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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Mon chemin musical au travers des couleurs II/II </title>
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		<dc:date>2024-12-01T17:50:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Lejeune</dc:creator>


		<dc:subject>musique concr&#232;te/acousmatique</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En 1968, apr&#232;s les manifestations estudiantines, le Conservatoire National Sup&#233;rieur de Musique ouvrit ses portes &#224; tous les jeunes compositeurs. Ainsi eut lieu la premi&#232;re classe magistrale de musique &#233;lectroacoustique de Pierre Schaeffer, dans laquelle nous f&#251;mes un peu plus de quatre-vingts &#233;l&#232;ves, fran&#231;ais et &#233;trangers.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2563-6160d.jpg?1772252602' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1968, apr&#232;s les manifestations estudiantines, le Conservatoire National Sup&#233;rieur de Musique ouvrit ses portes &#224; tous les jeunes compositeurs. Ainsi eut lieu la premi&#232;re classe magistrale de musique &#233;lectroacoustique de Pierre Schaeffer, dans laquelle nous f&#251;mes un peu plus de quatre-vingts &#233;l&#232;ves, fran&#231;ais et &#233;trangers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En m&#234;me temps cet enseignement se concr&#233;tisa par des exercices pratiques et de r&#233;flexion sur le sonore, anim&#233;s par Fran&#231;ois Bayle, Directeur du Groupe de Recherches Musicales de la Radio. Vers la fin de ces &#233;tudes, une place d' &#171; assistant temporaire &#187; &#233;tant libre, j'ai pu la saisir et entrer ainsi au GRM, avec ce poste qui consistait principalement &#224; la copie des &#339;uvres demand&#233;es. Ce poste finit par devenir d&#233;finitif apr&#232;s quelques mois. J'en profitais pour r&#233;aliser discr&#232;tement des pi&#232;ces plus affirm&#233;es, dans les studios de composition rest&#233;s libres, car je n'avais pas encore tout &#224; fait le titre reconnu de &#171; compositeur &#187;. Cette situation me permit d'apprendre beaucoup de choses nouvelles sur les appareils et sur la console d'un studio. C'est l&#224; que j'ai pu y faire le montage et le mixage des pi&#232;ces ci-apr&#232;s mentionn&#233;es, plus &#171; volontaristes &#187;, mais avec un reste de maladresse : &lt;i&gt;D'une multitude en f&#234;te, Petite suite&lt;/i&gt; (1969), et &lt;i&gt;G&#233;odes&lt;/i&gt; (1970). Ces deux premi&#232;res pi&#232;ces ont &#233;t&#233; &#233;dit&#233;es ult&#233;rieurement par Path&#233;-Marconi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une musique nouvelle est apparue, en Allemagne, la &#171; Musique &#233;lectronique &#187;, faite avec des sons de synth&#232;se, sous l'&#233;gide stricte de Karlheinz Stockhausen. Elle n'a pris en France, ou du moins au d&#233;but, qu'en se m&#233;langeant, pour certains des jeunes compositeurs, &#224; la musique concr&#232;te. Aujourd'hui elle a presque totalement absorb&#233; cette derni&#232;re qui &#233;tait pourtant pleine de po&#233;sie. Personnellement, j'ai voulu continuer dans cette voie d'origine en y ajoutant simplement certaines couleurs ou certaines formes &#233;lectroniques ou m&#234;me, plusieurs fois, tout un passage, plut&#244;t que d'en faire un syst&#232;me entier dans ma musique.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1031548762?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, Fragments Gourmands&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Teratologos&lt;/i&gt; (1969) fut ma premi&#232;re pi&#232;ce officielle, r&#233;alis&#233;e au GRM, comme commande de fin d'&#233;tudes au Conservatoire national. Elle contient &#224; la fois des sons &#233;lectroniques, instrumentaux et anecdotiques. Cette pi&#232;ce, que je qualifierais d'une certaine &#171; bouffonnerie &#187;, montre d&#233;j&#224; assez bien mon go&#251;t pour les m&#233;tissages et le burlesque. Par ailleurs, je continuais &#224; tenter un r&#233;pertoire dramatique selon les occasions rencontr&#233;es, avec &lt;i&gt;Sept Paroles en croix&lt;/i&gt; (1973) de l'&#233;crivain-pr&#234;tre George-Durand avec la voix du r&#233;citant Yves R&#233;gnier, et &lt;i&gt;&#338;dipe-Underground&lt;/i&gt; sur des dessins et po&#232;mes projet&#233;s du po&#232;te-peintre surr&#233;aliste Yak Rivais (1972). Ainsi m'est venu, peu &#224; peu, le go&#251;t d'une mise en sc&#232;ne de r&#233;cits imaginaires. Les forces li&#233;es aux mati&#232;res et aux &#233;v&#232;nements naturels se m&#234;laient volontiers aux pantomimes des cr&#233;atures mi-dieux, mi-humaines et mi-animales. C'&#233;tait un m&#233;lange fabuleux d'&#233;nergie et de couleurs des sons auquel venaient se greffer toutes sortes de personnages mythiques ; et cela ne pouvait que m'inciter &#224; continuer dans ce chemin du m&#233;lange des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai pratiqu&#233; ensuite par la &lt;i&gt;vid&#233;ographie&lt;/i&gt;, le mat&#233;riau po&#233;tique s'exprime par la mobilit&#233; du mot et du sens mais ceux-ci ne sont pas les stricts serviteurs de la compr&#233;hension de l'image. L'&#233;criture se pr&#233;sente &#224; c&#244;t&#233;, devant ou derri&#232;re. Ce sont en fait deux mati&#232;res diff&#233;rentes qui ne fonctionnent pas dans le m&#234;me espace. L'une est visuelle et fonctionne sur l'&#233;cran. L'autre est plus subtile, dans un espace qui devient celui d'un &#171; espace imaginaire &#187;. L'&#233;criture des mots po&#233;tiques devient arabesque. Elle vibre en d&#233;calage, voire en &#171; antith&#232;se &#187;. Des accrocs et des chocs viennent parfois r&#233;orienter les diff&#233;rents &#171; m&#233;andres &#187; du parcours po&#233;tique et des images mais, en fin de compte, se retrouvent &#224; la fin d'un &#171; r&#233;cit &#187;. Ici, la forme et le changement des caract&#232;res signifient ais&#233;ment une nouvelle vie par la vari&#233;t&#233; des caract&#232;res graphiques, projet&#233;s rapidement en &#171; m&#233;lodie &#187; de formes et de tailles. C'est un nouvel aspect dramatique utilis&#233; notamment dans la &lt;i&gt;Berceuse pour un enfant de Palestine&lt;/i&gt;, la voix des deux com&#233;diens utilisant d&#233;j&#224; l'espace sonore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sons ont une couleur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sons ont une couleur et m&#234;me parfois une saveur, une sensation de chaleur qui peut fluctuer, une douceur qui se glisse sous la peau et de bien d'autres fa&#231;ons. M&#233;lange des images et des mots imm&#233;diatement per&#231;us par les affects. En ce qui concerne la musique concr&#232;te, cela me para&#238;t &#234;tre une &#233;vidence, puisqu'elle donne &#224; &#233;couter des sons de la r&#233;alit&#233;, parmi d'autres tout &#224; fait abstraits, et &#224; lire, par ailleurs, des textes po&#233;tiques par l'interm&#233;diaire de la vid&#233;ographie. Ainsi des &#171; mots-images-sons &#187;, selon les formes et les mati&#232;res qui les composent, voyagent en polyphonie sur la surface de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la vid&#233;ographie, les lettres peuvent alors acqu&#233;rir une autre allure dans la vitesse et une situation diff&#233;rente sur l'&#233;cran. C'est une danse &#224; laquelle se joignent les bouleversements ressentis. Et peu importe alors que la pi&#232;ce puisse appara&#238;tre confuse, &#224; certains moments, et qu'elle puisse n&#233;cessiter une relecture. Cela fait partie de sa richesse, de tenir un &#233;l&#233;ment qui se d&#233;couvre peu &#224; peu ! La &#171; m&#233;lodie &#187; des sons, des mots &#233;crits en phrases &#171; po&#233;tisantes &#187; et des images s'unissent en grandes figures que l'on pourrait appeler des polyphonies mobiles et rapides, au sens large du mot. C'est aborder le langage par le po&#233;tique mais aussi par le graphisme qu'elle provoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sonorit&#233; peut s'offrir comme un r&#233;confortant, un tonique &#171; auditif &#187;, comme une impression de saveur agr&#233;able, proche d'une odeur florale planant au-dessus de l'auditeur-spectateur-senteur-go&#251;teur. Certaines douceurs peuvent ainsi &#234;tre capt&#233;es par l'imaginaire gourmand, dans l'&#233;coute omnisciente que partagent les &#171; tentacules &#187; du cerveau, et c'est le cas, notamment, pour certains passages de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; : des sons qui forment un tapis de douceur &#233;lectronique et qui donnent une impression de caresse. Une association du chaud et du confort, par affinit&#233; ou connivence avec une sensation flottante de tous les sens r&#233;unis, partants ou venants. A l'oppos&#233;, on peut ressentir des &#171; cruaut&#233;s &#187;, des &#171; dangers &#187; sonores qui sont appuy&#233;s &#224; la fois par l'image, le son et ledit po&#233;tique. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, le velout&#233; et l'&#226;pre s'opposent car les sons travaillent, bien souvent, avec l'&#233;motion de la saveur et la sensation du toucher. La musique entendue en parall&#232;le est per&#231;ue comme un &#233;cho des vibrations sonores et visuelles. Je cherche la chair des sons que je retrouve dans mes dessins et mes &#233;vocations po&#233;tiques. C'est une chair multiple, et je passe de l'une &#224; l'autre instantan&#233;ment. Les variations et les polyphonies ne me suffisent plus, il me fallait dire aussi la mati&#232;re visuelle des sons anecdotiques &#8211; parodie d'un op&#233;ra r&#234;v&#233; dans d'autres termes et d'autres images...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte visionn&#233; s'organise en &#171; phrases po&#233;tisables &#187;, en images ressenties par le mental. Les affects se coalisent sur l'axe &#171; ressemblance/dissemblance &#187;, celui du &#171; proche/&#233;loign&#233; &#187; ou du ressenti/mental. M&#234;me odeur pour le go&#251;t, m&#234;me texture au toucher, m&#234;me &#233;coute au dire des mots. Une sorte d'instrument multiple, jouant de la vari&#233;t&#233; des sons de la r&#233;alit&#233;, mais qui n'a pas forc&#233;ment le m&#234;me fonctionnement ni le m&#234;me agencement que ceux utilis&#233;s par mes pr&#233;d&#233;cesseurs. Je pense ici au couple Schaeffer-Henry, puis &#224; Pierre Henry seul et un peu plus tard &#224; Luc Ferrari, qui chantaient leur propre version de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au num&#233;ro 3 de Blancheneige&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au num&#233;ro 3 de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, intitul&#233; &lt;i&gt;D&#233;ploration de la m&#232;re de Blancheneige&lt;/i&gt;, la musique commence par une longue plainte, qui a l'air d'&#234;tre porteuse, m&#233;taphoriquement, d'un catafalque. Puis, c'est l'image de la for&#234;t, servant du lieu de l'enterrement, qui se montre, se d&#233;roule et se multiplie en forme de d&#233;fil&#233; fun&#232;bre, musical et visuel, pour se terminer en une sorte de &#171; Danse des mouvements immobiles &#187; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plage n&#176;4 s'intitule &lt;i&gt;Entr&#233;e et danse de la nouvelle reine&lt;/i&gt;. Ce sont d'abord le son des tambours d'une marche men&#233;e rondement. Elle se d&#233;roule dans une for&#234;t, aux arbres qui avancent et reculent en changeant de couleurs synth&#233;tiques, au rythme martial d'un d&#233;fil&#233;. La for&#234;t elle-m&#234;me devient une sorte de &#171; personnage &#187; principal de la sc&#232;ne. Toutes les couleurs feuillues d&#233;filent &#224; la vitesse des tambours. Bruits d'une visserie et roulements r&#233;guliers de la batterie. For&#234;t qui change de couleur &#224; chaque roulement du tambour et qui semble &#171; galoper en avant puis reculer &#187; toujours &#224; la m&#234;me vitesse. Puis, tout &#224; coup, c'est la nouvelle reine qui appara&#238;t, comme un mannequin de porcelaine fragile d&#233;filant rapidement, et donne l'impression de &#171; danser en se brisant en morceaux &#187;. Craquements et chute de &#171; ferrailles &#187;, dans un cluster violent et cacophonique. Tout s'&#233;clate &#224; la fois, en pens&#233;e, en musique, en gestes et en images. Le ressenti monte dans le mental. Les affects s'unissent avec l'impression d'une voix criante, qui atteint la t&#234;te de l'auditeur, comme un groupe d'arp&#232;ges dissonants. Ceux-ci &#233;paississent les odeurs et semblent &#224; la fois provenir du son, du texte et de l'image. Ils peuvent aussi se faire ressentir &#224; des moments remplis d'amertume au go&#251;t de &#171; remugles &#187; sonores, toujours par suggestions. Nous &#233;prouvons, dans ces moments-l&#224;, des influx nerveux qui semblent se d&#233;charger en piq&#251;res acides sous la langue ou en tressaillements de la peau sur le dos de la main. Nous subissons des contradictions mentales, des oppositions et des refus, des sons r&#226;peux ou coupants &#224; l'&#233;coute des sensations. Des brisures &#233;motives et des craquements partout sur le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 7 se nomme &lt;i&gt;Course du chasseur entra&#238;nant Blancheneige&lt;/i&gt;. Cela commence sur un rythme enlev&#233; avec un &#233;clat de voix emport&#233;e et incompr&#233;hensible. Ce cri reviendra plusieurs fois et de la m&#234;me fa&#231;on. Puis, &#224; 16'12'', ce sont les couleurs verd&#226;tres et noir&#226;tres d'une for&#234;t de sapins lesquels, d'abord, se penchent &#224; droite et se fondent progressivement &#224; d'autres arbres tombant et tournoyant sur eux-m&#234;mes. A 15'40 apparaissent des silhouettes de corps humains, griffonn&#233;es et barbouill&#233;es de couleurs, donnant l'impression de vivre encore, m&#234;me branchues et tordues, comme des branchages empil&#233;s en vrac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#176; 8 est appel&#233; &lt;i&gt;Solitude de Blancheneige dans la for&#234;t nocturne&lt;/i&gt;. L&#224;, on entend le souffle d'une jeune fille angoiss&#233;e, car abandonn&#233;e. Elle discerne cependant des bruits de pas r&#233;sonnant sous la terre et qui reviennent peu &#224; peu &#224; la surface. Ce sont sans doute ceux des nains qu'elle ne conna&#238;t pas encore et qui lui font peur. Mais surtout, ce sont les cris anxiog&#232;nes de la &#171; B&#234;te faramine &#187; qui m&#232;ne la ronde sonore et visuelle en crachotant, en projetant des couleurs plus violentes que d'habitude, bleues et noires, image &#224; peine compr&#233;hensible. Les couleurs ne sont plus reli&#233;es &#224; un &#233;v&#233;nement particulier, &#233;tant devenues abstraites. Dans cet &#233;tat, le rouge se montre brutalement et se m&#233;lange au vert noir&#226;tre et au vert sombre satur&#233;. Ce sont des couleurs pixelis&#233;es qui nous enveloppent comme une laque &#233;paisse coulant de partout.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1031527437?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, Impromptu-nuage&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il me faut alors aussi...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut alors aussi des &#171; sons-surprises &#187; qui puissent s'agripper de mani&#232;re tenace et stimulante, mais aussi de ces couleurs &#233;motives pour trouver un &#233;quilibre entre musical et po&#233;tique, paroles et mouvements, signification des mots et des formes des lettres, couleurs de la r&#233;alit&#233; et abstraction. Un &lt;i&gt;capriccio sonore&lt;/i&gt;, &#233;trange, donne alors l'impression de tourner et de voler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me rappelle une anecdote survenue apr&#232;s la cr&#233;ation de ma derni&#232;re pi&#232;ce &lt;i&gt;Voltige des JeanBras, humeur des nuages, un tout flottant au vent...&lt;/i&gt; (2021). Une personne &#233;tonn&#233;e du public m'a demand&#233;, entre autres choses, &#171; pourquoi la musique s'arr&#234;tait-elle tout d'un coup, alors que les mots et les images se continuaient dans le silence ? &#187;. Je lui r&#233;pondis que c'&#233;tait simplement pour faire allusion &#224; la foudre d'un orage trop lointain pour que l'on puisse entendre le tonnerre et que l'on nomme commun&#233;ment un &#171; &#233;clair de chaleur &#187;. C'&#233;tait pour donner l'impression d'une phrase irr&#233;solue, d'un orage en suspension, d'un temps qui semblait ne pas se terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La musique concr&#232;te ouvre soudainement un nouvel espace &#224; la signification des sons de la r&#233;alit&#233;. Retir&#233; de son ambiance habituelle et surtout de son temps pour &#233;voluer, le son r&#233;aliste pr&#233;sente un nouvel int&#233;r&#234;t comme un objet sonore pouvant s'int&#233;grer au tissu musical, en subissant pratiquement les m&#234;mes manipulations fondamentales que le son abstrait mais en gardant par ailleurs son pouvoir &#171; narratif-visuel-po&#233;tique &#187; qui, parfois, devient primordial, comme un &#233;clairage violent balayant l'imaginaire. (musique concr&#232;te+). En plus, des taches de sons anecdotiques et de mots en arabesques vid&#233;ographiques am&#232;nent une &#233;motion qui joue un r&#244;le fondamental. Ce sont souvent des phases humoristiques qui en ressortent comme un nouveau paradigme de la musique. Et la dynamique de tous ces m&#233;langes apporte &#224; l'ensemble une propre dynamique de son &#233;nergie narrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En acc&#233;l&#233;rant la vitesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acc&#233;l&#233;rant la vitesse pour atteindre le point maximum, on y voit une sorte d' &#171; &#233;blouissement &#187;, comme chez Liszt, Alkan ou d'autres compositeurs virtuoses du piano. On obtient facilement des glissandos, des traits et des sauts de notes qui deviennent quasiment des virevoltes m&#233;lodiques pour l'oreille humaine. Mais il faut dire aussi que la &#171; mati&#232;re &#187; continue du piano aide forc&#233;ment &#224; l'unit&#233; de l'audition. Par contre, le montage d'&#233;l&#233;ments sonores tr&#232;s diff&#233;rents les uns des autres, dans une pi&#232;ce concr&#232;te, conduit l'oreille &#224; entendre un effet staccato des &#233;l&#233;ments sonores avec beaucoup plus de relief. L'interpr&#232;te-compositeur joue musicalement de cette vitesse instrumentale. Celle-ci m&#233;lange auditivement l'identit&#233; des sons, tout en percevant le tout comme un enchev&#234;trement de couleurs sonores pour l'oreille, et comme une secousse continue d'embrouillaminis visuels atteignant la confusion de l'&#339;il dans une sorte de kal&#233;idoscope, avec son jeu de miroirs optiques r&#233;fl&#233;chissant les possibles combinaisons sym&#233;triques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit des formes nouvelles appara&#238;tre puis se d&#233;former peu &#224; peu ; on entend le langage de quelque chose de mobile, de visuel et de sonore qui nous vient &#224; partir d'indices de l'inconscient. Ceux-ci sentent et parviennent &#224; sugg&#233;rer, &#224; insinuer, tout en exaltant le go&#251;t et le toucher. D&#232;s lors, les id&#233;es port&#233;es par l'image ou le son deviennent &#233;largies, grossies et d&#233;bordantes. Nous avons une odeur vaguement d&#233;sir&#233;e ou un son qui nous touche confus&#233;ment au cerveau ; une chose qui peut &#234;tre mouvante, qui nous effleure et n'a &#233;t&#233; l&#224; que pour un instant, de mani&#232;re irraisonn&#233;e. Les vibrations donnent &#171; la chair de poule &#187;. Le toucher absorbe la sensation d'une &#233;gratignure sur la main ou d'une poign&#233;e de sable fin glissant entre les doigts, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on peut dire qu'on &#233;coute aussi par le regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut dire qu'on &#233;coute aussi par le regard, qu'on voit par l'oreille, il ne faut pas oublier les autres sens, qui restent beaucoup plus modestes et discrets dans leur perception de la r&#233;alit&#233;, comme le toucher, l'odorat ou le go&#251;t, mais que l'on rencontre aussi indubitablement dans la musique concr&#232;te gr&#226;ce &#224; l'aspect charnel, soyeux ou piquant des choses (comme on le verra au fur et &#224; mesure de ce texte, notamment &#224; propos de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, pi&#232;ce beaucoup cit&#233;e pour son exemplarit&#233;). C'est presque comme aller &#224; l'op&#233;ra les yeux ferm&#233;s, o&#249; l'on est cens&#233;s voir aussi bien qu'&#233;couter les chanteurs en mouvement ; ou alors il s'agit d'un oratorio, un drame lyrique qui est sans mise en sc&#232;ne et dont l'action des personnages est remplac&#233;e par un r&#233;citatif permettant la progression des protagonistes. On retrouvera ce m&#234;me principe d'avancement dans la bande dessin&#233;e par une bulle ou une case. Ici, dans une pi&#232;ce de musique concr&#232;te+, le sens est &#233;crit d'une mani&#232;re plus subtile : il bouge et ondule dans l'espace de l'&#233;cran, il peut &#234;tre en plusieurs dimensions et p&#233;n&#233;trer ou sortir de l'imaginaire. Et dans &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; (pi&#232;ce de musique concr&#232;te+), le texte vid&#233;ographique sur l'&#233;cran n'est pas non plus forc&#233;ment synchrone avec l'image sonore, laquelle n'est pas toujours immobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose : si la vue d&#233;clenche l'envie, bien &#233;videmment s'y ajoutent l'ou&#239;e, l'odorat et les sens gustatif et tactile. Dans la plage n&#176;2 de &lt;i&gt;Blancheneige - Naissance de Blancheneige&lt;/i&gt;, on a affaire &#224; la gourmandise. Tout au d&#233;but de la s&#233;quence, on entend les sons d'un &#171; perlage &#187; &#233;lectronique plut&#244;t go&#251;teux &#224; l'oreille, puis un p&#233;piement d'oiseaux qui ajoute une notion de fra&#238;cheur. La ritournelle d'un cor ralenti s'ajoute &#224; l'onctuosit&#233; du continuum. Vient se greffer, &#233;galement, et pour finir, une onde &#233;lectronique moelleuse. Dans la chimie du cerveau, nous en sommes arriv&#233;s au moment du d&#233;sir de voir, de palper, d'humer et de go&#251;ter. La vue-&#233;cout&#233;e-sentie-devin&#233;e d'une friandise fait na&#238;tre une image gourmande. L'odeur excite les narines et une saveur venant des papilles vient stimuler le cerveau avec un ressenti imm&#233;diat de la langue qui s&#233;cr&#232;te de la salive. Ainsi, se m&#234;lent l'odeur, le toucher, le go&#251;t, la vue et l'&#233;coute des choses. Tous ensemble sont en &#233;veil, m&#234;me si l'&#339;il et l'oreille pr&#233;dominent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe, bien s&#251;r &#224; l'oppos&#233;, des odeurs d&#233;plaisantes, voire &#233;c&#339;urantes, &#224; la vue, &#224; l'odeur, au l&#233;ger fr&#244;lement de la langue. Par exemple, dans &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, &#224; la sc&#232;ne n&#176;4 intitul&#233;e &#171; Entr&#233;e de la nouvelle reine &#187;, c'est un grincement profond dans la gorge embrum&#233;e par la toux, avant m&#234;me que se dessine une couleur &#233;paisse, faite de grumeaux liquides de pigments marron fonc&#233;, se m&#233;langeant &#224; des taches noir&#226;tres. Craquements et chute de ferrailles par le cluster d'un go&#251;t amer. Ce n'est plus simplement un alphabet codifi&#233; &#224; suivre comme le jeu du piano qui s'inscrit dans les m&#234;mes lois, ou du violon et de la fl&#251;te, qui passent facilement de l'un &#224; l'autre. Ici, dans les sons de la musique concr&#232;te+, il s'agit d'images de la r&#233;alit&#233; qui fonctionnent diff&#233;remment &#224; l'oreille et dans le cerveau. L'image que nous voyons d'une p&#226;tisserie, l'eau qui nous monte &#224; la bouche, le senti et le ressenti qui montent dans le mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blancheneige et La Ronde des animaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt; sont des pi&#232;ces plut&#244;t longues se composant chacune de nombreux &#233;pisodes. Ainsi ces deux pi&#232;ces sont divisibles, comme des s&#233;ries de fables accroch&#233;es les unes aux autres et qui forment, ce faisant, une histoire compl&#232;te, avec chacune leurs moments de combat, de fureur ou de douceur, comme une pulsion de la forme de la pi&#232;ce &#233;cout&#233;e compl&#232;tement, du d&#233;but &#224; la fin. La r&#234;verie vient du mouvement des choses et des &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, quand je vais au concert, il y a une po&#233;sie ind&#233;niable qui se d&#233;gage entre la pr&#233;sence des artistes et la musique que j'&#233;coute. Une app&#233;tence &#224; la vue des instrumentistes jouant un morceau de musique. L'oreille et la vue fonctionnent alors en symbiose pour le plaisir de l'&#233;coute associ&#233;e au visuel. De m&#234;me que la pr&#233;sence des chanteurs-personnages &#224; l'op&#233;ra. Ce m&#233;lange de la vue, de l'&#233;coute et de l'action remplit totalement la satisfaction des sens. C'est un peu comme le personnage qui, ayant termin&#233; son repas, se met dans un fauteuil avec un livre ou un journal, la pipe dans la bouche et un verre d'alcool &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la musique concr&#232;te+, c'est aussi une forme de po&#233;sie qui s'exprime, qu'elle soit celle des lettres, des mots et du graphisme des phrases en mouvement et m&#234;me de leur combinaison entre elles formant l'ossature abstraite, dessin&#233;e par l'ordinateur. Tous ces &#233;l&#233;ments conduisent au m&#233;lange des choses mais chacune a son rythme sur son propre clavier de significations. Ainsi les mots comportent un sens en plus de leurs images, et il y a donc deux genres de po&#233;sie : celle du mouvement qui peint les images des choses et celle du langage des mots qui les racontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La couleur de synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couleur de synth&#232;se se diff&#233;rencie de celle qui est habituelle de la vie, mais elle peut s'en approcher et la sugg&#233;rer m&#233;taphoriquement : le rouge au sang de l'homme bless&#233;, le vert au monde v&#233;g&#233;tal, le blanc &#224; la neige, etc. Alors elle se transforme en images po&#233;tiques ou en r&#234;veries inspirantes. Elle peut exprimer une autre image par le reflet ou l'&#233;cho d'une situation ou par un mouvement mim&#233;tique qui peut appara&#238;tre et intervenir dans l'imaginaire. Cf. par exemple, les effets des flocons de neige qui adh&#232;rent bien &#224; l'image et &#224; son d&#233;roulement (au d&#233;but du mouvement 12 de &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pi&#232;ce n&#176;8 de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, intitul&#233;e &lt;i&gt;&#171; Solitude de Blancheneige dans la for&#234;t nocturne &#187;&lt;/i&gt;, c'est d'abord une for&#234;t en bleu et noir qui emplit tout l'&#233;cran. En m&#234;me temps, on entend les premiers cris d'une sorte d' &#171; animal/grenouille &#187;, rejoints par ceux d'une autre cr&#233;ature anonyme. Peu &#224; peu, le noir semble &#233;touffer progressivement le bleu. On entend &#233;galement une respiration apeur&#233;e, continue, qui &#233;voque le personnage de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt;, puis des bruits, de dessous l'&#233;corce de la terre, surgir &#224; la surface. Puis vient le jet d'un son &#233;lectronique balayant l'espace, de gauche &#224; droite et de droite &#224; gauche. L'image est pass&#233;e brutalement &#224; un rouge violent envelopp&#233; dans un vert-bleu-noir. La tache rouge m&#234;le les couleurs jusqu'&#224; les brouiller jusqu'au paroxysme, dans un grand chaudron de pixelisation o&#249; toutes les couleurs sont brass&#233;es &#224; l'extr&#234;me sur une illusion-mirage optique. Mais voil&#224; ! ici, le rouge intense dans le vert n'exprime pas vraiment l'incendie d'une for&#234;t mais plut&#244;t la v&#233;ritable angoisse de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; rest&#233;e seule toute la nuit dans un paysage sonore fait de sons bizarres et inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre musico-imag&#233;e-th&#233;&#226;trale-etc., cela devient comme un v&#233;ritable &#171; m&#233;lange des genres &#187;, un amas de mat&#233;riaux &#171; sensibles &#187; et divers auxquels se rajoute une suite de r&#233;p&#233;titions de grains ou de morceaux qui gravitent et forment ainsi des syst&#232;mes, des puzzles, des sym&#233;tries, des alternances de partout dans l'&#233;coute continuellement changeante. Le grouillement de l'ensemble des choses aboutit &#224; une stabilisation de l'image comme vue au microscope g&#233;ant, une forme de &#171; sid&#233;ralit&#233; &#187; des mati&#232;res et des formes imagin&#233;es se mouvant sur l'&#233;cran. Toutefois ces images de synth&#232;se, simples formes color&#233;es, sont rarement compatibles avec l'imagerie dessin&#233;e du r&#233;el et ne peuvent qu'en donner l'impression. Il s'agit dans ce cas d'un mouvement m&#233;canique, d'une automaticit&#233; des &#233;l&#233;ments. Pas de silence, pas de rep&#232;res, pas de d&#233;but ni de fin pour ponctuer le temps, qui est le principe m&#234;me de la vie. Seuls des aff&#233;rents comme la couleur claire ou fonc&#233;e ou un type de mouvement mim&#233;tique peuvent intervenir sur l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la s&#233;quence 15 de &lt;i&gt;La Ronde des animaux (Voyageurs regardant les vaches)&lt;/i&gt;, ce sont d'abord comme des brindilles blanches qui se m&#234;lent &#224; des volutes de lettres &#233;tir&#233;es et laissent se d&#233;voiler l'image d'un train, d'abord entrecoup&#233;e par instants et qui, finalement, va prendre toute la place. Ce train montre des voyageurs &#224; la fen&#234;tre, qui pointent du doigt deux vaches dans un pr&#233; broutant l'herbe abondante tout en restant indiff&#233;rentes au reste. Bient&#244;t, on comprend que ce train multiforme se tord comme un nid de serpents ferroviaires. Puis apr&#232;s, c'est le continuum d'une image synth&#233;tique, qui accompagne &#224; peu pr&#232;s l'image r&#233;aliste, changeant de couleur et avan&#231;ant comme un ver, en sortant m&#234;me du cadre de l'image et montrant ainsi qu'elle peut exister autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images synth&#233;tiques peuvent appara&#238;tre par leur vitesse et leur direction comme le mouvement accompagnateur d'une image dessin&#233;e. C'est le cas dans l'exemple cit&#233; pr&#233;c&#233;demment, mais aussi pour cet autre exemple de la m&#234;me pi&#232;ce, dans lequel la ligne synth&#233;tique, en couleur vert fluorescent puis jaune, bleu, orange-rouge, violet, etc., surench&#233;rit sur le cadre de l'image dessin&#233;e des trains entrem&#234;l&#233;s, chacun dans une direction. En outre, certaines images dessin&#233;es, vues par le grossissement d'une partie du microcosme, deviennent progressivement abstraites et peuvent se rapprocher des images synth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des choses qui peuvent se produire avec l&#233;g&#232;ret&#233;, &#224; peine discern&#233;es, des impromptus auxquels nous tentons de nous accrocher comme des ressemblances, co&#239;ncidences, parenth&#232;ses. Cela peut arriver dans un paysage hors de port&#233;e o&#249; toutes les formes peuvent se fondre entre elles. Elles se d&#233;tachent du temporel humain pour atteindre une autre dimension que l'on pourrait nommer &#171; plaques filamenteuses de l'espace &#187;. C'est l&#224; o&#249; se trouve au plus profond de nous-m&#234;mes des r&#234;veries de l'enfance, des odeurs d'autrefois, que l'on respire encore comme des fum&#233;es douces et monotones, des nuages planant autour de nous. Tout cela n'a plus rien de l'impression de la vie, ni de la perspective prometteuse d'un horizon accessible. Seule persiste l'impression d'un mouvement le plus lentissime qui soit, semblant venir d'un &#171; ailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image &#171; cosmique &#187; d&#233;j&#224; donn&#233;e dans &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; mais surtout formul&#233;e ici plus longuement et avec plus de force dans &lt;i&gt;La S&#233;r&#233;nade du rossignol&lt;/i&gt; (num&#233;ro 5 de &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt;). Il s'agit de formes d'&#233;toiles et de soleils de plusieurs couleurs qui se m&#233;langent. Les analogies sont flagrantes. Elles suivent le parcours d'une sorte de &#171; com&#232;te-rossignol &#187;, descendant sur l'&#233;cran en diagonale et pr&#234;te &#224; tourner dans l'espace. On peut saisir une des parcelles de la vie des formes revenant jusqu'&#224; notre &#233;coute. C'est comme des morceaux d'images sonores qui apparaissent &#224; l'&#339;il, &#224; l'oreille et sont ressenties aussi peut-&#234;tre au toucher, au go&#251;t et &#224; l'odeur. Elles peuvent imprimer la m&#233;moire avant de dispara&#238;tre. Tous ces constituants, appuy&#233;s les uns aux autres ou simplement superpos&#233;s, se modifient &#224; la fois po&#233;tiquement et spirituellement, en sons-images qui parviennent &#224; devenir une &#171; aventure &#187; fondue dans une masse imag&#233;e de la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant &#224; &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; pour finir, et sans que cela corresponde &#224; une heure pr&#233;cise, la cloche a sonn&#233; en silence, ne sugg&#233;rant qu'un tr&#232;s vague &#233;cho-souvenir ? Ainsi, deux fois de suite, dans la plage n&#176;11 intitul&#233;e &lt;i&gt;D&#233;fil&#233; fun&#232;bre des nains&lt;/i&gt;, on voit un moine encapuchonn&#233;, comme une sorte de pantin en train de tirer une cloche sans battant et qui reste &#171; muette &#187;. Ce personnage marmonne sans doute un appel &#224; la pri&#232;re. Ici, seule une trame plaintive se fait entendre, sur laquelle un klaxon r&#233;p&#233;titif d'une vieille voiture continue sa ritournelle. Mais c'est le geste seul et l'expression du moine que l'on voit et qui comptent : ses l&#232;vres semblent dire qu'une pri&#232;re collective ? va pouvoir commencer. En le regardant de l'ext&#233;rieur, on se sent soi-m&#234;me comme un personnage de th&#233;&#226;tre, une sorte de &#171; r&#234;veur &#187; du son et de l'image, qui semble se &#171; promener &#187;, presque comme une marionnette, et quand on y ajoute le sens des mots &#233;crits et la vue d'une image dessin&#233;e, la lecture s'amplifie, mais cela ne se passe jamais dans le m&#234;me temps que celui de la musique. Le son se module comme une forme ind&#233;pendante de l'image et des mots : l'ensemble constitue alors des &#171; mots-images-sons &#187; aux vitesses fluctuantes s'&#233;coulant sans synchronisme, mais au contraire en se jouant de la discontinuit&#233; qui les s&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1031527485?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, JeanBras&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les couleurs sugg&#233;r&#233;es par le titre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Cris de Paris&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Chant des Oiseaux&lt;/i&gt; de Janequin, &lt;i&gt;La Poule&lt;/i&gt; de Rameau ou l'Effet du rire dans &lt;i&gt;La Cantate BWV 110&lt;/i&gt; de Bach sont toutes des pi&#232;ces musicales r&#233;alis&#233;es &#224; des &#233;poques diff&#233;rentes, avec une intention imitative par les sons et les mots. Ces exemples apportent un sens mais aussi une couleur qui est celle de l'intonation des voix, lesquelles expriment aussi les variations d'un texte lu ou chant&#233;. De plus, par un titre volontaire ou explicite, on sent bien l'envie de ces compositeurs de vouloir partager leur ressenti avec les auditeurs et d'orienter ceux-ci vers des &#233;motions diff&#233;rentes, comme l'envie de rire, la tristesse, la peur, la surprise, l'admiration ou la joie, etc. Ici, pour Bach, c'est l'exemple du rire, ailleurs c'est le tumulte d'une ville, le chant des oiseaux ou tout b&#234;tement le cri-rythme d'une poule. Tout cela veut dire que les musiques instrumentales, &#233;lectroniques ou concr&#232;tes+ ont chacune leur mani&#232;re de &#171; faire &#187; et de pr&#233;senter leurs imitations sonores par la voix, les instruments ou l'&#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple musical pur, qui semble parfait par lui-m&#234;me en terme de timbre, est donn&#233; par Ravel dans son &lt;i&gt;Bol&#233;ro&lt;/i&gt; avec des effets combinatoires subtils de timbres. Par son tempo lancinant et r&#233;p&#233;titif, il donne l'impression d'une marche solennelle et presque &#171; religieuse &#187;, en variant la &#171; couleur &#187; du/des timbres &#224; chaque fois qu'il reprend la ritournelle du &lt;i&gt;Bol&#233;ro&lt;/i&gt; par une succession d'instruments &lt;i&gt;solos&lt;/i&gt; diff&#233;rents puis par des s&#233;ries de &lt;i&gt;tutti.&lt;/i&gt; Voil&#224; le mot est l&#226;ch&#233; ! Il s'agit d'un m&#233;lange des timbres qui donne cette impression de couleur. On sent bien que le mot de timbre est devenu insuffisant. De m&#234;me, le mot couleur a &#233;t&#233; cit&#233; pour l'&#339;uvre de Webern, compos&#233;e de pi&#232;ces tr&#232;s courtes, o&#249; les sons d'instruments diff&#233;rents paraissent des sortes de gammes de couleurs, perceptibles par leurs rapidit&#233;s et leurs &#233;changes de timbres. (J'en ai parl&#233; aussi plus haut, &#224; propos du brassage des couleurs dans le second mouvement de mes &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tres de l'eau&lt;/i&gt; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;, nous nous &#233;loignons des &#339;uvres de &#171; fantaisie &#187;, comme cela a &#233;t&#233; le cas pr&#233;c&#233;demment. Pour une musique concr&#232;te-anecdotique, c'est un peu la m&#234;me chose, mais en plus compliqu&#233; par les possibilit&#233;s multiples qu'offre l'anecdotique pour le choix des mots, les gestes de l'homme et les sons de la nature. Comme dit pr&#233;c&#233;demment, la multiplicit&#233; et la vari&#233;t&#233; des timbres donnent une &#171; mobilit&#233; &#187; &#224; la perception de la couleur. Le terme de &#171; timbres-couleurs &#187; me semble finalement le plus appropri&#233;, comme il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; utilis&#233;, je crois, par Messiaen. Mais dans ce cas, il s'agissait d'images instrumentales, alors qu'ici, ce sont des sons anecdotiques signifiant beaucoup plus de choses. S'agissant toujours de couleurs musicales, c'est une facilit&#233; accept&#233;e par commodit&#233; pour le langage commun du monde cosmopolite des musiciens-&#233;crivains-professeurs-critiques. Ceux-ci le pr&#233;sentent de la sorte, d&#232;s qu'il en est question dans l'interpr&#233;tation. Bon ! Acceptons-le ainsi, pour la musique instrumentale, en g&#233;n&#233;ral ou en particulier, comme tout le monde. En effet, ce sont les &#171; couleurs personnelles &#187; que donne l'interpr&#232;te dans les jeux de son ex&#233;cution qui rend celle-ci diff&#233;rente de celle d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une pi&#232;ce concr&#232;te-anecdotique, tous les sons fusionnent en &#233;clats de couleur. En m&#234;me temps se d&#233;gage la combinaison de tous nos sens jusqu'aux &#171; limites &#187; de notre imagination. De la sorte, on parlera de m&#233;taphores po&#233;tiques comme la &#171; couleur de la chair de la musique fr&#233;missante et transparente &#187;, comme celle d'une voix ressemblant &#224; &#171; une couleur ondoyante et tendre comme la peau d'un enfant &#187; pour tel ou tel autre passage d'une &#339;uvre. Et puis, par exemple, &#171; le fracas de l'orage ressenti comme une &#171; cruaut&#233; &#187;, se traduisant par l'&#233;clat soudain des cuivres et de la batterie de l'orchestre &#187; avec, en plus, les mat&#233;riaux r&#233;alistes infiniment nombreux qui vont devenir des &#171; images-pixellis&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant pour &#171; classer &#187; les grandes cat&#233;gories de couleurs : les couleurs choisies, m&#234;l&#233;es et &#171; fa&#231;onn&#233;es &#187; par le peintre sur sa toile ; les couleurs du spectre &#233;lectromagn&#233;tique pouvant atteindre l'extr&#234;me par la pixellisation sur un &#233;cran ; mais surtout les couleurs des images naturelles, telles qu'on peut les voir et entendre, les sentir bouger et se manifester par leurs odeurs, leurs saveurs, leurs touchers jusqu'&#224; en capter les vibrations que l'on sent dans le mouvement perp&#233;tuel des anecdotes de la vie. Enfin, le titre donn&#233; par le compositeur sugg&#232;re une image dirigeante &#224; l'auditeur-spectateur. C'est l'aspect &#171; racontant &#187; d'une mati&#232;re sonore, visuelle ou verbale, qui est alors vu d'abord dans le titre et que l'on pourrait presque toucher et sentir, avant m&#234;me de commencer &#224; le d&#233;rouler lentement et avec pr&#233;caution jusqu'&#224; la fin, comme un ruban de sensations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2024&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_21898 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/20190405_121902.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/20190405_121902.jpg' width=&#034;600&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Jacques Lejeune
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Mon chemin musical au travers des couleurs I/II</title>
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		<dc:date>2024-11-03T15:07:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Lejeune</dc:creator>


		<dc:subject>musique concr&#232;te/acousmatique</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'anthologie, ici, a d&#251; tenir compte de la capacit&#233; de contenance de trois disques CDI. En m&#234;me temps, j'ai choisi les pi&#232;ces les plus caract&#233;ristiques de mon parcours musical, lequel a commenc&#233; une quinzaine d'ann&#233;es environ apr&#232;s les d&#233;buts de la &#171; musique concr&#232;te &#187; (1948).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entendre" rel="directory"&gt;Entendre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique-concrete-acousmatique" rel="tag"&gt;musique concr&#232;te/acousmatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH114/arton2543-8a23b.jpg?1772252602' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'anthologie, ici, a d&#251; tenir compte de la capacit&#233; de contenance de trois disques CDI. En m&#234;me temps, j'ai choisi les pi&#232;ces les plus caract&#233;ristiques de mon parcours musical, lequel a commenc&#233; une quinzaine d'ann&#233;es environ apr&#232;s les d&#233;buts de la &#171; musique concr&#232;te &#187; (1948). Celle-ci &#233;tait r&#233;alis&#233;e &#224; partir du montage d'&#233;l&#233;ments sonores enregistr&#233;s par microphone, puis manipul&#233;s en en modifiant la &#171; couleur &#187; par le filtrage du spectre, en variant la vitesse, en &#171; orchestrant &#187;, en quelque sorte, leurs m&#233;langes choisis et combin&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La musique &#233;tait diffus&#233;e au final en concert, sur des haut-parleurs r&#233;partis dans la salle et les &#171; pi&#232;ces mixtes &#187; &#233;taient donn&#233;es par le jeu d'un apport instrumental ou vocal. Par la suite, cette musique s'est enrichie avec la venue des sons artificiels &#233;lectroniques et enfin par la possibilit&#233; de travailler les images dessin&#233;es et projet&#233;es sur &#233;cran ainsi que celles des mots, rendus mobiles par la vid&#233;ographie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois disques CDI comportent chacun une pi&#232;ce importante, par sa longueur ou sa pr&#233;gnance musicale. Mais c'est surtout d'abord un choix personnel par rapport &#224; l'ensemble des pi&#232;ces que j'ai compos&#233;es et qui, par ailleurs, ont &#233;t&#233; publi&#233;es, d'une mani&#232;re &#233;parse, en disques vinyles ou en CD. Toutefois, cette anthologie qui est donn&#233;e ici en CDI repr&#233;sente un assez bon r&#233;sum&#233; du chemin artistique que j'ai parcouru, allant &#224; peu pr&#232;s de 1970 &#224; 2020. Il s'agit de &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; (1975/2003), de &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt; (2004) et de ma derni&#232;re pi&#232;ce, &lt;i&gt;Voltige des JeanBras, humeur des nuages, un tout flottant au vent...&lt;/i&gt; (2020). Toutes les trois ont un point commun : celui de ne pas incarner tout &#224; fait des personnages repr&#233;sentant des &#234;tres humains, mais qui, cependant, s'expriment dans le m&#234;me langage. Les premiers sont des nains qui travaillent sous terre et r&#233;apparaissent le soir pour d&#238;ner et dormir ensemble, les seconds, des animaux &#171; enfabl&#233;s &#187; et les troisi&#232;mes, des &#171; sciapodes &#187; dont j'ai modernis&#233; l'image par rapport &#224; celle d'origine de Ct&#233;sias.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1019749940?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, &#034;Blanche-Neige&#034;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Certaines de mes pi&#232;ces, parmi les plus anciennes, comme ici &lt;i&gt;Blancheneige,&lt;/i&gt; sont ou seront suivies de deux dates accol&#233;es. Dans ce cas, la premi&#232;re indique celle de la cr&#233;ation originale et la seconde celle de la reprise de la pi&#232;ce avec de nouveaux &#233;l&#233;ments visuels. Pour l'auditeur qui ne souhaiterait &#233;couter que de la &#171; pure &#187; musique concr&#232;te, il lui suffira simplement d'ouvrir les oreilles en fermant les yeux car on peut voir aussi par les oreilles lorsqu'elles sont grandes ouvertes. Ecouter par l'&#339;il, pour paraphraser Claudel, c'est d'accord ! Mais garder les yeux ouverts pendant l'&#233;coute, cela permettrait d'&#233;couter plus finement et voir plus grand. Donc, n'avoir que l'audition seule c'est celle qu'il aurait eue en effet au tout d&#233;but, par exemple, &lt;i&gt;de L'Oiseau et l'enfant.&lt;/i&gt; A l'origine, cette pi&#232;ce &#233;tait pr&#233;vue comme une musique radiophonique, command&#233;e par l'ORTF aux compositeurs du GRM qui le souhaitaient pour r&#233;aliser chacun une pi&#232;ce choisie &#224; partir d'une sc&#232;ne sonore de Paris. Pour ma part, j'avais donn&#233; la pr&#233;f&#233;rence &#224; celle du March&#233; aux oiseaux, se situant alors Quai de la M&#233;gisserie, qui exprimait pour moi un &#171; parfum po&#233;tique et color&#233; &#187;. Plus tard, gr&#226;ce &#224; l'apport de la vid&#233;ographie effectu&#233;e sur le dessin, sans alt&#233;rer l'aspect &#171; primitif &#187; de cette pi&#232;ce, je n'ai fait qu'amplifier son &#171; attrait-s&#233;duction &#187; par l'image visuelle rendue mobile. Ecouter ici &lt;i&gt;L'Oiseau et l'enfant&lt;/i&gt; sans regarder l'&#233;cran c'est presque comme d'aller au th&#233;&#226;tre ou &#224; l'op&#233;ra les yeux ferm&#233;s o&#249; l'on est cens&#233;s voir aussi bien qu'entendre les chanteurs-com&#233;diens en action.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1022858129?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, L'oiseau et l'enfant&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conservant le terme si &#233;vocateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conservant le terme si &#233;vocateur de Musique concr&#232;te, il faudra toutefois le diff&#233;rencier lorsque l'&#339;uvre est reli&#233;e ou m&#233;lang&#233;e, peu ou prou, avec des sons &#233;lectroniques et/ou avec des images trait&#233;es vid&#233;ographiquement et projet&#233;es sur &#233;cran. Le mot concret conservera toujours son pouvoir de &#171; charme &#187;, tant que l'on pourra en identifier quelques fragments de mati&#232;res sonores concr&#232;tes ou anecdotiques. Il suffira alors d'ajouter simplement le signe + pour devenir une &#171; musique concr&#232;te+ &#187;. Ainsi, le genre en gardera son &#233;nonc&#233; d'origine, tout en acceptant les modifications qui lui seront apport&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Musique concr&#232;te est, rappelons-le ici, &#171; constitu&#233;e &#224; l'aide d'&#233;l&#233;ments pr&#233;existants, emprunt&#233;s &#224; n'importe quel mat&#233;riau sonore &#187; (P. Schaeffer). Elle vit notamment des images provoqu&#233;es par des &#171; corps sonores &#187; et des instruments de musique rustiques pouvant m&#233;langer le bizarre, le baroque et les sons de la r&#233;alit&#233;. Dans l'imaginaire c'&#233;tait presque devenu, pour moi, un passeport pour s'insinuer dans un monde color&#233; et &#171; po&#233;tisable &#187;. C'est pourquoi je n'ai pu gommer de ma pens&#233;e ce terme dans la d&#233;finition du genre. Aussi je continuerai &#224; qualifier mes pi&#232;ces de musiques concr&#232;tes, m&#234;me si le terme peut para&#238;tre maintenant un peu d&#233;suet, mais il conservera toujours la s&#233;duction de ce vocable d'origine, malgr&#233; les ajouts ult&#233;rieurs de sons abstraits de la mati&#232;re &#233;lectronique et, plus tard, l'utilisation des proc&#233;d&#233;s vid&#233;ographiques projet&#233;s sur &#233;cran. Par la suite, j'ai adopt&#233; ces proc&#233;d&#233;s pour certaines pi&#232;ces anciennes, que j'ai ainsi &#171; amplifi&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette musique de &#171; sons concrets &#187; est arriv&#233;e la &#171; Musique &#233;lectronique &#187; faite uniquement de sons de synth&#232;se. Les deux genres, totalement oppos&#233;s par leur philosophie, ont fini par se m&#234;ler, malgr&#233; toutes les r&#233;ticences rencontr&#233;es, pour devenir la &#171; Musique &#233;lectroacoustique &#187;. Mais si cette nouvelle appellation recompos&#233;e, et un peu barbare, tenait compte des deux genres r&#233;unis, elle avait, par contre, perdu le plus pr&#233;cieux de sa valeur essentielle, qui &#233;tait contenue dans l'ancienne d&#233;nomination : &#171; Musique concr&#232;te &#187;. En effet, ce terme me semblait porter l'imaginaire dans un lieu que je voulais absolument conserver, dans une nouvelle d&#233;nomination. L'id&#233;al, sans doute, aurait pu &#234;tre tout simplement, dans la logique des titres recompos&#233;s, celui de &#171; Musique &#233;lectro-concr&#232;te &#187; ? ou encore mieux et plus simple, celui de &#171; Musique concr&#232;te+ &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; mati&#232;re et ses couleurs &#187; provenant des sons r&#233;alistes ou autres, enregistr&#233;s et pour &#234;tre manipul&#233;s en studio, m'attiraient d&#233;j&#224; depuis longtemps. De cette fa&#231;on, des &#171; pr&#233;-pi&#232;ces &#187;, r&#233;alis&#233;es auparavant en amateur &#171; intuitif &#187; et bricoleur, en t&#233;moignent. Mais elles ne sont cit&#233;es ci-apr&#232;s que pour m&#233;moire. Dans ce catalogue de pi&#232;ces choisies, ne figurent que celles r&#233;alis&#233;es apr&#232;s ma sortie du Conservatoire national de Paris. Sont donc d'abord pr&#233;sent&#233;es des pi&#232;ces d'une certaine &#171; envergure &#187; pour chaque disque et suivies, quand la place l'a permis, d'autres pi&#232;ces plus courtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A regarder de plus pr&#232;s, il s'agit d'une mati&#232;re subtile devenue plastique, d'un langage compos&#233; de mots mouvants et flexibles, jouant sur le sens et la forme ou sur l'impression qu'elle en donne. C'est comme une forme qui se cr&#233;e, une image qui se d&#233;place, une allusion qui sugg&#232;re un souvenir faisant penser &#224; une autre image. Elle s'inscrit dans la po&#233;tique, entre son et sens. Pour le compositeur et le jongleur de mots et dessins que je suis devenu, il incombait &#224; cette musique d'&#234;tre &#171; devin&#233;e &#187; et &#171; dig&#233;r&#233;e &#187; parmi la diversit&#233; des possibles de la plastique audio-visuelle. J'ai toujours &#233;t&#233; particuli&#232;rement attir&#233; par le c&#244;t&#233; &#171; anecdotique &#187; des sons, alors que d'autres compositeurs pourraient les qualifier probablement d' &#171; impurs &#187;. C'&#233;tait pour moi un &#233;l&#233;ment important qui pouvait ajouter au contexte &#171; musical &#187; et qui l'enrichissait particuli&#232;rement de l'anecdote. Cela peut appara&#238;tre, pour ceux qui l'utilisent, comme un nouveau &#171; fertilisant &#187; d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant un premier temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un premier temps, qui va de mes d&#233;buts en 1968 jusqu'aux ann&#233;es 1970, ma musique fut totalement &#171; concr&#232;te-anecdotique &#187;. Apr&#232;s l'arriv&#233;e et la pratique de l'ordinateur transform&#233; en &#171; instrument de musique &#187; avec sa propre logique, j'en ai pris des couleurs et certaines formes en mouvement qui me convenaient, mais sans vouloir abandonner la force de l'image anecdotique et sa fascination. Puis, avec l'apparition de la vid&#233;ographie, je me suis senti tout de suite en phase avec cette technologie me permettant de r&#233;aliser de nouvelles formes d'images, certes, mais surtout d'envisager une autre mani&#232;re d'exprimer le langage de cette &#171; nouvelle &#233;criture &#187; en jouant plastiquement avec les &lt;i&gt;&#171; images de mots/lettres mobiles &#187;.&lt;/i&gt; Par l'utilisation de po&#232;mes ou de textes &#171; po&#233;tis&#233;s &#187;, vus et lus sur des &#171; images de mots/lettres &#187;, ou dits par une voix off, j'ai adopt&#233; une forme se rapprochant davantage de celle de la musique concr&#232;te. C'est le texte manipul&#233; qui est propos&#233; par des images, elles-m&#234;mes en mouvement, et non comme celles des phrases fixes, en bas de page, accompagnant la traduction des paroles d'un film de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait &#224; nouveau l'exp&#233;rience, mais avec des acteurs en studio, pour la &lt;i&gt;Berceuse pour un enfant de Palestine,&lt;/i&gt; en optant pour le parler dramatique avec toute la mati&#232;re de son grain et de sa force &#233;motive, et non pour la traduction habituellement utilis&#233;e, &#233;crite et dessin&#233;e avec les fioritures po&#233;tiques qu'offre la vid&#233;ographie. Cela me semblait plus juste et davantage spontan&#233;. Le charnel de la voix humaine &#233;tait l&#224; pour exprimer toute l'&#233;motivit&#233;, la crudit&#233; et la violence contenue dans le texte. Les phrases auraient pu bouger et &#171; danser &#187; en utilisant la vid&#233;ographie, mais il me semblait alors que cela aurait nui &#224; l'aspect prenant de la voix des com&#233;diens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phrases po&#233;tiques sur l'&#233;cran sont g&#233;n&#233;ralement plut&#244;t courtes et s&#233;par&#233;es, afin que les mots en soient assimil&#233;s, mais leur transformation purement graphique appara&#238;t tout de suite apr&#232;s, dans le &#171; dessin &#187; d'une forme qui s'anime. Elles deviennent alors ce que l'on pourrait appeler des &lt;i&gt;&#171; mots-images- arabesques &#187;&lt;/i&gt; puisque les mots et les lettres se comportent visuellement comme des images mobiles, d&#232;s que leur signification en a &#233;t&#233; saisie. La forme &#171; alphab&#233;tique &#187;, ainsi d&#233;gag&#233;e de l'obligation de fournir un sens, devient elle-m&#234;me l'image d'un mouvement visuellement &#233;lastique et po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re d'unir les sons en un mouvement rapide, c'est utiliser dans un m&#234;me flot la disparit&#233; des &#233;l&#233;ments et des images qui le composent. C'est le cas, par exemple, du rythme soutenu du deuxi&#232;me mouvement des &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tres de l'eau,&lt;/i&gt; qui joue de la contorsion rapide des mat&#233;riaux. Le jeu &#233;lastique des formes s'ajoute &#224; l'imaginaire et lui donne une expression plus forte au second mouvement de cette pi&#232;ce. A cela s'adjoint le sens des mots qui s'impriment, comme il vient d'&#234;tre dit, en images mobiles et deviennent eux-m&#234;mes des &lt;i&gt;&#171; mots-sons-images-formes &#187;.&lt;/i&gt; Parmi les sons r&#233;alistes, il y a ceux qui s'entendent comme une anecdote et v&#233;hiculent une &#171; couleur &#187; ou une &#171; tonalit&#233; &#187;, une variation ou un rythme particulier. Mais il y a aussi ceux que j'appelle des &lt;i&gt;&#171; mots-sons-images-surprises &#187;.&lt;/i&gt; Ceux-ci restent davantage dans la m&#233;moire et sont porteurs d'un sens plus intense ou plus surprenant que d'autres, comme des motifs faisant th&#232;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet extrait des Th&#233;&#226;tres de l'eau, que je viens juste d'&#233;voquer, ne figure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me sens proche d'un r&#233;cit imaginaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sens si proche d'un r&#233;cit imaginaire que je pourrais qualifier mes petites pi&#232;ces de l&#233;gendes ou de fables, comme &lt;i&gt;L'Eglise oubli&#233;e&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Oiseau et l'enfant.&lt;/i&gt; Si l'on peut dire ici que ces pi&#232;ces sont courtes ; on pourrait ajouter que &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt; et certaines autres grandes pi&#232;ces sont faites d'une succession de pi&#232;ces courtes qui pourraient &#234;tre &#233;cout&#233;es, &#224; leur tour, comme des pi&#232;ces ind&#233;pendantes. Mais c'est l&#224; une autre mani&#232;re de dire, de lire ou de faire voir pour comprendre le rapport existant entre les &#171; images-son, les images-vue et les images-mot &#187;. Ce sont des sensations venant par &#224;-coups ou au hasard de l'avancement des choses. Au cin&#233;ma les paroles dites par des acteurs doivent tomber toujours au bon moment pour &#234;tre comprises, mais dans une musique concr&#232;te elles se comportent diff&#233;remment. Elles n'ont pas la m&#234;me vocation et peuvent oublier l'obligation des synchronismes pour devenir de v&#233;ritables &#171; acrobates-improvisateurs &#187;, laissant leur mouvement aller ailleurs en pr&#233;c&#233;dant la musique ou la suivant dans un ordre d&#233;cal&#233;. En outre, l'image des mots &#233;crits peut m&#234;me se retrouver &#224; l'envers, dans d'autres sens, filtr&#233;e ou grossie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images sonores avec celles des mots &#233;crits ou du dessin&#233; sont l&#224; pour faire des &#171; surprises &#187;, des allusions, des suggestions, qui finissent parfois par se d&#233;velopper comme l'embryon d'une &#171; histoire &#187; dans la pens&#233;e de chacun. Au-del&#224;, des images peuvent &#233;galement exister par l'importance qu'on leur accorde. Elles deviennent porteuses d'un effet graphique ou d'un sens plus fort ou plus surprenant que d'autres et r&#233;sonnent plus longuement dans l'imaginaire de ceux qui &#233;coutent. Cette surprise devient alors une &#171; accroche &#187; auditive (bruit des sabots et souffle des chevaux ou &#233;clat de trompe soudain dans &lt;i&gt;L'Eglise oubli&#233;e&lt;/i&gt;), pour raconter &#171; visuellement &#187; ou fixer dans la m&#233;moire une histoire suppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, sur un plan graphique, les images en mouvement de mots vus et lus se changent en &#171; images d'une &#233;criture mobile &#187; en modifiant la police d'origine des lettres ou bien en se trouvant &#224; l'envers du &#171; bon sens &#187;, &#233;tant filtr&#233;es, ralenties ou acc&#233;l&#233;r&#233;es, ou encore grossies ou diminu&#233;es. Mais elles sont toujours l&#224; pour communiquer un message, parfois m&#234;me en v&#233;ritable &#233;quilibriste et finissent parfois par se d&#233;velopper, comme l'embryon d'une &#171; histoire &#187; plus ou moins fantasm&#233;e. Elles deviennent porteuses d'un effet graphique ou d'un sens plus fort ou plus surprenant que d'autres et r&#233;sonnent plus longuement dans la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impression des choses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression des choses se traduit par le jeu mouvement&#233; des formes et du bariolage des couleurs. Les sons naturels et anecdotiques, exp&#233;rimentaux et synth&#233;tiques, viennent avec des notes &#233;parses d'instrument et de voix humaine, se m&#233;langent et se combinent alors avec l'apparition d'images visuelles, de dessins et de phrases &#233;crites. Universelle musique, dans laquelle s'engouffre le go&#251;t des mots, de la r&#233;flexion sur leur sens, de la palpation de leurs morphologies qui se fr&#244;lent. Les images se touchent et se hument, les unes les autres. Les mots sont dispos&#233;s &#224; l'envers, en oblique, partant du haut ou du bas, avec un autre &#233;clairage, et apparaissent comme une couleur suppl&#233;mentaire, pour les dire. Du bariol&#233; naissent l'ambigu&#239;t&#233; des mots et des sons dans un m&#233;lange plus riche de la diversit&#233; du langage, des formes sonores et visuelles qui deviennent des sortes d' &#171; ambigrammes &#187;. De ce monde kal&#233;idoscopique, le terme &#171; d'ambigu&#239;t&#233; &#187; m'a &#233;t&#233; attribu&#233;, d&#232;s mes premi&#232;res pi&#232;ces sur bande magn&#233;tique, par Jean-Christophe Thomas et, ma foi, je veux bien l'accepter et la faire mienne pour me d&#233;crire comme compositeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233;, avec l'article &#171; Musicalit&#233;, th&#233;&#226;tralit&#233; et po&#233;tique &#187;, au livre &#233;ponyme de la collection des &#171; Portraits polychromes &#187;, &#233;dit&#233;e par l'Institut national de l'audiovisuel : &#171; La musique concr&#232;te a le gosier large et le ventre aussi ! Elle est comme la premi&#232;re des poup&#233;es russes qui avale toutes les d&#233;finitions suivantes... C'est une musique h&#233;t&#233;rog&#232;ne qui, au travers de tous les ingr&#233;dients qui la composent, charrie en m&#234;me temps les formes et les intentions latentes du th&#233;&#226;tre, et de la mise en espace..., de la po&#233;sie et de son ambigu&#239;t&#233; prometteuse... &#187;. Elle a d&#233;bord&#233; ainsi de la musique pure par l'utilisation du mot &#233;crit et du dessin&#233;. J'en profite pour faire ici le parall&#232;le entre deux exemples, l'un venant d'une peinture de Kandinsky, nomm&#233;e &lt;i&gt;Bleu de ciel&lt;/i&gt; et l'autre de moi-m&#234;me, qui est musical, la plage n&#176; 2 de &lt;i&gt;La Ronde des animaux&lt;/i&gt; intitul&#233;e &lt;i&gt;Les Presque impalpables.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1019749950?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, &#034;Ronde des animaux&#034;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Des micro-animaux-personnages sont repr&#233;sent&#233;s dans &lt;i&gt;Le Bleu du ciel&lt;/i&gt; (ou de l'eau ?), comme des images grossies au microscope, dans le premier cas. On peut imaginer alors une vitesse tr&#232;s ralentie dans les courants de l'air (ou de l'eau ?), touchant presque &#224; l'immobilit&#233;. Les figures ne semblent bouger que par l'illusion qui est donn&#233;e par la diff&#233;rence de leurs positions sur la toile. Elles semblent ainsi monter, flotter ou descendre avec une extr&#234;me l&#233;g&#232;ret&#233;, dans l'indiff&#233;rence et la douceur du calme et de la lenteur. Je n'en prendrai que trois ou quatre exemples parmi ces figures &#233;tonnantes : en bas et &#224; gauche, &#171; un poisson-crabe bizarro&#239;de recompos&#233; &#187;, avec des &#171; bras-ailes-pinces &#187;, eux-m&#234;mes constitu&#233;s de &#171; vers de terre-alevins &#187; et de &#171; grillage &#187;. Ils se mettent en rotations par l'imaginaire du peintre ou du regardant. Plus haut, une tortue descendant &#224; pic. Une autre, encore plus haute, s'en va dans une direction diff&#233;rente et porte sur sa carapace une sorte de t&#234;te de clown au nez rouge ! Au-dessus, une &#171; m&#233;duse &#187; semble batifoler avec un &#171; hippocampe &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma pi&#232;ce musicale-po&#233;tique-dessin&#233;e, on peut y entendre ou sentir de la m&#234;me fa&#231;on les sons qui &#171; s'&#233;coulent &#187; comme des &#171; personnages-animalcules &#187; (friselis &#233;lectroniques accol&#233;s ou m&#234;l&#233;s &#224; des souffles, des sons fl&#251;t&#233;s, des cordes de clavecin, le bourdonnement d'insecte, etc.). Je ne pourrais pas dire exactement la m&#234;me chose de mes dessins, non-recompos&#233;s d'images visuelles, certes, mais r&#233;p&#233;t&#233;s plusieurs fois et s'&#233;talant avec la m&#234;me pond&#233;ration sur un grand &#233;cran, grossissant &#224; l'&#339;il la multitude des figurines (cartes &#224; jouer, papillons, personnages dansant, l&#232;vres, yeux, notes de musique, cloches, oiseaux, sir&#232;ne, mille pattes, etc.). Surtout on peut les &#171; voir &#187; chez le peintre et dans ma pi&#232;ce musicale, par des accolements d'images visuelles ou sonores ou par des associations d'id&#233;es, cr&#233;ant ainsi de nouvelles images. Et ce qui importe ici, c'est essentiellement la lenteur exprim&#233;e, la vitesse d'un temps imaginaire qui s'&#233;coule et semble identique dans la peinture de Kandinsky et dans ma musique-dessins-textes po&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les deux se rapprochent sur ce point : la nonchalance qui existe entre les &#171; personnages &#187;, un presque immobilisme de la sc&#232;ne. La rotation des exemples montr&#233;s change de position dans un l&#233;ger souffle d'air (ou d'eau ?). Les plus proches de ces animaux sont les plus visibles et donc les plus remarquables. Les autres paraissent venir ou s'&#233;loigner. Au final les personnages-microbes se rapprochent et se collent les uns aux autres dans cette peinture et sont comparables aux mouvements &#171; impalpables &#187; dans ma pi&#232;ce musicale. Ce calme est celui des organismes qui se d&#233;placent, dans leur rythme &#233;galement microscopique, &#224; peine rep&#233;rables dans l'eau (ou dans l'air) et se superposent dans une m&#234;me famille &#171; entomologique &#187;. Tous sont pr&#233;sent&#233;s avec un humour &#233;vident dans la collection qui les rassemble ! Peu importe alors l'aspect omniforme, qui devient presque automatiquement fusionnel avec d'autres, en rattachant telle aile &#224; un animal galopant sur les dunes, telle patte &#224; un poisson dans l'espace ou encore tel &#339;il au regard pos&#233; quelque part. Des cr&#233;atures anonymes et ambigu&#235;s se chevauchent en ronde et proviennent du biscornu et du bizarre. Elles naissent ainsi dans l'&#233;motion, qui elle-m&#234;me d&#233;coule de la tension des formes dessin&#233;es entre elles, dans la narration de quelque chose provenant de l'inconscient. Seul le gagnant peut s'arr&#234;ter un instant pour absorber et dig&#233;rer tranquillement sa proie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Schaeffer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sens redevable &#224; Pierre Schaeffer pour ses cours magistraux qui ouvraient l'esprit &#224; une r&#233;flexion studieuse de la musique concr&#232;te et pour la composition &#171; exemplaire &#187; de la &lt;i&gt;Symphonie pour un homme seul,&lt;/i&gt; pi&#232;ce c&#233;l&#232;bre, &#233;crite en collaboration avec Pierre Henry. &lt;i&gt;Celui-ci&lt;/i&gt; fut &#233;galement un bon exemple pour son &#339;uvre puissante et foisonnante. Je suis &#233;galement reconnaissant &#224; Fran&#231;ois Bayle pour sa pens&#233;e musicale, la ma&#238;trise et l'&#233;l&#233;gance de sa musique, et &#224; Luc Ferrari, pour sa mani&#232;re libre de penser la musique et d'y adjoindre la notion d'&#171; anecdote &#187;. J'ai tent&#233; parfois le m&#233;lange de la musique concr&#232;te avec le jeu des instruments traditionnels dans les &#171; pi&#232;ces mixtes &#187;. J'ai &#233;t&#233; &#233;galement attentif &#224; l'&#233;volution de l'instrumentarium &#233;lectronique mais n'ai suivi cette voie qu'avec parcimonie. Ma musique &#233;tant rest&#233;e essentiellement concr&#232;te, la mati&#232;re &#233;lectronique n'a &#233;t&#233; pour moi finalement qu'une couleur de mat&#233;riaux suppl&#233;mentaire dans la polyphonie g&#233;n&#233;rale sonore et visuelle de mes compositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#233;lange des mat&#233;riaux r&#233;alistes, organiques ou synth&#233;tiques associ&#233;s avec mes dessins et le jeu vid&#233;ographique des lettres qui ont charpent&#233; et nourri mes pi&#232;ces. Ces derni&#232;res ont pris alors un sens volontiers &#171; pa&#239;en &#187; dans mon ressenti. Partant du musical pur, je r&#233;unissais le presque tout sonore avec le visuel des choses pour atteindre le th&#233;&#226;tral, le po&#233;tique ou l'anecdotique. L'espace sonore est donn&#233; par les haut-parleurs en trois dimensions mais cette notion d'espace pourrait se m&#233;langer pour en donner encore une autre, celle de &lt;i&gt;&#171; l'espace fabul&#233; &#187;&lt;/i&gt;, beaucoup plus imaginatif pour l'auditeur/spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma reflexion musicale en trois disques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici dans ce coffret l'essentiel de mon parcours musical d&#233;roul&#233; en trois p&#233;riodes. D'abord celle de la &#171; Musique concr&#232;te-anecdotique &#187;, avec &lt;i&gt;Interlude pour la Nuit des oiseaux,&lt;/i&gt; et, en m&#234;me temps, celle de la &#171; musique mixte &#187;, c'est-&#224;-dire des pi&#232;ces &#233;crites pour voix et/ou instrument/s, jeux &#233;lectroniques et bande magn&#233;tique. (J'en donne aussi un exemple, d&#233;j&#224; combin&#233; avec des phrases &#233;lectroniques, dans &lt;i&gt;Fragments gourmands.&lt;/i&gt; Ce fut une seconde p&#233;riode, avec l'arriv&#233;e de la musique &#233;lectronique. Enfin, la troisi&#232;me p&#233;riode, qui pouvait se faire entendre et &#171; voir &#187; avec un support vid&#233;ographique. Ici les textes po&#233;tiques sont transform&#233;s plastiquement en devenant des &#171; images de texte en mouvement &#187;. De la sorte, la voix n'a pas &#233;t&#233; que celle d'un lecteur, comme celle habituelle d'un conteur, mais celle d'un personnage faisant partie int&#233;grante de la mati&#232;re vocale, travaill&#233;e avec les techniques du langage vid&#233;ographique. Alors, me dira-t-on, pourquoi parler de plusieurs p&#233;riodes et se questionner sur la mani&#232;re dont elles se sont d&#233;roul&#233;es ? Tout simplement les progr&#232;s de la technologie ont fait naturellement &#233;voluer ma r&#233;flexion vers le d&#233;sir d'une &#171; r&#233;-orchestration &#187; de mes premi&#232;res pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1022898468?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Jacques Lejeune, Interlude pour la nuit des oiseaux&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Disque 1 (72'30) :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. &lt;i&gt;Blancheneige :&lt;/i&gt; 40'40 - (1975 / 2011)&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;i&gt;L'Oiseau et l'enfant :&lt;/i&gt; 11'40 - (1982 / 2009)&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &lt;i&gt;Interlude pour la Nuit des oiseaux :&lt;/i&gt; 4'05 - (1983 / 2010)&lt;br class='autobr' /&gt;
commande de Radio-France pour la circonstance&lt;br class='autobr' /&gt;
4. &lt;i&gt;Impromptu-nuage :&lt;/i&gt; 5'10 - (1985 / 2010)&lt;br class='autobr' /&gt;
commande collective pour la premi&#232;re utilisation de l'ordinateur con&#231;u par le GRM&lt;br class='autobr' /&gt;
5. &lt;i&gt;L'Eglise oubli&#233;e :&lt;/i&gt; 8'55 - (1997 / 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disque 2 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La Ronde des animaux :&lt;/i&gt; 75'05 &#8211; (2004)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disque 3 : 75'20&lt;br class='autobr' /&gt;
1. &lt;i&gt;Fragments gourmands, pour r&#233;citant et saxophones :&lt;/i&gt; 16'- (1995 / 2011)&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;i&gt;Berceuse pour un enfant de Palestine :&lt;/i&gt; 29'05 - (2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &lt;i&gt;Voltige des JeanBras, humeur des nuages, un tout flottant au vent... :&lt;/i&gt; 30'15 - (2021)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier disque figure &lt;i&gt;Blancheneige,&lt;/i&gt; qui a donn&#233; lieu &#224; l'origine &#224; une musique de ballet pour la compagnie Joseph Russillo, et qui est devenue une musique r&#233;duite pour le concert. Lui sont ajout&#233;es quatre pi&#232;ces plus courtes, sortes de fables musicales po&#232;tico-visuelles. Tout y est esquiss&#233;, tout y est dit, en un laps de temps assez court, par des sons ou des &lt;i&gt;&#171; mots-surprises &#187;&lt;/i&gt; qui surnagent &#224; l'&#233;coute des sens comme des &lt;i&gt;&#171; images-formes &#187;.&lt;/i&gt; Par exemple ici, dans &lt;i&gt;l'Eglise oubli&#233;e,&lt;/i&gt; dans ce titre &#233;tonnant et bizarre. Qui est ce personnage ? O&#249; va-t-il ? Le son de la trompe, le bruit des sabots de cheval, les sons de cloches qui s'envolent, les sons surprenants surpassant leurs sens, comme des clich&#233;s qui doivent orienter l'imagination de l'auditeur avec un certain regard sur l'ailleurs par les images et le sens des &lt;i&gt;&#171; mots-sons-images &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second disque est occup&#233; compl&#232;tement par &lt;i&gt;La Ronde des Animaux&lt;/i&gt; (2004). Je n'ai pu r&#233;sister &#224; l'envie de donner int&#233;gralement cette pi&#232;ce. (Voir plus loin, dans &#171; Opinions-Presse-Radio et divers &#187;, les extraits de l'article de Jean-Christophe Thomas sur &lt;i&gt;Blancheneige&lt;/i&gt; et, plus loin, sur le 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; mouvement des &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tres de l'eau,&lt;/i&gt; dans &#171; Qu'est-ce-que la musique anecdotique ? &#187;. &#201;galement, est &#224; lire l'article de Yves Krier : &#171; Jacques Lejeune : question(s) de forme(s) &#187;, qui concerne notamment &lt;i&gt;La Ronde des animaux.&lt;/i&gt; Ces deux articles ne sont donn&#233;s ici que partiellement, mais pourront &#234;tre lus int&#233;gralement, dans l'opus d&#233;j&#224; cit&#233; &#233;dit&#233; par l'Ina-GRM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le troisi&#232;me disque, on y trouvera trois autres pi&#232;ces majeures avec &lt;i&gt;Fragments gourmands&lt;/i&gt; qui est une pi&#232;ce mixte compos&#233;e sur un texte de Brillat-Savarin jou&#233;e par un saxophoniste-r&#233;citant utilisant toute la panoplie des saxophones (sept au total). La pi&#232;ce a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Daniel Kientzy et son enregistrement existe sur le disque CD de l'Ina-GRM. Par la suite, cette musique a &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; trois instruments, ce qui ne retire rien &#224; la prouesse instrumentale originale qui ne portait, en r&#233;alit&#233;, que sur la parodie et la taille des instruments. Mais rien n'est perdu de la qualit&#233; sonore, celle-ci &#233;tant donn&#233;e par son homog&#233;n&#233;it&#233; instrumentale. D'abord, il n'existe plus que quatre ou cinq saxophones contrebasses au monde qui ne sont l&#224; que pour la d&#233;coration d'un mus&#233;e. Quant au sopranino, il n'int&#233;resse plus gu&#232;re que les clowns, par les pirouettes qui pouvaient &#234;tre faites dans l'extr&#234;me aigu. C'est une farce que peut faire un compositeur une seule fois avec la famille compl&#232;te des saxophones, des clarinettes ou des hautbois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis suit &lt;i&gt;Berceuse pour un enfant de Palestine,&lt;/i&gt; pour deux voix de com&#233;diens (Florence Gonot et Alexandre Yterce) qui deviennent &#171; hurlantes &#187; sur le ton voulu en &#171; mati&#232;re d'&#233;motion douloureuse et exacerb&#233;e &#187;. J'y ai adjoint, sur le plan visuel, quelques mots qui me paraissaient importants d'&#234;tre vus/lus en doublons, comme une sorte de mise en avant, d'exergue sur le dit du texte. Mais, en m&#234;me temps, c'&#233;tait jouer de l'emploi de l' &#171; &#233;criture graphique &#187;, jouer des mots en changeant rapidement leurs polices de caract&#232;re et leur taille, par &#224;-coups synchrones ou non, donn&#233;s par surprise, ce qui renfor&#231;ait la dramatisation des voix. &lt;i&gt;(J'en profite pour ajouter, entre ces parenth&#232;ses, une note de derni&#232;re minute : &#171; Cette pi&#232;ce date de 2006, c'est-&#224;-dire, bien avant les &#233;v&#232;nements dramatiques d&#233;but&#233;s en 2023. Je pense, comme, sans doute, beaucoup d'autres personnes, que cette guerre cruelle, qui a d&#233;j&#224; exist&#233;e, se renouvelle aujourd'hui et se r&#233;p&#232;tera encore, de la m&#234;me fa&#231;on ou d'une tout autre mani&#232;re, tant que l'on n'aura pas restitu&#233; une part de la terre viable &#224; un peuple opprim&#233;, tant que ce dernier n'aura pas obtenu sa reconnaissance par l'ONU, pour que ces deux nations qui s'opposent encore aujourd'hui, puissent enfin vivre dignement et en paix &#187;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1023679017?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;6 Jacques Lejeune - Berceuse pour un enfant de Palestine&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &lt;i&gt;Voltige des JeanBras, humeur des nuages, un tout flottant au vent...,&lt;/i&gt; qui est ma derni&#232;re pi&#232;ce et termine l'imagerie que je voulais apporter sur l'aspect des &#171; petits hommes &#187;. Il s'agit d'un compl&#233;ment &#224; ceux d'un bestiaire parlant ou de cr&#233;atures d'humano&#239;des &#233;voquant les hommes d'autrefois, cal&#233;s dans notre imaginaire par les souvenirs de l'enfance : les nains de nos contes et l&#233;gendes, les homoncules de l'alchimie et des sorciers l'accompagnant, les petits hommes ail&#233;s qui descendaient du ciel pour s'implanter dans le ventre de Cyb&#232;le/Marie avant le Concile de Trente, les animaux d'un bestiaire &#224; qui l'on pr&#234;te le langage des hommes et les sciapodes de Ct&#233;sias, auxquels j'ai voulu attribuer une image de &#171; fantasquerie &#187; par les dessin&#233;s en couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On m'a fait remarquer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a fait remarquer que j'avais un &#171; go&#251;t prononc&#233; &#187; pour les exclamations, les pas, les fanfares, l'orgue, les trains, les oiseaux ou les cloches qui revenaient assez souvent dans mes pi&#232;ces, mais c'&#233;tait l&#224;, me semble-t-il, une &#233;coute un peu courte ! A titre d'exemple, j'ai pris simplement dans cette anthologie celui des cloches qui revient en effet plusieurs fois. Mais pour chacun d'entre eux les images sonores montrent bien leur appartenance au monde des cloches, tout en &#233;tant totalement diff&#233;rentes. Je pourrais en pr&#233;parer une &#233;coute rapproch&#233;e par un montage dans lequel la couleur, la pr&#233;sence, le registre des sons &#233;mis, la vitesse et la qualit&#233; de la frappe, la nuance adopt&#233;e, etc. seraient l&#224; pour en affirmer la diff&#233;rence. Ce sont des mat&#233;riaux sonores qui donnent des notes, des &lt;i&gt;images-mati&#232;re&lt;/i&gt; que j'ai particuli&#232;rement &#171; choy&#233;es &#187;, que j'ai utilis&#233;es comme genre mais qui sont diff&#233;rentes &#224; chaque utilisation. D&#232;s lors, on pourrait parler d' &lt;i&gt;&#171; esp&#232;ces vari&#233;es de cloches &#187;&lt;/i&gt; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on ne peut voir ou entendre que fragmentairement l'image, faite de bribes visuelles ou sonores, d&#233;j&#224; vues/entendues et reconnues, tant l'image est forte et pr&#233;gnante, on pourrait parler de &lt;i&gt;&#171; gammes d'images&#8205; &#187;,&lt;/i&gt; ou encore, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, de &#171; gammes de l'odorat &#187;, de la &#171; vue &#187;, de l' &#171; ou&#239;e &#187;, du &#171; toucher &#187; et du &#171; go&#251;t &#187;. Toutes ces images peuvent entrer dans la zone de la r&#234;verie et se m&#234;ler, &#224; un degr&#233; diff&#233;rent, les unes aux autres par association d'id&#233;es. On entend un clavecin qui sugg&#232;re le pass&#233;, un ruisseau comme un paysage apaisant, une fleur qui est belle parce qu'elle sent bon, le son de l'orgue &#233;voquant une &#233;glise, une voix de soprano d'une jeune fille, des pas rapides de quelqu'un prenant la fuite, une fanfare pour l'annonce d'un d&#233;part ou d'une arriv&#233;e, les oiseaux de la for&#234;t pour un conte de f&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions de Michel Rigoni&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Rigoni, musicologue, m'interrogea sur mes premi&#232;res &#233;motions musicales, au cours d'un entretien qu'il eut avec moi pour le num&#233;ro 9 de la s&#233;rie des &#171; Portraits polychromes &#187; &#233;dit&#233;e par l'Institut National de l'Audiovisuel. Je lui r&#233;pondis : &#171; D'abord ce fut en 1954, en classe de quatri&#232;me o&#249; notre professeur de fran&#231;ais, et en m&#234;me temps homme de th&#233;&#226;tre, nous apprit &#224; &#233;couter les sons familiers qui nous entouraient. Cela consistait en une s&#233;ance d'&#233;coute, porte et fen&#234;tres grandes ouvertes. Puis suivait l'&#233;coute de l'enregistrement que nous venions de faire et que nous devions commenter avec lui. Nous f&#251;mes surpris de d&#233;couvrir des sons que nous avions pourtant entendus ou faits nous-m&#234;mes par inadvertance. Nous apprenions ainsi &#224; distinguer le p&#233;piement des moineaux dans la cour ou le bruit des voitures de la rue, les rires et les exclamations des &#233;l&#232;ves excit&#233;s puis les bruits de la porte et des fen&#234;tres referm&#233;es et l'appel au calme du professeur, etc. Pour la plupart des &#233;l&#232;ves de la classe, ce n'&#233;tait qu'un jeu, mais pour quelques autres, dont j'&#233;tais, ce fut une v&#233;ritable le&#231;on de choses qui m'a marqu&#233;e et je suis toujours &#233;mu quand j'y repense aujourd'hui. Je suis reconnaissant &#224; cet homme de m'avoir fait d&#233;couvrir cet &#171; univers sonore &#187;, que j'entendais sans m'en rendre compte, bien avant de savoir ce qu'il repr&#233;senterait par la suite, dans ma future aventure musicale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans, plus tard, j'ai d&#233;couvert la musique classique, tout &#224; fait par hasard, en achetant le disque de la &lt;i&gt;Symphonie fantastique&lt;/i&gt; et en trouvant ult&#233;rieurement la partition chez un libraire sp&#233;cialis&#233;. Cela a produit en moi comme une sorte de saisissement, &#224; penser que les choses &#233;cout&#233;es pouvaient s'&#233;crire ainsi. Puis, en comparant plus attentivement mon &#233;coute &#224; ma lecture, j'ai essay&#233; d'en d&#233;duire ce que tel ou tel signe graphique pouvait signifier. Je n'avais pas encore la moindre notion de solf&#232;ge mais j'ai quand m&#234;me &#171; &#233;crit &#187; quelques brouillons de pages, toutes en ut majeur, car bien s&#251;r je ne comprenais rien encore &#224; la notion de tonalit&#233; ! J'ai d&#233;couvert l'art par moi-m&#234;me dans des livres experts et en m&#234;me temps la lecture de la po&#233;sie &#224; la biblioth&#232;que municipale de mon quartier. Mon approche de la musique fut ult&#233;rieure. J'avais beaucoup tra&#238;nass&#233; dans le r&#234;ve. Au final, sur le conseil d'un ami de la famille, je me suis rendu au Conservatoire mais n'ai pu y entrer, &#233;tant trop &#226;g&#233;. Alors je me suis tourn&#233; vers la Schola Cantorum, qui m'accepta. Durant deux ann&#233;es, j'y appris le contrepoint dans la classe de Daniel Lesur et l'harmonie avec un professeur de piano, ainsi que l'histoire de la musique avec un musicologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut plusieurs &#224;-coups dans mon parcours, qui se sont produits au hasard de mes rencontres. Mon second choc &#233;motionnel fut pour moi la d&#233;couverte de la musique concr&#232;te du Groupe de Recherches Musicales, avec la pr&#233;sence des compositeurs pour r&#233;pondre aux questions, lors d'une s&#233;rie de concerts donn&#233;s &#224; l'ORTF. Cette musique m'apparut &#171; &#233;tonnante et attirante &#187;, en opposition &#224; la rigidit&#233; de l'enseignement de la musique traditionnelle. Ce fut pour moi comme une bouff&#233;e d'air, voire une secousse dans mon apprentissage de la musique classique. Bien s&#251;r, c'&#233;tait un genre musical totalement nouveau qui apparaissait. Apr&#232;s quelque temps d'h&#233;sitations, je d&#233;cidais d'abandonner le cursus entrepris et me dirigeais vers cette nouvelle voie qui me semblait particuli&#232;rement plastique et ductile. J'ai &#233;cout&#233; les premiers disques de Pierre Schaeffer/Pierre Henry et notamment la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Symphonie pour un homme seul,&lt;/i&gt; pour t&#226;cher d'en percevoir les secrets. Mais surtout je d&#233;couvrais cette musique que j'appr&#233;hendais avec une soif d'apprendre cette nouvelle &#171; mati&#232;re sonore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la seconde question de Michel Rigoni : &#171; Qu'est-ce qui vous a particuli&#232;rement fascin&#233; dans cette musique ? La palette sonore vaste, la production de nouveaux sons, le jeu de l'espace, la situation acousmatique qui permet &#224; l'auditeur de construire son propre imaginaire ? &#187;. Ma r&#233;ponse f&#251;t celle-ci : &#171; Tout ce que vous dites &#224; la fois, car venant d'une formation classique, j'ai d&#251; d&#233;couvrir dans la musique concr&#232;te un univers fantasmagorique auquel je devais penser inconsciemment : l'appropriation des sons par l'enregistrement, une t&#233;ratologie sonore naissante de leurs manipulations, l'aspect tangible des sons du r&#233;el et leur confrontation th&#233;&#226;trale &#224; d'autres, plus abstraits, la po&#233;tique naissante de leurs m&#233;langes dans un &lt;i&gt;espace imaginaire...&lt;/i&gt; Et puis, en second lieu, la fascination du faire, tenant &#224; la fois de l'exp&#233;rimental et des gestes du sculpteur, du collage de photographies, de dessins d&#233;coup&#233;s, etc. &#187;. En 1966, j'ai voulu approcher et apprendre cette musique &#233;trange et fascinante mais son &#233;tude &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux hommes de radio et aux compositeurs confirm&#233;s qui pouvaient en montrer de l'int&#233;r&#234;t ou plus simplement de la curiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es suivantes, tout en bricolant, de mon c&#244;t&#233;, sur une paire de magn&#233;tophones, j'ai &#171; bidouill&#233; &#187; les vitesses de l'un, en faisant fabriquer par un ami m&#233;canicien des roues interchangeables de tailles diff&#233;rentes et en tentant de r&#233;aliser une sorte de &#171; chambre d'&#233;cho &#187; avec des ressorts et une t&#244;le r&#233;verb&#233;rante, etc. En &#233;coutant notamment la &lt;i&gt;Symphonie pour un homme seul,&lt;/i&gt; sans pouvoir, bien s&#251;r, en reconnaitre toutes les proc&#233;dures d'assemblage aboutissant &#224; sa composition, j'ai pu deviner certaines ficelles du m&#233;tier. Ainsi, j'ai fait des essais &#171; d'&#339;uvre &#187; : &lt;i&gt;Chant t&#233;r&#233;brant, Exutoire pour un oiseau&lt;/i&gt; (1965), Le &lt;i&gt;Chantefait de Superbesse&lt;/i&gt; sur un po&#232;me d'&lt;i&gt;Alain Morin&lt;/i&gt; (1966), &lt;i&gt;Quatre regards sur l'homme&lt;/i&gt; (1967), &#171; pi&#232;ces d'essais &#187; supprim&#233;es, juste avant mon entr&#233;e au Conservatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre &#8230;/&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet extrait des &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tres de l'eau,&lt;/i&gt; que je viens juste d'&#233;voquer, ne figure malheureusement pas ici, pour des raisons de contenance discographique, mais peut &#234;tre &#233;cout&#233; dans le double volume 2/3 du livre-disques Sonopsys, qui m'est d&#233;di&#233;. La collection Sonopsys est dirig&#233;e par Alexandre Yterce et ce double volume a &#233;t&#233; con&#231;u graphiquement par Florence Gonot. L'ouvrage est &#233;dit&#233; par Licences, Paris-2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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