<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tk-21.com/spip.php?id_auteur=3761&amp;page=backend&amp;lang=fr" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Monnaie et valeur</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Monnaie-et-valeur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Monnaie-et-valeur</guid>
		<dc:date>2018-10-28T19:32:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Monika Marczuk</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>repr&#233;sentation </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le cadre historique allant du milieu du 19e jusqu'au milieu du 20e si&#232;cle dans lequel Klossowski ins&#232;re ses r&#233;flexions peut para&#238;tre restreint. N&#233;anmoins, il garde encore aujourd'hui sa pertinence &#233;tant donn&#233; que le mod&#232;le &#233;conomique en question &#8212; &#224; savoir le capitalisme fond&#233; sur la s&#233;paration marchande et la grande industrie &#8212; ne semble en rien perdre sa port&#233;e. Dans La Monnaie vivante l'auteur soul&#232;ve la question de l'origine de la monnaie et celle de la valeur &#233;conomique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/representation" rel="tag"&gt;repr&#233;sentation &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH149/arton1321-a36ee.jpg?1772245433' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le cadre historique allant du milieu du XIXe jusqu'au milieu du XXe si&#232;cle dans lequel Klossowski ins&#232;re ses r&#233;flexions peut para&#238;tre restreint. N&#233;anmoins, il garde encore aujourd'hui sa pertinence &#233;tant donn&#233; que le mod&#232;le &#233;conomique en question &#8212; &#224; savoir le capitalisme fond&#233; sur la s&#233;paration marchande et la grande industrie &#8212; ne semble en rien perdre sa port&#233;e. Dans &lt;i&gt;La Monnaie vivante&lt;/i&gt; l'auteur soul&#232;ve la question de l'origine de la monnaie et celle de la valeur &#233;conomique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de la th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral formul&#233;e par L&#233;on Walras au XIXe si&#232;cle, la position th&#233;orique maintenue par Andr&#233; Orl&#233;an et d'autres &#171; &#233;conomistes h&#233;t&#233;rodoxes &#187; qu'on appelle ainsi en raison des distances qu'ils gardent &#224; l'&#233;gard de l'orthodoxie walrasienne, aborde la question de la monnaie. La th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral qui domine encore aujourd'hui le discours &#233;conomique la consid&#232;re comme un simple moyen facilitant les &#233;changes marchands. Ce que nous proposons dans ce texte n'est pas une analyse comparative des positions orthodoxe et h&#233;t&#233;rodoxe en &#233;conomie, ni m&#234;me un r&#233;sum&#233; de la conception de la monnaie pr&#233;sent&#233;e par Orl&#233;an dans &lt;i&gt;Empire de la valeur&lt;/i&gt;. Nous ne souhaitons qu'introduire au d&#233;bat actuel autour de la monnaie et de la valeur &#233;conomique quelques id&#233;es qui semblent originales expos&#233;es dans l'opuscule de 1970 &lt;i&gt;La Monnaie Vivante&lt;/i&gt; de Pierre Klossowski. L'approche de cet auteur para&#238;t particuli&#232;rement int&#233;ressante en ce qu'elle est &#224; la fois h&#233;t&#233;rodoxe &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie walrasienne et concurrentielle, ou au moins diff&#233;rente, &#224; l'&#233;gard de la conception d'Orl&#233;an. Il semble tout &#224; fait possible que faire valoir cette vision originale pourrait contribuer &#224; construire une pens&#233;e &#233;conomique &#171; ouverte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie dans la th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral n'a pas trouv&#233; de d&#233;veloppement. Son r&#244;le a par cons&#233;quent &#233;t&#233; limit&#233; au m&#233;dium facilitant les rapports marchands. C'est sur l'&#233;tat d'&#233;quilibre &#233;conomique comme une situation optimale que la th&#233;orie standard se focalise en premier lieu. La th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral semble consid&#233;rablement simplifier, voire tout simplement &#233;vacuer, la question de la monnaie et de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment &#224; cette th&#233;orie, la vraie valeur appartient aux biens r&#233;els et jamais &#224; l'argent lui-m&#234;me : les individus d&#233;sirent et cherchent l'argent uniquement pour se procurer des biens concrets. Selon Orl&#233;an au contraire la monnaie loin d'&#234;tre un simple moyen d'acc&#233;der aux biens est en r&#233;alit&#233; un but recherch&#233;. Elle poss&#232;de donc sa propre valeur, ind&#233;pendante des biens, de l'utilit&#233; ou du travail. Sa valeur ne d&#233;pend donc pas de quoi que ce soit de d&#233;termin&#233; mais elle se pr&#233;sente comme autonome et souveraine, termes que l'auteur emploie pour la qualifier d'irrationnelle. Mais c'est l'affect commun qui donne &#224; la monnaie sa puissance d'attraction. La diff&#233;rence entre la th&#233;orie d'Orl&#233;an et celle des &#233;conomistes orthodoxes est que cette derni&#232;re est normative car elle d&#233;crit une situation souhait&#233;e et non pas objective, telle qu'elle est : bien que les individus devraient chercher l'argent uniquement pour se procurer les biens, il n'emp&#234;che qu'en r&#233;alit&#233; ils cherchent l'argent pour l'argent. Pour expliquer cette logique, &#233;galement appel&#233;e la &#171; logique auto-r&#233;f&#233;rentielle de la monnaie &#187;, Orl&#233;an a recours &#224; la th&#233;orie du mim&#233;tisme de Ren&#233; Girard.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_roberte.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH341/3_roberte-2dde0.jpg?1540756106' width='500' height='341' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La monnaie vivante
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;photographie Pierre Zucca
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela, sans entrer dans les d&#233;tails, qu'Orl&#233;an consid&#232;re comme essentiel l'impact de la monnaie en ce qui concerne les rapports marchands mais aussi les rapports sociaux. La monnaie n'a pas seulement une fonction proprement &#233;conomique, mais s'appuyant sur la confiance collective elle s'&#233;tend &#224; la totalit&#233; d'un groupe en cr&#233;ant ainsi un lien social. Tant qu'il y a confiance partag&#233;e dans la monnaie, le lien social est pr&#233;serv&#233;. La monnaie devient donc une sorte d'institution sociale qui d&#233;passe largement le domaine &#233;troit de l'&#233;conomie marchande. Afin de donner corps &#224; ces intuitions, Orl&#233;an sort d&#233;lib&#233;r&#233;ment du cadre de la science &#233;conomique n&#233;o-classique qui ne permet aucunement de penser la monnaie dans sa complexit&#233; r&#233;elle &#8211; sociale et &#233;conomique &#8211; et l'&#233;largit &#224; d'autres sciences sociales comme l'anthropologie, la sociologie, l'histoire ou la philosophie (&#171; l'unidisciplinarit&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de la position tenue par Orl&#233;an concernant la monnaie et la valeur &#233;conomique, comment Pierre Klossowski envisage-t-il ses m&#234;mes questions ? Quel est le point de vue &#224; partir duquel l'auteur d&#233;ploie sa vision de la monnaie et de la valeur &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre historique allant du milieu du XIXe jusqu'au milieu du XXe si&#232;cle dans lequel Klossowski ins&#232;re ses r&#233;flexions peut para&#238;tre restreint. N&#233;anmoins il garde encore aujourd'hui sa pertinence &#233;tant donn&#233; que le mod&#232;le &#233;conomique en question &#8211; &#224; savoir le capitalisme fond&#233; sur la s&#233;paration marchande et la grande industrie &#8211; ne semble en rien perdre sa port&#233;e. Dans &lt;i&gt;La Monnaie vivante&lt;/i&gt; l'auteur soul&#232;ve la question de l'origine de la monnaie et celle de la valeur &#233;conomique. Il d&#233;crit une gen&#232;se de l'ascension extraordinaire de la monnaie &#224; l'&#233;poque capitaliste et propose sa propre vision de la valeur. Pr&#233;sentons-les bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion de Klossowski commence par une critique du marxisme qui lui permet ensuite d'amorcer une vision alternative du capitalisme dans laquelle c'est la notion de l'affect et non celle de travail qui devient centrale. Selon Marx, l'&#233;conomie est le fondement dont d&#233;pendent toutes les autres expressions de l'existence d'une soci&#233;t&#233; telles que la religion, la morale, l'art, les sciences, la culture etc. Elle joue le r&#244;le d'infrastructure qui supporte &#8211; &#224; l'instar d'une construction architecturale &#8211; le reste de l'&#233;difice, c'est-&#224;-dire la superstructure. Cette derni&#232;re, en raison de sa d&#233;pendance absolue de l'infrastructure, s'av&#232;re d&#233;pourvue d'autonomie, ce qui lui vaut par ailleurs d'&#234;tre qualifi&#233;e comme &#171; id&#233;ologie &#187;, c'est-&#224;-dire une repr&#233;sentation contingente, priv&#233;e de r&#233;alit&#233; concr&#232;te, ayant uniquement une forme spirituelle, th&#233;orique, abstraite. La superstructure n'est jamais une condition mais ce qui est conditionn&#233; ; c'est l'infrastructure qui conditionne la superstructure, c'est donc la base &#233;conomique qui conditionne la mani&#232;re de penser, les styles artistiques, les croyances communes, le progr&#232;s technique et scientifique etc. Klossowski s'oppose &#224; cette th&#233;orie et avance l'id&#233;e selon laquelle l'&#233;conomie &#8211; exactement comme le sont les sciences, la religion, la philosophie etc. &#8211; n'est qu'une des id&#233;ologies, une manifestation contingente parmi les autres de l'esprit humain. Il argumente ainsi : ce qui fonde la base mat&#233;rielle de la vie aussi bien individuelle que collective ne peut &#234;tre l'&#233;conomie comprise comme les conditions mat&#233;rielles de la vie. L'&#233;conomie &#8211; notamment celle de Marx qui en dernier lieu ram&#232;ne tout au travail &#8211; rel&#232;ve d&#233;j&#224; de l'id&#233;ologie ; elle n'est jamais donn&#233;e comme telle mais appara&#238;t toujours et in&#233;vitablement sous forme d'une th&#233;orie se voulant universelle, d'un syst&#232;me totalisant, d'un mod&#232;le g&#233;n&#233;ral. Ce qui forme selon Klossowski la seule et unique infrastructure de toute existence humaine ce sont les affects (les pulsions, les &#233;motions, les instincts&#8230;) car ils animent les corps, ils sont le moteur premier de tout, ils pr&#233;c&#232;dent non seulement la notion de travail mais, qui plus est, l'acte m&#234;me de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_monnaie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH351/1_monnaie-69a4e.jpg?1772220387' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La monnaie vivante
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;photographie Pierre Zucca
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir effectu&#233; la critique du marxisme, Klossowski s'adonne &#224; l'analyse de la monnaie, telle qu'elle appara&#238;t au sein de l'&#233;conomie marchande, et vise &#224; d&#233;montrer que son origine est profond&#233;ment ancr&#233;e dans la vie affective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce donc qu'un affect ? Il n'est pas possible de d&#233;finir l'affect positivement. Ce qui n&#233;anmoins le caract&#233;rise en premier lieu, c'est son caract&#232;re passif, sa passivit&#233; est fondamentale, il ne peut qu'&#234;tre &#233;prouv&#233;, subi, ressenti. L'affect est l'inverse de l'action, par sa nature il est passif tandis que l'action est active. De m&#234;me qu'il ne peut qu'&#234;tre &#233;prouv&#233; passivement, l'action &#8211; l'essence m&#234;me du travail &#8211; ne peut au contraire qu'&#234;tre faite, entreprise et, ex&#233;cut&#233;e ou non, elle exige toujours un effort. Par ailleurs, l'affect n'a aucune existence tangible, il ne produit rien, contrairement &#224; l'action dont les r&#233;sultats sont plus ou moins mesurables. L'affect d&#233;signe la face n&#233;gative de l'action qui produisant des choses concr&#232;tes, r&#233;ellement existantes, en constitue la face positive. Toutes les inventions humaines, d&#232;s plus banales (marteau, chaise, manteau, cigarette etc.) aux plus sophistiqu&#233;es (religions, &#233;criture, &#201;tat, internet etc.) r&#233;sultent, d'apr&#232;s Klossowski, de ce qui est chez l'humain proprement n&#233;gatif. Elles prennent donc toutes leur source dans l'affect en tant qu'il pr&#233;c&#232;de et d&#233;termine tout. Klossowski fonde ainsi son raisonnement sur la base des affects et s'efforce de d&#233;montrer que la monnaie elle aussi refl&#232;te la vie affective. N&#233;anmoins, parmi toutes les inventions et entre tous les biens r&#233;els, la monnaie en est une tr&#232;s particuli&#232;re. &lt;i&gt;La Monnaie vivante&lt;/i&gt; permet de le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on d&#233;finir la monnaie autrement que comme r&#233;sultat de la vie pulsionnelle ? Pour y r&#233;pondre il convient de rappeler la distinction qu'introduit Klossowski entre deux types d'objets fabricables selon les rapports qu'ils maintiennent face &#224; la vie affective : simulacres et ustensiles. Tandis que ceux-ci contribuent &#224; anesth&#233;sier, &#224; calmer l'affectivit&#233; humaine, les simulacres sont destin&#233;s &#224; la r&#233;veiller, &#224; l'animer. Est ustensile chaque objet qui permet de diminuer ou de d&#233;livrer l'individu de l'effort qu'exige de lui l'effectuation d'un travail, par exemple : avec la tondeuse &#224; gazon on coupe la pelouse de mani&#232;re beaucoup plus efficace et commode qu'en utilisant une faux, voire sans outil du tout. Pour sa part, est simulacre chaque objet qui engendre le d&#233;sir ou annonce une possibilit&#233; de jouir. L'exemple type d'un simulacre est pour Klossowski une &#339;uvre d'art en raison qu'elle est suppos&#233;e provoquer des &#233;motions, &#233;mouvoir, stimuler la sensibilit&#233; de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage d'adopter le point de vue des affects dans l'analyse &#233;conomique est qu'il permet de voir clairement le statut ambivalent de la monnaie. Elle appara&#238;t &#224; la fois comme un ustensile et comme un simulacre ; tant&#244;t elle est un bien n&#233;cessaire pour la survie, tant&#244;t un bien luxueux qui, bien qu'inutile ici et maintenant en ce qui concerne la survie, exerce n&#233;anmoins une attirance irr&#233;sistible sur l'individu. La citation de Klossowski exprime bien cette ambivalence de la monnaie : &#171; Nul ne songerait &#224; confondre un ustensile avec un simulacre. &#192; moins que ce ne soit qu'en tant que simulacre qu'un objet en est un d'usage n&#233;cessaire &#187; (p. 11). En tant qu'ustensile, la monnaie permet de se procurer les biens afin de conserver et de maintenir la vie ; elle est alors appel&#233;e &#171; la monnaie inerte &#187;. Dans ce cas, son r&#244;le se limite &#224; &#234;tre un signe vide de contenu (signe abstrait) qui renvoie &#224; quelque chose d'autre qui aurait bel et bien un contenu (chose concr&#232;te). &#192; l'inverse, la monnaie en tant que simulacre renvoie &#224; elle-m&#234;me car elle incarne la richesse qu'elle repr&#233;sente. Ainsi comprise, elle appara&#238;t comme une finalit&#233; en soi et cesse d'&#234;tre un simple moyen, en raison de quoi elle est par ailleurs qualifi&#233;e de &#171; monnaie vivante &#187;. La d&#233;finition de la monnaie vivante est donn&#233;e par Klossowski lui-m&#234;me : elle est &#171; &#224; la fois l'&#233;quivalent de la richesse et la richesse elle-m&#234;me &#187; (p. 77).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_roberte.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/5_roberte-285c5.jpg?1540756107' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La monnaie vivante
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;photographie Pierre Zucca
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est bien &#233;videmment cette monnaie vivante qui int&#233;resse particuli&#232;rement Klossowski. N&#233;anmoins, la d&#233;finition de ce qu'est la monnaie vivante ne nous indique pas encore de mani&#232;re suffisante de quoi il s'agit. Pour le dire vite, selon Klossowski c'est le simulacre &#8211; ce qui r&#233;veille les affects, ce qui procure &#224; l'individu une jouissance imm&#233;diate &#8211; qui est en mesure de devenir la monnaie vivante. Cependant comment comprendre apr&#232;s tout l'ascension de la monnaie inerte (num&#233;raire abstrait) &#224; laquelle nous assistons encore aujourd'hui et qui s'oppose au premier abord &#224; la monnaie vivante (les &#233;motions recherch&#233;es par les individus &#224; travers de diff&#233;rents types de biens) ? Pourquoi un chiffre abstrait d&#233;pourvu de tout contenu l'a-t-il emport&#233; sur tout autre bien qui saurait peut-&#234;tre mieux que le chiffre r&#233;pondre aux besoins et aux d&#233;sirs de la vie affective ? C'est l'apparition du capitalisme et conjointement de la grande industrie, explique Klossowski, qui a conduit &#224; une situation auparavant inconnue dans laquelle la monnaie inerte est devenue la forme correspondant le mieux aux besoins de la vie affective. Comment cela &#233;tait-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer pourquoi le num&#233;raire abstrait et non pas un bien concret est devenu objet de d&#233;sir &#224; l'&#233;poque capitaliste, il convient d'introduire un dernier concept-clef dont se sert Klossowski pour esquisser sa vision de l'&#233;conomie : le fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer entre la vie int&#233;rieure comprise comme un faisceau d'affects, d'instincts, d'&#233;motions dont le m&#233;lange se trouve &#224; l'origine de l'individu, et la vie ext&#233;rieure, qui introduit et cherche constamment &#224; pr&#233;server l'ordre dans les choses. La premi&#232;re Klossowski l'appelle &#171; la vie pulsionnelle &#187;, l'autre &#171; la vie institutionnelle &#187;. La vie pulsionnelle &#233;tant par d&#233;finition passive se trouve soumise aux r&#232;gles que lui imposent la vie institutionnelle (loi, &#233;cole, travail, famille, opinion publique, croyances communes etc.) dont le caract&#232;re n'est par ailleurs autre qu'id&#233;ologique pour parler comme Marx. N&#233;anmoins, sur le fond de la vie pulsionnelle subsiste un noyau compl&#232;tement sourd et insensible &#224; la discipline institutionnelle. Le noyau en question c'est le fantasme. De m&#234;me que l'affect, le fantasme n'existe pas positivement &#224; l'instar des choses concr&#232;tes, il reste ind&#233;termin&#233;, n&#233;gatif. Mais contrairement &#224; l'affect, le fantasme ne s'&#233;prouve pas, il appara&#238;t comme fonci&#232;rement inconnu, idiosyncrasique et inintelligible. R&#233;aliser un fantasme, trouver son &#233;quivalent dans la vie r&#233;elle, conduirait n&#233;cessairement &#224; l'abolition d&#233;finitive de tout d&#233;sir. Mais puisque le d&#233;sir s'exerce toujours sur l'individu, cela veut dire que le fantasme n'est pas r&#233;alis&#233;. Pour Klossowski le fantasme est ce qui n'existe pas positivement mais qui est pour autant le mobile originaire de tout ce qui anime les recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donc s'articulent ensemble le fantasme et la monnaie en tant que num&#233;raire abstrait ? Cette articulation est tout &#224; fait centrale dans le m&#233;canisme de l'&#233;conomie marchande. Suivons un exemple concret : pour acc&#233;der &#224; une marchandise M, il faut qu'un individu d&#233;pense une somme d'argent S que fixe le march&#233; : on &#233;change la somme S, le signe abstrait, contre la marchandise M, le bien concret. Cette marchandise que l'individu vient de se procurer existe r&#233;ellement contrairement &#224; la somme d'argent qui n'a aucune valeur d'usage. Ajoutons &#224; cela, que cet individu ne dispose que d'une somme d'argent finie et souvent bien limit&#233;e, alors il lui faudrait d&#233;cider quelles marchandises lui sont indispensables en &#233;cartant toutes les autres d'une importance moindre ou m&#234;me nulle. L'argent ne sert ici que comme moyen de se procurer des marchandises, alors il n'est qu'une monnaie inerte. Admettons maintenant que l'individu en question dispose d'une grande somme d'argent : il pourrait alors non seulement satisfaire &#224; ses besoins premiers mais en outre concr&#233;tiser quelques caprices : se faire des massages, boire du champagne, passer une semaine sur une &#238;le exotique etc. Une fois que la subsistance ne pose plus de probl&#232;mes, la monnaie &#8211; entre les mains de l'individu &#8211; commence &#224; ob&#233;ir au fantasme. Mais puisque le fantasme n'a pas d'&#233;quivalent r&#233;el, la seule mani&#232;re permettant &#224; l'individu de s'en approcher est de le repr&#233;senter sous forme de l'argent non-d&#233;pens&#233;. Or, tandis que l'argent d&#233;pens&#233; correspond toujours &#224; quelque bien existant, l'argent non d&#233;pens&#233; correspond au contraire &#224; ce qui n'existe pas. Et puisque le fantasme est ce dont l'&#233;quivalent n'existe pas, alors le num&#233;raire abstrait &#8211; &#233;tant un chiffre abstrait qui ne repr&#233;sente aucun bien concret &#8211; devient la demeure, le lieu propre, le simulacre du fantasme. Plus la somme d'argent dont dispose l'individu est grande, plus le prix de son fantasme augmente, et plus il vaut plus lui-m&#234;me aux yeux des autres. &#192; ce niveau, le num&#233;raire abstrait cesse d'&#234;tre la monnaie inerte et se transforme en une monnaie vivante qui est en m&#234;me temps le signe de la richesse et la richesse elle-m&#234;me. La capacit&#233; de la monnaie abstraite d'accueillir le fantasme est la raison qui explique l'importance qu'elle a gagn&#233;e dans l'&#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11607 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_klossowski.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/2_klossowski-37317.jpg?1540756107' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pierre Klossowski
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Demandons-nous qu'en est-il de la valeur ? Appartient-elle &#224; la monnaie ou bien est-elle intrins&#232;que aux choses ou au travail ? Comme nous l'avons indiqu&#233; auparavant, la monnaie remplit une double fonction, en tant que moyen et en tant que fin en soi. La valeur &#233;conomique &#8211; &#233;troitement li&#233;e au prix &#8211; aura &#233;galement un double caract&#232;re : d'un c&#244;t&#233; la valeur correspond &#224; la capacit&#233; d'un bien d'anesth&#233;sier les affects (c'est-&#224;-dire satisfaire les besoins), et de l'autre de les r&#233;veiller. Soulignons n&#233;anmoins que ni la monnaie ni la valeur ne sont dans la vision de Klossowski associ&#233;es au travail ou &#224; l'utilit&#233;. Elles sont li&#233;es &#224; l'&#233;motion &#233;prouv&#233;e. Cependant, il ne peut y avoir de mesure objective permettant de d&#233;terminer le prix d'une &#233;motion, de m&#234;me qu'il est impossible &#8211; comme le montre Orl&#233;an &#8211; de d&#233;terminer en l'argent et de mani&#232;re non arbitraire la valeur d'un travail ou d'un bien. En guise d'explication Klossowski propose un parall&#232;le entre l'&#233;conomie et le langage : il existe une relation analogue d'une part entre le prix d'une marchandise sur le march&#233; et la valeur qu'elle vaut aux yeux d'un individu et entre les mots disponibles dans le dictionnaire et l'exp&#233;rience v&#233;cue que ces mots doivent traduire. Il y a un &#233;cart aussi insurmontable entre le prix et la valeur dans le domaine &#233;conomique qu'entre les mots et les exp&#233;riences r&#233;elles dans le domaine du langage. Cet &#233;cart ne peut dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Monnaie vivante&lt;/i&gt; r&#233;serve encore beaucoup d'id&#233;es prometteuses et potentiellement utiles dans les r&#233;flexions concernant non seulement l'&#233;conomie mais aussi la technique ou l'esth&#233;tique. Dans ce texte, je voulais aborder tr&#232;s bri&#232;vement quelques id&#233;es concernant la monnaie et la valeur &#233;conomique, sans bien &#233;videmment pr&#233;tendre &#224; les &#233;puiser. Il semble que la conception h&#233;t&#233;rodoxe d'Orl&#233;an et celle propos&#233;e par Klossowski ont au moins un point commun : toutes les deux tentent &#224; envisager la r&#233;alit&#233; &#233;conomique par le biais des affects. On peut donc chercher &#224; les faire dialoguer ensemble afin qu'elles s'enrichissent mutuellement. Pour finir, il vaut peut-&#234;tre la peine de souligner une chose qui para&#238;t int&#233;ressante : les deux auteurs en analysant le ph&#233;nom&#232;ne mon&#233;taire se penchent sur la question du lien social, mais tandis que pour Orl&#233;an la monnaie cr&#233;e ce lien et donne un cadre plus ou moins stable &#224; la vie sociale, pour Klossowski au contraire elle en constitue un danger qui le menace en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_couv.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH396/4_couv-4a270.jpg?1540756107' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.monikamarczuk.com" class="spip_out"&gt;www.monikamarczuk.com&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;On retrouve les textes sur l'art de Monika Marczuk ici : &lt;a href=&#034;http://www.monikamarczuk.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.monikamarczuk.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
