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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Peinture, corps et th&#233;ologie - II</title>
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		<dc:creator>Emmanuel Brassat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de pr&#233;misse, partons d'un paradoxe. Pour qu'un dieu existe, il lui faut ordinairement une sorte de corps. Le corps de l'entit&#233; qu'il est, y compris dans son d&#233;faut de corps identifiable. Cela est vrai bien qu'il soit dans sa nature de dieu d'&#234;tre invisible et donc fait d'une substance autre que celle des corps vivants et mat&#233;riels. Par ailleurs, pour qu'un corps existe, un corps vivant humain propre &#224; quelqu'un, il ne lui suffit pas d'&#234;tre organiquement r&#233;el. Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L108xH150/arton153-3bb4e.jpg?1772208101' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me partie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En guise de pr&#233;misse, partons d'un paradoxe. Pour qu'un dieu existe, il lui faut ordinairement une sorte de corps. Le corps de l'entit&#233; qu'il est, y compris dans son d&#233;faut de corps identifiable. Cela est vrai bien qu'il soit dans sa nature de dieu d'&#234;tre invisible et donc fait d'une substance autre que celle des corps vivants et mat&#233;riels. Par ailleurs, pour qu'un corps existe, un corps vivant humain propre &#224; quelqu'un, il ne lui suffit pas d'&#234;tre organiquement r&#233;el. Il lui faut se soutenir de l'assomption d'une image de lui-m&#234;me qui ne peut &#234;tre imm&#233;diatement mat&#233;rielle, puisque l'image d'une chose dans toute sa complexit&#233; n'a pas vraiment d'existence ind&#233;pendamment de la pens&#233;e et de ses pouvoirs de repr&#233;sentation figurative ou conceptuelle. Dans la nature, s'il y a bien des reflets des corps, il n'y a pas d'images propres &#224; ces corps. Un reflet est une r&#233;alit&#233; physique, tandis qu'un corps qui se profile de sa propre disposition identitaire et se projette en elle, ne peut se saisir en une image de lui-m&#234;me que de fa&#231;on non-simultan&#233;e, non-imm&#233;diate. Le regard sur l'image de soi comme regard de soi &#224; soi-m&#234;me, sur soi-m&#234;me, ne se peut figer dans une impression mat&#233;rielle, comme celle du reflet dans le miroir qui n'en est qu'une occurrence physique, mais pas sa seule r&#233;alit&#233;, puisque celle-ci est aussi mentale et m&#233;morielle. Pour se voir soi-m&#234;me, il ne suffit pas de se regarder dans un miroir. Le reflet du miroir ne prend sens qu'investi de la valeur d'image de soi. Conjointement, l'image du miroir persiste dans la m&#233;moire ind&#233;pendamment de sa vision physique comme attestation de soi. Par ailleurs, il faut observer que toute repr&#233;sentation figurative du corps propre repose sur une succession de traits, de d&#233;finitions graphiques ou picturales de sa forme qui n&#233;cessitent une composition, le compos&#233; temporel d'une composition figurante qui diff&#232;re de la perception imm&#233;diate d'un reflet. Pour autant, nous recherchons dans le miroir une image suffisante de nous-m&#234;mes, mais plut&#244;t que celle de notre identit&#233; corporelle, il s'agit de celle de notre personne. Ce que nous cherchons &#224; p&#233;n&#233;trer, &#224; contempler en nous regardant dans le miroir, c'est notre face, notre figure comme figurante de nous-m&#234;mes, de notre &#234;tre personnel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH623/trinite-masaccio-florence-7245d.jpg?1509818457' width='500' height='623' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une relation de polarit&#233; entre d'une part le dieu qui a besoin d'un corps pour nous devenir visible et donc pouvoir &#234;tre, et, d'autre part, nous autres les &#234;tres humains qui avons bien besoin d'une image immat&#233;rielle pour nous assurer de notre identit&#233; personnelle. Ce qui a lieu d'&#234;tre bien que nous ayons d&#233;j&#224; mat&#233;riellement identit&#233; par notre existence organique et corporelle, par son unit&#233; r&#233;elle. Il faut donc que le dieu soit peint, si on ne peut pas le photographier. De m&#234;me, nous autres, nous avons besoin d'&#234;tre peints ou photographi&#233;s pour nous assurer d'&#234;tre bien personnellement nous-m&#234;mes, pour &#234;tre l&#224;. Il y a donc un point d'homonymie entre la figure apparaissant incarn&#233;e du dieu et la figure repr&#233;sent&#233;e de soi, puisqu'&#224; chaque fois, il s&#8216;agit de passer de l'immat&#233;rialit&#233; &#224; la mat&#233;rialisation, ou inversement, de la simple mat&#233;rialit&#233; &#224; sa figuration plus ou moins immat&#233;rielle. Le point de jonction est dans le fait de devoir dessiner l'existence d'un &#234;tre qui est dot&#233; d'une personnalit&#233; singuli&#232;re, celle d'&#234;tre soi. Art&#233;mis, Apollon, Zeus, Aphrodite et Ath&#233;na, doivent se rev&#234;tir d'une apparence corporelle, qu'elle soit mat&#233;rielle, spectrale ou figurale, pour &#234;tre ce qu'ils sont et pouvoir se pr&#233;senter au regard. Tout autant, chacun a besoin de se voir repr&#233;sent&#233; dans son corps et son image pour pouvoir s'identifier comme lui m&#234;me. L'apparence corporelle comme image donn&#233;e de soi est donc la clef immat&#233;rielle de toute existence mat&#233;rielle, puisqu'il n'y a pas de dieu si ce n'est &#224; l'image des hommes, ou bien d'un animal. Un dieu sans figure, hormis celui de la parole juive, n'existe gu&#232;re, ou sinon, il lui faut se manifester par la figure d'un homme qui atteste de son &#234;tre, po&#232;te, devin, proph&#232;te ou pr&#233;dicateur. Il sera alors une parole qui nomme. Mais ce peut-&#234;tre aussi un peintre ou un sculpteur qui atteste de son existence. Il sera alors une image. Quel est le nom de cette image, nous ne le savons pas toujours, hormis dans les temples grecs antiques et les &#233;glises chr&#233;tiennes orthodoxes o&#249; les figures sont nomm&#233;es par une inscription qui les accompagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme qui se repr&#233;sente ou dieu qui se pr&#233;sente, dans les deux cas, l'image, comme l'apparence per&#231;ue d'un corps et d'une personnalit&#233;, est n&#233;cessaire &#224; l'attribution d'existence comme son suppl&#233;ment indispensable. On sait qu'&#224; cela, il faut adjoindre la voix, le son d'une parole qui ressort de l'image. Or, paradoxe suppl&#233;mentaire, si les images apparemment ne parlent pas, elles ne nous parlent pas moins, ne serait-ce que parce que nous les faisons parler. Quand le dieu est sculpt&#233;, son image artificielle de corps mat&#233;riel n'est que l'&#233;vocation de son existence immat&#233;rielle. Il n'est donc qu'un simulacre, qu'un artefact, voire un simple nom habill&#233; d'une image. Or si vous-m&#234;mes &#234;tes sculpt&#233;s, c'est la m&#234;me chose. Ce n'est pas vous qui &#234;tes mat&#233;rialis&#233;s dans votre substantialit&#233;, c'est seulement votre image corporelle et elle n'est pas non plus incarn&#233;e dans la statue qui ne fait que la repr&#233;senter, puisque cette derni&#232;re est inanim&#233;e. En ce sens, toute mat&#233;rialisation de l'image de soi ou du dieu, du corps, ne fait que mat&#233;rialiser un immat&#233;riel en le symbolisant. On peut donc admettre qu'il y a l&#224; comme une triplicit&#233; form&#233;e de trois instances qui sont respectivement : le &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;image&lt;/i&gt; de celui-ci et sa &lt;i&gt;figuration&lt;/i&gt;. Trois instances donc qui, entre elles, jouent &#224; un jeu de composition et qui s'adossent &#224; une quatri&#232;me qui les fait tenir ensemble et les transfigure toujours. Disons que ce quatri&#232;me est comme un tiers qui d&#233;couple ces deux dyades oppos&#233;es et compl&#233;mentaires que sont le couplage immat&#233;riel du corps et de l'image, puis mat&#233;riel de l'image et de sa figuration. Il s'agit du soi, de cette personne animale, humaine ou divine, pos&#233;e comme une et &#224; laquelle se relie in&#233;vitablement toute cette disposition repr&#233;sentative qui apparie corps, image et figuration. Or nous avons vu que, structurellement, c'&#233;tait la m&#234;me chose et qu'une m&#234;me loi alternativement de pr&#233;sentation et de repr&#233;sentation obligeait, d'une part, le dieu &#224; se mat&#233;rialiser dans une apparence qui d&#233;livre de lui la forme de son image, et, d'autre part, la personne humaine &#224; se d&#233;mat&#233;rialiser dans la forme et la figure d'une apparence de soi. En jouant avec les nombres et les mots, on dira qu'il faut donc poser un rapport de trois sur quatre, ou bien celui d'un quatre sur trois pour comprendre la loi des images, c'est-&#224;-dire, si l'on veut, regarder les images de trois quarts ou les surplomber de quatre tiers. Mais on peut encore l'&#233;crire comme le rapport de un sur trois, du tiers, du rapport de l'un et du trois qui est trinitaire du fait de son suppl&#233;ment unaire qui le fait &#234;tre sous condition du quatre. L'unit&#233; d'une trinit&#233; se soutient de la subsomption d'un englobant ou d'un liant qui induit de poser un rapport &#224; quatre p&#244;les. Un, deux, trois, plus un qui tient les trois, donc quatre. Pour les lecteurs avertis de &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, un tel rapport est &#233;minemment structural.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L379xH423/1801969742-f2d31.jpg?1509818457' width='379' height='423' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai annonc&#233; que nous parlerions du rapport du corps et de la th&#233;ologie, du th&#233;ologique et de la repr&#233;sentation du corps. Venons-y &#224; travers la l&#233;gende chr&#233;tienne. Vous le savez, d&#232;s qu'on &#233;voque le christianisme, on aborde n&#233;cessairement la question de la trinit&#233;, du trois en un. Dans la fable ou le r&#233;cit de l'incarnation, comme vous voudrez, Dieu qui originairement dans le juda&#239;sme biblique est unaire, il est celui qui est de toute &#233;ternit&#233;, advient et appara&#238;t au monde sous la figure d'un trio. Le P&#232;re, le Fils et le Saint Esprit qui, pourtant trois, sont une seule et m&#234;me personne. C'est l&#224; un myst&#232;re salvateur qui, apr&#232;s la mort tragique du Christ lui assure tout de m&#234;me sa r&#233;surrection, comme autrefois le dieu &#233;gyptien Osiris. Autrement dit, il s'agit du rapport de trois personnes en une seule nature, c'est-&#224;-dire transpos&#233; dans notre typologie, du &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;image&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;figuration&lt;/i&gt;. Le P&#232;re est le corps immat&#233;riel et invisible de Dieu qui unifie le monde. Le fils la figuration mat&#233;rielle et charnelle de celui-ci. L'Esprit l'image immat&#233;rielle d&#233;tach&#233;e de l'&#234;tre de Dieu et de ses intentions comme viatique et navette entre ses composants, un paraclet. Par ailleurs ces trois ne font qu'un, le Dieu unique en &#233;tant la conjonction indivise qui les transfigure en une seule personne valant absolument, un soi toujours &#233;ternel. Or un tel myst&#232;re, &#224; d&#233;faut de pouvoir se comprendre, a d&#251; se voir repr&#233;senter, acc&#233;der &#224; une certaine visibilit&#233; figurative. Il faut savoir que, le plus souvent, le recours &#224; la repr&#233;sentation, c'est l&#224; la fonction ing&#233;nieuse de l'imagination comme le soutient Descartes, permet de r&#233;soudre, de r&#233;duire une difficult&#233; logique qui &#233;chappe &#224; notre entendement, &#224; notre intelligence abstraite. Si vous ne comprenez pas quelque chose, faites-vous en une image figurable et &#231;a ira beaucoup mieux. Car comment &#233;tablir l'existence et la pr&#233;sence d'un dieu, cette fois absolu et universel, si l'on n'en peut faire une image ? A ne pouvoir se mat&#233;rialiser dans un artefact, dans une figure de son &#234;tre, il risque de se retirer dans le secret inaccessible d'une absolue invisibilit&#233;, d'une terrible inaccessibilit&#233;. Il risque alors de donner lieu &#224; quelque th&#233;ologie n&#233;gative et sceptique qui, si elle cesse d'&#234;tre mystique, livrera le pauvre soi humain &#224; une errance marqu&#233;e par cette mort sans rem&#232;de qui affecte finalement la chair et la jette tragiquement dans la tombe. Il faut donc de toute n&#233;cessit&#233; pouvoir incarner un tel dieu, non seulement pour lui donner de l'existence, pour lui attribuer les perceptions et les &#233;motions de cette chair qui fait la substance des corps, mais &#233;galement pour l'identifier &#224; nous-autres. C'est l&#224;, pour chacun, la garantie de la mat&#233;rialit&#233; immat&#233;rielle de Dieu, pour ainsi dire, et de notre possible et incroyable &#233;ternit&#233; personnelle. Ce en quoi, sans &#234;tre n&#233;cessairement des chr&#233;tiens, nous sommes tous des croyants, car nous ne croyons pas vraiment &#224; la mort, &#224; l'absence effrayante de toute figure possible de nous-m&#234;mes, mais &#224; la survie des images ou d'un corps des images. Car, d&#232;s qu'il n'y a plus d'image qui tienne, il y a de la trag&#233;die, du silence et de l'absence. C'est ce que le peintre Cy Twombly &#233;crivait et d&#233;peignait sur ses derni&#232;res toiles, en assez grands caract&#232;res pour qu'on le voie bien. Ce qui est tr&#232;s aveuglant, &#224; moins qu'une femme, Rindy Sam, ne vienne y d&#233;poser effront&#233;ment la trace et le foyer d'un baiser, du symbole de ses l&#232;vres. Posant de la sorte sur l'image absente celle de son propre corps, de la trame infuse de sa chair, comme autrefois la paroi des cavernes pu retenir le symbole de la fente du corps qui est aussi le symbole du d&#233;sir. Comme le baiser d'une femme se d&#233;pose sur le silence p&#226;le de la toile d&#233;peinte de Twombly, dans le r&#233;cit chr&#233;tien, Dieu doit s'incarner dans la chair. Il se fait homme et s'engendre dans la figure de son fils par la voie du corps d'une femme. Avant d&#233;j&#224;, les dieux s'unissaient aux mortelles pour engendrer des h&#233;ros. L'image c&#233;leste doit en passer par la chair du corps pour devenir figure et se faire existence, pour que l'absence du Dieu advienne &#224; la pr&#233;sence. Pour autant, ce dieu unique incarn&#233; sera supplici&#233;, pourfendu, martyris&#233;. Il devra p&#226;tir et tr&#233;passer pour rejoindre son &#234;tre immat&#233;riel, pour atteindre &#224; son apparence de Dieu et devenir une image enfin r&#233;elle, celle de l'esprit &#233;ternel. Car devant les ic&#244;nes chr&#233;tiennes, ce sera la pr&#233;sence spirituelle r&#233;elle qui les inspire qui les rendra vivantes et &#233;vocatrices dans le regard du fid&#232;le, en r&#233;v&#233;lant par l'image les secrets invisibles et d&#233;sormais pr&#233;sents dans celle-ci du drame christique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la substance du Dieu unique se trouve prise dans la chair, ali&#233;n&#233;e au visible, il faut d&#233;truire cette chair prise dans la mort pour qu'il retrouve son existence immat&#233;rielle. Il faut donc que le corps vivant organique redevienne un corps vivant spirituel, une apparence immat&#233;rielle comparable &#224; une image. Le supplice et le meurtre du fils servent &#224; cela, &#224; restituer au P&#232;re son existence immat&#233;rielle de Dieu, sans qu'il ait, lui, &#224; p&#226;tir de la mort. Le d&#233;part du Fils signifie le retour inamovible du P&#232;re, d'un p&#232;re sans descendance si ce n'est ici celle d'un fils mort. La destruction de la figuration charnelle instaure le r&#232;gne de l'image spirituelle, sa confirmation ontologique comme un corps immuable abstrait, &#224; la fois intangible et tout autant r&#233;el, jamais en lui-m&#234;me engendr&#233;. Dans l'affaire, c'est la dimension charnelle du corps qui sera ni&#233;e en tant que lieu du spirituel, de l'image de l'esprit &#233;ternel. D'o&#249; l'ambigu&#239;t&#233; des images dans le christianisme, puisqu'&#224; la fois elles exaltent le corps chr&#233;tien, immortel, et en m&#234;me temps, montrent la chair, mais pour la spiritualiser et donc la nier dans sa nature sensuelle. Or, c'est bien dans cette chair sensuelle que se sera produite l'incarnation du spirituel, dans l'incarnat des images de la chair peinte, puisque le lieu du spirituel, sa figuration r&#233;elle, c'est bien d'abord la chair, les images n'ayant pas en soi d'&#234;tre, si ce n'est celui d'idoles et de spectres. Pour ainsi dire, c'est en tuant la chair maudite que l'on fait advenir l'existence immat&#233;rielle et d&#233;livr&#233;e de toute mort du Dieu chr&#233;tien &#233;ternel pour chacun. Ce faisant, celui-ci qui avait pu endosser figure humaine en s'incarnant redevient invisibilit&#233;, mais cette fois comme une pr&#233;sence. Quelle est la nature de celle-ci ? Elle est l'apparence ou la forme d'une figure spectrale qui peut traverser les murs, qui est d&#233;livr&#233;e de la mati&#232;re tout en restant &#224; l'image d'un corps, d'un corps sans chair. Le Dieu mort et ressuscit&#233; du christianisme prend donc la forme et la figure d'un spectre &#233;ternel. Il peut donc nous appara&#238;tre, donner lieu &#224; des apparitions. Autrement dit, il est devenu une image immat&#233;rielle, un corps vide de sa chair. Celle-ci a disparu dans la r&#233;surrection, le tombeau est vide. De sorte que si le Dieu unaire du juda&#239;sme ne pouvait jamais se montrer au regard, le Dieu trinitaire chr&#233;tien, du fait d'avoir &#233;t&#233; mort peut r&#233;appara&#238;tre sous la forme d'une image errante qu'il faudra fixer par des figurations liturgiques. En ce sens, la religion chr&#233;tienne dans sa forme la plus authentique est bien une religion de l'image, de l'ic&#244;ne, comme le montre fort bien Marie-Jos&#233; Mondzain. Non pas une religion de la figuration idol&#226;tre du corps, ce serait un contre-sens, mais une religion de la spiritualit&#233; immat&#233;rielle des images, parfois spectrales, mais succ&#233;dant &#224; l'incarnation. Ce en quoi, on pourrait soutenir, on pourrait seulement, que tout peintre est chr&#233;tien, m&#234;me s'il s'adonne &#224; l'abstraction g&#233;om&#233;trique comme Mondrian. On me r&#233;pondra que les premiers peintres de la pr&#233;histoire ne l'&#233;taient pas. Certes, mais par chr&#233;tien, il faut entendre ici une exp&#233;rience spirituelle de l'image que la religion chr&#233;tienne a institutionnalis&#233;e &#224; sa fa&#231;on comme un universel anthropologique. Pour ce faire, elle aura m&#234;l&#233; paradoxalement ensemble le juda&#239;sme du Dieu irrepr&#233;sentable et &#224; la voix unique avec le polyth&#233;isme des figurations et apparitions de l'image, pour les d&#233;placer et les transposer tous deux dans un &#233;trange sacrifice de la chair individuelle mortelle qui en est tout autant la c&#233;l&#233;bration par l'image spiritualis&#233;e.&lt;/p&gt;
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Reprenons maintenant la question du corps et de la th&#233;ologie autrement. Nous avons soutenu que, d&#232;s qu'il y a des images, fussent-elles spectrales, et qu'elles viennent &#224; se voir repr&#233;sent&#233;es malgr&#233; leur immat&#233;rialit&#233; fonci&#232;re, il y a aussi n&#233;cessairement figuration et corporation. Le visage, la face et le corps, se voient alors &#233;galement repr&#233;sent&#233;s. C'est l&#224; un retournement dialectique. Si le Christ est avant tout figur&#233; dans la peinture par son visage qui le transfigure, il n'est pas sans corps, ne serait-ce que celui de son supplice et de sa mort ou de ses diverses apparitions. Il n'y a pas l&#224; de corps sans visage, il est le sommet de celui-ci. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le visage vient figurer celui, celle, qui habite le corps, qui s'incarne dans son corps et qui est donc une personne, un sujet humain singulier. Il n'y a donc pas de figuration possible sans corps, car un visage qui symbolise quelqu'un, une t&#234;te, appartient &#224; un corps, m&#234;me si on ne le pr&#233;sente pas int&#233;gralement dans l'image repr&#233;sent&#233;e qu'on en donne. Ainsi, un visage sans corps ne se peut, si ce n'est comme masque spectral immat&#233;riel ou comme figure terrifiante de la d&#233;capitation. Mais dans ce cas, le visage du mort a encore un corps, celui de sa t&#234;te. Ce que de telles figures de d&#233;capit&#233;s ont pour nous de terrifiant, c'est qu'elles nous montrent la destruction de la figure du corps comme celle de la personne qui l'habitait, qu'il n'y a plus l&#224; de r&#233;surrection possible d'un visage spectral ou spirituel d&#233;tach&#233; du corps, d'un soi qui serait pr&#233;serv&#233; de la destruction de la chair. Dans le tableau du Titien, Salom&#233; est charnellement et spirituellement vivante, alors que Saint Jean Baptiste est corporellement et spirituellement mort. C'est l&#224; repr&#233;senter la revanche de la chair spirituelle vivante d'une femme sur le corps spirituel mort masculin, du d&#233;sir sur le renoncement, du paganisme sensuel de la chair sur le christianisme asc&#233;tique du pur esprit. C'est donc &#234;tre chr&#233;tien et pa&#239;en &#224; la fois, dans un &#233;trange assemblage qui se soutient peut-&#234;tre aussi de cette coupure du christianisme avec le juda&#239;sme que symboliserait le supplice de Saint Jean-Baptiste. Mais pour que la r&#233;surrection chr&#233;tienne reste id&#233;alement possible, il faut que le corps entier imaginaire, spirituel et spectral, puisse se d&#233;tacher de la destruction de sa figuration sous forme charnelle. Il faut qu'elle ne l'entame pas. C'est bien pourquoi les saints chr&#233;tiens, dans la l&#233;gende, peuvent apr&#232;s leur d&#233;collation marcher en tenant leur t&#234;te dans leurs mains. Leur destruction charnelle ne peut jamais entamer l'image identitaire du devenir spirituel de leur corps qui appartient &#224; l'&#233;ternel et les transfigure personnellement au-del&#224; de la division s&#233;paratrice de la mort et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il y figuration d'un visage, comme nous venons de l'observer, il y a donc aussi un corps, qu'il soit spirituel ou charnel. Cependant, il peut y avoir des corps sans visage net. Ce sont des figures de l'ombre, le contour d'un &#234;tre d&#233;rob&#233; dont l'identit&#233; se dissimule, mais qui n'en est pas moins un &#234;tre potentiel, donc la figure d&#233;figur&#233;e de quelque chose, le simple sch&#233;ma ou esquisse d'une existence possible, d'une bordure d'&#234;tre. Monstres, diables, b&#234;tes, d&#233;mons, d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;s parfois sans visage ne les fait pas sans identification possible, sinon leur paradoxale non-existence, leur indiscernabilit&#233;, ne serait pas une existence. En revanche, un visage dont nous n'aurions plus la subsomption du corps serait quelque chose d'impossible ou d'effroyable. Ou bien ce ne pourrait &#234;tre que la figure d'un masque anim&#233;, d'une existence artificielle et magique dont le corps non-visible serait l'esprit invisible qu'il contient. Tout cela pour vous montrer, mais je ne le montre gu&#232;re, qu'un corps ne se peut sans endosser t&#244;t ou tard la forme d'un visage, ou a minima la face d'une identit&#233;, et, inversement, qu'un visage distinct se soutient n&#233;cessairement d'un corps, f&#251;t-il seulement spirituel. Le corps est donc un principe quasi mat&#233;riel, au moins ontologique, d'identit&#233; ou d'unit&#233;, m&#234;me comme ombre du visage. Il est la condition formelle ou mat&#233;rielle n&#233;cessaire d'une existence, f&#251;t-elle divisible en charnelle, corporelle et spirituelle, avec les diff&#233;rents couplages ontologiques et th&#233;ologiques que nous avons &#233;voqu&#233;s. Rien ne pourrait se voir attribuer une identit&#233;, un genre, une personnalit&#233;, un nom, un sexe, &#224; d&#233;faut d'avoir un corps, mais aussi de tendre &#224; disposer d'une face, d'une fa&#231;ade, c'est-&#224;-dire d'une unicit&#233; dont la forme supr&#234;me dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres est celle du visage de la personne humaine. Cela, il faut le soutenir bien que Descartes nous ait enseign&#233; que d'avoir un corps ne nous faisait pas identiques &#224; celui-ci, du fait de la dualit&#233; des substances corporelles et pensantes dans sa philosophie. Ce qui n'est pas faux si l'on s'en tient &#224; la diff&#233;rence du corps, de l'image et de la figuration, comme je l'ai propos&#233;e. Car une telle face, bien qu'elle soit arrim&#233;e &#224; un corps et lui donne son identit&#233; potentielle, son &#171; visage &#187;, ce peut-&#234;tre aussi la figure peinte d'une plante, n'en est pas moins aussi une image flottante immat&#233;rielle qui ne vient se figurer mat&#233;riellement que d&#232;s qu'elle est associ&#233;e &#224; un corps en son unicit&#233;. Trois ici font bien un. L'image, la figure et le corps, sont transfigur&#233;s par l'unicit&#233; id&#233;ale du visage humain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH298/Tintoret_Suzanne-au-bain_Vienne400-f4505.jpg?1509818457' width='400' height='298' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;p&gt;A partir de quoi, on peut soutenir que le principe d'identit&#233; dont Aristote a fait l'op&#233;rateur ontologique et logique premier de toute pens&#233;e, ce n'est pas l'unicit&#233; d'un visage, c'est l'homog&#233;n&#233;it&#233; que rec&#232;le un corps comme seul support r&#233;el d'une figure et d'une image, puisque &#224; d&#233;faut de ce corps, rien de la permanence d'un identique et de sa forme ne pourrait tenir. C'est dire que rien ne serait identifiable. Car c'est bien parce que les corps ont une forme mat&#233;rielle, une identit&#233; et une unicit&#233; apparente, que celle-ci peut se voir repr&#233;sent&#233;e par des figures, concr&#232;tes ou abstraites, iconiques ou symboliques, analogiques ou sch&#233;matiques, figuratives ou spectrales. Sinon, pour d&#233;signer les corps, il faut pouvoir s'en remettre &#224; des lettres qui figurent encore tout autrement, bien qu'elles soient distinctes de la figuration. En ce sens, repr&#233;senter quelqu'un ou quelque chose, c'est toujours d'abord repr&#233;senter un corps, f&#251;t-il une forme indicielle, une trace, une tache de couleur ou un simple foyer de traits. Le support sur lequel elles se disposent donne de fait corps &#224; ces trames, traces, projections. Dans la peinture, Jackson Pollock et Willem de Kooning sont ceux qui seront all&#233;s le plus loin dans la remise en cause, non point de la seule figuration repr&#233;sentative, mais dans l'hypoth&#232;se d'une peinture presque sans corps initial r&#233;f&#233;rent, y compris de couleur, ce que ne faisaient pas encore Nicolas de Sta&#235;l et Mark Rothko. Pollock fait de la fibre du mouvement la mati&#232;re du peintre jusqu'&#224; saturation par densit&#233;. De Kooning fait de la vibration des couleurs hors de la forme distincte le surgissement de toute image exempte de figuration. Ce en quoi, h&#233;ritiers d'un travail de la d&#233;-figuration, ils auront tent&#233; d'ouvrir la voie d'une peinture de l'in-figuration, celle d'un corps paradoxalement sans-corps ou incorporel, ou d'un hyper-corps pictural sans figure ni pr&#233;figuration. En cela, ils furent les premiers peintres &#224; rompre avec la th&#233;ologie en g&#233;n&#233;ral, ou &#224; d&#233;lier en particulier l'art pictural du christianisme. Ils furent les premiers peintres non-chr&#233;tiens. Car, comme nous l'avons postul&#233;, si tout peintre est chr&#233;tien par son rapport &#224; la figure et &#224; l'image, il y a eu au moins quelques peintres qui ne l'ont plus &#233;t&#233; dans leur exp&#233;rience de l'in-figuration et du corps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L457xH600/deKooning3-14333.jpg?1509818457' width='457' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que la toile peinte et la mati&#232;re picturale des couleurs, la densit&#233; des empreintes et des trames, des complexions, ne sont pas sans existence concr&#232;te et conservent donc quelque chose de la mati&#232;re d'un &#171; corps &#187; et d'un tissu de traces. Car, finalement, Pollock et De Kooning auront produit des images sans figuration, mais qui sont tout de m&#234;me encore des images. Il s'agit de ces visions que l'esprit humain traverse quand, ayant exag&#233;r&#233;ment ouvert les yeux sur la mat&#233;rialit&#233; des choses peintes, il ne peut plus les refermer sur l'int&#233;riorit&#233; d&#233;sormais inconsistante de la figure des images. Cependant, quand une telle figuration se retire r&#233;solument, il n'est pas certain qu'on puisse supprimer tout autant image et corps. Au contraire. Car, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre saisie dans les traits d'un visage, d'une figuration personnifi&#233;e ou d'une repr&#233;sentation r&#233;aliste, l'image s'accroche d'abord au corps, &#224; ses mouvements et &#224; sa face, voire &#224; ses faces, &#224; l'opacit&#233; de ses volumes, fussent-ils d'abord rendus indistincts. Pour autant et est-ce donc l&#224; une limite objective, d&#232;s qu'un enfant dessine un objet, il lui fait assez spontan&#233;ment une t&#234;te, une face, c'est-&#224;-dire des yeux, un nez, une bouche. Surtout des yeux, ces yeux du regard autour desquels s'assemblent symboliquement de fa&#231;on na&#239;ve toutes nos figurations et dont la globalit&#233; du visage proc&#232;de n&#233;cessairement. Il s'agit du singulier regard&#233;-regardant du regard d'un autre qui me renvoie aussi mon image. Dans l'&#339;il de l'autre, comme dans un miroir, je peux voir l'image de ma face et mon regard port&#233; sur lui. Pour autant, avoir une face, des yeux, une bouche, un nez, ne fait pas encore de celle-ci un visage, la personnification d'un soi psychologique dans une figuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les peintures pari&#233;tales, pour revenir &#224; elles, il n'y a pas &#224; notre sens tant de visages. Il y a plut&#244;t des t&#234;tes et des corps. Certes, les animaux repr&#233;sent&#233;s ont plus ou moins des faces porteuses d'expressivit&#233;, mais les sch&#233;mas, les gravures, les sculptures, qui symbolisent des personnages humains, s'ils ont corps, t&#234;tes et faces sommaires, ne portent pas d'embl&#233;e un visage bien distinct par lequel ils exprimeraient leur &#234;tre tout entier. Il n'y a pas de focalisation repr&#233;sentative particuli&#232;re sur la figure du visage. Plus tardivement et dans un tout autre registre, Auerbach indique que, durant l'antiquit&#233; latine, le terme de &lt;i&gt;figura&lt;/i&gt; n'a que tr&#232;s rarement signifi&#233; la notion de &lt;i&gt;visage&lt;/i&gt;, mais toujours d'abord celle d'objet fa&#231;onn&#233;, puis de forme, de statue, de figure rh&#233;torique et de simulacre. On peut affirmer que ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233; dans la repr&#233;sentation de l'existence humaine, de ses images, n'est pas la figure de soi comme un visage, mais plut&#244;t trois autres choses : l'identit&#233; &#224; soi du corps, la perception repr&#233;sent&#233;e du regard visionnaire et l'intelligence de la main en guise de signature. Si la main contresigne, il n'y a pas pour autant d'autoportrait. Par ailleurs et de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, si l'on peut porter atteinte au visage, r&#233;el ou repr&#233;sent&#233;, d&#233;figurer quelqu'un et ce faisant l'atteindre moralement profond&#233;ment, d&#233;grader son image, cela ne supprime jamais son existence corporelle et charnelle qui est la plus r&#233;elle, cela m&#234;me s'il se voit gravement bless&#233;, humili&#233; et contraint dans sa personne. Au contraire, et c'est l&#224; une &#233;vidence, on ne peut pas d&#233;truire le corps de quelqu'un sans supprimer aussi toute son existence, le r&#233;duire donc &#224; l'incertitude d'une image, d&#233;sormais alternativement figurable ou effa&#231;able. Si la calomnie est efficace, seul le meurtre annule le risque que nous fait encourir un ennemi. Les morts n'ont plus de figure, ils ne sont plus que des images, h&#233;las. D&#233;funt, l'&#234;tre humain va au pays des morts ou bien en revient comme un spectre, image ou figuration, mais il a cess&#233; d'&#234;tre aupr&#232;s des autres corps en ayant perdu le sien qu'il faudra enfouir ou br&#251;ler. A ce mort, on peut donner un corps artificiel en sculptant son effigie, en lui pr&#234;tant la parole, mais il n'en est pas moins absent. Il n'y a gu&#232;re qu'un dieu qui puisse survivre &#224; la destruction de son corps, et, de plus, cela n'arrive que fort peu, si ce n'est &#224; certains d'entre eux au sein de cycles cosmiques o&#249; la mort est une reg&#233;n&#233;rescence. D'ailleurs, toujours dans l'art pictural de la pr&#233;histoire, s'il peut y avoir des corps sans visage pr&#233;cis&#233;, des faces dont le corps n'est pas non plus int&#233;gralement repr&#233;sent&#233; mais seulement sugg&#233;r&#233;, il ne peut y avoir des corps sans aucune t&#234;te, si ce n'est d&#233;j&#224; d&#233;membr&#233;s par la mort, ou sexualis&#233;s, d&#233;crits et signifi&#233;s par leurs attraits sensuels. Dans les peintures de la pr&#233;histoire, les hommes bless&#233;s ou tu&#233;s ont une t&#234;te, les animaux en ont une, bien qu'ils soient des proies chass&#233;es, les spectres aussi. Seuls les corps f&#233;minins peuvent en manquer, sans doute parce que l'attirance pour leur chair et pour ce que symbolise la repr&#233;sentation de leur corps semble pouvoir les faire sans visage, comme si chair et d&#233;sir &#233;taient aveugles. Vous le savez, la face f&#233;minine jamais ne va de soi dans le regard masculin. Ce en quoi, d&#232;s la pr&#233;histoire, elle se serait vue &#233;lud&#233;e pour ces raisons fantasmatiques qu'on peut supposer aux hommes depuis Freud. Il s'agit de toutes celles qui font les femmes corps-objets impersonnels du d&#233;sir et imaginairement corps-castr&#233;s ou r&#233;duites symboliquement &#224; des fonctions de g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_615 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L337xH468/01054-1-5116e.jpg?1509818457' width='337' height='468' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Le corps appara&#238;t donc comme le premier support ontologique de l'identit&#233; qu'elle soit pos&#233;e comme ontologique, logique ou picturale. En ce sens, il aura bien fallu qu'un dieu d&#233;sormais unique puisse avoir un corps identifiable, donc aussi figurable, pour que la nouvelle religion de ce dieu soit possible dans son extension universelle et efface tous les autres dieux aux multiples figurations. Or ce dieu unique de la foi juive, il n'avait pas d'image et pas de corps discernable. Son &#234;tre n'&#233;tait que de langage. Pour les adeptes et pr&#233;dicateurs du Dieu unique chr&#233;tien, il fallait donc que son existence immat&#233;rielle et litt&#233;rale, dans son nouveau devenir monde essentiellement spirituelle, puisse se mat&#233;rialiser sous la forme d'un corps de chair pour atteindre et pouvoir supplanter les diverses croyances th&#233;ologiques des pa&#239;ens. Et c'est bien &#224; ce corps de chair que le pouvoir romain s'en est pris dans le r&#233;cit chr&#233;tien en le suppliciant, parce qu'il contestait &#224; la fois l'ordre imp&#233;rial et les institutions juives, lui permettant de la sorte de se transfigurer en passant de l'histoire &#224; l'&#233;ternit&#233; au sein m&#234;me du monde temporel et mortel, celui des humains. Un tel r&#233;cit aura permis que se forge une nouvelle alliance th&#233;ologique du corps, de l'image et de la figuration, ni juive ni pa&#239;enne. Elle a ainsi pu se substituer culturellement aux anciennes apparitions imaginaires du polyth&#233;isme, &#224; la figuration corporelle statutaire et imp&#233;riale de l'&#201;tat romain et &#224; la s&#233;paration juive de la chair vivante et du Dieu incorporel de la loi &#233;crite, en son d&#233;faut d'images. Depuis, l'art n'a pas cess&#233; de nous raconter cela dans la floraison jubilatoire de ses multiples figurations d'images peintes et sculpt&#233;es de la sc&#232;ne chr&#233;tienne. Mais ce n'est pas tout. Une telle l&#233;gende de l'incarnation christique et du double mat&#233;riel de sa repr&#233;sentation picturale a tellement pris forme de r&#233;alit&#233; que peu d'entre nous aujourd'hui, m&#234;me s'ils n'y croient pas, peuvent douter de l'existence r&#233;elle de la personne du Christ qui, historiquement, n'a jamais &#233;t&#233; attest&#233;e par aucune source objective. Pourtant, il est quasiment impossible de la nier. Et si nombre d'entre nous sont ath&#233;es, se d&#233;clarent sinc&#232;rement tels, presque aucun ne peut facilement douter de l'existence d'un certain pr&#233;dicateur juif dont la geste h&#233;ro&#239;que tragique aurait &#233;t&#233; par la suite fictivement divinis&#233;e par ses adeptes. Il est impossible pour les occidentaux de ne pas y croire du tout, y compris pour ceux qui ne sont pas chr&#233;tiens de culture et de naissance. Le Christ nous occupe et fait encore partie de nos mythes et de notre histoire, sans qu'en lui r&#233;alit&#233; et fable soient dissociables. C'est pour vous dire la force des images quand elles en viennent &#224; se mat&#233;rialiser et &#224; devenir des figures symboliques du corps. Cependant, ce Christ figure d'un dieu vivant, est aussi le personnage que raconte et assemble un ensemble de textes et c'est d'abord par le verbe de ceux-l&#224; qu'il est advenu &#224; l'existence. Ranci&#232;re disait bien que l'image tenait avant tout sa possibilit&#233;, son statut et son sens, d'un discours qui la fait &#234;tre et la rend n&#233;cessaire. Et, apr&#232;s tout, Ulysse, Hector, Agamemnon, et Iphig&#233;nie, parmi nombre d'autres personnages, existent, eux aussi, sous forme d'images et de figures quasi r&#233;elles, comme si nous les connaissions naturellement, mais cela du fait de l'enseignement rh&#233;torique et litt&#233;raire et de sa trace institutionnelle depuis la Renaissance. Or comment des textes peuvent-il faire exister comme des personnes historiques et quasi r&#233;elles des figures l&#233;gendaires ? Tr&#232;s certainement, il y faut l'animation des images dans les discours transmis et la parole testimoniale, la figuration narrative et rh&#233;torique, mais pas seulement. Il y faut &#233;galement des figurations mat&#233;rielles des images qu'ils colportent, il faut qu'elles puissent aussi s'incarner, faire corps. Ce en quoi les th&#233;ologies et les religions ont besoin de l'art pour donner une existence corporelle et charnelle &#224; leurs dieux et h&#233;ros, &#224; l'exception des th&#233;ologies d'un dieu unique d&#233;pourvu absolument de visibilit&#233;. Et si ce n'est pas la peinture et la sculpture qui forgent cette existence corporelle, le r&#233;cit po&#233;tique et &#233;pique le fera. Un texte lu, psalmodi&#233;, chant&#233;, aussi a pouvoir de figurer des images et de donner corps aux l&#233;gendes. Il n'est donc pas du tout certain que les figurations ne soient pas sous condition du langage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cinqui&#232;me partie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi croyons-nous encore &#224; des fables, aux r&#233;cits des grands anc&#234;tres et aux images qu'ils suscitent ? Pourquoi, plus particuli&#232;rement dans le cas du mythe chr&#233;tien, quelque chose de ses images &#233;difiantes ne parvient pas &#224; s'effacer de nos croyances communes comme un r&#233;el figuratif, et cela au-del&#224; des appartenances religieuses ? Le message chr&#233;tien, comme le proclame l'ap&#244;tre Paul, qui n'a jamais lui-m&#234;me rencontr&#233; le Christ si ce n'est sous la forme d'une apparition ou d'une voix, donc de fa&#231;on spectrale, n'est &lt;i&gt;ni juif ni grec&lt;/i&gt; dans sa parole. Par cela Paul veut signifier qu'il s'adresse &#224; tous les peuples et qu'il ne peut se comprendre ni &#224; partir de signes r&#233;v&#233;l&#233;s, comme le r&#233;clament les juifs, ni au r&#233;gime des raisons qu'invoquent les Grecs. Dans la th&#233;orisation paulinienne du christianisme, l'argument pr&#233;dominant est que la l&#233;gende de l'incarnation du Dieu unique dans le Christ sauveur n'est pas selon lui un r&#233;cit r&#233;serv&#233; exclusivement aux premiers juifs chr&#233;tiens, aux &lt;i&gt;jud&#233;o-chr&#233;tiens&lt;/i&gt;, mais d'ordre universel, susceptible de s'adresser aux pa&#239;ens. Sans respecter ici la vis&#233;e doctrinale explicite de Paul, de quelle nature est donc cet universel susceptible de d&#233;border juifs monoth&#233;istes et grecs rationalistes ? Qu'a donc de possiblement universel la fable chr&#233;tienne ? Disons, c'est l&#224; notre hypoth&#232;se, qu'elle symbolise d'une mani&#232;re &#224; la fois exemplaire et &#233;difiante, pour celui qui n'est donc ni juif ni grec, le probl&#232;me de l'existence du corps et de son image au sein des diverses l&#233;gendes qui figurent le divin. Rappelons ici que Saint Paul, Caius Julius Paulus, ou Saul de Tarse, est personnellement juif de religion et grec de culture, de surcro&#238;t citoyen et officier romain. Pour ainsi dire, dans la fable chr&#233;tienne, le Dieu unique, pour &#234;tre le sujet de la cr&#233;ation toute enti&#232;re et pour tous les peuples, a besoin de se voir dot&#233; symboliquement d'un corps qui lui donne son &#234;tre, son identit&#233; d'&#234;tre un. Pour s'accomplir, il ne peut plus rester le t&#233;moignage d'une simple voix, la parole d'une r&#233;v&#233;lation et de son texte l&#233;gislateur. Il lui faut &#234;tre comme dot&#233; d'un corps pass&#233; par le monde visible et qui fasse de lui une figure. Dans l'orthodoxie juive, il n'y a pas de figuration possible du corps d'un dieu que l'on ne peut ni voir ni rencontrer sans dommages. Il serait donc dans son essence de Dieu cr&#233;ateur d'&#234;tre sans figuration possible, sans image, mais aussi peut-&#234;tre sans corps, sans pr&#233;sence corporelle. Un tel dieu implique alors une d&#233;liaison du cr&#233;ateur et de la cr&#233;ation que seule une loi aust&#232;re et une promesse de vie &#233;ternelle &#224; venir peuvent transformer en une alliance avec l'homme, cela dans l'acceptation d'une s&#233;paration inexorable de la chair et des figures, des images et du corps, du vivant et du mort, sans que le lien du spirituel et du corps soit jamais lui-m&#234;me aboli ni non plus emp&#234;ch&#233;e la vision des images. Pour autant, si l'on pr&#233;tend &#233;tendre le message du Dieu unique comme le fait Paul, n'est-il pas alors n&#233;cessaire de lui supposer philosophiquement un corps qui soit r&#233;el, un corps paradoxalement sans image qui advienne tout de m&#234;me &#224; quelque figure. Pour cela, un tel dieu devra &#233;galement proc&#233;der de la puissance g&#233;n&#233;ratrice du corps d'une femme, donc de la chair matricielle et du vivant. Ce en quoi il redevient semblable aux anciens dieux du polyth&#233;isme grec qui furent tous engendr&#233;s et ins&#233;minateurs, ce que n'&#233;tait pas le Dieu du juda&#239;sme. Or c'est l&#224; le paradoxe d'un christianisme qui, &#224; tant vouloir nouer dans une narration le corps, la figure et l'image, en vient &#224; d&#233;faire l'opposition et la distance de la chair et de Dieu. Car si Dieu n'est pas lui-m&#234;me engendr&#233;, ce en quoi il est logiquement le seul Dieu, peut-il ne pas avoir engendr&#233;, ne pas avoir ins&#233;min&#233; d'une fa&#231;on ou d'une autre les corps vivants dont il est l'origine et l'auteur en tant que P&#232;re &#233;ternel ? Car pour qu'il soit le Dieu qu'il est, il faut qu'il ait &#233;t&#233; cause de ce qui n'est pas lui, l'auteur du monde et des corps vivants et sexu&#233;s, donc mortels et jouissants et faits de chair. On voit ici que la figuration de Dieu dans l'image du Fils vient &#233;tablir une collusion entre Dieu et la chair qui suspend une s&#233;paration, une partition du ciel et de la terre propre au juda&#239;sme. L'image invisible du corps peut alors se coupler de nouveau de fa&#231;on th&#233;ologique avec une certaine figuration du visible, &#224; l'ombre du Dieu. Si une telle orientation est propice &#224; une conjonction du corps et de l'image dans une figuration, &#224; l'art pictural, elle ouvre aussi la voie &#224; une collusion possible de la chair, de l'image et du spirituel. C'est-&#224;-dire &#224; l'incendie d'une n&#233;gation de la s&#233;paration de Dieu et du monde, sans retour vers aucune alliance distinguant par des signes visibles la diff&#233;rence du mort et du vivant, du divin et de l'humain. La figuration chr&#233;tienne, d'avoir tant cherch&#233; &#224; relier l'image, le soi et le corps dans un universel temporel charnel distinct du juda&#239;sme, propice &#224; la repr&#233;sentation par l'art du spirituel, n'a-t-elle pas scell&#233; tout autant le drame humain d'une suspension de la diff&#233;rence des hommes et de Dieu, du spirituel et du temporel, les pr&#233;cipitant dans une histoire sans fin et sans loi d&#233;finitive ? Elle aura ouvert &#224; une errance au bord de l'impensable qui ne se sera d&#233;voil&#233;e que dans l'extinction formelle de la figuration des images, dans la d&#233;figuration des corps et de soi dont aura t&#233;moign&#233; l'art moderne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/rublev_trinite-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH627/rublev_trinite-3-fe77d.jpg?1509818457' width='500' height='627' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, si l'on se place sur un plan philosophique comparatif, si le Dieu s&#233;par&#233; et cr&#233;ateur juif ou le Dieu principe ontologique des philosophes grecs, n'ont pas &#233;t&#233; engendr&#233;s ni n'ont engendr&#233;, ils sont tout de m&#234;me cause premi&#232;re, la seule cause de soi qui ne soit pas caus&#233;e. Ils sont donc quelque chose d'unaire et d'&#233;ternel qui existe en soi. Et s'ils n'ont pas de face ou de corps identifiables, ni de figure et de forme propres, et ne sont donc en rien analogues aux &#234;tres humains, puisque &#234;tres sans image ni enveloppe physique, ils poss&#232;dent au moins un substrat d'existence et rel&#232;vent donc d'une existence substantielle et invisible tout autre que celles des corps, mais unifi&#233;e. Il y a donc l&#224; quelque r&#233;el qui se d&#233;signe par le nom de Dieu, ou par un impossible &#224; le nommer. Dans la th&#233;ologie biblique, Dieu est la voix-corps d'une existence personnifi&#233;e invisible et, dans la m&#233;taphysique grecque aristot&#233;licienne, Dieu appartient organiquement au monde comme principe immat&#233;riel de son mouvement, un acte pur. Selon quoi, Dieu serait soit l'unicit&#233; substantielle immat&#233;rielle et intentionnelle d'un sans-corps originaire, soit l'unit&#233; originaire supra-corporelle finalis&#233;e d'une totalit&#233; qui contient tous les corps possibles. Un Dieu unique incr&#233;&#233; n'est donc pas en sa d&#233;finition dissociable absolument de toute corpor&#233;it&#233;, m&#234;me pos&#233;e de fa&#231;on n&#233;gative et conceptuelle comme une pure activit&#233; spirituelle s&#233;par&#233;e de la mati&#232;re, mais condition de son existence et animation. Il faut qu'il participe ou concoure &#224; une certaine corporation du monde. Pour autant, une telle corporation n'induit nullement n&#233;cessairement les couplages th&#233;ologiques que nous avons mentionn&#233;s du corps et de l'image, de l'image et de la figuration, propres aux cultures de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc rien, si ce n'est le rien, qui puisse &#234;tre sans corps ou qui ne soit d&#233;termin&#233; n&#233;gativement par rapport &#224; l'id&#233;e, &#224; l'image, &#224; la figure, &#224; la mati&#232;re, &#224; la forme d'un corps. Philosophiquement, la corpor&#233;it&#233; appara&#238;t comme le corr&#233;lat n&#233;cessaire d'une existence dont on peut tracer le contour dans l'&#233;paisseur de son ombre. De sorte qu'on peut renverser notre pr&#233;c&#233;dente perspective qui &#233;tait de pr&#233;tendre r&#233;unir et unifier image, figure et corps dans le soi personnel spirituel, et, cette fois, unifier le soi, l'image et la figure dans le corps comme le principe mat&#233;riel le plus r&#233;el de cette unit&#233;. Car un &#234;tre sans corps, je ne l'imagine n&#233;gativement qu'&#224; partir de mon corps propre, c'est-&#224;-dire comme un corps qui serait d&#233;livr&#233; du vivant organique, de la mort et de la chair, un corps imaginaire transfigur&#233; par son existence immat&#233;rielle qu'elle soit figurable ou non. On ne se d&#233;barrasse pas si facilement du corps, m&#234;me &#224; le diss&#233;miner dans des corpuscules et des &#233;nergies. C'est bien d'ailleurs toujours le probl&#232;me du criminel de devoir faire dispara&#238;tre le corps, les corps de ses victimes. Or il est impossible d'y parvenir &#224; moins de les voir resurgir sous formes de spectres vengeurs, de figures de l'ombre. Si le corps a une ombre, il y a des ombres sans corps. Il y a toujours quelques traces qui persistent, y compris dans les cendres. Disons donc que rien ne peut-&#234;tre totalement sans corps. A minima, c'est une trace photonique imprim&#233;e n&#233;gativement sur une surface mat&#233;rielle qui la supporte, en son d&#233;faut d'&#233;chelle. L'ombre d'une trace de corps, ainsi la c&#233;l&#232;bre photographie d'Hiroshima qui ne laisse d'un homme que l'empreinte de sa trace br&#251;l&#233;e. Trace et surface sont les minima de toute existence qui se puissent nommer, si elle n'est pas dite. Ce en quoi toute th&#233;ologie convoque plus ou moins une th&#233;orie du corps, du rapport du divin et des corps, m&#234;me si le Dieu ne peut se voir identifier &#224; un corps naturel vivant ou mat&#233;riel. Dans le juda&#239;sme, le Dieu unique comme existence immat&#233;rielle et invisible est bien le garant de la personne des vivants dans la diff&#233;rence de leur corporation comme garante de leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, quelques mots sur &#224; la peinture, sur la repr&#233;sentation dans la peinture et sur sa tendance &#224; la d&#233;figuration. Il est possible d'observer que la figuration picturale n'a jamais &#233;t&#233; tout &#224; fait ind&#233;pendante de la sacralit&#233;. S'il n'y a pas de th&#233;ologie sans une th&#233;orie des corps mat&#233;riels, humains et divins, il n'y a gu&#232;re de figuration, de recours technique &#224; l'image, qui soit tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; un sacr&#233;, ou &#224; un rituel et &#224; la c&#233;l&#233;bration d'une dimension de myst&#232;re reli&#233; &#224; l'image. Depuis les peintures pari&#233;tales jusqu'&#224; Twombly, sans chercher &#224; voir l&#224; un cycle historique caract&#233;ristique, l'indication d'un rapport &#224; quelque sacralit&#233;, &#224; un d&#233;rob&#233; fascinant et tabou, &#224; un franchissement infranchissable, ou &#224; d&#233;faut &#224; des formes cultuelles r&#233;siduelles, ont pu faire loi dans le travail des peintres. Certes il existe d&#233;sormais un art profane, absolument d&#233;tach&#233; de toute th&#233;ologie doctrinaire et autoritaire, religieuse, et cela depuis assez longtemps, mais rien ne prouve qu'il soit absolument exempt de toute sacralit&#233;, soit de fa&#231;on n&#233;gative ou bien sous la forme d'une sacralit&#233; profane que serait devenu l'art lui-m&#234;me. Quant &#224; nier le sacr&#233; et le th&#233;ologique, &#224; devoir exprimer explicitement son refus par une outrance d'impi&#233;t&#233; et de transgression m&#233;cr&#233;ante, cela signale qu'il n'a pas totalement disparu, m&#234;me de fa&#231;on plus ou moins &#171; spectrale &#187; au sein des &#339;uvres m&#234;mes. Disons qu'il y a aujourd'hui de nombreux spectres de la sacralit&#233; et du th&#233;ologique qui hantent les formes picturales. Piet Mondrian, Mark Rothko, Barnett Newman, pour ne citer que ceux-l&#224;, s'ils n'ont gu&#232;re peint de fa&#231;on figurative, se seront interrog&#233;s sur le rapport de l'image, de la figure, du trait, de la couleur, avec une dimension d'invisibilit&#233;, d'irrepr&#233;sentable, avec un non-rapport de la repr&#233;sentation et du monde. Ils auront questionn&#233; la d&#233;figuration qui a permis l'&#233;mancipation du formel et l'&#233;mergence du figural. Ils auront pu de la sorte, dans leur travail pictural, interroger et faire l'investigation de la bordure d'invisible de l'image, des figures et des corps, qui fut autrefois corr&#233;lative du th&#233;ologique et de la sacralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH507/Malevitch-Carre_blanc-1918-103c3.jpg?1772190866' width='500' height='507' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la repr&#233;sentation figurative, s'il n'y a pas d'irrepr&#233;sentable qui existerait en soi, il y a tout de m&#234;me du non-repr&#233;sent&#233; qui se pr&#233;sente &#224; la perception et dont le statut ontologique fait question dans son inexistence m&#234;me, ou dans son existence hors de la repr&#233;sentation, et d&#233;sormais aussi de la non-repr&#233;sentation. Il peut encore s'agir de la part sacrale du cach&#233; de l'image qui se retire du regard, du domaine du divin. Cet irrepr&#233;sentable fait d'autant plus question que ce n'est plus dans le cadre d'un repr&#233;sent&#233; discernable qui s'adosserait &#224; du non-repr&#233;sent&#233;, &#224; de l'invisible, dans un couplage institutionnel du r&#233;el et du transcendantal qu'il nous &#171; appara&#238;t &#187;. Il s'agit plut&#244;t cette fois du couplage fort paradoxal en peinture d'une non-figuration avec de l'irrepr&#233;sentable et qui atteste d'un impossible &#224; pr&#233;senter, mais d&#233;j&#224; discern&#233; dans son impossibilit&#233;. Il s'agit donc de quelque chose de non-pr&#233;sentable ou de non-figurable, situ&#233; en de&#231;&#224; de toute saisie symbolique minimale dans une culture picturale de la non-repr&#233;sentation, mais qui peut se percevoir infiniment comme tel. Traits, fentes, taches, photogrammes, projections, striures, graphes, coulures, empreintes, fragments d'objets coll&#233;s, ne peuvent plus le saisir, bien qu'ils l'aient d&#233;sign&#233;. C'est la trame &#233;trange d'un &#233;blouissement ou d'un effacement improbable du support m&#234;me de toute figuration, la surface suspensive d'une absence d'&#233;cran non-figurable qui d&#233;fait la pellicule du temps, de l'espace et du corps, des corps. Quelle est sa nature ? Est-ce l'invisible invisibilit&#233; de l'ancienne substance incorporelle du Dieu ? Il est impossible de le dire. Un corps non-figurable qui ne retient plus sa totalisation dispers&#233;e et qui n'a plus de support, est-il encore un corps ? D'&#234;tre sans figure possible ni surface possible de projection de la trame de son &#234;tre, lui fait perdre ce qui le faisait tenir comme la totalisation d'une image, d'un complexe de relations, de significations, d'affects, de visibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, si la peinture a pu se voir d&#233;finie originairement par Pline l'ancien, en r&#233;f&#233;rence &#224; la &lt;i&gt;skiagraphia&lt;/i&gt; des grecs, comme une trace de l'&lt;i&gt;ombre&lt;/i&gt;, plus exactement comme la trace du contour de l'ombre du corps humain, que reste-t-il d&#233;sormais de l'ombre de ce corps qui ne prit substance que de se voir investi d'images visibles et invisibles, trac&#233; par des figures, mat&#233;rialis&#233; par les couleurs et les volumes et support&#233; par le dieu ? Les images d'aujourd'hui, qu'elles soient des images nues sans art, des images ostensives brutes de l'art, des images m&#233;tamorphiques, comme les caract&#233;rise subtilement Ranci&#232;re, dans leur pluralit&#233; diffuse et incertaine, se sont substitu&#233;es aux images peintes d'autrefois qui &#233;taient &#224; la fois ressemblance d&#233;notative, dissemblance artistique ou archi-ressemblance sacrale, cela apr&#232;s le double &#233;chec du programme d'un devenir vie de l'art et de celui d'un art sans aucune image. Dans leur prolif&#233;ration, elles ne nous permettent plus de discerner ni le contour et la forme du corps, ni non plus ce qu'est une figure nette du visible et sa bordure d'invisible. Comme s'il n'y avait plus que du visible mat&#233;riel et donc plus d'images du tout, ou au contraire seulement des images et donc plus de r&#233;el corporel et mat&#233;riel distinct de la production fictionnelle illimit&#233;e du visible par des images. Dans les deux cas, un effacement de la diff&#233;rence entre le visible et l'invisible aura pu s'effectuer sans reste nous livrant &#224; une ind&#233;termination de la diff&#233;rence entre le corps, l'image et la figure. Un d&#233;faut de th&#233;ologie, si vous voulez. Un d&#233;faut qui signale &#233;galement la rupture des anciens couplages institutionnels du corps et de l'image, de l'image et de sa figuration, polarit&#233;s oppos&#233;es que put r&#233;unir une triplicit&#233; qui fut &#224; la base des r&#233;cits de l'incarnation du divin dans l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH431/hiroshima-shadow-2-15c42.png?1772190866' width='500' height='431' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car c'est peut-&#234;tre l&#224; qu'il faut pouvoir se situer, dans l'apr&#232;s-coup de l'impossible trame d'une &lt;i&gt;ombre&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;trace&lt;/i&gt;, de l'empreinte d'un &#233;blouissement fatal au regard qui a achev&#233; son &#339;uvre d&#233;-figurante dans la repr&#233;sentation picturale. Mais il nous faudra nous retourner encore une fois et redonner au contour de l'ombre de Pline son image peinte et ses figures possibles, cela sans jamais n&#233;gliger l'ombre irr&#233;ductible, sans oublier non plus la trace, dans un monde d&#233;sormais fait d'images sans figures discernables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peindre encore peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Brassat&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, le 4 d&#233;cembre 2011&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aristote. &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;. Paris, Vrin, 1981.&lt;br&gt;
Auerbach, Erich. &lt;i&gt;Figura, La loi juive et la promesse chr&#233;tienne&lt;/i&gt;. Paris, Macula, 2006.&lt;br&gt;
Descartes. &lt;i&gt;M&#233;ditations M&#233;taphysiques&lt;/i&gt;. Paris, NRF-Pl&#233;iade, 1937.&lt;br&gt;
Deleuze, Gilles. &lt;i&gt;Francis Bacon. Logique de la sensation&lt;/i&gt;. Paris, Seuil, 2002.&lt;br&gt;
Dufour, Dany-Robert. &lt;i&gt;Les myst&#232;res de la trinit&#233;&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard, 1990.&lt;br&gt;
Durkheim, Emile. &lt;i&gt;Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;. Paris, PUF, 2005.&lt;br&gt;
Leroi-Gourhan, Andr&#233;. &lt;i&gt;Pr&#233;histoire de l'art occidental&lt;/i&gt;. Paris, Editions d'Art Lucien Mazenod, 1971.&lt;br&gt;
Mondzain, Marie-Jos&#233;. &lt;i&gt;Le Commerce des regards&lt;/i&gt;. Paris, Seuil, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
Platon. &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard-Pl&#233;iade, 1950.&lt;br&gt;
Pline l'Ancien. &lt;i&gt;Histoire Naturelle&lt;/i&gt;. Livre XXXV, chapitre V. Paris, Les Belles Lettres, 1985.&lt;br&gt;
Ranci&#232;re, Jacques. &lt;i&gt;Le Destin des images&lt;/i&gt;. Paris, La Fabrique &#233;ditions, 2003.&lt;br&gt;
Saint-Paul. &lt;i&gt;Ep&#238;tres&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard-Pl&#233;iade, 1971.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Peinture, corps et th&#233;ologie - I</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Brassat</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte d&#233;coule d'une conf&#233;rence qui a &#233;t&#233; prononc&#233;e &#224; la galerie La Ralentie &#224; Paris le 4 d&#233;cembre 2011 &#224; l'invitation d'Isabelle Floch. Le pr&#233;ambule a &#233;t&#233; rajout&#233; pour la version &#233;crite de cette communication afin d'en &#233;clairer les difficult&#233;s et les partis-pris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Robin Goldring.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton152-e5ff8.jpg?1772208101' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte d&#233;coule d'une conf&#233;rence qui a &#233;t&#233; prononc&#233;e &#224; la galerie La Ralentie &#224; Paris le 4 d&#233;cembre 2011 &#224; l'invitation d'Isabelle Floch. Le pr&#233;ambule a &#233;t&#233; rajout&#233; pour la version &#233;crite de cette communication afin d'en &#233;clairer les difficult&#233;s et les partis-pris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Robin Goldring.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;ambule. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit pourra para&#238;tre curieux &#224; un lecteur qui ne peut se situer dans une perspective de pens&#233;e un tant soit peu sp&#233;culative et assez peu historiciste. Son point de d&#233;part esth&#233;tique est celui de la perception de l'art pictural et de ses formes propres, pris ind&#233;pendamment des types de discours qui les organisent et les justifient dans l'&#233;poque qui est la leur. Une telle approche implique que ne soient pas admises comme allant de soi plusieurs constructions th&#233;oriques et notions qui font nos interpr&#233;tations les plus reconnues de la nature des images, des symboles, ainsi que du th&#233;ologique et de ses ressorts. Ce dernier terme &#233;tant pris ici dans son sens le plus extensif de repr&#233;sentation de l'invisible, ou du voil&#233; du r&#233;el, en de&#231;&#224; donc d'une identification de la th&#233;ologie avec le monoth&#233;isme. Cependant, il ne s'agit pas non plus de pr&#233;tendre &#233;chapper totalement aux constructions th&#233;oriques et culturelles acquises, mais de ne pas s'y conformer d'embl&#233;e, de provoquer une tension, de conduire une torsion des id&#233;es au risque de l'inexactitude factuelle. En ce sens, si la voie de pens&#233;e emprunt&#233;e par les analyses qui composent ce texte ne pr&#233;tend pas s'abstraire totalement des pr&#233;jug&#233;s philosophiques et culturels qui, &#224; titre de pr&#233;misses implicites, la constituent, elle ne pr&#233;tend pas non plus les respecter et les reconduire sans frictions. Ce en quoi, s'il est bien admis qu'il y a des processus historiques, des subjectivations institutionnellement, g&#233;ographiquement et temporellement distinctes, des croyances culturelles entre elles incommensurables, des points de vue esth&#233;tiques divergents, des langages intraduisibles entre eux, des diff&#233;rences entre art magique, symbolique, mythique et figuratif, &#233;galement des degr&#233;s hi&#233;rarchisables d'objectivit&#233; dans l'interpr&#233;tation des mat&#233;riaux, pour autant, on n'en fera pas des grilles obligatoires de la pens&#233;e face &#224; l'art pictural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se rem&#233;morera &#224; ce propos le d&#233;bat men&#233;, &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle et apr&#232;s, sur la religion par les philosophes, les th&#233;ologiens et les savants, autour de la notion de f&#233;tiche. Deux positions s'affrontaient alors dans l'interpr&#233;tation de celui-ci. Pour l'une, les pratiques f&#233;tichistes africaines relat&#233;es par les navigateurs portugais &#233;taient les formes d&#233;grad&#233;es et superstitieuses d'une religion monoth&#233;iste originaire, seule v&#233;ritable et naturelle, voire seule rationnelle, et il fallait retrouver en elles le sens d&#233;grad&#233; de celle-ci pour les comprendre, les combattre et la restaurer. Pour d'autres, il y avait dans les pratiques f&#233;tichistes des formes religieuses authentiques qui r&#233;v&#233;laient les premi&#232;res relations objectives de l'&#234;tre humain &#224; ses pens&#233;es et croyances et aussi &#224; lui-m&#234;me, &#224; son propre sujet en tant qu'objet de repr&#233;sentations symboliques. La seconde position se pla&#231;ait dans le cadre d'une th&#233;orie progressiste du mouvement de l'histoire humaine g&#233;n&#233;rale et de la civilisation qui allait successivement du th&#233;ologique au m&#233;taphysique, puis &#224; la science positive. On sait qu'elle fut celle du philosophe Auguste Comte. Le terme de &lt;i&gt;th&#233;ologique&lt;/i&gt; en ce sens d&#233;signait l'ensemble des croyances et des pratiques sociales et culturelles premi&#232;res qui faisaient ontologiquement de forces invisibles et intentionnelles, plus ou moins personnifi&#233;es, le r&#233;el du monde naturel. Elle conduit &#224; ne pas distinguer nettement les formes figuratives en g&#233;n&#233;ral des formes symboliques et mythiques, y compris dans leur valeur de repr&#233;sentations magiques ou animistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_551 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L470xH320/_470Corot_jeux_de_grece-5c769.jpg?1509818458' width='470' height='320' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce sens l&#224;, qui n'est ni discriminant ni hi&#233;rarchisant a priori quant aux croyances spirituelles, aux diff&#233;rentes religions et pratiques cultuelles, que nous l'employons, sans pr&#233;tendre amalgamer la diversit&#233; des conceptions th&#233;ologiques &#224; travers l'histoire et le temps, confondre le magique, le symbolique et la figuration. De ce fait, plusieurs probl&#232;mes controvers&#233;s resteront donc latents et non-r&#233;solus dans les analyses expos&#233;es, cela sur les plans m&#233;thodologiques et conceptuels. Il s'agit, premi&#232;rement, de la possibilit&#233; ou non pour l'&#234;tre humain de pouvoir penser le corps et la face organique qui le constituent sans se r&#233;f&#233;rer &#224; des images fictives investies de sacralit&#233; ou d'une puissance symbolique d'ordre r&#233;el et, deuxi&#232;mement, de la d&#233;pendance dans la conception des dieux invoqu&#233;s, mais aussi du Dieu unique, avec les croyances relatives &#224; la forme et &#224; la figure du et des corps, y compris les plus archa&#239;ques. A ce titre, si le texte qui suit proc&#232;de d'hypoth&#232;ses argument&#233;es, il n'est pas pour autant syst&#233;matique et pourra appara&#238;tre non-exempt d'inexactitudes. Elles font partie du risque sp&#233;culatif qui l'organise et qui tend n&#233;cessairement &#224; les faire surgir. Par ailleurs, ce texte est travaill&#233; implicitement et explicitement par les diff&#233;rences oppositionnelles, irr&#233;ductibles, du paganisme, du polyth&#233;isme et du monoth&#233;isme, puis du juda&#239;sme et du christianisme quant &#224; l'image, &#224; la figure et au corps, sans qu'il puisse ni les r&#233;sorber ni ne pas se voir aussi d&#233;termin&#233; par elles. De telles diff&#233;rences, &#224; ne pas &#234;tre seulement historiques, n'en sont restent moins culturellement divergentes dans les conceptions qu'elles expriment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les analyses expos&#233;es s'appuient sur l'hypoth&#232;se d'une triplicit&#233; pos&#233;e comme structurelle quant &#224; la repr&#233;sentation dans l'art pictural, que celle-ci soit symbolique, figurative ou abstraite. Il s'agit de la triplicit&#233; r&#233;f&#233;rentielle du &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;image&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;figure&lt;/i&gt;. Le corps physique y est pos&#233; comme le r&#233;f&#233;rent objectif premier, l'image comme la matrice immat&#233;rielle et fictive de toute forme symbolique ou figurative, et la figure comme la mat&#233;rialisation visuelle par des techniques de l'irr&#233;alit&#233; fonci&#232;re des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de telles analyses soutiennent l'&#233;mergence th&#233;orique et pratique dans le christianisme d'une certaine universalisation mystique et mystificatrice du rapport &#224; l'image dans la figuration de la sc&#232;ne christique, ce qui y est appel&#233; &lt;i&gt;figure&lt;/i&gt; rel&#232;ve d'un invariant anthropologique consid&#233;r&#233; comme ant&#233;rieur &#224; la sc&#232;ne culturelle historique du monoth&#233;isme. Il est donc &#233;galement ant&#233;rieur &#224; l'opposition du juda&#239;sme et du christianisme quant &#224; la valeur et au recours &#224; l'image et &#224; sa figuration possible ou pas du th&#233;ologique. Une telle typologie effectivement trinitaire ne recoupe donc pas l'opposition analys&#233;e si puissamment par le philologue Erich Auerbach entre la th&#233;orie chr&#233;tienne et paulinienne de la figuration, ou &lt;i&gt;interpr&#233;tation figurative&lt;/i&gt; de l'Ancien Testament, et l'interpr&#233;tation juive du texte biblique &#233;trang&#232;re &#224; un tel usage de la dimension figurative emprunt&#233;e &#224; la rh&#233;torique gr&#233;co-latine par les pr&#233;dicateurs doctrinaires du christianisme. On sait qu'elle est, selon Auerbach, &#224; l'origine de l'ensemble des formes figuratives (&lt;i&gt;figura&lt;/i&gt;) de l'art occidental chr&#233;tien, cela par une r&#233;duction id&#233;ologique du r&#233;cit biblique juif dans sa signification mystique, litt&#233;rale et morale, &#224; une pr&#233;figuration (&lt;i&gt;praefiguratio&lt;/i&gt;) historique et th&#233;ologique de l'av&#232;nement du christianisme. Cependant, &#224; la diff&#233;rence d'Auerbach, nous ne ferons pas de l'image (&lt;i&gt;imago&lt;/i&gt;) une expression illustr&#233;e de la figure annonciatrice. A l'inverse, nous prendrons la figure pour une effigie mat&#233;rielle (&lt;i&gt;exemplum&lt;/i&gt;) de l'image dans sa dimension de vision non-r&#233;elle inh&#233;rente au psychisme humain. L'image n'&#233;tant pour nous &#233;nigmatiquement que le contour figur&#233; de l'ombre port&#233;e du visible (&lt;i&gt;umbra&lt;/i&gt;), donc jamais la repr&#233;sentation r&#233;elle (&lt;i&gt;forma&lt;/i&gt;) de cette invisibilit&#233; qui se niche au c&#339;ur de l'esprit humain dans les m&#233;andres de l'opposition symbolique de la clart&#233; et de l'obscurit&#233;, dans la fantasmagorie des images qui nous habite sans doute depuis les commencements de l'humanisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parler du rapport entre la peinture, le corps et la th&#233;ologie, para&#238;tra une affaire compliqu&#233;e &#224; plus d'un titre. Elle l'est tout d'abord parce qu'un tel sujet engage la pens&#233;e sur des probl&#232;mes difficiles &#224; cerner, ceux de la repr&#233;sentation et du sens de ce que l'on appelle le corps, la chair et le spirituel, cela non seulement au sein de l'art, mais aussi dans les institutions religieuses et culturelles de la civilisation. Art et pratiques religieuses sont difficilement dissociables l'un de l'autre d&#232;s les temps anciens de la pr&#233;histoire. Ensuite, de fa&#231;on plus personnelle, parce qu'il est permis d'h&#233;siter aujourd'hui entre deux fa&#231;ons de traiter de la question de la peinture, ou du corps de la peinture dans les deux sens de l'expression. Ces deux sens sont ceux du rapport aux corps physiques et vivants que la peinture actualise et du corps de la peinture comme une mati&#232;re picturale sp&#233;cifique, un corps de peinture. Avant tout, disons qu'il y a au moins deux fa&#231;ons d'aborder la r&#233;alit&#233; picturale et ce qu'elle repr&#233;sente ou pas, une question qui s'est trouv&#233;e accus&#233;e pour la pens&#233;e depuis la crise moderne de la repr&#233;sentation naturaliste et de l'imitation, cela au b&#233;n&#233;fice de l'abstraction et de l'expressionnisme non-figuratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est de consid&#233;rer que la peinture n'est ce qu'elle est, &#224; une &#233;poque de l'histoire culturelle, qu'en fonction d'un certain r&#233;gime de discours qui lui donne son statut, et que, en ce sens, il n'y a pas de d'exp&#233;rience et de repr&#233;sentation picturale, fussent-elles non-repr&#233;sentatives, ind&#233;pendamment d'un discours sur la peinture qui d&#233;termine ses modes d'expression, de composition et l'usage symbolique et id&#233;ologique que l'on en a. C'est la position de Jacques Ranci&#232;re. Elle pr&#233;suppose que tout imaginaire repr&#233;sentatif se soutient d'une structure de paroles et de textes qui l'irrigue et lui d&#233;livre le contexte de son sens. Il n'y a donc jamais d'exp&#233;rience pure hors discours de la peinture et de l'image. Il y a un r&#233;gime linguistique du sens qui la pr&#233;dispose et d&#233;termine en elle le statut qu'elle donne aux images et aux signes qu'elle emploie. A la fin de l'antiquit&#233;, c'est la th&#233;orie de l'incarnation et de la r&#233;surrection qui donne aux sc&#232;nes spirituelles chr&#233;tiennes leur statut et leur sens symbolique de repr&#233;sentations d'un myst&#232;re divin. Classiquement, c'est le discours d'Alberti sur l'art pictural qui inaugure de la Renaissance et de son usage narratif de la perspective dans l'image. Plus r&#233;cemment, c'est l'argument d'une confrontation de la peinture &#224; la photographie et &#224; son r&#233;alisme qui donne lieu &#224; l'impressionnisme. Ou encore, c'est l'abstraction g&#233;om&#233;trique et la physique math&#233;matique qui font advenir la logique abstraite et multipolaire du cubisme. On pourrait adjoindre &#224; cela comme &#233;galement n&#233;cessaire et requise l'analyse du type d'usages sociaux des &#339;uvres &#224; une &#233;poque donn&#233;e, c'est-&#224;-dire faire une sociologie de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_552 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L350xH262/alberti-leon-battista-facade-of-santa-maria-novella-circa-1458-70-1219103-1ee1a.jpg?1509818458' width='350' height='262' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde, nonobstant le fait qu'il n'y a probablement effectivement jamais d'images repr&#233;sent&#233;es sans paroles, sans langage autour d'elles et dans leur secret, est de ne pas se pr&#233;occuper du discours qui environne et traverse la peinture, mais de partir de l'histoire formelle et picturale concr&#232;te, de la succession &#233;volutive des productions et des styles de la peinture en eux-m&#234;mes, &#224; partir de la perception que l'on a du travail de composition picturale et de l'effet qu'il suscite sur les spectateurs que nous sommes. On peut dans cette seconde &#171; perspective &#187; ne pas n&#233;cessairement tenir compte du discours g&#233;n&#233;ral sur la peinture et ses contextes, par exemple du discours dit critique propre &#224; la modernit&#233; depuis Manet, Monet, Gauguin et C&#233;zanne, mais s'efforcer d'interpr&#233;ter l'&#339;uvre picturale &#224; partir d'elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire dans sa mat&#233;rialit&#233; formelle et picturale, &#224; partir de l'image que l'on voit, des couleurs et des figures, des signes et des intensit&#233;s sensibles qui travaillent celle-ci dans ses opacit&#233;s et transparences, dans ses faux-semblants et simulacres. Il s'agit en quelque sorte d'analyser la logique expressive du sensible avec du sensible, de penser &#224; partir de la sensation, affects et percepts ici r&#233;unis. C'est la position de Gilles Deleuze. Elle pr&#233;suppose que l'image, les couleurs et les formes de la surface peinte, proc&#232;dent d'une logique d'intensit&#233;s oniriques, symboliques et mat&#233;rielles, d'affects et d'impressions, qui sont autant d'&#233;v&#233;nements psychiques, corporels et de peinture, d'une dimension figurale d'o&#249; s'originent la toile, le panneau, l'objet repr&#233;sent&#233; ou fa&#231;onn&#233; tel qu'il est donn&#233; &#224; voir sur un support de projection, d'inscription, de mat&#233;rialit&#233;. Par figural, on entendra l'ensemble des &#233;v&#233;nements et formes picturales concr&#232;tes ind&#233;pendamment de toute repr&#233;sentation figurative sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/alberti.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH330/alberti-f8d20.png?1772190736' width='500' height='330' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est plut&#244;t cette seconde orientation qui est la mienne. Elle n'implique nullement qu'il n'y ait, autour des productions picturales, ni paroles, ni discours qui en organisent et traversent le sens, la possibilit&#233; formelle et mat&#233;rielle. Pour autant, nous ne les entendrons pas a priori, car la peinture est un art qui fait d'abord appel &#224; la perception visuelle et la mobilise en tant que telle sans que les mots ne soient convoqu&#233;s imm&#233;diatement, ni n&#233;cessairement apr&#232;s. N&#233;anmoins, il faut admettre que cette seconde orientation n'est valoris&#233;e que depuis qu'est n&#233; un discours post-critique sur la crise de la repr&#233;sentation dans l'art, sur son &#233;volution d&#233;-figurante, c'est-&#224;-dire vers la d&#233;figuration, le mati&#233;risme et l'expressionnisme abstrait. Il y a donc bien eu un discours sur la peinture et l'image qui a autoris&#233; une telle vision de la peinture hors du discours. Acceptons ce paradoxe sans le traiter pour autant. Ce faisant, on fera fi de l'histoire id&#233;ologique de l'esth&#233;tique, ou de l'histoire des conceptions de la peinture. Je ne m'int&#233;resserai donc pas &#224; la succession institutionnelle des id&#233;es picturales : imitation de la nature, peinture liturgique, peinture narrative, peinture de genre, naturalisme, art abstrait, peinture s&#233;miologique et auto-r&#233;f&#233;rentielle. Je prendrai la peinture comme une chose brute, un art en soi qui fabrique et exhibe des sortes d'images qui durent et perdurent, qu'elles soient figuratives ou pas. J'ajouterai que, de ce point de vue l&#224;, sa d&#233;finition rel&#232;ve non pas du statut que le discours institutionnel lui donne, mais des interpr&#233;tations qu'en fait le discours commun &#224; partir de ce qu'elle nous montre, de sa r&#233;ception. Une telle position anti-linguistique n'est pas pour autant anti-s&#233;miotique, puisque la peinture agence aussi par elle-m&#234;me des signes et de figures, des agencements symboliques plus ou moins lisibles, mais elle permet de prendre l'histoire de l'art &#224; rebours, de s'en d&#233;tacher en &#233;tant intempestif. Il s'agit de partir de l'aspect disons ph&#233;nom&#233;nologique de l'&#339;uvre que la pens&#233;e du regardant est libre de percevoir et d'interpr&#233;ter pour en d&#233;celer le sens ou l'empreinte dans ses dimensions sensibles et formelles, dans sa possible intelligibilit&#233;, mais &#224; partir du surgissement d&#233;sormais induit par le mat&#233;riau pictural et ses dispositions propres. Vous le savez, il n'y a l&#224; rien d'impossible, mais il faut quitter le champ du savoir et se risquer &#224; ne rien comprendre, &#224; se trouver sid&#233;r&#233;, &#224; se plonger dans une histoire atemporelle qui n'est ni plus ni moins fictive et impossible que le discours proclamant l'historicit&#233; institutionnelle de toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, je ne resterai pas non plus prisonnier d'une vision plut&#244;t traditionnelle et classique de la peinture et selon laquelle celle-ci ne serait faite que d'images, de repr&#233;sentations plus ou moins figuratives qui, sans &#234;tre toujours toutes n&#233;cessairement imitatives et naturalistes, ne seraient essentiellement que des images et pas aussi le substrat d'un non-figurable et d'un non-dit, voire d'un immat&#233;riel du corps humain qui n'est pas seulement donn&#233; dans le sens visuel. Disons que je m'en tiendrai &#224; une th&#233;orie des images et des signes figur&#233;s, en n&#233;gligeant les discours qui peuvent bien les environner et les interpr&#233;ter en les assignant &#224; l'&#233;poque des conceptions qu'elles &#233;voquent. De toute fa&#231;on, et c'est l&#224; pour moi une sorte d'axiome, toute repr&#233;sentation figurante peinte, figurative ou figurale, n'est jamais la repr&#233;sentation plus ou moins naturaliste d'un objet r&#233;el, mais toujours une production fictive et formelle issue de l'intelligence du regard sur le visible et la visibilit&#233; qui l'utilise et la transpose. Ce qui vaut &#233;galement pour la peinture figurative et naturaliste. Ainsi avez-vous jamais vu les paysages sylvestres et bucoliques de Corot, si ce n'est dans ses peintures ? Autrement dit, il n'y a de peinture qu'intentionnelle, f&#251;t-elle d&#233;lirante et hallucin&#233;e, car elle proc&#232;de toujours d'un regard du regard sur le visible par le moyen d'une vis&#233;e symbolique, picturale ou graphique. Est intentionnel, on s'en souvient, le proc&#232;s par lequel la pens&#233;e humaine se saisit d'un objet qu'elle vise de fa&#231;on immanente &#224; sa propre activit&#233; et lui permettant d'en produire l'objectivation comme un r&#233;el. Cela ne signifie pas qu'un tel objet soit un existant r&#233;el, si ce n'est &#224; exister pour la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle orientation revient donc &#224; admettre comme point de d&#233;part quant &#224; l'image peinte qu'il y a au moins deux r&#233;els distincts, celui de l'image et celui du discours. Disons alors en ce sens qu'il y a ontologiquement des images et des figures et qu'elles prennent leur essor, leur forme et leur statut, dans le travail de la figuration picturale qui appartient au peintre et &#224; son geste. Il y a donc un r&#233;el du peindre qui &#233;chappe, ou s'&#233;chappe du discours et qui est l'exp&#233;rience de la peinture. Et si Ren&#233; Magritte jadis, Jean Daviot aujourd'hui, venaient pour soutenir le contraire, on ne l'entendrait pas, m&#234;me s'ils prouvaient le tort qu'il y a &#224; maintenir une telle dichotomie. L&#224;, encore j'admets volontiers qu'il y a erreur, mais je crois pouvoir et devoir persister en elle. Cependant, le probl&#232;me pourrait se poser tout autrement si on en venait &#224; postuler l'existence de quelque chose comme un langage sp&#233;cifique de la peinture ou des signes graphiques, distinct du langage des mots et qu'on l'appelle &lt;i&gt;art pictural&lt;/i&gt;. Ce qui est possible, mais un tel langage se passerait de mots, ne pourrait se syst&#233;matiser et il serait aussi fait d'actes du corps, de la main, de productions mat&#233;rielles formelles-informelles visibles, de nature tactile et haptique. Par haptique, on entendra cette dimension sp&#233;cifique du regard qui lui fait toucher ses objets et non pas seulement les voir, ce qui est optique. Un tel langage pictural ne serait donc pas directement traduisible dans le sens d'un discours pr&#233;-donn&#233;. Donc ici, &#224; mauvais entendeur, salut.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A partir de telles pr&#233;misses, on peut en venir au premier des aspects du sujet annonc&#233; par le titre, celui du rapport de la peinture et du corps, ou, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, de l'art pictural avec le corps. Appelons &lt;i&gt;image&lt;/i&gt;, le point de d&#233;part imaginal de toute figuration picturale, m&#234;me si toutes ne sont pas des images, au sens d'une figuration imitative et analogique d'un objet r&#233;el dont nous aurions plus ou moins la perception par la sensation. S'il y a donc des images, des figurations, des figures, des trames de traits et de couleurs ayant valeur de repr&#233;sentations pour les yeux et l'esprit, et que celles-ci sont produites par le travail du graphisme et de la peinture, mais aussi de la sculpture et de la gravure (ils n'en sont pas tellement dissociables dans les formes anciennes de l'art pr&#233;historique), et que de telles images ne r&#233;sultent pas de simples transpositions des perceptions optiques spontan&#233;es, quels sont donc les r&#233;f&#233;rents les plus fr&#233;quents de cet art pictural ? &#192; une telle question, il pourra para&#238;tre impossible et pr&#233;tentieux de r&#233;pondre du fait de la diversit&#233; des productions &#224; travers le temps et l'espace, moins si l'on s'en tient &#224; l'art occidental de la pr&#233;histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'appuyant sur les travaux des pal&#233;ontologues, plus pr&#233;cis&#233;ment sur ceux d'Andr&#233; Leroi-Gourhan, on peut distinguer plusieurs th&#233;matiques ou figures types dans l'art pictural, en remarquant que celui-ci a pour axe pr&#233;dominant, d&#232;s ses formes les plus anciennes, la repr&#233;sentation du corps animal et humain. Pour ma part, dans l'immense recueil comparatif et classificatoire des repr&#233;sentations pari&#233;tales de l'art pr&#233;historique, je crois pouvoir distinguer six types de figuration du corps qui peuvent &#233;galement se combiner et s'associer. Il y a, la plus fr&#233;quente, celle analogique de l'animal (1), celle sch&#233;matique du corps humain (2), celle plus ou moins r&#233;aliste, symbolique et grotesque-fantastique, du corps hybride animal-humain (3), celle symbolique, sch&#233;matique ou r&#233;aliste du corps sexu&#233; masculin et f&#233;minin (4), celle figurale du corps spectral (5) et enfin celle de la face, du visage seul (6), qui semble le plus souvent masculine et caricaturale. De toutes ces figures corporelles, la plus sp&#233;cifiquement peinte, faite de couleurs et de dessin, est celle de l'animal. Le corps humain, r&#233;aliste ou sch&#233;matique, est lui dessin&#233;, trac&#233;, creus&#233;, grav&#233;. Les corps sexuel, spectral et les visages, sont sculpt&#233;s, grav&#233;s et dessin&#233;s. Quand le corps est d&#233;sign&#233; dans sa sp&#233;cificit&#233; sexuelle, il pourra tendre &#224; devenir sch&#233;matique, voire devenir symbolique sous la forme de signes abstraits. On peut tout de m&#234;me discerner des p&#233;nis &#233;rig&#233;s sur les corps masculins dessin&#233;s. Mais la symbolisation du caract&#232;re sexuel du corps peut tendre &#224; se dissocier du corps global ou &#224; devenir g&#233;om&#233;trique, presque litt&#233;rale. Pour autant, le corps f&#233;minin appara&#238;t aussi sous forme anatomique, charnelle, ou dans la figuration directe de la vulve, d'une image des &#171; origines du monde &#187; si l'on pense &#224; Courbet, pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on parcellaire. Quant au corps masculin sexu&#233;, il semble plus sch&#233;matique, bien plus trac&#233; que repr&#233;sent&#233; de fa&#231;on analogique. De fa&#231;on globale, toutes ces th&#233;matiques picturales, quand elles ne sont pas faites de symboles abstraits non-figuratifs, entra&#238;nent et mobilisent une repr&#233;sentation du corps et de la face ou t&#234;te, conjoints ou disjoints. Ce qui exprim&#233; abstraitement implique, d'une part, le volume du corps comme un englobant dynamique et, d'autre part, la surface de la t&#234;te-face comme un milieu percevant statique. Autrement dit, un corps-sac contenant d&#233;limit&#233; et une face perc&#233;e, r&#233;ceptrice marqu&#233;e. Ce peut-&#234;tre une repr&#233;sentation animali&#232;re, elle aura le plus souvent corps et/ou t&#234;te. Observons &#233;galement que face et corps peuvent se voir repr&#233;sent&#233;s ind&#233;pendamment l'un de l'autre. Il y a des corps sans face et des t&#234;tes ou faces sans corps. Cependant, il n'est gu&#232;re possible de dissocier nettement le style de la repr&#233;sentation formelle des faces humaines, souvent de profil, des t&#234;tes animales. Quant au corps sexu&#233;, on constate qu'il tend &#224; se dessiner peu &#224; peu de mani&#232;re symbolique par une dissociation des signes organiques de l'identit&#233; sexuelle de l'ensemble corporel global.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3625449232.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH370/3625449232-85fd5.jpg?1509818458' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De telles repr&#233;sentations des corps, du corps, peuvent &#234;tre obtenues en gravant, en tra&#231;ant, en &#233;talant de la couleur, en modelant, en &#233;pousant la forme d'un relief, voire par la combinaison de ceux-l&#224;. De sorte qu'on peut percevoir ici que le propre de l'image, devenue &lt;i&gt;figure&lt;/i&gt;, est qu'elle tend &#224; venir s'apposer &#224; un support physique qui, bien que diff&#233;rent d'elle, en est l'&#233;l&#233;ment de compossibilit&#233; qui lui permet de se mat&#233;rialiser. Elle peut &#234;tre plane, mais aussi par sa propre plasticit&#233; kinesth&#233;sique devenir &#233;paisseur et prendre la forme d'un corps tridimensionnel, tendre &#224; &#234;tre fresque, &#224; se mouvoir. Ainsi l'image est aussi le vecteur d'un mouvement &#224; la fois abstrait et concret, bien qu'elle soit immobile dans sa facture mat&#233;rielle. Car l'image vient comme s'habiller de mati&#232;re et celle-ci la supporte et la conserve, lui donnant existence dans le r&#233;el externe. Pour autant, il y a aussi dans l'art graphique et pictural des corps formels et des figures-signes qui ne ressemblent &#224; aucun corps naturel, ni visage apparemment humain. Comme si l'image, hormis sa valeur repr&#233;sentative directe plus ou moins analogique, &#233;tait environn&#233;e, parsem&#233;e et tram&#233;e d'embl&#233;e d'un devenir signe qui l'apparente aux formes de l'&#233;criture par une stylisation des ses &#233;l&#233;ments abstraits : hachures, traits, figures g&#233;om&#233;triques r&#233;guli&#232;res, superpositions, r&#233;it&#233;rations. Cependant, dans l'art pari&#233;tal, les repr&#233;sentations du corps animal et de la face humaine apparaissent, ainsi que celles du corps humain, comme les motifs les plus pr&#233;dominants de ce qui est figur&#233;. Il semblera donc assez peu possible de s&#233;parer les formes picturales figuratives les plus anciennes de la production de figures g&#233;om&#233;triques, du recours &#224; des signes symboliques abstraits non-figuratifs, de l'int&#233;r&#234;t manifeste pour la forme et la figure du corps, puis pour la repr&#233;sentation de la face, de la figure humaine. En cela, l'objet de l'art pictural est d'embl&#233;e m&#251; par la vis&#233;e de montrer quelque chose du corps, qu'il soit celui d'un vivant, homme ou animal, masculin ou f&#233;minin, spectre ou esprit. En ce sens, pour l'&#234;tre humain, quelque chose de l'appara&#238;tre propre au regard se trouve dans la saisie de la configuration corporelle ou charnelle, du contour trac&#233; ou peint du principe mat&#233;riel des corps, comme donation essentielle conjointe du visible et de l'invisible, cela dans la repr&#233;sentation picturale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L424xH510/noli-me-tangere-titien-cf8e5.jpg?1509818458' width='424' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, pour que ce soit possible, il faut la texture du trait, la mati&#232;re de la couleur et le jeu de la constructibilit&#233; formelle d'un objet pour le regard. Il faut encore la dualit&#233; de la surface et du volume, de l'&#233;paisseur et de la ligne, du creus&#233; et du model&#233;. A quoi viennent s'adjoindre les jeux de la lumi&#232;re et de l'ombre, du jour et de la nuit, de l'enfoui et du d&#233;voil&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, c'est la dualit&#233; de la vision et de la r&#233;alit&#233; qui advient et se d&#233;ploie dans cet art, l'&#233;cart de l'image et de la chose, du visible apparent et de l'invisible cach&#233; qui sont aussi symboliquement la diff&#233;rence du vivant et du mort, du pr&#233;sent et de l'absent, des bruits et du silence, de la pens&#233;e qui imagine et con&#231;oit et du corps qui &#233;prouve et per&#231;oit. D'embl&#233;e la peinture est un art, une technique de repr&#233;sentation et une pratique cultuelle, une relation &#224; la sacralit&#233;, &#224; ce qui se retire du c&#244;t&#233; de l'intouchable et du non-visible et qui habite les pens&#233;es. Par ailleurs, l'art graphique et pictural, m&#234;me s'il ne para&#238;t parfois qu'ornemental, n'est jamais exempt d'une th&#233;orie latente de la nature du monde, d'un lien &#233;tabli entre les figures, les signes et les choses, avec le secret d'un non-visible, d'un environnement ontologique dans lequel &#233;voluent aussi des dieux, les morts, les forces et les puissances invisibles. En ce sens, figurer, graver, peindre, tracer, repr&#233;senter, inscrire, c'est tout autant saisir le r&#233;el d'une existence pr&#233;sente, que s'efforcer de produire ce qui n'est pas, n'est plus, ou existe tout autrement, sis dans un autre r&#233;el qui d&#233;double celui-ci de son enveloppe ou soubassement myst&#233;rieux, inaccessible bien que co-pr&#233;sent au monde environnant. La peinture est donc d'embl&#233;e un art que l'on ne peut dissocier du religieux, au sens ici d'une vision de l'invisible qui a partie li&#233;e avec les dieux, les morts, les forces secr&#232;tes, avec le domaine th&#233;ologique qu'il soit animiste ou d&#233;iste, voire aussi d&#233;j&#224; m&#233;taphysique, c'est-&#224;-dire r&#233;f&#233;r&#233; &#224; des id&#233;es-principes immat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le corps est plut&#244;t l'enveloppe, l'englobant identifiable en sa forme typique et sch&#233;matis&#233; par son trac&#233;, son contour et sa silhouette, il ne se r&#233;duit pas &#224; cela, au rapport d'une figure et d'une forme. Il est aussi le dynamisme des mouvements et la brillance des couleurs, la forme fugace et intense d'une &#233;nergie qui fait de l'image des corps un appara&#238;tre suspensif et d&#233;li&#233;, une intensit&#233; de pens&#233;e et de gestes qui exprime de fa&#231;on sensible le spirituel, la libert&#233; de l'esprit humain, joie et effroi m&#234;l&#233;s dans l'image. Enfin, ce corps repr&#233;sent&#233;, c'est aussi le contenu du trac&#233; des corps, le tactile et le sensoriel qui peuvent tendre &#224; l'informe, &#224; l'ind&#233;termin&#233;, et qui sont rapport de la couleur et de la mati&#232;re vivante, des volumes et du corps charnel qui se touche et se creuse, qui tend &#224; se sculpter, s'il ne se d&#233;vore et se prend. A ce titre, il est int&#233;ressant de d&#233;velopper l'observation suivante. La th&#233;ologie chr&#233;tienne, comme le montre Marie-Jos&#233; Mondzain, oppose, &#224; partir de St Paul, le spirituel, le charnel et le corporel. Le premier proc&#232;de de l'expression du principe cr&#233;ateur, de la personne du P&#232;re, le second correspond &#224; l'incarnation par la naissance virginale, &#224; la personne du Fils, le troisi&#232;me correspond &#224; la communaut&#233; des croyants, &#224; l'&#201;glise institutionnelle et aux sacrements de la communion. La dualit&#233; path&#233;tique de la chair et de l'esprit dont atteste l'incarnation et le supplice du Christ &#233;tant r&#233;sorb&#233;e par l'unit&#233; de l'esprit et du corps dans l'appartenance &#224; la communaut&#233; eccl&#233;siale. Cette tripartition de l'esprit, de la chair et du corps, on peut la retrouver sans syst&#233;maticit&#233; dans les figures de l'art pari&#233;tal, mais distribu&#233;e tout autrement. Curieusement, le spirituel appara&#238;t dans la musicalit&#233; et la gr&#226;ce des repr&#233;sentations animales peintes, &#224; la fois r&#233;alistes et symboliques, celles d'un l'animal probablement mythifi&#233; et chass&#233;, puis sacrifi&#233; et consomm&#233;. Le corporel, lui, appara&#238;t dans les formes sch&#233;matiques et m&#233;tamorphiques de corps masculins toujours grav&#233;s et dessin&#233;s, mais jamais peints. Quant &#224; la dimension charnelle, dans sa sensualit&#233; et sa mat&#233;rialit&#233;, dans ses volumes et formes g&#233;n&#233;reuses, elle est repr&#233;sent&#233;e du c&#244;t&#233; de corps f&#233;minins qui, grav&#233;s ou creus&#233;s, voire sculpt&#233;s, sont les seuls &#224; appara&#238;tre en relief, de fa&#231;on analogique ou grotesque, une chair parfois d&#233;j&#224; repr&#233;sent&#233;e &#224; la limite de l'obsc&#233;nit&#233;, d'une d&#233;mesure. Ce n'est pas l&#224; dire que le corps masculin n'est pas tout autant charnel, mais dans les repr&#233;sentations pari&#233;tales de la pr&#233;histoire, il n'est pas montr&#233; tel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'en viens donc &#224; la seconde th&#233;matique de mon expos&#233;, le lien entre la peinture, la peinture des corps, de la chair et de l'esprit, et la th&#233;ologie. Si la peinture est le plus anciennement une peinture des corps et des faces, y compris animali&#232;res, elle est &#233;galement d'embl&#233;e un tressage particulier dans l'image du visible et de l'invisible. En cela, on pourra dira qu'elle est peinture de la dimension th&#233;ologique, au sens de la pr&#233;sence-absence d'un autre divin, de l'&#234;tre qui n'est pas, mais dont on soup&#231;onne l'&#234;tre et la pr&#233;sence et qui advient par l'image &#224; l'existence dans le monde sensible. Une telle dimension appara&#238;t curieusement tout d'abord dans ces figures d'animaux, finalement anthropologiques, parce que dot&#233;es d'une vibration spirituelle qui n'est pas du tout animale. Elle s'exprime en cette intensit&#233; suspensive, musicale et dynamique, qui les fait &#234;tre, par la couleur et le trait et, pour le regard, dans leur &#233;lan processionnel ou leur masse sauvage de corps anim&#233;s, habit&#233;s d'une vie sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de quoi on posera, de fa&#231;on axiomatique, qu'il n'y a pas de peinture qui ne soit aussi celle du corps et de la face, toute repr&#233;sentation de ceux-ci ne se pouvant qu'&#224; partir d'une vision suprasensible du corps vivant, ou d'une vision spiritualis&#233;e de celui-ci et de ses organes faciaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, on d&#233;signera corr&#233;lativement comme th&#233;ologique, toute repr&#233;sentation qui avoisine avec la pr&#233;sentification du non-&#234;tre et de l'invisible, en tant qu'ils sont m&#233;di&#233;s par le probl&#232;me du corps et de sa repr&#233;sentation dans l'image, y compris par un corps de signes et de symboles non-figuratifs qui n'en sont pas en soi dissociables puisqu'ils inscrivent dans l'environnement des corps comme un treillage suppl&#233;mentaire de leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, toute peinture est potentiellement th&#233;ologique, puisque qu'elle d&#233;ploie un rapport &#224; l'image du corps et de la face comme &#224; une mat&#233;rialisation de l'invisibilit&#233; pour le regard. Marie-Jos&#233; Mondzain, encore, montre que dans le christianisme byzantin, plut&#244;t johannique dans son inspiration, l'ic&#244;ne peinte n'est point l'image de la personne du Christ, mais la repr&#233;sentation dans l'ordre du visible de qualit&#233;s spirituelles invisibles dont sa personne est le repr&#233;sentant symbolique dans la chair m&#234;me. Pour autant, on admettra bien que pour qu'une telle transposition figurative dans le visuel se fasse, il faille qu'elle soit un effet de la parole et du langage. Ne le nions pas, mais celui-ci ne se dit pas, il se voit. Le passage &#224; la figuration suppose un retrait de la parole, une c&#233;r&#233;monie silencieuse du regard et de la main qui se passant de mots, ne se passe pas de figures, de couleurs et de signes. Les graphismes, les images, les signes symboliques non-linguistiques se voient, se d&#233;chiffrent, se contemplent, &#224; d&#233;faut de se lire et de signifier quelque chose clairement pour celui qui les contemple. Ils ne sont donc pas r&#233;f&#233;r&#233;s au m&#234;me registre de pens&#233;e que les mots du discours, parce que leur d&#233;notation n'est pas certaine et que c'est cela qui les rend signifiants et apparent&#233;s &#224; la sc&#232;ne de l'invisibilit&#233; en tant que toujours d&#233;j&#224; soustraite au regard et condition de sa possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/marsyas_titien.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH546/marsyas_titien-e9706.jpg?1509818458' width='500' height='546' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, il s'ensuit qu'il faut encore se demander ce qu'a le corps figur&#233; de th&#233;ologique. Pourquoi l'est-il ? La proposition est &#233;minemment discutable et sujette &#224; controverse, puisque les th&#233;ologies monoth&#233;istes ont nettement oppos&#233; institutionnellement, historiquement et conceptuellement, aux repr&#233;sentations symboliques animistes et &#224; celles figuratives des divinit&#233;s pa&#239;ennes, le caract&#232;re irrepr&#233;sentable d'un Dieu unique qui serait &#224; proprement parler la seule conception v&#233;ritable de la nature du th&#233;ologique &#224; l'exclusion de toutes les autres. Comment se fait-il alors que l'on puisse pourtant de fa&#231;on sp&#233;culative associer la repr&#233;sentation picturale d'embl&#233;e &#224; la question du divin, des dieux et des esprits, et donc ne pas la dissocier aussit&#244;t du th&#233;ologique, y compris de la mention d'un Dieu unique et &#224; jamais invisible ? Les arch&#233;ologues et les pal&#233;ontologues ont longuement discut&#233; et disput&#233; du caract&#232;re rituel et sacral des peintures pari&#233;tales. Et comme ils ne pouvaient les interpr&#233;ter directement, ils se sont r&#233;f&#233;r&#233;s &#224; la symbolique des chamans d'Asie qui est l'une des plus anciennes dont nous disposons et qui n'est pas sans parent&#233; avec l'art pr&#233;historique. Il est clair, jeu de mot compris, que l'on ne se rend pas dans des cavernes d&#233;pourvues de lumi&#232;re diurne pour peindre sans un motif autre que simplement profane. Il y a l&#224; n&#233;cessairement quelque rituel, quelque sacralit&#233;. On peut le supposer, m&#234;me si toutes les peintures pari&#233;tales n'&#233;taient pas dissimul&#233;es. Pour ma part, je ne sp&#233;culerai que sur le sens esth&#233;tique des images, ne pouvant acc&#233;der &#224; quelque aspect doctrinal qui serait un corpus de croyances inaccessibles que nous ignorons. Le sociologue Emile Durkheim disait qu'il fallait distinguer religion et rituels. La premi&#232;re est un ensemble de croyances, les seconds sont des pratiques sociales impliquant des gestes, des coutumes et des techniques concr&#232;tes. La peinture, dans sa structuration propre, est d'abord une pratique et une technique de figuration qui d&#233;ploie de ce fait son sens en elle-m&#234;me. Il n'est donc pas n&#233;cessaire d'en conna&#238;tre la doctrine pour y acc&#233;der, puisque l'usage du regard qu'elle appelle reste techniquement d&#233;pos&#233;e dans les images qu'elle a assembl&#233; en tant qu'elles induisent ce regard. Pour autant, il peut nous appara&#238;tre que l'image n'est visible qu'environn&#233;e d'invisibilit&#233;, d'obscurit&#233;, comme il en r&#232;gne m&#233;taphoriquement et mat&#233;riellement dans les salles et boyaux des cavernes ou sur le fond sombre des peintures de l'&#226;ge classique moderne. Ce en quoi il se confirmerait qu'elle proc&#232;de du secret, d'une visibilit&#233; d'abord d&#233;rob&#233;e, soustraite au regard qui ne saurait pas la c&#233;l&#233;brer et en d&#233;celer le miroitement spirituel singulier. Pour r&#233;pondre aux questions pos&#233;es, je m'en tiendrai pour ma part comme fond de r&#233;f&#233;rence aux figures de l'art antique, &#224; la peinture des grecs et des latins, puis &#224; l'art chr&#233;tien et &#224; la Renaissance, tels que nous pouvons y avoir acc&#232;s et connaissance. Les doctrines qui les environnent nous sont bien plus connues, nous pouvons donc les n&#233;gliger ou nous en inspirer pour nous en tenir &#224; ce qui se produit dans l'image peinte. De plus, de telles images nous sont des plus famili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord et plus avant, quel rapport y a-t-il entre le corps et la th&#233;ologie ? C'est un th&#232;me qui n'est pas anodin. Savoir si le dieu a un corps et la nature de celui-ci, sont des questions capitales qui traversent diverses th&#233;ologies et qui sont devenues retentissantes avec le r&#233;cit de l'incarnation chr&#233;tienne. Par ailleurs, subs&#233;quemment, s'est toujours trouv&#233; pos&#233;e la question de la nature du corps humain. Est-il simplement vivant et mortel, ou &#233;galement, &#224; l'instar du dieu, dot&#233; d'une nature immortelle, voire immat&#233;rielle, d'un corps suppl&#233;mentaire d'ordre spirituel, a &#233;t&#233; une question tout aussi importante et cruciale dans les diverses croyances et religions humaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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