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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Imaginer recommencer*</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Imaginer-recommencer</link>
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		<dc:date>2024-12-27T10:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans &#171; Imaginer recommencer &#187;, Pierre Faucomprez nous fait partager sa recherche de formes po&#233;tiques ouvertes : imm&#233;diates, tangibles, in/actuelles, pol&amp;tik&amp;amoureuses&#8230; une po&#233;sie qui tienne enfin de notre nature et puisse la retenir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/poesie" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2589-c7a31.jpg?1772187647' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &#171; Imaginer recommencer &#187;, Pierre Faucomprez nous fait partager sa recherche de formes po&#233;tiques ouvertes : imm&#233;diates, tangibles, in/actuelles, pol&amp;tik&amp;amoureuses&#8230; une po&#233;sie qui tienne enfin de notre nature et puisse la retenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
C'est &#224; la lisi&#232;re qu'appara&#238;t l'animal,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir venu, les pattes d&#233;vor&#233;es par l'herbe,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lin sombre, les laisses brunes et bleues,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pris &#224; l'encolure par un ciel de percale,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flanc parcouru de soubresauts comme vibrent&lt;br class='autobr' /&gt;
La machine en roue libre et les dos &#233;prouv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'homme de la r&#233;union des conjur&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Des intelligences, des banquets et des rires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'un seul coup de bec, la toile est d&#233;chir&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le sang lumi&#232;re sur le pelage sec&lt;br class='autobr' /&gt;
Scelle les d&#233;clarations et les trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le talon d'une botte enfonc&#233; dans la boue,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reprends la campagne &#224; mon compte et la marque&lt;br class='autobr' /&gt;
Du faucon agriff&#233; dans les halliers de houx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce po&#232;me n'a en fait pas de titre, il est une de mes premi&#232;res tentatives de redonner une forme acceptable &#224; l'&#233;criture, de recommencer, par l'essai et la po&#233;sie apr&#232;s les ann&#233;es consacr&#233;es &#224; la fiction. Un tel sonnet peut para&#238;tre aux antipodes de tankas publi&#233;s sur mon instagram&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais c'est que le cerveau quantique ne se refuse rien, contraintes ou formes libres, peu importe, pourvu que ma phrase &#233;merge avec une certaine justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que veut &#171; nous &#187; ? Que peut faire &#171; je &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis mon &#233;poque incertaine, la rumeur inqui&#232;te de ce rapide effondrement qu'on nous dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fate succumbs Le destin d&#233;truit&lt;br class='autobr' /&gt;
many of species : one alone bien des esp&#232;ces : une seule&lt;br class='autobr' /&gt;
jeopardises itself. compromet elle-m&#234;me ses chances.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wystan H. Auden. Shorts.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dit qu'un d&#233;r&#232;glement permanent remet en question la diversit&#233; des esp&#232;ces. Qu'avec cette nature instable, nous dispara&#238;trons. Mais une r&#233;alit&#233; foisonnante ne cadre pas avec ce pronostic. Or nous foisonnons ! &#192; nous observer si cr&#233;atifs, je soup&#231;onne la nature de se porter &#224; merveille, de contractions en explosions, renouvelant la vie sous toutes ses formes. Le c&#339;ur n'est pas consomm&#233; et le po&#232;me a toujours faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;People are like poems, they don't get finished, they just stop, scande Liv Mammone.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TK-21 n&#176;158&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'arr&#234;ter ? Ne sommes-nous solidaires de toute une faune atteinte et qui geint, toute une flore qui br&#251;le et suffoque ? Quel &#234;tre sensible ne ragerait face la vie, tout &#224; la fois &#233;merveill&#233; et somm&#233; de soigner cette maladie incurable qu'on attrape &#224; la naissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien prenons la situation calmement : la nature, s'il arrive qu'elle me regarde, de pr&#232;s ou de loin, commence par m'inclure et me constituer. Je suis &#224; peine son invit&#233;. Indiff&#233;rente &#224; mes d&#233;sirs, elle ne manifeste aucun ressentiment, ni aucune piti&#233; &#224; mon &#233;gard. Bien que mon attitude compte pour rien, il m'arrive &#224; l'inverse de tout maudire, ma survie semble &#234;tre au prix d'une lutte, d'une prise de pouvoir, d'un assujettissement de toute nature. Mais quelles que soient mes forces, ma violence animale, je me sens, je me sais, idiot, impuissant, lanc&#233; t&#234;te premi&#232;re contre un mur. Notre milieu nous d&#233;truit plus s&#251;rement que moi et mes cong&#233;n&#232;res ne le d&#233;truisons. Toute r&#233;bellion semble vaine, la dite nature est de constitution trop solide et ne craint pas mes minables manifestations de haine. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature&#8230; Rien dans ma vie ni dans la mort ne lui fait peur. En l'&#233;gratignant, c'est moi-m&#234;me que je blesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien encore les autres animaux, le v&#233;g&#233;tal ou le min&#233;ral seront des concurrents dans ma course &#224; la consommation&#8230; Toute compassion rendue d&#233;risoire, impossible, j'accommoderai leurs restes comme nourriture sans &#226;me. D&#233;vorant &#224; l'aveugle, d&#233;niant toute sorte d'amiti&#233; fraternelle avec d'autres vivants, je ne verrai pas qu'ils m'indiquent les moyens d'en sortir, je m&#233;priserai leur issue et les attitudes moins co&#251;teuses. Je serai dans ma bulle, cet atome, jouissant de mon solipsisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi pas ? &#192; un certain point, le moment anarchique qui est en nous, qu'il y a fort heureusement en chacun de nous, insiste Pasolini dans son ultime provocation, m&#234;me chez ceux qui l'ignorent&#8230; ce moment subversif, qui se manifeste surtout chez les po&#232;tes, consiste pr&#233;cis&#233;ment en ceci, revendiquer sa propre absolue et totale ind&#233;pendance, son propre, total et absolu de droit de s&#233;cession en tant qu'individu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pasolini. La langue vulgaire, Ed La Lenteur 2021&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue po&#233;tique sera mon dialecte, une arme pour lutter contre ce nouveau fascisme qu'est la centralisation &#233;conomique, linguistique et culturelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, comme Pasolini, nous savons qu'aucune langue n'est r&#233;serv&#233;e ou interdite au chant, que nous ne vivons au monde que par l'expression la plus imm&#233;diate, la plus tangible, actuelle, pol&amp;tik&amp;amoureuse, que nous ne tenons que de liens. Qu'ainsi le monde nous survit et nous retient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle chance !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a presque deux si&#232;cles d&#233;j&#224;, le philosophe norv&#233;gien Peter Wessel Zapffe soutenait que la seule issue raisonnable pour l'esp&#232;ce humaine consistait &#224; rejoindre les autres esp&#232;ces en voie de disparition, pour qu'enfin l'on se pr&#233;serve&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que les lucioles me montrent o&#249; il convient d'agir est d&#233;sormais ma chance. Que s'assemblent et s'expriment les tribus diss&#233;min&#233;es ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Car c'est l'effondrement de la diversit&#233; humaine qui est l'urgence. Rien &#224; voir avec l'apocalypse annonc&#233;e, un barbecue autour duquel se presserait une foule m&#233;dus&#233;e, tout &#224; contempler le sacrifice. Je ne crois pas non plus &#224; ce paradis de millionnaires r&#233;fugi&#233;s sur Mars, parodiant les d&#233;lices de Bosch. J'entends juste un animal ind&#233;nombrable, un toujours sauvage grogner deux ou trois mots&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; aller &#224; tant de joie&lt;br class='autobr' /&gt;
Que ce n'est plus possible&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans tout changer du monde.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guillevic. Les chansons de Clarisse.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.instagram.com/pierrefaucomprez2023" class="spip_out"&gt;https://www.instagram.com/pierrefau...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/pierrefaucomprez2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.instagram.com/pierrefaucomprez2023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wystan H. Auden. Shorts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TK-21 n&#176;158 &lt;a href=&#034;https://www.tk-21.com/Advice-to-the-Able-Poet&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.tk-21.com/Advice-to-the-Able-Poet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pasolini. La langue vulgaire, Ed La Lenteur 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guillevic. Les chansons de Clarisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* Titre vol&#233; &#224; Georges Didi-Huberman, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; volet de &#171; Ce qui nous soul&#232;ve &#187;, &#201;d. Minuit, 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann &#8212; III/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-III-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-III-III</guid>
		<dc:date>2023-05-27T19:05:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2278-4ee02.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233; &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; AccueilliDansUnCercleRestreintO&#249;LOnSExprimeAvecEl&#233;ganceMaisNonSansDuplicit&#233; &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;\ C'est quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des peintures de guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es trop con !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On dirait un supporter //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture fait une embard&#233;e. Un bruit de mitraillette sur les bandes de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Putain / Gilles / fais gaffe !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ralentis ! &#231;a sert &#224; quoi d'aller &#224; fond ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Me laisse pas le volant si t'es flipp&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'imagines la gueule de Fourchaume si on se fait choper par les flics ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au mitard&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au mitard !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'as raison // le t'as-raison qui veut dire ta gueule, connard ! j'ai pas envie de crever sur une nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'&#233;claire m&#234;me plus les nationales dans ce pays&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es s&#251;r qu'on peut arriver en pleine nuit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Puisque j'te dis qu'y'a personne //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes cens&#233;s trouver une maison vide. Vous avez travers&#233; la nuit venue des champs de bataille o&#249; miroitent encore quelques feux : BP illumine un petit morceau d'autoroute, buffalo brille. Pass&#233; le p&#233;age ils auraient pu voir, comme toi, lutin, ces enseignes tournoyer, ces fumerolles s'envoler du brasier des discounts qui vous poursuivaient comme un cheval au galop. Il y avait beaucoup de choses dans ta nuit qui auraient pu les faire r&#233;fl&#233;chir, les pousser &#224; la prudence, au repli, aspirer &#224; la paix, mais ils n'ont rien vu, attendant leur guerre, se moquant bien des territoires d&#233;vast&#233;s, des usines en ruine et de la fatigue g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu crois qu'on est les prochains &#224; partir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; chaque fois pareil : c'est d'abord le rima. Apr&#232;s peut-&#234;tre / th&#233;oriquement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bagnole, sans vraiment te calculer, ils se racontent : la base d'Orl&#233;ans, les blind&#233;s, eux un minimum. Tu imprimes sorti de tes r&#234;ves. Gilles est n&#233; &#224; Strasbourg, il n'a quitt&#233; l'Alsace que pour s'engager &#224; vingt-et-un ans. Cent kilos pour un m&#232;tre quatre-vingt, c'est le plus fort des trois. Mustapha vient de la banlieue sud de Paris, sa s&#339;ur lui sous-loue un deux pi&#232;ces &#224; &#201;tampes \ des yeux bleus et une peau de fille, le tombeur. Fabrice habite \ th&#233;oriquement // chez sa copine, mais ses parents lui ont gard&#233; sa chambre aile nord du pavillon achet&#233; sur plan il y a vingt ans dans un trou perdu &#224; quarante kilom&#232;tres d'Amiens \ Fabrice dit \ UNE-CITE-DU-GRAND-OUEST-PARISIEN // golri cet emprunt &#224; radiofrance d'un seul coup. De cette cit&#233; perdue dans les labours s'approche la golf volkswagen. Th&#233;oriquement, les parents confin&#233;s en Espagne, Fabrice peut se permettre de loger ses amis pour une nuit. Il y a un canap&#233;-lit dans le salon et la chambre de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e est inoccup&#233;e. L'&#233;tape chez Fabrice pr&#233;c&#232;de une journ&#233;e &#224; la mer \ Deauville th&#233;oriquement \ une petite d&#233;tente avant le retour &#224; la caserne. Deauville ne m'int&#233;resse pas b&#233;zef, je les laisse &#224; leur programme et rentre en hypnose \ pratiquement rendu &#224; destination il faut que je me rassemble. Quoi ? &#224; un quart d'heure du bar de Sophie grand maximum. Cette proximit&#233;, il serait prudent de la rappeler en temps utile aux amis de Rachid ainsi que le petit d&#233;tour pr&#233;vu demain matin, qui ne les retardera m&#234;me pas d'une demi-heure avant qu'ils ne prennent la route pour Deauville \ sinon tu te d&#233;brouilleras &#224; pied ou en stop. Difficile de pr&#233;voir tr&#232;s &#224; l'avance l'humeur de tes permissionnaires \ improbables soces de Rachid ! J'avoue, Rachid a sans doute de multiples facettes mais comment &#234;tre &#224; la fois antimilitariste, antiflic, antitout et vouloir t'engager dans l'arm&#233;e ? cent pour cent par hasard sous influence ou pour le fric \ trop zarb, il faudra lui en recauser si tu le revois \ sauf que Fabrice, Mustapha, Gilles, o&#249; les aurait-il connus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ T'as vraiment l'air con avec tes lunettes de soleil en pleine nuit. Heureusement que c'est moi qui conduis ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a me repose les yeux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Fermez-la ! vous voyez pas qu'y dort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Laissez dormir le gamin ! merde //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;part qu'ils n'arr&#234;tent pas de s'insulter \ le mieux pour ne pas &#234;tre indirectement pris &#224; partie \ &#231;'aura &#233;t&#233; de faire semblant de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Th&#233;oriquement c'est la deuxi&#232;me &#224; gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu fais chier. T'es s&#251;r ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais th&#233;oriquement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Th&#233;oriquement ou alors&#8230; th&#233;oriquement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J't'encule //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai qu'il irrite, le Fabrice, avec ses th&#233;oriquement \ pas trop courant comme tic \ manie de flipp&#233; par excellence \ mais tu &#233;viteras de heurter sa susceptibilit&#233; car en pratique sa langue se d&#233;lie en un quart de tour \ d&#233;vergond&#233;e \ grande gueule et bons r&#233;flexes que ses copains testent prudemment, m&#234;me quand il se paume dans sa propre cit&#233; et les encule pour cacher la tehon \ tu r&#234;ves ! J'avoue, si tu entrouvres les yeux, ce n'est pas compl&#232;tement de sa faute : la v&#233;rit&#233; tu ne quittes pas un espace urbain aussi neutre pour revenir impun&#233;ment en touriste, au retour la m&#233;moire le rejette enti&#232;rement, ton espace, il manque de rep&#232;res, d'une &#233;glise, une couleur, un bar tabac, un tranchant &#224; quoi te fier \ n&#233;gliger d'y vivre et y revenir apr&#232;s plus d'un mois, c'est accumuler les erreurs, t'exposer &#224; errer sans fin, le propre de l'homme sans GPS \ la v&#233;rit&#233;, c'est qu'un tel territoire tu en es d&#233;poss&#233;d&#233;, il n'est plus permis de t'y mouvoir librement, tu dois abandonner ton sort &#224; la machine et lui faire confiance, ali&#233;n&#233; cent pour cent. TH&#201;ORIQUEMENT tu arrives &#224; bon port \ les maths pareil, tu fais confiance &#224; ton axiome et tu braves sans probl&#232;me toutes les sinuosit&#233;s que Carapelli te r&#233;serve, l'esprit s'engage te gardant des erreurs et des difficult&#233;s. Sauf &#224; d&#233;montrer par l'absurde, tu choisis une route et tu la prends, le doute se dissipe &#224; coup d'exercices et la nuit th&#233;oriquement finit par s'&#233;clairer \ j'avoue ! tu es toujours surpris : &#224; moins d'en rester aux mensonges des premi&#232;res ann&#233;es d'apprentissage, rien ne se passe jamais comme pr&#233;vu. &#192; force de diss&#233;quer des probl&#232;mes, tu l&#226;ches un peu tes tables de calcul et si tu crois trouver des solutions qui de loin semblent solides, comme dit Carapelli, tu comprends qu'elles ne reposent que sur des bases provisoires \ conventions que ces lois universelles qu'on met sur le dos des sciences pour se rassurer ! Les soi-disant grandes d&#233;couvertes ne rassurent que par ce qu'elles allument de vague compr&#233;hension et d'espoir dans l'&#339;il des cong&#233;n&#232;res mais la v&#233;rit&#233; c'est un jeu de bluff o&#249; tu relativises // vachement. Dans toutes les \ disciplines // tu captes vite fait que le s&#233;rieux, le respect d&#251; &#224; tes pairs et la logique sont secondaires, la v&#233;rit&#233; est secondaire, tu mod&#232;res tes ambitions, tu te contentes d'approximations pour continuer d'avancer \ Il faut avancer // &#233;crit plusieurs fois William dans ses carnets, est-ce qu'il veut dire faire confiance ? esp&#233;rer que les informateurs ne t'ont pas tromp&#233; \ car tu ne pourras recouper que plus tard \ forc&#233; d'avancer avant de pouvoir &#233;tayer tes articles \ un sbeul de charognards pour tous les reporters \ pas un m&#233;tier pour toi babtou fragile et timide.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant tu restes cool m&#234;me quand la Volkswagen manque &#233;craser cet alcoolo cingl&#233; qui d&#233;lire en plein milieu de la route titubant dans les phares comme un lapin myxomateux, et si la maison que tu devais trouver vide est &#233;clair&#233;e de l'int&#233;rieur et la porte d'entr&#233;e ouverte, avant que la la golf se range, et qu'une silhouette de femme se dresse dans le rectangle de lumi&#232;re orange \ que la place est donc prise impr&#233;visiblement. Dans le contrejour tu distingues un jean sombre et le bleu roi d'un sweat-shirt, des cheveux blonds coup&#233;s court, de petits yeux qui fouillent la nuit \ plus besoin : par nappes fluctuantes l'&#233;clairage automatique r&#233;veille les parterres de rosiers multicolores qui bordent la fa&#231;ade. Tes pupilles accommodent. Une maison de plain-pied. Une porte, une fen&#234;tre, un garage. Un muret pav&#233; de granit, une barri&#232;re de laquelle ont commenc&#233; &#224; se d&#233;coller de petits rectangles argent&#233;s, marqu&#233;s WHITE POLYVINYL CHLORYD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est H&#233;l&#232;ne, ma s&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle est pas mal, dis donc !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Allez on y va ! et vous &#234;tes dispens&#233;s de commentaires //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vocable de prof \ est-ce qu'en pr&#233;sence de sa s&#339;ur le langage de Fabrice se normalise ? possible qu'en famille le m&#226;le cisgenre s'abstienne d'enculer \ pas axiomatique. Nos porti&#232;res claquent presque &#224; l&#8216;unisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieux nous attend debout dans le salon \ plus de trente ans &#224; coup s&#251;r, un peu maigre, avec des lunettes carr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ziad //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix de basse, un demi sourire \ au moins dix ans de plus que les autres mais pas assez pour un p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui. Je te pr&#233;sente Ziad. Fabrice, mon fr&#232;re. Et&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Gilles&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mustapha&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que vous avez sur le visage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! merde. Pardon, bafouille Gilles, qui &#233;tale d'un revers les guillemets de couleurs rouge et verte qui marquent son visage. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est de la peinture&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des peintures de guerre, pr&#233;cise Mustapha navr&#233; ? par la touche de son camarade&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous pouvez vous d&#233;barbouiller dans la salle de bain. &#199;a fait un peu peur, non ? reprend H&#233;l&#232;ne &#224; l'adresse de son fr&#232;re. Et lui, c'est qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Peter, dis-je &#224; mon tour //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voici dans la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un petit fr&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il fout avec vous, alors ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On l'a pris en stop. &#192; Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un gamin, vous &#234;tes malades&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai quinze ans // pr&#233;cis&#233;-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de nouveaux mensonges, te promets-tu. Laisse faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est le fr&#232;re de Sophie, continue Fabrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Sophie du Forty-four ? Je ne savais pas qu'elle avait un fr&#232;re. C'est vrai que vous avez un petit air de ressemblance //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un avantage &#224; &#234;tre fils unique c'est bien d'&#233;chapper &#224; ce genre de remarques &#224; la noix ! Ma s&#339;ur \ ma vraie demi-s&#339;ur Ella \ et moi ne nous ressemblerons jamais en rien \ rassembl&#233;s tout nous distingue et notre attachement sera de pur hasard. Mais que l'&#224;-propos de Fabrice ait limit&#233; les questions me soulage grandement. M&#234;me s'il n'a pas forc&#233;ment gob&#233; le char que Rachid lui a textot&#233;, il s'en est arrang&#233; et le ressert &#224; merveille \ de l'avis de Rachid expliquer qu'un gamin fait le mur de son bahut pour rejoindre une nana de neuf ans son a&#238;n&#233;e apparaissait beaucoup plus risqu&#233; que de pr&#233;senter Sophie comme une s&#339;ur \ c'est pass&#233; cr&#232;me, le subterfuge a rassur&#233; tes compagnons de route, simplifi&#233; et &#233;vit&#233; de pr&#234;ter le flanc &#224; leurs vannes \ tu oses &#224; peine les imaginer te parler de sexe ou d'amour. Pour quelques heures encore Sophie sera ma s&#339;ur \ qui me ressemble \ me comprend ? H&#233;l&#232;ne n'est peut-&#234;tre pas dupe non plus mais le char &#233;vite pour elle-aussi de prolonger le combat : elle n'a pas envie de creuser \ elle a raison, Rachid a raison, d&#233;balles-en le moins possible sinon tu t'exposes &#224; devoir d&#233;velopper, justifier, supporter les soup&#231;ons, les ricanements, pire : la piti&#233;. Strat&#233;gie militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tu ne saurais par o&#249; commencer \ ta petite enfance en Angleterre ? sans d&#233;conner. Tu te vois parler de Lisbeth &#224; des inconnus ! que dire de William ? tu&#233; par un &#233;clat d'obus que tu n'&#233;tais pas encore sorti du ventre de sa femme \ &#233;pisode &#224; faire fr&#233;mir les guerriers qui t'escortent ! Et apr&#232;s ? tranquilliser les esprits pour t'&#233;viter la compassion et les sourires affectueux qui vont avec \ d&#233;montrer comme tu survis \ finger in the nose \ &#224; la douleur, &#224; la tristesse, &#224; la col&#232;re, &#224; une m&#232;re &#233;tonnante \ baratiner j'avoue, car tu n'as jamais g&#226;cher tes heures &#224; analyser le fatras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu n'es pas si diff&#233;rent des autres ! occupe-toi du pr&#233;sent // diagnostique Lisbeth d&#232;s que tu l&#226;ches \ ce pourquoi tu prends le pli de te taire quand la situation se complique et m&#234;me si abhorrant le mensonge, tu aimerais pouvoir le d&#233;noncer dans cette villa, tu te tais car tous se fichent que Sophie soit ou non ta s&#339;ur \ qu'elle ne soit en r&#233;alit&#233; qu'une amie ta vraie s&#339;ur \ grande \ a&#238;n&#233;e de huit ann&#233;es \ et que cette s&#339;ur ne soit que ta demi-s&#339;ur parce que fille adoptive du deuxi&#232;me &#233;poux de Lisbeth deux fois veuve \ S&#338;UR ELLA, ta demi-grande ! dont il faudrait alors mentionner les origines vu que vous ne partagez ni p&#232;re ni m&#232;re \ aucun g&#233;niteur devrais-tu dire et avec cette histoire d'adoption tout appara&#238;trait encore plus tordu \ et toi pris pour un mytho chaque fois que tu essayes d'expliquer et t'y prends de travers. C'est pourquoi, &#224; l'ext&#233;rieur, dans le grand monde, tu simplifies ! Ella est ma s&#339;ur, basta ! sauf ici, &#224; Amiens \ Sophie. Sophie comment ? Pas Baumann non \ s'ils partent sur les noms de famille je suis mal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ils t'oublient, assis dans le salon, avec des boites de bi&#232;re Heineken \ tous sauf Ziad un caf&#233; \ z&#233;ro fumeur, z&#233;ro vapo, tous &#224; carreau. H&#233;l&#232;ne propose de r&#233;chauffer une pizza. Fabrice abandonne la compagnie et suit sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e dans la cuisine, o&#249; je sirote un coca bouteille plastique, &#224; c&#244;t&#233; du frigo. Sur une table bistro tra&#238;nent les restes d'une bolo + une bouteille de Bordeaux &#224; peine entam&#233;e \ Ch&#226;teau Larose //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est quoi cette histoire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quelle histoire. Je t'ai dit : je passe une semaine chez les parents&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a fait combien de temps que t'&#233;tais pas venue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'en sais rien, un an. Je bossais &#224; Clermont, t'es au courant, non ? osef //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrice est pris de court \ provisoirement sans r&#233;plique \ sa s&#339;ur prend le dessus, une bonne respiration et la voici lanc&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Qu'est-ce qu'il y a ? Tu me reproches de pas voir les parents et en m&#234;me temps aujourd'hui on dirait que &#231;a t'emmerde que je sois l&#224; hein ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu sais bien qu'ils sont en Espagne !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je savais pas, je leur avais m&#234;me pr&#233;vu des cadeaux / et je savais pas non plus que tu allais d&#233;barquer avec tes copains / d&#233;sol&#233;e //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment apr&#232;s cette hargne &#224; tenir le si&#232;ge peut-elle dire \ il y a de quoi les loger sans probl&#232;me // l&#226;cher aussi b&#234;tement la garde sans que son fr&#232;re lui ait rien demand&#233; ? je n'en reviens pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je sais / c'est pas &#231;a / c'est l'autre l&#224; !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qui ? Ziad ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es avec un arabe maintenant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain j'ai pas la burqa t'es raciste ou quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Parle moins fort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il en pense ton copain / comment d&#233;j&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mustapha&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il est pas arabe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pas pareil&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pourras d&#233;cliner l'invitation &#224; dormir sur place \ dans un des convertibles // t'&#233;viter tout &#231;a, pr&#233;texter que ta s&#339;ur Sophie pr&#233;venue de ton arriv&#233;e t'attend tard dans la nuit. Mais o&#249; dormir en vrai ? pas d'h&#244;tel ici, nul nom pour ton GPS, nulle adresse o&#249; rejoindre Sophie \ tu le crois ? qu'Ella refuse de te donner \ pr&#233;tende ne pas conna&#238;tre son nom de famille ! Aucune Sophie sur internet ne correspond au z&#233;ro six dont tu disposes, ni dans la ville, ni en p&#233;riph&#233;rie \ le Forty-four ? quel chemin et &#224; qui demander dans le d&#233;sert des rues noires ? Quoi faire : &#339;uvre d'imagination, comme si tu &#233;crivais un roman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien trouv&#233; mieux que de t'accrocher &#224; ton trio de permissionnaires ! c'est affligeant. &#192; croire qu'avec l'&#226;ge \ je me sens vieux parfois \ la cr&#233;ativit&#233; s'&#233;mousse. Plus jeune, je n'avais pas vu trois films que je me prenais pour Orson Welles \ l'idole de ma grand-m&#232;re Eileen, avec Joyce \ l'&#233;crivain de Dubliners \ Gens de Dublin \ des histoires sinistres qu'elle essaye de me refourguer chaque &#233;t&#233;. &#201;videmment qu'&#224; dix ans tu suis b&#233;zef des flashes de Kane mais cherchant &#224; plaire en singeant le go&#251;t de la yeuve, tu n'es pas moins convaincu que ton g&#233;nie t'ouvrira les portes de la renomm&#233;e. Aujourd'hui je pense &#224; l'oppos&#233; : prends soin de brider ton g&#233;nie s'il existe ! bon ou mauvais c'est l'ennemi le plus redoutable : contrairement &#224; ce que tu penses, il ne te d&#233;leste d'aucun probl&#232;me, si tu lui laisses du champ tu prends juste le risque qu'adviennent toutes sortes d'horreurs \ et la r&#233;alit&#233; en est assez pourvue, non ? Tu &#233;coutes Einstein pleurnicher sur les dangers de la bombe et tu r&#233;fl&#233;chis. Ce genre de sentences d&#233;plait profond&#233;ment &#224; BP : tu es l&#224; pour te la p&#233;ter Peter \ mais si tu fabriques du neuf histoire de te faire mousser, c'est le destin que tu provoques dans ton \ jeu destructeur // Tu seras tenu responsable de chacun de tes mots \ soumis &#224; la morale d&#233;sastreuse des critiques&#8230; j'avoue ! je ne suis pas s&#233;rieux \ flemmard juste \ les tao&#239;stes appellent &#231;a wuwei : le non-agir \ quoi qu'il en soit, impressionn&#233; par mes belles s&#233;ries de D&#201;LIRES PERFORMATIFS, Philippe m'a l&#226;ch&#233; la grappe avec la philo qu'il me conseillait &#224; la place des maths \ abond&#233; dans mon sens \ cit&#233; G&#233;rard de Nerval d'apr&#232;s qui l'imagination humaine n'a rien invent&#233; qui ne soit vrai dans ce monde ou dans les autres ! Je n'aurai jamais la cruaut&#233; de lui dire que je d&#233;connais \ William pensait un peu pareil // l&#224;-dessus qu'il te cherche finalement \ te recycler en fils de William \ quoi ? une esp&#232;ce de globe-trotter \ un vagabond d&#233;poss&#233;d&#233; de son &#339;uvre \ une plume au service de l'universel reportage \ z&#233;ro chance que tu reprennes le flambeau \ aucune envie de te fader toutes sortes de situations merdiques &#224; Gaza, Beyrouth ou Amiens pour des blaireaux qui ne s'int&#233;ressent qu'&#224; un r&#233;sum&#233; vite fait sur Twitter cent pour cent bidon. J'avoue Will ! enqu&#234;ter, noter, raconter des histoires sont peut-&#234;tre les meilleurs rem&#232;des &#224; l'ennui, mais l&#224;, vois-tu, dans ce pavillon, cette cuisine avec H&#233;l&#232;ne, son fr&#232;re, et les zouaves qui campent au salon, rien d'excitant pour l'&#226;me d'un reporter \ pour m'extraire de la m&#233;lancolie : que la certitude de retrouver Sophie. J'avoue, ce n'est plus m&#234;me l'espoir du succ&#232;s qui te fait agir puisque le besoin de voir celle que tu aimes, de jouir de sa pr&#233;sence, te domine exclusivement. Crush&#233; \ en iench ? &#224; la course ! tu auras bien le temps de souffler \ revenir aux maths quand tu ne seras plus cern&#233; par les militaires \ dans l'imm&#233;diat zapper cette nuit qui n'en finit pas \ partir &#224; la premi&#232;re heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En les &#233;coutant &#224; l'&#233;cart, appuy&#233; &#224; l'encoignure de la porte, tu esp&#232;res &#233;chapper &#224; ton tour, car, Fabrice r&#233;apparu dans le salon, un &#224; un, les h&#244;tes se d&#233;barrassent de leurs bios, vite fait, comme un store &#224; enrouleur qu'on descend et qu'on remonte aussi sec. Gilles et Fabrice r&#233;sument leurs faits d'armes, les autres ont plus &#224; dire. Mustapha a pass&#233; les dix premi&#232;res ann&#233;es de sa vie en Kabylie. Il y retourne chaque ann&#233;e voir sa grand-m&#232;re et ses cousins. Ziad est n&#233; en &#201;gypte, d'une m&#232;re &#233;gyptienne et d'un p&#232;re d'origine afghane. Il n'a aucun souvenir du Caire. La plus grande partie de son enfance, il l'a v&#233;cue &#224; Tunis, dans la maison de son oncle. &#192; douze ans, il a perdu sa m&#232;re \ il n'en dit pas plus sur sa m&#232;re. Il a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; par ses oncle et tante. Son p&#232;re, le plus souvent absent, voyageait en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ soi-disant pour affaires. Il a fini par me faire venir chez lui &#224; Berlin. Puis apr&#232;s : Paris //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te sens quelques points communs \ plus qu'avec le gros Gilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Moi je ne suis sorti de France que pour passer la fronti&#232;re avec l'Allemagne. &#192; part Baden Baden&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a va changer, coupe Fabrice, tu vas bient&#244;t voir du pays //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas m&#233;content d'avoir relev&#233; \ Afghanistan // dans les mots de Ziad-amant-de-sa-s&#339;ur, Fabrice annonce comme av&#233;r&#233; son ordre de mission &#224; Kaboul le mois prochain \ maintien de l'ordre sous l'&#233;gide de l'otan // tel que promis par le commandant Fourchaume, la veille de perm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#199;a chauffe, c'est pr&#234;t dans dix minutes, pr&#233;vient H&#233;l&#232;ne s'asseyant au milieu du convertible entre le fr&#232;re et l'amant.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Toi aussi tu pars ? demande ce dernier &#224; Mustapha.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Kaboul ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il y a cousin ? tu cherches &#224; me mettre mal &#224; l'aise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non / je ne sais m&#234;me plus o&#249; on en est l&#224;-bas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ignorais que tu partais, dit H&#233;l&#232;ne &#224; l'adresse de Fabrice mais sans le regarder \ dans le vide. Les parents sont au courant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'ai pas choisi ce m&#233;tier pour rester en caserne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On va tous se faire un sang d'encre c'est tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce qu'il fait dans la vie ton mec ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Infirmier anesth&#233;siste, soupire Ziad.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Renault c'est ta voiture ? s'enquiert Gilles qui vient de finir sa bi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un tas de ferrailles j'avoue&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai pas dit &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et moi &#231;a t'int&#233;resse pas que j'ai repris un boulot ? interrompt H&#233;l&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as retrouv&#233; du boulot ? &#224; Clermont&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben non ! ici. Je commence la semaine prochaine //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nord-ouest Picardie le vent c&#232;de &#224; une bruyante averse qui suspend trente seconde la discussion. Puis avec la bruine sont comment&#233;s les derniers r&#233;sultats du mondial de ? Une moto passe &#224; toute blinde, Fabrice reconna&#238;t le treize cents de Martial Angot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est le fianc&#233; de ta s&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celui qui &#233;l&#232;ve des pitts&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu viens d'o&#249; ? toi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fianc&#233;. Bien s&#251;r. Pourquoi n'en aurait-elle pas ? Curieux comme je n'y ai pas pens&#233; \ aucun souvenir qu'elle m'en ait parl&#233; non plus \ pas un mot. Si Ella est au courant je la tue ! O&#249; paradait-il ce fianc&#233; pendant le weekend en Baie de Somme ? avec ses pitts \ pas en iench de Sophie en tout cas \ qui se passait de lui sans probl&#232;me. Ne te laisse pas abattre ! encaisse et repars en sautillant Mohammed Ali ! Encore un moment dans les cordes, esquive et puis redanse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D'o&#249; tu viens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De Nice / j'ai pris le train de nuit / et puis la Golf &#224; la Porte de Bagnolet jusqu'ici&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu visites ta s&#339;ur &#224; Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens / la ville des amis&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est Rachid qui nous l'a confi&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On s'est retrouv&#233;s au Mc Donald, pr&#233;cis&#233;-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il ne prend pas beaucoup de place avec son mini sac-&#224;-dos&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as quoi l&#224;-dedans ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il voyage l&#233;ger&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas une t&#234;te de migrant en tout cas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh une petite gueule de juif mais sympa&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Routard genre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un rom putain !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas vraiment, dis-je m'agr&#233;geant &#224; leur rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'en n'as vraiment rien &#224; foutre de moi, insiste H&#233;l&#232;ne, soufflant dans l'oreille de son fr&#232;re d&#232;s que la bonne humeur retombe. Je suis ta s&#339;ur merde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi tu dis &#231;a ? se plaint gentiment Fabrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mon boulot / tu m'as m&#234;me pas demand&#233; / t'en as rien &#224; foutre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si ! c'est quoi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que le travail importe \ pas parce que tu n'en veux pas qu'il faudrait le nier \ occuper les heures, t'ali&#233;ner au service d'un patron et dormir le soir dans le remboursement de tes cr&#233;dits ? Sauf qu'&#224; toi, c'est bien connu, il te faut la passion, tu tiens de William dont Lisbeth raconte qu'il &#233;tait un forcen&#233; \ constamment sur la br&#232;che \ se posait sans cesse des questions dont il imaginait les r&#233;ponses &#224; des milliers de kilom&#232;tres de chez lui \ partait, revenait avec z&#233;ro r&#233;ponse et encore plus de questions. &#192; l'inverse S&#339;ur Ella flotte librement \ suit sa pente sans s'en poser \ de questions \ mais c'est une pose \ de la hauteur. Dans ses chansons en anglais, elle pose ~un regard tendre et compassionnel sur les travailleurs pauvres // dixit le c&#339;ur d'artichaut de Qobuz \ tu parles comme elle les allume les travailleurs, elle aurait d&#233;j&#224; mis la baston ici ! mais j'avoue, si Ella &#233;tait comme elle dit paresseuse ou anar, elle ne s'enfermerait pas des journ&#233;es enti&#232;res pour r&#233;p&#233;ter. Moi je verrai bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne est auxiliaire pu&#233;ricultrice \ pseudo pas terroche pour qui s'occupe de microbes toute la journ&#233;e &#224; la place de parents partis on ne sait o&#249; pour quel travail. Que le monde soit si dr&#244;lement organis&#233; t'&#233;patera toujours \ hyperactifs rechignants ou d&#233;vou&#233;s, attel&#233;s &#224; la grande cha&#238;ne de production toute cette gu&#233;guerre ce massacre de masse est une &#233;nigme. Tu n'as qu'&#224; photographier Ziad pour te sensibiliser un ministre de la sant&#233; : les yeux cern&#233;s par les nuits de veille aux urgences, vaillant, consciencieux \ une offensive impr&#233;vue des drh de son h&#244;pital et il y passe. Comme tous les deux avons pris le parti de d&#233;barrasser la table du salon et de faire un peu de m&#233;nage dans la cuisine en attendant que le fr&#232;re et la s&#339;ur se raccommodent \ si c'est possible \ il me prend &#224; part, imm&#233;diatement sympathique, causeur naturel, sinc&#232;re, avec qui tu peux te l&#226;cher \ moins sur le qui-vive, du coup moins laconique. Comme il s'int&#233;resse &#224; tes \ centres d'int&#233;r&#234;ts // te reprochant d'&#234;tre \ taiseux // et que tu lui r&#233;ponds que la passion des maths n'est pas toujours facile &#224; communiquer, il part comme une fl&#232;che sur la science qui fournit \ toutes sortes d'histoires &#224; rebondissements / des histoires passionnantes qui peuvent faire rire ou pleurer / genre que tout le monde aime // et cite admiratif l'admirable &#201;tienne Klein. J'avoue qu'il en redemande, te branche sur les multivers \ comme s'il n'y avait pas d'autre chat &#224; fouetter. Je ne sais pas pourquoi je baratine qu'un jour j'aimerais publier sur le sujet \ mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je trouverais &#231;a admirable, Peter. Moi j'ai toujours &#233;t&#233; paralys&#233; &#224; l'&#233;crit, je suis incapable d'aligner deux phrases&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi ce sont les m&#233;decins, les gens comme vous, qui soignent, que je trouve admirables. Je n'aurais pas le courage de me d&#233;vouer toute ma vie aux autres&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! &#233;crire est plus important et on se tutoie non ? Quand on a un don il ne faut pas le g&#226;cher //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revoil&#224;-t-y pas cette fameuse v&#233;n&#233;ration du petit g&#233;nie \ salvator mundi ? et l'injonction qui l'accompagne de ne pas g&#226;cher ton temps comme s'il y avait en effet urgence &#224; sauver le monde et que tes fantaisies puissent servir ce grand projet ! autant de pierres&#8230; comme s'il y avait la moindre chance de succ&#232;s \ un int&#233;r&#234;t ? Dieu merci ! tes math&#233;matiques ne s'encombrent pas de ce genre de croyances. Carapelli ne t'investit d'aucune mission, qu'il en soit lou&#233; ! Tes signes n'expriment que ce qu'ils sont, ils ne flottent pas dans le ciel de tes r&#234;ves ! tu les formes pour eux-m&#234;mes, pas envie qu'ils servent autre chose que des raisonnements abstraits \ servir &#224; quoi ? tout foirer, engraisser le syst&#232;me &#224; lui faire exploser le ventre, am&#233;liorer l'efficacit&#233; d'une bombe \ la preuve aussi que publier n'est pas pour toi : la croyance et l'id&#233;ologie te pourriraient le cerveau, tu d&#233;fendrais des chapelles, tu t'emporterais contre tes cong&#233;n&#232;res, tous plus ent&#234;t&#233;s, embourb&#233;s dans des impasses, et l'absolu de tes recherches passerait par pertes et profits \ yomb &#233;nerv&#233; d&#232;s l'intro de ton article \ grandiloquent et tout \ ou alors il faudrait t'exercer en continu, jusqu'&#224; ce que les mots te deviennent indiff&#233;rents, qu'ils ne fassent plus d'histoires, que leur usage se simplifie comme une alg&#232;bre &#224; dessiner du vivant \ comme dans ces petits po&#232;mes japonais \ que tu les sch&#233;matises \ mouchetures \ matriciels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Bizarre que tu fr&#233;quentes ces lascars, observe encore Ziad, &#224; mi-voix. C'est b&#234;te mais tu as un petit c&#244;t&#233; romantique qui ne colle pas dans le d&#233;cor&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne sais pas si je suis romantique mais ces types me rendent super service&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as raison / en fait l'essentiel c'est de savoir o&#249; on veut aller&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dans une chanson ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je ne crois pas // s'esclaffe l'anesth&#233;siste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es pas dupe : la raison, l'essentiel, toujours les m&#234;mes enjeux, la m&#234;me injonction qui d&#233;busquent le romantisme ou la b&#234;tise, qui poussent les aventuriers &#224; la fugue et les militaires au front. La b&#234;tise \ pour lui &#233;chapper il faudrait ne jamais agir \ ne se confronter qu'au n&#233;ant \ pas de vaccin \ la commenter c'est en redoubler \ tu as beau t'y pr&#233;parer, elle te surprend toujours, chez toi, les autres, elle se glisse comme un serpent parmi les serpents, s'apparie prudent\e &#224; celui pernicieux de la connaissance \ la b&#234;tise quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je vais te conduire chez ta s&#339;ur / si tu les attends ! tu n'es pas rendu //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant la b&#234;tise peut te d&#233;contenancer par sa banalit&#233;, autant la g&#233;n&#233;rosit&#233; reste &#233;mouvante et inattendue. Chaque fois que se manifeste la bont&#233;, tu en as la gorge nou&#233;e. Tu fais alors le v&#339;u de t'am&#233;liorer, d'&#234;tre toi-m&#234;me meilleur, d'utiliser ton intelligence &#224; am&#233;liorer le monde et te voici dressant en acc&#233;l&#233;r&#233; l'inventaire de tes facult&#233;s \ denr&#233;es imp&#233;rissables dont tu abandonnerais le monopole \ d&#233;tenteur de la bont&#233; ! Ce en quoi, scientifique hypersensible, je m'aper&#231;ois que tu n'es pas si diff&#233;rent d'Ella, si prompte &#224; servir de \ belles causes // Sauf qu'Ella ne se contente pas \ comme toi \ de revendiquer dans le d&#233;sert ! elle partage les joies et les peines d'un maximum d'agit&#233;s \ militante &#224; tous crins \ &#233;trangement froide dans ses performances les plus risqu&#233;es sur sc&#232;ne et si inutilement &#233;chauff&#233;e dans ses prises de position vegan ou f&#233;ministe ! Alors que toi :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_notes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH52/1_notes-056ba.jpg?1684418215' width='500' height='52' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; don't you worry &#8216;bout a thing \ autant que ceux qui souffrent ne comptent pas trop sur ton aide \ j'avoue ! il faudrait plus de Ziads sur terre \ avec du temps et une voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Non ! ne t'emb&#234;te pas &#224; bouger la gova&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu rigoles ! &#231;a va me fera des vacances // ironise Ziad, un mouvement de t&#234;te vers la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une avanc&#233;e que chacun dirait positive, n&#233;e de la fraternit&#233;, de l'amour, tu es persuad&#233; que se cr&#233;e une image oppos&#233;e, un double assez horrible, une douleur de compensation stock&#233;s tu ne sais o&#249; \ dans les esprits ? Cette pr&#233;sum&#233;e contrepartie te d&#233;fie d'accepter de bon c&#339;ur les largesses du destin. Le c&#339;ur se r&#233;duisant &#224; une coupe &#233;troite, tu ne fraternises qu'avec mod&#233;ration et supportant seul le poids de tes d&#233;cisions, tu n&#233;gliges le concours des meilleures volont&#233;s \ voulant ne rien devoir, tu refuses le don : tu ne fausseras pas compagnie aux milites pour te fourrer dans les pattes de Ziad. J'avoue, tes choix ne sont pas forc&#233;ment les bons : si par exemple tu avais fait d'Ella ton alli&#233;e, &#233;videmment l'affaire serait mieux engag&#233;e. M&#234;me si tu la sais encline aux chamailleries plus qu'au partage, tu devrais arr&#234;ter de la maintenir tout le temps &#224; l'&#233;cart \ impensable de mettre Ella &#224; contribution sans que &#231;a vire au carnage, une relation qui vaut celle de Fabrice et d'H&#233;l&#232;ne, pens&#233;-je, dont Ziad pr&#233;tend sub rosa que s'ils n'&#233;taient fr&#232;re et s&#339;ur ils se seraient &#233;trip&#233;s depuis longtemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Incroyable ! des caract&#232;res aussi oppos&#233;s dans la m&#234;me famille&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pareil avec ma s&#339;ur, dis-je donc assez dou&#233; pour enfiler des perles. Possible qu'il y ait une loi scientifique l&#224;-dessus&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La loi de Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je vais y aller &#224; pied, j'ai besoin de marcher&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Cinq kilom&#232;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas chez elle / je vais passer au forty-four, c'est plus pr&#232;s, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! c'est encore ouvert, convient un Ziad goguenard, sauf qu'on n'y laisse pas entrer les moins de seize ans / mais bon ! avec ta s&#339;ur, c'est diff&#233;rent //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; prolonger le mensonge \ prenant sans arr&#234;t la tangente auras-tu l'amour ? ou plus s&#251;rement &#233;toufferas-tu d'angoisse muette, enferm&#233; dans ta fiert&#233;, risquant devenir violent ? Plut&#244;t mourir b&#234;te de col&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;e, indign&#233; par le destin que simplement cracher le morceau \ faire confiance aux amis \ t'en remettre &#224; une bonne &#226;me ! miskine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui / pas de probl&#232;me !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dingue comme tu lui ressembles &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas trop la couleur de / cheveux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vertige de l'usurpateur. Oublier que Ziad parle de la blonde Sophie et non de la brune Ella : faut-il que je sois distrait ! Ne te trahis pas, joue ton r&#244;le de fr&#232;re \ plausible \ ne vends pas ta peau d'ours ! Primo range-toi &#224; la force des clich&#233;s qui inspire &#224; Ziad sa phrase toute faite pour le r&#233;confort des mifas du monde entier. Ou deuxio amuse-toi de cet adage \ probabilit&#233; &#224; deux balles qui veut que la ressemblance des amants accro&#238;t vos chances d'&#234;tre faits \ Sophie et toi \ contrefaits l'un pour l'autre \ &#226;mes s&#339;urs \ physiques fr&#232;res \ quand bien m&#234;me la ressemblance ne te frappe mais alors pas du tout ! La carte du tendre est cousue de poncifs &#224; la peau dure, mon cher Peter, un vrai tambour dans la t&#234;te, ces temps-ci ! Pour autant tu n'iras pas risquer la v&#233;rit&#233;, m&#234;me avec qui semble pr&#234;t &#224; l'entendre \ garde ta concentration sur l'&#233;chafaudage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle heure ? Minuit. Les bars sont ouverts le samedi soir : c'est la graine que tu rumines depuis qu'a vrombi la moto de l'intrus \ le fianc&#233; dont je me figure le masque d'idiotie, le regard vitreux, la l&#232;vre pendante. Martial Angot vs Peter Baumann, une intelligence dans un corps fluet fascin&#233;e par la b&#234;tise et la force brute. Sur l'affiche, au poids, tes chances sont compromises \ mais le hasard peut d&#233;cider d'un accident en compensation de ta faiblesse \ une issue favorable, un passage invisible jusqu'&#224; la derni&#232;re minute ? Prends les d&#233;tours infinis de la complaisance et ne cesse pas d'y croire ! l'obstination est la qualit&#233; num&#233;ro un. Il peut y avoir un moment o&#249; Sophie se rendra disponible \ reste &#224; man&#339;uvrer cette nuit pour que le fianc&#233; ne la passe pas chez elle et que subjugu&#233;e la zouz te pardonne la man&#339;uvre : comment t'en voudrait-elle si c'est pour aimer ? Elle entrera dans tes mensonges \ corroborera \ qui ne sait mentir ignore ce qu'est v&#233;rit&#233; \ tiens bon ! tu ne seras jamais aussi pr&#232;s de la conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ S&#251;r ? tu ne veux pas que je t'accompagne ? c'est sur ma route / je pars bosser / de permanence toute la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui non &#231;a me fera du bien de prendre l'air //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ziad n'est pas genre &#224; se vexer \ la cr&#232;me des hommes \ toujours pr&#234;t &#224; rendre service \ se mettre &#224; ta place : &#233;prouver ton besoin de marcher une demi-heure pour r&#233;fl&#233;chir \ s&#251;r qu'il a besoin d'air lui aussi, pour tromper sa tristesse car il a l'air un peu triste \ plus d'un ne r&#233;ussit &#224; rompre ses propres cha&#238;nes qui pour l'ami est cependant un r&#233;dempteur. S&#251;r qu'il serait de bon conseil \ un gars pos&#233;, &#233;veill&#233; \ une autre fois. S&#251;r que tu joues gros, &#224; fleur de peau, n'&#233;coutant plus ton instinct&#8230; Prends le temps de te calmer faire le point, traversant tellement d'&#233;tats dans le cours d'une journ&#233;e, te rappeler o&#249; tu habites ! Impossible inventaire des &#233;tats de Baumann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Si on y allait tous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au forty-four ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On accompagne Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sans moi, dit H&#233;l&#232;ne. De toute fa&#231;on, ils vont bient&#244;t fermer&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi je pr&#233;f&#232;re l'excalibur / c'est ouvert jusqu'&#224; deux heures / mais il faut passer prendre Cynthia&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On d&#233;pose Peter, on boit un canon et on file &#224; l'excalibur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je crois que Peter pr&#233;f&#232;re marcher un peu, plaide Ziad.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ! tu fais bande &#224; part ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non mais j'ai besoin de marcher / j'ai un truc compliqu&#233; &#224; demander &#224; ma s&#339;ur et il faut que j'y r&#233;fl&#233;chisse&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous n'avez qu'&#224; nous rejoindre &#224; l'excalibur quand elle aura ferm&#233; la boutique !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue je vais lui proposer &#231;a //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t peupl&#233;e de tant d'interdits et de peurs tu avances &#224; pas feutr&#233;s, les lampadaires, les pavillons et les jardins plant&#233;s loin derri&#232;re : il n'y a plus qu'une route et un bois \ l'ensemble for&#234;t renfermant la forme Peter &#224; peine visible sur l'accotement. Br&#232;ve travers&#233;e de no man's land dans l'infini dharma des zones commerciales \ l'enfer j'avoue ! rien de comparable avec ce va-et-vient de nature &#224; civilisation qui te pla&#238;t tellement dans la campagne anglaise depuis tout petit \ qui a suffisamment plu &#224; Lisbeth pour qu'elle s'y r&#233;tablisse ~dans cette New Forest que lui ont fait conna&#238;tre les f&#233;es. Moi, je crains que les pixies ne m'aient pris en grippe : depuis que tu ne mets plus les pieds dans leur pays qu'une ou deux fois par an, ils ne t'ont fait l'offrande d'aucune harde fabuleuse \ tout juste si quelques poneys se souviennent de toi. N'emp&#234;che, s'il y a un endroit accueillant, c'est bien la ferme d'Eileen. Une des grandes p&#226;tures alentour servait de terrain de football aux petits gars du village \ ailier de remplacement, je n'ai pas beaucoup jou&#233; \ j'aimais mieux rester seul quand c'&#233;tait possible, accaparer toute la surface pour faire d&#233;coller un cerf-volant et japper les deux beagles d'Eileen. Je me passais sans probl&#232;me des moutons et autres enfants. Le vide et l'ennui ne me font pas peur, ils ont fini par aiguiser un d&#233;sir de vaine conqu&#234;te, d'une avidit&#233; sans borne, un go&#251;t pour le luxe et la pauvret&#233;, &#233;galement vain\e\s dans mon esprit, RIEN&#201;CHANG&#201; : ton id&#233;e de l'absurde s'est incrust&#233;e dans ton AD\haine. La mort tu ne la prends pas au s&#233;rieux \ leur r&#233;v&#233;rence de la mort que les mortels appellent sagesse te serait forfaiture \ habitu&#233; &#224; la for&#234;t d&#232;s le plus jeune &#226;ge, aux cruelles folies des animaux, aux larmes de joie du d&#233;voreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avisant de ta t&#233;n&#232;bre les lueurs de la station-service qui limitent la fin de ton tunnel, je dirais pour simplifier que tu as de nature le moral en dents de scie. Je me souviens quand ta m&#232;re ou, plus s&#233;rieusement, ta grand-m&#232;re essayaient de te r&#233;conforter \ pitoyables efforts : soit elles peinaient &#224; d&#233;guiser leur propre tristesse, soit elles y parvenaient si bien que toi, lass&#233; de leurs mimodrames, bless&#233; par leur douceur que ta grande injustice prenait pour de la condescendance, tu plongeais dans de longues heures de d&#233;pression \ d&#233;sign&#233;e &#224; l'enfant sous d'autres vocables \ bouderie // PI&#200;TRE HUMEUR &#224; quoi ne rem&#233;diait que la promenade en for&#234;t \ seul ou accompagn&#233;, je marche d'un bon pas, en me parlant sans arr&#234;t, je r&#233;p&#232;te tout bas des genres de limericks \ pour me d&#233;tendre je suppose \ en anglais le plus souvent \ mais rarement dr&#244;les \ du coup faut-il parler de limericks ? et cette esp&#232;ce de po&#232;me en fran&#231;ais aujourd'hui d'o&#249; vient-il &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un tel effroi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Peur de moi, peur du roi,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas prise sur vos trap&#232;zes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de place dans vos c&#339;urs,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vide me p&#232;se et le nombre m'&#233;c&#339;ure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eileen n'en compose pas de tels, Lisbeth ou Ella encore moins \ un de ces vieux trucs moyen&#226;geux. Pareil ! cette chanson qui prend le relais, o&#249; et quand l'as-tu entendue ? Pas le tube de l'ann&#233;e non plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ It's gonna be allright&lt;br class='autobr' /&gt;
And slowly goes the night&lt;br class='autobr' /&gt;
Ten lonely days, ten lonely nights&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
I'm so lonely //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tant que &#231;a \ isol&#233;, je veux dire ! Si tu fais le point s&#233;rieusement, si tu t'&#233;loignes un peu du miroir, honn&#234;tement tu n'es pas si seul. Tu ne manques pas d'amis \ de sommeil oui, mais d'alli&#233;s \ qu'il se soit trouv&#233; les \ bonnes personnes // pour favoriser ta cavale, c'est un signe. &#192; la question de Sophie \ Peter ? mais qu'est-ce que tu fais l&#224; // la baraque n'aura pas lieu de s'effondrer \ les co&#239;ncidences t&#233;moigneront en ta faveur et persuaderont la belle que vous n'avez pas &#233;t&#233; rapproch&#233;s par le SEUL hasard, suspendus l'un et l'autre au-dessus du n&#233;ant, mais que les dieux-f&#233;es vous observent d'un bon &#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les girandoles du forty-four clignotent encore pass&#233; minuit n'est pas non plus pour te d&#233;plaire, que ni vigile ni physionomiste ne t'arr&#234;te sous la cascade lumineuse et qu'&#224; ton entr&#233;e les rafales de couleurs et de musique techno emp&#234;chent toute reconnaissance te semblent encore de bons pr&#233;sages ! car tu n'es pas pr&#234;t, la promenade n'a pas assez dur&#233; pour inspirer aucune m&#233;thode, rien n'est cal&#233; et ta candidature r&#233;clame un d&#233;lai suppl&#233;mentaire. L'&#233;motion me paralyse, comme d'hab, devoir agir me rend idiot, je r&#233;p&#232;te en acrobate, je tourne les mots et les gestes mille fois dans ma t&#234;te mais ils se pulv&#233;risent, voltigeant au hasard, sans esprit, sans escalier \ pfft. Sur la petite piste du forty-four les trajectoires de la client&#232;le n'annoncent pas la fermeture : les danseurs s'agitent devant le bar comme s'ils venaient d'arriver, frais comme des gardons, &#224; peine moins nombreux que les buveurs agglutin&#233;s autour du bar. Le mouvement d&#233;sordonn&#233; bloque ta progression \ la travers&#233;e rel&#232;ve du miracle \ incapable d'arr&#234;ter un principe g&#233;n&#233;ral, tu stagnes, englu&#233; dans un brouillard gorg&#233; de sang \ barbe-&#224;-papa &#224; la fraise \ pistache \ fraise \ pistache \ et une odeur assortie de chicha sans que personne ne pipaille \ Sophie a-t-elle choisi le parfum sucr&#233; des fumig&#232;nes ? Je suis ainsi fait que pris par le temps, alors qu'il me faudrait sonder sans attendre le fond de mon &#226;me, y puiser du courage, le moindre incident, la plus petite odeur m'&#233;garent, mon esprit s'y laisse aussit&#244;t distraire \ s'il y en avait une je regarderais par la fen&#234;tre, attendri comme un &#233;colier par des fragments de ciel ou la multitude des passants \ les humains si prolifiques \ en voie de disparition ~paradoxale esp&#232;ce. Trop de paradoxes se t&#233;lescopent dans ta bo&#238;te jusqu'&#224; ce qu'une courte apparition les mette en charpie. C'est elle \ silhouette de barmaid, masqu&#233;e par les buveurs. Avec ses yeux pour guide \ deux petits phares entre les vagues \ tu pourras enfin la rejoindre sur terre \ pour que les n&#233;gociations reprennent \ &#224; tu et &#224; toi ! que la valse incertaine reparte de z&#233;ro. J'ai confiance, vous aurez un accord \ nulle autre mieux que Sophie ne comprend Peter Baumann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est aussi la reine des parages, indiff&#233;rente &#224; ses sujets subjugu&#233;s \ alors qu'eux, subjugu&#233;s, une m&#232;che de cheveux les fr&#244;le et wazy ! dans les vapes \ j'avoue ! la plus belle des cascades, le torrent le plus spectaculaire jalouseraient la retomb&#233;e des boucles sur de telles &#233;paules rondes, la douceur insubmersible de ces &#233;paules \ d'une pianiste-f&#233;e, la souplesse de ces mains commande &#224; chaque bouteille, aux bocks rassembl&#233;s d'une pichenette leurs petits ballets de sabbat. C'est bien Sophie d'ensorceler de pauvres bougres et de n'en calculer aucun \ toi pas plus ? oh ! il n'y a qu'&#224; attendre qu'elle ait tout embras&#233;, que le forty-four et la for&#234;t tout autour prennent feu \ que tout obstacle &#224; votre accouplement diabolique r&#233;duit en cendre vous puissiez pi&#233;tiner les danseurs pulv&#233;ris&#233;s \ c'est fait. Transper&#231;ant de ses prunelles les fant&#244;mes tremblotant du dance-floor, Sophie si ! te calcule et comme l'autre fois vos regards s'aimantent jusqu'&#224; ce que les vingt secondes de ton lent zigzag ne te rapprochent et ne s'entament les pourparlers \ hurl&#233;s sur la techno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Peter ? mais qu'est-ce que tu fais l&#224; ? //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'haleine d&#233;licatement menthol&#233;e de l'amante d'Amiens exciterait le plus quantique des quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En fait je m'ennuyais de toi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De moi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rire rallume-t-il la connivence ? L'amour ne vit-il que de cet affleurement reproduit sans cesse ? Comment peut-il durer sinon, au-del&#224; d'une nuit et un jour ? Peut-&#234;tre qu'&#224; parler sans rien dire, &#224; n'&#233;changer que des banalit&#233;s, les vieux amants ravivent, comme ils respirent, entre eux un assentiment : leur journ&#233;e enti&#232;re passe en clignements d'yeux et d&#232;s que p&#232;se le silence, voici le commentva ?oh !bienettoi ? qui arrive au secours \ pauvre commerce incantatoire, gestes l&#233;gers, le corps moins qu'une plume et toute pens&#233;e envol&#233;e mille pieds au-dessus des clients du forty-four.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'ai suppos&#233; que &#231;a te ferait plaisir qu'on se revoie&lt;br class='autobr' /&gt;
~Bien s&#251;r mais il faut que je te dise / aussi / tout de suite / parce que je ne sais pas ce que tu imagines / j'ai un copain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bah ! elle ne dit pas ami \ petit \ amant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ L'homme &#224; la moto&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que c'est important ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r. Et le plus important c'est que //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue ! m&#234;me forc&#233;e, sa voix est tellement douce &#224; ton oreille, pleine de tact, anxieuse de ne pas blesser qu'elle te scotche \ sauf qu'&#224; cet instant tu aimerais glisser que le plus important c'est l'amour et que si tu es amoureux d'elle, peut-&#234;tre elle-m&#234;me aimerait dire aussi qu'elle t'aime et que l'autre, le motard, finira dans les d&#233;cors \ mais elle embraye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le plus important c'est que j'attends un b&#233;b&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#234;b&#234;b&#234;. Absurde : la nature aura bient&#244;t repris la main et nous l&#224; redevenus poussi&#232;res d'&#233;toiles c'est bien le moment de faire des enfants \ claquemur&#233;s dans une maison que nous ne faisons plus que hanter, intrigant les insectes encore vivants : comment peux-tu d&#233;sirer un b&#233;b&#233; ? En vrai ! la pens&#233;e d'un gniard &#224; &#233;lever te coupe illico l'envie de faire l'amour et si tu regardes les mifas \ la mienne, pardon Lisbeth ! la reproduction a tout d'une mal&#233;diction, une maladie v&#233;n&#233;rienne qui dure et fait souffrir jusqu'&#224; la mort \ vas-tu multiplier avant de savoir soustraire ? &#192; cet instant tu aimerais glisser que l'avortement est LA solution, et si le meurtre aujourd'hui t'effraie, il te vaudra dispense de responsabilit&#233; le jour o&#249; fermera disneyland. &#192; peine chelou les humains qu'extasie la beaut&#233; de leur prog&#233;niture \ qui s'ing&#233;nient &#224; pourrir leurs enfants : quelques ann&#233;es de ce genre d'&#233;ducation et les microbes ne r&#234;vent plus \ d&#233;j&#224; salis, blas&#233;s, avides \ pr&#234;ts pour le massacre. De gr&#226;ce ma Sophie \ aimerais-tu glisser \ restons de grands enfants ! vivons librement non reproduits&#8230; Or ce n'est pas ce qu'il convient de dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un enfant ? c'est super //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta voix part dans les aigus, comme si elle n'avait pas fini de muer ! Tu as p&#226;li, forc&#233;ment, mais ne t'effondre pas \ d&#233;j&#224; beau de ne pas tomber dans les pommes \ sans compter qu'elle s'est donc bien foutue de ta gueule ? J'avoue ! tu aurais d&#251; demander &#224; Ella de te lire le tarot avant de prendre le train \ tirer le Yi King. Tu ne peux t'en prendre qu'&#224; toi-m&#234;me si tu n'es pas mieux pr&#233;par&#233; \ la jeunesse. Mais tu ne c&#233;deras pas &#224; ces premi&#232;res contrari&#233;t&#233;s car un signe de faiblesse semble guetter Sophie, qui te remettrait dans la partie. Une couleur de mort gagne vos deux visages comme si toute la vigueur et le sang leur &#233;taient confisqu&#233;s par le f&#339;tus cannibale : une nappe de lumi&#232;re bleue qui annonce la fermeture. Tu regrettes de n'&#234;tre pas document&#233;, de n'avoir d'autre exp&#233;rience de la naissance que la tienne enterr&#233;e \ d'une lign&#233;e malthusienne n'avoir jamais pris de b&#233;b&#233; dans les bras putain \ ne rien avoir lu d'obst&#233;trique \ impardonnable \ ne rien pouvoir replacer des temps de gestation ou des naus&#233;es de la future m&#232;re \ aucun exemple litt&#233;raire \ ne reste pas comme deux ronds de flan ! La question du pr&#233;nom pourrait se poser, pos&#233;ment, d'une voix grave&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Martial et moi sommes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ! le motard ! est l&#224; ? t'inqui&#232;tes-tu amor&#231;ant un panoramique.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non. Comment sais-tu qu'il fait de la moto ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Fille ou gar&#231;on ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ On ne sait pas encore //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a n'est pas pour toi, tu zappes ta liste des pr&#233;noms. Quand Delporte a pos&#233; la question du sexe &#224; Cl&#233;menti \ en plein cours carr&#233;ment \ elle aussi est enceinte mais &#231;a se voit \ elle a r&#233;pondu qu'elle ne serait fix&#233;e qu'apr&#232;s l'accouchement \ qu'elle ne voulait pas \ se priver de l'ind&#233;cision qui entre pour beaucoup dans notre sentiment de libert&#233; // Il doit prendre un sale coup ton sentiment de libert&#233; avec un gosse ! Pareil un jour que nous lui demandions d'&#234;tre exempt&#233;s de cours, Augustin et moi, sous pr&#233;texte d'un d&#233;veloppement informatique en retard, Fran&#231;oise Cl&#233;menti avait eu cette remarque cinglante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En somme, vous voulez &#233;changer une heure de lecture, une heure de libert&#233; &#224; lire Sartre et Camus \ pas l'&#233;clate non plus \ contre une heure &#224; programmer des lignes de codes copi&#233;es sur des tutoriels &#233;crits en anglais / vous vous comportez comme de parfaits esclaves / je n'ose m&#234;me pas imaginer ce qu'auraient pens&#233; de vous les &#233;crivains que nous / les &#233;crivains dont j'ai l'illusion qu'un jour vous tirerez quelque enseignement etc //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle parle comme &#231;a Fran&#231;oise Cl&#233;menti, ses phrases sont bien construites \ r&#233;fl&#233;chies \ elle prend un peu de temps avant chaque, sans doute pour &#233;viter les fautes \ tu r&#234;ves qu'elle fait belek &#224; la concordance et z&#233;ro libert&#233; d'usage ! Vue sous cet angle, la langue est une prison \ tu prends perp&#232;te &#224; d&#233;jouer les barbares et tu finis trahie par la r&#232;gle ! tellement ingrate en fran&#231;ais \ r&#233;gime d'acceptions \ navrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'imagine que Sartre vous aurait massacr&#233;s //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref ! au nom de Sartre ou d'un autre infernal, elle nous a encore trait&#233;s de valets \ asservis &#224; la machine que nos ma&#238;tres am&#233;ricains nous branchent dans le cul pour d&#233;finitivement nous abrutir // elle a aussi des formules assez grossi&#232;res Fran&#231;oise Cl&#233;menti, c'est une femme contrast&#233;e \ bref ! comme dirait Carapelli, number one of our unamerican masters ~nous nous d&#233;lestions de notre personne r&#233;elle pour toujours plus d'abstractions // D'ailleurs ayant eu vent de notre d&#233;marche \ tout se sait &#224; BP \ il \ Carapelli \ nous a coinc&#233; \ abond&#233; dans le sens de Cl&#233;menti \ distingu&#233; opportunisme et servilit&#233; \ r&#233;v&#233;l&#233; que \ notre apparent pragmatisme n'est que le sympt&#244;me de l'anxi&#233;t&#233; // texto ! qu'il ne fallait pas prendre la science pour \ panac&#233;e universelle de notre ignorance // ni l'informatique comme unique moyen d'obtenir \ notre place au soleil // ou nous deviendrions au contraire des zombies \ p&#226;lichons j'avoue Gu et moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Et je crois que je ne voudrai pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Conna&#238;tre le sexe de mon b&#233;b&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, quand sera enfant&#233; cet enfant sans genre, confie-le aux bons soins de nounous asserment&#233;es ! confine-le dans la nursery d'un abri antiatomique ou alors abandonne-le au plus vite &#224; la tutelle de son p&#232;re ! Entends-le qui braille sur le si&#232;ge arri&#232;re d'une moto lanc&#233;e &#224; toute vitesse&#8230; Ce n'est pas ce qu'il convient de dire \ qui d'ailleurs d&#233;passerait ta pens&#233;e \ tu d&#233;lires \ de d&#233;pit \ aveugl&#233; par la col&#232;re \ en manque d'apparences favorables \ forc&#233; d'avancer &#224; l'aveugle \ sous l'effet de la sid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pourquoi faire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je veux dire / cet enfant / tu le d&#233;sires vraiment ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben ! oui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et lui / le p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'esp&#232;re ! tu es dr&#244;le //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre d'instruction men&#233;e avec tellement de d&#233;licatesse manquerait tout faire foirer, si Sophie n'avait de nouveau ce rire dans la voix \ cet humour inalt&#233;rable \ entre le rire et les larmes, elle se jettera sur le rire. Pourtant pas de quoi, voudrais-tu insister : oublieuse de sa nature, notre action la d&#233;nature, pas de virus plus n&#233;faste au vivant interplan&#233;taire que la prolif&#233;ration des homosapiens ! Englu&#233;s \ schizos \ d&#233;sempar&#233;s \ sous la double contrainte de tout mieux consommer et d'arr&#234;ter imm&#233;diatement \ impossible de miser sur une nouvelle g&#233;n&#233;ration dans une soci&#233;t&#233; qui doit prot&#233;ger ce qu'elle d&#233;truit et ne sait r&#233;p&#233;ter que VA MOURIR ! Es-tu viable et capable de te sauver, as-tu mis au point un soleil artificiel, la t&#233;l&#233;portation ? J'avoue, c'est &#224; ton microbe Sophie qu'il reviendra de d&#233;ployer tout son g&#233;nie, s'il en a le temps, ou il fondra doucement, irrecyclable et sans emploi avec le reste des travailleurs malheureux, spoli&#233; par ses propres g&#233;niteurs, des parents au d&#233;sarroi dont il ne pourra m&#234;me pas justifier l'existence ni r&#233;p&#233;ter les n&#233;vroses \ merci. Si tu admets qu'avoir des enfants ait &#233;t&#233;, &#224; une &#233;poque lointaine, une preuve ultime d'amour et de courage \ une conjuration de la peur et de l'ennui plus souvent \ un comblement du vide \ aujourd'hui tout &#231;a te semble&#8230; inconsid&#233;r&#233;. Enfin quoi ! n'es-tu pas inform&#233;\e ? Fin de sursis, pauvre ou riche, &#224; la m&#234;me enseigne, tous &#224; r&#234;ver du futur le moins apocalyptique, comme si les crimes du pass&#233; ne rendaient pas la vie impossible ! Irr&#233;parable. Dans l'esp&#232;ce difficile de pers&#233;v&#233;rer, mais en rajouter ne te semble-t-il pas criminel ? Sacrifier encore &#224; l'ogre de la technique, quand m&#234;me les dieux les plus t&#233;m&#233;raires nous abandonnent&#8230; J'avoue, ton discours n'est pas tenable \ noir &#224; l'exc&#232;s \ ou pareil, attribu&#233; automatiquement &#224; la cruaut&#233; de ton jeune &#226;ge. Mais tandis que je tergiverse, Sophie passe &#224; autre chose \ normal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En attendant j'ai rendez-vous pour mon premier tatouage&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme tout le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je t'en avais parl&#233; /une licorne c'est pas comme tout le monde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh si ! o&#249; &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sur l'&#233;paule / qu'est-ce que tu bois ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Droite //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun souvenir de ce projet de tatouage. Assez temporis&#233; ! Tu barytone &#224; pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ah ! moi j'aimerais mieux pas mais tu / mais l'enfant ne me d&#233;range pas, dis-je soudain inspir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que tu racontes //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Te voici bien avanc&#233;, pi&#232;tre conquistador sans ma&#238;tre et sans dieu, infoutu d'abdiquer ! Force et faiblesse o&#249; le corps et l'esprit oscillent, un seul pas de c&#244;t&#233; tu tr&#233;buches, &#224; peine le temps de r&#233;cup&#233;rer tu r&#233;alises que tu t'engages pour la vie ! Cette audace t'est-elle souffl&#233;e par William ? Plaise au ciel que ton histoire n'avorte comme son r&#233;cit fonceur de la guerre civile au \ Congo-Brazzaville // ! \ Oh ! my, oh ! mum, que vais-je pouvoir sauver du d&#233;sastre // une ligne isol&#233;e en t&#234;te, le murmure d&#233;sol&#233; d'un rescap&#233; qu'il n'a fait que croiser quelques minutes, descriptions de paysages dans la suite des pages, rencontre avec un jeune chef de clan et interruption abrupte \ nombreux ces d&#233;buts que le daron n'a pas repris. Un &#233;t&#233; j'ai tout lu, cal&#233; dans une berg&#232;re bancale, sous l'&#233;clairage du hublot qui embrase le grenier, &#224; hauteur des cimes du sous-bois de la propri&#233;t&#233; d'Eileen, sans cesse je me suis demand&#233; laquelle de ces histoires avort&#233;es &#233;tait la plus prometteuse, laquelle serait la plus porteuse comme j'imagine qu'il ironisait lui-m&#234;me, l'histoire que tu retiendrais pour une nouvelle ou un d&#233;part de roman \ si tu &#233;tais moins cossard. Rien sur toi magl ! Et pour cause si tu en crois Lisbeth : il ignorait jusqu'&#224; l'&#233;ventualit&#233; de ta personne \ un p&#232;re malgr&#233; tout. Mais laisse tomber ! Si Ella se charge de ton h&#233;ritage, tu n'auras plus &#224; culpabiliser ni regretter : elle &#233;pluchera toute la pile d'agendas, traquera une indication, un ressassement, la reprise d'un brouillon, et si elle ne trouve rien, z&#233;ro note d'intention dans ces centaines de m&#233;mos en vrac, basta ! elle b&#226;tira tout un roman elle-m&#234;me. Lui \ comme toi \ n'a jamais fait long, l'essentiel &#233;tait dit dans un feuillet. D'apr&#232;s Lisbeth, il attendait toujours d'&#234;tre au pied du mur pour r&#233;diger ses articles, livrant la veille de leur parution au guardian \ un seul jet sans ratures ni atermoiements. Entre les lignes tu t'aper&#231;ois que la r&#233;alit&#233; lui suffit \ la recherche de l'info \ le baroud avec ses coll&#232;gues \ ses fixeurs \ la rencontre du \ sujet // la transmission le pr&#233;occupe et l'engage plus que le style \ ultra lisible j'avoue \ classique ? Il se fichait du nombre de signes auquel se mesure l'importance de ton reportage, ignorait les commentateurs. Le sbeul des m&#233;dias relevait pour lui d'une forme de glorification de soi, il le d&#233;nigrait comme toi facebook ou twitter. Son truc c'&#233;tait le concret \ creuser les pistes \ prendre des risques \ comme &#231;a qu'il c&#233;l&#233;brait l'existence \ mais pour la \ cuisine // il allait vite \ tu m'&#233;tonnes que tu te casses de Nice &#224; la premi&#232;re occase ! &#192; ne pas douter que tout BP entrera dans la logique du tel p&#232;re tel fils \ m&#234;me Carapelli \ inquiet le vieux ? furieux j'avoue ! s'il t'avait calcul&#233; avec ces cr&#233;tins de militaires, sauf que lui ne dirait pas \ cr&#233;tins // Carapelli n'est pas aussi violent dans l'expression que Cl&#233;menti et il s'&#233;pargne le c&#244;t&#233; hautain. J'avoue, &#224; cr&#233;tin, cr&#233;tin et demi, je peux pavoiser, &#224; prendre mes d&#233;lires pour des r&#233;alit&#233;s ! Tarantino, tes films ne collent pas. Pr&#233;visions trop optimistes, bagages b&#226;cl&#233;s, attends-toi &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u par les rushes ! Tu ne r&#233;colteras que des horreurs et tous tes plans voleront en &#233;clats \ ou alors wazy que cette pluie, la nuit finissent ! tu t'&#233;veilleras gentiment dans les bras de la fille du forty-four et le sourire de la fille du forty-four collera avec celui qui t'obs&#232;de depuis trois semaines \ raccord. Ne g&#226;che plus un seul milligramme de cervelle disponible &#224; tes sc&#233;narios catastrophes \ trop tard pour consid&#233;rer l'&#233;ventualit&#233; que tu te fourvoies grave comme ricanerait le Carapelli non-violent \ comme chaque fois que tu foires une d&#233;mo \ il semble que vous vous soyez grave fourvoy&#233;, mon cher Monsieur Baumann // Bien s&#251;r que tu aurais pu &#233;couter l'oncle Philippe, juger froidement la situation, l'esprit repos&#233; apr&#232;s une bonne nuit, mais tout &#231;a, honn&#234;tement, autant ne pas y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cet enfant nous pourrons tr&#232;s bien l'&#233;lever ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es compl&#232;tement &#224; la masse mon bonhomme&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Les math&#233;matiques il faut commencer t&#244;t //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proie de ce rire si beau, je d&#233;fie qu'il m'enterre, muet, affaiss&#233; comme une vieille poup&#233;e automate bloqu&#233;e sur pause : vas-tu crier maman d&#232;s qu'on t'aura chang&#233; les piles ? Tandis qu'un didg&#233; invisible a brutalement coup&#233; le son du forty-four, la rieuse Sophie, rappel&#233;e &#224; sa mission de tenanci&#232;re, entreprend de fermer le bar. Les clients d&#233;senvo&#251;t&#233;s joignent la sortie. Certains saluent la barmaid et puis moi comme si j'&#233;tais avec elle et qu'ils ne connaissaient pas Martial l'homme &#224; la moto \ ou plus probable me prenaient pour le cadet de l'un ou l'autre. Surpris de le pouvoir encore, je filme, j'enregistre : Sophie effleure tout en souplesse le tableau &#233;lectrique et d'une arabesque &#233;conome commande l'extinction une &#224; une des lumi&#232;res jusqu'&#224; ne laisser qu'un nuage jaune enrober le bar. Les portes battues ravivent l'odeur de l'alcool, la bi&#232;re surtout, &#226;cre, une poisse m&#234;l&#233;e de tabac, de sueur, de notes incompatibles \ vas-tu tourner de l'&#339;il ? non pas : trop occup&#233; &#224; admirer ta Sophie dans ses virevoltes, son jean noir tr&#232;s serr&#233;, son teeshirt noir avec la langue des Rolling Stones en pleine poitrine, bien ringard. Rien ne para&#238;t encore : combien de mois ? c'est la premi&#232;re question qu'un ami attentionn&#233; aurait pos&#233;e &#224; une femme enceinte putain concentre-toi ! Un poster g&#233;ant de New York \ un vieux avec les deux tours \ couvre le mur derri&#232;re le bar, l&#224; o&#249; plus souvent, dans d'autres &#233;tablissements, un miroir double la sc&#232;ne \ tant mieux qu'il n'y ait pas de miroir : pas press&#233; de voir ma tronche, heureux de pouvoir baisser le volume, de t'accorder, mezzo, avec un couplet rassurant de questions anodines \ que ne feras-tu pour Sophie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#199;a ne se voit pas. Tu es enceinte de combien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas trois mois&lt;br class='autobr' /&gt;
~Tu travailles ici depuis longtemps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas un mois&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Le patron est au courant que tu es enceinte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ M&#234;me pas / mais de toute fa&#231;on je ne compte pas m'&#233;terniser / je me suis donn&#233; une dizaine de jours pour trouver mieux que ce bouge //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue ! toi non plus tu n'aimerais pas taffer dans un forty-four aussi cheap, la techno d'il y a dix ans dans les oreilles \ tu d&#233;p&#233;rirais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu veux que je t'aide &#224; ranger ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! ce n'est pas notre boulot / il y a une entreprise qui passe pour ranger et faire le m&#233;nage / un couple de Serbes super sympa. Yann et moi, on rentre / qu'est-ce que tu as pr&#233;vu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
~J'ai dit &#224; mes / amis / qu'on les rejoindrait &#224; l'Excalibur / ensemble / si tu &#233;tais d'accord / mais je suppose qu'il y a ton Martial //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit avance &#224; reculons. Qui est ce Yann que je calcule pour la premi&#232;re fois ? blond peroxyd&#233; tout de blanc v&#234;tu &#224; l'inverse de Sophie \ pas moins serr&#233; mais tellement plus ventru qu'elle \ didg&#233;, barman en second ? les aisselles aur&#233;ol&#233;es \ vigile anti-mouches \ nous nous saluons il est d&#233;j&#224; sorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu connais du monde ici ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ H&#233;l&#232;ne et Ziad me logent, cit&#233; des For&#234;ts, &#224; c&#244;t&#233;. Je suis venu de Paris avec le fr&#232;re d'H&#233;l&#232;ne et deux khey / dans leur voiture une vieille golf.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La golf de Fabrice / ma parole ! mais tu connais TOUT le monde //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant la question de son agenda en suspens : passera-t-elle la nuit avec Martial oui ou non ? retentissent quelques notes de Rigoletto, la donna &#232; mobile, quand tu aurais attendu du R&amp;B ? mais qu'est-ce qu'une sonnerie de mobile dit de son propri&#233;taire hein ? j'avoue : &#224; peu pr&#232;s tout \ et rien \ tant que la &#231;onnerie ne t'effraie pas. Moi par exemple j'ai la de base \ imitation de dring ancien \ le dring de Beyrouth ? j'avoue, la d&#233;faite \ trop r&#233;pandue : une fois sur deux tu te surprends &#224; d&#233;crocher par erreur alors que c'est un autre clone du m&#234;me dring de la m&#234;me walkyrie des origines, m&#234;me note m&#234;me timbre, pas loin qui vibre \ je devrais me singulariser, ta sonnerie de hess te d&#233;personnalise quand m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est mon fianc&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;nom Martial. Sois attentif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ A l'Excalibur ? Peter n'est pas mon fr&#232;re //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vas-y que tu &#233;carquilles les yeux implorant Sophie de ne pas te d&#233;noncer, que tu te d&#233;signes de la poitrine, opinant du museau comme le chien miniature kidiwi pos&#233; sur la plage arri&#232;re de la golf de Fabrice : pour &#233;viter les complications il t'a fallu mentir veux-tu dire \ au risque de brusquer j'avoue, mais tu as bon fond ! tellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Enfin pas vraiment : c'est mon DEMI-FR&#200;RE / tu ne pouvais pas savoir / je ne le vois quasiment jamais&#8230; oh ! je ne suis pas son ange-gardienne //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelle vivacit&#233;, elle accepte de te couvrir \ et quel talent d'improvisation ! Son visage ne souffre pas une seconde la stup&#233;faction, ni la col&#232;re \ un sourire, l'humour ? reprennent instantan&#233;ment le dessus. Demi-s&#339;urs, demi-fr&#232;res&#8230; je m'y connais \ il fallait y penser. Quelle femme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Martial proposait de venir nous chercher mais je lui ai dit qu'on y allait &#224; pied / que tu m'accompagnais. Qu'en dis-tu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ O&#249; &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'Excalibur pardi ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; pied ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est &#224; un quart d'heure / le temps de me raconter un peu ta vie //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pardi ? &#201;bahi tu ne peux que consentir sauf que tu aimerais &#234;tre &#224; l'origine de cette invitation &#224; la promenade, avoir plus de prise, part &#224; la d&#233;cision, bref ne pas devoir miser chaque minute &#224; venir sur la bienveillance de Sophie \ or je souris de toutes mes dents beno&#238;tement \ niaisement \ &#224; l'avance r&#233;joui \ une catastrophe. Ose apr&#232;s &#231;a r&#233;clamer l'amour ! le truc exclusif \ non, tu dois imposer ton rythme. Si tu persistes dans cette fuite effr&#233;n&#233;e, si tu laisses faire le mensonge en fait de demi-s&#339;urs, demi-fr&#232;res, demi-amants, si tu ne d&#233;clares pas la guerre, si tu ne te d&#233;clares pas enti&#232;rement, Sophie et toi resterez au mieux bons amis et l'histoire sera finie demain. Oublie l'enseignement du Bouddha tel qu'Ella te l'a condens&#233;, qui dit et redit qu'il n'y a que la souffrance, que tout bonheur est &#233;ph&#233;m&#232;re, que les minutes les plus palpitantes, les plus joyeuses, m&#234;me celles qui mettent fin &#224; une angoisse terrible, &#224; une souffrance insupportable, ne font que pr&#233;figurer de nouvelles souffrances ! Le nirv&#226;na d'Ella c'est pour les gogos \ wazy il sert &#224; rien son gros anesth&#233;siste de bouddha punk de mes couilles dans ton abattoir sans piti&#233; \ j'avoue tu tiens &#224; peine debout mais l'&#233;veill&#233; c'est toi ! Et tu n'as pas fait la route pour passer la nuit &#224; visiter les bars de Picardie. &#192; toi de jouer, tu prendras une gamelle mais insiste ! Tu sauras assez t&#244;t si aucune sagesse am&#232;ne plus s&#251;rement &#224; la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne crains pas la pluie&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu dis &#231;a ! dans cette r&#233;gion pourrie mieux vaut se m&#233;fier //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature est douce mais d'apr&#232;s l'appli m&#233;t&#233;o de Sophie les pr&#233;visions sont &#224; la pluie. Elle rev&#234;t une esp&#232;ce de k-way et insiste &#224; te munir d'un parapluie publicitaire Clan Campbell \ des articles de pluie &#224; dominante noire qui vous apparentent aux corbeaux. Les veilleuses du forty-four &#233;teintes, les portes referm&#233;es, vous traversez un petit parking puis vous enfoncez dans la for&#234;t \ il fallait que j'y revienne pr&#233;ciser que rien ne borde la route qu'un vrai bois : des arbres de toutes sortes, des ch&#234;nes sans doute \ des bouleaux. J'aime la for&#234;t, Eileen m'a rab&#226;ch&#233; mille fois le nom des essences \ un mot qu'elle aime dire en fran&#231;ais et que je lui ai piqu&#233; \ sans savoir pourquoi elle le pr&#233;f&#232;re &#224; species \ mais je n'identifie pas les essences : j'ai &#233;t&#233; matraqu&#233; de trop de mots pendant les ballades pour imprimer le b\a\ba de la dendrologie. Et puis la for&#234;t il faut vivre avec \ au jour le jour \ avoir besoin d'appeler les arbres par leur nom parce qu'ils sont tes voisins\ devenus potes. Salut &#224; toi h&#234;tre dor&#233; ! salut eucalyptus, &#231;a boume ? Qui reconna&#238;tre ici dans la nuit un lampadaire tous les cent m&#232;tres ? &#224; peine si tu vois o&#249; tu mets les pieds. Il faudrait que Sophie ralentisse qui conna&#238;t la zone par c&#339;ur que les arbres indiff&#232;rent \ g&#233;n&#233;reuse for&#234;t qui va mourir, je te demande pardon aux noms de tous les humains qui t'ont suc&#233; la s&#232;ve. Dommage car vis-&#224;-vis des filles, c'est toujours chouette de pouvoir nommer des arbres \ te restent les &#233;toiles ou un anneau de M&#246;bius vite fait avec une bande de papier ou alors tu fais vibrer tes super-cordes \ j'avoue ! les &#233;toiles \ les &#233;toiles sont tellement le meilleur atout des gar&#231;ons comme toi, un truc tellement clich&#233; qu'elles pourraient se m&#233;fier et les gar&#231;ons comme toi s'abstenir, mais rien &#224; faire, le sexe est directement branch&#233; sur le cosmos, tu d&#233;colles direct, tu sublimes, sans exclusive, genr&#233;, pas genr&#233;, tu transcendes, tu transsssexes, tu intersssexes, c'est l'universel co&#239;t sous les grandes vo&#251;tes. Penses-y !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#192; quoi tu penses ? demande-t-elle sans se retourner, dix pas en avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; notre avenir&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as pas plut&#244;t envie de me raconter ce que tu deviens / depuis ce week-end c'&#233;tait quand / pas si longtemps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Deux semaines&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es quand m&#234;me allum&#233; ! qui t'a donn&#233; l'id&#233;e de venir ici ? Ella ? //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ton de flic affranchie me scotche. Il faudrait que tu la rattrapes pour lui indiquer la n&#233;buleuse d'Orion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Est-ce que tu comprends que ton live de tout &#224; l'heure n'a aucun sens ? j'ai un copain, je vais avoir un b&#233;b&#233; et tu veux quoi / m'&#233;pouser, t'es ouf //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Rien de tellement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne le prends pas mal mais c'est n'importe quoi ! Quand on s'est vu avec Ella et les autres je t'ai trouv&#233; super sympa mais aujourd'hui / tu me sid&#232;res. On passe un week-end et toi / je ne sais pas ce que tu vas te fourrer dans la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Juste envie de te revoir //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sinc&#233;rit&#233; finira par payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oui mais / moi aussi d'ailleurs &#231;a me fait plaisir &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mais quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Nous deux &#231;a ne m&#232;ne nulle part&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! &#224; cause de mon &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ! ah ! oui par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne crois pas non&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es extraordinaire ! tu n'as pas ta vie toi aussi ? le lyc&#233;e &#224; Nice&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une bo&#238;te &#224; zinzins ? merci / si ma vie doit se limiter &#224; &#231;a / tu ne crois pas que l'amour est le plus important ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment savoir ce que Sophie regarde, toujours devant, lointaine, dans la nuit ? Ma parole elle &#233;tait plus facile &#224; atteindre quand il y avait cette distance de mille kilom&#232;tres entre nous \ ach diese L&#252;cke &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu ne crois pas //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'elle rebrousse chemin et te heurtant t'embrasse \ &#224; pleine bouche \ pas du tout le baiser sur la joue que tu as pu redouter mais un jeu de langues qui se prolonge quelques secondes pas plus vous reprenez d&#233;j&#224; vos distances et la marche au c&#339;ur de la for&#234;t obscure. &#192; l'agonie, tu aimerais entendre chanter \ int&#233;rieurement \une romance qui te donne du courage, car tu avances encore et toujours &#224; l'aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Nous deux &#231;a ne m&#232;ne nulle part / je suis une fille s&#233;rieuse. Je n'ambiance pas mon mec pour un soir : je ne suis pas genre de ton milieu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'ai pas de milieu et je suis tr&#232;s patient&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu me fais rire / ma parole quelle t&#234;te de mule ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu crois que je ferais un mauvais p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je r&#234;ve. D'abord mon enfant je vais l'&#233;lever toute seule tu comprends ? je ne compte pas sur Martial et encore moins sur toi : un seul gamin suffit. Quoi ! tu te vois en jeune p&#232;re / g&#226;cher tes &#233;tudes ? bien s&#251;r que non / ne mens pas ! &#224; ton &#226;ge personne n'a envie&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; mon &#226;ge ? j'avoue ! &#231;a d&#233;pend&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Imagine seulement ce que &#231;a veut dire ! moi d&#233;j&#224; je ne sais pas, c'est mon premier / je ne peux m&#234;me pas me baser sur mes parents !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas super responsables mes parents \ un euph&#233;misme // comme tu dirais ! Heureusement ma grand-m&#232;re m'a prise en charge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh c'est parfait une grand-m&#232;re / moi il y avait Eileen, la m&#232;re de mon p&#232;re //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'heureux p&#232;re ni de grand-p&#232;re vivant, seulement tes amers des deux c&#244;t&#233;s du Channel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On a grandi sans p&#232;re tous les deux c'est vrai / sauf que le tien n'a jamais fait de prison / avoue que nous ne sommes pas du m&#234;me monde mon cher Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne suis pas sp&#233;cialement riche, ma famille est tr&#232;s / dispers&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
\ La mienne &#233;tait sp&#233;cialement pauvre. En tout cas toi et moi c'est impossible &#231;a commence et &#231;a s'arr&#234;te aujourd'hui d&#233;sol&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible ! Peter / impossible Peter //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'un &#233;clair dans le ciel illumine vos sourires tristes et vos cheveux luisants, puis le tonnerre pourtant tr&#232;s lointain semble donner le d&#233;part de la course \ Sophie se met &#224; courir par jeu plus que pour se mettre &#224; couvert de l'orage \ elle se presserait en sens inverse, si elle savait ce qui vous attend. Car dans quelques minutes, tu pourras broder sur le yin yang \ en l'occurrence ton attirance obsessionnelle pour la sym&#233;trie se payera d'une gentille &#233;pouvante et de hess plombera tes amours naissantes. Mais pourquoi un &#233;pisode sordide devait-il vous chasser du paradis ? C'est quoi ce relent de vieux concept de p&#233;ch&#233; originel de mes deux ? un vestige de sermon anglican \ en quoi l'insouciance serait-elle p&#233;ch&#233; ? Quel oiseleur d&#233;moniaque songerait &#224; lester des passereaux du poids d'un crime ? Attendez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu la rejoins en trottinant \ voletant l&#233;pidopeter \ sur le parking de la mini zone de commerciale o&#249; le cordon de police l'a arr&#234;t&#233;e. Un seul gyrophare persiste dans la nuit au-dessus d'un fourgon battant le secteur prot&#233;g&#233; par les gendarmes, ils auraient pu le couper \ le gyrophare pas le cordon \ se contenter de l'arri&#232;re-plan lumineux r&#233;pandu par les enseignes de l'excalibur pour &#233;clairer leur th&#233;&#226;tre, ce rayonnement bleuverd&#226;tre disloqu&#233; morceau par morceau, qui s'&#233;vapore enti&#232;rement puis r&#233;appara&#238;t cut, immanquablement, en lettres majuscules, dans l'air humide. &#201;chapp&#233;s &#224; l'attraction des voitures rang&#233;es feux &#233;teints &#224; l'ext&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre, quelques corps satellitaires, policiers, gendarmes et pompiers bougent pesamment on dirait sans volont&#233; pr&#233;cise. Et puis tandis que Sophie retourn&#233;e vers toi s'appr&#234;te &#224; lib&#233;rer les pressentiments, par un sursaut soudain les gendarmes se d&#233;cident &#224; r&#233;tablir la circulation de la quatre-voies longeant les boutiques grillag&#233;es du centre commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne les vois pas //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre la bouche, pour dire que si ! c'est machin \ Gilles, debout devant le car des flics \ sauf que Martial Angot vient vers nous \ c'est sans doute &#224; &#231;a qu'il ressemble d'habitude : tout en cuir de motard, casque &#224; la main, pas tr&#232;s grand, pas tr&#232;s beau \ &#224; peine plus accabl&#233; que d'habitude, il passe sa t&#234;te livide sous la banderole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu n'as pas re&#231;u mon texto ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la nuit, la temp&#233;rature d&#233;passe encore les vingt degr&#233;s \ plus qu'inhabituel au mois de mai \ l'orage n'a rien rafra&#238;chi. La bruine ti&#232;de perle sur son \ nos visages qui se font face dans un effluve de gas-oil \ j'avoue ! nous serions tous plus beaux autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je te disais de ne surtout pas venir : il s'est pass&#233; quelque chose / lui c'est Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Keskispass ? questionne Sophie toute p&#226;le d'angoisse \ beaut&#233; fatale.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est Fabrice&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi Fabrice ? Putain il a tabass&#233; un mec&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non c'est lui //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As-tu parcouru mille kilom&#232;tres pour moisir sur ce parking / transi ? Th&#233;oriquement non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tous ceux que nous n'avons pas contact&#233;s peuvent rentrer chez eux ce serait bien merci //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix du flic en civil ne porte pas \ manque de puissance et de conviction pour sortir l'assembl&#233;e de sa tr&#232;s grande apathie \ question de rythme aussi \ mais tu te vois mal utiliser un m&#233;gaphone dans une brumaille aussi paisible. Les plantons paraissent patiemment profiter de la pause, m&#233;ditatifs, comptant le temps que les nerfs se d&#233;nouent apr&#232;s que le pire est pass&#233; \ aucune urgence &#224; r&#233;examiner la gova dans laquelle une heure plus t&#244;t un type de vingt ans du nom de Fabrice Courtin a &#233;t&#233; abattu d'une balle dans la t&#234;te. Quand m&#234;me les scientifiques sont l&#224; pour &#231;a TH&#201;ORIQUEMENT \ bienvenus \ y retourner une derni&#232;re fois avant de tout nettoyer \ laisser les derniers t&#233;moins rentrer chez eux \ remettre les moteurs en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Fabrice s'est fait buter par un cingl&#233; / ils vont pr&#233;venir sa s&#339;ur / on aurait pr&#233;f&#233;r&#233; qu'elle l'apprenne par un ami mais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il est mort ? demandes-tu pour Sophie dont les l&#232;vres se mangent.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm / je crois que ce serait bien de passer chez elle / je ne sais pas ce que tu en penses // &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martial ne pourra voir Sophie acquiescer dans le vide car il n'attend pas vraiment de r&#233;ponse \ ne nous calcule plus \ il a fait un quart de tour en mode poids lourd vers la sc&#232;ne de crime. Nous voici trois en rang d'oignons &#224; fixer la golf au cadavre dans laquelle j'ai transit&#233; il y a peu \ je n'h&#233;site pas &#224; entourer la main de ma barmaid d'une &#233;treinte d&#233;licate et sans force. Une seconde, elle te fait cadeaux de ses grands yeux effar&#233;s. Quant &#224; Martial Angot, il serait qualifi&#233; en finale des h&#233;b&#233;t&#233;s que la peur paralyse, belle p&#226;leur dans ce tableau de parking aux traits d&#233;compos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Vingt ans il s'est trouv&#233; l&#224; au mauvais moment //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses formules de fianc&#233; qui joue le champion rh&#233;torique au pr&#233;texte d'&#233;vacuer les tensions ? t'exasp&#232;rent un rien. Tu te demandes si les flics font pareil ou s'ils se retiennent. Surtout je me tais \ passe encore inaper&#231;u. Stress&#233; \ v&#233;n&#232;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Gilles et Mustapha l'avait laiss&#233; seul avec sa copine.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Cynthia ! elle est bless&#233;e ? encha&#238;ne la voix assourdie \ sublime \ de Sophie.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Indemne / elle est avec un m&#233;decin et un psy dans le camion des pompiers&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un psy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un soutien psychologique, pr&#233;cise Martial.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En pleine nuit c'est / bien / tu &#233;tais l&#224; quand c'est arriv&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non/ j'ai vu les flics / des gendarmes / ils &#233;taient d&#233;j&#224; arriv&#233;s / j'ai //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fatigue me tombe sur les &#233;paules. J'aimerais nous voir ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est &#201;ric Deblicker je le connais, reprend Martial / mon voisin / il travaille &#224; la p&#233;gi / je vais lui demander si on peut s'en aller //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas le grand gaillard un peu fort un peu groggy un peu vo&#251;t&#233; \ minable dans son battle-dress de toile perm&#233;able trop ajust&#233; \ pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre ailleurs lui aussi, de toute &#233;vidence \ que la gendarmerie n'ait pas contact&#233; son bureau \ que le meurtrier de Fabrice Courtin arr&#234;t&#233; moins d'une heure apr&#232;s le clash n'e&#251;t aucun ant&#233;c&#233;dent \ ne f&#251;t pas impliqu&#233; dans une enqu&#234;te &#224; lui Deblicker \ ne pas d&#233;barquer sur ce parking tremp&#233; et avoir &#224; constater \ qui &#224; part un bourreau scrupuleux voudrait-il constater un mort de violence ? Tu n'as jamais cru aux h&#233;ros-flics imperturbables des s&#233;ries scandinaves chambrant le l&#233;giste &#224; la bien pendant une autopsie. Ton imagination fonctionne diff&#233;remment : pour l'inspecteur Deblicker tu vois que s'&#233;gr&#232;ne la litanie des souvenirs associ&#233;s \ les listes morbides auxquelles se confronte une carri&#232;re \ si le tableau de cette nuit n'est pas le plus horrible, tu peux &#234;tre sensible &#224; la jeunesse de la victime \ au-dessus de la bouche intacte grand ouverte et comme &#233;tonn&#233;e la t&#234;te a morfl&#233;, elle a subi toutes sortes de transformations plus ou moins subtiles sans parler de ce manque toujours moins r&#233;gulier et plus impressionnant du c&#244;t&#233; o&#249; la balle ressort \ ou peut-&#234;tre qu'ici tout est moins grossier ne faisant qu'un seul et m&#234;me tunnel &#224; l'horizontale net et discret = d'une tempe &#224; l'autre \ j'avoue ! le d&#233;sagr&#233;ment majeur, la besogne qui un jour te pousse &#224; d&#233;missionner, parce que toi, Deblicker et tes coll&#232;gues de la p&#233;gi, vous n'avez pas choisi l'action, les situations dangereuses, pour vous retrouver englu&#233;s dans les constats collat&#233;raux \ sordides \ les scientifiques eux oui peut-&#234;tre \ capables de s'abstraire \ et quoi dire des keufs qui tirent sur la foule pour mettre le sbeul et aplatir les soul&#232;vements \ guett&#233;s chaque dimanche par le d&#233;go&#251;t d'eux-m&#234;mes ? Ni frappeur ni scientifique, l'inspecteur Deblicker que tu vois approcher de Martial Angot et l'emmener &#224; l'&#233;cart, a n&#233;anmoins le pas pesant et un regard vide : le jour o&#249; il aura &#224; constater la mort d'un copain ce sera la derni&#232;re enqu&#234;te, la fin des affaires. Et ses putains de vert&#232;bres ! comment &#231;a se voit qu'il n'en peut plus de cette sensation d'une tortue qui essaie de se dresser sur les pattes arri&#232;re. Et puis ses cent kilos. Et la collection d'anti-inflammatoires qui lui collent la gerbe. L'herbe, le valium et la bi&#232;re le soir, avec quoi tu fais un fonctionnaire vraiment trop intoxiqu&#233; pour durer jusqu'&#224; la retraite, &#233;puis&#233; d&#232;s la premi&#232;re saison \ mais sur ce parking b&#233;nie soit l'illusion, le canevas qui te prot&#232;ge, toi, et par la m&#234;me occasion Sophie qui a les mains froides \ et si douces \ &#224; qui il faudra raconter ton policier \ mais n'est-elle d&#233;j&#224; abreuv&#233;e de ces clones d&#233;pressifs submerg&#233;s de meurtres en s&#233;rie ? J'avoue, remballe ta s&#233;rie noire ! ou alors je ne sais pas, monte une embrouille qui vous t&#233;l&#233;porte sur Mars\eille \ &#244; \ soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coup d'&#339;il que te jettent &#201;ric Deblicker et Martial Angot pendant leur discussion, tu penses que c'est foutu \ te voil&#224; d&#233;masqu&#233; ! C'est le moment de fuir &#224; nouveau \ fuir la France, la main de Sophie serr&#233;e dans la tienne ! mais tu la rel&#226;ches et passant sous la banderole te rend gentiment &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Peter ? attendez-moi une minute ! s'il vous pla&#238;t // ordonne une voix de basse &#224; l'accent des hauts pays plats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#233;fiance ni regret l'inspecteur vous abandonne, Martial et toi, se pressant d'aller intercepter la jeune femme qui vient de sortir du fourgon de la s&#233;curit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est Cynthia / la fianc&#233;e de Fabrice // te pr&#233;cise Martial comme si tu prenais des notes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas franchement indemne \ fra&#238;chement d&#233;maquill&#233;e \ le regard dans le vague errant sur ses pompes deadstock \ &#233;vitant le regard des autres comme une vedette de revue &#224; scandale \ Cynthia \ blonde princesse &#224; cape d'or et d'argent \ se soucie-t-elle de respirer plus grand ? haletant malgr&#233; les calmants \ de retenir sa tra&#238;ne ? Une suivante aux cheveux blancs la rattrape \ flotte &#224; ses c&#244;t&#233;s dans un ample uniforme de la s&#233;curit&#233; civile, la soutient, la l&#226;che puis surveille sa marche \ frottant le dos de Cynthia, ses mains consolantes crissent sur la couverture de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Cynthia tu perds pied, tu n'es surpris de rien \ une incartade sur un parking de zone et tu vois ton fianc&#233; \ fianc&#233; // qu'est-ce que &#231;a veut dire &#224; la fin ? flingu&#233; par l'inconnu qu'il n'a provoqu&#233; que pour le principe, d'un geste machinal, de pilote &#224; pilote \ le malheur n'en restera pas l&#224;, &#224; cause de Cynthia qui d&#233;vaste tout sur son passage, sept lettres d'un pr&#233;nom auxquelles sans savoir pourquoi tu ne peux accoler qu'une tornade tropicale ou les marques d'une enfant battue, tout un lot de trag&#233;dies \ en plus que Cynthia ce n'est pas ancr&#233; dans du solide, j'avoue &#231;a te maintiens juste en vie, dans un d&#233;cor d'Ed Wood affubl&#233; de mal&#233;fices, maudite comme une hollywood princess h&#233;ro&#239;ne de thriller. Oh ! tu entends clairement les paroles que lui adresse l'inspecteur au timbre bas \ d'une voix neutre \ enveloppant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je m'appelle &#201;ric Deblicker, c'est moi qui vais enqu&#234;ter sur ce qui est arriv&#233; / je suis d&#233;sol&#233; / je sais que vous avez d&#233;j&#224; parl&#233; &#224; mes coll&#232;gues alors je vous laisse tranquille nous nous verrons plus tard. Votre p&#232;re est arriv&#233;, il va vous emmener, bon courage //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;change de regards entre Cynthia \ perdu \ et Sophie \ d&#233;mesur&#233; \ces deux-l&#224; ne sont pas assez amies pour s'enlacer \ ou manquent soudainement de ferveur. L'inspecteur n'a pas plus l'&#233;nergie d'aller au-devant du p&#232;re, cet homme massif, un m&#232;tre soixante-dix, le dessus du cr&#226;ne d&#233;garni brillant sous la pluie, moustache rousse, &#233;paules affaiss&#233;es et le m&#234;me air perdu que sa fille, dont il ne recueille le regard que quelques secondes \ avant de lui tourner le dos sans l'avoir &#233;treinte, l'entra&#238;nant au d&#233;part \ tous les deux pareils semblant ne pas savoir o&#249; mettre leurs pas, marchant maintenant c&#244;te &#224; c&#244;te, &#224; un demi-m&#232;tre de distance, la t&#234;te pench&#233;e vers le sol \ tous les deux soufflant &#224; chaque pas comme apr&#232;s un effort de r&#233;sistance. Puis Cynthia court presque vers les voitures \ s'enfermer. Son p&#232;re passe plus pr&#232;s. Son blouson &#233;cossais bleu et vert s'ouvre sur un maillot de cycliste aux couleurs sobres \ &#224; l'effigie des assurances AG2R. La veille ce dynamique conducteur de travaux ? apparaissait sur le chantier d'une nouvelle rocade \ dans la force de l'&#226;ge. Une gendarme l'attend, tient sa porti&#232;re ouverte, le salue, lui indique le sens de la circulation d'un mouvement de t&#234;te \ il &#233;coute les yeux ferm&#233;s sans prononcer un mot \ rouvre les yeux au volant de son antique Opel Vectra pour d&#233;marrer, sortir &#224; vitesse r&#233;duite, sans calculer sa fille &#224; c&#244;t&#233;. Quelle part a-t-il eu dans le choix du pr&#233;nom ? doit-il s'en vouloir de n'avoir pas &#233;t&#233; capable de prot&#233;ger Cynthia dont il d&#233;sapprouvait \ violemment \ depuis des ann&#233;es \ la conduite et les fr&#233;quentations ? Est-ce qu'il attribue &#224; un miracle le fait qu'elle ait &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e \ consid&#232;re qu'elle finira par s'en sortir \ qu'elle ne m&#233;ritait pas \ personne \ que la mort s'abatte sur son petit ami. Tu lis dans les yeux clairs que ce p&#232;re, lui, ne s'en rel&#232;vera pas \ sa fille oui, mais lui \ et les autres : H&#233;l&#232;ne, la s&#339;ur de Fabrice, cit&#233; des For&#234;ts, les parents exil&#233;s &#224; la neige, an&#233;antis par un coup de t&#233;l&#233;phone, dans un chalet F2 &#224; Val-Thorens ? Alors qu'&#201;ric Deblicker adresse un signe au chef des pompiers, une douleur famili&#232;re lui agrippe la nuque et les &#233;paules, il revient vers vous en grima&#231;ant \ toi \ Martial \ et Sophie qui a franchi elle aussi la banderole sous la capuche de son k-way \ les m&#226;choires t&#233;tanis&#233;es. L'inspecteur se masse le cou de la main gauche, l'air \ un peu moins furieux. Aucun fardeau qui ne nous soit jet&#233; sur les &#233;paules, dont nous ne puissions supporter l'&#233;preuve \ qu'est-ce que tu vas bien pouvoir dire &#224; ce flic &#224; part &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; RetourDeCampa&#173;&#173;gne &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tu prends un quadrilat&#232;re quelconque, tu divises chacun de ses c&#244;t&#233;s en trois segments &#233;gaux. Tu traces les lignes s&#233;cantes reliant deux par deux les points de division les plus proches. Tu obtiens un parall&#233;logramme et tu v&#233;rifies par la m&#234;me occasion le th&#233;or&#232;me de Ferdinand Wittenbauer, un autrichien des ann&#233;es 1900.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH157/2_lignes-b61c4.jpg?1684418215' width='250' height='157' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagine ces deux surfaces comme deux feuilles de densit&#233; uniforme, le centre de ton parall&#233;logramme a comme par hasard le m&#234;me centre de gravit&#233; que celui de ton quadrilat&#232;re original, le m&#234;me point d'&#233;quilibre autour duquel la masse est uniform&#233;ment r&#233;partie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH157/3_lignes-ea0d4.jpg?1684418215' width='250' height='157' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qui les math&#233;matiques murmurent amicalement dans le creux de l'oreille c'est une chance de pouvoir reposer sur une base scientifique&#8230; ainsi &#224; toute figure quelconque, &#224; tous les &#233;pisodes confus de ton existence, tu peux appliquer des lois universelles qui dissipent le chaos en te r&#233;v&#233;lant le plan cach&#233; de l'univers : te voici rassur&#233; et, ton &#233;quilibre retrouv&#233;, tu avances confiant dans l'avenir. Si tu pars calmement de Thal&#232;s, mon soce Gu as raison, tu peux tout d&#233;montrer, prouver par mille vecteurs, extrapoler \ tout se tient. Ainsi de ce temps pass&#233; sur le parking ? sans doute \ amour et mort sont l&#224;, tu n'en feras pas un roman non plus, huit douze barres sur un flow percutant, &#224; la rigueur \ j'avoue, tu vois bien que les c&#244;t&#233;s sordides ne p&#232;sent plus rien d&#232;s que tu recadres autour de Sophie et que dans le d&#233;sordre apparent tu tiens parfaitement l'&#233;quilibre, si rien n'encombre tes synapses que les maths, si tu passes les complications inutiles \ un fianc&#233; &#224; tes basques ? un b&#233;b&#233; sur les bras et quoi ? bient&#244;t class&#233; $ d&#233;linquant juv&#233;nile \ tu as tout gagn&#233; &#224; prendre des vacances pour les beaux yeux de Sophie : cette promesse r&#233;it&#233;r&#233;e ne comble-t-elle pas tes esp&#233;rances ? Sans passage &#224; l'acte, j'avoue la frustration, mais comme te serinerait le Carapelli, la gloire ne t'attend nulle part, &#224; toi de remettre sur l'ouvrage, genre simple, convaincant, obstin&#233; \ ni journal intime, ni liste de courses, tes articles scientifiques seront brefs, denses et bien inform&#233;s, tes lettres d'amour une tuerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu &#233;criras un roman policier // me glisse Philippe au milieu de son rire d&#233;sabus&#233;, sid&#233;r&#233; que je puisse me soucier d'un avenir avec Sophie et ne pas couper les ponts \ s&#251;r que lui passerait &#224; autre chose sans m&#234;me penser relier les s&#233;cantes. &#201;va me sera plus instructive \ si elle daigne faire son apparition : d&#233;j&#224; une demi-heure que nous l'attendons entre deux nuages, au soleil miroitant de Paris, rencogn&#233;s dans le caf&#233; du palais de Tokyo. &#201;va est extralucide &#224; ses heures, cent fois plus puissante qu'Ella et son tarot vaudou : nous verra-t-elle dans son ciel, Sophie, moi, l'enfant ? Ne serait-ce qu'une tendance \ niveau moral c'est important m&#234;me pour un scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un roman policier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'am&#233;ricaine avec des ambiances //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le probl&#232;me avec Philippe : tu lui demandes un avis sur la vraie vie et aussit&#244;t il embraye sur les livres ou le cin&#233;ma \ mani&#232;re de taper en touche. J'avoue ! ce mec vit dans la fiction \ ta mis&#232;re ne l'int&#233;resse que s'il peut l'adapter &#224; l'&#233;cran. J'avoue, pas chaud de revenir sur ce parking \ pas des masses fascin&#233; par le glauque et la violence \ envie de nous voir ailleurs avec Sophie \ aucun regret de ne pas tourner de fusillades ou de poursuites \ ne revendique aucun r&#244;le ni dans la sc&#232;ne fatale de l'excalibur ni dans la \ spectaculaire // arrestation du meurtrier pr&#233;sum&#233; secteur d'&#201;touvie sur une autre zone du grand ouest \ juste onlooker et d&#233;cid&#233;ment pas fan de Tarantino. Tu ne t'en fous pour autant \ de la violence \ mais peut-&#234;tre pr&#233;par&#233; au pire &#224; cause de William, vaccin&#233; en quelque sorte, tu cicatrise le trauma. Mais tu ne jouerais pas plus dans les guerres de ton daron \ reporter d&#233;ment mont&#233; sur tes grands chevaux \ tu ne donnerais pas tant de jours au combat, jusqu'&#224; la d&#233;faite, non tu te tiendrais naturellement &#224; distance, mais pas insensible \ au contraire \ la compassion pas tr&#232;s loin, toujours envisageable, mais quel int&#233;r&#234;t de singer William ? S&#251;r qu'il les aurait regard&#233;s davantage : Fabrice, Gilles ou Mustapha, qu'il se serait m&#234;l&#233; de leurs histoires \ moi, je ne note rien, t&#233;moin pourri \ m&#234;me pas le f&#233;tichisme du carnet comme Ella que le rap a aussi tent&#233;e \ je rappe pas papa chacun son karma : &#224; quoi bon hurler si tu ne peux sauver personne, si tu ne plies pas les gens de pouvoir, si tu n'as pas &#233;t&#233; foutu de compenser l'absence en me laissant quelque chose de senti&#8230; une directive \ un po&#232;me. J'imagine qu'une rude journ&#233;e de baroud marqu&#233;e par un tas d'absurdit&#233;s te d&#233;charge de tout effort \ la conscience apais&#233;e \ sans trop le souci de la p&#233;rennit&#233; \ au calme \ sauc&#233; que ne t'ait pas happ&#233; \ l'indicible violence qui hante le c&#339;ur des hommes // telle que d&#233;crite par le cruel Philippe dans l'exorde de son dernier opus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Au d&#233;part, mon h&#233;ros n'est pas un homme plus violent que les autres mais les circonstances l'am&#232;nent &#224; commettre l'irr&#233;m&#233;diable avant qu'il ait eu le temps de s'endurcir. As-tu song&#233; aux premi&#232;res exp&#233;riences de ton p&#232;re propuls&#233; directement de son amphi au th&#233;&#226;tre des op&#233;rations ? m'interroge l'&#233;crivain tortur&#233; commentant son propre commentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas vraiment / d&#233;boussol&#233; j'imagine&lt;br class='autobr' /&gt;
\ William n'&#233;tait pas un journaliste comme les autres : il pensait et s'int&#233;ressait &#224; la croyance&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La croyance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il ne supportait pas que l'existence humaine se r&#233;duise &#224; une mati&#232;re premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une mati&#232;re premi&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celle du progr&#232;s technologique / du capitalisme financier / des guerres je ne sais quoi toutes sortes d'horreurs / nous sommes tellement dou&#233;s pour asservir / rendre notre soci&#233;t&#233; toujours plus ha&#239;ssable. Il disait que les hommes n'avaient plus la patience de vivre, qu'ils &#233;taient comme press&#233;s de mourir&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; la guerre forc&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non partout le plus vite est le mieux, regarde : les touristes veulent &#234;tre revenus, les travailleurs en vacances, les artistes reconnus, tous riches, pas demain, tout de suite / un peu de patience que diable ! voil&#224; ce qu'il s'&#233;crirait \ ce que William &#233;crirait de ces marathoniens de Paris qui d&#233;talent dans tous les sens sur les trottoirs dans les gaz et la poussi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme &#224; Nice sauf qu'ici pas trop de soleil non plus&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il &#233;crivait peu mais il voyait juste / est-ce que tu as lu l'&#233;tat dada ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ L'article qui l'a rendu c&#233;l&#232;bre ? je crois oui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu devrais / c'est une belle m&#233;taphore de la dictature &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une m&#233;taphore ? pas son genre ! si ? oh //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu &#233;coutes Philippe, ton p&#232;re est mieux qu'un h&#233;ros : un mod&#232;le \ si tu &#233;coutes Rachid, j'ai d&#233;j&#224; dit : les p&#232;res ne sont m&#234;me pas dignes du m&#233;pris de leurs enfants \ les quelques articles de William le rendent-ils aimable ? son monde moins ha&#239;ssable. Qu'a-t-il fait pour toi &#224; part &#234;tre mort ? Qu'iras-tu glaner sur ce qu'il t'a l&#233;gu&#233; de nom et de fortune : r&#233;seau dispers&#233; \ liens d&#233;faits \ une vie de baroudeur que la guerre a fini par avoir. Merci ou pas pour la vie, mais ton petit bourgeois de fils refuse l'h&#233;ritage de l'aventure, il est s&#233;rieux, esp&#232;re qu'avec toute sa science il pourra sauver les meubles, m&#234;me si Lisbeth qui s'en fout comme de l'an quarante ! l'attaque direct, au vivant, critique et le traite de pantoufle \ stick in the mud // de \ singe savant reli&#233; &#224; d'autres singes savants toujours &#224; farfouiller dans les poubelles de l'archive &#233;lectronique &#224; dissiper son temps dans des # contradictoires // au point de persuader le plus brillant chercheur que ses r&#233;sultats il ferait bien de se les garder \ ne jamais divulguer \ carr&#233;ment \ ne pas participer pas &#224; ce gros g&#226;chis, mais rester planqu&#233; &#224; l'&#233;cart de cette \ soci&#233;t&#233; de merde // n'offrir aucune br&#232;che &#224; la contradiction \ cesser d'examiner Nature ou Science comme une analyse de sang qui inqui&#232;te ou rassure \ bannir tout exc&#232;s de curiosit&#233;, toute passion malsaine \ la malsaine indiscr&#233;tion du chercheur et toutes ces vanit&#233;s qui compromettent ton &#233;quilibre // Merci maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ La dictature c'est la dictature non ? Les m&#233;taphores &#231;a va bien pour faire comprendre les sciences aux neuneus / mais une m&#233;taphore de la dictature &#231;a t'embrouille pour rien&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu embrouilles le pouvoir et tu &#233;claires ton lecteur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu contournes peut-&#234;tre la censure mais tu perds ton punch&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne suis pas d'accord / la m&#233;taphore c'est ce par quoi l'homme atteint plus qu'il ne peut saisir / pour &#231;a que c'est aussi le chemin de la connaissance scientifique / et tu dis \ pour les neuneus // parce que tu es fatigu&#233; Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue il m'arrive d'&#234;tre fatigu&#233; / m&#233;tabolisme un peu haut&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu oublies que l'effort de communication des scientifiques enrichit le contenu de leurs futures d&#233;couvertes / les neuneus ce sont ceux qui se foutent d'&#234;tre intelligibles ou qui se posent la question trop tard&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a m'arrive : je ne suis pas &#201;tienne Klein&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas lu / pour moi par exemple Einstein est d'abord un homme d'imagination / un d&#233;pressif que la science lib&#232;re et fait r&#234;ver&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un conteur de sornettes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En quelque sorte //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adore comme certains plumitifs te parlent de science \ il ne leur manque que la science. Philippe c'est abus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Il avait l'air sympa ton flic / qu'est-ce que vous vous &#234;tes dit finalement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Des conneries. Il m'a laiss&#233; appeler Lisbeth / il lui a parl&#233; et &#231;a n'a pas manqu&#233; : elle t'a demand&#233; de venir me chercher / je te remercie de ne pas avoir mentionn&#233; que j'&#233;tais pass&#233; par chez toi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle m'aurait tu&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trange complicit&#233; \ dirais-tu d'un Philippe trente ans plus vieux que toi qu'il est un soce valable ? La diff&#233;rence d'&#226;ge ferait en l'occurrence moins obstacle qu'en amour \ enfin ! n'est-il pas d&#233;sesp&#233;rant que Sophie ait disparu, que tu aies attendu seul dans ce bureau de police et qu'au lieu de te tenir compagnie, la dulcin&#233;e soit all&#233;e soutenir Martial dans sa visite courageuse &#224; l'amie H&#233;l&#232;ne ? &#192; n'en pas douter. Encore, ce flic t'aurait permis de courir la rejoindre ! mais non, pas moyen de d&#233;guerpir. J'avoue ! elle te griffonne son 06 au creux de ta main \ &#224; l'ancienne \ comme si tu l'avais d&#233;j&#224; perdu ! susurre qu'un jour vous vous retrouverez \ &#224; Paname ou sur la C&#244;te // et pftt ! Que peux-tu r&#233;pondre ? Attends ! Fixons au moins une date \ insister en ces temps tragiques t'aurait disqualifi&#233; \ grave &#233;go&#239;ste, insensible, en vrai un fou furieux \ et la folie effraie, elle t'isole : f&#233;licite-toi de n'avoir pas oppos&#233; par d&#233;raison l'urgence de l'amour &#224; la tristesse du deuil ! Basta. Patience et no rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pourquoi ne vous croirais-je pas ? s'&#233;tonne Deblicker.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est tellement con&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non il faut tenter la chance //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traverser ton pays par amour n'a rien d'extravagant, si tu ne fais pas ce genre de choses la vie ne vaut pas d'&#234;tre v&#233;cue dit &#224; mots couverts ton flic de roman. Comportement standard des particules, libres dans l'espace, enferm&#233;es dans le temps, songes-tu &#233;puis&#233;, vaguement heureux d'&#233;chapper &#224; des ann&#233;es de prison pour un crime invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;~Votre m&#232;re va rappeler ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai laiss&#233; un texto //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bizarre encore cette intelligence &#224; l'&#233;gard d'un vieux keuf \ quarante ? qui te rend ta carte d'identit&#233; sans la regarder, t'&#233;coute sans rien noter, que tu amuserais presque dans ce parking sinistre \ une compensation aux ravages de la nuit ? Mais voici que Lisbeth rappelle ! Vous vous appelez une fois l'an et il faut que &#231;a tombe cette nuit \ dans une fourgonnette en pleine nuit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Qu'est-ce que tu fous chez les flics //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma parole \ tu sais bien que cette femme a des antennes \ m&#233;dium en quelque sorte \ aussi puissante qu'Ella, &#201;va et la pythie r&#233;unies putain ! Mais c'est comme si te conna&#238;tre la dispensait d'attentions et de points sur les i : en vrai tes incartades elle s'en fiche \ en l'occurrence elle aurait pu d&#233;couvrir moins tardivement le message de BP signalant ton absence et t'appeler aussit&#244;t mais c'est comme si tu &#233;tais &#233;mancip&#233; depuis tes sept ans, comme si tu ne risquais rien, que l'&#233;ducation rustique et le sucre dont sa belle-m&#232;re Eileen t'a gav&#233; te gardait de la fatigue, comme si les orphelins de naissance &#233;taient immunis&#233;s contre les mauvaises surprises \ et le diab&#232;te ? Gu&#232;re de chance que cet &#233;pilogue picard entame son self-control.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je n'y comprends rien ! Quelle fille ? franchement tu d&#233;connes / il faudra qu'on parle s&#233;rieusement tous les deux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menace en l'air, z&#233;ro conviction, elle pourrait au moins essayer, mais Deblicker me demande le t&#233;l&#233;phone. Sophie s'est &#233;loign&#233;e, elle et Martial discutent gravement pr&#232;s de la yamaha encore &#233;teinte \ ils reviennent leur casque &#224; la main gauche, produire leur droite d&#233;gant&#233;e pour des aurevoir&#224;bient&#244;t distants. J'avoue, nous serons tous libre la t&#234;te vide, bient&#244;t lav&#233;e des souvenirs, comme demain ce parking, la pluie infiltr&#233;e fera un peu grimacer la surface et puis &#231;a passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pour le reste je fais confiance &#224; votre m&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vous &#234;tes bien le seul&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Votre oncle de Paris viendra vous chercher au poste de police&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Philippe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi n'allez-vous jamais en Angleterre ? j'aime beaucoup ce pays&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi pas / seulement la campagne //&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : By Azim Khan Ronnie - Own work, CC BY-SA 4.0, &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96966484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96966484&lt;/a&gt;, via Wikimedia Commons&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann II/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-II-III</link>
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		<dc:date>2023-05-05T10:46:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; MultiversFootball &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2264-a79bd.jpg?1772241524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; MultiversFootball &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; LesMotsPourLeDireGenre &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;lisabeth, son pr&#233;nom de queen, a-t-il &#224; lui seul entra&#238;n&#233; ma m&#232;re, quoique de basse extraction, dans les bras de mon p&#232;re, un Anglais de la haute ? Golri ce mariage des contraires ! Tu imagines Lisbeth prendre des pincettes, le ton s&#233;rieux de la gentry ? Non. Il faudra que je lui demande dans quelle langue ils se sont parl&#233; &#224; Paname la premi&#232;re fois \ pourquoi ce fran&#231;ais que tu tritures avec entrain, William ne l'&#233;crivait que pour ajouter son apostille aux courriers de Lisbeth ou remplir des papiers administratifs ? alors qu'il lisait Marcel Proust dans l'original ! m&#234;me il le cite sur un magn&#233;to avec son fort accent \ toujours. Parler, il a fallu qu'il y soit contraint et forc&#233; : en Afrique francophone, travaillant longtemps avec un photographe fran&#231;ais \ j'avoue : traducteur de toi-m&#234;me, tu ne dis que le n&#233;cessaire, tu apprends surtout &#224; perdre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ais de langue maternelle, anglais de paternelle, d'apr&#232;s Cl&#233;menti il ne m'en co&#251;terait pas d'en rajouter \ et r&#233;guli&#232;rement tu promets de faire l'effort. Pour Carapelli, partir &#224; l'assaut de nouvelles langues, c'est la qu&#234;te du Saint Graal, le truc qui transforme ton existence, se limiter &#224; deux c'est le risque d'en manquer une troisi&#232;me par laquelle tu es rendu chez toi pour de bon \ &#224; voir. Auparavant, quand je jouais au Peter apatride, je m'en fichais \ exil&#233; de toujours \ avec ce douloureux accent o&#249; que tu fusses ! Je ne suis plus ce Jane Peter Brookin, je ne suis plus poseur, je ne pose plus mes op&#233;rations ni rien, je roule avec mon essence \ essentiellement en fran&#231;ais genre soutenu \ pas encore dispos&#233; au multilinguisme \ r&#233;tif &#224; presque toutes les \ disciplines // auxquelles BP voudrait d'embl&#233;e t'initier. J'avoue ! &#224; Babel Pascal tout est possible, tu r&#233;veilles m&#234;me les mortes, de langues. Ah ! l'indispensable beaut&#233; de ces humanit&#233;s d&#233;su&#232;tes ! ce rudiment de grec ancien et de latin qu'&#201;veline &#201;taix s'&#233;chine &#224; te faire entendre \ &#201;taix le dernier sp&#233;cimen du secondaire &#224; te faire lire &#224; haute voix et dans le texte un la&#239;us de Cic&#233;ron. Pas franchement up-to-date, mais curieusement personne ne ren&#226;cle : &#224; BP tu respectes les anciens. Avoue que tu pourrais agr&#233;er Carapelli et t'initier aux vivantes ! l'arabe, le chinois\ parler couramment mandarin ou cantonais comme le petit Vincent ! Tu le crois qu'il a mon &#226;ge ! Moi qui ne suis pas un g&#233;ant le d&#233;passe d'au moins vingt-cinq centim&#232;tres, minus Vincent ! mais &#224; la tchatche personne, m&#234;me Oscar, n'arrive &#224; sa cheville \ Vincent c'est Oscar10, Oscar sans les obstacles de l'infirmit&#233;. Pour tchatcher, il tchatche ! chiche de switcher &#224; la seconde, anglais, chinois, espagnol \ frais j'avoue ! son babil printanier dans le jardin &#224; l'intercours, always fluent, comme de l'eau qui clapote entre des galets. Vincent pr&#233;tend qu'avec une seule le&#231;on par semaine, sans rien de chinois dans les g&#232;nes, tu pourrais lire le mandarin ou le cantonnais fingers in the nose \ pas d&#233;chiffrer : lire ! couramment, comme lui. Tu ne peux m&#234;me pas l'attaquer sur son h&#233;r&#233;dit&#233; consulaire : ses quelques mois &#224; Hong Kong, l'avorton les a v&#233;cu 100 % en anglais, regagnant l'Europe avec quoi ? du bruit dans l'oreille : trois gros mots de pidgin en tout et pour tout \ et m&#234;me lascar dans les sciences : tu d&#233;chiffres quand lui d&#233;roule \ imbattable. Il n'y a qu'avec ton fran&#231;ais bizarre que tu l'int&#233;resses mais en litt&#233;rature il assure trop mon lossa ! &#224; l'&#233;crit et &#224; l'oral \ heureusement qu'&#224; BP tu m&#233;prises la comp&#232;te ! que la diffusion du savoir est la r&#232;gle \ que tu peux jouer les idiomes sans vanterie, piquer &#224; Ella son cr&#233;ole ha&#239;tien ou le slang des clubs pour r&#233;chauffer l'ambiance \ pimenter tes playlist punk. Une arme fatale, les mots d'Ella. Mais j'avoue, si tu esquives le music business banal que nous bafouons, le fran&#231;ais a toujours la pr&#233;f&#233;rence quand nous nous engueulons. Et pas de cessez-le-feu : tu la textotes pour pas la r&#233;veiller, elle te rappelle, yomb !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Bon dieu ! tu peux pas parler plus fort ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je te dis que je suis dans un train !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un train ! &#231;a existe encore ? Je pensais qu'&#224; BP tu en &#233;tais &#224; la t&#233;l&#233;portation&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Depuis lurette mais l&#224; j'avais du temps &#224; perdre&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Parle plus fort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je vais pas hurler dans un train couchette&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh ! bien quitte ta place, va pr&#232;s des chiottes !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est ce que j'ai fait&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Putain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi putain ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai entendu couchette&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ella ! c'est la nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a veut dire que tu d&#233;barques &#224; Paris ? &#224; tous les coups / &#201;va et Philippe vont te passer une de ces soufflantes&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas leur genre et puis je n'ai pas l'intention de les mettre au courant&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu comptes dormir sous un pont ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un pote va m'h&#233;berger&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quel pote ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Un pote&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis &#224; London mon coco : tu peux dormir chez moi mais il faut r&#233;cup&#233;rer mes cl&#233;s chez &#201;va&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Impossible / il faudrait / enfin les faire r&#233;cup&#233;rer par quelqu'un qui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ben ! voyons&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Au cas o&#249; / sinon / ils sont gentils / mais ils vont me fliquer tu sais bien&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Rappelle-moi combien de temps tu t'es incrust&#233; la derni&#232;re fois !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pour le coup c'est juste une nuit / je dors sur le canap&#233; quelques heures et je mets les bouts&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et ton pote alors ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue / peut-&#234;tre que tu loges d&#233;j&#224; quelqu'un / tu as un mec en ce moment ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Merci de te soucier de ma vie ! &#201;va et Philippe vont se douter t&#234;te de pioche : je suis nulle pour inventer un bobard / tout ce que je d&#233;teste&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a va Londres ? Tu as raison je ne peux pas te / je vais passer les voir, c'est plus simple. Est-ce que tu m'autorises ? je veux dire chez toi au cas o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que j'ai le choix ? tu me mets toujours au pied du mur / c'est juste abus&#233; // conclut S&#339;ur Ella dans un soupir expr&#232;s pour que tu te sentes de lui faire tes excuses et de lui d&#233;biter un gros bouquet de pens&#233;es positives sur sa tourn&#233;e anglaise \ vite, avant qu'elle ne change d'avis, ne braque cet abruti de Philippe contre toi, ou pire, n'avertisse Lisbeth. Je lui dis qu'elle est une s&#339;ur formidable, la seule &#224; qui parler, que je ne mesure pas ma chance de l'avoir, toujours disponible, et comme je sens un radoucissement, marque une pause, lui parle de son amie Sophie, gr&#226;ce &#224; qui, l'amour subordonnant toute logique, je prends conscience que ma vie peut d&#233;railler \ heureusement. Je ne rel&#232;ve pas l'ironie ellienne dans les termes de sa capitulation r&#233;sign&#233;e \ gamelle garantie mais si &#231;a peut te faire grandir / une bonne correction / parce que si tu veux un jour s&#233;duire une fille tu as du boulot // indiff&#233;rent j'avoue ! je lui donne raison : je ne perdrai rien &#224; corriger ma nature de monstre et mes phrases acerbes, enfin ! je gagnerai fatalement &#224; aimer \ &#234;tre aim&#233; \ math&#233;matique ! et ravalant le b.a.ba de psy que je tiens toujours pr&#234;t &#224; servir, sentant qu'Ella s&#8216;impatiente, je lui r&#233;p&#232;te qu'elle a tout bon : je veux d'abord et avant tout conna&#238;tre l'amour \ hatsuko&#239; // m'essay&#233;-je pour la premi&#232;re fois en japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le sexe tu veux dire //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit sans sommeil m'affame, je d&#233;vorerais volontiers une plaque de chocolat \ les sucreries rassurent en cas de pa\nique. Le manque de glucose n'est pas recommand&#233; : quand tu n'as pas ta dose tu es insupportable \ pas prudent d'&#234;tre parti si l&#233;ger dans les p&#233;nibles conditions o&#249; tu navigues. Sache ce qui est bon pour toi, tu emmerderas moins le monde ! J'avoue. Pas exclu que dans dix ans je n'ai recours &#224; l'alcool \ ou au sexe ! &#234;tres d&#233;pendants que nous sommes. Force et faiblesse o&#249; le corps oscille \ d&#233;sirs dont tes activit&#233;s semblent d&#233;pendre \ te consomment : sans sucre tu tournes en boucle, tu t'adresses des reproches, doute d'un monde tangible \ &#234;tre d'imagination &#233;gar&#233; au premier regard \ incorrigible collectionneur de fantasmes, femmes id&#233;ales et grande aventure. Wazy ! cette moiti&#233; de bounty sorti du fond de ton sac te remet les pieds sur terre \ avant qu'un d&#233;but d'&#233;rection ne te rappelle au diktat du jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le sexe, l'amiti&#233;, l'amour, &#224; mon &#226;ge les fronti&#232;res sont un peu floues, dis-je, m'exposant sans vergogne &#224; la causticit&#233; sororale.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as vraiment peur de rien ! grogne Ella. Tu manges ou je r&#234;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Du ridicule ? non je crains seulement la mort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! tu es un peu jeune encore&lt;br class='autobr' /&gt;
\ N'est-ce pas justement de l'adolescence, ce rapport de fascination &#224; la mort ? Pas que je me frappe trop mais je pr&#233;f&#233;rerais qu'elle arrive apr&#232;s une belle histoire d'amour la mort&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Okay arr&#234;te avec tes phrases ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas mourir avant d'avoir bais&#233; comme tu dis&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne sois pas vulgaire comme ta s&#339;ur et ne sur&#233;value pas les premi&#232;res fois mon Peter ! l'amour est g&#233;n&#233;ralement sur&#233;valu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'attends pas des miracles juste un truc cool ! apprivoiser un peu le corbeau que je prom&#232;ne sur l'&#233;paule / lui interdire une bonne fois de me picorer le cr&#226;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a y est, c'est reparti, fais-moi flipper ! je suis s&#251;re que tu t'&#233;clates &#224; BP&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! les math&#233;matiques seront toujours une excellente distraction&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si tu &#233;tais moins tordu, tu aurais une copine &#224; Nice / de ton &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne te croyais pas si r&#233;ac &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu peux parler Benito&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'imagine que je devais trouver l'amour ailleurs qu'&#224; BP&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sophie ! c'est du d&#233;lire&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! toi tu penses que l'amour c'est l'infini &#224; la port&#233;e des caniches, quelque chose qu'on n'a pas pour qui n'en veut pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas de moi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est dans ta chanson&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je cite tout un tas de connards dans mes chansons //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces phrases sans queue ni t&#234;te qui sonnent &#224; l'inverse de vos bonnes intentions \ que d&#233;j&#224; vous regrettez \ vous devriez en rire \ proscrire ce genre de battle contre-productif qu'en vrai Ella et toi ex&#233;crez, mais non il vous faut toujours ce d&#233;fouloir p&#233;dopsy \ dommage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Figure-toi que je vais la l&#226;cher, ma piaule ! Je m'installe &#224; Londres l'ann&#233;e prochaine, est-il annonc&#233; avec un peu de lassitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je m'en doutais, est-il menti crari la connivence&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est le seul endroit o&#249; je peux travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je veux dire : je me doutais que tu ne laisserais pas tomber le groupe ! super, ench&#233;ris-je encore, sans y croire suffisamment, insuffisamment impliqu&#233; dans le brexit la destin&#233;e de Tohotaua, suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ta dulcin&#233;e aussi a d&#233;m&#233;nag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Londres ? avanc&#233;-je, mena&#231;ant de basculer, d&#233;j&#224;, de l'effarement vers la r&#233;signation.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle ne travaille plus &#224; Paris ? ce truc ringard / rue de Lappe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non / dans un autre bar, &#224; Amiens / ce sont des choses qui arrivent&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens qu'est-ce que c'est ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une ville. La ville o&#249; vit ta Sophie, chef-lieu de la Picardie comme elle dit, enfin c'est de l&#224; qu'elle m'a appel&#233;e la derni&#232;re fois. Elle partage une maison dans la banlieue d'Amiens / en collocation&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il y a une banlieue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi ne l'as-tu pas appel&#233;e au lieu de faire le mur idiot ? N'importe qui texte ou appelle avant / appelle-la ! Soit elle t'envoie chier soit elle t'invite &#224; sa nouvelle adresse / au moins tu es fix&#233;. &#199;a te ressemble si peu cette improvisation : je te vois trop d&#233;barquer dans son bar en te faisant passer pour majeur / comment peux-tu &#234;tre aussi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien Ella de te faire la le&#231;on ! elle et son z&#233;ro sens commun, mais je suis &#224; court de r&#233;pliques \ soumis par cons&#233;quent &#224; une longue critique de ma gentille personne : la liste des dons que je g&#226;che, le temps que je perds, les fausses questions que je me pose, les vraies auxquelles je refuse de r&#233;pondre, etc. Comme d'habitude je suis son roi, elle est mon fou. Ma folle. Ma naine blanche ! j'avoue l'image odieuse pour une haute bringue &#224; la peau sombre, sauf qu'Ella n'a qu'&#224; pas te traiter de raciste d&#232;s que tu lui parles musique \ tant pis si &#231;a ressemble &#224; l'ironie KKK d'un gros schlag, mais naine blanche pour l'&#233;nergie et la densit&#233; &#231;a me parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Fuck les circonvolutions ! les math&#233;matiques ne t'emp&#234;chent pas d'&#233;crire le livre de ton p&#232;re. Tu dois le faire //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;croch&#233;, comment Ella en est-elle arriv&#233;e l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le livre de mon p&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu pourrais au moins t'int&#233;resser &#224; sa bio //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien Ella de balancer des skuds pareils, tes devoirs de fils, ce que tu dois faire ou pas \ et elle te trouve de ces mots \ circonvolution // je te jure ! C'est bien Ella \ Injonction // en voil&#224; un autre de ces mots qui te foutent par terre. &#201;crire le livre de mon p&#232;re ! comme si \ &#224; quatorze ans, &#224; peine capable de finir une phrase correctement \ comme si tu n'avais pas autre chose &#224; faire ! C'est bien Ella \ vraiment \ son truc \ l'expression autistique ! SON ENVIE A ELLE cette bio, la v&#233;rit&#233;, qu'est-ce qu'elle attend pour s'y coller ? Mais cent fois tu l'autoriseras &#224; &#233;crire, cent fois elle te ripostera que William n'est pas son p&#232;re \ que soi-disant Lisbeth ou Eileen tireraient la gueule. En vrai elle a peur d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e, de s'engager trop \elle a beau jeu de me coller sur le dos toutes les corv&#233;es qui la plombent \ s&#251;r qu'avec moi les vieilles seraient ravies, wazy que je fouine dans les archives ! Ella m'agace. Mens lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D&#233;trompe-toi ! j'en ai touch&#233; un mot &#224; Lisbeth&#8230; et l'id&#233;e ne lui pla&#238;t pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce t'en as &#224; foutre ? Lisbeth est compl&#232;tement p&#233;t&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est notre m&#232;re dont tu parles //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien moi de m'indigner ! pas cr&#233;dible \ j'avoue, si tu veux &#233;viter qu'Ella te coince dans les cordes, &#233;vite de prolonger les discussions ! Je le sais \ pertinemment \ mais tu te fais toujours avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je vais passer la nuit chez Rachid / c'est le plus simple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ton pote ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais j'avoue ! tu parles de Rachid, un mec sans domicile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; MultiversFootball &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ouvris les yeux. La pluie tombait &#224; verse sur les vitres. Le dos offert &#224; une lampe froide, je dormais seul, mon bras pour oreiller. Un soubresaut du train m'avait peut-&#234;tre r&#233;veill&#233;. Approchant de Paris, les r&#233;percussions qui marquaient la jointure des rails suivaient une cadence ralentie &#224; l'extr&#234;me \ de William j'ai r&#233;colt&#233; un nombre infini de d&#233;buts \ tous ces papiers que Lisbeth m'a un jour confi&#233;s, notes de voyages, plans et brouillons d'articles, une terrible masse de textes, de croquis&#8230; mais c'est la d&#233;duction commune &#224; ceux qui l'ont connu, selon Philippe D&#233;roi, le pater n'avait aucune envie de s'infliger les heures de solitude n&#233;cessaire &#224; la confection d'un livre : il produisait un t&#233;moignage &#224; usage imm&#233;diat et jetable \ il se vantait d'aller tranquillement d'&#233;chec en &#233;chec, que c'&#233;tait le secret du succ&#232;s, citant Churchill ? pour lequel il n'avait par ailleurs que peu de sympathie. En vrai, ses penchants litt&#233;raires ne lui servaient qu'&#224; se documenter ? ou &#224; d&#233;fendre, avec indulgence ? les &#339;uvres de certains amis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Philippe D&#233;roi entre autres, glisse Philippe attendri, mais en dehors de rares adorations chez les ma&#238;tres anciens, il ne s'attardait pas en litt&#233;rature. Il d&#233;mythifiait. Il disait qu'&#224; notre &#233;poque Shakespeare serait cin&#233;aste, Tennyson et Rimbaud webmasters / ce genre de conneries //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas besoin de Philippe pour calculer que William n'a rien de \ l'artiste &#224; la sensibilit&#233; maladive qui r&#234;ve d'&#234;tre sauv&#233; par un succ&#232;s de librairie // nulle part aucune requ&#234;te, rien qui ressemble &#224; un d&#233;sir de post&#233;rit&#233; \ fils, je t'en conjure, reprends tout et fais-en ! un chef-d'&#339;uvre // j'avoue, &#231;a m'aurait fait chier de ranger tous ses fichiers, avec toutes ces pages imprim&#233;es, ces cahiers et ces grimoires &#224; moiti&#233; lisibles remplis d'adresses, de noms et de chiffres, tout un charabia \ si William avait voulu qu'on le reprenne, il aurait au moins laiss&#233; une trame, compil&#233; quelque chose sur un ordi qui facilite la t&#226;che : d'o&#249; Ella sort-elle cette id&#233;e de biographie ? S'il y a un sujet, en vrai, c'est elle : son enfance &#224; Ha&#239;ti, son adoption miraculeuse, son p&#232;re millionnaire te rempliraient un best-seller \ mais non, encore une fois, elle te dira qu'une chanson sera mieux, qu'elle s'y colle demain. Elle a raison, une belle ballade en fran&#231;ais serait parfaite pour les \ rabibocher // elle et son &#238;le \ sans trop ses d&#233;lires junkie for a change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paresseux, occup&#233;s par la vie, le sexe, la po&#233;sie, les math&#233;matiques, je ne sais quoi, ni Ella ni moi n'ajouterons donc un \ roman // aux myriades qui d&#233;bordent chaque ann&#233;e le lit de l'Amazone \ d&#233;so pas d&#233;so \ tu laisses la litt&#233;rature &#224; l'oncle Philippe ! Ou peut-&#234;tre qu'il faut se sentir au pied du mur, mis&#233;rable comme un train qui s'arr&#234;te et il faut en descendre et alors tu vois publi&#233; ton roman aux &#233;ditions du chien qui pue, tes m&#233;moires promues en t&#234;te de plateforme, ta vie, ta douleur transcend&#233;es, pour le bonheur de ta petite famille \ les quelques-uns remerci&#233;s dans la postface. Toi bosse les maths ! s&#233;rieux tu te vois noircir ta page comme Philippe tous les matins ? corriger sans fin comme on trie des d&#233;chets \ quand tu sais o&#249; aller, tu ne fomentes pas trompe-la-mort d'interminables casse-t&#234;te sans issue. Il faudrait quand m&#234;me tirer au clair ces complots litt&#233;raires \ vite fait, par acquit de conscience \ or tu remets &#224; plus tard car voici Paris ! le bled o&#249; tu transites &#224; cent-soixante kilom&#232;tres du grand Amiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gare de Lyon, le ch&#339;ur de ceux qui savent o&#249; ils vont traverse le ballet des solistes qui ne savent o&#249; aller. Sac au dos, l&#233;ger, tu franchis un portillon d&#233;rob&#233;, press&#233; de te mouvoir dehors, &#224; l'air libre. Tu fais partie des nantis \ centr&#233; sur objectifs \ tu rallumes ton t&#233;l&#233;phone pour qu'il r&#233;vise quel d&#233;tour t'emm&#232;nera &#224; la pizz&#233;ria o&#249; tu supposes retrouver Rachid \ son texto dit \ yes no problemo // sa collection de sourires te fait sourire et te plonge dans un r&#234;ve moyen&#226;geux, composant le long po&#232;me de l'Emotikon, une grande d&#233;claration \ likes et dislikes \ de guerre et d'amour \ pleine de ces figures d&#233;biles, gif et &lt; : o) webcomic ? Mais ton avatar de po&#232;te courtois se disloque dans un bruit d'estomac : une pizza, un caf&#233;, et ensuite il faudra bien, quand m&#234;me, l'air de rien, aller frapper &#224; la porte de Philippe, auquel tu textotes ta demande d'h&#233;bergement pour la nuit. M&#233;tro ? non, tu te rues sur le boulevard en qu&#234;te d'un pain au chocolat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris me d&#233;becte \ j'y d&#233;barque avec l'envie d'en repartir \ et puis je ne sais quoi accroche quand-m&#234;me, la d&#233;tresse sur les visages, LE pr&#233;cieux sourire qui aide &#224; passer la salet&#233; et la puanteur des tunnels, des rames et des foules bourgeoises. Allez Apollinaire ! un petit effort : cette ville est la plus belle askip \ le centre du monde ! Mais qu'est-ce qu'une belle vil\l\e ? Salisbury. Paname finira-t-il par t'attendrir autant que Salisbury ? Peut-&#234;tre, si tu deviens de ses habitu&#233;s, autoris&#233;s &#224; vous fr&#233;quenter seul &#224; seul mais &#224; vos trop rares dates tu as toujours eu Lisbeth ou Ella sur le dos \ elles te serinent leur amour de joliparis cependant que trouvant tout laid et violent tu ronchonnes dans leurs jupons \ aujourd'hui est une premi&#232;re ! Qui sait si, sans filtre, le go&#251;t de joliparis ne sera pas meilleur ? plus fort \ le piment bien connu de la libert&#233;. J'avoue, tout de suite tu n'as rien &#224; faire de cette prison moisie : es-tu gratifi&#233; d'un rayon de lumi&#232;re, millioni&#232;me prisonnier de joliparis ? wazy crevard, dis bonjour la pluie ! La bruine t'enveloppe tout le vilain joliparis \ a wet blanket... Boulevard Diderot, contre le mur de ta boulangerie, un homme dort avec un joli petit gamin sous son bras, dans une couverture tremp&#233;e. Les marcheurs tournent le regard puis le d&#233;tournent \ glissant sur les trottoirs plus ou moins gris, ils rapetissent, disparaissent vers un but ind&#233;termin&#233; \ la mort ? L'ombre de leur passage assombrit des vitrines, d'autres s'&#233;clairent \ la nettet&#233; du cort&#232;ge, c'est selon la pluie et la quantit&#233; de jour \ gris sur gris, en marche, press&#233;, sans savoir vraiment, haletant dans l'air malsain, d&#233;j&#224; ti&#232;de, du joliparis qui t'attrape, au poste les travailleurs ! te les engloutis gloups dans ses industries de s&#233;vices \ leur sort, le tien, malgr&#233; tout plus avantageux que duquel ne sait o&#249; aller, ne peut s'allonger ailleurs que sur le trottoir. L'homme ne dort pas, donne ton pain au chocolat ! tu en rach&#232;teras un \ ses paupi&#232;res s'abaissent, sa prise est faible, son regard sombre, pas de mots, tu ne t'attardes pas &#224; le fixer \ pour peu qu'il te dise non ? merci \ from where ? romassyrien \ il faut demander \ ne pas avoir peur de l'&#233;change \ toi de seulement regarder la t&#234;te du microbe qui dort \ sous la couverture gel&#233;e un enfant abandonn&#233; sur un matelas de vent \ petit j&#233;sus v&#234;tu de givre quand le froid de la nuit&#8230; William &#233;tait moins lyrique \ plus genre &#224; creuser \ en &#233;tat de guerre permanent ? &#224; prendre en filature le petit j&#233;sus \ Alex ? jusqu'&#224; une cit&#233; bidonville au bord du p&#233;riph mais toi tu es d&#233;j&#224; loin \ habitu&#233; &#224; poursuivre ton r&#233;cit parmi les nantis \ rien n'est plus &#224; craindre que la vie errante, dehors, sans argent : c'est ce que tu entends ici sans lumi&#232;re, et pas que le soleil de joliparis brille pour tout le monde. Go underground.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sortie Belleville une &#233;claircie fait briller les trottoirs, les dieux du soleil sont de onze heures \ un peu t&#244;t pour une pizza, j'ai dit midi &#224; Rachid \ une huile solaire ? Appelle ! des fois qu'il consente &#224; devancer le rendez-vous ton fr&#232;re Rachid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#201;clips&#233; ? dis plut&#244;t que tu as pris la tangente mon fr&#232;re // peut-il s'esclaffer au matin de ce premier jour \ car c'est connu nous sommes tous khoya\ sinon je te tue \ que tu pries ou pas, le m&#234;me p&#232;re, tous b&#226;tards, et la m&#234;me r&#233;serve d'invectives &#224; distribuer gentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tout &#231;a pour retrouver ta pute okay ! moi qui te croyais zen / tous pareils en fait avec les meufs / et les maths ? tu ne vas pas arr&#234;ter les maths j'esp&#232;re ? parce que l&#224; t'es trop au-dessus du lot excuse-moi !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elles peuvent attendre, les maths / Sophie, c'est moins s&#251;r&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu te soustrais mon fr&#232;re / tu prends la tangente / juste / toujours des maths / Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La ville du pr&#233;sident&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quel pr&#233;sident ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue tu me tues ! J'ai des potes qui y vont ce soir, je demande s'ils peuvent t'emmener&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Amiens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si c'est pas un signe !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ne t'emb&#234;te pas ! je vais me d&#233;brouiller&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Que je m'emb&#234;te ? avec toi j'ai l'impression d'&#233;couter ma grand-m&#232;re / celle c&#244;t&#233; roumi ! directrice d'&#233;cole genre. Si tu fouilles comme &#231;a les vestiges de la langue, pas &#233;tonnant que tu te tapes une vieille / tu ne m'emb&#234;tes pas ! J'avoue : &#231;'est les plus chaudasses&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non vraiment mais&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'occupes / tu pointes &#224; midi comme pr&#233;vu manger ta pizza et on en discute / &#231;a co&#251;te rien de leur passer un texto / au pire on fera chou blanc comme tu dirais / midi chez Ilan&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Midi chez Ilan //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de r&#233;pondant \ demander &#224; avancer l'heure du rencard n'&#233;tait pourtant pas sorcier ! la faim se rappelle &#224; toi aussit&#244;t raccroch&#233; \ &#233;ni&#232;me illustration de l'esprit d'escalier. Te voici tra&#238;nant jusqu'&#224; midi dans les rues de Belleville, &#224; m&#233;diter sur le voyage que t'organise Rachid &#224; ton c&#339;ur d&#233;fendant ? quand je m'accommodais si bien d'improviser solitaire. Assieds-toi sur un banc et attelle-toi &#224; une &#233;quation ! quantit&#233;s te d&#233;fient sur ton t&#233;l&#233;phone, de quoi rassurer qui sacralise les maths parce qu \ elles t'ouvrent les portes de partout //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oh ! pour &#231;a les applis de ton iphone suffisent // ai-je envie de r&#233;pondre &#224; Rachid \ mais tu pr&#233;sumes qu'il bondirait \ moins cool que Sophie \ qu'il n'accepterait pas plus le d&#233;nigrement des maths que celui de son activit&#233; commerciale \ Regarde ! autant d'applications pour t'aider &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes que pour t'en cr&#233;er / la vie en mieux ! ton made-in-chinapple / un seul cerveau pour tous les humains, une m&#233;moire qui tend vers l'infini, pour tous, braves ou m&#233;chants, pauvres ou riches / manger, aimer, dormir, tout est r&#233;gl&#233; // et il repartirait quoi ? qu'aucun t&#233;l&#233;phone ne te prive jamais du libre-arbitre \ mort !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entrouvre la porte de mon dossier multivers et un stock de th&#233;ories me saute &#224; la gorge, physique, astrophysique, j'ai l'univers encastr&#233; dans ce t&#233;l&#233;phone, une micropuce de mille exp&#233;riences non v&#233;cues, ma r&#233;serve de possibilit&#233;s, de lectures &#224; peine commenc&#233;es, de vid&#233;os entraper&#231;ues, de conf&#233;rences pour plus personne, d&#233;j&#224; obsol&#232;tes \ les conf&#233;rences obsol&#232;tes qui te disqualifient des forums o&#249; tu te tapes l'avanie pour un seul retard de mise &#224; jour. D&#233;j&#224; le collapsus annonc&#233; sur tous les tons a tendance &#224; te d&#233;concentrer \ tu crains de finir autarcique, aux abris, confin&#233; dans ta camisole NBC \ ouep ! pas le moment de rel&#226;cher l'effort collectif de sauvegarde. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien regardent-ils les &#233;toiles parmi les passants qui passent ? Les couch&#233;s-par-terre eux par la force des choses&#8230; prient, interrogent la leur \ d'&#233;toile. Pas mieux, rien de plus beau, sur le bas-c&#244;t&#233;, cern&#233; de catastrophes en marche, que de r&#234;ver de multivers \ meurs-de-faim te rassasier d'&#233;toiles \ reprendre &#224; &#233;clater de ton streetfood sid&#233;ral ! &#192; BP ce genre de came t'est servi avec mod&#233;ration, les galaxies lointaines sont m&#234;me plus ou moins proscrites par Carapelli parce qu'elles te d&#233;collent trop du r&#233;el \ si le r&#234;ve est primordial, ce n'est pas pour vous enfermer dans votre bulle mais pour consolider vos relations entre terriens / reliez-vous avant de penser &#224; plier l'espace-temps // J'avoue, quand bien nombre de terriens, scientifiques, partagent mes lubies, il appara&#238;t qu'&#224; quatorze ans, les trous noirs ne servent pas \ la communication au quotidien // g&#234;nent plut&#244;t, comme des dents pourries gardent &#224; distance : tu ne sonnes pas de ton &#226;ge ! Or si l'exc&#232;s de tes passions sonne faux, manquant &#224; d&#233;guiser ta phobie sociale, tu pourras bien d&#233;tenir des v&#233;rit&#233;s, la confiance chancellera de toute part et tu te trouveras isol&#233; \ sans avenir. M&#234;me si tu es cal&#233;, une pointure absolue, aucun savant ne viendra te r&#233;clamer de lumi&#232;res sur les supercordes, tu te dess&#233;cheras de solitude dans ta tour d'ivoire, car notre soci&#233;t&#233; n'attend rien de la jeunesse, au contraire : les moments o&#249; se lib&#232;rent l'&#233;nergie et l'intelligence sont les plus redout&#233;s, les vieux adultes aiment &#233;duquer mais pas voir grandir, que ces petits perroquets se braquent sans raison, qu'ils parlent trop fort en leur nom, qu'ils t'inventent des proph&#233;ties de ouf \ aucune envie que &#231;a change. Moi dans le grand monde, du coup, le plus souvent je la boucle. R&#234;vant de me baigner dans une eau vive, j'&#233;coute Shame \ songs of praise // en boucle, ce que Lisbeth appelle du punk, Ella du punk rock, moi rien, des titres qui distrairont Sophie de son &#233;lectro, des riffs du style que si &#231;a se trouve mon p&#232;re jouait pour se d&#233;tendre sur sa vieille Gibson. J'avoue le vacarme de \ songs of praise // te r&#233;conforte sous les &#233;couteurs \ r&#233;duit dehors &#224; un gr&#233;sillement d'insectes. Cheveux plaqu&#233;s sous le casque tu passes peut-&#234;tre pour ah !social, mais vu que tu ne croules pas sous les demandes de playlists et les forums, autant te focaliser \ coller au clich&#233; qui rassure, te replier, cultiver ta solitaire petite r&#233;bellion. Les vieux adultes pr&#233;f&#232;rent &#231;a &#224; ce que tu viennes pi&#233;tiner leurs plates-bandes, les effrayer avec des formules &#224; la William Blake. En vrai, ils esp&#232;rent toujours te r&#233;concilier avec tout ce qui t'insupporte, quittes m&#234;me &#224; ce que leur &#233;cole adopte ton style, que tu t'y fasses de vrais soces, que la musique avance &#224; ton rythme, comme s'ils pouvaient te tisser un cocon et au final papillon t'enrichir d'un grand m&#233;lange : faire du bien &#224; Mozart en le jouant sur une Gibson ! Tu r&#233;sistes quelques ann&#233;es et, par inadvertance, &#224; un moment, bim ! tu marches au pas de tout le monde pour \ gagner ta vie // admets que tu n'es pas Mozart etc. J'adore Mozart \ je d&#233;teste le clavecin mais au piano lourd ! &#192; la Gibson en revanche s&#251;r qu'il insupporterait m&#234;me un fan du cross-over. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tonnant comme les musiques prolif&#232;rent et fusionnent, un nouveau beat &#233;crase le pr&#233;c&#233;dent, te passe par-dessus la t&#234;te \ comme manque le faire ce monstrueux katkatastrof, d&#233;truire le pauvre pi&#233;ton que je suis \ dans ses pens&#233;es // parce qu'&#233;videmment tu rognes sur la chauss&#233;e, casque sur les oreilles, proie toute d&#233;sign&#233;e pour les suvs. Furieux l'&#233;craseur d'avoir &#224; freiner, congestionn&#233;, hors d'&#226;ge, aussi bouffi que sa mercosse d'assassin \ sale bilan carbone, triomphe d'esth&#233;tique militaro-bourgeoise, un gros caca nazi fait pour bouffer la route et se chier, pas rouler mollement ce gros chauffard, sous-merde waffen-ss qui doit l'avaler tous les matins sa merde, d'une seule bouch&#233;e \ est-ce qu'il aura toujours faim, ce morphale autog&#233;r&#233; ? Est-ce qu'il ne va pas &#233;clater derri&#232;re son pare-brise blind&#233; ? pas assez teint&#233; pour le prot&#233;ger du peter au regard qui tue ! Il a eu peur ? Qu'il en cr&#232;ve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Va p&#233;ter ! connard // l'entreprends-je, mais il est d&#233;j&#224; loin et toute ma s&#233;rie d'insultes se perd en dommages civils, t&#233;moins collat&#233;raux bouche b&#233;e, plus ou moins divertis par ma belle m&#233;canique incendiaire. Dans ces cas-l&#224; je regrette que l'oncle Philippe ne soit pas &#224; mes c&#244;t&#233;s : un jour que j'&#233;tais franchement &#233;nerv&#233;, il m'a bien calm&#233;, mais je ne me rappelle jamais d'appliquer ses conseils sur le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Laisse tomber ! Pourquoi accumuler de la col&#232;re, du ressentiment dont tu ne peux rien faire et qui t'empoisonne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne vais pas changer demain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si, pourquoi pas ? Ce que tu ne peux changer, oublie ! Toi, tu peux changer&#8230; Commence par oublier toutes ces questions d&#233;biles !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi : ce qu'il faut changer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
~Non, les questions que tu me poses sans arr&#234;t, par exemple : &#224; quoi sert la politique si les cons sont toujours les plus forts ? tout &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi ? c'est de mon &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui mais &#231;a t'attriste //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a raison. Pas seulement que tu rumines, tu as des soupirs mode thug revenu de tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'est pas revenu &#224; quatorze ans, m&#234;me avec une m&#232;re juive, on n'est pas m&#251;r, &#224; peine parti //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le game de Philippe c'est de te faire miroiter d'autres voies que \ la r&#233;volte st&#233;rile ou l'aquabonisme // plus originales, moins rebattues que celles de bas\s\e politique, il te recentre sur \ des questions de ton &#226;ge // il repart de vieux mythes, r&#233;cits de libert&#233;, amour, aventure. Peut-&#234;tre a-t-il peur que je devienne agressif par manque de r&#233;cits solides \ incorpor&#233; dans un black-block. Il pr&#233;tend que toute violence se retourne contre toi \ &#224; moins que si tu n'arrives &#224; la caser un minimum dans des inventions de papier \ flippant. Bref ! il te somme de calmer le jeu en te m&#233;nageant de petites respirations \ comme on fait depuis la nuit de temps //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ L&#226;che-toi ! fais la liste de toutes les merdes !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et apr&#232;s ? j'en fais des chansons comme Ella ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pourquoi pas ! ce que tu veux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et apr&#232;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Demande-toi ce que tu peux effectivement changer ! dit-il. En commen&#231;ant par des petites choses //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais soudain allergique au psychophilowcost il &#233;ternue et se mouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On arr&#234;te, je me sens devenir idiot&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bouddhiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bouddhiste &#224; Paris ? a wolf in a zoo you mean //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouddhisme, l'ahimsa et la science humaine sont all&#232;grement d&#233;laiss&#233;s au profit de l'astrophysique. Il faut voir Philippe se passionner comme un gamin pour les trous noirs, alors que dans ses livres rien du trou \ la vieille litt&#233;rature dans ses livres, le vieux th&#233;&#226;tre romantique, l&#224;-dessus oui, il tartine ! les vieilles lumi&#232;res, les aristos dix-septi&#232;me \ au point d'en &#234;tre satur&#233; sans doute, parce qu'avec moi il s'abstient, pas un poil de Marivaux, motus ! En vrai pas de meilleur public &#224; mes multivers ! absorb&#233; tout entier par ma th&#233;orie des supercordes. J'avoue \ mes, ma // c'est pour ne pas perdre de temps &#224; citer les sources que j'ai &#224; peine potass&#233;es, tout &#231;a n'est encore que balbutiements \ hobby \ le moyen de faire l'int&#233;ressant chez Ilan en attendant la pizza, car tu n'es pas encore chez l'oncle Philippe, ne br&#251;le pas les &#233;tapes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
En plein mondial de foot, Ilan ne reconna&#238;t d'&#233;toiles que piqu&#233;es sur le c&#339;ur des champions \ trois sur son maillot de l'&#233;quipe argentine choisi une taille en dessous. La splendeur des multivers, au final, &#231;a le laisse froid, tu peux rempocher ton t&#233;l&#233;phone. Connect&#233;es du matin au soir sur un match, des taches de pixels rebondissent sur l'&#233;cran g&#233;ant qui surplombe l'entr&#233;e de la cuisine, toute la rue profite du direct, avec ou sans le son, comme aujourd'hui : buts rediffus&#233;s et publicit&#233;s tournent en boucles muettes, mille images font vibrer la pizz&#233;ria dans une lumi&#232;re bizarre de sous-bois o&#249; percerait un soleil d'enfer \ une for&#234;t toute perfor&#233;e de lumi&#232;re blanche et verte \ et rouge \ des taches de lumi&#232;re assez classe en elles-m&#234;mes mais dont les reflets amochent la face des t&#233;l&#233;spectateurs. Zombiques, un, deux, trois jeunes m&#226;les d&#233;s&#339;uvr&#233;s s'attardent, Ilan comptabilise plus de sa t&#233;l&#233; qu'aturent dans la pizza... des petites choses ! gratuits que de consos \ timides tifosi absorb&#233;s par les pixels blancs, verts, rouges vomis d'un ballon plat, victimes quantiques de cette pur&#233;e multicolore qui rend tout abstrait, comme sur mon iphone mes images t&#233;lescopiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ En vrai &#231;a m'a l'air cal&#233; mais sur un t&#233;l&#233;phone &#231;a fait chier / je suis s&#251;r que si les Martiens existaient, m&#234;me eux ils joueraient au football // commente Ilan, un coup de t&#234;te vers la t&#233;l&#233;, sans regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probable. Pas tr&#232;s cal&#233; foot. Jamais vraiment jou&#233;, m&#234;me petit, pendant les r&#233;cr&#233;ations. Suivi cette ann&#233;e un match de l'&#233;quipe du Br&#233;sil \ soumis &#224; cette force d'attraction qui semble souder tout l'univers du football au jeu du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Le Br&#233;sil, c'est du flan //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ses moues &#224; r&#233;p&#233;tition, tu captes qu'Ilan n'est pas homme &#224; tomber dans les clich&#233;s \ pas plus intrigu&#233; par mes petites images de Mars \ il n'a demand&#233; &#224; les voir que par pure politesse \ ni les galaxies ni le jeu br&#233;silien tu dirais que ce sont les &#233;crans qu'il m&#233;prise, sa t&#233;l&#233; g&#233;ante qui ne lui arrache pas un seul regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu es pour la France, ton pays non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Avant j'&#233;tais pour l'Angleterre //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#233;quipe de France je ne sais que dire et ne discerne pas davantage le favori d'Ilan entre l'&#233;quipe croate qu'il pr&#233;tend invincible, la s&#233;lection de Serbie qui aurait les meilleurs joueurs du monde ou l'Argentine dont quand m&#234;me il porte les couleurs \ je ne peux qu'esp&#233;rer l'arriv&#233;e de Rachid pour me tirer du malaise grandissant de qui ne sait quel camp choisir \ sinon la tangente, fuir toujours. Mais le voici mon fr&#232;re, th&#233;&#226;tral, m&#233;nageant ses effets : ni d&#233;rapage, ni klaxon aux commandes de ce katkatkayenne &#224; la robe mattverdegri. Comment l'aurais-tu soup&#231;onn&#233;, invisible derri&#232;re les vitres fum&#233;es ? Il n'appara&#238;t qu'une fois gar&#233; en douceur, sans musique &#224; l'ouverture, &#224; quelques m&#232;tres, une descente au ralenti, un claquement feutr&#233;, l'ic&#244;ne de la modestie marchant en surveillant ses snickers \ crachote sur le c&#244;t&#233;. Chaloup&#233; \ le Pacha loup&#233; // textoterait lui-m&#234;me Rachid \ mais ptn c'est quoi ce blond sur le dessus du cr&#226;ne et ce gilet brillant sur une chemise lilas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Putain comment tu nous la joues ! Iconique mon pote, gueule Ilan d'une voix de fausset. &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Iconique ta m&#232;re ? reprend mon fr&#232;re mezzo voce.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Sans rire je me suis cru tu sais bien dans le clip &#224; Johnny Depp r&#233;f&#233;rence au petit gilet&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a spass ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a spass / tout le monde a pas la belle vie comme toi. Ton petit pote est l&#224; depuis une demi-heure&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Salut Peter ! tranquille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ D'o&#249; tu sors cette bagnole // relance Ilan, couvrant mon tranquille&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tranquille //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que pour une horreur &#231;a se pose \ la m&#234;me que celle du gros waffen-ss ou je r&#234;ve ? que la couleur qui change \ celle-l&#224; c'est vraiment la guerre. Du nom de Cayenne o&#249; tu d&#233;grades les hommes et br&#251;les les essences, des hectares de for&#234;t fossile pour un litre sans plomb \ &#224; quand par devoir de m&#233;moire la vapote Auschwitz, le parapluie Nagasaki, &#224; l'ozone antiparticules ? puisque toute infamie, toute histoire se recyclent et qu'il reste un peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Du garage, r&#233;pond Rachid comme une &#233;vidence que tu prends pour une vanne mais non.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Du garage &#224; ton fr&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Qu'est-ce que tu crois fr&#232;re, j'ai pas gagn&#233; au loto ! Tu veux l'essayer Peter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je te remercie, les gamos c'est pas trop mon truc&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! &#231;a viendra //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou pas. Le temps est aboli o&#249; tu r&#233;gnais &#224; l'am&#233;ricaine sur des avenues d&#233;mesur&#233;es, fini de pavoiser en grand v&#233;hicule \ tristesse des temps nouveaux, restriction mat&#233;rielle et pollution de la libert&#233; \ dont contempteur du sport m&#233;canique tu ne souffriras pas moins que les autres. Un moment je crains que Rachid n'ait pr&#233;vu de m'emmener &#224; Amiens dans son bolide, mais il y a l'autre arrangement, une place dans une autre voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas de foot, pas de bagnole, qu'est-ce que tu aimes dans la vie ? s'inqui&#232;te Ilan / &#224; part ta Sophie et la pizza / la musique classique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! plein de choses / les marches en for&#234;t par exemple //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachid part d'un grand &#233;clat de rire, Ilan incr&#233;dule, dans sa cuisine. Non, le char d'assaut ne me conduira pas &#224; Amiens mais des soces \ des mecs de l'arm&#233;e // m'attendront au macdo de la Porte de Bagnolet. En prime \ forc&#233; \ Rachid raconte le bref moment o&#249; il s'est vu milite juste &#224; cause de la paye et des annuit&#233;s vite faites \ trop jeune mineur il n'a pas pu convaincre sa famille au bled fr&#232;res et oncles qui l'auraient banni mais il a gard&#233; des potes engag&#233;s auxquels tu peux faire confiance Fabrice le plus sympa connait m&#234;me la bo&#238;te o&#249; travaille ta pute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je pr&#233;f&#232;re que tu appelles Sophie autrement. Je sais que tu n'y vois rien d'insultant mais pute / moi &#231;a heurte mon c&#244;t&#233; Vieille France //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rire repart, franc et massif \ Rachid a ce rire, un rire de vieux roman policier, franc et massif, et une tendance g&#233;n&#233;rale &#224; la bonne humeur. Tandis que \ nous ne sommes pas du m&#234;me monde // semble dire le rictus d'Ilan \ cette pizza que je te pr&#233;pare est la seule chose qui nous rapproche fr&#232;re // non il me servirait plut&#244;t du \ mon pote // sonnant dans sa bouche comme antiphrase \ signal d'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Mademoiselle Sophie / d&#233;sormais ce sera Mademoiselle Sophie &#231;a te va ? fr&#232;re // propose Rachid avec un grand respect modulant son rire. J'appr&#233;cie. J'acquiesce la bouche pleine. Tu appr&#233;cies toujours qu'on prenne au s&#233;rieux ta qu&#234;te de la belle langue. Tu es en bonne compagnie et ptn ! ta qu&#234;te est noble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu le crois ! que Fabrice le keum avec qui tu pars fr&#233;quente assid&#251;ment le bar dancing de Mademoiselle Sophie //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;r qu'au fond Rachid pense comme moi que le laisser-aller n'est pas fatal, que tu peux prendre plaisir &#224; rehausser ton langage comme Ilan le niveau g&#233;n&#233;ral de la pizza : en quoi ces chewing-gums de fromage et de p&#226;te vendus par toutes sortes de franchises merdiques ressemblent encore &#224; une pizza de Naples ? &#224; l'id&#233;e que tu t'en fais : croustillante, presque rafra&#238;chissante \ tu resales ! tu rel&#232;ves : Ilan r&#233;siste avec ses armes, sa bonne volont&#233;, pas si loin de Naples. Tu peux y aller de ton compliment, ton \ d&#233;-li-ci-eux // fera rire Rachid &#224; d&#233;faut de d&#233;rider le cuisinier. J'avoue, amuse donc Rachid puisqu'enrichir le temps d'une ou deux conversations semble suffire au bonheur de ton g&#233;nie providentiel ! puisqu'il refuse tes remerciements \ est-ce un comportement de fr&#232;re ? je parle au sens religieux \ si les recruteurs du djih&#226;d sont si sympathiques tu m'&#233;tonnes qu'ils cartonnent. J'avoue ! Rachid est apparemment peu vers&#233; dans le coran, d&#233;sint&#233;ress&#233;, ni homo, ni barbu, ni lascar, ni mouton, khoya qui n'attend rien, que tu n'arrives pas &#224; cerner, qui quoique le benjamin de sa nombreuse famille, ferait un a&#238;n&#233; convenable, te nourrirait d'une solide exp&#233;rience entrepreneuriale \ dommage que tu ne sois pas genre novice &#224; chercher le grand fr&#232;re. Pas pr&#232;s de faillir aux pr&#233;rogatives du fils unique, le Peter ! J'avoue, tu n'es pas en manque de compr&#233;hension, ni de reconnaissance, oh ! pas trop \ et depuis tout petit tu te d&#233;brouilles comme un chef, triste et solitaire. Il y a eu Ella bien s&#251;r ! mais elle vient de si loin, ta s&#339;ur \ demi-s&#339;ur et tout le temps barr&#233;e. Quand m&#234;me, dommage pour moi d'&#234;tre &#224; ce point si ours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; AtrabilaireBienAim&#233; &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;\ I could not awaken my heart to joy at the same tone / and all I lov'd / I lov'd alone&#8230; Moi aussi je suis fils unique, mais il ne faut pas exag&#233;rer, me coupe Philippe, j'y vois surtout des avantages ! non ? Qui est ce Rachid //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe et Eva habitent un bel ? appartement dans le onzi&#232;me arrondissement de Paname \ pas immense : ce qu'ils r&#233;p&#232;tent &#224; chaque nouveau visiteur \ le prix du m&#232;tre carr&#233; &#233;tant ce qu'il est // mais bien &#233;clair&#233;, au calme \ et puis des tics de parisiens &#224; propos du terter : pas trop bourgeois \ mixte // des mots de nantis. Quand les gens te d&#233;crivent leur vie, ils oublient le plus souvent la lumi&#232;re, c'est une suite de r&#233;criminations, le refrain de la vie ch&#232;re qui t'interloquent toujours \ pourquoi sont-ils et comment font-ils &#224; genoux devant le travail pognon ? Quoi ! &#224; Paris ou ailleurs d&#232;s que tu oublies la lumi&#232;re et la rumeur o&#249; tu vis, tu n'as plus part &#224; rien. Comme ailleurs \ la propri&#233;t&#233; y prive l'homme de sa propri&#233;t&#233; premi&#232;re qui est d'&#234;tre // dixit Marx Carapelli. Pour &#231;a qu'autant d&#233;m&#233;nagent \ un h&#244;pital de jour Paname. Mais Philippe D&#233;roi trouvera encore que j'exag&#232;re. Ce peu de fi&#232;vre ! d'un mec aussi litt&#233;raire &#231;a me tue, pas avec lui que tu po&#233;tises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Rien &#224; voir avec l'&#233;cole ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non ! un vrai copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il a une voiture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi &#224; ta place je prendrais un train, demain, apr&#232;s avoir bien dormi ! Si tu roules cette nuit, tu vas &#234;tre crev&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je dormirai sur la route, ce n'est pas moi qui conduis ! J'avoue, &#224; l'origine j'avais l'intention de passer la nuit &#224; Paris / si je n'avais pas rencontr&#233; Rachid je t'aurais demand&#233; les cl&#233;s d'Ella &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis s&#251;r que tu peux annuler Rachid sans probl&#232;me&#8230; Et pourquoi aller chez Ella, c'est plus simple de dormir ici non ? Comme tu veux, tu ne d&#233;ranges pas ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue / en m&#234;me temps ! une voiture qui t'emm&#232;ne c'est un signe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu crois aux signes ? premi&#232;re nouvelle ! &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu dis toujours de saisir la chance quand elle se pr&#233;sente&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu avertis ton copain de ne pas t'attendre et demain matin tu prends le train &#224; la premi&#232;re heure / et ta chance tout pareil / et gare d'Amiens, un taxi / je te le paye. Lisbeth flipperait de te savoir sur les routes la nuit avec un inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ? Et &#201;va comment va&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle a pris l'avion ce matin pour Barcelone //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons ! Quoiqu'un lointain appareil &#224; r&#233;action partage le ciel derri&#232;re les fen&#234;tres sans vis-&#224;-vis \ autre paradoxe du bonheur citadin que l'escamotage du voisin \ rien ne g&#226;che la vue plein sud magnifiquement d&#233;gag&#233;e sur la grande &#233;glise toute grise. Tu pr&#233;f&#232;rerais poser tes questions &#224; &#201;va, il y aurait plus de r&#233;pondant et pas n&#233;cessit&#233; d'occuper le silence en te tournant vers les fen&#234;tres du quatri&#232;me &#233;tage \ mais bon ! Tu surplombes une vaste d&#233;pression sem&#233;e de quelques b&#226;timents d'un ou deux &#233;tages maximum, des lofts r&#233;serv&#233;s aux \ princes de la copropri&#233;t&#233; // tels qu'&#201;va les a elle-m&#234;me baptis&#233;s, qui se font pardonner leurs privil&#232;ges en acquittant la plus grande partie des charges, en entretenant des arbres en pots, d&#233;nud&#233;s en hiver, luxuriants l'&#233;t&#233; \ le refuge d'une foule d'oiseaux \ un vrai bosquet // dont Philippe ne manque jamais d'&#233;num&#233;rer diff&#233;rents noms d'essences \ pas cette fois et tant mieux car au bout de ses descriptions il se plaint g&#233;n&#233;ralement de ne pas vivre &#224; la campagne et &#231;a t'agace. M&#234;me si toi-aussi tu aimes la campagne, tu as juste envie de lui dire qu'il est chiant : lui qui ne bouge jamais de Paris quasiment \ s&#233;rieux ! et qui n'arrive &#224; calmer son angoisse des jours de pluie qu'en courant au cinoche. &#201;va est la premi&#232;re &#224; &#233;clater de rire \ j'adore &#201;va \ clame &#224; l'inverse ne pouvoir vivre qu'&#224; Paris sauf qu'avec son m&#233;tier de sorci&#232;re elle est toujours par monts et par vaux. Je crois qu'en vrai c'est un couple assez fusionnel &#201;va Philippe\ qui doit encore baiser &#224; l'occasion et somme toute s'arrange des contradictions. Je leur ai toujours connu cet appartement que Philippe trouve petit \ Eva, lumineux, super bien dispos&#233;, suffisamment grand pour qu'ils puissent t'h&#233;berger sans g&#234;ne quand tu d&#233;barques &#224; la capitale tant&#244;t avec la m&#232;re tant&#244;t la s&#339;ur, un soce plus rarement \ jamais seul jusqu'&#224; aujourd'hui. &#201;va, Philippe, j'avoue ! ils tra&#238;nent de vieilles divergences, mais c'est le vieux duo de menschen le plus sympa que je connaisse avec des jeux de pizzicati d'une violence innocente et une infinie douceur que tu trouves plus couramment chez les enfants \ enfant-infini : Cl&#233;menti appr&#233;ciera l'allit&#233;ration, note pour ne pas oublier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cinquante-trois ans ? tu trouves que c'est vieux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe est un peu ivre, il a bu de la bi&#232;re, plus t&#244;t que d'habitude, pour se sentir moins seul. &#192; sa d&#233;charge, il ne m'attendait pas en cette fin d'apr&#232;s-midi. Il a tendance &#224; teaser le soir venant \ sans doute plus mod&#233;r&#233;ment en pr&#233;sence de sa douce ? quoiqu'elle aussi ne \ et cependant que sonne le glas au clocher d'en face, &#224; moins que ce ne soient d&#233;j&#224; les huit heures, je cherche vainement une repartie comique &#224; la question de l'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Moi-m&#234;me parfois je me sens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vieux ? ah ! non, je t'en prie. Tiens ! installe-toi dans le canap&#233; ! Je vais me passer la t&#234;te sous l'eau et je reviens. Vieux ! &#224; treize ans &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quatorze putain //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non tu te sens bien dans ces murs de couleurs \ bae et toi auriez les m&#234;mes meubles ! rares, disparates, h&#233;rit&#233;s, chin&#233;s, la m&#234;me bobo life avec un bon feng shui. Revoici Philippe les cheveux tremp&#233;s, pas mal de cheveux, noirs, beaucoup pour un vieux \ le teeshirt, le short aux tons pass&#233;s gris, comme ses yeux, &#233;clabouss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je suis contrari&#233; vois-tu ! je suis contrari&#233; mon Peter&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est de ma faute ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non j'aurais aim&#233; qu'&#201;va soit avec moi pour t'accueillir. Elle a plus la t&#234;te sur les &#233;paules, elle t'aurait mieux conseill&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Moi je crois que tu te montes le bourrichon, mais tu as le m&#233;rite d'aller jusqu'au bout / moi je ne sais pas si / &#201;va si ! Tu aurais sans doute trouv&#233; une alli&#233;e, genre qui va au bout de ses impulsions&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Disons qu'elle fait confiance &#224; son intuition ! Moi tu me connais : je m'emballe / et puis je passe tout au crible&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'acide&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ouais c'est &#231;a ! je g&#226;che la f&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Wet blanket&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il faut en tenir compte, tu as raison / n'emp&#234;che que tu fais une connerie ! c'est s&#251;r //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;phant en bois bicolore d'un bon m&#232;tre de haut me fixe d'un air placide \ un corps humain &#224; t&#234;te d'&#233;l&#233;phant, celui je crois que les Indiens appellent Ganesh, sauf qu'il n'y a pas la souris &#224; ses pieds avec laquelle tu l'as d&#233;j&#224; vu repr&#233;sent&#233;. Philippe s'interpose &#224; un m&#232;tre en face \ s'asseoir n'arr&#234;te pas sa gesticulation, quel nerveux ! Pire que toi ? Sont-ce les &#233;crivains ? Le niveau critique ? Le pendant de l'intellectuel ? N&#233;cessaire ? Pas &#224; ce point souhaitable. Entre Ganesh et Philippe il pourrait y avoir une moyenne, je ne sais pas, un juste milieu entre l'inqui&#233;tude et l'impavide immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Impossible de renoncer maintenant, dis-je pour moi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je comprends. Ne renonce pas ! sinon tu finiras confit comme ton oncle Philippe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe se complait sans mesure dans l'autod&#233;nigrement et souvent inquiet, lourdingue, il te prend &#224; t&#233;moin de sa soi-disant d&#233;cr&#233;pitude \incorrigible ronchon// dit Lisbeth. Comme si je savais, moi, comment &#233;chapper &#224; cette d&#233;gradation ! d&#233;passer en soumsoum la fameuse limite \ mais Philippe n'attend pas de r&#233;ponse, il encha&#238;ne tout seul, tu peux lui faire confiance, il t'abreuve de ses tristes passions si bien que tu te retrouves comme lui, incapable de passer le cap, sans la queue d'une id&#233;e, &#233;chou&#233; lamentablement sur les r&#233;cifs de l'&#194;ge \ &#224; te taper de surcro&#238;t ses conseil tordus et p&#233;rim&#233;s genre \ suivre ses envies &#224; condition de ne pas se tromper d'envie // baragouin d'alcoolo \ qui veut te faire des n&#339;uds dans la t&#234;te ne s'y prend pas autrement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#201;va t'encouragerait peut-&#234;tre &#224; foncer / mais si tu me demandes // &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; lui se dispense du voyage \ agit&#233; immobile, au chaud dans ses pantoufles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu veux un verre //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compliqu&#233; de penser que Philippe me propose de l'alcool et qu'avec une voix d&#233;j&#224; si pesante il se serve un \ whisky \ sans attendre. Comment les a&#238;n&#233;s esp&#232;rent-ils que tu les prennes au s&#233;rieux ? sans compter que l'alcool ne me r&#233;ussit pas. En fait je mangerais bien un petit quelque chose, du pain, n'importe quoi, je suis affam&#233;, la pizza dig&#233;r&#233;e \ le train de nuit m'a affam&#233; pour longtemps. Mais si cette fois tu ne te goinfres pas de sucreries, ce n'est pas pour SOMBRER DANS L'ALCOOL \ compliqu&#233; de penser que Philippe soit un alcoolique irresponsable, alors qu'il dose son baby avec tellement de pr&#233;cision ! obs&#233;d&#233; comme moi par le souci de ne pas d&#233;passer la limite ? la bonne mesure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu dois mourir de faim ! je vais te r&#233;chauffer un petit frichti //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frichti \ bizarre qu'il ne soit pas plus c&#233;l&#232;bre avec tous ses mots \ prix Goncourt ou quelque chose \ &#244; cuisine sur commande d&#233;livre noo du frichti ! En m&#234;me temps, avant cette ann&#233;e ce livre sur la Russie, qui aux premi&#232;res pages me semble une fiction, Philippe n'&#233;crivait pas de romans \ plut&#244;t des biographies super document&#233;es \ des r&#233;cits trop bien &#233;lev&#233;s pour lancer une carri&#232;re // d'apr&#232;s Lisbeth \ j'avoue, quelle autre fus&#233;e qu'un roman ? Mais tu ne d&#233;sires pas forc&#233;ment le bruit \ griller dans la lumi&#232;re&#8230; Ce qui d'ailleurs est extra avec Eva ou Philippe, c'est leur tact \ une incroyable hospitalit&#233; aussi \ math&#233;matique discr&#232;te. M&#234;me si tu les surprends dans un demi-sommeil, s'ils traversent une p&#233;riode de d&#233;pression, ils seront toujours capables d'attention\s. Plus que sympas \ reposants \ &#231;a exc&#232;de l'&#233;ducation, c'est dans le sang. Dring ! &#231;uite de &#231;onneries : apr&#232;s l'&#233;glise, le t&#233;l&#233;phone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ R&#233;ponds ! me crie Philippe depuis la cuisine o&#249; il s'affaire. C'est &#201;va qui regrette de m'avoir trait&#233; de vieux //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-elle vraiment &#224; Barcelone ? me demand&#233;-je la sentant si proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ~Peter ! mais qu'est-ce que tu fais &#224; Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#201;tape. J'ai rendez-vous demain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Amiens&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ah !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Eh ! je te passe Philippe&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! tu n'as qu'&#224; lui dire que je rentre demain midi&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est vrai que tu le trouves vieux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un rire dans sa voix grave elle me dit regretter \ ne pas &#234;tre &#224; Paris pour m'accueillir. Elle r&#234;ve de prendre des vacances apr&#232;s son appel d'offre en Catalogne \ quel appel d'offre ? Elle aurait bien profit&#233; de Barcelone quelques jours mais il y a cette installation au Havre : de grandes images &#224; programmer pour une artiste &#233;cossaise. Et c'est parti pour la description passionn&#233;e d'un concept inaccessible &#224; base de squelettes de moutons calcin&#233;s \ &#201;va toute crach&#233;e, pr&#233;occup&#233;e du matin au soir par des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Allez ! j'y retourne. Dis &#224; Philippe qu'il arr&#234;te d'inventer n'importe quoi ! je n'ai jamais pens&#233; qu'il &#233;tait vieux / juste idiot. Allez bises ciao Peter !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! ciao &#201;va //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#226;ge d&#233;j&#224; ? H&#226;te-toi d'aimer car il est &#224; parier qu'apr&#232;s la mort les transports se refroidissent ! Or tu la vois venir la mort, non que tu te sentes plus malade qu'un autre ou suicidaire ou collapsologue, non que la dissipation en masse de l'esp&#232;ce te prenne de court, mais quand m&#234;me \ pr&#233;matur&#233;e avec ses grands airs. Toi ralentis ! sauve-toi le monde \ &#233;treins le temps ! la d&#233;gringolade de la bille attendra \ d&#233;fais-toi des griffes et des serres, et rev&#234;ts ton habit de cour ! J'avoue, pas &#233;vident le go&#251;t du co\s\mique \ si la science te mart&#232;le qu'il n'y en a plus pour long ! que la p&#233;riode est froidement apocalyptique \ tu fais feu de tout bois et tu as toujours froid. Mais avec Sophie vous br&#251;lerez atomiques \ tu ne seras plus jaloux des dieux \ pareils que vous, les dieux, des petits enfants pris dans l'enfer d'une &#233;ternit&#233; sur Terre, plongeurs co\s\miques, entr&#233;s avec vous dans la nuit. Une d&#233;licieuse odeur d'osso buco te fait d&#233;faillir. La maison est bonne : ce sont les mots de Lisbeth quand elle d&#238;ne ici chez ses amis. Si tu dois te presser vers l'essentiel, saute les clich&#233;s : la France un pays de bouffe, Paris ville b&#233;nie o&#249; rien ne manque, et la vie bourgeoise \ un concentr&#233; d'h&#233;donisme que tu ne peux rejeter en bloc // dixit Carapelli avec je ne sais quel pourcentage d'ironie \ trouverait-il les bourgeois du secteur &#224; son go&#251;t ? Moins &#233;go&#239;stes qu'ailleurs \ partageurs ? Philippe parle de \ canaliser un minimum la violence des villes dans des quartiers m&#233;lang&#233;s dens&#233;ment divers // sauf que fatigu&#233; des manifs, asphyxi&#233; d'attentats ou d'&#233;pid&#233;mies, il ajoute, se bl&#226;mant par avance de te pourrir le karma, que \ l'&#202;TRUMAIN en revient toujours &#224; tuer pour ne pas &#234;tre tu&#233; // J'avoue mais qui citeras-tu encore ? ta m&#232;re ? Toi, quels seraient tes mots face &#224; une soci&#233;t&#233; schizo qui mange ce qu'elle est cens&#233;e pr&#233;server ? tu restes sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est toi qui l'as fait ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non. L'osso buco c'est &#201;va. Elle a raccroch&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle rentre demain midi et ne te trouve pas vieux du tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es gentil&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est pas moi, m&#226;ch&#233;-je, la bouche d&#233;j&#224; pleine, songeant &#224; placer mon compliment sur le livre de Philippe m&#234;me si j'ai eu le plus grand mal &#224; y entrer et que pour tout dire je ne le finirai pas. Mais j'ai assez du d&#233;but pour faire illusion : un affreux connard, moiti&#233; &#233;crivain, moiti&#233; affairiste atterrit &#224; Moscou. Il loge dans un immense h&#244;tel international compl&#232;tement d&#233;fra&#238;chi o&#249; il re&#231;oit des affairistes au moins aussi v&#233;reux que lui. Je suppose que le lecteur, surpris, est somm&#233; de se r&#233;jouir de ces anciens communistes montant les magouilles les plus vicieuses et roulant le narrateur dans la farine \ comme s'ils n'avaient tous attendu que &#231;a, un capitalisme sauvage, pour lib&#233;rer leur rapacit&#233; sans limite, comme s'ils s'&#233;taient menti trop longtemps, cherchaient &#224; qui mentir, rongeaient leur frein depuis tout jeunes // Philippe fait plus vieux dans ses livres \ ce doit &#234;tre terrible de distiller l'ennui quand tu veux susciter l'enthousiasme sauf que, malgr&#233; les efforts qu'ils font pour t'embarquer, les vieux sont terribles et leurs livres d&#233;sesp&#233;rants ! manquent d'air. Ils t'enferment dans une chambre &#224; gaz et s'&#233;tonnent que tu ne t'en r&#233;jouisses qu'&#224; moiti&#233; \ que tu d&#233;laisses leur &#233;cole de merde pour courir d'avatar en avatar et menacer de tout flinguer, &#224; peine yomb ! Dans le meilleur des cas \ Philippe dans ses bons jours \ ils d&#233;noncent, ils font des blagues, mais bon sang ! &#231;a reste d&#233;courageant \ lourd ? ils te font l'impression d'attendre l'orage et rien d'autre. Qu'en d&#233;duire sinon qu'il faut partir, envoyer les ados qu'ils m&#233;ritent braver le danger et qu'au bout du voyage \ c'est terrible d'&#234;tre un homme avec une femme // Blaise Cendrars, le transsib&#233;rien, sur kindle, j'ai pens&#233; que prenant le train c'&#233;tait le meilleur compagnon \ entre deux d&#233;riv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tes belles &#233;trang&#232;res m'ont fait penser &#224; Blaise Cendrars //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine : l'opus de l'oncle Philippe, lui, est rest&#233; sur mon chevet &#224; Nice \ ce pourquoi je prends les devants, esp&#233;rant limiter le champ des commentaires au peu que j'ai lu de ses \ Belles &#201;trang&#232;res // aux morceaux que je pourrais citer par c&#339;ur \ j'ai une relative bonne m&#233;moire mais rien retenu de brillant \ des zones d'ombre d&#232;s le d&#233;but que tu n'as aucune envie d'&#233;clairer. Quand-m&#234;me parler avant qu'il ne demande \ faire preuve de tact et tout &#231;a \ entendu que chacun est anxieux de s'entendre lu \ entendu \ n&#233;cessaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cendrars ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; cause de l'&#233;pisode du grand h&#244;tel &#224; Moscou. L'h&#244;tel Pribalti&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pribaltiyskaya&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Prose du Transsib&#233;rien / je l'ai &#233;tudi&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je n'y aurais pas pens&#233;. C'est plut&#244;t flatteur. Je ne suis franchement pas un baroudeur mais j'ai toujours bien aim&#233; Cendrars&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce jeune type avec des armes&#8230; c'est vraiment d&#233;-li-ci-eux / l'osso buco //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre pieds du compliment culinaire n'effacent pas le froncement de sourcils, ce m&#233;lange d'&#233;garement et de gravit&#233; soudaine sur la face de Philippe : l'artiste qui regarde dans le r&#233;troviseur, le front barr&#233; d'une ombre de tristesse ? j'avoue, c'est le clich&#233; de trop qu'il faut enjamber au plus vite \ ne pas laisser Philippe entre deux eaux, gagn&#233; par le doute \ sauf que tu n'as plus rien en faveur des Belles &#201;trang&#232;res. Un truc qui se remarque avec un bouquin, c'est que bon ou mauvais, qu'il te plaise ou non, le meilleur moment n'est pas celui de la lecture en elle-m&#234;me, mais celui o&#249; tu l&#232;ves la t&#234;te, o&#249; tu d&#233;croches, soit que la r&#233;alit&#233; apparaisse plus attrayante parce que le livre t'ennuie, soit qu'en totale symbiose tu suives l'auteur dans sa r&#234;verie, que ses mots t'enl&#232;vent au pr&#233;sent, te ram&#232;nent &#224; tes origines, tes propres images \ mais dissiperas-tu la tristesse de l'oncle Philippe avec ce genre de consid&#233;rations ? &#201;clate les masses nuageuses, sois l'impr&#233;vu !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ella veut faire un livre &#224; partir des articles et des notes de William / elle est dingue !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle en est capable / mm&#8230; excellente id&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mm&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Toujours v&#233;g&#233;tarienne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Vegan ! et m&#234;me contre les animaux domestiques&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La domestication des animaux&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! la domestication / il n'y a m&#234;me pas un an, elle a oblig&#233; Lisbeth &#224; adopter un chat qui tra&#238;nait dans la rue / maintenant il faudrait le rel&#226;cher dans la nature ! Absurde. En m&#234;me temps si William avait voulu un livre, il l'aurait &#233;crit&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'&#233;tait peut-&#234;tre dans ses projets&lt;br class='autobr' /&gt;
\ D'apr&#232;s Lisbeth il a toujours d&#233;clin&#233; les propositions&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est vrai qu'Ella pourrait&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas son p&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ta m&#232;re, qu'en pense-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle s'en fiche / pas elle qui exigera que tu reprennes la plume d'un mort !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Mon livre aborde un peu ce sujet&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#199;a ne m'a pas &#233;chapp&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait si ! puisque je ne l'ai pas lu, son livre. &#192; peine commenc&#233;. Y parle-t-il indirectement de mon p&#232;re ? pas du genre &#224; broder \ d'apr&#232;s une histoire vraie // le Philippe&#8230; &#224; moins que &#231;a lui serve de pr&#233;texte &#224; la ramener une &#233;ni&#232;me fois sur les ghostwriters, SON SUJET de pr&#233;dilection \ LES PLUMES, ainsi que chez les babtous gracieux s'intitulent les n&#232;gres qui pondent des discours dans la bouche des illettr&#233;s \ et aussi l'activit&#233; gr&#226;ce &#224; laquelle il gagne sa vie de Philippe D&#233;roi cach&#233; dans les plumes des autres, se m&#233;nageant du temps pour &#233;crire des histoires de n&#232;gre &#224; la premi&#232;re personne et faire semblant de se d&#233;couvrir comme un chien se mord la queue \ quand m&#234;me il faudra que je lise s'il y a quelque chose sur William.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu reveux de l'osso buco ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non merci c'&#233;tait trop bon&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Est-ce que qu'elle cuisine l'osso buco ta Sophie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Elle n'est pas cuisini&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui tu m'as dit barmaid j'ai compris / &#231;a n'emp&#234;che //&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : By NASA/JPL/University of Arizona &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.uahirise.org/ESP_014426_2070&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uahirise.org/ESP_014426_2070&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Public Domain, &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8157770&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8157770&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tangente de Baumann &#8212; I/III</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-tangente-de-Baumann-I-III</link>
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		<dc:date>2023-04-01T17:24:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Faucomprez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2249-09f56.jpg?1772241525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;\ Le cr&#232;ve-c&#339;ur quitter le vieux village&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour marcher aux fronti&#232;res du Nord-Ouest&lt;br class='autobr' /&gt;
L'empereur a fix&#233; un jour pr&#233;cis&lt;br class='autobr' /&gt;
Refuser l'ordre est encore pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui qui r&#232;gne d&#233;j&#224; sur tant de terres&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi veut-il toujours en conqu&#233;rir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrach&#233; &#224; l'amour de tous les miens&lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche arm&#233; en ravalant mes larmes //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu Fu, Andr&#233; Markowicz. Chanson de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Come away, O human child !&lt;br class='autobr' /&gt;
To the waters and the wild&lt;br class='autobr' /&gt;
With a faery, hand in hand,&lt;br class='autobr' /&gt;
For the world's more full of weeping than you can understand. //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Butler Yeats. The stolen child.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; SlowlyGoesTheNight &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maman ! qu'est-ce que je vais bien pouvoir sauver du d&#233;sastre ? quand tu penses que l'humain d&#233;vore tout ce qui se pr&#233;sente \ vir&#233; de la table avant m&#234;me d'avoir pay&#233; l'addition \ et d'abord ce train de nuit quelle connerie ! les couchettes en b&#233;ton, l'arriv&#233;e dans un &#233;tat second \ bravo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas si grave / vous pouvez sauter une nuit, me siffle le contr&#244;leur dans le couloir. Vous &#234;tes jeune, vous r&#233;cup&#233;rerez &#224; la prochaine&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Croyez-vous //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il en sait ce gros mollasson avec ses valoches sous les yeux ? qu'est-ce qu'il tiendrait de particulier Bolosse ? il est n&#233; dans son uniforme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Vos parents auraient d&#251; vous acheter un billet t&#233;g&#233;v&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ils sont radins //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as des r&#233;ponses laconiques \ parfois cinglantes \ un jeune Voltaire dirait Carapelli \ mais rien qui semble d&#233;sar&#231;onner l'aimable contr&#244;leur \ &#233;trange amabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ &#192; ce propos puis-je vous demander vos titres de transport //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; trente secondes &#224; fourrager dans ton sac &#224; dos tu \ connu sous le nom de Peter Baumann \ fournis un billet chiffonn&#233;. Un seul titre donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Pas de carte ouvrant une r&#233;duction ? sur votre mobile peut-&#234;tre // s'enquiert l'homme encore en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non d'un mouvement de t&#234;te. Ouvrant une r&#233;duction, c'est fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Permettez que je le d&#233;froisse&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oui, pardon, d&#233;plions ! d&#233;plions-nous // bayes-tu, accordant tes gestes en l'air &#224; l'ironie de l'autorit&#233; mal ras&#233;e. Si bien qu'apr&#232;s compostage, l'autre s'enfuit d'un coup d'&#233;trier et que toute la rame r&#233;sonne de son rire cavalier \ arr&#234;te avec &#231;a, veux-tu ! &#224; quoi riment ces trucs de cavalerie ? si tu veux arriver, oublie ! abr&#232;ge et reprends le train ! Que n'as-tu h&#233;rit&#233; le style du regrett&#233; paternel : tu dormirais d&#233;j&#224; aupr&#232;s de ta Sophie, tu aurais zapp&#233; ce voyage, roul&#233; sans fioritures, sec, carr&#233;ment t&#233;l&#233;graphique. Rire de contr&#244;leur jusqu'en premi&#232;re \ dans les compartiments pour dames seules \ relations humaines \ papier compost&#233; \ usages d'un autre temps. Mais bon ! tu ne vas pas jouer &#224; &#231;a, tu n'es pas ton p&#232;re \ William Carling \ un gros inconnu ton p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement les choses ne se d&#233;roulent pas de mani&#232;re aussi fluide, dans une forme aussi&#8230; correcte \ avec la race des flics je veux dire \ et l'uniforme n'est d'aucune garantie. Hier par exemple dans les beaux jardins ni&#231;ois, le ka&#239;ra municipal a assez mal pris que tu fasses le malin \ qu'un mineur l'ait corrig&#233; sur sa diction, lui qui voulait DU RESPECT UN POINT C'EST TOUT. Rabrou&#233; tu as &#233;t&#233;, rudement et sans grammaire. J'avoue, je ne demande pas les imparfaits du subjonctif \ qu'un blanc-bec se laisse aller &#224; l'accent des terters tu t'en fiches mais piti&#233; ! un minimum de soin dans la prononciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Enl&#232;v'toi d'ce banc ! s'te pla&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pardon mais votre sabir m'est inconnu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Wazy bouge //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais allong&#233; avec les pieds qui d&#233;passaient expr&#232;s \ j'allais pas le saloper son banc ! c'&#233;tait pas l'intention. Juste une sieste &#224; l'ombre avant de reprendre les cours \ pas de quoi fouetter un cheval. Mais en serions-nous convenus que l'esclandre avait trop dur&#233; \ ce satan&#233; kapo r&#233;ussissait &#224; m'entra&#238;ner dans son cirque et nous passions tous les deux pour des abrutis de premi&#232;re classe aupr&#232;s de toutes les nurses post&#233;es alentour, qu'on entendait rameuter la marmaille, h&#233;sitant &#224; miser sur mon exil et pr&#233;parant par prudence un d&#233;part en catastrophe de ce square habituellement si paisible et que dor&#233;navant il leur faudrait &#233;viter. Oh ! comme elles s'attristeraient de mon d&#233;part si elles me connaissaient plus intimement ! Comme les aurait rassur&#233;es de savoir comme j'aime les enfants \ comme en d'autres circonstances j'aime ch&#226;tier mon fran&#231;ais \ chatoyer \ en la pr&#233;sence d'&#226;mes sensibles \ jamais un mot plus haut que l'autre \ un trait d'humour &#224; la rigueur. Si elles savaient que tu ne regagnerais pas ton lyc&#233;e Blaise Pascal mais le premier train en gare de Nice pour tenter de rejoindre ta Sophie, comme toutes ces nurses apeur&#233;es te trouveraient romantique ! oh ! &#224; leur go&#251;t finalement \ tu pourrais si bien les aimer ch&#226;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ouais ! va voir ailleurs ! le philosophe //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tandis que tu quittais l'endroit d'un pas crissant et majestueux, tu t'es malgr&#233; tout r&#233;joui que tes remarques aient port&#233;, qu'&#224; la fin de votre entretien, ton gardien ait fait un net effort d'articulation, ce r&#233;el effort de clart&#233;, comme s'il prenait un engagement pour la suite de sa carri&#232;re et qu'avec le choix de ce mot \ philosophe // banal certes, mais &#224; la fronti&#232;re de son lexique, il renouait un lien d&#233;fait avec son intelligence \ tout &#231;a pour dire que tu demeures comme certains yeuves de ma connaissance attach&#233; au langage&#8230; ch&#226;ti&#233; \ m&#234;me si tu es pass&#233; de mode, si l'&#233;loquence se passe des rigueurs du fran&#231;ais &#224; la premi&#232;re occasion, qu'en vrai tu n'as plus trop besoin ni de grammaire ni d'orthographe pour te faire une place au soleil \ a contrario de ce que pr&#233;tendent Cl&#233;menti et tous ces profs sans scrupules qui te font crari que personne ne s'en sort sans manier les nuances \ j'avoue, m&#234;me si tu n'es pas dupe des profs, tu persistes ! Mais franchement tu as l'air de quoi ? un d&#233;serteur pass&#233; dans le camp des acad&#233;miciens \ &#233;coute les gens parler ! est-ce que tu les entends dans ton ch&#226;teau de Versailles ? hautain d'altitude avec ta voix de ma&#238;tre Yoda poudr&#233; qui d&#233;gouline d'adjectifs sur des oreilles &#233;tanches &#224; ton style, pour des cervelles d&#233;j&#224; remplies par d'autres, baragouineurs professionnels, leur tintamarre grossissant les interviews, semant des voil&#224; ! d&#232;s qu'ils calent au milieu d'une phrase, comme s'il fallait compatir &#224; l'essoufflement o&#249; les m&#232;ne la passion, comme si leur qualit&#233; de petite personne press&#233;e m&#233;ritait &#224; elle-seule l'assentiment, et sur le myst&#232;re insondable de leurs pens&#233;es, le monde entier devait signer des ch&#232;ques en blanc ! &#201;coute-les ! &#201;coute-toi ! Grammaire ou pas, personne ne s'en sort \ lacunes dans tous les domaines \ les paroles se barrent en couille et les &#233;crits n'y gagnent pas. Genre m&#234;me quand la langue est belle, elle ne sert plus que la connerie... J'avoue, l'inconv&#233;nient avec mes dr&#244;les d'id&#233;es, mes emballements d'arri&#232;re-garde, grammaire ou pas, c'est de para&#238;tre plus que mon &#226;ge \ une grand-m&#232;re chimpanz&#233; \ un geignard \ mais c'est mon karma : grande bouche, grandes oreilles et pas de plomb dans la cervelle \ une chance si c'est ce qui pla&#238;t &#224; Sophie. Quoiqu'en l'occurrence, la langue ch&#226;ti&#233;e aura pu faire obstacle : parfois de ne pas comprendre elle a ri, r&#233;p&#233;t&#233; en sifflant certains des mots que tu as prononc&#233;s \ le genre de moquerie qui met &#224; distance \ pas de barri&#232;re comme avec un contr&#244;leur ou un gardien de square, mais plus de distance qu'avec Rachid par exemple, or c'est avec Sophie que tu voudrais coucher, pas avec Rachid \ miskine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, je me rends compte qu'il est assez d&#233;testable de faire ainsi caramboler des noms de personnes comme s'ils &#233;taient connus de la terre enti&#232;re, mais c'est para&#238;t-il un d&#233;faut de la jeunesse d'imposer les sujets qui l'occupent en tenant pour acquis qu'ils touchent &#224; l'universel : que soient donc pardonn&#233;s ces coq-&#224;-l'&#226;ne qui ne sont que l'effet de mon inexp&#233;rience \ de la passion \ les pays d'occident n'accordent-il pas &#224; l'adolescent un besoin d'exutoire, le droit d'exiger l'attention, certains que des carambolages qui l'animent na&#238;tront l'inattendu et, &#224; d&#233;faut d'universel, un divertissement salutaire ? &#201;videmment que ce gardien peut te faire penser &#224; Rachid \ les cheveux gras du gardien assaisonn&#233;s &#224; l'huile d'arachide \ non, s&#233;rieux, son &#233;locution, pas les m&#234;mes cheveux, une langue moins riche mais le m&#234;me d&#233;bit que Rachid. Et vice-versa, c'est &#224; cause de Rachid, mon contact &#224; la capitale, que je repense &#224; ce gardien de square ni&#231;ois \ pourtant rien de commun dans les apparences, tout &#224; l'oppos&#233;, mais qui bouffe pareillement ses phrases, emploie les m&#234;mes intonations \ universelles \ pas le m&#234;me habit mais le d&#233;bit pareil. En r&#233;sum&#233; ? que lascar, keuf ou banquier pataugent dans le m&#234;me flow, tout le monde s'en bat les couilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref ! sur la Prom' une heure avant mon d&#233;part rien n'&#233;tait d&#233;cid&#233;, je baignais dans le flou artistique : o&#249; dormir &#224; Paname, comment rejoindre Sophie ? Et puis il y a eu ce gardien qui me rappelait un peu la nervosit&#233; et l'accent de Rachid \ toujours chelou quand-m&#234;me une voix rebeu sur du jambon-beurre. Bref ! mon ennemi des jardins de Nice m'a sugg&#233;r&#233; sans le savoir la solution Rachid : quoi qu'il m'arrive &#224; la capitale, je dois pouvoir compter sur Rachid. Il y a quoi ? un peu plus d'un an, l'hiver dernier, il m'a ramass&#233; quartier Belleville un soir que je rentrais du cin&#233;ma, largu&#233; par je ne sais plus quel film am&#233;ricain. Je marchais depuis Stalingrad ayant trop n&#233;glig&#233; de grailler \ en vrai je zigzaguais entre &#233;vanouissement et putes chinoises sur le boulevard. Surgi de nulle part dans l'espoir de me taxer, Rachid s'est interpos&#233; entre moi et mon avenir en marche. Tout en refusant ses clopes de contrebande, j'ai profit&#233; de marquer une pause, appuy&#233; contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne fume pas&lt;br class='autobr' /&gt;
~Tu parles / mais allez ! on s'en balek / t'es tout p&#226;le, il faut que tu manges mon gars / si tu m'invites, je te fais go&#251;ter la meilleure pizza de Paname&lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'ai pas les lov&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est &#231;a / allez mec ! un peu de g&#233;n&#233;rosit&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachid estime qu'&#224; vingt-trois, l'&#226;ge qu'il d&#233;clare, il est bon d'osciller entre plusieurs activit&#233;s, que si tu n'es pas polyvalent &#224; vingt-trois, tu ne le seras jamais \ que tu te retrouves toujours plus vite que pr&#233;vu sur le carreau. Rachid a des ressources : m&#233;canique, bricolage, deal de tabac ou de shit cannabis, et derni&#232;rement vente d'accessoires &#233;lectroniques &#224; la sauvette \ exp&#233;dients. Il va vite, bicrave un ou deux t&#233;l&#233;phones jour, cinquante &#224; cent euros pi&#232;ce. Il n'a pas peur de prendre un mauvais coup, dit y &#234;tre pr&#234;t \ ne pas abuser des calmants. Il parle beaucoup \ pendant que je d&#233;vorais ma pizza par exemple, se contentant lui d'un coca et d'une camel, toujours aussi peu convaincu quand j'ai r&#233;p&#233;t&#233; que je ne fumais pas \ ni tabac ni rien. Quand bien m&#234;me, d'apr&#232;s lui, avec mes cheveux longs, mon look grunge, je ferais aussi bien de m'y mettre \ &#224; b&#233;dave \ pour la coh&#233;rence en quelque sorte \ que je clope ou non, mon look finirait par m'attirer des ennuis, les apparences ne t&#233;moigneraient pas en ma faveur aupr&#232;s des keufs \ je devais faire gaffe aux apparences. Je lui ai r&#233;pondu qu'il allait trop au cin&#233;ma, histoire de protester qu'on ne m'arr&#234;terait pas &#224; cause de mes cheveux, que les chances &#233;taient minimes, mais Rachid m'a promis d'aller rarement au cin&#233;ma, que ce n'&#233;tait pas la peine parce qu'il avait LA VRAIE BOURLINGUE SANS FAUX-SEMBLANTS \ pas les mots de tout le monde, pour &#231;a que tu les mets en majuscules. Peut-&#234;tre est-ce qu'il frime \ effray&#233; parfois comme n'importe qui \ ou que des pans entiers de son existence lui &#233;chappent \ ou qu'il s'ennuie. Tu as l'impression tandis qu'il te prend sous son aile de le sortir, toi, de sa routine. Une chose certaine, c'est le genre de types avec qui tu r&#233;vises pas mal de pr&#233;jug&#233;s, &#224; commencer par la pizza : m&#234;me si l'&#233;clairage n&#233;on lui d&#233;niait sa chance elle &#233;tait vraiment top \ sans fromage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant que tu repenses &#224; cette &#233;poque pas tr&#232;s lointaine \ cette ann&#233;e d'ind&#233;cision qui a pr&#233;c&#233;d&#233; ton entr&#233;e &#224; Blaise Pascal \ tout semblait fichu. Vir&#233; une fois de plus du lyc&#233;e, tu quittais ta banlieue chic sans v&#234;tements de rechange \ d&#233;j&#224; tu fuyais \ sans un fl&#232;che, nulle part o&#249; aller, happ&#233; dans le L&#233;viathan indescriptible de Paname, tu tombais \ et puis une apr&#232;s-midi de janvier exceptionnellement douce, tu atterris dans cette pizzeria-belle-ville-restaurant-chez-Ilan o&#249; de nouveaux amis te rappellent ta chance \ eux, Rachid, Ilan, n'ayant pas eu les m&#234;mes opportunit&#233;s \ pris &#224; d'autres jeux, pizza, meccano, que toi qui tant&#244;t r&#233;cup&#233;reras de tes errances, int&#233;greras l'&#233;cole ad hoc et y consacreras le plus clair de ton temps aux d&#233;veloppements qui t'amusent, lanc&#233; dans des &#233;quations que Rachid ou Ilan jugent hors d'atteinte \ quoiqu'ils admettent pour te faire plaisir que tous les jeux se valent et que toutes les trajectoires remplissent d'elles-m&#234;mes leur destination m&#234;me quand tu d&#233;gringoles \ UNE FONCTION DANS LA SOCI&#201;T&#201; // a sentenc&#233; Rachid et vous avez failli rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un peu comme les billes des machines &#224; sous du Japon, a encha&#238;n&#233; Ilan, le truc l&#224;-bas ! au Japon //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je sugg&#233;rais le mot patchinko, Rachid a agrandi son sourire en &#233;crasant m&#233;thodiquement sa boite de coca apr&#232;s y avoir jet&#233; son clope, et de s'exclamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu vois ! ce mec n'a pas treize ans et il sait tout //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pr&#233;cis&#233; \ quatorze // &#233;voqu&#233; les statistiques, les belles courbes en cloches que tu dessines avec un jeu comme le patchinko \ et brod&#233; sur l'image du parieur qui se voit d&#233;gringoler, une bille parmi des milliers, entre des clous \ son reflet dans la machine &#224; sous, travailleur, d&#233;gringoleur, ch&#244;meur, buveur de sak&#233;, cloche parmi des milliers qui s'accrochent, cognent, chutent et se rel&#232;vent, recommencent, dop&#233;s par le jeu \ j'avoue, je me suis aper&#231;u que la noirceur de la m&#233;taphore g&#234;nait mes nouveaux soces. Qu'eux se lamentent, okay ! qu'ils fassent grincer la machine, c'est in&#233;vitable, mais qu'un mec de treize quatorze ans sonne &#224; leur diapason, sinc&#232;rement &#231;a les aurait presque inqui&#233;t&#233;s. La noirceur que Rachid comme Ilan cultivaient avec soin \ jaloux \ &#233;tait inappropri&#233;e &#224; mon &#226;ge et ma situation. Alors j'ai vaguement encha&#238;n&#233; sur Blaise Pascal, ce lyc&#233;e ni&#231;ois pr&#233;tendant accueillir les intol&#233;rants au syst&#232;me, l'ultime INSTITUT SP&#201;CIALIS&#201; &#224; bien vouloir de moi \ montr&#233; plein centre-ville ce gros pudding belle &#233;poque ? tout d&#233;gueulasse \ en vrai je pipeautais &#224; moiti&#233;, pas encore franchement d&#233;cid&#233;, mais quoi qu'il en serait, mon admission dans un lyc&#233;e sur mesure les a fait kiffer comme pas permis \ j'en &#233;tais sur le cul. Oubli&#233;s l'indiff&#233;rence d'Ella, l'enthousiasme forc&#233; de Lisbeth ou grandma : une opinion pesait enfin dans la balance, Ilan et Rachid illuminaient de bonne humeur ta future installation chez les fadafafs de la C&#244;te \ trop d&#233;class&#233; ! Peter // gobant la propagande qui leur vendait BP comme \ une antenne de r&#233;sistance &#224; l'uniformit&#233; // quand toi tu imaginais plus radicalement, plus sobre dans tes emballements, une internationale des dingos du ciboulot. J'avoue ! la C&#244;te d'Azur branchait Ilan et Rachid au plus haut point, elle les disposait &#224; une r&#234;verie qu'ils m'ont conduit &#224; partager m&#234;me si la troublant d'ultimes r&#233;serves \ jug&#233;es indignes \ je suis encore pass&#233; pour un pissefroid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Comment peux-tu h&#233;siter une seconde ? Nice, putain ! la C&#244;te, le soleil, les meufs / trop d&#233;class&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ En pension&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pension de luxe mon pote ! cinq &#233;toiles //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
et la bo&#238;te de coca de valdinguer dans la poubelle, tandis que, cent kilos de muscles pas super expansifs, un hochement de t&#234;te par-ci par-l&#224;, Ilan faisait d&#233;filer les images de BP sur son t&#233;l&#233;phone, r&#233;sumant d'un mot les passionnants programmes du secondaire, et \ pour apr&#232;s // les sp&#233;cialit&#233;s universitaires et les pr&#233;pas qu'&#224; BP tu touchais mieux que nulle part ailleurs. &#192; peu pr&#232;s aussi cal&#233; que mes conseillers d'orientation, en moins exalt&#233;, il m'interrogeait d'un haussement de sourcil sur des mots et des cursus que j'ignorais complet. Ilan \ difficile d'interpr&#233;ter son rictus permanent : admiration, condamnation ou tendance naturelle du visage \ mais s&#251;r Rachid &#233;tait emball&#233;, je vois encore ses grands sourires et ses yeux larmoyants. Lui ne se retient pas de vider son sac \ vas-y plains-toi ! tu connais pas ta chance, tu m&#233;rites pas // un doux reproche apr&#232;s l'autre, en toute bienveillance. Pendant le silence contraint qui relayait un \ c'est abus&#233; ! tu devrais avoir honte // nos regards ont circul&#233; sur quelques clich&#233;s noir et blanc : les visages de Marlon Brando et d'une dizaine d'autres acteurs am&#233;ricains parsem&#233;s sur les pl&#226;tres roses de la pizzeria \ pas d'actrices curieusement. J'ai un peu honte parfois c'est vrai \ j'avoue, la tehon peut-&#234;tre pas, mais l'inconfort que doivent conna&#238;tre ceux qui, par petites bouff&#233;es, prennent conscience de leurs privil&#232;ges, s'en sortent plut&#244;t bien, compar&#233;, dont la vie est une part de g&#226;teau sin&#233;cure, &#224; une heure lumi&#232;re de ce qu'endurent les enfants de la guerre tels que le d&#233;crivent les reportages de William ! ton p&#232;re \ des souvenirs de Rachid aussi : apprenant que je n'ai pas connu mon p&#232;re, il tique puis se reprend, d&#233;plorant avoir subi le sien trop longtemps, dans son gourbi cit&#233; Curial, qui lui foutait des gnons &#224; pas dix ans, un vrai massacre jusqu'au jour des quinze de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e Samia, une semaine apr&#232;s le licenciement de leur m&#232;re, o&#249; le courageux puncheur a disparu de la circulation \ jamais plus de nouvelles, ni en France, ni au bled, mort ou vivant, plus d'importance \ trop tard pour r&#233;pliquer. Rachid dit que les p&#232;res sont au mieux des l&#226;ches m&#234;me pas dignes du m&#233;pris de leurs enfants, bons qu'&#224; piquer les allocs, que m&#234;me pour le mien il ne fallait pas pleurer certain qu'il avait men&#233; sa vie comme il voulait et qu'il aurait continu&#233; sans s'occuper de moi \ Rachid s'emballe, d'abord je n'ai pas tant pleur&#233; \ tu ne peux pas pleurer &#233;ternellement \ et je n'&#233;prouve pas non plus le besoin de profiter &#224; outrance, de la rage qu'il y aurait &#224; vivre sans p&#232;re je veux dire \ la tristesse prend ses distances, et tu peux te divertir par la pratique des arts comme ma ch&#232;re Ella \ sublimer sans pour &#231;a d&#233;vorer ta life ! Peut-&#234;tre &#231;a viendra plus tard, pas la hype tout de suite. &#192; croire ma s&#339;ur, pratiquer les arts te fait vivre plus fort, l&#224;-dessus elle n'a aucun doute, scotch&#233;e que tu puisses trouver les math&#233;matiques plus excitantes que sa zik de d&#233;prim&#233;e \ chacun ses bails. D'accord, Ella n'est pas d&#233;prim&#233;e \ peut-&#234;tre noire, je veux dire romantique, mais maladive pas du tout, super vivante au contraire, comme elle r&#233;p&#232;te dans les interviews \ bouff&#233;e de n&#233;vroses dissoutes dans la musique // tout sauf mollassonne. Elle ne reconna&#238;trait aucun des sentiments tourment&#233;s que tu lui pr&#234;tes \ sauf que si tu t'exprimes sur sc&#232;ne, tu t'exposes &#224; &#234;tre jug&#233; \ au premier degr&#233; le plus souvent \ m&#234;me quand tu chantes du rock il arrive qu'on &#233;coute, paroles et musique dans les d&#233;tails, et waouh ! quand tu &#233;coutes Ella, &#231;a transpire pas la joie de vivre. Il n'y a que ce pigiste de Qobuz pour n'en retenir qu'une grosse &#233;nergie post-punk, des chansons v&#233;n&#233;neuses, comparer Ella &#224; une resplendissante plante carnivore et en tomber amoureux sans se tailler les veines. Pour les autres, pour les cocos de BP, pour Delporte \ Tohotaua c'est pas franchement fun / t'as une s&#339;ur drolldement allum&#233;e ! &#231;a veut dirkoi d'ailleurs ? tohotaua // C'est vrai que tu te demandes comment tant de cruaut&#233;, d'enfants battus et de petits animaux noy&#233;s dans l'alcool peuvent hanter une seule Ella, tant de lyrics sordides se caser un nombre finalement assez restreint de scores. Tohotaua, le nom du groupe, le dernier en date, le seul qui ait vraiment pris, c'est aussi le surnom que le p&#232;re adoptif d'Ella, &#201;douard \ mon beau-p&#232;re pendant un temps \ avait choisi pour sa fille, bien apr&#232;s l'avoir amen&#233;e de Ha&#239;ti en France \ du nom pr&#233;sum&#233; de ce mod&#232;le &#224; la chevelure rousse &#224; qui Ella &#233;tait cens&#233;e ressembler, une vahin&#233; jeune tahitienne pas trop #MeToo qui figure avec un &#233;ventail de plumes sur un tableau de Gauguin \ qu'ils ont d&#251; voir dans une expo pendant leur voyage en Californie. Les surnoms, c'&#233;tait une marotte du vieil &#201;douard, le second &#233;poux de ma m&#232;re \ mort avant d'en avoir trouv&#233; un pour moi \ de surnom.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont trois dans le groupe, deux filles et un gar&#231;on, tous plut&#244;t skinny, pas tr&#232;s grands non plus \ des mod&#232;les r&#233;duits. Ella tient la vedette, au chant et &#224; la guitare ; Lynn, une fille de Leeds, a &#233;crit un ou deux jolis po&#232;mes qu'elle adore massacrer en insultant sa batterie ; et &#224; la deuxi&#232;me guitare il y a Paul, le bariton flamand, que son anglais ind&#233;chiffrable n'emp&#234;che pas d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; aux vocals, comme les filles \ tout ce monde compose et chante mais Ella assure l'essentiel du boulot. Pas de basse, pas de clavier \ leur musique, leur langage, leurs mani&#232;res sont assez rugueux et enjou&#233;s. Je ne suis pas un sp&#233;cialiste mais si je tombe sur une ou un qui s'int&#233;resse je pr&#233;tends qu'ils font penser aux White Stripes, un peu \ Ella ne serait furieusement pas d'accord, mais comme je ne peux pas citer les dizaines de groupes qu'elle est la seule &#224; me faire conna&#238;tre, si je veux noyer le poisson, je dis entre les White Stripes et PJ Harvey \ des trucs un peu ringards, pas vraiment punks, pas trop tuant. En vrai, c'est souvent que dans le UK chart le bruit des guitares te d&#233;range, mais Tohotaua j'aime bien \ pas seulement parce que c'est ma s&#339;ur \ &#231;a me va \ m&#234;me si c'est bizarre qu'une crevette ha&#239;tienne joue ces trucs de blancs un peu coinc&#233;s du cul \ pas groovy \ que rien ne danse &#224; la bien. Tu lui demandes : elle t'accuse de bloquer sur \ des vieux clivages racistes // what ze phoque ! Apr&#232;s va lui arracher pourquoi elle ne se sert pas de son pr&#233;nom Ella pour le groupe ! Superstition ? Comme si la magie risquait de se perdre parce tu n'as pas gard&#233; enfoui le secret du lien avec la grande Ella ! Moi au d&#233;part je croyais que son game de chanteuse, c'&#233;tait justement &#224; cause du pr&#233;nom \ aussi parce qu'&#224; un moment on n'&#233;coutait que du jazz ma s&#339;ur et moi \ qu'on ne trouvait rien de mieux que le scat \ la soul \ rien de plus cool que le hot&#8230; O&#249; Ella p&#234;che-t-elle son inspiration sinon ? Qu'elle s'explique ! sauf qu'avec moi elle se braque, r&#233;sultat j'ai l&#226;ch&#233; l'affaire \ et on ne fredonne plus jamais rien &#224; deux \ peur de rompre le charme ? r&#233;sign&#233;s &#224; ne pas empi&#233;ter sur nos petits jardins. Tohotaua, c'est donc pour le groupe \ pas garanti que &#231;a cartonne mais quelle importance quand tu as du talent : dessin, cin&#233;ma, chanson&#8230; qu'il ne t'en co&#251;te m&#234;me pas de choisir \ rien besoin de sacrifier ma s&#339;ur Ella ! demand&#233;e sur tous les fronts, motiv&#233;e dans toutes les disciplines, cherchant &#224; s'exprimer dans l'instant, tous azimuts \ pourvu que ce soit concret ! qu'elle produise. Je fonctionne aux antipodes j'avoue : &#224; moi l'abstraction ne fait pas peur, mais c&#244;t&#233; assidu z&#233;ro \ les profs sont d&#233;j&#224; sauc&#233;s quand je me focalise plus de trente secondes sur leur discipline \ &#224; part les maths o&#249; je ne compte pas, mort ! Pas que tu manques de concentration ou de suite dans les id&#233;es, que tu sois paresseux plus que &#231;a&#8230; j'avoue : tu faillis peut-&#234;tre &#224; la discipline mais au moins tu n'es pas obs&#233;d&#233; comme certains, genre Augustin Ferrand \ un externe, il pourrait profiter : non \ &#224; devenir neurasth&#233;nique, un troll de la science &#224; qui tu conseillerais un d&#233;rivatif, j'avoue tu t'en balec, mais un sport ou quelque chose pour arr&#234;ter un peu de s'astiquer le g&#233;nie. Moi aussi je charbonne, je ne suis pas pr&#232;s de \ d&#233;crocher // pas d'inqui&#233;tude ! re&#231;u &#224; toutes sortes de concours, fingers in the nose si tu en crois les tests, sauf le bac mention pas tr&#232;s bien &#224; cause d'un handicap &#224; la con en philo : &#224; la question PEUT-ON PENSER LE VIDE ? ai r&#233;pondu en majuscules sur ma copie \ Ne sais pas mais on l'oublie tout le temps // loin de Blaise Pascal ou de la sagesse orientale attendue, je pr&#233;sume, le c&#244;t&#233; zen pourtant ? trop \ une pointe dialectique insuffisamment d&#233;velopp&#233;e // a tranch&#233; Cl&#233;menti. Un plan, quelques citations&#8230; je pr&#233;sume qu'&#201;tienne Klein aurait &#233;t&#233; le bienvenu, dommage ! Les sujets philo m'inspirent peu ou alors je pars dans des d&#233;lires pas hyper comp&#233;titifs, mais je m'en fous \ il semblerait qu'&#224; BP tu puisses toujours rattraper tes faiblesses \ en bastonnant sur le plan artistique par exemple. Ils te poussent &#224; l'expression, c'est le truc pour marquer des points sans te casser \ sauf que sur un plan artistique, je ne vaux pas non plus tripette. H&#233;las ! Caroline, la prof qui vient des beaux-arts, n'osera jamais le dire, mais je sais qu'elle me trouve maladroit. L&#224; o&#249; les copains et moi rigolons \ de concert \ les profs n'arrivent pas &#224; cacher leur g&#234;ne quand ils observent un de mes dessins ou m'&#233;coutent r&#233;citer \ &#224; leurs petits temps d'h&#233;sitation, je vois bien qu'ils sont pay&#233;s pour m'encourager et le malaise s'amplifie. M&#234;me si les mots \ maladroit dans l'expression artistique // en ont remplac&#233; certains autres d'avant BP \ d'une sensibilit&#233; maladive // par exemple, je reste pire qu'un tocard dans l'expression artistique, pas super blind&#233; comme Ella, d&#233;ter &#224; me faire entendre, capable de donner une forme &#224; toutes mes folies \ maladivement emp&#234;ch&#233; // ce que tous ils noteraient dans leurs &#233;valuations s'ils &#233;taient dans un lyc&#233;e normal et pouvaient, eux-aussi, comme leurs petits prot&#233;g&#233;s, se laisser aller. Pourquoi s'obstiner avec moi ? Offre-leur seulement une chanson d'Ella et tu les raviras ! Qu'ils te laissent marner avec tes probl&#232;mes et tes lignes d'&#233;quation et tout ira bien ! Pourquoi te font-ils composer des vrais po&#232;mes avec l'h&#233;mistiche, la rime et tout, quand Carapelli dit lui-m&#234;me qu'une belle d&#233;monstration est po&#233;sie ? Ah ! \ d&#233;couverte des pratiques artistiques qui de s&#233;ance en s&#233;ance d&#233;cuplerait ton imaginaire, le meilleur moyen d'&#233;largir le champ de l'investigation scientifique // dixit aussi ! Carapelli \ si tu ne t'y ennuyais pas autant ! Non pas besoin de Picasso, ni m&#234;me d'alg&#232;bre pour prendre le large : &#8730;2, pi, rien qu'un nombre imaginaire, tu d&#233;m&#233;nages garanti ! Pour ceux qui te r&#233;clament de l'art &#224; tout prix s&#339;ur Ella est l&#224; \ s'il le faut elle te fera une chanson pour Sophie \ une jolie ballade en trois accords \ merci &#224; elle. Chacun son game, il faut savoir d&#233;l&#233;guer. J'avoue ! &#224; BP tout est con&#231;u pour que tu y trouves ton compte, n'emp&#234;che ! tu as parfois l'impression que le patchwork des cours ne sert qu'&#224; occuper les profs \ s'ils veulent te distraire de tes petites obsessions se distraire des obsessions de leurs petits prodiges, je leur conseille d'aller aux concerts de ma s&#339;ur, &#224; Londres ! plut&#244;t que de pousser le Peter &#224; s'&#233;pancher \ BP est tout juste une bo&#238;te de rattrapage, pas une sc&#232;ne o&#249; massacrer des guitares ou des cam&#233;ras \ tu planches \ tes sons et tes images s'expriment vite fait en longueurs d'onde \ abscisses ordonn&#233;es genre \ et rien qu'entre taupes tu attrapes suffisamment la grosse t&#234;te sans te prendre en plus pour un artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ On n'est pas aux Beaux-Arts, merde !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu es jaloux de ta s&#339;ur, c'est aussi simple que &#231;a // claironne Augustin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon au piano \ aucun m&#233;rite : il a commenc&#233; &#224; six ans \ pour le reste, une gaufre ! sauf en math.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Jaloux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Chanter / y'a pas mieux / tu deviens une star / tu fais le tetour du monde&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Le tour de Londres tu veux dire&lt;br class='autobr' /&gt;
\ C'est toi qui serais mieux / enferm&#233; / dans la tetour //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins &#224; l'aise dans la vanne qu'avec Chopin \ un peu b&#232;gue, le Gu, un peu lent \ pas encore star. Chanter, mesurer ta renomm&#233;e au nombre de followers, tweeter au quart de tour&#8230; trop pas la pr&#233;occupation &#224; BP, connect&#233;s mais imperm&#233;ables la plupart \ except&#233; Delporte \ que Matthieu Delporte pour c&#233;der &#224; l'idiotie de ces rites de passage \ jug&#233;s improductifs sinon. &#192; BP la vie publique indiff&#232;re \ pas envie de redonner du lustre &#224; une soci&#233;t&#233; creuse et d&#233;senchant&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres \ en vrai je d&#233;teste les clubs o&#249; Ella joue sa musique, l'agitation forcen&#233;e des clubbe\u\rs\euses. Toute mon Angleterre c'est la New Forest \ la campagne \ et pas &#224; cause des photos du jeune William, mon p&#232;re, en jodhpurs sur son poney, parce que l'&#233;quitation, &#224; part te casser le cul... J'avoue, en ville je manque d'air \ le manque ne s'aggrave pas dans la dur&#233;e, il perdure quelques jours, une semaine &#224; bader apr&#232;s la s&#233;paration d'avec mes arpents verts et pfft. Dans les villes de nos jours, c'est l'inconstance qui fait mal, un jour tu respires, le lendemain tu suffoques, tu te colles un masque pour pas crever, &#231;a c'est dur. Si j'avais le choix, je serais un animal sans attaches et sans poumons, j'oublierais vite ma nature \ aussit&#244;t r&#233;habitu&#233;. Heureusement que la New Forest te passe tes infid&#233;lit&#233;s et te ressert toujours son petit bol d'air, prie que ta grand-m&#232;re puisse y vivre encore longtemps, seule, maintenant que Lisbeth n'y s&#233;journe plus ! Heureusement j'ai l'arri&#232;re-pays ni&#231;ois ! de la verdure, du ciel et des petits oiseaux \ heureusement mais pour quelle dur&#233;e ? L'odeur de bi&#232;re et la fum&#233;e des studios rock, la suite sans fin des a&#233;roports et des h&#244;tels moches, la pollution sonore que tu s&#232;mes autour du monde merci ! Peut-&#234;tre qu'Ella est + dans la vie, qu'&#224; force je passe &#224; c&#244;t&#233;, mais qu'est-ce j'y peux, punk ou &#233;lectro, quand le bruit me t&#233;tanise, s'il n'y a que la d&#233;bauche des petits oiseaux pour me rassurer. M'imaginer en for&#234;t et siffloter une petite ritournelle d'oiseau suffit &#224; mon bonheur : c'est mot pour mot la confidence faite &#224; ma s&#339;ur &#224; sa sortie de sc&#232;ne parisienne, la derni&#232;re fois, au nouveau casino \ elle se demandait ce que j'avais &#224; siffler comme un perdu \ un piaf dans la rumeur d'apr&#232;s concert \ m&#234;me pas un air de Tohotaua mufle que je suis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Les piafs inspirent tous les musiciens, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ La concurrence est d&#233;loyale // a-t-elle r&#233;pondu dans un long croassement, &#224; peine &#233;prouv&#233;e par son tour de chant. Quelle &#233;nergie elle a, bon sang !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne dis pas que les oiseaux chantent mieux que toi, ce n'est pas ce que je dis, ai-je hurl&#233; dans le brouhaha.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r que les oiseaux chantent mieux que moi, a-t-elle hurl&#233; plus fort encore, partant d'un grand &#233;clat de rire. Ravens, maybe not, but nightingales for sure / rossignol, rossignol de mes amours //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa voix s'&#233;claircit \ une coloratur quand elle a envie \ d&#232;s que c'est pour beugler des conneries bizarrement elle a vite largu&#233; les graves cargu&#233; les voiles. Ce coup-ci, elle &#233;tait pas overhyp&#233;e \ un peu partie, pas au plafond, juste un peu gaie, Ella ne m'en voulait pas : elle a tchip&#233; comme &#231;a pour rire sachant que trop m'importent le chant des petits oiseaux et sa voix d'Ella sinon j'ai peur de tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, la violence des gar&#231;ons, l'adolescent borderline cens&#233; ne tutoyer que la mort, pas pour moi \ pas fier dans ce train de nuit, cette petite escapade qui redouble la tension permanente o&#249; tu vis, comme sous l'effet d'un franchissement de seuil invisible entre le myst&#232;re et la lumi&#232;re \ passage &#224; la limite. Tu te persuades que la clef des champs donne acc&#232;s &#224; tous tes d&#233;sirs, alors que si &#231;a se trouve Sophie ne sera pas plus impressionn&#233;e et t'enverra pa&#238;tre \ et tu n'auras plus qu'&#224; te laisser mourir \ d&#233;c&#233;d&#233; du jour au lendemain \ difficile &#224; imaginer \ si bien accoutum&#233; &#224; te laisser vivre. Pour l'heure, tu te fredonnes la seule chanson en fran&#231;ais de Tohotaua que tu connaisses \ J'ai peur de moi, j'ai peur du roi&#8230; je n'ai pas prise sur vos trap&#232;zes, pas de place dans votre c&#339;ur, le vide me p&#232;se et le nombre m'&#233;c&#339;ure //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ella &#233;crit dans un style &#233;pur&#233;, elle a un fran&#231;ais limpide, un peu old school \ c'est une paroli&#232;re beaucoup plus crue en anglais. Je ne sais si elle souffre pour &#233;crire, si &#233;crire la fait souffrir, si elle parle de ses vraies histoires de c&#339;ur, si elle a des astuces ou quoi, mais quand j'&#233;coute ses paroles je me laisse avoir \ attrap&#233; au c&#339;ur &#224; chaque fois \ tout est simple et touchant m&#234;me quand elle parle de vieux crachats ou de seringues accroch&#233;s au c&#339;ur de la nuit \ tu sens une vieille douleur des origines qui l'inspire \ pour &#231;a qu'elle a le feu sacr&#233;, qu'elle peut br&#251;ler sans br&#251;ler, pas banale, d'une flamme si noire, inadurante, souffler le chaud et le froid, d'un souffle qui ne s'&#233;puise pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Il y a h&#226;te en moi. Il y a urgence. Je voudrais. Je voudrais que ce soit, mais vite. Je voudrais m'en aller. Je voudrais &#234;tre d&#233;barrass&#233; de tout cela. Je voudrais repartir &#224; z&#233;ro. Je voudrais en sortir. Pas sortir par une sortie. Je voudrais un sortir multiple, en &#233;ventail. Un sortir qui ne cesse pas, un sortir id&#233;al qui soit tel que, sorti, je recommence aussit&#244;t &#224; sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais me lever //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas ce genre d'inspiration \ ou alors &#231;a reste &#224; l'int&#233;rieur \ &#231;a ne sort pas, m&#234;me quand mon train fonce &#224; travers les t&#233;n&#232;bres, je ne trouve pas la sortie, m&#234;me si je creuse au quatri&#232;me dessous, m&#234;me &#224; bord du Nautilus &#231;a ne viendrait pas, la po&#233;sie et moi &#231;a fait deux. J'appr&#233;cie, j'amuse Ella en ch&#226;tiant mon fran&#231;ais, j'ai plein de m&#233;taphores, je te les sers &#224; qui mieux mieux, mais de l&#224; &#224; m'atteler s&#233;rieusement &#224; un po&#232;me \ j'avoue, je ch&#226;tie d&#233;j&#224; pas mal et les sciences t'obligent &#224; la pr&#233;cision. L'anglais, passe encore, mais sur le fran&#231;ais je suis un peu tatillon, limite &#233;nervant \ tatillon // exactement le type de mots qui te posent ! pas besoin de citer Voltaire, rien qu'avec \ tatillon // automatiquement tu t'affiches, p&#233;dant, m&#234;me &#224; BP. J'&#233;vite autant que possible de la ramener ou de corriger les autres \ je me contente de corriger dans ma t&#234;te, de me r&#233;citer des listes de vocabulaire, de reb&#226;tir vite fait les phrases bancales. Certains coreligionnaires partagent ton obsession, m&#234;me de purs matheux \ soucieux de se faire entendre, logique \ pas dress&#233;s comme les matheux des &#233;coles de la performance mais pas de ouf enclin &#224; sacrifier leurs pr&#233;cieuses minutes aux fioritures du langage, en iench de la pr&#233;cision, j'avoue, mais pas de ouf enclin. Du coup, tu trouves moins chelou que BP t'encourage &#224; creuser ton sillon \ compiler des expressions insolites sans que &#231;a fasse tout un foin \ tu les &#233;changes comme partie du travail \ p&#233;rorer ne te colle plus forc&#233;ment une &#233;tiquette \ les autres s'adaptent &#224; ton style et toi r&#233;ciproquement \ mettons ! Mais il ne faut pas r&#234;ver, dans leur majorit&#233;, au fond d'eux-m&#234;mes et pour leur usage perso, les cocos du lyc&#233;e restent hostiles &#224; la phrase \ press&#233;s \ ils r&#233;duisent la syntaxe &#224; sa fonction la plus sommaire \ la majorit&#233; te perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ch&#226;tr&#233; ! le langage des sans-coucouilles // ricane l'ami Gu, quand tu lui fais remarquer qu'une d&#233;monstration math&#233;matique sonne plus juste avec des mots choisis \ une langue ch&#226;ti&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ce qui se con&#231;oit bien s'&#233;nonce clairement&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et les mots pour le dire arrivent ais&#233;ment je sais Boileau je d&#233;teste / les vieux bouquins c'est ton d&#233;lire pas le mien ! r&#233;plique-t-il gravement / tu me fais marrer : t'es pas foutu de poser proprement une d&#233;mo et tu voudrais que je parle comme un connard de boubourgeois du moyen-&#226;ge. Wazy ! montre l'exemple Peter le po&#232;te ! Ponds-les donc tes popos / tes th&#233;or&#232;mes en alexandrins ! mais putain avant, commence par ma&#238;triser les bases ! Que tu puisses tenir au moins une minute au tableau ! D'apr&#232;s le th&#233;or&#232;me de Thal&#232;s les droites joignant deux points adjacents d'un m&#234;me sommet sont parall&#232;les &#224; la diagonale oppopos&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tout le monde conna&#238;t par c&#339;ur !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu ne d&#233;montres pas Wittenbauer sans rappeler Thal&#232;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne vais pas repartir de z&#233;ro&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Si ! et tu as besoin de moi / alors tu recopies mes petits dessins et m&#234;me les fautes de fran&#231;ais / et ne me fais pas le coup du \ trivial // on popose tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il faudra quand m&#234;me que &#231;a sonne&lt;br class='autobr' /&gt;
~Putain ! t'en n'as pas marre de tes concours d'&#233;loquence ? tu feras sonner plus tard je te fais confiance / babalance un rap ! pour changer //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'idiot ! il a beau jeu \ pas ma faute si les d&#233;mos m'emmerdent \ &#224; quoi bon copier des barres de logique que tout le monde a d&#233;j&#224; en t&#234;te ? &#192; moins d'y caser de l'impr&#233;vu, les d&#233;mos c'est la mort, tu prends le premier raccourci ! Ce train : s'il arrive &#224; l'heure en gare de Paris-Lyon, tu en d&#233;duis qu'il a emprunt&#233; les bons rails, le trac&#233; plus ou moins pr&#233;vu, sans te retaper tout le trajet depuis le d&#233;part. Et apr&#232;s feras-tu semblant de ne pas savoir o&#249; tu vas ? chez Sophie \ et qu'est-ce que tu prouves &#224; marner dans la rame ? que tu ne triches pas ? que tu es sur l'unique chemin ? le plus rigoureux ? On a compris !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quand les solutions d'un probl&#232;me t'apparaissent comme un flash, les profs craignent que tu n'aies perdu le fil du raisonnement \ ils ne suivent pas tes raccourcis \ un court-circuit leur para&#238;t suspect ! moins une tricherie, un cadeau du ciel qu'un sympt&#244;me de d&#233;mence\ pour moi le d&#233;ment au contraire c'est de r&#233;inventer toutes les &#233;tapes cens&#233;es conduire au r&#233;sultat : comme si tu pouvais d&#233;baller a posteriori ce que tu n'as m&#234;me gard&#233; en t&#234;te ! Il n'y a pas mort d'homme &#224; laisser quelques simplifications rang&#233;es au fond de ton inconscient si tu les remplaces par un ou deux mots d'explication \ une &#233;quation n'est pas un crime, tu peux la r&#233;soudre sans remonter aux origines, sans produire toutes les preuves \ a priori tu n'iras pas en prison \ personne n'est menac&#233; de \ cons&#233;quences // par le pr&#233;sident des math&#233;matiques. D&#232;s que tu admets la saloperie universelle qui mesure l'intelligence et jauge de la valeur math&#233;matique de chacun dans la concurrence de tous contre tous : go newbie ! premier arriv&#233;, premier servi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
En vrai, tu t'efforces toujours d'expliquer, mais la m&#233;thode est confuse et au bout d'une minute \ tu papasses en momode &#233;jaculateur pr&#233;coce // Augustin exag&#232;re &#224; peine \ Carapelli sourit tristement et t'envoie te rasseoir. Deux ou trois formules r&#233;flexes ne suffisent pas, m&#234;me toute une le&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e de m&#233;moire ne donne pas le change \ basta ! tu n'y peux rien, je ne vais pas pleurer ! Carapelli prend le relais, il d&#233;taille, &#231;a semble facile, c'est clair et du coup pas si ennuyeux. Il y met du style qui plus est, s'exprimant avec gr&#226;ce afin que son exemple porte et que normalement tu te corriges \ le blem avec ce genre de pointure c'est que tu manques de r&#233;pondant, alors la fois d'apr&#232;s, cent pour cent sous l'effet de la domination, tu paraphrases, tu imites, tu plagies, tu es devenu un clone de Carapelli \ homoth&#233;tique. Je ne donnerai pas de noms mais tu entends bon nombre de pr&#233;tendument excentriques faire v&#339;u d'insoumission alors que mine de rien ils sont d&#233;j&#224; des Carapelli miniatures. L&#224; o&#249; le ma&#238;tre est le plus fortiche, c'est qu'il s'en aper&#231;oit illico \ des contrefa&#231;ons \ pas du tout flatt&#233; : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tr&#232;s bien ! susurre Carapelli s&#233;nior, depuis le fond de la classe, au petit Carapelli debout face &#224; la grande ardoise, mais si vous deviez le formuler plus simplement, avec vos mots //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vigilant le vieux ! pas &#233;vident de casser le moule que tu as toi-m&#234;me fabriqu&#233;, d'en extirper tes mod&#232;les en douceur, de t'efforcer &#224; la bienveillance quand une tet&#233; informe bugge &#224; s'exprimer par elle-m&#234;me \ caramba ! Aucune faille le Cara ? quand m&#234;me ouf qu'il ne laisse jamais marner, sans arr&#234;t attentif quoi qu'il arrive, cent pour cent zen, j'avoue il assure \ le plus thug des samoura&#239;s qui tranche toujours &#224; la derni&#232;re &#233;quation ! pas de mod&#232;le comparable avant BP, que du d&#233;cevant d&#232;s la premi&#232;re minute. En vrai quel m&#233;tier ! tu te d&#233;voues et la r&#233;compense, le meilleur diagnostic de ta popularit&#233;, c'est que les &#233;l&#232;ves te charrient \ des charognes qui se barreront d&#232;s que tu n'auras plus de jus \ une vocation ? Moi je serais ramass&#233; d&#232;s le premier cours rien qu'&#224; chercher des mots-cl&#233;s \ gu&#232;re brillant comme prof \ le manque d'&#224;-propos te serait fatal : tu ne t'en sortirais pas comme avec ce contr&#244;leur avec une trouvaille aussi m&#233;diocre : des parents \ radins // j'avoue Peter bien ou&#233;je, m&#234;me pas d&#233;rang&#233; son fran&#231;ais hyper correct au gros ! Petite inspiration ces derniers temps, mettons &#231;a sur la fatigue du voyage ! Comment Rachid te l'aurait rembarr&#233; ce contr&#244;leur de mes deux ! carr&#233; o&#249; il faut son billet t&#233;g&#233;v&#233; \ mais toi, avec ta langue ch&#226;ti&#233;e et ton esprit d'escalier, ton esprit de hanneton qui roule ses boulettes de phrases silencieuses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;encore e&#251;t-il fallu que mes parents se souciassent de r&#233;server mes billets, cher Monsieur ! qu'une m&#232;re, un p&#232;re, un adulte responsable fussent entr&#233;s dans mes projets or figurez-vous que ce p&#233;riple est impromptu et qu'&#224; l'arriv&#233;e la principale int&#233;ress&#233;e \ dont je ne connais avec certitude que le pr&#233;nom \ Sophie \ n'est m&#234;me pas dans la confidence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu moisis dans ton hangar au milieu des invendus et des r&#233;pliques jamais livr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu as l'intention de voyager, tu en parles &#224; ta m&#232;re. &#201;ventuellement elle te paye l'avion. Tu ne perds pas ton temps dans des trains hors d'&#226;ge, tu es fluide, nanti du confort moderne, un minimum. Mais d&#232;s que tu improvises genre \ des vir&#233;es romantiques // il semblerait que la confidentialit&#233; prime sur le confort. Au d&#233;but, longeant la M&#233;diterran&#233;e, le jaune cr&#233;pusculaire de la C&#244;te, ses perspectives secr&#232;tes et spectaculaires, mettons que tu surkiffes ! mais Marseille-Saint-Charles oublie ! Et quand tu d&#233;barques &#224; Paname, gare de Lyon, au petit matin, la gueule ! Rien ne justifie de s'enfermer dans ce vibro toute une nuit, au ralenti, laisser impuissant filer tout le sable du marchand comme sur un tamis g&#233;ant \ je veux dire passer une nuit blanche \ plus de onze heures dans ton intercit&#233;s ! rien, sinon l'amour ? &#233;videmment. Que n'aurai-je pas fait pour Sophie ! Canard tu t'accommodes &#224; toutes les sauces. Merveille des nuits intercit&#233;s o&#249; tu ballottes ind&#233;finiment dans ton insomnie de l'inqui&#233;tude &#224; l'&#233;merveillement ! Ton lit &#233;tait pr&#234;t, on t'a fil&#233; une bouteille d'eau, une pochette confort avec des lingettes rafra&#238;chissantes, des bouchons d'oreilles et des mouchoirs \ pas &#224; plaindre \ ou alors de n'&#234;tre pas du genre f&#233;minin : tu aurais ton \ compartiment dame seule // et pas &#224; te fader ce trader de seconde zone qui r&#233;vise ses tableaux comptables en se rongeant les ongles \ bouffon mais bien &#233;lev&#233;, le voisin, quoique ses questions de politesse il les adresse &#224; son ordinateur plus qu'&#224; toi \ la mort s'il se d&#233;tourne une seconde du boulot \ quand m&#234;me mieux qu'une horde de supporters ou de milites alcoolis&#233;s ? les vilains clich&#233;s du transport bas de gamme, j'avoue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Surtout dites-moi si je d&#233;range !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Oh ! pas du tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je m'arr&#234;te quand vous voulez&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne compte pas dormir de sit&#244;t //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle concentration ! Une telle concentration rend la vie impossible \ je veux dire qu'absorb&#233; comme ce petit monsieur chauve, isol&#233; de toute r&#233;alit&#233;, de tout r&#234;ve, dans un affreux &#233;tat de d&#233;pendance &#224; la machine, tu te prives de tout, tu te d&#233;shumanises \ te laisser prendre &#224; ce genre de boulot, c'est la pire des cam : attraper le train en marche, allumer ton &#233;cran, une pilule pour les neurones et bon trip dans l'intermonde ! Wesh gros, dis bonjour &#224; Klaod ! Klaod va prendre soin de toi, assurer la s&#233;curit&#233; de tes donn&#233;es \ de qui n'est plus personne \ dispara&#238;t chaque nuit embarqu&#233; dans le cauchemar des math&#233;matiques financi&#232;res. Est-ce ce gengenre d'avenir auquel est vou&#233; le camarade Gu ? &#192; souhaiter qu'il soit rattrap&#233; par la d&#233;pression et sauv&#233; par l'amour \ s'il n'est pas d&#233;j&#224; foutu : la question que tu peux te poser, le voyant &#224; l'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cher Augustin as-tu l'intention de travailler toute la nuit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien oblig&#233; ! Delporte m'a laiss&#233; tomber pour le t&#233;d&#233; //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delporte pas mieux : un de ces individus autoris&#233; par ses vieux &#224; se tatouer un ours et une chim&#232;re quatre couleurs sur les bras ! qui se d&#233;clarent altercr&#233;atifs &#224; quinze ans et qui &#224; quarante votent au centre \ tu en vois partout genre concons sur patinette mode roue libre avec en plus la passion du foot&#8230; J'avoue : difficile de trouver gr&#226;ce &#224; tes yeux ces derniers temps, tu as chop&#233; les nerfs depuis cette soir&#233;e dans les Hauts avec Sophie \ le sentiment que BP n'est qu'une taule comme une autre dont il te faut trisser fissa si seulement tu avais les guts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Un match de foot ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ &#192; l'heure o&#249; je te parle il doit d&#233;j&#224; &#234;tre &#224; Marseille / billet de derni&#232;re minute / il finira par se faire virer &#224; toujours faire le mur&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas si personne n'est au courant / wazy qu'il t'a propos&#233; une place &#224; pas cher &lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tout juste&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Et que tu as refus&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Comme si je m'int&#233;ressais au foot&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu n'as pas int&#233;r&#234;t &#224; le d&#233;noncer&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ce n'est pas l'enviki&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il te tuerait poucave //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normal ! repens&#233;-je en cette premi&#232;re nuit de cavale intercit&#233;s, saisissant quelques traits d'une gare blafarde \ un v&#233;ritable soce ami est une tombe // aurais-je pu ajouter \ sauf qu'Augustin Ferrand, Matthieu Delporte et toi n'&#234;tes ni soces ni secrets. Des livres ouverts : Gu et Matt int&#233;greront leur grande &#233;cole de commerce et en sortiront missionn&#233;s pour la vie comme d'un s&#233;minaire, ils reprendront les int&#233;r&#234;ts de Papa, te nommeront peut-&#234;tre \ information systems manager // puis revendront et adoreront le superprofit genre jusqu'&#224; la mort \ des crevures sans conscience // aurait &#233;crit ce fouteur de merde qu'&#233;tait ton p&#232;re &#224; toi \ son style, William. J'avoue ! les gars, encore un peu de marge et dans quoi ? dix ans ? si tout ce sbeul existe encore, nous serons avec les autres, derri&#232;re les barreaux \ sur GPS.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon sang, c'est un chevreuil dans la nuit ! je devrais en toucher deux mots &#224; mon voisin d'en face, le sortir de ses tableaux de gestion avant qu'il ne soit trop tard, lui dire que les animaux n'ont pas disparu \ mais c'est mort \ qu'enfant j'en ai beaucoup observ&#233; dans la campagne anglaise, et pas virtuels, pas captifs, pas crev&#233;s dans un coin de ta calculette hyperconnect&#233;e ! Gordon Earle Moore avait bien vu la prolif&#233;ration arriver : agriff&#233;es &#224; ta peau de pauvre bagnard, jamais rassasi&#233;es, des millions de puces vont te saigner &#224; mort, puis elles feront place nette \ toute la petite machine a programm&#233; ton obsolescence, zumain z&#233;l&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Quoi ? voulez-vous d&#233;truire les machines comme vos compatriotes luddistes au dix-neuvi&#232;me // m'a vann&#233; Carapelli d&#232;s le premier jour que je fracassais le clavier d'un ordi \ Les artisans de la laine en Angleterre&#8230; allez voir sur Wikip&#233;dia ! ils s'attaquaient aux machines par lesquelles les industriels tentaient de les remplacer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je suis un peu dingue c'est pour &#231;a // ai-je r&#233;pondu cr&#226;nement \ niaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oh ! Spartacus a d&#251; para&#238;tre bien plus dingue que vous &#224; ses compagnons de peine mais sa r&#233;volte n'en &#233;tait pas moins juste //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carapelli tout crach&#233; ! avec son encyclop&#233;die et ses r&#233;f&#233;rences qui abondent dans ton sens jusqu'&#224; ce que tu aies envie de penser l'inverse de ce que tu penses \ satur&#233; \ et qu'il me l&#226;che avec l'Angleterre. En vrai, il insinue des trucs curieux pour un prof \ comme pour s'assurer de ton insoumission, te forcer &#224; r&#233;fl&#233;chir, en continu, que tu n'ob&#233;isses pas au doigt et &#224; l'&#339;il pr&#234;t &#224; tout pour choper \ les bonnes relations dans les bonnes entreprises // empiler des boulots d&#233;biles et te faire entuber &#224; coup de clics \ dents et nageoires arrach&#233;es, akabl&#233; conkass&#233; frit de bit\e\s \ et que n'exsudent de ta chair broy&#233;e que des strassdad&#233;ennes d&#233;mat&#233;rialis&#233;es. O&#249; que tu ailles, Cara ne te laissera pas en paix, c'est encore lui qui relance dans ce train pourri : pour gagner ta vie dois-tu vieillir idiot comme ton voisin d'en face le c&#339;ur plus pollu&#233; par l'argent que l'oc&#233;an par le plastique ? seras-tu esclave, animateur, surveillant de tirelire ? concourras-tu pour fermer la boutique ? toi, le comptable de voyage, Gu, et derniers candidats dispos&#233;s &#224; se tirer la bourre \ ta gueule Cara ! tu sers &#224; rien : tu n'emp&#234;cheras jamais que les requinzumains se d&#233;chiquettent ! que Matthieu Delporte n'&#233;trangle ce cher Augustin pour l'avoir vendu si par hasard s'&#233;bruite l'escapade au stade \ j'avoue, en fait de requin il se pose l&#224; le Matt, en haut de la cha&#238;ne&#8230; C'est le terrible et universel probl&#232;me de la comp&#233;tition : rapidement plus personne ne trouve gr&#226;ce m&#234;me &#224; BP \ tous arrivistes d&#233;pourvus de la moindre compassion psychologie. De potes, de potables alli&#233;s tu te fais des adversaires \ d'une bo&#238;te pour inadapt&#233;s une &#233;cole de commerce&#8230; Stop ! tu te donnes le blues : venant de faire le mur je te recommanderais plut&#244;t de soigner le moral aux petits oignons \ puisque tu dois te diriger seul. D&#233;barrass&#233; des emmerdeurs, sans personne sur le dos, du coup te voici en col&#232;re contre le monde entier ! en vrai je ne comprends pas que tu ne sois pas de meilleure humeur, ou quoi : as-tu besoin qu'on porte des jugements sur ta conduite, qu'une autorit&#233; alimente ta petite r&#233;bellion ? Non, patience ! Que Sophie, Ella, Rachid et tous les anges de la nuit se radinent, le froufrou de leurs ailes d'anges fera un sort &#224; ta misanthropie et tu seras d&#233;lest&#233; de ces temps maudits. Profite de la solitude pour r&#233;fl&#233;chir ! M&#233;dite !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, rien n'est cal&#233; correctement \ pas moyen : plus d'agenda depuis que Sophie te trotte dans la t&#234;te, qu'elle ne cesse de murmurer &#224; ton oreille \ m&#234;me pas essouffl&#233;e \ qu'elle ouvre la porte et montre peau blanche et nombril coquillage entre un corsage et le short, que tes mains veulent ses reins, serrent la croupe, prisent la rotondit&#233; du cul, que langues et l&#232;vres ont un projet. La zouz t'a aspir&#233; le c&#339;ur et l'&#226;me \ j'avoue, vers Sophie vont toutes tes pri&#232;res, mais son corps, m&#234;me assez fluet, c'est du tangible, vous n'allez pas jouer les fant&#244;mes de romans qui montent dans les tours et se lamentent \ rien de commun avec la jeune Charlotte, ni moi avec le jeune Werther, les ectos que Fran&#231;oise Cl&#233;menti programme au premier trimestre, rien &#224; voir avec toutes ces hauteurs o&#249; pour ne pas mourir d'ennui il n'y a qu'&#224; sauter \ tout ce romantisme te para&#238;t tellement superflu oh !jourd'hui que l'univers nous l&#226;che \ il y a urgence &#224; aimer, &#224; corps perdu, en roue libre, &#224; deux quatre pattes \ quelques ann&#233;es maximum et ton carrosse, ta libert&#233; de c&#339;ur &#233;perdu auront fait long feu. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
La destruction est &#224; l'&#339;uvre Great Greta, pas de regret ! Vu la rapacit&#233; ambiante \ greed all around \ nous n'avions aucune chance. S&#233;rieux, crois-tu que l'humain puisse encore &#234;tre rep&#234;ch&#233; et escompter un d&#233;lai de m&#232;re nature ? Que vas-tu pr&#233;server de L'ENVIRONNEMENT quand il se d&#233;clare ton meilleur ennemi ? fatal ! Fourre dans un sac cette boule de fange qu'est le monde, jette-la au fonds d'un puits et oublie ! Va vivre libre et sauvage dans le chaos des origines ! Toi, Peter Baumann, ne te laisse pas abattre trop vite, ton exode vers le Nord te r&#233;tablira \ si tu ne peux reporter cette date de p&#233;remption qui semble une marque de fabrique, si la situation se d&#233;grade, laisse les &#233;tudes et &#224; d'autres le soin de tester les soleils artificiels ! J'avoue, autant solder tes croisi&#232;res dans l'espace et tes r&#234;ves de gloire, tu sauveras le monde un autre jour ! Si tu aimes, ne tergiverse pas, ne diff&#232;re pas tes rendez-vous \ Cours-y vite ! Tu n'as plus le temps de tirer des plans sur la com&#232;te // dirait grandma Eileen. Oublie la grammaire, osef les pr&#233;liminaires ! s&#251;r je ne pourrirai pas Sophie d'un millier de textos, quelques jours pour ken et basta \ tu ne l'auras pas m&#234;me gougueulis&#233;e \ pas superstitieux mais juste &#231;a me d&#233;prime de recouper des persos d'inconnu\e\s. Photos, instagram et consort, tu gardes pour plus tard, en mode couple, pas trop mon game anyway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Facebook est le cheval de Troie de la guerre sociale // clame Delporte, d&#232;s qu'il rep&#232;re une proie amicale sur le net. Mais toi, tu esquives les r&#233;seaux, comme par superstition, comme si derri&#232;re les photos fake s'&#233;vaporaient les pens&#233;es \ et avec Sophie tu soignes la relation d'&#226;me &#224; &#226;me, je veux dire que m&#234;me super intimes, tu respecteras une certaine distance, d&#233;ter &#224; fermer l'internet et tout ce merdier de life &#224; la con qui te grignote le cerveau, o&#249; tu crois inventer ce que tu copies. Adieu pseudo, n'&#233;change que du confidentiel ! en direct \ tant pis si tu perroqu&#232;tes, petit Carapelli ! j'avoue, j'entends le ma&#238;tre engueuler Delporte \ On ne devient pas amis sans tisser de liens v&#233;ritables juste parce qu'on a post&#233; une photo sur facebook / il faut &#234;tre deux pour danser le tango et on commence g&#233;n&#233;ralement par se faire &#233;craser les pieds / on rit pour de vrai, on exp&#233;rimente, quitte &#224; souffrir // Le r&#233;seau, il appelle &#231;a les relations liquides, internet, le monde liquide, &#224; cause de la fluidit&#233; du savoir et des contacts, ce truc o&#249; tu baignes, &#224; force que partout il sourd et t'arrose \ o&#249; tu perds pied. Perch&#233; mais pas idiot Cara. De l&#224; peut-&#234;tre ta sensibilit&#233; grandissante &#224; l'eustatisme au niveau des mers ou au r&#233;chauffement climatique, comme si c'&#233;tait la courbe de ta propre temp&#233;rature qui prenait des inclinaisons jamais vues \ parce que la vie intime est g&#233;ographique, soumise &#224; des temp&#234;tes qu'il est impossible de commander ni de calmer \ qui arr&#234;te un tsunami par la seule force de l'esprit ? Si les pleurs ne cessent, notre vall&#233;e de larmes fera un oc&#233;an amer qui nous immergera bient&#244;t de pur chagrin \ en vrai tu peux &#234;tre plus ringard que Cara \ lyrique. Va balancer tes j&#233;r&#233;miades &#224; un mec comme Delporte branch&#233; porno ou shmup en permanence ! Serial killer depuis quel &#226;ge ? En m&#234;me temps, flinguer des m&#233;chants nazislamistes, collectionner les cong&#233;nitoires : tu te distrais sans emmerder personne, hors du r&#233;el, tu r&#233;agis normal, &#231;a ne fait pas de Delporte le plus frappadingue des zozos de BP \ des a&#238;n&#233;s te con&#231;oivent un d&#233;fouloir &#224; ta mesure, tu ne seras pas jug&#233; aux fantaisies qui te tourmentent mais &#224; ton adh&#233;sion sinc&#232;re aux progr&#232;s du divertissement. Tu peux aussi te gaver de m&#233;docs ou de sport, te lancer dans la course, sur la Prom' et les trottoirs, comme tous ces croulants en juste au corps \ quels godzillas pensent-ils fuir ? Cet escape game g&#233;ant te sauve-t-il de la parano&#239;a ? En quoi le fitness all&#232;ge-t-il \ prot&#232;ge de la violence au boulot ? Partageras-tu ce d&#233;lire sm, rechercheras-tu des limites, sans cesse lanc&#233; au bout de toi-m&#234;me parce que tu as rat&#233; tes suicides adolescents ? Delporte a aussi le foot \ jamais entendu qu'il le pratique mais une vraie passion. BP n'est cependant pas un rep&#232;re de sportifs, j'avoue ! tu n'&#233;chappes pas aux clich&#233;s : chez les pr&#233;coces et les toctocs, le surmenage laisse peu de place &#224; la culture physique, l'intendance le corps doit suivre. Si auparavant ailleurs tu as pu te trouver ch&#233;tif, &#224; BP tu fais presque figure d'athl&#232;te \ alors qu'intellectuellement parlant tu croises dans la moyenne \ en tout cas tu n'effraies plus autant. Il arrive m&#234;me qu'avec ceux de classe sup&#233;rieure tu perdes pied, Julien par exemple qui te cite des philosophes Kant Heidegger comme s'ils &#233;taient de sa famille \ qui &#224; quinze ans en para&#238;t dix et te fixe avec un peu trop d'intensit&#233; un peu trop bouff&#233; de tics autour de la bouche et des yeux \ de langage aussi : style trop genre \ comme s'il avait tout le temps de la fi&#232;vre \ un moribond. Il te largue. Entre lui et Delporte c'est plus qu'un ab&#238;me \ un vide que BP rebaptise hypocritement du nom de \compl&#233;mentarit&#233;// entendu que rien n'est redout&#233; de sympt&#244;mes ni de syndrome, que du maniaque &#224; l'asperger un peu lourdingue chacun apporte sa pierre ! J'avoue, l'&#233;cole n'arr&#234;tant aucun crit&#232;re de s&#233;lection, probable que les profs d&#233;cident chacun de leur chouchou et enseignent &#224; la t&#234;te du client \ pareil ! &#224; l'exam d'entr&#233;e si tes parents ont un peu d'argent et toi un peu de chou, &#231;a s'organise assez vite. Tu \int&#232;gres// &#224; tous les &#226;ges, de tous les genres, les notions d'&#226;ge et de sexe sont assez chamboul&#233;es et les classes tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites de ce point de vue. Les filles sont en minorit&#233; et plus qu'intimidantes, plut&#244;t effrayantes certaines \ sans que &#231;a ait rapport au physique ou #MeToo mais beaucoup trop barr&#233;es pour toi \ Sylvia et B&#233;n&#233;dicte, les pires, toujours concentr&#233;es sur l'&#233;cran d'un smartphone, avec de dr&#244;les de rougeurs sur le visage, super nerveuses, des voix suraigu&#235;s, des comportements au moins aussi belliqueux que les m&#226;les les plus atteints. Mais j'avoue ! &#224; BP, quelle que soit ta situation, on s'en occupe, on extirpe le moindre petit caca des boyaux de ta t&#234;te, on te prot&#232;ge tout en prenant soin de ne pas t'isoler, on te connecte au reste du monde avec un best of du r&#233;el animaux beaut&#233;s g&#233;ographiques chefs d'&#339;uvre de l'art&#8230; le tout savamment dos&#233; pour te filer la hype \ sans non plus se prosterner, il ne faudrait pas que tu touches le plafond d&#232;s la premi&#232;re semaine, shoot&#233; &#224; la consid&#233;ration ! Subtil. En attendant tu restes un alien \ il n'y a qu'&#224; voir comme Cara et Cie craignent l'atterrissage &#224; chaque session d'exams, comment ils s'efforcent de relativiser l'importance des dipl&#244;mes. J'avoue ! le surkiffe &#224; BP c'est quand m&#234;me cette dose de zinzinerie qui rend aventureuse ta future INSERTION dans la soci&#233;t&#233; \ et Delporte c'est abus&#233;, il est beaucoup trop normal, matheux sans g&#233;nie sinon quoi ? Une publicit&#233; de sous-nerd, le standard de l'abruti qui se fout bien de ta gueule si tu as la mauvaise id&#233;e d'&#233;voquer Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Une vieille // r&#233;sume-t-il intelligemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Les malheurs de Sophie // ajoute-t-il plein de sa pseudoculture \ cet &#233;coulement de r&#233;f&#233;rences fameuses comme fausse-monnaie qui remplit les poches des abrutis \ dipl&#244;m&#233;s de tout poil. J'avoue, pourquoi as-tu bav&#233;, qu'est-ce qui te prend de pousser Sophie en premi&#232;re ligne ? Comme s'il y avait besoin de frimer pour obtenir de Delporte son expertise de fugueur inaper&#231;u ! Que n'es-tu rest&#233; flou ! sur un pr&#233;texte bidon : une escapade dans les brouillards de Londres pour une finale de cricket&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
\ La Sophie des malheurs de Sophie serait encore trop m&#251;re pour toi, mon pauvre Matthieu ! Les films de boules glorifient-elles la fra&#238;cheur des jeunes filles ? Tu n'as pas cinq ans d'&#226;ge mental // ai-je failli lui r&#233;pondre aussi b&#234;tement sorti de l'escalier mais non :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Matt, si c'est pour balancer ce genre de conneries, on va faire comme si j'avais rien dit / s&#251;r que vingt-trois ans c'est vieux j'avoue / j'aurais d&#251; la boucler //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux mains ouvertes fa&#231;on no comprendo, il proteste de sa bonne volont&#233; vis-&#224;-vis du cr&#233;tin susceptible qui ferait mieux de se radoucir \ ne pas compliquer inutilement \ ou on t'enverra pa&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; \ Tu ne penses jamais aux filles ? reprends-je innocemment apr&#232;s un long silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Bien s&#251;r que j'y pense !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Celles de la vraie vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi les filles de la classe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Trop ! &#233;videmment&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Une en particulier Sylvia ? B&#233;n&#233;dicte ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ En ce moment il n'y a personne&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Voil&#224; ! tu y penses en g&#233;n&#233;ral et tu ne baises avec personne // pas d'autre langage auquel les oreilles de Delporte soient plus sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tgptn petit p&#233;d&#233; ! s&#233;rieux tu crois qu'elle s'int&#233;resse &#224; toi ta Sophie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ T'es compl&#232;tement jet&#233; mon pauvre ami ! S&#233;rieux tu parles de baise&#8230; mais toi : vous n'avez fait que parler ! c'est ouf //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacr&#233; Matthieu. Wazy ! s&#233;rieux recycle mes vieux scuds \ jet&#233; mon pauvre ami // c'est du Baumann, pas du Delporte ! Ce mec est le roi du copi&#233;-coll&#233;. Un vrai vampire. En m&#234;me temps comment lui en vouloir ? O&#249; irait-il puiser ? M'est avis que ses punchlines ne d&#233;passent pas les cent mots du badass \ que sa m&#232;re ne lui lisait pas les malheurs de Sophie pour l'endormir genre. Moi non plus &#224; vrai dire \ rien ouvert de S&#233;gur \ mais pour ce qui est des Anglais, j'en ai soup&#233;, de tous les classiques, thanks Eileen ! Du coup, pr&#232;s de cette arm&#233;e de h&#233;ros filles et gar&#231;ons qui t'encombrent de leurs amours tourment&#233;s, tes &#233;lans paraissent banals, ton p&#232;lerinage touristique &#224; c&#244;t&#233; de leur folle pers&#233;v&#233;rance \ saloperie de litt&#233;rature &#224; toujours te rabaisser \ Jet&#233; mon pauvre ami // du Baumann tout crach&#233; \ qu'est-ce qui lui arrive &#224; Delporte ? pourquoi cette entorse &#224; son r&#233;gime d'insultes \ tellement plus violent d'habitude \ et ce manque de repartie &#231;a ne lui ressemble pas ! et cette nouvelle chemise ? et cette fatigue dans la voix \ le degr&#233; z&#233;ro de la geeky touch ! L'Olympique aurait-il\elle perdu ? Quelle fatale &#233;clipse peut-elle assombrir le hipster ? hooligan ? hobo ? Quelle truffe ! D&#233;testable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu restes dehors apr&#232;s la pause de midi et tu demandes &#224; quelqu'un de pointer pour toi en t&#233;d&#233; / c'est le plus simple / &#231;a te donne un peu d'avance / en m&#234;me temps je ne sais pas pourquoi je te dis, t'auras pas les guts //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il me voyait dans ce train, il en serait comme deux ronds de flanc ! scotch&#233; le Matt. Scotch&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt; Gbayas &gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S 23 \ quand PB bient&#244;t 15 aura la barbe, la diff&#233;rence sera gomm&#233;e. S'il y en a que l'arithm&#233;tique emp&#234;che, ce sont tous ces noobs avec leurs vieilles id&#233;es de vieux bourgeois \ fortune carr&#233;e et surtout pas de m&#233;langes ! Pareil chez les planqu&#233;s de BP : une vieille m&#233;diocrit&#233; de boursicoteurs ravage leurs neurones. D&#233;j&#224; ravitaill&#233;s par le panier rempli des parents, tu les sens piaffer \ h&#233;ritiers impatients, esclaves inquiets de voir un jour br&#251;ler le magasin de jouets \ l'Amazonie en flammes. Du coup, pour la tranquillit&#233;, ils se pr&#233;commandent tous les secrets de leur vie de merde \ la petite bagouse des jeunes larbins \ tout plut&#244;t que tenter l'aventure \ l'aventure est trop risqu&#233;e, on te le serine &#224; tous les coins d'&#233;cran \ de te tenir en place \ ne pas tirer sur la laisse \ assomm&#233;s &#224; coup de promos sur les Bal&#233;ares ! les r&#233;volutionnaires \ n'inqui&#232;te pas le march&#233; avec tes sentiments amoureux ! J'avoue, &#224; BP comme ailleurs tu peux t'endormir vite fait \ la m&#234;me fumerie d'opium, &#224; fuir ! Heureusement qu'il y a des Carapelli qui te sonnent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ S'il est un temps o&#249; l'aventure n'est pas forclose // de ces mots Carapelli je te jure \ et ne doit pas l'&#234;tre, c'est l'adolescence // incipit du seul et unique livre qu'il ait &#233;crit &#224; ma connaissance : un petit pamphlet d'une cinquantaine de pages qui tra&#238;ne &#224; la biblioth&#232;que du lyc&#233;e, du vite lu que tu captes quasi du premier coup, le format d'un QUE SAIS-JE avec un titre un peu d&#233;bile \ l'&#233;cole au rabais // provoc &#224; deux balles genre. Le Cara n'a pas besoin de tartiner pour cracher sur le syst&#232;me, &#231;a sort en quelques barres et pour toi c'est cadeau : vu comme il d&#233;nonce l'&#233;ducation fran&#231;aise, il pourra difficilement te reprocher de faire le mur, ou tu lui resserviras \ la part incongrue // laiss&#233;e au sport, &#224; la musique ou au dessin, la s&#233;lection et la reproduction des &#233;lites qu'il compare &#224; un &#233;levage de poulets en batterie, tu lui resserviras une phrase de son Bourdieu qu'il cite abondamment \ parmi d'autres zoteurs qu'un jour ou l'autre il faudra que tu te fades. J'avoue ! si tu suis l'emploi du temps qui t'est r&#233;serv&#233; dans le programme de Carapelli, tu ne dors plus qu'une ou deux heures par nuit \ et lui ? combien de temps garde-t-il pour sa femme et ses deux gosses ? Ce mec est barge \ les Bourdieu aussi j'imagine \ va savoir ! Impossible d'imaginer Carapelli en dehors de l'&#233;cole \ d&#233;tendu pour un pique-nique en for&#234;t avec sa femme et ses deux gosses // comme il pr&#233;tend, encore moins faire du sport, sans ses lunettes \ mytho plus probable. &#192; BP la tendance n'est pourtant pas au surmenage \ attendu l'&#233;tat nerveux de l'&#233;l&#232;ve commun&#233;ment consid&#233;r&#233; comme fragile et que, passionn&#233; de l'&#233;tude, il n'y a pas besoin de pousser \ tu te surcharges tout seul, comme si le surmenage contribuait &#224; te maintenir d'aplomb \ la tendance enseignante serait plut&#244;t de calmer canaliser les ardeurs. Aussi dans d'autres lyc&#233;es il y a des idylles, le sexe occupe les journ&#233;es&#8230; &#224; BP moins \ pas une forte envie de chiner entre dingos ! D'ailleurs tu ne lis pas un mot d'&#233;ducation sentimentale dans le Carapelli \ inutile. Quant &#224; toi ma gueule, Sophie te dispense de th&#233;ories galantes, rendu &#224; un principe de base : ne pas tergiverser, ou alors la concurrence te prendra de vitesse \ un principe &#224; int&#233;grer d&#232;s le d&#233;part avec la jolie S \ essentiel. En l'occurrence il n'a &#233;t&#233; question que d'ex, de rupture, de pas s&#233;rieux cens&#233; avoir pris ses distances, mais la zouz n'a peut-&#234;tre pas tout dit et la conversation a roul&#233; sur bien d'autres sujets. Mais il n'y avait pas de nostalgie dans l'air, elle en pin&#231;ait pour toi et pas un autre, et si un autre se repointait, tu sens bien qu'il ne serait pas du niveau \ et puis trop tard : il avait c&#233;d&#233; la place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une f&#234;te inopin&#233;e comme ma s&#339;ur Ella en organise plusieurs fois par an. Au pr&#233;texte cette fois-ci d'une fin de tourn&#233;e ? elle plongeait une vingtaine de ses amis dans le brouillard de la Baie de Somme. Une grande maison avait &#233;t&#233; lou&#233;e avec vue panoramique sur la baie : quelques m&#232;tres carr&#233;s de gr&#232;ve au plus fort de la journ&#233;e. Selon nos recoupements, Sophie et moi &#233;tions arriv&#233;s par le m&#234;me intercit&#233;s \ d&#233;j&#224; \ en avance sur tous les autres, nous rejoignant devant la porte close de l'&#233;norme b&#226;tisse. Nous avons cach&#233; nos sacs &#224; dos dans la cabane du jardin puis err&#233; dans les rues d'un patelin du bout du monde nomm&#233; le Crotale \ rentr&#233;s r&#233;frig&#233;r&#233;s, tenus &#224; l'&#233;cart des pr&#233;paratifs, nous sommes post&#233;s aux fen&#234;tres de l'&#233;tage attendant qu'un paysage daigne appara&#238;tre \ en vain \ ou alors &#224; peine Turner genre \ une chance ! car s'il y avait eu plus, si tous les replis de l'estuaire n'&#233;taient pas rest&#233;s indistincts, peut-&#234;tre aurions-nous moins parl&#233;. Remercie donc ce ciel plomb&#233;, ces p&#226;les &#233;tendues de sable, les chemin&#233;es de cette endiverie lointaine qui ouvraient une br&#232;che crayeuse dans le gris et dont vous vous &#234;tes demand&#233; s'il s'agissait des fum&#233;es d'une centrale thermique nucl&#233;aire ! J'avoue, chuchotant une &#233;l&#233;gie &#224; Fukushima, traumatis&#233;s par les derni&#232;res images encore vives dans votre m&#233;moire, vous vous &#234;tes &#233;tonn&#233;s que la catastrophe sembl&#226;t si ancienne, avant que Paul ne vienne vous r&#233;citer le nom des villages invisibles, d'une voix bien timbr&#233;e, avec un accent belge, vous rass&#233;r&#233;ner, en Somme, avant l'&#233;teignoir. Contre toute attente, parmi les arriv&#233;es jusqu'&#224; la nuit tomb&#233;e, aucune figure n'a distrait Sophie de l'attention qu'elle te r&#233;servait, son regard insistant et ses grands sourires ne t'ont pas l&#226;ch&#233; \ la vie avait cess&#233; d'&#234;tre un cauchemar ennuyeux. &#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillard commence presque de se d&#233;gager une heure avant la nuit et comme de juste votre conversation marque un arr&#234;t mais trop tard : le feu couve et peut reprendre &#224; tous moments \ tu en arrives &#224; surkiffer ce soir d'automne avec son soleil noy&#233;, son aplat de jach&#232;res commun et morne, son bras de mer qui &#233;tend ses nervures compliqu&#233;es comme pour sabrer du lavis ses airs de grandiose \ des ratures surchargeant la flache et les parapets noir&#226;tres \ stries et ondulations recouvrant le Sahara \ ce qu'un temps deux contemplateurs prennent pour d&#233;sert d'Afrique : mer et laisses \ sexuelles substances \ rime \ rythme d'archet \ mati&#232;re de po&#232;me vir&#233;e vite fait &#224; la poubelle. Sans penser au jardin des d&#233;lices et &#224; tous ces trucs de belges quand m&#234;me tu moulines pas mal, tu as vite des visions de tar&#233;s dans cette lumi&#232;re incertaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me trouvais moi-m&#234;me difforme, heureux que Sophie n'ait pas &#233;t&#233; repouss&#233;e par ma tronche de gnome radioactif, qu'elle se soit m&#234;me abstenue de danser pour ne pas briser \ comme en un moment &#233;loign&#233;s, vos regards se croisent et s'aimantent d&#232;s que le rideau tournoyant des danseurs les red&#233;couvrent, vos corps se rejoignent entre &#233;clairs et nuages de fum&#233;e. D'abord tu as peur, ce crush fa&#231;on coup de foudre te ferait moins flipper si tu le mettais sur le compte de l'alcool, mais tu te rends &#224; l'&#233;vidence : ni la belle, ni toi mon beau n'avez tellement bu. Or aucune ne t'a jamais reluqu&#233; avec autant d'insistance. Quand une t'approche \ tu n'as jamais l'initiative \ elle semble aussit&#244;t regretter ! &#192; peine le contact &#233;tabli, le c&#244;t&#233; intello l'a d&#233;j&#224; gonfl&#233;e \ l'humour aussi \ le pince-sans-rire un peu vieillot dans lequel tu t'enferres assez souvent \ cassant // c'est ce que disent les zouz habituellement : que c'est dommage \ que je n'ai pas un physique si monstrueux, que je pourrais faire des efforts et elles s'&#233;loignent sans attendre. Avec Sophie je ne sais pas pourquoi tu t'abstiens de d&#233;conner \ m&#234;me Ella ne parvient pas &#224; vous distraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Dites donc ! vous avez l'air en osmose tous les deux, mais vous n'allez pas causer toute la nuit dans votre coin / il faudrait songer &#224; danser / //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, le surprenant c'est l'intensit&#233; de la conversation\ au point que tu la repasses in extenso dans ce train de nuit comme la preuve incontestable \ une raison incontestable de courir vers Sophie bravant les interdits du Sud au Nord. Car si moi, c'est fait, elle m'a scotch&#233; \ abalob&#233; \ il semble que tu doives encore, toi, achever de la faire fondre. Devancer la promesse de revoyure et fuguer pour ta jolie fianc&#233;e est bien le moindre \ de Blaise Pascal une formalit&#233; \ le genre d'incartade qu'&#224; BP tu pardonnes au g&#233;nie \ une figure impos&#233;e pour ainsi dire. Osef ! mais prie qu'un vrai g&#233;nie sorti de sa lampe te fasse appara&#238;tre sans attendre le visage de la m&#244;me, ses yeux rieurs tellement frais &#224; c&#244;t&#233; de ton reflet niaiseux dans la vitre. Ah ! si la douce voix de Sophie t'indiquait seulement la marche &#224; suivre dans le grand Paris \ si instantan&#233;ment tu rep&#233;rais dans la foule ses cheveux un peu cuivr&#233;s, un peu courts, ses yeux un peu bleut&#233;s, un peu gris, ses mouvements ondulants et son sourire de bonne s&#339;ur qui te pardonne illico d'avoir fugu&#233; ! Car il est hors de question de l'appeler : la surprise conditionne &#233;videmment la conqu&#234;te et la reddition \ d&#233;j&#224; que partant de BP, tu perds direct de l'aspect h&#233;ro&#239;que, n'abuse pas de la facilit&#233;, m&#233;nage au moins l'effet de surprise ! Et puis elle s'inqui&#233;terait ou t'embrouillerait rapport &#224; ce que tu as pu lui dire de BP \ tu ne fugues pas d'un bahut o&#249; les PRINCIPES sont si bien chamboul&#233;s, o&#249; tu es bassin&#233; de respect, de confiance, de connivence&#8230; tu en aurais dit moins si tu avais su, tu l'int&#233;ressais autrement \ j'avoue, rien ne vaut le pr&#233;sentiel pour justifier l'incons&#233;quence \ que ta nature immature, le c&#244;t&#233; pas fini, n'effraient pas Sophie \ si ravie pour toi \ de ta chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue \ Tu as eu de la chance&#8230; // a-t-elle r&#233;sum&#233; apr&#232;s que je lui ai expliqu&#233; comment BP m'a c&#233;d&#233; la place d'un candidat admissible s'&#233;tant d&#233;fil&#233; alors que j'avais moi-m&#234;me largement d&#233;pass&#233; les d&#233;lais pour concourir \ accept&#233; sur un simple entretien avec Carapelli et la directrice qui n'arr&#234;taient pas de blaguer entre eux. &#192; travers les yeux de Sophie, la solution trouv&#233;e en catastrophe par Lisbeth devenait plaisante \ une chance que je me fixe quelque part. Sophie a pens&#233; que la f&#234;te &#233;tait &#224; cause de &#231;a aussi, mais non j'ai d&#233;menti. Elle enviait la libert&#233; dont j'allais pouvoir jouir, l'enseignement &#224; la carte, l'internat, tout lui semblait \ une chance // le mot qui qualifie le plus souvent BP j'avoue. Bien qu'elle n'en ait gu&#232;re de bons souvenirs, Sophie pr&#233;tend que les &#233;tudes sont \ un ticket pour la libert&#233; // que tes ann&#233;es de souffrance seront vite oubli&#233;es, que pour elle il n'y a pas eu d'&#233;chappatoire style BP, qu'apr&#232;s avoir d&#233;croch&#233; son bac &#224; toutes forces elle s'est trouv&#233;e compl&#232;tement d&#233;sorient&#233;e &#224; chercher des boulots de caissi&#232;re \ mise dans la t&#234;te de se tirer de chez sa m&#232;re et qu'&#233;tudier c'&#233;tait un truc pour plus tard. Dans l'imm&#233;diat \ gagner son bifteck // la lib&#233;rait de parents divorc&#233;s qui n'avaient jamais eu les moyens \ moins inquiets d'ailleurs, les parents, qu'elle ne l'&#233;tait, elle, au sujet du petit fr&#232;re Romuald qui glandait au lyc&#233;e \ toutes ces banalit&#233;s qu'elle aurait pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas aligner, a-t-elle dit, mais auxquelles l'&#233;cole fait la haie d'honneur, as-tu abond&#233; : te d&#233;courageant par la s&#233;lection, te spoliant des soi-disant bonnes fili&#232;res, distribuant l'ennui comme nulle part ailleurs \ &#224; n'y pas tenir. J'aurais aussi bien d&#251; m'abstenir, ne pas avouer que chez moi la d&#233;sertion &#233;tait devenue r&#233;flexe, s&#233;chant les cours sans plus m'en apercevoir \ que plus rien ne coulait, sauf moi bien s&#251;r, &#224; pic ! Du coup, je suis apparu comme un enfant g&#226;t&#233; \ les comme toi sont favoris&#233;s // a souri Sophie \ inadapt&#233;s peut-&#234;tre mais des gens bien t'&#233;coutent et finissent par te reconna&#238;tre une utilit&#233; / exploiter ton originalit&#233;, sonder tes capacit&#233;s // J'avoue, tes capacit&#233;s les int&#233;ressent. Ils disent pouvoir t'aider : tu es sain et sauf. Carapelli pr&#233;tend que si toutes les &#233;coles fonctionnaient sur le mod&#232;le BP, l'humanit&#233; s'apaiserait durablement \ comme au Bhoutan probable. Pour le moment, l'humanit&#233; n'ayant d'yeux que pour l'&#233;conomie, tu attends de ses rejetons qu'ils fassent tourner, que Sophie et Romuald s'enrichissent un minimum et continuent d'enrichir un maximum les plus m&#233;chamment cons. Si tu veux la faire pleurer, l'humanit&#233;, il faut y aller fort : enfant, si tu portes ce qu'il faut d'h&#233;r&#233;dit&#233; et de tares, malade g&#233;n&#233;tique, &#231;a ne marche pas trop mal. Bizarrement les pr&#233;coces ont aussi la carte \ les bourgeois qui se reproduisent sur le tard ont tendance &#224; sacraliser l'intelligence, &#224; postuler que leurs rejetons sont sp&#233;ciaux \ m&#234;me s'il n'y a rien de sp&#233;cial &#224; &#234;tre quelqu'un de sp&#233;cial, &#231;a le fait. Si tu veux plaire, paye ta bosse des maths, souffre un bon peu et sois original ! La moyenne n'a aucun attrait, mais ceux dans ton genre avec leur PROBL&#200;ME D'INCOMMUNICABILIT&#201; il n'y a pas mieux. Les math&#233;matiques peuvent attendre, la psychologie d'abord \ &#234;tre intelligent voil&#224; le probl&#232;me majeur ! il n'y a qu'&#224; voir les reportages, les livres et tout : mettre au monde un gamin autiste atypique ? chanm&#233; ! Le top du cool serait le pr&#233;coce &#224; la Baumann l&#233;g&#232;rement atteint, avec une touche d'hypersensibilit&#233; \ dommage qu'&#224; Lisbeth ce soit trop pas son kif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ D&#233;ficit de l'attention, hyperactivit&#233;, trouble oppositionnel avec provocation, le TOP of course ! Celui-l&#224; est pour toi : trouble explosif intermittent \ du spectacle ? Ils sont tout public vraiment ! Mon pauvre Peter, je crains que tes insomnies et ton humeur de chien ne s'am&#233;liorent pas mais c'est fait : tu es inscrit &#224; Blaise Pascal //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, la mode du surdou&#233; atteint vite ses limites et tu te retrouves avec Oscar, un troll qui te pourrit l'existence \ le seul autiste vraiment s&#233;rieux de mon groupe &#224; BP \ le QI tellement d&#233;velopp&#233; qu'il arrive &#224; compenser tous ses troubles : il s'analyse comme un dingue, ses d&#233;ficits et tout, genre extralucide, et il g&#232;re. Avec lui tu ne sais pas ce qui est facile, c'est comme s'il portait un masque \ pour &#231;a que nous ne sommes pas amis, il ne retire jamais son masque \ je retiens seulement qu'il est d'origine argentine, qu'il parle quatre ou cinq langues sans baver et sans accent et qu'il aime bien passer de l'une &#224; l'autre d&#232;s qu'il est en pr&#233;sence d'un interlocuteur valable, la faconde camouflant l'impr&#233;cision \ une autre barri&#232;re &#224; notre amiti&#233;, focalis&#233; que je suis sur la pr&#233;cision du fran&#231;ais et la tournure de ses phrases, un peu born&#233; sous cet angle j'avoue. S&#251;r que tu passes pour un idiot &#224; BP avec seulement le fran&#231;ais et l'anglais, mais je pr&#233;f&#232;re &#234;tre limit&#233; qu'avoir &#224; endurer la souffrance d'Oscar \ c'&#233;tait &#233;crit &#1605;&#1603;&#1578;&#1608;&#1576; : tu collectionneras les p&#233;rip&#233;ties romanesques, pas les idiomes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Chacun son lot // dit Oscar, le genre d'expression que m&#234;me Eileen trouve p&#233;rim&#233;. L'angoisse ! &#231;a et les trucs chelous qu'il confie &#224; Augustin : que son intellect hyperactif lui permet de fonctionner avec un minimum de n&#233;vroses \ que c'est devenu une force. Mettons ! mais est-ce que &#231;a justifie ce foin autour des pr&#233;coces ? Plut&#244;t envie de fuir \ que tant de frustr&#233;s s'en r&#233;jouissent comme du nec plus ultra ! Comme si se fader un gamin pr&#233;coce &#233;tait la reconnaissance ultime \ bonjour l'ego \ comme si pour changer le monde il suffisait de \ faire d&#233;tecter // ton gniard avant qu'il ait dit ouf ! Et wazy de r&#234;ver aux futurs prodiges \ j'avoue, moi, ce n'est pas Lisbeth qui m'aura emmerd&#233; : si je n'avais pas gravement foir&#233;, si les autorit&#233;s ne l'avaient pas convoqu&#233;e, s&#251;r qu'elle m'aurait laiss&#233; v&#233;g&#233;ter tranquille. Idem elle cartonne en sciences mais faire de la recherche ne l'a jamais branch&#233;e \ alors te pousser &#224; l'&#233;tude ! Elle doit penser que tu t'&#233;l&#232;ves tout seul ou s'en remettre &#224; Eileen \ ce qui n'en fait pas une m&#232;re indigne mais pas non plus hyperfusionnelle du coup. Toujours est-il qu'elle me paye BP et qu'&#224; BP on te bichonne &#224; te g&#226;cher le plaisir de s&#233;cher les cours. Tout est pens&#233;, discut&#233;, adapt&#233;, pour que tu te sentes comme un poisson dans l'eau, et vu que rien n'est obligatoire, tu te retrouves un peu coinc&#233; : forc&#233; de profiter en somme. Et s'il arrive que de leur c&#244;t&#233; ils s&#232;chent \ d'un point de vue p&#233;dagogique \ c'est toi le premier consul\t&#233;, comme si tu &#233;tais le Napol&#233;on Mbapp&#233; de l'&#233;ducation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Cher Peter ? quels rectificatifs pensez-vous que notre &#233;tablissement doive apporter &#224; votre cursus //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout ailleurs tu prendrais la question au dixi&#232;me degr&#233;, &#224; BP \ aucune connotation sarcastique / allez-y ! dites // &#199;a te laisse sur le cul tellement c'est loin de ce que tu as pu conna&#238;tre, tu en perdrais l'habitude de ne pas &#234;tre &#224; l'heure ! J'avoue, pointer m'ayant toujours gonfl&#233;, j'ai &#233;t&#233; mille fois l'ennemi des profs et des administrations \ refus&#233; en cours pour un malheureux quart d'heure de d&#233;calage. R&#226;lant. Quand c'est &#224; toi qu'il incombe de rappeler l'emploi du temps, compliqu&#233; d'&#234;tre en retard ! en plus qu'&#224; BP les profs se foutent de rien commencer comme pr&#233;vu : un cauchemar pour un gadjo comme Oscar qui aime tant compter le temps \ du coup lui a droit &#224; un agenda sur mesure, il fait trop piti&#233; \ s&#251;r qu'il ne cautionne pas l'esprit, ce spectacle autour \ rageux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Carapelli est le premier &#224; t'accorder \ que Sophie m'accorde que si tu te plies &#224; toutes les normes \ la ponctualit&#233; par exemple \ eh ! bien tu es perdu pour la France : tu n'int&#233;resses plus personne ! Si tu ne r&#233;sistes pas un maximum, ni BP ni rien de vraiment cool ne te feront une place ! tu peux crever noy&#233; tu seras, sous des flots de banalit&#233; et d'ennui, entra&#238;n&#233; dans le troupeau des abrutis, &#233;cras&#233; par la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Mais si ! je t'assure // ai-je assur&#233;, insoucieux que mes descriptions carapelliennes d'une jeunesse perdue aient pu &#224; certains &#233;gards agacer Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Perdue et pour seul progr&#232;s toujours plus de banalit&#233; et d'ennui&lt;br class='autobr' /&gt;
\ De quoi tu parles ? tu n'as pas l'air de t'ennuyer //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'avais pas trop bu, un gin et apr&#232;s ? J'avoue ! un verre suffit &#224; te translater de la timidit&#233; &#224; l'impudence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Tu sais bien : internet, la t&#233;l&#233;, le bruit, le t&#233;l&#233;phone, les tablettes, le prurit de l'info et des flash mobs / facebook, twitter, la fatale cohorte &#224; virus // as-tu bafouill&#233;, soignant autant que possible ta pose de subversif \ surdou&#233; \ sorti du troupeau \ autoris&#233; &#224; d&#233;conner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je ne suis pas tr&#232;s accro &#224; mon iPhone // a-t-elle r&#233;pondu comme pour me tranquilliser \ mais c'est pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Profite ! Demain tout aura disparu&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Quoi ! la t&#233;l&#233; ? facebook c'est parti pour durer non ? &lt;br class='autobr' /&gt;
\ J'avoue ! la t&#233;l&#233; / c'est comme s'ils n'existaient d&#233;j&#224; plus et que personne ne les regrettait ces animateurs de foire, ces poup&#233;es, ces peoples qui squattaient chez toi, proprement brillants, plein d'humour et tout / de bonne humeur / aussi intelligents qu'un t&#233;l&#233;phone, sauf que tu n'as plus besoin de personne pour te brancher au direct&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Il y a les influenceurs, hi ! le t&#233;l&#233;phone ne remplace pas tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Demain des noces grin&#231;antes nous uniront &#224; la machine comme dit Ferrand&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Diff&#233;rent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Augustin Ferrand / un copain&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu ne serais pas en train de radoter ? comme un vieux con //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; elle a explos&#233; de rire comme &#231;a peut arriver quand les nerfs l&#226;chent devant une t&#233;l&#233; ou un t&#233;l&#233;phone \ au d&#233;bat des pr&#233;sidentielles ? En vrai il n'a rien de dr&#244;le le Gu quand il d&#233;lire que le salut c'est l'augmentation : un corps d&#233;sint&#233;gr&#233; et reconstruit en plus solide gr&#226;ce &#224; la machine \ quand il te provoque avec son sourire en coin, genre sadique, mieux vaut l'esquiver, lui, ses robots, ses hybrides et son manque d'humour \ les noces grin&#231;antes // c'est de moi : Gu, tu lui ajoutes une note de po&#233;sie, &#231;a fait tout de suite rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ C'est comme &#231;a que tu dragues les filles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je ne drague pas&lt;br class='autobr' /&gt;
\ N'emp&#234;che ! tu m'as scotch&#233;e. Moi qui pensais que les mecs dans ton genre adoraient les machines / ou alors je n'ai rien compris&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Non je ne suis pas du genre / je suis ton genre, ai-je soupir&#233; / jamais &#233;t&#233; dans ce d&#233;lire, les &#233;crans, tous ces trucs / je m'en sers &#233;videmment mais la technologie ne m'a jamais fascin&#233; / sauf que tu ne peux pas fermer les yeux / ou partir faire des maths sur une &#238;le d&#233;serte //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie &#233;tait encore &#224; rigoler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Je te vois bien comme un furieux sur ton &#238;le&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Je suis d&#233;j&#224; suffisamment &#224; part / non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu m'enverrais des selfies !&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Ni selfie, ni texto, tu viendrais avec moi //&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait balanc&#233;. Adieu les selfies, la compta de tes likes, les alertes promos de l&#233;gumes bio sur Amazon ! putain dar. J'ai regard&#233; un reste de glace fondre dans mon verre presque vide, attendant que Sophie r&#233;cup&#232;re son s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Tu as raison / l'avenir n'est peut-&#234;tre pas si minable // a-t-elle myst&#233;rieusement conclu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi n'avoir pas alors vant&#233; ses beaux yeux ? fait le lien avec la beaut&#233; de l'espace, la th&#233;orie des super-cordes, les multivers \ au lieu de cracher sur l'e-monde, l'e-m&#233;dia, l'e-dioty, l'embecellet&#233; uneverselle, &#233;cervel&#233; ! tu critiques tout comme un petit facho \ un compliment t'aurait &#233;corch&#233; ? La prochaine fois allonge un valable ou la gow finira par manquer d'humour ! C'est quoi ton probl&#232;me &#224; toujours digresser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Ton truc, c'est le ciel ! Tu pr&#233;f&#233;reras toujours le ciel // proph&#233;tisait la corrosive Lisbeth quand je d&#233;crochais de ses exercices de math, les yeux trop longtemps fix&#233;s au plafond \ le moyen de dissimuler ton incapacit&#233; ou de feignasser quand, &#224; la &#233;ni&#232;me &#233;quation &#224; r&#233;soudre que te file ta m&#232;re, l'inspiration vient &#224; manquer \ kikou j'avoue. Jamais Lisbeth n'a &#233;t&#233; dupe, elle faisait comme si \ feignait n'y voir que du feu \ comme si tu levais les yeux pour contempler la nuit &#233;toil&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Toujours la t&#234;te dans les &#233;toiles // insistait-elle alors que nous nous croisions il y a encore quelques jours &#224; Londres \ en coup de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ J'aurais &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;e que tu ne te passionnes pas pour l'astrophysique //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi de la plupart des m&#232;res, bloqu&#233;es sur un seul mode \ m&#234;me la mienne, la plus d&#233;tach&#233;e des obligations maternelles, la plus scientifique, s'invente des signes pour soulager ses doutes \ des mill&#233;naires que dure l'angoisse : trop tard pour en vouloir aux m&#232;res ! As-tu seulement tent&#233; de te pendre ou m&#234;me gratt&#233; une guitare avant de te passionner pour les supercordes ? J'avoue, exactement le genre d'ineptie qui inqui&#232;te les m&#232;res pour rien \ la vanne foireuse que tu regrettes imm&#233;diatement. Essaie au moins une fois d'&#234;tre attentif aux signes annonciateurs au lieu de crier b&#234;tement &#224; la superstition ! Sauf que le zodiaque m'&#233;nerve \ pas le bienvenu dans la maison \ jamais entr&#233; dans ma passion astronomique \ trop pas de temps pour un th&#232;me astral parce que r&#234;veur ou non, les supercordes t'occupent H 24 et en vrai l'espace-temps est infiniment plus surprenant que les voyantes les plus voyantes \ oublie Ella et son Yi-King, oublie Eileen et ses tarots ! putain de d&#233;lire les supercordes ! j'y reviendrai &#224; n'en pas douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'heure, brinquebalant dans l'intercit&#233;s, admets que la science passe au second plan ! Obnubil&#233; par les &#233;chos du rire de Sophie comme un sortil&#232;ge te t&#233;l&#233;portant &#224; la grande villa du bord de mer, tu zappes le d&#233;fil&#233; serr&#233; des gares de banlieues, &#224; peine distrait par la br&#232;ve lumi&#232;re des quais. Les nuits ordinaires o&#249; te d&#233;fie l'insomnie, tu alignes des &#233;quations jusqu'&#224; ce que le sommeil te gagne. Au bout d'un nombre assez consid&#233;rable &#231;a fonctionne. Pas ici. J'avoue ! pour qui a horreur des maths, vouloir tout r&#233;soudre par des &#233;quations para&#238;t un enfer, mais pour qui les sciences murmurent amicalement dans le creux de l'oreille c'est un biais incroyablement apaisant \ disons que relier chaque moment de l'existence &#224; une base scientifique me d&#233;tend \ j'aime reposer sur une base scientifique \ la masse de l'univers, combien de sucres dans un caf&#233; ? s&#233;rieux ! tu trouves &#224; occuper l'esprit \ sauf que l&#224; z&#233;ro ! le syst&#232;me est en rade : par quelle &#233;quation parvenir &#224; S ? dans quelle lointaine banlieue seras-tu alpaguer par les flics ou je ne sais qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Honn&#234;tement, &#224; l'instant t, je ne m'en fiche pas qu'un peu du nombre et des fonctions d&#233;riv&#233;es \ d'aucun secours \ je cale largu&#233; putain et faute de pouvoir d&#233;terminer l'&#233;quation de ma tangente aux courbes de S, je crains que soit pass&#233;e toute envie de dormir \ trop remu&#233; pour me concentrer sur autre chose que l'heure &#224; venir : l'emploi du taxi, le d&#233;tour ou non vers \ le sun // la bo&#238;te o&#249; chante S&#339;ur Ella quand elle se produit &#224; Paname avec Tohotaua, et puis trouver un endroit o&#249; dormir quelques heures, pas dehors si possible \ trop pas aguerri le Peter angoisse. Dommage de ne pas avoir le go&#251;t de l'impro comme ma s&#339;ur ! J'avoue, Ella peut bien me traiter de maniaque \ me reprocher de vouloir tout pr&#233;m&#233;diter \ sauf que cette fois s&#339;urette ! tu seras surprise. Ton fr&#233;rot n'en est pourtant pas &#224; sa premi&#232;re &#233;quip&#233;e, mais tant de pr&#233;cipitation lui ressemble si peu \ et que je m'&#233;prenne d'une de tes copines alors qu'en g&#233;n&#233;ral, au bout de quelques mots, l'indiff&#233;rence me d&#233;tourne des gens que tu t'ent&#234;tes &#224; me pr&#233;senter. Ella hallucinera \ ou bien, de sa voix la plus rauque, elle n'aura que ce petit \ oh // de surprise, prolong&#233; d'un souffle de g&#234;ne, assorti d'un \ pas possible // pourvu qu'elle se rappelle m'avoir pr&#233;sent&#233; Sophie ! car Ella oublie vite \ &#224; se demander comment elle retient une chanson ! Moi maintenant je me souviens : la maison en bord de mer c'&#233;tait aussi l'occasion de f&#234;ter son d&#233;part pour l'Angleterre, un passage plus m&#233;morable que les pr&#233;c&#233;dents parce qu'elle comptait s'installer &#224; Londres une ann&#233;e minimum \ aux derni&#232;res nouvelles &#231;a a capot&#233; \ &#233;videmment. Faut-il encore parler de la destin&#233;e impr&#233;visible d'Ella ! Le coq &#224; l'&#226;ne est le pi&#232;ge le plus aga&#231;ant de la litt&#233;rature : tu bifurques, tu t'&#233;gares, tu ne d&#233;couvres qu'au bout d'un pav&#233; le pot aux roses que tu aurais aussi bien capt&#233; en page 3 \ bizarre comme tu te laisses encore avoir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue, les biblioth&#232;ques sont le rep&#232;re des captains obvious, les ressorts de roman tellement &#233;vidents que tu h&#233;sites toujours dans les cours de Cl&#233;menti \ quand tu veux intervenir, mettre la vieille Ph&#232;dre et son jeune Racine au carr&#233;, v&#233;rifier l'intuition de l'espace-temps que tu as au th&#233;&#226;tre, il est trop tard, l'analyse est b&#226;cl&#233;e par les autres, Cl&#233;menti pass&#233;e &#224; Roland Barthes ! paragraphe suivant \ tu rates trop l'occasion, distrait par trop de pens&#233;es inutiles \ trop. &#199;a que Carapelli appelle l'esprit d'escalier. Il m'a cit&#233; un tas d'exemples de maladroits dans mon genre, mais en vrai il ne s'explique pas mon mutisme en mati&#232;re litt&#233;raire ni la raison pour laquelle en revanche, en sciences, en ses cours &#224; lui, je saute toujours les &#233;tapes pour blablater ! et il doit me reprocher de vendre la m&#232;che trop vite, de ne pas savoir valoriser mon raisonnement etc \ un myst&#232;re. Lui j'avoue ne rate jamais l'occasion de digresser ! en plein milieu d'un exercice de g&#233;om&#233;trie dans l'espace il part sur les Confessions de Rousseau \ de ceux qui se lamentent sur leur esprit d'escalier \ et pfft le Carapelli, envol&#233; au dix-huiti&#232;me ! se fiche complet de r&#233;atterrir \ tu n'as plus qu'&#224; attendre devant ton cube et ton t&#233;tra&#232;dre qu'il revienne parmi les vivants \ mode pragmatique \ se rappelle que le temps est compt&#233; \ que toutes les heures qu'il perd &#224; ressusciter des anc&#234;tres &#224; la con te sont d&#233;compt&#233;es \ merde \ la vie est courte \ h&#226;tons-nous aujourd'hui de jouir de la vie Nathalie ! qui sait si nous serons demain // &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pourquoi je m'en tiens au peu que je sais de la Sophie des Hauts \ la dispense des Racine, Rousseau, S&#233;gur et Cie \ et la rejoignant au plus vite, tente de mener l'histoire &#224; bon port et sans d&#233;tours. Pour le coup, tu as le libre arbitre, tu peux contredire l'&#233;vidence, te fabriquer les lois qui vont bien, l'&#233;quation qui d&#233;range le moins possible tes d&#233;sirs \ c'est le moment de d&#233;roger &#224; ta r&#232;gle, habill&#233;e de mauvaise foi toute d&#233;monstration fera l'affaire, te persuadera que Sophie et toi c'est oblig&#233; alors que si &#231;a se trouve tu te fais un film \ ton ind&#233;cision sera r&#233;solue par l'axiome \ aberration psychologique de l'&#233;pris // dont l'&#233;nonc&#233; est des plus simples : toute implication i dans une histoire d'amour ha induit une marge d'erreur impr&#233;visible x, un quota de conneries &#224; chacun de tes actes q et ce en proportion de ta sensibilit&#233; qq. J'avoue, ce genre d'axiome te coince dans un compartiment du moyen &#226;ge avec ce schlag endormi bouche b&#233;e devant un &#233;cran bleut&#233; qui s'assombrit et se r&#233;claire &#224; tout bout de champ \ mais en vrai n'importe qui aurait t&#226;t&#233; le terrain un minimum, ne serait-ce que d'un seul texto : l'effet de surprise peut bien te sembler l'arme la plus efficace, le meilleur moyen de n&#233;gocier le tournant d&#233;cisif avec Sophie, qui la fera c&#233;der perdre la route&#8230; si tu t'en tiens aux faits, tu es seul &#224; danser le tango. La gow s'est-elle manifest&#233;e depuis que vous avez &#233;chang&#233; vos z&#233;ro six et promis la revoyure ? Nullement. Un z&#233;ro six de fin de soir&#233;e vaut-il un serment ? Trop pas \ sauf peut-&#234;tre celui de celle qui au beau milieu d'un accident nucl&#233;aire te glisse un truc du genre \ nous avons d&#233;cid&#233;ment trop d'atomes crochus // Et aussi rien ne la for&#231;ait dans ses &#233;clats de rire &#224; d&#233;clarer vouloir t'&#233;pouser dans l'instant, pas de vanne sans un fond s&#233;rieux. J'avoue, sans doute toi et ton probl&#232;me d'escalier vous refusez-vous &#224; \ une badinerie sans lendemain // comme aurait dit Rousseau ? mais il y a surtout le baiser. Le baiser encourage l'imagination &#224; &#233;chafauder des plans \ embrasser les apparences. Le baiser valide le billet intercit&#233;s et toutes les conneries &#224; venir \ m&#234;me s'il ne dure que deux secondes, suivi dans la pr&#233;cipitation d'un \ au revoir &#224; bient&#244;t // parce que des Parisiens lui ont propos&#233; de la reconduire CHEZ ELLE &#192; LA CAPITALE. Cet aurevoir&#224;bient&#244;t sur ce court bec auquel tes l&#232;vres n'ont m&#234;me pas le temps de r&#233;agir c'est abus&#233; ! une provocation. Quoi ? tu aurais pari&#233; sur des adieux banals avec serrement de c&#339;ur, pas ce petit bec mouill&#233; qui te fait rougir jusqu'&#224; la racine des cheveux \ mais &#224; pr&#233;sent que tu t'y cramponnes, ce bec est logique, point d'orgue d'une soir&#233;e qui n'a pas d&#233;vi&#233;, o&#249; elle n'est pas all&#233;e danser de son c&#244;t&#233; et toi n'es pas comme &#224; l'accoutum&#233;e redescendu de ton nuage, doucement refroidi, r&#233;fugi&#233; dans une encoignure de la grande maison. Non, vous &#234;tes rest&#233;s coll&#233;s &#224; p&#233;rorer \ osmose \ et m&#234;me si apr&#232;s l'aurevoir&#224;bient&#244;t ce petit baiser d'eau fra&#238;che est fa&#231;on de conclure impulsivement, sans rendez-vous, sans promesse, sans rien de pr&#233;cis pour l'avenir, une fantaisie sans aucun avenir, il appelle la r&#233;cidive \ une histoire \ pour toi l'exp&#233;rience qui renvoie au n&#233;ant les pr&#233;c&#233;dents d&#233;sastreux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-elle &#233;t&#233; volage ? Assur&#233;ment \ toi, affranchi d'un lien plus ancien, de promesses vieilles d'un an qui n'auraient jamais &#233;t&#233; tenues parce que Caro retournait sagement dans son lyc&#233;e parisien et toi pas, qu'elle avait trop bu sans parvenir pour autant &#224; se d&#233;coincer et toi pas mieux, frustr&#233; par une fellatio interrupta, Caro un peu p&#226;le refusant alors tes caresses maladroites \ tu tireras un trait sur le pass&#233;. Sophie, habile, r&#233;parera ton manque d'ouverture au monde sensuel. Tu seras relanc&#233; sur de bonnes bases. En retour certain tu l'aideras en math, mati&#232;re qu'elle redoute par-dessus tout dans son stage. Le premier cours particulier se payera d'un deuxi&#232;me baiser \ un autre prolong&#233; \ des cadeaux &#224; foison. Tu ne peux plus faire machine arri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
PERSONNE NE FAIT MACHINE ARRI&#200;RE \ projet&#233; vers un destin funeste, tu jouiras de ta fortune comme Byron le corsaire \ Casanova de Venise. Emprunte leur f\o\ugue, tu trouveras le second souffle ! Mise &#224; donf sur la surprise et d&#233;barquant sans pr&#233;venir, tu poseras la touche romantique &#224; laquelle aucune femme ne r&#233;siste ! le pire clich&#233; se r&#233;v&#233;lant souvent \ en premi&#232;re intention \ une arme infaillible. Seul un idiot comme Augustin peut me rire au nez quand pour justifier quoi ? le barda vite fait, l'impossibilit&#233; de pr&#233;senter de concert l'expos&#233; pr&#233;vu, malheur ! j'all&#232;gue encore mon voyage vers Sophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\ Oublie ! elle avait trop bu ou trop fum&#233; voil&#224; tout&lt;br class='autobr' /&gt;
\ Pas &#224; toi que &#231;a arrive t&#234;te de mort //&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fa&#231;on dont je l'ai trait&#233; le Gu, il a trouv&#233; que pour un qui ch&#226;tiait son langage je m'&#233;garais facilement, qu'une bonne baffe me remettrait en place et l'a fournie \ une tape sur la joue au final, sans poids, d'autant plus m&#233;prisante. J'ai voulu r&#233;pliquer mais il est trop fort \ il ne le para&#238;t pas mais c'est peut-&#234;tre le plus costaud du bahut avec ses airs de geek \ plus costaud que Delporte mine de rien \ deux ans de plus que toi et il fait du sport ce con, du judo ou quelque chose \ bref ! il a esquiv&#233;, m'a d&#233;s&#233;quilibr&#233; et maintenu &#233;trangl&#233; sur le parquet du couloir jusqu'&#224; ce que je jure d'arr&#234;ter \ arr&#234;ter quoi ? Nous ne nous parlerons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue, je ne regrette pas de me tirer de cet enfer ! m'accorder une petite p&#233;riode de vacances suppl&#233;mentaire loin de ces z&#232;bres \ filles et gar&#231;ons te cassent les couilles pour que tu sauves la couche d'ozone, leurs amis les animaux et tout, et ne sont m&#234;me pas capables de se tenir eux-m&#234;mes. Que leur survie \ leur moindre intention d&#233;pendent d'une foule de gens &#224; leur service ne les emp&#234;che pas de penser qu'ils ont le pouvoir de sauver la plan&#232;te \ malgr&#233; les nerfs fragiles et tout \ que &#231;a ira mieux d&#232;s qu'ils s'y mettront \ quand ils le sentiront \ d&#232;s que &#231;a gazera dans leur t&#234;te ou qu'ils auront leur doctorat&#8230; mais pas d'urgence &#224; sortir le respirer ce vieux monde pr&#233;tendument en danger ! et comment ne pas reculer ? sauf &#224; aimer l'odeur de macchab \ je veux dire que c'est mort \ notre royaume \ le temps o&#249; tu imaginais de la Californie un peu partout, te faire conduire dans des limos, am&#233;liorer les situations, f&#234;ter de p&#233;riodiques augmentations autour d'un ap&#233;ritif en contemplant la beaut&#233; de l'Oc&#233;an&#8230; T'inqui&#232;te ! le monde te survivra sans probl&#232;me \ plus de souci ni de place &#224; se faire, tu peux L&#194;CHER PRISE, fini Hollywood l'Eldorado \ sheh ! we weren't the real kings. &#201;videmment que tu n'as pas envie de sortir de ton petit palais, mon gadjo : tu gobes du m&#233;dia et tu restes au chaud \ blablabla que tu es trop sensible ~en voie d'extinction va savoir ! schizo surtout. Oh ! tu n'as pas le beau r&#244;le \ pas hyper press&#233; de sauter de l'avion sans parachute \ un petit safari touristique passe encore ! mais le \ retour &#224; la terre // courir toute l'ann&#233;e la savane avec les bestiaux pour retrouver du sens : mort ! Coinc&#233;. Il n'y a que l'amour pour te sortir la t&#234;te du cul de la torpeur \ miser un aller-simple sur le succ&#232;s \ pas que je me fiche du retour au lyc&#233;e, je me connais, le s&#233;rieux, je pense &#224; mes chers professeurs, mais culpabiliser, non ! ni remords ni regret, il sera toujours temps de remonter &#224; la surface \ dans un mois ? donner signe de vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourvu qu'Ella tienne sa langue, tout ira bien. Qu'elle n'alerte pas Lisbeth comme chaque fois avec ses messages &#224; la noix ! En m&#234;me temps il en faut beaucoup pour l'affoler ma m&#232;re \ Peter encore barr&#233; ? et alors // depuis qu'elle a d&#233;cr&#233;t&#233; qu'avec mon \ bon fond // je savais respecter les limites \ sans dire lesquelles pour globalement &#233;viter de se faire du souci \ pas de sermon, elle me passe tout. En vrai s'il y en a une qui entretient de mauvais d&#233;mons \ l'am&#232;re ancolie \ 7 Ella. Moi compar&#233; je suis un ange \ pas hypocrite non plus : jamais cach&#233; mes pr&#233;dispositions de fugueur \ TuTiensDeTonP&#232;re // redit Lisbeth, pas un ange, instable mais au final plus facile &#224; \ g&#233;rer // plus asocial mais moins grande gueule qu'Ella \ j'avoue. Or le poncif qui s'accole le plus souvent aux agit&#233;s dans mon genre LES ASOCIAUX c'est leur caract&#232;re difficile, et donc, paradoxalement, mes bonnes mani&#232;res sonnent faux \ importunes. Les agit&#233;s dans ton genre ne sont ni bien &#233;lev&#233;s, ni gentils \ &#224; la limite de la l&#232;che avec les profs dira Delporte \ lui c'est diff&#233;rent : carr&#233;ment faux-cul \ encore un que j'aimerais massacrer \ plus &#224; ma port&#233;e qu'Augustin d'un point de vue physique. Quoi ? tu peux restes fonci&#232;rement gentil, m&#234;me progresser en douceur tout en te frottant &#224; la baston au noble art de la boxe \ la recherche d'un standard amical entre coreligionnaires n'emp&#234;che pas certaines frictions \ tu ne vis pas au Bhoutan ! Je ch&#226;tie, j'avoue ! et la l&#232;che non, les discours hypocrites, je ne supporte pas \ ni les phrases inutiles. &#192; une &#233;poque tu as eu la langue bien pendue, besoin de parler sans avoir rien &#224; dire \ exub&#233;rant bavard \ tu es plus r&#233;serv&#233; aujourd'hui. 7 un autre poncif que la pr&#233;cocit&#233;, la rapidit&#233; ou je ne sais quoi s'accompagnent fatalement de probl&#232;mes de communication : il faudrait qu'&#224; BP on soit tous un peu comme Oscar, sinon autistes \ artistes ? au minimum dyslexiques, comme si tu ne pouvais aller plus vite que la musique sans te payer de fausses notes ou un diagnostic &#224; la Hawking \ pas oblig&#233;. J'avoue, la vie est peut-&#234;tre une longue maladie, mais de l&#224; &#224; prendre au s&#233;rieux toutes les pathologies qui rangent les d&#233;rang&#233;s, il y a une marge. Le manuel diagnostique te dit au mieux atypique, borderline, &#224; quoi &#231;a sert sinon nourrir les psys et les &#233;ducsp&#233;s qui vivent de ta mis&#232;re ? La bosse des maths suffit &#224; ton bonheur \ bien assez encombrante sans rire \ elle te pousse &#224; suffisamment d'extr&#233;mit&#233;s, cette bosse qui pousse en m&#234;me temps que la sensibilit&#233; qui est l'intelligence qui est la lucidit&#233; \ qui est une mal&#233;diction car tout &#233;merveille et l'&#233;merveillement fait long feu. En vrai, tu pleures tous les matins que les animaux ont disparu, que le beau spectacle s'effrite merguez avec ses paillettes, ses cris sauvages et ses couchers de soleil, car la tare des maths est en ceci pesante qu'elle ne te sert qu'&#224; recompter la facture, et vu qu'&#224; chaque avanc&#233;e de l'esp&#232;ce, la belle boutique est revisit&#233;e &#224; coup de pioche, l'envie te passe de t'appesantir sur les sous-ensembles \ juste envie de tout fourguer au feu \ juste d&#233;sirer d&#233;sob&#233;ir et rejoindre Sophie \ surseoir serait insens&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'embarras avec les r&#233;cits adolescents, c'est leur petite ritournelle d&#233;sesp&#233;r&#233;e \ laisse aux po&#232;tes les arbres qu'on abat, la souffrance et les sonnettes d'alarme, les blessures de l'amour propre et la connerie universelle qui pousse au d&#233;sespoir ! J'avoue, si tu traines alentour putain ! la gueule : toutes ces populations v&#233;rol&#233;es avec la peur de mourir \ mais si tu mets des &#339;ill&#232;res, que tu vas droit au but, en bon fran&#231;ais, avec les formules de politesse et tout, non seulement tu zapperas la mis&#232;re mais tu seras trait&#233; correctement par les dieux de l'audace. Assez pi&#233;tin&#233;, tu vas agir un minimum, ne plus seulement revendiquer \ ne parler que pour servir des pr&#233;occupations &#233;go&#239;stes \ pas le bout du monde ! J'avoue, possible qu'&#224; BP on me trouve un tantinet r&#233;ac, les copains parfois m&#234;me les profs \ mon jargon n'arrange rien \ qu'est-ce que j'y peux ? Un d&#233;faut d'&#233;locution b&#233;gaiement zozotage dissiperaient la g&#234;ne, tes phrases bizarres passeraient pour des b&#233;quilles expr&#232;s, anti-d&#233;faut, mais ne b&#233;gaye ni ne zozote, n'enrichis d'aucun trouble la case \ inadapt&#233; // rien &#224; surveiller sp&#233;cialement sinon cette petite tendance maniaco-d&#233;pressive oh ! pas exceptionnelle : dans un vingt et uni&#232;me aussi brillant une d&#233;pression c'est le rhume de l'hiver. Au final ce qui ailleurs ferait ta SINGULARIT&#201; passe &#224; BP pour une donn&#233;e basique, indigne d'un v&#233;ritable talent, au mieux un effet mineur, collat&#233;ral de l'impatience qui conduit &#224; sauter les &#233;tapes, arriver plus vite \ mais tous pareils &#224; BP de ce point de vue, des bolides plus ou moins. Except that I know, tous nous devrions ralentir, calmer le jeu, ne pas mourir avant d'avoir exist&#233; \ ce &#224; quoi te servent les phrases en vieux fran&#231;ais : canaliser, temp&#233;rer le feu, passer le temps \ l'oiseau trompe ainsi l'ennui entre deux vols \ si tu veux hurler, passe &#224; l'anglais !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas s&#251;r que l'anglais me soit plus \ naturel // mais il se pr&#234;te mieux aux hurlements \ &#224; tes harangues. Tu ne remercieras jamais assez Gramma Eileen de t'avoir inculqu&#233; la grammaire anglaise d&#232;s ta troisi&#232;me ann&#233;e, gr&#226;ce &#224; elle\s\ tu as pu bricoler les rudiments de ta conf&#233;rence universelle &#224; l'&#226;ge o&#249; d'autres empilent des cubes \ placer ton filet dans le grand chaos, mentir, &#234;tre de ton temps, pas tout perdu, pousser la chansonnette sans trop d&#233;ranger tes jouets &#224; coups de pieds \ d&#233;rang&#233; toi, j'avoue, mais pas n&#233;cessairement perdu ! L'&#233;ducation de Gramma a ses d&#233;fauts : elle te place au-dessus, te convainc d'&#234;tre int&#233;ressant, te recommande l'unique, l'important, de ne souffrir qu'une vie meilleure, de l'imposer autour, te condamne presque &#224; devenir un de ces artistes bien connus qui t'empilent des cubes n'importe o&#249; n'importe comment, qui t'imposent leur libert&#233; en br&#251;lant des cath&#233;drales de partout... Sauf que Lisbeth a allum&#233; le contre-feu \mal\heureusement remis vite fait les pendules &#224; l'heure et, quand il s'est agi du fran&#231;ais, tu as compris qu'on ne plaisantait pas avec la langue, qu'en fran&#231;ais langue maternelle tu aurais surtout &#224; te taire et abr&#233;ger. Lisbeth aime la rusticit&#233; ~mais gravir les sommets en sautillant \ les sentiers escarp&#233;s \ les braises \ plaisanter ne l'int&#233;ressent pas. Pass&#233; au crible, chaque &#233;clat de fran&#231;ais te co&#251;te cher, non que la langue te semble plus difficile que sa cousine anglaise, non, le difficile est dans l'enjeu du sens, le poids que Lisbeth met dans chaque mot \ la s&#233;v&#233;rit&#233; de ses critiques. Si tu te plains de ne pouvoir en placer une, Lisbeth ne t'&#233;coute pas ! Quand tu y vas relax \ rel&#226;ches ton fran&#231;ais dans un sanglot, elle ne s'en &#233;meut pas davantage ! te corrige vertement et sans que tu comprennes pourquoi, te raconte, ce qu'elle tient de William, que chez un certain peuple de Centrafrique, les enfants utilisent une langue diff&#233;rente de celle des adultes, une esp&#232;ce de langue maternelle qui n'a qu'un temps \ quel rapport ? Faut-il que jeunesse prenne ses distances, se replie sur soi, mutique, jusqu'&#224; se sentir autoris&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vieux Philippe D&#233;roi m'a rapport&#233; que mon p&#232;re, sans toujours ciseler son anglais, en bannissait la moindre superfluit&#233; \ mode texto \ et, lecteur de la collection Pl&#233;iade, v&#233;n&#233;rait le fran&#231;ais au point de ne le pratiquer que sous la contrainte \ tu parles d'un h&#233;ritage ! R&#233;sultat, tu induis tout jeunot que tes propos seront limit&#233;s, ta m&#232;re pr&#233;f&#233;rant communiquer par les math&#233;matiques, te challengeant sans cesse comme un ma&#238;tre d'armes. Vous vous escrimez &#224; mort, jusqu'&#224; une certaine normalisation des &#233;changes il y a peu. J'avoue, c'est m&#234;me dingue aujourd'hui comme elle se l&#226;che : pas une minute de s&#233;rieux dans son fran&#231;ais \ encore abrupte en anglais, mais en fran&#231;ais, que des mots hyper trash, avec un genre de col&#232;re qui rode et claque &#224; tous vents \ &#231;a m'horripile, m&#234;me si, soi-disant, rien n'est dirig&#233; contre toi. Tu te forges un foutu caract&#232;re, parce qu'&#233;videmment, pass&#233; l'injustice l'in&#233;galit&#233;, impossible d'&#233;coper le flot d'insultes, tu enregistres, tu compiles les gros mots, et tu ressers le flow de Lisbeth \ en son absence \ &#224; la premi&#232;re occasion. Il faudra du temps avant qu'une grossi&#232;ret&#233; te surprenne, plus de temps encore pour &#233;purer ton langage \ mais tant qu'aupr&#232;s de Sophie tu contr&#244;les, tout ira bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La tangente de Baumann &#8212; I/III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit en 7 chapitres de Pierre Faucomprez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; SlowlyGoesTheNight &gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt; Gbayas &gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : Charles J. Sharp, CC BY-SA 4.0 &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://creativecommons.org/license...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
, via Wikimedia Commons&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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