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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>Contresionisme</title>
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		<dc:date>2025-12-28T15:40:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>jud&#233;it&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici un livre dont on peut &#234;tre s&#251;r, vu la terreur s&#233;mantique qui r&#232;gne, sur beaucoup de sujets d'ailleurs (politique officielle Covid, histoire de la Terre et de son climat, g&#233;opolitique, et j'en passe), qu'on en parlera tr&#232;s peu &#8211; voire pas du tout (raison de plus pour en parler).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/judeite" rel="tag"&gt;jud&#233;it&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH111/arton2788-cf252.jpg?1772187470' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici un livre dont on peut &#234;tre s&#251;r, vu la terreur s&#233;mantique qui r&#232;gne, sur beaucoup de sujets d'ailleurs (politique officielle Covid, histoire de la Terre et de son climat, g&#233;opolitique, et j'en passe), qu'on en parlera tr&#232;s peu &#8211; voire pas du tout (raison de plus pour en parler).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s son &#171; avant-dire &#187;, l'auteur nous avertit de ce terrorisme s&#233;mantique nouveau qui s'est aggrav&#233; avec les ann&#233;es : &#171; Le 16 juillet 2017, en ce jour de la comm&#233;moration du 75&#7497; anniversaire de la rafle du Vel' d'hiv', le nouveau chef de l'&#233;tat, Emmanuel Macron, termina son discours par une profession de foi enflamm&#233;e : &#8220;Nous ne c&#233;derons rien &#224; l'antisionisme, car il est la forme r&#233;invent&#233;e de l'antis&#233;mitisme.&#8221; &#187; Bigre ! Voici que notre Grand Timonier, comme l'indique aussit&#244;t apr&#232;s Santacreu, veut criminaliser le d&#233;lit d'opinion, puisque si &#171; l'antis&#233;mitisme est un d&#233;lit, l'antisionisme est une opinion, et, en les confondant, on vise &#224; interdire toute critique de la politique d'Isra&#235;l &#187;. Deleuze, Godard, Sanbar, au cachot !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons tout de suite que ce livre tr&#232;s inform&#233;, super &#233;rudit et ultra-complexe d'Alain Santacreu arrive juste apr&#232;s un texte assez important sur ce sujet qui divise le monde (et les Fran&#231;ais) de l'un des derniers Grands de la philosophie encore vivants, Giorgio Agamben, &lt;i&gt;La fin du juda&#239;sme,&lt;/i&gt; d'abord publi&#233; sur le site de son &#233;diteur italien, &lt;i&gt;Quodlibet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;/i&gt; puis assez vite traduit en fran&#231;ais sur le site &lt;i&gt;Ent&#234;tement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. En voici l'argument principal : &#171; On ne peut comprendre le sens de ce qui se passe aujourd'hui en Isra&#235;l si l'on ne comprend pas que le sionisme constitue une double n&#233;gation de la r&#233;alit&#233; historique du juda&#239;sme. Non seulement en ce qu'il transf&#232;re l'&#201;tat-nation des chr&#233;tiens aux juifs, le sionisme repr&#233;sente l'aboutissement de ce processus d'assimilation qui, depuis la fin du XVIII&#7497; si&#232;cle, a progressivement effac&#233; l'identit&#233; juive. &#187; Et puis, un peu plus loin : &#171; L'exil est la forme m&#234;me de l'existence juive sur terre, et toute la tradition juive, de la Mishna au Talmud, de l'architecture de la synagogue &#224; la m&#233;moire des &#233;v&#233;nements bibliques, a &#233;t&#233; con&#231;ue et v&#233;cue dans la perspective de l'exil. &#187; D'o&#249; il d&#233;coule logiquement cela : &#171; En niant la racine de l'exil et de la diaspora au nom d'un &#201;tat-nation, le sionisme a donc trahi l'essence m&#234;me du juda&#239;sme. Il n'est donc pas &#233;tonnant que cet &#233;loignement ait produit un autre exil, celui des Palestiniens, et qu'il ait conduit l'&#201;tat d'Isra&#235;l &#224; s'identifier aux formes les plus extr&#234;mes et les plus impitoyables de l'&#201;tat-nation moderne. &#187; Tous les mots de ce texte sont extr&#234;mement importants. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#171; cette acceptation sans r&#233;serve de l'exil, avec le rejet qu'il entra&#238;ne de toutes les formes actuelles d'&#201;tat &#187; qui fondait &#171; la sup&#233;riorit&#233; des Juifs sur les religions et les peuples qui se sont compromis avec l'&#201;tat &#187;. Les Juifs &#233;taient, &#171; avec les Tsiganes, les seuls &#224; avoir rejet&#233; la forme &#233;tatique, &#224; ne pas avoir fait la guerre et &#224; ne pas s'&#234;tre souill&#233;s du sang d'autres peuples &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrelitt&#233;rature et Contresionisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s important de souligner maintenant qu'Alain Santacreu est le fondateur d'un concept et d'une revue qui s'appellent &lt;i&gt;Contrelitt&#233;rature ;&lt;/i&gt; c'est seulement &#224; cette aune qu'on pourra saisir toute la subtilit&#233; de son titre : la contrelitt&#233;rature n'est pas une litt&#233;rature contraire (&#224; la litt&#233;rature commerciale contemporaine), elle en est &lt;i&gt;le contraire,&lt;/i&gt; et permettra seule son r&#233;tablissement. &#171; Une oreille circoncise entendra le &#8220;contre&#8221; de contresionisme au sens musical, comme une &#233;l&#233;vation d'octave de la note qui se place au-dessus de la port&#233;e. &#187; C'est l'oubli de l'&#202;tre qui a sali irr&#233;m&#233;diablement la Litt&#233;rature ; il en aura &#233;t&#233; de m&#234;me avec le sionisme religieux fanatique. Mais la r&#233;demption sera toujours possible, car &#171; les gens de l'&#202;tre &lt;i&gt;[et donc les Juifs]&lt;/i&gt; sont les sujets du Verbe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qu'est-ce que la contrelitt&#233;rature ? &#187;.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : &lt;i&gt;&#171; Brereschit bara Elohim&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au commencement Elohim cr&#233;a &#187;, Gen&#232;se 1.1.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derniers cours &#224; Vincennes de Gilles Deleuze r&#233;cemment publi&#233;s chez Minuit, &lt;i&gt;Sur l'appareil d'&#201;tat et la machine de guerre,&lt;/i&gt; on lit ceci, qui renforce les id&#233;es d'Agamben : &#171; C'est dans la mesure o&#249; elles sont d'abord dirig&#233;es contre un &#201;tat pr&#233;alable (encore faut-il qu'il y ait un &#233;tat pr&#233;alable) que par voie de cons&#233;quence les machines de guerre peuvent s'int&#233;grer dans un &#201;tat. &#187; La cr&#233;ation de l'&#233;tat d'Isra&#235;l contenait donc &lt;i&gt;per se&lt;/i&gt; le d&#233;veloppement de toute une machinerie de guerre, Tsahal, puisque ces machines de guerre &#171; pr&#233;supposent que vous deveniez d'abord un &#201;tat &#187;. Arm&#233;e &#171; la plus morale du monde &#187; selon Claude Lanzmann&#8230; Heu&#8230; m&#234;me &#224; Gaza, en 2023-24-25 ? Hum&#8230; &#171; L'appareil d'&#201;tat est un appareil de capture. &#199;a capture les hommes. &#187; Et les terres d'autrui, parfois, dans toutes les aventures coloniales&#8230; &#171; Peut-&#234;tre que les soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat &lt;i&gt;[le peuple juif, avant 1948]&lt;/i&gt; proc&#232;dent autrement. &#187; Est ici r&#233;sum&#233; dans ces pages magistrales de Deleuze tout le propos liminaire du livre de Santacreu : &#171; Le contresionisme n'est pas un antisionisme : il est le contraire du sionisme. &#187; Et ceci, afin de faire un pas de c&#244;t&#233; et de s'extraire de la meute des meurtriers, comme le recommandait Kafka dans son &lt;i&gt;Journal.&lt;/i&gt; Ne devrait-ce pas &#234;tre la mission de tout &#233;crivain un peu cons&#233;quent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contresionisme&lt;/i&gt; de Santacreu est un livre diff&#233;rent et contraire &#224; tous les autres contre le sionisme. Et d'abord parce que l'auteur est extr&#234;mement &#233;rudit et inform&#233; sur son sujet, et qu'il manie la Torah, le Talmud et la Bible avec une grande agilit&#233;, et m&#234;me l'h&#233;breu. Tout son livre part d'une grande empathie affective pour le peuple juif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons ici &#224; toutes fins utiles que l'auteur a publiquement d&#233;clar&#233; qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont il &#233;crit qu'il est &#224; l'origine m&#234;me de la Litt&#233;rature, avec la Torah, ou Tanakh (rappelons ici qu'il s'agit des cinq premiers livres de la Bible) ; et c'est ainsi qu'en d&#233;finitive &lt;i&gt;Contresionisme&lt;/i&gt; se retrouve tout contre le sionisme : qui aime bien ch&#226;tie bien : &#171; Pourquoi le sionisme a-t-il commis un g&#233;nocide &#224; Gaza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je sais que tout le monde ne s'accorde pas sur ce terme pour qualifier les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions d'Agamben et de Santacreu sont tr&#232;s proches, et pourtant se compl&#232;tent : &#171; Pour un juif orthodoxe, les juifs vivant dans l'&#201;tat d'Isra&#235;l sont &#233;galement en exil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fin du juda&#239;sme, art. cit.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; &#171; Dans le juda&#239;sme authentique, l'exil n'est pas la condition des seuls juifs mais de tous les hommes. L'exil se rapporte &#224; une absence fondamentale : il d&#233;signe la conscience de l'imperfection du monde et contient l'espoir de sa transformation. Nous sommes tous en exil de notre humanit&#233;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contresionisme, &#201;d. Contrelitt&#233;rature, 2025.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Deleuze, capitalisme et machines de guerre sont &#233;troitement li&#233;s ; et c'est &#171; quand la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se souvient d'un fameux dialogue entre Gilles Deleuze et Elias Sanbar, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devient totale &#187; que &#171; l'objectif de la guerre devient illimit&#233; &#187;, comme on l'a vu &#224; Gaza pendant presque deux ann&#233;es o&#249; tout fut aveugl&#233;ment d&#233;truit, h&#244;pitaux, lieux de culte et &#233;coles compris. Raison pour laquelle Santacreu est violemment oppos&#233; &#224; toute forme de nationalisme : &#171; Le nationalisme est indissolublement li&#233; au concept d'&#201;tat. Le sionisme a introduit le nationalisme dans le juda&#239;sme, alors que cette id&#233;ologie raciale, &#233;labor&#233;e dans l'Europe du 19&#7497; si&#232;cle, &#233;tait contraire &#224; l'esprit s&#233;mite des rabbins. C'est dans son principe m&#234;me que le sionisme doit &#234;tre rejet&#233; car il porte en lui tous les crimes qui se sont perp&#233;tu&#233;s jusqu'&#224; nos jours. &#187; L'&#233;crivain va jusqu'&#224; penser et donc &#233;crire que les crimes de guerre de l'arm&#233;e isra&#233;lienne constituent un crime incestueux, dont le premier mod&#232;le fut le meurtre d'Abel par Ca&#239;n, puisque les peuples autochtones sont &#171; les p&#232;res ancestraux des territoires usurp&#233;s &#187; : &#171; L'extermination des Indiens par les colons am&#233;ricains est une image r&#233;fl&#233;chissante de l'an&#233;antissement des Palestiniens par les colonisateurs sionistes : destruction g&#233;nocidaire des peuples autochtones. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions d'Agamben et de Santacreu, compl&#233;mentaires, se rejoignent : &#171; le sionisme est la phase finale du capitalisme globalis&#233; &#187; (Santacreu) ; &#171; cela signifie peut-&#234;tre que le juda&#239;sme, qui n'est pas mort &#224; Auschwitz, conna&#238;t aujourd'hui sa fin &#187; (Agamben). Cependant, Alain Santacreu est plus optimiste : &#171; Comment un mouvement social alternatif pourrait-il parvenir &#224; reconstituer le peuple sous la forme d'une &#8220;communaut&#233; par le retrait&#8221;, aux temps de la technoscience et de l'ing&#233;nierie sociale mondialis&#233;e ? &#187; On reconna&#238;t l&#224; &#171; l'ind&#233;crottable &#187; &#233;crivain anti-autoritaire et fanatique des mouvements syndicalo-anarchistes de la Guerre d'Espagne du &lt;i&gt;Roman retrouv&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le roman retrouv&#233;, &#201;d. Tinbad, 2024.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; L'&#233;tat sioniste ne sera d&#233;truit que par &lt;i&gt;le faire peuple&lt;/i&gt; d'Isra&#235;l. C'est &#224; ce prix que la paix pourra revenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sera-t-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.quodlibet.it/giorgio-agamben-la-fine-del-giudaismo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.quodlibet.it/giorgio-agamben-la-fine-del-giudaismo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://entetement.com/la-fin-du-judaisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entetement.com/la-fin-du-judaisme/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Qu'est-ce que la contrelitt&#233;rature ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Au commencement Elohim cr&#233;a &#187;, Gen&#232;se 1.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons ici &#224; toutes fins utiles que l'auteur a publiquement d&#233;clar&#233; qu'il pensait, vu son patronyme et ses ascendances directes (son p&#232;re fut un anarchiste catalan), &#234;tre probablement un descendant de juifs s&#233;farades ayant pris ce nom de &#171; Sainte Croix &#187; pour &#233;chapper aux pers&#233;cutions de l'&#201;tat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je sais que tout le monde ne s'accorde pas sur ce terme pour qualifier les innombrables massacres et destructions commis par Tsahal dans la bande de Gaza en 2023-24-25 ; &#224; tout le moins peut-on parler de crimes de guerre disproportionn&#233;s par rapport &#224; l'attaque initiale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La fin du juda&#239;sme, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contresionisme, &#201;d. Contrelitt&#233;rature, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se souvient d'un fameux dialogue entre Gilles Deleuze et Elias Sanbar, &lt;i&gt;Les Indiens de Palestine,&lt;/i&gt; publi&#233; dans le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 8-9 mai 1982, et r&#233;cemment repris dans &lt;i&gt;Les Cahiers de Tinbad&lt;/i&gt; N&#176;19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le roman retrouv&#233;, &#201;d. Tinbad, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_23026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/couv_contresionisme.jpg' width=&#034;366&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contrelitterature.com/archive/2025/09/07/vient-de-paraitre-contresionisme-essai-d-alain-santacreu-6561802.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le site de l'&#233;diteur : &#034;Contrelitt&#233;rature&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Contresionisme&#034; d'Alain Santacreu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les Profanateurs</title>
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		<dc:date>2025-05-05T08:44:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>sexe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce qui frappe en premier le lecteur, dans ce Journal de Jacques Henric courant de 1971 &#224; 2015, c'est son titre, &lt;i&gt;Les Profanateurs.&lt;/i&gt; L'auteur s'en explique assez longuement dans sa pr&#233;face, mais une simple consultation du &lt;i&gt;Littr&#233;&lt;/i&gt; nous met sur la bonne piste : &lt;i&gt;&#171; celui, celle qui profane les choses saintes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/sexe" rel="tag"&gt;sexe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton2658-9b16e.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui frappe en premier le lecteur, dans ce Journal de Jacques Henric courant de 1971 &#224; 2015, c'est son titre, &lt;i&gt;Les Profanateurs.&lt;/i&gt; L'auteur s'en explique assez longuement dans sa pr&#233;face, mais une simple consultation du &lt;i&gt;Littr&#233;&lt;/i&gt; nous met sur la bonne piste : &lt;i&gt;&#171; celui, celle qui profane les choses saintes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On s'en rend compte tr&#232;s vite dans le livre, Henric profane essentiellement deux choses dans son Journal : le sexe comme espace possible du sacr&#233; et la figure du &#171; grant&#233;crivain &#187; qui serait forc&#233;ment un saint, voire un asc&#232;te. Ici, c'est-&#224;-dire dans le Journal, les monstres sacr&#233;s que furent, pour nous, Pierre Guyotat et Philippe Sollers, ressortent humains trop humains : franche d&#233;connade, alcool, sexe d&#233;brid&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose qui saute aux yeux du lecteur, c'est l'absence revendiqu&#233;e de travail litt&#233;raire sur le style de l'&#233;criture dudit Journal : il s'agit d'une prise de notes sur le vif, avec &#233;norm&#233;ment d'anacoluthes : &lt;i&gt;&#171; Une sorte d'&#233;quivalent &#224; ce qu'est l'instantan&#233; en photographie. Vu, entendu. Clic ! Clac ! C'est not&#233; &#187;&lt;/i&gt; (in &#171; Pr&#233;ambule &#187;). Mais le premier exergue du Journal, emprunt&#233; &#224; Michel Leiris, nous mettait imm&#233;diatement sur la bonne voie fort droite : &lt;i&gt;&#171; La grande difficult&#233; qu'il y a &#224; tenir un journal ; c'est qu'&#224; chaque instant on se laisse aller &#224; la litt&#233;rature. Il faudrait ne m&#234;me pas se soucier de construire une phrase. Ne pas faire comme quand on se regarde dans la glace. &#187;&lt;/i&gt; Bien plut&#244;t, donc, promener un vaste miroir sur les routes pour tenter d'attraper le r&#233;el des situations prises sur le vif : &lt;i&gt;&#171; 3 septembre / D&#238;ner samedi soir avec les Cane, Catherine Devade enceinte, ventre &#233;norme. Fin, sans doute, de son analyse. &#187;&lt;/i&gt; (J'ai ouvert le Journal au hasard, &#224; l'ann&#233;e 1973.) &#201;crire &lt;i&gt;en plein dans tout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre le titre d'un essai de Jacques Henric consacr&#233; au peintre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; et au c&#339;ur des choses, voire, le plus souvent, de La Chose (sexuelle, et apr&#232;s Freud).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne directement au sexe, tr&#232;s pr&#233;sent dans ce Journal. Quoi de moins &#233;tonnant, pour qui a lu l'&#339;uvre de l'&#233;crivain et de sa femme, Catherine Millet ? &#201;pouse qu'il n'h&#233;site pas &#224; profaner, selon les plus anciennes lois dites de l'hospitalit&#233; (le lecteur curieux pourra approfondir cette notion dans toute l'&#339;uvre de Pierre Klossowski, sur lequel Henric a d'ailleurs &#233;crit un brillant essai aux &#201;ditions Adam Biro, en 1989). &lt;i&gt;&#171; 28 mai [1974] / Vendredi dernier, le dernier &#8220;coup&#8221; de Catherine dans le bois de Boulogne avec Tallon. [&#8230;] Un mec perd sa capote, rechercha &#224; l'aide d'une torche &#233;lectrique, r&#233;flexion : &#8220;Faudrait pas qu'un m&#244;me tombe l&#224;-dessus demain avant le match.&#8221; Fantasme se r&#233;alisant, m'explique-t-elle. &#187;&lt;/i&gt; Nous laissons &#224; la dilection du lecteur le soin de d&#233;couvrir la vie sexuelle compl&#232;tement d&#233;brid&#233;e du jeune Pierre Guyotat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre sujet tr&#232;s important du livre, et m&#234;me central : la politique. Normal, me direz-vous, puisque le Journal commence quelques semaines avant le fameux Mouvement de juin 1971, date du passage du groupe de la revue &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; du communisme au mao&#239;sme, par rejet du stalinisme du PCF, sous l'impulsion principale de son directeur, Philippe Sollers. On s'amuse alors de toutes ces histoires, p&#233;tards mouill&#233;s vus d'aujourd'hui, d'accusation de r&#233;visionnisme etc. (On se souvient alors du film &lt;i&gt;La Chinoise&lt;/i&gt; de Jean-Luc Godard, et l'on sourit&#8230;) Plus important, et tout lecteur de la revue Artpress le savait d&#233;j&#224;, il appert de ce Journal que chez Jacques Henric, et tout comme dans la revue &lt;i&gt;Tel Quel,&lt;/i&gt; &#224; quelques &#233;carts pr&#232;s, la Litt&#233;rature (L majuscule) ne fut jamais oubli&#233;e malgr&#233; la politique, et &#224; la diff&#233;rence de journaux ou revues comme &lt;i&gt;L'Humanit&#233;, France Nouvelle,&lt;/i&gt; etc. : politique de la litt&#233;rature. Pas question de devenir jdanovien, c'est-&#224;-dire de soumettre ladite litt&#233;rature &#224; un quelconque principe politique qui lui pr&#233;existerait : un &#171; bon &#233;crivain &#187; se devant forc&#233;ment d'&#234;tre &#171; de gauche &#187;, vu comme force de progr&#232;s, etc. On se souvient o&#249; nous men&#232;rent de tels exc&#232;s id&#233;ologiques en Union Sovi&#233;tique, sous Jdanov justement : rejet de James Joyce consid&#233;r&#233; comme &#233;crivain bourgeois, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos dans Exc&#232;s de langage de Jean-Louis Houdebine, Deno&#235;l, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus encore : &lt;i&gt;Les Profanateurs,&lt;/i&gt; en tout cas pour tout lecteur s'&#233;tant int&#233;ress&#233; d'un peu pr&#232;s aux productions du groupe Tel Quel, s'av&#232;re passionnant comme un &lt;i&gt;thriller&lt;/i&gt; &#8212; un v&#233;ritable &lt;i&gt;page-turner&lt;/i&gt; : mais que va-t-il encore se passer ? et arriver &#224; Pierre Guyotat ou Maurice Roche ou Philippe Sollers ? Qui va trahir qui ? Qui va rompre (la plus c&#233;l&#232;bre rupture &#233;tant celle de Jean-Pierre Faye), et pourquoi ? (Une certaine comp&#233;tition entre m&#226;les, peut-&#234;tre bien ? &lt;i&gt;&#171; Pas de place dans le marigot pour deux crocodiles, dit le proverbe [16 juillet 1973]. &#187;&lt;/i&gt;) Qui va censurer qui, et quoi ? (Souvent, c'est la presse communiste, si peu tol&#233;rante h&#233;las, qui censure le plus&#8230; et m&#234;me un Pierre Guyotat, &#224; la fois dans &lt;i&gt;L'Huma&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Lettres fran&#231;aises&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque de &lt;i&gt;Litt&#233;rature interdite.&lt;/i&gt;) Comment certains vont-ils se r&#233;concilier &#8212; ou pas ?&#8230; Ah ! la politique&#8230; Mais laissons ici la parole &#224; Sollers, encore et toujours lui, si pr&#233;sent dans ces pages : &lt;i&gt;&#171; Seule l&#8216;&#339;uvre a de l'importance ? Mais non. Seule la vie ? Mais non. Les deux sont inextricablement li&#233;es. L'amour, le sexe, l'alcool, les drogues, l'engagement politique, les amiti&#233;s, les brouilles (tr&#232;s importantes, les brouilles). L'&#233;crivain a raison, il a tort [&#8230;] &#187;&lt;/i&gt; (in &#171; Pr&#233;ambule &#187;). Ce &#224; quoi Henric ajoute : &lt;i&gt;&#171; La vie litt&#233;raire vire &#224; une activit&#233; de mafieux. [&#8230;] Apr&#232;s l'amour, pr&#233;voir la haine &#187;&lt;/i&gt; (1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; septembre 1973). Cela &#233;tonne-t-il quelqu'un dans la salle ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur l'aura compris : &lt;i&gt;Les Profanateurs&lt;/i&gt; de Jacques Henric est le contrepoint n&#233;cessaire, qui manquait encore, &#224; l'indispensable essai de Philippe Forest racontant l'histoire de &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire de Tel Quel (1960-1982), Le Seuil, coll. &#171; Fiction &amp; Cie &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : son contrechamp profane. En tant que l'un des derniers t&#233;moins survivants, avec Marcelin Pleynet, de cette &#233;poque utopique, l'&#233;poque &lt;i&gt;Tel Quel,&lt;/i&gt; derni&#232;re v&#233;ritable avant-garde litt&#233;raire, sa voix, son t&#233;moignage sont pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisez le Journal de Jacques Henric, &#224; qui on saura gr&#233; d'avoir toujours privil&#233;gi&#233; la Litt&#233;rature sur l'id&#233;ologie !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22293 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/couv_lesprofanateurs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH790/couv_lesprofanateurs-e9b77.jpg?1744658979' width='500' height='790' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre le titre d'un essai de Jacques Henric consacr&#233; au peintre Bernard Dufour, tr&#232;s pr&#233;sent dans ce Journal. (C'est aussi le titre d'un tableau, autoportrait, du peintre.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos dans Exc&#232;s de langage de Jean-Louis Houdebine, Deno&#235;l, coll. &#171; L'Infini &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Histoire de Tel Quel (1960-1982)&lt;/i&gt;, Le Seuil, coll. &#171; Fiction &amp; Cie &#187;, 1995, essai que l'on pourrait qualifier de &#171; sacr&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les Profanateurs &#8212; Journal (1971-2015)&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques HENRIC&lt;br class='autobr' /&gt;
Plon, 544 p., 30 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui a peur de Thomas A. Ravier ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Qui-a-peur-de-Thomas-A-Ravier</link>
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		<dc:date>2024-12-01T17:48:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis deux livres publi&#233;s chez un petit &#233;diteur, l'&#233;crivain Thomas A. Ravier est victime d'une conjonction d'indiff&#233;rence : on ne parle plus de ses livres, ou si peu ; et m&#234;me pas pour les insulter, ou les combattre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH103/arton2574-f86a5.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis deux livres publi&#233;s chez un petit &#233;diteur, l'&#233;crivain Thomas A. Ravier est victime d'une conjonction d'indiff&#233;rence : on ne parle plus de ses livres, ou si peu ; et m&#234;me pas pour les insulter, ou les combattre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Flashback&lt;/i&gt; : Ravier a publi&#233; quatre livres dans la prestigieuse collection de feu Philippe Sollers, &#171; L'Infini &#187;. Il sera ici question de &lt;i&gt;Les aubes sont navrantes,&lt;/i&gt; son premier court roman dans cette collection, et son quatri&#232;me alors, apr&#232;s deux romans publi&#233;s chez Julliard, o&#249; l'auteur avait m&#234;me &#233;t&#233; mensualis&#233; (comme son mod&#232;le absolu, C&#233;line&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/lesaubes_ravier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH771/lesaubes_ravier-5d81c.jpg?1732977619' width='500' height='771' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le titre, &lt;i&gt;Les aubes sont navrantes,&lt;/i&gt; emprunt&#233; &#224; Rimbaud en son &lt;i&gt;Bateau ivre (&#171; Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer &#187;),&lt;/i&gt; on s'en rend compte assez vite &#224; la lecture, est programmatique : c'est, de loin, le plus rimbaldien des romans de l'auteur et l'homme aux semelles de vent y resurgit sous la figure d'un tagueur &#224; Paris la nuit. La quatri&#232;me de couverture annonce la couleur : &#171; Je voulais d&#233;vorer Paris. [&#8230;] Nous bondissions. [&#8230;] Oui, je fus ce monstre-l&#224;. J'aurais fait de Paris mon festin. &#187; Rimbaud encore : &lt;i&gt;Jadis, si je me souviens bien, ma vie &#233;tait un festin, o&#249; s'ouvraient tous les c&#339;urs,&lt;/i&gt; etc. L'avertissement pr&#233;cise encore les intentions de l'auteur : &#171; Il s'agit d'un duel. Un duel avec Paris. &#187; Un duel avec les nouveaux Parnassiens de la capitale, devenue inf&#226;me, de ce temps-l&#224; : Meyronnis et Haenel, l'acad&#233;mique &#233;quipe de &lt;i&gt;Ligne de risque&lt;/i&gt; (qui n'en prit aucun, avant le d&#233;part du plus connu des deux, soit dit en passant) ? Voire&#8230; Toujours est-il que, devant tant d'indiff&#233;rence, Ravier est saisi de la tentation de se d&#233;gager&#8230; et de voler selon&#8230; selon l'appel du sud et de la lumi&#232;re, constant chez lui. L'Afrance a toujours &#171; ador&#233; &#187; emp&#234;cher ses plus beaux esprits&#8230; Rien de nouveau sous le soleil du soi-disant d&#233;r&#232;glement climatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas question ici de nier l'actuel cycle de r&#233;chauffement du climat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&#8230; Mais reprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la figure d'un tagueur surprend d'abord le lecteur (partiel) de l'&#339;uvre de Ravier que je suis, tr&#232;s vite, elle fait sens : c'est une m&#233;taphore : &#171; D'embl&#233;e je compris qu'il me fallait [&#8230;] imposer par la parole mon lyrisme &#224; Paris. &#187; Le lecteur doit ici savoir que ce roman suit de peu le fameux texte de Ravier sur Booba paru dans la NRF en octobre 2003, &#171; Booba ou le d&#233;mon des images &#187;. Le rap, le tag&#8230; niquer l'acad&#233;misme, son beau souci. Question d'&#233;nergie, de &#171; d&#233;sordre plastique &#187;. Le style de Ravier est tr&#232;s sec et nerveux, color&#233; et viril ; or rien n'est plus mal vu aujourd'hui que la virilit&#233; d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme l'un des principaux maux de notre soci&#233;t&#233;. &#201;coutez un peu par-dessus mon &#233;paule : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je pensais : je les baise. &#199;a devenait une habitude, traverser Paris, sentir physiquement la ville, puis rentrer &#224; l'aube, pourri, tach&#233;, cern&#233;, livide mais gai, accroch&#233;, cramponn&#233; &#224; son outil comme ivre &#224; sa bouteille. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le narrateur-tagueur, tr&#232;s vite, dut payer : &#171; Sans me conna&#238;tre, on me d&#233;testait. On m'insultait dans les petits matins. &#187; On ne salit pas ainsi l'espace bourgeois en toute impunit&#233;&#8230; Il faut payer, disait C&#233;line.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture dans un milieu devenu largement hostile est une affaire militaire, et la guerre spirituelle est aussi violente que la bataille d'homme : &#171; Adolescent, j'&#233;crivais un peu, en vers, mais avec tout &#231;a&#8230; disons que j'ai plus souvent une bombe que la plume &#224; la main. &#187; Le mur est une falaise, une page blanche, un adversaire qu'on salue en s'inclinant, comme dans les arts martiaux. Taguer, c'est &#233;crire son nom partout : &#171; &#8230; (j'&#233;cris tagueur mais je pense &#233;crivain), les surprises sont permanentes, les brasiers multiples, les exag&#233;rations naturelles. &#187; Qui n'a pas lu l'entretien-fleuve de Ravier avec Patrick Amine dans son dernier livre (&lt;i&gt;Je lisais, ne vous d&#233;plaise,&lt;/i&gt; Tinbad), &#224; propos de Philippe Sollers, ne peut rien savoir des exag&#233;rations dont est capable l'&#233;crivain-grapheur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on relit la quatri&#232;me de couverture : &#171; Je voulais d&#233;vorer Paris. J'&#233;tais devenu comme ce poulpe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre figure ch&#232;re aux surr&#233;alistes, et si inqui&#233;tante dans Les Chants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'&#233;tait ma nature, tout sauf de la col&#232;re : je crachais. [&#8230;] J'ach&#232;ve ainsi l'&#232;re de ma jeunesse : en rythme&#8230; &#187; Et l'on est alors pris d'un doute : l'adolescent Ravier fut-il r&#233;ellement ce monstre-l&#224; ? Est-ce un portrait ressemblant de l'artiste en jeune grapheur ? Une pure invention ? Qui sait ? &#171; Plus jeune, &#224; dix-sept ans &#187;, le narrateur disait &#171; r&#234;ver de voir br&#251;ler &#187; la France. On n'est pas s&#233;rieux, quand on a dix-sept ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cin&#233;philie bien connue de l'&#233;crivain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le remarquable L'&#339;il du Prince, publi&#233; par Philippe Sollers dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est jamais loin ; elle r&#244;de : &#171; En pronon&#231;ant le nom de Feuillade une image s'impose imm&#233;diatement, sur une vieille affiche de cin&#233;ma celle de Fant&#244;mas, g&#233;ant, enjambant Paris : c'est moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons ici que cette citation est une note de bas de page dans le roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ses ailes de g&#233;ant ne l'emp&#234;chent m&#234;me pas de voler, ou plut&#244;t de taguer : &#171; Tictictic tic&#8230; Pschiiiit &#187; : &#171; &#8212; Nous n'aimons pas vos cit&#233;s. Nous les voulons pavoiser de rouge &#187; ; &#171; Nous parfumons Paris &#187; : &#171; &lt;i&gt;vitesse en route vers une cible&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours l'id&#233;e de festin en ligne de mire : &#171; Le Cap [&#8230;] est cet embout qui va s'&#233;largissant et permet d'amplifier l'&#233;mission. [&#8230;] De lui jailliront les grossi&#232;res vindictes : les bombes coulent comme du vin &#187; : Si Ravier se souvient bien, jadis, tous les vins coulaient&#8230; Dire qu'il sut lui aussi asseoir la Beaut&#233; sur ses genoux (voir par exemple son dernier livre, recueil de ses meilleurs textes sur la Litt&#233;rature, &lt;i&gt;Je lisais, ne vous d&#233;plaise, op. cit.&lt;/i&gt;) n'est pas exag&#233;r&#233;. Festoyer, danser, le voulez-vous ? Sans la prose tr&#232;s musicale et scand&#233;e (le rap, son beau souci) de Ravier, la Litt&#233;rature fran&#231;aise contemporaine serait une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa derni&#232;re rencontre publique, &#224; la librairie Gallimard du boulevard Raspail pour la sortie de son livre-recueil cit&#233;, Ravier nous a dit ceci &#8211; en guise d'avertissement : &#171; Toute soci&#233;t&#233; peut se juger &#224; l'aune de la situation de son marivaudage. &#187; Je laisse &#224; la dilection du lecteur le soin de juger notre &#233;poque, notre soci&#233;t&#233;, quant &#224; l'&#233;tat de son marivaudage&#8230; Est-il seulement encore possible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas question ici de nier l'actuel cycle de r&#233;chauffement du climat terrestre, comme il y en eut des milliers depuis le Big Bang, mais de railler le c&#244;t&#233; religieux de nos nouveaux chiens de garde de l'espace m&#233;diatique qui souhaitent d&#233;sormais ouvertement interdire tout d&#233;bat d'id&#233;es, et en particulier scientifiques. Comme dans le c&#233;l&#232;bre Trait&#233; du style d'Aragon, il faut d&#233;sormais faire feu de tout bois et sur tous les fronts contre la religiosit&#233; de la soci&#233;t&#233; qui se croit seule &#224; penser (et alors qu'elle ne panse rien du tout, mais punit). De plus, un climat r&#233;gl&#233; n'a jamais exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autre figure ch&#232;re aux surr&#233;alistes, et si inqui&#233;tante dans Les Chants de Maldoror de Lautr&#233;amont. D'une encre l'autre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le remarquable L'&#339;il du Prince, publi&#233; par Philippe Sollers dans la m&#234;me collection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons ici que cette citation est une note de bas de page dans le roman de Ravier, et que, tout comme dans toute l'&#339;uvre de Jean-Jacques Schuhl, dont le romancier ignore pourtant tout, c'est souvent dans celles-ci que nous trouvons les plus belles incises, les plus myst&#233;rieuses notations. De note en note en d&#233;gringolade jusqu'&#224; la victoire litt&#233;raire par chaos plastique ? Et si nous devions ce rapprochement involontaire de deux auteurs qui s'ignorent &#224; l'&#339;il de Sollers, leur &#233;diteur commun ?&lt;br class='autobr' /&gt;
4a Contre toute attente, Jean-Jacques Schuhl m'a dit avoir lu ce livre de Thomas A. Ravier, &#224; cause de son int&#233;r&#234;t pour les graffiteurs, suite &#224; sa passion pour le premier Jean-Michel Basquiat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#201;pilogue : &#171; Ce mur contre lequel je menais cette guerre muette &#233;tait d'abord une chute en soi, le point d'information inutile de quelque chose de plus vaste &#187; : ce quelque chose est l'ensemble de l'&#339;uvre imprim&#233; de Thomas A. Ravier : 13 livres, dont 8 romans. Musique !&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin du livre, forc&#233;ment, sera tragique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ravier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/ravier.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;541&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nan Goldin, le plaisir et la terreur</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Nan-Goldin-le-plaisir-et-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Nan-Goldin-le-plaisir-et-la</guid>
		<dc:date>2024-11-03T14:44:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>exposition</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re exposition personnelle de Nan Goldin &#224; la galerie Gagosian-Chelsea &#224; New York, on a vu les choses en grand : l'artiste occupe la totalit&#233; du gigantesque espace de la 21&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; rue avec de tr&#232;s beaux et r&#233;cents tirages dits &#171; archival pigment prints &#187; (soit &#171; impressions &#224; jet d'encre &#187;) et deux pavillons en forme de gros blocs noirs pos&#233;s au centre du lieu (ils nous font penser &#224; la fameuse bo&#238;te noire dite Black Maria de Thomas Edison, premier studio de cin&#233;ma de l'Histoire), et servant &#224; diffuser deux installations-vid&#233;o in&#233;dites, &lt;i&gt;You Never Did Anything Wrong&lt;/i&gt; (qui donne son titre &#224; l'exposition), et &lt;i&gt;Stendhal Syndrome.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Lire-ecrire" rel="directory"&gt;Voir, Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2546-3be32.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re exposition personnelle de Nan Goldin &#224; la galerie Gagosian-Chelsea &#224; New York, on a vu les choses en grand : l'artiste occupe la totalit&#233; du gigantesque espace de la 21&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; rue avec de tr&#232;s beaux et r&#233;cents tirages dits &#171; archival pigment prints &#187; (soit &#171; impressions &#224; jet d'encre &#187;) et deux pavillons en forme de gros blocs noirs pos&#233;s au centre du lieu (ils nous font penser &#224; la fameuse bo&#238;te noire dite Black Maria de Thomas Edison, premier studio de cin&#233;ma de l'Histoire), servant &#224; diffuser deux installations-vid&#233;o in&#233;dites, &lt;i&gt;You Never Did Anything Wrong&lt;/i&gt; (qui donne son titre &#224; l'exposition), et &lt;i&gt;Stendhal Syndrome.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_21719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/blackmaria.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH355/blackmaria-cb2a5.jpg?1729947900' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec ce nouveau travail, l'artiste innove en pr&#233;sentant quasi exclusivement des polyptiques qui sont presque tous des montages de rapprochements de formes ou figures de pathos. Elle rejoint ici le travail d'Aby Warburg, qui montait les images de l'Histoire de l'Art (mais pas seulement, voir ses images de golfeuses) pour montrer les r&#233;surgences de formes au cours des &#226;ges ; fa&#231;on pour l'historien, et selon Georges Didi-Huberman, &#171; d'interroger, au c&#339;ur m&#234;me de leur &lt;i&gt;histoire, la m&#233;moire&lt;/i&gt; &#224; l'&#339;uvre dans les images de la culture &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'image survivante &#8212; Histoire de l'art et temps des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La diff&#233;rence &#233;tant que Nan Goldin, elle, le fait avec ses propres images, et non pas des images d'archive. Feuilletons cela, sans plus de commentaire, comme un Atlas :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/goldin_2024.kiss_2_crp-800x596.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH373/goldin_2024.kiss_2_crp-800x596-6dac2.jpg?1729947900' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_21720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/dianinthefountain.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/dianinthefountain-b586c.jpg?1772191773' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis (une histoire de drap&#233;s) :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/goldin_2024.orpheus_dying_crp1-800x279.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH174/goldin_2024.orpheus_dying_crp1-800x279-90022.jpg?1772191773' width='500' height='174' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fa&#231;on nouvelle chez l'artiste d'illustrer la survivance des &lt;i&gt;figures de pathos&lt;/i&gt; &#224; travers le temps &#8212; et jusqu'&#224; nous &#8212;, comme autant de sympt&#244;mes o&#249; se m&#234;lent latences et crises, m&#233;moire et d&#233;sir, r&#233;p&#233;titions et diff&#233;rences : plaisir et terreur du Syndrome de Stendhal, pour reprendre une expression qui se trouve dans le communiqu&#233; de presse annon&#231;ant le titre du &#171; diaporama &#187; occupant le centre de l'exposition, &lt;i&gt;Stendhal Syndrome.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s nous &#234;tre d&#233;lect&#233; de la beaut&#233; des pigments et couleurs des &#171; tirages d'archive &#187;, nous sommes entr&#233;s dans le noir du pavillon diffusant le &#171; diaporama &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On est oblig&#233; de rappeler ici qu'un diaporama est cens&#233; &#234;tre un dispositif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; annonc&#233; par les communiqu&#233;s de presse comme l'on serait entr&#233; dans le noir du temps. Las ! comme dans le cin&#233;matographe, la praticit&#233; commerciale et la facilit&#233; technique du num&#233;rique ont remplac&#233; la transparence et les glacis de couleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Glacis rendus possibles par les trois couches de couleur des pellicules (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des diapositives projet&#233;es de, par exemple, &lt;i&gt;The Ballad of Sexual Dependency&lt;/i&gt; (1982-1995). Il en r&#233;sulte une grande d&#233;ception sensitive : les couleurs sont devenues acides, &#233;lectriques &#8212; toujours un peu fluo. Nous avons donc &#224; faire &#224; un pseudo-diaporama. Et cela, &lt;i&gt;le march&#233;&lt;/i&gt; ne vous le dira bien s&#251;r pas&#8230; Nous avons du coup boycott&#233; le soi-disant premier film abstrait en 16 mm et super-8 de Nan Goldin titr&#233; &lt;i&gt;You Never Did Anything Wrong.&lt;/i&gt; Un jour, peut-&#234;tre, on le verra, dans nos p&#233;r&#233;grinations autour du globe, dans le format le plus appropri&#233; &#224; son origine argentique, et pour un rendu plastique maximum, soit en 16 mm&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, L'image survivante &#8212; Histoire de l'art et temps des fant&#244;mes selon Aby Warburg, Minuit, coll. &#171; Paradoxe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On est oblig&#233; de rappeler ici qu'un diaporama est cens&#233; &#234;tre un dispositif tournant projetant successivement un ensemble de diapositives sur un grand &#233;cran, par transparence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Glacis rendus possibles par les trois couches de couleur des pellicules Ektachrome, exemplairement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nan Goldin :&lt;/strong&gt; You Never Did Anything Wrong, Gagosian West 21&lt;sup&gt;st&lt;/sup&gt; Street, New York, 12 septembre &#8211; 19 octobre 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hoctan en Am&#233;rique</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Hoctan-en-Amerique</link>
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		<dc:date>2024-07-29T12:52:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La narratrice du livre (si l'on en croit le &#171; je &#187; &#233;nonciatif) vient de perdre son p&#232;re, qu'elle a peu connu, et sur le tard, et qui a s&#233;journ&#233; &#224; plusieurs reprises en Am&#233;rique pour des &#171; missions &#187;. Il lui a laiss&#233;, en plus d'un livre offert comme on partage un secret (&lt;i&gt;&#171; C'est en la voyant qu'on la d&#233;couvre. C'est en la d&#233;couvrant qu'on n'en revient pas &#187;&lt;/i&gt; : un talisman pour New York ?), une liasse de billets verts accompagn&#233;e d'une carte de visite annot&#233;e manuellement.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/argent" rel="tag"&gt;argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton2509-83067.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La narratrice du livre (si l'on en croit le &#171; je &#187; &#233;nonciatif) vient de perdre son p&#232;re, qu'elle a peu connu, et sur le tard, et qui a s&#233;journ&#233; &#224; plusieurs reprises en Am&#233;rique pour des &#171; missions &#187;. Il lui a laiss&#233;, en plus d'un livre offert comme on partage un secret (&lt;i&gt;&#171; C'est en la voyant qu'on la d&#233;couvre. C'est en la d&#233;couvrant qu'on n'en revient pas &#187;&lt;/i&gt; : un talisman pour New York ?), une liasse de billets verts accompagn&#233;e d'une carte de visite annot&#233;e manuellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l'&#233;poque de la grande crise des Subprimes de 2007-2008, m&#234;me si la narratrice nous dit qu'il n'y a apparemment aucun rapport entre les deux &#233;v&#233;nements. Le p&#232;re, au cours des p&#233;r&#233;grinations de la narratrice, va se r&#233;v&#233;ler de plus en plus &#234;tre une sorte de M. Arkadin avec une double vie jusque-l&#224; ignor&#233;e. Un agent double ? Certainement un agent de renseignement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un rouleau biface&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parlons tout de suite de la forme du livre, puisqu'elle est ici tr&#232;s importante (et op&#233;rante) : &lt;i&gt;Dans l'existence de cette vie-l&#224;&lt;/i&gt; se pr&#233;sente comme un long rouleau, hommage au livre offert par son p&#232;re, lui aussi un rouleau, (et quel rouleau ! &#8212; &lt;i&gt;Sur la route&lt;/i&gt; de Jack Kerouac) en deux volets, s&#233;par&#233;s en son milieu par un court interm&#232;de, ou &#171; premi&#232;re vision &#187;, on l'on trouvera les seuls alin&#233;as et tirets de dialogues du livre. Le livre-cadeau-paternel tant aim&#233; revient comme un &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; tout au long du livre, il en est la lettre offerte ; et on va m&#234;me pouvoir, au cours de notre lecture, visiter l'appartement o&#249; l'&#233;crivain am&#233;ricain tapa son mythique rouleau &#224; la machine suppos&#233;ment en trois semaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On apprendra au cours de la narration qu'en r&#233;alit&#233; Kerouac a &#224; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volet, ou premi&#232;re partie, se d&#233;roule sur 15 jours, chacun s&#233;par&#233; par un simple encadr&#233; du num&#233;ro du jour. La seconde partie, un peu moins longue, est constitu&#233;e du chemin entre quinze &#233;toiles aux noms rares : d'Alpheratz &#224; Bellatrix, avec le m&#234;me dispositif formel : pas de trou dans le rouleau ! Il doit tout englober, tous les &lt;i&gt;&#171; incipits de tous les romans et po&#232;mes du pays &#187;&lt;/i&gt; que la narratrice &lt;i&gt;&#171; a pu lire jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre leitmotiv du livre est un relev&#233; de la situation politico-&#233;conomique de son &#233;criture (c'est son c&#244;t&#233; Dos Passos, document sismographique sur l'&#233;poque) : &#171; LA SITUATION EST DONC CELLE-CI : &lt;i&gt;Les march&#233;s boursiers sont toujours dans le doute. Alors qu'hier les indices du pays s'enfon&#231;aient dans le rouge, la plupart des indices du &#8220;Vieux Monde&#8221; terminaient la s&#233;ance en repli. &#187;&lt;/i&gt; Ces relev&#233;s topographiques du lieu du Pouvoir biopolitique ne laissent pas, souvent, d'inqui&#233;ter : &lt;i&gt;&#171; Pour le grand professeur &#233;m&#233;rite de microbiologie de l'Universit&#233; nationale du &#8220;pays des Antipodes&#8221;, nous avons d&#233;j&#224; scell&#233; le destin de l'Humanit&#233; : &#8220;Homo sapiens devrait dispara&#238;tre d'ici un si&#232;cle tout au plus. C'est une situation irr&#233;versible due &#224; l'explosion d&#233;mographique et &#224; ses corollaires, etc.&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre aspect pr&#233;gnant du livre est la transposition d'absolument tous les noms propres (lieux et patronymes). Les &#233;crivains, par exemple, apparaissant toujours sous l'un de leurs pseudonymes, voire h&#233;t&#233;ronymes ou m&#234;me noms de leurs alter ego fictionnels, mais jamais sous leurs vrais noms ; ce qui ne manque pas de donner rapidement une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; (vraie traduction selon les Straub de la fameuse distanciation brechtienne, &lt;i&gt;Verfremdungseffekt&lt;/i&gt;) au livre. Ainsi le lieu de l'action du livre, ind&#233;niablement Manhattan, est-il nomm&#233; &#171; Isola &#187;, la &#171; Ville des villes &#187;, qui &#171; descend tout &#224; la fois d'Alexandrie &#187; et &#171; de Babylone &#187;. &#192; titre d'exemple, la simple transposition du nom d'une compagnie d'assurance en &#171; GREEDY &#187; cr&#233;e non seulement un sentiment d'&#233;tranget&#233;, mais aussi directement un effet de regard critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description nette et pr&#233;cise des ravages du n&#233;o-lib&#233;ralisme num&#233;rique n'est pas absente de ce livre :&lt;i&gt; &#171; Au commencement, il y a eu le Verbe, puis, peu &#224; peu, toutes sortes d'images &#187;&lt;/i&gt;. L'on sait que pour Guy Debord le capitalisme avanc&#233; et diffus &#233;tait une accumulation d'images ; pour Hoctan, le r&#232;gne digital n'est qu'une des formes du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal, symbolis&#233; par les &#171; &lt;i&gt;onze kilos du&lt;/i&gt; Times &lt;i&gt;du dimanche&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;[L'homme] feuillette la section de la mode masculine, en r&#234;vant d'un smoking en mohair dor&#233;. La femme est assise l&#224; avec la section magazine, et se demande pourquoi bordel personne ne les appelle pour les inviter &#224; boire un whisky-soda, quand c'est tellement rasant de rester &#224; la maison pour lire des histoires de ghettos et d'urbanisme d&#233;brid&#233;. C'est le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Degr&#233; z&#233;ro du sacramentel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le neutre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un lecteur qui ne conna&#238;trait rien de la vie de Caroline Hoctan (mais qui est Caroline Hoctan ?) ne pourrait pas d&#233;terminer si le narrateur du livre est un homme, ou une femme. L'on sait que c'est, pour l'instant, l'une des figures de style oblig&#233;es de l'auteure jusque ici (et bient&#244;t m&#234;me dans son troisi&#232;me roman &#224; para&#238;tre chez Tinbad au premier trimestre 2025, &lt;i&gt;La Fabrication du r&#233;el&lt;/i&gt;) : rendre le sexe de son narrateur ind&#233;cidable. On n'ignore pas que chez Roland Barthes le Neutre visait &#224; la suspension des donn&#233;es conflictuelles du discours ; chez Hoctan, il s'ensuit un trouble chez le lecteur : qui ? qui est ce narrateur qui couche &#224; la fois avec des gar&#231;ons et des filles ? (Un peu comme dans &lt;i&gt;Th&#233;or&#232;me&lt;/i&gt; de Pasolini.) Tout ce que l'on conna&#238;t de lui, c'est que son p&#232;re est mort, qu'il s&#233;journait souvent aux &#201;tats-Unis apr&#232;s avoir d&#233;laiss&#233; son enfant dans la toute prime enfance, et que le narrateur est venu dans la grande ville pour r&#233;gler son h&#233;ritage, par suite d'un mot sur une carte de visite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH625/amerika_kafka-3af2e.jpg?1721397305' width='400' height='625' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le disparu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'on sait que le vrai titre du roman &#171; am&#233;ricain &#187; de Kafka, anciennement connu sous le nom de &lt;i&gt;Amerika,&lt;/i&gt; &#233;tait &lt;i&gt;Le disparu (Der Verschollene)&lt;/i&gt;. Son action d&#233;butait ainsi : un fils de bonne famille, Karl Rossmann, est envoy&#233; par ses pauvres parents en Am&#233;rique parce qu'une bonne l'avait s&#233;duit et avait eu un enfant de lui. Karl d&#233;barque donc dans le port de New York avec pour tout bagage une simple valise qu'on ne manque pas de lui voler, &#224; plusieurs reprises, jusqu'&#224; ce qu'il disparaisse dans le violent paysage capitaliste am&#233;ricain, de plus en plus d&#233;class&#233; au fur et &#224; mesure de ses m&#233;saventures &#8212; ce que les Straub dans l'un de leurs chefs-d'&#339;uvre cin&#233;matographiques nomm&#232;rent des &#171; rapports de classe &#187;. Aussi ne sommes-nous pas &#233;tonn&#233;s, comme lecteur, de trouver la mention d'un certain Karl Rossmann d&#232;s la page 15 du roman de Caroline Hoctan : &lt;i&gt;&#171; Je tiens dans une main tout ce que j'ai : &#224; savoir, une simple valise, du genre de celle que poss&#233;dait s&#251;rement KARL ROSSMANN en d&#233;barquant lui-m&#234;me un si&#232;cle auparavant. &#187;&lt;/i&gt; Questionnement imm&#233;diat du lecteur : la narratrice du livre va-t-elle, elle aussi, dispara&#238;tre &#224; la fin du livre devant les coups de boutoir du n&#233;o-lib&#233;ralisme am&#233;ricain ? sera-t-elle d&#233;class&#233;e ? D'autant plus que la seconde partie de la d&#233;dicace paternelle sur le fameux livre offert ne laisse pas d'inqui&#233;ter : &lt;i&gt;&#171; C'est en la d&#233;couvrant qu'on n'en revient pas. &#187;&lt;/i&gt; Je laisse &#224; la dilection du lecteur la r&#233;solution de ces interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grosse diff&#233;rence entre ces deux livres est que Caroline est r&#233;ellement all&#233;e en Am&#233;rique, alors que Kafka, non, jamais &#8212; ce qui ne l'emp&#234;cha pas de brosser un tableau ultrar&#233;aliste de l'Am&#233;rique d'alors. Pour &#233;chapper &#224; un simple naturalisme, j'ai d&#233;j&#224; signal&#233; que l'auteure a transpos&#233; tous les noms de lieux dans son roman ; ainsi Times Square est devenu le &#171; Carrefour des D&#233;sirs &#187;, Brooklyn (ou est-ce le Queens ?) &#171; Point calme &#187;, et Broadway la &#171; Grande Voie Blanche &#187;. Il en r&#233;sulte presque un effet de fantastique : la Big Apple en devient une grille inlassablement arpent&#233;e &#224; pied par une figure quasi franciscaine, si ce n'est qu'au pr&#234;che religieux de pauvret&#233;, la narratrice a substitu&#233; un pr&#234;che litt&#233;raire : Lisez tous les livres des grands &#233;crivains de la Capitale de la Fiction ! Sans discontinuer, la narratrice du livre chemine en marchant, et voudrait bien convertir tous les Am&#233;ricains qu'elle rencontre &#224; leur grande litt&#233;rature, qu'ils semblent souvent ignorer : Ceci est le corps de la vraie Am&#233;rique : prenez et lisez ! prenez-en tous !&#8230; C'est que la narratrice du livre est venue en Am&#233;rique pour &#233;crire une &#171; sorte de roman &#187;, une esp&#232;ce de chant de l'ici et du maintenant. Errant au milieu de fant&#244;mes (il y en a plein les pages ! en lettres capitales, toujours), elle esp&#232;re que la transsubstantiation se fera, et que le pain et le vin am&#233;ricains seront transform&#233;s en miraculeuse prose fran&#231;aise. Il ne s'agira pas de raconter &#171; des histoires &#187;, mais de d&#233;couvrir le secret qui a permis &#224; la langue de ce pays de produire cette litt&#233;rature exceptionnelle, avec toujours en ligne de mire &lt;i&gt;Sur la route&lt;/i&gt; qui symbolisait pour son auteur la route &#8212; l'errance &#8212; qui n'en finit pas. Ce serait la part non maudite de la litt&#233;rature : &lt;i&gt;&#171; L'impossible devient possible dans la vraie vie de la fiction. &#187;&lt;/i&gt; Mais peut-on faire &lt;i&gt;jazzer&lt;/i&gt; la langue fran&#231;aise ? &lt;i&gt;&#171; Je marche ainsi d'un pas all&#232;gre, le c&#339;ur l&#233;ger, le regard &#233;merveill&#233; par tout ce que je vois de cette ville qui attise mon attrait pour elle : ses artifices, ses chim&#232;res, ses feintes, ses illusions, ses leurres, ses mirages, ses mensonges, ses subterfuges et tout ce qu'elle peut nous faire encore miroiter malgr&#233; ses exc&#232;s &#233;vidents, son injustice insupportable, son hypocrisie flagrante. &#187;&lt;/i&gt; Et nous, lecteur, avan&#231;ons l&#233;g&#232;rement par-dessus l'&#233;paule de la narratrice. Entre deux mondes, &lt;i&gt;&#171; &#233;cartel&#233;e entre deux vies, cherchant &#224; retrouver le chemin d'un paradis perdu alors m&#234;me que je poursuivrais un chemin qui ne m&#232;ne d&#233;j&#224; plus nulle part depuis longtemps &#187;&lt;/i&gt;, la narratrice de &lt;i&gt;Dans l'existence de cette vie-l&#224;&lt;/i&gt; va-t-elle &#224; son tour se perdre en Am&#233;rique ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/amerika-rapports-de-classes_straub.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH685/amerika-rapports-de-classes_straub-a1c45.jpg?1721397305' width='500' height='685' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jusqu'aux &#233;toiles par des sentiers perdus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie du livre, constitu&#233;e de quinze stations dans des &#233;toiles aux noms rares, radicalise l'errance de la narratrice : &lt;i&gt;&#171; Je passais la plupart de mon temps dehors et, parfois, ne rentrais m&#234;me pas dormir &#224; la pension,&lt;/i&gt; disparaissant &lt;i&gt;de la circulation plusieurs jours de suite, trouvant refuge dans d'autres lieux, dans d'autres lits, chez d'autres gens &#187;&lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne). L'&#233;trange &#233;toile que la narratrice arbore sur son sac, et que tous ses interlocuteurs remarquent avec &#233;tonnement, serait-elle la lettre cach&#233;e de ce second volet ? Il vous faudra lire, mon lecteur, pour le savoir&#8230; Sachez tout de m&#234;me, avant que d'entreprendre ce voyage, que son chemin est un constant &#233;loge de la litt&#233;rature, qui &lt;i&gt;&#171; d&#233;passe toutes les &#233;poques qui l'ont produite, comme elle s'adresse &#224; tous les hommes quels que soient les &#233;poques et les lieux depuis lesquels ils lisent &#187;&lt;/i&gt; ; c'est-&#224;-dire qu'elle n'appartient &#224; aucun temps, &#171; se contrefout des sentences, des opinions et de tous ces qu'en-dira-t-on &#187;. Vous qui entrez, laissez tout d&#233;sespoir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On apprendra au cours de la narration qu'en r&#233;alit&#233; Kerouac a &#224; de nombreuses reprises retravaill&#233; son jet initial, et que cette l&#233;gende est largement fausse ; mais l&#224; n'est pas la question ici&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_21418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hoctan_couv.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hoctan_couv.jpg' width=&#034;502&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'existence de cette vie-l&#224;,&lt;/i&gt; Caroline Hoctan, Fayard, 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
Caroline Hoctan codirige le site &#171; d'effiction &#187; litt&#233;raire D-Fiction&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous, d'Evgueni Zamiatine</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Nous-d-Evgueni-Zamiatine</link>
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		<dc:date>2024-07-29T12:51:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>dystopie</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je n'avais tout simplement jamais entendu parler de ce livre que beaucoup s'accordent &#224; consid&#233;rer comme un pr&#233;curseur du &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; de George Orwell avant il y a quelques mois. Un simple post sur Facebook a suffi &#224; me mettre sur sa piste, et j'ai compris tr&#232;s vite que ce roman dystopique avait connu de graves difficult&#233;s du vivant de l'auteur, et m&#234;me apr&#232;s (traductions &#224; partir d'une traduction (en anglais)).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/dystopie" rel="tag"&gt;dystopie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Russie" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton2521-cf6fa.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je n'avais tout simplement jamais entendu parler de ce livre que beaucoup s'accordent &#224; consid&#233;rer comme un pr&#233;curseur du &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; de George Orwell avant il y a quelques mois. Un simple post sur Facebook a suffi &#224; me mettre sur sa piste, et j'ai compris tr&#232;s vite que ce roman dystopique avait connu de graves difficult&#233;s du vivant de l'auteur, et m&#234;me apr&#232;s (traductions &#224; partir d'une traduction (en anglais)).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelle chance que de tomber directement sur cette nouvelle (excellente, autant que j'en puisse juger, ne lisant pas le russe) traduction en collection &#171; L'Imaginaire &#187; (chez Gallimard) par V&#233;ronique Patte ! Car, et avant m&#234;me d'avoir lu le fort appareil critique (pr&#233;face, notes de la traductrice, postface, etc.) entourant le livre, j'avais senti que la traduction fonctionnait bien, rendant tr&#232;s habilement le langage appauvri d'une dictature collectiviste pour le Bien de tous (le NOUS du titre) : ponctuation simplifi&#233;e (beaucoup de tirets et tirets doubles) et phrases comme une &#233;criture en st&#233;no, ou en flash :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les nuages &#8212; et puis, au loin, une tache verte &#8212; de plus en plus verte, de plus en plus criarde &#8212; nous fonce dessus &#8212; fin imminente &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]
&lt;br /&gt;&#8212; R&#233;acteurs de poupe &#8212; plein r&#233;gime !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine facilement que la traductrice n'a pas pu inventer une telle ponctuation d'inspiration futuriste : tacatac !&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus loin, vers la fin du roman, l'&#233;criture devient carr&#233;ment cubiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est comme si les lettres noires, nettes, sur cette page - se mettaient soudain &#224; tanguer [&#8230;] - et plus un seul mot, rien que des inepties : brr &#8212; hop &#8212; com &#8212; Dehors - c'est pareil - une foule pulv&#233;ris&#233;e, en d&#233;sordre - qui va en avant, en arri&#232;re, de biais, de travers&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a touch&#233; &#224; la syntaxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pens&#233;e qui forme / une forme qui pense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas souvent, en tout cas dans la litt&#233;rature traduite, que l'on sent une telle ad&#233;quation entre le message d'un livre (son fond) et sa forme. Un miracle ? Une exception, qui confirme la r&#232;gle (toute traduction est une trahison) ? Il est impossible d'&#233;crire une dystopie imaginant un futur totalitaire en alignant les phrases comme un Proust, ou un Zola. Une soci&#233;t&#233; totalitaire ne pouvant fonctionner qu'apr&#232;s avoir r&#233;duit le langage (voir &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; &#224; ce sujet), comment imaginer une soci&#233;t&#233; o&#249; toute imagination a disparu avec des phrases d'une page emplies d'imparfaits du subjonctif se succ&#233;dant &#224; l'aide de tout un appareil de conjonctions de coordination et de points-virgules ? La r&#233;volution (litt&#233;raire) n'est pas un th&#233; de cinq heures (de l'apr&#232;s-midi) !&#8230; On ne peut pas vivre que de madeleines et de th&#233; &#224; la bergamote&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but du livre, premi&#232;re page, le ton est donn&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'ils ne comprennent pas que nous leur apportons un bonheur math&#233;matiquement infaillible, notre devoir - les contraindre &#224; &#234;tre heureux. Mais avant les armes &#8211; nous utiliserons les mots.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/bonheur_medvekine_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/bonheur_medvekine_0001-0c81e.jpg?1721581217' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le Bonheur, Alexandre Medvedkine
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, l'auteur nous avait pr&#233;venu : &#171; Je transcrit simplement &#8211; mot &#224; mot &#8211; ce qui a &#233;t&#233; publi&#233; aujourd'hui au &lt;i&gt;Journal d'&#201;tat&lt;/i&gt;. &#187; On comprend que l'&#201;tat Unique (soit l'URSS de l'&#233;poque de la r&#233;daction du livre (1920-21), d'o&#249; les tr&#232;s nombreux probl&#232;mes de l'auteur avec la censure &#8212; j'y reviendrai) r&#232;gne, et que tout doit &#234;tre soumis &#171; au joug bienfaisant de la raison &#187; (communisme scientifique). On comprend tout de suite que le roman est compos&#233; comme une suite de notes (num&#233;rot&#233;es de 1 &#224; 40), un journal ; l'auteur, &#8710;-503, constructeur du vaisseau spatial l'INT&#201;GRALE, s'amusant &#224; en fournir le r&#233;sum&#233; en t&#234;te de chacune d'entre elles : &#171; Ballet. Harmonie carr&#233;e. X &#187;, &#171; Racine irrationnelle. R-13. Triangle &#187;. L'on sait qu'Evgueni Zamiatine fut d'abord ing&#233;nieur (naval)&#8230; Parfois, l'humour teint&#233; d'ironie profonde l'emporte, comme chez l'auteur du film &lt;i&gt;Le Bonheur,&lt;/i&gt; le cin&#233;aste Alexandre Medvedkine, qui lui aussi eut maille &#224; partir avec le r&#233;gime sovi&#233;tique : &#171; Pas de r&#233;sum&#233;. Impossible &#187;, ou bien &#171; Quel r&#233;sum&#233; ? Je ne sais pas. Un seul peut-&#234;tre : cigarette jet&#233;e &#187;. Tout l'environnement d'une soci&#233;t&#233; totalitaire doit &#234;tre r&#233;duit &#224; des choses calculables et rationnelles, m&#234;me et surtout le bonheur pour tous : &#171; Au nom du Bienfaiteur l'&#201;tat Unique avise l'ensemble des num&#233;raux [du Journal d'&#201;tat]. &#187; Je n'ai pas directement connu l'URSS au temps du communisme, mais la soci&#233;t&#233; covidiste int&#233;grale sous Olivier V&#233;ran &amp; Co, oui ; et je puis d&#232;s lors tout &#224; fait visualiser un tel monde : il est interdit d'y critiquer quoi que ce soit, et m&#234;me les chiffres (bonjour la science !&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fini les embrouillaminis avec le bien et le mal : tout est ultrasimple, paradisiaque, d'une simplicit&#233; enfantine. Le Bienfaiteur, la Machine, le Cube, la Cloche &#224; vide, les Gardiens &#8211; tout ce bien, tout cet univers est majestueux, magnifique, noble, sublime, d'une puret&#233; cristalline. Parce que cela prot&#232;ge notre non-libert&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire notre bonheur. [&#8230;] vous comprenez ? G&#233;nial, non ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait ce que l'ironie profonde de Zamiatine lui couta : censure de son livre en URSS pendant un demi-si&#232;cle&#8230; exil &#224; Paris, o&#249; il mourut, en 1937. Comment ne pas faire le rapprochement avec le programme dit &#171; Agenda-2030 &#187; du WEF (World Economic Forum) ? &#171; Vous ne poss&#233;derez plus rien, et vous serez heureux&#8230; &#187; Ou bien : &#171; Je me vaccine, et masque, pour prot&#233;ger les autres&#8230; &#187; &#171; G&#233;nial &#187;, non ? &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a plus : m&#234;me l'attaque des chapitres est &#171; futuriste &#187; : titre principal en italique gras en lettres minuscules ferr&#233; &#224; droite ; &#171; &lt;i&gt;R&#201;SUM&#201;&lt;/i&gt; &#187; en italique et en lettres majuscules ferr&#233; &#224; gauche ; puis sous-titre centr&#233; en lettres capitales et en gras. Walter Benjamin l'avait &#233;crit : les possibilit&#233;s infinies et nouvelles de la typographie allaient permettre un renouvellement de la litt&#233;rature du futur ; dommage qu'il n'ait pas &#233;crit (eu connaissance de ?) sur &lt;i&gt;Nous&#8230;&lt;/i&gt; Zamiatine ne se prive pas d'utiliser les lettres capitales dans le texte, comme les dada&#239;stes ou les futuristes le faisaient, pour souligner un mot : &#171; LE &#187;, &#171; LUI &#187;, &#171; ILS &#187;, &#171; INT&#201;GRALE &#187;, etc. Les noms des personnages eux-m&#234;mes sont ultra-simplifi&#233;s ; plus de place pour les noms de saints, comme durant l'&#233;poque du culte de l'&#202;tre supr&#234;me en France r&#233;volutionnaire ; mais &#171; I-330 &#187;, &#171; O-90 &#187;, &#171; R-13 &#187;, I-O &#187;, &#171; &#8710;-513 &#187;, etc. Fi de la sentimentalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une anti-utopie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re page du roman, on comprend que l'on va avoir &#224; faire &#224; une dystopie en forme d'anti-utopie (c'est le &lt;i&gt;Journal d'&#201;tat&lt;/i&gt; qui &#171; parle &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans cent vingt jours va s'achever la construction de l'INT&#201;GRALE. [&#8230;] Il y a mille ans, vos h&#233;ro&#239;ques anc&#234;tres ont asservi la Terre enti&#232;re au pouvoir de l'&#201;tat Unique. Un exploit plus glorieux vous incombe : int&#233;grer l'&#233;quation infinie &#224; l'univers gr&#226;ce &#224; l'INT&#201;GRALE [&#8230;] Il vous incombe de soumettre des cr&#233;atures inconnues habitant sur d'autres plan&#232;tes - dans un &#233;tat de libert&#233; peut-&#234;tre encore sauvage [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir sovi&#233;tique ne pouvait pas ne pas se reconna&#238;tre dans cette tendance imp&#233;rialiste totalitaire&#8230; Mille ans : le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich en a r&#234;v&#233;&#8230; l'&#201;tat Unique de &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; l'a fait ! L'auteur de la pr&#233;face du livre dans l'&#233;dition qui nous int&#233;resse, Giuliano da Empoli, souligne que Nous &#171; n'est pas qu'une critique f&#233;roce du syst&#232;me sovi&#233;tique &#187;, mais que &#171; c'est aussi, et peut-&#234;tre surtout, la description implacable de la ruche digitale d'aujourd'hui &#187;. Qui a travers&#233; la grande crise &#171; Covid-19 &#187; les yeux grands ouverts ne peut qu'en &#234;tre convaincu&#8230; Sans parler du &#171; simple &#187; article 4 du DSA (Digital Services Act) de l'UE instaurant une sorte de Minist&#232;re de la V&#233;rit&#233; (soit tr&#232;s exactement le MINISTRY OF TRUTH orwellien).&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me la sexualit&#233;, c'est l'&#201;tat qui la r&#233;gule&#8230; L'on sait la fortune de cette id&#233;e dans, plus tard, &lt;i&gt;Le meilleur des mondes&lt;/i&gt; d'Aldous Huxley.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme nouveau au marteau et &#224; la faucille &#171; n'a cess&#233; d'&#234;tre un homme sauvage que le jour o&#249; nous avons construit la Muraille Verte [&lt;i&gt;le cordon de s&#233;curit&#233; de l'&#233;poque&lt;/i&gt;], le jour o&#249;, gr&#226;ce &#224; elle, nous avons isol&#233; notre monde parfait, m&#233;canis&#233; - du monde informe, irrationnel des arbres, des oiseaux, des b&#234;tes&#8230; &#187;. Homme-Machine, tu quitteras ton p&#232;re, ta m&#232;re, et ton Ancienne Maison ridicule, et tu ch&#233;riras l'INT&#201;GRALE !&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'homme nouveau, pas d'&#233;chappatoire aux cha&#238;nes de la vie collective :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissez un peu ! Les deux du paradis - ils ont eu &#224; choisir : ou le bonheur sans libert&#233; - ou la libert&#233; sans bonheur ; point de troisi&#232;me voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &#171; ces deux b&#234;tas [&lt;i&gt;Adam et &#200;ve&lt;/i&gt;], ils ont choisi la libert&#233; &#187; ; et c'est &#171; nous &#187; qui &#171; avons aid&#233; Dieu &#224; vaincre d&#233;finitivement le diable [&lt;i&gt;moins catholique, tu meurs !&lt;/i&gt;]- c'est lui, en effet, qui avait pouss&#233; les hommes &#224; violer l'interdit et &#224; croquer le fruit de la libert&#233; fatale &#187; &#8212; le serpent perfide non pas comme arbre de la connaissance, mai comme go&#251;t de la libert&#233;. Heureusement, le communisme int&#233;gral est arriv&#233; et lui a &#171; flanqu&#233; un bon gros coup de godillot sur la t&#234;te - bam ! Et l'affaire &#233;tait r&#233;gl&#233; : de nouveau le paradis &#187;. Et voil&#224; que les hommes &#233;taient redevenus bienveillants et innocents, et depuis mille ans. Bien mieux que &#171; popu &#187; chez C&#233;line dans son &lt;i&gt;Mea culpa,&lt;/i&gt; quoi !&#8230; On sait ce qu'un Andr&#233; Gide en dirait en premier dans son &lt;i&gt;Journal de retour d'URSS&#8230;&lt;/i&gt; Sales &#233;crivains&#8230; toujours &#224; m&#233;goter sur le bonheur collectif obligatoire !&#8230; des monstres r&#233;acs et bourgeois !&#8230; M&#234;me la po&#233;sie a &#233;t&#233; apprivois&#233;e ; elle &#171; n'a plus rien &#224; voir avec l'arrogant sifflement du rossignol &#187;, et est devenue &#171; un service de l'&#201;tat &#187;, &#171; chose utile &#187;. La musique aussi : &#171; l'Usine Musicale &#187;, c'est &#171; le bourdonnement matinal des brosses &#224; dent &#233;lectriques, le cr&#233;pitement mena&#231;ant des &#233;tincelles dans la Machine du Bienfaiteur, l'&#233;cho de l'Hymne &#224; l'&#201;tat Unique, le tintement intime du vase de nuit &#233;tincelant comme le cristal, le cliquetis &#233;mouvant des stores qui s'abaissent &#187; : marteau avec Ma&#238;tre ! Dziga Vertov et sa symphonie filmique &lt;i&gt;L'Homme &#224; la cam&#233;ra&lt;/i&gt; ne sont pas loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/homme_a_la_camera.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/homme_a_la_camera-4e154.jpg?1772212914' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;L'homme &#224; la cam&#233;ra
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans un tel monde, l'&#226;me est bannie : ce n'est plus qu'un scorpion, tel &#171; le scorpion l&#233;gendaire des anciens qui se pique volontairement afin de&#8230; &#187;. L'homme nouveau n'a plus besoin d'&#226;me, car &#171; effectivement &#233;duqu&#233; par l'&#201;tat Unique &#187;, il a &#171; atteint les plus hauts sommets possible pour l'homme &#187; : &lt;i&gt;l'homo-sovieticus&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme est scientifiquement r&#233;gl&#233; : &#171; Plus aucun d&#233;lire, plus aucune m&#233;taphore absurde, plus aucun sentiment : seulement des faits. &#187; Les &lt;i&gt;fact-checkers&lt;/i&gt; n'ont plus rien &#224; en redire&#8230; parce que le narrateur est &#171; sain, compl&#232;tement, absolument sain &#187;. La raison scientifique a vaincu ! (Derniers mots du livre.) Le monde comme raison et comme science a triomph&#233;. Sans restes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des &#233;lections ont toujours lieu ; mais le Parti est Unique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vois tout le monde voter pour le Bienfaiteur &#8211; et peut-il en &#234;tre autrement si &#171; tout le monde &#187; et &#171; moi &#187; formons un &#171; NOUS &#187; unique ? C'est tellement plus ennoblissant, sinc&#232;re, &#233;lev&#233;, que les myst&#232;res poltrons et crapuleux des anciens !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a vous rappelle quelque chose de r&#233;cent en France ? Bah&#8230; vous &#234;tes s&#251;rement complotiste&#8230; De toute fa&#231;on, &#171; m&#234;me &#224; supposer l'impossible, c'est-&#224;-dire une dissonance quelconque dans la monophonie habituelle, nos Gardiens invisibles sont l&#224;, dans nos rangs : ils peuvent imm&#233;diatement rep&#233;rer les num&#233;ros tomb&#233;s dans l'erreur et les sauver de faux pas ult&#233;rieurs, et l'&#201;tat Unique - de toute dissonance &#187;. Ah ! que le bonheur est doux &#171; pieds et poings li&#233;s &#187; dans &#171; les rets &#187; du Bienfaiteur&#8230; C'est qu'on a invent&#233; une nouvelle op&#233;ration : &#171; l'ablation de l'imagination &#187; : tout le monde semble heureux&#8230; &#171; Vous &#234;tes malade ! Et cette maladie porte un nom : / IMAGINATION ! / C'est un ver qui creuse des rides dans votre front. C'est une fi&#232;vre&#8230; &#187; &#171; &#192; votre place - j'irais me faire op&#233;rer&#8230; &#187; En attendant &#171; le Jour de l'Unanimit&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tribulations d'un manuscrit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons. Evgueni Zamiatine participe &#224; la r&#233;volution de 1917. Il finit d'&#233;crire &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; en 1921. La censure interdit la publication du livre d&#232;s 1923. Les multiples tentatives de Zamiatine pour le faire publier en URSS se soldent toutes par un &#233;chec. En 1924, &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; para&#238;t en anglais &#224; New York. En 1927, il est traduit en tch&#232;que. En 1929 Gallimard sort une traduction fran&#231;aise&#8230; depuis la version anglaise. C'est cette version, &#224; la ponctuation et typographie non respect&#233;es du texte original, et expurg&#233;e de certains mots et m&#234;me courts passages, qui fera foi en occident et ailleurs pendant presque un demi-si&#232;cle. Zamiatine meurt &#224; Paris en 1937. En Russie, le livre circule sous le manteau sous forme de &lt;i&gt;samizdat&lt;/i&gt; jusqu'en 1988 o&#249; une version&#8230; traduite de l'anglais (sic &#8212; depuis la version de 1924) para&#238;t ! Il faut attendre 2011 pour que les &#233;ditions Mir fassent para&#238;tre enfin une version correcte du texte d'apr&#232;s le manuscrit original. C'est d'apr&#232;s cette &#233;dition que la traductrice de &#171; notre &#187; version dans &#171; L'Imaginaire &#187;/Gallimard, V&#233;ronique Patte, a int&#233;gralement retraduit le roman en restituant le texte complet, avec sa ponctuation, sa typographie, et ses r&#233;p&#233;titions&#8230; originales. Notons que &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; traduit mieux le titre russe original, &lt;i&gt;Mbl,&lt;/i&gt; que la pr&#233;c&#233;dente traduction, &lt;i&gt;Nous autres&#8230;&lt;/i&gt; et que donc nous avons eu de la chance de pouvoir acc&#233;der directement &#224; celle-ci. Comme dit Woland r&#233;pondant au Ma&#238;tre dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre et Marguerite&lt;/i&gt; de Boulgakov : &#171; Les manuscrits ne br&#251;lent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne constitue pas moins une anti-utopie gla&#231;ante que &lt;i&gt;1984,&lt;/i&gt; et George Orwell s'en souviendra pour &#233;crire son chef-d'&#339;uvre. L'&#201;tat Unique y a tellement format&#233; les &#226;mes, que tout Affranchi qui a fait l'exp&#233;rience d'une vie oisive et libre sans plus de travail collectif pendant tout un mois ne peut que vouloir mettre fin &#224; ses souffrances en s'enfon&#231;ant profond&#233;ment dans le fleuve : la dictature est parfaite ! Cette histoire devient m&#234;me un conte qu'on se raconte de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. M&#234;me plus besoin d'un Big Brother et de sa police pour contr&#244;ler les d&#233;viants : ils se suppriment d'eux-m&#234;mes ; la servitude est compl&#232;te et volontaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas parler de ce livre sans citer l'admirable postface de Jorge Semprun : &#171; Dans &lt;i&gt;Nous,&lt;/i&gt; Zamiatine refuse les r&#232;gles du jeu &#233;tabli, nie le pr&#233;sent [&#8230;] ; le dissout m&#234;me, en projetant sur lui, &#8216;ironiquement,&lt;/i&gt; la lumi&#232;re d'un avenir lointain et redoutable. Grand connaisseur de Wells, Zamiatine transforme le roman d'anticipation scientifique en une arme de l'esprit critique &#187; (c'est moi qui souligne). En publiant, en 1946, dans l'hebdomadaire Tribune, un article sur &lt;i&gt;Nous,&lt;/i&gt; George Orwell (qui avait lu la traduction fran&#231;aise de 1929) signalait cette ressemblance entre &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le meilleur des mondes.&lt;/i&gt; &#171; Implicitement, il reconnaissait ainsi sa dette envers Zamiatine &#187;, conclut Semprun. On attend toujours le grand roman (ou film) de la dystopie pseudo-scientifique &#171; Covid-19 &#187;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_21513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/couv_nous.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/couv_nous.jpg' width=&#034;526&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;GALLIMARD, coll. L'Imaginaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Roman, 336 pages, cat&#233;gorie / prix : 15 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN : 978-2-07-302678-1&lt;br class='autobr' /&gt;
Format : 12,5 x 19,0 cm&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sollers, apr&#232;s la r&#233;p&#233;tition</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sollers-apres-la-repetition</link>
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		<dc:date>2024-04-30T15:48:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#201;ditions Gallimard publient les derni&#232;res pages &#233;crites de Philippe Sollers, rassembl&#233;es en un titre &#233;loquent : &#171; La Deuxi&#232;me Vie &#187;. La couverture indique : &#171; roman &#187; ; mais en est-ce vraiment un ?&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton2447-5a2e3.jpg?1772244067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#201;ditions Gallimard publient les derni&#232;res pages &#233;crites de Philippe Sollers, rassembl&#233;es en un titre &#233;loquent : &#171; La Deuxi&#232;me Vie &#187;. La couverture indique : &#171; roman &#187; ; mais en est-ce vraiment un ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un exercice rare en litt&#233;rature : coucher ses derni&#232;res id&#233;es, sensations (tant l'art d'icelle fut importante chez l'&#233;crivain), sur le papier (et puisque Sollers &#233;crivait encore au stylo-plume, la premi&#232;re page du manuscrit en t&#233;moignant), en sachant/sentant pertinemment que les derniers jours sont proches &#8212; et ne parler que de &#171; &#231;a &#187; : la grande faucheuse qui arrive. Je n'ai pas d'autre exemple en t&#234;te, en livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de la projection du film voulu posthume par le grand cin&#233;aste portugais Manoel de Oliveira, &lt;i&gt;La Visite ou M&#233;moires et Confessions ;&lt;/i&gt; mais en litt&#233;rature, rien de tel ne me vient &#224; l'esprit&#8230; Les derni&#232;res pages de Proust ou de C&#233;line sont la conclusion de l'&#339;uvre romanesque, juste &#224; temps ; mais elles n'affrontent pas directement la mort en face. Ici, si ; et ce n'est quasiment que cela, avec un violent &#171; Je &#187; exclusif et excluant (serait-ce parce que, depuis le Nouveau Roman, la fiction serait suspecte ? Suspecte de tricher ? Probable&#8230;), d&#232;s l'exergue, emprunt&#233; &#224; la Juliette de Sade : &lt;i&gt;&#171; Le pass&#233; m'encourage, le pr&#233;sent m'&#233;lectrise, je crains peu l'avenir. &#187;&lt;/i&gt; Et puis, ce bloc d'ab&#238;me : &lt;i&gt;&#171; &#034;La Deuxi&#232;me Vie&#034; est tr&#232;s anti-spectaculaire. Son radar sp&#233;cial d&#233;c&#232;le imm&#233;diatement ce qui a &#233;t&#233; pourri par le cin&#233;ma, c'est-&#224;-dire aujourd'hui tout, et tout le monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura tout de suite remarqu&#233; les lettres capitales &#224; &#171; Deuxi&#232;me &#187; et &#171; Vie &#187; : c'est que le Ma&#238;tre se prend un peu, apr&#232;s s'&#234;tre imagin&#233; en tortue chinoise mill&#233;naire dans &lt;i&gt;M&#233;dium,&lt;/i&gt; carr&#233;ment ici pour le Seigneur ; d'ailleurs il &#233;crit directement : &lt;i&gt;&#171; La jouissance du corps glorieux est continuelle. &#187;&lt;/i&gt; Et aussi : &lt;i&gt;&#171; Le Deuxi&#232;miste [&#8230;] est un futur et gracieux squelette [&#8230;] c'est bien lui qui allume une cigarette &lt;i&gt;[quelle horreur !&#8230;]&lt;/i&gt; en plein soleil, au bord de la tombe dont il vient de sortir, pendant qu'un touriste lui demande s'il est le jardinier du cimeti&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Cette sc&#232;ne se passe certainement &#224; Ars-en-R&#233;, pr&#232;s du carr&#233; des aviateurs anglais tomb&#233;s pendant la Seconde Guerre mondiale&#8230; et ce touriste pourrait &#234;tre moi&#8230; qui ne l'aurais pas reconnu. Il est le m&#234;me sans &#234;tre le m&#234;me. &lt;i&gt;&#171; Si c'est toi qui l'as emport&#233;, dis-moi o&#249; tu l'as d&#233;pos&#233;, et moi, j'irai le prendre &#187;&lt;/i&gt; (Jean, 20:15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;crivain &#171; ressuscit&#233; &#187; s'est attribu&#233; des savoirs nouveaux : &lt;i&gt;&#171; Dans la premi&#232;re vie, seul mon cadavre m'encombre, d'autant plus que j'en ai une vision de plus en plus d&#233;taill&#233;e. Dans la Deuxi&#232;me Vie, on est heureusement d&#233;barrass&#233; de ce boulet &#187;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Vous comprenez tout ce &#224; quoi vous avez &#233;chapp&#233;, accidents, maladies, propagande sociale. &#187; &lt;/i&gt; Tout est accompli ; c'est le &lt;i&gt;&#171; Savoir Absolu &#187;&lt;/i&gt;, qui &lt;i&gt;&#171; en r&#233;alit&#233; op&#232;re un tri inlassable &#187;&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;&#171; il ne juge pas, il choisit &#187;&lt;/i&gt; : beaucoup d'appel&#233;s, peu d'&#233;lus&#8230; Cette nouvelle vie de M. Philippe Joyaux semble divine trop divine : Sollers m&#233;rite bien une messe : &lt;i&gt;&#171; Ta maison et ta royaut&#233; subsisteront toujours devant moi, ton tr&#244;ne&lt;/i&gt; [dans les Lettres] &lt;i&gt;sera stable pour toujours. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;On r&#233;capitule&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avant de s'en aller, Sollers r&#233;capitule toutes ses pens&#233;es qui ne sont m&#234;me pas pass&#233;es (plus personne ne lit vraiment&#8230;), il rumine, comme Nietzsche pr&#233;conisait de le faire, ses obsessions : &lt;i&gt;&#171; Avec le temps, rien n'est plus romanesque que la philosophie des Lumi&#232;res. Les acteurs et les actrices&lt;/i&gt; [on n'oublie personne ?] &lt;i&gt;de ce grand mouvement, apportant la libert&#233; au monde, sont tous tr&#232;s myst&#233;rieux. On a envie de les voir, au jour le jour, de les entendre, d'&#233;tudier leurs gestes. &#187;&lt;/i&gt; Mais qui veut vraiment la Libert&#233; aujourd'hui ? Et depuis que &lt;i&gt;&#171; la croyance comme quoi tout plaisir se paie &#187;&lt;/i&gt; est d&#233;sormais &lt;i&gt;&#171; inculqu&#233;e d&#232;s l'enfance &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique sociale n'est pas absente de ce dernier opus, en particulier la nouvelle guerre des sexes, sans oublier la guerre la&#239;carde en cours : un maire socialiste de province veut interdire la pr&#233;sence de la Vierge Marie dans la cr&#232;che de sa mairie ; fl&#232;ches de Sollers : &lt;i&gt;&#171; Lutte s&#233;culaire de l'&#201;glise R&#233;publicaine contre l'&#201;glise Catholique, laquelle a perdu la guerre sexuelle comme contr&#244;le de la reproduction. La biologie a frapp&#233;, Dieu s'incline et la Vierge Marie sous son vieux nom d'Isis se retire profond&#233;ment sur le Nil. &#187;&lt;/i&gt; On ferme !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face de Julia Kristeva, son &#233;pouse, on apprend que l'&#233;crivain a voulu relire le chant XXXIII du &lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt; de Dante, dans la traduction de Jacqueline Risset (la meilleure) ; on comprend mieux pourquoi, en faisant ce petit montage-collision :&lt;i&gt; &#171; L'essentiel est qu'ici tout est fluide, que le jour et la nuit s'&#233;quivalent, que le soleil et la mer sont per&#231;us comme de m&#234;me nature [&#8230;] Il s'ensuit un libre choix de m&#233;moires, chacune reli&#233;e &#224; un flash amoureux &#187; &lt;/i&gt; (page 24 de &lt;i&gt;La Deuxi&#232;me Vie&lt;/i&gt;) / &lt;i&gt;&#171; O lucce eterna che sola in te sidi, / sola t'intendi, e da te intelletta / e intendente te ami arridi ! &#187;&lt;/i&gt; [&#171; &#244; lumi&#232;re &#233;ternelle qui seule en toi r&#233;sides, / seule te penses, et par toi entendue / et t'entendant, ris &#224; toi-m&#234;me, et t'aimes ! &#187;] (&lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt; XXXIII 124-126).&lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t la passion fixe de Sollers pour la Chine ; le voici revenu quasi en mystique tao&#239;ste : &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;La Deuxi&#232;me Vie,&lt;/i&gt; elle a appris que la pens&#233;e et un acte. &#187;&lt;/i&gt; Rien de moins religieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;D'outre-tombe et apr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; se croit seule (Antonin Artaud), mais il y a quelqu'un : &lt;i&gt;&#171; Rien de plus facile que de choquer, rien de plus difficile que d'&#233;chapper &#224; ses volont&#233;s d'emprise &#187;&lt;/i&gt; (suivez mon regard) : un condamn&#233; &#224; mort s'est &#233;chapp&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
On dit que la mort, ni le soleil, ne se peuvent regarder en face ; voici pourtant les derni&#232;res lignes trac&#233;es par Saint Sollers : &lt;i&gt;&#171; Si le n&#233;ant est l&#224;, il est l&#224;, en train de voir le monde &#233;clair&#233; par un soleil noir &#187;&lt;/i&gt; : soleil cou coup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/paradis_gustave_dore_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH636/paradis_gustave_dore_-6ee1d.jpg?1772218162' width='500' height='636' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Paradis, dessin de Gustave Dore&#769;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une histoire du cin&#233;ma</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-histoire-du-cinema</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Une-histoire-du-cinema</guid>
		<dc:date>2024-03-02T11:08:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici la r&#233;&#233;dition, chez Paris Exp&#233;rimental, en co&#233;dition avec le Centre Pompidou, d'un livre &#171; mythique &#187; de 1976, Une histoire du cin&#233;ma &#8212; mais largement augment&#233;e. C'est un gros pav&#233; indispensable pour qui s'int&#233;resse &#224; la question de la place du FILM comme &#339;uvre d'art, c'est-&#224;-dire comme FILM &#8212; et non pas &#339;uvre audiovisuelle, ou reproduction en vid&#233;o &#8212;, dans les mus&#233;es : 456 pages en grand format illustr&#233; en noir et blanc, tout simplement titr&#233; &#171; L'histoire d'une histoire du cin&#233;ma &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH109/arton2431-bf54a.jpg?1772244068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici la r&#233;&#233;dition, chez Paris Exp&#233;rimental, en co&#233;dition avec le Centre Pompidou, d'un livre &#171; mythique &#187; de 1976, Une histoire du cin&#233;ma &#8212; mais largement augment&#233;e. C'est un gros pav&#233; indispensable pour qui s'int&#233;resse &#224; la question de la place du FILM comme &#339;uvre d'art, c'est-&#224;-dire comme FILM &#8212; et non pas &#339;uvre audiovisuelle, ou reproduction en vid&#233;o &#8212;, dans les mus&#233;es : 456 pages en grand format illustr&#233; en noir et blanc, tout simplement titr&#233; &#171; L'histoire d'une histoire du cin&#233;ma &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On &#233;crira ici toujours FILM en lettres capitales, pour le distinguer du commerce habituel des films, et parce que depuis la parution de ce livre tr&#232;s important pour la place des pratiques marginales (&lt;s&gt;exp&#233;rimental&lt;/s&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exp&#233;rimental barr&#233;, ainsi que dans l'indispensable livre qui raconte d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avant-garde, documentaire d'artiste, etc.) du cin&#233;ma au mus&#233;e d'art moderne, un cycle o&#249; l'on montre r&#233;guli&#232;rement (deux mercredis par mois au Cin&#233;ma-2, &#224; 19 h, en 2024 &#8212; l'occasion de signaler ici que la programmation initiale de la collection de FILMS de 1976 au Centre Pompidou sera reprise tout au cours de l'ann&#233;e 2024, et qu'on peut en conna&#238;tre la programmation en suivant ce lien &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/film.du.centrepompidou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;facebook&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;) la collection de FILMS est justement et simplement appel&#233; &#171; FILM &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;dition du livre contient, en plus du fac-simil&#233; du livre de 1976 : une pr&#233;face de Philippe-Alain Michaud, actuel directeur du d&#233;partement FILM ; des essais nouveaux, dont celui au titre programmatique d'Enrico Camporesi, &#171; Ouvrir la boucle : raconter une histoire du cin&#233;ma &#187; ; des entretiens r&#233;cents et in&#233;dits, avec Peter Kubelka, &#171; Penser une collection &#187;, et avec l'historienne am&#233;ricaine du cin&#233;ma d'avant-garde, Annette Michelson, &#171; De &lt;i&gt;New Forms in Film&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Une histoire du cin&#233;ma&lt;/i&gt; &#187; ; des documents (nombreux &#233;changes entre Alain Sayag, organisateur de l'exposition de 1976, et les artistes &#233;lus ; mais aussi des &#233;changes d'&#233;poque entre les diff&#233;rents historiens &#8212; ou conservateurs &#8212; du cin&#233;ma parties prenantes) ; un dossier de presse d'&#233;poque (dont un assez roboratif texte d'Alain Robbe-Grillet paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; de l'&#233;poque, &#171; L'argent et l'id&#233;ologie &#187;) ; les diff&#233;rentes programmations &#8212; ou &#171; expositions &#187; &#8212; d'alors. Tous ces &#233;l&#233;ments nouveaux permettent de mieux comprendre les enjeux d'alors, et apparaissent comme autant de pi&#232;ces &#224; conviction &#224; la fois des r&#233;ticences des milieux cin&#233;philes officiels &#224; partager leur passion avec les mus&#233;es d'art moderne et en m&#234;me temps du refus des cin&#233;astes d'avant-garde de se laisser marginaliser par les institutions cin&#233;philes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/hdc_couv_web.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH599/hdc_couv_web-d39ac.jpg?1709218437' width='500' height='599' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;strong&gt;Le cin&#233;ma expos&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En 1976, alors que le Centre Pompidou n'a pas encore officiellement ouvert ses portes, Pontus Hulten, premier directeur du Centre, confie &#224; Peter Kubelka, lui-m&#234;me cin&#233;aste et conservateur de cin&#233;ma, une exposition qui doit s'appeler &#171; L'Histoire du cin&#233;ma &#187;. Cette exposition de l'art du film est la premi&#232;re du genre dans l'un des plus grands mus&#233;es d'art moderne en Europe &#8212; le MoMA ayant &#233;t&#233; pr&#233;curseur d&#232;s 1935, sous l'impulsion d'Alfred Barr &#8212;, et le livre qui en r&#233;sulte aurait d&#251; porter le m&#234;me nom sans la pression d'Henri Langlois, c&#233;l&#232;bre directeur et fondateur de la Cin&#233;math&#232;que fran&#231;aise, qui la trouvait trop partisane &#8212; absence &#224; peu pr&#232;s compl&#232;te du cin&#233;ma commercial et/ou d'auteur, au profit des pratiques &lt;s&gt;exp&#233;rimentales&lt;/s&gt; du cin&#233;ma. L'exposition devient &#171; Une histoire du cin&#233;ma &#187;, ainsi que le livre qui en est le catalogue. L'enjeu, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait d'amener l'art du FILM au niveau des autres arts plastiques, et alors que jusqu'alors, il &#233;tait rest&#233; invisible dans les mus&#233;es d'art. Mais de &lt;i&gt;&#171; quelle histoire s'agit-il ? &#187;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Au fil des s&#233;ances se dessine, en marge de l'industrie et du cin&#233;ma d'auteur, un r&#233;cit alternatif aux canons cin&#233;matographiques dominants. &#187; &lt;/i&gt; La proposition radicale de Peter Kubelka, qui choisit 300 films dans le corpus de la production cin&#233;matographique depuis qu'il put &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un art, soit Viking Eggeling (1921) et Hans Richter (idem) (et si l'on excepte les Fr&#232;res Lumi&#232;re) et jusqu'&#224; la date de la manifestation (Marcel Hanoun et Yvonne Rainer), inscrivit durablement le cin&#233;ma exp&#233;rimental et d'avant-garde dans les collections du MNAM (Mus&#233;e national d'art moderne). Cette exposition du cin&#233;ma sous forme de s&#233;ances de projections &#224; horaires programm&#233;s diff&#232;re totalement du cin&#233;ma expos&#233; d'aujourd'hui sous forme de &lt;s&gt;projections&lt;/s&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne pensons pas qu'il y ait vraiment projection au sens du ph&#233;nom&#232;ne de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vid&#233;o : les films &#233;taient alors vus comme &#339;uvres d'art autonomes montr&#233;es au maximum de leur puissance plastique, alors qu'une &lt;s&gt;projection&lt;/s&gt; vid&#233;o dans les espaces des collections permanentes ou temporaires n'est qu'une reproduction de film, une super-carte-postale en plus ou moins haute d&#233;finition. De plus, le spectateur captif et bloqu&#233; (physiquement) de la salle de cin&#233;ma n'a rien &#224; voir avec le touriste qui se prom&#232;ne, en g&#233;n&#233;ral indiff&#233;rent, au milieu des vid&#233;os &#8212; fl&#226;neur tr&#232;s lointainement baudelairien&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que cette r&#233;&#233;dition apporte, en plus de l'&#233;dition princeps, c'est un &#233;clairage du contexte de l'&#233;poque et des nombreuses pol&#233;miques qui apparaissent alors, plus en d&#233;tail. En particulier un fameux Manifeste de Jonas Mekas, publi&#233; dans le num&#233;ro 1 de la revue &lt;i&gt;Artpress,&lt;/i&gt; &#171; Nous les Palestiniens du cin&#233;ma &#187;, et repris ici sous le nouveau titre &#171; Mekas Dixit &#8212; conf&#233;rence du 6 f&#233;vrier 1976 &#187;, dont voici un substantifique extrait : &#171; &lt;i&gt; Si nous voulons &#233;viter d'&#234;tre aval&#233;s, il faut nous d&#233;marquer du cin&#233;ma commercial &#8212; de Cinecitt&#224;, de Hollywood, de la Cin&#233;math&#232;que fran&#231;aise &#8212; comme Cuba ou le bolchevisme de 1917 s'est isol&#233; du capitalisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Une (autre) histoire du cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour caract&#233;riser cet autre cin&#233;ma, il est tr&#232;s utile d'&#233;tudier de pr&#232;s les deux textes de Peter Kubelka, responsable de cette exposition de film, celui de 1976, puis son interview de 2014-15. En 1976, Kubelka appara&#238;t comme ultra-radical, invectivant, presque &#224; sa mani&#232;re le public : &lt;i&gt;&#171; Voici des films qui ne sont pas &#224; votre service, pour vous distraire comme ceux que vous sert l'industrie. &#187;&lt;/i&gt; Le spectateur est pr&#233;venu&#8230; Mais il y a plus, et on comprend vite ce qui motive les choix du cin&#233;aste-conservateur : &lt;i&gt;&#171; Chaque auteur utilise sa propre grammaire, d&#233;velopp&#233;e pour ses besoins. &#187;&lt;/i&gt; En r&#233;sum&#233;, pour Kubelka, et tout comme pour la collection &#171; &lt;i&gt;Essential Cinema&lt;/i&gt; &#187; de l'&lt;i&gt;Anthology Film Archives&lt;/i&gt; de New York, c'est le travail de la cam&#233;ra et de ses moyens annexes (montage, son, image + son, etc.) qui importent &#8212; que le film devienne une forme de cr&#233;ation artistique autonome et non plus une d&#233;pendance d'autres arts pr&#233;existants (une histoire tir&#233;e d'un roman, ou d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, une grande musique, etc.) : &lt;i&gt;&#171; Mais ces films repr&#233;sentent ce que le cin&#233;ma lui-m&#234;me a apport&#233; &#224; la pens&#233;e humaine et qu'aucun des autres moyens articulatoires, la litt&#233;rature, la musique, la peinture ou la cuisine n'avaient encore exprim&#233;. [&#8230;] Ces films de cette exposition ont &#233;t&#233; faits malgr&#233; l'existence de cette industrie et bien des fois &lt;u&gt;en d&#233;pit d'une oppression directe&lt;/u&gt; &#187; &lt;/i&gt; (c'est moi qui souligne). Que l'on songe seulement &#224; &lt;i&gt;L'homme &#224; la cam&#233;ra&lt;/i&gt; de Dziga Vertov, pr&#233;sent dans l'exposition : aucun moment ni effet du FILM ne pourrait &#234;tre rendu par un autre moyen artistique : ni le roman, ni le th&#233;&#226;tre, ni un po&#232;me, ni un tableau : tout est pass&#233; par la cam&#233;ra ! Pas la peine d'insister sur le sort r&#233;serv&#233; au cin&#233;aste par la dictature stalinienne, apr&#232;s quelques ann&#233;es de libert&#233;, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1920&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014-15, Kubelka d&#233;veloppe sa pens&#233;e : &lt;i&gt;&#171; Quand je parle de l'art du cin&#233;ma, je ne pense pas du tout au cin&#233;ma industriel. Ce dernier est un cin&#233;ma d'&#233;quipe, une production industrielle hostile &#224; une pens&#233;e libre r&#233;alis&#233;e en dialogue avec &lt;u&gt;un mat&#233;riel&lt;/u&gt;, avec &lt;u&gt;un m&#233;dium&lt;/u&gt;, &#224; l'instar des autres arts &#187; &lt;/i&gt; (c'est nous qui soulignons) : le FILM. Il d&#233;clare plus avant : &lt;i&gt;&#171; Quant au cin&#233;ma, il &#233;tait toujours, et il est encore, entre les mains des marchands. C'est une industrie commerciale qui ne laisse pas de place aux artistes qui veulent travailler individuellement. &#187;&lt;/i&gt; &#192; regarder le programme de l'exposition de 1976, on comprend mieux les choix en apparence subjectifs de Kubelka : quel film parmi les 300 choisis aurait pu se faire &#224; Hollywood ? &#201;videmment aucun. &#171; Le crit&#232;re essentiel de cette r&#233;union de films &#233;tait le contenu dans cet &lt;i&gt;hard core,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire &lt;u&gt;l'essence du cin&#233;ma&lt;/u&gt;, ce qu'on ne pouvait exprimer avec aucun autre m&#233;dium. L'id&#233;e &#233;tait de rassembler des films qui travaillaient avec des &lt;u&gt;moyens cin&#233;matographiques purs&lt;/u&gt; &#187; (c'est moi qui souligne). Notons que Kubelka croit encore fermement qu'un tel cycle permet aux jeunes g&#233;n&#233;rations de cin&#233;astes d'avoir une id&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'histoire de leur art, de ne pas r&#233;p&#233;ter, et procure &lt;i&gt;&#171; les fondements n&#233;cessaires sur lesquels il nous est possible de repartir &#187;&lt;/i&gt;. La boucle est boucl&#233;e. Dont acte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;s&gt;Exp&#233;rimental&lt;/s&gt; barr&#233;, ainsi que dans l'indispensable livre qui raconte d'une autre fa&#231;on cette histoire, &#201;loge du cin&#233;ma &lt;s&gt;exp&#233;rimental&lt;/s&gt;, par Dominique Noguez (Paris Exp&#233;rimental, 2010, 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne pensons pas qu'il y ait vraiment projection au sens du ph&#233;nom&#232;ne de la caverne obscure perc&#233;e d'un tout petit trou, en num&#233;rique : que l'image r&#233;sultante sur l'&#233;cran r&#233;sulte d'un remplissage de pixels ou de reflets de milliers de petits miroirs ne change pas grand-chose, voire rien : pas d'agrandissement par transparence projet&#233;e et continue, mais remplissage &#8212; briques multiplicatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est paru sur le site Zone Critique le 28 f&#233;vrier 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image d'introduction : portrait de Peter Kubelka&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sollers 1983 : r&#233;actionnaire, vraiment ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Sollers-1983-reactionnaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Sollers-1983-reactionnaire</guid>
		<dc:date>2023-10-01T14:12:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>pol&#233;mique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un article publi&#233; en deux volets sur Mediapart, De Sollers &#224; Beigbeder : la fabrique des nouveaux r&#233;actionnaires de la litt&#233;rature fran&#231;aise et Sollers 1983 : la contre-r&#233;volution litt&#233;raire, par Romaric Godin et Ellen Salvi, nous oblige, Olivier Rachet et moi-m&#234;me, &#233;diteur de ce livre, &#224; &#233;crire une r&#233;ponse &#224; ce tas d'inepties, en deux volets &#233;galement.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/polemique" rel="tag"&gt;pol&#233;mique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2336-2455f.jpg?1772244068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un article publi&#233; en deux volets sur &lt;i&gt;Mediapart,&lt;/i&gt; De Sollers &#224; Beigbeder : la fabrique des nouveaux r&#233;actionnaires de la litt&#233;rature fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Sollers 1983 : la contre-r&#233;volution litt&#233;raire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par Romaric Godin et Ellen Salvi, nous oblige, Olivier Rachet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;auteur de l'admirable Sollers en peinture &#8212; Une contre-histoire de l'Art, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et moi-m&#234;me, &#233;diteur de ce livre, &#224; &#233;crire une r&#233;ponse &#224; ce tas d'inepties, en deux volets &#233;galement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rachet a d&#233;j&#224; publi&#233; son &#171; Droit de r&#233;ponse &#187; dans &#171; Le club de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; &#187;, &#171; Sollers 1983 : le tournant de la vigueur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; j'offre le mien, &#171; Sollers 1983 : r&#233;actionnaire, vraiment ? &#187;, qui sera aussi un r&#233;pons dans le sens musical, &#224; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;TK-21.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; Ce r&#233;pons sera lui-m&#234;me en deux volets, histoire de d&#233;montrer mon dire de fa&#231;on g&#233;om&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit ce texte sans m&#234;me conna&#238;tre celui d'Olivier Rachet ; au pire, il aurait &#233;t&#233; une simple redite, l'histoire de bien enfoncer le clou ; pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, il sera le revers d'un diptyque bient&#244;t ins&#233;parable de l'histoire litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. R&#233;futation de la totalit&#233; des th&#232;ses de l'IA (Internationale Anti-sollersienne)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier texte du duo Ellen Salvi et Romaric Godin fait remonter &#224; &lt;i&gt;Femmes,&lt;/i&gt; publi&#233; en 1983 par Philippe Sollers, l'origine de notre suppos&#233; mal actuel dans la litt&#233;rature : un envahissement par des id&#233;es r&#233;actionnaires, comprenez machistes, venues d'un d&#233;voiement du roman en &#171; autofiction &#187;. Je cite : &#171; &lt;i&gt;Une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains r&#233;actionnaires a &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1990 au moment de l'av&#232;nement de l'autofiction&lt;/i&gt;. &#187; Bien. Les quatre auteurs cit&#233;s (dont aucun ne m'int&#233;resse v&#233;ritablement) sont tous de sexe masculin&#8230; et alors qu'il nous semble que l'autofiction a surtout permis l'&#233;mergence de toute une g&#233;n&#233;ration d'auteures femmes, pour le meilleur (Marguerite Duras, Sophie Calle, Catherine Millet) et pour le pire (Christine Angot, Vanessa Springora, Constance Debr&#233;). De plus, un auteur comme Philippe Forest, dont presque tous les livres sont des autofictions, peut-il s&#233;rieusement &#234;tre qualifi&#233; de &#171; r&#233;actionnaire &#187; ? L'autofiction est en soi un genre neutre. Cette argumentation ne tient donc pas l'examen une minute ; elle est fallacieuse et d&#233;j&#224; (au moment o&#249; je trace ces mots) caduque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos fiers chercheurs en litt&#233;rature font remonter ce mal absolu de la r&#233;action en litt&#233;rature au &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; de &#171; l'horrible &#187; C&#233;line, car, tenez-vous bien, tous nos r&#233;acs l'adorent ! et m&#234;me le rat&#233; Houellebecq, qui pourtant ne pige ni n'entend rien au dernier C&#233;line, celui d'apr&#232;s &lt;i&gt;Mort &#224; cr&#233;dit.&lt;/i&gt; Ainsi donc, pour ces fins limiers, le &lt;i&gt;Voyage&lt;/i&gt; serait un parangon, un symbole !, d'anti-modernit&#233;&#8230; Allons bon ! Vraiment ? Et, du coup, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt; de Proust, seul v&#233;ritable concurrent de Louis-Ferdinand, serait un mod&#232;le de modernisme ? Ne nous faites pas rire ! Si &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt; est une cath&#233;drale inou&#239;e, un chef-d'&#339;uvre absolu, elle cl&#244;t un cycle, en apoth&#233;ose certes, celui du roman du 19&#7497; si&#232;cle ; et tandis que le Voyage innove : venu de l'impressionnisme et du jazz, il compresse la langue, et donne &#224; lire directement, sur la page, les sensations que l'on peut avoir en &#233;coutant un chorus de jazz : &#224; l'&#233;motion, direct ! &#224; l'ou&#239;e, sans interm&#233;diaire symphonique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de cette d&#233;rive litt&#233;raire est donc une part de l'histoire plus globale de la France. &#187; Elle prendrait racine &#171; au d&#233;but des ann&#233;es 1980 avec la parution du roman &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; de Philippe Sollers, matrice des &#233;volutions &#224; venir &#187;. Bigre ! S'agirait-il d&#233;sormais de d&#233;zinguer tout &#171; m&#226;le blanc h&#233;t&#233;rosexuel de 50 ans &#187; ? Le monde appartient &#224; la matrice ; l&#224;-dessus, tout le monde ment&#8230; Il faut maintenant annuler, dans un grand mouvement de purification r&#233;troactif, tout ce qui ne s'accorde pas &#224; leur d&#233;sir de bien-pensance &#171; woke &#187; : &#171; cancellons &#187; Sollers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#171; dr&#244;le &#187;, c'est que le ma&#238;tre lui-m&#234;me avait pr&#233;vu et dit ce d&#233;sir de purification dans son autobiographie titr&#233;e &lt;i&gt;Un vrai roman &#8212; M&#233;moires&lt;/i&gt; (Plon, 2007), dans un chapitre justement titr&#233; &#171; Wanted &#187;&#8230; mais ce n'est &#171; pas grave &#187;, nos chercheurs ne l'ont sans doute pas lu&#8230; ou tr&#232;s mal, et de travers. &lt;i&gt;Verbatim :&lt;/i&gt; &#171; Chaque &#233;crivain ou penseur du pass&#233; peut &#234;tre radi&#233; de la m&#233;moire collective pour cause de p&#233;ch&#233; majeur, acte de purification r&#233;troactive. Voici le programme : Nietzsche la brute aux moustaches blondes, Heidegger le g&#233;nocideur parlant grec, C&#233;line le vocif&#233;rateur abject, etc. etc. &#187; On en revient toujours &#224; C&#233;line, &#233;picentre de la r&#233;volution atomique inou&#239;e en litt&#233;rature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/ce_line-ca96d.jpg?1693999255' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. D&#233;fense de Femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapeau du 2&#7497; article &#224; charge, d&#251; au seul Romaric Godin, est encore pire que le premier ; le voici cit&#233; en int&#233;gralit&#233; : &#171; D&#233;c&#233;d&#233; le 5 mai dernier, l'&#233;crivain Philippe Sollers a ouvert, voil&#224; quarante ans, la voie &#224; la litt&#233;rature r&#233;actionnaire moderne. Avec son roman Femmes, il a construit le cadre d'une lutte contre la modernit&#233; qui a entam&#233; une lente et in&#233;vitable d&#233;rive. &#187; Ainsi donc, Philippe Sollers, en revenant au roman r&#233;aliste-figuratif, aurait &#233;t&#233; le chef de file de la restauration des id&#233;es anciennes en litt&#233;rature, voire en politique ? Voyons cela : qu'en est-il donc r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric Godin, dans le d&#233;veloppement de son analyse, &#233;tablit un parall&#232;le risqu&#233; entre le tournant r&#233;aliste de Sollers et le tournant de la rigueur mitterrandien, en 1983. Pourtant, c'est d&#232;s 1977 que Sollers a donn&#233; sa c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence &#224; Beaubourg &#171; Crise de l'avant-garde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qu'il convient de lire, puis relire et m&#233;diter pour bien comprendre son changement de cap. De plus, ce tournant de la rigueur est-il un produit du R&#233;alisme socialiste, ou de l'affreux capitalisme r&#233;actionnaire ? Voici la situation de &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; en g&#233;n&#233;ral et de Sollers en particulier &#224; la fin des ann&#233;es 70 : &lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt; est le 5e d'une s&#233;rie de livres exp&#233;rimentaux de Sollers, commenc&#233;e avec Drame ; plusieurs auteurs &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; se sont mis &#224; copier le Ma&#238;tre, au risque de la redite et de l'ass&#232;chement r&#233;p&#233;titif. En 1983, lorsque Sollers publie &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Gallimard, il sort d'une d&#233;cennie presque enti&#232;rement consacr&#233;e &#224; l'&#233;criture de son chef-d'&#339;uvre en &#233;criture percurrente et d&#233;ponctu&#233;e, &lt;i&gt;Paradis,&lt;/i&gt; publi&#233; d'abord par livraisons r&#233;guli&#232;res &#8212; une publication permanente ! &#8212; dans sa revue &lt;i&gt;Tel Quel.&lt;/i&gt; Tr&#232;s visiblement, l'&#233;crivain d&#233;sire avant tout ne pas se r&#233;p&#233;ter. De plus, il publie &lt;i&gt;Paradis 2&lt;/i&gt; en 1986 ; comment expliquer par l'id&#233;ologie &#171; progressiste &#187; une telle oscillation (et pour reprendre un terme de Roland Barthes dans son &lt;i&gt;Sollers &#233;crivain,&lt;/i&gt; Seuil, 1979) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;marquer de &lt;i&gt;Paradis,&lt;/i&gt; longue phrase unique, &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; en prend le contrepied total, entrecoupant sans cesse son dire des fameux trois petits points de suspension du C&#233;line de la fin (celui qui na&#238;t avec &lt;i&gt;F&#233;erie pour une autre fois&lt;/i&gt;), v&#233;ritable m&#233;tro &#233;motif. &lt;i&gt;Verbatim :&lt;/i&gt; &#171; Mac Enroe est encore en train de gagner, virevoltant, bondissant, tenant toute l'&#233;tendue du filet&#8230; Il vient de r&#233;ussir un premier service imparable&#8230; Un ace&#8230; Il faudrait &#233;crire comme &#231;a&#8230; La balle fulgurant sur le c&#244;t&#233; droit&#8230; juste dans l'angle&#8230; Sur le point fuyant de l'angle&#8230; On dirait un ange du Caravage, agressif, rapide, venant renverser les cartes de la pesanteur&#8230; &#187;. L'effet produit est prodigieux : une v&#233;ritable acc&#233;l&#233;ration de l'&#233;criture, qui peut tout se permettre, tous les embrayages, toutes les vitesses, toutes les digressions. Ce faisant, &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; n'est plus seulement du jazz, mais carr&#233;ment du Free Jazz : un cri d&#233;chirant la nuit de l'esp&#232;ce en train de succomber totalement &#224; la Volont&#233; de technique. &#201;criture atomique. Bombe &#224; fragmentation (les trois petits points). &lt;i&gt;Femmes,&lt;/i&gt; c'est &lt;i&gt;The Shape of Literature to Come !&#8230;&lt;/i&gt; Ornette Coleman all&#233; avec Albert Ayler !&#8230; Normal qu'il ait &#233;t&#233; beaucoup &#233;crit &#224; New York : c'est l&#224;, dans la capitale bruyante du monde d'alors, que l'on se devait de v&#233;rifier si le texte &#233;crit tenait la route en le gueulant. L'&#339;il &#233;coute ; l'ou&#239;e juge. Le neutron transperce tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manifeste antif&#233;ministe, &lt;i&gt;Femmes &lt;/i&gt; ? Vous plaisantez ! Relisez, lisez mieux : &#171; Pr&#233;cisons mon but : j'&#233;cris une apologie des femmes, bien s&#251;r... Des unes-femmes... Des fois que &#231;a se produit... Sorties de la cha&#238;ne... Pas des femmes &#034;en soi&#034; : des &#233;v&#232;nements-femmes... &#187; Pas de communaut&#233; collante, pour Sollers &#171; l'isol&#233; absolu &#187; (voir le documentaire &#233;ponyme de Andr&#233; S. Labarthe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la s&#233;rie &#171; Un si&#232;cle d'&#233;crivains &#187;), f&#251;t-elle f&#233;minine&#8230; En v&#233;rit&#233;, je vous le dis, &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; est un sismographe atomique de l'&#233;tat de la Volont&#233; de technique &#224; la fin des ann&#233;es 70 et de ses effets futurs sur les m&#339;urs et la reproduction humaine inhumaine qui n'allaient pas tarder &#224; venir. Tout ce qu'a pr&#233;-vu et pr&#233;-dit Sollers-le-proph&#232;te s'est depuis confirm&#233;. &#192; 100 % : carton plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait, nos chercheurs en litt&#233;rature ont-ils seulement relev&#233; le magnifique portrait d'une pianiste en l&#233;vitation au-dessus de son piano qui cl&#244;t &lt;i&gt;Femmes&lt;/i&gt; ? Non ! Pourquoi ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pianist-martha-argerich-1433412043-view-0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH330/pianist-martha-argerich-1433412043-view-0-1ef68.jpg?1693999255' width='500' height='330' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martha Argerich
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, ce que l'on peut dire des deux textes de Romaric Godin et Ellen Salvi, c'est qu'ils n'expriment &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; de l'&#339;uvre de Sollers, mais &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; de l'&#233;poque dans laquelle vivent ceux qui les ont &#233;crits : sovi&#233;tisation de la soci&#233;t&#233;, avec tentative d'&#233;limination de tous ceux qui s'opposent &#224; la doxa du moment, qu'elle soit n&#233;of&#233;ministe, genriste, wokiste, scientifique, g&#233;opolitique, climatique, voire m&#233;dicale (qu'on se rappelle seulement toute la censure qui a pes&#233; sur les m&#233;decins dissidents du discours officiel, durant toute la &#171; crise Covid &#187;). Tout ce qui est dissident de l'Ouest woke doit &#234;tre &#233;limin&#233;, effac&#233; : c'est cela, la &lt;i&gt;Cancel Culture !&#8230;&lt;/i&gt; On se souvient que l'in&#233;narrable Jdanov, censeur officiel, sous couvert de R&#233;alisme socialiste, de l'URSS, avait &#233;limin&#233; James Joyce du panth&#233;on litt&#233;raire acceptable, car auteur formaliste et bourgeois (les r&#233;acs de l'&#233;poque, assur&#233;ment). Jean-Louis Houdebine, dans un texte titr&#233; &#171; Joyce ou Jdanov ? &#187; (&lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; n&#176;69, printemps 1977, repris en volume dans &lt;i&gt;Exc&#232;s de langage,&lt;/i&gt; Deno&#235;l, 1984), nous avait tr&#232;s heureusement rappel&#233; tout cela, afin que nous ne l'oubliions jamais. Godin, le nouveau Jdanov&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Chiche !?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;15 ao&#251;t 2023&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/politique/070823/de-sollers-beigbeder-la-fabrique-des-nouveaux-reactionnaires-de-la-litterature-francaise?utm_source=article_offert&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=TRANSAC&amp;utm_content=&amp;utm_term=&amp;xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&amp;M_BT=61713398469&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/politique/070823/de-sollers-beigbeder-la-fabrique-des-nouveaux-reactionnaires-de-la-litterature-francaise?utm_source=article_offert&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=TRANSAC&amp;utm_content=&amp;utm_term=&amp;xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&amp;M_BT=61713398469&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/090823/sollers-1983-la-contre-revolution-litteraire?utm_source=article_offert&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=TRANSAC&amp;utm_content=&amp;utm_term=&amp;xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&amp;M_BT=61713398469&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/090823/sollers-1983-la-contre-revolution-litteraire?utm_source=article_offert&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=TRANSAC&amp;utm_content=&amp;utm_term=&amp;xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&amp;M_BT=61713398469&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;auteur de l'admirable &lt;i&gt;Sollers en peinture &#8212; Une contre-histoire de l'Art, Tinbad,&lt;/i&gt; 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/orachet/blog/150823/sollers-1983-le-tournant-de-la-vigueur&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/orachet/blog/150823/sollers-1983-le-tournant-de-la-vigueur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://sollers.unblog.fr/2009/11/22/crise-le-lavant-garde/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sollers.unblog.fr/2009/11/22/crise-le-lavant-garde/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=9oKoNQZNnLo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=9oKoNQZNnLo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Andre&#239;_Jdanov&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Andre&#239;_Jdanov&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que le Syst&#232;me du pl&#233;onectique ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Qu-est-ce-que-le-Systeme-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Qu-est-ce-que-le-Systeme-du</guid>
		<dc:date>2023-03-01T11:46:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Basquin</dc:creator>


		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une analyse du grand &#339;uvre de Mehdi Belhaj Kacem, syst&#232;me du pl&#233;onectique.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH92/arton2227-7183c.jpg?1772244068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La vraie philosophie consiste en un &lt;i&gt;d&#233;boulonnage&lt;/i&gt; de la m&#233;canique universellement re&#231;ue de la Raison [&#8230;] Chaque fois qu'on sort d'une philosophie digne de ce nom, c'est bien la &lt;i&gt;perception&lt;/i&gt;, au sens quasiment physique, du monde, qui change, voire sa sensibilit&#233; m&#234;me &#187;. Mehdi Belhaj Kacem&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s son introduction, qu'il nomme, pas par hasard, &#171; Philosophie hors les murs &#187;, Mehdi Belhaj Kacem (MBK ensuite) se place dans une g&#233;n&#233;alogie prestigieuse de philosophes et penseurs-critiques non universitaires : Spinoza, H&#246;lderlin, Kierkegaard, Nietzsche, Walter Benjamin, G&#252;nther Anders, Georges Bataille, Sch&#252;rmann, Maurice Blanchot, et enfin, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt; (il consid&#232;re qu'il est le penseur politique le plus important de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle &#8212; et nous approuvons), Guy Debord. Car telle est la g&#233;n&#233;alogie d'une morale belhajkac&#233;mienne : &#234;tre un penseur extra-scolastique, c'est-&#224;-dire faire partie d'un cercle qui se d&#233;nombre sur les doigts de deux mains depuis Kant. N&#233;cessaire &#171; r&#233;action &#187; &#224; la &#171; st&#233;rilisation sans pr&#233;c&#233;dent &#224; quoi a abouti la monopolisation du concept par l'Universit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui impressionne, avec la th&#233;orie de Belhaj Kacem qui donne son titre au livre, c'est qu'elle s'applique quasiment &#224; tous les domaines de la vie sociale de l'homme, du p&#233;ch&#233; originel &#224; l'art, en passant par la chasse, le jeu et l'agriculture. D&#232;s le p&#233;ch&#233; originel, c'est le fruit d&#233;fendu de l'Arbre de la Connaissance, c'est-&#224;-dire la volont&#233; de savoir (coucou Michel Foucault), qui tente l'homme (et la femme). Pour caract&#233;riser cet &#171; avoir plus &#187; continuel, MBK utilise tr&#232;s souvent un mot rare, &#171; exponentiation &#187;, qui concerne la totalit&#233; des activit&#233;s humaines depuis 30 ou 40 000 ans, y compris la sexualit&#233; humaine trop humaine : une volont&#233; d'appropriation et de transgression toujours exponentielle. Jacques Henric, lui voyait les choses comme &#231;a : &#171; Qu'est-ce qui fait ouvrir les livres ? &#187; Un certain savoir (&#231;a-voir) sur le sexe, bien s&#251;r !&#8230; Prenons l'entr&#233;e &#171; Katharsis &#187; de son livre ; on y lit : &#171; Tout d&#233;passement (&lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;) est la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; de quelque chose, son &#233;vacuation, sa &#171; purgation &#187; a-t-on traduit pendant bien longtemps. &#187; Ainsi, et par exemple, quand Sade se d&#233;passe dans la d&#233;mesure sexuelle dans ses romans (n'oublions jamais qu'il est enferm&#233;, sans partenaire sexuel, pendant de tr&#232;s nombreuses ann&#233;es), c'est pour &#233;vacuer un trop d'&#233;nergie dite sexuelle, tr&#232;s certainement. Nous lecteurs, t&#233;moins de tant d'atrocit&#233;s, sommes purg&#233;s de ce Mal absolu, et &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ne le commettrons pas dans le r&#233;el, &#171; am&#233;lior&#233;s &#187; comme &#234;tres humains par le ph&#233;nom&#232;ne artistique bien connu de la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt;, ou purgation des passions. Pour le dire vite et r&#233;sumer : le spectacle du Mal nous en dispense. Pour notre philosophe, toute l'Histoire de l'art est pl&#233;onectique, en ce sens que nous avons toujours &lt;i&gt;besoin de plus&lt;/i&gt; de violence dans la repr&#233;sentation (exemplairement au cin&#233;ma), et de plus en plus sophistiqu&#233;e, pour y croire encore. Puisque toute l'Histoire humaine est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; l'&#171; avoir plus &#187;, il &#233;tait in&#233;vitable que l'art ne d&#233;roge&#226;t pas &#224; cette contrainte interne et comme ontologique &#224; l'humaine condition : le syst&#232;me du pl&#233;onectique ? Humain, trop humain !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour MBK, &#171; la philosophie r&#233;elle &lt;i&gt;d&#233;montre&lt;/i&gt; toujours quelque chose, ou n'est rien &#187;. (D'o&#249; que la plupart de ses concurrents actuels tombent dans le n&#233;ant.) Mais il y a plus : on sait que Gilles Deleuze d&#233;finissait la philosophie comme &#171; cr&#233;ation de concepts &#187; ; raison pour laquelle il renvoyait &#224; leurs &#171; ch&#232;res &#233;tudes &#187; tous les autoproclam&#233;s &#171; Nouveaux Philosophes &#187; des ann&#233;es 80-90. MBK pr&#233;cise cette d&#233;finition n&#233;cessaire mais non suffisante : &#171; Un concept, c'est un outil mental de compr&#233;hension du monde qui n'existait pas avant lui, et donc en somme une &lt;i&gt;clarification&lt;/i&gt; de ce monde &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt;, qui n'aurait pas lieu sans lui. &#187; Pr&#233;cisons, au-dessus de l'&#233;paule de Mehdi : &#234;tre philosophe, c'est avoir un savoir conceptuel propre, &#171; &#224; soi &#187;, comme l'&#233;tait la n&#233;cessit&#233; d'avoir &#171; une chambre &#224; soi &#187; pour l'&#233;crivain-femme au temps de Virginia Woolf. Voici donc un livre, &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, qui regorge de concepts ; suivons donc leur fil :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pl&#233;onectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;j&#224; vu, ce n&#233;ologisme invent&#233; par l'auteur signifie &#171; avoir plus &#187; ; et ce concept permet, selon lui, de remonter &#224; la racine de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; nos maux et probl&#232;mes : &#171; Que le capitalisme et l'&#233;cocide sans cesse acc&#233;l&#233;r&#233; ressortissent d'un seul et unique processus, justement celui que j'appelle &#8220;pl&#233;onectique&#8221;. &#187; Ce concept &#171; d'avoir plus &#187; explique presque tout ce qui constitue les conditions de la philosophie : &#171; Sexualit&#233; et art, science et m&#339;urs, politique et religion, &#233;thique et psychologie, etc. &#187; Plus le temps avan&#231;ait, plus l'homme a voulu de sexe hors reproduction, et plus il a voulu de science pour &#171; expliquer &#187; la quasi-totalit&#233; du monde. Cette expansion est sans fin, et est concomitante au capitalisme m&#234;me, que cela plaise ou non. (Notons ici que le sovi&#233;tisme avec son &#233;conomie planifi&#233;e ne fut pas en reste dans la course &#224; la production, et ne constitua donc pas un mod&#232;le cr&#233;dible pour une sortie du pl&#233;onectique.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mal radical&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le grand th&#232;me de MBK, son &#171; beau souci &#187;, son sujet d'&#233;tude principal, d&#233;sormais, c'est le Mal, avec un M majuscule, c'est-&#224;-dire la souffrance induite par le seul comportement de certains hommes vis-&#224;-vis de leurs fr&#232;res : une souffrance hors Nature, en quelque sorte, et non justifi&#233;e par ses lois immuables. Expliquons-nous : une lionne qui tue une antilope pour se nourrir ne commet pas de mal ; c'est sa nature et l'ordre de la Nature qui commande son acte ; un homme qui tue son prochain, si ! D'o&#249; les Commandements de la premi&#232;re religion monoth&#233;iste, et en particulier celui-ci : &#171; Tu ne commettras pas de meurtre. &#187; En quelque sorte, &#234;tre humain ne va pas de soi ; et il faut que l'homme soit &#233;duqu&#233; &#224; ces commandements, car &#171; l'horreur n'est pas au fond des &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt;, mais de l'&lt;i&gt;homme&lt;/i&gt; &#187;. Pour MBK, la radicalit&#233; c'est l'action de revenir au radical, c'est-&#224;-dire &#224; l'origine &#8211; par exemple &#224; celle du Mal &#8211; radical ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser, c'est penser dangereusement ; d&#232;s lors cette activit&#233;-l&#224; elle aussi devient pl&#233;onectique : l&#224; o&#249; &#231;a pense ; l&#224; cro&#238;t aussi le danger ! L'art moderne en soi est une d&#233;clinaison du Mal sous toutes ses formes, de plus en plus &#233;tendue : &#171; Une v&#233;ritable &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; du Mal. &#187; Pourquoi ? Nous laissons au lecteur le loisir de d&#233;couvrir les cl&#233;s de ce myst&#232;re tout entier pl&#233;onectique (c'est-&#224;-dire que plus le temps avance, et plus les visions horrifiques, montr&#233;es ou sugg&#233;r&#233;es, sont terribles et violentes, en particulier depuis les d&#233;buts de la modernit&#233;, qu'on peut faire remonter &#224; Sade et Goya). Quelqu'un comme Walter Benjamin, exemplairement, avec son concept d'aura &#224; l'heure de la reproduction m&#233;canis&#233;e des &#339;uvres d'art, a chang&#233; le cours de la philosophie de l'Esth&#233;tique ; MBK en fait de m&#234;me, et &#231;a se saura de plus en plus dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La perception&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vraie philosophie consiste en un &lt;i&gt;d&#233;boulonnage&lt;/i&gt; de la m&#233;canique universellement re&#231;ue de la Raison [&#8230;] Chaque fois qu'on sort d'une philosophie digne de ce nom, c'est bien la &lt;i&gt;perception&lt;/i&gt;, au sens quasiment physique, du monde, qui change, voire sa sensibilit&#233; m&#234;me &#187;. Il n'en va ainsi pas diff&#233;remment de la philosophie que de l'art : une nouvelle philosophie, d&#233;rouill&#233;e, sera une philosophie-action, comme il y eut &lt;i&gt;l'action-painting&lt;/i&gt; ! Voir c'est percevoir (Bergson et Deleuze) ; et la &#171; Raison commande aux perceptions communes &#187;, qu'il s'agit de bousculer pour les d&#233;boulonner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la fortune critique de l'&lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/i&gt; de Gilles Deleuze ; mais on ne sait pas encore que ce livre titr&#233; &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt; (en passant, je souligne que le fait que je n'aie pas entendu parler de ce livre &#224; sa sortie, pour cause de panique pand&#233;mique, est en soi un scandale) en est aussi un : &#171; Ce livre, qui r&#233;serve au concept de jeu une place inusit&#233;e en philosophie, est au fond lui-m&#234;me con&#231;u comme une sorte de jeu &#8220;interactif&#8221; &#187; : on peut aussi bien le lire dans l'ordre que rentrer par n'importe quelle porte. On note que tout un syst&#232;me de renvoi &#224; des chapitres &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt; permet de parcourir ce volume comme un rhizome : n'importe quel point de n'importe quel chapitre peut &#234;tre connect&#233; &#224; n'importe quel autre, sans presque de perte. Mais prouvons notre dire par un pr&#233;l&#232;vement (une preuve !) dans le chapitre &#171; Art &#187; : la &#171; &lt;i&gt;Katharsis (infra.)&lt;/i&gt; doit donc se traduire par le mot quasi math&#233;matique d'&#8220;&#233;puration&#8221;, non de &#8220;purgation&#8221; : non seulement l'imitation (&lt;i&gt;infra., Mim&#232;sis&lt;/i&gt;) des horreurs et l'exhibition &lt;i&gt;repr&#233;sentative&lt;/i&gt; etc. &#187; Une telle forme appellerait presque une &#233;dition &#233;lectronique du livre, si nous n'&#233;tions pas allergique et totalement oppos&#233; &#224; une telle chose&#8230; En tout cas, ces renvois incessants d'un chapitre l'autre constituent la principale originalit&#233; de cet &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt; du philosophe qui joue le jeu du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici bien un syst&#232;me pl&#233;onectique par excellence : l'art ; plus le temps avance, et plus sa violence repr&#233;sent&#233;e (ou pr&#233;sent&#233;e, dans le cas par exemple de l'Actionnisme viennois) doit (et peut) augmenter, dans un vaste ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ralis&#233; d'exponentiation. MBK de s'interroger : &#171; Peut-&#234;tre que l'affect de la &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;] par excellence est-il celui-l&#224; m&#234;me d'une possible &lt;i&gt;jouissance du Mal&lt;/i&gt;. &#187; Pens&#233;e scandaleuse s'il en est&#8230; Comment ? Vous n'avez pas encore lu &lt;i&gt;La Litt&#233;rature et le Mal&lt;/i&gt; de Georges Bataille ? Non plus que &lt;i&gt;La Peinture et le Mal&lt;/i&gt; de Jacques Henric ? Nous ne pouvons rien pour vous, lecteur&#8230; Il vous faut tout reprendre &#224; z&#233;ro depuis le d&#233;but : &#171; Le tragique, c'est la situation qui est repr&#233;sent&#233;e par la trag&#233;die &#187;, pas la sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre elle-m&#234;me ou le livre &#233;crit ou encore le plateau de tournage d'un film&#8230; Pasolini n'a commis aucun mal en tournant &lt;i&gt;Sal&#242;&lt;/i&gt; !&#8230; Un livre ou un plateau de tournage sont un n&#233;ant de l'&#233;tant, et seul le regard que l'on porte sur ces repr&#233;sentations cr&#233;e du tragique : &#171; Tel est, rigoureusement, &lt;i&gt;l'art&lt;/i&gt; : nous regardons un n&#233;ant (bloc de papier avec des taches d'encre, un barbouillis de traits et de couleurs, une projection de lumi&#232;re quelconque : un agencement de mati&#232;re inerte), qui, en r&#233;alit&#233;, parvient &#224; nous regarder, nous ; pour le dire de mani&#232;re d&#233;su&#232;te, &#224; nous sonder au plus profond de notre &#226;me qui n'est autre que le corps incorporel de l'&lt;i&gt;affect&lt;/i&gt;, de l'intensivit&#233; pure &#187; : d&#233;finition oh combien profonde ! Qui, jamais, a dit mieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MBK cite Blanchot, en le soulignant : &#171; L'image est bonheur, mais pr&#232;s d'elle le n&#233;ant s&#233;journe. Et la toute-puissance de l'image ne peut s'exprimer qu'en lui faisant appel. [&#8230;] L'image capable de nier le n&#233;ant &lt;i&gt;est aussi le regard du n&#233;ant sur nous&lt;/i&gt;. &#187; On se souvient que le cin&#233;aste Jean-Luc Godard a maintes fois cit&#233; ce passage dans ses essais-vid&#233;o. L'artiste, partant le philosophe v&#233;ritable (artiste, lui aussi), devra se pr&#233;senter (ou repr&#233;senter dans le cas du cin&#233;aste (voir Godard en idiot dans par exemple &lt;i&gt;King Lear&lt;/i&gt;)) en idiot dosto&#239;evskien pour dire la V&#233;rit&#233; du monde : &#171; Le philosophe est cet idiot dosto&#239;evskien, cet enfant attard&#233; &lt;i&gt;[qui joue dans l'Ai&#244;n, disait d&#233;j&#224; H&#233;raclite]&lt;/i&gt;, qui fait un petit pas de c&#244;t&#233;, adopte une infinit&#233;simale distance par rapport &#224; la chose &lt;i&gt;[ce d&#233;passement constant de la violence repr&#233;sent&#233;e dans les arts]&lt;/i&gt;, et s'&#233;crie soudain : &#8220;H&#233;, les amis : &#231;a ne va &lt;i&gt;pas du tout&lt;/i&gt; de soi ! Vous ingurgitez, par tous les moyens, de repr&#233;sentations d'horreurs, d'atrocit&#233;, des &#8216;choses dont la vue nous est p&#233;nible dans la r&#233;alit&#233;', comme dit l'autre, et ce quasi tous les jours, sans jamais vous aviser une seule seconde de l'&#233;tranget&#233; de cette seconde nature&#8221;. &#187; Ce qui permet &#224; MBK de se questionner et de nous interroger &#224; la fois : &#171; Qu'est-ce que cette habitude, devenue inv&#233;t&#233;r&#233;e, r&#233;v&#232;le de ce que nous &lt;i&gt;sommes&lt;/i&gt; ? &#187; On ne se rel&#232;vera pas de sit&#244;t de cette mise en ab&#238;me de notre nature profonde, de ce &#171; th&#233;&#226;tre de la cruaut&#233; &#187; qui semble avancer toujours moins masqu&#233; mais toujours plus sophistiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : &#171; De l'Acropole aux m&#233;gapoles contemporaines, [&#8230;] de la cithare gratouill&#233;e par l'a&#232;de aux centaines d'ordinateurs et de baffles g&#233;antes mises en &#339;uvre par le g&#233;nialissime Stockhausen, on peut dire que l'&lt;i&gt;amplification mim&#233;tique&lt;/i&gt; que permettent les avanc&#233;es technologiques chaque jour davantage, a &#233;t&#233; [&#8230;] une exponentiation des possibilit&#233;s &lt;i&gt;intensives&lt;/i&gt; et &#233;motionnelles dont dispose la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; esth&#233;tique sous ses formes les plus diverses. &#187; Par rapport &#224; nos A&#239;eux, &#171; nous ne cessons d'enrichir nos moyens d'&lt;i&gt;amplifier&lt;/i&gt; l'intensivit&#233; de ces sensations d'effroi, de d&#233;go&#251;t, de terreur paradoxalement jouissives (&lt;i&gt;infra.&lt;/i&gt;, jouissance) &#187; : syst&#232;me pl&#233;onectique s'il en est !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;passement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le renouvellement par MBK de l'investigation philosophique sur les origines du Mal, voici un concept de premi&#232;re importance, le d&#233;passement (au c&#339;ur de l'&#171; avoir plus &#187;, n'est-ce pas ?) : &#171; Non pas proposer un &#233;ni&#232;me d&#233;passement (comme les avant-gardes historiques le firent, et qui ne peut mener qu'&#224; la mort &lt;i&gt;in fine [voir le cas des Futuristes italiens, en particulier]&lt;/i&gt;), mais &lt;i&gt;d&#233;placer&lt;/i&gt; la pens&#233;e du d&#233;placement &#187; &#8211; de sorte que tout soit chang&#233; : &#171; L'&#233;v&#233;nement qui singularise l'animal humain du reste du r&#232;gne animal vivant et terrestre est l'&#233;v&#233;nement d'appropriation techno-mim&#233;tique [&#8230;] qui se s&#233;dimente historiquement en ce que nous connotons sous le terme de &#8220;science&#8221;. Ce r&#233;gime appropriateur, recouvrant aussi bien ce que les philosophes d&#233;signent candidement comme Bien, se solde presque imm&#233;diatement par un r&#233;gime d'&lt;i&gt;expropriation&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, qui est ce que recoupe tout ce que nous d&#233;signons sous le terme de &#8220;politique&#8221;, mais aussi bien du Mal. &#187; &#192; une &#233;poque pas si lointaine, on disait que tout &#233;tait politique ; il faudra d&#233;sormais se r&#233;soudre &#224; dire que tout est pl&#233;onectique, c'est-&#224;-dire d&#233;passement : d&#233;passement exponentiel de la quantit&#233; d'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e, d&#233;passement de la d&#233;pense sexuelle non reproductrice, etc. MBK y insiste ici, et c'est sa grandeur, &#171; l'art moderne, seul, a pens&#233; le Mal avec une radicalit&#233; qui a longtemps laiss&#233; les philosophes sur le carreau, &#224; l'exception des lucidit&#233;s sup&#233;rieures comme Bataille, Blanchot, Adorno, Sch&#252;rmann et quelques autres. &#187; En r&#233;alit&#233;, et &#171; nous &#187; ne voulions pas le voir, &#171; l'art est devenu ce qu'il a toujours &#233;t&#233; essentiellement : une exposition intraitable, syst&#233;matique et, dit-on parfois, complaisante, du Mal pur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui effraie, c'est qu'on comprend alors que le syst&#232;me belhajkac&#233;mien suffit &#224; expliquer pourquoi on a assist&#233; au cours des si&#232;cles &#224; toujours plus de puissance de destruction, de pr&#233;dation et de torture, et, partant, de Mal ; toujours plus de &lt;i&gt;tekhn&#232;&lt;/i&gt; ne pouvant qu'y conduire &#8211; une bombe, f&#251;t-elle atomique, doit un jour servir. Pour cette raison m&#234;me, MBK a depuis ce livre pu pr&#233;dire (pr&#233;-dire) que le XXIe si&#232;cle, en mati&#232;re d'horreur totalitaire et de Mal, serait pire que le XXe, pourtant d&#233;j&#224; assez performant en la mati&#232;re. On l'a vu avec le fascisme sanitaire mondial&#8230; Explication : &#171; Personne, nulle part, ne m&#233;dite comme c'est dans le fruit de notre fonctionnement ontologique le plus intime et le plus foncier, savoir pl&#233;onectique, que g&#238;t le ver contagionnant du probl&#232;me : la propension elle-m&#234;me au d&#233;passement, qui n'est autre, donc, que l'&lt;i&gt;aufhebung&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien. &#187; En derni&#232;re analyse, le pl&#233;onectique c'est le d&#233;passement perp&#233;tuel ; et le nouveau si&#232;cle risque bien d'&#234;tre encore plus apocalyptique que celui des deux totalitarismes&#8230; A&#239;e !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Katharsis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu commun de la pens&#233;e philosophique sur l'art ; mais MBK formule les choses d&#233;finitivement, et mieux que tout le monde : au travers de la &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; artistique, &#171; les affects p&#233;nibles habituellement &#187; deviennent des &#171; affects absolument jouissifs et lib&#233;rateurs, et en m&#234;me temps ils sont conserv&#233;s, puisque c'est &lt;i&gt;quand m&#234;me&lt;/i&gt; de la Terreur et de la Piti&#233; qu'on &#233;prouve dans l'imitation tragique, face au destin d'&#338;dipe, &#201;lectre ou Antigone &#187; &#8211; &#171; sublimation r&#233;ussie d'affects enti&#232;rement n&#233;gatifs, &#224; la fois supprim&#233;s &lt;i&gt;dans leur n&#233;gativit&#233;&lt;/i&gt;, et conserv&#233;s &lt;i&gt;dans leur intensit&#233;&lt;/i&gt; par la &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt; artistique en g&#233;n&#233;ral &#187;. De sorte que &#171; seul l'art est la promesse effective d'une &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; collective, communautaire, du Mal &#187; ; tandis que la Science est &#171; la mal&#233;diction dont l'&#234;tre humain ne pourra jamais se d&#233;barrasser &#187; : fruit d&#233;fendu de l'Arbre de la Connaissance, de la bombe atomique &#224; l'Agent orange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concept deleuzien s'il en est, MBK en renouvelle l'approche en ce sens qu'il le fait aussi rentrer dans son syst&#232;me d'explication de l'humanit&#233; : &#171; Le D&#233;sir est la propension de l'&#233;tant &#224; l'appropriation &#187; ; et &#224; cause du syst&#232;me du pl&#233;onectique, l'Histoire de l'homme est aussi l'histoire d'un plus de jouissance sexuelle et de transgression &#224; travers les &#226;ges. &#171; L'homme est l'&lt;i&gt;animal&lt;/i&gt; physiquement vid&#233;, ext&#233;nu&#233;, mutil&#233; par la suppl&#233;mentation techno-mim&#233;tique &#187; : parfait portrait psycho-g&#233;ographique du marquis de Sade en ses prisons !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jeu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce chapitre, MBK d&#233;veloppe une id&#233;e tout &#224; fait originale, et qu'il est &#224; peu pr&#232;s le seul &#224; porter, c'est-&#224;-dire conceptualiser : il s'agirait de remplacer l'&#233;galit&#233;, concept anti-pl&#233;onectique et donc anti-naturel, qui n'a d'ailleurs abouti qu'&#224; des d&#233;sastres (stalinisme, Goulag, Khmers Rouges, Terreur r&#233;volutionnaire et son corollaire logique : &#171; La R&#233;volution n'a pas besoin de po&#232;tes &#187;, etc.), par le principe d'&lt;i&gt;&#233;quit&#233;&lt;/i&gt;, que le jeu seul permet d'atteindre (pensons ici au &lt;i&gt;fairplay&lt;/i&gt; des grands tennismen) : &#171; L'&#233;mulation ludique, c'est le pl&#233;onectique devenu, politiquement, non plus &#8220;&#233;galit&#233;&#8221;, mais &lt;i&gt;&#233;quit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; Outre que le jeu est la forme du lien social &lt;i&gt;par excellence&lt;/i&gt;, il permet de rejouer, sur une table, la chance dont le destin a priv&#233;s les pauvres et les exploit&#233;s. Dans le jeu, &#171; chaque &lt;i&gt;citoyen&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt;, au m&#234;me titre que n'importe qui, et avec les m&#234;mes chances de base &#187; : &#171; Tous &#233;gaux ! &#187;, du Roi au man&#339;uvre. Moins le prol&#233;taire aura de temps de travail (ou de corv&#233;e), et plus il aura de temps de jeu. Dans la soci&#233;t&#233; &#233;quitable du jeu, &#171; les meilleurs sont r&#233;compens&#233;s selon leurs m&#233;rites &#187;, mais &#171; m&#234;me le plus mauvais, le plus b&#234;te et m&#233;chant, a le droit de gagner de temps en temps &#187; ; c'est-&#224;-dire &#171; d'exister, dans sa pleine &lt;i&gt;singularit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; n'est pleinement elle-m&#234;me que lorsqu'elle joue : &#171; Seul le jeu est pleinement la &lt;i&gt;katharein&lt;/i&gt; du pl&#233;onectique : tous les autres arts sont des &lt;i&gt;katharsis&lt;/i&gt; diff&#233;r&#233;s, m&#233;di&#233;s. &#187; De plus, dans le jeu, l'an&#233;antissement de l'autre est jou&#233;, feint ; de sorte que &#171; le jeu n'est &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; l'irr&#233;alisation de la mort &#187;, comme le Goulag ou le camp khmer, &#171; mais sa suspension : jouer avec la mort, c'est la &lt;i&gt;diff&#233;rer&lt;/i&gt; dans sa Repr&#233;sentation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel de la cr&#233;ation du &lt;i&gt;Kriegspiel&lt;/i&gt; par Guy Debord, que MBK qualifie de &#171; l'un de ses chefs-d'&#339;uvre &#187;, nous donne l'occasion d'illustrer notre texte d'une photographie du penseur en train d'y jouer :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/debord_jeu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/debord_jeu-f8c82.jpg?1677671904' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Guy Debord devant son &#171; jeu de la guerre &#187; &#224; Champot en ao&#251;t 1987
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ressort de la lecture de ce &#171; pav&#233; &#187; philosophique un profond pessimisme, dont MBK ne se cache pas tant il se met de lui-m&#234;me dans une filiation avec les penseurs du pessimisme historique que sont Walter Benjamin et Adorno. &#171; Plus l'Histoire avance, plus les bouleversements qui m&#233;tamorphosent chaque g&#233;n&#233;ration qui se succ&#232;dent sont consid&#233;rables, voire &#8220;apocalyptiques&#8221;. Telle est la logique semble-t-il implacable du pl&#233;onectique. &#187; La Nature n'est que r&#233;p&#233;tition et retour du m&#234;me, alors que l'&#233;tant humain &#171; &lt;i&gt;s'approprie&lt;/i&gt; la r&#233;p&#233;tition &#187;, dans un constant d&#233;passement de soi. Que faire face &#224; ce constat, si ce n'est &#234;tre lucide sur l'in&#233;luctabilit&#233; de l'advenue du Mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer ainsi &#224; d&#233;rouler et analyser les corr&#233;lations entre les chapitres de ce livre et le syst&#232;me conceptuel int&#233;gral du pl&#233;onectique reviendrait &#224; prouver qu'il fait jour quand le soleil luit ; aussi laissons-nous maintenant &#224; la dilection du lecteur le plaisir de d&#233;couvrir par lui-m&#234;me les concepts suivants du volume, qui est le chef-d'&#339;uvre de Mehdi Belhaj Kacem, son &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, version &#171; Marxisme et schizophr&#233;nie &#187;, sans toutefois oublier de nommer les titres les plus jouissifs pour la pens&#233;e de ses divers chapitres (ou plateaux) : &#171; Mim&#232;sis &#187;, &#171; Nihilisme &#187;, &#171; Sexuation &#187;, &#171; Transgression, &#171; V&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH580/spinoza-4cec6.jpg?1772199476' width='500' height='580' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Baruch Spinoza
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Mehdi Belhaj Kacem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique Mehdi Belhaj Kacem Diaphanes, coll. &#171; anarchies &#187;, 1000 p., 45 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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