios, ou bien encore une r&#233;miniscence des suspensions de cerfs-volants, &lt;i&gt;las pandorgas&lt;/i&gt;, de son enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH263/graphiquecolle_-17-d94f0.jpg?1774784856' width='500' height='263' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re aussi irradi&#233;e par les peintures blanches fruits d'un m&#233;tissage de couleurs, avec souvent des verticales, d&#233;chirure du papier, trace de gros pinceau ou morceau de bois coll&#233;, impressions re&#231;ues d'un arbre, d'un sentier ou d'un fleuve de son si tendre et si beau pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L486xH358/graphiquecolle_-18-bff85.jpg?1774784856' width='486' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enfant comme m&#233;diateur subreptice du territoire</title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-enfant-comme-mediateur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-enfant-comme-mediateur</guid>
		<dc:date>2026-02-02T11:10:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Leseur et Utopik</dc:creator>


		<dc:subject>enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le M&#212;ME, c'est d'abord un dr&#244;le de camion vert et blanc qui se gare dans la cour d'une &#233;cole. Et &#224; chaque fois, la sc&#232;ne se r&#233;p&#232;te : les enfants collent leurs visages aux vitres, les yeux ronds comme des billes, un sourire d&#233;j&#224; accroch&#233; aux l&#232;vres, parfois un sourcil intrigu&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/enseignement" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2791-8b19a.jpg?1772186913' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le M&#212;ME, c'est d'abord un dr&#244;le de camion vert et blanc qui se gare dans la cour d'une &#233;cole. Et &#224; chaque fois, la sc&#232;ne se r&#233;p&#232;te : les enfants collent leurs visages aux vitres, les yeux ronds comme des billes, un sourire d&#233;j&#224; accroch&#233; aux l&#232;vres, parfois un sourcil intrigu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; C'est quoi ? Un food truck ? Une biblioth&#232;que ? Un pestacle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On descend, on sourit, on ouvre les portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de frites, pas de livres : &#224; l'int&#233;rieur, il y a des &#339;uvres. Des images, des mati&#232;res, des formes &#224; regarder, &#224; toucher parfois, &#224; apprivoiser. Et toujours ce m&#234;me instant suspendu : le silence fragile qui pr&#233;c&#232;de la d&#233;couverte, juste avant que l'atelier ne s'anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le M&#212;ME : caMion d'exp&#212; noMade en bocagE, traverse les villages d'une Normandie rurale o&#249; les &#233;quipements culturels sont parfois &#233;loign&#233;s, o&#249; la sortie scolaire peut devenir un parcours du combattant. Alors la logique s'inverse : si les enfants ne peuvent aller vers l'art, c'est l'art qui vient jusqu'&#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la visite du camion et les ateliers men&#233;s en classe, survient un moment d&#233;cisif : les enfants reviennent&#8230; mais accompagn&#233;s. Parents, fr&#232;res, s&#339;urs, grands-parents, nounous. Ils n'ont re&#231;u aucune &#171; formation &#187; pour guider une exposition. Et pourtant, ils guident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que r&#233;side l'une des forces du M&#212;ME : il d&#233;place les r&#244;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous montrons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les enfants regardent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, tr&#232;s vite, ils s'approprient, interpr&#232;tent, inventent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/_dsc0133-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH331/_dsc0133-2-26a30.jpg?1772188046' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un jour, un gar&#231;on s'est approch&#233; d'une peinture et a murmur&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vraiment la vraie&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Un autre m'a d&#233;crit un tracteur invisible dans une toile : il l'&#8220;avait bien vu&#8221;, noir et blanc, comme ceux que conduit son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces interpr&#233;tations, nous ne cherchons pas &#224; les corriger. Elles disent quelque chose de pr&#233;cieux : l'exposition continue ailleurs que dans nos intentions. Elle se prolonge dans l'imaginaire, dans l'exp&#233;rience v&#233;cue, dans les r&#233;cits personnels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors les enfants reviennent dans le camion, plus assur&#233;s. Ils deviennent conteurs. Ils racontent, ils montrent, ils expliquent. Ils redistribuent l'exp&#233;rience avec leurs mots, leurs gestes, leurs images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pense souvent l'enfant comme simple b&#233;n&#233;ficiaire d'un dispositif culturel : un public captif, un r&#233;cepteur &#224; instruire. Le M&#212;ME propose autre chose : il r&#233;v&#232;le l'enfant comme acteur de la m&#233;diation, comme passeur entre l'exposition, sa famille, son village, son territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#233;diation enfantine n'a rien de magique ou de spontan&#233;. Le M&#212;ME ne remplace pas la m&#233;diation : il en r&#233;v&#232;le la n&#233;cessit&#233;. Ce qui se joue dans ce camion est le r&#233;sultat d'un agencement pr&#233;cis : un espace pens&#233;, une pr&#233;sence adulte bienveillante, une attention r&#233;elle port&#233;e &#224; la parole de l'enfant, une mani&#232;re d'accueillir son regard sans l'invalider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans intervenants, le M&#212;ME ne serait qu'un volume am&#233;nag&#233; ; sans enfants, une simple exposition itin&#233;rante. C'est la rencontre, orchestr&#233;e mais jamais dirig&#233;e, qui rend possible cette &#233;mancipation discr&#232;te. On pense ici au ma&#238;tre ignorant de Jacques Ranci&#232;re : un cadre qui n'explique pas pour combler un manque, mais qui autorise chacun &#224; produire du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranci&#232;re rappelle qu'expliquer, c'est souvent partir du principe que l'autre ne peut pas comprendre par lui-m&#234;me. Dans le camion, le plus souvent, nous laissons les enfants d&#233;crire ce qu'ils voient, sans livrer imm&#233;diatement le bon sens de l'&#339;uvre, s'il en existe un. Parfois, nous partageons aussi ce que nous savons, une intention de l'artiste, un contexte, mais sans fermer l'interpr&#233;tation. Dire &#171; je n'ai pas toutes les r&#233;ponses &#187; devient alors un geste p&#233;dagogique &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture tranche nettement avec celle de l'institution scolaire, o&#249; les instituteurs et institutrices, parfois d&#233;stabilis&#233;s par cette approche ouverte, sont plus habitu&#233;s &#224; proposer des activit&#233;s fortement encadr&#233;es visant un r&#233;sultat attendu, mesurable et conforme &#224; des objectifs p&#233;dagogiques pr&#233;d&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait &#233;galement rappeler l'&#233;tymologie latine du mot infans : &#171; celui qui ne parle pas &#187;. Or, dans le M&#212;ME, les enfants parlent beaucoup. Ils parlent parce qu'on leur en donne la possibilit&#233;, mais surtout parce que l'espace les y autorise. Le camion cr&#233;e en effet un environnement singulier : ni salle de classe, ni mus&#233;e, ni maison. Un espace liminal, plus petit, plus intime, moins impressionnant qu'une galerie. On peut s'approcher tr&#232;s pr&#232;s des &#339;uvres sans alarme, parler sans d&#233;ranger d'autres visiteurs, circuler librement. Cette libert&#233; favorise une relation d&#233;complex&#233;e &#224; l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a cependant ses limites. Si le dispositif fonctionne puissamment avec les enfants, il agit moins directement sur les adultes. Certains parents n'osent pas toujours monter dans le camion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; on voit tr&#232;s bien d'ici &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;, certains passants restent &#224; distance. L&#224; encore, il n'y a pas d'&#233;chec, mais une r&#233;alit&#233; sociale avec laquelle composer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_3988.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/img_3988-10eaa.jpg?1768070525' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Simondon dirait que le M&#212;ME n'est pas seulement un camion : c'est un objet technique en cours d'individuation, un &#234;tre hybride qui n'existe pleinement que dans sa relation aux routes, aux villages, aux &#233;coles et surtout aux enfants. L'exposition n'y est jamais tout &#224; fait la m&#234;me. Elle se recompose &#224; chaque arr&#234;t, &#224; chaque r&#233;cit, &#224; chaque regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;diation, ici, n'est pas un programme fig&#233;. C'est un processus vivant, mouvant, transductif. Elle passe par les d&#233;tours de l'imaginaire enfantin, parfois sans logique apparente pour nous, adultes. Les enfants retiennent, d&#233;forment, inventent. Ils transportent l'exposition dans la voiture du retour, puis sur la table de la cuisine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce cheminement suit une s&#233;quence simple mais d&#233;cisive : voir, faire, puis raconter. Visite, atelier, retour en famille. C'est cette cha&#238;ne qui permet &#224; l'exp&#233;rience de circuler vers d'autres espaces : la maison, la cour, le village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est improvis&#233; : l'absence de jugement dans l'atelier, l'absence d'&#233;valuation, la libert&#233; accord&#233;e au geste rendent possible l'appropriation. Sans le savoir, les enfants &#233;largissent le territoire culturel de leur village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait enfin rapprocher le projet du M&#212;ME de ce qu'Aur&#233;lie Armellini nomme le devenir-araign&#233;e du m&#233;diateur culturel : un tisseur de relations, un cr&#233;ateur de circonstances. Le M&#212;ME tisse des fils entre &#339;uvres, enfants, familles, villages, imaginaires. Ce tissage n'est pas seulement po&#233;tique : il est profond&#233;ment politique, au sens o&#249; il d&#233;veloppe une attention &#224; l'autre, &#224; la complexit&#233; des exp&#233;riences, et &#224; la possibilit&#233; d'exister ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'enfant guide ses parents, il n'applique pas un savoir : il compose un r&#233;cit. Il devient interpr&#232;te &#224; partir de sa propre exp&#233;rience. Ce qu'il transmet n'est pas ce qu'il a appris, mais ce qu'il a invent&#233; en regardant. Cette invention ne fait pas dispara&#238;tre l'&#339;uvre : elle la prolonge. Les &#339;uvres conservent leur densit&#233;, leur qualit&#233; esth&#233;tique. Elles offrent un cadre commun &#224; l'int&#233;rieur duquel se d&#233;ploient des interpr&#233;tations multiples. L'enfant ne dissout pas l'&#339;uvre : il l'actualise, il en explore des possibles inattendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'art circule mieux qu'on ne le croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se glisse dans l'imaginaire d'un enfant, puis dans un village entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il trouve l&#224; son territoire le plus inattendu : celui de la transmission involontaire, joyeuse et profond&#233;ment humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peut-&#234;tre que c'est cela au fond le r&#244;le secret du M&#244;me : r&#233;v&#233;ler que l'enfant n'est pas seulement celui qu'on instruit mais celui qui relie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brendan Fravalo &amp; Manon Leseur&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>No&#235;l Ravaud</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Noel-Ravaud</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Noel-Ravaud</guid>
		<dc:date>2025-07-27T15:45:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Artiste, plasticien, performeur, vid&#233;aste, photographe, po&#232;te, cr&#233;ateur de revue, No&#235;l Ravaud &#233;tire les tentacules de son &#339;uvre dans les m&#233;andres de ton cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis la disparition de ce vertigineux artiste. Sauvage et raffin&#233;, anarchiste et profond&#233;ment farceur, pauvre parce qu'incorruptible au regard de l'&#233;conoma capitaliste, il laisse en rade une &#339;uvre d'une fondamentale importance pour l'art en France entre 1990 &#224; 2020. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais amorc&#233; un texte sur l'une de ses expositions en 2018 &#224; Marseille. Je le livre ici, dans le contre-temps de l'inactuel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/poesie" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2721-7ff44.jpg?1772188272' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Artiste, plasticien, performeur, vid&#233;aste, photographe, po&#232;te, cr&#233;ateur de revue, No&#235;l Ravaud &#233;tire les tentacules de son &#339;uvre dans les m&#233;andres de ton cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis la disparition de ce vertigineux artiste. Sauvage et raffin&#233;, anarchiste et profond&#233;ment farceur, pauvre parce qu'incorruptible au regard de l'&#233;conoma capitaliste, il laisse en rade une &#339;uvre d'une fondamentale importance pour l'art en France entre 1990 &#224; 2020. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais amorc&#233; un texte sur l'une de ses expositions en 2018 &#224; Marseille. Je le livre ici, dans le contre-temps de l'inactuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Comme il est tr&#232;s probable que l'on va crever, on se rendra compte que c'&#233;tait une vie, simplement au moment o&#249; l'on cr&#232;ve. Fin de la vie. Fin du po&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;Robert Filliou&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'art comme semi-conducteur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait tenter des carottages en pied de mur ou d'effleurement &#224; la surface de semi-conducteur dont la propri&#233;t&#233; passant de la valence &#224; la conduction nous permettrait de tenter une transcription chaotique de cet engagement suffocant. Ce dont on ne pourrait douter, c'est que la rencontre avec les ouvrages de No&#235;l Ravaud ne laisserait pas de r&#233;pit. Ce serait la premi&#232;re impression perceptible &#224; la d&#233;couverte de l'installation pr&#233;sent&#233;e &#224; la galerie GT &#224; Marseille en mai 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue, &#224; la s&#233;ance de &lt;i&gt;curling&lt;/i&gt; collectif, expos&#233;e sur les 3 murs et le sol de la galerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante-cinq dessins imprim&#233;s sur papier photo furent s&#233;lectionn&#233;s sur l'ensemble des 353 existants le jour du vernissage. Ils sont expos&#233;s sous l'&#233;nigmatique titre : &lt;strong&gt;pendant 365 jours j'ai le m&#234;me &#226;ge que Mary Shelley &#224; sa mort.&lt;/strong&gt; Les dessins sont color&#233;s et encadr&#233;s, install&#233;s sur le mur selon une logique qui nous &#233;chappe mais qui respecte l'orthogonalit&#233; du format. La dispersion des &#339;uvres m&#233;nage des respirations. Quatre photo-images de la s&#233;rie &lt;strong&gt;je me souviens&lt;/strong&gt; sont align&#233;s et une &lt;strong&gt;Chronologie de Mary Shelley jusqu'en 1962&lt;/strong&gt; est manuscrite &#224; raz de sol comme une bande passante. 8 &lt;strong&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/strong&gt; soit : des planchettes de bois imprim&#233; et d&#233;pos&#233;es au sol ; deux livrets (mode d'emploi/cartel) dont on pouvait manifestement se saisir sont accroch&#233;s avec des chaines &#224; un poteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des temps, des espaces, des m&#233;moires lointaines et imm&#233;diates qui s'enchev&#234;trent. Il y aurait des parall&#232;les &#224; faire avec les feuillets glac&#233;s servant de support aux plong&#233;es mondaines de No&#235;l Ravaud. Il faudrait ainsi se pencher sur le blanc d'une banquise pour faire venir &#224; soi les profondeurs sans horizons des mondes enfouis, ce serait l&#224; une tache r&#233;clamant opini&#226;tret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/noel_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/noel_2-e5a73.jpg?1751392402' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez No&#235;l Ravaud les &#171; dessins &#187; recouvrent des photo-montages, des impressions augment&#233;es d'&#233;criture, rehauss&#233;s, tous produits en tirage num&#233;rique couleur et fabriqu&#233;s avec une patinante souris d'ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier coup d'&#339;il la ligne est souvent tremblante, souvent interrompue. On reconnait de multiples figures qui cohabitent dans une m&#234;me composition : cr&#233;atures informes, rhizomes, formes anthropomorphes, corps morcel&#233;s, proth&#232;ses, animaux, monstres, machines, objets, arbres, fleurs, &#233;pluchures ou encore vers de terre... Les inserts photographiques font surgir : homme - singe - veau - vache - cochon - carcasse - mort ou vif... C'est un &#171; presque tout &#187; du monde qui se trouve chaque fois convoqu&#233;. Nous assistons au broyage duchampien du riche et bicam&#233;ral &lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt; de Jan Brueghel (1607).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/noel_3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/noel_3-86965.png?1751392402' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le couple de &lt;i&gt;selfiwoman / selfiman,&lt;/i&gt; sorte d'Adam et Eve bio-politiquement modifi&#233;, expose-t-il fi&#232;rement l'un de leurs bras absurdement allong&#233; en perche &#224; selfie. &lt;i&gt;Parle &#224; ma main !&lt;/i&gt; &#8211; Oui, ma main-smartphone filtre d&#233;j&#224; ta parole. Plus loin les doigts marionnettes s'interpellent : &lt;i&gt;&#8211; Not a man &#8211; Not a woman.&lt;/i&gt; La greffe a prise, pas de retour &#224; la vie nue, &lt;i&gt;O.rganisme G.&#233;n&#233;tiquement M.odifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bio et Zo&#233;, souverainet&#233; et gouvernance, Foucault &#224; Buenos Aire en 75, Agamben et son Homo Sacer, a minima.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/noel_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH360/noel_4-76398.jpg?1751392402' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de sortie, de points de fuites, plut&#244;t une lat&#233;ralit&#233; hors cadre, une superposition de pellicules d&#233;notatives qui fabriquent un espace sans fond. Chaque apparition semblant surgir du chaos d'une ville o&#249; le reflet des enseignes se confondent avec la r&#233;alit&#233;. Si l'on accepte de franchir ce premier seuil, les &#339;uvres de No&#235;l Ravaud pr&#233;figureront une promenade en train fant&#244;me o&#249; nous ne serons pas surpris d'&#234;tre effray&#233;s. Cela tiendra &#224; la mutilation de la langue... &lt;i&gt;unnilingus, applOdissements...&lt;/i&gt; &#224; l'usage des devinettes... &lt;i&gt;chercher l'erreur, chercher l'anachronisme. &#192; la sentence... Dans les hangars d'Amazon l'ouvrier est le bras du logiciel, You're not her for sell attention / You're not her for pay attention&lt;/i&gt;. Les &#233;pigraphies semblent parfois nous prendre &#224; parti et d'autres fois se r&#233;v&#232;lent autot&#233;liques. L'invention de figure chim&#233;rique comme un monstre &#224; cinq t&#234;tes ou la duplication &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; d'une m&#234;me figure reproduite avec un l&#233;ger coefficient d'erreur (d'art) domine. Ce qui s'anime l&#224;, devant ces dessins, serait proche de ce que les meilleures &#339;uvres peuvent proposer, capacit&#233; &#224; provoquer la curiosit&#233;, l'interrogation, la perplexit&#233;. Dans cet entre-deux incertain se joue ce quelque chose d'essentiel de l'art sans que jamais on ne puisse r&#233;ellement le nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent autocollantes, les &lt;i&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/i&gt; apparues au-devant des guichets des services publics dans les ann&#233;es 2010 norment l'espace, elles organisent le d&#233;placement et r&#233;duisent le contact des corps. Ici, elles sont imprim&#233;es sur des planchettes d&#233;pos&#233;es au sol et manifestement expos&#233;e &#224; la merci des visiteurs. Ces &#171; tr&#233;buchets &#187; convoquent l'attention joueuse, tant leur mobile incongruit&#233; vient d&#233;placer lat&#233;ralement les rep&#232;res. Les &lt;i&gt;lignes de confidentialit&#233;&lt;/i&gt; de No&#235;l Ravaud &#233;voquent plut&#244;t l'accident. Engageant au sens propre les exp&#233;rimentateurs - lecteurs - performeurs dans la chute. Cette proposition, v&#233;ritable &lt;i&gt;Blitz&lt;/i&gt; po&#233;tique, joue avec les limites de l'art de la performance. La suggestion transgressive d'une inqui&#233;tante dr&#244;lerie est patente. Cette &#339;uvre &#233;tait pr&#233;monitoire d'une glissade soci&#233;tale vers la bio-gouvernance, dont l'interm&#232;de Covid a d&#233;finitivement act&#233; l'effectivit&#233;. Elle renverse en rire sardonique, le pathos d'une intimit&#233; enchain&#233; aux injonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens de Bruce Nauman plantant un bon piquet de coin,&lt;/strong&gt; la l&#233;gende, &#233;crite &#224; m&#234;me l'image, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de Bruce Nauman &lt;i&gt;Setting a Good Corner&lt;/i&gt; (2000), figure une antenne relais plant&#233;e en d&#233;sert proven&#231;al. Pass&#233; ma&#238;tre dans l'usage des parall&#232;les disjonctifs, l'artiste nous entraine dans des constellations r&#233;flexives. Nous identifions l'&#233;tranget&#233; des perceptions supportant les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;manents. Elles rel&#232;vent ici, d'une discussion in/amicale avec des &#339;uvres, d'une situation trouv&#233;e qui, comme ce parapluie abandonn&#233; pourrait &#233;voquer la sculpture &lt;i&gt;Maman&lt;/i&gt; (1999) de Louise Bourgeois. Mais la l&#233;gende disorthographique, &lt;strong&gt;Je me souviens du souri de Louise Bourgeois,&lt;/strong&gt; coupe court &#224; la trivialit&#233; d'une simple citation. L'&#339;uvre vaut plut&#244;t comme le support d'un r&#233;cit plus vaste tel que l'utilisation de la photographie chez W.G. Sebald. La photographie ne valant pas pour elle-m&#234;me mais en tant que support d'une narration ne se substituant pas &#224; elle. C'est pr&#233;cis&#233;ment la fonction de la photographie, dans ce contexte, que de faire l'&#233;conomie de l'&#233;criture descriptive. D&#232;s lors, on l'aura compris, chacun des &#233;l&#233;ments de cette installation n'a valeur pleine et enti&#232;re que dans le cadre de ce projet &#233;tendu des 365 jours sous la tutelle mortelle de Mary Shelley.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/noel_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH777/noel_5-31e5a.jpg?1751392402' width='500' height='777' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ature du docteur Frankenstein se tient &#224; l'aff&#251;t derri&#232;re le grand verre. Ce loup-garou exp&#233;rimental revigor&#233; par les baquets de Mesmer fait surgir, sans s'y r&#233;duire, deux probl&#233;matiques qui traversent l'&#339;uvre de No&#235;l Ravaud : d'une part le versant, que l'on dit aujourd'hui transhumaniste, aliment&#233; par la &#171; croyance &#187; en le progr&#232;s, sur lequel les cyniques r&#233;citants de la Silicon Valley continuent de sp&#233;culer ; d'autre part l'exp&#233;rience rat&#233;e du philanthropique docteur fait appara&#238;tre la figure de l'exclu, du migrant, du banni. Difficile de poser une parabole plus compl&#232;te du monde contemporain. La r&#233;surgence de la cr&#233;ature fictionnalise l'&#233;tat des corps biopolitiques comme condition de la gouvernance. Nous sommes tous des cr&#233;atures, abim&#233;es ou augment&#233;es par la technique, mais ce que les transhumanistes veulent &#233;carter, c'est la vuln&#233;rabilit&#233;, en folie d'immortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des innombrables dessins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machine c&#233;libataire ou &#224; tuer : comme faux, pic, lance, trident, casse-t&#234;te ou actualit&#233; permanente d'une toujours probl&#233;matique guerre du P&#233;loponn&#232;se. Guerre : comme abattoir, vaporisateur, bombardier, temp&#234;te du d&#233;sert et Bambiland. Mais aussi sadomasochiste machine &#224; c&#226;lins de Mary Temple Grandin en apart&#233; du troublant visage embarqu&#233; de Greta Thunberg. Autistes hypersensibles &#224; l'animal souffrant, auquel certains vaniteux pensent &#233;chapper. Heureux tout de m&#234;me que cela se termine parfois par le bref rappel d'une temp&#234;te emportant yacht et h&#233;licopt&#232;re en voyage sans retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes trac&#233;es au crayon photoshop d'une machine &#224; coudre, &lt;i&gt;Un souvenir d'enfance&lt;/i&gt;, titre &#233;ponyme de l'essai de &lt;i&gt;Sigmund Freud sur Leonardo da Vinci,&lt;/i&gt; tentent de rassembler les &#233;l&#233;ments disloqu&#233;s. L'artiste semble proc&#233;der &#224; un lent travail de montage, de reconnexion d'&#233;l&#233;ments &#233;parpill&#233;s, jet&#233;s &#224; la mer en attente d'une comparution sur divan. Apparition de d&#233;risoires jouets de plage &#224; laquelle s'accroche fermement les d&#233;rivants mis au ban des &#233;tats durablement install&#233;s dans l'exception. Dans la benne &#224; ordure parfois devenue oikos des bannis, il r&#233;cup&#232;re aussi les organes des corps mutil&#233;s sans contrepartie. Embarqu&#233; sur une vedette de sauvetage, No&#235;l Ravaud ram&#232;ne &#224; lui les restes abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/noel_6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH368/noel_6-aa360.png?1751392402' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apparition fugace d'injonctions contradictoires Ignorer-supprimer-liker se superposant &#224; l'image d'un pendu, 2 fois &#171; Like &#187; &#224; outrance saturant l'espace. Cette &#339;uvre ne se prive de rien, il y a l&#224; jubilation cathartique, mode Western &#224; la Sam Peckinpah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e de cerveaux ennuy&#233;s et amus&#233;s par les brumes d'un interminable hiver, par le vide inqui&#233;tant d'une nature devenue presque irr&#233;m&#233;diablement distante, l'&#339;uvre de Mary Shelley irrigue une chambre de r&#233;sonance dont la m&#233;moire vive n'a d&#233;lib&#233;r&#233;ment rien &#224; voir avec l'automatisme normatif des &#034;Intelligences&#034; artificielles. Ce dont il est question, est bien un &lt;i&gt;ce qui sauve,&lt;/i&gt; pas toujours tr&#232;s agr&#233;able, mais dont la n&#233;cessit&#233; fait loi de l'art. Sauver donc, ces petits oiseaux, petits singes de laboratoire, vache &#224; hublots et champ&#234;tres fleurettes, qui sous l'air tendre de la captation &#233;motionnelle, interpellent notre approche indiff&#233;rente &#224; la modification du vivant. On se souviendra &#224; ce titre de travaux ant&#233;rieurs de l'artiste autours des, d&#233;j&#224; dat&#233;s, jouets num&#233;riques que furent les tamagochis, ces doublures virtuelles des empathies niaiseuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/noel_7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH342/noel_7-96cda.jpg?1751392402' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme un lac tumultueux d&#233;bordant de toute part, l'exposition engageait jeu de langue et d'anus, tenu dans la distance transgressive et inacceptable de la v&#233;rit&#233; de l'art. Il est toujours hasardeux de proposer quelques parall&#232;les, de tracer des g&#233;n&#233;alogies. Je peux n&#233;anmoins tenter d'imaginer le fil des voix qui arriv&#232;rent dans le Poitou natal &#224; l'oreille et aux yeux de l'artiste au d&#233;but des ann&#233;es 1980, celle des conjonctions d&#233;tonantes de musiques punks et savantes. Le fant&#244;me de Raoul Hausmann dans l'indiff&#233;rence de Limoges ou de Robert Filliou aux Eysies. Jeux de l'art et hurlement. Plus tard, sur un fil tordu qui jamais ne s'arr&#234;ta, il faudra &#233;pingler Mike Kelley, Paul Mac Carthy ou Jason Rhodes. &lt;i&gt;All over&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Fucking Bastard&lt;/i&gt; pris dans l'urgence d'un n&#233;cessaire massacre &#224; la tron&#231;onneuse. Sans &#233;tonnement, la Rance cultiv&#233;e est en panique face &#224; de telles fulgurances. Les r&#233;flexes d&#233;fensifs des vieilles bourgeoisies ran&#231;aises et incultes dont la g&#233;n&#233;alogie ne fait, elle, aucun doute, sait se d&#233;ployer avec toute sa puissance de nuisance. Il n'y aurait donc aucun &#233;tonnement &#224; voir certaines &#339;uvres marginalis&#233;es. Les jeux d'ironies et d'humours sont appr&#233;ci&#233;s lorsqu'ils viennent du s&#233;rail. Jeux de mots de pr&#233;cieuses ridicules, sans effet autre que celui d'&#233;pater les gogos, mais cela fait tout de m&#234;me de prestigieuses carri&#232;res d'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partagions la d&#233;jection des couleuvres am&#232;res. No&#235;l m'envoya une derni&#232;re image quelques heures avant que je n'apprenne sa disparition. La photographie verticale est prise en contre-plong&#233; &#224; l'angle de la terrasse du Palais des arts et de la rue des trois Mages &#224; Marseille. Une terrasse s'avance en promontoire, un cheval de bronze se cabre devant les passants qui remontent la rue. Un cheval ridicule qui ressemble &#224; un z&#232;bre. Le mur de sout&#232;nement socle majestueusement la sculpture et est recouvert de graffitis comme autant d'authentiques traces urbaines. L'&#339;il s'attarde sur les plus lisibles d'entre elles : SANG et FARCE. Cet amoncellement de signes spontan&#233;s en apparence loufoque convoque la tragi-com&#233;die du regard en qu&#234;te de sens, car l'art demeure un jeu &lt;i&gt;a la vida ! a la muerte !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/noel_8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/noel_8-9e288.jpg?1772188272' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sans doute est-ce ne pas trop insister que de dire, combien les &#339;uvres de No&#235;l Ravaud sous les atours emprunt&#233;s parfois au grotesque et au langage des ruelles obscures avaient ceci d'incisif, qu'elles ne concernaient rien de moins, que la vitalit&#233; des offrandes po&#233;tiques imm&#233;moriales et impertinentes insupportablement mises au rebut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.documentsdartistes.org/artistes/ravaud/repro.html" class="spip_out"&gt;https://www.documentsdartistes.org/...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture &#169;Favret-Manez&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arts et Sciences </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Arts-et-Sciences</link>
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		<dc:date>2025-06-01T18:30:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t suscit&#233;, depuis quelques ann&#233;es, par le th&#232;me des rapports entre art et science, dans les publications, les colloques et les r&#233;flexions institutionnelles, s'il est la preuve que se sont constitu&#233;es autour de lui des mobilisations, en principe &#224; partir d'un lien immanent permettant la rencontre de telles notions et de tels projets sp&#233;cifiques, est peut-&#234;tre aussi l'indice que l'espoir de coop&#233;rations ou d'interactions entre des domaines concourant bien &#224; forger notre existence sociale et politique n'est pas perdu, au sein de ce monde de divisions administratives entre les institutions, de recherches cloisonn&#233;es, de replis individuels absents de souci des sources communes. Il est m&#234;me possible de trouver en elles une triple mati&#232;re &#224; r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2677-733e0.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t suscit&#233;, depuis quelques ann&#233;es, par le th&#232;me des rapports entre art et science, dans les publications, les colloques et les r&#233;flexions institutionnelles, s'il est la preuve que se sont constitu&#233;es autour de lui des mobilisations, en principe &#224; partir d'un lien immanent permettant la rencontre de telles notions et de tels projets sp&#233;cifiques, est peut-&#234;tre aussi l'indice que l'espoir de coop&#233;rations ou d'interactions entre des domaines concourant bien &#224; forger notre existence sociale et politique n'est pas perdu, au sein de ce monde de divisions administratives entre les institutions, de recherches cloisonn&#233;es, de replis individuels absents de souci des sources communes. Il est m&#234;me possible de trouver en elles une triple mati&#232;re &#224; r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;D'une part, ces coop&#233;rations, nomm&#233;es ci-dessous &#171; archipel(s) &#187; en justifiant cet usage, ne fondent heureusement plus la s&#233;paration des arts et des sciences par leur soumission soi-disant &#171; b&#233;n&#233;fique &#187; &#224; une notion surplombante de sujet synth&#233;tisant ou de progr&#232;s. D'autre part, et en cons&#233;quence, ces interf&#233;rences entre les arts et les sciences contribuent &#224; engendrer des espaces, critiques des s&#233;parations s&#232;ches ant&#233;rieures, centraux &#224; l'&#232;re de grands p&#233;rils annonc&#233;s par fait des entreprises discriminantes de l'anthropoc&#232;ne, r&#233;sultats de subsomptions dans les grands r&#233;cits du progr&#232;s qu'elle a suscit&#233;s et dont la cr&#233;dibilit&#233; s'est heureusement amoindrie. Enfin, coop&#233;rations ou interf&#233;rences pr&#233;supposent que les enjeux de rentabilit&#233;, de profit et de concurrence impos&#233;s politiquement peuvent &#234;tre eux-aussi critiqu&#233;s in vivo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce fil, nous proposons une succession de trois textes de r&#233;flexion, en trois moments de publication dans TK-21 LaRevue. Le premier ici-m&#234;me est g&#233;n&#233;ral et vise &#224; cadrer un d&#233;bat sans cesse &#224; reprendre. Le second est propos&#233; par Jean-Christophe Nourisson. Le dernier reprend le texte d'une conf&#233;rence de Christian Ruby. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En mati&#232;re de travaux entre &lt;i&gt;Art et Science&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Arts et Sciences,&lt;/i&gt; pour utiliser les graphies courantes, faut-il admettre d'embl&#233;e les notions pr&#233;d&#233;finies de l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt et de la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience, ces notions historiques et philosophiques de part en part, pour savoir si et comment les relier, par exemple par une simple conjonction de coordination ou par une th&#233;orie du sujet transcendantal ou du progr&#232;s ? Ces pr&#233;d&#233;finitions en font des concepts fix&#233;s une fois pour toute en essences, par cons&#233;quent en font des mondes incommensurables. Pourtant, l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt comme la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience n'existent pas sous ce mode. Les arts et les sciences ne cessent de se d&#233;ployer au travail de multiples formes d'exp&#233;riences et de croisements, et sans se figer dans des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En examinant de pr&#232;s les recherches, les pratiques, m&#234;me produites sous le titre simplifi&#233; &lt;i&gt;Art et Science,&lt;/i&gt; nous nous apercevons qu'ils entretiennent philosophiquement des liens immanents autour des grandes formes de l'agir humain. Voil&#224; qui pousse &#224; appeler &#224; modifier la d&#233;nomination ordinaire en &#171; archipel Arts et Sciences &#187; (r&#233;duite ici au graphe A&amp;S par commodit&#233;) ! Cette mutation permet de faire fructifier les r&#233;flexions sur ce plan autrement que sous la forme d'un lieu commun abstrait ou d'un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; &#224; quelques-uns. Elle permet d'activer non moins la publicit&#233; de ces travaux aupr&#232;s des citoyennes et des citoyens, notamment dans la d&#233;termination de tiers-lieux (r&#233;els ou conceptuels) dont il n'est plus possible d'ignorer l'existence sans d&#233;sinvolture, de labos ou de lieux collaboratifs, aux fins d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est vrai que plus l'h&#233;ritage des trois si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents &#8212; Lumi&#232;res, positivisme, dogmatismes divers &#8212; a r&#233;ussi &#224; imposer une &#233;pist&#233;mologie de l'unit&#233; des disciplines qu'il s&#233;parait dans le m&#234;me temps &#8212; unit&#233; impos&#233;e sous l'&#233;gide soit du sujet, soit du progr&#232;s &#8212;, plus certains ont voulu forcer leur int&#233;gration abstraite en syst&#232;me. Mais ce projet d'un choix &#233;dict&#233; par une autorit&#233; s'est retourn&#233; en son contraire. Il a abouti &#224; une fragmentation des disciplines en blocs s&#233;par&#233;s qui ne voulaient pas &#234;tre rapproch&#233;s ou confondus, ou qui se contentaient de se &#171; concilier &#187; de mani&#232;re ext&#233;rieure, en mode pluridisciplinaire administratif, toujours gouvern&#233; par surplomb. Si on pr&#233;tend mettre fin &#224; une diversit&#233; constat&#233;e et construire une unit&#233; en supprimant les diff&#233;rences, on d&#233;sint&#232;gre toutes choses. Le monolithe du dominant, et ses ordres (&lt;i&gt;&#171; il faut vous r&#233;concilier &#187;&lt;/i&gt;), ne recouvrira jamais que la diversit&#233; des formes sans v&#233;ritable effet. &#192; l'inverse d'ailleurs, il ne suffira pas d'invoquer un pluralisme biens&#233;ant pour obtenir un r&#233;sultat, qui au mieux aura la forme d'une simple coexistence pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_1929.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH696/img_1929-995c3.jpg?1746704189' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;flexions crois&#233;es &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce point que la notion d'&#171; archipel Arts &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Sciences &#187;, et la possibilit&#233; concr&#232;te d'en r&#233;aliser, peut amplifier les motifs de discussions et de pratiques crois&#233;es, en consid&#233;ration de devenirs dans des actions r&#233;ciproques. R&#233;cemment (27-28 mars 2025), un colloque &#224; La Grange (Centre Arts-Sciences / Universit&#233; de Lausanne), organis&#233; par Aur&#233;lien Maignant et Audrey Gosset, sous le titre &lt;i&gt;Les collaborations entre artistes et scientifiques,&lt;/i&gt; et sous-titr&#233; &lt;i&gt;Histoires critiques et pratiques contemporaines,&lt;/i&gt; a impuls&#233; de nombreuses propositions archip&#233;liennes &#224; l'&#233;cart des perspectives de surplomb. Il a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par un autre colloque &#224; Polytech (Dijon, 12-14 mars 2025), intitul&#233; quant &#224; lui &lt;i&gt;Arts, Sciences, zone d'indiscernabilit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux colloques, du point de vue &#233;pist&#233;mologique, ont d'abord mis en lumi&#232;re et en public la difficult&#233; premi&#232;re &#224; s'orienter dans les mots et les travaux port&#233;s par le titre courant arts et sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du point de vue des termes, en effet, un rep&#233;rage ais&#233; &#224; conduire indique l'usage d'une pluralit&#233; de termes afin de d&#233;signer de tels rapports. En voici les principaux : alliage, co-construction, r&#233;g&#233;n&#233;ration, zone d'indiscernabilit&#233; et rhizome, rhapsodie, nomadisme, hybridation, rationalit&#233; communicationnelle, croisement, archipel, etc. Il est facile de rep&#233;rer les sources de ces usages et parfois les th&#233;oriciens de r&#233;f&#233;rence &#8212; Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Mich&#232;le Leduc, Audrey Gosset, Gilles Deleuze, Emmanuel Kant, Homi Bhabha, J&#252;rgen Habermas, Christian Ruby &#8212;, sinon l'ampleur des propos : y englobe-t-on chacun des arts, ainsi que les sciences dites &#171; dures &#187; comme les sciences historiques ? Et surtout, s'il n'est pas question de prendre le risque d'une homog&#233;n&#233;it&#233; impos&#233;e encore de surplomb, il devrait pourtant &#234;tre judicieux d'accepter de discuter de ces notions tout en en pointant le maniement litt&#233;ral, m&#233;taphorique ou flottant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du point de vue des pratiques, il importe de s'inqui&#233;ter de troubles flagrants au vu des r&#233;sultats de tels co-constructions le plus souvent pr&#233;sent&#233;s au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'A&amp;S finalement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de valoriser des scientifiques qui se disent artistes parce que les r&#233;sultats de leurs recherches, expos&#233;s, produisent des effets esth&#233;tiques (des bulles color&#233;es, des tourbillons multicolores, de beaux nuages, des mouvements d'oiseaux, des technologies de l'imagerie, etc.) ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de consacrer les artistes qui produisent de petites physiques amusantes &#224; partir de leurs connaissances plus ou moins circonscrites en mati&#232;re scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux premiers modes de rapports brandis fr&#233;quemment ne forgent pourtant pas des collaborations entre les arts et les sciences. Il est question de scientifiques qui se disent artistes et d'artistes qui se disent savants. Aucun ne sort de son domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnement peut &#234;tre prolong&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de scientifiques qui r&#233;fl&#233;chissent sur une &#339;uvre d'art et appliquent leurs discours savants aux &#339;uvres artistiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il d'artistes qui assignent les arts &#224; illustrer des r&#233;sultats scientifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si tel est le cas, il est envisageable au moins de faire valoir une &#171; bonne volont&#233; &#187; artistique ou scientifique. N&#233;anmoins, les r&#233;sultats demeurent d&#233;ficients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce trouble, il est malgr&#233; tout possible de tirer l'enseignement suivant. Les travaux les plus courants en mati&#232;re de rapports A&amp;S, se modulent en quatre cat&#233;gories :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le MONOlogisme (je suis scientifique et artiste moi-m&#234;me, ou l'inverse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail de l'un ou de l'autre SUR les r&#233;sultats de l'autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail de l'un ou de l'autre AVEC l'autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail ENTRE les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH707/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_-cd3d4.jpg?1746704189' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;passer le pluridisciplinaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En cela, s'int&#233;resser aux rapports processuels entre les arts et les sciences, autrement dit aux rapports impuls&#233;s entre des activit&#233;s constitu&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent en sph&#232;res autonomes (quoique pas ind&#233;pendantes), cela ne concerne pas seulement des principes &#233;pist&#233;mologiques et le travail de disjonction de l'arpenteur moderne par rapport &#224; la m&#233;taphysique m&#233;di&#233;vale &#8212; sur lesquels Christian Ruby reviendra. Cela oblige aussi &#224; examiner les pratiques &#8212; Jean-Christophe Nourisson en pr&#233;sentera dans sa r&#233;flexion. Et surtout, cela impose d'examiner comment les dynamiques/devenirs engendr&#233;(e)s peuvent int&#233;resser le public, les citoyennes et les citoyens, en promouvant le d&#233;veloppement de l'esprit critique public et en public. Parti pris d'autant plus important que cela permettrait simultan&#233;ment de r&#233;futer le propos d'Yves Michaud selon lequel, sous l'atmosph&#232;re esth&#233;tique de notre &lt;i&gt;&#171; &#233;tat gazeux &#187;&lt;/i&gt; (une configuration dans laquelle tout se fond), les arts et les sciences sont confondus dans un immense cabinet de curiosit&#233; anesth&#233;sique, les arts s'effondrant sous le &#171; beau &#187; commercial et les sciences se r&#233;duisant &#224; de simples discours un peu plus soutenus que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	O&#249; la perspective suivante se confirmerait : arts et sciences ne peuvent se contenter d'assignations pluridisciplinaires administratives infatu&#233;es d'elles-m&#234;mes, en ce que, dans ces articulations passives parce qu'imp&#233;rieuses, l'objet commun est d&#233;fini d'avance et les r&#233;unions, durant lesquelles chacun(e) doit se tenir &#224; sa place, sont pr&#233;sid&#233;es par un objectif auquel les uns et les autres sont simplement associ&#233;s de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce que changerait fondamentalement la constitution d'archipels A&amp;S, c'est une orientation dans une autre direction de recherches, de diffusions et de formations. Savoir par ailleurs si ces travaux peuvent m&#234;me transformer la soci&#233;t&#233; est une question suppl&#233;mentaire, pas vraiment indiff&#233;rente. Il semble que ces archipels peuvent effectivement servir de ligne d'orientation g&#233;n&#233;rale (sur le plan de la pens&#233;e comme sur le plan des relations sociales), au sein de notre situation largement rigide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La propri&#233;t&#233; de tels archipels, d&#233;j&#224; effectifs ou projet&#233;s, est en effet bien de menacer les cl&#244;tures, les enfermements de comp&#233;tences, les mondes uniformes et exclusifs, les subordinations r&#233;sultant d'une esprit pr&#233;- ou trop-critique parce que r&#233;duit &#224; entretenir les s&#233;parations. Sans &#234;tre dupe par ailleurs !, puisque dans ces archipels chacun(e) se m&#233;fie, &#224; juste titre des risques de confusions, notamment de comp&#233;tences, si pourtant les un(e)s et les autres r&#233;cusent, &#224; juste titre, l'administration des comp&#233;tences ou l'emprise de l'autorit&#233; de la comp&#233;tence. Ils/elles r&#233;cusent les id&#233;ologies de la s&#233;paration des arts d'un c&#244;t&#233; (le subjectif, le sensible ou le corps et le f&#233;minin) et des sciences de l'autre (l'objectif, le pur esprit, l'entendement et le m&#226;le) ; des arts qui ne penseraient pas et des sciences qui ne renverraient &#224; aucun sensible ; ainsi que les renversements de type ph&#233;nom&#233;nologique qui partent en guerre contre le primat de la science et surestiment l'art par le v&#233;cu et les choses singuli&#232;res, avec effet de re-subordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi s'ajoute la n&#233;cessit&#233; de rompre une lance avec un partage politique tr&#232;s actuel : celui du m&#233;pris de certains pouvoirs. Notamment, la persistance de ce m&#233;pris &#224; l'encontre des &#171; sciences &#187; qui g&#234;neraient ; et &#224; l'encontre les &#171; arts &#187; contemporains qui seraient en soi non populaires (avec tendance &#224; la r&#233;duction des budgets de la culture). Au demeurant, cette r&#233;cusation est d'autant plus centrale que les enfermements pr&#233;c&#233;dents sont sans doute une des causes des reproches entendus fr&#233;quemment : que les sciences seraient s&#232;ches, &#233;litistes, feraient courir des risques &#224; l'humanit&#233; (alors qu'elles sont souvent confondues avec la technique et les choix politiques techniques) ; et que les arts, notamment contemporains seraient aussi secs, incompr&#233;hensibles, &#233;litistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268-3e48d.png?1746704189' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit &#171; archipel &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En quoi la notion d'archipel convient-elle pour parler de ce qui vient d'&#234;tre mis au jour ? &#171; Archipel &#187; est un terme issu de la langue grecque ancienne (arkhein-pelagos) qui, du moins dans notre bouche, est utilis&#233; afin d'&#233;voquer des connexions, des &#171; entre &#187;, des passages, en un mot des devenirs. En particulier des passages qui n'&#233;liminent pas les comp&#233;tences mais sont susceptibles de discuter leur hypostase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la notion d'archipel, beaucoup n'entendent que la pr&#233;sence rapproch&#233;e d'&#238;les diverses. Mais si l'on en reste aux &#238;les, elles peuvent se valoir comme &#171; tout &#187;, en version de cl&#244;ture ou holisme. On en a un usage d'ailleurs tr&#232;s critique, d&#232;s la vis&#233;e moderne des &#238;les (Thomas More et autres), dans l'image d'une &#171; &#206;le des math&#233;matiques &#187;, chez Jonathan Swift (&lt;i&gt;Les voyages de Gulliver,&lt;/i&gt; 1726), th&#232;me prolong&#233; autrement par Gilles Deleuze, dans l'examen de la mythologie d'&#238;les &#171; &#339;ufs de la mer &#187;, &#171; prototype de l'&#226;me collective &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#206;le d&#233;serte, Paris, Minuit, 2002&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or ce qui compte dans les archipels ce sont les ports. Dans le r&#233;f&#233;rent grec que la notion suppose (Hom&#232;re et la mer &#201;g&#233;e), il est question d'une mer (&lt;i&gt;Pelagos&lt;/i&gt;) parsem&#233;e d'&#238;les qui choisissent une autorit&#233; commune (&lt;i&gt;Arkhein&lt;/i&gt;) de mani&#232;re immanente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Barbara Cassin, Vocabulaire europ&#233;en des philosophes, Dictionnaire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit du r&#233;f&#233;rent grec, la constitution d'archipels, convaincante depuis longtemps dans des contextes politiques (&#201;douard Glissant en particulier), s'oppose &#224; deux options :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Celle des tenants de la subordination, version id&#233;ologie du progr&#232;s ou plus commun&#233;ment image que l'opinion se donne des comp&#233;tences intangibles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Celle des tenants d'une unit&#233; incontr&#244;l&#233;e ou sauvage, sous le pr&#233;texte d'une indiscipline fonci&#232;re (ou d'essence) des arts ou d'une capacit&#233; intrins&#232;que de d&#233;placement des sciences. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De cela, chacun connait de nombreuses formules partant des discriminations, ici &#233;pist&#233;mologiques, de l'arpenteur moderne : ou bien le multiple dispers&#233;, s'autovalorisant comme tel sans composition, et dessinant un monde de juxtaposition sans accord ; ou bien ce multiple dispers&#233; se soumettant &#224; un principe unique, &#224; une unit&#233; abstraite sans autre travail sur soi que la subsomption &#224; un universel qui est alors non moins abstrait et gouverne les dispers&#233;s &#224; son gr&#233; ; ou bien, enfin, la diss&#233;mination cherchant une auto-composition immanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'importance d'un archipel A&amp;S bien conduit, en th&#233;orie comme en pratique, se dessine en ce qu'il est porteur de nouveaux horizons, pour peu que les protagonistes eux-m&#234;mes (artistes et scientifiques, ou plus g&#233;n&#233;ralement cr&#233;ateurs, chercheurs et praticiens) acceptent de travailler autrement &#224; partir de leurs comp&#233;tences et de croiser leurs approches et leurs m&#233;thodes en d&#233;finissant des objets communs de travail ; &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce que, loin de s'exclure l'un l'autre, les arts et la recherche scientifique ont tout &#224; gagner dans une forme de f&#233;condation r&#233;ciproque ; &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qu'en croisant leurs approches, leurs corpus et leurs m&#233;thodes, art et sciences, y compris les sciences sociales encore une fois, peuvent se renouveler en inventant ensemble une nouvelle d&#233;marche, &#224; la fois esth&#233;tique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &#233;clair&#233;e ou esth&#233;tico-&#233;clair&#233;e, et un langage commun, f&#251;t-ce sous forme de fiction &#224; la mani&#232;re de Donna Haraway, &#224; la fois sensible &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; scientifique, si l'on utilise encore ces partages ordinaires (quoiqu'erron&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que promet et d&#233;ploie cet archipel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut avoir l'inestimable avantage de produire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail d'interf&#233;rences qui modifierait l'un et l'autre p&#244;le et d&#233;saccorderait le Sujet centr&#233;, dominant, univoque d'avec lui-m&#234;me pour l'ouvrir &#224; l'alt&#233;rit&#233; et &#224; un nouveau travail sur soi ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail d'interrogation r&#233;ciproque (revenant sur une th&#233;orie du &#171; jeu &#187;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail qui r&#233;v&#232;lerait des manques d'un c&#244;t&#233; et de l'autre relativement aux recherches et aux rapports au public pour r&#233;cuser les convictions ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail sur les figures de l'Artiste et du Savant (leur histoire et leur d&#233;construction n&#233;cessaire), ainsi que sur les questions de &#171; communaut&#233; &#187; artistique ou scientifique, le plus souvent con&#231;ues comme faites alors qu'il faudrait les penser comme &#171; &#224; refaire &#187; (Alain Quemin et Lorraine Daston) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail de connaissance de la r&#233;ciprocit&#233; : faire sa place &#224; l'autre (art ou science) ne signifie certainement pas le prendre pour mod&#232;le, en le faisant passer du statut d'ignor&#233; &#224; celui de r&#233;dempteur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail sur l'&#233;mergence des comp&#233;tences des &#233;tudiants et autres auditeurs A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sur ces pr&#233;misses que nous nous proposons de vous donner &#224; lire deux conf&#233;rences sur ce th&#232;me Arts et Sciences, celle de Jean-Christophe Nourisson (juin) et celle de Christian Ruby (juillet).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#206;le d&#233;serte,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Barbara Cassin, &lt;i&gt;Vocabulaire europ&#233;en des philosophes, Dictionnaire des intraduisibles,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Antonius Claeissens, Mars entour&#233; des Arts et Sciences, vainc l'Ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trait de (D&#233;)Union</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Trait-de-De-Union</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Trait-de-De-Union</guid>
		<dc:date>2025-05-05T08:59:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Hord&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Toute &#339;uvre de l'art ou de l'esprit est une intervention dans le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle peut &#234;tre insolente, d&#233;stabilisatrice ou conformiste, p&#233;renne ou &#233;ph&#233;m&#232;re, reste qu'elle s'inscrit dans le monde, ce monde qu'Hannah Arendt d&#233;finit par la pr&#233;sence des &#339;uvres.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH110/arton2657-be183.jpg?1772244118' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Toute &#339;uvre de l'art ou de l'esprit est une intervention dans le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle peut &#234;tre insolente, d&#233;stabilisatrice ou conformiste, p&#233;renne ou &#233;ph&#233;m&#232;re, reste qu'elle s'inscrit dans le monde, ce monde qu'Hannah Arendt d&#233;finit par la pr&#233;sence des &#339;uvres. J'ai appris de Paul Ric&#339;ur que toute identit&#233; est narrative (donc mouvante), de Pierre Rosanvallon que l'&#233;galit&#233; est de relation (et non de nature) et de Marie-Jos&#233; Mondzain que le partage supposait la cr&#233;ation du lieu du partage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; savons que la d&#233;mocratie est une tension : D&#233;mos et Kratos (peuple et pouvoir) ne s'accordent que difficilement selon des processus que le droit arbitre. Il faudrait &#233;crire d&#233;mo-cratie. Le trait &#171; d'union &#187; signifiant l'&#233;cart ou la tension qui subsiste n&#233;cessairement entre les forces. Il me semble que l'&#339;uvre se tient dans ce trait. Elle unit ou d&#233;sunit, c'est selon&#8230; L'&#339;uvre conformiste plaira au tr&#232;s grand nombre et sera f&#234;t&#233;e par le populiste ; l'insolente s'inscrira dans la seulement &#171; possible &#187; adh&#233;sion, sera minoritaire et pourra &#234;tre qualifi&#233;e de d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e ! L'invention artistique offre une &lt;i&gt;relation&lt;/i&gt; possible, sachant qu'aucune demande ne la pr&#233;c&#232;de. Cependant, ma longue exp&#233;rience au th&#233;&#226;tre m'a permis de v&#233;rifier qu'une politique assidue peut durablement enrichir la curiosit&#233;. J'ai choqu&#233; nagu&#232;re en affirmant que l'art &#233;tait une activit&#233; (auteur et spectateur) &#171; d'aristo&#239; &#187;. Il fallait entendre que chacun d'entre nous est un possible aristo&#239; dans ce moment o&#249; il voit cette &#339;uvre qui le regarde. C'est une action, non une passivit&#233;. Les politiques culturelles qui se r&#233;clament d'une culture pour tous sont mensong&#232;res ou populistes. Elles se rangent du c&#244;t&#233; d'un peuple holistique qui n'existe pas. Aucune dictature n'emp&#234;chera quelques dissidences. Le grand art est dissident, en ce sens d&#233;mo-cratique : il interpr&#232;te, la V&#233;rit&#233; vacille. La relation est toujours singuli&#232;re. La foule dans un mus&#233;e ne dit rien de cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arts de production &#8212; le th&#233;&#226;tre en particulier &#8212; sont pris en tenaille : il faut des spectateurs le plus nombreux possible dans la salle, sachant que nombre d'entre eux pr&#233;f&#232;reront le d&#233;j&#224; vu &#224; la nouveaut&#233;. Il faut tenir cette contradiction, parier sur la vivante g&#233;n&#233;rosit&#233;, en somme : r&#233;sister ! La relation dans une salle qui est lieu de partage (dans le double sens d'accord et de d&#233;saccord : partager ce qui partage) est une &#233;gale diff&#233;renciation. Lorsque la salle fait masse, lorsque l'&#339;uvre invite une adh&#233;sion aveugl&#233;e, plus aucun partage ne peut avoir lieu et la libert&#233; s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre au jourd'hui est inclusion ; il succ&#232;de &#224; diversit&#233;. Tr&#232;s bien ! Mais prenons garde que ce ne soit pas aux d&#233;pens de la libre insolence de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malraux nous disait : &lt;i&gt;cr&#233;ez et allez &#224; la rencontre du plus grand nombre possible. Cr&#233;ez d'abord car c'est la cr&#233;ation qui sera l'objet de la rencontre avec un certain nombre.&lt;/i&gt; Cette utopie est-elle toujours vivante ? O&#249; en sommes-nous de nos songes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Nicolas de Sta&#235;l, Agrigente, 1953 &#8211; Huile sur toile (200 &#215; 150 cm), Mus&#233;e national d'Art moderne, Centre Pompidou, Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;ducation artistique pour le XXIe si&#232;cle ? (II)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le-2661</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le-2661</guid>
		<dc:date>2025-05-05T08:57:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette seconde partie de l'exploration des propos de Tim Ingold, tenus dans les &#201;coles d'art et d'architecture, mais extensibles &#224; toute p&#233;dagogie, prend d'autant plus de sens que l'ann&#233;e 2025 f&#234;te le centenaire de l'arriv&#233;e de l'&#201;cole du Bauhaus (arts, architecture, design) &#224; Dessau, sous la pression politique, p&#233;dagogique et architecturale de l'extr&#234;me droite allemande.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/enseignement" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2661-2cc13.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette seconde partie de l'exploration des propos de Tim Ingold, tenus dans les &#201;coles d'art et d'architecture, mais extensibles &#224; toute p&#233;dagogie, prend d'autant plus de sens que l'ann&#233;e 2025 f&#234;te le centenaire de l'arriv&#233;e de l'&#201;cole du Bauhaus (arts, architecture, design) &#224; Dessau, sous la pression politique, p&#233;dagogique et architecturale de l'extr&#234;me droite allemande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;Dans la revue Nectart, N&#176;20 (&#201;ditions de l'Attribut), un article d'Arnaud Fourrier, &#224; partir de nombreux entretiens, fait aussi le point sur la &#171; crise &#187; des &#201;coles d'art. Pour la France, il en d&#233;crit bri&#232;vement l'histoire, et montre que, si le cas de la fermeture de l'&#201;cole de Valenciennes par fait de diminution des cr&#233;dits municipaux est d&#233;sastreux, ce n'est pourtant pas par absence de projet ou d'insertion complexe entre le territoire, les perspectives nationales et internationales ; ce n'est pas non plus par abandon d'un r&#244;le p&#233;dagogique reconnu, ouvert sur les collaborations requises avec des partenaires. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;coles en question sont de nos jours des incubateurs des nouvelles g&#233;n&#233;rations de cr&#233;ateurs. Les propos de Tim Ingold apportent &#224; ces constats une dimension concr&#232;te importante. Mais dans cette seconde partie, nous &#233;largissons ses questionnements &#224; l'&#233;cologie, toujours dans la perspective d'un enseignement cette fois g&#233;n&#233;ralis&#233;, lequel s'inqui&#232;terait d'une approche du monde, de la nature et des humains. Cet &#233;largissement constitue aussi une mani&#232;re de r&#233;fl&#233;chir l'&#233;cologie au-del&#224; des th&#233;ories. Ingold a derni&#232;rement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, Paris, Seuil, 2025&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; repris ces analyses en accentuant ses recherches sur la collaboration des g&#233;n&#233;rations. Il souligne :&lt;i&gt; &#171; C'est en vivant et en travaillant ensemble sur les traces de leurs anc&#234;tres que les g&#233;n&#233;rations s'assurent un avenir pour elles-m&#234;mes et pour leur descendance &#187;&lt;/i&gt;. Certes, il faut &#233;tudier de pr&#232;s ce phras&#233;, en faire la g&#233;n&#233;alogie et en marquer les limites. Il est confront&#233; ici aux discours des deux enseignants en &#201;coles contact&#233;s &#8212; Nicolas Tixier et David Zerbib &#8211;, portant sur l'impact des propos d'Ingold sur leurs pratiques, dans la mesure o&#249; ils en font un support de leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est autour des notions de g&#233;n&#233;ration et d'&#233;cologie qu'Ingold tente de prendre la main sur les discours courants, &#224; partir de la priorit&#233; &#224; l'art qu'il souhaite introduire. Il articule aujourd'hui ces notions &#224; une m&#233;ditation sur la vie en g&#233;n&#233;ral. Sur ce plan, il reprend une antienne bien connue : &lt;i&gt;&#171; La vie est comme un relais, et tant qu'elle continue, il y a de l'espoir pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en reste pas moins vrai qu'il faut pr&#233;ciser les choses, et se rendre attentif aux usages, parce que l'existence, et notamment l'existence sociale n'est pas la vie. Il n'est donc pas certain que la notion de g&#233;n&#233;ration puisse &#234;tre utilis&#233;e sans pr&#233;cision. C'est sans doute ce pourquoi, l'auteur insiste de la mani&#232;re suivante sur la connotation humaine de cette notion : &lt;i&gt;&#171; Je suis persuad&#233; que nous avons besoin de changer notre mani&#232;re de concevoir les g&#233;n&#233;rations, non seulement pour apaiser certaines de nos angoisses concernant l'avenir, mais aussi, plus profond&#233;ment, pour jeter les bases d'une coexistence durable &#187;&lt;/i&gt;. Est-ce qu'Ingold sous-entend par-l&#224; que les jeunes g&#233;n&#233;rations ont bris&#233; les liens avec la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, ou que les anciennes g&#233;n&#233;rations n'ont pas su maintenir un lien avec leurs prog&#233;nitures ? Il importe de s'accorder &#224; faire attention &#224; des propos qui ont vite fait de satisfaire des esprits un peu mal form&#233;s, dans une soci&#233;t&#233; mal &#224; l'aise avec elle-m&#234;me. Plus sp&#233;cifiquement, l'auteur se contente d'insister sur le fait que &lt;i&gt;&#171; nous ferions mieux de rassembler les g&#233;n&#233;rations une fois de plus dans les conversations qui donnent &#224; la vie sa continuit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. La notion de &#171; conversation &#187; m&#233;rite de longues consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Devant les fluctuations induites par cette perspective, et revenant sur l'enseignement con&#231;u comme une des mani&#232;res de lier les g&#233;n&#233;rations, David Zerbib prend le parti suivant : &lt;i&gt;&#171; J'aimerais (ou j'aurais aim&#233;) pour ma part d&#233;velopper l'id&#233;e du rapport au devenir, aux lignes du devenir, en rapport aux projets autour desquels j'ai nou&#233;, de mon c&#244;t&#233;, les travaux d'Ingold en &#201;cole d'art &#187;&lt;/i&gt;. Il se r&#233;f&#232;re &#224; Nicolas Tixier qui, dans cette veine, parle de &#171; proj&#233;tation &#187;, en entendant par l&#224; un &lt;i&gt;&#171; certain rapport &#233;cologique &#224; l'espace terrestre [qui] modifie la perspective du projet &#187;&lt;/i&gt;. D&#232;s lors, &#233;crit-il, &lt;i&gt;&#171; Dans mon cas Ingold aide &#224; penser &#233;galement une forme de projection, en un sens certes moins sp&#233;cifique et plus g&#233;n&#233;ralement philosophique, mais li&#233; &#224; cette question du projet, &#224; savoir la projection par laquelle l'art s'inscrit dans une histoire qui n'est plus ligne d'un progr&#232;s t&#233;l&#233;ologique - dynamique qui a tellement marqu&#233; la modernit&#233; et les avant-gardes &#187;&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps, avec Ingold, pr&#233;cise-t-il, on comprend &lt;i&gt;&#171; comment &#233;chapper dans le m&#234;me temps &#224; l'anomie de la post-histoire, car il nous incite &#224; voir que les autres mondes ne sont pas des buts pr&#233;d&#233;termin&#233;s fix&#233;s &#224; l'horizon, mais sont en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; l&#224;, pour peu qu'on se tourne vers les lignes de traverse, les chemins d&#233;tourn&#233;s, les mani&#232;res de faire qui d&#233;finissent au fond ce que j'ai propos&#233; d'appeler &#034;l'humilit&#233; des possibles&#034; dans une journ&#233;e d'&#233;tude organis&#233;e r&#233;cemment &#224; l'ESAAA. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par cons&#233;quent, il nous fait ainsi revenir sur les formules d&#233;gag&#233;es dans la premi&#232;re partie de cet article : Comment l'art peut-il transformer l'&#233;ducation ? En quoi la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;duction artistique est-elle de n'&#234;tre pas sp&#233;cifique, autrement dit de confiner &#224; une anti-m&#233;thode ? C'est dans cette veine qu'il se situe : &lt;i&gt;&#171; A&#768; c&#244;t&#233; des discussions scientifiques portant sur le r&#233;chauffement climatique, ou des d&#233;bats d'&#233;cologie politique visant &#224; d&#233;finir les strat&#233;gies d'action a&#768; mettre en &#339;uvre et les attitudes a&#768; promouvoir pour r&#233;pondre &#224; la crise &#233;cologique, la sph&#232;re esth&#233;tique pourrait appara&#238;tre comme un domaine tr&#232;s secondaire, loin de l'urgence. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux artistique et esth&#233;tique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La pens&#233;e artistique et esth&#233;tique dans ce contexte, prend le tour d'une pens&#233;e pol&#233;mique. Ingold ne cesse de r&#233;p&#233;ter son opposition &#224; ce qu'il appelle la &lt;i&gt;&#171; pens&#233;e stratigraphique &#187;&lt;/i&gt;, celle qui structurerait les sensibilit&#233;s modernes en empilant les disciplines les unes sur les autres dans un ordre toutefois hi&#233;rarchique. Ce qu'il caract&#233;rise comme STEM (cf. premi&#232;re partie) : &lt;i&gt;&#171; Cette fa&#231;on de penser s'est impos&#233;e, souvent sans que l'on s'en aper&#231;oive, dans tous les domaines o&#249; entrent en jeu les pass&#233;s et les futurs humains, qu'il s'agisse de tradition et de patrimoine, de conservation et d'extinction, de soutenabilit&#233; et de progr&#232;s, ou encore d'art et de sciences &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'encontre de cette fa&#231;on de penser, Ingold &#233;l&#232;ve les droits de l'art, disons d'ailleurs plut&#244;t des activit&#233;s artistiques que de l'art au sens d'une r&#233;f&#233;rence &#224; des mouvements artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tabli, David Zerbib va plus loin. Il stipule que &lt;i&gt;&#171; l'enjeu esth&#233;tique s'en trouve [lui-m&#234;me] modifie&#769; &#187;&lt;/i&gt;, sp&#233;cialement en ce qui concerne notre rapport &#224; la nature, ce rapport qui est en butte d&#233;sormais &#224; toutes les critiques. Aussi pers&#233;v&#232;re-t-il sur ce plan : &lt;i&gt;&#171; Il ne s'agit plus seulement de d&#233;fendre la nature au nom de sa beaut&#233;, comme pouvait le faire efficacement, par exemple, une pionni&#232;re de l'&#233;cologie politique comme Rachel Carson au d&#233;but des ann&#233;es 1960. Car sur une telle &#233;chelle de valeur pourrait lui r&#233;pondre aujourd'hui, notamment, le prix Nobel d'&#233;conomie William Nordhaus &#187;&lt;/i&gt;. Selon Zerbib, ce dernier aurait &lt;i&gt;&#171; fait r&#233;cemment l'hypoth&#232;se que nous allions&lt;/i&gt; &#034;finir par aimer les paysages alt&#233;r&#233;s de ce monde plus chaud&#034;, &lt;i&gt;cette adaptation rendant alors moins n&#233;cessaires des mesures de pr&#233;servation&#8230; La sph&#232;re esth&#233;tique, litt&#233;ralement coextensive &#224; l'atmosph&#232;re de notre plan&#232;te, doit donc d&#233;border largement cette seule solution de jugement de go&#251;t pour nous permettre de r&#233;fl&#233;chir autrement les formes de notre exp&#233;rience terrestre, en nous rendant sensibles &#224; des dynamiques &#233;cologiques longtemps m&#233;consid&#233;r&#233;es, &#224; des mani&#232;res nouvelles d'&#234;tre affect&#233;s par et dans la r&#233;alit&#233; sensible qui relie nos corps, nos sens et nos &#233;motions aux processus vivants et mat&#233;riels, non exclusivement humains, qui nous constituent autant qu'ils nous environnent. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant assurer que ces questionnements invitent &#224; examiner en quoi certains modes du sentir poss&#232;dent non seulement une dimension anthropologique, ce qui ne fait pas de doute, mais &#233;galement &lt;i&gt;&#171; constituent une prop&#233;deutique &#224; toute politique future &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Zerbib de reprendre : &lt;i&gt;&#171; &#192; quel(s) monde(s) une exp&#233;rience nous rend-elle sensibles ? &#187;&lt;/i&gt; Interrogation d&#233;cisive, qui ne concerne pas les seules &#201;coles d'art et d'architecture.&lt;i&gt; &#171; Et quel(s) monde(s) cette sensibilit&#233; rend-elle possible(s) &#224; son tour &#187;&lt;/i&gt;. Il en appelle donc &#224; l'&#233;largissement de toutes les formations, comme cela s'entend bien de nos jours dans de nombreuses sph&#232;res de formation. Il soutient donc que : &lt;i&gt;&#171; dans l'art, la litt&#233;rature, l'anthropologie, la philosophie, les sciences, les cultures populaires, traditionnelles ou militantes &#187;&lt;/i&gt;, peuvent nous appara&#238;tre &lt;i&gt;&#171; des gestes, mouvements, fabrications, cr&#233;ations, &#233;critures, r&#233;cits, rites, travers&#233;es, visions, sensations&#8230;qui nous donnent &#224; sentir le possible, et &#224; pressentir l'existence d'autres mondes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e est devenue courante, il n'est pas certain qu'elle trouve vraiment des applications. Aussi Zerbib insiste-t-il :&lt;i&gt; &#171; Comment le travail artistique se trouve-t-il mis en rapport avec une pluralit&#233; de pratiques que nous pourrions nommer &#034;cosmo-sensibles&#034;, o&#249; se reconditonne[rait] l'imaginaire politique ? &#187;&lt;/i&gt;. Mais il en parle avec &lt;i&gt;&#171; modestie &#187;&lt;/i&gt;, selon la formule qui caract&#233;rise son enseignement : &lt;i&gt;&#171; Une forme d'&#8220;humilit&#233; des possibles&#8220; &#187;&lt;/i&gt;, susceptible de nous aider &#224; prot&#233;ger et explorer les conditions du devenir, dans une forme d'esth&#233;tique et de politique des plus ambitieuses et radicalement terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme on l'observe dans les propos qui s'ench&#226;ssent dans cette seconde partie, l'impulsion donn&#233;e par Tim Ingold peut porter &#224; de nombreuses bifurcations. Il en est encore une : celle qui porte sur l'&#233;cologie dans sa dimension technique mais aussi dans sa mani&#232;re d'aborder le probl&#232;me de l'histoire. Ingold, sur ce plan, prend pour support la figure &#233;labor&#233;e par Paul Klee, de l'&lt;i&gt;Angelus Novus,&lt;/i&gt; l'ange de l'histoire (1920), laquelle a &#233;t&#233; comment&#233;e par Walter Benjamin. Ingold en retient que le commentaire de Benjamin trahit un sentiment de d&#233;sespoir. Il l'interpr&#232;te ainsi : &#171; Peut-il y avoir un r&#233;pit dans l'encha&#238;nement cataclysmique des solutions ultimes impos&#233;es, g&#233;n&#233;rations apr&#232;s g&#233;n&#233;rations, au nom du progr&#232;s ? &#187;. Il associe donc en antith&#232;se progr&#232;s et catastrophe, en laissant entendre que &#171; progr&#232;s &#187; impliquerait de &lt;i&gt;&#171; laisser venir l'avenir &#224; nous &#187;.&lt;/i&gt; Sans doute un peu caricatural, et peut-&#234;tre aussi un t&#233;lescopage entre les pens&#233;es d'un avenir &#224; restaurer et celles de la t&#233;l&#233;ologie. Peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il demeure que dans cette &#233;quation et la lecture des textes r&#233;f&#233;r&#233;s ici, l'&#233;cologie devient pr&#233;gnante. N&#233;anmoins les figures qu'en propose Ingold restent sans doute un peu fragiles, rappelant simplement qu'une &lt;i&gt;&#171; vie humaine ne se vit g&#233;n&#233;ralement pas de mani&#232;re isol&#233;e, mais en compagnie d'autres que soi. Les humains cheminent en groupe et leurs vies se tissent les unes autour des autres, en particulier dans les contextes intimes du foyer et de la famille &#187;&lt;/i&gt;. Certes. Mais il manque &#224; cette affaire des r&#233;flexions plus fructueuses comme celles qui mettent en &#233;vidence, par exemple, que &#171; l'obligation faite &#224; l'humain de dominer la nature d&#233;coule directement de la domination de l'humain sur l'humain &#187;. Autre conception sans doute simplifi&#233;e, mais qui met plus nettement le doigt sur la cons&#233;quence politique de ce que la r&#233;solution de la crise &#233;cologique plan&#233;taire d&#233;pend &#233;ventuellement de la capacit&#233; des humains &#224; s'attaquer aux d&#233;s&#233;quilibres sociaux et &#224; les r&#233;soudre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tixier, reprenant ces questions et les difficult&#233;s auxquelles elles pr&#234;tent, notamment dans l'enseignement, intensifie la r&#233;flexion en la rapportant aux disciplines perp&#233;tu&#233;es dans les &#201;coles. Laissons-lui la parole : &lt;i&gt;&#171; Si les principes d'une interdisciplinarit&#233; forte ont souvent &#233;t&#233; une vis&#233;e, en particulier entre l'enseignement du projet et les sciences et techniques et les sciences humaines et sociales, le tournant &#233;cologique et un temps d'incertitudes quant &#224; demain, que nous vivons toutes et tous, a permis de remettre en d&#233;bat l'objectif de la performativit&#233; de l'architecture d'une part et d'une pens&#233;e programmatique d'autre part. Les enjeux actuels climatiques, biodiversitaires et, bien entendu, sociaux renouvellent les cadres tant de la pens&#233;e que de l'action en remettant en question nos imaginaires urbains et territoriaux jusqu'alors fortement anthropocentr&#233;s et fond&#233;s principalement sur le capital, la croissance et le d&#233;veloppement technologique. Au sein de ce tournant &#233;cologique, il se d&#233;veloppe, dans et hors des &#233;coles, des approches qui proposent une lecture fine du territoire, de ses histoires et de ses ressources et qui recherchent de nouveaux &#233;quilibres et de nouveaux modes de &lt;i&gt;projetation&lt;/i&gt; et de gouvernance afin de faire lien et lieu, de mieux consid&#233;rer les choses terrestres et les mondes du vivant. &#187;&lt;/i&gt; En retour, ces nouvelles &lt;i&gt;&#171; sensibilit&#233;s &#233;cologiques &#187;&lt;/i&gt;, et la mani&#232;re dont celles-ci transforment les rapports ordinaires aux territoires et les interrelations entre humains et non-humains, viennent interroger l'organisation m&#234;me de nos &#233;coles, de leurs p&#233;dagogies et des rapports aux territoires au sein desquels elles sont implant&#233;es. C'est l&#224; sans doute des changements profonds qu'il nous faut continuer d'op&#233;rer. &lt;i&gt;&#171; Mais&lt;/i&gt;, ajoute-t-il, &lt;i&gt;cette pluridisciplinarit&#233; pr&#233;sente dans nos &#233;coles, si elle est une composante indispensable pour penser et acter un projet de transformation d'un lieu, ne peut garantir &#224; elle seule, ni la qualit&#233;, ni la pertinence d'un projet. Plusieurs raisons &#224; cela. Tout d'abord le champ des disciplines id&#233;alement &#224; conna&#238;tre pour ma&#238;triser un projet est quasi infini et se renouvelle au regard des contextes locaux et des enjeux contemporains. &#187;&lt;/i&gt; L'utopie de la ma&#238;trise totale d'un projet est bien trop pr&#233;somptueuse pour tout architecte ou collectif de projet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2387.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_2387-f3c8b.jpg?1772213608' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;ducation artistique et culturelle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il reste que ces interrogations sur le circuit artistico-culturel incitent &#224; passer sur un plan encore plus g&#233;n&#233;ral. Dans un autre propos r&#233;percut&#233; aussi ici, Ingold persiste &#224; insister sur les &#201;coles du point de vue du rapport entre les g&#233;n&#233;rations : &lt;i&gt;&#171; Je propose de revenir a&#768; l'id&#233;e plus ancienne que la vie se forge dans la collaboration de g&#233;n&#233;rations qui se chevauchent. Selon moi, c'est en vivant et en travaillant ensemble sur les traces de leurs anc&#234;tres que les g&#233;n&#233;rations s'assurent un avenir pour elles-m&#234;mes et pour leur descendance &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan, la question se pose de savoir en quoi ces propos compl&#233;mentaires peuvent concerner aussi bien l'&#201;ducation nationale que l'&#201;ducation artistique et culturelle (EAC) qui, comme on le sait, d&#233;bordent toutes deux le cadre des &#201;coles d'art pour se d&#233;ployer dans des &#233;tablissements qui confrontent autrement les g&#233;n&#233;rations et s'articulent &#224; des options diff&#233;rentes. Concernant l'EAC, les synth&#232;ses r&#233;centes sur ce plan indiquent que les promoteurs de ces projets se focalisent &#224; la fois sur des objectifs interg&#233;n&#233;rationnels et des objectifs culturels. Les premiers sont reli&#233;s au &lt;i&gt;&#171; lien social &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que d&#233;fini par Ingold : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui ont travaill&#233; si dur et mis tant de vie et d'&#226;me dans la cr&#233;ation d'un monde habitable m&#233;ritent notre respect. Nous devons notre existence m&#234;me &#224; leur labeur, tout comme ceux qui viendront apr&#232;s nous devront la leur au n&#244;tre &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seconds renvoient aux apports cognitifs, didactiques, sociaux et culturels, &#224; partir d'ateliers d'artistes en &#233;tablissements (mais peu de scientifiques) ou de rencontres autour de pratiques artistiques et culturelles. Au droit des travaux du philosophe Alain Kerlan, notamment, et de quelques sociologues, nous constatons que la dimension artistique et culturelle, lorsqu'elle &#171; entre dans l'&#233;cole &#187; par ce biais &#8212; &#224; raison d'avoir peu pens&#233; le non-rapport aux enseignements, ce qui est probl&#233;matique &#8212; produit moins des effets de connaissance que des effets de sens et de liens en chacune et chacun des participants : regain d'assurance de soi, reconnaissance r&#233;ciproque, ampleur de l'expression, apprentissage de la concentration, et renforcement du travail collectif. Dans la plupart des cas, le &#171; faire &#187; s'inscrit certes au c&#339;ur de l'objectif, mais &#224; partir d'orientations qui font signe vers un retour &#224; l'enseignement ou la r&#233;alisation d'une meilleure atmosph&#232;re dans l'&#233;tablissement. &lt;i&gt;&#171; Faites faire ceci ou cela &#224; vos &#233;l&#232;ves, et ils seront meilleurs partout &#187;&lt;/i&gt; (r&#233;sultat d'enqu&#234;te). En ce sens, l'EAC devient un simple outil susceptible d'am&#233;liorer ce qui par diff&#233;rence avec l'art et la culture s'appellerait &#171; les fondamentaux &#187; (les disciplines traditionnelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui oblige &#224; revenir sur un point, tout en imposant de discuter des options diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles qu'Ingold met en perspective en les opposant, r&#233;sum&#233;es ci-dessous dans un extrait de : &lt;i&gt;The maze and the labyrinth : walking and the education of attention.&lt;/i&gt; L'auteur y oppose &lt;i&gt;&#171; deux conceptions fort diff&#233;rentes de l'&#233;ducation. La premi&#232;re est suffisamment famili&#232;re pour quiconque a un jour &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve ou professeur dans une salle de classe. Elle est associ&#233;e au verbe latin&lt;/i&gt; educare &lt;i&gt;qui signifie inculquer une ligne de conduite approuv&#233;e et le savoir qui la sous-tend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDR : &#233;ducation : ex-ducere, conduire hors de soi&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une variante &#233;tymologique attribue toutefois l'origine du terme au verbe&lt;/i&gt; educere, &lt;i&gt;compose&#769; de&lt;/i&gt; ex &lt;i&gt;(dehors) et de&lt;/i&gt; ducere &lt;i&gt;(mener). L'&#233;ducation consiste dans ce sens a&#768; mener les novices vers le monde ext&#233;rieur et non &#8212; comme il est conventionnellement admis de nos jours &#8212; a&#768; inculquer un savoir dans leur esprit. Elle consiste litt&#233;ralement &#224; inviter l'&#233;l&#232;ve &#224; partir en promenade. Quelle forme d'&#233;ducation re&#231;oit-on en marchant ? Et en quoi la marche s'av&#232;re-t-elle une pratique aussi efficace pour ce type d'&#233;ducation particulier ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;puis&#233; ici dans Intuitive Notebook, #2, LDI, Juillet 2015, repris dans Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore cette posture est-elle englob&#233;e dans l'id&#233;e d'une continuit&#233; existentielle : &lt;i&gt;&#171; La vie est comme un relais, et tant qu'elle continue, il y a de l'espoir pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir &#187;&lt;/i&gt;. Et Ingold d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Je suis persuad&#233; que nous avons besoin de changer notre mani&#232;re de concevoir les g&#233;n&#233;rations, non seulement pour apaiser certaines de nos angoisses concernant l'avenir, mais aussi, plus profond&#233;ment pour jeter les bases d'une coexistence durable &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se trouve sugg&#233;r&#233; aussi un rapport complexe d'Ingold aux travaux de Jacques Ranci&#232;re, qui en opposant non moins le ma&#238;tre-savant et le ma&#238;tre ignorant, propose plut&#244;t de lier &#233;ducation et &#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Ma&#238;tre ignorant, Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2025&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDR : &#233;ducation :&lt;/i&gt; ex-ducere, &lt;i&gt;conduire hors de soi&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;puis&#233; ici dans &lt;i&gt;Intuitive Notebook,&lt;/i&gt; #2, LDI, Juillet 2015, repris dans &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.,&lt;/i&gt; p.188&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Ma&#238;tre ignorant, Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle,&lt;/i&gt; Paris Fayard, 1987&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;dits photo : Thierry Mouill&#233; (LDI).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;ducation artistique pour le XXIe si&#232;cle ? I/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le</guid>
		<dc:date>2025-03-31T08:33:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Qu'il faille s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; certaines questions techniques urgentes soulev&#233;es par la crise plan&#233;taire en cours, ce n'est plus &#224; confirmer. Mais au-del&#224; de ces questions, d'autres plus spirituelles demeurent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/enseignement" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2640-4bb3e.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'il faille s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; certaines questions techniques urgentes soulev&#233;es par la crise plan&#233;taire en cours, ce n'est plus &#224; confirmer. Mais au-del&#224; de ces questions, d'autres plus spirituelles demeurent. Quelle signification voulons-nous donner &#224; l'approche &#233;cologique, &#224; la n&#233;cessit&#233; de comprendre notre propre humanit&#233; dans un milieu o&#249; existent tant d'autres mani&#232;res que la n&#244;tre d'&#234;tre vivant, &#224; la distribution des richesses et &#224; une id&#233;e de la d&#233;mocratie &#224; la hauteur de la p&#233;riode critique actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;Encore une fois, parmi d'autres sans doute, ce sont les questions autour desquelles gravite l'anthropologue britannique Tim Ingold (1948). Il les a d&#233;velopp&#233;es, en particulier, dans des &#201;coles d'art et d'architecture. C'est &#224; ce titre que nous reprenons ici des propos de lui r&#233;cemment publi&#233;s. Et nous avons interrog&#233; trois enseignants en &#201;coles &#8212; Nicolas Tixier (Grenoble), David Zerbib (Annecy) et Thierry Mouill&#233; (Tours) &#8212;, sur l'impact des propos du chercheur sur leurs pratiques et celle de leurs &#233;tudiants. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette premi&#232;re partie, il est surtout question de l'enseignement en &#233;coles professionnalisantes. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, le mus&#233;e d'art moderne et contemporain de Gen&#232;ve, le Mamco, publie un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Faire &#233;cole (ou la refaire)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faire &#233;cole (ou la refaire), les presses du r&#233;el, Dijon, 2008&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Form&#233;s souvent, du c&#244;t&#233; des arts, par l'enseignement du Bauhaus, les &#233;tudiants des ann&#233;es 1968 et suivantes ont longtemps fait r&#233;f&#233;rence pour avoir condamn&#233; l'acad&#233;misme, d&#233;fini comme un corpus de connaissances diffus&#233; par des ma&#238;tres d&#233;terminant leurs comp&#233;tences. Mais l'esprit qu'ils ont diffus&#233; est lui aussi pass&#233; rapidement &#224; la trappe. S'il n'est pas ill&#233;gitime que les &#233;coles d'art r&#233;fl&#233;chissent par elles-m&#234;mes leur objet d'enseignement, cela conduit, justement, &#224; chercher &#224; refaire sans cesse les principes et orientations fondatrices, notamment &#224; partir des conditions du temps. Ainsi, tr&#232;s peu de temps apr&#232;s, en 2010, &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure des Beaux-Arts de Nantes M&#233;tropole, Jean-Sylvain Bieth et Christophe Kihm convoquent un autre colloque portant &#224; nouveau sur les objectifs requis pour une &#233;cole d'art, &lt;i&gt;Teaching the World II : l'enseignement par l'exp&#233;rience.&lt;/i&gt; Deux ans ont suffi pour que les formules de 2008 soient p&#233;rim&#233;es. En 2010, on proclame que l'art ne s'enseigne pas ou d'autant moins que l'on r&#233;duit la cr&#233;ation &#224; une &#233;tincelle, mais qu'il se transmet, &#224; la fois sous transmission technique (apprentissage de savoir-faire), transmission th&#233;orique (esth&#233;tique, culture, &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt;) et transmission-formation du jugement et du go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il a suffi d'une ann&#233;e pour que Didier Semin pose une fois de plus la question : Peut-on enseigner l'art ? Il voulait ajouter au &#171; programme &#187; pr&#233;c&#233;dent une troisi&#232;me transmission : celle-l&#224; &#233;thique, ayant trait aux attitudes et aux modes d'&#234;tre artiste, &#224; la mani&#232;re de se situer dans le monde et d'en renouveler l'exp&#233;rience. Chacun de ces points de discussion (didactique, transmission, exp&#233;rience, comp&#233;tence) pose certes des probl&#232;mes. Et il n'est pas &#233;tonnant de voir derechef, en 2013, &#224; partir de l'Head-Gen&#232;ve (Haute &#201;cole d'art et de design), Christophe Kihm et Val&#233;rie Mavridorakis, reformuler une fois de plus la question : &lt;i&gt;Transmettre l'art - figures et m&#233;thodes - quelle Histoire ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transmettre l'art, Figures et M&#233;thodes, Quelle Histoire ?, Dijon, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons passer quelques ann&#233;es. Et une importante production d'ouvrages autour de ces questions. Penchons-nous sur les r&#233;flexions plus r&#233;centes, celles des ann&#233;es 2020. Parmi elles, isolons un propos tenu &#224; Grenoble par Tim Ingold (1948), anthropologue et figure marquante de l'anthropologie &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, comme indiqu&#233; ci-dessus. Ce dernier ne s'int&#233;resse pas uniquement aux d&#233;veloppements th&#233;oriques et aux d&#233;ploiements de concepts. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, outre des analyses de terrain, il ne cesse d'articuler ses propos &#224; la dimension pragmatique de l'enseignement. Il n'est donc pas &#233;tonnant, comme nous allons le voir, de l'entendre rendre publique une conception de l'enseignement g&#233;n&#233;ral et une conception de l'enseignement en &#233;coles professionnalisantes. Elle est discut&#233;e dans les &#233;coles d'art et d'architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la remise du titre de docteur &lt;i&gt;honoris causa&lt;/i&gt; de l'universit&#233; Grenoble-Alpes, le 2 d&#233;cembre 2022, Tim Ingold a prononc&#233; une conf&#233;rence &#224; l'ESAAA (&#201;cole sup&#233;rieure d'art Annecy-Alpes) et l'ENSAG (&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'art de Grenoble) r&#233;unis. Sous le titre &lt;i&gt;Architecture educates ! Au contact de l'art,&lt;/i&gt; son th&#232;me portait sur l'enseignement sup&#233;rieur tel qu'il devrait &#234;tre con&#231;u. Cette conf&#233;rence est d&#233;sormais publi&#233;e,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en tir&#233;-&#224;-part aux presses du r&#233;el, 2025.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; accompagn&#233;e d'une s&#233;rie de huit contributions figurales d'&#233;tudiant(e)s du master &#171; terrain &#187; de l'&#201;cole d'art Annecy-Alpes. Elle est en r&#233;alit&#233; extraite d'une publication-source, alors en cours, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, Paris, Seuil, 2025&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; laquelle nous r&#233;f&#233;rons aussi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conf&#233;rence de Tim Ingold&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tixier, architecte, professeur et membre du laboratoire CRESSON&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre de Recherche sur l'Espace Sonore et l'Environnement Urbain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Grenoble, pr&#233;cise ainsi l'enjeu de cette conf&#233;rence : &lt;i&gt;&#171; Ingold nous lance un d&#233;fi, celui de repenser radicalement l'&#233;thique et le cadre de l'enseignement sup&#233;rieur, en nous invitant &#224; consid&#233;rer les arts (et l'architecture !) non pas en tant que compl&#233;ment &#224; ce que la pens&#233;e contemporaine consid&#232;re comme la base de l'&#233;ducation, &#224; savoir la science, la technologie, l'ing&#233;nierie et les math&#233;matiques, mais comme la base m&#234;me d'une &#233;ducation pour le XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en prise aux enjeux sociaux et &#233;cologiques auxquels nous sommes confront&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; En cela, souligne-t-il encore, la conf&#233;rence d'Ingold est all&#233;e bien au-del&#224; d'une simple pr&#233;sentation de ses recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-en le propos, lu ici, &#224; la fois, dans le volume de l'ESAAA-ENSAG&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;cole d'art Annecy-Alpes et &#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et dans l'ouvrage &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir,chapitres : &#171; La voie de l'&#233;ducation &#187; et &#171; Au-del&#224; de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arts et l'architecture ne doivent pas &#234;tre reclus dans une fonction de compl&#233;ment aux enseignements r&#233;put&#233;s plus importants : la science, la technologie, l'ing&#233;nierie et les math&#233;matiques. Ils devraient passer pour le fondement de l'enseignement, voire de l'&#233;ducation. Ingold oppose les STEM et STEAM, soit les institutions dans lesquelles r&#232;gnent Science, Technologie, Eng&#233;nierie (Ing&#233;nierie en Fran&#231;ais), Math&#233;matique (STEM), et celles dans lesquelles pourrait ou devrait s'instaurer art et/ou architecture au c&#339;ur de l'organisation (donc STEAM). Ces STEAM, pr&#233;cise-t-il, &lt;i&gt;&#171; semblent &#187;&lt;/i&gt; avoir &#233;t&#233; invent&#233;es vers 2010. Le propos est brut, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &#233;tay&#233;, surtout alors que la notion de &#171; science &#187; dans un tel usage m&#233;riterait une large critique, comme finalement toutes ces notions un peu simplifi&#233;es et essentialis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons le cours du texte. Tim Ingold poursuit ses propos de la mani&#232;re suivante : Outre que l'usage d&#233;sormais fr&#233;quent des acronymes rel&#232;ve du d&#233;ploiement de versions instrumentales d'un langage st&#233;rilis&#233;, et d'une attitude qui distancie du monde parce que la prononciation de l'acronyme se substitue &#224; une approche affective de la chose d&#233;sign&#233;e, cet usage renvoie aussi &#224; nos conditions d'enseignement. Les STEM sont plus valoris&#233;es que les STEAM, soumis aux &#171; implacables demandes de l'&#233;conomie lib&#233;rale &#187;. Les STEAM au contraire, et davantage encore si on prononce chaque terme explicitement, nous propulsent (et pourraient nous propulser) dans des mondes concrets, explorables d'un c&#244;t&#233; et reli&#233;s &#224; toute l'activit&#233; humaine. Encore convient-il de ne pas se contenter d'ajouter les arts dans le complexe STEM !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si l'on veut se d&#233;partir de ce primat d'une organisation &#233;conomiste de l'existence et de la connaissance dans l'enseignement, tout en reconnaissant la teneur positive des ambitieux programmes de d&#233;veloppement des sciences et des techniques depuis les Lumi&#232;res, il faut introduire l'art et l'architecture dans la r&#233;flexion et l'ordonnancement des &#233;tudes. Pour autant, cela peut se jouer sous trois modes d'int&#233;gration, dont seul le dernier pourrait correspondre &#224; un projet id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compl&#233;mentarit&#233; : L'art et l'architecture sont seulement ajout&#233;s au programme g&#233;n&#233;ral des STEM, et ils sont subordonn&#233;s aux m&#234;mes objectifs instrumentaux impos&#233;s par avance dans le domaine des sciences, des technologies et de l'ing&#233;nierie. Les artistes et les architectes sont charg&#233;s de trouver de nouvelles recettes afin d'amplifier les march&#233;s : conception de nouveaux produits, marketing, attractions diverses pour les consommatrices et consommateurs. L'art est r&#233;duit &#224; la valeur de divertissement, dans une opposition banale entre la froideur du concept et du m&#233;canique et la chaleur du subjectif, &lt;i&gt;&#171; en accord avec les sentiments, l'empathie et une compr&#233;hension holistique &#187;&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;&#233;quilibrage : Les arts et l'architecture sont introduits dans les STEM afin de mod&#233;rer &lt;i&gt;&#171; tout profit de projet n&#233;olib&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;, en lui attribuant un visage humain et une conscience. Ce qui devient un simple vernis est couvert par l'id&#233;e d'introduire de l'expression personnelle ou de la couleur locale dans un jeu commercial instaur&#233; par avance. L'art et l'architecture rendraient seulement l'innovation plus efficace, voire l'orienteraient &#171; au profit de tous &#187;, comme le souhaitent quelques institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme : Or, art et architecture ont autre chose &#224; nous apprendre. Leur r&#244;le n'est-il pas &lt;i&gt;&#171; d'&#233;largir nos horizons, voire d'ouvrir nos c&#339;urs et nos esprits &#224; des v&#233;rit&#233;s plus fondamentales ? &#187;&lt;/i&gt;. Ils peuvent d&#233;fier les STEM sur leur propre terrain. Ils peuvent aussi &lt;i&gt;&#171; changer le sens et le but m&#234;me de l'&#233;ducation &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ingold approfondit alors ce troisi&#232;me point. Les arts et l'architecture, pr&#233;cise-t-il, peuvent ais&#233;ment se soustraire &#224; un double d&#233;faut : c&#233;der au march&#233; et se contenter de l'expression subjective de soi. En en faisant le c&#339;ur de l'&#233;ducation et de l'enseignement, il s'agirait de conduire &lt;i&gt;&#171; les &#233;tudiant(e)s &#224; un dialogue soutenu avec le monde lui-m&#234;me &#187;.&lt;/i&gt; Dans ce dessein &#8212; ni soumission, ni expression &#8212;, et en les &#233;loignant des th&#233;matiques d&#233;sengag&#233;es et manipulatrices que l'on a impos&#233;es aux arts et &#224; l'architecture &#224; partir du march&#233;, il est possible de se focaliser sur les pratiques artistiques elles-m&#234;mes. Ce sont elles qui &#233;duquent, dans la mesure o&#249; elles ouvrent des chemins, et guident l'attention &lt;i&gt;&#171; vers des aspects du monde qui seraient dignes d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s de pr&#232;s &#187;&lt;/i&gt; &#8212; Seule difficult&#233;, le jeu caricatural de l'opposition aux sciences, risquant d'induire les lectrices et lecteurs &#224; c&#233;der aux sir&#232;nes de l'esprit antiscientifique. Ne ferait-on pas mieux, au contraire, de prendre au s&#233;rieux les tentatives radicales pour penser &#224; nouveaux frais l'articulation entre une pens&#233;e des sciences moins caricaturale et une pens&#233;e des arts, notamment, contemporains, plus vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, cette focalisation d&#233;sormais possible sur le sens m&#234;me de la correspondance entre l'&#233;ducation et le monde, permettrait de retrouver, y compris dans les sciences, les technologies et l'ing&#233;nierie, les traits anciens positifs qui y ont &#233;t&#233; gomm&#233;s. Il suffit de songer &#224; quelques g&#233;ants du pass&#233; : L&#233;onard de Vinci, Vitruve, Alberti, etc. Sur un tel fil, le rapport entre art/architecture et les sciences, technologies, ing&#233;nieries repens&#233;es enti&#232;rement, permettrait de red&#233;ployer un imaginaire ouvert &#224; &lt;i&gt;&#171; la formation incessante du monde &#187;&lt;/i&gt;. C'est cet imaginaire qu'il faudrait replacer au c&#339;ur m&#234;me de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce propos, Tim Ingold affirme qu'une &#233;ducation &lt;i&gt;retourn&#233;e&lt;/i&gt; par l'art et l'architecture, en restaurant la curiosit&#233; et la sagesse, favoriserait le soin et l'attention au monde et aux autres, lesquelles restaureraient un passage entre les g&#233;n&#233;rations actuellement bris&#233; par des mod&#232;les de transmission m&#233;caniques et donneraient lieu &#224; des programmes &#233;ducatifs qui ne seraient plus enferm&#233;s dans des avenirs pr&#233;d&#233;termin&#233;s. L'&#233;ducation deviendrait &#224; la fois travail et &#339;uvre artistique, au double sens de l'action d'&#339;uvrer et de r&#233;sultats potentiels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2456.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_2456-2a3a6.jpg?1772188267' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La transitivit&#233; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;largissons le d&#233;bat. Autour de cette conf&#233;rence, Nicolas Tixier revient autrement sur ces points : &lt;i&gt;&#171; Entre h&#233;ritages choisis, transitions en cours et ruptures n&#233;cessaires comment penser alors l'habiter du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; pour les villes et les territoires et nous rappeler la fameuse phrase de Walter Benjamin &#034;Que les choses continuent comme avant, l&#224; est la catastrophe&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zentralpark, Fragments sur Baudelaire, Fragment 35, Paris, Payot, r&#233;ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Les r&#233;flexions de Tim Ingold, et celles avant lui de personnes comme William James, John Dewey ou encore Patrick Geddes, pour ne citer que quelques ant&#233;c&#233;dents c&#233;l&#232;bres, nous y aident fortement en r&#233;introduisant l'importance de penser notre monde et son habitabilit&#233; par un double prisme, celui de la cr&#233;ation, de l'exp&#233;rience et du faire, et celui de l'engagement collectif et d&#233;mocratique pour un tissage des savoirs autant que des g&#233;n&#233;rations. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de bien saisir ces enjeux pour les conditions actuelles, il convient de rappeler que l'enseignement dans les &#233;coles d'architecture en France est structur&#233; autour de la p&#233;dagogie du projet et d'un ensemble de disciplines qui permettent aux &#233;tudiant.es d'acqu&#233;rir des connaissances sur les enjeux tant de l'habiter que de la construction. Les champs disciplinaires de recrutement des enseignants dans les &#201;coles Nationales Sup&#233;rieures d'Architecture, d&#233;taille Nicolas Tixier (CRESSON Grenoble) sont au nombre de six : deux sont dites disciplines du projet (Th&#233;orie et Pratique de la Conception Architecturale et Urbaine et Ville et Territoires), cinq sont destin&#233;es &#224; l'architecture (Sciences de l'homme et de la soci&#233;t&#233; pour l'architecture, Sciences et techniques pour l'architecture, Arts et techniques de la repr&#233;sentation, Histoire et cultures architecturales, qui toutes se d&#233;clinent en sous champs). Ces enseignements recourent le plus souvent &#224; des formes vari&#233;es de transmission des savoirs, du cours magistral &#224; des applications ou des exp&#233;rimentations situ&#233;es, du d&#233;veloppement de pratiques de repr&#233;sentation &#224; l'initiation &#224; la capacit&#233; critique et &#224; la recherche. De par la nature m&#234;me de leur structuration et des modes de recrutement de leurs enseignants, les &#233;coles d'architectures sont pluridisciplinaires et le projet est souvent (mais pas que) le lieu de croisement des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, de nos jours, de nombreux troubles traversent les &#201;coles d'art et d'architecture et bien &#233;videmment notre soci&#233;t&#233;. Des troubles collectifs : la d&#233;cr&#233;dibilisation des grands r&#233;cits d'orientation, l'exaltation lib&#233;rale, la revalorisation de certains pass&#233;s, l'anthropoc&#232;ne, etc. Et des troubles particuliers &#224; l'enseignement : interrogation sur la &#171; transmission &#187;, la configuration des enseignements, l'importance des &#171; disciplines &#187;, la professionnalisation, les finances des &#233;coles d'art. Face &#224; eux, il est certes n&#233;cessaire d'entendre ceux qui ont des propositions &#224; adresser autour de la notion d'&#201;cole, de ma&#238;trise et d'autorit&#233;, de transmission, et d'en discuter, surtout si &#171; transmission &#187; est bien l'&#233;picentre de ce qu'on appelle &#171; enseignement &#187;, ce qui est discutable. N&#233;anmoins, on peut aussi se demander s'il n'y a pas une immense diff&#233;rence, du point de vue des &#201;coles sup&#233;rieures, entre des professeurs non artistes et des professeurs artistes. Surtout si, du point de vue des arts, on souhaite que la transmission soit une v&#233;ritable &lt;i&gt;transposition&lt;/i&gt; (comme celle qui se produirait entre l'artiste et sa cr&#233;ation, selon certaines m&#233;taphysiques de l'art), voire une &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; r&#233;ciproque du professeur et de l'&#233;tudiant. Ce dernier processus, disait John Cage, &#233;mergerait&lt;i&gt; &#171; de la rencontre de chaque personne avec d'autres ou, pour ainsi dire, de chacun avec soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon Ingold, il serait d&#233;sormais n&#233;cessaire, plut&#244;t qu'une transmission, de d&#233;fendre l'id&#233;e d'une transduction entre l'enseignant et l'&#233;tudiant, laquelle ne serait pas calqu&#233;e sur le mod&#232;le traditionnel : &lt;i&gt;&#171; En effet, en tant que lieu d'apprentissage, l'acad&#233;mie &#8212; qu'il s'agisse d'une &#233;cole, d'un lyc&#233;e ou d'une universit&#233; &#8212; est fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de l'existence d'une connaissance sup&#233;rieure de la fa&#231;on dont le monde fonctionne, du moins par rapport au savoir de ceux que l'on appelle les &#034;profanes&#034;, qui, par contraste, est tellement lie&#769; &#224; l'exp&#233;rience qu'il &#233;chappe &#224; l'explication et a&#768; l'analyse. Presque par d&#233;finition, le savoir acad&#233;mique se place en surplomb, a&#768; distance des th&#233;&#226;tres de la pratique d&#233;sordonn&#233;e dans lesquels il pourrait &#234;tre utilise&#769;, si tant est qu'il le soit. C'est pourquoi les &#233;tudes acad&#233;miques s&#233;parent g&#233;n&#233;ralement l'apprentissage de la pratique, la transmission du savoir entre les g&#233;n&#233;rations de son application par celles-ci &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel d'une &#201;cole devrait donc r&#233;sider dans une nouvelle mani&#232;re de traiter le &#171; TRANS- &#187;, tout en changeant sa d&#233;nomination, en passant &#224; &#171; Lab &#187;, &#171; Incubateur &#187;, etc. Il faudrait en finir d&#233;finitivement &#8212; ce qui serait &#224; approcher plus finement en relisant Aristote ou Kant/Hegel &#8212; avec la notion de formation ((Bildung&lt;/i&gt;) qui reposerait sur une p&#233;dagogie de surplomb, garantie par une autorit&#233;, se fixant comme objectif de d&#233;fendre une position, de transmettre un corpus de connaissances ou de r&#233;aliser un grand projet. La nouvelle mani&#232;re de traiter le &#171; TRANS- &#187; devrait op&#233;rer plut&#244;t par &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de ses disciples, en les faisant sortir de leur position, ou, en un mot, par leur exposition &#187;&lt;/i&gt;. Ce qui, nous allons y revenir, conduit Ingold &#224; souhaiter repenser le rapport entre les g&#233;n&#233;rations, dans un esprit pourtant tr&#232;s traditionnel. Il exclut certes l'id&#233;e de &#171; ma&#238;tre &#187; au sens de l'histoire de l'art, encore cette notion est-elle d&#233;licate &#224; manier puisque lorsque l'on y parle de &#171; ma&#238;tres &#187;, on pense aussi &#8212; notamment dans le contexte artistique des XIV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;-XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles &#8212; &#224; la pratique de cr&#233;er les &#339;uvres imposantes &#224; plusieurs mains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. cf. Sophie Cassagnes-Brouquet, &#171; Les ateliers d'artistes au Moyen Age (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, il renvoie implicitement &#224; un retour au &lt;i&gt;doctor&lt;/i&gt; latin, celui qui enseigne apr&#232;s avoir &#233;t&#233; enseign&#233;, notion qui est toujours reli&#233;e au &lt;i&gt;documentum&lt;/i&gt; (l'enseignement) ou &#224; la Torah orale, qui apprend &#224; remonter de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Ceci s'entendant par rapport/opposition &#224; l'h&#233;ritage de disruption de la fin des ann&#233;es 1980 : &lt;i&gt;&#171; Nous ferions mieux de rassembler les g&#233;n&#233;rations une fois de plus dans les conversations qui donnent a&#768; la vie sa continuit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement aux &#201;coles d'art, ce qui est plus int&#233;ressant dans la position de Tim Ingold, qui n'est pas enseignant artiste, c'est qu'il change la nature de la question, sans doute effectivement dans le sillage du philosophe John Dewey&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'art comme exp&#233;rience, 1934, collectif [trad.], Paris, Folio, 2010&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tous deux originaires du monde culturel anglais (Britannique et &#201;tatsunien). Cette question devient : Comment l'art peut-il transformer l'&#233;ducation ? En quoi la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;ducation artistique est-elle de n'&#234;tre pas sp&#233;cifique, autrement dit de confiner &#224; une anti-m&#233;thode ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Interrog&#233; sur ce point, Nicolas Tixier valorise cette id&#233;e d'anti-m&#233;thode, qui nous revient aujourd'hui non sans avoir eu d&#233;j&#224; une longue carri&#232;re derri&#232;re elle &#8212; paradoxalement, Mai 1968 compris, alors que cette p&#233;riode est ici critiqu&#233;e. Il incite &#224; en amplifier encore la notion. Il y greffe quant &#224; lui des pratiques inspir&#233;es par Ingold et Benjamin : &lt;i&gt;&#171; C'est en lisant un article sur la critique de l'historienne et th&#233;oricienne du cin&#233;ma Nicole Brenez&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Critique comme concept, exigence et praxis &#187;, in La Furia Umana, no17, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que j'ai pu, comme en miroir, trouver de fa&#231;on r&#233;sum&#233;e des &#233;l&#233;ments de m&#233;thode autant que d'anti-m&#233;thode. Nicole Brenez relit une s&#233;rie de textes de Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fragments, 1916-1938, Paris, &#201;d. PUF, 2002&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui portent sur la question de la critique. Quand on posait la question : &#034;qu'est-ce que la critique ?&#034; &#224; Benjamin, il r&#233;pondait qu'il ne savait pas, mais que, par contre, il savait tr&#232;s bien, pour lui, ce qu'&#233;tait le travail critique. &#187;&lt;/i&gt; En articulant Ingold et Benjamin, Tixier souhaite que &lt;i&gt;&#171; nous reprenions volontiers la suite de son d&#233;veloppement en changeant le terme de critique par celui de recherche ou de p&#233;dagogie. Pour Benjamin, le travail critique, et donc pour nous le travail de recherche ou de p&#233;dagogie, consiste en trois choses : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;fl&#233;chir sur un corpus (des &#339;uvres ou, pour nous, des situations habit&#233;es, etc.) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se laisser d&#233;placer par l'&#339;uvre ou, pour nous, des situations habit&#233;es (cr&#233;er les conditions pour que ce corpus nous touche, nous alt&#232;re, nous transforme) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inventer des formes d'exposition (&#224; son tour produire une forme et prendre le risque de la rendre publique) &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, Ingold, pour revenir &#224; lui, ne tombe pas dans le pi&#232;ge de la &#171; participation &#187;, cette rengaine/r&#233;clamation des commanditaires d&#233;sormais pour accepter de financer une &#339;uvre. Dans les ann&#233;es 1970, d&#233;j&#224;, Jean Clay, dans la revue &lt;i&gt;Robho&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robho, n&#176;5 et 6&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soulignait que les formes les plus courantes de la &#171; participation &#187; &#233;quivalaient &#224; proclamer : &lt;i&gt;&#171; Personnalisez votre ali&#233;nation &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Appuyez sur ce bouton qui ne sert &#224; rien &#187;&lt;/i&gt;. Certes, cette &#171; participation &#187; se voulait au d&#233;but du mouvement une mise en cause de la position &#171; magistrale &#187; de l'artiste, refus des propositions esth&#233;tiques fig&#233;es dans l'immuable. Et dans le cas du GRAV (Groupe de Recherche d'Art Visuel, 1960), elle se voulait un apprentissage de la libert&#233; dans la quasi-disparition de l'objet artistique. Le spectateur &#233;tait conduit &#224; affronter directement sa situation. C'est dans un deuxi&#232;me temps d'ailleurs que cette &#171; m&#233;thode &#187; s'est retourn&#233;e en souhait de faire intervenir le spectateur afin de rem&#233;dier &#224; son agitation, puisqu'en participant, ils &lt;i&gt;&#171; ne feront plus de b&#234;tises &#187;&lt;/i&gt;. Ceci au risque de marginaliser l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on devait conclure cette premi&#232;re partie, cela pourrait se faire en reprenant ce questionnement de Tixier : &lt;i&gt;&#171; Que l'on soit en recherche, en projet ou en p&#233;dagogie, comment maintenir une inqui&#233;tude sur ce que l'on fait, ce que l'on produit ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Faire &#233;cole (ou la refaire)&lt;/i&gt;, les presses du r&#233;el, Dijon, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Transmettre l'art, Figures et M&#233;thodes, Quelle Histoire ?&lt;/i&gt;, Dijon, les presses du r&#233;el, janvier 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;en tir&#233;-&#224;-part aux presses du r&#233;el, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2025&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Centre de Recherche sur l'Espace Sonore et l'Environnement Urbain, laboratoire UMR 1563 &#171; Ambiances, Architectures, Urbanit&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;cole d'art Annecy-Alpes et &#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de Grenoble&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;,chapitres : &#171; La voie de l'&#233;ducation &#187; et &#171; Au-del&#224; de la science et la technologie (Paris, Seuil, 2025) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Zentralpark, Fragments sur Baudelaire,&lt;/i&gt; Fragment 35, Paris, Payot, r&#233;ed. 2002, p. 242&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. cf. Sophie Cassagnes-Brouquet, &#171; Les ateliers d'artistes au Moyen Age : entre th&#233;orie et pratiques &#187;, in (Perspective. Actualit&#233; en histoire de l'art,&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;1 (2014)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'art comme exp&#233;rience, 1934, collectif [trad.], Paris, Folio, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Critique comme concept, exigence et praxis &#187;, in &lt;i&gt;La Furia Umana,&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;17, en ligne (&lt;a href=&#034;http://www.lafuriaumana.it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lafuriaumana.it&lt;/a&gt;), non dat&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fragments, 1916-1938, Paris, &#201;d. PUF, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Robho&lt;/i&gt;, n&#176;5 et 6&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;dits photo : Thierry Mouill&#233; (LDI).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'adresse de l'&#339;uvre d'art &#224; n'importe qui, aujourd'hui ? </title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-adresse-de-l-oeuvre-d-art-a-n</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-adresse-de-l-oeuvre-d-art-a-n</guid>
		<dc:date>2025-03-02T10:06:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>art public</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art-public" rel="tag"&gt;art public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2633-c05ef.jpg?1772196872' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;). Ses usages sont aussi fonction des mutations sociales et scolaires, et donc aussi des orientations politiques de ceux qui en parlent. Le probl&#232;me est que de nombreux usages se r&#233;duisent souvent &#224; vouloir &#171; conqu&#233;rir du public &#187;, &#171; attirer du public &#187;, etc., toutes versions qui traitent du public de mani&#232;re quantitative. Pourtant, il est possible d'envisager cette question du public autrement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ce th&#232;me de la Semaine de la Pop Philosophie SAISON XVI (2024), d&#233;roul&#233;e &#224; Marseille, renvoie non seulement &#224; une proposition de son organisateur depuis longtemps, Jacques Serrano, mais encore &#224; une interrogation sur la notion de &#171; public &#187;, sur la r&#233;alit&#233; de celui-ci et la mani&#232;re de l'aborder. Serrano a fond&#233; jadis &#171; Pop Philosophie &#187; sous l'inspiration de Gilles Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourparlers, Paris, Minuit, 1990, p. 10&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette ann&#233;e, il a impos&#233; ce titre, &#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ad&#233;quat aux soucis de l'&#233;poque, &#224; ses interlocuteurs : Francesco Masci, Fran&#231;oise Gaillard, Jean-Marie Schaeffer, Christian Ruby, Robin Renucci, Constance Rivi&#232;re, Emmanuel Wallon et bien d'autres, philosophes ou historiennes et historiens d'art concern&#233;s par les missions publiques. Avec les nombreux auditrices et auditeurs, ils ont d&#233;pouill&#233; cette interrogation &#224; l'aune du temps pr&#233;sent &#8212; entre r&#233;f&#233;rences aux classes sociales, &#224; la fracture &#171; haute culture &#187; / &#171; culture populaire &#187;, aux discriminations, &#224; la diversit&#233; de la population relativement aux canons des arts, aux droits culturels, &#224; la mondialisation culturelle, etc. &#8212;, tout en travaillant avec des artistes contemporains au nombre desquels Jean-Baptiste Farkas et Christophe Apprill.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image00002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/image00002-79e7f.jpg?1739715832' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;vidences portant sur &#171; le public &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son fond, le fil conducteur des r&#233;flexions ne pouvait qu'&#234;tre le suivant : de nos jours, dans les missions artistiques et culturelles ouvertes sur le service (public) de la population, comment mise-t-on (ou peut-on miser) moins sur l'attraction du nombre que sur l'intelligence &#233;gale des participants, au titre de &#171; public &#187; ? Encore faut-il que cette notion de &#171; public &#187; soit &#233;clair&#233;e, si possible &#224; partir de pratiques de spectatrices et spectateurs, voire auditrices et auditeurs, regardeurs...Or sur ce plan, nous devons d'embl&#233;e nous m&#233;fier d'une fr&#233;quente adh&#233;sion trop rapide &#224; ce qui se dit dans le d&#233;bat m&#233;diatique et mondain sur le &#171; public &#187; contemporain. Toujours pris pour une entit&#233; pr&#233;existante au lieu d'un devenir. Toujours regard&#233; au prisme de l'inculture. &#171; Le public &#187; et notamment &#171; le grand public &#187; est accus&#233; d'entretenir un rapport esth&#233;tique et social m&#233;caniquement d&#233;pr&#233;ciateur &#224; l'art contemporain. De ce fait, la place qu'on lui r&#233;serve dans les institutions est soumise aux m&#233;diations culturelles ou &#224; l'&#201;ducation Artistique et Culturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque se pose la question de savoir si l'art &#8212; sous ses nombreuses esp&#232;ces &#8212; a encore vocation ou non &#224; concerner, de nos jours, toutes les citoyennes et tous les citoyens, une foule d'&#233;vidences pleines, peu av&#233;r&#233;es, reposant sur des hypostases &#8211; sur un art contemporain qui aurait dissous l'Art dans les traits de la consommation culturelle marchande, une d&#233;mocratie soumise &#224; esth&#233;tisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, un capitalisme investissant les objets de consommation des attributs symboliques des arts, un &#171; public &#187; c&#233;l&#233;brant la seule magie de l'&#233;pate, sans doute aussi sur l'universel &#8212; remplit ces propos tenus dans l'espace public en forme de d&#233;ploration. En g&#233;n&#233;ral, ces &#171; th&#233;ories &#187; du pr&#233;sent font de l'esth&#233;tique mass-m&#233;diatique, spectaculaire et marchande, le signe et la mesure quasi-exclusifs du temps pr&#233;sent et ne se signalent par aucune critique artistique, remplac&#233;e plut&#244;t par une p&#233;joration. Elles sont de surcro&#238;t souvent relatives &#224; l'optique abstraite d'une d&#233;mocratisation culturelle surplombante ou d'une d&#233;mocratie culturelle seulement &#171; participative &#187;, dont elles affirment l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &#233;vidences &#187; s'interdisent de reconna&#238;tre que, outre faire entrer le domaine des arts dans une r&#233;flexion politique intrins&#232;que, la notion d'un &#171; Art pour tous/tes &#187; peut &#234;tre &#233;valu&#233;e &#224; une autre aune que celle d'une ali&#233;nation telle que d&#233;crite encore r&#233;cemment par Francesco Masci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Superstitions, Paris, Allia, 2023&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au moins trois aunes potentielles : celle d'un principe (l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui de l'art d'exposition depuis la Renaissance), d'un grand r&#233;cit (en faveur du public &#171; &#233;loign&#233; &#187; contre l'&#233;lite &#171; bourgeoise &#187;) ou d'une fiction modeste alimentant des pratiques destin&#233;es &#224; appuyer l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie encore vide &#224; accomplir. Trois aunes qui se c&#244;toient d'ailleurs de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes nombreux sont les indices de l'existence d'un capitalisme marchand et d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale &#233;tatique fragilis&#233;e, qui ne sert plus d'&#233;tayage &#224; l'existence des citoyennes et des citoyens. Certes aussi l'&#201;tat, les r&#233;gions, les municipalit&#233;s voudraient bien &#234;tre &#171; sauv&#233;es &#187; de leurs d&#233;boires divers par l'Art &#8212; du moins jusqu'&#224; une date r&#233;cente et les remises en question des politiques culturelles de r&#233;gions et de villes qui s'acharnent &#224; renverser ce paradigme &#8212;, en captant un rayon de sa lumi&#232;re afin de distraire les populations, au prix d'une &#171; communication cibl&#233;e &#187; et de s'&#233;garer dans une d&#233;finition de la culture comme ensemble d'activit&#233;s inoffensives, d&#233;coratives, voire ludiques. Mais ce n'est pas une raison pour rester aveugle &#224; des formes possibles d'exercices artistiques qui pourraient encore assumer un lien positif &#8212; sous tendu de l'universel : &#171; culture pour tou(te)s &#187;, &#171; culture pour chacun(e) &#187;, &#171; culture pour tout un chacun(e) &#187; selon l'expression de Jean-Gabriel Carasso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je serai ministre de la Culture, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; entre art contemporain et n'importe qui, des spectateurs/spectatrices potentiels. Il existe toujours en ces formes des ressources critiques permettant de ne pas se contenter des soi-disant signes exclusifs du temps pr&#233;sent d&#233;crits ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique reste plus proprement la possibilit&#233; d'ajuster moins une politique culturelle &#224; l'Art &#8212; l'Art pens&#233; comme entit&#233;, bloc uniforme, essence, valeur, et des politiques de service public soumises &#224; g&#233;om&#233;trie variable selon les partis politiques, etc. &#8212; que celle de soutenir la politique immanente de pratiques artistiques multiples, ouvertes &#224; leur fr&#233;quentation (et &#224; la reprise n&#233;cessaire de celle-ci pour &#171; entrer &#187; dans les &#339;uvres) et reconnaissance par n'importe qui, non pas de ses envies, mais de sa capacit&#233; &#224; se transformer culturellement. Cette autre mani&#232;re d'aborder la politique r&#233;cuserait justement deux autres versions : d'une part, l'Art catalogu&#233; en consensus universel de type populiste &#224; destination d'un &#171; public &#187; pr&#233;tendument r&#233;alis&#233; ou pour lequel les arts devraient c&#233;l&#233;brer l'unit&#233; du corps politique identifi&#233; au public d'&#233;lite ; d'autre part, l'Art catalogu&#233; en irr&#233;ductible n&#233;gativit&#233; aupr&#232;s d'une classe ouvri&#232;re marginalis&#233;e, dont la notion cette fois opposerait le caract&#232;re original de l'&#339;uvre d'art &#224; la standardisation de la vie instaur&#233;e par le capitalisme, oubliant la dimension centrale de l'&#233;mancipation port&#233;e par le rapport aux &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de penser que l'art contemporain, s'il ne prolonge ni l'enthousiasme des Lumi&#232;res, ni la n&#233;gativit&#233; moderniste, pr&#233;serve une part anticipatrice d'un monde remani&#233; pour et par tous&#183;tes. L'art contemporain, en effet, pers&#233;v&#232;re &#224; entretenir un r&#233;gime de fiction, de construction imaginaire (&#171; pour tous&#183;tes &#187;), sans le soumettre pour autant &#224; un grand r&#233;cit surplombant, qui le rattache sans critique &#224; une option politique g&#233;n&#233;rale et essentialis&#233;e (LA d&#233;mocratie). L'essentiel est dans sa recherche nouvelle d'une transitivit&#233; discut&#233;e oppos&#233;e &#224; l'exc&#232;s et au spectaculaire, sensible souvent dans l'art en public ouvert aux d&#233;bats publics, r&#233;ellement d&#233;mocratiques. Apr&#232;s tout, ce qui fait de l'art contemporain un &#233;l&#233;ment vital de notre soci&#233;t&#233;, c'est sa mani&#232;re de ne plus se contenter de d&#233;velopper chacune des formes possibles de s&#233;cession par rapport aux modes de perception ou de pens&#233;e de l'art, mais de se confronter aux formes de vie et de communaut&#233;, de &#171; maisons communes &#187; fictives.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L251xH201/ben_l_art_est_une_illusion-2-74ab9.jpg?1740432478' width='251' height='201' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le public &#187;, un principe et une r&#233;alit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la modernit&#233;, la dimension du public, dans les arts et la culture, est, il est vrai, d'abord une affaire de principe crucial. L'id&#233;e d'art n&#233;e &#224; partir de la Renaissance, et ses pratiques, repose sur ce principe : l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; tous&#183;tes ou &#224; chacune et chacun. Ce principe distingue l'art d'exposition de l'art de culte, le premier r&#233;f&#233;rant &#224; un &#171; public &#187;, le second au divin. Cependant, il n'est pas difficile d'observer qu'entre le principe, universalisant, et son effectivit&#233;, un hiatus social certain s'est instaur&#233; en termes de discrimination sociale, de parit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce hiatus, se sont esquiss&#233;es la plupart des esth&#233;tiques modernes dont se r&#233;clament les organisateurs de la venue du &#171; public &#187; dans les institutions d'art et de culture. En ces esth&#233;tiques, la r&#233;ponse &#224; ce hiatus a pris l'orientation suivante : comment supprimer ce hiatus, tout du moins le r&#233;duire, par cons&#233;quent r&#233;unir le plus grand nombre possible de spectateurs/spectatrices ou auditeurs/auditrices en un &#171; public &#187; ? Ce qui a souvent impliqu&#233; que l'adresse universelle soit d&#233;tourn&#233;e en adresse &#224; juger par le nombre de personnes pr&#233;sentes au spectacle ou par un type de population, un genre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce principe et ces distorsions, ces esth&#233;tiques et les professionnels &lt;br class='autobr' /&gt;
de la mise en &#339;uvre des arts r&#233;pondent ainsi : il est possible &#8212; et dans les cas d'option &#171; de gauche &#187;, n&#233;cessaire &#8212; de supprimer ce hiatus. Comment ? Soit par &#233;l&#233;vation des &#233;vinc&#233;s (en les cultivant !) ; soit par int&#233;gration des exclus (il est possible de faire mieux !) ; soit en les extrayant de leur situation ali&#233;n&#233;e (par promotion culturelle paternaliste !). Dans ces options, un seul objectif s'affiche : un souhait d'&#233;largissement num&#233;rique et social pes&#233; &#224; l'aune du public d&#233;j&#224; inclus, structurellement et culturellement privil&#233;gi&#233;, au besoin par des p&#233;dagogies de surplomb &#224; l'endroit de &#171; nouveaux publics &#187; &#224; domestiquer (mais justement, ils ne sont pas encore des publics !), dans lesquelles certain(e)s parlent &#224; la place des autres et visent l'augmentation de statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'entre eux renoncent &#224; ce v&#339;u d'extension quantitative, en se confrontant au probl&#232;me autrement. En tentant, par exemple, de changer/r&#233;inventer le rapport entretenu avec &#171; le public &#187; et sa notion, de changer le regard ou l'approche des arts dans leur dimension d'adresse, en affirmant que la difficult&#233; ne r&#233;side pas dans un accroissement du public &#224; obtenir pour le soi-disant plus grand bien de tous&#183;tes et des arts, en r&#233;alit&#233; d'un corps civique uniformis&#233;. De telles conceptions diff&#233;rentes valorisent un autre traitement de la question, &#224; partir de l'affirmation de l'&#233;galit&#233; des intelligences entre citoyennes et citoyens en rapport avec les &#339;uvres et la diffusion culturelle, supprimant toute vis&#233;e de surplomb born&#233;e &#224; une simple correction de la situation, et toute vis&#233;e de la critique des partages du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles s'opposent ainsi &#224; ce que &#171; public &#187;, relativement aux arts et &#224; l'esth&#233;tique, fasse le plus souvent l'objet de m&#233;pris, d'indiff&#233;rences, de critiques acerbes et g&#233;n&#233;rales, ou d'une valorisation &#224; l'aune d'une tradition, nous l'avons &#233;crit. Elles r&#233;futent le fait que les milieux culturels finissent par se situer au c&#339;ur d'un paradoxe : &#171; nous &#187; avons besoin du public mais il ne cesse de &#171; nous &#187; importuner. Imaginaire n&#233;gatif donc ! &#171; Passif &#187;, dit-on, &#171; aveugle &#187;, &#171; fait d'individus sans qualit&#233;, non pr&#233;par&#233;s &#187;, ou ainsi que l'expose &#201;mile Zola en forme de st&#233;r&#233;otype : le &lt;i&gt;&#171; public ne comprendra pas [&#8230;], devant une peinture qui bouscule, on n'a encore jamais vu &#231;a &#187;&lt;/i&gt; ; et pourtant r&#233;plique le peintre (Claude Lantier) &lt;i&gt;&#171; si on n'avait encore jamais vu cela, on le verrait ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; on s'en fichait bien du public ! &#187;&lt;/i&gt;. Ces consid&#233;rations paradoxales sont connues, quand elles ne tombent pas, pareillement, sous le coup du &#171; paradoxe du spectateur &#187; tel que l'&#233;nonce Jacques Ranci&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce paradoxe est simple &#224; formuler : il n'y a pas de th&#233;&#226;tre sans spectateur (f&#251;t-ce un spectateur unique et cach&#233;, comme dans la repr&#233;sentation fictive du&lt;/i&gt; Fils naturel &lt;i&gt;qui donne lieu aux&lt;/i&gt; Entretiens &lt;i&gt;de Diderot&lt;/i&gt;). &lt;i&gt;Or, disent les accusateurs, c'est un mal d'&#234;tre spectateur pour deux raisons au moins. Regarder n'est pas conna&#238;tre, et n'est pas agir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le spectateur &#233;mancip&#233;, Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces autres conceptions du public font encore remarquer que le type de r&#233;flexion m&#233;prisante sur le public est moins cern&#233; par une connaissance que par un regard brid&#233; par la d&#233;termination d'une essence (identit&#233;, uniformit&#233;, mono-r&#233;f&#233;rence). &#171; Le &#187; public se d&#233;finirait, essentiellement, comme ensemble de r&#233;cepteurs contemplatifs des &#339;uvres, appliqu&#233;s et capables de les juger. Le paradoxe cit&#233; ci-dessus r&#233;sulte d'ailleurs de ce regard, confrontant la r&#233;alit&#233; avec cette essence (perception distraite, rumeurs traversant le jugement), puisque chacun(e) des membres du public pr&#233;sents aux &#339;uvres ne sont pas tels, et surtout tr&#232;s divers. Beaucoup seraient ignorants des r&#232;gles de l'art, agit&#233;s, inattentifs, lorsqu'ils s'ins&#232;rent dans le cours du spectacle ou dans les dispositifs d'accessibilit&#233; &#224; l'art. Ce qui &#233;videmment serait &#224; prouver ou &#224; analyser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il demeure que l'usage du terme &#171; public &#187; n'est pas compris dans toute son ampleur. Non seulement, en dehors de son emploi dans la sph&#232;re politique (domaine public, lieu public, en public), dans la sph&#232;re des arts et de la culture, il est utilis&#233; &#224; partir de st&#233;r&#233;otypes mais les propos laissent croire que &#171; le public &#187; existerait en dehors d'une corr&#233;lation &#224; des &#339;uvres (spectacles ou autres). Ainsi parle-t-on de &#171; publics emp&#234;ch&#233;s &#187; (mais alors ils ne sont pas des publics !), de &#171; non-publics &#187; (&#233;trange expression), de &#171; public oppositionnel &#187; (qui jugerait &#224; bon droit une &#339;uvre sans l'avoir vue), etc. !, cette derni&#232;re expression appliquant la notion de &#171; public &#187; &#224; des personnes qui n'ont pas vu les &#339;uvres dont elles parleraient avec pertinence pour en contester la teneur. Au lieu, il faut l'affirmer, de se contenter de parler &#224; leur endroit d'une &#171; vigilance citoyenne &#187; toujours possible &#224; prodiguer, mais qui ne peut viser l'&#339;uvre non vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propos m&#233;prisants, par ailleurs, outre leur absence de r&#233;flexion politique sur le sujet, ignorent totalement le fait que des expositions d'&#339;uvres d'art contemporain, des artistes, des institutions d'art se vouent &#224; des exercices p&#233;dagogiques d'action culturelle, d'attraction d'habitantes et d'habitants, &#224; des tentatives de formation au devenir public, &#224; l'&#233;laboration d'instances de pr&#233;paration &#224; l'adresse de citoyennes et citoyens dits &#171; artistiquement d&#233;favoris&#233;s &#187;, voire &#224; des exercices de participation pour des habitant(e)s &#224; muer en publics. C'est au moins un parti-pris, m&#234;me s'il reste en droite ligne du pr&#233;suppos&#233; d'une distance &#224; effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les projets d'&#233;ducation artistique et culturelle ne reposent-ils pas, de nos jours, sur des pr&#233;suppos&#233;s semblables, largement marqu&#233;s au sceau du surplomb et parfois d'une id&#233;ologie &lt;i&gt;aufkl&#228;rer&lt;/i&gt; ? Cela dit, m&#234;me si ces exercices se plient encore &#224; la volont&#233; d'&#233;largir le public, ils prouvent qu'il n'est pas de public des arts en dehors d'un rapport aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/mac-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/mac-2-f91b4.jpg?1740309220' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quatri&#232;me mur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Tanguy, Rom&#233;o Castellucci pour le th&#233;&#226;tre, nombre d'organisatrices et organisateurs d'expositions, de directrices et directeurs de salles de cin&#233;ma, se refusent &#224; avaliser cette id&#233;e du public en &#171; quatri&#232;me mur &#187; m&#233;pris&#233; et &#224; &#233;duquer. C'est sans doute elle qui a engag&#233; un nouveau paradoxe du &#171; public &#187; : depuis quelques d&#233;cennies, les metteuses et metteurs en sc&#232;ne ne veulent plus de ce qu'ils appellent un spectateur passif, ils veulent recevoir des spectateurs actifs, susceptibles de recr&#233;er au th&#233;&#226;tre des communaut&#233;s vivantes, voire politiques. Ils proposent donc des &#339;uvres participatives, des installations du c&#244;t&#233; des plasticiens. Mais, et l&#224; se trouve un paradoxe r&#233;el, les uns et les autres ont du mal &#224; se retrouver devant des spectateurs qui se mobilisent au-del&#224; de ce qu'ils leur demandent, &#224; la mani&#232;re du spectateur d&#233;crit dans le film Yannick (de Quentin Dupieux, 2023). En l'occurrence, ce qu'on semble d&#233;couvrir d&#233;sormais avec peine, lorsque s'affichent des manifestations publiques de d&#233;saccords, des d&#233;parts en cours de repr&#233;sentation&#8230;ou des interpellations des acteurs. Parfois aussi des descentes de gradins bien marqu&#233;es (l'une d'elles vue et entendue &#224; Avignon). Ou racont&#233; par Laurence Chable, deux hommes qui partent et s'arr&#234;tent devant les acteurs en cours de repr&#233;sentation pour d&#233;clarer : &lt;i&gt;&#171; au revoir, messieurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy, Montreuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant qu'on ne d&#233;rive pas ! C'est bien de l'appr&#233;hension du public qu'il s'agit, car ces actions sont conduites par des personnes qui ont assist&#233; &#224; la pi&#232;ce. C'est pour elle que le metteur en sc&#232;ne Fran&#231;ois Tanguy a invent&#233; un dispositif : pr&#233;voir un comit&#233; d'accueil de sortie, dehors, pour que celles et ceux qui se plaignent de fa&#231;on ostentatoire puissent le faire, dire leur rage, sans trop perturber quand m&#234;me le d&#233;roulement de la pi&#232;ce ; pr&#233;server le regard sur l'&#339;uvre, mais discuter des regards (h&#233;ritage de Brecht). Ce qui peut se moduler en plusieurs orientations vives de nos jours : vis-&#224;-vis des probl&#232;mes d&#233;coloniaux, de genre, de droits culturels, etc. L'id&#233;e : on n'est pas d'accord, donc on en parle, plut&#244;t que de censurer ou de gommer. En un mot, Tanguy d&#233;ployait l'id&#233;e de r&#233;futer la s&#233;paration du public, le 4&#7497; mur. La question : &#171; Qu'est-ce que je fabrique quand je cr&#233;e ? &#187; et que l'autre n'emprunte peut-&#234;tre pas le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ordre d'id&#233;e, Olivier Neveux, professeur d'histoire et d'esth&#233;tique du th&#233;&#226;tre (ENS, Lyon), rench&#233;rit : &lt;i&gt;&#171; assister &#224; une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, c'est &#234;tre renvoy&#233; au caract&#232;re fabriqu&#233; de son regard, &#224; ses assignations, se demander comment on regarde (et pas seulement ce que l'on regarde) et quel travail il est n&#233;cessaire de faire sur son imaginaire &#187;&lt;/i&gt;. D'ailleurs, personne ne peut ignorer l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des salles contenant du public en &#339;uvre. Personne n'y a vraiment v&#233;cu la m&#234;me chose. &lt;i&gt;&#171; Mais&lt;/i&gt;, ajoute-t-il, &lt;i&gt;on n'est pas l&#224; pour d&#233;fendre sa vision. Plut&#244;t pour la confronter, et faire aussi soi-m&#234;me l'exp&#233;rience de toutes les fois o&#249; le regard est ab&#238;m&#233;, paresseux, rapt&#233; par la d&#233;magogie &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, du point de vue des arts et de l'art contemporain, nous assistons plut&#244;t &#224; une r&#233;sistance de leur part, non &#224; l'&#233;gard &#171; du public &#187;, mais envers le discours mondain du milieu de l'art et de ses acteurs. Cette r&#233;sistance s'exerce &#224; l'&#233;gard de leurs m&#233;pris du public dont les formules traversent galeries, mus&#233;es, collectionneurs, et une certaine histoire de l'art&#8230; Enfin, m&#234;me si l'art contemporain n'exprime plus ses options en termes de &#171; Non &#187;, il s'investit dans les mani&#232;res dont les publics se saisissent des propositions artistiques, surtout &#224; l'&#233;poque des droits culturels&#8230; des hybridations, m&#233;langes, m&#233;tissages, cr&#233;olisations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, avec ce th&#232;me de &#171; L'art pour tous&#183;tes &#187;, pour y revenir, nous sommes &#224; la fois du c&#244;t&#233; des politiques culturelles et du c&#244;t&#233; des pratiques artistiques : quelle politique artistique pour tous&#183;tes, et quelle pratique adress&#233;e encore &#224; tous&#183;tes, mais surtout pourquoi ? Nous parlons donc toujours d'art (type d'&#339;uvres et d&#233;finition de l'art et de ses lieux, attentes et motivations des artistes), d'esth&#233;tique (codes, concepts du monde de l'art, sensible, rejets et controverses) ou de sociologie (public, institutions, la construction des valeurs, appropriation, interactions sociales, l'urbain) m&#234;me si on m&#233;lange l'id&#233;e d'Art et des &#339;uvres et des pratiques. Mais surtout nous parlons de &#171; politique &#187; : d'une fiction possible pour une politique culturelle d'&#233;mancipation, d'une fiction qui s'adresse aussi aux syst&#232;mes de financement des arts, comme aux diff&#233;rents probl&#232;mes pos&#233;s par l'usage de la notion de cr&#233;ativit&#233; (ville cr&#233;ative, capitalisme cr&#233;atif, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain (mais soyons vigilants sur ces notions globalisantes) b&#233;n&#233;ficie du partage classique du face &#224; face acquis dans les conditions de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui. Il sait que l'&#339;uvre contient d'abord une n&#233;cessit&#233; d'exister (selon le mot de Novalis). Il b&#233;n&#233;ficie non moins de l'exp&#233;rience du sublime moderne des avant-gardes. Mais il se voue &#224; l'interf&#233;rence au lieu du surplomb, dans laquelle il fait jouer le savoir de son histoire : l'&#339;uvre qui n&#233;gligerait compl&#232;tement sa responsabilit&#233; envers elle-m&#234;me serait incons&#233;quente. L'&#339;uvre est au travail de sa propre r&#233;alisation. Le public n'est pas le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre - elle d&#233;fie m&#234;me le public, mais en s'adressant au devenir public de la foule ou des habitants et habitantes ou des citoyennes et citoyens. Le public vivant dans les salles, aupr&#232;s des &#339;uvres, constitue un devenir incontournable. L'art contemporain compl&#232;te ce savoir par un id&#233;al de d&#233;mocratie participative : loin de relever uniquement d'un face-a&#768;-face, d'une relation de producteur a&#768; r&#233;cepteur &#8212; ou&#768; ce dernier n'est qu'un destinataire &#8212;, artistes et citadins co-construisent, moins une &#339;uvre, qu'une interaction sociale et culturelle sp&#233;cifique. L'analyse de ces propositions et, en filigrane, des processus qui voient l'&#233;mergence de nouveaux crit&#232;res et valeurs esthe&#769;tiques est l'occasion d'interroger ces moments critiques de l'&#233;laboration et de l'appr&#233;ciation esth&#233;tique, qui r&#233;v&#232;lent la capacit&#233; des cre&#769;ateurs d'une part, des r&#233;cepteurs d'autre part, de modifier leur relation conjointe et &#224; l'orienter vers une politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/affiche_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH494/affiche_-2-f6024.jpg?1740309220' width='500' height='494' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;****&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Concernant la question du public des arts, ce qui serait int&#233;ressant, ce serait de savoir ce qui se passerait si une politique culturelle renversait la perspective (sous couvert d'une nouvelle fiction) : quel tous/toutes pour l'art/Art ou pour quelle conception de l'art ? Ainsi passerait-on d'une commande, sans doute envoy&#233;e &#224; la mauvaise adresse, &#224; la possibilit&#233; pour chacune et chacun, donc pour n'importe qui, de se commander &#224; soi-m&#234;me un faire ou un regarder (&#233;couter&#8230;), un faire-regarder ou un regarder-faire. &#192; supposer que cette correction et ce renversement soient pens&#233;s, il faudrait encore revenir sur les notions en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synth&#233;tisons le point : &#192; la question, qui devrait plut&#244;t &#234;tre celle de l'appropriation : L'art pour n'importe qui ? Concernant la pr&#233;position, une r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour la gloire, c'est &#234;tre enseveli sous les lauriers,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour l'argent, c'est trop mesquin,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour soi, c'est trop chiche,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour un(e) seul(e), c'est tr&#232;s &#233;triqu&#233;,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour des millions, c'est un trop grand poids, &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour le &#171; peuple &#187;, c'est suspect,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour une prestation civique, c'est c&#233;der &#224; l'animation,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Non ! &#338;uvrer seulement pour l'&#339;uvre elle-m&#234;me,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;C'est elle qui dessine l'adresse, et ind&#233;termin&#233;e, et attend n'importe qui. &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Qui s'y corr&#232;le s'y noue toujours pour lui-m&#234;me et pour toutes et tous ?&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1990, p. 10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Superstitions&lt;/i&gt;, Paris, Allia, 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Quand je serai ministre de la Culture&lt;/i&gt;, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;,&lt;/i&gt; Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy&lt;/i&gt;, Montreuil, &#201;ditions Th&#233;&#226;trales, 2024, p.70&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les arts sont toujours premiers</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Laure Desjardins et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>Arts premiers</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour couronner les festivit&#233;s textuelles des 15 ans d'ArtsHebdoM&#233;dias, une journ&#233;e d'&#233;tude est organis&#233;e le lundi 10 f&#233;vrier, &#224; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne, par Yann Toma et Marie-Laure Desjardins.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/L-atelier-et-Seminaires" rel="directory"&gt;S&#233;minaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-premiers" rel="tag"&gt;Arts premiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH93/arton2625-46d4e.jpg?1772206516' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour couronner les festivit&#233;s textuelles des 15 ans d'ArtsHebdoM&#233;dias, une journ&#233;e d'&#233;tude est organis&#233;e le lundi 10 f&#233;vrier, &#224; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne, par Yann Toma et Marie-Laure Desjardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miquel Barcel&#243;, Dina Germanos Besson, Catherine Braslavsky, Francesca Caruana, C&#233;cile Croce, Marc Williams Debono, David Guez, Norbert Hillaire, Michel Jeandin, Olivier Kaeppelin, Alain Nahum et Martial Verdier discuteront le postulat du sociologue, philosophe et artiste Herv&#233; Fischer, en sa pr&#233;sence : &#171; Les arts sont toujours premiers &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;changes seront suivis par le vernissage de l'exposition &#233;ponyme, &#224; Sorbonne Artgallery. Nous esp&#233;rons vous y retrouver nombreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Attention, si les &#233;v&#233;nements sont ouverts &#224; tous, il faut n&#233;anmoins r&#233;server (gratuitement) sa place et t&#233;l&#233;charger son billet pour acc&#233;der &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les arts sont toujours premiers &#187;. Si l'&#339;uvre d'Herv&#233; Fischer en t&#233;moigne d&#232;s les ann&#233;es 1970, l'affirmation n'a eu de cesse d'&#233;voluer et d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;e au fil du temps et de la pens&#233;e sociologique et philosophique de l'artiste. Reprise en 2024 pour les 15 ans d'ArtsHebdoM&#233;dias, elle a fait l'objet d'un appel &#224; r&#233;actions dans l'esprit des dispositifs participatifs de l'art sociologique. Ainsi disciplines et sensibilit&#233;s tr&#232;s diverses se sont exprim&#233;es. Ce sont elles qui viendront se compl&#233;ter et peut-&#234;tre s'opposer &#224; La Sorbonne, le lundi 10 f&#233;vrier 2025. Voici le programme complet de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22147 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3r35646-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH325/3r35646-2-44d78.jpg?1738852889' width='500' height='325' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;9 h 30 &#8211; Plateau 1&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;big&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Les arts sont toujours premiers&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/big&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Herv&#233; FISCHER,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;sociologue, philosophe et peintre&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Martial VERDIER,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;photographe et directeur de la r&#233;daction de TK-21 LaRevue&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Marc Williams DEBONO,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;chercheur en neurosciences et directeur de la revue PLASTIR&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Olivier KAEPPELIN,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#233;crivain et critique d'art&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;M&#233;diation par&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Yann TOMA&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Pour Herv&#233; Fischer, l'homme du n&#233;olithique et l'homme actuel ne sont pas si diff&#233;rents. &#171; Ils communiquent avec des images iconiques, des signes, des rituels, jadis rupestres, qui sont aujourd'hui num&#233;riques, mais qui c&#233;l&#232;brent encore des mythes et cherchent toujours une r&#233;ponse efficace face &#224; l'&#233;nigme premi&#232;re du monde et de la vie. &#187; Quand en 1971, d&#233;bute sa pratique d'&#171; hygi&#232;ne de l'art &#187;, le propos est alors de contrer l'exacerbation des avant-gardes, qui indexait la valeur de l'art &#224; sa capacit&#233; &#224; &#234;tre nouveau. La posture de Fischer est anti-avant-gardiste. Le choix des contre-empreintes de main, comme dans les peintures pr&#233;historiques, appuie sa prise de position. Aujourd'hui, il affirme que &#171; Les arts sont toujours premiers, m&#234;me futuristes, m&#234;me avant-gardistes, m&#234;me num&#233;riques, m&#234;me dans le land art, l'art conceptuel, le bioart, l'art sociologique, etc. L'art renvoie au mythe de la cr&#233;ation premi&#232;re, qu'il pr&#233;tend incarner en cr&#233;ant une image du monde, en communiquant avec une vision du monde qui lui est sup&#233;rieure et myst&#233;rieuse, en usant d'un langage symbolique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3r35649.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/3r35649-c4f2d.jpg?1772190288' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 h 30 Discussion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;11 h 15 &#8211; Plateau 2&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;big&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Tout ce qui est r&#233;el est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est r&#233;el&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/big&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;C&#233;cile CROCE,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Professeure des universit&#233;s en Esth&#233;tique et Sciences de l'art, Universit&#233; Bordeaux Montaigne&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Dina GERMANOS BESSON,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;psychanalyste&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Norbert HILLAIRE,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Professeur &#233;m&#233;rite de l'Universit&#233; Nice-C&#244;te&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Azur en sciences de l'art et des m&#233;dias, &#233;crivain et artiste&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Catherine BRASLAVSKY,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;compositrice et chanteuse&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;diation par &lt;strong&gt;Marie-Laure DESJARDINS&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
En r&#233;ponse &#224; la question &#171; Comment se construit une soci&#233;t&#233; ? &#187;, Herv&#233; Fischer explique combien les imaginaires collectifs d&#233;terminent les valeurs et les structures sociales. L'artiste montre en autant de tableaux &#233;vocateurs comment nous d&#233;veloppons nos facult&#233;s &#224; inventer des r&#233;cits imaginaires et fondateurs. Il affirme que nous vivons avec autant de mythes que les Grecs anciens et souligne que la d&#233;mocratie, la libert&#233; et le progr&#232;s sont ceux d'aujourd'hui. Cette mythanalyse, il la d&#233;finit comme explorant &#171; les fabulations qui d&#233;terminent nos inconscients, nos logiques, nos valeurs, nos espoirs et nos craintes selon leurs d&#233;clinaisons sociologiques &#187;. Son postulat d&#233;clare, parodiant Hegel, le ma&#238;tre de la Raison dialectique, que &#171; Tout ce qui est r&#233;el est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est r&#233;el &#187;, mais ajoute que nous devons construire un gouvernail &#233;thique, car &#171; Il ne faut pas se tromper de fabulation et &#233;viter les hallucinations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3r35651.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH290/3r35651-8a5ee.jpg?1738852889' width='500' height='290' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12 h 15 Discussion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;14h15 &#8211; Plateau 3&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;big&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;ART ! Avez-vous quelque chose &#224; d&#233;clarer ?&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/big&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Michel JEANDIN,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;expert en Science des mat&#233;riaux, ancien Directeur de Recherche &#224; Mines Paris-PSL&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Francesca CARUANA,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;artiste-plasticienne, MCF en s&#233;miotique de l'art&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Alain NAHUM,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;r&#233;alisateur, photographe et peintre&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;David GUEZ,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;artiste et &#233;crivain&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;diation par &lt;strong&gt;C&#233;cile CROCE&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ce panneau de &#171; douane culturelle &#187; est positionn&#233; &#224; l'entr&#233;e de chacune des expositions d'Herv&#233; Fischer. Cette question sociologique a &#233;t&#233; fondamentale dans tout le travail de l'artiste-philosophe et elle est devenue mythanalytique. Depuis plus de cinquante ans, Fischer n'a eu de cesse de questionner l'art et son milieu en en d&#233;non&#231;ant une approche trop &#233;litiste et conventionnelle et d'interroger le mythe de l'art. Pour lui, l'art est une question sans cesse pos&#233;e, une r&#233;flexion en permanence renouvel&#233;e, une exp&#233;rience &#224; vivre au jour le jour pour mieux interroger les imaginaires sociaux actuels. Th&#233;oricien de l'art sociologique, Herv&#233; Fischer a d&#233;ploy&#233; &#224; travers l'Europe et l'Am&#233;rique de tr&#232;s nombreux dispositifs participatifs, sans pour autant abandonner ses pr&#233;occupations plastiques. Revenant &#224; la peinture en 1999, il questionne les icones du num&#233;rique comme celles des peintures pari&#233;tales pr&#233;historiques et des soci&#233;t&#233;s premi&#232;res. La sociologie de l'art impose une lucidit&#233;, mais le mythe de l'art, qui &#233;volue aussi dans la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s et des &#233;poques, demeure notre interface premi&#232;re, &#224; la li-mythe de notre rapport au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 h 15 Discussion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/sorbonne-3-arts-numerique2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH369/sorbonne-3-arts-numerique2-ace9f.jpg?1772190288' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;16h30 &#8211; Plateau 4&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;big&gt;&lt;font color=&#034;#8B0000&#034;&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Il n'y a pas de progr&#232;s en art&lt;/code&gt;&lt;/font&gt;&lt;/big&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Miquel BARCEL&#211;,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;artiste&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Herv&#233; FISCHER,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;sociologue, philosophe et peintre&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;diation &lt;strong&gt;Marie-Laure DESJARDINS&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Yann TOMA&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
En 1979, au Centre Pompidou, Herv&#233; Fischer d&#233;clare que &#171; l'histoire de l'art est termin&#233;e &#187;. Une performance qu'il renouvellera dans une salle d'attente de la gare terminus des Brotteaux, &#224; Lyon. L'artiste disserte sur la capacit&#233; de l'avant-garde &#224; se poursuivre. Le serpent se mord la queue. Qui va succ&#233;der &#224; la Trans-avant-garde ? &#171; Je n'ai jamais dit que l'art &#233;tait fini. J'ai affirm&#233; que le transformer en production historisante avec un grand H inventant chaque jour un truc nouveau ne pouvait mener nulle part. Il fallait que l'artiste retrouve sa libert&#233;, qu'il cesse de penser &#234;tre en train d'accomplir l'Histoire h&#233;g&#233;lienne de l'art. Depuis cette &#233;poque-l&#224;, plus aucun mouvement ne s'est impos&#233; comme moteur principal. L'art se cr&#233;e tous azimuts. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art num&#233;rique s'est impos&#233;, mais ce fut son erreur de d&#233;clarer les beaux-arts, obsol&#232;tes au nom du progr&#232;s de la technologie. Nous ne progressons pas dans notre d&#233;chiffrage de l'&#233;nigme de l'univers et de la vie. Bien au contraire : les religions nous donnaient des r&#233;ponses, tandis que la science ne pose que des questions, ce qui nuit &#224; sa cr&#233;dibilit&#233;. Dire qu'il n'y a pas de progr&#232;s en art, c'est dire en d'autres mots que les arts demeurent toujours premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 h 15 Discussion&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;18 h 30 Vernissage de l'exposition d'Herv&#233; Fischer, Les arts sont&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours premiers,&lt;/strong&gt; &#224; Sorbonne Artgallery, dans la galerie Soufflot du&lt;br class='autobr' /&gt;
Centre Panth&#233;on de l'Universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne. En&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sence de l'artiste et jusqu'&#224; 21 h.
&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Recension vid&#233;o de la journ&#233;e :&lt;/h2&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/eoNdaljstrI?si=-wlK9Bt6Ht98a9Ng&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Infos pratiques&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Journ&#233;e d'&#233;tude Les arts sont toujours premiers, salle 6, Centre&lt;br class='autobr' /&gt;
Panth&#233;on-Sorbonne 12, place du Panth&#233;on, 75005 Paris, de 9h &#224; 18h et&lt;br class='autobr' /&gt;
exposition &#233;ponyme du 10 au 28 f&#233;vrier 2025, &#224; la m&#234;me adresse.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images &#169;Herv&#233; Fischer&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/png/logo_v1-les-arts-sont.png' width=&#034;500&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y a-t-il un spectateur sans corps ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Y-a-t-il-un-spectateur-sans-corps</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Y-a-t-il-un-spectateur-sans-corps</guid>
		<dc:date>2025-02-02T11:31:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH37/arton2610-8ed2d.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='37' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Il n'interroge pas d'autres mani&#232;res d'artifier le corps (tatouages, body art), de faire corps politique (manifestation) ou en d&#233;fense (homosexuels, handicap&#233;s, minorit&#233;s), ni la mani&#232;re dont certains corps sont abusables (femmes, enfants&#8230;). Il en est d'ailleurs une qui est complexe : c'est l'exp&#233;rience corporelle synchrone, mais pas n&#233;cessairement collective (ce qui serait &#224; reprendre &#224; la lumi&#232;re du travail de Judith Butler&lt;/i&gt; (Dans quel monde vivons-nous ?, &lt;i&gt;Paris, Flammarion, 2023), survenue lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19, exp&#233;rience qui malgr&#233; tout portait &#224; solidarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Non, ce volume interroge cette question du corps dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; aux &#339;uvres et travaux artistiques. Entendons bien : dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; spectatoriel, le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; auctorial participant par ailleurs du second volume, lequel est laiss&#233; ici de c&#244;t&#233;. Cette question, donc, d&#233;pouill&#233;e au long des articles du premier volume, dont nous rendons compte ici, &lt;i&gt;Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve,&lt;/i&gt; n'est pas si innocente que beaucoup le croient, ainsi que nous l'avions sugg&#233;r&#233; dans notre conf&#233;rence : &lt;i&gt;Huit notes autour du corps-spectateur (d'art), Ou Dante et Virgile, au Purgatoire, ont besoin de leurs yeux pour voir le beau&lt;/i&gt; (19 avril 2018, Tours, Mus&#233;e des Beaux-arts). Au demeurant, tout un &#171; corpus &#187; de tableaux, de dessins, de photographies, de films, de captations th&#233;&#226;trales donnant &#224; voir des spectateurs/trices tourne autour d'un certain m&#233;pris de leur corps, compar&#233; au sch&#232;me anatomique du &#171; beau &#187; (harmonie, proportions) d&#233;fini d&#232;s la Renaissance, du regard et des gestes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_22060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_0283.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0283-6b625.jpg?1737321628' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une absurde philosophie des spectateurs &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ordinairement, la grande d&#233;rive autour du corps spectatoriel est organis&#233;e parce que &#171; spectateur &#187; semble toujours renvoyer &#224; un individu consid&#233;r&#233; en soi, isol&#233; sur son si&#232;ge ou devant une &#339;uvre. Or un tel individu, que l'on pourrait appeller &#171; spectateur &#187;, n'existe pas, parce que &#171; spectateur &#187; (voire &#171; regardeur &#187;, etc.) n'advient que dans un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; (aux &#339;uvres), lui-m&#234;me d&#233;pendant du &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt; de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui, r&#233;sultat des pratiques artistiques (&#339;uvres ou travaux, installations, performances, protocoles, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette consid&#233;ration d&#233;cisive met en pi&#232;ces les approches les plus ordinaires de ces questions, le plus souvent marqu&#233;es au sceau d'absurdes cr&#233;dits accord&#233;s &#224; des vocables philosophiques &#233;cul&#233;s. L'article d'Agn&#232;s Lontrade (&lt;i&gt;Le spectateur &#224; l'&#233;preuve du jeu et du don&lt;/i&gt;) souligne ce fait sous la critique qu'elle conduit des esth&#233;tiques d&#233;sincarn&#233;es d'un spectateur innocent et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et certes, le plus souvent, lorsque le corps est cit&#233;, c'est dans les termes classiques du corps oppos&#233; &#224; l'esprit, lesquels sont r&#233;fut&#233;s par d'autres auteurs de l'ouvrage (Christian Ruby, Coline Mathet, Marianne Massin). Il devrait donc &#234;tre possible de r&#233;fl&#233;chir cette question du corps spectatoriel autrement. Mais cela suppose que l'on se d&#233;fasse encore de deux axes d'analyse philosophiquement tra&#231;ables attach&#233;s au dualisme : les approches empiristes et les approches rationalistes, ces deux options imposant l'id&#233;e d'une perception d&#233;sincarn&#233;e, li&#233;e soit &#224; des donn&#233;es sensibles atomiques r&#233;pondant &#224; des principes d'association propres &#224; l'entendement (les empiristes), soit &#224; une id&#233;e unifiante, elle-m&#234;me m&#233;tonymie du sujet pensant (les rationalistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde l'empirisme, souvenons-nous de la doctrine longtemps pr&#233;gnante dans le cadre de l'art public. Cette doctrine pr&#233;tend que cette pratique d'art dans les lieux publics produira des effets (civiques, moraux, culturels) &#224; proportion de son approche par les sens des passants singuliers et quelconques (pas toujours spectateurs). Dans la version r&#233;publicaine classique : par la hauteur et l'effet de domination (bien relev&#233;s par Charles Baudelaire et en photographie par Brassa&#239;), par la gestuelle et une image inspiratrice (la &#171; moraline &#187; relev&#233;e par Friedrich Nietzsche), par le lieu d'implantation et la fr&#233;quentation (r&#233;examin&#233;s r&#233;cemment par la revue &lt;i&gt;M&#233;moire en jeu,&lt;/i&gt; n&#176;21, 2024). Le mus&#233;e en plein air fait alors office de lieu d'&#233;ducation subreptice par le moyen d'un corps consid&#233;r&#233; comme simple r&#233;cepteur par rapide impr&#233;gnation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022-a2395.jpg?1772188263' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art public : Susanna Hesselberg, Quand mon p&#232;re est mort, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde le jugement du spectateur, il est pr&#233;suppos&#233; qu'en termes d'esth&#233;tique classique &#8211; d&#233;riv&#233;e avec pertinence ou non de propos d'Immanuel Kant, rappel&#233;s par Thomas Morisset dans son article qui d&#233;borde d'ailleurs le cadre de l'art (&lt;i&gt;Sentir et appr&#233;cier sensiblement&lt;/i&gt;) &#8211;, si le jugement esth&#233;tique doit &#234;tre pur, c'est qu'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;. Et s'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;, sans poids du d&#233;sir et de l'agr&#233;ment, alors il convient de n&#233;gliger le corps du spectateur dans toutes les consid&#233;rations le prenant pour objet. Au mieux, il devient un moyen technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces deux approches de l'art, empiriste et rationaliste, non seulement ne peuvent pas &#234;tre aussi antagonistes que leurs partisans le croient, mais encore sont d&#233;pass&#233;es par de nombreux travaux d'artistes r&#233;percut&#233;s sur le public. &#192; preuve, dans ce &lt;i&gt;Glossaire pour le XXI&#7497; si&#232;cle,&lt;/i&gt; dirig&#233; par Michael Marder &amp; Giovanbattisa Tusa (publi&#233; &#224; Dijon, aux presses du r&#233;el, 2024), au mot &#171; corps &#187;, cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de l'artiste &#201;milie Conrad qui consiste &#224; faire ondoyer son torse sur le sol rugueux afin de faire de son corps une question vivante &#224; l'adresse du public, une question haptique, une prosodie du corps entra&#238;nant les assistants de ses performances &#224; r&#233;sonner avec elle. Et que dire de nos jours du corps du spectateur m&#233;di&#233; par les machines, quand ce n'est pas les difficult&#233;s de cohabitation autour d'une &#339;uvre, les outils de communication, etc. ! ainsi que les explorent Ugo Schimizzi &#224; propos des jeux pervasifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un support sociologique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est toujours possible de minimiser la dimension du jugement de go&#251;t, mais il est impossible de ne pas saisir le double mouvement qui le structure : le rapport &#224; un objet social commun distinct du sujet &#233;metteur du jugement et le rapport aux autres, susceptible ou non d'un &#171; sens commun &#187;. En cela, une r&#233;flexion sur le corps spectatoriel est n&#233;cessairement projet&#233;e dans l'histoire et la sociologie, deux champs de recherche largement parcourus par Peter Berger et Pierre Bourdieu, sur les travaux desquels nous n'insistons pas ici. C'est sans doute en passant par la dimension du corps fatigu&#233; que ces champs transparaissent au mieux dans les analyses, puisque &lt;i&gt;&#171; une personne spectatrice et fatigu&#233;e est [donc] &#224; l'&#233;preuve des failles de son propre corps &#187;&lt;/i&gt; (Bruno Trentini, &lt;i&gt;&#192; bout de force, une esth&#233;tique du corps fatigu&#233;&lt;/i&gt;), et des failles qui replacent les sensibilit&#233;s dans un processus global. C'est &#224; juste titre que Trentini cale sa r&#233;flexion sur le propos jadis tenu par un pr&#233;sident de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, que l'on peut d&#233;caler : plus les &#171; gens &#187; sont fatigu&#233;s plus leur cerveau est disponible&#8230; et si ce n'&#233;tait pas vrai ou plut&#244;t le contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est justement en ce point que l'ouvrage, dans sa teneur globale, n'oublie pas de souligner qu'il existe un rapport particulier &#339;uvre-spectateur en culture occidentale entretenu par les institutions qui assurent l'h&#233;ritage du th&#233;&#226;tre &#224; l'italienne (horaires pr&#233;cis, chaises align&#233;es, silence requis) et du mus&#233;e classique (ordonnance des &#339;uvres, silence requis), et qui diff&#232;re de celui d'autres cultures et d'autres &#233;poques (Barbara Formis, &lt;i&gt;La sc&#232;ne au-del&#224; du spectacle&lt;/i&gt;). Dans d'autres propos, cette question rel&#232;verait de l'aboutissement d'un long processus de domestication du corps du spectateur, qui d&#233;bute &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVIII&#7497; si&#232;cle, &#233;poque o&#249; &#233;mergent les b&#226;timents sp&#233;cialis&#233;s dans l'activit&#233; spectaculaire. Petit &#224; petit, les spectateurs, qui deviennent un public, vont &#234;tre progressivement disciplin&#233;s, d'une part par l'intervention de l'&#201;tat qui vise &#224; assurer la s&#233;curit&#233; des personnes et &#224; r&#233;primer les troubles &#224; l'ordre public, d'autre part par la constitution de la mise en sc&#232;ne en tant que discipline artistique et la repr&#233;sentation en tant qu'&#339;uvre d'art qui impliquent l'instauration radicale de la place des spectateurs, inexistants dans l'art de culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'est-ce pas l&#224;, justement, que s'est jou&#233; un rapport sp&#233;cifique au corps, par l'interm&#233;diaire duquel naissent le spectateur et ce que nous nommons le public ? C'est souvent en termes de n&#233;gation du corps que cela s'interpr&#232;te : &lt;i&gt;&#171; Le corps r&#234;v&#233;, id&#233;al est un corps absent ou mort. Le spectateur r&#234;v&#233; est un spectateur sans corps, sans bronches encombr&#233;es ni articulation ankylos&#233;e. Il doit rester immobile, fig&#233; &#187; &lt;/i&gt; puisque &lt;i&gt;&#171; le culturel cela se m&#233;rite ! &#187; &#187;&lt;/i&gt; (Agn&#232;s Lontrade). Mais c'est oublier que le corps du spectateur, et bient&#244;t de la spectatrice (plus avant dans le XVIII&#7497; si&#232;cle), joue un r&#244;le primordial dans l'exercice du spectacle. S'il est vrai que dans une salle de spectacle, le spectateur manifeste une &#171; attention rituelle &#187; vis-&#224;-vis de l'&#339;uvre et que son corps est soumis &#224; des r&#232;gles contraignantes comme ne pas bouger ou ne pas faire de bruit, nous sommes aujourd'hui loin de cette id&#233;e d'asc&#233;tisme dans le fait d'aller au spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps spectatoriel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'interview conduite par Marianne Massin (&lt;i&gt;&#192; l'&#233;preuve des disjonctions&lt;/i&gt;) avec l'artiste Anri Sala recadre la d&#233;marche globale du volume autour d'une question qui traverse la plupart des commentaires. Le regard (ou l'oreille, etc.) tendu vers une &#339;uvre d&#233;cline-t-il une exp&#233;rience ou un exercice spectaroriels ? Ce qui est ici en jeu, c'est une pens&#233;e de l'art rapport&#233;e &#224; un temps de construction qui est bien celui du corps du spectateur ou de la spectatrice. L'artiste pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Ces &#339;uvres ne sont pas l&#224; pour &#234;tre vues comme des contenus, mais plut&#244;t pour cultiver &#224; l'int&#233;rieur de chacun ce potentiel d'intervalle, ce d&#233;calage, de perte d'&#233;quilibre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, il existe bien des &#339;uvres &#224; exp&#233;riences, comme il existe des &#339;uvres &#224; usages (notamment dans les 1% scolaires, comme l'a montr&#233; Marie-Laure Viale dans sa th&#232;se, non publi&#233;e). Et existent non moins des discussions autour de l'emploi du terme &#171; exp&#233;rience &#187;, Massin en sugg&#233;rant la teneur par allusion &#224; des discussions avec la philosophe Catherine Grout et la danseuse Micheline Leli&#232;vre. Mais en g&#233;n&#233;ral, le principe m&#234;me d'une adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; chacune et chacun implique une sorte de n&#233;gociation de chaque instant entre soi et l'&#339;uvre envelopp&#233;e dans une vigilance aiguis&#233;e dans la r&#233;ception. Et de conclure que les dispositifs, notamment ceux que propose Anri Sala, permettent au spectateur d'&#233;prouver et de cultiver un rapport de syncope &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. N'est-ce pas exactement ce qui peut prendre le nom d'exercice, cette invitation &#224; se vivifier soi-m&#234;me et &#224; exercer sa vigilance sur le suspens du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En r&#233;alit&#233;, la discussion sur ce plan est plus large qu'on ne le croit. Elle engage en sous-main une critique des &#171; spectateurs &#187; de m&#233;dias de masse. Depuis longtemps, on leur reproche leur &#171; passivit&#233; &#187;, leur mani&#232;re de se livrer au formatage dans lesquels on les conduit, leur inculture par dissolution de soi dans l'image. Le photographe Olivier Culmann en a propos&#233; une version tout &#224; fait explicite dans un ancien ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22061 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_4517.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_4517-41116.jpg?1772188263' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	L'exaltation de l'id&#233;e d'exp&#233;rience relativement aux arts tend &#224; imposer une distinction entre deux types de spectateurs : les spectateurs &#224; exp&#233;rience, qui agissent et se mobilisent pour saisir l'image avec pertinence, et les spectateurs &#224; passivit&#233;, qui re&#231;oivent l'image sans prendre de distance avec elle. L'ouvrage a au moins le m&#233;rite sur ce plan de ne pas adh&#233;rer &#224; ce partage un peu rapide et formel, par trop distinctif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps du public &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste une question qui traverse aussi ce volume. Qu'en est-il du corps du public ? Ou plut&#244;t, le public fait-il corps ? Et quel corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Thomas Morisset, en fin de volume, conduit une r&#233;flexion &#224; partir de laquelle des r&#233;ponses peuvent &#234;tre &#233;labor&#233;es. En s'int&#233;ressant aux gestes et aux efforts d'autrui tels qu'ils sont appr&#233;hend&#233;s dans les &#339;uvres et les spectacles, il livre une s&#233;rie de remarques. Ainsi, insiste-t-il sur le d&#233;veloppement de la culture de sa sensibilit&#233; par chacun et chacune dans la confrontation impos&#233;e dans le spectacle entre spectateur et &#339;uvre et entre les spectateurs. Cette culture passe donc pour une des modalit&#233;s de constitution du public. Ce dernier n'est ni un bloc, ni une chose, ni imm&#233;diatement form&#233; : il r&#233;sulte des interactions activ&#233;es durant le temps de la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En somme, r&#233;fl&#233;chir &#224; cette dimension esth&#233;tique revient &#224; se demander non seulement ce que signifie faire corps, mais encore en quoi et pourquoi il est important de faire corps ou de pouvoir faire corps. Ce ne sont pas seulement les pratiques artistiques traditionnelles qui sont mises ainsi en point de mire, mais encore les arts vivants, et surtout les arts de la rue. D'autant que ces derniers sont souvent propuls&#233;s au rang de mod&#232;le d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; transposable &#224; la forme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux images pourraient porter ce d&#233;bat. La premi&#232;re se trouve en t&#234;te de cet article. Elle renvoie au travail de Ruedi et V&#233;ra Baur, dans le quartier des Loch&#232;res &#224; Sarcelles. Ce travail, portant sur un immeuble entier, ne se contente pas d'interroger la place du sensible dans les lieux et l'espace publics. Ce qu'il accomplit tout de m&#234;me. Il prolonge largement l'analyse en direction du public de l'ouvrage, d'autant que ce public, les habitantes et habitants de l'immeuble, se trouve &#234;tre au principe de la cr&#233;ation de l'installation. Se rencontrent par cons&#233;quent en ce point la diversit&#233; des sensibilit&#233;s, la diversit&#233; des personnes et des cultures, et la diversit&#233; des rapports &#224; des &#339;uvres d'art. Heureusement Ruedi et V&#233;ra Baur ne pr&#233;tendent pas pour autant proposer des recettes en mati&#232;re d'art et de public. Mais ce &#224; quoi ils ont &#339;uvr&#233; contribue fort bien &#224; sculpter un public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La seconde image appartient &#224; Henri Cartier-Bresson. Nous la livrons &#224; l'approche que le lecteur et la lectrice voudra bien se proposer. Elle est toutefois coh&#233;rente avec le d&#233;veloppement que nous venons de donner &#224; lire et &#224; critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy-57f5a.jpg?1737321628' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Powell Frith, A Private View at the Royal Academy
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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