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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Sens du mat&#233;riau</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s la mise en ligne, du premier volet Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie traitant des sens interdits, Michel Jeandin nous livre ici une synth&#232;se, sens par sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels les mat&#233;riaux de l'art agissent. Bonne lecture !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2735-6b46e.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la mise en ligne, du premier volet Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie traitant des sens interdits, Michel Jeandin nous livre ici une synth&#232;se, sens par sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels les mat&#233;riaux de l'art agissent. Bonne lecture !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mat&#233;riau peut tromper par son apparence : &#224; la vue comme &#224; tout autre sens. S'il faut cat&#233;goriser, selon une d&#233;testable habitude, il peut &#234;tre dit que le scientifique essaiera d'y &#233;chapper (&#224; son apparence) pour en d&#233;finir des caract&#233;ristiques intangibles, tandis que l'artiste cherchera &#224; l'exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste plasticienne Kiki Kogelnik, en son temps l'avait bien compris et employait du mat&#233;riau sous forme de mousse pour masquer son corps lors de diff&#233;rentes performances &#224; New York dans les ann&#233;es 1960. Pionni&#232;re du mouvement f&#233;ministe gr&#226;ce &#224; ses m&#233;ditations sur le corps f&#233;minin genr&#233;, marchandis&#233;, fa&#231;onn&#233; et artificiel, les mat&#233;riaux la masquant bloquaient l'acc&#232;s aux sens : les siens mais aussi ceux qui l'observaient, la femme potiche s'en trouvant combattue ainsi. Elle fut, par l&#224;-m&#234;me, l'une des premi&#232;res &#224; souligner l'artificiel, bien avant l'intelligence (loin d'en &#234;tre une) du m&#234;me nom, le r&#233;sumant dans sa maxime rest&#233;e fameuse &#171; L'art vient de l'artificiel &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artifice peut donc &#234;tre un masquage par le mat&#233;riau comme le mat&#233;riau, lui-m&#234;me, peut &#234;tre artificiel, gagnant alors (m&#234;me si ce n'est pas toujours valorisant) le qualificatif de simili ou de pseudo : simili cuir, pseudo-alliage, etc. Les plastiques, en particulier, y ont trouv&#233; la voie royale de l'imitation. Certains sens s'en trouvent alors interdits pour favoriser la perception d'un trompe-l'&#339;il (ou tout autre sens), par exemple, ou plus g&#233;n&#233;ralement, de ce qui s'apparente &#224; la&lt;i&gt; blufiKultur,&lt;/i&gt; les canards, ou les infox (&lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;) comme il se dit aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces effets de tromperie peuvent &#234;tre apocalyptiques, cela dit surtout pour assurer la transition avec ce qui suit, en l'occurrence une confusion entre mat&#233;riaux due &#224; leur apparence. L'apocalypse, en effet, ou plut&#244;t l'Apocalypse (21 :18) selon St Jean, d&#233;crit ainsi : &#171; &#8230; , la ville &#233;tait d'or pur semblable &#224; du verre transparent &#187;. De nos jours, la tromperie repose sur le virtuel. L'&#233;crivain Nathan Devers, d'ailleurs, reprend, fort &#224; propos, ces termes &#171; or-verre &#187; de l'Apocalypse pour qualifier le m&#233;tavers, souvent pris pour la nouvelle J&#233;rusalem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Les liens artificiels, Albin Michel, 2022, p. 97&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;tavers rime avec or-verre : rien que de plus normal donc.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la mati&#232;re &#8212; nom g&#233;n&#233;rique du mat&#233;riau comme pr&#233;f&#232;rent dire ceux qui travaillent dans le domaine &#8212; n'est ni artifice ni artificielle comme vu pr&#233;c&#233;demment, l'artiste doit en ma&#238;triser la qualit&#233; constitutionnelle pour qu'elle s'accorde &#224; ce qu'il veut en tirer. Certains artistes vont ainsi jusqu'&#224; &#233;laborer leur mati&#232;re/mat&#233;riau, y compris pour qu'elle ne porte plus trace de ce qui est appel&#233; commun&#233;ment &#171; l'intelligence de la main &#187; propre &#224; la d&#233;naturer. La mati&#232;re, parfois laborieusement &#233;labor&#233;e, se rapproche alors de l'encre du calligraphe comme l'a montr&#233; l'artiste chinois Yang Jiechang sous la cam&#233;ra de Jean-No&#235;l Delamare &lt;i&gt;(figure 31)&lt;/i&gt;. Il n'est donc pas surprenant que des peintres chinois comme CHU Teh-Chun utilisent, pour peindre, de l'encre de chine, afin de prouver leur &#171; ancrage dans la culture chinoise &#187; (dixit quelque ex&#233;g&#232;te de la peinture chinoise sans (ou plut&#244;t avec) jeu de mots, dont le nom ne sera pas pr&#233;cis&#233;). A l'inverse de la maxime de Kogelnik (cf. d&#233;but de cette partie &#171; Sens du mat&#233;riau &#187;), &#171; l'art vient de l'artificiel &#187;, il est donc plus opportun de dire, &#171; l'art vient du mat&#233;riau &#187;, quitte &#224; ce que le mat&#233;riau joue le pseudo ou l'artificiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;111&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.31_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/fig.31_2nd-volet-96b75.jpg?1772213148' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 31. Jean-No&#235;l Delamare extrait de vid&#233;o &#171; Encres de Chine &#187;, 1992.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction conclura logiquement que l'artiste doit prendre un soin particulier au choix des mat&#233;riaux &#224; utiliser pour ses cr&#233;ations. Ce sont les propri&#233;t&#233;s des mat&#233;riaux, donc leur connaissance, qui doivent guider ce choix pour qu'ils assurent les fonctions que l'artiste veut leur voir exprimer. Il ne s'agit de rien d'autre que d'un cahier des charges artistique, autrement dit de la perception sensorielle, m&#234;me si l'expression peut choquer, un cahier des charges s'appliquant, en effet, g&#233;n&#233;ralement au domaine technique ou industriel. Ici, il s'agit bien d'un cahier des charges pour les mat&#233;riaux devant r&#233;pondre, par leurs propri&#233;t&#233;s, aux objectifs de perception sensorielle vis&#233;s par l'artiste. C'est pourquoi la suite du texte est structur&#233;e par fonction sensorielle, not&#233;e ainsi : fonction &#233;metteur (sens r&#233;cepteur). La vue y sera encore privil&#233;gi&#233;e. Moins de figures seront int&#233;gr&#233;es au texte pour ne pas l'alourdir, le lecteur, pouvant, cependant, par curiosit&#233;, trouver sur l'internet les images d'illustration correspondant aux r&#233;f&#233;rences donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Montrer (voir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des &#171; propri&#233;t&#233;s mat&#233;riaux &#187; &#224; associer &#224; ce qui est vu (montrable) est celle appel&#233;e plasticit&#233;. Cette propri&#233;t&#233; caract&#233;rise, en effet, la capacit&#233; de la mati&#232;re &#224; se d&#233;former sans se rompre. La ma&#238;trise de la forme en d&#233;pend, la sculpture donc aussi, en premier lieu &#233;videmment. Ma&#238;tre mot dans le domaine des mat&#233;riaux, o&#249; elle a donn&#233; lieu &#224; nombre de th&#233;ories scientifiques, la plasticit&#233; l'est aussi dans le domaine des arts plastiques (les bien nomm&#233;s) et la litt&#233;rature. Une revue sp&#233;cialis&#233;e en est m&#234;me, pour cela, intitul&#233;e &lt;i&gt;Plasticit&#233;.&lt;/i&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain de Maincutters, dans sa recherche de l'arch&#233;ologie des formes, est, au titre de la plasticit&#233;, l'un des plus saillants. L'influence de l'environnement sur les &#339;uvres artistiques expos&#233;s, notamment par sa temp&#233;rature sur leur forme, y sont source d'inspiration sur la labilit&#233;. Le d&#233;veloppement des mat&#233;riaux &#224; m&#233;moire de forme, incessant depuis la Seconde Guerre mondiale et la d&#233;couverte de l'effet de m&#233;moire de forme dans des alliages cupro-aluminium, constitue, en quelque sorte une r&#233;ponse &#224; cette labilit&#233;. Un mat&#233;riau &#224; m&#233;moire de forme, d&#233;form&#233; par chauffage, retrouve, en effet, toujours son &#233;tat initial apr&#232;s simple refroidissement. Les applications industrielles en sont aujourd'hui multiples : tissus infroissables, proth&#232;ses m&#233;dicales, mat&#233;riels orthodontiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain n'est pas en reste pour exploiter la m&#233;moire de forme mais dans une optique oppos&#233;e &#224; Maincutters, &#224; savoir montrer la p&#233;rennit&#233;/immuabilit&#233; des choses. Ainsi, Jean-Marc Philippe (disparu en 2008) cr&#233;a &lt;i&gt;KEO,&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1990, une sculpture en alliage &#224; m&#233;moire de forme pionni&#232;re dans l'art dit spatial. L'envol en orbite de &lt;i&gt;KEO,&lt;/i&gt; l'oiseau arch&#233;ologique de Philippe, a &#233;t&#233; retard&#233; par le d&#233;c&#232;s de l'artiste mais fait toujours partie des satellites inscrits dans le programme de lanceurs ayant accept&#233; le principe de l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trente ans apr&#232;s son lancement, le projet de Philippe existe donc toujours, r&#233;v&#233;lant ainsi aussi son immuabilit&#233; en une esp&#232;ce de m&#233;moire de forme de l'artiste. Son ex&#233;cution constitue, par l&#224;-m&#234;me, une autre &#339;uvre d'art &#8212; conceptuelle &#8212; s'ajoutant &#224; la sculpture d'origine. Plus g&#233;n&#233;ralement, les alliages &#224; m&#233;moire de forme pourraient/devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une p&#226;te &#224; r&#233;miniscences, mati&#232;re premi&#232;re souvent de l'artiste comme les &#233;pisodes 3 et 4 de la s&#233;rie ont pu le montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;La premi&#232;re des &#171; propri&#233;t&#233;s mat&#233;riaux &#187; &#224; invoquer pour ses relations avec les sens, la vue notamment, est m&#233;canique, la plasticit&#233; en l'occurrence. La seconde est la rugosit&#233; superficielle, autrement dit plus prosa&#239;quement, le relief. Cette propri&#233;t&#233; est topographique avec, en cons&#233;quence directe, sa qualification en tant que propri&#233;t&#233; optique puisque c'est l'&#233;tat de surface (en plus de sa nature) qui r&#233;git le comportement optique d'un mat&#233;riau (absorption, r&#233;flexion, r&#233;fraction, dispersion&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur des partis en est pris dans l'art du vitrail o&#249; la &#171; mise en plomb &#187;, c'est-&#224;-dire le sertissage des verres color&#233;s, permet les effets de lumi&#232;re et de contraste uniques. Le choix du plomb y est primordial car la faible duret&#233; de ce mat&#233;riau permet un &#233;tat de surface assez lisse et ma&#238;trisable &#224; la mise en forme, qui, associ&#233; &#224; sa couleur grise, conf&#232;re un contraste optique exceptionnel avec le verre environnant. Incidemment, gr&#226;ce au plomb ici, le lien est &#233;tabli entre plasticit&#233; (la premi&#232;re propri&#233;t&#233; d&#233;crite) et relief, artistes de la forme et de la lumi&#232;re. L'artiste contemporain Franck Scurti l'a exploit&#233; merveilleusement dans son &#339;uvre &lt;i&gt;Lux-vision #1&lt;/i&gt; (2021-2022), affirmant que c'est la diffusion superficielle de la lumi&#232;re qui avait inspir&#233; cette cr&#233;ation. Le verre de Murano et le plomb y marivaudent sublimement entre eux, nonobstant leur diff&#233;rence de classe : vitreux et m&#233;tallique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, plus classiquement, sans remonter au Moyen &#194;ge, Josef Albers avait exp&#233;riment&#233; ce voisinage verre-m&#233;tal, aux propri&#233;t&#233;s optiques diff&#233;rentes, dans, par exemple, &lt;i&gt;Eclats dans la grille&lt;/i&gt; ( 1921) et &lt;i&gt;Parc&lt;/i&gt; (1923-1924). En jouant (volontairement ou non) sur l'&#233;tat de surface du m&#233;tal qu'elle affectionnait particuli&#232;rement pour en couvrir ses toiles, Anna-Eva Bergman parvient &#224; donner &#224; l'aluminium un aspect gris acier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. N&#176;6-1960 Pyramide, 1960&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que ces mat&#233;riaux pr&#233;sentent des plasticit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rentes. A l'extr&#234;me, l'&#233;tat de surface peut &#234;tre rendu propre &#224; absorber quasi totalement la lumi&#232;re, gr&#226;ce &#224; des techniques de traitements superficiels de pointe (c'est le cas de le dire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain a contribu&#233; fortement au d&#233;veloppement du plus connu de ces mat&#233;riaux, le Vantablack (ou Vantanoir comme peu fr&#233;quemment dit), popularis&#233; par le plasticien britannique Anish Kapoor. Le Vantablack est compos&#233; de carbone, mat&#233;riau d&#233;j&#224; bien absorbant, mais sous la forme de nanotubes &#224; sa surface qui lui conf&#232;re un relief en peau de choupisson, conduisant &#224; une absorption de 99,995 %. Ce &#171; pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re &#187;, pour reprendre les termes de l'auteur esth&#232;te Serge Bramly&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Un pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re, Flammarion, 1979&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, doit sa caract&#233;ristique &#224; un relief de surface commensurable aux longueurs d'ondes du spectre lumineux classique. A ces &#233;chelles fines, le relief &#171; casse &#187; la lumi&#232;re comme, &#224; une autre &#233;chelle (plus grossi&#232;re), les pieux de ch&#234;ne brise-lames, plant&#233;s sur la plage de Saint-Malo depuis 200 ans, cassent les vagues. Le Normand pr&#233;f&#233;rera citer les pieux de la plage de Coutainville prot&#233;geant sa dune de sable. Qu'elle soit lumineuse ou aqueuse, l'onde, en partie corpusculaire, se trouve cass&#233;e et pi&#233;g&#233;e dans son d&#233;placement. Ce m&#234;me principe pr&#233;side au d&#233;veloppement des m&#233;tamat&#233;riaux, d&#233;j&#224; cit&#233;s dans une autre chronique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;d&#233;tails in Les mat&#233;riaux propices au surgissement du merveilleux, Smaris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, susceptibles un jour d'exaucer le r&#234;ve de l'invisibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrer, dans le sens de faire voir, donne la part (la plus belle) aux mat&#233;riaux puisqu'intervenant dans la gamme de vision la plus &#233;tendue, &#224; savoir de l'invisible &#224; la lumi&#232;re satur&#233;e, cette derni&#232;re dans le cas de mati&#232;re en combustion. Entre les deux, toutes les nuances optiques sont possibles selon l'&#233;tat de surface du mat&#233;riau, auquel vient s'ajouter l'influence de la couleur : couleur li&#233;e &#224; la nature de la surface susceptible d'&#233;voluer selon son oxydation et plus g&#233;n&#233;ralement des transformations de phases dont elle peut &#234;tre le si&#232;ge. Transparence, iridescence et autres ph&#233;nom&#232;nes optiques peuvent se produire. L'art contemporain promeut, depuis peu, une forme d'art dit &#171; art involontaire &#187;, fond&#233; sur la photosynth&#232;se propre aux v&#233;g&#233;taux lors de leur exposition &#224; la lumi&#232;re. Le v&#233;g&#233;tal se pose en nouveau support d'image labile que l'artiste habile peut composer et fixer gr&#226;ce &#224; des outils techniques (cache, humidificateur, chauffage, enrobage&#8230;) jouant sur la photosynth&#232;se. L'espagnol Almuneda Romero en est l'un des fers de lance, dans un parcours &#233;coresponsable comme il est de bon ton de le souligner, bien s&#251;r : par exemple avec &lt;i&gt;Large scale collage II. The Act of Producing&lt;/i&gt; (2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sonner (ou&#239;r)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparence est trompeuse. Cette assertion &#233;cul&#233;e devient antienne quand il est question de mat&#233;riaux pour les sens, d'autant plus que l'ou&#239;e est en cause. Le meilleur exemple en est que les cuivres sont souvent confondus avec des bois. Le saxophone, par exemple, et les instruments de sa famille sont des bois et non des cuivres comme l'apparence conduit souvent &#224; le penser. Le bois sonne comme tel car c'est la vibration d'une anche (en bois donc) qui produit les notes, bien que l'instrument soit en (alliage de) cuivre. Le sens &#171; ou&#239;e &#187; l'emporte donc sur le sens &#171; vue &#187; par le r&#244;le du mat&#233;riau qui en est &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allant plus loin encore dans cette voie, Christian Marclay dessina, sur des partitions, des instruments faits de mat&#233;riaux h&#233;t&#233;roclites (corde, m&#233;tal, etc.), pour cr&#233;er &lt;i&gt;To be continued&lt;/i&gt; (2016). Un dernier exemple de bijection entre un couple de mat&#233;riaux et le couple ou&#239;e-vue est celui d'Emmanuel, le gros bourdon : celui de Notre-Dame comme il doit &#234;tre compris ainsi ici (pas de confusion, surtout !). S'il sonne si bien, en effet, c'est moins pour le bronze m&#233;tal dont est constitu&#233;e la cloche que pour les phases dites interm&#233;diaires qu'il contient. Les phases interm&#233;diaires pr&#233;sentent, pourtant, un caract&#232;re m&#233;tallique moins marqu&#233; que les m&#233;taux qui en sont la source, le bronze d'Emmanuel se contentant de r&#233;sonner.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cat&#233;gorisation par sens des mat&#233;riaux, peu usit&#233; en science des mat&#233;riaux (pour ne pas dire pas du tout) encourage &#224; distinguer la classe de ceux qui &#171; sonnent le silence &#187;. Les mat&#233;riaux acousto-sensibles comme ceux utilis&#233;s dans l'installation de Gautel, &lt;i&gt;Un ange passe,&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233;e, agissent en d&#233;tecteurs de silence. Ils se compl&#232;tent de mat&#233;riaux le g&#233;n&#233;rant, autant que faire se peut, nomm&#233;s acoustiques, phoniques, isolants, absorbants, etc. En dresser le catalogue pr&#233;sente peu d'int&#233;r&#234;t, celui-ci r&#233;side surtout dans le fait que leur point commun est d'y trouver encore le relief de surface comme caract&#233;ristique essentielle &#224; leur fonction, &#224; laquelle il convient d'ajouter la porosit&#233; interne, s'il en est. Cette derni&#232;re peut, si elle est notable, c'est-&#224;-dire sup&#233;rieure &#224; environ 5% vol., communiquer avec la surface via le r&#233;seau de pores pr&#233;sents : la porosit&#233; &#233;tant dite alors ouverte. Le son s'y casse, selon le m&#234;me principe physique pr&#233;sidant &#224; la &#171; casse &#187; des ondes lumineuses ou liquides d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es dans le paragraphe pr&#233;c&#233;dent &#171; Montrer (voir) &#187; : cela dit &#171; avec les mains &#187;, selon l'expression consacr&#233;e (autant que facile) des enseignants cherchant &#224; vulgariser, aupr&#232;s de leurs &#233;l&#232;ves, des concepts difficiles, y compris pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste a plus de force pour y parvenir gr&#226;ce &#224; la puissance de ses &#339;uvres : ainsi parmi les contemporains, Thomas Demand avec sa chambre an&#233;cho&#239;que d&#233;j&#224; cit&#233;e (&lt;i&gt;Labor/Laboratory&lt;/i&gt;, 2000). Un caract&#232;re commun aux r&#233;seaux, tant de pics superficiels que de pores, de tous ces types de mat&#233;riaux, est d'&#234;tre p&#233;riodiques et/ou r&#233;guliers. Leur &#233;chelle topographique va de la microm&#233;tique, voire nanom&#233;trique, jusqu'aux plus macroscopiques comme l'est celle de la Tour Eiffel. La Tour est mentionn&#233;e car elle peut &#234;tre prise comme exemple de structure poreuse, pour ne pas dire dentel&#233;e, exceptionnelle par le fait qu'elle p&#232;se moins lourd que la colonne d'air qui la contient, c'est dire le degr&#233; lacunaire de sa structure. Elle sonne ainsi sous le souffle du vent parisien qui la fait vibrer telle une gigantesque anche d'instrument, non pas en bois comme dans les cuivres de type saxophone (cf. plus haut) mais en fer (techniquement dit &#171; puddl&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjugaison de la nature du mat&#233;riau et de sa structure/relief lacunaire en fait un instrument d'exception qui a inspir&#233; l'artiste contemporain am&#233;ricain Joseph Bertolozzi, qui l'a utilis&#233; comme tel pour sa composition Tower Music en 2013 (Apple Music, 2016). Plus g&#233;n&#233;ralement, la qualit&#233; acoustique d'un mat&#233;riau, que ce soit pour l'isolation ou la production de sons, va d&#233;pendre de sa structure, singuli&#232;rement de son relief. Quel &#233;quivalent du Vantablack pourrait-il se d&#233;velopper ? Ce mat&#233;riau &#224; na&#238;tre attend son Anish Kapoor et les sp&#233;cialistes en science des mat&#233;riaux susceptibles de le d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toucher (toucher)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la vue, le toucher est un sens de la perception de la surface de la mati&#232;re, de son apparence donc. Il peut, cependant, ouvrir &#224; une perception plus forte de celle-ci parce qu'il permet d'acc&#233;der &#224; certaine connaissance des propri&#233;t&#233;s plus dans le corps du mat&#233;riau : par exemple, en le grattant ou lui tapant dessus pour le sonder (m&#233;caniquement, thermiquement et acoustiquement, notamment) en quelque sorte. L'analyse reste, cependant, limit&#233;e en profondeur, sauf &#224; disposer de pouvoirs extrasensoriels permettant d'appr&#233;hender de ses propri&#233;t&#233;s internes : hypoth&#232;se faible s'il en est mais que l'artiste reste, cependant, le plus &#224; m&#234;me de consid&#233;rer (cf. &#167; final de cette partie). Le toucher se montre donc plus puissant que la vue pour percevoir un mat&#233;riau. Ce sens devrait donc &#234;tre logiquement privil&#233;gi&#233; dans le choix des mat&#233;riaux par l'artiste en fonction de ce que son &#339;uvre qui les utilise est sens&#233;e provoquer, voire controuver. L'&#339;uvre de Michel Fran&#231;ois, &lt;i&gt;A l'arrach&#233;e-Instant gratification&lt;/i&gt; (2005), en &lt;i&gt;figure 32,&lt;/i&gt; traduit magnifiquement le pi&#232;ge de l'apparence, pouvant conduire &#224; une ambivalence entre attractivit&#233; et r&#233;pulsion quand il se r&#233;v&#232;le que le mat&#233;riau ayant &#233;t&#233; touch&#233; n'est pas or mais de la simple argile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la science des mat&#233;riaux l'enseigne maintenant (le concept &#233;tait encore r&#233;volutionnaire voil&#224; seulement quelques d&#233;cennies), un mat&#233;riau ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme monolithique mais comme un c&#339;ur rev&#234;tu d'un ou plusieurs autres mat&#233;riaux. Ces derniers se forment, involontairement, par r&#233;action avec l'environnement (par oxydation, par exemple) ou volontairement, par traitement de la surface pour laquelle certaines propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res sont souhait&#233;es. L'art et les sens l'avaient compris bien avant la science.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;167&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.32_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH463/fig.32_2nd-volet-8d52c.jpg?1758288574' width='500' height='463' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 32. Michel Fran&#231;ois, &#171; A l'arrach&#233;e-Instant gratification &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;argile et feuille d'or, 42,5&#215;50,0 x 50,0 cm, 2005. &#169;L'artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La nature d'un mat&#233;riau, autrement dit, son nom, est peu donc pour le qualifier puisque c'est sa surface qui en est per&#231;ue en premier lieu. Le toucher, pour cette raison, est donc le sens &#224; privil&#233;gier. Ce n'est pas un hasard si les plus grands g&#233;nies artistiques sont gauchers, la facult&#233;, dit-on, ayant depuis longtemps montr&#233; que le gaucher, ou la main gauche chez le droitier, pr&#233;sentait une sensibilit&#233; au toucher accrue. De m&#234;me, les techniciens dans l'industrie savent bien que toucher la surface d'une pi&#232;ce, pour en contr&#244;ler la qualit&#233;, doit &#234;tre effectu&#233; de la main gauche. L'appr&#233;ciation tactile, plus g&#233;n&#233;ralement la perception haptique, d&#233;pend de l'&#233;chelle &#224; laquelle se produit l'interaction entre le r&#233;cepteur (la main, par exemple) et l'&#233;metteur, &#224; savoir la surface du mat&#233;riau &#224; &#233;prouver. L'artiste contemporaine, Yoko Ono, dans son fascinant court-m&#233;trage &lt;i&gt;Fly&lt;/i&gt; (1970) l'avait, on ne peut mieux, montr&#233;, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas l'objet premier du film. Le spectateur peut y voir une mouche se promenant, pendant pr&#232;s d'une demi-heure, sur un corps nu f&#233;minin, celui de l'actrice Virginia Lutz. Si le spectateur, &#224; son &#233;chelle, n'a qu'une envie, celle de toucher cette peau lui semblant lisse et pure, la mouche, &#224; la sienne, en revanche, voit un relief tourment&#233;, au point que ses pattes (de mouche) la feront tr&#233;bucher et glisser lors de sa p&#233;r&#233;grination. La s&#233;quence le montrant constitue un rebondissement majeur dans ce film de non-action mais riche d'enseignement pour qui veut en savoir plus sur la th&#233;orie du contact, &#224; la base de la tribologie moderne et d'une certaine perception sensorielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sentir (sentir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mat&#233;riau ne peut exhaler que ce qu'il contient. S'il n'est pas organique donc s'il est m&#233;tallique ou c&#233;ramique ou vitreux, il ne sentira que ce qu'il aura pu capter d'organique au pr&#233;alable sous forme fluide. Les capteurs sont les pores et les parois ouvertes sur l'ext&#233;rieur o&#249; viennent se pi&#233;ger les mati&#232;res organiques odorantes, sous l'action de ph&#233;nom&#232;nes physico-chimiques (absorption, infiltration, capillarit&#233;, etc.). Dans le b&#226;timent et le g&#233;nie civil, certains mat&#233;riaux de construction exploitent d&#233;j&#224; ces ph&#233;nom&#232;nes pour combattre la pollution. Pour le sens &#171; odorat &#187;, le r&#244;le premier des caract&#233;ristiques de rugosit&#233; et de porosit&#233; du mat&#233;riau est donc &#224; mettre en avant comme cela avait d&#233;j&#224; pu &#234;tre montr&#233; et d&#233;taill&#233; pr&#233;c&#233;demment pour la vue, l'ou&#239;e et le toucher. Ce paragraphe n'y reviendra pas, si ce n'est pour mentionner que les c&#233;ramiques (comme certains m&#233;taux aussi, cependant) sont des mat&#233;riaux particuli&#232;rement adapt&#233;s &#224; la captation et la production d'odeurs et parfums puisque leur mode d'&#233;laboration, &#224; partir de poudres, se pr&#234;te bien &#224; la ma&#238;trise de structures poreuses et/ou rugueuse. L'artiste contemporain Antoine Renard en a tir&#233; parti pour sa cr&#233;ation Impressions, apr&#232;s Degas (#28) (d&#233;j&#224; montr&#233;e en figure 33 dans l'&#233;pisode 4) dont l'exhalaison d'odeurs fut inspir&#233;e des pratiques shamaniques utilisant des parfums pour gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cr&#233;ation contemporaine, il peut donc &#234;tre ais&#233;ment suppos&#233; que le go&#251;t actuel du public et des artistes pour les &#339;uvres olfactives, d'une part, et pour les c&#233;ramiques d'autre part, va aller croissant vu ce qui vient d'&#234;tre dit sur la rencontre entre c&#233;ramique et odorat. Si le mat&#233;riau est massif, dense, et sans relief, son odeur pourrait &#234;tre dite ind&#233;finissable car ce qu'il est susceptible de contenir, endog&#232;ne comme venant de l'ext&#233;rieur, ne peut &#234;tre qu'en proportion infinit&#233;simale. Certains s'y sont essay&#233;s (&#224; d&#233;finir cet ind&#233;finissable), cependant. Ainsi, le cuivre a pu &#234;tre dit sentir l'&#233;lectricit&#233; puisqu'il la conduit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Chronique L'ivresse du cuivre dans ArtsHebdoMedias&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus exactement, il sent donc l'ozone (du grec ozon, &#171; odorant &#187;), car c'est le nom qu'avait donn&#233; le chimiste Sch&#246;nbein &#224; l'odeur &#171; &#233;lectrique &#187; (comme il l'appelait) &#224; la suite de ses travaux sur l'&#233;lectricit&#233;. Autre exemple : l'argent. Seul mat&#233;riau plus conducteur que le cuivre, il devrait donc plus &#171; sentir l'&#233;lectrique &#187; que lui mais, comme l'argent est cens&#233; ne pas avoir d'odeur, le d&#233;bat est ouvert. Dans son exposition &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt; &#224; la Maison de Victor Hugo, au premier semestre 2022, Lucienne Forest prolongea cette r&#233;flexion sur les diff&#233;rents sens dans le processus artistique, notamment sur le parfum des mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette classe de mat&#233;riaux purs et non poreux au parfum ind&#233;finissable, le plomb m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; pour sa relation, si ce n'est avec l'art mais au moins avec les belles lettres qui n'en sont pas &#233;loign&#233;es. Ryoko Sekiguchi rel&#232;ve, en effet, dans son tr&#232;s bel ouvrage &lt;i&gt;L'Appel des odeurs&lt;/i&gt; (P.O.L., 2024), d&#233;j&#224; cit&#233;, que les livres anciens (et m&#234;me leurs imprimeurs) lib&#232;rent l'odeur du plomb &#8211; celui des caract&#232;res &#8211; exalt&#233;e par celle de l'encre, dont ils sont impr&#233;gn&#233;s. Papier et encre sont les organiques en cause dans le processus olfactif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;cr&#233;ter (Go&#251;ter)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes r&#233;gissant le go&#251;t, d&#233;taill&#233;s plus haut, mettent en jeu la surface sp&#233;cifique (surface totale rapport&#233;e &#224; l'unit&#233; de masse) des mati&#232;res en cause dans le syst&#232;me &#233;metteur-r&#233;cepteur sensoriel impliqu&#233;. L'&#233;chelle microm&#233;trique voire, mieux encore, nanom&#233;trique y avait &#233;t&#233; montr&#233;e de premi&#232;re importance, illustr&#233;e par les papilles gustatives, r&#233;ceptrices de go&#251;t. Les mat&#233;riaux &#233;metteurs de go&#251;t, susceptibles de s&#233;cr&#233;ter ce qui en est la source (des &#233;l&#233;ments organiques principalement), sont prioritairement des micro-nanomat&#233;riaux, sous forme particulaire donc, ou des structures &#224; cette &#233;chelle (relief, porosit&#233; ouverte) m&#233;nag&#233;es dans des corps plus volumineux. Les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;gissant les interactions entre mol&#233;cules sapides et les mat&#233;riaux &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles sont extr&#234;mement complexes. Les efforts pour aboutir &#224; des crit&#232;res de choix en la mati&#232;re pour ma&#238;triser le go&#251;t n'ont pas &#233;t&#233; encore totalement couronn&#233;s de succ&#232;s, au grand d&#233;sespoir des &#339;nologues ou autres commer&#231;ants pouvant en tirer parti, par une cartographie de la langue ou une taxinomie des aliments go&#251;teux (sucr&#233;, sal&#233;, amer, acide, unami, oleogustus). Sans aller aussi loin, l'artiste (celui de l'art culinaire en t&#234;te) devrait d&#233;j&#224; retenir qu'il lui faut jouer sur les nanoparticules et/ou les &#233;l&#233;ments (aliments) poreux et/ou rugueux (sur le mod&#232;le du chou-fleur) pour all&#233;cher, au sens propre du terme, son public. L'industriel a depuis longtemps adopt&#233; pareille d&#233;marche, en ajoutant seulement quelques nanoparticules de tel aliment &#224; son plat dit cuisin&#233; pour lui donner du go&#251;t, plut&#244;t que de le mettre sous forme de gros morceaux, plus lourds et plus chers donc. L'artiste plasticien pourrait faire de m&#234;me en cr&#233;ant des &#339;uvres &#171; &#224; l&#233;cher &#187; pour n'en &#234;tre que plus all&#233;chantes, laissant Jeff Koons et ses alors banales sculptures-chiens &lt;i&gt;(Balloon dogs)&lt;/i&gt; loin derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ressentir (ressentir)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paragraphe aborde le domaine du non perceptible via les sens classiques par ce qui &#233;tait appel&#233; pr&#233;c&#233;demment le r&#233;cepteur mais que l'&#233;metteur &#8212; le mat&#233;riau en l'esp&#232;ce &#8212; ressent et pourrait exprimer dans des termes analogues &#224; ceux utilis&#233;s dans les parties respectives traitant des diff&#233;rents sens. Le domaine des &#233;motions se trouve directement en cause sans passer par l'interm&#233;diaire de la perception sensorielle classique. M&#234;me si l'&#233;crire est &#233;trange (et pour cause !), le paranormal et la perception extrasensorielle se trouvent convoqu&#233;s comme d&#233;j&#224; en quelques autres endroits de cette chronique. Cette partie d&#233;volue aux mat&#233;riaux y revient car l'exemple des cristaux d'Emoto y incitent, &#224; la crois&#233;e des chemins de l'art, des mat&#233;riaux et du paranormal o&#249; les &#233;motions comptent beaucoup. La presque homophonie entre Emoto et &#233;motion ne peut, d'ailleurs, &#234;tre un hasard, pour l'analyste fran&#231;ais (pour le japonais, moins il est vrai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cristaux sont des cristaux de glace obtenus selon une m&#233;thode mise au point par le m&#233;decin japonais Mazaru Emoto au tournant des ann&#233;es 2000. Elle consiste &#224; exposer, avant g&#233;lification, l'eau &#224; des pens&#233;es ou des musiques plus ou moins &#171; positives &#187;. Pour ce faire, des bouteilles d'eau &#233;tiquet&#233;es &#171; amour &#187; ou &#171; mort &#187;, ou ayant baign&#233; dans du Bach (baroque et non bas rock) ou du hard rock, avaient conduit respectivement &#224; de magnifiques (prismatiques &#224; sym&#233;trie hexagonale) ou d'horribles cristaux, une fois l'eau gel&#233;e. La validit&#233; scientifique des exp&#233;riences d'Emoto n'a pas &#233;t&#233; prouv&#233;e mais leur r&#233;sultat a suffi &#224; renforcer l'id&#233;e d'une interaction entre pens&#233;e, sens et mat&#233;riaux et &#224; nourrir anecdotiquement (?) cette chronique.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;riau, autrement dit la mati&#232;re, est bien porteur de l'inspiration de l'artiste, v&#233;hicul&#233; par les sens vers son public. Le choix des mat&#233;riaux entrant dans la composition d'une &#339;uvre, sera effectu&#233; de sorte que les sens soient plus ou moins interdits pour employer le vocabulaire de la chronique. Souligner l'&#233;vidence ayant parfois son charme, il est donc essentiel de r&#233;p&#233;ter que l'artiste se doit de conna&#238;tre les mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenant compte de l'analyse des sens, avec les mat&#233;riaux en arri&#232;re-plan, donn&#233;e dans les premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie, cette derni&#232;re partie de la chronique conduit &#224; conclure que c'est moins la nature du mat&#233;riau que sa structure, dont d&#233;pendent certaines propri&#233;t&#233;s cl&#233;s, qui est primordiale pour les sens. Il n'aurait donc pas &#233;t&#233; judicieux, ici, de dresser un panorama des diff&#233;rents mat&#233;riaux &#8212; un &#171; panoramat&#233;riau &#187; &#8212; qui se serait r&#233;v&#233;l&#233; inutile. Il suffit de se concentrer sur ces propri&#233;t&#233;s/caract&#233;ristiques cl&#233;s, au nombre de deux : la plasticit&#233; et le relief.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plasticit&#233; a &#233;t&#233; vue comme macroscopique, &#224; associer &#224; la forme de l'objet (l'&#339;uvre) constitu&#233; du mat&#233;riau consid&#233;r&#233;. Si plusieurs mat&#233;riaux sont en jeu, il va de soi que chacun poss&#232;de sa propre plasticit&#233;. La plasticit&#233; &#233;tait probablement la propri&#233;t&#233; mise en avant par les artistes plasticiens (nom oblige) traditionnels, qui consid&#233;raient surtout la forme, rel&#233;guant la mati&#232;re au second plan. Pareille dissociation, pouvant d'ailleurs m&#234;me surprendre aujourd'hui, pouvait s'appliquer, par exemple, &#224; C&#233;sar. La lecture r&#233;cente d'une coupure de presse de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 3 nov. 1976, donn&#233;e &#224; lire au MAC VAL (Exposition &lt;i&gt;L'&#339;il v&#233;rit&#233;,&lt;/i&gt; mai-septembre 2023), intitul&#233;e &lt;i&gt;Ce sont mes mains qui font travailler ma t&#234;te&lt;/i&gt; le confirma. Il y &#233;tait rapport&#233; un entretien entre Raoul-Jean Moulin et l'artiste faisant ressortir des propos comme : &#171; On pourrait penser que le mat&#233;riau joue un r&#244;le primordial dans ma sculpture mais c'est faux. Le mat&#233;riau n'a aucune importance ou plut&#244;t tous les mat&#233;riaux se valent. Ce qui importe, c'est ce que tu veux en faire &#187;, par sa forme donc, obtenue aussi bien &#224; partir d'argile, de ferraille ou de plastique, pour ce qui concernait C&#233;sar. L'appr&#233;ciation contemporaine des &#339;uvres, y compris celles de C&#233;sar, heureusement, tendent &#224; impliquer d'autres sens que la vue, pour la vision des seules formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;Le relief (avec par extension la porosit&#233; qui en d&#233;bouchant &#224; la surface se confond avec), seconde caract&#233;ristique de mat&#233;riau mise en valeur dans cette chronique, est &#224; la base de la perception par la vue mais ajout&#233;e aux autres sens. Le Vantablack, la peau (de Virginia Lutz, Alessandra Maio, ou autres), les surfaces absorbantes de Demand et Renard, parmi les exemples d'art contemporains cit&#233;s, montrent que la perception sensorielle variera en fonction de l'&#233;chelle d&#233;finissant le relief. Cette variation int&#233;resse tant le type de sens que son degr&#233; de perception, allant de &#171; sens autoris&#233; &#187; &#224; &#171; sens interdit &#187; comme il a &#233;t&#233; appel&#233; un peu trivialement, dans cette chronique. &#201;videmment, d&#232;s que des relations de d&#233;pendance lient une caract&#233;ristique (le relief (rugosit&#233;-porosit&#233;)) &#224; d'autres param&#232;tres (les sens et leur degr&#233;, en l'occurrence), les num&#233;riciens maintenant se mettent de la partie pour les mod&#233;liser pour pouvoir &#224; terme disposer d'outils num&#233;riques pr&#233;dictifs. L'artiste alors pourrait les utiliser pour la conception de mat&#233;riaux dont le relief correspondrait &#224; une perception sensorielle voulue : forme, luminosit&#233;, couleur, propri&#233;t&#233; acoustique&#8230; Incidemment, la sculpture num&#233;rique, pr&#244;n&#233;e par l'Ars Mathematica de l'artiste contemporain Christian Lavigne, se situe dans une d&#233;marche analogue mais plus limit&#233;e (en contrepartie donc plus m&#251;re) puisque restreinte &#224; la forme macroscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; la voie de perception g&#233;n&#233;ralis&#233;e, les mat&#233;riaux en question seraient virtuels, dans un premier temps, avant r&#233;alisation &#233;ventuelle tant que le monde laissera encore un peu de place au concret. Pareille d&#233;marche est employ&#233;e dans l'industrie depuis des lustres avec l'av&#232;nement des techniques xAO (x Assist&#233;e par Ordinateur) (CAO-ConceptionAO, FAO-FabricationAO, etc.) et de la mod&#233;lisation num&#233;rique, pour plus d'efficacit&#233; par rapport &#224; l'exp&#233;rimental et l'empirisme.&#8232;Dans le domaine artistique et de la perception sensorielle, ces mat&#233;rIAux, ainsi qu'ils ont &#233;t&#233; baptis&#233;s plus haut dans cette chronique &#8212; ne serait-ce que pour introduire l'IA, version &#233;volu&#233;e de l'AO &#8212; b&#233;n&#233;ficient des travaux cons&#233;quents des scientifiques travaillant dans le domaine de la morphologie math&#233;matique depuis plusieurs d&#233;cennies ((figure 33)&lt;/i&gt;, particuli&#232;rement en pointe en France, depuis les travaux pionniers de G. Matheron, J. Serra et D. Jeulin. Le mat&#233;rIAu peut rester virtuel, quitte &#224; nourrir l'art NFT (&lt;i&gt;Non Fungible Token :&lt;/i&gt; jeton non fongible et non &#233;changeable), ou se concr&#233;tiser, pourvu qu'il puisse &#234;tre &#233;labor&#233;. La science des mat&#233;riaux peut alors &#234;tre utile car le cahier des charges sensoriel d&#233;fini par l'artiste aura pu se traduire par un cahier des charges &#171; mat&#233;riau &#187; exigeant. De la r&#233;ussite de ce travail de concr&#233;tisation d&#233;pend l'&#233;quilibre entre virtuel et r&#233;el. Celui-ci risque de changer &#8211; pour ne pas dire se d&#233;grader &#8211; si le virtuel, au-del&#224; de toucher l'&#233;metteur (c'est-&#224;-dire le mat&#233;riau comme il a &#233;t&#233; appel&#233;), touche le r&#233;cepteur sensoriel, en cons&#233;quence le public.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.33_2nd-volet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH501/fig.33_2nd-volet-1f5d6.jpg?1758288574' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 33. D. Jeulin et P. Laurenge
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Image adimensionnelle obtenue par simulation num&#233;rique de surface de mati&#232;re rugueuse &#187;, 1996 (&#201;cole des Mines de Paris).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution dans cette direction a, d'ores et d&#233;j&#224;, commenc&#233;. Le combat entre num&#233;rique et digital (que les fervents d'anglicismes ne peuvent m&#234;me pas comprendre) semble, en effet, engag&#233; : o&#249; l'intelligence artificielle (IA) nuit &#224; l'intelligence des doigts, ou de la main comme il est dit plus couramment. Une manifestation r&#233;cente (2023) de ce combat a &#171; jet&#233; un froid &#187; comme l'a dit un certain commentateur plaidant pour un monde meilleur. Il rapportait, en effet, un nouveau pas (japonais en l'esp&#232;ce puisque ce sont des scientifiques japonais qui en sont &#224; l'origine) sur le chemin de la perception virtuelle ou, dit autrement par peur de ne pas para&#238;tre totalement embarqu&#233; dans le virtuel, de la perception physique d'un monde virtuel. Ce pas formidable, c'est-&#224;-dire effrayant dans son acception premi&#232;re, permet &#224; l'&#234;tre humain de percevoir les variations de temp&#233;rature beaucoup plus vite que son enveloppe, sa peau en l'occurrence, ne le permet : d&#233;fiant en cela la loi de l'inertie thermique. La d&#233;couverte consiste &#224; jouer la carte de la synesth&#233;sie en usant des jeux de lumi&#232;res particuliers mystifiant le cerveau. La lumi&#232;re y lancera ainsi, par exemple, des alertes au froid alors que la peau, du fait de son inertie thermique, n'aura pas eu le temps de se refroidir, m&#234;me sous l'effet d'un flux d'air frais si ce mode traditionnel avait &#233;t&#233; choisi pour conduire &#224; cette sensation. En bref, l'exposition &#224; une lumi&#232;re bien programm&#233;e dope la sensibilit&#233;, en apparence. C'est l&#224; que se niche le virtuel dont les applications sont multiples. Dans ce cas, un individu visionnant dans son casque de r&#233;alit&#233; virtuelle un film montrant, par exemple, une alternance rapide entre paysages de banquise et champ de lave ressentira quasi imm&#233;diatement les variations de temp&#233;rature correspondantes. Les Odorama, Dolby, et autres Sensurround, sont bien, d'ores et d&#233;j&#224;, des proc&#233;d&#233;s d&#233;pass&#233;s, &#233;tant donn&#233; le champ ouvert aux manipulations cognitives pour la modification de la perception sensorielle, &#224; l'instar de ce qui vient d'&#234;tre d&#233;crit. Et le mat&#233;riau dans tout &#231;a, chancellerait-il ?&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;riaux sont la mati&#232;re de l'artiste. Puisque son r&#244;le est &#233;minent au travers des sens qui le per&#231;oivent, tant pour l'artiste que pour son public, le d&#233;veloppement du virtuel doit &#234;tre surveill&#233;. Plus que ses propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques dont il a &#233;t&#233; vu qu'elles peuvent &#234;tre modifi&#233;es dans leur perception (jusqu'&#224; des propri&#233;t&#233;s complexes comme l'exemple vient d'en &#234;tre donn&#233;) c'est principalement par sa plasticit&#233; et son relief (rugosit&#233; et par extension, porosit&#233;) que l'artiste devrait consid&#233;rer prioritairement. Dans sa cr&#233;ation, le travail sur l'&#233;laboration et le traitement de surface des mat&#233;riaux devraient prendre, pour cela, une place plus cons&#233;quente. Sinon, il est &#224; craindre que le virtuel ne s'impose, laissant dominer le seul mat&#233;riau qui vaille actuellement pour certains : le silicium qui, comme chacun sait est la base des syst&#232;mes informatiques, jusqu'&#224; ce qu'il soit d&#233;tr&#244;n&#233; par les photons des futurs ordinateurs quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; numiversel &#187; comme le nomme Alain Damasio, menace. Il est bon, cependant, de croire que le concret subsistera, d'autant plus que, paradoxalement, les c&#233;l&#232;bres GAFAM le soutiennent, m&#234;me si les raisons n'en sont pas toujours des plus nobles (financi&#232;res notamment). Elles sont analys&#233;es dans l'essai technocritique passionnant du m&#234;me Damasio, (Vall&#233;e du silicium&lt;/i&gt; (Editions du Seuil, 2024) auquel le lecteur pourra se reporter pour en savoir plus.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce tourbillon du virtuel, il faut esp&#233;rer que les artistes ne seront pas trop tent&#233;s d'embo&#238;ter le pas japonais d&#233;crit plus haut, c'est-&#224;-dire duper leur public via les manipulations cognitives. Une raison d'y croire est que le virtuel n'int&#233;grera pas de sit&#244;t, si tant est qu'il puisse le faire un jour, l'histoire &#224; l'origine de la cr&#233;ation des &#339;uvres et les sentiments qu'elles portent. L'art conceptuel, a priori donc, semble en &#234;tre pr&#233;serv&#233;, en particulier, de m&#234;me que les mat&#233;riaux qui peuvent leur &#234;tre associ&#233;s. Le mat&#233;riau devrait donc tenir bon devant le mat&#233;rIAu, ce dernier pouvant m&#234;me lui &#234;tre un alli&#233; pr&#233;cieux pour son d&#233;veloppement dans le domaine artistique, pourvu que l'emprise du virtuel en soit ma&#238;tris&#233;e, notamment pour la perception sensorielle qui en est la base. Sinon, que penser des sens et comment en user, notamment pour appr&#233;cier l'art ? Le Penseur en serait-il d&#233;sar&#231;onn&#233; &lt;i&gt;(figure 34)&lt;/i&gt; et se muerait-il en simple panseur des plaies laiss&#233;es b&#233;antes de l'incompr&#233;hension artistique en r&#233;sultant ? Bien s&#251;r que non, doit-il &#234;tre r&#233;pondu, y compris pour finir sur une note optimiste qui doit devenir fredon. A nous tous de l'entretenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22791 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;183&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.34_2nd-volet_jerome_sagot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH325/fig.34_2nd-volet_jerome_sagot-a8bf9.jpg?1758288575' width='500' height='325' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 34. &#171; Le Penseur en panne. Mais quel sens donner &#224; tout cela ? &#187;, 2024.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Michel Jeandin, remerciements &#224; Rodin, Hopper et, pour le traitement d'image, &#224; J&#233;r&#244;me Sagot.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Les liens artificiels,&lt;/i&gt; Albin Michel, 2022, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. N&#176;6-1960 &lt;i&gt;Pyramide,&lt;/i&gt; 1960&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Un pi&#232;ge &#224; lumi&#232;re, Flammarion, 1979&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;d&#233;tails in &lt;i&gt;Les mat&#233;riaux propices au surgissement du merveilleux, Smaris Elaphus,&lt;/i&gt; 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Chronique &lt;i&gt;L'ivresse du cuivre&lt;/i&gt; dans ArtsHebdoMedias&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Inscription &#224; lire dans le couloir menant &#224; la &lt;i&gt;Tenture de la Dame &#224; la licorne,&lt;/i&gt; au Mus&#233;e de Cluny/Mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris. &#169;Photo Michel Jeandin, 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (2)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l-2700</link>
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		<dc:date>2025-07-29T08:53:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Suite de l'article de Michel Jeandin paru dans le num&#233;ro 166. Une &#233;tude de l'ou&#239;e, le toucher, l'odorat et le go&#251;t.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2700-c22f4.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite de l'article de Michel Jeandin paru dans le num&#233;ro 166. Une &#233;tude de l'ou&#239;e, du toucher, de l'odorat et du go&#251;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ou&#239;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand l'ou&#239;e est en/un sens interdit, le m&#233;canisme de compensation par un autre sens, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit, s'instaure via la plasticit&#233; du cerveau ou une modification comportementale. Dans le domaine artistique, glorification en fut faite gr&#226;ce au chansigne reposant sur la chor&#233;graphie pr&#233;sent&#233;e par le danseur sourd Shaheem Sanchez sur &lt;i&gt;Supernature,&lt;/i&gt; l'un des moments forts de la c&#233;r&#233;monie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. La vue, la proprioception et l'&#233;quilibrioception y agissaient magnifiquement en compensation de l'ou&#239;e. &lt;i&gt;&#171; Voir le jamais ou&#239; &#187;&lt;/i&gt; pourrait dire le chansigneur, &#224; l'instar de Dominique Vermeesch dans son installation intitul&#233;e &lt;i&gt;Ou&#239;r le jamais vu&lt;/i&gt; (figure 22). Il reste que le seul son qui ne pourra jamais &#234;tre &#233;touff&#233;, dans l'art, selon l'amer Ben, est bien celui du tiroir-caisse si l'on en juge par Le Son de l'art moderne, 1989, qui en repr&#233;sente un. Il y montre que le sens le moins interdit, dans l'univers contemporain (le contemporain &#233;tant &#233;ternel peut-on craindre, en l'esp&#232;ce), est bien celui des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._22._dominique_vermeesch_2021__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH663/fig._22._dominique_vermeesch_2021__c_photo_michel_jeandin_2023-bfe85.jpg?1772213156' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 22 Dominique Vermeesch, Oui&#776;r le jamais vu, 2021
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur la route du silence qui repr&#233;sente le mieux l'interdiction de l'ou&#239;e, se poste le bruit blanc. Un bruit blanc peut, en effet, assourdir des sons environnants en s'y superposant. Sans recourir aux d&#233;finitions scientifiques (du ressort de la stochastique), il peut &#234;tre dit qu'il s'agit d'un bruit g&#233;n&#233;ralement sourd, uniforme, r&#233;p&#233;titif et apaisant, regroupant toutes les fr&#233;quences du spectre audio. Cette derni&#232;re caract&#233;ristique impose l'analogie avec la lumi&#232;re blanche, d'o&#249; son qualificatif de blanc aussi. Malevitch n'est pas loin donc, Kandinsky encore moins puisqu'il d&#233;clara : &lt;i&gt;&#171; Le blanc agit sur notre &#226;me comme le silence absolu &#187;&lt;/i&gt;. Le blanc certifie donc la parent&#233; entre vue et ou&#239;e. Le musicologue averti et un peu pr&#233;cieux se trouve ainsi autoris&#233; &#224; dire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sur France Musique, &#171; Musique matin sp&#233;ciale Faur&#233; &#187;, 4 novembre 2024&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que les cordes aig&#252;es, dans l'andante du quatuor &#224; cordes en mi mineur de Faur&#233;, sont comme du blanc sur du blanc. Dans la pratique, il est bien connu que pour &#233;couter de la musique, le m&#233;lomane aimera &#234;tre environn&#233; de blanc, ce pourquoi les meilleures salles de concert l'incluent (Philharmonie de Paris, KKL de Lucerne, etc.). Il pourra ainsi, en particulier, go&#251;ter pleinement le silence apr&#232;s un morceau de Mozart qui est encore de... Haydn, plaisanterait quelque anti-Mozart pas enti&#232;rement d&#233;nu&#233; d'oreille. En revanche, un exemple particuli&#232;rement go&#251;teux et go&#251;t&#233;, de silence apr&#232;s Mozart, plus pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s son Divertimento K. 563 en mi b&#233;mol majeur, est celui d&#233;crit par Akira Mizubayashi dans son splendide roman &lt;i&gt;Suite inoubliable&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2023, pp. 61-63&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce silence traduit un tonnerre d'applaudissements mais n&#233;cessairement totalement contenus pour ne pas braver l'interdit que ce concert imposait parce que donn&#233; en temps de guerre pendant un couvre-feu. Bien que la r&#232;gle soit moins imp&#233;rieuse, pour appr&#233;cier une exposition, le silence est le plus souvent de rigueur : sauf &#224; vouloir b&#233;n&#233;ficier d'&#233;ventuels effets sonores voulus par l'artiste dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question dans la premi&#232;re saison de la s&#233;rie d'articles dans laquelle s'inscrit ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; dans les deux premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie, en tant que composante &#224; part enti&#232;re du son per&#231;u par l'ou&#239;e, en sens autoris&#233; donc. Ici, dans ce volet sur les sens interdits, le silence est consid&#233;r&#233; comme le n&#233;gatif du son, m&#234;me si nombreux sont ceux, et non des moindres, qui n'y voient (encore un lien entre vue et ou&#239;e) que le sens autoris&#233; et le qualifient de &#171; musique &#187; : Verlaine, Anouilh, Mahler, etc. La meilleure preuve en est qu'il s'enregistre, devenant un sujet de recherche en &#233;co-acoustique, pour J&#233;r&#244;me Sueur au Mus&#233;e d'Histoire Naturelle, auquel s'ajoute une touche d'art pour l'artiste contemporain Viktor Knud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre preuve tient en ce que nombre de musiciens de tous genres cr&#233;ent des &#339;uvres sur l'oxymore &#233;cul&#233; &#171; &#233;couter le silence &#187;, jusqu'&#224; rendre leur silence assourdissant, pour utiliser un clich&#233; du m&#234;me ordre. Le silence reste, cependant, par d&#233;finition, l'anti-bruit selon la pr&#233;conisation de Rimbaud pour &#171; ma&#238;triser le silence &#187;. Depuis le po&#232;te, les faiseurs de silence se sont montr&#233;s, &#224; commencer, pour rester dans l'&#233;crit, par Fantasio dans l'aventure de Spirou du m&#234;me nom Les Faiseurs de silence. Il y mit au point l'&#171; aspison &#187; qui se pr&#233;sentait sous la forme d'un petit bo&#238;tier. Une fois actionn&#233;, tous les sons environnants s'y trouvaient aspir&#233;s, assurant, pour tous ses heureux possesseurs, une vie enfin dans le calme. Des chercheurs de l'Ecole Polytechnique de Lausanne (il n'est de meilleur pays que la Suisse pour aspirer (encore !) au calme), en 2023, ont, sur la route de l'aspison, pr&#233;sent&#233;, si ce n'est un bo&#238;tier mais un g&#233;n&#233;rateur de plasma se d&#233;ployant en une fine paroi, de l'ordre du cm en &#233;paisseur, annihilant une bonne partie des sons environnants. Son implantation dans l'oreille humaine (ou ce qu'il en restera &#224; l'horizon du transhumanisme) n'est m&#234;me pas utopique, &#224; terme. En attendant, l'int&#233;r&#234;t, si ce n'est du silence mais au moins du parler bas est enfin reconnu. Pr&#233;f&#233;rer la ouate au Watt semble donc &#234;tre une nouvelle tendance affirm&#233;e plut&#244;t qu'une simple revendication genr&#233;e. Malheureusement, diront certains, la chanson, avec Billie Eilish par exemple (longtemps apr&#232;s le pionnier Moustaki qui l'annon&#231;ait), et m&#234;me la politique, avec la vid&#233;o de campagne l&#233;gislative 2024 du Nouveau Front Populaire, ont ainsi exploit&#233; avec succ&#232;s la technique dite ASMR (&lt;i&gt;Autonomous Sensory Meridian Response&lt;/i&gt; ou, en fran&#231;ais, R&#233;ponse autonome sensorielle culminante), c'est-&#224;-dire chuchoter leurs messages afin qu'ils soient mieux per&#231;us. Ce type de communication a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Am&#233;lie Blanckaert dans son r&#233;cent ouvrage &lt;i&gt;Taisez-vous, on vous &#233;coutera : le pouvoir du silence&lt;/i&gt; (Plon, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que le r&#233;sultat d'un sens interdit (l'ou&#239;e donc), le silence est un art, reconnu et repr&#233;sent&#233; par les arts majeurs et ses nobles cr&#233;ateurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La musique,&lt;/strong&gt; avec, en premier lieu, bien entendu (fa&#231;on de parler), John Cage et son morceau radical intitul&#233; &lt;i&gt;4'33'',&lt;/i&gt; fait de 4 minutes 33 secondes de silence compos&#233; de trois mouvements, &lt;i&gt;33'', 2'40'' &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;1'20'',&lt;/i&gt; fruit de 4 ans de gestation et pr&#233;sent&#233; en 1952. M&#234;me si la notation de l'unit&#233; temporelle y est, improprement, confondue avec la notation angulaire, l'&#339;uvre, loin d'&#234;tre un canular, est puissante pour faire d&#233;couvrir la notion de sens interdit, dans le cas de l'ou&#239;e. Toujours dans le contemporain, le compositeur Arvo P&#228;rt avec son monument de la musique minimaliste &lt;i&gt;Silentium&lt;/i&gt; (in Tabula rasa, 1977) d&#233;veloppe le concept de silence interrompu par du silence : le morceau se concluant par un quasi-silence de 2 minutes apr&#232;s un crescendo path&#233;tique. Le graphisme associ&#233; &#224; &lt;i&gt;Tabula rasa/Silentium,&lt;/i&gt; couvertures de livres, pochettes, etc. (cf. l'internet), utilise abondamment le blanc, traduction visuelle du silence, comme le disait Kandinsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peinture,&lt;/strong&gt; puisque Kandinsky disait en effet du silence (d&#233;j&#224; cit&#233; pr&#233;alablement pour annoncer Faur&#233;) : &lt;i&gt;&#171; Le blanc, sur notre &#226;me, agit comme le silence absolu &#187;&lt;/i&gt;. Anna-Eva Bergman l'accompagnait ainsi dans cette qu&#234;te de silence, en cr&#233;ant sa &lt;i&gt;St&#232;le N&#176;2 - 1964&lt;/i&gt; destin&#233;e, selon le v&#339;u et les mots de l'artiste, &lt;i&gt;&#171; &#224; inciter le spectateur &#224; ressentir le silence que l'on ressent quand on entre dans une cath&#233;drale &#187;&lt;/i&gt;. La bouleversante sc&#233;nographie au Mus&#233;e d'Art Moderne de Paris, dans la r&#233;trospective consacr&#233;e &#224; Bergman en 2023, portait &#224; la puissance 2 cette volont&#233;, par l'&#233;cho (&#224; l'&#233;vidence celui du silence) produit par l'&#339;uvre avec son reflet, son cartel et son sobre environnement (figure 23).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._24._marcel_duchamp_1916_1964__c_photo_michel_jeandin_2021.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH481/fig._24._marcel_duchamp_1916_1964__c_photo_michel_jeandin_2021-14b65.jpg?1753780318' width='500' height='481' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 24 Marcel Duchamp A bruit secret, 1916-1964
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sculpture,&lt;/strong&gt; avec le ready-made de Marcel Duchamp appel&#233; &lt;i&gt;A bruit secret&lt;/i&gt; (1916/1964) parce que contenant un petit objet inconnu dont le bruit quand on secoue l'&#339;uvre ne trahit pas ce qu'il est. L'&#339;uvre symbolise donc les sens interdits, &#224; double titre, &#224; savoir la dissimulation duchampienne, &#224; la vue d'une part et au silence, d'autre part. Etant donn&#233; que ce ready-made (figure 24) &#233;voque immanquablement une bouche (de cuivre) cousue par la ficelle qui en joint les l&#232;vres, il se devait d'&#234;tre ici mentionn&#233;. Plus explicitement, le silence fut repr&#233;sent&#233; par Jacob Gautel dans son projet d'installation &lt;i&gt;Un ange passe&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; &#234;tre expos&#233;e en 1992 dans le 11&#7497; arrondissement de Paris. Elle y aurait montr&#233; un mat&#233;riau- balise s'&#233;clairant quand la rumeur de la ville s'&#233;teignait et que le silence s'installait, image du passage d'un ange. Une r&#233;ponse ainsi donn&#233;e par anticipation &#224; la sempiternelle question &#171; L'oreille voit-elle ? &#187; comme la posait d&#233;j&#224; Le Monde (&#233;dition du 17 juin 1990) dans une chronique &#233;ponyme sur la musique film&#233;e. Le projet ne s'est pas concr&#233;tis&#233;, faute d'ange &#233;clair&#233; &#224; la Mairie de Paris, probablement. Dommage car l'installation aurait confirm&#233;, en passant (comme l'ange), la jolie phrase de Philippe Sollers dans son &lt;i&gt;Tr&#233;sor d'Amour&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2013, p. 16&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; L'oreille sait o&#249; elle a quelque-chose &#224; voir &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La litt&#233;rature,&lt;/strong&gt; via la page blanche de l'&#233;crivain, m&#233;taphore du silence. Philippe Apeloig, grand affichiste devant l'&#233;ternel, designer graphique comme cela se dit aujourd'hui, en appelait logiquement au blanc pour l'&#233;voquer, notamment pour annoncer des salons r&#233;unissant des &#233;crivains (par exemple, entre 1997 et 2015, la F&#234;te du livre d'Aix-en-Provence). Malraux ne fut pas l'un des moindres &#224; &#233;voquer la &#171; voix du silence &#187;, oxymore tant de fois utilis&#233; en art (chanson, musique, etc.), au point de r&#233;unir sous ce titre tous ses &#233;crits sur l'art. Silence et art sont donc bien intimement li&#233;s : probablement aussi parce que, pour les artistes, le silence est associ&#233; au souffle, synonyme de vie, comme l'ont si bien repr&#233;sent&#233; Piero Manzoni avec son &#233;mouvant &lt;i&gt;Fiato d'Artista&lt;/i&gt; (1960) et Olivier Leroi avec son &#233;cologique &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Souffle&lt;/i&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le th&#233;&#226;tre,&lt;/strong&gt; avec Olivier Py qui affichait &#171; Ton silence est une machine de guerre &#187; en fond de plateau dans sa mise en sc&#232;ne du &lt;i&gt;Roi Lear&lt;/i&gt; &#224; Avignon en 2015, montrant la force du sens interdit ; avec aussi Samuel Benchetrit qui, dans sa pi&#232;ce Lapin (2024), consid&#233;rait, en toute synesth&#233;sie, la fin comme une lumi&#232;re silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 7&#7497; art,&lt;/strong&gt; qui inventa le silence en m&#234;me temps que, paradoxalement, le cin&#233;ma parlant, comme le souligna pertinemment Jean-Claude Carri&#232;re dans son captivant livre de souvenirs &lt;i&gt;Ateliers&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odile Jacob, 2019&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une fois cette lumineuse constatation exprim&#233;e, il peut s'affirmer que le cin&#233;ma parlant, par le contenu de certains de ses films, magnifie le silence. Celui de Jean-Daniel Pollet, &lt;i&gt;Dieu sait quoi&lt;/i&gt; (1997), peut &#234;tre privil&#233;gi&#233;. Il s'impose, en effet, tel une ode au &#171; monde muet &#187; inspir&#233;e par la po&#233;sie de Francis Ponge. Cette approche pongienne-polletienne &#8212; pour qui n'a pas peur des qualificatifs pompeux &#8212;, par la conjugaison de deux arts, le cin&#233;ma et la po&#233;sie, s'applique parfaitement &#224; l'art contemporain car elle permet d'extirper la substantifique moelle des choses : la &lt;i&gt;&#171; cruchit&#233; de la cruche &#187;&lt;/i&gt; selon Pollet. Toujours dans le 7&#7497; art puisque ce dernier regroupe les arts dits visuels, la photographie a parfois pu, gr&#226;ce au talent de certains photographes contemporains, repr&#233;senter le silence, m&#234;me si elle n'a pu b&#233;n&#233;ficier, &#224; la diff&#233;rence du cin&#233;ma, de l'effet de contraste d&#251; au parl&#233; du parlant, pour paraphraser Godard. Ainsi, Thomas Demand l'a r&#233;ussi, dans &lt;i&gt;Labor/Laboratory&lt;/i&gt; (2000), en recr&#233;ant l'image d'une chambre an&#233;cho&#239;que (chez le constructeur auto BMW) qui restitue l'aspect visuel du son du silence tout en d&#233;voilant l'artifice inh&#233;rent au monde de l'ing&#233;nierie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Port&#233; par tous ces arts, le silence peut, par-dessus tout, signifier la disparition d'une culture comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit dans l'introduction de ce sous-chapitre citant le travail m&#233;moriel d'Abdessamad El Montassir. La disparition d'une langue peut en &#234;tre le signe inqui&#233;tant. Celle de la langue aka-bo dite &#171; langue des oiseaux &#187; &#8212; disparue inexorablement en 2010 avec la mort de Boa Sr. qui en &#233;tait la derni&#232;re locutrice &#8212; a sonn&#233; la fin des cultures autochtones des &#238;les Andaman dans le Golfe du Bengale. Cet &#233;v&#233;nement a inspir&#233; l'artiste contemporain Manish Pushkale avec &lt;i&gt;To whom the bird should speak&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;A qui l'oiseau devrait-il s'adresser ?,&lt;/i&gt; 2022-2023, (figure 25). Quiconque verse un tant soit peu dans le domaine de la science des mat&#233;riaux, ne manquera pas de constater que le graphisme de cette &#339;uvre exprime la labilit&#233; et/ou la m&#233;tastabilit&#233;. Il s'apparente, en effet, &#224; des faci&#232;s dit &#171; eutectique &#187; ou de pr&#233;cipitation m&#233;tastable de la mati&#232;re, faci&#232;s traduisant un &#233;tat de la mati&#232;re propre &#224; dispara&#238;tre plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;101&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._25._manish_pushkale_de_tail_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH749/fig._25._manish_pushkale_de_tail_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2024-6cc13.jpg?1772213156' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 25 Manish Pushkale, To whom the bird should speak, de&#769;tail 2022 2023
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'artiste aura donc trouv&#233;, m&#234;me si probablement involontairement, dans la langue des mat&#233;riaux, &#224; remplacer la langue disparue des oiseaux. Dans la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui, les seules langues artistiques d'oiseaux restantes, en dehors des chants et p&#233;piements, sont les sons des sifflets attach&#233;s aux queux des pigeons &#224; P&#233;kin selon la tradition. Plus naturel et visuel, le &#171; murmure &#187; des &#233;tourneaux est une forme de langage collectif se traduisant par la brusque s&#233;paration de leur nu&#233;e, &#224; l'approche d'un obstacle, et sa reformation rapide une fois celui-ci pass&#233;. Le murmure peut &#234;tre m&#233;taphoriquement consid&#233;r&#233; comme l'image du soubresaut d'une parole en voie de disparition. Ecologie et libert&#233; sont li&#233;es. La disparition d'une langue peut, en effet, &#234;tre aussi le r&#233;sultat d'une censure, &#224; l'instar de l'interdiction de patois r&#233;gionaux jadis destin&#233;s &#224; effacer les cultures locales et unifier ainsi la nation qui les porte. Le silence peut &#234;tre pris alors pour une repr&#233;sentation &#233;loquente de la censure comme la sculpture appel&#233;e Silence (1978), qui avait fait conna&#238;tre Wang Keping en tant que pionnier de l'avant-garde chinoise, le montre admirablement (figure 26). Cette &#339;uvre, dans son esth&#233;tique de bouche bouch&#233;e, cousue au figur&#233;, rappelle celle, tout aussi terrible, de Marion Scemama portant le message r&#233;sum&#233; dans son titre &lt;i&gt;Silence=Death&lt;/i&gt; (1989), gr&#226;ce au portrait d'un homme &#224; la bouche r&#233;ellement cousue. Plus savamment, les relations entre censure et silence, prises sous l'angle soci&#233;tal et litt&#233;raire ont &#233;t&#233; analys&#233;es par Christian Salmon dans son r&#233;cent ouvrage &lt;i&gt;L'art du silence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed. LLL, 2022&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que l'exercice de cette chronique ne soit en rien soumis &#224; la censure, son auteur se contentera de citer, pour conclure cette partie, les magnifiques phrases extraites du r&#233;cent journal intime de Jacques Robinet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'attente, Ed. La Coop&#233;rative, 2024&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en relation avec le silence : &#171; Des N&#233;nuphars fleurissent l'&#233;tang. Bonheur de ce moment o&#249; je ne suis plus que r&#233;ceptacle des rumeurs m&#234;l&#233;es de l'air et de l'eau. Sentiment d'appartenance &#224; un monde dont l'intense bavardage nourrit mon silence... N'&#233;coutez que ce que je ne dis pas : le cri nu qui vole vers Vous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._26._wang_keping_1978_sculpture_sur_bois_bouleau_43x27x27_cm3__c_wang_keping_studio_courtesy_de_l_artiste_et_de_la_galerie_nathalie_obadia_paris_bruxelles.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH519/fig._26._wang_keping_1978_sculpture_sur_bois_bouleau_43x27x27_cm3__c_wang_keping_studio_courtesy_de_l_artiste_et_de_la_galerie_nathalie_obadia_paris_bruxelles-878c8.jpg?1753780318' width='500' height='519' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 26 Wang Keping Silence &#27785;&#40664;, 1978
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sculpture sur bois bouleau 43x27x27 cm &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Wang Keping Studio Courtesy de l'artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris Bruxelles
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Toucher&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_22651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._27._touchante_plaquette_d_avertissement_muse_e_du_louvre__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH54/fig._27._touchante_plaquette_d_avertissement_muse_e_du_louvre__c_photo_michel_jeandin_2022-02119.jpg?1753780318' width='500' height='54' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 27 Touchante plaquette d'avertissement Muse&#769;e du Louvre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le toucher en tant que sens interdit ne trouve pas de plus belle illustration que l'injonction figurant sur la plaquette d'avertissement se trouvant dans les lieux d'exposition (figure 27), soulignant en creux (comme il est normal qu'il en soit ainsi dans le cas pr&#233;sent) la tentation d'y recourir. Au-del&#224; de la tentation, cependant, le toucher devient n&#233;cessit&#233; pour pallier la d&#233;ficience visuelle, autrement dit recourir aux &lt;i&gt;&#171; mains voyantes &#187;&lt;/i&gt; selon la belle expression de Rimbaud, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; signal&#233; &#224; plusieurs reprises. Giuseppe Penone n'en disait pas moins avec son marbre &lt;i&gt;A occhi chiusi&lt;/i&gt; (Les yeux ferm&#233;s), 2009, de m&#234;me que les trompe-toucher au revers de tableaux du 18&#7497; si&#232;cle d&#233;j&#224; mentionn&#233;s en d&#233;but de texte. Le recours au toucher va, cependant, &#224; l'encontre de Lacan, semblant vanter, dans une dislocation fameuse, les m&#233;rites de la c&#233;cit&#233;, quand il disait : &lt;i&gt;&#171; Le r&#233;el, c'est quand on se cogne &#187;&lt;/i&gt;. En revanche, comme la chronique doit, ici, parler du manque de toucher, il peut &#234;tre &#233;crit qu'&#224; l'inverse, pallier l'absence de toucher par la vue est possible. Certains handicap&#233;s profonds, peuvent &#171; parler &#187; en dictant gr&#226;ce aux mouvements des yeux, comme l'ont fait savoir Stephen Hawking et Jean- Dominique Bauby, notamment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour sa part, Val&#233;rie Zenatti dans son dernier roman, &lt;i&gt;Qui-vive&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions de l'Olivier, 2024&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, raconte que son h&#233;ro&#239;ne perd le sens du toucher, perturb&#233;e qu'elle est par le chaos du monde, pour le retrouver apr&#232;s un voyage o&#249; elle d&#233;couvre dans une vid&#233;o que L&#233;onard Cohen a eu &#224; faire face &#224; semblable incapacit&#233; pendant son fameux concert de J&#233;rusalem, en 1972. Ce livre, avec bande-son en quelque sorte, est une bouleversante qu&#234;te sensorielle, jalonn&#233;e de sens interdits en relation avec l'intellect. Toujours pour &#233;voquer la perte du toucher et montrer qu'il est susceptible d'&#234;tre remplac&#233; par la vue, le photographe plasticien espagnol Joan Fontcuberta a eu l'id&#233;e originale de photographier la surface de pages de texte encrypt&#233; en braille. Le toucher y trouve ainsi une traduction visuelle s'apparentant &#224; des paysages lunaires qui ne demandent qu'&#224; &#234;tre explor&#233;s. Fontcuberta rencontre en cela l'inspiration de l'artiste contemporaine cor&#233;enne CHO Sun-Young dans &lt;i&gt;Spirit Fruit&lt;/i&gt; (2020) cherchant la visualisation des neuf fruits sacr&#233;s dans la culture cor&#233;enne exprim&#233;s en braille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte du toucher correspond au sens interdit le plus obs&#233;dant pour les artistes, surtout les plasticiens. Pour ce qui est de ceux &#339;uvrant dans d'autres domaines, la musique par exemple, la perte trouve parfois compensation. Ainsi, Django Reinhardt et Michel Petrucciani ont-ils tir&#233; parti de leurs infirmit&#233;s respectives jouant sur la sensation tactile : s&#233;quelles de br&#251;lures pour l'un et maladie des os de verre pour l'autre. Les plasticiens, les sculpteurs en t&#234;te, expriment leur propension (voire obsession) tactile en travaillant la terre : argile devenant c&#233;ramique contemporaine en empreinte du toucher comme dans l'exposition Toucher terre. Les cr&#233;ations de Nani Champy-Schott (figure 28) y &#233;taient montr&#233;es destin&#233;es &#224; toucher terre pour s'y ressourcer. Les c&#233;ramiques sont, parmi les mat&#233;riaux, ceux qui, par leur &#233;tat de surface, &#171; parlent &#187; le mieux du toucher, expliquant ainsi le regain pour ce type de mati&#232;re, les techniques d'&#233;laboration actuelles permettant maintenant de jouer sur une large gamme d'&#233;tats de surface. La partie finale de la chronique, plus particuli&#232;rement consacr&#233;e aux mat&#233;riaux, y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le toucher est dit en sens interdit, n'est-ce pas pour exprimer qu'il semble &#233;cart&#233; de la compr&#233;hension du monde ? La sagace r&#233;flexion de Ryo&#772;ko Sekiguchi dans son livre, qui ne l'est pas moins, &lt;i&gt;L'Appel des odeurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O.L, 2024, p. 141&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, conforte dans cette id&#233;e. Elle y &#233;crit, en effet : &#171; &lt;i&gt; &#8220;Je vois&#8221;, &#8220;je sens&#8221;, et &#8220;j'entends&#8221; peuvent prendre le sens de &#8220;je comprends&#8221;. Toucher, lui, n'est pas synonyme de compr&#233;hension. Mais finalement, tout ou presque ne revient-il pas au toucher, la compr&#233;hension se faisant en mode passif ; touch&#233; par l'odeur, par le son, par la lumi&#232;re, on saisit le monde parce qu'il vient nous toucher ? &#187;&lt;/i&gt;. Le plus touchant, cependant, est que l'art &#233;tablisse la relation symbiotique entre tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._29._daniele_galliano_2016__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH387/fig._29._daniele_galliano_2016__c_photo_michel_jeandin_2022-41edc.jpg?1753780318' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 29 Daniele Galliano Stop making sense, 2016
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Odorat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'odorat, en tant que sens interdit, se trouve on ne peut mieux introduit par la peinture Stop making sense (2016) de l'artiste contemporain Daliele Galliano, gr&#226;ce au contraste employ&#233; entre noir et blanc et couleur (figure 29). Plus que Galliano et autrement, malheureusement, c'est la Covid-19 qui a fait d&#233;couvrir, &#224; une grande partie de la population, l'anosmie, c'est-&#224;-dire la perte de l'odorat, puisqu'elle en &#233;tait l'un des sympt&#244;mes. S'il en &#233;tait besoin, l'importance de ce sens s'en trouva amplifi&#233;e. Elle le fut d'autant plus que ce sens, &#224; la diff&#233;rence de tous les autres, n'est pas (&#224; ce jour) r&#233;parable ni m&#234;me corrigible. De plus, l'odorat est remarquable parce que sa perte n'est pas remarqu&#233;e par autrui, sauf &#224; le lui signaler : &#224; la diff&#233;rence des troubles de la vue ou de l'ou&#239;e, tout de suite et ais&#233;ment d&#233;tect&#233;s. Ne pas jouir de l'odorat est une souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple en fut celle de Proust qui, sans &#234;tre anosmique, endurait mal de ne pouvoir appr&#233;cier le parfum des fleurs de Normandie qu'il affectionnait tant, du fait d'une allergie s&#233;v&#232;re l'obligeant &#224; les observer de sa voiture toutes vitres ferm&#233;es. A cause de (gr&#226;ce &#224;) cela, cependant, il put d&#233;velopper une perception exceptionnelle des odeurs subtiles non allerg&#232;nes (le th&#233; sur son in&#233;vitable madeleine !) ainsi que de la vue (des aub&#233;pines ou cattleyas, singuli&#232;rement) et en fit profiter, par son g&#233;nie litt&#233;raire, ses lecteurs. Sinon, comme dit plus haut, l'anosmie est une souffrance, propre &#224; rendre m&#233;lancolique et/ou taciturne : l'odorat, en disparaissant, emporte les mots avec lui comme l'&#233;crit joliment Ryo&#772;ko Sekiguchi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid. p. 102&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Onge (peuplade des &#238;les Andaman) l'avaient, peut-&#234;tre, d'ailleurs pressenti en supposant que, dans l'au-del&#224;, l'homme voyageait sans odeur. Cette souffrance est d'autant plus p&#233;nible qu'elle n'int&#233;resse personne, Freud, lui-m&#234;me, n'ayant quasiment jamais mentionn&#233; l'odorat dans ses &#233;crits. Pourtant, l'odeur est la carte d'identit&#233; de l'individu et le sera m&#234;me concr&#232;tement &#224; l'avenir, l'haleine lui &#233;tant aussi propre (fa&#231;on de parler) que ses empreintes digitales. Nicolas Carreau le soutient dans sa rubrique intitul&#233;e &#171; Je sens donc je suis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Marianne, 15-21 sept. 2022, p.80&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : carte d'identit&#233;, qui plus est, dynamique, c'est-&#224;- dire aussi marque du temps (cela dit sans rapport aucun avec la c&#233;l&#232;bre publicit&#233; d'un non moins c&#233;l&#232;bre d&#233;odorant rappelant, &#224; sa mani&#232;re, l'heure du th&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre d'Adel Abdessemed, &lt;i&gt;Shams&lt;/i&gt; (2018) expose des ruines exhalant des odeurs de pourriture pour mieux l'&#233;voquer. Dans la perception des &#339;uvres, se passer des odeurs et parfums peut faire perdre beaucoup &#8212; y compris d'&#234;tre d'accord avec Hemingway (cf. introduction de cette chronique) &#8212; jusqu'&#224; remettre en cause la restauration des &#339;uvres ou monuments. C'est pour cela que Philibert Humm, dans son excellent et dr&#244;lissime &lt;i&gt;Roman fleuve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Folio-Poche, 2024, p. 246&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'insurge avec humour contre ce que l'on a fait de Jumi&#232;ges (&lt;i&gt;&#171; ... o&#249; on jurerait que les vo&#251;tes sont &#233;pousset&#233;es matin et soir : en un sens je comprends Hugo et toute sa clique de po&#232;tes romantiques qui pr&#233;f&#233;raient les ruines en &#233;tat avanc&#233; de d&#233;labrement... &#187;&lt;/i&gt;). Dans le domaine des arts plastiques, cependant, le contre-pied semble pris. L'olfactif y est, en effet, dans le vent : qui ne le dissipe d'ailleurs pas. Les &#339;uvres odorif&#233;rantes et autres odoramas font maintenant flor&#232;s (logiquement), sur la vague du courant immersif qui noie plus qu'autre chose le milieu culturel.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Go&#251;t&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t en sens interdit n'est pas le d&#233;go&#251;t mais le sans-go&#251;t, &#224; condition toutefois que ce dernier ne signifie pas mauvais go&#251;t. Sinon, il s'inscrirait alors en variante du go&#251;t, f&#251;t-il partiellement interdit. Le go&#251;t en sens interdit se con&#231;oit difficilement en France, pays de l'art culinaire puisque la cuisine est consid&#233;r&#233;e comme un art, jusqu'&#224; pr&#233;tendre au titre de 11&#7497; art qui n'a toujours pas &#233;t&#233; attribu&#233;. La notion d'interdiction, si ce n'est d'interdit, pour le go&#251;t est &#224; associer aux nanomat&#233;riaux sur lesquels reviendra le dernier volet de cette chronique. C'est, en effet, &#224; l'&#233;chelle nanom&#233;trique (celle du milliardi&#232;me de mm) qu'interviennent les ph&#233;nom&#232;nes &#8212; physico-chimiques &#8212; &#224; la source du go&#251;t, gr&#226;ce aux papilles gustatives sur la langue qui en a le relief (micro/nanom&#233;trique). Les papilles gustatives ne sont rien d'autre que des protub&#233;rances pouvant capter les fumets provenant de leurs homonymes (des fum&#233;es donc) compos&#233;es de nanoparticules. Si Warhol et John Pasche, les concepteurs graphiques de Sticky Fingers des Rolling Stones avaient &#233;t&#233; plus physiciens qu'artistes, il aurait probablement repr&#233;sent&#233; ces papilles, &#224; une &#233;chelle plus fine, sur la langue du logo iconique stonien pour en augmenter le caract&#232;re sticky, les ph&#233;nom&#232;nes d'adh&#233;sion (collage) d&#233;pendant &#233;minemment du relief nanom&#233;trique des surfaces en contact. Le lecteur, pour s'en assurer, pourra se reporter, sur l'internet, aux s&#233;ries de clich&#233;s de langues pris au microscope &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t, en tant que sens interdit, est donc li&#233; aux nanoparticules qui encourent aussi des interdictions de toute part, depuis que leur nocivit&#233; a commenc&#233; d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;e au grand public qui, pourtant, en avait chant&#233; le p&#233;an pendant longtemps. Le d&#233;samour est en partie d&#251; &#224; la parution de l'ouvrage de Micha&#235;l Crighton, &lt;i&gt;La Proie,&lt;/i&gt; en 2002 attirant l'attention sur les dangers des nanotechnologies. Les r&#244;les se trouvent donc invers&#233;s aujourd'hui. Ce n'est plus la nanoparticule qui est la proie du go&#251;t, comme le processus physico- chimique &#224; la base de ce sens l'impose, mais bien le go&#251;t qui devient la proie de la nanoparticule, selon qu'elle pourra exister ou pas. Pour exemples, le go&#251;t du sak&#233;, s'il doit beaucoup &#224; Ozu par son chef- d'&#339;uvre cin&#233;matographique &#233;ponyme (1962), doit aussi aux nanoparticules, en l'occurrence celles d'or ajout&#233;es &#224; la boisson pour en stabiliser le go&#251;t d'origine. Au contraire, ainsi que l'a bien d&#233;nonc&#233; Claes Oldenburg, dans son &#339;uvre d&#233;nonciatrice Tea Bag, 1965 (figure 30), le go&#251;t du th&#233; a souffert (souffre ?) des nanoparticules, notamment de plastique, m&#234;l&#233;es au th&#233; dans son petit sachet si pris&#233; des amateurs. Plus g&#233;n&#233;ralement, le go&#251;t peut souffrir, m&#234;me si cela est justifi&#233;, de ce qui pourrait &#234;tre appel&#233; &#171; paranano&#239;a &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._30._claes_oldenburg_1965_pre_sente_lors_de_l_exposition_le_synthe_tique_au_coeur_de_l_humain_au_centre_culturel_canadien_2022__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH708/fig._30._claes_oldenburg_1965_pre_sente_lors_de_l_exposition_le_synthe_tique_au_coeur_de_l_humain_au_centre_culturel_canadien_2022__c_photo_michel_jeandin_2023-e1bbe.jpg?1753780318' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 30 Claes Oldenburg, Tea Bag, 1965
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pre&#769;sente&#769; lors de l'exposition Le synthe&#769;tique au c&#339;ur de l'humain au Centre culturel canadien 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le sens interdit pour le go&#251;t est en vue donc d'autant plus que les nanomat&#233;riaux y trouveront leur place. La soci&#233;t&#233; en d&#233;cidera, aid&#233;e, heureusement par l'art dont il est su qu'il d&#233;pend des mat&#233;riaux, ceux-ci consid&#233;r&#233;s dans toute leur diversit&#233;. La derni&#232;re partie de l'article, qui suit imm&#233;diatement, essaie d'en &#233;tablir une synth&#232;se, en fonction des sens (autoris&#233;s comme interdits) sur lesquels ils agissent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sur France Musique, &#171; Musique matin sp&#233;ciale Faur&#233; &#187;, 4 novembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard, 2023, pp. 61-63&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard, 2013, p. 16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odile Jacob, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed. LLL, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'attente,&lt;/i&gt; Ed. La Coop&#233;rative, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions de l'Olivier, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.O.L, 2024, p. 141&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid. p. 102&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Marianne, 15-21 sept. 2022, p.80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Folio-Poche, 2024, p. 246&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-et-synesthesie-dans-lart-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (Suite dans ArtsHebdoMedia)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art (1)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l</link>
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		<dc:date>2025-06-29T08:39:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>
		<dc:subject>ArtsHebdoM&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La chronique qui suit s'int&#233;resse aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a toujours &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. En plus des textes dissertant sur le polissage, l'or, le cuivre, et le plomb, l'auteur s'est lanc&#233; dans une analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soyez attentifs, l'auteur est fac&#233;tieux !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/ArtHebdoMedias" rel="tag"&gt;ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH98/arton2699-10755.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chronique qui suit s'int&#233;resse aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a toujours &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. En plus des textes dissertant sur le polissage, l'or, le cuivre et le plomb, l'auteur s'est lanc&#233; dans une analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain. La deuxi&#232;me partie paraitra le mois prochain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soyez attentifs, l'auteur est fac&#233;tieux !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article constitue la suite de la s&#233;rie publi&#233;e, en 2024 dans les colonnes d'ArtsHebdoMedias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous trouverez plusieurs renvoie vers notre partenaire dans le texte&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur les sens dans l'art, leurs interactions et le r&#244;le des mat&#233;riaux en la mati&#232;re. C'est dire si, comme dans les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents, sentience (ou plut&#244;t sensibilit&#233; pour &#233;chapper &#224; l'anglicisme) et sapience pourront s'y trouver m&#234;l&#233;es mais toujours, cependant, sans science (enfin pas trop) ni impatience (si ce n'est peut-&#234;tre un peu celle du lecteur). Pour fixer les id&#233;es, l'exposition, pr&#233;sent&#233;e de mars &#224; septembre 2024 et intitul&#233;e &lt;i&gt;Sentience, &#233;couter le parfum de la couleur,&lt;/i&gt; &#224; l'Abbaye de Maubuisson &#224; Saint-Ouen-l'Aum&#244;ne (Val d'Oise), se situe, par exemple, dans l'esprit de l'article. S'il peut &#234;tre dit avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;, comme les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents, sous l'&#233;gide de la Dame &#224; la licorne, il le fut cependant, moins &#224; la lumi&#232;re des tapisseries qui la repr&#233;sente qu'&#224; l'ombre du couloir qui y m&#232;ne au sein du Mus&#233;e de Cluny-mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris (fig.1, en ouverture). Son contenu, en effet, porte, dans une premi&#232;re partie, sur les sens dits interdits, par opposition aux sens dits autoris&#233;s qui furent l'objet de la premi&#232;re s&#233;rie d'articles : en l'occurrence ceux utilis&#233;s dans l'art pour la perception des &#339;uvres tant par l'artiste que par le public susceptible de les appr&#233;cier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils soient autoris&#233;s ou interdits, cependant, les sens sont bien ceux chant&#233;s par le th&#233;ologien Jean de Gerson dont les mots, report&#233;s en exergue de cet article, figurent au fond du couloir mentionn&#233; plus haut. La notion de sens interdit a pris de l'ampleur depuis la Covid-19 et le confinement qui s'ensuivit, entra&#238;nant la modification notable, voire la suspension, de l'usage de nos sens. Dans le domaine de l'art, les &#171; sens interdits &#187; ne manquent donc pas de renvoyer &#224; Edward Hopper, peintre du confinement s'il en est, notamment pour sa c&#233;l&#232;bre peinture Gas (1940). Il n'en sera pas dit plus ici parce que ce dernier est hors du champ de l'art contemporain mais aussi pour laisser le lecteur deviner pourquoi cette c&#233;l&#232;bre peinture, r&#233;pond si bien &#224; l'interdiction de sens. Un autre article se concentre sur les mat&#233;riaux utilis&#233;s par les artistes dans leurs cr&#233;ations et dont les propri&#233;t&#233;s jouent sur la perception sensorielle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A voir dans la suite dans ArtsHebdoMedias&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette partie exploite ce qui aura &#233;t&#233; abord&#233; dans les volets &#171; Sens autoris&#233;s &#187; et &#171; Sens interdits &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les sens interdits, la r&#233;f&#233;rence &#224; la Dame &#224; la licorne est en creux. Une r&#233;f&#233;rence plus directe, serait Tommy, personnage phare de la &#171; g&#233;n&#233;ration lyrique &#187; comme l'appelle Fran&#231;ois Ricard &#224; laquelle ne peut se cacher d'appartenir l'auteur de cette chronique, celle des babyboomeurs &lt;i&gt;(baby boomers)&lt;/i&gt;. La composition en question n'est alors plus du 16&#7497; si&#232;cle comme dans le cas de la tenture de la Dame mais bien du 20&#7497;, n&#233;e de la brillante inspiration des Who pour le premier op&#233;ra rock au monde (1971). Le livret, si tant est que le terme s'applique en l'esp&#232;ce, raconte, en effet, l'histoire d'un enfant sourd-muet et aveugle qui devient champion de flipper (billard &#233;lectrique) et recouvre ses sens au point de devenir un gourou que ses adeptes finiront par rejeter. La Dame &#224; la licorne et Tommy, &#224; cinq si&#232;cles d'&#233;cart, se posent donc comme l'envers et l'avers de la repr&#233;sentation des sens. Cette id&#233;e se trouve confort&#233;e par les troublantes similitudes entre certains motifs (losanges/fleurs de lys) utilis&#233;s tant dans la tenture de la Dame (en particulier dans la tapisserie dite du sixi&#232;me sens &lt;i&gt;Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt;) que sur la pochette du double album original &lt;i&gt;Tommy&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Decca, 1969)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : qui plus est avec, dans les deux cas, l'emploi d'un bleu virginal, signe de noblesse et esprit, et la pr&#233;sence d'animaux symboliques. Le chasseur de m&#233;taphores (le &#171; m&#233;taforeur &#187; autrement dit) et de co&#239;ncidences peut s'en trouver satisfait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sens interdits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sens interdits se doivent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s car l'absence de sens ne nuit pas obligatoirement &#224; l'appr&#233;hension des &#339;uvres comme ce chapitre tentera de le montrer. En bref, non-sens (c'est-&#224;-dire sens interdit) n'est pas nocence. Comme le d&#233;but du premier &#233;pisode de cette s&#233;rie d'articles l'avait soulign&#233;, un sens d&#233;ficient, voire manquant, peut se trouver compens&#233; gr&#226;ce &#224; la plasticit&#233; du cerveau. La travailler passe parfois par la mise au point de m&#233;thodes, certaines anciennes, remarquables autant que spectaculaires. Ainsi, celle issue du PPP (&#171; Parkinson's Pantomime Project &#187;) mise au point par le mime parkinsonien Rob Mermin vise &#224; r&#233;duire les sympt&#244;mes de la maladie par le mime avec pour cons&#233;quence d'am&#233;liorer le sens du toucher et la proprioception. D'autres touchent (sans jeu de mots) la vue/vision comme celles d&#233;crites dans l'ouvrage historique autant que curieux d'Aldous Huxley, &lt;i&gt;L'art de voir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Payot, 1953&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutes ces m&#233;thodes jouent sur le r&#233;cepteur du signal transmis par le sens sollicit&#233;, sachant que l'artiste ou le m&#233;diateur joue sur son &#233;metteur, &#224; savoir l'&#339;uvre ou sa r&#233;plique interm&#233;diaire &#233;ventuellement pr&#233;vue pour l'appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie consacr&#233;e aux sens interdits les traite sens par sens, en fonction de leur degr&#233; d'interdiction, c'est-&#224;-dire plus ou moins interdits, et de leurs interactions. Elle se concentre d'abord sur la vue, sens premier dans les arts plastiques, n'en d&#233;plaise &#224; Duchamp. L'ou&#239;e sera trait&#233;e ensuite et avant le toucher malgr&#233; la classification habituelle des arts qui reconna&#238;t la sculpture, les arts visuels et la musique dans cet ordre. L'odorat ferme le ban m&#234;me si c'est ce sens qui a le vent en poupe (toujours utile pour la dissipation des odeurs) actuellement, notamment quand il intervient en synesth&#233;sie avec d'autres sens dans les arts plastiques. Ce r&#244;le semble prendre le pas sur celui de sens unique (la m&#233;taphore routi&#232;re &#233;tant tenace), sauf &#233;videmment dans le cas de l'art des parfums. M&#234;me s'il n'est pas &#224; proprement parler un sens, le go&#251;t est, ensuite et enfin l'objet d'un paragraphe particulier puisque, par sa composition avec l'odorat et le toucher, il a la faveur de la flaveur, base de l'art culinaire qui ne saurait &#234;tre oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer d'autres sens que la vue ajoute, cependant, &#224; la capacit&#233; d'appr&#233;ciation des &#339;uvres du public. Il est loin le temps o&#249; Hemingway disait appr&#233;cier les mus&#233;es parce qu'il n'y trouvait pas d'odeurs, allant m&#234;me, de son propre aveu, jusqu'&#224; sauter un repas pour le remplacer par la vue d'un Picasso ou d'un Matisse. Le sens unique (la vue) et les sens interdits (les autres) faisaient donc, pour cette raison, du mus&#233;e un endroit (p)r&#233;serv&#233;. Aujourd'hui, un certain manque na&#238;t plut&#244;t si d'autres sens que la vue ne sont pas aiguis&#233;s lors de la visite d'un mus&#233;e, quitte, pour l'instant, &#224; ce qu'ils le soient gr&#226;ce &#224; (&#224; cause de) sa caf&#233;t&#233;ria et l'&#233;ventuel casque de visite propos&#233;. A l'inverse, lors d'une visite de mus&#233;e, les sens peuvent aller jusqu'&#224; se trouver tous interdits mais ce n'est que dans le cas extr&#234;me du syndrome de Stendhal qui peut toujours y survenir quand la chance (?) en est donn&#233;e, le regardeur &#233;tant frapp&#233; de stupeur et restant interdit &#8212; lui aussi donc &#8212; jusqu'au malaise. Sinon, la satisfaction du public d&#233;pend g&#233;n&#233;ralement du rapport entre sens autoris&#233;s et sens interdits, selon leur nature, ce rapport ob&#233;issant &#224; quelques lois. La premi&#232;re d'entre elles impose que la perte (ou la d&#233;gradation) d'un sens en favorise un (ou plusieurs autres), d&#251;t-elle faire mentir le brave L&#233;on (Zitrone)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;source : Intervilles, finale 1971&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'exclamant, dans un &#233;lan rest&#233; fameux, &lt;i&gt;&#171; Je ne vous entends pas, on m'a cass&#233; mes lunettes &#187;&lt;/i&gt; ou, plus r&#233;cemment, Nicolas Sarkozy avec son d'ores et d&#233;j&#224; m&#233;morable &lt;i&gt;&#171; J'croyais pas mes oreilles de voir mon nom &#187;&lt;/i&gt;, lors d'une intervention, le 30 septembre 2024. Le personnage de Tommy, d&#233;j&#224; cit&#233;, dans l'op&#233;ra &#233;ponyme, b&#233;n&#233;ficie des vertus de cette loi, en d&#233;veloppant une habilet&#233; au flipper telle qu'il en devient champion &lt;i&gt;(Pinball wizard)&lt;/i&gt;. Les artistes et metteurs en sc&#232;ne connaissent bien le pouvoir des sens interdits parce qu'ils captent l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;trange autant que sublime &lt;i&gt;Don Juan&lt;/i&gt; d'Emmanuel Daumas (pour suivre la mode de citer le metteur en sc&#232;ne plut&#244;t que l'auteur, quand bien m&#234;me il serait Moli&#232;re), &#224; la Com&#233;die Fran&#231;aise, en 2022, se gardait bien de montrer la statue du Commandeur. De m&#234;me le Faust de Jorge Lavelli, en 1975, se passa de plume au chapeau pour invoquer Satan, ce qui, &#224; l'&#233;poque, d&#233;clencha un scandale &#224; Garnier. Quant au &lt;i&gt;Couronnement de Popp&#233;e&lt;/i&gt; sans l'ombre d'un couronnement, dans sa repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Die Oper #1-#3&lt;/i&gt; &#224; Berlin en 2023, son metteur en sc&#232;ne, Christopher Schlingernsiefs, en assuma la pertinence. Ne pas voir ce que l'on attend ne le rend donc que plus visible, dans l'esprit alors, selon le principe de r&#233;action au manque d&#233;j&#224; d&#233;crit dans l'&#233;pisode 5 de la s&#233;rie. Ce n'est pas un hasard si les deux derniers exemples cit&#233;s rel&#232;vent du genre op&#233;ratique qui exacerbe les sens. Les mots de Barthes extraits d'un m&#233;morable entretien avec Hector Bianciotti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les fant&#244;mes de l'op&#233;ra, Le Nouvel Observateur, d&#233;c. 1973&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'appliquent, au-del&#224; de la sensualit&#233;, valent &#224; l'&#233;vidence aussi pour la sensibilit&#233; et la sensorialit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Elle rayonne de toute part, de la musique, de la vision, des parfums de la salle, de ce que j'appellerai la v&#233;nust&#233; et la pr&#233;sence emphatique des corps dans un espace immense et prodigieusement &#233;clair&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Un sens atrophi&#233;, voire interdit, comme dans les mises en sc&#232;ne mentionn&#233;es plus haut, peut traduire, &#224; dessein pour le metteur en sc&#232;ne, un effet de m&#233;moire traumatique. Don Juan, Faust et Popp&#233;e le subirent au plus haut point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors du domaine de l'art dramatique, l'artiste contemporain Abdessamad El Montassir est l'un de ceux ayant le mieux exprim&#233;, dans son &#339;uvre polymorphe Trab'ssahl, cette relation entre traumatisme et perte de sens (dans l'acception sensorielle du terme, bien &#233;videmment), li&#233;e &#224; l'abandon du Sahara sud marocain et son passage du nomadisme &#224; la vie citadine. Il y met au jour des questions communes &#224; bon nombre d'approches sensorielles d'une &#339;uvre, reprises ici du texte du commissariat de son exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment montrer ce que l'on ne peut voir, comment &#233;couter ce qui ne peut se dire ? Qu'advient-il des m&#233;moires emp&#234;ch&#233;es, confisqu&#233;es ? Quelle forme donner &#224; l'oubli ? Dans Trab'ssahl, Abdessamad El Montassir propose d'&#233;couter ce qu'il appelle des paroles &lt;i&gt;silenci&#233;es&lt;/i&gt; (&lt;a href='https://www.tk-21.com/Materiaux-et-synesthesie-dans-l-2700' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cf. &#167; &#171; Ou&#239;e &#187;&lt;/a&gt; TK-21 n&#176;167 &#224; venir) pour y d&#233;celer les indices d'une m&#233;moire traumatique, celle associ&#233;e au Sahara sud marocain, en l'occurrence. Elles se font les t&#233;moins aupr&#232;s de ceux qui sauront les entendre. L'interdit appelle donc le d&#233;veloppement de sens compensateurs comme d&#233;j&#224; dit moult fois dans la premi&#232;re s&#233;rie, sans pr&#233;ciser, cependant, que cela pouvait aller jusqu'&#224; la cr&#233;ation d'endroits o&#249; tel ou tel sens &#233;tait banni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi de la vue, avec de nouveaux lieux pour &#233;duquer le go&#251;t, par exemple, le restaurant &#171; Dans le noir &#187; (publicit&#233; non pay&#233;e), pr&#232;s de Beaubourg, premier du genre, employant et recevant des malvoyants. M&#234;me un mus&#233;e permanent de l'obscurit&#233;, seul de son genre, a ouvert, en 2009, &#224; Barcelone (&#171; Di&#224;leg a la Fosca &#187;), sachant que des fr&#233;quentes visites dans l'obscurit&#233; (avec, &#233;ventuellement, lampe de poche) de mus&#233;es s'organisent tr&#232;s souvent &#224; l'occasion de performances et d'&#233;v&#233;nements particuliers (comme l'historique &lt;i&gt;Exposition internationale du surr&#233;alisme&lt;/i&gt; de 1938 &#224; la Galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein, &#171; Nuit Blanche &#187; ou autres) pour &#233;veiller et/ou modifier les sens (y compris en synesth&#233;sie) et l'intellect. Pour &#234;tre conscient de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233;, il n'est qu'&#224; penser aux &lt;i&gt;Notes de chevet (Soshi)&lt;/i&gt; de Sei Sh&#244;nagon, Dame d'Honneur d'une princesse japonaise du XI&#7497; si&#232;cle, &#224; Kyoto, classant dans les &#171; Choses peu rassurantes &#187; l'action de manger des fraises dans l'obscurit&#233;. Elle rejoint, par certains c&#244;t&#233;s, Chim&#232;ne d&#233;clarant et d&#233;clamant : &lt;i&gt;&#171; Je cherche le silence et la nuit pour pleurer &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Le Cid, Acte III, sc. V.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Proust, l'obscurit&#233; n'est pas non plus rassurante, dans l'art litt&#233;raire et l'histoire des lettres s'entend. Quelques pages d&#233;finitives dans sa chronique &lt;i&gt;Contre l'obscurit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Vacances de P&#226;ques et autres chroniques, Gallimard/Folio, 2019, pp. 71-75&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'associent, en effet, &#224; la peur de l'inintelligibilit&#233;, montrant ainsi un parall&#232;le entre sens et intellect, tout en d&#233;non&#231;ant le risque de l'avant-gardisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les sens autoris&#233;s trait&#233;s dans la premi&#232;re saison et les sens interdits abord&#233;s ici, existent aussi ce que d'aucuns, voulant poursuivre dans la m&#233;taphore routi&#232;re, pourraient appeler les sens en circulation altern&#233;e. Comme sur les parcours routiers, ils sont rares et n'encombreront donc pas la suite. Cependant, pour en donner une id&#233;e par un exemple, ils sont convoqu&#233;s dans le cas de tout ce qui s'apparenterait aux &#171; revers &#187; rencontr&#233;s dans l'art classique, c'est-&#224;-dire des trompe-l'&#339;il pr&#233;sents au dos de certains tableaux, d&#232;s le 14&#7497; si&#232;cle en Occident. Ces dos n'&#233;taient, &#224; l'origine pas vou&#233;s &#224; l'invisibilit&#233; mais, au contraire, destin&#233;s &#224; &#234;tre expos&#233;s &#224; intervalles r&#233;guliers. &lt;i&gt;La Vierge du Chancelier Rolin,&lt;/i&gt; tableau de Jan van Eyck r&#233;cemment restaur&#233; au Louvre, a donn&#233; un regain de popularit&#233; aux revers. La circulation est donc altern&#233;e pour la vue avec, pour le m&#234;me prix, appel au trompe-l'&#339;il (et m&#234;me au trompe-toucher en l'esp&#232;ce, puisque l'avers de la Vierge donne r&#233;ellement la sensation au toucher qu'il s'agit d'une pierre polie).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;137&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._2._wang_du_2022_exposition_j_ai_une_famille_au_muse_e_national_de_l_immigration_2023__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH296/fig._2._wang_du_2022_exposition_j_ai_une_famille_au_muse_e_national_de_l_immigration_2023__c_photo_michel_jeandin_2024-a113e.jpg?1772206979' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 2 Wang Du &#034;Trois ombres&#034; 2022,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;J'ai une famille&#034; au Muse&#769;e national de l'immigration, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction sur les sens interdits pourrait assur&#233;ment &#234;tre illustr&#233;e par l'&#339;uvre poignante de Wang Du, &lt;i&gt;Trois ombres&lt;/i&gt; (2022), expos&#233;e r&#233;cemment au Mus&#233;e de l'histoire de l'immigration. Elles y faisaient grand effet sous sa vo&#251;te &#233;clairante (figure 2), en une sorte de r&#233;plique contemporaine des trois Singes de la sagesse est-asiatique, montrant les masques fl&#233;aux de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce qu'ils repr&#233;sentent sera d&#233;velopp&#233; dans ce qui suit (comme le concept g&#233;n&#233;ral de masquage avait pu l'&#234;tre dans le cinqui&#232;me &#233;pisode de la s&#233;rie (saison 1) et dans une pr&#233;c&#233;dente chronique sur le cuivre : sur la base que le casque de r&#233;alit&#233; virtuelle, le casque de soldat et le masque chirurgical, port&#233;s par les r&#233;pliques des &lt;i&gt;Trois Ombres&lt;/i&gt; de Rodin, soulignent le r&#244;le des sens dans la prise en compte des maux et les pr&#233;occupations du temps pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vue est consid&#233;r&#233;e comme le sens le plus pr&#233;cieux, pour l'artiste comme pour le commun des mortels, m&#234;me si Duchamp se rebellait contre la tyrannie du visible et pr&#244;nait, tout comme Andr&#233; Breton, l'art non r&#233;tinien. Sans cette tyrannie du visible, nul doute qu'Eurydice aurait &#233;chapp&#233; au s&#233;jour des morts, Orph&#233;e &#233;vitant de se retourner pour privil&#233;gier un autre sens que la vue pour v&#233;rifier sa pr&#233;sence avant de sortir des Enfers. Cette chronique n'essaiera m&#234;me pas de justifier cette pr&#233;&#233;minence de la vue, si nombreux d&#233;j&#224; &#233;tant ceux s'y &#233;tant attach&#233;s. Son auteur se contentera ici de faire r&#233;f&#233;rence &#224; son ophtalmologiste, le (tr&#232;s) bon Dr Lasry, dont le m&#233;tier le tient loin, par d&#233;finition, de l'ultracr&#233;pidarianisme en la mati&#232;re. Ce dernier, en effet, le certifie bien en affichant non sans humour des &#339;uvres de Mir&#243; et Delaunay dans sa salle d'attente : cela dit pour donner une touche personnelle au propos. Pour ce qui est de l'artiste, d'une part : &lt;i&gt;&#171; Je n'apprends pas &#224; peindre mais &#224; voir &#187;&lt;/i&gt;, disait Jon Albers tandis que Mathilde Rosier semble dire dans sa puissante &#339;uvre La souche que l'&#339;il est la souche des sens, pour preuve ses yeux de verre qui y grimpent (figure 3), rappelant la c&#233;l&#232;bre photo de Dora Maar &lt;i&gt;Les Yeux&lt;/i&gt; (vers 1932-1935).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le commun des mortels, d'autre part : on sait que la vue est le sens pr&#233;dominant. Quand la vue est sollicit&#233;e, le cerveau n&#233;glige d'activer tout ou partie d'autres fonctions susceptibles pourtant de lui &#234;tre utiles voire n&#233;cessaires. C'est pour cela qu'il est tr&#232;s mauvais de regarder un &#233;cran en mangeant, les fonctions digestives &#233;tant mises en veilleuse (question de vue encore). A contrario, une alt&#233;ration de la vision, quand elle n'affecte pas l'audition (syndrome &#171; de Zitrone &#187;, encore et encore), favorise le toucher le plus fr&#233;quemment et/ ou l'intellect. Pour ce qui est du toucher, beaucoup a &#233;t&#233; dit dans les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes, en substance que les mus&#233;es s'&#233;quipent de plus en plus pour proposer une esp&#232;ce de &#171; braille artistique &#187;, non seulement pour les cartels mais aussi pour les &#339;uvres elles-m&#234;mes, donnant ainsi au visiteur un apport haptique. Les &#339;uvres peuvent &#234;tre m&#234;me photographiques gr&#226;ce aux d&#233;veloppements les plus r&#233;cents des techniques de reproduction 3D, par exemple le gaufrage de papier &#233;pais mis au point par la soci&#233;t&#233; Cr&#233;anog pour l'&#233;dition du coffret &lt;i&gt;Amazonia Touch&lt;/i&gt; (Editions Taschen, 2024) reproduisant, en reproduisant, en relief, les photos azoniennes de Sebasti&#227;o Salgado. D'autres maisons d'&#233;dition pr&#244;nent une autre forme de braille artistique o&#249; braille, cette fois, d&#233;riverait d'ailleurs plut&#244;t de brailler dans son acception sonore. Les &#339;uvres y sont d&#233;crites alors pour en prendre plein les yeux mais par les oreilles (comme le dit le slogan) gr&#226;ce aux r&#233;cents mais d&#233;j&#224; populaires &#171; podcast &#187; artistiques, par exemple ceux, tout &#224; fait recommandables, de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA), regroup&#233;s sous le titre La recherche de l'&#339;uvre en plusieurs saisons &#224; partir de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._3._mathilde_rosier_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/fig._3._mathilde_rosier_2022-2023__c_photo_michel_jeandin_2023-8c5f2.jpg?1750069254' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 3 Mathilde Rosier Souche 2022 2023
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'intellect, (toujours pour pallier encore la vue) Fran&#231;oise P&#233;trovitch en appelle &#224; aller voir ce qui est derri&#232;re les paupi&#232;res, que l'on ne peut voir physiquement par d&#233;finition. Dans son exposition logiquement nomm&#233;e &lt;i&gt;Derri&#232;re les Paupi&#232;res,&lt;/i&gt; &#224; la BnF Mitterrand en 2022, elle invite &#224; traverser les apparences, a fortiori si on ne les voit pas : l'intellect au secours de la vue, c'est-&#224;-dire vision int&#233;rieure vs vision ext&#233;rieure. Dans la vie courante, cependant, quotidiennet&#233; oblige, c'est la vue qui s'impose plut&#244;t pour se substituer plus ou moins &#224; l'intellect (le raisonnement) et/ou d'autres sens : f&#226;cheusement, par exemple, quand il s'agit de la t&#233;l&#233;vision (les &#233;crans dirait-on aujourd'hui) devenue le chewing-gum de l'&#339;il comme le disait Obaldia. Emmanuel Tellier, dans une r&#233;cente et brillante chronique (&lt;i&gt;Marianne,&lt;/i&gt; 30 mai-5 juin 2024), intitul&#233;e &lt;i&gt;Ecrans : il faut voir comme on nous parle,&lt;/i&gt; enfonce le clou (dans l'&#339;il, comme de bien entendu) en compl&#233;tant la r&#233;crimination d'Alain Souchon dans &lt;i&gt;Foule Sentimentale,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Il faut voir comme on nous parle &#187;&lt;/i&gt;, par &lt;i&gt;&#171; comme &#224; de gros d&#233;biles qui ont les yeux sur leur t&#233;l&#233;phone portable pour y regarder des vid&#233;os sans le son mais avec du texte int&#233;gr&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Le m&#233;dia en ligne, Brut, en est le chantre. La foule aux &#233;crans, en rien sentimentale, n'a donc pas soif d'id&#233;al mais seulement de TRES GROSSES LETTRES INCRUSTEES DANS L'ECRAN MONTRANT CE QUE LE MONSIEUR OU LA DAME EST EN TRAIN DE DIRE. Puisse cela n'&#234;tre pas le cas, ici, pour les lecteurs de cette chronique, &lt;i&gt;&#171; attir&#233;s par les &#233;toiles &#187;&lt;/i&gt;, bien s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la vue interdit, ou partiellement interdit, se retrouve sous diff&#233;rentes manifestations, faisant l'objet de 3 parties distinctes dans la suite : alt&#233;ration des couleurs (pathologique ou non), flou et c&#233;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la monochromie et la bichromie (le noir et blanc surtout, que ce soit par achromatopsie ou par choix) ont inspir&#233; nombre d'artistes contemporains, il n'en est pas de m&#234;me de la polychromie s&#233;lective, c'est-&#224;-dire avec absence de certaines couleurs malgr&#233; l'existence du daltonisme et ses variantes : protanopie (difficult&#233; &#224; voir le rouge), deut&#233;ranopie (difficult&#233; &#224; voir le vert) et tritanopie (difficult&#233; &#224; voir le bleu). Les exemples de peintres daltoniens sont donc peu nombreux, bien que loin d'&#234;tre les moindres, &#224; savoir : De Vinci (m&#234;me si son daltonisme n'&#233;tait pas des plus purs), Michel-Ange, Tintoret, Meyron, Turner, C&#233;zanne, Monet, Picasso, Calder, Warhol, O'Keeffe, et... Uderzo. L'art contemporain est absent de cette liste et ne s'y trouve qu'annonc&#233;. Bien que n'appartenant pas (encore) &#224; cette distingu&#233;e lign&#233;e, la peintre Jano'Acrylik semble &#234;tre la seule &#224; int&#233;grer cette anomalie visuelle et la revendiquer comme aide &#224; la cr&#233;ation comme d'aucuns pr&#233;tendent &#224; ce qu'elle puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e ainsi. Une d&#233;marche sym&#233;trique, c'est-&#224;-dire chez les exposants d'art contemporain s'est, d'ailleurs, r&#233;cemment instaur&#233;e, pour une meilleure appr&#233;ciation de la rencontre entre daltonisme et art. Ainsi, depuis 2022, le Centre Pompidou met &#224; disposition des lunettes (m&#234;me si ce n'est qu'au nombre de vingt) &#224; destination des daltoniens pour leur permettre de mieux appr&#233;cier les nuances de couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste n&#233;anmoins que la monochromie est plus accessible, qu'elle soit appr&#233;ciable ou d&#233;testable. Yasmina Reza dans sa pi&#232;ce &lt;i&gt;Art&lt;/i&gt; (1994) ou Alphonse Allais avec sa &lt;i&gt;Premi&#232;re communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige&lt;/i&gt; et autres moqueries (1883) l'ont bien cern&#233;e : au-del&#224;, de cette &#233;criture picturale &#171; sympathique &#187;, au sens de l'encre du m&#234;me nom, r&#233;pandue par Malevitch (le pionnier), Strzeminski, Fontana, Klein, Richter, Soulages, etc. Pour eux, la restriction de la palette de couleurs, paradoxalement, ouvre les yeux sur le monde. Le grand photographe d&#233;ambulateur Robert Frank allait dans le m&#234;me sens quand il vantait, pour son art, la pr&#233;cellence du noir et blanc, jusqu'&#224; &#233;noncer que &lt;i&gt;&#171; Noir et blanc sont les couleurs de la photographie &#187;&lt;/i&gt;. Frank fut, cependant, moins extr&#233;miste que son confr&#232;re Raoul Hausmann, chantre de ce qu'il appelait m&#233;lanographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in La m&#233;lanographie, Ed. Jean Petithory, 1968&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire l'image noire. Pour lui, le noir porte la photographie, en une restriction ultime de la palette de couleurs donc, le clich&#233; photographique n'&#233;tant rien d'autre que la trace de la br&#251;lure de la couche photosensible par la lumi&#232;re. L'artiste plasticien et photographe contemporain Laurent Cammal aura, cependant, mis d'accord Frank et Hausmann, dans bon nombre de ses r&#233;centes prises de vue, en recouvrant des lieux en friche de peinture noire et blanche pour en privil&#233;gier une perception bimodale et aplanir ainsi la vision tridimensionnelle du regardeur. Gr&#226;ce &#224; une d&#233;marche oppos&#233;e, c'est-&#224;-dire allant du noir et blanc &#224; la couleur, l'artiste contemporain britannique Neil Harbisson peut se targuer d'avoir &#233;t&#233; le premier artiste cyborg au monde. Souffrant, &#224; la naissance, d'achromatopsie qui ne lui permet de ne voir qu'en noir et blanc, l'implantation d'une antenne dans la t&#234;te, en 2004, lui a permis d'endosser le statut de cyborg (officiellement reconnue, sur son passeport notamment o&#249; sa photo le montre avec son antenne) mais surtout d'acc&#233;der &#224; la perception des couleurs gr&#226;ce &#224; l'antenne et une puce &#233;lectronique qui en permet la traduction sous forme de sons : la fr&#233;quence du son variant selon la couleur. Cet exemple suffit &#224; illustrer la circulation des sens et les perspectives synesth&#233;siques associ&#233;es, pour peu que les artistes contemporains s'en saisissent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._4._fabrice_samyn_2016__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._4._fabrice_samyn_2016__c_photo_michel_jeandin_2022-51947.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 4 Fabrice Samyn &#034;Eyes does not see itself&#034; 2016
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du daltonisme et d'autres troubles visuels, poussant l'imperfection visuelle &#224; son paroxysme, de toute fa&#231;on il est acquis que ne rien voir ne signifie pas qu'il n'y a rien &#224; voir, quand bien m&#234;me les efforts pour y parvenir peuvent &#234;tre mal consid&#233;r&#233;s. &lt;i&gt;&#171; C'est bien cela les hommes : assez idiots pour aller voir une lumi&#232;re qui n'existe pas &#187;&lt;/i&gt;, comme l'&#233;crivait G.B. Edwards dans &lt;i&gt;Sarnia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Nadeau/Payrus, 1983&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rapport&#233; par Olivier Rollin dans &lt;i&gt;Vider les lieux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard/Folio, 2022, p. 250&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Heureusement, rendre visible l'invisible peut &#234;tre pris pour l'un des objectifs de l'art contemporain. Le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration,&lt;/i&gt; dans son &#233;dition du 21 novembre 2024, le confirma dans sa critique d'&lt;i&gt;Assembl&#233;e Elargie (Constellation z&#233;ro)&lt;/i&gt; (2024), une &#339;uvre de Katinka Bock compos&#233;e de c&#233;ramiques-chaussures et aspirateurs, pr&#233;sent&#233;e &#224; la touchante exposition &lt;i&gt;Chaque vie est une histoire&lt;/i&gt; au Mus&#233;e de l'histoire de l'immigration, &#224; Paris (nov. 2024 &#8211; f&#233;v. 2025). Cette critique dit, en effet : &lt;i&gt;&#171; C'est une &#339;uvre de d&#233;senvoutement destin&#233;e &#224; rendre visible l'invisible &#187;&lt;/i&gt;. Pour sa part, Catherine Fol, directrice de la Centrale for contemporary art de Bruxelles/Paris, dans son introduction &#224; l'exposition &lt;i&gt;Traces de l'Invisible&lt;/i&gt; re&#231;ue en 2022 au Centre Wallonie-Bruxelles/Paris, affirme que le recours est de &lt;i&gt;&#171; voir comme un ressenti &#187;&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre de Fabrice Samyn &lt;i&gt;Eye does not see itself &lt;/i&gt;(2016) en est la parfaite illustration (figure 4). Elle est compos&#233;e d'une page blanche, de fait un monochrome, au verso de laquelle une phrase est &#233;crite et se refl&#232;te dans un miroir. L'artiste oblige le spectateur &#224; se pencher pour y lire les mots suivants : &#171; L'&#339;il ne se voit pas lui-m&#234;me &#187;. Le commissariat de l'exposition voit (pour utiliser un verbe &#224; propos) en cette phrase &#171; une fa&#231;on d'amplifier la notion m&#234;me du regard, fait de visible et d'invisible (le ressenti), que l'on porte sur soi mais &#233;galement sur une &#339;uvre d'art, symbolisant ainsi l'intime communion se cr&#233;ant entre le visiteur et l'&#339;uvre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NDLA : l'occasion est trop belle ici donn&#233;e &#224; l'auteur de faire part d'une note applicable &#224; l'ensemble de cette chronique. Elle na&#238;t du mot visiteur (&#224; la fin de la derni&#232;re phrase) qui n'ob&#233;it pas &#224; la r&#232;gle de l'&#233;criture inclusive &lt;/i&gt; &#8211; radix stultitiae &lt;i&gt; selon certain(e)s. L'absence du &#183;euses en fin de mot, son invisibilit&#233; autrement dit, veut simplement dire que, si la F&#233;minit&#233; n'est pas exprim&#233;e ainsi (par le &#171; pointeuse &#187; (&#183;euse), elle n'en est pas moins pr&#233;sente puisque ressentie selon les pr&#233;ceptes de Catherine Fol et des artistes de l'invisible. L'invisible ou le peu visible peut r&#233;sulter d'une incapacit&#233; physique (troubles visuels) comme, &#224; l'inverse, d'un surcro&#238;t de stimuli visuels, tant par la nature que par la densit&#233; du flux d'information qui emp&#234;che la perception de leur enti&#232;ret&#233;. C'est ce que d&#233;nonce, en particulier, Emmanuel Van des Auwera de la soci&#233;t&#233; actuelle en tant que d&#233;versoir d'images. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e mais relatif &#224; un exc&#232;s de couleurs, cette fois, Eug&#232;ne Leroy &#8211; m&#234;me si son art est plus &#224; cat&#233;goriser dans le moderne que dans le contemporain &#8211; peut faire figure d'exemple pour faire ressentir ce que l'&#339;il ne distingue pas au premier abord. Il en est ainsi de son &lt;/i&gt; Tronc d'arbre &lt;i&gt; (huile sur toile, 1988).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radical est le principe du masquage pour limiter le nombre d'informations &#224; traiter simultan&#233;ment par l'&#339;il. La technique du revers, pr&#233;sent&#233;e plus haut en m&#234;me temps que celui de la circulation altern&#233;e, participe de ce principe, de m&#234;me pourrait-il en &#234;tre dit du monochrome qui masque les autres couleurs. Des exemples en ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;s. Plus contemporain, le photographe Laurent Lafolie, laur&#233;at du Prix Niepce 2022, gr&#226;ce &#224; des proc&#233;d&#233;s de tirage originaux (qui lui ont valu la r&#233;compense), joue aussi avec l'alternance visible/invisible, dans la plus pure tradition des tableaux &#224; malices (abord&#233;s d&#233;j&#224; dans la chronique sur le polissage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Pour cela, des proc&#233;d&#233;s de tirage originaux (qui lui ont valu la r&#233;compense) en trois dimensions, sur fil (figure 5a) ou sur papier washi (figure 5b), rendent l'image photographique propos&#233;e au regardeur, variable en fonction de la position de ce dernier. Par son d&#233;placement devant l'&#339;uvre, l'&#339;il compose et recompose ce qu'il voit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;154&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._5._laurent_lafolie_a_de_tail_2023_b_collection_florence_et_damien_bachelot_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/fig._5._laurent_lafolie_a_de_tail_2023_b_collection_florence_et_damien_bachelot_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-09dc5.jpg?1772206979' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 5 Laurent Lafolie.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#034;Fil&#034; de&#769;tail 2023. &lt;br class='autobr' /&gt;
b) &#034;OI l'origine des images&#034;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Collection Florence et Damien Bachelot 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du flou, 2&#7497; composante du triptyque dans les sens interdits apr&#232;s l'alt&#233;ration des couleurs et avant la c&#233;cit&#233;, le mot interdit voit son sens propre rejoindre son sens figur&#233;. En effet, interdit veut dire frapp&#233; par la stupeur comme dans le syndrome de Stendhal d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, au bas mot donc fortement troubl&#233; comme l'est le flou, par d&#233;finition. L'int&#233;r&#234;t pour le flou est connu depuis longtemps et pas seulement dans les bergeries (comme l'avertit M. Aubry). En litt&#233;rature le concept de flou a &#233;t&#233; pour le mieux exprim&#233; par Virginia Woolf quand elle disait qu'il fallait &lt;i&gt;&#171; voir le monde, du centre d'un grain de raisin &#224; travers la peau &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire voir mieux parce que de loin et flou. Cette phrase pr&#233;sente aussi la subtilit&#233; de sembler aussi donner du go&#251;t &#8211; celui du fruit divin en l'esp&#232;ce &#8211; &#224; la vision du monde que sa peau transmet. Ce r&#244;le de la peau dans l'art, d&#233;j&#224; soulign&#233; de mani&#232;re clinique par la plasticienne Martine Colignon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in La peau, m&#233;taphore d'une rencontre entre art et clinique, Editions &#233;r&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; r&#233;cemment admirablement mis en lumi&#232;re par Alexandra Maio. Cette artiste contemporaine montre, en effet, &lt;br class='autobr' /&gt;
explicitement la peau (figure 6) comme &#233;mettrice/r&#233;ceptrice des sensations et en &#233;crit, compl&#233;tant Virginia Woolf et jetant un pont entre peinture et litt&#233;rature : &lt;i&gt;&#171; Je cherche les paroles que je n'ai pas &#233;crites, celles &#224; fleur de peau &#187;.&lt;/i&gt; Le croisement entre Woolf et Maio souffle alors l'id&#233;e de d&#233;finir le flou par de la fleur de peau. En retour, il est donc logique que la r&#233;flexion sur la couleur de peau, noire en l'esp&#232;ce, par la grande photographe contemporaine Mame-Diarra Niang, passe principalement par l'usage volontaire du flou. Il est notable dans sa s&#233;rie de ce qu'elle appelle non-portraits, Rapport depuis ce r&#234;ve (2022) notamment, pour exprimer la n&#233;gligence voire l'oubli de peuples. Plus prosa&#239;quement, dans les arts plastiques, le flou appelle la r&#233;f&#233;rence (et la r&#233;v&#233;rence) &#224; Gerhardt Richter, pionnier de la peinture directement par-dessus la projection d'une diapositive (la technique aura &#233;volu&#233; depuis, sur le m&#234;me principe) sur la toile apr&#232;s d&#233;focalisation de l'objectif du projecteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;136&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._6._alessandra_maio_2022__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH501/fig._6._alessandra_maio_2022__c_photo_michel_jeandin_2022-5f73d.jpg?1750069254' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 6 Alessandra Maio &#034;Peau. Je cherche les paroles que je n ai pas e&#769;crites, celles a&#768; fleur de peau&#034; 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._7._gerhard_richter_1983__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH587/fig._7._gerhard_richter_1983__c_photo_michel_jeandin_2022-03ab3.jpg?1750069254' width='500' height='587' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 7 Gerhard Richter &#034;Scha&#776;del (Cra&#770;ne)&#034; 1983
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans sa peinture &lt;i&gt;Sch&#228;del (Cr&#226;ne),&lt;/i&gt; 1983 (figure 7), le flou ajout&#233; &#224; une quasi-monochromie aux effets d&#233;j&#224; d&#233;crits (&#167; pr&#233;c&#233;dent) conf&#232;re une puissance exceptionnelle de &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt; &#224; l'&#339;uvre : le flou &#233;voquant immanquablement l'illusoire. Le flou est source d'illusion aussi parce que consubstantiel &#224; l'art photographique. &#201;tait devrait-on dire, sans tomber dans le Laudator temporis acti, cependant, gr&#226;ce, pour ne pas dire &#224; cause, du num&#233;rique qui l'efface en m&#234;me temps &#8211; ce qui est plus grave &#8211;, la trace du temps qu'il signifie. Une photographie pr&#233;sent&#233;e, r&#233;cemment, au Mus&#233;e Guimet, dans le cadre de l'exposition &lt;i&gt;A la cour du Prince Genji&lt;/i&gt; &#187;, montra encore une fois toute la puissance d'&#233;vocation et la beaut&#233; du flou. Il s'agissait de la photo de classe, dat&#233;e de 1860, montrant la promotion des &#233;l&#232;ves japonais de la classe de fran&#231;ais du Consul de France &#224; Nagazaki, L&#233;on Dury. Sous l'effet du temps, le visage &#8212; et lui seul pour quelque raison technique qui ne sera pas expliqu&#233;e ici &#8212; de nombre des &#233;l&#232;ves appara&#238;t diaphane, conf&#233;rant paradoxalement un caract&#232;re d'&#233;ternit&#233; &#224; la mission d'&#233;change entre les 2 pays assign&#233;e au consul. Cette photo n'est pas montr&#233;e dans cette chronique pour que son auteur puisse faire le flou-flou, autrement dit laisser flou le flou et le lecteur, en cons&#233;quence imaginer la photo avant de l'y trouver sur l'internet, s'il le souhaite vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie de Degas dont il sera question plus loin (figure 21), et, plus g&#233;n&#233;ralement les photographies du d&#233;but de la photo (par exemple, les fascinantes plaques photographiques conserv&#233;es aux archives du Mus&#233;e de la Vie Romantique/Paris) en sont aussi des t&#233;moins exceptionnels, notamment pour vivifier les souvenirs. Leur vivification est d'autant plus intense qu'ils sont flous, selon un processus de r&#233;miniscence, le fameux &lt;i&gt;&#171; cela a &#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt; de Barthes, &#224; partir de photographies comme Kundera l'a d&#233;crit de mani&#232;re bouleversante dans &lt;i&gt;L'insoutenable l&#233;g&#232;ret&#233; de l'&#234;tre.&lt;/i&gt; Ce type de flou est diff&#233;rent du flou dit &#171; artistique &#187; &#8212; devenu une expression, surtout quand il ne l'est pas, d'ailleurs &#8211; dont la vocation n'est qu'esth&#233;tique. Le seul effacement en r&#233;sultant ne fut parfois que celui de la perversit&#233; de ceux le pratiquant, &#224; l'instar de David Hamilton. Autres que naus&#233;abondes, le flou peut susciter des odeurs &#233;manant, l&#224; encore, de la r&#233;miniscence. L'artiste John Murphy a appliqu&#233; avec bonheur ce principe aux fleurs, dans son ensemble explicitement titr&#233;, &lt;i&gt;Cut for the Visible-An Indefinable Odour&lt;/i&gt; semblant r&#233;pondre au reflet flou des fen&#234;tres du Marais sur la vitrine de la galerie (Galerie Bernard Bouche) o&#249; il fut pr&#233;sent&#233; r&#233;cemment (figure 8).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;278&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig__8_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH745/fig__8_-5016e.jpg?1750069254' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 8. Vitrine de la Galerie Bernard Bouche, Paris,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;pour l'exposition en 2024 &#171; Cut from the Visible-An Indefinable Odour&#8230; &#187; de John Murphy, avec, en incrustation, tirage couleur c-print unique 45,5&#215;53,3&#215;4 cm3, intitul&#233;e de m&#234;me, 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'art dramatique, il peut &#234;tre cit&#233; une nouvelle fois, l'iconoclaste Jorge Lavelli et son usage pr&#233;curseur du flou, &#224; la m&#234;me &#233;poque que Richter, les ann&#233;es 1980 donc. Il ne pouvait, en effet, s'emp&#234;cher d'interposer, entre la sc&#232;ne d'op&#233;ra et le public, un voile de tulle. Dans &lt;i&gt;Madame Butterfly&lt;/i&gt; (Op&#233;ra Garnier, 1977), le proc&#233;d&#233; se r&#233;v&#233;la grandiose gr&#226;ce au judicieux m&#233;lange de proximit&#233; et d'&#233;loignement d&#233;coulant de la double partition propos&#233;e : la musicale, puccinienne, d'une part, conjugu&#233;e &#224; celle, lavellienne, s&#233;parant sc&#232;ne et salle, d'autre part. De plus, l'exotisme de l'&#339;uvre, traduit par cette dualit&#233; s'en trouvait exprim&#233;e &#224; plein, sans pr&#233;senter le c&#244;t&#233; carton-p&#226;te qui lui est parfois pr&#234;t&#233;. Le tulle ne manque pas d'&#233;voquer les ateliers &#171; flous &#187;, par opposition aux ateliers dits &#171; tailleurs &#187;, en haute couture. Ces ateliers cr&#233;ent la transparence floue selon l'expression nuanc&#233;e employ&#233;e par le commissariat de la prestigieuse exposition Transparences du Mus&#233;e Yves Saint Laurent, en 2024. La notion de flou s'&#233;tendait m&#234;me jusqu'aux patrons du fait de leur ex&#233;cution sur du papier calque (figure 9). Cette transparence floue fascinait tellement Man Ray qu'il chercha, dans quelques-uns de ses rayogrammes, &#224; en reproduire les effets. Il n'y manquait que le mouvement, composante essentielle pour en r&#233;v&#233;ler tout le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._9._yves_saint_laurent_2001__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH570/fig._9._yves_saint_laurent_2001__c_photo_michel_jeandin_2024-8f6f9.jpg?1750069254' width='500' height='570' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 9 Yves Saint Laurent &#034;Patron d'une robe du soir&#034; 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_22484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;209&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._10_2nd-volet-.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L478xH800/fig._10_2nd-volet--0dbd3.jpg?1750069254' width='478' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 10 Yves Saint-Laurent,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Ensemble du soir, Collection Automne-hiver 1978 &#187; en regard de &#171; Danse Serpentine II &#187; du Film Lumi&#232;re n&#176;765,1, 1897-1899. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma, cependant, s'&#233;tait d&#233;j&#224; charg&#233; de le montrer, d&#232;s ses d&#233;buts (figure 10), en filmant les chor&#233;graphies de Lo&#239;c Fuller. La sc&#233;nographie tr&#232;s inspir&#233;e de l'exposition au Mus&#233;e YSL acheva de le faire. Le cin&#233;ma souligna, par l&#224; m&#234;me, encore sa compl&#233;mentarit&#233; avec la photographie, f&#251;t-elle un rayogramme, et l'int&#233;r&#234;t de ces sens en sus que sont la proprioception et l'&#233;quilibrioception (cf. premiers &#233;pisodes de la s&#233;rie). A la base, il est normal que les couturiers s'int&#233;ressent au flou et &#224; la transparence puisqu'ils assurent une fonction enveloppante, ainsi que le disait le commissariat de l'exposition &lt;i&gt;Dans l'appartement de L&#233;once Rosenberg&lt;/i&gt; au Mus&#233;e Picasso au premier trimestre 2024. Ce jugement s'appliquait &#224; l'endroit des tableaux de la s&#233;rie bien connue Transparences de Picabia qui le d&#233;coraient, faisant &#233;cho aux m&#233;taphysiques Cit&#233;s transparentes d'Alberto Savinio et au surr&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, ce caract&#232;re enveloppant pr&#234;t&#233; au flou et &#224; la transparence a &#233;t&#233; sublim&#233; par le photographe contemporain Hiroshi Sugimoto, notamment dans son travail sur Giacometti. L'utilisation du flou dans ses prises de vues d'&#339;uvres du grand Alberto leur donne, en effet, de l'&#233;paisseur, dans tous les sens du terme, sans aller donc, ce qui peut surprendre, &#224; l'encontre des &#233;motions provoqu&#233;es par la morphologie fam&#233;lique caract&#233;ristique des personnages de Giacometti. De plus, les effets de transparence (et reflets associ&#233;s) apport&#233;e par la sc&#233;nographie adopt&#233;e &#224; l'Institut Giacometti se combinaient parfaitement au flou des photos de Sugimoto o&#249; elles furent pr&#233;sent&#233;es en 2024. Ces effets de transparence provenaient des vitraux et des vitrines environnant les &#339;uvres du ma&#238;tre, conduisant &#224; leur mise en abyme, par exemple pour ses figurines debout (figure 11).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;166&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._11._hiroshi_sugimoto_dans_l_environnement_de_l_institut_giacometti_paris_2013__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L389xH800/fig._11._hiroshi_sugimoto_dans_l_environnement_de_l_institut_giacometti_paris_2013__c_photo_michel_jeandin_2024-b18f1.jpg?1750069254' width='389' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 11 Hiroshi Sugimoto &#034;Past Presence 001 Tall Figure III Alberto Giacometti&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;dans l'environnement de l'Institut Giacometti Paris 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me principe de floutage (m&#234;me si le mot est peu engageant) de grandes &#339;uvres du pass&#233;, le floutage de figures historiques (pour ne pas dire &#171; gueules &#187; qu'il serait tentant de dire par facilit&#233; (autant que trivialit&#233;)) est devenu embl&#233;matique du travail de Philippe Cogn&#233;e, &#224; partir de peintures de Vel&#225;zquez ou Ingres (figure 12), en particulier. L'originale technique de Cogn&#233;e pour ce faire, &#224; savoir le passage d'un fer &#224; repasser sur la peinture &#224; l'encaustique (une copie, quand m&#234;me), a pour but de r&#233;v&#233;ler par brouillage du regard ce qui, apr&#232;s ce que l'artiste consid&#232;re comme un &#233;branlement respectueux (sic), r&#233;siste dans la toile d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;223&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig__12ab.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH216/fig__12ab-87057.jpg?1772206979' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 12. Philippe Cogn&#233;e,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#171; Philippe IV (d'apr&#232;s Diego Velasquez) &#187;, 1994, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) &#171; Madame Marcotte de Sainte-Marie (d'apr&#232;s Jean Auguste Dominique Ingres) &#187;, 2014-2016. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photos Michel Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique cataracte &#233;volue vers la c&#233;cit&#233;, troisi&#232;me partie du volet consacr&#233; &#224; la vue, en prolongement logique de tout ce qui s'y est dit jusqu'alors sur le flou. La c&#233;cit&#233; n'est que la traduction commune d'un sens interdit quand il s'agit de la vue. On peut, cependant, aussi l'attribuer au cas o&#249; ce qui est visible aura &#233;t&#233; masqu&#233; pour permettre de voir &lt;i&gt;&#171; derri&#232;re ses paupi&#232;res &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire au-del&#224; de ce qui est impos&#233; au regardeur, selon le mot de Fran&#231;oise P&#233;trovitch rappel&#233; en introduction. Comme d&#233;j&#224; dit, le concept de masquage a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;tabli dans l'&#233;pisode 5 de la s&#233;rie. Cette partie de chronique se contente donc de montrer par l'exemple le pont entre masquage et c&#233;cit&#233;. L'exemple retenu ici est celui de l'&#339;uvre de Christo dont les emballages ont, non seulement toujours provoqu&#233; des emballements mais aussi et surtout, permis de d&#233;couvrir mieux les monuments qu'ils cachaient, suivant en cela le paradoxe apparent de l'effet de masquage d&#233;j&#224; d&#233;crit. Pour l'anecdote que le sujet de cette chronique sur le multisensoriel appelle, il fut saisissant de constater que l'&#233;poque de la Covid-19 avait vu masqu&#233; tant l'Arc de Triomphe que les passants (figure 13) : pour peu que le feu tricolore f&#251;t rouge comme sur la photo de la figure 13 et la notion de sens interdit s'en trouva magnifi&#233;e. La c&#233;cit&#233; est donc un non-sens raisonn&#233;, en un double paradoxe donc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;97&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._13._double_masque_aux_champs_christo_et_christine_17_mars_2022__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._13._double_masque_aux_champs_christo_et_christine_17_mars_2022__c_photo_michel_jeandin_2022-b454d.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 13 Double Masque aux Champs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Christo et Christine, 17 mars 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Orhan Pamuk, dans &lt;i&gt;Mon nom est Rouge,&lt;/i&gt; son chef d'&#339;uvre traitant du monde de l'art, &#233;crit que la c&#233;cit&#233; est une gr&#226;ce divine que &lt;i&gt;&#171; tous les vrais grands peintres attendent pour d&#233;couvrir enfin les vraies images de la nature que seule leur m&#233;moire du c&#339;ur et Dieu leur commande qu'on les observe &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Mon nom est Rouge Gallimard/Folio, N&#176; 3840, p. 515&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La c&#233;cit&#233; pr&#233;serve aussi le peintre d'avoir &#224; se plier &#224; de nouvelles influences, une fois son &#339;uvre r&#233;alis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 578&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les pages (ibid. pp. 581-583) o&#249; le Ma&#238;tre Osman se cr&#232;ve les yeux, pour acc&#233;der plus t&#244;t (pour des raisons que le roman explique) &#224; cette gr&#226;ce divine, sont parmi les plus prenantes et &#233;mouvantes qui soient, qui justifieraient &#224; elles seules le Nobel de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature contemporaine, y compris fran&#231;aise, a repris ce paradoxe de la c&#233;cit&#233; qui ouvre les yeux. Le plus c&#233;l&#232;bre exemple est probablement Neige de Maxence Fermine (Seuil/Points, 2000), dans lequel le Ma&#238;tre japonais aveugle Soseki enseigne, malgr&#233; son handicap, au po&#232;te h&#233;ros du r&#233;cit la couleur parce que ses po&#232;mes sont jug&#233;s trop &#171; blancs &#187;. La c&#233;cit&#233; peut/doit donc favoriser la sensibilit&#233; aux &#339;uvres, autrement que par la vision directe. &lt;i&gt;&#171; Le soleil, &#231;a peut marcher aussi la nuit &#187;&lt;/i&gt;, dit Nicolas Fargues dans son tr&#232;s beau roman &lt;i&gt;P&#233;remption&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O.L., 2023, p.125&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur la tentative de r&#233;alisation d'une &#171; frise sensorielle &#187; comme la nomme son h&#233;ro&#239;ne artiste. Il est donc normal, sinon logique, de penser que ne pas &#234;tre visible pour une &#339;uvre peut &#234;tre un moyen d'en aiguiser la perception. Il est alors fond&#233; de revendiquer le principe du masquage volontaire, quand il n'est pas le fruit d'une parano&#239;a quelconque comme chez Esther Carp (cf. &lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1er &#233;pisode&lt;/a&gt;), le principe du cach&#233;, m&#234;me dans sa version extr&#234;me de &#171; mus&#233;e cach&#233; &#187; comme celui de l'artiste contemporain Ariel Kupfer, en allant jusqu'au concept ultime de &#171; provisibilit&#233; &#187; et d'invisibilit&#233; ? Depuis Giacometti et son sublissime dernier bronze surr&#233;aliste &lt;i&gt;Objet invisible, mains tenant le vide&lt;/i&gt; (1934-1935), il est aussi difficile que pr&#233;somptueux de revenir sur le sujet, ne f&#251;t-ce que dans une chronique comme celle- ci, libre, y compris de toute honte. Au-del&#224; de ses applications pratiques, par exemple &#224; l'Aston Martin de Pierce Brosnan dans &lt;i&gt;Meurs un autre jour&lt;/i&gt; ou, moins vulgairement, &#224; la cape d'Harry Potter ou &#224; celle de Siegfried dans la mythologie nordique, l'approche conceptuelle de l'invisibilit&#233; pour la relier aux sens interdits int&#233;ressant cette chronique, a donn&#233; lieu &#224; d'&#233;clairants ouvrages ou expositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y trouvent, en particulier, le r&#233;cent recueil d'illustrations par Catherine Meurisse intitul&#233; &lt;i&gt;Le passage&lt;/i&gt; (Barbier, 2024) ou l'exposition &lt;i&gt;Les traces de l'invisible&lt;/i&gt; (2022), d&#233;j&#224; cit&#233;e. Ces traces de l'invisible sont reconnues comme marquantes (la moindre des choses pour des traces) : pour preuve les peintures d'Ingres souvent appr&#233;ci&#233;es pour avoir &#233;t&#233; peintes avec un pinceau invisible, le nec plus ultra donc pour la ligne claire si en vogue aujourd'hui. Ces ouvrages et expos expliquent donc l'attrait pour l'invisible plus savamment et moins cyniquement que ne peut le faire Marc dans la pi&#232;ce de Yasmina Reza d&#233;j&#224; cit&#233;e (&lt;i&gt;Art,&lt;/i&gt; 1994) : &lt;i&gt;&#171; Naturellement, on ne peut pas d&#233;tester l'invisible, on ne d&#233;teste pas le rien &#187;&lt;/i&gt;. De l&#224; &#224; penser que, pour cela, d'aucuns aient pu investir 15 000 &#8364; dans l'achat, en 2021, de l'&#339;uvre invisible de Salvatore Garau (voir d&#233;tails dans une chronique ant&#233;rieure, &lt;i&gt;Or l'or&lt;/i&gt;) il n'y a qu'un pas. Vanessa Wagner, cit&#233;e dans l'&#233;pisode 2 de la s&#233;rie 1, a priori, n'en fait pas partie, tant son &#233;tude de l'invisible &lt;i&gt;(Study of the invisible)&lt;/i&gt; en semble &#233;loign&#233;e mais comment savoir ? Pour sa part, l'auteur de cette chronique se contentera ici de citer l'objet lunettes mais au sens barth&#233;sien du terme (excusez du peu !) qui lui semble traduire au mieux ce concept. Les lunettes, pour Roland Barthes, ne sont pas faites pour am&#233;liorer la vue mais surtout pour diminuer celle des autres. Dans &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions du Seuil, 1977, p. 52 et sq.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;crivain et s&#233;miologue s'en prend aux lunettes de soleil qui cachent ce qui n'existe pas. De plus, Barthes affirme, s'inspirant de Descartes : &lt;i&gt;&#171; Il faut que cacher se voie : sachez que je suis en train de vous cacher quelque chose, tel est le paradoxe actif que je dois r&#233;soudre : il faut en m&#234;me temps que &#231;a se sache et que &#231;a ne se sache pas : que l'on sache que je ne veux pas le montrer voil&#224; le message que j'adresse &#224; l'autre. Larvatus prodeo &#187;&lt;/i&gt;. Pour illustrer par un exemple la dialectique de Barthes, pendant un enterrement, un porteur de lunettes noires voudra cacher les larmes qu'il n'a pas, autrement dit cacher le fait qu'il ne pleure pas, plut&#244;t que cacher ses larmes par pudeur. On cache donc ce qui n'existe pas, en une variante subtile du jeu de cache-cache sur &#171; les traces de l'invisible &#187;, pour reprendre le titre de l'exposition d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le domaine artistique, la question rel&#232;ve de l'analyse spectrale &#8211;dans les deux acceptions du mot spectre &#8211; d'une &#339;uvre du fait de l'invisible qu'elle utilise. Le capara&#231;on fantomatique montr&#233; par Guillaume Leblon dans &lt;i&gt;Lost Friend,&lt;/i&gt; 2014, (figure 14) entre dans cette cat&#233;gorie, sur le mod&#232;le du Chevalier inexistant dans le c&#233;l&#232;bre roman (1959) d'Italo Calvino.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._14._guillaume_leblon_2014_exposition_parade_au_palais_de_tokyo_19_oct._2022-8_jan._2023__c_photo_michel_jeandin_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L474xH800/fig._14._guillaume_leblon_2014_exposition_parade_au_palais_de_tokyo_19_oct._2022-8_jan._2023__c_photo_michel_jeandin_2022-83f05.jpg?1750069254' width='474' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 14 Guillaume Leblon &#034;Lost Friend&#034; 2014
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;Parade au Palais de Tokyo&#034; du 19 oct 2022 au 8 jan 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'invisible doit, cependant, &#234;tre distingu&#233; du non-visible qui d&#233;pend, &#233;videmment, de l'&#233;chelle d'observation. Par exemple, la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; reproduite en &#233;criture en pattes de mouche, dans une belle r&#233;alisation d'art litt&#233;raire par un collectif d'artistes contemporains (figure 15), pourra sembler invisible alors qu'elle n'est, pour le coup, qu'illisible &#224; l'&#339;il nu : r&#233;jouissant curieusement ainsi les anti-Proust d&#233;non&#231;ant l'illisibilit&#233; du monument litt&#233;raire pour la raison inverse de pr&#233;sence de trop de longueurs, une histoire de dimension aussi donc. Puisse la phrase pr&#233;c&#233;dente ne pas entrer dans cette cat&#233;gorie ! Dans cette m&#234;me veine mais avec un objectif totalement oppos&#233;, les travaux du duo d'artistes contemporains mountaincutters ont abouti &#224; la cr&#233;ation de ce qu'il a appel&#233; Intervalles. Ce projet litt&#233;raire consiste en une &lt;i&gt;&#171; pratique de l'&#233;criture fragmentaire &#224; caract&#232;re po&#233;tique, sur papier 44 recycl&#233; &#187;&lt;/i&gt; (sic). Les fragments de mots s'y accumulent dans le d&#233;sordre et la continuit&#233;, par cycle depuis 2012 et sont pratiquement illisibles dans tous les sens du terme : la po&#233;sie, diront certains.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;175&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._15._collectif_d_artistes_contemporains_tableau_au_mur_reproduisant_l_inte_grale_de_a_l_ho_tel_swan_paris_2010__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH800/fig._15._collectif_d_artistes_contemporains_tableau_au_mur_reproduisant_l_inte_grale_de_a_l_ho_tel_swan_paris_2010__c_photo_michel_jeandin_2024-5f7ee.jpg?1750069254' width='450' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 15 Collectif d'artistes contemporains
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Tableau au mur reproduisant l'inte&#769;grale de &lt;i&gt;A la recherche du temps perdu) a&#768; l'Ho&#770;tel Swan, Paris 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le th&#232;me du difficilement visible, il peut &#234;tre dit aussi qu'il peut soutenir l'inspiration d'un artiste : Basquiat, par exemple, avec sa propension &#224; mettre en valeur ce qui est oblit&#233;r&#233;, par la rature et/ou la d&#233;figuration (cf. son Defacement, 1983). Dans l'art contemporain, un bel exemple est celui de Dove Allouche, d&#233;j&#224; cit&#233; dans l'&#233;pisode 1 pour son &#339;uvre si riche AgBr, 2022. Qu'il explique ainsi : &lt;i&gt;&#171; Mon approche est celle d'un presbyte. Je voudrais r&#233;v&#233;ler ce qui est trop proche de notre vue pour &#234;tre vu, ce qui est ici, juste &#224; c&#244;t&#233; de nous, mais &#224; travers nous regardons pour regarder autre chose. Saisir &#8220;l'invisibilit&#233; de ce qui est trop visible&#8221;, comme dirait Michel Foucault &#187;&lt;/i&gt;. L'artiste peut m&#234;me &#234;tre &#224; l'origine de ce non-visible, c'est-&#224;-dire le cr&#233;er et non se contenter de le r&#233;v&#233;ler : la r&#233;v&#233;lation &#233;tant d&#233;volu au public, quitte &#224; ce que ce le soit via un autre sens que la vue. Ainsi, Bach, artiste un peu moins contemporain qu'Allouche mais plus fac&#233;tieux probablement, avait cach&#233; son nom dans son Art de la fugue, premier mouvement, sous couvert du leitmotiv &#171; si b&#233;mol-la-do-si b&#233;carre &#187;, c'est-&#224;-dire B-A-C-H dans la notation de gamme &#233;trang&#232;re allemande. L'occasion est trop belle, ici, de digresser (un art de la fugue aussi mais mineur et pas en r&#233;) et de mentionner (partager l'amour de) Gregory Sokolov, pianiste dont l'interpr&#233;tation (1978-1981) de l'Art de la fugue reste un sommet. La digression n'&#233;tait pas si divagante parce que Sokolov est une image majestueuse de la polysensorialit&#233; (toucher, go&#251;t, ou&#239;e, et intellect en l'occurrence, ici) dont traite cette chronique, Christian Bobin disant de lui (in Murmure, Gallimard, 2024, p. 21) : &lt;i&gt;&#171; Pendant que les mains de Sokolov parlent, sa bouche m&#226;che comme un chewing-gum le silence qui manque &#224; nos vies affol&#233;es &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes contemporains, dans l'avenir, travailleront encore dans cette direction de polysensorialit&#233; mais, probablement, avec des outils de transcription plus modernes. En tant que jalon interm&#233;diaire y ayant men&#233;, il est difficile de ne pas mentionner l'apport de Gaston Teuscher pour rendre visible le cach&#233; ou le flou qui, par d&#233;finition, participe de l'al&#233;atoire. Dans le cas de Teuscher, l'al&#233;atoire r&#233;sulte des froissures de papier d'emballage que l'artiste r&#233;v&#232;le en soulignant au stylo-bille les formes anthropomorphes qu'il y voit pr&#233;exister (figure 16).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._16._gaston_teuscher_1976_exposition_gribouillage_-_scarabocchio_aux_beaux-arts_de_paris_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH360/fig._16._gaston_teuscher_1976_exposition_gribouillage_-_scarabocchio_aux_beaux-arts_de_paris_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-c2e2d.jpg?1750069254' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 16 Gaston Teuscher &#034;Sans titre&#034; 1976
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Exposition &#034;Gribouillage Scarabocchio&#034; aux Beaux-Arts de Paris, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'invisible ou le difficilement visible susceptibles d'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;s, soit en regardant mieux comme dans les exemples pr&#233;c&#233;dents (en grossissant avec une loupe, par exemple) soit en imaginant, existe l'invisible susceptible de l'&#234;tre par des moyens souvent qualifi&#233;s de paranormaux. Le premier d'entre eux consiste &#224; remplacer la vue par des &#171; mains magn&#233;tiques &#187; pouvant d&#233;tecter et/ou transmettre le fameux &#171; fluide vital &#187; au sens o&#249; l'entendaient Franz Anton Mesmer, le Marquis de Puys&#233;gur et Karl von Reichenbach. Ces mains magn&#233;tiques jouissent d'une sensibilit&#233; dermo-optique/paroptique (mais non panoptique). Les perceptions extrasensorielles associ&#233;es peuvent &#234;tre &#233;valu&#233;es par des cartes (genre cartes &#224; jouer) dite de Zener du nom du psychologue qui les a mises au point (tout cela semblant donc tr&#232;s s&#233;rieux !) ou avec des machines plus &#233;volu&#233;es, au point que l'artiste Marc Cohen en a con&#231;u une &#339;uvre, &lt;i&gt;Antin&#233;a,&lt;/i&gt; (figure 17). Pareilles machines mesurent les effets id&#233;omoteurs de ressenti o&#249; l'homme est un r&#233;cepteur d'ondes qu'il r&#233;percute en les rendant visibles : la plus connue d'entre elles &#233;tant le b&#226;ton du sourcier. Le m&#233;rite de ces machines est de r&#233;v&#233;ler l'importance premi&#232;re des mat&#233;riaux, qu'ils soient cuivre (figure 17) ou coudrier, sur laquelle la derni&#232;re partie de la chronique reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._17._marc_cohen_2022__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH295/fig._17._marc_cohen_2022__c_photo_michel_jeandin_2023-e984a.jpg?1750069254' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 17 Marc Cohen Antine&#769;a 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me partie reviendra aussi sur les mountaincutters, d&#233;j&#224; cit&#233;s, parce qu'incidemment, la machine d'Antin&#233;a s'apparente &#224; toutes celles cr&#233;&#233;es par ce groupe d'artistes. Toujours dans le chapitre de rendre visible ce qui ne l'est pas, se situe la mise en &#233;vidence de l'aura des individus. Elle fut une source d'inspiration pour l'artiste conceptuelle suisse Doroth&#233;e Elisa Baumann qui utilise une &#171; palette de couleurs invisibles &#187; (sic) pour cr&#233;er des portraits d'auras (figure 18).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;203&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._18._dorothe_e_elisa_baumann_se_rie_photographique_re_alise_e_lors_d_une_performance_au_muse_e_d_histoire_de_la_me_decine_le_12_novembre_2022_2023__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH270/fig._18._dorothe_e_elisa_baumann_se_rie_photographique_re_alise_e_lors_d_une_performance_au_muse_e_d_histoire_de_la_me_decine_le_12_novembre_2022_2023__c_photo_michel_jeandin_2023-ef8e8.jpg?1750069254' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 18 Dorothe&#769;e Elisa Baumann &#034;Que la force soit avec toi&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;se&#769;rie photographique re&#769;alise&#769;e lors d'une performance au Muse&#769;e d'histoire de la me&#769;decine le 12 novembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;NDLR En figure 18, ce n'est que le reflet du photographe &#8211;aussi auteur de cet article &#8211; sur la vitre de la vitrine d'exposition et non son aura (suppos&#233;e faible) qui sera probablement venue s'ajouter &#224; l'&#339;uvre pendant sa prise de vue&lt;/i&gt;]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les halos de couleurs dessinant l'aura autour du corps humain ont &#233;t&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement &#233;tudi&#233;s et d&#233;crits dans des ouvrages savants comme &lt;i&gt;L'Homme Visible et Invisible&lt;/i&gt; de C. W. Leadbeater, aux Editions Paris Publications Th&#233;osophiques, 1903. Quoiqu'il en soit, une conclusion tangible semble &#234;tre que pour conserver son aura, il faille rester invisible. Une anecdote fameuse relative au tournage de la s&#233;rie &#224; succ&#232;s &lt;i&gt;L'Homme Invisible,&lt;/i&gt; celle des ann&#233;es 1950-1960, le corrobore. Elle signale que l'acteur interpr&#233;tant Peter Brady, &#224; l'&#233;poque, ne l'&#233;tait pas moins (invisible) puisqu'il lui &#233;tait impos&#233;, par contrat, l'anonymat et une discr&#233;tion absolue quant &#224; sa participation &#224; la s&#233;rie pour lui conserver tout son myst&#232;re : en cons&#233;quence son aura n'en aura (bis) que grandi. L'aura et, plus g&#233;n&#233;ralement, les &#233;nergies insaisissables qui parcourent le corps humain, le Xi (celui du Xi (ou Chi)-Gong), selon la tradition chinoise, inspirent les artistes contemporains. Il en est ainsi de Hsiao Chin (Xiao Qin), dans Chi-88 notamment, (figure 19).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._19._hsiao_chin_xiao_qin_1980__c_photo_michel_jeandin_2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/fig._19._hsiao_chin_xiao_qin_1980__c_photo_michel_jeandin_2023-491f5.jpg?1772206979' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 19 Hsiao Chin Xiao Qin Chi 88 1980
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, l'artiste photographe majeure, Juliette Agnel, a fait de la capture des &#233;nergies insaisissables comme elle les appelle aussi, un objectif premier de son travail appliqu&#233; aux v&#233;g&#233;taux. Initi&#233;e par le sourcier g&#233;obiologue Yann Guilbert, elle a pris le cas des foug&#232;res suppos&#233;es &#234;tre les gardiennes &#233;nerg&#233;tiques des menhirs, pour son projet &lt;i&gt;L'invisible,&lt;/i&gt; 2019. Il est vrai que la contemplation de la forme de la foug&#232;re (figure 20), pour peu que l'esprit y soit pr&#233;par&#233;, peut convaincre que les M&#226;nes en &#233;manent. Le sens interdit devient autoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._20._juliette_agnel_2019__c_photo_michel_jeandin_2024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH627/fig._20._juliette_agnel_2019__c_photo_michel_jeandin_2024-50487.jpg?1750069254' width='500' height='627' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 20 Juliette Agnel L'invisible 2019
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Photo Michel Jeandin 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout cela traduit la difficult&#233; &#224; repr&#233;senter le n&#233;ant, &#233;tant donn&#233; les difficult&#233;s &#224; l'admettre pour l'homme probablement, c'est-&#224;-dire, en fait, le concevoir. L'homme cherchera, en effet, toujours &#224; voir quelque chose et ne veut/peut pas croire en rien, sauf &#224; en &#234;tre pouss&#233; au suicide, entra&#238;nant celui de son &#339;uvre s'il en est. Claude Rutault, en concevant sa &lt;i&gt;Peinture suicide n&#176;2 d&#233;finition/m&#233;thode n&#176;84&lt;/i&gt; (1973-2016), qu'il serait trop long de d&#233;crire ici malgr&#233; tout son int&#233;r&#234;t et parce qu'il faut bien que l'internet serve &#224; quelque-chose, est probablement l'artiste contemporain l'ayant le mieux exprim&#233;. Dubuffet aussi en avait aussi une telle profonde conviction (en le rien) qu'il en a produit sa derni&#232;re s&#233;rie de tableaux dite &lt;i&gt;Non-lieux.&lt;/i&gt; Ces peintures gravement nihilistes visent &#224; repr&#233;senter non plus le n&#233;ant mais l'incorporalit&#233; du monde, ou, disons, le n&#233;ant fantomatique peupl&#233; des fantasmes que nous y projetons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Biographie au pas de course, 1985, PES IV, Gallimard, 1995, p. 537&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans doute pour cela que le grand projeteur de fantasmes qu'&#233;tait Fellini avait cru toucher le n&#233;ant de son inspiration, peu avant Huit et demi qu'il avait pu, cependant tourner gr&#226;ce &#224; un sursaut du genre pirouette. Le grand Federico le raconte ainsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;rapport&#233; par Jean-Philippe Toussaint dans L'Echiquier, Les Editions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; Voil&#224; le moment o&#249; tout se r&#233;sout : j'entre du coup au c&#339;ur de mon film, je raconterai tout ce qui &#233;tait en train de m'arriver, je ferai mon film avec l'histoire d'un r&#233;alisateur de films qui ne sait plus ce qu'&#233;tait le film qu'il voulait faire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour marquer la fin de ce sous-chapitre sur la vue en sens interdit, une photographie prise par Degas pourrait &#234;tre retenue pour synth&#232;se des manifestations de monochromie, flou, invisibilit&#233; et c&#233;cit&#233; qui y ont &#233;t&#233; abord&#233;es. Cette photographie (figure 21), accroch&#233;e lors de l'exposition &lt;i&gt;Degas en noir et blanc&lt;/i&gt; &#224; la BnF Richelieu/Paris, en 2023, montre Renoir et Mallarm&#233;. Le v&#233;ritable sujet, tel que cette partie de chronique le retiendra, en est, cependant, bien Degas. Ce dernier y appara&#238;t (terme appropri&#233; s'il en est), en effet, dans l'arri&#232;re-plan, en fant&#244;me dans le miroir, pr&#232;s de son appareil et des ombres de Mallarm&#233; et de sa fille. Dans ce clich&#233;, l'arri&#232;re- plan est donc essentiel comme il l'est dans cette chronique puisqu'il repr&#233;sente les mat&#233;riaux sur lesquels elle se concentrera dans sa derni&#232;re partie de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22497 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;179&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig._21._edgar_degas_ste_phane_mallarme_et_auguste_renoir-reflets_de_degas_marie_et_genevie_ve_mallarme_chez_julie_manet_et_ses_cousines_paule_et_jeannie_gobillard_1895.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH693/fig._21._edgar_degas_ste_phane_mallarme_et_auguste_renoir-reflets_de_degas_marie_et_genevie_ve_mallarme_chez_julie_manet_et_ses_cousines_paule_et_jeannie_gobillard_1895-18d9b.jpg?1772206979' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig 21 Edgar Degas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Ste&#769;phane Mallarme&#769; et Auguste Renoir avec les reflets de Degas Marie et Genevie&#768;ve Mallarme&#769; chez Julie Manet et ses cousines Paule et Jeannie Gobillard 1895
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous trouverez plusieurs renvoie vers notre partenaire dans le texte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A voir dans la suite dans &lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-et-synesthesie-dans-lart-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ArtsHebdoMedias&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.tk-21.com/Materiaux-en-tous-sens-autorises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Decca, 1969)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Payot, 1953&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;source : Intervilles, finale 1971&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les fant&#244;mes de l'op&#233;ra, Le Nouvel Observateur,&lt;/i&gt; d&#233;c. 1973&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Le Cid,&lt;/i&gt; Acte III, sc. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in Vacances de P&#226;ques et autres chroniques,&lt;/i&gt; Gallimard/Folio, 2019, pp. 71-75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in La m&#233;lanographie, Ed. Jean Petithory, 1968&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Nadeau/Payrus, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallimard/Folio, 2022, p. 250&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/lombre-dune-colonne-de-buren-est-sans-rayures/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.artshebdomedias.com/article/lombre-dune-colonne-de-buren-est-sans-rayures/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in La peau, m&#233;taphore d'une rencontre entre art et clinique,&lt;/i&gt; Editions &#233;r&#232;s poche, 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;in Mon nom est Rouge&lt;/i&gt; Gallimard/Folio, N&#176; 3840, p. 515&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 578&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.O.L., 2023, p.125&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions du Seuil, 1977, p. 52 et sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Biographie au pas de course,&lt;/i&gt; 1985, PES IV, Gallimard, 1995, p. 537&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;rapport&#233; par Jean-Philippe Toussaint dans &lt;i&gt;L'Echiquier,&lt;/i&gt; Les Editions de Minuit, 2023, p. 191&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Inscription &#224; lire dans le couloir menant &#224; la Tenture de la Dame &#224; la licorne, au Mus&#233;e de Cluny/Mus&#233;e national du Moyen &#194;ge, &#224; Paris. &#169;Photo Michel Jeandin, 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du plomb dans l'art</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Du-plomb-dans-l-art</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>ArtsHebdoM&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, la chronique qui suit n'a pour ambition que de partager quelques r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a depuis l'origine &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. Plus courte et plus personnelle que les pr&#233;c&#233;dentes sur le cuivre, l'or, les mat&#233;riaux et les sens..., elle s'attache au plomb en tant que mat&#233;riau commun aux arts, sciences et lettres.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/ArtHebdoMedias" rel="tag"&gt;ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2645-eb560.jpg?1772239445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, la chronique qui suit n'a pour ambition que de partager quelques r&#233;actions d'un amateur d'art dont la vie professionnelle a depuis l'origine &#233;t&#233; port&#233;e par la science des mat&#233;riaux. Plus courte et plus personnelle que les pr&#233;c&#233;dentes sur le cuivre, l'or, les mat&#233;riaux et les sens..., elle s'attache au plomb en tant que mat&#233;riau commun aux arts, sciences et lettres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence des pr&#233;c&#233;dentes, cette chronique ne se fonde pas sur l'analyse d'&#339;uvres &#224; la lumi&#232;re de donn&#233;es issues de la science des mat&#233;riaux. Elle souhaite simplement utiliser l'un d'entre eux pour relier art, science et lettres : le plomb en l'occurrence. Le plomb comme fil rouge (pas du genre de ceux de Chiaru Chiota, cependant), ce qui tombe bien car ce mat&#233;riau se pr&#234;te ais&#233;ment au tr&#233;filage. Toute proportion et toute pr&#233;tention gard&#233;es, l'esprit de cet article rejoint celui qui pr&#233;side &#224; certaines cr&#233;ations contemporaines conceptuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du plomb donne immanquablement &#224; cette chronique un parfum de fin, plut&#244;t que de pare-fin. En effet, &#171; sans vouloir plomber l'ambiance &#187;, pour parler trivialement, l'image du plomb est indissociable de celle du cercueil, aujourd'hui utilis&#233; pour des inhumations sp&#233;ciales et, autrefois, pour celles de personnages hors du commun. Il n'est que de se r&#233;f&#233;rer aux r&#233;centes mises au jour de cercueils de plomb, dans les sous-sols du mus&#233;e d'Aquitaine, pour Montaigne, ou dans le jub&#233; de Notre-Dame, pour le chanoine de La Porte et &#171; le cavalier &#187; Joachim du Bellay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contrebalancer, cependant, le plomb est devenu, depuis peu, symbole de reconstruction, pour ne pas dire r&#233;surrection, comme a pu le symboliser la main de la Piet&#224; de Nicolas Coustou, dans le ch&#339;ur de Notre-Dame, qui en recueillit un petit volume tomb&#233; du ciel (figure 1). En fait, le plomb, utilis&#233; pour la construction de la cath&#233;drale, principalement de sa couverture, fondu sous l'effet de la chaleur, y ruissela comme pleur&#233; par les pierres de l'&#233;difice pendant son incendie, en avril 2019 (cf. image d'ouverture), tels les cheveux de M&#233;lisande descendant de la tour. Les restaurateurs de la Pi&#233;ta ont alors choisi de conserver cette trace de plomb dans la main du Christ pour &lt;i&gt;&#171; pr&#233;server la m&#233;moire de l'incendie &#187;&lt;/i&gt;, selon les dires de sa restauratrice Nathalie Pruha. Le plomb se voit alors jouer un r&#244;le de pr&#233;servation de la m&#233;moire analogue &#224; ce que lui fait jouer Anselm Kiefer, dans bon nombre de ses &#339;uvres pour maintenir dans les esprits le drame de l'holocauste. Dans &lt;i&gt;Le livre (2016)&lt;/i&gt;, un ouvrage de plomb renferme symboliquement l'histoire du peuple juif, sur un fond de paysage marin repr&#233;sentant le monde au-dessus duquel il s'&#233;l&#232;ve en un renouveau vers l'avenir (figure 2).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH289/fig_1-2-947a5.jpg?1743003282' width='500' height='289' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 1. Main du Christ de la Pieta&#768; de Nicolas Coustou, a&#768; Notre-Dame de Paris, apre&#768;s restauration, novembre 2024.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_22215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;78&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH690/fig_2-2-6b6ab.jpg?1743003282' width='500' height='690' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 2. Anselm Kiefer, Le livre, de&#769;tail, 2007. &#169;Miche&#768;le Pellevillain, 2016
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un choix n&#233; d'un souvenir d'&#233;tudiant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique sera donc aussi optimiste, le plomb pouvant passer du cercueil au recueil, ou de la main du Christ aux pages d'un livre ouvert. Assur&#233;ment, elle ne s'aventurera pas dans les m&#233;andres alchimiques que le mot encourage &#224; suivre : non seulement parce que l'alchimie avec le lecteur ne prendrait peut-&#234;tre pas mais aussi parce que ce dernier n'aura aucun mal &#224; se reporter aux nombreux &#233;crits s'y rapportant d&#233;j&#224;. De m&#234;me, cet article ne traitera pas du sujet poncif de la nocivit&#233; du plomb dans l'art, notamment parce qu'il fut employ&#233; comme agent s&#233;chant dans les peintures, &#171; s&#233;chant &#187; aussi, par l&#224; m&#234;me, quelques peintres. Haro sur le plomb, dans l'art comme dans l'industrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;directive europ&#233;enne REACH de 2007 pour pr&#233;venir les risques associ&#233;s &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; put-on constater depuis, m&#234;me si quelques grands artistes contemporains l'ont utilis&#233; comme il sera vu, plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette introduction empruntant la voie de la pr&#233;t&#233;rition, je peux vous confier que le choix du plomb est n&#233; d'un souvenir d'&#233;tudiant. En ce temps, je partageais mon bureau avec un ami de promo, Bruno, travaillant sur une th&#232;se (la sienne, en l'occurrence) &#224; laquelle il avait donn&#233; l'exergue : &#171; Du plomb dans l'Al &#187;. Pour appr&#233;cier ce jeu de mots de m&#233;tallurgiste, il faut savoir que ses &#233;crits traitaient de l'influence de faibles concentrations de plomb&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;de l'ordre de quelques p.p.m., c'est-&#224;-dire quelques parties par million ou, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans l'aluminium (Al), selon un m&#233;canisme appel&#233; s&#233;gr&#233;gation aux joints de grains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion majeure de cette th&#232;se fut de montrer la nocivit&#233; du plomb pour l'aluminium, m&#234;me (et surtout) s'il n'y est pr&#233;sent que sous forme de tr&#232;s faibles traces. Des pi&#232;ces en aluminium peuvent s'en trouver fragilis&#233;es, &#224; en devenir cassantes comme du verre pour oser une image &#224; faire fuir un m&#233;tallurgiste, f&#251;t-il amateur de jeux de mots. S'il s'agit d'une aile d'avion, souvent r&#233;alis&#233;e en alliage d'aluminium, pareille pollution plombif&#232;re peut donc se r&#233;v&#233;ler catastrophique. Avoir du plomb dans l'aile y retrouverait alors sa signification premi&#232;re au sens propre, doublant &#224; bon escient par son sens comme par sa musique l'exergue d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc tout naturellement que ce dernier m'est revenu &#224; l'esprit, par association de sons probablement. Il me sembla alors tentant d'&#233;crire sur l'influence de la nocivit&#233; de ce mat&#233;riau dans la cr&#233;ation artistique, en une sorte de parall&#232;le entre m&#233;tallurgie et art. Cependant, si cette id&#233;e pouvait s&#233;duire, elle n'&#233;tait pas neuve et n'encourageait pas &#224; la proposer encore au lecteur. Ma d&#233;cision &#233;tait prise : je m'en tiendrais au plomb en tant que simple fil rouge liant art, sciences et lettres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'invention de l'imprimerie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce fil au plomb, &#224; distinguer du fil &#224; plomb, s'est impos&#233;, en consid&#233;rant que s'il &#233;tait un mat&#233;riau pouvant &#233;tablir un pont entre arts, sciences et lettres, c'&#233;tait bien le plomb. Une raison historique premi&#232;re en fut son utilisation, par les &#201;gyptiens, en tant que mine de plomb (dite aussi crayon ou pointe de plomb) pour &#171; r&#233;gler &#187; le papyrus, c'est-&#224;-dire y tracer des lignes rep&#232;res. Parchemins, gravures et papiers divers en b&#233;n&#233;fici&#232;rent dans les &#233;poques ult&#233;rieures. La mine de plomb d'aujourd'hui est en graphite, graphite dont le minerai, &#224; l'origine &#8212; au XVI&#7497; si&#232;cle &#8212;, &#233;tait d'ailleurs appel&#233; plombagine, du fait de sa ressemblance avec le minerai de plomb. Le lien entre plomb, papier et &#233;crits, s'est fortement consolid&#233; lors du passage de la mine &#224; la typographie. Le plomb fut, en effet, &#224; la base de la typographie car il servait (&#233;ventuellement en alliage avec un peu d'antimoine et d'&#233;tain) &#224; la fabrication des caract&#232;res qui y &#233;taient employ&#233;s. De la lettre &#233;l&#233;mentaire repr&#233;sent&#233;e par son caract&#232;re correspondant en plomb aux lettres repr&#233;sentant les id&#233;es qu'elles v&#233;hiculaient, il n'&#233;tait qu'un pas que Gutenberg franchit gr&#226;ce &#224; son invention de l'imprimerie et la diffusion des livres qu'elle permit de produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imprimerie n'&#233;tait autre que la typographie avec les caract&#232;res en plomb mobiles reconductibles et r&#233;utilisables &#224; l'infini (ou presque) selon la technique mise au point, au XV&#7497; si&#232;cle, par le grand Johannes. Aujourd'hui, la typographie/imprimerie au plomb est heureusement sauvegard&#233;e et transmise par des ma&#238;tres typographes, et certaines maisons d'&#233;dition. L'Atelier typo de la Cit&#233;, &#224; Lausanne, le Mus&#233;e Typographique, &#224; Saint-L&#244;, ainsi que le Ma&#238;tre d'Art en typographie Fran&#231;ois Da Ros (jusqu'&#224; sa disparition en 2023 mais relay&#233; depuis par Martine Rassineux Da Ros) et ses disciples figurent parmi leurs meilleurs repr&#233;sentants. Les composants de leurs machines, les casses, comme les productions qui en sortent, peuvent, par leur esth&#233;tique et leur message, souvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des &#339;uvres d'art (figures 3 et 4).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;249&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH240/fig.3-b0d95.jpg?1743003282' width='500' height='240' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 3. Art du plomb au Muse&#769;e Typographique de Saint-Lo&#770;, a) &#171; Plomb de casse &#187;, b) &#171; Ve&#769;nus de Saint-Lo&#770; &#187; (montage sur socle reconstitue&#769;) en fond de creuset de fusion de plomb. &#169;Photo Annie Hurel, Muse&#769;e Typographique, 2025
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_22217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;352&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_4-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH702/fig_4-2-c7bb1.jpg?1743003282' width='500' height='702' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 4. Forme typographique d'une composition a&#768; la main au plomb mobile en caracte&#768;re Ruano corps 36, par Franc&#807;ois Da Ros, Mai&#770;tre d'Art. Texte de Ge&#769;rard Farasse in &#171; Estampes avec la Lettre &#187;, 2002, 56 cm x 38 cm. &#171; On peut voir l'a&#770;me, parfois, en hiver... &#187;. &#169;E&#769;ditions Anakatabase, Franc&#807;ois Da Ros &amp; Martine Rassineux.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'art du livre, avec le livre d'art et, plus g&#233;n&#233;ralement, les livres compos&#233;s par typographie traditionnelle, peut donc &#234;tre dit sentir le plomb. Ryoko Sekiguchi le souligne avec pertinence, quand elle parle du plomb, dans son &#233;blouissant (y compris olfactivement parlant) ouvrage &lt;i&gt;L'Appel des odeurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.O.L, 2024, pp. 57-58&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle y fait, en effet, revivre de mani&#232;re touchante le souvenir de son p&#232;re imprimeur par son &lt;i&gt;&#171; ... odeur o&#249; il y avait un je-ne-sais-quoi qui &#233;voquait l'indigo &#187;&lt;/i&gt; qu'elle retrouvait fugitivement &lt;i&gt;&#171; ... quand sa m&#232;re achetait des l&#233;gumes encore humides que le marchand emballait dans du papier journal &#187;&lt;/i&gt;. Cela s'explique puisque le journal est, avec le livre, un vecteur d'opinion autant qu'il est le vecteur de transmission du plomb, proc&#233;d&#233; d'impression oblige. Pierre Lazareff, patron de presse historique, le r&#233;suma on ne peut mieux en d&#233;finissant le plomb comme la &lt;i&gt;&#171; mati&#232;re de l'opinion &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un h&#244;pital du livre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re p&#233;dagogique du plomb, au-del&#224; des r&#233;actions sensorielles qu'il peut susciter, s'est trouv&#233; merveilleusement r&#233;v&#233;l&#233; par une initiative r&#233;cente de la maison d'&#233;dition napolitaine Marotta &amp; Cafiero. Il s'est agi de l'ouverture, au premier trimestre 2022, dans l'un des quartiers les plus rong&#233;s par les agissements de la camorra, &#224; Naples, celui de Scampia, d'un &#233;tablissement dit h&#244;pital du livre &lt;i&gt;(Ospedale del libro)&lt;/i&gt;. Il s'y trouve un espace consacr&#233; &#224; la typographie o&#249; les jeunes peuvent se familiariser avec le livre dans sa mat&#233;rialit&#233; et apprendre sa fabrication avec des machines traditionnelles. Les enfants peuvent venir imprimer comme Gutenberg, avec des caract&#232;res mobiles au plomb r&#233;cup&#233;r&#233;s dans toute l'Italie. L'&#233;diteur &#224; l'initiative du programme, Rosario Esposito La Rossa, a d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; Chez nous, les jeunes peuvent se salir les mains et r&#233;fl&#233;chir au sens du mot imprimer qui signifie rendre public, dans une direction compl&#233;tement oppos&#233;e &#224; leurs habitudes &#187;&lt;/i&gt;. Nul doute que les jeunes &#233;viteront ainsi de se salir les mains autrement, sous l'influence de la camorra qui immanquablement les y auraient pouss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#244;pital du livre transmute donc le plomb destructeur de la mafia napolitaine en un plomb formateur, par une alchimie moderne autant que m&#233;taphorique, gr&#226;ce &#224; son action courageusement sociale. Le droit chemin y est trac&#233; par le plomb allant de la balle de pistolet au caract&#232;re d'imprimerie, autrement dit &#171; de la culasse &#224; la casse &#187;. L'objectif initial que s'assignait la maison d'&#233;dition m&#232;re, &#224; savoir &#233;carter la jeunesse de Scampia de l'influence mafieuse, semble maintenant atteint. De nouvelles ann&#233;es de plomb se profilent donc pour la jeunesse napolitaine mais, de ce fait, beaucoup moins funestes que celles qu'a pu connaitre l'Italie dans des temps ant&#233;rieurs. Ces ann&#233;es ont pu &#234;tre incarn&#233;es par des personnages comme Cesare Battisti, au point que France Inter qualifia r&#233;cemment sa vie&#8212; sans objectif de magnification est-il permis d'esp&#233;rer &#8212; d'une vie de plume au pass&#233; de plomb.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mat&#233;riau de pr&#233;dilection d'Anselm Kiefer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pourrait &#234;tre appel&#233; la p&#233;dagogie du plomb, telle qu'elle vient d'&#234;tre vue, s'apparente donc &#224; de l'art, pour partie conceptuel, li&#233; aux lettres. Le plomb garde, cependant, aussi sa qualit&#233; de mat&#233;riau pour les arts plastiques. M&#234;me si nous n'insisterons pas, Anselm Kiefer se doit, cependant, d'&#234;tre mentionn&#233; puisque le plomb est son mat&#233;riau de pr&#233;dilection, depuis toujours : &#224; un point tel qu'un cambrioleur avait visit&#233; son atelier de Croissy-Beaubourg, en novembre 2023, pour s'en saisir, son faible niveau d'instruction le laissant, cependant, dans l'ignorance qu'il s'attaquait &#224; une &#339;uvre d'art, estim&#233;e &#224; un million d'euros au bas mot. Sa condamnation n'en fut que plus s&#233;v&#232;re. Outre sa charge symbolique, li&#233;e &#224; son histoire et son nom, le plomb est appr&#233;ci&#233; par les artistes contemporains pour ses propri&#233;t&#233;s m&#233;caniques et physiques. Sylvie Guyomard, pour sa sculpture &lt;i&gt;Lithosph&#232;re&lt;/i&gt; (2016) notamment (figure 5), exploite la mall&#233;abilit&#233; de ce mat&#233;riau pour remplir avec pr&#233;cision des espaces laiss&#233;s vides par l'acier environnant, sa densit&#233; &#233;lev&#233;e, en outre, ajoutant &#224; la stabilit&#233; de l'ensemble via une meilleure r&#233;partition des masses. Enfin, sa teinte est aussi un atout, dans cette m&#234;me &#339;uvre, pour contraster avec la rouille de l'acier mais aussi, &#233;ventuellement et tr&#232;s opportun&#233;ment, en prendre la couleur mordor&#233;e en fonction de l'&#233;clairage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;100&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_5-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L389xH800/fig_5-2-9a3ec.jpg?1743003282' width='389' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 5. Sylvie Guyomard, &#171; Lithosphe&#768;re &#187;, hauteur 50cm, 2016. &#169;Photo : M. Jeandin, 2025
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ariel Kupfer, quant &#224; lui, dans son &lt;i&gt;Libro de plomo y cobre&lt;/i&gt; (livre de plomb et cuivre, 2006), exploite aussi la mall&#233;abilit&#233; du plomb pour faire ressentir que ce mat&#233;riau se confond avec l'art du livre et de l'imprimerie comme cela fut abord&#233; ant&#233;rieurement dans la chronique. Pour cela, l'artiste montre, par un renversement tr&#232;s subtil des r&#244;les, que le plomb peut &#234;tre marqu&#233; des caract&#232;res que, d'ordinaire, il constitue pour imprimer le papier (figure 6). Dans &lt;i&gt;Libro de plombo y de cobre,&lt;/i&gt; le plomb est associ&#233; au cuivre, non seulement pour r&#233;unir deux classiques mat&#233;riaux employ&#233;s pour la gravure, du fait de leur mall&#233;abilit&#233;, mais aussi pour introduire un contraste de lumi&#232;re que le gris du plomb favorise. L'aspect terne du plomb le distingue des autres mat&#233;riaux. Le plomb est d'ailleurs l'un des rares &#224; ne pas gagner en &#233;clat au polissage, &#224; cause de son oxydation rapide &#224; l'ambiante et de sa sensibilit&#233; m&#233;canique en surface. Il est ainsi propre &#224; g&#233;n&#233;rer des contrastes uniques avec son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;102&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_6-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH549/fig_6-2-8412a.jpg?1743003282' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 6. Ariel Kupfer, &#171; Libro de plomo y cobre &#187;, 2006. &#169; Tan Kadam, in Materiosofia, 2024
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une esth&#233;tique particuli&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'art du vitrail traditionnel doit beaucoup &#224; ces propri&#233;t&#233;s, o&#249; les plombs (joints en plomb) s&#233;parent les verres teint&#233;s de la mosa&#239;que. Gr&#226;ce &#224; ce contraste exceptionnel des mati&#232;res, le vitrailliste compose la lumi&#232;re de l'aura &#8212; particuli&#232;rement adapt&#233; au cadre religieux &#8212; pour reprendre la tr&#232;s belle expression de Miquel Barcel&#243; quand il se dit &lt;i&gt;&#171; peindre avec la lumi&#232;re mais une lumi&#232;re int&#233;rieure, pas l'&#233;clairage mais l'aura &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in De la vida m&#237;a, Mercure de France, 2024, p. 204&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la diff&#233;rence d'un Monet qui peignait la lumi&#232;re, comme dit le clich&#233;. C'est pourquoi le remplacement du plomb, pour les vitraux, n'apporterait probablement pas que des avantages, qu'ils soient &#233;conomiques et/ou &#233;cologiques, car l'esth&#233;tique pourrait y perdre dans nombre de cas. La preuve en est de la technique dite Tiffany qui remplace le plomb par le cuivre et pour laquelle les vitraux (Tiffany) obtenus pr&#233;sentent une esth&#233;tique tout &#224; fait particuli&#232;re qu'il est permis de ne pas aimer quoique certains ne s'en privent pas comme en t&#233;moigne leur popularit&#233;. D'autres proc&#233;d&#233;s r&#233;cemment &#233;tudi&#233;s pourraient, cependant, permettre de remplacer les joints de plomb avec une plus grande capacit&#233; &#224; jouer sur le rendu esth&#233;tique, conduisant ainsi &#224; un plus heureux r&#233;sultat. Ils sont encore au stade de d&#233;veloppement, autant que leur caract&#232;re confidentiel permette de le dire. Le plomb n'est pas le seul mat&#233;riau soumis &#224; une limitation de sa diffusion pour en limiter les risques sur la sant&#233; humaine et son environnement. Il encourt les m&#234;mes restrictions, voire interdits, que des mati&#232;res qui, pour leur grande majorit&#233;, sont particuli&#232;rement bien adapt&#233;es &#224; la sculpture du fait de leur capacit&#233; &#224; &#234;tre mises en forme facilement : ivoire, amiante, b&#233;ryllium, cadmium, mercure (liquide &#224; la temp&#233;rature ambiante) et autres plastiques toxiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas dit plus, ici, au sujet d'&#339;uvres utilisant le plomb. Puisse le lecteur avoir suivi cette chronique tout du long sans s'endormir d'un sommeil du m&#234;me m&#233;tal, sur le texte-oreiller que la plume aura confectionn&#233;. La patience aurait eu alors raison de l'impatience, pour reprendre les termes d'un mod&#232;le qui pourrait &#234;tre qualifi&#233; de saturnien mais sans tristesse. Ce mod&#232;le, comme d'aucuns pourraient l'enseigner (cf. dessin en figure 7), prend appui sur le fait que la plan&#232;te Saturne, immanquablement li&#233;e au plomb depuis l'Antiquit&#233; parce que terne et pesante, est la plan&#232;te de la patience (sa p&#233;riode de r&#233;volution &#233;tant tr&#232;s longue) tandis que Saturnin le canard, ic&#244;ne &#224; plumes pour les enfants de la g&#233;n&#233;ration lyrique (autrement dit celle des babyboumeurs), reste &#224; jamais l'image de l'impatience. Ce triomphe de la patience se serait donc exprim&#233; ici gr&#226;ce au plomb dans la plume plut&#244;t que dans l'aile, heureusement. Il reste que, quoiqu'il en soit, un kilo de plomb vaudra toujours un kilo de plume, dixit le sage mat&#233;rialiste. Si l'auteur n'a pas failli, le plomb y fut montr&#233; comme un m&#233;tal de caract&#232;re dont le fil (comme celui de la m&#233;taphore associ&#233;e) servait &#224; nouer le lien entre le bon caract&#232;re de la (bonne) casse de l'imprimeur et le mauvais caract&#232;re du (mauvais) casse du mafieux. Art, sciences et lettres s'en trouv&#232;rent ainsi scell&#233;s, au plomb comme il se doit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 f&#233;vrier 2025&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/fig.7-fc5db.jpg?1743003282' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169;Michel Jeandin
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;directive europ&#233;enne REACH de 2007 pour pr&#233;venir les risques associ&#233;s &#224; certaines substances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;de l'ordre de quelques p.p.m., c'est-&#224;-dire quelques parties par million ou, exprim&#233; en fraction massique, quelques mg/kg&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.O.L, 2024, pp. 57-58&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in De la vida m&#237;a, Mercure de France, 2024, p. 204&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture&gt; &#169;David Bordes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;riaux en tous sens, autoris&#233;s et interdits (E1)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Materiaux-en-tous-sens-autorises</link>
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		<dc:date>2024-07-29T12:59:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>ArtsHebdoM&#233;dias et Michel Jeandin</dc:creator>


		<dc:subject>ArtsHebdoM&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La chronique qui suit s'inscrit dans une s&#233;rie consacr&#233;e aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/ArtHebdoMedias" rel="tag"&gt;ArtsHebdoM&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/histoire-de-l-art" rel="tag"&gt;histoire de l'art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH102/arton2520-b32cf.jpg?1772207113' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chronique qui suit s'inscrit dans une s&#233;rie consacr&#233;e aux mat&#233;riaux et proc&#233;d&#233;s que l'artiste met en &#339;uvre dans sa cr&#233;ation. Ni franchement scientifique, ni simple billet d'humeur, elle n'a pour ambition que de partager les r&#233;actions de Michel Jeandin, &lt;i&gt;&#171; modeste amateur d'art dont la vie professionnelle fut/est (pour employer les grands mots) port&#233;e par la science des mat&#233;riaux &#187;&lt;/i&gt;, comme ce dernier aime &#224; le pr&#233;ciser. Apr&#232;s trois textes s'int&#233;ressant au polissage, &#224; l'or et au cuivre, l'auteur s'est lanc&#233; dans une r&#233;flexion/analyse des sens au regard des mat&#233;riaux utilis&#233;s dans l'art contemporain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour embrasser ce vaste sujet, deux temps de publication sont pr&#233;vus. Tel un feuilleton estival, la chronique sera livr&#233;e en 5 &#233;pisodes pour m&#233;nager un temps de r&#233;flexion et le suspens de ce qui adviendra le lendemain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;pisode 1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le regard est le porte-parole des yeux, dixit joliment Moix avant moi, les sens sont les h&#233;rauts des mat&#233;riaux, charge &#224; l'art d'en &#233;crire les messages. Cet article s'int&#233;resse donc moins directement aux mat&#233;riaux eux-m&#234;mes qu'aux sens qui les r&#233;v&#232;lent. Il est logiquement structur&#233; pour distinguer les sens en &#233;veil (dits autoris&#233;s par l'auteur, notamment dans son titre), &#233;ventuellement en interaction (synesth&#233;sie au sens large), de ceux qui ne le sont pas. Il les nomme, en cons&#233;quence, respectivement, &#171; sens de circulation &#187; et &#171; sens interdits &#187;. Deux cat&#233;gories de sens dont seule la premi&#232;re sera abord&#233;e cette semaine. Laissant pour une prochaine fois, les &#171; sens interdits &#187; et une synth&#232;se montrant que les mat&#233;riaux sont bien l'essence des sens n&#233;cessaire au voyage sur la route de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;279&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/untitled-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/untitled-1-295b3.jpg?1722000541' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 1 : L'art et les sens
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) Tenture de la Dame &#224; la licorne, 6e tapisserie Mon seul d&#233;sir, photo Mus&#233;e de Cluny, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) Rebecca Horn, &#171; Unicorn (Einhorn), 1970-72, photographie de la performance, collection de l'artiste &#169; Rebecca Horn, ADAGP, Paris, 2021, photo Achim Thod
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mat&#233;riaux et synesth&#233;sie dans l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement la Dame &#224; la Licorne (figure 1) qui symbolise le mieux la rencontre entre mat&#233;riaux, sens et art. Sa repr&#233;sentation m&#233;di&#233;vale (figure 1a), une tenture, rassemble, en effet, sous la forme de cinq tapisseries all&#233;goriques, les (5) sens classiques. Une sixi&#232;me tapisserie dite &lt;i&gt;A Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt; compl&#232;te cet ensemble. Au-del&#224; de l'interpr&#233;tation classique allant vers un sixi&#232;me sens, il faut y voir, selon l'auteur de ces lignes, une repr&#233;sentation de l'art qui n'est autre que la quintessence (&#171; sextessence &#187; devrait-on plut&#244;t dire alors) des cinq autres. L'art sollicite, en effet, tous les sens comme le dit Lichtenberg qu'aime &#224; citer Sollers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;par exemple, dans son Agent secret, Gallimard, 2021, p. 88&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour y ajouter que l'amour, d'ailleurs, en fait autant. La repr&#233;sentation contemporaine de la &lt;i&gt;Dame &#224; la Licorne,&lt;/i&gt; par exemple au travers de l'&#339;uvre &lt;i&gt;Unicorn&lt;/i&gt; de l'artiste Rebecca Horn (la bien nomm&#233;e), le confirme en reprenant ces m&#234;mes th&#232;mes fondamentaux, notamment celui du d&#233;sir, magnifi&#233; encore lors de sa performance de 1970 (figure 1b) qui se voulait l'exprimer. Depuis lors, le trouple mat&#233;riaux-sens-art se trouble du fait de la complexification engendr&#233;e par des sens plus nombreux et plus en interaction qu'on ne le consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement. Le grand designer Jean-Baptiste Sibertin-Blanc en d&#233;nombre quatre en plus des cinq traditionnels : la proprioception, &#224; savoir la sensibilit&#233; profonde par la perception des diff&#233;rentes parties du corps, l'&#233;quilibrioception ou sens de l'&#233;quilibre, la thermoception ou ressenti des temp&#233;ratures, et la nociception ou perception des stimulations provoquant la douleur, &#224; distinguer de la douleur elle-m&#234;me. Les progr&#232;s de la science attestent cette complexification, gr&#226;ce au d&#233;veloppement de l'imagerie m&#233;dicale notamment. L'interpr&#233;tation artistique comme celle du fait artistique n'en est que plus riche et complexe elle aussi. L'art s'en trouve augment&#233; comme la r&#233;alit&#233; du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue Astasa dans sa s&#233;rie amorc&#233;e en 2023 &#171; Les sens &#224; l'&#339;uvre &#187; l'explore, de mani&#232;re scientifique et document&#233;e pour une clarification de l'ind&#233;finition du fait artistique, comme le qualifiait la Biennale NOVA XX au Centre Wallonie Bruxelles, d&#233;but 2022. Le lecteur est invit&#233; &#224; s'y reporter comme &#224; d'autres articles g&#233;n&#233;raux sur le polysensoriel, par exemple celui paru dans Beaux-Arts magazine, &#224; la m&#234;me &#233;poque (mars 2022). Cette simple chronique, cependant, si elle se veut aller dans le m&#234;me sens n'a pour ambition, que de faire &#233;tat de r&#233;flexions issues de p&#233;r&#233;grinations d'une exposition &#224; une autre au cours de ces deux derni&#232;res ann&#233;es, sans autre rigueur que de se laisser guider par les sens. Il reste (quand m&#234;me !) qu'un plan d&#233;taill&#233; a &#233;t&#233; adopt&#233;, avec pour objectif d'essayer de simplifier le propos, f&#251;t-ce au prix de quelque approche subjective comme l'exercice de la chronique l'autorise.&#8232;Selon qu'ils interviennent au stade de la cr&#233;ation d'une &#339;uvre, par l'artiste en l'occurrence, ou de sa perception, par son public donc, les sens peuvent jouer des r&#244;les diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attachons-nous pour l'heure aux &#171; sens de circulation &#187; attach&#233;s &#224; la cr&#233;ation. Pour aboutir &#224; l'&#339;uvre, l'artiste, puise l'inspiration dans son intellect, voire son intelligence, et/ou d'un mod&#232;le qu'il traduit au travers de ses sens. Parfois, il lui faut recourir &#224; plusieurs sens, plus ou moins simultan&#233;ment, pour exprimer ce qu'il ressent dans ce qui peut s'appeler processus de cr&#233;ation avec interaction de sens. D'autres fois, il entre dans un processus de cr&#233;ation par transcription, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de convertir ce qu'il cr&#233;e et per&#231;oit avec un sens donn&#233; en une autre cr&#233;ation perceptible par un autre sens. Il s'agit alors d'un travail de traduction sensorielle, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec interaction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un des plus beaux exemples de cr&#233;ation selon le premier des processus d&#233;crits plus haut se trouve chez Virgil Thomson, compositeur et critique d'art, d'autant plus que son mod&#232;le &#233;tait des plus artistiques. Thomson fit, en effet, de Peggy Guggenheim un &#171; portrait musical &#187; (sa sonate pour piano n&#176;IV dite &lt;i&gt;Guggenheim Jeune&lt;/i&gt;) qui n&#233;cessita d'elle des heures de pose devant lui tout en lui lisant l'un de ses ouvrages, pour nourrir son inspiration. Cette anecdote racont&#233;e par Peggy Guggenheim, elle-m&#234;me, dans ses m&#233;moires (&lt;i&gt;Ma vie et mes folies,&lt;/i&gt; Perrin, 2004, p. 178) r&#233;v&#232;le bien un type de processus de traduction impliquant plusieurs sens. Toujours pour de la traduction sensorielle mais avec, en plus, le toucher (m&#234;me si avec Peggy aussi&#8230; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Derain, prenait aussi parfois, sur ses genoux, ses mod&#232;les pour travailler. Il lui fallait, en effet, voir mais aussi toucher, leur enserrant la taille d'une main et peignant de l'autre. Moins moralement attaquable aujourd'hui, l'interaction sensorielle est connue, beaucoup plus prosa&#239;quement, gr&#226;ce aux plateaux-repas servis dans les avions qu'il serait os&#233;, quand m&#234;me, de rattacher &#224; l'art, f&#251;t-il culinaire. La synesth&#233;sie entre bruit et go&#251;t, en effet, conduit &#224; saler et/ou sucrer &#224; l'exc&#232;s pour compenser l'impression de fadeur que les passagers trouvent aux aliments du fait des bruits de cabine (de type bruit blanc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple venu du ciel est celui de l'affinage du jambon de Saint-Flour, traditionnellement pratiqu&#233; dans le clocher de la cath&#233;drale puisque bonifi&#233;, aux dires de son cur&#233;, par les vibrations de sa cloche.&#8232;Perturber les sens a toujours fait partie des techniques aidant l'artiste &#224; ouvrir des portes &#224; son inspiration. Le recours aux drogues n'a pas &#224; &#234;tre trait&#233; ici, aussi parce qu'il est banal. Moins banale est la perturbation due &#224; une excitation sensorielle &#171; naturelle &#187;, pouvant cependant mener &#224; des effets majeurs. L'excitation auditive, par la musique notamment, aide &#224; la cr&#233;ation : chor&#233;graphique et philosophique chez les derviches tourneurs soufis, litt&#233;raire chez les artistes du groupe Bazooka, &#224; l'origine de la sc&#232;ne graphzine issue de l'&#233;coute de musique punk (parfois sous psychotrope, il est vrai), picturale pour Charlotte Salomon, glorifi&#233;e par David Foenkinos, qui ne cr&#233;ait qu'en &#233;coutant de la musique, ou litt&#233;raire encore pour Guillaume Musso (r&#233;f&#233;rence retenue ici, bien que probablement triviale pour certains, pour montrer combien le proc&#233;d&#233; est r&#233;pandu) qui ne peut &#233;crire qu'en &#233;coutant de la musique (celle de Philippe Glass, comme aime &#224; dire l'&#233;crivain, excusez du peu !).&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le polyglottisme sensoriel peut s'&#233;tendre &#224; plus de deux sens. L'artiste contemporain Dove Allouche l'a r&#233;cemment montr&#233; dans son &#339;uvre &lt;i&gt;AgBr&lt;/i&gt; dont la grande richesse d'inspiration doit au m&#233;lange des sens, go&#251;t, vue et toucher qui y a conduit : &#339;uvre si riche que la place manque ici pour l'expliquer et tenter d'en faire partager la puissance. Associ&#233;s aux sens, les mat&#233;riaux catalysent l'inspiration artistique puisque argent et brome, combin&#233;s pour former le bromure d'argent, sel m&#233;tallique r&#233;v&#233;lateur photographique, &#233;voquent le sel de la mer Morte qui constitue le mod&#232;le des 9 prises de vue que l'artiste en a fait (figure 2a) &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles de grandissement et contraste. Si, de plus, l'&#339;uvre est correctement &#233;clair&#233;e sur son lieu d'exposition, la lumi&#232;re (en haut de la figure 2b) semble dire qu'elle n'est pas l&#224; o&#249; le regardeur la voit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;163&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_2-17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH227/image_2-17-a6407.jpg?1722000541' width='500' height='227' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 2 : Dove Allouche, &#171; AgBr &#187;,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) Vue oblique d'une partie de l'ensemble des 9 panneaux, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) D&#233;tail en vue de face, 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Par transcription&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La musique est, probablement, l'art par lequel la cr&#233;ation par traduction sensorielle a commenc&#233; et est la plus courante, la transcription musicale en devenant presque une discipline artistique &#224; part enti&#232;re. Cela ne doit pas faire oublier que la musique est abstraite et se suffit &#224; elle-m&#234;me, ce qui lui vaut souvent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le premier des arts. Jon Albers ne disait-il pas : &lt;i&gt;&#171; Tout le monde aime la musique [&#8230;]. G&#233;n&#233;ralement, en l'&#233;coutant, il n'est pas n&#233;cessaire de penser &#224; quelque-chose dans la nature que la musique essaie d'imiter ou de repr&#233;senter. La musique poss&#232;de une vie en soi &#187;&lt;/i&gt; ? Ce n'est, cependant, pas une contradiction avec ce qui vient d'&#234;tre dit plus haut sur l'existence de transcriptions musicales de sens autres que l'ou&#239;e ou, plus commun&#233;ment et &#224; un moindre degr&#233;, d'&#233;vocations/illustrations musicales &#233;veill&#233;es par les arts plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, une &#339;uvre musicale pourra inspirer un plasticien y compris dans le cadre d'une cocr&#233;ation. Certaines barri&#232;res entre plasticiens et musiciens s'en trouvent alors abolies, &#224; la diff&#233;rence de ce qui aura pu exister autrefois entre &#233;crivains et musiciens, Mallarm&#233; le qualifiant m&#234;me de &#171; supr&#234;me jalousie &#187;. L'aujourd'hui est plut&#244;t dans la recherche de connivence entre arts (et sens donc) et la cr&#233;ation des c&#233;l&#232;bres passerelles pour les relier. Diff&#233;rents parcours existent donc, pour cela, d'un sens l'autre ou d'un sens avec l'autre. La suite de cette chronique les distingue, &#224; la lumi&#232;re (pour ne pas dire au son voire au toucher) d'&#339;uvres contemporaines puisque ce sont, surtout, les artistes contemporains qui se sont ouverts et ouvrent au polysensoriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre ou&#239;e et vue, entre son et image pour ce qui est de leur traduction, est la plus courante. La recherche d'un instrument combinant les deux sens simultan&#233;ment, dans le r&#234;ve d'un art synesth&#233;sique a conduit, d&#232;s le d&#233;but du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Vladimir Baranoff-Rossin&#233;, peintre, sculpteur et musicien, &#224; mettre au point son piano optophonique (figure 3a) qui acta, en son temps, la fusion entre peinture et musique. L'instrument assurait la projection d'images color&#233;es se mouvant, au travers de disques peints (figure 3b), simultan&#233;ment au son de ce que jouait le pianiste : les disques peints pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#339;uvres visuelles en elles-m&#234;mes, conserv&#233;es dans les mus&#233;es comme telles d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;171&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_3-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH196/image_3-12-08af3.jpg?1772207052' width='500' height='196' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fig. 3 : Vladimir Baranoff-Rossin&#233;,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;a) &#171; Piano ortophonique &#187;, 1920-1923, &#169;Photo M. Jeandin, 2021, &lt;br class='autobr' /&gt;
b) Disque ortophonique, 1920-1923. &#169;Photo M. Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour aller de l'image au son ou r&#233;ciproquement, sans synesth&#233;sie qui implique la simultan&#233;it&#233; des sens, l'artiste se place dans une qu&#234;te d'&#233;quivalence. Les po&#232;tes et litt&#233;rateurs furent les premiers &#224; y &#234;tre sensibles. Cocteau l'exprime en une fulgurante association des mots (par d&#233;finition m&#234;me de la po&#233;sie) cacato&#232;s, charivari et couleurs dans sa phrase &lt;i&gt;&#171; Les cacato&#232;s entonnent le charivari des couleurs &#187;&lt;/i&gt; reprise sur le banc cr&#233;&#233; par les artistes canadiens contemporains Goulet et Massut (figure 4). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est l'occasion de signaler que ce banc m&#233;rite d'&#234;tre reconnu comme une &#339;uvre contemporaine &#224; part enti&#232;re, &#224; appr&#233;cier dans le Jardin du Palais Royal, m&#234;me si les colonnes de Buren (&lt;i&gt;Les Deux Plateaux&lt;/i&gt;) qui lui sont proches peuvent en &#233;loigner le promeneur. L'esth&#233;tique de ce banc, dit Dentelles d'Eternit&#233;, s'accorde, en effet, parfaitement avec les arbres environnants (figure 4) et les cacato&#232;s aussi gr&#226;ce aux com&#233;diens du Fran&#231;ais qui viennent souvent y r&#233;p&#233;ter leurs sc&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;192&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH291/fig_4-a3a9f.jpg?1772207052' width='500' height='291' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 4 : Michel Goulet et Fran&#231;ois Massut, &#171; Dentelles d'Eternit&#233; &#187; (cf. plaque estampille &#224; droite sur le dos) dans le Jardin du Palais Royal/Paris, 2016. &#169;Photo M. Jeandin, 2023.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marcel Proust est, cependant, le ma&#238;tre pour exprimer le m&#233;lange des sens et leur &#233;quivalence. A la vue et l'ou&#239;e comme elles &#233;taient consid&#233;r&#233;es dans le premier exemple pr&#233;c&#233;demment pris, il ajoute souvent l'odorat (olfaction). Son c&#233;l&#232;bre texte sur les aub&#233;pines est un sommet, au point que l'auteur de cet article a conscience de la vanit&#233; de son projet de parler des sens quand Proust en a d&#233;j&#224; montr&#233; toute la puissance et les subtilit&#233;s. Il encouragerait m&#234;me son lecteur &#224; ne pas en continuer la lecture pour lui pr&#233;f&#233;rer celle du grand Marcel, notamment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je le trouvai [le chemin] tout bourdonnant de l'odeur des aub&#233;pines [&#8230;]. Moi-m&#234;me j'appr&#233;ciais plus le fromage &#224; la cr&#232;me rose, celui o&#249; l'on m'avait permis d'&#233;craser des fraises. Et justement ces fleurs avaient choisi une de ces teintes de chose mangeable, ou de tendre embellissement &#224; une toilette pour une grande f&#234;te, qui, parce qu'elles leur pr&#233;sentent la raison de leur sup&#233;riorit&#233;, sont celles qui semblent belles avec le plus d'&#233;vidence aux yeux des enfants, et &#224; cause de cela, gardent toujours pour eux quelque chose de plus vif et de plus naturel que les autres teintes, m&#234;me lorsqu'ils ont compris qu'elles ne promettaient rien &#224; leur gourmandise et n'avaient pas &#233;t&#233; choisies par la couturi&#232;re &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, repris dans &lt;i&gt;Un amour de Swan&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;Recherche,&lt;/i&gt; figure dans le livre &lt;i&gt;Vacances de P&#226;ques et autres chroniques&lt;/i&gt; de Marcel Proust&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions Gallimard, Collection Folio, n&#176;6727, 2020, p. 16&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il faut conseiller &#224; quiconque cherche, ne serait-ce qu'un livre, pour acc&#233;der au bonheur, pour seulement deux euros qui plus est : fin de digression proustienne. Les couleurs si merveilleusement &#233;voqu&#233;es par Proust sont &#224; la base de multiples cr&#233;ations artistiques visant &#224; les appr&#233;hender autrement que par la vue. Il s'y trouve, par exemple, le c&#233;l&#232;bre sonnet &lt;i&gt;Voyelles&lt;/i&gt; qui m&#233;rite bien son nom puisque Rimbaud y fait sonner les couleurs au son des voyelles qu'il leur fait correspondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas en reste avec Newton pour qui les 7 couleurs de l'arc-en-ciel auraient pour origine la gamme musicale. Le musicologue belge, Claude Charlier, pour sa part, associe des couleurs, non pas &#224; des notes &#233;l&#233;mentaires mais &#224; des phrases musicales, y compris pour des raisons didactiques, en coloriant les partitions, m&#234;me s'il est permis de penser que Bach, son musicien de pr&#233;dilection, n'en avait pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un registre plus r&#233;cent, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre colori&#233;es, les compositions de la grande musicienne contemporaine Camille P&#233;pin, peuvent &#234;tre dites color&#233;es. Elles sont, en effet, par exemple &lt;i&gt;Les Eaux c&#233;lestes,&lt;/i&gt; aux dires de la compositrice elle-m&#234;me, le fruit d'une riche exploration sur des couleurs comme le ferait un peintre. Camille P&#233;pin a trouv&#233; en C&#233;lia Oneto Bensaid, une interpr&#232;te qui la comprend parfaitement puisque, dans &lt;i&gt;Number 1&lt;/i&gt; notamment, cette derni&#232;re revendique dans son interpr&#233;tation de se rapprocher de Pollock. Le mariage P&#233;pin-Ben Said ne pouvait donc &#234;tre que grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la transcription musicale des couleurs, port&#233;e &#224; un niveau exceptionnel par cet exemple, se pose plus g&#233;n&#233;ralement et prosa&#239;quement la question de la sonorisation d'images que peuvent avoir en t&#234;te tant l'artiste que son public. C'est le Prince de Polignac qui en fut l'un des premiers cr&#233;ateurs, par la sonorisation des projections de paysages peints qu'il donnait dans les salons de l'&#233;poque, celui de sa Princesse d'&#233;pouse (Princesse Edmond de Polignac) donc, entre autres. Son go&#251;t de la conjugaison entre l'oreille et la vue l'y pr&#233;disposait, entra&#238;n&#233; qu'il &#233;tait par sa fr&#233;quentation assidue d'Amsterdam et de Venise. C'est l&#224;, comme le rapporte Proust (encore lui !) dans l'une de ses premi&#232;res chroniques au Figaro, qu'il fut le premier &#224; souligner la parent&#233; entre la lumi&#232;re et le silence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Musique d'Aujourd'hui-Echos d'Autrefois, Chronique du 11 mai 1903 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais nous y reviendrons.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les composantes de ces paysages inspirants, le bleu a toujours b&#233;n&#233;fici&#233; d'une attention particuli&#232;re en musique que m&#234;me Michel Pastoureau n'explique pas, cependant. La composition &lt;i&gt;Celeste&lt;/i&gt; (rappelant les Eaux du m&#234;me nom de Camille P&#233;pin, d&#233;j&#224; cit&#233;e) de Brian et Roger Eno, interpr&#233;t&#233;e magistralement par Vanessa Wagner dans son opus &lt;i&gt;Study of the Invisible,&lt;/i&gt; est cit&#233; ici pour sa pertinence, comme veut l'esp&#233;rer l'auteur, mais aussi parce que propre &#224; d'autres commentaires sensoriels (si ce n'est sens&#233;s) dans le deuxi&#232;me volet de l'article (&#167; &#171; Invisible &#187;). &lt;i&gt;A l'&#233;coute du bleu&lt;/i&gt; constitue une autre r&#233;f&#233;rence majeure sous la forme d'un livre r&#233;cent sous ce titre explicite par le chor&#233;graphe L&#233;o Walk : dense et dans&#233;. Sinon, la r&#233;f&#233;rence, plus commune, des &lt;i&gt;Mots bleus&lt;/i&gt; de Jarre et Christophe se doit d'&#234;tre mentionn&#233;e aussi, ne serait-ce que pour ob&#233;ir aux pr&#233;ceptes d&#233;finis par Guillaume Log&#233;e dans son livre &lt;i&gt;Renaissance Sauvage&lt;/i&gt; (Gallimard/PUF, p. 183). Certains musiciens, pourtant, veulent &#233;chapper &#224; cette parent&#233; entre mots &#8211; fussent-ils bleus &#8211; et musique, &#224; rebours du mouvement lettriste (hyper-cr&#233;atiste ou hyper-novatiste). Rodolphe Burger, consacr&#233; r&#233;cemment par le Centre Pompidou, en est l'un des porte-parole, dans sa recherche du &#171; texte non musical &#187;, &#224; mettre en parall&#232;le avec la musique atonale. Il nourrit, si ce n'est la jalousie entre musiciens et &#233;crivains d&#233;j&#224; soulign&#233;e, au moins le d&#233;bat sur le lien entre mots et musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de son sujet, cet article se contentera de dire, dans ce d&#233;bat, qu'au-del&#224; de leur sens, les mots peuvent faire penser &#224; la musique par leur rythme d'&#233;criture et leur graphie. La calligraphie et le calligramme en sont de banals exemples. A ce titre, l'&#233;criture arm&#233;nienne, par l'esth&#233;tique de son alphabet (Mesropian) (figure 5), peut &#234;tre dite entrer de plain-pied dans l'art contemporain, notamment au travers de l'&#339;uvre du cin&#233;aste Artavazd Pelechian qui y ajoute sa pens&#233;e en parfaite symbiose avec le th&#232;me de cet article. L'artiste y consid&#232;re, en effet, le cin&#233;ma comme un art &#233;chappant aux langages, particulier pour un &#339;cum&#233;nisme des sens. A rapprocher de la calligraphie est l'art de Robert Filliou quand il se fonde sur le rythme de r&#233;p&#233;tition des motifs visuels qu'il pr&#233;sente dans ses cr&#233;ations. Sa caract&#233;ristique &#338;uvre sans valeur, par exemple (figure 6), impose ainsi visuellement au regardeur une musicalit&#233;, pour ne pas dire musique, qui lui impr&#232;gne l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH189/fig_5-cc37b.jpg?1772207052' width='500' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 5 : Artavazd Pelechian, commentaire sur son film &#171; La Nature &#187;, 2005. &#169;Photo M. Jeandin, 2021
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_21490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH233/fig_6-d174b.jpg?1722000541' width='500' height='233' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 6 : Robert Filliou, &#171; &#338;uvre sans valeur &#187;, 1969. &#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les exemples pr&#233;c&#233;dents illustraient le parcours du visuel vers le son. L'art contemporain est aussi riche d'exemples o&#249; le parcours des sens va de l'ou&#239;e vers la vue &#8212; m&#234;me si la nuance est parfois subtile pour le distinguer du parcours oppos&#233; &#8212;, c'est-&#224;-dire du son &#224; l'image : celle des couleurs en particulier, sachant que pour ce qui est du son, ne sera consid&#233;r&#233;e ici que la musique, et toujours dans un contexte d'&#233;ventuelle synesth&#233;sie. Le meilleur &#171; parcoureur &#187;, en ce sens, fut Basquiat, sur lequel cette chronique s'attardera car son &#339;uvre annon&#231;a les cr&#233;ations contemporaines les plus en pointe dans le genre. Son obsession premi&#232;re fut, chacun le sait, de traduire les notes de jazz en couleurs, ce qui le situe dans la veine historique d'Esther Carp qui, dans ce qu'elle appelait des &#171; transcriptions musicales &#187;, traduisait de grands compositeurs (Stravinsky, Messiaen, Chopin&#8230;). La symphonie en ut de Chopin lui inspira, entre autres, un dessin shadockien (figure 7) que les critiques d'art contemporains pr&#233;f&#233;reront, cependant, dire annonciateur du Doodle Art ou gribouillage en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;118&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.7-600x800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/fig.7-600x800-6c1de.jpg?1722000541' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 7 : Esther Carp, Transcription musicale de &#171; Valse en ut di&#232;se mineur &#187;,1949. &#169;Photo M. Jeandin, 2022
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Doodle Art repr&#233;sente, d'ailleurs, un marqueur de la traduction de l'audio au visuel gr&#226;ce &#224; Josef Blahaut, l'une de ses figures marquantes, qui recourait &#224; la pratique du doodle pour se lib&#233;rer des voix qu'il entendait, en un exercice d'exorcisme. Que Jeanne d'Arc n'a-t-elle pas eu un temp&#233;rament d'artiste plut&#244;t que de guerrier ! Basquiat, pour y revenir, se montrait plus structur&#233;, autant que cela puisse &#234;tre dit, gr&#226;ce &#224; la d&#233;finition d'&#233;quivalences entre :&#8232;&lt;strong&gt;- Graphisme et son.&lt;/strong&gt; L'espacement entre les traits du dessin et leur position/hauteur rendent visibles le rythme et l'intensit&#233; musicale, dans une grande partie de son &#339;uvre, singuli&#232;rement dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Anybody Speaking Words&lt;/i&gt; (1982). La symbiose entre musique et peinture qui en r&#233;sulte rappelle la polys&#233;mie du mot &#171; opera &#187; se r&#233;f&#233;rant tant &#224; un genre musical qu'au travail auquel il se rapporte en latin.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Mat&#233;riaux supports et cr&#233;ation musicale.&lt;/strong&gt; La nature et la texture des mat&#233;riaux recevant les cr&#233;ations de Basquiat lui servent souvent &#224; exprimer la cr&#233;ation musicale. Ainsi, dans &lt;i&gt;Left Hand-Right Hand,&lt;/i&gt; 1984-1985, les lattes de bois des palettes figurent les touches o&#249; se posent les mains du pianiste (figure 8). Il rappelle ou plut&#244;t annonce en cela Christian Marclay, dans la sc&#232;ne contemporaine, avec sa s&#233;rie Screams, par exemple, qui exploite les n&#339;uds et les veines du bois support de sa peinture. Il s'y exprime le son/le cri (en r&#233;f&#233;rence &#224; Munch en particulier) par analogie aux ondes sonores, &lt;i&gt;Flaming Shards&lt;/i&gt; (figure 9, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/fig_8-89ce8.jpg?1772207053' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 8 : Jean-Michel Basquiat, &#171; Left Hand-Right Hand &#187;, 1984-1985. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_21493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;98&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH243/fig_9-9b71d.jpg?1772207053' width='500' height='243' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 9 : Christian Marclay, &#171; Scream (Flaming Shards) &#187;, 2019. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Collages et rythme.&lt;/strong&gt; Dans bon nombre de ses &#339;uvres, l'emploi de collages, y compris r&#233;p&#233;titifs (avec usage de photocopies, par exemple) s'accorde parfaitement aux techniques d'&#233;chantillonnages et de r&#233;p&#233;tition dans le rap, le reggae ou le jazz qu'il cherche &#224; traduire sur la toile. &lt;i&gt;Sell Grit&lt;/i&gt; (1983) en est un pulsant exemple, s'il ne fallait en retenir qu'un. Marclay encore, dans un contexte plus contemporain, a repris cette technique de collage aux m&#234;mes fins (cf. certaines de ses &#339;uvres &#233;voqu&#233;es plus loin).&#8232;&lt;strong&gt;- Mots et ponts.&lt;/strong&gt; En apposant souvent sur ses &#339;uvres des mots, comme le fait Basquiat sous forme d'onomatop&#233;es ou allit&#233;rations, par exemple, l'artiste r&#233;duit l'&#233;cart entre le visuel et le textuel. Un peu comme l'a fait Pierre Huyghe dans sa vid&#233;o &lt;i&gt;One Million Kingdoms&lt;/i&gt; (2001), o&#249; le personnage repr&#233;sent&#233; se d&#233;place au sein d'un environnement g&#233;n&#233;r&#233; graphiquement par les paroles qu'il &#233;nonce : la forme des discours se r&#233;percutant sur les surfaces qu'il parcourt. Le processus artistique rappelle en cela l'installation num&#233;rique interactive de Michel Bret, Edmond Couchot et Marie-H&#233;l&#232;ne Tramus &lt;i&gt;La Plume&lt;/i&gt; (1986) expos&#233;e &#224; l'inauguration du Mus&#233;e de la BNF/Richelieu. Cette installation montre une plume voletant sur un &#233;cran au rythme du bruit (des mots par exemple) capt&#233; par un micro lui faisant face. Les mots jouent alors un r&#244;le de ponts, au sens musical du terme, &#224; l'inverse de ce que souhaite Burger, d&#233;j&#224; cit&#233;. L'affichiste contemporain Philippe Apeloig l'a exprim&#233; avec talent dans son affiche &lt;i&gt;Lire la Cara&#239;be&lt;/i&gt; (figure 10) dont le rythme pr&#233;figure le sens des mots qu'elle annonce (pour un salon du livre).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;102&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig.10-539x800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH742/fig.10-539x800-c75b9.jpg?1772207053' width='500' height='742' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 10 : Philippe Apeloig, &#171; Lire la Cara&#239;be/Cuba, Ha&#239;ti &#187;, 1998. &#169;Photo M. Jeandin, 2023
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Basquiat l'aurait, sans nul doute, aim&#233;e, non seulement parce qu'il y est question de la Cara&#239;be mais aussi parce qu'elle reprend certains traits de son art. L'intellect prendra le relais ensuite comme un paragraphe ult&#233;rieur, sur la perception diff&#233;r&#233;e, le montrera. &lt;i&gt;Eroica&lt;/i&gt; (1988), en r&#233;f&#233;rence &#224; Beethoven, que les ex&#233;g&#232;tes de l'&#339;uvre de Basquiat interpr&#232;tent comme une sorte de coda &#224; la musicalit&#233; de son art voire &#224; sa vie, peut alors &#234;tre mati&#232;re &#224; d&#233;veloppement sur les liens entre les sens. L'auteur s'en passera ici, se bornant &#224; souligner, chacun pouvant comprendre pourquoi, que Basquiat se sentait musicien avant d'&#234;tre peintre, au m&#234;me titre que Modigliani, avait une &#226;me de sculpteur plut&#244;t que de peintre. Ce n'est pas pour rien que les critiques d'art qualifient la peinture de Basquiat de bruyante. Il faut la prendre ici dans son acception synesth&#233;sique et non dans l'acception p&#233;jorative que d'aucuns veulent parfois retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette guerre des sens, arbitr&#233;e par le cours de la vie, la m&#233;diocre plaisanterie sur Beethoven se croyant peintre tellement il &#233;tait sourd, n'est donc pas, en fait, si d&#233;nu&#233; de sens que cela et, encore moins, de respect. Plus s&#233;rieusement mais toujours dans le m&#234;me registre, Jean-Luc Godard disait qu'il &#233;tait un peintre qui faisait du cin&#233;ma, quand il ne disait pas qu'il faisait de la litt&#233;rature avec de la peinture, en une variante tout aussi d&#233;cisive. Tous ces g&#233;nies, qu'ils fussent Basquiat, Beethoven, Godard et autres, avaient surtout bien compris et montr&#233; les r&#244;les crois&#233;s des sens dans leur art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Episode 2 -&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.artshebdomedias.com/article/materiaux-en-tous-sens-autorises-et-interdits-e2/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;par exemple, dans son Agent secret, Gallimard, 2021, p. 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions Gallimard, Collection Folio, n&#176;6727, 2020, p. 16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in Musique d'Aujourd'hui-Echos d'Autrefois, Chronique du 11 mai 1903 dans Chroniques, Gallimard/L'Imaginaire, 2015, p. 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture &gt; &lt;i&gt;Mon seul d&#233;sir&lt;/i&gt; (d&#233;tail), &lt;i&gt;La Dame &#224; la licorne,&lt;/i&gt; entre 1484 et 1500, Mus&#233;e de Cluny, Paris. Photo &#169; Didier Descouens, Toulouse, 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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