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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Odysseus, l'Autre monde</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Micha&#235;l Duperrin</dc:creator>


		<dc:subject>Cyanotype</dc:subject>
		<dc:subject>Carnet de voyage</dc:subject>
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		<dc:subject>M&#233;diterran&#233;e</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un livre photo / texte de Micha&#235;l Duperrin, avec les contributions de Pierre Bergounioux et Thierry Fabre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Mediterranee" rel="tag"&gt;M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1589-8f755.jpg?1772255225' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un livre photo / texte de Micha&#235;l Duperrin, avec les contributions de Pierre Bergounioux et Thierry Fabre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; est l'histoire d'un homme qui veut &#224; la fois retourner chez lui et aller voir le monde de l'autre. Il mettra 10 ans &#224; rentrer et en reviendra transform&#233;. Sur une d&#233;cennie, Micha&#235;l Duperrin refait le voyage dans les lieux suppos&#233;s des errances d'Ulysse. Il tisse des &#233;chos entre l'antique fiction et la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. &lt;i&gt;Odysseus, l'Autre monde&lt;/i&gt; retrace la premi&#232;re partie de cette exp&#233;rience, et nous immerge dans le monde des dieux, des monstres, des Enfers et des sir&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photographies d'&lt;i&gt;Odysseus, l'Autre monde&lt;/i&gt; sont tir&#233;es en cyanotype, un des premiers proc&#233;d&#233;s de tirage photo, qui doit son nom &#224; sa couleur. Alors que nous voyons la M&#233;diterran&#233;e et son ciel d'un bleu intense, le mot &#171; bleu &#187; n'existe pas dans la langue d'Hom&#232;re. L'adjectif qui plus tard d&#233;signera un bleu fonc&#233; renvoie dans l'Odyss&#233;e au monde de la Nuit et des Enfers, c'est-&#224;-dire &#224; l'Autre monde. Ce livre flux entrelace les images et les mots de Micha&#235;l Duperrin, qui a &#233;galement invit&#233; deux auteurs dont les &#233;crits l'ont accompagn&#233; dans son projet &#224; embarquer dans son &lt;i&gt;Odysseus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait du texte de Micha&#235;l Duperrin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ici tout est vrai, ici tout est fiction.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Aragon, lettre &#224; Luis Hesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;bute dans la r&#233;gion de Naples. La chambre d'h&#244;tel donne sur la mer comme annonc&#233;. C'est bien elle que l'on peut voir au loin derri&#232;re le terminal p&#233;trolier. Au premier plan, la route dessert une station-service. La nuit venue, j'observe le man&#232;ge du pompiste dont la silhouette se d&#233;coupe dans la lumi&#232;re artificielle. Tant&#244;t il est assis, immobile, tenant sa t&#234;te &#224; deux mains, coudes appuy&#233;s sur les genoux. Tant&#244;t il d&#233;plie brusquement son long corps noir pour servir un client, laver un pare-brise donner un coup de balai au sol avant de retomber, prostr&#233; sur sa chaise, jusqu'&#224; la prochaine d&#233;charge qui le mettra en mouvement. Dans la chambre, la climatisation bruyante fonctionne mal. Si l'on ouvre la fen&#234;tre pour profiter de la fra&#238;cheur, c'est la circulation qui emp&#234;che de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre le chemin du retour &#224; Ithaque, Ulysse se rend jusqu'au seuil du royaume des morts. Il y croise les ombres de ceux qu'il a aim&#233;s ou ha&#239;s, aujourd'hui morts aux &#171; t&#234;tes encapuchonn&#233;es de nuit &#187;. Les anciens situaient la porte des Enfers dans la zone volcanique des Champs Phl&#233;gr&#233;ens, quelque part entre le lac d'Averne, la Solfatara et le sanctuaire de la Sibylle &#224; Cumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il plane autour de la Sibylle et son antre un flou qui ne d&#233;pareille pas avec ses oracles &#233;nigmatiques. En 1932, des fouilles mettent &#224; jour une vaste architecture compos&#233;e d'un tunnel bord&#233; de niches desservant plusieurs salles. On s'empresse d'y reconna&#238;tre l'antre d&#233;crit par Virgile dans l'&lt;i&gt;&#201;n&#233;ide&lt;/i&gt; : &#171; La paroi &#233;norme de la roche &#233;tait taill&#233;e en forme d'antre o&#249; conduisaient cent larges entr&#233;es et cent portes ; il en sortait autant de voix, r&#233;ponses de la Sibylle. &#187; Cette identification a depuis &#233;t&#233; invalid&#233;e : il s'agirait d'un b&#226;timent militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'avance au hasard sur un sentier ombrag&#233;. Le vrombissement des mouches se fait rapidement cacophonie et le chemin finit en impasse devant une cave vo&#251;t&#233;e dont l'acc&#232;s est interdit par une grille cadenass&#233;e. Je d&#233;couvre ce qui attire les mouches : la fra&#238;cheur de la cave et les innombrables &#233;trons qui jonchent le sol. Je n'en imagine pas moins que ce pourrait &#234;tre l&#224; le fameux antre. Je fais demi-tour, mi inquiet, mi amus&#233; de ma propre propension aux &#233;lucubrations. Dans les bois alentour, de &#171; hauts peupliers &#187; semblent signaler l'abord des Enfers, mais pas de traces des &#171; saules aux fruits morts &#187; indiqu&#233;s par Circ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rentrant je fais un crochet par la station-service et reste &#224; bavarder avec l'homme dont j'observais hier soir les mouvements depuis le balcon. Il parle le meilleur anglais entendu depuis mon arriv&#233;e en Campanie. Je lui offre une cigarette, nous fumons &#224; c&#244;t&#233; des pompes &#224; essence sans qu'il s'en pr&#233;occupe. Il est sud-africain, venu en Italie pour y trouver de meilleures conditions de vie. Naples l'a accueilli, mais il y a trop peu de travail et d'argent. &#192; la station-service, il n'est pas pay&#233;, il ne re&#231;oit que les &lt;i&gt;tips&lt;/i&gt; que l'on veut bien lui laisser. L'homme bondit vers chaque voiture qui s'arr&#234;te, nous reprenons la conversation &#224; son d&#233;part. Pompiste est son second job. Il a une femme et deux enfants, et son salaire ne suffit pas, alors il le compl&#232;te ici par quelques heures en fin de journ&#233;e. Une nouvelle cigarette succ&#232;de &#224; trois voitures, un lavage de vitres et un pourboire. Il parle comme il bouge, par jets soudains. Ses gestes sont pr&#233;cis et tranchants. Le menton est fier mais sans arrogance, le regard du m&#234;me m&#233;tal. Je ne per&#231;ois en lui aucun regret ou ressentiment mais une force in&#233;branlable, la certitude qu'un jour il parviendra enfin &#224; bon port. Il &#233;conomise ce qu'il peut pour partir en Allemagne avec sa famille. L&#224;-bas il y a du travail, de l'argent, une vie meilleure &#224; offrir &#224; ses enfants. Il est tard ; nous nous saluons. Dans l'escalier de l'h&#244;tel, je r&#233;alise que je ne connais pas le nom de cet homme. Il me revient &#224; l'esprit une des p&#233;riphrases qui d&#233;signent Ulysse : le h&#233;ros d'endurance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_duperrin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2_duperrin-029c5.jpg?1772225841' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Solfatara, le soleil de midi est &#233;crasant. C'est l'heure o&#249; seuls sortent les chiens et les Fran&#231;ais. Je fais le tour du crat&#232;re d'o&#249; s'&#233;chappent en permanence des vapeurs de soufre. Je reste au milieu des fumeroles qui s'&#233;l&#232;vent de la terre fendue. J'y vois les &lt;i&gt;psych&#233;s&lt;/i&gt; - l'&#226;me et le souffle - des morts invoqu&#233;es par Ulysse. Elles ne parlent plus, mais par instant, les volutes dessinent des figures qui se mettent &#224; m'observer. Apr&#232;s trois heures de prises de vues, la t&#234;te me tourne brusquement. Chez les Grecs anciens le soleil n'a rien du souriant complice du plagiste, c'est un dieu terrible, bien que n&#233;cessaire &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je reviens &#224; l'h&#244;tel, le h&#233;ros d'endurance est &#224; son poste. Je veux d'abord me rafra&#238;chir, mais m'endors. La nuit est tomb&#233;e lorsque je ressors. Je traverse la station-service d&#233;serte d'un pas d&#233;s&#339;uvr&#233;, m'assieds sur le muret qui d&#233;limite le fond. Au-del&#224; s'&#233;tend un terrain vague. Des voitures passent au loin sur la route, l'une d'elles ralentit et klaxonne. Le ph&#233;nom&#232;ne se reproduit plusieurs fois avant que j'identifie une puis deux silhouettes au pied d'un poteau &#233;lectrique. Une voiture s'arr&#234;te, moteur allum&#233;, et repart en ne laissant qu'une tache blanche dans la lueur des phares. J'allume une cigarette ; la tache s'anime, traverse la route, s'avan&#231;ant lentement. Je distingue une courte robe blanche qui oscille rythmiquement, comme en l&#233;vitation, puis de longues jambes noires qui la relient au sol. La femme s'avance, lascive et d&#233;sinvolte, jusqu'&#224; s'arr&#234;ter &#224; quelques centim&#232;tres de moi. Elle sourit, approche une cigarette de ses l&#232;vres, demande du feu, que je lui tends, et propose une passe, que je refuse. Elle me consid&#232;re, &#233;tonn&#233;e, comme si cette r&#233;ponse &#233;tait improbable, avant de s'&#233;loigner comme elle est venue, l&#226;chant un &#171; va bene &#187; qui r&#233;sonne encore &#224; mes oreilles comme un mod&#232;le de prononciation et d'indiff&#233;rence au sort adverse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_duperrin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3_duperrin-635bf.jpg?1772225841' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Il &#233;tait une fois, la M&#233;diterran&#233;e&#8230; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits du texte de Thierry Fabre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La M&#233;diterran&#233;e n'existe que pour autant qu'elle se raconte. Elle est faite de ce tissu de songes, de cet inlassable d&#233;sir qu'elle inspire de raconter des histoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait une fois, la M&#233;diterran&#233;e&#8230; Cela fait si longtemps, depuis l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; sans doute, que cette &lt;i&gt;mer toujours recommenc&#233;e&lt;/i&gt; trouve dans l'&#233;cho de nos paroles et de nos r&#233;cits une existence, bien au-del&#224; de son &#233;vidence g&#233;ographique. Une mer entre les terres qui est bien plus qu'une mer avec des poissons dedans. Elle prend sa place dans le monde en ce qu'elle nous &#233;veille &#224; un autre monde, imaginaire, imaginal. &#171; L&#224; o&#249; les esprits se corporalisent et o&#249; les corps se spiritualisent &#187;, monde subtil, qui peut nous appara&#238;tre comme impalpable ou irr&#233;el, mais il gouverne nos passions et aimante nos d&#233;sirs d'aller toujours plus loin. Quel go&#251;t aurait le voyage sans imaginaire ? Ce ne serait qu'un simple d&#233;placement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se raconte des histoires, et ce monde fait d'entre mondes que l'on appelle la M&#233;diterran&#233;e, est un creuset qui ne cesse de nous inspirer, de nous emporter vers des p&#233;riples lointains.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait une fois, la M&#233;diterran&#233;e&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires, encore des histoires qui peuplent nos songes et transfigurent nos regards. Chacun son Ithaque, demeure ultime &#224; retrouver parmi nos lointaines p&#233;r&#233;grinations. Le po&#232;te d'Alexandrie, Constantin Cavafis , nous dessille les yeux :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand tu prendras le chemin d'Ithaque,&lt;br class='autobr' /&gt; souhaite que la route soit longue,&lt;br class='autobr' /&gt; pleine d'aventure, pleine d'enseignements.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Que nombreux soient les matins d'&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; &#8211; avec plaisir et quelle joie ! &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu d&#233;couvriras les ports que tu n'as jamais vus ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Ithaque t'a offert ce beau voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans elle, tu n'aurais pas pris la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'a rien de plus &#224; t'apporter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ithaque, ou l'invitation au voyage, au d&#233;part sans autre nostalgie de retour que de fabriquer des histoires, des r&#233;cits, des images aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_duperrin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_duperrin-a9d9e.jpg?1772225841' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8220;Rhapsody in blue&#8221;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits du texte de Pierre Bergounioux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Un &#233;crivain compte &#224; proportion de ce qu'il nous touche. Hom&#232;re demeure pr&#233;sent en ce que ses vers ont conserv&#233;, intacte, pour nous, leur puissance suggestive, leur vibration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fr&#233;quente pas impun&#233;ment l'espace compris entre les plats de couverture des livres. &#192; la soci&#233;t&#233; r&#233;elle, ils ajoutent celle des &#234;tres fictifs qui, pour n'avoir d'existence que sur le papier, ne nous en sont pas moins chers et leur perte peut nous affecter autant et plus que celle des vivants. Quel haut seigneur de l'Ancien r&#233;gime, en pleurs, bramant comme un veau, fait irruption au salon o&#249; l'on causait paisiblement. On se l&#232;ve, l'entoure, s'empresse aupr&#232;s de lui. Qu'est-ce donc qu'il lui arrive ? Il finit par s'expliquer. Il lisait &lt;i&gt;La Nouvelle H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt; et trouve encore la force de crier, &#224; travers un nouvel orage de larmes : &#171; Julie est morte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit Borges, d'un livre sur l'autre, sinon que l'important, le r&#233;el &#8211; ce qui a des cons&#233;quences &#8211; peut migrer aux pages des volumes imprim&#233;s et, de l&#224;, gouverner ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233;, ordonner, en secret, le th&#233;&#226;tre d'ombres que devient, en retour, la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crit a d&#233;mesur&#233;ment &#233;tendu notre puissance et notre &#234;tre. L'oubli a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233; de ses pouvoirs. Rien ne se perdra plus ni ne mourra. Le temps peut &#234;tre retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une ran&#231;on &#224; pareille conqu&#234;te. Nous ne pouvons plus ne pas nous souvenir. Nous gardons pr&#233;sente &#224; l'esprit l'absence des choses pass&#233;es. (...) Comme toutes nos occupations, la lecture a ses pathologies, physiques, avec la myopie, la scoliose, et morale. Celle-ci, sous ses formes les plus aigu&#235;s, s'apparente &#224; la m&#233;lancolie telle que l'a d&#233;finie Pinel : &#171; L'extr&#234;me intensit&#233; d'une id&#233;e exclusive et propre &#224; absorber toutes les facult&#233;s de l'entendement. C'est ce qui fait la difficult&#233; de la d&#233;truire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe mais non pas l'espace. Nous pouvons, bien s&#251;r, ne rien savoir des heures qui ont devanc&#233; la n&#244;tre et ne pas souhaiter &#234;tre &#233;clair&#233; &#224; ce propos. Les peuples heureux n'ont pas d'histoire. Mais nul ne saurait plus ignorer qu'il est pris dans son cours imp&#233;tueux, irr&#233;sistible, entre un avant dont il a d&#233;sormais connaissance et l'&#233;nigme &#233;ternellement renouvel&#233;e de l'avenir. C'est un trait distinctif de l'&#232;re contemporaine que, par suite de la g&#233;n&#233;ralisation de l'enseignement, les habitants des pays d&#233;velopp&#233;s ont une id&#233;e assez pr&#233;cise des &#226;ges qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et expliquent le leur. Non seulement, &#171; toute l'histoire est pr&#233;sente dans l'objectivit&#233; du monde social et dans la subjectivit&#233; des agents qui vont faire l'histoire &#187;, mais ils en sont conscients.&lt;br class='autobr' /&gt; (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est peut-&#234;tre un autre trait de la p&#233;riode actuelle qu'elle offre un rem&#232;de aux maux qu'elle engendre quand nos ascendants rest&#232;rent d&#233;munis face &#224; la famine, &#224; la peste, &#224; l'affreuse mortalit&#233; n&#233;o-natale, aux rages de dents, &#224; l'arbitraire seigneurial, &#224; l'ignorance&#8230; Il existe un palliatif &#224; la myopie, les lunettes ou les verres de contact, comme &#224; l'intrusion des &#234;tres fictifs, du pass&#233; dans la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. Des mots, par exemple, qui &#233;tabliront, noir sur blanc, sur le papier, quel trouble &#233;trange s'ensuit ou, encore, des images qui vont fixer, en les externalisant, les &#233;tats ambigus, douloureux que peut engendrer la culture lettr&#233;e. Un autre Grec, Aristote, attribue d&#233;j&#224; un pouvoir cathartique &#224; l'expression artistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13976 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_duperrin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/5_duperrin-96eb2.jpg?1772225842' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micha&#235;l Duperrin&lt;/strong&gt; est artiste, photographe et journaliste photo. &#192; la fronti&#232;re du mythe, du document et de l'intime, sa pratique de la photographie consiste tout autant &#224; donner forme &#224; l'invisible, qu'&#224; explorer le r&#233;el &#224; la recherche d'une rencontre avec l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.michaelduperrin.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.michaelduperrin.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Bergounioux&lt;/strong&gt; est l'auteur d'une &#339;uvre importante portant notamment sur la question de l'enracinement et du d&#233;racinement, dans un terroir, le langage, ou les d&#233;terminations sociales. Pour lui l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; est LE livre, prototype encore actuel de nos r&#233;cits fond&#233;s sur la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Fabre&lt;/strong&gt;, essayiste, chercheur, commissaire d'exposition, &#233;diteur et r&#233;dacteur en chef. Il &#339;uvre &#224; la promotion d'un universalisme m&#233;diterran&#233;en &#224; travers ses multiples activit&#233;s, toutes port&#233;es par une approche sensible et incarn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;sun/sun&lt;/strong&gt; &#233;dite des r&#233;cits en leur donnant corps : livres de photographie, objets graphiques et po&#233;tiques, textes litt&#233;raires et performances. En croisant les m&#233;diums et les disciplines, sun/sun porte des objets &#233;ditoriaux singuliers dont le fond et la forme dialoguent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13977 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH706/6_duperrin-864e4.jpg?1772225842' width='500' height='706' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Odysseus, l'Autre monde&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru le 17 novembre 2019&lt;br class='autobr' /&gt;
15 x 21cm - 128 pages - 50 photographies cyanotypes - reliure Otabind - papier Freelife vellum 140g - couverture Curious Matter Adiron Blue 270g + jaquette translucide s&#233;rigraphi&#233;e blanc&lt;br class='autobr' /&gt;
Proc&#233;d&#233; d'impression BMJN&lt;br class='autobr' /&gt;
Version anglaise sur demande dans un livret s&#233;par&#233;. Traduction r&#233;alis&#233;e par Martine Aubert avec la participation de Donald Mac Donough.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vente en librairie et sur le site de sun/sun &#233;ditions : &lt;a href=&#034;https://sunsun.fr/editions/odysseus/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://sunsun.fr/editions/odysseus/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prix de vente : 35 euros (32&#8364; jusqu'au 15/12) &lt;br class='autobr' /&gt;
Tirage de t&#234;te (&#233;dition limit&#233;e &#224; 30 ex) accompagn&#233;e d'un cyanotype original sign&#233; : 200 euros (180&#8364; jusqu'au 15/12)&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN : 979-10-95233-12-1&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13978 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_duperrin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/7_duperrin-b9817.jpg?1575301643' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; &#224; venir de Odysseus :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exposition au Festival Fictions Documentaires &#224; Carcassonne jusqu'au 14 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
Participation &#224; Rush Photobook &#224; La Friche &#224; Marseille / pr&#233;sentation du livre le 7 d&#233;cembre)&lt;br class='autobr' /&gt;
Exposition de Odysseus &#224; la Chapelle des P&#233;nitents bleus &#224; la Ciotat, du 11 Janvier au 10 F&#233;vrier / Vernissage le 10 Janvier &#224; partir de 18h30&lt;br class='autobr' /&gt;
Participation &#224; La Nuit de Lecture &#224; La Ciotat, le 18 Janvier de 19h &#224; 21h, lecture d'extraits des textes du livre &lt;i&gt;Odysseus, l'Autre monde&lt;/i&gt; par Micha&#235;l Duperrin, Thierry Fabre, et de textes des po&#232;tes Aur&#233;lia Lassaque et Nicolas Dutent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Participation &#224; la Nuit des Id&#233;es &#224; l'Institut Fran&#231;ais d'Ath&#232;nes le 30 Janvier : pr&#233;sentation de l'installation vid&#233;o &lt;i&gt;La travers&#233;e&lt;/i&gt;, extraite de &lt;i&gt;Odysseus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Odysseus, un passager ordinaire &#8211; II/II</title>
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		<dc:date>2016-04-26T16:10:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Micha&#235;l Duperrin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>landscape</dc:subject>
		<dc:subject>espace</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Carnet de voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Intime</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les Cyclopes n'ont pas de navires qui vous m&#232;nent &#224; travers les mers de ville en ville. Ils auraient pu ainsi d&#233;velopper cette &#238;le, car la terre est excellente, elle pourrait donner tous les fruits, il y a des herbages sur le bord de la mer grise, les vignes seraient &#233;ternelles, le labourage ais&#233;, les moissons hautes. (Hom&#232;re)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/landscape" rel="tag"&gt;landscape&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/espace" rel="tag"&gt;espace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Carnet-de-voyage" rel="tag"&gt;Carnet de voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Intime" rel="tag"&gt;Intime&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton878-2b98f.jpg?1772268210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Cyclopes n'ont pas de navires qui vous m&#232;nent &#224; travers les mers de ville en ville. Ils auraient pu ainsi d&#233;velopper cette &#238;le, car la terre est excellente, elle pourrait donner tous les fruits, il y a des herbages sur le bord de la mer grise, les vignes seraient &#233;ternelles, le labourage ais&#233;, les moissons hautes. (Hom&#232;re)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#238;le du Cyclope&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partie 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Septembre 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de me rendre &#224; Nisida et retourner chez Armando, je r&#233;alise que j'ai oubli&#233; &#224; Paris la photo prise de lui l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente et que je voulais lui offrir. J'h&#233;site un instant, honteux d'arriver les mains vides, mais l'envie de revoir mon h&#244;te est plus forte. Je d&#233;couvre qu'il existe un chemin bien plus simple et direct que la route en lacet sur laquelle j'avais march&#233; dans la nuit. Depuis la petite gare de Bagnoli, il suffit de prendre un bus que je ne verrai jamais passer ou de marcher deux kilom&#232;tres &#224; travers la zone industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci est sinistre, malgr&#233; le soleil et la clart&#233; du ciel. De longues barres de b&#233;ton, sans toiture, trou&#233;es de centaines de fen&#234;tres, d&#233;visagent les rares passants. On ne sait trop s'il s'agit d'un vaste chantier de construction ou de d&#233;molition, s'il est arr&#234;t&#233; pour le week-end ou depuis longtemps. La plupart des b&#226;timents semblent d&#233;saffect&#233;s tout en laissant la vague impression de n'&#234;tre pas finis. Autour du site militaire, abandonn&#233; mais toujours gard&#233; par des hommes en uniforme, ne subsiste plus que la prison et un d&#233;sert industriel o&#249; la plupart des caf&#233;s et restaurants ont ferm&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un mal &#233;trange s&#233;vit, qui st&#233;rilise cette terre et annihile toute entreprise de la ranimer. Cela n'a rien de magique, ce n'est que le produit d'activit&#233;s humaines. Hauts fourneaux en attente de d&#233;mant&#232;lement depuis vingt ans, sous-sol et nappe phr&#233;atique pollu&#233;s par les m&#233;taux lourds et l'amiante, plage sale et b&#233;tonn&#233;e alors qu'elle fut une des plus belles de Naples. Enjeux et int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, politiques, judiciaires et mafieux ont eu raison des grands projets financ&#233;s par la r&#233;gion qui devaient faire de cet ancien site industriel une zone d'activit&#233;s tertiaires. Seule la Cit&#233; des sciences avait vu le jour en 2001 avant qu'elle ne disparaisse dans un incendie criminel en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin d'invoquer la mal&#233;diction d'un dieu, comme celle qui frappe Ulysse et ses compagnons pour avoir aveugl&#233; Polyph&#232;me, fils de Pos&#233;idon. Il m'est pourtant difficile de ne pas voir ici l'ombre du Cyclope, son mauvais &#339;il qui plane quelque part au-dessus de Nisida et Bagnoli, &#224; moins qu'il ne soit inscrit dans la forme m&#234;me de l'&#238;le, cercle ouvert qui &#233;voque un unique et sombre globe oculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne c&#233;dais pas, alors qu'il e&#251;t mieux valu, mais je voulais le voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_cyclope06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2_cyclope06-74fec.jpg?1772189461' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je parcours lentement le dernier kilom&#232;tre de digue avant d'arriver au restaurant d'Armando, craignant qu'il ne soit plus l&#224;, que l'affaire ait sombr&#233;, que le vieil homme soit mort au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e. Le restaurant est toujours l&#224; et bien ouvert. Ne voyant ni Armando ni la vielle femme, je commande un caf&#233; au bar. L'homme qui me sert ne m'adresse ni mot ni regard. L'attitude ferm&#233;e des deux clients au comptoir laisse &#233;galement entendre qu'il ne sert &#224; rien d'engager la conversation. Lorsque je demande si Armando est l&#224;, le barman me scrute d'un regard suspicieux et interrogatif, comme s'il &#233;tait inenvisageable que je connaisse le vieil homme. Je r&#233;p&#232;te ma question, le visage d'un coup s'illumine et se met &#224; parler. Ah tu es un ami d'Armando, non il n'est jamais l&#224; le week-end, mais si je viens l'apr&#232;s-midi en semaine je suis s&#251;r de le trouver disponible. Nous &#233;changeons encore quelques mots ; avant de partir, je laisse un message pour Armando, disant simplement que l'homme qui refait l'Odyss&#233;e est pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continue mon chemin en direction de la prison. De jour, elle para&#238;t tout autre et je ne la reconnais qu'&#224; quelques d&#233;tails : la grille et la pancarte qui en interdisent l'acc&#232;s, une cam&#233;ra de surveillance et la tour qui s'&#233;l&#232;ve. &#192; main gauche s'&#233;tale la mer, dont &#233;mergent de lourds rocs noirs. Un bloc dress&#233; vers le ciel passe pour &#234;tre le sommet de montagne que le Cyclope aveugle, fou de rage et de douleur, arrache et jette sur le navire d'Ulysse qui s'enfuit. Je veux photographier ce curieux rocher, mais r&#233;alise, d&#233;pit&#233;, qu'il se trouve en zone p&#233;nitentiaire et donc interdite. De l'ext&#233;rieur le point de vue n'est pas bon. Je regarde autour de moi : impossible que l'homme en armes qui garde la gu&#233;rite ne me voie pas entrer. Je prends le parti de lui en demander la permission. Il refuse tout d'abord et finit par m'accorder une minute ; j'en prends une dizaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au loin, on discerne Capri et le V&#233;suve dont le c&#244;ne surveille la ville. La beaut&#233; de la nature contraste avec la s&#233;cheresse des installations humaines. Pour autant, je n'arrive pas &#224; d&#233;terminer si pareille vue adoucit la peine des prisonniers ou si elle la rend plus insupportable encore. En sortant, je salue le garde, &#224; la fois amus&#233; et g&#234;n&#233; par cette petite transgression autoris&#233;e. Sans que je m'en rende compte, un malaise s'installe peu &#224; peu. Je reste un moment devant cette prison qui exerce sur moi une trouble attraction. Au moment o&#249; j'&#233;cris ces lignes, je suis incapable de me repr&#233;senter le b&#226;timent. Il me faut fouiller dans les planches contact pour y d&#233;nicher une image donnant une vague id&#233;e de ce &#224; quoi elle ressemble. Je n'arrive pas non plus &#224; me figurer la vie de l'autre c&#244;t&#233; du mur, qu'il y a l&#224; de tr&#232;s jeunes gens enferm&#233;s, avec un quotidien, des heures qui n'en finissent pas. Ou plut&#244;t cette image qui m'obs&#232;de ne parvient pas &#224; prendre forme. L&#224;-bas, quelque part derri&#232;re ce haut grillage, l'un des prisonniers peut-&#234;tre regarde cet homme qui lui para&#238;t d&#233;j&#224; vieux, qui tra&#238;ne bizarrement devant la grille et photographie des cailloux. Qu'est-ce qu'il fait l&#224; &#224; nous narguer ? Au lieu de se baigner, baiser des filles ou boire des bi&#232;res ? &#199;a l'int&#233;resse la prison ? Qu'il se casse ! Va fan culo ! Ce que je ne sais pas alors, c'est que ce jeune homme en col&#232;re, c'est encore moi. &#192; cet instant, je ne pense pas &#224; mon pass&#233; de d&#233;linquant juv&#233;nile, au sentiment si ancien d'&#234;tre entrav&#233;, que la vie est une peine, que mon esprit est une prison. Je me dis simplement qu'il fait chaud, qu'il est l'heure de partir, que j'ai bient&#244;t rendez-vous avec Massimo. Je me demande n&#233;anmoins si je reviendrai le lendemain : sans la photo, je me sens penaud... puis balaye d'un revers de pens&#233;e la vague impression qu'un fant&#244;me vient de passer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_part2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/3_part2-79586.jpg?1509805617' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/odysseusunpassagerordinaire/?fref=ts&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.facebook.com/odysseusunpassagerordinaire/?fref=ts&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Odysseus, un passager ordinaire &#8211; I/II</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Odysseus-un-passager-ordinaire</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Micha&#235;l Duperrin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
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		<dc:subject>espace</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Carnet de voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Intime</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mon Odyss&#233;e se d&#233;coupe en deux grandes parties : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; L'AUTRE MONDE, celui de la magie et des &#234;tres surnaturels : Enfers, Sir&#232;nes, Cyclopes, monstres et g&#233;ants&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; LE MONDE DE L'AUTRE, ancr&#233; dans l'histoire et les migrations contemporaines&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/landscape" rel="tag"&gt;landscape&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Intime" rel="tag"&gt;Intime&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton824-c81d5.jpg?1772268210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mon Odyss&#233;e se d&#233;coupe en deux grandes parties : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; L'AUTRE MONDE, celui de la magie et des &#234;tres surnaturels : Enfers, Sir&#232;nes, Cyclopes, monstres et g&#233;ants&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; LE MONDE DE L'AUTRE, ancr&#233; dans l'histoire et les migrations contemporaines&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/png/odysseus-duperrin_carte.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH239/odysseus-duperrin_carte-00e2a.png?1772189440' width='500' height='239' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte d'apr&#232;s Victor B&#233;rard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Depuis pr&#233;s de 3000 ans, l'Odyss&#233;e fascine. Cette tr&#232;s ancienne histoire reste actuelle : c'est celle d'un homme errant qui veut &#224; la fois rentrer chez lui et d&#233;couvrir le monde et l'Autre. Au bout du chemin c'est lui-m&#234;me qu'il trouve : L'Odyss&#233;e est indissociablement exp&#233;rience du monde et qu&#234;te spirituelle. J'ai entrepris en 2011 de refaire le voyage d'Ulysse. Je me rends dans les lieux suppos&#233;s de l'&#233;pop&#233;e. C'est un voyage &#224; travers des strates multiples, une recherche de correspondances, entre l'ici et l'ailleurs, le maintenant et l'hier, le r&#233;el et la fiction. L'exp&#233;rience se d&#233;roule sur dix ans (dur&#233;e de l'Odyss&#233;e). Je la documente en photo et &#233;cris, en tramant trois fils : le pass&#233; mythique, la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente, et mon exp&#233;rience sensible de voyageur qui fait le lien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; est compos&#233;e au VIIIe si&#232;cle, p&#233;riode de crise politique et &#233;conomique en Gr&#232;ce, qui conduit de nombreux citoyens &#224; &#233;migrer vers le Sud de l'Italie. En un temps o&#249; il n'y a ni cartes maritimes ni outils de navigation, on imagine les craintes et fantasmes que peuvent susciter le voyage en mer. C'est dans cette r&#233;gion que se concentrent les &#233;pisodes de l'&#233;pop&#233;e li&#233;s &#224; l'Autre Monde. Le tirage cyanotype s'est impos&#233; pour ces images quand j'ai appris qu'il n'y a pas de mot pour &#171; bleu &#187; dans la langue d'Hom&#232;re et que l'adjectif qui plus tard d&#233;signera un bleu fonc&#233; renvoie dans l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; au monde souterrain de la Nuit et des Enfers, c'est-&#224;-dire &#224; l'Autre Monde.&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#238;le du Cyclope&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ici tout est vrai, ici tout est fiction&lt;/i&gt; (lettre d'Aragon &#224; Luis Hesse)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous abordons l&#224;, un dieu nous conduisait dans cette nuit profonde o&#249; l'on ne voyait rien. [...] Je veux sonder ces gens, apprendre qui ils sont, des bandits sans justice, un peuple de sauvages, ou bien s'ils sont hospitaliers et respectent les dieux.&lt;/i&gt; (Hom&#232;re)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/part1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/part1-2-e7515.jpg?1772189440' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Septembre 2013&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le Belv&#233;d&#232;re du Parco Virgilano, on peut voir en contrebas les lueurs de la presqu'&#238;le de Nisida dessiner une tra&#238;n&#233;e lumineuse sur l'eau. Ce serait l&#224; la demeure du Cyclope qui emprisonna Ulysse et ses compagnons, et d&#233;vora plusieurs d'entre eux. Manuella, ma logeuse, m'a appris le matin m&#234;me que l'&#239;le abriterait une base militaire de l'OTAN ; elle invective, les mains au ciel : &lt;i&gt;Ah gli Americani !&lt;/i&gt; L'intonation claque comme une gifle et le regard d&#233;sapprouve, lourd de mal&#233;diction silencieuse. Je la fais parler : les am&#233;ricains occupent l'Italie, avec leurs films, leurs mots, leurs v&#234;tements qui sont partout les m&#234;mes. Le peuple de Naples perd ce qu'il a en propre. D&#233;j&#224; les jeunes ne sont plus ni italiens ni napolitains, ils sont presque devenus les m&#234;mes jeunes que partout ailleurs, parlant la m&#234;me affreuse langue, pensant les m&#234;mes pens&#233;es, r&#234;vant les m&#234;mes publicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du Belv&#233;d&#232;re, face &#224; la mer et la presqu'&#238;le, des couples enlac&#233;s feignent d'ignorer le monde. Plus loin, bars et buvettes d&#233;versent leurs flots de boissons et de musiques. Je quitte ce parc, festif et bucolique, mais qui ne me dit rien, pour rejoindre l'&#238;le d'un cyclope colonis&#233; par les am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route, plus longue qu'elle ne semblait, fait de longs d&#233;tours pour rejoindre Nisida. Les belles demeures qui bordent la corniche se rar&#233;fient, la clameur des sonos s'estompe et les lumi&#232;res c&#232;dent &#224; la p&#233;nombre. Un homme m'indique la direction &#224; prendre, il pense que le sombre b&#226;timent au centre de l'&#238;le est une prison pour mineurs... Prison ou base militaire ? Pauvre Cyclope emprisonn&#233; ou encasern&#233;. A moins que ce ne soit lui le ge&#244;lier et son &#339;il qui surveille tout. Ou encore que le Cyclope parti, on n'ait rien trouv&#233; d'autre &#224; faire ici...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je finis par d&#233;boucher sur le terre-plein en surplomb de la presqu'&#238;le. La route descend sur 3 ou 4 kilom&#232;tres de lacets sans bas-c&#244;t&#233;. Un feu altern&#233; r&#232;gle la circulation. Mes tentatives de faire du stop butent sur des visages et des vitres ferm&#233;s. J'h&#233;site avant de m'engager, mais me dis que je ne suis pas venu jusqu'ici pour faire demi-tour. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une sourde inqui&#233;tude monte et acc&#233;l&#232;re mon pouls &#224; mesure que j'avance. Tant&#244;t l'obscurit&#233;, le silence et la crainte d'un coupe-gorge en sont la cause. Tant&#244;t ce sont les phares et les moteurs des voitures qui d&#233;chirent le silence de la nuit et me fr&#244;lent avant de s'&#233;vanouir. Je pr&#233;f&#232;re peut-&#234;tre encore le risque de l'accident &#224; celui d'une mauvaise rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te pourtant devant une grille qui barre l'acc&#232;s &#224; une large ouverture dans la paroi rocheuse. Il me semble reconna&#238;tre ce qu'un livre annon&#231;ait : l'une des entr&#233;es, taill&#233;e &#224; m&#234;me la montagne, de la demeure d'un antique g&#233;n&#233;ral, et qui passe pour la grotte du Cyclope. Je jette un coup d'&#339;il alentours avant de sortir mon appareil photo et d'entortiller la sangle autour de mon poignet. Le film est fini, j'en charge un autre et ajuste le cadrage. Je descends quelques marches de l'escalier qui rejoint le prochain lacet de la route, pour basculer le point de vue. Je tente ainsi de rendre l'impression de ce porche monumental, trou noir dans la nuit. Je pressens d&#233;j&#224; que la contre-plong&#233;e est trop d&#233;monstrative, qu'elle indique trop clairement quoi penser, que l'image ne traduira pas l'ambivalence de mes sentiments, troublant m&#233;lange d'excitation, de peur et de plaisir. Le sujet n'est peut-&#234;tre pas le bon. Je me remets en marche, le c&#339;ur battant. Dans le virage suivant, une inscription m'intrigue : des lettres carr&#233;es, anguleuses, peintes en rouge et jaune vifs intiment un ordre &#233;quivoque. Je comprends qu'il ne faudrait pas s'arr&#234;ter devant le portail dans ce virage en &#233;pingle. L'injonction nourrit mon imagination inqui&#232;te, laissant entendre qu'un danger se tient l&#224; derri&#232;re la grille. Si je la franchissais, trouverai-je un monstre semblable au Cyclope ? En m&#234;me temps, elle me rass&#233;r&#232;ne curieusement. Comme toute interdiction contient sa n&#233;gation, je ne r&#233;siste pas &#224; l'envie de m'arr&#234;ter et photographier la sc&#232;ne. En moi coexistent un Ulysse curieux d'attendre le retour du Cyclope pour savoir qui il est, s'il respecte les dieux et les lois de l'hospitalit&#233;, et ses compagnons qui le supplient de partir au plus vite, craignant l'habitant de cette grotte gigantesque. Ce n'est que plus tard que je repenserai au mot peint, &lt;i&gt;unstop&lt;/i&gt;, et &#224; la photo prise &#224; cet instant, qu'ils me reviendront avec insistance jusqu'en r&#234;ves. Un doute me fera v&#233;rifier dans un dictionnaire et d&#233;couvrir que le seul sens du mot anglais est d&#233;bourrer, comme on dit d'une pipe. Sur le moment, tout cela me para&#238;t insignifiant, tant je suis tendu vers mon objectif, la masse sombre du b&#226;timent au bout de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis soulag&#233; lorsqu'apparaissent les premi&#232;res lueurs des lampadaires, puis des maisons et des commerces. Je d&#233;bouche enfin sur l'&#233;troite route, bord&#233;e d'eau noire, qui relie la terre &#224; la presqu'&#238;le. Je vois de loin s'avancer trois silhouettes que j'imagine sorties de la prison. J'arbore en les croisant une indiff&#233;rence de fa&#231;ade. Je parviens &#224; un caf&#233; restaurant o&#249; j'entre pour acheter &#224; boire et retarder mon arriv&#233;e &#224; la b&#226;tisse massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande salle baigne dans la lumi&#232;re crue des n&#233;ons et une odeur de cuisine enveloppante. La vielle femme assise pr&#232;s de l'entr&#233;e me sert une bouteille d'eau avec lenteur et un sourire fatigu&#233;. Nous parlons un peu ; lorsque j'&#233;voque &lt;i&gt;Il Ciclope&lt;/i&gt;, elle appelle Armando, qui s'int&#233;resse &#224; ces histoires. Je crois entendre dans ses derniers mots un m&#233;lange d'admiration et de d&#233;dain. Arrive du fond de la salle un vieil homme au pas tra&#238;nant. Sa d&#233;marche laisse deviner une personnalit&#233; fi&#232;re et un corps massif, autrefois puissant, &#233;rod&#233; par le temps qui affaiblit les muscles et les os. La tache de vin sur son front d&#233;garni m'intrigue (m'&#233;voque-t-elle l'&#339;il ensanglant&#233; du Cyclope aveugl&#233; par Ulysse ? L'analogie s'arr&#234;tera l&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armando m'abreuve de ses r&#233;cits et fait preuve d'une bienveillante patience &#224; l'&#233;gard de mon italien minimal. Dans les yeux de cet homme-m&#233;moire d&#233;file un kal&#233;idoscope de sentiments au gr&#233; des souvenirs qu'il &#233;voque. Fiert&#233; lorsqu'il parle de la g&#233;n&#233;rosit&#233; et de la capacit&#233; de r&#233;sistance des Napolitains. Col&#232;re et tristesse face &#224; la corruption et l'&#233;conomie souterraine qui rongent les soubassements de la soci&#233;t&#233;, comme les carri&#232;res, catacombes, m&#233;tros et galeries de Naples menacent les &#233;difices &#224; la surface : il n'est pas rare de lire dans le journal que tel immeuble ou palais s'est soudainement effondr&#233;, emportant vers les Enfers ses habitants, les larmes et les pri&#232;res des vivants. Je ne sais pr&#233;cis&#233;ment ce qui traverse Armando quand il se rem&#233;more les cent terribles journ&#233;es pendant lesquelles &lt;i&gt;Napoli&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; bombard&#233;e par ses lib&#233;rateurs am&#233;ricains. Chaque jour, l'un apr&#232;s l'autre, sans que l'on pu croire tout &#224; fait que cela aurait une fin, la ville vibrait, se trouait, une partie de ses habitants descendait se r&#233;fugier dans les sous-sols, puis revenait au jour compter les morts, s'occuper des bless&#233;s, constater que telle b&#226;tisse n'&#233;tait plus que gravats &#224; d&#233;blayer. Armando est all&#233; chercher un livre qui raconte l'histoire de sa ville. Il en fait d&#233;filer les pages, commente avec verve les nombreuses photographies dont il dit curieusement qu'elles se passent de mots tant elles rendent sensible ce qui est &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque son doigt s'arr&#234;te sur un petit gar&#231;on rieur et hirsute dans la foule d'une photo surgie d'un autre temps, Armando se fait plus discret. Il ajoute que cet enfant c'est lui ; un n&#339;ud se forme dans sa gorge, suivi d'un silence. Il n'en dira pas plus que la faim et la joie qui r&#232;gnent dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre. J'ai pourtant la certitude que les &#233;motions muettes qui viennent de le traverser sont celles de celui qu'il me d&#233;signe encore sur la photo. Je ne peux qu'imaginer la vie de ce &lt;i&gt;scugnizzo&lt;/i&gt;, cet enfant des rues. Les rires au milieu de la crasse et des ruines, le fol espoir et la peur m&#234;l&#233;s, la mort si pr&#233;sente parmi les vivants, les bagarres, combines et probables larcins n&#233;cessaires &#224; la survie. Comment cet enfant perdu qui aurait pu si facilement virer petite ou grande frappe, a su se construire et trouver son assise, devenir cet homme g&#233;n&#233;reux, propri&#233;taire d'un restaurant, que l'on &#233;coute respectueusement lorsqu'il parle. Il devient alors &#233;vident que la passion du vieil homme pour Naples et de son histoire ne se r&#233;duit pas &#224; une nostalgie conservatrice, mais qu'elle est la m&#233;moire d'un combat pour la vie qui l'anime et le d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est form&#233; autour de nous un petit groupe qui suit attentivement la conversation. Comme j'essaye de dire ce qui me frappe &#224; Naples, me revient une anecdote survenue quelques jours plus t&#244;t. Je visitais la Certosa de San Martino, chapelle baroque dont pas un centim&#232;tre carr&#233; ne para&#238;t fait d'autre chose que de marbre, dorures, peintures et sculptures. &#192; peine entr&#233;, j'ai failli ressortir ; c'&#233;tait trop pour moi. Mais refusant de c&#233;der &#224; ma premi&#232;re impression, et fascin&#233; par l'incroyable plafond, je restai, tournant lentement sur moi-m&#234;me pour observer une &#224; une les peintures s&#233;par&#233;es par des moulures dor&#233;es et organis&#233;es en arc de cercle autour d'un tableau central. Le vertige me gagna rapidement ; je fis demi-tour, vaincu par la chapelle. Le petit groupe sourit, et le diagnostic tombe : c'est le syndrome de Stendhal ! Quelqu'un ajoute, hilare, qu'il y a le Baroque italien, et plus baroque, le Rococo, et plus baroque encore, le Rococo napolitain, qui est comme un &lt;i&gt;dolce&lt;/i&gt; &#8212; ces p&#226;tisseries merveilleusement &#233;c&#339;urantes &#224; force de sucre et de cr&#232;me. Nous rions tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure de la fermeture approche. Armando me demande comment je vais rentrer. Je r&#233;ponds en bus, sachant qu'il n'y en a probablement plus. Armando me propose ou plut&#244;t m'impose de me conduire, puisqu'il doit ramener sa petite fille &#224; ses parents. Il refuse de me laisser &#224; la gare, et continue &#224; rouler et me raconter la ville et ses habitants. Sur les hauteurs de l'ouest de Naples, le luxe des villas et des immeubles modernes contraste violemment avec les quartiers populaires du vieux centre que nous rejoignons bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je loge dans le quartier qu'enfant Armando habitait. Les photos du livre d'histoire me reviennent en m&#233;moire, les rues jonch&#233;es de gravats, les enfants qui courent entre les immeubles &#233;ventr&#233;s, les rires joyeux et les visages &#233;maci&#233;s. Il me para&#238;t alors presque incroyable que le vieil homme au volant de sa voiture &#224; l'arri&#232;re de laquelle s'est endormie sa petite fille berc&#233;e par les histoires qu'il nous raconte, puisse avoir &#233;t&#233; l'un de ces enfants. Ce n'est plus tant que l'enfant des rues soit devenu le sage propri&#233;taire du restaurant qui m'&#233;tonne, que d'avoir per&#231;u tout &#224; l'heure chez l'homme &#226;g&#233; la pr&#233;sence de l'enfant, d'avoir vu affleurer sur son visage et entendu r&#233;sonner dans sa voix les &#233;motions de l'enfant. D'avoir assist&#233; &#224; cet &#233;trange ph&#233;nom&#232;ne g&#233;ologique : la r&#233;surgence, &#224; travers des couches s&#233;dimentaires, d'un temps enfoui venu sourdre &#224; la surface du pr&#233;sent et plisser les rides du visage d'Armando. Le trouble qui me saisit peut se dire de diverses mani&#232;res qui sont autant de facettes du m&#234;me probl&#232;me : (comment) cet homme peut-il avoir &#233;t&#233; ce gamin hirsute ? (comment) l'enfant peut-il subsister en l'homme &#226;g&#233; ? Est-il rest&#233; identique &#224; lui-m&#234;me ? A-t-il vieilli ? L'enfant, l'adolescent, le jeune homme... constituent-ils autant de couches autonomes coexistant en l'apparente unit&#233; de l'adulte ? Bien s&#251;r la perplexit&#233; qui me saisit alors, au moment o&#249; nous roulons dans la nuit napolitaine, n'a rien de la clart&#233; m&#233;thodique des questions que j'&#233;num&#232;re maintenant. Ce n'est qu'apr&#232;s coup, repensant &#224; l'&#233;trange tonalit&#233; qui baignait ces instants fugaces, que j'en cerne mieux la valeur, et tente, par ces mots imparfaits, de donner sens et forme &#224; cette &#233;nigme silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armando croit savoir o&#249; se trouve la rue que je lui indique, mais se perd dans les sens interdits. Je dois pr&#233;tendre que nous sommes justes &#224; c&#244;t&#233; de la rue du B&amp;B pour qu'il accepte que je descende de la voiture. Je crois qu'il n'est pas dupe, peut-&#234;tre a-t-il compris que marcher dans la nuit napolitaine ne me pose pas probl&#232;me alors que nous risquons de ne pas trouver l'acc&#232;s &#224; ma rue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/part1-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH750/part1-1-9fbc0.jpg?1772189440' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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