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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Penser la culture et les actions culturelles sans p&#233;trifications</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/culture" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/dscf6878-74432.jpg?1775383397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections municipales le prouvent, le terme &#171; culture &#187; est g&#233;n&#233;ralement identifi&#233; aux projets dits &#171; culturels &#187;, &#224; destination du &#171; public &#187;, des &#171; lieux &#187; ou des &#171; espaces &#187; publics, con&#231;us par des institutions ou des associations. Non seulement on tourne en cercle, mais, &#224; leur &#233;gard, on ne discute que d'&#233;checs, de l'arr&#234;t &#224; infliger &#224; des ambitions, de repli sur des objectifs plus modestes, ou de diverses requ&#234;tes en reconduction, etc. En somme, le rapport &#224; &#171; la culture &#187; est tiss&#233; d'agressivit&#233;, de deuil, de m&#233;lancolie, d'humeurs, plus que d'objectifs, puisque le plus souvent r&#233;duit &#224; &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187; ou &#171; ce sera mieux demain &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'&#233;chappe &#224; personne que les programmes &#171; culturels &#187; rel&#232;vent de multiples facettes de ce type, surmont&#233;es de surcro&#238;t d'appels &#224; la restauration normative de rep&#232;res ou de v&#339;ux de voir reconstituer une religion civile, notamment face &#224; ce qui est nomm&#233; &#171; individualisme &#187; ou &#171; barbarie &#187; de certains ou de beaucoup, des milieux &#171; bourgeois &#187; ou des &#171; quartiers &#187;, ou &#224; ce qui est r&#233;clam&#233; sous le titre d'une &#171; identit&#233; &#187; par la culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute l'ironie sur ces mots n'est-elle gu&#232;re de mise alors qu'ils engagent si gravement les existences. Aussi proposons-nous plut&#244;t ci-dessous un exercice de pens&#233;e, autour de notions utilis&#233;es pour parler &#171; culture &#187; : individu, auteur-autrice, &#339;uvre, public, mais aussi lieux et espaces publics. Ce qui est caract&#233;ristique des usages, c'est que ces termes sont essentialis&#233;s, comme celui de &#171; culture &#187; (LA Culture). Il est sans doute possible de sortir de ces abstractions et de projets culturels typ&#233;s, si l'on s'attache &#224; r&#233;inscrire ces termes dans des dynamiques leur proposant de s'&#233;manciper &#224; l'&#233;gard d'eux-m&#234;mes, de leur emploi fig&#233;, des traditions et des hi&#233;rarchies. Quelques illustrations s'y attachent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;trifications de la culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de consid&#233;rations actuelles relatives au champ culturel insistent sur des corr&#233;lations constitutives des objets qui le traversent : auteur&#183;rice et &#339;uvre, &#339;uvre et normes, public et &#339;uvre, etc. Elles figent pourtant ces corr&#233;lations au gr&#233; de leurs objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les m&#233;dias et les discours publics, ces corr&#233;lations portent bien sur les rapports internes caract&#233;ristiques de l'espace public esth&#233;tique contemporain, sur les subalternit&#233;s, les pr&#233;s&#233;ances et les hi&#233;rarchies entre p&#244;les sollicit&#233;s (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre, public), mais selon des combinaisons p&#233;remptoires. Par exemple : on superpose et confond individu et auteur&#183;rice (compositeur-acteur) ; l'auteur&#183;rice serait premier par rapport &#224; l'&#339;uvre ; l'&#171; &#339;uvre &#187; r&#233;sulterait d'un &#171; cr&#233;ateur/cr&#233;atrice &#187; ; le/la cr&#233;ateur&#183;rice &#233;chapperait aux valorisations sociales ; le public devrait voir l'auteur&#183;rice ou l'artiste dans l'&#339;uvre ; l'&#339;uvre ne disposerait d'aucune autonomie ; l'adresse &#339;uvre-public r&#233;sulterait de la publicit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, on doit d'autant moins m&#233;priser ces formulations qu'elles ont un usage social et une histoire. Dans cette derni&#232;re perspective, elles ont &#233;t&#233; compos&#233;es et discut&#233;es d&#232;s le d&#233;ploiement de l'art d'exposition ou d'ex&#233;cution moderne (Renaissance-Lumi&#232;res), dans son double espace &#233;conomique et esth&#233;tique. En son sein fonctionnaient les Salons, cercles de lecteurs&#183;rices par excellence relevant de la &#171; publicit&#233; &#187; (au sens de l'actuel &#171; usage public de la raison &#187;). Elles ont eu le m&#233;rite de d&#233;connecter la sph&#232;re des arts de l'&#201;glise. Elles ont &#233;t&#233; utilis&#233;es, critiqu&#233;es et affin&#233;es, par exemple, par Denis Diderot, tant dans &lt;i&gt;Lettre sur le commerce de la librairie&lt;/i&gt; (1763) que dans &lt;i&gt;Le paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt; (1773-1830), au c&#339;ur par cons&#233;quent des Lumi&#232;res. Ces d&#233;bats sont revenus dans le &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; de Marcel Proust (posthume, 1954), au c&#339;ur de la modernisation g&#233;n&#233;ralis&#233;es de ce double espace (XIX&#7497;), au prix de leur recodification au sein du nouveau cadre m&#233;diatique (journaux, radios). Longuement critiqu&#233;s, ils sont pourtant p&#233;riodiquement remis en selle sous forme p&#233;trifi&#233;e. Revenons-y donc, d'autant qu'y oblige la d&#233;construction des notions d'&#339;uvre et d'auteur, d'individu et de public, en fin de XX&#7497; et d&#233;but de XXI&#7497; si&#232;cles, en rapport avec les cultures, alors que beaucoup la n&#233;gligent pour mieux c&#233;l&#233;brer &#224; nouveau l'individu traditionnel psychologique et singulier comme &#171; cause &#187; de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_1916-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_1916-2-3e381.jpg?1772701376' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux n&#233;gligences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, une partie de ces propos sur la psychologie des auteurs, la subalternit&#233; des &#339;uvres, etc. n'a plus qu'une fonction id&#233;ologique. Ce ne sont pas des d&#233;bats en, devant ou avec un public sous r&#232;gle d&#233;mocratique qui leur importent. Ce sont plut&#244;t les expansions de disputes fortement infl&#233;chies par les m&#233;dias aux fins de contr&#244;le de la sph&#232;re culturelle. Il est possible d'observer le poids de cette fonction dans le cas des formules aux traits sym&#233;triques d&#233;ploy&#233;es autour des &#171; personnages &#187; cit&#233;s ci-dessus (individu, auteur&#183;rice, &#339;uvre d'art, public). Soit, d'un c&#244;t&#233;, se rencontrent des d&#233;clarations prosa&#239;ques sur des d&#233;terminations psychologiques ou morales relatives &#224; la psych&#233; ou au v&#233;cu de l'individu-artiste (ses parents, ses m&#233;faits, son rapport aux autres, &#224; la biens&#233;ance, &#224; l'argent, aux vices et vertus et quelques traits racistes) &#171; exprim&#233;es &#187; dans ses &#233;crits ; soit, en contrepoint ou en retour, s'exposent des consid&#233;rations sur l'approche du ou par le public d'&#339;uvres d'adresse ind&#233;termin&#233;e, trait&#233;e en r&#233;flexe conditionn&#233; m&#233;prisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;nonc&#233;s se d&#233;roulent au profit d'emballements autour de sensualit&#233;s superficielles passant pour sources &#8211; on dit parfois &#171; origines &#187; &#8211; des &#339;uvres et crit&#232;res de leur analyse. Aucun compte n'est tenu de nombre de r&#233;flexions d'auteurs&#183;rices pensant leur &#339;uvre en &#171; refus de soi &#187; (du moi, de l'individu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, ces propos sertis de moralisme, tenus autour du th&#232;me de l'individu ou de l'artiste imm&#233;diatement fondu-confondu dans &#171; son &#187; &#339;uvre, servent d&#233;sormais non moins d'accusation contre l'&#339;uvre, sa facture et sa diffusion, d&#232;s lors que l'un ou l'autre, l'individu ou l'auteur&#183;rice, accomplit des m&#233;faits ou fait d&#233;faut &#224; la loi positive. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant le second trait, &#339;uvre-public, la possibilit&#233; m&#234;me d'une analyse de l'&#339;uvre par un public dispara&#238;t, puisque ce dernier est cens&#233; se couler dans la conception de l'&#339;uvre comme expression/miroir de l'auteur&#183;rice (au sens psychologique du terme), et se contenter de projeter sur elle ou de vouloir reconnaitre en elle des traits qui, par le truchement de la rumeur ou des m&#233;dias, proviennent de sa petite enfance ou de son adolescence. Dans cette projection se jouent, en sus de l'influence sur la r&#233;ception de l'&#339;uvre, les objectifs &#233;ducatifs assign&#233;s fr&#233;quemment aux &#339;uvres d'art &#224; partir d'un partage normatif (&#171; cultiver les citoyen&#183;nes &#187;, &#171; &#233;duquer les classes populaires &#187;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par de tels propos par lesquels les m&#233;dias attisent l'opinion, utilisant sans vergogne des l&#233;gitimations juridiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'artistique est soumis &#224; cong&#233;lation sous une double loi. D'abord celle, psychologique, de l'affinit&#233; subjective entre l'auteur, sa vie et &#171; son &#187; &#339;uvre. Ensuite, en un parall&#232;le inverse, mais sur le m&#234;me mod&#232;le, celle d'un jugement du &#171; beau &#187; ramen&#233; soi-disant aux seuls sentiments du regardeur-individu. Cette loi (double) r&#233;duit la parole artistique &#224; des fonctions m&#233;caniques. Que ce soit la &#171; cr&#233;ation &#187; ou le regard esth&#233;tique, ils sont plac&#233;s hors de la possibilit&#233; d'une critique des dynamiques immanentes de la culture, gr&#226;ce &#224; ses adresses, fut-ce-t-elles silencieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de ces discours culturels, les formulations dominantes d'un rapport de type &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187;, deviennent m&#233;caniques. Elles admettent en sous-entendu une pirouette : &#171; l'&#339;uvre est l'homme &#187;, dont la valeur est celle d'un &#171; l'&#339;uvre : donc l'homme &#187;. Pirouette et sous-entendu ne se demandent pas si les deux c&#244;t&#233;s s'embo&#238;tent vraiment si ais&#233;ment. S'y lit seulement que l'&#339;uvre fonde l'auteur plus qu'elle-m&#234;me, en se nouant &#224; sa seule parole. L'&#339;uvre ne serait rien d'autre que son support mat&#233;riel. Leur in&#233;vitable r&#233;sultat est de priver l'auditeur ou l'auditrice d'une compr&#233;hension dynamique de ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre part, la r&#233;flexion &#224; conduire postule que l'on peut y objecter un autre libell&#233;. Ce dernier aurait &#224; charge de rendre sa vivacit&#233; &#224; la conjonction de coordination &#171; et &#187;, en lui redonnant une signification de v&#233;ritable &#171; rapport &#187;, sans tendance &#224; ressembler au verbe &#171; &#234;tre &#187;, et &#224; &#233;vincer une dissym&#233;trie potentielle. Il exclurait la pens&#233;e courante d'un ajustement ext&#233;rieur entre les termes reli&#233;s, d'une simple relation sans pluralit&#233; de points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons en effet qu'un rapport, soit une formule &#224; deux ou quatre termes, implique des diff&#233;rences/dissym&#233;tries et requiert des liens qui rendent le jeu intrins&#232;que actif, gr&#226;ce &#224; quelque chose qu'il laisse en blanc. En l'occurrence un rapport impulse des devenirs, en laissant une fonction &#224; du vide. Si l'on entend par &#171; vide &#187; une fonction de f&#233;condit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Ruby, La f&#233;condit&#233; du vide, Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; le vide permet de s'avancer dans les lueurs de l'imaginaire &#8211;, fonction permettant de tricoter des dynamiques de rapports, c'est effectivement lui qui rend possible la modification des termes, le passage entre eux (ou des impasses) et une r&#233;p&#233;tition potentielle du mouvement qui les modifie encore peu &#224; peu en se donnant r&#233;ponse les uns aux autres. D'une telle connexion/rapport, ludique et critique, notamment dans les lieux/espaces publics, il est impossible d'en penser la notion sans son opposition avec des &#233;tats (sans mouvement) ou des figures solidifi&#233;es (normes sacr&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2012.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/img_2012-413f5.jpg?1772701376' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de ce recadrage sur la notion de &#171; rapport &#187;, notamment sur celui qui concerne l'&#233;quation auteur&#183;rice-&#339;uvre, est d&#233;cisive. Un &#171; auteur/autrice &#187; n'est pas un &#234;tre imm&#233;diatement donn&#233;, f&#251;t-ce sous la solitude du penseur (ou du &lt;i&gt;Penseur &lt;/i&gt; &#224; la Rodin). C'est un individu devenu auteur&#183;rice gr&#226;ce &#224; l'appel d'un vide (un trou dans son r&#233;el), potentiellement d'une &#339;uvre &#224; entreprendre. Une &#171; &#339;uvre &#187; n'est pas non plus une chose p&#233;trifi&#233;e, imm&#233;diatement donn&#233;e telle quelle parce que produite par un &#171; auteur&#183;rice &#187;, mais le r&#233;sultat d'une interaction entre le devenir auteur&#183;rice d'un individu et un devenir &#171; &#339;uvre &#187; &#224; partir d'un vide (une inexistence) appuy&#233;e sur des &#171; nappes discursives &#187; pr&#233;alables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des jeux de r&#232;gles (ou de r&#233;sistances aux r&#232;gles devenues &#171; officielles &#187;) du champ de r&#233;f&#233;rence. Enfin, le rapport entre auteur&#183;rice et &#339;uvre ne peut donc &#234;tre simplifi&#233; par une r&#233;f&#233;rence &#224; une causalit&#233; m&#233;canique, pas plus que ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; des automatismes le rapport &#339;uvre-spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dynamogramme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de reformuler les corr&#233;lations constitutives du champ artistique, nous pensons possible et positif de construire des raisonnements autour de ce que nous appelons un &#171; dynamogramme &#187;, selon le vocabulaire de Aby Warburg, et des &#171; jeux des subalternit&#233;s &#187;. Ces notions permettent de statuer &#224; nouveaux frais sur les rapports envisag&#233;s. Si &#171; jeu &#187; para&#238;t un terme pertinent pour &#233;voquer des devenirs, des vides qui appellent et des rapports entre des instances, la notion de &#171; subalternit&#233; &#187; n'a d'int&#233;r&#234;t que dans sa combinaison avec &#171; jeu &#187;. Ce second terme &#233;voque moins des couches hi&#233;rarchiques fixes que des niveaux de r&#233;flexion ou des dispositions pouvant muter en fonction des activit&#233;s prises en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dynamiques excluent que &#171; individu &#187;, &#171; auteur&#183;rice &#187;, et simultan&#233;ment &#171; &#339;uvre &#187;, r&#233;f&#232;rent &#224; des &#234;tres inalt&#233;rables, &#224; des isolats monadiques. De m&#234;me il est central pour le d&#233;veloppement entrepris d'y inclure ce rapport dont on parle peu, celui du public, des lecteurs&#183;rices, spectateurs&#183;rices, etc., &#224; l'&#339;uvre. &#171; Public &#187;, en effet, n'a de sens qu'en refus des pressions m&#233;diatiques imposant des tours psychologiques &#224; l'individu et &#224; la personne de l'artiste, tours dont la propri&#233;t&#233; est de combler les jugements potentiels, et critiques, par le plein de lieux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, nous avons affaire &#224; une quadrilogie individu-auteur&#183;rice-&#339;uvre-public. Son premier m&#233;rite est de s'organiser autour d'encha&#238;nements et non autour de points d'appui, de liens d'accords et de d&#233;saccords, de r&#233;ussites et de revers, etc. Son second m&#233;rite est de laisser sa latitude n&#233;cessaire &#224; &#171; individu &#187; de concerner les hommes et les femmes dans leur singularit&#233; ainsi que le processus de leur formation (familial, &#233;ducatif) en direction ou non d'un appel &#224; devenir auteur ; &#224; &#171; auteur/autrice &#187; de viser un type d'activit&#233; en premier lieu ind&#233;fini, vide, la vis&#233;e-&#339;uvre, ou une vie artistique pour laquelle la confrontation &#224; des milieux, des r&#232;gles, des objectifs est centrale, tout en se d&#233;tachant de &#171; individu &#187; sans l'ignorer ; &#224; &#171; &#339;uvre &#187; de cerner des types de langage r&#233;&#233;laborant la langue ordinaire, des conflits entre r&#233;alisations, des jeux de normes et de contestation de celles-ci en ouverture sur une adresse ind&#233;termin&#233;e, donc vide, &#224; toutes et tous ; et &#224; &#171; lecteur/spectateur &#187;, ou &#224; &#171; public &#187; d'&#233;voquer des formes d'(auto-)&#233;ducation, de r&#233;formes ou de mises en question de soi. En quoi le graphe dynamogrammatique ci-dessous peut se sillonner selon les &#233;nergies sur lesquelles r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/capture_d_e_cran_2026-03-04_a_20.47_20-bd1e6.png?1772701377' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afin d'objectiver diff&#233;remment nos amendements, gardons en m&#233;moire les obstacles &#224; surmonter dans chaque formulation de cette topologie : &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste, ni l'&#339;uvre, ni le public ne rel&#232;vent d'&#233;manations divines, ce qui sans doute r&#233;soudrait bien de (fausses) difficult&#233;s ! Il n'y aurait plus de liens &#224; penser, puisqu'on y laisse au Dieu de la religion la charge de la cause et de la cons&#233;cution. Chaque cr&#233;ature/cr&#233;ation serait paradoxalement de droit ind&#233;pendante, quoique uniquement d&#233;pendante de la lumi&#232;re divine susceptible de faire loi (lien). &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'individu, ni l'artiste ne se caract&#233;risent par une quelconque nature humaine, ou un quelconque g&#233;nie, lesquels gr&#226;ce &#224; de telles qualit&#233;s &#171; naturelles &#187; agiraient en dehors de toute d&#233;termination sociale ou culturelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni l'&#339;uvre n'est un bloc de marbre, ni m&#234;me un bloc de v&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ni le public n'est une chose manipulable en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que d'autres obstacles ne sont pas moins importants encore &#224; surmonter sur ce terrain du jeu, des rapports et des vides. Si les liens se formulent en termes d'expression, de transfert, de similitude, de continuit&#233;, de subsomption, de communication, restons-en au propos le plus r&#233;pandu : le rapport de causalit&#233;, pens&#233; de mani&#232;re magique. Nous ne pouvons adh&#233;rer &#224; sa formulation, d'autant que les discours qui le formulent donnent de l'efficace de la causalit&#233; l'image d'une activit&#233; sans distance, d'une succession imm&#233;diate, automatique, de l'effet. Elle dissout tout dans l'indiff&#233;rence d'une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeu et vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, sortir de la causalit&#233; m&#233;canique directe, telle est la derni&#232;re difficult&#233; &#224; dompter. Il est n&#233;cessaire d'affoler les identifications sans mouvement. Il est bon de r&#233;cuser l'imaginaire de la co&#239;ncidence qui pr&#234;te des motifs &#224; des attaques ad hominem : si tel personnage fait ceci ou cela dans l'&#233;crit, ce n'est rien d'autre que le v&#233;cu de l'auteur&#183;rice ou de l'artiste. Comme il est non moins n&#233;cessaire de combattre les s&#233;parations si rigoureuses qu'elles imposent de l'artiste la figure d'un &#234;tre d&#233;tach&#233; de toutes contingences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs en ce point que s'articulent les notions de &#171; jeu &#187; et de &#171; vide &#187;. Il n'est sans doute plus n&#233;cessaire de faire remarquer que la formulation courante de l'expression mise ici &#224; la question &#8211; &#171; l'homme et l'&#339;uvre &#187; &#8211; ne suppose aucun rapport dynamique, mais une simple conjonction attirant des automatismes d'identification. Elle demeure bien trop format&#233;e en figure duelle et ne dit finalement rien. Sa transmutation en &#171; l'artiste et l'&#339;uvre &#187; laisse survivre ce m&#234;me dualisme fig&#233;, ainsi que les autres jonctions : spectateur-&#339;uvre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cr&#233;dits accord&#233;s &#224; l'absence de tensions dans l'activit&#233; artistique souhaitent curieusement s'en prendre violemment aux th&#233;ories/pens&#233;es de l'autonomie de l'&#339;uvre. La raison ? Ces derni&#232;res d&#233;pouilleraient le jeu de la &#171; cr&#233;ation &#187;, de la lecture ou de l'audition d'une &#339;uvre des avatars de la vie priv&#233;e, du &#171; v&#233;cu &#187; des individus ou auteurs appliqu&#233;s m&#233;caniquement sur lui. Elles &#233;carteraient les formules qui &#171; expliqueraient &#187; par l'&#226;me de l'auteur&#183;rice les termes constitutifs des liens. Elles r&#233;cuseraient toute coagulation qui &#233;vincerait les dynamiques et puissances de jeu intrins&#232;ques aux champs des arts. Et elles ne s'&#233;l&#232;veraient pas assez &#224; l'encontre des juges qui consid&#233;reraient avec prudence les tourments relevant de l'individu soi-disant d&#233;ploy&#233;s dans &#171; son &#187; &#339;uvre, notamment la &#171; chose &#187; sexuelle ou les signes d'une d&#233;pravation, sans les leur assigner, ou &#224; l'inverse consid&#233;reraient les avatars priv&#233;s sans faire allusion &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la dimension de la &#171; cr&#233;ation &#187; se joue justement dans le refus d'entit&#233;s, se joue par cons&#233;quent dans des &lt;i&gt;devenirs,&lt;/i&gt; lesquels supposent des vides potentiels. Elle fait alors de l'individu, comme de l'auteur&#183;rice, de l'&#339;uvre et du public (le public, les lieux et les espaces publics), dans leurs relations contradictoires, des sortes de &#171; zones d'autonomie temporaires &#187; en mouvement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_0536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0536-798a6.jpg?1772701377' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que l'individu n'est pas directement identifiable &#224; l'auteur&#183;rice ; que l'auteur&#183;rice doit renoncer &#224; la pr&#233;tention &#224; &#234;tre le sujet ma&#238;tre et propri&#233;taire de ses &#233;crits ; que l'&#339;uvre n'est pas le r&#233;sultat imm&#233;diat de l'expression de sa volont&#233; cr&#233;atrice ; que l'&#339;uvre d&#233;pend sans doute plus de contingences sociales et juridiques que de cette volont&#233; ; que l'&#339;uvre n'est donc pas r&#233;ductible non plus &#224; une id&#233;e ; que le public n'est pas un simple r&#233;ceptacle de ce qu'un auteur aurait voulu exprimer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons inscrit ci-dessus les termes &#171; jeu &#187; et &#171; vide &#187; dans l'&#233;vocation des devenirs et des rapports dynamogrammatiques entre des instances convergentes, individu-auteur-&#339;uvre-public. Insistons sur leur pertinence relativement &#224; nos analyses. Ces termes signifient &#224; la fois que les rapports peuvent &#171; avoir du jeu &#187; entre eux, et jouer avec tel ou tel terme, dans la mesure o&#249; toutes les interactions supposent une dynamique et un vide ouvrant des possibilit&#233;s de liaisons et de d&#233;liaisons, de hi&#233;rarchies ou de d&#233;constructions. Que la notion de &#171; jeu &#187; comportant l'id&#233;e de plaisanterie ou de plaisir procur&#233; ne fait que renforcer l'id&#233;e selon laquelle des rapports entre des termes ou des objets ne peuvent &#234;tre identifi&#233;s &#224; des engrenages (encore ceux-ci supposent-ils aussi du &#171; jeu &#187; !). Et si l'on se prend au mouvement des dynamogrammes, c'est leur jeu m&#234;me qui vient en avant : la d&#233;clinaison des modalit&#233;s de rapport et la pluralit&#233; des transformations possibles des termes et des relations, en fonction d'un vide qui doit &#234;tre sans cesse activ&#233;, surtout lorsqu'on pose le probl&#232;me des lieux et espaces publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re du &#171; jeu &#187; &#8211; il suffit &#224; cet &#233;gard de relire les &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain,&lt;/i&gt; de Friedrich von Schiller &#8211; est de d&#233;stabiliser les cl&#244;tures, les enfermements et les abstractions aux fins de provoquer des mouvements sans fin. Le jeu a une fonction plastique et excite les liens. En cela, il n'est pas tout &#224; fait sans r&#232;gle, mais il trouve et construit sa r&#232;gle dans le mouvement m&#234;me qu'il aiguillonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune et chacun a d&#233;j&#224; not&#233; l'opposition du jeu &#224; toute r&#233;it&#233;ration ou imitation, que l'on pense &#224; l'&#233;ducation ou &#224; une formation quelconque en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'espace public en d&#233;mocratie notamment. Chacune des th&#233;ories de la pulsion de jeu se d&#233;connecte d'une imitation dans laquelle certains tentent d'enfermer encore les citoyen&#183;nes, car l'imitation se fait conformiste et entravante. Tandis que l'assise dans le jeu indique qu'un rapport entre (des individus, des auteurs-rices, des &#339;uvres, des spectateurs) s'&#233;l&#232;ve au-dessus de l'imm&#233;diatet&#233; et du statique. Il est jeu au sens o&#249;, par la place vide qu'il inclut afin de fonctionner, il permet de saisir un rapport sans le laisser tel quel. On joue avec lui, ou on imagine &#224; partir de lui autre chose, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Mallarm&#233;, &#171; Tombeau d'Edgar Poe &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1998, p. 70 ; Ren&#233; Char, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1983, p. 168, 653 ; mais aussi Pierre Ducrozet, in &lt;i&gt;Andy Warhol, Miroirs du sphinx,&lt;/i&gt; Paris, Bouquins, 2025, traitant Warhol en &#171; miroir sans tain &#187;, &#171; habit&#233; par la qu&#234;te du rien, et la dissolution du moi &#187; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En droit, &#171; auteur &#187; renvoie &#224; une symbiose que l'on peut estimer probl&#233;matique : soit &#171; la personne qui est &#224; l'origine d'une &#339;uvre originale ou d'une cr&#233;ation ; une personne qui a fait une cr&#233;ation originale manifestant sa personnalit&#233;, qu'il s'agisse de lettres, de sciences humaines ou d'art &#187; (formule de Fran&#231;ois Dagognet, &lt;i&gt;Philosophie de la propri&#233;t&#233;,&lt;/i&gt; Paris, Puf, 1992, p. 131).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Ruby, &lt;i&gt;La f&#233;condit&#233; du vide,&lt;/i&gt; Paris, MKF &#201;ditions, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce qu'un auteur ? &#187;, une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie le 22 f&#233;vrier 1969, Paris, Honor&#233; Champion, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'introduction : Olivier Perrot, &lt;i&gt;Dire NON, Une installation de 493 photographies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;genter le go&#251;t de la foule*</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Regenter-le-gout-de-la-foule</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Regenter-le-gout-de-la-foule</guid>
		<dc:date>2026-03-01T18:17:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>censure</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article (6/6) cl&#244;t le dossier Censure ouvert il y a quelques mois dans TK-21 LaRevue. Apr&#232;s les articles de Carole Douillard, Elliott Covrigaru, Myriam Mechita et Martial Verdier, analysant l'application de la censure &#224; telle ou telle pratique artistique, il vise &#224; amplifier la question sous un angle plus philosophique, &#233;tudiant les argumentations souvent employ&#233;es &#224; ce propos sous forme de censure dans la culture et de censure culturelle.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/censure" rel="tag"&gt;censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/theatre" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH77/arton2811-96ba4.jpg?1772389177' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte (6/6) cl&#244;t le dossier ouvert il y a quelques mois dans TK-21 LaRevue. Apr&#232;s les articles de Carole Douillard, Elliott Covrigaru, Myriam Mechita et Martial Verdier, analysant l'application de la censure &#224; telle ou telle pratique artistique, il vise &#224; amplifier la question sous un angle plus philosophique, &#233;tudiant les argumentations souvent employ&#233;es &#224; ce propos sous forme de censure dans la culture et de censure culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_23169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;549&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01_-_grandville_-_descente_dans_les_ateliers_de_la_liberte__de_la_presse.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH317/01_-_grandville_-_descente_dans_les_ateliers_de_la_liberte__de_la_presse-4fd7c.jpg?1770636800' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lithographie de Grandville 1832
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sur la gauche, le roi Louis-Philippe plaque sa main sur la bouche d'une ouvri&#232;re symbolisant la libert&#233; de la presse. Derri&#232;re lui se tient le d&#233;put&#233; et magistrat Jean-Charles Persil, avec son nez en forme de bec de perroquet et, &#224; la main, une grande paire de ciseaux repr&#233;sentant la censure. Sur la droite, d'autres membres du gouvernement s'en prennent aux imprimeurs et au mat&#233;riel d'imprimerie. Sous la plafond sont accroch&#233;es des revues anti-gouvernementales telles que &lt;i&gt;La Caricature&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Droits de l'homme&lt;/i&gt;.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Caroline Verdu, vice-pr&#233;sidente du p&#244;le th&#233;&#226;tre d'Ekhosc&#232;ne, lors d'une rencontre professionnelle, affirme : &lt;i&gt;&#171; Une nouvelle forme de censure se d&#233;veloppe sur les territoires de la part de programmateurs guid&#233;s par les &#233;lus locaux, qui pr&#233;f&#232;rent &#233;viter de mettre &#224; l'affiche, dans leurs lieux, des spectacles portant sur des th&#233;matiques qu'ils imaginent heurter une partie de leurs administr&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (voir l'article du Monde, ci-dessous, du 26 septembre 2025). &#192; c&#244;t&#233; de la censure d'&#201;tat publiquement affich&#233;e, de la censure &#233;conomique, de censures plus amples d&#233;sormais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pensons aux nouvelles pressions d'associations parentales dans le cadre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il existe encore au moins une autre censure, &#171; insidieuse &#187;, celle qui veut pr&#233;server une &#171; population &#187; locale (des &#233;lectrices et &#233;lecteurs sans aucun doute), ces temps-ci, de la diversit&#233;, du f&#233;minisme, de l'homosexualit&#233;, de l'inclusion, du partage&#8230; , de tout ce qui serait &#171; woke &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En t&#233;moigne cet article de Sandrine Blanchard, publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; exposant les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te portant sur la pression des &#233;lus sur les choix culturels dans les municipalit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02_-_img_2322-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH271/02_-_img_2322-3-c6bf8.jpg?1772452058' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Monde
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;26 septembre 2025
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons bien d'&#339;uvres culturelles, d'objets sp&#233;cifiques (un livre, un film, une BD, un tableau, une performance&#8230;), de traitements sp&#233;cifiques de ces objets, dans et par les &#233;coles d'art non moins, et de leur rassemblement en un domaine particulier de la cit&#233; &#224; signification universelle, la culture et le &#171; commerce &#187; (!) des pens&#233;es. N'y aurait-il pas de fortes raisons de penser que ces &#339;uvres sont &#224; la fois des objets mat&#233;riels (requ&#233;rant des instances d'exposition) ainsi que des trajectoires d'objets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Immanuel Kant, Qu'est-ce qu'un livre ?, 1796 (Paris, Puf, 1995), extrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (un spectacle, une performance supposent une pr&#233;paration) et des objets qui, par leur dispositif d'adresse ind&#233;termin&#233;e, promeuvent l'&#233;galit&#233; des esprits, en &#233;tant ouverts/offerts &#224; chacune et chacun ? Il est possible de les dire &#171; &#233;ducateurs &#187;, &#171; formateurs &#187; ou &#171; &#233;mancipateurs &#187;, c'est selon, pour nous, ici. Mais, c'est sans doute ce qui accentue le fait que chacun de ces objets, chacune de ces pratiques, avec des objectifs diff&#233;rents, ne cesse d'&#234;tre expos&#233; &#224; la hargne de la d&#233;nonciation, de l'effacement et de la volont&#233; de disparition qui s'acharne contre eux, par ces &lt;i&gt;&#171; messieurs les Contr&#244;leurs ordinaires des ouvrages des autres &#187;&lt;/i&gt; (les censeurs et censeures, d&#233;sign&#233;(e)s ainsi par Louis Coquelet en 1730, dans &lt;i&gt;&#201;loge du Rien&lt;/i&gt;). Par exemple, les exposer &#224; &#234;tre d&#233;truits, r&#233;serv&#233;s aux seuls initi&#233;s ou traduits devant les tribunaux. D&#232;s le proc&#232;s Jean Grave (1894), le minist&#232;re public d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; L'accus&#233; d'aujourd'hui est un livre (&#8230;] ce livre est un explosif ; frappez-le comme une bombe ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parlons effectivement, comme le font heureusement d&#233;sormais l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation, des DRAC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pays de Loire par exemple qui lance un plan pour la libert&#233; de cr&#233;ation,&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des associations culturelles et des ouvrages, de censure &#224; leur endroit, au sens &lt;i&gt;restreint&lt;/i&gt; d'un acte public de d&#233;nonciation (formellement : une demande de censure) et au sens &lt;i&gt;large&lt;/i&gt; d'une imposition d'&#233;radication d'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme indiqu&#233; dans l'&#233;ditorial de ce dossier, il importe de distinguer la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'encontre d'un &lt;i&gt;&#171; public [qui] veut savoir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voltaire, L'Affaire Calas, 1761, Paris, Folio, 1975, p. 37. Si Voltaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; afin de parfaire sa culture ou renforcer ses jugements. Cette censure est d'ailleurs parfois redoubl&#233;e, comme de nos jours, par l'id&#233;ologie de la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'ouvrage Censure et arts, sous la direction de S&#233;bastien Saunier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les coupes budg&#233;taires d'une censure &#233;largie dans ses moyens. D'une mani&#232;re ou d'une autre, il s'agit bien de soustraire les &#339;uvres &#171; au regard &#187; (&#224; l'&#233;coute, au jugement). Cette expression toute faite souligne d'ailleurs le lien entre l'existence mat&#233;rielle de la culture et l'intelligence des spectateurs, auditeurs, lecteurs, du &#171; public &#187; des citoyennes et des citoyens. Les &#171; soustraire &#187; donc. Mais au profit de quoi ? Sans doute au profit du silence culturel, de r&#233;serves sectaires, de l'expansion de lieux communs, d'assignations identitaires ou de cadenassages orwelliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle opposition &#224; la &#171; publicit&#233; &#187; d'une &#339;uvre se r&#233;clame la censure ? De celle d'un pr&#233;tendu danger d'influence n&#233;faste sur un public, que l'on d&#233;clare finalement sans qualit&#233;, contre son droit d'admiration corr&#233;latif de l'adresse de l'&#339;uvre culturelle, et contre son droit de discuter avec et dans le public (ou le droit de discuter de ce qu'on entend par &#171; public &#187;). L'opposition de l'uniforme &#224; la diversit&#233; de la discussion publique ou ce qui prend d&#233;sormais, nous l'avons dit, le nom de &#171; woke &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il clair qu'un pouvoir donne &#224; la censure la charge de la surveillance du jugement public, ainsi que le souligne d'Alembert dans son article &#171; censeur &#187; publi&#233; dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; (1751). Sa mission : limiter le spectre public des repr&#233;sentations symboliques du monde, c'est-&#224;-dire limiter le monde public des id&#233;es et des sensibilit&#233;s. Le censeur ne censure pas pour lui, sinon pour s'en glorifier. Il censure &#224; l'endroit de l'autre par rapport au pouvoir, afin de lui signifier le grand int&#233;r&#234;t moral et politique que ce dernier lui porte ! Cet int&#233;r&#234;t lui montre qu'on n'a pas besoin de lui, qu'on se moque de ce qu'il peut bien penser ainsi que des discussions potentielles. Le censeur veut obliger l'autre, tout autre, &#224; parler sa langue. &lt;i&gt;&#171; La censure, ce n'est pas seulement ce qui interdit, c'est aussi ce qui oblige &#224; dire. Il est plus douloureux souvent d'&#234;tre oblig&#233; de dire quelque chose que d'&#234;tre oblig&#233; de ne rien dire &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Le Neutre, Paris, Cours au Coll&#232;ge de France, 1978, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, r&#233;pliquer au censeur, qui &#233;voque parfois un soi-disant choc du public &#224; l'&#233;gard de telle &#339;uvre, que nul n'est oblig&#233; de rencontrer une &#339;uvre d'art, que nul imp&#233;ratif de s'y rendre n'est fait au public lorsque s'ouvre une exposition, et que l'on n'est pas tenu d'acheter un livre critique de la morale publique, qu'il suffit de regarder ailleurs sans besoin d'appeler les gendarmes, et que nul n'a le droit d'exiger d'une personne qu'elle rencontre ou ne rencontre pas telle ou telle &#339;uvre culturelle, est certes n&#233;cessaire, mais insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit suffit-il de proclamer que l'&#201;tat ne &#171; &lt;i&gt; peut obliger les hommes &#224; penser que quelque chose qui est vrai est faux &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baruch Spinoza, Trait&#233; des autorit&#233;s th&#233;ologico-politiques, 1670, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Il faut sans aucun doute souligner avec Baruch Spinoza, &#201;tienne de La Bo&#233;tie, Denis Diderot, Voltaire, Jean d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau, Johann Wolfgang Goethe, St&#233;phane Mallarm&#233;, Andr&#233; Breton, Marcel Proust, etc. que l'on ne peut se contenter de telles remarques et observations si l'on veut r&#233;sister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric van Essche (dir.), Le sens de l'ind&#233;cence, La question de la censure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces philosophes et &#233;crivains n'ont cess&#233; de souligner que la censure n'est pas un d&#233;cret d'un individu isol&#233;, ni l'&#233;manation d'une int&#233;riorit&#233; quelconque ou d'une nature (humaine), mais un ph&#233;nom&#232;ne sociopolitique. Ce qui est caract&#233;ristique d'une censure, n'est pas seulement un interdit impos&#233; par quelqu'un &#224; l'adresse d'un autre (type parent &#224; enfant), mais un interdit global envers les citoyennes et citoyens. La censure, si elle ne se contente pas d'&#233;voquer seulement un fait pr&#233;cis, pointe toujours au-del&#224; de ce fait une constellation dans laquelle de tels faits prennent une signification sociale et politique, publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le censeur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En quoi les discours sur (contre) la censure doivent &#233;viter de se contenter d'un discours sur le mal, le diable, sur un Iago de mauvaises m&#339;urs ou sur une nature humaine &#171; diabolique &#187;. Et pour nous, la question de fond &#224; l'&#233;gard des censeurs (peu d'usages au f&#233;minin ?) est de savoir comment ils/elles portent et/ou assument leur geste au sein de soci&#233;t&#233;s, notamment d&#233;mocratiques. Que ces soci&#233;t&#233;s demeurent violentes, antagonistes, ne diminue pas leur responsabilit&#233; sp&#233;cifique dans la sph&#232;re de la culture dans laquelle ils importent la violence du silence impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelles sont les cat&#233;gories de pens&#233;e qui forment l'optique du censeur ? En dehors de consid&#233;rations id&#233;ologiques (estimation de la moralit&#233; publique, recours &#224; une norme, volont&#233; de pr&#233;server le &#171; r&#233;el &#187;), la principale est d&#233;j&#224; contenue dans les propos d'Emmanuel Kant (1724-1804) : que les humains demeurent &lt;i&gt;mineurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?, 1784, Paris, Mille et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !, disons sous la tutelle d'un pouvoir. La tutelle contribue, en effet, &#224; servir de mesure &#224; une repr&#233;sentation de l'autre ou des autres. Ce rapport fait d'ailleurs entrer dans la censure non seulement les citoyennes et citoyens d'une d&#233;mocratie, mais encore des peuples entiers sous le versant des colonisations. Franz Fanon n'a pas dit autre chose. Mais cela englobe non moins la position de ceux qui parlent pour les autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que dit, en effet, le censeur ? Les citoyennes et les citoyens doivent rester &#224; leur place et sous ma tutelle ! Moi, le censeur, je sais ce qui est bon pour eux, et je peux pr&#233;juger de l'effet de l'&#339;uvre sur eux ! Je d&#233;cide de ce qu'ils peuvent voir ou entendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas le pari de ce qui devrait s'appeler d&#233;mocratie qui est pris par le censeur, car ce parti consid&#232;re que les citoyens sont majeurs dans l'&#233;galit&#233; des intelligences. Le censeur m&#233;prise les citoyennes et les citoyens, dans le cadre d&#233;mocratique. Il biffe ce qui d&#233;pla&#238;t (ci-dessous un exemple datant de 1723).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03_-_istockphoto-172318483-1024x1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH646/03_-_istockphoto-172318483-1024x1024-6ef1c.jpg?1772389177' width='500' height='646' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une loi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rentrons dans ce cadre. Nous en d&#233;ployons certains traits dans nos contr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'on y accepte l'existence d'un minist&#232;re de la Culture ou d'un pouvoir de l'&#201;tat relativement &#224; la culture, des missions s'imposent &#224; lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il reste toutefois possible de contester la n&#233;cessit&#233; d'un minist&#232;re de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Mais d&#232;s lors que les d&#233;put&#233;(e)s voient poindre le risque d'une mise sous tutelle des citoyennes et des citoyens, ils ont aussi une t&#226;che &#224; accomplir ! C'est le cas actuellement. Il est requis de d&#233;fendre, par un acte l&#233;gislatif &#8211; d&#233;marche qui devrait m&#234;me valoir pour toute l'Europe &#8211;, des activit&#233;s artistiques dont la survie d&#233;pend d'eux, la possibilit&#233; d'exposer les &#339;uvres d'art vivant (arts plastiques, cin&#233;ma, musique, chansons, multim&#233;dias, photographie...) en public, sans tomber sous le coup d'interruptions brutales confinant &#224; la censure des &#339;uvres, par destruction ou par exclusion, au sein des expositions publiques ou priv&#233;es et en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fondement philosophique de la loi portant &lt;i&gt;libert&#233; de la cr&#233;ation artistique&lt;/i&gt; (2016), en France, sous une d&#233;mocratie r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif assign&#233; ? Penser une l&#233;gislation qui ne consiste pas &#224; inventer une loi de toutes pi&#232;ces destin&#233;e &#224; conf&#233;rer des privil&#232;ges &#224; certains, les auteurs et autrices, les artistes. Outre les garanties n&#233;cessaires contre une action de l'&#201;tat ou n'importe quelle imposition, cette l&#233;gislation doit contribuer &#224; &#233;tendre le domaine de la protection des &#339;uvres d'art, mais aussi des apprentissages et donc des &#233;coles d'art. Compte tenu du fait que les options artistiques, les th&#232;mes des expositions, les lieux d'exposition, les modalit&#233;s des expositions mutent sous le coup des transformations des pratiques et des enseignements adjoints, ou sous le coup d'une d&#233;l&#233;gation faite aux expositions de ne pas occulter la critique sociale par les &#339;uvres, les garanties et la protection s'&#233;largissent &#224; toutes requ&#234;tes en annulation. Cette loi reconna&#238;t alors que tout ce qui s'expose enveloppe une conception du public culturel et artistique universalisable. Elle r&#233;pond &#224; la constitution m&#234;me de l'&#339;uvre culturelle : &lt;i&gt;&#171; L'artiste devrait exiger le plus simplement du monde que son travail soit montr&#233; de telle mani&#232;re, install&#233; de telle fa&#231;on, car cela fait partie de la nature de son travail.... La pr&#233;sentation est la chose le plus &#233;l&#233;mentaire qui soit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Donald Judd, Art Press, n&#176; 119, Novembre 1987. &#192; noter, Judd parle de la &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement beaucoup de choses (culturelles) n'&#233;taient pas prot&#233;g&#233;es jusqu'alors, et n'&#233;taient pas prot&#233;g&#233;es contre les agressions de l'&#201;tat ou particuli&#232;res. Notamment, &#224; la fois, les propositions de diffusion, de programmation, et les expositions, travers&#233;es de surcro&#238;t par des pratiques in&#233;dites de performances, m&#233;langes, installations, transformations des spectateurs en acteurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; de ces derni&#232;res ann&#233;es montre que ces propositions sont soumises &#224; des indignations d&#233;cal&#233;es, des diktats de censure, des demandes expr&#232;s, d'autant plus furieux que les tensions politiques g&#233;n&#233;rales sont grandes et les soucis de l'&#233;tat d'une communaut&#233; jug&#233;e dissoute, patents. Et que ces gestes trouvent d&#233;sormais des alli&#233;s dans une g&#233;n&#233;ration de responsables politiques pour lesquels cr&#233;ation et diffusion culturelles ont partie li&#233;e avec l'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt; (le populisme culturel et artistique) davantage qu'avec la d&#233;mocratisation culturelle ou avec l'id&#233;e d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une loi &#233;tait donc n&#233;cessaire, susceptible de garantir non seulement la libert&#233; de cr&#233;ation, non seulement la protection des &#339;uvres, mais la libert&#233; d'exposition des diffuseurs, des programmateurs, des m&#233;diateurs, des commissaires d'exposition, des directeurs d'institutions culturelles publiques et priv&#233;es. Elle devait prot&#233;ger de surcro&#238;t les artistes, en particulier ceux qui ne peuvent faire appel contre une censure devant les m&#233;dias parce qu'ils n'ont pas la notori&#233;t&#233; suffisante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore faut-il tenir compte de nos jours d'un paradoxe : compte tenu des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cela, elle affirme &#224; juste titre ce principe : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique est libre &#187;&lt;/i&gt;, ce qui est l'honneur de la l&#233;gislation d'affirmer cela haut et fort &#224; l'instar des principes d&#233;mocratiques. Encore, heureusement, va-t-elle plus loin. Elle se prolonge ainsi : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique et son exposition en public sont libres &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les citoyennes et les citoyens sont prot&#233;g&#233;s par l&#224;, dans leur devenir spectateur/trice. On ne peut leur d&#233;nier un droit &#224; l'exercice esth&#233;tique, cr&#233;er, &#233;crire, voir les &#339;uvres afin de mieux pouvoir les juger. S'il leur est refus&#233;, l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation constitue un recours, en relevant et agissant contre les censures, ainsi que cela est r&#233;sum&#233; dans l'ouvrage publi&#233; (2020) et sur le site : &lt;a href=&#034;https://libertedecreation.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libertedecreation.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_23172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04_-_oeuvre-face-aux-censeurs_page_1_image_0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/04_-_oeuvre-face-aux-censeurs_page_1_image_0001-39c26.jpg?1772389177' width='500' height='688' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expression/cr&#233;ation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Afin de conforter leur refus des exigences imparties par une telle loi, quelques-uns construisent une &#233;quation simple et efficace, en appelant &#224; la fois &#224; la &#171; transmission &#187; (incons&#233;quente et sectaire) et &#224; la &#171; critique &#187; (plut&#244;t la r&#233;cusation) des &#339;uvres, notamment du pr&#233;sent. Ils affirment, de l'&#339;uvre d'art contemporain notamment, qu'elle n'est rien d'autre qu'une expression individuelle de l'artiste, selon les mots d'une vieille esth&#233;tique causale de l'intention, r&#233;veill&#233;e depuis quelques ann&#233;es. Et ils poursuivent : puisqu'il ne s'agit que d'expression, alors les artistes sont d&#233;j&#224; prot&#233;g&#233;es par la loi sur la libert&#233; d'expression. Si l'artiste manque &#224; la loi, il tombe sous ses fourches. Il n'est pas n&#233;cessaire de lui faire le privil&#232;ge d'une nouvelle loi qui l'en exempterait. Toute loi sp&#233;cifique fabriquerait un &#171; r&#233;gime d'exception &#187;, disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il leur suffit d'ajouter que &#171; cr&#233;ation &#187; &#233;quivaut &#224; &#171; expression &#187; (en un sens psychologique) et l'argument tourne tout seul au d&#233;triment de la possibilit&#233; d'une loi. On peut m&#234;me se moquer de ce libell&#233;, et certains ne s'en privent pas : c'est &#233;vident, quel est le probl&#232;me, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela dit, bien s&#251;r, les choses &#224; juger ne se r&#233;partissent pas sagement, sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nombre de philosophes l'ont montr&#233;, le vrai probl&#232;me est que cet argument repose sur une s&#233;rie de glissements, de l'individu &#224; l'artiste, de l'artiste &#224; l'expression et de l'expression &#224; l'&#339;uvre ; qu'il fait fond sur une erreur de perspective, puisqu'elle ne pense ni l'individu, ni l'artiste comme des devenirs, mais comme des &#171; &#234;tres &#187; ; qu'il s'ancre dans une th&#233;orie de l'expression apparemment &#171; d&#233;mocratique &#187;, en ce qu'elle fait de chacun un artiste potentiel, par r&#233;ciprocit&#233; ; et que nul n'a plus &#224; se soucier de l'essentiel qui est pos&#233; ici, c'est-&#224;-dire l'&#339;uvre, con&#231;ue comme simple copie de la vie de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'essentiel, en effet, n'est ni l'individu, ni l'artiste, ni l'expression, ni la restauration des vieilles esth&#233;tiques. L'essentiel est l'exposition en public des &#339;uvres, conform&#233;ment &#224; des &#339;uvres d'art qui ne sont pas &#171; expressions &#187;, mais art d'exposition et donc &#171; proposition r&#233;gl&#233;e faite &#224; n'importe qui, &#224; de (futurs) spectatrices/eurs &#187;. Au titre du mode de r&#233;ception par un public anonyme ind&#233;termin&#233;, elles s'exposent &#233;videmment &#224; des commentaires, des oppositions, des pamphlets aussi, qui rel&#232;vent chacun d'une discussion publique &#224; assurer &#8211; les diffuseurs le savent &#8211; et prot&#233;ger &#8211; c'est le r&#244;le de la loi et des associations de d&#233;fense de l'exposition et de la discussion publique. Une proposition &#233;tablie en &#339;uvre, quelle qu'en soit la nature et de quelque mani&#232;re qu'elle contribue &#224; reforger la dynamique des affects publics, est bien faite pour &#234;tre discut&#233;e dans le dissensus, non pour &#234;tre censur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste donc le cas de la censure de l'exposition et dans l'exposition : morale, politique, communautariste, d'autant que l'&#339;uvre provoque un choc ou une situation &#233;trange (ce qui ne signifie pas n&#233;cessairement qu'elle soit choquante). Il s'agit de la censure impos&#233;e par tel &#233;lu qui interdit la pr&#233;sentation de telle &#339;uvre sur sa commune, y compris lorsqu'il ne l'a pas vue ; celle de telle autorit&#233; morale qui fait enlever telle &#339;uvre d'une exposition parce qu'elle ne veut pas ouvrir un d&#233;bat ; celle de telle association priv&#233;e qui veut faire la police pour que tel probl&#232;me ne soit pas pos&#233; en public, etc. &#8212; tous cas r&#233;pertori&#233;s par l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation. La question est bien celle de l'imposition de la censure aux &#339;uvres culturelles et artistiques expos&#233;es et de la n&#233;gation totale de l'exercice de la spectatorialit&#233;, du lectorat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrainte/libert&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;affirmons-le ! Les citoyennes et citoyens doivent rester copartageants et responsables d'un monde collectif de paroles et d'&#339;uvres, par trois biais : pouvoir voir/entendre des &#339;uvres et pouvoir en parler lorsqu'elles ont &#233;t&#233; fr&#233;quent&#233;es ; exercer une parole discutant le commun propos&#233; au besoin par l'&#339;uvre ; et exiger que l'on retravaille les opinions artistiques et culturelles d&#232;s lors que les pratiques se renouvellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la pens&#233;e moderne, le probl&#232;me de la censure culturelle n'a commenc&#233; &#224; &#234;tre th&#233;matis&#233; qu'aux XVI&#7497; et XVII&#7497; si&#232;cles, chez les philosophes (ce qui est aussi une question). Il ne fait aucun doute que ce qui est devenu, par eux, une question civique est paru d'abord dans l'opposition &#224; la classe f&#233;odale ou absolutiste et &#224; ses valeurs. La bourgeoisie a r&#233;clam&#233; l'abolition de la censure (en &#233;tait-ce le nom ?) des textes, des &#233;crits, des libelles, des &#339;uvres par rapport aux limitations et aux d&#233;pendances que l'ordre absolutiste et th&#233;ologique maintenait. Ce faisant, les philosophes ont &#233;t&#233; pouss&#233;s &#224; d&#233;fendre et justifier la licence de penser, d'&#233;crire, de peindre, de composer, d'imprimer, &#224; partir du th&#232;me de la libert&#233; d'expression appuy&#233;e sur la libert&#233; de penser (Libertins, Protestants, etc.). De l&#224; &#224; la fois la r&#233;clamation d'&#233;mancipation, les justifications critiques rationnelles appuy&#233;es sur la notion de libert&#233;, et la volont&#233; de codifier une lib&#233;ration r&#233;elle. Et dans la libert&#233; de penser/d'expression, placer la part du sujet, susceptible de s'indigner et s'opposer. En cela, la philosophie a devanc&#233; le droit, et la d&#233;finition de la libert&#233; formelle, afin d'obtenir que l'&#233;mancipation devienne un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais de l&#224; on est aussi tomb&#233; tr&#232;s vite dans une s&#233;rie d'antinomie : libert&#233;/d&#233;pendance, autonomie/incapacit&#233;, etc. Ce qui a entra&#238;n&#233; &#224; manquer aussi autre chose : un paralogisme. Il se constitue ainsi. Du c&#244;t&#233; d'une d&#233;finition courante de la libert&#233;, on n&#233;glige le probl&#232;me de l'acceptation des contraintes, et le fait que la libert&#233; est sociale et conditionn&#233;e ; du c&#244;t&#233; de la d&#233;pendance, s'&#233;tablit le probl&#232;me de consid&#233;rer la d&#233;pendance comme une libert&#233; (le nazi se dit &#171; libre &#187;, et l'affiche en proclamant qu'il n'a pas voulu les camps, preuve qu'il n'en avait pas l'intention !). Question : quel est l'int&#233;r&#234;t de la raison dans ce conflit ? Et de la politique culturelle et artistique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, il convient de toujours &#233;viter de tomber dans l'antinomie simple : censure/libert&#233; sur le mod&#232;le d&#233;terminisme/libert&#233;. Ayant eu, ainsi que nombre de ses coll&#232;gues, &#224; p&#226;tir de la censure, certes encore monarchique, le philosophe Emmanuel Kant, dans &lt;i&gt;Le conflit des facult&#233;s,&lt;/i&gt; argumente : &#192; la libert&#233; de penser s'oppose la contrainte civile. Mais on dit parfois que la libert&#233; de parler ou d'&#233;crire peut &#234;tre &#244;t&#233;e par une puissance sup&#233;rieure, non la libert&#233; de penser. Or penserions-nous vraiment si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun, avec d'autres qui nous font part de leurs pens&#233;es et auxquels nous communiquons les n&#244;tres ? Ne devons-nous pas dire que cette puissance ext&#233;rieure qui enl&#232;ve aux hommes la libert&#233; de communiquer publiquement leurs pens&#233;es, leur &#244;te &#233;galement la libert&#233; de penser. Nulle raison sinon &#233;chang&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, Kant s'interroge sur la l&#233;gitimit&#233; de la censure. Selon lui, elle doit &#234;tre reconnue et accept&#233;e pour ce qui concerne la raison d'&#201;tat, qui s'exerce avec l'appui de ses experts dans l'Universit&#233; (les Facult&#233;s qui transmettent des contenus de savoir : Th&#233;ologie, Droit, M&#233;decine). Mais la Facult&#233; de philosophie fait exception ! N'exer&#231;ant aucun pouvoir, elle peut dire le vrai. D&#232;s lors, &lt;i&gt;toute censure exerc&#233;e sur la raison pure est ill&#233;gitime.&lt;/i&gt; N'est-ce pas, par ailleurs, Helv&#233;tius (1715-1771) qui demande : &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce qu'un mauvais livre ? &#187;&lt;/i&gt; Et r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; C'est un livre cautionn&#233; par la censure, c'est-&#224;-dire un livre sans ennemi, donc sans int&#233;r&#234;t ! &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude-Hadrien Helv&#233;tius, De L'homme, 1772, Introduction, chap. 3, note 4, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet de censure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La discussion ne saurait se terminer en ce point. Elle doit en englober deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est soulev&#233; par Jacques Derrida (1930-2004). Sachant que Kant fonde sa position sur la raison pure, la raison comme telle, est-elle, elle-m&#234;me, d&#233;pourvue de censure ? M&#234;me sans aucune interdiction explicite et sans recours &#224; la force, il suffit qu'une institution s'efforce de justifier ou l&#233;gitimer tel ou tel choix pour qu'il y ait censure implicite, effet de censure. Or la raison est aussi une construction. Elle tend vers une architectonique avec ses d&#233;limitations, ses principes, ses sch&#232;mes, ses d&#233;finitions, etc... Elle exclut, elle choisit, donc, &#233;crit-il, elle censure !, revenant sur le propos de Jacques Ranci&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;expos&#233; en note 4.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, il faut que toute censure soit justifi&#233;e, expliqu&#233;e par un droit, une contrainte ou un imp&#233;ratif. Il n'y a pas d'exercice possible de la censure sans recours &#224; la raison. Si elle use de la force, ce peut &#234;tre par violence brutale, mais pas par violence pure. La raison (d'&#201;tat ou non) ne peut se d&#233;clarer hostile &#224; un discours qu'au nom d'un autre discours. Ce dernier supposant lui aussi un droit, des institutions, des proc&#233;dures l&#233;gales, des experts, un gouvernement. Il en r&#233;sulte une position particuli&#232;re (kantienne), celle du ma&#238;tre de philosophie : c'est un censeur sans force publique, qui exerce sa censure au service de la raison ! Les r&#233;serves qu'il &#233;met parfois &#224; l'encontre de telle ou telle raison d'&#201;tat n'y changent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le second demeure central face &#224; l'exercice de la censure. Si chaque &#233;crivain ou artiste ne se heurte pas directement &#224; la censure, ne se sent-il pas, face &#224; elle, devant l'obligation de s'autocensurer ? Mais finalement, l'autocensure ne rend-elle pas compte de l'impossibilit&#233; de se sentir &#224; la hauteur de ce qu'on (le censeur) demande et d'&#234;tre capable de r&#233;sister. L'autocensure ne serait donc rien d'autre qu'un mode d'int&#233;riorisation de la r&#233;pression et le sentiment d'&#234;tre soumis &#224; une chose contre laquelle on ne peut s'insurger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il reste &#224; surmonter le malaise probable de toute exposition sur la censure. Ce type de r&#233;flexion d&#233;teste la censure, c'est entendu. Mais elle reste aussi persuad&#233;e de la rencontrer constamment dans le cadre des soci&#233;t&#233;s structur&#233;es par des antagonismes. La censure est l'inexorable instrument de ces mondes et de ces types d'&#201;tats et d'exercices du pouvoir. Et, il n'est gu&#232;re de nostalgie possible d'un monde qui aurait eu lieu sans ce genre de conflits ou mode d'exercice de la domination. Ni de perspective possible d'un monde utopique absent de censures, sinon sous forme de souhait ou de promesse. Il ne s'offre &#224; cette r&#233;flexion qu'une position, celle qui ne c&#232;de pas ni &#224; une valorisation du pass&#233;, ni &#224; un quelconque destin, mais d&#233;cline tout de m&#234;me une conscience tragique : rester attach&#233; &#224; la vertu politique des citoyennes et des citoyens, c'est-&#224;-dire &#224; leur refus potentiel de toute indiff&#233;rence &#224; l'encontre des actions politiques subies et leur infatigable attention &#224; toute censure contre laquelle s'&#233;lever sans cesse. Ce qui est une mani&#232;re &#233;l&#233;gante de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pensons aux nouvelles pressions d'associations parentales dans le cadre de culture et cin&#233;ma dans les &#233;tablissements scolaires, aux institutions qui ont command&#233; des &#339;uvres d'art &#224; des artistes (par exemple Nan Goldin) et qui r&#233;cusent leur achat alors que l'artiste a pris telle ou telle position politique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Immanuel Kant, Qu'est-ce qu'un livre ?, 1796 (Paris, Puf, 1995), extrait autonomis&#233; de la Doctrine du droit, 31, II : &#171; Le livre est d'un c&#244;t&#233; un produit de l'art mat&#233;riel&#8230; ; mais de l'autre c&#244;t&#233; le livre est aussi pur et simple discours de l'&#233;diteur au public&#8230; avec le pouvoir de l'auteur &#187;, en somme objet, pens&#233;e, diffusion et relation au public.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pays de Loire par exemple qui lance un plan pour la libert&#233; de cr&#233;ation, &lt;a href=&#034;https://lnkd.in/eSA6wFEs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lnkd.in/eSA6wFEs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme indiqu&#233; dans l'&#233;ditorial de ce dossier, il importe de distinguer la censure au sens normatif (sens restreint), et les effets de mise &#224; l'&#233;cart social et politique d&#251; au partage du sensible qui d&#233;termine qui a qualit&#233; pour dire ce qu'on voit et le sens de ce qu'on voit (censure sens large). Dans les termes de Jacques Ranci&#232;re, ce dernier rel&#232;ve d'un d&#233;coupage du visible et de l'invisible qui &#171; fait voir qui peut avoir part au commun en fonction de ce qu'il fait, du temps et de l'espace dans lesquels cette activit&#233; s'exerce &#187;. Les diff&#233;rents modes de ce partage d&#233;terminent le fait d'&#234;tre ou non visible dans un espace commun, et donnent naissance &#224; des r&#233;gimes d'identification des objets d'art, appr&#233;hend&#233;s comme &#233;tant destin&#233;s &#224; se partager. Cf. Le partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voltaire, L'Affaire Calas, 1761, Paris, Folio, 1975, p. 37. Si Voltaire d&#233;fend Calas sur la base d'un droit &#233;tabli au nom du public, de ce qui doit &#234;tre public, du cri public, toutes instances qui lient culture et public au nom du savoir, de la v&#233;rit&#233; et de l'&#233;change des raisons ; un Denis Diderot, notamment dans la Lettre sur le commerce de la librairie, souligne qu'il &#171; Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans m&#233;nagement &#187;, d'autant que &#171; la v&#233;rit&#233; ne s'&#233;touffe jamais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. l'ouvrage Censure et arts, sous la direction de S&#233;bastien Saunier, Paris, Institut francophone pour la justice et la d&#233;mocratie, 2026, et l'article de Thomas Perroud, &#171; De la cancel culture, &#224; la recherche d'un fondement &#224; l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux espaces publics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;Le Neutre,&lt;/i&gt; Paris, Cours au Coll&#232;ge de France, 1978, Paris, Seuil, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baruch Spinoza, Trait&#233; des autorit&#233;s th&#233;ologico-politiques, 1670, Paris, Gallimard, chapitre 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric van Essche (dir.), Le sens de l'ind&#233;cence, La question de la censure des images &#224; l'&#226;ge contemporain, Bruxelles, La lettre vol&#233;e, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?, 1784, Paris, Mille et une nuits, 2006&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il reste toutefois possible de contester la n&#233;cessit&#233; d'un minist&#232;re de la Culture, cf. Revue Nectart, Fabrice Lextrait, Pour une politique culturelle transversale, Toulouse, &#201;ditions de l'Attribut, n&#176; 4, p. 37, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Donald Judd, Art Press, n&#176; 119, Novembre 1987. &#192; noter, Judd parle de la &#171; pr&#233;sentation &#187;, pas de l'adresse, cette derni&#232;re &#233;tant contest&#233;e, comme on le sait, par Walter Benjamin, par exemple, dans La t&#226;che du traducteur, &#338;uvres I, Paris, Gallimard, 2000, p. 244 : &#171; Aucun po&#232;me ne s'adresse au lecteur, aucun tableau au spectateur... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encore faut-il tenir compte de nos jours d'un paradoxe : compte tenu des effets publics du pressentiment de censure ou de la censure, certains auteurs/artistes, dans le secret de leur pens&#233;e, ne seraient pas m&#233;contents qu'on les vise puisque la censure d&#233;cuple les ventes des &#339;uvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela dit, bien s&#251;r, les choses &#224; juger ne se r&#233;partissent pas sagement, sous un r&#233;gime ou un autre. Il est des actes qui &#233;chappent &#224; cette r&#233;partition. Tant mieux. Cela permettra de ne pas laisser croire en l'&#233;ternit&#233; de la loi. Elle devra sans doute &#234;tre remani&#233;e, rediscut&#233;e, parce que les &#339;uvres d'art d&#233;placent sans cesse les probl&#232;mes, fendent les harmonies. Elle pourrait aussi se retourner contre des &#339;uvres futures si d'aventure la d&#233;finition des &#339;uvres d'art y &#233;tait trop pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude-Hadrien Helv&#233;tius, De L'homme, 1772, Introduction, chap. 3, note 4, Paris, Fayard, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;expos&#233; en note 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* St&#233;phane Mallarm&#233;, &lt;i&gt;Le Jury de peinture pour 1874 et M. Manet,&lt;/i&gt; 1874, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1945, p. 695.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la censure culturelle et dans la culture</title>
		<link>https://www.tk-21.com/De-la-censure-culturelle-et-dans</link>
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		<dc:date>2025-09-29T15:15:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>censure</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce dossier portant sur la censure culturelle a &#233;t&#233; con&#231;u et r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; la participation et &#224; la r&#233;flexion d'autrices et auteurs que je remercie, ainsi que TK-21 LaRevue, chaleureusement. Le choix qui a pr&#233;sid&#233; &#224; son d&#233;roul&#233; est le suivant. Le dossier ne porte pas sur la censure uniquement et en g&#233;n&#233;ral, mais aussi sur la mani&#232;re dont les artistes vivent les censures, arrivent &#224; se battre contre elles et peuvent s'en emparer, m&#234;me sous la forme de l'autocensure&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/censure" rel="tag"&gt;censure&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH104/arton2741-24205.jpg?1772240718' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce dossier portant sur la censure culturelle a &#233;t&#233; con&#231;u et r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; la participation et &#224; la r&#233;flexion d'autrices et auteurs que je remercie, ainsi que TK-21 LaRevue, chaleureusement. Le choix qui a pr&#233;sid&#233; &#224; son d&#233;roul&#233; est le suivant. Le dossier ne porte pas sur la censure uniquement et en g&#233;n&#233;ral, mais aussi sur la mani&#232;re dont les artistes vivent les censures, arrivent &#224; se battre contre elles et peuvent s'en emparer, m&#234;me sous la forme de l'autocensure&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Un dossier de six articles sur les six mois &#224; venir.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8226; Une introduction, de quoi parlons-nous (Ch. Ruby, philosophe).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Pens&#233;es sur l'autocensure (Carole Douillard, artiste).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Une formation sur (contre) la censure chez les r&#233;alisateurs (Elliott Covrigaru, r&#233;alisateur et compositeur).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Censure et photographie (Martial Verdier, directeur de TK-21 LaRevue).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Question de la formation contre la censure dans les &#201;coles d'art (Myriam Mechita, enseignante et artiste).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Un texte de cl&#244;ture traversant des &#233;crits de philosophes sur la censure (Ch. Ruby). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La censure ou le m&#233;pris du &#171; public &#187;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui vient au monde pour ne rien troubler &lt;br class='autobr' /&gt;
ne m&#233;rite ni &#233;gards ni patience. &#187;&lt;/i&gt; (Ren&#233; Char)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Censure ! La plainte s'&#233;l&#232;ve commun&#233;ment &#224; propos de contrari&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;roclites. Ces applications du terme sont assimilables &#224; l'apposition d'un vocable pr&#233;-construit &#224; n'importe quoi. Afin de se d&#233;marquer de ces usages, en g&#233;n&#233;ral hargneux, une question s'impose : de quoi parlons-nous vraiment ? Et si ce terme caract&#233;rise encore notre situation culturelle et politique &#8211; impositions de modifications d'une &#339;uvre, interdictions de la montrer, retraits en grande pompe ou discrets, &#339;uvres saccag&#233;es &#8211;, surtout &#224; l'heure d'Internet, quel chapitre de notre histoire d&#233;mocratique s'y noue, voire de l'histoire de nos assembl&#233;es d&#233;mocratiques au travers des motions de censure de tel ou tel gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Logique de la censure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa formation moderne, teint&#233;e encore de son emploi latin et en religion, la signification de ce terme, plus restreinte que de nos jours, vise la charge d'un &#171; censeur &#187;. Ce dernier reste pr&#233;sent jusque dans le dispositif politico-culturel du XIX&#7497; si&#232;cle. Cela &#233;tant, alors qu'il d&#233;signe l'examen r&#233;alis&#233; par celui qui en porte le titre et exerce sa surveillance sur l'auteur ou l'autrice et le manuscrit qu'on lui soumet, il est souvent confondu avec l'action du tribunal qui, lui, condamne au nom de la loi, mais cette fois l'&#233;diteur et l'imprimeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-Y. Mollier, &#171; La police de la librairie (1810-1881) &#187;, [in] Histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rapport avec le terme, l'action de censurer revient donc &#224; interdire des id&#233;es destin&#233;es &#224; l'espace public, &#224; imposer des injonctions de conformit&#233; (&#171; reste dans le cadre admis ! &#187;) ou &#224; traduire des &#233;crits de th&#233;&#226;tre, des films, des romans ou d'autres &#339;uvres, notamment photographiques, devant des tribunaux. Cela peut s'accomplir sous direction de l'&#201;tat, sous demande d'associations sp&#233;cifiques (y compris d'&#233;tudiant&#183;e&#183;s), d'influenceurs&#183;euses ou sous volont&#233;s normatives sectaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qu'explique bien Laure Murat, Toutes les &#233;poques sont d&#233;gueulasses, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela peut prendre des formes diverses : tribunal, effacement non consenti, annulation de contrat, non-reconduction de commande, refus de publication/diffusion, etc. L'objectif manifeste est : annuler (&lt;i&gt;cancel&lt;/i&gt;) des &#339;uvres &#8211; voire des syst&#232;mes de formation culturelle des acteurs des repr&#233;sentations culturelles. La rh&#233;torique reste celle de la d&#233;nonciation : &#171; affabulation &#187;, &#171; blasph&#232;me &#187;, &#171; pornographie &#187;, &#171; immoralit&#233; d'artiste &#187;, &#171; manque de pudeur &#187;. Et l'objectif latent : g&#233;rer le public. Car censurer, c'est d'abord faire sentir qu'on ne veut pas consentir &#224; des discussions publiques sur la distribution des parts du jeu culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le cas, le type de logique d&#233;ploy&#233; par la censure repose sur le principe d'identification d'une cit&#233;, d'une sph&#232;re culturelle &#224; une exigence d'&#171; unit&#233; &#187;, de &#171; v&#233;rit&#233; &#187;, d'&#171; &#233;quilibre &#187;, de &#171; transmission &#187; et de &#171; consensus &#187;. Ces &#171; valeurs &#187; passent en g&#233;n&#233;ral pour &#171; naturelles &#187;. Tout objectif ou tout acte de censure constitue alors une man&#339;uvre visant une diff&#233;rence ou une s&#233;dition. Cette man&#339;uvre est destin&#233;e &#224; &#171; d&#233;fendre &#187; cette entit&#233;, cette situation ou ses codes par s&#233;lection, restriction ou effacement. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse des victimes de la censure est alors d'attester sa tyrannie en soulignant, aux yeux et oreilles de chacun&#183;e, la non-naturalit&#233; des affaires sociales et culturelles, en augmentant la pol&#233;mique &#8211; et une certaine violence n&#233;cessaire afin de contrer les barri&#232;res plac&#233;es &#224; l'or&#233;e de l'espace public par ceux qui le dominent &#8211; au profit d'une autre image de la cit&#233; &#224; rendre partageable, en promouvant des regards diff&#233;rents sur le monde et la mani&#232;re de rendre visibles des choses imperceptibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gulation socio-politique des partages &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant en examinant quelques th&#233;ories focalis&#233;es sur la compr&#233;hension de l'exercice de la censure et la mani&#232;re de la combattre, on s'aper&#231;oit qu'il importe de distinguer la censure au sens normatif de l'application publique d'une norme (sens restreint), et les effets de mise &#224; l'&#233;cart social et politique due &#224; un partage du sensible effectu&#233; par les structurations sociales et culturelles, lequel d&#233;termine qui a qualit&#233; pour dire ce qu'on voit et le sens de ce qu'on voit (censure au sens large). Sachant que la notion de &#171; motion de censure &#187;, par exemple, appartient plut&#244;t &#224; un usage juridique gouvernemental. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici trois mod&#232;les de r&#233;flexion fond&#233;s sur ce sens large, &#224; propos desquels nous soulignons leur position sur l'opposition &#224; la censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le sociologique. Il repose sur l'id&#233;e selon laquelle chaque cit&#233; est organis&#233;e autour de fonctions, places et titres &#224; les occuper. Ces fonctions d&#233;terminent une &lt;i&gt;censure sociale et sociologique.&lt;/i&gt; &#171; Censure &#187; d&#233;signe une structure couvrant l'opposition entre ceux qui sont autoris&#233;s &#224; parler parce qu'int&#233;gr&#233;s aux fonctions et ceux qui sont condamn&#233;s au silence. Pour ces derniers, une seule &#233;chappatoire &#224; la mise &#224; l'&#233;cart : euph&#233;miser leurs propos afin de p&#233;n&#233;trer le champ dans lequel ils souhaiteraient entrer sans &#234;tre refoul&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, p. 138.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce mod&#232;le n'enveloppe donc pas une v&#233;ritable pens&#233;e de la possibilit&#233; de r&#233;volte de la victime de censure. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le arch&#233;ologique. Il renvoie aux mani&#232;res exclusives dont se constituent des formes de visibilit&#233;, de dicibilit&#233; et d'&#233;nonciation dans les soci&#233;t&#233;s &#224; des &#233;poques donn&#233;es (appel&#233;es &lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;s&lt;/i&gt;). Ces conditions ne d&#233;finissent du pensable qu'en rejetant de l'impensable dans ce cadre. Le pouvoir s'arrange pour faire parler selon les normes impos&#233;es. Tout le reste est exclu, censur&#233;, passe pour inaudible et ne peut s'exprimer que par le cri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant, ce mod&#232;le n'ouvre pas plus de perspectives de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le esth&#233;tique. Il d&#233;c&#232;le lui aussi un partage du sensible dans les soci&#233;t&#233;s, un mode d'articulation entre des mani&#232;res de faire et des modes de pensabilit&#233; de leurs rapports. Ce partage est garanti par une &#171; police &#187;. Mais s'il fait voir qui peut avoir part au commun en fonction de ce qu'il fait (ou dit), du temps, de l'espace, dans lesquels son activit&#233; s'exerce, ce partage des modes de la parole n'est pas clos. Il est tiss&#233; de passages, transgressions, d&#233;tournements, ruses, zones d'autonomies temporaires et r&#233;appropriations possibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000, p. 10, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'arrivant cependant pas toujours &#224; &#233;viter les assignations et isolements (le propos n'est pas &#224; sa place !). S'&#233;lever contre la censure revient &#224; construire de la politique, cette activit&#233; pol&#233;mique faisant &#233;merger l'existence potentielle de d&#233;placement des places et des limites de la pens&#233;e ou de la parole publique. La politique met ces limites au jour, la diff&#233;rence entre ceux qui peuvent parler et les autres, les int&#233;r&#234;ts que servent les uns et les autres, et les mani&#232;res de s'&#233;manciper des titres &#224; parler et des choses dont il importe de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le r&#233;seau des partages et des censures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens large mis &#224; part, examinons le sens restreint, l'exercice de la censure normative, notamment en r&#233;gime politique d&#233;mocratique en ce qui nous concerne. En principe, dans ce r&#233;gime, tout (id&#233;es, &#233;crits, compositions, photographies) peut circuler dans la soci&#233;t&#233; sans demande d'autorisation &#224; l'&#201;tat. Si l'&#201;tat intervient dans la sph&#232;re culturelle, ce ne peut &#234;tre qu'en vertu de la loi, symbole d'une unit&#233; consentie. Dans cette perspective, un jugement juridique convoqu&#233; (contre une &#339;uvre), pr&#233;tend, en principe, r&#233;sulter d'une &#233;coute des partis (&#171; entendons-nous ! &#187;, &#171; n&#233;gocions ! &#187;), et r&#233;duit n&#233;anmoins chaque pr&#233;judice (poursuite, interdit de montrer, baisse de subvention) &#224; un simple &lt;i&gt;litige.&lt;/i&gt; Cela correspond si l'on veut &#224; une &#171; censure &#187; &lt;i&gt;l&#233;gale,&lt;/i&gt; &#224; la confirmation d'un partage licite, tout en pr&#233;tendant &#171; cicatriser &#187; une opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux cas cependant d&#233;bordent une telle &#171; censure &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas o&#249; une &#339;uvre soumise &#224; litige r&#233;v&#232;le finalement un tort non reconnu, une mani&#232;re de faire impr&#233;vue par la loi et les codes en vigueur, un diff&#233;rend dont attesteraient des auteurs et autrices, compositeurs/compositrices et autres, voire un public d'observateurs vigilants sans pouvoir prouver que l'exclusion est intol&#233;rable, sinon &#224; manifester. Concr&#232;tement, ce tort lance un d&#233;fi aux partages rigides (le beau officiel, les normes artistiques, etc.). L'&#339;uvre est rejet&#233;e comme &#171; inaudible &#187;, &#171; irrecevable &#187; dans les protocoles agr&#233;&#233;s, &#171; emp&#234;chement &#187; &#224; l'audition publique (musique, po&#233;sie&#8230;). Ainsi en parlent depuis longtemps des caricatures humoristiques sur ce plan (sur le Salon des Refusants, par exemple, en 1846). Quelle attitude doit adopter la victime : le silence, dispara&#238;tre, euph&#233;miser son propos, injurier, crier, r&#233;sister ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas d'une demande d'&#233;radiquer un propos ou une &#339;uvre, ou de &lt;i&gt;Review Bombing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note du juriste Thomas Perroud : une forme d'activisme prend pour cible les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par des groupes de pression (demande de d&#233;programmation, perte d'un soutien, accusations diverses&#8230;). Qu'il s'agisse de la stigmatisation d'une autrice ou d'un auteur, ou d'une sanction prise, dans le cadre d'un groupe, &#224; l'&#233;gard d'un(e) membre d'une communaut&#233; culturelle, ce cas, qui ne sent aucune r&#233;pugnance &#224; d&#233;ployer ses activit&#233;s en public, tant en recours &#224; la loi qu'en diffamation publique, &#233;mane d'associations pr&#233;tendant &#224; la direction de la vie intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens o&#249; Jean-Fran&#231;ois Lyotard souligne que &#171; tout discours parait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en &#233;voquant un nom : Dieu, la Nation, le Bien, la D&#233;cence... En r&#233;alit&#233;, il vise la neutralisation de ce qui est aussi per&#231;u comme une menace : les d&#233;bats publics. L&#224; aussi : que doit faire la victime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait important de relever, chez les autrices et auteurs, les indices publics ou discrets de refus de la censure (des &#171; paravents &#187; &#224; la Jean Genet), en se glissant dans des interstices, en creusant des fissures, aux fins de d&#233;senliser une telle situation, dans la mesure o&#249; elle n'a pas vraiment d&#233;pass&#233; la censure culturelle. Attention, dans ce que peut accomplir la victime d'une censure, une action &#233;chappe &#224; son arsenal public : l'autocensure ! Cette posture est complexe. Un auteur, une autrice, un&#183;e artiste peut mettre un frein &#224; un projet afin de d&#233;placer le terrain. Mais elle se concr&#233;tise le plus souvent par une inhibition de l'&#233;nergie des auteurs et autrices, des artistes et autres, pouvant aboutir &#224; plusieurs gestes de suj&#233;tion : le refoulement complet, l'adoption d'un d&#233;guisement de la pens&#233;e, le risque pris de s'y heurter. Servitude volontaire, asservissement, dit-on parfois ! En tout cas, on &#233;vitera de laisser croire en un d&#233;sir enracin&#233; dans l'inconscient. Et on pr&#233;f&#232;rera l'id&#233;e selon laquelle l'autocensure doit pouvoir se r&#233;fl&#233;chir comme un tribunal de la norme, et pr&#234;ter &#224; inventions d'&#233;carts par rapport &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/censure.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/censure-bc832.png?1758120411' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les modalit&#233;s d'opposition&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les justifications de la censure, toujours au sens restreint, sont la loi et la norme. Son lien avec la soci&#233;t&#233; est essentiel puisque ses expressions paroxystiques en traversent les tensions, ce qui s'appr&#233;hende ais&#233;ment dans la censure de la critique d'art, de la litt&#233;rature et plus r&#233;cemment de la critique d'architecture. Ses modalit&#233;s d'ex&#233;cution demeurent n&#233;anmoins vari&#233;es et retorses. Assortie de &#171; culturelle &#187;, la censure va, pour en exemplifier sobrement les usages dispers&#233;s et parfois incons&#233;quents, d'interdictions d'exposition par application de la loi en suppressions de subventions, de demandes d'&#233;radication d'une &#339;uvre en formes de harc&#232;lement d'un&#183;e auteur&#183;e sur les r&#233;seaux sociaux, en annulations de tourn&#233;es, vandalisations d'&#339;uvres, etc. Et l'on remarque d'embl&#233;e un point central : la censure ou demande de censure postule une causalit&#233; univoque et transparente, une imputation causale directe auteur-&#339;uvre. Le censeur confond l'artiste et l'&#339;uvre, dans les deux sens : l'&#339;uvre est l'auteur, l'auteur est l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, quel antagoniste lui opposer, sinon la &#171; libert&#233; de penser &#187;, d'&#233;crire, d'imprimer, de cr&#233;er (historiquement th&#233;oris&#233;e par Baruch Spinoza, Martin Luther par exemple), et une critique de l'autocensure (examin&#233;e par &#201;tienne de La Bo&#233;tie) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, dans la sph&#232;re culturelle, une dissociation s'est r&#233;v&#233;l&#233;e progressivement n&#233;cessaire entre la libert&#233; d'expression et la libert&#233; de cr&#233;ation. Le bl&#226;me qui ex&#233;cute des &#339;uvres d'art ne co&#239;ncide pas syst&#233;matiquement avec le fl&#233;trissement de la libert&#233; de communiquer des id&#233;es, propre par exemple aux journalistes ou aux m&#233;diateurs. Certes, la libert&#233; d'expression participe &#233;videmment de l'institution d&#233;mocratique, que l'on pense &#224; la libert&#233; de la presse, par exemple, ou, de nos jours, &#224; l'expression sur Internet (et ses limites par la loi DSA, &lt;i&gt;Digital Services Act :&lt;/i&gt; ce qui est ill&#233;gal hors ligne est ill&#233;gal en ligne).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/censure2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/censure2-06a98.jpg?1758120411' width='500' height='224' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, de cette libert&#233;-l&#224;, et des armes cach&#233;es sous les dentelles noires des &#233;crits est mis en question par la censure, est simultan&#233;ment un espace public d&#233;mocratique qui ne peut pourtant se d&#233;ployer qu'au contact r&#233;ciproque des uns et des autres, de l'&#233;galit&#233; politique et des garanties de l'&#201;tat moderne. Il importe &#233;videmment de contrer cette censure aux paroles supplici&#233;es. Et plus encore de se m&#233;fier des effets de censure par lesquels un discours, un mot, une admonestation ne peuvent plus &#234;tre discut&#233;s dans l'espace public, parce que nul n'ose plus s'aventurer &#224; parler, ce qu'on ne confondra pas avec le &#171; grand d&#233;tournement &#187; de cette libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Hochmann, On ne peut plus rien dire, Paris, Anamosa, 2025.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Libert&#233; de cr&#233;ation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux champs (juridiques et politiques), libert&#233; d'expression et libert&#233; de cr&#233;ation, se sont construits diversement, sans se cloisonner pour autant. Le second concerne des biens symboliques non directifs, &#224; postulation d'universalit&#233; pour des publics h&#233;t&#233;rog&#232;nes Pour ces biens, l'exposition fait partie de la nature d'un travail engag&#233; n&#233;cessairement dans une perspective de confrontation, d&#233;mocratique ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La censure, qui transforme les &#339;uvres d'art en cibles et les fait dispara&#238;tre de l'approche envisageable par des spectateur&#183;trices, nie par cons&#233;quent plusieurs choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle oblit&#232;re le processus de construction historique et esth&#233;tique d'&#339;uvres qui, en devenant autonomes, se sont d&#233;gag&#233;es simultan&#233;ment des syst&#232;mes d'expression normatifs familiaux, moraux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle r&#233;cuse le fait que les &#339;uvres d'art sont devenues des objets, des gestes, des mani&#232;res de partager le sensible, d&#233;cal&#233;s par rapport &#224; l'id&#233;e de message transitif d'un auteur &#224; &#171; son &#187; produit et du produit au public requis par des fins imm&#233;diates et la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle montre sa peur du sensible qui pense de mani&#232;re autonome sous la forme des arts (narratifs ou non, picturaux, performatifs). Elle mue une indignation face &#224; une &#339;uvre, susceptible de discussion, en appel &#224; sa disparition. En censurant, crie-t-elle, nous &#233;pargnons aux autres un spectacle que nous nous r&#233;servons, en d&#233;positaires privil&#233;gi&#233;s de la lucidit&#233; sur les &#339;uvres ! C'est Ulysse se r&#233;servant d'entendre seul le chant dont il a interdit la jouissance &#224; ses matelots. La censure vise donc moins l'&#339;uvre que ce que le censeur suppose des &#171; incapacit&#233;s &#187; du ou des publics. Elle sait ce qui est bon pour des &#171; mineurs &#187;, en d&#233;cidant de la culture convenable pour les spectateurs culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas le pari de la d&#233;mocratie, qui consid&#232;re les citoyens majeurs dans l'&#233;galit&#233; des intelligences. Le censeur g&#232;re des esprits et r&#233;partit des autorisations. Au lieu d'affuter des arguments, il s'entend, en inspirant la crainte du danger d'une recherche personnelle, &#224; bannir tout examen pour cause d'impression d&#233;l&#233;t&#232;re susceptible d'&#234;tre produite sur des esprits qui pour lui ne sont &#171; rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-ce par la secousse impos&#233;e par les opposants &#224; des &#339;uvres, quel que soit le pr&#233;texte, ainsi que par le constat de l'impressionnante ascension en nombre de cas d'atteintes &#224; la libert&#233; de cr&#233;ation artistique, que l'Observatoire de la libert&#233; de cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; fond&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les publics&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour en rester &#224; notre r&#233;gime politique, la censure culturelle et dans la culture est ce chapitre de notre histoire qui est marqu&#233; par des &#233;masculations ou des disparitions, connues/critiqu&#233;es depuis le XIX&#7497; si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Germinal, Madame Bovary, Les Fleurs du mal&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais parfois encore inconnues parce que certaines voies de la censure sont imp&#233;n&#233;trables. Ce chapitre n'est &#233;videmment pas clos. Il est caract&#233;ris&#233; par la domination de r&#233;f&#233;rences fig&#233;es dont les auteur&#183;rices ne doivent pas d&#233;border ni s'&#233;carter, sinon &#224; voir leur &#339;uvre arrach&#233;e au regard et aux oreilles d'un public potentiel toujours en cours de formation. Mais aussi par les strat&#233;gies de pouvoirs que tentent les attaques populistes, parfois religieuses, les mouvements anti-droits issus des ultra-conservateurs extr&#234;mement structur&#233;s, les attaques contre les &#339;uvres dites &#171; woke &#187;, et la &lt;i&gt;Cancel culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En enlevant aux citoyennes et citoyens la libert&#233; de communiquer publiquement leurs pens&#233;es/cr&#233;ations, la censure tente de les emp&#234;cher de penser. Justement parce que la force de l'&#339;uvre d'art est de n'avoir pas &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;e et d'affronter le monde &#8211; &#171; &#339;uvre ouverte &#187;, &#233;crivait Umberto Eco &#8211; en inspirant &#224; la conscience/sensibilit&#233; du lecteur&#183;rice, des spectateurs, quelques questions : &#171; Qu'en pensez-vous ? &#187; &#171; Que concluez-vous ? &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte du public en cas de censure est alors essentielle. Pointant son &#233;mancipation possible. L'engagement de la ministre de la Culture &#224; lutter &#171; contre toute forme de censure &#187; y pr&#234;te-t-il ? Non, il ne vise pas le public. L'un des objectifs avanc&#233;s, dans ce plan rendu public le lundi 7 juillet 2025, est de mieux informer les artistes et les professionnel&#183;les par la publication d'un outil minist&#233;riel &#171; accessible &#224; tous &#187; (et toutes !), sous la forme d'un &lt;i&gt;Guide juridique et pratique de la Libert&#233; de cr&#233;ation,&lt;/i&gt; qui permet d'accompagner l'ensemble des acteurs culturels face aux cas d'atteinte &#224; la libert&#233; de cr&#233;ation et de diffusion. Mais s'agit-il uniquement d'informer des acteurs de la sph&#232;re culturelle, alors que le public en est un aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une formation &#224; &#233;laborer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il est vrai qu'il convient d&#233;j&#224; de s'int&#233;resser &#224; une formation potentielle contre la censure &#224; l'endroit des artistes d&#233;muni&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/l_art_nuit_a_la_betise_2021-c4c0a.jpg?1758910471' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un acte de censure, dont l'&#339;uvre ou le travail d'un&#183;e artiste devient la cible, dont il est souhait&#233; qu'on n'en parle pas, provoque souvent chez ce&#183;tte dernier&#183;&#232;re une grave inqui&#233;tude paralysante, d'autant plus fr&#233;quente qu'il/elle ne s'attend pas &#224; recevoir un ordre de retrait de l'&#339;uvre ou un message agressif de la part d'une autorit&#233; quelconque. Cette premi&#232;re r&#233;action de paralysie et la mutation de la confiance en soi en d&#233;tresse, tout &#224; fait compr&#233;hensible, ne doivent pas pousser &#224; engager une mont&#233;e en puissance de la violence entre les protagonistes : r&#233;ponse de l'artiste en forme d'injures t&#233;l&#233;phoniques, de plaintes morales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre postures &#224; &#233;viter : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; R&#233;pondre directement aux censeurs (&lt;i&gt;intuitu personae&lt;/i&gt;), et encore moins par des injures publiques tombant sous le coup de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Se r&#233;fugier dans l'indignation et la col&#232;re, traiter une telle oppression de &#171; fasciste &#187; tout en se croyant abandonn&#233; &#224; son sort ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; C&#233;der aux intimidations, mensonges, calomnies et harc&#232;lements qui muent l'&#339;uvre d'art en cible, d'autant qu'ils peuvent &#234;tre lanc&#233;s rapidement sur internet et provoquer imm&#233;diatement de nombreux remous ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; R&#233;pondre de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e, en sugg&#233;rant que les censeurs sont des fous, des psychorigides, ou ont une &#171; morale de domestique &#187; (Charles Baudelaire), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le moment de sid&#233;ration pass&#233; &#8211; ce sentiment de flottement et d'irr&#233;solution entre r&#233;ception et action qui bloque l'attention, met en apathie et d&#233;responsabilise tout en rendant incapable d'agir &#8211;, il convient, avant de faire retentir sa voix, d'alimenter le d&#233;sir de r&#233;sister par l'examen de l'acte de censure en question, et donc : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De consulter en premier lieu la convention qui lie au commanditaire, s'il s'agit d'une censure autour d'une &#339;uvre qui en rel&#232;ve ; et s'il n'est pas de convention, de recopier les &#233;changes de courrier ; tout en proposant un d&#233;bat autour des faits ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'&#233;tudier de pr&#232;s les reproches adress&#233;s ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De relever s'il s'agit de d&#233;formation, mutilation ou autre pr&#233;judice envers une &#339;uvre ou la totalit&#233; d'une exposition ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De noter publiquement l'attitude de l'accusateur ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De pr&#233;ciser si la censure consiste en un envoi d'une lettre la formulant et comportant un motif (ou non) ; ou s'il s'agit d'une demande dans la presse, dans les r&#233;seaux sociaux, etc. ? ; ou s'il s'agit d'agressions physiques et/ou verbales ? ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, y a-t-il usage de proc&#233;d&#233;s d'intimidation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, l'essentiel est donc de ne pas se laisser culpabiliser ou enfermer dans la notion de responsabilit&#233; de l'auteur d'une &#339;uvre, d'autant qu'il s'agit des propos tenus dans une &#339;uvre de fiction et non de la personne de l'artiste-auteur (de sa responsabilit&#233; civile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insistons : la censure rel&#232;ve de la police, au sens d'un type de gestion du corps social sous l'image de son unit&#233; impos&#233;e aux publics. S'&#233;lever contre elle revient &#224; construire de la politique, cette activit&#233; dissensuelle qui fait &#233;merger l'existence de limites de la pens&#233;e, de la parole publique. Une activit&#233; mettant ces limites au jour, les int&#233;r&#234;ts qu'elles servent, et les mani&#232;res de s'en &#233;manciper.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-Y. Mollier, &#171; La police de la librairie (1810-1881) &#187;, [in] &lt;i&gt;Histoire de la librairie fran&#231;aise,&lt;/i&gt; P. Sorel et F. Leblanc (dir.), Paris, &#201;dition du Cercle de la Librairie, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qu'explique bien Laure Murat, &lt;i&gt;Toutes les &#233;poques sont d&#233;gueulasses,&lt;/i&gt; Lagrasse, Verdier, 2025, en &#233;tudiant le r&#244;le de ceux qui r&#233;crivent des &#339;uvres dans une optique normative.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Questions de sociologie&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1980, p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et punir,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le partage du sensible,&lt;/i&gt; Paris, La Fabrique, 2000, p. 10, &lt;i&gt;Et tant pis pour les gens fatigu&#233;s,&lt;/i&gt; Paris, Amsterdam, 2009, p. 501-502. Au demeurant, Ranci&#232;re n'utilise pas le terme &#171; censure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note du juriste Thomas Perroud : une forme d'activisme prend pour cible les &#233;valuations des films par les plateformes (AlloCin&#233;, Senscritique, etc.) : le review bombing. Il s'agit du fait d'inonder d'&#233;valuations exag&#233;r&#233;ment n&#233;gatives (ou parfois exag&#233;r&#233;ment positives) les plateformes de cin&#233;ma, pour des raisons qui n'ont rien &#224; voir avec la qualit&#233; de l'&#339;uvre, mais tout avec le message politique du film. Cette activit&#233; est illicite, elle expose ses auteurs &#224; la qualification de &#171; d&#233;nigrement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sens o&#249; Jean-Fran&#231;ois Lyotard souligne que &lt;i&gt;&#171; tout discours parait d&#233;ployer naturellement sa pr&#233;tention &#224; dire le vrai, par une sorte de vulgarit&#233; irr&#233;m&#233;diable &#187;&lt;/i&gt;, Paris, 10/18, &lt;i&gt;Rudiments pa&#239;ens,&lt;/i&gt; 1975, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les modalit&#233;s d'opposition&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Hochmann, &lt;i&gt;On ne peut plus rien dire,&lt;/i&gt; Paris, Anamosa, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://libertedecreation.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libertedecreation.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Germinal, Madame Bovary, Les Fleurs du mal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cinq exercices critiques de l'arpenteur moderne</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Cinq-exercices-critiques-de-l</link>
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		<dc:date>2025-07-29T08:50:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Arts &amp; Sciences</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour le troisi&#232;me volet de notre dossier (appelant de nombreux compl&#233;ments au fur et &#224; mesure des publications) portant sur les rapports entre arts et sciences, ici d&#233;sormais r&#233;fl&#233;chis sous le graphe A/S ou A&amp;S, nous pr&#233;sentons le texte d'une intervention de Christian Ruby &#224; un colloque &#224; La Grange (Lausanne) le 28 mars 2025. Outre servir l'objectif du colloque, il donne aussi des indications sur les pistes qu'il conviendrait de suivre d&#233;sormais autour de ce graphe, pistes que des artistes, comme des scientifiques, ne cessent d'arpenter concr&#232;tement. Il dessine aussi explicitement des perspectives afin de soutenir les &#233;coles d'art en grande difficult&#233; et les institutions publiques dont l'avenir est incertain (le Palais de la D&#233;couverte).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Arts-Sciences" rel="tag"&gt;Arts &amp; Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton2719-a37c3.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour le troisi&#232;me volet de notre dossier sur les rapports entre arts et sciences, ici d&#233;sormais r&#233;fl&#233;chis sous le graphe A/S ou A&amp;S, nous pr&#233;sentons le texte d'une intervention de Christian Ruby &#224; un colloque &#224; La Grange &#224; Lausanne le 28 mars 2025. Outre servir l'objectif du colloque, il donne aussi des indications sur les pistes qu'il conviendrait de suivre d&#233;sormais autour de ce graphe, pistes que des artistes, comme des scientifiques, ne cessent d'arpenter concr&#232;tement. Il dessine aussi explicitement des perspectives afin de soutenir les &#233;coles d'art en grande difficult&#233; et les institutions publiques scientifiques dont l'avenir est incertain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Familier de longue date des interf&#233;rences entre &#171; arts et sciences &#187;, nous ne sommes pourtant ni artiste, ni savant. Simple philosophe, nous sommes vou&#233;s &#224; l'observation critique des activit&#233;s humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nos participations effectives se limitent aux &#339;uvres et propos de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si ne pas &#234;tre directement de la partie invite &#224; la modestie quant aux commentaires de travaux complices, cela peut aussi constituer un atout. Le recul gagn&#233; permet d'interroger leurs pr&#233;suppos&#233;s (quels arts ? quelles sciences ? quels liens ? etc.) et d'observer comment se forme un archipel sp&#233;cifique de pratiques interf&#233;rantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association des deux notions ou activit&#233;s (arts et sciences) en archipel d'interf&#233;rences, ou en r&#233;seau, doit en effet focaliser l'attention sur la conjonction de coordination, sa force et ses exigences, et garantir de ne pas tomber dans une simple addition ou pes&#233;e (un peu de&#8230; et un peu de&#8230;). C'est parce que nous avons abord&#233; ces vell&#233;it&#233;s de forger un tel archipel de cent fa&#231;ons diff&#233;rentes &#8212; avec des r&#233;seaux (TRAS, Universciences, CEA, Le Fresnoy&#8230;), face &#224; des r&#233;ussites, des &#233;checs, des rapprochements vagues, des approches d&#233;coratives, des confusions entre science et technologie, etc. &#8212;, que nous avons appris &#224; prendre de telles pr&#233;cautions avec ce qui se donne ordinairement pour A&amp;S : outre des survivances de r&#233;cits glorieux d'accords, des illustrations des sciences par les arts, un positivisme pla&#231;ant les sciences en juge de la valeur des arts, ou un romantisme dans lequel les arts jugeraient de la valeur des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la r&#233;flexion, des probl&#232;mes de d&#233;construction des disciplines, de critique des ancrages dans d'anciens mod&#232;les d'acceptabilit&#233; (le Beau, la V&#233;rit&#233;), de refus des hi&#233;rarchies sp&#233;culatives, d'&#233;laboration de &lt;i&gt;jeux d'empi&#232;tement&lt;/i&gt; en promesses de naissance de nouveaux territoires, devraient &#233;merger. Probl&#232;mes &#224; ne pas simplifier en les recouvrant du terme &#171; postmoderne &#187;, compte tenu des difficult&#233;s d'usage de ce vocable fr&#233;quemment confondu avec absence de r&#232;gles ou de sens (&#171; tout se vaut &#187;). Nous ne pouvons non plus oublier la mani&#232;re dont l'&#233;mergence de la notion A&amp;S pr&#233;side d&#233;sormais &#224; des exigences de financements, de coop&#233;rations entre institutions, de modalit&#233;s de diffusion, ainsi que de modes/m&#233;thodes de formation (y compris universitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observations faites &#224; l'HEAR (Haute &#201;cole des arts du Rhin) et &#224; l'&#201;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et scolaires) et d'expositions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_4639.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_4639-4dde0.jpg?1772221780' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jan Dibbets en hommage &#224; Jean Arago (Paris)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire de cinq exercices&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Ruby, Ab&#233;c&#233;daire des arts et de la culture, Toulouse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous nous proposons de mettre en &#233;vidence les modalit&#233;s d'av&#232;nement et de d&#233;veloppement de ces probl&#232;mes dans le champ culturel et social, au demeurant occidental &#8212; hors de la question des rapports Arts et Intelligence Artificielle qui d&#233;passe nos comp&#233;tences. Dans un propos lui-m&#234;me en archipel, privil&#233;giant des surfaces d'&#233;change et des passages ou des &#171; voyages &#187; &#224; l'encontre des pens&#233;es syst&#233;matiques de l'identit&#233; et des fronti&#232;res pr&#233;serv&#233;es/surveill&#233;es, nous tressons ici les fils d'un glossaire du &#171; brouillage des fronti&#232;res &#187;, qui conforterait ce que peut devenir un tel &#171; archipel &#187;, en monde commun d'actes diff&#233;rents entrelac&#233;s dans un projet. D'autant qu'au c&#339;ur de cet archipel se tient et doit se tenir un destinataire : un public int&#233;ress&#233; par A&amp;S (ou une communication &#224; des citoyennes et citoyens), ou l'espace public d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sillusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier exercice reliant des participant(e)s de l'archipel A&amp;S : renforcer le fil pol&#233;mique requis afin de distinguer les v&#233;ritables affinit&#233;s constitutives de cet archipel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui est appel&#233; A&amp;S de nos jours, trop de choses sont embarqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des savant(e)s qui peignent et des artistes qui pr&#233;tendent &#171; exp&#233;rimenter &#187;, par exemple. Ce qui ne pose pas de probl&#232;me tant qu'ils n'ont pas de pr&#233;tention &#224; A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, dans de nombreux travaux rang&#233;s sous ce titre (A&amp;S), il manque habituellement l'un des deux : soit les arts, pens&#233;s dans des termes classiques de figuration ou d'illustration ; soit les sciences, r&#233;sum&#233;es dans les connaissances acquises, qu'il s'agisse de sciences dites &#171; dures &#187; ou &#171; historiques &#187; ou &#171; humaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y est bien question du titre A&amp;S, nous y observons un amas pr&#233;-critique de travaux, comme des &#339;uvres artistiques illustrant une connaissance scientifique ou un travail scientifique employant les moyens de l'art, ou des travaux artistiques qui r&#233;clament seulement le soutien, l'approbation de scientifiques. Soit on y r&#233;duit les sciences &#224; un support technique alimentant les arts (radiographie, instruments de restauration), r&#233;duisant l'art &#224; l'exploitation de ce que les sciences fournissent ; soit on convoque les arts aupr&#232;s des sciences afin d'organiser des expositions-spectacles destin&#233;es &#224; captiver l'&#339;il des n&#233;ophytes. Le retour insistant, au sein de la modernit&#233;, de la forme &#171; cabinet de curiosit&#233;s &#187; du XVI&#7497; si&#232;cle cautionne ces confusions. Les &#171; curiosit&#233;s &#187; (raret&#233;s, singularit&#233;s de la nature) ne peuvent avoir l'ancienne signification puisqu'elles sont jug&#233;es apr&#232;s la d&#233;faite de la m&#233;taphysique, et se pr&#233;sentent sous l'outillage disciplinaire &#233;mancip&#233;. Elles tombent dans des relations ludiques et des lieux qui conditionnent la lecture du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, l'exercice du d&#233;cept est requis &#224; proportion d'un manque de consistance ou de r&#233;ciprocit&#233; dans les travaux. Nuance cependant : il est parfois des travaux ind&#233;cidables. Cette ind&#233;cidabilit&#233; renvoie au moins au fait que les fronti&#232;res pr&#233;tendument d&#233;finitives, nous allons y revenir, sont toujours labiles, relevant d'une instabilit&#233; constitutive. Elle prouve aussi qu'arts et sciences ne sont pas isol&#233;s autant qu'on le croit et ne doivent pas &#234;tre bloqu&#233;s dans les images que l'on se fait classiquement de ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/a_img_5069.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/a_img_5069-ad0b5.jpg?1772221780' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Incitation &#224; penser A&amp;S
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arpenteur moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me exercice : r&#233;pondre &#224; la question de savoir pourquoi tenter de tresser un monde commun dans un archipel A&amp;S ? Dans les travaux A&amp;S, qu'est-ce qui devrait se partager sinon d'abord des questions, dont celles destin&#233;es &#224; contredire des d&#233;coupages pr&#233;alables ? Ne devrait-il pas s'agir d'un riche travail de d&#233;cloisonnement, &#171; indisciplinaire &#187;, de passerelles (dirait Jean-Marc Levy-Leblond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, La science n'est pas l'art, Paris, Hermann, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et de nouveaux corpus communs &#224; construire (dirait Gaston Bachelard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Ruby, &#171; Une philosophie des interf&#233;rences &#187;, in Raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, bien s&#251;r ! Encore faut-il avoir examin&#233; la condition d'existence des divisions, bien avant de songer &#224; une &#171; r&#233;conciliation &#187; et &#224; son type (pragmatique, dialectique, herm&#233;neutique, critique&#8230;) si envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici renvoy&#233;s &#224; &#171; l'arpenteur moderne &#187;, cet &#234;tre historique qui discrimine, fixe des fronti&#232;res. Dans notre cas, il a tent&#233; et r&#233;ussi &#224; tracer un vif &#233;cart avec la m&#233;taphysique et la th&#233;ologie m&#233;di&#233;vales, ces savoirs qui normaient arts et sciences sans s&#233;paration entre elles, &#224; l'aune des proportions de la Cr&#233;ation, et unifiaient toutes choses en une autorit&#233; suprahumaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relire &#224; ce propos Ernst Gombrich, avec Didier &#201;ribon, Ce que l'image nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arpenteur en question a &#171; mis de l'ordre dans les savoirs &#187;, construit des disciplines, divis&#233; des t&#226;ches, instaur&#233; des lieux, des capacit&#233;s et des temps, fondant l'ordre du monde moderne. Une &#171; modernit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le Diff&#233;rend, Paris, Minuit, 1983.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans diff&#233;rend cependant (selon le terme de Jean-Fran&#231;ois Lyotard). Arpenteurs, ce sont ceux qui ont forg&#233; un consensus autour de confins de divers champs &#8212; les sciences dites &#171; dures &#187; et l'art perspectiviste uniquement, en conflit avec notre &#233;poque investie par d'autres sciences et pratiques artistiques &#8212;, appuy&#233;s sur des centres r&#233;ifi&#233;s autour de socialit&#233;s, des &#233;coles isol&#233;es, se c&#244;toyant tout juste dans le monde clos de l'universit&#233;, sans interaction jusqu'&#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette s&#233;paration (ordre/d&#233;sordre, pur/impur), ni les arts ni les sciences n'existeraient, ni m&#234;me la philosophie moderne qui en assume la s&#233;paration. L'arpenteur a d&#233;coup&#233; - c'est le sens du mot &#171; critique &#187; (tracer des fronti&#232;res, des partages) - des terrains, mesur&#233; des actions, et l&#233;gitim&#233; des groupes de r&#232;gles (des l&#233;gislations) s&#233;par&#233;s : ici l'esth&#233;tique et la th&#233;orie scientifique, toutefois sous couvert antique encore du Beau et de la V&#233;rit&#233;. Dans sa volont&#233; d'assigner des portions de terrain &#224; telle ou telle savoir/profession &#8212; &#224; la limite de d&#233;signer des types d'humains, l'Artiste, le Savant &#8212;, il a d&#233;ploy&#233;, non l'ind&#233;pendance, mais l'autonomie des arts et des sciences (chacun a ses r&#232;gles propres sans vocation &#224; r&#233;glementer l'autre) tout en la r&#233;f&#233;rent &#224; un sujet (cogito universel &#224; la Ren&#233; Descartes ou sujet transcendantal &#224; la Immanuel Kant) ou &#224; un grand r&#233;cit du progr&#232;s dont un des mod&#232;les est l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; (Denis Diderot), laquelle pourtant ne d&#233;teste pas valoriser des transits (corr&#233;lats, et ainsi de suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet arpenteur, s'il est possible de le concentrer dans un nom, celui de Kant, il est plus largement possible de lui donner le nom du travail moderne de mise en discipline de territoires, selon les analyses de Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique des enclosures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me exercice : la critique des cl&#244;tures induites par l'arpenteur moderne, sans nostalgie, afin de structurer la possibilit&#233; de l'archipel A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renvoi &#224; l'arpenteur moderne (et occidental) ne concerne pas seulement lui, hier. Ce renvoi doit nous interroger nous-m&#234;mes. Pourquoi avons-nous fini par penser &#233;tablies, &#171; naturelles &#187; des disciplines, en les entretenant comme des territoires ontologiquement s&#233;par&#233;s par des fronti&#232;res infranchissables &#8212; excluant simultan&#233;ment la &#171; pens&#233;e sauvage &#187; &#8212; , alors que l'origine de ces territoires, montre justement l'arpenteur, n'est pas naturelle mais historique ? Pour aller plus loin, pourquoi parlons-nous encore souvent de l'archipel A&amp;S sous des abstractions, des essentialisations : l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt (le Beau, l'imagination, le sensible ou r&#233;ception brute, le d&#233;li&#233;) et la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience (la V&#233;rit&#233;, la raison, le raisonnement, l'efficacit&#233;) ? D'autant que ces abstractions unifient, sous des concepts uniques et univoques, des coutumes et parfois les distinctions hommes/femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vieille histoire : Les hommes sont &#171; &#233;videmment &#187; vou&#233;s aux sciences et aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les pratiques et orientations de chaque domaine ? Pourquoi beaucoup pensent-ils encore que les arts ne rel&#232;vent pas de concepts (ce qui est probl&#233;matique, et d'autant plus &#224; l'aune des arts contemporains), et que les concepts n'enveloppent pas des &#233;motions (ce qui est probl&#233;matique relativement aux impulsions de la recherche, etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de tels propos est d'autant plus suspecte que les disciplines soi-disant encloses ne sont pas si ferm&#233;es sur elles-m&#234;mes que cela. Outre qu'elles se transforment de nos jours, elles entretiennent entre elles des liens autour de la facult&#233; humaine de juger, lesquels ne leur sont pas ext&#233;rieurs mais immanents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines ici en question, les arts et les sciences, m&#234;me sous leurs anciennes versions (dont il faut pr&#233;ciser qu'elles ne sont pas toutes glorieuses si l'on pense aux sculpteurs illustrant les diff&#233;rentes &#171; races &#187; que &#171; la science des races &#187; des naturalistes &#233;laborait), se nourrissent (se sont nourries) aussi de travaux r&#233;ciproques, qu'on en appr&#233;cie le r&#233;sultat esth&#233;tique ou non : des tableaux figurant des savants (peu de savantes jadis), des parall&#232;les entre l'invention de la g&#233;ologie et le paysage en peinture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S'il existe bien une relation entre la g&#233;ologie et la peinture par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des repr&#233;sentations des instruments scientifiques, des instruments scientifiques artialis&#233;s, etc. Que nous montre le CNAM, sinon qu'il est impossible de croire que les arts et les sciences n'ont jamais eu de souci de l'autre, et que ce souci est souvent une fonction de la conception du monde en cours, comme des d&#233;placements des angles du regard sur le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les travaux A&amp;S devraient lutter contre ces essentialisations, les crit&#232;res conformes, contre une certaine inculture (la scission entre &#171; j'aime &#187; et &#171; je sais &#187;), et contre une croyance de chacun en soi comme sujet absolu (&#171; je &#187; sais tout, &#171; je &#187; peux tout faire, &#171; je &#187; suis artiste/savant(e)&#8230;) excluant le savoir &#171; sauvage &#187;. Ce serait sans doute la condition pour d&#233;ployer un potentiel critique et &#233;mancipateur des sujets artistes et savant(e)s, voir du public, autour de rapports vivants entre des arts et des sciences interrog&#233;s sur leur vivacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'archipel A&amp;S ne devrait pas seulement se charger d'instaurer des liens entre arts et sciences, mais aussi de faire fructifier et &#233;tendre des liens existants. Faire tomber les fronti&#232;res, de mani&#232;re productive, non par ignorance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/aimg_3360.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH418/aimg_3360-5f858.jpg?1772221780' width='500' height='418' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;A&amp;S par rebond
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Archipel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quatri&#232;me exercice. Il porte sur ces liens immanents et les l&#233;gitimations susceptibles d'aider &#224; forger un commun ou des r&#232;gles communes, et la question de savoir qui en d&#233;cide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Devant des modes d'actions et des comp&#233;tences qui dialoguent, interagissent, ouvrent d'int&#233;ressants champs d'investigations exp&#233;rientielles et de pratiques, ce qui se tisse, c'est bien un archipel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ren&#233; Char, La pens&#233;e en archipel, Paris Gallimard, 1962, ou &#201;douard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : des liens immanents, des coordinations modifiant les termes, une pragmatique des l&#233;gitimit&#233;s des activit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et une formation ou une culture en r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; centrale des congruences de comp&#233;tences au sein de cet archipel (A&amp;S) est justement le choix du mod&#232;le de texture &#224; adopter. En un mot, comment produire non seulement des fa&#231;ons de penser d&#233;l&#233;gitimant les habitudes, mais encore produire de nouvelles formations de l'esprit ou de la recherche et les l&#233;gitimer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mod&#232;les qui rel&#226;chent la trame encyclop&#233;dique, il en existe de toutes sortes. Listons-en quelques-uns : l'addition sous forme d'un pluralisme empiriste, l'arrangement esth&#233;tique, l'imposition d'une dialectique unifiante, le pr&#244;ne d'un retour &#224; une m&#233;taphysique visant une totalit&#233; (l'&#234;tre, le cosmos&#8230;), le nouveau mode encyclop&#233;dique (&lt;i&gt;L'Encyclop&#233;die Diderot,&lt;/i&gt; d'il y a quelques ann&#233;es), et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; une esquisse de tableau sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/ruby_-_tableau_art_sciences_-_2018_lbi_copie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH353/ruby_-_tableau_art_sciences_-_2018_lbi_copie-47c3c.png?1772221780' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, un tel archipel n'a sa v&#233;ritable signification que s'il repose sur un travail d'interf&#233;rences qui modifie l'un et l'autre p&#244;le et d&#233;saccorde le sujet d'avec lui-m&#234;me afin de l'ouvrir &#224; l'alt&#233;rit&#233;, disons d'abord &#224; de nouveaux th&#232;mes de recherche. Parmi lesquels d&#233;sormais, par exemple, le vivant, l'&#233;cologie pour un humain non pr&#233;dateur, le vivre ensemble (arts et sciences sociologiques dans le cadre de PEROU - P&#244;le d'Exploitation des Ressources Urbaines), le quantique, etc. Il s'agirait donc d'un travail d'interrogation r&#233;ciproque dont la propri&#233;t&#233; serait d'introduire du jeu dans les savoirs et les pouvoirs des institutions, dans les images que chacun se fait de soi et de l'autre, dans les effrangements possibles de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait encore d'autres obstacles &#224; surmonter afin d'entretenir vivant un tel archipel, cela ne fait aucun doute. Les institutions, par exemple, avec leurs contraintes d&#233;finissant les pratiques et les &#233;nonc&#233;s admissibles, pr&#233;f&#232;rent le r&#233;duire au divertissement, parfois sous enjeu de &#171; transmission &#187;, plut&#244;t qu'&#224; une dynamique de culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la fonction des institutions, cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La condition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles prennent le risque, en cons&#233;quence, de p&#233;trifier les sujets r&#233;cepteurs sur la sc&#232;ne publique, ce qu'on appelle &#171; le public &#187; (les profanes ?), ce public auquel un Friedrich von Schiller rend attentif en l'extrayant du pr&#233;suppos&#233; n&#233;gatif de l'opposition entre entendement et sensibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich von Schiller, Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous devons tenir, dans ces r&#233;flexions, c'est &#224; la fois &#224; l'&#233;mancipation des artistes et des savant(e)s des carcans de leur milieu, ainsi que des codes ant&#233;rieurs &lt;strong&gt;et,&lt;/strong&gt; j'insiste, &#224; l'&#233;mancipation du destinataire A&amp;S et de la parole publique sur A&amp;S, des images dont on le (A&amp;S) couvre (primat du ludisme et du divertissement, soi-disant pr&#233;f&#233;rence pour le sensible sur le concept, pr&#233;jug&#233;s et ignorances, etc.). Par sa fr&#233;quentation des r&#233;flexions communes circulant dans des Incubateurs, des Lab(s) ou des Tiers-Lieux, voire les colloques A&amp;S, et plus uniquement dans les institutions d'&#201;tat r&#233;serv&#233;es, le public A&amp;S les combat de lui-m&#234;me, aux c&#244;t&#233;s de m&#233;diatrices et m&#233;diateurs apprenant simultan&#233;ment que leur r&#244;le n'est pas (ne devrait pas &#234;tre) de parler &#224; la place des participants du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le public A&amp;S est aussi susceptible d'angoisses devant les atteintes aux fronti&#232;res (entre disciplines, s'il faut pr&#233;ciser derechef, quoique&#8230;), quoique sans doute pour d'autres raisons. Il doit faire le deuil de ses certitudes premi&#232;res, lesquelles suscitent un recul de d&#233;fense face au &#171; m&#234;l&#233; &#187;, une frayeur envers ce qui mettrait &#171; en jeu la civilisation &#187;, un d&#233;sespoir de voir diminuer certaines auras. Dommage que cela n'atteigne pas toujours des &#233;l&#233;ments tout aussi percutants : le devenir marchandise de A&amp;S, l'instrumentalisation des connaissances scientifiques, l'esth&#233;tisation des sciences par l'&#201;tat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se joue donc une &#233;mancipation cruciale pour l'espace public. Ce public pourrait ne plus demander &#224; A&amp;S d'&#234;tre &#233;mu (version art) ou sid&#233;r&#233; (version science), d'&#234;tre la vis&#233;e d'une transmission ou d'une consommation. Il pourrait demander plut&#244;t d'acqu&#233;rir des comp&#233;tences, de parler et de se former, de reconna&#238;tre que les arts sont des formes de la pens&#233;e, pens&#233;e anciennement figurale et performante de nos jours ; que les sciences sont des formes de pens&#233;e ouvertes ; et que nous devons aux deux de ne plus voir le monde dans les formes de r&#233;cit dans lesquelles il &#233;tait pens&#233; jadis, les deux cristallisant des attitudes diff&#233;rentes face au monde et pouvant se nouer dans une pens&#233;e critique de l'&#233;tat des choses/des humains ou du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conviendrait sans doute de permettre &#224; ce public de r&#233;futer des approches qui ont fait trop longtemps autorit&#233; dans son quotidien. D'abord la s&#233;paration entre sensible et intelligible, toujours pos&#233;e comme premi&#232;re et &#171; &#233;vidente &#187;. Ensuite les diff&#233;rences non explicit&#233;es entre exp&#233;rimentation scientifique et &#171; exp&#233;rimentation &#187; artistique (exp&#233;rimentation, exp&#233;rience, Erfahrung), comme l'usage confus de &#171; observation &#187; dans les deux cas (arts et sciences). Il en va de m&#234;me pour l'usage du terme &#171; bricolage &#187;, repris autant au &#171; savoir sauvage &#187; qu'aux pratiques populaires. Et pour caract&#233;riser encore les deux cas (arts et sciences), les termes &#171; protocole &#187; et &#171; hypoth&#232;se &#187; utilis&#233;s sans discernement. En somme, ces distinctions incitent bien &#224; entretenir des rapprochements ou des diff&#233;rences mais, s'ils n'excluent donc pas des rapports, au contraire, produisent ou confirmes des divisions sociales, des choix d'objet de recherche, etc., impos&#233;s, incapables de donner lieu &#224; &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pourrait lui para&#238;tre justement d&#233;cisif, ce sont les &#233;carts que produisent les pratiques artistiques par rapport aux pratiques scientifiques, et r&#233;ciproquement, dans un but commun. Ne peut-on concevoir les dynamiques A&amp;S comme autant de trajectoires de culture articul&#233;es ouvrant sur le d&#233;ploiement des comp&#233;tences des individus anonymes, lesquels ne doivent pas &#234;tre r&#233;duits &#224; assister simplement &#224; ce qu'on veut bien leur rendre visible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nos participations effectives se limitent aux &#339;uvres et propos de Jean-Pierre Luminet (Paris), Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Laurent Mulot, Val&#233;rie Legembre, Adrien Mondot, Claude Alma, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observations faites &#224; l'HEAR (Haute &#201;cole des arts du Rhin) et &#224; l'&#201;cole d'Aix-en-Provence (exp&#233;rience &lt;i&gt;Locus Sonus&lt;/i&gt;). Le th&#232;me A&amp;S ne doit pas pr&#233;sider &#224; une r&#233;duction des uns aux autres, ni spectaculariser &#171; la &#187; science.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Ruby, &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire des arts et de la culture,&lt;/i&gt; Toulouse, L'Attribut, 2015, article &#171; Exercice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;-Cf. Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, &lt;i&gt;La science n'est pas l'art,&lt;/i&gt; Paris, Hermann, 2010, ainsi que Martina Kramer, &lt;i&gt;Un morceau d'air, trois dialogues sur l'invisible,&lt;/i&gt; avec Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Iva Patarcec, Ludovic Lignon, Collection Pr&#233;occupations, L'Ollave, Clans (Alpes Maritimes), 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Ruby, &#171; Une philosophie des interf&#233;rences &#187;, in Raison pr&#233;sente, &lt;i&gt;Arts et Sciences, n&#176;179&lt;/i&gt;, 2011, disponible sur Pers&#233;e. Et Michel Serres, La Naissance de la physique dans le texte de Lucr&#232;ce, Paris, Minuit, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relire &#224; ce propos Ernst Gombrich, avec Didier &#201;ribon, &lt;i&gt;Ce que l'image nous dit&lt;/i&gt;, Paris, Arl&#233;a, 2010 ; John Dewey, &lt;i&gt;L'art comme exp&#233;rience&lt;/i&gt;, 1934, Paris, Folio, 2005 (p. 183-184) ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vieille histoire : Les hommes sont &#171; &#233;videmment &#187; vou&#233;s aux sciences et aux hauts &#233;chelons et les femmes vou&#233;es aux arts ou aux t&#226;ches subalternes dans les sciences. Anna Tsing rappelle comment ses parents lui ont refus&#233; des &#233;tudes scientifiques parce que femme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S'il existe bien une relation entre la g&#233;ologie et la peinture par le C&#233;zanne des carri&#232;res de Bib&#233;mus, cela rel&#232;ve d'une conception du monde selon laquelle il est possible d'expliquer la surface par les couches souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Ren&#233; Char, &lt;i&gt;La pens&#233;e en archipel&lt;/i&gt;, Paris Gallimard, 1962, ou &#201;douard Glissant, &#171; Conversation avec Hans Ulrich Obrist &#187;, in &lt;i&gt;The Archipelago Conversations&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Isolarii 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;La condition postmoderne,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la fonction des institutions, cf. Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;La condition postmoderne, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 34 et &lt;i&gt;De la nature du rapport art et science,&lt;/i&gt; M&#233;lodie Faury, &#201;douard Kleinpeter, Bastien Lelu, ENS Lyon, 2000 : &lt;a href=&#034;http://ehvi.ens-lyon.fr/IMG/pdf/art_et_science.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ehvi.ens-lyon.fr/IMG/pdf/art_et_science.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich von Schiller, &lt;i&gt;Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'humain,&lt;/i&gt; 1794, Paris, Aubier, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Arts et Sciences </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Arts-et-Sciences</link>
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		<dc:date>2025-06-01T18:30:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>science</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t suscit&#233;, depuis quelques ann&#233;es, par le th&#232;me des rapports entre art et science, dans les publications, les colloques et les r&#233;flexions institutionnelles, s'il est la preuve que se sont constitu&#233;es autour de lui des mobilisations, en principe &#224; partir d'un lien immanent permettant la rencontre de telles notions et de tels projets sp&#233;cifiques, est peut-&#234;tre aussi l'indice que l'espoir de coop&#233;rations ou d'interactions entre des domaines concourant bien &#224; forger notre existence sociale et politique n'est pas perdu, au sein de ce monde de divisions administratives entre les institutions, de recherches cloisonn&#233;es, de replis individuels absents de souci des sources communes. Il est m&#234;me possible de trouver en elles une triple mati&#232;re &#224; r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/science" rel="tag"&gt;science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH107/arton2677-733e0.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t suscit&#233;, depuis quelques ann&#233;es, par le th&#232;me des rapports entre art et science, dans les publications, les colloques et les r&#233;flexions institutionnelles, s'il est la preuve que se sont constitu&#233;es autour de lui des mobilisations, en principe &#224; partir d'un lien immanent permettant la rencontre de telles notions et de tels projets sp&#233;cifiques, est peut-&#234;tre aussi l'indice que l'espoir de coop&#233;rations ou d'interactions entre des domaines concourant bien &#224; forger notre existence sociale et politique n'est pas perdu, au sein de ce monde de divisions administratives entre les institutions, de recherches cloisonn&#233;es, de replis individuels absents de souci des sources communes. Il est m&#234;me possible de trouver en elles une triple mati&#232;re &#224; r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;D'une part, ces coop&#233;rations, nomm&#233;es ci-dessous &#171; archipel(s) &#187; en justifiant cet usage, ne fondent heureusement plus la s&#233;paration des arts et des sciences par leur soumission soi-disant &#171; b&#233;n&#233;fique &#187; &#224; une notion surplombante de sujet synth&#233;tisant ou de progr&#232;s. D'autre part, et en cons&#233;quence, ces interf&#233;rences entre les arts et les sciences contribuent &#224; engendrer des espaces, critiques des s&#233;parations s&#232;ches ant&#233;rieures, centraux &#224; l'&#232;re de grands p&#233;rils annonc&#233;s par fait des entreprises discriminantes de l'anthropoc&#232;ne, r&#233;sultats de subsomptions dans les grands r&#233;cits du progr&#232;s qu'elle a suscit&#233;s et dont la cr&#233;dibilit&#233; s'est heureusement amoindrie. Enfin, coop&#233;rations ou interf&#233;rences pr&#233;supposent que les enjeux de rentabilit&#233;, de profit et de concurrence impos&#233;s politiquement peuvent &#234;tre eux-aussi critiqu&#233;s in vivo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce fil, nous proposons une succession de trois textes de r&#233;flexion, en trois moments de publication dans TK-21 LaRevue. Le premier ici-m&#234;me est g&#233;n&#233;ral et vise &#224; cadrer un d&#233;bat sans cesse &#224; reprendre. Le second est propos&#233; par Jean-Christophe Nourisson. Le dernier reprend le texte d'une conf&#233;rence de Christian Ruby. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En mati&#232;re de travaux entre &lt;i&gt;Art et Science&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Arts et Sciences,&lt;/i&gt; pour utiliser les graphies courantes, faut-il admettre d'embl&#233;e les notions pr&#233;d&#233;finies de l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt et de la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience, ces notions historiques et philosophiques de part en part, pour savoir si et comment les relier, par exemple par une simple conjonction de coordination ou par une th&#233;orie du sujet transcendantal ou du progr&#232;s ? Ces pr&#233;d&#233;finitions en font des concepts fix&#233;s une fois pour toute en essences, par cons&#233;quent en font des mondes incommensurables. Pourtant, l'&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;rt comme la &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;cience n'existent pas sous ce mode. Les arts et les sciences ne cessent de se d&#233;ployer au travail de multiples formes d'exp&#233;riences et de croisements, et sans se figer dans des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En examinant de pr&#232;s les recherches, les pratiques, m&#234;me produites sous le titre simplifi&#233; &lt;i&gt;Art et Science,&lt;/i&gt; nous nous apercevons qu'ils entretiennent philosophiquement des liens immanents autour des grandes formes de l'agir humain. Voil&#224; qui pousse &#224; appeler &#224; modifier la d&#233;nomination ordinaire en &#171; archipel Arts et Sciences &#187; (r&#233;duite ici au graphe A&amp;S par commodit&#233;) ! Cette mutation permet de faire fructifier les r&#233;flexions sur ce plan autrement que sous la forme d'un lieu commun abstrait ou d'un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; &#224; quelques-uns. Elle permet d'activer non moins la publicit&#233; de ces travaux aupr&#232;s des citoyennes et des citoyens, notamment dans la d&#233;termination de tiers-lieux (r&#233;els ou conceptuels) dont il n'est plus possible d'ignorer l'existence sans d&#233;sinvolture, de labos ou de lieux collaboratifs, aux fins d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est vrai que plus l'h&#233;ritage des trois si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents &#8212; Lumi&#232;res, positivisme, dogmatismes divers &#8212; a r&#233;ussi &#224; imposer une &#233;pist&#233;mologie de l'unit&#233; des disciplines qu'il s&#233;parait dans le m&#234;me temps &#8212; unit&#233; impos&#233;e sous l'&#233;gide soit du sujet, soit du progr&#232;s &#8212;, plus certains ont voulu forcer leur int&#233;gration abstraite en syst&#232;me. Mais ce projet d'un choix &#233;dict&#233; par une autorit&#233; s'est retourn&#233; en son contraire. Il a abouti &#224; une fragmentation des disciplines en blocs s&#233;par&#233;s qui ne voulaient pas &#234;tre rapproch&#233;s ou confondus, ou qui se contentaient de se &#171; concilier &#187; de mani&#232;re ext&#233;rieure, en mode pluridisciplinaire administratif, toujours gouvern&#233; par surplomb. Si on pr&#233;tend mettre fin &#224; une diversit&#233; constat&#233;e et construire une unit&#233; en supprimant les diff&#233;rences, on d&#233;sint&#232;gre toutes choses. Le monolithe du dominant, et ses ordres (&lt;i&gt;&#171; il faut vous r&#233;concilier &#187;&lt;/i&gt;), ne recouvrira jamais que la diversit&#233; des formes sans v&#233;ritable effet. &#192; l'inverse d'ailleurs, il ne suffira pas d'invoquer un pluralisme biens&#233;ant pour obtenir un r&#233;sultat, qui au mieux aura la forme d'une simple coexistence pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_1929.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH696/img_1929-995c3.jpg?1746704189' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;flexions crois&#233;es &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce point que la notion d'&#171; archipel Arts &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Sciences &#187;, et la possibilit&#233; concr&#232;te d'en r&#233;aliser, peut amplifier les motifs de discussions et de pratiques crois&#233;es, en consid&#233;ration de devenirs dans des actions r&#233;ciproques. R&#233;cemment (27-28 mars 2025), un colloque &#224; La Grange (Centre Arts-Sciences / Universit&#233; de Lausanne), organis&#233; par Aur&#233;lien Maignant et Audrey Gosset, sous le titre &lt;i&gt;Les collaborations entre artistes et scientifiques,&lt;/i&gt; et sous-titr&#233; &lt;i&gt;Histoires critiques et pratiques contemporaines,&lt;/i&gt; a impuls&#233; de nombreuses propositions archip&#233;liennes &#224; l'&#233;cart des perspectives de surplomb. Il a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par un autre colloque &#224; Polytech (Dijon, 12-14 mars 2025), intitul&#233; quant &#224; lui &lt;i&gt;Arts, Sciences, zone d'indiscernabilit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux colloques, du point de vue &#233;pist&#233;mologique, ont d'abord mis en lumi&#232;re et en public la difficult&#233; premi&#232;re &#224; s'orienter dans les mots et les travaux port&#233;s par le titre courant arts et sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du point de vue des termes, en effet, un rep&#233;rage ais&#233; &#224; conduire indique l'usage d'une pluralit&#233; de termes afin de d&#233;signer de tels rapports. En voici les principaux : alliage, co-construction, r&#233;g&#233;n&#233;ration, zone d'indiscernabilit&#233; et rhizome, rhapsodie, nomadisme, hybridation, rationalit&#233; communicationnelle, croisement, archipel, etc. Il est facile de rep&#233;rer les sources de ces usages et parfois les th&#233;oriciens de r&#233;f&#233;rence &#8212; Jean-Marc L&#233;vy-Leblond, Mich&#232;le Leduc, Audrey Gosset, Gilles Deleuze, Emmanuel Kant, Homi Bhabha, J&#252;rgen Habermas, Christian Ruby &#8212;, sinon l'ampleur des propos : y englobe-t-on chacun des arts, ainsi que les sciences dites &#171; dures &#187; comme les sciences historiques ? Et surtout, s'il n'est pas question de prendre le risque d'une homog&#233;n&#233;it&#233; impos&#233;e encore de surplomb, il devrait pourtant &#234;tre judicieux d'accepter de discuter de ces notions tout en en pointant le maniement litt&#233;ral, m&#233;taphorique ou flottant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du point de vue des pratiques, il importe de s'inqui&#233;ter de troubles flagrants au vu des r&#233;sultats de tels co-constructions le plus souvent pr&#233;sent&#233;s au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'A&amp;S finalement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de valoriser des scientifiques qui se disent artistes parce que les r&#233;sultats de leurs recherches, expos&#233;s, produisent des effets esth&#233;tiques (des bulles color&#233;es, des tourbillons multicolores, de beaux nuages, des mouvements d'oiseaux, des technologies de l'imagerie, etc.) ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de consacrer les artistes qui produisent de petites physiques amusantes &#224; partir de leurs connaissances plus ou moins circonscrites en mati&#232;re scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux premiers modes de rapports brandis fr&#233;quemment ne forgent pourtant pas des collaborations entre les arts et les sciences. Il est question de scientifiques qui se disent artistes et d'artistes qui se disent savants. Aucun ne sort de son domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnement peut &#234;tre prolong&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il de scientifiques qui r&#233;fl&#233;chissent sur une &#339;uvre d'art et appliquent leurs discours savants aux &#339;uvres artistiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- S'agit-il d'artistes qui assignent les arts &#224; illustrer des r&#233;sultats scientifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si tel est le cas, il est envisageable au moins de faire valoir une &#171; bonne volont&#233; &#187; artistique ou scientifique. N&#233;anmoins, les r&#233;sultats demeurent d&#233;ficients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce trouble, il est malgr&#233; tout possible de tirer l'enseignement suivant. Les travaux les plus courants en mati&#232;re de rapports A&amp;S, se modulent en quatre cat&#233;gories :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le MONOlogisme (je suis scientifique et artiste moi-m&#234;me, ou l'inverse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail de l'un ou de l'autre SUR les r&#233;sultats de l'autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail de l'un ou de l'autre AVEC l'autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Le travail ENTRE les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH707/programme-colloque-arts-sciences-dijon_glisse_e_s_-cd3d4.jpg?1746704189' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;passer le pluridisciplinaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En cela, s'int&#233;resser aux rapports processuels entre les arts et les sciences, autrement dit aux rapports impuls&#233;s entre des activit&#233;s constitu&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent en sph&#232;res autonomes (quoique pas ind&#233;pendantes), cela ne concerne pas seulement des principes &#233;pist&#233;mologiques et le travail de disjonction de l'arpenteur moderne par rapport &#224; la m&#233;taphysique m&#233;di&#233;vale &#8212; sur lesquels Christian Ruby reviendra. Cela oblige aussi &#224; examiner les pratiques &#8212; Jean-Christophe Nourisson en pr&#233;sentera dans sa r&#233;flexion. Et surtout, cela impose d'examiner comment les dynamiques/devenirs engendr&#233;(e)s peuvent int&#233;resser le public, les citoyennes et les citoyens, en promouvant le d&#233;veloppement de l'esprit critique public et en public. Parti pris d'autant plus important que cela permettrait simultan&#233;ment de r&#233;futer le propos d'Yves Michaud selon lequel, sous l'atmosph&#232;re esth&#233;tique de notre &lt;i&gt;&#171; &#233;tat gazeux &#187;&lt;/i&gt; (une configuration dans laquelle tout se fond), les arts et les sciences sont confondus dans un immense cabinet de curiosit&#233; anesth&#233;sique, les arts s'effondrant sous le &#171; beau &#187; commercial et les sciences se r&#233;duisant &#224; de simples discours un peu plus soutenus que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	O&#249; la perspective suivante se confirmerait : arts et sciences ne peuvent se contenter d'assignations pluridisciplinaires administratives infatu&#233;es d'elles-m&#234;mes, en ce que, dans ces articulations passives parce qu'imp&#233;rieuses, l'objet commun est d&#233;fini d'avance et les r&#233;unions, durant lesquelles chacun(e) doit se tenir &#224; sa place, sont pr&#233;sid&#233;es par un objectif auquel les uns et les autres sont simplement associ&#233;s de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce que changerait fondamentalement la constitution d'archipels A&amp;S, c'est une orientation dans une autre direction de recherches, de diffusions et de formations. Savoir par ailleurs si ces travaux peuvent m&#234;me transformer la soci&#233;t&#233; est une question suppl&#233;mentaire, pas vraiment indiff&#233;rente. Il semble que ces archipels peuvent effectivement servir de ligne d'orientation g&#233;n&#233;rale (sur le plan de la pens&#233;e comme sur le plan des relations sociales), au sein de notre situation largement rigide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La propri&#233;t&#233; de tels archipels, d&#233;j&#224; effectifs ou projet&#233;s, est en effet bien de menacer les cl&#244;tures, les enfermements de comp&#233;tences, les mondes uniformes et exclusifs, les subordinations r&#233;sultant d'une esprit pr&#233;- ou trop-critique parce que r&#233;duit &#224; entretenir les s&#233;parations. Sans &#234;tre dupe par ailleurs !, puisque dans ces archipels chacun(e) se m&#233;fie, &#224; juste titre des risques de confusions, notamment de comp&#233;tences, si pourtant les un(e)s et les autres r&#233;cusent, &#224; juste titre, l'administration des comp&#233;tences ou l'emprise de l'autorit&#233; de la comp&#233;tence. Ils/elles r&#233;cusent les id&#233;ologies de la s&#233;paration des arts d'un c&#244;t&#233; (le subjectif, le sensible ou le corps et le f&#233;minin) et des sciences de l'autre (l'objectif, le pur esprit, l'entendement et le m&#226;le) ; des arts qui ne penseraient pas et des sciences qui ne renverraient &#224; aucun sensible ; ainsi que les renversements de type ph&#233;nom&#233;nologique qui partent en guerre contre le primat de la science et surestiment l'art par le v&#233;cu et les choses singuli&#232;res, avec effet de re-subordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi s'ajoute la n&#233;cessit&#233; de rompre une lance avec un partage politique tr&#232;s actuel : celui du m&#233;pris de certains pouvoirs. Notamment, la persistance de ce m&#233;pris &#224; l'encontre des &#171; sciences &#187; qui g&#234;neraient ; et &#224; l'encontre les &#171; arts &#187; contemporains qui seraient en soi non populaires (avec tendance &#224; la r&#233;duction des budgets de la culture). Au demeurant, cette r&#233;cusation est d'autant plus centrale que les enfermements pr&#233;c&#233;dents sont sans doute une des causes des reproches entendus fr&#233;quemment : que les sciences seraient s&#232;ches, &#233;litistes, feraient courir des risques &#224; l'humanit&#233; (alors qu'elles sont souvent confondues avec la technique et les choix politiques techniques) ; et que les arts, notamment contemporains seraient aussi secs, incompr&#233;hensibles, &#233;litistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/0cuix__tkwhbrpxy2kqfo0-61782268-3e48d.png?1746704189' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez dit &#171; archipel &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En quoi la notion d'archipel convient-elle pour parler de ce qui vient d'&#234;tre mis au jour ? &#171; Archipel &#187; est un terme issu de la langue grecque ancienne (arkhein-pelagos) qui, du moins dans notre bouche, est utilis&#233; afin d'&#233;voquer des connexions, des &#171; entre &#187;, des passages, en un mot des devenirs. En particulier des passages qui n'&#233;liminent pas les comp&#233;tences mais sont susceptibles de discuter leur hypostase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la notion d'archipel, beaucoup n'entendent que la pr&#233;sence rapproch&#233;e d'&#238;les diverses. Mais si l'on en reste aux &#238;les, elles peuvent se valoir comme &#171; tout &#187;, en version de cl&#244;ture ou holisme. On en a un usage d'ailleurs tr&#232;s critique, d&#232;s la vis&#233;e moderne des &#238;les (Thomas More et autres), dans l'image d'une &#171; &#206;le des math&#233;matiques &#187;, chez Jonathan Swift (&lt;i&gt;Les voyages de Gulliver,&lt;/i&gt; 1726), th&#232;me prolong&#233; autrement par Gilles Deleuze, dans l'examen de la mythologie d'&#238;les &#171; &#339;ufs de la mer &#187;, &#171; prototype de l'&#226;me collective &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#206;le d&#233;serte, Paris, Minuit, 2002&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or ce qui compte dans les archipels ce sont les ports. Dans le r&#233;f&#233;rent grec que la notion suppose (Hom&#232;re et la mer &#201;g&#233;e), il est question d'une mer (&lt;i&gt;Pelagos&lt;/i&gt;) parsem&#233;e d'&#238;les qui choisissent une autorit&#233; commune (&lt;i&gt;Arkhein&lt;/i&gt;) de mani&#232;re immanente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Barbara Cassin, Vocabulaire europ&#233;en des philosophes, Dictionnaire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit du r&#233;f&#233;rent grec, la constitution d'archipels, convaincante depuis longtemps dans des contextes politiques (&#201;douard Glissant en particulier), s'oppose &#224; deux options :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Celle des tenants de la subordination, version id&#233;ologie du progr&#232;s ou plus commun&#233;ment image que l'opinion se donne des comp&#233;tences intangibles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Celle des tenants d'une unit&#233; incontr&#244;l&#233;e ou sauvage, sous le pr&#233;texte d'une indiscipline fonci&#232;re (ou d'essence) des arts ou d'une capacit&#233; intrins&#232;que de d&#233;placement des sciences. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De cela, chacun connait de nombreuses formules partant des discriminations, ici &#233;pist&#233;mologiques, de l'arpenteur moderne : ou bien le multiple dispers&#233;, s'autovalorisant comme tel sans composition, et dessinant un monde de juxtaposition sans accord ; ou bien ce multiple dispers&#233; se soumettant &#224; un principe unique, &#224; une unit&#233; abstraite sans autre travail sur soi que la subsomption &#224; un universel qui est alors non moins abstrait et gouverne les dispers&#233;s &#224; son gr&#233; ; ou bien, enfin, la diss&#233;mination cherchant une auto-composition immanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'importance d'un archipel A&amp;S bien conduit, en th&#233;orie comme en pratique, se dessine en ce qu'il est porteur de nouveaux horizons, pour peu que les protagonistes eux-m&#234;mes (artistes et scientifiques, ou plus g&#233;n&#233;ralement cr&#233;ateurs, chercheurs et praticiens) acceptent de travailler autrement &#224; partir de leurs comp&#233;tences et de croiser leurs approches et leurs m&#233;thodes en d&#233;finissant des objets communs de travail ; &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce que, loin de s'exclure l'un l'autre, les arts et la recherche scientifique ont tout &#224; gagner dans une forme de f&#233;condation r&#233;ciproque ; &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qu'en croisant leurs approches, leurs corpus et leurs m&#233;thodes, art et sciences, y compris les sciences sociales encore une fois, peuvent se renouveler en inventant ensemble une nouvelle d&#233;marche, &#224; la fois esth&#233;tique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &#233;clair&#233;e ou esth&#233;tico-&#233;clair&#233;e, et un langage commun, f&#251;t-ce sous forme de fiction &#224; la mani&#232;re de Donna Haraway, &#224; la fois sensible &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; scientifique, si l'on utilise encore ces partages ordinaires (quoiqu'erron&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que promet et d&#233;ploie cet archipel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut avoir l'inestimable avantage de produire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail d'interf&#233;rences qui modifierait l'un et l'autre p&#244;le et d&#233;saccorderait le Sujet centr&#233;, dominant, univoque d'avec lui-m&#234;me pour l'ouvrir &#224; l'alt&#233;rit&#233; et &#224; un nouveau travail sur soi ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail d'interrogation r&#233;ciproque (revenant sur une th&#233;orie du &#171; jeu &#187;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail qui r&#233;v&#232;lerait des manques d'un c&#244;t&#233; et de l'autre relativement aux recherches et aux rapports au public pour r&#233;cuser les convictions ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail sur les figures de l'Artiste et du Savant (leur histoire et leur d&#233;construction n&#233;cessaire), ainsi que sur les questions de &#171; communaut&#233; &#187; artistique ou scientifique, le plus souvent con&#231;ues comme faites alors qu'il faudrait les penser comme &#171; &#224; refaire &#187; (Alain Quemin et Lorraine Daston) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail de connaissance de la r&#233;ciprocit&#233; : faire sa place &#224; l'autre (art ou science) ne signifie certainement pas le prendre pour mod&#232;le, en le faisant passer du statut d'ignor&#233; &#224; celui de r&#233;dempteur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;- Un travail sur l'&#233;mergence des comp&#233;tences des &#233;tudiants et autres auditeurs A&amp;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sur ces pr&#233;misses que nous nous proposons de vous donner &#224; lire deux conf&#233;rences sur ce th&#232;me Arts et Sciences, celle de Jean-Christophe Nourisson (juin) et celle de Christian Ruby (juillet).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#206;le d&#233;serte,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Barbara Cassin, &lt;i&gt;Vocabulaire europ&#233;en des philosophes, Dictionnaire des intraduisibles,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Image d'ouverture : Antonius Claeissens, Mars entour&#233; des Arts et Sciences, vainc l'Ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;ducation artistique pour le XXIe si&#232;cle ? (II)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le-2661</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le-2661</guid>
		<dc:date>2025-05-05T08:57:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette seconde partie de l'exploration des propos de Tim Ingold, tenus dans les &#201;coles d'art et d'architecture, mais extensibles &#224; toute p&#233;dagogie, prend d'autant plus de sens que l'ann&#233;e 2025 f&#234;te le centenaire de l'arriv&#233;e de l'&#201;cole du Bauhaus (arts, architecture, design) &#224; Dessau, sous la pression politique, p&#233;dagogique et architecturale de l'extr&#234;me droite allemande.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/enseignement" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2661-2cc13.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette seconde partie de l'exploration des propos de Tim Ingold, tenus dans les &#201;coles d'art et d'architecture, mais extensibles &#224; toute p&#233;dagogie, prend d'autant plus de sens que l'ann&#233;e 2025 f&#234;te le centenaire de l'arriv&#233;e de l'&#201;cole du Bauhaus (arts, architecture, design) &#224; Dessau, sous la pression politique, p&#233;dagogique et architecturale de l'extr&#234;me droite allemande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;Dans la revue Nectart, N&#176;20 (&#201;ditions de l'Attribut), un article d'Arnaud Fourrier, &#224; partir de nombreux entretiens, fait aussi le point sur la &#171; crise &#187; des &#201;coles d'art. Pour la France, il en d&#233;crit bri&#232;vement l'histoire, et montre que, si le cas de la fermeture de l'&#201;cole de Valenciennes par fait de diminution des cr&#233;dits municipaux est d&#233;sastreux, ce n'est pourtant pas par absence de projet ou d'insertion complexe entre le territoire, les perspectives nationales et internationales ; ce n'est pas non plus par abandon d'un r&#244;le p&#233;dagogique reconnu, ouvert sur les collaborations requises avec des partenaires. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;coles en question sont de nos jours des incubateurs des nouvelles g&#233;n&#233;rations de cr&#233;ateurs. Les propos de Tim Ingold apportent &#224; ces constats une dimension concr&#232;te importante. Mais dans cette seconde partie, nous &#233;largissons ses questionnements &#224; l'&#233;cologie, toujours dans la perspective d'un enseignement cette fois g&#233;n&#233;ralis&#233;, lequel s'inqui&#232;terait d'une approche du monde, de la nature et des humains. Cet &#233;largissement constitue aussi une mani&#232;re de r&#233;fl&#233;chir l'&#233;cologie au-del&#224; des th&#233;ories. Ingold a derni&#232;rement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, Paris, Seuil, 2025&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; repris ces analyses en accentuant ses recherches sur la collaboration des g&#233;n&#233;rations. Il souligne :&lt;i&gt; &#171; C'est en vivant et en travaillant ensemble sur les traces de leurs anc&#234;tres que les g&#233;n&#233;rations s'assurent un avenir pour elles-m&#234;mes et pour leur descendance &#187;&lt;/i&gt;. Certes, il faut &#233;tudier de pr&#232;s ce phras&#233;, en faire la g&#233;n&#233;alogie et en marquer les limites. Il est confront&#233; ici aux discours des deux enseignants en &#201;coles contact&#233;s &#8212; Nicolas Tixier et David Zerbib &#8211;, portant sur l'impact des propos d'Ingold sur leurs pratiques, dans la mesure o&#249; ils en font un support de leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est autour des notions de g&#233;n&#233;ration et d'&#233;cologie qu'Ingold tente de prendre la main sur les discours courants, &#224; partir de la priorit&#233; &#224; l'art qu'il souhaite introduire. Il articule aujourd'hui ces notions &#224; une m&#233;ditation sur la vie en g&#233;n&#233;ral. Sur ce plan, il reprend une antienne bien connue : &lt;i&gt;&#171; La vie est comme un relais, et tant qu'elle continue, il y a de l'espoir pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'en reste pas moins vrai qu'il faut pr&#233;ciser les choses, et se rendre attentif aux usages, parce que l'existence, et notamment l'existence sociale n'est pas la vie. Il n'est donc pas certain que la notion de g&#233;n&#233;ration puisse &#234;tre utilis&#233;e sans pr&#233;cision. C'est sans doute ce pourquoi, l'auteur insiste de la mani&#232;re suivante sur la connotation humaine de cette notion : &lt;i&gt;&#171; Je suis persuad&#233; que nous avons besoin de changer notre mani&#232;re de concevoir les g&#233;n&#233;rations, non seulement pour apaiser certaines de nos angoisses concernant l'avenir, mais aussi, plus profond&#233;ment, pour jeter les bases d'une coexistence durable &#187;&lt;/i&gt;. Est-ce qu'Ingold sous-entend par-l&#224; que les jeunes g&#233;n&#233;rations ont bris&#233; les liens avec la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, ou que les anciennes g&#233;n&#233;rations n'ont pas su maintenir un lien avec leurs prog&#233;nitures ? Il importe de s'accorder &#224; faire attention &#224; des propos qui ont vite fait de satisfaire des esprits un peu mal form&#233;s, dans une soci&#233;t&#233; mal &#224; l'aise avec elle-m&#234;me. Plus sp&#233;cifiquement, l'auteur se contente d'insister sur le fait que &lt;i&gt;&#171; nous ferions mieux de rassembler les g&#233;n&#233;rations une fois de plus dans les conversations qui donnent &#224; la vie sa continuit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. La notion de &#171; conversation &#187; m&#233;rite de longues consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Devant les fluctuations induites par cette perspective, et revenant sur l'enseignement con&#231;u comme une des mani&#232;res de lier les g&#233;n&#233;rations, David Zerbib prend le parti suivant : &lt;i&gt;&#171; J'aimerais (ou j'aurais aim&#233;) pour ma part d&#233;velopper l'id&#233;e du rapport au devenir, aux lignes du devenir, en rapport aux projets autour desquels j'ai nou&#233;, de mon c&#244;t&#233;, les travaux d'Ingold en &#201;cole d'art &#187;&lt;/i&gt;. Il se r&#233;f&#232;re &#224; Nicolas Tixier qui, dans cette veine, parle de &#171; proj&#233;tation &#187;, en entendant par l&#224; un &lt;i&gt;&#171; certain rapport &#233;cologique &#224; l'espace terrestre [qui] modifie la perspective du projet &#187;&lt;/i&gt;. D&#232;s lors, &#233;crit-il, &lt;i&gt;&#171; Dans mon cas Ingold aide &#224; penser &#233;galement une forme de projection, en un sens certes moins sp&#233;cifique et plus g&#233;n&#233;ralement philosophique, mais li&#233; &#224; cette question du projet, &#224; savoir la projection par laquelle l'art s'inscrit dans une histoire qui n'est plus ligne d'un progr&#232;s t&#233;l&#233;ologique - dynamique qui a tellement marqu&#233; la modernit&#233; et les avant-gardes &#187;&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps, avec Ingold, pr&#233;cise-t-il, on comprend &lt;i&gt;&#171; comment &#233;chapper dans le m&#234;me temps &#224; l'anomie de la post-histoire, car il nous incite &#224; voir que les autres mondes ne sont pas des buts pr&#233;d&#233;termin&#233;s fix&#233;s &#224; l'horizon, mais sont en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; l&#224;, pour peu qu'on se tourne vers les lignes de traverse, les chemins d&#233;tourn&#233;s, les mani&#232;res de faire qui d&#233;finissent au fond ce que j'ai propos&#233; d'appeler &#034;l'humilit&#233; des possibles&#034; dans une journ&#233;e d'&#233;tude organis&#233;e r&#233;cemment &#224; l'ESAAA. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par cons&#233;quent, il nous fait ainsi revenir sur les formules d&#233;gag&#233;es dans la premi&#232;re partie de cet article : Comment l'art peut-il transformer l'&#233;ducation ? En quoi la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;duction artistique est-elle de n'&#234;tre pas sp&#233;cifique, autrement dit de confiner &#224; une anti-m&#233;thode ? C'est dans cette veine qu'il se situe : &lt;i&gt;&#171; A&#768; c&#244;t&#233; des discussions scientifiques portant sur le r&#233;chauffement climatique, ou des d&#233;bats d'&#233;cologie politique visant &#224; d&#233;finir les strat&#233;gies d'action a&#768; mettre en &#339;uvre et les attitudes a&#768; promouvoir pour r&#233;pondre &#224; la crise &#233;cologique, la sph&#232;re esth&#233;tique pourrait appara&#238;tre comme un domaine tr&#232;s secondaire, loin de l'urgence. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux artistique et esth&#233;tique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La pens&#233;e artistique et esth&#233;tique dans ce contexte, prend le tour d'une pens&#233;e pol&#233;mique. Ingold ne cesse de r&#233;p&#233;ter son opposition &#224; ce qu'il appelle la &lt;i&gt;&#171; pens&#233;e stratigraphique &#187;&lt;/i&gt;, celle qui structurerait les sensibilit&#233;s modernes en empilant les disciplines les unes sur les autres dans un ordre toutefois hi&#233;rarchique. Ce qu'il caract&#233;rise comme STEM (cf. premi&#232;re partie) : &lt;i&gt;&#171; Cette fa&#231;on de penser s'est impos&#233;e, souvent sans que l'on s'en aper&#231;oive, dans tous les domaines o&#249; entrent en jeu les pass&#233;s et les futurs humains, qu'il s'agisse de tradition et de patrimoine, de conservation et d'extinction, de soutenabilit&#233; et de progr&#232;s, ou encore d'art et de sciences &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'encontre de cette fa&#231;on de penser, Ingold &#233;l&#232;ve les droits de l'art, disons d'ailleurs plut&#244;t des activit&#233;s artistiques que de l'art au sens d'une r&#233;f&#233;rence &#224; des mouvements artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tabli, David Zerbib va plus loin. Il stipule que &lt;i&gt;&#171; l'enjeu esth&#233;tique s'en trouve [lui-m&#234;me] modifie&#769; &#187;&lt;/i&gt;, sp&#233;cialement en ce qui concerne notre rapport &#224; la nature, ce rapport qui est en butte d&#233;sormais &#224; toutes les critiques. Aussi pers&#233;v&#232;re-t-il sur ce plan : &lt;i&gt;&#171; Il ne s'agit plus seulement de d&#233;fendre la nature au nom de sa beaut&#233;, comme pouvait le faire efficacement, par exemple, une pionni&#232;re de l'&#233;cologie politique comme Rachel Carson au d&#233;but des ann&#233;es 1960. Car sur une telle &#233;chelle de valeur pourrait lui r&#233;pondre aujourd'hui, notamment, le prix Nobel d'&#233;conomie William Nordhaus &#187;&lt;/i&gt;. Selon Zerbib, ce dernier aurait &lt;i&gt;&#171; fait r&#233;cemment l'hypoth&#232;se que nous allions&lt;/i&gt; &#034;finir par aimer les paysages alt&#233;r&#233;s de ce monde plus chaud&#034;, &lt;i&gt;cette adaptation rendant alors moins n&#233;cessaires des mesures de pr&#233;servation&#8230; La sph&#232;re esth&#233;tique, litt&#233;ralement coextensive &#224; l'atmosph&#232;re de notre plan&#232;te, doit donc d&#233;border largement cette seule solution de jugement de go&#251;t pour nous permettre de r&#233;fl&#233;chir autrement les formes de notre exp&#233;rience terrestre, en nous rendant sensibles &#224; des dynamiques &#233;cologiques longtemps m&#233;consid&#233;r&#233;es, &#224; des mani&#232;res nouvelles d'&#234;tre affect&#233;s par et dans la r&#233;alit&#233; sensible qui relie nos corps, nos sens et nos &#233;motions aux processus vivants et mat&#233;riels, non exclusivement humains, qui nous constituent autant qu'ils nous environnent. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant assurer que ces questionnements invitent &#224; examiner en quoi certains modes du sentir poss&#232;dent non seulement une dimension anthropologique, ce qui ne fait pas de doute, mais &#233;galement &lt;i&gt;&#171; constituent une prop&#233;deutique &#224; toute politique future &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Zerbib de reprendre : &lt;i&gt;&#171; &#192; quel(s) monde(s) une exp&#233;rience nous rend-elle sensibles ? &#187;&lt;/i&gt; Interrogation d&#233;cisive, qui ne concerne pas les seules &#201;coles d'art et d'architecture.&lt;i&gt; &#171; Et quel(s) monde(s) cette sensibilit&#233; rend-elle possible(s) &#224; son tour &#187;&lt;/i&gt;. Il en appelle donc &#224; l'&#233;largissement de toutes les formations, comme cela s'entend bien de nos jours dans de nombreuses sph&#232;res de formation. Il soutient donc que : &lt;i&gt;&#171; dans l'art, la litt&#233;rature, l'anthropologie, la philosophie, les sciences, les cultures populaires, traditionnelles ou militantes &#187;&lt;/i&gt;, peuvent nous appara&#238;tre &lt;i&gt;&#171; des gestes, mouvements, fabrications, cr&#233;ations, &#233;critures, r&#233;cits, rites, travers&#233;es, visions, sensations&#8230;qui nous donnent &#224; sentir le possible, et &#224; pressentir l'existence d'autres mondes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e est devenue courante, il n'est pas certain qu'elle trouve vraiment des applications. Aussi Zerbib insiste-t-il :&lt;i&gt; &#171; Comment le travail artistique se trouve-t-il mis en rapport avec une pluralit&#233; de pratiques que nous pourrions nommer &#034;cosmo-sensibles&#034;, o&#249; se reconditonne[rait] l'imaginaire politique ? &#187;&lt;/i&gt;. Mais il en parle avec &lt;i&gt;&#171; modestie &#187;&lt;/i&gt;, selon la formule qui caract&#233;rise son enseignement : &lt;i&gt;&#171; Une forme d'&#8220;humilit&#233; des possibles&#8220; &#187;&lt;/i&gt;, susceptible de nous aider &#224; prot&#233;ger et explorer les conditions du devenir, dans une forme d'esth&#233;tique et de politique des plus ambitieuses et radicalement terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme on l'observe dans les propos qui s'ench&#226;ssent dans cette seconde partie, l'impulsion donn&#233;e par Tim Ingold peut porter &#224; de nombreuses bifurcations. Il en est encore une : celle qui porte sur l'&#233;cologie dans sa dimension technique mais aussi dans sa mani&#232;re d'aborder le probl&#232;me de l'histoire. Ingold, sur ce plan, prend pour support la figure &#233;labor&#233;e par Paul Klee, de l'&lt;i&gt;Angelus Novus,&lt;/i&gt; l'ange de l'histoire (1920), laquelle a &#233;t&#233; comment&#233;e par Walter Benjamin. Ingold en retient que le commentaire de Benjamin trahit un sentiment de d&#233;sespoir. Il l'interpr&#232;te ainsi : &#171; Peut-il y avoir un r&#233;pit dans l'encha&#238;nement cataclysmique des solutions ultimes impos&#233;es, g&#233;n&#233;rations apr&#232;s g&#233;n&#233;rations, au nom du progr&#232;s ? &#187;. Il associe donc en antith&#232;se progr&#232;s et catastrophe, en laissant entendre que &#171; progr&#232;s &#187; impliquerait de &lt;i&gt;&#171; laisser venir l'avenir &#224; nous &#187;.&lt;/i&gt; Sans doute un peu caricatural, et peut-&#234;tre aussi un t&#233;lescopage entre les pens&#233;es d'un avenir &#224; restaurer et celles de la t&#233;l&#233;ologie. Peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il demeure que dans cette &#233;quation et la lecture des textes r&#233;f&#233;r&#233;s ici, l'&#233;cologie devient pr&#233;gnante. N&#233;anmoins les figures qu'en propose Ingold restent sans doute un peu fragiles, rappelant simplement qu'une &lt;i&gt;&#171; vie humaine ne se vit g&#233;n&#233;ralement pas de mani&#232;re isol&#233;e, mais en compagnie d'autres que soi. Les humains cheminent en groupe et leurs vies se tissent les unes autour des autres, en particulier dans les contextes intimes du foyer et de la famille &#187;&lt;/i&gt;. Certes. Mais il manque &#224; cette affaire des r&#233;flexions plus fructueuses comme celles qui mettent en &#233;vidence, par exemple, que &#171; l'obligation faite &#224; l'humain de dominer la nature d&#233;coule directement de la domination de l'humain sur l'humain &#187;. Autre conception sans doute simplifi&#233;e, mais qui met plus nettement le doigt sur la cons&#233;quence politique de ce que la r&#233;solution de la crise &#233;cologique plan&#233;taire d&#233;pend &#233;ventuellement de la capacit&#233; des humains &#224; s'attaquer aux d&#233;s&#233;quilibres sociaux et &#224; les r&#233;soudre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tixier, reprenant ces questions et les difficult&#233;s auxquelles elles pr&#234;tent, notamment dans l'enseignement, intensifie la r&#233;flexion en la rapportant aux disciplines perp&#233;tu&#233;es dans les &#201;coles. Laissons-lui la parole : &lt;i&gt;&#171; Si les principes d'une interdisciplinarit&#233; forte ont souvent &#233;t&#233; une vis&#233;e, en particulier entre l'enseignement du projet et les sciences et techniques et les sciences humaines et sociales, le tournant &#233;cologique et un temps d'incertitudes quant &#224; demain, que nous vivons toutes et tous, a permis de remettre en d&#233;bat l'objectif de la performativit&#233; de l'architecture d'une part et d'une pens&#233;e programmatique d'autre part. Les enjeux actuels climatiques, biodiversitaires et, bien entendu, sociaux renouvellent les cadres tant de la pens&#233;e que de l'action en remettant en question nos imaginaires urbains et territoriaux jusqu'alors fortement anthropocentr&#233;s et fond&#233;s principalement sur le capital, la croissance et le d&#233;veloppement technologique. Au sein de ce tournant &#233;cologique, il se d&#233;veloppe, dans et hors des &#233;coles, des approches qui proposent une lecture fine du territoire, de ses histoires et de ses ressources et qui recherchent de nouveaux &#233;quilibres et de nouveaux modes de &lt;i&gt;projetation&lt;/i&gt; et de gouvernance afin de faire lien et lieu, de mieux consid&#233;rer les choses terrestres et les mondes du vivant. &#187;&lt;/i&gt; En retour, ces nouvelles &lt;i&gt;&#171; sensibilit&#233;s &#233;cologiques &#187;&lt;/i&gt;, et la mani&#232;re dont celles-ci transforment les rapports ordinaires aux territoires et les interrelations entre humains et non-humains, viennent interroger l'organisation m&#234;me de nos &#233;coles, de leurs p&#233;dagogies et des rapports aux territoires au sein desquels elles sont implant&#233;es. C'est l&#224; sans doute des changements profonds qu'il nous faut continuer d'op&#233;rer. &lt;i&gt;&#171; Mais&lt;/i&gt;, ajoute-t-il, &lt;i&gt;cette pluridisciplinarit&#233; pr&#233;sente dans nos &#233;coles, si elle est une composante indispensable pour penser et acter un projet de transformation d'un lieu, ne peut garantir &#224; elle seule, ni la qualit&#233;, ni la pertinence d'un projet. Plusieurs raisons &#224; cela. Tout d'abord le champ des disciplines id&#233;alement &#224; conna&#238;tre pour ma&#238;triser un projet est quasi infini et se renouvelle au regard des contextes locaux et des enjeux contemporains. &#187;&lt;/i&gt; L'utopie de la ma&#238;trise totale d'un projet est bien trop pr&#233;somptueuse pour tout architecte ou collectif de projet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2387.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_2387-f3c8b.jpg?1772213608' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;ducation artistique et culturelle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il reste que ces interrogations sur le circuit artistico-culturel incitent &#224; passer sur un plan encore plus g&#233;n&#233;ral. Dans un autre propos r&#233;percut&#233; aussi ici, Ingold persiste &#224; insister sur les &#201;coles du point de vue du rapport entre les g&#233;n&#233;rations : &lt;i&gt;&#171; Je propose de revenir a&#768; l'id&#233;e plus ancienne que la vie se forge dans la collaboration de g&#233;n&#233;rations qui se chevauchent. Selon moi, c'est en vivant et en travaillant ensemble sur les traces de leurs anc&#234;tres que les g&#233;n&#233;rations s'assurent un avenir pour elles-m&#234;mes et pour leur descendance &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan, la question se pose de savoir en quoi ces propos compl&#233;mentaires peuvent concerner aussi bien l'&#201;ducation nationale que l'&#201;ducation artistique et culturelle (EAC) qui, comme on le sait, d&#233;bordent toutes deux le cadre des &#201;coles d'art pour se d&#233;ployer dans des &#233;tablissements qui confrontent autrement les g&#233;n&#233;rations et s'articulent &#224; des options diff&#233;rentes. Concernant l'EAC, les synth&#232;ses r&#233;centes sur ce plan indiquent que les promoteurs de ces projets se focalisent &#224; la fois sur des objectifs interg&#233;n&#233;rationnels et des objectifs culturels. Les premiers sont reli&#233;s au &lt;i&gt;&#171; lien social &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que d&#233;fini par Ingold : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui ont travaill&#233; si dur et mis tant de vie et d'&#226;me dans la cr&#233;ation d'un monde habitable m&#233;ritent notre respect. Nous devons notre existence m&#234;me &#224; leur labeur, tout comme ceux qui viendront apr&#232;s nous devront la leur au n&#244;tre &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seconds renvoient aux apports cognitifs, didactiques, sociaux et culturels, &#224; partir d'ateliers d'artistes en &#233;tablissements (mais peu de scientifiques) ou de rencontres autour de pratiques artistiques et culturelles. Au droit des travaux du philosophe Alain Kerlan, notamment, et de quelques sociologues, nous constatons que la dimension artistique et culturelle, lorsqu'elle &#171; entre dans l'&#233;cole &#187; par ce biais &#8212; &#224; raison d'avoir peu pens&#233; le non-rapport aux enseignements, ce qui est probl&#233;matique &#8212; produit moins des effets de connaissance que des effets de sens et de liens en chacune et chacun des participants : regain d'assurance de soi, reconnaissance r&#233;ciproque, ampleur de l'expression, apprentissage de la concentration, et renforcement du travail collectif. Dans la plupart des cas, le &#171; faire &#187; s'inscrit certes au c&#339;ur de l'objectif, mais &#224; partir d'orientations qui font signe vers un retour &#224; l'enseignement ou la r&#233;alisation d'une meilleure atmosph&#232;re dans l'&#233;tablissement. &lt;i&gt;&#171; Faites faire ceci ou cela &#224; vos &#233;l&#232;ves, et ils seront meilleurs partout &#187;&lt;/i&gt; (r&#233;sultat d'enqu&#234;te). En ce sens, l'EAC devient un simple outil susceptible d'am&#233;liorer ce qui par diff&#233;rence avec l'art et la culture s'appellerait &#171; les fondamentaux &#187; (les disciplines traditionnelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui oblige &#224; revenir sur un point, tout en imposant de discuter des options diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles qu'Ingold met en perspective en les opposant, r&#233;sum&#233;es ci-dessous dans un extrait de : &lt;i&gt;The maze and the labyrinth : walking and the education of attention.&lt;/i&gt; L'auteur y oppose &lt;i&gt;&#171; deux conceptions fort diff&#233;rentes de l'&#233;ducation. La premi&#232;re est suffisamment famili&#232;re pour quiconque a un jour &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve ou professeur dans une salle de classe. Elle est associ&#233;e au verbe latin&lt;/i&gt; educare &lt;i&gt;qui signifie inculquer une ligne de conduite approuv&#233;e et le savoir qui la sous-tend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDR : &#233;ducation : ex-ducere, conduire hors de soi&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une variante &#233;tymologique attribue toutefois l'origine du terme au verbe&lt;/i&gt; educere, &lt;i&gt;compose&#769; de&lt;/i&gt; ex &lt;i&gt;(dehors) et de&lt;/i&gt; ducere &lt;i&gt;(mener). L'&#233;ducation consiste dans ce sens a&#768; mener les novices vers le monde ext&#233;rieur et non &#8212; comme il est conventionnellement admis de nos jours &#8212; a&#768; inculquer un savoir dans leur esprit. Elle consiste litt&#233;ralement &#224; inviter l'&#233;l&#232;ve &#224; partir en promenade. Quelle forme d'&#233;ducation re&#231;oit-on en marchant ? Et en quoi la marche s'av&#232;re-t-elle une pratique aussi efficace pour ce type d'&#233;ducation particulier ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;puis&#233; ici dans Intuitive Notebook, #2, LDI, Juillet 2015, repris dans Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore cette posture est-elle englob&#233;e dans l'id&#233;e d'une continuit&#233; existentielle : &lt;i&gt;&#171; La vie est comme un relais, et tant qu'elle continue, il y a de l'espoir pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir &#187;&lt;/i&gt;. Et Ingold d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; Je suis persuad&#233; que nous avons besoin de changer notre mani&#232;re de concevoir les g&#233;n&#233;rations, non seulement pour apaiser certaines de nos angoisses concernant l'avenir, mais aussi, plus profond&#233;ment pour jeter les bases d'une coexistence durable &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se trouve sugg&#233;r&#233; aussi un rapport complexe d'Ingold aux travaux de Jacques Ranci&#232;re, qui en opposant non moins le ma&#238;tre-savant et le ma&#238;tre ignorant, propose plut&#244;t de lier &#233;ducation et &#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Ma&#238;tre ignorant, Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2025&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDR : &#233;ducation :&lt;/i&gt; ex-ducere, &lt;i&gt;conduire hors de soi&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;puis&#233; ici dans &lt;i&gt;Intuitive Notebook,&lt;/i&gt; #2, LDI, Juillet 2015, repris dans &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.,&lt;/i&gt; p.188&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Ma&#238;tre ignorant, Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle,&lt;/i&gt; Paris Fayard, 1987&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;dits photo : Thierry Mouill&#233; (LDI).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;ducation artistique pour le XXIe si&#232;cle ? I/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Une-education-artistique-pour-le</link>
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		<dc:date>2025-03-31T08:33:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Qu'il faille s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; certaines questions techniques urgentes soulev&#233;es par la crise plan&#233;taire en cours, ce n'est plus &#224; confirmer. Mais au-del&#224; de ces questions, d'autres plus spirituelles demeurent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/enseignement" rel="tag"&gt;enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2640-4bb3e.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'il faille s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; certaines questions techniques urgentes soulev&#233;es par la crise plan&#233;taire en cours, ce n'est plus &#224; confirmer. Mais au-del&#224; de ces questions, d'autres plus spirituelles demeurent. Quelle signification voulons-nous donner &#224; l'approche &#233;cologique, &#224; la n&#233;cessit&#233; de comprendre notre propre humanit&#233; dans un milieu o&#249; existent tant d'autres mani&#232;res que la n&#244;tre d'&#234;tre vivant, &#224; la distribution des richesses et &#224; une id&#233;e de la d&#233;mocratie &#224; la hauteur de la p&#233;riode critique actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;font-family:goergia&#034;&gt;&lt;big&gt;&lt;i&gt;Encore une fois, parmi d'autres sans doute, ce sont les questions autour desquelles gravite l'anthropologue britannique Tim Ingold (1948). Il les a d&#233;velopp&#233;es, en particulier, dans des &#201;coles d'art et d'architecture. C'est &#224; ce titre que nous reprenons ici des propos de lui r&#233;cemment publi&#233;s. Et nous avons interrog&#233; trois enseignants en &#201;coles &#8212; Nicolas Tixier (Grenoble), David Zerbib (Annecy) et Thierry Mouill&#233; (Tours) &#8212;, sur l'impact des propos du chercheur sur leurs pratiques et celle de leurs &#233;tudiants. &lt;/i&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette premi&#232;re partie, il est surtout question de l'enseignement en &#233;coles professionnalisantes. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, le mus&#233;e d'art moderne et contemporain de Gen&#232;ve, le Mamco, publie un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Faire &#233;cole (ou la refaire)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faire &#233;cole (ou la refaire), les presses du r&#233;el, Dijon, 2008&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Form&#233;s souvent, du c&#244;t&#233; des arts, par l'enseignement du Bauhaus, les &#233;tudiants des ann&#233;es 1968 et suivantes ont longtemps fait r&#233;f&#233;rence pour avoir condamn&#233; l'acad&#233;misme, d&#233;fini comme un corpus de connaissances diffus&#233; par des ma&#238;tres d&#233;terminant leurs comp&#233;tences. Mais l'esprit qu'ils ont diffus&#233; est lui aussi pass&#233; rapidement &#224; la trappe. S'il n'est pas ill&#233;gitime que les &#233;coles d'art r&#233;fl&#233;chissent par elles-m&#234;mes leur objet d'enseignement, cela conduit, justement, &#224; chercher &#224; refaire sans cesse les principes et orientations fondatrices, notamment &#224; partir des conditions du temps. Ainsi, tr&#232;s peu de temps apr&#232;s, en 2010, &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure des Beaux-Arts de Nantes M&#233;tropole, Jean-Sylvain Bieth et Christophe Kihm convoquent un autre colloque portant &#224; nouveau sur les objectifs requis pour une &#233;cole d'art, &lt;i&gt;Teaching the World II : l'enseignement par l'exp&#233;rience.&lt;/i&gt; Deux ans ont suffi pour que les formules de 2008 soient p&#233;rim&#233;es. En 2010, on proclame que l'art ne s'enseigne pas ou d'autant moins que l'on r&#233;duit la cr&#233;ation &#224; une &#233;tincelle, mais qu'il se transmet, &#224; la fois sous transmission technique (apprentissage de savoir-faire), transmission th&#233;orique (esth&#233;tique, culture, &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt;) et transmission-formation du jugement et du go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il a suffi d'une ann&#233;e pour que Didier Semin pose une fois de plus la question : Peut-on enseigner l'art ? Il voulait ajouter au &#171; programme &#187; pr&#233;c&#233;dent une troisi&#232;me transmission : celle-l&#224; &#233;thique, ayant trait aux attitudes et aux modes d'&#234;tre artiste, &#224; la mani&#232;re de se situer dans le monde et d'en renouveler l'exp&#233;rience. Chacun de ces points de discussion (didactique, transmission, exp&#233;rience, comp&#233;tence) pose certes des probl&#232;mes. Et il n'est pas &#233;tonnant de voir derechef, en 2013, &#224; partir de l'Head-Gen&#232;ve (Haute &#201;cole d'art et de design), Christophe Kihm et Val&#233;rie Mavridorakis, reformuler une fois de plus la question : &lt;i&gt;Transmettre l'art - figures et m&#233;thodes - quelle Histoire ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transmettre l'art, Figures et M&#233;thodes, Quelle Histoire ?, Dijon, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons passer quelques ann&#233;es. Et une importante production d'ouvrages autour de ces questions. Penchons-nous sur les r&#233;flexions plus r&#233;centes, celles des ann&#233;es 2020. Parmi elles, isolons un propos tenu &#224; Grenoble par Tim Ingold (1948), anthropologue et figure marquante de l'anthropologie &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, comme indiqu&#233; ci-dessus. Ce dernier ne s'int&#233;resse pas uniquement aux d&#233;veloppements th&#233;oriques et aux d&#233;ploiements de concepts. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, outre des analyses de terrain, il ne cesse d'articuler ses propos &#224; la dimension pragmatique de l'enseignement. Il n'est donc pas &#233;tonnant, comme nous allons le voir, de l'entendre rendre publique une conception de l'enseignement g&#233;n&#233;ral et une conception de l'enseignement en &#233;coles professionnalisantes. Elle est discut&#233;e dans les &#233;coles d'art et d'architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la remise du titre de docteur &lt;i&gt;honoris causa&lt;/i&gt; de l'universit&#233; Grenoble-Alpes, le 2 d&#233;cembre 2022, Tim Ingold a prononc&#233; une conf&#233;rence &#224; l'ESAAA (&#201;cole sup&#233;rieure d'art Annecy-Alpes) et l'ENSAG (&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'art de Grenoble) r&#233;unis. Sous le titre &lt;i&gt;Architecture educates ! Au contact de l'art,&lt;/i&gt; son th&#232;me portait sur l'enseignement sup&#233;rieur tel qu'il devrait &#234;tre con&#231;u. Cette conf&#233;rence est d&#233;sormais publi&#233;e,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en tir&#233;-&#224;-part aux presses du r&#233;el, 2025.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; accompagn&#233;e d'une s&#233;rie de huit contributions figurales d'&#233;tudiant(e)s du master &#171; terrain &#187; de l'&#201;cole d'art Annecy-Alpes. Elle est en r&#233;alit&#233; extraite d'une publication-source, alors en cours, intitul&#233;e &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, Paris, Seuil, 2025&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; laquelle nous r&#233;f&#233;rons aussi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conf&#233;rence de Tim Ingold&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tixier, architecte, professeur et membre du laboratoire CRESSON&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre de Recherche sur l'Espace Sonore et l'Environnement Urbain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Grenoble, pr&#233;cise ainsi l'enjeu de cette conf&#233;rence : &lt;i&gt;&#171; Ingold nous lance un d&#233;fi, celui de repenser radicalement l'&#233;thique et le cadre de l'enseignement sup&#233;rieur, en nous invitant &#224; consid&#233;rer les arts (et l'architecture !) non pas en tant que compl&#233;ment &#224; ce que la pens&#233;e contemporaine consid&#232;re comme la base de l'&#233;ducation, &#224; savoir la science, la technologie, l'ing&#233;nierie et les math&#233;matiques, mais comme la base m&#234;me d'une &#233;ducation pour le XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en prise aux enjeux sociaux et &#233;cologiques auxquels nous sommes confront&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; En cela, souligne-t-il encore, la conf&#233;rence d'Ingold est all&#233;e bien au-del&#224; d'une simple pr&#233;sentation de ses recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-en le propos, lu ici, &#224; la fois, dans le volume de l'ESAAA-ENSAG&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;cole d'art Annecy-Alpes et &#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et dans l'ouvrage &lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir,chapitres : &#171; La voie de l'&#233;ducation &#187; et &#171; Au-del&#224; de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arts et l'architecture ne doivent pas &#234;tre reclus dans une fonction de compl&#233;ment aux enseignements r&#233;put&#233;s plus importants : la science, la technologie, l'ing&#233;nierie et les math&#233;matiques. Ils devraient passer pour le fondement de l'enseignement, voire de l'&#233;ducation. Ingold oppose les STEM et STEAM, soit les institutions dans lesquelles r&#232;gnent Science, Technologie, Eng&#233;nierie (Ing&#233;nierie en Fran&#231;ais), Math&#233;matique (STEM), et celles dans lesquelles pourrait ou devrait s'instaurer art et/ou architecture au c&#339;ur de l'organisation (donc STEAM). Ces STEAM, pr&#233;cise-t-il, &lt;i&gt;&#171; semblent &#187;&lt;/i&gt; avoir &#233;t&#233; invent&#233;es vers 2010. Le propos est brut, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &#233;tay&#233;, surtout alors que la notion de &#171; science &#187; dans un tel usage m&#233;riterait une large critique, comme finalement toutes ces notions un peu simplifi&#233;es et essentialis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons le cours du texte. Tim Ingold poursuit ses propos de la mani&#232;re suivante : Outre que l'usage d&#233;sormais fr&#233;quent des acronymes rel&#232;ve du d&#233;ploiement de versions instrumentales d'un langage st&#233;rilis&#233;, et d'une attitude qui distancie du monde parce que la prononciation de l'acronyme se substitue &#224; une approche affective de la chose d&#233;sign&#233;e, cet usage renvoie aussi &#224; nos conditions d'enseignement. Les STEM sont plus valoris&#233;es que les STEAM, soumis aux &#171; implacables demandes de l'&#233;conomie lib&#233;rale &#187;. Les STEAM au contraire, et davantage encore si on prononce chaque terme explicitement, nous propulsent (et pourraient nous propulser) dans des mondes concrets, explorables d'un c&#244;t&#233; et reli&#233;s &#224; toute l'activit&#233; humaine. Encore convient-il de ne pas se contenter d'ajouter les arts dans le complexe STEM !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si l'on veut se d&#233;partir de ce primat d'une organisation &#233;conomiste de l'existence et de la connaissance dans l'enseignement, tout en reconnaissant la teneur positive des ambitieux programmes de d&#233;veloppement des sciences et des techniques depuis les Lumi&#232;res, il faut introduire l'art et l'architecture dans la r&#233;flexion et l'ordonnancement des &#233;tudes. Pour autant, cela peut se jouer sous trois modes d'int&#233;gration, dont seul le dernier pourrait correspondre &#224; un projet id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compl&#233;mentarit&#233; : L'art et l'architecture sont seulement ajout&#233;s au programme g&#233;n&#233;ral des STEM, et ils sont subordonn&#233;s aux m&#234;mes objectifs instrumentaux impos&#233;s par avance dans le domaine des sciences, des technologies et de l'ing&#233;nierie. Les artistes et les architectes sont charg&#233;s de trouver de nouvelles recettes afin d'amplifier les march&#233;s : conception de nouveaux produits, marketing, attractions diverses pour les consommatrices et consommateurs. L'art est r&#233;duit &#224; la valeur de divertissement, dans une opposition banale entre la froideur du concept et du m&#233;canique et la chaleur du subjectif, &lt;i&gt;&#171; en accord avec les sentiments, l'empathie et une compr&#233;hension holistique &#187;&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;&#233;quilibrage : Les arts et l'architecture sont introduits dans les STEM afin de mod&#233;rer &lt;i&gt;&#171; tout profit de projet n&#233;olib&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;, en lui attribuant un visage humain et une conscience. Ce qui devient un simple vernis est couvert par l'id&#233;e d'introduire de l'expression personnelle ou de la couleur locale dans un jeu commercial instaur&#233; par avance. L'art et l'architecture rendraient seulement l'innovation plus efficace, voire l'orienteraient &#171; au profit de tous &#187;, comme le souhaitent quelques institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme : Or, art et architecture ont autre chose &#224; nous apprendre. Leur r&#244;le n'est-il pas &lt;i&gt;&#171; d'&#233;largir nos horizons, voire d'ouvrir nos c&#339;urs et nos esprits &#224; des v&#233;rit&#233;s plus fondamentales ? &#187;&lt;/i&gt;. Ils peuvent d&#233;fier les STEM sur leur propre terrain. Ils peuvent aussi &lt;i&gt;&#171; changer le sens et le but m&#234;me de l'&#233;ducation &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ingold approfondit alors ce troisi&#232;me point. Les arts et l'architecture, pr&#233;cise-t-il, peuvent ais&#233;ment se soustraire &#224; un double d&#233;faut : c&#233;der au march&#233; et se contenter de l'expression subjective de soi. En en faisant le c&#339;ur de l'&#233;ducation et de l'enseignement, il s'agirait de conduire &lt;i&gt;&#171; les &#233;tudiant(e)s &#224; un dialogue soutenu avec le monde lui-m&#234;me &#187;.&lt;/i&gt; Dans ce dessein &#8212; ni soumission, ni expression &#8212;, et en les &#233;loignant des th&#233;matiques d&#233;sengag&#233;es et manipulatrices que l'on a impos&#233;es aux arts et &#224; l'architecture &#224; partir du march&#233;, il est possible de se focaliser sur les pratiques artistiques elles-m&#234;mes. Ce sont elles qui &#233;duquent, dans la mesure o&#249; elles ouvrent des chemins, et guident l'attention &lt;i&gt;&#171; vers des aspects du monde qui seraient dignes d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s de pr&#232;s &#187;&lt;/i&gt; &#8212; Seule difficult&#233;, le jeu caricatural de l'opposition aux sciences, risquant d'induire les lectrices et lecteurs &#224; c&#233;der aux sir&#232;nes de l'esprit antiscientifique. Ne ferait-on pas mieux, au contraire, de prendre au s&#233;rieux les tentatives radicales pour penser &#224; nouveaux frais l'articulation entre une pens&#233;e des sciences moins caricaturale et une pens&#233;e des arts, notamment, contemporains, plus vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, cette focalisation d&#233;sormais possible sur le sens m&#234;me de la correspondance entre l'&#233;ducation et le monde, permettrait de retrouver, y compris dans les sciences, les technologies et l'ing&#233;nierie, les traits anciens positifs qui y ont &#233;t&#233; gomm&#233;s. Il suffit de songer &#224; quelques g&#233;ants du pass&#233; : L&#233;onard de Vinci, Vitruve, Alberti, etc. Sur un tel fil, le rapport entre art/architecture et les sciences, technologies, ing&#233;nieries repens&#233;es enti&#232;rement, permettrait de red&#233;ployer un imaginaire ouvert &#224; &lt;i&gt;&#171; la formation incessante du monde &#187;&lt;/i&gt;. C'est cet imaginaire qu'il faudrait replacer au c&#339;ur m&#234;me de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce propos, Tim Ingold affirme qu'une &#233;ducation &lt;i&gt;retourn&#233;e&lt;/i&gt; par l'art et l'architecture, en restaurant la curiosit&#233; et la sagesse, favoriserait le soin et l'attention au monde et aux autres, lesquelles restaureraient un passage entre les g&#233;n&#233;rations actuellement bris&#233; par des mod&#232;les de transmission m&#233;caniques et donneraient lieu &#224; des programmes &#233;ducatifs qui ne seraient plus enferm&#233;s dans des avenirs pr&#233;d&#233;termin&#233;s. L'&#233;ducation deviendrait &#224; la fois travail et &#339;uvre artistique, au double sens de l'action d'&#339;uvrer et de r&#233;sultats potentiels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_2456.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_2456-2a3a6.jpg?1772188267' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La transitivit&#233; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;largissons le d&#233;bat. Autour de cette conf&#233;rence, Nicolas Tixier revient autrement sur ces points : &lt;i&gt;&#171; Entre h&#233;ritages choisis, transitions en cours et ruptures n&#233;cessaires comment penser alors l'habiter du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; pour les villes et les territoires et nous rappeler la fameuse phrase de Walter Benjamin &#034;Que les choses continuent comme avant, l&#224; est la catastrophe&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zentralpark, Fragments sur Baudelaire, Fragment 35, Paris, Payot, r&#233;ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Les r&#233;flexions de Tim Ingold, et celles avant lui de personnes comme William James, John Dewey ou encore Patrick Geddes, pour ne citer que quelques ant&#233;c&#233;dents c&#233;l&#232;bres, nous y aident fortement en r&#233;introduisant l'importance de penser notre monde et son habitabilit&#233; par un double prisme, celui de la cr&#233;ation, de l'exp&#233;rience et du faire, et celui de l'engagement collectif et d&#233;mocratique pour un tissage des savoirs autant que des g&#233;n&#233;rations. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de bien saisir ces enjeux pour les conditions actuelles, il convient de rappeler que l'enseignement dans les &#233;coles d'architecture en France est structur&#233; autour de la p&#233;dagogie du projet et d'un ensemble de disciplines qui permettent aux &#233;tudiant.es d'acqu&#233;rir des connaissances sur les enjeux tant de l'habiter que de la construction. Les champs disciplinaires de recrutement des enseignants dans les &#201;coles Nationales Sup&#233;rieures d'Architecture, d&#233;taille Nicolas Tixier (CRESSON Grenoble) sont au nombre de six : deux sont dites disciplines du projet (Th&#233;orie et Pratique de la Conception Architecturale et Urbaine et Ville et Territoires), cinq sont destin&#233;es &#224; l'architecture (Sciences de l'homme et de la soci&#233;t&#233; pour l'architecture, Sciences et techniques pour l'architecture, Arts et techniques de la repr&#233;sentation, Histoire et cultures architecturales, qui toutes se d&#233;clinent en sous champs). Ces enseignements recourent le plus souvent &#224; des formes vari&#233;es de transmission des savoirs, du cours magistral &#224; des applications ou des exp&#233;rimentations situ&#233;es, du d&#233;veloppement de pratiques de repr&#233;sentation &#224; l'initiation &#224; la capacit&#233; critique et &#224; la recherche. De par la nature m&#234;me de leur structuration et des modes de recrutement de leurs enseignants, les &#233;coles d'architectures sont pluridisciplinaires et le projet est souvent (mais pas que) le lieu de croisement des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, de nos jours, de nombreux troubles traversent les &#201;coles d'art et d'architecture et bien &#233;videmment notre soci&#233;t&#233;. Des troubles collectifs : la d&#233;cr&#233;dibilisation des grands r&#233;cits d'orientation, l'exaltation lib&#233;rale, la revalorisation de certains pass&#233;s, l'anthropoc&#232;ne, etc. Et des troubles particuliers &#224; l'enseignement : interrogation sur la &#171; transmission &#187;, la configuration des enseignements, l'importance des &#171; disciplines &#187;, la professionnalisation, les finances des &#233;coles d'art. Face &#224; eux, il est certes n&#233;cessaire d'entendre ceux qui ont des propositions &#224; adresser autour de la notion d'&#201;cole, de ma&#238;trise et d'autorit&#233;, de transmission, et d'en discuter, surtout si &#171; transmission &#187; est bien l'&#233;picentre de ce qu'on appelle &#171; enseignement &#187;, ce qui est discutable. N&#233;anmoins, on peut aussi se demander s'il n'y a pas une immense diff&#233;rence, du point de vue des &#201;coles sup&#233;rieures, entre des professeurs non artistes et des professeurs artistes. Surtout si, du point de vue des arts, on souhaite que la transmission soit une v&#233;ritable &lt;i&gt;transposition&lt;/i&gt; (comme celle qui se produirait entre l'artiste et sa cr&#233;ation, selon certaines m&#233;taphysiques de l'art), voire une &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; r&#233;ciproque du professeur et de l'&#233;tudiant. Ce dernier processus, disait John Cage, &#233;mergerait&lt;i&gt; &#171; de la rencontre de chaque personne avec d'autres ou, pour ainsi dire, de chacun avec soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon Ingold, il serait d&#233;sormais n&#233;cessaire, plut&#244;t qu'une transmission, de d&#233;fendre l'id&#233;e d'une transduction entre l'enseignant et l'&#233;tudiant, laquelle ne serait pas calqu&#233;e sur le mod&#232;le traditionnel : &lt;i&gt;&#171; En effet, en tant que lieu d'apprentissage, l'acad&#233;mie &#8212; qu'il s'agisse d'une &#233;cole, d'un lyc&#233;e ou d'une universit&#233; &#8212; est fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se de l'existence d'une connaissance sup&#233;rieure de la fa&#231;on dont le monde fonctionne, du moins par rapport au savoir de ceux que l'on appelle les &#034;profanes&#034;, qui, par contraste, est tellement lie&#769; &#224; l'exp&#233;rience qu'il &#233;chappe &#224; l'explication et a&#768; l'analyse. Presque par d&#233;finition, le savoir acad&#233;mique se place en surplomb, a&#768; distance des th&#233;&#226;tres de la pratique d&#233;sordonn&#233;e dans lesquels il pourrait &#234;tre utilise&#769;, si tant est qu'il le soit. C'est pourquoi les &#233;tudes acad&#233;miques s&#233;parent g&#233;n&#233;ralement l'apprentissage de la pratique, la transmission du savoir entre les g&#233;n&#233;rations de son application par celles-ci &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel d'une &#201;cole devrait donc r&#233;sider dans une nouvelle mani&#232;re de traiter le &#171; TRANS- &#187;, tout en changeant sa d&#233;nomination, en passant &#224; &#171; Lab &#187;, &#171; Incubateur &#187;, etc. Il faudrait en finir d&#233;finitivement &#8212; ce qui serait &#224; approcher plus finement en relisant Aristote ou Kant/Hegel &#8212; avec la notion de formation ((Bildung&lt;/i&gt;) qui reposerait sur une p&#233;dagogie de surplomb, garantie par une autorit&#233;, se fixant comme objectif de d&#233;fendre une position, de transmettre un corpus de connaissances ou de r&#233;aliser un grand projet. La nouvelle mani&#232;re de traiter le &#171; TRANS- &#187; devrait op&#233;rer plut&#244;t par &lt;i&gt;&#171; d&#233;placement de ses disciples, en les faisant sortir de leur position, ou, en un mot, par leur exposition &#187;&lt;/i&gt;. Ce qui, nous allons y revenir, conduit Ingold &#224; souhaiter repenser le rapport entre les g&#233;n&#233;rations, dans un esprit pourtant tr&#232;s traditionnel. Il exclut certes l'id&#233;e de &#171; ma&#238;tre &#187; au sens de l'histoire de l'art, encore cette notion est-elle d&#233;licate &#224; manier puisque lorsque l'on y parle de &#171; ma&#238;tres &#187;, on pense aussi &#8212; notamment dans le contexte artistique des XIV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;-XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles &#8212; &#224; la pratique de cr&#233;er les &#339;uvres imposantes &#224; plusieurs mains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. cf. Sophie Cassagnes-Brouquet, &#171; Les ateliers d'artistes au Moyen Age (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, il renvoie implicitement &#224; un retour au &lt;i&gt;doctor&lt;/i&gt; latin, celui qui enseigne apr&#232;s avoir &#233;t&#233; enseign&#233;, notion qui est toujours reli&#233;e au &lt;i&gt;documentum&lt;/i&gt; (l'enseignement) ou &#224; la Torah orale, qui apprend &#224; remonter de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Ceci s'entendant par rapport/opposition &#224; l'h&#233;ritage de disruption de la fin des ann&#233;es 1980 : &lt;i&gt;&#171; Nous ferions mieux de rassembler les g&#233;n&#233;rations une fois de plus dans les conversations qui donnent a&#768; la vie sa continuit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement aux &#201;coles d'art, ce qui est plus int&#233;ressant dans la position de Tim Ingold, qui n'est pas enseignant artiste, c'est qu'il change la nature de la question, sans doute effectivement dans le sillage du philosophe John Dewey&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'art comme exp&#233;rience, 1934, collectif [trad.], Paris, Folio, 2010&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tous deux originaires du monde culturel anglais (Britannique et &#201;tatsunien). Cette question devient : Comment l'art peut-il transformer l'&#233;ducation ? En quoi la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;ducation artistique est-elle de n'&#234;tre pas sp&#233;cifique, autrement dit de confiner &#224; une anti-m&#233;thode ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Interrog&#233; sur ce point, Nicolas Tixier valorise cette id&#233;e d'anti-m&#233;thode, qui nous revient aujourd'hui non sans avoir eu d&#233;j&#224; une longue carri&#232;re derri&#232;re elle &#8212; paradoxalement, Mai 1968 compris, alors que cette p&#233;riode est ici critiqu&#233;e. Il incite &#224; en amplifier encore la notion. Il y greffe quant &#224; lui des pratiques inspir&#233;es par Ingold et Benjamin : &lt;i&gt;&#171; C'est en lisant un article sur la critique de l'historienne et th&#233;oricienne du cin&#233;ma Nicole Brenez&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Critique comme concept, exigence et praxis &#187;, in La Furia Umana, no17, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que j'ai pu, comme en miroir, trouver de fa&#231;on r&#233;sum&#233;e des &#233;l&#233;ments de m&#233;thode autant que d'anti-m&#233;thode. Nicole Brenez relit une s&#233;rie de textes de Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fragments, 1916-1938, Paris, &#201;d. PUF, 2002&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui portent sur la question de la critique. Quand on posait la question : &#034;qu'est-ce que la critique ?&#034; &#224; Benjamin, il r&#233;pondait qu'il ne savait pas, mais que, par contre, il savait tr&#232;s bien, pour lui, ce qu'&#233;tait le travail critique. &#187;&lt;/i&gt; En articulant Ingold et Benjamin, Tixier souhaite que &lt;i&gt;&#171; nous reprenions volontiers la suite de son d&#233;veloppement en changeant le terme de critique par celui de recherche ou de p&#233;dagogie. Pour Benjamin, le travail critique, et donc pour nous le travail de recherche ou de p&#233;dagogie, consiste en trois choses : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;fl&#233;chir sur un corpus (des &#339;uvres ou, pour nous, des situations habit&#233;es, etc.) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se laisser d&#233;placer par l'&#339;uvre ou, pour nous, des situations habit&#233;es (cr&#233;er les conditions pour que ce corpus nous touche, nous alt&#232;re, nous transforme) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inventer des formes d'exposition (&#224; son tour produire une forme et prendre le risque de la rendre publique) &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, Ingold, pour revenir &#224; lui, ne tombe pas dans le pi&#232;ge de la &#171; participation &#187;, cette rengaine/r&#233;clamation des commanditaires d&#233;sormais pour accepter de financer une &#339;uvre. Dans les ann&#233;es 1970, d&#233;j&#224;, Jean Clay, dans la revue &lt;i&gt;Robho&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robho, n&#176;5 et 6&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soulignait que les formes les plus courantes de la &#171; participation &#187; &#233;quivalaient &#224; proclamer : &lt;i&gt;&#171; Personnalisez votre ali&#233;nation &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Appuyez sur ce bouton qui ne sert &#224; rien &#187;&lt;/i&gt;. Certes, cette &#171; participation &#187; se voulait au d&#233;but du mouvement une mise en cause de la position &#171; magistrale &#187; de l'artiste, refus des propositions esth&#233;tiques fig&#233;es dans l'immuable. Et dans le cas du GRAV (Groupe de Recherche d'Art Visuel, 1960), elle se voulait un apprentissage de la libert&#233; dans la quasi-disparition de l'objet artistique. Le spectateur &#233;tait conduit &#224; affronter directement sa situation. C'est dans un deuxi&#232;me temps d'ailleurs que cette &#171; m&#233;thode &#187; s'est retourn&#233;e en souhait de faire intervenir le spectateur afin de rem&#233;dier &#224; son agitation, puisqu'en participant, ils &lt;i&gt;&#171; ne feront plus de b&#234;tises &#187;&lt;/i&gt;. Ceci au risque de marginaliser l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on devait conclure cette premi&#232;re partie, cela pourrait se faire en reprenant ce questionnement de Tixier : &lt;i&gt;&#171; Que l'on soit en recherche, en projet ou en p&#233;dagogie, comment maintenir une inqui&#233;tude sur ce que l'on fait, ce que l'on produit ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Faire &#233;cole (ou la refaire)&lt;/i&gt;, les presses du r&#233;el, Dijon, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Transmettre l'art, Figures et M&#233;thodes, Quelle Histoire ?&lt;/i&gt;, Dijon, les presses du r&#233;el, janvier 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;en tir&#233;-&#224;-part aux presses du r&#233;el, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2025&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Centre de Recherche sur l'Espace Sonore et l'Environnement Urbain, laboratoire UMR 1563 &#171; Ambiances, Architectures, Urbanit&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;cole d'art Annecy-Alpes et &#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de Grenoble&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;,chapitres : &#171; La voie de l'&#233;ducation &#187; et &#171; Au-del&#224; de la science et la technologie (Paris, Seuil, 2025) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Zentralpark, Fragments sur Baudelaire,&lt;/i&gt; Fragment 35, Paris, Payot, r&#233;ed. 2002, p. 242&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le pass&#233; &#224; venir&lt;/i&gt;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. cf. Sophie Cassagnes-Brouquet, &#171; Les ateliers d'artistes au Moyen Age : entre th&#233;orie et pratiques &#187;, in (Perspective. Actualit&#233; en histoire de l'art,&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;1 (2014)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pass&#233; &#224; venir, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'art comme exp&#233;rience, 1934, collectif [trad.], Paris, Folio, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Critique comme concept, exigence et praxis &#187;, in &lt;i&gt;La Furia Umana,&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;17, en ligne (&lt;a href=&#034;http://www.lafuriaumana.it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lafuriaumana.it&lt;/a&gt;), non dat&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fragments, 1916-1938, Paris, &#201;d. PUF, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Robho&lt;/i&gt;, n&#176;5 et 6&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cr&#233;dits photo : Thierry Mouill&#233; (LDI).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'adresse de l'&#339;uvre d'art &#224; n'importe qui, aujourd'hui ? </title>
		<link>https://www.tk-21.com/L-adresse-de-l-oeuvre-d-art-a-n</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/L-adresse-de-l-oeuvre-d-art-a-n</guid>
		<dc:date>2025-03-02T10:06:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>art public</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/The%CC%81orie-s" rel="directory"&gt;The&#769;orie(s)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Art-contemporain-176" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art-public" rel="tag"&gt;art public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2633-c05ef.jpg?1772196872' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est important de noter que l'usage du terme &#171; public &#187; concernant les arts, fix&#233; d&#232;s l'aube de la modernit&#233; avec son usage politique, fait l'objet de modifications constantes depuis les mutations artistiques du XX&#7497; si&#232;cle. Mais pas uniquement du fait des &#339;uvres nouvelles (performances, installations, &#339;uvres &#224; protocoles, multi-m&#233;dias&#8230;). Ses usages sont aussi fonction des mutations sociales et scolaires, et donc aussi des orientations politiques de ceux qui en parlent. Le probl&#232;me est que de nombreux usages se r&#233;duisent souvent &#224; vouloir &#171; conqu&#233;rir du public &#187;, &#171; attirer du public &#187;, etc., toutes versions qui traitent du public de mani&#232;re quantitative. Pourtant, il est possible d'envisager cette question du public autrement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ce th&#232;me de la Semaine de la Pop Philosophie SAISON XVI (2024), d&#233;roul&#233;e &#224; Marseille, renvoie non seulement &#224; une proposition de son organisateur depuis longtemps, Jacques Serrano, mais encore &#224; une interrogation sur la notion de &#171; public &#187;, sur la r&#233;alit&#233; de celui-ci et la mani&#232;re de l'aborder. Serrano a fond&#233; jadis &#171; Pop Philosophie &#187; sous l'inspiration de Gilles Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourparlers, Paris, Minuit, 1990, p. 10&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette ann&#233;e, il a impos&#233; ce titre, &#171; L'art pour tous : la grande illusion ? &#187;, ad&#233;quat aux soucis de l'&#233;poque, &#224; ses interlocuteurs : Francesco Masci, Fran&#231;oise Gaillard, Jean-Marie Schaeffer, Christian Ruby, Robin Renucci, Constance Rivi&#232;re, Emmanuel Wallon et bien d'autres, philosophes ou historiennes et historiens d'art concern&#233;s par les missions publiques. Avec les nombreux auditrices et auditeurs, ils ont d&#233;pouill&#233; cette interrogation &#224; l'aune du temps pr&#233;sent &#8212; entre r&#233;f&#233;rences aux classes sociales, &#224; la fracture &#171; haute culture &#187; / &#171; culture populaire &#187;, aux discriminations, &#224; la diversit&#233; de la population relativement aux canons des arts, aux droits culturels, &#224; la mondialisation culturelle, etc. &#8212;, tout en travaillant avec des artistes contemporains au nombre desquels Jean-Baptiste Farkas et Christophe Apprill.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/image00002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/image00002-79e7f.jpg?1739715832' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;vidences portant sur &#171; le public &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son fond, le fil conducteur des r&#233;flexions ne pouvait qu'&#234;tre le suivant : de nos jours, dans les missions artistiques et culturelles ouvertes sur le service (public) de la population, comment mise-t-on (ou peut-on miser) moins sur l'attraction du nombre que sur l'intelligence &#233;gale des participants, au titre de &#171; public &#187; ? Encore faut-il que cette notion de &#171; public &#187; soit &#233;clair&#233;e, si possible &#224; partir de pratiques de spectatrices et spectateurs, voire auditrices et auditeurs, regardeurs...Or sur ce plan, nous devons d'embl&#233;e nous m&#233;fier d'une fr&#233;quente adh&#233;sion trop rapide &#224; ce qui se dit dans le d&#233;bat m&#233;diatique et mondain sur le &#171; public &#187; contemporain. Toujours pris pour une entit&#233; pr&#233;existante au lieu d'un devenir. Toujours regard&#233; au prisme de l'inculture. &#171; Le public &#187; et notamment &#171; le grand public &#187; est accus&#233; d'entretenir un rapport esth&#233;tique et social m&#233;caniquement d&#233;pr&#233;ciateur &#224; l'art contemporain. De ce fait, la place qu'on lui r&#233;serve dans les institutions est soumise aux m&#233;diations culturelles ou &#224; l'&#201;ducation Artistique et Culturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque se pose la question de savoir si l'art &#8212; sous ses nombreuses esp&#232;ces &#8212; a encore vocation ou non &#224; concerner, de nos jours, toutes les citoyennes et tous les citoyens, une foule d'&#233;vidences pleines, peu av&#233;r&#233;es, reposant sur des hypostases &#8211; sur un art contemporain qui aurait dissous l'Art dans les traits de la consommation culturelle marchande, une d&#233;mocratie soumise &#224; esth&#233;tisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, un capitalisme investissant les objets de consommation des attributs symboliques des arts, un &#171; public &#187; c&#233;l&#233;brant la seule magie de l'&#233;pate, sans doute aussi sur l'universel &#8212; remplit ces propos tenus dans l'espace public en forme de d&#233;ploration. En g&#233;n&#233;ral, ces &#171; th&#233;ories &#187; du pr&#233;sent font de l'esth&#233;tique mass-m&#233;diatique, spectaculaire et marchande, le signe et la mesure quasi-exclusifs du temps pr&#233;sent et ne se signalent par aucune critique artistique, remplac&#233;e plut&#244;t par une p&#233;joration. Elles sont de surcro&#238;t souvent relatives &#224; l'optique abstraite d'une d&#233;mocratisation culturelle surplombante ou d'une d&#233;mocratie culturelle seulement &#171; participative &#187;, dont elles affirment l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &#233;vidences &#187; s'interdisent de reconna&#238;tre que, outre faire entrer le domaine des arts dans une r&#233;flexion politique intrins&#232;que, la notion d'un &#171; Art pour tous/tes &#187; peut &#234;tre &#233;valu&#233;e &#224; une autre aune que celle d'une ali&#233;nation telle que d&#233;crite encore r&#233;cemment par Francesco Masci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Superstitions, Paris, Allia, 2023&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au moins trois aunes potentielles : celle d'un principe (l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui de l'art d'exposition depuis la Renaissance), d'un grand r&#233;cit (en faveur du public &#171; &#233;loign&#233; &#187; contre l'&#233;lite &#171; bourgeoise &#187;) ou d'une fiction modeste alimentant des pratiques destin&#233;es &#224; appuyer l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie encore vide &#224; accomplir. Trois aunes qui se c&#244;toient d'ailleurs de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes nombreux sont les indices de l'existence d'un capitalisme marchand et d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale &#233;tatique fragilis&#233;e, qui ne sert plus d'&#233;tayage &#224; l'existence des citoyennes et des citoyens. Certes aussi l'&#201;tat, les r&#233;gions, les municipalit&#233;s voudraient bien &#234;tre &#171; sauv&#233;es &#187; de leurs d&#233;boires divers par l'Art &#8212; du moins jusqu'&#224; une date r&#233;cente et les remises en question des politiques culturelles de r&#233;gions et de villes qui s'acharnent &#224; renverser ce paradigme &#8212;, en captant un rayon de sa lumi&#232;re afin de distraire les populations, au prix d'une &#171; communication cibl&#233;e &#187; et de s'&#233;garer dans une d&#233;finition de la culture comme ensemble d'activit&#233;s inoffensives, d&#233;coratives, voire ludiques. Mais ce n'est pas une raison pour rester aveugle &#224; des formes possibles d'exercices artistiques qui pourraient encore assumer un lien positif &#8212; sous tendu de l'universel : &#171; culture pour tou(te)s &#187;, &#171; culture pour chacun(e) &#187;, &#171; culture pour tout un chacun(e) &#187; selon l'expression de Jean-Gabriel Carasso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand je serai ministre de la Culture, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; entre art contemporain et n'importe qui, des spectateurs/spectatrices potentiels. Il existe toujours en ces formes des ressources critiques permettant de ne pas se contenter des soi-disant signes exclusifs du temps pr&#233;sent d&#233;crits ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique reste plus proprement la possibilit&#233; d'ajuster moins une politique culturelle &#224; l'Art &#8212; l'Art pens&#233; comme entit&#233;, bloc uniforme, essence, valeur, et des politiques de service public soumises &#224; g&#233;om&#233;trie variable selon les partis politiques, etc. &#8212; que celle de soutenir la politique immanente de pratiques artistiques multiples, ouvertes &#224; leur fr&#233;quentation (et &#224; la reprise n&#233;cessaire de celle-ci pour &#171; entrer &#187; dans les &#339;uvres) et reconnaissance par n'importe qui, non pas de ses envies, mais de sa capacit&#233; &#224; se transformer culturellement. Cette autre mani&#232;re d'aborder la politique r&#233;cuserait justement deux autres versions : d'une part, l'Art catalogu&#233; en consensus universel de type populiste &#224; destination d'un &#171; public &#187; pr&#233;tendument r&#233;alis&#233; ou pour lequel les arts devraient c&#233;l&#233;brer l'unit&#233; du corps politique identifi&#233; au public d'&#233;lite ; d'autre part, l'Art catalogu&#233; en irr&#233;ductible n&#233;gativit&#233; aupr&#232;s d'une classe ouvri&#232;re marginalis&#233;e, dont la notion cette fois opposerait le caract&#232;re original de l'&#339;uvre d'art &#224; la standardisation de la vie instaur&#233;e par le capitalisme, oubliant la dimension centrale de l'&#233;mancipation port&#233;e par le rapport aux &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de penser que l'art contemporain, s'il ne prolonge ni l'enthousiasme des Lumi&#232;res, ni la n&#233;gativit&#233; moderniste, pr&#233;serve une part anticipatrice d'un monde remani&#233; pour et par tous&#183;tes. L'art contemporain, en effet, pers&#233;v&#232;re &#224; entretenir un r&#233;gime de fiction, de construction imaginaire (&#171; pour tous&#183;tes &#187;), sans le soumettre pour autant &#224; un grand r&#233;cit surplombant, qui le rattache sans critique &#224; une option politique g&#233;n&#233;rale et essentialis&#233;e (LA d&#233;mocratie). L'essentiel est dans sa recherche nouvelle d'une transitivit&#233; discut&#233;e oppos&#233;e &#224; l'exc&#232;s et au spectaculaire, sensible souvent dans l'art en public ouvert aux d&#233;bats publics, r&#233;ellement d&#233;mocratiques. Apr&#232;s tout, ce qui fait de l'art contemporain un &#233;l&#233;ment vital de notre soci&#233;t&#233;, c'est sa mani&#232;re de ne plus se contenter de d&#233;velopper chacune des formes possibles de s&#233;cession par rapport aux modes de perception ou de pens&#233;e de l'art, mais de se confronter aux formes de vie et de communaut&#233;, de &#171; maisons communes &#187; fictives.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L251xH201/ben_l_art_est_une_illusion-2-74ab9.jpg?1740432478' width='251' height='201' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le public &#187;, un principe et une r&#233;alit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la modernit&#233;, la dimension du public, dans les arts et la culture, est, il est vrai, d'abord une affaire de principe crucial. L'id&#233;e d'art n&#233;e &#224; partir de la Renaissance, et ses pratiques, repose sur ce principe : l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; tous&#183;tes ou &#224; chacune et chacun. Ce principe distingue l'art d'exposition de l'art de culte, le premier r&#233;f&#233;rant &#224; un &#171; public &#187;, le second au divin. Cependant, il n'est pas difficile d'observer qu'entre le principe, universalisant, et son effectivit&#233;, un hiatus social certain s'est instaur&#233; en termes de discrimination sociale, de parit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce hiatus, se sont esquiss&#233;es la plupart des esth&#233;tiques modernes dont se r&#233;clament les organisateurs de la venue du &#171; public &#187; dans les institutions d'art et de culture. En ces esth&#233;tiques, la r&#233;ponse &#224; ce hiatus a pris l'orientation suivante : comment supprimer ce hiatus, tout du moins le r&#233;duire, par cons&#233;quent r&#233;unir le plus grand nombre possible de spectateurs/spectatrices ou auditeurs/auditrices en un &#171; public &#187; ? Ce qui a souvent impliqu&#233; que l'adresse universelle soit d&#233;tourn&#233;e en adresse &#224; juger par le nombre de personnes pr&#233;sentes au spectacle ou par un type de population, un genre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce principe et ces distorsions, ces esth&#233;tiques et les professionnels &lt;br class='autobr' /&gt;
de la mise en &#339;uvre des arts r&#233;pondent ainsi : il est possible &#8212; et dans les cas d'option &#171; de gauche &#187;, n&#233;cessaire &#8212; de supprimer ce hiatus. Comment ? Soit par &#233;l&#233;vation des &#233;vinc&#233;s (en les cultivant !) ; soit par int&#233;gration des exclus (il est possible de faire mieux !) ; soit en les extrayant de leur situation ali&#233;n&#233;e (par promotion culturelle paternaliste !). Dans ces options, un seul objectif s'affiche : un souhait d'&#233;largissement num&#233;rique et social pes&#233; &#224; l'aune du public d&#233;j&#224; inclus, structurellement et culturellement privil&#233;gi&#233;, au besoin par des p&#233;dagogies de surplomb &#224; l'endroit de &#171; nouveaux publics &#187; &#224; domestiquer (mais justement, ils ne sont pas encore des publics !), dans lesquelles certain(e)s parlent &#224; la place des autres et visent l'augmentation de statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'entre eux renoncent &#224; ce v&#339;u d'extension quantitative, en se confrontant au probl&#232;me autrement. En tentant, par exemple, de changer/r&#233;inventer le rapport entretenu avec &#171; le public &#187; et sa notion, de changer le regard ou l'approche des arts dans leur dimension d'adresse, en affirmant que la difficult&#233; ne r&#233;side pas dans un accroissement du public &#224; obtenir pour le soi-disant plus grand bien de tous&#183;tes et des arts, en r&#233;alit&#233; d'un corps civique uniformis&#233;. De telles conceptions diff&#233;rentes valorisent un autre traitement de la question, &#224; partir de l'affirmation de l'&#233;galit&#233; des intelligences entre citoyennes et citoyens en rapport avec les &#339;uvres et la diffusion culturelle, supprimant toute vis&#233;e de surplomb born&#233;e &#224; une simple correction de la situation, et toute vis&#233;e de la critique des partages du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles s'opposent ainsi &#224; ce que &#171; public &#187;, relativement aux arts et &#224; l'esth&#233;tique, fasse le plus souvent l'objet de m&#233;pris, d'indiff&#233;rences, de critiques acerbes et g&#233;n&#233;rales, ou d'une valorisation &#224; l'aune d'une tradition, nous l'avons &#233;crit. Elles r&#233;futent le fait que les milieux culturels finissent par se situer au c&#339;ur d'un paradoxe : &#171; nous &#187; avons besoin du public mais il ne cesse de &#171; nous &#187; importuner. Imaginaire n&#233;gatif donc ! &#171; Passif &#187;, dit-on, &#171; aveugle &#187;, &#171; fait d'individus sans qualit&#233;, non pr&#233;par&#233;s &#187;, ou ainsi que l'expose &#201;mile Zola en forme de st&#233;r&#233;otype : le &lt;i&gt;&#171; public ne comprendra pas [&#8230;], devant une peinture qui bouscule, on n'a encore jamais vu &#231;a &#187;&lt;/i&gt; ; et pourtant r&#233;plique le peintre (Claude Lantier) &lt;i&gt;&#171; si on n'avait encore jamais vu cela, on le verrait ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; on s'en fichait bien du public ! &#187;&lt;/i&gt;. Ces consid&#233;rations paradoxales sont connues, quand elles ne tombent pas, pareillement, sous le coup du &#171; paradoxe du spectateur &#187; tel que l'&#233;nonce Jacques Ranci&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Ce paradoxe est simple &#224; formuler : il n'y a pas de th&#233;&#226;tre sans spectateur (f&#251;t-ce un spectateur unique et cach&#233;, comme dans la repr&#233;sentation fictive du&lt;/i&gt; Fils naturel &lt;i&gt;qui donne lieu aux&lt;/i&gt; Entretiens &lt;i&gt;de Diderot&lt;/i&gt;). &lt;i&gt;Or, disent les accusateurs, c'est un mal d'&#234;tre spectateur pour deux raisons au moins. Regarder n'est pas conna&#238;tre, et n'est pas agir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le spectateur &#233;mancip&#233;, Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces autres conceptions du public font encore remarquer que le type de r&#233;flexion m&#233;prisante sur le public est moins cern&#233; par une connaissance que par un regard brid&#233; par la d&#233;termination d'une essence (identit&#233;, uniformit&#233;, mono-r&#233;f&#233;rence). &#171; Le &#187; public se d&#233;finirait, essentiellement, comme ensemble de r&#233;cepteurs contemplatifs des &#339;uvres, appliqu&#233;s et capables de les juger. Le paradoxe cit&#233; ci-dessus r&#233;sulte d'ailleurs de ce regard, confrontant la r&#233;alit&#233; avec cette essence (perception distraite, rumeurs traversant le jugement), puisque chacun(e) des membres du public pr&#233;sents aux &#339;uvres ne sont pas tels, et surtout tr&#232;s divers. Beaucoup seraient ignorants des r&#232;gles de l'art, agit&#233;s, inattentifs, lorsqu'ils s'ins&#232;rent dans le cours du spectacle ou dans les dispositifs d'accessibilit&#233; &#224; l'art. Ce qui &#233;videmment serait &#224; prouver ou &#224; analyser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il demeure que l'usage du terme &#171; public &#187; n'est pas compris dans toute son ampleur. Non seulement, en dehors de son emploi dans la sph&#232;re politique (domaine public, lieu public, en public), dans la sph&#232;re des arts et de la culture, il est utilis&#233; &#224; partir de st&#233;r&#233;otypes mais les propos laissent croire que &#171; le public &#187; existerait en dehors d'une corr&#233;lation &#224; des &#339;uvres (spectacles ou autres). Ainsi parle-t-on de &#171; publics emp&#234;ch&#233;s &#187; (mais alors ils ne sont pas des publics !), de &#171; non-publics &#187; (&#233;trange expression), de &#171; public oppositionnel &#187; (qui jugerait &#224; bon droit une &#339;uvre sans l'avoir vue), etc. !, cette derni&#232;re expression appliquant la notion de &#171; public &#187; &#224; des personnes qui n'ont pas vu les &#339;uvres dont elles parleraient avec pertinence pour en contester la teneur. Au lieu, il faut l'affirmer, de se contenter de parler &#224; leur endroit d'une &#171; vigilance citoyenne &#187; toujours possible &#224; prodiguer, mais qui ne peut viser l'&#339;uvre non vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propos m&#233;prisants, par ailleurs, outre leur absence de r&#233;flexion politique sur le sujet, ignorent totalement le fait que des expositions d'&#339;uvres d'art contemporain, des artistes, des institutions d'art se vouent &#224; des exercices p&#233;dagogiques d'action culturelle, d'attraction d'habitantes et d'habitants, &#224; des tentatives de formation au devenir public, &#224; l'&#233;laboration d'instances de pr&#233;paration &#224; l'adresse de citoyennes et citoyens dits &#171; artistiquement d&#233;favoris&#233;s &#187;, voire &#224; des exercices de participation pour des habitant(e)s &#224; muer en publics. C'est au moins un parti-pris, m&#234;me s'il reste en droite ligne du pr&#233;suppos&#233; d'une distance &#224; effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les projets d'&#233;ducation artistique et culturelle ne reposent-ils pas, de nos jours, sur des pr&#233;suppos&#233;s semblables, largement marqu&#233;s au sceau du surplomb et parfois d'une id&#233;ologie &lt;i&gt;aufkl&#228;rer&lt;/i&gt; ? Cela dit, m&#234;me si ces exercices se plient encore &#224; la volont&#233; d'&#233;largir le public, ils prouvent qu'il n'est pas de public des arts en dehors d'un rapport aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/mac-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/mac-2-f91b4.jpg?1740309220' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quatri&#232;me mur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Tanguy, Rom&#233;o Castellucci pour le th&#233;&#226;tre, nombre d'organisatrices et organisateurs d'expositions, de directrices et directeurs de salles de cin&#233;ma, se refusent &#224; avaliser cette id&#233;e du public en &#171; quatri&#232;me mur &#187; m&#233;pris&#233; et &#224; &#233;duquer. C'est sans doute elle qui a engag&#233; un nouveau paradoxe du &#171; public &#187; : depuis quelques d&#233;cennies, les metteuses et metteurs en sc&#232;ne ne veulent plus de ce qu'ils appellent un spectateur passif, ils veulent recevoir des spectateurs actifs, susceptibles de recr&#233;er au th&#233;&#226;tre des communaut&#233;s vivantes, voire politiques. Ils proposent donc des &#339;uvres participatives, des installations du c&#244;t&#233; des plasticiens. Mais, et l&#224; se trouve un paradoxe r&#233;el, les uns et les autres ont du mal &#224; se retrouver devant des spectateurs qui se mobilisent au-del&#224; de ce qu'ils leur demandent, &#224; la mani&#232;re du spectateur d&#233;crit dans le film Yannick (de Quentin Dupieux, 2023). En l'occurrence, ce qu'on semble d&#233;couvrir d&#233;sormais avec peine, lorsque s'affichent des manifestations publiques de d&#233;saccords, des d&#233;parts en cours de repr&#233;sentation&#8230;ou des interpellations des acteurs. Parfois aussi des descentes de gradins bien marqu&#233;es (l'une d'elles vue et entendue &#224; Avignon). Ou racont&#233; par Laurence Chable, deux hommes qui partent et s'arr&#234;tent devant les acteurs en cours de repr&#233;sentation pour d&#233;clarer : &lt;i&gt;&#171; au revoir, messieurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy, Montreuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant qu'on ne d&#233;rive pas ! C'est bien de l'appr&#233;hension du public qu'il s'agit, car ces actions sont conduites par des personnes qui ont assist&#233; &#224; la pi&#232;ce. C'est pour elle que le metteur en sc&#232;ne Fran&#231;ois Tanguy a invent&#233; un dispositif : pr&#233;voir un comit&#233; d'accueil de sortie, dehors, pour que celles et ceux qui se plaignent de fa&#231;on ostentatoire puissent le faire, dire leur rage, sans trop perturber quand m&#234;me le d&#233;roulement de la pi&#232;ce ; pr&#233;server le regard sur l'&#339;uvre, mais discuter des regards (h&#233;ritage de Brecht). Ce qui peut se moduler en plusieurs orientations vives de nos jours : vis-&#224;-vis des probl&#232;mes d&#233;coloniaux, de genre, de droits culturels, etc. L'id&#233;e : on n'est pas d'accord, donc on en parle, plut&#244;t que de censurer ou de gommer. En un mot, Tanguy d&#233;ployait l'id&#233;e de r&#233;futer la s&#233;paration du public, le 4&#7497; mur. La question : &#171; Qu'est-ce que je fabrique quand je cr&#233;e ? &#187; et que l'autre n'emprunte peut-&#234;tre pas le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ordre d'id&#233;e, Olivier Neveux, professeur d'histoire et d'esth&#233;tique du th&#233;&#226;tre (ENS, Lyon), rench&#233;rit : &lt;i&gt;&#171; assister &#224; une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, c'est &#234;tre renvoy&#233; au caract&#232;re fabriqu&#233; de son regard, &#224; ses assignations, se demander comment on regarde (et pas seulement ce que l'on regarde) et quel travail il est n&#233;cessaire de faire sur son imaginaire &#187;&lt;/i&gt;. D'ailleurs, personne ne peut ignorer l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des salles contenant du public en &#339;uvre. Personne n'y a vraiment v&#233;cu la m&#234;me chose. &lt;i&gt;&#171; Mais&lt;/i&gt;, ajoute-t-il, &lt;i&gt;on n'est pas l&#224; pour d&#233;fendre sa vision. Plut&#244;t pour la confronter, et faire aussi soi-m&#234;me l'exp&#233;rience de toutes les fois o&#249; le regard est ab&#238;m&#233;, paresseux, rapt&#233; par la d&#233;magogie &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, du point de vue des arts et de l'art contemporain, nous assistons plut&#244;t &#224; une r&#233;sistance de leur part, non &#224; l'&#233;gard &#171; du public &#187;, mais envers le discours mondain du milieu de l'art et de ses acteurs. Cette r&#233;sistance s'exerce &#224; l'&#233;gard de leurs m&#233;pris du public dont les formules traversent galeries, mus&#233;es, collectionneurs, et une certaine histoire de l'art&#8230; Enfin, m&#234;me si l'art contemporain n'exprime plus ses options en termes de &#171; Non &#187;, il s'investit dans les mani&#232;res dont les publics se saisissent des propositions artistiques, surtout &#224; l'&#233;poque des droits culturels&#8230; des hybridations, m&#233;langes, m&#233;tissages, cr&#233;olisations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, avec ce th&#232;me de &#171; L'art pour tous&#183;tes &#187;, pour y revenir, nous sommes &#224; la fois du c&#244;t&#233; des politiques culturelles et du c&#244;t&#233; des pratiques artistiques : quelle politique artistique pour tous&#183;tes, et quelle pratique adress&#233;e encore &#224; tous&#183;tes, mais surtout pourquoi ? Nous parlons donc toujours d'art (type d'&#339;uvres et d&#233;finition de l'art et de ses lieux, attentes et motivations des artistes), d'esth&#233;tique (codes, concepts du monde de l'art, sensible, rejets et controverses) ou de sociologie (public, institutions, la construction des valeurs, appropriation, interactions sociales, l'urbain) m&#234;me si on m&#233;lange l'id&#233;e d'Art et des &#339;uvres et des pratiques. Mais surtout nous parlons de &#171; politique &#187; : d'une fiction possible pour une politique culturelle d'&#233;mancipation, d'une fiction qui s'adresse aussi aux syst&#232;mes de financement des arts, comme aux diff&#233;rents probl&#232;mes pos&#233;s par l'usage de la notion de cr&#233;ativit&#233; (ville cr&#233;ative, capitalisme cr&#233;atif, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain (mais soyons vigilants sur ces notions globalisantes) b&#233;n&#233;ficie du partage classique du face &#224; face acquis dans les conditions de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui. Il sait que l'&#339;uvre contient d'abord une n&#233;cessit&#233; d'exister (selon le mot de Novalis). Il b&#233;n&#233;ficie non moins de l'exp&#233;rience du sublime moderne des avant-gardes. Mais il se voue &#224; l'interf&#233;rence au lieu du surplomb, dans laquelle il fait jouer le savoir de son histoire : l'&#339;uvre qui n&#233;gligerait compl&#232;tement sa responsabilit&#233; envers elle-m&#234;me serait incons&#233;quente. L'&#339;uvre est au travail de sa propre r&#233;alisation. Le public n'est pas le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre - elle d&#233;fie m&#234;me le public, mais en s'adressant au devenir public de la foule ou des habitants et habitantes ou des citoyennes et citoyens. Le public vivant dans les salles, aupr&#232;s des &#339;uvres, constitue un devenir incontournable. L'art contemporain compl&#232;te ce savoir par un id&#233;al de d&#233;mocratie participative : loin de relever uniquement d'un face-a&#768;-face, d'une relation de producteur a&#768; r&#233;cepteur &#8212; ou&#768; ce dernier n'est qu'un destinataire &#8212;, artistes et citadins co-construisent, moins une &#339;uvre, qu'une interaction sociale et culturelle sp&#233;cifique. L'analyse de ces propositions et, en filigrane, des processus qui voient l'&#233;mergence de nouveaux crit&#232;res et valeurs esthe&#769;tiques est l'occasion d'interroger ces moments critiques de l'&#233;laboration et de l'appr&#233;ciation esth&#233;tique, qui r&#233;v&#232;lent la capacit&#233; des cre&#769;ateurs d'une part, des r&#233;cepteurs d'autre part, de modifier leur relation conjointe et &#224; l'orienter vers une politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/affiche_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH494/affiche_-2-f6024.jpg?1740309220' width='500' height='494' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;****&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Concernant la question du public des arts, ce qui serait int&#233;ressant, ce serait de savoir ce qui se passerait si une politique culturelle renversait la perspective (sous couvert d'une nouvelle fiction) : quel tous/toutes pour l'art/Art ou pour quelle conception de l'art ? Ainsi passerait-on d'une commande, sans doute envoy&#233;e &#224; la mauvaise adresse, &#224; la possibilit&#233; pour chacune et chacun, donc pour n'importe qui, de se commander &#224; soi-m&#234;me un faire ou un regarder (&#233;couter&#8230;), un faire-regarder ou un regarder-faire. &#192; supposer que cette correction et ce renversement soient pens&#233;s, il faudrait encore revenir sur les notions en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synth&#233;tisons le point : &#192; la question, qui devrait plut&#244;t &#234;tre celle de l'appropriation : L'art pour n'importe qui ? Concernant la pr&#233;position, une r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour la gloire, c'est &#234;tre enseveli sous les lauriers,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour l'argent, c'est trop mesquin,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour soi, c'est trop chiche,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour un(e) seul(e), c'est tr&#232;s &#233;triqu&#233;,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour des millions, c'est un trop grand poids, &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour le &#171; peuple &#187;, c'est suspect,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#338;uvrer pour une prestation civique, c'est c&#233;der &#224; l'animation,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Non ! &#338;uvrer seulement pour l'&#339;uvre elle-m&#234;me,&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;C'est elle qui dessine l'adresse, et ind&#233;termin&#233;e, et attend n'importe qui. &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Qui s'y corr&#232;le s'y noue toujours pour lui-m&#234;me et pour toutes et tous ?&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1990, p. 10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Superstitions&lt;/i&gt;, Paris, Allia, 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Quand je serai ministre de la Culture&lt;/i&gt;, Toulouse, L'attribut, 2012, pp. 19-22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;,&lt;/i&gt; Paris, La Fabrique, 2008, p. 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La voix sur l'&#233;paule, Dans les pass&#233;es de Fran&#231;ois Tanguy&lt;/i&gt;, Montreuil, &#201;ditions Th&#233;&#226;trales, 2024, p.70&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y a-t-il un spectateur sans corps ?</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Y-a-t-il-un-spectateur-sans-corps</link>
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		<dc:date>2025-02-02T11:31:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Creation-et-commentaires" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation et commentaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH37/arton2610-8ed2d.jpg?1772248095' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='37' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; mais s'il y a un(e) spectateur&#183;trice sans corps, comment le public d'art fait-il corps et quel corps ? C'est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre le volume d'analyses dirig&#233; par Bruno Trentini, intitul&#233;&lt;/i&gt; Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve &lt;i&gt;(2024, Bordeaux, Le Bord de l'eau), par ailleurs accompagn&#233; d'un autre volume,&lt;/i&gt; Le corps &#224; l'&#339;uvre, cr&#233;er, vivre, interagir &lt;i&gt;(Ibidem), dirig&#233; avec Paul Dirkx et Jeanne E. Glesener.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Il n'interroge pas d'autres mani&#232;res d'artifier le corps (tatouages, body art), de faire corps politique (manifestation) ou en d&#233;fense (homosexuels, handicap&#233;s, minorit&#233;s), ni la mani&#232;re dont certains corps sont abusables (femmes, enfants&#8230;). Il en est d'ailleurs une qui est complexe : c'est l'exp&#233;rience corporelle synchrone, mais pas n&#233;cessairement collective (ce qui serait &#224; reprendre &#224; la lumi&#232;re du travail de Judith Butler&lt;/i&gt; (Dans quel monde vivons-nous ?, &lt;i&gt;Paris, Flammarion, 2023), survenue lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19, exp&#233;rience qui malgr&#233; tout portait &#224; solidarit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Non, ce volume interroge cette question du corps dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; aux &#339;uvres et travaux artistiques. Entendons bien : dans le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; spectatoriel, le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; auctorial participant par ailleurs du second volume, lequel est laiss&#233; ici de c&#244;t&#233;. Cette question, donc, d&#233;pouill&#233;e au long des articles du premier volume, dont nous rendons compte ici, &lt;i&gt;Le corps spectatoriel &#224; l'&#233;preuve,&lt;/i&gt; n'est pas si innocente que beaucoup le croient, ainsi que nous l'avions sugg&#233;r&#233; dans notre conf&#233;rence : &lt;i&gt;Huit notes autour du corps-spectateur (d'art), Ou Dante et Virgile, au Purgatoire, ont besoin de leurs yeux pour voir le beau&lt;/i&gt; (19 avril 2018, Tours, Mus&#233;e des Beaux-arts). Au demeurant, tout un &#171; corpus &#187; de tableaux, de dessins, de photographies, de films, de captations th&#233;&#226;trales donnant &#224; voir des spectateurs/trices tourne autour d'un certain m&#233;pris de leur corps, compar&#233; au sch&#232;me anatomique du &#171; beau &#187; (harmonie, proportions) d&#233;fini d&#232;s la Renaissance, du regard et des gestes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_22060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_0283.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/img_0283-6b625.jpg?1737321628' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une absurde philosophie des spectateurs &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ordinairement, la grande d&#233;rive autour du corps spectatoriel est organis&#233;e parce que &#171; spectateur &#187; semble toujours renvoyer &#224; un individu consid&#233;r&#233; en soi, isol&#233; sur son si&#232;ge ou devant une &#339;uvre. Or un tel individu, que l'on pourrait appeller &#171; spectateur &#187;, n'existe pas, parce que &#171; spectateur &#187; (voire &#171; regardeur &#187;, etc.) n'advient que dans un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; (aux &#339;uvres), lui-m&#234;me d&#233;pendant du &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt; de l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; n'importe qui, r&#233;sultat des pratiques artistiques (&#339;uvres ou travaux, installations, performances, protocoles, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette consid&#233;ration d&#233;cisive met en pi&#232;ces les approches les plus ordinaires de ces questions, le plus souvent marqu&#233;es au sceau d'absurdes cr&#233;dits accord&#233;s &#224; des vocables philosophiques &#233;cul&#233;s. L'article d'Agn&#232;s Lontrade (&lt;i&gt;Le spectateur &#224; l'&#233;preuve du jeu et du don&lt;/i&gt;) souligne ce fait sous la critique qu'elle conduit des esth&#233;tiques d&#233;sincarn&#233;es d'un spectateur innocent et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et certes, le plus souvent, lorsque le corps est cit&#233;, c'est dans les termes classiques du corps oppos&#233; &#224; l'esprit, lesquels sont r&#233;fut&#233;s par d'autres auteurs de l'ouvrage (Christian Ruby, Coline Mathet, Marianne Massin). Il devrait donc &#234;tre possible de r&#233;fl&#233;chir cette question du corps spectatoriel autrement. Mais cela suppose que l'on se d&#233;fasse encore de deux axes d'analyse philosophiquement tra&#231;ables attach&#233;s au dualisme : les approches empiristes et les approches rationalistes, ces deux options imposant l'id&#233;e d'une perception d&#233;sincarn&#233;e, li&#233;e soit &#224; des donn&#233;es sensibles atomiques r&#233;pondant &#224; des principes d'association propres &#224; l'entendement (les empiristes), soit &#224; une id&#233;e unifiante, elle-m&#234;me m&#233;tonymie du sujet pensant (les rationalistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde l'empirisme, souvenons-nous de la doctrine longtemps pr&#233;gnante dans le cadre de l'art public. Cette doctrine pr&#233;tend que cette pratique d'art dans les lieux publics produira des effets (civiques, moraux, culturels) &#224; proportion de son approche par les sens des passants singuliers et quelconques (pas toujours spectateurs). Dans la version r&#233;publicaine classique : par la hauteur et l'effet de domination (bien relev&#233;s par Charles Baudelaire et en photographie par Brassa&#239;), par la gestuelle et une image inspiratrice (la &#171; moraline &#187; relev&#233;e par Friedrich Nietzsche), par le lieu d'implantation et la fr&#233;quentation (r&#233;examin&#233;s r&#233;cemment par la revue &lt;i&gt;M&#233;moire en jeu,&lt;/i&gt; n&#176;21, 2024). Le mus&#233;e en plein air fait alors office de lieu d'&#233;ducation subreptice par le moyen d'un corps consid&#233;r&#233; comme simple r&#233;cepteur par rapide impr&#233;gnation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/art_public_susanna_hesselberg_quand_mon_pe_re_est_mort_2022-a2395.jpg?1772188263' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Art public : Susanna Hesselberg, Quand mon p&#232;re est mort, 2022
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; En ce qui regarde le jugement du spectateur, il est pr&#233;suppos&#233; qu'en termes d'esth&#233;tique classique &#8211; d&#233;riv&#233;e avec pertinence ou non de propos d'Immanuel Kant, rappel&#233;s par Thomas Morisset dans son article qui d&#233;borde d'ailleurs le cadre de l'art (&lt;i&gt;Sentir et appr&#233;cier sensiblement&lt;/i&gt;) &#8211;, si le jugement esth&#233;tique doit &#234;tre pur, c'est qu'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;. Et s'il est d&#233;sint&#233;ress&#233;, sans poids du d&#233;sir et de l'agr&#233;ment, alors il convient de n&#233;gliger le corps du spectateur dans toutes les consid&#233;rations le prenant pour objet. Au mieux, il devient un moyen technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces deux approches de l'art, empiriste et rationaliste, non seulement ne peuvent pas &#234;tre aussi antagonistes que leurs partisans le croient, mais encore sont d&#233;pass&#233;es par de nombreux travaux d'artistes r&#233;percut&#233;s sur le public. &#192; preuve, dans ce &lt;i&gt;Glossaire pour le XXI&#7497; si&#232;cle,&lt;/i&gt; dirig&#233; par Michael Marder &amp; Giovanbattisa Tusa (publi&#233; &#224; Dijon, aux presses du r&#233;el, 2024), au mot &#171; corps &#187;, cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#339;uvre de l'artiste &#201;milie Conrad qui consiste &#224; faire ondoyer son torse sur le sol rugueux afin de faire de son corps une question vivante &#224; l'adresse du public, une question haptique, une prosodie du corps entra&#238;nant les assistants de ses performances &#224; r&#233;sonner avec elle. Et que dire de nos jours du corps du spectateur m&#233;di&#233; par les machines, quand ce n'est pas les difficult&#233;s de cohabitation autour d'une &#339;uvre, les outils de communication, etc. ! ainsi que les explorent Ugo Schimizzi &#224; propos des jeux pervasifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un support sociologique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est toujours possible de minimiser la dimension du jugement de go&#251;t, mais il est impossible de ne pas saisir le double mouvement qui le structure : le rapport &#224; un objet social commun distinct du sujet &#233;metteur du jugement et le rapport aux autres, susceptible ou non d'un &#171; sens commun &#187;. En cela, une r&#233;flexion sur le corps spectatoriel est n&#233;cessairement projet&#233;e dans l'histoire et la sociologie, deux champs de recherche largement parcourus par Peter Berger et Pierre Bourdieu, sur les travaux desquels nous n'insistons pas ici. C'est sans doute en passant par la dimension du corps fatigu&#233; que ces champs transparaissent au mieux dans les analyses, puisque &lt;i&gt;&#171; une personne spectatrice et fatigu&#233;e est [donc] &#224; l'&#233;preuve des failles de son propre corps &#187;&lt;/i&gt; (Bruno Trentini, &lt;i&gt;&#192; bout de force, une esth&#233;tique du corps fatigu&#233;&lt;/i&gt;), et des failles qui replacent les sensibilit&#233;s dans un processus global. C'est &#224; juste titre que Trentini cale sa r&#233;flexion sur le propos jadis tenu par un pr&#233;sident de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, que l'on peut d&#233;caler : plus les &#171; gens &#187; sont fatigu&#233;s plus leur cerveau est disponible&#8230; et si ce n'&#233;tait pas vrai ou plut&#244;t le contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est justement en ce point que l'ouvrage, dans sa teneur globale, n'oublie pas de souligner qu'il existe un rapport particulier &#339;uvre-spectateur en culture occidentale entretenu par les institutions qui assurent l'h&#233;ritage du th&#233;&#226;tre &#224; l'italienne (horaires pr&#233;cis, chaises align&#233;es, silence requis) et du mus&#233;e classique (ordonnance des &#339;uvres, silence requis), et qui diff&#232;re de celui d'autres cultures et d'autres &#233;poques (Barbara Formis, &lt;i&gt;La sc&#232;ne au-del&#224; du spectacle&lt;/i&gt;). Dans d'autres propos, cette question rel&#232;verait de l'aboutissement d'un long processus de domestication du corps du spectateur, qui d&#233;bute &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVIII&#7497; si&#232;cle, &#233;poque o&#249; &#233;mergent les b&#226;timents sp&#233;cialis&#233;s dans l'activit&#233; spectaculaire. Petit &#224; petit, les spectateurs, qui deviennent un public, vont &#234;tre progressivement disciplin&#233;s, d'une part par l'intervention de l'&#201;tat qui vise &#224; assurer la s&#233;curit&#233; des personnes et &#224; r&#233;primer les troubles &#224; l'ordre public, d'autre part par la constitution de la mise en sc&#232;ne en tant que discipline artistique et la repr&#233;sentation en tant qu'&#339;uvre d'art qui impliquent l'instauration radicale de la place des spectateurs, inexistants dans l'art de culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'est-ce pas l&#224;, justement, que s'est jou&#233; un rapport sp&#233;cifique au corps, par l'interm&#233;diaire duquel naissent le spectateur et ce que nous nommons le public ? C'est souvent en termes de n&#233;gation du corps que cela s'interpr&#232;te : &lt;i&gt;&#171; Le corps r&#234;v&#233;, id&#233;al est un corps absent ou mort. Le spectateur r&#234;v&#233; est un spectateur sans corps, sans bronches encombr&#233;es ni articulation ankylos&#233;e. Il doit rester immobile, fig&#233; &#187; &lt;/i&gt; puisque &lt;i&gt;&#171; le culturel cela se m&#233;rite ! &#187; &#187;&lt;/i&gt; (Agn&#232;s Lontrade). Mais c'est oublier que le corps du spectateur, et bient&#244;t de la spectatrice (plus avant dans le XVIII&#7497; si&#232;cle), joue un r&#244;le primordial dans l'exercice du spectacle. S'il est vrai que dans une salle de spectacle, le spectateur manifeste une &#171; attention rituelle &#187; vis-&#224;-vis de l'&#339;uvre et que son corps est soumis &#224; des r&#232;gles contraignantes comme ne pas bouger ou ne pas faire de bruit, nous sommes aujourd'hui loin de cette id&#233;e d'asc&#233;tisme dans le fait d'aller au spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps spectatoriel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'interview conduite par Marianne Massin (&lt;i&gt;&#192; l'&#233;preuve des disjonctions&lt;/i&gt;) avec l'artiste Anri Sala recadre la d&#233;marche globale du volume autour d'une question qui traverse la plupart des commentaires. Le regard (ou l'oreille, etc.) tendu vers une &#339;uvre d&#233;cline-t-il une exp&#233;rience ou un exercice spectaroriels ? Ce qui est ici en jeu, c'est une pens&#233;e de l'art rapport&#233;e &#224; un temps de construction qui est bien celui du corps du spectateur ou de la spectatrice. L'artiste pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Ces &#339;uvres ne sont pas l&#224; pour &#234;tre vues comme des contenus, mais plut&#244;t pour cultiver &#224; l'int&#233;rieur de chacun ce potentiel d'intervalle, ce d&#233;calage, de perte d'&#233;quilibre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certes, il existe bien des &#339;uvres &#224; exp&#233;riences, comme il existe des &#339;uvres &#224; usages (notamment dans les 1% scolaires, comme l'a montr&#233; Marie-Laure Viale dans sa th&#232;se, non publi&#233;e). Et existent non moins des discussions autour de l'emploi du terme &#171; exp&#233;rience &#187;, Massin en sugg&#233;rant la teneur par allusion &#224; des discussions avec la philosophe Catherine Grout et la danseuse Micheline Leli&#232;vre. Mais en g&#233;n&#233;ral, le principe m&#234;me d'une adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; chacune et chacun implique une sorte de n&#233;gociation de chaque instant entre soi et l'&#339;uvre envelopp&#233;e dans une vigilance aiguis&#233;e dans la r&#233;ception. Et de conclure que les dispositifs, notamment ceux que propose Anri Sala, permettent au spectateur d'&#233;prouver et de cultiver un rapport de syncope &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me. N'est-ce pas exactement ce qui peut prendre le nom d'exercice, cette invitation &#224; se vivifier soi-m&#234;me et &#224; exercer sa vigilance sur le suspens du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En r&#233;alit&#233;, la discussion sur ce plan est plus large qu'on ne le croit. Elle engage en sous-main une critique des &#171; spectateurs &#187; de m&#233;dias de masse. Depuis longtemps, on leur reproche leur &#171; passivit&#233; &#187;, leur mani&#232;re de se livrer au formatage dans lesquels on les conduit, leur inculture par dissolution de soi dans l'image. Le photographe Olivier Culmann en a propos&#233; une version tout &#224; fait explicite dans un ancien ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22061 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/img_4517.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/img_4517-41116.jpg?1772188263' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	L'exaltation de l'id&#233;e d'exp&#233;rience relativement aux arts tend &#224; imposer une distinction entre deux types de spectateurs : les spectateurs &#224; exp&#233;rience, qui agissent et se mobilisent pour saisir l'image avec pertinence, et les spectateurs &#224; passivit&#233;, qui re&#231;oivent l'image sans prendre de distance avec elle. L'ouvrage a au moins le m&#233;rite sur ce plan de ne pas adh&#233;rer &#224; ce partage un peu rapide et formel, par trop distinctif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps du public &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste une question qui traverse aussi ce volume. Qu'en est-il du corps du public ? Ou plut&#244;t, le public fait-il corps ? Et quel corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Thomas Morisset, en fin de volume, conduit une r&#233;flexion &#224; partir de laquelle des r&#233;ponses peuvent &#234;tre &#233;labor&#233;es. En s'int&#233;ressant aux gestes et aux efforts d'autrui tels qu'ils sont appr&#233;hend&#233;s dans les &#339;uvres et les spectacles, il livre une s&#233;rie de remarques. Ainsi, insiste-t-il sur le d&#233;veloppement de la culture de sa sensibilit&#233; par chacun et chacune dans la confrontation impos&#233;e dans le spectacle entre spectateur et &#339;uvre et entre les spectateurs. Cette culture passe donc pour une des modalit&#233;s de constitution du public. Ce dernier n'est ni un bloc, ni une chose, ni imm&#233;diatement form&#233; : il r&#233;sulte des interactions activ&#233;es durant le temps de la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En somme, r&#233;fl&#233;chir &#224; cette dimension esth&#233;tique revient &#224; se demander non seulement ce que signifie faire corps, mais encore en quoi et pourquoi il est important de faire corps ou de pouvoir faire corps. Ce ne sont pas seulement les pratiques artistiques traditionnelles qui sont mises ainsi en point de mire, mais encore les arts vivants, et surtout les arts de la rue. D'autant que ces derniers sont souvent propuls&#233;s au rang de mod&#232;le d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; transposable &#224; la forme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux images pourraient porter ce d&#233;bat. La premi&#232;re se trouve en t&#234;te de cet article. Elle renvoie au travail de Ruedi et V&#233;ra Baur, dans le quartier des Loch&#232;res &#224; Sarcelles. Ce travail, portant sur un immeuble entier, ne se contente pas d'interroger la place du sensible dans les lieux et l'espace publics. Ce qu'il accomplit tout de m&#234;me. Il prolonge largement l'analyse en direction du public de l'ouvrage, d'autant que ce public, les habitantes et habitants de l'immeuble, se trouve &#234;tre au principe de la cr&#233;ation de l'installation. Se rencontrent par cons&#233;quent en ce point la diversit&#233; des sensibilit&#233;s, la diversit&#233; des personnes et des cultures, et la diversit&#233; des rapports &#224; des &#339;uvres d'art. Heureusement Ruedi et V&#233;ra Baur ne pr&#233;tendent pas pour autant proposer des recettes en mati&#232;re d'art et de public. Mais ce &#224; quoi ils ont &#339;uvr&#233; contribue fort bien &#224; sculpter un public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La seconde image appartient &#224; Henri Cartier-Bresson. Nous la livrons &#224; l'approche que le lecteur et la lectrice voudra bien se proposer. Elle est toutefois coh&#233;rente avec le d&#233;veloppement que nous venons de donner &#224; lire et &#224; critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH324/william_powell_frith_a_private_view_at_the_royal_academy-57f5a.jpg?1737321628' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Powell Frith, A Private View at the Royal Academy
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le p&#233;rilleux exercice public de l'art</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Le-perilleux-exercice-public-de-l</link>
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		<dc:date>2024-12-27T10:20:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Ruby et Jean-Christophe Nourisson</dc:creator>


		<dc:subject>entretien</dc:subject>
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		<dc:subject>sculpture</dc:subject>
		<dc:subject>art public</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Par la s&#233;rie d'articles que je publie dans TK 21 autour du travail d'un ou d'une artiste, mon objectif est, apr&#232;s rencontres et discussions, de d&#233;crire et de commenter pour le public un certain nombre de propositions artistiques dans le contexte qui est le leur, et de tenter de susciter et de multiplier les relations qui peuvent se tisser entre les cr&#233;atrices/eurs, les artistes et les publics des expositions, les citadin(e)s et la ville lorsqu'il s'agit d'art public.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Entretien" rel="tag"&gt;entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/architecture" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/sculpture" rel="tag"&gt;sculpture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/art-public" rel="tag"&gt;art public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2592-6fc80.jpg?1772186868' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par la s&#233;rie d'articles que je publie dans TK 21 autour du travail d'un ou d'une artiste, mon objectif est, apr&#232;s rencontres et discussions, de d&#233;crire et de commenter pour le public un certain nombre de propositions artistiques dans le contexte qui est le leur, et de tenter de susciter et de multiplier les relations qui peuvent se tisser entre les cr&#233;atrices/eurs, les artistes et les publics des expositions, les citadin(e)s et la ville lorsqu'il s'agit d'art public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que ces relations soient qualifi&#233;es et qualifiables d'esth&#233;tique ou non, selon les significations pr&#234;t&#233;es &#224; ce terme dans le cadre de l'art contemporain, elles sont centrales puisque, paradoxalement, elles doivent assumer, de nos jours, ce qui a fond&#233; l'art classique &#224; partir de la Renaissance : l'adresse ind&#233;termin&#233;e &#224; chacune et chacun, et la rupture avec les avant-gardes du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'on rencontre dans les pratiques contemporaines. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les &#339;uvres dont il est question, petit &#224; petit, sont d&#233;sormais des &#339;uvres originales, destin&#233;es &#224; des espaces ouverts et pluriels et pas uniquement au White Cube, notamment les lieux urbains collectifs. C'est au sein de cette option que se joue aussi la r&#233;publique contemporaine, la res-publica, par cons&#233;quent les possibilit&#233;s offertes aux corps des passants, puis des regardeurs de r&#233;aliser ce qui fait la d&#233;mocratie. En l'occurrence, avec le travail de Jean-Christophe Nourisson, des corps assis, debout, couch&#233;s, qui s'offrent &#224; des rencontres, &#224; des jeux sans obligation, ni sanction. La propri&#233;t&#233; de ces &#339;uvres, on peut l'observer dans les visuels qui accompagnent le dialogue publi&#233; ci-dessous, est &#233;videmment, malgr&#233; ou &#224; l'encontre du premier regard, l'ind&#233;termination fonctionnelle puisqu'il s'agit d'art et non de design. Cette ind&#233;termination n'assigne pas une place d&#233;finitive aux corps. Elle se d&#233;ploie dans la multiplicit&#233; des possibilit&#233;s, laissant sa part aux occupants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;change auquel nous nous sommes livr&#233;s, Jean-Christophe et moi, ne concerne pas seulement l'&#339;uvre, la d&#233;taillant ou la soumettant &#224; analyse. Il concerne aussi les dynamiques de la commande dans laquelle les artistes sont pris de nos jours. Et il aboutit heureusement &#224; des consid&#233;rations plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Ruby : Tu as r&#233;pondu plusieurs fois &#224; des commandes en vue de lieux publics (Arras, Lille, Nice, Riom, Toulouse, &#201;vry). Qu'attendent les commanditaires dans ce cas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Christophe Nourisson :&lt;/i&gt; Chaque commande est particuli&#232;re mais je ne sais jamais vraiment ce qu'attendent les commanditaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tu le sais, dans le cadre du 1% artistique, il s'agit d'une commande &#224; laquelle les collectivit&#233;s territoriales ne peuvent pas &#233;chapper puisque cela rel&#232;ve d'une obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;j&#224; distinguer deux types d'accueil fait &#224; cette obligation. Parfois cela est saisi comme une opportunit&#233; de permettre &#224; l'art d'entrer dans des b&#226;timents publics. D'autres fois cela est v&#233;cu comme une contrainte, et d'autre fois encore, comme &#224; Arras, il s'agit d'une commande sans obligation. L'Universit&#233; r&#233;ussit &#224; d&#233;gager un budget pour r&#233;aliser plusieurs &#339;uvres diss&#233;min&#233;es sur le Campus, &#224; partir d'une envie qui &#233;mane d'un petit groupe de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais aussi que dans le cadre de la commande publique l'artiste a affaire &#224; un coll&#232;ge qui va des usagers &#224; l'architecte, aux &#171; experts &#187; artistiques, aux politiques. Les attentes peuvent y &#234;tre divergentes. L&#224; o&#249; un architecte sera sensible &#224; la r&#233;sonnance conceptuelle ou plastique avec son ouvrage, un usager pourra attendre un agr&#233;ment, tandis qu'un politique pourra &#234;tre sensible &#224; l'art comme vecteur de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, je ne sais jamais ce qu'attendent les commanditaires. Il s'agit rarement d'une personne (un prince !) qui sait ou non ce qu'elle veut et pourquoi. Je ne peux en avoir qu'une id&#233;e vague &#224; travers des appels d'offres qui orientent plus ou moins la commande. Ces appels sont souvent r&#233;dig&#233;s de mani&#232;re administrative, sous forme d'une adresse impersonnelle. J'essaie toujours d'en savoir le maximum. D'ailleurs, il y a des commandes auxquelles je ne r&#233;ponds pas (celle d'une collectivit&#233;, ouvertement d'extr&#234;me droite ou des demandes clairement &#224; c&#244;t&#233; de ma pratique, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors des attentes explicites qui rel&#232;vent souvent d'un vocabulaire r&#233;f&#233;rant &#224; l'am&#233;lioration du cadre de vie ou d'une pacification des espaces, les appels d'offres cachent leur pauvret&#233; conceptuelle derri&#232;re un vocabulaire technique &#224; rallonge. C'est le jeu des march&#233;s publics qui r&#233;f&#232;re essentiellement au juridique. J'y d&#233;c&#232;le des repr&#233;sentations de l'art install&#233;es dans un imaginaire soi-disant commun. Beaucoup d'architectes perp&#233;tuent cette conception par culture du consensus. Tu peux en avoir id&#233;e en consultant les visuels de projets d'architectes ou de paysagistes. Ils c&#232;dent d'abord &#224; des imp&#233;ratifs : il y fait toujours beau, les &#234;tres humains sont souriants et bien dans leur corps, ils sont joyeux. Aujourd'hui les dessins comportent toujours une in&#233;vitable prairie fleurie et tu y retrouves les poncifs de la sculpture contemporaine qui donnent la touche Arty au projet. C'est devenu un r&#233;flexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attente implicite tend m&#234;me &#224; s'affirmer sans retenue, celle que l'on pourrait appeler l'effet Bilbao ou Soho puissance 10. Depuis Bilbao &#8212; l'&#233;rection de l'architecture de Frank Gehry et les effets induits de tourisme &#8212; la fr&#233;quence d'apparition de l'art contemporain mainstream dans les visuels d'architectes n'a cess&#233; de cro&#238;tre. Le mod&#232;le est export&#233; aux quatre coins de la plan&#232;te, il parie sur un art qui accompagne l'attractivit&#233; &#233;conomique. Je caricature un peu, mais je n'ai pas encore trouv&#233; de commande dans laquelle la d&#233;sob&#233;issance civile, voire la remise en cause des ordres &#233;tablis, apparaisse. En un mot, c'est une touche signifiante de pure communication qui assigne l'art &#224; une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la fin, c'est celui qui paye qui a le pouvoir de signer le contrat. Ainsi chaque commande pr&#233;cise ce qui ne peut pas &#234;tre gouvern&#233;, mais l'est de fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH298/2_copie-7ffb9.jpg?1733567293' width='500' height='298' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'artiste peut-il y r&#233;pondre ? Comment &#233;chapper &#224; l'effet et au d&#233;coratif lors d'une commande ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il faut d&#233;cevoir, refuser le spectacle et toute forme d'adh&#233;sion &#224; un art appareill&#233; &#224; une quelconque bonne intention. S'en tenir &#224; la colonne vert&#233;brale de son travail, dans mon cas les interrelations entre soi et les choses. Il faut convaincre et faire vaciller les attentes, c'est un exercice p&#233;rilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, l'intervention artistique ne transforme-t-elle pas un embryon de lieu en v&#233;ritable espace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet l'espace en tant qu'espacement qui fabrique la qualit&#233; d'un lieu. J'essaie de m'y employer &#224; l'interface des &#339;uvres, de l'architecture, du paysage et des &#234;tres humains conduits &#224; fr&#233;quenter le lieu. J'ai l'impression de m'&#234;tre entrain&#233; toute ma vie &#224; d&#233;velopper une analytique sensible de l'espace et &#224; d&#233;ployer des hypoth&#232;ses de travaux plastiques qui iraient au contact des autres et rendraient enfin l'espace public au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin de chacune de mes pi&#232;ces d&#233;termine leurs capacit&#233;s &#224; dialoguer dynamiquement les unes avec les autres pour chaque espace sp&#233;cifique. Pour les &#171; pensoirs &#187;, la g&#233;om&#233;trie biaise ouvre sur le ciel et offre la possibilit&#233; de s'en prot&#233;ger. Les praticables sont &#224; la fois des sc&#232;nes et des surfaces de d&#233;lassement. Les &#171; pensoirs &#187; et praticables r&#233;unis multiplient les potentialit&#233;s d'appr&#233;hension de l'installation. On peut s'en tenir &#224; distance comme devant un panorama. Mais cela ne r&#233;siste pas au moindre d&#233;placement du regard et du corps qui chemine d'une place &#224; l'autre. Ce qui s'anime ce ne sont pas simplement les &#339;uvres mais les corps des usagers pr&#233;sents. En d'autres termes, il ne s'agit pas d'imposer un dispositif de capture des corps, comme pourrait l'accomplir une salle de th&#233;&#226;tre, mais plut&#244;t de laisser ouvertes les possibilit&#233;s de r&#233;union commune. La conception et la r&#233;alisation exigent une attention soutenue aux relations qui s'&#233;tablissent entre le corps et la volum&#233;trie, la densit&#233; de 1400 kg pour chaque pensoir, la texture, du b&#233;ton moul&#233; finement et de la couleur, ici un blanc marbre et un noir textur&#233;, ou une conjonction bois-b&#233;ton pour les deux plans horizontaux. C'est &#224; la crois&#233;e de l'ensemble de ces d&#233;cisions que je fixe pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233;e sa dynamique formelle propre, chacune des pi&#232;ces composant l'ensemble propose une orientation. Ma m&#233;thode consiste &#224; mettre en difficult&#233; toute tentative de saisie visuelle unitaire qui focaliserait le regard sur une &#339;uvre unique. Je multiplie les unit&#233;s et met ainsi en mouvement les points de vues sans les r&#233;duire &#224; un plan de projection (le cadre). Puis j'organise la dispersion, en proposant un &#233;clatement de la bulle n&#233;o-classique toujours si pr&#233;sente dans l'am&#233;nagement : figure de sym&#233;trie - alignement - composition g&#233;om&#233;trique - axe majeur... Nous en avons d&#233;j&#224; parl&#233; &#224; propos des compositions al&#233;atoires pour l'ensemble de pi&#232;ces sur le campus de Nice. &#192; Arras les six pi&#232;ces invitent chacune et chacun &#224; entrer dans la danse, &#224; consid&#233;rer l'objet qui fait signe dans la continuit&#233; d'un espace non fini qui accompagne chacun(e). Enfin je laisse la possibilit&#233; au corps de venir y prendre place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3-44-ed00e.jpg?1772187957' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les sites sur lesquels je travaille sont en g&#233;n&#233;ral la r&#233;sultante de d&#233;cisions purement fonctionnelles, ce qui en soi pourrait &#234;tre qualitatif si, et c'est l&#224; que se joue pour moi la bascule, une r&#233;flexion sensible accompagnait ces projets. Souvent, je dois constater que la r&#233;flexion esth&#233;tique est d&#233;corr&#233;l&#233;e de ce qui donne consistance &#224; un lieu. Cela tient en partie au processus de commande et &#224; la formation des architectes et paysagistes. Formation qui maintient &#224; quelques exceptions pr&#232;s la doxa schizophr&#233;nique de la diff&#233;rence ontologique entre le sensible et l'intelligible, la nature et la culture, le sujet et l'objet&#8230; &#192; Arras, pour cette derni&#232;re commande, la prairie sur laquelle je suis intervenu est ceinte par des voies bitum&#233;s qui d&#233;finissent le p&#233;rim&#232;tre, enclosant l'espace vert. Comment att&#233;nuer cette sensation de cl&#244;ture, d'ilot, &#233;largir l'horizon qui accompagne chacun dans son cheminement ? L'espace paysager d&#233;volu &#224; l'implantation de l'&#339;uvre s'inscrit dans les poncifs du jardin d'agr&#233;ment des ann&#233;es 1970. Comment surmonter le dessin de l'espace vert ? J'ai souvent envie de tout reprendre (des sols aux plantations), mais je dois m'adapter &#224; la situation. Enfin l'architecture du campus, &#233;videmment pr&#233;dominante, donne son identit&#233; au lieu. Ici les b&#226;timents courbes et circulaires en brique correspondent aux diff&#233;rents p&#244;les d'enseignement. Comment surmonter ou se laisser couler dans l'identit&#233; de cette architecture ? Je fais, ici, le constat d'&#233;chec du b&#226;ti &#224; fabriquer du lieu. J'ai pens&#233; que la r&#233;alisation devait se distinguer et ne pas jouer de connivence. Ce qui m'arrive parfois lorsque je r&#233;ussis &#224; accompagner une intention architecturale de qualit&#233; comme &#224; Riom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sculpture dans sa d&#233;finition &#233;largie peut &#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re comme cela se rencontre chez des artistes aussi divers que Thomas Hirshhorn ou Otto Piene, ou durable comme c'est le cas de certaines &#339;uvres de Bruce Nauman ou Lothar Baumgarten. &#192; Arras, comme sur les autres sites sur lesquelles je suis intervenu, je fais le pari d'une pr&#233;sence qui engage les &#339;uvres sur le temps long. Cela met &#224; l'&#233;preuve la question du soin apport&#233;e aux sculptures mais plus largement l'int&#233;r&#234;t que l'on porte &#224; un lieu public. Il y a le devenir ruine de la sculpture publique qui angoisse tous les commanditaires mais parfois on me rappelle plusieurs ann&#233;es apr&#232;s l'installation pour mener une campagne de restauration comme c'est le cas &#224; l'abbaye de Maubuisson ou &#224; Lille. Les &#339;uvres testent ainsi la capacit&#233; des citoyens &#224; se saisir de l'entit&#233; juridique propri&#233;taire des &#339;uvres. Cela confirme l'int&#233;r&#234;t commun qu'il y a &#224; maintenir la vie non marchande que ces &#339;uvres engendrent. Peut-&#234;tre est-ce aussi parce que l'on se d&#233;barrasse plus facilement des objets que d'un lieu et que parfois les objets sont indissociables du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes &#339;uvres peuvent &#234;tre per&#231;ues comme un support de m&#233;diation entre les humains qui fr&#233;quenterons l'installation, dans l'alternance de leur propre mouvement : pas d'attention possible &#224; celui qui ne trouverait pas le sommeil, pas de conscience &#224; celui qui ne r&#234;ve pas, pas de pr&#233;sent sans pass&#233;. Je me r&#233;jouis &#224; l'id&#233;e que mes sculptures puissent favoriser l'apparition d'un lieu qui ferait surgir les liens profond&#233;ment improductifs qui nous unissent. Ce qui signifie que l'espace dont je parle n'est pas un contenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais de ce fait, l'intervention de l'artiste ne s&#232;me-t-elle pas le trouble chez les commanditaires ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s heureux si je s&#232;me le trouble mais si je suis aussi troubl&#233; moi-m&#234;me par les r&#233;actions incit&#233;es. Il est bon de semer le trouble d&#232;s lors que les &#339;uvres ruminent au-del&#224; du visible et sont irr&#233;ductibles &#224; l'objet. Ce sont des objets malgr&#233; tout, mais en tant qu'ils engendrent du proche et du lointain, qu'ils d&#233;font toute saisie unitaire, qu'ils s'intercalent dans le flux du vivant. Le trouble provient de la saisie sensible. On sent bien qu'il se passe quelque chose qui est pourtant difficile &#224; nommer et parfois intraduisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout lorsque les commanditaires con&#231;oivent la pr&#233;sence sculpturale comme d&#233;corative ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coratif n'a rien en soit de probl&#233;matique, d'ailleurs beaucoup d'artistes et non des moindres, le revendiquent. Toutefois, la sculpture ne s'y r&#233;duit pas et l'art encore moins. Les appr&#233;ciations en termes de beau et de laid, de nourritures bonnes ou mauvaise n'ont pas cess&#233;s de se d&#233;placer. Les recherches d'Alain Corbin sur l'histoire des sensibilit&#233;s relativisent totalement l'&#233;tablissement d'un jugement esth&#233;tique une fois pour toute. On comprend avec lui ou avec Norbert Elias combien les sensations et les &#233;motions sont enchev&#234;tr&#233;es &#224; l'histoire et aux milieux. Je fais totalement confiance au passant, qui per&#231;oit en lui-m&#234;me les relations complexes, parce qu'elles ne sont pas simplement des relations de vision, qui se nouent entre lui et les artefacts. Je pense ainsi que la perception des &#339;uvres n'est pas n&#233;cessairement li&#233;e &#224; la spectatorialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente d&#233;corative ne r&#233;siste pas &#224; l'exp&#233;rience de l'art. Regardez encore et encore la r&#233;ception des vieilles godasses crott&#233;es peintes par Van Gogh et tant d'autres &#339;uvres, celles des soi-disant barbares qui attirent maintenant les foules. L'&#233;ducation peut parfois aider &#224; d&#233;placer les certitudes qui entourent les relations entre art et beaut&#233;. Les artistes depuis toujours accompagnent les m&#233;tamorphoses du sensible et souvent avec le coup d'avance qui les fait apparaitre comme &#171; affreuses &#187;. Ce qui anime mes cr&#233;ations n'est pas le souci du beau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_copie-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_copie-2-7c50d.jpg?1772187957' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment con&#231;ois-tu ton &#233;criture spatiale (mati&#232;re-forme-espace) et son lien avec les passants ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;sulte d'une lente distillation qui a conduit &#224; formuler une &#233;criture, dans l'oscillation d'un d&#233;bat entre le concret et l'abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars de l'espace, celui, pr&#233;cis, sur lequel je vais travailler, et ce n'est jamais abstrait. L'espace tel que je l'entends est constitu&#233; de champs &#233;lectro-magn&#233;tiques qui recomposent et influent sur les cha&#238;nes du vivant, et dont on devine qu'il ne s'agit plus d'&#233;ther. Les coups r&#233;p&#233;t&#233;s de la physique quantique et du symbiotique en biologie rendent caduque toute d&#233;finition de l'espace qui se tiendrait encore du c&#244;t&#233; d'un d&#233;sastreux &lt;i&gt;Ground z&#233;ro&lt;/i&gt; &#224; conqu&#233;rir. En tant qu'humain participant &#224; la modification sensible de l'espace, j'essaie d'intervenir avec le tact n&#233;cessaire &#224; la construction en me glissant, intercalant, n&#233;gociant avec l'instabilit&#233; du vivant visible et invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#233;thode ressemble &#224; celle d'un dresseur de pierre. J'&#233;prouve les sensations multiples des embryons de lieu sur lesquels je travaille. C'est sans doute ce qui devient le plus important au fil du temps. Je marche, sillonne, &#233;prouve les qualit&#233;s atmosph&#233;riques et lumineuses, me rends disponible &#224; l'&#233;coute, explore ce qui conditionne la sensation, l'architecture, le paysage, les usages humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus abstrait, chaque lieu est porteur d'une histoire. Pourquoi tel b&#226;timent est-il plac&#233; &#224; tel endroit ? Pourquoi tel type de mati&#232;re ou de forme ? Tout cela me raconte les histoires des imaginaires politique, social et esth&#233;tique qui pr&#233;existent. Avant m&#234;me que je me d&#233;cide &#224; proposer quelque projet que ce soit, il y a sur place un champ d'&#233;nergie qui r&#233;f&#232;re au terrestre et au culturel. Dans la tension d'une histoire toujours en devenir, j'op&#232;re une analyse fine qui passe au crible analytique et au crible de la sensation cette premi&#232;re approche du lieu. Mes outils sont tr&#232;s simples, un carnet de notes manuscrites et un appareil photographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'atelier, je tente de comprendre, le o&#249; et le quand de la proposition. C'est une phase durant laquelle je formule des r&#233;ponses aux questions qui apparaissent au fil de la recherche. Lorsque j'ai enfin une id&#233;e assez claire, je fabrique des hypoth&#232;ses plastiques dessin&#233;es qui pourraient se glisser entre chacune de ces r&#233;alit&#233;s. Verticalit&#233; - horizontalit&#233; - volum&#233;trie - puis mat&#233;riau, chacun de ces termes dans sa mise en &#339;uvre formule une courbure de l'espace-temps et engage les &#339;uvres dans leurs rapports aux hommes, femmes et enfants, qui fr&#233;quenteront ce lieu augment&#233;. J'essaie d'intervenir de mani&#232;re hom&#233;opathique dans le plurivers toujours satur&#233; d'une maison jamais tout &#224; fait blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Arras, tu as produit un ensemble articul&#233; d'&#339;uvres faisant signe aux passants. Mais que cherches-tu &#224; accentuer : les surfaces sensibles de chaque &#339;uvre, la marche dans l'espace local ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette derni&#232;re commande, la fr&#233;quentation du campus ouvert sur la ville, r&#233;guli&#232;rement emprunt&#233; &#224; pied dans le but de relier deux quartiers, et bien s&#251;r la pr&#233;sence des &#233;tudiants et du personnel de l'universit&#233; constituent le premier public. Je fais le pari du fr&#244;lement, de l'interf&#233;rence que les &#339;uvres engendrent dans le cours de la marche, c'est-&#224;-dire d'une modification de ces indicibles mouvements qui nous alertent inconsciemment. Ce qu'en termes savant James Gibson nommait les &#171; affordances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que la pr&#233;sence des &#339;uvres sera en capacit&#233; de modifier sensiblement la perception du lieu. Pour cela, j'installe des ensembles dont les pi&#232;ces tr&#232;s souvent identiques entrent en r&#233;sonnances les unes avec les autres. &#192; l'universit&#233; d'Arras, deux praticables horizontaux et quatre pi&#232;ces verticales en bois et b&#233;ton sont mis en place. Cet ensemble dispers&#233;, on peut le voir sous de multiples angles qui se renouvellent sans cesse au fil des d&#233;ambulations. Il n'impose pas de point de vue, de bon angle, sous lequel on verrait la sculpture. Au contraire, il invite &#224; la marche, &#224; la danse et &#224; toute autre posture en mouvement. Chaque &#339;uvre est praticable, on peut s'y asseoir, s'y allonger, s'y tenir debout. Chacune devient le support de multiples activit&#233;s. Chacune invite &#224; une appropriation partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, je dirais que c'est tout ce que j'ai accumul&#233; dans ma pratique qui me permet de faire fonctionner l'installation. Mon attention aux mat&#233;riaux, aux surfaces, &#224; la volum&#233;trie rend fluide la relation entre le proche et le lointain, le mouvement et la pause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tente de construire un lieu ouvert &#224; l'activit&#233; et &#224; la r&#234;verie, &#224; l'exp&#233;rience renouvel&#233;e du monde et des autres. C'est la dimension premi&#232;re du lieu que de mettre en interrelation les humains. Si l'espace peut exister ind&#233;pendamment de notre pr&#233;sence, le lieu n'existe pas sans les hommes qui le traversent ou y prennent place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5a_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/5a_copie-ce002.jpg?1733567293' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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