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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Madonna del Parto</title>
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		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Age</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre qui passe du cultuel au culturel.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH121/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte-06c4d.jpg?1775383396' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca inde&#769;plac&#807;able &#187;, Marc Lenot nous entraine &#224; la poursuite d'une &#339;uvre de la Renaissance qui passe du cultuel au culturel et qui pose, outre de nombreuses questions sur la peinture, des questions sur le statut de l'&#339;uvre, de son ancrage au territoire et aux humains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1178550524?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Marc Lenot, La Madonna del Parto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Piero della Francesca est un personnage tout &#224; fait surprenant pour deux ou trois raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re, c'est qu'on est en effet aux tous d&#233;buts de la Renaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc il fait partie des peintres, il n'est pas le seul, qui instaurent, qui devinent, qui explorent une nouvelle mani&#232;re de peindre par rapport &#224; la mani&#232;re dont on peignait jusqu'&#224; la fin du Moyen &#194;ge. Il y en a d'autres. Il y a Fra Angelico, il y a Giotto&#8230; Mais il est un de ceux qui introduisent une certaine forme de modernit&#233; dans la peinture. &#199;a le met dans un groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a deux choses, &#224; mon sens, par lesquelles il se distingue par rapport &#224; ce groupe-l&#224; : la premi&#232;re, c'est une question de style, de beaut&#233;, de la mani&#232;re dont ces personnages existent, fonctionnent, s'ins&#232;rent dans l'espace, ont une forme de gravit&#233;, de distance qui est relativement unique par rapport &#224; ce qui se fait &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me, c'est que Piero della Francesca est aussi un math&#233;maticien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est peintre, mais il a aussi &#233;crit deux livres de g&#233;om&#233;trie qui sont tr&#232;s en avance pour son &#233;poque, un livre de calcul, qui l'est moins. Des trait&#233;s de g&#233;om&#233;trie sur la perspective et sur les solides dits de Platon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc dans sa peinture, il est un de ceux qui introduisent le plus de structure, de conception g&#233;om&#233;trique de l'espace, de formes. &#199;a se voit relativement peu, ce n'est pas un truc &#233;vident, mais en cherchant un peu, en travaillant un peu, en regardant surtout celles des peintures ou des fresques dans lesquelles il a eu une libre disposition de l'espace, par opposition &#224; celles o&#249; il &#233;tait contraint dans un espace donn&#233;, on commence &#224; d&#233;couvrir des choses qui vont au-del&#224; des th&#233;ories d'Alberti sur la perspective, par lesquelles il arrive &#224; construire son espace de mani&#232;re extr&#234;mement rigoureuse. C'est aussi de ce point de vue-l&#224; qu'il est un peintre tout &#224; fait &#233;tonnant par rapport aux autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres peintres de l'&#233;poque n'ont pas, pour la plupart, cette conception scientifique des choses. L&#233;onard de Vinci l'aura un si&#232;cle apr&#232;s. Mais &#224; l'&#233;poque, il y a gu&#232;re qu'Uccello qui ait aussi une certaine dimension g&#233;om&#233;trique, math&#233;matique des choses. Donc de ce point de vue-l&#224;, Piero est quelqu'un de tout &#224; fait singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il exerce une forme de fascination par cette part de myst&#232;re qu'il r&#233;ussit &#224; instaurer avec une atmosph&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on trouve dans la plupart des autres peintres de l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
La quasi-totalit&#233; de ses tableaux sont des tableaux religieux. Il y a trois, quatre exceptions. Ces peintures sont des peintures religieuses. Sans qu'il y ait n&#233;cessairement une forte dimension th&#233;ologique derri&#232;re, avec parfois beaucoup de myst&#232;re dans la mani&#232;re dont il le repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la composition, je ne veux pas &#234;tre trop p&#233;dant, mais la figure de la Vierge, l'ensemble de la fresque, &#231;a se tient sur ce qu'on appelle un dod&#233;ca&#232;dre, c'est-&#224;-dire un solide de Platon qui a 12 faces polygonales. On retrouve &#231;a tout de suite en voyant comment il a compos&#233; &#231;a, cette forme qui est un peu un ballon de football, mais avec moins de faces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fresque est aussi &#233;tonnante de par sa localisation. Elle a &#233;t&#233; peinte vers 1460, on n'a pas la date exacte, dans une toute petite &#233;glise, sur une colline, dans la for&#234;t des confins de la Toscane et de l'Ombrie. &#192; l'&#233;poque, l'Ombrie fait partie des &#201;tats du pape.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Toscane est ind&#233;pendante. C'est le grand-duch&#233; de Toscane. Aux confins des deux, &#224; trois kilom&#232;tres de la fronti&#232;re, dans la for&#234;t, loin de tout, il y a une rivi&#232;re qui coule. &#192; l'&#233;poque, il n'y a rien &#224; cet endroit, juste ce tout petit village, Monterchi, o&#249; il n'y a pas vraiment de richesse, qui est le village d'o&#249; vient la famille de sa m&#232;re. Sa m&#232;re est n&#233;e l&#224;. Ensuite, elle a &#233;pous&#233; le p&#232;re de Piero &#224; Sansepolcro &#224; 15, 20 kilom&#232;tres de l&#224; et est all&#233;e y vivre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de grandes familles, il y a des nobles, mais il n'y a pas de gens qui ont une grande richesse, il n'y a pas de monast&#232;re. Donc il n'y a pas de raison qu'il y ait eu un commanditaire. On n'imagine pas qu'il puisse y en avoir un pour cette &#339;uvre-l&#224; &#224; cet endroit-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or Piero, toute sa vie, enfin presque toute sa vie, d&#232;s qu'il a &#233;t&#233; un peu connu, a peint pour des grands de ce monde. Il a peint pour le pape, il a peint pour le duc d'Urbino, il a peint pour des grands bourgeois d'Arezzo&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a presque toujours peint pour des commanditaires, quelquefois pour lui-m&#234;me aussi, mais globalement pour des commanditaires. Or, dans ce petit village-l&#224;, d'apr&#232;s ce qu'on sait de l'&#233;conomie de ce village &#224; l'&#233;poque, au XV&#7497; si&#232;cle, il n'y a personne qui aurait eu les moyens de s'offrir &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pourquoi avoir peint dans un petit village et m&#234;me pas dans l'&#233;glise principale du village, mais dans une chapelle perdue de la for&#234;t ? On n'a aucune id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut raconter ce qu'on veut, faire des conjectures l&#224;-dessus. Il y a plein d'hypoth&#232;ses. Une des hypoth&#232;ses, c'est qu'il y avait un projet de monast&#232;re franciscain si j'ai bonne m&#233;moire. On ne sait pas. On peut laisser l'imagination divaguer l&#224;-dessus, mais on ne sait absolument pas pourquoi &#231;a a &#233;t&#233; peint l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#224; la fin du XVIII&#7497;, les &#233;diles du village ont construit un cimeti&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de cette chapelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, c'est devenu la chapelle du cimeti&#232;re. Donc &#231;a a donn&#233; des contresens. Par exemple, vers 1950, quand Chagall va voir la fresque, il dira : &#171; Je comprends, c'est parce que sa m&#232;re est enterr&#233;e l&#224;. &#187; Il croit en cette hypoth&#232;se, mais ce n'est pas du tout &#231;a, parce que le cimeti&#232;re n'&#233;tait pas l&#224; avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'on sait, dans cette chapelle qui date du XII&#7497; &#224; peu pr&#232;s, c'est qu'avant que Piero ne peigne, il y avait une fresque dont il reste trois fragments, d'une Vierge allaitante qui est au m&#234;me mus&#233;e actuellement, le mus&#233;e de Monterchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait aussi une statue, une Vierge &#224; l'enfant. Cette statue-l&#224; &#233;tait v&#233;n&#233;r&#233;e d&#233;j&#224; par les femmes enceintes ou par les femmes voulant &#234;tre enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait d&#233;j&#224; qu'il y avait une forme de p&#232;lerinage dans cette chapelle pour les femmes qui voulaient avoir un enfant ou avaient peur de perdre leur enfant, voulaient que leur grossesse se passe bien. Est-ce que la m&#232;re de Piero, originaire de cet endroit-l&#224;, o&#249; vivaient encore ses fr&#232;res, est venue prier l&#224; quand elle &#233;tait enceinte de Piero ? C'est une hypoth&#232;se qu'on peut faire, mais on n'en sait strictement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on sait aussi, c'est qu'avant, au temps des &#201;trusques et des Romains, passait l&#224; une rivi&#232;re qui s'appelle la Momentana, qui &#233;tait li&#233;e &#224; un culte de la f&#233;condit&#233;. On sait que depuis toujours, cet endroit-l&#224; avait un rapport avec la f&#233;condit&#233; et on a quelques t&#233;moignages pas tr&#232;s anciens qui disent que beaucoup de femmes de la r&#233;gion venaient se baigner dans la rivi&#232;re pour &#234;tre f&#233;condes. On a deux ou trois t&#233;moignages l&#224;-dessus recueillis par des ethnologues. Il y a un lien &#233;ternel, en tout cas tr&#232;s ancien, avec ces rites pa&#239;ens qui deviennent des rites chr&#233;tiens autour de la f&#233;condit&#233;. Pourquoi l'endroit ? On ne sait pas. On a une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce th&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a aussi, c'est un grand myst&#232;re. Parce que le th&#232;me de la Vierge enceinte est un th&#232;me extr&#234;mement rare dans l'iconographie, en tout cas occidentale. Il est un peu plus fr&#233;quent dans l'orthodoxie, pas beaucoup, mais un peu plus. Et dans l'orthodoxie, il est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente. Il est repr&#233;sent&#233;, en fait, par ce qu'on appelle la Platytera. Il est repr&#233;sent&#233; avec la Vierge qui a un corps &#171; normal &#187;, mais sur son ventre se trouve une esp&#232;ce de m&#233;daillon, une esp&#232;ce de mandorle dans lequel est inscrit le corps de J&#233;sus. Mais en surimpression par-dessus. C'est quelque chose qui est comme coll&#233; sur son ventre. C'est un th&#232;me pas tr&#232;s fr&#233;quent, mais qu'on retrouve en Russie, en Gr&#232;ce, &#224; plusieurs endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En art occidental, c'est tr&#232;s rare. On en trouve quelques-uns. &#192; Florence, il y en a un ou deux, on en trouve aussi &#224; Venise, &#224; l'Acad&#233;mie. Il y en a quelques-unes comme &#231;a, mais elles sont relativement peu fr&#233;quentes. Donc ce n'&#233;tait pas du tout un th&#232;me important par rapport &#224; tous les th&#232;mes qu'il a pu y avoir de repr&#233;sentations de la Vierge, qui est la femme la plus repr&#233;sent&#233;e dans l'histoire de l'art, dans l'iconographie. De toutes sortes de mani&#232;res. Il y a des dizaines de repr&#233;sentations de la Vierge en majest&#233;, &#233;crasant le serpent, Reine du monde, mis&#233;ricordieuse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vierge enceinte, c'est un th&#232;me qui est d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, rare. Et en plus, dans l'art occidental, avant Piero, c'est repr&#233;sent&#233; de mani&#232;re extr&#234;mement d&#233;licate. C'est-&#224;-dire qu'elle n'est pas du tout enceinte comme l'est la Madonna del Parto. Elle n'a pas du tout un ventre qui est sur le point d'&#233;clater, de donner naissance. Elle est discr&#232;tement enceinte avec un petit ventre. On peut avoir quelques doutes de temps en temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que c'est un th&#232;me rare, ce n'est pas tout &#224; fait vrai, parce que dans l'&#233;pisode de la Visitation, quand Marie va voir &#201;lisabeth, sa cousine, beaucoup plus &#226;g&#233;e qu'elle et enceinte pour la premi&#232;re fois, de Jean-Baptiste, on la repr&#233;sente. Mais uniquement dans ce cas-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le seul cas o&#249; elle &#233;tait repr&#233;sent&#233;e enceinte dans le grand art. &#199;a, c'&#233;tait jusqu'&#224; l'&#233;poque de Piero della Francesca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, sur ce th&#232;me-l&#224;, un si&#232;cle apr&#232;s cette fresque, il y a le concile de Trente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concile de Trente, c'est le concile de la Contre-R&#233;forme. Les protestants, les r&#233;form&#233;s gagnent de plus en plus de pouvoir et donc l'&#201;glise catholique instaure un certain nombre de r&#232;gles, dans toutes sortes de domaines, pour lutter contre la R&#233;forme. Les derniers jours du concile, on est en 1563, si j'ai bonne m&#233;moire. Les derniers &#233;dits concernent l'iconographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un certain nombre de dispositions g&#233;n&#233;rales, disant qu'il faut repr&#233;senter la Vierge, les saints, le Christ de mani&#232;re digne et que &#231;a doit &#234;tre approuv&#233; par l'&#233;v&#234;que si &#231;a sort un peu des canons ordinaires, etc. Des trucs relativement g&#233;n&#233;raux, mais qui sont l&#224;. Ces &#233;dits tr&#232;s g&#233;n&#233;raux sont ensuite interpr&#233;t&#233;s par des th&#233;ologiens. Il y en a trois ou quatre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal est un th&#233;ologien qui &#233;tait &#224; Louvain, en Belgique, qui s'appelle Molanus, qui &#233;crit un tr&#232;s gros trait&#233; des saintes images. La traduction fran&#231;aise doit faire 600 pages, il est &#233;crit en latin. Il dit : &#171; Voil&#224; ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire. &#187; Et c'est int&#233;ressant parce qu'il n'interdit pas la Vierge enceinte. Il recommande de montrer toujours la Vierge avec dignit&#233;. Il recommande de ne pas dire qu'elle a souffert pendant son accouchement. Donc, il ne faut pas la repr&#233;senter en train de se reposer apr&#232;s l'accouchement parce qu'elle n'est pas fatigu&#233;e. L'accouchement s'est pass&#233; tout seul. On peut la montrer allaitant, mais il faut tr&#232;s peu montrer ses seins, etc. Mais il ne dit rien sur la Vierge enceinte. De nouveau des choses g&#233;n&#233;rales, il faut que &#231;a soit digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation des &#233;v&#234;ques. Et l&#224;, il y a un truc int&#233;ressant que j'essaie de soulever dans mon livre, c'est qu'il y a une premi&#232;re dialectique, une premi&#232;re lutte. D'un c&#244;t&#233;, il y a des &#233;v&#234;ques relativement conservateurs qui pr&#233;f&#233;reraient que cette image ne soit pas montr&#233;e. Donc, qui, dans certains cas, la d&#233;truisent. Et on a trouv&#233; un certain nombre de vestiges, de t&#233;moignages, de statues ou de peintures qui ont &#233;t&#233; d&#233;truites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, par ailleurs, il y a des femmes qui, elles, veulent cette image. Il y a des femmes qui veulent pouvoir prier devant une image de la Vierge enceinte, que &#231;a soit pour &#234;tre enceinte ou que &#231;a soit pour que leur accouchement se passe bien ou que &#231;a soit pour que leur b&#233;b&#233; soit en bonne sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a une dimension populaire qui se pr&#234;te &#224; &#231;a. Et &#231;a, c'est vrai dans toute la chr&#233;tient&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il n'y a pratiquement plus de peinture de la Vierge enceinte. J'en ai trouv&#233; une au Portugal. Mais, par des grands peintres, il n'y en a pratiquement plus. On va revenir au cas de cette fresque-l&#224;, mais dans toute la chr&#233;tient&#233;, &#224; partir de ce moment-l&#224;, il n'y a pratiquement plus de repr&#233;sentation de la Vierge enceinte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, ce qui d&#233;marre &#224; peu pr&#232;s &#224; ce moment-l&#224;, c'est un art populaire. Donc ce sont des petites statues, des petites statues mal faites, tr&#232;s simples, en pierre ou en bois, tr&#232;s grossi&#232;res. Et l&#224;, on en trouve pas mal. On n'en trouve pas en Italie, curieusement. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. On en trouve en Bavi&#232;re, on en trouve en Autriche, on en trouve en Espagne, on en trouve au Portugal, on en trouve m&#234;me jusqu'au Br&#233;sil. Et il y a un culte populaire autour de statues qu'on appelle de noms diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Br&#233;sil et au Portugal, on dit &lt;i&gt;Nossa Senhora do &#211;,&lt;/i&gt; le O des Litanies de l'Avent. En Espagne, il y a Notre-Dame de l'Expectation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a cet art populaire qui se d&#233;veloppe en r&#233;action &#224; un grand art qui, lui, a disparu et qu'on ne veut plus montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Piero della Francesca, j'ai trouv&#233; un tableau, mais pratiquement plus personne ne va repr&#233;senter la Vierge enceinte jusqu'au XX&#7497; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a toute cette dialectique de pouvoir entre une &#201;glise qui veut contr&#244;ler et le peuple, &#224; certains endroits, qui se rebelle contre ce contr&#244;le et qui exige de continuer &#224; avoir cette image de d&#233;votion pour pouvoir prier. On peut se poser la question : pourquoi l'&#201;glise veut-elle contr&#244;ler ? C'est un peu ce que dit la th&#233;ologienne Lucienne Cordier dans le texte qui est dans ce num&#233;ro de TK-21, c'est que l'&#201;glise, plus ou moins, nie la f&#233;minit&#233; de la Vierge. Elle fait de la Vierge une image, une sainte, une ic&#244;ne, mais son corps est relativement ni&#233;. On voit sa t&#234;te, on voit ses mains, parfois ses pieds , mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne montre pas son corps comme un corps de femme. On en fait une ic&#244;ne, mais on n'en fait pas une femme. On voit &#231;a dans les &#201;vangiles, bien avant, o&#249; elle parle tr&#232;s peu, o&#249; elle est peu cit&#233;e, contrairement au Coran d'ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est peu cit&#233;e, on en parle peu. Elle a tr&#232;s peu souvent le droit &#224; la parole. Je crois qu'elle prend la parole seulement quatre fois dans les &#201;vangiles. C'est une femme &#224; qui on enl&#232;ve sa qualit&#233; de femme pour en faire quelque chose d'&#233;th&#233;r&#233;, d'iconique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a joue beaucoup dans ce m&#233;canisme de la Contre-R&#233;forme. Autant au Moyen &#194;ge, sans parler des vierges enceintes, la Vierge est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une jeune femme rieuse, enjou&#233;e, agr&#233;able. Il y a m&#234;me des peintures de la Vierge qui sont assez sexu&#233;es. Il y a une Vierge allaitante de Fouquet, &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps que la fresque de Piero, 1450, si j'ai bonne m&#233;moire, qui est conserv&#233;e au mus&#233;e d'Anvers, o&#249; le mod&#232;le de la Vierge est Agn&#232;s Sorel, qui est la ma&#238;tresse du roi et qui a un corps parfait, qui a des seins parfaits, qui est absolument merveilleuse. Elle tend son sein, J&#233;sus est l&#224;. Ce sont des peintures extr&#234;mement sexu&#233;es. &#192; partir de 1500, 1560, tout &#231;a, c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui se joue &#224; ce moment-l&#224;, c'est qu'&#224; partir de la Renaissance jusqu'en 1900, une femme enceinte, c'est moche. &#199;a ne correspond pas aux crit&#232;res de beaut&#233; canon. &#199;a ne correspond pas &#224; l'&#233;quivalent f&#233;minin de l'homme de Vitruve, &#224; la beaut&#233; classique qu'on doit avoir. Donc, curieusement, entre 1500 et 1900, il n'y a pratiquement pas de peinture de femmes enceintes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y en a une qui est apocryphe, c'est la &#171; Donna gravida &#187; de Rapha&#235;l. Mais il n'est pas du tout s&#251;r qu'elle soit enceinte et le titre a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; la toile un si&#232;cle apr&#232;s, 50 ans apr&#232;s. On n'est pas du tout s&#251;rs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais globalement, il n'y en a pas. On trouve quelques petits tableaux ici ou l&#224;, mais pratiquement, il n'y a rien jusqu'en 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 1900, &#231;a repart avec Klimt, avec Picasso, avec Degas, avec Chagall, avec Paula Modersohn-Becker, qui se peint nue et enceinte alors qu'elle n'est pas enceinte. Elle le sera apr&#232;s, elle en mourra d'ailleurs, mais elle ne l'est pas. Autour de 1900, &#231;a red&#233;marre. On recommence &#224; regarder le corps de la femme enceinte comme quelque chose de beau et qu'on a envie de repr&#233;senter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant, rien. &#199;a a disparu. Le th&#232;me a compl&#232;tement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une des &#233;tranget&#233;s qui m'a attir&#233; vers cette fresque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Piero peigne &#231;a &#224; ce moment-l&#224;, qu'il peigne une femme aussi &#233;videmment enceinte. Et ensuite, le fait qu'apr&#232;s qu'il l'ait peinte, c'est un th&#232;me qui dispara&#238;t de l'art, du grand art en tout cas, mais qui reste au niveau populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fresque qu'on a aujourd'hui, c'est ce qui reste, c'est ce qui subsiste. On sait qu'avant, elle &#233;tait plus grande, elle &#233;tait plus large. On sait qu'il y avait un fond derri&#232;re la tente, qu'elle se d&#233;veloppait des deux c&#244;t&#233;s et qu'en plus, il y avait deux petites fresques de c&#244;t&#233;, sainte Lucie et la Passion, si j'ai bonne m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait qu'elle &#233;tait plus grande. Il y avait un d&#244;me au-dessus de la tente, au-dessus du chapiteau. On a quelques vestiges ici ou l&#224;. On ne sait pas vraiment comment c'&#233;tait. On a quelques vestiges. On sait qu'il y avait une bande de pierres blanches &#224; l'horizontale derri&#232;re. Donc, il y avait un peu plus de profondeur. En m&#234;me temps, en effet, c'est une fresque qui n'a pas beaucoup de volume par rapport &#224; d'autres &#339;uvres de Piero o&#249; il y a des volumes extraordinaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense &#224; sa Vierge avec les saints qui est &#224; la Pinacoth&#232;que de Brera &#224; Milan, o&#249; il y a des effets de volume extraordinaires avec l'&#339;uf d'autruche qui est au-dessus de la Vierge. On ne sait pas tr&#232;s bien s'il est devant, derri&#232;re, etc. Il est tr&#232;s fort pour faire &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais de la science de Piero sur la perspective. Ici, il n'y a pas de perspective. Ici, tout est plat, tout est mis directement l&#224;. Peut-&#234;tre &#224; cause de l'espace, c'est quand m&#234;me une petite chapelle. Il n'y avait pas beaucoup d'espace pour poser quelque chose. Je ne sais pas. C'est une composition tr&#232;s structur&#233;e avec les deux anges qui sont quasiment identiques. Il y a de toutes petites diff&#233;rences. Ils sont faits visiblement &#224; partir des m&#234;mes cartons. Apr&#232;s, ils bougent un tout petit peu. Il y en a un qui est un peu plus en avant, un peu plus en retrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux anges sont quasiment sym&#233;triques. Cette grande tente qui l'abrite, qui est aussi comme une sph&#232;re. En fait, ce sont des abris dans des abris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as le monde, tu as la chapelle. Dans la chapelle, tu as cette tente-l&#224;. Dans la tente, tu as le corps de la Vierge. Dans le corps de la Vierge, tu as le Christ. Ce sont des sph&#232;res qui se resserrent les unes sur les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette tente-l&#224; est extr&#234;mement construite avec ses panneaux de vair. Le vair, c'est la fourrure de l'&#233;cureuil. Ces panneaux de fourrure organis&#233;s, agenc&#233;s pour cr&#233;er une structure derri&#232;re. Mais c'est en effet quelque chose qui a tr&#232;s peu de profondeur. La Vierge para&#238;t un tout petit peu en avant par rapport aux anges, mais on n'est m&#234;me pas s&#251;rs. Par rapport &#224; tout ce qu'il a pu faire par ailleurs sur la perspective, la peinture de Brera, la Flagellation du Christ, l&#224;, il y a tr&#232;s peu d'effets de perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Chaque jour, c'est une giornata. Donc au total, &#231;a a &#233;t&#233; fait en cinq jours. Tout n'est pas en fresque. Il y a quelques &#233;l&#233;ments qui sont &#224; sec, qui sont moins bien conserv&#233;s. On sait par exemple que la Vierge avait un voile derri&#232;re la t&#234;te et celui-ci a quasiment disparu. Donc tout n'est pas en fresque. Curieusement, il y a du fresco, du semi-fresco et du secco, il y a un peu des trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, cette fresque est oubli&#233;e. Elle est oubli&#233;e pendant 400 ans, 450 ans. Elle est peinte vers 1460 &#224; peu pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; la n&#233;gliger vers 1580. Dans cette chapelle, il y avait deux autels. Il y avait un autel sous la fresque de Piero et un autel lat&#233;ral sous la statue miraculeuse de la Vierge. Chacun des autels &#233;tait consacr&#233;. Vers 1580, l'&#233;v&#234;que enl&#232;ve la pierre sacr&#233;e de l'autel devant la fresque de Piero. Donc, on ne dit plus la messe sur cet autel-l&#224;. Ce n'est plus un autel au sens religieux du terme, juste une table de pierre sous la fresque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, c'est quasiment oubli&#233;. On a tous les rapports d'inspection des &#233;v&#234;ques qui viennent de temps en temps. Au bout d'un moment, on ne dit m&#234;me plus que c'est fait par Piero della Francesca. &#199;a dispara&#238;t. Seules les femmes du coin savent encore que c'est l&#224;, mais &#231;a dispara&#238;t de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est red&#233;couvert &#224; la fin du 19e. Piero commence &#224; &#234;tre un peu connu. Piero aussi a un peu disparu pendant ce temps-l&#224;. Piero est un peintre qui a connu une longue &#233;clipse de sa mort, pas de sa mort, 50 ans apr&#232;s sa mort, quand Vasari &#233;crit sur lui, jusqu'en 1870, 1880, quand on recommence &#224; &#233;crire un peu sur lui. Des Italiens, des Allemands, principalement, des Anglais un petit peu, red&#233;couvrent l'importance qu'il a eue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1890, il y a un &#233;rudit local qui va dans cette chapelle par hasard, pour autre chose, puis d&#233;couvre que c'est un Piero della Francesca. Et il l'&#233;crit dans le journal. Il faut du temps pour que &#231;a se mette en branle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq ans ou 10 ans apr&#232;s, le mus&#233;e des Beaux-Arts vient et dit : &#171; Oui, en effet, c'est un Piero. Il n'est pas tr&#232;s bien fait, mais c'est un Piero della Francesca. &#187; Mais il est en mauvais &#233;tat. Il y a l'humidit&#233;, pour toutes sortes de raisons. La chapelle a &#233;t&#233; reconstruite, d&#233;velopp&#233;e, arrang&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, il y a un restaurateur qui vient, qui met la fresque dans un cadre, donc on peut la transporter plus facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un jour, on va dire, o&#249; &#231;a passe d'objet de culte &#224; objet d'art, c'est ce jour-l&#224;. Le jour o&#249; Fiscali, le restaurateur, vient et l'enl&#232;ve du mur, d&#233;couvre les fragments de l'ancienne fresque qui est en dessous, et met la fresque de Piero dans un cadre qui fait deux m&#232;tres sur deux m&#232;tres, &#224; peu pr&#232;s. Un peu plus parce qu'il prend un peu du fond. C'&#233;tait ce jour-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1917 il y a un tremblement de terre. Il y a des dizaines de morts &#224; Monterchi. L'&#233;glise est &#224; moiti&#233; d&#233;truite. La fresque ne l'est pas. Le surintendant des Beaux-Arts dit qu'il faut la mettre en s&#233;curit&#233;. Elle n'est pas ab&#238;m&#233;e, la fresque. Fiscali l'a restaur&#233;e sur place. Il faut la mettre en s&#233;curit&#233;, il faut l'emmener &#224; Sansepolcro, qui est la grande ville du coin, qui est la ville o&#249; Piero a v&#233;cu et qui est &#224; 15 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On la met sur un char &#224; b&#339;ufs et on veut l'emmener l&#224;-bas. Les femmes du village bloquent la charrette et disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; Donc, on la met dans la maison de quelqu'un, elle y reste deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, au bout de deux ans, elle va &#224; Sansepolcro parce que c'est la fin de la guerre, etc. La chapelle n'est pas encore reconstruite. Finalement, elle donc &#224; Sansepolcro. Elle y reste deux ans, puis elle revient. On refait une chapelle &#224; ce moment-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui se passe apr&#232;s, ce sont des histoires d'architecture, la chapelle qui n'est pas bien faite, qui doit &#234;tre consolid&#233;e, modifi&#233;e, la fresque qu'il faut restaurer. Mais un si&#232;cle apr&#232;s, enfin pas tout &#224; fait un si&#232;cle apr&#232;s, mais en 1990, la chapelle est vraiment en tr&#232;s mauvais &#233;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me moment cl&#233; du passage du culte &#224; la culture, beaucoup de discussions, on d&#233;cide de la mettre dans un mus&#233;e. Temporairement. Le temporaire dure toujours 30 ans apr&#232;s. Donc on l'enl&#232;ve, on la transporte et on la met dans une ancienne &#233;cole d&#233;saffect&#233;e qui a un style tr&#232;s brutaliste, tr&#232;s mussolinien, o&#249; il n'y a rien d'autre, c'est la seule &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a rien dans ce mus&#233;e &#224; part cette seule &#339;uvre d'art, on la met l&#224;. Elle est dans un caisson hydrofuge avec un verre blind&#233; anti-vandalisme, anti-agression devant, des lumi&#232;res LED, etc. C'est un objet d'art. C'est devenu un objet d'art mus&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre chose qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233; pour ce livre, c'est comment on est pass&#233; d'un objet de culte qui &#233;tait uniquement un objet de pri&#232;re, qui n'avait aucune valeur artistique, en tout cas dont la valeur artistique &#233;tait inconnue. Comment on est pass&#233; de &#231;a, &#224; un objet qui est seulement un objet de culture, qui est maintenant dans un mus&#233;e o&#249; on paye pour entrer et qui a quasiment perdu sa valeur cultuelle. Je dis quasiment parce que c'est assez amusant, l'entr&#233;e du mus&#233;e est gratuite pour les femmes enceintes qui peuvent venir prier devant. J'y suis all&#233; trois fois et je ne n'en ai jamais vues, mais il y en a. Des gens disent : &#171; On en voit de temps en temps qui viennent. &#187; Il y a une petite bo&#238;te &#224; pri&#232;res, on met un petit mot dedans, &#224; c&#244;t&#233; de la fresque. Donc &#231;a garde un tout petit peu de son pouvoir magique, culturel, religieux, donc magique. Comment &#231;a a boug&#233; l&#224;-dessus ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ? Pourquoi ? Vers 1780, &#231;a devient la propri&#233;t&#233; de la ville. Avant, &#231;a appartenait &#224; l'&#233;glise. Et quand la ville veut construire un cimeti&#232;re, ils demandent l'autorisation &#224; l'&#233;v&#234;que de d&#233;truire la moiti&#233; de l'&#233;glise, de la d&#233;sacraliser. On ne parle pas de la fresque d'ailleurs, on n'en parle pas dans le contrat. &#192; ce moment-l&#224;, &#231;a devient propri&#233;t&#233; de la ville, donc &#231;a appartient &#224; la ville. Avec quelques chicaneries, mais &#231;a appartient &#224; la ville de Monterchi depuis.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un objet culturel. Un objet culturel, c'est un objet qui se montre, qui se visite et qui se montre. Il se visite, oui, il y a des gens qui viennent. Il y en a 20 000, 30 000 par an. La plupart viennent voir la Vierge enceinte. Monterchi est connu &#224; cause de &#231;a, les gens viennent l&#224; pour &#231;a, etc. C'est un objet qui se montre, surtout &#224; partir du moment o&#249; c'est devenu un objet culturel, &#224; partir du moment aussi o&#249; la renomm&#233;e de Piero est devenue beaucoup plus forte. &#199;a commence un peu avant la Seconde Guerre mondiale, mais surtout apr&#232;s. Il devient beaucoup plus connu, il y a beaucoup plus de livres sur lui, beaucoup plus de recherches, beaucoup plus de colloques, plein de choses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, cette &#339;uvre d'art, on veut la montrer ailleurs. Il y a toutes sortes de demandes qui sont faites pour la montrer &#224; Florence, &#224; Rome, au Louvre, au Metropolitan de New York. Demandes qui sont faites parfois avec une contrepartie financi&#232;re importante. Le Metropolitan offre de l'argent pour &#224; la fois restaurer la fresque et reconstruire l'&#233;glise. Puisque c'est un objet culturel, comme la plupart des objets culturels, il devrait pouvoir voyager. Certes, il peut y avoir des probl&#232;mes techniques. Il faut faire attention &#224; comment on fait, etc. Mais on pourrait la faire voyager. Il n'y a rien qui, a priori, techniquement, devrait s'y opposer. C'est une fresque, c'est relativement solide. L'histoire la plus int&#233;ressante se passe pendant la guerre. Il y a ce qu'on appelle la R&#233;publique de Salo, Mussolini s'est r&#233;fugi&#233; au nord. Et la R&#233;publique de Salo d&#233;cide de mettre cette &#339;uvre d'art &#224; l'abri. Il y a deux &#233;minents professeurs de Florence, un professeur et un conservateur, je crois, de Florence qui viennent &#224; Monterchi pour emmener la fresque, la mettre &#224; l'abri. Et il y a une &#233;meute. La gardienne de l'&#233;glise, sonne le tocsin, appelle tout le monde. Les femmes et les hommes arrivent et attaquent les deux &#233;minents professeurs qui repartent sous la protection des carabiniers, bredouilles. Quelques ann&#233;es apr&#232;s la guerre, en 1954 un de ceux-l&#224; et un autre reviennent &#224; Monterchi simplement pour voir la fresque, dans quel &#233;tat elle est, comment elle est. Et les femmes du village de nouveau croient qu'ils veulent la prendre et de nouveau les attaquent et leur chantent une chanson qui &#233;tait compos&#233;e &#224; l'&#233;poque sur la fresque et la d&#233;fense. Ce qui est int&#233;ressant dans cette p&#233;riode-l&#224;, c'est que la fresque n'est jamais pr&#234;t&#233;e. &#192; chaque fois, il y a un refus de la pr&#234;ter, refus du conseil municipal, mais surtout refus du peuple, refus des gens et des femmes du village qui disent : &#171; Si une de nous est enceinte, si une de nous a des probl&#232;mes de grossesse pendant qu'elle n'est pas l&#224;, si une de nous a un accouchement difficile pendant qu'elle n'est pas l&#224;, comment on va faire ? Elle va mourir !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut qu'elle reste ici. La fresque est l&#224;. Si vous voulez la voir, il faut venir &#224; Monterchi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; toutes ces demandes du march&#233; de l'art, ou plut&#244;t des structures de l'art. Des gens extr&#234;mement respectables qui sont intervenus pour qu'on la pr&#234;te. Il y a toujours un refus de ce petit village disant : &#171; Non, on ne la pr&#234;tera pas, elle reste ici, elle ne bougera pas. &#187; C'est l'autre chose qui m'a int&#233;ress&#233;. Certes, c'est un objet culturel, mais c'est un objet culturel avec une dimension, un ancrage dans le territoire d&#251; &#224; ces si&#232;cles pass&#233;s de d&#233;votion, mais avec un ancrage dans le territoire tel qu'il y a un refus absolu de la pr&#234;ter. Je n'ai pas fait des recherches tr&#232;s approfondies, mais ce n'est pas si fr&#233;quent que &#231;a, que ce refus de d&#233;placer une &#339;uvre d'art vienne du peuple. Il y a tr&#232;s souvent des refus pour des raisons techniques, &#233;videmment. Il y a parfois des refus pour des raisons nationalistes, &#231;a ne quittera pas le pays, on ne veut pas que &#231;a parte, on pr&#233;empte, etc. Mais alors c'est l'institution qui d&#233;cide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ce sont les gens du peuple qui s'expriment par le conseil municipal et qui disent : &#171; Non, elle ne partira pas. &#187; &#199;a, &#231;a m'a paru l'autre aspect tr&#232;s int&#233;ressant. Apr&#232;s la r&#233;volte des femmes contre la contre-r&#233;forme, contre les cons&#233;quences de la contre-r&#233;forme, on veut continuer &#224; prier la Vierge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;volte aujourd'hui disant : &#171; D'accord, ce n'est plus vraiment un objet de culte, mais &#231;a l'est quand m&#234;me encore un petit peu. Et de toute fa&#231;on, &#231;a ne partira pas d'ici. &#187; C'est l'autre chose qui me semble tr&#232;s int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en est aujourd'hui &#224; un point d'interrogation parce qu'on ne sait pas o&#249; la fresque va aller. Pour le moment, elle est dans cette &#233;cole. &#199;a fait 30 ans qu'elle est l&#224;, mais c'est du provisoire, para&#238;t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'une part l'&#201;tat, le Conseil d'&#201;tat italien qui voudrait qu'elle revienne &#224; son emplacement initial. Qu'on reconstruise la chapelle, mais c'est compliqu&#233; parce que d'une part, il faudrait reconstruire une chapelle d&#233;cente qui puisse accueillir suffisamment de visiteurs pour la voir. Et d'autre part, il y a le cimeti&#232;re juste derri&#232;re et il y a un lotissement, pas un centre commercial, un centre de sports, un centre d'animation qui est de l'autre c&#244;t&#233; de la route. Ce n'est plus du tout l'environnement bucolique dans lequel Piero l'avait peinte. Il y a une proposition de la transporter de l'autre c&#244;t&#233; de la route dans un couvent qui est en ruine. &#199;a co&#251;te tr&#232;s cher, &#231;a co&#251;terait de l'argent, etc. Donc je ne sais pas ce qui va se passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait 10 ou 15 ans qu'on en parle avec les diff&#233;rents pouvoirs politiques, l'&#201;glise, la ville, la Superintendance des beaux-arts de la Toscane, le Minist&#232;re des beaux-arts et de la culture, le Conseil d'&#201;tat maintenant. Donc il y a toutes sortes de discussions autour de &#231;a. Est-ce qu'il faut lui redonner un environnement un peu moins mus&#233;al et un peu plus religieux ? C'est-&#224;-dire, soit la mettre dans l'&#233;glise originale, soit la mettre dans le monast&#232;re abandonn&#233; des B&#233;n&#233;dictines qui est en face. Est-ce qu'il faut au contraire la garder dans des conditions techniques parfaites l&#224; o&#249; elle est maintenant et rester l&#224; ? Donc ces discussions sont assez anim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter mon livre &#224; Monterchi le 17 avril et je pense que je vais les laisser discuter entre eux parce que je ne suis pas comp&#233;tent pour dire o&#249; elle doit aller. Mais je sais qu'il y a un certain nombre de tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un exemple fran&#231;ais d'un refus par le peuple du d&#233;placement d'une &#339;uvre d'art qui est int&#233;ressant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit village dont le nom est connu de tout le monde, qui s'appelle Cucugnan. Alors, ce n'est pas le Cucugnan de Daudet, c'est un Cucugnan qui est pr&#232;s de Carcassonne. Je ne vais peut-&#234;tre pas trop me tromper dans les dates, mais je dirais juste avant la guerre, la Seconde Guerre mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un nouveau cur&#233; qui arrive &#224; Cucugnan. Et dans l'&#233;glise, il y a une statue d'une Vierge enceinte. Et le nouveau cur&#233; est moderne, il trouve &#231;a &#233;pouvantable, indigne, obsc&#232;ne. Donc, sans vraiment rien dire &#225; personne, il l'envoie aux Beaux-Arts &#224; Carcassonne. Donc la statue est &#224; Carcassonne. Et la gr&#234;le s'abat plusieurs ann&#233;es de suite sur les cultures de Cucugnan. Cucugnan est d&#233;vast&#233; par la gr&#234;le pendant plusieurs ann&#233;es. Et donc les habitants de Cucugnan font une p&#233;tition pour que la Vierge revienne. C'est la guerre, &#231;a se passe apr&#232;s la guerre. Et la Vierge revient &#224; Cucugnan. &#199;a, c'est vrai, c'est une histoire vraie, c'est r&#233;cent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas v&#233;rifi&#233; quelle &#233;tait l'intensit&#233; de la gr&#234;le mais voil&#224; l'histoire. Je ne suis pas all&#233; &#224; Cucugnan, mais c'est racont&#233; l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une petite miniature de la Vierge de Cucugnan. Mon int&#233;r&#234;t pour &#231;a fait que j'ai beaucoup de petites statuettes miniatures qui viennent du monde entier de Vierge enceinte dont celle de Cucugnan. C'est un artiste qui l'a reproduite. Il faudrait que j'aille l&#224;-bas un jour, il y a une petite exposition permanente l&#224;-bas qui parle des Vierges enceintes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc c'est un des rares exemples que j'ai o&#249; pour des raisons, on va dire, &#233;conomiques, mais aussi un peu magiques, il y a eu une opposition du peuple &#224; ce que cette statue parte. Je ne sais pas s'il y en a beaucoup des comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos mus&#233;es sont pleins d'images de religion. Il y en a partout. Tu vas au Louvre, tu vas au British Museum, tu vas au mus&#233;e du Vatican, tu vas o&#249; tu veux, il y en a plein, il y en a partout. Et ces objets ont &#233;t&#233; enlev&#233;s, retir&#233;s de lieux de culte pour devenir des objets de mus&#233;e. Donc c'est tr&#232;s fr&#233;quent, &#231;a. C'est extr&#234;mement fr&#233;quent de faire &#231;a. Et combien de fois toi, comme moi, comme des tas de gens, nous entrons dans des &#233;glises, non pas pour prier, mais pour voir une &#339;uvre d'art. On fait &#231;a tout le temps. Donc ce transfert du cultuel au culturel est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les &#233;glises, on cohabite avec des gens qui, eux, prient. Donc on partage et on respecte et on est &#224; c&#244;t&#233; d'eux par rapport &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on admire, si on n'est pas croyant, ce qui est mon cas. Si on admire une &#339;uvre d'art, eux sont l&#224; pour prier cette m&#234;me &#339;uvre d'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, c'est tr&#232;s fr&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Monterchi, il y a un d&#233;placement d'un lieu &#224; un autre. C'est aussi quelque chose de relativement fr&#233;quent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est plus rare, c'est finalement ce qui subsiste &#224; Monterchi : &#171; gratuit pour les femmes enceintes &#187;. C'est-&#224;-dire, certes, c'est un objet culturel, mais on accepte de garder un tout petit peu cette dimension religieuse, d&#233;votionnelle, magique. On accepte de la garder un tout petit peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas l'annuler compl&#232;tement parce que les femmes du coin ne le veulent pas. Et &#231;a, c'est par contre tr&#232;s rare, de prier dans un mus&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au mus&#233;e du Vatican il n'y a pas tr&#232;s longtemps, je n'ai vu personne prier dans le mus&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Saint-Pierre, oui, mais dans le mus&#233;e lui-m&#234;me, Sixtine ou ailleurs, moi, je n'ai vu personne en train de prier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne. Et je crois que c'est vrai partout. On ne prie plus dans les mus&#233;es. Monterchi est peut-&#234;tre le seul endroit au monde o&#249; il y a un mus&#233;e o&#249; on prie. Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, ce qui m'a int&#233;ress&#233; dans cette histoire, au-del&#224; de Piero qui m'int&#233;resse, mon int&#233;r&#234;t pour l'art de mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale, c'est que c'est une histoire de r&#233;sistance. C'est une histoire de libert&#233;. C'est une histoire de refus de r&#232;gles impos&#233;es par le haut. Et c'est une histoire du f&#233;minisme, d'une certaine mani&#232;re. Ce refus s'exprime principalement par des femmes qui se rebellent contre le pouvoir, qu'on va appeler patriarcal si tu veux, mais contre un pouvoir qui veut leur imposer quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvoir religieux, pouvoir culturel. Et donc c'est une dimension de r&#233;sistance qui moi m'a int&#233;ress&#233;. Je ne suis pas sp&#233;cialiste de &#231;a, de r&#233;sistance f&#233;ministe, mais &#231;a me para&#238;t s'inscrire dans une lign&#233;e o&#249; tu peux retrouver plein d'autres cas de femmes qui r&#233;sistent &#224; une oppression. Et c'est &#231;a qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion rapide que je voudrais faire. Piero della Francesca n'a pas grand-chose &#224; voir avec d'autres domaines dans lesquels je travaille. Je me suis pos&#233; la question de savoir, au-del&#224; de mon int&#233;r&#234;t pour cette fresque, cette &#171; History of Resistance &#187;, quel lien je fais entre &#231;a ? Quel lien je fais entre d'autres choses que j'ai faites et &#231;a ? Je me dis que finalement, ce qui m'int&#233;resse, ce sont des choses qui sont &#224; la marge. J'ai travaill&#233; sur Miroslav Tich&#253;, un photographe qui &#233;tait compl&#232;tement &#224; la marge de la soci&#233;t&#233;. J'ai travaill&#233; sur les photographes exp&#233;rimentaux, qui sont des photographes qui ne font pas ce que font les autres photographes, qui font des choses diff&#233;rentes, qui sont un petit peu en retrait de &#231;a. Je travaille sur le philosophe Vil&#233;m Flusser, qui est aussi quelqu'un qui, d'une part, a &#233;t&#233; &#224; la marge de la philosophie de la fin du XX&#7497; si&#232;cle et qui, d'autre part, n'a jamais &#233;t&#233; vraiment reconnu, en particulier en France, parce qu'il &#233;tait &#224; la marge des cercles de pouvoir, des cercles universitaires, des cercles de la question. Je travaille sur Hercule Florence. Hercule Florence, c'est un Mon&#233;gasque qui est parti au d&#233;but du XIX&#7497; si&#232;cle au Br&#233;sil. En 1820, il est parti au Br&#233;sil, il y a eu une vie diverse et vari&#233;e et vers 1833, 1834, dans une petite ville perdue au fin fond du Br&#233;sil, il invente la photographie. Lui aussi, tout seul, dans son coin, sans rien savoir, sans avoir fait aucune &#233;tude en la mati&#232;re, avec le pharmacien du coin qui lui vend des produits. Le type, en m&#234;me temps que Ni&#233;pce, tout seul, il invente, il fait des photographies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dispara&#238;t de l'histoire. C'est un marginal total. Il est br&#233;silien, c'est un m&#233;t&#232;que, on n'en parle pas, etc. &lt;a href='https://www.tk-21.com/Un-meteque-nomme-Hercule-Florence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J'ai publi&#233; un article dans TK-21 sur lui.&lt;/a&gt; Chose encore plus merveilleuse, il invente le mot &#171; photographie &#187;. Tous ces gens qui sont quelque peu en marge, de c&#244;t&#233;, ces gens ou ces &#339;uvres qui sont un peu de c&#244;t&#233; par rapport &#224; une histoire mainstream de l'art, voil&#224; des choses qui m'int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Je conclurai l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2-800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH769/2-800-6979b.jpg?1775826344' width='500' height='769' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_27077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/la_micro-aventure_de_la_vierge_enceinte.jpg' width=&#034;195&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;&lt;strong&gt;La Micro-Aventure de la Vierge enceinte. Un Piero della Francesca ind&#233;pla&#231;able,&lt;/strong&gt; Marc Lenot, aux &#233;ditions Cinabre, avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cinabre-editions.com/la-micro-aventure-de-la-vierge-enceinte-un-piero-della-francesca-indeplacable&lt;/a&gt; &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De Flusser &#224; Marie Curie</title>
		<link>https://www.tk-21.com/De-Flusser-a-Marie-Curie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/De-Flusser-a-Marie-Curie</guid>
		<dc:date>2025-03-31T08:11:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot et Marin Schaffner</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Vil&#233;m Flusser</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Nous sommes les enfants de Marie Curie &#187; est un recueil de textes de Vil&#233;m Flusser autour de l'&#233;cologie, &#233;dit&#233; par Marin Schaffner et publi&#233; aux &#233;ditions Wildproject.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Appareil" rel="directory"&gt;Appareil&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Vilem-Flusser" rel="tag"&gt;Vil&#233;m Flusser&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH126/arton2649-6554e.jpg?1772187179' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous sommes les enfants de Marie Curie&lt;/i&gt; est un recueil de textes de Vil&#233;m Flusser autour de l'&#233;cologie, &#233;dit&#233; par Marin Schaffner et publi&#233; aux &#233;ditions Wildproject.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le titre de l'ouvrage &#171; Les Enfants de Marie Curie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est inspir&#233; par une chronique que Flusser tint dans la revue am&#233;ricaine Artforum &#224; partir de 1986, &#171; Curie's Children &#187;, une expression forg&#233;e par le &lt;i&gt;Managing Director&lt;/i&gt; de la revue, Charles Miller (Flusser avait sugg&#233;r&#233; &#171; Light Metaphors &#187;, un titre moins percutant). Ces essais en anglais ont &#233;t&#233; repris int&#233;gralement dans le recueil &lt;i&gt;Artforum Essays,&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Martha Schwendener chez Metaflux en 2017. Des vingt chroniques publi&#233;es dans &lt;i&gt;Artforum&lt;/i&gt; (dont deux posthumes), huit ont &#233;t&#233; traduites ici ; de plus, sept des huit chroniques propos&#233;es par Flusser mais non publi&#233;es par &lt;i&gt;Artforum&lt;/i&gt; sont &#233;galement traduites ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, ce recueil comprend 29 textes : 17 traduits de l'anglais (dont quinze de &lt;i&gt;Artforum&lt;/i&gt;), trois du portugais, deux de l'allemand et sept &#233;crits par Flusser directement en fran&#231;ais. Dix de ces textes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;s en fran&#231;ais (sur le site &lt;a href=&#034;https://flusserfrance.eur-artec.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Flusser France&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans &lt;a href=&#034;https://www.flusserstudies.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Flusser Studies&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans la [&lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/?s=Flusser&amp;id=15114&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Multitudes&lt;/a&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les autres 19 traductions sont in&#233;dites en fran&#231;ais (mais la plupart des textes avaient &#233;t&#233; publi&#233;s en langue originale). Il comprend une quinzaine d'illustrations, dont des vues des sulfanogrades de Louis Bec, et des planches de Herbarium de Joan Fontcuberta.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/herbarium_de_joan_fontcuberta.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/herbarium_de_joan_fontcuberta-f11d5.jpg?1742381747' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Herbarium de Joan Fontcuberta
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;extrait
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil a pour but de faire d&#233;couvrir l'originalit&#233; de la pens&#233;e fluss&#233;rienne sur l'&#233;cologie : Flusser, proposant de penser ensemble les enjeux num&#233;riques et environnementaux, questionne ce que peut &#234;tre l'action &#233;cologique dans notre monde technologis&#233;. Comme l'&#233;crit Marin Schaffner dans sa &#171; Note de traduction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Marin Schaffner, &#171; Note de traduction &#187;, pages 19-22), &#233;ditions Wildproject&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;&#171; il nous emm&#232;ne en exp&#233;dition dans les strates enchev&#234;tr&#233;es d'un monde de plus en plus complexe. &#187;&lt;/i&gt; Les textes sont organis&#233;s selon plusieurs grandes lignes : le th&#232;me des repr&#233;sentations, celui du temps, celui de la nature, celui de la science, le num&#233;rique et, pour finir, l'art ; plus une courte partie finale sur la question de la miniaturisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face d'Yves Citton, &#171; Le tournant fluss&#233;rien des &#233;cologies &#187; montre que Flusser a &lt;i&gt;&#171; plusieurs longueurs d'avance sur ce que nous croyons comprendre de nos rapports &#224; nos environnements &#187;&lt;/i&gt;, et analyse trois d&#233;placements fluss&#233;riens majeurs, &lt;i&gt;&#171; dont nos pens&#233;es de l'&#233;cologie, malgr&#233; leur grande diversit&#233;, ne semblent pas encore avoir pris la mesure &#187;&lt;/i&gt; : le passage d'un mod&#232;le lin&#233;aire &#224; un mod&#232;le circulaire ; le d&#233;veloppement d'une &#233;cologie multinaturaliste, combinant nature et culture, singulier et pluriel ; et l'av&#232;nement d'une &#233;cologie de l'automation permettant la n&#233;gociation entre programmation et travail, entre valeurs et ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois citations de Flusser mises en avant dans la pr&#233;sentation du livre :&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; L'opposition entre science et fiction n'est plus envisageable. Il est de plus en plus clair que la pens&#233;e et la praxis scientifiques ne se font pas sans fiction (pas de pens&#233;e sans hypoth&#232;ses, pas de pratique exp&#233;rimentale sans simulations). &#187;&lt;/i&gt;&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lorsque nous demandons pourquoi les chiens ne peuvent pas &#234;tre bleus &#224; pois rouges, nous nous interrogeons en r&#233;alit&#233; sur le r&#244;le de l'art dans l'avenir imm&#233;diat, qui est menac&#233; non seulement par des explosions nucl&#233;aires et d&#233;mographiques, mais aussi par l'explosion de l'ennui. &#187;&#8232;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas parce qu'il y a tant de voitures, de r&#233;fugi&#233;s et de travailleurs immigr&#233;s, et ce n'est pas parce que nous bondissons en tous sens comme des puces sur la surface de la Terre, que nous commen&#231;ons &#224; mettre sur pied des r&#233;flexions nomadiques, mais parce que quelque chose, qui est situ&#233; dans une strate plus profonde, refait surface. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/flusser_couverture_-_mcurie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH772/flusser_couverture_-_mcurie-5c520.jpg?1772189438' width='500' height='772' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://flusserfrance.eur-artec.com/2024-nous-sommes-les-enfants-de-marie-curie/" class="spip_out"&gt;https://flusserfrance.eur-artec.com...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://wildproject.org/livres/nous-sommes-les-enfants-de-marie-curie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wildproject.org/livres/nous-sommes-les-enfants-de-marie-curie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://flusserfrance.eur-artec.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://flusserfrance.eur-artec.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.flusserstudies.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.flusserstudies.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.multitudes.net/?s=Flusser&amp;id=15114&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.multitudes.net/?s=Flusser&amp;id=15114&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Marin Schaffner, &#171; Note de traduction &#187;, pages 19-22), &#233;ditions Wildproject&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://flusserfrance.eur-artec.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://flusserfrance.eur-artec.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un m&#233;t&#232;que nomm&#233; Hercule Florence</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Un-meteque-nomme-Hercule-Florence</link>
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		<dc:date>2024-12-01T17:59:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>histoire de l'art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le bicentenaire de l'invention de la photographie n'aura officiellement lieu que dans quelques ann&#233;es, mais on s'anime d&#233;j&#224; beaucoup, entre pr&#233;parations de colloques et appels &#224; contribution &#224; des &#171; revues savantes &#187; : tout un plan marketing en action. Du c&#244;t&#233; anglo-saxon, tout se met en place pour glorifier Talbot, Atkins (ah, la premi&#232;re femme photographe, excellent sujet f&#233;ministe &#224; la mode) et Herschel (qui, affirme-t-on haut et fort, inventa le mot photographie &#8211; un vilain mensonge).&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH48/arton2549-aedff.jpg?1772255855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='48' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le bicentenaire de l'invention de la photographie n'aura officiellement lieu que dans quelques ann&#233;es, mais on s'anime d&#233;j&#224; beaucoup, entre pr&#233;parations de colloques et appels &#224; contribution &#224; des &#171; revues savantes &#187; : tout un plan marketing en action. Du c&#244;t&#233; anglo-saxon, tout se met en place pour glorifier Talbot, Atkins (ah, la premi&#232;re femme photographe, excellent sujet f&#233;ministe &#224; la mode) et Herschel (qui, affirme-t-on haut et fort, inventa le mot photographie &#8211; un vilain mensonge).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre essentiel de 1997, &lt;i&gt;Burning with Desire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1997, p. 35.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Geoffrey Batchen, l'Australien historien de r&#233;f&#233;rence de la proto-photographie, liste les vingt-quatre inventeurs possibles de la photographie. Dans cette liste, vingt-trois de ces vingt-quatre inventeurs sont des Europ&#233;ens. Et, &#244; surprise, l'un d'eux est un m&#233;t&#232;que, un rastaquou&#232;re, un Latino. Il faut donc se d&#233;p&#234;cher de l'oublier, de nier cet accroc dans l'omnipotence europ&#233;enne, ou, si on est vraiment oblig&#233; d'en parler, de le placer en position de copieur des h&#233;liographies de Ni&#233;pce, de ne surtout pas le situer dans le contexte politico-&#233;conomique de la domination coloniale de l'Occident (ciel ! une analyse politique anti-fran&#231;aise ! comment osez-vous ?) et de bien le confiner dans son contexte br&#233;silien, toutes portes ferm&#233;es (parler de sa famille est politiquement moins risqu&#233; que de parler de son occultation par les historiens occidentaux de la photographie). Il faut rester neutre et ne pas aller &#224; la d&#233;fense de cet inventeur p&#233;riph&#233;rique : la n&#233;cessaire &#171; neutralit&#233; &#187; est, depuis toujours, le discours &#233;ternel des dominants n&#233;ocoloniaux d&#232;s que leur position risque d'&#234;tre mise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le dernier list&#233; des vingt-quatre inventeurs de Batchen &#233;tait certes d'origine europ&#233;enne (Mon&#233;gasque et non pas Fran&#231;ais comme on le lit trop souvent, un cocorico de compensation) mais il vivait au Br&#233;sil, sujet de l'Empereur de ce pays, y ayant immigr&#233; en 1824, &#224; l'&#226;ge de 20 ans. Hercule Florence (1804-1879) n'est sans doute pas le premier photographe (si on date &lt;i&gt;Le Point de vue du Gras&lt;/i&gt; de Ni&#233;pce de 1826-27) : sa premi&#232;re photographie en date du 20 janvier 1833 a disparu, et, s'il affirme dans son journal avoir photographi&#233; divers lieux de sa ville, seules subsistent aujourd'hui sept gravures photographiques r&#233;alis&#233;es par lui. Mais, le 22 octobre 1833, il r&#233;digea un manuscrit de vingt-cinq pages en fran&#231;ais, sa langue maternelle, titr&#233; &lt;i&gt;&#171; Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Retranscrit dans Raimondi 2017, p. 145-165. Une version l&#233;g&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce fut, cinq ans et demi avant Herschel, la premi&#232;re apparition du mot photographie. Cinq ans et demi, soixante-six mois : une avance indubitable, mais difficile &#224; dig&#233;rer pour les savants europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai est donc le premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception d'un article de Philippe Vuaillat, directeur de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans une revue scientifique fran&#231;aise &#224; pr&#233;senter le travail photographique d'Hercule Florence et &#224; lui reconna&#238;tre le m&#233;rite d'avoir invent&#233; le mot &#171; photographie &#187;, en adoptant un point de vue d&#233;colonial sur son occultation par les historiens de la photographie occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui &#233;tait donc ce m&#233;t&#232;que nomm&#233; Hercule Florence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Nice en 1804 d'un p&#232;re fran&#231;ais et d'une m&#232;re mon&#233;gasque, Hercule Florence (en portugais, parfois, H&#233;rcules), fut &#233;lev&#233; &#224; Monaco (&lt;i&gt;&#171; la plus petite monarchie d'Europe &#187;,&lt;/i&gt; &#233;crit-il dans son autobiographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence H. 2015, p. 103 (p. 178 du manuscrit).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Dou&#233; pour le dessin et curieux de voyager, il s'embarqua &#224; 20 ans pour le Br&#233;sil, muni d'un passeport mon&#233;gasque. Le pays venait de devenir ind&#233;pendant : le roi du Portugal s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; en 1807 au Br&#233;sil pour fuir l'invasion napol&#233;onienne, et, apr&#232;s son retour r&#233;ticent en Europe en 1821, son fils ain&#233; resta au Br&#233;sil, proclama l'ind&#233;pendance et devint Empereur. Apr&#232;s trois si&#232;cles d'obscurantisme et de fermeture au monde, l'ancienne colonie se transforma radicalement, se modernisa politiquement et culturellement, tout en maintenant une &#233;conomie traditionnelle de plantation, encore bas&#233;e sur l'esclavage. De nombreuses missions d'exploration de l'int&#233;rieur du pays furent alors entreprises, et Florence, d'abord employ&#233; d'un libraire-imprimeur &#224; Rio de Janeiro, fut embauch&#233;, un an apr&#232;s son arriv&#233;e, comme dessinateur par un savant et diplomate russe d'origine allemande, le baron de Langsdorff qui allait explorer les provinces de l'int&#233;rieur jusqu'en 1829, mais sombra dans la folie au cours de l'exp&#233;dition. Aux fins de documentation scientifique, Florence r&#233;alisa de nombreux dessins des paysages, des indig&#232;nes, de la faune et de la flore au long des 13 000 kilom&#232;tres du p&#233;riple (voir Leenhardt 2018). Excellent dessinateur, il dit avoir alors ressenti le besoin d'un instrument m&#233;canique pratique et &#233;conomique qui lui aurait facilit&#233; son travail de &#171; copiste &#187; de la r&#233;alit&#233; en acc&#233;l&#233;rant les phases les plus simples du dessin. Il eut aussi alors le projet de transcrire le chant des oiseaux et le son des animaux, qu'il nomma zoophonie. De retour &#224; Rio de Janeiro, Florence se maria en 1830 avec la fille d'un homme politique et riche propri&#233;taire terrien, et s'&#233;tablit dans la Vila de S&#227;o Carlos, une petite bourgade de 6700 habitants dont 4000 esclaves, &#224; 100 kilom&#232;tres de S&#227;o Paulo et 500 kilom&#232;tres de la capitale Rio de Janeiro (aujourd'hui Campinas, une ville de 1,2 million d'habitants dot&#233;e d'une excellente universit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet endroit recul&#233; que Florence, qui &#233;tait autodidacte, entreprit ses premi&#232;res recherches, &#224; c&#244;t&#233; de ses activit&#233;s commerciales (et plus tard agricoles) et de sa pratique artistique comme peintre et dessinateur. Voulant diffuser ses travaux sur la zoophonie, il r&#233;alisa qu'il n'y avait qu'une seule imprimerie dans tout l'&#201;tat de S&#227;o Paulo et qu'elle &#233;tait incapable d'imprimer ses dessins et partitions musicales (tant l'imprimerie que l'importation de livres non religieux et non scolaires avaient &#233;t&#233; interdites jusqu'en 1808) ; lithographie comme gravure &#233;taient des proc&#233;d&#233;s complexes et co&#251;teux. Face &#224; ces contraintes, il mit donc au point &#224; partir de 1830 un proc&#233;d&#233; de reproduction d'images en couleurs qu'il nomma polygraphie. Il tenta de le diffuser commercialement, cr&#233;ant une imprimerie polygraphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ses dessins et tableaux de personnes et de paysages (dont de nombreuses &#233;tudes du ciel et des nuages), Florence, &#224; partir de 1832, s'int&#233;ressa &#224; l'&#233;tude de la lumi&#232;re, cr&#233;ant des &#171; peintures cisparentes &#187; perc&#233;es de petits trous pour jouer avec la lumi&#232;re et transformant une pi&#232;ce de sa maison en &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt; pour dessiner. Marchand de tissus, il observa la d&#233;coloration de certaines &#233;toffes sous le soleil tropical et en eut l'intuition qu'il devrait &#234;tre possible de fixer les images projet&#233;es dans sa &lt;i&gt;camera obscura.&lt;/i&gt; Sans r&#233;elle culture scientifique, il &#233;tudia des livres de chimie re&#231;us d'Europe (en particulier ceux de Berzelius) et apprit (le 15 ao&#251;t 1832 d'apr&#232;s son journal) du pharmacien de la bourgade, Joaquim Corr&#234;a de Mello, les propri&#233;t&#233;s du nitrate d'argent. Le 11 janvier 1833 (il n'avait pas encore 31 ans), il nota dans son journal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Le nitrate d'argent est, de toutes les substances que je connais, la seule substance &#224; laquelle je connaisse la vertu de se noircir au soleil. [&#8230;] Or, s'il en &#233;tait ainsi, comme je le crois, on placerait une feuille de papier couverte d'une couche de cette substance dans une chambre obscure [&#8230;] l'objet y resterait repr&#233;sent&#233; m&#234;me apr&#232;s l'avoir retir&#233; de la chambre obscure. [&#8230;] Je crois voir que dans l'avenir un jour on imprimera par l'action de la lumi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livre d'annotations et de premiers mat&#233;riaux, pages 130 et 131v&#186;, source (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;couvertes photographiques du m&#233;t&#232;que Florence au fin fond du Br&#233;sil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il construisit alors un appareil portatif rudimentaire, une petite caisse en bois couverte de sa palette de peintre, avec une lentille de lorgnette, et obtint sa premi&#232;re photographie sur un papier sensibilis&#233; avec une faible solution de nitrate d'argent, comme il le nota dans son journal le 20 janvier 1833 sous le titre &#171; D&#233;couverte tr&#232;s importante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 131v&#186;-132v&#186;, cit&#233; dans Kossoy 2016 p. 149.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il est assez savoureux que, quelques ann&#233;es avant Baudelaire d&#233;clarant la photographie tr&#232;s humble servante des arts, Florence ait mis une palette de peintre au service de la photographie. Cette image d'une vue de sa fen&#234;tre (qui &#233;voque bien s&#251;r le Point de Vue du Gras de Ni&#233;pce) &#233;tait en n&#233;gatif, mais surtout, elle n'&#233;tait pas permanente et continuait de s'obscurcir sous l'action de la lumi&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;L'objet qui &#233;tait repr&#233;sent&#233; dans la chambre obscure &#233;tait une des fen&#234;tres, avec la vitre ferm&#233;e : on y voyait les carreaux, le toit d'une maison en face et partie du ciel. J'ai laiss&#233; cela pendant 4 heures ; j'ai &#233;t&#233; voir, et, apr&#232;s avoir retir&#233; le papier, j'y ai trouv&#233; la fen&#234;tre repr&#233;sent&#233;e d'une mani&#232;re fixe ; mais ce qui devait &#234;tre obscur &#233;tait clair, ce qui devait &#234;tre clair &#233;tait obscur. Mais qu'importe, on verra bient&#244;t le rem&#232;de &#224; cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par crainte que le reste du papier et tout ce qui &#233;tait clair dans la fen&#234;tre ne dev&#238;nt obscur &#224; la lumi&#232;re, je le lavai sans tarder, pour enlever le nitrate d'argent ; ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; noir ne perdit rien de son intensit&#233; au soleil, je pla&#231;ai ce papier &#224; la lumi&#232;re pendant une heure ; ce qui &#233;tait blanc devint &#224; la v&#233;rit&#233; un peu obscur, mais jamais assez pour faire disparaitre le dessin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or il ne manque plus qu'&#224; trouver le moyen d'emp&#234;cher que ce qui est blanc se ternisse de la moindre des choses, et faire que ce qui est obscur dans l'objet reste obscur sur le papier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les mois suivants, Florence s'effor&#231;a de r&#233;soudre ces deux probl&#232;mes, qui sont ceux que tous les proto-photographes ont rencontr&#233;s d'une mani&#232;re ou d'une autre. Il exp&#233;rimenta non seulement avec le nitrate d'argent, ensuite lav&#233; &#224; l'eau, donnant des tons gris&#226;tres, p&#226;les ou roux, mais aussi avec le chlorure d'argent et avec le chlorure d'or, fort co&#251;teux, mais donnant les meilleurs r&#233;sultats apr&#232;s une longue exposition, avec des traits plus fins : &lt;i&gt;&#171; la couleur est plus agr&#233;able, puisqu'elle est d'un beau violet pour les demi-teintes, et de la couleur de l'encre &#224; &#233;crire pour les obscurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 142, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 159.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (8 avril 1833). Pour fixer l'image, la rendre inalt&#233;rable &#224; la lumi&#232;re, il exp&#233;rimenta, un peu par hasard, avec l'urine, et, en avril 1833, la combinaison chlorure d'or et urine, lui permit d'obtenir une image dont &lt;i&gt;&#171; la partie blanche n'a jamais acquis la moindre alt&#233;ration, malgr&#233; que le papier ait s&#233;ch&#233; compl&#233;tement et [soit] rest&#233; si longtemps [pendant plusieurs heures] au soleil &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour les tirages au chlorure d'argent, il obtint du succ&#232;s avec de l'ammoniaque comme fixateur, mais celle-ci, trop caustique, attaquait et d&#233;colorait le dessin. Selon Boris Kossoy, Florence fut le premier &#224; utiliser et le chlorure d'or et l'ammoniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la vue de sa fen&#234;tre, il ne mentionne que deux autres photographies, d'un buste de La Fayette dans son salon et de la prison de S&#227;o Carlos, qui ne nous sont pas parvenues non plus. Il est possible que l'absence d'acc&#232;s &#224; des optiques de meilleure qualit&#233; que sa lentille de lorgnette fut un handicap majeur &#224; la qualit&#233; de ses prises de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la reproduction d'images et de documents, la gravure photographique, Florence mit au point un proc&#233;d&#233; assez similaire au clich&#233;-verre : dessiner &#224; la plume sur une plaque-m&#232;re en verre enduite de gomme et de suie, de sorte que la suie soit effac&#233;e sur les traits dessin&#233;s et que la lumi&#232;re du soleil puisse traverser la plaque en ces endroits ; puis, posant sur la plaque en verre un papier photosensibilis&#233; fix&#233; sur une planche en bois, laisser le soleil impressionner le papier l&#224; o&#249; le dessin a effac&#233; la suie, et reproduire ainsi ce dessin en autant d'exemplaires que l'on veut. La planche titr&#233;e &lt;i&gt;Photographie&lt;/i&gt; [Fig. 1] repr&#233;sente ses divers &#233;quipements : en haut &#224; gauche, son appareil artisanal (marqu&#233; fig. 3) ; au centre (fig. 1 et 2), ses planches en bois ; en bas, un ressaut servant d'appui &#224; la planche-m&#232;re en verre sur laquelle il tra&#231;ait le dessin &#171; n&#233;gatif &#187;. Pour obtenir l'image positive, le papier photosensible &#233;tait plac&#233; entre la planche en bois et la plaque de verre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;309&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH564/fig_1-7e5bf.jpg?1772190328' width='500' height='564' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.1 Hercule Florence, Photographie, 1837, dessin au crayon et encre m&#233;tallo-gallique sur papier, 20.6 cm x 19,1 cm. Initialement dans le manuscrit L'Ami des Arts livr&#233; &#224; lui-m&#234;me. Recherches et d&#233;couvertes sur diff&#233;rents sujets nouveaux, S&#227;o Carlos, 1837. Collection Instituto Hercule Florence, S&#227;o Paulo.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Florence r&#233;alisa ainsi de nombreuses copies photographiques par contact : des &#233;tiquettes de pharmacie [Fig. 2 &amp; 3], des &#233;tiquettes pour bouteilles de vin, des dipl&#244;mes ma&#231;onniques, une illustration pour une fabrique de chapeaux, un dessin de maisonnettes [Fig. 4] : en subsistent sept, qui sont aujourd'hui conserv&#233;es &#224; l'Institut Moreira Salles (qui, outre sa collection propre provenant du bouquiniste Pedro Corr&#234;a do Lago, a acquis en 2023 la collection Cyrillo Hercules Florence aupr&#232;s d'un de ses descendants) ou &#224; l'Institut Hercule Florence (la diss&#233;mination des archives d'Hercule Florence entre plusieurs institutions est due &#224; des bisbilles familiales, chaque branche de la famille tentant de tirer la couverture &#224; elle en pr&#233;tendant &#234;tre celle qui reconna&#238;t le mieux le travail de l'a&#239;eul dans le contexte br&#233;silien actuel, comme on le voit dans les publications contemporaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Schiavinatto 2017 et Leenhardt 2018.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;422&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH352/fig_2-28e19.jpg?1729156776' width='500' height='352' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.2 Hercule Florence, &#201;preuve photographique de neuf &#233;tiquettes pour pharmacie, vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 21 cm x 29,4cm. Collection Instituto Hercule Florence, S&#227;o Paulo. Inscriptions en bas en miroir, &#224; gauche &#171; Photographia de H. Florence, inventor da Photographia &#187;, et &#224; droite &#171; H. Florence, del. et sculp. &#187; [delineavit et sculptit, a dessin&#233; et a sculpt&#233;].
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_21730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_2_detail.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH105/fig_2_detail-c62aa.jpg?1729947989' width='500' height='105' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_21732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;326&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH562/fig_3-0fa5e.jpg?1729156776' width='500' height='562' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 3 Hercule Florence, &#201;preuve N&#186; 2 (photographie), vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 22 cm x 19,8 cm. Collection Pedro Corr&#234;a do Lago, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 014HF001. Inscription en bas en miroir &#171; Photographia de H. Florence, inventor da Photographia &#187;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On notera qu'en 1976, au Rochester Institute of Technology (N.Y.), Boris Kossoy a reproduit les exp&#233;riences chimiques d&#233;crites par Florence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kossoy 2016, p. 197-199.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que, en 2016, la physicienne M&#225;rcia de Almeida Rizzutto a r&#233;alis&#233; une analyse physico-chimique de six des sept &#233;preuves subsistantes, confirmant la description qu'il fit de ses proc&#233;d&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#225;rcia de Almeida Rizzutto, &#171; Les &#8216;'&#233;preuves photographiques'' de Hercule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;246&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_4bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH383/fig_4bis-67390.jpg?1772190328' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig. 4 Hercule Florence, &#201;preuve photographique vue de maisonnettes, vers 1833, impression par contact sur papier photosensible, 8 cm x 10,5 cm. Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5873-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment nommer cette invention ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis le manuscrit in&#233;dit, d&#233;couvert par Georges Didi-Huberman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didi-Huberman 1990. Je remercie Sara Millot d'avoir attir&#233; mon attention sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'un anachor&#232;te du Sina&#239; nomm&#233; Philoth&#233;e (aimant Dieu) qui, quelque part entre le IX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et le XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, d&#233;crivit l'empreinte de Dieu sur lui par le mot &#171; ph&#244;toeinographesta&#239; &#187;, soit une &#233;criture en lui par la lumi&#232;re, la premi&#232;re apparition av&#233;r&#233;e du mot photographie ne date pas, comme l'&#233;crivent trop souvent les historiens de la photographie occidentaux, de l'hiver 1839, mais d'un texte &#233;crit cinq ans et demi plus t&#244;t, en octobre 1833, par Hercule Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens occidentaux ont longtemps attribu&#233; l'invention du mot photographie &#224; John Herschel, qui fut, en effet, le promoteur le plus actif de ce terme. Le mot photographie appara&#238;t en Europe d'abord dans quelques lettres et carnets de Herschel, Talbot et certains de leurs proches de mani&#232;re assez soudaine mais concomitante d&#233;but f&#233;vrier 1839, ainsi que, en France, dans un brevet scell&#233; d&#233;pos&#233; par Paul Desmarets &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences au m&#234;me moment. Ses premi&#232;res mentions publiques semblent avoir &#233;t&#233; un bref article de l'astronome allemand Johann Heinrich von M&#228;dler dans le quotidien berlinois &lt;i&gt;Vossische Zeitung&lt;/i&gt; le 25 f&#233;vrier 1839, puis la pr&#233;sentation de Herschel &#224; la Royal Academy le 14 mars 1839 (&lt;i&gt;&#171; Note on the Art of Photography &#187;&lt;/i&gt;). D&#232;s le printemps 1839, le mot semble adopt&#233; par tous, s'imposant rapidement comme une ombrelle unificatrice englobant toutes les techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le note l'Australien Geoffrey Batchen, l'historien le plus qualifi&#233; sur le sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;	[La] d&#233;nomination de ce processus a fait l'objet d'intenses d&#233;bats au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant 1839. En effet, les pionniers de la photographie ont montr&#233; presque autant d'int&#233;r&#234;t pour la nomenclature du m&#233;dium que pour son invention, et presque tous ont propos&#233; un ou plusieurs noms possibles. Compte tenu de l'importance accord&#233;e &#224; la langue &#224; l'&#233;poque, il est raisonnable de supposer que le choix du nom de leurs inventions &#233;tait dans chaque cas r&#233;v&#233;lateur de leur pens&#233;e g&#233;n&#233;rale sur la photographie et son caract&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1993, p. 22. Ma traduction.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot form&#233; &#224; partir de deux racines grecques appara&#238;t, comme le note Batchen en mentionnant Michel Foucault &lt;i&gt;(Les Mots et les Choses),&lt;/i&gt; &#224; un moment o&#249; le rapport au langage change, passant du discours de &#171; d&#233;nomination &#187; de la culture classique &#224; un discours moderne faisant du langage un sujet d'&#233;tude comme un autre. De plus, il arrive quelques d&#233;cennies apr&#232;s la d&#233;couverte et la d&#233;nomination de la lithographie, de la chalcographie, du t&#233;l&#233;graphe, nouveaux moyens de diffusion et de communication dont les noms sont d&#233;j&#224; bas&#233;s sur la racine &#171; graphe &#187;. Herschel &#233;tait particuli&#232;rement soucieux de nomenclature, et il voulut associer dans le nom de ce nouvel art la nature (le soleil, la lumi&#232;re) et la culture (l'&#233;criture). Cette reconnaissance quasi instantan&#233;e du mot photographie rempla&#231;a imm&#233;diatement ou presque les termes pr&#233;c&#233;demment utilis&#233;s de h&#233;liographie (Ni&#233;pce), sciagraphie ou dessins photog&#233;niques (Talbot ; comme le souligne Bassole 2013, le mot photog&#232;ne a toutefois longtemps subsist&#233; au c&#244;t&#233; du mot photographie), lucigraphie (par un pasteur anglais &#233;crivant sous le pseudonyme Clericus), et bien d'autres. Bien s&#251;r, des noms persist&#232;rent pour d&#233;signer des proc&#233;d&#233;s particuliers : daguerr&#233;otype, calotype, etc. Comme le fait remarquer Batchen :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Dans de nombreux cas, le mot est en fait venu avant l'invention, ou du moins avant que l'invention ne soit pleinement op&#233;rationnelle. Le choix du nom ne refl&#233;tait donc pas tant ce qu'&#233;tait la photographie que ce que la photographie pouvait &#234;tre. C'&#233;tait un r&#233;sum&#233; en un mot de l'id&#233;e de photographie, des d&#233;sirs et des aspirations qui ont pouss&#233; chacun de ses inventeurs &#224; entreprendre leurs exp&#233;riences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;ridique invention du mot &#171; photographie &#187; par un m&#233;t&#232;que de la Vila de S&#227;o Carlos (6700 habitants)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve plusieurs mentions du mot photographie dans les marges du journal de Florence d&#232;s janvier 1833, car il notait &#224; c&#244;t&#233; de ses textes le th&#232;me auquel ils se rattachaient, mais il est possible que ces mentions aient &#233;t&#233; appos&#233;es ult&#233;rieurement. La premi&#232;re mention indubitable se trouve [Fig. 5] dans un manuscrit en fran&#231;ais de 23 pages, dat&#233; du 22 octobre 1833&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcrit dans Raimondi 2017, p. 146-164. Par commodit&#233;, dans ce chapitre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (plus 5 pages en portugais d'annonce d'un projet de journal, le &lt;i&gt;Courrier du Commerce Pauliste,&lt;/i&gt; destin&#233; aux agriculteurs, aux commer&#231;ants et aux industriels, et produit par polygraphie). Ce manuscrit est titr&#233; : &lt;i&gt;&#171; D&#233;couverte (mot ray&#233;). Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re. D&#233;couverte nouvelle qui, par son extr&#234;me simplicit&#233; d'appareil et de proc&#233;d&#233;, met en tous lieux l'imprimerie entre les mains de tout le monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;247&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_5bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH731/fig_5bis-aeaf9.jpg?1772190328' width='500' height='731' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.5 Hercule Florence, Photographie ou Imprimerie &#224; la lumi&#232;re, 22 octobre 1833, manuscrit &#224; l'encre ferro-gallique sur papier, 31 cm x 21,2 cm. Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5025-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le choix que fit Florence (avec son ami pharmacien) du mot photographie est expliqu&#233; ainsi deux ans plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Voyons encore quel nom il faudra donner &#224; cet art : je l'appelle Photographie, parce que la lumi&#232;re y joue le premier r&#244;le. Ce nom ne provient pas, comme dans les autres, d'une pi&#232;ce ou de pi&#232;ces principales : il est tir&#233; de la base o&#249; repose le proc&#233;d&#233;, la lumi&#232;re [&#8230;] il faut un nom grec, puisque, si je ne me trompe, on tire toujours de cette langue les noms que l'on donne aux d&#233;couvertes et aux arts nouveaux. J'emploie celui de la lumi&#232;re, qui, comme je l'ai dit, joue le premier r&#244;le. Que l'on lise mon proc&#233;d&#233;, et qu'on lui donne un autre nom, si on en trouve un meilleur, en attendant, il m'en faut un pour que je puisse m'expliquer promptement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence, Le Nouveau Robinson, 1835, f. 4227 : source primaire, transcrite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ne sachant pas le grec, Florence avait d&#233;j&#224; utilis&#233; des racines grecques pour forger des noms pour ses inventions : zoophonie, polygraphie, st&#233;r&#233;opeinture, pulvographie, monocycle. Et, ayant &#233;crit le 11 janvier 1833&lt;i&gt; &#171; imprimer par l'action de la lumi&#232;re &#187; &lt;/i&gt; comme mentionn&#233; ci-dessus, il a naturellement pens&#233; &#224; un mot signifiant &#171; &#233;criture par la lumi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce manuscrit, l'accent est d'abord mis sur l'impression, et non sur la repr&#233;sentation du monde. Ce que Florence d&#233;crit dans la premi&#232;re partie de ce manuscrit est sa technique similaire au clich&#233;-verre d&#233;crite plus haut. Il en vante les avantages pratiques et &#233;conomiques par rapport &#224; l'impression typographique, &#224; la lithographie et &#224; la gravure, et il en sugg&#232;re l'usage pour des reproductions en petit nombre, une vingtaine, par exemple pour un professeur souhaitant distribuer un document &#224; ses &#233;l&#232;ves : c'est un anc&#234;tre de la photocopie. Cette invention sera utile, &#233;crit-il joliment, pour &lt;i&gt;&#171; le voyageur, le n&#233;gociant, le guerrier, le po&#232;te et le talent malheureux &#187;&lt;/i&gt; (f. 5030, p. 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il liste quelques inconv&#233;nients de la photographie : on ne peut imprimer qu'&#224; la lumi&#232;re du jour, assez lentement et sur une seule face du papier du fait de sa transparence. De plus, laisser les imprim&#233;s constamment &#224; la lumi&#232;re leur donne une l&#233;g&#232;re teinte rousse, et on ne peut obtenir un noir tr&#232;s sombre. Il note aussi que le nitrate d'argent est un poison, et doit donc &#234;tre conserv&#233; dans &lt;i&gt;&#171; un endroit inaccessible aux ignorants, aux mal intentionn&#233;s et surtout aux enfants &#187;&lt;/i&gt; (f. 5029, p. 149).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;crit ensuite tr&#232;s en d&#233;tail tout le proc&#233;d&#233;, le type de verre &#224; employer, la pr&#233;paration de son enduit, l'avantage de telle ou telle plume, la pr&#233;paration du nitrate d'argent, les gestes n&#233;cessaires &#224; l'impression elle-m&#234;me. Il met l'accent sur l'aspect rustique de son proc&#233;d&#233;, pouvant s'adapter &#224; la difficult&#233; d'approvisionnement &#224; l'int&#233;rieur du Br&#233;sil : &lt;i&gt;&#171; ne peut-il pas arriver &#224; quelqu'un de ne pas avoir de verre gradu&#233; et de ne pas en trouver dans le pays o&#249; il se trouve ? &#187; &lt;/i&gt; (f. 5036, p. 153) ou &lt;i&gt;&#171; je n'ai jamais employ&#233; que de l'argent d'une monnaie portugaise qu'on appelle pataque. Cet argent contient quelques milli&#232;mes de cuivre. Mais il est hors de doute que l'argent pur doit &#234;tre meilleur &#187; &lt;/i&gt; (f. 5035, p. 153). Il conclut cette premi&#232;re partie par les mots &lt;i&gt;&#171; Tel est l'art que j'appelle Photographie et que j'offre au public &#187;&lt;/i&gt; (f. 5040, p. 156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie du manuscrit (f. 5046 &#224; 5052, apr&#232;s le projet d'annonce en portugais pour un journal produit par polygraphie) est intitul&#233;e &lt;i&gt;&#171; Recherches sur le moyen de fixer sur le papier qu'on place dans la chambre obscure, l'image des objets qui s'y dessinent &#187;&lt;/i&gt;. Elle &#233;nonce son d&#233;sir de pouvoir repr&#233;senter le monde, d'&lt;i&gt;&#171; obtenir les dessins de tous les objets sans travail intellectuel et sans emploi d'autant de temps qu'il en faut &#187;&lt;/i&gt; (f. 5048, p. 161). Quelques ann&#233;es avant &lt;i&gt;The Pencil of Nature&lt;/i&gt; de Talbot (1844-46), Florence &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Si l'on me disait que la nature dessine, [&#8230;] je conviendrais de la v&#233;rit&#233; de cette assertion, mais [mon id&#233;e] consiste &#224; trouver le moyen d'obtenir de la nature des dessins originaux fixes et durables, de toute esp&#232;ce d'objets &#187;&lt;/i&gt; (f. 5050 - 5051, p. 162-163). Il s'agit donc bien ici de photographie, de prise de vue, mais, dans cette seconde partie, Florence n'utilise plus le mot photographie, alors qu'il appara&#238;t dix fois dans la premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence d&#233;taille ses exp&#233;riences avec la chambre plac&#233;e chez lui &lt;i&gt;&#171; en face de quelques maisons qui &#233;taient devant ma fen&#234;tre &#187;&lt;/i&gt; (f. 5051, p.163) et d&#233;crit le r&#233;sultat obtenu au bout d'un laps de temps de deux heures, plus court que dans l'exp&#233;rience du 20 janvier 1833 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Les portes, les fen&#234;tres, les angles des maisons, les toits, enfin, tous les contours &#233;taient reconnaissables : les d&#233;tails seuls n'&#233;taient pas marqu&#233;s, ou ne l'&#233;taient qu'infiniment peu, cependant ce dessin &#233;tait l'oppos&#233; de ce qu'il aurait d&#251; &#234;tre ; les fen&#234;tres &#233;taient blanches, et les murailles avaient bruni, les toits &#233;taient plus clairs que le ciel ; on y distinguait des arbres, des bananiers, qui pr&#233;sentaient bien l'aspect fid&#232;le de ceux qui &#233;taient devant ma maison, mais qui &#233;taient plus clairs que le ciel ; chez les bananiers, on ne voyait que les contours des feuilles ext&#233;rieures, et chez les arbres, on ne voyait que le contour de sa forme enti&#232;re, et rien absolument de ses feuilles et des d&#233;tails de l'int&#233;rieur si ce n'est des intervalles de ciel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;f. 5052, Raimondi 2017 p. 164.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regrette de n'avoir pas une lentille plus grande et conclut en disant en note : &lt;i&gt;&#171; Il est beau d'avoir pour matrice les objets eux-m&#234;mes. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est donc indubitablement la premi&#232;re mention av&#233;r&#233;e du mot photographie, lequel toutefois semble d&#233;signer davantage la gravure photographique que la prise de vue, &#224; laquelle il ne donne pas de nom sp&#233;cifique autre que &lt;i&gt;&#171; fixation des images dans la chambre obscure &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment, face au pouvoir de l'Occident, le m&#233;t&#232;que dut renoncer et abandonner la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence poursuivit ces exp&#233;riences pendant les cinq ann&#233;es suivantes, mais il se concentra sur la gravure photographique et ne mentionna plus gu&#232;re de prises de vue : d'une part, il n'&#233;tait pas satisfait de la qualit&#233; des images prises avec son appareil car il n'avait pas acc&#232;s &#224; des optiques de bonne qualit&#233;, et d'autre part, il n'en voyait pas le potentiel &#233;conomique. Ainsi, quand, d&#233;but 1838, il fit remettre au Prince de Joinville, venu au Br&#233;sil pour se fiancer avec la s&#339;ur de l'Empereur, le portrait photographique d'un indig&#232;ne Bororo, ce n'&#233;tait pas un tirage photographique, mais la reproduction par contact photographique d'un de ses dessins. Le Prince l'emporta &#224; Paris, mais l'&#339;uvre a disparu. Il est frappant que, apr&#232;s le cardinal d'Amboise de Ni&#233;pce en 1826, le second portrait de l'histoire de la photographie ait &#233;t&#233; d'un Am&#233;rindien, et qu'il ait disparu, contrairement au portrait du cardinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence d&#233;veloppa ses activit&#233;s commerciales de reproduction de documents : annonces publicitaires, &#233;tiquettes&#8230; Selon les cas, il combinait photographie, polygraphie et typographie ; il avait en effet achet&#233; une presse typographique et ouvert un atelier graphique, qu'il nomma Autographie. Il convenait que la polygraphie &#233;tait souvent plus pratique et efficace que la photographie, car moins ch&#232;re et sans risque de s'effacer avec le temps. &#192; partir de mars 1834, les mentions relatives &#224; la photographie se font moins fr&#233;quentes dans ses journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il poursuivit de nombreux autres projets inventifs : une noria hydrostatique, le pilotage de v&#233;hicules a&#233;rostatiques, la coloration d'estampes, la fabrication de chapeaux de paille, un papier inimitable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1839, le &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; de Rio de Janeiro publia un article titr&#233; &#171; Revolu&#231;&#227;o nas artes do desenho &#187; (R&#233;volution dans les arts du dessin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduit dans Kossoy 2016, p.111-114. Source primaire : &lt; &gt; (consult&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sur la r&#233;cente annonce du daguerr&#233;otype &#224; Paris. Florence apprit cette information quelques jours plus tard de la bouche d'un ami : &lt;i&gt;&#171; Vous &#234;tes au courant de cette belle d&#233;couverte qui vient d'avoir lieu ? Oh, c'est admirable ! Un peintre de Paris a trouv&#233; un moyen de fixer les images dans la chambre obscure. Je l'ai lu dans le &lt;i&gt;Jornal do Comercio.&lt;/i&gt; Il met &#224; l'int&#233;rieur une plaque d'argent impr&#233;gn&#233;e d'un sel qui change de couleur sous l'action de la lumi&#232;re et il parvient &#224; obtenir deux ou trois couleurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oliveira 2005, p. 13. Ma traduction.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Florence eut un choc, devint p&#226;le, s'&#233;vanouit presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pensa alors retourner en Europe avec sa famille pour y d&#233;fendre et diffuser ses inventions, mais son beau-p&#232;re refusa son d&#233;part &#224; moins qu'il ne laisse deux de ses fils aupr&#232;s de leurs grands-parents, ce qu'il ne put se r&#233;soudre &#224; accepter, selon une lettre &#224; son fr&#232;re du 31 octobre 1839&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raimondi 2017, p. 361.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#233;crivit le 26 octobre une lettre aux deux principaux journaux paulistes, &lt;i&gt;A Ph&#233;nix&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Observador Paulistano&lt;/i&gt; (que le &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; reprendra deux mois plus tard) dans lesquels il expliqua le caract&#232;re original de ses inventions, disant qu'il n'en avait pas fait la publicit&#233; car il voulait les perfectionner, mais concluant : &lt;i&gt;&#171; Comme je ne me suis gu&#232;re occup&#233; de photographie, manquant de moyens plus sophistiqu&#233;s et de connaissances suffisantes en chimie, je ne disputerai de d&#233;couvertes &#224; personne parce qu'une m&#234;me id&#233;e peut venir &#224; deux personnes, parce que j'ai toujours pens&#233; que ce que j'ai obtenu &#233;tait pr&#233;caire, et &#224; chacun son d&#251; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma traduction de ce passage depuis la source primaire Jornal do Comercio du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il affirmait, par contre, fortement ses droits en mati&#232;re de polygraphie et continuera toute sa vie &#224; tenter de faire reconna&#238;tre cette invention-l&#224;. Le journaliste anonyme, mais lucide, commenta : &lt;i&gt;&#171; Que les lecteurs comparent les dates et d&#233;cident si le monde doit la d&#233;couverte de la Photographie, ou au moins de la Polygraphie, &#224; l'Europe ou au Br&#233;sil &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, colonne 1.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son manuscrit &lt;i&gt;L'Inventeur au Br&#233;sil&lt;/i&gt;, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; cahier, &#233;crit en 1861, Florence revint sur le choc qu'il eut en apprenant la d&#233;couverte de Daguerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;J'ai toujours pr&#233;vu que mes d&#233;couvertes, que mon isolement m'emp&#234;chait de faire conna&#238;tre, que le [manque] de mat&#233;riaux m'emp&#234;chait de d&#233;velopper, ne manqueraient pas de surgir dans d'autres pays plus favorables aux progr&#232;s de l'intelligence. Je sentais que mes travaux ne seraient pas utiles, ni &#224; moi, ni &#224; la soci&#233;t&#233; ; cette id&#233;e me chagrinait, mais ne me ralentissait pas. Cependant, je redoutais le moment de l'&#233;preuve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Feuillets 4012-4029 de la source primaire, retranscrits dans la source (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il racontait ensuite, dans une version l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente, le moment o&#249; il apprit la d&#233;couverte en France et son &#233;moi, et concluait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Et si quelqu'un trouve que ces craintes, ces &#233;motions sont pu&#233;riles, qu'il se rappelle qu'un inventeur ne peut &#234;tre pouss&#233; &#224; des travaux si peu lucratifs que par le d&#233;sir de gagner un brevet d'immortalit&#233; aux yeux de la post&#233;rit&#233;. La gloire est tout pour lui, serait-elle accompagn&#233;e de la mis&#232;re, du m&#233;pris et de toutes les souffrances, elle lui tient lieu de fortune, d'honneurs et de toutes les jouissances. Or, il faut, je pense, quelque force d'&#226;me pour voir s'&#233;chapper neuf ans de sacrifices, et n'avoir pas m&#234;me le m&#233;rite de s'&#234;tre sacrifi&#233; pour quelque chose qui soit utile aux hommes. Depuis lors je ne me suis plus occup&#233; de la Photographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, on ne trouve pratiquement plus mention de photographie dans les &#233;crits de Florence apr&#232;s 1839, sinon pour indiquer qu'il y a renonc&#233; et met tous ses efforts dans la promotion de la Polygraphie (par exemple dans une lettre de 1851&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kossoy 2016 p. 287-288.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, en janvier 1840, l'abb&#233; Louis Comte arriva &#224; Rio de Janeiro avec un &#233;quipement complet pour la daguerr&#233;otypie dont il fit la d&#233;monstration. On a retrouv&#233; r&#233;cemment [Fig. 6] un daguerr&#233;otype color&#233; &#224; la main repr&#233;sentant Hercule Florence semblant &#226;g&#233; de 35 &#224; 40 ans, donc fait soit pendant, soit peu apr&#232;s le passage de l'abb&#233; Comte. Linda Fregni Nagler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linda Fregni Nagler, &#171; Du dessin &#224; la Photographie. La main de l'artiste, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve la co&#239;ncidence en supputant qu'il serait &lt;i&gt;&#171; logique qu'il ait d&#233;sir&#233; faire partie des premiers &#224; exp&#233;rimenter les r&#233;sultats &#187;&lt;/i&gt; de cette invention malgr&#233; son d&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;194&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/fig_6bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH624/fig_6bis-5b5d1.jpg?1772190328' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Fig.6 Anonyme, Portrait d'Hercule Florence, vers 1840-1845, daguerr&#233;otype, 11.8 cm x 9.5 cm, Collection Cyrillo Hercules Florence, Fonds Instituto Moreira Salles, Rio de Janeiro, inv. 5881-hf.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hercule Florence poursuivit ses recherches dans des domaines vari&#233;s, tout en dirigeant &#224; partir de 1854 une plantation de caf&#233; avec une trentaine d'esclaves. Mari&#233; deux fois, il eut vingt enfants et une nombreuse descendance. Avec sa seconde &#233;pouse, il cr&#233;a en 1863 le premier coll&#232;ge pour jeunes filles du Br&#233;sil. Il mourut en 1879, &#224; 75 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment l'Occident, non content de l'avoir contraint &#224; renoncer, le fit dispara&#238;tre de l'histoire de la photographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'Hercule Florence tomba dans l'oubli pendant 140 ans, jusqu'&#224; ce que, &#224; partir de 1976, l'historien et photographe br&#233;silien Boris Kossoy d&#233;couvre ses archives, vainque la r&#233;ticence des diff&#233;rents descendants pour pouvoir les &#233;tudier, reproduise ses exp&#233;riences et &#233;crive articles et livres &#224; son sujet, participant d&#232;s 1989 &#224; un colloque &#224; Cerisy sur les inventions multiples de la photographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Kossoy 1989 et Morand 1989.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son livre de 1997 sur l'invention de la photographie, l'Australien Geoffrey Batchen lui consacra deux pages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 1997, p. 44-45.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais en 2007, Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert n'en dirent mot dans leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert, L'art de la photographie, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en 2012, Fran&#231;ois Brunet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Brunet, La naissance de l'id&#233;e de photographie, Paris : Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne le mentionna qu'en passant et avec condescendance, attitude tout &#224; fait typique du nombrilisme des historiens fran&#231;ais de la photographie, qui, dans leur quasi-totalit&#233;, sont muets &#224; son sujet, ou, au mieux, le consid&#232;rent comme une bizarrerie exotique sans int&#233;r&#234;t (et, sauf erreur, &#224; part le Belge &#201;tienne Samain qui vit au Br&#233;sil depuis 1973, aucun n'est lusophone). Un modeste colloque &#224; Nice en 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir Kossoy 2005 et Luret 2005 a &amp; b.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et une belle exposition &#224; Monaco en 2017&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Raimondi 2017.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vinrent compl&#233;ter sa red&#233;couverte (ainsi qu'une discr&#232;te pr&#233;sentation du livre de Kossoy en juillet 2017 &#224; l'antenne parisienne de la Fondation Calouste Gubenkian&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&lt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). On peut noter dans la bibliographie, &#224; part Sylvain Morand, l'absence quasi-totale d'historiens de la photographie fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir trois raisons &#224; cet oubli : l'approche et la personnalit&#233; de Florence lui-m&#234;me, la situation culturelle et &#233;conomique du Br&#233;sil &#224; son &#233;poque, et surtout l'europ&#233;ocentrisme n&#233;ocolonial de l'histoire de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence semble avoir &#233;t&#233; un homme modeste, peu ambitieux et parfois maladroit. Comme le dit William Luret lors du colloque de Nice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;[Il] est effectivement un personnage maladroit, en m&#234;me temps tr&#232;s gauche, hors des codes des scientifiques de l'&#233;poque. Il ne parle pas leur langage, d'une certaine fa&#231;on il ne peut pas se faire comprendre. C'est un autodidacte pour qui p&#233;n&#233;trer des centres scientifiques est d'autant plus difficile qu'on ne le respecte pas. [&#8230;] Lui, ce qui l'int&#233;resse, c'est de chercher, ce n'est pas de vendre ses inventions. Il les vend de fa&#231;on maladroite &#224; des interlocuteurs qui ne sont pas les bons et ne vont pas lui ouvrir les bonnes portes. Il donne &#231;a &#224; des marchands qui partent sans une v&#233;ritable mission. Il a employ&#233; les mauvais canaux de diffusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luret 2005b.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre y eut-il chez lui une certaine fascination de l'&#233;chec, d&#232;s l'exp&#233;dition Langsdorff (dont les documents et dessins disparurent dans les archives de Saint-P&#233;tersbourg pendant plus d'un si&#232;cle) et encore plus avec ses inventions. Florence &#233;tait atteint d'une sorte de fr&#233;n&#233;sie de l'invention, mais, dans bien des cas, renon&#231;a &#224; les compl&#233;ter et les diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence s'est d&#233;fini lui-m&#234;me comme un inventeur en exil, &#233;crivant en 1862 : &lt;i&gt;&#171; Si j'avais &#233;t&#233; en Europe, on aurait reconnu ma d&#233;couverte. N'y songeons plus &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre au Major Charles Auguste Taunay, septembre 1862, cit&#233;e dans Kossoy (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son erreur a &#233;t&#233; sans doute de ne pas &#234;tre all&#233; d&#233;fendre son invention en Europe, m&#234;me s'il y songea en 1839. Il fut plus actif pour tenter de faire reconna&#238;tre sa Polygraphie (mais sans plus de succ&#232;s, ce qui est r&#233;v&#233;lateur, non de sa faiblesse, mais de la force de la domination europ&#233;enne : en d'autres termes, il n'avait aucune chance, et aucune invention ne venant ni d'Europe, ni d'Am&#233;rique du Nord n'avait, quelle que soit sa qualit&#233;, la moindre chance d'&#234;tre reconnue) : &lt;i&gt;&#171; Il passera la fin de sa vie &#224; essayer de faire reconna&#238;tre ses inventions. Il &#233;crit &#224; l'Acad&#233;mie de Turin, &#224; l'Acad&#233;mie de Paris, il donne des lettres &#224; des amis qui partent en Europe et les charge de les remettre &#224; untel et untel pour faire conna&#238;tre ce qu'il a mis au point au Br&#233;sil sans jamais de r&#233;ponse &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luret 2005a.&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme Patrick Roegiers le souligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Il fait tout comme un autodidacte. Il n'a pas de syst&#232;me de travail, de syst&#232;me de pens&#233;e, de syst&#232;me d'approche du monde, il y va comme un chien fou. Il a quelque chose de fr&#233;n&#233;tique, un peu comme un illumin&#233;, c'est-&#224;-dire quelqu'un qui est fascin&#233; par la connaissance, mais qui, quelque part, est aussi transcend&#233; par cette connaissance. Il n'arrive pas &#224; suivre, tout le d&#233;passe sans cesse y compris son propre destin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;bid.&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Europ&#233;ens cherchaient avant tout &#224; fixer l'image obtenue dans la chambre, Florence n'explora que bri&#232;vement cette voie et se concentra sur la reproduction, se pla&#231;ant davantage dans le champ de la technique que de l'art. Ce qui l'int&#233;ressa ne fut pas tant l'expression artistique, malgr&#233; ses talents, que la transmission, la possibilit&#233; d'enregistrer et de diffuser, de passer d'un support &#224; un autre. Comme le souligne Sylvain Morand, il fut &lt;i&gt;&#171; le seul &#224; avoir d&#233;couvert, par hasard, une invention in&#233;luctable &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morand 1989, p. 55.&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Morand poursuit : &lt;i&gt;&#171; Mais le contexte social, &#233;conomique et culturel qui l'environnait, interdisait pratiquement que son invention &#233;merge&#226;t de l'anonymat &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La situation de Florence, &lt;i&gt;&#171; g&#233;nie solitaire &#187;, &#171; h&#233;ros m&#233;connu &#187;&lt;/i&gt;, doit &#234;tre analys&#233;e dans le contexte br&#233;silien, peu propice au succ&#232;s de cette invention et &#224; son absorption : une nation tout juste ind&#233;pendante apr&#232;s trois si&#232;cles d'obscurantisme colonial, attirant certes des Europ&#233;ens cultiv&#233;s et pragmatiques, mais qui &#233;tait alors davantage pr&#233;occup&#233;e de se construire administrativement et militairement plut&#244;t que de favoriser le d&#233;veloppement des industries et des techniques (ainsi, il fallut attendre 1882 pour y avoir une loi sur les brevets). Ce contexte, tr&#232;s diff&#233;rent de l'&#233;mergence de la bourgeoisie capitaliste &#224; la m&#234;me &#233;poque en Europe, permet de mieux comprendre pourquoi Florence ne b&#233;n&#233;ficia pas du m&#234;me soutien soci&#233;tal que ses pairs fran&#231;ais ou anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa situation &#233;tait, physiquement et mentalement, &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187;. Il vivait loin des centres culturels et de d&#233;cision, non seulement europ&#233;ens, mais aussi br&#233;siliens ; il &#233;tait en marge du syst&#232;me politique et social tr&#232;s structur&#233; du Br&#233;sil d'alors, loin des capitales culturelles de Rio de Janeiro et Recife. Il &#233;tait autodidacte et, malgr&#233; sa curiosit&#233; scientifique, sa qu&#234;te constante d'informations, et son r&#233;seau relationnel dans un certain milieu br&#233;silien cultiv&#233;, il n'avait pas ais&#233;ment acc&#232;s aux derniers d&#233;veloppements technologiques europ&#233;ens (en optique et en chimie notamment). Cet &#233;loignement ne lui donnait &#233;videmment pas non plus acc&#232;s aux m&#233;canismes de notori&#233;t&#233; en Europe. M&#234;me si ces contraintes furent sans doute stimulantes pour sa cr&#233;ativit&#233; ing&#233;nieuse, ce contexte &#233;touffa sa d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme Boris Kossoy l'a fr&#233;quemment soulign&#233; dans ses &#233;crits sur Florence, l'histoire de la photographie a toujours &#233;t&#233; europ&#233;ocentrique, et, peut-on dire, n&#233;ocoloniale, et elle a donc &#233;videmment n&#233;glig&#233; cet inventeur lointain et exotique : pas de place pour les m&#233;t&#232;ques au Panth&#233;on photographique. Et elle continue &#224; le faire aujourd'hui, le rel&#233;guant syst&#233;matiquement en seconde cat&#233;gorie, comme digne de moins d'int&#233;r&#234;t que les idoles europ&#233;ennes. Il n'est que de voir les programmes de c&#233;l&#233;bration qui sont en train de s'organiser, et la place tout &#224; fait secondaire qu'on daigne lui accorder. Seul l'honn&#234;te Geoffrey Batchen (lui-m&#234;me Australien, venant d'un pays regard&#233; avec une certaine condescendance par nos savants europ&#233;ens) osera enfin, en 2023, 26 ans apr&#232;s son livre sur l'invention de la photographie, &#233;crire, dans le catalogue &lt;i&gt;Mondes photographiques, histoires des d&#233;buts&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;&#171; [d]ans cette version de l'histoire de la photographie, l'Europe est le centre, et le reste du monde devient une simple p&#233;riph&#233;rie [&#8230;] une telle histoire nous contraint &#224; reproduire le r&#233;cit familier de la domination occidentale et de la d&#233;pendance coloniale &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Batchen 2003, p. 23.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sergio Burgi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sergio Burgi, &#171; De Florence &#224; Flusser. L'invention de la photographie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d'ailleurs compar&#233; la situation de Florence &#224; celle d'une autre figure br&#233;silienne de la photographie, le philosophe Vil&#233;m Flusser (1920-1991), arriv&#233; lui aussi au Br&#233;sil &#224; 20 ans et qui, lui aussi, eut (et a toujours) un certain mal &#224; s'imposer face au m&#233;pris du paysage intellectuel europ&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Lenot 2025.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, s'il reste un des inventeurs m&#233;connus de la chose photographie, Hercule Florence, r&#233;v&#233;lateur ultime de l'europ&#233;ocentrisme de nos historiens de la photographie, passera au moins dans l'histoire comme l'inventeur du mot photographie. Une maigre revanche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie les Instituts Hercule Florence et Moreira Salles &#224; S&#227;o Paulo et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1997, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Retranscrit dans Raimondi 2017, p. 145-165. Une version l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente (compl&#233;t&#233;e en 1837) est dans Florence H. 2015 p. 30-47 de la transcription (p. 42-79 du manuscrit). &#201;tant lusophone, je me suis efforc&#233; de toujours citer les sources primaires plut&#244;t que, comme tant d'autres, des sources secondaires traduisant les originaux. La connaissance des langues du Sud est aussi une condition n&#233;cessaire pour pouvoir d&#233;monter le discours colonial de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception d'un article de Philippe Vuaillat, directeur de la soci&#233;t&#233; d'ing&#233;nierie Egis au Br&#233;sil, dans les &lt;i&gt;Cahiers de la m&#233;diologie (M&#233;dium) &lt;/i&gt; dirig&#233;s par R&#233;gis Debray en 2013 (1/n&#186; 34).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence H. 2015, p. 103 (p. 178 du manuscrit).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Livre d'annotations et de premiers mat&#233;riaux, pages 130 et 131v&#186;, source primaire, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 146. J'ai parfois modernis&#233; l'orthographe de Florence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 131v&#186;-132v&#186;, cit&#233; dans Kossoy 2016 p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 142, cit&#233; dans Kossoy 2016, p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Schiavinatto 2017 et Leenhardt 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kossoy 2016, p. 197-199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#225;rcia de Almeida Rizzutto, &lt;i&gt;&#171; Les &#8216;'&#233;preuves photographiques'' de Hercule Florence : une analyse physico-chimique &#187;&lt;/i&gt;, dans Raimondi 2017, p. 101-119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didi-Huberman 1990. Je remercie Sara Millot d'avoir attir&#233; mon attention sur ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1993, p. 22. Ma traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcrit dans Raimondi 2017, p. 146-164. Par commodit&#233;, dans ce chapitre, les r&#233;f&#233;rences &#224; la source primaire seront abr&#233;g&#233;es, avec seulement le num&#233;ro du feuillet et la r&#233;f&#233;rence au num&#233;ro de page dans la source secondaire Raimondi 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence, Le Nouveau Robinson, 1835, f. 4227 : source primaire, transcrite dans la source secondaire, Raimondi 2017, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;f. 5052, Raimondi 2017 p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduit dans Kossoy 2016, p.111-114. Source primaire : &lt; &lt;a href=&#034;https://memoria.bn.gov.br/DocReader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=11220&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://memoria.bn.gov.br/DocReader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=11220&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oliveira 2005, p. 13. Ma traduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raimondi 2017, p. 361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma traduction de ce passage depuis la source primaire &lt;i&gt;Jornal do Comercio&lt;/i&gt; du 29 d&#233;cembre 1839, page 1, colonne 2, &lt; &lt;a href=&#034;https://memoria.bn.gov.br/docreader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=12109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://memoria.bn.gov.br/docreader/DocReader.aspx?bib=364568_02&amp;pagfis=12109&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, colonne 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Feuillets 4012-4029 de la source primaire, retranscrits dans la source secondaire, Raimondi 2017, p. 62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kossoy 2016 p. 287-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Linda Fregni Nagler, &lt;i&gt;&#171; Du dessin &#224; la Photographie. La main de l'artiste, la lumi&#232;re et la contemplation du ciel. Un &#233;cho du tropique du Capricorne &#187;&lt;/i&gt;, dans Raimondi 2017, p.49-83, citation p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Kossoy 1989 et Morand 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 1997, p. 44-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Gunthert et Michel Poivert, &lt;i&gt;L'art de la photographie&lt;/i&gt;, Paris : Citadelles Mazenod, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Brunet, &lt;i&gt;La naissance de l'id&#233;e de photographie&lt;/i&gt;, Paris : Presses Universitaires de France, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir Kossoy 2005 et Luret 2005 a &amp; b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Raimondi 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt; &lt;a href=&#034;https://gulbenkian.pt/paris/agenda/boris-kossoy/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gulbenkian.pt/paris/agenda/boris-kossoy/&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luret 2005b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre au Major Charles Auguste Taunay, septembre 1862, cit&#233;e dans Kossoy 2016, p.292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luret 2005a.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;bid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morand 1989, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Batchen 2003, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sergio Burgi, &lt;i&gt;&#171; De Florence &#224; Flusser. L'invention de la photographie et la r&#233;flexion critique sur son influence et sa pr&#233;sence dans les arts visuels et la culture contemporaine &#187;&lt;/i&gt; dans Raimondi 2017, p. 131-142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Lenot 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie les Instituts Hercule Florence et Moreira Salles &#224; S&#227;o Paulo et Rio de Janeiro pour leur soutien et leur aide dans cette recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie Hercule Florence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BASSOLE, JEAN-YVES&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, &#171; &#934;&#969;&#964;&#959;&#947;&#949;&#957;&#942;&#962; / &#966;&#969;&#964;&#959;&#947;&#972;&#957;&#959;&#962; &#8211; photog&#233;nique / photog&#232;ne. Les aventures scientifiques de deux termes th&#233;ologiques &#187;. Contribution au colloque &#171; ELETO- 9th Conference &#8216;'Hellenic language and terminology'' &#187;. Ath&#232;nes, 7 au 9 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
BATCHEN, GEOFFREY&lt;br class='autobr' /&gt;
1993. &#171; The naming of Photography : A mass of metaphor &#187;, History of Photography, 17, n&#186;1, printemps, p. 22-32.&lt;br class='autobr' /&gt;
1997. Burning with desire : the conception of photography. Cambridge (Mass.) : the MIT Press.&lt;br class='autobr' /&gt;
2023. &#171; Nouvelles origines &#187;, dans Christine Barthe et Annabelle Lacour (dir.), Mondes photographiques, histoire des d&#233;buts. Paris / Arles : Mus&#233;e du Quai Branly-Jacques Chirac / Actes Sud, p. 23-29.&lt;br class='autobr' /&gt;
BRIZUELA, NATALIA&lt;br class='autobr' /&gt;
2014. &#171; Light Writing in the Tropics : The Story of Hercule Florence &#187;, Aperture, n&#186; 215, &#233;t&#233;, &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.aperture.org/article/2014/02/02/light-writing-in-the-tropics&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.aperture.org/article/2014/02/02/light-writing-in-the-tropics&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
DIDI-HUBERMAN, GEORGES&lt;br class='autobr' /&gt;
1990. &#171; Celui qui inventa le verbe &#8220;Photographier'' &#187;, Antigone, Revue litt&#233;raire de photographie, n&#186;14, p. 23-32. Repris dans Phasmes. Essais sur l'Apparition, I, Paris : Minuit, 1998, p. 49-56. &lt;br class='autobr' /&gt;
FLORENCE, HERCULE&lt;br class='autobr' /&gt;
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FLORENCE, LEILA (dir.)&lt;br class='autobr' /&gt;
2009. Hercule Florence e o Brasil. O Percurso de um artista-inventor, cat. exp. (Pinacoteca do Estado de S&#227;o Paulo, 12 d&#233;cembre 2009 &#8211; 14 mars 2010). S&#227;o Paulo : Pinacoteca do Estado de S&#227;o Paulo.&lt;br class='autobr' /&gt;
KOSSOY, BORIS&lt;br class='autobr' /&gt;
1977a. &#171; Hercules Florence, pioneer of photography in Brasil &#187;, Image, vol. 20, n&#186; 1, mars, p. 12-21, &lt; &lt;a href=&#034;https://etnolinguistica.wdfiles.com/local--files/biblio%3Akossoy-1977-florence/kossoy_1977_hercules_florence.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://etnolinguistica.wdfiles.com/local--files/biblio%3Akossoy-1977-florence/kossoy_1977_hercules_florence.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
1977b Hercules Florence : A descorberta isolada da fotografia no Brasil, S&#226;o Paulo, Faculdade de Comunica&#231;&#227;o Social Anhembi.&lt;br class='autobr' /&gt;
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1989. &#171; Hercule Florence, l'inventeur en exil &#187;, dans Pierre Bonhomme (dir.), Les Multiples Inventions de la Photographie. Paris : Mission du Patrimoine photographique, p. 73-78.&lt;br class='autobr' /&gt;
2005, &#171; Hercule Florence : l'imaginaire voyage de retour &#187;. Contribution au Colloque Hercule Florence. Nice, Th&#233;&#226;tre de la Photographie et de l'image, 4 novembre, &lt; &lt;a href=&#034;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/hercule_florence_limaginaire_voyage.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://boriskossoy.com.br/wp-content/uploads/2014/11/hercule_florence_limaginaire_voyage.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 25 mai 2024). &#201;galement, un texte tr&#232;s l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent : &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F2.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F2.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
2016. Hercule Florence. La d&#233;couverte isol&#233;e de la photographie au Br&#233;sil. Paris : L'Harmattan [expansion et traduction de Kossoy 1977b].&lt;br class='autobr' /&gt;
LEENHARDT, JACQUES&lt;br class='autobr' /&gt;
2018 &#171; Hercule Florence (1804-1879), peintre explorateur au Br&#233;sil &#187; Paradis Perdus. S&#233;minaire du 4 d&#233;cembre 2018, &lt; &lt;a href=&#034;https://paradisperdus.hypotheses.org/1716&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://paradisperdus.hypotheses.org/1716&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 12 septembre 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
LENOT, MARC&lt;br class='autobr' /&gt;
2025 &#171; &#8216;Hercule Florence : un photographe avant l'appareil' Un In&#233;dit de Vil&#233;m Flusser ? &#187;, Flusser Studies n&#170;40, &#224; para&#238;tre (Novembre 2025).&lt;br class='autobr' /&gt;
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2005b. Discussion avec Patrick Roegiers et Boris Kossoy lors du Colloque Hercule Florence &#224; Nice le 4 novembre 2005, &lt; &lt;a href=&#034;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F3.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.tpi-nice.org%2Fcolloque%2F3.htm#federation=archive.wikiwix.com&amp;tab=url&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 26 mai 2024) &lt;br class='autobr' /&gt;
MONTEIRO, ROSANNA HORIO&lt;br class='autobr' /&gt;
2004. &#171; Brasil 1833 : A descoberta da fotografia revisitada &#187;. Visualidades, v&#186; 2, n&#186; 1, p. 106-127, &lt; &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.5216/vis.v2i1.17891&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.5216/vis.v2i1.17891&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
MORAND, SYLVAIN&lt;br class='autobr' /&gt;
1989. &#171; 1839 : Hasard ou D&#233;terminisme in&#233;luctable ? &#187;, dans Pierre Bonhomme (dir.), Les Multiples Inventions de la Photographie. Paris : Mission du Patrimoine photographique, p. 53-56.&lt;br class='autobr' /&gt;
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RAIMONDI, CRISTIANO (dir.)&lt;br class='autobr' /&gt;
2017. Hercule Florence. Le Nouveau Robinson, cat. exp. (Nouveau Mus&#233;e National de Monaco, 17 mars &#8211; 11 juin 2017). Milan / Monaco : Humboldt Books / Nouveau Mus&#233;e National de Monaco.&lt;br class='autobr' /&gt;
SCHIAVINATTO, IARA LIS &lt;br class='autobr' /&gt;
2017 &#171; Apontamentos para uma breve hist&#243;ria intelectual do fotogr&#225;fico : sobre Hercule Florence &#187;, Atlante. Revue d'&#201;tudes Romanes, 7, 2017, p. 408-431, &lt; &lt;a href=&#034;https://atlante.univ-lille.fr/data/images/_articles/ATLANTE_7_21.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://atlante.univ-lille.fr/data/images/_articles/ATLANTE_7_21.pdf&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 12 septembre 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
WANDERLEY, ANDREA T.&lt;br class='autobr' /&gt;
2015. &#171; Florence, autor do mais antigo registro fotogr&#225;fico existente nas Am&#233;ricas &#187;. Texte modifi&#233; en 2020 et 2024. Site Brasiliana Fotografica : &lt; &lt;a href=&#034;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=1243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=1243&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
2018. &#171; O Franc&#234;s Hercule Florence (1804-1879), inventor de um dos primeiros m&#233;todos de fotografia do mundo &#187;. Texte modifi&#233; en 2023 et 2024. Site Brasiliana Fotografica, &lt; &lt;a href=&#034;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=10341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://brasilianafotografica.bn.gov.br/?p=10341&lt;/a&gt; &gt; (consult&#233; le 24 mai 2024).&lt;br class='autobr' /&gt;
COLLOQUE de l'INSTITUT HERCULE FLORENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
23 et 24 mai 2023, &#224; S&#227;o Paulo, &lt; &lt;a href=&#034;https://ihf19.org.br/190-anos/pt-br/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ihf19.org.br/190-anos/pt-br/&lt;/a&gt; &gt; [principalement les pr&#233;sentations de Iara Schiavinatto, de Maria Inez Turazzi &#224; partir de 33' sur l'exposition au Quai Branly, de Livia Melzi et bien s&#251;r de Boris Kossoy].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nostalghia </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Nostalghia</link>
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		<dc:date>2023-05-05T10:38:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Lenot</dc:creator>


		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Andre&#239; Tarkovski est venu en Italie, d'abord en 1979 pour &#233;crire le sc&#233;nario de son film &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; avec son ami Tonino Guerra, puis en 1980 pour rep&#233;rer les lieux et enfin en 1982 pour tourner ce film. Il ne sait pas encore qu'apr&#232;s ce tournage il ne retournera plus dans son pays et vivra en exil, las des tourments que lui a inflig&#233;s la bureaucratie sovi&#233;tique ; il ne sait pas non plus que ce sera son avant-dernier film, et que, dans cinq ans, il sera mort.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton2271-196cd.jpg?1772261793' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Andre&#239; Tarkovski est venu en Italie, d'abord en 1979 pour &#233;crire le sc&#233;nario de son film &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; avec son ami Tonino Guerra, puis en 1980 pour rep&#233;rer les lieux et enfin en 1982 pour tourner ce film. Il ne sait pas encore qu'apr&#232;s ce tournage il ne retournera plus dans son pays et vivra en exil, las des tourments que lui a inflig&#233;s la bureaucratie sovi&#233;tique ; il ne sait pas non plus que ce sera son avant-dernier film, et que, dans cinq ans, il sera mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_19395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L484xH677/1-31-e6929.jpg?1682421865' width='484' height='677' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski filmant Nostalghia dans l'&#233;glise San Pietro &#224; Tuscania devant une reproduction de la Madonna del Parto, 1982, D.R.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En Italie, il aurait voulu prier, mais il &#233;tait incapable de prier devant les Vierges occidentales, aussi belles soient-elles. Il l'avait ressenti &#224; maintes reprises quand il parcourait le pays pour choisir les sc&#232;nes du tournage de &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia :&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; il voyageait avec Tonino Guerra et son &#233;pouse russe Laura (Eleonora) Kreindlina dont Tonino &#233;tait tomb&#233; amoureux lors d'un voyage &#224; Moscou, et avec le producteur Franco Terilli. Ils sillonnaient l'Italie des Pouilles &#224; la Toscane, cherchant des lieux pouvant correspondre &#224; l'id&#233;e encore vague qu'ils avaient de ce film, et lui pensait : &#171; Des endroits &#224; vous couper le souffle, &#233;blouissants. Mais je n'arrive plus &#224; engranger tout cela. Ma perception est &#233;mouss&#233;e &#187; ; ou, comme il le fera dire &#224; son double Gorchakov dans le film &#171; des beaut&#233;s &#233;c&#339;urantes &#187;. Guerra lui disait : &#171; Tu dois d&#233;vorer ce pays, jeter ensuite tout ce qui te semble superflu et accoucher d'un nouveau monde. &#187; Mais sans prier, il n'y arrivait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1980, ils &#233;taient &#224; Loreto, o&#249; se trouve la Sainte Maison de la Vierge, miraculeusement transport&#233;e l&#224; depuis &#201;ph&#232;se. Il aurait aim&#233; y prier, mais il n'y parvenait pas, ce lieu catholique lui &#233;tait trop &#233;tranger, ces Vierges &#233;taient trop &#233;loign&#233;es des siennes. Les Russes, pensait-il, ont un rapport singulier &#224; la Madone, qu'ils appellent le plus souvent Theotokos, la M&#232;re de Dieu. Marie est tr&#232;s pr&#233;sente dans leur liturgie, dans leurs pri&#232;res, et elle est beaucoup plus visible chez eux, les orthodoxes, que dans l'Eglise catholique. Bien que n'acceptant pas le dogme romain de l'Immacul&#233;e Conception, les Russes glorifient la Vierge Marie, sup&#233;rieure &#224; toute cr&#233;ature terrestre ou c&#233;leste, dans une exaltation sans limites. Aucun Russe ne peut &#234;tre indiff&#233;rent &#224; Marie. M&#234;me le jeune Pouchkine, dans sa pochade de la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Gabri&#233;liade,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; t&#233;moignait, au-del&#224; de sa radicalit&#233; et de son irr&#233;v&#233;rence, d'une forme de foi et d'affection, pensait Andre&#239;. Et il voyait les Madones occidentales comme tellement &#233;loign&#233;es de sa foi, il se sentait incapable de les prier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allant de Loreto &#224; Anc&#244;ne, ils firent halte dans un village de p&#234;cheurs nomm&#233; Porto Novo et voulurent y visiter une petite &#233;glise du XIe si&#232;cle sur un rocher en bord de mer, Santa Maria. Pour les laisser entrer, le gardien devait demander l'autorisation &#224; la patronne de l'&#233;glise, la marquise Fumasoni Biondi, &#224; qui il fallut t&#233;l&#233;phoner &#224; Milan. D&#232;s que Tonino lui eut dit que Tarkovski &#233;tait l'un d'eux, elle s'exclama : &#171; Le r&#233;alisateur d'&lt;strong&gt;Andre&#239; Roublev&lt;/strong&gt; ! Mais c'est un honneur de l'accueillir &#187;. Andre&#239; se souvenait que les moines de l'abbaye de Sant'Antimo, l'&#233;t&#233; pr&#233;c&#233;dent, avaient entonn&#233; des chants gr&#233;goriens en son honneur quand ils avaient appris qu'il &#233;tait l'auteur de &lt;strong&gt;Roublev.&lt;/strong&gt; Il entra avec Tonino, Laura et Franco dans une &#233;glise aux murs blancs d&#233;pourvus de tout ornement, except&#233;, droit devant eux, au-dessus de l'autel, une ic&#244;ne orthodoxe de la M&#232;re de Dieu, une copie de la &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vierge de Vladimir,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; sainte protectrice de la Russie. Andre&#239; &#233;tait boulevers&#233;, bl&#234;me, comme transfigur&#233; : il demanda &#224; ses amis de le laisser l&#224; seul pour un quart d'heure. Il pouvait enfin prier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tonino rappela la marquise qui lui raconta que cette ic&#244;ne avait &#233;t&#233; command&#233;e en 1936 par son p&#232;re pour l'&#233;glise, &#224; l'exclusion de tout autre ornement. Le peintre se nommait Gregory Pavlovich Maltzeff, un Russe n&#233; en 1881, venu en Italie en 1914 comme Prix de Rome de l'Acad&#233;mie imp&#233;riale des Arts de Saint-P&#233;tersbourg, et rest&#233; l&#224; du fait de la guerre et de la R&#233;volution d'Octobre ; les Italiens le surnommaient Pittorusso. Il ne put jamais rentrer en Russie et mourut &#224; Spoleto en 1953.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tonino et Andre&#239; &#233;taient alors en train de travailler sur le sc&#233;nario de &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; avec encore beaucoup d'incertitudes : quelle devait &#234;tre la profession du personnage de Gorchakov ? pourquoi &#233;tait-il venu en Italie ? Mais ils savaient d&#233;j&#224; que ce serait un film sur l'exil et la nostalgie du pays natal, celle d'Andre&#239;, celle de Gorchakov, et celle du personnage que celui-ci serait venu &#233;tudier : avoir son corps en Italie et son c&#339;ur en Russie. Maltzeff aurait-il fait un bon caract&#232;re ? Filmer dans cette &#233;glise aurait pu &#234;tre une excellente solution, avec les murs blancs, l'ic&#244;ne et la mer, mais l'histoire de Maltzeff &#233;tait trop r&#233;cente, trop politique aussi, Andre&#239; aurait sans doute des probl&#232;mes avec le Goskino, l'organisme sovi&#233;tique qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore suppos&#233; cofinancer son film avec la RAI italienne. Ils en parl&#232;rent longuement et finalement renonc&#232;rent, revenant &#224; leur id&#233;e initiale, celle d'un musicien du XVIIIe si&#232;cle, qu'ils appelleraient Pavel Sosnovski, inspir&#233; par le compositeur russe Maxime Berezovski, un musicien serf, qui, &#224; 24 ans, en 1769, fut envoy&#233; &#224; Bologne pour &#233;tudier &#224; l'Acad&#233;mie Philharmonique. Sa nostalgie de la Russie fut telle qu'en 1775 il pr&#233;f&#233;ra retourner en Russie et reprendre volontairement sa condition de serf avant de se suicider deux ans plus tard. Berezovski / Sosnovski &#233;tait all&#233; aux thermes de Bagno Vignoni et c'est autour de ces thermes, qui leur plaisaient beaucoup pour leur potentiel dramatique, qu'il allait filmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son voyage suivant, &#224; peine arriv&#233; en Italie (sans retour, mais il ne le savait pas encore), Tarkovski revint, en mars 1982, &#224; Porto Novo pour prier de nouveau la &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vierge de Vladimir.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il &#233;crivit alors dans son journal : &#171; &#199;a m'a fait grand bien. Vierge pure, viens-nous en aide ! Comme j'ai pri&#233; aujourd'hui, de toutes mes forces ! &#187; Par hasard, quelques semaines plus tard, il entra dans la cath&#233;drale pr&#232;s de la Piazza Navona &#224; Rome pour m&#233;diter. Il regarda de plus pr&#232;s l'ic&#244;ne pos&#233;e sur l'autel et d&#233;couvrit qu'elle &#233;tait aussi de style byzantin : c'&#233;tait une autre ic&#244;ne ancienne, la M&#232;re de Dieu avec l'Enfant. Il pria de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andre&#239; et la Madonna del Parto&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_19401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;93&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH526/2-35-c6423.jpg?1682421865' width='500' height='526' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Piero della Francesca
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Madonna del Parto, vers 1460, fresque, 260x203cm, Mus&#233;e de Monterchi.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors de son premier voyage, pendant l'&#233;t&#233; 1979, Tonino lui avait montr&#233; dans un livre une reproduction de la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; de Piero della Francesca dans la petite &#233;glise de Monterchi, aux confins de la Toscane et de l'Ombrie, en lui faisant remarquer que toute reproduction, comme toute traduction, &#233;tait une trahison. De plus, dans ce livre assez ancien, le baldaquin &#233;tait surmont&#233; d'un d&#244;me rouge peint par le restaurateur en 1910, et qui avait &#233;t&#233; &#244;t&#233; en 1956. &#171; Tu verras, lui dit Tonino, les murs veulent engloutir la fresque &#187;. Quand Andre&#239; &#233;tait ensuite all&#233; la voir &#224; Monterchi, avant d'entrer, il &#233;tait d'abord longtemps rest&#233; dans l'entre-deux, entre ombre de la chapelle et lumi&#232;re dehors. Il &#233;tait de biais sur le seuil, les bras crois&#233;s, le menton reposant sur sa main gauche, triturant sa moustache, regardant la Madone &#233;merger de l'obscurit&#233;. Il y avait dans la chapelle deux jeunes filles du village en pri&#232;re, des jumelles enceintes, belles comme deux anges vivants. Il pensa &#224; sa femme Larissa, rest&#233;e &#224; Moscou et, pour la premi&#232;re fois, il r&#233;ussit &#224; prier devant une Vierge occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les orthodoxes ne repr&#233;sentent pas la Vierge enceinte d'une mani&#232;re si r&#233;aliste : leur ic&#244;ne habituelle est la Platytera, une Madone orante assez hi&#233;ratique sur le ventre de laquelle se trouve un m&#233;daillon, circulaire ou en mandorle, dans lequel appara&#238;t l'Enfant J&#233;sus d&#233;j&#224; form&#233;. Leur &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Orante d'Iaroslavl,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; aussi appel&#233;e &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Notre-Dame du Signe,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; en est l'exemple le plus fameux. Plus rarement, on peut voir l'Enfant en transparence dans le ventre de sa M&#232;re. Mais l'art religieux orthodoxe est soumis &#224; des r&#232;gles formelles bien plus strictes qu'en Occident, et jamais un peintre russe n'aurait os&#233; repr&#233;senter la Vierge de mani&#232;re r&#233;aliste comme Piero l'avait fait. Et c'est aussi pour cela qu'Andre&#239; fut boulevers&#233;. La composition quasi sym&#233;trique de cette fresque, son fond abstrait &#224; motifs rectangulaires repr&#233;sentant la doublure du dais, la Madone imposante, les deux anges en miroir issus du m&#234;me carton, tout cela l'associait &#224; ses yeux aux famili&#232;res ic&#244;nes byzantines. Et, tout comme les ic&#244;nes orthodoxes, cette fresque avait &#233;t&#233; v&#233;n&#233;r&#233;e, bais&#233;e, touch&#233;e par les fid&#232;les pendant plusieurs si&#232;cles avant que les Beaux-Arts ne la prot&#232;gent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andre&#239; apprit que Piero &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; le jour m&#234;me o&#249; Christophe Colomb avait pos&#233; le pied sur l'&#238;le de Guanahani : la mort de Piero, c'est aussi le moment, pensait-il, o&#249; l'homme de la Renaissance, l'homme europ&#233;en, perdit sa place au centre du monde (et vingt ans plus tard, &#233;crivant en secret son &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Commentariolus,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; Copernic fit perdre &#224; ce monde-l&#224; sa place au centre de l'univers, une deuxi&#232;me rupture, se disait-il). D'autres histoires le touch&#232;rent : que Piero n'&#233;tait encore qu'un enfant lorsque Roublev mourut ; que l'&#233;glise o&#249; se trouvait la fresque ait &#233;t&#233; endommag&#233;e lors de deux tremblements de terre, en 1789 et en 1917, deux dates charg&#233;es d'histoire ; et que, il y a quelques ann&#233;es, les femmes de Monterchi se r&#233;volt&#232;rent quand on voulut transporter la fresque dans un mus&#233;e. Cette fresque n'&#233;tait pas seulement une &#339;uvre d'art, c'&#233;tait un objet de d&#233;votion pour ces femmes, et, plus profond&#233;ment, un lien avec un pass&#233; archa&#239;que, avec les myst&#232;res universels de la conception et de la procr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il savait que son compatriote Marc Chagall &#233;tait venu l&#224; en 1954 lors de son voyage en Toscane avec l'historien d'art Roberto Papini. Surpris, Chagall avait interrog&#233; Papini sur la proximit&#233; de la fresque et du cimeti&#232;re o&#249; la m&#232;re de Piero aurait &#233;t&#233; enterr&#233;e (un contresens historique : le cimeti&#232;re date de 1785 et la m&#232;re de Piero est enterr&#233;e &#224; Borgo Sansepolcro), et avait dit : &#171; Alors je comprends. C'est la vie qui va na&#238;tre du ventre maternel, dans le lieu m&#234;me de la mort ; c'est une id&#233;e de g&#233;nie ! &#187; Chagall dit aussi qu'il aimait la composition spatiale de la peinture, sa sym&#233;trie, l'&#233;quilibre des couleurs des deux anges, l'&#233;cho de la robe gonfl&#233;e et des bords incurv&#233;s du baldaquin ; les lignes qui s'&#233;cartent, les formes qui augmentent de volume, ce n'&#233;tait pas un hasard &#224; ses yeux. Il qualifia la fresque de &#171; m&#233;lange de symbole et de r&#233;alit&#233; faisant partie d'un seul immense myst&#232;re &#187; et ajouta : &#171; J'admire beaucoup de peintres, mais les seuls qui me font peur sont C&#233;zanne et Piero. Oui, peur avec un long frisson courant le long de la colonne vert&#233;brale. Une peur du myst&#232;re de la cr&#233;ation. &#187; C'est d'autant plus &#233;mouvant, pensait Andre&#239;, que, en exil &#224; Paris entre 1910 et 1914, tourment&#233; lui aussi par la nostalgie de sa lointaine Russie, loin de son amoureuse Bella Rosenfeld (qui, en 1916, accouchera de leur fille Ida), Chagall avait peint en 1913 une femme enceinte, grandeur nature. C'&#233;tait pratiquement la premi&#232;re fois depuis Piero qu'un grand peintre repr&#233;sentait une femme enceinte : depuis la Renaissance, la corpor&#233;it&#233; n'&#233;tant plus de mise, montrer une femme enceinte &#233;tait devenu de mauvais go&#251;t pour les artistes. &#201;tant Juif, Chagall ne la qualifia pas de Madone, mais elle avait tous les attributs de la Platytera : un m&#233;daillon ovale sur le ventre, avec l'enfant visible, qu'elle montrait du doigt.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;108&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L442xH740/3-40-f51eb.jpg?1682421865' width='442' height='740' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marc Chagall
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La Femme enceinte (Maternit&#233;), 1913, huile sur toile, 193x116cm, Stedelijk Museum, Amsterdam.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pensant &#224; ce lien imaginaire entre fresque, m&#232;re et cimeti&#232;re, Andre&#239; se souvint d'un de ses nombreux projets de films non aboutis : un homme cherche la s&#233;pulture de sa m&#232;re dans les cimeti&#232;res o&#249; elle aurait pu &#234;tre enterr&#233;e ; il a dans son camion une pierre tombale au nom de sa m&#232;re qu'il veut d&#233;poser sur la tombe. Il ne trouve pas la tombe et, abandonnant sa qu&#234;te, laisse la pierre tombale dans le premier cimeti&#232;re sur sa route, et il se persuade lui-m&#234;me que sa m&#232;re est enterr&#233;e l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andre&#239; savait que, quinze ans avant lui, Pasolini dans son &lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#201;vangile selon saint Mathieu&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; s'&#233;tait inspir&#233; de Piero. Leur approche r&#233;aliste, naturelle, &#233;tait similaire. Pasolini avait dit que la Vierge devait &#234;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; une jeune fille juive, brune, vraiment du peuple ; comme des milliers d'autres, elle a une robe d&#233;color&#233;e, son destin n'&#233;tant rien d'autre que de vivre humblement. Cependant, il y a quelque chose de royal en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il avait ajout&#233; que ce devait &#234;tre une &#171; r&#233;f&#233;rence r&#233;aliste, simple, id&#233;alis&#233;e, comme celle du h&#233;ros d'un roman populaire dans le sens de Gramsci &#187;. Tonino Guerra informa aussi Andre&#239; qu'en 1972 Valerio Zurlini avait montr&#233; une reproduction de la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; dans son film &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le Professeur&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; (ou, pour respecter le titre italien, &lt;i&gt; &lt;strong&gt;La premi&#232;re nuit de tranquillit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;), o&#249;, de ce que lui conta Tonino, elle &#233;tait surtout l'artifice par lequel le professeur, jou&#233; par Alain Delon, s&#233;duisait une de ses &#233;l&#232;ves. Andre&#239; ne ressentit pas la n&#233;cessit&#233; de voir ce film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 ao&#251;t 1979, Andre&#239; filma la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; notant dans son &lt;strong&gt;Journal :&lt;/strong&gt; &#171; Aucune reproduction ne peut rendre sa beaut&#233;. &#187; Mais la chapelle n'&#233;tait gu&#232;re adapt&#233;e au tournage : trop petite, d'un seul tenant, alors qu'il voulait un lieu plus complexe o&#249; la cam&#233;ra puisse changer de point de vue et o&#249; on puisse avoir des sc&#232;nes avec une vingtaine de figurants. Il fallait trouver un autre lieu et y reproduire la fresque. On lui indiqua la crypte de l'&#233;glise San Pietro &#224; Tuscania, dans la province de Viterbe, &#224; 200 kilom&#232;tres de Monterchi ; c'&#233;tait une crypte du XIIe si&#232;cle, assez obscure. Sa superficie &#233;tait d'environ 90 m2, son architecture &#233;tait assez confuse, avec une for&#234;t sombre de colonnes prompte &#224; d&#233;sorienter le spectateur. Plusieurs films avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tourn&#233;s dans cette crypte, dont l'&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#201;vangile selon saint Mathieu&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; de Pasolini, ce qui lui parut de bon augure. Le directeur artistique du film, Andrea Crisanti, y fit peindre une r&#233;plique &#224; l'identique de la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela allait &#234;tre la premi&#232;re sc&#232;ne du film, apr&#232;s un g&#233;n&#233;rique onirique et brumeux. Andre&#239; voulait montrer des femmes enceintes venant prier la Madone de leur accorder une heureuse d&#233;livrance, un rite de fertilit&#233; mi-pa&#239;en, mi-chr&#233;tien. Il allait placer Eugenia, l'interpr&#232;te, en marge de cette d&#233;votion, une Eugenia &#233;voquant Marie, certes plus sensuelle, plus lumineuse, mais ne priant pas ; il l'avait nomm&#233;e Eugenia car la f&#234;te de sa patronne, Eug&#233;nie de Rome, est, pour les orthodoxes, la veille de la naissance du Christ. Et son double, Gorchakov, serait encore plus en retrait, ne participant que de loin &#224; cette sc&#232;ne. Il voulait en faire une sc&#232;ne sur la maternit&#233;, mais aussi sur la foi et la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filmant cette sc&#232;ne, Andre&#239; pensait au po&#232;me &#171; Schau, unsre Tage sind so eng &#187; (Nos jours sont si &#233;troits) que Rainer Maria Rilke avait &#233;crit en mai 1898 &#224; Florence, o&#249; il s&#233;journait avec sa ma&#238;tresse Lou Andreas-Salom&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Marie, sois cl&#233;mente envers nous&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nous fleurissons de ton sang&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et toi seule peux savoir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Combien fait mal la nostalgie.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rilke &#233;tait-il all&#233; &#224; Monterchi ? se demandait Andre&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la f&#233;condit&#233; allait bien s&#251;r &#234;tre central dans cette sc&#232;ne du film : la Madone, les femmes qui prient, Maria &#233;pouse et m&#232;re laiss&#233;e au pays avec les enfants, et les d&#233;sirs rentr&#233;s de la malheureuse Eugenia, frustr&#233;e et pr&#234;te &#224; se mettre en m&#233;nage avec n'importe qui. De tous les films de Tarkovski, c'est &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; qui orchestre le th&#232;me de la maternit&#233; de la mani&#232;re la plus complexe et la plus nette. Le film est d&#233;di&#233; &#224; la m&#232;re de Tarkovski, Maria Vichniakova, d&#233;c&#233;d&#233;e le 5 octobre 1979, quasiment 520 ans apr&#232;s la mort de la m&#232;re de Piero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarkovski n'&#233;tait ni le premier ni le dernier &#224; mettre en relation le myst&#232;re de la conception d'un enfant et celui de la cr&#233;ation d'une &#339;uvre d'art, mais il voulait aussi inclure ici la dimension de l'exil, de la nostalgie du pays natal. Il voulait faire un film sur la nostalgie russe, cet &#233;tat d'&#226;me si particulier qui s'empare des Russes quand ils se retrouvent loin de leur pays, comme Sosniovki / Berznovski, comme Matzleff, comme Gorchakov et comme Tarkovski lui-m&#234;me. Il voulait montrer l'attachement fatidique qu'ont les Russes pour leurs racines, leur pass&#233;, leur culture, pour les lieux qui les ont vu na&#238;tre, leurs parents proches et leurs amis. Un attachement qu'ils gardent toute leur vie, quels que soient les horizons o&#249; le destin les entra&#238;ne. Les Russes s'adaptent difficilement aux nouveaux modes de vie, aux nouvelles mentalit&#233;s, toute l'histoire de l'&#233;migration russe en t&#233;moigne. Curieusement, c'est en &#233;crivant en novembre 1983 &#224; Iouri Andropov, Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral du Parti Communiste de l'URSS, pour tenter de faire cesser les tracasseries des bureaucrates sovi&#233;tiques contre lui qu'Andre&#239; Tarkovski l'exprima de la mani&#232;re la plus concise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Nostalghia&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; parle du mal du pays qu'&#233;prouve un homme se trouvant pour un certain temps &#224; l'&#233;tranger. En travaillant sur ce film j'ai essay&#233; d'y mettre tout l'amour que je porte &#224; mon pays. J'ai r&#233;ussi pour la premi&#232;re fois, il me semble, &#224; faire un film qui soit &#224; ce point le reflet de mes tourments personnels. J'esp&#232;re que le spectateur sovi&#233;tique appr&#233;ciera nos efforts pour lui faire ressentir la nostalgie pour la Russie, la difficult&#233; de cr&#233;er loin d'elle, pour lui transmettre ce sentiment sinc&#232;re d'une &#233;ternelle et sainte d&#233;pendance de la Patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de mani&#232;re plus large, il a aussi fait un film sur la nostalgie d'une pl&#233;nitude d'existence inatteignable. Le g&#233;nie russe est incompr&#233;hensible aux Occidentaux, pensait Andre&#239;. Le Russe reste chr&#233;tien, spirituel et fertile. L'Occidental, au contraire, est devenu spirituellement impuissant, h&#233;doniste et st&#233;rile ; il ne sait plus prier. Sa qu&#234;te de modernit&#233; et de bonheur lui a fait perdre ses valeurs chr&#233;tiennes, &#233;ternelles : Eugenia est sortie du monde des femmes en pri&#232;re, elle n'a plus acc&#232;s &#224; leur foi. L'&#339;uvre d'art a perdu son aura, a &#233;t&#233; r&#233;ifi&#233;e. La &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; est pour Andre&#239; un des derniers exemples d'une conjonction f&#233;conde entre aspiration esth&#233;tique et ferveur religieuse, qui dispara&#238;tra quand on en aura fait un objet purement mus&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nostalghia&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_19417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/4-40-948ec.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier plan du film, qui dure deux minutes et demie, est &#224; l'ext&#233;rieur, dans une brume &#233;paisse. Une Coccinelle Volkswagen conduite par Eugenia arrive sur une route cahoteuse, dans un voile de brouillard matinal qu'&#233;clairent les premiers rayons diffus du soleil levant. C'est un lieu d&#233;sert, avec de petits buissons ras et secs, des pierres grises, une barri&#232;re, un poteau &#233;lectrique. On pourrait presque croire que c'est un film en noir et blanc jusqu'au moment o&#249; s'allument les feux arri&#232;re rouges de la voiture qui freine. Une des premi&#232;res r&#233;pliques est d&#233;j&#224; nostalgique, Eugenia dit : &#171; Cette lumi&#232;re me rappelle l'automne &#224; Moscou. &#187; Elle a un peu plus de vingt ans, elle est grande et mince, sculpturale ; ses cheveux blonds en bataille flottent sur ses &#233;paules, ses seins sont lourds. Elle porte des habits amples et flottants, une longue houppelande de velours noir, une large robe claire, une &#233;charpe et un sac &#224; l'&#233;paule ; elle chancelle un peu sur ses talons hauts. Elle a conduit Gorchakov jusqu'ici car il voulait voir la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; L'&#233;glise est &#224; l'&#233;cart, noy&#233;e dans le brouillard. Eugenia se dirige vers elle, disant : &#171; Quand je l'ai vue pour la premi&#232;re fois, je me suis mise &#224; pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorchakov sort &#224; son tour de la voiture, il a environ quarante ans, un visage gris et fatigu&#233;, des pommettes saillantes, une m&#232;che blanche dans ses cheveux noirs. Il porte un manteau qu'il ne quittera pas de tout le film, comme un signe de son &#233;tat de voyageur permanent en exil. Il sort de la voiture &#224; contrec&#339;ur, mais il refuse d'aller voir la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; Dans le sc&#233;nario &#233;crit, il disait : &#171; Voil&#224; un mois que je suis en Italie. Et je n'en peux plus. Suffit. Une esp&#232;ce de semoule dans la t&#234;te, tout s'est m&#233;lang&#233;. Et le temps qui se m&#233;lange tout le temps. &#187; Dans le film il dit simplement, en italien : &#171; Je ne veux pas &#187;, puis en voix off en russe : &#171; J'en ai assez de toutes ces beaut&#233;s &#233;c&#339;urantes, je ne veux plus rien seulement pour moi. Assez ! &#187;. Il suit Eugenia &#224; distance, mais n'entrera pas dans l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plans suivants, qui durent six minutes et demie, sont &#224; l'int&#233;rieur de la chapelle. Dans cet espace restreint, au lieu d'une simple alternance de champs et contrechamps, Tarkovski a voulu d&#233;sorienter le spectateur en filmant dans diverses directions, de sorte qu'il soit impossible de comprendre l'architecture : l'abside avec la fresque de la Madonna n'est pas o&#249; on la croyait d'abord, l'entr&#233;e non plus. Il a film&#233; de cette mani&#232;re d&#233;concertante pour &#233;chapper &#224; une repr&#233;sentation rationnelle, perspectiviste, de l'endroit, et pour tenter de construire plut&#244;t une architecture mentale, une organisation mn&#233;monique, avec une pluralit&#233; des lieux et des temps : plus ou moins consciemment, il s'est inspir&#233; ici du lien entre th&#233;ologie et perspective qu'avait th&#233;oris&#233; le pr&#234;tre et philosophe russe Pavel Florenski.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5-33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/5-33-54956.jpg?1772190066' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, film, 121 minutes, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;nombre de la chapelle, obscure comme une caverne, on ne peut d'abord rien distinguer, sinon la scansion de l'espace par les colonnes. On entend le bruit des talons d'Eugenia, et on distingue dans les recoins des silhouettes sombres de femmes &#224; genoux en pri&#232;re, la plupart v&#234;tues de noir. Seule Eugenia est en cheveux, elle seule est debout et en mouvement, elle seule a des habits plus clairs. Les pri&#232;res des femmes sont d'abord quasi silencieuses, un murmure sourd.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/6-30-e5d6b.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'appara&#238;t dans la p&#233;nombre la fresque de la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; derri&#232;re des bougies en grand nombre et quelques fleurs blanches. Le sc&#233;nario disait : &#171; V&#234;tement bleu comme taillad&#233; par la blancheur de l'attache, tendu sur le ventre et sur lequel, comme pour couvrir une blessure, repose sa main. D'un geste inconscient, elle d&#233;fend Celui qui n'est pas encore n&#233;. Celui &#224; qui il est encore seulement &#233;chu de na&#238;tre. Elle va s'efforcer de cacher pendant trente-trois ans la terreur sans rem&#232;de que lui inspire cette catastrophe in&#233;vitable qui s'approche. Son regard exprime le d&#233;sespoir et une tendresse intangible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19419 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/7-27-b73b7.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le sacristain de l'&#233;glise va maintenant jouer le r&#244;le du r&#233;v&#233;lateur. On l'entend d'abord, hors champ, demander &#224; Eugenia (avec un fort accent toscan) : &#171; Voulez-vous aussi un enfant ou bien une gr&#226;ce pour ne pas en avoir ? &#187; Alors que toutes les femmes venant prier la Madone sont soit enceintes, soit d&#233;sireuses de l'&#234;tre, la modernit&#233;, la marginalit&#233; d'Eugenia ouvrent la possibilit&#233; d'un refus d'enfanter, d'une contraception, non point m&#233;dicale, mais par la gr&#226;ce divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je regardais seulement, r&#233;pond Eugenia, marquant sa distance, montrant qu'en cet instant elle ne voit la fresque que comme une &#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, r&#233;torque le sacristain, entrant dans le champ, un petit homme au visage intense, la non-participation n'est pas possible car elle met en danger la communaut&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Malheureusement, quand il y a quelqu'un de distrait, d'&#233;tranger &#224; cette invocation, il ne se passe rien.
&lt;br /&gt;&#8212; Que doit-il se passer ? demande Eugenia. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sacristain passe au tutoiement :
&lt;br /&gt;&#8212; Tout ce que tu veux, tout ce dont tu as besoin. Mais au moins, il faut que tu te mettes &#224; genoux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19420 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/8-25-cb750.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de foi, il faut respecter le rite ; c'est bien s&#251;r la fameuse injonction de Pascal : &#171; Mettez-vous &#224; genoux, &lt;strong&gt;priez&lt;/strong&gt; et implorez. Faites semblant de croire, et bient&#244;t &lt;strong&gt;vous croirez.&lt;/strong&gt; &#187; Eugenia, mal &#224; l'aise, h&#233;site, puis tente de s'agenouiller, vacille et renonce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'y arrive pas.
&lt;br /&gt;&#8212; Regarde les autres femmes.
&lt;br /&gt;&#8212; Elles ont l'habitude
&lt;br /&gt;&#8212; Non, elles ont la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans doute &#187; r&#233;pond Eugenia, vaincue : sa qu&#234;te du bonheur, son d&#233;sir amoureux doivent se confronter &#224; son incapacit&#233; de prier. Dans cette s&#233;quence, Tarkovski a tent&#233; de traduire l'&#233;cart qu'il percevait entre religiosit&#233; traditionnelle et modernit&#233;, et donc aussi la diff&#233;rence entre la Russie, o&#249; la foi restait vivace, et l'Occident, o&#249; elle d&#233;clinait, o&#249; on ne savait plus prier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19421 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/9-22-4b7d3.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors entre la procession solennelle des femmes, celles qui demandent avec tendresse et douleur la b&#233;n&#233;diction d'une conception future ou l'heureuse issue d'une grossesse en cours. Toutes couvertes de mantilles de dentelle blanches, le visage aust&#232;re et paisible. Elles tiennent des cierges, l'une a un pr&#233;sentoir de bougies sur sa t&#234;te, un homme porte un &#233;tendard processionnel, mais surtout, aid&#233;es de quelques hommes sombres, elles transportent une statue de la Vierge couronn&#233;e, orn&#233;e de colliers, avec des ex-voto &#233;pingl&#233;s &#224; sa robe et un arc de roses blanches autour d'elle. Le bruit sourd de leurs pas r&#233;sonne dans la chapelle ; elles d&#233;posent la statue devant la fresque et fl&#233;chissent les genoux. Une jeune fille, de l'&#226;ge de la Vierge de la fresque, vient s'agenouiller juste devant la statue, et toutes s'agenouillent et prient. Le sc&#233;nario avait aussi pr&#233;vu de montrer des femmes montant les marches &#224; genoux, rampant &#224; l'int&#233;rieur, les yeux &#233;carquill&#233;s dans l'attente d'un miracle, incapables de rassembler leurs forces, mais Tarkovski y a renonc&#233;, ne voulant pas exag&#233;rer le c&#244;t&#233; spectaculaire de la sc&#232;ne. Il a voulu qu'on retrouve l&#224; plusieurs signes &#233;voquant sa religion orthodoxe : les t&#234;tes voil&#233;es des femmes, l'espace vide de tout si&#232;ge, les pri&#232;res &#224; m&#234;me le sol, la danse des flammes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/10-36-95de5.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cam&#233;ra revient alors sur Eugenia, qui, h&#233;sitante, s'approche du sacristain et lui demande si elle peut lui poser une question, car elle ne comprend pas cette d&#233;votion populaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Selon vous, pourquoi les femmes prient-elles autant ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; moi, tu me demandes &#231;a ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois tant de femmes ici.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne suis que le sacristain, je ne sais pas ces choses.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous avez bien d&#251; vous poser des questions. Pourquoi les femmes sont-elles si d&#233;votes ?
&lt;br /&gt;&#8212; Tu devrais le savoir mieux que moi.
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis une femme, mais je n'ai jamais appris ces choses-l&#224;, je ne les comprends pas.
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis un homme simple. Mais, selon moi, une femme sert &#224; faire des enfants, &#224; les &#233;lever, avec patience et sacrifice.
&lt;br /&gt;&#8212; Elle ne sert qu'&#224; &#231;a ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je n'en sais rien.
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai compris. Je vous remercie, vous m'avez &#233;t&#233; tr&#232;s utile.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu m'as demand&#233; ce que j'en pensais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eugenia, irrit&#233;e, s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Toi, reprend-il, tu voudrais &#234;tre heureuse. Mais il y a des choses plus importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Andre&#239;, la qu&#234;te du bonheur n'est en effet qu'un artifice nous d&#233;tournant de notre vraie route : la qu&#234;te de la v&#233;rit&#233;, &#224; travers l'exp&#233;rience esth&#233;tique. Et le sacristain exprime ici ce que sont, pour lui, les valeurs et fonctions traditionnelles des femmes. Dans le film documentaire &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Un poeta nel cinema,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; de Donatella Baglivo, il d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi je tiens le plus, c'est que la femme demeure telle. La beaut&#233; de la femme est vraiment dans son essence, qui n'est pas diff&#233;rente, mais plut&#244;t oppos&#233;e, comme deux p&#244;les, &#224; celle de l'homme. Et maintenir cette essence propre est son devoir le plus important. Je n'ai jamais rien trouv&#233; d'attrayant &#224; une femme priv&#233;e de ses pr&#233;rogatives, y compris la faiblesse, la f&#233;minit&#233;, l'incarnation de l'amour dans ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon sa vision hyper-conservatrice de la f&#233;minit&#233;, le ressort naturel de la femme est la soumission, l'abn&#233;gation au nom de l'amour, alors que celui de l'homme est la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eugenia va sortir de la chapelle, le sacristain la retient : &#171; Attends &#187;. On entend alors les pri&#232;res des femmes, un chuchotement sonore, des invocations rauques sous les vo&#251;tes qui font na&#238;tre l'&#233;cho. Elles prient :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#232;re charitable, M&#232;re mis&#233;ricordieuse, M&#232;re de puret&#233;, M&#232;re joyeuse, M&#232;re g&#233;n&#233;reuse, M&#232;re tourment&#233;e, M&#232;re b&#233;ate, M&#232;re sanctifi&#233;e, M&#232;re douloureuse, M&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;e, M&#232;re inspir&#233;e, M&#232;re illumin&#233;e, M&#232;re de toutes les m&#232;res qui connaissent la douleur d'&#234;tre m&#232;re, M&#232;re de toutes les m&#232;res qui connaissent la joie d'&#234;tre m&#232;re, M&#232;re de toutes les filles qui connaissent la joie d'avoir des enfants, M&#232;re de toutes les filles qui connaissent la douleur d'avoir des enfants, aide les filles &#224; devenir m&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tonino et Andre&#239; avaient pr&#233;vu dans le sc&#233;nario un crescendo dramatique de cette pri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et d'un seul coup, apr&#232;s une courte pause, c'est toute leur haine, toute leur douleur et tout leur d&#233;sespoir qu'on sent jaillir &#224; l'ext&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Leurs voix brusques et br&#251;lantes auraient dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des fils ici, des fils l&#224;-bas, nous te rendons notre maternit&#233;. Madone de bont&#233;, Madone sans voix, s'il faut que nos enfants meurent sur la croix, nous te rendons notre maternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario continuait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et ce m&#234;me visage de la Madone, qui une minute encore auparavant vous inondait d'espoir, semble &#224; pr&#233;sent d&#233;form&#233; de souffrance, comme si la douleur et le d&#233;sespoir de ce ch&#339;ur s'y refl&#233;taient. Ou bien, peut-&#234;tre, son visage exprimait-il d&#233;j&#224; auparavant une douleur sans espoir, car elle connaissait le destin qui attendait son Fils, Celui qu'elle portait dans son sein, le d&#233;sespoir au c&#339;ur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais Tarkovski a finalement renonc&#233; &#224; inclure les invocations am&#232;res de ces femmes apeur&#233;es, accabl&#233;es, et il a pr&#233;f&#233;r&#233; tourner une sc&#232;ne plus sereine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/11-31-125a2.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La jeune fille agenouill&#233;e devant la statue d&#233;boutonne alors la robe de la Vierge, en &#233;cho &#224; la Madone ouvrant sa robe dans la fresque de Piero. Des m&#233;sanges p&#233;piantes, une centaine peut-&#234;tre, sortent du ventre de la statue et vol&#232;tent dans la chapelle. C'est un accouchement, une naissance joyeuse. La sc&#232;ne se conclut par une s&#233;rie de gros plans, sur les bougies, sur le visage transfigur&#233; d'Eugenia qui est pass&#233;e, &#224; son corps d&#233;fendant, de la simple contemplation d'une &#339;uvre d'art &#224; une participation passive &#224; un rite religieux, et enfin sur celui de la Madonna.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/12-25-a3070.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s, en gros plan aussi, le visage de Gorchakov &#224; l'ext&#233;rieur : c'est une s&#233;quence r&#234;v&#233;e, en s&#233;pia. Il voit au loin sa maison russe, sa datcha, maison-matrice, devant laquelle passe un ange ail&#233;, qui n'est autre qu'Eugenia. Pourquoi Gorchakov, qui d&#233;sirait tant voir la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; qui a fait ce long voyage depuis Rome, n'est-il pas entr&#233; dans la chapelle ? Beaut&#233;s &#233;c&#339;urantes, a-t-il dit, lassitude. Mais c'est aussi que ce culte de la Vierge, ces rites femelles sont sans doute trop puissants, trop archa&#239;ques pour qu'il puisse y assister sereinement. C'est un monde de femmes o&#249; il sent bien qu'il n'a pas sa place. Et, tout comme Tarkovski, Gorchakov h&#233;site entre tradition et modernit&#233;, incapable de trouver un &#233;quilibre entre la r&#233;alit&#233; du monde et son d&#233;sir d'harmonie. D'une mani&#232;re pr&#233;monitoire, son refus de ce monde de femmes annonce son rejet, plus tard dans le film, du d&#233;sir frustr&#233; d'Eugenia quand elle lui offrira son sein nu, son corps, et qu'il la d&#233;daignera. &#171; Tu ne t'int&#233;resses qu'aux Madones &#187;, lui criera-t-elle, furieuse. Gorchakov est fid&#232;le &#224; sa femme, Maria, rest&#233;e &#224; Moscou, dont il dira : &#171; Elle est belle comme la &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Madonna del Parto,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; mais plus sombre &#187; ; plus tard dans une autre s&#233;quence r&#234;v&#233;e, il verra son &#233;pouse couch&#233;e sur un lit, enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sc&#232;ne du film de Tarkovski, soulignant &#233;loquemment la difficult&#233; de prier et d'avoir la foi dans le monde d'aujourd'hui, est sans doute la seule &#339;uvre d'art moderne qui retrouve vraiment l'esprit de Piero della Francesca, la seule qui traduise en termes contemporains l'&#233;quilibre myst&#233;rieux entre mystique et d&#233;votion, entre adoration de l'Incarnation et pri&#232;re pour femme enceinte ou d&#233;sireuse de l'&#234;tre, que Piero avait si bien su rendre, en lien avec les mythes archa&#239;ques de la conception.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/14-23-4ef76.jpg?1683283380' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, 1983, captures d'&#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andre&#239; Tarkovski&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4 avril 1932 : naissance d'Andre&#239; Tarkovski &#224; Zavraji&#233; (URSS) &lt;br class='autobr' /&gt;
16 juillet au 17 septembre 1979 : premier s&#233;jour en Italie pour Nostalghia&lt;br class='autobr' /&gt;
11 avril au 3 ao&#251;t 1980 : second s&#233;jour en Italie pour Nostalghia&lt;br class='autobr' /&gt;
7 mars 1982 : arriv&#233;e en Italie pour le tournage de Nostalghia&lt;br class='autobr' /&gt;
19 mai 1983 : Nostalghia obtient le Grand Prix du cin&#233;ma de cr&#233;ation au Festival de Cannes (partag&#233; avec L'Argent de Robert Bresson)&lt;br class='autobr' /&gt;
10 juillet 1984 : Tarkovski annonce son refus de rentrer en URSS&lt;br class='autobr' /&gt;
29 d&#233;cembre 1986 : d&#233;c&#232;s de Tarkovski &#224; Neuilly-sur-Seine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bibliographie&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Andre&#239; Tarkovski, Nostalghia, DVD, Potemkine / agn&#232;s b. cin&#233;ma, 1983.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Andre&#239; Tarkovski &amp; Tonino Guerra, Tempo di Viaggio, DVD, Potemkine / agn&#232;s b. cin&#233;ma, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Andre&#239; Tarkovski, Journal 1970-1986, Philippe Rey, Paris, 2017 (traduit du russe).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Andre&#239; Tarkovski, &#338;uvres cin&#233;matographiques compl&#232;tes, tome II, Exils, Paris, 2011 (traduit du russe).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Donatella Baglivo, Un poeta nel cinema : Andreij Tarkovskij, DVD, Ciak Studio, 1984, en italien.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Maurice Darmon, Tarkovski Nostalghia Guerra 1976-1984, 202 &#233;ditions, Bordeaux, 2019.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jeremy Mark Robinson, The Sacred Cinema of Andrei Tarkovsky, Crescent Moon, Maidstone (UK), 2006, en anglais.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; James MacGilliwray, &#171; Andrei Tarkovski's Madonna del Parto &#187;, Revue Canadienne d'&#201;tudes cin&#233;matographiques / Canadian Journal of Film Studies, automne 2002, Vol. 11, No. 2, p. 82-100, en anglais.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Driciele Glaucimara Cust&#243;dio Ribeiro de Souza, &#171; Espa&#231;os Imposs&#237;veis : O Lugar da Madonna del Parto em Nostalghia, de Andrei Tarkovski &#187;, Atas do XIII Encontro de Historia de Arte, Unicamp, Campinas, 2018, p. 323-332, en portugais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le site &lt;a href=&#034;http://www.nostalghia.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.nostalghia.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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