<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tk-21.com/spip.php?id_auteur=3415&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la fin d'une sp&#233;cificit&#233; - V/V</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-V-V</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-V-V</guid>
		<dc:date>2014-09-26T21:36:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;N&#233;e au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, la photographie ne pouvait &#233;chapper &#224; son destin social et ce n'est pas en se posant, en tant que telle, concurremment aux arts traditionnels qu'elle posera diff&#233;remment le probl&#232;me.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton547-818ac.jpg?1772188167' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, la photographie ne pouvait &#233;chapper &#224; son destin social et ce n'est pas en se posant, en tant que telle, concurremment aux arts traditionnels qu'elle posera diff&#233;remment le probl&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;orie et pratique de la vigilance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, la photographie ne pouvait &#233;chapper &#224; son destin social et ce n'est pas en se posant, en tant que telle, concurremment aux arts traditionnels qu'elle posera diff&#233;remment le probl&#232;me. Faisant insidieusement, et &#224; tort, figure d'art populaire, elle semble, en tant qu'objet d'&#233;tude, condamn&#233;e &#224; toujours plus d'&#233;litisme et je dirai m&#234;me d'intellectualisme quand, paradoxalement, c'est au premier degr&#233; qu'elle fonctionne le mieux, dans son incompl&#233;tude, dans son jeu ambigu que nous avons d&#233;fini sous le vocable de photo ant&#233;-moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle impose toujours, on l'a vu, d&#232;s que consid&#233;r&#233;e pour elle-m&#234;me, plusieurs niveaux d'&#233;lucidation concomitants et interf&#233;rents. Le simulacre, ici, n'est finalement que support, la pseudo-image fait quasiment effet de mandala et sert de pr&#233;texte &#224; d&#233;cryptage et relecture du monde. De plus en plus d'intellectuels se grattent la t&#234;te devant les photos et il faudra bient&#244;t avoir fait l'&#201;cole des Chartes pour y avoir acc&#232;s. Qu'on le veuille ou non, l'image traditionnelle et la photo qui lui est assimil&#233;e fonctionnent comme le texte. Et pourtant il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que texte et image, entendus en ce sens, sont de plus en plus obsol&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus personne ne sait &#171; lire &#187; les tableaux des mus&#233;es, les livres sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ne sont plus, &#224; leur tour num&#233;ris&#233;s, apr&#232;s un si&#232;cle d'omnipr&#233;sence aveuglante, que v&#233;hicules &#224; emprunter, vid&#233;s en fait de tout contenu imm&#233;diat sauf &#224; consid&#233;rer les codes qui les traversent comme contenu. Nous assistons &#224; l'annulation ou au retournement de ce que nous avons pendant un peu plus d'un si&#232;cle consid&#233;r&#233; comme un progr&#232;s essentiel de l'humanit&#233; et qui en fut un, ind&#233;niablement : la d&#233;mocratisation des savoirs, l'acc&#232;s possible de tous &#224; l'information. Face aux mots d'ordre, l'image &#233;tait (est encore ?) une forme de la pens&#233;e. Nos images pensent et nous pensent. Ce n'est que par elles, &#224; leur lumi&#232;re, que nous survivons dans la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons bien &#234;tre troubl&#233;s ou effray&#233;s comme je le suis par le d&#233;sint&#233;r&#234;t croissant pour la lecture de l'immense majorit&#233; des jeunes et par la fascination des gens pour certaines photos de calendriers (ou, pire encore, de Doisneau, Boubat, Newton et Cie &#233;rig&#233;s en &#339;uvres d'art), ce n'est pas la qualit&#233; de l'image qui compte, c'est ce que, malgr&#233;, ou peut-&#234;tre &#224; cause de sa nullit&#233;, les gens projettent dessus ou plut&#244;t contre, voire &#224; l'encontre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-hill-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/03-hill-fnl-aac0a.jpg?1509832577' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les gens &lt;strong&gt;voient et croient&lt;/strong&gt;. Nous ne sommes pas ici dans l'art (au sens issu de la Renaissance), f&#251;t-il technologique, mais dans la s&#233;duction et la magie. Les images (sauf pour l'&#233;lite qui en jouissait et voudrait encore et toujours imposer sa mani&#232;re de voir) ont toujours &#233;t&#233; du domaine de la magie, et la photographie et la t&#233;l&#233;vision et toute la kyrielle des nouvelles images, ordinateurs, CD-ROM et jeux vid&#233;o, bien plus encore. Plus magique tu meurs ! Mais il y a, dit-on, magie noire et magie blanche, information et d&#233;sinformation, celles-ci peuvent &#234;tre &#233;ventuellement (et sont le plus souvent) fascinantes mais n'offrent aucune s&#233;duction. C'est pourtant l&#224; que se situe leur traditionnel &#8211; et paradoxalement &#8211; nouvel horizon d'attente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait qu'ils continuent &#224; voir et croire (pas forc&#233;ment ce qu'ils voient) ne doit pas &#234;tre interpr&#233;t&#233; en soi comme une preuve de leur peu de conscience et de r&#233;flexion mais au contraire comme preuve de leur facult&#233; &#224; inventer, &#224; imaginer, &#224; r&#233;cup&#233;rer et &#224; s'approprier, au-del&#224; des techniques et des mat&#233;riels. Il y a &#224; cela toutes sortes de niveaux et de degr&#233;s qu'il ne nous appartient pas de juger, mais peut-&#234;tre d'&#233;tudier et de pr&#233;voir. Nous savons si peu de choses encore sur le fonctionnement des images et leurs affects. &#192; propos de la lecture Deleuze parlait d'une &#171; mani&#232;re de lire en intensit&#233; ; en rapport avec le dehors, flux contre flux, machine avec machine, exp&#233;rimentations, &#233;v&#233;nement pour chacun qui n'ait rien &#224; voir avec un livre, mise en lambeaux du livre, mise en fonctionnement avec d'autres choses, n'importe quoi... etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Pourparlers, ibid.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un peu comme &#231;a que les gens abordent aussi la photographie et la t&#233;l&#233;, un jeu bizarre de complicit&#233;s spontan&#233;es comme il s'en cr&#233;e dans les &#171; rave parties &#187;. Si elle les touche pour une raison quelconque qui n'a peut-&#234;tre (et le plus souvent) rien &#224; voir avec les images elles-m&#234;mes, ils se les approprient, lui plaquent dessus d'autres images, les d&#233;font litt&#233;ralement et les refont pour eux-m&#234;mes. Ils y font m&#234;me leur nid, avec leur mauvais go&#251;t et leur richesse, avec leur &#171; vivant &#187;. Sinon, ils ne gardent m&#234;me pas souvenir d'avoir vu quoi que ce soit. Et c'est tant mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient de ne pas n&#233;gliger ce que &#171; le jeu du regard poss&#232;de comme libert&#233; d'expression extraordinaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Novalis : Fragments. Paris, Aubier Montaigne, 1973.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le point de vue du spectateur est finalement toujours &lt;strong&gt;dans&lt;/strong&gt; l'&#171; image &#187;, l'image-matrice, c'est bien l&#224; sa seule origine et c'est encore plus flagrant avec les jeux vid&#233;o : le gamin qui joue est dans l'&#171; image &#187; et le sera &#233;videmment plus encore avec l'image virtuelle. &#201;tant entendu, bien s&#251;r que ce que nous appelons ici &#171; image &#187; n'a plus grand-chose &#224; voir avec les images au sens jadis commun du terme. Ce sont des images de toute fa&#231;on hybrides, issues du toucher, du tactile, que le doigt fait na&#238;tre : &#171; au doigt et &#224; l'&#339;il &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Dotremont disait : &#171; la photographie non seulement offre, garde, transforme les apparences de la r&#233;alit&#233;, mais encore parvient &#224; renverser la situation, et au lieu d'aller du morceau de r&#233;alit&#233; au morceau de papier, de celui-ci va &#224; celui-l&#224;. D'anciens marins du cuirass&#233; Potemkine ont mis au-dessus de leur lit des photographies de travail du &lt;i&gt;Cuirass&#233; Potemkine&lt;/i&gt; (le film) et s'y reconnaissent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Dotremont in : Les d&#233;veloppements de l'&#339;il, texte de 1950 repris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-bruson-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH108/07-bruson-fnl-b43fa.jpg?1509832577' width='500' height='108' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; ici quelques cl&#233;s du message visuel qui valent ce qu'elles valent mais apparaissent comme une arme v&#233;ritable et dangereuse, dont on ne peut plus ignorer, maintenant, au moins une part du maniement et de l'action. Une version. &#192; chacun d'en faire le meilleur usage possible comme pr&#234;tres et artistes faisaient autrefois usage du texte et de l'image (la vraie ! ou l'archa&#239;que ! c'est au choix). De toute fa&#231;on, la meilleure des th&#233;ories ne remplacera jamais le talent qui est g&#233;n&#233;rosit&#233; du corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire savoir donner intens&#233;ment et se donner mais aussi recevoir avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est bien pourquoi on peut se permettre de faire ces analyses sans trop de risque et en esp&#233;rant, au contraire que la lucidit&#233; stimule le talent. Il n'y a pas de cr&#233;ation sans lucidit&#233; sur la cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme est naturellement ob&#233;issant &#224; l'homme et pour les plus mauvaises raisons et port&#233; vers l'entropie puisque son chemin personnel le m&#232;ne immanquablement &#224; la mort. Presque toutes les philosophies pr&#244;nent l'acceptation. Lorsque la machine fonctionne, en apparence naturellement, il faut &#234;tre fou (ou cr&#233;ateur curieux et angoiss&#233;, ce qui est presque la m&#234;me chose) pour se poser des questions et, sans raison, remettre en cause l'ordre &#233;tabli, pour aller &#224; l'encontre : r&#233;sister. Les cr&#233;ateurs, quels qu'ils soient, ne se contentent pas de r&#233;gurgiter des codes dont, comme tout le monde, ils sont gav&#233;s, impossible de faire autrement. Ils d&#233;passent ordinairement le jeu des r&#233;f&#233;rences et cr&#233;ent du r&#233;el en plus au lieu de contribuer &#224; son effacement. Ils ne se contentent pas d'indexer et de signifier, ils apportent ce que Jank&#233;l&#233;vitch appelait &#171; le je ne sais quoi et le presque rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch : Le je ne sais quoi et le presque rien. Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, cet ind&#233;finissable qui fait basculer l'&#339;uvre (qui ne saurait &#234;tre une simple production) dans un autre univers, celui du &#171; langage du monde &#187; au sens o&#249; l'entendait Carteret. Il y a dans leurs &#339;uvres un projet totalisant qui s'oppose violemment &#224; la fragmentation infinie des &#171; images &#187;, au &#171; robinet &#224; images &#187;, un projet qui recouvre cette fonction traditionnelle de l'art, d'&#234;tre miroir et langage de l'imaginaire, de susciter ces moments toujours uniques et troublants o&#249;, &#171; dans et par l'image, l'&#226;me et le corps communient &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Durand : Beaux-arts et arch&#233;types. Paris, P.U.F., 1989.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on ne me fasse pas dire que c'est par les artistes que le monde sera sauv&#233; de l'entropie qui le guette. Il n'y a, d'un certain point de vue, rien &#224; sauver que l'entropie elle-m&#234;me et je ne me sens pas plus qu'un autre une vocation de gardien du temple. Mais ce &#171; temple &#187;, quoi qu'en pr&#233;tendent certains z&#233;lotes, il existe bel et bien et il est v&#233;ritablement menac&#233;. C'est l'homme (dans sa version &#171; humaniste &#187;) dont nous sommes tous le gardien pour nous-m&#234;mes et pour l'ensemble. Trop ont tendance &#224; l'oublier aujourd'hui, par l&#226;chet&#233;, d&#233;sir d'autorit&#233; sur leurs semblables, envie, cupidit&#233; imm&#233;diate ou, et cela r&#233;sume le reste, simple et monumentale b&#234;tise. Les nouvelles images, il suffit d'allumer sa t&#233;l&#233; pour s'en rendre compte, cohabitent parfaitement avec les nouvelles barbaries. Il y a entre elles un lien indubitable, des migrations subtiles qu'il nous revient d'&#233;noncer et de d&#233;noncer. Cette violence faite &#224; l'image, au dialogue avec le monde est parall&#232;le &#224; cette autre violence faite &#224; l'humanit&#233;, traditionnelle certes, mais &#244; combien aggrav&#233;e par ces technologies m&#234;mes et la d&#233;multiplication qu'elles imposent. Il y a dans la soci&#233;t&#233; actuelle une fascination inou&#239;e pour la violence et une complaisance de tous les m&#233;dias, constitu&#233;e sur leur fonctionnement m&#234;me qu'ainsi ils d&#233;voilent et dont ils font la publicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un nouveau type de travail sur l'imaginaire est vraisemblablement en train de na&#238;tre de sa destruction forc&#233;e dans sa forme actuelle. Mais prenons garde de ne pas jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain. La simplicit&#233; des formules n'est pas de l'ordre de l'humain. L&#233;nine pr&#233;tendait que le Socialisme c'&#233;tait &#171; les soviets plus l'&#233;lectricit&#233; &#187;, les ultra-lib&#233;raux plus ou moins mafieux d'aujourd'hui et leurs d&#233;riv&#233;s, scientologues ou m&#233;diologues, nous disent que leur soci&#233;t&#233; id&#233;ale ce serait &#171; le march&#233; libre plus la cybern&#233;tique &#187; (je me souviens des m&#234;mes, alors gauchistes qui, dans les ann&#233;es soixante-dix disaient d&#233;j&#224; que &#171; le socialisme ce sera les conseils ouvriers plus l'automation &#187;). Simple glissement ? Ils se croient devenus plus r&#233;alistes, mais c'est tout aussi grotesque et d&#233;mentiel et ne peut qu'avoir le m&#234;me type de r&#233;sultats criminels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-lascaux-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/03-lascaux-fnl-7e5f4.jpg?1509832577' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les artistes du futur seront peut-&#234;tre parfaitement anonymes et multiples comme le furent ceux des grottes de Lascaux, des tombes de la Vall&#233;e des Rois, des tombeaux des Han ou de la vo&#251;te de Saint-Savin. Ce n'est pas le probl&#232;me. Leur projet ne sera pas forc&#233;ment personnel et individuel. Il ne l'est d&#233;j&#224; plus s'il le fut jamais. Mais comme toute expression artistique quelle qu'elle soit : projet du sacr&#233;, c'est-&#224;-dire de ce rapport au monde, de cette place &#224; part o&#249; nous nous sommes hiss&#233;s et d'o&#249; nous dialoguons avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre r&#244;le n'est pas de poser &#224; l'homme l'&#233;ternelle &#233;nigme du monde dans lequel il s'inscrit, mais de r&#233;pondre &#224; cette &#233;nigme du monde par la claire affirmation de l'humanit&#233;, l'affirmation p&#233;remptoire du vivant et de l'imaginaire, toujours multiples et hybrides dans l'infinit&#233; de leurs combinaisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ali&#233;nation est toujours culturelle. Elle a lieu lorsque le dialogue ne cr&#233;e plus de formes nouvelles. C'est-&#224;-dire lorsqu'il n'a plus lieu. Il importe de ne pas inverser les termes. Ce ne sont pas les bits qui posent probl&#232;me, c'est notre mani&#232;re de faire avec, de nous laisser faire par eux, ce qu'ouvre leur vide. Car il est &#224; remarquer une sorte de constante : l'homme invente d'abord des instruments pour l'aider, pour prolonger son effort et le lib&#233;rer de l'asservissement aux contingences et, petit &#224; petit, il finit immanquablement par se soumettre &#224; ces instruments, par adopter pour lui-m&#234;me leur r&#232;gle et leur fonctionnement &#233;videmment inhumains. Toute technique modifie la perception et la pens&#233;e de celui qui l'emploie et dans le sens du toujours plus impersonnel, si cette pens&#233;e n'est pas d'abord fermement assur&#233;e d'elle-m&#234;me. En un sens, tout progr&#232;s technique est progr&#232;s des appareils et porte avec lui, &#224; importance &#233;gale, le progr&#232;s du totalitarisme et de l'inhumain. On peut n&#233;anmoins refuser cet &#233;tat de fait ou trouver, comme l'ensemble des m&#233;dias (dont le r&#244;le premier est, pr&#233;cis&#233;ment, de m&#233;diatiser l'ordre des appareils) que c'est tr&#232;s bien comme &#231;a. L'ali&#233;nation est toujours culturelle (en commun). Nous la vivons en ce moment d'une fa&#231;on totalement aigu&#235;. Le temps z&#233;ro, la dissolution de la dur&#233;e dans le commerce instantan&#233;, la rupture des g&#233;n&#233;alogies (r&#233;f&#233;rents, culture, etc.), consid&#233;r&#233;es comme vieilleries (chacun se fait soi-m&#234;me en puisant dans le pot propos&#233; par l'industrie et le commerce consid&#233;r&#233;s comme cultures), caract&#233;risent la dislocation, le schisme am&#233;ricain, d'avec les civilisations occidentales europ&#233;ennes, africaines ou orientales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il n'y a aucune raison de se laisser imposer cette utopie mondialiste dangereuse et criminelle comme toutes les utopies qui tendent &#224; se r&#233;aliser, d'autant plus qu'elle est pr&#233;sent&#233;e avec insistance comme logique et in&#233;vitable. Le mondialisme, c'est &#233;videmment l'av&#232;nement du chacun pour soi, un paradoxal repli sur soi-m&#234;me sous la houlette g&#233;n&#233;rale du techno-fascisme et du financialisme am&#233;ricains, avec la pr&#233;tendue &#171; libert&#233; &#187; d&#233;voy&#233;e (n&#233;o-lib&#233;ralisme) pour seule loi. On ne gagnera &#233;videmment pas cette guerre &#233;conomique avec des bonnes intentions na&#239;ves et flottantes, quoi qu'en imaginent certains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait c'est d'un combat contre les nouvelles barbaries dont il s'agit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-burson-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH99/02-burson-fnl-aaea1.jpg?1509832577' width='500' height='99' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; la critique th&#233;orique (ce que Hume nommait &#171; criticism &#187;), telle que j'ai tent&#233; de la pratiquer ici, f&#251;t-ce maladroitement, qu'il appartient d'analyser ces d&#233;marches en les distinguant de la diarrh&#233;e simulatrice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous appartient, &#224; vous, &#224; moi, &#224; nous qui n'avons pas dans la soci&#233;t&#233; un travail de reproduction m&#233;canique, de toujours, d'abord, interroger la place de l'homme, la mienne, la v&#244;tre : &#171; qu'est-ce que je fais l&#224; ? Qu'est-ce que je fais avec &#231;a et quelle est la nature du but poursuivi ? Que puis-je ? Que peuvent mes images ? Ma vie, mes d&#233;sirs profonds, ma jouissance (pas seulement substitutive) s'y retrouvent-ils ? Quel bonheur est le mien ici ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut toujours interroger ses d&#233;sirs, son corps, m&#234;me si l'on sait bien qu'ils d&#233;pendent d'un habitus, d'un en commun amplement travers&#233; par le social. Il n'y a de d&#233;marche valable qu'au sein d'un projet actif du vivant. Un projet d&#233;sirant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire de l'art, c'est faire l'amour au monde et il y a d'innombrables fa&#231;ons de le faire ; mais on ne baise pas avec des concepts ! Et quand on vous glisse des billets ou une carte de cr&#233;dit dans l'&#233;chancrure du slip, on sait comment cela s'appelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres voies, d'autres approches que celles dict&#233;es par les appareils sont toujours possibles et, &#233;videmment, souhaitables et n&#233;cessaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne sont pas les technologies qui vont d&#233;terminer de nouvelles formes de l'art, malgr&#233; les dangers &#233;vidents qu'elles v&#233;hiculent, elles offrent des possibilit&#233;s de d&#233;passement, c'est tout. Ce doit &#234;tre tout. En revanche sont infiniment plus inqui&#233;tants les discours et les jeux pervers de la mode et de l'&#233;conomie que chacun fait sien sans m&#234;me y penser, toute une pression inou&#239;e qui voudrait nous persuader que c'est l&#224; le champ nouveau et d&#233;sormais unique de la cr&#233;ation, quand bien m&#234;me les modifications profondes de la perception qu'entra&#238;ne la simple fr&#233;quentation sociale de ces technologies nous y convieraient dans un m&#234;me ensemble. L'important n'est pas tant dans ce que les artistes mettent ou croient mettre de signification dans leurs &#339;uvres (il n'en reste, de toute fa&#231;on, pas grand-chose de lisible pour le commun des mortels sur la surface plane et &#233;changeable des images), c'est que le public l'y trouve et surtout s'y retrouve, que le public s'y r&#233;invente, s'y r&#233;image. C'est aussi le r&#244;le de la critique th&#233;orique de l'y aider. Non pas directement, ce serait s'illusionner et jouer les commissaires politiques ou les poujadistes culturels, voire pis, mais en maintenant haut et fort le principe de la n&#233;cessit&#233; de la pens&#233;e et du contenu (qu'il ne faut pas confondre avec le signifi&#233;), le principe de la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;thique et d'un projet humain traversant et soutenant toute cr&#233;ation (et aussi toute technique). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspiration supr&#234;me de l'homme occidental, l'expression de son doute le plus profond est, depuis l'instauration des beffrois et autres clochers au-dessus de nos bourgs, de faire du temps un espace ma&#238;trisable. Leurre de la technologie qui ne saurait &#233;videmment le ma&#238;triser, mais tend &#224; l'annuler. Les seules tentatives couronn&#233;es d'un semblant de succ&#232;s au fil de l'histoire sont, bien s&#251;r, celles de la cr&#233;ation qui le transcende.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions pas qu'il y a une immense responsabilit&#233; du cr&#233;ateur, de chacun cr&#233;ateur, face aux autres hommes qui ne cr&#233;ent pas ou peu ou simplement pas dans le m&#234;me domaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/15-fantomes-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH409/15-fantomes-fnl-3fb7b.jpg?1509832577' width='500' height='409' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes durant plus d'un si&#232;cle totalement grug&#233;s sur la possibilit&#233; de transmission de ce qui &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme les valeurs d'une &#233;lite autoproclam&#233;e. L'art, le savoir et l'&#233;thique ont &#233;t&#233; instaur&#233;s comme fins en soi par des petits-bourgeois &#233;blouis d'eux-m&#234;mes, comme valeurs universelles, paravents glorieux de leur petit n&#233;goce et les instruments qu'ils ont invent&#233;s pour les r&#233;pandre et les diffuser (les m&#233;dias, forc&#233;ment instruments de pouvoir, plus dociles et plus &#171; cool &#187; que les &#171; hussards de la R&#233;publique &#187;, aujourd'hui quelque peu fatigu&#233;s) se sont insensiblement substitu&#233;s &#224; leur contenu et &#224; ceux qui &#233;taient en charge de les transmettre. Apr&#232;s une premi&#232;re phase de r&#233;ussite ind&#233;niable, de nouveau, dans le cadre mondialiste du capitalisme &#171; new look &#187; triomphant, le foss&#233; est immense entre ceux qui d&#233;tiennent un certain nombre de cl&#233;s et les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut bien constater l'immense &#233;chec des &#171; Lumi&#232;res &#187; en leur utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait ce qui n'&#233;tait qu'un moyen provisoire a &#233;t&#233; &#224; tort pris pour un but (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; face &#224; la remont&#233;e en force de l'illettrisme, de la x&#233;nophobie, de la corruption, de la violence aveugle et de la mis&#232;re sous toutes ses formes qui gagnent rapidement du terrain m&#234;me l&#224; o&#249; on pensait les avoir &#224; peu pr&#232;s &#233;radiqu&#233;s. Sous couvert des avanc&#233;es de la D&#233;mocratie et de l'unification technologique du monde, c'est en r&#233;alit&#233; aux mains des mafias que tombent de plus en plus vite tous les zones &#171; lib&#233;r&#233;s &#187; (politiques, sociales ou &#233;conomiques) ou en voie de d&#233;veloppement. C'est d'un &#233;chec patent dont il s'agit face &#224; ce retournement de la civilisation am&#233;ricano-occidentale sur elle-m&#234;me o&#249; tout est sens dessus dessous, o&#249; le sens des mots eux-m&#234;mes s'inverse, o&#249; l'intol&#233;rance est &#224; nouveau une valeur, o&#249; les groupes humains, favoris&#233;s ou non, s'organisent en des sortes de hordes closes, h&#233;b&#233;t&#233;es et d&#233;fensives, o&#249; les familles sont &#171; monoparentales &#187; et isol&#233;es, o&#249; les m&#233;dias viennent fouiller la vie priv&#233;e et m&#234;me interroger la mort entre le hamburger et les frites, o&#249; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re tremble devant ses enfants devenus des sauvages et o&#249; ce sont les rejetons des classes moyennes et sup&#233;rieures qui enseignent aux parents (quand &#231;a n'est pas &#224; leurs profs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faute de formation pr&#233;vue, alors que je suis cens&#233; enseigner la photographie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; se servir des nouveaux outils avant d'&#234;tre, &#224; leur tour, compl&#232;tement d&#233;pass&#233;s comme d&#233;positaires transitoires d'un fragment de savoir sans origine ni perspective, d'un instant d'oubli : quelques bits !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/17-immateriaux-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH340/17-immateriaux-fnl-7f53e.jpg?1509832577' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement le mod&#232;le de fonctionnement de l'appareil Internet : le miroitement du miroir aux alouettes de tous les possibles qu'on n'aurait pas m&#234;me os&#233; r&#234;ver, mais dont on n'a pas la cl&#233; qui les mettrait en rapport et les feraient fonctionner. Il ne se trouve pas dans les m&#233;dias (et pour cause) un seul &#339;il ou presque pour observer lucidement les tuyaux en question. C'est quasi unanimement un blanc-seing accord&#233; &#224; la Sainte Technologie d&#233;socialisante et d&#233;sp&#233;cialisatrice, cette fausse vision utopiste (on se pr&#233;cipite aveugl&#233;ment dans le suppos&#233; avenir, accroch&#233;s, la conscience d&#233;j&#224; en lambeaux, aux vieux modes du pass&#233; et pr&#234;ts &#224; se rassurer du moindre bobard). L'important, &#231;a n'est pas que toutes les informations et les savoirs du vieux monde soient diffus&#233;s, pulv&#233;ris&#233;s instantan&#233;ment dans tous les recoins de la plan&#232;te (c'est la plasticit&#233; quantique de toute chose que j'&#233;voquais dans notre derni&#232;re le&#231;on), mais pour qui et pour quoi faire ? Illusionner des petites classes interm&#233;diaires, elles-m&#234;mes &#224; nouveau d&#233;poss&#233;d&#233;es de la parole et socialement pulv&#233;ris&#233;es ? L'important ce serait (mais c'est une banalit&#233;) que chacun puisse les comprendre, puisse faire le tri dans l'incommensurable des propositions et s'en approprier vraiment ne serait-ce qu'une infime partie. Mais une part de plus en plus importante de nos concitoyens, y compris parmi les &#233;tudiants, ne comprennent m&#234;me plus ce qu'ils lisent, quand ils lisent et sont incapables des analyses n&#233;cessaires, effectivement de plus en plus complexes et subtiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La circulation des vieilles valeurs t&#233;tanis&#233;es, en elle-m&#234;me, n'est qu'un leurre puisque noy&#233;e dans une circulation g&#233;n&#233;rale informe et insens&#233;e. Ce qui fait b&#233;er ces gogos, ce n'est pas l'information et sa qualit&#233; &#233;ventuelle que fort peu sont en mesure de percevoir, mais sa vitesse et son instantan&#233;it&#233;. On ne trouvera jamais sur Internet ce qui n'y est pas ou ce qu'en un sens, on ignore devoir chercher : le sens de sa qu&#234;te. Seul le vide ou le vid&#233; de tout sens peut ainsi circuler (le sens est ce qui p&#232;se, ce qui adh&#232;re) : le processus, un courant &#233;lectrique. L'important &#233;videment c'est cette circulation m&#234;me, la d&#233;sinformation num&#233;rique repr&#233;sente d&#233;j&#224; un poids d'environ le tiers de la croissance am&#233;ricaine (environ mille milliards de dollars), on pr&#233;voit qu'elle repr&#233;sentera plus de la moiti&#233; du poids &#233;conomique d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En gros l'essentiel des informations recherch&#233;es est constitu&#233; par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des petits malins commencent d&#233;j&#224;, aux &#201;tats-Unis, &#224; calculer avec une nouvelle unit&#233; de compte, le &#171; &lt;strong&gt;m&#233;gabit&lt;/strong&gt; &#187;, la consommation de donn&#233;es par habitant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Information et note ajout&#233;e en 1999.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;galement valable pour le calcul du &#171; temps universel &#187;. Finies les heures les minutes et les secondes. Le temps consomm&#233; calcul&#233; en bits, pour tous, quelle trouvaille ! Insidieusement, ils confisquent tout, jusqu'aux rep&#232;res les plus ancestraux, les ramenant &#224; une m&#234;me virtualit&#233; simpliste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/18-diaporama-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/18-diaporama-fnl-bf8df.jpg?1772188167' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle pr&#233;tendue &#171; culture &#187; am&#233;ricano-mafio-techno-mondialiste est, &#224; l'&#233;vidence, une anti-culture puisque son jeu d'impulsions-r&#233;ponses est tout le contraire d'un vrai dialogue. Son symbole et son &#339;uvre majeure, en cette fin de si&#232;cle, c'est &#171; Titanic &#187; . Plus le paquebot est gros et pr&#233;tendu insubmersible, plus le nombre des victimes est faramineux lorsque, immanquablement, il coule. Plus le pouvoir est grand et imp&#233;rial plus ses mal&#233;fices et la r&#233;gression qu'il entra&#238;ne le sont. Le pouvoir absolu de la technique, c'est la catastrophe absolue. Elle signe la disparition de toute raison et de toute culture (de tout &#233;picycle) au profit d'une mise en m&#233;moire artificielle de simples r&#233;ponses imm&#233;diates et pr&#233;vues &#224; des stimuli simplistes. Toute r&#233;flexion est abolie au b&#233;n&#233;fice du simple r&#233;flexe. Et m&#234;me ses valeurs supr&#234;mes, les plus solides, sont ainsi vid&#233;es de tout sens : le meurtre du p&#232;re ou du fils, sous quelque forme que ce soit, est un mode de vie, jusqu'aux valeurs &#233;conomiques auxquelles ce monde semble tenir plus qu'&#224; tout, qui sont d&#233;sormais soumises aux hasards des d&#233;sirs et pulsions du casino financier que sont les bourses virtuelles informatiques, puisqu'il n'y a m&#234;me plus la confrontation physique de la &#171; corbeille &#187;, cette lutte symbolique, le corps une fois de plus est ni&#233;. &#192; l'inverse, toutefois, mon optimisme naturel me fait penser que plus la situation est d&#233;sesp&#233;r&#233;e et plus le risque est immense, plus les chances qu'&#224; la vie de triompher le sont aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s plus de cent ans de D&#233;mocratie d&#233;voy&#233;e, dop&#233;e et piqu&#233;e &#224; coup de fric, de &#171; d&#233;vergond&#233; baratin &#187; et d'illusions, ceux qui &#233;taient autrefois des &#171; sujets &#187; sont devenus des objets comme tous les autres : passibles de l'&#233;change et de l'annulation dans le d&#233;sint&#233;r&#234;t total de tous. Objet de l'aveuglement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Le cyber-citoyen du Nouvel &#194;ge n'a gu&#232;re plus d'autonomie mentale que le serf du Moyen &#194;ge, l'espoir de la r&#233;surrection en moins.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/37-corps-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH257/37-corps-fnl-dde54.jpg?1509832577' width='500' height='257' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ont la possibilit&#233; de penser et de cr&#233;er par eux-m&#234;mes, pour ceux qui pensent justement qu'on ne peut vivre sans donner soi-m&#234;me un vrai sens &#224; sa vie, il est temps, je crois, de ramener l'Herm&#232;s disparu et perdu par la peau des fesses s'il le faut. Ne pas accepter comme fait incontournable cette st&#233;rilisation pseudo-rationaliste n&#233;o-bourgeoise et &#171; mondialiste &#187; qui s'instaure un peu comme en contre-pied ou compl&#233;ment du &#171; mauvais go&#251;t &#187; populiste et &#224; &#171; ras le bitume &#187; des grands m&#233;dias (c'est-&#224;-dire des petits-bourgeois qui les font) et, je cite Gilbert Durand : &#171; tout un modernisme artistique, tant pictural que musical ou litt&#233;raire, totalement &#233;litiste et &#233;chappant aux crit&#232;res de fonction, de valeur et de sens populaires qui furent les raisons d'&#234;tre de toute &#339;uvre d'art (et qui) s'est d&#233;velopp&#233; en marge de ce qu'est le pays r&#233;el de l'esth&#233;tique. Lointain prolongement de l'acad&#233;misme momifi&#233; et de l'art saint-sulpicien, mais encore plus isol&#233; que ces derniers parce que joignant &#224; l'absence d'&#233;mission cr&#233;atrice l'absence de r&#233;ception populaire. &#187; Dans la foul&#233;e, Gilbert Durand condamne en m&#234;me temps ce pseudo intellectualisme m&#233;diatique &#171; lui aussi entretenu &#224; grand renfort de subventions m&#233;c&#233;nales d'une bourgeoisie inculte et le plus souvent &#233;tatique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui fait actuellement la parade sur l'estrade, agit&#233;e par d'autres personnages moins recommandables encore. L'art, moderne ou contemporain, tout le monde le sait, est, parmi d'autres, une grosse machine &#224; laver l'argent sale. C'est pourquoi il y a peu de chance pour que les cotes artificiellement &#233;lev&#233;es de certains artistes internationaux ne s'effondrent. Et bien s&#251;r, notamment et surtout en France, h&#233;ritant des vieilles (et renouvel&#233;es) m&#233;thodes totalitaires, cette mafia crisp&#233;e sur ses certitudes, d'autant plus qu'elle les sent fragiles et isol&#233;es, refuse toute critique, toute ironie et toute diversit&#233; autre que celle, illusoire, qu'elle impose, mettant face &#224; &#171; l'art contemporain &#187; (mais aussi &#224; la technologie, ce sont les m&#234;mes) toute libert&#233; d'expression et de pens&#233;e &#224; l'index.&lt;br class='autobr' /&gt;
La difficult&#233;, au milieu de la confusion, savamment entretenue, c'est qu'il n'y a pas, hors un acad&#233;misme obtus et de circonstance, un &#171; art contemporain &#187; mais des &#171; arts &#187; de plus en plus diff&#233;rents et nouveaux, dispers&#233;s et sans rep&#232;res. Une dilution g&#233;n&#233;rale fabuleuse, mais qui n'est qu'une autre forme de l'annulation. La sculpture contemporaine est &#233;videmment diff&#233;rente des arts actuels du volume ou de l'installation ou encore de la vid&#233;o. De m&#234;me qu'une pratique nouvelle na&#238;t actuellement du num&#233;rique, regroupant la descendance des arts de l'image et dans le m&#234;me temps diff&#233;rente de ce que l'on conna&#238;t et qui ne peut en aucune fa&#231;on lui &#234;tre compar&#233;e. Serra ou Caro ne font pas le m&#234;me m&#233;tier que Gilbert and George ou James Turrell, comme ce dernier n'a rien &#224; voir avec un Garry Hill, Tony Oursler ou avec Jean-Luc Godard ou encore Jean-Louis Boissier, eux-m&#234;mes &#233;tant d'un autre monde que Gina Panne, Michel Journiac ou Orlan. Et s'il n'y a plus de r&#232;gles pour juger des arts en pleine d&#233;multiplication et d&#233;passement, il n'y en a plus non plus et surtout pour juger r&#233;ellement de ces diff&#233;rences. Chacun se retrouve seul avec sa cr&#233;ation face &#224; un monde &#224; la fois clos et sans limites, dont il ignore, le plus souvent, les r&#232;gles qui sont, faute de r&#233;flexion, essentiellement de mode, de snobisme et, bien s&#251;r, financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14-huberman-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/14-huberman-fnl-3ef64.jpg?1509832577' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, nous-m&#234;mes, ici, isol&#233;s, assaillis par l'isolement et une certaine mis&#232;re &#224; l'int&#233;rieur d'un groupe qu'on d&#233;finit comme m&#233;dian, qui flirte avec les m&#233;dias, les technologies et un certain pouvoir intellectuel, sans pour autant y d&#233;tenir un pouvoir quelconque, au risque de l'indignit&#233;, sinc&#232;res et &#233;galement incompris de ceux dont nous d&#233;pendons et de ceux &#224; qui nous souhaiterions nous adresser. Pourtant, &#171; les gens &#187; (une partie, tout au moins) sont parfaitement &#224; m&#234;me de comprendre le monde au seuil duquel on les a plac&#233;s et l'art f&#251;t-il contemporain et m&#234;me herm&#233;tique quand il est authentique et ne cache pas son absence derri&#232;re la contre-parole, une logorrh&#233;e dite &#171; langue de bois &#187; qui les rejette d'embl&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a pr&#233;cis&#233;ment des &#171; arts ligneux &#187;, arts officiels ou officieux &#8211; territoires d'une petite caste &#8211; qui tendent &#224; prendre la place de toute construction individuelle. Un univers artistique du tout probable, &#171; tout un syst&#232;me d'acculturation et d'anti-cr&#233;ation, propre aux pays d&#233;velopp&#233;s...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et principalement &#224; la France, dont les effets sont bien pire que ceux d'une censure. La censure provoque des r&#233;voltes et des bouillonnements souterrains, mais cet effet de brouillage, lui, entend rendre tout impossible parce que d&#233;j&#224; pr&#233;vu. Toute r&#233;volte est d&#233;j&#224; pr&#233;vue et canalis&#233;e contre les seules apparences. Le catalogue des fausses provocations et des subversions ne renvoie qu'&#224; du d&#233;j&#224; subverti mille fois : de la provocation impos&#233;e et institutionnelle. Il ne s'agit &#233;videmment pas l&#224; de prendre parti dans la fameuse querelle du d&#233;j&#224; tellement archa&#239;que &#171; Art contemporain &#187; (c'est totalement vain et inutile), mais il est clair que hors ce groupuscule prot&#233;g&#233; qui appara&#238;t comme une &#233;cole internationaliste de l'&#233;clectisme fin de si&#232;cle, il n'y a, chez nous, particuli&#232;rement, en l'absence d'un v&#233;ritable march&#233; (peut-&#234;tre, d'un certain point de vue, faut-il s'en r&#233;jouir), aucune place reconnue pour qui n'a pas l'imprimatur de l'appareil (la poign&#233;e de fonctionnaires et de pseudo-critiques et commissaires qui s'auto-reconnaissent, se cooptent et font &#171; la loi &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-chris-markerfnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/01-chris-markerfnl-43ba6.jpg?1509832577' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;lever contre le statut absurde de cet art-l&#224;, aujourd'hui, cet &#233;tat de fait, c'est passer paradoxalement pour r&#233;actionnaire voire quasiment n&#233;o-nazi sous pr&#233;texte que les r&#233;actionnaires sont contre tout art vivant d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Mais cet art-l&#224;, y eut-il, plus qu'on ne croit, de v&#233;ritables artistes perdus et noy&#233;s en son sein, n'est pas vivant et, &#224; force de n'importe quoi critique, pseudo-art officiel et go&#251;t populiste des r&#233;actionnaires finiront bien par se retrouver sur les jolis bouquets de fleurs, les papiers peints et autres cro&#251;tes innommables (qui annulent la parole, le Verbe) qui peuplent les multiples &#171; salons &#187; et expositions municipales de nos provinces (mais aussi l'immense majorit&#233; des galeries am&#233;ricaines), puisqu'ils sont de m&#234;me essence petite-bourgeoise et mortif&#232;re. On y am&#232;ne d&#233;j&#224;, en groupes, les enfants des &#233;coles au m&#234;me titre qu'on les conduit au mus&#233;e : &#171; ils feront leur choix eux-m&#234;mes &#187; disent les instits collabos. Ce n'est pas dur de deviner ce qu'ils pr&#233;f&#232;rent, pour de multiples raisons qui n'ont pas forc&#233;ment &#224; voir avec les &#171; &#339;uvres &#187;. Ce sera le triomphe du consensus d&#233;mocratique, un &#171; art &#187; pour tous, pr&#233;dig&#233;r&#233; et conforme. Ceux qui, aujourd'hui, crient &#171; au loup ! &#187; : marchands, critiques, institutionnels et artistes bricoleurs, sont eux-m&#234;mes les fourriers de la culture, autant, au moins, que cette &#171; droite &#187; qu'ils d&#233;noncent avec des glapissements de terreur et &#224; laquelle ils ont oubli&#233; qu'ils appartenaient de facto, se diraient-ils &#224; &#171; gauche &#187;. Mais ce sont l&#224; glapissements affect&#233;s. Vous savez comme moi qu'ils sont d&#233;j&#224; pr&#234;ts &#224; investir dans les futures &#171; soci&#233;t&#233;s alternatives de production d'art visuel &#187;, comme ils ont d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233; les plus dou&#233;s des pr&#233;tendus agitateurs : tagueurs, grapheurs et autres D.J.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit en aucune fa&#231;on de faire cause commune avec les r&#233;actionnaires en question, contre les ordinateurs pas plus que contre &#171; l'Art contemporain &#187;. Mais plut&#244;t de rejeter dans un m&#234;me &#233;lan p&#233;remptoire tous ceux qui accaparent la parole, qui pr&#233;tendent d&#233;cider pour nous ce qui est bon pour nous, ce que nous devons faire et ce que nous devons aimer (sur les tuyaux de &#171; Big Brother &#187;, dans nos assiettes ou dans les centrales &#171; d'art con &#187; et autres mus&#233;es fun&#233;rariums), en s'auto-justifiant et s'auto-congratulant : cette vieille classe dominante mafieuse aux multiples visages de la b&#234;tise s&#251;re d'elle-m&#234;me, certains seraient-ils momentan&#233;ment amicaux et complices.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4944 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-gurs-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH471/06-gurs-fnl-72e21.jpg?1772188168' width='500' height='471' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'art c'est le vivant lorsqu'il se pense. C'est le passage du r&#233;el au temps qu'il transcende dans le silence int&#233;rieur de l'&#233;motion. Tout le reste est &#171; bizness &#187; et cela depuis la nuit des temps et &#224; travers toutes les formes de civilisation. Et puis si le mot &#171; art &#187;, effectivement connot&#233;, vous fait mal, inventez-en un autre, plus doux &#224; vos sens fragiles, depuis le temps qu'on proclame sa mort, c'est s&#251;r qu'il commence &#224; puer s&#233;rieusement le cadavre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pratiquer un optimisme outrancier, on peut raisonnablement penser que cette saison s&#232;che ne durera pas forc&#233;ment. Et puis qu'importe, puisque &#231;a n'est pas du tout l&#224; que &#231;a se passe. On ne peut gu&#232;re y opposer provisoirement que des forages, des collectifs et des r&#233;seaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, entretien &#224; Lib&#233;ration, opus cit&#233;.]. D'autres r&#233;seaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme une sorte de nouveau New Deal. Vous &#234;tes ici, entre autres, aussi pour apprendre &#224; faire ce d&#233;partage.&lt;br class='autobr' /&gt;
En conclusion je dirai qu'il faut inventer du sens s'il n'y en a plus (et non de la signification, de &#231;a on regorge). Fabriquer du r&#233;el s'il se meurt. Ramener la transcendance confisqu&#233;e et brad&#233;e qui seule autorise et justifie l'&#233;change. Peut-&#234;tre s'amuser enfin : &#171; prendre son pied &#187;, puisque tout est possible nous dit-on, que tout n'est plus que signes. Jusqu'&#224; ce que le dire-vrai explose les pseudo-images pour mettre &#224; jour le langage du monde nouveau (sans illusion). Pour &#171; requalifier l'homme &#187; comme disait Ren&#233; Char.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/31-raysse-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/31-raysse-fnl-46b33.jpg?1509832578' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est, bien s&#251;r, ce que font d&#233;j&#224; un certain nombre de jeunes artistes, mais malheureusement isol&#233;s et vite r&#233;cup&#233;r&#233;s par les galeristes et centres d'art toujours sur la br&#232;che et &#224; l'aff&#251;t, ou &#233;conomiquement et m&#233;diatiquement annul&#233;s pour l'instant. Il appartient &#224; votre g&#233;n&#233;ration de comprendre que c'est en mettant en commun vos moyens et vos ambitions que vous parviendrez &#224; court-circuiter le syst&#232;me et les noyaux officiels et mafieux, &#224; d&#233;passer le syst&#232;me de l'art, devenu le contraire m&#234;me de ce que l'art toujours v&#233;hicule. &#171; N'importe quel &#233;chafaudage pr&#233;caire et pragmatique vaut mieux que le d&#233;calque des concepts, avec leurs coupures et leurs progr&#232;s qui ne changent rien &#187; nous disaient encore Deleuze &amp; Guattari&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mille Plateaux, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et si l'on ne peut &#233;chapper aux concepts comme faits de soci&#233;t&#233;, rempart contre la peur du diff&#233;rent qui s'instaure, il faut alors en inventer de nouveaux, une infinit&#233; de nouveaux, autant, peut-&#234;tre, qu'il y a d'images possibles. Mais r&#233;agir de tout son &#234;tre. Si j'osais : &lt;strong&gt;r&#233;a-jouir&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair que l'art contemporain n'est pas l&#224; o&#249; l'on pense habituellement qu'il se trouve. Tout le XXe si&#232;cle d'une certaine intelligentsia autoproclam&#233;e n'a fait que s'abuser sur lui-m&#234;me, que jouer &#224; se faire prendre des vessies pour des lanternes magiques. Si Picasso est sans doute un des artistes majeurs du si&#232;cle, les plus importants sont aussi, dans le d&#233;sordre : Moholy-Nagy, Griffith, Chaplin, Fritz Lang, Murnau, le premier Ren&#233; Clair, Renoir, John Ford, Michael Curtiz, Abel Gance, Kurosawa, Guy Debord, les Straub, Chris Marker, Resnais, Godard, Fassbinder et quelques photographes comme Elmar Lerski, Brassa&#239;, le Klein de New York, le premier Cartier-Bresson, etc. C'est l&#224;, du c&#244;t&#233; des images technologiques et optiques, &#233;ph&#233;m&#232;res et prolif&#233;rantes, sans lieu, que se situe sans conteste l'apport de notre si&#232;cle, en tout cas sa sp&#233;cificit&#233;. L'id&#233;e importante, bien s&#251;r, ce n'est pas que la photo, le cin&#233;ma ou encore la vid&#233;o seraient les nouveaux arts, mais que ces techniques permettent &#224; l'art d'op&#233;rer son d&#233;passement social.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-marker-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH331/04-marker-fnl-69cb6.jpg?1772188168' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'entre-deux-guerres, si d&#233;terminant, ce n'est pas dans la peinture ou la sculpture qu'il se manifeste et s'exprime, celles-ci ne vivent alors que l'&#233;puisement des avant-gardes comme elles ne vivent aujourd'hui que leur survie artificielle dans une sorte de coma d&#233;pass&#233;. C'est dans l'extraordinaire bouillonnement des technologies que vit alors la photographie des artistes et que vit le cin&#233;ma exp&#233;rimental et l'autre aussi (celui qui raconte des histoires), parfois. C'est dans cette jeunesse, cette radicalit&#233; des exp&#233;riences pouss&#233;es jusqu'au bout, sans id&#233;e pr&#233;alable de ce qu'on y va trouver, que notre civilisation puise encore son lait et sa s&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la guerre et le plan Marshall, on peut se demander en parcourant les nouveaux mus&#233;es, les supermarch&#233;s de l'art, les galeries, o&#249; sont pass&#233;s cette jeunesse, cet enthousiasme de la v&#233;ritable cr&#233;ation, ce reflet, cette &#233;mission d'une civilisation dans ce qu'elle a de turgescent et de f&#233;condant. Ce n'est pas dans la barbouille infinie et p&#233;niblement masturbatoire ou le ripolinage des surfaces interchangeables, dans le bricolage des mat&#233;riaux de r&#233;cup&#233;ration et l'installation poussive de concepts pr&#233;tendus &#233;ternels, &#224; grand renfort d'indigence de pens&#233;es promue &#171; r&#233;flexion &#187; par de plus indigents encore et sans le moindre travail. Ce vieux monde de vieux banquiers, de vieux &#233;piciers et de vieux profs, fussent-ils jeunes et s&#233;millants en apparence, ne s'est pas remis de ses suicides rat&#233;s et honteux, toujours shoot&#233; au Verdun, &#224; l'Auschwitz et &#224; l'Hiroshima, au S&#233;tif ou au Mi-Lai, et incapable, sauf dans le cin&#233;ma, la photographie et la BD, nouveaux m&#233;diums, d'en donner la moindre id&#233;e, la moindre image. Non cette jeunesse, cette vie, ce plaisir et cette douleur intenses, c'est au cin&#233;ma qu'on les trouve, justement, chez les jeunes mordus fanatiques de Delluc puis de Langlois, chez les jeunes gens qui bricolent en 16 mm ou maintenant en vid&#233;o, &#224; la maison, et aussi dans une certaine photographie volontairement diff&#233;rente des mod&#232;les propos&#233;s. Bref dans cette &#171; image &#187; devenue am&#233;ricaine &#224; la faveur de la guerre ; c'est-&#224;-dire, croyait-on alors, libre. Avec &#233;videmment, comme toujours, un d&#233;chet consid&#233;rable et l'in&#233;vitable t&#233;tanisation qu'elle entra&#238;ne. Mais c'est l&#224; que &#231;a se passe depuis soixante-dix ans. C'est l&#224; que les gens vibrent pour de bon : facteurs et/ou regardeurs. C'est l&#224;, art ou non-art, peu importe, que sont l'&#233;blouissement et l'&#233;motion. Dans ce jeu subtil entre temps et mouvement, entre le fix&#233; et la dur&#233;e. C'est l&#224; que ce si&#232;cle dit ce qu'il a &#224; dire sur le monde et sur lui-m&#234;me. C'est dans &#171; l'image &#187; que s'exprime la civilisation de &#171; l'image &#187; ou alors les mots ne veulent plus rien dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus que jamais il nous faut, comme un drapeau, d&#233;ployer l'image, notre image, dans tous ses processus de constitution, de migration et de dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/36-ecographie-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH443/36-ecographie-fnl-dd266.jpg?1772188168' width='500' height='443' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faisons des images avec ou sans guillemets, de plein titre ou d&#233;l&#233;gu&#233;es. Manuelles, photographiques, cin&#233;matographiques, num&#233;riques, qu'importe. Qu'elles bougent ou soient apparemment immobiles, mettons-les en cause. Volons-les. Tournons-les et d&#233;tournons-les. P&#233;trissons-les. Retournons-les en bourriques. Piratons-les. Faisons rendre gorge &#224; ces infid&#232;les semblances qui ne ressemblent jamais &#224; ce qu'on veut croire. Rentrons-leur dedans et jouons-leur de la dialectike, de la s&#233;miotike ou de la musike. Illuminons les corps, les raccords, les flux, les intervalles, les syncopes ou les courbes, les lignes, les taches ou les traces. Il faut se laisser &#171; traverser par les multiplicit&#233;s &#187; comme aurait dit encore Deleuze. Hybridons-les. Prenons et laissons-nous prendre avec d&#233;lices. Jubilons dans les temp&#234;tes visuelles. Submergeons, engorgeons, d&#233;tournons le syst&#232;me, ses interfaces et ses tuyaux. Soyons irrespectueux et sauvages. M&#234;me si chacun n'y met rien que son plaisir (c'est d&#233;j&#224; &#233;norme) dans un superbe tourbillon dionysiaque (la pire des choses, c'est d'&#234;tre immobilis&#233;), le spectateur finira bien par y trouver sa propre p&#226;ture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'importent, en fait, l'image quand elle est vraie et ce qu'elle v&#233;hicule ou non. Elle est. Elle est vivante. Elle a toujours &#233;t&#233; la libert&#233; m&#234;me puisque d'abord elle est question. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me isol&#233;e, elle n'est jamais seule. Nos m&#233;moires en sont pleines qui lui font &#233;cho et font la sarabande. Ce qui compte, c'est le rapport &lt;strong&gt;entre&lt;/strong&gt; les images, leur g&#233;n&#233;reuse copulation que personne ne peut contr&#244;ler. &#171; Les images ne cessent pas d'agir et de r&#233;agir les unes sur les autres, de produire et de consommer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze : Trois questions sur &#171; Six fois deux &#187; de Godard, in Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Elles ont, en fait, une capacit&#233; de r&#233;sistance et de fusion insoup&#231;onn&#233;e &#224; tout ce qu'on pr&#233;tend leur assigner. C'est m&#234;me l&#224;, en un certain sens, leur r&#244;le. Il nous faut communier dans cette complicit&#233; que nous entretenons tous avec les images, avec ce pouvoir extraordinaire de l'illusion qu'elles entretiennent, &#224; quelque niveau qu'elle se situe face &#224; cette normalisation idiote et criminelle du substitut au r&#233;el, de substitut &#224; l'art (sans art) que nous nous laissons imposer. L'homme s'imagine qu'il aura remport&#233; une grande victoire sur la nature, consid&#233;r&#233;e comme hostile, le jour o&#249; il n'y aura plus partout en guise de r&#233;el direct que des ersatz de son cru&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils ont raison ceux qui, avec mauvais foi pourtant, pr&#233;tendent que s'&#233;lever (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crains qu'alors il n'ait lui-m&#234;me disparu dans le processus. Il nous faut, au sein du vivant, pr&#244;ner &lt;strong&gt;l'instable, le pr&#233;caire, le mouvant et le m&#233;tiss&#233;&lt;/strong&gt; comme valeurs, comme barrage contre l'entropie technologico-financi&#232;re qui n'est que simulation du mouvement, virtualit&#233; (cf. la circulation des capitaux, des informations, etc.), une autre forme n&#233;gative de la symbolisation, de la repr&#233;sentation n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/19-sans-corps-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/19-sans-corps-fnl-be980.jpg?1509832578' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la photographie courante, quelque forme qu'elle prenne &#224; l'avenir, signe &#224; terme la mort d'un certain rapport au r&#233;el (le regard d&#233;finitivement sous la coupe m&#233;diatique d'une n&#233;o ou supra mafio-&#233;conomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une &#233;tude de janvier 2000 indiquait que les diff&#233;rentes maffias &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et si les &#171; nouvelles images &#187; telles qu'utilis&#233;es sont, transitives, cette mort elle-m&#234;me (&lt;strong&gt;l'informe&lt;/strong&gt;), il nous faut d&#233;sormais accepter de voir l'&#171; image &#187; avec les yeux dont Ren&#233; Girard voit l'ethnologie puisque, dit-il, &#171; c'est toujours comme tombeau que s'&#233;labore la culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Girard, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et c'est bien toujours de cela dont il est question, l'art a toujours flirt&#233; avec la mort, dans&#233; avec, bais&#233; avec, jongl&#233; avec l'&#201;nigme et l'Ab&#238;me (d'o&#249; sa trop fr&#233;quente fascination pour le pouvoir). C'est l&#224; sa grandeur s'il faut lui en trouver une.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais gardons &#224; l'esprit que les tombeaux concernent les vivants, qu'ils sont eux-m&#234;mes d'abord un questionnement : &lt;strong&gt;la question&lt;/strong&gt; et que jamais l'homme n'a d&#233;lib&#233;r&#233;ment laiss&#233; la mort faire elle-m&#234;me ses tombeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angoul&#234;me &#8211; Poitiers &#8211; 1996 &#8211; 1997, Angers &#8211; 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus personne ne sait &#171; lire &#187; les tableaux des mus&#233;es, les livres sont devenus d'images (les BD) voire livres-objets pr&#233;tendus interactifs, etc. et les campagnes m&#234;mes qu'on lance pour &#171; sauver &#187; la lecture, contribuent &#224; faire du livre traditionnel un objet sacr&#233; (s&#233;par&#233;) et de la lecture non plus un d&#233;sir mais une sorte de rite r&#233;serv&#233; &#224; une &#233;lite et qu'il faudrait partager sous peine d&#233;socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Novalis : &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;. Paris, Aubier Montaigne, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Dotremont in : &lt;i&gt;Les d&#233;veloppements de l'&#339;il&lt;/i&gt;, texte de 1950 repris dans le catalogue &lt;i&gt;Ubac&lt;/i&gt;, Galerie Maeght, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire savoir donner intens&#233;ment et se donner mais aussi recevoir avec la m&#234;me g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch : &lt;i&gt;Le je ne sais quoi et le presque rien&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions du Seuil, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Durand : &lt;i&gt;Beaux-arts et arch&#233;types&lt;/i&gt;. Paris, P.U.F., 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait c'est d'un combat contre les nouvelles barbaries dont il s'agit, d'un syst&#232;me imp&#233;rialiste qui tend &#224; &#233;liminer la multiplicit&#233; et la diversit&#233; de la vie au b&#233;n&#233;fice de seuls syst&#232;mes simplistes et en m&#234;me temps infinis. Une r&#233;gression humaine sur fond de progr&#232;s technique (encore une fois ce ne sont &#233;videmment pas les outils que je mets en cause mais ce qui les impose). Nous nous sommes battus &#224; mort, au fil des si&#232;cles, pour des raisons infiniment plus futiles. D&#233;j&#224; dans les ann&#233;es soixante, un Michel Debr&#233; qu'on ne peut soup&#231;onner d'avoir &#233;t&#233; de gauche, clamait &#224; qui voulait l'entendre que &#171; l'Am&#233;rique nous avait d&#233;clar&#233; la guerre &#187;. Elle est en passe de la gagner sans que l'ensemble des Europ&#233;ens n'ait fait v&#233;ritablement mine de se d&#233;fendre, acceptant par avance les r&#244;les de prol&#233;taires ou d'esclaves branch&#233;s qui nous sont r&#233;serv&#233;s dans ce futur &#171; paradis &#187;. &#192; l'or&#233;e du nouveau si&#232;cle, la situation est d&#233;cisive et c'est d'abord sur le terrain des images (de la repr&#233;sentation qu'on se fait du monde) qu'aura lieu, qu'a lieu, l'ultime bataille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait ce qui n'&#233;tait qu'un moyen provisoire a &#233;t&#233; &#224; tort pris pour un but g&#233;n&#233;reux et forcement illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faute de formation pr&#233;vue, alors que je suis cens&#233; enseigner la photographie et la vid&#233;o, c'est un de mes &#233;tudiants qui m'apprend actuellement &#224; utiliser le logiciel &#171; Premi&#232;re &#187;. Note de mars 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En gros l'essentiel des informations recherch&#233;es est constitu&#233; par la correspondance commerciale, la pub du marchand de pop-corn du coin ou les jeux. Le commerce (pour aller vite) qui d&#233;tient les tuyaux en d&#233;tient bien &#233;videmment aussi le contenu, pour le reste, n'oublions pas que l'internet a &#233;t&#233; invent&#233; par les militaires am&#233;ricains dans le but explicite de contr&#244;ler l'ensemble des informations mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Information et note ajout&#233;e en 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, entretien &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, opus cit&#233;.]. D'autres r&#233;seaux &#233;videment[[Parmi tous les possibles on peut citer entre autres ce rapport nouveau son-image, cr&#233;ation de films et improvisations d'images sur instruments num&#233;riques et de musiques techno que pratique, par exemple, un groupe germanique comme &lt;i&gt;Statzion Rose&lt;/i&gt; sur des r&#233;seaux de concerts-performance-vid&#233;o alternatifs, ind&#233;pendamment, bien s&#251;r, de l'&#233;ventuelle qualit&#233; de ces performances ou des projections dans des r&#233;seaux de caf&#233;s-vid&#233;o qui semblent actuellement se d&#233;velopper. Note de d&#233;cembre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mille Plateaux&lt;/i&gt;, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze : Trois questions sur &#171; Six fois deux &#187; de Godard, in &lt;i&gt;Les Cahiers du Cin&#233;ma&lt;/i&gt; N&#176; 271, novembre 1976. Repris dans &lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils ont raison ceux qui, avec mauvais foi pourtant, pr&#233;tendent que s'&#233;lever contre l'informatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e aujourd'hui, c'est la m&#234;me chose que ceux qui vitup&#233;raient contre la machine &#224; vapeur au XIXe si&#232;cle. Car en soi la machine &#224; vapeur n'a pas &#233;t&#233; un progr&#232;s, elle fut porteuse d'une mis&#232;re incommensurable et de r&#233;gressions sociales &#233;pouvantables. La p&#233;riode montante de l'&#232;re industrielle fut une catastrophe, si la croissance globale, en France, fut durant tout le si&#232;cle de 2,5 % en moyenne et presque le double apr&#232;s le second empire, ce ne fut &#233;videmment pas le cas, au contraire, du niveau de vie moyen des travailleurs ni de leurs conditions de vie, 60 millions d'europ&#233;ens ont d&#251; alors fuir et &#233;migrer pendant que s'&#233;laboraient des fortunes immenses et 20 millions furent sacrifi&#233;s sur les champs de bataille de la premi&#232;re guerre mondiale (parmi lesquels, et c'est justice, quelques capitalistes). Le progr&#232;s se situe dans le d&#233;passement de la machine &#224; vapeur et de ses &#233;pouvantables cons&#233;quences, dans les victoires au jour le jour des forces sociales contre ceux qui l'imposaient et l'utilisaient &#224; leur unique profit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une &#233;tude de janvier 2000 indiquait que les diff&#233;rentes maffias &#233;taient impliqu&#233;es directement dans environ 50% des &#233;changes &#233;conomiques mondiaux et cela n'a fait que cro&#238;tre &#233;videmment depuis cette date. C'est v&#233;ritablement une &#171; pax maffiosa &#187; qui r&#232;gne d&#233;sormais sur le monde occidental. Les d&#233;mocraties ne sont plus que le masque d'une tyrannie parmi les plus abominables que l'humanit&#233; se soit donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Girard, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la fin d'une sp&#233;cificit&#233; - IV/V</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-IV-V</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-IV-V</guid>
		<dc:date>2014-07-30T16:45:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne pas nier notre plaisir ni le museler : glorifier le culte des images, ma grande, mon unique, ma primitive passion.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Charles Baudelaire&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH94/arton546-7348e.jpg?1772188168' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne pas nier notre plaisir ni le museler : glorifier le culte des images, ma grande, mon unique, ma primitive passion.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Charles Baudelaire&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;el est moribond et l'imaginaire lui-m&#234;me ne se porte pas bien, ai-je dit. Certes, mais le pessimisme n'&#233;tant pas dans ma nature, comme je le sugg&#233;rais ant&#233;rieurement, une autre forme de relation au r&#233;el est vraisemblablement en train de na&#238;tre sur les ruines de l'ancienne qui n'a, par ailleurs, pas encore dit son dernier mot. On sait bien que ces mutations s'effectuent sur la &#171; longue dur&#233;e &#187;, que l'homme a des ressources innombrables, pourquoi n'en aurait-il pas contre ses propres tentations autodestructrices ? Des imaginaires nouveaux (ou renouvel&#233;s) se mettent en place sur un langage devenu diff&#233;rent et qu'on ne peut encore nommer mais, en tout cas, des attitudes se dessinent et qui ne vont pas forc&#233;ment dans le sens que les apprentis sorciers du &#171; village global &#187; ou de l'&#171; Organisation &#187; semblaient esp&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; autoroutes de l'information &#187;, le World Wide Web et autres minitels am&#233;lior&#233;s sont des outils, nous dit-on et d'abord les outils d'une nouvelle forme du pouvoir extr&#234;mement dangereux, mais tellement fragiles et transparents (comme les pouvoirs eux-m&#234;mes qu'ils servent, ils ont la particularit&#233; de s'exposer et de se remettre en cause d'eux-m&#234;mes) qu'ils sont finalement &#224; la merci d'un trop de transparence, de cette transparence qu'ils pr&#244;nent par ailleurs. J'en veux pour preuve qu'il n'aura fallu que tr&#232;s peu de temps pour que des doutes apparaissent (tr&#232;s vite confirm&#233;s) sur le caract&#232;re pr&#233;tendu ouvert et utopique de l'Internet pour que le contr&#244;le universel des communications, la censure et l'univers marchand qui le motivent en r&#233;alit&#233; n'y apparaissent ouvertement. La fable, du moins chez nous, n'aura pas tromp&#233; grand monde et pas longtemps. &lt;strong&gt;Derri&#232;re toute utopie il y a toujours l'ordre forc&#233;&lt;/strong&gt;, f&#251;t-il subtilement diffus, et ils ont bonne mine aujourd'hui ceux qui chantaient l'av&#232;nement d'un monde nouveau et libre : les ex-hippies devenus informaticiens, mais toujours aussi nunuches dans le genre &#171; peace and love &#187; ! Il en va &#233;videmment de m&#234;me des pr&#233;tendues r&#233;alit&#233;s virtuelles mises au point pour l'arm&#233;e et des jeux vid&#233;o qui ne font que provoquer des r&#233;ponses &#224; des stimuli, quand bien m&#234;me ils pr&#233;tendraient &#224; l'interactivit&#233; toujours programm&#233;e et dont les enfants, finalement, se lassent assez vite (d'o&#249; le besoin constant de renouvellement de ces jeux qui devrait bien rencontrer ses limites). Actuellement aux &#201;tats-Unis, le chiffre d'affaires des &#171; krafts &#187;, les &#171; travaux de dame &#187; : tapisserie, broderie, patchwork, crochet et autres macram&#233;s, a d&#233;pass&#233; celui de toutes les cassettes de jeux confondues. Au Japon c'est le jeu de croquet qui bat toutes les consoles vid&#233;o. Ils n'ont pas de quoi &#234;tre fiers les accros de la bidouille ! Et sans &#234;tre aveugl&#233;ment optimiste, c'est tout de m&#234;me r&#233;confortant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, m&#234;me vides, m&#234;me nulles (et reconnues comme telles), les &#171; images &#187;, pour le public, continuent &#224; v&#233;hiculer leur manque patent de sens, donc &#224; susciter son besoin, &#224; d&#233;montrer sa n&#233;cessit&#233;. C'est ce que disent les vogues actuelles des &#171; sciences &#187; occultes et autres sectes qui font excellent m&#233;nage avec les technologies quand elles ne les suscitent pas. Je ne suis pas le seul &#224; constater qu'au bout du compte, la &#171; mondialisation &#187;, l'O.M.C., dont on peut ne retenir que le premier terme : l'&#171; Organisation &#187; et leurs pr&#233;tendus outils de communication technologiques font parfaitement couche commune avec les superstitions les plus archa&#239;ques, les int&#233;grismes de tous bords, les replis sur des mini-communaut&#233;s closes et exacerb&#233;es et autres sectes d&#233;lirantes et sont pour le moins objectivement complices dans leur m&#234;me volont&#233; de venir &#224; bout de toutes les valeurs de notre vieux monde, &#224; commencer par le respect de l'homme et par la plus fragile de toutes : la D&#233;mocratie. Mais aussi absurde qu'elle para&#238;t c'est cette complicit&#233; m&#234;me qui les d&#233;nonce en ce qu'elle suscite de besoin de r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-fnl-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH386/01-fnl-2-77a40.jpg?1772188168' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, m&#234;me s'il convient de modifier notre regard, nos modes de r&#233;ception et nos attentes, je ne commettrai pas l'erreur d'annoncer la mort prochaine de la photographie (qui n'est qu'une technique en pleine r&#233;volution mais l'image fixe, &#233;videmment num&#233;ris&#233;e, ne me para&#238;t pas en danger trop imm&#233;diat) et surtout pas celle d'un art photographique hybride, au contraire, plus vivant qu'il n'a jamais &#233;t&#233;, m&#234;me si, d&#233;j&#224;, c'est l'unification des arts de l'image au sein des techniques num&#233;riques qui est en train de l'emporter et, sans doute, &#224; terme, la mort de l'image, du moins telle que nous la connaissions, en tant que repr&#233;sentation, qui me semble in&#233;luctable, mais la fin de l'humanit&#233; aussi, apr&#232;s tout, m&#234;me s'il n'y a pas urgence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je souhaiterais montrer, pour conclure, comment la cr&#233;ation, qu'on l'appelle art ou ce que l'on veut (la &#171; novlangue &#187; va bien s&#251;rement nous proposer quelque chose &#224; la place d'artiste, le terme plasticien semblant d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; : un ignoble &#171; num&#233;ricien &#187;, peut-&#234;tre ?), est non seulement n&#233;cessaire mais heureusement in&#233;vitable dans le monde qui se met en place. Comment elle peut &#234;tre un moyen radical si ce n'est de pallier les horribles m&#233;faits que j'ai longuement d&#233;crits devant vous &#8211; ce qui ne serait qu'un moyen de faire passer la pilule et chargerait les artistes d'un r&#244;le de collaborateurs et de garde-fous comme il en est des arts dits appliqu&#233;s &#8211; du moins de contribuer &#224; un renouvellement de l'imaginaire et &#224; une consolidation de son emprise avec les infinies variations humaines qui auront toujours raison, j'esp&#232;re, des technocrates qui ont de plus en plus tendance &#224; s'infiltrer partout, y compris dans nos &#233;coles dites d'art dont les instances qui nous gouvernent s'efforcent insidieusement de faire la peau depuis d&#233;j&#224; pas mal de temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
On verra aussi, incidemment, comment, &#224; travers une litt&#233;rature de plus en plus abondante, la critique th&#233;orique, dans sa dimension sociale et esth&#233;tique peut rendre conscience &#224; tout ce qui fuit ainsi sous nous. Comment elle peut, ind&#233;pendante, en approfondissant la connaissance des m&#233;canismes technologiques et mentaux, des m&#233;canismes s&#233;miologiques et esth&#233;tiques, accompagner, orienter cette mutation s'il appara&#238;t que c'en soit effectivement une&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait depuis la naissance de la photographie, le mat&#233;riel des images (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comment elle peut en brouiller irr&#233;parablement les &#171; strat&#233;gies fatales &#187; et maintenir tr&#232;s haut &lt;strong&gt;les exigences &#233;thiques&lt;/strong&gt; qui ont toujours, de m&#233;moire de civilisation, pr&#233;valu au c&#339;ur m&#234;me de toute la cr&#233;ation artistique ou non.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-hill-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/04-hill-fnl-5324d.jpg?1509832579' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On feint parfois de consid&#233;rer l'art comme une sorte de transcendance migratoire : &#171; il s'agit d'un art qui se manifeste &#224; travers la photographie, ou &#224; travers le cin&#233;ma, dit-on, comme il se manifeste ailleurs, &#224; travers les concepts, par exemple &#187;. C'est vrai, d'une certaine fa&#231;on, car les artistes et leurs marchands ont compris aujourd'hui qu'il leur fallait sortir du champ clos qu'on leur avait assign&#233; et qu'ils avaient, nouveaux nomades, la possibilit&#233; de se saisir de tout le champ du visible, de l'audible et du sensible pour l'exalter, comme les m&#233;dias s'en sont d&#233;j&#224; saisis pour tenter de l'annuler, ou la finance pour l'exploiter. Aventure douteuse et particuli&#232;rement risqu&#233;e mais riche, pour certains, de tous les possibles. Et non, pas tout &#224; fait, d'une autre fa&#231;on, car c'est bien la sp&#233;cificit&#233; de la photographie (qui comme vous le savez n'en a aucune), cette polys&#233;mie, ce caract&#232;re d'imagerie instable et quantique, tellement contemporaine, et son aspect m&#233;canique et communicable qui s&#233;duisent a contrario les nouveaux cr&#233;ateurs, comme les s&#233;duisent les possibilit&#233;s de la vid&#233;o num&#233;rique et du cin&#233;ma dit exp&#233;rimental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis les ann&#233;es soixante-dix, les artistes plasticiens ont d&#233;velopp&#233; de nouveaux usages de divers m&#233;diums et de nouvelles r&#233;ceptions possibles &#224; travers des approches de la r&#233;alit&#233; plurielles et mouvantes et de sa figuration plus incertaine encore, n&#233;anmoins ind&#233;niables et cr&#233;dibles. La photographie appara&#238;t un peu et paradoxalement comme une &lt;strong&gt;irr&#233;cusable citation de r&#233;el&lt;/strong&gt;, dont ils ne seraient pourtant pas dupes, un brevet d'authenticit&#233; et d'imm&#233;diatet&#233;, concepts moteurs aujourd'hui, mais authenticit&#233; et imm&#233;diatet&#233; de l'artefact m&#234;me. Ce qui int&#233;resse le cr&#233;ateur contemporain dans la photographie, c'est le jeu sur l'effet, cet effet de r&#233;el, d'intimit&#233;, de mobilit&#233; et de modernit&#233; ind&#233;niables qu'elle v&#233;hicule et qui servent de support au contenu de l'&#339;uvre. Ce contenu peut m&#234;me, dans certains cas extr&#234;mes, consister en l'analyse ou le simple constat de ce rapport m&#234;me. En un sens, le &#171; toujours-d&#233;j&#224;-vu &#187; photographique dispense l'objet photographi&#233; d'&#234;tre en devenant objet photographique, objet de la pens&#233;e et de la r&#233;flexion, objet du sens ou simplement sens&#233;. Ce n'est pas forc&#233;ment une position si ais&#233;e &#224; tenir, m&#234;me si la simplicit&#233; apparente du r&#233;sultat ouvre &#233;videmment la porte &#224; tous les abus ou op&#233;rations de brouillages. Tout comme il peut consister &#224; feindre de jouer le jeu des m&#233;dias eux-m&#234;mes et &#224; les utiliser (faux reportages, fausses publicit&#233;s, d&#233;tournements divers, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-boissier-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH263/05-boissier-fnl-64f6e.jpg?1509832579' width='500' height='263' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'image optique permet une reconnaissance imm&#233;diate qui cr&#233;e une complicit&#233; entre l'artiste et le r&#233;cepteur quel que soit, par ailleurs, l'herm&#233;tisme de l'&#339;uvre, ouvrant le chemin &#224; une rencontre possible entre les multiples niveaux d'approches et de renvois.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un concept vieux comme le monde moderne qui permet d'aborder cette pratique nouvelle de la photographie (mais aussi bien cin&#233;ma, etc.) : tenter d'analyser ou de montrer ce qui se passe entre la r&#233;alit&#233; et l'appr&#233;hension qu'en a l'artiste. Comment il la dig&#232;re, la transforme (ou comment elle se transforme), quels que soient la forme et le statut du rendu. En fait, transposition &#224; travers et par l'image d'un certain rapport social et du rapport au monde. C'est un des champs d'investigation, jusqu'&#224; pr&#233;sent discret, qu'a ouvert en grand une mince frange de l'art contemporain qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, n'a jamais cess&#233; de s'interroger sur lui-m&#234;me, en tant que rapport au monde, de se complaire &#224; la mesure de l'&#233;cart (&#224; scruter cette violence, &#233;videmment sociale) entre r&#233;alit&#233; et mim&#233;sis, cette transformation du rien en support &#224; communication intellectuelle et sensible. Comment l'id&#233;e de la r&#233;alit&#233;, dans sa d&#233;perdition plastique, devient langage o&#249; une soci&#233;t&#233; donn&#233;e peut se dire ? Passer d'une mise &#224; jour du visible &#224; un rendu lisible. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait d&#233;j&#224;, faut-il le rappeler, l'une des interrogations fondamentales d'un Giotto ou d'un Piero della Francesca en leur temps et &#224; leur fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/05-fnl-56f5f.jpg?1509832579' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; les m&#233;dias confisquent la r&#233;alit&#233; et l'annulent, m&#234;lant tout en un gigantesque spectacle, les plasticiens photographes, de Klauke &#224; ses copains de l'&#233;cole de D&#252;sseldorf ou de Boltanski &#224; Tromeur, les fr&#232;res Starn (aussi m&#233;diatiques aient-ils &#233;t&#233;) ou Witkin, parall&#232;lement, n'ont cess&#233; de se pencher sur cette r&#233;alit&#233; m&#234;me, sur ces invraisemblables rapports que nous entretenons avec elle. C'est Bayard lui-m&#234;me qui, ayant invent&#233; le moyen de mettre la r&#233;alit&#233; en bo&#238;te et en plan (et de ce fait, pr&#233;cis&#233;ment, inventant la r&#233;alit&#233; m&#234;me qui, jusqu'alors, en tant que concept n'avait pas lieu) et de la d&#233;multiplier, invente dans la foul&#233;e, un rapport diff&#233;rent, questionnant, conceptuel, &#224; cette m&#234;me r&#233;alit&#233; comme s'il avait senti le besoin de se faire pardonner et d'ouvrir une autre voie &#224; ce qu'il pressentait peut-&#234;tre comme un instrument majeur de d&#233;shumanisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d&#233;j&#224; plus de vingt-cinq ans que ce &#171; mouvement de la photoplastique &#187;, comme disent certains, chez nous, li&#233; &#224; ce qu'on a appel&#233; la &#171; Figuration narrative &#187;, existe parall&#232;lement et m&#233;lang&#233; &#224; d'autres tendances &#233;clat&#233;es et d&#233;localis&#233;es. &#171; L'ironie de la situation, dit Yves Michaud, est alors que l'autonomisation de la photographie comme m&#233;dium sp&#233;cifique la conduit &#224; se fondre dans le mouvement g&#233;n&#233;ral de l'art contemporain : ses ressources propres passent au service de l'inventivit&#233; formelle g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Michaud, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est &#233;videmment normal puisqu'il n'y a plus d'inventivit&#233; hors ce jeu de glissement des images apr&#232;s lequel tout le monde ou presque court.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait quelques ann&#233;es qu'apr&#232;s l'avoir longtemps pass&#233;e sous silence et ni&#233;e, la critique s'en est empar&#233;e pour le nommer, l'isoler, cat&#233;goriser, promouvoir quelques directions ou ma&#238;tres incontournables et, &#224; &#233;galit&#233;, inventer un grand nombre de mannequins sans consistance &#233;lev&#233;s au m&#234;me niveau ou plus haut si possible, afin, comme toujours, de brouiller le jeu ; les effets de mode, les m&#233;dias et de march&#233; d&#233;boussol&#233; faisant le reste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13-ryoji_ikeda-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/13-ryoji_ikeda-fnl-bd509.jpg?1509832579' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est raisonnable, de penser qu'aujourd'hui, en tant qu'&#233;picycle, ce mouvement, a touch&#233; &#224; sa fin depuis une bonne dizaine d'ann&#233;es. Apr&#232;s ou parall&#232;lement &#224; un &#171; retour &#224; l'ordre &#187; officiel ou officieux dont on sent bien la franche instauration sous la forme d'un &#171; post-photo-journalisme ou pseudo &#171; vid&#233;o-reportage conceptuel &#187;, faussement ind&#233;pendants des m&#233;dias (comme si nous n'avions pas d&#233;j&#224; l'habitude de ces mouvements qui sont, en r&#233;alit&#233;, compl&#232;tement d&#233;pendants des syst&#232;mes qu'ils pr&#233;tendent mettre en cause), d'autres mouvements naissent et na&#238;tront (ou le m&#234;me sous une forme un peu diff&#233;rente, plus &#171; fusion &#187;), tout aussi hybrides, ou sans doute davantage, plus en rapport avec les nouvelles images proprement dites, de la vid&#233;o num&#233;rique au multim&#233;dia, mais sur des fonctionnements encore inconnus, forc&#233;ment diff&#233;rents de ceux actuels, balbutiants, et hybridant aussi les jeux de comportement entre science, art et politique comme un m&#234;me ensemble tendant au d&#233;passement des images qu'il n'est plus n&#233;cessaire de faire soi-m&#234;me, les diverses banques en regorgeant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne devrait pas pour autant annuler les autres m&#233;diums si on ne les interdit pas par voie autoritaire (suppression de la fabrication des mat&#233;riaux et supports, par exemple), comme cela se produit actuellement en une sorte de course o&#249; chaque ann&#233;e voit dispara&#238;tre, en photographie, papiers, films et chimies pour ne plus laisser bient&#244;t disponible qu'un seul type de mat&#233;riau, pauvre et ne permettant plus aucune variation. Certains, de plus en plus nombreux en sont venus &#224; tenter de refabriquer eux-m&#234;mes leurs papiers et chimies comme au bon vieux temps des pionniers et de l'artisanat militant. Recherches techniques longues et on&#233;reuses, effectu&#233;es au d&#233;triment de la cr&#233;ation et qui finissent, &#233;videmment, par devenir un but st&#233;rile en soi (mais qui dira la beaut&#233; du concepts !). De la m&#234;me fa&#231;on, celui qui travaille seul &#224; la maison en vid&#233;o, f&#251;t-elle num&#233;rique, ne parviendra jamais &#224; l'efficacit&#233; ni &#224; la qualit&#233; du premier fabricateur professionnel venu, &#224; moins d'y passer tout son temps et son travail ne sera pas pris en compte par les circuits de distribution ou de monstration (ce qui est peut-&#234;tre un bien !). De toute fa&#231;on, nous connaissons suffisamment le syst&#232;me pour ne pas &#234;tre dupe : tout porte &#224; croire, en r&#233;alit&#233;, que l'utilisation des technologies, pour accessibles qu'elles semblent actuellement, sera en fait de plus en plus co&#251;teuse et, au bout du compte, forc&#233;ment de plus en plus &#233;litiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense, et &#231;a n'est pas du tout, de ma part, faire une concession, qu'il y a, entre autres, quelque chose d'extraordinaire &#224; explorer et &#224; d&#233;tourner &#224; partir de la photo num&#233;rique et des logiciels de retouche, tels que le faisaient, par exemple des artistes comme Nancy Burson ou Keith Cottingham, il y a quelques ann&#233;es, mais &#224; la condition de conserver, &#224; l'arriv&#233;e une mat&#233;rialit&#233; et une richesse (f&#251;t-elle pauvret&#233; volontaire) du support&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut m&#234;me imaginer, si l'on veut vraiment consid&#233;rer comme obsol&#232;tes les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de trouver une nouvelle mat&#233;rialit&#233;. Quelque chose de tout &#224; fait nouveau et totalement subversif puisqu'on peut g&#233;n&#233;rer et rendre visibles des images qu'on peut dire mentales, sans r&#233;f&#233;rent, et qui auront la structure testimoniale de la photographie, puisque, comme autrefois, plus aucune image, en apparence analogique, mais manipul&#233;e, ne sera fiable et cr&#233;dible. R&#233;ellement et objectivement, &lt;strong&gt;le vrai sera instant du faux et vice-versa&lt;/strong&gt;. Le r&#233;f&#233;rent soci&#233;tal y sera cruellement mis &#224; nu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/00-doigt-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/00-doigt-fnl-80ebe.jpg?1509832579' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; un peu le cas avec la t&#233;l&#233;vision o&#249; m&#234;me le vrai n'appara&#238;t plus vraisemblable et o&#249; tout ce qui appara&#238;t sur l'&#233;cran est, d'une certaine fa&#231;on, re&#231;u &lt;strong&gt;comme&lt;/strong&gt; fiction, ce qui, paradoxalement rend ce m&#233;dia encore plus coercitif. Cela n'a, &#233;videmment, que la valeur d'un exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l&#224; (et aussi dans les r&#233;seaux qu'on peut subvertir, &lt;strong&gt;infester de messages parasites&lt;/strong&gt;, de &lt;strong&gt;virus cr&#233;atifs&lt;/strong&gt; et d&#233;lirants, etc.) pour les cr&#233;ateurs et les artistes un champ fabuleux &#224; investir et explorer si nous parvenons &#224; nous en emparer au lieu de nous les laisser imposer sous condition par les chiens de garde du politique et les financiers aussi, sans doute, mais &#224; cette diff&#233;rence que l'imaginaire n'est pas forc&#233;ment de leur c&#244;t&#233; quand bien m&#234;me quelques collabos trahiraient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Esp&#233;rons que notre nouvelle &#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'EESATI.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crivais-je en 1996, saura devenir un de ces lieux de d&#233;bordement cr&#233;atif et de libert&#233;, de r&#233;surgence du &#171; mundus imaginalis &#187;. C'est nous qui manierons et manipulerons la d&#233;r&#233;alisation de leur pseudo-r&#233;el dont ils se gargarisent comme d'une panac&#233;e. En fait, elle a failli, ses dirigeants et, sans doute, ses professeurs ayant pr&#233;f&#233;r&#233; jouer le jeu du syst&#232;me en refusant toute r&#233;flexion et toute vraie cr&#233;ation, d'o&#249; ma fuite &#233;perdue d&#232;s 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, malgr&#233; une vision qui s'efforce &#224; la lucidit&#233; et qui n'est pas insouciante, je ne suis pas non plus pessimiste &#224; moyen ou long terme. Une vieille confiance en l'homme et en son ind&#233;racinable facult&#233; de dire NON, en sa facult&#233; de cr&#233;er et de subvertir, ce g&#233;n&#233;tique besoin de fomenter des accidents pour survivre, rendront vite d&#233;risoires toutes les tentatives de r&#233;ductions binaires de la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;dias, c'est maintenant une &#233;vidence, sauf &#224; se voir d&#233;tourner, ne sont pas et ne seront jamais facteurs de libert&#233; ou de d&#233;mocratie. Ils en sont le leurre caricatural. Les t&#233;l&#233;communications sont, paradoxalement, une cl&#244;ture &#233;pouvantable aux effets pervers innombrables qui tuent la communication (si l'on conserve au mot son sens). Mais avec des difficult&#233;s, des reculs et des pertes de plus en plus consid&#233;rables il est vrai, l'humanit&#233; n'a jamais cess&#233; d'avancer vers une toujours plus grande vigilance et une toujours plus grande conscience (ce qui ne veut pas dire une plus grande efficacit&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, il faudra vraisemblablement un certain temps pour que les individus s&#233;par&#233;s et isol&#233;s d&#233;passent le stade technologique et cr&#233;ent &#233;ventuellement de nouvelles formes d'organisation sociale et de nouvelles formes d'art p&#233;rennes (ou dont les effets le soient) &#224; l'aide du num&#233;rique et qu'on arrive &#224; retourner effectivement les &#171; binary digit &#187;, ces fameux bits qui ne font qu'&#233;noncer l'indigence et la vulgarit&#233; du propos qui les assume, cette &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Alain Woodrow : Quatri&#232;me pouvoir ou cinqui&#232;me colonne. Paris, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'un sur-fascisme yankee d'un nouveau genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'on ne croit pas que j'exag&#232;re, d&#233;j&#224; l'Am&#233;rique s'est dot&#233;e des moyens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me qu'il faudra sans doute un long moment avant que le r&#234;ve d&#233;mocratique &#8211; pris en otage et ridiculis&#233; par la pr&#233;tendue communication &#8211;, la politique, l'art et m&#234;me la science (on commence &#224; s'en apercevoir) vid&#233;s de leur sens et d&#233;poss&#233;d&#233;s par une apparente logique des march&#233;s et des simulacres ne puissent retrouver une certaine r&#233;alit&#233; humaine et l'efficience qui fut la leur. Le principal obstacle est &#233;videmment financier. Toutes les technologies (&#224; un certain niveau d'efficience) sont hors de prix et donc parfaitement contr&#244;l&#233;es (reste &#224; savoir par qui, mais c'est tout vu), la culture naissante qui s'y rattache souterraine, mobile et, hors des lieux sp&#233;cifiques (&#233;coles ou centres o&#249; il faut montrer patte blanche), inaccessibles. Que penser d'un &#171; art &#187; contr&#244;l&#233; par l'&#233;conomie ? D'une cr&#233;ation sous condition de ressource ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Photographies et nouvelles images, aussi dangereuses et int&#233;gr&#233;es qu'elles puissent &#234;tre, constituent en attendant un r&#233;servoir de possibilit&#233;s de vraie cr&#233;ation et de jeux de contamination des images entre elles et il faudrait &#234;tre criminellement inconscient pour les abandonner &#224; d'autres mains que les n&#244;tres. Les technocrates et leurs copains id&#233;ologues, consciemment ou inconsciemment techno-fascistes, peuvent bien installer avec le plus parfait cynisme tout un r&#233;seau de tuyaux et contr&#244;ler les flux, ils peuvent bien installer des centaines de cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision th&#233;matiques et autres t&#233;l&#233;visions-kiosques pr&#233;tendues interactives (je dirais plut&#244;t &lt;strong&gt;interanesth&#233;siques&lt;/strong&gt;), jusqu'&#224; tout noyer sous les effets visuels nomm&#233;s abusivement &#171; images &#187;, r&#233;duire le monde &#224; ce qu'ils appellent un &#171; village global &#187; (et d'autres de Naples &#224; Brooklyn, Belgrade ou Moscou, &#171; la Famille &#187;) et tout passer sous la loi du march&#233; unique, en pr&#233;tendant, non sans une certaine jouissance, que de gr&#233; ou de force, &#171; au prix d'&#233;preuves et de sacrifices, les &#234;tres humains s'adapteront&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Raymond Barre, cit&#233; par Le Monde Diplomatique, janvier 1996, p. 10.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La volont&#233; de chacun de &#171; voir quelque chose &#187; dans ces pr&#233;tendues &#171; images &#187; quand bien m&#234;me il n'y a rien &#224; y voir et qu'on s'en vante, est n&#233;anmoins des plus rassurantes. Paul Virilio en t&#233;moigne : &#171; Les spectateurs ne fabriquent pas leurs images mentales &#224; partir de ce qui leur est donn&#233; imm&#233;diatement &#224; voir, mais &#224; partir de leurs souvenirs, comme dans leur enfance, en remplissant eux-m&#234;mes les blancs et leur t&#234;te avec des images qu'ils cr&#233;ent a posteriori &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Virilio : La Machine de vision. Paris, Galil&#233;e, 1988.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-hill-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH394/02-hill-fnl-e7c34.jpg?1509832579' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Images et litt&#233;rature critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le tout d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt (publication de &lt;i&gt;La Chambre Claire&lt;/i&gt; de Roland Barthes, puis d&#233;but de la parution des &lt;i&gt;Cahiers de la Photographie&lt;/i&gt;, des livres de Philippe Dubois, de Susan Sontag, etc.), on a vu s'instaurer un certain nombre de r&#233;flexions th&#233;oriques sur la photographie et parall&#232;lement une r&#233;flexion dispers&#233;e et timide sur les nouvelles technologies qui commen&#231;ait d'appara&#238;tre, r&#233;flexions vite interrompues. La photographie a &#233;t&#233; l'objet d'un assez grand nombre d'interrogations tout &#224; fait diverses et sur des bases n'ayant que peu de rapport entre elles au point de passer aux yeux d'un grand nombre de gens encore nourris de culture traditionnelle, pour peu s&#233;rieuses et embrouill&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel rapport, effectivement, entre les trois ouvrages habituellement consid&#233;r&#233;s comme basiques : &lt;strong&gt;les trois &#171; B &#187;&lt;/strong&gt;, celui de Benjamin, celui de Bourdieu et celui de Barthes ? Vous l'avez constat&#233;, chacun ne parle en fait, d'un point de vue totalement diff&#233;rent, que d'un certain type de photographie, celle qui lui est la plus famili&#232;re &#224; l'exception de toutes les autres, rejet&#233;es dans l'ombre puisque n'apportant pas d'arguments ou contraires &#224; leur th&#233;orie. Les nombreux textes produits depuis observent la photographie toujours depuis leurs a priori, aussi g&#233;n&#233;reux soient-ils, m&#234;me en un certain sens Philippe Dubois ou Rosalind Krauss dont la r&#233;flexion est pourtant essentielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;chappe &#233;videmment pas &#224; la r&#232;gle, et m&#234;me la revendique, puisque je n'ai trait&#233;, ici, finalement que des possibilit&#233;s ou impossibilit&#233;s de cr&#233;ation avec la photographie tout en avouant d'embl&#233;e que ce n'est pas du tout pour &#231;a qu'elle est faite. Ma r&#233;flexion est donc tout &#224; fait marginale. On m'accordera n&#233;anmoins que j'ai cherch&#233; dans le m&#234;me temps, peut-&#234;tre et m&#234;me s&#251;rement en apportant des r&#233;ponses &#233;videmment partielles et, sans aucun doute, partiales, &#224; comprendre effectivement ce pourquoi elle serait faite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'instant (13 octobre 1996) o&#249; je terminai la premi&#232;re mise au point de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces r&#233;ponses sont paradoxalement en d&#233;saccord avec mes souhaits les plus profonds. Je suis conscient, toutefois, qu'il en est de nombreuses autres possibles, que j'aurais pu aussi prendre &#224; mon compte. Cela ne rel&#232;ve pas d'une incertitude et d'une ignorance mais, en fait, de la constatation &#233;vidente que toutes les r&#233;ponses possibles sont des r&#233;ponses probables, donc aussi valables que non valables et &#233;quivalentes en fonction des circonstances et qu'il peut y avoir autant de r&#233;ponses que de photographies et de gens qui les voient. L'exp&#233;rience ici ne sert plus &#224; rien, il suffit de simuler la question pour que la (une) r&#233;ponse survienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a de r&#233;ponse, &#233;videmment, que parcellaire, fragmentaire et distincte &#224; un objet lui-m&#234;me parcellaire, fragmentaire et totalement divers. Et il en va de m&#234;me pour tout ce qu'on peut dire sur les &#171; nouvelles technologies &#187;. &lt;strong&gt;&#192; objet quantique, r&#233;ponses quantiques&lt;/strong&gt;. Les bits ne sauraient &#234;tre objets de la valeur. Ils sont, pour l'instant le v&#233;hicule m&#234;me de la d&#233;culturation, si l'on accepte la culture comme mouvement vers une unit&#233; reconnue comme telle (&#224; condition, sans doute, de ne jamais l'atteindre puisque c'en serait la disparition, l'important &#233;tant le mouvement m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-surveillance-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/12-surveillance-fnl-69035.jpg?1772188168' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;crit, au d&#233;part (1er volume) et rapidement, quatre approches, quatre blocs d'occurrences &#224; la fois successifs et simultan&#233;s par lesquels aborder les photographies, occurrences elles-m&#234;mes, aux contours des plus flous et fluctuants, j'en suis tout &#224; fait conscient. C'est l&#224; une fa&#231;on arbitraire d'&#233;clairer le terrain. Mais ne serait-ce que dans les exemples que j'ai donn&#233;s &#224; propos des divers objets habituellement travers&#233;s par la photo dite &#171; cr&#233;ative &#187;, il &#233;tait &#233;vident que de nombreuses autres approches &#233;taient possibles. Les miennes, m&#234;me si efficientes par rapport &#224; mon discours, n'en sont que quelques-unes parmi d'autres, pouvant se modifier en fonction de leur objet ou du pr&#233;texte d'&#233;tude de cet objet. Ainsi, pour citer quelques-uns de mes r&#233;cents travaux d'&#233;criture, mon approche de la photographie orientaliste est-elle diff&#233;rente de celle que j'ai pu faire &#224; propos de Marcel Bovis ou des approches multiples dont je me sers actuellement pour travailler sur les photographies fran&#231;aises des ann&#233;es vingt et trente ou du d&#233;but du si&#232;cle, m&#234;me si, fondamentalement, mon point de vue personnel demeure le m&#234;me. Ce qui n'est peut-&#234;tre pas s&#251;r. Peut-&#234;tre ces d&#233;placements &#233;ventuels m&#233;riteraient-ils d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s pour eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une autre fa&#231;on, et je crois l'avoir montr&#233; en r&#233;f&#233;rant &#224; divers reprises aux autres images, traditionnelles ou nouvelles, une approche de la photographie seule est, d&#233;sormais, inenvisageable : il y a une indissociable pluralit&#233; de l'image aujourd'hui. D'une certaine fa&#231;on tout est &#171; image &#187; et cette image est l'enjeu politique et &#233;conomique mondial et prioritaire. D'o&#249; le nombre assez &#233;tonnant d'ouvrages et d'articles qui paraissent actuellement sur ce sujet. Mais tous, aussi intelligents et passionnants qu'ils soient, n'abordent l'image, au mieux que comme un faisceau de singuliers ou un ensemble tellement flou que s'y m&#234;lent, &#233;videmment sous le m&#234;me vocable, images traditionnelles et technologiques, symboliques et indicielles, mentales et litt&#233;raires, peinture, photo et cin&#233;ma, etc. Brassage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'inverse est &#233;galement &#233;vident : traiter l'image du seul point de vue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fascinant, souvent intelligent et &#233;minemment justifiable d'o&#249; l'on ne saurait, toutefois, tirer aucune r&#233;ponse satisfaisante &#224; cette question fondamentale, grave et d&#233;sesp&#233;r&#233;e : &#171; que faire aujourd'hui avec l'image ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-ristelhueber-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/09-ristelhueber-fnl-8950d.jpg?1509832579' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;videmment la question &#224; ne pas poser, mais ce n'est pas nous qui l'avons pos&#233;e, on nous l'a impos&#233;e avec l'envahissement des pseudo-images, des m&#233;dias et la trop flagrante boulimie am&#233;ricano-mondialiste dont les causes ne sont &#233;videmment pas qu'&#233;conomiques. Nous sommes, dans cet &#233;tablissement, bien plac&#233;s pour nous en rendre compte et c'est, &#233;videmment, la question fondamentale qui traverse la plus grande part de vos travaux, qu'ils soient photographiques, de vid&#233;o ou d'animation, voire d'imagerie traditionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'analyse critique, &#224; partir de la photographie et de la photographie m&#234;me, en tant que mod&#232;le de fonctionnement, me para&#238;t essentielle aujourd'hui. Puisque celle-ci a pour caract&#233;ristique d'exporter sur les instruments th&#233;oriques qui sont en charge de l'analyser, son propre mode de fonctionnement, un peu comme si l'on jugeait un criminel du point de vue de l'utilisation qu'il a faite du couteau ou du revolver. &#192; ceci pr&#232;s que les instruments de la photographie, eux, sont innombrables et, s&#233;par&#233;s et distincts (quantiques), ne sauraient &#234;tre appr&#233;hend&#233;s comme syst&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce d&#233;rapage est visible et lui, analysable. C'est le mode de fonctionnement des appareils, de tous les types d'appareils, tel que nous les avons abord&#233;s &#224; propos des programmes de production et de diffusion : l'&#233;vidente confusion entre le v&#233;hicule et le voyage. &lt;strong&gt;Tout appareil est manipulatoire et h&#233;g&#233;monique&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s la guerre du Golfe et celle du Kosovo, je ne puis, &#224; ce propos, que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait depuis la naissance de la photographie, le mat&#233;riel des images techniques n'a cess&#233; d'&#233;voluer et &#224; une cadence relativement rapide, jamais il ne s'est fix&#233;, frapp&#233; d'obsolescence tous les vingt ou trente ans et il s'est toujours m&#233;tiss&#233; avec ce que lui offrait l'industrie vers toujours plus de simplification d'emploi, f&#251;t-ce au prix d'une sophistication de plus en plus grande, voire &#233;norme, en amont : la belle utopie, tout de m&#234;me inqui&#233;tante en ce qu'elle met en jeu, de l'image pour tous ! En ce sens, la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187;, pour nous n'en est pas une, ce ne sont pas les outils qui sont essentiels, avons-nous dit, mais ce qu'on a &#224; dire, &#224; montrer, &#224; faire sentir avec, quand bien m&#234;me les rh&#233;toriques de cr&#233;ation et de monstration en seraient-elles affect&#233;es. Toutefois il est &#233;vident que l'envahissement des pseudo-images dans toutes les sph&#232;res humaines, la disparition du temps (le temps r&#233;el) et le fait de ramener toute activit&#233; &#224; des jeux d'algorithmes, transforment profond&#233;ment notre civilisation, m&#234;me si elles n'affectent que superficiellement et techniquement nos pratiques de l'image d&#233;sormais unifiables (photo, vid&#233;o, cin&#233;ma, animation pouvant ainsi s'enrichir directement l'une de l'autre). (Note de novembre 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Michaud, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut m&#234;me imaginer, si l'on veut vraiment consid&#233;rer comme obsol&#232;tes les vieilles techniques photographiques, que les technologies nouvelles puissent aussi servir &#224; am&#233;liorer, rendre plus riches ou renouveler les supports en question, rendre l'information effectivement solidaire du support et non plus seulement d&#233;pos&#233;e, etc. Mais il ne saurait y avoir d'art sans mat&#233;riau et sans mati&#232;re. La forme na&#238;t de la r&#233;sistance de la mati&#232;re &#224; l'information. Il ne saurait y avoir d' &#171; art conceptuel &#187; si ce n'est sous forme d'une simple &#233;tiquette. Mais les logiciels opposent des r&#233;sistances, parfois fortes, et il y a une mati&#232;re, f&#251;t-elle immat&#233;rielle, dans le num&#233;rique. Le mat&#233;riau num&#233;rique pour &#234;tre encore un de ces collages &#224; la mode, existe bien dans son infinie fragilit&#233; et le faire, en un sens, exploser n'est pas un jeu vain m&#234;me si cela ne saurait suffire et combler le besoin d'une &#171; vraie &#187; mat&#233;rialit&#233;, d'un rapport physique &#224; la cr&#233;ation (et aussi &#224; la p&#233;rennisation car, si le message n'est en rien alt&#233;r&#233; par la copie, tous les nouveaux supports sont, eux, tr&#232;s rapidement d&#233;gradables, &#224; la m&#234;me vitesse ou presque que l'obsolescence des syst&#232;mes qui les permettent. Sans doute, l&#224; encore, n'est-ce pas innocent que cette menace de violence pr&#233;visible, d&#233;sormais permanente, sur l'&#339;uvre et son &#233;ph&#233;m&#233;rit&#233; probable, la perte programm&#233;e de toute trace dont d&#233;j&#224;, par exemple, nombre de vid&#233;os des ann&#233;es soixante-dix sont victimes. Les bandes terriblement d&#233;grad&#233;es existent encore, pour certaines, mais il n'y a plus de mat&#233;riel capable de les lire. &#8211; Ajout, novembre 1999 &#8211;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'EESATI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Alain Woodrow : &lt;i&gt;Quatri&#232;me pouvoir ou cinqui&#232;me colonne&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions du f&#233;lin, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qu'on ne croit pas que j'exag&#232;re, d&#233;j&#224; l'Am&#233;rique s'est dot&#233;e des moyens surpuissants, via tout un maillage de satellites, de surveiller la totalit&#233; du monde, au d&#233;cim&#232;tre pr&#232;s, mais elle peut aussi contr&#244;ler la totalit&#233; des images et des informations diffus&#233;es sur les divers r&#233;seaux existants : hertziens ou via l'Internet (Googlehearth). Par ailleurs, tous les syst&#232;mes permettant de produire ou de diffuser les images technologiques sont &#233;videmment am&#233;ricains. &lt;strong&gt;Aujourd'hui, l'image est am&#233;ricaine ou n'est pas&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Raymond Barre, cit&#233; par &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, janvier 1996, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Virilio : &lt;i&gt;La Machine de vision&lt;/i&gt;. Paris, Galil&#233;e, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'instant (13 octobre 1996) o&#249; je terminai la premi&#232;re mise au point de ces textes, je viens d'entendre sur la 5e cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision le physicien Jean-Marc Levy-Leblond expliquer, en forme de boutade, que &#171; l'inqui&#233;tant avec les technologies c'est que si on arrive &#224; peu pr&#232;s &#224; savoir pourquoi &#231;a ne marche pas, on ne sait jamais pourquoi &#231;a marche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'inverse est &#233;galement &#233;vident : traiter l'image du seul point de vue des photographies, convoquerait-on de multiples sciences et th&#233;ories &#224; son &#233;tude, a prouv&#233; depuis longtemps son inefficacit&#233;. Ce fut l'&#233;chec des &lt;i&gt;Cahiers de la Photographie&lt;/i&gt; et de certains th&#233;oriciens qui en sont issus de Fran&#231;ois Soulages &#224; Gilles Mora.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s la guerre du Golfe et celle du Kosovo, je ne puis, &#224; ce propos, que renvoyer aux divers ouvrages et articles de Paul Virilio.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la fin d'une sp&#233;cificit&#233; - III/V</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-III</guid>
		<dc:date>2014-06-24T00:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette mise &#224; mort du sens constitue l'acte de naissance de nos soci&#233;t&#233;s o&#249; se fomente la dissuasion de tout sujet.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;o Scheer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;s &#224; pr&#233;sent, l'&#233;tude des images se pose en termes de mise en service de r&#233;seaux &#224; obsolescence instantan&#233;e. Dans cette perspective, l'informatique, qui emploie simultan&#233;ment la plus petite unit&#233; de temps contr&#244;lable, la nanoseconde, et &#224; terme la totalit&#233; de l'espace social, dont le terrain a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par la photographie, ouvre l'&#232;re de la repr&#233;sentation simul&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian d'Aiwee &amp; Klaus Vigan&lt;br class='autobr' /&gt;
Image industrielle et implosion&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton545-8077c.jpg?1772188168' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette mise &#224; mort du sens constitue l'acte de naissance de nos soci&#233;t&#233;s o&#249; se fomente la dissuasion de tout sujet.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;o Scheer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;s &#224; pr&#233;sent, l'&#233;tude des images se pose en termes de mise en service de r&#233;seaux &#224; obsolescence instantan&#233;e. Dans cette perspective, l'informatique, qui emploie simultan&#233;ment la plus petite unit&#233; de temps contr&#244;lable, la nanoseconde, et &#224; terme la totalit&#233; de l'espace social, dont le terrain a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par la photographie, ouvre l'&#232;re de la repr&#233;sentation simul&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian d'Aiwee &amp; Klaus Vigan&lt;br class='autobr' /&gt;
Image industrielle et implosion&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH424/07-fnl-f1a36.jpg?1772188168' width='500' height='424' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dissuasion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis Virilio, chacun sait bien maintenant que nous avons renonc&#233; &#224; dissuader qui que ce soit, sauf nous-m&#234;mes, ce qu'est la dissuasion en terme militaire : il s'agissait de poss&#233;der un stock d'armes atomiques, donc particuli&#232;rement effrayantes, dirig&#233;es &#171; tous azimuts &#187; et dont l'ennemi potentiel ignore &#224; quel moment et sur quel objectif il peut &#234;tre utilis&#233;. Un seuil est fix&#233; dont il ignore absolument laquelle de ses actions d&#233;clenchera le cataclysme. Cette ignorance est donc sens&#233;e le dissuader de commettre un forfait quelconque contre notre territoire ou un territoire voisin. &#192; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; urbaine l'image, manipul&#233;e elle-m&#234;me ou dans ses significations ajout&#233;es, joue &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me r&#244;le. Elle est devenue l'arme centrale d'une strat&#233;gie, m&#234;me si &#231;a ne marche encore qu'imparfaitement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La cam&#233;ra, disait le Pr&#233;sident Kennedy, vous voyez que ce n'est pas nouveau, est devenue notre meilleur inspecteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Virilio, Ibid.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi la possibilit&#233; de l'image, la simple pr&#233;sence d'une cam&#233;ra est-elle sens&#233;e dissuader le voleur dans les grands magasins, dans les couloirs du m&#233;tro, la rue commer&#231;ante ou est-elle sens&#233;e emp&#234;cher le fraudeur de tricher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13-surveillance-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/13-surveillance-fnl-522d6.jpg?1772188168' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde conna&#238;t le caract&#232;re dissuasif des radars sur les routes et autoroutes, des cam&#233;ras aux carrefours, ou des cam&#233;ras branch&#233;es en permanence dans les quartiers &#171; &#224; risque &#187; pour contr&#244;ler la population et d&#233;pister toute attitude suspecte. En quelques ann&#233;es, toutes nos villes se sont truff&#233;es de cam&#233;ras auxquelles on ne fait m&#234;me plus attention, nos immeubles eux-m&#234;mes : portes, halls, escaliers sont &#233;quip&#233;s, au nom d'une id&#233;ologie s&#233;curitaire qui cache le contr&#244;le omnipr&#233;sent d'un Big Brother technologique. Il convient de noter que le contr&#244;le urbain s'exerce, en fait, non dans les zones &#224; risques, les banlieues par exemple, mais dans les autres quartiers essentiellement petit-bourgeois. Ce ne sont pas les d&#233;linquants possibles qui sont sous surveillance, mais leurs victimes potentielles, celles-ci &#233;tant pourtant infiniment plus nombreuses et dispers&#233;es que ceux-ci. Visiblement, la protection n'est que pr&#233;texte &#224; un contr&#244;le infiniment plus sophistiqu&#233; des populations banales. En fait le village global qu'on nous promet est &#224; l'image de celui de nos campagnes d'autrefois o&#249; une paire d'yeux se dissimulait derri&#232;re chaque rideau. C'est la transparence : chacun est objet du regard-image, objet de toujours plus de transparence, de toujours plus d'&#233;lucidation (fiches signal&#233;tiques vari&#233;es, cartes &#224; puces, carnet de sant&#233;, etc.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gr&#226;ce &#224; Internet et &#224; de petites cam&#233;ras vid&#233;o nomm&#233;es Webcam un certain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes aussi familiers des cam&#233;ras aux caisses des supermarch&#233;s, dans les banques, etc. sans parler de nos simples papiers d'identit&#233; toujours munis de photo. L'identit&#233; d'un individu, aujourd'hui, nous en avons longuement parl&#233;, c'est son image, &#233;videmment identique &#224; toutes les autres images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes tous identiques devant la cam&#233;ra, tous objets de l'image, objets de la dissuasion et de la transparence. De la manipulation. Comme au Moyen &#194;ge, le vilain &#233;tait invisible en soi et identique &#224; tout autre vilain, ou le n&#232;gre pour le colon, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le portrait-robot publi&#233; par les journaux jusqu'aux &#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es de pr&#233;tendue protection du consommateur, de recherche dans l'int&#233;r&#234;t des familles ou de d&#233;lation &#224; l'&#233;chelle d'une nation enti&#232;re, nous connaissons partout ce type de dispositif qui ne semble plus troubler grand monde. La morale a quitt&#233; les chaires des &#233;glises ou les petites classes de l'&#233;cole primaire pour envahir sans nuance les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision et les magazines illustr&#233;s. L'information t&#233;l&#233;vis&#233;e avec ses images quotidiennes d'attentats, de guerre, mais aussi de rencontres sportives de plus en plus violentes et d'exploits divers, est parfaitement dissuasive. Ne parlons pas de l'information politique ou &#233;conomique qui ne consiste qu'en un matraquage d'images choc et de slogans quand elle ne fait pas, tout simplement, effet de show de vari&#233;t&#233; avec suspens, air du t&#233;nor, confrontation, etc. Et quand un homme politique, de droite ou de gauche, essaie encore de s'expliquer tranquillement et clairement dans une conf&#233;rence de presse ou une interview t&#233;l&#233;vis&#233; par exemple, &#231;a ne fait &#233;videmment pas &#233;v&#233;nement et la classe politico-m&#233;diatique est unanime : &#171; Il n'a rien dit &#187;, quand la moindre &#171; petite phrase &#187; creuse, judicieusement plac&#233;e, fait, elle, effet d'&#233;v&#233;nement essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/01-fnl-a7f2a.jpg?1509832580' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme le disait Benjamin, la photo est le &#171; th&#233;&#226;tre du crime &#187; et il demandait : &#171; le photographe ne doit-il pas sur ses tirages d&#233;noncer la faute et d&#233;signer le coupable ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les images font de chacun qui en est l'objet un coupable virtuel mais &#224; jamais innocent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, g&#233;rer l'&#201;tat c'est, d'une mani&#232;re ou d'une autre d'abord manipuler les &#171; images &#187; et aussi g&#233;rer la crainte du r&#233;el. Chaque minist&#232;re se doit dor&#233;navant d'avoir une sorte de directeur du marketing et de la communication afin de tout m&#233;diatiser de rendre chaque d&#233;cision ou non d&#233;cision &#233;changeable. Le pouvoir est fonds de commerce de la manipulation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Il en va de m&#234;me pour l'entreprise et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale de toute activit&#233;, se voudrait-elle subversive, au sein de la soci&#233;t&#233; marchande et technologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le champ de bataille du signe, par-del&#224; les images, toute r&#233;alit&#233; devient redoutable : on ne regarde pas l'ab&#238;me. En expulsant de plus en plus la conscience du r&#233;el, les &#171; images &#187; le rendent angoissant et le pr&#233;sentent comme un pi&#232;ge dangereux. Les hommes-images vivent, en un sens, de plus en plus dans l'ins&#233;curit&#233; et seuls. L'imagerie nous dissuade de tout r&#233;el qui ne soit pas parfaitement g&#233;r&#233;, m&#233;diatis&#233; et simul&#233;. Des cigarettes aux banlieues, des effets du soleil &#224; la circulation sous la pluie, le ch&#244;mage ou les barrages routiers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paradoxalement vivement encourag&#233;s par le syst&#232;me : la crainte qu'ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'autre c&#244;t&#233; de l'ordinateur, le monde r&#233;el n'est plus qu'un immense danger potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH322/03-fnl-ed6fd.jpg?1509832580' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il convient de stimuler les &#171; images &#187; avec outrance car l'outrance seule peut, dans la fascination qu'elle entra&#238;ne, encore faire illusion (sexe, violence, crise, meurtre, etc.) au sein de la pl&#233;thore iconique. Elle s'efforce &#224; faire croire qu'il existe en dehors de l'&#233;cran un r&#233;el non g&#233;rable et effrayant, &#224; faire en sorte que le simulacre permanent dans lequel nous baignons ne parvienne pas &#224; la conscience comme ce qu'il est ou voudrait &#234;tre : une nouvelle forme du destin : l'id&#233;ologie de la n&#233;cessit&#233;. Il y a, en fait, d&#233;j&#224; un certain temps que nous vivons dans le virtuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;nonc&#233;/d&#233;nonc&#233; est le corollaire des &#171; images &#187; qui sont toujours les images du moment. Il est sous-entendu dans toute la circulation iconique. Il est sa l&#233;gende m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/21-ciber-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH476/21-ciber-fnl-f9427.jpg?1509832580' width='500' height='476' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;seau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons abord&#233; la fonction sid&#233;rante et la fonction dissuasive de l'image qui se compl&#232;tent parfaitement dans leur travail de d&#233;r&#233;alisation et de mise en plan de l'imaginaire. L'instrument nouveau et dor&#233;navant essentiel des &#171; images &#187; est ce r&#233;seau un peu flou qu'on nommait l'audiovisuel, on y ajoute aujourd'hui, et &#224; une puissance inou&#239;e, le &lt;strong&gt;cyberespace&lt;/strong&gt; &#224; la connotation tr&#232;s science-fiction des ann&#233;es cinquante. Tout cela passera sous peu int&#233;gralement sous le contr&#244;le (gestion) des satellites via la t&#233;l&#233;communication qui r&#233;unira enfin en un seul syst&#232;me (&#171; lib&#233;ralis&#233; &#187;) la totalit&#233; du monde des &#171; images autoris&#233;es &#187;. R&#233;seau d'&#233;changes interconnect&#233;s en &#171; temps r&#233;el &#187; que Deleuze et Guattari nommaient justement un &#171; rhizome &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari : Rhizome. Paris, &#201;ditions de Minuit, 1976.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il y a d&#233;j&#224; trente ans (comme le temps passe !).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'int&#233;rieur de ce rhizome tout a m&#234;me valeur et est &#233;changeable &#224; l'infini dans la plus absolue des transparences, tout est interconnectable, signe errant d&#233;territorialis&#233; et reterritorialisable en n'importe quel point du rhizome, il suffit de se brancher. Mais vous connaissez tout cela certainement bien mieux que moi. Le monde maill&#233; dans lequel une humanit&#233; idiote, d&#233;barrass&#233;e du sens, d&#233;finitivement camp&#233;e sur son cul, tricote du clavier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est hach&#233; menu, unit&#233;s distinctes, r&#233;duit &#224; un fonctionnement unique et totalitaire quel que soit le message, prend sa place sur le r&#233;seau et retrouve son destinataire dans une v&#233;ritable &#171; extase de la communication &#187;, selon la formule de Baudrillard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes envahis, aujourd'hui, par les petits t&#233;l&#233;phones de poche qui sonnent n'importe o&#249;, n'importe quand et qui permettent de faire et de transmettre des images, demain, tout &#224; l'heure, ce seront des micro-processeurs-t&#233;l&#233;viseurs qui se mettent d&#233;j&#224; en place et dont le prix ne cesse de baisser, en attendant qu'il ne soit plus n&#233;cessaire de se d&#233;placer du tout, branch&#233;s en permanence &#224; notre goutte-&#224;-goutte communicationnel. Chacun dans sa bulle (f&#251;t-elle libre), sera branch&#233; pendant qu'&#224; l'ext&#233;rieur un tiers, quart ou cinqui&#232;me monde de plus en plus pl&#233;thorique, hors technologie, cr&#232;vera dans la mis&#232;re et les soubresauts de la violence sous le regard dissuasif des cam&#233;ras du Panopticon mondial. Ce n'est d&#233;j&#224; plus de la fiction, vous le savez bien, juste une question de point de vue, de rapport au r&#233;el, &#224; l'ab&#238;me d&#233;sormais irregardable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-smartphone-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH364/09-smartphone-fnl-56db6.jpg?1772188168' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le r&#233;seau, le message sonore ou lisible agit de la m&#234;me fa&#231;on que le message visuel : cette bouillie qui se r&#233;pand en tous sens est toujours &#233;quivalente. Le son est partout pr&#233;sent : radio, walkman, fonds sonores divers, musiques d'ambiance, messages publicitaires, etc. L&#224; aussi une sorte d'esth&#233;tisation forc&#233;e des bruits devenus sons, messages indiff&#233;renci&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Messages sonores et visuels sont &#233;galement &#233;quivalents et interchangeables. Le son fait &#171; image &#187; auditive. L'information &#233;crite elle-m&#234;me sur les &#233;crans est totalement esth&#233;tis&#233;e et issue du m&#234;me calcul binaire et peut &#234;tre &#171; lue &#187; d'un simple coup d'&#339;il : ic&#244;nes, mises en page savamment brouillonnes, couleurs, etc. La suppression du r&#233;f&#233;rent, son annulation dans le d&#233;passement, la fusion &#224; l'int&#233;rieur du r&#233;seau sont la cl&#233; de tout message audiovisuel. Seul compte l'&#233;change, mais en sachant que ce qui s'&#233;change, pour &#233;quivalent que ce soit, n'est &#233;videmment pas de m&#234;me nature. Des informations forc&#233;es rendues plus ou moins n&#233;cessaires d'un c&#244;t&#233;, du temps de cerveau, de la vie, des valeurs, de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vocabulaire &#233;nonce d'ailleurs parfaitement ce fonctionnement : on parle d'informations indiff&#233;remment pour le visuel et le sonore, quelles que soient les caract&#233;ristiques de cette information. Nous avions vu qu'une information &#233;tait une forme improbable impos&#233;e &#224; un mat&#233;riau existant et qui &#233;tait alors en mesure de dialoguer avec une m&#233;moire. Qu'en est-il de ces mat&#233;riaux ? Qu'en est-il de l'improbabilit&#233; ? O&#249; et &#224; qui est la m&#233;moire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;finition des nouveaux m&#233;dias pr&#233;tendus de communication, le mot &lt;strong&gt;COMMUTATION&lt;/strong&gt; serait plus juste, c'est pr&#233;cis&#233;ment que toutes les informations y sont de m&#234;me nature et communiquent entre elles sur le r&#233;seau : simulation d'activit&#233;s unistes et toujours semblables : il n'y a et il ne peut y avoir d'interactivit&#233; que du m&#234;me. La publicit&#233; s'effectue a priori sur ce qui n'a pas de r&#233;f&#233;rent objectif, pas de fondement dans le public puisqu'il convient, pr&#233;cis&#233;ment de rendre public le message, de le faire circuler dans l'&#233;change infini des signes, affect&#233; d'un niveau de valeur X et de faire en sorte qu'il s'y maintienne jusqu'&#224; son remplacement par un autre &#233;quivalent ou par le m&#234;me re-suscit&#233;. En s'emparant (en th&#233;orie) de toutes les strates de notre monde et en les faisant communiquer entre elles sous forme d'in-formations (simulacres), la publicit&#233; d&#233;montre que l'univers entier est d&#233;sormais sans fondement, sans but (autre que sa reconduction) et sans forme. &#171; N&#233;buleuse a-syntaxique &#187; selon la formule de Stourdz&#233;. Les auteurs de &lt;i&gt;Mille Plateaux&lt;/i&gt; le disaient d&#233;j&#224; : &#171; les signes ne sont pas signes de quelque chose, ils sont signes de d&#233;territorialisation et de reterritorialisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze &amp; Guattari, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face au myst&#233;rieux pouvoir des &#171; images en r&#233;seau &#187; ressurgit une peur mal &#233;teinte et r&#233;gressive pareille &#224; celle de l'enfant sans d&#233;fense qui n'est pas tout &#224; fait mort en nous. Apr&#232;s une phase de curiosit&#233; &#233;ventuelle, c'est une sorte d'impuissance qui s'instaure face &#224; l'immensit&#233;. Chacun, isol&#233;, se trouve confront&#233; &#224; toute la m&#233;moire du monde quand bien m&#234;me il penserait savoir y naviguer. Il ne peut, pr&#233;cis&#233;ment qu'y naviguer (y &#171; &lt;strong&gt;surfer&lt;/strong&gt; &#187; m&#234;me, dit-on, pour bien signifier &#224; quel point cela est superficiel), sorte de tourisme immobile et b&#233;at devant les signes qui d&#233;filent. Myst&#232;res et secrets sont d&#233;sign&#233;s et &#224; port&#233;e de main, mais on n'en a &#233;videmment pas les cl&#233;s ni, moins encore, les moyens de les comprendre. C'est le retour programm&#233; de l'occulte dans le quotidien, pour ne pas dire du religieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque plong&#233;e dans le r&#233;seau nous affronte &#224; notre propre ignorance et &#224; notre manque de destin (de sens &#224; notre vie). Plus les possibilit&#233;s sont illimit&#233;es plus nous-m&#234;mes ressentons physiquement nos propres limites. Appara&#238;t alors l'obsession de la dissolution dans le r&#233;seau comme solution &#224; cette angoisse et la prolif&#233;ration des sectes dont la Scientologie est le mod&#232;le ind&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/17-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH286/17-fnl-08ced.jpg?1772188168' width='500' height='286' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;seau est &#224; la fois porteur des &#233;nonc&#233;s et du processus d'&#233;nonciation m&#234;me, il suscite lui-m&#234;me la demande et relance le d&#233;sir en un faux jeu d'&#233;change o&#249; celui qui demande ne fait que r&#233;pondre au donn&#233; &#224; voir, o&#249; chaque action (d&#233;cision) est d&#233;pourvue de direction (r&#233;ponse &#224; un stimulus) et par l&#224; de tout sens et de toute valeur morale quand ce sont ce sens ou cette valeur qui caract&#233;risent l'humanit&#233; de nos actes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;seau audiovisuel, c&#226;bl&#233;, hertzien ou satellitaire, n'est en aucune fa&#231;on un outil comme on essaye de nous le faire croire pour nous rassurer. Il est le pouvoir lui-m&#234;me. Un jeu d'empreintes fugaces et de stimuli. Un pouvoir en creux. Une hypnotique du double indiff&#233;renci&#233;. Mais la mise en jeu de ce pouvoir sous-entend une autorit&#233; supr&#234;me, une caution, f&#251;t-elle virtuelle : la d&#233;ification de la valeur d'&#233;change &#224; vide : le march&#233; financier global, gestion de la circulation des &#233;quivalents. &lt;br class='autobr' /&gt;
La violence que renvoie tout pouvoir s'exerce ici contre la puissance du spectateur, contre son propre pouvoir, puisqu'il est aussi, de toute fa&#231;on, complice de la production/reproduction des images, libre-&#233;changiste. Chacun est le complice de ce qui l'assi&#232;ge et l'annule. Il est &#224; la fois assi&#233;g&#233; et assi&#233;geant. La dissection et la s&#233;duction (d&#233;coupage en unit&#233;s minimum, binaires et leur r&#233;accommodement) s'imposent comme le seul fonctionnement possible du pouvoir de chacun contre chacun. Mot d'ordre absolu dans les faits de l'actuelle soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#171; image &#187; ne constitue pas, quoi qu'on en pense, un corpus d'archives d&#233;multipli&#233; mais un reliquaire avec toute sa fonction sacr&#233;e, d&#233;grad&#233;e, de lien social. L'&#171; image &#187; dans sa pratique et dans sa r&#233;ception est, aujourd'hui, le simulacre de notre coh&#233;sion sociale en disparition. L'audiovisuel, dans sa prolif&#233;ration infinie sur le r&#233;seau, c'est-&#224;-dire sur lui-m&#234;me, est une arche des codes o&#249; le seul pouvoir &#233;nonc&#233; des No&#233; que nous sommes tous est de rompre l'&#233;change, c'est-&#224;-dire de nous saborder avec le navire, de nous &#171; exclure &#187; nous m&#234;mes. C'est bien s&#251;r une &#171; strat&#233;gie fatale &#187; s'il en est pour reprendre le titre de Baudrillard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baudrillard : Les strat&#233;gies fatales. Paris, &#201;ditions Grasset, 1983.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aurons-nous la force de nous jeter &#224; l'eau ? Cesser de communiquer (de nous commuter) pour enfin nous informer &#224; nouveau les uns les autres, sauvagement ? Le mod&#232;le am&#233;ricain, le monde &#224; venir, ce n'est pas tant du c&#244;t&#233; des privil&#233;gi&#233;s de la Silicone Valley ou dans les familles idiotes des &#171; sitcoms &#187; qu'il faut le voir, mais chez les jeunes des banlieues infinies, les exclus des ghettos, des esclaves chicanos, infiniment plus nombreux et vivants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/26-orwell-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/26-orwell-fnl-94d70.jpg?1772188168' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le fonctionnement avou&#233; de l'image technologique est toujours analogique m&#234;me si elle est de synth&#232;se. Nous sommes toujours dans une apparence de la repr&#233;sentation puisque l'audiovisuel se pr&#233;sente comme spectacle et, malgr&#233; les d&#233;calages que j'ai signal&#233;s et la difficult&#233; &#224; la faire entrer dans les vieux moules (en cela le langage complice joue sa propre d&#233;sagr&#233;gation), la photographie elle-m&#234;me fait encore figure d'image traditionnelle pour l'immense majorit&#233; des gens. Les &#171; images &#187; calcul&#233;es font m&#234;me figure de retour &#224; un syst&#232;me traditionnel (modernis&#233;) puisqu'elles apparaissent comme cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces par l'homme et ne sont donc plus achiropo&#239;&#232;tes. Mais on conviendra ais&#233;ment que la simple analogie esth&#233;tique n'est pas le but de ces technologies hyper sophistiqu&#233;es. Le capitalisme, m&#234;me d&#233;pass&#233;, ne nous a pas habitu&#233; &#224; la pure perte et &#224; la d&#233;pense somme toute inutile : d&#233;penser des milliards (r&#233;partis il est vrai &#224; tous les niveaux d'un dispositif) pour r&#233;aliser &#224; l'ordinateur ce qu'on a toujours fait &#224; moindre prix avec des techniques traditionnelles est, &#233;videmment, loin d'&#234;tre innocent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut noter que ce syst&#232;me implique &#224; nouveau (c'est la grande caution), du moins pour un temps, des &#171; cr&#233;ateurs &#187; : sc&#233;naristes, concepteurs, m&#234;me si noy&#233;s au sein d'&#233;quipes nombreuses. Cela se veut rassurant pour la tradition. Pourtant cette r&#233;volution que nous vivons, me semble comparable, et d'autres l'ont d&#233;j&#224; dit, &#224; la fixation des premiers pasteurs, &#224; la d&#233;couverte du m&#233;tal ou mieux &#224; celle de l'&#233;criture lin&#233;aire. C'est toute l'humanit&#233;, ainsi, qui bascule dans un univers diff&#233;rent. Malgr&#233; les apparences, notre r&#233;el et nos imaginaires, ceux sur lesquels nous croyons encore fonctionner et que nous aimerions sauver, n'ont d&#233;j&#224; plus cours, ils ne sont plus que survivances anachroniques. L'accumulation et la dispersion des &#171; images &#187; et l'innocente photographie auront &#233;t&#233; les instruments de ce qu'il faut bien appeler la mise &#224; mort d'une civilisation. Mais l'utilisation du bronze, rappelons-le, dut, en son temps, passer aussi pour un crime contre la civilisation de l'&#226;ge de pierre. Des peuples entiers d'ailleurs furent massacr&#233;s all&#232;grement &#224; cette occasion, comme toujours. Rien ne dit que l'humanit&#233;, cette fois, survivra &#224; ce qui commence d&#233;j&#224; &#224; ressembler &#224; l'instauration d'une fourmili&#232;re g&#233;ante o&#249; chacun, idiot individuel, branch&#233; sur l'ensemble, rend celui-ci susceptible de r&#233;actions si ce n'est intelligentes, du moins organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/18-foule-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH457/18-foule-fnl-5ea56.jpg?1509832581' width='500' height='457' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#231;a n'est pas des images, dont il faut avoir peur, ni des machines. Celles-l&#224; on arrivera bien &#224; les apprivoiser, les d&#233;tourner et leur faire chanter notre petite chanson. Ce dont on peut avoir peur, en revanche, c'est de ceux qui entendent contr&#244;ler (g&#233;rer) les r&#233;seaux, qui disposent des machines et ordonnent leur emploi dans tel ou tel sens, tellement s&#251;rs d'eux qu'ils ne se cachent m&#234;me plus, traitant les intellectuels en demeur&#233;s, les politiques en valets et n'h&#233;sitant pas &#224; menacer ouvertement tous ceux qui ne joueraient pas leur jeu comme nous avons pu le constater aux journ&#233;es &#171; d'information &#187; de l'EESATI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poitiers-Angoul&#234;me, 14 et 15 juin 1996.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et combien de fois depuis, &#224; longueur d'&#233;crans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re une couche affirm&#233;e de &#171; politique de la n&#233;cessit&#233; &#187; qui cache (mal) une couche consid&#233;rable d'int&#233;r&#234;ts financiers imm&#233;diats, se dissimule &#224; son tour une couche id&#233;ologique. &#171; Le ventre est encore f&#233;cond &#187;, comme disait Brecht, et &#171; la b&#234;te immonde &#187; a appris &#224; se masquer avec une certaine subtilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est dangereux dans les nouvelles images, c'est qu'on entende ouvertement et violemment leur faire prendre la place des anciennes. Il ne s'agit pas, d'un choix de possibilit&#233;s en plus, mais de la mise sous tutelle et/ou de la disparition programm&#233;e et forc&#233;e de toutes les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&lt;i&gt;imago mundi&lt;/i&gt;, c'est vrai, s'est transform&#233;e consid&#233;rablement depuis quelques ann&#233;es (plus vite que l'esprit humain ne peut l'assimiler) mais, en nous objectivant, l'image n'a fait que rendre sensible, suivre ce que l'&#233;volution sociale avait d&#233;j&#224; commenc&#233; d'accomplir depuis longtemps. Elle n'est que l'image de la r&#233;ification d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;e par Marx. En fait, elle en annonce et &#233;nonce forc&#233;ment le d&#233;passement puisque sa valeur d'usage, l'analogie, n'est plus au centre de son dispositif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il n'y a d&#233;j&#224; plus lieu &#171; d'interroger cette &#233;nigme du monde &#187; puisque toute r&#233;ponse est possible et r&#233;versible, que le manipulateur est aussi la victime et vice-versa. Le &lt;strong&gt;stade esth&#233;tique&lt;/strong&gt; de la civilisation dans lequel, avec l'image nous avons l'impression de nous situer, est tout &#224; fait d&#233;passable. C'est d'ailleurs pourquoi, aujourd'hui, toutes les archives, les mauvaises photos, films ringards, clich&#233;s d'amateurs, de mauvais go&#251;t, rat&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour y avoir touch&#233; je sais &#224; quel point cela fonctionne !&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vid&#233;os d'amateurs et clips nullissimes, simples &#171; habillages &#187;, r&#233;clament avec force d'&#234;tre pris en compte, d'entrer &#224; leur tour dans l'&#233;change (et se font m&#234;me passer pour &#339;uvres d'art) et qu'on n'h&#233;site plus &#224; d&#233;couper en rondelle les films sur petit &#233;cran en leur injectant des s&#233;quences publicitaires. Cela a au moins le m&#233;rite de nous montrer que, pass&#233;es par la moulinette audiovisuelle, toutes ces cat&#233;gories sont exactement de m&#234;me nature et encore artificiellement et abusivement diff&#233;renci&#233;es. D&#233;particularis&#233;e et d&#233;barrass&#233;e de sa fonction de repr&#233;sentation, &#224; terme, l'image, la vraie, rendue impuissante (&#233;puis&#233;e), para&#238;t condamn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/19-debord-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/19-debord-fnl-4c5d2.jpg?1509832581' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les institutions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re r&#233;flexion nous am&#232;ne pr&#233;cis&#233;ment, &#224; propos de particularisation, au r&#244;le de la critique et des institutions. Je ne m'&#233;tendrai pas longuement sur cet aspect op&#233;ratoire du syst&#232;me, la complicit&#233; de ces instances, leur collusion, f&#251;t-elle de bonne foi, leur r&#244;le moteur m&#234;me dans la promotion des gadgets et de leur id&#233;ologie ayant &#233;t&#233; plusieurs fois &#233;voqu&#233;s ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de l'institution, de toute institution, est de faire la publicit&#233; du fonctionnement de l'&#201;tat (en fait du syst&#232;me, l'&#201;tat n'en &#233;tant que le serviteur), f&#251;t-il virtuel, et de son propre fonctionnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de la critique est d'&#234;tre le publicitaire de cette mise en image, d'en &#234;tre les vendeurs, les bateleurs sur la sc&#232;ne de la foire du signe ou le positif et le n&#233;gatif sont, de toute fa&#231;on, comme dans la photo, de m&#234;me nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est plus, aujourd'hui, un seul journal quotidien ou une seule revue qui n'ait sa rubrique plus ou moins r&#233;guli&#232;re consacr&#233;e &#224; la photographie ou &#224; la vid&#233;o (comme cin&#233;ma en conserve), sans parler de la t&#233;l&#233;vision, de la cyber-rubrique et &#233;videmment, du cin&#233;ma (&#224; 85 % am&#233;ricain chez nous mais quasiment 100 % ailleurs). Le fait m&#233;diatique et technologique devenu, par inversion et substitution, fait &#171; culturel &#187; est soigneusement choy&#233;. M&#234;me la t&#233;l&#233;vision s'y est mise et propose de nombreuses &#233;missions sur l'image et la photo, la vid&#233;o et, bien entendu, m&#234;me sur elle-m&#234;me. Elle s'auto-promeut et s'auto-analyse et va m&#234;me jusqu'&#224; se flageller parfois dans une parodie d'autocritique pseudo-intellectualiste particuli&#232;rement d&#233;go&#251;tante en ce qu'elle fait illusion aupr&#232;s des &#226;mes simples (&#171; Arr&#234;t sur image &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/23-mcluhan-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH341/23-mcluhan-fnl-b597b.jpg?1772188169' width='500' height='341' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tous les m&#233;dias parlent de tous les m&#233;dias. C'est normal puisque tout est m&#233;dia. Les institutions culturelles encouragent &#224; tout va la diffusion massive de l'&#171; image &#187; sous toutes ses formes. L'institution d&#233;pense des sommes colossales &#224; fabriquer, diffuser et montrer des &#171; images &#187;. Les cimaises des maisons de la culture, des mus&#233;es, se couvrent d'images artificielles dont on nous parle en termes d'art populaire ou m&#234;me &#171; savant &#187;. Les m&#234;mes lieux sont boulimiques de diaporamas, de vid&#233;o et, &#233;videmment, de c&#233;d&#233;roms qui permettent merveilleusement d'oublier le contenu au profit de la manipulation &#171; ludique &#187;. Ils m&#233;langent tous les types d'images dans une m&#234;me confusion, mais en se gardant bien de toute approche r&#233;ellement critique. Pseudo-p&#233;dagogie forcen&#233;e. Tout cela en charge de nous expliquer non pas ce que nous sommes cens&#233;s y voir, ce qui serait d&#233;j&#224; grave puisque niant notre perception propre, mais, en toute &#171; innocence &#187; le fonctionnement futur du monde et le r&#244;le passif qui nous y est r&#233;serv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toujours l'image pr&#233;tendue miroir du r&#233;el qui est ainsi l'objet de la publicit&#233;. Aucune interrogation pratique, politique ou th&#233;orique des m&#233;dias : Comment ? Pour qui ? &#192; quelles fins ? Toute pratique r&#233;ellement cr&#233;ative, c'est-&#224;-dire, en fait, cr&#233;ative d'imaginaire et de r&#233;el est &#233;videmment bannie de cette foire ou soigneusement c&#233;l&#233;br&#233;e &#224; part, et la &#171; critique &#187; s'emploie &#224; l'annuler par les moyens les plus efficaces : le silence ou la noyade sous l'&#233;loge m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai m&#234;me vu, &#224; mon grand ahurissement, lors de r&#233;cents dipl&#244;mes d'art, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On nous fait &#224; longueur de temps prendre des vessies pour des lanternes, appliquant un langage (novlangue) de communication et de &lt;strong&gt;n&#233;o-culture&lt;/strong&gt; &#224; la cr&#233;ation et de &lt;strong&gt;n&#233;o-art&lt;/strong&gt; &#224; ce qui n'est qu'industrie de la reproduction infinie : la principale production industrielle de la soci&#233;t&#233; technologiques avanc&#233;e. &lt;strong&gt;Le capitalisme r&#233;alis&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-debord-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH390/12-debord-fnl-c7741.jpg?1509832581' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'image reste l'image, mim&#233;sis, au sens traditionnel : imitation, approximation, et joue de cette diff&#233;rence m&#234;me o&#249; s'ins&#232;rent la po&#233;sie et l'art, elle joue sur une &#233;quivalence des signes au r&#233;el et non sur leur identit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la photographie et l'audiovisuel en g&#233;n&#233;ral, il n'y a plus seulement identit&#233;, mais substitution. Une des tendances de la critique actuelle est de tenter de restituer l'image photographique dans un r&#244;le d'interpr&#233;tation du monde, de consid&#233;rer cette image technologique archa&#239;que comme art ou substitut d'art. Elle insiste sur la diff&#233;rence entre le r&#233;el et sa &#171; repr&#233;sentation &#187;, promouvant des &#171; photographes plasticiens &#187; (en lieu et place des artistes utilisant la photo), se coupant ainsi, en apparence, du public et de l'immense pratique des photographes amateurs ou de reportage au sens large du terme. En d&#233;signant et isolant des &#171; grands photographes &#187;, des &#171; photographes artistes &#187;, en d&#233;crivant des pratiques diff&#233;rentes, des pratiques de valeurs artificielles, en instituant des &#171; cr&#233;ateurs &#187; patent&#233;s, s&#233;par&#233;s du lot des facteurs d'images, elle contrarie en apparence le processus d'&#233;change total, mais aussi, peut-&#234;tre, l'absout-elle d'une certaine fa&#231;on, en brouillant le paradigme par ce qui est d&#233;j&#224; insidieusement pr&#233;sent&#233; comme un combat d'arri&#232;re-garde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11-debord-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH368/11-debord-fnl-8033c.jpg?1772188169' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute la difficult&#233; du travail de la critique tient en ce qu'elle se heurte &#224; cette mythologie qui voudrait que sous la surface de l'image sommeille une r&#233;alit&#233; autre. Chaque nouvelle &#171; image &#187; qui s'ajoute aux myriades d&#233;j&#224; existantes r&#233;nove le dispositif, le r&#233;active et la th&#233;orie d&#233;sesp&#232;re de prendre en compte toutes ces &#171; images &#187; : ce rhizome sans p&#233;riph&#233;rie ni centre, pure simulation. C'est que, pr&#233;cis&#233;ment l'humain n'est plus le centre du monde, son art ayant, de gr&#233; ou de force, quitt&#233;, pour son m&#233;diateur, la sph&#232;re du sacr&#233;, le point de fuite de sa perspective nouvelle se situant sur les divers satellites artificiels qui l'encerclent et le scrutent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les &#171; images &#187; passent et circulent, simples surfaces, mais il y a encore quelques restes de codes mal nettoy&#233;s dans les pupilles qui les voient ou croient les voir. Et, au sein de l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral, il est de plus en plus difficile d'expliquer et de justifier les diff&#233;rences autres que techniques qu'il y a entre les images et leur particularit&#233;. On juge le tableau comme la photo et comme l'image de synth&#232;se. On veut esth&#233;tiser de force toutes les images et, ramenant l'art &#224; la seule technique de l'esth&#233;tique, voire au simple jeu de projet, de concepts. Indiff&#233;remment, on tend &#224; nommer art toute &#171; image &#187;, voire toute tentative de jouer de &#171; l'image &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le public, lui, continue de souhaiter une diff&#233;rence, il sait bien, confus&#233;ment, que cette diff&#233;rence existe et qu'elle est n&#233;cessaire puisqu'elle est le sens m&#234;me. Mais il n'est plus en mesure de la noter et de l'appr&#233;cier et la critique elle-m&#234;me, dont ce devrait &#234;tre le r&#244;le ne parvient plus &#224; la d&#233;gager ou ne le veut plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car faire voir, dans le syst&#232;me idiot des machines, c'est toujours faire voir ce qui fait voir (&#171; le sage montre la lune, l'imb&#233;cile regarde le doigt &#187;, dit un proverbe chinois). Les machines ne peuvent montrer que d'autres machines, les syst&#232;mes ou les appareils d'autres syst&#232;mes ou appareils. Tant pis pour les images.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;finitivement et encore une fois de plus : &#171; le message c'est le m&#233;dium &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Virilio, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gr&#226;ce &#224; Internet et &#224; de petites cam&#233;ras vid&#233;o nomm&#233;es &lt;i&gt;Webcam&lt;/i&gt; un certain nombre de citoyens et pas seulement &#233;tasuniens vivent d&#233;sormais volontairement sous la surveillance continue des cam&#233;ras, offrant ainsi chaque acte de leur vie, jusqu'aux plus intimes, aux millions de voyeurs potentiels se branchant sur leur &#171; site &#187;. &#201;videmment &#231;a n'est pas encore obligatoire, mais c'est d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; par certains comme &#171; politiquement correct &#187; et l'on peut ais&#233;ment imaginer que d'ici &#224; quelques ann&#233;es, celui qui refusera de se soumettre &#224; cette mode se d&#233;signera lui-m&#234;me comme ayant des choses suspectes &#224; cacher au reste de ses concitoyens. D'autre part on sait bien que par l'interm&#233;diaire d'Internet, n'importe quel informaticien un peu bricoleur peut vider ou prendre connaissance du contenu int&#233;gral de votre ordinateur. Chaque jour, mon ordinateur me met en garde contre des virus espions. De l&#224; au &#171; flicage &#187; int&#233;gral, il n'y a qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paradoxalement vivement encourag&#233;s par le syst&#232;me : la crainte qu'ils inspirent est plus payante que le d&#233;sagr&#233;ment de l'atteinte &#224; la circulation dont ils mettent, au contraire, la n&#233;cessit&#233; en valeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari : &lt;i&gt;Rhizome&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de Minuit, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze &amp; Guattari, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baudrillard : &lt;i&gt;Les strat&#233;gies fatales&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Grasset, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poitiers-Angoul&#234;me, 14 et 15 juin 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour y avoir touch&#233; je sais &#224; quel point cela fonctionne !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai m&#234;me vu, &#224; mon grand ahurissement, lors de r&#233;cents dipl&#244;mes d'art, des jurys reprocher &#224; des candidats leur manque de r&#233;flexion et d'engagement politique quand tout le travail de ceux-ci portait explicitement sur cette r&#233;flexion-l&#224;, mais qui, sans doute, n'&#233;tait pas la r&#233;flexion autoris&#233;e. (Note de juin 2000)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la fin d'une sp&#233;cificit&#233; - II/V</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-II-V</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-II-V</guid>
		<dc:date>2014-05-27T10:47:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fascination ne rel&#232;ve pas du sens, elle est proportionnelle &#224; la d&#233;saffection du sens.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Baudrillard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui manie le Miroir tient l'homme &#224; sa merci.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Legendre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH120/arton544-2675a.jpg?1772188169' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fascination ne rel&#232;ve pas du sens, elle est proportionnelle &#224; la d&#233;saffection du sens.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Baudrillard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui manie le Miroir tient l'homme &#224; sa merci.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Legendre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4591 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11-jaar-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/11-jaar-fnl-893b9.jpg?1772188169' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fonction sid&#233;rante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout comme s'il disposait v&#233;ritablement d'une strat&#233;gie &#233;labor&#233;e (en fait, ce n'est qu'une forme de logique), le dispositif de l'image contemporaine agit en plusieurs phases qui correspondent, pour l'ensemble des images nouvelles, aux phases que nous avons mises &#224; jour pour la photographie, avec les variantes que les technologies diff&#233;rentes imposent, mais le mode de fonctionnement g&#233;n&#233;ral est de m&#234;me nature : une apparente innocence de l'approche populaire m&#232;ne &#224; la mise sous contr&#244;le et en r&#233;seau plus ou moins pr&#233;tendu interactif o&#249; le but avou&#233; est d'abord la reproduction d'attitudes sociales, la mise en place d'une nouvelle socialit&#233; mondialiste (voir l'Internet)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'Internet, ce n'est pas tant sa capacit&#233; d'information qui fait sa force (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans oublier une frange infime de probabilit&#233; de cr&#233;ation (ou cr&#233;ativit&#233;) possible pour tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est clair qu'apr&#232;s tout, crayons et papier disponibles pour tout un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dit, si nous ne savons pas vraiment &#224; quoi cela sert aujourd'hui (une immense et in&#233;puisable banque de donn&#233;es incontr&#244;lables), nul ne peut dire ce qu'on en fera dans vingt ou cinquante ans, quel d&#233;veloppement ou non cela aura. On peut n&#233;anmoins constater ce qui se passe aujourd'hui et comment cela se met en place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-cahen-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/06-cahen-fnl-0444b.jpg?1509832582' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce principe implique que, sous couvert d'une pseudo-interactivit&#233; de fa&#231;ade, le destinataire soit passif et sa strat&#233;gie fait de cette &#171; passivit&#233;-interactive &#187; un but : on re&#231;oit l'&#171; image &#187; &#171; sage comme des images &#187;. &lt;strong&gt;Interactivit&#233; n'est surtout pas activit&#233; ni libert&#233;&lt;/strong&gt;. L'ensemble du monde, de notre vision du monde et de notre conscience du monde, se condense dans ce dispositif vorace qui &#224; la fois le valorise et le dissout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pouvoir (activit&#233;) se r&#233;tracte et se perd dans les contours de ce jeu &lt;strong&gt;formaliste&lt;/strong&gt; qui l'impose et le d&#233;pose. En face de la photo, disait Barthes, &#171; nous sommes chaque fois d&#233;poss&#233;d&#233;s de notre jugement... On a fr&#233;mi pour nous, on a r&#233;fl&#233;chi pour nous, on a jug&#233; pour nous ; le photographe ne nous a rien laiss&#233; qu'un simple droit d'acquiescement intellectuel... Nous ne pouvons plus inventer notre propre accueil &#224; cette nourriture synth&#233;tique, d&#233;j&#224; parfaitement assimil&#233;e par son cr&#233;ateur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes : Mythologies. Paris, &#201;ditions du Seuil, 1957. J'ai d&#233;j&#224; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la refuser, d'une certaine fa&#231;on, c'est s'exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image-signe est une condamnation &#224; l'impuissance &#8211; quand bien m&#234;me on nous proposerait d'y op&#233;rer des choix &#8211; un pouvoir en creux qui sid&#232;re, ravit et d&#233;prime dans un ph&#233;nom&#232;ne bien connu d'attraction/r&#233;pulsion. L'&#171; image &#187; nous attire, nous fascine et nous rejette hors d'elle-m&#234;me et, fatalement, nous aspirons &#224; nous faire image nous-m&#234;me, &#224; lui emprunter sa sagesse et son aplat d&#233;r&#233;alisant dans une hyst&#233;risation bien connue du rapport mim&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant que fragment et se pr&#233;sentant comme indice, l'image technologique appelle toujours d'autres images. En th&#233;orie une infinit&#233; d'autres images : la circulation. En fait, une th&#233;orie d'images. Une th&#233;orie de la publicit&#233;. Devant laquelle nous sommes obligatoirement spectateur-consommateur. &#171; Les soci&#233;t&#233;s industrielles font de leurs citoyens des drogu&#233;s de l'image &#187;, disait d&#233;j&#224; Susan Sontag&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude de passivit&#233; impos&#233;e est une attitude de dissolution de la conscience qui, sinon, se rebellerait devant cette mise &#224; l'&#233;cart. S'il y a, d'une certaine fa&#231;on, illusion d'un acte de prise de vue, acte de fabrication des images de synth&#232;se ou num&#233;riques, il n'y a pas acte de r&#233;ception quand bien m&#234;me il y aurait manipulation d'un appareil : &lt;strong&gt;on prend acte&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire est actif. Il est prise de position devant le r&#233;el. Interpr&#233;tation. Mais il n'y a l&#224; plus rien &#224; interpr&#233;ter. Cette attitude sid&#233;rante qu'impose l'image photographique ou les &#233;crans de quelque nature qu'ils soient, figeant l'imaginaire, du m&#234;me coup tue la conscience du r&#233;el et d&#233;truit la facult&#233; imageante (ce que nous mettons m&#233;taphoriquement &#224; sa place lorsque le r&#233;el fait d&#233;faut), faisant de la perception un simple m&#233;dium. &#171; Elle a principalement pour effet de transformer le monde qui nous entoure en une sorte de grand magasin ou de mus&#233;e ouvert de toutes parts, o&#249; n'importe quel sujet devient article de consommation, fait l'objet d'une appr&#233;ciation esth&#233;tique. Nous nous transformons, par l'interm&#233;diaire des appareils optiques, en une client&#232;le touristique, en amateurs de la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10-tv-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH374/10-tv-fnl-9db2e.jpg?1509832582' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que lorsque tout, vraiment tout, aura &#233;t&#233; photographi&#233;, que tout ne sera plus que pseudo-images disponibles sur nos super &#233;crans, lorsque nous aurons v&#233;ritablement &lt;strong&gt;vu&lt;/strong&gt; toutes les images, comme la femme de Loth, nous serons &#224; jamais fig&#233;s en statues de sel. Que ce soit sel d'argent, de silicium ou de cristaux liquides sur &#233;crans super-plats importe peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simulation constante qui nous agresse, simulation de l'usage des biens, de l'usage des corps, de l'usage de la technique, de l'usage de la violence, de l'usage du d&#233;paysement, etc., en nous excluant de l'image, nous exclut &#233;galement du r&#233;el devant lequel nous ne sommes plus que spectateurs. Certains nous font valoir les &#171; possibilit&#233;s &#187; de l'interactivit&#233;, mais ce n'est qu'illusion grossi&#232;re pour ne pas dire une grossi&#232;ret&#233;. Face &#224; la machine, machine nous-m&#234;me, &#171; &lt;strong&gt;sujet-terminal&lt;/strong&gt; &#187; comme disait Zeitoun, on ne fait que r&#233;pondre &#224; un programme, toujours r&#233;pondre quand bien m&#234;me on imaginerait donner des ordres ou m&#234;me fracturer ledit programme : jubilation supr&#234;me du petit g&#233;nie qui fracture un circuit informatique et s'introduit dans un programme &#233;tranger o&#249; il n'a que faire. Il n'a en aucune fa&#231;on battu la machine. Machine lui-m&#234;me, il n'a fait que r&#233;pondre correctement &#224; un d&#233;fi, &#224; une stimulation. C'est l'exacte d&#233;finition de l'interactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision, les magazines illustr&#233;s, le cin&#233;ma, nous offrent chaque jour (en attendant, sans doute, que, leur r&#244;le achev&#233;, la censure r&#233;clam&#233;e et r&#233;tablie n'y mette bon ordre) &#224; des milliers d'exemplaires, Grand Guignol tragique et d&#233;multipli&#233;, chacun les siens, des crimes, des massacres, des viols, des exactions, des atrocit&#233;s, des nudit&#233;s, des organes, autant de sc&#232;nes ou le corps (la vie elle-m&#234;me) est pr&#233;sent&#233; et bafou&#233;, m&#233;canis&#233; et op&#233;ratoire. Tellement de &#171; ruines r&#233;elles ou simul&#233;es (qui) ne sont que les images kal&#233;idoscopiques d'une mort g&#233;n&#233;rale, celle du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Stourdz&#233;, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dans lequel nous vivons, du monde r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dit encore Stourdz&#233;, &#171; ce qui s'avance au-del&#224; m&#234;me de l'industrialisation, c'est l'irr&#233;sistible digitalisation des corps, l'avertissement est clair : l'av&#232;nement du num&#233;rique ne peut s'entendre que sur fond d'extermination corporelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Stourdz&#233; : &#171; Simulation sans perspective &#187;. In Traverse N&#176; 10 : le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/16-calle-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH366/16-calle-fnl-7ca91.jpg?1509832582' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'un accident ou une agression survienne sur une route ou dans la rue (nous avons d&#233;j&#224; vu cet exemple), personne n'intervient. Le public s'approche, spectateur immobile. Curieux des corps d&#233;mantibul&#233;s et fragment&#233;s, m&#233;caniques cass&#233;es. Il regarde, juste un peu effar&#233; ou intrigu&#233; par les pourquoi et les comment, exactement comme devant son &#233;cran de t&#233;l&#233;vision ou son magazine, litt&#233;ralement suspendu, dans cet &#233;tat de suspension qu'imposent les images technologiques et m&#233;diatiques. Il n'y a rien &#224; comprendre, rien &#224; interpr&#233;ter, rien &#224; se souvenir des gestes humains. Il y a &#224; reconna&#238;tre la situation seulement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut seulement se poser la question de savoir ce qui sera r&#233;parable ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est pas ici l&#226;chet&#233; mais effet d'image. Il n'y a plus pour l'homme-image de r&#233;alit&#233; &#224; appr&#233;hender en tant que telle (confront&#233;e &#224; une &#233;thique, une culture humaine). Cet &#233;v&#233;nement &#171; visualis&#233; en direct &#187; (et non v&#233;cu r&#233;ellement) est publicit&#233; de l'effondrement du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la publicit&#233; de la violence qui provoque l'indiff&#233;rence ou la d&#233;linquance. C'est la d&#233;linquance et la violence qui sont une forme active de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-video-surveillance.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH250/01-video-surveillance-62404.jpg?1509832582' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fonction r&#233;elicide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Images et objets de l'image sont produits dans un m&#234;me (m&#233;)fait : la coupe. Une mise &#224; mort. Une taille dans le vif. On pourrait y voir, d'une certaine mani&#232;re, un ch&#226;timent symbolique : cette vieille haine jud&#233;o-chr&#233;tienne pour le vivant impur, le m&#233;lange (le m&#233;/l'ange), pour qui la v&#233;rit&#233; du dogme n'a cess&#233; de battre en br&#232;che le r&#233;el, de le retailler &#224; ses dimensions. C'est pourquoi cette inflation d'images actuelle, cette tentative, quelque part d&#233;sesp&#233;r&#233;e, de tout mettre en image, me semble, en fait, un avatar paradoxal de la vieille interdiction biblique des ic&#244;nes. Le Livre interdit les repr&#233;sentations physiques de peur que les idoles ne supplantent la divinit&#233; globalisante si peu s&#251;re d'elle-m&#234;me, que celle-ci ne soit banalis&#233;e, r&#233;alis&#233;e. C'est-&#224;-dire qu'on ne s'aper&#231;oive peut-&#234;tre qu'elle n'a jamais eu de r&#233;alit&#233; autre que comme code, technique de gestion. Aujourd'hui les images &#171; r&#233;alisent &#187; le r&#233;el (comme on r&#233;alise un portefeuille en bourse : conversion en monnaie d'&#233;change). Le monde n'est plus qu'un &#171; charnier de r&#233;el &#187; selon la formule de Baudrillard : il vaut mieux croire que Dieu est mort plut&#244;t que de constater qu'il n'a jamais &#233;t&#233; que ce qu'il &#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'id&#233;e m&#234;me du r&#233;el qui se dissout dans cette hyper-repr&#233;sentation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Comme le disait le po&#232;te W.B. Yeats : &#171; le monde visible n'est plus une r&#233;alit&#233;, l'autre n'est plus un r&#234;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu et nous sommes tous, maintenant, d'accord l&#224;-dessus : on ne photographie que ce qu'on reconna&#238;t et ce sont donc, toujours, des clich&#233;s d&#233;j&#224; form&#233;s que l'on prend, quand bien m&#234;me on ne les reconna&#238;trait qu'apr&#232;s la prise, inconsciente et trop instantan&#233;e, ce qu'Abraham Moles appelle des id&#233;osc&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abraham Moles : L'image communication fonctionnelle. Tournai, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire des simulations mentales. Ici, comme dans ce que Baudrillard expliquait dans &lt;i&gt;Simulacre et Simulation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baudrillard : Simulacre et simulation. Paris, &#201;ditions Galil&#233;e, 1981.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la simulation pr&#233;c&#232;de le r&#233;el, ce qu'on appr&#233;hende du r&#233;el. Mais dans ce processus, quelque chose a disparu qui faisait et fait encore le charme des images traditionnelles : la diff&#233;rence entre les unes et l'autre. Le saut du r&#233;el au repr&#233;sent&#233; se fait par-dessus l'image sauf si celle-ci pr&#233;sente une imperfection ou un artifice notables : effet d'image contrariant l'effet de r&#233;el. Pour &#234;tre reconnue comme telle la photographie ou l'image vid&#233;o ont besoin d'hyper-exposer leur artifice. L'imaginaire de la repr&#233;sentation a &#233;t&#233; brad&#233; au passage. La photographie n'est plus indice ou trace, elle fait aussi l'&#233;conomie de l'ic&#244;ne. Elle est v&#233;cue directement comme index : elle est du r&#233;el index&#233; et un r&#233;el plus vrai que le r&#233;f&#233;rent puisqu'il demeure (d&#233;-meurt).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un effet de retournement, effet de positif/n&#233;gatif, la conscience que nous avons aujourd'hui du r&#233;el, quoi que nous en sachions, appara&#238;t comme miroir d&#233;formant de la photographie-vid&#233;o-r&#233;f&#233;rence absolue, le vu absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public et les institutions qui g&#232;rent la culture et l'&#233;ducation, dans un grand &#233;lan que d'aucuns imaginent humaniste, nous disent que la photo nous apprend &#224; voir le r&#233;el. La photographie nous apprend en fait, &#224; voir partout des photographies en place de r&#233;el et m&#234;me en place d'images (reproductions). Nous apprend &#224; imager artificiellement le monde &#224; le d&#233;couper et &#224; faire circuler ces fragments. Le photographe, m&#234;me sans appareil riv&#233; &#224; l'&#339;il, est toujours photographe et voit le monde en photographe. Mais lui, il le sait. Il a choisi et se d&#233;brouille avec sa conscience des choses. M&#234;me probl&#232;me avec l'image num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4595 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-matrix-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/12-matrix-fnl-2a7dc.jpg?1772188169' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi, disait encore Baudrillard, que, &#171; dans ce passage &#224; un espace dont la courbure n'est plus celle du r&#233;el, ni celle de la v&#233;rit&#233;, l'&#232;re de la simulation s'ouvre donc par une liquidation de tous les r&#233;f&#233;rentiels, pire, par leur r&#233;surrection artificielle sous forme de signe, mat&#233;riau plus ductile que le sens, en ce qu'il s'offre &#224; tous les syst&#232;mes d'&#233;quivalence, &#224; toutes les oppositions binaires, &#224; toute l'alg&#232;bre combinatoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit plus d'imitation ni de redoublement : les images de synth&#232;se et virtuelles en apportent la preuve, mais d'une substitution des signes du r&#233;el au r&#233;el lui-m&#234;me. C'est tout &#224; fait autre chose que la vieille mim&#233;sis qui op&#232;re ainsi &#224; travers les &#171; images &#187; nouvelles. On ne peut en aucune fa&#231;on faire entrer ces pr&#233;tendues images dans les vieilles cat&#233;gories de la repr&#233;sentation m&#234;me si elles feignent de se couler dans le moule avec bonne volont&#233;, c'est, en fait, pour mieux le casser. La fragmentation-dispersion des effets de miroir est une non repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les machines de vision sont connues depuis bien longtemps, depuis l'Antiquit&#233; m&#234;me, qui semble avoir invent&#233; la &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt;. Avec la photographie, la machine se complique et se double : non seulement elle fait voir, mais elle produit et reproduit &#233;galement l'image. C'est d&#233;j&#224; un dispositif. Avec la vid&#233;o et surtout l'image de synth&#232;se, la machine se triple car, en plus, elle seule permet de &#171; voir &#187; cet effet d'image. Elle a totalement dissous l'image, la vieille repr&#233;sentation : &#171; l'objet &#224; repr&#233;senter fait maintenant lui-m&#234;me partie de l'ordre des machines : il est g&#233;n&#233;r&#233; par le programme. Il n'existe pas en dehors de lui. La machine produit son propre &#034;r&#233;el&#034;, qui est son image m&#234;me. Les deux extr&#234;mes du processus (l'objet et l'image) se rejoignent ici pour ne plus faire qu'un, provoquant une confusion de fait, qui revient &#224; dire que l'id&#233;e m&#234;me de repr&#233;sentation n'a plus de sens (elle pr&#233;supposait un &#233;cart originel). Il n'y a plus &lt;strong&gt;que&lt;/strong&gt; de la machine, &#224; l'exclusion de tout le reste. Et non seulement il n'y a plus de r&#233;el, mais on pourrait m&#234;me dire qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura jamais d'images de synth&#232;se, parce que la synth&#232;se n'est vraiment que cela : un ensemble de possibles (l'algorithme) dont l'actualisation visuelle est un simple accident sans objet r&#233;el. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Dubois : &#171; D'une image l'autre ou de l'influence du cin&#233;ma sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons, au sens propre, engendr&#233; un &lt;strong&gt;monstre&lt;/strong&gt;. Tout le syst&#232;me de la repr&#233;sentation occidentale veut qu'un signe s'&#233;change contre du sens. Ce syst&#232;me sous-entend une caution supr&#234;me, il est de l'ordre du sacr&#233;. Et voil&#224; que nous sommes pass&#233;s du sacr&#233;, c'&#233;tait encore une valeur d'usage apr&#232;s tout, &#224; la simple valeur d'&#233;change : un signe ne s'&#233;change plus contre du r&#233;el ou du sens mais contre d'autres signes. La caution supr&#234;me ayant disparu, le monstre se r&#233;pand, vorace, engloutissant tout le sens et d&#233;f&#233;quant du signe. &#171; Il n'y a plus de regard, d'acte constitutif d'un sujet par rapport au monde &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4596 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-ecrans-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH280/04-ecrans-fnl-bcea5.jpg?1509832582' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus &#231;a montre, moins on voit. Moins on pense le donn&#233; &#224; voir. C'est m&#234;me, en un sens, l'image qui nous pense, l'image qui nous agit. Tout le syst&#232;me social actuel n'est plus qu'une fiction consommable et le circuit est boucl&#233; de l'immense &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral. Les m&#233;dias dits de communication ne communiquent, en fait, qu'entre eux et sur eux-m&#234;mes. C'est ce qu'on appelle couramment la crise, puisque cette boucle comme n&#339;ud coulant, &#233;touffe de plus en plus violemment l'imaginaire et la conscience du r&#233;el et ceci d'autant plus que la multiplicit&#233; de la vieille photo sur laquelle j'ai plus d'une fois insist&#233;, dispara&#238;t avec les nouvelles images au profit d'une seule forme fig&#233;e n&#233;cessaire &#224; sa voyure : le stupide et mesquin petit &#233;cran de l'ordinateur. Partout en tout lieu le m&#234;me qui d&#233;cide et d&#233;finit ce qu'il faut voir. La transparence pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout r&#233;f&#233;rent est d&#233;sormais soluble &#224; l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise dans l'&#233;conomie, dans le pouvoir (crise du et des pouvoirs de tous et de chacun), n'est finalement que crise de l'image. Mais l'image nouvelle, technologique et globaliste est crise par d&#233;finition : crise de vue, tension, distorsion, mise en plan sans usage et sans m&#233;moire. &#192; quoi peut bien servir effectivement une image si elle ne se grave pas dans la m&#233;moire pour y f&#233;conder de multiples imaginaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est que d&#233;culturation, coupure de l'homme avec les milieux divers et subtils qu'il s'&#233;tait forg&#233;s et qui l'avaient forg&#233;. Apr&#232;s la coupure primitive avec la nature, la coupure avec la culture : au sens propre G&#201;NOCIDE.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4597 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/18-video-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH530/18-video-fnl-95c55.jpg?1509832582' width='500' height='530' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un langage de la cl&#244;ture du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, il y a un r&#233;cit derri&#232;re ces &#171; images &#187;, derri&#232;re cette coupure insens&#233;e. Qu'on le veuille ou non, cette accumulation (hyper-m&#233;ga-suite, innombrables s&#233;ries, s&#233;quences al&#233;atoires, etc.) avec ses r&#233;sidus de sens, ses bribes interpr&#233;tatives mal dissoutes, narre quelque chose de notre monde, quelque chose qui s'apparenterait fortement &#224; un &#171; grand r&#233;cit &#187; au sens o&#249; Lyotard employait cette formule. C'est-&#224;-dire un grand dessein qui se donne &#224; lire et d&#233;termine des multitudes de micro-r&#233;cits secondaires et parasites. Non que la bonne vieille photo se donnerait pour un discours du monde. Les autres images y tendent toutefois. Mais c'est un r&#233;cit de signes autot&#233;liques dont il s'agit, qui ne renvoie &#224; rien et ne raconte rien sauf par accident. Mais comme la monnaie, son &#233;change, par son seul fait, brutalise l'espace en le qualifiant, traverse les codes en un accouplement de l'arr&#234;t et de la coupe, d&#233;p&#244;ts par vagues successives et simultan&#233;es d'espaces d&#233;construits puis simul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; images &#187; recouvrent sans arr&#234;t leur double et se recouvrent elles-m&#234;mes, recouvrant leurs machines. C'est le d&#233;roulement acc&#233;l&#233;r&#233; d'une machine s&#233;miotique excluant tout autre dispositif, une r&#233;action en cha&#238;ne. Le couple traditionnel imaginaire/vision, construit sous l'&#233;gide du langage, se dissout sur l'espace plan dans une &#171; irr&#233;sistible digitalisation des corps &#187; selon la formule que Stourdz&#233; avait emprunt&#233;e &#224; Pividal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapha&#235;l Pividal : Le capitaine N&#233;mo et la science. Paris, &#201;ditions Grasset,1972.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le r&#233;cit, c'est celui, annonc&#233;, d'une gigantesque amn&#233;sie, d'une humanit&#233; qui, ayant remis sa m&#233;moire aux machines, n'a plus qu'&#224; tourner sur elle-m&#234;me jusqu'&#224; extinction, non sans quelques soubresauts douloureux et automutilations comme tentative de rejouer-d&#233;jouer ces coupures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les r&#233;centes guerres balkaniques en sont l'&#233;vidente pr&#233;misse.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; sujet terminal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Zeitoun, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est un sujet qui tend &#224; son annulation en tant que sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effet de plan et d'&#233;crans, cette coagulation du sens, induisent l'&#233;change. Ils sont la condition de cet &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral &#224; l'int&#233;rieur duquel se produit cette intense circulation des signes atomis&#233;s (&#171; images &#187;, informations, etc.), cette infinie s&#233;duction aux deux sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; les linguistes qui tendaient &#224; coloniser tout le territoire de la langue, se retrouvent d&#233;nud&#233;s et d&#233;poss&#233;d&#233;s face &#224; l'appauvrissement du vocabulaire et &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de l'&#233;criture, &#224; l'effacement de l'opposition langage/parole, au sous-pidgin interchangeable et unitaire (langues de bois) et autres onomatop&#233;es envahissantes, de l'autre l'&#171; image &#187; investit ces territoires confisqu&#233;s dans la cl&#244;ture et la redondance. Certes on peut toujours tenter de faire de la s&#233;miologie sur les images nouvelles, mais cette science s'applique alors &#224; l'usage social, en quelque sorte pervers de l'&#171; image &#187; ou &#224; la technique et non au dispositif lui-m&#234;me, laissant pour compte la quasi-totalit&#233; de ces signes amorphes, errants, monceaux de d&#233;bris vacants et pulv&#233;ris&#233;s, brouillard aveuglant en un &#171; agencement collectif d'&#233;nonciation, un agencement machinique du d&#233;sir, l'un dans l'autre, et branch&#233; sur un prodigieux dehors qui fait multiplicit&#233; de toutes mani&#232;res &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari : Mille plateaux. Paris, &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, disaient d&#233;j&#224; Deleuze et Guattari.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4598 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13-mcluhan-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/13-mcluhan-fnl-97f06.jpg?1509832583' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Benjamin rapporte les propos de Moholy-Nagy selon qui &#171; les illettr&#233;s du futur seront les gens qui ne conna&#238;tront rien &#224; la photographie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette formule est pass&#233;e &#224; la post&#233;rit&#233;. Les photographes, ravis, se cachent derri&#232;re, les s&#233;miologues se creusent la t&#234;te pour, vainement, chercher la lettre dans l'image. Mais on peut aussi retourner la formule comme ceci : ceux qui, dans le futur, et m&#234;me maintenant, dans le pr&#233;sent, auront &#224; conna&#238;tre de la photographie, seront des illettr&#233;s. Leroi-Gourhan l'avait pressenti qui &#233;crivait dans &lt;i&gt;Techniques et langage&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leroi-Gourhan, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; la photographie n'a pas apport&#233;, au d&#233;but, de modification dans la perception intellectuelle des images ; comme toute innovation, elle a pris appui sur le pr&#233;existant : les premi&#232;res automobiles ont &#233;t&#233; des pha&#233;tons sans chevaux et les premi&#232;res photographies des portraits et des mouvements sans couleur. Le processus de pr&#233;digestion ne prend corps qu'&#224; partir de la diffusion du cin&#233;ma qui modifie compl&#232;tement la conception de la photographie et du dessin dans un sens proprement pictographique &#187;. Il s'agit non plus d'un langage constitu&#233; ou d'un support symbolique, mais d'&#233;quivalents pictographiques, de simples signes de reconnaissance et d'&#233;change. Encore une fois publicit&#233;. La communication, &#224; travers les m&#233;dias, ne s'effectue que dans un seul sens et ne peut &#234;tre diffus&#233;e que sous la m&#234;me forme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/15-c-boltanski-fnl-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH309/15-c-boltanski-fnl-2-5fb8a.jpg?1772188169' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En investissant de plus en plus le langage ou, comme dans l'audiovisuel, en r&#233;duisant le langage verbal au m&#234;me r&#244;le et au m&#234;me statut que &#171; le sien &#187; (Abraham Moles parle de &#171; phonographies &#187; et &#171; d'id&#233;osc&#232;nes sonores &#187;), l'&#171; image &#187; appara&#238;t comme un appauvrissement consid&#233;rable de la communication humaine. En ce sens l'invective de Jean-Claude Lemagny que je citais pr&#233;c&#233;demment appara&#238;t comme totalement justifi&#233;e. L'&#171; image &#187; s'instaure de plus en plus sur les d&#233;bris de la conscience et du langage en se constituant comme simulacre de langage, simulacre de communication alors qu'elle n'est que d&#233;sinformation brute, du code non constitu&#233;, vacant, mais &#224; l'&#233;mission soigneusement contr&#244;l&#233;e : peut-&#234;tre la compensation du suffrage universel et de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage &#233;tant d'une part, la substance d'une civilisation, le support de son imaginaire, et de l'autre, ce qui constitue le sujet, son appauvrissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au-del&#224; de l'appauvrissement, c'est m&#234;me d'une perte quasi totale dont il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et sa mise sous tutelle par le formalisme des images nouvelles signifient bien une d&#233;territorialisation des valeurs et des structures de cette civilisation et des individus. Une inimaginable manipulation. Le territoire de base de toute civilisation est son appr&#233;hension qualitative du r&#233;el. Cette d&#233;territorialisation s'effectue par la d&#233;sagr&#233;gation de ce r&#233;el sous la simulation et la probation mythique et mystifiante que constitue la photographie et plus largement toutes les nouvelles images technologiques. Sans parler de la d&#233;possession de l'art de son r&#244;le de rapport au monde, ramen&#233; qu'il est, soit &#224; une simple imagerie, soit &#224; un jeu de concepts fourre-tout et, &#233;videmment, interchangeables. Quel int&#233;r&#234;t peut-il y avoir &#224; refaire sur un &#233;cran les m&#234;mes images qu'on a d&#233;j&#224; faites avec des techniques anciennes et quel int&#233;r&#234;t autre celui d'un jeu (f&#251;t-il celui de la guerre) ou d'une drogue hallucinog&#232;ne contr&#244;l&#233;e, y a-t-il &#224; faire &#233;voluer des espaces virtuels qui court-circuitent l'imaginaire ? Si ce n'est qu'on y exp&#233;rimente en grandeur r&#233;elle la plasticit&#233; quantique de toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/16-s-brakhage-fnl-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/16-s-brakhage-fnl-2-29bb5.jpg?1509832583' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme le disait d&#233;j&#224; Carl George Heise en 1928, &#171; Les concepts les plus hauts dont nous avons h&#233;rit&#233;s sont en train de devenir obscurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl George Heise : pr&#233;face &#224; Die Welt ist Sch&#246;n de Renger-Patzsch. Munich, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une autre mani&#232;re, Carl Linfert exprimait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose, lui aussi, d&#232;s 1931 : &#171; Depuis Renger-Patzsch, les photos ont en effet de quoi nous effrayer. La mani&#232;re de regarder, plut&#244;t de photographier a pris de telles proportions que l'on collectionne tout mais que l'on ne per&#231;oit finalement plus rien... l'objet lui-m&#234;me, quelle que soit la vigueur avec laquelle l'appareil le fixe, devient plus muet qu'il ne le fut jamais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Linfert in Das Deutsche Lichtbild, 1931.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce double projet de qualification g&#233;n&#233;rale de l'espace et de disqualification du r&#233;el (suppression de l'inconnu, de l'ind&#233;termin&#233;, du vivant), l'humain doit n&#233;cessairement se dissoudre avec le r&#233;el et ses images vivantes. &#171; L'espace humain, comme le dit Virilio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Virilio : L'ins&#233;curit&#233; du territoire. Paris, &#201;ditions Stock, 1976.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, devenant celui de personne, devient progressivement l'expression de nulle part &#187;. &#171; Une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; de forger des symboles s'affaiblirait perdrait conjointement sa propri&#233;t&#233; d'agir &#187; pr&#233;disait quant &#224; lui Leroi-Gourhan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leroi-Gourhan, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous voyons bien comment, en se posant comme cl&#244;ture du langage, la sid&#233;ration produite par les &#171; images &#187; induit beaucoup plus qu'une simple attitude sociale, mais se pose comme l'arme absolue d'une sur-socialisation dont nous avons d&#233;j&#224; eu l'occasion de voir fonctionner quelques mod&#232;les. Si la photographie &#233;tait selon la formule de Bourdieu &#171; un art moyen &#187;, c'est-&#224;-dire un m&#233;dium, elle est aussi un &#171; art &#187; du milieu, de ce milieu centrifuge o&#249; les choses prennent de la vitesse pour s'&#233;loigner et se disperser infiniment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a une limite de rupture au-del&#224; de laquelle un syst&#232;me se transforme abruptement en un autre ou d&#233;passe, dans ses processus dynamiques, un point de non retour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kenneth Boulding cit&#233; par McLuhan, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le point de non-retour et de d&#233;passement du syst&#232;me d'images encore actuel se situe &#224; sa rencontre avec un autre syst&#232;me : le num&#233;rique qui permet &#224; la pseudo-image de prendre sa vraie dimension, celle qui &#233;tait sous-entendue depuis la naissance de la photographie, mais que nous n'avions pas les moyens de d&#233;celer : sa vocation r&#233;elicide et iconicide que mettent gaillardement en pratique les nouvelles technologies qui se passent totalement de tout r&#233;f&#233;rentiel. On peut raisonnablement supposer que la conscience du r&#233;el disparaissant, entra&#238;nant le langage tel que nous le connaissons, l'image elle-m&#234;me n'aura plus lieu et se regardera, dit Vaccari, &#171; comme on regarde les arbres g&#233;n&#233;alogiques, les blasons h&#233;raldiques, les id&#233;ogrammes sur les parois des temples &#233;gyptiens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franco Vaccari : La photographie et l'inconscient technologique. Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ajouterai, comme nous regardons les algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas dans mon intention de jouer les proph&#232;tes, mais on peut logiquement pr&#233;voir &#224; plus ou moins court terme, leur but atteint, la fin des images puisque l'image est toujours en un sens l'image du P&#232;re et que le cyber-homme est sans p&#232;re, sans autre g&#233;n&#233;alogie que celle du bazar technologique. Leroi-Gourhan s'inqui&#233;tait de cette situation : &#171; il nous faut, disait-il, concevoir un homo sapiens compl&#232;tement transpos&#233; et il semble bien qu'on assiste aux derniers rapports libres de l'homme et du monde naturel &#187;. Plus loin, il s'inqui&#232;te : &#171; continuera-t-il de pousser son rocher sur la pente s'il ne lui reste un jour que l'image de la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ajouterais qu'il risque m&#234;me de ne plus avoir cette image et Virilio enfonce le clou : &#171; l'&#233;tat technologique n'a plus besoin que tr&#232;s secondairement de l'accident humain, celui-ci repr&#233;sentant pour son fonctionnement une g&#234;ne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14-reflet-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH299/14-reflet-fnl-f41c7.jpg?1509832583' width='500' height='299' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vous avez sans doute remarqu&#233; que la plupart des auteurs que je cite &#224; l'appui de mon propos ont &#233;crit dans les ann&#233;es 70 et au tout d&#233;but des ann&#233;es 80, c'est-&#224;-dire il y a entre vingt-cinq et trente ans. Il ne s'agit en aucune fa&#231;on, pour la plupart, d'&#233;crits catastrophistes, mais tout simplement d'analyses d'une situation qui se mettait alors en place. Depuis, mis &#224; part quelques articles du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; et jusqu'&#224; ces derniers mois, il ne s'est rien publi&#233; qui ait un quelconque recul (et impact) sur le sujet. La soci&#233;t&#233; que nous d&#233;noncions alors s'est install&#233;e et j'ai un peu l'impression que nous nous r&#233;veillons comme apr&#232;s une longue, tr&#232;s longue maladie. Ou alors les pouvoirs nous ont occup&#233;s ailleurs pendant qu'ils fomentaient leur coup. Un monde est l&#224; que je ne reconnais pas et dont les autres, autour de moi, ont l'air de ne pas remarquer les changements &#224; vue (du moins de ne pas en souffrir). Tous ceux qui, autrefois, l'avaient annonc&#233;, analys&#233; en d&#233;tail, nous avaient pr&#233;venu, &#224; quelques exceptions pr&#232;s (je pense &#224; Paul Virilio qui persiste et se r&#233;p&#232;te &#224; coups de billets dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; entre autres, mais qu'on prend pour un aimable g&#226;teux fatiguant), se sont tus et semblent avoir oubli&#233; eux-m&#234;mes leurs mises en garde. Nous nous retrouvons d&#233;munis devant un monde annonc&#233; et aujourd'hui &#233;vident que la plupart semblent ignorer ou minorer alors que ce fascisme technologique rampant qui vient s'insinuer jusque dans les territoires de la cr&#233;ation est une vieille connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il pr&#233;tend aujourd'hui vouloir coloniser nos &#233;coles d'art (soigneusement vid&#233;es de leur sens), qu'on aurait crues derniers bastions de culture et de libert&#233;, c'est qu'il pense avoir d&#233;j&#224; conquis le reste du monde avec la complicit&#233; de techniciens d&#233;voy&#233;s et d'artistes rat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-boltanski-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH734/05-boltanski-fnl-b3bc2.jpg?1509832583' width='500' height='734' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons &#224; un cas type d'annulation de la m&#233;moire. Les massacres et les camps sont devenus des sortes de mythes intouchables (non pas lieux de m&#233;moire, mais zones fractales de reconnaissance et d'identification : signes) et ce qui les a faits &#234;tre, ce qui les a agis de l'int&#233;rieur et continue d'agir d'autres exp&#233;riences semblables, quasi-quotidiennes, ailleurs, para&#238;t totalement oubli&#233;, annul&#233;, irr&#233;actualisable. L'id&#233;ologie de socialisation totalitaire rouge, noire, verte ou de toute autre couleur, issue aussi bien des r&#234;ves de l'&#171; homme total &#187; de Moholy-Nagy et du Bauhaus que des d&#233;lires nazis ou religieux est de m&#234;me nature : d'abord &lt;strong&gt;TECHNO-LOGIQUE&lt;/strong&gt;. Totalitaire ou &#171; lib&#233;rale &#187; cela revient exactement au m&#234;me et son but est de d&#233;barrasser le monde id&#233;al des humeurs et imperfections humaines qui emp&#234;chent le syst&#232;me de tourner rond. En deux mots : &lt;strong&gt;&#233;liminer le contingent&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son but est de construire un monde nouveau, lisse, parfait et sans possibilit&#233; d'accident sur les ruines de l'ancien. Cela a l'air d'un tr&#232;s mauvais sc&#233;nario de science-fiction. La &#171; purification ethnique &#187; aussi. Ce d&#233;lire fonctionnaliste retrouve pourtant la vieille mystique cathartique et technologiste remise au go&#251;t du jour : tout ramener &#224; la puret&#233; &#233;vid&#233;e des formes de calcul math&#233;matique simples. Un ordre binaire qui se passera de la repr&#233;sentation sous toutes ses formes, trop symbolique et complexe, et de la figure. La photographie, d&#233;j&#224;, &#233;tait simple pr&#233;sentation, en ordre, du simulacre du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;o Scheer &#233;crivait en 1977 : &#171; Et si le camp de concentration &#233;tait le laboratoire de notre monde ? celui o&#249; s'inventerait la possibilit&#233; de domination d'un pouvoir dont la survie se constitue sur le pari de la destruction totale de ses sujets. Comment le r&#233;fl&#233;chir ? Le camp n'est pas seulement prot&#233;g&#233; par ses barbel&#233;s. Il est &#224; l'abri, quand il existe, derri&#232;re l'incr&#233;dulit&#233; de ses contemporains &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;o Scheer : &#171; La danseuse &#187;. In Traverse N&#176; 9, novembre 1977. C'est moi qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande diff&#233;rence, aujourd'hui, c'est que cela se passe &#224; un autre niveau, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; marchande et techniciste et avec la participation plus ou moins acquise des victimes &#224; leur propre exclusion et annulation consid&#233;r&#233;e comme in&#233;luctable. La nouvelle id&#233;ologie de la pr&#233;tendue &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; et de l'in&#233;luctabilit&#233; (&#171; il n'y a qu'une seule politique possible &#187;), plus imm&#233;diate et plane, a remplac&#233; celle du &#171; progr&#232;s &#187; avec la disparition en cours de toute mise en perspective (la &#171; r&#233;alit&#233; virtuelle &#187; en tant que simulacre du visible, et sous couvert de l'exalter, abolit de fait la vieille perspective, n&#233;e &#224; la Renaissance, qui n'est qu'un code du lisible aujourd'hui obsol&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est sans doute pourquoi on a renonc&#233; &#224; enseigner le dessin dans un grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/23-nam-june-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/23-nam-june-paik-fnl-78029.jpg?1509832583' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le moins &#233;tonnant encore c'est que ce sont les m&#234;mes, en grande partie, qui, apr&#232;s avoir, jeunes et fringants, tent&#233; de nous servir leur sinistre r&#233;volution communiste (gauchiste) comme in&#233;vitable et n&#233;cessaire, nous servent aujourd'hui la r&#233;volution cybern&#233;tique (c'est-&#224;-dire litt&#233;ralement le pouvoir des machines), avec la m&#234;me conviction f&#233;roce &#224; planifier et tout ramener &#224; l'identique ; pas mal de rides et de fric en plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'Internet, ce n'est pas tant sa capacit&#233; d'information qui fait sa force que sa capacit&#233; de navigabilit&#233; &#187; ; Jo&#235;l de Rosnay (Directeur de la Cit&#233; des Science) &#224; l'&#233;mission &lt;i&gt;Visite Guid&#233;e&lt;/i&gt;, sur France-Inter le 23/08/2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est clair qu'apr&#232;s tout, crayons et papier disponibles pour tout un chacun servaient davantage &#224; r&#233;gir la soci&#233;t&#233; et son commerce qu'&#224; &#233;crire des &#339;uvres de cr&#233;ation et s'ils ont ouvert quelques libert&#233;s, ils ont, au moins dans la m&#234;me mesure, permis de les restreindre et de les contenir. Alors que l'on cesse d'essayer de nous endormir avec les pr&#233;tendus territoires de libert&#233; offerts par la firme Microsoft ou l'Internet. Un outil est un outil, soit, mais toujours forc&#233;ment plus efficace dans la main du pouvoir que dans celle de ses objets. La diff&#233;rence est que le pouvoir, aujourd'hui, est tellement dilu&#233; en apparence que chacun peut s'imaginer en d&#233;tenir une parcelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes : &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions du Seuil, 1957. J'ai d&#233;j&#224; &#224; plusieurs reprises fait allusion &#224; cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Stourdz&#233;, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Stourdz&#233; : &#171; Simulation sans perspective &#187;. In &lt;i&gt;Traverse&lt;/i&gt; N&#176; 10 : le simulacre, f&#233;vrier 1978. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut seulement se poser la question de savoir ce qui sera r&#233;parable ou non : pi&#232;ces humaines interchangeables comme pi&#232;ces m&#233;caniques : remplacement des organes l&#233;s&#233;s : transfusions, transplantations, etc., comme le sp&#233;cialiste retouche les images sur Photoshop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abraham Moles : &lt;i&gt;L'image communication fonctionnelle&lt;/i&gt;. Tournai, &#201;ditions Casterman,1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baudrillard : &lt;i&gt;Simulacre et simulation&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Galil&#233;e, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Dubois : &#171; D'une image l'autre ou de l'influence du cin&#233;ma sur la photographie cr&#233;ative contemporaine &#187;. In &lt;i&gt;De l'instant &#224; la dur&#233;e&lt;/i&gt; (1) s&#233;minaire photographique, janvier-juin 1993, initi&#233; par Jean Rault, DRAC Haute Normandie &amp; &#201;cole d'Art du Havre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapha&#235;l Pividal : &lt;i&gt;Le capitaine N&#233;mo et la science&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Grasset,1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les r&#233;centes guerres balkaniques en sont l'&#233;vidente pr&#233;misse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Zeitoun, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari : &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de Minuit, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leroi-Gourhan, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au-del&#224; de l'appauvrissement, c'est m&#234;me d'une perte quasi totale dont il s'agit, instituteurs et professeurs de coll&#232;ges en sont les t&#233;moins impuissants devant des hordes adolescentes et banlieusardes qui n'ont plus &#224; disposition que quelques centaines de mots (3 ou 400) compos&#233;s d'une sorte de pidgin, m&#233;lange de fran&#231;ais, d'am&#233;ricain et de divers dialectes arabes et gitans et de quelques expressions toutes faites, mobiles, et qui ne permettent de communiquer qu'&#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me groupe extr&#234;mement limit&#233;, parfois incompr&#233;hensibles d'une cit&#233; &#224; l'autre. On a pu constater que des adolescents qui passent des heures devant la t&#233;l&#233;vision, regardent les images mais ne comprennent pas ou tr&#232;s mal le r&#233;cit, ni m&#234;me ce qui se dit, ignorant le sens des mots auxquels ils ne font d'ailleurs pas attention. Ici la t&#233;l&#233;vision n'est qu'un &#171; robinet &#224; images &#187;, selon la formule de Godard. Mais cette incompr&#233;hension, ce refus du langage dominant, ce repli sur une sauvagerie clanique, d'une part vivante de la population, sont peut-&#234;tre aussi une r&#233;action de sant&#233; (de sauvegarde ultime) au pouvoir endormant g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'image audiovisuelle au profit d'une appropriation personnelle aussi r&#233;duite et informe soit-elle. Le syst&#232;me, pour les besoins de son d&#233;veloppement &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et dans la premi&#232;re moiti&#233; de celui-ci, n&#233;cessitait une relative autonomisation et un d&#233;veloppement intellectuel de la classe ouvri&#232;re. Les machines intelligentes d'aujourd'hui remplissent ce r&#244;le, permettant un retour &#224; l'esclavage g&#233;n&#233;ralis&#233; au service d'une classe sociale dominante nouvelle : les animateurs du spectacle, les agents de la circulation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl George Heise : pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Die Welt ist Sch&#246;n&lt;/i&gt; de Renger-Patzsch. Munich, Kurt Wolf Verlag, 1928.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Linfert in &lt;i&gt;Das Deutsche Lichtbild&lt;/i&gt;, 1931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Virilio : &lt;i&gt;L'ins&#233;curit&#233; du territoire&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Stock, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leroi-Gourhan, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kenneth Boulding cit&#233; par McLuhan, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franco Vaccari : &lt;i&gt;La photographie et l'inconscient technologique&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Cr&#233;atis, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;o Scheer : &#171; La danseuse &#187;. In &lt;i&gt;Traverse&lt;/i&gt; N&#176; 9, novembre 1977. C'est moi qui souligne ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est sans doute pourquoi on a renonc&#233; &#224; enseigner le dessin dans un grand nombre d'&#233;coles d'art de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers la fin d'une sp&#233;cificit&#233; - I/V</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-I-V</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Vers-la-fin-d-une-specificite-I-V</guid>
		<dc:date>2014-04-28T15:55:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Look at my face : my name is Might Have Been ; I am also called No More, Too Late, Farewell.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edgar Auber sur une photo d&#233;dicac&#233;e &#224; Marcel Proust, cit&#233; par Agamben&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton543-03e49.jpg?1772188169' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Look at my face : my name is Might Have Been ; I am also called No More, Too Late, Farewell.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edgar Auber sur une photo d&#233;dicac&#233;e &#224; Marcel Proust, cit&#233; par Agamben&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A &#8211; Poliorc&#233;tique de l'Image Technologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On est oblig&#233; de rencontrer dans la vie des photographes partout, et on finira par en trouver dans le beurre et sur la soupe ; il faut se r&#233;signer !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gustave Courbet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tous les &#233;l&#233;ments dompt&#233;s, tous les fluides gouvern&#233;s, toutes les forces myst&#233;rieuses asservies, toutes les puissances de la nature vaincues, les dieux de l'ancien Olympe soumis &#224; la volont&#233; du Dieu de la terre, ob&#233;issent &#224; sa voix, serviteurs dociles, et proclament son r&#232;gne.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Consid&#233;rant&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-image_web-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH414/07-image_web-fnl-617f6.jpg?1772188169' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mise a l'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exception de quelques lointaines tribus dites primitives, l'ensemble de la soci&#233;t&#233; humaine a &#233;t&#233; mis au travail :&lt;br class='autobr' /&gt;
Immense accumulation de travail. Au point qu'il y a de plus en plus de stocks inutilis&#233;s et inutilisables de travail et de travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de la soci&#233;t&#233; humaine a &#233;t&#233; mis au discours (je ne dis pas la parole) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Immense accumulation de discours : social, politique, m&#233;dical, culturel, etc... Autant de langues de bois, volapuks et autres &#171; p&#233;dagols &#187; qui tendent &#224; se confondre et se substituent pour l'essentiel &#224; toute action locutrice volontaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de la soci&#233;t&#233; humaine a &#233;t&#233; mis &#224; la valeur marchande :&lt;br class='autobr' /&gt;
Immense accumulation de marchandises dont l'homme, lui-m&#234;me n'est pas la moindre, jaug&#233;e, num&#233;rot&#233;e, estampill&#233;e, vendue, mise au rebut, r&#233;partie, recycl&#233;e, contrefaite, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, l'ensemble de la soci&#233;t&#233; humaine a &#233;t&#233; mis &#224; l'image :&lt;br class='autobr' /&gt;
Incommensurable accumulation d'images, stocks en progression quasi-g&#233;om&#233;trique malgr&#233; la circulation/consommation boulimique, corpus d'archives &#224; jamais ind&#233;chiffrables dans sa totalit&#233;, d'ailleurs ce n'est pas le but. Depuis Marx, chacun sait bien que le but c'est l'accumulation de valeur, le dispositif pour lui-m&#234;me. &#192; ceci pr&#232;s que cette accumulation est aussi circulatoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail, le discours, l'&#233;change des marchandises, les images, etc. Ce sont les moyens traditionnels de communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des moyens de communication qu'aujourd'hui, on accumule pour eux-m&#234;mes, en en faisant une fin en soi, qu'on redouble et multiplie les uns sur les autres et qu'on m&#233;lange indistinctement, comme si on parlait en plusieurs langues &#224; la fois et &#224; plusieurs niveaux. La traditionnelle et n&#233;cessaire repr&#233;sentation, jouant de tous ses modes, a laiss&#233; la place &#224; la seule communication, nouveau territoire naturel du leurre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4447 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-guy_debord-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH301/03-guy_debord-fnl-7c55a.jpg?1772188169' width='500' height='301' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Guy Debord d&#233;butait &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord : La soci&#233;t&#233; du spectacle. &#201;ditions Champ Libre, Paris 1971.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par cette paraphrase reconnaissable : &#171; Toute vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacle. Tout ce qui est directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; en repr&#233;sentation &#187;. Le spectacle ici n'est pas constitu&#233; par l'ensemble des images mais par un certain type de rapport social entre les personnes, m&#233;diatis&#233; par des images physiques ou mentales, un rapport au r&#233;el fonctionnant sur la fragmentation infinie du lisse et du continu (le striage), sur le signe et sa simulation. Car l'image technologique, nous le savons maintenant, n'est pas figuration ou reproduction. Elle est, avant tout, mode, fonctionnement totalitaire (autoritaire) et h&#233;g&#233;monique. Il s'agit d'un rapport universel au monde. Nous ne pouvons plus percevoir la r&#233;alit&#233; autrement que par l'entremise des pseudo-images et il n'y a plus que des &#171; images &#187; en place de r&#233;alit&#233;. &#192; force de manifester la preuve de la r&#233;alit&#233;, l'imagerie technologique l'&#233;puise et l'expulse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faudrait pas, na&#239;vement, comprendre ce fonctionnement comme une sorte d'abus des images. &#171; Il (le spectacle) est bien plut&#244;t une &lt;i&gt;Weltanschauung&lt;/i&gt; devenue effective, mat&#233;riellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectiv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4448 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-la-societe-debord-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/02-la-societe-debord-fnl-bb25d.jpg?1509832584' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourra objecter avec raison que cette mise en spectacle n'est pas une nouveaut&#233;. Elle appara&#238;t d&#232;s l'aube de la Renaissance, &#224; travers les repr&#233;sentations du pouvoir. Je ne citerai pas les travaux de Louis Marin sur le XVIIe si&#232;cle et d'autres exemples, mais ce qui n'&#233;tait alors que ph&#233;nom&#232;ne circonscrit &#224; une toute petite &#233;lite (le sacr&#233; occupait le reste de l'espace), ce qui n'avait de valeur d'usage que limit&#233;e, est devenu, avec l'apparition de la photographie, puis du cin&#233;ma et des m&#233;dias la principale production de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'imaginant sans doute pas la port&#233;e de sa parole, Renger-Patzsch &#233;crivait en 1929 : &#171; Le monde moderne n'est pas longtemps imaginable sans la photographie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Renger-Patzsch ins Deutsche Lichtbild, 1929.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tirant un peu sur le sens de cette phrase, on peut lui faire signifier que l'imaginaire de notre monde serait d&#233;sormais enti&#232;rement oblit&#233;r&#233; par l'image artificielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image, en la violence de son arrachement, est le moteur essentiel du rapport social et du rapport de production de la soci&#233;t&#233; ramen&#233;e, elle-m&#234;me, &#224; un simple dispositif de plus en plus d&#233;cultur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut s'interroger : quel d&#233;sespoir secret nous a ainsi jet&#233;s &#224; l'image comme on se jette &#224; l'eau ? Nous a mis &#224; l'image comme on avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis au travail, devenu travail forc&#233; des signes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-chiffres-verts-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/01-chiffres-verts-fnl-a0530.jpg?1509832584' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut aborder l'image ou le simulacre qui en tient lieu sous son double aspect : &lt;strong&gt;conservatoire&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;op&#233;ratoire&lt;/strong&gt; (ce qu'on appelle la communication) et voir comment ils d&#233;terminent cette fonction spectaculaire : mise en distance et rapprochement simultan&#233;, mise en perspective invers&#233;e et mise &#224; plat et jeux de pouvoirs. En fait &#171; la photographie esth&#233;tise l'intol&#233;rable comme l'inint&#233;ressant en les mettant &#224; distance. Il y a, inh&#233;rente au processus photographique, une &#233;tranget&#233; par rapport &#224; la vie : c'est une image glac&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Michaud : &#171; Les photographies : reliques, images ou vrais-semblants ? &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce d&#233;passement qu'est la conservation par la glaciation, f&#251;t-elle un simple diff&#233;r&#233;, n'existe que dans la n&#233;gation. On ne conserve quelque chose qu'en supprimant sa qualit&#233; essentielle : sa mobilit&#233;, son imm&#233;diatet&#233;, sa r&#233;alit&#233; dans l'espace et dans l'instant. D'une certaine fa&#231;on &#171; l'&#233;tant-l&#224; &#187;, pens&#233; comme tel (objet fix&#233; de la science) est un &#233;tant-mort-l&#224; &#224; sa propre image. Le gigantesque conservatoire d'images, de temps et d'objets, incessamment reproduits, conservatoire au carr&#233; ou au cube, sorte de mise en ab&#238;me, tend ainsi &#224; l'annulation de tout r&#233;el et de tout vivant. Rien ne lui &#233;chappe. Rien qui ne soit photographiable ou filmable, mis en signes publics, c'est-&#224;-dire devenu publicitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On l'a d&#233;j&#224; vu, c'est en ce sens de mise en signe publique que j'emploie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bachelard &#233;crit que c'est le sentiment de l'instant qui fait notre perception du temps. Le temps m&#233;diatique dans cette trace fix&#233;e et d&#233;multipli&#233;e de l'instant est perte irr&#233;cup&#233;rable de la dur&#233;e. C'est un temps vide et &#233;pur&#233;, r&#233;duit &#224; sa plus simple expression, &#224; l'image de l'univers &#233;pur&#233; et vide qui est le sien puisque totalement autot&#233;lique. Le temps de l'image nouvelle est un temps qui n'a plus rien &#224; voir avec le temps symbolique qui s'inscrit &#224; l'horloge. C'est du temps sans retour, univoque, sans interstice et sans imaginaire, &#224; jamais positif : c'est le temps des chemins de fer et des montres &#224; quartz. Il a perdu son balancement interne. Il est toujours &#233;quivalent et progressif. J'ai fait, autrefois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In les Cahiers de la Photographie N&#176; 1, premier trimestre 1981.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la comparaison entre la photographie et la caisse d'&#233;pargne. &#171; Ce n'est pas un petit oiseau qui sort de la bo&#238;te mais un &#233;cureuil : empreinte/emprunt index&#233; dont on ne touche que les int&#233;r&#234;ts pendant qu'irremboursable &#224; jamais s'accumule le capital de temps mort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/06-paik-fnl-d5e5f.jpg?1509832584' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'aspect op&#233;ratoire de l'image est plus connu, il joue &#233;galement sur le temps et la m&#233;moire, cette sorte de &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt; constant qu'il impose : nouvelles attitudes sociales devant le pr&#233;sent/pass&#233; qui naissent au milieu du XIXe si&#232;cle, en m&#234;me temps que la photographie, nouvelles attitudes esth&#233;tiques, nouvelles attitudes devant la nature, mode &#171; r&#233;tro &#187; d'aujourd'hui, etc. Images d'une soci&#233;t&#233; cens&#233;e courir apr&#232;s un progr&#232;s auquel elle ne croit plus et la &#171; r&#233;volution informatique &#187; d&#233;pourvue de but autre qu'elle-m&#234;me et dans le m&#234;me temps en plein blocage, autofascin&#233;e par son propre pass&#233; proche, cet instant o&#249; tout s'est esth&#233;tiquement bloqu&#233; (les ann&#233;es trente pour l'architecture, le mobilier et le design, les ann&#233;es cinquante pour la mode, les ann&#233;es soixante pour la musique et les arts, etc.). C'est rejouer le pass&#233; pour mieux faire le deuil des r&#233;alit&#233;s qui le faisaient &#234;tre, pour mieux dig&#233;rer les humiliantes d&#233;faites dont il fut le cadre sous les paillettes d&#233;risoires qu'on fait &#224; nouveau briller &#224; nos yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Substitut, simulacre du r&#233;el, l'image nouvelle en est, dans une illusoire et d&#233;risoire parousie, l'acceptation de la mort (le deuil). Mais c'est de tout le r&#233;el, des dimensions riches et multiples de la r&#233;alit&#233;, dont elle signe ainsi, en tant que principe, la disparition, dont elle fait par anticipation le deuil. Paradoxalement l'instauration d'un nouveau fonctionnement bas&#233; sur le binarisme et l'immat&#233;rialit&#233; et qui s'&#233;tend &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, impose sa structure partout, instaure l'in&#233;puisable retour du m&#234;me, insaisissable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais surtout, cet op&#233;ratoire, ce deuil institu&#233; et en m&#234;me temps impossible, fonctionnent dans le spectacle tel que d&#233;fini par Debord, dans cette mise &#224; l'image des rapports sociaux : jeux d'identification aux mod&#232;les publicitaires : le h&#233;ros, le cadre, le &#171; beur &#187;, l'homme politique, le responsable, la femme lib&#233;r&#233;e, la minette, le &#171; clone &#187;, le motard, le &#171; cador &#187; en informatique, etc., tout un jeu d'appartenance &#224; des cat&#233;gories qui changent selon les &#233;volutions du langage. Autant de mod&#232;les qui &#233;voluent en fonction des modes, mais perdurent n&#233;anmoins &#224; peine modifi&#233;s depuis plus d'une quarantaine d'ann&#233;e. Jeux d'identification &#224; des mod&#232;les sociaux propos&#233;s et r&#233;guli&#232;rement r&#233;activ&#233;s, jeux d'identification &#224; des attitudes sociales ou psychologiques types, recouvrant des rapports &#233;conomiques de plus en plus sauvages et tendus et une id&#233;ologie de la &#171; communication &#187; o&#249; tout n'est plus qu'infinie fragmentation du m&#234;me, o&#249; &#171; le vrai est instant du faux et r&#233;ciproquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; toute valeur est abolie dans sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10-delete-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH354/10-delete-fnl-ab853.jpg?1772188169' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un sondage &#233;tasunien montrait, il y a quelques ann&#233;es, qu'une part notable des individus &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;cr&#233;ter noir ce qui est blanc si la majorit&#233; des membres de leur communaut&#233; pr&#233;tend le voir noir. Ceci pour ne pas d&#233;roger &#224; l'appartenance &#224; cette communaut&#233;. C'est ce qu'on appelle un fonctionnement automatique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce spectacle &#224; la fois grouillant et fig&#233; d'une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun est contraint de prendre sa place dans l'incessant jeu de r&#244;les o&#249;, aux rapports interindividuels, se sont substitu&#233;s des rapports d'images st&#233;r&#233;otyp&#233;s et vides et qui, en moins d'une g&#233;n&#233;ration, se sont petit &#224; petit &#233;puis&#233;s, c'est le contraire de la repr&#233;sentation. La repr&#233;sentation du monde a toujours &#233;t&#233; traditionnellement d'ordre symbolique et apanage des pouvoirs (mais aussi des pouvoirs de chacun). Elle s'est aujourd'hui effectivement d&#233;mocratis&#233;e, perdant toute signification, entra&#238;nant tous les pouvoirs dans sa dissolution. L'image nouvelle, on l'a vu, a perdu toute relation avec la repr&#233;sentation, elle se contente de circuler, incessamment. Elle n'est ni vraie ni fausse : simple mod&#232;le math&#233;matique, algorithme totalitaire du r&#233;el auquel elle se substitue sans laisser de choix, toujours &#233;quivalente &#224; elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, dans sa pratique, la mise &#224; l'image, depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle (parall&#232;lement &#224; d'autres exp&#233;riences d'un autre ordre), secr&#232;te une infinit&#233; de lieux o&#249; s'exp&#233;rimentent s&#233;riellement des formes d'annulation et de liquidation. L'essentiel n'&#233;tant &#233;videmment pas dans l'immense accumulation des &#171; images &#187;, mais dans l'accumulation de multiples coupures sur le r&#233;el, ce hachis de pseudo-repr&#233;sentations. Comme l'&#233;conomie financi&#232;re sur laquelle elle construit son fonctionnement, l'image technologique (&#233;galement mondialiste) tend &#224; tout engloutir, &#224; tout dig&#233;rer en une sorte de &#171; &lt;strong&gt;purification esth&#233;tique&lt;/strong&gt; &#187; qui n'est que le pendant des purifications ethniques que des parties de plus en plus larges de populations litt&#233;ralement d&#233;boussol&#233;es appellent de leur v&#339;ux comme dernier vestige (aberrant) de leur culture condamn&#233;e, dernier rep&#232;re, dernier lieu de &lt;strong&gt;transmission&lt;/strong&gt; possible face &#224; la &lt;strong&gt;diffusion&lt;/strong&gt; envahissante, l&#224; o&#249; les soci&#233;t&#233;s traditionnelles reposaient sur l'h&#233;ritage d'ensembles coh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-hyper-matrix-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/02-hyper-matrix-fnl-0bd6f.jpg?1772188169' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une dissolution de l'imaginaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'imagerie nous cerne. L'imagerie nous assi&#232;ge de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur, de partout &#224; la fois. Elle se r&#233;pand et absorbe les consciences, les r&#233;sorbe plut&#244;t. Dans une sorte d'esth&#233;tisation syst&#233;matique du regard, qui implique la limitation de l'exp&#233;rience et de la compr&#233;hension du r&#233;el dans une confusion de l'appr&#233;hension avec la &#171; prise de vue &#187;, le scopique, et dans une disparition de la vraie m&#233;moire (culture) au profit de la simple reconnaissance (r&#233;flexe). &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est d&#233;sormais per&#231;u comme &#171; discontinu, divis&#233;, s&#233;par&#233; d'un ensemble toujours ext&#233;rieur, il suffit pour ce faire de cadrer le sujet sous un angle diff&#233;rent. (&#192; l'inverse, pour la t&#233;l&#233;matique et le num&#233;rique, tout peut &#234;tre rapproch&#233;, envisag&#233; comme contigu) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Sontag : La Photographie. Paris, &#201;ditions du Seuil, 1979.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ph&#233;nom&#232;ne conscient de r&#233;el est ainsi annul&#233; au profit d'une forme fictive d'appropriation. Susan Sontag, d&#233;j&#224; &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, d&#233;finissait la photographie comme &#171; l'arme id&#233;ale de la conscience consommatrice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur le m&#234;me mod&#232;le, d'autres types d'images se sont aujourd'hui d&#233;velopp&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Incarnation flagrante du &#171; Big Brother &#187; d'Orwell, l'image nouvelle veille sur nous et nous surveille, elle commande jusqu'&#224; nos fantasmes. Les m&#233;dias diffuseurs d'images ne diffusent pas des repr&#233;sentations, mais autant de &lt;strong&gt;mots d'ordre&lt;/strong&gt; : magazines, publicit&#233;s imprim&#233;es qui envahissent les bo&#238;tes &#224; lettres, cin&#233;ma, t&#233;l&#233;vision et maintenant c&#233;d&#233;roms et r&#233;seau Internet sont une gigantesque, unique et m&#234;me publicit&#233; qui mart&#232;le impitoyablement et sans r&#233;pit ses mots d'ordre visuels dans une liturgie de la pseudo-image technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du Grec Leitourgia : service public.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4453 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-george-orwell-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH406/05-george-orwell-fnl-b20fb.jpg?1772188170' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toutes les attitudes sont dict&#233;es par l'image et engendrent &#224; leur tour des images en un jeu infini. &#192; tous les niveaux, on se vend, on s'&#233;change ses images en miettes. &#171; M&#234;me pour les sujets les plus &#233;perdus de r&#234;ve, elle (la photo) annonce plut&#244;t leur vente possible que leur connaissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin : Kleine Geschichte des Photographie. Suhrkamp Verlag, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;sir lui-m&#234;me, &#224; y bien regarder, n'est plus que d&#233;sir de la perte de r&#233;el, d&#233;sir d'an&#233;antissement au sein de l'&#233;change (de la fusion) et, bien s&#251;r, plus l'image se pr&#233;cise moins elle parvient &#224; coller au mod&#232;le qu'elle suscite. Il convient, sous peine de d&#233;socialisation, de s'identifier &#224; l'un des mod&#232;les puissants qui sont propos&#233;s sur le march&#233; des signes : jeunesse, sant&#233;, communicabilit&#233;, efficacit&#233;, etc. Autant de valeurs d'&#233;change publicitaires particuli&#232;rement actives. Il y a aussi des anti-mod&#232;les &#233;quivalents : jeune des banlieues, S.D.F., baba-cool, &#233;r&#233;miste, etc. Images d'une d&#233;socialisation induite et organis&#233;e par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, d'une expulsion de soi-m&#234;me, miroir n&#233;gatif et virtuel mais devenu n&#233;cessaire comme le n&#233;gatif l'est &#224; la photo traditionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les structures de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, sa hi&#233;rarchie et son fonctionnement d&#233;mocratique, sous une apparence fig&#233;e, ont totalement bascul&#233; et ob&#233;issent &#224; l'ordre des images. Les &#233;lections sont devenues d'immenses op&#233;rations publicitaires : confrontation d'images de marques parfaitement &#233;quivalentes ou sugg&#233;r&#233;es comme telles. Le pouvoir s'est dissous depuis longtemps, restent les images du pouvoir, qu'il offre, qu'il r&#233;active et qu'il suscite. &#171; La strat&#233;gie des id&#233;es doit faire corps avec la strat&#233;gie des images &#187; disait d&#233;j&#224; en avril 1983 un porte-parole de Michel Rocard. Cela n'a fait que se confirmer et la croissance, la (les) crise(s), la rigueur, la morale, la lib&#233;ration de la femme, les r&#233;formes, la D&#233;mocratie, la R&#233;publique, le terrorisme, l'&#233;conomie lib&#233;rale, les conf&#233;rences internationales, le PACS, l'harmonisation des politiques europ&#233;ennes, la s&#233;curit&#233;, etc., sont les images interchangeables, au sens lui-m&#234;me interchangeable &#224; volont&#233; en fonction du socius, des &#233;v&#233;nements, etc., simples signes de reconnaissance au contenu imm&#233;morisable et fuyant. Album non pas in&#233;puisable, tr&#232;s limit&#233;, au contraire, mais feuillet&#233; de plus en plus fr&#233;n&#233;tiquement. Images qu'un simple &#171; jet de r&#233;el &#187; suffit &#224; effacer individuellement, mais qui se superposent, se cumulent, se remplacent sur toutes sortes de gammes que soulignent physiquement le cr&#233;pitement des flashes, les d&#233;clics photographiques, le ronronnement des cam&#233;ras ou le cliquetis et autres bruits bizarres des ordinateurs : toute une gestuelle et une tactilit&#233; m&#233;diatique et vicariante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11-salle-ecran-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/11-salle-ecran-fnl-103e3.jpg?1509832584' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas d'image, il n'y a pas d'information et corollairement : ce qui n'a pas d'image n'existe pas. Et puis l'individu lui-m&#234;me, en tant qu'image est interchangeable, simple simulacre de lui-m&#234;me, d&#233;poss&#233;d&#233; de son pouvoir d'&#234;tre, comme il l'&#233;tait d&#233;j&#224; au Moyen &#194;ge o&#249; cette notion eut sembl&#233; incompr&#233;hensible. Les &#171; plans sociaux &#187; en sont la preuve administr&#233;e quotidiennement, comme l'affaire du sang contamin&#233; et, d&#233;j&#224;, dans les ann&#233;es quarante, les cobayes humains de Bikini (et d'autres, plus tard). Simples &#233;l&#233;ments techniques. &lt;br class='autobr' /&gt;
La coupure est d&#233;sormais radicale entre la perception et la m&#233;moire. Les situations ne font plus corps avec le r&#233;el. Ce que nous appelons couramment la culture est d&#233;sormais obsol&#232;te et la cr&#233;ation dangereuse puisqu'elle tend &#224; ajouter de l'inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me de l'&#233;change sous-entend une structure strictement binaire avec des jeux de r&#233;ponses simplistes : oui-non, 1-0. Au sein de cette structure qui tend &#224; l'universalit&#233;, les oppositions font &#233;quivalence et annulent le principe dialectique qui permet l'&#233;volution au profit d'une simple et infinie variation du m&#234;me. &#171; La diff&#233;rence n'existe plus qu'institu&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire annul&#233;e. &#171; On peut se demander si l'apanage actuel de la binarit&#233; ne vient pas parachever l'id&#233;al du positivisme du si&#232;cle pass&#233;. Le binarisme permet en effet l'axiomatisation, la formalisation la plus extr&#234;me des ph&#233;nom&#232;nes socioculturels, imposant la description th&#233;orique comme la seule traduction v&#233;ridique des &#233;v&#233;nements &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri-Pierre Jeudy : Mort du sens. Paris, Rep&#232;res/Mame, 1973.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus rien ne semble devoir demeurer cach&#233; ou presque. C'est l'id&#233;ologie de la transparence totale affich&#233;e. Le d&#233;voilement par les images subtiles. On nous dit et nous montre tout sur tout (y compris que l'on se fout de nous : lois non appliqu&#233;es ou appliqu&#233;es avant d'&#234;tre vot&#233;es, par exemple). Tout peut et doit &#234;tre formalis&#233;, mis en image. Nous sommes les mieux inform&#233;s de l'univers mais, sans m&#233;moire et sans relation possibles (d&#233;sormais incultes), &#231;a n'a plus aucune incidence. Les messages des m&#233;dias s'autod&#233;truisent instantan&#233;ment sans trace (pour l'utilisateur), c'est du moins la perfection qu'ils souhaiteraient atteindre. Il y a ainsi un v&#233;ritable terrorisme de l'information : &#233;conomique, sociale, politique, &#171; culturelle &#187;, scientifique, m&#233;dicale, etc. et, en vertu du fait que les trains qui arrivent &#224; l'heure ne constituent pas une information, celle-ci est presque toujours per&#231;ue comme plus ou moins n&#233;gative. C'est toujours d'un deuil dont il est question. Il y a m&#234;me des politiques idiots pour s'en plaindre !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4455 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/16-jeux-video-danse-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH275/16-jeux-video-danse-fnl-5c0b7.jpg?1509832585' width='500' height='275' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire, dont on sait qu'il tient davantage du langage que des images (&#171; le texte seul est porteur infini d'images &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Duras : Le Camion. Paris, &#201;ditions de Minuit, 1977.&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), se voit colonis&#233; puisque c'est &#224; un rabotage minutieux du langage et de la culture traditionnels que s'attaque l'image technologique. L'image nouvelle &#171; arr&#234;te le texte, frappe de mort sa descendance : l'imaginaire. C'est l&#224; sa vertu m&#234;me : de fermer. D'arr&#234;ter l'imaginaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le triangle consubstantiel m&#233;di&#233;val, l'image technologique ou plus justement le nouveau ph&#233;nom&#232;ne iconique, est &#224; la fois le centre du monde et sa p&#233;riph&#233;rie comme un dispositif absolu phagocytant aussi bien le langage et son &#233;conomie traditionnelle. En quelques ann&#233;es, une grande partie de notre vocabulaire a chang&#233; de signification. Notamment celui des autorit&#233;s et des fondamentaux sociaux qui ne font plus du tout image de la m&#234;me fa&#231;on. Ce qui fait que les m&#234;mes mots peuvent signifier des choses radicalement diff&#233;rentes voire franchement oppos&#233;es. Les mots aussi sont devenus interchangeables et &#233;quivalents et le peu de sens qui leur reste est, au sein des m&#233;dias, fluctuant au gr&#233; des images et des circonstances. Les dictionnaires en charge de fixer la langue, de lui donner les rep&#232;res n&#233;cessaires &#224; son usage, font chaque ann&#233;e leur r&#233;clame sur les mots qui y entrent et, corollairement, ceux qui en sortent. Mais il ne s'agit l&#224; nullement de la &#171; vie &#187; suppos&#233;e de la langue, saisie &#224; intervalles r&#233;guliers, mais simplement d'une gestion de quantit&#233;s publicitaires, un &#171; cash flow &#187; de sondages bricol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14-mcluhan-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/14-mcluhan-fnl-12dcd.jpg?1772188170' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#171; image &#187; comme valeur d'&#233;change&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler qu'anachroniquement de la photographie puisqu'elle est manipulation sur un tout d&#233;j&#224; pass&#233; ou d'un pas encore advenu (sa reconnaissance). Malgr&#233; son instantan&#233;it&#233; possible, la vid&#233;o travaille sur les m&#234;mes bases puisque le &#171; coup de la coupe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Dubois in Les Cahiers de la Photographie N&#176; 8 (actes du colloque de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne taille que dans l'absence, du d&#233;j&#224; imag&#233;. On ne photographie ou ne prend et ne distribue que des &#171; images &#187; toujours d&#233;j&#224; faites qui sont re&#231;ues ici comme des gravures et l&#224; sous forme de r&#233;manence r&#233;tinienne ou d'activations diverses, peu importe. De toute fa&#231;on une nouvelle forme de la marchandise, de la valeur d'&#233;change. On brade. Tout doit dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut partir d'une hypoth&#232;se accept&#233;e g&#233;n&#233;ralement, selon laquelle la photographie et les nouvelles images qui en d&#233;coulent plus ou moins sont des m&#233;dias de communication, c'est-&#224;-dire, en th&#233;orie, d'&#233;change. En quelque sorte toute image moderne, en se donnant &#224; voir, est essentiellement publicitaire. Elle tend &#224; &#234;tre ou &#224; faire la publicit&#233; d'une information, &#224; la rendre publique et op&#233;ratoire : &#233;changeable. Il faut d'ailleurs noter, et nous nous en sommes, je crois, tous largement rendu compte, que le simple concept de cr&#233;ation est aujourd'hui suspect : on parle, &#224; la rigueur d'expression mais avec la conscience que ce qu'on exprime est du d&#233;j&#224; l&#224;. Quant au mot artiste, c'est s&#251;r, il frise l'obsc&#233;nit&#233; et l'art lui-m&#234;me est d&#233;sormais banni de nos &#233;coles d'art. Les biologistes ne me contrediraient pas : nous ne sommes, tous comptes faits, que des &#233;changeurs. Conception r&#233;ductrice et technique de l'homme s'il en est. Tous ces m&#233;dias tendent vers leur acm&#233; qui serait l'&#233;change total et absolu &#224; l'int&#233;rieur d'un immense &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral. En quelque sorte la publicit&#233; totale comme seule r&#233;alit&#233;. Discours g&#233;n&#233;ralis&#233;, hors sens, ballet infini des signes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4457 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/20-nam-june-paik-america-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH312/20-nam-june-paik-america-fnl-cc07c.jpg?1509832585' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quivalence des signes a feint de laisser, pour l'instant et &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt;, le monde tel qu'il est, tel que nous le connaissons. Rien de vraiment essentiel ne semble chang&#233; au quotidien pour la plupart des gens. Les changements qu'on c&#233;l&#232;bre &#224; grands renforts d'acc&#233;l&#233;rateurs m&#233;diatiques, sont d'une autre nature, purement technologiques en apparence. Les ordinateurs personnels, les &#171; autoroutes de l'information &#187;, le r&#233;seau, etc., tout cela est c&#233;l&#233;br&#233; comme la version nouvelle du progr&#232;s, au m&#234;me titre que l'&#233;lectrom&#233;nager, la suite logique du XIXe si&#232;cle industrieux, une am&#233;lioration suppl&#233;mentaire du confort et de l'efficacit&#233;. Jusqu'aux catastrophes &#233;cologique annonc&#233;es qui font suite aux discours alarmistes traditionnels : en fait, simples jeux rh&#233;toriques.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait comme si l'&#233;conomie domestique continuait de donner son sens au monde, on la valorise m&#234;me avec l'insistance sur la monnaie, comme s'il y avait encore des choix politiques, comme si l'imaginaire et la m&#233;moire &#233;taient toujours aussi pr&#233;sents, bien que dans le m&#234;me temps on nous ass&#232;ne qu'&#171; il n'y a pas d'alternative &#187;. Il n'y a que des profs pour se d&#233;sesp&#233;rer de constater la baisse du niveau de connaissances r&#233;elles, de culture et de motivation de leurs &#233;tudiants chaque ann&#233;e, ce que les statistiques, un des piliers du syst&#232;me, d&#233;mentent &#233;videmment, confondant niveau et surface et nous assurant que les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui savent beaucoup plus de choses que ceux d'autrefois, certes mais superficiellement, sans &#233;paisseur aucune. Savoir &#233;ventuellement o&#249; et comment trouver une information n'induit en aucune fa&#231;on qu'on soit en mesure de la comprendre et de l'utiliser). C'est un savoir sans connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/24-nam-june-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH384/24-nam-june-paik-fnl-039f2.jpg?1509832585' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On fait comme si le syst&#232;me social tout entier &#233;tait encore solide (le ch&#244;mage n'&#233;tant qu'un effet pervers, une mauvaise adaptation), on pr&#233;tend m&#234;me le &#171; r&#233;former &#187; et l'am&#233;liorer. Quand il n'est plus, en r&#233;alit&#233;, que virtuel, &#171; &#224; la merci d'une indiscr&#233;tion, et pourtant chaque publicitaire doit se montrer encore plus indiscret &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Pierre Voyer : Introduction &#224; la science de la publicit&#233;. Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aller plus loin encore dans la transparence, donner encore plus d'images de plus de choses, plus d'informations sur tout. Tout passer au fil des m&#233;dias, comme on passe les corps au fil de l'&#233;p&#233;e pour qu'enfin cesse leur turbulence extravagante, cette perte d'&#233;nergie qu'un capital bien g&#233;r&#233; ne saurait tol&#233;rer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous saurez tout sur la fiction virtuelle de la Guerre du Golfe, sur les d&#233;ballages des services secrets internationaux, sur les &#171; affaires &#187; diverses et vari&#233;es, sur la &#171; trahison des clercs &#187;, sur les saloperies qu'on vous fait manger, sur le SIDA, la vie priv&#233;e des princesses, les myopathies, etc. Tout doit &#234;tre mis en images avant que votre imagination ne puisse s'en emparer et y r&#233;pondre. Car c'est &#233;videmment cette &#233;ventuelle r&#233;ponse impr&#233;visible de votre t&#234;te et de votre corps qu'il convient de dissuader. C'est le principe du Panopticon prison mod&#232;le o&#249; le pouvoir se dissimule dans le tout visible, d&#233;crite par Jeremy Bentham en 1791, repris et comment&#233; par Michel Foucault dans &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault : Surveiller et punir. Paris, Gallimard, 1975.&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4458 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08-foucault-surveiller-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH338/08-foucault-surveiller-fnl-4e905.jpg?1509832585' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, je n'ai, quant &#224; moi, d'autre ambition que d'&#234;tre ici, &#224; mon tour, un publicitaire. De faire miroiter sous vos yeux des images, c'est-&#224;-dire de publier des images de notre pr&#233;tendue &#171; civilisation de l'image &#187;, civilisation de l'&#233;change totalitaire : &#171; un monde qui se passe chaque jour davantage de la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Stourdz&#233; : &#171; Les ruines du futur &#187;, in Cahiers d'Utopie N&#176; 6, 1979.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce stock de pseudo-images en tout genre, production et reproduction, induction et s&#233;duction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du latin seducere : s&#233;parer.&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aujourd'hui pratiquement r&#233;alis&#233; puisque cette accumulation est devenue d&#233;finitivement ing&#233;rable et perd chaque jour de sa valeur d'usage qu'on est oblig&#233;, sans cesse, de r&#233;activer par simulation, ne sert objectivement plus &#224; rien dans son immense majorit&#233;, bien qu'on s'efforce de nous persuader que nous ne saurions plus nous en passer. Il s'agit de beaucoup plus que de r&#233;sorber l'&#233;nergie exc&#233;dante d'une soci&#233;t&#233; en expansion (c'est d'une r&#233;gression dont il s'agit, au contraire, pour nous, au profit d'une sorte d'&#233;galitarisme g&#233;n&#233;ralis&#233; de la mis&#232;re que n'auraient pas os&#233; r&#234;ver les Communistes moscovites). Ce ph&#233;nom&#232;ne social a une efficacit&#233; seconde par-del&#224; le contr&#244;le et l'appauvrissement de l'imaginaire &#233;voqu&#233; plus haut. Celle d'&#234;tre le mod&#232;le de l'&#233;change absolu mythique, du d&#233;passement du capital (et quelque part de son annulation)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et aussi de la m&#234;me fa&#231;on, d&#233;passement et annulation du marxisme : la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de sa transformation par l'interm&#233;diaire de ce jeu absurde de la formalisation auquel nous, photographes, vid&#233;astes, graphistes, bidouilleurs du r&#233;seau, participons et qu'en m&#234;me temps nous subissons ensemble, impassibles pour la plupart et rendus impuissants si ce n'est tout &#224; fait aveugles. Ce qui compte ce ne sont plus les images et ce qu'elles v&#233;hiculent &#233;ventuellement, mais leur vitesse de circulation, leur vitesse de lib&#233;ration, comme les fus&#233;es doivent atteindre une certaine vitesse de lib&#233;ration pour se mettre en orbite, ici, &#233;videmment, vitesse de lib&#233;ration du sens. Informations libres de tout sens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/17-regie-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH281/17-regie-fnl-bca02.jpg?1772188170' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parodier Karl Marx en disant que l'int&#233;r&#234;t du fabricant d'images ne consiste pas en ce qu'il fait des images, &#171; mais en ce qu'il produit des corps et des objets transparents de valeur &#187;. &#201;chang&#233; : jeu &#233;clat&#233; des r&#233;fl&#233;chissements et des transparences.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; qui est &#224; peu pr&#232;s ce que Jean Pierre Voyer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appelait la &lt;strong&gt;publicit&#233;&lt;/strong&gt; et Jean Baudrillard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baudrillard : Le miroir de la production. Paris, &#201;ditions Casterman, 1973.&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral&lt;/strong&gt; est &#224; la fois son seul sujet et son propre objet et pourrait tr&#232;s bien, d&#233;sormais, se passer de toute ressemblance, de toute figuration autre que la sienne : &#171; la donn&#233;e et la saisie s'affirment en tant que forme capitale d'attraction et d'&#233;change &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Stourdz&#233;, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; disait Yves Stourz&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'importe, en fait, ce que v&#233;hiculent les images, l'essentiel est qu'elles s'accumulent et circulent dans la plus grande des prodigalit&#233;s. R&#233;sille de plus en plus fine et pr&#233;cise d'une infinit&#233; de petites coupes o&#249; seules finissent par compter le bord de la tranche, ce point de contact par lequel s'op&#232;re l'&#233;change, par lequel s'op&#232;re la transmutation mortelle du r&#233;el en valeur : la virtualisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est plus temps de r&#233;actualiser les vieux concepts marxistes d'ali&#233;nation et de f&#233;tichisation tout &#224; fait d&#233;pass&#233;s. Mais m&#234;me lorsqu'elles nous laissent ce que Barthes appelle une &#171; r&#233;sistance optique &#187;, la photographie et les images nouvelles fonctionnent toujours sur le m&#234;me mode de l'&#171; &#233;conomie &#187; du r&#233;el en absence, condens&#233;es et d&#233;coup&#233;es : une liturgie de l'&#233;change virtuel. En ce sens elles sont l'image-m&#234;me du capitalisme r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/19-message-medium-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH105/19-message-medium-fnl-f5b7c.jpg?1509832585' width='500' height='105' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; propos des mod&#232;les g&#233;n&#233;ralis&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re du v&#233;cu, mis&#232;re &#233;conomique en progression constante, mis&#232;re &#233;thique et esth&#233;tique, sont, &#233;videmment, la premi&#232;re cons&#233;quence visible du dispositif &#224; l'&#339;uvre. Ce corpus ind&#233;fini de la circulation et de l'archive, non content d'&#234;tre parfaitement unitaire (pour ne pas dire totalitaire) dans son fonctionnement repr&#233;sentatif de l'&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; (McLuhan a exprim&#233; cela autrement par sa c&#233;l&#232;bre petite phrase que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233;e plusieurs fois : &#171; Le m&#233;dium c'est le message &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marshall McLuhan : Pour comprendre les m&#233;dias. Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), se mim&#233;tise en se densifiant. &lt;br class='autobr' /&gt;
De plus en plus toutes les images se ressemblent et avec l'officialisation des pr&#233;tendues r&#233;alit&#233;s virtuelles de plus en plus envahissantes, cela ne va pas s'arranger. Il n'est que d'allumer son t&#233;l&#233;viseur, il n'est que de parcourir les revues, les murs couverts d'affiches ou m&#234;me les expositions pr&#233;tendues &#171; artistiques &#187; pour s'en rendre compte. Toutes les &#171; images &#187; ne sont que variations sur quelques grands mod&#232;les ais&#233;ment identifiables. Plus la circulation m&#233;diatique s'intensifie, plus le reportage, par exemple, cens&#233; individualiser l'information, prend de place et plus les &#171; images &#187; sont parfaitement interchangeables d'o&#249;, d'ailleurs, la crise actuelle du &#171; grand reportage &#187; dont parlent tous les photographes de presse. La notion d'auteur, si on ne la tenait pas encore &#224; bout de bras, si on ne la r&#233;activait sans cesse en &#171; inventant &#187; des &#171; artistes &#187; sous pr&#233;texte que la photo, la vid&#233;o ou l'infographie seraient des &#171; arts du pr&#233;sent &#187;, aurait certainement d&#233;j&#224; disparue, puisque aux yeux du public, et avec raison, toutes les images dont il est bombard&#233; quotidiennement, dans ce gigantesque jeu de zapping, sont anonymes et ne font que signe. Il en va d'ailleurs de m&#234;me pour le son, ce que certains appellent encore musique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce jeu des images technologiques, l'origine et la fin s'annulent (en fait on a vu qu'il n'y en pas) au profit du moyen : le m&#233;dium c'est-&#224;-dire les appareils. Nous avons affaire &#224; une pragmatique l&#224; o&#249; certains croient voir encore &lt;strong&gt;une innocence du cr&#233;ateur&lt;/strong&gt; ou de l'&lt;strong&gt;intuition&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-cash-flow-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/09-cash-flow-fnl-403b7.jpg?1509832585' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes causes donnent, dans les m&#234;mes conditions, les m&#234;mes effets. Il n'y a pas que dans la finance et l'&#233;conomie que r&#232;gne la mondialisation : les m&#234;mes machines en n'importe quel lieu de la plan&#232;te donnent &#233;videmment les m&#234;mes &#171; images &#187;, ob&#233;issant parfaitement au m&#234;me mot d'ordre pas m&#234;me formul&#233; ou plut&#244;t mot d'ordre r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'unisson d'une m&#234;me voix visuelle : identit&#233; de la technique = identit&#233; du regard. &#171; Le tout est possible se concr&#233;tise ici dans l'infinit&#233; d'images potentiellement productibles, images jamais vues, images latentes jamais visibles, images d&#233;truisant l'image que l'on peut se faire d'elles-m&#234;mes. Mais cette fuite n'est qu'un paradoxe produit par un enfermement technologique &#187; constatait d&#233;j&#224; Jean Zeitoun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Zeitoun : &#171; Codes et langages pour un sujet terminal &#187;, in Traverse N&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en 1982 apr&#232;s avoir admis que cette image n'avait plus &#171; de statut tr&#232;s clair &#187;. C'est effectivement quelque chose d'un peu effrayant comme un regard absolu ou r&#233;solu : &#171; le sujet se rapproche de l'image technologique parce que ses codes et sch&#233;mas d'interactions lui deviennent de plus en plus familiers &#187; jubilait-il encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
L' &#171; image g&#233;n&#232;re ses propres mod&#232;les. Le spectacle se donne lui-m&#234;me en spectacle. Il &#171; est dor&#233;navant le mod&#232;le m&#234;me de la vie, il est &#224; la fois le r&#233;sultat et le projet du mode de production actuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a plus, aujourd'hui, de place pour l'expression irrationnelle (hors la raison du dispositif) ou symbolique. Comme le remarquait Leroi-Gourhan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh5-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; il y a perte de la pens&#233;e symbolique multidimensionnelle et cela va de pair avec la perte du contact r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/21-nam-june-paik-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH278/21-nam-june-paik-fnl-13a58.jpg?1509832585' width='500' height='278' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette mis&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e, cet appauvrissement spectaculaire ne sont pas tant dans les th&#232;mes (tout est photographiable et filmable et presque tout l'est suivant des sortes de cycles que l'on prend innocemment pour des modes), que dans la disparition des variantes imaginatives locales et personnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne signifie &#233;videmment pas qu'il n'existe pas ou plus de types de photographies, de films ou autres, r&#233;ellement imaginatifs et de cr&#233;ation qui se rattachent aux cat&#233;gories constitu&#233;es de l'art, mais il est certain que tout le syst&#232;me tend &#224; mettre &#224; l'&#233;cart ces alchimies suspectes par la censure &#233;conomique d'une part, et en promouvant momentan&#233;ment, de l'autre, des types d'expression m&#233;dians tel le reportage pr&#233;tendu &#171; sensible &#187;, la photographie &#171; cr&#233;ative &#187;, les vid&#233;os dites &#171; d'auteur &#187;, le cin&#233;ma dit &#171; exp&#233;rimental &#187; et les petits mickeys r&#233;cup&#233;r&#233;s par la publicit&#233; de marque qui occupent la quasi-totalit&#233; du champ dit &#171; cr&#233;atif &#187; de l'image. Les techno-structures n'aiment pas les dissidents qu'elles ne peuvent manipuler et suscitent dans la critique et les institutions des kapos &#224; leur d&#233;votion, particuli&#232;rement efficaces. Et pour cause : &#171; lorsque l'effet d'art se produit, &#233;crivait Marc Le Bot, c'est que les significations dont les technocraties productivistes d&#233;sirent se justifier sont prises &#224; contre-pied, &#224; contresens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Le Bot : &#171; Fonction et hasard &#187;. In Traverse N&#176; 26, cit&#233; plus haut.&#034; id=&#034;nh5-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/25-name-june-buddha-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH433/25-name-june-buddha-fnl-0c2b2.jpg?1509832586' width='500' height='433' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En fait, pendant de nombreuses ann&#233;es, le dispositif lui-m&#234;me, tout en tenant ferme sa coh&#233;rence, a tendu &#224; susciter des divisions, des parcellisations, des formes de contre-pouvoir, de mani&#232;re &#224; maintenir efficacement la barri&#232;re entre ceux qui fabriquent et manipulent les &#171; images &#187; et ceux qui en subissent la pression. Les institutions se sont employ&#233;es et s'emploient encore mais avec plus de parcimonie (r&#233;duction &#233;vidente et drastique des budgets) car le syst&#232;me est d&#233;sormais en place, afin que cette barri&#232;re paraisse le plus insensible possible, &#224; promouvoir et diffuser la photographie, la vid&#233;o et surtout l'usage des micro-ordinateurs permettant de synth&#233;tiser des images et de se brancher sur le r&#233;seau des ma&#238;tres du monde (et faisant de chacun &#224; son tour, un de ces ma&#238;tres) et, surtout, une forme de m&#233;ta-culture totalement vide, faite de jeux pr&#233;-identifi&#233;s op&#233;rant avec des stimuli simplistes, de vocabulaire r&#233;duit pour &#171; initi&#233;s &#187; et d'images &#224; effets spectaculaires, le plus souvent violents (faisant appel au primitivisme des instincts et r&#233;actions). C'est ainsi toute la soci&#233;t&#233; qui participe, jeunes en t&#234;te comme effet de g&#233;n&#233;ration, dans un vaste &#233;lan illusionniste ou forc&#233;, &#224; son propre si&#232;ge, &#224; sa propre publicit&#233; panoptique. &#192; la publicit&#233; de son effondrement de son effacement m&#234;me dans l'absolu de la transparence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord : &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;. &#201;ditions Champ Libre, Paris 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Renger-Patzsch ins &lt;i&gt;Deutsche Lichtbild&lt;/i&gt;, 1929.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Michaud : &#171; Les photographies : reliques, images ou vrais-semblants ? &#187; in &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; N&#176; 459-460, ao&#251;t-septembre 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On l'a d&#233;j&#224; vu, c'est en ce sens de mise en signe publique que j'emploie habituellement les termes de publicit&#233; et publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In les &lt;i&gt;Cahiers de la Photographie&lt;/i&gt; N&#176; 1, premier trimestre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Sontag : &lt;i&gt;La Photographie&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions du Seuil, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du Grec &lt;i&gt;Leitourgia&lt;/i&gt; : service public.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin : &lt;i&gt;Kleine Geschichte des Photographie&lt;/i&gt;. Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1931. Traduit sous le titre : &#171; Petite Histoire de la photographie &#187; par Maurice de Gandillac in &lt;i&gt;Po&#233;sie et R&#233;volution&lt;/i&gt;. Paris, Les Lettres Nouvelles, &#201;ditions Deno&#235;l, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri-Pierre Jeudy : &lt;i&gt;Mort du sens&lt;/i&gt;. Paris, Rep&#232;res/Mame, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marguerite Duras : &lt;i&gt;Le Camion&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions de Minuit, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Dubois in &lt;i&gt;Les Cahiers de la Photographie&lt;/i&gt; N&#176; 8 (actes du colloque de la Sorbonne tenu en novembre 1982).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Pierre Voyer : &lt;i&gt;Introduction &#224; la science de la publicit&#233;&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Champ Libre, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault : &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Stourdz&#233; : &#171; Les ruines du futur &#187;, in &lt;i&gt;Cahiers d'Utopie&lt;/i&gt; N&#176; 6, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du latin &lt;i&gt;seducere&lt;/i&gt; : s&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et aussi de la m&#234;me fa&#231;on, d&#233;passement et annulation du marxisme : la mondialisation c'est l'autre internationale, son n&#233;gatif ou son positif, comme on voudra mais en fait et aussi son au-del&#224;. C'est le capitalisme et le l&#233;ninisme enfin r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baudrillard : &lt;i&gt;Le miroir de la production&lt;/i&gt;. Paris, &#201;ditions Casterman, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Stourdz&#233;, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marshall McLuhan : &lt;i&gt;Pour comprendre les m&#233;dias&lt;/i&gt;. Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Zeitoun : &#171; Codes et langages pour un sujet terminal &#187;, in &lt;i&gt;Traverse&lt;/i&gt; N&#176; 26 : &#171; Les rh&#233;toriques de la technologie &#187;, Octobre 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Le Bot : &#171; Fonction et hasard &#187;. In &lt;i&gt;Traverse&lt;/i&gt; N&#176; 26, cit&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du m&#233;tissage au foutoir</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Du-metissage-au-foutoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Du-metissage-au-foutoir</guid>
		<dc:date>2014-03-24T00:04:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Fleig &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question du m&#233;tissage ne se pose que dans la position o&#249; l'on consid&#232;re notre photographie, ou la vid&#233;o, comme m&#233;dium artistique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/essai" rel="tag"&gt;essai &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton508-66522.jpg?1772188170' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question du m&#233;tissage ne se pose que dans la position o&#249; l'on consid&#232;re notre photographie, ou la vid&#233;o, comme m&#233;dium artistique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re la photographie, mais aussi la vid&#233;o-t&#233;l&#233;vision, comme des moyens de communication, c'est-&#224;-dire des m&#233;dias, la question du m&#233;tissage est hors de propos. Aux m&#233;dias tous les moyens sont bons, seules comptent l'efficacit&#233; du message et sa diffusion cibl&#233;e ou extensive, quand bien m&#234;me la simplicit&#233;, voire le simplisme, seraient de mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du m&#233;tissage ne se pose que dans la position o&#249; l'on consid&#232;re notre photographie, ou la vid&#233;o, comme m&#233;dium artistique. Depuis l'origine, l'art occidental a toujours h&#233;sit&#233;, &#233;volu&#233;, ne s'est fray&#233; un chemin qu'entre deux positions extr&#234;mes qui sont rarement apparues dominantes l'une ou l'autre : l'art pur ou la tentation vers l'art total, ayant en &#233;cho deux positions d'acteurs diff&#233;renci&#233;es, l'artiste artisan, presque le moine, et l'artiste d&#233;miurge et/ou mondain. D'un c&#244;t&#233; le retrait du monde, de l'autre l'implication dans et/ou sur le si&#232;cle, encore que ce soit loin d'&#234;tre aussi simple et, de fait, infiniment plus complexe et ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;duira de ceci que dans le cas de l'art, non plus, le probl&#232;me ne se pose pas vraiment puisque, en sch&#233;matisant terriblement, le m&#233;tissage est, mod&#233;r&#233;ment, chose naturelle, c'est m&#234;me un des moteurs de l'art. L'art pur se constitue en une sorte d'isolationnisme et d'auto-&#233;puisement vite intenable et la tentation de l'art total d&#233;bouchant, men&#233;e &#224; son terme, sur la complaisance ou la folie de la d&#233;mesure et de l'universel, toujours suspects.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-l-daguerre-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH361/01-l-daguerre-fnl-b59da.jpg?1772188170' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En fait ce sont les m&#233;dias (cette invention diabolique du si&#232;cle dernier, dont la tendance est &#233;videmment totalitaire. Comme la fameuse carte de l'empire ch&#232;re &#224; Borg&#232;s, ils cherchent &#224; recouvrir de leur irr&#233;sistible emprise l'ensemble du monde et des activit&#233;s du monde dont ils sont cens&#233;s rendre compte), donc, ce sont les m&#233;dias qui, en mettant en exergue ces positions, en galvaudent &#233;videmment le propos. Chacun voit bien ce qu'on appelait autrefois le journalisme, tenter de s'emparer non seulement de la communication, mais des messages eux-m&#234;mes et de leurs &#233;metteurs et, quand il ne peut pas se substituer, transformer en auxiliaire les producteurs ou professionnels. Les r&#233;cents &#233;v&#233;nements d'Irak nous en ont donn&#233; une preuve malheureuse s'il en &#233;tait besoin (sachant bien s&#251;r que l'&#233;change est &#224; double sens, mais sous la seule loi de la communication toutefois, pr&#233;tendue loi dont, en fait, tout le monde ignore tout). Le propre du m&#233;diateur, en vertu du c&#233;l&#232;bre principe de Peter n'est plus, depuis longtemps, de rendre compte honn&#234;tement, dans la modestie et l'anonymat, mais de promouvoir son incomp&#233;tence, d'occuper la place : le pr&#233;sentateur, l'&#233;diteur, le commissaire d'expo, le directeur artistique, le colonel responsable du service de presse (l'offensive doit d&#233;marrer pour &#171; le vingt heures &#187;), etc, prend plus d'importance que la vedette, l'artiste, le professionnel invit&#233;, ou l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me. Jusqu'&#224; prendre toute la place, et quand &#231;a semble r&#233;sister, il forme lui-m&#234;me des mannequins aux ordres. Il tend &#224; se substituer &#224; l'homme politique, &#224; l'&#233;crivain, &#224; l'artiste et quand ceux-ci ne conviennent pas exactement, il impose son discours ou, l&#224; encore, fabrique de toutes pi&#232;ces des porteurs de messages univoques et qui influencent l'opinion exactement dans le sens simpliste et bipolaire recherch&#233;, dit-il, selon le go&#251;t du public qu'il est cens&#233; conna&#238;tre mieux que personne. Les &lt;i&gt;stars academy&lt;/i&gt; ne sont pas l'apanage des seules t&#233;l&#233;visions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Critiques d'art et &#233;diteurs ont, bien avant, exp&#233;riment&#233; cette fa&#231;on de faire, inventant des artistes ou &#233;crivains pour les besoins de leurs th&#233;ories. Les journalistes et autres professionnels attach&#233;s &#224; la tradition pleurent en brandissant leur d&#233;ontologie, mais il y a beau temps qu'attach&#233;s de presse, avocats, directeurs de communication, pr&#233;sentateurs ou journalistes ont (pour leur plus grande part) rendu leurs panoplies interchangeables. La manipulation, (serait-elle de bonne foi) est le fonctionnement quotidien du monde, et je ne fais pas, l&#224;, r&#233;f&#233;rence &#224; un certain livre qui s'en prend &#224; un quotidien du soir dans un assez joli exercice de retournement et, en quelque sorte d'auto-d&#233;nonciation. Car, dans cet univers de &#171; l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral &#187;, comme disait Baudrillard, on est toujours, en un sens, responsable de ce qu'on d&#233;nonce. C'est ce que ne semblent pas avoir compris, dans cette affaire, ni les d&#233;nonc&#233;s ni les d&#233;nonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-h-bayard-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH396/02-h-bayard-fnl-45346.jpg?1772188170' width='500' height='396' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'imagine, et j'esp&#232;re, que je ne vous apprends rien. Je mets juste en lumi&#232;re. Je fais une photographie, en quelque sorte. J'imagine donc que &#231;a en g&#234;ne quelques-uns, parmi vous, comme toute bonne photographie, en un sens, d&#233;range. Comme si je prof&#233;rais une sorte d'obsc&#233;nit&#233;. Mais vous connaissez comme moi avec quelle violence sont ni&#233;s, mis &#224; l'&#233;cart ou d&#233;tourn&#233;s et r&#233;cup&#233;r&#233;s, ceux dont le discours ne cadre pas avec le mode m&#233;diatique spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; notre photographie, que nous n'avions pas pr&#233;cis&#233;ment perdu de vue, ce sont les m&#233;dias, constatant avec retard, il y a quelques ann&#233;es, l'existence d'un mouvement artistique qui leur avait &#233;chapp&#233;, vieux d&#233;j&#224; d'environ un quart de si&#232;cle, qui ont nomm&#233; &#171; photo plasticienne &#187; cette chose qui leur avait &#233;chapp&#233;. Ils ont invent&#233; &#224; son propos cette formule g&#233;niale de m&#233;tissage. D'autres, comme Scarpetta, dans &lt;i&gt;Art-Press&lt;/i&gt;, encore tartin&#233;s de sacr&#233; et de religieux, avaient parl&#233; de l'impur avec de la gourmandise sous la plume et de la bave au bord des l&#232;vres. Ah le joli frisson ! que ne sont pas loin de partager nos supporters de foot ou de rugby (je n'oublie pas que nous sommes &#224; Toulouse) que fait vibrer une France &#171; Bleu, Blanc, Beur &#187;, qui ne r&#233;v&#232;le en rien une brutale conversion &#224; l'&#233;galit&#233; et &#224; l'antiracisme. Ne nous illusionnons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai dit d'entr&#233;e, une photographie ou une vid&#233;o m&#233;tiss&#233;e (on appelle &#231;a &#171; mixed-m&#233;dia &#187;, aujourd'hui, sans doute pour prouver que &#171; nous sommes tous des Am&#233;ricains &#187; donc modernes), &#231;a n'a de sens que si l'on consid&#232;re la photographie comme un art. Plus exactement si l'on consid&#232;re la minuscule portion de la photographie qui concerne l'art ou est concern&#233;e par lui. Depuis l'origine, proportionnellement, cette portion n'a cess&#233; de se r&#233;duire, comme se r&#233;duit de la m&#234;me fa&#231;on la proportion de l'&#233;crit concernant la litt&#233;rature, malgr&#233; l'apparente inflation romanesque d'un c&#244;t&#233;, et le nombre &#233;tonnant des expositions photographiques ou des foires artistiques accueillant la photo, de l'autre. Il est vrai que la multiplication des foires au vin ou des expositions de vaches laiti&#232;res n'implique pas forc&#233;ment que nos agriculteurs soient devenus des artistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-h-le-secq-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH363/03-h-le-secq-fnl-3203a.jpg?1509807244' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour, surtout, ne pas quitter cette notion de m&#233;tissage et, sans refaire devant vous l'histoire de l'art ni l'histoire de la photo, on peut noter que depuis la p&#233;riode moderne, la peinture, art majeur s'il en est, est m&#233;tiss&#233;e de religion, d'histoire, de politique et de litt&#233;rature, mais aussi d'architecture, de couture, de physique et de toutes sortes de choses visibles ou invisibles qu'elle s'approprie le plus naturellement du monde, sans m&#234;me y penser, le plus souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'existe m&#234;me que m&#233;tiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le fameux &lt;i&gt;ut pictura poesis&lt;/i&gt; de notre art classique et baroque. Depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, elle est aussi ou &#224; la place, m&#233;tiss&#233;e de photographie, et aussi de faits divers, de soci&#233;t&#233; : ce que Baudelaire nommait &#171; la modernit&#233; &#187; (les croquis de Constantin Guys, &lt;i&gt;Le radeau de la M&#233;duse&lt;/i&gt; de G&#233;ricault, &lt;i&gt;La rue Transnonain&lt;/i&gt; de Daumier, etc, sans oublier &lt;i&gt;L'enterrement &#224; Ornans&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Bonjour M. Courbet&lt;/i&gt; si d&#233;cri&#233;s alors). L'Impressionnisme, par exemple, cet art de la lumi&#232;re, n'aurait pu exister sans la confrontation &#224; la photographie ou la vogue des guinguettes, sans parler de la chimie des couleurs et du commerce de la peinture en tube, pour en rester &#224; des visions simplistes. Techniquement, la peinture a toujours &#233;t&#233; m&#233;tiss&#233;e de dessin, la gravure de chimie, la sculpture de peinture, de gravure et m&#234;me de math&#233;matiques, etc. Je passerai sur les petits oiseaux dans les concertos de Vivaldi ou les salves de mousquets dans &lt;i&gt;La Bataille de Vitoria&lt;/i&gt; de Beethoven, mais l'art du chant est m&#233;tiss&#233; par d&#233;finition, pour ne pas parler de l'op&#233;ra, art m&#233;tisse et hybride s'il en est, ni du plus r&#233;cent cin&#233;ma qui met &#224; contribution, se vante-t-il, tous les arts et artisanats, l'industrie, la banque, le commerce, la politique et les bons et mauvais sentiments, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est du concept de photographie pure comme de la notion de race pure (ou d'axe du bien et du mal), cela ne cache m&#234;me pas ce qu'il y a l&#224; de douteux, pour ne pas dire monstrueux, dans son &#233;laboration. Ce brave Daguerre, peintre de panorama (un truc hybride entre la peinture et le spectacle) et bricoleur &#224; ses heures, pratiquait-il la photo pure ? mais non, c'&#233;tait du daguerr&#233;otype. Et Bayard qui, le premier, fabrique des panoramiques et des mosa&#239;ques d'images, le premier se met en sc&#232;ne (en noy&#233;) et invente la l&#233;gende photographique. Il fait quoi Bayard ? Quand Charles N&#232;gre travaille sur l'impression photographique et la reproductibilit&#233;, quand il revendique son statut d'artiste majeur et le justifie admirablement, elle est loin la photographie pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et heureusement !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-paul_strand-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH448/04-paul_strand-fnl-f1e8d.jpg?1509807244' width='500' height='448' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais je cesse de faire l'innocent et j'avoue que le concept de photographie pure est n&#233; au pays colonis&#233; des Sioux, des Cheyennes et des Apaches, face &#224; la photographie dite d'art, pr&#244;n&#233;e par les Pictorialistes, et qui n'a jamais enthousiasm&#233; les foules outre-atlantique. Qu'auraient-ils donc invent&#233; de nouveau ceux-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien bien s&#251;r, &#224; part quelques techniques de d&#233;veloppement archi-compliqu&#233;es. La retouche, les bricolages un peu tordus, le flou artistique, les tirages pigmentaires eux-m&#234;mes, le m&#233;lange de n&#233;gatifs, tout cela n'&#233;tait pas nouveau et s'est d&#233;velopp&#233; au fil de l'&#233;volution du m&#233;dium. L'attitude, non plus, n'&#233;tait pas nouvelle. Toute la critique depuis le milieu du XIXe si&#232;cle ne cessait de comparer photographie et peinture et de juger de la photo en termes d'art. De la photo qui se montrait aux cimaises, bien s&#251;r. La photo artisanale, industrielle, la photo pratique, scientifique ou mn&#233;monique, de tr&#232;s loin, et de plus en plus, la plus courante n'avaient &#233;videmment que faire de ce traitement. Tout cela ne concernait que les &lt;i&gt;moscosodomites&lt;/i&gt; de la SFP, du Photoclub de Paris, le Linked Ring de Londres et des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/05-l-moholy-nagy-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH399/05-l-moholy-nagy-fnl-0bc62.jpg?1772188170' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, si l'on exclut l'utilisation des flous, rien ne diff&#233;rencie dans leur mentalit&#233;, les photographes de la photographie pure des photographes pictorialistes. Leur mentalit&#233; est exactement la m&#234;me : l'artiste d&#233;miurge ou solitaire, prot&#233;g&#233; des contaminations, de la publicit&#233; et du journalisme, du professionnalisme des petits commer&#231;ants, sans oublier le culte de la technique : le zone-syst&#232;me rempla&#231;ant simplement pour les Strand, Weston, Minor White et autres enfants naturels de Stieglitz, le d&#233;veloppement pigmentaire et les objectifs bricol&#233;s. Le compte-rendu du colloque d'Aspen aurait pu &#234;tre sign&#233; tel quel par Demachy, Kuhn, Dubreuil ou Dudley Johnston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai moi-m&#234;me point&#233;, dans mon ouvrage sur la photographie surr&#233;aliste, la nouveaut&#233; dans les ann&#233;es vingt, je dirai m&#234;me la r&#233;volution, que constitue la prise en compte et la captation de la photographie et du cin&#233;ma par les plasticiens. Bien s&#251;r, je n'oubliais pas que N&#232;gre, Le Seq, Fenton, Le Gray et tant d'autres avaient &#233;t&#233; des peintres convertis et qui n'avaient rien reni&#233; de leur art d'origine (les historiens de l'art disent toujours &#171; des peintres rat&#233;s &#187;, vous avez remarqu&#233; ? comme s'il &#233;tait n&#233;cessaire d'&#234;tre un mauvais peintre pour s'adonner &#224; cette d&#233;ch&#233;ance qu'est la photographie), Nadar lui-m&#234;me, caricaturiste, journaliste, quasi-inventeur de l'audiovisuel et m&#234;me a&#233;rostier, &#233;tait bien le type m&#234;me de ce photographe m&#233;tiss&#233;, hybride, touche-&#224;-tout. La diff&#233;rence, pourtant, c'est que tous, lorsqu'ils font de la photographie se revendiquent photographes &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Moholy-Nagy, les Hausmann, les Man Ray, les Cahun, Ubac, Tabard, Richter, Fernand L&#233;ger et autres, eux se fichent pas mal des &#233;tiquettes et des statuts, c'est en artistes plasticiens qu'ils s'emparent de la photographie et du cin&#233;ma, n'ayant que faire des probl&#232;mes techniques qu'ils d&#233;l&#232;guent, ignorent souverainement ou r&#233;inventent en fonction des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/06-raoul-hausmann-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH420/06-raoul-hausmann-fnl-36965.jpg?1509807245' width='500' height='420' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me attitude qu'on voit appara&#238;tre au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix. Les artistes ignorant m&#234;me l'histoire de la photographie et perdant un temps fou &#224; r&#233;inventer des trucs d&#233;j&#224; utilis&#233;s quasi quotidiennement avant eux et que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs eux-m&#234;mes avaient d&#251; r&#233;inventer tel, par exemple, Man Ray, en 1922, croyant inventer le rayographe ou la solarisation quand le photogramme existait &#233;videmment depuis Hyppolite Bayard, ainsi que la solarisation, bien s&#251;r. Remettre en cause la photographie par tous les moyens, photographiques ou extra photographiques, en amont ou en aval de la prise de vue ou du laboratoire, c'&#233;tait vouloir extirper quelque v&#233;rit&#233; sup&#233;rieure cach&#233;e, un au-del&#224; du visible, de l'image optique mise ainsi &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, peut-&#234;tre se pencher un instant sur la fa&#231;on dont fonctionne, &#224; la suite du Pictorialisme ou photo d'art, cette r&#233;volution du m&#233;tissage de l'art par la photographie et le cin&#233;ma, avant-guerre qui, sans doute devrait nous &#233;clairer sur celle qui prend fin actuellement, c'est bien pour &#231;a d'ailleurs que les m&#233;dias la d&#233;couvrent comme ils ont d&#233;couvert &#171; la techno &#187; (apr&#232;s coup et d&#233;samorc&#233;e) et qu'on peut, d&#233;sormais, en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toujours une duplicit&#233; ontologique dans l'attitude artistique. C'est Roland Barthes qui disait que toute photographie a &#224; voir avec l'art, sauf &#171; la photographie d'art &#187;, &#233;videmment, ce qui, pour &#234;tre une boutade n'en recouvre pas moins une part de v&#233;rit&#233;, quand bien m&#234;me il y aurait quelques artistes authentiques parmi ces grands-bourgeois qui pr&#233;f&#233;raient passer leur temps dans leur labo plut&#244;t qu'au foyer de l'Op&#233;ra &#224; lutiner les petits rats (la p&#233;dophilie n'&#233;tait pas encore m&#233;diatis&#233;e). &#192; l'&#233;vidence, vouloir faire de l'art &#224; tout prix est le plus s&#251;r moyen de n'y point parvenir et cela est valable en tout temps. Ces messieurs du &lt;i&gt;Photoclub&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Kleeblat&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;Photocessession&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Linkedring&lt;/i&gt; avaient davantage recours au truc et au labeur qu'&#224; la g&#233;niale inspiration. Leur apport, du moins, est essentiel en ce qu'ils ont r&#233;ussi &#224; imposer une certaine photographie comme pratique artistique &#224; part enti&#232;re et &#224; faire, de leur pratique, le premier courant artistique international, ce qui n'est pas rien. Ils ont ainsi et sans retour, ouvert en grand une porte qui semblait impossible &#224; seulement tenir entreb&#226;ill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/07-man-ray-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH634/07-man-ray-fnl-fcfd1.jpg?1772188170' width='500' height='634' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas seulement la porte d'une pratique bourgeoise souvent faisand&#233;e, c'&#233;tait aussi, et contre leur propre volont&#233;, la porte de la modernit&#233;, la porte d'une pratique technologique de la cr&#233;ation ou d'une forme d'expression nouvelle qui en tienne lieu. Toucher &#224; la belle unit&#233; close de la photo, l'hybrider, c'&#233;tait &#233;videmment, en un sens, la d&#233;truire. C'est bien &#231;a que reprochent encore au Pictorialisme les conservateurs de tous bords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, dans les ann&#233;es vingt, au lendemain de la premi&#232;re des grandes boucheries de ce si&#232;cle fertile, &#224; la suite de Duchamp, les Man Ray, Fernand L&#233;ger, Richter, Moholy, Hausmann, Citro&#235;n, Parry, Ivens, Painlev&#233;, Boiffard, Brassa&#239; et quelques autres, s'emparent du cin&#233;ma puis de la photo, c'est parce que ces technologies, y compris l'enregistrement sonore, leur semblent les moyens les plus modernes et les plus radicaux qui permettent de faire passer leur vision du monde, d'exprimer leur conception et de renouveler leur vocabulaire. L'art, tel qu'on l'appr&#233;hendait alors dans les salons et les revues &#233;tait bien mort. R. Muth l'avait irr&#233;m&#233;diablement flingu&#233; d&#232;s 1917, dans un ricanement m&#233;morable. Mais comme dans les op&#233;ras o&#249; le h&#233;ros met tout un acte &#224; expirer, il lui faudra tout le si&#232;cle pour pousser ses derniers hoquets. Il est amusant de voir qu'aujourd'hui on continue &#224; c&#233;l&#233;brer le d&#233;funt avec champagne, discours et petits-fours et que jamais la cote des moribonds ou des pitoyables cadavres immol&#233;s &#224; leur suite n'a &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;e et que jamais les pr&#233;tendus &lt;i&gt;Hartisses&lt;/i&gt; ne se sont autant pris au s&#233;rieux. C'&#233;tait &#233;videmment compter sans le capitalisme et ses petits valets. Jusqu'&#224; la photo elle-m&#234;me qui se vend en galerie et en exemplaires num&#233;rot&#233;s ou uniques ! Heureusement Duchamp est mort. Il s'en serait &#233;touff&#233; de rire. Vous me direz qu'il faut bien mourir de quelque chose !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/08-c-cahun-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH746/08-c-cahun-fnl-675a5.jpg?1509807245' width='500' height='746' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t des artistes d'alors pour la photographie et le cin&#233;ma est que pr&#233;cis&#233;ment ce sont des techniques contemporaines, rapides, d&#233;mocratiques, bon march&#233; et qui r&#233;pondent exactement au monde qui se met alors en place, un monde d'acier et de b&#233;ton, un monde o&#249; l'&#233;lectricit&#233; et la publicit&#233; sont reines, un monde de la vitesse o&#249; la nuit est aussi d&#233;finitivement morte que la peinture. Photographie et cin&#233;ma sont le ph&#233;nix de la repr&#233;sentation, la r&#233;ponse &#224; la communication naissante qui ne se prive pas, d&#233;j&#224; de r&#233;cup&#233;rer en temps r&#233;el les trouvailles des cr&#233;ateurs qui, &#224; leur tour en r&#233;cup&#232;rent les moyens techniques et financiers. C'&#233;tait de bonne guerre, si j'ose dire, et &#231;a ne pouvait pas durer. Retour de b&#226;ton et &#171; retour &#224; la terre &#187;, vous connaissez la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est &#233;videmment tout &#224; fait diff&#233;rente quand 1968 porte l'estoc final &#224; l'apr&#232;s-guerre artistiquement ambigu&#235;, mollassonne, stalinienne et, pour tout dire, passablement r&#233;trograde. De l'&#233;cole de Paris aux Expressionnistes abstraits, c'est, apr&#232;s la fin de &lt;i&gt;Cobra&lt;/i&gt;, le retour triomphant de la peinture de papa, la photographie, confisqu&#233;e par le photo-reportage &#233;tats-unien et les jolies images de calendrier, se terre sagement dans ses labos et si la photo subjective donne l'impression de maintenir un semblant d'&#233;tendard cr&#233;atif, les artistes dans leur immense majorit&#233; l'ignorent, comme ils ignorent le cin&#233;ma confisqu&#233; par le rouleau compresseur d'Hollywood. C'est, chez nous, le retour de ce que les gens de &lt;i&gt;R&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;L'&#338;il&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Plaisir de France&lt;/i&gt; appelaient &#171; la qualit&#233; fran&#231;aise &#187; en bavotant sur leur habit vert d'acad&#233;micien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je simplifie outrageusement, bien s&#251;r, le moyen de faire autrement ! Il y avait de jeunes cr&#233;ateurs qui pratiquaient la photo d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 50 : Hains, Villegl&#233;, Vandercam, Catherineau, d'autres qui inventaient un cin&#233;ma d'avant-garde radical et dont certains devaient se souvenir quand revint le soleil. Je pense &#224; &lt;i&gt;Le film est d&#233;j&#224; commenc&#233;&lt;/i&gt; de Lema&#238;tre, au &lt;i&gt;Trait&#233; de bave et d'&#233;ternit&#233;&lt;/i&gt; d'Isou, &#224; &lt;i&gt;L'Anticoncept&lt;/i&gt; de Gil J. Wolman, &#224; Dufr&#234;ne, &#224; Debord, entre 1951 et 1953, ann&#233;es mirifiques, mais dont, quelques mois plus tard, d&#233;j&#224;, tout le monde semblait avoir tout oubli&#233;, ce qui ne les emp&#234;chait pas de continuer &#224; travailler, notamment Hains ou Klein en photo ou Wolman d'une autre fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/09-raoul-ubac-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH681/09-raoul-ubac-fnl-2106d.jpg?1772188170' width='500' height='681' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la fin des ann&#233;es soixante, autour de 1966-67, qu'&#224; nouveau des artistes plasticiens d&#233;go&#251;t&#233;s, ayant fait le tour de toutes les pseudo-avant-gardes invent&#233;es ou ressuscit&#233;es par la critique, se mettent &#224; red&#233;couvrir les bonnes vieilles images technologiques comme &#233;chappatoire, ignorant, pour la plupart l'existence de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs et de leurs recherches. Bien s&#251;r, il y avait aussi, aux &#201;tats-Unis notamment, des individus isol&#233;s comme John Baldessari, George Heineken en photo, Kenneth Anger, Stan Brackhage, Robert Breer au cin&#233;ma qui n'avaient cess&#233; d'explorer les m&#233;diums technologiques. Mais la photo, dans son ensemble, avait une image ringarde et confin&#233;e (c'est justement &#231;a qui &#233;tait int&#233;ressant), il lui a fallu un certain temps pour se remettre du plan Marshall et de &lt;i&gt;Family of man&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma avait &#233;t&#233; internationalement secou&#233; par la &#171; Nouvelle vague &#187;, mais il racontait toujours, pour l'essentiel, des histoires de bourgeois destin&#233;es &#224; endormir les masses et la part destin&#233;e &#224; les r&#233;veiller &#233;tait, dans un autre genre, au moins aussi convenue tout en ouvrant, toutefois, le regard sur un pass&#233; glorieux : Eisenstein, Medvedkine, mais aussi Griffith dans le r&#244;le de &#171; l'ennemi respectable &#187;. N&#233;anmoins, quelques jeunes cin&#233;astes r&#233;volutionnaires avaient prouv&#233; qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de sortir de l'IDHEC ou d'&#233;pouser la fille (ou le fils) d'un banquier pour se saisir d'une cam&#233;ra, et moins encore d'un appareil photo, et d&#233;lirer &#224; son aise : faire son cin&#233;ma, f&#251;t-ce en images fixes, d&#233;tourner les images existantes de la pub ou des magazines, les colorier, les graphiter, les maculer, raconter des histoires &#224; dormir debout ou marcher sur la t&#234;te, etc, ou tout simplement raconter sa vie qui en vaut bien une autre et qui a le m&#233;rite d'&#234;tre la sienne. Dans le m&#234;me temps, &#224; la &lt;i&gt;Factory&lt;/i&gt;, un petit blond d&#233;lirant s'amusait comme un fou &#224; reproduire des images en s&#233;rie que les banquiers prenaient pour des &#339;uvres d'art. Il produisait aussi des films sans histoire et sans fin. Un foutu Cor&#233;en qui avait un nom de lessive, dont certains se souviennent ici, faisait d&#233;railler les t&#233;l&#233;viseurs et &#231;a donnait des images inou&#239;es, ou plut&#244;t jamais vues, et des groupes d'allum&#233;s musiciens, rock ou free-jazz, qui en avaient marre de voir reproduire leurs bobines sur les pochettes de disques permettaient &#224; de jeunes graphistes de d&#233;lirer tout leur saoul sur leurs images : provocations sans cons&#233;quence, mais &#244; combien f&#233;d&#233;ratives.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10-maurice-tabard-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH624/10-maurice-tabard-fnl-fab82.jpg?1509807246' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'un seul coup et dans le m&#234;me temps, un certain nombre de gens, des cr&#233;ateurs, pour ne pas dire des artistes (l'appellation, alors, les faisait sainement rire), s'emparent de la photographie qui r&#233;agit bizarrement dans un premier temps en se st&#233;r&#233;otypant : c'est le style &lt;i&gt;Viva&lt;/i&gt; h&#233;rit&#233; de Cartier-Bresson ou de la &lt;i&gt;Photo-league&lt;/i&gt; des ann&#233;es quarante (mais &#224; l'envers), photos presque vides, d&#233;cadr&#233;es, glac&#233;es, jouant sur l'esth&#233;tique du noir et blanc : Dityvon, Depardon Bruno Requillard, Jeanloup Sieff, Arnaud Claas, Bernard Plossu, etc etc. &#199;a se raidit, &#231;a se zenise, &#231;a se minimalise. (C'est quand m&#234;me Bernard Plossu qui a invent&#233; le &lt;i&gt;Surbanalisme&lt;/i&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 70). Les dits cr&#233;ateurs, qui se rattachaient plus ou moins &#224; un rebond de la mouvance Pop (il faut bien des points d'ancrage), sont un instant int&#233;ress&#233;s et r&#233;cup&#232;rent quelques tics et trucs de m&#233;tier avant d'exploser litt&#233;ralement sur le terrain laiss&#233; libre par une peinture en d&#233;liquescence, &#224; la Documenta V, &#224; Cassel, en 1972. C'est en m&#234;me temps l'arriv&#233;e sur le march&#233; europ&#233;en de la vid&#233;o &#224; un prix abordable : voil&#224; la photo qui bouge, gigote, gambade et m&#234;me, pousse des cris &#171; jusqu'&#224; &#233;puisement &#187; ! Tous les param&#232;tres &#233;taient r&#233;unis pour une v&#233;ritable explosion cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH539/11-brassai-fnl-ecad2.jpg?1509807246' width='500' height='539' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle eut lieu. Dans l'indiff&#233;rence absolue des m&#233;dias qui lorgnaient ailleurs, ce qui lui a permis de s'&#233;panouir tranquillement jusqu'au milieu des ann&#233;es quatre-vingt. Dix, douze ans, c'est d&#233;j&#224; long pour une avant-garde. Les historiens, plus tard, y distingueront sans doute plusieurs p&#233;riodes ou plusieurs phases, pour ne pas dire plusieurs g&#233;n&#233;rations. Si &#231;a d&#233;marre, chez nous, &#224; la fin des ann&#233;es soixante avec Roman Cieslevics ou Alain Jacquet, c'est, en effet, &#224; partir de 1982-83 que quelques commissaires, galeristes et journalistes s'avisent de l'existence de quelque chose, l&#224;, en marge, qui remue et qu'ils ne contr&#244;laient pas ou que certains galeristes avaient d&#233;j&#224; accueilli en toute bont&#233;, parce que, &#233;videmment, &#231;a ne faisait pas un rond. Quant aux photographes, certains flairent alors un nouveau cr&#233;neau, moderniste, quand la plupart ne comprennent absolument rien. C'est une des raisons de ma d&#233;mission des &lt;i&gt;Cahiers de la photographie&lt;/i&gt; en 1983. Je me souviens encore du m&#233;pris avec lequel un Arnaud Claas, nourri de photographie pure, qui se prend aujourd'hui pour un artiste, traitait alors ces recherches photographiques ou la fa&#231;on dont un Gilles Mora pr&#244;nait la &lt;i&gt;photobiographie&lt;/i&gt;, tout en ignorant tout du cin&#233;ma d'avant-garde de M&#233;kas ou de Brakhage et ne voyant &#233;videmment pas ce qui, dans ce mouvement, pouvait, avec un peu plus d'ouverture, faire &#233;clater leur int&#233;grisme photographique crisp&#233;, apporter, en fait, de l'eau &#224; son moulin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es encore d'un peu plus grande facilit&#233; financi&#232;re vont permettre &#224; quelques &#339;uvres de prendre une vraie dimension, disons, jusqu'en 1988 ou 89 o&#249; le syst&#232;me r&#233;cup&#232;re les survivants, &#233;limine les trop remuants et en fabrique de nouveaux dans la r&#233;p&#233;tition et le suivisme et en th&#233;orisant &#224; grands coups d'hybridation et de m&#233;tissage, de post-modernisme et que sais-je encore, ce qui avait &#233;t&#233; un mouvement &#233;videmment spontan&#233;, une r&#233;ponse internationale et irr&#233;fl&#233;chie &#224; une situation donn&#233;e, g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le drame de la simplification et de la sch&#233;matisation, je voudrais vous raconter tout cela dans le d&#233;tail, nos d&#233;couvertes, nos difficult&#233;s, nos espoirs inavou&#233;s, nos craintes d'alors. Nous ne voulions pas &#233;liminer la peinture, elle n'&#233;tait plus d'actualit&#233; en tant que telle, c'est tout. Le marrant c'est quand des photographes qui croyaient avoir compris le truc, se sont dit &#224; leur tour, peintres ou sculpteurs. &#199;a grandit son homme tout &#224; coup. Bah ! pourquoi pas, apr&#232;s tout ? De toute fa&#231;on, ceux qui avaient r&#233;ellement quelque chose &#224; apporter, quelque chose d'essentiel &#224; dire, l'on dit sans se r&#233;clamer de la moindre &#233;tiquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art, donc, qui ne se sentait plus chez lui et surtout trop &#224; l'&#233;troit, sur son terrain traditionnel s'empare de la photo, du cin&#233;ma pour quelques-uns : Alain Fleisher, Christian Boltanski, Christian Vogt&#8230; et de la vid&#233;o pour quelques autres. Ou, comme Drahos qui, venant du cin&#233;ma, d&#233;tourne la photo ou moi qui venais de la peinture et de la typographie, en un jeu d'aller et retour qui donne le tournis aux poseurs des dites &#233;tiquettes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-jacques-villegle-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH443/12-jacques-villegle-fnl-df53a.jpg?1509807247' width='500' height='443' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si l'art investit les technologies, &#231;a n'est &#233;videmment pas pour les respecter, c'est pour faire avec elles ce que nul, avant, n'avait os&#233; faire, ou cru devoir faire, c'est pour les f&#233;conder, les hybrider, les faire exploser, les charcuter ou pousser &#224; bout et jusqu'&#224; l'absurde leurs tentations. Je pense aux jeux de collections de Boltanski, &#224; la d&#233;rision documentaire de Fontcuberta, &#224; la mise en exergue de la figure reproduite par la trame, comme le fit Alain Jacquet ou comme je l'ai fait moi-m&#234;me, ou &#224; l'accumulation, &#224; la m&#233;ditation sur ce que c'est que voir comme le fit Jochen Gertz ou sur les mythes visuels de notre soci&#233;t&#233; comme Burgin, &#224; l'absurdit&#233; de l'image de soi comme Urs L&#252;thi ou Arnulf Rainer, ou bien encore proche du happening ou des jeux de s&#233;rialit&#233; comme Vito Acconci, des jeux de ready-made comme On Kawara, etc, etc. C'est vrai qu'il s'agit d'une v&#233;ritable explosion &#224; laquelle chaque personnalit&#233; apportait ses obsessions propres, mais aussi ce deuil puissant qui l'avait fait sortir de sa tani&#232;re. Ce deuil impossible de l'art. Feignant de reconstruire du nouveau, du diff&#233;rent, sur une nouvelle iconoclastie. Nous n'avons rien chang&#233; &#224; la photo, nous en avons fait l'autopsie pour voir ce qu'il y avait derri&#232;re et dedans de v&#233;rit&#233; cach&#233;e sur ce qu'elle pr&#233;tendait montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'avec le recul, je ressens de plus &#233;vident en refeuilletant les tr&#232;s rares catalogues de l'&#233;poque. Deuil qui peut &#234;tre joyeux ou triomphant, mais avec toujours en filigrane ce sens du d&#233;risoire qui court de Boyd Webb &#224; Gilbert &amp; George ou &#224; Lesly Krims, Jan Dibbets, Barbara Kruger, Jean Le Gac, Michel Journiac, Siegmar Polke, Hilliard, Dietter Appelt, Hamish Fulton, Witkin, ou m&#234;me Bernard Faucon ou le premier Drahos. Je ne peux pas tous les citer. Mais &#224; y bien regarder, toujours l'objet de la m&#233;taphore quelle qu'en soit la forme est le m&#234;me. Une vid&#233;o de Jochen Gerz en donne la cl&#233; en toute simplicit&#233; : elle s'appelle &#171; Crier jusqu'&#224; l'&#233;puisement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/13-raymond-hains-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/13-raymond-hains-fnl-889cd.jpg?1509807247' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les moyens qui permettent la subversion de la photographie, c'est &#224; noter, sont alors individuellement diff&#233;renci&#233;s. Chacun est sur son terrain et invente ses propres moyens. Il n'y a &lt;strong&gt;pas deux &#339;uvres alors qui se ressemblent&lt;/strong&gt;. Chacun a sa mani&#232;re de manier le bistouri. Chacun cultive son hybridation propre avec le cin&#233;ma ou la mise en sc&#232;ne, avec l'imagerie populaire, avec le graffiti, la gravure, la peinture, la colorisation, avec des pratiques sociologiques, scientifiques, litt&#233;raires, avec la t&#233;l&#233;vision, par pr&#233;l&#232;vement de photos d'&#233;crans, avec la presse par d&#233;tournement ou recr&#233;ation de photos de publicit&#233; ou de photos porno, etc. Chacun ses interrogations, qu'on n'h&#233;site pas &#224; &#233;changer, d'ailleurs, sur un m&#234;me objet : l'image, puisqu'on n'arr&#234;te pas de nous seriner que nous sommes dans une civilisation de l'image, et la consommation m&#234;me de ces images puisque, l&#224; encore, nous sommes, dit-on, dans une soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agissait pas, bien s&#251;r, pour la plupart d'entre nous, de faire de l'art avec d'autres &#171; machins &#187; puisque nos &#171; machins &#187; &#224; nous &#233;taient us&#233;s. C'&#233;tait pas &#231;a du tout. Il fallait aller au-del&#224; et ce qui se passait dans tous nos bidouillages photographiques, c'&#233;tait &#233;videmment de l'ordre du d&#233;passement. Suivant, sans les conna&#238;tre pour beaucoup, les pr&#233;ceptes d'Asger Jorn et de Guy Debord, il s'agissait justement de d&#233;passer l'art, d'aller au-del&#224;, d'utiliser la vie et les images de la vie, d'autopsier le spectacle et de faire de la vie et de ses images une forme nouvelle de l'art. Alors les galeries &lt;i&gt;chicos&lt;/i&gt;, les tirages num&#233;rot&#233;s, si on a mis le doigt dedans, au d&#233;but, c'&#233;tait par d&#233;rision, pour se marrer et faire des coups ! Le probl&#232;me c'est que ce truc, &#231;a mord. Technologique ou pas, l'art, &#231;a co&#251;te des ronds, un maximum de fric et que s'il n'est pas n&#233;cessaire d'en vivre, il faut au moins pouvoir continuer &#224; produire. Salet&#233; d'engrenage !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14-g-j-wolman-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH294/14-g-j-wolman-fnl-fd9a1.jpg?1509807247' width='500' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que la critique n'avait pas suscit&#233;, ce qu'elle n'avait pas m&#234;me su discerner dans son immense majorit&#233;, elle va, profitant du m&#251;rissement des acteurs et de l'humain d&#233;sir de reconnaissance (ne serait-ce justement, que pour pouvoir continuer), tenter de l'organiser, d'y faire son march&#233;. Aux g&#233;n&#233;reuses et brouillonnes tentatives de pr&#233;sentation globale d'un Floris Neus&#252;ss, &#224; Stuttgart en 1975 ou d'un Christian Gattinoni en 1982 &#224; la Maison des arts de Cr&#233;teil (gr&#226;ce lui soit rendue), sans oublier le modeste, mais d&#233;terminant, &lt;i&gt;Suite S&#233;rie S&#233;quences&lt;/i&gt; de Jacques Py et Bernard Xavier Veilhen &#224; Nantes en 1981, qui apparaissent avec le recul comme de v&#233;ritables manifestes, de vraies lev&#233;es de barricades, pour ne pas dire lev&#233;es d'&#233;crou, vont r&#233;pondre les tentatives de discernement subtiles, les chipotages &#233;litistes des ateliers de l'ARC ou l'exposition de Nuridsany : &#171; Ils se disent peintres, ils se disent photographes &#187; qui tentait de recentrer le mouvement sur les grandes galeries ayant pignon sur rue. Le mouvement, sur sa frange, regagnait le s&#233;rail du march&#233; de l'art d'o&#249; il n'aurait, selon ces gens, jamais d&#251; sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reconnaissance fort partielle, va susciter des &#233;pigones, quelques jeunes individualit&#233;s, et surtout, des nu&#233;es de suiveurs dont un grand nombre venus de la photographie m&#234;me, d&#233;sireuse en un sens de r&#233;cup&#233;rer ce qui l'avait bouscul&#233;e et de profiter de l'occasion pour acc&#233;der au podium tant d&#233;sir&#233; de l'Art. Mais l&#224; o&#249; les cr&#233;ateurs, pour ne pas dire les &#171; plasticiens &#187;, comme on commen&#231;ait de les appeler alors, avaient &#233;t&#233; fondamentalement iconoclastes et radicaux, &#224; partir du milieu des ann&#233;es quatre-vingt, les photographes &#224; l'inverse, essayaient, d'abord timidement, de reconstruire, &#224; partir de ces exp&#233;riences, de nouvelles esth&#233;tiques, &#233;videmment accueillies avec int&#233;r&#234;t par toute une jeune frange du march&#233; (sans oublier les fonctionnaires de l'art ou de la photo) qui voyait l&#224; l'occasion de se faire place au soleil, encadr&#233;e et pouss&#233;e par une critique m&#233;diatique qui croyait, &#224; cette occasion, se renouveler. Lemagny appelait &#231;a la &#171; photographie cr&#233;ative &#187;. On a ainsi invent&#233; de fausses gloires et c&#233;l&#233;br&#233; quelques vraies recherches jusqu'&#224; l'&#233;touffement, mais pour de mauvaises raisons, je pense, bien s&#251;r &#224; Bernard Faucon dont tous se sont efforc&#233;s de gommer l'aspect extraordinairement subversif et d&#233;sesp&#233;r&#233; pour ne plus c&#233;l&#233;brer que des images esth&#233;tisantes qui pourtant, l&#224; encore, mettaient en cause, certes subtilement, cette m&#234;me esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/15-c-boltanski-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH309/15-c-boltanski-fnl-ee42e.jpg?1772188170' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques vrais talents bruts n&#233;anmoins dans cette seconde vague venue de ou &#224; la photographie, je pense, parmi d'autres &#224; Lewis Baltz, Thomas Ruff, &#224; Astrid Klein, Gerd Bonfert, ou, plus r&#233;cemment encore un Keith Cottingham qui fiche tout en l'air avec un petit sourire pervers, sans oublier, ici m&#234;me &#224; Toulouse, Richard Nieto ou Dominique Roux et quelques autres r&#233;v&#233;l&#233;s, au fil des ann&#233;es par ce Forum m&#234;me &#224; qui il faut reconna&#238;tre le m&#233;rite d'avoir souvent su, &#224; sa place, d&#233;m&#234;ler le bon grain de l'ivraie. Mais pour trop de photographes, pr&#233;tendus cr&#233;atifs, il suffit de faire des tirages g&#233;ants et de n'avoir rien &#224; dire pour faire figure d'artistes ou, tout simplement, d'&#233;pouser sans question l'acad&#233;misme ambiant c&#233;l&#233;br&#233; par les journalistes et les fonctionnaires, comme leurs anc&#234;tres le faisaient autour de 1910 avec le Pictorialisme r&#233;gnant. Et l&#224;, m&#234;me si cela n'est pas d&#233;nu&#233; de qualit&#233;, ou au contraire, parce que finalement c'est plut&#244;t bien, l'art ou ce qu'il en restait, ce que nous essayions de d&#233;passer et d'offrir peut-&#234;tre comme mode de vie et d'interrogation, est vraiment mort &#233;touff&#233; et, oserais-je le dire, la photo avec. Enfin, je veux dire, la vraie cr&#233;ation photographique. Parce qu'il faut quand m&#234;me le proclamer une bonne fois, on n'est pas plus ou moins cr&#233;ateur : on cr&#233;e ou on reproduit &#224; sa mani&#232;re : il y a la cr&#233;ation et le reste : l'activit&#233; cr&#233;ative, disent les animateurs. On ne saupoudre pas ses images de cr&#233;ativit&#233; comme un steack d'un peu de sel et de poivre. Ou on invente compl&#232;tement, dans le principe, dans le concept, ou on reprend, on suit, &#224; sa mani&#232;re. L'art en question, celui vers lequel tant de monde lorgne avec envie, ce n'est que la forme bourgeoise et friqu&#233;e de la d&#233;co.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/16-s-brakhage-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH282/16-s-brakhage-fnl-e80f0.jpg?1509807248' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela dit je ne suis pas ici pour distribuer des certificats &#224; des cr&#233;ateurs qui font d&#233;j&#224; figures de classiques et je pr&#233;f&#232;re m'interroger, pour terminer et surtout ouvrir cette intervention, sur ce rush actuel du num&#233;rique qui fait figure de r&#233;volution et, en d&#233;tournant la proposition clame l'hybridation et le m&#233;tissage &#224; tout va, quand, au contraire, il ram&#232;ne tous les secteurs de la culture (au sens fort du terme) &#224; un seul et m&#234;me mode de fonctionnement totalitaire : le num&#233;rique. C'est le m&#234;me instrument et c'est la m&#234;me technique qui permettent d'&#233;crire des textes, de faire de la musique, des images fixes, des images mouvantes et tant d'autres choses jusqu'&#224; piloter des bombes, renouveler votre stock de pr&#233;servatifs et faire votre d&#233;claration de revenus. Je ne vous apprends rien l&#224; encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est formidable le num&#233;rique : rapide, relativement pas cher (relativement &#224; quoi ? mais passons ! &#224; 2000 &#8364; le litre d'encre d'impression chez Epson, par exemple, c'est presque le prix du P&#233;trus !) et, je viens de le dire, on peut tout faire avec, et notamment noyer le poisson. C'est la cr&#233;ation enfin &#224; la port&#233;e de tous, d&#233;mocratique, disent les uns, enfin le d&#233;passement de l'art, disent les autres qui n'ont toujours pas perdu de vue le constat de d&#233;c&#232;s &#233;tabli par grand-papa Duchamp il y a presque un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/17-christian-vogt-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/17-christian-vogt-fnl-5707c.jpg?1772188171' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mort de l'art par le d&#233;passement, par l'annulation du march&#233; ? c'est &#224; voir. Vendre de l'art, c'est comme vendre les sacrements pour l'&#201;glise ou ses jugements pour la justice, &#231;a ne veut pas dire que les pr&#234;tres, si vraiment il en faut, ne doivent pas vivre, non plus que les artistes ou les juges, bien s&#251;r (encore que !). J'entendais vendre au sens contemporain du &#171; tout s'ach&#232;te et tout se vend &#187;, du &#171; tout est &#224; vendre &#187;, du &#171; selon que vous serez puissant ou mis&#233;rable &#187; de La Fontaine, de la dimension commerciale de l'art qui, aujourd'hui a tout bouff&#233;, comme la dimension commerciale de tout d'ailleurs. Aujourd'hui tout doit rapporter, m&#234;me la guerre, cet acte sublime et gratuit qui consistait &#224; piquer sa vie &#224; son voisin, au risque de la sienne, pour la seule beaut&#233; du geste, voil&#224; qu'on nous avoue, toute honte bue, qu'il y a derri&#232;re des histoires de gros sous, de p&#233;trole, de reconstruction, que sais-je encore ? &#192; vous d&#233;go&#251;ter de l'assassinat l&#233;gal !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/18-urs-luthi-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH287/18-urs-luthi-fnl-3fa2d.jpg?1509807248' width='500' height='287' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me avec le num&#233;rique et c'est vrai qu'en soi, quand &#231;a marche et qu'on y met le prix, c'est un instrument formidable, c'est que, contrairement &#224; la photo ou au cin&#233;ma, ce ne sont pas les &#171; artistes &#187; d&#233;sireux de d&#233;passer leurs probl&#233;matiques qui s'en sont empar&#233;s comme ils s'&#233;taient empar&#233;s de la toile de lin et de la peinture &#224; l'huile au XVIe si&#232;cle ou de l'image argentique au d&#233;but du XXe, c'est qu'on nous a pratiquement oblig&#233;, sous peine de ringardise et &#224; grands coups de bourses et d'&lt;i&gt;aides &#224; la cr&#233;ation&lt;/i&gt; (des incitations, ils appellent &#231;a !) &#224; essayer de bosser avec, de transf&#233;rer nos pr&#233;occupations. C'est qu'il n'y aura bient&#244;t plus rien d'autre de disponible, l'argentique au prix du caviar (d&#233;j&#224; Kodak arr&#234;te de fabriquer de la p&#233;loche), et l&#224;, les bourses, &#231;a n'est plus au premier rigolo venu capable de concocter un projet bidon qu'elles iront ! &#199;a commence d'ailleurs. Il faudra montrer patte blanche aux ma&#238;tres du monde ou &#224; leurs sbires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement de l'art, la mort de l'art bourgeois, officiel et compass&#233; par l'hybridation avec les technologies &#224; la fois modernes et populaires (oui populaires, c'&#233;tait &#231;a le cin&#233;ma et la photo), avec les savoir-faire du monde, oui, bien s&#251;r ! Plut&#244;t mille fois qu'une dans la grande f&#234;te des musiques du monde, dans la fiesta de l'homme retrouv&#233; : hybrider l'art avec la vie, faire de la vie une &#339;uvre d'art. Certes. &lt;i&gt;La Mano Negra&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Fabulous ou Zebda&lt;/i&gt;, j'adh&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/19-arnulf-rainer-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH232/19-arnulf-rainer-fnl-910d9.jpg?1509807248' width='500' height='232' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;passer l'art dans les jeux vid&#233;o, dans les machines &#224; simulation qui servent &#224; piloter les bombes &#171; intelligentes &#187; et les missiles &#171; propres &#187;, d&#233;passer la cr&#233;ation avec la machine qui me sert &#224; faire mes d&#233;clarations d'imp&#244;ts : d'un seul coup, je ne suis plus s&#251;r que le d&#233;passement en question, le m&#233;tissage tellement c&#233;l&#233;br&#233;, aille dans le bon sens. Faire de l'art sur Internet, ce truc ambigu invent&#233; par et pour la CIA et qui permet de fliquer le monde entier et de filtrer les savoirs ? Je suis d&#233;j&#224; beaucoup moins s&#251;r, tous comptes faits. Pourtant je m'en sers de ma superbe machine &#224; &lt;i&gt;ram&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;bits&lt;/i&gt;. Je ne fais m&#234;me plus que &#231;a. R&#233;sultat : tout mon fric passe dans ces foutus bidules et j'ai plus un rond pour faire faire un tirage ni me payer des cadres pour montrer mes images (parce qu'on a beau pr&#233;tendre d&#233;passer, c'est quand m&#234;me sur les restes, les traces visibles que &#231;a fonctionne et c'est en montrant de fa&#231;on ad&#233;quate que &#231;a existe et qu'on existe). Du coup, je n'en vends plus et je ne montre plus. Pas plus que je ne vends mes films, forc&#233;ment invendables (on me les demande &lt;i&gt;gratos&lt;/i&gt; : le vieux coup militant). Je devrais &#234;tre content, en un sens ! Au moins pour moi, j'ai tu&#233; le syst&#232;me marchand ! C'est que j'appartiens &#224; la vieille g&#233;n&#233;ration, vous savez, du temps o&#249; il n'y avait pas plus d'une dizaine d'expositions par an sur la France enti&#232;re, du temps o&#249; Lema&#238;tre, Wolman ou Debord n'avaient pas projet&#233; leurs films plus de deux ou trois fois devant quelques dizaines de personnes en tout, o&#249; Gerz projetait ses vid&#233;os devant quarante p&#232;lerins &#224; minuit. Maintenant ce sont des centaines d'expos par jour, des millions de spectateurs jusqu'au moindre bled paum&#233; (il n'y a plus de cin&#233;ma ou de boulanger au village, ni d'&#233;cole mais il y a une sale d'expo), les enfants des &#233;coles d&#233;filent devant des images interchangeables et m&#234;me devant l'urinoir &#224; Marcel, les textes th&#233;oriques ou les br&#251;lots situationnistes se vendent &#224; des centaines de milliers d'exemplaires en livre de poche, et la France, de toute fa&#231;on, comme &#231;a, toute seule, bah, &#231;a n'existe plus. G&#233;nial ! direz-vous, la notion de patrie est aussi d&#233;pass&#233;e, c'est pas un mal. Les images tournent et circulent &#224; fond de train, vides, m&#234;me lorsqu'elles ont un contenu (et tout compte fait, il n'y a pas plus de gens qui les voient vraiment qu'il y en avait avant, &#224; mon avis, m&#234;me s&#251;rement moins, y aurait-il pl&#233;thore de pseudo-intellos pour en parler). Il y en a tellement qu'on ne peut plus les voir de toute fa&#231;on. Tout est hybrid&#233;, tout est d&#233;pass&#233; : l'art, l'&#233;conomie, le prol&#233;tariat, la la&#239;cit&#233;, les dieux ennemis, semblables et diff&#233;rents qui se tirent la barbe en faisant des pets, l'agriculture, la s&#233;curit&#233; des riches et celle des pauvres, les langues elles-m&#234;mes, que ne comprennent plus qu'une infime minorit&#233; face au sabir m&#233;diatique envahissant, dans un extraordinaire &#171; tout est dans tout et r&#233;ciproquement &#187;. Tout semble possible effectivement, et plus rien ne l'est, comme si le r&#233;el, syst&#233;matiquement, se d&#233;robait, s'effondrait sous le regard. &#171; D&#232;s l'instant o&#249; une demande solvable minimum existe, la diffusion de n'importe quoi peut &#234;tre assum&#233;e par le Capital &#187;, &#233;crivait &lt;i&gt;La Vieille Taupe&lt;/i&gt; en 1972, &#224; l'instant de baisser les bras.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/20-floris-neususs-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH303/20-floris-neususs-fnl-efdf3.jpg?1509807249' width='500' height='303' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vous devez conna&#238;tre &#231;a. Il y avait une vieille blague qui courait dans les ann&#233;es soixante : &#171; le communisme, c'est ferme ta gueule, le capitalisme c'est cause toujours ! &#187; ou la dictature et la d&#233;mocratie, peu importe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ira tous commu/niquer chez Microsoft. Je ne sais pas pourquoi, j'ai comme l'impression de m'&#234;tre fait avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Art, ce n'est pas nous qui lui avons fait la peau. C'est le fric de la surench&#232;re. Le stalinisme non plus d'ailleurs. Pas plus, &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, que tous les autres &lt;i&gt;ismes&lt;/i&gt;. Fussent-ils artistiques. M&#234;me moribond, ou peut-&#234;tre parce que franchement charogne, il fait un tabac, un fric du tonnerre dans les salles de ventes d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique, comme vont en faire, dans quelques temps, les meubles ringards ou les robinets en or de Saddam, vous allez voir ! &#199;a nous fait pas bouffer, pas plus que &#231;a ne fera bouffer les Irakiens qui sont &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/21-gerard_bonfert-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH336/21-gerard_bonfert-fnl-a34fb.jpg?1772188171' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais l'art, c'&#233;tait pas &#231;a. Ce mort qui gambade, on n'en a rien &#224; foutre. Tout ce cinoche ne nous concerne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des jours o&#249; je me demande si la r&#233;ponse &#224; Duchamp, le d&#233;passement du d&#233;passement lui-m&#234;me, quatre-vingt-dix ans plus tard, &#231;a ne serait pas un certain Ben Laden qui l'aurait formul&#233;e, sans m&#234;me le savoir, l'imb&#233;cile, il y a d&#233;j&#224; plus d'un an.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e au Forum de l'image &#224; Toulouse en avril 2003, La mine aux images.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
