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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Belluaires et porchers/Le Cabanon de Prom&#233;th&#233;e</title>
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		<dc:date>2018-10-28T19:34:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comit&#233; de r&#233;daction et L&#233;on Bloy &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On ne le sait pas assez, que L&#233;on Bloy fut le premier &#224; &#233;crire un long &#233;loge des Chants de Maldoror ; n'e&#251;t-il &#233;crit que cela qu'il serait d&#233;j&#224; un h&#233;ros universel de la Litt&#233;rature. Nous donnons ici &#224; relire ce texte, avec cet &#171; avertissement &#187;, que nous devons &#224; notre auteur et ami Anton Ljuvjine (auteur de Fantasia, &#201;d. Tinbad, 2017 &#8212; livre ducassien s'il en est) : il y a un lien familial entre les deux auteurs ! C'est dans la biographie d'Isidore Ducasse par Jean-Jacques Lefr&#232;re (&#233;d. Fayard, p. 127-128) qu'on apprend que le petit-fils de l'un des d&#233;dicataires des Po&#233;sies (Auguste Dalmas, &#171; condisciple &#187; d'Isidore), &#201;douard Delmas, est devenu le gendre de L&#233;on Bloy. Au fond, l'Histoire de la Litt&#233;rature est un secret de famille (trop) bien gard&#233; !&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L143xH150/arton1314-4458d.jpg?1772233520' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On ne le sait pas assez, que L&#233;on Bloy fut le premier &#224; &#233;crire un long &#233;loge des Chants de Maldoror ; n'e&#251;t-il &#233;crit que cela qu'il serait d&#233;j&#224; un h&#233;ros universel de la Litt&#233;rature. Nous donnons ici &#224; relire ce texte, avec cet &#171; avertissement &#187;, que nous devons &#224; notre auteur et ami Anton Ljuvjine (auteur de Fantasia, &#201;d. Tinbad, 2017 &#8212; livre ducassien s'il en est) : il y a un lien familial entre les deux auteurs ! C'est dans la biographie d'Isidore Ducasse par Jean-Jacques Lefr&#232;re (&#233;d. Fayard, p. 127-128) qu'on apprend que le petit-fils de l'un des d&#233;dicataires des Po&#233;sies (Auguste Dalmas, &#171; condisciple &#187; d'Isidore), &#201;douard Delmas, est devenu le gendre de L&#233;on Bloy. Au fond, l'Histoire de la Litt&#233;rature est un secret de famille (trop) bien gard&#233; !&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Trop de porchers, h&#233;las ! et pas assez de belluaires.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CABANON DE PROM&#201;TH&#201;E&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; GEORGES ROUAULT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les imaginations m&#233;lancoliques ont toujours ador&#233; les ruines. Les employ&#233;s de la Tristesse et les Comptables de la Douleur ont &#224; peine, quelquefois, d'autres domiciles pour se repa&#238;tre, pour se propager et pour s'assoupir. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224;, surtout, qu'en des songes de suie ou de lumi&#232;re, leur viennent les p&#233;remptoires suggestions d'un Infini persistant, quoique mal fam&#233;, dans l'auberge de l'existence o&#249; l'on s'accoutume, de plus en plus, &#224; bafouer les &#233;ternit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est certain que les tr&#232;s-vieilles pierres, anciennement remu&#233;es et taill&#233;es par l'homme, d&#233;gagent d'immortels effluves de toutes les &#226;mes disparues qu'elles abrit&#232;rent autrefois et qui les avaient oxyd&#233;es de leurs joies ou de leurs douleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
La patine des murs tombants fut, &#224; la longue, d&#233;termin&#233;e par l'haleine des c&#339;urs en travail d'angoisse et par les moites mains qui trembl&#232;rent, en s'y appuyant, au milieu des si&#232;cles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux m&#234;me, les pauvres yeux qui les regard&#232;rent si souvent, comme un horizon, avant de s'&#233;teindre &#224; jamais, semblent avoir laiss&#233; quelque chose de leurs clart&#233;s, calmes ou tragiques, sur ces r&#233;flecteurs attentifs de tant de p&#233;rissables flambeaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et les ruines vont toujours se multipliant, jusqu'&#224; tout combler, sur notre plan&#232;te s&#233;nile qui n'en roule pas moins dans le merveilleux espace, &#8212; comme une cinqui&#232;me roue d'&#201;z&#233;chiel rebut&#233;e du camion des proph&#233;ties, &#8212; offrant impassiblement aux jours et aux nuits le Dies ir&#230; silencieux de ses implacables poussi&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
On en voit de ces reliques de la t&#233;n&#233;breuse histoire, qui assument, en quelques pieds carr&#233;s, la moisissure de plusieurs empires archi-d&#233;funts dont nul peuple ne se souvient et qui font &#233;clater l'insuffisance des savantissimes. Il en est d'autres moins &#233;miett&#233;es, moins pilonn&#233;es par le temps, qui vocif&#232;rent &#224; leur fa&#231;on, par leurs fentes, par leurs crevasses et du fond de leurs alc&#244;ves de reptiles, l'invalidit&#233; des catastrophes ou des &#233;pop&#233;es d'hier, dont nos mandarins sont &#224; peine mieux inform&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes, en v&#233;rit&#233;, sont n&#233;anmoins, tr&#232;s-puissantes sur le r&#234;veur pench&#233; au-dessus du puits de la Mort qui est pr&#233;cis&#233;ment son &#226;me, &#8212; au fond de laquelle chaque atome croulant produit un tonnerre compos&#233; des &#233;clats de joie ou des sanglots, des rugissements d'amour ou des ramages de d&#233;sespoir de plusieurs millions de cousins germains qu'il n'a pas connus, mais dont il r&#233;percute, en sa profondeur, la dolente consanguinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il est une autre sorte de ruines, un peu plus curieuses, vraiment, que toutes les ruines fameuses de l'Orient ou de l'Occident qui font bramer les po&#232;tes et blanchir les arch&#233;ologues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celles-l&#224;, nul ne les explore, le monde ignore jusqu'&#224; leur existence et la sollicitude r&#233;clami&#232;re des guides ne les signale jamais &#224; l'attention des crevants d'ennui qui font voiturer leurs carcasses pleines de d&#233;go&#251;t sur l'&#233;pine dorsale du globe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on se figure, par exemple, un &#234;tre merveilleusement dou&#233;, un homme du g&#233;nie po&#233;tique le plus incontestable et le plus puissant, un magique cerveau peupl&#233; de lumi&#232;res, comme une basilique &#224; la Chandeleur ; &#8212; qu'on veuille bien se le repr&#233;senter sous cette image, aux trois quarts d&#233;truit par l'ouragan de quelque effroyable douleur ; d&#233;truit sans espoir de restauration, d&#233;coiff&#233; de ses vo&#251;tes, &#233;branl&#233; dans ses plus profondes assises, vacillant sur les jarrets de ses contreforts, tapiss&#233; de son porche &#224; son ma&#238;tre autel du sang d'un peuple &#233;cras&#233; ; ouvert &#224; tous les affronts des souffles et de la rafale, envahi par les tourbillons et les fant&#244;mes de la nuit ; mais &#233;clair&#233; vaguement encore, pour la dur&#233;e d'un instant, par quelques derniers et d&#233;sesp&#233;r&#233;s luminaires qui agonisent, ainsi que des &#226;mes, sous le grondement victorieux des orgues de la temp&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; l'heure, ce sera fini &#224; jamais. Les t&#233;n&#232;bres fol&#226;treront avec les t&#233;n&#232;bres. Ce qui tient encore croulera sans gloire dans l'obscurit&#233; sans pardon et le souvenir seulement de ce tabernacle de pri&#232;res, subsistera dans la pens&#233;e de quelques d&#233;vots &#233;perdus que la main des Vierges invisibles qui prot&#232;gent les chr&#233;tiens en p&#233;ril de mort aura soutir&#233;s &#224; la catastrophe. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc une ruine &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt; compl&#232;te que j'ai d&#233;cid&#233; d'offrir aux m&#233;lancoliques, aux satur&#233;s de m&#233;lancolie, car il n'est point ici d'occasion de ravissement pour les touristes joyeux de la Curiosit&#233; ordinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inou&#239;, l'affolant, le tr&#232;s-monstrueux po&#232;te &lt;i&gt;inconnu&lt;/i&gt; dont voici, tout au plus, la trace calcin&#233;e, eut cette effroyable aventure de se survivre &#224; lui-m&#234;me, juste assez de temps pour assister au sac de sa t&#234;te et au rongement de ses flancs par un prodigieux vautour, qu'il avait sacril&#232;gement engendr&#233; de la Substance des Cieux, sans la permission du Seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans une sorte de roman, intitul&#233; le &lt;i&gt;D&#233;sesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1887 et tout de suite ratur&#233;, autant qu'il &#233;tait possible, par le silence hostile de la presse enti&#232;re, j'avais &#233;crit incidemment les quelques lignes qu'on va lire, avec l'espoir, longtemps d&#233;&#231;u, de sugg&#233;rer &#224; un &#233;diteur quelconque l'id&#233;e g&#233;n&#233;reuse d'une r&#233;impression. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'un des signes les moins douteux de cet acculement des &#226;mes modernes &#224; l'extr&#233;mit&#233; de tout, c'est la r&#233;cente intrusion en France d'un monstre de livre, presque inconnu encore quoique publi&#233; en Belgique depuis dix ans : &lt;i&gt;les Chants de Maldoror&lt;/i&gt;, par le comte de Lautr&#233;amont, (?) &#339;uvre tout &#224; fait sans analogue et probablement appel&#233;e &#224; retentir. L'auteur est mort dans un cabanon et c'est tout ce qu'on sait de lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il est difficile de d&#233;cider si le mot &lt;i&gt;monstre&lt;/i&gt; est ici suffisant. Cela ressemble &#224; quelque effroyable polymorphe sous-marin qu'une temp&#234;te surprenante aurait lanc&#233; sur le rivage, apr&#232;s avoir saboul&#233; le fond de l'Oc&#233;an. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La gueule m&#234;me de l'Impr&#233;cation demeure b&#233;ante et silencieuse au conspect de ce visiteur, et les sataniques litanies des &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt; prennent subitement, par comparaison, comme un certain air d'anodine bondieuserie. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n'est plus la &lt;i&gt;Bonne Nouvelle de la Mort&lt;/i&gt; dont parlait Herzen, c'est quelque chose qui pourrait s'appeler la &lt;i&gt;Bonne Nouvelle de la Damnation&lt;/i&gt;. Quant &#224; la forme litt&#233;raire, il n'y en a pas. C'est de la lave liquide. C'est insens&#233;, noir et d&#233;vorant. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais ne semble-t-il pas &#224; ceux qui l'ont lue, que cette diffamation inou&#239;e de la Providence exhale, par anticipation, &#8212; avec l'in&#233;galable autorit&#233; d'une Proph&#233;tie, &#8212; l'ultime clameur imminente de la conscience humaine devant son Juge ?&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il para&#238;t aujourd'hui que cet avertissement n'a pas &#233;t&#233; inutile et qu'une &#233;dition nouvelle, enfin se pr&#233;pare. L'&lt;i&gt;affaire&lt;/i&gt;, je crois, sera bonne. En tout cas, c'est une exp&#233;rience des plus curieuses. Cet extraordinaire po&#232;me en prose devenu presque rarissime et connu seulement de quelques artistes qui se le passent, avec force recommandations, de mains en mains, va tomber pr&#233;cis&#233;ment dans l'axe de la plus active cogitation des &#226;mes profondes en cette fin de si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le scandale sera grand peut-&#234;tre et, ma foi ! tant mieux. L'&#201;vangile n'enseigne-t-il pas que le scandale est n&#233;cessaire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au danger de la &lt;i&gt;contagion&lt;/i&gt;, je ne puis y croire. C'est un ali&#233;n&#233; qui parle, le plus d&#233;plorable, le plus d&#233;chirant des ali&#233;n&#233;s et l'immense piti&#233; m&#233;lang&#233;e d'indicible horreur qu'il inspire, doit &#234;tre, pour la raison, le plus efficace des prophylactiques. &#171; Le d&#233;sespoir port&#233; assez loin, dit Carlyle, compl&#232;te le cercle et redevient une sorte d'esp&#233;rance ardente et f&#233;conde. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Exceptionnellement, je croirais plut&#244;t &#224; la p&#233;dagogie salutaire de cette douleur sans mesure, de ce &lt;i&gt;pianto&lt;/i&gt; de la haine infiniment d&#233;sol&#233;e. Si les pessimistes bien &#233;tranges de l'indiff&#233;rence absolue, qui ne sont tout juste, en fin de compte, que les optimistes du n&#233;ant, daignaient, un instant, conc&#233;der l'hypoth&#232;se du bien moral, on pourrait leur dire que ce n'est pas tout &#224; fait un r&#234;ve de supposer &#224; l'extr&#234;me abomination d'une vraie face tangible de r&#233;prouv&#233;, la puissance de pr&#233;cipiter certains hommes &#224; la vertu par l'effet d'une transcendante peur.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En lisant les &lt;i&gt;Chants de Maldoror&lt;/i&gt;, je n'ai pu me d&#233;fendre &#224; chaque page, d'une singuli&#232;re impression. L'auteur me faisait penser &#224; un noble homme s'&#233;veillant au milieu de la nuit dans le lit banal d'une immonde prostitu&#233;e, toute ivresse finie, se sentant &#224; sa merci, compl&#233;tement nu, glac&#233; de d&#233;go&#251;t, agonisant de tristesse et forc&#233; d'attendre le &lt;i&gt;jour&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'essaie pas de se rendormir. Il sort lentement, l'un apr&#232;s l'autre, ses membres hors de sa couche. Il va r&#233;chauffer sa peau glac&#233;e aux tisons rallum&#233;s de la chemin&#233;e. Sa chemise seule recouvre son corps. Il cherche des yeux la carafe de cristal afin d'humecter son palais dess&#233;ch&#233;. Il ouvre les contrevents de la fen&#234;tre. Il s'appuie sur le rebord. Il contemple la lune qui verse, sur sa poitrine, un c&#244;ne de rayons extatiques, o&#249; palpitent, comme des phal&#232;nes, des atomes d'argent d'une douceur ineffable. Il attend que le cr&#233;puscule du matin vienne apporter, par le changement de d&#233;cors, un d&#233;risoire soulagement &#224; son c&#339;ur boulevers&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
N'est-ce rien qu'une telle suggestion procur&#233;e par un d&#233;sesp&#233;r&#233; sans larmes qui porte refroidir son c&#339;ur hors de la maison, sous un ciel polaire, au fond d'un sale et t&#233;n&#233;breux jardin, dans le voisinage d'un puant retrait ; pour le rapporter quand il ne palpitera plus, afin d'&#234;tre en &#233;tat de sophistiquer sa douleur par l'ironie &lt;i&gt;pacifique&lt;/i&gt; du parfait blasph&#232;me ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je r&#234;vais, dit-il, que j'&#233;tais entr&#233; dans le corps d'un pourceau, &lt;i&gt;qu'il ne m'&#233;tait pas facile d'en sortir&lt;/i&gt;, et que je vautrais mes poils dans les mar&#233;cages les plus fangeux. &#201;tait-ce comme une r&#233;compense ? Objet de mes v&#339;ux, je n'appartenais plus &#224; l'humanit&#233; ! Pour moi, j'entendis l'interpr&#233;tation ainsi, et j'en &#233;prouvai une joie plus que profonde. Cependant, je recherchais activement quel acte de vertu j'avais accompli pour m&#233;riter, de la part de la Providence, cette insigne faveur&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais, qui conna&#238;t ses besoins intimes ou la cause de ses joies pestilentielles ? La m&#233;tamorphose ne parut jamais &#224; mes yeux que comme le haut et magnanime retentissement d'un bonheur parfait, que j'attendais depuis longtemps. Il &#233;tait enfin venu, le jour o&#249; je fus un pourceau ! J'essayais mes dents sur l'&#233;corce des arbres ; mon groin, je le contemplais avec d&#233;lice ! Il ne me restait plus la moindre parcelle de divinit&#233; : je sus &#233;lever mon &#226;me jusqu'&#224; l'excessive hauteur de cette volupt&#233; ineffable&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'obsession continuelle de ce malheureux Lautr&#233;amont, &#8212; &#233;videmment un pseudonyme, &#8212; est en effet, le blasph&#232;me. S'il est misanthrope, c'est qu'il se souvient que l'homme est &#224; la &lt;i&gt;ressemblance&lt;/i&gt; de Dieu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le blasph&#232;me est une denr&#233;e litt&#233;raire devenue assez peu pr&#233;cieuse. Notre &#233;poque l'a beaucoup aim&#233;, depuis le blasph&#232;me aristocratique de Baudelaire jusqu'au blasph&#232;me truand de Richepin. Toutes les familles en demandent. Mais la qualit&#233; de celui-l&#224; est unique parce qu'il est prof&#233;r&#233; par un pauvre fou de chagrin &lt;i&gt;qui ne regarde pas le public&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son auditoire, ce sont ses propres membres lamentables. C'est &#224; son foie malade qu'il s'adresse, &#224; ses poumons, &#224; sa bile extravas&#233;e, &#224; ses tristes pieds, &#224; ses moites mains, &#224; son phallus pollu&#233;, aux cheveux h&#233;riss&#233;s de sa t&#234;te perdue d'effroi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il para&#238;t leur dire, &#224; ces t&#233;moins, comme le Prom&#233;th&#233;e d'Eschyle aux Oc&#233;anides : &#171; Voyez de quelles iniquit&#233;s je souffre ! &#187; en pensant au Dieu qu'il accuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effet d'ensemble est terrible au del&#224; de toute expression et d'une beaut&#233; panique surprenante. Je n'&#233;tais pas tout &#224; fait exact en disant qu'il n'y a pas de forme litt&#233;raire. Le style des &lt;i&gt;Chants de Maldoror&lt;/i&gt; est une sorte de poncif configur&#233; &#224; la divaguante passion d'un d&#233;ment. L'originalit&#233; serait nulle sans le paroxysme tr&#232;s-particulier d'un certain accent qui doit &#233;tonner certain d&#233;mon et que je n'avais encore trouv&#233; dans aucune litt&#233;rature. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cet accent-l&#224; qui fait ressembler chaque phrase &#224; une louve enrag&#233;e courant de ses pattes agiles et silencieuses &#224; la rencontre d'un voyageur, est &#224; lui seul une originalit&#233; si d&#233;mesur&#233;e, si formidable qu'&#224; la lecture, on sent battre ses art&#232;res et vibrer son &#226;me jusqu'au tremblement, jusqu'&#224; la dislocation ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le signe incontestable du grand po&#232;te, c'est l'&lt;i&gt;inconscience proph&#233;tique&lt;/i&gt;, la troublante facult&#233; de prof&#233;rer par-dessus les hommes et le temps, des paroles inou&#239;es dont il ignore lui-m&#234;me la port&#233;e. Cela, c'est la myst&#233;rieuse estampille de l'Esprit-Saint sur des fronts sacr&#233;s ou profanes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque ridicule qu'il puisse &#234;tre, aujourd'hui, de d&#233;couvrir un grand po&#232;te inconnu et de le d&#233;couvrir dans un h&#244;pital de fous, je me vois forc&#233; de d&#233;clarer, en conscience, que je suis certain d'en avoir fait la trouvaille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais bien que cette cloche sublime qui devait sonner les tocsins et les victoires, fut, presque aussit&#244;t apr&#232;s son bapt&#234;me, f&#234;l&#233;e par le tonnerre, et ce fut un malheur immense pour tous ceux que les voix du ciel peuvent consoler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parfois, j'ignore comment, cette bless&#233;e rendait encore des sons divins, qu'ils fussent graves ou m&#233;lancoliques, et cela suffisait bien pour qu'on devin&#226;t l'enthousiasme d'amour que ses carillons glorieux auraient suscit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je suis fils de l'homme et de la femme, d'apr&#232;s ce qu'on m'a dit. Cela m'&#233;tonne&#8230; &lt;i&gt;Je croyais &#234;tre davantage ! &lt;/i&gt; &#187; Pascal est br&#251;lant de gloire pour avoir dit de moindres paroles et j'en ai recueilli plus d'une dans ce livre incoh&#233;rent et merveilleux qui ressemble au palais d'un roi persan qu'une fl&#233;trissante cohue de crocodiles et d'hippopotames aurait saccag&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est impossible de donner l'id&#233;e pr&#233;cise d'une &#339;uvre aussi anormale sans multiplier les citations au del&#224; de ce que semble permettre l'esth&#233;tique judicieuse de la mise en pages. Mais cela, c'est du diamant, du diamant noir et toute consigne alti&#232;re doit tomber, je suppose, en pr&#233;sence d'une telle aubaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;coutez les chiens dans la nuit, ces terribles chiens hom&#233;riques &#171; aboyant tour &#224; tour, soit comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat bless&#233; au ventre au-dessus d'un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un moribond atteint de la peste &#224; l'h&#244;pital, soit comme une jeune fille qui chante un air sublime ; &#8212; contre les &#233;toiles au nord, contre les &#233;toiles &#224; l'est, contre les &#233;toiles au sud, contre les &#233;toiles &#224; l'ouest ; contre la lune ; contre les montagnes, semblables au loin &#224; des roches g&#233;antes, gisantes dans l'obscurit&#233; ; &#8212; contre l'air froid qu'ils aspirent &#224; pleins poumons, qui rend l'int&#233;rieur de leurs narines rouge et br&#251;lant ; contre le silence de la nuit ; contre les chouettes dont le vol oblique leur rase le museau, emportant un rat ou une grenouille dans le bec, nourriture vivante, douce pour les petits ; &#8212; contre les li&#232;vres qui disparaissent en un clin d'&#339;il ; contre le voleur, qui s'enfuit, au galop de son cheval, apr&#232;s avoir commis un crime ; contre les serpents, remuant les bruy&#232;res, qui leur font trembler la peau, grincer des dents ; &#8212; contre leurs propres aboiements, qui leur font peur &#224; eux-m&#234;mes ; contre les crapauds, qu'ils broient d'un coup sec de m&#226;choires (pourquoi se sont-ils &#233;loign&#233;s du marais ?) ; contre les arbres, dont les feuilles, mollement berc&#233;es, sont autant de myst&#232;res qu'ils ne comprennent pas, qu'ils veulent d&#233;couvrir avec leurs yeux fixes, intelligents ; &#8212; contre les araign&#233;es suspendues entre leurs longues pattes, qui grimpent sur les arbres pour se sauver ; contre les corbeaux, qui n'ont pas trouv&#233; de quoi manger pendant la journ&#233;e, et qui s'en reviennent au g&#238;te, l'aile fatigu&#233;e ; &#8212; contre les rochers du rivage ; contre les feux, qui paraissent aux m&#226;ts des navires invisibles ; contre le bruit sourd des vagues ; contre les grands poissons, qui, nageant, montrent leur dos noir, puis s'enfoncent dans l'ab&#238;me ; &#8212; et contre l'homme qui les rend esclaves !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un jour, avec des yeux vitreux, ma m&#232;re me dit : &#171; Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi sous ta couverture, ne tourne pas en d&#233;rision ce qu'ils font : ils ont une soif insatiable de l'infini, comme moi, comme le reste des humains, &#224; la figure p&#226;le et longue &#187;&#8230; Moi, comme les chiens, j'&#233;prouve le besoin de l'infini&#8230; Je ne puis contenter ce besoin ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les six livres de ce long po&#232;me d'ironie diabolique et d'impr&#233;cations sont assez souvent travers&#233;s de ces magnifiques &#233;clairs et, jusqu'aux invectives immondes ou atroces que le maniaque d&#233;coche contre Dieu ou contre les hommes &#8212; &#224; cause de Dieu, &#8212; gardent la trace profonde, malgr&#233; tout, d'une ancienne adoration foudroy&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je soup&#231;onne cet infortun&#233; de n'avoir &#233;t&#233; qu'un blasph&#233;mateur par amour, exactement, je le suppose, comme il devint un insens&#233;. Apr&#232;s tout, cette haine enrag&#233;e du Cr&#233;ateur, de l'&#201;ternel, du Tout-Puissant, ainsi qu'il s'exprime, est assez vague dans son objet, &lt;i&gt;puisqu'il ne touche jamais aux Symboles&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela m&#234;me est passablement &#233;trange. Il ne saurait y avoir de blasph&#232;me aussi longtemps qu'on ne s'attaque pas &#224; la Croix. Le th&#233;ologien le plus b&#234;te pourrait en donner la raison plausible. On ne peut faire souffrir l'Impassible qu'en dressant la Croix et on ne peut le d&#233;shonorer qu'en avilissant ce Signe essentiel de l'exaltation de son Verbe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce fr&#233;n&#233;tique, cet &#233;cumant contre Dieu n'en dit pas un mot. Il a l'air de l'ignorer, d'une ignorance surnaturelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il re&#231;oit, un jour, les admonitions d'un crapaud mourant qui part pour l'&#233;ternit&#233; afin d'implorer le pardon de son &lt;i&gt;disciple&lt;/i&gt; et qui l'exhorte &#224; montrer enfin son essence divine qu'il a cach&#233;e jusqu'alors. Dieu sait ce que pouvait repr&#233;senter un tel batracien &#224; ce malheureux esprit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ailleurs, c'est un hermaphrodite, &#171; image sacr&#233;e de l'innocence des anges, &#187; pour lequel il prend la r&#233;solution de prier chaque jour. Ailleurs encore, c'est une lampe d'&#233;glise qui &#233;claire le &#171; chenil du Cr&#233;ateur &#187; et dont la lueur d'oraison, &#233;clatante pour lui comme vingt incendies, le transporte de d&#233;sespoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans aucun doute, cette &#226;me clo&#238;tr&#233;e dans l'ex&#233;cration d'une formule abstraite, portait la peine infernale d'un immense amour que nul symbole de lumi&#232;re n'avait &#233;clair&#233;. Il nous apprend, au surplus, qu'il &#233;tait math&#233;maticien. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Prostitution sous toutes ses formes est une id&#233;e fixe qui escorte habituellement, dans son livre, l'id&#233;e du Seigneur, comme un corollaire suit un axiome. Les tr&#232;s-rares individus capables de sentir le profond &lt;i&gt;myst&#232;re&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233; par ce mot de Prostitution, pourront lire avec un &#233;tonnement sans bornes, en d&#233;plorant l'extinction de ce Lucifer, le po&#232;me incroyable de la page 15. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'ai fait un pacte avec la prostitution, afin de semer le d&#233;sordre dans les familles&#8230; H&#233;las ! h&#233;las ! s'&#233;cria la belle femme nue, les hommes, un jour, me rendront justice ; je ne t'en dis pas davantage. Laisse-moi partir pour aller cacher au fond de la mer ma tristesse infinie. Il n'y a que toi et les monstres hideux qui grouillent dans ces noirs ab&#238;mes qui ne me m&#233;prisent pas. &#187; Qu'on le prenne comme on voudra, ce chapitre m'a totalement confondu !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais lu les ali&#233;nistes et la science physiologique ne m'a jamais allait&#233;. Me sera-t-il pourtant interdit de supposer chez un tel homme frapp&#233; de folie, une sorte de lucidit&#233; &lt;i&gt;&#224; rebours&lt;/i&gt; qui le fasse presque infaillible, qui lui donne m&#234;me, parfois, des allures de profond oracle dans l'antiphrase coutumi&#232;re de ses ironies ou de ses fureurs, quand il veut exprimer la dominante passion de son esprit fourvoy&#233; ? Il me semble que cette hypoth&#232;se hardie ne s'&#233;l&#232;ve pas sensiblement au-dessus d'une modeste lapalissade. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur, &#8212; quel qu'il f&#251;t, &#8212; des &lt;i&gt;Chants de Maldoror&lt;/i&gt;, nous apprend qu'il &#233;tait math&#233;maticien et m&#234;me Mont&#233;vid&#233;en, ce qui para&#238;t impliquer une math&#233;matique sup&#233;rieure. Il y revient plusieurs fois. Il parle de la face grave de la g&#233;om&#233;trie que r&#233;jouit la forme sph&#233;rique de l'Oc&#233;an ; il parle aussi, dans un bien &#233;trange po&#232;me dithyrambique de l'arithm&#233;tique et de l'alg&#232;bre, &#171; dont les savantes le&#231;ons, plus douces que le miel, filtr&#232;rent dans son c&#339;ur comme une onde rafra&#238;chissante &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il affirme que celui qui ne les a pas connues &#171; m&#233;riterait l'&#233;preuve des plus grands supplices &#187;. &#8212; &#171; La fin des si&#232;cles, dit-il, verra encore, debout sur les ruines des temps, vos chiffres cabalistiques, vos &#233;quations laconiques et vos lignes sculpturales si&#233;ger &#224; la droite vengeresse du Tout-Puissant, tandis que les &#233;toiles s'enfonceront avec d&#233;sespoir, comme des trombes, dans l'&#233;ternit&#233; d'une nuit horrible et universelle, et que l'humanit&#233; grima&#231;ante, songera &#224; faire ses comptes avec le jugement dernier. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La catastrophe inconnue qui fit de cet homme un insens&#233; a d&#251;, par cons&#233;quent, le frapper au centre m&#234;me des exactes pr&#233;occupations de sa science, et sa rage folle contre Dieu a d&#251; &#234;tre, n&#233;cessairement, une rage math&#233;matique. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une vision de tristesse presque infinie que celle de ce glorieux esprit visiblement fait pour s'assimiler la lumi&#232;re des constellations, entrav&#233; au d&#233;but de son envol, scell&#233;, cadenass&#233; dans une id&#233;e fixe, immortellement atroce et s'effor&#231;ant, avec la logique bizarre des ali&#233;n&#233;s, avec les ressources d'une science pr&#233;cise, de construire une h&#233;lice descendante pour fuir des cieux implacables vers des antipodes impossibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-il fallu qu'il ador&#226;t la Beaut&#233;, ce po&#232;te englouti dans les t&#233;n&#232;bres, pour l'insulter avec tant de soin, pour s'ing&#233;nier, comme il le fait, tout le long de son livre, &#224; en d&#233;naturer les formules ! Le besoin perp&#233;tuel de pervertir le sens du Beau, d&#233;nonciateur de sa chute, est en lui comme une effroyable diastole de son nouveau c&#339;ur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8212; Le grand-duc de Virginie, beau comme un m&#233;moire sur la courbe que d&#233;crit un chien en courant apr&#232;s son ma&#238;tre&#8230; Le vautour des agneaux, beau comme la loi de l'arr&#234;t de d&#233;veloppement de la poitrine chez les adultes dont la propension &#224; la croissance n'est pas en rapport avec la quantit&#233; de mol&#233;cules que leur organisme s'assimile&#8230; Le scarab&#233;e, beau comme le tremblement des mains dans l'alcoolisme&#8230; L'adolescent, beau comme la r&#233;tractilit&#233; des serres des oiseaux rapaces ; ou encore comme l'incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la r&#233;gion cervicale post&#233;rieure ; ou plut&#244;t comme ce pi&#232;ge &#224; rats perp&#233;tuel, toujours retendu par l'animal pris, qui peut prendre seul des rongeurs ind&#233;finiment et fonctionner m&#234;me cach&#233; sous la paille ; et surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine &#224; coudre et d'un parapluie&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y en a d'autres encore, que leur superfine abomination rend impossibles &#224; citer.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#8258;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On parle beaucoup de la litt&#233;rature v&#233;cue, des livres &lt;i&gt;v&#233;cus&lt;/i&gt;. La plupart des romanciers contemporains nous donnent ainsi &#224; flairer leurs petites affaires de c&#339;ur. Je veux me persuader que ce barbarisme finira par tomber dans le ridicule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si l'on y tient absolument, quel livre, je le demande, quel roman moderne, quelle autobiographie m&#226;tin&#233;e de fiction, pourrait &#234;tre plus &lt;i&gt;v&#233;cue&lt;/i&gt; que les lamentations et les hurlements de ce supplici&#233; dont l'&#226;me est aveugle, dont la m&#233;moire est &#233;teinte, qui ne sait plus s'il y a quelqu'un pour l'entendre, qui ne g&#233;mit sur lui-m&#234;me que pour lui-m&#234;me et qui ne s'interrompt de vocif&#233;rer son d&#233;sespoir que pour sibiler sa douleur ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'intensit&#233; de cette flamme qui va mourir est positivement effrayante et les contorsions litt&#233;raires des historiographes de nos plates m&#339;urs, semblent peu de chose, en v&#233;rit&#233;, &#224; c&#244;t&#233; du tragique portentueux de ce d&#233;sorbit&#233; de l'Amour et de la Lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car, c'est un vrai fou, h&#233;las ! un vrai fou qui sent sa folie, qui s'arr&#234;te subitement de nous raconter sa soif d'un monde infini, pour exhaler ce cri d&#233;chirant : &#171; Qui donc sur la t&#234;te me donne des coups de barre de fer comme un marteau frappant l'enclume ? &#187; C'est un fou comme il ne s'en &#233;tait jamais vu, qui aurait pu devenir l'un des pus grands po&#232;tes du monde, qui s'en doutait assur&#233;ment et qui s'est &#233;teint dans le plus affreux des s&#233;pulcres, avant d'avoir eu le temps qui fut accord&#233; au Tasse, bien moins inspir&#233; que lui, d'enfanter son &#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il succomba, comme Satan, pour avoir &#171; vaincu l'Esp&#233;rance &#187;. Cher grand homme avort&#233; ! Pauvre rastaquou&#232;re sublime ! &#171; C'est quelqu'un, dit-il, en parlant de lui-m&#234;me, qui a des chagrins &#233;pouvantables ! &#187; Et c'est tout ce qu'il nous r&#233;v&#232;le de son pass&#233;. On dirait m&#234;me qu'il le cache avec toute la ruse compliqu&#233;e d'un ali&#233;n&#233; simulateur et larron. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'espoir de fuir, son imagination &#233;perdue le pr&#233;cipite aux m&#233;tamorphoses. Il se rappelle &#171; avoir v&#233;cu un demi-si&#232;cle, sous la forme de requin, dans les courants sous-marins qui longent les c&#244;tes de l'Afrique &#187; ; il se reconna&#238;t un visage d'hy&#232;ne ; il a de longs entretiens avec &#171; le fr&#232;re de la sangsue &#187; et &#171; le poulpe au regard de soie, dont l'&#226;me est ins&#233;parable de la sienne, qui est le plus beau des habitants du globe terrestre et qui commande &#224; un s&#233;rail de quatre cents ventouses &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il adresse &#224; ses lecteurs ex&#233;cr&#233;s d'avance, &#8212; si le Tout-Puissant qu'il vomit lui permet d'en avoir un jour, &#8212; cette encyclique recommandation par laquelle j'ai voulu finir : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8212; Adieu, vieillard, et pense &#224; moi si tu m'a lu. Toi, jeune homme, ne te d&#233;sesp&#232;re point ; car tu as un ami dans le vampire, malgr&#233; ton opinion contraire. En comptant l'acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er septembre 1890.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_ducasse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L437xH800/1_ducasse-f7ee7.jpg?1540559523' width='437' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_11565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_cahiers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_cahiers.jpg' width=&#034;636&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Cahiers de Tinbad n&#176;6&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sommaire un dossier &#034;BLOY&#034; avec des textes de :&lt;br class='autobr' /&gt;
Guillaume Basquin, Claire Fourier &#8212; Sur L'&#226;me de Napol&#233;on de L&#233;on Bloy&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie Apostolid&#232;s &#8212; L&#233;on Bloy et Guy Debord : destins crois&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Cyril Huot &#8212; L&#233;on Bloy. J'aime / J'aime pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;diteur : EDITIONS TINBAD&lt;br class='autobr' /&gt;
Date de parution : 12/09/2018&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN : 9791096415144&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de pages : 128&lt;br class='autobr' /&gt;
Prix : 15.00&#8364; &lt;br class='autobr' /&gt;
En librairie &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; commander &#233;galement chez Pollen : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.pollen-difpop.com/A-81107-les-cahiers-de-tinbad-n-6.aspx#.W6Dq_i17HVo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pollen-difpop.com/A-81107-les-cahiers-de-tinbad-n-6.aspx#.W6Dq_i17HVo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte de Bloy sur Ducasse : &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Belluaires_et_porchers/Le_Cabanon_de_Prom&#233;th&#233;e&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Belluaires_et_porchers/Le_Cabanon_de_Prom&#233;th&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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