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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Vaiere Mara, un enfant de Rurutu</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
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		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>
		<dc:subject>sculpture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saluons dans Mara, aujourd'hui homme de Raiatea, un incontestable sculpteur polyn&#233;sien moderne, un artiste dont les &#339;uvres se trouvent &#234;tre l'expression authentique d'un temp&#233;rament qui a su traduire des conceptions &#224; la fois traditionnelles et mythiques du pass&#233; tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick O Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara, sculpteur tahitien&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2248-de1c1.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saluons dans Mara, aujourd'hui homme de Raiatea, un incontestable sculpteur polyn&#233;sien moderne, un artiste dont les &#339;uvres se trouvent &#234;tre l'expression authentique d'un temp&#233;rament qui a su traduire des conceptions &#224; la fois traditionnelles et mythiques du pass&#233; tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Patrick O Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara, sculpteur tahitien&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Archipel des Australes se situe au Sud de Tahiti, il est compos&#233; de cinq &#238;les hautes principales, Tubua&#239;, Rimatara, Raivavae, Rurutu, Rapa et d'un certain nombre d'ilots d&#233;serts. Chacune des &#238;les Australes poss&#232;de sa culture et sa langue propre. Quatre des cinq &#238;les hautes sont aujourd'hui reli&#233;es au reste de la Polyn&#233;sie par un a&#233;roport, &#224; l'exception de Rapa, qui reste l'une des &#238;les les plus isol&#233;es du Pacifique, encore r&#233;gie par un conseil de sages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rurutu est une &#238;le recul&#233;e de l'archipel des Australes peupl&#233;e tardivement entre le dixi&#232;me et le treizi&#232;me si&#232;cle par des navigateurs venus des Tonga. Le 13 ao&#251;t 1769, la capitaine James Cook est en vue de l'&#238;le sans pouvoir y d&#233;barquer, en raison de la houle. Les premiers europ&#233;ens &#224; y mettre les pieds sont probablement des baleiniers. Les cons&#233;quences de ces contacts sont des affrontements et des &#233;pid&#233;mies qui ram&#232;nent la population de l'&#238;le, selon les sources, de 3000 &#224; 6000 habitants &#224; la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, &#224; entre 200 et 600 en 1820. En 1834, Moerenhout &#233;crivait : &lt;i&gt;&#171; Rurutu et Rimatara &#8230; de 1000 &#224; douze cents habitants qu'avait chacune d'elles, il leur en reste &#224; peine aujourd'hui 200 ; et, pour comble de malheur, par une singularit&#233; fatale, la maladie ayant frapp&#233; l'un des deux sexes plut&#244;t que l'autre dans les 2 &#238;les, il ne se trouve presque plus que des hommes &#224; Rurutu, tandis qu'&#224; Rimatara il n'y a gu&#232;re que des femmes qui aient &#233;chapp&#233; au fl&#233;au. &#187;&lt;/i&gt; Croyant &#224; une mal&#233;diction, une partie des survivants construisent une go&#233;lette. Ils quittent l'&#238;le et finissent par aborder &#224; Raiatea, o&#249; ils entrent en contact avec les missionnaires de la London missionary society. De retour dans leur &#238;le natale ils ont vite fait de convertir toute la population au protestantisme. Tous les marae et les anciennes sculptures sont d&#233;truits dans la foul&#233;e. Les habitations traditionnelles sont d&#233;laiss&#233;es au profit de construction en dur et blanchies &#224; la chaux, qui donnent aux villages un caract&#232;re parfaitement europ&#233;en. Les Australes deviennent de grands producteurs agricoles. En 1893, peu apr&#232;s l'entr&#233;e des Australes sous le protectorat fran&#231;ais, un recensement fait &#233;tat de 730 personnes, dont 200 &#224; Avera. En 1940, la population de l'&#238;le culmine &#224; 1200 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rurutu reste un petit royaume ind&#233;pendant jusqu'en 1900, date de l'annexion par la France. Le droit coutumier s'est appliqu&#233; &#224; Rurutu jusqu'en 1946, date du changement de statut de colonie &#224; Territoire d'Outre-Mer. La loi fran&#231;aise y est alors appliqu&#233;e et les habitants obtiennent la nationalit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fameuse sculpture du British Museum, figurant le r&#233;ceptacle d'un grand dieu polyn&#233;sien, et qui est-elle m&#234;me orn&#233;e de multiples divinit&#233;s, est sans doute originaire de Rurutu&lt;/i&gt;, note Patrick O Reilly dans l'introduction de son ouvrage &lt;i&gt;Mara sculpteur tahitien&lt;/i&gt;. Il en dit un peu plus dans le texte &lt;i&gt;&#171; De la notion de faux dans les collections d'objets oc&#233;aniens &#187;&lt;/i&gt; (Journal de la soci&#233;t&#233; des oc&#233;anistes, ann&#233;e 1970) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tr&#232;s vite, &#224; la suite de ces premi&#232;res visites, des outils de fer furent introduits qui mettaient un terme &#224; certaines techniques. Des gouges, des ciseaux, des compas, des limes apparaissent dans les &#238;les et vont faire partie de l'outillage normal du sculpteur. Suivis un jour de meules-&#233;meri et de tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets sont alors fabriqu&#233;s par les indig&#232;nes pour leur usage personnel, avec des instruments de m&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un seul exemple, la fameuse statue de Tangaroa, envoy&#233;e en Angleterre par les missionnaires de la Soci&#233;t&#233; Missionnaire de Londres et provenant de Rurutu, aux &#238;les Australes, en Polyn&#233;sie fran&#231;aise, est certainement une pi&#232;ce de basse &#233;poque. L'obsidienne n'existant pas &#224; Rurutu, il a fallu un outil en fer pour obtenir les entailles s&#233;parant les doigts de Tangaroa, ou le model&#233; anguleux de certains d&#233;tails des membres des petites divinit&#233;s qui pars&#232;ment le corps. Le r&#233;dacteur du catalogue du British Mus&#233;um ne s'y est pas tromp&#233;, qui a &#233;crit : &#171; XVIIIe ou XIXe si&#232;cle &#187;. C'est une fort belle pi&#232;ce, mais elle est incontestablement pour nous d'une &#233;poque post&#233;rieure &#224; Cook. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Guiart, qui eut l'occasion d'examiner de visu la dite sculpture se montra plus cat&#233;gorique, en relevant des traces de gouge m&#233;tallique, ce qui la lui fit attribuer aux mains d'un de ces baleiniers europ&#233;ens imaginatifs, experts dans l'art de sculpter les dents de cachalots, et qui faisaient commerce des t&#234;tes maori tatou&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre une attribution plus po&#233;tique dans les &lt;i&gt;Puta Tupuna&lt;/i&gt;, registres ancestraux familiaux r&#233;dig&#233;s &#224; Rurutu entre les ann&#233;es 1885 et 1890, et dont le contenu rel&#232;ve pour une part de mythes et de l'autres de la chronique. Le mythe d'Amaiterai est repris dans la plupart des &lt;i&gt;Puta Tupuna&lt;/i&gt;. Voici un bref r&#233;sum&#233; de la transcription qu'en dresse Alain Babadzan (journal de la soci&#233;t&#233; des oc&#233;anistes, ann&#233;e 1979) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amaiterai est le fils du &lt;i&gt;arii&lt;/i&gt; de Rurutu, Teuruarii. Celui-ci lui ordonne de quitter l'&#238;le &#224; la recherche du Dieu de sagesse. Sa qu&#234;te le conduit de Tahiti en Chine, puis en Angleterre, o&#249; il obtient le dieu de sagesse, &#224; savoir la trinit&#233; Roometuaore, Auraroiteata et Te Atuaiteroa. Amaiterai s'en retourne aux Australes en passant par la Nouvelle-Z&#233;lande et les &#238;les Cook. Il prend la succession de son p&#232;re, devient le &lt;i&gt;arii&lt;/i&gt; de Rurutu et d&#233;cide d'instituer le culte du Dieu de sagesse. Son peuple lui demande &#224; voir &#171; de ses yeux &#187; ce nouveau dieu, alors Amaiterai sculpte le fameux tiki de Rurutu aujourd'hui connu sous le nom de AA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mythe ou r&#233;alit&#233;, ce qui nous int&#233;resse dans cette histoire, c'est l'instant o&#249; appara&#238;t ce tiki singulier, qui fait transition entre deux &#226;ges, les anciens cultes et le protestantisme. Cet instant que Vaiere Mara va incarner lorsqu'&#224; son tour, il abandonnera la sculpture de tiki pour des raisons religieuses, et deviendra le premier sculpteur polyn&#233;sien moderne. Cet instant qui semble devoir revenir pour chaque artiste polyn&#233;sien, et o&#249; les meilleurs restent encore aujourd'hui coinc&#233;s, &#224; l'image d'un Teva Victor, un des rares sculpteurs polyn&#233;siens ayant l'ambition de sortir de l'artisanat, qui r&#233;alisant des visages moiti&#233; tiki moiti&#233; humains, se positionne exactement &#224; l'intersection des deux sculpteurs Mara : le sculpteur de tiki et le sculpteur moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'h&#244;tel de ville de Moerai, on peut admirer la r&#233;plique du fameux tiki A'a. Le registre de l'&#233;tat-civil de la mairie de Moerai nous apprend que Vaieretiai Mara est n&#233; &#224; Avera le 31 mars 1936 et d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Papara le 31 juillet 2005. Son p&#232;re s'appelait Teriimatau Rururahi Teriimataae MARA, n&#233; en 1909, sa m&#232;re Tiare Tapeta (1909 1940). Le couple a eu quatre autres enfants, tous des filles. Apr&#232;s de d&#233;c&#232;s de sa premi&#232;re femme, le p&#232;re de Vaiere Mara se remarie avec une jeune femme qui lui donnera six autres enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses anc&#234;tres &#233;taient charpentiers de marine de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. C'est-&#224;-dire des fabricants de pirogues qui ont mis un terme &#224; certaines techniques ancestrales suite &#224; l'introduction des outils en fer. Dans les temps anciens on pouvait plus facilement obtenir une pirogue par combustion lente du bois, qu'en utilisant des herminettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1883, des go&#233;lettes de Tahiti continuent de desservir l'archipel des Australes, mais la pr&#233;&#233;minence de celles des Australes et notamment de Rurutu est &#233;vidente. Chaque district de Rurutu arme sa propre sa go&#233;lette : Avera, Moerai et Auti, avec la &lt;i&gt;Vahine Avera&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Manureva&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;Toerau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Docteur d'&#233;tat en droit et membre de la Commission fran&#231;aise d'histoire maritime, Adrien Degage a &#233;tudi&#233; le sujet de la desserte des Australes au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Il recense 21 go&#233;lettes construites par les &#238;les Australes et pour leur usage entre 1840 et 1940. Selon lui, 10 le furent par Rurutu. (&lt;i&gt;Les go&#233;lettes &#224; voile des &#238;les australes&lt;/i&gt;, Alain Degage 1990.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH429/1_mara_v-d7170.jpg?1680375843' width='500' height='429' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaire Mara &#8212; T&#234;te d'homme au chapeau en corail fossile &#233;vid&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; Danton qui a creus&#233; le sujet donne un total d'au moins 44 go&#233;lettes, originaires des Australes sur la p&#233;riode 1840-1920. Sur ce nombre, il en comptabilise 22 pour Rurutu. &lt;i&gt;Rurutu devient l'&#238;le dominante &#224; compter de l'ann&#233;e 1858, 9 de ses 22 go&#233;lettes sont construites entre 1858 et 1869, 7 de ses 22 go&#233;lettes sont construites apr&#232;s l'ann&#233;e 1890. Cette domination ne s'arr&#234;tera pas avant 1943. Rurutu arme jusqu'&#224; 3 go&#233;lettes en m&#234;me temps, une par village. Nous ne connaissons le devenir exact que de 20 go&#233;lettes sur les 44 recens&#233;s&lt;/i&gt;. Herv&#233; Danton suppose la disparition des 24 autres en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence &#233;tait donc rude. Aucune r&#233;glementation ne venait temp&#233;rer le nombre de ces unit&#233;s qui transportaient jusqu'&#224; 50 tonnes de marchandises : coprah, animaux et autres productions agricoles. La conversion &#233;clair au christianisme de ces districts traditionnellement rivaux semble avoir fait glisser les anciens combats guerriers vers une esp&#232;ce de lutte &#233;conomique. Si chaque district avait besoin de son propre moyen de communication avec l'ext&#233;rieur, on imagine ais&#233;ment que &#231;a n'&#233;tait pas pour aller se promener. C'&#233;tait pour faire du commerce au meilleur prix, sans avoir &#224; passer par des interm&#233;diaires gourmands. Tout &#233;tait g&#233;r&#233; au mieux par de grandes familles terriennes, et les Australes jouaient d&#233;j&#224; un peu de r&#244;le de grenier &#224; grain des &#233;tablissements fran&#231;ais de l'Oc&#233;anie, favoris&#233;es par un climat plus propice au mara&#238;chage et l'implantation de nouvelles cultures comme le coton, sous l'impulsion des missionnaires. Activit&#233;s dont la population tirait de notables revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire de Terooeata dit Metuaaro (1878 1959), grand-p&#232;re de Vaiere Mara, est rest&#233;e tr&#232;s vive &#224; Avera et fait partie int&#233;grante de l'histoire des villageois. Fr&#232;re de Atora Mara (1862 1958), Metuaaro avait construit de ses mains la go&#233;lette Va'ine Avera (La dame de Avera), dont le premier voyage est signal&#233; le 18 janvier 1905 (4 sur cette ann&#233;e). &lt;i&gt;Elle effectue 4 voyages en 1906, autant en 1907, 3 en 1908, et autant en 1910 et disparut corps et biens au retour de Tahiti vers Rurutu, lors de son dernier voyage au d&#233;part de Papeete le 20 octobre 1910&lt;/i&gt;. (&lt;i&gt;La desserte des Australes de 1840 &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Herv&#233; Danton, BSEO N&#176; 307-308, Ao&#251;t/Octobre 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naufrage de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; a servit de th&#232;me &#224; un spectacle de danse traditionnelle de la troupe &lt;i&gt;Rurutu Tumu Hau no Avera&lt;/i&gt; (l'arbre de paix de Avera) ayant repr&#233;sent&#233; Rurutu au Heiva de Tahiti en 2013 (Auteur du th&#232;me Sunema Mairau). Voici le r&#233;sum&#233; du th&#232;me, qui donne le premier r&#244;le &#224; Atora Mara, la tante de Vaiere :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au large de Rurutu&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite au naufrage de va'ine Avera&lt;br class='autobr' /&gt;
Atora resta silencieuse et triste&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle pleura son bien aim&#233; et son fils disparus dans le naufrage&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cloches sonn&#232;rent &#224; sa demande&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle qui fut notre m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve le r&#233;cit des derniers jours de Atora Mara dans l'ouvrage &lt;i&gt;La terre dans l'archipel des &#238;les Australes : Etude du pluralisme juridique&lt;/i&gt;, de Tamatoa Bambridge. Ses derniers mots ont &#233;t&#233; : &lt;i&gt;Il y a des choses qui sont cach&#233;es&lt;/i&gt;. Elle avait 96 ans. En ce qui concerne la transmission des savoirs et des terres &#224; Rurutu, Tamatoa Bambrige parle d'une v&#233;ritable &#171; &#233;thique du silence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la disparition de la go&#233;lette &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; est consign&#233; de mani&#232;re assez romanesque par Taaria Walker dite Pare, Auteur de &lt;i&gt;Rurutu, m&#233;moires d'avenir d'une &#238;le australe&lt;/i&gt; publi&#233; aux &#233;ditions Haere Po en 1999 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette go&#233;lette a &#233;t&#233; construite par les Rurutu en 1910 ; elle suit la ligne Australes-Tahiti habituellement, mais elle va &#224; Huahine pour la cueillette du kapok et aussi aux &#238;les Cook pour des charters de marque. Les Rurutu projettent de construire un temple et font l'honneur &#224; la go&#233;lette Va'ine Avera d'accomplir la pr&#233;cieuse mission d'aller &#224; Tahiti choisir et ramener &#224; Rurutu tout le n&#233;cessaire pour la r&#233;alisation de la sainte maison.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un comit&#233; est &#233;lu, parmi les sages (ati arai'a), parmi les meilleurs artisans, ma&#231;ons, charpentiers, sculpteurs ; parmi les membres de l'&#201;glise les plus dignes, diacres, porte-parole, tr&#233;soriers ; parmi les princes, les chefs, les p&#234;cheurs, les guerriers, les 'arioi, tous experts et de r&#233;putation irr&#233;prochable. Toutes les disciplines de l'&#238;le sont repr&#233;sent&#233;es dans ce comit&#233;, mais aucune femme n'est admise &#224; participer &#224; ce voyage. Apr&#232;s les rites particuliers accomplis en son honneur, tout ce beau monde quitte Rurutu. [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au bout d'un an, aucune &#226;me n'appara&#238;t, Rurutu est en deuil. Les arai'a passent leur temps en pri&#232;re sur les marae dans les grottes et offrent de g&#233;n&#233;reux sacrifices &#224; leurs dieux. Les pasteurs chr&#233;tiens ordonnent des je&#251;nes r&#233;p&#233;t&#233;s et des journ&#233;es enti&#232;res de pri&#232;res dans les maisons de paroisse. Femmes et enfants se plaignent de la longue absence des ma&#238;tres du foyer. D'un commun accord, la population met en place dans chaque village un local o&#249; l'on entasse nourriture, linge, ustensiles de cuisine et tous objets susceptibles d'&#234;tre utiles aux veuves, aux orphelins et aux parents des absents. Rurutu pleure la colossale perte en vies humaines qui touche son royaume. [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour une vieille femme du nom de Inaite est poss&#233;d&#233;e par une l&#233;gion d'esprits. Elle convoque toute la population pour lui transmettre des nouvelles de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;. En transes, la femme frisonne et est secou&#233;e de convulsions, elle produit le son d'une conque et se met &#224; parler avec la voix du capitaine. Puis elle s'adresse aux parents de disparus, un a un, ils parlent &#224; travers elle avec leur propre voix. Tout le monde se met &#224; hurler et cette hyst&#233;rie dure jusqu'au premier chant du coq. Epuis&#233;e, la vieille femme s'&#233;croule, inerte. Lorsqu'on la r&#233;anime &#224; grands coups d'eau de Cologne, elle n'a aucun souvenir de la sc&#232;ne qui vient de se d&#233;rouler. Toute la population de l'&#238;le accourt et la sc&#232;ne se reproduit trois nuits de suite, jusqu'&#224; ce que chacun ait pu avoir des nouvelles de ses chers disparus. Au terme de la quatri&#232;me s&#233;ance, ne manque plus &#224; l'appel que Vaitoare Va'ine, r&#233;sidante de Moera'i. Cette derni&#232;re est une fervente chr&#233;tienne qui voit d'un mauvais &#339;il les pratiques sataniques de ses compatriotes. Elle accepte cependant d'aller &#233;couter la vieille, non pas pour entendre la voix des g&#233;nies du mal mais par compassion, afin de la d&#233;barrasser de ses ignobles locataires. On apprend alors que les disparus ont re&#231;u le ch&#226;timent d'une vague sc&#233;l&#233;rate haute comme Rurutu pour s'&#234;tre appropri&#233; ce qui restait de l'argent du temple, apr&#232;s l'achat des mat&#233;riaux de construction... Ainsi s'ach&#232;ve l'existence de la go&#233;lette &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine le coup port&#233; &#224; Metuaaro Terooatea Mara par la disparition corps et bien de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;, alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233; et p&#232;re de quatre enfants. Dans les ann&#233;es qui suivent il donne naissance &#224; trois nouveaux enfants. Un nouveau coup du sort le frappe en 1917 avec le d&#233;c&#232;s en couches de sa femme Apa Roomataaroa, qui lui laisse une derni&#232;re fille Opunui, et sept enfants &#224; nourrir. Metuaaro n'est pas homme &#224; se laisser abattre, il se remet &#224; l'ouvrage. Dans la maison familiale de Rurutu maintenant occup&#233;e par Vaihi Mara, cousin germain du sculpteur qui ne parle que la langue Rurutu, on conserve encore aujourd'hui la lame de la grande scie qui &#233;tait son principal instrument de travail, ainsi que le grand &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt; dans lequel il faisait lui-m&#234;me le pain pour la maisonn&#233;e, entre autres reliques. Et dans le jardin, derri&#232;re la maison, on montre au visiteur la tombe du charpentier-armateur, en lui louant les qualit&#233;s du patriarche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1924 la go&#233;lette &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; prend du service. On imagine qu'un chantier de cette envergure a bien d&#251; occuper Metuaaro une dizaine d'ann&#233;es, puisque d'apr&#232;s la tradition familiale il a r&#233;alis&#233; le b&#226;timent tout seul. Son fils a&#238;n&#233; Teriimatau Rururahi Teriimataae Mara, le futur p&#232;re de Vaiere est encore adolescent, trop jeune pour endosser le r&#244;le de capitaine, mais il commence &#224; naviguer. Le reste de l'&#233;quipage est probablement membre de la famille. Dans les ann&#233;es 1940 &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; sera motoris&#233;e. A quinze ans &#224; peine le jeune homme est d&#233;j&#224; mari&#233; avec Tiare, la future m&#232;re de Vaiere, mariage traditionnel permit par les lois coutumi&#232;res. Lorsque Vaiere voit le jour en 1936, le jeune couple a d&#233;j&#224; eu trois filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de Vaiere est un jeune marin toujours au large. En plus de la liaison Avera Papeete, &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; a repris les activit&#233;s d&#233;velopp&#233;es par &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt; : cueillette du kapok aux &#238;les-sous-le-vent, ce fruit du fromager dont on tire une fibre utilis&#233;e pour remplir des matelas confortables et chauds populaires en Europe, activit&#233;s de charters aux &#238;les Cook&#8230; . Les go&#233;lettes concurrentes &lt;i&gt;Tumu Hau&lt;/i&gt; et puis &lt;i&gt;Manureva&lt;/i&gt; ont fait naufrage &#224; Tupuai. Le capitaine &#233;tait alcoolis&#233; et entour&#233; de plusieurs nanas. Anetu Tehio, le seul Rurutu qui savait naviguer au sextant... &lt;i&gt;Matieura&lt;/i&gt; doit d&#233;sormais souvent se charger des marchandises des trois districts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH723/2_mara_v-19a70.jpg?1680375843' width='500' height='723' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Buste de femme en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Tiare d&#233;c&#232;de en donnant le jour &#224; Urarii, une derni&#232;re fille, le p&#232;re est au large. Elle laisse cinq enfants en bas &#226;ge, quatre filles et un gar&#231;on. Le grand-p&#232;re Metuaaro avait d&#233;j&#224; sept enfants &#224; sa charge. Les enfants sont confi&#233;s &#224; la garde de sa s&#339;ur Atora, qui avait perdu son &#233;poux et son fils dans le naufrage de &lt;i&gt;Va'ine Avera&lt;/i&gt;. On imagine que Metuaaro a jou&#233; un r&#244;le dans le fait que son fils reprenne vite une &#233;pouse qui puisse s'occuper des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rururahi se remarie avec une femme plus jeune et reprend le large, la laissant s'occuper des enfants. Et le jeune Vaiere, chouchout&#233; par ses grandes s&#339;urs, devient la b&#234;te noire de la belle-m&#232;re. Elle le prive de nourriture, et parce que c'est le seul gar&#231;on le charge des t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Elle l'envoie chercher de grandes quantit&#233;s d'eau dans la montagne et s'il lui arrive de revenir en ayant fait chavirer son chargement elle le fouette. Le gar&#231;on est battu &#224; tout propos, au moindre pr&#233;texte. La femme passe ses nerfs dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation p&#233;nible a dur&#233; jusqu'&#224; ce que le jeune gar&#231;on n'en puisse plus et s'enfuie en courant dans la tarodi&#232;re voisine, o&#249; il est tomb&#233; sur son p&#232;re qui revenait du large. Constatant que les choses n'allaient plus, celui-ci a &#233;t&#233; confier l'enfant &#224; Metuaaro, qui l'a &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt; &#224; partir de ce jour. Dans la foul&#233;e les quatre s&#339;urs de Vaiere ont &#233;t&#233; plac&#233;es chez leurs tantes Atora et Mareta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara passe ses ann&#233;es d'enfance &#224; Avera. On est en pleine seconde guerre mondiale et l'&#233;cole n'est pas obligatoire. Il n'y a que trois classes : la classe des petits, celles des moyens et celles des grands. Seul le chef de poste qui faisait office d'administrateur avait quelques informations sur le conflit. On ignorait tout, mais c'&#233;tait la belle &#233;poque pour les enfants. On se d&#233;pla&#231;ait sur Tahiti en bateau &#224; voiles. En 1947 les avions militaires am&#233;ricains bas&#233;s &#224; Bora Bora passaient au-dessus de l'&#238;le par vagues de six. Sur l'&#238;le on les appelait &lt;i&gt;les enfants des dieux&lt;/i&gt; et on faisait des signes aux pilotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux qui l'ont connu se souviennent de Vaiere comme d'un gar&#231;on un peu eff&#233;min&#233;. A l'&#226;ge de huit ans on vous donnait une b&#234;che, un coupe-coupe, une lime et un sac de jute pour ramener de la nourriture &#224; la maison. Tarodi&#232;re obligatoire, mais Mara pr&#233;f&#233;rait tresser des paniers et des chapeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore ce qui frappe lorsque l'on pose le pied sur cette terre vraiment recul&#233;e, petite &#238;le perdue dans un immense oc&#233;an, c'est ce caract&#232;re communautaire coutumier. Partout au bord de la route des fruits app&#233;tissants &#224; port&#233;e de la main, et la premi&#232;re chose que l'on vous dit c'est que vous pouvez vous servir. Tout ce qui pousse sur l'&#238;le appartient &#224; la communaut&#233;. D'ailleurs tout le monde est cousin sur cette &#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere Mara a grandi dans le monde polyn&#233;sien des anciens temps. Pas le monde polyth&#233;iste des c&#233;r&#233;monies sur les marae non, celui-l&#224; a disparu pour de bon un si&#232;cle plus t&#244;t. Enfin pas compl&#232;tement &#224; Rurutu. Si les cultes avaient laiss&#233; la place &#224; l'&#233;vangile, les anciennes lois restaient en vigueur concernant tout ce qui rel&#232;ve du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara rejoint l'&#233;cole centrale &#224; Tahiti en 1947. Il est boursier comme tous les Rurutu. A l'&#233;cole centrale on pratique le football. Ses condisciples conservent des souvenirs m&#233;morables de Mara footballeur. Au football il allait tout droit, il n'avait pas le sens de l'orientation. Il tapait fort dans le ballon mais l'envoyait n'importe o&#249;. Alors on le mettait gardien de but. Il avait un style personnel vraiment incroyable, quand le ballon venait sur lui il l'attrapait mais lorsqu'il allait &#224; droite ou &#224; gauche il restait indiff&#233;rent alors tout le monde se f&#226;chait contre lui. Au terme de deux ann&#233;es d'internat le jeune boursier obtient son certificat d'&#233;tudes et puis retourne &#224; Rurutu o&#249; tout enfant masculin est cens&#233; travailler dans la tarodi&#232;re et p&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH718/3_mara_v-9fe43.jpg?1772189613' width='500' height='718' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212;Tahitienne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A Rurutu &#224; l'&#233;poque on organisait des mariages entre famille, o&#249; les jeunes mari&#233;s n'avaient pas leur mot &#224; dire. Tout &#233;tait organis&#233; par les anciens, afin de conserver les terres dans la famille. La famille avait ainsi d&#233;cid&#233; de marier les s&#339;urs a&#238;n&#233;es de Mara, qui &#233;taient en &#226;ge, avec leurs cousins. Une avait refus&#233; et les deux autres avaient tout simplement quitt&#233; l'&#238;le pour Tahiti. L'a&#238;n&#233;e de ses s&#339;urs, Tavai Mara, &#233;tait ainsi rest&#233;e avec le propri&#233;taire du magasin Ha Tioni sur le quai &#224; Avera. Le couple avait achet&#233; un terrain &#224; Vaininiore Tahiti. C'est &#224; ce moment-l&#224; que Mara est retourn&#233; &#224; Tahiti pour aider &#224; construire la maison de sa s&#339;ur. Ses s&#339;urs lui ont expliqu&#233; que c'&#233;tait une mani&#232;re de lui faire &#233;chapper au mariage traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes d&#233;but 1956. A 17 ans la jeune Marie-Madeleine Tane rencontre Vaiere Mara &#224; bicyclette, sur la route du lyc&#233;e Gauguin. Il va avoir 20 ans et lui aussi va toujours &#224; l'&#233;cole, dans un centre o&#249; on travaille le bois &#224; c&#244;t&#233; du lyc&#233;e Gauguin &#224; Papeete. Son professeur de sculpture est aussi inspecteur de police, le marquisien Joseph Kimitete, n&#233; en 1919 &#224; Nuku Hiva, qui sera plus tard membre de l'Acad&#233;mie tahitienne, &lt;i&gt;Fare Vanaa&lt;/i&gt; de vingt membres inaugur&#233; le 2 juillet 1974 avec la mission de lutter contre l'appauvrissement et la d&#233;ch&#233;ance de la langue. Bien oubli&#233; aujourd'hui, Kimitete a beaucoup &#339;uvr&#233; pour la transmission du patrimoine marquisien. Voici la br&#232;ve notule qui lui est consacr&#233;e dans le dictionnaire de cette acad&#233;mie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce sculpteur traditionnel dont le renon s'&#233;tend &#224; tout le Pacifique, de Hawaii &#224; l'Australie, est originaire de Nuku Hiva, aux Marquises. L'acad&#233;mie a sans doute voulu honorer &#233;galement en lui l'artiste et le dialecte marquisien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kimitete exposait &#224; Paris et il d&#233;cora de nombreux grands h&#244;tels &#224; Hawaii. Il habitait Arue, non loin de chez Mara. S'il a transmis les bases techniques de la sculpture sur bois &#224; Mara, ce dernier n'a pas &#233;t&#233; r&#233;ceptif aux machines qu'utilisait le marquisien pour produire du tiki en s&#233;rie. Kimitete r&#233;alisait des tables, des portes, des tiki, de casse-t&#234;te et des &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;. S'il jouissait d'un certain renom, ce sculpteur n'a jamais cherch&#233; &#224; innover. C'&#233;tait un artisan d'art qui ne signait pas ses cr&#233;ations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere et Marie-Madeleine &#233;taient amoureux. Lorsque Mara est sorti dipl&#244;m&#233; de l'atelier de sculpture sur bois de Kimitete, le jeune couple a lou&#233; une petite maison en bord de mer &#224; Arue, avec un jardin et des arbres fruitiers. En 1956 est n&#233; un premier gar&#231;on, Michel. Mara a eu besoin de davantage d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Payer le loyer, du lait pour le b&#233;b&#233;, et surtout du Bison et de la bi&#232;re. Mara et sa jeune femme &#233;taient alors de gros fumeurs, et ils buvaient sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara aurait travaill&#233; quelques mois comme instituteur suppl&#233;ant avant d'int&#233;grer les ateliers de la SONABO, Soci&#233;t&#233; de la Nacre et du Bois des Iles de Ren&#233; Pailloux, qui le payait 2500 francs par semaine pour sculpter des tiki marquisiens et graver des nacres. Dans la journ&#233;e sa jeune concubine Madeleine allait p&#234;cher sur le r&#233;cif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 50, on trouvait &#224; Tahiti des sculptures de Mara chez Pailloux, un homme de go&#251;t, qui animait, sur le quai, un magasin de curios, install&#233; dans les boutiques en bois qui ont flamm&#233; depuis, &#224; l'emplacement du Vaima actuel. Pailloux, avec son &#226;me g&#233;n&#233;reuse d'ap&#244;tre de l'Art, avait m&#234;me attir&#233; Mara dans une sorte de phalanst&#232;re polyn&#233;sien o&#249; il avait group&#233; une &#233;quipe d'artisans, form&#233;e surtout de graveurs de nacres, auxquels il avait apprit un m&#233;tier qu'il connaissait bien et dont il exigeait, avec une lucide et pers&#233;v&#233;rante exigence, un travail de qualit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les artisans de la SONABO, de la Soci&#233;t&#233; de la Nacre et du Bois des &#238;les, travaillaient dans une modeste bicoque de parpaings, peinte &#224; la chaux, dans le quartier de Vaininiore, si j'ai bonne m&#233;moire. Mara, un temps, fut associ&#233; &#224; cette &#233;quipe. Pailloux aurait m&#234;me envoy&#233; en France une dizaine d'&#339;uvres de Mara lors d'une exposition consacr&#233;e &#224; l'artisanat dans la France d'Outre-Mer. Elles y furent remarqu&#233;es. Ce serait un probl&#232;me de savoir ce qu'elles sont devenues&#8230;&lt;/i&gt; (Patrick O'Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait &#234;tre polyvalent chez Pailloux : il fallait d'abord nettoyer les nacres, d&#233;grossir le bois, il fallait savoir graver et d&#233;couper les nacres pour les assembler en figures stylis&#233;es ornant des lampes veilleuses aux socles en bois, il fallait &#234;tre menuisier, savoir orner le bois de motifs marquisiens. Mais tr&#232;s vite le jeune Mara s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un sculpteur de tiki particuli&#232;rement inventif. Au point que son employeur exp&#233;dia une dizaine de ses cr&#233;ations en France lors d'une exposition consacr&#233;e &#224; l'artisanat dans les Outre-Mer. Ou elles auraient &#233;t&#233; remarqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t une photographie du premier employeur de Vaiere Mara, le ma&#238;tre artisan Ren&#233; Pailloux, devant son curios d'art, bois et nacre du centre Vaima de Papeete. Magasin qui a br&#251;l&#233; lors du grand incendie des ann&#233;es 60. Sur cette photo rare, on voit l'homme de la SONABO (Soci&#233;t&#233; des Nacres et des Bois des &#238;les) encadr&#233; de grands poteaux bruts sculpt&#233;s dans le style de l'&#233;poque du tout jeune sculpteur Vaiere Mara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le jeune Vaiere Mara sculpte des tikis pour Pailloux &#224; la fin des ann&#233;es 1950, les ateliers de Pailloux &#224; Vaininiore disposent d'un quasi-monopole de cette cr&#233;ation artisanale et de sa commercialisation dans les magasins de curios de Pailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaiere et Marie-Madeleine s'unissent par les liens du mariage &#224; Arue en 1960. Ann&#233;e de la naissance de leur deuxi&#232;me enfant, une fille, Jeanne. Aussit&#244;t apr&#232;s le mariage, Mara commence &#224; &#233;tudier la bible avec les t&#233;moins de J&#233;hovah. En 1961 les t&#233;moins publient pour la premi&#232;re fois leur propre version de la bible : La traduction du monde nouveau des saintes &#233;critures. L'organisation enseigne l'imminence d'Armageddon, la fin du monde. Mara a grandi dans une &#238;le loin de tout et se retrouve dans un Tahiti en pleine m&#233;tamorphose. La guerre froide entre les grandes puissances est &#224; son comble. Un autre gar&#231;on voit le jour en 1961, Maurice. Mara se fait baptiser en 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Son appartenance &#224; cette secte s'est traduite par une heureuse influence sur une production qui, devenue plus r&#233;guli&#232;re, est actuellement commercialis&#233;e &#224; Tahiti par des marchands chinois, avec tous les avantages et les inconv&#233;nients de cette mise en condition&lt;/i&gt;. (Patrick O'Reilly, &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires de Mara&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, lorsque Mara est baptis&#233; t&#233;moin de J&#233;hovah, il doit renoncer &#224; son activit&#233; d'artisan sculpteur salari&#233;, la repr&#233;sentation de divinit&#233;s marquisiennes allant &#224; l'encontre de ses croyances chr&#233;tiennes. Du m&#234;me coup il renonce aux bois pr&#233;cieux et aux nacres mis &#224; sa disposition par les ateliers Pailloux, et doit se procurer la mati&#232;re premi&#232;re pour cr&#233;er &#224; son propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Madeleine se souvient d'une crise du sculpteur, qui se grattait la t&#234;te pour trouver une solution. Il passe des heures &#224; feuilleter des magazines, regarde les visages des mannequins en sculptant dans l'air avec ses mains. Des mois durant, Mara mod&#232;le ainsi dans le vide. Six mois sans sculpter. La vieille dame rit encore en se souvenant de ce spectacle &#233;trange&#8230; C'est une p&#233;riode de crise d&#233;cisive. La forme et la mati&#232;re se heurtent, des corps surgissent du fond pa&#239;en des &#226;ges et se m&#233;tamorphosent en ic&#244;nes renaissantes, mais &#231;a n'est pas si simple, &#231;a na&#238;t dans la douleur, comme si on lui ouvrait la t&#234;te pour en sortir un magma de pens&#233;es qui doit refroidir avant de pouvoir s'organiser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#339;uvre de Mara identifi&#233;e avec certitude est une paire de bustes probablement taill&#233;s dans un m&#234;me tronc &#224; la teinte miel clair, dat&#233;s 1961 et localis&#233;s &#224; Tahiti. Le premier buste repr&#233;sente une vahin&#233; &#224; l'hibiscus qui montre les dents. Le deuxi&#232;me deux femmes et un enfant. C'est la premi&#232;re m&#232;re &#224; l'enfant connue sign&#233;e Mara. Ces sculptures sont bien lisses et ont quelque chose d'indon&#233;sien, rien de marquisien. La vahin&#233; &#224; l'hibiscus ressemble &#224; Madeleine Mara, m&#234;me forme du visage, m&#234;me regard, ce qui permet de d&#233;duire que sa jeune femme posait alors sur lui, ce dont elle n'a jamais parl&#233; de son vivant. En 1961 Mara avait 25 ans et il faisait donc d&#233;j&#224; autre chose que du tiki marquisien, il avait d&#233;j&#224; trouv&#233; son style propre et deux de ses th&#232;mes les plus souvent d&#233;clin&#233;s, la vahin&#233; &#224; l'hibiscus et la m&#232;re &#224; l'enfant. Mara a probablement commenc&#233; &#224; signer ses &#339;uvres &#224; partir du moment o&#249; il a arr&#234;t&#233; de faire du marquisien et s'est trouv&#233; contraint de se forger un style, pour des consid&#233;rations religieuses &#224; la base. On ne connait aucun tiki sign&#233; Mara. On ne signe pas un tiki.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH316/4_mara_v-d0c2d.jpg?1772189613' width='500' height='316' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; D&#233;tail d'un bas relief en bois conserv&#233; au minist&#232;re du tourisme polyn&#233;sien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1962 le sculpteur adopte une fille, Gina, reconnue Mara. Une fille toute blanche dont la maman est &#224; Raiatea, sans ressources pour l'&#233;lever. Mara a eu cinq enfants plus une fille &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt;. Deux sont morts, dont cette fille &lt;i&gt;faamu&lt;/i&gt; qui &#233;tait vraiment blanche, Gina. Le sculpteur l'avait reconnue Mara et &#233;lev&#233;e comme sa fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1962 est donc une ann&#233;e charni&#232;re. L'ann&#233;e o&#249; le sculpteur renonce d&#233;finitivement aux tiki marquisiens en se faisant baptiser, et o&#249; il reconnait cette fille toute blanche, dont il n'est pas le p&#232;re biologique. 1962, ann&#233;e charni&#232;re dans la vie de Mara, mais aussi curieusement dans l'histoire de la Polyn&#233;sie. C'est l'ann&#233;e de l'ouverture de l'a&#233;roport international de Faaa et aussi du tournage du film de la MGM les r&#233;volt&#233;s de la Bounty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le triomphe du christianisme au d&#233;but du quatri&#232;me si&#232;cle, on consid&#233;ra que la sculpture antique &#233;tait habit&#233;e par le d&#233;mon. On commen&#231;a &#224; mettre en morceaux les chefs-d'&#339;uvre. Une statue n'est pas seulement une image, elle peut &#234;tre impr&#233;gn&#233;e d'une myst&#233;rieuse magie. T&#233;moignant d'un paganisme vaincu, ces objets sont les ennemis de Rome, qui pr&#233;conise de neutraliser par le feu les mal&#233;fices contenus dans la pierre et le bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Mara se tourne vers le reste du monde. La Polyn&#233;sie vit son premier contact massif avec l'occidental, sa civilisation et son argent. L'ouverture du Centre d'Exp&#233;rimentation du Pacifique va amplifier ce ph&#233;nom&#232;ne. 1962 c'est l'ann&#233;e de la fin du Tahiti aux temps anciens. C'est l'ann&#233;e du contact, le grand choc, les champignons atomiques des essais a&#233;riens &#224; partir de 1966. Le deuxi&#232;me tir porte le nom &#233;vocateur de Tamour&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune sculpteur qui a grandi dans son &#238;le recul&#233;e des Australes, o&#249; il n'y avait pas de route de ceinture, il fallait cavaler &#224; cheval jusqu'au village voisin, le monde &#233;tait en guerre mais le savait-on, se retrouve en contact avec une soci&#233;t&#233; en pleine mutation, o&#249; l'argent va couler &#224; flots&#8230; Il a certainement eu affaire avec l'&#233;quipe de la MGM, en tournage tout pr&#232;s de son domicile de la baie de Matavai, et dont se souvient bien Chief Miko&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1962, &#224; 26 ans, Mara est le jeune p&#232;re de quatre enfants. Michel l'a&#238;n&#233; est pris en charge par ses grands-parents. Sa fille de deux ans, Jeanne, a &#233;t&#233; adopt&#233;e par un de ses fr&#232;res. Reste un fils de un an, Maurice, et ce b&#233;b&#233; qu'il a reconnu, Gina. Mara doit nourrir sa petite famille avec son art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Madeleine se fait baptiser &#224; son tour en 1964. Mateha voit le jour en 1965. On connait une sculpture sign&#233;e Vaiere Mara et dat&#233; du 26 novembre 1965. C'est d'ailleurs la seule &#224; &#234;tre sign&#233;e du nom et du pr&#233;nom de l'artiste, avant qu'il ne signe plus que de son nom suivi de l'initiale de son pr&#233;nom. Si la plupart de ses sculptures sont sign&#233;es, tr&#232;s peu sont dat&#233;es, ce qui complique les choses si l'on veut pouvoir se repr&#233;senter l'&#233;volution stylistique du sculpteur. En observant cette pi&#232;ce, on peut penser que Mara n'avait pas encore trouv&#233; son style, caract&#233;ris&#233; par le traitement des visages de type polyn&#233;sien. S'ils sont grossi&#232;rement travaill&#233;s en facettes, les visages de ce couple n'ont rien de typiquement polyn&#233;sien. Le bois est travaill&#233; en facettes, sans &#234;tre poli, ce qui donne un c&#244;t&#233; brut, et produit cette impression de force. Mara vient d'innover parce qu'il ne pouvait pas continuer &#224; faire ce que lui avait appris son ma&#238;tre Kimitete. L'interdit pos&#233; par sa nouvelle &#233;glise l'a contraint &#224; trouver quelque chose, et il avait en lui assez de finesse et de force pour trouver quelque chose de compl&#232;tement neuf. Et puis il devait nourrir sa famille. Il y a dans les bois de cette p&#233;riode une sorte de rage contenue, parce qu'en sculptant une femme, Mara se comporte en iconoclaste : en sculptant une vahin&#233; il casse un tiki. Tout le monde se souvient de Mara comme d'un homme tr&#232;s d&#233;brouillard. Un homme plein de solutions. Face &#224; un probl&#232;me, au lieu de s'arr&#234;ter de sculpter, Mara aura &#233;t&#233; d&#233;brouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t aussi quelques visages de petite dimension qui doivent dater de cette &#233;poque, et qui sont peut-&#234;tre ant&#233;rieurs au fameux couple. Ils sont simplement sign&#233;s Mara et ne sont pas dat&#233;s et ne sont pas identifiables comme polyn&#233;siens. Ce pourrait &#234;tre des pi&#232;ces africaines o&#249; am&#233;rindiennes. Si le style peut &#234;tre si diff&#233;rent d'une pi&#232;ce &#224; l'autre, c'est que Mara aura &#233;t&#233; en perp&#233;tuelle recherche. Il ne s'est pas content&#233; de trouver un style et de s'y tenir. Toujours, il cherchait des formes, ou plut&#244;t les trouvait. Tant&#244;t brutales, anguleuses, tant&#244;t bien lisses et rondes, d'autres fois tr&#232;s primitives, archa&#239;ques, d'autres fois encore fines et d&#233;taill&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1966, l'organisation des t&#233;moins de J&#233;hovah annonce une date pour Armageddon : 1975. Armageddon sera pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode de grande tribulation o&#249; tous les t&#233;moins de J&#233;hovah seront pers&#233;cut&#233;s par le monde. Le couple doit &#234;tre perturb&#233; par ces perspectives. En effet, les sculptures connues de cette p&#233;riode sont pour le moins tourment&#233;es&#8230; Mara produit de grands bois, surtout des femmes, souvent des m&#232;res &#224; l'enfant, des sc&#232;nes empreintes d'une religiosit&#233; brute, le tiki aux dents affut&#233;es et aux petits yeux est devenu une femme &#224; la chevelure fleurie et aux grands yeux inquiets tourn&#233;s vers le ciel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Mara gagne l'estime de Jean Sicurani, gouverneur de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise du 14 janvier 1965 au 4 f&#233;vrier 1969. Sicurani consid&#233;rait Mara comme un g&#233;nie et appr&#233;ciait sa compagnie au point de r&#233;guli&#232;rement envoyer son chauffeur le chercher afin de petit-d&#233;jeuner en sa compagnie. Jean Sicurani acqui&#232;re pour l'&#233;tat une grande sculpture en ronde-bosse, la L&#233;gende de Hina, qui orne toujours les appartements du Haut-Commissaire de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de cette &#339;uvre, on trouve une anecdote amusante dans le livre de Patrick O Reilly Mara sculpteur tahitien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sandy Winkler, l'animateur de la plus vieille galerie de peinture de Papeete, s'est lui aussi int&#233;ress&#233; &#224; Mara dont il appr&#233;ciait le travail. &#034;En une occasion, me dit-il, je lui commandai une grande pi&#232;ce. Et Mara de promettre de s'attaquer &#224; la l&#233;gende de Hina. Pour l'encourager et sceller cet engagement, je lui remis 10 000 francs. De temps &#224; autres, Mara revenait me voir : J'ai enfin trouv&#233; le bois, m'assurait-il, la pi&#232;ce est en chantier ! Et de me demander une nouvelle avance. Dix mille francs par-ci, vingt mille par-l&#224;, je finis par d&#233;passer les 100 000 francs sans jamais voir arriver la pi&#232;ce promise. Harcel&#233; par moi, Mara finit un jour par me d&#233;clarer : &#034;Tu peux venir, c'est fini !&#034; Tout en m'avouant : &#034;Mais tu sais, cette pi&#232;ce, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; la vendre au gouverneur Sicurani. Il m'en a donn&#233; 60 000 francs. &#034; Et voil&#224; comment la r&#233;sidence du Haut-Commissaire s'est enrichie &#224; bon compte d'une &#339;uvre ma&#238;tresse de Mara et comment Sandy Winkler a pu joindre &#224; sa patente de marchand de tableaux, l'&#233;tat, &#233;minemment plus prestigieux, encore qu'ici involontaire, de m&#233;c&#232;ne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour amusante qu'elle soit, cette anecdote est pourtant fausse. La preuve se trouve &#233;crite de la main m&#234;me de Mara, dans son exemplaire personnel du livre de Patrick O Reilly, lequel fut d'ailleurs &#233;crit et publi&#233; sans qu'il soit au courant. C'est un de ses amis qui lui avait offert pour qu'il en prenne connaissance. Dans les marges de cet ouvrage, Mara a rectifi&#233; au crayon gris les quelques passages qui lui posaient probl&#232;me. En marge du passage en question, on trouve &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jamais en contact avec Monsieur O Reilly Patrick. Sculpture vendue &#224; Winkler pour 75 000, qui lui-m&#234;me vendit au gouverneur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suisse ancien &#233;l&#232;ve de l'Ecole du Louvre, Sandy Winkler n'avait rien d'un m&#233;c&#232;ne. Il a sans doute voulu se donner bonne figure apr&#232;s du p&#232;re O Reilly en lui racontant cette histoire. On l'imagine mal y &#234;tre all&#233; de sa poche de 100 000 francs de l'&#233;poque, l'&#233;quivalent de six mois de salaire &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Sa galerie a d'ailleurs continu&#233; &#224; commercialiser la production de Mara jusqu'&#224; ce qu'il la transmette &#224; Shirley Elliot et Michel Williams en 1980, or une telle histoire, si elle &#233;tait exacte, n'aurait pas manqu&#233; de mettre un terme &#224; leur collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L495xH750/5_mara_v-31a67.jpg?1680375843' width='495' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Famille taill&#233;e en bois de fer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette &#339;uvre a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e perdue. Alors que je travaillais sur le documentaire consacr&#233; au sculpteur, j'ai fait des d&#233;marches aupr&#232;s du Haut-Commissariat de le R&#233;publique en Polyn&#233;sie fran&#231;aise qui n'ont pas abouties. Une dame m'a envoy&#233; des photos anciennes o&#249; on la voyait vernie et mont&#233;e sur des roulettes. Finalement elle est r&#233;apparue en 2021, apr&#232;s la diffusion du film &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le Haut-Commissaire l'a pr&#234;t&#233;e lors de l'exposition collective &lt;i&gt;les peuples de l'eau&lt;/i&gt;, &#224; l'universit&#233; la biblioth&#232;que universitaire de Punaauia, dans un souci de sensibilisation de la jeunesse au patrimoine culturel. Le vernis avait &#233;t&#233; nettoy&#233; et les roulettes d&#233;mont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques ann&#233;es Mara alimente les curios du centre-ville de Papeete. Ses enfants grandissent, et 1975 se rapproche. L'ann&#233;e de l'Armageddon. La fin des temps. A la fin des ann&#233;es soixante le jeune couple part s'installer &#224; Raiatea, dans la commune d'Avera, o&#249; il n'y a pas encore de congr&#233;gation de t&#233;moins de J&#233;hovah. Ils partent l&#224;-bas en tant que missionnaires, pour faire de la pr&#233;dication : de porte &#224; porte, annoncer la bonne nouvelle du Royaume. Ils partent avec le dipl&#244;me de Mara enroul&#233; dans un bambou, qui sera perdu lors d'une grosse pluie&#8230; En quelques ann&#233;es de porte &#224; porte, le couple Mara constitue le noyau dur de ce qui deviendra la congr&#233;gation de Raiatea, l'&#238;le du marae Taputapuatea, l'&#238;le sacr&#233;e au c&#339;ur de l'ancien culte maohi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Raiatea, Mara se lie avec Hugh Kelley, un am&#233;ricain qui cr&#233;&#233; les h&#244;tels &lt;i&gt;Bali Hai&lt;/i&gt;, premiers h&#244;tels polyn&#233;siens avec bungalows sur pilotis. Hugh Kelley lui commande la d&#233;coration de ses h&#244;tels. Une de ces grandes pi&#232;ces est conserv&#233;e chez le fils de Hugh Kelley &#224; Moorea. Ce bois qui repr&#233;sente une r&#233;union de treize personnages a d'ailleurs &#233;t&#233; au centre d'une curieuse histoire. Laurent Vidal, moniteur de tennis h&#233;berg&#233; chez les Kelley aurait &#233;t&#233; &#171; boucan&#233; &#187; par la sculpture accroch&#233;e dans la chambre d'amis o&#249; il s&#233;journait. Les personnages l'ont frapp&#233; d'obsession et son s&#233;jour sur l'&#238;le s'est termin&#233; &#224; l'h&#244;pital psychiatrique. Le mana de la sculpture l'a litt&#233;ralement ensorcel&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Mara se souvient de la vie &#224; Raiatea : les Mara &#233;taient les premiers de la commune &#224; avoir un t&#233;l&#233;viseur, et chaque soir tout le quartier se retrouvait chez eux pour regarder le programme&#8230; C'est tr&#232;s diff&#233;rent du Mara que s'imagine Patrick O Reilly. Mara continue de sculpter tous les jours, surtout le tau et le miro (bois de rose).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Mara ouvre une petite galerie &#224; Uturoa, &#224; la fin des ann&#233;es soixante. C'est un certain Charley Brotherson qui lui avait laiss&#233; un petit local attenant &#224; son salon de coiffure, en plein centre-ville, en face du march&#233;. Charley Brotherson &#233;tait le coiffeur de la ville &#224; l'&#233;poque. Il &#233;tait tr&#232;s li&#233; avec le sculpteur. Son fr&#232;re Philippe Brotherson le maire de la commune collectionnait &#233;galement ses &#339;uvres, et a m&#234;me organis&#233; des expositions du sculpteur &#224; l'H&#244;tel de Ville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matahi Brotherson, petit-fils de Philippe Brotherson, fr&#232;re de Charley, est aujourd'hui &#224; son tour le tavana de Uturoa (le maire). La collection de Charley a &#233;t&#233; dispers&#233;e entre ses h&#233;ritiers qui sont absents de l'&#238;le, en revanche Matahi a h&#233;rit&#233; de la collection de son p&#232;re. Douze pi&#232;ces en tout. Un grand bois a &#233;t&#233; mont&#233; en lampe par Philippe Brotherson. Premi&#232;re curiosit&#233;, un profil de chinois au chignon. La d&#233;couverte ce sont deux grands visages, plus grands que nature. Cette fois plus de facettes, les visages sont bien lisses, polis. Mara a voulu faire joli, comme avec le corail, et on peut dire que c'est r&#233;ussi. Suspendue &#224; un mur, ce que Philippe Brotherson appelait une &lt;i&gt;sainte sc&#232;ne&lt;/i&gt; de deux bons m&#232;tres. Un festin plut&#244;t. Treize femmes et enfants se r&#233;galent. La main &#224; la bouche o&#249; plong&#233;e dans des plats, voire tenant des cruches sur les lesquelles le contenu est grav&#233; : &lt;i&gt;fafaru, mitihue, uina, poe&lt;/i&gt;. Poisson ferment&#233;, vin, pate de fruit&#8230; Au centre un r&#233;gime de bananes, des &lt;i&gt;uru&lt;/i&gt; coup&#233;s en deux et un gros poisson. C'est un pur &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; tahitien. Rien de vraiment religieux. D'ailleurs au centre de la sc&#232;ne, on ne trouve pas J&#233;sus mais une opulente vahin&#233;, un hibiscus piqu&#233; &#224; l'oreille droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matahi Brotherson se souvient que dans le m&#234;me tronc qui a servi &#224; Mara pour r&#233;aliser cette sainte sc&#232;ne, le sculpteur avait r&#233;alis&#233; un autre bas-relief conserv&#233; dans les locaux de la direction administrative des &#238;les sous le vent. Une commande publique pass&#233;e par son p&#232;re. Le bois y est toujours, verni, en parfait &#233;tat de conservation. Un groupe de personnages agglutin&#233;s. Deux jumeaux adultes, l'un est accroupi et l'autre porte trois femmes sur ses jambes allong&#233;es. Une de ces femmes tient un enfant dans ses bras. On trouve une autre pi&#232;ce dans le bureau de l'administratrice, un bois brut proprement extraordinaire. Un personnage debout porte un enfant dans chaque bras. Le visage est assez travaill&#233; mais le corps massif est &#224; peine esquiss&#233;, impossible de d&#233;finir le sexe du porteur des enfants. Ce qui frappe dans cette composition, ce sont les regards tr&#232;s intenses. L'adulte l&#232;ve les yeux au ciel. Les enfants sont curieux des alentours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux th&#232;mes trait&#233;s par Mara, celui de la m&#232;re &#224; l'enfant est sans conteste le plus connu. Il l'a d&#233;clin&#233; sur tous les supports qu'il avait coutume de travailler : bois, pierre, argile et corail. Si l'on n'en a retrouv&#233; qu'une en argile et que quelques-unes en pierre, en revanche les bois sont nombreux. Aucune m&#232;re &#224; l'enfant en bois ne ressemble &#224; une autre : l'artiste se laissait vraiment guider par les n&#339;uds et les fibres naturels. Ainsi d'une grande racine, Mara tire une m&#232;re h&#233;ro&#239;que qui semble porter son enfant &#224; bout de bras, en lutte contre des &#233;l&#233;ments d&#233;chain&#233;s. D'un bois plein, il fera parfois sortir de la masse une ic&#244;ne qui berce contre son sein l'enfant endormi. Une autre fois, il se lancera dans un vrai travail d'orf&#232;vre, comme sur cette pi&#232;ce qui ne ressemble &#224; rien de connu o&#249; les figures, soud&#233;es par le haut du cr&#226;ne, sont pench&#233;es l'une vers l'autre. Le tronc sert alors de support &#224; une maternit&#233; tr&#232;s stylis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage maternel est souvent lumineux, sans vraiment sourire, mais pas toujours. Parfois l'expression est celle d'une femme dont la vie ne doit pas &#234;tre facile. Le visage reste souvent travaill&#233; en facettes, et tout est exag&#233;r&#233;. Pas de fleur &#224; l'oreille, un d&#233;nuement qui sugg&#232;re la modestie de la vie de ces femmes tahitiennes, femmes de p&#234;cheurs qui passent leur vie aux t&#226;ches quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nativit&#233; est un des th&#232;mes chr&#233;tiens qui a le plus inspir&#233; les artistes, qui s'est &#233;norm&#233;ment d&#233;velopp&#233; &#224; partir du moyen-&#226;ge, o&#249; on a commenc&#233; &#224; repr&#233;senter l'enfant J&#233;sus dans une cr&#232;che entour&#233; d'animaux, o&#249; ador&#233; par les rois mages. Les m&#232;res &#224; l'enfant de Mara ont un c&#244;t&#233; profond&#233;ment chr&#233;tien, elles se rapprochent parfois des premi&#232;res repr&#233;sentations connues de la nativit&#233;, &#224; partir du deuxi&#232;me si&#232;cle, o&#249; la vierge &#233;tait alors repr&#233;sent&#233;e allaitant son enfant. On trouvait d'ailleurs, parmi les vierges, une m&#232;re &#224; l'enfant de Mara dans le bureau de monseigneur Hubert Coppehrath, archev&#234;que &#233;m&#233;rite de Papeete depuis 2011. Ce dernier la voyait comme une vierge catholique et n'avait aucune id&#233;e qu'il s'agissait d'une &#339;uvre de Mara. Il est vrai que si l'on trouve des m&#232;res &#224; l'enfant de Mara en corail dans un grand nombre de foyers polyn&#233;siens, c'est en bois que la figure de la m&#232;re et de son enfant est d&#233;clin&#233;e avec le plus de vari&#233;t&#233; par le sculpteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977 la famille Mara d&#233;m&#233;nage sur Tahaa, l'&#238;le s&#339;ur de Raiatea. Taaha l'&#238;le vanille. Une &#238;le plus sauvage o&#249; aucune route ne fait le tour de l'&#238;le. Pour s'y d&#233;placer il faut aller &#224; cheval ou en bateau. Mara, sa femme et ses enfants y passeront quatre ans loin du monde, dans la commune de Tapuamu. Pas acc&#232;s autrement qu'en bateau&#8230; Au magasin du village, on rencontre tr&#232;s vite des gens qui se souviennent tr&#232;s bien du sculpteur. Ils nous conduisent o&#249; il habitait, &#224; l'&#233;poque un grand fare local sur pilotis tout en niau, palmes de cocotier tress&#233;es, en bord de mer derri&#232;re l'&#233;cole primaire. Aujourd'hui une maison en dur. La voisine aussi se souvient tr&#232;s bien de lui. Il vendait dans son petit atelier o&#249; il travaillait les cailloux sortis de la mer. Dans cet endroit recul&#233; les visiteurs devaient se faire rares, le sculpteur pouvait produire en toute qui&#233;tude. Un environnement id&#233;al pour un homme r&#233;tif &#224; toute exploitation m&#233;diatique ou politique de son &#339;uvre. Il avait laiss&#233; sa galerie de Uturoa entre les mains de son fils ain&#233; Michel. Et descendait r&#233;guli&#232;rement sur Papeete approvisionner les galeries et les magasins de curios d'art s'occupant de commercialiser sa production. Winkler, l'Atelier du Vaima, Christine. Ses deux filles &#233;taient adolescentes, ses deux derniers fils grandissaient. Ils allaient faire de la pr&#233;dication en pirogue autour de l'&#238;le. Il y avait d&#233;sormais une congr&#233;gation de t&#233;moins de J&#233;hovah &#224; Raiatea, Mara avait rempli sa mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, en dehors des souvenirs des r&#233;sidents de Tapuamu, plus aucune trace du s&#233;jour du sculpteur ne subsiste sur l'&#238;le vanille&#8230; C'est &#224; Tahaa que le sculpteur se mit &#224; travailler le corail &#233;chou&#233; sur le rivage. Apr&#232;s un cyclone, de gros blocs de corail morts &#233;taient sortis du lagon et se retrouvaient &#233;parpill&#233;s sur le rivage. On peut voir quelques-unes de ses premi&#232;res &#339;uvres en corail dans le livre de Patrick O Reilly, qui date de cette p&#233;riode. Le p&#232;re mariste d&#233;crit ainsi une des premi&#232;res vahin&#233;s en corail, aspect de la production de Mara qui va rapidement se d&#233;velopper jusqu'&#224; atteindre un volume quasi industriel :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/6_mara_v-c8e94.jpg?1680375843' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Groupe en racine
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'une concr&#233;tion de corail recouverte d'une fine contexture hexagonale d'un gris terne, Mara a conserv&#233; la forme g&#233;n&#233;rale et, par quelques coups de gouge dans la masse blanch&#226;tre, a d&#233;gag&#233; l'&#233;bauche d'une femme ensommeill&#233;e. Sa vahin&#233;, sorte de V&#233;nus polyn&#233;sienne accroupie, s'inscrit curieusement dans un cercle qui fait corps avec la masse du corail. Une sorte d'image du d&#233;but des temps ; une &#233;vocation du premier repos humain apr&#232;s la cr&#233;ation du monde : c'est Eve endormie. Et le corail semble dormir du m&#234;me sommeil que la femme. Dans sa frustre rusticit&#233;, une assez belle pi&#232;ce, lourde de po&#233;sie et de myst&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O Reilly nous signale aussi une pi&#232;ce o&#249; la formation corallienne a incorpor&#233;e une bouteille de bi&#232;re hollandaise, bloc &#224; la base duquel le sculpteur a taill&#233; un visage. S'il ne nous en donne pas de visuels, c'est probablement parce que O Reilly a obtenu les photographies illustrant l'ouvrage chez Sandy Winkler, au cours de ses recherches ayant suivi sa visite de l'exposition &#224; l'Atelier du Vaima, seule fois o&#249; il ait rencontr&#233; de visu le sculpteur. Quoi qu'il en soi ce d&#233;tail souligne assez la curiosit&#233; de Mara, toujours en qu&#234;te de nouvelles mati&#232;res &#224; travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick O Reilly nous laisse une photographie d'une des toutes premi&#232;res m&#232;res &#224; l'enfant en corail, accompagn&#233;e de ce court descriptif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans la &#171; M&#232;re et l'enfant &#187;, Mara, une fois encore a utilis&#233; deux rondeurs naturelles d'une concr&#233;tion corallienne. Les parties externes, salies, lui servent pour marquer les chevelures. Les visages, assez frustres, ont &#233;t&#233; trait&#233;s dans la partie interne et d&#233;cap&#233;es du corail, et sont donc clairs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Patrick O Reilly nous donne &#224; voir les tous premiers essais de Mara en corail. On voit que ce prototype est encore trait&#233; comme il avait l'habitude de travailler le bois dur, dans un style brut qui n'est pas sans rappeler les anciens tiki en corail. Ce n'est qu'avec l'habitude qui parviendra &#224; tirer ton son potentiel du corail, et &#224; obtenir ces m&#232;res &#224; l'enfant parfaitement lisses, qui font penser au pl&#226;tre ou aux biscuits occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corail tendre incarne moins des anc&#234;tres primitifs que des jeunes filles pr&#233;parant une danse nocturne. Des s&#339;urs, des filles o&#249; des cousines&#8230; Masque flamboyant, &#224; la couronne v&#233;g&#233;tale comme pourvue d'appendices cornus, cette vahin&#233; devient l'image synth&#233;tique o&#249; s'amalgament les extr&#234;mes : innocence et tradition. Extr&#234;me finesse des traits, la commissure des l&#232;vres, le dessin des yeux, les courbes du visage, surtout de ces statuettes de corail. Simplicit&#233; du costume, la poitrine souvent nue, un simple pagne autour de la taille. Ce corail blanc comme le lait o&#249; l'essence charnelle de la fille des &#238;les se clarifie. Rejoint le totem. Ce corail blanc o&#249; la chair se d&#233;pigmente, fant&#244;me des heures de conviction joyeuse, des moments de joie vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#232;res &#224; l'enfant en corail ont &#233;t&#233; le th&#232;me le plus populaire du sculpteur, mais aussi le plus uniforme. D'abord parce que c'&#233;tait le plus souvent des commandes pass&#233;es pour des naissances, des anniversaires o&#249; des mariages. Peu de marge pour improviser. Aussi parce que le corail se travaille vite, et qu'avec la maitrise de ce mat&#233;riau fragile auquel il &#233;tait parvenu, une m&#232;re &#224; l'enfant en corail ne lui demandait souvent pas plus d'une heure de travail. La m&#232;re est pench&#233;e sur l'enfant qu'elle tient sur sa poitrine, souvent elle donne le sein. Elle sourit et son oreille est fleurie d'un hibiscus, sauf si Mara pr&#233;f&#232;re laisser le corail brut en guise de chevelure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980 la famille Mara retourne &#224; Arue, Erima d'o&#249; ils ne bougeront plus. Il n'a plus boug&#233; de son logement social de Erima, o&#249; il y a encore sa plaque, que pour aller s'approvisionner en mati&#232;re premi&#232;re dans les &#238;les. De Raiatea et de Rurutu il revenait avec des caisses de racines et des blocs de corail, qu'il travaillait inlassablement&#8230; A Tahiti les commandes affluaient&#8230; On peut penser qu'il a ainsi produit plusieurs milliers d'&#339;uvres, de la petite pi&#232;ce en corail taill&#233;e en quelques minutes aux grandes plaques de bois, qui devaient tout de m&#234;me lui demander plusieurs semaines de labeur pour les plus grandes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec celui de la m&#232;re &#224; l'enfant, le th&#232;me du &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; tahitien est probablement le plus connu du sculpteur Mara. Il a commenc&#233; jeune &#224; produire ces grandes plaques de bois, qui ne figuraient pas encore des sc&#232;nes de bringue tahitienne, mais plut&#244;t des sc&#232;nes galantes. Le succ&#232;s &#233;tant au rendez-vous, sa production de tamaaraa est devenue importante &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique rencontre entre Mara et Patrick O Reilly date de mars 1978, lors de son exposition &#224; l'Atelier, galerie d'art du Centre Vaima &#224; Papeete. Mara partageait la galerie avec Henriette Robin, dont des huiles et des aquarelles &#233;taient accroch&#233;es aux murs. Ses sculptures occupaient le centre de la galerie, plac&#233;es en g&#233;n&#233;ral sur des socles trop bas qui ne permettaient pas de les regarder &#224; hauteur d'&#339;il. O Reilly pr&#233;cise que cette exposition attira un tr&#232;s grand nombre de visiteurs, touristes et curieux. La pi&#232;ce la plus importante de cette manifestation, - elle mesure plus d'un m&#232;tre de large sur 75 centim&#232;tres de haut - est une plaque de bois qui m&#233;lange le haut relief et la ronde-bosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce &lt;i&gt;Tamaaraa&lt;/i&gt; reproduit dans l'ouvrage n'a a pas &#233;t&#233; localis&#233;, la famille du sculpteur s'en souvient bien. Il &#233;tait &#224; l'origine pourvu de pieds et, recouvert d'une &#233;paisse plaque de verre, servait de table sur la terrasse de la maison familiale de Tapuamu, o&#249; les Mara r&#233;sidaient &#224; l'&#233;poque, sur l'&#238;le de Taaha. Ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; est caract&#233;ristique de cette p&#233;riode o&#249; Mara gravait le nom des diff&#233;rents ingr&#233;dients du repas sur les r&#233;cipients : &lt;i&gt;miti hue, fafaru, uina&lt;/i&gt;&#8230; Le sculpteur avait fait cadeau de cette table &#224; sa fille Jeanne. A l'&#233;poque, une fois par an la famille Mara se d&#233;pla&#231;ait dans le Pacifique, pour assister &#224; des assembl&#233;es de leur &#233;glise durant lesquelles, en sa qualit&#233; d'ancien, Vaiere Mara tenait parfois des discours devant une assistance de plusieurs milliers de fid&#232;les, venus de toute la zone Pacifique. Ces rassemblements pouvaient se d&#233;rouler &#224; Noum&#233;a en Nouvelle-Cal&#233;donie, mais aussi aux Fiji o&#249; aux Tonga. Pour financer ces s&#233;jours, qui pouvaient durer deux mois et dans lesquels toute sa famille le suivait, Mara devait vendre un grand nombre de sculptures. Tel &#233;tait le but de cette exposition &#224; l'Atelier du centre Vaima. Ne disposant pas d'un nombre suffisant de pi&#232;ces disponibles, sa fille Jeanne qui &#233;tait friande de voyage avait alors insist&#233; pour qu'il mette en vente ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;. Mara avait &#233;t&#233; r&#233;ticent mais elle avait insist&#233;, arguant le fait qu'il pourrait toujours lui refaire une autre sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on on lui passait commande d'un &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, Mara exigeait une avance importante pour faire r&#233;aliser la plaque de bois chez l'&#233;b&#233;niste. Selon la taille de la plaque et le nombre de personnages sculpt&#233;s, un &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; pouvait lui demander de quelques semaines &#224; plusieurs mois de travail. Les t&#233;moignages sont nombreux de commanditaires qui commen&#231;aient &#224; perdre patience. Mara n'&#233;tait jamais press&#233; de livrer ces grandes pi&#232;ces&#8230; Dans sa fi&#232;vre cr&#233;atrice il avait besoin de se lancer sur de nouvelles pi&#232;ces tous les jours, besoin d'improviser, de cr&#233;er, et ce n'est qu'une fois cette &#339;uvre journali&#232;re accomplie qu'il allait donner quelques coups de gouge sur les pi&#232;ces de commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour les m&#232;res &#224; l'enfant, aucun &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; n'est la copie d'un autre. Mara ne moulait pas. En g&#233;n&#233;ral le tableau repr&#233;sente une famille en train de manger ou de confectionner un repas. Tout le monde est assis en tailleur, il y a autant de tane que de &lt;i&gt;vahine&lt;/i&gt; et aussi un ou deux enfants. Les &lt;i&gt;vahine&lt;/i&gt; ont une grande fleur &#224; l'oreille, les mains plong&#233;es dans un umete o&#249; sont occup&#233;es &#224; d&#233;couper des fruits et des l&#233;gumes. Les hommes s'occupent eux d'un cochon o&#249; du produit de la p&#232;che du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune plaque n'est identique &#224; une autre. Sur celle-ci il n'y a que des femmes et des enfants, huit femmes, une fillette et un nourrisson. Tandis qu'une des femmes se coiffe les autres font la sieste, coll&#233;es les unes contre les autres. En t&#234;te de cette composition, une seule femme travaille, la main plong&#233;e dans un &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;, elle pr&#233;pare du &lt;i&gt;poe&lt;/i&gt;&#8230; Sur cette tr&#232;s grande plaque tout est en place : &#224; gauche de la composition on retrouve une femme &#224; la main plong&#233;e dans un &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt;, en train de se servir cette fois. A c&#244;t&#233; d'elle d'autres personnages mangent, entour&#233;s d'enfants et de fruits. Une femme est couronn&#233;e de fleurs et un homme porte un chapeau local en niau tress&#233;. Une m&#232;re donne le sein &#224; un grand gar&#231;on. Il y a un cochon qui ne demande qu'&#224; &#234;tre consomm&#233; &#224; leurs pieds. A l'autre bout de cette composition, profitant de ce que le tronc se divise en deux maitresses branches, le sculpteur &#224; fait tenir une danseuse debout, un chien &#224; ses pieds. Un jeune homme joue du &lt;i&gt;ukulele&lt;/i&gt;, c'est le d&#233;but de la bringue tahitienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH488/7_mara_v-f8e30.jpg?1772189613' width='500' height='488' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Le-buisson ardent
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Onze personnages sur cette autre plaque, toujours le cochon pr&#234;t &#224; &#234;tre consomm&#233;, le chapeau local, le &lt;i&gt;maa tahiti&lt;/i&gt;, mais un d&#233;tail in&#233;dit : une bouteille de bi&#232;re locale Hinano fait son apparition&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treize personnages sur ce grand &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, une variation sur le th&#232;me de la sc&#232;ne du christ command&#233;e par le maire de Uturoa Brotherson au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix. Cette fois, si jusqu'&#224; pr&#233;sent on se demandait ce qu'il y avait dans les plats et autres r&#233;cipients accumul&#233;s aux pieds des protagonistes, on a enfin la r&#233;ponse : c'est &#233;crit en toute lettre. &lt;i&gt;Fafaru, mitihue, uaina et poe&lt;/i&gt;&#8230; On remarquera aussi les &lt;i&gt;uru&lt;/i&gt; coup&#233;s en tranches, pas de cochon mais un grand poisson et l'enfant qui d&#233;vore dans le coin tout &#224; fait &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt; me fait penser &#224; cet extrait du &lt;i&gt;Bois l&#233;gendaires&lt;/i&gt; de Mara par O Reilly : &lt;i&gt;Jean Dubuffet accepterait-il d'accueillir une production de Mara dans son mus&#233;e de l'Art Brut que les difficult&#233;s de l'existence et des incompr&#233;hensions parisiennes l'ont oblig&#233; de transf&#233;rer en Suisse ?&lt;/i&gt; Mais la question ne se pose plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en qu&#234;te de nouveaux supports, Mara a fait beaucoup d'exp&#233;riences, d'essais de mati&#232;re qui n'ont pas toujours d&#233;bouch&#233;s sur des r&#233;sultats concrets&#8230; Au d&#233;but on sait qu'il n'avait pas beaucoup d'outils, quelques couteaux, des maillets taill&#233;s &#224; la main et ses genoux en guise d'&#233;taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au d&#233;but des ann&#233;es 1970 alors qu'il faisait l'exp&#233;rience d'une vie &#224; la campagne sur l'&#238;le recul&#233;e de Tahaa, au lendemain d'un cyclone qui a fait sortir du lagon de gros blocs de corail, il devait trouver un vrai filon. Une fois qu'il s'est appropri&#233; ce mat&#233;riau cassant et poreux au point d'arriver &#224; le polir jusqu'&#224; faire dispara&#238;tre les asp&#233;rit&#233;s, gommer les petites cavit&#233;s, le travail du corail lui a permis d'exprimer ce qui &#233;tait rest&#233; enfoui en lui et de donner naissance &#224; des formes nouvelles en Polyn&#233;sie. Il ne semble pas s'&#234;tre tout de suite attaqu&#233; &#224; de grandes pi&#232;ces spectaculaires comme il en produisit beaucoup plus tard, mais plut&#244;t s'&#234;tre acharn&#233;, en produisant beaucoup de petites pi&#232;ces, &#224; parvenir &#224; une maitrise absolue de cette mati&#232;re d'une grande fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande d&#233;licatesse de ces figurines plus proches des biscuits en porcelaine produits par la manufacture de S&#232;vres que de l'artisanat marquisien, il la doit peut-&#234;tre davantage &#224; la formation re&#231;ue du ma&#238;tre artisan Pailloux qu'&#224; son ma&#238;tre Kimitete. Quoi qu'il en soit ce sont certainement ses vahin&#233;s en corail qui ont ouvert les portes des notables au sculpteur Mara, davantage que sa production de bois bruts. Cette client&#232;le plut&#244;t europ&#233;enne trouvait l&#224; un &#233;cho aux garnitures de chemin&#233;es et autres objets de vertu et de vitrines qui avaient berc&#233; son enfance, et Mara produisit un grand nombre de ces objets d&#233;licats. Notaires, avocats, m&#233;decins, archev&#234;que, ministres, bijoutiers, tous en ornaient leurs cabinets et leurs int&#233;rieurs. Les figurines de Mara se vendaient comme des petits pains, dans ces ann&#233;es o&#249; le champagne et l'argent coulaient &#224; flots en Polyn&#233;sie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets de vitrines n'&#233;taient pas fabriqu&#233;s sp&#233;cialement pour l'&#233;tranger, mais plut&#244;t comparables &#224; ce que furent longtemps les miniatures peintes sur ivoire en Europe, r&#233;serv&#233;s &#224; une &#233;lite de propri&#233;taires bien install&#233;s, bien meubl&#233;s, davantage qu'aux touristes qui devaient pr&#233;f&#233;rer emporter en souvenir des &#238;les des objets moins susceptibles de souffrir du transport que ces bustes de corail cassant et encombrant&#8230; Encore ceci de comparable avec les dites miniatures que Mara se contentait souvent de tailler un buste voire un visage, concentrant tout son art dans la repr&#233;sentation des traits caract&#233;ristiques de la vahin&#233;, ou du tan&#233;. Mais si cette production rapide lui permettait de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille, il ne s'est pour autant pas laiss&#233; enfermer dans un syst&#232;me, et aura jusqu'au bout renouvel&#233; ses th&#232;me et cherch&#233; &#224; fixer la beaut&#233; sous d'autres angles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Mara n'a rien d'un animalier, les figures zoomorphes sont toutefois tr&#232;s pr&#233;sentes dans son &#339;uvre. Dans les grands &lt;i&gt;tamaaraa&lt;/i&gt;, cochons et poissons sont l&#224; pour &#234;tre consomm&#233;s, et des chiens tournent autour du repas, mais ce ne sont l&#224; que des personnages secondaires. Les cochons et les chiens deviennent les acteurs principaux dans les &#339;uvres illustrant le th&#232;me de la chasse aux cochons, mais on y reviendra ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animal le plus couramment repr&#233;sent&#233; par Mara est le dauphin, sans doute parce qu'il se vendait bien. On retrouve beaucoup de dauphins en corail sign&#233;s MARA V. Le corail est une mati&#232;re traditionnellement utilis&#233;e dans toute l'Oc&#233;anie, tomb&#233;e en d&#233;su&#233;tude. Le corail est aujourd'hui interdit comme mat&#233;riau de construction. Pour le sculpteur, il se travaillait bien. On peut d&#233;grossir &#224; la scie &#224; m&#233;taux et &#224; la r&#226;pe &#224; bois. Travailler au couteau. On peut produire beaucoup. Beaucoup plus qu'avec la pierre. On sait par ses enfants que Mara pouvait r&#233;aliser 50 sculptures en corail par semaine. Parfois les dauphins en coraux se signalent par une sorte de sceau : une tortue grav&#233;e dans le corail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo d'un dauphin en bois est conserv&#233;e dans les archives du sculpteur. On sait par ses enfants qu'il produisit une grande quantit&#233; de dauphins et de tortues de petites dimensions, grav&#233;s sur des galets. Ses enfants se chargeaient d'aller les vendre en ville, &#231;a leur faisait de l'argent de poche. Tortues, dauphins, cochons, chiens, anguilles, oiseaux : les animaux sculpt&#233;s par Mara sont toujours en mouvement. Les dauphins ne font pas exception &#224; cette r&#232;gle, le plus souvent saisis en train de sauter hors de leur &#233;l&#233;ment, o&#249; en couple, en plein jeu aquatique&#8230; Ces deux dauphins de Mara ont &#233;t&#233; incrust&#233;s de perles par la fantaisie d'un propri&#233;taire bijoutier&#8230; Cela renforce l'effet objet de vitrine mais d&#233;truit l'&#233;conomie de moyen si caract&#233;ristique de l'artiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs chiens en corail sont conserv&#233;s dans des collections priv&#233;es, que leurs propri&#233;taires nous ont laiss&#233; visiter sans toutefois nous accorder le droit de prendre des photos. En voici un, un chien &#224; l'oreille cass&#233;e qu'il a fallu acheter &#224; sa propri&#233;taire, qui ne voulait pas qu'on prenne de photo des nombreuses &#339;uvres qu'elle a achet&#233; directement aupr&#232;s de Mara. Le fait que l'oreille soit cass&#233;e nous a permis d'en faire l'acquisition &#224; un prix raisonnable&#8230; Ce chien &#224; l'oreille cass&#233; &#224; quelque chose des chiens en &lt;i&gt;pietra serana&lt;/i&gt; qui agr&#233;mentent les jardins toscans, du c&#244;t&#233; de Florence. Mara ne les connaissait pourtant pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000 Mara avait r&#233;alis&#233; une t&#234;te de lion en corail. Ce chef d'&#339;uvre a disparu apr&#232;s avoir &#233;t&#233; cass&#233;... Mais d'autres figures animales devraient bient&#244;t venir enrichir ce bestiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les nombreux bustes de vahin&#233; en corail sculpt&#233;s par Mara avec la minutie d'un miniaturiste anglais de la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne cherchent qu'&#224; exprimer l'harmonie des formes, l'unit&#233; d'une humanit&#233; pas encore s&#233;par&#233;e de quoi que ce soit, la nature o&#249; l'esprit, il en est autrement de ses &#339;uvres illustrant le th&#232;me de la famille. L&#224; s'exprime une puissance qui ne peut plus se contenir, l&#224; se lib&#232;re un concentr&#233; d'&#233;motions contenues, int&#233;rioris&#233;es depuis trop longtemps, et qui doit bien, d'une mani&#232;re ou d'une autre, prendre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bois se pr&#234;te mieux que les autres mati&#232;res travaill&#233;es par l'artiste &#224; cette op&#233;ration. Il se sert des d&#233;fauts du bois, des colorations anormales du c&#339;ur, des ger&#231;ures, des cassures, r&#233;v&#232;le la moelle, laisse apparentes des poches de r&#233;sine&#8230; Regardons cette sculpture, les trois personnages enlac&#233;s peuvent &#234;tre un couple et son enfant, mais qu'en est-il de ce quatri&#232;me au corps d&#233;construit et comme emmaillot&#233; dans on ne sait quel cocon ? Le sens reste cach&#233;. A mesure que l'on regarde, l'&#339;il suit une sorte de boucle sans fin, on a beau tourner autour, le sens possible se d&#233;robe&#8230; Mara ayant souvent d&#233;clin&#233; le m&#234;me th&#232;me sur des supports diff&#233;rents, c'est en mettant cette sculpture en regard d'autres qu'on pourra parvenir &#224; l'&#233;lucider. Voici une sc&#232;ne semblable trait&#233;e en corail : un jeune homme tient deux enfants dans ses bras, mais cette fois c'est une femme plus &#226;g&#233;e qui vient se joindre &#224; cette &#233;treinte. On n'en saura pas davantage&#8230; Sur cet autre tronc, une femme embrasse la t&#234;te d'un enfant tandis qu'&#224; c&#244;t&#233; une autre femme mange le bras d'un homme. Enfin l'englouti dans sa gorge profonde. Une grande brutalit&#233; c&#244;toie la douceur maternelle, et si l'anecdote se d&#233;robe c'est sans doute faute de ne pas conna&#238;tre la l&#233;gende o&#249; le r&#234;ve qui inspira cette &#339;uvre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH516/8_mara_v-d21a5.jpg?1680375843' width='500' height='516' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Te pu fenua en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait O Reilly les productions de Mara sont souvent lourdes de myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On terminera cet aper&#231;u du th&#232;me de la famille en revenant &#224; cette pi&#232;ce conserv&#233;e &#224; la subdivision administrative des &#238;les sous le vent et qui date du tout d&#233;but des ann&#233;es 1970. La belle vahin&#233; est pench&#233;e vers une chose qui ne nous est pas montr&#233;e, les yeux riv&#233;s au loin, un enfant accroch&#233; &#224; ses flancs. Deux autres jeunes femmes sont coll&#233;es &#224; elle, tandis que deux hommes, souriants, regardent ailleurs, droit devant eux, les bras crois&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la notule qui lui est consacr&#233;e dans le dictionnaire de l'acad&#233;mie tahitienne cite le danseur comme une des &#339;uvres principales de Mara, c'est parce les membres de ladite acad&#233;mie ne connaissaient le sculpteur que par le livre de Patrick O Reilly, et qu'un danseur en bois occupe une bonne place dans cet ouvrage, o&#249; il est ainsi d&#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a beaucoup de virtuosit&#233; et tout autant de facilit&#233; inn&#233;e dans le danseur. Mara a tir&#233; un parti &#233;tonnant de cette branche fourchue. Comme il lui &#233;tait impossible de trouver dans son bois la mati&#232;re pour deux bras, il en a relev&#233; un, le droit, en le pla&#231;ant, le coude cass&#233;, au-dessus de la t&#234;te, dans le prolongement du corps. Et le tour est jou&#233;. Un more, une ceinture de danse en fibre de bourau, plac&#233;e de travers sur un d&#233;hanchement, et voil&#224; le mouvement donn&#233; &#224; l'ensemble. Mara n'a m&#234;me pas pris la peine de d&#233;grossir les jambes et le bras droit. Elles sont rest&#233;es quasiment brutes, mais tout est parfaitement &#224; sa place. L'&#233;bauche, derri&#232;re le danseur, d'un portique dont la verticale statique fait valoir la mobilit&#233; et le dynamisme du sujet principal, ajoutent encore un charme suppl&#233;mentaire &#224; cette savante composition.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux r&#233;sumer cette &#339;uvre dont la localisation nous est aujourd'hui inconnue. Heureusement le th&#232;me du danseur et de la danse a &#233;t&#233; d&#233;clin&#233; par le sculpteur sur des nombreuses pi&#232;ces toutes tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres, et dont certaines parmi celles qui nous sont parvenues sont d'un tr&#232;s grand int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara appartient &#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dent ce qu'il est convenu d'appeler le renouveau culturel polyn&#233;sien. Aucun de ses contemporains n'&#233;tait tatou&#233;, et il n'a jamais repr&#233;sent&#233; de personnage tatou&#233;, ce qui aurait d'ailleurs &#233;t&#233; &#224; l'encontre de ses convictions religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse tahitienne n'avait pas compl&#232;tement disparu, mais on l'appelait alors tamour&#233; et elle &#233;tait cantonn&#233;e aux bo&#238;tes &#224; marins et filles l&#233;g&#232;res. Mara appr&#233;ciait pourtant la danse tahitienne. Il &#233;tait contemporain de Madeleine Moua, chef de la troupe Heiva qui a redonn&#233; ses lettres de noblesse &#224; la danse tahitienne apr&#232;s avoir d&#233;couvert les danses folkloriques en Bretagne et en Auvergne. Une fois par mois, il emmenait tous ses enfants d&#238;ner au Radisson de Arue, devant le spectacle de la troupe Heiva de Madeleine Moua, o&#249; la meilleure danseuse dansait seins nus pour les touristes. C'&#233;tait un de ses grands plaisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc naturellement repr&#233;sent&#233; un certain nombre de sc&#232;nes de danse tahitienne, principalement int&#233;gr&#233;es dans de grandes compositions, comme sur cette plaque remarquable qui repr&#233;sente un &lt;i&gt;tiurai&lt;/i&gt;, anc&#234;tre de l'actuel &lt;i&gt;Heiva&lt;/i&gt;. Probablement une commande du gouvernement de la Polyn&#233;sie fran&#231;aise, puisqu'elle orne aujourd'hui les murs d'un minist&#232;re. Une sc&#232;ne de danse endiabl&#233;e, trait&#233;e dans sa mani&#232;re brute, les coups de ciseaux sont visibles. L'orchestre aussi est repr&#233;sent&#233;, deux musiciens qui tapent sur leurs grands &lt;i&gt;pahu&lt;/i&gt;, un troisi&#232;me qui joue du &lt;i&gt;to'ere&lt;/i&gt;. D&#233;tail curieux, dans les gradins, au premier rang, un des spectateurs tient sur ses genoux un gros poste de radio, anc&#234;tre des actuels &lt;i&gt;boomblaster&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mettre en regard de cet autre bois figurant un couple de danseurs, les jambes de la femme prises en ciseau entre les cuisses de son partenaire. C'est la m&#234;me sc&#232;ne qui figure sur la grande plaque, mais plus travaill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connait trois autres danseuses sculpt&#233;es par Mara, deux grands bois o&#249; la vahin&#233; a de tr&#232;s longs cheveux et un hibiscus &#224; l'oreille. Et enfin cette grande pi&#232;ce en corail, qui orne le cabinet d'un m&#233;decin de Punaauia. D'une hauteur de 62 centim&#232;tres, elle porte une ceinture de tiare &#224; la taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands sculpteurs occidentaux ont travaill&#233; en entrepreneurs, souvent assist&#233;s d'un grand nombre d'&#233;l&#232;ves et de techniciens. Mara est rest&#233; un cr&#233;ateur solitaire, qui travaillait principalement pour l'agr&#233;ment d'une client&#232;le ais&#233;e, d'un petit cercle d'amateurs, essentiellement en taille directe. Pourtant lorsqu'il se mit &#224; travailler pour les bijouteries au d&#233;but des ann&#233;es mille neuf cent quatre-vingt, la demande est devenue &#233;norme, et sa production presque industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, ce serait le bijoutier Michel Fouchard qui le premier se serait servi d'une sculpture en corail de Mara comme d'un pr&#233;sentoir pour ses colliers de perles noires de Tahiti. C'est vrai que le blanc du corail fait merveilleusement ressortir la perle noire et ses nuances de nacre. Fouchard a pass&#233; commande d'un grand nombre de sculptures de petites tailles pour valoriser ses bijoux, mais aussi de plus grandes pi&#232;ces, et a vite &#233;t&#233; suivi par l'ensemble des bijoutiers de Tahiti, pour ne pas dire de Polyn&#233;sie. Comme le corail est rugueux, Mara devait polir ses &#339;uvres pour qu'elles ne rayent pas les colliers de perle, ce dont il ne c'&#233;tait pas souci&#233; sur ses premi&#232;res r&#233;alisations avec ce m&#233;dium. Et il arrivait &#224; rendre le corail lisse comme du verre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jolies pi&#232;ces en corail, tr&#232;s repr&#233;sentatives de ce que Vaiere Mara produisait pour les bijouteries de Robert Wan, Michel Fouchard, Sibani, Phil Robin et autres, dans les ann&#233;es 80. Il pouvait aussi produire des pi&#232;ces plus synth&#233;tiques voire ac&#233;phales servant de pr&#233;sentoirs &#224; colliers, voire des blocs de corail poli pour mettre en valeur les plus belles perles noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production de Mara pour les bijoutiers aura &#233;t&#233; consid&#233;rable. Durant plus de deux d&#233;cennies il a r&#233;alis&#233; l'essentiel des bustes et pr&#233;sentoirs destin&#233;s &#224; mettre en valeur la perle noire de Tahiti. Pour une foire en Suisse Robert Wan lui passa ainsi commande d'une trentaine de bustes en corail. D&#233;but 2020, plus de quinze ans apr&#232;s la disparition du sculpteur, on trouve encore ces pi&#232;ces en corail dans une dizaine de bijouteries en Polyn&#233;sie, entre Papeete, Punaauia, Moorea, Raiatea et Bora Bora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Mara pour les marchands de perles ne se sera pas born&#233; au corail puisque sa seule sculpture longtemps visible en Polyn&#233;sie, expos&#233;e en vitrine d'une bijouterie du centre Vaima, est une grande racine en bois brut figurant une d&#233;esse de la mer. Les nombreuses excroissances de cette chim&#232;re permettaient d'y installer quantit&#233; de colliers de perles et de bijoux. Elle a aujourd'hui rejoint une collection priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que le sculpteur signait V MARA la moindre pi&#232;ce, m&#234;me lorsqu'il s'agissait d'un simple bloc de corail poli pour ne pas rayer les perles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara allait chercher les mati&#232;res dont il avait besoin dans la nature, souvent en bord de mer. Il &#233;tudiait ses trouvailles avant de s'en emparer. Si branches et troncs peuvent avoir des formes harmonieuses ou singuli&#232;res, des surfaces lisses o&#249; rugueuses o&#249; les n&#339;uds et les bourgeons affleurent, sugg&#233;rant des mouvements furieux comme un &#233;quilibre plastique, si les combinaisons de courbes sont infinies, tordues et enchev&#234;tr&#233;es, les racines donnent souvent &#224; voir des organismes plus complexes. La partie &#233;merg&#233;e d'un arbre n'est souvent pas la plus importante. Chaque esp&#232;ce d'arbre &#224; son esp&#232;ce de racines. Pivotantes, lat&#233;rales, ramifi&#233;es, prolif&#233;rantes, aux fourchaisons spontan&#233;es, &#233;pousant les pierres l'architecture racinaire d&#233;pend de la texture du sol, de la pente du terrain, de la force des vents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines &#233;taient privil&#233;gi&#233;es pour fabriquer certaines pi&#232;ces de charpenterie navale. Elev&#233; par Metua Aro le constructeur de go&#233;lettes, le jeune Mara a d&#251; &#234;tre familiaris&#233; aux propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res des racines d'arbres et au dessouchage d&#232;s son enfance,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19259 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L407xH750/9_mara_v-c99b7.jpg?1680375843' width='407' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Vahin&#233; &#224; l'hibiscus en corail fossile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De cette petite racine de &lt;i&gt;miki miki&lt;/i&gt;, en quelques coups de canifs Mara a fait sortir une geisha aux cheveux retenus en un gros chignon. Seuls le visage, le torse et les bras sont sculpt&#233;s. Le reste du corps &#233;pouse les formes naturelles du bois. Mara pouvait aller plus loin dans le minimalisme. Ainsi avec cette grande racine, longue de plus d'un m&#232;tre, dans laquelle il s'est content&#233; de tailler quatre visages. Le r&#233;sultat obtenu est saisissant de modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans la m&#234;me veine, ce tronc de &lt;i&gt;noni&lt;/i&gt;. Un simple visage et Mara donne &#224; voir une cr&#233;ature hybride, un esprit de la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me proc&#233;d&#233; sur un tronc haut de plus d'un m&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin encore une grande racine de &lt;i&gt;miki miki&lt;/i&gt;, cette fois il faut tourner autour pour d&#233;couvrir trois visages, voir apparaitre des corps contorsionn&#233;s, crucifi&#233;s, en gestation, comme les art&#232;res, les veines et les capillaires d'un circuit circulatoire r&#233;v&#233;l&#233; par une fluoroscopie v&#233;g&#233;tale. Une image dynamique non plus de ce qui est &#224; l'int&#233;rieur, mais de ce qui &#233;tait en dessous, &#224; la recherche de nourriture. Du temps solidifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux tahitiens ont coutume de dire que la beaut&#233; de la femme, c'est ses cheveux. La femme des &#238;les soigne sa chevelure, cette chevelure chant&#233;e par Baudelaire. Enduite de mono&#239;, coiff&#233;e. Epaisse et longue, souvent retenue au-dessus de la t&#234;te en un chignon serr&#233;, elle n'en aura que plus de volume une fois le chignon d&#233;nou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la chevelure revient souvent chez Mara, d'abord dans ces petites pi&#232;ces en corail o&#249; la femme se coiffe. Les cheveux sont alors travaill&#233;s &#224; longs coup de ciseau &#224; bois, qui strient le corail. C'est ainsi qu'il repr&#233;sentait g&#233;n&#233;ralement les cheveux, simplement &#224; coups de gouge pour les bois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite viennent ces pi&#232;ces o&#249; le corail brut est conserv&#233; pour figurer la chevelure, ces bouclettes, comme Mara les appelait. Le corail donne &#224; ses vahin&#233;s des airs de dames de qualit&#233; versaillaises du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, comme observait judicieusement Patrick O Reilly : &lt;i&gt;Une silhouette fine aux traits d&#233;licats surmont&#233;s d'une perruque boucl&#233;e. Ce visage est-il celui d'une femme de la Belle Epoque ou le profil de la Pompadour ? Nous h&#233;sitons. Mara, lui ; n'h&#233;site pas et intitule &#171; bouclette &#187;. C'est lui qui a raison. Ici c'est le cheveu qui compte. Nous sommes plus pr&#232;s d'une figure destin&#233;e &#224; la vitrine d'un coiffeur pour dames que d'une pi&#232;ce de mus&#233;e. Mara ignore les habitudes f&#233;minines de l'Occident ; il n'a bien s&#251;r, jamais rencontr&#233; une &#171; femme en bigoudis &#187;. Sinon cette l&#233;gende se serait impos&#233;e &#224; lui.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pi&#232;ces exceptionnelles retrouv&#233;es, cette pi&#232;ce unique. Le corail brut est conserv&#233; pour figurer la chevelure ch&#226;tain clair de cette t&#234;te. Cette petite pi&#232;ce haute d'une quinzaine de centim&#232;tres est sign&#233;e MARA V et est en parfait &#233;tat de conservation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois comme c'est le cas avec cette sculpture en corail, la chevelure devient totalement extravagante, surr&#233;aliste m&#234;me, cette femme coiff&#233;e d'ailerons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara faisait de m&#234;me avec le bois, ici on voit une vahin&#233; dans une pose &#233;trange, les cheveux retenus en une natte qui lui tombe jusqu'aux pieds. Il n'h&#233;sitait pas &#224; utiliser admirablement les d&#233;fauts du bois, les n&#339;uds, les boursoufflures, pour en tirer ce qui lui venait &#224; l'esprit, comme sur cette autre pi&#232;ce, un bois flott&#233; o&#249; seul le visage est sculpt&#233;, le chignon &#233;tant une forme naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Mara est all&#233; encore plus loin : en sculptant un visage sur ce tronc, il fait de l'arbre entier une chevelure flottante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants de Rurutu, l'&#238;le natale de Mara, sont connus pour leur artisanat, et particuli&#232;rement leur dext&#233;rit&#233; &#224; tresser des chapeaux en pandanus. Des chapeaux solides mais aussi d'une grande d&#233;licatesse d'ex&#233;cution. Pour la messe du dimanche aux Australes, les femmes arborent des chapeaux d'une complexit&#233; incroyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'enfant, Mara pr&#233;f&#233;rait tresser des chapeaux au travail dans la tarodi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve parfois de ces chapeaux des Australes sur ces bustes en corail. Mais plus g&#233;n&#233;ralement, la diversit&#233; des coiffes de ses personnages sculpt&#233;s en ferait presque un th&#232;me &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r le classique chapeau de paille qui revient souvent, la couronne de fleurs, mais aussi d'&#233;tranges bonnets, parfois de vraies tiares hautes d'un m&#232;tre lorsqu'il se met &#224; repr&#233;senter les pr&#234;tres des anciens temps. Toute la fantaisie de Mara se retrouve dans cette panoplie de couvre-chefs. Mais &#231;a peut aller beaucoup plus loin que de la simple fantaisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme au chapeau de paille en corail en est l'illustration : Mara est all&#233; travailler le corail jusqu'&#224; l'&#233;vider. Dans sa partie la plus fine cette sculpture n'est &#233;paisse que de quelques millim&#232;tres. Une merveille de d&#233;licatesse qui se briserait en miettes au moindre choc, et un miracle qu'elle nous soit parvenue intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme au chapeau est aussi sans doute un hommage du sculpteur &#224; son &#238;le. Il a voulu rendre compte d'un savoir-faire artisanal exceptionnel en r&#233;alisant cette pi&#232;ce tout aussi spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapeau vient de la couronne, et de la couronne de fleurs pour les chapeaux f&#233;minins. En Europe les chapeaux de plus en plus compliqu&#233;s ne sont venus se substituer aux couronnes de fleurs qu'au dix-huiti&#232;me si&#232;cle. En Polyn&#233;sie o&#249; le soleil tape fort toute l'ann&#233;e, les chapeaux europ&#233;ens ont d&#251; conna&#238;tre un succ&#232;s consid&#233;rable jusqu'&#224; ce que les casquettes ne s'imposent et ne les rel&#232;guent &#224; la messe du dimanche, ou elles seraient mal vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant Mara nous appara&#238;t tortur&#233; lorsqu'il illustre le th&#232;me de la famille, autant il semble devenir simple, calme et bienheureux lorsqu'il se met &#224; repr&#233;senter le couple. Il y d'abord cette &#339;uvre de jeunesse, ce bois travaill&#233; en facettes sign&#233; Vaiere Mara. Le couple est enlac&#233;, la femme l&#232;ve des au ciel des yeux grands ouverts. L'homme est souriant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite cette autre &#339;uvre de jeunesse, monumentale celle-l&#224;, pr&#232;s de trois m&#232;tres. Un bas-relief figurant six couples, ou plut&#244;t six fois le m&#234;me couple d'amoureux, qui est une sorte d'autoportrait. Le th&#232;me des amoureux enlac&#233;s est d&#233;clin&#233; de nombreuses fois, souvent des troncs entiers o&#249; les formes du bois deviennent des corps amoureux, parfois coiff&#233;s d'&#233;tranges chapeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara nous livre quelques pi&#232;ces en corail d'une facture assez classique sur ce th&#232;me, qu'un &#339;il non avertit prendrait facilement pour des pl&#226;tres acad&#233;miques europ&#233;ens. Ces pi&#232;ces en corail ont m&#234;me un c&#244;t&#233; m&#233;di&#233;val, elles sont pourtant contemporaines du rhinoc&#233;ros habill&#233; en dentelles de Salvador Dali&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ces profils d'amoureux qui se regardent l'un l'autre. Difficile de faire plus simple. Mara n'&#233;tait pas un homme compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une variante int&#233;ressante, les amoureux qui regardent ensemble dans la m&#234;me direction, en profils perdus, ont &#233;t&#233;s d&#233;clin&#233;s en bois et en corail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH434/10_mara_v-e68f0.jpg?1680375843' width='500' height='434' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaoere Mara &#8212; M&#232;re &#224; l'enfant en corai
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce magnifique escalier sculpt&#233; par Mara chez B&#233;linda Hart, l'ancienne directrice du mus&#233;e Gauguin. Un couple de deux femmes &#233;troitement enlac&#233;es, couronn&#233;es de hautes coiffes piqu&#233;es de fleurs. L'attitude est proche de celles des nombreuses m&#232;res &#224; l'enfant que Mara produisait en s&#233;rie, cadeaux pour les naissances, mais les deux personnages sont adultes. On pense &#224; des s&#339;urs&#8230; Encore une &#339;uvre myst&#233;rieuse o&#249; le sculpteur s'est content&#233; de suivre la forme du tronc, et de r&#233;v&#233;ler ce qu'il cachait&#8230; Deux dryades en l'occurrence. Les dryades, figures divines pr&#233;sidant au culte des arbres et de la for&#234;t, sont g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme des cr&#233;atures tr&#232;s timides qui se montrent rarement. Ces deux divinit&#233;s foresti&#232;res, tout droit sorties des M&#233;tamorphoses d'Ovide, pourraient aussi bien &#234;tre des Mokorea de la mythologie polyn&#233;sienne. Fortes et robustes mais aussi douces et bienveillantes, les dryades appartiennent &#224; la famille des dames blanches. Les mokorea seraient plut&#244;t membres de celle des dames rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On terminera avec cette petite sculpture en bois dur o&#249; les visages des amoureux &#233;mergent d'une sorte de corps en fusion symbolisant l'union charnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mi-chemin entre le village de Avera dont est natif Vaiere Mara et le chef-lieu Moerai, sur la route on tombe sur des masses rocailleuses qui &#233;voquent le travail du sculpteur. A Avera les anciens se souviennent tr&#232;s bien de Mara. Antonio Lacour habitait en face de la maison familiale des Mara. C'&#233;tait un cousin &#224; sa m&#232;re. Il d&#233;voile ses souvenirs et fait souvent voir une statuette en bois dont Mara lui a fait cadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mamie Repeta habite non loin de chez Antonio. C'est la doyenne du quartier et elle a grandi avec Mara. Elle se souvient bien du petit Vaiere Mara, particuli&#232;rement d'une sayn&#232;te de th&#233;&#226;tre qu'ils avaient mont&#233; &#224; l'&#233;cole d'apr&#232;s le loup et l'agneau, &#224; l'occasion de la venue du gouverneur. Mara incarnait l'agneau, et son interpr&#233;tation avait particuli&#232;rement amus&#233; l'assistance. Elle avait des sculptures qui ont disparu lors de son d&#233;m&#233;nagement. Elle se souvient qu'&#224; la fin de ses jours, le sculpteur voulait revenir terminer sa vie &#224; Rurutu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore de la famille Mara &#224; Rurutu. Le cousin germain du sculpteur sculpte aussi, Veihi Mara. Un de ses fils aussi est sculpteur, Jean-Marie Mara. Un muet install&#233; &#224; Tahiti &#224; la presqu'&#238;le. C'est ici qu'est conserv&#233; le &lt;i&gt;umete&lt;/i&gt; qui servait &#224; Metuaaro pour p&#233;trir le pain. Ainsi que la grande scie qui lui servit &#224; la construction des go&#233;lettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chor&#233;graphe Olivier Lenoir, de passage dans sa famille, se souvient tr&#232;s bien de son oncle Vaiere Mara. Mara a deux s&#339;urs encore en vie, Tavai et Taurua Vahine. Elles sont sur Tahiti en ce moment. Elles sont encore saines d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian David est aujourd'hui le seul sculpteur de l'&#238;le. Il est n&#233; &#224; Tubua&#239; mais a grandi &#224; Rurutu. Il travaille surtout sur commande et ne cherche pas &#224; exposer ailleurs qu'&#224; Rurutu. Il a beaucoup entendu parler de Mara et sa maman avait une sculpture en corail, un visage de femme qui l'a influenc&#233;. C'est cette sculpture qui lui a donn&#233; envie de travailler le corail. Il a commenc&#233; par en faire des copies avant de trouver son propre style. Il a vu une autre pi&#232;ce en corail de Mara dans une pension en ville. Une m&#232;re &#224; l'enfant. C'est le p&#232;re du propri&#233;taire qui en avait fait cadeau &#224; sa femme aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e. Leur fils Louis Amuta est un vieil homme qui vit aujourd'hui &#224; Raiatea. Il a &#233;t&#233; condisciple de Mara &#224; Papeete. Il &#233;clate encore de rire tout seul lorsqu'il se souvient de Mara gardien de but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alphonse le beau-fr&#232;re de David Christian, a lui aussi bien connu Mara &#224; Tahiti. Il se souvient l'avoir accompagn&#233; dans la grotte de Peva chercher des blocs de stalactiques cass&#233;s dont Mara avait fait des sculptures apr&#232;s les avoir ramen&#233;s &#224; Tahiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mara revenait parfois &#224; Rurutu pour se fournir en bois. Il en remplissait des caisses qu'il exp&#233;diait sur Tahiti en bateau. Il pouvait aller ramasser des souches de &lt;i&gt;aito&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;miro&lt;/i&gt; qu'il chargeait dans des sacs en toile de jute sur des chevaux. Parfois, ils allaient chercher du bois en pirogue, dans les endroits inaccessibles &#224; cheval, au pied des falaises de l'&#238;le. Alphonse avait un film d'une de ces exp&#233;ditions film&#233; par un photographe de l'&#233;poque, qu'il a &#233;gar&#233; depuis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end, on fait encore le four tahitien &#224; Rurutu. On pr&#233;pare encore le &lt;i&gt;poi&lt;/i&gt;, la p&#226;te de &lt;i&gt;taro&lt;/i&gt;, &#224; l'aide d'un pilon en corail. Mara s'est certainement souvenu de ces pilons apr&#232;s le passage du cyclone sur Tahaa, lorsqu'il se mit &#224; travailler le corail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande s&#339;ur de Vaiere, Ouauuraivaiotaa Mara aujourd'hui &#226;g&#233;e de 89 ans vit chez elle &#224; Papara. Comme Veia, elle ne parle pas fran&#231;ais. Sa ni&#232;ce Naumi poss&#232;de &#233;norm&#233;ment de photos de la famille. En cherchant dans ses albums elle retrouve plusieurs photos de Vaiere ainsi que sa g&#233;n&#233;alogie, des photos du p&#232;re de Vaiere et m&#234;me une photo de son grand-p&#232;re, le fameux Metua Aro. Metua Aro avait trois fr&#232;res et deux s&#339;urs cheffesses de districts. Atora Mara avait beaucoup d'autorit&#233; sur lui. D'apr&#232;s la tradition familiale Metua Aro et ses fr&#232;res avaient des surnoms car ils avaient organis&#233; le meurtre d'un des derniers rois de l'&#238;le et de tous ses gardes. On parle encore de lui comme de l'instigateur de la guerre &#224; Avera. Je n'ai trouv&#233; mention de cette histoire dans aucun livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien avec la grande s&#339;ur de Vaiere aura confirm&#233; ce qu'on savait d&#233;j&#224; de son enfance. Sa m&#232;re est morte alors qu'il avait deux ans et son p&#232;re s'est ensuite remari&#233;. La s&#339;ur de Vaiere se souvient &#233;galement de leur belle-m&#232;re comme d'une femme tr&#232;s m&#233;chante, qui les d&#233;testait &#224; tel point que les huit enfants se sont retrouv&#233;s &#233;parpill&#233;s&#8230; D'apr&#232;s la s&#339;ur de Vaiere Mara leur arri&#232;re arri&#232;re grand-m&#232;re venait de Rarotua Aitutaki. A l'&#233;poque la coutume voulait que lorsqu'un roi arrive dans un pays le roi du pays lui offre sa fille. C'est ainsi que l'anc&#234;tre des Mara est revenu de Aitutaki avec la fille du roi. C'&#233;tait un des enfants du dernier roi de Raiatea Tamatoa 6 dont la m&#232;re a r&#233;gn&#233; &#224; Huahine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait toute l'influence qu'ont eu les sculptures et les tapas polyn&#233;siens sur la formation du cubisme et les recherches des surr&#233;alistes. A l'&#233;poque dans les ann&#233;es 1920 on parlait beaucoup d'aventure esth&#233;tique. Avec le recul cette aventure peut sembler n'avoir &#233;t&#233; beaucoup que l'oubli d'une tradition occidentale au b&#233;n&#233;fice d'une sorte de pillage des traditions plastiques extra europ&#233;ennes. On ne parlait pas encore d'appropriation culturelle. On mettait au-dessus de tout l'originalit&#233; et le d&#233;ni des principes ent&#233;rin&#233;s. Le conformisme &#233;tait devenu l'ennemi de l'exp&#233;rience individuelle du cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cubisme est n&#233; avec C&#233;zanne et ses disciples qui ont &#233;t&#233;s se ressourcer chez les primitifs italiens avant d'en arriver &#224; se tourner vers les peuplades qu'on qualifiait alors de primitives, c'est-&#224;-dire l'Afrique et l'Oc&#233;anie. Le f&#233;tiche sauvage contenait tout ce que la vie civilis&#233;e avait perdu de suprasensible. Entre le cubisme et le surr&#233;alisme il y a eu le dada&#239;sme, dont le principe se r&#233;sumait &#224; la n&#233;gation de tous les syst&#232;mes et la destruction de toutes les valeurs admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Polyn&#233;sie, s'il y a une hi&#233;rarchie des disciplines artistiques, la danse se classe en haut en termes de popularit&#233;, c'est une pratique quotidienne pour une partie importante de la population. En deuxi&#232;me place par le nombre, les artisans sculpteurs, 5200 cartes de sculpteurs inscrits au service de l'artisanat traditionnel. Il y a pourtant un probl&#232;me de m&#233;moire de ces deux disciplines artistiques. Aucun livre n'a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; Madeleine Moua o&#249; Coco Hotahota, qui ont &#233;crit toute l'histoire de la danse tahitienne depuis sa renaissance. Les sculpteurs importants comme Joseph Kimitete et Vaiere Mara ont sombr&#233; dans un parfait oubli. Heureusement Mara avait eu droit &#224; un livre, ce qui est exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut faire le constat que l'on se souvient pourtant beaucoup plus des peintres occidentaux que des sculpteurs et des chefs de troupe indig&#232;nes : Gauguin bien s&#251;r, mais aussi Morillot, Jacques Boullaire, Ravello et Bobby Holcomb. Tous ont &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;s par des publications et des expositions r&#233;trospectives. On peut peut-&#234;tre en partie expliquer ce retard des sculpteurs pour des raisons mat&#233;rielles : la sculpture pose des probl&#232;mes de transport et de mise en espace bien plus lourds que la peinture. Pourtant la peinture n'est pas un art polyn&#233;sien. Tous les peintres cit&#233;s sont &#233;trangers. L&#233;on Taerea, probablement le peintre polyn&#233;sien le plus important, n'a encore eu droit &#224; aucune r&#233;trospective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; authentique &#233;tait r&#233;alis&#233; &#224; des fins utilitaires et religieuses, avec des techniques ancestrales correspondant &#224; celles de l'&#226;ge de la pierre polie : herminettes en bois et en pierres, gouges en os et dents de requins. Un &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; r&#233;alis&#233; de nos jours n'a qu'une raison d'&#234;tre mercantile et un usage d&#233;coratif. M&#234;me chose pour les &lt;i&gt;tiki&lt;/i&gt; &#224; la mode sculpt&#233;s dans des planches de surf et expos&#233;s en galerie d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un stand d'artisanat au march&#233; d'Uturoa, on peut voir des sculptures tr&#232;s influenc&#233;es par le style Mara, pour ne pas dire des copies conformes. Ces bois sont vendus au prix fort aux croisi&#233;ristes en escale. Le style Mara a pu ainsi se transmettre de personne &#224; personne, et il suffit parfois de conna&#238;tre une seule pi&#232;ce pour &#234;tre durablement influenc&#233;. Je pr&#233;sume que parmi les 5200 artisans sculpteurs recens&#233;s en Polyn&#233;sie, un certain nombre doit &#234;tre influenc&#233; par la production de Vaiere Mara, souvent m&#234;me sans conna&#238;tre son nom&#8230; Parfois avoir &#233;t&#233; en contact avec une seule de ses sculptures aura influenc&#233; toute la production d'un sculpteur. Mara, un artiste dont la production est indiscutablement significative pour comprendre le d&#233;veloppement possible d'un art oc&#233;anien moderne. Mais il serait vain de dresser une liste de noms, conna&#238;tre son &#339;uvre suffira pour que chacun puisse de faire son id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH586/11_mara_v-662bc.jpg?1680375843' width='500' height='586' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Personnage mythologique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; Visage dans une pierre dure
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19263 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13_mara_v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH332/13_mara_v-0b37c.jpg?1680375843' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8212; De-retour &#224; Rurutu &#224; la fin de sa vie
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Vaiere Mara &#8212; Buste de femme au chapeau des Australes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Sculptures de corail</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sculptures-de-corail</link>
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		<dc:date>2020-01-03T15:26:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Duday et Mateha Mara</dc:creator>


		<dc:subject>sculpture</dc:subject>
		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis la nuit des temps l'Homme a toujours souhait&#233; sublimer la mati&#232;re en la refa&#231;onnant &#224; sa guise.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Oceanie" rel="tag"&gt;Oc&#233;anie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1609-f8655.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la nuit des temps l'Homme a toujours souhait&#233; sublimer la mati&#232;re en la refa&#231;onnant &#224; sa guise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La sculpture r&#233;sume l'acte cr&#233;atif primal enseignait d&#233;j&#224; Aristote. Les m&#233;thodes de sculpture sont multiples, deux grands proc&#233;d&#233;s peuvent cependant en r&#233;sumer la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une est une sculpture d'ajout, d'assemblage, de modelage qui permet &#224; l'artiste de r&#233;aliser des volumes en rajoutant de la mati&#232;re sur une ossature, l'autre est &#224; l'oppos&#233; une sculpture de taille, d'ablation, d'enl&#232;vement de la mati&#232;re. L'artiste &#233;limine, creuse, entaille le bois ou la pierre pour lib&#233;rer l'&#339;uvre de sa gangue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sculpture de pi&#232;ces en corail rel&#232;ve bien s&#251;r de cette seconde d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste choisit le bloc de corail brut, il l'attaque de ses outils pour lui donner forme, avec des gestes simples et authentiques, travail physique associant intimement le corps et l'esprit. Il entame le corail et le mod&#232;le par le disque, la meule, la r&#226;pe et le ciseau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_mara_i.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5_mara_i-d189b.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Me&#768;res a&#768; l'enfant travaill&#233; en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re travaill&#233;e n'est cependant pas anodine. Souvent assimil&#233; &#224; la pierre en Polyn&#233;sie le corail est cependant une production animale, fabriqu&#233; au fil des ans par un animal marin &#233;ponyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrach&#233; au lagon, le corail meurt &#224; l'air libre sur le rivage. On retrouve des blocs de ces exosquelettes roul&#233;s sur la plage ou projet&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des terres par les &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moderne Pygmalion, le sculpteur s'en empare et redonne par son travail une seconde vie &#224; cette existence marine. Suivant son imagination, des visages, des corps, des formes anthropomorphes, des dieux tut&#233;laires sortent bient&#244;t de la mati&#232;re sous les doigts du sculpteur. La r&#233;alisation supporte mal l'erreur. Rares sont les artistes qui en ma&#238;trisent la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'&#339;uvre termin&#233;e s'est pli&#233;e aux d&#233;sirs du sculpteur, elle garde n&#233;anmoins par sa blancheur et sa l&#233;g&#232;ret&#233; le charme et le myst&#232;re de ses origines marines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Duday&lt;/strong&gt;, Moorea 2017&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_mara-3653f.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Le the&#768;me de la me&#768;re a&#768; l'enfant trait&#233; sur un bois flott&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien avec Mateha Mara&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut commencer par parler de la mati&#232;re, et du corail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du corail qui &#233;tait au bord de la mer qu'il ramassait. Et le bois c'est du bois flott&#233;. Avant il y en avait plein sur Raiatea, au bord de la mer, qui flottait. On ramassait &#231;a. M&#234;me aux Tuamotu, on a &#233;t&#233; &#224; Takaroa, il sculptait l&#224;-bas. Il y avait plein de corail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc Mara c'est ton papa, toi tu as grandi avec lui. Comment &#231;a se fait que tu aies repris le flambeau ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben j'&#233;tais toujours &#224; c&#244;t&#233;. Quand j'allais &#224; l'&#233;cole, &#224; quel &#226;ge, huit ans, j'allais pas jouer &#224; la r&#233;cr&#233;ation, j'allais avec mon papa sculpter. Parce que j'aime pas jouer. Je pr&#233;f&#232;re bricoler. Toucher. Et mes copains ils me cherchaient, ils allaient chez moi, comme j'habitais juste &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;cole. C'est comme &#231;a que je me suis impr&#233;gn&#233;. Je n'allais pas vadrouiller. Jouer aux billes avec les autres. A l'&#233;poque c'&#233;tait les billes, plein de jeux. Mais je n'allais pas jouer avec eux. J'allais sculpter. Je pr&#233;f&#232;re, c'est une passion. Je sais pas pourquoi. Il y a un petit, l&#224;, c'est lui qui vient vers moi. Quand je sculpte il vient aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/6_mara-4d047.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Me&#768;re a&#768; l'enfant en pierre volcanique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et c'est quoi ce petit par rapport &#224; toi ? Il est de la famille aussi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mon petit neveu. Petit petit neveu. C'est le fils de mon neveu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et il te regarde travailler ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il touche la mati&#232;re. Je lui apprends comment ne pas se blesser. Et il fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce que ton papa t'as transmit, tu es en train de le transmettre aux enfants ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les enfants viennent, je les laisse s'impr&#233;gner. C'est comme &#231;a que je vois les choses. C'est comme j'&#233;tais avant. J'allais vers mon p&#232;re et mon p&#232;re me donnait ses outils. Je faisais &#231;a. Pas encore bien sculpter mais &#231;a commen&#231;ait d&#233;j&#224;. Au moment o&#249; j'ai commenc&#233; &#224; bien sculpter c'&#233;tait &#224; l'&#226;ge de dix ans. L&#224; mon p&#232;re a vu. Il a test&#233; tout le monde. Tous les enfants. Il a dit &lt;i&gt;c'est lui le sculpteur&lt;/i&gt;. A l'&#226;ge de dix ans j'ai commenc&#233; &#224; vendre mes premi&#232;res sculptures. On &#233;tait &#224; Taaha. Apr&#232;s on est revenus sur Tahiti. J'allais travailler dans les livraisons avant. Et de temps en temps je sculptais avec mon papa. Je l&#226;chais pas. Mais maintenant c'est une passion. Comment dire&#8230; Je m'ennuie pas. Quant il y a &#231;a, tu t'ennuies pas. Tu as toujours quelque chose &#224; faire. Si je vais pas sculpter je vais d&#233;brousser aujourd'hui. Pour changer un peu d'id&#233;es. Pour oxyg&#233;ner l'inspiration. Voil&#224;, c'est comme &#231;a. Des fois je vais au bord de mer chercher des cailloux, chercher des bois. &#199;a oxyg&#232;ne l'esprit. C'est comme mon p&#232;re, il faisait &#231;a. A chaque fois qu'il allait &#224; un endroit il regardait s'il y avait de la mati&#232;re premi&#232;re. Le corail, les cailloux, le bois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/7_mara-da043.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Petites pie&#768;ces en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand tu &#233;tais petit, ton papa il &#233;tait comment ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dire&#8230; C'&#233;tait mon papa&#8230; Sa passion c'est la sculpture. Comme c'est un t&#233;moin de J&#233;hovah, quant il va pr&#234;cher, il y a des endroits o&#249; il voit des bois flott&#233;s&#8230; C'est comme &#231;a. A chaque endroit o&#249; il va il voit la mati&#232;re. Et aux moments libres il va chercher. Ou alors il va sculpter sur place et il rentre avec son &#339;uvre. Apr&#232;s il vend la sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il &#233;tait plut&#244;t simple comme homme, il ne cherchait pas &#224; faire l'artiste&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a beaucoup qui lui ont demand&#233; &lt;i&gt;ha il faut que tu fasses plein de sculptures pour &#234;tre millionnaire, tu vas &#234;tre riche&#8230;&lt;/i&gt; Mon p&#232;re il disait &lt;i&gt;mais non, il faut se contenter de ce qu'on vit&#8230; Il faut se contenter de ce qu'on a&lt;/i&gt;. Et c'est vrai, on vivait au jour le jour. On ne vivait pas tous les mois &#231;a tombe. Non, c'&#233;tait de jour en jour. Comme &#231;a nous on vit. Et &#231;a va, on vit bien. Avec le peu qu'on a, on se contente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais ton papa il sculptait beaucoup quand m&#234;me, parce qu'il a produit &#233;norm&#233;ment&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais, des fois&#8230; Quand il n'y a pas d'inspiration il peut ne pas sculpter pendant une semaine hein&#8230; Quand il n'y a pas. Mais quand &#231;a vient &#231;a arr&#234;te plus. Il travaillait m&#234;me le soir jusqu'&#224; minuit, deux heures du matin&#8230; Parce que l'inspiration &#233;tait l&#224;. Et faut pas qu'il l&#226;che jusqu'&#224; ce que &#231;a va finir. L&#224; il est content. Il faisait plein de bas-reliefs. Surtout des tama'ara'a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/11_mara-6f7d8.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Le the&#768;me des jumeaux travaille&#769; dans un bloc de corail blanc
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est ton grand fr&#232;re qui me disait qu'il avait sculpt&#233; les m&#226;ts d'un voilier &#224; Taaha. Tu t'en souviens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; Il a sculpt&#233; &#224; l'int&#233;rieur, dans le bateau, les m&#226;ts&#8230; Mais je vois plus les motifs, j'ai compl&#232;tement oubli&#233;&#8230; C'&#233;tait un couple qui venait, ils ont vu mon p&#232;re sculpter alors ils lui ont demand&#233; si il ne pouvait pas sculpter le m&#226;t. Je ne me souviens pas des motifs parce que j'&#233;tais &#224; l'&#233;cole &#224; ce moment. Le bateau &#233;tait &#224; quai et il allait sculpter. Mais j'ai pas vu le dessin quand c'&#233;tait fini, comme apr&#232;s ils sont partis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Depuis l'&#226;ge de dix ans tu n'as jamais arr&#234;t&#233; de sculpter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si. Quand il y a des chantiers je vais au chantier. En temps mort, je sculpte. Quand il n'y a pas de chantiers je vais sur la sculpture. C'est comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et tes sculptures tu les vends ? Est-ce qu'il y des gens qui collectionnent ton travail ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais. C'est des grands collectionneurs. Et ils vendent pas, hein. A chaque fois que je vais chez eux, c'est install&#233; dans leurs maisons. Tout est install&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/27_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/27_mara-be041.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Petite te&#770;te en corail, non signe&#769;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu penses qu'il y avait des sculpteurs parmi vos anc&#234;tres ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normalement oui. On vient de Rurutu hein. Il y a m&#234;me des cousins de Rurutu qui faisaient des penu, qui sculptaient aussi des umete, quand j'&#233;tais &#224; Rurutu. Ils faisaient m&#234;me des penu en corail pour piler le taro. Normalement c'est inn&#233;, c'est dans la famille. Chacun bricolait &#224; sa fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sinon tu as rencontr&#233; Miguel Hunt ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui m'a appel&#233;. C'&#233;tait en fin d'apr&#232;s-midi, il m'a appel&#233;, j'&#233;tais en train de pr&#233;parer mon cochon &#224; la broche avec des amis, on s'est donn&#233; rendez-vous pour la semaine d'apr&#232;s. J'ai &#233;t&#233; le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'il t'as dit alors ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben il voulait qu'on fasse une exposition. Il a montr&#233; le livre avec les photos des anciennes sculptures, ces sculptures je savais que &#231;a vient de Raiatea, parce que ces bois-l&#224; y a pas ici, &#231;a vient de Raiatea. C'est des bois flott&#233;s. Avant c'&#233;tait plein de miro l&#224;-bas au bord de mer &#224; Raiatea, Taaha&#8230; A Bora aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/28_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/28_mara-5430b.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; grande pie&#768;ce en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#233;lissa Marcinkowski aussi t'avais appel&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'avait appel&#233; pour se renseigner. Je lui ai dis que quand j'aurais des sculptures je vais l'appeler pour lui montrer. J'ai emmen&#233; au mus&#233;e et elle a vu au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Presque tous les jours tu sculptes&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Il y a des fois, quand j'ai pas d'inspiration, je vais voir les cailloux dans la baie o&#249; &#224; tahatei, je vais chercher quoi&#8230; Comment dire, pour changer un peu d'air&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et c'est quoi tes souvenirs les plus forts de ton papa ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand on allait en pr&#233;dication. On faisait le tour de Taaha. On faisait cette semaine de ce district &#224; ce district. Semaine prochaine de ce district &#224; ce district. Jusqu'&#224; faire le tour de l'&#238;le. Avant il n'y avait pas la route. C'&#233;tait que des sentiers. On a fait tout le tour. C'est pas mal &#231;a. Michel eux deux Maurice, celui qui est mort, eux deux ils venaient nous r&#233;cup&#233;rer en pirogue de l'autre c&#244;t&#233;. &#199;a c'est pas mal &#231;a. C'est dans la nature. Et quant tu vas dans un foyer toujours le faapu. Magnifique quoi. T'es pas dans la ville, t'es carr&#233;ment dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/29_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/29_mara-ea594.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Personnage en bois
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je crois que c'est l&#224;-bas qu'il s'est mis &#224; travailler le corail ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. L&#224;-bas il y avait du corail. Parce qu'ici quand il avait commenc&#233; &#224; sculpter c'est le bois. Parce qu'avant quand il sculptait c'&#233;tait pas des figurines, c'&#233;tait des tiki. Il a appris avec Kimitete, et de l&#224;, comme dans son culte il ne peut plus sculpter des tiki parce qu'avant les tiki &#231;a a &#233;t&#233; ador&#233; comme des idoles par les gens, c'est devenu des idoles, apr&#232;s il a cherch&#233; son mod&#232;le. C'est par l'inspiration qu'il a eu le mod&#232;le quoi&#8230; Voil&#224;. J'ai vu la sculpture qu'on m'a montr&#233; c'est maman Faaura. Elle a dit &#231;a c'est &#224; ton p&#232;re. Quand j'ai vu c'est un tiki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ha, il en reste des tiki qu'avait fait ton papa ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un. C'est avec maman Faaura. Tu vas au march&#233; en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elle en a un ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'a montr&#233;. Elle m'a dit &lt;i&gt;viens je vais te montrer la premi&#232;re sculpture que ton p&#232;re a amen&#233; il y a longtemps&lt;/i&gt;. Quand j'ai vu c'est pas son mod&#232;le. C'&#233;tait au temps avant. Quand il a sculpt&#233; avec Kimitete.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_mara_ii.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5_mara_ii-97256.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Me&#768;res a&#768; l'enfant en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est qui &#231;a mama Faaura ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben c'est la maman &#224; Nicole Bouteau. Elle est au march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vais aller la voir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re sculpture. Il n'est pas encore t&#233;moin de J&#233;hovah. Au moment o&#249; il est devenu t&#233;moin de J&#233;hovah il n'a plus fait de tiki il a cr&#233;&#233; son mod&#232;le &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu penses que s'il n'&#233;tait pas devenu t&#233;moin de J&#233;hovah il aurait fait des tiki toute sa vie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le fait que &#231;a soit interdit, &#231;a l'a oblig&#233; &#224; trouver quelque chose&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre il va trouver quand m&#234;me. Comme c'est un sculpteur qui est inspir&#233;. Il va chercher. Comme il y a plein qui sculptent le tiki lui il va chercher son mod&#232;le. Chacun son mod&#232;le. Il y a plein de clients qui me disent &lt;i&gt;tu peux pas faire du tiki pour moi ?&lt;/i&gt; Je dis non. Si vous voulez des tiki il y a des sculpteurs pour le tiki. Moi je fais des figurines. Faut pas m&#233;langer. Il y a des sculpteurs qui font le tiki. Il faut aller les voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/31_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/31_mara-3534f.jpg?1772190253' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; Buste en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui, il y en a d&#233;j&#224; assez comme &#231;a qui font des tiki&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ben faut les laisser. C'est &#224; eux. Chacun cr&#233;&#233; son mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et &#231;a ne t'int&#233;resse pas de rentrer dans le syst&#232;me des galeries, tu travailles comme &#231;a dans ton coin&#8230; Ton papa c'&#233;tait pareil ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait fait une galerie mon papa. C'&#233;tait Michel qui s'occupait &#224; Raiatea. Mon fr&#232;re. C'&#233;tait lui qui gardait le stand. En fait c'est un local que mon p&#232;re avait lou&#233;, il y avait toutes ses sculptures dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ha oui, &#224; Raiatea ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville. Pas loin du march&#233;. H&#233; ben il y avait plein de professeurs sur Raiatea qui achetaient les sculptures de mon p&#232;re. M&#234;me l'h&#244;tel Bali Hai de Raiatea, c'&#233;tait Kelly, lui aussi il avait des sculptures &#224; mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sinon pour le corail tu travailles comment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciseau &#224; bois. Pas de machines. Et r&#226;pe. Pas besoin de grand-chose pour le corail. Comme il est tendre. Juste besoin de quelques outils. Je vais te montrer mes outils.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/382687391?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/382687391&#034;&gt;&lt;i&gt;Vaiere MARA - extrait, par Jonathan Bougard&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/user25678686&#034;&gt;TK-21&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Vaiere Mara &#8211; Danseuse tahitienne en corail blanc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/32_mara.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/32_mara.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;450&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vaiere Mara &#8211; De&#769;tails d'une vahine a&#768; l'hibiscus en corail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oviri Bougard : Un trou noir &#224; Tahiti</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Oviri-Bougard-Un-trou-noir-a</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Oviri-Bougard-Un-trou-noir-a</guid>
		<dc:date>2020-01-03T15:22:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Petitjean et Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>dessin</dc:subject>
		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par hasard. Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par choix.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/dessin" rel="tag"&gt;dessin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Oceanie" rel="tag"&gt;Oc&#233;anie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH109/arton1599-b9b41.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par hasard. Jonathan Bougard n'est pas sur Tahiti par choix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jonathan Bougard n'est pas parti l&#224;-bas pour &#171; poss&#233;der le caract&#232;re oc&#233;anien &#187;, comme disait Gauguin. Jonathan Bougard n'est pas parti l&#224;-bas non plus pour &#234;tre poss&#233;d&#233; par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait rien lu sur Tahiti, n'en avait pas r&#234;v&#233;, n'en connaissait que les fables que tout le monde conna&#238;t. Il n'avait pas projet&#233; ce voyage. C'est ce voyage qui l'a projet&#233; dans une autre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une carte postale est arriv&#233;e, qui l'appelait, de l'autre bout de la Terre. Tahiti n'&#233;tait pour lui ni une terre de fantasme, ni une terre d'&#233;lection. Tahiti l'a pourtant choisi, au moins autant que le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH694/1_bougard-c3fdf.jpg?1772190022' width='500' height='694' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le &#171; polyn&#233;sien &#187; Jonathan Bougard fait corps avec son pays d'adoption. Ceux qui connaissaient son travail avant son d&#233;part sentent confus&#233;ment ce que cet univers lui a apport&#233;. A bien des &#233;gards, son style est rest&#233; le m&#234;me &#8211; toujours reconnaissable. Pourtant, il semble s'&#234;tre enrichi d'une complexit&#233; qui lui appartenait d&#233;j&#224; en propre &#8211; bien qu'inexprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'inscrire en faux contre une vision bien-pensante &#171; humaniste &#187; de l'art de Bougard, qui ne ferait qu'illustrer la &#171; marchandisation &#187; du corps f&#233;minin, la maltraitance, la mis&#232;re &#233;conomique, ou la cruaut&#233; de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la laideur, parfois hideuse, des figures f&#233;minines chez Bougard, aux visages d&#233;mesur&#233;s, mena&#231;ants, aux corps ob&#232;ses ou d&#233;form&#233;s, n'est pas celle de la victime horrifi&#233;e : elle est le reflet d'une fantasmatique angoiss&#233;e, et rel&#232;ve plut&#244;t d'une fascination non-&#233;rotique pour la femme, pour la femme-sorci&#232;re, grima&#231;ante, au rictus d&#233;moniaque, pour la femme-cadavre, aux orbites noircies, &#224; la face blanchie, pour l'obsc&#233;nit&#233; fantomatique du fantasme : entrem&#234;lements de membres et d'ombres, de corps silhouett&#233;s, de visages spectraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut combattre aussi l'id&#233;e selon laquelle son art transgresserait des interdits (lesquels subsistent encore, en la mati&#232;re ?), ou jouerait sur les limites entre l'ind&#233;cence et l'&#233;rotisme. L'&#233;rotisme de ses &#339;uvres n'est pas un &#171; en-de&#231;&#224; &#187; de l'ind&#233;cence, ni m&#234;me seulement une conjuration de l'obsc&#233;nit&#233; pornographique : il n'est pas de l'ordre de l'hypocrisie tartuffesque occidentale (cachez ce sexe que je ne saurais voir, mais cachez-le pour mieux m'exciter), mais poss&#232;de une dimension ancestrale apotropa&#239;que : il nous prot&#232;ge des p&#233;rils de la chair noire &#8211; de ce trou d&#233;visageant qui d&#233;-figure et annihile toute innocence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'art de Bougard parle le langage de l'affectivit&#233; archa&#239;que, et pas celui de l'humanisme occidental : c'est ainsi qu'il faut l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH698/2_bougard-cc6eb.jpg?1772190022' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le combat de l'ombre et de la lumi&#232;re qui se joue dans les dessins de Bougard se joue &#224; m&#234;me la chair. C'est l'enjeu, aussi bien que l'aire de jeu. Les chairs blanches et les chairs stri&#233;es se mesurent : la chair blanche et rare de la lumi&#232;re contre la chair stri&#233;e de l'ombre, qui menace sans cesse d'envahir les orbites, la bouche, les orifices du corps, dans un rayonnement sombre de d&#233;sir et d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il serait bien difficile d'analyser ces dessins &#224; la lumi&#232;re d'une &#171; &#233;rotique &#187;, d'une taxinomie des formes de d&#233;sir qui &#233;tudierait les cat&#233;gories pulsionnelles &#224; l'&#339;uvre, ne serait-ce que par l'habilet&#233; avec laquelle Bougard joue et d&#233;joue les codes de l'&#233;rotique occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du dessin, c'est d'&#233;viter le coloris, donc l'incarnat, donc la chair. M&#234;me en grand &#233;cart, le sexe f&#233;minin est souvent r&#233;duit ici &#224; n'&#234;tre qu'une ombre, un trait. Singer les positions pornographiques en &#233;cartant pr&#233;cis&#233;ment du cadre de la repr&#233;sentation ce qui justifie habituellement ces poses, la vision du sexe f&#233;minin, c'est donc se livrer &#224; une conjuration sauvage, non de l'&#233;rotisme, mais de l'obsc&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a oubli&#233; sans doute ce que l'exhibition du sexe f&#233;minin pouvait receler de sens diff&#233;rents, pour ne retenir que la seule excitation &#233;rotique. Dans l'Antiquit&#233;, lorsqu'une femme exhibait son sexe de fa&#231;on railleuse &#224; un homme, son intention premi&#232;re &#233;tait de le traiter de l&#226;che et d'eunuque. La d&#233;nudation &#233;tait alors per&#231;ue comme un moyen magique ou une man&#339;uvre d'intimidation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte c&#233;l&#232;bre (&#171; La nudit&#233; comme moyen d'intimidation &#187;), S&#224;ndor Ferenczi voit dans la nudit&#233; un moyen &#171; d'intimider le moi en le confrontant &#224; des quantit&#233;s ou &#224; des modes inad&#233;quats de libido. &#187; Le petit gar&#231;on ainsi intimid&#233; par sa m&#232;re perd tout envie de dormir avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH701/3_bougard-800ec.jpg?1578065081' width='500' height='701' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gommer le sexe f&#233;minin, ce n'est donc pas seulement gommer l'obscur objet du d&#233;sir, c'est gommer la raillerie possible, la moquerie, l'identification insultante, la magie noire de la chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient, par exemple, la fascination qu'on &#233;prouve presque immanquablement devant le dessin de la femme &#224; t&#234;te de trou ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la nudit&#233; remet en cause, c'est pr&#233;cis&#233;ment le primat du visage dans le domaine de l'expressivit&#233;, ce qu'Agamben, dans &lt;i&gt;Nudit&#233;s&lt;/i&gt;, appelle la &#171; supr&#233;matie expressive du visage &#187;. Il rappelle que, dans le &lt;i&gt;Charmide&lt;/i&gt; de Platon, le jeune &#233;ph&#232;be &#233;ponyme du dialogue est si beau que si jamais &#171; il acceptait de se d&#233;shabiller, vous croiriez qu'il n'a pas de visage &#187;. Non pas bien s&#251;r que son visage soit laid : c'est que la d&#233;nudation du corps occulterait le visage, et ferait du jeune homme un &#234;tre litt&#233;ralement sans visage (&lt;i&gt;apros&#333;pos&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, Henri Michaux rapporte une exp&#233;rience personnelle d'apparence curieuse dans &lt;i&gt;Un Barbare en Asie&lt;/i&gt; : &#171; Je me souviens d'avoir &#233;t&#233; frapp&#233; et d&#233;sillusionn&#233; quantit&#233; de fois en France par le fait que les seins d'une femme, quand il m'arrivait de les voir d&#233;voil&#233;s, n'&#233;taient que beaux, alors que la figure [&#8230;] si travaill&#233;e par l'intelligence, par une &#226;me bizarre er recherch&#233;e [&#8230;] m'avait induit &#224; croire que les seins seraient recherch&#233;s, eux aussi, et originaux. Mais un sein n'est pas un visage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un sein n'exprime pas grand-chose, &#233;crit-il &#233;galement. C'est &#224; la figure qu'on a recours pour savoir &#224; quel caract&#232;re on a affaire. &#187; C'est le visage qui porte le caract&#232;re, le visage &#8211; et singuli&#232;rement le regard &#8211; qui est le miroir de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nudit&#233;, le corps semble pourtant vouloir concurrencer le visage, lui voler ce monopole de l'expressivit&#233;, et nous d&#233;taillons parfois les charmes d'un corps nouveau, extasi&#233;s, ravis, comme si l'aisselle ou le sexe avaient quelque chose de primordial &#224; nous &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt;. Dans la pornographie, &#233;crit encore Agamben, &#171; la seule t&#226;che qui revient d&#233;sormais au visage est d'exprimer la conscience effront&#233;e de l'exposition du corps nu au regard. L'effronterie (la perte du visage) est aujourd'hui la contrepartie n&#233;cessaire &#224; la nudit&#233; sans voiles. Le visage, devenu complice de la nudit&#233;, regardant l'objectif ou clignant de l'&#339;il vers le spectateur, donne &#224; voir une absence de secret. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH692/4_bougard-b82ba.jpg?1578065081' width='500' height='692' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;illade, en quelque sorte, remplace le regard-miroir de l'&#226;me, et l'effronterie signe la disparition du visage comme caract&#232;re, et son effondrement dans la pure exposition. Ce que l'on d&#233;-visage, lorsqu'on regarde une fille nue, jambes &#233;cart&#233;es, sexe ouvert, et qui vous regarde pourtant droit dans les yeux, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'effondrement, l'ab&#238;me o&#249; dispara&#238;t son visage : son trou. Et c'est ce trou noir qui vous aspire, bien davantage que l'autre. L'obsc&#233;nit&#233; n'est jamais dans l'&#233;cartement des cuisses : elle est dans l'effronterie d'un sourire. Voil&#224; ce &#224; quoi s'affronte donc Bougard dans ce dessin, sans doute un des plus beaux, un des plus troublants, o&#249; une femme nue arbore un trou &#224; la place de la t&#234;te. A l'effronterie des clich&#233;s pornographiques, il substitue &lt;i&gt;l'effrontement&lt;/i&gt; pur et simple : plus de visage, du tout, la t&#234;te trou&#233;e, &lt;i&gt;head like a hole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme &#224; la t&#234;te de trou, &lt;i&gt;apros&#333;pos&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'ac&#233;phale, &#224; la t&#234;te litt&#233;ralement sans visage, mais au corps superbe, est donc une femme sans caract&#232;re, une femme sans &#226;me. Le regard du spectateur, attir&#233; par ce qui n'est qu'&#224; peine de l'ordre de la repr&#233;sentation, mais de la t&#226;che, du manque, mime celui du consommateur de pornographie, qui va et vient sans cesse entre le corps et le visage, entre le sexe exhib&#233; et le regard complice. Mais le vide de ce trou attire bien davantage l'&#339;il qu'un visage effront&#233; &#8211; qui n'aurait &#233;t&#233; que la fa&#231;ade lisse de l'habituelle apparence, sur lequel glisserait le regard pour s'en aller vaquer ailleurs. C'est l&#224; la grandeur de cette &#339;uvre : ce trou noir aspire litt&#233;ralement le regard, qui ne peut qu'y revenir obsessivement, malgr&#233; l'attrait pourtant si puissant du corps nu. Bougard dresse le regard de son spectateur, lui dessine le trajet qu'il emprunte habituellement, lui intime de le suivre comme &#224; l'accoutum&#233;e, mais en lui montrant de force sa part d'ombre : l'effrontement du visage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/5_bougard-8f3d1.jpg?1578065081' width='500' height='716' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;f&#233;rence accord&#233;e aux petites filles, aux jeunes filles nullipares, voire impub&#232;res, s'explique donc par la volont&#233; de retrouver la nudit&#233; innocente comme &#171; v&#234;tement de gr&#226;ce &#187;, voire la nudit&#233; pr&#233;lapsaire, pour &#171; remonter &#224; l'humanit&#233; en enfance, comme disait Gauguin. L'Eve de mon choix est presque un animal ; voila pourquoi elle est chaste, quoique nue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Europ&#233;en qui voit des seins nus, &#233;crit malicieusement Henri Michaux, pense, malgr&#233; lui, qu'il va se passer quelque chose. Mais il ne se passe rien. Alors, il s'habitue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce non-lieu, ce &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; qui n'arrive pas, qui n'a pas lieu, est l'espace o&#249; des gestes eussent pu, eussent d&#251; &#234;tre commis, et qui ne s'est jamais ouvert, et qui se referme sur une nudit&#233; incompl&#232;te, &#224; laquelle on s'habitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la &#171; signature th&#233;ologique &#187; qui est celle de la nudit&#233; dans nos cultures occidentales fait que la nudit&#233; n'est pas un &#233;tat, mais un &#233;v&#232;nement, une chose qui &lt;i&gt;arrive&lt;/i&gt;, une &#171; forme qui ne se laisse jamais saisir int&#233;gralement dans son surgissement &#187;. (Agamben, &lt;i&gt;Nudit&#233;s&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nudit&#233; n'est jamais achev&#233;e, elle est toujours en voie d'ach&#232;vement ; la nudit&#233; d'une fille, m&#234;me totalement nue, est encore masqu&#233;e par ses mouvements. &#171; Le d&#233;sir, &#233;crit Agamben, est un moyen de d&#233;shabiller le corps de ses mouvements comme de ses v&#234;tements et de le faire exister comme pure chair. &#187; C'est un trait qu'il partage avec la pose, en peinture : essayer d'achever la nudit&#233;, de permettre l'av&#232;nement d'une nudit&#233; totale, de signer la fin de l'&#233;v&#232;nement-nudit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le nu &lt;i&gt;se porte tr&#232;s difficilement&lt;/i&gt;, &#233;crit encore Michaux, c'est une technique de l'&#226;me. Il ne suffit pas d'enlever ses habits. Il faut s'enlever sa canaillerie&#8230; et son embarras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se passe-t-il quelque chose, dans les dessins de Bougard ? Souvent, l'action y est comme suspendue, d'un &#233;v&#232;nement &#224; venir dont on ne peut rien pr&#233;voir, &#224; l'image de ce &#171; let's make it happen &#187; susurr&#233;e par une jeune fille &#224; une autre, sans qu'on sache du tout de quoi retourne l'advenue de cet &#233;v&#233;nement qu'on se prend &#224; esp&#233;rer pourtant, &#224; d&#233;sirer intens&#233;ment. L'&#233;v&#233;nement-nudit&#233; y est comme invisible, absent&#233;is&#233;, inadvenu. Un &#171; quelque chose &#187; va se passer dont nous ne serons pas t&#233;moins : la sc&#232;ne secr&#232;te n'est pas hors du champ visuel de la repr&#233;sentation, elle est hors du temps, subtilis&#233;e par le g&#233;nie du non-lieu, et pr&#233;c&#232;de l'instant privil&#233;gi&#233; que d'autres auraient choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit n'est rien chez Bouvard : ce qui compte, ce sont les signes impactuels, les modalit&#233;s affectantes du dessin, en bref, ce que cela &lt;i&gt;provoque&lt;/i&gt;. L'aspect, lui, n'est qu'une fa&#231;ade, une facette, un instant de la mati&#232;re. L'impact seul peut justifier l'existence d'une &#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH704/6_bougard-4c12f.jpg?1578065081' width='500' height='704' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce dont Bougard fait l'exp&#233;rience &#224; m&#234;me son art, c'est que la simplicit&#233; volontaire, le dessin, le trait, n'appelle pas &#224; l'&#233;pure, &#224; la transparence, &#224; ce faux naturel limpide qui n'est que le travestissement de l'authenticit&#233;, mais au contraire &#224; la profusion, &#224; la saturation de l'espace, &#224; la multiplication presque ind&#233;chiffrable de signes et de symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains dessins de Jonathan sont beaux comme les vestiges d'une civilisation disparue, dont on mesure intuitivement la richesse et la profondeur, mais dont on a perdu la clef et le secret. Vous savez qu'il y a l&#224; du sens. Que cela, autrefois, il y a longtemps sans doute, a voulu dire quelque chose. Que cela voudrait encore dire quelque chose, si seulement vous saviez. Vous scrutez les apparitions et les r&#233;apparitions d'animaux symboliques obscurs : souris, chouettes, morse, porc c&#233;leste, colombe, cerf blanc&#8230; et &#224; trop vouloir vous contenter des codes de l'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt;, vous voil&#224; soudainement projet&#233; devant les murs d'une caverne pr&#233;historique. D&#233;crire ne suffit pas. Que signifie tout cela pour l'artiste ? A-t-il lui-m&#234;me la clef de cette parade sauvage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, c'est la surcharge de d&#233;tails qui d&#233;courage et conjure d'avance l'interpr&#233;tation. Cette surcharge, propre &#224; certains dessins d'ali&#233;n&#233;s, comme la &#171; Baubo &#187; de la &#171; Collection Prinzhorn &#187; (d&#233;partement de psychiatrie de l'Universit&#233; de Heidelberg), n'est pas seulement d&#233;corative : elle mime le foisonnement d'un monde &#224; la fois effrayant et joyeux &#8211; diabolique prolif&#233;ration d'homoncules farfad&#233;ens, ou petit monde familier des esprits protecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie &#171; Machine Project &#187;, tout se passe comme si ces &#171; d&#233;tails encadrants &#187; &#233;taient grossis, comme sous un microscope, jusqu'&#224; former l'essentiel de l'&#339;uvre. Dans cette s&#233;rie, nomm&#233;e sans doute par antiphrase, aucune ligne droite, le machinique prend la forme d'une machine d&#233;sirante o&#249; tout communique, comme dans un monde d'avant la s&#233;paration, enti&#232;rement parcouru de courants telluriques, d'&#233;lectricit&#233;, de turbulences magn&#233;tico-oniriques, de tremblements &#233;pileptiques, cosmologiques et t&#233;ratologiques, dans des images anamorphos&#233;es qui sont autant de repr&#233;sentations des forces naturelles de l'inconscient, et o&#249; pullulent d'imaginaires animalcules.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_bougard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/8_bougard-3378f.jpg?1578065081' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces bacilles du symbolique, o&#249; l'on retrouve des animaux stylis&#233;s (girafe, oisillon, poissons, serpents) peuvent aussi bien repr&#233;senter une part de sauvagerie conjur&#233;e, sous la forme de tatouages tribaux ou de masques rituels, que d'innocence et d'enfance souriante, dans une sarabande fantasmagorique d'&#234;tres f&#233;&#233;riques, enfantins, carnavalesques. Puis ces indig&#232;nes enfantins, ces femmes tatou&#233;es, ces &#234;tres casqu&#233;s de cornes, ces pr&#234;tres &#224; hache, ces poissons volants, ces chats &#233;tranges, ces diablotins ail&#233;s, ces clowns &#224; chapeau, footballers &#224; bonnet, et autres gargouilles extraterrestres, finissent tous, les sauvages comme les innocents, par s'embrasser, puis par copuler ensemble tandis que se m&#233;langent les langues au-dessus d'eux (anglais, fran&#231;ais, tahitien) prolongeant la tradition inaugur&#233;e par Gauguin, pour c&#233;l&#233;brer, dans une grande jubilation conjuratoire, les noces blanches et noires de l'Enfance et de l'Effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette dialectique de l'ombre et de la lumi&#232;re, de la surcharge et du blanc, des macules et de l'immacul&#233;, de l'espace solaire vierge et de la saturation nocturne de signes (saturation sur la peau m&#234;me, &#224; la surface des corps tatou&#233;s, calligraphi&#233;s, o&#249; la nature se couvre de marques), le sexe et le visage d&#233;vor&#233;s d'ombre sont comme les refuges disjoints de l'inatteignable &lt;i&gt;secret&lt;/i&gt; de l'&#234;tre, de sa transcendance concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re s&#233;rie de dessins en revanche, les animaux repr&#233;sent&#233;s sortent de l'ordre du symbolique pour r&#233;int&#233;grer un cadre familier : celui de la profusion, du d&#233;sordre bienheureux d'un monde agricole foisonnant de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence si &#233;trangement &#171; r&#233;aliste &#187; de ces animaux ne rel&#232;ve pas ici de cette &#171; pr&#233;cision stupide qui nous rive &#224; la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle &#187;, comme disait Gauguin. Elle a un sens anthropologique et politique : elle vise &#224; &#233;clairer, &#224; dissiper les t&#233;n&#232;bres d'un aveuglement conceptuel majeur, qui affecte jusqu'&#224; notre perception.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH684/9_bougard-eed6e.jpg?1772190022' width='500' height='684' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette c&#233;cit&#233;, nous la partageons tous, au point que l'imaginaire du &#171; sauvage &#187; se confond absolument avec des images de d&#233;nuement, ce que l'anthropologie &#233;conomique classique appelle une &#171; &#233;conomie de subsistance &#187;, c'est-&#224;-dire une &#233;conomie de la mis&#232;re. L'&#233;conomie dite primitive serait une &#233;conomie qui parviendrait tout juste, et &#224; grand-peine, &#224; assurer la subsistance de la soci&#233;t&#233;. Au mieux, les surplus seraient utilis&#233;s pour des f&#234;tes ponctuelles sacrifiant le travail de plusieurs mois en une pure d&#233;pense somptuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la lecture de Marshall Sahlins agit comme les dessins de Bougard, au point que notre dessillement sur la condition primitive prend presque la forme d'un paradoxe : il lui revient en effet d'avoir d&#233;montr&#233; que ces soci&#233;t&#233;s &#8211; comme toutes celles qui ne sont pas trop &#233;loign&#233;es de leur puissance premi&#232;re &#8211; ne sont pas des soci&#233;t&#233;s de mis&#232;re, mais en tout point des soci&#233;t&#233;s &lt;i&gt;d'abondance&lt;/i&gt; : &#171; si en des temps courts &#224; intensit&#233; faible, la machine de production primitive assure la satisfaction des besoins mat&#233;riels des gens, c'est qu'elle fonctionne en de&#231;&#224; de ses possibilit&#233;s objectives, c'est qu'elle pourrait, si elle voulait, fonctionner plus longtemps et plus vite, produire des surplus, constituer des stocks &#187; (pr&#233;face de Pierre Clastres &#224; &lt;i&gt;Age de pierre, &#226;ge d'abondance&lt;/i&gt; de Marshall Sahlins). D'o&#249; la r&#233;putation de paresse des &#171; primitifs &#187; &#8211; chez tous les observateurs occidentalis&#233;s, depuis les missionnaires d'autant jusqu'aux fonctionnaires m&#233;tropolitains d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, pourquoi th&#233;sauriser, ou accumuler des stocks, quand les stocks sont, comme le dit Sahlins, &#171; dans la nature m&#234;me &#187; ? Ce qui est vrai pour les chasseurs-cueilleurs primitifs l'est aussi des soci&#233;t&#233;s d'agriculteurs qui fonctionnent sous les esp&#232;ces du &#171; Mode de Production Domestique &#187; (comprendre : le jardin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'incompr&#233;hension de Jonathan Bougard, dans un texte comme &#171; Paumotu Ma &#187;, o&#249; il rapporte : &#171; Juste derri&#232;re, il y a trois pamplemoussiers et une douzaine de grands cocotiers. Mais tous ces fruits pourrissent seulement. Cette bande de paumotu consomme que les produits du magasin. Tout ce qui pousse sur l'arbre, ils remarquent m&#234;me pas. Ils laissent tomber, et pourrir. Ils se nourrissent de cartons de cuisses de poulets &#233;lev&#233;s en batterie en quinze jours, de riz et de sachets de Twisties. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH692/10_bougard-0f5dd.jpg?1578065082' width='500' height='692' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'artiste remarque dans l'univers tahitien, ce qu'il rend dans ses dessins, plus que la luxuriance d'une nature intacte, ou les couleurs si vives d'une insularit&#233; si facilement con&#231;ue comme paradisiaque, c'est, au-del&#224; de la mis&#232;re relative des habitants parmi lesquels il a choisi de s'immerger (par rapport aux fonctionnaires d&#233;p&#234;ch&#233;s par la m&#233;tropole, par exemple) une &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; d'abondance&lt;/i&gt;, m&#234;me quand parfois cette abondance est &lt;i&gt;n&#233;glig&#233;e&lt;/i&gt; au profit de l'acculturation d&#233;primitivante de l'&#233;conomie de march&#233; : les &#171; produits du magasin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pourrait si vite &#234;tre interpr&#233;t&#233;, dans les dessins de Jonathan Bougard, comme une attention purement altruiste port&#233;e &#224; la duret&#233; des conditions d'existence des tahitiens, &#224; l'in&#233;galit&#233; des conditions sociales, bref : &#224; la mis&#232;re, est bien davantage qu'un t&#233;moignage &#171; humaniste &#187;. C'est un plaidoyer artistique pour une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; d'abondance, qui n'est certes pas celle des poulets &#233;lev&#233;s en batterie et des sachets de Twisties&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Bougard montre, dans cette abondance d'animaux de toutes sortes, ce bric-&#224;-brac de poules, de chiens, de chats, de coq, de cochons, d'outils, d'enfants, de d&#233;bris assembl&#233;s &#224; la va vite, comme les t&#244;les sur un abri, ce n'est donc pas une &#233;conomie de la mis&#232;re permettant aux habitants de vivoter par la r&#233;cup et le syst&#232;me D : c'est une &#233;conomie d'abondance o&#249; le temps ne manque ni pour se baigner, ni pour jouer &#224; la corde &#224; sauter, ni pour poser, ni pour peindre, un monde o&#249; la multiplication des signes, o&#249; la saturation de l'espace n'est qu'un foisonnement bienheureux, et pas le d&#233;sordre mena&#231;ant du d&#233;nuement. Si les soci&#233;t&#233;s primitives sont des soci&#233;t&#233;s d'abondance, alors l'art de Bougard est un art de l'abondance, de l'harmonieuse saturation de signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nudation des jeunes filles, dans cette s&#233;rie, n'est donc pas &#224; comprendre dans un sens figural, mais litt&#233;ral : non comme une figure, une m&#233;taphore du d&#233;nuement, mais comme un rappel de notre nature profonde. A sa mani&#232;re, Bougard lui aussi r&#233;pond aux c&#233;l&#232;bres questions de Gauguin, les seules qui vaillent : D'o&#249; venons-nous ? Que sommes-nous ? O&#249; allons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas faits pour accumuler des surplus. Nous ne sommes pas faits pour th&#233;sauriser. Nous sommes faits pour la baignade, c'est-&#224;-dire pour le plaisir &#8211; pour jouir du &#171; simple sentiment d'exister &#187;, disait Thoreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contact avec ce qui reste du primitif, avec ce que le tahitien invente pour survivre en-dehors de la modernit&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de la modernit&#233;, mais en m&#234;me temps que la modernit&#233;, &#224; l'image des &#171; molas &#187; de la soci&#233;t&#233; kuna, ces tableaux de tissu ancestraux, m&#233;moire des rites et des mythes, et qui int&#232;grent aujourd'hui le passage des modules lunaires ou des h&#233;licopt&#232;res, Jonathan Bougard est un artiste : il regarde passer les modules lunaires dans les yeux des petites filles tahitiennes, et il en fixe le reflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Petitjean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Portfolio suppl&#233;mentaire de dessins &#224; quatre mains de Scott Batty et Jonathan Bougard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Scott Batty chante et peint toujours, mais &#224; l'&#233;poque des gentlemen invisibles il &#233;crivait aussi de la po&#233;sie. Il peint surtout des fant&#244;mes. Beaucoup de collages aussi. On a expos&#233; ensemble &#224; l'Institut fran&#231;ais d'Innsbruck en 2002, &#224; l'occasion du &lt;i&gt;1 Int Upper Ground Festival&lt;/i&gt;. On a ensuite r&#233;alis&#233; ensemble une s&#233;rie d'images &#224; quatre mains pour le projet &lt;i&gt;Schreber pr&#233;sident&lt;/i&gt; (Fage &#233;ditions 2005), des dessins au trait qu'il a retravaill&#233;s &#224; sa mani&#232;re, mais ces images n'ont finalement pas &#233;t&#233; retenues pour la publication. Scott les a conserv&#233;es et elles seront visibles pour la premi&#232;re fois &#224; la galerie Hors-Champs du 27 au 31 janvier (avec quelques nouveaut&#233;s). Quinze ans plus tard. Comme quoi les traces ne se perdent jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jonathan Bougard &#8212; Tahiti d&#233;cembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH706/1_batty-c2191.jpg?1772190022' width='500' height='706' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH712/2_batty-6c585.jpg?1578065082' width='500' height='712' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH713/3_batty-83078.jpg?1578065082' width='500' height='713' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH709/4_batty-65309.jpg?1578065082' width='500' height='709' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L320xH750/5_batty-0f2a6.jpg?1578065082' width='320' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Mara</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Mara</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Mara</guid>
		<dc:date>2019-10-29T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonathan Bougard</dc:creator>


		<dc:subject>sculpture</dc:subject>
		<dc:subject>Oc&#233;anie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Vaiere Mara, plus connu sous le nom de Mara V, est un sculpteur polyn&#233;sien plong&#233; dans l'oubli depuis quelques ann&#233;es. Qualifi&#233; &#224; tour de r&#244;le de &#034;plus grand sculpteur que la Polyn&#233;sie ait jamais connu&#034; et de &#034;parfait inconnu&#034;, il a longtemps v&#233;cu de son art.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Oceanie" rel="tag"&gt;Oc&#233;anie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton1567-b2087.jpg?1772233332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vaiere Mara, plus connu sous le nom de Mara V, est un sculpteur polyn&#233;sien plong&#233; dans l'oubli depuis quelques ann&#233;es. Qualifi&#233; &#224; tour de r&#244;le de &#034;plus grand sculpteur que la Polyn&#233;sie ait jamais connu&#034; et de &#034;parfait inconnu&#034;, il a longtemps v&#233;cu de son art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De son vivant, Mara V a &#233;t&#233; un artiste tr&#232;s productif. Il travaillait nuit et jour &#224; l'abri de sa b&#226;che bleue, avec pour seul support, ses genoux et sculptait au minimum une &#339;uvre par jour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_bas_relief.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH205/1_bas_relief-2d3ce.jpg?1572630756' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bas-relief
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L459xH750/2_famille-91503.jpg?1572630756' width='459' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Famille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/3_femme_chignon-e1f4b.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Femme au chignon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_geisha.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/4_geisha-669a5.jpg?1772190237' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Geisha
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/5_homme_couronne-86f10.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Homme couronn&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/6_penseur_tahitien_argile-ccfb0.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le penseur tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;argile
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH548/7_legende_anguille-8e36a.jpg?1772190237' width='500' height='548' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gende de l'anguille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/8_mere_enfant_bois-42cc9.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#232;re &#224; l'enfant
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;bois
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_mere_enfant_corail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/9_mere_enfant_corail-2bb9f.jpg?1572630756' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#232;re &#224; l'enfant
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;corail
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L422xH750/10_pretre_tahitien-efa94.jpg?1572630756' width='422' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#234;tre tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_tamaaraa_tahitien.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/11_tamaaraa_tahitien-0ea25.jpg?1772190237' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tamaaraa tahitien
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13_vahine_hibiscus_corail_de_tail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/13_vahine_hibiscus_corail_de_tail-631e4.jpg?1772190238' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vahin&#233; &#224; l'hibiscus
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;corail, d&#233;tail
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14_visage_pierre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/14_visage_pierre-36ed4.jpg?1772190238' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Visage
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pierre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : T&#234;te d'homme, corail&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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