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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>R&#233;alisme Magique</title>
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		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/magie" rel="tag"&gt;magie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH129/nelson_ramos_2026-04-02_a_16_34-ad17f.jpg?1775383066' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Concernant la violence, tout a d&#233;marr&#233; avec &#171; The Destroyed Room &#187;, la chambre d&#233;truite &#224; la mat&#233;rialit&#233; de chair et &#224; la couleur de sang, la premi&#232;re image, dont on a sans doute trop r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle s'inspirait de La mort de Sardanapale, mais qui se pr&#233;sente en fait comme un corps viol&#233;, peut-&#234;tre la femme d'&#201;tant donn&#233;s, ou scandaleusement exhib&#233;, L'origine du monde, mais apr&#232;s le carnage, tout est d&#233;chir&#233; ou bris&#233;, et la petite danseuse d'argile miraculeusement pr&#233;serv&#233;e qui survole la sc&#232;ne, telle l'&#226;me pure de la d&#233;funte qui prend son envol dans les gravures moyen&#226;geuses de la &#171; Bonne Mort &#187; chr&#233;tienne, mais ici apr&#232;s une boucherie abominable, un viol et un &#233;ventrement. L'acte artistique comme mise &#224; distance de l'acte criminel et justificatif &#224; tous les voyeurismes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jeff Wall &#233;prouve de la tendresse pour tout ce qui est abandonn&#233;, rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes. Il s'agit l&#224; de la part romantique de sa personne, l'attirance pour les ruines. Par exemple, il dit que lorsque &lt;i&gt;&#171; un objet est cass&#233; et jet&#233; &#224; la d&#233;charge&#8230;sa d&#233;faite en tant que partie vive de la vie et de l'&#234;tre est manifeste, et il devient un objet d'aversion cadav&#233;rique et abject. C'est &#224; ce moment qu'il commence &#224; exister vraiment en tant qu'objet &#187;&lt;/i&gt;. Parlant des Hommes et de leurs combats, le po&#232;te palestinien Mahmoud Darwich, un prince celui-l&#224;, &lt;i&gt;&#171; l'ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt; c'est certain, disait &lt;i&gt;&#171; qu'il y a davantage d'humanit&#233; et de po&#233;sie dans la d&#233;faite que dans la victoire &#187;&lt;/i&gt;. Dans la d&#233;faite les objets tout comme les Hommes acqui&#232;rent toute leur grandeur. &#171; Peas and sauce &#187;. Une barquette en aluminium ayant contenu des petits pois en sauce, reposant &#224; m&#234;me l'asphalte, pourrait bien &#234;tre le c&#339;ur, abandonn&#233;, de celui qui en a fait son repas, lui-m&#234;me probablement rejet&#233; par la soci&#233;t&#233; des Hommes, car qui d'autre qu'un exclu est susceptible de manger une barquette de petits pois en sauce en pleine rue ? Jeff Wall &#233;voque une &lt;i&gt;&#171; philosophie de la forme &#187;&lt;/i&gt;, et c'est ainsi que la barquette de petits pois se trouve tout &#224; fait &#224; m&#234;me d'incarner le c&#339;ur de celui qui l'a mang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rainfilled Suitcase &#187;, une valise en bois recouverte de tissu et emplie de pluie, ainsi que de quelques pauvres affaires inidentifiables car d&#233;tremp&#233;es, abandonn&#233;e au milieu d'un tas de d&#233;tritus, vestige d'un drame inconnu, peut-&#234;tre en rapport avec celui de &#171; The Destroyed Room &#187;, pour le moins viol d'une intimit&#233; d&#233;funte. Esth&#233;tique du d&#233;sastre !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/graphiquecolle_-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/graphiquecolle_-3-3fa4f.jpg?1774784600' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ivan Le Lorraine Albright, un artiste &#233;tats-unien assez mal connu en Europe, est l'un des tr&#232;s rares repr&#233;sentants du r&#233;alisme magique en peinture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme magique peut se r&#233;sumer &#224; l'interp&#233;n&#233;tration de deux mondes, pas n&#233;cessairement hostiles l'un &#224; l'autre, celui des vivants et celui des morts. Les morts font des va-et-vient permanents entre un monde et l'autre. Son origine est &#224; rechercher, n'en d&#233;plaise aux Europ&#233;ens qui veulent absolument y coller Kafka, dans la litt&#233;rature indig&#233;niste latino-am&#233;ricaine, avec des romanciers comme Manuel Scorza et sa &#171; Guerre silencieuse &#187; ou Gabriel Garcia Marquez avec ses &#171; Cent ans de solitude &#187; mais pas tr&#232;s indig&#232;ne ce dernier, litt&#233;rature toute impr&#233;gn&#233;e qu'elle est de croyances populaires, d'histoires politico-militaires et d'amours tragiques, de luttes paysannes contre les exactions des grands propri&#233;taires fonciers, de &lt;i&gt;&#171; jours et nuits d'amour et de guerre &#187;&lt;/i&gt;, selon la belle formule d'Eduardo Galeano, un autre prince &lt;i&gt;&#171; ombre de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. On le trouve &#233;galement dans le cin&#233;ma de certains po&#232;tes chiliens, tels Ra&#250;l Ruiz ou Alejandro Jodorowsky, et en Asie chez le tha&#239;landais Apichatpong Weerasethakul, dans une version bouddhiste, et le Philippin Lav Diaz, d&#233;nonciateur infatigable de la cruaut&#233; des pouvoirs. Donc, le r&#233;alisme magique est un hybride de r&#233;alit&#233;s sociales crues et de surnaturel quelques fois merveilleux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui d'Ivan Albright rel&#232;ve de l'art fun&#233;raire, d'une esth&#233;tique de cimeti&#232;re&#8230;ou de morgue anticip&#233;e. La mort habite le vivant, elle entre en fusion avec lui. Elle enfle et fripe tous les corps plong&#233;s dans un bain grouillant de d&#233;tails dignes du baroque et des natures mortes de Hollande, dentelles d&#233;fraichies, coupes et flacons de cristal &#224; moiti&#233; vid&#233;s, fleurs dess&#233;ch&#233;es, lampes &#224; huile &#233;teintes, fruits pourrissants et vieux argents jaunis. &lt;i&gt;Picture of Dorian Gray&lt;/i&gt;, image &#233;pouvantable de Dorian Gray au luxe lourd habit&#233; de cauchemars, visage ravin&#233; et grima&#231;ant, regard plus fou que celui d'un Courbet hallucin&#233; m&#226;tin&#233; d'un Van Gogh avec son gros pansement, mains d&#233;goulinant le sang sur un tapis au motif de grosses fleurs, gants jet&#233;s au pied d'un gu&#233;ridon victorien charg&#233; d'un chat &#233;gyptien aux yeux pliss&#233;s de cruaut&#233;, immense miroir qui se dissout dans les tentures pour cause d'un trop-plein de reflets, chaise aux jambes arqu&#233;es mouchet&#233;e d'argent et &#233;clabouss&#233;e de couleurs, costume &#233;pais dissimulant mal les boursouflures et que traversent d&#233;j&#224; toutes les humeurs de la d&#233;composition, p&#233;nombre peupl&#233;e de cr&#233;atures innommables ou d'objets incertains, projections de l'&#226;me malade de Dorian Gray.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L280xH566/graphiquecolle_-4-45b12.jpg?1774784600' width='280' height='566' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Temptation of Saint Anthony&lt;/i&gt;, menace d'engloutissement tentateur pour un Antoine noirci de panique, d&#233;j&#224; emp&#234;ch&#233; par les filets infernaux de deux succubes bleus aux cuisses d'&#233;trangleuses, tandis que chiens et loups hurlent &#224; la mort parmi des fragments de coraux et de corps, que grouillent iguanes aux dents effil&#233;es et salamandres sur un lit de perles dans des &#233;coulements d'or, au sein d'une grotte aquatique b&#226;tie de roches visqueuses, quoique tranchantes, toute bouillonnante de sang, et que ricane un cr&#226;ne coiff&#233; de deux mains ligneuses qui tiennent une grosse boule d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH425/graphiquecolle_-5-ec74e.jpg?1774784600' width='500' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peintre &#224; l'extr&#234;me minutie, un miniaturiste de grandes surfaces, des plans gigantesques parfois, certains tableaux lui prennent des ann&#233;es, portraitiste autopsieur, de femmes pr&#233;matur&#233;ment flasques aux jointures enfl&#233;es, pas forc&#233;ment des prostitu&#233;es, mais des th&#233;&#226;treuses et danseuses, ou de jeunes et honn&#234;tes m&#232;res de famille, ou des bourgeoises, ou sa propre &#233;pouse, vieux ou faussement vieux travailleurs aux gueules et mains us&#233;es et aux doigts gonfl&#233;s, p&#234;cheur, fermiers, dont un qui ressemble au pape de Velasquez, concierge, &#233;lectricien, tenancier de bar, palefrenier, ou autres, ou d'autres personnes, dans l'entourage ou au hasard des rencontres d'Albright, pas forc&#233;ment des alcooliques, mais hommes capables encore de cr&#233;er Dieu &#224; leur image, &lt;i&gt;And Man Created God in His Own Image&lt;/i&gt;, pour certains, mais toujours chairs ratatin&#233;es ou sur le point d'&#233;clater&#8230;O&#249; est-il &#233;crit que notre existence doive &#234;tre n&#233;cessairement confortable et que l'Homme moderne soit naturellement jeune et beau, tout &#224; la fois ? Il ne l'est pas !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L324xH380/graphiquecolle_-6-d8ae0.jpg?1774784600' width='324' height='380' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a tout un tas d'autoportraits, presqu'autant que chez Rembrandt, ou peut-&#234;tre plus encore, montrant un vieillard tr&#232;s pr&#233;coce, jeune dandy aux traits creus&#233;s et aux cheveux d&#233;j&#224; blancs, vingt-sept ou vingt-huit ans mais en paraissant cinquante de plus, fumant, buvant, et prenant ses aises &#224; une table-nature morte, mais &#171; vieillardisant &#187; de plus en plus, c'est normal, &#233;loignement du dandysme et avachissement progressif du visage, avec toujours ce m&#234;me regard de tristesse &#233;tonn&#233;e. &lt;i&gt;&#171; The Body is our Tomb &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L446xH326/graphiquecolle_-8-17e71.jpg?1774784600' width='446' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Art fun&#233;raire qui trouve son aboutissement dans une toile surprenante, aussi grande que l'est son titre &#233;nigmatique, &lt;i&gt;That Wich I Should Have Done I Did Not Do (The Door)&lt;/i&gt; &#8212; ce que je devrais avoir fait que je n'ai pas fait (la porte) &#8212;, une miniature g&#233;ante, porte de maison ancienne/couvercle de cercueil au bois peint en noir avec plein d'&#233;raflures, un gros bouquet fan&#233; de lys et de roses nou&#233; dessus et qui s'effrite un peu, des p&#233;tales et des feuilles dess&#233;ch&#233;s sont tomb&#233;s sur le seuil, le tout dans un encadrement tr&#232;s ouvrag&#233;, et puis une main serrant un mouchoir de fines dentelles, avec des perles l&#224; encore, qui para&#238;t se tendre vers le bouton cisel&#233;, comme pour une caresse, alors qu'un soup&#231;on de fum&#233;e, ou un souffle vaporeux, s'exhale de la serrure, le dernier souffle. Ce que je devrais avoir fait&#8230;un regret exprim&#233; &#224; ce spectre, spectre tout autant que porte s&#233;pulcrale, qui semble ouvrir tr&#232;s grand ce qui lui sert d'yeux. D'un point de vue technique, la porte est vue de trois quarts et sa forme est tr&#232;s l&#233;g&#232;rement convexe, comme peut l'&#234;tre le couvercle de certains cercueils anciens, ce qui constitue une sorte de d&#233;fi par rapport &#224; la plan&#233;it&#233; de la toile, une tension v&#233;ritable. Ivan Albright a mis dix ans &#224; la r&#233;aliser avec des pinceaux tr&#232;s fins parfois, un seul poil, et en la polissant, et en la patinant, comme un menuisier d'art, tout en travaillant en parall&#232;le &#224; d'autres peintures, bien s&#251;r, toutes aussi compliqu&#233;es ces peintures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L306xH624/graphiquecolle_-9-a503a.jpg?1774784600' width='306' height='624' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il lui arriva de conduire des exp&#233;riences &#233;tranges, d'ordre plus ou moins conceptuel et m&#233;taphysique, qui l'amen&#232;rent aux fronti&#232;res de l'abstraction, &#224; partir d'images r&#233;manentes, &lt;i&gt;afterimages&lt;/i&gt;. Trace m&#233;morielle, ou persistance r&#233;tinienne, mais sur le tr&#232;s long terme, ou les deux &#224; la fois, d'assemblages d'objets, ou plut&#244;t de couleurs et d'organisation dans l'espace de ces couleurs les unes par rapport aux autres, qui apr&#232;s restitution sur la toile r&#233;v&#232;le une forme g&#233;n&#233;rale et tr&#232;s ancienne, sortes de natures mortes en hommage &#224; ses parents, &lt;i&gt;From Yesterday's Day&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Image After&lt;/i&gt;. Ivan Albright poss&#232;de sa &lt;i&gt;Destroyed Room&lt;/i&gt;, il l'a cr&#233;&#233;e, tout aussi terrifiante que celle de Jeff Wall mais plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e encore, sans pass&#233;, sans pr&#233;sent, sans futur, comme l'&#233;nonce longuement son titre, &lt;i&gt;Poor Room - There Is No Time, No End, No Today, No Yesterday, No Tomorrow, Only the Forever, and Forever and Forever without End (The Window)&lt;/i&gt;, pauvre chambre, il n'y a pas de temps, pas de fin, pas d'aujourd'hui, pas d'hier, pas de demain, seulement le toujours, et du toujours, et du toujours sans fin (la fen&#234;tre), une image qui, dit-on, a tir&#233; des cris d'effroi &#224; Jean Dubuffet lui-m&#234;me quand il l'a vue dans l'atelier d'Albright, Dubuffet pourtant sp&#233;cialiste absolu de la mati&#232;re amalgam&#233;e, homuncules et b&#234;tes &#224; cornes qui se d&#233;battent dans la gl&#232;be primordiale, tout un monde carc&#233;ral au niveau social, cellulaire au niveau biologique, de quoi brouiller les images, les Mires de toutes les t&#233;l&#233;visions. Une fen&#234;tre ouverte dans un mur ma&#231;onn&#233; de vieille pierraille rong&#233;e de lichen et incrust&#233;e de branches mortes, fen&#234;tre au ch&#226;ssis de bois compl&#232;tement pourri, et dans l'encadrement d&#233;form&#233; de laquelle des gu&#234;pes ont &#233;tabli leurs nids. Les tentures sont rejet&#233;es de c&#244;t&#233; par une grosse main sans corps et quantit&#233; d'objets venus du pass&#233;, d&#233;risoires et luxueux d&#233;tritus, comme mus par une &#233;nergie ou une volont&#233; propre, commencent &#224; se d&#233;verser, en vrac, dans on ne sait quel ext&#233;rieur. &lt;i&gt;&#171; Un enfer de formes &#187;&lt;/i&gt; a rugi Dubuffet. Des cadres de photos ou de petits tableaux ou de miroir, l'in&#233;vitable lampe &#224; huile, une carafe fine, un flacon de parfum pour sac de dame, des r&#233;silles d'argent, une statuette renvers&#233;e, un trousseau de clefs, une th&#233;orie de bibelots cisel&#233;s et de ferraille rong&#233;e par la rouille, des pieds de meubles cannel&#233;s, de vieux cuirs, des papiers froiss&#233;s et des bouts de tissus qui commencent &#224; s'accumuler sur le rebord de la fen&#234;tre tels les p&#233;tales dess&#233;ch&#233;s sur le seuil de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, en fait presque la chambre mortuaire de Pharaon que des pillards surpris n'auraient pas eu le temps de vider compl&#232;tement. Tout ceci a des allures de m&#233;moire encombr&#233;e que l'on s'emploierait &#224; d&#233;charger de ses souvenirs p&#233;nibles ou devenus inutiles, ou d'un inconscient dont il conviendrait de liquider les vieux traumas pathog&#232;nes, telle cette main surgie de l'Histoire, d&#233;j&#224; main de &lt;i&gt;The Door&lt;/i&gt;, la main coup&#233;e de Blaise Cendrars ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L368xH488/graphiquecolle_-10-066c8.jpg?1774784856' width='368' height='488' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, bo&#238;tes d'exposition de poup&#233;es, une toile inachev&#233;e et une lithographie, t&#233;moignent encore une fois de cette crispation sur la mort qui caract&#233;rise l'&#339;uvre d'Ivan Albright. Une poup&#233;e de porcelaine, richement habill&#233;e &#224; l'ancienne, repose de c&#244;t&#233; dans une bo&#238;te de verre sur des coussins de soie au milieu des dentelles. Elle a les yeux ouverts et les bras lev&#233;s, sans doute dans le but de souligner la v&#233;racit&#233; de son apparence de petite fille mod&#232;le. Un vaporisateur de parfum est pos&#233; aupr&#232;s d'elle. Cette bo&#238;te de verre, article presque ordinaire du voyeurisme chr&#233;tien, renvoie &#233;videmment au cercueil de verre dans lequel on pr&#233;sente le corps non corrompu de certaines saintes. Ainsi, on pourrait supposer, qu'avec ses &lt;i&gt;Show Case Doll&lt;/i&gt;, Ivan Le Lorraine Albright a affich&#233; sa pr&#233;tention de hisser son art fun&#233;raire au rang de l'art sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH318/graphiquecolle_-11-997b2.jpg?1774784856' width='476' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, Logs, 2002
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait avancer aussi que l'univers de Jeff Wall, peupl&#233; de spectres, de fragments et de d&#233;tritus, ses ruines, avec ses figures all&#233;goriques et ses r&#233;f&#233;rences artistiques multiples, est en fait tr&#232;s proche de celui d'Ivan Albright habit&#233; de morts en sursis, de rebuts luxueux et de bo&#238;tes s&#233;pulcrales. J'estime que l'art de Jeff Wall s'inscrit tout autant dans la mouvance du r&#233;alisme magique que dans celle du conceptualisme, peut-&#234;tre m&#234;me davantage. Mais, au-del&#224; des bo&#238;tes en &#171; isme &#187;, urnes qui ont recueilli les cendres de la culture et du savoir, finalement quelle est la signification de tout cela ? Hommes d&#233;chir&#233;s par la &#171; Grande Guerre &#187; dont t&#233;moigne Ivan Albright dans quelques carnets de dessins et d'aquarelles qu'il a ramen&#233;s d'Europe o&#249; il servit un temps, mauvais, en tant qu'infirmier militaire, &lt;i&gt;Medical Sketchbook&lt;/i&gt;, tas de choux rejet&#233; de cartons &#233;ventr&#233;s et qui ach&#232;ve de pourrir dans une d&#233;charge, &lt;i&gt;&#171; Bad Goods &#187;&lt;/i&gt;, entrevus par Jeff Wall ? Violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, cruaut&#233; et irrationalit&#233; de l'esp&#232;ce, non-sens tant humain qu'&#233;conomique, trag&#233;die et grotesque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Retour aux &lt;i&gt;suburbs&lt;/i&gt; de Vancouver. &lt;i&gt;&#171; The Pine on the Corner &#187;&lt;/i&gt;, le pin du coin de la rue, un monument dress&#233; &#224; une autre trag&#233;die, &lt;i&gt;&#171; la trag&#233;die &#233;cologique qui met en cause notre &#233;conomie, notre culture urbaine, notre ordre social &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce Jeff Wall. Une rue anonyme bord&#233;e de pavillons faits de pas grand-chose, plein de voitures gar&#233;es, quelques arbres par ci par l&#224;, une montagne au sommet enneig&#233;e dans le fond, au premier plan un tr&#232;s grand arbre &#224; un angle de rues, &lt;i&gt;&#171; une sentinelle d&#233;corative &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-il. Le pin du coin de la rue est une ruine, un fragment de nature abandonn&#233; sur un trottoir et que plus personne ne voit. Pourtant il est l&#224; en toutes saisons et par tous les temps, comme l'est sur les trottoirs d'Occident une partie de tous les d&#233;sh&#233;rit&#233;s du Monde. &lt;i&gt;&#171; L'arbre solitaire est le grand symbole antique de l'individu mortel, dit Jeff Wall, il a beau &#234;tre enracin&#233; dans la nature toute enti&#232;re, c'est dans la solitude qu'il subit sa destin&#233;e &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH398/the_pine_on_the_corner_le_pin_au_coin_jeff_wall_1990-dae87.jpg?1775050807' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&#169; Jeff Wall, the Pine on the Corner
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A proximit&#233; des villes et de leurs banlieues, ce qu'il reste de for&#234;t sert de refuge &#224; tout un tas de solitudes subissant elles aussi leurs destin&#233;es, pauvres gens qui tentent d'&#233;chapper &#224; l'inquisition de l'&#339;il photographique en se dissimulant derri&#232;re un rideau d'arbres, tandis que leur repas continue de chauffer sur un foyer de &#171; fortune &#187;. Fin d'hiver gris de la p&#233;riph&#233;rie de Vancouver. R&#233;alisme qui a perdu toute magie. &lt;i&gt;&#171; Forest &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nuit d'&#233;t&#233; de Vancouver, mais ce pourrait &#234;tre d'ailleurs et en une autre saison, et m&#234;me dans un au-del&#224; de tourments dantesques. Un empilement de rondins coinc&#233; par des gros cubes de b&#233;ton, comme des cr&#226;nes tondus entraper&#231;us avant que les lugubres portes ne se referment. Extermination arboricole, comme au Costa Rica, en Malaisie continentale, et au Sarawak o&#249; je n'ai entendu qu'un interminable requiem de tron&#231;onneuses. La nature massacr&#233;e et le b&#233;ton comme t&#233;moignage indestructible des horreurs de l'histoire contemporaine. &lt;i&gt;&#171; Logs &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L436xH330/graphiquecolle_-13-7f075.jpg?1774784856' width='436' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme celle d'Ivan Albright, l'&#339;uvre de Jeff Wall rev&#234;t la dimension d'une grande m&#233;ditation sur la mort, mort de l'Homme, des soci&#233;t&#233;s qu'il a construites, et de la nature dans son ensemble, mais dans le contexte sp&#233;cifique du capitalisme triomphant, du vampirisme g&#233;n&#233;ralis&#233;. &lt;i&gt;Memento mori.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH293/graphiquecolle_-14-c7325.jpg?1774784856' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette obsession du vampire, celle de Jeff Wall, on la trouve chez un artiste uruguayen peu ou pas connu en Europe, Nelson Ramos, mais Nelson Ramos est aussi un homme que tourmente la trag&#233;die permanente de l'Am&#233;rique latine. Dans ses crises figuratives, le vampire est pratiquement toujours pr&#233;sent, chauve-souris, aux ailes gigantesques amplement d&#233;ploy&#233;es, qui plane, mena&#231;ante, au-dessus des populations humbles de l'Am&#233;rique latine, mort de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s, mort colonialiste, imp&#233;riale puis imp&#233;rialiste, qui survole en continu cette terre de douleurs, &lt;i&gt;Latinoamerica&lt;/i&gt;. Dans ses bo&#238;tes-tableaux, il montre les d&#233;sastres de la conqu&#234;te, toute une soldatesque, &#224; cheval ou servant des canons, qui foule des dizaines de squelettes entass&#233;s dans des cryptes cellulaires superpos&#233;es sous l'&#339;il attendri d'un cur&#233;, &lt;i&gt;Tunatioh&lt;/i&gt;, les produits du pillage de l'Am&#233;rique enferm&#233;s derri&#232;re de lourdes portes d'or encadr&#233;es par, ou incrust&#233;es dans, un &lt;i&gt;tzompantli,&lt;/i&gt; et surveill&#233;es par quelques lanciers, &lt;i&gt;Ellos a&#250;n nos miran&lt;/i&gt;, ils nous regardent encore, peuple souterrain de squelettes gard&#233; par un vampire aux ailes d&#233;ploy&#233;es, &lt;i&gt;Colonizaci&#243;n&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH421/graphiquecolle_-15-e2176.jpg?1774784856' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ces espaces sans respiration possible, fragment&#233;s, il demeure plus qu'une trace des compositions &#171; constructivistes &#187; de Joaqu&#237;n Torres Garc&#237;a, le grand Mont&#233;vid&#233;en. Ce que livre Nelson Ramos, dans ses p&#233;riodes de crises figuratives, ce sont des images 3D, fabriqu&#233;es &#224; partir de papiers, de carton et de petits bouts de bois, du tragique de la condition de l'Homme et des soci&#233;t&#233;s latino-am&#233;ricaines, images pas tr&#232;s &#233;loign&#233;es en fait des &lt;i&gt;Arpilleras&lt;/i&gt; chiliennes, patchworks r&#233;alistes en toile de sac et brins de laine, mais chez lui tout &#224; fait all&#233;goriques. Il parle de &lt;i&gt;Vanitas mestizas&lt;/i&gt;, Vanit&#233;s m&#233;tisses, pour d&#233;signer ses petites bo&#238;tes constitu&#233;es d'alv&#233;oles emplies de squelettes et de cr&#226;nes et domin&#233;es par la silhouette englobante du vampire aux ailes dentel&#233;es. &lt;i&gt;Los de arriba y los de abajo&lt;/i&gt;, ceux du dessus et ceux du dessous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus, une table avec une nappe en dentelles recouverte de bouteilles et de verres, treize personnages en costumes noirs dont un qui porte un toast &#224; on ne sait qui ou quoi, oligarchie cr&#233;ole ou conseil d'administration d'une firme transnationale, toujours les m&#234;mes avec quelques milliardaires &#233;tats-uniens en sus puisque machin transnational. En dessous, cinq rang&#233;es de dix squelettes poussi&#233;reux et assis dans des alv&#233;oles &#233;troites. Au-dessus la table est &#233;clair&#233;e par une verri&#232;re, &lt;i&gt;una claraboya&lt;/i&gt;, derri&#232;re laquelle se profile l'ombre sinistre et vampirique de la mort latino-am&#233;ricaine. Monde du dessus et monde du dessous. &lt;i&gt;Latinoamerica, Mundo triste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH413/graphiquecolle_-16-f562d.jpg?1774784856' width='500' height='413' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nelson Ramos &#233;tait aussi un homme de la lumi&#232;re, donc du c&#244;t&#233; de la vie, et il a construit des petites charpentes de roseau et de carton sur lesquelles il a pos&#233;, coll&#233; ou cousu, des carreaux de papier translucide ou de couleur pour figurer les verri&#232;res, les &lt;i&gt;claraboyas&lt;/i&gt;, qui couvrent les patios des maisons de Dolores et de Montevideo. C'est un peu comme une repr&#233;sentation cubiste du ciel, ciel des &#171; Orientaux &#187; d&#233;coup&#233; comme un g&#226;teau par les verri&#232;res des patios, ou bien encore une r&#233;miniscence des suspensions de cerfs-volants, &lt;i&gt;las pandorgas&lt;/i&gt;, de son enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH263/graphiquecolle_-17-d94f0.jpg?1774784856' width='500' height='263' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re aussi irradi&#233;e par les peintures blanches fruits d'un m&#233;tissage de couleurs, avec souvent des verticales, d&#233;chirure du papier, trace de gros pinceau ou morceau de bois coll&#233;, impressions re&#231;ues d'un arbre, d'un sentier ou d'un fleuve de son si tendre et si beau pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L486xH358/graphiquecolle_-18-bff85.jpg?1774784856' width='486' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parole et Musique</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Parole-et-Musique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Parole-et-Musique</guid>
		<dc:date>2026-03-01T12:12:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chez Hildegarde von Bingen, la parole se d&#233;veloppe sous diff&#233;rentes formes, est v&#233;hicul&#233;e sur diff&#233;rents supports, les enluminures, l'&#233;criture, les sermons et pr&#234;ches, et surtout la musique. On parlera des enluminures ailleurs, de celles qui importent vraiment, la repr&#233;sentation m&#233;di&#233;vale de l'Univers et de la Cr&#233;ation, ainsi que de certains de ses &#233;crits, non pas ceux qui accompagnent les enluminures et qui sont destin&#233;s aux Hommes de son &#233;poque &#224; propos de leur spiritualit&#233; ou des choses (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entendre" rel="directory"&gt;Entendre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH102/arton2820-349b8.jpg?1772367389' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chez Hildegarde von Bingen, la parole se d&#233;veloppe sous diff&#233;rentes formes, est v&#233;hicul&#233;e sur diff&#233;rents supports, les enluminures, l'&#233;criture, les sermons et pr&#234;ches, et surtout la musique. On parlera des enluminures ailleurs, de celles qui importent vraiment, la repr&#233;sentation m&#233;di&#233;vale de l'Univers et de la Cr&#233;ation, ainsi que de certains de ses &#233;crits, non pas ceux qui accompagnent les enluminures et qui sont destin&#233;s aux Hommes de son &#233;poque &#224; propos de leur spiritualit&#233; ou des choses qui rel&#232;vent de leur vie, les pr&#233;ceptes d'hygi&#232;ne corporelle et mentale par exemple.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toute la production d'Hildegarde von Bingen se d&#233;ploie &#224; partir de ses visions qui constituent &#224; la fois la mati&#232;re, la substance du message qu'elle veut livrer, et l'&#233;nergie lui permettant de cr&#233;er. La parole de son dieu, elle va la r&#233;v&#233;ler dans les abbayes et monast&#232;res, les &#233;glises et cath&#233;drales de Rh&#233;nanie et d'autres lieux en Europe du nord. En chaire, elle rappelle la r&#232;gle de Saint-Beno&#238;t et d&#233;nonce le rel&#226;chement des m&#339;urs de son temps, pr&#233;sente sa riche personne et sa vie, d&#233;crit ses visions, bien s&#251;r, explique l'Univers et les forces en jeu, l'interd&#233;pendance des &#233;l&#233;ments, l'intrication de tout dans le Tout, mais aussi la place essentielle occup&#233; par l'Homme dans le grand projet, la lutte implacable que se livrent le Bien et le Mal car, s'il y a unit&#233; de la Cr&#233;ation et unicit&#233; de la d&#233;it&#233;, le Malin fait tout pour les rompre et couper ainsi tout lien entre le bas et le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hildegarde va inventer une langue mais est-ce une langue pour les initi&#233;s, ses cons&#339;urs de couvent ? une langue sacr&#233;e pour parler intimement &#224; son dieu ? une langue inconnue de l'Ant&#233;christ comme cela a pu &#234;tre avanc&#233; ? Une forme de glossolalie ce qui renverrait davantage &#224; la clinique qu'au strict christianisme ? Tout a &#233;t&#233; dit mais, tout bien consid&#233;r&#233;, la &lt;i&gt;&#171; lingua ignota &#187;&lt;/i&gt; n'est pas si inconnue que cela. C'est une sorte de &lt;i&gt;pidgin&lt;/i&gt; s'appuyant sur une base latino-germanique, mais davantage latine que germanique, compos&#233;e essentiellement d'adjectifs substantiv&#233;s ou simplement d'adjectifs. Aucune syntaxe ! Elle est d'usage sacr&#233; mais aussi musicale et donc par nature c&#233;leste. Hildegarde a pris la pr&#233;caution de traduire en latin chacun des mots de ce nouveau lexique, ce qui facilite grandement les choses pour saisir les sujets que ces mots, &#224; peu pr&#232;s un millier, sont cens&#233;s porter et soutenir, l'ordre divin, les devoirs humains, l'&#201;glise, le naturalisme, le Temps etc. Ce qui est surprenant c'est que, parall&#232;lement, Hildegarde ait cr&#233;&#233; un alphabet de vingt-trois lettres, les &lt;i&gt;&#171; litterae ignotae &#187;&lt;/i&gt;, qu'elle n'a jamais utilis&#233;es pour la &lt;i&gt;&#171; lingua ignota &#187;&lt;/i&gt;, ou pour quoi que ce soit d'autre d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH178/schmite-2-1007d.jpg?1771952959' width='500' height='178' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Lingua ignota
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns des hymnes composant la &lt;i&gt;Symphonia harmoniae caelestium revelationum&lt;/i&gt;, symphonie des r&#233;v&#233;lations c&#233;lestes, sont r&#233;dig&#233;s en totalit&#233; ou en partie en &lt;i&gt;&#171; lingua ignota &#187;&lt;/i&gt;, et on en arrive donc &#224; la musique qu'Hildegarde von Bingen consid&#232;re comme &#233;tant la forme la plus &#233;lev&#233;e de l'activit&#233; humaine car d'origine divine.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s les premiers si&#232;cles, la musique pose probl&#232;me au christianisme, comme &#224; tous les monoth&#233;ismes du reste. Elle fait d&#233;bat parce que la musique est femelle et que le christianisme est une stricte affaire de m&#226;les. La femme est un sujet de jouissance, la musique est un objet de jouissance, la jouissance rel&#232;ve du Malin, elle est d&#233;moniaque, il faut r&#233;fr&#233;ner la jouissance, la combattre. Voil&#224; le principe ! Saint-Augustin lui-m&#234;me, pourtant auteur d'un fameux trait&#233; musical, &lt;i&gt;De Musica&lt;/i&gt;, trait&#233; tant technique que philosophique, tout du moins par la forme dialogu&#233;e, se d&#233;fie de la jouissance que l'on peut retirer &#224; son &#233;coute et, lui, la jouissance, il l'a bien connue dans son jeune temps avec les femmes. Il le confesse ! &lt;i&gt;&#171; La musique est une science qui apprend &#224; bien moduler&#8230;La musique est la science des mouvements bien ordonn&#233;s &#187;&lt;/i&gt; enseigne-t-il &#224; son &#233;l&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint Augustin, &#171; Trait&#233; de la Musique &#187; in &#171; &#338;uvres compl&#232;tes de Saint (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et aussi, &lt;i&gt;&#171; &#8230;l'harmonie a son principe dans l'unit&#233; ; elle tire sa beaut&#233; de la proportion et de la sym&#233;trie, son encha&#238;nement de l'ordre&#8230; &#187;&lt;/i&gt; etc. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue technique, la musique repose sur la th&#233;orie des nombres, h&#233;ritage re&#231;u des Pythagoriciens, &#233;videmment. On parle de &#171; m&#233;trique &#187;, de &#171; mesures &#187;, de &#171; rapports &#187;, de justes proportions, et d'autres choses de cet ordre. La musique est math&#233;matique. Du point de vue philosophique, tout est harmonie, corps et &#226;me, et entre en harmonie avec la Cr&#233;ation, le Cosmos et donc Dieu. Mais la musique est &#233;galement un art, ce que reconna&#238;t parfaitement Saint-Augustin qui, tout en se d&#233;clarant favorable &#224; &lt;i&gt;&#171; la coutume du chant dans l'&#201;glise, afin que par les d&#233;lices de l'oreille, l'esprit encore trop faible puisse s'&#233;lever jusqu'au sentiment de pi&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;, met s&#233;rieusement en garde face au trouble qu'elle peut semer dans son auditoire.&lt;i&gt; &#171; Quand il m'arrive de trouver plus d'&#233;motion dans le chant que dans ce que l'on chante, je commets un p&#233;ch&#233; qui m&#233;rite punition &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Michel Poizat dans &#171; Hildegarde von Bingen : la voix sacr&#233;e &#187; (Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, confesse-t-il encore.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/schmite-3-683af.jpg?1771952959' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Saint-Augustin par Antonello de Messine
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On rentre donc ici de plain-pied dans la dialectique basale, l'opposition des principes masculin et f&#233;minin, &#224; laquelle Hildegarde se confrontera toute sa vie avec audace et t&#233;nacit&#233;. Les monast&#232;res et leurs parties conventuelles &#233;taient essentiellement g&#233;r&#233;s par des hommes et l'argent apport&#233; par les jeunes filles riches et clo&#238;tr&#233;es servait &#224; les alimenter eux, les monast&#232;res et les hommes. Hildegarde s'insurgera contre cet &#233;tat de fait et elle fondera des abbayes r&#233;serv&#233;es aux femmes qu'elle administrera elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole &#233;tant d&#233;clar&#233;e l'apanage des hommes, seuls aptes &#224; transmettre la semence qui f&#233;conde les &#226;mes, elle se hissera sur les estrades ordinairement fr&#233;quent&#233;es par les m&#226;les sermonneurs afin de transmettre le message qui lui a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; et se pr&#233;sentera de fait comme le repr&#233;sentant officiel, l'ambassadeur de Dieu, aussi l'appellera-t-on, la &lt;i&gt;&#171; profetessa teutonica &#187;,&lt;/i&gt; la &#171; proph&#233;tesse teutonique &#187;. Pour ce qui est de la musique, elle soutiendra que les hymnes et les psaumes sont inspir&#233;s par Dieu et que, fluide c&#233;leste, eau et feu &#224; la fois, qui enveloppe et submerge, ou d&#233;vore l'&#226;me, il conduit n&#233;cessairement &#224; la pleine d&#233;votion et m&#234;me &#224; la jouissance mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compositions de Hildegarde von Bingen se sont passablement &#233;loign&#233;es du trop rigide horizon cantillatoire gr&#233;gorien et plus encore du &#171; popisme &#187; simpliste ambrosien, tous deux plus ou moins inspir&#233;s par la psalmodie h&#233;bra&#239;que, la lecture de la Torah, mais sont tout &#224; fait admissibles du point de vue dogmatique car il s'agissait ici de mieux faire adh&#233;rer le fid&#232;le au discours sacr&#233;&#8230;ou de fid&#233;liser l'adh&#233;rent, si on pr&#233;f&#232;re. Bien avant, l'un des C&#233;saire, nombreux dans la saintet&#233;, &lt;i&gt;&#171; recommandait de faire chanter des hymnes pour occuper les fid&#232;les durant les longs offices auxquels ils ne comprenaient pas grand-chose &#187;&lt;/i&gt;, nous raconte Lucien Rebatet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien Rebatet, &#171; Une Histoire de la musique des origines &#224; nos jours &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'archev&#234;que milanais Ambroise reprend l'id&#233;e et la prolonge en pr&#233;conisant la &lt;i&gt;&#171; diffusion d'hymnes faciles &#224; retenir et &#224; chanter, sur des m&#233;lodies tr&#232;s simples, d'une carrure populaire &lt;/i&gt; &#187;, nous indique toujours Rebatet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis arrive Gr&#233;goire, pape de son &#233;tat, qui cherche &#224; remettre de l'ordre dans tout &#231;a. D&#233;marre un temps de codification, de normalisation et de r&#233;glementation tous azimuts, le calendrier, les messes, les oraisons, et bien s&#251;r les chants. Concernant les chants, surtout pas de recherche esth&#233;tique, ni de virtuosit&#233;, tout doit &#234;tre au service de la liturgie la plus stricte, un chantre, c'est-&#224;-dire un soliste, d&#233;sign&#233; parmi les diacres intervenant en &lt;i&gt;r&#233;pons&lt;/i&gt; aux formules sacramentelles de l'officiant. Au tout d&#233;but, c'est du &#171; Sprechgesang &#187; bien avant la lettre, autrement dit le chant se distingue &#224; peine de la parole. On parle de &#171; chant romain &#187;. Progressivement un et m&#234;me deux ch&#339;urs se substituent au chantre qui interviennent en &#233;cho ou en alternance avec l'officiant. On va parler alors de &lt;i&gt;cantus planus&lt;/i&gt;, de plain-chant, c'est-&#224;-dire de chant simple avec des voix strictement &#224; l'unisson, aucune ne l'emportant sur les autres, dans un mouvement absolument uniforme. Tout instrument, objet du paganisme par nature, ainsi que toute &#233;bauche de lyrisme sont proscrits. Les ch&#339;urs sont constitu&#233;s uniquement de voix d'hommes et pendant des si&#232;cles il n'y a pas d'&#233;criture musicale. La transmission des chants est mn&#233;monique, c'est-&#224;-dire qu'elle est orale et qu'il est donc fait appel &#224; la m&#233;moire. Enfin, probablement au milieu du si&#232;cle onze mais c'est discut&#233;, apparaitront les neumes, premi&#232;re forme de transcription musicale. Les neumes sont des suites de points et de traits, qui deviendront des carr&#233;s et qui se compliqueront beaucoup par la suite, figurant sur une port&#233;e de quatre lignes. Ils peuvent &#234;tre de trois ou quatre notes, voire plus au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/schmite-4-6e10b.jpg?1771952959' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#201;criture neumatique
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les neumes se r&#233;partissent au-dessus ou en dessous de la &#171; corde de cantillation &#187;. Il s'agit d'un axe, une ligne repr&#233;sentant un son fixe, de part et d'autre duquel s'organise la musique. Il en allait d&#233;j&#224; ainsi &#224; l'&#233;poque de Gr&#233;goire. La cantillation gr&#233;gorienne &#233;tait une lecture chant&#233;e de la parole divine. On suivait l'accentuation du latin et chaque syllabe prenait place dans l'espace vocal par rapport &#224; cet axe m&#233;lodique, la corde de cantillation. Le chant, la succession des syllabes, se d&#233;veloppait, tournait, autour de la corde, telle une fr&#234;le embarcation ondoyant sur une mer de phon&#232;mes latins &#224; proximit&#233; d'une ligne de bou&#233;es tonales fixes. On retrouve la cantillation et sa corde dans bien des lieux et circonstances, le &lt;i&gt;adhan&lt;/i&gt;, l'appel &#224; la pri&#232;re de l'Islam, par exemple. Du c&#244;t&#233; de l'Hindouisme, le &lt;i&gt;S&#226;ma-Veda&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre s&#251;rement d&#233;fini en tant que &lt;i&gt;veda&lt;/i&gt; des modes de cantillation et un &#171; s&#226;man &#187; est une mani&#232;re de chanter un texte v&#233;dique, une m&#233;lodie liturgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour poursuivre sur les neumes, il faut pr&#233;ciser qu'ils s'inscrivent dans un temps &#171; lisse &#187;, autrement dit dans un temps continu, non mesurable, un temps propice &#224; la contemplation, &#224; la m&#233;ditation, et que l'&#233;criture &#171; neumatique &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233;e bien apr&#232;s la p&#233;riode gr&#233;gorienne et elle continue encore de nos jours. Apr&#232;s Beethoven et sa symphonie N&#176;3, Wagner dans &#171; Das Rheingold &#187;, l'or du Rhin, et bien d'autres, Pierre Boulez avec &#171; &#201;clats &#187; et Philippe Manoury avec &#171; La ville &#187; s'inscrivent dans le temps lisse parce qu'une large place est laiss&#233;e &#224; l'intuition du chef et/ou de l'interpr&#232;te, qu'il n'y a pas de dur&#233;e v&#233;ritable, pas de tempo, mais &#171; simplement &#187; prise en compte d'une dynamique des &#339;uvres, des objets musicaux, ainsi que du geste de celui qui les &#233;veille, ou bien que des &lt;i&gt;&#171; fen&#234;tres d'intuition &#187;&lt;/i&gt;, comme le dit Manoury, sont laiss&#233;es ouvertes dans la pi&#232;ce, des fen&#234;tres spatio-temporelles de libert&#233;, enfin pour une certaine dur&#233;e quand m&#234;me, celle de la musique ou d'une phase de cette musique. John Cage a fait &#231;a aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, Hildegarde von Bingen a&#8211;t-elle compos&#233; une symphonie, quelques si&#232;cles avant que Josef Haydn ait invent&#233; la forme, avec le d&#233;sir fi&#233;vreux de r&#233;volutionner son environnement culturel et de lancer un superbe d&#233;fi aux hommes ensoutan&#233;s ? Non... et oui &#224; la fois. En fait, bien avant Hildegarde, on avait d&#233;j&#224; enregistr&#233; quelques vell&#233;it&#233;s de sortie du cadre &#233;troit construit et impos&#233; par Gr&#233;goire. Tout syst&#232;me rigoureux, voire extr&#234;mement rigide comme celui de Gr&#233;goire, que ce syst&#232;me soit politique, &#233;conomique, religieux et par cons&#233;quent musical, a suscit&#233;, de lui-m&#234;me et de tous temps, si ce n'est de vives r&#233;actions en vue de s'en &#233;vader ou de carr&#233;ment le renverser, tout du moins des tentatives, beaucoup plus modestes, de prendre quelques distances par rapport &#224; lui, d'y insuffler un tout petit peu d'oxyg&#232;ne cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant Hildegarde, en musique profane, de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle il y a de la polyphonie, et m&#234;me beaucoup, avec des intrusions tr&#232;s timides mais effectives dans la musique sacr&#233;e, avec du canon et du presque contrepoint, des lignes m&#233;lodiques qui se croisent &#224; certains moments, des instruments qui viennent en basse continue mais dont la partie peut, au-del&#224; de simplement le soutenir, se substituer au chant vocal. Il y a dans tout ceci une influence in&#233;vitable de ce que produisaient ici et l&#224; les troubadours et les trouv&#232;res, et puis aussi, on peut l'imaginer, les chorales profanes des campagnes et faubourgs, ainsi que les chants plus ou moins instrument&#233;s accompagnant les beuveries et ripailles. Donc, toutes ces &#171; pa&#239;enneries &#187; ont effleur&#233;, chatouill&#233; pourrait-on dire, plus que v&#233;ritablement p&#233;n&#233;tr&#233; la musique sacr&#233;e, jusqu'&#224; ce que surgisse sur cette sc&#232;ne, toujours tr&#232;s soumise &#224; la loi gr&#233;gorienne, l'Hildegarde musicale. Hildegarde von Bingen la premi&#232;re femme compositeur d'Occident et l'une des tr&#232;s rares au sein de la Chr&#233;tient&#233; de tous les temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout chez elle est transgression, la place r&#233;serv&#233;e &#224; la musique dans le culte bien s&#251;r, l'interpr&#233;tation de celle-ci, uniquement par des voix f&#233;minines, les interventions instrumentales, en soutien des voix mais aussi en parfaite autonomie par rapport &#224; elles, enfin le lyrisme, tant dans les textes po&#233;tiques que dans les partitions. LYRISME, voil&#224; un terme qui pourrait d&#233;finir et r&#233;sumer toute la parole et la musique d'Hildegarde, peut-&#234;tre l'interdit majeur de Gr&#233;goire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH391/schmite-5-69228.jpg?1771952959' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Chants gr&#233;goriens tardifs
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hildegarde est venue sur le tard &#224; la po&#233;sie et &#224; la musique, &#224; quarante ans pass&#233;s, un &#226;ge presque canonique pour son si&#232;cle et les suivants, et c'est &#224; la cinquantaine qu'elle r&#233;unira ses nombreux hymnes dans un large cycle lyrique, ce qu'avait d&#233;j&#224; fait Pierre Ab&#233;lard une poign&#233;e d'ann&#233;es avant elle, cycle qu'elle intitulera &#171; symphonie &#187;. Il faut entendre symphonie dans le sens d'ensemble harmonieux, et &#233;videmment pas dans celui de ces machines colossales comme en ont mis en &#339;uvre Haydn et surtout Beethoven et Mahler. Pour Hildegarde, &lt;i&gt;&#171; l'&#226;me humaine est symphonique &#187;&lt;/i&gt;. La symphonie, qui exprime l'harmonie de L'Univers et du Paradis terrestre d'avant le fameux p&#233;ch&#233;, favorise celle du corps et de l'esprit lors de l'interpr&#233;tation musicale. Le r&#233;tablissement, ou la pr&#233;servation, de l'HARMONIE, voil&#224; l'objectif ultime et &#244; combien sublime de l'ensemble de l'&#339;uvre de Hildegarde von Bingen. Mais, avant de p&#233;n&#233;trer un peu plus avant dans sa musique, il faut une fois encore revenir &#224; la notation musicale, aux neumes, et aux styles qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une syllabe peut &#234;tre port&#233;e par une seule note, c'est le style syllabique, ou par plusieurs, c'est le style m&#233;lismatique. On trouvera donc des neumes syllabiques et des neumes m&#233;lismatiques, et on arrivera m&#234;me &#224; rencontrer plusieurs neumes pour une seule et m&#234;me syllabe. A l'origine, le neume correspond &#224; l'accentuation de la langue parl&#233;e ou &#233;crite, accent grave, accent aigu, accents circonflexe et anti-circonflexe, et il ne fournit aucune indication pr&#233;cise de rythme, de tempo, de hauteur ou d'intervalle. Si tout ceci est relativement simple dans le chant gr&#233;gorien comme on vient de l'indiquer, enchainement de quelques traits et carr&#233;s sur une port&#233;e de quatre lignes, et m&#234;me au tout d&#233;but pas de lignes du tout, &#231;a se compliquera assez vite avec l'introduction de triangles, de carr&#233;s barbel&#233;s, de neumes &#224; bec, de clefs d'Ut, de Fa et finalement de Sol, et m&#234;me de b&#233;mol, ce dernier &#233;tant particuli&#232;rement r&#233;serv&#233; au Si. Encore faut-il avoir le Si, car certains disent qu'il est arriv&#233; bien apr&#232;s, au si&#232;cle seize, le Si plein et entier entendent-ils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au si&#232;cle onze avec Guido d'Arezzo, on fonctionnera plut&#244;t sur le syst&#232;me de l'hexacorde constitu&#233; &#224; partir de six notes conjointes, Ut, R&#233;, Mi Fa, Sol, La. On en viendra tout naturellement &#224; ajouter une cinqui&#232;me ligne &#224; la port&#233;e pour &#171; porter &#187; tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hildegarde va enfiler les neumes ornement&#233;es comme des perles parfaites sur un fil de soie, la corde de cantillation, et multiplier les m&#233;lismes fleuris, apportant ainsi de la plus-value aux voix, incitant &#224; la virtuosit&#233; ses chantres et ses ch&#339;urs essentiellement f&#233;minins, toutes choses abhorr&#233;es par Gr&#233;goire. Pour la structure de ses compositions, elle recourt &#233;norm&#233;ment au mode antiphonal, l'antiphonie ou antienne correspondant &#224; l'alternance de deux ch&#339;urs, et au mode responsorial, le &lt;i&gt;r&#233;pons&lt;/i&gt; &#233;tant un chant altern&#233; entre un soliste et un ch&#339;ur, mais elle utilise parfois aussi le mode s&#233;quentiel, dans lequel les deux ch&#339;urs se r&#233;pondent en &#233;cho pour chanter ensemble dans le final. L'accompagnement instrumental fonctionne comme un ch&#339;ur discret, mais il y a aussi nombre de compositions strictement instrumentales, ce qui constitue un apport innovant dans le domaine de la musique sacr&#233;e, jusqu'ici essentiellement vocale. Tous les moyens sont bons lorsqu'il s'agit de louanger Dieu ou de lui rendre gr&#226;ce, si l'on pr&#233;f&#232;re, dit &#224; peu pr&#232;s Hildegarde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH220/schmite-6-7f832.jpg?1771952959' width='500' height='220' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ces instruments quels sont-ils ? Le violon pour commencer, celui du violoneux pas celui du &#171; Paganinisme &#187;, l'instrument du Diable dira-t-on bien plus tard, et puis la harpe qui ressemblait davantage &#224; la lyre de ce pauvre Orph&#233;e qu'au meuble encombrant, quoique splendide, des orchestres modernes, et puis la vielle &#224; roue, cette machine tout &#224; fait bizarre avec sa manivelle, son petit clavier et sa quantit&#233; innombrable de cordes dont certaines qualifi&#233;es de &#171; sympathiques &#187;, c'est-&#224;-dire qui entrent en r&#233;sonance, et puis cette tablette de cordes qu'est le psalt&#233;rion ou cithare, rien &#224; voir avec le sitar cette fragile guitare indienne qui &#224; une certaine &#233;poque a tant fascin&#233; la majorit&#233; des rockstars d'Occident, enfin la fl&#251;te, &#224; bec ou traversi&#232;re, un instrument ant&#233;diluvien s'il en est. Tout cet ensemble, &#171; ensemble &#187; ou partiellement, forme un voile de douceur, un filet de miel aurait avanc&#233; Hildegarde &#224; propos des sonorit&#233;s de la cithare, pour accueillir la voix d&#233;licate des femmes et recueillir l'&#233;motion d&#233;vote des auditeurs immanquablement fid&#233;lis&#233;s. Voil&#224; pour la forme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au fond rien de bien nouveau sous le soleil&#8230;du Christ. Il s'agit, entre autres, de rendre compte de la sapience infinie de Dieu et de l'amour profond qu'il porte aux Hommes, d'honorer les vierges &#224; la fois Ses &#233;pouses et le miroir renvoyant Sa lumi&#232;re, de s'&#233;merveiller de l'Immacul&#233;e Conception qui permit &#224; Marie de &#171; r&#233;dimer &#187; les femmes du p&#233;ch&#233; originel, s&#233;quence surprenante car b&#226;tie en vers h&#233;t&#233;rom&#233;triques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un po&#232;me h&#233;t&#233;rom&#233;trique est un po&#232;me dans lequel on rencontre plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. soulign&#233;s par un trait de fl&#251;te, de glorifier Ursule et les onze mille vierges qui l'ont accompagn&#233;e dans le martyre, quintessence de l'imagerie sexuelle m&#233;di&#233;vale, &lt;i&gt;&#171; Spiritui Sancto honor sit, qui in mente Ursulae virginis virginalem turbam velut columbas collegit &#187;&lt;/i&gt;, gloire au Saint Esprit qui mit dans l'esprit de la vierge Ursule le d&#233;sir de recueillir un vol de colombes, enfin en gros&#8230;&#231;a veut dire &#224; peu pr&#232;s cela, d'&#233;couter le chant des anges qui, tout en virevoltant dans les cieux, vantent l'infinie sagesse et l'omnipotence de Dieu ainsi que l'extraordinaire f&#233;condit&#233; f&#233;minine, de d&#233;crire l'Apocalypse, triomphe de la mort plan&#233;taire entrevue par Jean de Patmos mais aussi porte ouvrant, pour les m&#233;ritants &#224; l'instar des proph&#232;tes, ap&#244;tres et martyrs, sur la vie &#233;ternelle et b&#233;ate. Au-del&#224; des louanges faites &#224; Dieu, on trouve donc un &#233;loge de la femme, virginit&#233; et f&#233;condit&#233; confondues, ce qui constitue une curiosit&#233; dans le cadre d'un monoth&#233;isme, et un &#233;loge du martyre, but ultime et infiniment pervers d'absolument tous les monoth&#233;ismes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH243/schmite-7-a487f.jpg?1772367389' width='500' height='243' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Ch&#226;sse de Sainte-Ursule, Hans Memling
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hildegarde von Bingen a encore compos&#233; un drame liturgique, &lt;i&gt;Ordo Virtutum&lt;/i&gt;, le Jeu des Vertus, sorte de myst&#232;re tel qu'on en donnait sur le parvis des cath&#233;drales, mais en plus lyrique, ou d'op&#233;ra-rock satanique, puisqu'il met en sc&#232;ne le Diable&#8230;ainsi que les Vertus, d'o&#249; son titre, Vertus dans le sens des forces c&#233;lestes bien s&#251;r. En fait de jeu il s'agit d'un combat dont la finalit&#233; est de perdre ou de sauver l'&#226;me humaine. Devinez qui va gagner ! Du c&#244;t&#233; des Vertus, il y a un chantre principal accompagn&#233; d'un ch&#339;ur duquel d'autres solistes peuvent &#233;merger, humilit&#233;, charit&#233;, mis&#233;ricorde, ob&#233;issance etc. etc., et toutes chantent en alternance &lt;i&gt;a cappella&lt;/i&gt;, tandis que la partie du Diable est essentiellement parl&#233;e et m&#234;me le plus souvent cri&#233;e. C'est normal puisque la musique est c&#233;leste et que le Diable est anti-musical par nature. Il n'y a aucune certitude sur le fait que ce drame, presqu'une com&#233;die pour nous, n'ait jamais &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; du vivant d'Hildegarde et m&#234;me apr&#232;s. Du reste, et plus g&#233;n&#233;ralement, l'interpr&#233;tation contemporaine d'une musique aussi ancienne pose moult probl&#232;mes, pour les raisons d'&#233;criture musicale d&#233;j&#224; amplement &#233;voqu&#233;es, la n&#233;cessit&#233; de s'impr&#233;gner compl&#232;tement de l'esprit de l'&#233;poque, ainsi que celle de reconstituer pr&#233;cis&#233;ment les instruments qui &#233;taient en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut affirmer que, d&#232;s les premiers si&#232;cles de la chr&#233;tient&#233;, la polyphonie constitua le Saint Graal de la musique, que celle-ci soit instrumentale ou vocale. En d&#233;pit de l'interdit de Gr&#233;goire, Hildegarde n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; multiplier les voix, tout autant que les ma&#238;tres L&#233;onin et P&#233;rotin, compositeurs fameux de l'&#201;cole de Notre-Dame et repr&#233;sentants insignes de ce que l'on appelle l'&lt;i&gt;Ars Antiqua&lt;/i&gt;, l'Art ancien, ses tout justes pr&#233;d&#233;cesseurs, tous deux d&#233;veloppeurs de l'&lt;i&gt;Organum&lt;/i&gt;, ou encore diaphonie, qui se traduit par l'adjonction de voix &#224; la voix principale, celle du chantre du plain-chant, d'abord une, la voix organale c'est-&#224;-dire un accompagnement initialement instrumental, puis deux, ensuite trois et m&#234;me au-del&#224; chez P&#233;rotin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23229 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH158/schmite-8-38596.jpg?1771952959' width='500' height='158' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#201;cole de Notre-Dame
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les interpr&#233;tations se compliquent et par voie de cons&#233;quence les partitions, bien s&#251;r, et on n'h&#233;site plus &#224; enjoliver, &#224; ajouter moult fioritures, ce qui, avec le temps, contribuera &#224; faire &#233;voluer consid&#233;rablement le syst&#232;me de notation musicale, notamment avec la prise en compte des rythmes et non plus seulement des hauteurs de chant. La polyphonie deviendra pleine et enti&#232;re en musique sacr&#233;e, elle existait depuis des temps imm&#233;moriaux en musique profane, et ce gr&#226;ce &#224; Philippe de Vitry, un autre esprit universel celui-ci, math&#233;maticien, po&#232;te et j'en passe, et son fameux trait&#233; &#171; Ars nova musicae &#187;, l'Art nouveau musical, instaurant le r&#232;gne absolu du &#171; petit texte &#187;, le motet, un produit indirect du gr&#233;gorien. Avec le motet, s'installe durablement le contre-point. Chaque voix chante un texte et suit une ligne m&#233;lodique qui lui est propre. Celui qui donnera de l'ampleur &#224; tout &#231;a, c'est cet intellectuel subtil et aventurier merveilleux, Guillaume de Machaut. Lucien Rebatet se montre admiratif &#224; l'&#233;gard de L&#233;onin et P&#233;rotin, de Philippe de Vitry et de Guillaume de Machaut, il cite aussi Adam de la Halle, po&#232;te lyrique et trouv&#232;re, h&#233;ritier musical des deux premiers, mais il n'&#233;voque &#224; aucun moment Hildegarde von Bingen, et c'est &#233;tonnant parce qu'on ne peut vraiment pas le soup&#231;onner d'anti-germanisme Rebatet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien Rebatet (1903-1972), &#233;crivain et critique d'art, a &#233;t&#233; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH419/schmite-9-0c74a.jpg?1771953679' width='500' height='419' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hildegarde von Bingen est probablement la premi&#232;re &#224; avoir fait chanter les anges, ou plut&#244;t, la premi&#232;re, elle nous a permis d'entendre leur chant. Dot&#233;s de leurs trois paires d'ailes, une pour monter aux cieux, une autre pour plonger vers la terre, la derni&#232;re pour engager des virages serr&#233;s, les anges d'Hildegarde font des ronds dans l'espace. Par leur vol et leur chant, ils dessinent des cercles qui sont &#224; l'unisson de ceux de l'Univers, eux-m&#234;mes image de la divine sagesse, la sapience. &lt;i&gt;&#171; O virtus sapientiae, quae circuiens circuisti comprehendendo omnia&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, &#212; sagesse qui en formant des cercles enlace et embrasse tout&#8230;, enfin en gros&#8230;&#231;a veut dire &#224; peu pr&#232;s cela. Au Moyen &#194;ge le cercle est la forme de la perfection, perfection traduite dans les rosaces du Gothique et les tondi des Renaissants. La musique, fluide c&#233;leste enveloppant, comme on l'a dit, place l'Homme en son centre pour qu'il puisse mieux la recueillir. La musique est une sph&#232;re, c'est-&#224;-dire un cercle en volume, tout comme l'Univers est constitu&#233; d'une s&#233;rie de sph&#232;res &#8212; c'est-&#224;-dire de cercles volum&#233;tris&#233;s &#8212; imbriqu&#233;es les unes dans les autres telles des poup&#233;es russes, sph&#232;res de flammes rouges, de feu obscur, de pur &#233;ther etc. avec l'Homme toujours en son centre. La musique conduit &#224; la jouissance mystique qui elle-m&#234;me am&#232;ne &#224; la &#171; conscience cosmique &#187;. Davantage que forme, le cercle exprime le mouvement universel qui est une ronde cosmique &#224; laquelle l'Homme est convi&#233; une fois qu'il se sera lib&#233;r&#233; de son ego par la foi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH792/schmite-10-a2f93.jpg?1772367390' width='500' height='792' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que Hildegarde von Bingen, dans son obsession de transmettre le contenu de ses &#171; visions &#187;, a rejet&#233; la s&#233;paration et la hi&#233;rarchie des diff&#233;rents domaines du savoir en son temps, savoirs tant artistiques que &#171; scientifiques &#187;, m&#233;decine, naturalisme, rh&#233;torique, po&#233;sie, peinture d'enluminures, cosmologie et enfin musique. On peut concevoir l'&#339;uvre de Hildegarde von Bingen comme une &#338;UVRE TOTALE QUI FERAIT CERCLE, figure absolue de la perfection divine telle que per&#231;ue &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, mais aussi Rose des arts lib&#233;raux desquels Hildegarde doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la jardini&#232;re attentionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien longtemps, &#224; l'extr&#234;me fin des glorieuses ann&#233;es &#171; Pop &#187;, dans une MJC de banlieue on avait organis&#233; une soir&#233;e fa&#231;on patchwork autour de musiques que l'on pouvait qualifier d'exotiques pour le public de ce lieu populaire, duquel j'avais l'honneur d'&#234;tre compt&#233; parmi. Nous avions eu droit, bien s&#251;r, &#224; quelques r&#226;gas accompagn&#233;s de longs arp&#232;ges de sitar se d&#233;veloppant en spirale, puis emballements du tabla, sur fond bourdonnant et &#233;lectrisant de la tampura, suivis de quelques pi&#232;ces ornement&#233;es et lascives de guitare baroque espagnole, courts floril&#232;ges de merveilles venues d'ailleurs qui avaient ravi nos oreilles juv&#233;niles quoique d&#233;j&#224; assez convenablement aiguis&#233;es par certains sons surgis des pubs de l'Angleterre et des clubs de la c&#244;te ouest des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que fit son entr&#233;e sur la sc&#232;ne improvis&#233;e un homme encore jeune et de modeste apparence qui tenait dans une main une guitare on ne peut plus classique tout en soulevant de l'autre une chaise en bois &#224; tubulure de m&#233;tal comme on en trouvait alors un peu partout, et probablement encore, dans les salles de r&#233;union informelles d'Europe. L'homme s'assit tranquillement, plaqua quelques accords simples et l&#233;gers sur sa guitare comme pour se donner le ton, puis entama ce que nous per&#231;&#251;mes comme une longue, tr&#232;s longue m&#233;lop&#233;e, une complainte tr&#232;s &#233;tir&#233;e et venue d'un autre &#226;ge. Au d&#233;part, il y eut un profond silence dans la salle, puis on entendit quelques chuchotements, et enfin un bruissement assez nettement protestataire. L'homme posa la guitare sur le sol, se leva calmement de sa chaise, r&#233;ajusta ses lunettes et commen&#231;a &#224; expliquer, d'un air un peu navr&#233; quand m&#234;me, que ce qu'il interpr&#233;tait &#233;tait tr&#232;s pur et tr&#232;s m&#233;ditatif, qu'il s'agissait de chant gr&#233;gorien, qu'il avait pass&#233; beaucoup de temps pour l'apprendre, ce chant, &#224; l'abbaye de Solesmes. Puis il se rassit, reprit sa guitare ainsi que son chant l&#224; o&#249; il l'avait laiss&#233;. Un nombre non n&#233;gligeable d'auditeurs quitt&#232;rent la salle mais les chuchotements persist&#232;rent, sporadiquement, jusqu'&#224; la fin de sa prestation. Alors, l'homme sortit de sc&#232;ne sans bruit, comme il y &#233;tait apparu du reste, et je crus entendre ici et l&#224; quelques ricanements ainsi que moult soupirs de soulagement. Cet homme appliqu&#233; &#224; son chant et le Gr&#233;gorien lui-m&#234;me, que je d&#233;couvrais ou presque, m'avaient profond&#233;ment &#233;mu, &#224; tel point que j'ai coll&#233; cette image, d&#233;licatement, dans ma caverne cr&#226;nienne/m&#233;morial.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/schmite-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH326/schmite-11-f38ec.jpg?1772367390' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Abbaye de Solesmes, haut lieu du chant gr&#233;gorien
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saint Augustin, &#171; Trait&#233; de la Musique &#187; in &#171; &#338;uvres compl&#232;tes de Saint Augustin &#187; (traduit par MM. Th&#233;nard et Citoleux).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Michel Poizat dans &#171; Hildegarde von Bingen : la voix sacr&#233;e &#187; (Les cahiers du GRIF, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien Rebatet, &#171; Une Histoire de la musique des origines &#224; nos jours &#187;, Robert Laffont et Raymond Bourgine, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un po&#232;me h&#233;t&#233;rom&#233;trique est un po&#232;me dans lequel on rencontre plusieurs m&#233;triques (alexandrins, d&#233;casyllabes, octosyllabes...)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien Rebatet (1903-1972), &#233;crivain et critique d'art, a &#233;t&#233; un collaborateur acharn&#233; de l'occupant national-socialiste et un antis&#233;mite f&#233;roce, ce qui lui a valu d'&#234;tre condamn&#233; &#224; mort &#224; la Lib&#233;ration et finalement graci&#233;, on ne sait pour quelle raison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Engagement</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Engagement</link>
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		<dc:date>2026-02-02T11:11:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour s'engager dans une direction il faut trouver un int&#233;r&#234;t &#224; le faire et si des gens d&#233;cident de se regrouper pour aller dans la m&#234;me direction c'est qu'ils ont un int&#233;r&#234;t commun mais, comme le souligne le sociologue Michel Offerl&#233;, le regroupement et l'existence d'un int&#233;r&#234;t commun ne conduisent pas n&#233;cessairement &#224; l'action.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton2809-9435c.jpg?1772186898' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour s'engager dans une direction il faut trouver un int&#233;r&#234;t &#224; le faire et si des gens d&#233;cident de se regrouper pour aller dans la m&#234;me direction c'est qu'ils ont un int&#233;r&#234;t commun mais, comme le souligne le sociologue Michel Offerl&#233;, le regroupement et l'existence d'un int&#233;r&#234;t commun ne conduisent pas n&#233;cessairement &#224; l'action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'action, qu'elle soit individuelle ou collective, r&#233;clame des efforts cherchant toujours r&#233;compense et cette r&#233;compense doit avoir une valeur sup&#233;rieure &#224; celle des efforts d&#233;ploy&#233;s. Un vulgaire calcul &#233;conomique est donc g&#233;n&#233;ralement op&#233;r&#233; pour l'engagement de toute action. M&#234;me dans le militantisme qui a pour mission de repr&#233;senter l'autre, au besoin de le d&#233;fendre, il y a recherche d'une meilleure estime de soi par l'acquisition de comp&#233;tences nouvelles, l'occupation de postes plus prestigieux ou le simple sentiment d'appartenance &#224; un r&#233;seau, &#224; une &#233;lite. C'est ce que le sociologue Michel Offerl&#233; appelle &lt;i&gt;&#171; la menue monnaie de l'action collective &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Offerl&#233;, Sociologie des groupes d'int&#233;r&#234;t , &#201;ditions Montchrestien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais pour la percevoir cette menue monnaie, il faut &#234;tre repr&#233;sentatif. On peut atteindre la repr&#233;sentativit&#233; par la mobilisation du nombre ou par la reconnaissance du pouvoir. Historiquement, c'&#233;tait la mobilisation du nombre qui for&#231;ait la reconnaissance. La grande id&#233;e du pouvoir c'est d'avoir d&#233;coupl&#233; le nombre et la reconnaissance. En conf&#233;rant rapidement le qualificatif d'experts &#224; des responsables de groupe, en institutionnalisant le groupe, on coupe le groupe du nombre. Ainsi la contrepartie de l'institutionnalisation c'est la d&#233;l&#233;gitimation, la base potentielle du groupe, les gens que le groupe est cens&#233; repr&#233;senter, ne pouvant que difficilement s'identifier &#224; des experts d&#233;sign&#233;s par le pouvoir. Une reconnaissance en chasse donc une autre mais il ne s'agit gu&#232;re d'un probl&#232;me pour les &#171; institutionnalis&#233;s &#187; car il est plus confortable, mat&#233;riellement et dans certain cas pour sa s&#233;curit&#233; physique, de collaborer que de s'opposer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23159 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L358xH572/capture_d_e_cran_2026-01-09_a_14.06_39-ae931.jpg?1769450419' width='358' height='572' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un apr&#232;s-midi chaud, tr&#232;s chaud, et le gros monsieur en complet gris nous rejoignit, tout essouffl&#233; et en sueur, &#224; la table du bistrot, en plein centre de Caracas, o&#249; nous &#233;tions install&#233;s en compagnie d'un jeune universitaire qui avait organis&#233; cette rencontre avec le gros monsieur gris, essouffl&#233; et transpirant, avant qu'il ne soit dans cet &#233;tat bien s&#251;r. Il y avait une singuli&#232;re agitation dans le quartier, une agitation que l'on ressentait imm&#233;diatement comme inhabituelle m&#234;me pour la capitale, une agitation d'&#233;norme manifestation ou de congr&#232;s tr&#232;s important. Du reste le gros monsieur nous le dit tout net, entre deux p&#233;nibles respirations, car il &#233;tait vraiment tr&#232;s essouffl&#233;, tr&#232;s exalt&#233; et tr&#232;s &#233;mu aussi. Il s'agit d'un congr&#232;s d'une extr&#234;me importance, c'est un congr&#232;s historique. Nous devons prendre le tournant, amorcer le virage, mais ce n'est pas gagn&#233; d'avance. Il y a des r&#233;sistances. La situation internationale a diam&#233;tralement chang&#233;, l'&#233;quilibre ancien est rompu, il y a eu un effondrement. Nous ne pouvons plus nous contenter de rester spectateur, ni de continuer de ronchonner ou de grogner dans notre coin. Nous devons changer, nous devons bouger de nos positions qui ne sont d&#233;j&#224; plus tenables, nous devons nous adapter au nouveau contexte. Nous devons nous moderniser. Nous devons nous reconstruire. Nous ne pouvons plus faire que nous opposer. Nous devons participer de fa&#231;on constructive. Nous devons collaborer. Le gros monsieur avala &#224; la h&#226;te une gorg&#233;e de caf&#233; et partit en coup de vent par o&#249; il &#233;tait venu, et ce coup de vent nous rafra&#238;chit un peu car il faisait vraiment chaud, tr&#232;s chaud, cet apr&#232;s-midi-l&#224; &#224; la terrasse du bistrot en plein centre de Caracas. Tout en nous accompagnant jusqu'&#224; la bouche du m&#233;tro la plus proche, le jeune universitaire nous expliqua que son parti ne pouvait plus camper dans une position st&#233;rile. Le vieux rapport de force &#233;tait renvers&#233;. Le parti doit &#234;tre plus ouvert. Il doit adopter une attitude consensuelle, ajouta-t-il. Il ne faut plus rejeter l'&#233;conomie de march&#233; car c'est une r&#233;alit&#233; objective dont le pays a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passait-il dans les faits qui justifi&#226;t ce d&#233;sir profond de changement tant dans les esprits que dans le parti ? Le parti communiste v&#233;n&#233;zu&#233;lien, dont le gros monsieur gris et essouffl&#233; devait &#234;tre le num&#233;ro deux, qui avait assist&#233;, profond&#233;ment navr&#233;, &#224; l'effondrement du bloc sovi&#233;tique, entamait son congr&#232;s de transition, transition d&#233;mocratique pr&#233;cisait-il. Oui, mais o&#249; en &#233;tait le pays, quel &#233;tait le climat g&#233;n&#233;ral au-del&#224; de la chaleur oppressante de cet apr&#232;s-midi historique&#8230; et d&#233;mocratique ? Eh bien, &#231;a n'allait pas fort, comme nous l'expliqua quelques jours plus tard, par un apr&#232;s-midi tout aussi chaud mais un peu humide, le chef de cabinet du gouverneur de l'&#201;tat de Guyanas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;actuellement Bolivar&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Andr&#233;s Vel&#225;squez, un ancien ouvrier &#233;lectricien et dirigeant d'une organisation de gauche radicale, Causa R. Le chef de cabinet &#233;tait un homme jeune, intelligent et m&#234;me subtil qui n'avait strictement rien &#224; voir avec les produits de notre fabrique nationale de technocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays s'enfon&#231;ait dans la crise. Les pauvres, une tr&#232;s grosse majorit&#233;, devenaient plus pauvres encore pendant que les riches, donc une infime minorit&#233;, devenaient plus riches. L'inflation continuait de galoper, le service de la dette, colossale la dette, interdisait tout nouvel investissement et la corruption gangr&#233;nait tous les secteurs de la soci&#233;t&#233;. Quelques mois plus t&#244;t, le pr&#233;sident social-d&#233;mocrate, CAP comme on le surnommait, avait lanc&#233; un train de mesures drastiques qui laminait le pouvoir d'achat des petites gens, initiative qui avait provoqu&#233; des &#233;meutes aussit&#244;t r&#233;prim&#233;es dans le sang. La police et l'arm&#233;e avaient tir&#233; dans la foule des manifestants et on avait ramass&#233; entre trois cents et cinq cents morts selon les sources officielles et plus de deux mille selon les autres sources, dont Causa R. Suite &#224; ces &#233;v&#232;nements dramatiques, la question de la reprise de la lutte arm&#233;e s'&#233;tait pos&#233;e pour Causa R, nous avoua son porte-parole, tandis que le parti communiste, lui, pr&#233;parait son congr&#232;s de transition, transition d&#233;mocratique pr&#233;cisait-il, tout &#224; ses r&#234;ves de grande r&#233;conciliation, r&#233;conciliation nationale ajoutait-il, et d'entr&#233;e acc&#233;l&#233;r&#233;e au paradis consum&#233;riste du Nord. Pour quelques centaines de morts on ne pouvait tout de m&#234;me pas tout arr&#234;ter, s'interdire de prendre le grand virage qui d&#233;bouchait sur l'&#233;conomie de march&#233;. Cependant la d&#233;monstration de fermet&#233; du pr&#233;sident social-d&#233;mocrate avait un peu rassur&#233; les chefs d'&#201;tat et les investisseurs &#233;trangers, et quelques cr&#233;dits avaient &#233;t&#233; imm&#233;diatement d&#233;bloqu&#233;s par les grandes institutions internationales. Les Etats-Unis, eux aussi, &#233;taient bien contents car ils poss&#233;daient beaucoup d'int&#233;r&#234;ts, principalement p&#233;troliers, dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L423xH495/capture_d_e_cran_2026-01-14_a_15.13_59-289a8.jpg?1769450638' width='423' height='495' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tat de Guyanas, &#224; l'est, &#231;a ne tournait pas tr&#232;s fort non plus, ce que nous confirma le Gouverneur qui entre-temps &#233;tait venu nous saluer. Il y avait tout un tas de probl&#232;mes &#224; r&#233;gler sans d&#233;lai, &#233;videmment, non pas &#224; coup de fusils mais avec humanit&#233;. Tout d'abord, on avait interdit aux orpailleurs d'empoisonner l'Or&#233;noque avec le mercure et ceux-ci avaient entam&#233; une gr&#232;ve de la faim. Effectivement, &#224; notre arriv&#233;e &#224; Ciudad Guyana, nous avions pu voir une douzaine de pauvres types allong&#233;s sur des paillasses en bordure du fleuve, peut-&#234;tre y avait-il une banderole et quelques gens aussi autour d'eux, tandis que le fleuve lui-m&#234;me &#233;tait encombr&#233; de centaines de toutes petites embarcations de p&#234;cheurs au carrelet. Les poissons et le mercure ne vont pas tr&#232;s bien ensemble. Les orpailleurs on en trouve partout dans certaines zones de l'Am&#233;rique du sud, des hauts plateaux andins aux plaines chaudes du sud Br&#233;sil, pauvres gens qui fouillent sans rel&#226;che le lit des rivi&#232;res et m&#234;me le moindre trou d'eau, qui remuent inlassablement leur bat&#233;e pour r&#233;colter quelques grains de pr&#233;cieux m&#233;tal et qui utilisent assez souvent du mercure pour en amalgamer les poussi&#232;res. Par ailleurs, l'&#233;norme complexe sid&#233;rurgique, que nous avions d&#233;j&#224; visit&#233;, qui employait des milliers de personnes, cumulait d'importants d&#233;ficits du fait de l'incurie qui r&#233;gnait &#224; sa t&#234;te, et le gouvernement, avec l'appui des syndicats &#224; sa solde, pr&#233;parait sa restructuration en vue d'une privatisation, ce qui mena&#231;ait &#233;videmment l'emploi. Il fallait remettre de l'ordre dans tout &#231;a. Au Venezuela, en ces ann&#233;es-l&#224;, comme ailleurs et &#224; toutes les &#233;poques, on trouvait, &#224; gauche, deux conceptions vraiment divergentes de l'engagement et ici, comme ailleurs et &#224; toutes les &#233;poques, les enjeux n'&#233;taient pas minces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'une des routes qui m&#232;nent ou ram&#232;nent &#224; Caracas, en haut d'une c&#244;te, il y avait une baraque en bois qui faisait restaurant et buvette et un peu &#233;picerie aussi et, &#224; c&#244;t&#233; de la baraque, le tenancier avait m&#233;nag&#233; un petit espace, juste en bordure et au ras de l'asphalte, sur lequel il avait plant&#233; un tronc fourchu, plut&#244;t une forte branche, auquel il tenait attach&#233; par une cha&#238;ne un petit singe &#224; longue queue, un singe-araign&#233;e. La cha&#238;ne &#233;tait juste assez longue pour que le petit animal puisse grimper au tronc et aussi s'y suspendre avec sa queue. &#201;videmment le singe &#233;tait l&#224; pour attirer le client de passage. Quand la route &#233;tait d&#233;serte, le petit singe restait m&#233;lancoliquement recroquevill&#233; au pied de son perchoir impos&#233;. Tout en s'enlevant les parasites il r&#234;vait, on peut le supposer, &#224; la cime des grands arbres qu'auparavant il effleurait, emport&#233; par le nuage de ses cong&#233;n&#232;res, en qu&#234;te de fruits m&#251;rs ou par jeu. Lorsqu'une voiture ou une camionnette ralentissait, marquant par-l&#224; l'intention de son conducteur de faire un tour &#224; la buvette, on voyait alors la face du petit singe s'illuminer et lui de s'agiter, de tr&#233;pigner et m&#234;me de faire comme des signes pour attirer le visiteur. Si ce dernier s'approchait, alors le singe faisait des sauts dans tous les sens et venait se blottir dans ses jambes. Si, par bonheur, le visiteur tendait un doigt, il enroulait prestement le bout de sa queue autour de son rameau improvis&#233; et s'y suspendait quelques instants avec d&#233;lice. Lorsque le visiteur repartait, le petit singe rejoignait, sans aucune forme de caprice, le pied de son ersatz d'arbre et reprenait son &#233;pouillage et son r&#234;ve l&#224; o&#249; il les avait laiss&#233;s. Ainsi va le monde, au ras de l'asphalte, noy&#233; dans les vapeurs d'essence ou d'autres choses malsaines. Je pense souvent &#224; ce petit singe-araign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23157 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-01-09_a_14.11_43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH309/capture_d_e_cran_2026-01-09_a_14.11_43-8a4ec.jpg?1772187889' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;L'engagement ! Comme il &#233;tait d&#233;put&#233; de sa circonscription et maire de sa ville, une commune tr&#232;s fortement peupl&#233;e mais sans doute trop proche de la capitale, tout le monde l'appelait le D&#233;put&#233;-Maire. C'&#233;tait logique et il ne pouvait s'emp&#234;cher d'en tirer une certaine fiert&#233;, tout &#224; fait l&#233;gitime d'ailleurs, quand il mesurait le chemin parcouru pour atteindre cette position enviable et envi&#233;e. Il &#233;tait d'origine modeste et avait exerc&#233; le beau m&#233;tier d'instituteur, ce qui est rare &#224; ce niveau en politique, mais fort peu de temps car son parti l'avait tr&#232;s t&#244;t distingu&#233; en tant qu'&#233;l&#233;ment &#224; gros potentiel et lui avait donc fait suivre son &#233;cole de cadres. Puis tout s'&#233;tait encha&#238;n&#233; tr&#232;s vite et il avait acc&#233;d&#233; &#224; cette position, enviable et envi&#233;e, &#224; l'&#226;ge ou les autres commencent &#224; peine &#224; user le fond de leur pantalon ou de leurs jupes sur les bancs des facult&#233;s. N&#233;anmoins, le D&#233;put&#233;-maire avait parfaitement conscience de la fragilit&#233; des choses humaines, ce qui est rare &#224; ce niveau en politique, et au moment des &#233;lections, dans l'intimit&#233; de sa petite &#233;quipe de campagne, il lui arrivait de dire sur un ton blagueur : &lt;i&gt;&#171; Nous avons int&#233;r&#234;t &#224; gagner cette fois-ci encore car je ne me vois pas, rev&#234;tu &#224; nouveau de cette vilaine blouse grise, parcourant les tristes trav&#233;es de pupitres, une r&#232;gle dans une main et un recueil de fables de La Fontaine dans l'autre &#187;&lt;/i&gt;. Il est vrai qu'il &#233;tait coquet et que c'&#233;tait plut&#244;t &#233;mouvant de le voir traverser les squares municipaux et printaniers, au moment des &#233;lections, un peu raide dans son costume clair, et serrer les mains des petits vieux assis sur les bancs publics, press&#233;s les uns contre les autres comme de petits oiseaux, avec toujours un mot tr&#232;s gentil et un grand sourire aux l&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un homme ferme qui suivait scrupuleusement les directives de son parti et qui les faisait appliquer, avec fermet&#233;, &#224; la mairie. Mais c'&#233;tait aussi un homme de grande &#233;coute et au sein du conseil restreint qu'il avait constitu&#233;, conseil qui repr&#233;sentait sa majorit&#233; et o&#249; se prenaient r&#233;ellement les d&#233;cisions, il laissait toujours s'exprimer les gens, et nombreux &#233;taient ceux qui ne manquaient pas de le faire, avec profusion, puis le D&#233;put&#233;-maire parlait longuement, tr&#232;s longuement m&#234;me, et plut&#244;t bien, et c'&#233;tait toujours ce qu'il avait dit, lui, qui &#233;tait approuv&#233;, car c'&#233;tait la sagesse m&#234;me. C'&#233;tait enfin un homme &#224; solides convictions, ce qui est rare &#224; ce niveau en politique, convictions de gauche &#233;videmment, et il y eut toute une p&#233;riode o&#249; il r&#233;p&#233;tait : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes de gauche, Je l'ai toujours &#233;t&#233; et Je le resterai, et Je ne laisserai jamais aucun priv&#233;, un de ces abominables vautours de promoteur, construire des logements pour bourgeois sur le territoire de Ma commune &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;claration dont il ne pouvait s'emp&#234;cher de tirer une certaine fiert&#233;, tout &#224; fait l&#233;gitime d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de construction, il y avait sur le territoire communal un tr&#232;s grand terrain en bordure d'autoroute sur lequel le D&#233;put&#233;-maire n'avait pu faire r&#233;aliser l'immeuble de logements sociaux qu'il avait programm&#233; en raison d'un grave litige qui avait oppos&#233; la commune &#224; la soci&#233;t&#233; constructrice, et sur ce terrain il restait d'ailleurs quelques baraques de chantier, t&#233;moignages path&#233;tiques de l'ambition municipale, dans lesquels vivaient depuis quinze ans, date dudit litige, de nombreux travailleurs immigr&#233;s en majorit&#233; d'origine malienne. Le D&#233;put&#233;-Maire n'aimait pas les travailleurs maliens non pas parce qu'ils n'&#233;taient que de simples travailleurs, le D&#233;put&#233;-Maire se sentait tr&#232;s engag&#233; &#224; l'&#233;gard des travailleurs, mais parce qu'il les soup&#231;onnait de vendre de la drogue &#224; la sortie des &#233;coles et de poster des prostitu&#233;es &#224; la sortie des bureaux et surtout il les accusait d'&#234;tre polygames. La polygamie il trouvait &#231;a malsain le D&#233;put&#233;-Maire. &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce que c'est que ces gens qui sont polygames ? &#187;&lt;/i&gt; rugissait-il continuellement &#224; l'encontre des maliens si peu vertueux. &lt;i&gt;&#171; Un maire, d&#233;put&#233; de surcro&#238;t, se doit avant toute autre chose d'&#234;tre le garant de la morale publique &#187;&lt;/i&gt;, rappelait-il souvent avec une certaine fiert&#233;, tout &#224; fait l&#233;gitime d'ailleurs, mais c'est vrai aussi qu'il se montrait particuli&#232;rement pointilleux, exag&#233;r&#233;ment dirais-je, d&#232;s qu'il s'agissait des choses du sexe, m&#234;me choses suppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin, le D&#233;put&#233;-Maire, homme de gauche archi-convaincu, diligenta une compagnie dite r&#233;publicaine, et de s&#233;curit&#233; de surcro&#238;t, afin de d&#233;loger, manu-militari, les travailleurs maliens qui survivaient dans leurs baraques de chantier depuis quinze ans. Comme il ne leur avait pas propos&#233; de les reloger, les Maliens et les autres, soutenus par certaines associations locales, investirent un immeuble de bureaux appartenant &#224; la commune afin de manifester leur m&#233;contentement et de s'abriter pour la nuit. Le D&#233;put&#233;-maire leur envoya &#224; nouveau la compagnie susmentionn&#233;e dont les compagnons distribu&#232;rent &#224; cette occasion force horions, car c'est l&#224; un peu leur raison d'&#234;tre &#224; ces gens-l&#224; et aussi leur authentique savoir-faire que tout le monde leur reconna&#238;t d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le D&#233;put&#233;-Maire &#233;tait un homme tr&#232;s ferme, je l'ai d&#233;j&#224; dit, mais aussi tr&#232;s clairvoyant et &#224; un certain moment il a parfaitement per&#231;u qu'il fallait afficher des preuves de la bonne utilisation qu'il faisait des deniers publics. Par exemple, la ville poss&#233;dait et g&#233;rait des cuisines, les cuisines municipales comme on les appelait tout simplement, qui donnaient de l'emploi &#224; quelques dizaines de personnes et qui confectionnaient les repas pour les cantines des &#233;coles, celle de l'h&#244;pital public et celles des diff&#233;rentes unit&#233;s administratives. Les gens &#233;taient bien contents du service rendu par ces cuisines parce que les repas &#233;taient bons et que ce n'&#233;tait pas cher. &lt;i&gt;&#171; Nous devons faire des &#233;conomies et puis faire la cuisine ce n'est pas du tout le r&#244;le de la municipalit&#233; &#187;&lt;/i&gt; a proclam&#233; le D&#233;put&#233;-Maire. La municipalit&#233; a donc ferm&#233; les cuisines municipales, licenci&#233; les quelques dizaines de personnes qui y travaillaient et confi&#233; la confection des repas &#224; une grosse entreprise priv&#233;e et idoine. L&#224;, les gens n'&#233;taient pas contents du tout parce que c'&#233;tait beaucoup plus cher et beaucoup moins bon mais, comme le disait le D&#233;put&#233;-Maire &lt;i&gt;&#171; Je suis de gauche, Je l'ai &#233;t&#233; depuis toujours et Je le resterai, mais J'ai des responsabilit&#233;s que J'entends assumer pleinement m&#234;me si c'est douloureux &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut avancer, sans pr&#233;tention aucune, que le re-fa&#231;onnage du paysage urbain et l'immobilier ont constitu&#233; la grande passion du D&#233;put&#233;-Maire, tout du moins tant que tout allait bien, qui ne parlait que de recomposer, r&#233;am&#233;nager, redynamiser, moderniser, &#233;lever, b&#226;tir. Pour ce faire, il disposait d'une grosse soci&#233;t&#233; &#224; capitaux mixtes, c'est-&#224;-dire publics et priv&#233;s, mais qui en fait n'&#233;tait pratiquement que publics, c'est-&#224;-dire constitu&#233;s &#224; partir des diff&#233;rents imp&#244;ts pr&#233;lev&#233;s par la commune, soci&#233;t&#233; dont il assurait &#233;videmment la pr&#233;sidence, tout du moins tant que tout allait bien, et &#224; qui il demandait de remodeler la ville, de cr&#233;er des zones d'activit&#233;s, de concevoir un parc de logements sociaux, de construire des maisons individuelles, de b&#226;tir des immeubles d'activit&#233;s, pour fixer son &#233;lectorat majoritairement populaire. Pour faire simple, il s'agissait de fournir g&#238;te et boulot &#224; la population de la grosse commune. Dans l'entourage du D&#233;put&#233;-Maire on &#233;tait tr&#232;s fier de cette passion de l'&#233;dile, de sa profession de foi en l'avenir, de son amour de la modernit&#233;, de son engagement ind&#233;fectible pour la sauvegarde des int&#233;r&#234;ts de la commune, de son extraordinaire combativit&#233; aussi car on imaginait un peu la ville comme le dernier village gaulois cern&#233; par les Romains sans vergogne, c'est-&#224;-dire les municipalit&#233;s de droite voisine, les gros promoteurs et les groupes financiers pr&#233;dateurs. &#171; No pasaran ! &#187;. Le projet &#233;tait pharaonique. Il s'agissait de reconsid&#233;rer dans toutes ses dimensions une tr&#232;s grosse ville et le D&#233;put&#233;-Maire-Pr&#233;sident exigeait de son entreprise qu'elle fasse tr&#232;s tr&#232;s vite. Les op&#233;rations urbanistiques et de construction s'enfilaient donc comme des perles sur un fil de soie mais un fil de soie &#231;a casse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture se retourna, la bulle immobili&#232;re qui enflait d&#233;mesur&#233;ment depuis plusieurs ann&#233;es fini par &#233;clater, au niveau national, les investisseurs disparurent, les prix s'effondr&#232;rent, l'endettement de la soci&#233;t&#233; devint colossal et son d&#233;ficit abyssal, alors le D&#233;put&#233;-Maire-Pr&#233;sident en abandonna la pr&#233;sidence qu'il confia &#224; l'un de ses adjoints, implora la cl&#233;mence du principal bailleur, un tr&#232;s important &#233;tablissement financier, en contrepartie de l'ouverture des portes du village gaulois indomptable &#224; des Romains d&#233;sign&#233;s par l'&#233;tablissement financier lui-m&#234;me et du licenciement de la quasi-totalit&#233; du personnel. Comme le d&#233;clara le D&#233;put&#233;-Maire, avec un r&#233;alisme un peu cru il est vrai : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes de gauche mais J'ai des responsabilit&#233;s et quand il faut vendre Je vends, quand il faut d&#233;graisser Je d&#233;graisse et quand il faut prendre un virage m&#234;me tr&#232;s serr&#233; Je le prends &#187;&lt;/i&gt;, propos entrant en contradiction avec ceux tenus avant fera-t-on remarquer, c'est vrai aussi. Le D&#233;put&#233;-maire n'en n'&#233;tait pas &#224; son premier virage m&#233;nag&#233;. Un peu avant il avait quitt&#233; son parti, &#224; qui il devait pourtant tout, alors que ce dernier accusait un net recul &#233;lectoral, mais il restait quand m&#234;me affili&#233; &#224; lui, la nuance est d'importance, ce qui lui permettait notamment de conserver, sans concurrence, son &#233;lectorat pour les &#233;ch&#233;ances qui le concernaient, la d&#233;putation et la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos d'&#233;lection, juste un peu avant son d&#233;mant&#232;lement, le D&#233;put&#233;-maire escort&#233; de son attach&#233; parlementaire avait rendu visite aux salari&#233;s de l'entreprise &#224; capitaux mixtes qu'il ne pr&#233;sidait d&#233;j&#224; plus, salari&#233;s dont la plupart habitait la commune, et ce jour-l&#224; en qualit&#233; de candidat, il leur avait d&#233;clar&#233; sans ambages : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes tous de gauche, bien s&#251;r, et si vous voulez conserver votre emploi vous avez int&#233;r&#234;t &#224; voter pour Moi &#187;&lt;/i&gt;. Tel quel ! Il aimait le parler franc, ce qui est rare &#224; ce niveau en politique. Apr&#232;s ces moments douloureux, le D&#233;put&#233;-maire qui gagna une fois encore les &#233;lections, ses derni&#232;res je crois, se vit proposer par le tr&#232;s important &#233;tablissement financier un si&#232;ge &#224; son conseil de surveillance, fonction assortie d'un tr&#232;s grand bureau en plein centre de la capitale et d'un d&#233;fraiement confortable, proposition &#224; laquelle il donna suite et de laquelle il ne put s'emp&#234;cher de tirer une certaine fiert&#233;, celle-ci tout-&#224;-fait indigne d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH262/capture_d_e_cran_2026-01-10_a_11.24_27-20997.jpg?1772187889' width='500' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette probl&#233;matique de l'engagement, la Pr&#233;sidente repr&#233;sente un autre cas int&#233;ressant. Il faut noter qu'il existe beaucoup de similitudes entre ce cas et celui du D&#233;put&#233;-Maire. Tout d'abord, on l'appelait la Pr&#233;sidente parce qu'elle pr&#233;sidait le conseil d'administration d'une importante entreprise du secteur de l'&#233;conomie sociale et solidaire. Donc, m&#234;me logique, m&#234;me &#233;conomie conceptuelle et d&#233;nominative. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'origine modeste, elle &#233;tait entr&#233;e tr&#232;s jeune comme petite secr&#233;taire dans une usine d'automobiles et s'&#233;tait aussit&#244;t engag&#233;e dans le syndicalisme, tradition familiale oblige, o&#249; sa d&#233;termination s'&#233;tait vite fait remarquer. L'&#233;poque &#233;tait celle de sauvages restructurations, il faut le rappeler, et le besoin de militants inflexibles &#233;tait extr&#234;me face &#224; un patronat particuli&#232;rement enrag&#233; et r&#233;trograde. Tout &#233;tait all&#233; tr&#232;s vite l&#224; encore, les syndicats offrant des positions confortables &#224; ceux de leurs adh&#233;rents qu'ils jugent m&#233;ritants dans les secteurs qu'ils contr&#244;lent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L304xH366/capture_d_e_cran_2026-01-14_a_12_58.07-4ad1f.jpg?1769450638' width='304' height='366' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anouck Grinberg,
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#339;uvre r&#233;cente
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie sociale et solidaire &#233;tait l'un de ces secteurs. A c&#244;t&#233; de son poste de Pr&#233;sidente, la Pr&#233;sidente avait collectionn&#233; les postes de vice-pr&#233;sidente et d'administratrice dans diverses entit&#233;s-s&#339;urs ainsi qu'une position enviable au syndicat, postes et position dont elle tirait une certaine fiert&#233; bien qu'en petit comit&#233; elle s'en d&#233;fende, tout en ne pouvant s'emp&#234;cher de rosir de bonheur. Si l'on retient l'image de &#171; la menue monnaie &#187; de l'engagement telle que propos&#233;e par le sociologue, on peut dire alors que la Pr&#233;sidente &#233;tait un tronc d'&#233;glise, que dis-je un tronc de cath&#233;drale. Elle avait un beau bureau, tr&#232;s vaste, une jolie voiture de fonction, une r&#233;mun&#233;ration fort honn&#234;te, et aussi &#233;norm&#233;ment d'exigences &#224; l'&#233;gard de ses collaborateurs dont bon nombre ne craignaient rien tant que ses col&#232;res car la Pr&#233;sidente manifestait pour son entreprise un v&#233;ritable souci d'excellence et souffrait de crises d'autoritarisme aigues. &lt;i&gt;&#171; Dans notre domaine, nous nous devons d'&#234;tre une r&#233;f&#233;rence, non seulement aupr&#232;s de nos adh&#233;rents, aupr&#232;s de nos soci&#233;t&#233;s-s&#339;urs mais aussi aupr&#232;s du Minist&#232;re, notre minist&#232;re de tutelle &#187;&lt;/i&gt; martelait-elle sans cesse. Ses yeux se mouillaient en pronon&#231;ant ces derniers mots car la Pr&#233;sidente &#233;prouvait un amour passionnel pour le Politique dont le Minist&#232;re constituait &#233;videmment l'un des augustes avatars. Elle attendait donc de ses collaborateurs un engagement total ainsi qu'un niveau de technicit&#233; in&#233;gal&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Je veux des moines-soldats &#187;&lt;/i&gt; leur fit-elle dire un jour par l'un de ses affid&#233;s. Quelqu'un de l'auditoire, une toute petite voix mais je crois savoir qui, jugea bon de faire remarquer que le dernier avait &#233;t&#233; br&#251;l&#233; par Philippe Le Bel. Sans suite ! &lt;i&gt;&#171; Notre t&#226;che &#224; nous autres politiques est suffisamment difficile comme &#231;a &#187; &lt;/i&gt; disait la Pr&#233;sidente en se faisant l'interpr&#232;te de l'ensemble du bureau-directeur constitu&#233; de militants m&#233;ritants comme elle. &lt;i&gt;&#171; Que les techniciens fassent leur boulot et qu'ils le fassent bien. Nous, nous sommes des politiques. A chacun ses affaires, &#224; chacun sa mission, &#224; chacun son engagement &#187;&lt;/i&gt; ajoutait-elle &#224; l'adresse de ses collaborateurs qui faisaient trop souvent appel &#224; son arbitrage, tout du moins le percevait-elle comme cela. Cette femme, Italienne d'origine, &#233;tait un curieux m&#233;lange, &#224; l'italienne, de pasionaria et de m&#232;re sup&#233;rieure de couvent, hybride de communisme et de catholicisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'elle voulait afficher, la Pr&#233;sidente &#233;tait une femme de tr&#232;s mauvaise &#233;coute et au sein du bureau-directeur, l'instance o&#249; se prenait toutes les d&#233;cisions, difficilement il faut dire, on rechignait &#224; s'exprimer ou alors on ne le faisait jamais clairement et c'est la Pr&#233;sidente qui parlait, qui parlait longuement, tr&#232;s longuement m&#234;me, mais pas aussi bien qu'elle l'e&#251;t souhait&#233;, et beaucoup moins bien que le D&#233;put&#233;-Maire qui lui avait &#233;t&#233; instituteur et qui occupait un fauteuil &#224; l'h&#233;micycle, mais c'&#233;tait ce qu'elle avait propos&#233;, elle, qui &#233;tait adopt&#233; car tous estimaient que c'&#233;tait la sagesse m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente aimait beaucoup parler en public mais elle pouvait, en certaines occasions, &#234;tre compl&#232;tement submerg&#233;e par l'&#233;motion que faisait na&#238;tre en elle ses fortes paroles et, arriv&#233;e &#224; un certain point de son discours, on pouvait remarquer comme un voile mouill&#233;e d&#233;pos&#233;e sur ses yeux. Le ton ferme de sa voix et la force des mots qu'elle employait lui faisait monter les larmes aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, un jour, se pr&#233;senta une grande circonstance r&#233;clamant de l'&#233;loquence, donc potentiellement source d'&#233;motion intense et aussi de fiert&#233; d&#233;licieuse. La Pr&#233;sidente, cette fois-ci en qualit&#233; de vice-pr&#233;sidente de l'instance f&#233;d&#233;rale, pronon&#231;a le second discours, le premier &#233;tant celui du Pr&#233;sident de l'instance f&#233;d&#233;rale, lors d'une visite du Ministre de tutelle en personne, et il y avait m&#234;me un deuxi&#232;me ministre, et aussi quelques d&#233;put&#233;s, et aussi les secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux d'au moins trois syndicats. En fait, peu l'&#233;cout&#232;rent attentivement ce discours, tout d'abord parce que de trop nombreuses marques de respect &#224; l'&#233;gard des ministres l'&#233;maillaient et que rapidement &#231;a devenait lassant, mais aussi parce qu'il y avait un buffet avec plein de bonnes choses &#224; manger et &#224; boire et que &#231;a rend naturellement moins attentif. Sa voix &#224; la Pr&#233;sidente chevrotait un peu en lisant son papier et, consciente de ceci, elle tentait anxieusement de mesurer l'impact de sa prestation sur le visage de ceux qui &#233;taient proches de l'estrade mais c'&#233;tait difficile car, derri&#232;re le sourire de circonstance, beaucoup ne faisait qu'attendre l'ouverture du buffet. Ce fut tout de m&#234;me un beau et grand moment, tous ces beaux discours, tous ces ministres et ce magnifique buffet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pr&#233;sidente, bien qu'attendrissante dans ses &#233;mois oratoires, &#233;tait aussi et &#224; la fois une militante de gauche intransigeante et une sacr&#233;e capricieuse. &lt;i&gt;&#171; Notre entreprise est sociale et solidaire mais c'est avant tout une entreprise dont J'ai la responsabilit&#233;. Je suis de gauche mais Je suis pr&#234;te &#224; lui faire prendre tous les virages n&#233;cessaires &#224; cette entreprise en vue de sa modernisation, m&#234;me si c'est douloureux &#187; &lt;/i&gt; lan&#231;ait vaillamment la Pr&#233;sidente avec une pointe de fiert&#233; dans la voix, tout en rosissant de bonheur, et au comit&#233; de gestion de l'entreprise, uniquement compos&#233; de techniciens cette fois, on jouait contin&#251;ment &#224; la chaise musicale car la confiance est chose fluctuante et le caprice permanent. Ainsi les directeurs et les responsables de service se succ&#233;daient au rythme des saisons, jusqu'&#224; ce que tous les postes ou presque soient confi&#233;s &#224; des syndicalistes m&#233;ritants, postes avantageusement assortis d'une voiture de fonction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L394xH586/capture_d_e_cran_2026-01-14_a_13.03_29-6be4e.jpg?1771448191' width='394' height='586' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;John William Waterhouse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Circ&#233; offrant la coupe &#224; Ulysse, 1891
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s la Pr&#233;sidente se vit d&#233;cerner un ordre m&#233;ritoire, une belle d&#233;coration que lui accrocha en personne le pr&#233;sident de l'entit&#233; f&#233;d&#233;rale dont elle &#233;tait la vice-pr&#233;sidente. C'&#233;tait une belle entreprise du secteur social et solidaire o&#249; il y avait un grand ascenseur social et une v&#233;ritable solidarit&#233; de r&#233;seau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Transformation, reconstruction, refondation, transition, consolidation, autojustification, requalification, compromission, institutionnalisation, d&#233;l&#233;gitimation, voiture de fonction. Concept de soi, image de soi, estime de soi, amour de soi. La politique, le militantisme, l'engagement, se r&#233;sumeraient-ils &#224; des mots creux et des d&#233;sirs triviaux, en un mot &#224; l'histoire d&#233;lav&#233;e des faiblesses humaines ? Non, &#233;videmment, et Michel Offerl&#233;, toujours lui, souligne le fait que &lt;i&gt;&#171; le don de soi existe &#187;&lt;/i&gt; et aussi la volont&#233; de changer le monde, de cr&#233;er une nouvelle r&#233;alit&#233;, de r&#233;aliser l'utopie, ajouterai-je. Je conserve en m&#233;moire beaucoup de visages et de noms, donc beaucoup d'histoires, histoires de gens humbles, de gens incroyablement courageux et d'autres qui sont devenus des ic&#244;nes pour tout un continent, gens que j'ai eu le bonheur de croiser, avec qui j'ai pu &#233;changer quelques paroles et quelques id&#233;es, ou que je n'ai fait qu'entrapercevoir, ou dont les autres m'ont simplement rapport&#233; l'histoire. Beaucoup sont morts aujourd'hui et ils manquent au Monde et ils me manquent &#224; moi aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-01-14_a_13.42_37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH412/capture_d_e_cran_2026-01-14_a_13.42_37-4cc29.jpg?1769450910' width='500' height='412' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rosa Luxembourg, Carlos Fonseca, Thomas Sankara, Jo&#235;l Fieux.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait remani&#233; de &#171; La col&#232;re et la compassion &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Offerl&#233;, &lt;i&gt;Sociologie des groupes d'int&#233;r&#234;t &lt;/i&gt;, &#201;ditions Montchrestien, collection Clefs, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;actuellement Bolivar&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Arnold Sch&#246;nberg et la question de l'image</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Arnold-Schonberg-et-la-question-de</link>
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		<dc:date>2025-12-28T12:35:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>op&#233;ra</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au tout d&#233;but des ann&#233;es trente du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, p&#233;riode fi&#233;vreuse qui ne pouvait susciter que d'intenses r&#233;flexions philosophiques et religieuses dans l'esprit d'un Juif autrichien cultiv&#233;, Arnold Schoenberg compose un op&#233;ra, Mo&#239;se et Aaron, en suivant les principes de la technique dod&#233;caphonique qu'il avait mise au point avec un autre musicien, Joseph Matthias Hauer, et en s'inspirant du texte biblique de l'Exode. Cette &#339;uvre est attirante &#224; plus d'un titre.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH108/arton2765-73129.jpg?1772194898' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au tout d&#233;but des ann&#233;es trente du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, p&#233;riode fi&#233;vreuse qui ne pouvait susciter que d'intenses r&#233;flexions philosophiques et religieuses dans l'esprit d'un Juif autrichien cultiv&#233;, Arnold Schoenberg compose un op&#233;ra, Mo&#239;se et Aaron, en suivant les principes de la technique dod&#233;caphonique qu'il avait mise au point avec un autre musicien, Joseph Matthias Hauer, et en s'inspirant du texte biblique de l'Exode. Cette &#339;uvre est attirante &#224; plus d'un titre. Joyau de l'extr&#234;me avant-garde, qui en d&#233;route encore beaucoup aujourd'hui, expression de la pens&#233;e d'un artiste hors du commun, tout &#224; la fois musicien, &#233;crivain et peintre, foisonnement d'id&#233;es extr&#234;mement originales par rapport &#224; la probl&#233;matique de l'image, mais aussi tissu de contradictions quasi insurmontables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Schoenberg, r&#233;volutionnaire contraint et navr&#233;, nous place au c&#339;ur m&#234;me de la Modernit&#233;. Il y a dans son Mo&#239;se et Aaron confrontation de deux attitudes par rapport au Monde, celle du penseur, Mo&#239;se, et celle de l'homme d'action, Aaron, et &#233;galement de deux &#233;checs, absolus donc tragiques ces &#233;checs, car l'iconoclasme rigide et son contraire la soumission inconditionnelle au diktat de l'image, conduisent &#224; la m&#234;me impasse, l'impossibilit&#233; de transmettre un message pur en respectant son &#233;tat de puret&#233; originelle et son intelligibilit&#233;. Mais... est-il si pur que cela ce message ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L424xH600/denis_schmite02-bb174.jpg?1766162766' width='424' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dieu, dont la voix d&#233;multipli&#233;e mi-chantante mi-parlante &#233;mane d'un buisson ardent, demande &#224; Mo&#239;se d'&#234;tre son proph&#232;te et de conduire son peuple, le peuple choisi parmi tous les peuples pour &#234;tre celui de Dieu, le peuple &#233;lu, hors des fronti&#232;res d'&#201;gypte, de l'emprise de Pharaon et de ses dieux fallacieux. Mo&#239;se, vieux berger &#224; la parole peu ais&#233;e, craint de ne pas r&#233;ussir &#224; convaincre le peuple, aussi Dieu lui adjoint-il Aaron qu'Il inspirera pour &#234;tre sa voix. La parole de Dieu est imag&#233;e qui lui pr&#233;cise qu'Il lui fera faire des miracles pour les oreilles et les yeux du peuple. Il y a dans tout ceci beaucoup d'&#233;l&#233;ments antinomiques. La conviction de Mo&#239;se est que &lt;i&gt;&#171; Nulle image ne peut donner une image de l'inimaginable &#187;&lt;/i&gt; et cette sentence paralyse sa parole. Pour lui, on ne peut repr&#233;senter l'id&#233;e absolue qu'est Dieu. Dieu est l'Abstraction, mais Dieu se manifeste &#224; Mo&#239;se sous forme d'une image, le buisson ardent, et pr&#233;cise qu'Il suscitera des images pour convaincre le peuple &#233;lu mais pas encore convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aaron, inspir&#233; par Dieu pour &#234;tre la voix de Mo&#239;se, est persuad&#233; qu'un peuple ne peut adorer un dieu dont il ne peut contempler l'image et Dieu accorde &#224; Aaron de faire des miracles, produire des images, en transformant le b&#226;ton de Mo&#239;se en serpent, puis le serpent &#224; nouveau en b&#226;ton, la loi de Dieu contre l'intelligence humaine, Mo&#239;se contre Aaron, et l'eau du Nil en sang, sang du peuple h&#233;breu nourricier de l'&#201;gypte. Il s'agit de combattre les images, de renverser les idoles, mais en utilisant encore et toujours des images, et Dieu lui-m&#234;me para&#238;t juger n&#233;cessaire de transmettre la pens&#233;e par l'action, d'inspirer la foi en utilisant l'image, d'instiller la compr&#233;hension par celle-ci. Il y a amalgame de la parole, de l'image, de l'action, et Aaron, t&#233;nor enj&#244;leur et rutilant, est, dans le premier acte de l'op&#233;ra, la pr&#233;figuration du politicien moderne jubilant au spectacle de lui-m&#234;me, qui croit agir parce qu'il parle, qui croit combler parce qu'il distribue des images. Car Aaron, &#224; la voix et &#224; la parole fleuries, promet tout au nom de celui qui l'inspire : &lt;i&gt;&#171; ...le Tout-Puissant transforme le sable en fruits, les fruits en or, l'or en volupt&#233;, la volupt&#233; en esprit... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mo&#239;se, porte-pens&#233;e presque sans voix de Dieu, baryton atone, est, quant &#224; lui, un homme d&#233;sempar&#233;, en position constante de d&#233;s&#233;quilibre. &#192; ce vieux berger &#233;clair&#233;, &#224; la fois homme du peuple et homme de Dieu, Sch&#246;nberg a donn&#233; le &lt;i&gt;Sprechgesang&lt;/i&gt;, le parler-chanter du &lt;i&gt;Pierrot lunaire&lt;/i&gt;, pour exprimer et souligner la tension psychique g&#233;n&#233;r&#233;e par cette instabilit&#233; permanente, pour montrer son insuffisance &#224; s&#233;duire le peuple. Iconoclaste porteur de la foi, Mo&#239;se ne peut chanter mais le peuple aime le chant et Mo&#239;se aime son peuple. D'aucuns ont d&#233;j&#224; soulign&#233; que Mo&#239;se et Aaron, le proph&#232;te et le pragmatique, pourraient bien repr&#233;senter les deux faces conflictuelles d'une seule et m&#234;me personne, probablement Sch&#246;nberg lui-m&#234;me. La crise &#233;clatera lorsque Aaron sera amen&#233; &#224; assumer seul l'int&#233;gralit&#233; de la personne, lorsque les deux p&#244;les antagonistes se confronteront directement sur le m&#234;me terrain, dans le m&#234;me esprit, le sien, au moment de la retraite physique et mystique de Mo&#239;se sur le mont Sina&#239;. Mais, Aaron a gagn&#233; le premier acte et triomphe dans une aria flamboyante tandis que le peuple t&#233;moigne bruyamment sa ferveur &#224; l'&#233;gard d'un dieu qui le lib&#232;rera de l'esclavage et le conduira vers le pays &lt;i&gt;&#171; o&#249; coulent le lait et le miel &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23071 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-09-15_a_16_13_c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/capture_d_e_cran_2025-09-15_a_16_13_c-9efc9.jpg?1766926009' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quarante jours sont pass&#233;s et les anciens expriment leur inqui&#233;tude, Mo&#239;se n'est toujours pas descendu du mont de la r&#233;v&#233;lation, peut-&#234;tre s'est-il enfui, et la loi de Dieu, &lt;i&gt;&#171; loi inimaginable de l'inimaginable dieu &#187;&lt;/i&gt;, n'est, de ce fait, toujours pas r&#233;v&#233;l&#233;e. Le droit du plus fort s'av&#232;re &#234;tre plus implacable que la force de Pharaon et le vice sans frein opprime plus que jamais la vertu. Le peuple &#233;lu, peuple confirm&#233; de peu de foi, r&#233;clame du sang pour baigner sa col&#232;re, celui de Mo&#239;se, celui d'Aaron et celui des a&#238;n&#233;s, ainsi que la restitution de ses dieux anciens, dieux de la mat&#233;rialit&#233;, garants de son quotidien, et par frayeur Aaron se fera artiste en fondant l'or des H&#233;breux pour cr&#233;er le Veau d'Or, quintessence, symbole, de leurs croyances frustres et incitateur &#224; toutes les volupt&#233;s, image synth&#233;tisant toutes les images. &lt;i&gt;&#171; Ce qui brille est bon&lt;/i&gt;, dit une jeune fille. &lt;i&gt;Inviolable vertu de l'or, inattaquable virginit&#233;... &#187;&lt;/i&gt;. Aaron est all&#233; au-del&#224; de ce que le peuple lui demandait, a devanc&#233; tous les d&#233;sirs, a fabriqu&#233; l'image id&#233;ale, l'idole ambassadrice de toutes les idoles, et il est permis de se demander o&#249; se trouve &#224; ce moment pr&#233;cis, le &lt;i&gt;&#171; Partout-Pr&#233;sent &#187;&lt;/i&gt;, le vrai dieu qui, toujours, devait l'inspirer. Ainsi Aaron, grand ma&#238;tre de l'illusion, ouvre largement la porte &#224; toutes les d&#233;bauches et perditions, et c'est ici une longue succession de sacrifices d'animaux, d'extases, de danses, de suicides, de crimes, de destructions et d'orgies sexuelles, rythm&#233;e par un orchestre toujours nerveux, particuli&#232;rement sujet &#224; des agacements vibratoires de trombones, de timbales et de xylophones, avec de courts mais somptueux apaisements, profonde imploration d'une malade &#224; l'idole ou doux quatuor de vierges s'offrant aux couteaux des pr&#234;tres immolateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mo&#239;se revient enfin, porteur des tables de la Loi, et il d&#233;truit aussit&#244;t le Veau d'Or. Sur une musique tendue &#224; l'extr&#234;me commence le d&#233;bat th&#233;ologique fondamental dont l'op&#233;ra est pr&#233;texte. Mo&#239;se accuse &#233;videmment Aaron d'avoir r&#233;tabli l'idol&#226;trie et de ce fait d'avoir &#233;cart&#233; le peuple du chemin conduisant &#224; Dieu. Pour sa d&#233;fense Aaron &#233;voque son amour du peuple et le d&#233;sarroi qu'il a ressenti quand Mo&#239;se l'a laiss&#233; si longtemps sans protection et sans loi. Lui, Aaron, ce qui le soucie c'est le maintien du peuple, sa survie, et pour survivre le peuple a besoin de sentir et d'esp&#233;rer, c'est pour cela qu'il lui a donn&#233; une image, part compr&#233;hensible de la pens&#233;e que Mo&#239;se place au-dessus de tout. Il fait remarquer &#224; Mo&#239;se que les tables de la Loi elles-m&#234;mes ne sont qu'une image, donc seulement une part de la pens&#233;e de Dieu, sur quoi Mo&#239;se exc&#233;d&#233; brise les tables. &#201;tranger &#224; ce d&#233;bat, le peuple confit de d&#233;votion passe en arri&#232;re-plan conduit par une colonne de feu, puis de nu&#233;es quand le jour se l&#232;ve, &lt;i&gt;&#171; vers le pays o&#249; coulent le lait et le miel &#187;&lt;/i&gt;, et Mo&#239;se reste seul d&#233;sesp&#233;r&#233; face &#224; sa compr&#233;hension imparfaite, voire fausse, de la pens&#233;e divine. Si Aaron n'a pas remport&#233; le deuxi&#232;me acte, le Veau d'Or ayant &#233;t&#233; d&#233;truit par la seule pens&#233;e de Mo&#239;se, il est clair que Mo&#239;se, lui, l'a encore perdu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-09-15_a_16.36_47.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH315/capture_d_e_cran_2025-09-15_a_16.36_47-e1c42.jpg?1766926010' width='500' height='315' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, il reste un troisi&#232;me acte et il faut rendre gr&#226;ce aux cin&#233;astes Huillet et Straub de l'avoir mis en images, car cet acte sans musique n'est pratiquement jamais mont&#233;, l'op&#233;ra lui-m&#234;me l'&#233;tant d&#233;j&#224; tr&#232;s rarement, et c'est probablement cet acte tr&#232;s court qui traite le mieux de la grande question abord&#233;e par Arnold Sch&#246;nberg, celle de la repr&#233;sentation. Toujours est-il &#231;a se termine mal pour Aaron, c'est-&#224;-dire brutalement, et pas beaucoup mieux pour Mo&#239;se qui a totalement &#233;chou&#233; par rapport &#224; sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les domaines de l'Art, de l'expression esth&#233;tique, la musique est par nature le plus abstrait, et ce &#224; toutes les &#233;poques puisque c'est sa nature. L'image musicale, toute fascinante qu'elle soit quand elle est isol&#233;e, est plac&#233;e si ce n'est dans une position d'inf&#233;riorit&#233;, tout du moins dans une situation de grande fragilit&#233;, quand elle est confront&#233;e, par exemple, &#224; l'image cin&#233;matographique ou &#224; la vid&#233;o. L'image cin&#233;matographique et la vid&#233;o sont indubitablement plus imm&#233;diatement assimilables par l'esprit humain car elles sont beaucoup plus concr&#232;tes, car elles op&#232;rent davantage de pr&#233;l&#232;vements dans le monde ext&#233;rieur sensible. La musique accompagne l'image, peut en souligner le caract&#232;re, aider &#224; sa compr&#233;hension, mais jamais au grand jamais la supplanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens du torrent de protestations qu'avaient g&#233;n&#233;r&#233; les choix de mise en sc&#232;ne et de sc&#233;nographie de Peter Sellars lors du montage du Tristan et Iseult &#224; Paris. Sellars avait demand&#233; &#224; Bill Viola de d&#233;rouler, sur un &#233;cran g&#233;ant, dans son langage &#224; lui, une illustration de l'&#339;uvre de Wagner, alors que les chanteurs restaient plong&#233;s dans la p&#233;nombre, ce qui avait suscit&#233; chez un de mes amis de l'&#233;poque, avec lequel j'avais assist&#233; &#224; la g&#233;n&#233;rale, la question ironique suivante &#171; Qui c'est d&#233;j&#224; le gars qui a fait la bande-son sur la vid&#233;o de Viola ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Mais dans les faits qu'est-ce qui se passait ? Certes il y avait la musique, une musique vraiment triste tout d'abord puis qui se mit &#224; enfler, &#224; d&#233;border comme parfois fait l'amour et toujours Wagner, et qui emplit progressivement tout l'espace. Soudain sur l'&#233;cran g&#233;ant et noir du Tristan apparut un tout petit point qui, comme une &#233;toile lorsque la nuit s'installe, gagna en luminosit&#233;, un unique pixel. Tr&#232;s lentement le petit point grossit par attraction d'autres pixels et au bout d'un tr&#232;s long moment on put discerner la silhouette d'un homme et celle d'une femme qui venaient de tr&#232;s loin et qui avan&#231;aient vers les spectateurs. Chez Viola, le temps est toujours dilat&#233;. Pour que la moindre image se forme, avant que la moindre narration ne se mette en place, le temps est &#233;tir&#233; &#224; l'exc&#232;s. C'est l&#224; un d&#233;fi qui est lanc&#233; &#224; l'&#233;poque, au refus contemporain de contempler et de m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme et la femme franchirent un rideau de feu et puis d'eau et enfin se d&#233;v&#234;tirent compl&#232;tement. Purification, rite initiatique, pour parvenir sans t&#226;che &#224; l'amour absolu. Viola se mettait ainsi &#224; l'unisson de Wagner et de son Tristan et Iseult. Sur la sc&#232;ne joies et peines, bonheurs et chagrins, se succ&#233;daient, tout le monde y allait de ses arias, plut&#244;t joliment, la fosse connaissait ses moments d'h&#233;ro&#239;sme, tout le monde voulait mourir et finalement tout le monde mourait. Une partition plut&#244;t belle mais quand m&#234;me rien d'absolument passionnant. Vraiment rien ? Si, l'&#233;cran de Viola, &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tristan, v&#234;tu de blanc, est &#233;tendu mort sur une dalle de pierre. Des gouttes d'eau s'&#233;l&#232;vent du sol, de plus en plus nombreuses, de plus en plus violemment, puis des trombes, puis des colonnes d'eau, un d&#233;luge grondant aspire Tristan vers le ciel, absorbe le corps d&#233;sarticul&#233; vers les hauteurs o&#249; il dispara&#238;t. Une &#233;l&#233;vation &#224; l'horizontale. Inversion des ph&#233;nom&#232;nes et aspiration vers le haut, deux th&#232;mes r&#233;currents chez Bill Viola. Les trombes d'eau des d&#233;luges peuvent remonter jusqu'aux cieux et les flammes des incendies descendre vers les abysses, ou bien eau et feu peuvent fusionner dans une esp&#232;ce de magma d'une beaut&#233; infernale, ou bien encore former un liquide amniotique en fusion ou un &#233;ther limbique couleur d'or, mani&#232;re de piscine probatique pour laver les souillures du temps de la vie o&#249; nagent les &#226;mes en attente de jugement ou de renaissance. Eau et feu, toujours, et fusion des contraires, eau en fusion et feu liqu&#233;fi&#233;, principe femelle et principe m&#226;le m&#233;lang&#233;s, emm&#234;l&#233;s inextricablement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH550/denis_schmite06-564de.jpg?1766162766' width='500' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ses recherches sur la syst&#233;matisation de la composition musicale Sch&#246;nberg avait not&#233; une forte tendance &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de la tonalit&#233;, et ce d&#232;s l'&#233;poque romantique, du fait de l'enrichissement acc&#233;l&#233;r&#233; des partitions par des apports ornementaux divers et incessants. Ce constat int&#233;gr&#233; &#224; sa propre d&#233;marche cr&#233;ative le conduisit au dod&#233;caphonisme, c'est-&#224;-dire &#224; une composition reposant sur l'utilisation des douze sons de la gamme chromatique entretenant des rapports strictement r&#233;ciproques, puis au s&#233;rialisme qui peut se r&#233;sumer comme l'imposition d'un nouveau cadre formel &#224; quelque chose qui frisait l'anarchie du fait de la suppression des dominantes, bien entendu le pire cauchemar pour un viennois ultraconservateur. Autrement dit, au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, Arnold Sch&#246;nberg conf&#233;rait &#224; la musique un degr&#233; d'abstraction sup&#233;rieur. Toute musique, m&#234;me si elle est abstraite, m&#234;me si elle est tr&#232;s abstraite, est une accumulation d'images, et ceci nous ram&#232;ne &#224; l'op&#233;ra du proph&#232;te Sch&#246;nberg et &#224; sa grande question. On a beaucoup glos&#233; sur &#171; l'inach&#232;vement &#187; de cette &#339;uvre et Sch&#246;nberg lui-m&#234;me semble avoir h&#233;sit&#233; jusqu'&#224; la fin de sa vie sur la composition ou non de l'acte trois. L'&#233;chec de Mo&#239;se est l'&#233;chec de Sch&#246;nberg car donner une forme musicale &#224; la pens&#233;e de Dieu, qui &#233;chappe &#224; toute repr&#233;sentation, constitue ind&#233;niablement une contradiction majeure pour laquelle ne saurait exister aucune issue. On peut avancer aussi, paradoxalement, que Sch&#246;nberg a poursuivi le travail iconoclaste de Mo&#239;se en d&#233;truisant jusqu'&#224; l'image musicale avec ce troisi&#232;me acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, Huillet et Straub, les &#171; Straub &#187; comme on dit pour faire court, sont peut-&#234;tre les seuls r&#233;alisateurs &#224; avoir r&#233;ussi &#224; r&#233;concilier l'image et la musique, et m&#234;me &#224; les avoir fait fusionner, fondue l'une dans l'autre au point que l'une sans l'autre perdrait tout son sens, la grande Unification en quelque sorte, artistique celle-ci. En fait, dans le cin&#233;ma des Straub tout n'est que musique, au-del&#224; du Mo&#239;se et Aaron, dont on vient de parler, de deux ou trois autres plus &#171; petites choses &#187; de Sch&#246;nberg, ou de la Chronique d'Anna-Magdalena Bach, avec un Gustav L&#233;onard &#224; perruque en guise de Cantor de Leipzig qui sature l'espace-temps d'accords contrapuntiques et fugu&#233;s, dans le mouvement de balancier lent de la cam&#233;ra, dans la symphonie de chambre compos&#233;e et interpr&#233;t&#233;e par la nature, avec les souffles d'air dans les feuillages, le chuintement des sources, le roucoulement des colombes, les trilles des oiseaux des bois, le continuo clair des ruisseaux, et surtout les langues m&#233;lodieuses des hommes, l'italien de Pavese et de Vittorini ou l'allemand d'H&#246;lderlin et de Brecht. Gr&#226;ce aux Straub, les hommes tentent encore de converser avec les dieux, leurs anciens patrons, tandis que leur cam&#233;ra caresse tendrement l'espace des mythes et de l'Histoire. C'est une belle complainte de petits paysans, de r&#233;mouleurs et de marchands d'oranges qui d&#233;crit le Paradis perdu et la rage de sa reconqu&#234;te, un long chant de lutte qui s'&#233;goutte note &#224; note des nuages en un long &lt;i&gt;glissando&lt;/i&gt; jusqu'aux terroirs d'ici et de l&#224;-bas, lieux de toutes les r&#233;sistances &#224; l'oppression. Avec les Straub, l'Homme est toujours beau, qu'ils soient humbles gens des villes et des champs, philosophes neurasth&#233;niques auxquels le pouvoir r&#233;pugne, ou h&#233;ros tragiques et malgr&#233; eux de tous les mythes de l'Europe. L'Homme est beau parce qu'il est politique et musical.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23067 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH269/denis_schmite10-44d51.jpg?1772194898' width='500' height='269' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Arnold Sch&#246;nberg, son &#339;uvre picturale est beaucoup plus importante quantitativement et m&#234;me qualitativement que beaucoup ne pourraient le supposer, mais il est vrai aussi que rares sont ceux qui s'int&#233;ressent &#224; Sch&#246;nberg ou m&#234;me, disons-le franchement, qui ont simplement eu vent de son existence. Pour ces raisons et quelques autres il para&#238;t toujours un peu pr&#233;tentieux de tenter d'&#233;voquer Sch&#246;nberg, que ce soit le musicien ou le peintre. Schoenberg n'a re&#231;u aucune formation picturale mais il a &#233;t&#233; sensibilis&#233; &#224; la peinture par quelques-unes de ses fr&#233;quentations, et pas des moindres, Kandinsky, Kokoschka et surtout Gerstl qui fera une fugue amoureuse avec sa femme et puis se suicidera. Sch&#246;nberg est tr&#232;s affect&#233; par cette histoire qui tombe &#224; une &#233;poque o&#249; ses premi&#232;res tentatives atonales, le quatuor &#224; cordes n&#176; 2 et la symphonie de chambre n&#176; 1, entre autres, ne rencontrent pas v&#233;ritablement leur public. Grave crise personnelle donc et franche d&#233;prime. Bizarrement, Sch&#246;nberg se pr&#233;cipite fr&#233;n&#233;tiquement dans la peinture et le dessin, symbolistes et expressionnistes, pendant deux ou trois ans. Il r&#233;alise des portraits de ses proches ou de c&#233;l&#233;brit&#233;s de l'&#233;poque, des caricatures des m&#234;mes, des grotesques, t&#234;te de guimauve rouge&#226;tre et aplatie, quelques paysages dont certains assez sexualis&#233;s quand m&#234;me, chemins forestiers s'introduisant dans d'&#233;paisses broussailles, retour de l'inconscient, d'autres beaucoup plus tranquilles, jolis jardins ensoleill&#233;s, collines verdoyantes &#224; la tomb&#233;e du jour, ou plus inqui&#233;tants, d&#233;j&#224; la nuit profonde d'&lt;i&gt;Erwartung&lt;/i&gt;, l'Attente, des fa&#231;ades de maisons ou des rues fantomatiques un peu &#224; la Munch,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23066 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH183/denis_schmite09-f7015.jpg?1766162766' width='500' height='183' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;un enterrement sous un arbre, des jeux de cartes impossibles, des &#233;chiquiers guerriers, d'&#233;tranges cartes postales peintes ou dessin&#233;es aux motifs anodins ou inqui&#233;tants, des projets de d&#233;cors de salle de concert ou de th&#233;&#226;tre, gradins de verdure se d&#233;veloppant en arc en ciel, ou amorces de labyrinthe, des personnages ou des sc&#232;nes oniriques dont certaines aux franges de l'abstraction, des incendies de peintures, des chairs sanguinolentes, images mentales de &lt;i&gt;la Nuit transfigur&#233;e&lt;/i&gt;, des yeux phosphorescents transper&#231;ant des brumes chromatiques, ainsi qu'une quantit&#233; incroyable d'autoportraits, des dizaines et des dizaines, au crayon de couleurs, au fusain, &#224; l'encre de chine, &#224; l'aquarelle ou &#224; l'huile, sur papier, sur carton ou sur toile.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23062 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH168/denis_schmite05-56c3f.jpg?1772194898' width='500' height='168' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'expriment les autoportraits d'Arnold Sch&#246;nberg ? Que nous r&#233;v&#232;lent-ils de sa personne dans ces moments de doute sentimental et artistique ? Pas grand-chose, si ce n'est peut-&#234;tre un extraordinaire ent&#234;tement. La majorit&#233; des autoportraits sont de face. Un front volumineux mis en avant, accentu&#233; par une calvitie pr&#233;coce, des yeux petits, verts et per&#231;ants, des l&#232;vres minces et pinc&#233;es, quelques fois l'ombre l&#233;g&#232;re d'une moustache, des joues plut&#244;t flasques, aucune complaisance &#224; l'&#233;gard de lui-m&#234;me. Le regard est fixe, parfois on sent une col&#232;re sourde dans une certaine crispation des m&#226;choires ou le rapprochement des sourcils, parfois comme un voile de tristesse, mais contr&#244;l&#233;e la tristesse, toujours l'affirmation d'une pr&#233;sence forte, la revendication d'une existence, sauf une unique fois comme une envie de tout quitter, d'abandonner le monde derri&#232;re soi, de tourner les talons et de s'en aller, les mains crois&#233;s derri&#232;re le dos et tenant une canne, fr&#234;le silhouette en rappelant une autre, celle d'un certain clown de Londres mais en moins sautillant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23064 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH547/denis_schmite07-16705.jpg?1772194898' width='500' height='547' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Escher et le &#171; Cube Fil de Fer &#187;</title>
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		<dc:date>2025-11-30T18:15:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>math&#233;matiques</dc:subject>
		<dc:subject>gravure</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mauritz Cornelis Escher est un artiste tomb&#233; tout jeune dans une mare de math&#233;matiques, un ami du physicien Roger Penrose qui aura exerc&#233; sur lui une r&#233;elle influence, mais influence r&#233;ciproque en fait.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH74/arton2774-7d569.jpg?1772251557' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mauritz Cornelis Escher est un artiste tomb&#233; tout jeune dans une mare de math&#233;matiques, un ami du physicien Roger Penrose qui aura exerc&#233; sur lui une r&#233;elle influence, mais influence r&#233;ciproque en fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Escher a pass&#233; sa vie &#224; concevoir sur le papier, par le dessin et par l'estampe, cette derni&#232;re principalement r&#233;alis&#233;e &#224; partir de la gravure sur bois, des architectures et des formes g&#233;om&#233;triques impossibles, pour certaines largement inspir&#233;es du ruban de M&#246;bius, l'un des math&#233;maticiens avec Lobatchevski et Bolyai, Minkowski, Klein, Riemann, et puis Poincar&#233; avec son disque, et Penrose avec son triangle, mais pas Mandelbrot semble-t-il car Escher n'a fait qu'effleurer la g&#233;om&#233;trie fractale, tous gens de hautes math&#233;matiques auxquels il se r&#233;f&#232;re r&#233;guli&#232;rement et plus ou moins explicitement. Pourtant Escher affirme qu'&#224; l'&#233;cole il &#233;tait mauvais &#233;l&#232;ve, qu'il n'a jamais eu la moyenne en math&#233;matiques, que le dessin lui a toujours pos&#233; probl&#232;me et qu'il n'a jamais pu se fier &#224; sa &#171; facult&#233; imaginative &#187;, qu'il a donc toujours n&#233;cessit&#233; des mod&#232;les pour faire &#339;uvre originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; quelqu'un qui a l'intuition de la G&#233;om&#233;trie, tout comme Malevitch avait eu l'intuition des forces de l'Univers. &lt;i&gt;&#171; L'intuition &#233;claire et se rattache &#224; la pens&#233;e pure &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans mon petit essai autour de l'&#339;uvre de Kazimir Malevitch.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme disait le divin Kazimir. Pour Escher, les lois math&#233;matiques &lt;i&gt;&#171; existent ind&#233;pendamment de l'intellect humain &#187;&lt;/i&gt;. Elles sont dans la Nature, ou l'Univers, comme on voudra. Le plus que l'Homme intelligent puisse faire est de les trouver l&#224; o&#249; elles sont...et de les comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc c'est sur ces bases math&#233;matiques qu'Escher conduira inlassablement ses deux explorations majeures c'est-&#224;-dire la Tessellation et ses principes, d'une part, l'Infini et les diff&#233;rentes approches de celui-ci possibles...ou impossibles, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tessellation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La tessellation se d&#233;finit comme &#233;tant la d&#233;composition d'une surface en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sera pr&#233;sente dans presque toutes les &#339;uvres de tous ses &#226;ges, le conduisant &#224; imaginer les m&#233;tamorphoses les plus folles, donnant vie &#224; l'inerte et des ailes aux poissons et des nageoires aux oiseaux, l'enfermant dans des cycles irraisonnables en compagnie de cr&#233;atures fantasques, cr&#233;atures-tesselles, particules d'une vie sans sens aucun mais d&#233;ferlant dans tous les sens, qu'il fera cracher par l'&#339;il infinit&#233;simal d'un vertigineux vortex, d&#233;river dans son courant spiral&#233; avant de s'engloutir en lui, enfin elle le jettera haletant &#224; port&#233;e des rivages inatteignables d'un univers pourtant pr&#233;cis&#233;ment circonscrit. L'INFINI dans le FINI. La Tessellation constitue bien s&#251;r une porte d'acc&#232;s &#224; la G&#233;om&#233;trie. Et puis avec elle il y a quelque chose d'incontestablement musicale. La Tessellation est un rythme, c'est l&#224; la grande le&#231;on qu'il aura retenue de l'Alhambra. Cependant, si &lt;i&gt;&#171; les Arabes sont ma&#238;tres dans le remplissage de surface avec des figures congruentes et [qu'] ils ne laissent aucun vide &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations de Mauritz Escher et du math&#233;maticien Bruno Ernst sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il reprochera aux Andalous de ne retenir, et &#224; l'Islam de n'accepter, que les figures g&#233;om&#233;triquement abstraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, ses images il les veut peupl&#233;es d'oiseaux, de poissons, de reptiles et parfois d'humains d'un autre &#226;ge, d'avant ou d'apr&#232;s. Jamais il n'y aura d'abstraction chez Escher. Ce qu'il r&#233;alisera ce sont des &#171; All-over &#187; mais r&#233;solument sans abstraction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; All-over &#187;, partout. En peinture il s'agit de couvrir la totalit&#233; de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et puis, Escher n'est l'homme d'aucune mystique et il le proclame. &lt;i&gt;&#171; Je n'ai jamais tent&#233; de repr&#233;senter quelque chose de mystique...j'ai pass&#233; mon temps &#224; exprimer des concepts en termes visuels... &#187;&lt;/i&gt;. Des concepts, certes, mais bizarrement et obstin&#233;ment figuratifs. Ce qu'il veut r&#233;v&#233;ler c'est la po&#233;sie qui se cache dans les Math&#233;matiques, la po&#233;sie math&#233;matique des structures spatiales, les relations, po&#233;tiques parce que math&#233;matiques ou l'inverse, qui peuvent s'&#233;tablir entre les points, les surfaces et les espaces. Pour cela il convoquera tous les math&#233;maticiens cit&#233;s, ou bien il les red&#233;couvrira de fa&#231;on intuitive, tout du moins c'est ce qu'il affirme, afin de b&#226;tir les grilles qui lui serviront de trames pour ses &#339;uvres compliqu&#233;es, &#233;difier des architectures incroyablement impossibles, ou pour inventer le mouvement perp&#233;tuel, celui du Monde ou de l'Univers, et ainsi ouvrir sur des infinis par d&#233;finition incommensurables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L383xH397/denis_schmite-01bis-583ae.jpg?1764280478' width='383' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mauritz Cornelis Escher est un homme int&#233;ressant au sens o&#249; je l'entends moi, me dit un jour au cours de l'une de nos conversations le Ma&#238;tre en modernit&#233;, c'est-&#224;-dire en tant que g&#233;om&#232;tre totalement intuitif, c'est du moins ce qu'il affirme, mais aussi en tant qu'artiste qui fait un peu plus qu'effleurer certains concepts-clefs tel que l'Infini et qui &#171; finalement &#187;, oserai-je dire, s'interroge sur ce qui fait notre perception des choses d'ici-bas. Je m'explique. Je le crois fortement adepte ou exp&#233;rimentateur acharn&#233;, intuitif peut-&#234;tre, de la &#034;Gestaltth&#233;orie &#187;, la psychologie de la forme, dont l'holisme et l'&#233;mergentisme constituent les principes de base, principes que j'ai d&#233;j&#224; amplement abord&#233;s &#224; propos de certaines &#171; intuitions &#187; philosophiques d'Hildegarde von Bingen. Le tout est diff&#233;rent de la somme de ses parties mais une partie ne trouve son sens que dans le tout etc. etc. On s'accorde &#224; dire que la &#171; gestalt &#187; est UNE FORME SIGNIFIANTE, une forme structur&#233;e qui fait sens, une forme qu'on per&#231;oit imm&#233;diatement et dont il est difficile de se d&#233;faire pour avoir un autre angle de vision. Il existe des images ambig&#252;es bien connues, celle de la vieille femme et de la jeune femme par exemple, mais moi je leur pr&#233;f&#232;rerai le cube de Necker, du nom du cristallographe qui l'a d&#233;crit, Louis-Albert Necker&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Albert Necker-de-Saussure (1786-1861) est un g&#233;ologue et naturaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce que j'y reviendrai au cube de Necker. Quand on veut dessiner un cube sur une feuille de papier, c'est-&#224;-dire un volume sur un plan, ou encore un objet 3D sur un support 2D, on fait avec son crayon tr&#232;s exactement douze traits dont deux coupent deux autres. Pour faire savant, on parlerait d'un certain type de perspective &#171; axonom&#233;trique &#187;, la perspective cavali&#232;re, c'est-&#224;-dire d'un syst&#232;me de repr&#233;sentation fait de parall&#232;les d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; dans nos discussions autour de De Stijl et du Supr&#233;matisme, mais moi je pr&#233;f&#232;rerai parler de cube &#171; filde fer &#187;, c'est plus imm&#233;diatement compr&#233;hensible. Donc, avec ses douze traits de crayon on obtient un volume, un cube vu de trois quarts. Ce qui est saisissant c'est que la tr&#232;s grosse majorit&#233; des gens voit ce cube l&#233;g&#232;rement de dessus, or il y a deux perceptions possibles, l'une effectivement l&#233;g&#232;rement de dessus et l'autre l&#233;g&#232;rement de dessous. La tr&#232;s grosse majorit&#233; des gens n'ont pas cette seconde perception. La premi&#232;re perception est &#171; culturelle &#187; bien que je n'aime pas le mot. C'est comme si elle &#233;tait incrust&#233;e dans le cerveau et qu'elle interdisait de disposer de la seconde. Ce genre d'objet pose de fa&#231;on ent&#234;tante une s&#233;rie de questions, sur la r&#233;alit&#233; de nos perceptions, que voit-on vraiment lorsqu'on regarde les choses ? sur la R&#233;alit&#233; tout court, puisque le cube de Necker n'est pas un cube mais une s&#233;rie ordonn&#233;e de douze traits de crayons, et sur ce qui est constitutif de nos savoirs, de la Connaissance, le cube de Necker est un cube puisqu'on l'a d&#233;cid&#233; mais que vaut une connaissance &#171; d&#233;cid&#233;e &#187; ? Je dois avouer qu'avec l'image de la jeune femme et de la vieille femme, j'ai pratiquement mis des ann&#233;es avant de voir se profiler la vieille, mais il est vrai aussi que je me sens davantage attir&#233; par les jeunes que par les vieilles, crut bon de pr&#233;ciser tout en ricanant le Ma&#238;tre en modernit&#233;. Bon ! On va en reparler du cube &#171; fil de fer &#187; de Necker mais avant cela je souhaiterais revenir &#224; la Tessellation et aux multiples usages qu'a pu en faire Escher, de pleine connaissance ou de fa&#231;on intuitive.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/tny-007_liberty.local_feb-18-0132-2013.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH393/tny-007_liberty.local_feb-18-0132-2013-354a6.jpg?1772188213' width='500' height='393' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Tessellation est une division rythmique de l'espace, cela a &#233;t&#233; dit, et c'est ce qui a tant fascin&#233; Escher, &#233;videmment. Il a fait quantit&#233; de croquis des mosa&#239;ques andalouses et &#224; partir d'eux il a analys&#233; les mouvements des tesselles, translations, rotations, glissements, homoth&#233;ties&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une homoth&#233;tie est une transformation g&#233;om&#233;trique correspondant &#224; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les combinaisons de ces mouvements. Il a proc&#233;d&#233; &#224; leur &#171; lecture &#187; comme on ferait d'une partition musicale. Une mosa&#239;que comme une musique &#233;tant une totalit&#233; bien sup&#233;rieure &#224; la simple juxtaposition de ses composants, tesselles ou notes, Escher a apport&#233; beaucoup de soin &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233;, &#224; l'harmonie, de ses propres compositions, ses gravures. Au moyen de la Tessellation, il a d&#233;velopp&#233; les th&#232;mes qui lui &#233;taient chers, ses &#171; concepts &#187; artistiques, les m&#233;tamorphoses, les cycles, l'interp&#233;n&#233;tration des mondes, mais il a aussi lanc&#233; un d&#233;fi &#224; la perception. Exp&#233;rimentation du gestaltisme !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le gestaltisme est une autre d&#233;nomination de la gestaltth&#233;orie, th&#233;orie ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Day and Night &#187;, jour et nuit, une gravure sur bois, offre une vue plongeante, propose le survol, d'un paysage campagnard avec des champs en damier, des parcelles bien d&#233;finies, un petit village agglutin&#233; autour d'un clocher, et une large rivi&#232;re enjamb&#233;e par un pont, en compagnie de canards sauvage. A premi&#232;re vue. La partie gauche du paysage est en pleine lumi&#232;re et la partie droite est dans l'ombre. Le vol des canards est double. Des blancs qui viennent de la gauche et des noirs qui viennent de la droite, et par cons&#233;quent dans le ciel des canards-tesselles qui s'imbriquent parfaitement mais &#224; contre-sens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH290/m.c._escher_jour_et_nuit_1938_gravure_sur_bois_391x677_mm_collection_m.c._escher_heritage_pays-bas_all_m.c._escher_works_c_2025_the_m.c._escher_company_the_netherlands__all_rights_reserved-ec5ad.jpg?1764520838' width='500' height='290' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;M.C. Escher &#8220;Jour et Nuit&#8221;, 1938 Gravure sur bois, 391 x 677 mm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; y regarder de plus pr&#232;s, les canards noirs et blancs naissent d'une m&#233;tamorphose progressive des champs parcellis&#233;s en partant du bas vers le haut, et les deux parties de la gravure sont en miroir, c'est-&#224;-dire que le paysage sombre est le double, un n&#233;gatif invers&#233; donc, du paysage lumineux. Si on suit le vol des canards, on constate une interp&#233;n&#233;tration de la nuit et du jour, les canards noirs envahissant le paysage &#233;clair&#233;, le jour, et les canards blancs envahissent le paysage obscur, la nuit. Il y a donc un mouvement double dans cette image, un axe de d&#233;veloppement vertical et un autre horizontal, celui de la m&#233;tamorphose et de la constitution de la mosa&#239;que, du bas vers le haut, celui de l'interp&#233;n&#233;tration des mondes, de la gauche vers la droite et de la droite vers la gauche, ainsi qu'un jeu gestaltiste sur la perception des choses, le blanc &#233;tant plus imm&#233;diatement perceptible que le noir. Tous les ingr&#233;dients, les th&#232;mes dominants, sont donc r&#233;unis dans une seule image, avec en filigrane l'id&#233;e du cycle &#233;ternel du jour et de la nuit incluant des phases interm&#233;diaires, leurs d&#233;clinaisons et d&#233;clins, p&#233;n&#233;tration progressive de la nuit dans le jour et du jour dans la nuit. &#171; L'esprit humain ressent une attraction particuli&#232;re pour les processus en boucle qui n'en finissent pas car ils nous donnent &#224; exp&#233;rimenter l'id&#233;e d'infini, qui le d&#233;passe et &#224; la fois le s&#233;duit &#187; explique Maria Isabel Binimelis Bassa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maria Isabel Birimelis Bassa - &#171; Une nouvelle mani&#232;re de voir le monde - La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;(8). On reparlera de l'Infini car il est mouvement, le mouvement perp&#233;tuel constamment pr&#233;sent dans les images d'Escher... le sentiment du mouvement perp&#233;tuel au travers d'une image fixe, une sacr&#233;e trouvaille et un sacr&#233; paradoxe tout de m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une architecture, ma pr&#233;f&#233;r&#233;e peut-&#234;tre parce qu'elle fait appel au cube de Necker, mais en version impossible, c'est &#171; Belvedere &#187;, une autre lithographie. Escher nous transporte dans un Moyen &#194;ge d'op&#233;rette avec des acteurs qui sont tous bizarrement fagot&#233;s. Le belv&#233;d&#232;re en question ressemble peu ou prou &#224; un tout petit palais moghol surmont&#233; de trois coupoles et constitu&#233; uniquement de deux plateformes en &#233;tage &#224; partir desquelles on dispose d'une vue panoramique sur un majestueux paysage des Abruzzes, de belles montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-09-04_a_16.13_15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH385/capture_d_e_cran_2025-09-04_a_16.13_15-11210.jpg?1764520838' width='500' height='385' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;M.C. Escher (Dutch, 1898-1972) Belvedere, 1958
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement, &#224; la base de l'&#233;difice il y a une esp&#232;ce de ge&#244;le avec un prisonnier qui s'agrippe des deux mains aux forts barreaux et qui passe m&#234;me sa t&#234;te un peu hagarde entre, les barreaux je veux dire. L'acc&#232;s &#224; la premi&#232;re plateforme se fait par un escalier assez raide mais qui ne pose pas probl&#232;me en lui-m&#234;me et &#224; la seconde par une &#233;chelle qui ne repose pas &#224; l'ext&#233;rieur du belv&#233;d&#232;re mais sur sa premi&#232;re plateforme, et &#231;a c'est compl&#232;tement impossible. Pourquoi ? Il n'y pas de trappe d'acc&#232;s entre la premi&#232;re plateforme et la seconde. L'&#233;chelle est pos&#233;e &#224; l'int&#233;rieur mais passe par l'ext&#233;rieur, or le belv&#233;d&#232;re est un quadrilat&#232;re, un parall&#233;l&#233;pip&#232;de rectangle plus pr&#233;cis&#233;ment pos&#233; sur sa petite surface. C'est donc impossible ! Mais pas seulement &#231;a ! Six des huit piliers qui soutiennent les arcades se croisent, ou plus pr&#233;cis&#233;ment ceux de devant soutiennent les arcades de derri&#232;re et inversement, ceux de derri&#232;re soutiennent les arcades de devant. C'est un peu comme si le cube &#171; fil de fer &#187; de Necker se m&#233;langeait les fils de fer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22979 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH584/denis_schmite-05-24317.jpg?1764280479' width='500' height='584' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet entrem&#234;lement de piliers imprime une forte torsion &#224; l'&#233;difice, ce qui semble ne d&#233;ranger personne, c'est-&#224;-dire ses visiteurs, le couple curieusement v&#234;tu qui monte les escaliers, le vieux sur la premi&#232;re plateforme qui contemple aristocratiquement les montagnes, la jeune femme sur la seconde plateforme qui regarde dans la direction oppos&#233;e du fait de la torsion, et surtout pas les deux jeunes hurluberlus qui grimpent &#224; l'&#233;chelle pour la rejoindre. Personne ne semble affect&#233; par cette extraordinaire architecture qui d&#233;fie les lois de la logique, aucun d'entre eux vraiment ? ...si, UN. Au pied du belv&#233;d&#232;re il y a un banc et sur ce banc un jeune homme qui tourne dans tous les sens un objet &#233;trange, un cube fait de lattes de bois, le cube de Necker mais version impossible. Devant lui, &#224; m&#234;me le sol dall&#233;, il a &#233;tal&#233; un plan, et il cherche &#224; comprendre ce jeune homme. D&#233;j&#224; c'est comme si on le voyait le cube &#224; la fois de dessus et de de dessous, sans aucune ambigu&#239;t&#233; visuelle telle que celle que je vous ai d&#233;crite en &#233;voquant la Gestaltth&#233;orie, mais l'une des lattes, l'une des ar&#234;tes, de l'arri&#232;re-plan passe au premier plan, un entrecroisement de droites qui lui donne un aspect bancal. Cet objet que tient le jeune homme dans ses mains, ce cube impossible, fonctionne comme le CONCEPT qui a pr&#233;valu &#224; la r&#233;alisation du belv&#233;d&#232;re, un bout de maquette en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite-07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH391/denis_schmite-07-6166c.jpg?1764280479' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Moi-m&#234;me j'ai &#233;t&#233; questionn&#233; par cette image que je connais assez bien, me permis-je d'intervenir, et je per&#231;ois dans cette architecture folle une version &#171; moderne &#187; de la Nef des fous, &#171; Das Narrenschiff &#187; de S&#233;bastien Brant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;bastien Brant (1458-1521), humaniste et po&#232;te satirique.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un texte de la Premi&#232;re Renaissance, qui a &#233;t&#233; si merveilleusement illustr&#233; par Albrecht D&#252;rer, ou bien du tableau &#233;ponyme de Hieronymus Bosch, ant&#233;rieur &#224; &#171; Das Narrenschiff &#187; d&#233;non&#231;ant la turpitude et les vices des gens d'&#233;glise et des Hommes de son temps. La Nef des fous ! Ce fut l&#224; un grand succ&#232;s d'&#233;dition, c'est certain, mais aussi une image qui trottait dans la t&#234;te de beaucoup &#224; la fin du Moyen &#194;ge et au d&#233;but de la Renaissance, &#224; commencer par celle d'&#201;rasme de Rotterdam qui, lui, ne parle pas de la nef mais bien de la folie des gens d'&#233;glise et des Hommes de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22980 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite-06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/denis_schmite-06-0c4a5.jpg?1764280479' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Albrecht Du&#776;rer, incisione per Das Narrenschiff di Sebastian Brant
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la nef de Bosch, il y a de la gourmandise av&#233;r&#233;e et de la luxure sous-jacente. Peut-&#234;tre y en a-t-il aussi dans la gravure d'Escher avec ces jeunes gens montant &#224; l'&#233;chelle pour rejoindre la jeune dame du deuxi&#232;me ? M&#234;me d&#233;sir que celui du gaillard qui grimpe au m&#226;t sans voile pour d&#233;crocher le gras chapon r&#244;ti qui y est suspendu ? Mais il est vrai aussi que si je laisse libre cours &#224; mon imagination je verrai bien dans la nonne joueuse de luth de la nef, et qui cherche en m&#234;me temps &#224; mordre dans une galette toute ronde suspendue &#224; un fil, une repr&#233;sentation un peu grivoise d'Hildegarde von Bingen qui voudrait d&#233;vorer l'Univers tout rond lui aussi qu'elle a repr&#233;sent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis_schmite-08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L429xH800/denis_schmite-08-fda9d.jpg?1764280479' width='429' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il, le belv&#233;d&#232;re tout tordu avec son bizarre &#233;quipage me fait penser &#224; un haut navire totalement d&#233;sorient&#233; et la ligne de cr&#234;te &#171; abruzz&#233;enne &#187; &#224; l'&#233;cume d'une mer agit&#233;e. Pourquoi pas ! admit le Ma&#238;tre en modernit&#233;. Mais restons-en l&#224; pour cette approche de l'Impossible et poursuivons sur la cristallographie et l'Infini...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de &#171; Autour de la Cosmogonie-Cosmologie de Hildegarde von Bingen &#187; repris dans &#171; G&#233;om&#233;trie &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans mon petit essai autour de l'&#339;uvre de Kazimir Malevitch.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La tessellation se d&#233;finit comme &#233;tant la d&#233;composition d'une surface en parties r&#233;guli&#232;re d&#233;coup&#233;es, les tesselles, sans aucun recouvrement des unes par les autres. C'est le cas d'une terrasse dall&#233;e ou d'une mosa&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les citations de Mauritz Escher et du math&#233;maticien Bruno Ernst sont tir&#233;es du livre de ce dernier &#171; The Magic Mirror of M.C. Escher &#187; (Bruno Ernst-1978, Taschen -2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; All-over &#187;, partout. En peinture il s'agit de couvrir la totalit&#233; de la toile, donc pas de blanc de r&#233;serve, avec des motifs r&#233;p&#233;titifs, ou non, mais plut&#244;t plus ou moins r&#233;p&#233;titifs. Le &#171; All-over &#187; est l'un des principes de l'Expressionnisme abstrait &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Albert Necker-de-Saussure (1786-1861) est un g&#233;ologue et naturaliste suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une homoth&#233;tie est une transformation g&#233;om&#233;trique correspondant &#224; une augmentation ou une&lt;br class='autobr' /&gt;
diminution d'une figure &#224; partir d'un point fixe ext&#233;rieur &#224; la figure objet de la transformation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le gestaltisme est une autre d&#233;nomination de la gestaltth&#233;orie, th&#233;orie ou psychologie de la forme,&lt;br class='autobr' /&gt;
la gestalt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maria Isabel Birimelis Bassa - &#171; Une nouvelle mani&#232;re de voir le monde - La g&#233;om&#233;trie fractale &#187; (RBA Coleccionables - Le Monde est math&#233;matique - 2011.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;bastien Brant (1458-1521), humaniste et po&#232;te satirique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Chim&#232;re</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Chimere</link>
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		<dc:date>2025-11-02T11:35:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>transhumanisme</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, une &#171; pseudo Am&#233;rique &#187; a engendr&#233; deux autres monstres qui contaminent le monde. Denis Schmite poursuit son exploration du prom&#233;th&#233;en contemporain, de l'humain au transhumain au posthumain. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le papier peint avec lequel les hommes de science ont recouvert le monde de la r&#233;alit&#233; tombe en lambeaux... La beaut&#233;, cette beaut&#233; f&#233;line qui nous tient par les couilles en Am&#233;rique, est finie. Pour sonder la nouvelle r&#233;alit&#233;, il est d'abord (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/transhumanisme" rel="tag"&gt;transhumanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2754-d4515.jpg?1772240718' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, une &#171; pseudo Am&#233;rique &#187; a engendr&#233; deux autres monstres qui contaminent le monde. Denis Schmite poursuit son exploration du prom&#233;th&#233;en contemporain, de l'humain au transhumain au posthumain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1024px-fontana_del_bacchino__boboli__valerio_cioli_03_fontana_del_bacchino_boboli_valerio_cioli_03.jpg-ccby2_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/1024px-fontana_del_bacchino__boboli__valerio_cioli_03_fontana_del_bacchino_boboli_valerio_cioli_03.jpg-ccby2_5-ae636.jpg?1760473932' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fontana del Bacchino (Boboli), Valerio Cioli, CCby2.5.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le papier peint avec lequel les hommes de science ont recouvert le monde de la r&#233;alit&#233; tombe en lambeaux... La beaut&#233;, cette beaut&#233; f&#233;line qui nous tient par les couilles en Am&#233;rique, est finie. Pour sonder la nouvelle r&#233;alit&#233;, il est d'abord n&#233;cessaire de d&#233;monter les tuyaux, de d&#233;brider les conduites gangren&#233;es qui composent le syst&#232;me g&#233;nito-urinaire par o&#249; s'&#233;coulent les excr&#233;tions de l'Art... Les tuyaux sont obstru&#233;s par des embryons &#233;trangl&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry Miller, Tropique du Cancer, 1934, &#201;ditions Deno&#235;l 1945, Traduction : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Henry Miller&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
En guise d'illustrations de ces quelques paroles proph&#233;tiques d'Henry Miller extirp&#233;es de son &lt;i&gt;Tropique du Cancer&lt;/i&gt; on pourrait retenir la belle image d'une gracieuse chim&#232;re mise en sc&#232;ne par Matthew Barney dans son &lt;i&gt;Cremaster 3&lt;/i&gt;, mi-femme mi-l&#233;opard ici, mais parfois femme aux jambes de cristal ou bien d'acier, Aimee Mullins, superbe cr&#233;ature transhumaine transcend&#233;e par un artiste transhumaniste, si ce n'est post. &lt;i&gt;&#171; Un grand adepte de l'hybridation homme/machine, Barney, et de l'hybridation tout court. Les mutants et les cyborgs peuplent son monde fait de mythologie &#233;gyptienne, de rites shinto&#239;stes, de l&#233;gendes celtiques, d'industrie automobile d'antan, de chasse &#224; la baleine et de m&#233;tamorphoses, de magicien-performer prodige et de joueur de football dot&#233; de rotules en plastique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mon texte &#171; Spirales &#187; dans lequel je parle de Matthew Barney et de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et puis, un blasto&#239;de tachet&#233; de couleurs phosphorescentes pour bien montrer les lign&#233;es cellulaires impliqu&#233;es, donc un pseudo embryon possiblement transg&#233;nique concoct&#233; par la Biom&#233;decine et le G&#233;nie g&#233;n&#233;tique. Quant &#224; &#171; l'Am&#233;rique &#187; et &#224; ses attributs, l'image ci-dessus repr&#233;sente assez bien cela. Dysmorphisme et infatuation ! En fait, la face hideuse d'une certaine population ! Et Miller, plus loin, dans ce qui pourrait &#234;tre une conclusion : &lt;i&gt;&#171; Il (faut) garder l'Am&#233;rique, toujours &#224; l'arri&#232;re-plan, une sorte de gravure carte postale, que l'on regarde dans ses moments de faiblesse [...]. &#199;a n'existe pas l'Am&#233;rique ! C'est un nom qu'on donne &#224; une id&#233;e abstraite... &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, bien que n'existant pas, l'Am&#233;rique va se trouver une fois encore au c&#339;ur du probl&#232;me. D'abord pourquoi n'existe-t-elle pas l'Am&#233;rique ? L'Am&#233;rique existe en tant que continent et non pas en tant que pays, or c'est d'un pays dont parle Henry Miller et plus pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; id&#233;e abstraite &#187;, d'un fantasme de pays pour les gens du Monde, en particulier pour les &#171; Am&#233;ricains &#187;. Le terme d'&#233;tats unis ne peut &#234;tre lui non plus accapar&#233; par une seule nation puisque sur le continent Am&#233;rique une majorit&#233; de pays, gigantesques au demeurant, au nord et au sud, ont cr&#233;&#233; une union d'&#233;tats. Par cons&#233;quent, le terme &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#231;a ne peut en aucune mani&#232;re qualifier un seul pays ou alors &#224; peu pr&#232;s tous, Canada, Mexique, Br&#233;sil, Argentine, Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon ! Quel est le probl&#232;me &#233;voqu&#233; ? Rong&#233;e par le prom&#233;th&#233;isme doctrinal, id&#233;ologique si on pr&#233;f&#232;re, cette pseudo Am&#233;rique a g&#233;n&#233;r&#233;, apr&#232;s ou parall&#232;lement au libertarianisme et &#224; l'ultralib&#233;ralisme, deux autres monstres, le transhumanisme et le posthumanisme, cellules oncog&#232;nes qui l&#224; encore vont m&#233;tastaser dans le monde entier car c'est bien de cancer dont il s'agit ici, toute la plan&#232;te s'&#233;tant concentr&#233;e sous son tropique. Concernant le transhumanisme les choses se sont install&#233;es sans brutalit&#233; aucune mais dans un rapide glissement, le plus souvent par consentement, parfois sur demande, d'&#224; peu pr&#232;s tous, sauf les sous-aliment&#233;s, les d&#233;nutris, les populations en zone de guerre, un tr&#232;s gros tiers de l'humanit&#233; exclus quand m&#234;me, le smartphone, eh oui ! un sixi&#232;me ou septi&#232;me sens mais surtout un parfait traqueur de l'individu globalis&#233;, les soins esth&#233;tiques, dont la chirurgie ainsi que les proth&#232;ses non strictement r&#233;paratrices, le sport, de comp&#233;tition ou non, qui sous-entend le dopage, le bodybuilding et ses mol&#233;cules diverses et vari&#233;es, les psychostimulants l&#233;gaux ou ill&#233;gaux, la procr&#233;ation m&#233;dicalement assist&#233;e avec fertilisation en laboratoire, d&#233;sir et tendresse, et bien d'autres trucs encore.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hq720.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/hq720-05e7a.jpg?1772204380' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre humain est imparfait de par son corps et de par son esprit et il faut donc l'am&#233;liorer. Un certain nombre de philosophes, dont ceux de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles qui ont dirig&#233; la belle &lt;i&gt;Encyclop&#233;die du transhumanisme et du posthumanisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Hottois, J.N. Missa et L. Perbal (dir.) - Encyclop&#233;die du tranhumanisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;voque, &#224; propos du transhumanisme, &lt;i&gt;&#171; un progressisme prom&#233;th&#233;en d'am&#233;lioration de la nature humaine par la technologie &#187;&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;&#171; utopie technoscientifique &#187;&lt;/i&gt; qui s'appuie sur &lt;i&gt;&#171; les progr&#232;s de la biom&#233;decine &#187;&lt;/i&gt;. La biom&#233;decine ne veut pas dire une m&#233;decine sans herbicide mais une m&#233;decine qui int&#232;gre les savoirs et les m&#233;thodes de la biologie, de la chimie et de la physique, donc une m&#233;decine hybride. On parlera par la suite beaucoup d'hybridation par rapport au sujet scientifique, comme de glissement ou de dilution. Pr&#233;cis&#233;ment, il y a une &lt;i&gt;&#171; dilution [progressive] des fronti&#232;res entre la m&#233;decine th&#233;rapeutique [ou curative] et la m&#233;decine d'am&#233;lioration [de l'humain] &#187;&lt;/i&gt;. En &#171; Am&#233;rique &#187; on parle de &#171; Human Enhancement &#187;. Il s'agit de &#171; transcender &#187; l'&#234;tre humain, d'o&#249; le slogan programmatique &lt;i&gt;&#171; Living longer, healthier, smarter and happier &#187;&lt;/i&gt;, vivre plus longtemps, en meilleure sant&#233;, plus intelligent et plus heureux. Dans une publication intitul&#233;e &#171; Au-del&#224; du th&#233;rapeutique... &#187;, le Comit&#233; d'&#233;thique am&#233;ricain pr&#233;sente &lt;i&gt;&#171; le human enhancement comme une sorte de prolongement naturel de l'activit&#233; m&#233;dicale &#187;&lt;/i&gt; avec comme objectif le bonheur, tandis que plus directement, dans un rapport prospectif, la National Science Foundation et le Department of Commerce affirme qu'il faut promouvoir &lt;i&gt;&#171; les innovations am&#233;liorant la performance des individus, agents &#233;conomiques &#187;&lt;/i&gt; pour la sauvegarde du leadership des &lt;i&gt;&#171; &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk, homme du &lt;i&gt;&#171; Remords... &#187;&lt;/i&gt; duquel il sera bient&#244;t question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdjik - Le Remords de Prom&#233;th&#233;e duquel il sera question dans mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Gilbert Hottois et J&#233;r&#244;me Gaffette, donnent le nom d'anthropotechnique, ou d'anthropotechnie, aux techniques de &lt;i&gt;&#171; transformation extra-m&#233;dicale de l'&#234;tre humain par intervention sur son corps &#187;&lt;/i&gt;. On parle de &#171; M&#233;decine m&#233;liorative &#187; sans &#171; a &#187;, une m&#233;decine qui utilise des m&#233;dicaments nouveaux et des techniques th&#233;rapeutiques tout aussi nouvelles &#224; des fins curatives certes, mais aussi pour augmenter les capacit&#233;s humaines que ce soit l'intelligence et la force, pour am&#233;liorer l'apparence et r&#233;orienter les &#233;motions, par des psychotropes, avec comme objectif LE BONHEUR... et aussi gagner de l'argent mais &#231;a ce n'est jamais dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains qui partagent ce d&#233;sir d'am&#233;liorer, voire de transcender, l'humain iront jusqu'&#224; d&#233;clarer que &lt;i&gt;&#171; le transhumanisme doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un prolongement de l'humanisme des Lumi&#232;res &#187;&lt;/i&gt; et consid&#232;rent qu'ils font un usage &#171; rationnel &#187; des biotechnologies et des technosciences en g&#233;n&#233;ral. On notera que cette revendication de l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res va &#224; l'encontre de la position du courant postmoderne regroupant &#224; peu pr&#232;s tous les philosophes fran&#231;ais de la seconde moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, Lyotard, Derrida, Deleuze, Foucault, et qui stigmatisait ce que le premier appelait les m&#233;tar&#233;cits, en gros les id&#233;ologies et utopies, dont il rejetait la faute aux Lumi&#232;res. Par contre ce courant adorait les technosciences, particuli&#232;rement Lyotard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a beaucoup d'id&#233;es dans tout ceci, un trop-plein, mais y en a-t-il de vraiment belles des id&#233;es ? Henry Miller affirme que &lt;i&gt;&#171; l'esth&#233;tique de l'id&#233;e produit des pots de fleurs, et les pots de fleurs on les met sur la fen&#234;tre. Mais s'il n'y a pas de soleil ni de pluie, &#224; quoi bon mettre les pots de fleurs sur la fen&#234;tre ? &#187;&lt;/i&gt; Tout le probl&#232;me est l&#224; : y a-t-il encore des sources de vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; trans &#187; n'est que transitoire. Ainsi le philosophe et bio&#233;thicien John Harris va d&#233;clarer que le Saint Graal de l'am&#233;lioration est l'immortalit&#233;, &lt;i&gt;&#171; The Holy Grail of Enhancement is Immortality &#187;&lt;/i&gt;. L&#224;, le glissement du transhumanisme au posthumanisme va &#234;tre brutal, mais sans qu'on ait cherch&#233; &#224; le voir arriver. Il ne s'agit plus d'am&#233;liorer mais d'op&#233;rer une transformation &#171; biophysique &#187; de l'Homme en mobilisant toutes les technosciences, biom&#233;decine, g&#233;n&#233;tique, neurosciences, nanotechnologies, informatique, ainsi que toutes les recherches dans des domaines connexes comme la robotique, la biologie de synth&#232;se et l'intelligence artificielle. Dans le m&#234;me temps on en profite pour moderniser le vocabulaire et parler de &#171; Sciences et technologies convergentes &#187; ou bien encore de NBIC pour nanotechnologies, biom&#233;decine, informatique, sciences cognitives. En fait hybridation &#224; tous les &#233;tages ! Tout est dans tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nanotechnologies en voil&#224; un sujet int&#233;ressant et contemporain ! Des nanoparticules on en trouve partout, textiles antitaches et anti-transpiration, b&#233;ton, peintures et verres autonettoyants, cr&#232;mes solaires et cosm&#233;tiques, aliments, m&#233;dicaments etc. etc. et elles posent plein de probl&#232;mes de sant&#233; parce qu'elles s'accumulent dans nos organismes y compris dans nos cerveaux, parce qu'elles forcent toutes les barri&#232;res biologiques. Le nanom&#232;tre repr&#233;sente un milliardi&#232;me de m&#232;tre. La taille d'une bact&#233;rie est de mille nanom&#232;tres tandis que celle d'un virus est de dix nanom&#232;tres. On parle de nanoparticule pour tout objet d'une taille inf&#233;rieure &#224; cent nanom&#232;tres, mais souvent c'est 1,5 nanom&#232;tre, une quinzaine d'atomes. A cette &#233;chelle, la physique qui s'applique est la m&#233;canique quantique et les propri&#233;t&#233;s des mat&#233;riaux, physique, chimique, biologique, &#233;lectromagn&#233;tique, sont diff&#233;rentes de ce qu'elles sont &#224; l'&#233;chelle courante. Aussi pour travailler avec les nanoparticules, les trier et les assembler, il a fallu cr&#233;er un nouvel outil, le microscope &#224; effet tunnel, effet quantique bien connu des physiciens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'effet tunnel permet &#224; une particule de franchir une barri&#232;re de potentiel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'un des mat&#233;riaux les plus int&#233;ressants, en particulier pour les militaires, c'est le nanotube de carbone, beaucoup plus l&#233;ger et infiniment plus r&#233;sistant que l'acier mais extr&#234;mement toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biologie de synth&#232;se, ou ing&#233;nierie du vivant, ou g&#233;nie biologique, marche la main dans la main avec le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique et travaille notamment avec des polym&#232;res pris dans la nature ou artificiels, pour cr&#233;er de nouvelles mol&#233;cules, voire m&#234;me de nouvelles cellules dot&#233;es de g&#233;nomes synth&#233;tiques. Les d&#233;clarations sont toujours vertueuses, prot&#233;ger l'environnement, collaborer &#224; l'industrie de pointe, aider la m&#233;decine bien s&#251;r, par exemple v&#233;hiculer au moyen de navettes synth&#233;tiques guid&#233;es par des peptides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un peptide est un polym&#232;re d'acides amin&#233;s, l'argile avec lequel sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la chimioth&#233;rapie au c&#339;ur m&#234;me des tumeurs canc&#233;reuses puis les faire exploser au moyen des rayons ionisants de la radioth&#233;rapie pour une parfaite diffusion de la chimio dans la tumeur, mais on doit aussi, et entre autres, &#224; ces deux &#171; g&#233;nies &#187; la fabrication par transgen&#232;se des fameux OGM, organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s, et pas mal d'autres choses inqui&#233;tantes. L'outil CRISPR-Cas9, ciseaux g&#233;n&#233;tiques ou bistouri g&#233;n&#233;tique, comme on voudra, trouve ici son plein usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns, pas n&#233;cessairement des antiprogressistes, en sont arriv&#233;s &#224; consid&#233;rer les nanotechnologies, le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, la biologie de synth&#232;se, et l'&#233;nergie nucl&#233;aire, comme &#233;tant les quatre cavaliers de l'apocalypse, l'intelligence artificielle en constituant in&#233;luctablement un cinqui&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4cavaliers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH697/4cavaliers-0f203.jpg?1760473932' width='500' height='697' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les quatre cavaliers de l'Apocalypse, Arbrecht D&#252;rer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;entre 1498 et 1511
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Evgeny Morozov, un &#171; Am&#233;ricain &#187; comme son nom ne l'indique pas, mais surtout historien des sciences, sp&#233;cialiste du num&#233;rique et de ses implications sociales et politiques, raconte l'histoire d'un psychiatre hippie passionn&#233; de cybern&#233;tique, Warren Brodey, et &#224; travers celui-ci le tournant pris par la recherche en intelligence artificielle, c'est-&#224;-dire le passage de l'id&#233;e d'am&#233;lioration de l'humain &#224; celle d'augmentation de l'humain. &#192; l'instar d'un certain nombre de cybern&#233;ticiens de l'&#233;poque, Brodey voyait autour de lui &lt;i&gt;&#171; un gigantesque gisement d'intelligence, humaine, cr&#233;ative, impr&#233;visible, et po&#233;tique &#187;&lt;/i&gt; et se d&#233;fiait comme de la peste de l'IA et de ses d&#233;fenseurs dogmatiques. Il &#233;tait l'un des promoteurs, ardent, d'une v&#233;ritable &#171; philosophie de la cybern&#233;tique &#187;, &#224; savoir qu'&#224; partir d'une approche transdisciplinaire on devrait comprendre l'intelligence humaine tout comme les process industriels ou la machinerie soci&#233;tale. Il s'agissait pour lui, pour eux, de cr&#233;er des outils qui stimulent cette intelligence naturelle tout en la mettant en harmonie avec son environnement tout aussi naturel. Tout en travaillant &#224; la mise au point de son utopie humaniste et &#233;cologique au sein du MIT, Brodey se voyait entour&#233; de jeunes math&#233;maticiens et informaticiens, brillants et fougueux, qui cherchaient &#224; cr&#233;er pour le Pentagone et le complexe militaro-industriel l'IA de demain. Il a fini par quitter le MIT duquel il avait toujours refus&#233; une titularisation tout comme il avait rejet&#233; tout financement venant du Pentagone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evgeny Morozov, &#171; Une autre intelligence artificielle est possible &#187; in Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, plein de nouveaux mat&#233;riaux, plein de nouveaux outils, plein de nouvelles techniques bourr&#233;es de vertus mais tr&#232;s fragiles ces vertus, pour reconstruire l'Homme, un &#171; work in progress &#187;, comme on dit en &#171; Am&#233;rique &#187;, fabriquer l'Homme nouveau, comme on a dit ailleurs, &lt;i&gt;&#171; un processus de perfectibilit&#233; continue &#187;&lt;/i&gt;, un chantier prom&#233;th&#233;en duquel Prom&#233;th&#233;e ne saurait &#234;tre tenu pour responsable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/stelarc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH765/stelarc-fb734.jpg?1772204380' width='500' height='765' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et on va se confronter une nouvelle fois au fantasme nourri par l'homme prom&#233;th&#233;en tel que saisi par Fran&#231;ois Flahault, celui d'autoengendrement et d'indestructibilit&#233;, expressions du virilisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;tour d'une phrase, le professeur Edith Heard l'a dit &lt;i&gt;&#171; et nous, &#233;chos indignes, allons derri&#232;re [elle] tout bas le r&#233;p&#233;tant &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edith Heard est g&#233;n&#233;ticienne, directrice g&#233;n&#233;rale du Laboratoire europ&#233;en de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la reproduction sexu&#233;e a un co&#251;t, celui qui se reproduit ne transmettant qu'une partie de son g&#233;nome. La reproduction non sexu&#233;e autorise la transmission de la totalit&#233; d'un g&#233;nome mais elle ne peut se faire que par clonage, en gros par introduction d'un noyau cellulaire au stade de la blastula, noyau qui contient le dit g&#233;nome, dans un ovocyte &#233;nucl&#233;&#233;. Mais &#171; l'ectogen&#232;se &#187; n'est pas chose ais&#233;e quand m&#234;me. Il faut implanter l'embryon ou le f&#339;tus dans un ut&#233;rus artificiel et c'est l&#224; que &#231;a se complique parce qu'il est tr&#232;s difficile, et bien plus encore, de reproduire le liquide amniotique que produit un ut&#233;rus naturel. On parle de &#171; technologie du choix germinal &#187; qui recouvre aussi la possibilit&#233; de modifier le patrimoine g&#233;n&#233;tique de l'enfant &#224; venir. Enfant sur catalogue ! Design du Vivant ! Voil&#224; ! Mais tout ceci &#171; peut &#187; aller beaucoup plus loin, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette obsession d'augmenter consid&#233;rablement les capacit&#233;s cognitives, m&#233;moire et intellect, au moyen de nano-implants dans le cerveau, et il est dit que l'un des titans de la Silicon Valley se targue d'y avoir recouru lui-m&#234;me &#224; ces implants c&#233;r&#233;braux. Beaucoup d'espoirs sont plac&#233;s dans les nanotechnologies, pour la cr&#233;ation d'interfaces homme-machine par exemple, un autre fantasme sans doute mais avec certaines applications probablement d&#233;j&#224; test&#233;es au niveau militaire puisque c'est de l'arm&#233;e &#171; am&#233;ricaine &#187; que toujours d&#233;pend la cr&#233;ativit&#233; des hommes de ce pays. Il ne faut jamais oublier qu'en deux cent cinquante ann&#233;es d'existence, &#171; l'Am&#233;rique &#187; a employ&#233; deux cent vingt-six ann&#233;es &#224; la guerre et &#224; des interventions ext&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain Ray Kurtzweil, non pas &#171; Am&#233;ricain &#187; mais Australien, futurologue de son &#233;tat et amoureux des technosciences, annonce l'&#233;mergence &#171; prochaine &#187; d'une &#171; singularit&#233; technologique &#187;, &#171; singularit&#233; &#187; &#233;tant un terme emprunt&#233; &#224; l'astrophysique et qui signifie &#224; peu pr&#232;s &#171; l'infini &#187;, en l'occurrence d'une intelligence non-biologique &#171; infiniment &#187; plus performante que l'intelligence humaine, un milliard de fois avance-t-il, &#224; telle point qu'elle pourrait &#233;voluer seule et rapidement concevoir puis donner naissance &#224; des machines encore plus intelligentes affirment d'autres technophiles. Kurtzweil, lui, entrevoit un processus en trois &#233;tapes. La parfaite mod&#233;lisation informatique d'un cerveau humain, puis le d&#233;veloppement exponentiel de l'informatique domestique, acc&#233;l&#233;ration de la loi de Moore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La ou les &#171; lois &#187; de Moore sont des appr&#233;ciations bas&#233;es sur des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un superordinateur pour la famiille, enfin la fusion de l'intelligence artificielle et du contenu d'un cerveau humain, hybridation, chim&#232;re, avec &#224; terme l'&#233;mergence de ladite singularit&#233;, la supr&#234;me intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, bien plus qu'un glissement c'est un v&#233;ritable d&#233;rapage qu'op&#232;re le posthumanisme, un d&#233;rapage dans la d&#233;raison, vers une humanit&#233; non-biologique, vers une intelligence totalement artificielle mais dot&#233;e d'une conscience nouvelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nombre de ces gens-l&#224;, les posthumanistes, la Mort n'est donc qu'un probl&#232;me technologique &#224; r&#233;soudre. Ceci peut se faire en deux &#233;tapes. La premi&#232;re est d&#233;j&#224; largement amorc&#233;e par la convergence des technologies du Vivant, ou biotechnologies, avec les nanosciences, les technologies de l'information et les sciences cognitives, donc en activant les NBIC et en transcendant les formes actuelles de l'humain, en le remodelant et en prolongeant sa vie. Certains osent dire que l'homme qui vivra mille ans est d&#233;j&#224; n&#233; MAIS... la Mort reste encore au bout du chemin. Syndrome de Gilgamesh. La seconde, en rapprochant la robotique et l'IA et en t&#233;l&#233;chargeant le contenu du cerveau de l'homme dans une machine intelligente, serait une mani&#232;re de lui donner l'immortalit&#233; en le d&#233;barrassant d&#233;finitivement de son corps toujours p&#233;rissable malgr&#233; les changements d'organes rendus possibles. Av&#232;nement du nouveau Prom&#233;th&#233;e en abattant la fronti&#232;re entre l'humain et le non-humain ! MAIS... la partie non humaine serait en mesure de se rebeller et d'imposer son autonomie. La singularit&#233;, absolument non biologique ! Fin de l'humain ! Aboutissement des technosciences ou d&#233;lire science-fictionnel ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/denis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH575/denis-b08a0.jpg?1760473932' width='500' height='575' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La &#171; Mosa&#239;que du Triomphe &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;montage de Denis Schmite
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de mat&#233;riaux nouveaux, vivants ou inertes, de technologies puissantes et possiblement d&#233;viantes ainsi que de sciences fortement hybrid&#233;es, sollicite l'Art bien s&#251;r au point de cr&#233;er un courant r&#233;ellement avant-gardiste, qu'on a d&#233;j&#224; effleur&#233; avec le &#171; Prometheus Delivered &#187; de Thomas Feuerstein, le BIO-ART. Culture de cellules et de tissus organiques, clonage, mutations g&#233;n&#233;tiques et transgen&#232;se, fusion du biologique, des polym&#232;res synth&#233;tiques et de l'informatique, et bien d'autres choses encore. Les bio-artistes questionnent sans cesse la Science, taquinent la Philosophie, se contrefoutent des bien-pensants et des th&#233;ologiens de tous poils, et ils ne demandent rien &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et &#224; ses politiciens en particulier, enfin &#224; l'inverse de beaucoup d'autres ils sont toujours passionnants et m&#234;me parfois amusants. Tout ce qu'ils font c'est d&#233;velopper des recherches en travaillant la mati&#232;re vivante, en collaborant &#233;troitement avec les scientifiques, dans la qu&#234;te sans fin d'une esth&#233;tique in&#233;dite, et en se proposant comme &#171; des &#233;veilleurs de consciences &#187;, &#224; l'oppos&#233; cette fois-ci des scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ch_1_v6i34e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH602/ch_1_v6i34e-99493.jpg?1760473932' width='500' height='602' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La &#171; Bio-mosa&#239;que &#187;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;montage de Denis Schmite
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une vaste d&#233;pendance du palais de la grande pr&#234;tresse libertarienne et transhumaniste version ga&#239;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ga&#239;anisme (Ga&#239;a, la terre dans la mythologie grecque) est un courant &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sorte de turgescence scrofuleuse dress&#233;e par Gehry, le palais pas la grande pr&#234;tresse, celle qui s'emploie &#224; arracher de son coutelas d'argent le c&#339;ur de diamant de la &#171; pure &#187; cit&#233; d'Arles, la grande pr&#234;tresse pas la turgescence, Pierre Huyghe a momentan&#233;ment pos&#233; une installation complexe pr&#233;tendument faite pour frapper d'effroi le visiteur ou, pour le moins, le plonger dans un bain ins&#233;cure, un espace de m&#233;ditation voulu tr&#232;s inconfortable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une semi-p&#233;nombre, quelques larges &#233;crans diffusent les images, d&#233;form&#233;es mais tr&#232;s belles, que l'on dit puis&#233;es dans le cerveau de personnes auxquelles on aurait donn&#233; quelques th&#232;mes &#224; malaxer, &#339;uvres d'art ou organismes vivants, par exemple. On aurait ainsi capt&#233; les flux neuronaux de ces personnes par &#233;lectroenc&#233;phalogramme ou au moyen d'&#233;lectrodes implant&#233;es dans certaines r&#233;gions du cortex et on les aurait d&#233;cod&#233;s dans un ordinateur, c'est ce qu'on appelle &#171; l'interface neuronale directe &#187;. Et puis, une &#171; intelligence artificielle &#187; aurait lu tout &#231;a et aurait reconstitu&#233; les images n&#233;es dans la t&#234;te des gens avant de les envoyer sur les &#233;crans, mais pas n'importe comment. Ces images d&#233;filent souvent tr&#232;s vite car elles suivent le rythme de prolif&#233;ration de cellules canc&#233;reuses contenues dans des incubateurs. On notera que beaucoup de bio-artistes utilisent les cellules canc&#233;reuses qui exercent sur eux une v&#233;ritable fascination car, non soumises &#224; l'apoptose, mort cellulaire programm&#233;e, elles sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant immortelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a recouvert le sol de cette sorte de hangar-&#233;table d'une &#233;paisse couche de terre sur laquelle on a d&#233;pos&#233; des fourmili&#232;res grouillantes et des art&#233;facts biod&#233;gradables faits de r&#233;sine synth&#233;tique et de mati&#232;res organiques qui ressemblent furieusement &#224; certaines images projet&#233;es, tandis qu'aux poutres m&#233;talliques sont suspendus des nids d'abeilles appel&#233;es &#224; virevolter. L&#224;-dedans tout est en interaction et rien n'est fait pour durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233; ? Dystopie et impermanence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas tenus de croire tout ou partie de cet &lt;i&gt;&#171; After Uunwelt &#187;&lt;/i&gt; franchement posthumaniste car Pierre Huyghe est dot&#233; d'un imaginaire d&#233;bordant et, qui plus est, c'est un merveilleux conteur d'histoires improbables, toute impr&#233;gn&#233;es qu'elles sont de croyances enfantines, de fables anciennes ou modernes, de bestiaires pseudo-fantastiques, de fantasmes d'adulte, et d'univers multiples paradoxalement proches, d'une hybridation de tout ceci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, il n'y a pas de r&#233;alit&#233;, elle n'existe pas, tout comme la v&#233;rit&#233; du reste. Il n'y a que des illusions, des images, des chim&#232;res, si ce n'est la souffrance, la douleur, la peine, la col&#232;re inflig&#233;es par les illusions des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henry Miller a compris ce discours et de commenter : &lt;i&gt;&#171; Oh ! apr&#232;s tout, ce sont l&#224; pens&#233;es nocturnes provoqu&#233;es par une promenade sous la pluie apr&#232;s deux mille ans de Christianisme &#187;&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/71jspjneb7l__uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/71jspjneb7l__uf1000_1000_ql80_-a903d.jpg?1760473932' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; suivre&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henry Miller, &lt;i&gt;Tropique du Cancer&lt;/i&gt;, 1934, &#201;ditions Deno&#235;l 1945, Traduction : Henri Fluch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mon texte &#171; Spirales &#187; dans lequel je parle de Matthew Barney et de son ascension par l'ext&#233;rieur de la rampe du Guggenheim Museum de Central Park dans le &lt;i&gt;Cremaster 3&lt;/i&gt; et de sa rencontre avec Aimee Mullins, tant&#244;t femme l&#233;opard, tant&#244;t femme aux jambes de cristal. Aimee Mullins est une athl&#232;te handisport, un mannequin et une actrice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Hottois, J.N. Missa et L. Perbal (dir.) - Encyclop&#233;die du tranhumanisme et du posthumanisme (Librairie Philosophique J. VRIN, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdjik - Le Remords de Prom&#233;th&#233;e duquel il sera question dans mon texte &#171; Arationalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'effet tunnel permet &#224; une particule de franchir une barri&#232;re de potentiel, pour faire simple de passer au travers d'un obstacle plut&#244;t que passer au-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un peptide est un polym&#232;re d'acides amin&#233;s, l'argile avec lequel sont fa&#231;onn&#233;s les prot&#233;ines (voir &#171; Conscience &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evgeny Morozov, &#171; Une autre intelligence artificielle est possible &#187; in &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; n&#176;845, Ao&#251;t 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edith Heard est g&#233;n&#233;ticienne, directrice g&#233;n&#233;rale du Laboratoire europ&#233;en de biologie mol&#233;culaire, titulaire de la chaire &#171; &#201;pig&#233;n&#233;tique et m&#233;moire cellulaire &#187; au Coll&#232;ge de France, membre de l'Acad&#233;mie des sciences, m&#233;daille d'or du CNRS en 2024. C'est une sp&#233;cialiste de l'inactivation du chromosome X. Et puis il y a cette r&#233;miniscence enfantine d'un tr&#232;s court po&#232;me d'Alexandre Dumas &#171; Le po&#232;te l'a dit et nous &#233;chos indignes allons derri&#232;re lui tout bas le r&#233;p&#233;tant l'Angleterre est un nid de cygnes au milieu d'un immense &#233;tang &#187;. Edith Heard est d'origine britannique et c'est un hommage que je lui rends.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La ou les &#171; lois &#187; de Moore sont des appr&#233;ciations bas&#233;es sur des constatations de l'&#233;volution du mat&#233;riel informatique en termes de puissance et de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ga&#239;anisme (Ga&#239;a, la terre dans la mythologie grecque) est un courant &#171; &#233;cologiste &#187; du transhumanisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souffrance et beaut&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Souffrance-et-beaute</link>
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		<dc:date>2025-09-29T14:55:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>Son</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Autour du &#171; Prometeo &#187; de Rodrigo Garcia et du &#171; Resonance Project &#187; d'Oliver Beer.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/theatre" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Son" rel="tag"&gt;Son&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH133/arton2743-13bb7.jpg?1772240718' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='133' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autour du &#171; Prometeo &#187; de Rodrigo Garcia et du &#171; Resonance Project &#187; d'Oliver Beer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; ceux qui, le jour de l'explosion, ont pass&#233; leur chemin comme s'ils n'&#233;taient pas concern&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ceux qui ne peuvent pas croire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; tous et entre tous &#224; moi aussi : DONNE-NOUS LE FEU. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rodrigo Garcia&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rodrigo Garcia, Prometeo in &#171; Cendres 1986-1999 &#187; (Les Solitaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
Il est convenu de dire que Rodrigo Garcia est un enfant terrible du th&#233;&#226;tre contemporain ce qui dans la bouche des bourgeois, qui &#224; ses d&#233;buts se ruaient dans les salles o&#249; l'on donnait ses pi&#232;ces performatives, signifiait un bien mauvais gar&#231;on qui torturait la belle langue de France en m&#234;lant po&#233;sie, un peu simpliste pour eux sevr&#233;s &#224; P&#233;guy et Claudel, et mots orduriers, ainsi que ses com&#233;diens qu'il pouvait mettre en danger, dans leur tension croissante au fil des discours et des situations, des actions simul&#233;es d'un sexe os&#233;, une sorte de C&#233;line th&#233;&#226;tral m&#226;tin&#233; d'actionnisme viennois auraient-ils pu dire les bourgeois, s'ils avaient eu ses r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je sens chez Rodrigo Garcia un grand po&#232;te, sorte de trait d'union peut-&#234;tre entre Fran&#231;ois Villon et Antonin Artaud, avec un soup&#231;on de C&#233;line, c'est vrai, mais l'humaniste r&#233;volt&#233; du &#171; Voyage... &#187; quand il a &#233;chou&#233; m&#233;decin &#224; Bezons, une ville de banlieue qui suintait la mis&#232;re. Il ne faut pas craindre les mots dits ! Mais Rodrigo Garcia est avant tout un auteur/metteur en sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre, sans concession aucune, un &#171; &#233;crivain de plateau &#187;, &#224; l'instar d'Anatoli Vassiliev et de Fran&#231;ois Tanguy, c'est-&#224;-dire un montreur et d&#233;montreur qui ne se contente pas d'&#233;crire seul avec des mots mais avec des com&#233;diens et avec les com&#233;diens, c'est-&#224;-dire ensemble sur les planches, le plateau, pendant les r&#233;p&#233;tions, fa&#231;onnage sur le vif et en collectif du dire, contenu et sens, et du montrer, actions cr&#233;&#233;es par le sens, lui-m&#234;me puis&#233; dans l'&#233;tat de la famille, de la soci&#233;t&#233; et du Monde, beaucoup de mouvements et peu d'art&#233;facts, plut&#244;t des choses communes, des objets du quotidien ou des aliments, beaucoup, qui contribuent aux situations, les provoquent et les soutiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire aussi que le th&#233;&#226;tre de Rodrigo Garcia ex&#233;cute &#224; peu pr&#232;s &#224; la lettre les pr&#233;ceptes du &#171; Th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; &#187;, concept forg&#233; par Antonin Artaud dans le &#171; Th&#233;&#226;tre et son double &#187;, pour lequel il ne s'agit pas de montrer cr&#251;ment l'horreur du Monde, la cruaut&#233; qui y est d&#233;ploy&#233;e, bien que certains et pas des moindres l'aient fait quand m&#234;me, Edward Bond avec &#171; Caf&#233; &#187; ou Sarah Kane avec &#171; An&#233;antis &#187;, mais plut&#244;t la souffrance engendr&#233;e par cette cruaut&#233;, souffrance port&#233;e par les com&#233;diens et transmises aux spectateurs de tous bords au moyen de leurs actions qui cr&#233;ent des situations qui, elles, peuvent &#234;tre tr&#232;s violentes. Pour son th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; Artaud, lui, n'&#233;tait pas du tout oppos&#233; aux actions fortes et m&#234;me hypnotiques afin de plonger les com&#233;diens et leur public dans une sorte de transe r&#233;v&#233;latrice. Artaud voulait donner ou redonner une dimension m&#233;taphysique au th&#233;&#226;tre et offrir une possible catharsis aux spectateurs en leur permettant de penser &#171; avec leurs sens &#187; et puis, seulement apr&#232;s, avec leur &#171; entendement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Prometeo &#187; de Garcia c'est quatre personnages qui se pressent autour d'un ring, un boxeur, un manager que l'on appelle &#171; speaker &#187; sans doute parce qu'il parle beaucoup, et deux femmes, la &#171; femme &#187; et &#171; l'autre femme &#187;. Apr&#232;s un round difficile, le boxeur est affal&#233; sur sa chaise et on se presse autour de lui. &lt;i&gt;&#171; Le coup, je vois venir le coup...Je ne sens pas mes jambes &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;p&#232;te- t-il sans cesse et on lui r&#233;pond sans cesse aussi &lt;i&gt;&#171; Tu es plus que ce mec...Sors toi de l&#224; &#187;&lt;/i&gt;, et puis, &lt;i&gt;&#171; Pour les organisateurs de combat, l'homme est avant tout un corps &#187;&lt;/i&gt;. Et on va parler beaucoup de corps... et d'un corps en souffrance et de bien d'autres corps en souffrance, et d'esprit en souffrance aussi. Souffrance du boxeur montr&#233; sur le ring, souffrance de Saint- S&#233;bastien, le martyr maintes fois repr&#233;sent&#233; en peinture, souffrance de la femme qui a v&#233;cu la guerre, errance et d&#233;tachement de l'autre femme qui fuit la souffrance produite par sa trop grande fr&#233;quentation des hommes. Sous l'angle de la souffrance, tous sont un morceau du Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233;. Avec Garcia Prom&#233;th&#233;e est un corps composite !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le speaker comprend et explique : &lt;i&gt;&#171; Le corps nu expos&#233; / L'offrande. / L'offrande : le corps nu. [...] / La chute. / Souffrir dans son corps. / L'&#233;crasante solitude du boxeur... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/le_pe_rugin_-_the_atre_alibi_-_botticelli.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH211/le_pe_rugin_-_the_atre_alibi_-_botticelli-5310a.jpg?1772213152' width='500' height='211' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le Pe&#769;rugin - The&#769;atre Alibi - Botticelli
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, la guerre racont&#233;e par la femme. &lt;i&gt;&#171; Au village, il n'y a plus un arbre debout. Ni une seule maison avec un toit, une fen&#234;tre ou un mur. Poussi&#232;re [...] des cadavres sur les d&#233;combres. Nous avons vu des cr&#226;nes &#233;clat&#233;s en deux, avec une hache, tu imagines... &#187;&lt;/i&gt; et plus loin &lt;i&gt;&#171; des enfants de six ou sept ans sont devenus fous [...] Trois mois de bombardements en permanence [...] Plus de cinq cent bless&#233;s entass&#233;s dans les caves de l'h&#244;pital se partagent l'eau avec une cuill&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Et le speaker de commenter &lt;i&gt;&#171; La guerre. / Nouveaux martyrs. / Frankenstein social...le moderne Prom&#233;th&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/raphael_-_the_atre_alibi_-_guido_reni.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH159/raphael_-_the_atre_alibi_-_guido_reni-80abc.jpg?1772213152' width='500' height='159' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Rapha&#235;l - The&#769;&#226;tre Alibi - Guido Reni
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'autre femme au boxeur, toujours d&#233;fiante face aux hommes : &lt;i&gt;&#171; Installe-toi dans l'odeur pourri du pr&#233;sent, mets l'instant sur un tr&#244;ne et tu finiras par &#234;tre un animal. Tu crois que tu as appris &#224; vivre ? Qui t'a appris ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le destin animal n'est pas enviable non plus. Moulages de chiens de Pomp&#233;i se tordant de douleur sous le d&#233;luge incandescent de cendres volcaniques saisis par Allan McCallum, Bruce Nauman qui tourne et qui tourne sur lui-m&#234;me des heures et des heures en hurlant &lt;i&gt;&#171; Okay ! Okay ! &#187;&lt;/i&gt; au milieu d'un gibet d'animaux de bronze, et qui tournent, et qui tournent aussi. Le speaker dit &#224; un moment : &lt;i&gt;&#171; Celui qui perd ses souvenirs est enferm&#233; dans une roue pour amuser les souris blanches. Il tourne et tourne comme un forcen&#233; et quand il tombe, il tombe hors du temps. Le souvenir nous rend vuln&#233;rable &#187;&lt;/i&gt;. Et puis il y a cette histoire d'un chat &#233;cras&#233; que racontent le &#171; speaker &#187;, encore lui, et les deux femmes, chat dont le corps traine dans un caniveau pendant sept jours et que tous finissent par ignorer. &lt;i&gt;&#171; H&#233;raclite sourit. Le peu de poil qui reste se dresse vers le ciel. Les fl&#232;ches du prochain saint S&#233;bastien... La peau de Prom&#233;th&#233;e encha&#238;n&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; L'oubli des morts &#187;&lt;/i&gt; et de la souffrance endur&#233;e par eux ! Les Hommes ont aussi oubli&#233; la beaut&#233; du Vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/prom.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/prom-b7c1e.jpg?1758541392' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans tout ceci comme un cadavre-exquis m&#233;moriel non pas fait de dessins mais de dires, d'images quelque peu brouill&#233;es, passage du temps ou volont&#233; faillie d'un complet refoulement, mais raviv&#233;es et merveilleusement traduites en paroles. Chacun colle son morceau de m&#233;moire, son souvenir ou son ressenti, &#224; celui de qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;, comme une r&#233;ponse possible &#224; une question qui n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e. Le tout, le mis bout &#224; bout, fait discours, coh&#233;rent, &#224; propos de la violence et de la douleur, du besoin d'une libert&#233; tranquille, d'un retour &#224; la puret&#233;, mais, bizarrement, jamais de qu&#234;te d'amour. Un cadavre exquis cathartique ! Le &#171; speaker &#187; a port&#233; conseil pour ce travail sur soi d&#233;j&#224; largement entam&#233; car il y avait un besoin de dire : &lt;i&gt;&#171; Reconstruction. Reconstitution. Montage et d&#233;montage de la m&#233;moire. Fragments. Images inachev&#233;es. S&#233;quence sans fin...Envahir le temps r&#233;el de ce qui est arriv&#233; avec le temps r&#233;el du souvenir. Il suffit de remonter &#224; la m&#233;moire des fragments de pass&#233;. Avec les chutes de souvenir...Rappelle-toi une s&#233;quence compl&#232;te de ton pass&#233;... Ce n'est pas toi qui &#233;tais dans le temps. Le temps &#233;tait en toi, gr&#226;ce &#224; toi... &#187;&lt;/i&gt;. Contradiction ? Oublier ou ne pas oublier ? Souffrir ou endiguer la souffrance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnages qui incarnent tous Rodrigo Garcia, corps et pens&#233;es, sur les planches du th&#233;&#226;tre, lieu privil&#233;gi&#233; du dire incarn&#233; et qui est ici une mani&#232;re de ring, un lieu de combat paradoxal puisqu'il suscite le dire, ne cessent de dresser des listes, liste des pugilistes du si&#232;cle pass&#233;, des poids plume aux lourds, noms et surnoms, victoires et d&#233;faites, parfois bribes de biographies, liste des repr&#233;sentations picturales de S&#233;bastien martyr, Botticelli, Mantegna, Rapha&#235;l, Reni, Greco et d'autres, le nombre de fl&#232;ches re&#231;ues et l'endroit du corps o&#249; elles se sont fich&#233;es, l'attitude du martyr, toute jeune femme, &lt;i&gt;&#171; danseur de tango &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; ma&#238;tresse de maison qui regarde, m&#233;fiante, le prix des sardines au march&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Souffrance ! liste par dates et lieux de cr&#233;ation des op&#233;ras de Mozart, de &#171; Appolo et Hyacinthus &#187; &#224; &#171; La fl&#251;te enchant&#233;e &#187;. Beaut&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mozart ! &lt;i&gt;&#171; Il est compl&#232;tement fou &#187;&lt;/i&gt;, dit le speaker non pas &#224; propos de Mozart mais du boxeur, &lt;i&gt;&#171; Il prend son pied en regardant ses combats en vid&#233;o sur des arias, des duos et des quintettes des op&#233;ras de Mozart. Il sait &#224; peine lire et &#233;crire, mais &#231;a oui : il distingue une phrase mal chant&#233;e dans un moment r&#233;ussi. Il dit que la seule Pamina qu'il peut &#233;couter est celle de la Schwartzkopf. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH200/capture_d_e_cran_2025-08-23_a_09.12_04-95663.jpg?1758541392' width='500' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin le boxeur, fragment de Prom&#233;th&#233;e, de s'enflammer : &lt;i&gt;&#171; La voix d'Elisabeth Schwartzkopf n'&#233;tait pas d'un grand volume, mais elle dominait l'emploi de la Mezza voce et savait jouer d'une large gamme de nuances entre le piano et le forte de sorte qu'un simple F habilement pr&#233;c&#233;d&#233; d'intensit&#233;s moyennes faisait l'effet d'un fortissimo...Ce n'est pas la perfection de la voix qui compte mais la mani&#232;re de chanter... &#187;&lt;/i&gt;. Beaut&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
La boxe est une all&#233;gorie de la survie, le combat qui se conclue soit par une victoire soit par une d&#233;faite, jamais de match nul, mais l'une ou l'autre, victoire ou d&#233;faite, suivie d'une douleur musculaire vive que l'on cherche &#224; noyer dans un verre d'alcool ou le lit d'une femme, ou dans les ondoiements des arias de Mozart, et puis il y a le vieillissement pr&#233;matur&#233;, l'usure acc&#233;l&#233;r&#233;e du corps et du cerveau. Le boxeur est l'Homme de toutes les &#233;poques, homme et femme s'entend avec le H majuscule, qui se d&#233;m&#232;ne pour survivre et qui est la victime des tragiques illusions des autres, les &#171; managers &#187; ou les simples voyeurs de son pauvre spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/the_a_tre_de_la_passerelle_limoges_-_the_a_tre_alibi_bastia.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/the_a_tre_de_la_passerelle_limoges_-_the_a_tre_alibi_bastia-e3c98.jpg?1772213152' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;The&#769;a&#770;tre de la passerelle Limoges - The&#769;a&#770;tre Alibi Bastia
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce genre de spectacles, o&#249; deux mecs se tapent dessus, o&#249; vingt-deux mecs courent apr&#232;s le ballon, o&#249; des acteurs d&#233;guis&#233;s d&#233;clament, c'est le comble de la non-communication, bordel. Personne n'aide personne. Le spectacle, le travail,l'&#233;ducation, tout &#231;a est pens&#233; pour n'aider personne. Chacun pour soi [...] On [ne] peut pas continuer comme &#231;a. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH153/capture_d_e_cran_2025-08-26_a_09.58_20-516a3.jpg?1772213152' width='500' height='153' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il est question ici, je veux dire dans ce texte, c'est d'un Retour &#224; l'Humain, mais l&#224; o&#249; Rodrigo Garcia traitait de la Souffrance g&#233;n&#233;r&#233;e par la violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, voire spectacularis&#233;e, avec de larges touches de Beaut&#233; quand m&#234;me, Oliver Beer, lui, se concentre uniquement sur la Beaut&#233;, en la montrant et surtout en la faisant &#233;couter, Beer &#233;tant &#224; la fois un artiste plasticien et un compositeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, sur la base d'un projet d'op&#233;ra vocal comme il le d&#233;signe, il a entrain&#233; un groupe de huit chanteurs dans une grotte de Dordogne dont plusieurs parois avaient &#233;t&#233; peintes au N&#233;olithique, la Grotte de Font-de-Gaume, et qui, comme le dit Beer, est une sorte de labyrinthe fait de tunnels.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart de ces chanteurs &#233;taient issus de la sc&#232;ne pop-rock internationale tandis que d'autres venaient de l'Art lyrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chanteurs sont Jean-Christophe Brizard (art lyrique), Eee Gee (pop), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et tous, bien que de cultures et de traditions diff&#233;rentes, vivaient en Occident. Ils visitaient la grotte pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/rufus_wainwright_-_eee_gee.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH141/rufus_wainwright_-_eee_gee-f5ec6.jpg?1758541392' width='500' height='141' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oliver Beer leur a propos&#233; de chanter l'air qui les a le plus marqu&#233; dans leur prime enfance, comptine, cantil&#232;ne, complainte, un air inscrit dans leur &#171; ADN musical &#187; comme le d&#233;finit joliment Beer, et de choisir l'emplacement qui correspondrait au mieux &#224; leur timbre de voix, compte-tenu de l'amplification apport&#233;e par la grotte, donc &#224; op&#233;rer un choix individuel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L354xH254/jcb_prom-d7b7b.jpg?1772213152' width='354' height='254' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Jean-Christophe Brizard
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chaque interpr&#232;te a &#171; accord&#233; &#187; sa voix, basse profonde ou soprano c&#233;leste, aux notes que la grotte lui renvoyait. Les notes qui se d&#233;veloppaient ainsi ont fini par remplir la grotte toute enti&#232;re et lorsque le compositeur se pla&#231;ait au milieu de cette derni&#232;re il recevait une polyphonie parfaitement &#233;quilibr&#233;e. Les chanteurs, tout en poursuivant et r&#233;p&#233;tant chacun de leur c&#244;t&#233; leurs cantates, finissaient par accorder leurs timbres et rythmes, au point qu'on &#233;prouve le sentiment d'une seule et m&#234;me &#339;uvre, contrapuntique &#233;videmment, un octuor a capella, avec m&#234;me &#224; certains moments des reprises en canon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH153/capture_d_e_cran_2025-08-27_a_18.57_27-2dac2.jpg?1758541392' width='500' height='153' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Resonance Project : The Cave &#187; fait aussi appel &#224; un autre support que la vid&#233;o, la peinture. Sur des toiles &#233;tendues au sol, Oliver Beer a d&#233;pos&#233; des pigments pr&#233;lev&#233;s dans la grotte de Font-de-Gaume, les m&#234;mes que ceux utilis&#233;s par les chamans du N&#233;olithique pour leurs peintures pari&#233;tales, et il s'est servi de la voix de chaque chanteur comme d'un pinceau. Au- dessus des toiles il a dispos&#233; un haut-parleur et les vibrations sonores que celui-ci diffusait dispersaient les pigments qu'il s'agissait ensuite de figer au moyen d'un fixateur. Tout le monde parle de peinture abstraite en se fiant aux formes r&#233;sultant de cette pratique singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on pourrait avancer que c'est l&#224; la repr&#233;sentation visuelle de la musique vocale, donc la figuration d'un mouvement, mais fig&#233; ce mouvement, un instantan&#233; de musique en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2025-08-28_a_11.28_42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH161/capture_d_e_cran_2025-08-28_a_11.28_42-b3c31.jpg?1758541392' width='500' height='161' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A Lyon, dans l'une des vastes salles d'une friche industrielle, il y en a partout des friches dans ce pays, dans la p&#233;nombre, Oliver Beer a reconstruit la grotte de Font de Gaume en disposant huit larges &#233;crans, un par interpr&#232;te et chacun dans un endroit pr&#233;cis, ce qui permettait de voir et de recevoir les chants de l'octuor &#224; peu pr&#232;s dans les conditions de leur captation mais dans une position beaucoup plus confortable. On peut dire que l'espace reconstitu&#233; ainsi que la polyphonie renaissante composait une architecture musicale compl&#232;te et cr&#233;ait une situation absolument &#171; hypnotique &#187;, non pas telle qu'imagin&#233;e par Antonin Artaud pour son th&#233;&#226;tre, mais plut&#244;t une plong&#233;e d&#233;licieuse dans un bain de beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De profane qu'elle &#233;tait au d&#233;part, cette musique avec son d&#233;veloppement en polyphonie est devenue sacr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour inattendu du divin dans ce retour &#224; l'humain !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L261xH256/capture_d_e_cran_2025-08-27_a_12.00_12-c2966.jpg?1772213152' width='261' height='256' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt; EN FIN... de Prom&#233;th&#233;e.&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rodrigo Garcia, Prometeo in &#171; Cendres 1986-1999 &#187; (Les Solitaires Intempestifs, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chanteurs sont Jean-Christophe Brizard (art lyrique), Eee Gee (pop), Melissa Laveaux (pop), Mo'Ju (pop, non pr&#233;sent sur les images), Hamed Sinno (rocks), Michiko Takahashi (art&lt;br class='autobr' /&gt;
lyrique), Rufus Wainwright (pop/rock), Woodkid (pop, non pr&#233;sent sur les images).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lumi&#232;re et infini</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Lumiere-et-infini</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Lumiere-et-infini</guid>
		<dc:date>2025-07-28T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>photographie contemporaine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au sein de la commanderie pluris&#233;culaire des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean, dans ses salles petites ou grandes et parmi tout un tas d'&#339;uvres n&#233;oclassiques, modernes et contemporaines, B&#233;atrice Helg a diss&#233;min&#233; divers fragments du Multivers, et par l&#224; de l'Hyperespace, sous la forme de plaques sombres ou tachet&#233;es et de disques d'ambre jaune se d&#233;tachant sur un fond de particules explosives, ou bien de nuages d'hydrog&#232;ne mol&#233;culaire, ou bien encore d'un vide tout d&#233;goulinant des atomes de D&#233;mocrite.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie-documentaire-critique" rel="tag"&gt;photographie contemporaine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L141xH150/arton2728-bc30f.jpg?1772251557' class='spip_logo spip_logo_right' width='141' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au sein de la commanderie pluris&#233;culaire des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean, dans ses salles petites ou grandes et parmi tout un tas d'&#339;uvres n&#233;oclassiques, modernes et contemporaines, B&#233;atrice Helg a diss&#233;min&#233; divers fragments du Multivers, et par l&#224; de l'Hyperespace, sous la forme de plaques sombres ou tachet&#233;es et de disques d'ambre jaune se d&#233;tachant sur un fond de particules explosives, ou bien de nuages d'hydrog&#232;ne mol&#233;culaire, ou bien encore d'un vide tout d&#233;goulinant des atomes de D&#233;mocrite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_22750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH186/01-denis_schmite-beatrice_helg-926d4.jpg?1753638138' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un monde est une portion du ciel enveloppant les astres, la terre et tout ce qui appara&#238;t, qui constitue une section pr&#233;lev&#233;e de l'infini, se terminant par une limite t&#233;nue ou dense&#8230;en rotation ou au repos, et de contour rond, ou triangulaire, ou de toute autre forme&#8230; Que de tels mondes soient infinis en nombre, on peut le concevoir, comme aussi le fait qu'un monde de ce type puisse na&#238;tre aussi bien dans un monde que dans un intermonde, c'est ainsi que nous appelons un espace interm&#233;diaire entre des mondes, dans un lieu en grande partie vide... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;&#201;picure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Pythocl&#232;s in Diog&#232;ne La&#235;rce - &#171; Vies et doctrines des philosophes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-eveil-viii-2007-1726x1920.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH556/beatrice-helg-eveil-viii-2007-1726x1920-54db0.jpg?1772189632' width='500' height='556' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg, &#201;veil VIII, 2007
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le stylo de celui qui &#233;crit, pour B&#233;atrice Helg la lumi&#232;re est un &#233;bauchoir avec lequel elle sculpte l'espace et la mati&#232;re, r&#233;v&#233;lant ou dissimulant des formes et des fonds. La lumi&#232;re se substitue aux mots. Sans la lumi&#232;re rien n'existe et rien ne peut &#233;voluer sans elle. C'est la lumi&#232;re qui permet &#224; Helg de mettre en sc&#232;ne les mondes multiples qui meublent son imaginaire, rudes et glac&#233;s comme des plaques d'acier, lisses et translucides comme des feuilles de verre, lumineux et br&#251;lants comme des soleils, presque toujours en suspension mais d&#233;rivant parfois sur un oc&#233;an de m&#233;tal aux chatoiements aqueux, univers de Thales. Pluralit&#233; et m&#234;me infinit&#233; possible des mondes telle que pr&#233;dite par Euclide, h&#233;ritier de Leucippe et D&#233;mocrite, id&#233;e reprise bien des si&#232;cles plus tard par Nicolas de Cues et son prolongateur, le t&#233;m&#233;raire et indomptable Giordano Bruno, comme oubli&#233;e par la suite car sous la surveillance t&#233;n&#233;breuse de l'Inquisition et les pr&#233;occupations guerri&#232;res, avant sa renaissance, aujourd'hui, dans diverses sp&#233;culations de haute math&#233;matique, principe holographique, transposition moderne du mythe de la caverne, univers-bulles r&#233;sultant du mod&#232;le inflationnaire, et beaucoup d'autres dont et surtout la th&#233;orie des cordes ou plus pr&#233;cis&#233;ment son extension, la th&#233;orie M au M si myst&#233;rieux. Et rapidement, avec la Physique et l'Astrophysique contemporaines, on glisse de la Science &#224; la M&#233;taphysique puisque rien ou presque n'est v&#233;rifiable empiriquement et encore moins observable. Giordano Bruno, lui, posait la question sur le plan th&#233;ologique mais avec une logique imparable. Ainsi, dans l'un de ses trois grands dialogues, son avatar pr&#233;f&#233;r&#233;, Filoteo, demandait : &lt;i&gt;&#171; Pourquoi la capacit&#233; infinie doit-elle &#234;tre frustr&#233;e, an&#233;antie la possibilit&#233; des mondes infinis, et amoindrie l'excellence de l'image divine qui devrait resplendir dans un miroir illimit&#233; et selon le mode de son &#234;tre infinie et immense ? &#187;&lt;/i&gt;. Dieu a une puissance d'agir et une bont&#233;, un amour, infinis, pourquoi se contenterait-il de les limiter &#224; un univers fini et &#224; un seul monde ? Ce serait attenter &#224; la nature, &#224; l'esprit m&#234;me du divin, douter du sacr&#233; en tol&#233;rant le vide car Filoteo le dit : &lt;i&gt;&#171; En lui pouvoir et faire ne font qu'un &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giordano Bruno, &#171; L'infini, l'univers et les mondes &#187;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22752 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-denis_schmite-beatrice_helg.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L439xH800/03-denis_schmite-beatrice_helg-728c0.jpg?1753638138' width='439' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Statue de Giordano Bruno sur le Campo dei Fiori &#224; Rome.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; B&#233;atrice Helg, avec ou sans l'aide de Dieu, elle se &#171; contente &#187; d'effectuer des pr&#233;l&#232;vements dans l'Hyperespace, de capturer les univers errants puis de les retenir dans des bo&#238;tes de ferraille sans couvercle et dont elle aurait d&#233;coup&#233; trois c&#244;t&#233;s afin de les offrir en repr&#233;sentation tels des com&#233;diens camp&#233;s sur les tr&#233;teaux d'un th&#233;&#226;tre &#244; combien cosmique. Plus prosa&#239;quement elle fouille avec m&#233;ticulosit&#233; les d&#233;charges des chantiers de construction afin de r&#233;cup&#233;rer les mat&#233;riaux qu'elle juge int&#233;ressants, plaques de m&#233;tal, vitrages et fer &#224; b&#233;ton, mati&#232;res devenues quasi-organiques car ravag&#233;es par le Temps, les intemp&#233;ries et l'incons&#233;quence des hommes. Puis elle r&#233;alise &#224; partir de ceux-ci des sculptures que certains qualifient de minimales, mais ils ont tort car le minimalisme n'existe pas, ou plut&#244;t que des sculptures de v&#233;ritables maquettes architecturales qu'elle soumet ensuite &#224; l'arbitrage d'une lampe pilote, halog&#232;ne ou autre, et qui lui permet de d&#233;finir ses sources et ses angles d'&#233;clairage. Enfin, par la coordination d'une batterie de flashs, elle prend des photographies, au d&#233;part uniquement &#224; la chambre, travaille ensuite en cibachrome, pour la puret&#233; de son expression bien s&#251;r, et aujourd'hui essentiellement en num&#233;rique ce dernier lui ouvrant de nouvelles perspectives, lui apportant un nouveau regard ainsi qu'un r&#233;el confort car les images num&#233;riques sont des matrices de chiffres que l'on peut triturer &#224; son go&#251;t, selon ses intentions. Une fois les photographies prises, les installations sont d&#233;truites ce qui interdit toute r&#233;p&#233;tition et insuffle une dynamique dans la cr&#233;ation. Chaque image est une nouvelle installation. Helg affirme qu'elle a toujours l'image en t&#234;te ainsi qu'un format avant de la cr&#233;er. Elle d&#233;clare aussi qu'elle n'a pas de recette, pas de r&#232;gles, pas de m&#233;thode, car tout ceci limite l'exploration. Voil&#224; pour la technique, la m&#233;thode, quoiqu'elle puisse en dire il y en a bien une, mais c'est ici une description tr&#232;s sommaire du fait de mon insuffisance criante en ces mati&#232;res car pour moi tout ceci rel&#232;ve purement de l'alchimie, voire de la magie !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-cosmos-ix-2014.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH396/beatrice-helg-cosmos-ix-2014-ebd85.jpg?1772189632' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg, Cosmos IX, 2014
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La toile de fond de ce th&#233;&#226;tre de l'incommensurable, le mot &#171; th&#233;&#226;tre &#187; est essentiel pour Helg, est comme un bout de drap tout noir qui aurait &#233;t&#233; d&#233;chir&#233;, un morceau infime de l'Infini, du Vide. Mais, &#224; l'inverse du N&#233;ant qui est le grand Rien, le Vide est une mer passablement agit&#233;e, une bouilloire toujours au bord de l'&#233;bullition. Le Vide n'est donc pas vide mais empli d'&#233;nergie, une &#233;nergie &#224; peu pr&#232;s calme, minimale, appel&#233;e &#171; &#233;nergie du point z&#233;ro &#187;. D&#232;s qu'il y a &#233;nergie il y a naissance de particules et, dans le m&#234;me &#233;lan, de leurs antiparticules. L'antiparticule d'une particule pr&#233;sente les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s que cette derni&#232;re, m&#234;me masse, m&#234;me spin, c'est-&#224;-dire m&#234;me mouvement, le &#171; moment cin&#233;tique &#187;, mais elle a une charge &#233;lectrique strictement oppos&#233;e. Toute particule a son antiparticule et d&#232;s qu'elles sont en contact elles s'annihilent, elles s'&#233;vanouissent dans un &#233;clair de lumi&#232;re, ce qui fait que ces paires particules-antiparticules meurent aussit&#244;t que n&#233;es, d'o&#249; leur nom de &#171; particules virtuelles &#187;. Le Vide, tous les vides, les poches de l'espace-temps, ceux de notre environnement, ceux de nos corps, au c&#339;ur m&#234;me des atomes, grouillent de particules virtuelles. Par accumulation en un certain endroit elles peuvent d&#233;clencher le Big bang ou faire s'&#233;vaporer un trou noir, quand m&#234;me. On appelle &#231;a des &lt;i&gt;&#171; fluctuations quantiques du vide &#187;&lt;/i&gt;, ou de la &lt;i&gt;&#171; mousse quantique &#187;&lt;/i&gt; selon la jolie image de John Wheeler, &lt;i&gt;&#171; le physicien des physiciens &#187;&lt;/i&gt; comme le nommaient ses pairs. La toile de fond du th&#233;&#226;tre de B&#233;atrice Helg, dans ses s&#233;ries &#171; &#201;veil &#187;, &#171; Cosmos &#187; ou encore &#171; Transparence &#187;, &#171; Espace-lumi&#232;re &#187;, est souvent constell&#233;e de points plus ou moins lumineux, taches soulign&#233;es par les flashs de lumi&#232;re qu'elle a orchestr&#233;s, pour moi flashs des explosions de particules virtuelles saisies dans leur instantan&#233;it&#233; par son appareil. D'autres, beaucoup plus terre-&#224;-terre, diront que c'est seulement la r&#233;v&#233;lation des taches d'oxydation de l'acier pr&#233;matur&#233;ment vieilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;ambule, j'ai &#233;galement &#233;voqu&#233; la pr&#233;sence dans certaines &#339;uvres de nuages d'hydrog&#232;ne mol&#233;culaire et de d&#233;goulinures d'atomes, imperfections de l'acier, bavures de rouille, pour les susdits. Les nuages mol&#233;culaires renvoient &#224; l'espace de notre univers dont celui de notre galaxie qui en est rempli. Ce sont des concentrations de gaz qui peuvent par endroits s'effondrer sur elles-m&#234;mes du fait de la gravitation et donner naissance &#224; des &#233;toiles et des plan&#232;tes, grumeaux de gaz qui gravitent autour d'elles, les &#233;toiles. Les points plus ou moins lumineux qui accompagnent ces nuages pourraient &#234;tre alors des &#233;toiles nouvelles-n&#233;es. Pour Leucippe et D&#233;mocrite, il n'y a que deux &#233;l&#233;ments dans l'univers, le Vide et les Atomes, de toutes tailles et de toutes formes qui sont en chute libre dans le Vide, d'o&#249; une pluie, des d&#233;goulinures, et qui, pris dans un tourbillon, finissent par s'amalgamer, temporairement, pour former la mati&#232;re inerte ou vivante. C'est l&#224; tout l'univers de ces philosophes ! Pour faciliter, acc&#233;l&#233;rer, le rapprochement des atomes, donc leur amalgame en corps divers, &#201;picure ou Lucr&#232;ce, son disciple et rapporteur, on ne sait pas trop, introduira un nouveau ph&#233;nom&#232;ne qu'il nommera &#171; Clinamen &#187; consistant en une l&#233;g&#232;re d&#233;viation des Atomes dans leur chute.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-eclats-x-2022-1270x1920.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH756/beatrice-helg-eclats-x-2022-1270x1920-7a5e1.jpg?1772189632' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg, &#201;clats X, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ellement intrigu&#233; par ces plaques et ces disques en suspension dans le vide tachet&#233; je fis part &#224; B&#233;atrice Helg de ma m&#233;ditation sur le rapport qu'entretenaient ses &#339;uvres avec certains d&#233;veloppements particuli&#232;rement audacieux de la th&#233;orie des cordes. Elle m'avoua qu'elle n'avait jamais entendu parler de cette th&#233;orie mais elle m'indiqua qu'un astrophysicien fameux, Jean-Pierre Luminet, sp&#233;cialiste des trous noirs mais il y en a plein, remarquable vulgarisateur et l&#224; il y en a moins, avait d&#233;j&#224; rapproch&#233; l'une de ses s&#233;ries, &#171; Esprit froiss&#233;s &#187;, de quelques r&#233;flexions qu'il entretenait &#224; l'&#233;poque sur la g&#233;om&#233;trie de l'Univers et qu'il intitulait &lt;i&gt;&#171; L'univers chiffonn&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Personnellement, je trouvais que Luminet &#231;a s'accordait bien &#224; son obsession de la lumi&#232;re &#224; elle. &#171; Esprits froiss&#233;s &#187; ce sont comme des mouchoirs, ou des chiffons, tout blancs, qu'on aurait laiss&#233; tomber par m&#233;garde d'un balcon et qui virevolteraient dans l'air, ou alors les &#226;mes des bienheureux de Hieronymus Bosch qui n'arriveraient pas &#224; trouver l'entr&#233;e du grand trou blanc se heurtant sans cesse &#224; la grisaille d'une muraille d'acier port&#233;es qu'elles seraient par les vents malicieux du Malin &#233;videmment, ou bien encore l'univers chiffonn&#233; de Luminet vu sous diff&#233;rents angles et en suspension parce que lui n'est pas tr&#232;s partisan du multivers, &#224; ce que je crois savoir. Toujours est-il, Helg avait plac&#233; trois sp&#233;cimens de ses &#171; Esprits froiss&#233;s &#187; au milieu des gigantesques grisailles vantant les vertus d'une autre R&#233;publique commises par Jacques Reattu et leurs murailles gris&#226;tres fonctionnaient parfaitement avec celles-ci. Une r&#233;publique vertueuse donc obligatoirement autre ! Les formes blanches froiss&#233;es sont comme des fragments de la statuaire grecque classique et de ses drap&#233;s, corps de la femme merveilleusement moul&#233;, mais en esprit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;92&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-esprit-froisse-tri-1999-1480x1920.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH215/beatrice-helg-esprit-froisse-tri-1999-1480x1920-7f10b.jpg?1753787046' width='500' height='215' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Esprit froiss&#233; II (1999), Esprit froiss&#233; VII (2000), Esprit Froiss&#233; V (1999)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des cordes ! Celle-ci fabrique et consomme des math&#233;matiques et elle invente, math&#233;matiquement, tout un tas d'objets nouveaux &#224; commencer par les minuscules cordes, auxquelles elle doit son nom, qui se substituent aux corpuscules de la physique classique en tant que particules &#233;l&#233;mentaires. Les cordes sont des sortes de petits &#233;lastiques incassables et pleins d'&#233;nergie qui vibrent dans les nombreux trous et tunnels de structures g&#233;om&#233;triques complexes, les &lt;i&gt;&#171; Calabi-Yau &#187;&lt;/i&gt;, espaces infimes constitu&#233;s par des dimensions suppl&#233;mentaires enroul&#233;es sur elles-m&#234;mes et toute emm&#234;l&#233;es, dimensions suppl&#233;mentaires dont la th&#233;orie avait besoin pour &lt;i&gt;&#171; se purger de certains d&#233;tails probl&#233;matiques &#187;&lt;/i&gt; qui affleuraient dans les calculs expliquent les &#171; cordistes &#187;. En effet, les math&#233;matiques de la th&#233;orie des cordes, et de son prolongement la th&#233;orie M, ont r&#233;v&#233;l&#233; un univers dot&#233; d'un espace-temps &#224; dix dimensions d'espace et une de temps, donc avec sept dimensions d'espace suppl&#233;mentaires, et elles ont fait &#233;merger des objets singuliers appel&#233;s &#171; branes &#187;. Les dimensions suppl&#233;mentaires ne sont pas une coquetterie de math&#233;maticiens car le mode vibratoire des particules qui d&#233;finit leurs propri&#233;t&#233;s, masse, spin, et charge &#233;lectrique, d&#233;pend de la g&#233;om&#233;trie adopt&#233;e par ses dimensions. En passant des cordes aux branes on passe de l'infiniment petit &#224; l'infiniment grand. Les branes peuvent avoir une &#224; neuf dimensions, voire plus pour certains chercheurs. Une Une-brane est &#224; la limite une corde mais plus s&#251;rement une ligne. Comme les cordes, les Une-branes vibrent et ondulent constamment dans un univers en continuelle expansion, agitation qui g&#233;n&#232;re des ondes gravitationnelles. C'est &#224; partir des branes &#224; trois dimensions, qu'on va revenir &#224; B&#233;atrice Helg car une Trois-brane peut envahir l'espace dans sa totalit&#233;. Une Trois-brane est potentiellement une brane-univers et comme l'espace de la th&#233;orie des cordes/th&#233;orie M est multidimensionnel, ce que je nomme l'hyperespace, il peut accueillir plusieurs Trois-branes, c'est-&#224;-dire d'autres univers qui, selon certains physiciens, s'entrechoqueraient p&#233;riodiquement et plongeraient lesdits univers dans un cycle perp&#233;tuel de naissance-mort-renaissance, mais &#231;a c'est la th&#233;orie &lt;i&gt;&#171; ekpyrotique &#187;&lt;/i&gt; qui le raconte. On parle de &lt;i&gt;&#171; sc&#233;narios des mondes de branes &#187;&lt;/i&gt;. Math&#233;matiquement on a cr&#233;&#233; plus de dix puissance cinq-cents formes d'espaces de Calabi-Yau, d&#233;coulant les unes des autres en fait, en toute logique, un suivi de plus de cinq-cents z&#233;ros, soit pour les physiciens &#171; cordistes &#187; la possibilit&#233; de plus de dix puissance cinq-cents univers, autant dire l'Infini. M&#233;taphysique !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/08-denis_schmite-beatrice_helg-88dda.png?1753788485' width='500' height='224' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette infinitude que puise &#224; volont&#233; B&#233;atrice Helg. Le cerveau d'un artiste, un vrai, pas un autoproclam&#233;, est d&#233;j&#224; un univers en soi qui ne saurait &#234;tre forc&#233; mais que l'on doit approcher lentement, humblement, avec sensibilit&#233;, avant de tenter d'y p&#233;n&#233;trer. L'artiste vrai est un aventurier dont le cerveau lance continuellement des d&#233;fis, &#224; ce qui pourrait &#234;tre un syst&#232;me, &#224; la mati&#232;re, &#224; la forme, &#224; la lumi&#232;re, et aussi &#224; la gravitation. Le graviton, la particule hypoth&#233;tique vecteur de cette derni&#232;re, est l'unique corde &#171; ferm&#233;e &#187; donc qui ne saurait &#234;tre attach&#233;e &#224; une brane sp&#233;cifique, alors que toutes les autres dites &#171; ouvertes &#187; le sont. Aussi le graviton se d&#233;place-t-il librement dans l'hyperespace du multivers. Helg ne saurait se contenter de &#171; simples &#187; Trois-branes, comme le sont les univers rectangulaires et circulaires jusqu'alors pr&#233;lev&#233;s, mais elle recherche des dimensions suppl&#233;mentaires pour ses nouvelles captures, par exemple des univers qui pr&#233;sent&#233;s sous un certain angle, dans une position instable, rappellent les statuts archa&#239;ques cycladiques. C'est l&#224; la s&#233;rie &#171; &#201;quilibre &#187;. &lt;i&gt;&#171; Tout &#233;quilibre, &lt;/i&gt; dit-elle, &lt;i&gt;contient son d&#233;s&#233;quilibre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis elle joue avec l'ekpyrosis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie conflagration et/ou embrasement d'o&#249; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rapprochant des plaques de toutes natures, sombres ou translucides, pour qu'elles finissent, avec la gravitation &#171; multiverselle &#187;, par se percuter. C'est ce qu'elle appelle des &lt;i&gt;&#171; architectures &#233;ph&#233;m&#232;res &#187;&lt;/i&gt;, titre chapeautant diff&#233;rentes s&#233;ries. Conflagration ! &#171; &#201;clats &#187; ! Pr&#233;cis&#233;ment, en le consid&#233;rant attentivement, l'un de ces &#171; &#201;clats &#187;, tout rond qu'il &#233;tait et pr&#233;sentant plein de d&#233;chirures bleu&#226;tres, ou de morceaux d'univers &#233;clat&#233;s, sur un fond tout blanc, me renvoyait &#224; un tondo de Simon Hanta&#239;. Le blanc du fond c'est le rayonnement de cet &#233;clat, la lumi&#232;re qui se propage dans l'hyperespace suite &#224; l'entrechoquement de deux ou plusieurs univers. La toile de fond du cerveau de l'artiste vrai est constell&#233;e d'images, de r&#233;f&#233;rences artistiques plus ou moins conscientes. C'est ce que m'a confirm&#233; B&#233;atrice Helg, toute ravie qu'elle &#233;tait du rapprochement de son &#339;uvre avec celle d'Hanta&#239;, artiste qu'elle d&#233;clare adorer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-denis_schmite-beatrice_helg-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH225/09-denis_schmite-beatrice_helg-2-e5aad.jpg?1772189632' width='500' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des images, des impressions, des r&#233;actions sensuelles, stock&#233;es dans le subconscient et qui se bousculent pour arriver &#224; la conscience. Helg est toute impr&#233;gn&#233;e de l'esprit des avant-gardes de la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle et surtout du Supr&#233;matisme, pour sa volont&#233; d'envol vers l'espace infini, comme le proclamait Malevitch, &lt;i&gt;&#171; une tentation de l'espace...une envie puissante de d&#233;coller de la terre &#187;&lt;/i&gt;, mais aussi du Constructivisme, pour la rigoureuse mat&#233;rialit&#233; de ses sculptures, et bien s&#251;r du Bauhaus, pour la synth&#232;se qu'il a fait de tous les arts au seul profit, il est vrai, de l'architecture, mais elle n'a pas &#233;voqu&#233; le n&#233;oplasticisme de Mondrian pourtant un contaminateur absolu de l'espace... absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Art de B&#233;atrice Helg est un art fronti&#232;re, on l'aura compris. Ils se situe aux confins de l'architecture, de la sculpture, de la peinture, de la photographie, de la sc&#233;nographie th&#233;&#226;trale, et de la musique aussi qu'elle a pratiqu&#233; dans son jeune temps et dont on per&#231;oit parfaitement les &#233;chos silencieux dans sa s&#233;rie &#171; R&#233;sonance &#187;, juxtaposition et entrecoupement purement mal&#233;vitchiens de plaques de m&#233;tal brunes ou grises, mais de diff&#233;rentes nuances de brun et de gris, formes g&#233;om&#233;triques abstraites, &#171; nuances, ou couleurs, form&#233;es &#187; qui, du fait de leur seule mise en contact, entrent en vibrations... silencieuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-theatres-de-la-lumiere-viii-1992.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH459/beatrice-helg-theatres-de-la-lumiere-viii-1992-4dce3.jpg?1753787823' width='500' height='459' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg, Th&#233;&#226;tres de la lumi&#232;re VIII, 1992
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste le th&#233;&#226;tre, non pas ses auteurs, mais ses metteurs en sc&#232;ne et particuli&#232;rement ceux qui travaillent avec la lumi&#232;re, ainsi Helg ne tarit pas d'&#233;loges &#224; l'&#233;gard de Bob Wilson, un g&#233;nie selon elle, et de Claude R&#233;gy. &lt;i&gt;&#171; Quelle est cette lumi&#232;re hors de la mesure du temps qui na&#238;t du silence et agrandit l'espace ? [...] Il ne faut donc pas montrer la lumi&#232;re de ce qui est, mais rester dans la lumi&#232;re infinie de ce qui serait possible, hors des limites du temps... &#187; &lt;/i&gt; a &#233;crit ce dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Regy, &#171; L'&#233;tat d'incertitude &#187;, 2002, in B&#233;atrice Helg, G&#233;om&#233;tries du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a d&#233;j&#224; pas mal d'ann&#233;es elle a construit des architectures qu'elle nomme &#171; Th&#233;&#226;tre de la lumi&#232;re &#187; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment elle la met en sc&#232;ne dans des compositions m&#234;lant ces plaques d'aciers et ces feuilles de verre &#224; des &#233;pures montrant le plus souvent des escaliers qui ne m&#232;nent nulle part si ce n'est dans des ciels dignes du Lorrain ou de temps d'Apocalypse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH246/11-denis_schmite-beatrice_helg-44e88.jpg?1753638138' width='500' height='246' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle m'a confirm&#233; que Moritz Escher faisait bien parti de sa toile de fond c&#233;r&#233;brale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci me remet en t&#234;te une conversation que nous avons tenue il y a bien des ann&#233;es le Ma&#238;tre en modernit&#233; et moi &#224; propos d'Escher, le ma&#238;tre, lui, des g&#233;om&#233;tries et des architectures impossibles. Pr&#233;cis&#233;ment, il &#233;tait question ce jour-l&#224; d'escaliers et de lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les architectures d'Escher, me disait-il, il y a des escaliers partout et on peut s'interroger sur leur symbolique. Peut-&#234;tre ne cherche-t-il qu'&#224; repr&#233;senter la dynamique du Monde ? Tout est toujours en mouvement, partout, dans tout le reste, mais seul l'escalier parvient &#224; imprimer une dynamique &#224; un &#233;l&#233;ment aussi statique que l'objet architectural. L'escalier impose son mouvement vertical. Quand on est devant, soit on monte, soit on descend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sur quoi je r&#233;agissais. L'architecture v&#233;ritable n'est que vibrations, tensions et souffles, par le d&#233;coupage de ses fa&#231;ades et la scansion de ses volumes. Elle n'est jamais statique. Si l'architecte est le compositeur, le chef d'orchestre de l'architecture c'est la lumi&#232;re et ses jeux. L'escalier n'est qu'un interpr&#232;te parmi d'autres, m&#234;me si Escher dans ses images lui accorde bien souvent, trop souvent peut-&#234;tre, la place de soliste. Mais l'escalier est un bon outil pour les g&#233;om&#233;tries complexes et les illusions optiques, s'il consent &#224; travailler en collaboration &#233;troite avec la lumi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-denis_schmite-beatrice_helg.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH465/12-denis_schmite-beatrice_helg-b6e61.jpg?1753638138' width='500' height='465' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mauritz Cornelis Escher, La maison aux escaliers, 1951.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#171; Natura &#187; ! La Nature d&#233;funte ne peut plus &#234;tre honor&#233;e qu'au travers d'ic&#244;nes &#224; fond d'or froiss&#233; comme le papier d'emballage d'un cadeau n&#233;gligemment ouvert et malencontreusement cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/beatrice-helg-natura-i-2023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L475xH800/beatrice-helg-natura-i-2023-e3381.jpg?1753787823' width='475' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;B&#233;atrice Helg, Natura I, 2023
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, B&#233;atrice Helg ne parle jamais de Philosophie, donc pas de M&#233;taphysique, pas de Th&#233;ologie, et non plus de Science, donc pas de Physique, pas d'Astrophysique. Elle dit simplement que toutes les interpr&#233;tations sont possibles et donc autoris&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, quand on me donne carte blanche pour interpr&#233;ter, j'interpr&#232;te !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le soir et &#224; la fin de cette visite &#233;rudite, je montais au premier balcon de la vieille commanderie des chevaliers de Saint-Jean, l'un des tr&#232;s rares lieux que j'affectionne au c&#339;ur de cet ex-joyau de la Provence, Arles. Assis sur une stalle eccl&#233;siale, je portais mon regard par-del&#224; la rambarde de pierre ouvrag&#233;e surmont&#233;e de l'arc majestueux d'une vo&#251;te en g&#233;om&#233;trie &#171; la cha&#238;nette &#187; invers&#233;e, les murs cr&#233;nel&#233;s ou aboient encore mais silencieusement les vieilles gargouilles aux t&#234;tes sauvages qui en ont vu passer des choses, je plongeais mon regard dans le beau ciel de Provence que le soir tombant commen&#231;ait &#224; peine &#224; rosir. En ce lieu, en cet instant, il e&#251;t &#233;t&#233; bon de se dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH331/14-denis_schmite-beatrice_helg-4e38c.jpg?1753638534' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Aucune douleur, rien que de la douceur, ou une douleur dissip&#233;e dans un lait de tendresse...Et puis cette disparition compl&#232;te de l'envie d'autre chose, de l'oubli m&#234;me d'autre chose que cette sensation... &#187; &lt;/i&gt;
&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Denis Schmite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de mon po&#232;me &#171; Missolonghi &#187; d&#233;j&#224; donn&#233; dans le texte &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Juillet 2025&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://beatricehelg.com" class="spip_out"&gt;https://beatricehelg.com&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Pythocl&#232;s in Diog&#232;ne La&#235;rce - &#171; Vies et doctrines des philosophes illustres &#187; (Biblioth&#232;que des textes philosophiques - Librairie philosophique J. Vrin - 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giordano Bruno, &#171; L'infini, l'univers et les mondes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot grec &#171; Ekpyrosis &#187; signifie conflagration et/ou embrasement d'o&#249; la th&#233;orie ekpyrotique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Regy, &#171; L'&#233;tat d'incertitude &#187;, 2002, in B&#233;atrice Helg, &lt;i&gt;G&#233;om&#233;tries du silence&lt;/i&gt; (Arles - Mus&#233;e R&#233;attu - 2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de mon po&#232;me &#171; Missolonghi &#187; d&#233;j&#224; donn&#233; dans le texte &#171; Transverb&#233;ration, tessellation, d&#233;sacralisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Toutes les photos du texte et concernant son &#339;uvre sont de B&#233;atrice Helg. Avec l'aimable autorisation de l'artiste &#224; l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image d'ouverture, de gauche &#224; droite : Profondeur I, 2007. &#169; B&#233;atrice Helg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#201;OM&#201;TRIES DU SILENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Exposition de B&#233;atrice Helg&lt;br class='autobr' /&gt;
Arles Les Rencontres de la Photographie 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
Mus&#233;e R&#233;attu&lt;br class='autobr' /&gt;
Exposition jusqu'au 5 octobre 2025. 10H00 - 18H00. Ferm&#233; le lundi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-07-27_a_20.31_36.png' width=&#034;331&#034; height=&#034;418&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; B&#233;atrice Helg &#8211; G&#233;om&#233;tries du silence &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Catalogue de l'exposition&lt;br class='autobr' /&gt;
Textes de David Campany, Nathalie Herschdorfer and Daniel Rouvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Editeur Illustria &#8211; Librairie des mus&#233;es, France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Extimit&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Extimite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Extimite</guid>
		<dc:date>2025-07-27T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>kitsch</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont tous deux n&#233;s entre un four &#224; micro-ondes et un micro-ordinateur, en plein milieu de l'&#232;re des micros si on peut dire, la &#171; soci&#233;t&#233; de jouets &#187; d&#233;nonc&#233;e par le dramaturge Edward Bond (1), mais si &#171; nos jouets se moquent de nous, s'ils rient de nous, s'ils nous d&#233;shumanisent &#187;, eux, Trecartin et Fitch, ils n'ont de cesse de s'amuser avec, les jouets, et aussi les humains et les transhumains.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/kitsch" rel="tag"&gt;kitsch&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH56/arton2727-958db.jpg?1772251557' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='56' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont tous deux n&#233;s entre un four &#224; micro-ondes et un micro-ordinateur, en plein milieu de l'&#232;re des micros si on peut dire, la &#171; soci&#233;t&#233; de jouets &#187; d&#233;nonc&#233;e par le dramaturge Edward Bond, mais si &#171; nos jouets se moquent de nous, s'ils rient de nous, s'ils nous d&#233;shumanisent &#187;, eux, Trecartin et Fitch, ils n'ont de cesse de s'amuser avec, les jouets, et aussi les humains et les transhumains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de consommation, sous la forme d'une cagette de l&#233;gumes ou d'autres choses plus cons&#233;quentes, peut-elle &#234;tre orgasmique ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L364xH312/capture_d_e_cran_2025-07-19_a_12.06_24-59d04.jpg?1753296624' width='364' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;NON !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edward Bond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward Bond (1934-2024) est probablement le plus grand auteur dramatique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'a &#233;nonc&#233; fermement : &lt;i&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; de consommation est une couronne pos&#233;e sur nos s&#233;pultures futures. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut en permanence garder ceci &#224; l'esprit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont tous deux n&#233;s entre un four &#224; micro-ondes et un micro-ordinateur, en plein milieu de l'&#232;re des micros si on peut dire, la &#171; soci&#233;t&#233; de jouets &#187; d&#233;nonc&#233;e par le dramaturge Edward Bond, mais si &#171; nos jouets se moquent de nous, s'ils rient de nous, s'ils nous d&#233;shumanisent &#187;, eux, Trecartin et Fitch, ils n'ont de cesse de s'amuser avec, les jouets, et aussi les humains et les transhumains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re approche rien n'a vraiment de sens, les images, les discours, le tout &#224; profusion mais m&#233;lang&#233;, &#224; toute vitesse, des flots continus, d&#233;bordements logorrh&#233;iques, excessifs, de sales gosses des pays riches, m&#244;mes de la &#171; classe moyenne &#187;, pas sup&#233;rieure, jeunesse assez dor&#233;e et pas du tout d&#233;senchant&#233;e...en apparence. &lt;i&gt;&#171; Fuck ! &#187;&lt;/i&gt;, l'un des tr&#232;s rares mots qui soient compr&#233;hensibles mais &lt;i&gt;&#171; Fuck ! &#187;&lt;/i&gt; c'est aussi tous les Etats-Unis, leur essence m&#234;me, et &lt;i&gt;&#171; Fuck you ! &#187;&lt;/i&gt; c'est la d&#233;claration d'amour des Etats-Unis au Monde. Pour le coup ce pourrait &#234;tre aussi ce qui nous vient tout naturellement &#224; l'esprit et &#224; la bouche devant ce que nous donnent &#224; voir et &#224; entendre Trecartin et Fitch, &lt;i&gt;&#171; Fuck ! &#187;&lt;/i&gt;. Aucune r&#233;alit&#233; montr&#233;e, m&#234;me si l'on peut parler de &lt;i&gt;&#171; Reality Show &#187;&lt;/i&gt; &#224; certains moments, dans l'inspiration, mais pas de fiction non plus qui supposerait une narration &#224; peu pr&#232;s lin&#233;aire, en fait pas de narration du tout. Juste Trecartin et Fitch, et leurs copains et leurs copines, qui se pressent, qui se bousculent, devant la cam&#233;ra ou tout ce qui peut prendre des images, juste pour se montrer, pour se faire voir, faisant des mines et prenant des poses, pour occuper l'&#233;cran, juste un moment. Extimit&#233; ! Warhol, il l'avait bien pr&#233;dit dit-on :&lt;i&gt; &#171; In the future, everyone will be world-famous for fifteen minutes &#187;&lt;/i&gt;, &#224; l'avenir chacun aura sa renomm&#233;e mondiale durant quinze minutes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L204xH390/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_16_09.03-4bbaf.jpg?1753296624' width='204' height='390' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; tout l'objectif&#8230;Enfin, pas uniquement. L&#224;-dedans, il y a plein de relents de Pop Art, de Pop tout court, de Dada, de Fluxus, de presque actionnisme aussi, de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; &#233;tats-unienne, mais surtout &#231;a renvoie aux vid&#233;os pas artistiques du tout que les trois-quarts du Monde postent sur le Web jusqu'&#224; plus soif, nouvelle humanit&#233; de &lt;i&gt;&#171; vloggers &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vlogger &#187; se dit d'un individu qui partage ses exp&#233;riences et opinions en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est d'un kitch baroqueux m&#233;lang&#233; &#224; un minimalisme de sup&#233;rette, le t&#233;moignage d'un go&#251;t plus que douteux, celui d'une middle-class gav&#233;e de consommation, qui se veut branch&#233;e et totalement d&#233;jant&#233;e, de vieux ados androgynes qui s'enthousiasment de se d&#233;couvrir une pubert&#233; bizarre et pas mal de fric en poche, de quoi satisfaire leurs caprices, pas tous mais beaucoup. Saturation totale de l'espace physique et sonore. Le premier choc pass&#233;, on comprend parfaitement que c'est totalement antisyst&#232;me, politiquement, socialement et sexuellement incorrecte, une r&#233;ponse proportionn&#233;e et tout &#224; fait possible &#224; cette &#233;poque insupportablement vulgaire et ind&#233;cente et surtout &#224; ce tas de beaufs puritains d&#233;gorgeant la &lt;i&gt;&#171; Budweiser &#187;&lt;/i&gt;. C'est absolument r&#233;jouissant, compl&#232;tement jubilatoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor le plus fr&#233;quemment utilis&#233; est une sorte d'hybride de loft, de garage, de supermarch&#233; et de studio-t&#233;l&#233;, encombr&#233; d'&#233;lectronique, de mat&#233;riel de fitness, de mobilier Ik&#233;a, en un mot d'un ramassis de choses pas bien belles, une accumulation de ready-mades consum&#233;ristes d'inspiration vaguement duchampienne. Au milieu de tout cela circulent et se tr&#233;moussent des types en salopette et au cr&#226;ne ras&#233;, ou &#224; la chevelure multicolore, des blacks avec des perruques blondes, des folles int&#233;grales en casquette et au visage peinturlur&#233;, tandis qu'une arm&#233;e de nanas en short kaki se pr&#233;lasse sur des balancelles de jardin ou des lits &#224; gros &#233;dredons aux couleurs criardes et couverts de coussins, et que d'autres, filles et gar&#231;ons, ont pris pour si&#232;ges un alignement incongru de cuvettes de WC, r&#233;f&#233;rence &#224; Duchamp encore, et m&#234;me &#224; un moment il y en a un qui exhibe l'image photocopi&#233;e de &lt;i&gt;Fountain&lt;/i&gt;, la fameuse pissoti&#232;re avec la signature &#171; R. Mutt &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH202/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_15_13.03-68f5f.jpg?1753296624' width='500' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est tout de m&#234;me bizarre cette manie de coller du Duchamp partout ! On ne leur apprend que cela dans les &#233;coles d'art ? Non ! Ils doivent aussi r&#233;citer par c&#339;ur Benjamin. &lt;i&gt;&#171; Fuck ! &#187;&lt;/i&gt;. Bon ! Tout ce petit monde fait vraiment beaucoup de bruit, en jacassant continuellement avec des voix stridentes comme des personnages de dessin anim&#233; sur un fond de musique hybride, riffs de guitares &#233;lectriques totalement d&#233;fonc&#233;s, techno, hard-rock, vari&#233;t&#233;s &#233;tats-uniennes pour midinettes de couleur, le tout ponctu&#233; de sonneries de t&#233;l&#233;phones portables et de sir&#232;nes de flics, et tout ceci peut &#234;tre soumis &#224; de terribles acc&#233;l&#233;rations, surtout les faux dialogues des gens, cadences infernales du verbe, au point qu'un &#233;tats-uniens moyen, gar&#231;on de ferme du Midwest aussi bien que beugleur de Dixie, bidouilleur de la Silicon aussi bien que gar&#231;on de course &#224; Wall-Street, peut-&#234;tre totalement d&#233;sorient&#233;. Donc si on n'y comprend pas grand-chose, en dehors des &lt;i&gt;&#171; Fuck ! &#187;&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;&#171; Sexy Pictures ! &#187;&lt;/i&gt;, il ne faut pas d&#233;sesp&#233;rer, un &#233;tats-unien n'en comprend pas beaucoup plus. Les linguistes nous ont enseign&#233; que le langage s'organisait selon deux axes, syntagmatique et paradigmatique. Avec Trecartin les deux axes entrent en collision constante, t&#233;lescopage permanent, c'est-&#224;-dire, en gros, qu'il se fout compl&#232;tement de l'accrochage des mots les uns aux autres et qu'il les vide de leur sens jusqu'&#224; l'absurde, un mot pouvant sans probl&#232;me en remplacer un autre, mais tout ce fatras constitue quand m&#234;me une sacr&#233;e musique qui contribue au rythme effr&#233;n&#233; des vid&#233;os. Et on ne cesse de glisser sur les merdes laiss&#233;es dans tous les coins du Monde par l'ultralib&#233;ralisme, &lt;i&gt;&#171; Success Story &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Market &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Money &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Enhancement &#187;&lt;/i&gt;, stimulateur de tous les fantasmes pour la bourgeoisie cosmopolite et accultur&#233;e, friction continuelle entre son corps et son imaginaire fictionnel. Et il y a aussi plein de slogans qui apparaissent &#224; toute vitesse sur l'&#233;cran, pubs pour boissons &#233;nergisantes, d&#233;clarations programmatiques ou politiques, imploration de l'amour des autres et aveu de son angoisse existentielle, &lt;i&gt;&#171; Why do they hate me ? &#187;&lt;/i&gt;, bouts de messages SMS, on ne sait vraiment pas car tout cela va trop vite, intentionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler de &#171; n&#233;o-beckettisme &#187;, le Beckett du &lt;i&gt;&#171; Pas moi &#187;&lt;/i&gt;, dans ce caquetage fr&#233;n&#233;tique des nanas en soutifs de plage, et qui portent de grosses oreillettes en peluche rose, seulement d&#233;chir&#233; par leurs &#233;clats de rire tonitruants. Toute cette cacophonie de poulailler ne serait-elle alors que du &#171; beckettage &#187; ? Pourtant, Trecartin et Fitch, avec ces voix transform&#233;es, suraig&#252;es, sur fond de synth&#233;tiseur, avec cette nervosit&#233; qui semble sans cause ni objet autres que ceux de se montrer, s'imposer, balayent tout un tas de sujets fondamentaux pour leur g&#233;n&#233;ration tels la globalisation, le consum&#233;risme fr&#233;n&#233;tique, la famille et ses psychopathologies, voire ses franches psychopathies, la p&#233;n&#233;tration et la m&#233;tastatisation des technologies de communication dans la soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;&#171; I want your fucking e-mail ! &#187;&lt;/i&gt;, l'identit&#233;, la culture de la performativit&#233;, et puis des questions tout &#224; fait intemporelles, par exemple qu'est-ce que l'Art ? qu'est-ce-que la Beaut&#233; ? et bien d'autres sujets et questions encore. Donc, sous une apparente futilit&#233;, un infantilisme g&#233;n&#233;r&#233; et entretenu par la &lt;i&gt;&#171; soci&#233;t&#233; de jouets &#187;&lt;/i&gt;, l'extimit&#233; agressive, le potachisme cannibale, il y a pas mal de mati&#232;re &#224; penser chez Trecartin et Fitch, comme un gros puzzle de l'esprit &#224; d&#233;molir et &#224; reconstruire. C'est absolument r&#233;jouissant, compl&#232;tement jubilatoire !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH410/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_15.53_14-5d17d.png?1772190064' width='500' height='410' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la d&#233;molition les copains et copines de Trecartin et Fitch, et Trecartin lui-m&#234;me, s'en donnent &#224; c&#339;ur-joie. Dans l'une des vid&#233;os, &#231;a commence par la casse du pare-brise d'une voiture &#224; coup de skate-board, puis &#224; la masse pour finir, tandis que des types font des sauts p&#233;rilleux arri&#232;re sur le capot, puis s'empoignent et se donnent des coups de boules sous le regard admiratif de filles maquill&#233;es jusqu'au nombril qui portent des tee-shirts avec &#171; Witness &#187; &#233;crit dessus et qui sirotent des boissons ind&#233;termin&#233;es dans des grands gobelets en plastique rouge. En g&#233;n&#233;ral les tee-shirts et les hauts de surv&#234;ts &#224; capuche sont arbor&#233;s comme des banderoles de manif, &lt;i&gt;&#171; Waste &#187;&lt;/i&gt;, le gaspillage programmatique, &lt;i&gt;&#171; Money &#187;&lt;/i&gt;, il leur en faut pas mal, l'in&#233;vitable &lt;i&gt;&#171; Fuck you &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; London, Paris, New-York, Athen etc&#8230; &#187;&lt;/i&gt; pour la globalisation, et plein d'autres idioties du m&#234;me tonneau qui valent bien notre &lt;i&gt;&#171; Fly Emirates &#187; &lt;/i&gt; port&#233; par des mecs qui ne sont peut-&#234;tre jamais all&#233;s plus loin que la Bretagne, et encore ! Dans la m&#234;me vid&#233;o, ou dans une autre, des gars slaloment sur une planche, ou en rollers, entre des parpaings qu'ils &#233;clatent en tirant dessus au pistolet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, tout le monde tripote des portables, avale des quantit&#233;s de g&#233;lules de vitamines, et chacun y va de son discours d&#233;structur&#233; et &#233;chevel&#233; en se faisant prendre en gros plan, visages recouverts de peinture et lunettes de soleil toujours pos&#233;es sur le haut du cr&#226;ne, par des smartphones ou des mini cam&#233;ras-vid&#233;os. Ainsi, ils grappillent quelques minutes de &#171; World-famous &#187; sur le web. Il y a des moments de totale col&#232;re, ou de complet d&#233;foulement, o&#249; tout le mobilier Ik&#233;a y passe. Des appartements sont enti&#232;rement d&#233;vast&#233;s. Les lampadaires servent alors de punching-ball, des rang&#233;es de verres et d'assiettes s'&#233;crasent en cascade sur le sol, les chaises volent &#224; travers les pi&#232;ces, les sommiers des lits sont d&#233;mantel&#233;s &#224; coups de masse, jusqu'aux cloisons de placopl&#226;tre qui sont broy&#233;s, pulv&#233;ris&#233;es &#224; coups de poings, de pieds ou de batte de baseball, un d&#233;cha&#238;nement de violence incroyable, enfi&#232;vrement de jeunesses nombrilistes et hyst&#233;riques, d'androgynes et de travestis d&#233;lirants, mais toujours dans l'optique de remplir l'espace virtuel, celui du Net in fine, de sa pr&#233;sence au monde et de sa personne singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_15.36_50.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH357/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_15.36_50-47d6b.png?1753296624' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Il y a beaucoup de transes et de &#171; trans &#187; chez Trecartin et Fitch, transgenre, transidentit&#233;, transracial, transhumanit&#233;, transdisciplinarit&#233; artistique. Chaque acteur incarne plusieurs personnages, tout un &#233;ventail d'identit&#233;s outr&#233;es, fille, gar&#231;on, ou entre les deux, de v&#233;ritables freaks parfois, les yeux presque exorbit&#233;s par des lentilles de couleurs sous de tr&#232;s longs faux-cils, et l'un des avatars privil&#233;gi&#233;s de Trecartin est un transsexuel qui arbore deux cicatrices &#224; l'emplacement des seins. La sexualit&#233; est &#233;videmment un th&#232;me important mais ici elle est surtout verbale, et quand il y a acte c'est tout au plus un simulacre rapide car les Etats-Unis se montrent bigotement pointilleux sur la mani&#232;re d'aborder la question. Souvent la chose se cantonne &#224; un long baiser ce qui est tr&#232;s fleur bleue compte-tenu du style et du contexte. Il y a bien une fille, une vraie et jolie, visiblement apeur&#233;e, ou simplement h&#233;b&#233;t&#233;e, que tous les autres, arm&#233;s de gros marqueurs, couvrent int&#233;gralement d'&#233;pais traits noirs jusqu'&#224; pratiquement la mettre &#224; poil, mais c'est presque un enfantillage &#224; l'instar des batailles &#233;pisodiques au pl&#226;tre, &#224; la mousse ou au ketchup. Une tr&#232;s grosse femme roule du ventre telle une danseuse d'Istanbul, tandis qu'un type &#233;norme et barbu comme un camionneur montre son cul en se tortillant telle une stripteaseuse de saloon. Les gens ne sont pas tous tr&#232;s beaux, certains le sont mais pas tous, chez Trecartin et Fitch.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_16.03_15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH144/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_16.03_15-6c529.png?1753296624' width='500' height='144' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donc &lt;i&gt;&#171; Sexy Pictures &#187;&lt;/i&gt;, un peu mijaur&#233;es, d&#233;su&#232;tes parfois, mais de nature &#224; provoquer quand m&#234;me l'Am&#233;rique bien-pensante. &#201;norm&#233;ment de mat&#233;riel est utilis&#233;, le plus souvent de fa&#231;on incongrue, casques et boucliers de flics anti-&#233;meutes, canots pneumatiques, raquettes de tennis, rouleaux de papier hygi&#233;nique que l'on d&#233;roule compl&#232;tement, gants de boxe, plein de meubles que l'on escalade, perceuses, ventilateurs, d&#233;chiqueteuses &#224; papier, bo&#238;tes de cong&#233;lation et m&#233;ga-bouteilles d'eau, des animaux en peluche partout, et &#224; un moment il y a m&#234;me un cheval bien r&#233;el et tout &#224; fait paisible que tous ceux qui sont pr&#233;sents viennent caresser ou tirer par les oreilles et la queue. Libert&#233; d'acheter et de gaspiller effront&#233;ment revendiqu&#233;e qui est partie int&#233;grante de l'imaginaire fictionnel de la classe moyenne &#233;tats-unienne contemporaine, avec celle illusoire nourrie par la surmultiplication des m&#233;dias. On pourrait peut-&#234;tre parler de n&#233;o-punk, de culture punk d'un nouveau genre, beaucoup plus propette que celle des &#171; Sex Pistols &#187; tout de m&#234;me, nouvelle trace de rouge &#224; l&#232;vres que Greil Marcus devrait int&#233;grer dans son histoire de la subversion artistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Greil Marcus (1945-), critique de rock et ancien journaliste au magazine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/denis-schmite-2025-06-26_2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH387/denis-schmite-2025-06-26_2-806a0.png?1753296624' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence r&#233;currente de l'eau, eau des baignoires, eau des piscines, eau des oc&#233;ans au soleil levant, constitue un possible retour du refoul&#233;, de d&#233;sirs que l'on ne voudrait en aucun cas s'avouer, et surtout qu'il faut &#224; tout prix cacher aux autres, regret de la puret&#233; originelle par exemple, de l'anonymat s&#233;curisant malgr&#233; tout, &lt;i&gt;&#171; It's very hard to be transparent &#187;&lt;/i&gt;, transparence de l'eau et de la personne, et que l'on tente de dissimuler encore par des activit&#233;s ludiques, car dans l'eau, toujours le liquide amniotique, il se trouve qu'on joue beaucoup. On y jette des tas d'objets en plastique, gonflables ou non, on y plonge au milieu des dauphins, les &#201;tats-uniens adorent les dauphins, &#224; la t&#233;l&#233; et dans les parcs d'attraction c'est bien connu, et on y organise des batailles d'oranges qu'on se balance gaiement, bizarrement. Retour au paradis perdu de l'enfance, &#224; l'innocence primordiale si ch&#232;re &#224; ce grand rousseauiste d'Edward Bond (1). L'avant-naissance peut &#234;tre hyperactive aussi et dans le ventre &#224; g&#233;om&#233;trie variable d'une m&#232;re en devenir, dans le liquide amniotique, il se passe des choses vraiment &#233;tranges et bouillonnantes, coups de pieds et de coudes pour au plus vite para&#238;tre au Monde, d&#233;sir fr&#233;n&#233;tique de &#171; cr&#233;er le buzz &#187; d&#232;s ses premi&#232;res minutes, &lt;i&gt;&#171; Present yourself ! &#187;&lt;/i&gt;, une vraie politesse en fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH213/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_13.33_56-8cd48.png?1772190064' width='500' height='213' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais l'adolescence fragile est d&#233;j&#224; rong&#233;e par la soci&#233;t&#233; de consommation et le narcissisme, et les tr&#232;s jeunes filles de l'entourage de Trecartin et de Fitch ne sont que des Lolitas destructrices, &#233;perdument amoureuses de leurs images, et noy&#233;es dans des torrents de consommation. Dans toute cette superficialit&#233; et artificialit&#233;, la nature et tous ses v&#233;g&#233;taux ne peuvent appara&#238;tre qu'en posters ou en tableaux, domestiqu&#233;s dans des pots minuscules pour orner des bouts de tables ou de bureau, cactus nains et plantes grasses, arbres en plastique dans des pots plus grands en plein milieu des &lt;i&gt;&#171; malls &#187;&lt;/i&gt;, ou imprim&#233;e sur les couettes et les couvre-lits ouvertement ringards. En d&#233;finitive, ce qui est donn&#233; &#224; voir ici c'est un certain &#233;tat de la soci&#233;t&#233; postindustrielle, son c&#244;t&#233; d&#233;cadent, chez une frange de la population &#233;tats-unienne, la jeunesse urbaine friqu&#233;e mais pas trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils en &#233;taient encore &#224; s'&#233;clater les points noirs sur les divans des surprises-parties, lorsque Ryan Trecartin et Lizzie Fitch se sont trouv&#233;s pris dans un second filet technologique, celui de la num&#233;risation et de la synth&#232;se de l'image. Au premier regard on a une impression d'un quasi amateurisme, d'un style bricol&#233; un peu &#224; la va-vite, mais dans les faits tous les plans sont extr&#234;mement travaill&#233;s. Si l'esth&#233;tique apparente est celle de shows et de s&#233;ries t&#233;l&#233;visuels, avec des couleurs archi-satur&#233;es h&#233;rit&#233;es du Pop Art, de jeux vid&#233;o souvent, avec un m&#233;lange d'images infantiles, poussin, caniche blanc, balle de tennis jaune, l'objet qui ressemble le plus &#224; un poussin, il y a plein d'incrustations des copines et copains de Trecartin et Fitch qui l&#226;chent leurs discours en rafale avec les voix de Blanche-Neige ou de Mickey Mouse, qui font des mines et prennent des poses, qui vident en une gorg&#233;e des canettes de boissons &#233;nerg&#233;tiques et se gavent de g&#233;lules de vitamines avant de massacrer le mobilier ou de se rouler des pelles, et puis des images 3D de cuvette de WC que l'on fait tourner sur elle-m&#234;me, et puis des personnages fantomatiques et synth&#233;tiques qui surgissent d'un fond d'&#233;cran microbien ou m&#233;t&#233;oritique comme des aliens. Donc, des fois c'est simple, voire m&#234;me simpliste, d'autres fois c'est compliqu&#233; et tr&#232;s technique, mais c'est toujours &#233;tourdissant car constamment en mouvement et plein de sons, &lt;i&gt;&#171; une histoire pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Shakespeare, &#171; Macbeth &#187;, Acte 5, sc&#232;ne 5 : &#171; C'est un r&#233;cit cont&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Vraiment rien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, Ryan Trecartin et Lizzie Fitch parlent de l'obsession contemporaine pour l'image et, par-dessus tout, pour l'image de soi. Extimit&#233; ! Aujourd'hui chacun construit un spectacle de lui-m&#234;me et d&#233;veloppe toutes les strat&#233;gies n&#233;cessaires afin d'&#234;tre vu et aim&#233; de la multitude des autres, sur le r&#233;seau global des &#233;changes et des relations totalement d&#233;mat&#233;rialis&#233;s. Ce serait une condition n&#233;cessaire &#224; la construction de l'estime de soi et avec Internet et les r&#233;seaux sociaux l'effet de levier est formidable pour cette auto-performativit&#233;. Ce que Trecartin et Fitch pointent c'est une grave d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la communication dans un contexte global fortement marqu&#233; de sous-culture, la culture de masse comme on a pu l'appeler &#224; une &#233;poque avec plus qu'une pointe de m&#233;pris. Cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence communicationnelle s'inscrit totalement dans &#171; l'amodernit&#233; &#187;, caract&#233;ris&#233;e par la perte totale de sens et de valeurs, mais l'h&#233;ritage re&#231;u de la postmodernit&#233; est consid&#233;rable chez Trecartin et Fitch. Fusion de l'homme et de la technologie, hybridation tous azimuts, omnipotence du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH327/capture_d_e_cran_2025-06-26_a_14.16_36-433e0.png?1753296624' width='500' height='327' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ryan Trecartin et Lizzie Fitch sont des artistes polymorphes et quand ils pr&#233;sentent leurs vid&#233;os dans l'Institution il r&#233;alise pour chacune d'elles un environnement complet fait de si&#232;ges divers et vari&#233;s, durs aux fesses ou moelleux, de constructions en bois ou en m&#233;tal, ou les deux &#224; la fois, pour les abriter, d'objets absolument bizarres et parfois tr&#232;s inqui&#233;tants, de ses sculptures &#224; lui, Trecartin, compos&#233;es d'un amalgame de d&#233;chets et de d&#233;bris consum&#233;ristes, installation dans laquelle le visiteur doit trouver sa place, si&#232;ges durs ou mous ou bien debout, pour voir et &#233;couter les transes de tous les &#171; trans &#187; sur les &#233;crans g&#233;ants, et dans le m&#234;me temps envoyer des textos &#224; l'ensemble des membres de son r&#233;seau. A bien y r&#233;fl&#233;chir, on pourrait parler d'un jeu sur l'espace, un espace &#224; quatre dimensions qui se d&#233;clineraient dans le temps, espace filmique des actions, lieu de tous les d&#233;bordements, espace de l'image construite, mont&#233;e, hybride d'action r&#233;elle, de 3D, et d'images de synth&#232;ses, espace de l'installation dans l'Institution, comme il vient d'&#234;tre dit, enfin le cyberespace, le web o&#249; toutes les vid&#233;os sont mises &#224; disposition gratuitement. Finalement, il y a dans tout ceci une probable caricature de l'art total, qui est un art totalitaire comme chacun sait, ou devrait le savoir, ainsi que la d&#233;nonciation de l'une des multiples absurdit&#233;s de notre &#233;poque, la soumission inconditionnelle de ce m&#234;me chacun &#224; toutes les &lt;i&gt;&#171; Fucking machines &#187;&lt;/i&gt; &#224; d&#233;c&#233;r&#233;brer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de Particules et ic&#244;nes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH235/capture_d_e_cran_2025-07-23_a_15.58_51-30342.png?1772190064' width='500' height='235' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edward Bond (1934-2024) est probablement le plus grand auteur dramatique de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle ainsi qu'un immense th&#233;oricien du Th&#233;&#226;tre. On peut le consid&#233;rer comme &#233;tant un h&#233;ritier direct du th&#233;&#226;tre &#233;lisab&#233;thain. Il affirmait que &#171; l'enfant acquiert la g&#233;om&#233;trie de la r&#233;alit&#233; avant d'apprendre le langage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Vlogger &#187; se dit d'un individu qui partage ses exp&#233;riences et opinions en ligne et pratiquement en continu au moyen de blogs-vid&#233;os, &#171; vlog &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Greil Marcus (1945-), critique de rock et ancien journaliste au magazine Rolling Stone, auteur de &#171; Lipstick Traces, une histoire secr&#232;te du XXe si&#232;cle &#187; (Allia-1998 et Folio 2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Shakespeare, &#171; Macbeth &#187;, Acte 5, sc&#232;ne 5 : &#171; C'est un r&#233;cit cont&#233; par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quelques variations surprenantes </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Quelques-variations-surprenantes</link>
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		<dc:date>2025-06-29T08:32:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Schmite</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Mythologie</dc:subject>
		<dc:subject>Image</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est un chemin bien connu o&#249; aurait pu se conclure une histoire &#233;galement bien connue, mais voil&#224;, elle a laiss&#233; des traces tr&#232;s profondes dans la m&#233;moire du Monde cette histoire et pour beaucoup c'est elle qui aurait permis une sorte de nouveau d&#233;part, ou une purification, ou une absolution, ou une renaissance, tout du moins c'est ce qu'ils pr&#233;tendent, eux, enfin certains...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mythologie" rel="tag"&gt;Mythologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Image" rel="tag"&gt;Image&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2713-bc377.jpg?1772241579' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un chemin bien connu o&#249; aurait pu se conclure une histoire &#233;galement bien connue, mais voil&#224;, elle a laiss&#233; des traces tr&#232;s profondes dans la m&#233;moire du Monde cette histoire et pour beaucoup c'est elle qui aurait permis une sorte de nouveau d&#233;part, ou une purification, ou une absolution, ou une renaissance, tout du moins c'est ce qu'ils pr&#233;tendent, eux, enfin certains...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_22568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/martin_schongauer_saint_veronica_c__1480_800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH719/martin_schongauer_saint_veronica_c__1480_800-b4615.jpg?1772189637' width='500' height='719' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martin Sch&#246;ngauer, Saint Veronica, c. 1480
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Robert Campin et Jean Fouquet &#224; Alan Kaprow&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le chemin, lui, il est vraiment &#226;pre et il conduit &#224; un faux terme de l'histoire, comme ils pr&#233;tendent, abominable cette histoire toute tiss&#233;e qu'elle est de trahisons, de versatilit&#233; des masses, de totale soumission de ces m&#234;mes masses &#224; un pouvoir qui se d&#233;clare irresponsable, qui se proclame protecteur des masses et &#224; leur &#233;coute mais qui les asservit quand m&#234;me, de leur cruaut&#233; &#224; tous, masses et pouvoir, un concentr&#233; d'humanit&#233; ou d'inhumanit&#233;, c'est selon, une mise en jeu d'une esp&#232;ce animale particuli&#232;rement f&#233;roce, Sapiens, l'Homme moderne c'est comme &#231;a qu'ils l'appellent, eux, enfin certains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement le chemin traverse Paris, mais le Paris d'un temps ancien, comme un Paris &#224; la campagne ou bien qui y m&#232;ne rapidement &#224; cette campagne. On passe une porte, on franchit un pont, et on y est, &#224; la campagne. &#192; peine a-t-on quitt&#233; la Sainte-Chapelle, ce somptueux &#233;crin des &lt;i&gt;reliques&lt;/i&gt; de la Passion &#224; la fa&#231;ade orn&#233;e d'une immense rosace gothique, qui est cern&#233;e de maisons &#233;troites avec des toits tranchants et d'autres chapelles aux clochers fins comme des aiguilles, comme comprim&#233;es jusqu'&#224; l'&#233;touffement par une ceinture de murailles pourtant tr&#232;s minces, d&#232;s que l'on a franchi un ruban de Seine sur lequel circule une barque, on se retrouve dans un paysage fortement vallonn&#233;, avec m&#234;me des rochers escarp&#233;s et des falaises, un paysage tout aussi factice que les Buttes-Chaumont. Sur le chemin, il y a quantit&#233; de gens qui se pressent, avec au milieu un homme assez grand v&#234;tu d'une djellaba aust&#232;re, ou d'une robe de bure serr&#233;e &#224; la taille, et qui porte sur l'&#233;paule gauche comme un &#233;l&#233;ment de charpente en T. Son dos se courbe sous la charge, il marche pieds nus, p&#233;niblement, et comme il est coiff&#233; d'une couronne d'&#233;pines, on saisit tout de suite, on comprend imm&#233;diatement qui il est, mais le Christ qui porte sa croix sur les berges de la Seine convenons que c'est franchement bizarre ! &#192; ses c&#244;t&#233;s un type avec un chapeau pointu, plus &#226;g&#233; car sa barbe est grise, se fait copieusement tabasser &#224; coups de b&#226;ton par deux soudards en armure, ce qui n'est pas d&#233;nu&#233; de logique, la Sainte-Chapelle &#233;tant juste &#224; c&#244;t&#233; de la Pr&#233;fecture de police. Enfin, &#224; cette &#233;poque je n'en suis pas tr&#232;s s&#251;r. Il est dit que le type c'est Simon de Cyr&#232;ne, celui qui aurait aid&#233; le Christ &#224; porter sa croix. Bon ! Toujours est-il &#231;a cogne dur sans que l'on sache vraiment pourquoi. M&#339;urs polici&#232;res de toutes les &#233;poques ! Juste derri&#232;re le Christ, parmi un groupe d'autres soudards arm&#233;s de lances agressives qui pointent vers le ciel, deux ou trois femmes habill&#233;es comme des bonnes-s&#339;urs dont une aux mains jointes qui est soutenue, ou pouss&#233;e, par un homme jeune qui ressemble un peu au Christ. Devant lui plein de soudards encore avec des lances tr&#232;s longues et tr&#232;s pointues et au milieu deux taches blanches, seulement, deux prisonniers les mains li&#233;es derri&#232;re le dos, les larrons. Que de soldats ! Que de gardiens et de lances pour accompagner trois pauvres bougres &#224; travers la campagne ! Toutes ces lances, les toits des maisons et les clochers des &#233;glises, le chapeau de Simon, toutes ces pointes dirig&#233;es agressivement vers le ciel, font un peu penser &#224; &lt;i&gt;La rendici&#243;n de Breda&lt;/i&gt; de Velasquez, &lt;i&gt;Las lanzas&lt;/i&gt;, Les lances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des soldats d&#233;signe du doigt un arbre plut&#244;t fluet, juste un peu plus gros qu'un arbuste, o&#249; il y a un pendu, le tra&#238;tre, le judas, pendu on ne sait comment, sans que la branche maigrelette ne casse. Du ventre du pendu s'&#233;chappe une cr&#233;ature fumeuse, une volute l&#233;g&#232;re avec dedans un d&#233;mon ail&#233; et cornu transparent comme un &#233;ph&#233;m&#232;re. Derri&#232;re les soldats, devant le porteur de croix, il y a deux petites femmes agenouill&#233;es et coiff&#233;es de turbans. L'une d'entre elles tient des deux mains, comme une serviette de bain, un tissu blanc pour qu'il s'essuie le visage. Enfin, c'est ce qu'ils pr&#233;tendent. Leurs regards se croisent, la femme et le Christ, et lui, bizarrement, il para&#238;t &#234;tre un peu &#233;tonn&#233;, bizarrement par ce qu'en principe il &#233;tait suppos&#233; tout pr&#233;voir et tout savoir. La femme au linge c'est V&#233;ronique mais on ne le sait pas encore, et puis la v&#233;ritable V&#233;ronique est-ce l'apporteuse ou porteuse du linge, le support en quelque sorte, ou l'image r&#233;cup&#233;r&#233;e, la surface, ou les deux &#224; la fois, le support-surface ? On en reparlera. Jean Fouquet, lui, nourrit deux obsessions : la ma&#238;trise de l'espace et la saisie du geste, dans sa peinture mais surtout dans ses enluminures. Jean Fouquet inscrit son &lt;i&gt;Portement de croix&lt;/i&gt;, l'une des tr&#232;s belles enluminures du &lt;i&gt;Livre d'heures d'&#201;tienne Chevalier&lt;/i&gt;, dans un presque carr&#233;, mais comme il y a foule et qu'il veut donner le sentiment d'un r&#233;el mouvement &#224; tous ces personnages, il fait prendre &#224; son chemin la forme d'un semi arc de cercle ce qui permet de voir les gens pratiquement sortir de Paris tandis que d'autres proc&#232;dent d&#233;j&#224; &#224; l'ascension du &#171; Golgotha &#187;, et aussi dans un seul et m&#234;me plan d'embrasser la fa&#231;ade de la Sainte-Chapelle, la Seine, les collines environnantes, et de consid&#233;rer tous les protagonistes de l'ultime voyage, y compris V&#233;ronique pourtant rel&#233;gu&#233;e dans un coin, au premier plan il est vrai mais dans un coin. Tout est extr&#234;mement resserr&#233;, concentr&#233;, et pourtant il y a de la perspective. Comme presque tous les artistes de son si&#232;cle, le quinzi&#232;me, le si&#232;cle d'or de la peinture en Occident, Fouquet est fascin&#233; par la g&#233;om&#233;trie et par la divine harmonie qui surgit de l'image lorsque celle-ci est construite &#224; partir du nombre d'or...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le presque carr&#233; du &lt;i&gt;portement de croix&lt;/i&gt;, tout peupl&#233; et effervescent qu'il est, ne repr&#233;sente qu'&#224; peu pr&#232;s les deux tiers de la feuille. Le tiers restant est le th&#233;&#226;tre d'une sc&#232;ne bien &#233;trange. En bas d'une modeste falaise, modeste mais escarp&#233;e quand m&#234;me, dans une sorte de ravin, il y a une femme, avec un air m&#233;chant et obstin&#233;, portant une robe rouge et par-dessus un tablier blanc qui n'est pas sans rappeler le tissu de V&#233;ronique, qui mart&#232;le sauvagement un pauvre morceau de ferraille qu'elle tient avec une pince. Son bras au bout duquel il y a le marteau est lev&#233; tout droit au-dessus de sa t&#234;te et on ressent au plus profond de soi, on anticipe, le moment o&#249; il va s'abattre avec fracas sur la ferraille pos&#233;e sur une petite enclume elle-m&#234;me pos&#233;e sur un gros billot de bois. Au pied du billot, il y a quelques outils, des marteaux de rechange et une autre pince, avec un peu plus loin une cruche en terre et un verre car c'est bien connu le travail donne soif, d'autant plus que derri&#232;re la femme il y a un four un peu noirci et un foyer o&#249; sont entrain de chauffer quelques morceaux de m&#233;tal. A gauche un soudard, un genou en terre et qui a d&#233;pos&#233; pr&#232;s de lui sa pertuisane, ramasse avec une certaine avidit&#233; deux ferrailles pointues, les clous qui seront utilis&#233;s &#224; la crucifixion. On pourra faire remarquer que pour ce labeur ils s'y prennent un peu tard mais ils y mettent de l'ardeur. Il est dit que la femme-forgeron c'est H&#233;droit, un personnage de pure fiction, tout autant que les autres en fait, qui apparaissait dans les myst&#232;res th&#233;&#226;traux donn&#233;s sur les parvis des &#233;glises ou sur les places des villes... On retrouvera H&#233;droit dans une autre enluminure des &lt;i&gt;&#171; Heures Chevalier &#187;&lt;/i&gt;l, &lt;i&gt;L'Arrestation de J&#233;sus&lt;/i&gt;, o&#249;, au tout petit matin, elle tient une lanterne pour que les soldats ne se trompent pas d'homme. C'est donc une femme fondamentalement mauvaise qui veut en finir d'avec le divin ou tout du moins d'avec son repr&#233;sentant, un d&#233;mon femelle, un succube, beaucoup plus d&#233;termin&#233;e que Judas qui, lui, n'est que l'instrument de Dieu. H&#233;droit est l'exact contraire de V&#233;ronique qui repr&#233;sente le Bien, &#233;videmment. H&#233;droit est l'incarnation du mal par opposition cette fois-ci au Christ qui est Le Dieu incarn&#233;, Son avatar. On y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du personnage d'H&#233;droit dans ses enluminures autorise &#224; penser que Fouquet a pris pour mod&#232;les les myst&#232;res auxquels il a assist&#233;, ou pour le moins qu'il a &#233;t&#233; fortement inspir&#233; par eux, ce qui, sans att&#233;nuer la po&#233;sie de ses compositions, contribuerait &#224; amenuiser le caract&#232;re anachronique de l'introduction des paysages parisiens d'une autre &#233;poque, la sienne, dans des images sacr&#233;es. Paris comme une sc&#232;ne o&#249; l'on jouerait le grand myst&#232;re de la Passion. Pour ce qui est des gestes, &lt;i&gt;Le portement de croix&lt;/i&gt;, s&#233;quence quasi cin&#233;matographique, en contient plein. V&#233;ronique qui tend son tissu vers le Christ et le croisement de leur regard constitue quelque part un arr&#234;t sur image, un gel de l'image. Le Christ suspend son pas, le tissu reste suspendu dans les mains de V&#233;ronique, les gourdins des soudards demeurent suspendus au-dessus de la t&#234;te de Simon tout comme le marteau d'H&#233;droit au-dessus de l'enclume, le d&#233;mon est suspendu dans l'air &#224; sa sortie du ventre de Judas &#224; l'instar du bras du soudard qui le d&#233;signe. Il y a plein de gestes suspendus. Le croisement des regards suspend le temps, g&#232;le les gestes. C'est lui qui autorise la construction de l'image, qui organise le glissement d'un th&#232;me vers l'autre, car le th&#232;me central, le sujet v&#233;ritable du &lt;i&gt;Portement de croix&lt;/i&gt;, r&#233;side moins dans le portement de croix lui-m&#234;me que dans la V&#233;ronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Jean Fouquet, dans sa peinture et ses enluminures, tous les gestes ou presque sont simples et purs, et l'humanit&#233;, m&#234;me lorsqu'il &#233;voque le sacr&#233; ou la puissance, perle sous son pinceau comme les larmes sur les joues du Jean de &lt;i&gt;La Piet&#224; de Nouans&lt;/i&gt;. Donc dans &lt;i&gt;Le portement de croix&lt;/i&gt; il y a un haut et il y a un bas, une aspiration et une descente, un bien possible, puisqu'il s'agit de compassion et de sacrifice en vue d'un rachat, et un mal certain, H&#233;droit, et en guise de fronti&#232;re entre ce haut et ce bas, &#224; flanc de falaise, une sorte de panonceau ou cartouche divis&#233; en deux parties strictement &#233;gales. Sur la partie droite figurent des entrelacs de tr&#232;s jolies feuilles ouvrag&#233;es, de fleurs bleues et de fruits rouges, motifs v&#233;g&#233;taux qu'affectionnaient les enlumineurs de l'&#233;poque. Sur la partie gauche, une grande lettre orn&#233;e, un &#171; D &#187; sur fond de v&#233;g&#233;taux aussi, avec &#224; l'int&#233;rieur la femme au tissu, on la reconna&#238;t &#224; son turban, toute petite et toute triste, qui tient le tissu des deux mains, donc largement d&#233;ploy&#233; comme une serviette de bain apr&#232;s usage, avec dessus un portrait aussi inexpressif qu'une photographie d'identit&#233;, la &#171; Sainte Face &#187;. Le Christ s'est essuy&#233; le visage avec le tissu que lui a tendu V&#233;ronique puis il le lui a rendu avec son image dessus. La &#171; Sainte Face &#187;, la premi&#232;re photographie de l'Histoire, le premier &#171; selfie &#187;, l'image acheiropo&#239;&#232;te. On est ici au c&#339;ur du sujet. Du point de vue de l'enluminure, on a une image, la projection du visage du Christ sur le tissu, dans une image, V&#233;ronique tenant le tissu, dans une image, &lt;i&gt;Le portement de croix&lt;/i&gt;, un objet fractal en quelque sorte ou quelque chose d'approchant, jeu de poup&#233;es russes. Ce qui est vraiment int&#233;ressant dans ce petit feuillet, c'est que Jean Fouquet donne ici une image de l'hypostase, c'est-&#224;-dire de l'union des deux natures du Christ, la nature humaine, l'image de l'homme portant douloureusement l'instrument ultime de son supplice, l'homme qui souffre, et la nature divine, celle de la Sainte-Face qui n'est pas, chez Fouquet tout du moins, l'image de l'Homme de douleurs mais le cadeau fait &#224; v&#233;ronique par Dieu, l'image de Dieu. D'autres diront qu'il y a deux, voire trois, hypostases dans une m&#234;me nature, mais c'est l&#224; un tr&#232;s vieux d&#233;bat th&#233;ologique dans lequel il n'est pas n&#233;cessaire d'entrer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH674/01-denis_schmite-veronique-e6893.jpg?1750885629' width='500' height='674' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Fouquet, Le Portement de Croix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Heures d'&#201;tienne Chevalier, vers 1452-1460
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Veronica, la V&#233;ritable Ic&#244;ne, V&#233;ronique !...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;sente alors &#224; mon esprit l'image d'une dame d'un certain &#226;ge, le regard grave et un peu perdu au milieu d'un visage l&#233;g&#232;rement froiss&#233;, tenant avec une extr&#234;me d&#233;licatesse et du bout des doigts, entre le pouce et l'index de chaque main tr&#232;s exactement, non pas devant elle mais un petit peu sur son c&#244;t&#233; gauche, un mouchoir de tulle tr&#232;s fin et transparent sur lequel se dessine le visage noiraud et tout &#224; fait inexpressif d'un homme jeune aux cheveux longs et moussus. C'est V&#233;ronique mais pas la petite pauvresse du cartouche de Jean Fouquet ni la fr&#234;le jeune fille de Martin Schongauer, notre V&#233;ronique introductive. Oh non ! Celle-ci est tr&#232;s richement v&#234;tue. Une esp&#232;ce de turban blanc comme l'autre, pour souligner l'orientalit&#233; bien s&#251;r, mais travers&#233; de fils d'or et recouvert d'un voile &#233;galement de tulle nou&#233; large sur son cou un peu sec, un ample manteau de pourpre parement&#233; d'or et de grosses pierreries par les &#233;chancrures duquel d&#233;passent les manches globuleuses d'une robe de soie verte. La V&#233;ronique de Flemalle pi&#233;tine un &#233;pais tapis de foug&#232;res courtes, de pissenlits et de muguet, et sa silhouette se d&#233;tache sur une tenture de brocart &#224; motif de feuilles en volutes et d'oiseaux battant des ailes. Un espace totalement ferm&#233; mais raffin&#233; et pr&#233;cieux. Sur le mouchoir, hypostase sans doute mais pas p&#233;richor&#232;se, l'esprit saint ne paraissant pas habiter les yeux du jeune homme, m&#234;me s'il peut, pour certains, ressembler fortement &#224; son p&#232;re. Il y a dans cette image plut&#244;t terne du &#171; fils de l'Homme &#187; du Bertillon avant la lettre. Donc, pas de perspective ni dans la sc&#232;ne ni dans le regard, tout du moins dans celui du Christ impassible, car pour Robert Campin, le premier grand peintre d'Europe du nord, la ma&#238;trise de la perspective n'est pas vraiment une pr&#233;occupation, &#224; l'inverse des Italiens de son temps et surtout des Renaissants des temps futurs... Mais Campin, c'est un homme bien ins&#233;r&#233; dans son &#233;poque. Il est plut&#244;t impliqu&#233; et r&#233;actif quand on conna&#238;t un peu le d&#233;roul&#233; de son existence politiquement et sexuellement aventureuse. Pas plus que Fouquet il n'est le peintre de la vie moderne (comment pourrait-on &#234;tre moderne en illustrant l'ali&#233;nation religieuse ?) mais tout comme lui il va puiser des &#233;l&#233;ments dans son environnement, dans sa contemporan&#233;it&#233;, et il n'a pas n&#233;cessairement besoin de l'artefact d'une aur&#233;ole pour d&#233;signer le sacr&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui para&#238;t obnubiler Robert Campin ce n'est pas le sujet, ce n'est surtout pas la mim&#233;sis, ce n'est pas l'humain et l'expression de ses &#233;motions, ni les villes, ni les campagnes, ni m&#234;me la religion, la composition un peu bien s&#251;r, m&#234;me beaucoup par moment, mais surtout la mati&#232;re, mais surtout les textiles, la mani&#232;re dont la mati&#232;re textile renvoie la lumi&#232;re, &#233;pouse ou non la forme des corps, la fa&#231;on dont elle se r&#233;pand sur les dallages ou les pelouses, v&#233;ritables herbiers emplis de vie, comme des fleurs merveilleuses aux corolles invers&#233;es, les plis d&#233;j&#224; annonciateurs du Baroque futur, les jeux de couleurs singuliers et les chatoiements compositionnels que celle-ci s'autorise. Les v&#233;ritables fondations sur lesquelles reposent toute la peinture de Robert Campin sont constitu&#233;es de drap&#233;es savants et de tissus chatoyants qui s'&#233;pandent et se r&#233;pandent jusque dans ses moindres recoins. On objectera qu'il n'est pas le seul &#224; avoir utiliser de tels &#171; artifices &#187; pour occuper l'espace, et on citera Rogier van der Weyden avec par exemple sa &lt;i&gt;descente de croix&lt;/i&gt;, la plus belle image de la chr&#233;tient&#233; peut-&#234;tre, juxtaposition des coloris et sensualit&#233; des mati&#232;res, mais beaucoup plus empreints de chor&#233;graphie &#233;videmment, car on peut voir une forme de danse au pied de la croix dans cette image. La V&#233;ronique de Fl&#233;malle qui pr&#233;sente comme &#224; regret une Sainte-face obscure sur un mouchoir diaphane aux reflets d'or est &#224; consid&#233;rer comme &#233;tant, avant toute autre forme et tout autre sens de la repr&#233;sentation, une splendide gravure de mode, mode d'un Moyen &#194;ge finissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tout l'art de Robert Campin s'inscrit dans des enveloppements velout&#233;s et soyeux, des enturbannements compliqu&#233;s et des pliss&#233;s savants, des coulures de ciel et d'arc-en-ciel, des pr&#233;cipitations pr&#233;cieuses et alchimiques ou des giclures d'&#233;tals orientaux que Dieu lui-m&#234;me, si on l'en avait pri&#233;, aurait choisi pour v&#234;tir non seulement les saintes femmes ou ses employ&#233;s ail&#233;s et z&#233;l&#233;s, mais aussi tous les gens du commun, presque tout l'art de Campin r&#233;side l&#224;&#8230; donc pas tout son art. Il y a aussi les mains, mains d&#233;licates de V&#233;ronique pr&#233;sentant avec h&#233;sitation, presque craintivement, le mouchoir impressionn&#233;, mains douloureuses du Christ mort, l'oiseau spirituel &#224; l'&#233;paule, qui presse son flanc bless&#233;, main de la madone &#224; l'aur&#233;ole d'osier qui presse son sein ou pointe une goutte de lait, celles de la madone &#224; l'aur&#233;ole d'or qui tentent de calmer l'enfant apeur&#233; au milieu d'un jardin de plantes grasses, douces mains de la madone de Fl&#233;malle, sans aur&#233;ole du tout, qui tient tendrement l'enfant goulu appliqu&#233; &#224; la t&#233;t&#233;e, longs doigts &#233;chauff&#233;s de la madone fesseuse, qui regrette possiblement son acte d'humeur mais les enfants sont horripilants parfois, main du Baptiste d&#233;signant &#224; la fois, on ne sait pas vraiment, peut-&#234;tre a-t-il &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233; de son intention premi&#232;re, l'agneau de Dieu accroupi sur le Livre et le franciscain donateur aux yeux sinisants, mains tendrement r&#233;unies des deux promis aux &#233;pousailles par un cur&#233; &#224; tiare et non par un rabbin, ce qui n'est pas normal, main pr&#233;cautionneuse de Joseph qui prot&#232;ge du vent la petite flamme vacillante de la vie, mains dess&#233;ch&#233;e ou &#233;pouvant&#233;es des accoucheuses, mains emmitoufl&#233;es d'un berger tenant son chapeau avec humilit&#233;, mains embarrass&#233;es des saintes et des saints contraints de retenir les pans de leurs manteaux trop amples, mains tordues du supplici&#233; auxquelles r&#233;pondent les mains italianisantes, presque mani&#233;ristes, et justificatrices des soudards au pied de sa croix, mains affair&#233;es autour du sublime mort, tirant le suaire sous lui et oignant ses blessures de parfums et d'onguents, et puis l'ange triste qui essuie sans fa&#231;on ses larmes abondantes du revers de sa main d&#233;licate tout en faisant vibrer le ciel de vieil or. Avec Robert Campin, davantage qu'au travers des regards, le plus souvent sans r&#233;elle vitalit&#233;, l'expression des affects, de la gr&#226;ce ou de la disgr&#226;ce, passe par les mains. Il est vrai aussi qu'on pourrait relire l'histoire de la peinture figurative &#224; travers l'histoire de la repr&#233;sentation de la main, et ce depuis les mains n&#233;gatives du Pal&#233;olithique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelle mati&#232;re est v&#233;ritablement constitu&#233; le voile si l&#233;ger et si transparent pr&#233;sent&#233; par la V&#233;ronique de Flemalle ? J'avais admir&#233; les reflets d'or et &#233;mis l'hypoth&#232;se d'un tulle tr&#232;s fin travers&#233; de fils pr&#233;cieux mais j'avoue que je n'avais pas r&#233;ussi &#224; m'en convaincre. Et puis il y avait cette histoire un peu &#233;trange du voile de Manopello, &#233;trange dans le sens que le monoth&#233;isme chr&#233;tien, qui a pu traverser &#224; certaines &#233;poques et en certains lieux des crises violentes d'iconoclasme, a toujours fini, pour des raisons peu avouables, par revenir &#224; des images simplistes et &#224; rajouter de pr&#233;tendus myst&#232;res &#224; d'autres pr&#233;tendus myst&#232;res. Les religions, et toutes les croyances en g&#233;n&#233;rale, se b&#226;tissent toujours sur des couches superpos&#233;es d'images douteuses ou pour le moins tr&#232;s discutables, sorte de s&#233;dimentation vaseuse destin&#233;e &#224; faire s'enliser la Raison. Le voile de Manopello, pr&#233;tendu voile de V&#233;ronique d&#233;tenu par le Vatican jusqu'&#224; ce qu'on le lui d&#233;robe au seizi&#232;me si&#232;cle, est l'une de ces images. Ce voile est, dit-on, fait de byssus, sorte de soie secr&#233;t&#233;e par certains coquillages m&#233;diterran&#233;ens pour se fixer aux rochers. Pendant des si&#232;cles on a utilis&#233; le byssus, ou laine d'or, pour r&#233;aliser des tissus pr&#233;cieux et quasi indestructibles, et on doit pouvoir affirmer que c'est sur un voile de byssus que s'est imprim&#233;e la Sainte-Face tenu par la V&#233;ronique de Flemalle. Robert Campin avait-il de ses yeux vu le voile vaticanesque, en avait-il entendu parler, ce qui est plus probable, ou l'a-t-il tout simplement imagin&#233; ? Voil&#224; ! A chacun ses questionnements induits et les r&#233;ponses qui leur sont apport&#233;es afin de les satisfaire. C'est l&#224; le principe m&#234;me du religieux et, entre autres, le lieu o&#249; r&#233;side tout &lt;i&gt;Le g&#233;nie du christianisme&lt;/i&gt;, la fabrique d'ic&#244;nes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;93&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L279xH728/02-denis_schmite-veronique-34213.jpg?1750885629' width='279' height='728' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Robert Campin dit le Maitre de Fl&#233;malle, V&#233;ronique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;v. 1430. Huile sur bois, 148,2 &#215; 57,7 cm
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le premier coup d'&#339;il, on est agress&#233;. C'est une image brutale constitu&#233;e de trois bandes, noire, rouge, jaune, dispos&#233;es l'une sur l'autre &#224; l'horizontale, comme un drapeau allemand, donc une image brutale. Mais au premier coup d'&#339;il on ne comprend pas bien de quoi il s'agit en dehors de l'agressivit&#233; flagrante parce qu'il faut dire aussi que c'est tout bouillonnant. Un drapeau allemand bouillonnant c'est troublant et ce n'est pas rassurant. La bande noire qui occupe en fait &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; de la composition n'est pas uniform&#233;ment noire. Elle est constitu&#233;e d'une trentaine de ronds, pas r&#233;guliers du tout et de tailles tr&#232;s diff&#233;rentes, d'un blanc cass&#233; z&#233;br&#233; et tachet&#233;, hach&#233; m&#234;me, d'un noir tout d&#233;goulinant, qui font imm&#233;diatement penser &#224; des tronches rigolardes et hurlantes. Deux de ces ronds sont entour&#233;s de bleu, ou plut&#244;t sont peints sur un morceau de tissu bleu coll&#233; sur la toile, et les autres sont maladroitement cercl&#233;s de beige pour bien les distinguer de leurs voisins, pour partie tissus peints coll&#233;s aussi. Il s'agit donc d'un noir sacr&#233;ment composite, grouillant, et qui fait vraiment sale. C'est le noir qui pr&#233;domine, le noir du drapeau allemand mais composite et crasseux, qui donne la note vraiment hostile de la toile. Juste en dessous, une bande assez large, un quart de la composition environ, toute rouge sang et d&#233;goulinante, elle aussi, un peu comme une banderole de manif fra&#238;chement peinte et que l'on d&#233;ploierait avant qu'elle n'ait totalement s&#233;ch&#233;. La bande du bas est &#233;trange car elle para&#238;t &#234;tre beaucoup plus tranquille par rapport au reste. Sa partie gauche est occup&#233;e principalement par une esp&#232;ce d'&#233;querre jaune, la pointe dirig&#233;e vers le haut, avec entre ses deux bras une sorte de t&#234;te ahurie, toute ronde et &#224; barbe rousse, qui fixe le spectateur les yeux ouverts, tout ronds eux aussi. Juste &#224; c&#244;t&#233;, comme si elle jaillissait de l'&#233;querre le bras tendu, une forme pas bien d&#233;termin&#233;e, peut-&#234;tre un homme torse-nu. On pourrait deviner une sorte de t&#234;te rousse aussi, avec dans la chevelure un trait noir, qui semble tr&#232;s r&#233;solue &#224; suivre le bras tendu, ou qui fait de gros efforts pour tirer l'&#233;querre, c'est-&#224;-dire pour aller de l'avant, c'est-&#224;-dire pour se diriger vers la droite de la toile, avec un bout de papier aluminium coll&#233; comme une feuille d'or qui semble sur le point de l'envelopper, et puis devant le papier alu un dr&#244;le de petit personnage transparent, au contour rouge sang avec une aur&#233;ole rouge &#233;galement, qui semble ouvrir le chemin fait d'un m&#233;lange de terre et de sable, donc composite &#233;galement. Pour cette partie la dominante de couleur est donn&#233;e par l'&#233;querre, le jaune. Il y a une disproportion consid&#233;rable entre les &#233;normes t&#234;tes &#224; dominante noire du haut, et les petits personnages &#224; formes impr&#233;cises, presque indiscernables, qui se trouvent sous ou &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;querre, et &#224; dominante jaune du bas. Succession de couches, noire, rouge, jaune, le drapeau allemand. Sur la banderole rouge du centre, il y a un petit cercle vraiment rouge figurant probablement une t&#234;te, et au-dessus, &#233;crit en blanc cass&#233; &#171; VERONICA &#187;, mais pas nette du tout, &#224; peine lisible comme si la banderole pas s&#232;che avait d&#233;goulin&#233; dessus. On se croirait presque dans un stade pour une comp&#233;tition sportive, les spectateurs hurleurs cantonn&#233;s derri&#232;re une barri&#232;re m&#233;tallique, comme celles qui agr&#233;mentent depuis des d&#233;cennies tous les paysages urbains d'Europe et qui canalisent les citadins et citoyens, enthousiastes ou en col&#232;re, sur laquelle on aurait coll&#233; une affiche publicitaire pour promouvoir la marque &#171; VERONICA &#187; avec une t&#234;te radieuse et toute rouge dessus, un stade allemand, &#224; Nuremberg ou &#224; Berlin, ou s'offriraient &lt;i&gt;&#171; Les dieux du stade &#187;&lt;/i&gt; &#224; la contemplation de tous. Mais ici l'&#233;v&#233;nement est particuli&#232;rement tragique car il s'agit de l'&#233;pilogue d'une histoire qui va laisser des traces tr&#232;s profondes dans la m&#233;moire du Monde, ou peut-&#234;tre de deux histoires, celle de la chr&#233;tient&#233; et celle d'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la V&#233;ronique d'Allan Kaprow, V&#233;ronique est absente ou bien elle est noy&#233;e dans le public de ronds hostiles, mais la V&#233;ronique, elle, est disproportionn&#233;e et particuli&#232;rement macabre. Ce n'est pas l'image de Dieu mais celui d'un massacre, t&#234;te qui semble rouler d'un suaire qui aurait &#233;t&#233; tremp&#233; dans une mare de sang. Ne serait-ce la croix, possible r&#233;f&#233;rence &#224; Gauguin et &#224; son &lt;i&gt;Christ jaune&lt;/i&gt; mais invers&#233; puisque ce n'est pas le christ qui est jaune mais l'instrument de son supplice, et le papier aluminium qui renvoie in&#233;vitablement aux &lt;i&gt;riza&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;oklad&lt;/i&gt; des ic&#244;nes orthodoxes, la partie basse est peu lisible. J&#233;sus se distingue &#224; peine du sol composite, vieille question &#224; propos de la repr&#233;sentation de l'irrepr&#233;sentable, la figure de Dieu, qu'agite tous les iconoclastes et que transgresse la V&#233;ronique, le personnage sous la croix, probablement Simon de Cyr&#232;ne, n'est qu'un amas de fines touches de couleurs, presque des points qui s'arrachent difficilement de l'ombre, pixels formant une corps massif mais vague, et le personnage diaphane aur&#233;ol&#233; de sang, peut-&#234;tre un ange, est presque sorti de l'image. Tous deux semblent prendre &#224; t&#233;moin le regardeur du tableau mais c'est d&#233;j&#224; inutile car la masse noire est trop pr&#233;sente et haineuse. Il y a des ronds qui hurlent &#224; la mort dont on voit les yeux exorbit&#233;s, nombreux sont ceux qui ont des regards sombres et un rictus affreux qui leur tord la bouche, d'autres au contraire semblent prendre un plaisir malsain au spectacle et lancent des quolibets et des injures. La pression est &#233;norme contre la V&#233;ronique qui sert de barri&#232;re. On est saisi du sentiment qu'elle va &#234;tre renvers&#233;e par la cohue, que plus rien ne peut &#234;tre contenu et que tout va d&#233;border. Bient&#244;t, &#231;a va &#234;tre la ru&#233;e ! La foule cruelle est pr&#234;te pour parachever le d&#233;icide. Cette image c'est le drapeau d'Allemagne dans lequel le noir menacerait de tout submerger. &lt;i&gt;&#171; La mort est un ma&#238;tre d'Allemagne... &#187; &lt;/i&gt; comme le d&#233;clamait bellement Paul Celan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alan Kaprow, peintre et performeur, &#233;l&#232;ve de Hans Hofmann et de John Cage, fut une figure marquante du mouvement n&#233;o-dada&#239;ste Fluxus au c&#244;t&#233; de George Maciunas et Yoko Ono, deux grands amis de Jonas Mekas, le tendre r&#233;alisateur et p&#232;re du cin&#233;ma exp&#233;rimental &#233;tats-unien. &lt;i&gt;Veronica&lt;/i&gt; est une &#339;uvre ant&#233;rieure de quelques ann&#233;es &#224; Fluxus, et certains y ont vu l'influence de Jackson Pollock pour la forme, gestualit&#233; des &lt;i&gt;drippings&lt;/i&gt;, et de Kurt Schwitters pour la technique employ&#233;e, un mixte de collage et de peinture, ce qui est tr&#232;s discutable. Traditionnellement les V&#233;roniques sont des images de compassion mais celle d'Allan Kaprow est une image de pure cruaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fragments de particules et ic&#244;nes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/allan_kaprow_ve_ronica_1956_800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH601/allan_kaprow_ve_ronica_1956_800-b9e33.jpg?1751027717' width='500' height='601' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Allan KAPROW, Ve&#769;ronica, 1956
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Saint Veronica et le voile, Mattia Preti (Italie, Calabre, 1613-1699), circa 1652- 1653, huile sur toile. (extrait)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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