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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Voir le monstre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin , Jurgen Nefzger et Martial Verdier</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Photographier la plan&#232;te aujourd'hui, faire des photos de paysage en particulier, c'est in&#233;vitablement se trouver confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de montrer un monde en perdition.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton105-fd8c9.jpg?1772245725' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Photographier la plan&#232;te aujourd'hui, faire des photos de paysage en particulier, c'est in&#233;vitablement se trouver confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de montrer un monde en perdition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et en effet, nombreux sont les photographes dont l'&#339;uvre souligne la situation dramatique et le danger que constitue la d&#233;gradation par l'homme de la plan&#232;te Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les complexes industriels, les sites d'exploitation mini&#232;re, les lacs ass&#233;ch&#233;s, les d&#233;charges, les &#233;tangs de d&#233;chets, les aires d'essais nucl&#233;aires, ou les centrales nucl&#233;aires, tous ces &#171; sites &#187; particuliers et qui sont le plus souvent interdits au public constituent en fait des zones d'exclusion. Elles sont r&#233;parties aux quatre coins de la plan&#232;te, et constituent l'un des traits saillant de la globalisation et de la forme que prend l'emprise humaine sur l'environnement. Nous savons que ces zones existent. Parfois nous en apercevons une de la vitre d'une voiture ou d'un train. C'est souvent une centrale avec ses tours massives laissant &#233;chappe des nuages de vapeur d'eau. Mais alors, que voyons nous exactement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb344|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que le paysage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alain Roger, dans son &lt;i&gt;Court trait&#233; du paysage&lt;/i&gt; (&#201;ditions Gallimard, Paris, 1997), a parfaitement montr&#233; que le paysage na&#238;t &#224; la crois&#233;e d'une double &#171; artialisation &#187;, l'art imitant une nature qui elle-m&#234;me imite l'art. En effet, &#171; le seul fait de la repr&#233;senter suffit &#224; arracher la nature &#224; sa nature &#187; (op. cit., p. 12). Mais plus encore le fait de la prendre pour support d'une &#339;uvre infinie, celle que r&#233;alisent les hommes lorsqu'ils construisent dans le paysage ces &#339;uvres que sont leurs maisons, leurs temples, leurs ch&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales nucl&#233;aires sont des temples modernes en ceci qu'ils ne sont accessibles qu'aux pr&#234;tres qui les font fonctionner et que malgr&#233; leur localisation souvent discr&#232;te, ils participent de la vie quotidienne de chacun. Plus m&#234;mes, ces centrales nucl&#233;aires en particulier, mais avec elles, tous les sites industriels, rendent possible la vie de chacun dans les conditions de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire de la &#171; big city &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque b&#226;timent construit par l'homme est de facto au centre d'une confrontation entre art et science, entre la part du g&#233;nie humain qui transforme en art ce qu'il touche et l'autre part qui transforme ses r&#234;ves en machine efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le paysage est aussi autre chose, une sorte de pr&#233;sence constante autour de nous de &#171; ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait de main d'homme &#187;. Qu'on l'attribue &#224; un dieu cr&#233;ateur ou au big-bang et &#224; ses cons&#233;quences, la terre et donc les paysages comme les montagnes ou les oc&#233;ans, n'ont pas &#233;t&#233; faits par l'homme. Celui-ci se contente d'y laisser des traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces traces attirent son regard et le contraignent toujours &#224; une forme de comparaison. Mais lorsque l'on se trouve &#171; dans &#187; la grande ville, alors, tout souvenir de la nature s'efface. On oublie d'o&#249; l'on vient et l'on se concentre sur notre vie d'homme urbain qui ne distingue m&#234;me plus entre la nuit et le jour. On peut dire que le paysage a &#233;t&#233; d&#233;vor&#233; par la big-city.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb349|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fascination et aveuglement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Longtemps l'homme n'a pas &#171; vu &#187; les montagnes, en tout cas pas comme paysage. Il a fallu attendre le XVIIIe si&#232;cle comme le montre Alain Roger et le double mouvement d'une d&#233;finition du sublime, qu'initie Rousseau et que Kant formalisera et d'une pens&#233;e scientifique laissant imaginer qu'il serait possible de raconter l'histoire des montagnes et de r&#234;ver leur surgissement devant le regard pour que celles-ci deviennent paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les centrales nucl&#233;aires ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;es par l'homme, mais leur caract&#232;re &#224; la fois monstrueux et sacr&#233;, au sens strict d'&#234;tre intouchables par le profane, fait d'elles des objets &#224; la fois connus et non vus, au sens o&#249; elles ne sont pas constitu&#233;es comme un objet pour un regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; la fonction de l'art est d'instaurer &#224; chaque &#233;poque des mod&#232;les de vision &#187; (op. cit., p. 98), on peut consid&#233;rer que le travail de photographes comme &lt;strong&gt;Jurgen Nefzger&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; est enti&#232;rement artistique. En effet, les images qu'ils nous proposent, malgr&#233; leur grande diff&#233;rence de facture, mettent toutes en sc&#232;ne le moment irrepr&#233;sentable de la fascination. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ces images montrent comment appara&#238;t quelque chose sur l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait ici rappeler combien la ph&#233;nom&#233;nologie a eu recours &#224; ces deux notions de conscience et d'horizon d'attente. Dans notre vie quotidienne, nous oublions avec quoi est produite l'&#233;lectricit&#233; qui nous permet de nous d&#233;placer, de cuire nos aliments, d'avoir chaud et de voir la ville clignoter de tous ses n&#233;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ces photographies, nous voyons se produire le ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me de l'apparition d'un objet pour la conscience. La ligne d'horizon du paysage est &#233;gale &#224; celle de notre conscience. Au moment o&#249; l'on voit, on est comme p&#233;trifi&#233; par ce qui appara&#238;t. L'image photographique qui montre ce moment-l&#224; ici renoue avec l'un des &#233;l&#233;ments fondateurs du regard, la fascination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images de &lt;strong&gt;Jurgen Nefzger&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; nous montrent &#224; la fois ce que nous avons peur de voir et ce dont la vue nous fascine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb345|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voir le monstre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jurgen Nefzger&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; sont deux photographes aux approches diff&#233;rentes, mais qui tous deux ont choisi de faire face au monstre. L'un entend le mot monstre comme ce qui fait signe vers nous et l'autre comme ce qui, tapi dans l'ombre de notre m&#233;moire, attend le moment opportun pour nous sauter &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jurgen Nefzger&lt;/strong&gt; et ses Fluffy Clouds fait appara&#238;tre les centrales sur fond d'activit&#233;s humaines quotidiennes ou de loisir comme un &#233;l&#233;ment du paysage qui est en quelque sorte non vu ou du moins auquel ceux qui les c&#244;toient ne semblent pas pr&#234;ter attention. La plus embl&#233;matique de ces images est sans doute celle o&#249; l'on voit une sorte de petit parc de loisir situ&#233; litt&#233;ralement au pied d'une tour de refroidissement d'une centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paysage purement artificiel est appuy&#233; sur cette masse &#233;norme sur laquelle a &#233;t&#233; peint en trompe l'&#339;il une cha&#238;ne de montagnes. Cette image fonctionne comme une sorte de concentr&#233; des probl&#233;matiques du paysage. Elle montre que l'artialisation est encore en cours aujourd'hui. &#192; ceci pr&#232;s que l'artialisation, symbolis&#233;e ici le parc de loisir et la peinture murale sur la tour de refroidissement, ne met pas en sc&#232;ne ce qui est vu. Au contraire elle r&#233;ussit &#224; nous faire voir ce qui pr&#233;cis&#233;ment reste non vu, au sens o&#249; cela n'est pas pris en compte par les gens qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monstre est l&#224; &#224; proximit&#233; et le danger qu'il repr&#233;sente semble ne pas &#234;tre per&#231;u. Le monstre semble m&#234;me au contraire apparemment sans danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'ambigu&#239;t&#233; de ce &#171; sujet &#187; photographique tient dans la tension qui se forme en nous &#224; la vue de ces images entre ce qui est vu et ce qui est per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tension est au c&#339;ur des &#339;uvres de &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; qu'il pr&#233;sente sous le titre : &lt;i&gt;Ces monstres aux vapeurs &#233;ph&#233;m&#232;res&lt;/i&gt;. Le recours au calotype, l'un des proc&#233;d&#233;s les plus anciens de l'histoire de la photographie pour faire des n&#233;gatifs, est ce qui conf&#232;re aux images de &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; leur aspect &#171; d&#233;pass&#233; &#187;. Nous sommes face &#224; des images qui ressemblent &#224; des images tr&#232;s anciennes, ab&#238;m&#233;es, us&#233;es par le temps. Et pourtant ce qu'il nous montre ce sont pour l'essentiel des images de centrales nucl&#233;aires, c'est-&#224;-dire des temples contemporains &#224; la fois monstres sacr&#233;s et personnages nouveaux dans le paysage terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tension est donc double. Elle traverse le &#171; sujet &#187; m&#234;me de ces images. La premi&#232;re tension se produit entre la fascination pour ce qui appara&#238;t &#224; l'horizon et la connaissance que nous avons, fut-elle minime du danger que repr&#233;sentent ces &#171; temples &#187; de la production d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde a lieu en nous. Elle se produit entre nos attentes, car nous esp&#233;rons toujours voir appara&#238;tre sur l'horizon une forme id&#233;ale qui serait une incarnation de la beaut&#233; et nos angoisses. En effet, nous avons appris depuis plus d'un si&#232;cle &#224; accepter que les inventions humaines pouvaient &#234;tre dangereuses pour l'homme et mettre en p&#233;ril son existence m&#234;me, non seulement comme individu mais comme esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photographies de &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; mettent en sc&#232;ne cet oxymore de la vie actuelle qui veut que nous pr&#233;f&#233;rons ne pas voir que ce qui nous permet de vivre comme nous vivons, est aussi ce qui &#224; court terme nous condamne et en tout cas nous menace directement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb346|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En tentant de modifier r&#233;ellement notre regard sur le paysage actuel et en nous contraignant &#224; voir ces monstres, &lt;strong&gt;Martial Verdier&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Jurgen Nefzger&lt;/strong&gt; tentent de transformer le mod&#232;le de vision que notre cerveau refuse de prendre en compte. Ils nous disent qu'aujourd'hui l'art doit &#234;tre cette porte ouverte sur le monde et les monstres qui le hantent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb347|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=http://www.juergennefzger.com/&gt;Jurgen Nefzger&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=http://www.verdier-fr.com/paysages/centrales/centrales.html&gt;Martial Verdier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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