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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Logiconochronie &#8212; LVII</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LVII</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Appareil</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En fait, ce qui appara&#238;t avec l'invention de la vid&#233;o, c'est le fait qu'on quitte d&#233;finitivement, si l'on peut dire, l'univers de la repr&#233;sentation au sens traditionnel du terme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/icone" rel="tag"&gt;icone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton1873-7ccce.jpg?1772219357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En fait, ce qui appara&#238;t avec l'invention de la vid&#233;o, c'est le fait qu'on quitte d&#233;finitivement, si l'on peut dire, l'univers de la repr&#233;sentation au sens traditionnel du terme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux r&#233;gimes d'images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On se souvient que l'on a &#233;voqu&#233; au d&#233;but de ce parcours l'existence possible de deux types d'images ou de deux r&#233;gimes d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;tait de faire de l'image une puissance d'arr&#234;t dans le mouvement infini du d&#233;roulement du temps lin&#233;aire associ&#233; au fait d'&#234;tre une forme synth&#233;tique permettant de rendre compte de ce que le mouvement du texte, de la raison ou de l'histoire ne cesse de chercher, et le second qui est de constituer une sorte de m&#233;moire implicite de la forme inchoative ou discontinue du temps d'avant la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui appara&#238;t avec l'invention de la vid&#233;o, c'est le fait qu'on quitte d&#233;finitivement si l'on peut dire l'univers de la repr&#233;sentation au sens traditionnel du terme. L'image n'appara&#238;t plus sur un support papier, elle n'a plus rien avec cela avec la bi-dimensionnalit&#233; de la surface plane mais on le sait avec la bande magn&#233;tique et le moniteur de t&#233;l&#233;vision au d&#233;but et d&#233;sormais avec l'ordinateur l'&#233;cran et la projection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut donc comprendre ce qui se joue avec l'invention de la vid&#233;o, et qui bien s&#251;r &#233;tait d&#233;j&#224; en &#339;uvre dans le cin&#233;ma sous certains aspects mais pas de la m&#234;me mani&#232;re radicale, il est n&#233;cessaire de prendre acte de cet effacement du support et de ce transfert de l'image de la surface &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce passage de la surface &#224; l'&#233;cran, c'est l'ensemble du dispositif de l'image photographique que l'on vient d'analyser qui se trouve basculer dans une autre dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce dispositif &#233;tait compos&#233; un peu de mani&#232;re parall&#232;le &#224; celui de la conscience. Il incluait un cadrage et un cadre, un support mat&#233;riel, un sujet, un jeu de renvois ou de reflets, ou si l'on veut des jeux de miroirs entre le sujet et le monde dont le sujet &#233;tait finalement le centre, et surtout la possibilit&#233; d'une reconnaissance g&#233;n&#233;ralis&#233;e bas&#233;e sur la croyance en la ressemblance et en l'indexicalit&#233; de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui posait probl&#232;me, c'&#233;tait la narratisation qui se voyait mise &#224; mal et comme interdite par le statut m&#234;me de l'image fixe et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce point qui posait probl&#232;me, l'image &#233;tant pens&#233;e dans une relation de d&#233;pendance par rapport au texte, cette puissance magique de l'image n'&#233;tait pas vraiment prise en compte. En montrant qu'il n'en est rien et qu'au contraire, le statut m&#234;me des images, alli&#233; &#224; leur multiplication op&#233;rait un reversement g&#233;n&#233;ral de position et la transformation du monde ou plut&#244;t de notre perception du monde, on se trouve confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de comprendre comment la vid&#233;o transforme encore plus profond&#233;ment un dispositif qui met &#224; mal pour ne pas dire abolit celui de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'omnipr&#233;sence de la repr&#233;sentation et de la question de la ressemblance ont occult&#233; l'existence d'images li&#233;es &#224; des instruments divers et vari&#233;s comme les microscopes ou les t&#233;lescopes, mais cela est d&#251; au fait que les visions rendues possibles par ces appareils ne pouvaient se traduire dans un langage qui ne f&#251;t point celui de la repr&#233;sentation et de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flusser dans son livre, &lt;i&gt;Les gestes&lt;/i&gt; et dans le texte intitul&#233; &lt;i&gt;Le geste avec vid&#233;o&lt;/i&gt; pr&#233;cise la diff&#233;rence qui pour lui existe entre deux r&#233;gimes ou deux types d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par sa g&#233;n&#233;alogie, le film se localise sur la branche suivante : fresque-peinture-photographie, et la vid&#233;o sur la branche suivante : surface d'eau-lentille-microscope-t&#233;lescope. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction est essentielle si on la met en relation avec les divers points qui nous occupent ce soir. La surface d'eau, la lentille etc. sont des instruments de vision pas des instruments qui servent &#224; la repr&#233;sentation. Leur fonction n'est donc pas la m&#234;me et c'est l&#224; que se situe le point de d&#233;part de tant de questionnements autour de la vid&#233;o et en particulier des difficult&#233;s que l'art vid&#233;o a rencontr&#233;es pour &#234;tre reconnu comme art. La vid&#233;o n'a rien &#224; voir avec les modes anciens de repr&#233;sentation, c'est un instrument &#233;pist&#233;mologique, dit Flusser, il pr&#233;sente mais il offre aussi de multiples possibilit&#233;s, de multiples virtualit&#233;s et c'est &#224; l'&#233;vidence &#224; l'exploration de ces virtualit&#233;s que l'art vid&#233;o s'est employ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Flusser rel&#232;ve une seconde diff&#233;rence entre cin&#233;ma et vid&#233;o et qui est essentielle. Elle concerne leur rapport au temps. Il y a dans le cin&#233;ma une forme de lin&#233;arit&#233; qui ne peut &#234;tre totalement abolie. Le cin&#233;ma est li&#233; &#224; l'histoire dans les deux sens du terme et il peut &#234;tre la base d'une r&#233;flexion sur l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o par contre, par la relation qu'elle permet entre l'op&#233;rateur et la sc&#232;ne qu'il enregistre, par le fait qu'il est lui-m&#234;me un acteur de la situation et qu'il contr&#244;le ce qu'il fait en temps r&#233;el ouvre une nouvelle relation des images au temps. De plus, il peut aussi manipuler la bande, et plus encore avec les donn&#233;es de type num&#233;rique, faire jouer sur le m&#234;me support-m&#233;moire des donn&#233;es d'&#233;poques diff&#233;rentes. En ce sens, il ne r&#233;fl&#233;chit pas sur l'histoire, mais il agit sur l'histoire directement parce qu'il est dans l'histoire. En tout cas il intervient sur les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc avec la vid&#233;o &#224; la fois une sorte de circularit&#233; qui ressemble &#224; celle de l'image photographique, mais il y a une dimension suppl&#233;mentaire celle d'un espace particulier, autrefois celui de la bande aujourd'hui celui de la carte m&#233;moire, qui prend en charge le temps d'une mani&#232;re in&#233;dite. Le temps n'est plus lin&#233;aire, on le sait, il est circulaire au sens du regard pi&#233;g&#233; par la photographie, car on peut se rendre dans n'importe quel point de la m&#233;moire &#224; n'importe quel moment. Il est le temps de la simulation g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o semble enregistrer les choses telles qu'elles sont, toujours &#224; cause du principe de reconnaissance qui fait que l'on croit que ce sont les choses qui sont projet&#233;es et non les r&#233;sultats de calculs effectu&#233;s par les appareils, alors qu'elle ne fait que projeter des simulacres issus de calculs et de concepts abstraits. Simulacre pas au sens de Lucr&#232;ce mais au sens o&#249; il s'agit d'objets virtuels auxquels l'appareil donne naissance et qui peuvent avoir une vie propre et donc une temporalit&#233; propre qui est finalement celle de l'appareil et de la r&#233;alit&#233; dans la mesure o&#249; elle se plie et se coule dans celle de l'appareil ou en tout cas subit en retour les effets sur elle de son fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus simple, pour grossir le trait, c'est de se dire que le d&#233;cor et les personnages de chaque vid&#233;o n'ont pas d'autre r&#233;alit&#233; que celle des paysages des d&#233;cors et des individus qui vivent dans les jeux vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de l'&#233;ternel retour du m&#234;me se double du temps infini du d&#233;ploiement des virtualit&#233;s contenues dans les programmes des appareils. Ce n'est en tout cas pas un temps lin&#233;aire mais bien post-historique. Et donc l'effet de ces images sur la conscience, de chacun comme de l'humanit&#233; si l'on veut, cet effet de feed back, va transformer la forme conscience, voir l'abolir. C'est bien l&#224; en tout cas la fonction de l'image ou des images si comme le dit Flusser, les images ne servent pas &#224; transformer le monde mais &#224; en changer la signification. Et ce n'est pas le sens de telle ou telle chose qui change, mais bien la signification de l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_video.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/1_video-15eca.jpg?1619860282' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perdre la conscience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Essayons encore une fois de dessiner les contours de la conscience, de rendre compte de son fonctionnement. Cela seul me semble permettre de mieux comprendre le r&#244;le qu'y joue ce que l'on appelle l'image et ainsi de mieux mesurer comment s'op&#232;re la mutation qui s'accomplit en nous aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'accorde donc &#224; ne pas r&#233;duire la conscience au seul moi m&#233;taphorique, &#224; la seule saisie en miroir des actions diverses d'un sujet par une instance qui &#224; la fois le surplomberait et lui serait int&#233;gr&#233;e, mais &#224; voir dans ce dispositif un m&#233;canisme complexe qui a permis justement au psychisme humain de s'adapter &#224; la grande r&#233;volution que fut l'invention de l'&#233;criture, alors on pourra sans doute mieux comprendre ce que la vid&#233;o est en train d'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, je crois tenter d'adopter deux points de vue &#224; la fois concomitants et contradictoires lorsque l'on parle de la vid&#233;o, celui qui serait d'un sujet encore capable de penser un objet ext&#233;rieur &#224; lui-m&#234;me et celui d'un sujet en train de prendre acte de sa propre d&#233;structuration de sa propre disparition ou en tout cas de son propre effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes on se trouve face &#224; un paradoxe. La vid&#233;o met en &#339;uvre un ensemble de proc&#233;dures qui d&#233;construisent litt&#233;ralement la conscience et que la conscience a donc du mal &#224; appr&#233;hender, mais qui d'autre part sont aussi des donn&#233;es &#224; partir desquelles va se reconfigurer le psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effacement du sujet ne signifie pas l'abolition de la possibilit&#233; de penser ou de r&#233;fl&#233;chir mais la transformation des conditions d'exercice de la pens&#233;e. Ce seul point suffirait &#224; prouver que la conscience ne se r&#233;sume pas au seul moi m&#233;taphorique ni que la pens&#233;e se limite au fait de pouvoir contr&#244;ler ses connaissances sans tenir compte des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais juste tenter de dessiner une nouvelle carte du psychisme et cela &#224; partir de la question du statut de l'image qui n'est pas un &#233;l&#233;ment parmi d'autres mais sans doute l'&#233;l&#233;ment central celui autour duquel s'organise la mutation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_snow.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3_snow-468da.jpg?1619860282' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Michael Snow, La r&#233;gion centrale, 1971
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Institut de l'art canadien
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question du miroir ou la disparition du partage dehors/dedans&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et le premier &#233;l&#233;ment qui appara&#238;t sur cette carte, c'est la forme d'une scission, d'une disjonction ou d'une schize. Elle ressemble beaucoup &#224; celle qui affectait le cerveau bicam&#233;ral, mais si elle semble en &#233;pouser la forme, elle est plus complexe car elle traverse de nombreux autres plans qui constituent le psychisme et ne peut &#234;tre consign&#233;e &#224; la ligne de d&#233;marcation qui passe entre les deux h&#233;misph&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait elle affecte le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de la conscience lui-m&#234;me. Et elle passe d'abord pourrait-on dire ou elle affecte en premier lieu la structure Je analogue et Moi m&#233;taphorique, c'est-&#224;-dire la question du miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o n'est pas un miroir. Elle n'est pas non plus un reflet. En cela elle se distingue de toutes les images pr&#233;c&#233;dentes. La vid&#233;o n'est pas un miroir pour deux raisons techniques si l'on veut, parce que le moniteur ou l'&#233;cran ne refl&#232;te pas la lumi&#232;re mais au contraire &#233;met la lumi&#232;re cathodique et parce que incluant mouvement et son, la vid&#233;o renverse les concepts et les rep&#232;res traditionnels de ce qu'est pour nous une r&#233;alit&#233; refl&#233;t&#233;e car le r&#233;alisateur comme l'observateur se trouvent dans un &#171; espace &#187; pour lequel il ne disposent pas encore de coordonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o, l'art vid&#233;o si l'on veut mais tout autant la t&#233;l&#233;vision et les jeux vid&#233;o, sont pour l'heure &#224; comprendre comme des tentatives diverses mais visant un m&#234;me but, celui de nous faire faire l'exp&#233;rience de ce nouvel espace qui n'existait pas et n'existe pas hors de la pr&#233;sence de ces appareils et qui modifie fondamentalement notre relation au monde et &#224; nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'espace n'est pas le meilleur, mais nous ne disposons pas d'autre terme pour &#233;voquer ce m&#233;lange &#224; la fois d'une pr&#233;sence physique celle de la cam&#233;ra ou du moniteur ou des deux ou de plusieurs d'entre eux dans une installation. Autour de ce terme c'est &#224; la fois l'espace tel qu'on en parle au sujet d'une sculpture qui tr&#244;ne souvent dans les salons des appartements ou, devenu &#233;cran plat il est maintenant accroch&#233; au mur comme un tableau ou suspendue en l'air, qui est &#233;voqu&#233; et l'espace tel qu'il est pr&#233;sent&#233; dans les vid&#233;os elles-m&#234;mes et qui se trouve moins repr&#233;sent&#233; que mis en &#339;uvre d'une mani&#232;re inconnue &#224; travers les exp&#233;riences faites par les corps devenus images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce qui a lieu avec la vid&#233;o, c'est en fait la mise en &#339;uvre d'un ensemble d'images qui ne refl&#232;tent plus l'exp&#233;rience directe d'un corps mais plongent ce corps dans des exp&#233;riences indirectes par inf&#233;rence et simulation d'&#233;tats dans lesquels il ne peut pas ni comme individu, ni comme esp&#232;ce, se souvenir avoir &#233;t&#233; ou connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet est comme mis doublement hors de lui-m&#234;me, par la cam&#233;ra elle-m&#234;me qui peut fonctionner en son absence, et par le r&#233;sultat qui peut lui montrer des choses qu'il n'a pas la possibilit&#233; de voir normalement. Ici, les fonctions scopiques, t&#233;lescopiques et microscopiques, en plus de celles li&#233;es &#224; l'acc&#233;l&#233;ration ou au ralenti, participent directement de cette mutation du reflet qui en fait est devenu projection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit toujours d'une projection de quelque chose d'inconnu qui a lieu in&#233;vitablement devant les yeux &#233;bahis du spectateur. C'est en ce point que le spectateur devient une sorte d'acteur d'un nouveau genre, non pas au sens th&#233;&#226;tral ou actif au sens de jouer un r&#244;le, mais au sens o&#249; sa passivit&#233; est trou&#233;e par une exp&#233;rience inconnue et impossible, celle qu'il voit sur l'&#233;cran, et qui le fait donc se projeter lui-m&#234;me dans d'autres espaces et d'autres temps. C'est cette projection de soi hors de soi &#224; la rencontre d'une exp&#233;rience visuelle, en vue de son int&#233;gration dans le psychisme comme exp&#233;rience &#171; v&#233;cue &#187; qui remplace le miroir, qui tient lieu de miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus le reflet d'un sujet qu'il voit, mais un sujet s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me dont il &#233;prouve l'existence, un sujet parti &#224; la recherche de ce qu'il a vu et &#171; v&#233;cu &#187; au sens de subi par la vue et qu'il cherche &#224; comprendre. Mais il ne peut pas comprendre cela directement car cela ne rel&#232;ve pas de l'exp&#233;rience directe, physique au sens habituel du terme. Il est &#224; la recherche d'une sorte de compr&#233;hension ou de saisie qui n'est ni perceptuelle, ni intellectuelle, mais disons purement physique au sens d'affective, mais d'affects qui sont d'une certaine mani&#232;re sans nom, car il s'agit d'exp&#233;riences irrepr&#233;sentables quoique visuelles et auditives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sujet est donc actif d'une nouvelle mani&#232;re, dans la mesure o&#249; il se projette dans l'inconnu qu'il &#233;prouve, o&#249; il se jette vers le dehors en voyant quelque chose qui l'affecte au plus profond de lui-m&#234;me l&#224; o&#249; l'inconnu vibre en lui et le fait vibrer et qu'il ne peut pas nommer. Le chemin qui pourra conduire &#224; une forme de connaissance va prendre du temps, il va falloir passer par l'adaptation neurale, psychique, &#224; cette nouvelle forme d'exp&#233;rience et cela peut prendre du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un passage de son livre &lt;i&gt;Vid&#233;o : un art contemporain&lt;/i&gt;, Fran&#231;oise Parfait &#233;crit &#224; propos d'une &#339;uvre de Michael Snow, &lt;i&gt;La R&#233;gion centrale&lt;/i&gt;, ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la r&#233;gion centrale, le corps n'est pas repr&#233;sent&#233; physiquement, mais le paysage t&#233;moigne d'un point de vue &#233;trange et nouveau. Les conditions de r&#233;ception du film sont celles du dispositif cin&#233;matographique. [...] Or la perception des images n'est pas unitaire ; le spectateur fait l'exp&#233;rience de la disjonction entre lui et ce qu'il voit, comme si son regard avait quitt&#233; son corps pour adopter un point de vue icarien et &#233;laborer une repr&#233;sentation panoptique du monde. L'&#339;il m&#233;canique de la cam&#233;ra ne correspond pas &#224; son regard &#224; lui, il n'y a pas d'identification possible car l'&#339;il m&#233;canique n'est pas SUJET de la monstration, il ne montre pas du doigt de l'objectif quelque chose &#224; quelqu'un. Pour qu'il y ait adh&#233;rence, adh&#233;sion entre une regard et un autre il faut justement qu'il y ait regard, c'est-&#224;-dire intention, c'est-&#224;-dire pr&#233;sence d'un sujet. [...] Tierry de Duve dit qu'avec la r&#233;gion centrale &#8220;je n'habite jamais le ici et maintenant, ils ne m'habitent pas non plus&#8221; &#187;. Le visuel se d&#233;tache de la vision (comme l'&#339;il s'est d&#233;tach&#233; de l'&#339;illeton de la cam&#233;ra pour s'attacher &#224; l'&#233;cran de contr&#244;le), l'image s'instrumentalise au profit d'une surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e des choses dans leur visibilit&#233;. Le sujet humaniste s'&#233;vanouit dans un r&#233;gime sp&#233;culaire totalisant dans lequel le visible ne t&#233;moigne plus de la pr&#233;sence de l'homme. Il semble m&#234;me lui pr&#233;exister dans le film de Michael Snow o&#249; l'espace enregistr&#233; ressemble &#224; l'id&#233;e que l'on peut se faire d'un paysage pr&#233;humain : un paysage dans lequel aucune trace de l'intervention de l'homme n'est d&#233;celable, un paysage lunaire, min&#233;ral, inhabitable. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 66-67).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ces explications &#233;voquent avec une grande pr&#233;cision, ce que j'appelle la schize engendr&#233;e par l'image ou plut&#244;t par l'existence des images techniques dans nos vies et par celle de la vid&#233;o en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence les artistes vid&#233;astes font un travail particuli&#232;rement passionnant dans la mesure o&#249; ils tentent justement de &#171; comprendre &#187; ce qui se passe et pour le comprendre ou esp&#233;rer le comprendre un jour, il faut d'abord bien s&#251;r le rendre perceptible, le mettre en &#339;uvre, le pr&#233;senter. C'est ce qu'ils font donc, actualiser l'ensemble des virtualit&#233;s contenues dans le dispositif vid&#233;o. Et ces dimensions ou aspects virtuels en train de s'installer dans nos vies et de les modifier, le font un peu &#224; la mani&#232;re dont certains grands artistes ont transform&#233; leur vie ou leur corps, en inventant des mondes ou des &#233;tats du monde et du corps qui d&#233;passaient les zones balis&#233;es par les clich&#233;s pour atteindre &#224; des zones inconnues, &#224; des exp&#233;riences psychiques in&#233;dites souvent proches de la folie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; lire ce passage on croit entendre Deleuze et Guattari dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt; lorsqu'ils &#233;voquent les deux grands aspects de la pens&#233;e ou de la vie que sont affects et percepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le but de l'art avec les moyens du mat&#233;riau, c'est d'arracher le percept aux perceptions d'objet et aux &#233;tats d'un sujet percevant, d'arracher les affects aux affections comme passage d'un &#233;tat &#224; un autre. Extraire un bloc de sensations, un pur &#234;tre de sensations. [...] Les affects sont pr&#233;cis&#233;ment ces devenirs non humain de l'homme ; comme les percepts (y compris la ville) sont les paysages non humains de la nature. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 158-160).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu ici est bien l'arrachement, le fait de perdre la relation directe, certes pour une part fantasm&#233;e ou si l'on veut m&#233;taphoris&#233;e, mais suppos&#233;e r&#233;elle, cette relation prise dans des formes de liens directs, du corps aux affections qui le traversent et au monde qui l'entoure et de la pens&#233;e &#224; ce corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze et Guattari &#233;crivent dans le m&#234;me passage &#224; propos de &lt;i&gt;Mrs Dalloway&lt;/i&gt; que c'est elle &#171; qui per&#231;oit la ville mais parce qu'elle est pass&#233;e dans la ville, comme &#171; une lame &#224; travers toutes choses &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 160). La vid&#233;o c'est une lame qui passe &#224; travers toutes choses, dans la conscience la renvoyant &#224; la division qui est en son c&#339;ur comme son secret qu'elle exhibe moins qu'elle ne le rend actif, &#224; travers les relations humaines &#224; travers les relations de l'homme au dehors, &#224; travers ce qu'il rend pour son int&#233;riorit&#233;, bref elle passe partout impliquant pour &#234;tre per&#231;ue un remodelage complet de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous n'avons plus affaire &#224; des affects et des percepts d&#233;j&#224; connus mais bien &#224; de nouveaux percepts et de nouveaux affects, &#171; purs &#187; au sens o&#249; ils ne sont pas traductibles dans les langages connus mais sont d'une part traduits par les langages invisibles des programmes et d'autre part projet&#233;s sans fin sur les &#233;crans de la nouveaut&#233;. C'est dans cette langue apparemment commune et connue de tous, la langue nouvelle du visible qu'ils nous reviennent mais pr&#233;cis&#233;ment comme des images techniques et non comme des textes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_hill.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH213/3_hill-d53e5.jpg?1772191504' width='500' height='213' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gary Hill &#8212; Inasmuch As It Is Always Already Taking Place
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1990
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image technique (num&#233;rique) : tentative de d&#233;finition ou Retour sur le pixel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le conflit entre deux statuts de l'image a pu troubler les th&#233;oriciens de la photographie, il n'est plus possible de ne pas prendre acte d'un fait simple, massif, &#233;vident mais pr&#233;cis&#233;ment d&#233;ni&#233;, du moins dans l'usage et la perception quotidienne de masse des images num&#233;riques, le fait que comme l'&#233;crit justement Fran&#231;oise Parfait, &#171; l'image vid&#233;ographique pr&#233;existe &#224; toute repr&#233;sentation mim&#233;tique qu'elle pourrait figurer &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 97) ou encore &#171; une image &#233;lectronique est donc avant tout une image de l'&#233;lectronique avant d'&#234;tre une image d'autre chose. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc affaire &#224; ce que l'on pourrait appeler &#171; la cause &#187; de ce processus affectant le sujet. Ce qui l'affecte est un arrachement par rapport aux modes connus jusqu'ici de perception et ce qui le cause, c'est le fait que l'image est devenue num&#233;rique comme tout le reste, le texte et la voix, et que cette dimension originaire des nouvelles images induit un processus d'autonomisation de la repr&#233;sentation qui change donc et de forme et de statut sous nos yeux si l'on peut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomisation participe du m&#234;me processus d'&#233;loignement, de d&#233;chirure, de rupture avec les conditions &#171; naturelles &#187; de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point ligne plan faudrait-il &#233;crire &#224; nouveau mais plus dans le sens de Kandinsky, dans un sens nouveau. Le point est le pixel, l'&#233;l&#233;ment de base &#224; partir duquel l'espace de l'&#233;cran va &#234;tre compos&#233; mais plus du tout par un jeu de reproduction analogique fixe, on le sait mais par un jeu complexe de mouvements des points en ligne, des lignes en traits et surtout des points en zones ou r&#233;gions lumineuses n&#233;es du balayage des ondes sur l'&#233;cran qui est la nouvelle forme du plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image vid&#233;ographique est donc d&#233;finie par la ligne qui balaye l'&#233;cran et par les pixels qui d&#233;finissent des zones de luminosit&#233;. Ainsi, c'est &#224; partir de ces &#233;l&#233;ments abstraits et purement &#233;lectroniques, c'est-&#224;-dire d&#233;pendant des codes qui permettent de les faire exister que se composent, qu'apparaissent sur les &#233;crans sur les surfaces les &#233;l&#233;ments visuels qui vont composer l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc TOUT ce qui appara&#238;t sur une telle image EST abstrait, le corps comme le souffle, la voix comme les mots, tout absolument tout. Et le v&#233;ritable probl&#232;me qui se pose au-del&#224; des tentatives de d&#233;finition, c'est qu'il n'est pas possible de prendre en charge cette dimension abstraite, que la tendance de la perception &#224; reconna&#238;tre du visible du d&#233;j&#224; connu dans le visuel dans l'image qui passe sur l'&#233;cran, cette crise profonde inscrite &#224; m&#234;me l'image ou qui la porte &#224; chaque instant, si l'on entend par crise ce qu'en dit Flusser &#224; savoir qu'elle se d&#233;finit comme la non-ad&#233;quation entre notre image du monde et la connaissance que nous en avons. Nous savons que l'image num&#233;rique est abstraite et nous l'oublions &#224; chaque fois que nous regardons la t&#233;l&#233;, et si cette distance et cet arrachement restent non per&#231;us ils ne cessent de nous affecter en tant que tels &#224; chaque seconde o&#249; nous regardons des &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art vid&#233;o a pour fonction depuis l'origine d'&#234;tre le champ de la manifestation du cach&#233; dans le visible. Il vise &#224; rendre perceptible les op&#233;rations qui fondent la &#171; nouvelle nature &#187; de l'image &#233;lectronique et de faire en sorte que pr&#233;cis&#233;ment au lieu d'&#234;tre maintenu dans l'oubli de ce nouveau statut soit envoy&#233; au psychisme du spectateur des signaux qui rendent la crise perceptible et qui manifestent, sans lui donner d'autre signification que de la faire exister, la schize nouvelle qu'instaurent ces images en tant que telles et ind&#233;pendamment de leur contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de diff&#233;rence entre une &#233;mission de t&#233;l&#233; et une vid&#233;o de Gary Hill, sinon que l'une masque &#224; travers le jeu avec la croyance imm&#233;diate que fait fonctionner notre syst&#232;me d'inf&#233;rences, l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de la vid&#233;o et que l'autre rend cette &#233;tranget&#233; perceptible, nous en fait faire l'exp&#233;rience &#171; directe &#187; &#224; travers ce que nous voyons &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des vid&#233;o de Attila &#233;tait directement la mise en &#339;uvre d'une schize, la voix qui semblait d&#233;crire le visible devenant autonome, et instaurant une distance incommensurable entre le visible et l'audible, inscrivant ou r&#233;v&#233;lant, comme on veut, au c&#339;ur de l'appareil perceptif humain une faille incompressible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette faille, si elle est jou&#233;e dans le contenu informationnel du film, existe en fait de mani&#232;re &#171; essentielle &#187; dans le statut m&#234;me et le fonctionnement des images, car c'est chaque image qui porte en elle cet &#233;cart entre chacun de ses &#233;l&#233;ments, pixel, ligne, couleur, zone de luminosit&#233;, son. L'&#233;cart est modul&#233;, mais ce qui est la base de cette modulation c'est &#224; la fois le fait que chacun est d'une part le r&#233;sultat de la traduction de code et d'autre part absolument autonome par rapport aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proche de la tapisserie ou de la mosa&#239;que , l'image &#233;lectronique &#171; s'affirme donc bien comme surface et rien d'autre en tout cas rien du corps pesant profond et r&#233;el de l'artiste ; par contre cette image feuillet&#233;e, cette image qui en cache une autre, tr&#232;s pr&#232;s d'elle juste derri&#232;re, admet une certaine &#233;paisseur, inframince mais non n&#233;gligeable. Le devant et le derri&#232;re du cin&#233;ma sont remplac&#233;s par le dessus et le dessous de l'image. &#187;(Fran&#231;oise Parfait, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_bear.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/4_bear-aab9f.jpg?1619860282' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bear', Steve McQueen
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1993, Tate
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre et temporalit&#233; : la boucle dans le nouveau fonctionnement du psychisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un &#233;l&#233;ment qui rapproche l'image &#233;lectronique du fonctionnement du psychisme au moment de l'invention de l'&#233;criture, et dont t&#233;moignent de nombreuses vid&#233;o de mani&#232;re &#171; m&#233;taphorique &#187;, c'est sans aucun doute la question du cadre et du contexte. Clarisse Herrenschmidt a parfaitement montr&#233; comment les &#233;critures qui pr&#233;c&#232;dent l'alphabet complet supposent, &#224; des degr&#233;s divers, la compr&#233;hension du contexte pour pouvoir &#234;tre lues. Il en va de m&#234;me avec la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception de l'image vid&#233;o se complexifie par rapport &#224; celle des images fixes. Il peut y avoir par exemple une mosa&#239;que de cadres dans le cadre et donc une multiplication des informations dans l'image et cela plut&#244;t que d'apporter plus d'informations, les rend plus difficilement d&#233;chiffrables non tant &#224; cause du nombre que par le fait que le travail de compl&#232;tement de l'image par l'appr&#233;hension mentale du contexte est plus difficile. Car en fait l'image vid&#233;o ne peut d'une certaine mani&#232;re pas &#234;tre appr&#233;hend&#233;e sans que soit suppos&#233; exister un ensemble de processus mentaux et psychiques qui compl&#232;tent ce qui est vu pour que cela ait du sens, pour que cela ressemble &#224; ce que nous connaissons d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pr&#233;cis&#233;ment cette &#233;tranget&#233; vient de cela m&#234;me &#224; savoir que les images &#233;lectroniques ne rel&#232;vent pas dans leur &#234;tre m&#234;me faudrait-il dire, de quelque chose qui a &#224; voir avec l'analogique avec la m&#233;taphore, bref avec la perception et avec le corps selon les modalit&#233;s qui ont pr&#233;sid&#233; jusqu'ici. C'est cela m&#234;me qui est &#233;trange et qui est comme d&#233;ni&#233;, effac&#233;, occult&#233;, ni&#233;, bref oubli&#233; d&#232;s lors que l'on p&#233;n&#232;tre dans ce monde d&#233;di&#233;, pourtant, &#224; la m&#233;moire infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui se passe c'est en quelque sorte une mise entre parenth&#232;ses du corps comme vecteur de la sensation pour en faire un vecteur de la perception. C'est comme si la vid&#233;o, ou plut&#244;t les images techniques &#233;videmment, interdisait un acc&#232;s direct aux affects pour ne privil&#233;gier qu'une sorte d'affect ne remontant au psychisme que par le percept, que par la vision d'images, qui font tout appr&#233;hender comme relevant d'un monde o&#249; l'homme serait absolument &#233;tranger, d'un monde sans l'homme, d'avant l'homme ou d'apr&#232;s l'homme, d'avant le temps ou d'apr&#232;s la fin du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que passe la faille, dans l'homme entre ce qu'il re&#231;oit par les images et ce que cette r&#233;ception-perception fait na&#238;tre en lui, la mani&#232;re dont elle l'affecte. Et cette mani&#232;re, c'est simple de dire ce qu'elle est, l'homme se trouve affect&#233; par des signaux &#233;mis par des &#233;crans et des appareils qui traduisent tout ce qui est en images pour le rendre perceptible selon leur propre modalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r un lien avec l'homme mais c'est un lien bris&#233;, en ce qu'il ne peut recevoir sans comprendre et qu'en fait, il n'y a pas &#224; comprendre car cette langue &#233;crite des codes et des programmes n'est compr&#233;hensible que sous la forme selon laquelle elle appara&#238;t &#224; savoir comme image sur un &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image, texte et son sont mis au m&#234;me niveau, ramen&#233;s &#224; une seule et unique dimension. Et cette dimension est d'une certaine mani&#232;re et spatiale et temporelle, elle inclut l'espace du monde dans le temps de la projection comme elle inclut le temps du monde dans l'espace de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'image, on l'a vu, &#171; est &#187; l'espace en ce qu'elle &#171; est &#187; l'&#233;cran dans sa puissance &#233;lectronique &#224; traduire les signaux en pixels et en lignes et les lignes en images, l'image &#171; est &#187; aussi le temps en ceci que le temps projet&#233; par les &#233;crans n'a plus qu'une dimension, celle de la boucle, un autre nom pour l'&#233;ternel retour du m&#234;me, si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de parler directement de la boucle &#233;voquons une fois encore le fonctionnement de l'univers des appareils avec Clarisse Herrenschmidt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une couche est venue s'ajouter aux langues et aux signes qui les rendent visibles, au langage non artificiel &#233;crit des nombres. Une double couche qui n'est ni orale ni vraiment oralisable, ni &#233;crite avec papier et crayon par les non sp&#233;cialistes, celle de l'encodage binaire et des langages artificiels propres aux machines. [...] Jusqu'alors les &#233;critures demandaient du temps, voici que l'&#233;criture informatique inclut la simulation d'un temps discret [...] depuis toujours &#233;crire revenait &#224; rendre visible l'&#233;tat de la mati&#232;re, voici que le langage d&#233;j&#224; &#233;crit et visible en passant pas l'invisible devient visible, ayant subi dans l'obscur dieu sait quelles manipulations. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 455).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin elle conclut : &#171; Nous parlons dans un univers plat, d&#233;symbolis&#233;, o&#249; toute parole est l'&#233;quivalent de toute parole, avec des langues qui tremblent dans leur fondement. Ayant oubli&#233; qu'elles sont de l'ordre notionnel, il nous faut faire coller les mots au r&#233;el ph&#233;nom&#233;nal comme y adh&#232;rent les images, comme y adh&#232;rent les enfants qui apprennent &#224; parler et r&#233;int&#233;grer le contexte . &#187;(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 500-501)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, ce qui appara&#238;t ici c'est la perte totale ou radicale des liens qui unissaient l'homme au monde et &#224; son corps au profit d'un nouvel &#233;tat des choses dans lequel tout est pass&#233; au crible des signes binaires et doit devenir image pour pouvoir &#234;tre per&#231;u, c'est-&#224;-dire appr&#233;hend&#233;. Nous sommes devant cela comme les enfants devant la langue en train d'apprendre et nous adh&#233;rons sans autre possibilit&#233; de prendre une distance car il n'y a pas de psychisme constitu&#233; qui permette d'appr&#233;hender justement ce qui arrive. Il faut faire avec, c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est aussi pourquoi dans cette aventure tout est &#224; reprendre &#224; z&#233;ro &#224; partir de la nouvelle donne, mais d'une certaine mani&#232;re sans pouvoir recourir &#224; ce qui caract&#233;risait la conscience, &#224; savoir cette prise de distance entre je et moi, distance ou &#233;cart par lequel on s'assurait du contr&#244;le des d&#233;cisions. Le contr&#244;le a chang&#233; de champ, il est pass&#233; dans l'image et d'une certaine mani&#232;re c'est &#224; l'externalisation de certaines fonctions c&#233;r&#233;brales que nous assistons. Et comme lorsque l'homme a invent&#233; l'&#233;criture, mais dans un temps plus court, il doit faire face &#224; un remodelage de son psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'espace est la dimension essentielle par rapport &#224; laquelle la conscience s'est constitu&#233;e, c'est par rapport &#224; un nouvel espace-temps qu'il se constitue aujourd'hui. L'espace est celui de l'image-&#233;cran et le temps, qui a aussi une forme spatiale, inclut en elle les trois extases temporelles que sont pr&#233;sent pass&#233; et avenir dans le mouvement incessant d'oscillation d'un pr&#233;sent sans attache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps est d'une part discontinu dans son aspect statuel, comme le dit Clarisse Herrenschmidt &#233;voquant avec ce n&#233;ologisme l'&#233;tat particulier de la mati&#232;re que les ordinateurs convoquent dans leur fonctionnement mat&#233;riel concret, et d'autre part il prend la forme d'un &#233;ternel retour possible du m&#234;me inscrit dans les possibilit&#233; infinies de m&#233;moire contenue dans les appareils et que l'on peut appeler ici la boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle n'est pas un &#233;tat de fait, une forme inconditionn&#233;e du temps mais bien au contraire le fruit d'une n&#233;cessit&#233; ou la r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me. Le probl&#232;me est le suivant : comment rendre une certaine forme de continuit&#233; &#224; un temps discontinu ? Comment faire co&#239;ncider les signaux qui forment l'image avec la perception humaine, un espace qui peut appara&#238;tre homog&#232;ne avec un temps qui ne l'est pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle dit plusieurs choses. D'abord elle est en fait une possibilit&#233; offerte par l'appareil mais une possibilit&#233; essentielle puisque c'est elle qui permettant de tout faire revenir, permet de faire de l'image technique un moyen de connaissance et de faire de la fascination le moyen d'une vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle permet de voir et de revoir. Il ne s'agit pas l&#224; d'une forme ancienne de r&#233;p&#233;tition mais bien d'une possibilit&#233; nouvelle, celle de faire comprendre au psychisme qu'il peut se d&#233;faire de certaine fonctions puisque l'appareil les r&#233;alise mieux que lui et m&#234;me en son absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle est aussi une sorte de m&#233;taphore spatiale qui fait de l'image une sculpture des formes temporelles &#224; travers la possibilit&#233; de les pr&#233;senter de mani&#232;re justement d&#233;cal&#233;e et donc non r&#233;aliste. De nombreuses vid&#233;o ont eu recours &#224; ces &#233;carts entre image et son par exemple, ou image et texte, &#233;carts qui pr&#233;cis&#233;ment ont &#224; voir avec la boucle en ceci que seule la possibilit&#233; de faire revenir l'image assure la possibilit&#233; d'une reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle, si l'on veut, c'est la forme de la narratisation dans le psychisme post-historique de la m&#234;me mani&#232;re que l'image assure elle, les autres fonctions et que image et boucle rendent possible de faire fonctionner un nouveau principe de reconnaissance. Ainsi peut-on aussi voir dans les dispositifs comme le direct ou la surveillance non pas des fonctions secondes, mais bien des &#233;l&#233;ments constitutifs de l'image vid&#233;o. Mais c'est l'image m&#234;me pourrait-on dire, qui est port&#233;e par la r&#233;p&#233;tition et qui constitue en tant que telle une boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquant une vid&#233;o de Steve McQueen, &lt;i&gt;Bear&lt;/i&gt;, Fran&#231;oise Parfait remarquer : &#171; Le combat ne s'inscrit ni dans une r&#233;alit&#233;, ni dans une fiction ; sans n&#233;cessit&#233; et sans objet, il est pur mouvement et pure &#233;motion, car s'il n'y a pas d'histoire, il y a de l'affect &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 209).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle est le temps m&#234;me d'un l'affect &#171; pur &#187;. Cet affect est sans contenu autre que lui-m&#234;me et il n'existe que par son it&#233;ration et c'est son statut d'image num&#233;rique qui lui conf&#232;re sa temporalit&#233; propre, celle de la boucle. Ce que la boucle enveloppe en elle-m&#234;me, ce qu'elle r&#233;alise c'est la fusion entre dehors et dedans, id&#233;e d'une int&#233;riorit&#233; et r&#233;alit&#233; d'une ext&#233;riorit&#233;. Tout se retrouve dans ce pli particulier que forme une boucle et dans ce temps particulier qu'est celui de la boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233;e &#224; l'existence des subjectivit&#233;s ou des consciences que nous sommes encore, ou tentons du reste, la boucle donne en gros ceci : &#171; Or, voici le premier sympt&#244;me d'auto-immunit&#233; suicidaire : non seulement le sol, &#224; savoir la figure litt&#233;rale du fondement ou de la fondation de cette &#8220;force de loi&#8221;, se voit expos&#233; &#224; l'agression mais l'agression dont il est l'objet (l'objet expos&#233; justement &#224; la violence mais aussi, en boucle &#224; ses propres cam&#233;ras dans son propre int&#233;r&#234;t) vient, comme de l'int&#233;rieur, de forces qui sont apparemment sans force [...]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en note, au mot boucle on peut lire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La figure de la boucle s'imposerait ici pour trois raisons : 1. la continuit&#233; reproductive du passage, comme on dit, en boucle, des m&#234;mes images t&#233;l&#233;visuelles d'un &#171; direct &#187; : l'&#233;v&#233;nement puis l'effondrement des deux tours dont le film ne cesse de passer et de repasser sur les &#233;crans &#224; travers le monde entier ; cette compulsion de r&#233;p&#233;tition confirme et neutralise &#224; la fois l'effet d'une r&#233;alit&#233; dans un m&#233;lange indissociable de douleur effroyable, effray&#233;e, terrifi&#233;e et de jouissance inavouable, d'autant plus inavouable, d&#233;cha&#238;n&#233;e, irr&#233;pressible, qu'elle jouit &#224; distance, neutralisant et tenant ainsi la r&#233;alit&#233; en respect. 2. La boucle dit aussi la sp&#233;cularit&#233; circulaire et narcissique de cette douloureuse jouissance, de cette acm&#233; terrifi&#233;e par l'autre et terrifi&#233;e d'y trouver de quoi jouir &#224; voir, terrifi&#233;e d'apaiser sa propre terreur par son propre voyeurisme. 3. Boucle enfin ou cercle vicieux d'un suicide qui s'avoue dans la d&#233;n&#233;gation, se d&#233;teste en s'attestant, s'emporte sans son propre testament, t&#233;moigne de ce qui restera, du c&#244;t&#233; des suicid&#233;s (les hijackers et les cadavres &#171; disparus &#187;) sans t&#233;moin. &#187; (Jacques Derrida, &lt;i&gt;Le concept du 11 septembre&lt;/i&gt;, p. 146).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_name.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/5_name-1676a.jpg?1619860282' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nam June Paik, The hundred and eight torments of mankind
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image vid&#233;o, les appareils et l'effondrement de la structure intentionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est temps, je crois de boucler la boucle. Ce que l'on voit appara&#238;tre avec les appareils et avec l'image technique omnipr&#233;sente, c'est quelque chose qui &#233;tait pr&#233;sent d&#232;s le premier appareil, l'ext&#233;riorit&#233; entre l'usager, l'homme et l'appareil. Ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, la radicale s&#233;paration qui s'est instaur&#233;e, dans l'ordre du phantasme puis aujourd'hui dans l'ordre de l'hallucination. &#192; ceci pr&#232;s que s'est op&#233;r&#233; un changement de taille, l'envahissement de la vie par les appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le phantasme tenait en ceci que l'homme a semble-t-il eu besoin d'oublier qu'il &#233;tait l'inventeur des appareils et a jou&#233; &#224; se faire peur, pour jouir d'une situation nouvelle, celle de cette ext&#233;riorit&#233; de son &#234;tre par rapport &#224; l'appareil. Cette ext&#233;riorit&#233; semblait alors secondaire car elle ne remettait pas la vie en question, le mode de vie qui &#233;tait le sien, ni le mode m&#234;me de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est bien ce qui &#233;tait contenu dans le fonctionnement du premier appareil technique, cette possibilit&#233; de voir ce qui pouvait se passer alors qu'on &#233;tait absent, de s'inclure vivant comme absent et de voir cette absence revenir comme objet perceptible sous la forme d'image puis de sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour, la possibilit&#233; de ce retour d'une image du monde r&#233;alis&#233;e en l'absence de l'homme est l'une des formes de la boucle. Ce retour ressemble beaucoup &#224; l'une des fonctions internes &#224; la conscience, la conciliation ou la reconnaissance. Mais de coupe dans un temps encore con&#231;u comme lin&#233;aire, l'image est devenue mobile et capable de donner &#224; ce fantasme une r&#233;alit&#233; affective brute et brutale. L'image num&#233;rique s'est gliss&#233;e dans la vie de l'homme comme un scalpel dans ses chairs. Elle partage d&#233;sormais sa vie en deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un cot&#233;, il y a un corps vivant et percevant et de l'autre un psychisme en proie &#224; des exp&#233;riences affectives in&#233;dites rendues possibles par les programmes contenus dans les appareils. Par ce biais, l'homme se retrouve int&#233;gr&#233; &#224; l'appareil ou plut&#244;t il en est devenu, comme le dit Flusser, le fonctionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a quelque chose qui manque ou qui se trouve effac&#233; du processus compulsionnel qui pr&#233;side au d&#233;ploiement des images dans notre monde, c'est l'autre ou soi comme autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la conscience, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'elle est la structure ou l'appareil ou le dispositif qui a permis, suite &#224; l'invention de l'&#233;criture, d'&#233;tablir des liens, des relations entre les ph&#233;nom&#232;nes et partant entre les corps et entre les personnes qui se sont trouv&#233;es pouvoir r&#233;pondre de leurs actes devant les autres et non plus r&#233;pondre &#224; la seule voix des dieux en eux. C'est la logique de la contigu&#239;t&#233; qui s'est traduite par une forme de continuit&#233; temporelle qui a pr&#233;valu pour concevoir et mesurer ce qui relevait des causes et des effets, c'est-&#224;-dire toute la r&#233;alit&#233;, et non plus ces relations de type magique bas&#233;es sur l'association de ph&#233;nom&#232;ne non li&#233;s par une forme ou une autre de continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement des appareils est &#224; son tour bas&#233; sur une forme incommunicable de discontinuit&#233; qui se retrouve dans le fonctionnement m&#234;me et de l'appareil et de ce qu'il produit, les images et qui pourtant fonctionne litt&#233;ralement puisque nous pensons et croyons que ce que nous voyons sous la forme d'images, existe. Et au-del&#224; m&#234;me de cette croyance, nous croyons d&#233;sormais que ce qui est image est un &#233;tat de chose et a une r&#233;alit&#233; et en effet, l'image en a une par l'effet de feed back qu'elle a sur la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#232;s que la perception d'images, f&#251;t-ce d'images de corps qui provoquent des r&#233;actions d'empathie &#224; cause de notre syst&#232;me d'inf&#233;rence, prend la place d'un autre m&#233;canisme qui fonctionnait dans la conscience et qu'on n'a pas &#233;voqu&#233;, l'intentionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il y avait dans la structure psychique bicam&#233;rale, une forme d'intentionnalit&#233;, mais elle univoque, elle allait des dieux vers les hommes qui en retour ne pouvaient que tenter magiquement de faire en sorte que les informations circulent dans l'autre sens des hommes vers les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est la structure psychique qui assure &#224; l'intentionnalit&#233; humaine une puissance r&#233;elle, (en ceci que l'&#233;criture permet aussi un nouveau phantasme, celui que les dieux puissent r&#233;pondre puisqu'ils peuvent se taire) puisque l'homme a d&#233;couvert qu'il pouvait en effet &#234;tre cause et conna&#238;tre les causes, et pr&#233;voir les effets de certaines de ses actes. Certes, pas dans tous les domaines mais en gros une structure de communication &#224; double sens a &#233;t&#233; pos&#233;e comme valide et elle a concern&#233; en fait les relations que l'homme entretenait avec lui-m&#234;me sur le mod&#232;le des relations qu'il entretenait avec les dieux. Mais cela se passait d&#233;finitivement &#171; en &#187; lui et il le savait, m&#234;me s'il feignait souvent de croire que cela pouvait venir encore du dehors, des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ses tous premiers textes &lt;i&gt;La voix et le ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;, Jacques Derrida s'est int&#233;ress&#233; &#224; Husserl et &#224; la question de la structure intentionnelle. Il &#233;crivait au sujet du temps ceci : &#171; Le &#8220;point source&#8221;, l'&#8220;impression originaire&#8221;, ce &#224; partir de quoi se produit le mouvement de la temporalisation est d&#233;j&#224; auto-affection pure. [...] La temporalisation est la racine d'une m&#233;taphore qui ne peut &#234;tre qu'originaire. Le mot &#8220;temps&#8221; lui-m&#234;me, tel qu'il a toujours &#233;t&#233; entendu dans l'histoire de la m&#233;taphysique, est une m&#233;taphore, indiquant et dissimulant en m&#234;me temps le mouvement de cette auto-affection. Tous les concepts de la m&#233;taphysique &#8212; en particulier ceux d'activit&#233; et de passivit&#233;, de volont&#233; et de non-volont&#233; et donc ceux d'affection ou d'auto-affection, de puret&#233; et d'impuret&#233;, etc. &#8212; recouvrent l'&#233;trange mouvement de cette diff&#233;rence. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 9 et 95).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les appareils remettent en question, c'est la fonction de cette structure, de ce m&#233;canisme, de cette auto-affection fondement de l'intentionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est m&#234;me ce qu'ils rendent non pas impossible mais simplement invalide dans la mesure o&#249; pr&#233;cis&#233;ment les exp&#233;riences propos&#233;es par les images sont des exp&#233;riences de ce qui pourrait avoir lieu sans l'homme. Elles plongent donc la conscience ou lui font &#171; vivre &#187; une exp&#233;rience impensable, une exp&#233;rience qui n'existe pas et qui pourtant est l&#224; &#224; la fois non r&#233;elle mais v&#233;cue comme simulation, concr&#232;te et irr&#233;elle en quelque sorte, concr&#232;te par son irr&#233;alit&#233; m&#234;me. C'est donc la structure de l'auto-affection qui se trouve battue en br&#232;che par les images techniques ou plut&#244;t balay&#233;e, litt&#233;ralement effac&#233;e ou du moins rendue inop&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temporalit&#233; lin&#233;aire ne tient pas devant la possibilit&#233; de l'it&#233;ration infinie et ce d'autant que la source m&#234;me de l'affection, quoique ayant &#233;t&#233; invent&#233;e par des hommes, fonctionne pr&#233;cis&#233;ment sans eux et leur revient ou leur renvoie des images de ce qui pourrait avoir lieu comme s'ils n'&#233;taient pas l&#224;, pas l&#224; du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont donc plus les exp&#233;riences v&#233;cues par le corps qui sont la source des affects mais bien des images qui mettent en sc&#232;ne des choses qui pourraient avoir lieu en l'absence de l'homme, et ce qui l'affecte donc ind&#233;pendamment du contenu des images, c'est le fait m&#234;me qu'il voit ce qu'il ne devrait pas voir ou ne devrait jamais voir ou encore n'aurait jamais d&#251; pouvoir voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est affect&#233; par des concepts transform&#233;s en images pouvant &#234;tre projet&#233;es en boucle et qui l'assaillent sous la forme de percepts purs et d'affects purs qui ne sont en rien reli&#233;s les uns aux autres. La schize nouvelle est l&#224;, elle passe entre des percepts purs et des affects purs qui ne sont reli&#233;s entre eux que par des images qui &#224; la fois sont ces concepts et provoquent ces affects mais ne forment pas des concepts permettant de penser ces affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est divis&#233; d'une mani&#232;re nouvelle qui par certains aspects ressemble &#224; la mani&#232;re dont son psychisme &#233;tait divis&#233; avant l'invention de la conscience. Mais il ne peut plus avoir comme projet de &#171; saisir la v&#233;rit&#233; &#233;ternelle de l'&#233;v&#233;nement que si l'&#233;v&#233;nement s'inscrit aussi dans la chair &#187; comme le disait Deleuze &#224; propos des &#233;crivains alcooliques par exemple, dans &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt; (p. 188). Car d'une certaine mani&#232;re il n'a plus de corps ou plut&#244;t le scalpel des images passe entre son corps et son corps entre la sensation et le senti entre le percept et l'affect et divise sa conscience en deux entit&#233;s qui font des exp&#233;riences incompatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisserai encore une fois la parole &#224; Clarisse Herrenschmidt qui dans la derni&#232;re page de son essai &#233;crit : &#171; Nous coulons presque dans un oc&#233;an d'images qui nous rend maladroits dans le raisonnement, quasi inaptes &#224; l'argumentation et au d&#233;bat, car dans l'image la n&#233;gation est impossible &#8211; outil fondamental &#224; toute affirmation. Pour l'instant, nous naviguons au jug&#233;, dans l'angoisse que cr&#233;ent le pr&#233;sent bouleversement s&#233;miologique et de multiples autres causes. Allons nous au moins atterrir, demande-t-elle ? &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 502).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut imaginer que le psychisme saura une fois de plus &#233;voluer et se transformer mais c'est &#224; une transformation de son m&#233;canisme, &#224; l'invention d'un dispositif autre que la conscience qu'il va devoir s'attacher. Pour le reste, il est clair qu'il a quitt&#233; son sol originaire, la terre m&#232;re, la m&#232;re patrie, et surtout la possibilit&#233; de penser par m&#233;taphore mais aussi par m&#233;tonymie, tant son corps lui revient sous forme d'image et que la seule sensation qu'il connaisse est celle de l'effroi devant des situations impensables ou celle du glissement de ses doigts engourdis sur les &#233;crans du malheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Nam June Paik, TV Buddha, 1974, Techniques mixtes, 55 X 115 X 36 cm, Amsterdam Stedelijk Museum.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Logiconochronie &#8212; LVI</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LVI</link>
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		<dc:date>2021-03-27T17:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Appareil</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc possible de d&#233;finir la photographie &#224; la crois&#233;e de chemins peut-&#234;tre inattendus qui sont les suivants : un fantasme d'ext&#233;riorit&#233; de l'image par rapport &#224; l'appareil va conduire &#224; une sorte de r&#233;investissement massif de la subjectivit&#233; sous toutes ses formes, et un fantasme de certification va conduire &#224; la mise en place de techniques vari&#233;es visant au contraire &#224; prendre des distances par rapport au r&#233;el suppos&#233; et &#224; tenter d'en d&#233;nier la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil-35" rel="tag"&gt;Appareil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Histoire" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/icone" rel="tag"&gt;icone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton1852-beda8.jpg?1772219357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc possible de d&#233;finir la photographie &#224; la crois&#233;e de chemins peut-&#234;tre inattendus qui sont les suivants : un fantasme d'ext&#233;riorit&#233; de l'image par rapport &#224; l'appareil va conduire &#224; une sorte de r&#233;investissement massif de la subjectivit&#233; sous toutes ses formes, et un fantasme de certification va conduire &#224; la mise en place de techniques vari&#233;es visant au contraire &#224; prendre des distances par rapport au r&#233;el suppos&#233; et &#224; tenter d'en d&#233;nier la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le XXe va voir en fait l'&#233;mergence d'une nouvelle conception de la photographie, comme image cette fois. On va donc s'int&#233;resser &#224; la signification des &#233;l&#233;ments contenus dans l'image, c'est-&#224;-dire &#224; une lecture qui supposant implicitement la reconnaissance de l'image comme composite et compos&#233;e de signes et par laquelle cependant on accepte de reconna&#238;tre dans ces signes du visible pur, tente donc, la comprenant comme &#233;vidente impression de la r&#233;alit&#233;, de l'interpr&#233;ter en fonction de leurs significations potentielles dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on dire que la photographie va se diviser en quatre grands ensembles, bas&#233;s sur la signification des informations contenues dans les images et non plus sur l'une ou l'autre de ses dimensions m&#233;taphoriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier se base sur l'ancien fantasme de l'exactitude et cherche dans les images des informations sur la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle ou politique par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second se base sur la th&#233;orie de la ressemblance, mais tend &#224; mettre en &#339;uvre le d&#233;ni en le faisant jouer comme &#233;l&#233;ment signifiant. L'art est au c&#339;ur de cet ensemble et le d&#233;ni du r&#233;f&#233;rent est l'une de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me tente de redonner au sujet un double, ou au moi m&#233;taphorique un je analogue qu'il aurait comme perdu dans le constat de l'existence de ce rapport d'ext&#233;riorit&#233; entre image et sujet sans pour autant reconna&#238;tre que l'appareil est cette m&#233;diation impens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me va prendre la forme d'une opposition th&#233;orique &#224; l'image, c'est-&#224;-dire en fait &#224; cette schize que l'appareil introduit dans le sujet le mettant en quelque sorte hors de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate donc que ce qui est ici mis en question, c'est le mod&#232;le m&#234;me de la conscience au sens de Jaynes, dans la mesure o&#249; un facteur nouveau se glisse dans la r&#233;alit&#233; des images dans leur mat&#233;rialit&#233; m&#234;me, qui va &#234;tre le temps. Il va falloir pr&#233;ciser ce concept, mais pour l'instant il suffit de le nommer pour le faire appara&#238;tre dans le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons les six points qui caract&#233;risent la conscience, la spatialisation, l'extraction, le je analogue, le moi m&#233;taphorique la narratisation et la conciliation. Je crois que c'est assez &#233;vident pour qu'il ne soit pas n&#233;cessaire de revenir en d&#233;tail sur le lien que l'on peut faire entre ces points ou ces fonctions de la conscience si l'on veut et le d&#233;veloppement m&#234;me de la photographie prise sous tous ses aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une part autour des relations entre texte et image que va se manifester l'apparition de cette faille, de cette schize que nous sommes en train de voir s'installer dans nos propres cerveaux et qui implique et indique &#224; la fois une transformation de notre psychisme et une transformation dans la r&#233;alit&#233; et d'autre part autour de la question de la subjectivit&#233;, dans le sujet m&#234;me donc qu'elle va aussi se manifester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si le rapport entre texte et image venait &#233;noncer la croyance &#224; la puissance de certification de l'image pour la reconduire &#224; sa puissance de mensonge et comme si le sujet, exclu du processus de production et de cr&#233;ation peinait &#224; se retrouver dans le r&#233;sultat et que je analogue, il ne trouvait plus, sauf &#224; sans fin forcer le sens l&#224; aussi, de moi m&#233;taphorique en lui-m&#234;me mais bien dans le r&#233;sultat produit par les appareils, &#224; savoir ces images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une double fonction de l'image se met donc en place d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, elle est d&#233;li&#233;e ou plut&#244;t elle d&#233;lie activement le r&#233;el de son rapport de ressemblance &#224; lui-m&#234;me, de m&#234;me que dans le champ de la litt&#233;rature on peut voir que le texte ne parvient plus non plus &#224; rendre compte de ce qui arrive &#224; la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le fruit d'une d&#233;marche radicale, celle men&#233;e par Dada &#224; partir de 1916 et qui conjugue le refus de &#171; croire &#187; &#224; ce qui est montr&#233; et &#233;crit et qui prend acte de la transformation de tous les &#233;l&#233;ments visuels en signes, qu'ils soient des images ou qu'ils soient des mots ainsi que de la dimension fondamentalement orale des mots &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'image, con&#231;ue comme porteuse d'informations et compos&#233;e d'informations, d&#233;lie le sujet de lui-m&#234;me, au sens o&#249; ne portant plus la trace du r&#233;el quel qu'il soit, elle ne porte donc plus celle du sujet. La seule trace qu'elle porte, c'est celle de cette d&#233;liaison, celle du sujet des liens traditionnels qui reliaient en lui la terre, le corps et la pens&#233;e, d&#233;liaison mise en &#339;uvre par l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_barthes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/3_barthes-60e89.jpg?1772189541' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Roland Barthes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La double d&#233;chirure : art et psychisme au temps des appareils&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui me semble le plus important &#224; travers cette question du statut de l'image, c'est qu'elle permet de rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne le plus important qui a eu lieu dans l'histoire de l'humanit&#233; depuis quelques mill&#233;naires, &#224; savoir l'invention des appareils dont l'ordinateur est devenu r&#233;troactivement le mod&#232;le alors qu'il est en fait l'aboutissement actuel d'un long processus dont l'appareil photographique constitue la v&#233;ritable origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'image change de statut, de sens, de fonction avec la naissance de l'appareil photographique, mais peu de gens prennent en compte cet aspect. Comme on l'a vu, c'est un jeu complexe de m&#233;taphores qui s'impose et qui d&#233;termine le sens et la fonction de l'image. Mais ce sens, d&#233;j&#224; multiple mais en gros pris dans trois ou quatre m&#233;taphores fondamentales, ce jeu de sens se brise avec la guerre, la multiplication des images et par la suite avec l'apparition bien s&#251;r du cin&#233;ma puis de la vid&#233;o et enfin des images num&#233;riques fabriqu&#233;es sans prise de vue pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux ici prendre en compte le cin&#233;ma sur lequel je ne dirai plus tard que quelques mots, ni m&#234;me la peinture et la brisure qui va la traverser avec l'invention de la peinture abstraite par Kandinsky en particulier, vers 1910. Je voudrais clore cette r&#233;flexion sur l'image photographique par le d&#233;veloppement de deux th&#232;ses oppos&#233;es, celle de Roland Barthes et celle de Vil&#232;m Flusser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas m'attarder sur Barthes, nous avons travaill&#233; ailleurs en d&#233;tail sur son texte &lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt;, mais je voudrais rappeler certains points essentiels, ce qui permettra de faire appara&#238;tre la th&#232;se de Flusser avec plus de nettet&#233; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barthes en deux mots est du c&#244;t&#233; d'une d&#233;fense de la subjectivit&#233; et sa conception de la photographie d&#233;pend enti&#232;rement du fait qu'il prend position comme sujet face &#224; un objet dont la fonction cependant n'est pas tant de l'informer que de le confirmer dans son existence, que de le conforter dans sa subjectivit&#233;. En d'autres termes, Barthes parle de la photographie parce qu'&#224; travers elle il tend &#224; &#171; sauver &#187; la conscience, pas seulement la sienne, mais bien un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral de pens&#233;e, de saisie et de compr&#233;hension du monde, ici encore une fois au sens de Jaynes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je pense qu'il faut lire le livre de Barthes, r&#233;troactivement il est vrai, comme un plaidoyer visant &#224; tenter d'assurer la p&#233;rennit&#233; de la conscience comme forme g&#233;n&#233;rale du psychisme humain. Deux points sont essentiels, ici, la dimension ph&#233;nom&#233;nologique de ce texte et le fait que Barthes d&#233;chiffre l'image &#224; partir d'une conception des signes issue des probl&#233;matiques li&#233;es au texte et &#224; l'&#233;criture. Si l'on se r&#233;f&#232;re au sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral dress&#233; par Jaynes pour appr&#233;hender ce m&#233;canisme complexe qu'est la conscience, on comprend alors que le livre de Barthes op&#232;re sur plusieurs plans qui tous concourent &#224; ce but montrer ou assurer la p&#233;rennit&#233; d'une forme en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons qu'il parle de la photographie comme image et qu'il n'&#233;voque l'appareil que pour mieux l'occulter, &#224; travers la c&#233;l&#232;bre distinction entre &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;, qu'il r&#233;fute la pr&#233;gnance des programmes optiques et chimiques de l'appareil pour privil&#233;gier l'information ou la signification contenues dans les images, mais que, se rendant compte de la faiblesse relative de ces informations par rapport &#224; l'&#233;tat du monde, comprenant implicitement que le sens des images &#233;chappe au cadre m&#234;me de l'image, il d&#233;chire l'image en quelque sorte pour y faire para&#238;tre une dimension affective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; deuxi&#232;me mani&#232;re, celui qui fait p&#233;n&#233;trer dans les arcanes de l'affect pur qu'est l'amour, est li&#233; &#224; deux aspects qui sont essentiels dans le fonctionnement m&#234;me de la conscience, l'anamn&#232;se qui conduit &#224; la reconnaissance et l'assignation de l'image par la croyance en cette v&#233;rit&#233; jamais mise en doute qu'elle certifie l'existence, dans un sch&#233;ma temporel &#224; travers le concept de &#231;a a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est d'inscrire par force l'image dans la ligne du temps de lui assigner une place ou plut&#244;t une fonction dans la ligne g&#233;n&#233;rale du d&#233;ploiement des figures temporelles. Ainsi, ce qu'il en est du pass&#233; du pr&#233;sent et du futur n'est jamais interrog&#233;, o&#249; plut&#244;t Barthes ne montre pas en quoi l'image pourrait venir troubler leur statut et il ne le peut pas dans la mesure o&#249; son objectif, &#224; travers la figure de sa m&#232;re, est de sauver le sujet ou la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;voque donc l'image au sens de Flusser par exemple qu'en n&#233;gatif, plus m&#234;me, il ne le fait qu'en niant tous les aspects qui la composent et qui s'opposent &#224; une lecture ph&#233;nom&#233;nologique de l'image rapport&#233;e au sujet. En fait, on peut dire que bien au-del&#224; de son histoire personnelle, c'est bien &#224; travers le sujet, la conscience qu'il veut sauver comme seul processus psychique capable de rendre compte de l'essentiel. Mais cet essentiel rate et le monde et l'image, pour ne retenir de l'image que la possibilit&#233; qu'elle a de devenir le vecteur de ce que l'on peut appeler un effet magique, &#224; savoir le fait de faire en sorte qu'une image me regarde, d'&#234;tre dans une telle inf&#233;rence, dans un tel lien entre la conscience qui vise et l'objet vis&#233; par elle, que cette fiction, cette narratisation, d&#233;bouche sur une conciliation, c'est-&#224;-dire sur un effet massif de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de l'image du jardin d'hiver, ce n'est pas tant le souvenir de sa m&#232;re qu'il sauve, il le fait pour lui-m&#234;me en effet, que la figure m&#234;me du sujet ou de la conscience qu'il tente de sauver. Simplement ce qui fait de ce texte un moment &#233;trange, c'est qu'on pourrait dire qu'il ne sait pas ce qu'il fait, qu'il ne sait pas qu'il tente de sauver la conscience alors m&#234;me qu'elle est en train de se d&#233;faire comme forme du psychisme et cela &#224; cause des images, &#224; cause de la mutation de leur statut d&#251; &#224; la domination des appareils sur nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'&#233;tait encore qu'&#224; peine sensible, encore que Flusser lui le remarque d&#232;s les ann&#233;es 60, est devenu aujourd'hui une &#233;vidence, mais une &#233;vidence qui n'est pas encore reconnue ou accept&#233;e comme telle, car on ne peut gu&#232;re tirer de cons&#233;quences dans nos comportements du fait que la conscience est en train de muter et que le psychisme est en train de se transformer ou si l'on veut de se mettre &#224; fonctionner autrement. La photographie telle que Flusser l'analyse et la vid&#233;o dont nous parlerons par la suite en t&#233;moignent, &#224; condition de ne pas lire ces images &#224; partir de crit&#232;res relevant de la conscience, chose, je le reconnais, difficile si l'on n'a pas compris que c'est bien la conscience qui se trouvait boulevers&#233;e par l'envahissement de nos existences par les appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d'en venir aux th&#232;ses de Flusser. Je ne vais pas les analyser en d&#233;tail, mais je vais insister sur les points qui nous permettrons de voir se dessiner cette nouvelle faille, de voir s'instaurer cette nouvelle schize. Encore une fois, il s'agit de partir ou de revenir &#224; l'image. Sujet, anamn&#232;se, affect et v&#233;rit&#233; sont les &#233;l&#233;ments qui permettent &#224; Barthes de d&#233;velopper son analyse. Flusser, lui, lorsqu'il parle de la photographie &#233;voque quatre concepts essentiels &#224; ses yeux et qui n'ont plus rien &#224; voir avec le monde selon Barthes, ceux d'image, d'appareil, de programme et d'information.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_flusser-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH401/1_flusser-2-d6e4e.jpg?1616864505' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vil&#233;m Flusser
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant d'entrer dans le d&#233;tail de ces quatre concepts, il me semble utile de pr&#233;ciser ce qui constitue l'aspect essentiel de cette mutation conceptuelle, son effet si l'on peut dire, c'est-&#224;-dire la rupture radicale du lien qui unit la conscience au corps d'une part et au monde d'autre part. C'est ce que j'ai appel&#233; la d&#233;sontologisation et cette faille passe &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur du sujet si l'on veut parler en ces termes, entre les sujets, et entre chaque sujet et ce qu'il per&#231;oit. La &#171; cause &#187; en est la prise du pouvoir de notre existence par les appareils ou plus pr&#233;cis&#233;ment le fait que nos vies sont enti&#232;rement m&#233;diatis&#233;es par les appareils, que tout ce que nous faisons, pensons, voyons, bref percevons, se fait en fonction des appareils, &#224; travers eux mais aussi finalement pour eux. Ainsi, il ne s'agit pas de stigmatiser les images comme on a tendance &#224; le faire trop souvent mais le syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de traduction par et pour des appareils &#224; travers cette langue devenue universelle que sont les codes qui permettent de programmer les appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on revient &#224; Flusser, il appara&#238;t que ce que vise &#224; montrer son analyse, c'est bien l'effacement de la subjectivit&#233; autrement dit de la conscience comme puissance r&#233;gulatrice des comportements humains au profit d'un contr&#244;le de ces comportements pas les appareils. Ceci sonne comme une mauvaise bande annonce de film de science fiction, mais c'est pourtant bien de cela dont il s'agit et de ne pas le voir, de ne pas vouloir le reconna&#238;tre, l'accepter, est sans doute ce qui confirme le mieux le fait que la forme-conscience victime d'une de ses faiblesses et en train d'&#234;tre remplac&#233;e par un autre type de fonctionnement psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ni ou l'aveuglement sur son propre fonctionnement sont des termes qui recouvrent en fait l'un des m&#233;canismes de la conscience, l'extraction, m&#233;canisme qui fait qu'il est impossible de penser la totalit&#233; du r&#233;el ou le r&#233;el dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de la narratisation comme base de la reconnaissance, ce principe synth&#233;tique qui permet &#224; la pens&#233;e de s'orienter et qui est plus proche du &#171; concept &#187; que de l'image, ou si l'on veut qui est un objet mental plus complexe et plus modulable que l'image et qui est le fruit de la pens&#233;e en tant qu'elle passe par le corps et par le texte pour former des synth&#232;ses, la disparition ou plut&#244;t la perte de l&#233;gitimit&#233; de la narratisation est quant &#224; elle bien due &#224; l'envahissement de nos vies par les images. En effet, les images restent la forme la plus visible de la pr&#233;sence et du r&#244;le des appareils dans nos vies et dans notre fonctionnement psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de son livre &lt;i&gt;Pour une philosophie de la photographie&lt;/i&gt;, (&#201;ditions Circ&#233;, 1996), Flusser d&#233;finit les quatre concepts qui lui semblent essentiels pour comprendre la mutation en cours dans le monde r&#233;git par les appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; consid&#233;rer les quatre concepts fondamentaux que sont l'image, l'appareil, le programme et l'information, on voit qu'ils entretiennent un rapport interne : tous se situent sur le terrain de l'&#233;ternel retour du m&#234;me. Les images sont des surfaces sur lesquelles l'&#339;il circule, pour sans cesse revenir &#224; sont point de d&#233;part. Les appareils sont des jouets qui r&#233;p&#232;tent toujours les m&#234;mes mouvements. Les programmes sont des jeux qui combinent toujours les m&#234;mes &#233;l&#233;ments. Les informations sont des &#233;tats improbables qui s'&#233;cartent sans cesse de leur tendance &#224; devenir probable, pour sans cesse s'y r&#233;immerger. Bref : avec ces quatre concepts fondamentaux nous ne nous situons plus dans le contexte historique de la ligne droite, o&#249; rien ne se r&#233;p&#232;te et o&#249; tout a des causes et engendre des cons&#233;quences ; le domaine o&#249; nous nous trouvons ne peut plus &#234;tre ouvert avec des explications causales, mais uniquement avec des explications fonctionnelles. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 80).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vocabulaire de Flusser est &#224; la fois simple et radical. Ce qu'il met en place &#224; travers sa r&#233;flexion sur l'image, c'est le processus de mise entre parenth&#232;ses de l'homme par les appareils. Il est l'un des rares &#224; en tirer toutes les cons&#233;quences, ou plut&#244;t &#224; d&#233;crire la situation sans tenter de vouloir &#224; tout prix &#171; sauver &#187; la place et la figure de l'homme et en tout cas pas en trichant sur les conditions r&#233;elles du v&#233;cu et de la pens&#233;e telles qu'elles existent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point essentiel de d&#233;crochage qui se joue autour des nouvelles images a &#224; voir avec le temps. On fait dire beaucoup de choses &#224; ce concept. La position de Flusser est relativement simple. Il y a deux grandes figures du temps, l'une qui, port&#233;e par l'&#233;criture, a &#224; voir avec le temps lin&#233;aire, et une autre, port&#233;e par les images, qui a &#224; voir avec non pas le temps circulaire des saisons par exemple, mais avec ce qu'il nomme le temps de l'&#233;ternel retour du m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel car il conditionne deux choses le remplacement de la puissance explicative des textes par la puissance fascinatoire des images dans la mesure o&#249; elles recouvrent l'ensemble des donn&#233;es de l'existence, c'est-&#224;-dire aussi bien la relation &#224; la perception qu'&#224; la connaissance. Voir et savoir sont en train de remplacer lire et comprendre et l'on peut d&#232;s lors imaginer que cette transformation ne va pas se faire sans modifier le sch&#233;ma directeur du psychisme, c'est-&#224;-dire la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, d&#232;s le premier chapitre de son livre Flusser d&#233;finit l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les images sont des surfaces signifiantes. La plupart du temps elles indiquent quelque chose qui se situe dans l'espace-temps &#171; au dehors &#187;, et qu'en leur qualit&#233; d'abstractions (de r&#233;ductions des quatre dimensions de l'espace-temps au deux dimensions de la surface) elles sont cens&#233;es nous rendre repr&#233;sentables. [...] La signification des images se trouve &#224; la surface [...] en saisissant un &#233;l&#233;ment apr&#232;s l'autre, le regard errant &#224; la surface de l'image instaure entre eux des rapports temporels. Il peut revenir &#224; un &#233;l&#233;ment qu'il a d&#233;j&#224; vu et &#171; l'avant &#187; devient &#171; l'apr&#232;s &#187; : le temps reconstruit par le scanning est celui de l'&#233;ternel retour du m&#234;me. [...] Cet espace temps propre &#224; l'image n'est autre que le monde de la magie-monde o&#249; tout se r&#233;p&#232;te et o&#249; toute chose participe &#224; un contexte de signification. [...] La signification des images est magiques &#187;. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p 9-10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous n'&#234;tes pas familiers de la pens&#233;e de Flusser, il se peut que de telles affirmations vous semblent exag&#233;r&#233;es ou peu convaincantes. Leur puissance de conviction, si je puis dire, tient en ce que ces affirmations permettent de penser, en leur efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une modification de notre rapport au temps est ce qui est induit par les images. Nous verrons comment la vid&#233;o va prendre en charge cette nouvelle modification de notre relation au temps, mais il est important de bien comprendre qu'elle est, cette modification, rendue possible non pas d'abord par la vid&#233;o elle-m&#234;me, mais par le fait qu'elle est un appareil qui d&#233;veloppe de nouvelles possibilit&#233;s certes mais qui sont celles de tout appareil.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_roche.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/1_roche-c395b.jpg?1772189541' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Denis Roche, 5 avril 1981, Gizeh, E&#769;gypte
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vis&#233; par Flusser avec l'image, c'est bien un double ph&#233;nom&#232;ne, d'externalisation de la puissance d&#233;cisionnelle de l'homme par rapport aux appareils et de rupture avec la forme de pens&#233;e n&#233;e de l'&#233;criture qui assurait jusqu'ici une mise en relation constante entre &#233;tats du corps et &#233;tats de la pens&#233;e. On l'a dit l'&#233;criture fonde la m&#233;taphore et la m&#233;taphore est cette forme g&#233;n&#233;rale qui constitue la base m&#234;me du fonctionnement de la conscience. Ce que l'omnipr&#233;sence des appareils et des images instaure, c'est donc &#224; la fois une rupture avec la lin&#233;arit&#233; de la narratisation et avec le fait que la pens&#233;e s'enracine pourrait-on dire dans la traduction d'&#233;tats du corps. En d'autres termes, c'est une rupture avec ce qui fonde la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; se situe le probl&#232;me ? Pourquoi voit-on au contraire se d&#233;velopper des discours tendant &#224; perp&#233;tuer la croyance en la puissance de l'homme sur son destin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il oublie une chose essentielle, &#224; savoir que les images dont il s'entoure sont produites par des appareils, c'est-&#224;-dire que ces images ne sont plus prises dans un processus de d&#233;chiffrement, qui &#233;tait au c&#339;ur de ces tensions que nous avons &#233;voqu&#233;es entre images et textes, mais, comme le dit Flusser, par ce que l'homme &#171; cesse d&#233;chiffrer les images pour les projeter, non d&#233;chiffr&#233;es dans le monde &#171; du dehors &#187;. Par-l&#224;, le monde devient &#224; ses yeux une image &#8211; un contexte de sc&#232;nes, d'&#233;tats de choses. Appelons idol&#226;trie ce renversement de la fonction de l'image. Aujourd'hui nous pouvons observer comment il a lieu. Les images techniques omnipr&#233;sentes autour de nous sont sur le point de restructurer magiquement notre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; et la transformer en un sc&#233;nario plan&#233;taire d'images. Ici, il s'agit essentiellement d'un &#171; oubli &#187;. L'homme oublie que c'est lui qui a cr&#233;&#233; les images, afin de s'orienter gr&#226;ce &#224; elles dans le monde. Il n'est plus en mesure de les d&#233;chiffrer, il vit d&#233;sormais en fonction de ses propres images : l'imagination s'est mu&#233;e en hallucination &#187;(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de Flusser a donc deux objectifs, tenter de nous rendre perceptible cet oubli et tenter de nous faire comprendre ce qu'est un appareil et comment les images techniques participent de son r&#232;gne de sa domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image change donc de signification et de fonction. Elle ne repr&#233;sente plus, elle n'est plus prise dans le jeu des ressemblances, elle transforme des &#233;tats de choses en informations, mais pas comme on le croit encore et toujours par une capture de la r&#233;alit&#233; de l'objet photographi&#233; mais bien par le truchement des codes pr&#233;sents dans la bo&#238;te noire que constitue tout appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette croyance, comme on l'a vu, a &#233;t&#233; port&#233;e par la puissance constructrice de m&#233;taphores d&#232;s les d&#233;buts de l'histoire de la photographie occultant d&#233;j&#224; le r&#244;le essentiel de l'appareil, cette croyance ne tient plus &#224; l'&#233;poque de l'image num&#233;rique et de l'omnipr&#233;sence de l'ordinateur dans nos existences. Pourquoi ? Parce qu'un appareil est une bo&#238;te noire avec input et output et que ce qui entre et sort n'est pas tant d&#233;termin&#233; par l'homme qui se trouve au dehors de l'appareil que par le fait que celui-ci s'est litt&#233;ralement mis au service de l'appareil en le nourrissant si l'on veut de donn&#233;es diverses dont il a besoin pour fonctionner et qui seront toutes traduites en langage binaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce que l'on voit, mais aussi aujourd'hui ce qu'on lit et entend, c'est-&#224;-dire tout ce qui relevait du corps, est absolument et pour tout dire int&#233;gralement m&#233;diatis&#233; ou si l'on pr&#233;f&#232;re produit par les appareils et non pas dans une relation directe entre corps et pens&#233;e. D'une certaine mani&#232;re on peut dire que le travail de la m&#233;taphore en quoi consiste la conscience est &#171; interdit &#187; par la pr&#233;sence constante des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les images techniques ont conf&#233;r&#233; une nouvelle fonction aux images. Pour le dire d'une formule choc, elles ont pris la place de l'&#233;criture comme moyen invent&#233; par l'homme pour s'orienter dans l'existence, mais comme elles ne sont pas le fruit du travail de la m&#233;taphore mais des appareils, elles transforment la relation de la pens&#233;e &#224; la perception. Li&#233;es pour l'essentiel &#224; la question de la ressemblance, elles relevaient de probl&#233;matiques li&#233;es pr&#233;cis&#233;ment au corps et &#224; la perception, et c'est sur ce point que se situe le pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ontologiquement, les images traditionnelles, dans la mesure o&#249; elles abstraient &#224; partir du monde concret, sont des abstractions du troisi&#232;me degr&#233; : elles abstraient &#224; partir de textes qui abstraient &#224; partir d'images traditionnelles, lesquelles abstraient elles-m&#234;mes &#224; partir du monde concret. Historiquement, les images traditionnelles sont pr&#233;historiques et les images techniques post-historiques. Ontologiquement, les images traditionnelles signifient des ph&#233;nom&#232;nes, tandis que les images techniques signifient des concepts &#187;.(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette abstraction, cette distance radicale prise par rapport aux ph&#233;nom&#232;nes qui importe ici. Et cette abstraction est le fruit du travail des codes et des programmes qui se trouvent au c&#339;ur de la bo&#238;te noire que constitue tout appareil. Ainsi, ce que nous voyons sur les images techniques ne peut plus en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une capture de la r&#233;alit&#233; mais bien comme une traduction en signaux visibles des langages cod&#233;s, c'est-&#224;-dire des instructions contenues dans les programmes. Ces instructions sont &#233;crites dans une langue particuli&#232;re qui est une langue bas&#233;e finalement non pas sur des mots mais sur deux chiffres et c'est &#224; partir de ces deux chiffres que s'op&#232;re dans un processus de traduction g&#233;n&#233;ralis&#233;e la circulation des informations entre ce qui est introduit dans l'appareil et ce qui en ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point sans doute le plus important dans le fonctionnement de cet appareil, c'est par et &#224; travers un nouveau temps qui est le temps discontinu du &#171; passage ou du non passage du courant &#233;lectrique auquel est adapt&#233; le langage machine, purement binaire. [...] Ce temps n'est pas le temps des hommes, continu et durable, c'est une pure scansion dont la cadence est d&#233;termin&#233;e par la puissance du processeur. &#187; (Clarisse Herrenschmidt, &lt;i&gt;Les trois &#233;critures&lt;/i&gt;, Gallimard, p. 403-402).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons retrouver cette mutation de la perspective temporelle absolument in&#233;dite dans laquelle nous installent les appareils lorsque nous parlerons de la vid&#233;o. Retenons pour l'instant que c'est une nouvelle mesure du temps qui se met en place et qu'elle transforme notre comportement et notre rapport au r&#233;el comme &#224; la connaissance de mani&#232;re radicale. &#171; Avec l'hypertexte, le savoir n'est pas organis&#233; verticalement, selon un ordre qui irait du particulier au g&#233;n&#233;ral, de l'animal &#224; l'esp&#232;ce, il se donne dans un horizon de libert&#233; non hi&#233;rarchique, nerveuse comme le clic et mobile : celle-ci sera d&#233;ploy&#233;e presque &#224; l'infini par la toile. L'outil extr&#234;mement logique qu'est un ordinateur permet un mode de connaissance fond&#233; sur le mouvement r&#233;flexe et l'&#233;motion nerveuse &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 416).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette transformation du temps et de la relation aux choses et &#224; la connaissance, vus ici sous leur aspect litt&#233;ralement physique, r&#233;pond une transformation du visible et du statut de l'image ou des images. En effet, si nous sommes en train de glisser de l'appareil photo &#224; l'ordinateur, il nous faut bien accepter que les images produites par les appareils num&#233;riques soient elles aussi fabriqu&#233;es par des programmes et qu'elles soient lues avant m&#234;me d'&#234;tre r&#233;alis&#233;es, c'est-&#224;-dire m&#233;moris&#233;es, sur l'&#233;cran de l'appareil. Cet &#233;cran, celui de l'appareil ou de l'ordinateur, &#171; est un espace visuel mesur&#233; ; la machine attribue un nombre &#224; chaque intensit&#233; de lumi&#232;re et &#224; chaque unit&#233; minimale d'espace, les pixels, le mot est une concat&#233;nation de l'anglais : picture element, &#171; unit&#233; d'image &#187;, d&#233;finis selon les coordonn&#233;es cart&#233;siennes &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 398).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16345 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_wall.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/2_wall-c12ce.jpg?1616864505' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jeff Wall, Picture for women, Image pour les femmes, 1979
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Centre Pompidou MNACM-CCI.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'image change donc de statut, et de fonction parce que le visible a chang&#233; de statut et de fonction et de cela on ne parle gu&#232;re. Mais si le visible change de statut, c'est que les relations entre image et texte ont chang&#233; et si elles ont chang&#233; c'est que le statut m&#234;me du texte a chang&#233;. Il est lui aussi pris dans le processus g&#233;n&#233;ralis&#233; de traduction de tout dans et par le langage informatique par les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'es-ce qu'un programme ? Un programme est un texte o&#249; sont consign&#233;es les instructions donn&#233;es &#224; un ordinateur, un texte &#233;crit dans un langage &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 404). Deux sortes de textes pr&#233;sident au fondement de l'informatique les algorithmes texte de nature logicomath&#233;matique suite d'instructions &#224; effectuer dans un ordre strict et un texte &#233;crit dans un langage donn&#233; pour r&#233;aliser un algorithme. Ainsi le lisible et le visible, mais aussi l'audible sont d&#233;pendants de ce nouveau type de texte, de ce &#171; langage artificiel produit consciemment dans un but pr&#233;cis et qui n'est pas fait pour &#234;tre parl&#233; &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 405). L'image appara&#238;t donc d&#233;sormais sur l'&#233;cran, disons celui de l'appareil quel qu'il soit, nous reviendrons ensuite sur les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision et sur les moniteurs, comme le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire, &#171; c'est sans doute exp&#233;rimenter sans le savoir le moins du monde, une sorte d'excitation qui proviendrait de l'&#233;cran et de sa particuli&#232;re luminosit&#233;. &#201;prouver &#233;nervement, fascination et plaisir cela existait d&#233;j&#224; avec les &#233;critures cun&#233;iformes. Que dire de la fascination ? Qu'elle se trouve au fondement des &#233;critures, le sentiment que fait monter en nous l'exp&#233;rience troublante et inavou&#233;e de faire passer le langage de l'invisible au visible. Mais l'informatique fait passer l'&#233;criture d&#233;j&#224; visible, la langue &#233;crite en ses &#233;l&#233;ments graphiques minimaux [...] &#224; une autre visibilit&#233; celle de l'&#233;cran ou de la page imprim&#233;e en mettant en jeu l'invisible des actions du processeur avec programmes et langages informatiques. L'invisible a chang&#233; de point d'application : il ne se situe plus dans l'air qui porte les sons de la parole, ni dans le mutisme loquace de la parole int&#233;rieure, ni dans les rapports de grandeur qu'entretiennent les choses, mais dans la machine pour produit de l'intelligence des hommes. Qui plus est cet invisible parle des langages artificiels &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me &#8212; d'o&#249; l'omnipr&#233;sence du terme technologique qui signifie &#171; qui a du langage en lui &#187; &#8212; auxquels seuls ont acc&#232;s les initi&#233;s. L'utilisateur lambda, lui, n'en ma&#238;trise rien, pour qui quelque chose comme une magie s'est interpos&#233;e, pour qui l'invisible a chang&#233; de nature. [...] Sans &#234;tre un petit g&#233;nie de l'industrie logicielle, l'utilisateur se sent comme dot&#233; de puissance en mati&#232;re de signes. Le voil&#224; malgr&#233; lui attir&#233; vers l'une des tendances majeures de l'esprit humain, la tendance parano&#239;de &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 422-423).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire de faire ce d&#233;tour pour montrer que les positions de Flusser, au-del&#224; du fait qu'elles &#233;taient en avance sur les analyses en g&#233;n&#233;ral produites &#224; cette &#233;poque, sont d'une grande justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc vu que le sujet, l'homme, l'individu, est bien de facto au service des appareils, qu'il est devenu un fonctionnaire, c'est-&#224;-dire celui qui fait fonctionner les appareils et que les images photographiques et cela d&#232;s leur invention, ont install&#233; l'homme dans cette posture, m&#234;me si ce n'&#233;tait gu&#232;re per&#231;u de cette mani&#232;re avant que la th&#233;orie de l'information et l'invention des ordinateurs ne viennent rendre possible la compr&#233;hension de ce qu'est un appareil et de ce qu'il implique pour ceux qui l'utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous avons tent&#233; de rendre plus clair les r&#244;les et les fonctions des images, des programmes, des appareils, il reste &#224; poser la question du statut de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons bien que nous continuons de croire encore une fois que le sens d'une image se trouve dans les informations qu'elle v&#233;hicule, et qui se trouvent donc inscrites sur sa surface. Mais pour radicaliser le propos, il faut dire qu'il n'en est rien. Si nous croyons pouvoir lire des informations sur une telle surface c'est que nous croyons toujours que nous sommes des sujets libres et que nous ne sommes pas devenus des fonctionnaires des appareils dont le seul r&#244;le est de les nourrir afin qu'ils puissent justement fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux rendre la position de Flusser sur l'autonomie des appareils et l'ext&#233;riorit&#233; radicale des individus par rapport &#224; eux, il suffit de repenser au texte de G&#252;nther Anders, &lt;i&gt;Le temps de la fin&lt;/i&gt;, et au moment o&#249; il d&#233;crit le processus d'une guerre nucl&#233;aire qui se poursuivrait alors m&#234;me qu'il n'y aurait plus aucun homme pour la faire mais juste parce que les programmes continueraient eux &#224; transmettre leurs ordres aux appareils afin qu'ils continuent de bombarder l'autre territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc qu'en est-il de l'information ? Est-elle porteuse d'une signification qui existerait en soi ? Y a-t-il encore du sens comme on le dit si souvent &#224; regarder, analyser et faire des images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, il faut dire qu'il n'y en a pas, de sens. Je vous laisse le soin d'aller voir dans le texte de Flusser comment il &#233;voque la part de libert&#233; encore possible pour l'homme, l'homme qu'il appelle le photographe. En ce qui nous concerne, ce qui compte c'est de comprendre qu'il n'y a plus rien qui puisse constituer sur la surface d'une image un sens, et en tout cas un sens qui serait libre de ce que fait peser sur lui l'ensemble des &#233;l&#233;ments, programme et appareil, texte de diff&#233;rentes sortes, que nous venons de d&#233;crire et qui constituent l'image et au-del&#224; d'elle le visible, le lisible et m&#234;me, conditionnent l'acc&#232;s au sensible. L'information n'a pas d'autre sens que celui de sa participation au fonctionnement g&#233;n&#233;ral des appareils et donc &#224; ce comportement humain que Vil&#233;m Flusser, comme Clarisse Herrenschmidt d&#233;finissent comme magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est important. Magique signifie : qui ne rel&#232;ve pas de la logique lin&#233;aire du texte. L'information ou les informations qui se trouvent v&#233;hicul&#233;es par les images ne sont donc pas les m&#234;mes que celles, v&#233;hicul&#233;es par les textes. Notre erreur tient en ceci que nous essayons encore et toujours de lire les images alors qu'elles fonctionnent autrement que les textes et plus encore qu'elles nous font rompre avec la logique formelle, celle bas&#233;e sur la m&#233;taphore et finalement celle qu'a rendu possible l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule logique qui reste est celle qui gouverne les appareils. Mais elle n'est pas du m&#234;me genre, elle suppose une autre temporalit&#233; et une nouvelle forme de visibilit&#233;. C'est au fond la magie que Flusser voyait &#224; l'&#339;uvre dans les images photographiques qui va se d&#233;ployer dans et &#224; travers les images num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour conclure ce moment sur l'information, le plus simple reste de citer ce passage du livre de Flusser lorsqu'il &#233;voque la question de l'information et de l'effet de feed back des images sur notre comportement qui est la v&#233;ritable source de cet effet magique qu'ont les images dans nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce message,(celui qui nous communique une photo de la guerre au Liban par exemple) se pr&#233;sente de la fa&#231;on suivante. Un &#233;l&#233;ment de l'image se tourne vers un autre, lui conf&#232;re une signification et acquiert sa propre signification gr&#226;ce &#224; lui. Chaque &#233;l&#233;ment peut devenir le successeur de son propre successeur. Charg&#233;e ainsi, la surface de l'image est &#171; pleine de dieux &#187; : tout en elle est bon ou mauvais. Les panzers sont mauvais, les enfants sont bons, Beyrouth en flammes est l'enfer, les m&#233;decins v&#234;tus de blanc sont les anges. &#192; la surface de l'image gravitent des puissances secr&#232;tes, dont certaines portent des noms charg&#233;s de valeur : imp&#233;rialisme, juda&#239;sme, terrorisme. N&#233;anmoins la plupart d'entre elle n'ont pas de nom et ce sont elles qui conf&#232;rent &#224; la photo une atmosph&#232;re ind&#233;finissable, qui lui donnent son pouvoir de fascination et nous programment &#224; agir rituellement &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 63).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Germaine Krull, Auto portrait &#224; l'Icarette, vers 1925, Centre Pompidou MNACM-CCI.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Logiconochronie &#8212; LV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LV</guid>
		<dc:date>2021-03-01T15:56:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Appareil</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leur signification, leur pr&#233;sence dans nos vies. La photographie pose, on le sait, de multiples questions. Sans en refaire l'histoire, mais en suivant Fran&#231;ois Brunet dans son livre &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, il importe ici de continuer l'interrogation sur les processus m&#233;taphoriques &#224; l'&#339;uvre dans cette invention technique qui conduiront &#224; &#233;voquer la ressemblance, le signe, l'indice, et finalement l'&#233;cran. Et une fois encore, l'image se r&#233;v&#233;lera &#234;tre l'&#233;l&#233;ment central actif dans notre psychisme.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH105/arton1836-c66b3.jpg?1772219357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leur signification, leur pr&#233;sence dans nos vies. La photographie pose, on le sait, de multiples questions. Sans en refaire l'histoire, mais en suivant Fran&#231;ois Brunet dans son livre &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, il importe ici de continuer l'interrogation sur les processus m&#233;taphoriques &#224; l'&#339;uvre dans cette invention technique qui conduiront &#224; &#233;voquer la ressemblance, le signe, l'indice, et finalement l'&#233;cran. Et une fois encore, l'image se r&#233;v&#233;lera &#234;tre l'&#233;l&#233;ment central actif dans notre psychisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La photographie pourvoyeuse de m&#233;taphores&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La photographie pose, on le sait, de multiples questions. Sans refaire ici l'histoire de la photographie de son invention &#224; aujourd'hui et suivant en cela Fran&#231;ois Brunet dans son livre &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt; (PUF, 2000), je voudrais remarquer au moins deux moments dans cette histoire et en d&#233;gager un troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle a d&#233;sign&#233; par photographie dans l'orbite de la science et de la technique en tant qu'invention, c'est-&#224;-dire que la photographie &#233;tait alors pourvoyeuse d'images, lors m&#234;me que tr&#232;s vite au XXe si&#232;cle, le mot a d&#233;sign&#233; le r&#233;sultat produit, l'image. On peut dire qu'au XXIe si&#232;cle, la photographie, embarqu&#233;e dans la mutation technologique, est pens&#233;e en termes d'appareil dispensateur d'informations. Il va de soi que ces trois &#171; temps &#187; ne s'excluent pas les uns les autres mais se recouvrent et donnent lieu comme il se doit &#224; des frottements et surtout &#224; des analyses et des lectures r&#233;troactives. Ainsi, on peut, et d'une certaine mani&#232;re, on doit relire l'histoire et le statut de la photographie hier et avant-hier &#224; l'aune de l'actuelle nouvelle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on parcourt donc ce chemin &#224; l'envers, on va pouvoir aussi faire appara&#238;tre certains &#233;l&#233;ments essentiels qui nous permettront peut-&#234;tre de mieux comprendre le m&#233;canisme qui conduit &#224; une forme essentielle d'aveuglement ou de d&#233;ni qui affecte g&#233;n&#233;ralement le psychisme et en particulier en p&#233;riode de crise. Le sens ou plut&#244;t la fonction du terme photographie a connu au cours du premier si&#232;cle suivant son invention une s&#233;rie de transformations que Brunet a parfaitement d&#233;crite dans son livre et qu'il faut rappeler ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien s&#251;r garder en t&#234;te qu'une conception dominante &#224; un moment donn&#233; n'invalide pas l'existence des autres approches, conceptions ou d&#233;finitions qui prendront en quelque sorte le pouvoir &#224; un moment ult&#233;rieur, car ces conceptions, d&#233;finitions ou approches sont contenues dans l'objet m&#234;me dont on parle et le reste un fois leur moment de domination pass&#233;. C'est pourquoi &#224; une approche univoque mais aussi purement historique, d'une historie faite de moments qui se succ&#233;deraient et se remplaceraient les uns les autres, il faut substituer une approche qui montre comment le d&#233;ploiement temporel &#224; la fois actualise des &#233;l&#233;ments r&#233;ellement ou virtuellement pr&#233;sents et les replie sur eux-m&#234;mes ou les fait s'encastrer dans d'autres sans pour autant les annuler bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi l'apparition de ph&#233;nom&#232;nes nouveaux li&#233;s au m&#234;me objet, la photographie, comme des perfectionnements techniques ou des transformations de statut. Sans rentrer dans les d&#233;tails, je voudrais retenir les points essentiels qui me permettront de montrer en quoi la photographie est &#224; la fois une invention faite par l'homme et par l&#224; est le fruit d'un certain &#233;tat de son psychisme, en quoi elle le modifie en retour et peut ainsi entra&#238;ner une modification de ce psychisme m&#234;me. Et cela de deux mani&#232;res la premi&#232;re par des aspects techniques nouveaux, mais aussi par l'usage qui est fait du mot lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le terme photographie est lui-m&#234;me au moins double puisqu'il peut &#224; la fois &#233;voquer le r&#233;sultat, l'image mais aussi l'ensemble des &#233;l&#233;ments conduisant &#224; la production de cette image, de l'appareil aux proc&#233;d&#233;s divers qui permettent d'obtenir ces images, mais il poss&#232;de en fait un troisi&#232;me sens, celui de ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; qui s'est trouv&#233; absorb&#233; dans les activit&#233;s de l'humanit&#233; comme tant d'autres inventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble utile donc de vous redonner les quelques moments qu'&#233;voque Brunet et qui ont vu l'usage du mot se modifier et partant la perception g&#233;n&#233;rale du ph&#233;nom&#232;ne. Mais ce qu'il importe de constater, c'est que, in&#233;vitablement, l'approche de la photographie va se faire de mani&#232;re m&#233;taphorique, entendez que la photographie va &#234;tre per&#231;ue et pens&#233;e &#224; travers les m&#233;taphores qui vont &#234;tre produites &#224; partir d'elle et &#224; son sujet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_niepce.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/1_niepce-9ef75.jpg?1614614756' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vue de la fen&#234;tre, Le_Gras, Joseph Nic&#233;phore Ni&#233;pce
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici, si l'on se place dans une perspective &#224; la Jaynes, au c&#339;ur du processus m&#233;taphorique inh&#233;rent au langage et &#224; la connaissance humaine qui, pour s'approprier l'inconnu, va devoir en passer par du d&#233;j&#224; connu. Mais ce qui importe encore plus ici,c'est de montrer que tr&#232;s vite la photographie va devenir elle-m&#234;me une pourvoyeuse de m&#233;taphores qui permettront de penser autrement la r&#233;alit&#233; ou certains probl&#232;mes comme celui du visible, ou m&#234;me, en un sens, de permettre de penser de nouveaux objets, comme par exemple l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point est la question de la ressemblance. Bien s&#251;r il y a les inventeurs, mais comme on l'a vu la derni&#232;re fois, ils ne peuvent eux-m&#234;mes &#233;voquer ce qu'ils inventent que par le truchement du langage et donc m&#233;taphoriquement. Du crayon de la nature au myst&#232;re de la chambre noire, la photographie n'aura pas &#233;t&#233; chiche en m&#233;taphores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il se trouve que pour la premi&#232;re fois l'appareil qui vient d'&#234;tre invent&#233; produit des images et ce qui va fasciner, et c'est le second point, c'est que, dira-t-on, ces images ne sont pas faites de main d'homme, qu'elles sont donc &#224; la fois ach&#233;iropo&#239;&#232;te et a-techniques. Un nouveau champ m&#233;taphorique est ici convoqu&#233;, celui qui rapproche ou plut&#244;t inscrit la photographie dans la lign&#233;e de l'ic&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir en elle une ic&#244;ne implique de faire de la photographie une saisie du r&#233;el, ou plut&#244;t une impression de la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire de montrer que ces images entretiennent une relation m&#233;tonymique avec la r&#233;alit&#233;. Mais dans le m&#234;me temps la penser comme une image a-technique implique la mise en place d'un processus d'effacement ou d'oubli des origines ou pour le moins de d&#233;ni de la r&#233;alit&#233; m&#234;me de cette invention qui a &#233;t&#233; faite par des hommes et qui ne porte la trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici au c&#339;ur de la question du statut des appareils sur laquelle nous reviendrons par la suite. Ce qui est comme occult&#233; donc c'est la dimension scientifique et technique qui va r&#233;appara&#238;tre dans le champ m&#233;taphorique &#224; travers cependant quelque chose qui n'est pas juste mais qui va fonder la croyance en l'indexicalit&#233; de la photographie, &#224; savoir qu'une photographie serait une image et de plus une image exacte de ce qu'elle saisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; l'aspect sacr&#233; en quelque sorte reli&#233; &#224; l'ic&#244;ne est associ&#233; un aspect apparemment directement scientifique, mais cette dimension scientifique de la photographie va induire un ph&#233;nom&#232;ne de croyance, le plus profond m&#234;me et le plus ind&#233;racinable qui fait d'une photographie une capture de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indexicalit&#233; inscrit donc la photographie dans cette relation m&#233;tonymique profonde dont semble ne pas pouvoir se passer l'&#234;tre humain lorsqu'il aborde des choses radicalement nouvelles. En tout cas la m&#233;taphore de l'exactitude de la copie par rapport &#224; la tranche de r&#233;el qu'elle permettrait de saisir est bien un effet de croyance induit par une m&#233;taphore, dans la mesure o&#249; pr&#233;cis&#233;ment il occulte et les gestes qui sont mis en &#339;uvre pour r&#233;aliser une photographie et l'ensemble des aspects techniques, sans compter le fait qu'elle est le fruit d'une invention humaine &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypericonicit&#233; de la photographie li&#233;e &#224; la croyance en son exactitude, se double du fait que l'objet photographique se trouve comme projet&#233; hors du champ du discours, &#233;cho &#224; cet effet de croyance annexe en l'ext&#233;riorit&#233; du sujet par rapport &#224; l'image, &#224; la position d'ext&#233;riorit&#233; de l'homme par rapport &#224; l'objet photographi&#233; et &#224; l'image qui en r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est essentiel, car il situe l'image photographique dans une probl&#233;matique de d&#233;r&#233;alisation qui se trouve aussit&#244;t comme occult&#233;e ou d&#233;ni&#233;e encore une fois, par le fait que l'image va &#234;tre l'objet de r&#233;investissements psychiques permanents qui viseront &#224; la l&#233;gitimer dans sa dimension perceptuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains verront dans l'image sa seule dimension d'exactitude, d'autres verront dans les mots et le discours ou l'&#233;criture la possibilit&#233; d'atteindre &#224; une image plus juste du sujet photographi&#233; que ce soit la lune ou un visage, mais dans les deux cas, la photographie sert d'argument &#224; des aspects distincts mais compl&#233;mentaires du fonctionnement de la conscience. Prise dans le jeu des signes, la photographie devient paradigme ambigu qui d'un c&#244;t&#233; joue contre les signes linguistiques et d'un autre est r&#233;investie par eux au moins de mani&#232;re m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La photographie et les m&#233;taphores du psychisme&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_16245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_talbot-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH408/2_talbot-2-7dca6.jpg?1614614756' width='500' height='408' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Henry Fox Talbot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1853
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous les m&#233;taphores qui associent la photographie aux tentatives de comprendre ce qui se passe et comment &#231;a se passe dans notre psychisme, des m&#233;taphores de la chambre noire pour &#233;voquer les myst&#232;res de l'&#226;me &#224; celle de la r&#233;v&#233;lation de souvenirs occult&#233;s comme se r&#233;v&#232;le une photographie dans les bains chimiques en passant par les m&#233;taphores li&#233;es au dispositif m&#234;me de l'appareil et permettant d'&#233;voquer le fonctionnement psychique dans sa complexit&#233;. Ce point est important car Freud autant que Bergson y ont eu recours et on sait l'importance que Deleuze accordera &#224; Bergson dans sa r&#233;flexion sur le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe ici, c'est le fait l'on passe d'un ensemble de m&#233;taphores du psychisme li&#233;es &#224; la trace, au signe, et &#224; la visibilit&#233;, &#224; l'image donc comme trace mat&#233;rielle, &#224; des m&#233;taphores li&#233;es au mouvement, au temps, &#224; la complexit&#233; m&#234;me des m&#233;canismes c&#233;r&#233;braux. La complexit&#233; de l'appareil est associ&#233;e &#224; celle du psychisme ou si l'on veut &#224; celle de la conscience elle-m&#234;me, comme c'est directement le cas chez Bergson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion d'&#233;cran, qui pour Freud figure la construction consciente du souvenir psychique comme masque, comme cin&#233;ma int&#233;rieur, introduit chez Bergson &#224; une ext&#233;riorisation de la perception comme projection sur un fond &#187; (Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 300). Bergson va pr&#233;f&#233;rer de loin les m&#233;taphores du r&#233;seau &#224; celle de la fixit&#233; de l'image li&#233;e &#224; la figure d'un sujet ma&#238;tre de l'espace et du temps et con&#231;u dans une position de domination par rapport &#224; lui-m&#234;me. La photographie &#233;volue donc &#224; travers les m&#233;taphores qu'elle rend possible et dans lesquelles elle est prise, de mani&#232;re parall&#232;le aux th&#233;ories du psychisme ou de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble en effet que l'on peut lire l'ensemble de l'histoire et celle de l'art en particulier &#224; travers ce prisme et voir dans les conflits de chapelle ou les courants moins une &#233;volution lin&#233;aire que le d&#233;ploiement parfois contradictoire, s'effectuant par des plis parfois pr&#233;visibles, parfois inattendus, des diverses possibilit&#233;s, des diverses autorisations que la conscience met en &#339;uvre pour comprendre son &#233;trange situation. En effet, elle est &#224; la fois et subjective et objective, et int&#233;rieure &#224; un ou des sujets et le double du monde ou sa projection par ces m&#234;mes sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La chimie photographique, en particulier, devient alors le moyen privil&#233;gi&#233; de figurer une conscience reconnue opaque &#8211; m&#234;me si c'est de mani&#232;re diff&#233;rente chez Bergson et chez Freud &#8211; et interpr&#233;t&#233;e comme un champ d'interactions. &#187; (Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 304).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait le passage au XXe si&#232;cle marque un tournant ou &#171; une crise historique de la psychologie &#187; selon le formule de Deleuze. Cette crise va ouvrir sur deux grands courants, deux grands flux, deux grands ensembles de forces, qui vont traverser tout le XXe si&#232;cle, un ensemble de forces qui va tendre &#224; d&#233;lier le sujet et la conscience de tout ce qui la relie aux modes traditionnels qui ont fond&#233; la perception, c'est-&#224;-dire le double rapport des mots aux images, au sens de repr&#233;sentation, et du corps &#224; la pens&#233;e ou de la pens&#233;e au corps comme on veut, et un autre ensemble de forces qui va tendre &#224; maintenir ou r&#233;instaurer le sujet dans ses pr&#233;rogatives, c'est-&#224;-dire &#224; &#171; sauver &#187; la conscience pour sauver le sujet, qui en est, on le sait, l'axe central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire ici d'&#233;voquer encore deux aspects li&#233;s &#224; la photographie et &#224; son r&#244;le dans la transformation du psychisme. Le premier aspect tient &#224; la dimension populaire de la photographie qui s'est affirm&#233;e tr&#232;s t&#244;t et qui est devenue r&#233;ellement populaire au &#201;tats-Unis d&#232;s la fin du XIXe. Ce point est &#224; la fois essentiel et difficile &#224; &#233;valuer, mais il est ind&#233;niable. Il suffit de repenser aux th&#232;ses de Bourdieu, pour comprendre que l'effet de retour sur la forme conscience a &#233;t&#233; massif &#224; la fois parce que la photographie a instaur&#233; un certain r&#233;gime de l'image qui est une sorte de m&#233;lange des &#233;l&#233;ments d&#233;finis auparavant et des m&#233;taphores qui les portent ou les fondent et parce que l'appareil photo a jou&#233; un r&#244;le fondateur dans l'acceptation des appareils comme &#233;l&#233;ment incontournable de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_kosuth.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH371/3_kosuth-62aad.jpg?1772189444' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;One and Three Chairs (Une et trois chaises) - Joseph Kosuth
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Centre Pompidou
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dernier point est le lien que le penseur, logicien et philosophe am&#233;ricain Peirce a &#233;tabli entre la photographie et les signes. Saussure avait d&#233;j&#224; eu recours &#224; des m&#233;taphores photographiques, mais c'est Peirce, on le sait qui a fait entrer la photographie dans la pens&#233;e philosophique. L'int&#233;r&#234;t de la pens&#233;e de Peirce utilis&#233;e &#224; des fins diverses en particulier &#224; la fin du XXe si&#232;cle tient surtout comme le montre Brunet au fait qu'il r&#233;v&#232;le si l'on peut dire la dimension profond&#233;ment ambigu&#235; de l'image photographique qui n'est en fait comme on va le voir ni v&#233;ritablement une ic&#244;ne ni v&#233;ritablement un index et pas vraiment un symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du signe de Peirce, vous le savez, est bas&#233;e sur la distinction entre ic&#244;ne, signe par ressemblance, index, signe par connexion et symbole, signe par convention. On voit dans ces d&#233;finitions passer l'ombre de la m&#233;taphore et de la m&#233;tonymie, mais surtout l'apparition de ce terme, symbole, qui dans son acception linguistique et non pas freudienne ou lacanienne, dessine d&#233;j&#224; les contours de ce nouveau champ que sera la th&#233;orie de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'iconicit&#233; de l'image photographique nous renvoie au champ m&#233;taphorique de la ressemblance et &#224; l'ensemble des questions sur le statut artistique ou non de la photographie, l'indexicalit&#233;, elle, fait &#233;merger la question d'un lien physique et causal n&#233;cessaire entre un objet et ce qu'il permet de figurer, mais d&#233;lier de la relation de ressemblance. Ainsi la girouette ne ressemble en rien au vent, pas plus en ce sens que l'image photographique ne ressemble au r&#233;el qu'elle invoque ou convoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'apporte de nouveau Peirce dans l'approche de la photographie, c'est de montrer qu'il y a entre l'image et son interpr&#233;tation, et sa signification donc, non pas la transparence pure de l'air qui l&#233;gitime les &#233;vidences perceptives et qu'&#233;voquent toutes les interpr&#233;tations des photographies en termes iconiques de ressemblance ou d'exactitude, mais bien au contraire le fait que cette transparence est peupl&#233;e de signes et que l'image est un monde abstrait compos&#233; de signes, une m&#233;diation et une m&#233;diation non pas r&#233;elle mais rationnelle, fruit du programme contenu dans l'appareil dirait Flusser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie n'est donc pas ic&#244;ne ou n'a qu'un aspect iconique imparfait, mais de la m&#234;me mani&#232;re elle a un aspect indexical imparfait aussi puisque, le fonctionnement de l'esprit humain est tel qu'il privil&#233;gie et ne peut pas sans doute faire autrement la ressemblance dans son approche de la photographie dans sa lecture faudrait-il dire. Ce qui n'est pas possible dans le cas de la girouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pour Peirce, &#8212; mais cette question sera pos&#233;e par de nombreux penseurs du XXe si&#232;cle sous d'autres formes mais toujours avec le m&#234;me souci de ne pas enfermer l'image dans sa fixit&#233; de cadavre &#8212;, l'image est composite. Cette m&#233;taphore permet au questionnement sur la photographie d'&#233;chapper aussi bien &#224; la fiction de la ressemblance qu'&#224; celle de l'indexicalit&#233; pour montrer qu'elle est le fruit d'une tension entre ces deux aspects des signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les photographies &#224; la diff&#233;rence des peintures et des images en g&#233;n&#233;ral, la ressemblance a une base factuelle, reconnue dans notre &#171; connaissance ind&#233;pendante &#187; de leur production, c'est-&#224;-dire dans un savoir pragmatique qui d&#233;termine le fonctionnement communicationnel ; en tant qu'elle est fond&#233;e dans le fait, cette ressemblance ne constitue pas une similitude de sorte que la photographie est un mauvais exemple d'ic&#244;ne. [...] Or la photographie n'est pas non plus un bon exemple d'index, car l'une des caract&#233;ristiques typiques des index est &#8220;qu'ils n'ont aucune ressemblance significative avec leurs objets&#8221; &#187;. (Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 318).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie pour Peirce est donc un mixte d'ic&#244;ne et de symbole. &#171; Exactement comme une photographie est un index pourvu d'une ic&#244;ne incorpor&#233;e en lui, c'est-&#224;-dire excit&#233;e dans l'esprit par sa force, un symbole peut avoir une ic&#244;ne ou un index incorpor&#233; en lui &#187; (cit&#233; par Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 319).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce que ces remarques tendent &#224; montrer, c'est que ce qui importe dans une th&#233;orie du signe, c'est la signification. Et quelle est la signification de la photographie pour Peirce sinon le fait qu'elle ne r&#233;pond &#171; &#224; aucune des deux modalit&#233;s du paradigme &#233;tudi&#233;es auparavant : la photographie comme image exacte et image de l'exactitude ou comme appareil productif servant d'analogue aux processus mentaux &#187; (Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 323).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'approche de la photographie &#224; partir d'une th&#233;orie des signes implique d'une part l'affirmation implicite que la photographie plut&#244;t que ressemblance est une certification d'existence, (on trouve d&#233;j&#224; le &#231;a a &#233;t&#233; de Barthes mais non th&#233;oris&#233; comme tel, et d'autre par le fait que la photographie, consid&#233;r&#233;e comme un ensemble de signes ou un mixte de divers aspects composant les signes, est en fait prise dans le r&#233;seau des &#233;changes communicationnels. Or les signes seraient impuissants &#224; communiquer quoique ce soit si les locuteurs n'avaient pas une connaissance ind&#233;pendante de leurs objets, un savoir d&#233;j&#224; l&#224; qui semble en partie contredire la th&#233;orie de la connaissance par signes. &#187;. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 326).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je vous renvoie ici &#224; nouveau au livre de Clarisse Herrenschmidt qui d&#233;montre comment s'imbriquent dans l'invention de l'&#233;criture, plusieurs niveaux diff&#233;rents de relation entre les signes et la connaissance implicite du contexte qui permet de les lire et de les comprendre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec Peirce, il faut donc remarquer deux choses qui sont des cons&#233;quences inattendues vu le d&#233;veloppement paradoxal qu'elles ont connu au cours du XXe si&#232;cle, la non-l&#233;gitimit&#233; de l'exactitude qui se r&#233;v&#232;le est un effet de croyance collective, le r&#233;sultat d'inf&#233;rences si l'on veut, ou d'un savoir d'habitudes et d'usages qui instaurent une confusion entre statut repr&#233;sentatif de l'image photographique et fonction de reconnaissance qui n'est d&#233;termin&#233;e que d'un point de vue pragmatique, et le fait que consid&#233;r&#233;e comme un signe ou un compos&#233; de signes et non comme une image, la photographie ne peut plus servir de m&#233;taphore pour l'int&#233;riorit&#233; qui s'appuyait sur le caract&#232;re suppos&#233; occulte des op&#233;rations photographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, on se trouve devant une situation in&#233;dite qui va se prolonger tout au long du XXe si&#232;cle qui voit au moment m&#234;me o&#249; l'appareil et ses dispositifs pouvaient &#234;tre reconnus et int&#233;gr&#233;s comme tels dans le mouvement de la pens&#233;e ou de la r&#233;flexion, se mettre en place un mouvement de repli qui va prendre la forme d'un double d&#233;ni ou d'un double aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme on va le voir avec Flusser, mais comme il faut en convenir cela est le cas depuis l'origine m&#234;me de la photographie sous la forme du phantasme de l'ext&#233;riorit&#233; suppos&#233;e radicale du sujet par rapport aux processus mis en &#339;uvre dans la fabrication des images photographiques, le sujet photographe et le sujet spectateur ne pouvaient en quelque sorte que prendre acte de leur &#233;viction et au lieu de cela ils vont tenter par toutes sortes d'artifices et donc de jeux m&#233;taphoriques de reprendre la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus que la relation appareil-photographe qui est en fait une relation de d&#233;pendance d&#233;ni&#233;e, c'est la conception de l'image photographique comme signe complexe qui met hors jeu le sujet et son int&#233;riorit&#233;. Le fonctionnement de l'appareil ou sa fonction de m&#233;diation et sa dimension programmatique ou programm&#233;e n'est pas occulte, il est occult&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Daguerr&#233;otype&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Logiconochronie &#8212; LIV</title>
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		<dc:date>2021-01-30T15:49:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LIV vise &#224; d&#233;crypter ce qui se passe entre les mots et l'image &#224; partir de l'invention de la photographie et durant le XXe si&#232;cle &#224; mettre en relation cette invention avec ce que l'on appelle la conscience. ll y sera aussi beaucoup question de Julian Jaynes.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1823-436f3.jpg?1772266882' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LIV vise &#224; d&#233;crypter ce qui se passe entre les mots et l'image &#224; partir de l'invention de la photographie et durant le XXe si&#232;cle &#224; mettre en relation cette invention avec ce que l'on appelle la conscience. ll y sera aussi beaucoup question de Julian Jaynes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au c&#339;ur des tensions entre image et texte, l'apparition d'une nouvelle schize&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que je vais essayer maintenant de d&#233;crypter, c'est ce qui se passe entre les mots et l'image &#224; partir de l'invention de la photographie et durant le XXe si&#232;cle. C'est pourquoi, si l'on veut comprendre ce qui se passe, il &#233;tait n&#233;cessaire de remonter si loin et de tenter de se forger une &#171; image &#187; la plus pr&#233;cise possible de ce qui lie, depuis ces temps anciens et donc est toujours inscrit dans le fonctionnement de la conscience, cet appareil psychique qui est en gros le n&#244;tre encore aujourd'hui, les mots aux images. Il ne faut donc pas oublier le fait que les mots appartiennent au domaine du visuel, qu'ils ont cette vertu de rendre visible de l'invisible, l&#224; o&#249; l'artefact visuel, une statue par exemple, avait pour vertu de rendre pr&#233;sentes les voix des dieux, des rois ou des anc&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est donc in&#233;vitablement li&#233;e durant ce long temps de l'invention de l'&#233;criture et de son d&#233;ploiement qui dure jusqu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#224; une donn&#233;e qui rel&#232;ve directement des dieux mais qui se voit d&#233;connect&#233;e au moins partiellement de sa fonction de support de la voix pour n'&#234;tre plus que support de ce qui accompagnait les voix, une sorte de fascination &#224; la fois oublieuse et efficace. L'image ou si l'on veut ce qui rel&#232;ve du visuel, de la repr&#233;sentation va porter avec elle, dans ses d&#233;finitions comme dans son existence le souvenir dans le psychisme de ce moment que l'&#233;criture, elle va tendre &#224; effacer, qui est celui de cette stupeur qui envahissait l'esprit des hommes quand les voix leur parlaient et que ces voix &#233;taient comme mises en branle par des objets, des statues en particulier, par des artefacts mat&#233;riels s'adressant &#224; la vue, au regard, captant l'intention, fascinant le regard et suspendant le temps dans l'attente de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, entre les hallucinations auditives et l'action, il n'y a pas de temps d'attente, car le passage &#224; l'acte doit &#234;tre imm&#233;diat, c'est une question de survie. C'est cet &#233;cart qui va &#234;tre mat&#233;rialis&#233; par l'&#233;criture, invent&#233;, cr&#233;&#233; en fait, en tout cas rendu possible par elle, et c'est en lui que le signe et l'image vont se trouver d&#232;s lors prisonniers. L'invisible comme le visible deviennent les otages des signes &#233;crits qui &#224; la fois sont des entit&#233;s visuelles nouvelles, des moyens de faire parler les choses absentes et surtout qui permettent de se mettre &#224; parler par soi-m&#234;me les mots d'un autre, des mots qui viennent d'ailleurs, de devenir en quelque sorte une voix qui parle, mais une voix qui sait qu'elle parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre un &#233;cart, une distance, un espace dans lequel viendront se loger les m&#233;canismes qui formeront de ce qui va devenir la conscience, l'&#233;criture introduit une dimension temporelle ou du moins un aspect du temps qui n'existait pas auparavant, &#224; savoir un temps lin&#233;aire contredisant la perception g&#233;n&#233;rale du monde bas&#233;e pour le dire de mani&#232;re rapide et un peu inexacte sur un temps circulaire. En fait sans doute est-ce sur un temps inchoatif, fait de passages d'&#233;tats &#224; &#233;tats sans cause d&#233;finie, de brisures et de trous, de suspens et d'actions mais qui ne sont pas prises ni dans un lien de causalit&#233; ni m&#234;me dans un lien de succession que se d&#233;roule le temps d'avant le temps lin&#233;aire rendu possible par l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'acte de lecture de l'alphabet complet est lin&#233;aire, comme celui de l'&#233;criture : il n'est pas n&#233;cessaire de voir le signe qui suit pour d&#233;terminer la valeur de celui qu'on lit. C'est pourquoi l'&#233;criture alphab&#233;tique ressemble tellement &#224; la parole : elle occupe, sans boucle ni repentir, le fil du temps qui passe. [...] L'alphabet complet n&#233;cessite un corps &#8212; des yeux, l'usage d'un appareil phonatoire &#8212; et un esprit qui comprend, mais ne n&#233;cessite pas leur conjonction ; avec l'alphabet complet lire n'est pas identique &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la dissociation lecture/compr&#233;hension, l'alphabet complet introduit le dualisme corps/esprit. Rien de tel n'existait dans les &#233;critures &#224; logogrammes o&#249; l'ensemble form&#233; par la chose du monde, le signe graphique et le mot constitua l'&#233;criture comme un double sensible du monde sensible ; ni dans les alphabets consonantiques ou dans le cun&#233;iforme vieux perse, o&#249; lecture et compr&#233;hension sont m&#234;l&#233;es, puisque la lecture implique de reconna&#238;tre ce que l'on conna&#238;t par avance, les racines et la morphologie de la langue. Avec l'alphabet grec, on peut tout lire sans rien comprendre. &#187;(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 123).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture alphab&#233;tique compl&#232;te introduit donc une double d&#233;chirure dans un univers o&#249; le monde des mots et celui des choses &#233;taient en quelque sorte encore dans une relation de miroir. Entre ces miroirs ne passait rien qui put venir s'opposer &#224; ce jeu de reflet, en tout cas pas la force d'un esprit autonome capable d'&#234;tre la voix de choses ou de situations qui n'existaient pas et que cet esprit ne connaissait donc pas et qu'il pouvait &#224; la fois faire exister en les disant et en les &#233;crivant et tenir pour r&#233;elles. Les tenir pour r&#233;elles signifie en faire des choses du monde susceptibles de le toucher, de l'&#233;mouvoir, de le troubler et de le faire r&#233;agir et penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double d&#233;chirure s'op&#232;re donc entre les choses du monde et le monde parce qu'elle na&#238;t entre ce qui est dit, &#233;crit ou lu et ce qui est parl&#233;, pens&#233; et vu. Il y a une faille au c&#339;ur de l'homme qui est comme un &#233;cho de la faille bicam&#233;rale et qui est en m&#234;me tout &#224; fait diff&#233;rente m&#234;me si &#224; l'&#233;vidence elle vient la recouvrir en la redoublant. En fait elle en d&#233;finit une nouvelle qui ne sera pas seulement une faille mais une sorte d'espace dans lequel vont venir se loger et lui donner forme, les fonctions qui pour Jaynes d&#233;finissent la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est &#224; la fois l'h&#233;riti&#232;re de cette dimension plus originelle du jeu de miroir entre mot et chose tel que le d&#233;finit Clarisse Herrenschmidt &#224; propos des &#233;critures pr&#233;c&#233;dant l'alphabet complet, et le fruit de ce que l'&#233;criture rend possible, un &#233;cart d'un type nouveau qui fera passer le temps d'un aspect profond&#233;ment inchoatif &#224; un aspect profond&#233;ment lin&#233;aire et qui fera de l'espace la dimension fondamentale de recollection du v&#233;cu. Dans cet espace, l'image est le nom de cette chose qui n'existe pas et qui consiste &#224; la fois en une sorte de suspension du temps et de fixation de l'instant, mais qui par sa puissance propre est aussi une chose r&#233;elle, comme les mots &#233;crits, qui va faire retour sur les pens&#233;es et les affects des hommes et donner lieu &#224; des &#233;v&#233;nements particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16146 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_liv-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH416/2_liv-2-7e1fa.jpg?1772188501' width='500' height='416' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conscience un appareil complexe de traduction des &#233;tats du corps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'&#233;criture rend possible c'est en plus de la prononciation de mots ne signifiant pas n&#233;cessairement des choses imm&#233;diatement v&#233;cues, une traduction diff&#233;r&#233;e de ce que le corps &#233;prouve, voire d'&#233;tats que le corps ne conna&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec les citations de Clarisse Herrenschmidt, voici celle qu'elle donne au terme de la partie de son livre consacr&#233;e &#224; l'&#233;criture, la d&#233;finition de l'&#233;criture donc : &#171; L'&#233;criture ing&#233;nierie qui traite les langues et les substantifie en un corps physique qui porte les signes, inspire l'&#233;mergence de l'humain selon ses op&#233;rations et fait de lui un double artefact, &#224; la fois cr&#233;ature humaine &#8211; &#224; quoi les traditions religieuses ex&#233;g&#233;tiques ne se sont point tromp&#233;es &#8211; et texte-cr&#233;ature, ing&#233;nierie humano&#239;de. [...] Cette chose qui mute est apte, en retour, au fa&#231;onnage de l'homme. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 218-219).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici ce qui peut &#234;tre pris pour la source m&#234;me de la diff&#233;rence fondamentale entre les deux grandes figures de rh&#233;torique que sont la m&#233;taphore et la m&#233;tonymie. La m&#233;tonymie s'appuie sur la croyance en une sorte de diffusion du sens par contact l&#224; o&#249; la m&#233;taphore, elle, r&#233;pond &#224; m&#233;canisme plus complexe de traduction diff&#233;r&#233;e bas&#233; sur une distance pour ne pas dire une sorte de rupture avec l'enracinement du per&#231;u dans la sensation et donc dans les &#233;tats du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence, comme on l'a vu au sujet des mythes fondateurs de l'ic&#244;ne, ne va pas cesser de hanter aussi le monde de l'image. Mais ceci nous permet de mieux comprendre comment l'image est devenue dans notre culture seconde par rapport au texte ou du moins &#224; l'&#233;criture. Seconde ne veut pas dire secondaire, mais cela veut dire que c'est en quelque sorte dans les transformations de la perception du monde impos&#233;es par l'&#233;criture que l'image trouve sa dimension propre. Mais en elle se mat&#233;rialise &#224; la fois des &#233;l&#233;ments qui rel&#232;vent d'une dimension que le monde invent&#233; par l'&#233;criture a plus ou moins occult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour constitu&#233;e que soit la conscience ou pour valide que soit la forme conscience pour nous, elle n'est non seulement pas la seule forme possible de l'appareil psychique, et elle est de plus en permanente &#233;volution, on va le voir avec l'invention de l'inconscient dans le sillage de celle de la photographie, mais elle garde en elle plus que des traces des &#233;tats ant&#233;rieurs du psychisme d'avant sa formation. Elle en est encore et toujours impr&#233;gn&#233;e et m&#234;me malgr&#233; l'att&#233;nuation de la diff&#233;rence entre les h&#233;misph&#232;res, elle est encore et toujours port&#233;e par une diff&#233;rence importante de sp&#233;cialisation des h&#233;misph&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'image va-t-elle venir occuper une place singuli&#232;re dans ce m&#233;canisme complexe, puisqu'elle va &#224; la fois sous la forme de la m&#233;taphore &#234;tre au c&#339;ur du dispositif de traduction g&#233;n&#233;ralis&#233; des &#233;tats du corps qu'est la conscience et la conscience naissante en particulier, et &#234;tre index&#233;e &#224; l'&#233;criture qui ne cessera de la combattre comme &#233;tant surtout une puissance nuisible. La dimension nuisible de l'image au sens donc de figuration ou de repr&#233;sentation, tient sans doute en ceci que produite par l'esprit elle peut donner lieu &#224; la production d'&#233;l&#233;ments autonomes, c'est-&#224;-dire qui &#233;chappent au contr&#244;le de la raison, &#224; des images imaginaires, pourrait-on dire, qui peuvent rejoindre le champ de l'inconnu et donc troubler le contr&#244;le exerc&#233; par la raison sur la perception du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image trouble parce qu'elle rel&#232;ve d'abord de ce qui permet la reconnaissance, c'est-&#224;-dire au fond l'identification du danger, et qu'elle peut devenir comme production autonome de l'esprit un danger ou sa mat&#233;rialisation dans l'esprit. Elle fait na&#238;tre des &#233;tats du corps qui se trouvent &#234;tre ind&#233;pendants d'une certaine r&#233;alit&#233; m&#234;me si les monstres du Moyen &#194;ge par exemple &#233;taient par bien des c&#244;t&#233;s des mixtes de r&#233;alit&#233; diverse dont le m&#233;lange assurait la puissance d'affection sur l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image peut donc &#233;chapper en partie &#224; la puissance d'attraction du corps, c'est-&#224;-dire au champ r&#233;gl&#233; de la m&#233;taphore et devenir l'&#233;l&#233;ment qui rappelle &#224; l'esprit, &#224; la conscience qu'elle est essentiellement un vide, un espace nu, un &#233;cart peupl&#233; sinon seulement de monstres du moins de tout ce que l'esprit produit et ce qu'il &#171; produit &#187; on le sait, ce sont en gros, comme le montre Changeux des objets mentaux qualifi&#233;s par rapport aux traces qu'ils laissent ou engendrent dans l'esprit, leur puissance d'inscription. Ce sont les sensations, les images transitoires et les concepts. L'image se trouve donc elle-m&#234;me travers&#233;e, c'est-&#224;-dire constitu&#233;e par une contradiction ou plut&#244;t relever d'une double nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re pour nous dans l'ordre inverse de l'histoire est de se constituer comme une puissance d'arr&#234;t dans le mouvement infini du d&#233;roulement du texte associ&#233; en gros &#224; celui de la raison mais qui se double du fait d'&#234;tre une forme synth&#233;tique qui permet de rendre compte de ce que le mouvement du texte ne cesse de chercher, &#224; savoir pr&#233;cis&#233;ment une formule rassemblant le divers dans une unit&#233;, ou disons un concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde qui est de repr&#233;senter une sorte de m&#233;moire implicite de la forme inchoative du temps d'avant la conscience par l'interruption qu'elle constitue et de renvoyer &#224; travers un mode de pr&#233;sence mat&#233;riel &#224; la question de l'absence, mais en tant qu'elle ferait signe vers ce qui serait une pr&#233;sence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est nettement du c&#244;t&#233; de la m&#233;tonymie ou du moins cherche &#224; l'&#234;tre, l&#224; ou l'&#233;criture qui invente une image d'un autre type, la m&#233;taphore, vise une forme-image non visible et pourtant &#233;voqu&#233;e en termes de vision, l'id&#233;e ou le concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est de savoir si quelque chose comme un &#233;quivalent de cette distinction entre m&#233;taphore et m&#233;tonymie dans le fonctionnement de la conscience peut-&#234;tre retrouv&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16147 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_liv-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH266/3_liv-2-39957.jpg?1772188501' width='500' height='266' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conscience selon Julian Jaynes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais au moins une fois vous pr&#233;senter en d&#233;tail les six points qui pour Jaynes d&#233;finissent la conscience afin que cela soit clair qu'il ne s'agit pas ici de d&#233;signer le seul aspect auquel on r&#233;duit le plus souvent la conscience, le jeu de renvoi et de reflet qui fait que l'on percevrait le fait m&#234;me de penser et de penser ce que l'on pense. Cette approche cart&#233;sienne est par trop r&#233;ductrice d'un m&#233;canisme complexe qui fonctionne &#224; plusieurs niveaux et avec plusieurs entr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise cette approche c'est que Jaynes consid&#232;re la conscience comme une op&#233;ration et un mod&#232;le du monde cr&#233;&#233; par la m&#233;taphore. L'importance qu'il accorde &#224; la m&#233;taphore vient du fait qu'il voit dans l'analogie le rapport entre la carte et le territoire le fondement m&#234;me de ce mode de pens&#233;e qu'est la conscience. Si pour lui &#171; l'esprit subjectif est l'analogie de ce qu'on appelle le monde r&#233;el &#187;, il est donc constitu&#233; d'un vocabulaire analogique et il permet de prendre des d&#233;cisions plus adapt&#233;es. C'est un outil, ou dirions nous ici, un appareil et non une chose ou un contenant. La conscience est li&#233;e &#224; la volont&#233; et &#224; la prise de d&#233;cision. Et ce point est essentiel, la d&#233;cision, c'est-&#224;-dire la r&#233;ponse &#224; des situations complexes, difficiles, stressantes voire dangereuses, est ce que vise toute activit&#233; humaine qui ne serait pas li&#233;e aux gestes les plus habituels et m&#233;caniques. Car on agit pour l'essentiel sans penser, sans &#234;tre conscient de ce que nous faisons. Les d&#233;cisions conscientes ne concernent qu'une partie limit&#233;e de notre activit&#233; pas les moins importantes sans doute, mais s'il nous fallait penser chacune des actions commises par notre corps nous ne pourrions pas vivre nous le savons. La conscience est donc la traduction par et dans le langage de ce que nous vivons, de ce que notre corps nous permet de percevoir, &#233;prouver ressentir. &#171; La conscience, dit Jaynes, est le travail lexical de la m&#233;taphore et elle ne cesse de s'engendrer elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH698/4_jaynes-86952.jpg?1772188501' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Six aspects la caract&#233;risent donc : la spatialisation, l'extraction, le je analogue, le moi m&#233;taphorique, la narratisation, la conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La spatialisation&lt;/strong&gt; vient de ce que toutes les pens&#233;es concr&#232;tes proviennent d'actions concr&#232;tes et que le diachronique est transform&#233; en synchronique pour &#234;tre appr&#233;hend&#233; dans la pens&#233;e. Si nous le traduisons dans les termes qui nous importent, on voit alors que ce qui rel&#232;verait de l'image au sens mat&#233;riel et spatial justement est en fait, sinon premier, du moins essentiel. C'est une sorte de condition de possibilit&#233; pour la pens&#233;e de pouvoir s'exercer que de ressaisir ce qui est sous une forme spatiale, de l'inscrire dans un espace et donc de constituer cet espace pour pouvoir le faire. En fait ce qui est dans le temps non per&#231;u des choses est extrait avant d'&#234;tre replac&#233; &#224; c&#244;t&#233; d'un autre extrait et donc alors dans une succession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extraction&lt;/strong&gt; est donc le second aspect essentiel. En effet nous ne voyons jamais rien dans sa totalit&#233;. Nous faisons un choix dans l'ensemble des attitudes possibles dit Jaynes. En d'autres termes nous faisons COMME SI. Les extraits ne sont pas les choses mais NOUS faisons comme s'ils &#233;taient les choses m&#234;mes. On voit ici que spatialisation et extraction fonctionnent en fait en &#233;cho l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Je analogue&lt;/strong&gt; c'est, dit Jaynes, la m&#233;taphore que nous avons de nous-m&#234;me. Je vous renvoie &#224; Onians encore une fois pour comprendre comment ce &#171; Je &#187; s'est constitu&#233; dans la langue m&#234;me comme lieu de traduction des exp&#233;riences physiques et physiologiques au cours de ce travail de la m&#233;taphore lexicale. Ce &#171; Je &#187; peut se d&#233;placer par d&#233;l&#233;gation dans notre imagination et accomplir des choses que nous ne faisons pas r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le moi m&#233;taphorique&lt;/strong&gt;, c'est ce &#224; quoi en g&#233;n&#233;ral nous r&#233;duisons la conscience, c'est-&#224;-dire le fait de s'apercevoir en train de faire une chose ou d'en imaginer une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La narratisation&lt;/strong&gt; consiste &#224; associer un fait isol&#233;, c'est-&#224;-dire un &#233;l&#233;ment qui a &#233;t&#233; extrait du flot de ce qui arrive, &#224; un autre fait isol&#233;. C'est cette association qui constitue le R&#233;cit et je dirai aussi le temps comme succession. Car le temps n'existe que par cette association, sinon il n'y a qu'un flux ou tout file et o&#249; rien n'est retenu. Mais qu'il y ait succession, il faut retenir, et pour retenir il faut extraire et associer. On voit donc pour ce qui nous int&#233;resse ici, que la narratisation enveloppe la spatialisation mais que la spatialisation est en quelque sorte condition de possibilit&#233; de la narratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conciliation&lt;/strong&gt; correspond en fait &#224; une activit&#233; essentielle du psychisme et qui est un comportement commun &#224; tous les mammif&#232;res, celui de la reconnaissance, c'est-&#224;-dire de l'assimilation d'objets ou d'&#233;l&#233;ments ambigus dans un sch&#233;ma acquis. Il s'agit ici d'assembler des &#233;l&#233;ments non connus sous la forme d'objets reconnaissables en se fondant sur des sch&#233;mas acquis pr&#233;c&#233;demment. C'est cela le travail de la m&#233;taphore, car la m&#233;taphore consiste &#224; tenter de d&#233;crire quelque chose pour lequel justement on ne dispose pas ou PAS ENCORE de mot pour en rendre compte, pour la faire entrer dans le sch&#232;me g&#233;n&#233;ral qui fait que nous comprenons ce qui veut dire acceptons comme non dangereuse telle ou telle chose plus ou moins nouvelle c'est-&#224;-dire &#233;trange et &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L487xH700/4_liv-2-f1ab5.jpg?1612022466' width='487' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc une sorte d'appareil de traduction qui permet de faire passer entre corps et cerveau et cerveau et corps, compris comme une seule m&#233;canique complexe et pas comme une m&#233;canique double, corps d'une part et esprit d'autre part, les informations qui vont permettre &#224; cette entit&#233; de survivre en faisant si possible les bons choix, et surtout dans les situations nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'insiste sur tout cela, c'est parce que la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui est pr&#233;cis&#233;ment nouvelle, in&#233;dite m&#234;me. C'est par rapport au stress engendr&#233; par cette situation nouvelle dans laquelle il y a plus d'inconnu que de connu que nous devons penser notre situation. En fait nous sommes dans une situation o&#249; nous devons modifier notre fa&#231;on de penser et o&#249; les sch&#233;mas existants ne semblent plus donner satisfaction. Leur capacit&#233; d'int&#233;gration semble d&#233;ficiente et il faut inventer de nouvelles formes. Les appareils et les images qu'ils produisent sont &#224; la fois la &#171; cause &#187; de cette situation et le moyen par lequel nous y r&#233;pondons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet appareil qu'on appelle la conscience, l'image est donc pr&#233;sente sous tous ses aspects. L'image est rendue possible par la spatialisation avant d'&#234;tre, elle-m&#234;me, spatiale. Elle est surtout ce qui entre dans le cadre de l'extraction et ce qui associ&#233; &#224; un autre cadre devient le photogramme du v&#233;cu qui se constitue de ce double geste car sinon, il n'est rien. Elle est cette op&#233;ration par laquelle le corps devient visible &#224; lui-m&#234;me et enfin ce qui vient &#224; la fois accomplir la narratisation sous la forme d'une synth&#232;se, double visuel du concept et la brise sous la forme de l'image de reconnaissance, cet &#233;l&#233;ment qui dans l'esprit est devenu une sorte d'&#233;vidence et n'est plus consid&#233;r&#233; comme potentiellement dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il est possible d'en faire un &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re qui va produire lui-m&#234;me ses propres effets en retour, donner lieu &#224; de nouveaux agencement narratifs, &#224; de nouvelles extractions car cet &#233;l&#233;ment est tenu et per&#231;u par le psychisme comme r&#233;el c'est-&#224;-dire ici acquis, devenu une autre image encore, celle d'un sch&#232;me inclus dans le psychisme comme &#233;tant l&#224; de toute &#233;ternit&#233; ou presque comme lui &#233;tant coessentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi tout ce d&#233;tour par l'&#233;criture pour finir ainsi sur l'image comme si elle tombait du ciel ? Parce que, comme on l'a vu, si la vue est premi&#232;re par rapport &#224; la parole, elle est d'une certaine mani&#232;re impliqu&#233;e dans le psychisme de deux mani&#232;res diff&#233;rentes lorsque la parole devient &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi une certaine forme de visibilit&#233;, celle des signes &#233;crits, d&#233;chire les images ou plut&#244;t le mode m&#234;me de perception qui conduit &#224; reconna&#238;tre telle ou telle chose comme &#233;l&#233;ment visible. Ensuite l'&#233;criture permet de recomposer ces choses &#224; travers des &#233;l&#233;ments qui sont visuels certes mais pas des &#171; images directes des choses &#187;, et qui en tant que m&#233;lange de signes visuels et sonores permettent pourtant la formation d'images nouvelles au sens d'objets mentaux nouveaux. Ces objets mentaux nouveaux n'abolissent pas ce qui rel&#232;ve du visible dans sa dimension plastique directe, si cela a un sens d'en parler en ces termes, mais rendent possible de nouvelles images et font exister une concurrence, un conflit entre anciennes et nouvelles images, c'est-&#224;-dire entre anciennes et nouvelles formes de reconnaissance. Ce qui fait que l'image au sens plastique et mat&#233;riel du terme est au moins prise dans un double registre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait d'une part les images qui rel&#232;vent du cadrage, de l'extraction et du miroir au sens de jeu de duplication entre un mod&#232;le suppos&#233; et une copie et l'on alors est dans le champ de la projection sur une surface, mur, toile ou papier, et il y aurait, d'autre part, les images qui rel&#232;vent du reflet et des effets de rapprochement ou d'&#233;loignement, de la vision plus que de la vue, des images plus proches du passage que de l'arr&#234;t et qui ne sont pas l'objet d'une projection au sens strict ou prises dans les jeux de miroirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images se situent plus pr&#232;s d'une exp&#233;rience premi&#232;re en un sens que les premi&#232;res nomm&#233;es qui sont, elles, le fruit de l'appareil conscience tel qu'il s'est constitu&#233; et d&#233;velopp&#233; &#224; partir et avec l'&#233;criture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_16172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_jaynes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_jaynes.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Logiconochronie &#8212; LIII</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LIII</link>
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		<dc:date>2020-12-27T22:08:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LIII &#233;voque en particulier les mani&#232;res selon lesquelles &#034;l'image pense&#034;. Mais ce sont surtout les relations entre image et voix, entre image et conscience et enfin entre image et texte qui sont l'objet de ce chapitre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Histoire" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/icone" rel="tag"&gt;icone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH80/arton1803-24da5.jpg?1772266882' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LIII &#233;voque en particulier les mani&#232;res selon lesquelles &#171; l'image pense &#187;. Mais ce sont surtout les relations entre image et voix, entre image et conscience et enfin entre image et texte qui sont l'objet de ce chapitre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image pense&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait ce que nous cherchons ici &#224; d&#233;terminer, c'est un nouveau concept d'image ou plut&#244;t &#224; comprendre comment les nouvelles images issues de la technologie ont transform&#233; notre perception du monde alors m&#234;me que notre conception du monde, elle, reste li&#233;e &#224; des concepts devenus inop&#233;rants et en particulier &#224; certains des concepts d'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut revenir sur les mots, sur le sens m&#234;me que l'on veut donner &#224; ce mot d'image. Sa polys&#233;mie m&#233;riterait &#224; elle seule qu'on lui consacre quelques heures mais plut&#244;t que de faire une sorte de tableau g&#233;n&#233;ral de ces significations, tentons ici une approche plus synth&#233;tique. C'est vers Gilles Deleuze que l'on peut se tourner et vers son expression &lt;strong&gt;d'image de la pens&#233;e&lt;/strong&gt;, qui vise &#224; rendre compte de l'existence non pas d'images dans la pens&#233;e mais du fait que la pens&#233;e &#171; s'image &#187; &#224; la fois dans son fonctionnement et dans le retour sur elle-m&#234;me qu'elle op&#232;re en se pensant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement l'image pense, comme le disait Hubert Damisch cit&#233; par Daniel Arasse, mais elle est pens&#233;e de la pens&#233;e pensante On dispose donc avec ce terme d'un champ de signification qui d&#233;passe largement l'image en tant qu'entit&#233; mat&#233;rielle et situe l'enjeu d'une r&#233;flexion sur l'image au niveau d'une tentative de comprendre comment &#171; &#231;a &#187; pense ou &#171; &#231;a se pense &#187; en nous, c'est-&#224;-dire comment s'organise et est per&#231;u par le cerveau-corps, le fonctionnement m&#234;me de la pens&#233;e. En fait, la question de l'image, il faut imp&#233;rativement la relier &#224; celle de ce que nous avons ici appel&#233;e la conscience. L'image est l'un des deux ou trois termes qui servent &#224; d&#233;crire, au-del&#224; de la complexit&#233; du fonctionnement mental et psychique, certains objets mentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'une part les termes qui tentent de saisir la relation du corps &#224; l'esprit comme sensation, perception, action, et d'autre part ces termes qui mettent en jeu la relation de la pens&#233;e ou de la m&#233;moire, c'est-&#224;-dire d'un point de vue d&#233;j&#224; synth&#233;tique, avec la complexit&#233; du monde. L'image est li&#233;e au concept, et le plus souvent est pens&#233;e comme un stade inf&#233;rieur &#224; celui du concept, ce qui nous ram&#232;ne &#224; ce que dit Jean-Pierre Changeux. L'image se trouve donc finalement assurer l'articulation entre temps et espace, comme nous avons eu l'occasion de le voir en particulier lorsque nous avons &#233;voqu&#233; la question de l'ic&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous n'avons pas pu aborder, c'est &lt;strong&gt;la mani&#232;re dont la production de nouvelles images mat&#233;rielles peut changer la perception que l'on a aussi bien du fonctionnement de la pens&#233;e que du monde, de la conscience que de soi&lt;/strong&gt;. Et cela parce qu'il est difficile de le faire, sauf &#224; tenter de suivre en temps r&#233;el en quelque sorte une mutation qui aurait lieu sous nos yeux. Ce que je vous propose ce soir, c'est de tenter de comprendre ce qui arrive et nous arrive avec l'apparition de ces nouvelles images dont le prototype est la photographie et qui a connu une mutation encore plus radicale avec l'invention du cin&#233;ma et surtout des images &#233;lectroniques qui ont pour nom les images vid&#233;o ou t&#233;l&#233;visuelles et qui se sont d&#233;velopp&#233;es jusqu'&#224; rendre possible par le perfectionnement des appareils, la cr&#233;ation d'images absolument virtuelles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_sumer.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH325/3_sumer-7a426.jpg?1609068273' width='500' height='325' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I - Image, &#233;criture et conscience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'image avant la conscience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble n&#233;cessaire de remonter en arri&#232;re, de tenter de se demander, m&#234;me rapidement, ce que pouvaient &#234;tre les images pour un fonctionnement psychique qui n'&#233;tait pas celui de la conscience et surtout si l'image est inh&#233;rente &#224; la pens&#233;e ou si une pens&#233;e sans image comme a tent&#233; de la faire exister Antonin Artaud, par exemple, peut nous mettre sur la voie d'une meilleure compr&#233;hension de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble impossible. Revenons cependant sur la th&#232;se de Julian Jaynes, sur l'hypoth&#232;se d'un fonctionnement diff&#233;rent du cerveau avant l'invention de l'&#233;criture, et donc avant la constitution de la conscience telle que nous la connaissons et la vivons. Si je reviens et insiste sur ce point, c'est que nous allons retrouver au terme de ce parcours les signes d'une nouvelle forme de partition, de division, de schize, dans la constitution de laquelle les images produites par les appareils et les images &#233;lectroniques en particulier semblent jouer un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute un tel raccourci peut-il para&#238;tre extr&#234;mement r&#233;ducteur mais il est n&#233;cessaire &#224; la mise en perspective de la question du statut des images aujourd'hui. Il faut consid&#233;rer d'abord des p&#233;riodes que l'on n'a pas l'habitude de consid&#233;rer sous cet angle. La constitution de la conscience comme mode de fonctionnement psychique date, dit Jaynes, de la p&#233;riode de r&#233;daction probable de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, soit environ 1300 ans avant J&#233;sus-Christ. Cela implique non seulement l'existence de l'&#233;criture, mais le fait que son existence a pu entra&#238;ner une modification r&#233;elle du fonctionnement c&#233;r&#233;bral et psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'apparition du langage, c'est-&#224;-dire du remplacement ou du moins de l'adjonction de signes auditifs aux signes visuels pour permettre de s'orienter dans l'existence, elle ne semble dater que d'environ 70 &#224; 50.000 ans, et pas deux millions d'ann&#233;es comme certains le pensent. Mais ce qui nous importe ici, c'est surtout de constater la pr&#233;&#233;minence du visuel sur l'auditif et de l'existence d'une tension entre les deux, les signes auditifs pouvant venir contredire les signes visuels ou permettre de r&#233;pondre autrement &#224; ce qu'ils impliquaient. Le langage, les mots, les noms, vont donc d&#233;chirer une premi&#232;re fois un univers dans lequel le visible domine. Ce n'est pas contre le visible que s'organise le langage, mais bien &#224; c&#244;t&#233; celui-ci, et l'on assiste &#224; une sorte de r&#233;partition des fonctions dans le cerveau, avec la n&#233;cessit&#233; n&#233;anmoins de permettre &#224; ces nouveaux signaux et signes, qui transmettent les ordres n&#233;cessaires &#224; la survie, d'&#234;tre efficaces. Mais pour &#234;tre efficaces, ils doivent &#234;tre compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que va entra&#238;ner l'existence des mots et des noms pour l'homo sapiens ? La s&#233;paration entre deux types d'informations qui vont en quelque sorte, &#234;tre r&#233;parties de mani&#232;re distincte dans les deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux. Il est encore aujourd'hui possible de v&#233;rifier le fait que chaque h&#233;misph&#232;re est sp&#233;cialis&#233; m&#234;me si justement le cerveau dispose de zones et de fonctions plus ou moins semblables dans les deux h&#233;misph&#232;res, capacit&#233; qui lui permet justement de pouvoir se transformer et se r&#233;parer en &#171; r&#233;veillant &#187; des fonctions endormies dans une zone de l'autre h&#233;misph&#232;re en cas de probl&#232;me ou d'accident par exemple. Ce double cerveau est un ph&#233;nom&#232;ne reconnu aujourd'hui qui est certes rep&#233;rable d&#232;s &lt;i&gt;homo habilis&lt;/i&gt;, vers 1,7 millions d'ann&#233;es, mais c'est en ce qui nous concerne vers la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la formation de la conscience que nous allons nous tourner un instant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15979 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_homere.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH189/1_homere-9b4c0.jpg?1772189957' width='500' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le langage, le premier appareil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vont permettre les mots, que va permettre le langage que ne permettait pas la seule communication par gestes, signaux et cris ? Une sorte d'autor&#233;gulation du stress et la possibilit&#233; de r&#233;pondre &#224; des situations in&#233;dites, mais il faudra pour cela que la modification du rapport &#224; l'espace et au temps, impliqu&#233;e par l'existence du langage, puisse &#234;tre prise en compte en tant que telle, comme une donn&#233;e &#171; r&#233;elle &#187;, car cela seul permettra de s'orienter dans l'espace et le temps en fonction de ces nouveaux param&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.J. Hublin dans son article, &lt;i&gt;La langue des hommes &#233;crit&lt;/i&gt; : &#171; Le langage articul&#233; l'est deux fois : d'une part notre appareil phonatoire est capable de produire &#224; un rythme tr&#232;s rapide (jusqu'&#224; quatre syllabes par seconde) des sons parfaitement contr&#244;l&#233;s, d&#233;cod&#233;s &#224; la m&#234;me vitesse par notre cerveau ; d'autre part le langage humain se caract&#233;rise par une articulation complexe de concepts gr&#226;ce &#224; une syntaxe. &#187; (&lt;i&gt;Aux origines des langues et du langage&lt;/i&gt;, &#201;ditions Fayard, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute exag&#233;r&#233; de dire que le langage a quelque chose d'un appareil, mais c'est &#224; l'&#233;vidence une sorte de dispositif fonctionnant &#224; l'int&#233;rieur du corps-cerveau et qui a &#233;t&#233; rendu possible, entre autres, par des modifications tr&#232;s importantes du cerveau et du corps, de l'appareil phonatoire et auditif, par la descente du larynx en particulier. En tout cas il est certain que l'apparition du langage modifie le rapport de l'homme au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquons les points essentiels de cette transformation. En effet, si j'insiste sur ce point, c'est que nous allons retrouver, c'est du moins ce que je tente de montrer, dans ce qui a lieu aujourd'hui pour l'homme avec l'invention des images num&#233;riques et surtout des appareils qui les rendent possibles, des &#233;l&#233;ments qui font &#233;cho de mani&#232;re troublante &#224; ce que l'on commence &#224; comprendre de l'&#233;volution de l'homme entre l'invention du langage et celle de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier consiste en un passage des signes visuels aux signes auditifs, ce qui signifie que ceux qui ma&#238;trisaient les signes vocaux intentionnels avaient une plus grande chance de survie. Le langage met &#224; jour le principe de s&#233;lection mais entra&#238;ne surtout, dit Jaynes, le fait que &#171; chaque nouvelle &#233;tape dans le vocabulaire (il faut se rappeler que l'on essaye ici d'&#233;voquer ce qui se passe alors que le langage commence &#224; exister) cr&#233;ait litt&#233;ralement de nouvelles perceptions et des objets nouveaux qui donnaient lieu &#224; d'importants changements culturels dont la trace se retrouve dans les sites arch&#233;ologiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'invention des noms pour les animaux a rendu possible les dessins d'animaux ou du moins co&#239;ncide avec leur apparition de m&#234;me que l'invention des noms pour les choses va permettre de donner naissance &#224; de nouvelles choses. On voit bien que le visuel n'est pas le visible et qu'il entretient avec le langage un rapport particulier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce point Jaynes &#233;voque donc les hallucinations auditives dont l'origine est la m&#234;me, pour lui, que celle de ces entit&#233;s qui ont fini par prendre le nom de dieux. &#171; Les hallucinations auditives seraient des effets secondaires de la compr&#233;hension du langage qui se d&#233;veloppe par la s&#233;lection naturelle comme une m&#233;thode de contr&#244;le comportemental &#187;. L'homme avait tendance &#224; oublier ce qu'il faisait, un peu comme les enfants, il avait un comportement instinctif et le langage &#233;tait ce qui permettait de lui rappeler qu'il r&#233;p&#232;te les gestes qui lui assuraient sa survie et ces hallucinations, stock&#233;es dans le cerveau droit, se faisaient entendre dans le cerveau gauche, analytique, ce qui impliquait que l'ordre donn&#233; &#233;tait traduit et aussit&#244;t transform&#233; en acte. Cela impliquait aussi que les activit&#233;s n'avaient jamais de fin et qu'il fallait justement qu'elles soient entretenues par un appel &#171; ext&#233;rieur &#187; m&#234;me s'il venait en fait de l'int&#233;rieur. Ceci est important pour comprendre le fait que le temps n'existe pas encore et que l'on est encore loin de la conscience, mais aussi que le langage va pr&#233;cis&#233;ment modifier la perception au point de rendre possible une relation non imm&#233;diate &#224; l'existence, et donc faire advenir ce que nous appelons le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des noms pour les animaux, des noms pour les choses et puis il y a eu des noms pour certains individus et c'est &#224; partir du nom que les dieux on &#233;t&#233; possibles. &#171; Avoir un nom, dit Jaynes, c'est pouvoir &#234;tre appel&#233; en son absence. Avec le nom, les pratiques fun&#233;raires deviennent possibles, avec le nom, les hallucinations se trouvent au c&#339;ur d'interactions sociales fortes et jouent un r&#244;le dans l'action individuelle &#187;. L'interaction de la voix avec l'appel ou le rappel de l'absent est au c&#339;ur des premi&#232;res cr&#233;ations de formes, petits objets ou idoles qui permettaient de faire advenir les voix bicam&#233;rales, ces hallucinations auditives qui seules permettaient d'assurer la survie g&#233;n&#233;rale tant des groupes que des individus. La construction et la possession de petites statues, install&#233;es dans l'espace priv&#233;, signe l'ouverture de ce qui deviendra l'existence individuelle, mais pas encore de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manque l'invention essentielle qui est celle de l'&#233;criture, c'est-&#224;-dire le passage d'images visuelles &#224; des symboles phon&#233;tiques pour signifier les choses et les &#234;tres. Mais ce que l'&#233;criture rend possible et que le langage seul ne permettait pas, c'est l'ouverture d'une sorte d'espace ou d'&#233;cart, un vide aussi bien spatial que temporel, entre la voix et l'acte. L'&#233;criture d&#233;chire le visible pour le transformer en signes visuels. Elle articule aussi le corps d'une nouvelle mani&#232;re &#224; ce qui le meut en ceci qu'elle inscrit un &#233;cart entre ce qui traverse le corps, &#224; savoir les voix, en le faisant se mouvoir, et ce qui est per&#231;u ressenti et exprim&#233; par la voix, celle du corps. Cet &#233;cart, il va falloir &#224; la fois en constater l'existence et prendre en charge le fait qu'il est porteur d'exp&#233;riences in&#233;dites &#224; travers une articulation d&#233;cal&#233;e et nouvelle par rapport aux signes vocaux et visibles de reconnaissance qu'il a l'habitude de manipuler, entre des signes visuels et des &#233;tats du corps de mani&#232;re. Cet &#233;cart, si l'on peut recourir &#224; cette m&#233;taphore, est celui qui &#224; la fois existait et n'existait pas entre les deux h&#233;misph&#232;res reli&#233;s par des &#233;changes qui ne laissaient pas de temps au doute, &#224; l'h&#233;sitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience, c'est ce qui va &#171; avoir lieu &#187; dans cet espace, c'est l'occupation d'un espace permettant de rendre compte du fait que les ordres transmis par les voix sont en quelque sorte diff&#233;r&#233;s, c'est la transformation en un espace-temps nouveau des fonctions essentielles de la vie par l'apparition de nouvelles fonctions n&#233;es des transformations g&#233;n&#233;rales des conditions d'existence, et en particulier la naissance de grands centres urbains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15980 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_achille.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/2_achille-d9fbb.jpg?1609068273' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conscience : entre appareil et dispositif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Agis promptement, rends ton dieu heureux &#187; ce proverbe sum&#233;rien est traduit pas Jaynes en &#171; Ne pense pas ; qu'il n'y ait aucun laps de temps entre la perception de ta voix bicam&#233;rale et l'action quelle te commande &#187;. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 237).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il remarque dans le m&#234;me passage que les guerres et les catastrophes naturelles ainsi que les grandes migrations vont secouer violemment le IIe mill&#233;naire avant J&#233;sus-Christ. &#171; Le chaos assombrit les saintes clart&#233;s du monde inconscient. Les hi&#233;rarchies se d&#233;compos&#232;rent. Et, entre l'acte et sa source divine, apparut l'ombre, le temps d'arr&#234;t qui profane, le rel&#226;chement redoutable qui rend les dieux malheureux, amers, jaloux jusqu'&#224; ce que, finalement, l'effacement de leur tyrannie survient quand fut invent&#233; sur la base du langage, un espace analogue avec un &#171; Je &#187; analogue &#187;. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 237-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les hommes bicam&#233;raux n'ont pas d'espace int&#233;rieur parce qu'il n'ont pas non plus de &#171; Je analogue &#187;, c'est bien ce double ph&#233;nom&#232;ne que l'&#233;criture va rendre possible. Mais ce qu'il faut rappeler c'est que l'instauration de cette int&#233;riorit&#233; et de ce &#171; Je &#187; va prendre quelques si&#232;cles et m&#234;me plus et que la conscience elle-m&#234;me sera une forme en constante &#233;volution, (c'est ce que l'on nomme histoire), mais en effet, dans un sch&#233;ma structurel et organisationnel qui ne va gu&#232;re bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mots, on passe d'une humanit&#233; compos&#233;e d'individus en proie aux suj&#233;tions de leur cerveau droit, (dieu, roi, chef, p&#232;re) &#224; une humanit&#233; compos&#233;e d'individus qui vont d&#233;couvrir qu'il est possible d'exister pour eux-m&#234;mes, mais qui ne le pourront que dans la mesure aussi o&#249; ils seront alors saisis par un autre aspect n&#233;cessaire &#224; la formation de la conscience, la narratisation qui appara&#238;t avec les grandes &#233;pop&#233;es et dont l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; reste pour nous la r&#233;f&#233;rence absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux ici &#233;voquer qu'un seul passage de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; qui indique comment, lors des remaniements et des r&#233;&#233;critures certains intervenants vont introduire une dimension consciente dans un texte qui raconte encore pour l'essentiel des &#233;v&#233;nements v&#233;cus par des hommes bicam&#233;raux. Il s'agit d'un moment ajout&#233; tardivement o&#249; Achille dit ce qu'il pense d'Agamemnon en ces termes : &#171; Je hais autant que les portes de l'enfer l'homme qui cache une chose dans son c&#339;ur et qui en dit une autre &#187; (&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, IX, 312).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est ici &#233;voqu&#233;, c'est bien un espace qui rel&#232;ve en propre de la conscience subjective, du fait qu'il existe &#171; dans &#187; un individu un espace &#171; r&#233;el &#187; dans lequel il peut faire cohabiter deux &#233;l&#233;ments mentaux diff&#233;rents voire contradictoires. Il ne s'agit de rien d'autre que de la duplicit&#233; qui est le signe m&#234;me de l'existence de la conscience, c'est-&#224;-dire de la possibilit&#233; pour un individu de trouver en lui-m&#234;me un espace dans lequel faire entrer le monde dans sa complexit&#233; et &#224; partir duquel cette complexit&#233; pourra cependant &#234;tre appr&#233;hend&#233;e, &#234;tre pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_euclide.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH304/4_euclide-7a4f7.jpg?1772189957' width='500' height='304' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Clarisse Herrenschmidt est plus pr&#233;cise encore dans son livre &lt;i&gt;Les trois &#233;critures&lt;/i&gt;. En effet, elle constate aussi l'&#233;mergence de la conscience et de l'histoire &#224; partir de l'invention de l'&#233;criture et plus pr&#233;cis&#233;ment encore &#224; partir de celle de l'alphabet grec, mais elle indique aussi deux autres aspects essentiels pour notre propos li&#233;s &#224; l'image et &#224; l'&#233;criture dans leur lien avec la conscience, celui que l'&#233;criture permet de tisser avec le corps et celui que l'&#233;criture met en place avec le visible et l'invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous propose de la suivre un instant &#224; travers quelques citations. &#171; Avec l'intrusion de l'&#233;criture, les scribes de M&#233;sopotamie mirent en marche un certain processus de d&#233;contextualisation, de distanciation des choses du langage d'avec les choses d'un monde. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture va en quelque sorte rendre visible la parole et au-del&#224; d'elle le langage et la partie invisible du corps humain en modifiant la relation de l'homme &#224; son propre corps et aux choses qu'il va pouvoir convoquer en les nommant et en les &#233;crivant mais en leur absence. Et devenue une r&#233;alit&#233; en soi l'&#233;criture va produire des effets de feed back sur le fonctionnement psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'appareil phonatoire est pour tout sujet humain du donn&#233; pur, du corps inconscient, un assemblage dont il ignore tout, de muscles, de cartilages et de tuyau [...] en bref nous produisons les phon&#232;mes de nos langues sans savoir comment. [...] Le signe pour une consonne n&#233;cessite que scripteur et lecteur manipulent l'organe obscur, disent la machinerie interne et physique n&#233;cessaire au langage. Ce faisant ils &#233;voquent le ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange et g&#233;n&#233;ralis&#233; de la parole int&#233;rieure, celle que tout sujet se tient &#224; lui-m&#234;me, qui est &#224; la fois parole et absence de parole, o&#249; le sujet est &#224; la fois lui-m&#234;me et un autre, o&#249; raison et d&#233;raison coexistent. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici c'est de comprendre la relation complexe qui s'&#233;tablit entre ce monde inconnu qu'est le corps qui &#224; la fois n'est plus &#234;tre occult&#233; comme centre producteur de r&#233;alit&#233; et qui entre donc dans le domaine &#171; conscient &#187;, mais qui le fait comme dimension inconnue et pour l'essentiel occult&#233;e ou inconsciente. Ainsi voit-on une sorte de torsade se mettre en place, dans laquelle le fait de nommer des choses ouvre dans le locuteur un espace dans lequel vient se loger son corps c'est-&#224;-dire une m&#233;canique qu'il faisait jusqu'ici fonctionner sans la conna&#238;tre, de mani&#232;re non consciente donc, et qui lui permet &#224; la fois de nommer ce qui est et n'est pas, ou ce qui est quand il n'est pas l&#224;, qui ouvre en lui un &#233;cart, une distance non seulement entre les choses et lui, mais entre ce qu'il pense et ses actes et avant tout entre ce qui vient de son corps et les r&#233;actions que cela d&#233;clenche dans son esprit. Car ce qui vient de son corps, ce qui s'y passe, peut commencer &#224; &#234;tre nomm&#233; d&#232;s lors que cela peut &#234;tre &#233;crit. C'est en effet ce que montre le grand livre de Richard Broxton Onians, &lt;i&gt;Les origines de la pens&#233;e europ&#233;enne&lt;/i&gt;, et ce que nous pouvons suivre pas &#224; pas dans une lecture attentive de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; en particulier, &#224; savoir le fait que ce qui trouble les h&#233;ros c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'ils ne peuvent encore nommer v&#233;ritablement ce qui leur arrive, qu'il le disent, certes, mais ne savent pas ce que c'est et c'est pourquoi il attribuent ces &#233;v&#233;nements du corps aux d&#233;cisions des dieux, ce qu'ils sont puisqu'ils sont li&#233;s aux voix qui les aident &#224; r&#233;pondre au stress provoqu&#233; par des situations de crise ou de danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le langage est ent&#233; dans le corps et le corps est comme d&#233;senclav&#233; de lui-m&#234;me par le langage &#233;crit. Tel est le proto-espace psychique qui va permettre le devenir de la conscience qui se fonde donc paradoxalement sur la d&#233;couverte de l'existence d'une faille d'une schize, schize qui le constituait dans l'univers bicam&#233;ral mais dont il ne savait rien et que le fait de d&#233;couvrir la m&#233;canique de son corps rendue visible par l'&#233;criture fait exister en impliquant de la masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'alphabet complet traite le contexte d'un c&#244;t&#233; par l'indiff&#233;rence, de l'autre par la conjonction de la simplicit&#233; des signes conventionnels avec l'opacit&#233; de leur production quotidienne, commune, r&#233;flexe. Cette conjonction est une disjonction, qui passe dans le sujet lui-m&#234;me, locuteur, scripteur et lecteur, entre son savoir de la langue et de l'&#233;criture et l'ignorance dans laquelle il demeure de ce qu'il fait de son organe phonatoire et de ce qu'il montre de son &#234;tre physique quand il parle &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant au IIe mill&#233;naire, avant l'alphabet complet, au moment o&#249; l'&#233;criture d&#233;j&#224; commence &#224; transformer la relation de l'homme avec les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;criture atteste la pi&#233;t&#233; envers les dieux, prolonge les rites et les rend perp&#233;tuels. Les anciens ont senti que l'&#233;criture touchait &#224; l'invisible. De fait, le langage, invisible tel qu'en lui-m&#234;me, montre ce qui est hors de la vue, nomme l'invisible. L'&#233;crit, qui capte le langage, donne &#224; voir l'invisible et devient le lieu de rencontre &#233;ternel entre les vivants visibles et les &#233;ternels invisibles. Dans l'&#233;criture, ces deux invisibles que sont le langage et les dieux sont pr&#233;sents, visibles, immobiles, connaissables &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous accordons &#224; voir dans les dieux ces admonestations du cerveau droit, ces condens&#233;s d'ordres qui sauvent ou aident au moins &#224; s'orienter dans l'existence, on peut entendre dans ces remarques que l'op&#233;ration de translation et de traduction complexe que l'&#233;criture met en place concerne les choses autant dans leur dimension visible que dans leur dimension verbale. Il ne faut pas oublier que les signes &#233;crits sont du visuel et qu'ils d&#233;signent en m&#234;me temps ce qui se passe dans le corps et ce qui est au-dehors, ce qui se passe dans l'esprit que ce qui trame le r&#233;el au-del&#224; du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;criture rend le langage visible &#8212; qui y pense tant cela nous est mentalement consubstantiel ? &#8212; se fait le seuil de l'invisible, comme les langues rendent actuel l'inactuel. [...] Que les langues, cr&#233;ations des hommes qui les connaissent de fa&#231;on partielle par d&#233;finition, ont la capacit&#233; de mettre les humains en pr&#233;sence de ce qui n'est pas visible, de ce qui n'est pas ou plus pr&#233;sent, ou de ce qui n'existe peut-&#234;tre m&#234;me pas. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture est donc bien ce qui va rendre possible une articulation de l'espace et du temps ou plus exactement ce qui va permettre &#224; l'homme de concevoir ce qu'il va nommer l'espace et le temps et dans le m&#234;me mouvement de commencer &#224; penser l'existence de la pens&#233;e elle-m&#234;me en lui, c'est-&#224;-dire de mettre en &#339;uvre ce dispositif complexe qu'est la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je crois n&#233;cessaire d'avancer sur ces voies anciennes, c'est qu'il me semble que c'est un pli entre espace et temps que nous allons retrouver en ce moment o&#249; les images mobiles et num&#233;riques vont faire leur apparition et imposer aux hommes une transformation de leur mode de perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture est un appareil qui a chang&#233; la perception et c'est ce que nous avons du mal &#224; concevoir aujourd'hui. Et de rappeler cela, de tenter d'en donner un vague aper&#231;u me semble important pour mieux faire comprendre ce qui me semble avoir lieu aujourd'hui, si l'on s'accorde comme nous le verrons &#224; voir dans la mutation en cours un moment aussi important dans l'histoire de l'humanit&#233; que l'a &#233;t&#233; celui de l'invention de l&#8216;&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons encore un instant Clarisse Herrenschmidt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La puissance graphique &#224; r&#233;v&#233;ler l'invisible constitue un &#233;cho &#224; cette puissance l&#224; (faire exister des choses qui n'existent pas), mais l'&#233;criture est plus pauvre qu'une langue, moins mobile et moins subtile : c'est en cela m&#234;me qu'elle est un outil majeur d'investigation, de proc&#233;dure et de comparaison, un pivot dans le flux des percepts, une fixation du temps. D&#233;busquer le r&#233;el dans l'invisible rendu visible par les signes serait du programme scriptural le mot d'ordre implicite et &#8212; &#244; combien &#8212; mis en &#339;uvre par les soci&#233;t&#233;s graphiques anciennes et modernes. Il contribua &#224; transformer les esprits et les &#234;tres qui n'en devinrent ni meilleurs ni pire, ni plus sages, ni plus fous, mais d&#233;velopp&#232;rent d'autres rapports sociaux, accrurent leurs richesses, leurs connaissances et la complexit&#233; de leurs techniques, enfin se regard&#232;rent autrement &#8212; car la proc&#233;dure, la comparaison, le pivot temporel, la fixit&#233; de l'instant T des choses dans l'&#233;crit, le support des signes donnent &#224; la v&#233;rit&#233; un corps substantiel, s'ils n'en assurent pas l'engendrement, corps de mati&#232;re &#224; penser sur quoi s'exerce sans fin l'&#339;uvre d'investigation. &#187;(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; nous y sommes. On peut entendre &#224; travers ces mots une sorte de d&#233;finition implicite de la conscience et surtout une sorte de tableau de ce qui est en jeu au-del&#224; de l'&#233;criture dans la production humaine de signes graphiques ou visuels finalement, &#224; savoir de produire une sorte de mixte entre ce qui existe et n'existe pas, entre espace et temps et qui constitue une sorte de donn&#233;e nouvelle prise en compte par la pens&#233;e et qui va &#234;tre en fait &#224; la fois le signe de son existence et l'&#234;tre m&#234;me de la conscience, un double m&#233;taphorique du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Logiconochronie &#8212; LII</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LII</link>
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		<dc:date>2020-11-30T12:56:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LII &#233;voque le basculement qui va s'op&#233;rer au XIXe si&#232;cle autour de la naissance de la photographie, naissance port&#233;e par les &#034;fantasmes&#034; de certains de ses inventeurs qui inscrivent de facto cette nouvelle technique dans la part chr&#233;tienne de l'histoire des images.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH124/arton1780-5343b.jpg?1772187613' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='124' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LII &#233;voque le basculement qui va s'op&#233;rer au XIXe si&#232;cle autour de la naissance de la photographie, naissance port&#233;e par les &#034;fantasmes&#034; de certains de ses inventeurs qui inscrivent de facto cette nouvelle technique dans la part chr&#233;tienne de l'histoire des images.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A. Un vieux r&#234;ve r&#233;alis&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait sans doute faire une v&#233;ritable th&#233;orie de la question du statut du temps dans l'image ou plut&#244;t des relations de l'image avec le temps. On a vu comment image et dur&#233;e, image et histoire, image et m&#233;moire s'enlacent et tissent ensemble des liens ind&#233;fectibles, mais c'est sans aucun doute &#224; partir de la photographie que ce lien prend un aspect particulier qui va constituer une v&#233;ritable nouveaut&#233;. Mais il faudra attendre l'invention du cin&#233;ma pour que cela prenne toute son ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, la photographie n'apporte au fond rien de nouveau, sinon la r&#233;alisation d'un r&#234;ve, ou plut&#244;t, je crois d'un phantasme. Et c'est sans aucun doute l&#224; l'apport le plus manifeste et comme tout ce qui est manifeste le plus occult&#233;. La photographie constitue par son objet m&#234;me, par son fonctionnement m&#234;me, une machine &#224; occulter. Je dirais volontiers que la photographie invente l'inconscient ou que sans photographie, l'inconscient n'aurait pas vu le jour sous cette forme-l&#224; en tout cas, et bien s&#251;r parce que la photographie pense-t-on, croit-on, est-on certain, copie la r&#233;alit&#233;, capture donc et retient ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_talbot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH411/1_talbot-3677f.jpg?1772194015' width='500' height='411' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;A scene in a librairy pl VIII, The pencil of nature. Willian Henry Fox Talbot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en est rien et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'occultation de ce fait, de cette donn&#233;e, que se vouent de mani&#232;re inconsciente ou involontaire l'ensemble de ceux qui vont d&#233;ployer des discours sur la photographie c'est-&#224;-dire &#233;crire moins son histoire que son mythe. Pourtant cette croyance &#233;tait in&#233;vitable. L&#224; est bien la question : comment &#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge in&#233;vitable ? Comment voir non pas l'invisible ou le cach&#233; mais le fait qu'il n'est pas possible de ne pas ne pas voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est particuli&#232;rement int&#233;ressant de pouvoir suivre presque en direct la naissance de quelque chose de nouveau et la mani&#232;re dont l'esprit humain fonctionne ou a fonctionn&#233; vis-&#224;-vis de cette nouveaut&#233;. On peut alors tenter de mieux comprendre comment fonctionne la conscience encore une fois con&#231;ue comme m&#233;canique complexe d'autorisation et de r&#233;gulation du stress et des troubles qui &#233;mergent face &#224; la nouveaut&#233; et de construction des r&#233;ponses, adapt&#233;es ou non d'ailleurs, &#224; cette nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_talbot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH321/2_talbot-a83c1.jpg?1606746284' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Henry Fox Talbot, &#171; The Pencil of Nature &#187;, 1844 &#8211; 1946
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;B. France-Angleterre : une double naissance contrast&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler ici rapidement quelques points essentiels qui infl&#233;chissent d&#232;s les d&#233;buts de la photographie son interpr&#233;tation. Pour aujourd'hui, il n'est plus question d'entrer dans les d&#233;tails, cela demanderait d'ailleurs plusieurs s&#233;ances sans doute ou au moins une enti&#232;re, mais il est possible de dessiner justement, le mot n'est pas sans importance, les grandes lignes de ce qui fut per&#231;u d&#232;s les d&#233;buts et en m&#234;me temps de ce qui fut occult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie du livre de Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt; et surtout les informations pr&#233;cieuses qu'il rec&#232;le me serviront de fil conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sume d'une formule incisive la diff&#233;rence radicale entre l'invention de la photographie en France et en Angleterre et cette conclusion peut nous servir ici d'introduction. &#171; L&#224; o&#249; Arago avait institu&#233; la photographie comme art pour tous parce qu'art sans art, Talbot cr&#233;e la photographie comme art de l'individu parce qu'art de la nature &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie est prise, c'est normal dans le jeu des th&#233;ories et des positions sur l'art en vogue &#224; l'&#233;poque. Au milieu du XIXe, naturalisme, romantisme, peinture d'histoire, se font la guerre et voient leur position sur l'&#233;chelle des valeurs &#233;voluer rapidement et c'est au milieu de cette relative cacophonie que la photographie appara&#238;t. Elle va &#234;tre, d'entr&#233;e de jeu, associ&#233;e aux &#233;l&#233;ments les plus habituels des discours sur l'art, mais elle va &#234;tre port&#233;e par ce ph&#233;nom&#232;ne de fascination qui emporte tout jugement, &#224; savoir que ce que montre une photographie serait la saisie la capture, la reproduction sans faille du morceau de r&#233;alit&#233;, chose, paysage, personne, qui se trouvait devant l'objectif. Mais avant de tenter d'analyser ce point essentiel, il faut pr&#233;ciser un peu comment la photographie est appr&#233;hend&#233;e au moment de sa naissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_talbot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH389/3_talbot-ccc6f.jpg?1606746284' width='500' height='389' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The Haystack, 1844. Willian Henry Fox Talbot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, art sans art et art pour tous, la photographie va &#234;tre compar&#233;e &#224; l'image ach&#233;iropo&#239;&#232;te et tout un discours sur l'autopoiesis de la photographie va se d&#233;velopper qui va paradoxalement lier les aspects les plus concrets aux aspects les plus &#171; scientifiques &#187; de la d&#233;couverte, le fait que la lumi&#232;re travaille seule sans l'aide de l'homme lorsqu'elle vient inscrire sur la surface r&#233;ceptrice les formes de la r&#233;alit&#233; avec les aspects les plus non-ratio&#239;des. Retenons donc ceci que l'aspect le plus ratio&#239;de ou rationnel, le plus technique, se trouve li&#233; au plus irrationnel, &#224; ce r&#234;ve &#233;trange issu de l'imaginaire de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art de l'individu et de la nature, la photographie va devenir le facteur d'une r&#233;volution profonde dans le rapport &#224; soi et au monde et cela apparemment sans que rien ne change pour les hommes sinon qu'ils vont &#233;laborer des comportements qui, tout en ayant l'air &#233;vidents, naturels, dirions-nous aujourd'hui, sont en fait des r&#233;actions motiv&#233;es par l'apparition de cette nouveaut&#233; et travers&#233;s de part en part par le fil invisible mais coupant de l'appareillage technique et de la croyance en la r&#233;alit&#233; de ce que la perception-sensation imm&#233;diate donne &#224; voir, c'est-&#224;-dire &#224; inf&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'un des aspects les plus essentiels, c'est, comme le note Fran&#231;ois Brunet, un rapport &#224; l'intime que Fox Talbot instaure en m&#234;me temps qu'un rapport au d&#233;tail et &#224; la nature. Mais c'est aussi la photographie qui va permettre la saisie d'&#233;v&#233;nements ou de situations qui pourront servir de t&#233;moignage ou de preuve utilisable contre des individus. La photographie en tant qu'elle est r&#233;alis&#233;e par un appareil va faire basculer l'espace public dans un lent processus de privatisation dans la mesure o&#249; en fait elle va permettre de rendre public, sous forme d'image, ce qui jusqu'ici &#233;tait absolument soit priv&#233; soit commun &#224; tous. En fait les deux courants fran&#231;ais et anglais sont absolument compl&#233;mentaires comme le remarque Fran&#231;ois Brunet (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 155-156.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_talbot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/5_talbot-78c1f.jpg?1772194015' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The open door c.1844, Willian Henry Fox Talbot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il me semble en fait que l'on peut aujourd'hui commencer &#224; envisager en quoi la photographie a modifi&#233; le fonctionnement de la conscience au sens o&#249; je tente de le d&#233;velopper ici. Les aspects les plus importants &#224; relever pour notre propos. Ils sont donc au nombre de quatre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La photographie est elle-m&#234;me une id&#233;e et comme telle &#224; rattacher aux discours sur l'id&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle est le r&#233;sultat d'un travail intellectuel et mental d'&#233;laboration complexe aboutissant &#224; une formule efficace permettant de la mat&#233;rialiser. En ce sens, elle n'est pas diff&#233;rente comme invention technique d'un dessin ou d'un tableau ou d'un livre ou d'une machine. Ce qui rend la question si ambigu&#235;, c'est qu'elle se mat&#233;rialise, cette id&#233;e, directement sous la forme d'images qui semblent n'avoir pas &#233;t&#233; faites de main d'homme mais par le seul jeu de la lumi&#232;re sur une surface sensible. Les photographies devraient donc d'abord &#234;tre comprises comme des fragments d'id&#233;es mat&#233;rialis&#233;es et non comme des copies de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les photographies, les images donc, dans la mesure o&#249; elles sont r&#233;alis&#233;es au moyen d'un appareil incluent l'homme dans le processus de fabrication sur un mode absolument nouveau. En fait, elles incluent l'homme en l'excluant. Comme il appara&#238;t ne jouer aucun r&#244;le pendant le moment de la prise de vue, le discours qui est produit sur l'image prend acte de cette exclusion mais ce raisonnement est erron&#233; dans la mesure o&#249; l'homme a invent&#233; l'appareil. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, c'est la raison pour laquelle il peut d'une certaine mani&#232;re appara&#238;tre dans ou sur l'image au m&#234;me titre que les autres objets, c'est-&#224;-dire comme objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La photographie engendre un ph&#233;nom&#232;ne que j'appellerais volontiers une illusion d'&#233;ternit&#233; en ce qu'elle met en branle une partie de notre syst&#232;me d'inf&#233;rence. Fran&#231;ois Brunet cite ce passage d'un m&#233;moire scientifique d'un anglais Sir David Brewster : &#171; La ph&#233;nom&#232;ne photographique que je viens de d&#233;crire bri&#232;vement me semble participer du caract&#232;re du merveilleux, presque autant qu'aucun autre fait que l'investigation physique ait port&#233; &#224; notre connaissance. La plus transitoire des choses, une ombre, l'embl&#232;me proverbial de tout ce qui est &#233;vanescent et momentan&#233;, peut &#234;tre encha&#238;n&#233;e par les sorts de notre &#171; magie naturelle &#187; et peut &#234;tre fix&#233;e pour toujours dans la position qu'elle semblait ne devoir occuper qu'un instant &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 134).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L397xH600/6_talbot-d71bd.jpg?1606746284' width='397' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The Pencil of Nature
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons sur les liens de la photographie avec la notion de spectre, mais ce qui appara&#238;t ici c'est que cet arr&#234;t qu'EST l'image fait exister en effet l'un des r&#234;ves de l'homme celui de VOIR non pas tant une image, il en a d&#233;j&#224; fabriqu&#233; et vu beaucoup, mais une id&#233;e, ou plut&#244;t il faudrait dire que la capture d'une ombre est m&#233;taphoriquement parlant si l'on veut, l'&#233;quivalent de ce que serait de la saisie d'une id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui appara&#238;t sur le papier n'est pas une id&#233;e mais quelque chose qui ouvre le temps v&#233;cu sur une illusion, celle que ce visible, cette image contiendrait ou retiendrait un temps &#171; autre &#187;, un temps absolu, une &#233;ternit&#233;, bref une pr&#233;sence ou une manifestation de type divin. Si de dire cela peut avoir un sens, ce n'est que parce que cela fait fonctionner les syst&#232;mes d'inf&#233;rence de mani&#232;re plausible. On se dit que c'est un r&#234;ve qui se r&#233;alise et l'on pr&#233;f&#232;re croire cela plut&#244;t que de se demander ou de constater que la mani&#232;re dont cela se passe est diff&#233;rente. Ou plut&#244;t, la fixit&#233; VAUT pour l'&#233;ternit&#233; et l'on a vu &#224; quoi pouvait correspondre la fixit&#233; dans le champ pictural, elle est le synonyme m&#234;me de l'id&#233;e ou plut&#244;t la forme de sa manifestation ou ce &#224; quoi elle est identifi&#233;e, mais aussi celui de la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une citation de David Octavius Hill en t&#233;moigne en une sorte d'&#233;cho invers&#233; : &#171; La surface grossi&#232;re et la texture in&#233;gale dans toute l'&#233;paisseur du papier sont la cause principale de l'&#233;chec du calotype dans les d&#233;tails, au regard du proc&#233;d&#233; daguerr&#233;otypique &#8211; et cela en fait la vie m&#234;me. Les calotypes ressemblent &#224; l'&#339;uvre imparfaite d'un homme &#8211; et non pas &#224; un amoindrissement de l'&#339;uvre parfaite de Dieu &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La photographie rend possible la croyance en la capture de la r&#233;alit&#233; par l'appareil et en la pr&#233;sence de la r&#233;alit&#233; projet&#233;e telle quelle avec la pr&#233;cision d'une relation math&#233;matique indubitable sur le support dans la mesure o&#249; elle ouvre dans le fonctionnement psychique une dimension nouvelle, c'est-&#224;-dire une nouvelle organisation des relations entre les six &#233;l&#233;ments que Julian Jaynes a identifi&#233;s. Et cette ouverture se produit par un processus singulier. En effet, la dimension narcissique bas&#233;e sur la dimension autopoi&#232;tique suppos&#233;e de la photographie est report&#233;e en fait sur l'objet lui-m&#234;me, comme en t&#233;moigne cette phrase de Fox Talbot &#233;voquant sa maison qu'il photographie en &#233;t&#233; 1835 : &#171; Et je crois que ce b&#226;timent est le premier qui ait jamais &#233;t&#233; connu pour avoir dessin&#233; sa propre image &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 136).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L428xH700/7_talbot-af710.jpg?1606746284' width='428' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Willian Henry Fox Talbot with camera and lens -1864- John Moffat
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette apparente autopoiesis fait passer une sorte de scalpel entre le Je analogue et le Moi m&#233;taphorique. C'est la possibilit&#233; m&#234;me de la m&#233;taphorisation qui est transform&#233;e, dans la mesure o&#249; tout ce qui est vu sur une photographie est suppos&#233; entretenir une relation de type m&#233;tonymique avec son objet. Les relations m&#233;taphoriques se retrouvent pouvoir fonctionner mais sur un autre plan qui implique la prise en charge du sujet, de l'homme ou de son psychisme, comme con&#231;u sur le mode m&#234;me de l'existence de l'objet technique et non pas de l'image. L'appareil, &#171; oubli&#233; &#187; par la croyance en la magie, revient en positif comme support d'un processus de m&#233;taphorisation nouveau dont t&#233;moigne ce long texte de Fox Talbot que je citerai in extenso par Fran&#231;ois Brunet en guise de conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un exemple beaucoup plus frappant de ce jeu d'autor&#233;f&#233;rence est fourni pas la planche VIII, &lt;i&gt;A scene in a library&lt;/i&gt;. L'image montre des rang&#233;es de livres. La l&#233;gende m&#233;rite d'&#234;tre lue int&#233;gralement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les nombreuses id&#233;es nouvelles que la d&#233;couverte de la Photographie a sugg&#233;r&#233;es, il y a l'assez curieuse exp&#233;rience ou sp&#233;culation qui suit. A la v&#233;rit&#233; je ne l'ai jamais tent&#233; moi-m&#234;me, et je ne sache pas que personne d'autre l'ait tent&#233; ou propos&#233;, mais je pense que c'est une id&#233;e qui, &#224; condition que l'on op&#232;re convenablement, doit r&#233;ussir immanquablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un rayon de lumi&#232;re solaire est r&#233;fract&#233; par un prisme et projet&#233; sur un &#233;cran, il y forme la tr&#232;s belle bande color&#233;e connue sous le noms de spectre solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exp&#233;rimentateurs ont d&#233;couvert que si ce spectre est projet&#233; sur une feuille de papier sensible, c'est son extr&#233;mit&#233; violette qui produit l'effet le plus important ; et, chose vraiment remarquable, un effet semblable est produit par certains &lt;i&gt;rayons invisibles&lt;/i&gt; qui se situent au-del&#224; du violet et au-del&#224; des limites du spectre, et dont l'existence ne nous est r&#233;v&#233;l&#233;e que par cette action qu'ils exercent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je proposerais donc de s&#233;parer ces rayons invisibles des autres, en leur permettant de passer dans une pi&#232;ce attenante gr&#226;ce &#224; une ouverture dans un mur ou un &#233;cran de s&#233;paration. Cette pi&#232;ce se trouverait ainsi remplie (nous ne pouvons dire &lt;i&gt;&#233;clair&#233;e&lt;/i&gt;) de rayons invisibles, qu'on pourrait diffuser dans toutes les directions &#224; l'aide d'une lentille convexe plac&#233;e derri&#232;re l'ouverture. S'il y avait des personnes dans cette salle, elles ne se verraient pas l'une l'autre ; et pourtant, si une &lt;i&gt;chambre photographique&lt;/i&gt; &#233;tait plac&#233;e de fa&#231;on &#224; viser en direction de l'une ou de l'autre de ces personnes, elle en prendrait le portrait et r&#233;v&#233;lerait ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, pour recourir &#224; une m&#233;taphore que nous avons d&#233;j&#224; employ&#233;e, l'&#339;il de la chambre photographique verrait clairement l&#224; o&#249; l'&#339;il humain ne d&#233;couvrirait rien que t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommage, h&#233;las ! Que cette sp&#233;culation soit un peu trop raffin&#233;e pour &#234;tre introduite avec profit dans un roman ou un conte (&lt;i&gt;novel or romance&lt;/i&gt;) moderne ; car quel &lt;i&gt;d&#233;nouement&lt;/i&gt; aurions-nous, si nous pouvions supposer les secrets de la chambre obscure (&lt;i&gt;darkened chamber&lt;/i&gt;) r&#233;v&#233;l&#233;s par le t&#233;moignage du papier imprim&#233; (&lt;i&gt;printed paper&lt;/i&gt;) &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 143-144)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Table des mati&#232;res :&lt;br class='autobr' /&gt;
Sixi&#232;me partie :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le statut de l'image au moment de l'invention de la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. Un vieux r&#234;ve r&#233;alis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
B. France-Angleterre : une double naissance contrast&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Logiconochronie &#8212; LI</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Logiconochronie-LI</link>
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		<dc:date>2020-11-02T12:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>icone</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LI &#233;voque le basculement qui va s'op&#233;rer au XIXe si&#232;cle autour d'une m&#233;tamorphose du tableau par l'&#233;mergence d'une frontalit&#233; qui trouvera son aboutissement et son d&#233;ploiement au XXe si&#232;cle et dont Manet est le pr&#233;curseur et par l'invention de la photographie. Mais avant d'en venir &#224; ce point, il est n&#233;cessaire d'&#233;voquer les iconoclasmes qui vont se manifester de mani&#232;re violente &#224; partir du XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH111/arton1763-a1a6f.jpg?1772266883' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie &#8212; LI &#233;voque le basculement qui va s'op&#233;rer au XIXe si&#232;cle autour d'une m&#233;tamorphose du tableau par l'&#233;mergence d'une frontalit&#233; qui trouvera son aboutissement et son d&#233;ploiement au XXe si&#232;cle et dont Manet est le pr&#233;curseur et par l'invention de la photographie. Mais avant d'en venir &#224; ce point, il est n&#233;cessaire d'&#233;voquer les iconoclasmes qui vont se manifester de mani&#232;re violente &#224; partir du XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui se passe donc apr&#232;s la Renaissance peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une succession de variations sur ces th&#232;mes jusques et y compris le n&#233;oclassicisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le basculement va s'op&#233;rer au XIXe si&#232;cle autour d'une m&#233;tamorphose du tableau par l'&#233;mergence d'une frontalit&#233; qui trouvera son aboutissement et son d&#233;ploiement au XXe si&#232;cle et dont Manet est le pr&#233;curseur et par l'invention de la photographie. Mais avant d'en venir &#224; ce point, il est n&#233;cessaire d'&#233;voquer les iconoclasmes qui vont se manifester de mani&#232;re violente &#224; partir du XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai que la Renaissance comme le Moyen &#194;ge ont d&#233;ploy&#233; des mondes d'images fabuleux, au Moyen &#194;ge, les abbayes cisterciennes en particulier ont maintenu vivace un courant iconoclaste qui fut relay&#233; en philosophie comme on l'a vu chez les mystiques. En d'autres termes, ces deux tendances semblent &#234;tre des constantes dans la psych&#233; humaine, individuelle et collective, et elles ne cessent aujourd'hui encore de se livrer une sorte de combat parfois larv&#233; parfois manifeste. Une histoire de l'art du XXe si&#232;cle &#224; partir de ce point de vue reste, je crois, &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_mantegna.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH415/1_mantegna-d5dc1.jpg?1604318776' width='500' height='415' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Andrea Mantegna &#8212; La lamentation sur le Christ mort
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Les iconoclastes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance iconoclaste est l'expression d'une certaine relation au divin ou &#224; Dieu. Elle prend appui sur une sorte d'exigence ou si l'on veut sur la reconnaissance d'un appel ou plus exactement elle part d'un constat, &#8212; du moins dans le cas qui nous int&#233;resse celui du protestantisme qui comme on le sait est &#224; la source de toutes les grandes philosophies allemandes ou du moins de l'&#233;ducation et donc de la pens&#233;e de tous les grands philosophes et po&#232;tes allemands ou presque &#8212; celui que les images font d'une certaine mani&#232;re &#233;cran ou obstacle entre l'homme et Dieu entre l'homme et la voix divine. Et cette voix est port&#233;e &#224; la fois par les textes mais doit aussi &#234;tre accessible &#224; chacun, pouvoir donc atteindre ou s'&#233;lever de et dans la conscience de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par images, il faut donc comprendre interm&#233;diaire, m&#233;diation, mais surtout puissance susceptible de tromperie. En fait, on peut m&#234;me consid&#233;rer que l'op&#233;ration calviniste en particulier est une op&#233;ration de remise en cause de la croyance ou du moins de ses formes les mieux partag&#233;es et qui s'adressent pour le dire vite &#224; l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la question est de savoir si une relation directe est possible avec Dieu. Par directe, il faut entendre la moins m&#233;diatis&#233;e possible. On comprend alors que ce retour vers, ou &#224; proximit&#233; de l'origine suppos&#233;e, ici ceux qui ont vu le Christ vivant mort et ressuscit&#233;, est en fait surtout un retour vers celui qui a transform&#233; la parole du Christ en message communicable, celui qui a donc fond&#233; la l&#233;gitimit&#233; de la parole m&#233;diatrice, de la pr&#234;trise et des rites communautaires. Si l'enjeu pour Saint Paul apr&#232;s sa rupture avec la synagogue est de fonder des communaut&#233;s mixtes de pa&#239;en et de juifs, pour ce faire il doit rassembler ces &#233;l&#233;ments distincts sous la banni&#232;re du Saint Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Or celui-ci n'est pr&#233;sent et accessible que lors des cultes communautaires au cours desquels il inspire non seulement les extatiques qui se croient les seuls charismatiques, mais les pr&#233;dicateurs, les chantres, les responsables de la communaut&#233; et les croyants les plus humbles qui se d&#233;vouent au service d'autrui. (Corint &#167;12 14) Il n'y a aux yeux de Paul d'inspiration individuelle que d'une fa&#231;on exceptionnelle au b&#233;n&#233;fice par exemple de l'ap&#244;tre. Tout croyant qui veut vivre conform&#233;ment &#224; la volont&#233; de Dieu ne peut y parvenir &#224; lui seul (rom &#167;17). Il lui faut participer au corps qu'est la communaut&#233; des croyants o&#249; souffle l'esprit divin (rom &#167;8). &#187; (&#201;tienne Trocm&#233;, &lt;i&gt;Saint Paul&lt;/i&gt;, Que sais-je, p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calvin exigera &#224; la fois le rapport imm&#233;diat entre Dieu et le croyant, c'est-&#224;-dire sans qu'il soit n&#233;cessaire de passer par la cha&#238;ne des &#234;tres qui peuplent un cosmos hi&#233;rarchis&#233;. Il faut donc comprendre qu'il y a &#224; la fois une affirmation de l'individu comme fondement de la foi et une m&#233;fiance vis-&#224;-vis de lui &#224; cause de sa petitesse, ce qui implique que l'on ait recours aux m&#233;diations, mais pas &#224; n'importe lesquelles &#224; des m&#233;diations acceptables au sens o&#249; elles sont les plus l&#233;g&#232;res possible, c'est-&#224;-dire non pas aux images mais &#224; la parole et au texte, &#224; la parole des pr&#234;tres et &#224; l'&#233;change communautaire et au texte de &lt;i&gt;La Bible&lt;/i&gt; que l'on m&#233;dite pour soi-m&#234;me. La mise en conformit&#233; de sa vie par rapport &#224; la foi doit se passer des images et se recentrer sur les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le fait remarquer avec pertinence Alain Besan&#231;on, pour Calvin il y a Dieu et moi dans un cosmos nettoy&#233; et vide (il n'y a plus d'anges c'est-&#224;-dire de m&#233;diateurs invisibles li&#233;s au syst&#232;me d'inf&#233;rence le plus familier) car ce qui a chang&#233; avec Calvin ce n'est pas l'id&#233;e de Dieu mais l'id&#233;e du monde. Celui-ci est d&#233;divinis&#233;. Avant m&#234;me que la question des images soit pos&#233;e, on ne voit pas comment un &#233;l&#233;ment du monde cr&#233;&#233; qui ne serait pas l'&#226;me humaine connaissant Dieu par vive exp&#233;rience pourrait servir de support &#224; une image divine ; [...] les images n'enseignent point Dieu. [...] Dieu ne s'enseigne pas par des simulacres mais par sa propre parole &#187; ( &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, 345-346-347).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il entendre ici ? Un peu toujours le m&#234;me constat d'un &#233;loignement de la source &#171; divine &#187;, c'est-&#224;-dire des visions, des hallucinations etc. et cela pour une double raison : d'une part le fonctionnement psychique a chang&#233;, &#8212; pour le dire sch&#233;matiquement le cerveau gauche prend le pouvoir sur le droit &#8212;, et d'autre part tout ce qui vient du cerveau droit est &#224; la fois per&#231;u comme fascinant et comme devant &#234;tre repouss&#233; parce que dangereux pour ne pas dire source d'angoisse. En effet, le cadre de vie ne permet plus de reconna&#238;tre une l&#233;gitimit&#233; &#224; ce type de comportements, tax&#233;s on le sait de d&#233;viants ou de folie. Il n'y a plus de reconnaissance l&#233;gitime possible du divin par des visions de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire m&#234;me, les papistes se comportent comme des pa&#239;ens dans la mesure o&#249; il vont en p&#232;lerinage pour v&#233;n&#233;rer des images. Le sch&#233;ma est donc bien celui de l'iconoclasme le plus pur qui d&#233;nie &#224; l'image le fait qu'elle puisse abriter la pr&#233;sence divine, cela va de soi, mais aussi qu'elle puisse servir d'interm&#233;diaire avec le divin, de m&#234;me d'ailleurs que le symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'image peut exister, elle en a le droit, &#224; condition qu'elle ne repr&#233;sente pas le divin. L'image est autoris&#233;e &#224; repr&#233;senter la nature, le paysage, le visage humain, de mani&#232;re utile, c'est-&#224;-dire en fonction de la connaissance, voire plaisante. Mais, encore une fois en ce qui concerne le rapport au divin, seule la parole et les textes comptent ou du moins doivent compter et sont l&#233;gitimes. Mais le probl&#232;me, c'est qu'il faut garder un contact avec le divin qui soit &#224; la fois puissant et efficace, sans pour cela y risquer sa sant&#233; mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers est donc cart&#233;sien, ce qui signifie que la raison a gagn&#233;, le &#171; deus sive natura &#187; s'est impos&#233;, mais cela ne r&#233;sout pas le probl&#232;me d'une refondation de la proximit&#233; avec le divin. &#171; Les hommes ne croient point que Dieu leur soit prochain sinon qu'ils l'aient pr&#233;sent de fa&#231;on nouvelle &#187; &#233;crit Calvin. On ne peut &#234;tre plus pr&#233;cis sur la n&#233;cessit&#233; de tenter de se rapprocher du divin mais &#224; partir de nouveaux crit&#232;res ratio&#239;des qui n&#233;anmoins r&#233;ussissent &#224; capter la puissance &#171; magique &#187; pour le dire vite qui est aussi la puissance d&#233;cisive et affective qui est activ&#233;e par le cerveau droit. Mais cela ne se peut pour Calvin et plus globalement pour le protestantisme qu'en niant, en s'opposant int&#233;rieurement &#224; son surgissement. C'est en appuyant contre la porte que l'on va sentir la pression qui se fait de l'autre c&#244;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'inventer par la pression que l'on op&#232;re et v&#233;rifier qu'elle existe ainsi, c'est-&#224;-dire l&#233;gitimer son existence, la confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien direct est donc le suivant : il y a bien une image, mais elle a un statut particulier. Si elle existe c'est finalement au plus loin de l'homme. L'image divine, l'image de Dieu, ou le Dieu image est donc perdu dans le cosmos comme c'est le cas chez Orig&#232;ne ou les p&#232;res de l'&#201;glise d'ailleurs. Mais ce lieu lointain est en fait le lieu le plus intime de Dieu ou du divin le c&#339;ur de l'esprit le lieu de l'inconnaissable. Cela signe donc bien l'&#233;loignement de Dieu et cet &#233;loignement se marque pr&#233;cis&#233;ment par le refus de l'image, refus v&#233;cu et pens&#233; comme un refus de l'idol&#226;trie, cette hantise du vrai chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais l'image a un autre statut plus contemporain qui d&#233;pend de ce mouvement de remise en ordre sous la lumi&#232;re de la raison, dit Alain Besan&#231;on, de l'&#233;limination de l'inutile, du superf&#233;tatoire h&#233;rit&#233; de la construction d'un temple spirituel plus net &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 349). Elle r&#233;appara&#238;t, si je puis dire, comme par un jeu subtil de renvoi, au lieu le plus intime de l'homme, dans les tr&#233;fonds de son &#226;me, mais elle r&#233;appara&#238;t non pas comme image issue de l'imagination, mais comme source de toute image, et donc comme id&#233;e. L'id&#233;e est une sorte d'image &#224; laquelle l'homme refuse d'entrer dans le jeu des formes et des couleurs pour &#234;tre conserv&#233;e uniquement comme lumi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc affaire &#224; une condamnation des images divines mais pas &#224; une condamnation de l'art. L'art est simplement remis &#224; sa place. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; expuls&#233; hors des hautes sph&#232;res de l'esprit, l'art est autoris&#233; &#224; avoir pour fonction l'ornement, le paysage, l'illustration, l'honn&#234;te r&#233;cr&#233;ation, le portrait, la nature morte, bref ce qui constitue le programme implicite et explicite de la peinture hollandaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais insister ici sur ce partage. D'un c&#244;t&#233; le divin, la question du divin, de l'acc&#232;s de l'homme au divin, de la pr&#233;sence du divin en l'homme qui ne peut se faire qu'en dehors de la m&#233;diation des images par une relation directe, m&#234;me si le protestantisme finit par accepter des images simples et pures, &#233;pur&#233;es et banales, pour entretenir la foi des gens simples. De l'autre la r&#233;alit&#233;, les paysages, les gens, les maisons, la vie quotidienne, bref le profane qui va donc pouvoir &#234;tre totalement et librement ou presque investi par les images, qui va devenir le sujet des images, mais qui par une sorte de retournement singulier, &#8212; chassez le spirituel il revient au galop &#8212; va se voir investi aussi par le sacr&#233;, une forme particuli&#232;re de sacr&#233;, un sacr&#233; sous-jacent qui va remonter &#224; travers les choses de la vie repr&#233;sent&#233;es sur les toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir, ce sacr&#233; est &#224; mettre entre guillemets. Il s'agit bien en fait d'autre chose, de la mani&#232;re dont l'esprit humain est en train de prendre possession de lui-m&#234;me sans passer, apparemment du moins, par la figure d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu est rejet&#233; dans le monde de l'abstrait, de l'abstraction, de l'incommensurable, de l'inconnaissable. Il laisse le monde aux hommes qui s'en emparent avec avidit&#233;. Il suffit pour cela de se rappeler le tr&#232;s bel hommage de Claudel rendu &#224; Rembrandt et &#224; sa &lt;i&gt;Ronde de nuit&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;La le&#231;on d'anatomie&lt;/i&gt;, bel hommage qui ne manque pas de montrer l'effacement de Dieu dans un mouvement qui est pourtant un mouvement de spiritualisation de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est spirituel finalement ce qui rel&#232;ve de la raison ou plut&#244;t dirais-je de la conscience en train de trouver une forme plus complexe, plus riche, plus &#233;tendue et qui le peut dans la mesure o&#249; la raison en elle, lui permet de saisir son propre fonctionnement psychique, c'est-&#224;-dire de faire de la pens&#233;e, un objet. Est spirituel, ce qui rel&#232;ve de ce fonctionnement que l'on va d&#233;crire, montrer, rendre visible. &#201;coutons un instant Claudel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord ces lignes sur &lt;i&gt;La le&#231;on d'anatomie du Docteur Deyman&lt;/i&gt;. Le tableau a tout de la repr&#233;sentation d'un Christ au tombeau. Il ressemble en particulier &#224; celui de Mantegna, &lt;i&gt;La lamentation sur le Christ mort&lt;/i&gt;, mais comme le remarque Claudel, &#171; Il n'y a pas de vin ou de fruits au centre de ce tableau de Rembrandt &#224; La Haye, que vous connaissez, il y a un cadavre et ce cadavre n'est pas celui du Christ, c'est un cadavre pur et simple. Et dans la toile d'Amsterdam la d&#233;monstration est pouss&#233;e plus loin : le thorax, vid&#233; des visc&#232;res et du c&#339;ur ouvre son arche b&#233;ante, l'op&#233;rateur d'un coup de ciseau a fait sauter la vo&#251;te de cette t&#234;te dont le masque n'est pas sans ressemblance avec celui de l'homme dieu et d'un regard scientifique, il essaie de se retrouver dans les circonvolutions d'une cervelle sanguinolente &#187; (&lt;i&gt;La peinture hollandaise&lt;/i&gt;, p. 52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute grande &#339;uvre d'art, comme les r&#233;alisations de la nature elle-m&#234;me, ob&#233;it &#224; une n&#233;cessit&#233; intrins&#232;que dont l'artiste a le sentiment plus ou moins net. [...] La nature morte hollandaise est un arrangement qui est en train de se d&#233;sagr&#233;ger, c'est quelque chose en proie &#224; la dur&#233;e. [...] Un arrangement en train de se d&#233;sagr&#233;ger, mais c'est l&#224; avec &#233;vidence toute l'explication de &lt;i&gt;La ronde de nuit&lt;/i&gt;. [...] Mais elle est capable d'une autre interpr&#233;tation. C'est une page psychologique, c'est la pens&#233;e elle-m&#234;me surprise en plein travail au moment o&#249; l'id&#233;e s'y introduit et y pratique une br&#232;che qui d&#233;termine l'&#233;branlement de tout l'ensemble &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 93, 96, 97,100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre l&#224;, au-del&#224; d'une interpr&#233;tation magistrale m&#234;me si elle est anachronique au sens que donne Daniel Arasse &#224; ce terme, qu'il est bien question dans ce moment de l'histoire, de la mise en place d'un nouveau mode de fonctionnement de l'esprit humain ou de la forme conscience &#224; partir de la modification r&#233;elle, per&#231;ue et v&#233;cue, du rapport au divin et donc du rapport &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de comprendre ici que la possibilit&#233; de rappeler ou de faire venir le divin en soi-m&#234;me sur le mode &#171; psychotique &#187; hallucinatoire, s'estompe &#224; la fois concr&#232;tement et socialement. Un tel comportement est repouss&#233; par la communaut&#233; comme non conforme aux nouvelles possibilit&#233;s de l'esprit humain. Dans le m&#234;me temps, quelque chose de semblable est appel&#233; &#224; prendre la place &#224; remplir le vide laiss&#233; par ce refus, mais sur un mode nouveau. La vision ou l'intuition ou la modalit&#233; de la pr&#233;sence du divin en l'esprit humain n'est autoris&#233;e &#224; exister que contr&#244;l&#233;e par la raison, prise dans le sch&#233;ma nouveau de la conscience qui inclut la pr&#233;dominance de la relation Je analogue/Moi m&#233;taphorique comme centrale, comme structure centrale de la construction m&#233;taphorique spatiale de la conscience= pens&#233;e=esprit=&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un dieu absent r&#233;pond une nature pr&#233;sente, omnipr&#233;sente m&#234;me et un principe d'imitation qui va changer &#224; son tour de statut et de fonction. Mais cette nature ne peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;e que par cet esprit humain qui pour s'autoriser &#224; plonger le couteau de la connaissance dans la chair de la r&#233;alit&#233; doit, encore et toujours repasser par la case AUTORISATION et seul le cerveau droit autorise, encore une fois pour parler par m&#233;taphore, ou alors, c'est la raison qui le fait, mais elle le fait par un jeu complexe de m&#233;diations et de protocoles divers et vari&#233;s et en particulier &#224; travers l'image et sa rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi va-t-on voir les p&#244;les de la fascination &#224; nouveau se d&#233;placer, d'une mani&#232;re apparemment l&#233;g&#232;re et pourtant tr&#232;s profonde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/2_hoogstraten-a5d1d.jpg?1604318777' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Samuel van Hoogstraten &#8212; Les pantoufles
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Les iconophiles ou de quoi fait-on image ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde sans dieu pour le dire de mani&#232;re brutale de quoi fait-on donc alors image ? Ou plut&#244;t &#224; quoi sert ou &#224; quoi va servir l'image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut bien comprendre ce qui se passe, il ne faut pas oublier que le mouvement iconoclaste refuse &#224; l'image le pouvoir de faire lien avec le divin, mais parce que la parole est cens&#233;e, elle, pouvoir maintenir ce lien. Dieu peut entrer en contact avec l'homme ou l'homme avec Dieu par l'interm&#233;diaire de la parole, c'est-&#224;-dire d&#233;sormais d'une pens&#233;e ratio&#239;de, lin&#233;aire, articul&#233;e et non plus mythologique, imaginaire et fantaisiste. Pour le reste, il est cens&#233; fuir ce qui fascine. Or ce qui fascine, le nom de toute fascination pour une conscience rationnelle, c'est l'image. Le pouvoir de l'image est un pouvoir de fascination, m&#234;me s'il n'y a pas que l'image qui fascine, on le sait. Il faut pourtant reconna&#238;tre que c'est bien cela qu'elle fait, attirer et fixer l'attention, capturer la pens&#233;e et la prend au pi&#232;ge d'un univers non lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que l'image a rendu accessibles des textes, elle les a d&#233;lin&#233;aris&#233;s, elle a d&#233;chir&#233; la logique textuelle pour lui donner l'allure d'un monde, la cath&#233;drale par exemple, puis elle a elle-m&#234;me servi &#224; l'exploration de ce monde int&#233;rieur devenu en quelque sorte le double du monde ext&#233;rieur. Mais elle a &#233;t&#233; emport&#233;e par le processus de la&#239;cisation de l'image &#224; la Renaissance, en particulier &#224; travers l'invention du paysage comme le montre la lecture que fait de cette question Alain Roger dans son livre &lt;i&gt;L'invention du paysage&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est &#224; nouveau d&#233;chir&#233;e par un &#171; retour &#187; au texte par les iconoclastes. Mais les iconophiles vont savoir lui trouver des vertus li&#233;es &#224; la pens&#233;e, &#224; la connaissance, au plaisir, au beau et au sublime. En d'autres termes, il s'agit de faire l&#233;gitimer par la raison et dans le fonctionnement de la conscience des &#233;tats psychiques qui lui &#233;chappent. Mais, ces &#171; comportements &#187; ou &#233;tats psychiques sont pass&#233;s au filtre des conditions g&#233;n&#233;rales socio-culturelles de l'&#233;poque, entendons que les actes auxquels ces &#171; comportements &#187; donnent lieu, trouvent &#224; entrer dans le champ m&#234;me de la pratique artistique soit pour &#234;tre repr&#233;sent&#233;s sur la toile soit en termes de prises de positions th&#233;oriques. Ces &#171; comportements &#187;, sont pris ou font na&#238;tre des narratisations qui mettent en sc&#232;ne les actions que l'on s'est autoris&#233; &#224; peindre, et ainsi elles deviennent recevables. De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait multiplier les exemples et entrer dans le d&#233;tail et des &#339;uvres et des th&#233;ories. Retenons de mani&#232;re plus globale ce qui se met en place d&#232;s le XVIIe si&#232;cle et va se d&#233;ployer jusqu'au XIXe si&#232;cle, ce qui nous permettra de nous rapprocher du terme de notre parcours d'aujourd'hui. L'enjeu est clair. Il s'agit de rep&#233;rer comment se d&#233;placent les &#233;l&#233;ments essentiels qui constituent le cadre de r&#233;f&#233;rence de la pens&#233;e artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points semblent les plus d&#233;terminants dans cette mutation. La question de l'imitation, et avec elle, celle de la d&#233;finition de la nature, la question de l'histoire et avec elle celle de la place de l'homme, et donc du sujet dans l'acte de peindre. Mais toujours &#224; l'horizon de ces d&#233;bats, on retrouve le grand partage &#233;voqu&#233; au tout d&#233;but entre fixit&#233; et mouvement. Et c'est bien de cela dont il est question finalement, de la d&#233;termination de l'id&#233;e comme &#233;cho, double, reflet, du divin par&#233; de toutes les perfections et dont la plus grande est, rapport&#233;e &#224; l'homme, l'immuabilit&#233; et de celle de la nature comme mouvante, instable, chaotique, bref infixable et donc inapte &#224; tout ce qui rel&#232;ve du divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, qu'imiter ? La nature ou l'id&#233;e ? Le divin ou la cr&#233;ation divine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment retrouver les traces de ce divin dans un monde que le divin semble avoir d&#233;sert&#233; ? En mettant en place un syst&#232;me complexe de renvois entre ces deux p&#244;les, celui de la fixit&#233; et celui du mouvement, celui du principe pos&#233; comme immuable et celui des principes variables mais susceptibles d'&#234;tre r&#233;gul&#233;s pos&#233;s ou d&#233;couverts par l'homme. Mais dans un monde d&#233;divinis&#233;, d&#233;th&#233;ologis&#233;, jusqu'o&#249; et sur quelles bases l'homme peut-il tout simplement s'autoriser &#224; transformer sa vision du monde &#224; faire &#233;voluer ses croyances et &#224; changer de certitudes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la doctrine de l'imitation a &#233;t&#233; la pierre angulaire de l'esth&#233;tique de la Renaissance, en fait les th&#233;oriciens de la Renaissance vont appliquer &#224; l'art une th&#233;orie qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e pour la litt&#233;rature et en particulier pour la po&#233;sie. Mais imiter quoi ? La nature ? oui mais laquelle ? La nature telle qu'elle est ? cela ne veut rien dire, car la nature est toujours prise dans un ensemble de discours et de croyances. La nature telle qu'elle devrait &#234;tre selon la th&#233;orie aristot&#233;licienne ou bien une nature purifi&#233;e et d&#233;barrass&#233;e de tout ce qui est excentrique voire monstrueux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la Renaissance, l'enjeu de l'imitation sera donc de savoir jusqu'o&#249; et comment imiter ce qui existe. Or pour cela, il faut choisir dans ce qui existe. Les questions qui se posent, &#8212; imiter la nature telle quelle, en recomposer des &#233;l&#233;ments &#233;pars ou divers pour faire appara&#238;tre une part non vue ou non visible de ce qui est ou dans ce qui est &#8212;, ces questions sont toujours en fait port&#233;es par un choix entre une image donn&#233;e, qui rel&#232;ve de la sensation et de l'image au sens de Changeux et une image-concept, ou id&#233;e. Avec le terme d'id&#233;e, on associe le terme de perfection, parce que l'id&#233;e &#233;voque le fait d'assembler et composer, et aussi le produit d'une r&#233;flexion longue ou d'une sorte de d&#233;cantation dont ne resterait que le meilleur. &#192; l'id&#233;e est surtout associ&#233;e la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais personne n'est dupe. C'est l'homme qui pense et c'est l&#224; que se trouve la source. Le reste sont des strat&#233;gies d'autorisation sans lesquelles rien ne bouge. Dans tous les cas, il y a un cadre ou un encadrement et c'est le cadre qui se d&#233;place un peu ou beaucoup et c'est cela qui d&#233;termine ce qui va bouger dans le cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est donc en fait comme toujours &#224; la fois le pr&#233;suppos&#233; et le r&#233;sultat de ce qui est produit. Comme pr&#233;suppos&#233;, elle est une image th&#233;orique, comme r&#233;sultat, elle est le tableau. Les deux ne co&#239;ncident pas toujours, ni pour le peintre, ni pour ceux qui regardent ou th&#233;orisent. Ce qui constitue le point n&#233;vralgique de cette question, c'est bien de savoir ou de d&#233;terminer ou de choisir entre la fixit&#233; ou le mouvement ou plus exactement quel mouvement dans quelle fixit&#233;. Car le probl&#232;me, c'est que l'image est fixe et va le rester encore un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mod&#232;le unique de l'image en Dieu, l'image est donc devenue quelque chose qui rel&#232;ve de l'esprit humain. Mais &#224; ce prix alors pourquoi ne pas tenter de dire ce qui se passe v&#233;ritablement dans l'homme, ses &#233;motions, ses tourments, ses doutes ? Et alors on imite encore et toujours, mais c'est autre chose qu'on imite, ce n'est plus l'id&#233;e-concept. On imite le mouvement m&#234;me de la nature et de la vie, et de la vie int&#233;rieure aussi. Mais comment le rendre perceptible, visible, sensible ? En choisissant son sujet et en l'impr&#233;gnant de ses propres pens&#233;es. Mais que sont de telles pens&#233;es qui rel&#232;vent du v&#233;cu de l'homme sans Dieu ? Comment les l&#233;gitimer ? L'image encore et toujours elle, a donc pour fonction d'assurer une sorte de p&#233;rennit&#233; de la pr&#233;sence du divin ou plut&#244;t de montrer que cette pr&#233;sence est toujours active ou pour le moins possible ou encore r&#233;ellement effective, m&#234;me l&#224; o&#249; l'on ne l'attend pas, comme on l'a vu avec Rembrandt par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_saenredam.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/3_saenredam-eb16e.jpg?1604318777' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pieter Jansz Saenredam &#8212; &#201;glise Sainte Catherine, Utrecht
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Une modalit&#233; de la pr&#233;sence : la beaut&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de d&#233;th&#233;ologisation, R.W. Lee le marque avec pr&#233;cision lorsqu'il &#233;crit parlant du critique d'art Bellori, actif dans la seconde moiti&#233; du XVIIe si&#232;cle, qu'il &#171; con&#231;oit l'id&#233;e non comme arch&#233;type de la beaut&#233; existant a priori dans une ind&#233;pendance m&#233;taphysique, mais comme d&#233;coulant a posteriori, par un processus s&#233;lectif, de l'exp&#233;rience r&#233;elle que l'artiste a de la nature. Bien plus, c'est &#224; travers la v&#233;rit&#233; choisie de l'art que l'id&#233;e manifeste sa sup&#233;riorit&#233; sur la v&#233;rit&#233; de fait de la nature, dont elle tire toutefois son origine. &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e prend sa source dans la nature, on s'&#233;loigne de la rigueur platonicienne pour revenir &#224; une pens&#233;e plus aristot&#233;licienne et l'on se retrouve dans une position qui fait que la peinture est bien comme la po&#233;sie, l'imitation d'une action humaine plus belle ou plus significative que la moyenne. On comprend donc ainsi que ce qui est en jeu entre la Renaissance et le XXe si&#232;cle, c'est bien la question de l'instauration d'un nouveau mode d'extraction. En effet, les relations entre Je analogue et Moi m&#233;taphorique ont fortement &#233;volu&#233; et il appara&#238;t n&#233;cessaire de faire un nouveau choix dans les crit&#232;res permettant d'assurer que ce qui est captur&#233; dans l'image correspond bien &#224; ce qui permet au je/moi de trouver sa voie dans le monde. Et il est vrai que si globalement l'image du monde ne change gu&#232;re apr&#232;s la r&#233;volution galil&#233;enne, ce &#224; quoi l'on assiste, c'est justement &#224; un jeu de r&#233;glages entre les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments composant la conscience, c'est-&#224;-dire assurant les relations entre pens&#233;e et monde, individu et soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; qu'intervient cette interrogation qui fait aujourd'hui partie de nos obsessions m&#234;me si elle n'est plus directement en phase avec le mode d'&#233;volution que nous connaissons, la question de la nouveaut&#233; ou du nouveau. &#192; la fixit&#233; hi&#233;ratique de l'id&#233;e, fixe pour &#234;tre communicable mais instable par &#171; essence &#187; pourrait-on dire lorsqu'on la rapporte &#224; l'exp&#233;rience individuelle et &#224; l'&#233;laboration psychique des id&#233;es en chaque individu, r&#233;pond donc un questionnement sur ce qui bouge mais cette fois abord&#233; en termes de changements qualitatifs pourrait-on dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me l'homme doit trouver en lui-m&#234;me la source de l'autorisation. Et c'est bien ce qui fait probl&#232;me. Car la trouver en lui-m&#234;me serait reconna&#238;tre qu'elle y fut toujours et cela serait source de terreur, mais la repousser hors de lui-m&#234;me est devenu impossible dans un monde d&#233;th&#233;ologis&#233;. C'est sans doute l&#224; que se situe le pi&#232;ge dans lequel l'homme se retrouve prisonnier et qui prendra avec l'invention de la photographie une tournure nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant Horace, Nicolas Poussin notait d&#233;j&#224; que &#171; la nouveaut&#233; en peinture ne consiste pas principalement en un sujet jamais vu mais en une disposition et une expression bonnes et nouvelles et ainsi le sujet de commun et vieux qu'il &#233;tait, devient singulier et nouveau &#187;. (R.W. Lee, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voit-on se recycler les id&#233;es sur l'image comme vecteur de connaissance, de la nature mais surtout de la nature humaine. En d'autres termes l'image devient &#171; consciemment &#187; ou presque ce qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; sans que cela ait pu &#234;tre &#171; conscientis&#233; &#187;, un moyen d'investigation pour l'homme de son propre psychisme. M&#233;taphore de ce psychisme, elle l'&#233;tait d&#233;j&#224; auparavant et l'on peut m&#234;me dire que c'est peut-&#234;tre l&#224; la v&#233;ritable d&#233;finition de l'image, &#234;tre ce champ m&#233;taphorique et r&#233;el, le moyen et le r&#233;sultat par lequel l'homme s'approprie son psychisme sur un mode spatial ou plut&#244;t le mat&#233;rialise spatialement, traduit donc ce qui lui est venu par l'&#233;criture dans un langage, un langage visuel que la m&#233;taphore faisait exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li&#233;e &#224; l'histoire dans tous les sens du terme, comme actions dignes d'&#234;tre imit&#233;es, synth&#232;se de moments historiques r&#233;els, ou encore mise en espace de contenu narratifs, l'image s'est appropri&#233;e de mani&#232;re l&#233;gitime tous les aspects de la r&#233;alit&#233;, du paysage &#224; la nature morte, des tremblements du doute du peintre et de ses &#233;motions les plus intimes, au rendu le plus glac&#233; de v&#233;rit&#233;s officielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de partage, toujours instable certes mais qu'il est possible de d&#233;finir, passe donc bien entre les &#171; qualit&#233;s &#187; de ce qui sert de r&#233;f&#233;rent &#224; l'image, c'est-&#224;-dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit la fixit&#233; de l'image, id&#233;e bas&#233;e sur une fascination n&#233;vrotique pour le mod&#232;le platonicien, telle que Lessing la con&#231;oit encore par exemple et qui doit se traduire par une image qui ne rende compte que de cela ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit les al&#233;as du mouvement, des mouvements de l'histoire, comme du temps ou de l'&#226;me, du caract&#232;re ou des &#233;motions, qui donneront lieu aux probl&#233;matiques li&#233;es &#224; la question du g&#233;nie et de l'expression en peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux p&#244;les, c'est un mouvement de cartes que l'on prend et retourne qui a lieu, mais rien ne bouge de mani&#232;re fondamentale. Le psychisme s'invente se construit renforce ses armatures, teste ses limites. C'est dans ce cadre-l&#224; que l'on invente la photographie. Et la photographie, comme on va le voir, va se trouver prise dans le jeu r&#233;gl&#233; des constructions psychiques visant &#224; assurer le maintient de son fonctionnement dans un monde sans Dieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Rembrandt &#8212; La le&#231;on d'anatomie du Docteur Deyman&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Logiconochronie &#8212; L</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>icone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie L s'ouvre sur la question dont l'image, toute image, et l'on pourrait dire chaque image, est porteuse, celle de l'incarnation. &#192; la Renaissance, l'image devient le champ exp&#233;rimental majeur permettant la rencontre et la confrontation entre les modalit&#233;s de la croyance et les dispositifs de la connaissance.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH104/arton1734-3b56f.jpg?1772266883' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette &lt;i&gt;Logiconochronie &#8212; L&lt;/i&gt; s'ouvre sur la question dont l'image, toute image, et l'on pourrait dire chaque image, est porteuse, celle de l'incarnation. &#192; la Renaissance, l'image devient le champ exp&#233;rimental majeur permettant la rencontre et la confrontation entre les modalit&#233;s de la croyance et les dispositifs de la connaissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A. L'in&#233;vitable la&#239;cisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu reste le m&#234;me pour les hommes, peut-&#234;tre aujourd'hui encore comme on le verra, de tenter de ne pas perdre le lien avec le divin. Et l'un des vecteurs de ce lien, nous le savons maintenant, c'est l'image. Mais la question se pose de savoir QUI fait le lien ? QUI est l'intercesseur ? Le proph&#232;te, le saint, le pr&#234;tre, ont, d'une certaine mani&#232;re fait leur temps. Les visionnaires psychotiques reviennent &#224; des moments divers, mais ils ne sont plus sinon cr&#233;dibles du moins acceptables. La r&#233;f&#233;rence &#224; leur seul pouvoir magique ne suffit pas au contraire, il faut les int&#233;grer &#224; travers un processus de l&#233;gitimation complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d&#233;sormais les tenants du savoir qui sont les v&#233;ritables intercesseurs. &#192; l'aube de la renaissance, le monde se d&#233;gage des liens all&#233;goriques qui relient toutes choses entre elles et l'on d&#233;couvre des liens d'ordre plus logiques et rationnels. Une nouvelle langue, un nouveau syst&#232;me de signes va venir appuyer cette d&#233;marche. Il a pour lui d'&#234;tre bas&#233; sur ce qui semble &#234;tre des formes de v&#233;rit&#233; qui &#233;chappent au temps et sur des lois qui permettent de comprendre la r&#233;alit&#233; de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins qu'un grand myst&#232;re est l&#224;, au c&#339;ur et comme le c&#339;ur de la religion, et il est toujours inexplicable. Il ne doit pas &#234;tre d'ailleurs expliqu&#233;, le fait qu'il ne soit pas explicable faisant partie de sa d&#233;finition, mais il doit &#234;tre pr&#233;sent&#233;, il doit pouvoir exister pour la nouvelle perception, le nouveau fonctionnement de la conscience qui s'est d&#233;velopp&#233;e avec le Moyen &#194;ge et qui veut que l'individu ait un r&#244;le majeur dans l'interpr&#233;tation, que le sens donn&#233; par ceux qui vivent dans le pr&#233;sent puisse &#234;tre reli&#233; de mani&#232;re crypt&#233;e aux autres strates ou niveaux de signification. Ce myst&#232;re est celui de l'incarnation. Daniel Arasse a parfaitement montr&#233; les liens qui existaient dans le champ de la peinture entre la question de l'incarnation pos&#233;e par le sujet th&#233;ologique de l'incarnation et les avanc&#233;es des recherches concernant la perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons la question de mani&#232;re extr&#234;mement synth&#233;tique mais simple : comment peut-il y avoir &#224; la fois du divin et de l'humain dans le m&#234;me corps ? Autrement dit, comment lire dans le monde, cr&#233;ation divine, les signes de la pr&#233;sence de cette divinit&#233; ? Quels sont finalement ces signes pour la raison qui commence &#224; prendre le pouvoir dans le psychisme et imposer ses formes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain, c'est que la puissance du texte, ce qui veut dire des textes sacr&#233;s bien s&#251;r est en net recul et que par contre celle de textes qui exaltent la puissance de l'esprit humain sont en nette progression. Et l&#224;, il faut bien &#233;voquer le retour des textes grecs r&#233;import&#233;s par les intellectuels qui ont fui Constantinople apr&#232;s sa chute en 1453. Ainsi, on se trouve dans un double mouvement qui est lui-m&#234;me double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier va de l'affirmation de l'humanit&#233; dans la divinit&#233;, de l'accent mis sur la dimension humaine du Christ donc, &#224; la reconnaissance de la place centrale de l'homme dans la cr&#233;ation. Il s'autorise ainsi &#224; recevoir et &#233;mettre les signes et les messages et &#224; faire signifier les symboles en fonction non plus d'un sens cach&#233; mais d'un sens implicite donn&#233;, mais qui doit &#234;tre clarifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second va de la reconnaissance de la puissance de la pens&#233;e &#224; la tentative d'en retrouver les traces dans le divin. L'homme est devenu le grand herm&#233;neute. Il lit la r&#233;alit&#233; &#224; l'aune de ses connaissances et ses connaissances le rapprochent de Dieu, non plus comme personne mais comme esprit, comme puissance conceptrice et cr&#233;atrice, comme &#234;tre supr&#234;me cr&#233;ateur et penseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est bien au c&#339;ur de ce dispositif que l'artiste, la figure de l'artiste penseur, herm&#233;neute et d&#233;miurge appara&#238;t comme une sorte de double de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'image prend une nouvelle fonction, c'est bien qu'elle devient une sorte de double du monde. Non plus au sens o&#249; l'est la cath&#233;drale, dans son sens d'une pr&#233;sence englobante, mais au sens o&#249; il est possible de faire tenir dans le cadre du tableau une sorte d'explication de la conjonction entre les mondes divin et humain. Si l'on veut tenter de formuler ce passage, ce saut, il faudrait dire que l&#224; o&#249; au Moyen &#194;ge tous les mondes possibles, ceux r&#233;els comme ceux n&#233;s de l'imagination, ont droit de cit&#233; comme des &#233;l&#233;ments signifiants la grandeur divine, &#224; la Renaissance, le monde se d&#233;gage de cette gangue pour se pr&#233;senter comme une projection possible de l'intellect. Dieu s'est fait chair, mais Dieu est avant tout cr&#233;dible comme puissance cr&#233;atrice ratio&#239;de. Il s'adresse &#224; l'homme par la raison et non plus par le seul myst&#232;re. Le myst&#232;re doit m&#234;me &#234;tre rationalis&#233;, c'est-&#224;-dire rendu perceptible sous des &#233;l&#233;ments compr&#233;hensibles par la part rationnelle de l'esprit ou du cerveau ou de la forme conscience comme on veut. Dieu se retire &#224; mesure que la part non ratio&#239;de du cerveau perd de son pouvoir, mais il s'incarne dans toute chose m&#234;me et y compris dans les cr&#233;ations humaines qui sont comme des copies des id&#233;es qui sont en Dieu ou entretiennent avec la mati&#232;re la m&#234;me relation que Dieu entretient lui aussi avec toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15276 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_veneziano.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH241/1_veneziano-f354f.jpg?1601492000' width='500' height='241' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;B. L'image, une id&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, c'est le statut de la vision. Elle n'est plus con&#231;ue comme un m&#233;lange h&#233;t&#233;roclite de visions r&#233;elles et de visions imaginaires, mais comme un processus de connaissance. Elle est un moyen qui permet de mieux comprendre le monde et elle est le nom d'une facult&#233; divine. Non pas que Dieu soit dot&#233; d'une vision humaine, mais parce qu'en Dieu une op&#233;ration associant image et connaissance existe et fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de rouvrir la biblioth&#232;que grecque, platonicienne et aristot&#233;licienne en particulier, joue ici un r&#244;le essentiel. Comme toujours la lecture qu'en fait la Renaissance est multiple et trahit autant qu'elle traduit la pens&#233;e de Platon ou plut&#244;t elle l'adapte &#224; une exigence bien particuli&#232;re qui est de donner au jeu r&#233;gl&#233; des symboles une nouvelle forme et une nouvelle dimension. La nature change de statut. Elle n'est plus peupl&#233;e d'un nombre infini de figures, elle est le lieu de la manifestation de la puissance infinie mais ratio&#239;de de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quelque chose se met en place, que j'appellerai un nouveau processus de conscientisation, ou une nouvelle &#171; forme conscience &#187;. Rappelons les six points au moyen desquels Julian Jaynes d&#233;finit la conscience : spatialisation, extraction, je analogue, moi m&#233;taphorique, narratisation et conciliation ou reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divin ne se manifeste plus seulement &#224; travers les saints m&#234;me si certaines figures psychotiques peuvent jouer des r&#244;les d&#233;terminants et politiques. Il se manifeste &#224; travers ce que le d&#233;gagement de la part ratio&#239;de de l'homme ouvre comme possibilit&#233;s, c'est-&#224;-dire la prise en charge de la nature comme double projection de l'esprit divin. L'une est purement divine et reste myst&#233;rieuse, c'est l'incarnation due &#224; la puissance non ratio&#239;de de Dieu, l'autre est accessible &#224; l'homme par imitation et ressemblance, c'est l'inscription dans la r&#233;alit&#233; d'entit&#233;s ou de traces d&#233;chiffrables, lisibles et visibles qui sont l'expression de la puissance ratio&#239;de divine, elle-m&#234;me con&#231;ue comme une relation d'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande question issue du platonisme, c'est de savoir si image et id&#233;e sont d'une certaine mani&#232;re la m&#234;me chose ou fonctionnent de la m&#234;me mani&#232;re ou se trouvent dans une relation identique dans l'esprit de Dieu et dans l'esprit humain. C'est un peu brutalement exprim&#233;, mais, c'est cela l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Panofsky dans &lt;i&gt;Idea&lt;/i&gt; rappelle en effet ceci : &#171; pour Marcile Ficin, penseur n&#233;oplatonicien, les id&#233;es sont des r&#233;alit&#233;s m&#233;taphysiques : elles existent en tant que &#8220;v&#233;ritable substance&#8221;, tandis que les choses terrestres en sont seulement les &#171; images &#187; (c'est-&#224;-dire les images des choses effectivement existantes) ; et, leur substantialit&#233; mise &#224; part, ce sont des r&#233;alit&#233;s &#171; simples, immuables, et soustraites au m&#233;lange des contraires &#187;. Elles sont immanentes &#224; l'esprit de Dieu, parfois aussi celui des anges et sont d&#233;finies en accord avec la conception plotinienne et patristique comme &#8220;les mod&#232;les des choses dans l'esprit divin &#8221; &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe le plus sans doute ici, c'est de noter le glissement qui s'op&#232;re dans la d&#233;finition du divin. Il n'est plus reli&#233; &#224; la puissance magique de la r&#233;v&#233;lation directe mais &#224; la puissance formatrice de la projection et de la formation. Le divin se manifeste non plus dans la profusion et par l'all&#233;gorie, mais &#224; travers des signes lisibles dans un cadre form&#233; &#224; la mesure de l'esprit humain ratio&#239;de, parce que par lui. Ce que l'on appelle la Renaissance est ce mouvement par lequel l'esprit humain compense l'&#233;loignement du divin et son retrait ou plut&#244;t le fait qu'il se trouve appr&#233;hend&#233; non plus par l'interm&#233;diaire du cerveau droit mais par celui du cerveau gauche. C'est cette translation que donne &#224; VOIR l'art de la Renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH531/4_piero-b2bc4.jpg?1772190362' width='500' height='531' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C. La Croix, l'Annonciation, la mise au tombeau et la R&#233;surrection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question si d&#233;battue de la perspective a &#233;t&#233; justement mise en perspective de mani&#232;re magistrale par Daniel Arasse. Il a montr&#233; qu'elle s'inventait &#224; la crois&#233;e de trois &#233;volutions, politique, th&#233;ologico-philosophique et scientifique. Elle est le r&#233;sultat d'un processus qui op&#232;re un basculement dans la question de l'image qui se traduit &#224; merveille dans la phrase d&#233;j&#224; cit&#233;e de Hubert Damisch, &#171; la perspective, &#231;a ne montre pas seulement, &#231;a pense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait tenter de synth&#233;tiser ce passage, cette torsion dans les relations entre les &#233;l&#233;ments constitutifs de l'image par quatre lignes ou fils qui se recouvrent et s'enlacent, celui du symbole, celui de la chair, celui de la mort et celui des fins derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. On le sait, la Croix est le symbole m&#234;me du Christ, mais lorsque le Christ est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re de plus en plus humaine, c'est paradoxalement un monde d&#233;th&#233;ologis&#233; qui est offert au regard et &#224; la m&#233;ditation. C'est l'humanit&#233; du Christ au moment m&#234;me de sa mort qui est exalt&#233;e et qui traduit qu'un doute s'est instaur&#233; dans la foi en la promesse et en sa r&#233;alisation. L&#224; o&#249; la Croix comme symbole interdisait la possibilit&#233; du doute, l'humanit&#233; souffrante du Christ trouve &#224; la fin du Moyen &#194;ge, son expression la plus tragique, et ouvre la voie &#224; une tentative de recouvrement du doute, &#224; une tentative de r&#233;&#233;laboration de la foi sur la base d'une explication de type ratio&#239;de. C'est donc le corps ou la chair qui deviennent porteur du message divin. Mais alors, le message change. C'est ce changement qui s'op&#232;re &#224; la Renaissance. On passe du corps habit&#233; par le monstrueux au m&#234;me titre que par le beau, &#224; un corps suppos&#233; beau mais montr&#233; travaill&#233; par les forces de la destruction, forces qu'il s'agit de contrer. Ce sont les &#233;tapes de ce combat que nous allons d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la fonction du symbole est aussi, picturalement parlant, de d&#233;limiter un espace. C'est du moins la nouvelle fonction de la Croix. Elle inscrit sur la toile la marque d'un espace mental diff&#233;rent de l'espace r&#233;el. C'est cet espace qui change de statut d&#232;s lors que c'est la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle qui se trouve &#234;tre per&#231;ue comme infinie &#224; l'image de l'infinit&#233; divine. Elle est infinie, mais elle est mesurable appr&#233;hendable par la pens&#233;e, &#224; la fois comme r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle et comme myst&#232;re parce que cette puissance divine infinie s'est incarn&#233;e. Le monde de la Renaissance est un monde non plus du symbole et de l'all&#233;gorie ou de la pans&#233;miosis, mais un monde gouvern&#233; par la m&#233;taphore au sens o&#249; le lien entre le connu et l'inconnu se fait par une projection fonctionnelle et non plus par une projection imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#192; la question du symbole auquel nous associons donc la fonction d'inscrire le processus de spatialisation, r&#233;pond la fonction de la chair, c'est-&#224;-dire l'inscription du symbole dans l'espace qu'il constitue, chair qui va pouvoir &#234;tre pens&#233;e &#224; partir de ce ph&#233;nom&#232;ne d'extraction ou de cadrage dans lequel elle vient s'inscrire et qu'elle &#171; invente &#187; pour y para&#238;tre. Le corps de la Vierge est le lieu m&#234;me de l'incarnation de l'op&#233;ration divine du myst&#232;re du passage de l'infini des possibilit&#233;s pr&#233;sentes dans l'esprit de Dieu, au fini des formes, mais c'est dans le m&#234;me temps le passage du macrocosme au microcosme, de l'incommensurable divin &#224; la mesure qu'est l'homme. Ainsi l'incarnation est le processus par lequel la puissance infinie qui contient en elle &#224; l'&#233;tat latent id&#233;es et formes prend forme en entrant, si l'on peut dire, dans la mati&#232;re et ainsi en se manifestant dans le jeu r&#233;gl&#233; des proportions, des &#233;quilibres et bien s&#251;r des &#233;carts et des d&#233;s&#233;quilibres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'incarnation est th&#233;ologique, on le sait, mais elle &#171; incarne &#187; si je puis dire une question philosophique essentielle qui va traverser l'histoire de l'art et travailler au corps la peinture, celle de l'opposition entre ces deux options celle d'un Dieu absolu, qui est &#224; la fois esprit et mati&#232;re mais en fait reste impensable &#224; travers ces cat&#233;gories-l&#224;, ou celle d'un dieu dont le pouvoir est absolu mais qui est pure puissance ratio&#239;de et auquel la mati&#232;re pr&#233;existe. La question est de savoir si la puissance s'exerce du dehors sur un &#171; objet &#187; ext&#233;rieur ou si elle est autopoi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coule la place de l'homme et le type de pouvoir qui lui est accord&#233;. La Renaissance est le passage d'une conception bas&#233;e sur l'omnipotence divine &#224; une conception qui cadre Dieu en quelque sorte et qui en fait une puissance intellectuelle et po&#239;&#233;tique qui se trouve confront&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; comme l'homme s'y trouve d&#233;sormais confront&#233;. Je vous livre juste un petit floril&#232;ge de citations tir&#233;es du livre de Daniel Arasse &lt;i&gt;Histoires de peintures&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La perspective math&#233;matique est la forme symbolique, c'est-&#224;-dire la forme &#224; laquelle est attach&#233; intimement le concept d'une vision d&#233;th&#233;ologis&#233;e du monde. Plus simplement, la perspective est la forme symbolique d'un monde d'o&#249; Dieu se serait absent&#233; et qui devient un monde cart&#233;sien, celui de la mati&#232;re infinie. (p. 65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment vers 1440 la perspective construit un monde mesurable commensurable &#224; l'homme et donc comment s'il est possible d'y repr&#233;senter l'histoire visible de l'Annonciation, on ne peut pas y repr&#233;senter l'Incarnation qui est invisible. [...] Saint Bernard de Sienne &#233;crit sur toute une page une d&#233;finition de l'Incarnation &#224; savoir que Dieu vient dans l'homme, l'&#233;ternit&#233; vient dans le temps, le cr&#233;ateur dans la cr&#233;ature, l'artiste dans son &#339;uvre et aussi l'infigurable dans la figure, l'indicible dans le discours, l'immense dans la mesure, qui est l'incarnation dans l'Annonciation. (p. 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s&#233;parer lorsque l'on parle de l'Annonciation, les questions th&#233;ologiques des questions historiques, celles de la repr&#233;sentation de l'espace et celles de la repr&#233;sentation du temps car c'est &#224; la fois un espace en fait &#8212; comment l'immensit&#233; peut-elle venir dans la mesure ? &#8212; et un temps totalement nouveau puisque c'est l'&#232;re chr&#233;tienne elle-m&#234;me qui commence ? (p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici l'image n'est pas &#224; lire comme un espace r&#233;el, une repr&#233;sentation du monde, mais bien comme une repr&#233;sentation th&#233;ologique o&#249; la perspective est ce qui permet de construire un b&#226;timent repr&#233;sentant le corps myst&#233;rieux de Marie et par ailleurs de rappeler que la colombe du Saint-Esprit descend sur Marie pour racheter cette premi&#232;re descente qu'&#233;tait la chute d'Adam et &#200;ve.(p. 105)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la perspective a tr&#232;s vite fait son temps. M&#234;me Rapha&#235;l ne la garde pas, tout simplement parce que la r&#233;alit&#233; historique emp&#234;che de croire &#224; cet &#233;quilibre de la culture et du pouvoir. Et la r&#233;alit&#233; des conflits historiques fait que le paradoxe s'installe &#224; l'int&#233;rieur de la perspective. (p. 135) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L477xH750/3_masaccio-de70e.jpg?1601492001' width='477' height='750' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;3. La question de la mort est pos&#233;e par la descente de Croix ou les Piet&#224;s. C'est bien s&#251;r, encore une fois le statut de la chair qui est en jeu, de la chair lorsqu'elle fait face &#224; ce qui vient contredire la promesse. Mais cette question change de statut l&#224; encore par rapport au Moyen &#194;ge. Ce que la Renaissance met en sc&#232;ne, c'est l'&#233;cart qui se creuse entre l'homme et Dieu. L'accent est mis sur la difficult&#233; &#224; ne pas voir dans la mort et le devenir poussi&#232;re de la chair l'obstacle m&#234;me &#224; toute croyance. Mais ce qui s'impose alors, c'est le fait que cette &#171; solitude &#187; ontologique ou du moins existentielle peut devenir la base ou le fondement d'un nouveau rapport au monde, la base du d&#233;veloppement d'un Je qui serait en quelque sorte &#171; analogue &#187; &#224; la puissance ratio&#239;de telle qu'on suppose qu'elle existe en Dieu. Mais ce corps va s'ouvrir &#224; la connaissance et au lieu d'&#234;tre investi par la seule croyance, il le sera comme objet d'investigation scientifique par le regard que l'homme porte sur lui-m&#234;me et par sa propre puissance d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La r&#233;surrection porte bien s&#251;r le message inverse ou plut&#244;t tend &#224; &#234;tre la pierre angulaire de la foi et de la preuve de la r&#233;alit&#233; de la promesse. Mais ce qui se passe entre le XVIe et le XVIIIe si&#232;cles, c'est bien un mouvement g&#233;n&#233;ral qui va voir la conversion de l'attente en une analyse des donn&#233;es objectives concernant non plus tant le corps que la possibilit&#233; de produire ce qu'il faut bien appeler une autre image, l'autre image qui est en m&#234;me l'envers de toute image. Cette repr&#233;sentation du Christ en gloire rel&#232;ve d&#233;sormais de l'imaginaire. Cette image du Christ en gloire ne peut plus &#234;tre autre chose qu'un questionnement sur l'autre face du Je que Jaynes nomme, Moi analogue ou alors un obstacle &#224; ce questionnement, la r&#233;v&#233;lation d'un aveuglement peut-&#234;tre. En tout cas pour nous aujourd'hui, dans une lecture un peu anachronique comme le dit encore Daniel Arasse. Bien s&#251;r, il s'agit l&#224; d'indications de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que deviennent dans ce cadre les points 5 et 6 de la d&#233;finition de la conscience par Julian Jaynes, la narratisation et la conciliation ? C'est bien cela qui est en jeu &#224; la Renaissance, la mise en place d'un nouveau cadre pour la narratisation et la modification des crit&#232;res implicites et explicites qui fondent la reconnaissance. Il ne vont plus &#234;tre bas&#233;s sur l'&#233;vidence de l'existence d'au moins un sens implicite travaillant chaque chose chaque &#234;tre de l'int&#233;rieur, mais sur la construction d'un r&#233;seau de significations nouvelles en ceci qu'elles s'appuient sur la connaissance et non plus sur la fascination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes la fascination change de place dans l'espace m&#233;taphorique de la conscience, elle se retrouve associ&#233;e d&#233;finitivement &#224; des &#171; visions &#187; relevant non plus de l'imaginaire, mais l'intuition. Ce qui vient &#224; l'esprit par un jeu non ratio&#239;de de &#171; r&#233;v&#233;lation &#187;, c'est quelque chose qui rel&#232;ve de la connaissance et de la raison mais que l'on va aussi distiller sous le double nom d'id&#233;e et de beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, l'image change de fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La beaut&#233; partout o&#249; nous la rencontrons... nous pla&#238;t et suscite notre approbation, parce qu'elle correspond &#224; l'id&#233;e de la beaut&#233; qui nous est inn&#233;e et qu'elle lui convient en tout point. &#187; (Texte de Marcile Ficin sur l'image&#8230; p. 217 &lt;i&gt;Idea&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une confrontation entre les textes issus d'un courant plus iconoclaste et les pratiques iconophiles que nous allons tenter de comprendre le d&#233;veloppement de ces positions sur l'id&#233;e et la beaut&#233; ou le beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Logiconochronie &#8212; XLIX</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1722-0e237.jpg?1772262084' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie XLIX s'ouvre en &#233;voquant la question de l'iconophilie et de l'iconoclastie au Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;E. &#201;cart et dissemblance : l'iconophilie et l'iconoclastie du Moyen &#194;ge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble n&#233;cessaire maintenant de pr&#233;senter la question de l'image en relation avec celle de la spatialisation. Ainsi voit-on se dessiner un triple mode de pr&#233;sentation des images, l'enluminure, le vitrail et le tableau. En fait un conflit se trame &#224; cette &#233;poque comme &#224; presque toutes les &#233;poques entre les tenants de l'iconophilie et ceux de l'iconoclastie. Les moines cisterciens s'opposeront au luxe et &#224; l'ornement, mais cela dans le cadre des monast&#232;res. Par contre l'&#233;glise se rend compte de la n&#233;cessit&#233; de sortir en quelque sorte le peuple de l'ignorance et pour cela elle va recourir aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu philosophique consiste donc &#224; utiliser cette ambigu&#239;t&#233; de l'image afin de la faire servir aux buts que l'on se propose d'atteindre. Le but est l'&#233;ducation du peuple, mais le mouvement qui part des cours et de l'&#201;glise, des lettr&#233;s et des gens de pouvoir donc, va in&#233;vitablement se poser d'autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denys l'Ar&#233;opagite, Bonaventure, et Thomas d'Aquin vont &#234;tre les grandes figures de cette mutation du statut de l'image dont l'enjeu est d'inscrire l'image dans un mode de spatialisation nouveau et d'inscrire en elle aussi ce nouveau mode de spatialisation. Pourtant, c'est la Renaissance qui accomplira ce projet. Le Moyen-&#194;ge r&#233;ussit en fait &#224; ouvrir l'espace mental et psychique, &#224; imposer l'existence d'un &#233;cart entre l'image et la r&#233;alit&#233; repr&#233;sent&#233;e et surtout &#224; faire en sorte que puisse &#234;tre &#233;tabli un parall&#232;le entre cet &#233;cart et celui qui existe entre ce qui est v&#233;cu et la signification de ce qui est v&#233;cu, bref &#224; inventer une sorte de th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du signe, pas au sens linguistique mais dans un sens g&#233;n&#233;ral de symbole. L'image va donc permettre de rendre le monde simplement plus compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les enluminures m&#233;riteraient un traitement particulier en ceci qu'elles sont r&#233;serv&#233;es aux &#233;lites, aux lettr&#233;s, les images de d&#233;votion et les vitraux vont servir donc &#224; quelque chose de nouveau, elles seront le support d'une exp&#233;rience psychologique et affective qui sera comprise et v&#233;cue comme une exp&#233;rience religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il est question dans les textes sacr&#233;s peut et va servir &#224; donner un sens &#224; la vie. Il faut simplement se souvenir qu'une grande partie du Moyen &#194;ge est travers&#233;e par une ins&#233;curit&#233; chronique et une vie quotidienne difficile et que souvent, comme en t&#233;moignent les lettres d'Ab&#233;lard par exemple, le clerg&#233; vit sur le peuple. Le Moyen &#194;ge est aussi port&#233; par cette grande entreprise de r&#233;novation morale au sens o&#249; il s'agit de montrer que le monde malgr&#233; sa duret&#233; a un sens et que ce sens chacun peut y avoir acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e centrale est celle de la bont&#233; de Dieu qui se transmet &#224; la cr&#233;ation par degr&#233;s depuis Dieu jusqu'&#224; la mati&#232;re informe et que tout &#171; ce qui existe des &#226;mes aux pierres est une cristallisation de l'effusion illuminatrice du Bien. Denys dira que les images ont un r&#244;le sanctificateur, car &#171; elles nous &#233;l&#232;vent spirituellement du sensible &#224; l'intelligible et des images sacr&#233;es et symboliques aux cimes simples des hi&#233;rarchies c&#233;lestes &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, A. Besan&#231;on, p. 289).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;l&#233;vation n'est pas nouvelle, elle est en effet d&#233;j&#224; une fois encore, pr&#233;sente chez Platon. Mais elle se double d'une autre th&#232;se, celle de l'unit&#233; de la cr&#233;ation associ&#233;e &#224; l'insaisissabilit&#233; du divin, &#224; l'incommensurabilit&#233; de Dieu avec l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire occidentale et en tout cas l'histoire de l'image est celle de cet &#233;loignement et des tentatives constantes effectu&#233;es par les hommes pour y pallier. Nous allons y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pr&#233;sente en effet l'histoire ? Elle est le mouvement irr&#233;m&#233;diable qui &#233;loigne les hommes de Dieu, de la source, des moments historiques o&#249; la r&#233;v&#233;lation a eu lieu, o&#249; le message a &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;. Il y a eu les grands proph&#232;tes d'Isra&#235;l, le Christ et puis enfin les saints. Mais d'une certaine mani&#232;re, ce qui s'inscrit dans les esprits, c'est cet &#233;loignement irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire en sorte que l'on puisse s'y opposer ? C'est cela donner un sens &#224; la vie dans la mesure o&#249; sans cette possibilit&#233;, le monde n'aurait d'autre sens que d'&#234;tre un mouvement vers le chaos, la ruine, le d&#233;sordre, la disparition. Le Christ est pris dans le m&#234;me mouvement. Il ne faut donc pas oublier que l'inscription dans la vie humaine de la forme du temps irr&#233;versible, c'est-&#224;-dire de l'incarnation, se double de la possibilit&#233; de le renverser ce mouvement. Ce qui a eu lieu une fois, la r&#233;surrection du Christ non seulement pourra avoir lieu une autre fois, mais aura lieu r&#233;ellement. Mais quand ? telle est la question. Voil&#224; l'&#233;cart qu'instaure le christianisme dans le psychisme humain et d'une certaine mani&#232;re il ne peut &#234;tre pens&#233;, c'est-&#224;-dire int&#233;gr&#233; au fonctionnement psychique et accept&#233; que s'il est traduit spatialement. Voil&#224; donc l'espace propre &#224; l'image. Pourquoi ? Parce que l'image est li&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; et &#224; ce qu'elle repr&#233;sente comme l'&#226;me est li&#233;e &#224; son principe qui est divin. C'est donc dans un jeu de va et vient constant que l'on voit s'inscrire un espace &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel, c'est sans doute de prendre acte de ceci que, Denys y insistait d&#233;j&#224;, ce n'est pas seulement l'&#233;cart qui importe mais la dissemblance. Il faut qu'il y ait dissemblance pourrait-on dire r&#233;troactivement entre l'image et son mod&#232;le, comme il y a dissemblance entre Dieu et l'homme, l'esprit divin et l'&#226;me humaine. Mais il y a aussi dissemblance entre les proph&#232;tes et les saints comme entre les hommes et les saints comme entre le Christ et l'homme, &#224; ceci pr&#232;s que tous font partie du monde, tous appartiennent &#224; une grande cha&#238;ne signifiante, que les textes sacr&#233;s r&#233;v&#232;lent, que les images mettent en sc&#232;ne, rendent accessibles et surtout l&#233;gitiment du point de vue de la question de l'incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette question ne prendra un tour plus intense qu'&#224; partir de la Renaissance. Au Moyen &#194;ge, l'enjeu est de donner forme &#224; cette continuit&#233; entre un dieu inaccessible et une r&#233;alit&#233; pour le moins chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_logico-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/1_logico-4-c4dfd.jpg?1772191645' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F. Symbole et all&#233;gorie : le pont de l'analogie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Moyen &#194;ge est donc ce moment dans le d&#233;ploiement de la forme conscience o&#249; l'&#233;cart va devenir &#171; volume &#187;. Cela va se faire comme pour le reste par un jeu complexe que Umberto Eco nomme pans&#233;miosis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233;. Dieu existe, il est l'auteur de la cr&#233;ation, il s'est manifest&#233; aux hommes depuis longtemps, il s'est m&#234;me incarn&#233;, il est un et trine, il est inaccessible et pr&#233;sent, il est UN et pourtant il est infiniment divers. Il est puissance, rayonnement, lumi&#232;re, il est partout, mais il n'est pas ais&#233; de le trouver. Pour cela il faut en quelque sorte faire de la place, faire le vide, c'est ce que diront et tenteront de faire les mystiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;me est comme une &#233;glise, et dans une &#233;glise, il y a la m&#234;me chose que ce qu'il y a dans l'&#226;me, voir l'&#233;glise c'est comme voir dans l'&#226;me, c'est pouvoir la comprendre, c'est s'approcher, sinon de Dieu comme &#171; personne &#187; et comme entit&#233;, du moins s'approcher de lui &#224; travers la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le v&#233;ritable enjeu, c'est d'accepter qu'il y a &#233;cart et lien, qu'il y a toujours ces deux cerveaux, dirais-je, mais que soit aussi donn&#233;e la possibilit&#233; de les accorder, de les relier, de faire en sorte qu'il communiquent, se r&#233;pondent dans un jeu infini de renvois. D'une certaine mani&#232;re, le Moyen &#194;ge est le moment dans l'histoire (non lin&#233;aire encore une fois) de la conscience, o&#249; l'intellect, la part ratio&#239;de, est en train d'inventer un nouveau mode de relation avec la puissance d&#233;cisionnelle de l'esprit humain qui rel&#232;ve pour l'essentiel de la part non ratio&#239;de de l'esprit. Certes, elles existaient avant bien s&#251;r et &#233;taient connues comme telles, mais pas comme reflet l'une de l'autre, mais plut&#244;t comme h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non reli&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part non ratio&#239;de est d&#233;cisionnelle en ce qu'elle est ou serait d&#233;positaire de la puissance affective et que la seule raison n'a pas la puissance, ou pas encore au Moyen &#194;ge, de faire se lever l'&#226;me vers son cr&#233;ateur. Ainsi, on voit se d&#233;gager deux grandes tendances &#224; la fois oppos&#233;es et compl&#233;mentaires qui sont comme les deux branches incarnant l'une une approche iconoclaste et l'autre une approche iconophile, celle des mystiques et celles des penseurs de l'art et de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ma&#238;tre Eckhart, sans doute le plus important mystique de cette &#233;poque, il y a une relation entre Dieu et l'&#226;me qui est une relation d'image. Il y a pour le dire avec Panofsky dans &lt;i&gt;Idea&lt;/i&gt;, (p. 55) &#171; trois questions majeures qui agitent l'esprit de ce penseur, la premi&#232;re, savoir si les id&#233;es sont en Dieu ou si pr&#233;existent en lui les images des choses cr&#233;&#233;es, la seconde savoir s'il existe plusieurs id&#233;es ou une seule, la troisi&#232;me, savoir si Dieu ne peut conna&#238;tre les choses que par le moyen des id&#233;es &#187;. La question est bien pour nous ici, celle du statut des images. Elle sont &#224; la fois partie int&#233;grante de la cr&#233;ation car existent EN Dieu ou sont du moins n&#233;cessaires &#224; Dieu dans son acte de pens&#233;e et pour son geste cr&#233;ateur, et pourtant elle ne le sont que relativement &#224; l'homme dans le jeu r&#233;gl&#233; de la cr&#233;ation et de son fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un autre mouvement, on l'a dit, de remont&#233;e vers la source qui utilise les images, mais va faire tendre l'&#226;me vers Dieu. Au Moyen &#194;ge, Dieu est d&#233;j&#224; absolument autre. Ce n'est qu'avec la Renaissance qu'il deviendra une entit&#233; obscure non dicible par les mots mais rep&#233;rable &#224; travers les filets de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte de Ma&#238;tre Eckhart va, je crois vous faire entendre ce mouvement qui tend &#224; l'iconoclastie, m&#234;me si cette semence de Dieu dans l'homme est &#224; l'&#233;vidence une sorte d'image ou du moins pouvant &#234;tre per&#231;ue par le jeu des reflets entre chose du monde, &#226;me de l'homme et dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Or tu demanderas ce qu'est ce d&#233;tachement puisqu'il est si noble en lui-m&#234;me ? Tu dois savoir ici que le v&#233;ritable d&#233;tachement consiste seulement en ce que l'esprit demeure aussi insensible &#224; toutes les vicissitudes de la joie et de la souffrance, de l'honneur, du pr&#233;judice et du m&#233;pris qu'une montagne de plomb est insensible &#224; un vent l&#233;ger. Ce d&#233;tachement immuable conduit l'homme &#224; la plus grande ressemblance avec Dieu. Car Dieu est Dieu du fait de son d&#233;tachement immuable, et c'est aussi du d&#233;tachement qu'il tient sa puret&#233; et sa simplicit&#233; et immuabilit&#233;. Et c'est pourquoi si l'homme doit devenir semblable &#224; Dieu, dans la mesure o&#249; une cr&#233;ature peut avoir une ressemblance avec Dieu, ce sera par le d&#233;tachement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, Ed du Seuil, Traduction : Jeanne Ancelet-Hustache, p. 163-164)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'image est aussi et surtout, on l'a dit, l'&#233;l&#233;ment central de la pens&#233;e du Moyen &#194;ge en ceci qu'elle permet d'articuler le passage, par continuit&#233; et contigu&#239;t&#233;, entre les tr&#233;fonds de la mati&#232;re et les sommets du divin. Elle est un m&#233;lange de texte et de forme qui assure une sorte de convergence entre univers physique et univers m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, il y a une &#171; situation n&#233;vrotique &#187; au Moyen &#194;ge qui entra&#238;ne &#171; une d&#233;faillance dans la perception d'une ligne de d&#233;marcation entre les objets, une fa&#231;on d'agglom&#233;rer dans la notion d'une chose d&#233;termin&#233;e tout ce qui entretenir avec elle un quelconque rapport de similitude ou d'appartenance. &#187; (Umberto Eco, &lt;i&gt;Art et beaut&#233; dans l'esth&#233;tique m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, p. 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration symbolique qui est &#224; la base de ce fonctionnement particulier est d&#233;finie ainsi par Huizinga comme le rappelle Eco : &#171; L'op&#233;ration de l'attribution symbolique consiste &#224; abstraire en deux entit&#233;s que l'on mettra en opposition des propri&#233;t&#233;s communes. Les vierges et les martyrs resplendissent de gloire au milieu de leurs pers&#233;cuteurs &#224; la fa&#231;on dont les roses blanches et les roses rouges resplendissent entre les &#233;pines o&#249; elles sont &#233;panouies [...] Nous voudrions toutefois noter que pour pouvoir abstraire deux &#233;l&#233;ments homologues d'un mod&#232;le de ce genre il faut que le court-circuit ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; provoqu&#233;. Le court-circuit ou l'identification fond&#233;e sur une essence commune sont li&#233;s par un rapport de convenance qui deviendra &#224; un niveau moins m&#233;taphysique le simple rapport d'analogie la rose est par rapport aux &#233;pines comme le martyr vis-&#224;-vis de ses pers&#233;cuteurs. [...] S'il n'y avait pas incongruit&#233; mais seulement identit&#233; il n'existerait pas de rapport proportionnel (x ne se trouverait pas par rapport &#224; y comme y par rapport &#224; z). [...] La seconde composante de l'all&#233;gorisme g&#233;n&#233;ralis&#233; : saisir le sens d'une all&#233;gorie, c'est saisir un rapport de convenance et jouir esth&#233;tiquement de ce rapport avec l'appoint de l'apport interpr&#233;tatif. Et il y a effort d'interpr&#233;tation parce que le texte dit toujours quelque chose de diff&#233;rent de ce qu'il a l'air de dire. [...] L'homme du Moyen &#194;ge est fascin&#233; par ce principe Les all&#233;gories aiguisent l'esprit, ravivent l'expression et rendent le style orn&#233;. [...] C'est effectivement une exigence de proportion qui entra&#238;ne &#224; associer les objets naturels &#224; des objets surnaturels en un jeu de corr&#233;lations incessantes. [...] Dans cette polyphonie de la pens&#233;e dira Huizinga, chaque mouvement de la pens&#233;e dans la masse d&#233;sordonn&#233;e de particules s'assemble en une belle figure sym&#233;trique comme un kal&#233;idoscope &#187;. (&lt;i&gt;Umberto Eco, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 98-100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc plong&#233;s au c&#339;ur de la cath&#233;drale qui constitue en effet la forme aboutie de cette expansion symbolique all&#233;gorique et analogique et qui est donc une sorte d'image du monde, d'&lt;i&gt;imago mundi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La cath&#233;drale, qui repr&#233;sente la somme artistique de toute la civilisation m&#233;di&#233;vale, devient un succ&#233;dan&#233; de la nature, un v&#233;ritable assemblage de &lt;i&gt;liber&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pictura&lt;/i&gt; organis&#233; &#224; partir de normes de lisibilit&#233; contr&#244;l&#233;e dont en r&#233;alit&#233; la nature &#233;tait d&#233;pourvue &#187; (Umberto Eco, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 129)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_logico-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/4_logico-2-5df30.jpg?1595750960' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;G. Les deux Testaments&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre comment fonctionne cette pans&#233;miosis, il faut revenir sur ce qui en constitue le fondement, &#224; savoir la lecture parall&#232;le de l'ancien et du Nouveau Testament. C'est ce parall&#233;lisme qui va s'imposer comme la matrice de cette mise en relation &#224; la fois historique et interpr&#233;tative. Mais quel est l'enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suggestion vient de saint Augustin qui indique qu'il y a dans l'Ancien Testament des choses dont la signification est crypt&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elles ne trouvent leur enti&#232;re signification que dans une relation d&#233;ploy&#233;e dans le temps par une mise en parall&#232;le avec d'autres &#233;l&#233;ments ou &#233;v&#233;nements pr&#233;sent&#233;s dans le Nouveau Testament. S'&#233;labore ainsi la th&#233;orie des trois sens qui aboutira chez saint Thomas &#224; celle des quatre sens, litt&#233;ral ou encore appel&#233; historique, all&#233;gorique qui fait la relation entre pass&#233; et pr&#233;sent, entre un &#233;v&#233;nement de l'Ancien Testament et un du nouveau li&#233; au Christ et &#224; la r&#233;v&#233;lation, tropologique ou moral qui concerne le pr&#233;sent et anagogique qui concerne l'avenir en ceci qu'il vise par une interpr&#233;tation des &#233;vangiles &#224; donner une id&#233;e des r&#233;alit&#233;s derni&#232;res, celles qui seront visibles &#224; la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, elle oppose au cours du Moyen &#194;ge deux types d'all&#233;gorisme, un all&#233;gorisme scriptural et un all&#233;gorisme &lt;i&gt;in factis&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;in verbis&lt;/i&gt;. Traduisons li&#233; m&#233;tonymiquement &#224; son objet ou m&#233;taphoriquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repose donc la question : quel est l'enjeu ? C'est la relation au divin, c'est la possibilit&#233; de consid&#233;rer que ce qui est ou semble &#233;loign&#233; dans le temps soit ou puisse &#234;tre accessible dans le pr&#233;sent. Ainsi l'importance de l'Ancien Testament tient &#224; la figure des grands proph&#232;tes qui sont des hommes qui ont vu et parl&#233; avec Dieu et qui avaient une puissance admonitoire immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette puissance a &#233;t&#233; comme accomplie et d&#233;pass&#233;e par la figure du Christ. En fait, on assistait &#224; une sorte de perte de puissance de la proph&#233;tie, perte relative mais r&#233;elle, et en tout cas de celle des proph&#232;tes, entre autres choses parce qu'ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme ill&#233;gitimes par le clerg&#233; juif, parce que pour eux il ne pouvait plus y avoir de nouveau proph&#232;te. Le Christ est en ce sens &#224; la fois ill&#233;gitime pour les juifs et le premier mais aussi le dernier de son genre. Il cl&#244;t un monde et invente ou rend possible un monde nouveau, c'est-&#224;-dire une nouvelle relation au monde et au divin, non plus bas&#233;e sur la seule puissance de la r&#233;v&#233;lation directe mais sur la possibilit&#233; de communiquer avec le divin par le pouvoir ratio&#239;de et moral, par la puissance de l'intellect dans l'&#226;me ou ici, dans la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde nouveau est comme d&#233;chir&#233; en son c&#339;ur entre un pass&#233; inaccessible, r&#233;actualis&#233; par un personnage interlope, un homme dieu, et une promesse, celle de la r&#233;surrection dans la fin des temps, temps qui justement tardent &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attente lib&#232;re l'esprit pour une t&#226;che nouvelle, l'appropriation de sa rationalit&#233;, son d&#233;veloppement et la confrontation entre ce qu'il per&#231;oit en lui et le monde. Mais il faut s'autoriser &#224; cela et l'autorisation ne vient que de la part non ratio&#239;de du cerveau. Il s'agit donc bien d'inventer de nouvelles relations entre les &#233;l&#233;ments qui constituent la forme conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In factis&lt;/i&gt;, signifie que l'on s'appuie sur un v&#233;cu transmis par ceux qui l'ont v&#233;cu et donc par des t&#233;moignages dignes de foi et &lt;i&gt;in verbis&lt;/i&gt; par le jeu de l'interpr&#233;tation des signes et de mise en relation de type analogique ou m&#233;taphorique entre des exp&#233;riences v&#233;cues et des exp&#233;riences li&#233;es &#224; la seule vie du langage en nous et &#224; nos syst&#232;mes d'inf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme, qu'on repense ici &#224; Kierkegaard, est tendu entre ces deux p&#244;les et c'est le Moyen &#194;ge qui leur donne cette dimension de cadre g&#233;n&#233;ral pour la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_logico-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH400/3_logico-4-33bf2.jpg?1595750960' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;H. L'image donc&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure ce long d&#233;veloppement je citerai ce passage de Hugues de Saint Victor cit&#233; par Eco, passage dans lequel il commente les pages de la hi&#233;rarchie c&#233;leste du pseudo Denys (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109) : &#171; Tous les objets visibles nous sont offerts de fa&#231;on visible, pour &#233;veiller notre sens symbolique, c'est-&#224;-dire qu'ils nous sont propos&#233;s, &#224; travers leur transmission figur&#233;e, en vue d'une signification et d'une d&#233;claration des objets invisibles&#8230; D&#232;s lors qu'en effet la beaut&#233; des objets visibles r&#233;side dans leurs aspects formels. [...] La beaut&#233; perceptible est l'image de la beaut&#233; non perceptible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re nous le Moyen &#194;ge, devant nous la Renaissance, entre les deux, une nouvelle d&#233;chirure, ou plut&#244;t une torsion &#224; l'int&#233;rieur du grand sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral de la conscience constitu&#233;e, une torsion des relations qui ont &#233;t&#233; &#233;tablies durant quatre si&#232;cles entre texte et image et qui conduisent &#224; un infl&#233;chissement radical &#224; la prise en compte d'un &#233;loignement de plus en plus irr&#233;versible par rapport au divin et &#224; ses manifestations concr&#232;tes, &lt;i&gt;in factis&lt;/i&gt;, dirais-je, &#224; une transformation donc de la posture de Dieu et &#224; la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre &#224; nouveau frais &#224; la m&#234;me question, celle de l'incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au lieu de la prendre comme une donn&#233;e incontestable, il va falloir le faire du point de vue de la pens&#233;e ratio&#239;de qui prend le pas sur la pens&#233;e pans&#233;miotique et all&#233;gorique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, et ainsi repousser les figures monstrueuses pour faire entrer les plans divins, le plan de l'&#233;conomie divine de la promesse, dans le cadre d'une pens&#233;e radicalement ratio&#239;de, voire rationnelle et dont la perspective est &#224; la fois la manifestation et la preuve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Logiconochronie &#8212; XLVIII</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1704-73a0c.jpg?1772262084' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous poursuivons ici notre r&#233;flexion sur les images aujourd'hui, leurs significations, leur pr&#233;sence dans nos vies. L'enjeu est, &#224; travers l'histoire, de tenter de suivre les diff&#233;rents aspects qu'ont pu prendre les images afin de mieux comprendre ce qu'il en est de notre situation actuelle. Cette Logiconochronie XLVIII s'ouvre en &#233;voquant le fait suivant : Une fois la querelle des images termin&#233;e, avec le Moyen &#194;ge et la paix carolingienne, on voit se d&#233;ployer une r&#233;flexion sur la th&#233;orie et la th&#233;ologie de l'image.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image et l'ordre du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une fois la querelle des images termin&#233;e, avec le Moyen &#194;ge et la paix carolingienne, on voit se d&#233;ployer une r&#233;flexion sur la th&#233;orie et la th&#233;ologie de l'image. Elle appara&#238;t au moment o&#249; se met en place la grande r&#233;volution intellectuelle que l'on sait qui se manifeste par la cr&#233;ation des universit&#233;s et sera suivie &#224; l'&#233;poque gothique par la mise en &#339;uvre de la construction des grandes cath&#233;drales. Pour le dire en deux mots, et pour citer &#201;mile M&#226;le, c'est entre symbole et reflet ou miroir, que se d&#233;ploie l'univers du Moyen &#194;ge. Il prend pour base de son analyse du Moyen &#194;ge le livre de Vincent de Beauvais qui se divise en quatre grandes parties qui sont aussi celles du livre de M&#226;le, &lt;i&gt;Miroir de la nature, de la science de la morale, de l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ouvrage pr&#233;sente le &lt;i&gt;Speculum maius&lt;/i&gt;, commun&#233;ment appel&#233; la &lt;i&gt;Grande Encyclop&#233;die du Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, &#233;crit dans les ann&#233;es 1230-1260. Ce Grand Miroir du monde est une &#339;uvre de commande et un produit d'atelier. Vincent de Beauvais, fr&#232;re pr&#234;cheur de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, en est le ma&#238;tre d'&#339;uvre, sous l'impulsion probable d'un des premiers Ma&#238;tres universitaires de l'Ordre, Hugues de Saint-Cher. Cette &#171; encyclop&#233;die &#187; en trois parties est une compilation &#171; du meilleur de tous les livres &#187;. Elle doit rendre accessible aux Fr&#232;res Pr&#234;cheurs &#8212; les fratres communes &#8212; tout le savoir du monde, tel qu'il est constitu&#233; au milieu du XIIIe si&#232;cle, et &#233;tudi&#233; dans les &lt;i&gt;studia&lt;/i&gt; &#233;tablis obligatoirement dans tous les couvents dominicains. Le travail d'&#233;quipe qui aboutira en deux &#233;tapes (c. 1244 et c. 1259) &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui connue, fut d'abord de lire et de faire des extraits, puis &#8212; ce fut la t&#226;che m&#234;me de Vincent de Beauvais &#8212; d'organiser la pr&#233;sentation de ces extraits pour que les connaissances ainsi accumul&#233;es soient facilement rep&#233;rables : la mati&#232;re des trois parties fut donc divis&#233;e en livres et en chapitres index&#233;s par un titre descriptif du contenu, en signalant clairement l'identit&#233; des textes cit&#233;s, car leur poids de v&#233;rit&#233; d&#233;pend de l'autorit&#233; accord&#233;e aux auteurs. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage analyse les conditions de production du &lt;i&gt;Speculum maius&lt;/i&gt; comme outil pour le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; dominicain, parmi d'autres (correctoire et concordance de &lt;i&gt;La Bible&lt;/i&gt;, trait&#233;s des vices et des vertus, recueils hagiographiques, sommes de p&#233;nitence et de droit, commentaires des Sentences), puis caract&#233;rise chacune des parties. D'abord le &lt;i&gt;Speculum naturale&lt;/i&gt;, consacr&#233; &#224; l'histoire naturelle selon l'ordre des six jours de la Cr&#233;ation, qui a connu deux &#233;ditions, avec des diff&#233;rences importantes, (c. 1244 et c. 1259), o&#249; se lit remarquablement l'&#233;volution de la philosophie naturelle au milieu du XIIIe si&#232;cle, &#224; savoir avant et apr&#232;s la premi&#232;re rencontre, au couvent Saint-Jacques &#224; Paris, d'Albert le Grand avec les &#339;uvres naturelles d'Aristote ; puis le &lt;i&gt;Speculum&lt;/i&gt; doctrinale, inachev&#233;, reprenant un plan victorin, qui passe en revue toutes les branches du savoir, trivium prop&#233;deutique, sciences pratiques, sciences m&#233;caniques, sciences th&#233;oriques, mais introduit des modifications significatives li&#233;es au classement des sciences d'al Farabi ; le &lt;i&gt;Speculum historiale&lt;/i&gt; enfin, qui d&#233;roule les &lt;i&gt;facta&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;gesta&lt;/i&gt; de l'humanit&#233;, en m&#234;lant r&#233;cit historique proprement dit, histoire litt&#233;raire et hagiographie, jusqu'au jugement dernier, selon la vision augustinienne de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent insist&#233; dans le pass&#233; sur la relation entre Vincent de Beauvais et le roi Louis IX, jusqu'&#224; faire de ce dernier le commanditaire de l'ouvrage. Il n'en est rien ; m&#234;me si une influence royale peut se d&#233;celer ici ou l&#224;, m&#234;me si Vincent de Beauvais a &#233;crit pour le roi d'autres &#339;uvres, il reste que le &lt;i&gt;Speculum maius&lt;/i&gt; est un ouvrage dominicain, qui tente, parfois maladroitement, comme toutes les &#339;uvres de compilation, d'int&#233;grer dans le programme d'&#233;tude des fr&#232;res pr&#234;cheurs un savoir marqu&#233; par &#171; les derniers progr&#232;s de la science &#187;, en l'occurrence essentiellement les textes d'origine grecque et arabe, tout en veillant &#224; rester &#224; l'&#233;cart d'une vaine curiosit&#233; toujours condamnable. &#187; (M. Paulmier-Foucart, M.-C. Duch&#234;ne (coll.)&#8232;&lt;i&gt;Vincent de Beauvais et le Grand Miroir du monde&lt;/i&gt;, Brepols, T&#233;moins de Notre Histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu pour le Moyen &#194;ge est de tenter de comprendre le monde, l'ordre du monde, le monde comme ordre. Ceci est rendu possible par une interpr&#233;tation &#171; claire &#187; du message chr&#233;tien pour lequel le monde ou, mieux dit, la cr&#233;ation, &#233;tant l'&#339;uvre du cr&#233;ateur est sacr&#233; et en tout cas digne d'int&#233;r&#234;t pour l'homme et pour ses relations avec le divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la &#171; faute &#187; si particuli&#232;re au Moyen &#194;ge, il me semble important de l'entendre aujourd'hui comme l'introduction d'un &#233;cart entre le divin et l'humain, mais d'un &#233;cart qui peut &#234;tre combl&#233;. Et je vois l&#224; l'amorce de ce qui va devenir le mode de spatialisation de la conscience qui va trouver &#224; la Renaissance sa forme &#171; achev&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux plans parall&#232;les, aux mondes parall&#232;les que sont le monde des humains et celui des dieux grecs, s'impose lentement avec le christianisme dominant l'id&#233;e d'un monde Un, unifi&#233; et unitaire malgr&#233; les accrocs et malgr&#233; cet &#233;cart, cette distance qui s'impose comme une distance situ&#233;e dans le temps, le temps qui nous s&#233;pare maintenant de la venue sur terre du Christ. Et je crois que les transformations dans le mode de spatialisation ou de construction des images sont une tentative d'int&#233;grer cet &#233;cart temporel qui est la chose la plus nouvelle et la plus impensable pour l'esprit humain dans ses mani&#232;res de penser ou de concevoir le divin et ses relations avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces accrocs sont plus &#224; trouver dans l'&#226;me des hommes qu'ailleurs, parce que le reste &#171; est &#187; parfait en tant qu'&#339;uvre de Dieu. Mais pour compenser la faiblesse de l'&#226;me, Dieu a dot&#233; l'homme d'une facult&#233; gr&#226;ce &#224; laquelle il peut tenter de remonter la pente, de retrouver le chemin du divin qui est en lui-m&#234;me, qui est inscrit sous des formes en effet pas toujours &#233;videntes &#224; d&#233;chiffrer. Cette facult&#233; est son intellect ou son esprit, on ne l'appelle pas encore imagination, et gr&#226;ce &#224; elle il va pouvoir s'&#233;lever jusqu'&#224; pouvoir d&#233;chiffrer et donc l&#233;gitimer et comprendre, le double myst&#232;re qui le constitue, celui de sa petitesse et celui de sa grandeur potentielle &#224; laquelle il peut acc&#233;der en la faisant &#233;merger de l'ombre et en s'&#233;levant vers Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15038 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_giotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH458/1_giotto-bfac5.jpg?1593704457' width='500' height='458' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un nouveau mode de spatialisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais si tout cela est possible, c'est bien parce que le Dieu s'est fait homme et que l'homme a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; l'image de Dieu. L'enjeu est donc &#224; la fois de justifier cette diff&#233;rence ou plut&#244;t de la l&#233;gitimer en rendant perceptible le fait qu'elle peut &#234;tre et doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e ou du moins surmont&#233;e. Et c'est sur ce point que l'image joue un r&#244;le majeur puisqu'elle concentre en elle la visibilit&#233; du myst&#232;re, celui de l'incarnation, la possibilit&#233; de le transmettre et de le faire comme s'il &#233;tait une sorte de source possible au d&#233;ploiement de l'esprit et en tout cas un &#171; lieu &#187; dans lequel l'esprit aussi se loge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est une figuration &#224; la fois du myst&#232;re et de la puissance de d&#233;chiffrement de la pens&#233;e. Et c'est l&#224; que je vois ce que l'on pourrait appeler un processus de spatialisation nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche porte d'abord sur les connaissances reconnues et accessibles, celles qui concernent la v&#233;rit&#233; commune, celle donc qui est contenue dans les livres sacr&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mais s'applique aussi &#224; toutes les cr&#233;atures possibles et surtout &#224; ceux qui ont &#233;t&#233; proches de Dieu dans l'espace comme dans le temps, &#224; savoir les grand proph&#232;tes d'Isra&#235;l et le peuple h&#233;breux,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'homme, &#224; cet &#233;cart donc qui le s&#233;pare du dieu,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin &#224; l'histoire, &#224; l'&#233;cart qui le s&#233;pare de ses semblables des temps pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc que l'&#233;cart est double, il est spatial, situ&#233; donc dans l'espace physico-mental qui s&#233;pare l'humain du divin et temporel, situ&#233; dans le temps. M&#234;me si le mod&#232;le de la dur&#233;e de la cr&#233;ation est bas&#233; sur une perception humaine du temps, sept jours, il y a ensuite une histoire connue et r&#233;pertori&#233;e par les textes. Mais comment la rendre sensible et perceptible dans un monde o&#249; peu de gens lisent, mais o&#249; les gens vivent r&#233;ellement &#224; cet &#233;cart sans pouvoir l'expliquer ? L'image vient se loger en ce point essentiel, elle va se d&#233;velopper entre symbole et reflet, ou plut&#244;t elle va permettre de passer du symbole au reflet, de rendre perceptible ce passage, qui est celui de l'&#233;volution m&#234;me de la pens&#233;e au Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_cimabue.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2_cimabue-6cc36.jpg?1593704457' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image comme moyen d'&#233;duquer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r la question plane comme un mauvais r&#234;ve. Qu'est-ce que je suis en train d'adorer quand je regarde une image ? Gr&#233;goire le grand &#233;crira &#224; Serenus &#233;v&#234;que de Marseille &#171; Autre chose en effet est d'adorer une peinture, et autre chose d'apprendre par une sc&#232;ne repr&#233;sent&#233;e en peinture ce qu'il faut adorer. Car ce que l'&#233;crit procure aux gens qui lisent, la peinture le fournit aux analphab&#232;tes (idiotis) qui la regardent puisque ces ignorants voient ce qu'ils doivent imiter ; les peintures sont la lecture de ceux qui ne savent pas les lettres de sorte qu'elles tiennent le r&#244;le d'une lecture surtout chez les pa&#239;ens &#187;. (A Besan&#231;on, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 280).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous allons retrouver dans la fonction de l'image au Moyen &#194;ge, la structure &#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment par &lt;i&gt;Les miroirs&lt;/i&gt; de Vincent de Beauvais. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 280). Pour Gr&#233;goire l'image a quatre fonctions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; p&#233;dagogique, elle &#233;difie et instruit ceux qui n'ont pas acc&#232;s &#224; l'&#233;criture c'est-&#224;-dire presque tout le monde,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; m&#233;morielle car elle s'adresse &#224; la m&#233;moire car elle raconte une histoire qui peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e et par ce biais elle renvoie &#224; l'histoire des saints martyrs et &#224; la vie du Christ,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; elle permet d'&#233;chapper au pi&#232;ge de l'idol&#226;trie en apprenant au pa&#239;ens &#224; ne dire que Dieu seul,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin l'image suscite un sentiment d'ardente componction un sentiment m&#234;l&#233; d'humilit&#233; et de repentir de l'&#226;me qui se d&#233;couvre p&#233;cheresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes selon Gr&#233;goire de Nysse &#171; l'image est un livre porteur de langage &#187; et Gr&#233;goire le pape peut, lui, se souvenir d'Horace et de son &#171; Ut pictura poesis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : l'image fortifie et &#233;difie le fid&#232;le, touche son intelligence, son affectivit&#233;, sa m&#233;moire et donc au sens des anciens, son Moi. (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 281). En d'autres termes, elle fait office r&#233;ellement de verbe. Chacun face &#224; une image est, pourrait-on dire, dans la situation d'un personnage proph&#233;tique touch&#233; par le divin, &#233;v&#233;nement v&#233;cu que l'on ne nomme pas encore la gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_conques.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3_conques-eb181.jpg?1593704458' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ambigu&#239;t&#233; de l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On le sait la question que pose l'ic&#244;ne, c'est celle de la pr&#233;sence du divin &#171; dans &#187; l'image, de la puissance effective de l'image &#224; &#234;tre un intercesseur efficace. La question que pose le Moyen &#194;ge est donc celle de la capacit&#233; de l'image &#224; &#233;duquer, &#224; transmettre. Mais quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, rien d'autre que la nouvelle situation de l'&#226;me dans le monde, &#224; savoir le fait qu'elle est d&#233;finitivement double et que ses deux modes d'existence, ses deux facettes, sont pos&#233;es comme s&#233;par&#233;es. Quelles sont ces facettes ? L'affectivit&#233; et l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit se joue en effet sur ce point. L'&#226;me est double, cela signifie qu'elle admet en elle-m&#234;me un espace qui va se d&#233;ployer comme &#233;tant m&#233;taphoriquement une sorte de double ou de reflet de rien de moins que de la cr&#233;ation, c'est-&#224;-dire des rapports que le cr&#233;ateur entretient avec la cr&#233;ation et avec les cr&#233;atures, et donc du pouvoir cr&#233;ateur en tant que tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exist&#233; un temps, et c'est l&#224; qu'entre en sc&#232;ne si je puis dire, l'&#233;cart temporel et l'histoire, (qui donne naissance &#224; ce nouvel aspect de la spatialisation) o&#249; des hommes ont connu, vu et touch&#233; le Christ, et les ap&#244;tres etc. Comme cette incarnation du divin est prise dans l'histoire, il est n&#233;cessaire d'accepter l'&#233;loignement temporel par rapport &#224; ce moment de l'histoire, &#233;loignement qui NE peut &#234;tre combl&#233; QUE par le cheminement int&#233;rieur effectu&#233; par l'&#226;me en elle-m&#234;me pour remonter en quelque sorte &#224; la source pos&#233;e et con&#231;ue comme invariable, immuable, immobile en quelque sorte tant dans l'espace absolu que dans le temps absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend comment le christianisme introduit une dimension qui n'existait pas auparavant, celle d'un temps orient&#233; qui s'&#233;carte de son origine de sa source, mais paradoxalement qui, en se d&#233;ployant, offre la possibilit&#233; paradoxale &#224; celui qui en fait l'effort de s'en rapprocher. Et cette dimension temporelle est en fait projet&#233;e sur la surface et la creuse ou du moins la travaille. Car, comment rendre le temps sensible surtout un temps aussi paradoxal et complexe ? C'est &#224; cet enjeu que r&#233;pond ou tente de r&#233;pondre l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'elle puisse y parvenir, il a &#233;t&#233; n&#233;cessaire de la d&#233;gager de sa gangue iconique et cela bien avant donc l'invention de la perspective. Le moyen trouv&#233; par les penseurs carolingiens a &#233;t&#233; de lib&#233;rer l'image d'avoir &#224; &#234;tre un r&#233;ceptacle du divin ou plut&#244;t de la pr&#233;sence divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture s'op&#232;re &#224; ce moment-l&#224;, lorsque &#171; Les &#233;v&#234;ques carolingiens dit A. Besan&#231;on, repoussent l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;transitus&lt;/i&gt;, d'un passage entre la forme mat&#233;rielle et le prototype divin, d'une nature radicalement autre. Le transitus, s'il est concevable, doit passer par une mati&#232;re sainte. Or quelle est la hi&#233;rarchie des objets sacr&#233;s ? D'abord les saintes esp&#232;ces, puis la croix, non pas comme objet mais comme &lt;i&gt;mysterium&lt;/i&gt; et embl&#232;me du Christ, puis les &#201;critures, ensuite les vases sacr&#233;s, enfin les reliques des saints. Les images ne figurent pas dans la liste. Elles ne sont pas propres au &lt;i&gt;transitus&lt;/i&gt;. L'image sacr&#233;e garde ainsi un pied dans le profane. Elle est par nature la&#239;cis&#233;e ou la&#239;cisable. Un texte carolingien pose en effet la question suivante : &#171; Quel accord peut-il y avoir en effet entre les peintres et les &#233;critures quand celles-ci sont v&#233;ridiques tandis que les peintres fabriquent tr&#232;s souvent du mensonge &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 284-285).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes la responsabilit&#233; est du c&#244;t&#233; du peintre, de l'homme donc qui se trouve investi d&#233;sormais du devoir d'inventer les crit&#232;res qui feront de l'image un objet profane ou un objet sacr&#233;. Mais en tant que telle l'image est &#171; neutre &#187; au sens o&#249; elle peut accueillir le meilleur comme le pire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il faut pour comprendre comment le Moyen &#194;ge va l&#233;gitimer &#224; sa mani&#232;re la puissance sacr&#233;e des images sans qu'elles deviennent des objets d'adoration et donc des idoles. Le lien va se faire par les reliques, c'est-&#224;-dire des restes de saints, des objets mat&#233;riels qui ont &#233;t&#233; touch&#233;s directement par le divin qui sont donc dans un rapport m&#233;tonymique avec le divin. Or les images accompagnent souvent les reliques. C'est donc par contagion, par contamination que les images du saint deviennent elles-m&#234;mes, saintes, sacr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir magique de la relique est pass&#233; &#224; l'image par contagion, le fondement demeurant la relique, m&#234;me si elle est oubli&#233;e, fondement mat&#233;riel qui ne d&#233;coule pas comme l'ic&#244;ne de la repr&#233;sentation comme telle du rapport spirituel qu'elle soutient avec le prototype &#187; (A. Besan&#231;on, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 286)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un nouveau rapport avec le divin qu'invente le Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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