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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>L'imm&#233;morable</title>
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		<dc:date>2013-05-01T17:41:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Bergounioux</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Afin de poursuivre son hommage &#224; Magdi Senadji, TK-21 LaRevue s'associe avec les &#233;ditions &#192; une SOIE, afin de republier l'ensemble des ouvrages r&#233;alis&#233;s par le photographe et quelques amis &#233;crivains avec cet &#233;diteur entre 1992 et 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fascicule s'intitule L'imm&#233;morable. Les images sont celles de masques africains que Magdi Senadji a r&#233;alis&#233;es au fil du temps. Le texte a &#233;t&#233; &#233;crit par Pierre Bergounioux. L'ouvrage date de 1994. Il est en fait le deuxi&#232;me de la s&#233;rie r&#233;alis&#233;e par les &#233;ditions &#192; une soie, mais le premier republi&#233; par TK-21 LaRevue.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton350-fe8e6.jpg?1772268742' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Afin de poursuivre son hommage &#224; Magdi Senadji, TK-21 LaRevue s'associe avec les &#233;ditions &#192; une SOIE, afin de republier l'ensemble des ouvrages r&#233;alis&#233;s par le photographe et quelques amis &#233;crivains avec cet &#233;diteur entre 1992 et 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fascicule s'intitule L'imm&#233;morable. Les images sont celles de masques africains que Magdi Senadji a r&#233;alis&#233;es au fil du temps. Le texte a &#233;t&#233; &#233;crit par Pierre Bergounioux. L'ouvrage date de 1994. Il est en fait le deuxi&#232;me de la s&#233;rie r&#233;alis&#233;e par les &#233;ditions &#192; une SOIE, mais le premier republi&#233; par TK-21 LaRevue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'intention artistique s'est depuis longtemps d&#233;gag&#233;e, pour nous, de toute autre esp&#232;ce de consid&#233;ration, &#233;thique ou pratique. Elle peut, &#224; la limite, consister dans la pure et simple affirmation de son autonomie. Marcel Duchamp a sign&#233; de son nom cet aboutissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2588|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le processus de civilisation passe par la s&#233;paration de registres ant&#233;rieurement confondus de l'exp&#233;rience et de la pens&#233;e, il nous faut nous d&#233;fier du regard, historiquement constitu&#233;, que nous portons sur le monde ou du monde - c'est un tout - que ce regard nous livre. C'est ind&#251;ment que nous appliquons &#224; l'art primitif la contemplation d&#233;sint&#233;ress&#233;e que r&#233;clament nos tableaux, nos bronzes et nos marbres. Quand m&#234;me ils auraient &#233;t&#233; bross&#233;s en plein champ, copi&#233;s sur le vif, ceux-ci furent con&#231;us pour le silence des galeries et le recueillement vaguement fun&#232;bre des mus&#233;es. On a laiss&#233; &#224; la porte l'urgence et le bruit de la vie, les dispositions sp&#233;ciales, tendues, anxieuses qu'on engage dans l'action et ce suspens contribue, autant et plus que leurs propri&#233;t&#233;s formelles, proprement artistiques, &#224; faire l'agr&#233;ment des toiles peintes, des athl&#232;tes et des gr&#226;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas aupr&#232;s d'eux ni d'aucune de ces &#171; finalit&#233;s sans fin &#187; auxquelles, selon Kant, s'apparentent les &#339;uvres d'art, que les statuettes et les masques d'Afrique ont leur place mais plut&#244;t parmi les boulons de chemin de fer, les roulements &#224; billes ou les turbines d'avion. Ces faces sommaires, ces silhouettes encro&#251;t&#233;es d'argile blanche ou de sang sacrificiel sont du c&#244;t&#233; des pi&#232;ces et des machines trac&#233;es sur &#233;pure dans les bureaux d'&#233;tudes, soumises au banc d'essai puis fabriqu&#233;es en s&#233;rie sur les cha&#238;nes de la grande industrie. Il y a loin, en apparence, du bout de bois bancal taill&#233; &#224; l'herminette aux dispositifs &#233;prouv&#233;s, normalis&#233;s qui vont subir le fracas des trains, les rotations ultra-rapides et l'enfer conditionn&#233; des chambres de combustion. Ils proc&#232;dent pourtant du m&#234;me dessein et c'est, avec le d&#233;tachement inh&#233;rent &#224; notre regard, la deuxi&#232;me difficult&#233; que nous oppose l'art primitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2589|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'action, pour nous, s'est &#233;loign&#233;e de sa source. L'impulsion primaire &#224; satisfaire imm&#233;diatement les besoins les plus vivement ressentis s'est trouv&#233;e progressivement assujettie &#224; de tr&#232;s longs d&#233;tours. Notre civilisation, selon Norbert Elias, est issue de l'extension graduelle d'un double contr&#244;le : sur nous-m&#234;mes - les passions, l'impatience, le grand trouble dont nous sommes d'abord le si&#232;ge - et sur ce qu'on appelle la nature &#224; compter du moment o&#249; nous nous constituons face &#224; elle comme des &#234;tres de raison, susceptibles de jugements calmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie. la pr&#233;gnance des mani&#232;res collectives de sentir de penser, la force de l'&#233;ducation qui concentre en l'espace de quelques ann&#233;es les effets cumul&#233;s d'une histoire mill&#233;naire, tout concourt &#224; nous enlever &#224; l'&#233;tat initial o&#249; les choses de l'&#226;me, le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, les plans et les objets s'entrem&#234;laient. C'est tard que le monde est devenu l'objet de repr&#233;sentations impersonnelles et o&#249; se constituent, en s'opposant, l'esprit connaissant - la chose pensante - et la substance &#233;tendue qu'il va s'appliquer m&#233;thodiquement &#224; comprendre afin de s'en rendre &#171; ma&#238;tre et possesseur &#187;. Et m&#233;thode, en Gr&#232;ce, c'est d&#233;tour que &#231;a veut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine sommes-nous au monde qu'il nous faut faire retour sur nous-m&#234;mes, entreprendre, chacun pour son propre compte, le lent, le douloureux cheminement qui m&#232;ne de l'enfance confuse - la n&#244;tre et celle du genre humain - &#224; la conception rationnelle du monde r&#233;el. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de suivre nos emportements, d'aller droit aux buts et aux assouvissements, nous amor&#231;ons, &#224; regret, &#224; pas compt&#233;s, le d&#233;tour &#224; quoi se ram&#232;ne l'approche m&#233;thodique. Il s'av&#232;re, &#224; l'exp&#233;rience, qu'il est encore le biais le plus prompt. Au lieu d'aller sans balancer o&#249; l'on pr&#233;tend, droit &#224; travers l'&#233;paisseur, par exemple, du ch&#234;ne, on s'impose la marche spiral&#233;e du pas de vis, la seule &#224; permettre de fixer assez fermement aux traverses le rail qui portera sans faiblir les trains du progr&#232;s. C'est pareil pour le vol. On peut toujours singer l'abeille et l'oiseau, s'enduire le corps de cire et de plumes, comme Icare jadis. Mais des turbines construites avec l'aide du calcul alg&#233;brique, des alliages sp&#233;ciaux et du microm&#232;tre mat&#233;rialiseront plus s&#251;rement les r&#234;ves tr&#232;s anciens de conqu&#234;te et de vol. Ce n'est qu'au prix d'une longue patience qu'on peut gagner l'empyr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2590|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est au pouvoir d'aucun d'entre nous de se soustraire au r&#233;seau des contraintes qui le font, ici, plus ou moins raisonnable, distant et circonspect, et, l&#224;-bas, enfoui dans l'&#233;paisseur encore des mythes et des songes. Et c'est sans doute l'ultime touche de d&#233;senchantement inh&#233;rent &#224; la connaissance rationnelle que nous la savons ind&#233;pendante de nos volont&#233;s singuli&#232;res, issue d'un devenir global qui ne nous laisse pas le choix. Dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e, comme la n&#244;tre, sur des pr&#233;suppos&#233;s scientifiques, nul ne saurait ignorer les modalit&#233;s exactes de l'efficacit&#233; mat&#233;rielle. Il ne peut non plus, sans inconv&#233;nients graves, m&#233;conna&#238;tre le trac&#233; des fronti&#232;res qui s&#233;parent l'anim&#233; de l'inanim&#233;, les r&#234;ves de la r&#233;alit&#233;. Il n'y a plus de place, dehors, pour des actes inspir&#233;s par la vision magico-mythique qui pr&#233;c&#232;de, dans le devenir de l'esp&#232;ce comme dans celui de l'individu, la formation difficile, &#233;motionnellement d&#233;cevante, de la connaissance approch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dedans, il en va diff&#233;remment. Chacun r&#233;capitule, sous forme abr&#233;g&#233;e, l'histoire de l'humanit&#233;. Les dispositions originelles, pour d&#233;pass&#233;es qu'elles soient, persistent : le penchant &#224; penser sans d&#233;tour, &#224; agir sans penser, &#224; vouloir sans d&#233;lai. C'est par un effort ininterrompu que nous nous conformons aux implications du savoir rigoureux. L'image objective du monde r&#233;clame une attitude subjective co&#251;teuse, une tension qu'il faut continuellement reprendre et rectifier, un &#233;branlement un peu fort, une diminution subite du ton vital estompent la figure tardive, fragile du sujet que nous &#233;difions face au monde constitu&#233;, par le fait, en objet. La distance s'abolit. Tout &#224; nouveau se brouille et s'interp&#233;n&#232;tre. Nous redevenons le jouet de nos sentiments. Nous oublions la prudence, les distinctions pr&#233;alables, l'approche oblique. Nous nous engouffrons dans le vieux chemin, le plus court, le mauvais, celui des d&#233;sirs aveugles, des peurs et des espoirs irraisonn&#233;s. Au reste, il n'est m&#234;me pas besoin de circonstances sp&#233;ciales. La pr&#233;carit&#233; de notre &#234;tre pensant, la persistance des forces obscures, nous l'exp&#233;rimentons chaque nuit. C'est un perp&#233;tuel motif d'effroi que de renouer, au r&#233;veil, par del&#224; le corridor des r&#234;ves, avec celui qui, la veille au soir, a pouss&#233; la porte du sommeil. Dans l'intervalle, un inconnu a pris notre place, agi au m&#233;pris de ce que nous tenions pour le monde familier. un tiers de notre existence, nous l'abandonnons aux puissances t&#233;n&#233;breuses qui d&#233;fendent, de l'autre c&#244;t&#233;, le seuil de la conscience claire. Nous le laissons en gage aux mal&#233;fices de l'origine contre la possibilit&#233; d'&#233;lever, entre l'aube et le cr&#233;puscule, la construction difficile, prudente, contest&#233;e qu'on appelle la r&#233;alit&#233;. Si grand est le p&#233;ril que nous portons en nous que Descartes a cru devoir se pr&#233;munir explicitement contre lui. Il lui a consacr&#233; la premi&#232;re M&#233;ditation. Elle est comme l'envers du Discours, sa face cach&#233;e tourn&#233;e vers l'ombre grouillant d'images feintes o&#249; nous retournons chaque nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2591|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'ai ici, dit-il, &#224; consid&#233;rer que je suis homme et par cons&#233;quent que j'ai coutume de dormir et de me repr&#233;senter en mes songes les m&#234;mes choses ou, quelquefois, de moins vraisemblables que les insens&#233;s lorsqu'ils veillent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme il faut un fondement certain &#224; la r&#233;solution qu'il a form&#233;e de parvenir &#224; la connaissance du vrai, on le voit supposer que les fantasmagories qui remplissent les contr&#233;es du sommeil hantent aussi, &#224; son insu, les glacis de la veille. Ce qu'il prend pour lui-m&#234;me et le monde et la clart&#233; du jour pourrait n'&#234;tre qu'un r&#234;ve au second degr&#233;, diaphane et d'autant plus insidieux qu'il est, ou plus exactement, para&#238;t l'oppos&#233; des chim&#232;res nocturnes. C'est l'hypoth&#232;se du malin g&#233;nie et la M&#233;ditation seconde, o&#249; l'on voit qu'en l'absence de toute certitude relative &#224; l'ensemble des choses corporelles et &#224; la plupart des attributs de l'&#226;me, la victime du trompeur tout puissant ne saurait douter cependant qu'elle pense et que, partant, elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis donc qu'une chose qui pense, c'est-&#224;-dire un esprit, un entendement ou une raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impalpable et fr&#234;le &#233;vidence suffit. Elle conditionne l'entreprise qui fait de la cr&#233;ation l'objet pr&#233;visible et ferme o&#249; nous enfon&#231;ons la tige filet&#233;e des boulons, l'&#233;tendue que nous sillonnons sur des turbines et des roulements &#224; billes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre heure contient toutes les heures dans sa profondeur pr&#233;sente. Les passions imm&#233;moriales, le vieil &#233;moi n'ont pas tari. Ils r&#244;dent toujours dans la coulisse des rep&#232;res cart&#233;siens. Les dispositions aigu&#235;s, p&#233;ninsulaires - celles qui naquirent &#224; la pointe de l'Europe et sont en passe, aujourd'hui, de gagner toute la surface de la plan&#232;te - n'ont pas rompu avec leurs arri&#232;res. Chaque stade du d&#233;veloppement inclut les pr&#233;c&#233;dents. Qu'il vacille, p&#233;riclite et l'on voit les figures qu'on croyait abolies resurgir. Cette sourde persistance, dans l'&#226;ge de raison, de nos enfances, nous rend accessibles &#224; l'enfance de l'art. Elle relie l'heure avanc&#233;e qui est la n&#244;tre &#224; ses ant&#233;c&#233;dents mill&#233;naires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2592|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La raison est, dans son essence, s&#233;paration. Outre qu'elle dissocie l'activit&#233; esth&#233;tique de toute vis&#233;e annexe, elle l'arrache, en quelque sorte, &#224; ses commencements. La repr&#233;sentation formelle, comme la pens&#233;e rationnelle, se constitue au d&#233;triment des images liminaires et des premiers jets. Le dessin perspectif, la science des couleurs sont autant de refus. Derri&#232;re le geste des gr&#226;ces, dans la lumi&#232;re violente r&#233;pandue sur les bl&#233;s peints ou dans celle, tr&#232;s douce, que diffuse la lampe, il y l'ombre d'un deuil : celui de l'art enfantin. Au-del&#224; des &#233;coles pr&#233;c&#233;dentes, de leurs mani&#232;res et de leurs th&#232;mes, c'est contre sa propre ing&#233;nuit&#233;, &#224; une distance croissante de ses &#233;veils, que l'art occidental a &#233;difi&#233; ses visions et ses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art primitif, celui de l'Afrique, en particulier, constitue - &#224; nos yeux - le paradoxe d'accomplir ce que nous &#233;cartons d'embl&#233;e comme imperfection et faiblesse. L'&#233;lan joyeux, le geste libre, spontan&#233; ne s'y heurtent pas au refus pr&#233;coce que nous leur opposons. La contrainte qu'ils subissent ne n'exerce jamais jusqu'&#224; la source expressive. L'imm&#233;diatet&#233;, avec ce qu'elle charrie d'impuret&#233;s et de fautes, mais de forces, aussi, n'est jamais r&#233;voqu&#233;e en doute. Une jeunesse du sentir m&#251;rit et s'ach&#232;ve sans se renier ni vieillir. Un d&#233;faut - pour nous, toujours - trouve sa perfection. La gaucherie prend allure de ma&#238;trise, la turbulence de s&#233;r&#233;nit&#233;. l'&#233;bauche reste visible dans l'ach&#232;vement et celui-ci exhibe sans repentir ni vergogne les scories et le tumulte du commencement. Le bois poli est imparfait, la d&#233;coupe des yeux et des bouches grossi&#232;re, la sym&#233;trie des traits approximative et le tout badigeonn&#233; &#224; la diable. On a, dirait-on, compl&#232;tement n&#233;glig&#233; la fid&#233;lit&#233; au mod&#232;le ext&#233;rieur et le soin de l'ex&#233;cution qui sont les r&#232;gles de nos d&#233;marches, la marque de nos proc&#233;d&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2593|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les &#233;nergies que capte l'art primitif, les impulsions qu'il lib&#232;re sans presque les infl&#233;chir sont en nous, vivaces, puissantes, toujours. Il ne nous en co&#251;terait pas tant, sinon, d'aller par des voies d&#233;tourn&#233;es, de nous conformer &#224; des attendus et &#224; des pr&#233;misses. C'est pour &#231;a que ces figures sommaires et pourtant achev&#233;es nous rendent non seulement au pur agr&#233;ment de la contemplation mais, en de&#231;&#224; encore, &#224; la confusion bienheureuse du temps o&#249; l'on ne distinguait pas, o&#249; l'on ne savait point, &#224; l'&#226;ge d'or, &#224; l'unit&#233; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#339;uvres sans remords ni contrainte, enfin, ont servi. Aux traces de leur insoucieuse gen&#232;se s'ajoutent celles que l'usage leur a imprim&#233;es. Il n'y a pas d'objectivit&#233; ni de sujet connaissant, de pr&#233;occupations strictement techniques ni de satisfactions purement esth&#233;tiques, au d&#233;but. Ces visages sans anatomie, ces imitations rebelles aux lois de la nature ont &#233;t&#233; affront&#233;es au monde du dehors. Elles ont heurt&#233; ses angles, subi des chocs, connu l'usure et l'abrasion. On ne leur a pas marqu&#233; plus d'&#233;gards ou de m&#233;nagement que nous n'en avons, ici, pour les outils qui nous servent &#224; agir sur les choses. C'est par l'effet d'un in&#233;vitable malentendu que nous les voyons, aujourd'hui, expos&#233;es dans les vitrines des mus&#233;es, &#224; l'abri du toucher, de la poussi&#232;re et des intemp&#233;ries. Elles furent fa&#231;onn&#233;es sous l'empire d'un besoin, pour faire pi&#232;ce &#224; la n&#233;cessit&#233;, aux p&#233;rils. La figure &#224; la nuque saillante, scarifi&#233;e, &#233;tait aussi une poulie de m&#233;tier &#224; tisser. La face aux yeux tubulaires, cercl&#233;s de blanc, sous de hautes arcades, pr&#233;sente au menton des encoches nombreuses, comme n'importe quelle table de cuisine ou porte de grange que l'usage a meurtries. La patine noire, luisante, qui couvre des cuisses et un abdomen, s'obtient par l'application de suie, d'huile de palme et de sang frais, &#224; l'occasion de sacrifices. Ces marques d'un emploi effectif parach&#232;vent l'effet que les vestiges visibles d'une libre gen&#232;se et d'une ex&#233;cution joyeuse exer&#231;aient sur nous qui venons tard, qui sommes dubitatifs, m&#233;lancoliques et circonspects. Nous avons appris ce qu'il en est du monde et de nous. Tout savoir est amer parce qu'il nous change en m&#234;me temps que l'id&#233;e qu'on se faisait de tout. Il nous enl&#232;ve &#224; nous-m&#234;mes, &#224; l'enfance, quand nous vivions sans savoir qui nous &#233;tions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2594|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La grande unit&#233; a d&#233;sert&#233; la surface de la terre et la lumi&#232;re du jour mais non pas nos m&#233;moires ni nos c&#339;urs ni nos corps. Nous la retrouvons, chaque nuit, dans les songes o&#249; le doute est superflu, les d&#233;tours inutiles. Nous pouvons aussi la reconna&#238;tre, en plein jour, dans le lointain miroir que nous tendent les masques africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux fa&#231;ons de repr&#233;senter le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une le cr&#233;dite d'une existence propre, d'une n&#233;cessit&#233; immanente qui trouve indiff&#233;remment son expression dans le calcul num&#233;rique, la toile peinte ou l'image photographique ; l'autre rel&#232;ve d'une perception qui s'ignore comme telle et combine les &#233;l&#233;ments de l'ext&#233;riorit&#233; avec les dispositions qui inspirent sa repr&#233;sentation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb2596|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Magdi Senadji a pris soin de bien distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il montre, en s'aidant d'un automate, des effigies et des faces qui furent des instruments et des outils aux yeux et dans les mains de ceux qui les con&#231;urent. Un usage instrumental de l'appareil, en produisant une image objective, redoublerait celle que nous livre la perception rationnelle du r&#233;el. Il annulerait, du m&#234;me coup, la distance qui nous s&#233;pare des choses repr&#233;sent&#233;es et leur connivence profonde avec cette part de nous-m&#234;mes qui veille dans le sommeil et l'oubli. La v&#233;rit&#233; de ces faces et leurs justes &#233;chos, pour nous atteindre, devaient passer par un d&#233;tour qui annule en quelque sorte, le d&#233;tour initialement inscrit dans notre regard. Aussi leurs t&#233;n&#233;breux lin&#233;aments se dessinent-ils &#224; la lis&#232;re des t&#233;n&#232;bres &#224; moins que leur contour fantomatique, trou&#233; d'yeux imparfaits, ne flotte dans une nuit d'encre. L'exposition n'est jamais correcte ni l'image conforme &#224; la nature suppos&#233;e des choses, c'est-&#224;-dire &#224; la somme des propri&#233;t&#233;s objectives que l'image photographique se doit de restituer pour &#234;tre elle-m&#234;me conforme &#224; sa d&#233;finition. Elle comporte syst&#233;matiquement les plus graves d&#233;fauts. Le bl&#234;me masque Fang est aux deux tiers mang&#233; d'une ombre opaque. la statuette, de la m&#234;me ethnie, prise de profil semble en passe de s'&#233;vanouir dans la grisaille ambiante. La seule face &#224; r&#233;pondre &#224; peu pr&#232;s &#224; nos attentes en mati&#232;re de cadrage et de contraste - de vision - est floue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, de tous les arts, la photographie est le plus strictement conditionn&#233; par les usages sociaux, c'est parce qu'elle est le produit tardif d'une histoire qui a progressivement subordonn&#233; la vie sociale aux axiomes et aux maximes de la rationalit&#233; scientifique et technique. Elle est connaissance pr&#233;cise et distanciation. Une froide lentille s'interpose entre l'&#339;il et les choses. La vieille main rompue aux contacts et aux habilet&#233;s, la vieille mati&#232;re, les gestes et les fa&#231;ons irr&#233;fl&#233;chis sont hors jeu. Une &#233;nergie mesurable s'exerce sur un support &#233;labor&#233; pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perfection, et le &#171; m&#233;tier &#187; qui va de pair, comportaient le risque d'ignorer la nature des choses qu'une autre vision inspira, d'effacer, en voulant les saisir, les traces de magie qui subsistent dans notre heure d&#233;senchant&#233;e. Magdi Senadji n'avait quelque chance de restituer les paradoxes de l'art primitif, son imperfection tr&#232;s s&#251;re et son antique jeunesse, qu'en r&#233;pudiant les privil&#232;ges de la ma&#238;trise et de la pr&#233;cision objectives. C'est par un d&#233;faut voulu, une erreur syst&#233;matique qu'il a annul&#233; le syst&#232;me des corrections que, na&#239;vement, le regard savant applique au monde qu'il construit. Les profondeurs que nous avons travers&#233;es puis confin&#233;es dans la nuit et les r&#234;ves et que l'art primitif porte &#224; sa surface, nous les voyons, indubitablement, avec des yeux ouverts, sur ces photographies.&lt;br class='autobr' /&gt;
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