<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tk-21.com/spip.php?id_auteur=3635&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Reine de la nuit &#8212; 2/2</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Reine-de-la-nuit-2-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Reine-de-la-nuit-2-2</guid>
		<dc:date>2017-04-30T23:25:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernadette Kelly et Marc Petit</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>portrait</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une &#233;tonnante innovation venait de bouleverser le petit monde de la photographie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/portrait" rel="tag"&gt;portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH105/arton1032-6b557.jpg?1772245765' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une &#233;tonnante innovation venait de bouleverser le petit monde de la photographie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'appareil &#224; d&#233;veloppement automatique, il devenait possible &#224; tout un chacun de tirer sur papier les clich&#233;s sans passer par les soins d'un laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre de la Louvi&#232;re vit aussit&#244;t le parti qu'il pouvait tirer de cette merveilleuse invention. Confront&#233; &#224; la difficult&#233; croissante qu'il &#233;prouvait &#224; tenir un crayon, il lui semblait que la photographie remplacerait avantageusement les esquisses dont il se servait pour affiner la composition de ses futurs tableaux. Depuis un certain temps, cette id&#233;e lui trottait dans la t&#234;te et s'il n'avait pas, jusque-l&#224;, pens&#233; pouvoir la r&#233;aliser, c'&#233;tait par crainte des d&#233;lateurs toujours pr&#234;ts &#224; crier au scandale, qu'il savait actifs dans les milieux de la presse et les laboratoires. Mais voil&#224; que le Polaro&#239;d (ainsi s'appelait l'appareil magique), en dispensant le photographe de recourir aux services d'un tiers, octroyait au preneur de vues la m&#234;me souveraine libert&#233; dont jouissait l'artiste habitu&#233; &#224; faire poser les mod&#232;les vivants. Aussi Igor Egorski ne tarda-t-il pas &#224; faire l'emplette d'un de ces curieux monstres, hybridation de l'appareil &#224; soufflet et du fusil-mitrailleur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH520/1_kelly-2-00a18.jpg?1509822582' width='500' height='520' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les premiers essais se sold&#232;rent par une s&#233;rie de fiascos entrecoup&#233;s d'&#233;normes &#233;clats de rire. L'appareil n'en faisait qu'&#224; sa t&#234;te, tirant parti de l'ignorance totale en la mati&#232;re de l'apprenti photographe et du jeune mod&#232;le qui lui servait d'assistant. Le r&#233;sultat fut plus que pitoyable &#8211; pire que de l'expressionnisme, de l'art abstrait ! s'&#233;cria Igor &#224; la vue de la bouillie jaun&#226;tre et des taches sanguinolentes auxquelles se trouvaient r&#233;duites les images &#224; la sortie de la chambre noire. Ce n'est que peu &#224; peu, apr&#232;s beaucoup de t&#226;tonnements, que l'on vit appara&#238;tre, une fois le papier sec, quelque chose qui ressemblait vaguement &#224; un visage ou &#224; une forme humaine. Les al&#233;as de l'apprentissage, les crises de fou-rire partag&#233;es firent beaucoup pour briser d&#233;finitivement la glace et cr&#233;er, d'une semaine &#224; l'autre, une complicit&#233; croissante entre le vieux peintre rebelle aux diktats de la technique et Clara, nettement plus r&#233;ceptive &#224; ses subtilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ances se passaient ainsi : chaque mercredi, vers quatre heures, Clara apparaissait du c&#244;t&#233; des boulingrins, chantonnant le plus souvent un air de Mozart, dont elle poss&#233;dait pour son &#226;ge un r&#233;pertoire &#233;tendu (son p&#232;re, le docteur Sprengl&#233;, &#233;tait un m&#233;lomane qui maniait &#224; ses heures l'archet avec une certaine dext&#233;rit&#233;). Elle gravissait les quelques marches du perron, puis traversait la terrasse et, arriv&#233;e par le couloir qui reliait celle-ci aux pi&#232;ces d'habitation, p&#233;n&#233;trait sans frapper &#224; la porte dans l'atelier d'Egorski, presque toujours assis dans son fauteuil de rotin, une cigarette &#233;gyptienne au coin des l&#232;vres, qu'il recueillait avec d&#233;licatesse, pour &#233;viter de faire tomber la cendre, entre ses longs doigts aux articulations ligneuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/2_kelly-115dd.jpg?1509822582' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;La chambre&#034;, 1965, eau forte, 11 x 15,7 cm
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rituellement, le vieil homme interrogeait la coll&#233;gienne sur ce qu'elle avait fait, lu et &#233;tudi&#233; durant la semaine, les notes qu'elle avait obtenues, les promenades qu'elle avait faites, le week-end, avec sa famille ou ses camarades de classe. Puis il lui proposait quelque boisson anodine, menthe &#224; l'eau, limonade ou soda au sirop d'hibiscus, habituellement accompagn&#233;e de gaufrettes et de cigarettes russes. Apr&#232;s ces pr&#233;liminaires, la jeune fille, avec sa gr&#226;ce de chat, bondissait en silence sur ladite chaise &#233;trusque (qui &#233;tait, tout compte fait, se disait une fois sur deux Igor, bien plut&#244;t une m&#233;ridienne qu'une chaise, puisqu'on pouvait s'y allonger). D'un geste, elle faisait voltiger la chemisette, la jupe ou la petite robe d'&#233;t&#233; qu'elle avait mises ; d'un autre, elle attrapait le tissu ou le ch&#226;le brod&#233; qu'Igor avait pr&#233;par&#233; pour elle, pli&#233; et d&#233;pos&#233; soigneusement &#224; ses pieds. Par jeu, Clara s'amusait &#224; s'affubler de cet accessoire de la fa&#231;on la plus fantaisiste et la moins fonctionnelle qu'on p&#251;t imaginer. Elle savait que le vieux peintre prenait plaisir &#224; disposer comme lui seul l'entendait les plis et les tomb&#233;s du tissu, &#224; d&#233;voiler, recouvrir, laisser deviner ou entrevoir telle ou telle partie habituellement cach&#233;e de sa personne. Ses doigts couraient sur sa peau, l'effleurant &#224; peine, soulignant au passage avec la retenue et la d&#233;licatesse d'un collectionneur de papillons la courbe d'une &#233;paule, le galbe d'une cuisse, le bourgeon d'une pointe de sein au l&#233;ger fr&#233;missement. &#192; demi consciente du pouvoir qu'elle exer&#231;ait sur le vieil homme, Clara laissait son esprit divaguer entre sommeil et veille, r&#234;veries ind&#233;cises et imaginations. C'est ce glissement dans l'entre-deux, enfance et &#226;ge adulte, savoir et na&#239;vet&#233;, lucidit&#233; et inconscience, qu'Igor Egorski guettait sur le visage de la jeune fille &#224; moiti&#233; endormie, berc&#233;e dans les laisses du songe, sur les courbes de son corps adorable au relief de dunes d'o&#249; s'exhalait un parfum doux-amer de lis des sables, beaut&#233; nimb&#233;e de la m&#233;lancolie du temps qui passe et ne reviendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carr&#233; dans son fauteuil de rotin, la bouche cousue, le photographe n'arr&#234;tait pas d'appuyer sur le d&#233;clencheur, comme s'il ignorait que la r&#233;v&#233;lation de l'image, sur cette sorte d'appareil, n&#233;cessitait un certain temps d'attente avant que le clich&#233; dev&#238;nt lisible. Au bout d'une heure, il se trouvait en possession de plusieurs dizaines de photographies de petit format presque identiques. Seuls variaient (encore fallait-il les regarder avec attention et parfois, prendre une loupe pour &#234;tre en mesure d'en juger) le degr&#233; d'exposition, le cadrage, la distance, la position de la t&#234;te, des bras, des mains ou des jambes du mod&#232;le, les diff&#233;rences ne jouant que sur d'infimes nuances qu'Egorski &#233;tait bien le seul &#224; pouvoir appr&#233;cier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/3_kelly-e948e.jpg?1772209182' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Sans titre&#034; (Les pinceaux), huile sur toile, 33 x 46 (0000)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, en s'appuyant sur sa canne au pommeau d'argent orn&#233; de figures de sir&#232;nes aux cheveux d&#233;nou&#233;s, il se levait de son si&#232;ge pour aller rectifier de ses longs doigts d'entomologiste le froissement d'un pli, le plombant d'un drap&#233;, la position des mains de Clara cachant pudiquement, &#224; moins qu'elle ne les laiss&#226;t involontairement ou non entrevoir, les vallonnements et les combes d'un paysage f&#233;minin dont le secret ultime &#233;chappait aux yeux d'Igor incapables, l'e&#251;t-il voulu, d'en saisir le d&#233;tail. Il n'y a pas que le soleil qui m'aveugle, se disait-il. La nuit aussi, la beaut&#233;, cet autre nom de la nuit. Un soleil noir ! &#171; Tout me nuit et conspire &#224; me nuire &#187; ... L'&#233;trange jeu de mots ! D&#233;cid&#233;ment, la langue fran&#231;aise a plus d'un tour dans son sac...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il allait se rasseoir et de nouveau, son beau visage au profil aquilin disparaissait derri&#232;re la machine infernale juch&#233;e devant lui sur un tr&#233;pied, l'&#226;ge et les rhumatismes interdisant au vieux peintre de man&#339;uvrer le lourd appareil en l'absence d'un support sans trembler et risquer m&#234;me de le laisser s'&#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps &#8211; des semaines, des mois puis des ann&#233;es, la photographie devint peu &#224; peu pour Igor Egorski une sorte de drogue. Comme les toxicomanes se piquant &#224; l'h&#233;ro&#239;ne, il n'&#233;prouvait plus de plaisir, ni m&#234;me de v&#233;ritable &#233;motion au moment de saisir l'image qui occupait sa pens&#233;e, mais seulement un soulagement, un all&#233;gement de la tension qu'il ressentait avant l'instant o&#249; il appuyait sur le d&#233;clencheur. La magie op&#233;rait toujours, mais en mi-teintes, lorsqu'il voyait le rectangle de papier sortir lentement de l'appareil et du fond de l'image, d'abord uniform&#233;ment sombre et flou, chaque fois inesp&#233;r&#233;e, la silhouette du corps de Clara aux nuances ivoirines appara&#238;tre myst&#233;rieusement, de plus en plus lumineuse et plus pr&#233;cise, tel un palimpseste se r&#233;v&#233;lant &#224; la lumi&#232;re du jour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH358/4_kelly-5123c.jpg?1509822583' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Le soir &#224; l'atelier&#034;, huile sur toile, 33 x 46 (0000)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon rosaire. &#192; chacun son Ave Maria &#187;, plaisantait-il. Pouvait-il, &#224; son &#226;ge, tomber encore amoureux ? Depuis des ann&#233;es, il ne connaissait plus le plaisir des corps, mais c'&#233;tait comme si, de cette privation inexorablement subie et assum&#233;e, une autre forme de jouissance, plus subtile et plus intense, avait vu le jour en lui : surgie des profondeurs d'on ne sait quel ab&#238;me, quelles terres int&#233;rieures parcourues de courants de lave qui finiraient un jour, apr&#232;s avoir travers&#233; les nuits, par percer l'ultime couche opaque &#224; la surface et fuser en feu d'artifice dans le ciel d'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait dans le pass&#233; aim&#233; d'autres Clara, remarqu&#233;es lorsqu'elles &#233;taient encore enfants, &#224; l'&#226;ge l&#233;gal il avait fini par faire d'elles ses ma&#238;tresses et m&#234;me, il en avait &#233;pous&#233; quelques-unes au fil de sa longue vie. Mais il voyait &#224; pr&#233;sent que ces l&#233;galisations n'&#233;taient qu'une fa&#231;on de donner le change, recouvrant le plus myst&#233;rieux des ab&#238;mes ; une mani&#232;re d'int&#233;grer l'impensable, ou de faire semblant, en le ramenant aux normes de la r&#233;alit&#233; socialement acceptable, &#171; dans l'int&#233;r&#234;t commun des parties &#187;, comme on le dit dans la langue du droit. &#192; pr&#233;sent, il faisait face au myst&#232;re &#8211; un myst&#232;re qui n'&#233;tait ni en lui, ni en Clara, mais dans quelque chose qui l'un et l'autre les d&#233;passait, les transcendait, au-del&#224; de leur volont&#233; propre, au-del&#224; m&#234;me du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clara en avait-elle conscience, et jusqu'&#224; quel point ? Pourquoi s'obstinait-elle &#224; revenir, chaque mercredi, poser comme mod&#232;le pour Igor, au lieu de profiter de cette journ&#233;e de loisir en compagnie de ses fr&#232;res et s&#339;urs ou de ses camarades de classe ? Elle s'ennuyait lors de ces s&#233;ances, reconnaissait-elle, elle ne savait pas pourquoi elle revenait ainsi, chaque semaine, poser pour autant de photos presque identiques, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment r&#233;p&#233;titives, entre lesquelles elle ne voyait gu&#232;re de diff&#233;rences... &#201;tait-ce de la piti&#233; qu'elle ressentait pour le vieil homme ? La fiert&#233; et le plaisir de se savoir admir&#233;e, contempl&#233;e, d&#233;sir&#233;e, sans courir aucun risque ? La peur de faire du mal &#224; Igor si elle abandonnait son poste, peut-&#234;tre m&#234;me la crainte, si elle venait &#224; le quitter, de h&#226;ter sa fin ? Toujours est-il qu'elle revenait, &#224; l'&#233;tonnement de tous, c&#233;dant &#224; l'&#233;vidence d'un lien plus fort que tout, que les gens &#224; l'ext&#233;rieur ne pouvaient imaginer et qu'elle-m&#234;me, l'ayant accept&#233; une fois pour toutes, n'essayait plus de comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH413/5_kelly-53ec1.jpg?1509822583' width='500' height='413' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Diane&#034;, huile sur toile, 36 x 46 (0000)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le vieux sorcier lui-m&#234;me n'&#233;tait plus ma&#238;tre du jeu. Jour apr&#232;s jour, il sentait monter en lui, lentement, une sourde angoisse chaque fois qu'il replongeait son nez dans ses archives, battant et rebattant les cartes, alignant les photos avec la froide, f&#233;brile et triste fr&#233;n&#233;sie des solitaires qui occupent toutes leurs journ&#233;es &#224; faire des r&#233;ussites. O&#249; menait cette folle accumulation ? Qu'attendait-il de cette duplication &#224; l'infini de la figure aim&#233;e, comme les d&#233;vots adorateurs de Bouddha tapissent les grottes, les murs des temples et leurs hautes colonnes jusqu'au ciel de la m&#234;me, seule et unique image ind&#233;finiment multipli&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec volupt&#233;, il se plongeait dans cet oc&#233;an clair-obscur, au milieu de ces bancs de poissons phosphorescents aux formes floues, de ces corps de sir&#232;nes ou de mur&#232;nes ondulant tout autour de lui, qui ne retenaient de l'image de Clara qu'une vague lueur aux marges de la nuit. M&#233;dusante, serpentine, telle une autre M&#233;lusine qui toujours lui &#233;chappait, surgie du puits cr&#233;pusculaire camp&#233; au milieu de son regard, pour dispara&#238;tre &#224; nouveau... Mais soudain, en un &#233;clair, le tableau se disloquait, devant lui des centaines de vignettes presque identiques se juxtaposaient comme sur les facettes d'un gigantesque &#339;il de mouche, vaste puzzle d&#233;sint&#233;gr&#233; dont il &#233;tait vain d'esp&#233;rer ressaisir jamais l'image enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Igor sentait que la folie le mena&#231;ait &#8211; pire que la folie, une forme d'imb&#233;cillit&#233; li&#233;e &#224; cette obsession, cette contrainte de r&#233;p&#233;tition qui s'&#233;tait empar&#233;e de son esprit, ne le laissant plus jamais en repos.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;40&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L452xH650/6_kelly-9dc8a.jpg?1509822583' width='452' height='650' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Le dos&#034;, 2013, eau forte, 12,8 x 9 cm
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peindre ! Se remettre &#224; peindre ! C'&#233;tait la seule planche de salut. Comment &#233;tait-il possible qu'il e&#251;t oubli&#233; sa mission, la seule v&#233;ritable passion de sa vie, sa raison d'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec audace &#8211; aveuglement, se dit-il, appr&#233;ciant ce que ce mot pouvait avoir d'ironique dans sa situation &#8211; il choisit pour ses toiles &#224; venir des ch&#226;ssis de tr&#232;s grand format, grandeur nature, rapport&#233;s au motif qui le hantait : Clara, est-il besoin de le dire, mi-assise, mi-allong&#233;e sur la fameuse m&#233;ridienne (ou chaise &#233;trusque ?) o&#249; elle posait depuis un nombre incalculable de semaines, tous les mercredis apr&#232;s-midi, de quatre heures &#224; cinq heures ou cinq heures et demie, en dehors de la p&#233;riode des vacances scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les ma&#238;tres d'autrefois, le peintre usait d'un dispositif permettant d'all&#233;ger la tension musculaire du bras et de la main qui tenaient le pinceau : une sorte de gaule termin&#233;e par un tampon qu'il fallait coincer entre le chevalet et le bord sup&#233;rieur du ch&#226;ssis. Le pinceau &#233;tait log&#233; dans sa manche au niveau du poignet, fermement maintenu par les boutons de manchette dont le vieux dandy, en homme d'un autre si&#232;cle, ne se s&#233;parait jamais. Ainsi, il n'avait pas besoin de crisper ses doigts pour le manier comme il &#233;tait oblig&#233; de le faire quand il tenait un crayon. La touche, par la force des choses, en devenait plus molle, moins nerveuse et moins appuy&#233;e &#8211; marque de ce style de vieillesse que l'on retrouve dans les &#339;uvres tardives d'un Renoir, d'un Monet ou d'un Chagall, mais qui en l'occurrence s'accordait assez bien au &lt;i&gt;sfumato&lt;/i&gt;, &#224; la vibration, au fr&#233;missement voluptueux dont Egorski allait nimber les chairs de Clara &#233;mergeant de la p&#233;nombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9377 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH474/7_kelly-6c644.jpg?1772209182' width='500' height='474' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;La boule blanche&#034; (gravure limit&#233;e &#224; 20 exemplaires) 22 x 24 (0000)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il avait toujours peint tr&#232;s lentement, &#224; contre-courant de la mode qui pr&#233;f&#233;rait l'&#233;bauche &#224; l'&#339;uvre achev&#233;e, l'expression nerveuse d'un instant &#224; la qu&#234;te de la beaut&#233; intemporelle, l'hyst&#233;rie au recueillement ; de surcro&#238;t, le grand format qu'il avait &#233;lu pour ses tableaux s'accordait mal &#224; un travail d'apr&#232;s nature, en pr&#233;sence du mod&#232;le vivant, surtout si celui-ci ne pouvait gu&#232;re poser plus d'une heure par semaine, comme c'&#233;tait le cas. Il allait donc devoir s'appuyer sur ses esquisses, ou ce qui en tenait lieu, les quelque deux mille polaro&#239;ds issus des s&#233;ances de pose au fil desquelles Clara, avec une apparente indiff&#233;rence, avait accept&#233; d'incarner le r&#234;ve du vieil artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais comment choisir entre toutes ces images dont aucune, lui semblait-il, n'avait la qualit&#233; requise pour s'imposer &#8211; celle-ci trop floue, celle-l&#224; au contraire trop &#171; piqu&#233;e &#187; et toutes, se disait-il, arbitrairement cadr&#233;es, prises au petit bonheur, au gr&#233; du hasard ou de l'inspiration de l'instant ? Pourquoi Clara relevait-elle ainsi son bras sur telle photo et sur telle autre, presque parfaite, n'offrait-elle qu'un profil perdu emp&#234;chant de saisir son expression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En permanence, il lui fallait naviguer d'une photo &#224; l'autre, un exercice difficile vu son &#233;tat, le mal dont il souffrait l'obligeant &#224; regarder de c&#244;t&#233; pour y voir plus clair. Transposer sur la toile les qualit&#233;s retenues, la puret&#233; d'un contour, le vibrato d'une carnation, n&#233;cessitait les m&#234;mes contorsions des plus &#233;puisantes. Combien d'ann&#233;es lui faudrait-il pour venir &#224; bout d'une seule toile, faire l'ascension de cet Himalaya pictural, planter au sommet le drapeau qui assurerait sa conqu&#234;te ? &#171; Une &#339;uvre inachev&#233;e est une &#339;uvre d&#233;truite &#187;, avait dit Goethe. S'il pouvait encore esp&#233;rer gagner le pari, il devait imp&#233;rativement cesser de papillonner comme il le faisait d'une image &#224; l'autre. Concentrer toute son attention sur une seule, l'image id&#233;ale, l'image absolue, celle qu'il avait depuis toujours en t&#234;te, mais qu'il n'avait jamais encore vue face &#224; face.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/8-kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH401/8-kelly-f437b.jpg?1772209182' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Le paravant&#034; (gravure limit&#233;e &#224; 20 exemplaires) 21 x27 (0000)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il se rappelait l'histoire d'un de ses amis, un Hongrois, Zoltan Kadar, qui exil&#233; en France apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de Budapest, s'&#233;tait mis &#224; ne dessiner et &#224; ne peindre que des arbres. D&#233;sesp&#233;rant de trouver le motif qu'il avait en t&#234;te, il avait entrepris, en commen&#231;ant au cap Nord, un long voyage &#224; pied &#224; la recherche de l'arbre id&#233;al. Deux ans plus tard, il atteignait le d&#233;troit de Gibraltar sans avoir rencontr&#233; sur sa route ce qu'il cherchait. De retour en France, il avait fini par jeter l'ancre dans un village des Corbi&#232;res o&#249; il peignait depuis lors tous les arbres, n'importe lesquels, tous ceux qui par hasard s'offraient &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tait-il assez moqu&#233;, lui, Igor Egorski, de son ami Zoltan Kadar, de la folle &#233;quip&#233;e de ce Don Quichotte de la brosse et du fusain, &#224; qui une palette servait de bouclier ? Et voil&#224; que lui-m&#234;me lui embo&#238;tait le pas, qu'il partait &#224; l'assaut des m&#234;mes moulins fant&#244;mes... Ou bien finirait-il comme l'autre en Sancho Pansa &#8211; &#224; moins que ce ne f&#251;t l&#224; l'ultime sagesse : ne plus chercher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ances avec Clara reprirent de plus belle &#8211; &#224; vrai dire, elles n'avaient jamais &#233;t&#233; interrompues, m&#234;me si, les derniers temps, l'esprit fix&#233; sur l'id&#233;e du tableau en cours, le peintre n'appuyait plus que par routine sur le d&#233;clencheur. D&#233;sormais, au lieu de multiplier les clich&#233;s, d'aligner les &#233;preuves, Igor tournait autour de son mod&#232;le ou pour mieux dire, autour de la vision qu'il avait d'elle, guettant l'instant o&#249;, miraculeusement ou par l'effet du pur hasard, l'image r&#233;elle, se superposant exactement &#224; cette vision int&#233;rieure, donnerait corps &#224; celle-ci, rempla&#231;ant toutes les autres, unique objet de contemplation pour le peintre, ic&#244;ne ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'osait plus toucher le corps de Clara, rectifier la position d'un bras, d'une main, le tomb&#233; d'un pli, la mani&#232;re dont la lumi&#232;re et l'ombre jouaient sur une courbe, le galbe d'un mollet, d'une &#233;paule ou le bouton de fleur d'un sein. Il attendait que la vision se r&#233;v&#232;le &#224; lui, d&#251;t-elle le frapper &#224; l'instant m&#234;me o&#249; il perdrait la vue d&#233;finitivement, en un &#233;clair, emportant dans sa nuit l'image derni&#232;re, la figure &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH377/10_kelly-8617d.jpg?1509822583' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ances de pose s'encha&#238;n&#232;rent longtemps sans que jamais, une seule fois, le d&#233;clic d'une prise de vue v&#238;nt troubler le silence qui r&#233;gnait dans l'atelier. Des mois, puis des ann&#233;es pass&#232;rent, au cours desquelles jamais le peintre n'accepta de montrer &#224; son mod&#232;le ce qu'il consid&#233;rait tout au plus comme de vagues &#233;bauches de l'&#339;uvre &#224; venir, un brouillon &#224; peine digne d'&#234;tre regard&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clara n'&#233;tait plus une enfant, maintenant. Elle avait atteint l'&#226;ge o&#249;, dans une autre vie, plusieurs de ses devanci&#232;res avaient chang&#233; de statut, passant de l'&#233;tat de simple mod&#232;le &#224; celui de compagne, voire d'&#233;pouse l&#233;gitime de l'artiste qui, comme le disaient avec envie ses d&#233;tracteurs, &#171; collectionnait les conqu&#234;tes &#187;. Vues de l'ext&#233;rieur (mais personne, pr&#233;cis&#233;ment, n'&#233;tait admis &#224; y assister), les s&#233;ances de pose auxquelles elle acceptait d'&#234;tre soumise, par le m&#233;lange d'absurdit&#233; et d'insistance obsessionnelle qui gouvernait leur immuable rituel, auraient pu &#234;tre d&#233;crites comme des s&#233;ances de torture, l'amusement pervers et tyrannique d'un esprit s&#233;nile. Elle seule, et son Pygmalion, savaient qu'il n'en &#233;tait rien. Reposant, immobile, sur la m&#233;ridienne &#233;trusque, les membres souples, les muscles de la nuque sans r&#233;sistance, le visage apais&#233;, Clara fermant les yeux ne pensait &#224; rien, somnolait, r&#234;vait, s'endormait parfois pour de bon, puis s'&#233;veillait aussi fra&#238;che qu'une fleur au matin couverte de ros&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9380 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH329/12_kelly-2e9a2.jpg?1772209182' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle savait que jamais Igor n'ach&#232;verait son &#339;uvre, qu'&#224; supposer qu'il r&#233;ussisse, par extraordinaire, &#224; couvrir une toile enti&#232;re, il lui faudrait, pareil au Frenhofer de Balzac, le h&#233;ros du &lt;i&gt;Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt;, continuer, continuer encore jusqu'&#224; ce que le tableau devienne tout entier illisible, et pour finir, r&#226;cler toute la peinture, telle une fresque que l'on d&#233;cape, avant de recommencer &#224; poser la couleur comme si de rien n'&#233;tait. Elle savait aussi que tant qu'Igor Egorski vivrait, jamais elle ne lui ferait faux bond, et qu'elle reviendrait, chaque mercredi, s'asseoir au fond de la m&#233;ridienne, s'offrant &#224; son regard mutil&#233;, essayant de ne plus penser, de ne plus &#234;tre, d&#233;rivant dans des espaces o&#249; plus rien n'est le contraire de rien, ni le jour ni la nuit, ni la vieillesse ni la jeunesse, ni l'amour ni le deuil de l'amour, ni la vie ni la mort, comme la musique n'est le contraire de rien &#8211; fleur du silence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Exposition &#224; la Galerie Artrial&lt;br class='autobr' /&gt;
du 11 mars au 30 avril 2017&lt;br class='autobr' /&gt;
30, Place Hyacinthe Rigaud &#8212; 66000 Perpignan &#8212; 04 68 62 97 05&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.artrial.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.artrial.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atelier de Bernadette Kelly&lt;br class='autobr' /&gt;
20, Passage Saint-S&#233;bastien &#8211; 75011 Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
01 43 57 03 31&#8211; contact@bernadette-kelly.com&lt;br class='autobr' /&gt;
Visite de l'atelier le samedi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Reine de la nuit &#8212; 1/2</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Reine-de-la-nuit-1-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Reine-de-la-nuit-1-2</guid>
		<dc:date>2017-04-02T13:56:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernadette Kelly et Marc Petit</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>portrait</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cela avait commenc&#233; presque imperceptiblement &#8211; depuis des ann&#233;es ses yeux avaient tendance &#224; se brouiller, le soir, quand il travaillait &#224; sa table &#224; la lumi&#232;re de la lampe, apr&#232;s des heures pass&#233;es &#224; dessiner ou &#224; &#233;crire ;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/portrait" rel="tag"&gt;portrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton1031-5ca89.jpg?1772245766' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cela avait commenc&#233; presque imperceptiblement &#8211; depuis des ann&#233;es ses yeux avaient tendance &#224; se brouiller, le soir, quand il travaillait &#224; sa table &#224; la lumi&#232;re de la lampe, apr&#232;s des heures pass&#233;es &#224; dessiner ou &#224; &#233;crire ;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;mais voil&#224; que la m&#234;me g&#234;ne troublait son regard d&#232;s le matin, au r&#233;veil, pour ne jamais cesser de la journ&#233;e enti&#232;re. L'habitude de manier le crayon lui permettait de donner le change, l'h&#233;sitation du trait pouvant passer pour un effet de style, une mani&#232;re de flou artistique accord&#233;e &#224; sa r&#234;verie autant qu'&#224; la nature de ses sujets d'&#233;lection qu'un rendu trop pr&#233;cis, un trait trop appuy&#233; auraient priv&#233;s de cette aura de po&#233;sie qu'il ch&#233;rissait. &#192; personne il n'aurait voulu confier ce secret que son &#233;l&#233;gance naturelle, alliant &#224; la d&#233;sinvolture aristocratique, &#224; la &lt;i&gt;sprezzatura&lt;/i&gt;, la ma&#238;trise et la s&#251;ret&#233; du geste de l'homme de m&#233;tier, ne pouvait pas ne pas ressentir comme une infirmit&#233;, l'injuste sanction ruinant en lui tout espoir d'arriver un jour &#224; donner forme et visage &#224; cette beaut&#233; pure, cette vision absolue dont il guettait l'apparition et poursuivait les vains fant&#244;mes depuis si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire aussi lui devenait difficile. Une tache claire, presque fluorescente, occupait le milieu de son champ visuel, repoussant la pr&#233;cision des d&#233;tails &#224; la p&#233;riph&#233;rie, transformant en page blanche la page &#233;crite. Mais quoi, n'avait-il pas r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'envi que les mots n'&#233;taient d'aucun secours pour exprimer l'essentiel, que seuls le silence et la musique pouvaient dire ce que la peinture et le dessin montraient du doigt &#8211; ce doigt dont on voyait, sur les statuettes antiques, l'enfant Harpocrate barrer ses l&#232;vres pour pr&#233;server le myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH383/1_kelly-1b4fb.jpg?1509821295' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Orange et bleu, 2017, huile sur toile, 89&#215;115 cm.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un air de Mozart &#8211; celui que chante la Reine de la Nuit dans &lt;i&gt;La Fl&#251;te enchant&#233;e&lt;/i&gt; &#8211; vint caresser son oreille, s'&#233;levant du jardin dans le ciel bleu du printemps. Il se leva en prenant appui sur sa canne et s'approcha de la fen&#234;tre. En contrebas, le long des boulingrins suivant l'all&#233;e qui s'&#233;loignant de la terrasse bord&#233;e d'orangers, menait vers la for&#234;t, une tr&#232;s jeune fille, qui peut-&#234;tre n'&#233;tait encore qu'une fillette, s'avan&#231;ait d'un pas dansant, accompagnant de menus gestes de ses deux mains la m&#233;lodie. Sa voix &#233;tait l&#233;g&#232;re et pure ; ne se sachant pas observ&#233;e, elle ne s'appliquait pas &#224; trouver la note juste, mais l'accrochait par jeu tant bien que mal et jonglait avec elle comme avec une balle, un volant de plumes aux soubresauts virevoltants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'entendant, le vieil homme sentit son c&#339;ur se nouer. C'&#233;tait comme si, venu de la nuit des temps, d'une autre vie, le souvenir d'un bonheur aboli, d'une f&#233;erie famili&#232;re, contre toute attente venait soudain de s'incarner. Il fit l'effort d'&#233;carquiller les yeux et reconnut &#224; ses cheveux blonds flottant &#224; la diable, Clara, la fille du docteur Sprengl&#233;, qui veillait avec une attention distraite sur sa sant&#233; chancelante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure du th&#233;, le dimanche qui suivit, il ne manqua pas l'occasion de poser au docteur la question qui depuis plusieurs jours tenait son esprit en alerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Accepteriez-vous, lui dit-il, que Clara me serve quelque temps de mod&#232;le ? Pourriez-vous lui demander si elle serait d'accord pour poser, ne serait-ce qu'une heure ou deux, le mercredi par exemple, le jour o&#249; il n'y a pas de cours au coll&#232;ge, dans mon atelier ? Bien entendu, vous pourrez assister aux s&#233;ances, vous et votre &#233;pouse, si vous le souhaitez. L'important est de ne surtout pas la brusquer ; elle seule d&#233;cidera...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_noir_bleu_kelly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/2_noir_bleu_kelly-20cfc.jpg?1509821295' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Noir et bleu, 2002, huile sur toile, 88 x 130 cm.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que d&#232;s le mercredi suivant, &#224; quatre heures de l'apr&#232;s-midi, Clara se pr&#233;senta &#224; la porte du manoir de la Louvi&#232;re, pr&#232;s de Vevey, sur les bords du lac L&#233;man, o&#249; r&#233;sidait le c&#233;l&#232;bre peintre d'origine russe Igor Egorski, &#226;g&#233; de quatre-vingt-deux ans, d&#233;sormais &#224; moiti&#233; aveugle et perclus de rhumatismes, pour lui servir de mod&#232;le. Elle allait jouer ce r&#244;le durant six ans, jusqu'&#224; la mort de l'artiste, sans jamais manquer un seul rendez-vous, sauf pendant les vacances scolaires. C'est elle dont on devine les traits sur les derni&#232;res toiles du ma&#238;tre, toutes inachev&#233;es, baignant dans une lueur cr&#233;pusculaire, un irr&#233;fragable clair-obscur. Elle est assise, parfois &#224; demi couch&#233;e ou enti&#232;rement &#233;tendue sur une m&#233;ridienne, plus ou moins d&#233;v&#234;tue, l'air toujours perdue dans ses r&#234;ves, &#224; la fois &#233;trangement absente et pr&#233;sente, immobile, rayonnante telle une apparition et en m&#234;me temps fragile, fuyante, comme sur le point de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s&#233;ance se passa bizarrement, chacun des deux, le mod&#232;le et son peintre, observant l'autre sans dire un mot, &#224; la mani&#232;re des chats qui rencontrant par hasard un cong&#233;n&#232;re, se demandent lequel des deux c&#233;dera la place le premier. La partie se solda par un match nul, aucun des deux protagonistes n'acceptant de baisser la garde devant l'autre. Pour la forme, l'artiste esquissa sur une feuille de papier Ingres un profil, mais c'&#233;tait un exercice de routine plus que d'observation, ses doigts effectuant leurs gammes sans vraiment s'attacher au motif. &#192; la fin de la s&#233;ance, Egorski, intimid&#233; et d&#233;&#231;u, rendit sa libert&#233; &#224; Clara, presque s&#251;r que la chance ne se repr&#233;senterait pas d'apprivoiser un jeune mod&#232;le aussi r&#233;tif. Le mercredi suivant, pourtant, &#224; l'heure dite, Clara frappait &#224; la porte de la Louvi&#232;re, l'air toujours aussi r&#233;serv&#233; (renfrogn&#233;, se dit le peintre en la voyant) et les traits du visage impassibles, fig&#233;s dans leur beaut&#233; juv&#233;nile, impersonnelle, tels ceux grav&#233;s sur les m&#233;dailles et les st&#232;les attiques, qu'aucune expression n'identifie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_coussin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH356/3_coussin-37f2e.jpg?1772227676' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Sur le coussin bleu, 2013, huile sur toile, 47 x 65 cm.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le peintre demanda &#224; la jeune fille de bien vouloir prendre place sur ce que Clara appela un canap&#233; &#8211; non, une m&#233;ridienne, reprit Igor, chatouilleux sur le point du vocabulaire comme l'&#233;taient souvent, dans la vieille Europe, les &#233;trangers &#233;pris de la langue fran&#231;aise plus que les Fran&#231;ais eux-m&#234;mes ; comme celle de madame R&#233;camier peinte par G&#233;rard, ajouta-t-il, sans &#233;veiller le moindre &#233;cho chez Clara qui, d'un bond de chat, s'&#233;tait perch&#233;e au fond de ladite m&#233;ridienne avec un parfait naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune mod&#232;le &#233;tait v&#234;tu d'une tunique bariol&#233;e et d'un pantalon, ce que le peintre regrettait quelque peu, mais bon, se disait-il, ne brusquons rien, et si d'aventure le docteur ou sa femme venaient, comme lui-m&#234;me le leur avait propos&#233;, jeter un &#339;il sur la mani&#232;re dont se passait la s&#233;ance de pose, mieux valait assur&#233;ment sauver les apparences et ne point pr&#234;ter le flanc aux critiques et insinuations que ses tableaux et ses dessins n'avaient cess&#233;, au cours de toute sa carri&#232;re et les derniers temps surtout, de susciter chez les censeurs et la troupe des esprits chagrins ; il est vrai, se disait-il encore pour se rassurer, que le docteur ne pouvait ignorer la r&#233;putation sulfureuse qu'avaient valu &#224; Igor Egorski ses portraits controvers&#233;s de tr&#232;s jeunes filles, lesquelles, aimait-il dire &#224; ses d&#233;tracteurs, n'&#233;taient rien d'autre que des anges, des apparitions surnaturelles, all&#233;goriques et po&#233;tiques. De fait, le docteur et Mme Sprengl&#233; ne se priv&#232;rent pas, &#224; plusieurs reprises, de rendre visite &#224; leur vieil ami, &#224; l'heure des s&#233;ances de pose ; mais bient&#244;t, ils s'abstinrent de venir d&#233;ranger Igor et Clara au milieu de leur travail, leur fille leur ayant signifi&#233; que ces irruptions intempestives nuisaient &#224; la concentration de l'un et de l'autre en rompant le silence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_florence.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH359/4_florence-cdfc3.jpg?1509821295' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Florence, 2002, huile sur toile, 43 x 59,5 cm.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le temps qu'il faisait vint pr&#234;ter main forte au projet du peintre, une vague de chaleur s'&#233;tant abattue subitement sur le lac et les hauteurs environnantes. &#171; Mets-toi &#224; l'aise, dit Egorski &#224; la jeune fille, je ne regarderai pas &#187; &#8211; et il il lui tendit ce qu'elle prit d'abord pour un peignoir, mais qui n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; qu'un mince tissu aux dessins de cachemire, une sorte de ch&#226;le qu'elle jeta sur elle un peu n'importe comment, en en nouant les pointes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme, qui avait tenu parole, ouvrit les yeux. Accoutum&#233; &#224; la contemplation de la beaut&#233;, il s'interdisait par principe de laisser libre cours &#224; l'&#233;motion, pensant qu'il &#233;tait pr&#233;f&#233;rable, moins par prudence, pour ne rien dire de consid&#233;rations platement morales, qu'en vertu de sa propre conception de l'art form&#233;e &#224; l'&#233;cole des ma&#238;tres anciens, de sublimer le d&#233;sir, d'en &#233;mousser l'aiguillon, plut&#244;t que de lui permettre de s'exprimer selon la nature. Mais voil&#224; que le regard qu'il posait sur Clara nonchalamment &#233;tendue sur ce qu'il avait appel&#233; une m&#233;ridienne &#8211; &#224; tort, se dit-il soudain, se rappelant tout &#224; coup son vrai nom : &#171; chaise &#233;trusque &#187;, il l'avait lu dans un livre &#8211; voil&#224; que ce regard, &#224; moiti&#233; r&#233;el seulement, l'imagination volant au secours de ses yeux, faisait battre son c&#339;ur plus vite, r&#233;veillant en lui une sensation oubli&#233;e dont la violence le laissait sans voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous pouvons commencer, finit-il par murmurer. Je te demande seulement de ne pas bouger, cette pose est parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Igor se leva de son si&#232;ge, un antique fauteuil de rotin comme on en alignait autrefois sur les terrasses des &#233;tablissements baln&#233;aires, pour aller s'emparer d'un cahier &#224; spirale et d'un crayon. &#192; peine rassis, il se disposait &#224; tracer sur la feuille de papier le premier trait, lorsqu'il s'aper&#231;ut que ce geste, pourtant des plus simple, lui &#233;tait interdit, ses doigts se crispant inutilement de part et d'autre du crayon sans r&#233;ussir &#224; le serrer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_nuisette.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/6_nuisette-b2b74.jpg?1772227677' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La nuisette noire, 2002, huile sur toile, 50 x 70 cm.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne manquait plus que cela, pensa-t-il. Je vais finir comme Renoir, qui devait attacher &#224; sa main ses pinceaux avec des &#233;lastiques. D&#233;j&#224; que je n'y vois pas plus que le p&#232;re Monet sur ses vieux jours, quand il peignait ses nymph&#233;as &#224; Giverny et n'y voyait plus que du bleu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette pens&#233;e le rass&#233;r&#233;na quelque peu. Il y a encore de quoi peindre, m&#234;me pour un quasi-aveugle doubl&#233; d'une moiti&#233; de paralytique, se dit-il. Le po&#232;te avait peut-&#234;tre raison, qui &#233;crivit un jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Il y a encore des airs &#224; chanter&lt;br class='autobr' /&gt; Au-del&#224; des hommes...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, comme pour se le prouver &#224; lui-m&#234;me, le vieil Igor Egorski, d'une voix de t&#234;te qu'il savait inaudible, se mit &#224; fredonner un air de &lt;i&gt;Cosi fan tutte&lt;/i&gt;, soulignant le rythme de ses doigts noueux comme s'il &#233;crivait dans le vide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : La lampe, 2015, huile sur toile, 81,5 x 100 cm.&lt;br class='autobr' /&gt;
Photos Christophe Beauregard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exposition &#224; la Galerie Artrial&lt;br class='autobr' /&gt;
du 11 mars au 30 avril 2017&lt;br class='autobr' /&gt;
30, Place Hyacinthe Rigaud &#8212; 66000 Perpignan &#8212; t. 04 68 62 97 05&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.artrial.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.artrial.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atelier de Bernadette Kelly&lt;br class='autobr' /&gt;
20, Passage Saint-S&#233;bastien &#8211; 75011 Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
t. 01 43 57 03 31&#8211; contact@bernadette-kelly.com&lt;br class='autobr' /&gt;
Visite de l'atelier le samedi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
