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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Entretien avec Pascale Weber, du Duo Hantu</title>
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		<dc:creator>Gabrielle Carron , Hantu et Pascale Weber</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Dans le droit-fil de son texte dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro 113, Gabrielle Carron a r&#233;alis&#233; un entretien avec Pascale Weber, qui avec Jean Delsaux forme le duo Hantu dont nous publions, aujourd'hui la seconde partie. Au centre de ce dialogue, le rituel et bien s&#251;r, la catharsis. &#034;Je crois que c'est la m&#234;me chose, de faire le rituel pour soi ou pour les autres.&#034; Mais bien d'autres sujets sont abord&#233;s qui nous permettent de d&#233;couvrir plus pr&#233;cis&#233;ment le travail novateur de ce duo d&#233;j&#224; mythique de perfomeurs !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1822-002e7.jpg?1772233306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le droit-fil de son texte dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro 113, Gabrielle Carron a r&#233;alis&#233; un entretien avec Pascale Weber, qui avec Jean Delsaux forme le duo Hantu dont nous publions, aujourd'hui la seconde partie. Au centre de ce dialogue, le rituel et bien s&#251;r, la catharsis. &#034;Je crois que c'est la m&#234;me chose, de faire le rituel pour soi ou pour les autres.&#034; Mais bien d'autres sujets sont abord&#233;s qui nous permettent de d&#233;couvrir plus pr&#233;cis&#233;ment le travail novateur de ce duo d&#233;j&#224; mythique de perfomeurs !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SECONDE PARTIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabrielle Carron :&lt;/strong&gt; Comment d&#233;finiriez-vous le rituel, alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascale Weber :&lt;/strong&gt; Le rituel c'est une performance, lorsque c'est une action que l'on m&#232;ne sans pouvoir anticiper ses prolongements, une action qui nous transcende, que l'on commence &#224; comprendre au moment o&#249; on agit. Il y a une envie, un besoin, une &#233;nergie &#224; la base, le d&#233;sir de remettre les &#233;nergies dans le bon ordre, de permettre que l'&#233;nergie re-circule l&#224; o&#249; l'on sent qu'il y a un blocage, une pression, une difficult&#233; &#224; respirer, une peur, une angoisse, Comme l&#224; sur ces photographies (s&#233;rie &#171; comme l'herbe pousse &#187;) r&#233;alis&#233;es pendant le premier confinement, ce sentiment d'ins&#233;curit&#233; encore, performer torse nue dans la rue la nuit en bravant l'interdit de sortie en d&#233;ambulant autour de la Rotonde, place connue pour le commerce du crack &#224; Paris. Des migrants drogu&#233;s abandonn&#233;s avan&#231;ant comme des zombies dans les rues vides. Besoin de traverser cet espace et d'affronter cette peur insupportable et ce sentiment d'oppression pour reprendre ensuite mon souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Est-ce que vous parleriez d'une forme de catharsis ? Faites-vous le rituel pour vous, pour les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Bien s&#251;r, la catharsis. Je crois que c'est la m&#234;me chose, de faire le rituel pour soi ou pour les autres. Chacun a son r&#244;le, le spectateur participe aussi du rituel, &#224; sa place, il met la pression, il soutient, il respire, il renvoie l'&#233;nergie de sa pr&#233;sence. Il permet que cette &#233;nergie reste sur le performer, il est un chainon de l'espace ceintur&#233; qu'&#233;voque ce cercle de terre pr&#233;sent dans la partie basse de l'exposition. Ce cercle de protection a &#233;t&#233; trac&#233; &#224; notre demande par Michiko Fou pour Nature Vive. Le film raconte en images notre ressenti actuel : covid, masques, confinement, oppression. Appel &#224; l'ensauvagement, toutes ces choses qu'on ne sort pas, d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image_4-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/image_4-10-afab1.jpg?1614614785' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; La performance permet de les laisser sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Oui, elle permet de les faire sortir, et m&#234;me de faire des choses qui sont effrayantes pour celui qui les fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Avez-vous d&#233;j&#224; eu des r&#233;actions hors du commun, violentes d'un public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Je ne crois pas qu'Hantu prenne les gens en otage, &#224; aucun moment. Cela provoque de la violence. Parfois des gens sont venus nous trouver boulevers&#233;s &#224; la fin de certaines performances, affect&#233;s par la mort de proches, par la re-connexion avec leurs racines culturelles, par leur affinit&#233; avec notre relation au monde v&#233;g&#233;tal. Des r&#233;actions un peu violentes parfois par rapport au lieu. Effectivement choisir un lieu institutionnel pour faire une action qui n'est pas en lien avec cette institution, Il est parfois difficile de statuer sur ce qui se fait : un rituel qui est per&#231;u comme un spectacle ou un spectacle qui est per&#231;u comme un rituel. Certaines personnes ne comprennent pas ce qu'ils voient et sont habitu&#233;es &#224; ce que l'institution leur dise ce dont ils sont t&#233;moins. Je me souviens de quelqu'un qui &#233;tait tr&#232;s en col&#232;re qu'on puisse faire un rituel mortuaire sur une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre, le lieu de la fiction. La narration serait du c&#244;t&#233; de la fiction et la pr&#233;sence du c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233; ? Il y a tant de niveaux de la r&#233;alit&#233;. N&#233;anmoins il faut bien choisir les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Vous faites beaucoup de performances en int&#233;rieur, en ext&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; La distinction se fait plut&#244;t entre performances avec et sans public. Elles peuvent avoir lieu en int&#233;rieur ou en ext&#233;rieur, en milieu urbain ou dans le no man's land, dans des lieux prot&#233;g&#233;s ou demandant une vigilance particuli&#232;re. Dans les r&#233;gions froides ou &#233;quatoriales, elles mettent &#224; l'&#233;preuve le corps d&#233;sorient&#233; par un nouvel environnement, difficile de parler d'explorations &#224; cause de l'histoire coloniale, mais il y a un d&#233;sir de d&#233;couvrir quelque chose d'autre, un potentiel, la possibilit&#233; d'une r&#233;alit&#233; insoup&#231;onn&#233;e, un entrainement &#224; l'inconnu et &#224; l'ind&#233;termin&#233;. Avec le public les choses se compliquent. Aujourd'hui performer dans l'espace public devient de plus en plus contraignant et il faut souvent agir de fa&#231;on furtive, clandestine pour &#234;tre s&#251;re de voir un projet aboutir. En int&#233;rieur l'action est souvent encadr&#233;e par une institution qui r&#233;duit le performer &#224; un prestataire de sensations plus ou moins fortes (l'obligeant &#224; une surench&#232;re exhibitionniste) tout en respectant des normes de s&#233;curit&#233; qui interdisent tout &#233;cart par rapport au sc&#233;nario programm&#233;. Organisateurs et performers se doivent d'&#234;tre diplomates et r&#233;actifs. Je me souviens, par exemple, d'une performance &#224; Jakarta, sur une place publique (UrBanian &#224; l'Institut d'art Kesenian, Jakarta/Indon&#233;sie en 2014) qui se trouvait &#234;tre &#224; &#233;quidistance du plus ancien bidonville de la Capitale (Kebon Sayur Kampung) et des Beaux-Arts (Institut Kesenian Jakarta). Nous &#233;tions programm&#233;s autour d'un Banian, lieu de rassemblement traditionnel, entre deux appels &#224; la pri&#232;re rituelle. Ce lieu, point de convergence, espace du consensus, ou de celui qui terrorise, sc&#232;ne d'une violence jou&#233;e par des artistes pour un public, d'une violence &#233;prouv&#233;e par des artistes en repr&#233;sentation, d'une possible violence r&#233;elle qui emprunte aux codes du spectaculaire et qui n'a rien &#224; voir avec l'art : l'acte terroriste, puisque de nouveaux attentats devaient bient&#244;t frapper Jakarta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de l'institution n'a rien de comparable naturellement mais elle n'est pas moins &#224; l'origine d'une auto-censure. Nous avons perform&#233; au Palais de Tokyo (Incorporations, L'Humain d&#233;bord&#233; n&#176;2, s&#233;minaire performatif, 17/06/2013 ; Homo Erectus, 2013), au Mus&#233;e de la Chasse et de la Nature (La Traque, dans le cadre du colloque Performances et animalit&#233;s, 13-14/11/2013), aux Beaux-Arts de Saint-P&#233;tersbourg (Colloque &#171; Nouvelles formes de pr&#233;sences dans la performance &#187;, 1-2/06/2017)&#8230; Il serait mal venu donc que je critique l'institution, pourtant je m'interroge sur la fonction et le statut des performances r&#233;alis&#233;es dans ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Qu'est-ce que vous ressentez lorsque vous performez dans un mus&#233;e ? Y a t-il des rituels institutionnels, des codes &#224; suivre, est-ce que c'est plus contraignant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Le public qui est l&#224; est tr&#232;s particulier, et c'est une contrainte sinon une obligation &#224; se conformer &#224; des pratiques qui rel&#232;vent de l'expos&#233; savant, de la conf&#233;rence devant un public d'initi&#233;s. Il y a imm&#233;diatement une intellectualisation de la performance c'est-&#224;-dire une instrumentalisation de la performance &#224; des fins discursives. Le mus&#233;e participe de cette intellectualisation. Et comme le mus&#233;e permet une certaine visibilit&#233;, la performance en institution devient un exercice oblig&#233; de d&#233;monstration rh&#233;torique verbale et gestuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; C'est Polina Dubchinskaya qui m'a parl&#233; de vous, en tant que directrice de sa th&#232;se sur l'institutionnalisation de la performance. Son sujet m'int&#233;resse beaucoup, &#231;a m'int&#233;resse de r&#233;fl&#233;chir &#224; cette utopie de mettre la performance dans le mus&#233;e. Michel Foucault a parl&#233; d'h&#233;t&#233;rotopie, le lieu o&#249; l'utopie se r&#233;alise. Le mus&#233;e, est-ce que &#231;a pourrait &#234;tre &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-5-6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/image-5-6-d1a80.jpg?1614614785' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Le poids du lieu, de l'administration, et au-del&#224; du symbole du mus&#233;e&#8230; Cela me fait penser au film The Square, notamment &#224; la sc&#232;ne avec cet homme-singe qui en dit long sur la performance dans le mus&#233;e. En fait, on peut tout, mais on ne peut rien. Dans le mus&#233;e, et sur la sc&#232;ne, se joue une esp&#232;ce de fiction de libert&#233; et de d&#233;foulement du corps, mais sur sc&#232;ne au moins le jeu ne se fait pas passer pour la r&#233;alit&#233;, m&#234;me si justement il y a un frottement entre le jeu et le r&#233;el. En fait la performance qui est promue aujourd'hui dans les mus&#233;es s'inscrit en continuit&#233; avec l'ensemble des collections. L'ins&#233;curit&#233; n'a pas sa place, or la performance est, comme toute substance, active pour le meilleur ou pour le pire, je veux dire jusqu'&#224; permettre au performer de jouer sa mort ou d'alt&#233;rer profond&#233;ment, irr&#233;m&#233;diablement son organisme. La seule fa&#231;on de faire vivre l'institution, qu'il s'agisse du mus&#233;e ou de l'universit&#233;, c'est de ne pas la respecter. S'il est impossible de chahuter un tant soit peu l'institution c'est qu'on ne peut rien en attendre de constructif et d'inventif en r&#233;ponse &#224; la crise actuelle. Les analyses historiques permettent de mettre en perspective la cr&#233;ation, le r&#244;le du nu par exemple dans la photographie, en parall&#232;le de l'histoire du f&#233;minisme, cette fa&#231;on de d&#233;passer la peur et les normes de la repr&#233;sentation de soi&#8230; mais il s'agit l&#224; d'un discours d&#233;j&#224; structur&#233; sur le corps. Dans la pratique artistique, le corps c'est &#224; la fois moins grave et &#224; la fois beaucoup plus s&#233;rieux, &#224; la fois plus profond et plus l&#233;ger que ce que l'on en dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc oui, j'ai du mal &#224; croire &#224; la performance dans le cadre institutionnel, en m&#234;me temps, c'est un exercice qui n'emp&#234;che pas que l'on puisse aussi s'affranchir du lieu, simplement choisir l'espace du rassemblement ou du d&#233;ploiement du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons perform&#233; dans des lieux naturels symboliques et connus au S&#225;pmi par exemple. Dans ces lieux qui ne sont r&#233;gent&#233;s par personne, les visiteurs m&#233;ditent, se prom&#232;nent, y tournent un clip vid&#233;o pour une chanson. Chacun y fait ce qu'il veut &#224; partir du moment o&#249; le lieu est respect&#233; et laiss&#233; en &#233;tat. Bien s&#251;r l'isolement n'est pas &#233;tranger &#224; cela. Un mus&#233;e, ce n'est pas le cas. &#199;a pr&#233;tend donner une libert&#233;, mais en r&#233;alit&#233; cela ne la donne pas, &#231;a donne juste l'occasion de jouer, de repr&#233;senter l'id&#233;e de libert&#233; et d'ouverture d'esprit. C'est juste un lieu de repr&#233;sentation. La pr&#233;sence et la repr&#233;sentation sont deux r&#233;alit&#233;s incompatibles. On a beaucoup de chance avec l'Espace Rue Fran&#231;aise, car Miss China, qui a d&#233;j&#224; organis&#233; beaucoup de performances ici (&#171; Les Lundis de la Performance &#187;), ne nous a m&#234;me pas demand&#233; ce qu'on allait en faire, elle nous a donn&#233; toute libert&#233;. Aujourd'hui, avec la pression que nous ressentons tous, les petites peurs, les interdits, les formulaires d'autorisation dont l'appr&#233;ciation d'ailleurs par des agents ne nous mettent pas &#224; l'abri d'une contravention, obtenir soudain un espace de libert&#233; nous a permis de r&#233;aliser une exposition et un film (et le film en particulier) qui parle de la col&#232;re en nous, et que nous ne nous autorisions pas jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Est-ce que vous pensez que la performance peut &#234;tre le lieu de r&#233;alisation de l'utopie, un lieu o&#249; tout est possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; La performance c'est le moment de confrontation avec le r&#233;el. L'utopie c&#244;toie les visions nocturnes, les r&#234;ves dirig&#233;s lorsqu'on imagine la performance. L&#224; c'est le lieu de tous les possibles, mais la performance, c'est le moment du passage &#224; l'acte, et pour moi on n'est plus dans l'utopie. Et par ailleurs, la question de l'utopie je ne pense pas qu'elle soit davantage li&#233;e &#224; la performance qu'au dessin. Le dessin est peut-&#234;tre davantage charg&#233; d'utopie, parce qu'on peut s'affranchir du corps, la performance ne peut pas s'affranchir du corps. Quand Bob Flanagan, atteint d&#232;s l'enfance par la mucoviscidose, performe la douleur, jouissant dans la douleur, par une inversion du mal en plaisir, il n'est pas dans l'utopie il se bat r&#233;ellement contre la mort, lorsqu'ORLAN imagine un corps transform&#233;, elle imagine. Quand elle passe &#224; la chirurgie, elle arrive rapidement aux limites de ce qu'un corps peut accepter comme intervention chirurgicale. Donc utopie, non. Par contre, c'est le lieu o&#249; on va repousser ou retourner les interdits. Et l'interdit, ce n'est pas l'utopie. L'interdit tu l'identifies tr&#232;s bien. Pendant le confinement, tu vois o&#249; il est, quand tu es une femme et qu'on te dit qu'il ne faut pas se promener &#224; poil dans la rue parce que tu vas te faire violer, tu vois bien o&#249; est l'interdit. Et ORLAN aujourd'hui, c'est comme si elle n'avait plus de corps, elle est d&#233;poss&#233;d&#233;e de son corps. Elle dit que son corps est devenu son &#339;uvre, mais en r&#233;alit&#233;, pour moi c'est son &#339;uvre qui a vampiris&#233; son corps, elle est esclave de l'image qu'elle a construite d'elle-m&#234;me. Que reste-t-il de l'&#233;mancipation qu'elle revendiquait ? Quelle part d'utopie y a t-il dans ce corps qui n'existe plus qu'en tant qu'image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Et d'ailleurs, elle souhaite faire exposer son corps dans un mus&#233;e apr&#232;s sa mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Oui ! Donc, l&#224; pour moi, la performance a vrill&#233;e, c'est le risque. Mais peut-&#234;tre est-ce le destin de toute performance. Un art fragile et &#233;ph&#233;m&#232;re, c'est l'art le plus fragile qui soit. Quand on a fait un tableau, une fois que c'est jou&#233;, c'est jou&#233;. La performance, c'est fulgurant (on ne peut pas refuser la fulgurance de la transformation d'ORLAN). Ce qui est important pour faire vivre la performance (c'est-&#224;-dire la conserver) c'est le r&#233;cit, comme Beuys, la fiction. La performance c'est un retour &#224; l'ordre de l'oralit&#233; : les choses existent parce qu'on se les raconte. Et je me pose la question du statut de la performance chez Beuys, est-ce que sa biographie ne serait pas sa plus grande performance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Exactement, la construction de sa propre mythologie personnelle, cette auto-mythification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Oui, car cette construction, cette mythologie, c'est la seule chose qu'on ne peut pas s'approprier (par &#171; re-enactment &#187;). Beuys fait de son existence une sorte d'institution biographique, Lorsque Marina Abramovic refait sa performance (&#171; Comment expliquer les tableaux &#224; un li&#232;vre mort &#187;), elle d&#233;joue une part du r&#233;cit de la performance de Beuys en s'invitant dans son histoire. En fait, j'ai l'impression qu'elle devient elle-m&#234;me une institution en faisant cela : incarner la m&#233;moire vivante d'un monstre disparu, un exercice de style qui ne risque pas de se heurter &#224; l'incompr&#233;hension ni la critique auxquelles l'&#339;uvre originale a d&#233;j&#224; r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Oui, je pense par exemple aux masques Dada en carton, qui normalement ne devraient pas se trouver dans un mus&#233;e, c'&#233;tait des objets pens&#233;s pour &#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;res. Mais les conservateurs s'&#233;vertuent &#224; les restaurer, les refaire, perp&#233;tuer co&#251;te que co&#251;te l'histoire de l'art. Ces &#339;uvres tendent presque &#224; atteindre un statut d'objet sacr&#233;, inali&#233;nable, intouchable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-6-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH497/image-6-4-ab0c4.jpg?1614614786' width='500' height='497' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Entretien conduit et retranscrit par Gabrielle Carron le 13 novembre 2020, au 3, rue Fran&#231;aise, &#224; 17h00.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exposition &#171; Comme l'herbe pousse &#187;, Espace Rue Fran&#231;aise, 3, rue Fran&#231;aise, 75001, Paris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 11 au 17 novembre 2020. Vid&#233;o de l'exposition. Site d'Hantu (Weber+Delsaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascale Weber a suivi une formation en design environnement &#224; Paris (E&#769;cole Sup. de Design Indus.) puis un cursus universitaire en Art et Sciences de l'art &#224; la Sorbonne (Paris 1-St Charles). En parall&#232;le de la performance, elle pratique notamment la danse butoh, le r&#234;ve &#233;veill&#233; et autres voyages dirig&#233;s, des techniques vocales issues du joik, du chant de gorge ou chant diphonique et parmi les disciplines somatiques, la m&#233;thode Feldenkrais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Delsaux a suivi une formation en Arts Plastiques option Images num&#233;riques a&#768; l'Universit&#233; Paris 8. Il a co-dirig&#233; Brouillard pre&#769;cis, un atelier de cr&#233;ation en images de synth&#232;se et images vid&#233;o, durant 15 ann&#233;es &#224; Marseille. Il pratique la photographie et la vid&#233;o et s'appuie dans son travail artistique sur son exp&#233;rience de la Bio-&#233;nergie et du Tai-Qi-Chuan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Pascale Weber, Duo Hantu</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Pascale-Weber-Duo-Hantu</link>
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		<dc:date>2021-01-30T15:42:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gabrielle Carron , Hantu et Pascale Weber</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans le droit-fil de son texte dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro 113, Gabrielle Carron a r&#233;alis&#233; un entretien avec Pascale Weber, qui avec Jean Delsaux forme le duo Hantu dont nous publions, aujourd'hui la premi&#232;re partie. &#171; C'est surtout la question de la performance qui se pose. Parce qu'on appelle performances beaucoup de choses. Clairement, dans notre travail il y a une volont&#233; de construire des rituels. &#187; Mais bien d'autres sujets sont abord&#233;s qui nous permettent de d&#233;couvrir plus pr&#233;cis&#233;ment le travail novateur de ce duo d&#233;j&#224; mythique !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1804-f4e76.jpg?1772233307' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le droit-fil de son texte dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro 113, Gabrielle Carron a r&#233;alis&#233; un entretien avec Pascale Weber, qui avec Jean Delsaux forme le duo Hantu dont nous publions, aujourd'hui la premi&#232;re partie. &#171; C'est surtout la question de la performance qui se pose. Parce qu'on appelle performances beaucoup de choses. Clairement, dans notre travail il y a une volont&#233; de construire des rituels. &#187; Mais bien d'autres sujets sont abord&#233;s qui nous permettent de d&#233;couvrir plus pr&#233;cis&#233;ment le travail novateur de ce duo d&#233;j&#224; mythique !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'artiste est celui qui, en permanence, laisse la plaie ouverte &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le 13 novembre 2020 - journ&#233;e si particuli&#232;re &#224; Paris - je brave l'interdit du confinement pour me rendre au 3, rue Fran&#231;aise, dans le premier arrondissement, apr&#232;s avoir travers&#233; une Cour du Louvre et une rue de Rivoli d&#233;sert&#233;es. Dans le cadre de mes recherches sur le corps contemporain et la performance, me voil&#224; &#224; l'Espace Fran&#231;aise, o&#249; le duo de performeurs Hantu (Pascale Weber et Jean Delsaux) pr&#233;sentent leur exposition &#171; Comme l'herbe pousse &#187;. Apr&#232;s la visite (voir l'article publi&#233; dans TK-21), je m'assois avec Pascale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie 1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabrielle Carron :&lt;/strong&gt; Comment votre duo s'organise-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascale Weber :&lt;/strong&gt; Lorsque nous avons fond&#233; Hantu nos r&#244;les &#233;taient tr&#232;s s&#233;par&#233;s et nous n'avions aucune concertation pr&#233;alable &#224; la performance. Jean &#233;tait dans la repr&#233;sentation et j'&#233;tais dans la pr&#233;sence. Il s'occupait compl&#232;tement de la mise en image, et je d&#233;veloppais un travail de concentration &#224; partir de la m&#233;moire du corps, parfois en aveugle, Jean &#233;tait mes yeux. Nous n'avons pas r&#233;fl&#233;chi &#224; notre mode op&#233;ratoire jusqu'&#224; ce qu'on rencontre des Sikerei (chamans) de Mentawai au sud de Sumatra (Indon&#233;sie) qui nous ont expliqu&#233; que souvent les chamans travaillent par deux, le premier est en connexion avec la nature tandis que le second fait le lien avec la communaut&#233;, pour laquelle il traduit ce qui se passe. Quand il y a interaction avec le public durant la performance (et non avant ou apr&#232;s) c'est Jean qui fait le lien, comme pour la performance &lt;strong&gt;Corps et Arbres&lt;/strong&gt; r&#233;alis&#233;e au ch&#226;teau de Monthelon pour laquelle il &#233;voquait d'un rituel de Sulawesi et c'est lui qui fait les images pour rendre compte de ce qui se passe. Au d&#233;but de notre travail en duo il n'y avait aucune communication entre nous, on faisait chacun ce qu'on avait &#224; faire. &#192; chacun son r&#244;le, on ne peut pas noyer sa responsabilit&#233; dans l'autre dans un duo. Petit &#224; petit, et pas de fa&#231;on syst&#233;matique, pour le travail de montage vid&#233;o, par exemple, on a commenc&#233; &#224; travailler &#224; trois, lui, moi et Hantu. Il arrive maintenant que Jean passe &#224; l'&#233;cran. Et parfois les choses sont un petit peu plus poreuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-1-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/image-1-11-a10d2.jpg?1772213562' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Depuis combien de temps travaillez-vous ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P : Environ une quinzaine d'ann&#233;es&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Lorsque nous &#233;tions dans cette premi&#232;re salle de l'exposition, nous avons parl&#233; de la diff&#233;renciation entre les photos perform&#233;es et la performance photographi&#233;e. Est-ce que pour vous, les restes, les traces de la performance peuvent prendre le statut d'objet d'art ? Ou simplement des documents d'archives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Je ne suis pas s&#251;re qu'on puisse r&#233;pondre de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale et de fa&#231;on d&#233;finitive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Est-ce que vous pensez que le mus&#233;e peut s'approprier ces objets pour r&#233;activer les performances, en en faisant presque parfois des objets sacr&#233;s, comme les restes des performances de Joseph Beuys devenus objets de mus&#233;es, alors que la performance se veut &#233;ph&#233;m&#232;re, libre ? Je me pose cette question de la post&#233;rit&#233; au mus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; C'est surtout la question de la performance qui se pose. Parce qu'on appelle performances beaucoup de choses. Clairement, dans notre travail il y a une volont&#233; de construire des rituels. Lorsqu'on voyage et que nous rencontrons des populations autochtones, c'est en nous faisant partager leurs rituels que nous entrons en contact ou que nous pouvons pr&#233;tendre entrer en contact avec elles. Et lorsqu'on revient en France notre id&#233;e n'est pas de rejouer ces rituels con&#231;us et r&#233;alis&#233;s dans un autre contexte, &#231;a n'aurait aucun sens, et d'un point de vue &#233;thique cela est contestable. Nous essayons plut&#244;t de comprendre &#171; qu'est-ce qu'un rituel ? &#187;, &#171; &#224; quoi il sert dans une communaut&#233; et pour un individu ? &#187;. Aujourd'hui on se rend compte que dans nos soci&#233;t&#233;s, nous agissons de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, organis&#233;e et tr&#232;s encadr&#233;e, mais il nous manque certains rituels qui structuraient autrefois la vie individuelle et collective, d'une fa&#231;on qui nous semblerait aujourd'hui et dans la soci&#233;t&#233; occidentale la&#239;que extr&#234;mement contraignante. En affirmant la possibilit&#233; de s'approprier des gestes, de les jouer librement &#224; notre fa&#231;on, de nombreuses performances t&#233;moignent de la n&#233;cessit&#233; du rituel et des rep&#232;res qu'il propose. Le rituel c'est le moyen que l'on a de s'inscrire dans un lieu et dans un temps. C'est &#233;galement une fa&#231;on de r&#233;server des moments (des espaces-temps) qui &#233;chappent au stress et aux imp&#233;ratifs du pouvoir... Lorsque le gouvernement ou l'institution d&#233;cr&#232;tent que des choses sont essentielles et d'autres ne le sont pas par exemple. Le rituel est un mode d'action &#233;tranger &#224; la question de la n&#233;cessit&#233;, &#171; on fait &#187; parce qu'on ressent le besoin de faire, sans ce besoin le rituel n'est plus qu'un geste folklorique, une obligation morale justifi&#233;e ou non, une habitude d&#233;nu&#233;e de sens. Qui peut juger pour autrui de la n&#233;cessit&#233; qu'il t&#233;moigne de mettre des fleurs sur une tombe ? Le rituel c'est quelque chose que l'on r&#233;p&#232;te parce que simplement au moment o&#249; on le fait &#231;a fait du bien. On ne peut pas d&#233;cr&#233;ter que quelque chose est un rituel. Le rituel c'est avant tout une &#233;preuve du r&#233;el, il perdure parce qu'une action qu'on a men&#233;e a encore un sens &#224; &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e. Parfois, le sens se vide. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'on appelle le &#171; re-enactement &#187;. Pour moi, si c'est juste pour rejouer un moment qui a en son temps op&#233;r&#233; une lib&#233;ration (du sens, de l'&#233;nergie, une &#233;mancipation&#8230;), alors on transforme en exercice de genre ce qui a &#233;t&#233; une mise &#224; l'&#233;preuve du corps, un moment de v&#233;rit&#233;. Le danger ne peut pas se reconstituer, il se transforme en fonction de ce que l'on vit ; on ne peut pas faire de l'archive un spectacle vivant en jouant le pass&#233; au pr&#233;sent, mais on peut performer le r&#233;cit du pass&#233; au pr&#233;sent, comme dans la tradition des griots ou des conteurs. Il n'y aurait probablement aucun sens &#224; rejouer dans un autre contexte les performances que nous avons faites clandestinement dans Paris la nuit lors du confinement, le spectacle de &#171; re-enactement &#187;, non seulement ne se justifie pas, mais constitue une spoliation, au m&#234;me titre que l'on parle de spoliation culturelle des am&#233;rindiens lorsque l'on fait des pi&#232;ges &#224; r&#234;ves qui tentent d'imiter les amulettes commercialis&#233;es par les Ojibwa, C'est une spoliation. Le rituel s'impose de lui-m&#234;me, au m&#234;me titre que nous pouvons faire notre caf&#233;, moulu chaque matin, pour moi &#224; la turque, pour Jean &#224; l'italienne, et c'est tous les jours comme &#231;a. Jusqu'au jour peut-&#234;tre o&#249; on en aura assez. Mais en attendant cela nous permet de nous mettre au travail et de nous inscrire dans le temps, tout simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets, expos&#233;s l&#224;-haut dans la mezzanine, que j'appelle des objets-rituels dans la mesure o&#249; on les r&#233;utilise, deviendront des objets-traces si on ne les utilise plus, nul ne sait quand les choses vont passer d'un statut &#224; l'autre. Ici par exemple, il y a eu un rituel r&#233;alis&#233; par Simona Polvani pour le film &lt;i&gt;Nature Vive&lt;/i&gt; tourn&#233; dans l'espace de l'exposition, elle a r&#233;alis&#233; un pansement qu'elle a coll&#233; sur le reste d'un compost, c'est une trace et en m&#234;me temps &#231;a vient rappeler qu'il y avait quelque chose qu'on a nettoy&#233;. En fait, un objet-trace, intervient comme un commentaire, un objet-trace c'est un commentaire mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-2-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/image-2-12-11239.jpg?1772213562' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Vous avez beaucoup parl&#233; de panser les plaies, de bander le corps, du concept du soin. Pourquoi cela vous int&#233;resse-t-il autant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Peut-&#234;tre parce que lorsque j'ai commenc&#233; &#224; travailler, on disait que l'artiste &#233;tait celui qui devait agir sur la fracture sociale, pour &#171; soulager &#187; toute une frange de la population malmen&#233;e par notre soci&#233;t&#233;. En fait je ne crois pas que l'artiste soit l&#224; pour&#8230; comme un pansement, c'est-&#224;-dire pour cacher la mis&#232;re du monde. Je crois au contraire que l'artiste est celui qui en permanence laisse la plaie ouverte, et l'entretien, pour montrer que le mal est l&#224;, qu'il est vain de le cacher, que la cicatrisation est impossible tant qu'on ne soigne pas la cause de la douleur &#224; l'int&#233;rieur. Donc le pansement ne cache pas la plaie, le pansement est r&#233;v&#233;lateur de la plaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Juste pour revenir sur le rituel, est-ce que vous pensez que la performance est le moyen et lieu privil&#233;gi&#233; pour recr&#233;er des rituels, ou cela peut se faire dans d'autres espaces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; La performance, c'est l'affirmation de la n&#233;cessit&#233; et de l'op&#233;rativit&#233; du rituel. Mais la performance ce n'est pas toujours ou uniquement le performatif, li&#233; &#224; l'exploit et au spectaculaire, &#224; une situation particuli&#232;re. Et on ne peut pas consid&#233;rer sur un m&#234;me plan une performance, une photographie perform&#233;e ou une situation performative. Que je pense &#224; Francesca Woodman, Cindy Sherman ou Ana Medieta, on a un travail du corps en repr&#233;sentation et un rapport &#224; l'image que l'on ne peut pas simplement r&#233;sumer par le terme performance, il se joue quelque chose de tr&#232;s subtile entre la cr&#233;ation d'une situation, d'un contexte, d'une action, d'une exp&#233;rience physique, d'une mise en sc&#232;ne du corps, et de la conception d'une image (photographique ou vid&#233;o) qui rel&#232;ve tant&#244;t de la performance tant&#244;t du performatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici pour le film &lt;i&gt;Nature Vive&lt;/i&gt; Hantu a demand&#233; &#224; six artistes de venir performer dans la galerie : comment faire coexister des corps, accueillir des artistes dans notre travail. C'est une situation performative, ce n'est pas une performance. Dans la performance il y a quelque chose de profond&#233;ment ind&#233;termin&#233;, incertain, &#171; ins&#233;cure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Est-ce que l'usage de tous ces v&#233;g&#233;taux participe de cette volont&#233; de laisser la place &#224; l'incertitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; Oui, compl&#232;tement. Je renvoie au titre de l'exposition &#171; Comme l'herbe pousse &#187;, vivre, penser, cr&#233;er, pratiquer l'art comme l'herbe pousse, sur les c&#244;t&#233;s des grands chemins. Int&#233;grer le v&#233;g&#233;tal c'est admettre notre incapacit&#233; &#224; tout contr&#244;ler. Chaque performance pour laquelle nous utilisons des v&#233;g&#233;taux doit &#234;tre pr&#233;par&#233;e quelques jours &#224; l'avance, pour que les plantes germent, parfois elles germent plus vite que pr&#233;vu, et du coup il faut en faire pousser d'autres qui n'ont pas toujours le temps de sortir&#8230; Il est impossible de presser une plante (nous n'utilisons aucun activateur ni engrais chimique !). Dans le film &lt;i&gt;Nature Vive&lt;/i&gt;, N&#233;va (notre chienne) aboie et se couche quand on lui demande (globalement !). Une plante je ne peux pas lui dire &#171; Pousse, pousse, pousse &#187;, si ce n'est pas le moment, elle ne sort pas de terre. &#199;a d&#233;pend du soleil, de beaucoup de choses qu'effectivement on ne contr&#244;le pas. C'est salvateur. On essaye moins de contr&#244;ler notre projet, notre envie, l'intention, on laisse plus volontiers le d&#233;roul&#233; nous &#233;chapper. C'est dans cet &#233;cart, entre ce que l'on a pr&#233;vu et la mise &#224; l'&#233;preuve du r&#233;el que les choses int&#233;ressantes surviennent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15988 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image-3-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/image-3-11-77b7d.jpg?1772213562' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G :&lt;/strong&gt; Avez-vous des exemples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P :&lt;/strong&gt; En fait, cela concerne notre &#233;tat d'esprit ; on s'attend de moins en moins &#224; certaines choses, on cherche moins &#224; anticiper. Par exemple, dans les deux performances que l'on a faites &#224; Rio (Brazilian Arboretum et Germination), on &#233;tait venus avec des plantes, on avait pr&#233;sent&#233; rapidement notre travail au groupe. Les gens performaient par deux, sans se conna&#238;tre n&#233;cessairement, ils prenaient une plante et l'un fixait la plante sur l'autre. Le plus int&#233;ressant c'est ce que les gens am&#232;nent, leur imaginaire, leur histoire, leurs initiatives. Une femme a pos&#233; la plante sur le torse d'un homme, sur son c&#339;ur plus pr&#233;cis&#233;ment, avant d'apprendre qu'il avait eu un grave accident cardiaque. On a eu une femme qui venait de se faire op&#233;rer d'un cancer du sein, qui a mis la plante sur sa poitrine. Un jeune couple avait r&#233;ussi &#224; obtenir deux plantes auxquelles ils avaient donn&#233; un nom, l'un masculin et l'autre f&#233;minin en vue de leur adoption. Ce n'est pas des choses qui nous &#233;chappent, c'est plut&#244;t qu'on laisse une ouverture possible pour que la vie nous rattrape, que le rituel permette &#224; la vie de rejoindre la performance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En de simples jardins</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Un-conte-du-futur</link>
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		<dc:date>2020-12-27T22:12:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hantu et Pascale Weber</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Artistes pratiquant la performance le duo Hantu nous livre aujourd'hui une fiction qui nous plonge la t&#234;te la premi&#232;re dans nos d&#233;nis, nos angoisses en nous confrontant &#224; ces lointains devenus si proches que nos r&#234;ves, fatigu&#233;s, se muent en angoisse et l'angoisse en une plus grande fatigue encore.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH105/arton1807-886b9.jpg?1772233307' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Artistes pratiquant la performance le duo Hantu nous livre aujourd'hui une fiction qui nous plonge la t&#234;te la premi&#232;re dans nos d&#233;nis, nos angoisses en nous confrontant &#224; ces lointains devenus si proches que nos r&#234;ves, fatigu&#233;s, se muent en angoisse et l'angoisse en une plus grande fatigue encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Destruction totale des for&#234;ts primaires de notre plan&#232;te, sols acidifi&#233;s et impropres &#224; la culture sur site. &lt;br class='autobr' /&gt;
Disparition des esp&#232;ces communes animales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus aucun oiseau non plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2108. Enfin seul.e.s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;2108, ann&#233;e du basculement de l'ancien monde vers celui que nous connaissons d&#233;sormais ; des &#233;pid&#233;mies ont finalement eu raison des animaux d'&#233;levage que l'exploitation intensive avait durablement fragilis&#233;s, lorsque ce n'est pas l'humain directement qui les achevait par peur d'&#234;tre contamin&#233; par des supervirus que nul ne savait combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; toucha le fond de son histoire lorsque parall&#232;lement &#224; l'extinction de toutes les esp&#232;ces animales vivant dans la nature, et comme par fatigue, ou par une lassitude g&#233;n&#233;rale, les animaux domestiques jusqu'alors fid&#232;les &#224; ses d&#233;lires, frapp&#233;s d'apoplexie, d&#233;cid&#232;rent d'accompagner dans la mort les esp&#232;ces sauvages. Tous les mammif&#232;res, except&#233; l'homme, disparurent compl&#232;tement de la surface de la Terre. L'humain restait seul avec lui-m&#234;me, roi en son royaume et d&#233;lirant devant son miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ce fut au tour des insectes de d&#233;serter la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme fit alors l'exp&#233;rience d'un silence nouveau, celui de la fin de l'existence de ce qui n'&#233;tait pas lui. Et comme ce silence &#233;tait terrible et l'emp&#234;chait de dormir, il inventa de curieuses c&#233;r&#233;monies qui faisaient &#233;cho &#224; celles de rites anciens, et faisaient r&#233;appara&#238;tre dans de curieux travestissements, des sc&#233;nographies et des danses d'imitation, les animaux, les arbres et plantes disparus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rituels de la disparition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Naturellement ces jeux avaient la vertu de lui permettre de s'absenter de lui-m&#234;me pour une alt&#233;rit&#233; dont il doutait &#224; pr&#233;sent qu'elle ait jamais exist&#233;. Depuis qu'ils &#233;taient disparus, les &#234;tres animaux et v&#233;g&#233;taux que nous avions sacrifi&#233;s au d&#233;veloppement d&#233;r&#233;gul&#233; de notre civilisation &#233;taient devenus les dieux que nous priions. Nous leur f&#238;mes des offrandes sacrificielles, lors de festivit&#233;s v&#233;ganes, hypocaloriques et gluten free, qui auraient sembl&#233; bien frugales &#224; nos anc&#234;tres de la premi&#232;re moiti&#233; du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements climatiques avaient occasionn&#233;s depuis plus de deux si&#232;cles un gros stress m&#233;taboliques chez l'&#234;tre humain, qui devait s'alimenter presque exclusivement de plantes autopollinisables, notamment des gramin&#233;es chez qui la pollinisation est an&#233;mophile, utilisant le vent pour disperser la graine. Avec cette alimentation, nombreux &#233;taient ceux qui d&#233;veloppaient des allergies graves, car les c&#233;r&#233;ales, d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;es, recevaient des traitements ind&#233;termin&#233;s, impos&#233;s par la seule industrie qui subsista, l'industrie chimio-agricole. Les farines &#233;taient trait&#233;es pour rassasier autant que possible la population affam&#233;e des jeunes adultes en p&#233;riode de forte croissance tout en limitant les effets des pesticides, en contenant les allergies et en facilitant les processus d'assimilation des macromol&#233;cules glucidiques et lipidiques en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16005 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH304/2_figure-846d3.jpg?1772221610' width='500' height='304' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les rituels v&#233;ganes op&#233;r&#233;s en l'honneur des dieux animaux et v&#233;g&#233;taux, tout &#233;tait initiatique et imaginaire &#224; la fois, car plus rien de ce que nos r&#233;cits rapportaient n'existait encore : il s'agissait de rituels d'initiation &#224; la perte, &#224; l'amenuisement. Les illumin&#233;s ne racontaient plus l'apparition de la Vierge mais la disparition du Vivant. Mais surtout, il y avait dans le mouvement de ces initi&#233;s quelque chose qui n'&#233;tait plus humain. De l'&#233;nergie &#224; l'&#233;tat pur. Il y avait dans leurs pri&#232;res quelque chose de terrible comme le d&#233;passement de la fin, car la mort n'&#233;tait plus &#224; venir, tous les animaux s'en &#233;taient all&#233;s et nous, sans comprendre comment cela &#233;tait possible, nous &#233;tions encore l&#224;, vivant dans le plus grand d&#233;nuement, dans un d&#233;tachement de ce qui avait &#233;t&#233; et ne serait jamais plus. Mais alors, si la mort &#233;tait derri&#232;re nous, que pouvait-il donc se profiler devant ? Contre toute attente, des communaut&#233;s commenc&#232;rent &#224; c&#233;l&#233;brer les divers potentiels que la vie porte et d&#233;veloppe, avec r&#233;silience, insensible aux exp&#233;rimentations de fin du monde que nous avions men&#233;es jusqu'alors avec beaucoup d'inventivit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le vertumnisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'est apparu &#224; la fin du XXI&#232;me si&#232;cle le vertumnisme, un courant spirituel qui s'est rapidement propag&#233; sur tous les continents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant en m&#233;moire des ph&#233;nom&#232;nes de pollinisation particuliers op&#233;r&#233;s par des animaux, la zoogamie, les vertumnistes imagin&#232;rent intervenir eux-m&#234;mes directement dans les processus de reproduction des plantes afin d'enrichir leur propre &#233;cosyst&#232;me. &#192; l'aide de petits b&#226;tonnets, ils tent&#232;rent d'abord de fertiliser les plantes en s'inspirant des anciennes techniques entomogames, mais ce travail minutieux d'insecte amoureux fut un douloureux &#233;chec. Les fleurs, souvent rachitiques et fragiles, ne supportaient pas les op&#233;rations inflig&#233;es par des humains. Ceux-ci &#233;taient trop maladroits, d'autant que les carences nutritionnelles les rendaient incapables d'agir longtemps avec doigt&#233; et pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH288/3_figure-d17c0.jpg?1772221610' width='500' height='288' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les vertumnistes se tourn&#232;rent alors vers des techniques ornithophiles et cheiropt&#233;rophiles, frottant leur visage et leurs cheveux contre les fleurs pour se charger en poudre fertile comme nagu&#232;re les colibris ou les chauve-souris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres adeptes, grattant le sol, les talus ou les parois calcaires, explor&#232;rent la zoochorie, la diss&#233;mination des graines dans des cachettes naturelles, des glands, faines ou noisettes. Mais les routes et les sols am&#233;nag&#233;s par l'humain &#233;taient imperm&#233;ables et emp&#234;chaient les graines plant&#233;es de s'y d&#233;velopper, entre les autoroutes, les parkings immenses et les bases industrielles g&#233;antes bitum&#233;es, le sol cuit par la disparition des v&#233;g&#233;taux devenait trop dur pour que les graines parviennent &#224; s'y enfoncer et &#224; germer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pilleurs de graines passaient derri&#232;re les gratteurs de sol pour leur d&#233;rober un butin non n&#233;gligeable en ces temps de survie alimentaire. Alors, les fid&#232;les d&#233;cid&#232;rent de porter les graines &#224; m&#234;me leur corps, le temps de leur germination, et parfois davantage. Certains vertumnistes v&#233;curent de v&#233;ritables passions avec les plantes qu'ils portaient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH321/4_figure-e2dd6.jpg?1609107588' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La multiplication v&#233;g&#233;tative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des communaut&#233;s humaines commenc&#232;rent &#224; vouer un culte au dieu Vertumne, construisant des autels sur lesquels ils disposaient des assortiments culinaires artificiels, &#233;voquants des fleurs et des fruits du pass&#233;, en guise d'offrandes, et portant &#224; la ceinture des amulettes en forme de petits l&#233;gumes phalliques en pierre de savon. Aux solstices d'hiver et d'&#233;t&#233;, avait lieu une f&#234;te rituelle &#233;voquant les buffets orgiaques des anciens mythes ; les diff&#233;rentes communaut&#233;s collectaient, au prix d'efforts insens&#233;s parfois, les quelques fruits disponibles dans le monde, cultiv&#233;s hors-sol dans des serres hyper-prot&#233;g&#233;es, propri&#233;t&#233; des plus grands trusts de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/5_figure-9fa1d.jpg?1772221610' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &#233;galement d'anciens punks anarchistes qui r&#233;guli&#232;rement cultivaient des plantes sur leur corps. L'id&#233;e leur serait venue lors de leur fuite hors des basses terres menac&#233;es par la mont&#233;e des eaux et ouvertes aux circulations les plus diverses. Certaines esp&#232;ces opportunistes avaient germ&#233; qui dans une poche, qui au creux d'une aisselle, ou encore dans une chevelure aux dreadlocks accueillantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps ils avaient tent&#233; de se d&#233;barrasser de ces v&#233;g&#233;tations incongrues, doutant qu'elles puissent arriver &#224; maturit&#233;, presque vex&#233;s de servir de terreau &#224; des graines.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH280/6_figure-7f3ba.jpg?1609107588' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y avait parmi eux un enfant taciturne, que l'on pensait muet de naissance qui fut le premier, il ne se lavait pas, &#224; faire pousser dans sa tignasse terreuse un plan de pissenlit dont on put recueillir et mastiquer religieusement les feuilles. S'en suivirent toutes sortes d'exp&#233;rimentations plus ou moins heureuses, selon les graines emport&#233;es et la patience des corps-porteurs. Une jeune femme r&#233;ussit, en restant allong&#233;e plusieurs semaines au bord d'un ruisseau &#224; faire pousser une salade entre ses seins, la tenant pr&#233;cautionneusement &#224; l'abri des regards impudiques, elle aurait transmis le trognon &#224; un homme pour qu'il renouvelle l'exp&#233;rience, la croissance de la plante ayant trop irrit&#233; sa peau pour qu'elle r&#233;it&#232;re imm&#233;diatement l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16010 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/7_figure-b652a.jpg?1609107588' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur toute la surface de la Terre, les humains priaient les l&#233;gumes sacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines jeunes personnes de la communaut&#233; des Vertumnistes se vouaient &#224; l'amour des l&#233;gumes, et &#224; la multiplication v&#233;g&#233;tative. Dansant et chantant, elles accompagnaient les fruits et les l&#233;gumes, survivants des temps de l'Abondance, les aidant &#224; repousser ind&#233;finiment. C'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement de jeunes vierges, dont l'identification et l'orientation sexuelles n'&#233;taient pas toujours encore d&#233;finie, qui &#339;uvraient pour que les v&#233;g&#233;taux puissent profiter d'un mode de reproduction asexu&#233;e, con&#231;ue &#224; partir de restes alimentaires ou &#224; partir d'un simple fragment v&#233;g&#233;tal : stolon, tubercule, rhizome, drageon, tige, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, et &#224; la diff&#233;rence des semis, la multiplication v&#233;g&#233;tative fut consid&#233;r&#233;e comme sacr&#233;e parce qu'elle permettait d'engendrer un v&#233;g&#233;tal sans faire intervenir de gam&#232;tes. Sans ces fruits et l&#233;gumes, qui pouvaient &#224; partir du plant-m&#232;re se multiplier ind&#233;finiment sans passer par les graines, sans doute aurions-nous disparu. Bien s&#251;r cette technique h&#233;rit&#233;e de nos anc&#234;tres jardiniers n'&#233;tait pas si hasardeuse lorsqu'elle &#233;tait utilis&#233;e avec des plantes en pot. Mais cela se compliquait terriblement d&#232;s lors qu'il s'agissait de bouturer ou de marcotter de fragiles plants &#224; m&#234;me le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire pousser sur soi des carottes et des patates douces, &#224; partir d'&#233;pluchures ou de germes, demandait une grande discipline et une profonde s&#233;r&#233;nit&#233;. Seuls quelques initi&#233;s aux techniques de la m&#233;ditation symbiotique humain-v&#233;g&#233;tale acc&#233;daient &#224; ce savoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les M&#233;lis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;V&#233;n&#233;rant la Nymphe Melissa, les M&#233;lis, cousins des Verdumnistes, d&#233;velopp&#232;rent le culte du pollen, pratique &#233;rotique &#224; laquelle ne s'adonnaient que les plus fortun&#233;s, &#224; l'invitation de rares occasions festives propos&#233;es par l'un d'eux. L'espace sacr&#233; s'organisait &#224; la nuit tomb&#233;e ; les M&#233;lis positionn&#233;es en cercle ex&#233;cutaient une transe par l'inhalation du nectar. Leurs corps, secou&#233;s fr&#233;n&#233;tiquement par des r&#233;actions allergiques, suivaient le rythme simple et ancestral de la musique sacr&#233;e, jusqu'&#224; tomber comme des pierres en formant un tas d'humains. Puis ils se relevaient &#224; la fa&#231;on de revenants du pass&#233; pour reformer le cercle. Les yeux gonfl&#233;s et le nez coulant. Des parfums &#233;taient diffus&#233;s, &#233;voquant des plantes disparues, ces fragrances artificielles et souvent nocives, donnaient la naus&#233;e. Dans des cas tr&#232;s exceptionnels les M&#233;lis utilisaient des huiles essentielles, qui n'en &#233;taient pas moins dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH309/8_figure-330c1.jpg?1772221610' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tous les esprits &#233;taient convoqu&#233;s, les bons et les mauvais. Les c&#233;r&#233;monies finissaient toujours par une procession, dans un paysage &#224; inventer, vers un sanctuaire de pierres cach&#233; au milieu d'autres pierres. Suite &#224; l'extinction des papillons et des colonies d'abeilles, 90 % des esp&#232;ces d'arbres avaient disparu au profit des gymnospermes, ces organismes qui se reproduisent en dispersant leur pollen dans le vent. Faire l'ascension d'une montagne ou se promener dans la plaine consistait &#224; chercher du regard quelques rares conif&#232;res, quelques noisetiers plus rares encore, de rachitiques saules ou enfin de p&#226;les bouleaux. Ces arbres faisaient l'objet de rites sacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16012 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_figure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH365/9_figure-bb53b.jpg?1609107588' width='500' height='365' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors de la procession vers le sanctuaire, on imaginait en d&#233;ambulant dans l'espace, un tout autre paysage, qui serait propice &#224; la m&#233;ditation des mystiques, &#224; la communion avec des plantes et des animaux sauvages, un espace de conjuration de la mort, hant&#233; par le fol espoir non pas de th&#233;rapie individuelle et collective mais de reconstruction, de renaturalisation d'un monde diversifi&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e au sanctuaire, la pr&#234;tresse organisait avec les fid&#232;les une c&#233;r&#233;monie culinaire. Aux pains de c&#233;r&#233;ales, lorsque celles-ci &#233;taient support&#233;es, &#233;taient associ&#233;s quelques l&#233;gumes dont on avait affin&#233; la culture, &#224; m&#234;me le corps. Cela pr&#233;sentait un double int&#233;r&#234;t : la nourriture &#233;tait prot&#233;g&#233;e des pilleurs et restait facilement &#224; disposition, mais surtout, on s'&#233;tait aper&#231;u que, de ce mode symbiotique, le corps pouvait tirer sa force vitale ; porter une plante contre soi &#233;tait une fa&#231;on de se soigner, d'&#233;quilibrer des flux d'&#233;nergie, d'assimiler des vitamines et des nutriments, un moyen essentiel de se nourrir. Certains d'ailleurs refusant toutes gramin&#233;es, ne se nourrissaient que d'air, de lumi&#232;re et de v&#233;g&#233;taux pos&#233;s sur le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique alimentaire alternative avait des pr&#233;c&#233;dents. &#192; commencer par certains yogis qui pratiquaient le pr&#226;nisme, en se nourrissant exclusivement du pr&#226;na, principe vital dans la tradition indienne. Mais de c&#233;l&#232;bres figures chr&#233;tiennes du 20 et 21eme si&#232;cles avaient &#233;galement cess&#233; de s'alimenter et m&#234;me de boire pour se nourrir de la lumi&#232;re du soleil, comme une plante utilisant l'&#233;nergie de la photosynth&#232;se, on appelait cela le sungazing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait enfin, la population d'une r&#233;gion que l'on appelait autrefois la Silicon Valley, qui avait cess&#233; de manger, buvant occasionnellement des substituts alimentaires. Cela avait d'ailleurs impact&#233; la physiologie dentaire des habitants qui avaient renonc&#233; &#224; m&#226;cher. Dans cette r&#233;gion du monde, on affirmait d&#233;j&#224; dans la deuxi&#232;me partie du XXe si&#232;cle, que le corps n'avait pas besoin de nourriture &#224; d&#233;glutir mais seulement des composants chimiques extraits de la nourriture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui la Silicon Valley n'est plus qu'une bande de terre semi-d&#233;sertique sans vie et grignot&#233;e par la mont&#233;e de la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le monde est si diff&#233;rent. Pourtant dans leur d&#233;nuement, la pr&#233;carit&#233; de leur habitat et l'aust&#233;rit&#233; de leur existence, nos contemporains rappellent aux plus anciens, d'autres humains qui vivaient jadis dans des campements aux portes de Paris, sous le p&#233;riph, dans des bidonvilles, avec rien, sans nourriture, ni v&#234;tements chauds, et sans que personne n'imagine qu'ils pr&#233;figuraient l'humanit&#233; &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui tout le monde est pauvre. La pression d&#233;mographique associ&#233;e &#224; la disparition du vivant nous ont oblig&#233; &#224; nous convertir &#224; l'alimentation a&#233;ro-dermique : se nourrir par la peau du soleil et du contact avec quelques v&#233;g&#233;taux, et r&#233;server le partage de quelques victuailles v&#233;g&#233;tales, graines, l&#233;gumes et jus, aux rares festins rituels qui marquent le changement des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde serait presque sage&#8230; si ne subsistaient pas ici ou l&#224; des individus, des groupes parfois, tent&#233;s par la facilit&#233; et l'avidit&#233;, de s'accaparer encore et toujours, les ressources si rares de nourriture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : En de simples jardins, &#169; hantu, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Vivre &#171; comme l'herbe pousse &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gabrielle Carron et Hantu</dc:creator>


		<dc:subject>exposition</dc:subject>
		<dc:subject>galerie</dc:subject>
		<dc:subject>installation</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 13 novembre 2020, alors que la France ouat&#233;e comm&#233;more les attentats terroristes de 2015 et s'enfonce avec torpeur dans le reconfinement, je vais voir une exposition.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1786-72f50.jpg?1772243174' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 novembre 2020, alors que la France ouat&#233;e comm&#233;more les attentats terroristes de 2015 et s'enfonce avec torpeur dans le reconfinement, je vais voir une exposition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Devenez un penseur-brin d'herbe !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;alise le privil&#232;ge que cela repr&#233;sente, dans un monde du Pendant (quand arrivera l'apr&#232;s ?) o&#249; la culture pleure sur ses &#339;uvres n&#233;glig&#233;es. Apr&#232;s avoir travers&#233; &#224; v&#233;lo un Paris d&#233;sert et endeuill&#233;, j'arrive &#224; l'Espace Rue Fran&#231;aise, o&#249; je suis accueillie par Pascale Weber, du duo Hantu (Weber+Delsaux). L'exposition &lt;i&gt;Comme l'herbe pousse&lt;/i&gt; pr&#233;sent&#233;e par le duo de performeurs en plein Paris est une invitation &#224; retourner &#224; la terre, au sol, aux plantes, aux brins d'herbes : &#171; &lt;i&gt;Quitter la pens&#233;e-arbre avec ses hauts et ses bas, ses alphas et ses om&#233;gas, devenez un penseur-brin d'herbe, qui pousse et pense !&lt;/i&gt; &#187; &#8212;, s'exclame Gilles Deleuze. L'exposition nous appelle &#224; devenir des penseurs-brins d'herbes au sein d'un monde urbanis&#233; coup&#233; de la nature et de ses enseignements. C'est ainsi que dans un espace typique du &lt;i&gt;white cube&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brian O'Doherty, White Cube. L'espace de la galerie et son id&#233;ologie, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont dispos&#233;s &#231;&#224; et l&#224; des plantes, des restes de compost, des mat&#233;riaux organiques et p&#233;rissables, des mat&#233;riaux vivants, cr&#233;ant un v&#233;ritable jardin de r&#233;flexions. Le parti pris sc&#233;nographique est des plus &#233;pur&#233;s, sans aucun cartel ou texte de salle : les &#339;uvres semblent ainsi lib&#233;r&#233;es de leur carcan institutionnel traditionnellement li&#233; au lieu d'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les installations, photos et dessins pr&#233;sent&#233;s sur les trois &#233;tages de l'Espace Rue Fran&#231;aise sont les objets-traces de performances r&#233;alis&#233;es entre 2008 et 2020, dont plusieurs pendant le premier confinement. Le lieu est ainsi impr&#233;gn&#233; de traces de performances, certaines fra&#238;ches, d'autres plus anciennes. Car le lieu a &#233;galement accueilli des performances en son sein, pour la cr&#233;ation du film &#171; &lt;strong&gt;Nature Vive&lt;/strong&gt; &#187; (qui sera pr&#233;sent&#233; en d&#233;cembre au MuCEM de Marseille) et lors du vernissage de l'exposition. Au premier coup d'&#339;il, impossible de ne pas ressentir tout l'ancrage du propos dans la situation mondiale actuelle. L'exposition crie de revenir &#224; la nature, au brin d'herbe pacifique mais &#233;galement &#224; une nature sauvage, libre, organique, dont l'&#233;nergie d&#233;ploy&#233;e sous mes yeux contraste violemment avec le contr&#244;le des corps accru qui caract&#233;rise le confinement. Mon corps a d'ailleurs &#233;t&#233; d&#233;sob&#233;issant, en venant jusqu'ici. Me voil&#224; plong&#233;e dans un lieu dont les murs murmurent l'ensauvagement. Un lieu, en somme, de lib&#233;ration des corps, d'extraction de ceux-ci de la masse du corps social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On entend par &#171; corps social &#187; cette mani&#232;re qu'a une soci&#233;t&#233; de faire un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Niveau 0 : La Peau de la Terre&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_b_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/2_b_hantu-a6c9d.jpg?1606300232' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/2_hantu-ef340.jpg?1606300232' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En franchissant le seuil de l'Espace Fran&#231;aise, l'&#339;il est tout de suite attir&#233; par ces cadavres v&#233;g&#233;taux &#233;tendus au sol. Ce sont des &lt;strong&gt;lits de germination&lt;/strong&gt; en pl&#226;tre moul&#233;s sur le corps de &lt;strong&gt;Pascale Weber&lt;/strong&gt; et garnis de v&#233;g&#233;taux, de terre, de mati&#232;re organique. L'image &#233;voque le corps mort qui, dans sa thanatomorphose, ne fait plus qu'un avec sa Terre-M&#232;re et devient lui-m&#234;me un amas de v&#233;g&#233;taux, un terreau fertile pour de nouvelles naissances. C'est un fort symbole d'espoir, de renouveau, un oxymore &#233;l&#233;mentaire. Ces lits font directement r&#233;f&#233;rence &#224; une pratique fun&#233;raire en &#201;gypte Ancienne, d&#233;couverte par Hantu lors de la Biennale du Caire : ces lits se trouvaient dans les tombeaux et &#233;taient r&#233;guli&#232;rement sortis pour rappeler aux vivants que la vie continue apr&#232;s la mort. C'est &#233;galement ici qu'a eu lieu la performance de &lt;strong&gt;Simona Polvani&lt;/strong&gt;, pour le film &#171; &lt;strong&gt;Nature Vive&lt;/strong&gt; &#187; : &#224; c&#244;t&#233; du gisant v&#233;g&#233;tal de gauche, elle a pans&#233; des restes de compost sur le sol. Le geste, pens&#233; comme un rituel, semble incarner l'humain qui tente de gu&#233;rir la Terre, de la nettoyer, de la soigner, comme une sorte de repentance. A ce sujet, Pascale Weber parle de traces de performance : &#171; &lt;i&gt;En fait, un objet-trace, intervient comme un commentaire, un objet-trace c'est un commentaire mat&#233;riel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Pascale Weber (Hantu), le 13/11/2020, 3, rue Fran&#231;aise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ces traces sont la m&#233;moire vive de ce rituel et portent en elles les r&#233;sidus de son efficacit&#233; symbolique. La notion de soigner, de panser, de gu&#233;rir est tr&#232;s pr&#233;sente dans l'art d'Hantu. Comme en &#233;cho &#224; la notion m&#234;me de &#171; fracture sociale &#187;, que l'artiste devrait soigner, Hantu rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'artiste est celui qui en permanence laisse la plaie ouverte, et l'entretient, pour montrer que le mal est l&#224;, qu'il est vain de le cacher, que la cicatrisation est impossible tant qu'on ne soigne pas la cause de la douleur &#224; l'int&#233;rieur. Donc le pansement ne cache pas la plaie, le pansement est r&#233;v&#233;lateur de la plaie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me espace, trois grandes photos du buste de Pascale Weber surplombent les corps v&#233;g&#233;taux. Elles sont issues de la performance &lt;strong&gt;La Peau (2010)&lt;/strong&gt;, qui consistait &#224; utiliser le fer &#224; Batik d'Indon&#233;sie pr&#233;sent&#233; sur la droite &#8211; un objet d'enfance de Pascale &#8211; pour faire des impressions de pastels &#224; la cire directement sur le corps nu de l'artiste. Cette performance parle de la m&#233;moire du corps, de l'int&#233;riorit&#233; aussi bien que de l'ant&#233;riorit&#233;. Comme preuve vivante que la m&#233;moire r&#233;pond aux &#233;motions, face &#224; cette image, je me rem&#233;more mes lectures : dans les &#233;tudes d'ethnologie et d'anthropologie, la th&#233;matique de la peau et de la surface du corps est analys&#233;e au sein de diff&#233;rentes croyances et cultures. Par exemple, Alan Howard et Jan Rensel &#233;tudient cette the&#769;matique chez les Rotumans de l'ile de Rotuma (Archipel des &#238;les Fidji, Oce&#769;anie) dans &#171; &lt;i&gt;Une profondeur qui s'arre&#770;te &#224; la surface de la peau : ordre social et corps &#224; Rotuma&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HOWARD Alan, RENSEL Jan, &#171; Une profondeur qui s'arr&#234;te &#224; la surface de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les Rotumans pratiquent le tatouage rituel et usent de nombreux onguents corporels (curcuma, huile de noix de coco) pour enduire leurs peaux lors des rites de passage. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'ordre social se dessine sur l'ext&#233;rieur des corps &#224; Rotuma, car l'int&#233;rieur des corps est associ&#233; &#224; un sentiment d'incompr&#233;hension, d'anxi&#233;t&#233;, de d&#233;sordre. Ainsi, &#171; &lt;i&gt;La perte de sang n&#233;cessite presque toujours un rituel pour restaurer un sentiment d'ordre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.193.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt; L'anthropologie du corps moderne s'int&#233;resse &#233;galement a&#768; la surface de la peau, comme Le Breton qui analyse les significations de l'entame corporelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LE BRETON David, Exp&#233;riences de la douleur. Entre destruction et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se pose &#233;galement la question de la nudit&#233; : pourquoi certains artistes performent-ils nus ? La r&#233;ponse est propre &#224; chaque artiste, car le choix de la nudit&#233; porte en lui de nombreux enjeux : &#171; &lt;i&gt;Certes, en d&#233;pouillant le corps, en le d&#233;ve&#770;tant, on le d&#233;socialise&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ARDENNE Paul, L'Image Corps. Figures de l'humain dans l'art du XXe sie&#768;cle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, dit Paul Ardenne. La nudit&#233; du corps permet une d&#233;socialisation du corps, pour tenter d'atteindre une universalisation de sa perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que nous tournons &#224; gauche, dans un renfoncement de la galerie. On y voit des dessins et des photos de la performance &lt;strong&gt;Germinations&lt;/strong&gt; (Rio de Janeiro), o&#249; Pascale a fait pousser des graines dans des petits pansements, directement dans le terreau de sa peau. Chaque graine a son emplacement pr&#233;cis sur un organe de l'artiste (ut&#233;rus, seins, estomac, ovaires, foie&#8230;) : le corps et la nature ne font plus qu'un et la peau est le lieu de la renaissance. Puis on voit des dessins des &lt;strong&gt;performances collectives r&#233;alis&#233;es &#224; la Cit&#233; Internationale de Paris&lt;/strong&gt;, o&#249; les artistes &#233;taient par paires : l'un &#233;tait bless&#233;, soign&#233; par l'autre, avec une plante particuli&#232;re. Les vertus prophylactiques des plantes sont convoqu&#233;es par de nombreuses performances d'Hantu, rappelant &#224; nouveau cette id&#233;e du soin par l'art. Par exemple, saviez-vous que le lin est une graine embl&#233;matique pour la femme, une graine de stabilisation, utilis&#233;e sous forme mac&#233;r&#233;e pour soulager les sympt&#244;mes de la m&#233;nopause ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Niveau &#8211;1 : Sous terre, Do Kamo&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/3_hantu-8a5c5.jpg?1606300232' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_hantu-7706e.jpg?1772222078' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Magn&#233;tiquement, je suis attir&#233;e par ce niveau sous terre, dont les fen&#234;tres sont &#224; la surface du sol. Le myst&#233;rieux arc-de-cercle de terre semble venir des escaliers, descendant &#224; une cave. C'est une autre trace de performance, r&#233;alis&#233;e pour &#171; &lt;strong&gt;Nature Vive&lt;/strong&gt; &#187; par &lt;strong&gt;Michiko Fou&lt;/strong&gt;. Son arc mat&#233;rialise un rite de protection, pratiqu&#233; en Russie (entre autres) lors des &#233;pid&#233;mies pour prot&#233;ger la ferme, la maison, le village. L'arc incarne la puissance du symbolique, de l'efficacit&#233; du rituel, de la force essentielle du mat&#233;riau terre. On y ressent toute l'&#233;nergie protectrice de la nature. L'espace ainsi prot&#233;g&#233; est un &#233;crin pour des photographies perform&#233;es ainsi que des performances photographi&#233;es. Les premi&#232;res sont des &#339;uvres d'art ind&#233;pendantes, les secondes constituent les traces, la m&#233;moire, le souvenir de la performance. Le corps de Pascale y est tant&#244;t v&#234;tu de branches, de v&#234;tements v&#233;g&#233;taux, de racines, d'argile (&lt;strong&gt;Mandragore&lt;/strong&gt;)&#8230; Ou encore habit&#233; d'insectes morts, que Pascale r&#233;colte syst&#233;matiquement et conserve pr&#233;cieusement. Au sein m&#234;me de la galerie, on peut voir ici et l&#224; des cadavres d'insectes. Une fusion s'op&#232;re &#224; nouveau, entre terre, nature, vivant, v&#233;g&#233;tal et humain, qui n'est plus une esp&#232;ce &#224; part, mais bien un animal prenant conscience de son &#233;cosyst&#232;me. A nouveau, des bribes de lectures me reviennent &#224; l'esprit. Je pense &#224; &lt;i&gt;Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde m&#233;lan&#233;sien&lt;/i&gt; de Leenhardt, o&#249; l'on apprend que les communaut&#233;s m&#233;lan&#233;siennes consid&#232;rent le corps humain au m&#234;me titre que toutes les autres composantes du cosmos et de la nature environnante, cr&#233;ant ainsi un tissu symbolique indestructible entre les corps et le monde ext&#233;rieur. Le corps est la substance m&#234;me de l'univers. Ainsi l'humain bon, beau, est appel&#233; &lt;i&gt;&#171; do Kamo &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire humain vrai, authentique. C'est au cours des processus de colonisation que les europ&#233;ens ont apport&#233; avec eux le concept nouveau de l'individu. &#171; &lt;i&gt;Ce que vous nous avez apport&#233;, c'est le corps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LEENHARDT Maurice, Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;, dit un vieil homme Canaque cit&#233; dans &lt;i&gt;Do Kamo&lt;/i&gt;. Le corps devient un facteur d'individuation, et dans cette conception individualiste, il permet de s'extraire du tissu symbolique cosmique. Il devient, non plus l'essence de l'homme, mais son attribut, c'est une v&#233;ritable &#171; &lt;i&gt;rupture ontologique entre le cosmos et le corps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LE BRETON David, Anthropologie du corps et modernit&#233;, Paris, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre les performances et leurs traces d'Hantu tentent-elles de rappeler le &lt;i&gt;&#171; do Kamo &#187;&lt;/i&gt; qui est en nous ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Niveau 1 : Faire corps avec le v&#233;g&#233;tal&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/5_hantu-69b0d.jpg?1772222078' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/6_hantu-42b87.jpg?1606300232' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/7_hantu-e5789.jpg?1606300232' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre extirp&#233; de sous terre, on emprunte une vol&#233;e de marches pour arriver au premier niveau. Mon regard se porte sur une installation dont la sc&#233;nographie rappelle celle d'une fouille arch&#233;ologique. Des &lt;strong&gt;terres chamott&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tessons broy&#233;s, argile brute cuite &#224; 1300-1400&#176;C, broy&#233;e et tamis&#233;e.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;de formes diverses&lt;/strong&gt; sont pr&#233;sent&#233;es dans des bo&#238;tes tapiss&#233;es de tissu, accompagn&#233;es de dessins pr&#233;cis. Certaines sont habit&#233;es de plantes. Aucune explication ou titre n'est donn&#233; : il s'agit d'une mise en sc&#232;ne, d'un support &#224; fictions, d'une incitation &#224; imaginer. Certains ont la forme de masques, symbole embl&#233;matique de la pand&#233;mie mondiale actuelle. Hantu a utilis&#233; ces objets-rituels durant le premier confinement pour r&#233;aliser la s&#233;rie de &lt;strong&gt;photos performatives &#171; &lt;i&gt;Comme l'herbe pousse&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, o&#249; l'on voit Pascale, torse nu, portant ces objets. Les photos ont &#233;t&#233; prises la nuit, dans le quartier tr&#232;s anim&#233; de Stalingrad, o&#249; se c&#244;toient familles bobos et populations tr&#232;s pauvres, frapp&#233;es de plein fouet par le confinement. Stalingrad est une plaque-tournante du trafic de crack dans la capitale. L'artiste raconte avoir ressenti une certaine peur face aux populations qui peuplent ces rues la nuit. Mais Hantu voulait ressentir et donner &#224; voir ce sentiment d'ins&#233;curit&#233; qui nous habite et aime cette id&#233;e de braver les interdits pour continuer &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons l'artiste en parler : &#171; &lt;i&gt;Comme l&#224; sur ces photographies r&#233;alis&#233;es pendant le premier confinement, ce sentiment d'ins&#233;curit&#233; encore, performer torse nue dans la rue la nuit en bravant l'interdit de sortie en d&#233;ambulant autour de la Rotonde, place connue pour le commerce du crack &#224; Paris. Des migrants drogu&#233;s abandonn&#233;s avan&#231;ant comme des zombies dans les rues vides. Besoin de traverser cet espace et d'affronter cette peur insupportable et ce sentiment d'oppression pour reprendre ensuite mon souffle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Pascale Weber (Hantu), le 13/11/2020, 3, rue Fran&#231;aise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Se dessinent ici les contours de la force cathartique propre &#224; l'art de la performance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Niveau 2 : A la cime des arbres&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_15774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/8_hantu-f4947.jpg?1606300233' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15775 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_hantu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/9_hantu-4ac45.jpg?1606300233' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au dernier niveau de l'exposition se profile la cime des arbres. Nous voil&#224; dans un nid haut perch&#233;, reli&#233; au premier niveau par un escalier. Et sur le mur la photo d'un arbre, habit&#233; d'une sorte de cocon. J'apprends que c'est Pascale, accroch&#233;e &#224; cette branche, pans&#233;e de grandes bandelettes de lin et de coton qu'elle r&#233;alise elle-m&#234;me et dont son partenaire Jean Delsaux l'enveloppe. Le titre de la performance prend alors tout son sens : &lt;strong&gt;Corps &amp; Arbres&lt;/strong&gt;, r&#233;alis&#233;e maintes fois par Hantu. Ce rituel est en r&#233;sonnance directe des rituels indon&#233;siens (Sulawesi) : lors de la mort d'un enfant, son corps est d&#233;pos&#233; dans le trou d'un arbre et pans&#233; de bandelettes. L'arbre referme lui-m&#234;me cette plaie, avec l'enfant &#224; l'int&#233;rieur. Pascale parle d'une performance cathartique, comme d'un nettoyage total, qui lui permet de panser ses plaies. Au sol est dispos&#233;e une installation de &lt;strong&gt;diff&#233;rents objets rituels en tissu&lt;/strong&gt; (lin et coton), utilis&#233;s r&#233;guli&#232;rement dans diff&#233;rentes performances du duo. Ils portent la trace de la terre, de fleurs, d'insectes, de leurs usages. A nouveau, la sc&#233;nographie se pr&#233;sente comme une fouille arch&#233;ologique, voire comme un dispositif m&#233;dical. Certains sont des masques, r&#233;alis&#233;s pendant le confinement : un a la forme d'une vulve destin&#233;e &#224; accueillir des plantes, d'autres ont forme de seins ou de ceinture abdominale &#224; poches pour accueillir des graines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les c&#244;t&#233;s des grands chemins&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En redescendant, le titre de l'exposition me revient &#224; l'esprit. Cette exposition, telle une graine de r&#233;flexion a pouss&#233;. J'appr&#233;hende diff&#233;remment ce titre, &#224; pr&#233;sent. Comme un pansement, elle a soign&#233; les plaies ouvertes par le monde ext&#233;rieur, actuel, dur, violent, b&#233;tonn&#233; et froid. Il m'appara&#238;t que malgr&#233; tout, il est possible de r&#233;apprendre &#224; vivre comme l'herbe pousse, &#224; son rythme, &#224; ses saisons, dans une tentative d'acception de l'incertitude et dans une d&#233;sali&#233;nation de notre rapport &#224; la nature. Comme dit Pascale Weber : &#171; &lt;i&gt;Je renvoie au titre de l'exposition &#171; Comme l'herbe pousse &#187;, vivre, penser, cr&#233;er, pratiquer l'art comme l'herbe pousse, sur les c&#244;t&#233;s des grands chemins. Int&#233;grer le v&#233;g&#233;tal c'est admettre notre incapacit&#233; &#224; tout contr&#244;ler.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brian O'Doherty, &lt;i&gt;White Cube. L'espace de la galerie et son id&#233;ologie&lt;/i&gt;, Paris, Les Presses du R&#233;el, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On entend par &#171; corps social &#187; cette mani&#232;re qu'a une soci&#233;t&#233; de faire un seul corps : c'est &#224; la fois une construction th&#233;orique, selon Michel Foucault, et un contexte dans lequel chaque corps individuel s'ancre in&#233;vitablement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Pascale Weber (Hantu), le 13/11/2020, 3, rue Fran&#231;aise, 75001, Paris. L'entretien sera publi&#233; dans la revue TK-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HOWARD Alan, RENSEL Jan, &lt;i&gt;&#171; Une profondeur qui s'arr&#234;te &#224; la surface de la peau : ordre social et corps &#224; Rotuma &#187;&lt;/i&gt;, dans GODELIER Maurice, PANOFF Michel, &lt;i&gt;La production du corps. Approche anthropologique et historique&lt;/i&gt;, Amsterdam, Edition des Archives contemporaines, 1998, p.187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LE BRETON David, &lt;i&gt;Exp&#233;riences de la douleur. Entre destruction et renaissance&lt;/i&gt;, Paris, &#233;dition M&#233;taili&#233;, Collection &#171; Travers&#233;e &#187;, dirig&#233;e par DIBIE Pascal, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ARDENNE Paul, &lt;i&gt;L'Image Corps. Figures de l'humain dans l'art du XXe sie&#768;cle&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Regard, 2010, p.23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LEENHARDT Maurice, &lt;i&gt;Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde m&#233;lan&#233;sien&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1971, p.263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LE BRETON David, &lt;i&gt;Anthropologie du corps et modernit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, p.36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tessons broy&#233;s, argile brute cuite &#224; 1300-1400&#176;C, broy&#233;e et tamis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Pascale Weber (Hantu), le 13/11/2020, 3, rue Fran&#231;aise, 75001, Paris. L'entretien sera publi&#233; dans la revue TK-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Exposition &#171; Comme l'herbe pousse &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Espace Rue Fran&#231;aise, 3, rue Fran&#231;aise, 75001, Paris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 11 au 17 novembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/477977703?utm_source=email&amp;utm_medium=vimeo-cliptranscode-201504&amp;utm_campaign=28749&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vid&#233;o de l'exposition&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.tk-21.com/[-&gt;https:/www.hantu.fr/'&gt;Site d'Hantu&lt;/a&gt;] (Weber+Delsaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascale Weber&lt;/strong&gt; a suivi une formation en design environnement &#224; Paris (E&#769;cole Sup. de Design Indus.) puis un cursus universitaire en Art et Sciences de l'art &#224; la Sorbonne (Paris 1-St Charles). En parall&#232;le de la performance, elle pratique notamment la danse butoh, le r&#234;ve &#233;veill&#233; et autres voyages dirig&#233;s, des techniques vocales issues du joik, du chant de gorge ou chant diphonique et parmi les disciplines somatiques, la m&#233;thode Feldenkrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Delsaux&lt;/strong&gt; a suivi une formation en Arts Plastiques option Images num&#233;riques a&#768; l'Universit&#233; Paris 8. Il a co-dirig&#233; Brouillard pre&#769;cis, un atelier de cr&#233;ation en images de synth&#232;se et images vid&#233;o, durant 15 ann&#233;es &#224; Marseille. Il pratique la photographie et la vid&#233;o et s'appuie dans son travail artistique sur son exp&#233;rience de la Bio-&#233;nergie et du Tai-Qi-Chuan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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