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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>&#201;clats romains</title>
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		<dc:date>2013-05-28T22:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Robert-Gu&#233;don , Magdi Senadji &#8224; et Pierre Benielli</dc:creator>


		<dc:subject>Rome</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;TK-21 LaRevue poursuit son hommage &#224; Magdi Senadji avec la republication d'&#201;clats romains qui avait &#233;t&#233; &#233;dit&#233; par A une SOIE en 1992. Ses photographies sont accompagn&#233;es &#233;galement d'une nouvelle de Danielle Robert-Gu&#233;don, Via Condotti, 86, et d'un court texte de Pierre Benielli, Brisures, centr&#233;s sur l'Italie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Rome" rel="tag"&gt;Rome&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH92/arton369-4e293.jpg?1772188391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;TK-21 LaRevue poursuit son hommage &#224; Magdi Senadji avec la republication d'&#201;clats romains qui avait &#233;t&#233; &#233;dit&#233; par A une SOIE en 1992. Ses photographies sont accompagn&#233;es &#233;galement d'une nouvelle de Danielle Robert-Gu&#233;don, Via Condotti, 86, et d'un court texte de Pierre Benielli, Brisures, centr&#233;s sur l'talie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L434xH640/00-eclats2-a0652.jpg?1509820284' width='434' height='640' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Via Condotti, 86&lt;/i&gt; &#8212; Danielle Robert-Gu&#233;don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne me dites plus que Rome est lumineuse et dor&#233;e, que le Tibre est rose au couchant sous les arches brunes car je sais qu'elle est noire de lierre et de fusains, noire comme les robes des vieux pr&#234;tres n&#233;glig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L139xH213/04-eclats-0344d.jpg?1509820284' width='139' height='213' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait mai et j'&#233;tais &#224; Rome. Je croyais, bien s&#251;r, que les azal&#233;es en gerbes folles coulaient de la Trinit&#233;-des-Monts jusqu'&#224; la Barcaccia pour voguer dans les rues et contaminer les fa&#231;ades de leurs teintes puissantes. Je restais des heures en haut de l'escalier, suffoqu&#233;e par la lumi&#232;re, je m'adossais alors &#224; la fa&#231;ade ti&#232;de de l'&#233;glise pour voir encore les fragiles terrasses, les palmiers juch&#233;s sur les toits et les stores baiss&#233;s pudiquement comme des paupi&#232;res lourdes. Je quittais ma chambre proche, une large pi&#232;ce et haute de plafond mais donnant sur une cour, et je m'arr&#234;tais l&#224;, pr&#234;te &#224; glisser vers la Via Condotti et incapable de m'arracher aux balustres, me retenant &#224; elles comme on prie pour &#233;loigner le diable et ne pas c&#233;der &#224; ses sourires. Je ne pouvais me r&#233;soudre &#224; descendre sachant qu'il me fallait rester sur les hauteurs et, qu'une seconde fois me hisser, serait au-dessus de mes forces.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L163xH253/05-eclats-38b39.jpg?1509820284' width='163' height='253' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je pris l'habitude des parcs et des jardins. Du Belv&#233;d&#232;re au Pincio, je savais par c&#339;ur les inscriptions vulgaires sur les statues et les pr&#233;noms enlac&#233;s autour d'une date grav&#233;e. Les all&#233;es aboutissaient sur des &#233;chapp&#233;es in&#233;vitables et quel que f&#251;t le circuit choisi, la ville surgissait soudain, belle &#224; mourir, &#233;tal&#233;e, ti&#232;de et moutonneuse. De si haut, Rome n'&#233;tait que murmures et lascifs mouvements auxquels je tournais le dos. A l'est, le Muro Torto arr&#234;tait ma fuite car, l&#224; non plus, je n'osais plonger vers la circulation incessante. J'&#233;tais constern&#233;e par l'absurdit&#233; de mes craintes et, sans doute, n'aurais-je vu de Rome que la cr&#234;te si, un jour, &#224; bout de ressources, je n'eus gravi encore vers le jardin clos de la Villa Medici presque d&#233;sert &#224; cette heure. Le soleil h&#233;sitait &#224; dispara&#238;tre, le banc de pierre o&#249; je fis une halte &#233;tait froid. J'avais vu les bas-reliefs, les lions solennels aux griffes us&#233;es et les tortues p&#233;trifi&#233;es supportant l'ob&#233;lisque. Et toujours je revenais &#224; la rampe : Rome tremblait de fatigue. Derri&#232;re moi, les murailles d'Aur&#233;lien &#233;taient d&#233;j&#224; dans la nuit, assombries par les haies mal taill&#233;es qui d&#233;limitent des enclos carr&#233;s dont il faut chercher l'entr&#233;e comme une porte d&#233;rob&#233;e. Je faillis ne pas p&#233;n&#233;trer dans le dernier enclos tant les orties et les branches s'ing&#233;niaient &#224; dissimuler la br&#232;che. Les derniers rayons du soleil &#233;clair&#232;rent un groupe de statues effray&#233;es et blafardes, un banc sur lequel &#233;tait assis un homme et, pr&#232;s de l'homme, une paire de gants sous un chapeau. L'homme tourna la t&#234;te vers moi, l'inclina en salut discret et reporta son attention sur les personnages dont certains semblaient se battre contre des rafales de vent alors que le calme du cr&#233;puscule aurait pu durer &#233;ternellement. Je n'osais ni avancer ni reculer, fascin&#233;e par ce chapeau et ces gants d&#233;pos&#233;s proprement sur les lattes de bois salies en de nombreux endroits par des fientes d'oiseaux. Deux statues au bras tendu montraient l'homme du doigt et, les autres, maintenant revenues, tentaient dans une violente torsion du corps, de s'arracher au lierre qui s'enroulait autour de leurs jambes et s'agrippait aux robes et aux voiles. Car, dans cet enclos, l'herbe n'&#233;tait plus qu'un lointain souvenir et seuls quelques m&#232;tres carr&#233;s &#233;chappaient &#224; ce d&#233;ferlement. Le banc &#233;tait encore &#233;pargn&#233;. Du c&#244;t&#233; oppos&#233; &#224; l'homme, je longeais la haie et vis, en m'approchant des statues, que l'une d'elles gisait sur le dos, un bras repli&#233; sur le torse. Le lierre s'&#233;tait insinu&#233; entre les jambes. Je d&#233;tournai mon regard. Un cheval se cabrait inutilement et c'&#233;tait terrible d'assister, impuissant, &#224; ce ch&#226;timent, comme si l'homme, de son banc, en avait d&#233;cid&#233; ainsi et qu'il s'&#233;tait mis &#224; l'aise en posant son chapeau et ses gants pour mieux go&#251;ter les efforts d&#233;risoires des personnages. Et pourtant, quelques cheveux gris sur ses tempes, loyalement d&#233;couvertes, emp&#234;chaient d'imaginer toute esp&#232;ce de cruaut&#233;. Je m'assis sur une souche, dans la nuit maintenant presque tomb&#233;e, et j'attendais avec lui. Quand il se leva enfin, reprenant gants et chapeau, il m'avait totalement oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L229xH738/07-08-eclats-e970d.jpg?1509820284' width='229' height='738' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; cause des gants, le lendemain je descendis au c&#339;ur de la ville. Il me semblait que, munie de ces accessoires, je pourrais affronter toutes les sculptures de Rome et les d&#233;tourner, peut-&#234;tre, de leurs gestes mill&#233;naires. C'est du moins cette raison qui me fit l&#226;cher la balustrade du plus haut palier et entamer la descente. Je me tenais en &#233;quilibre pr&#233;caire, aussi apeur&#233;e qu'une tr&#232;s jeune fille faisant sa premi&#232;re apparition au seuil d'une salle de bal et, si je n'avais pas de volants &#224; pincer pour relever une longue robe, je n'en avan&#231;ais pas moins avec pr&#233;caution, posant mes escarpins d'une marche &#224; l'autre, me retournant parfois comme pour v&#233;rifier qu'une tra&#238;ne invisible ne se f&#251;t prise entre deux vasques, mais l'ob&#233;lisque qui ne scintillait pas encore au soleil trop bas ne m'adressa nul encouragement. De m&#234;me, l'escalier ne garda aucune trace de mon passage. Aujourd'hui encore, je ne sais ce que j'avais esp&#233;r&#233;. Je fus happ&#233;e par la trou&#233;e sombre qui se dirigeait vers le Tibre. Les boutiques riches ouvraient &#224; peine, je poursuivis jusqu'au fleuve. J'allais d'une allure r&#233;guli&#232;re, sans fl&#226;ner ni lever les yeux et je longeais d'innombrables porches sans m&#234;me voir les mascarons au-dessus des battants. Je m'&#233;tais trop habitu&#233;e d&#233;j&#224; &#224; vivre au niveau des coupoles. Je n'avais pas achet&#233; de guide et mes souvenirs d'histoire romaine &#233;taient trop lointains pour que les ruines fussent des rep&#232;res. Mais je me rappelai le chauffeur de taxi am&#232;ne qui, apr&#232;s m'avoir d&#233;pos&#233;e devant l'&#233;cole des Dames du Sacr&#233; C&#339;ur, alors que je restais fig&#233;e pr&#232;s de ma valise, m'avait dit en souriant : tutta la citta &#232; laggiu. Il avait fait un large geste de propri&#233;taire fier de ses terres et ce l&#224;-bas s'&#233;tendait &#224; perte de vue dans un demi cercle magique excluant tout ce qui s'&#233;loignait de la boucle du Tibre. Je voyais Rome dardant une petite langue vers les berges pour happer l'eau. Avec un instinct s&#251;r, je fuyais la clameur, choisissant les rues pav&#233;es envahies de chats sournois. Je d&#233;bouchai sur le Campo dei Fiori. D&#233;j&#224;, je voulais fendre la foule des femmes encombr&#233;es de cabas, quand le soleil balaya plus largement la place, &#233;clairant une montagne d'artichauts mats et des caisses de raisins aux grains ovales, pleines &#224; craquer. Les fruits roulaient sur eux-m&#234;mes, pr&#234;ts &#224; d&#233;border des caisses tel le lierre du jardin. Je sus que j'ach&#232;terais des gants jaunes, dor&#233;s comme les grappes, &#224; la limite du translucide pour que l'on cr&#251;t voir la pulpe des doigts. Et le renflement fragile des extr&#233;mit&#233;s donnerait envie de les mordiller comme on fait d'une grappe tenue d'une seule main et que, la t&#234;te renvers&#233;e, on saisit chaque grain ti&#232;de avec les dents. le marchand ne comprit pas mon refus d'y go&#251;ter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L252xH363/08-eclats-d0be5.jpg?1509820284' width='252' height='363' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Impatiemment je revins sur mes pas. Les rideaux &#233;taient lev&#233;s aux devantures et les noms des couturiers c&#233;l&#232;bres claquaient comme des exclamations. Je vis des cravates soyeuses et de lourds foulards. Dans le meuble du fond, de solides bo&#238;tes en carton contenaient les gants. A aucun moment je n'eus peur du plancher remarquablement cir&#233; sous les tapis de laine, ni du regards perspicace du vendeur. Calmement je lui expliquai en mauvais italien ce que je voulais. Il me fit asseoir &#224; une longue table, le coude gauche appuy&#233; sur le bois, mesura la largeur de ma main &#224; l'aide d'un m&#232;tre ruban presque d&#233;fra&#238;chi en regard des peausseries qu'il &#233;talait sur le comptoir. Il extrayait, de bo&#238;tes plus petites, les gants couch&#233;s dans le papier de soie comme des d&#233;pouilles glorieuse. Et je vis ceux qui m'&#233;taient d&#233;volus : des gants de chamois clair, doux comme une p&#234;che, dor&#233;s comme les raisins, d'un jaune oscillant entre le blanc et le cr&#232;me selon les caresses sur la peau duveteuse. Je tendis la main et le vendeur passa sur ma paume un mouchoir talqu&#233; avant d'essayer le gant. C'&#233;tait tr&#232;s exactement une seconde peau fine, seulement faite pour dissimuler les lignes de la main. J'&#233;cartai les doigts doucement et le vendeur tira encore sur le gant afin que la main f&#251;t parfaitement moul&#233;e. Le renflement du pouce formait la seule rondeur avant l'&#233;panouissement du poignet. J'enfilai moi-m&#234;me le second gant, m'appliquant &#224; des gestes mesur&#233;s. Leur finesse &#233;tait telle qu'en payant le vendeur je sentis le froissement des billets comme &#224; main nue. J'eus l'impression, en me voyant dans un miroir, que la richesse des gants rejaillissait sur mon tailleur et que les saisons, pourtant nombreuses, n'&#233;taient pas venues &#224; bout de son lustre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L382xH582/09-clats-80637.jpg?1509820284' width='382' height='582' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce fut quelques heures apr&#232;s que je retrouvai l'homme. A lui seul, il occupait deux tables du caf&#233; Greco, refoulant sans ostentation l'affluence des clients. De m&#234;me qu'&#224; la Villa Medici, il avait pos&#233; son chapeau sur ses gants dont les bouts &#233;largis d&#233;passaient et personne n'osait les repousser alors qu'ils prenaient une place sur la banquette rouge, comme si l'homme avait voulu ainsi montrer qu'il attendait quelqu'un. De m&#234;me le serveur le plus &#226;g&#233;, &#224; l'autorit&#233; naturelle, h&#233;sitait &#224; faire une remarque tant les bouts de gants vid&#233;s de leur substance ressemblaient &#224; un animal dangereux, inconnu dans ces contr&#233;es, et la banquette d'un seul tenant se soulevait &#224; chaque d&#233;part d'un client, imprimant au cuir fauve des soubresauts inqui&#233;tants. J'&#233;tais debout devant lui, face &#224; lui, mais le visage de profil, cherchant des yeux une place libre et, tandis qu'il levait la t&#234;te vers moi, j'&#244;tai mes gants. Je tirai tr&#232;s lentement sur chaque doigt, successivement, jouant l'indiff&#233;rence au milieu du va-et-vient incessant, retroussant l'autre poignet pour d&#233;voiler la doublure claire d'un jaune un peu moins soutenu. Et d'un geste brusque, je d&#233;nudai ma seconde main tout en ramenant mon visage vers la banquette. Alors il s'excusa, se d&#233;pla&#231;a l&#233;g&#232;rement en tirant &#224; lui le chapeau et les gants. Je m'assis &#224; ses c&#244;t&#233;s et posai n&#233;gligemment mes propres gants pr&#232;s des siens, peau contre peau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L225xH344/10-eclats-32ad0.jpg?1509820284' width='225' height='344' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Andrea Albato il se nommait. Je lui dis l'avoir vu dans le jardin o&#249; j'&#233;tais arriv&#233;e en bout de course et l'impossibilit&#233; dans laquelle je me trouvais de quitter les hauteurs. Il tressaillit et j'eus peur de l'avoir importun&#233; mais il me demanda de poursuivre. Je m'enlisai dans de confuses explications, disant que le hasard, oui, le hasard seul m'avait men&#233;e &#224; Rome et que, nulle part ailleurs, je n'avais &#233;prouv&#233; la n&#233;cessit&#233; d'atteindre une chose &#233;trange et innommable, que ce n'&#233;tait pas de l'arrogance, loin de l&#224;, mais que la question demeurait : comment passer d'une colline &#224; l'autre en &#233;vitant les retomb&#233;es, les enfoncements ? Il ne s'&#233;tonna pas que je fusse venue jusque dans ce caf&#233;. Nous ressort&#238;mes ensemble dans la Via Condotti et, naturellement, il me prit le coude. Sa voiture n'&#233;tait pas loin. J'y montai et il me demanda instamment de fermer les yeux, ajoutant qu'il me savait capable de cela. Derri&#232;re mes paupi&#232;res closes dansaient des taches jaunes car mes gants &#233;taient la derni&#232;re image enregistr&#233;e. Une fois, je levai la main pour retrouver un &#233;quilibre menac&#233; dans les virages. Il la prit et la posa sur mon genou. Ce fut mon seul regret : ne pas voir mon gant emprisonn&#233; dans le sien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12-eclats.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH763/12-eclats-ec39a.jpg?1535575872' width='500' height='763' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'ouvrir les yeux, je sus que j'avais retrouv&#233; un espace de lumi&#232;re assez vaste pour m'y noyer. Il m'avait men&#233; sur une terrasse, j'entendais une rumeur monter de tr&#232;s loin et s'essouffler avant que d'arriver au balcon de pierre. &#171; Quand vous voudrez &#187;, dit-il. Je mis les mains devant mon visage et j'ouvris les yeux derri&#232;re mes doigts &#233;cart&#233;s. Rome apparut stri&#233;e d'or &#224; travers l'&#233;ventail de mes mains. Il fallut l'&#233;cran de son visage pour m'emp&#234;cher de crier. J'&#233;tais sur l'une des sept collines et, toutes, il me les montrerait, promit-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L191xH289/13-eclats-3af13.jpg?1509820284' width='191' height='289' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais entre les aubes et les cr&#233;puscules il y aurait de longues plages de temps dans l'obscurit&#233; des chambres, promit-il encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connus six autres terrasses qui, toujours, prolongeaient les chambres &#224; l'obscurit&#233; aveuglante. Des jardins du Janicule au mont Palatin, j'appris &#224; nommer les quartiers et les mots italiens qui d&#233;finissent un homme. Devant les vastes lits j'&#244;tais mes gants. Les heures &#233;taient ponctu&#233;es par la chute de ces troph&#233;es qui, tant&#244;t gisaient sur une console, tant&#244;t dans les couvertures m&#234;l&#233;es. Le soir, en surplombant la ville, j'avais des gestes emphatiques et les taches jaunes voletaient autour de nous car jamais je ne me suis pr&#233;sent&#233;e nue face &#224; Rome. Pourtant des lauriers roses dissimulaient nos silhouettes et le vent tombait toujours brusquement, de mani&#232;re solennelle. Le plus miraculeux fut que jamais il ne me vint &#224; l'esprit de compter les jours. Je savais seulement qu'apr&#232;s avoir intens&#233;ment embrass&#233; la ville, je serais &#224; mon tour enlac&#233;e et parcourue de regards et domin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L230xH355/14-eclats-e12ef.jpg?1509820284' width='230' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le septi&#232;me jour au matin, il me demanda encore de le suivre. J'&#233;tais sur le bacon, saisie par le p&#226;le soleil et les nu&#233;es grises accroch&#233;es aux campaniles. Un orage mena&#231;ait. Je ne me d&#233;tournai pas tout de suite et il comprit sans doute que, cette fois, je ne fermerais pas les yeux. Alors il noua un bandeau. Nous repr&#238;mes sa voiture et je ne fus pas &#233;tonn&#233;e de recouvrer la vue dans l'enclos de la Villa Medici. L&#224; o&#249; j'avais pris la d&#233;cision de quitter les hauteurs, il m'avait reconduite. J'avais senti sous mes pas, tandis qu'il me guidait, une pente gravillonn&#233;e, puis l'in&#233;galit&#233; d'un sol herbeux, et enfin, une sorte de tapis mouvant. Au parfum presque &#233;c&#339;urant, j'avais devin&#233; le lierre. Andrea Albato avait &#244;t&#233; mes gants et bais&#233; mes poignets. Quand j'abaissai moi-m&#234;me le bandeau, il avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vain je courus dans les all&#233;es. Jamais je n'avais d&#233;val&#233; les marches ainsi et les nuages noirs assombrissaient encore les ruelles et les porches. Les azal&#233;es furent soufflet&#233;s par une rafale et la pluie se rua sur Rome. Je m'aper&#231;us que je n'avais plus mes gants. J'avan&#231;ais sans me soucier des flaques ni des rigoles et pas une goutte d'eau ne m'&#233;pargna. Je vis le Tibre agit&#233; de remous boueux et le Triton impuissant &#224; recracher l'eau jaun&#226;tre. Je pensai que la ville enti&#232;re serait d&#233;color&#233;e &#224; jamais apr&#232;s ce d&#233;luge mais, brusquement, tout s'&#233;claira et je reconnus la Via Condotti. Au caf&#233; Greco, la foule se dissipait comme les nuages. Des hommes press&#233;s et des femmes indiff&#233;rentes s'aventuraient de nouveau sur les trottoirs mouill&#233;s. J'entrai pour m'&#233;brouer sur la banquette rouge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L423xH642/15-eclats-12e05.jpg?1509820284' width='423' height='642' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fond, Andr&#233;a Albato lisait un journal. Son chapeau et ses gants &#233;taient pos&#233;s sur le gu&#233;ridon, secs et lustr&#233;s merveilleusement. Mes cheveux d&#233;goulinaient encore. Je fis bien de ne pas l'appeler car une femme sangl&#233;e dans une robe de velours s'assit pr&#232;s de lui. Sa bouche &#233;tait peinte du m&#234;me rouge framboise que ses gants et quand le serveur lui apporta un Campari, elle &#244;ta l'un d'eux pour porter le verre a sa bouche. Andrea Albato replia son journal et la regarda : elle jouait de sa main gant&#233;e sur le verre d'alcool comme elle aurait jou&#233; avec le feu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L336xH505/16-eclats-52c2a.jpg?1509820284' width='336' height='505' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L185xH283/18-eclats-1a8b4.jpg?1509820284' width='185' height='283' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Brisures&lt;/i&gt; &#8212; Pierre Benielli&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
Rome vient-elle se confondre au souvenir, et n'en est-elle que le nom, d'une fuite, d'une marche &#224; la fois h&#226;tive et vague, pr&#233;cipit&#233;e et d&#233;sorient&#233;e dans un dimanche assoupi et vacant, aimant&#233;e par la rencontre inopin&#233;e d'un lieu nomm&#233; dans le sentiment d'un bonheur pressenti, trouv&#233; l&#224;, jalous&#233; et volontairement tu, par une femme, et qui aurait pu seul d&#233;chirer une d&#233;tresse mate dans une co&#239;ncidence sourdement attendue et faussement promise, et que j'ai fatalement rat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
Sansepulcro, juste apr&#232;s le dernier cri d'un rideau de fer tir&#233;, se retire soudainement, s'&#233;vanouit dans le silence, le vide et la chaleur, et laisse dans l'abandon d'une terrasse de caf&#233; au bord de cette place bancale dont le dallage irr&#233;gulier fuit jusqu'aux fa&#231;ades closes, et cach&#233;es, &#224; leurs chambres obscures, d&#233;sert&#233;es, sans avoir l'&#233;quilibre calme et souverain de la Cita Ideale o&#249; l'on ne sait si un guetteur attard&#233; &#233;pie dans l'entre-b&#226;illement immobilis&#233; d'une porte ou d'une fen&#234;tre cet &#233;tranger sid&#233;r&#233; qu'elle refuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
Urbino fr&#233;mit d&#233;j&#224; du bruissement d'une rumeur saisissante, attirante, &#224; l'entr&#233;e de cette rue qui aspirait et d&#233;boucha soudainement sur la place envahie par une foule dense, presque statique et repos&#233;e, dans le d&#233;cha&#238;nement des voix m&#234;l&#233;es, incompr&#233;hensibles, mais comme une joie, tourbillonnantes dans l'&#233;panouissement subit de l'espace vers le cr&#233;puscule et nulle part, vol de pigeons &#233;tourdis et affol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2824 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L199xH298/17-eclats-38f46.jpg?1509820284' width='199' height='298' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
Poussin arrache une touffe d'herbe le long d'un chemin traversant des ruines, non loin du Tibre peut-&#234;tre, l'&#233;l&#232;ve, en &#233;gr&#232;ne la terre humide, grasse, acide m&#234;l&#233;e aux racines, l'&#233;parpille au vent, dans sa paume, tamis&#233;s, menue monnaie in&#233;changeable, imm&#233;diatement rendus, quelques fragments de pierre rugueux, crissants, lest pauvre : &#171; C'est aussi Rome antique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#238;le, approch&#233;e, crois&#233;e et quitt&#233;e dans la lenteur impassible d'un navire, et la surprise de son surgissement, &#224; la v&#233;g&#233;tation rare et la roche, s'est nomm&#233;e sous ce m&#234;me ciel et dans un r&#233;cit, au manque seul de l'&#233;blouissement d'une vitre, mais &#233;tait-ce peut-&#234;tre ailleurs, dans le foudroiement et le retrait d'une pr&#233;sence, le lieu de la faiblesse possible et du leurre : &#171; Capraia &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. . .&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mot italien, trouv&#233; par hasard dans un article avec son long commentaire et retenu depuis, non parmi d'autres mais comme l'unique embl&#232;me d'une langue non sue, qui d&#233;coupe un &#233;tat ou une fa&#231;on d'&#234;tre qui ne peut se traduire ou correspondre &#224; un autre mot de la langue que j'essaie de parler ou qui me parle, mais en rassemble pourtant certains, d&#233;signe-t-il ce que je ne pourrai pas nommer simplement dans tout le visible, et peut-&#234;tre voir, et ne laisse poindre que sa s&#233;duction : &#171; sprezzatura &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L237xH378/19-eclats-0e9df.jpg?1509820284' width='237' height='378' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La monnaie de singe</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-monnaie-de-singe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-monnaie-de-singe</guid>
		<dc:date>2013-05-05T12:50:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Robert-Gu&#233;don , Magdi Senadji &#8224; et Pierre Benielli</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TK-21 LaRevue poursuit son hommage &#224; Magdi Senadji avec la republication de La monnaie de singe qui avait &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e par A une SOIE en 1995. Cette publication est parue &#224; l'occasion de diff&#233;rentes expositions qu'il a produites avec ces m&#234;mes images de l'Inde. Ses photographies sont accompagn&#233;es librement d'une nouvelle de Danielle Robert-Gu&#233;don, La mendiante, et d'un court texte de Pierre Benielli, La bateleuse, qui en sont comme un contrepoint lointain. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mendiante &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme venait de si (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH108/arton354-6196d.jpg?1772188391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;TK-21 LaRevue poursuit son hommage &#224; Magdi Senadji avec la republication de La monnaie de singe qui avait &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e par A une SOIE en 1995. Cette publication est parue &#224; l'occasion de diff&#233;rentes expositions qu'il a produites avec ces m&#234;mes images de l'Inde. Ses photographies sont accompagn&#233;es librement d'une nouvelle de Danielle Robert-Gu&#233;don, La mendiante, et d'un court texte de Pierre Benielli, La bateleuse, qui en sont comme un contrepoint lointain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L118xH170/764-snadji--0a6bd.jpg?1509820284' width='118' height='170' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mendiante&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L119xH172/776-snadji-singe-49f66.jpg?1772188391' width='119' height='172' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'homme venait de si loin qu'il lui &#233;tait &#233;gal de chercher une chambre dans une ville morne. Il &#233;tait courb&#233; par la fatigue bien davantage que par son bagage r&#233;duit, et quiconque l'eut observ&#233; sereinement eut devin&#233; une pr&#233;occupation fi&#233;vreuse. De la place o&#249; elle &#233;tait fragilement pos&#233;e, H&#233;l&#232;ne vit les joues brunes d'une barbe h&#226;tivement faite le matin et leva la main en un geste irraisonn&#233; pour &#233;prouver le piquant sous une caresse qu'elle venait d'inventer. Elle garda le bras mi-lev&#233; dans la ti&#233;deur suffisamment longtemps pour que le serveur se m&#233;pr&#238;t et v&#238;nt &#224; elle. H&#233;l&#232;ne, confuse et balbutiante, demanda si elle pouvait d&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment l'homme saisit la clef qu'on lui tendait, celle de la chambre 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne prit place au centre de la salle rose, &#224; une table ronde qui eut support&#233; beaucoup d'autres convives. Mais la place Gr&#233;vy &#233;tait d&#233;serte derri&#232;re les tentures fleuries qu'aucun souffle ne faisait vibrer comme si D&#244;le avait &#233;t&#233; frapp&#233;e de stupeur. Les tables &#233;taient mises pour d&#238;ner d'apparat, nappes damass&#233;es et lourdes, clairs bouquets lentement compos&#233;s au matin justifiant le silence telles des fleurs d'&#233;glise. Sur l'assiette couverte de verdure un p&#233;tale tomba. L'homme venait d'entrer dans la salle, par m&#233;garde eut-on dit, (les tables, en terrasse, &#233;taient &#233;galement dress&#233;es) mais ses foul&#233;es semblaient le porter toujours vers un non-retour. Il s'assit dans un angle, se soustrayant au regard d'H&#233;l&#232;ne. Le silence devint encore plus profond et le d&#238;ner s'&#233;coula dans un absurde recueillement. Dehors, les martinets criaient haut dans le ciel qui n'en finissait pas de s'assombrir avec une lenteur exasp&#233;rante au gr&#233; d'H&#233;l&#232;ne qui attendait la nuit pour quitter la table et s'aventurer dans le jardin public.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L312xH445/765-snadji-singe-02707.jpg?1509820284' width='312' height='445' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les piaillements cess&#232;rent, la nuit vint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne aborda les pelouses b&#233;antes, en partie &#233;clair&#233;es par les lumi&#232;res de la place. Au-del&#224;, il fallait &#233;carquiller les yeux pour deviner des fourr&#233;s faussement sauvages et une descente vers le Doubs qu'une terrasse surplombait. H&#233;l&#232;ne s'accouda &#224; la balustrade et faillit crier de surprise devant tant de chaleur conserv&#233;e. Elle se tenait droite, le bas-ventre appuy&#233; contre la pierre, attentive &#224; sa jupe tr&#232;s doucement agit&#233;e par un imperceptible balancement qu'elle avait contenu tout le temps du d&#238;ner. Des ombres boug&#232;rent en contre-bas, accompagn&#233;es de chuchotements qui s'&#233;teignirent vite. Derri&#232;re elle, le gravier crissa mais loin encore, &#224; la hauteur du premier banc. Les pas reprirent, mesur&#233;s, puis cess&#232;rent de nouveau. Les pauses se faisaient plus longues &#224; chaque station mais l'avanc&#233;e &#233;tait certaine. H&#233;l&#232;ne sut quand le dernier banc fut atteint plus s&#251;rement que si elle avait daign&#233; tourner la t&#234;te pour &#233;valuer la distance restante entre le banc et la balustrade. Elle s'&#233;carta seulement de la ti&#233;deur et se raidit, englu&#233;e dans l'obscurit&#233;. On devait deviner sa nuque pench&#233;e au-dessus du corsage blanc, appelant le tranchant d'une lame ou un baiser. Quelques gravillons roul&#232;rent encore sous les pas en une maladresse &#233;mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L315xH448/766-snadji-singe-34c22.jpg?1509820284' width='315' height='448' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un baiser, muet et press&#233;, presque adolescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le silence devint si oppressant qu'il fallut bien qu'H&#233;l&#232;ne relev&#226;t la t&#234;te. Elle le fit avec pr&#233;caution, retenant ses cheveux d'une main comme pour maintenir vacante la chair velout&#233;e sous les fines m&#232;ches rebelles. Elle &#233;carta les bras sur la balustrade pour rencontrer une autre main, et ne trouva que la pierre sous ses doigts. De m&#234;me, la rotation qu'elle s'imposa fut inutile, le jardin &#233;tait immobile et les bancs d&#233;serts. La place encore &#233;clair&#233;e &#233;tait si proche que nul n'aurait pu se dissimuler dans l'all&#233;e. Elle rentra &#224; l'h&#244;tel. Une raie de lumi&#232;re filtrait sous la porte de la chambre 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne s'&#233;tait dirig&#233;e vers sa voiture. L'homme &#233;tait l&#224;, son sac l&#233;ger sur l'&#233;paule comme s'il l'attendait. Il n'avait rien demand&#233;. Il avait dit s'appeler Brauner puis il avait indiqu&#233; la direction de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils roulaient depuis une heure, le corps balanc&#233; dans les virages. Le ciel &#233;tait entrav&#233; par les collines d'une verdeur &#233;tourdissante aussi ac&#233;r&#233;e que la blancheur d'hiver. H&#233;l&#232;ne &#233;prouva le besoin de dire qu'elle &#233;tait heureuse que ce soit le plein &#233;t&#233;. Les saisons interm&#233;diaires salissaient la r&#233;gion, ajouta-t-elle. La p&#233;riode des nouvelles pousses &#233;tait la pire : on pressentait &#224; la teinte instable des feuilles un d&#233;sordre impossible &#224; juguler. Les pluies en g&#233;n&#233;ral n'arrangeaient rien. Brauner ne r&#233;pondit pas. Il alluma une cigarette et l'on eut dit qu'en s'entourant de fum&#233;e il cherchait &#224; atteindre une fournaise bien plus violente, &#224; lui seul accessible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2612 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L306xH438/767-snadji-singe-ff495.jpg?1509820284' width='306' height='438' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une auberge ponctuait la route, H&#233;l&#232;ne ne r&#233;sista pas &#224; la pause. Lui, s'installa en plein soleil, attendant qu'elle se f&#251;t rafra&#238;chie dans l'antre sombre dont elle ressortit &#224; peine moins rouge. Elle but son orangeade d'un trait, reposa le verre avec la fiert&#233; d'avoir os&#233; un premier acte en sa pr&#233;sence, sans retenue. Brauner d&#233;cela cette satisfaction et lui fit remarquer une l&#233;g&#232;re tache sur sa jupe. Elle en releva le pan pour v&#233;rifier, d&#233;couvrant une jambe devin&#233;e bien avant. C'est de l'eau, sourit-elle, en laissant le soleil mordre la peau nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils continu&#232;rent en d&#233;daignant des or&#233;es de bois noirs et des champs creus&#233;s de ravines qu'H&#233;l&#232;ne voyait d&#233;filer lorsque ses cheveux cessaient soudainement de lui balayer le visage. Ils arriv&#232;rent &#224; Gen&#232;ve &#224; l'heure la plus br&#251;lante. M&#234;me le lac au jet d'eau &#233;talant ses fastes en gouttelettes perdues &#233;tait d&#233;risoire d'impuissance : le soleil mettrait des heures &#224; d&#233;cliner. Brauner se fit descendre sit&#244;t le pont franchi. Il donna rendez-vous &#224; H&#233;l&#232;ne &#224; l'H&#244;tel des Bergues. Pour d&#238;ner, si elle voulait attendre. Il n'imposait rien et ne pr&#233;tendait pas &#224; ce qu'elle l'attend&#238;t, lui. Il sous-entendait seulement que cette femme pouvait patienter, qu'elle savait demeurer &#224; une place assign&#233;e pourvu qu'on la lui indiqu&#226;t. Elle le regarda s'&#233;loigner, son sac jet&#233; sur l'&#233;paule. Les femmes qu'il croisait &#233;taient grandes et blondes, d'une fra&#238;cheur incompr&#233;hensible. H&#233;l&#232;ne reprit le chemin des montagnes, &#224; rebrousse-foug&#232;res et se posta sur une pente &#224; l'ombre d'un baliveau. Les ramures se tendaient vers Gen&#232;ve en contrebas et d&#233;signaient la ville sans que l'on s&#251;t si elles la montraient du doigt pour se gausser ou s'extasier. H&#233;l&#232;ne regardait la tache glauque du lac et, &#224; gauche, le lieu o&#249; avait disparu Brauner qui ne s'&#233;tait pas enquis de son nom &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L306xH440/768-snadji-singe-a7bc8.jpg?1509820285' width='306' height='440' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle observa longuement la montagne &#224; travers des entrelacs de branchages jusqu'&#224; distinguer un animal encorn&#233; bien improbable. Elle ne descendit vers la ville qu'apr&#232;s avoir senti la fra&#238;cheur sourdre autour d'elle. A l'endroit o&#249; elle s'&#233;tait assise, l'herbe se courbait dans le plus grand d&#233;sordre. Elle fit quelques pas pour se d&#233;gourdir les jambes, et quand elle revint &#224; sa place initiale elle ne reconnut pas ses propres traces de faction et crut relever les erres d'un cerf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bar, elle avait bu de l'alcool avant de r&#233;server une chambre. Des costumes sombres cisaillaient l'air, les hommes ignoraient la chape &#233;touffante de juillet et parlaient fort. La table cir&#233;e semblait suinter et, dans la lumi&#232;re frisante, H&#233;l&#232;ne d&#233;couvrit, form&#233; par les n&#339;uds du bois, un visage aux yeux fendus. De l'index elle en dessina le contour, laissant une trace mate tr&#232;s visible sur le meuble. Le trait, malhabile, d&#233;passait les marques brunes : une sorte de houppette d&#233;concertante coiffait le front. Elle pensa &#224; Brauner, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; remarquable en soi. Car, une fois rep&#233;r&#233; le lieu de sa disparition depuis le versant isol&#233;, elle s'&#233;tait concentr&#233;e sur l'attente exactement comme &#224; D&#244;le, au Grand H&#244;tel Chandioux. Bien s&#251;r, il fallait &#224; un moment donn&#233; que l'attente cess&#226;t. Qu'un homme y m&#238;t un terme n'&#233;tait pas plus &#233;tourdissant qu'attendre l'aube apr&#232;s une nuit blanche.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L309xH445/769-snadji-singe-ec351.jpg?1509820285' width='309' height='445' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les femmes appr&#234;t&#233;es &#233;taient conduites aux tables par des hommes aux poignets &#233;pais, aux rires peu discrets que l'on entendait bien apr&#232;s qu'ils avaient quitt&#233; le bar. H&#233;l&#232;ne ne pensait pas &#224; regarder sa montre, encalmin&#233;e dans cet espace devenu immobile. La porte &#233;tait rest&#233;e ouverte, la fum&#233;e des cigarettes s'&#233;chappait, happ&#233;e par la nuit, les odeurs m&#234;mes se d&#233;sagr&#233;geaient. Pour ne pas suivre l'&#233;coulement, elle s'agrippait &#224; la table, redessinait le visage du bout de l'ongle, grattant le bois pour le graver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tr&#232;s tard quand Brauner arriva. Il s'assit face &#224; elle et regarda le mouvement de ses mains. D'autorit&#233;, il renversa le fond du verre pr&#232;s de la houppette. Il &#233;tala les gouttes d'alcool de mani&#232;re &#224; former une empaumure d'o&#249; il fit jaillir deux cornes effil&#233;es. Puis, Brauner sortit de sa poche la photographie d'un masque africain en m&#233;tal brun, orn&#233; de cornes ambr&#233;es comme le bois de la table. H&#233;l&#232;ne saisit la photographie et la mit devant son propre visage. Derri&#232;re cet &#233;cran de papier, elle ferma les yeux. C&#244;te d'Ivoire, masque de danse, &#233;non&#231;a Brauner.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2615 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L311xH449/770-snadji-singe-fa9d3.jpg?1509820285' width='311' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trop brutalement, il reprit le masque des mains d'H&#233;l&#232;ne et tout, dans son geste, fit vaciller la femme : la patience inutile, le nom gomm&#233;, la pr&#233;f&#233;rence pour des yeux clos. Elle eut honte. Et plus encore, lorsque Brauner entendit qu'elle avait r&#233;serv&#233; une chambre. Tandis qu'on le pr&#233;venait avec d&#233;f&#233;rence que, bien s&#251;r, le n&#233;cessaire avait &#233;t&#233; fait pour que Monsieur Brauner p&#251;t, comme &#224; l'accoutum&#233;e, loger dans la chambre verte, il eut un sourire cruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne s'enferma &#224; clef, tremblant &#224; l'id&#233;e qu'elle pourrait vouloir fuir. Une longue veille commen&#231;a, longue comme un hier ressass&#233;, d'un jardin public &#224; un d&#233;part aventureux, puis les heures grignotant la nuit, la veille s'&#233;tira et devint un autre jour, celui des flancs montagneux et du masque cherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite reprit vers le sud avec la m&#234;me fr&#233;n&#233;sie dissimul&#233;e chez l'un et chez l'autre comme si le point d'honneur &#233;tait de manquer ce &#224; quoi l'on tend. Chacun eut son heure de gloire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2616 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L311xH449/771-snadji-singe-2fb92.jpg?1509820285' width='311' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, la fournaise allait croissant. H&#233;l&#232;ne, depuis longtemps, avait renonc&#233; &#224; dissimuler les aur&#233;oles sur son corsage. T&#234;tue, elle essuyait r&#233;guli&#232;rement les paumes de ses mains &#224; sa jupe, &#233;prouvant avec la m&#234;me consternation la br&#251;lure du volant et la chaleur de son v&#234;tement. Elle avait murmur&#233; une sotte expression comme &#034;chaleur tropicale&#034; et instinctivement Brauner avait v&#233;rifi&#233; &#224; travers la poche de sa chemise si la photographie &#233;tait bien l&#224;. H&#233;l&#232;ne aurait souhait&#233; que l'image coll&#226;t au tissu, conf&#233;rant &#224; la chemise l'aspect outr&#233; du Saint-Suaire falsifi&#233;. Mais ses vell&#233;it&#233;s enfantines cess&#232;rent : Brauner, avec la plus grande distinction, venait de s'endormir. H&#233;l&#232;ne se garda bien de repousser ce corps qui, sans m&#233;fiance, plongeait vers elle comme une b&#233;n&#233;diction. L'arr&#234;t de la voiture &#233;veillerait Brauner et faire durer ces secondes suffocantes ne lui appartenait pas. Derri&#232;re la chemise blanche, le masque noir se soulevait dans une sorte d'inspiration autonome emp&#234;chant tout geste irraisonn&#233;. Elle devait conduire Brauner &#224; Dieulefit, l&#224; o&#249; un certain Muller l'attendait, et se perdit sur des routes bord&#233;es de champs trop jaunes qui semblaient se rejoindre &#224; l'horizon et boucher toute issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brauner s'&#233;veilla, reprit la carte routi&#232;re et trouva rapidement le chemin de terre qui menait &#224; un mas au mur de fa&#231;ade r&#233;champi. Un homme apparut sous l'auvent et Brauner sortit de la voiture. Ils &#233;chang&#232;rent trois phrases loin d'H&#233;l&#232;ne qui, de toute fa&#231;on n'eut rien entendu aux propos, fascin&#233;e par la chemise de Brauner qui conservait des plis d'abandons. Demain, dit Brauner en reprenant sa place, demain nous y arriverons. H&#233;l&#232;ne comprit qu'il faudrait se rendre dans une autre chambre pour voir venir la nuit. Les cr&#233;puscules lui &#233;taient de plus en plus douloureux ainsi que des brisures qui vont s'&#233;largissant et, dans le noir opaque, elle se tenait pr&#234;te, ramassant autour d'elle des lambeaux de r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe des lendemains si parfaitement accomplis que l'on en garde un go&#251;t de d&#233;faite tenace.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2617 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L317xH452/772-snadji-singe-2b631.jpg?1509820285' width='317' height='452' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fronti&#232;re avait &#233;t&#233; de nouveau franchie et les voyageurs prenaient l'allure grandiose de p&#232;lerins ext&#233;nu&#233;s qui vont peut-&#234;tre s'abattre &#224; deux pas du lieu esp&#233;r&#233;. Brauner avait rev&#234;tu le masque impavide et tendu &#224; la fois de la photographie, plissant les yeux &#224; l'&#233;trang&#232;re lumi&#232;re. A le voir, mimant l'objet rare, on devinait les convoitises. H&#233;l&#232;ne pressentit qu'elle allait payer un prix exorbitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus serr&#233; de la foule, alors que la voiture s'embourbait dans une masse de corps bruns, Brauner s'esquiva. La porti&#232;re s'&#233;tait referm&#233;e sans un claquement. La disparition de la forme blanche aveugla H&#233;l&#232;ne telle une ombre inexpliqu&#233;e en plein midi. Elle se persuada que le temps de la v&#233;ritable attente &#233;tait venu et s'y pr&#233;para comme on caresse une id&#233;e terrifiante pour mieux l'&#233;loigner. Elle promena sa disgr&#226;ce dans les rues d&#233;sert&#233;es avec une bassesse rare, et les femmes &#233;plor&#233;es qui sortaient des &#233;glises lui paraissaient enviables car elle leur supposait le souvenir d'un bonheur. Elle se fatigua des heures, &#233;vitant soigneusement l'ombre des murs et la mansu&#233;tude des marches. Elle ne savait plus le nom de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L317xH452/773-snadji-singe-ef99e.jpg?1509820285' width='317' height='452' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des ar&#232;nes lui barr&#232;rent le chemin, hautes et vibrantes de cris. Plant&#233;e devant l'affiche o&#249; un noir taureau lan&#231;ait ses cornes, elle se laissa remettre un billet d'entr&#233;e. Elle longea les all&#233;es sableuses obscures. L&#224;-bas, les capes devaient voltiger, la sueur et le sang se m&#234;ler. Les clarines sonnaient. La mise &#224; mort allait commencer et les voix s'excitaient. Elle n'eut pas le courage de d&#233;boucher sur les gradins et s'adossa au mur humide, grondant en son for int&#233;rieur contre les matadors qui n'officiaient pas assez vite. Elle eut voulu voir des troupeaux entiers massacr&#233;s, les cornes tranch&#233;es. Mais les attelages cliquetaient trop peu souvent, pesant sous le cadavre unique qui les suivait &#224; regret, arrachant une derni&#232;re poign&#233;e de sable &#224; l'ar&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L317xH452/774-snadji-singe-ed64f.jpg?1509820285' width='317' height='452' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux trav&#233;es plus loin, une silhouette avan&#231;a vers la sortie, un homme calme et grand, &#224; la chemise blanche bleut&#233;e par l'ombre. H&#233;l&#232;ne cria et le nom de Brauner fut repris en &#233;cho sous les arcades. Elle courut. Brauner portait sous le bras un sac de gros papier marron transperc&#233; &#224; deux endroits. Elle courut encore. Il s'arr&#234;ta, lui sourit : je ne m'appelle pas Brauner.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L317xH452/775-snadji-singe-da00c.jpg?1509820285' width='317' height='452' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bateleuse&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L118xH172/01_monnaie-14928.jpg?1772188391' width='118' height='172' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et n'y a-t-il eu que dans ces d&#233;placements ordinaires, pour quitter la pesanteur d'une ville d&#233;semplie dans la chaleur et d&#233;froisser les faux plis d'une habitude asphyxiante, avec cette passag&#232;re qui semblait s'&#233;merveiller - et son avidit&#233; - d'&#234;tre dans la lumi&#232;re, sachant ce peu de temps, qu'il e&#251;t pu nous &#234;tre donn&#233;, dans cette adh&#233;sion &#224; l'heure du jour, et &#224; l'&#233;tendue terrestre dans laquelle nous avancions ensemble, un accord &#224; ce lieu ici ou l&#224; et comme une complicit&#233; &#224; l'autre - eussions-nous pu juste cueillir le fruit de l'arbre - , mais ne s'y &#233;prouva-t-il, malgr&#233; ce d&#233;sir su pourtant, qu'un retranchement, une sensation de p&#233;nurie, le sentiment l&#233;ger d'exil, la nostalgie d'un lieu perdu, plus haut dans le souvenir, et foudroy&#233;, impartageables et tus, qui s&#233;paraient, et le seul assentiment mutuel &#224; la poursuite dans l'atteinte esp&#233;r&#233;e du soir, et la halte, o&#249; s'est form&#233; myst&#233;rieusement, mais cette seule fois, comme dans ce bourg, entre ces demeures anciennes, o&#249; la nuit surprit sur cette place, presque &#224; l'herbe entre les pav&#233;s, qui butait sur ce quai au bord d'un lac, aux quelques barques amarr&#233;es, et sur lequel se d&#233;tacha et apparut progressivement &#224; travers l'obscurit&#233; miroitante de l'eau et opaque du ciel et des collines les contours et la masse plus terne d'une &#238;le imp&#233;n&#233;trable et inaccessible avant que le trait lumineux d'un train ne la d&#233;chire brutalement, tr&#232;s loin sur l'autre rive, filant ailleurs vers un autre jour, cette image qui nomme le songe de ce lieu et le dissipe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L82xH72/788-snadji-singe-3f529.jpg?1509820284' width='82' height='72' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chiens de La Havane</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-chiens-de-La-Havane</link>
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		<dc:date>2013-05-05T12:48:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Robert-Gu&#233;don et Pierre Gu&#233;don</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Cuba</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; La Havane au soir tomb&#233; qui, l&#224;-bas, tombe vite. De l'a&#233;roport jusqu'au centre, nous avons suivi une large route d&#233;serte et crois&#233; quelques pi&#233;tons perdus dans la touffeur des bas-c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Villes" rel="directory"&gt;Villes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Cuba" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton357-86a42.jpg?1772188391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; La Havane au soir tomb&#233; qui, l&#224;-bas, tombe vite. De l'a&#233;roport jusqu'au centre, nous avons suivi une large route d&#233;serte et crois&#233; quelques pi&#233;tons perdus dans la touffeur des bas-c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/098-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/098-2-eb04c.jpg?1509815021' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; La Havane au soir tomb&#233; qui, l&#224;-bas, tombe vite. De l'a&#233;roport jusqu'au centre, nous avons suivi une large route d&#233;serte et crois&#233; quelques pi&#233;tons perdus dans la touffeur des bas-c&#244;t&#233;s. Arriv&#233;s &#224; l'h&#244;tel, il faisait d&#233;j&#224; nuit noire. Depuis le huiti&#232;me &#233;tage, nous avons scrut&#233; la ville. On devinait le port, des toits d'immeubles, des rues &#233;troites, de rares lampadaires. Aucune enseigne lumineuse ou clignotante, aucun bruit de fond, aucune sir&#232;ne d'ambulance comme si, dans cette capitale, il n'y avait jamais urgence. C'&#233;tait une nuit opaque et sourde. Le ciel &#233;tait de feutre noir, doux et r&#226;peux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_08_la_havane_190-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2011_08_la_havane_190-2-30f1f.jpg?1509815021' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aube, les bruits sont revenus peu &#224; peu, encore assourdis par la brume. On dirait un ventre secou&#233; de borborygmes. C'est l'hiver, 25&#176;, vent de mer. Au bout du Prado, les palmiers sont agit&#233;s comme des &#233;ventails. Un cargo entre au port en rayant l'eau. Finalement, nous remontons vers le th&#233;&#226;tre pour nous enfoncer dans le quartier chinois. Rues d&#233;fonc&#233;es. Circulation al&#233;atoire, droite, gauche, selon les nids de poules. Aucune boutique except&#233; quelques rez-de-chauss&#233;e dont la fen&#234;tre fait office d'&#233;tal pour de piteux l&#233;gumes. Aucun yaourt dans les magasins d'&#233;tat, aucune bo&#238;te de conserve. Ni lessive, ni savon. Ni mouchoirs, ni crayons. Le rien &#224; profusion. Au fond des entr&#233;es d'immeubles, des gens assis nous regardent passer. Ils se tiennent dans l'ombre, derri&#232;re le linge qui pend. Parfois, une jeune fille cligne de l'&#339;il en direction de mon ami - Ola, amigo - On ne sait jamais. Pas de canettes vides dans les caniveaux, pas de d&#233;tritus, rien ne tra&#238;ne, tout est bon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_08_la_havane_196-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2011_08_la_havane_196-2-aabb4.jpg?1509815022' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre plus grande contribution &#224; l'&#233;conomie est d'&#233;viter le gaspillage &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
a d&#233;clar&#233; Raul &#224; la r&#233;union &#233;largie du Conseil des ministres, rapporte le &lt;i&gt;Granma&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le &lt;i&gt;Malecon&lt;/i&gt;, les nuages s'effilochent, l'&#233;cume des vagues l&#232;che le parapet. Huit kilom&#232;tres de bitume d&#233;fonc&#233; o&#249; roulent et tressautent des Chevrolet roses, des Buick vert &#233;meraude, comme sur une vieille photographie coloris&#233;e. Le golf n'est pas si clair, la mer a des reflets violets.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_08_la_havane_049-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2011_08_la_havane_049-2-91445.jpg?1509815022' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous le mot d'ordre &lt;i&gt;Avec tous&lt;/i&gt;, et l'unit&#233; comme drapeau, des milliers de jeunes ont d&#233;fil&#233; jusqu'au Parc central pour rendre hommage au H&#233;ros national cubain Jos&#233; Marti &#187;, dit encore le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, ce sont des chiens qui nous accompagnent. En file indienne : cinq sur le parapet, trois sur le trottoir, attentifs au moindre rebut, partis pour tourner des heures autour de la ville, comme nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La marche &#233;tait pr&#233;sid&#233;e par les membres du Bureau politique, le premier vice-pr&#233;sident du Conseil d' &#201;tat et du Conseil des ministres, et le ministre de l'&#201;ducation sup&#233;rieure. La premi&#232;re secr&#233;taire de l'Union des jeunesses communistes et la premi&#232;re secr&#233;taire du Parti &#224; La Havane, &#233;taient &#233;galement pr&#233;sentes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni m&#233;t&#233;o, ni horoscope, ni mots crois&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus petit des chiens vient nous renifler. Il nous suit ou nous pr&#233;c&#232;de, bifurque derri&#232;re nous, ne nous perd pas de vue. Il ne nous viendrait certainement pas &#224; l'id&#233;e de le caresser. Nous avons quitt&#233; le &lt;i&gt;Malecon&lt;/i&gt; pour rejoindre la vieille ville, le chien sur les talons. Personne ne pourrait non plus imaginer qu'il nous appartient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_08_la_havane_188-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2011_08_la_havane_188-2-3bae7.jpg?1509815022' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de bo&#238;te de Canigou, pas de laisse et encore moins d'os &#224; ronger. Les chiens ne sont pourtant pas si fam&#233;liques. Ni les gens. Pas d'avantage agressifs mais infatigables dans leur d&#233;ambulation circulaire. Et nous, de sourire, de nous laisser mettre la main sur l'&#233;paule avant de la mettre au porte-monnaie. Il est bon de se faire avoir, surtout d&#232;s le premier jour. Ainsi pr&#233;muni, on peut avancer plus fermement, refuser les cal&#232;ches, les taxis et les faux cigares &lt;i&gt;cohiba&lt;/i&gt;. Nous passons devant l'h&#244;tel &lt;i&gt;Ambos Mundos&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Havana Club&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Floridita&lt;/i&gt;, o&#249; des musiciens pour touristes jouent mal et fort des airs de Compay Segundo. Nous buvons des bi&#232;res &lt;i&gt;Bucanero&lt;/i&gt; dans d'autres bars qui n'ont jamais song&#233; &#224; s'enorgueillir d'avoir servi un ivrogne, tout Hemingway qu'il f&#251;t. Le chien est d'une patience infinie. Fidel et Raul Castro sont placard&#233;s partout sur l'affiche-anniversaire de la r&#233;volution. Le portrait du Che s'effrite sur les murs et les fa&#231;ades mang&#233;s de salp&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_cuba_008-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2011_cuba_008-2-f57b3.jpg?1772188388' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions fini par oublier le chien trottinant &#224; nos c&#244;t&#233;s. Le portier de notre h&#244;tel l'a chass&#233; alors qu'il franchissait le seuil derri&#232;re nous. Nous n'avons pas os&#233; nous retourner. Nous avons travers&#233; le grand salon sous les portraits d'anciennes gloires habitu&#233;es de l'h&#244;tel : Al Capone, Graham Greene, avec le num&#233;ro de la chambre qu'ils occupaient et qu'on aurait pu jouer peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni casino, ni tombola, ni jeu de Monopoly, ni loto. Rien &#224; gratter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous ne savons pas s'il existe, ici, une fourri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2011_cuba_009-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/2011_cuba_009-2-a25b1.jpg?1772188388' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.revue-placepublique.fr/" class="spip_out"&gt;Revue Place publique&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les chiens de la Havane est paru dans Revue Place publique #29 - septembre-octobre 2011.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est accompagn&#233; ici de photographies de Pierre Gu&#233;don.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Magdi Senadji</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Magdi-Senadji-335</link>
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		<dc:date>2013-02-21T22:37:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Robert-Gu&#233;don</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;TK-21 LaRevue ouvre une r&#233;flexion consacr&#233;e au photographe Magdi Senadji, dix ans apr&#232;s sa disparition. Photographe important des ann&#233;es 80 et 90, Magdi Senadji, outre quelques expositions, a surtout publi&#233; quatre livres importants Facile, Gombrowicz, Prague et Bovary, tous parus aux &#201;ditions Marval.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH89/arton335-af1d3.jpg?1772188391' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;TK-21 LaRevue ouvre une r&#233;flexion consacr&#233;e au photographe Magdi Senadji, dix ans apr&#232;s sa disparition. Photographe important des ann&#233;es 80 et 90, Magdi Senadji, outre quelques expositions, a surtout publi&#233; quatre livres importants Facile, Gombrowicz, Prague et Bovary, tous parus aux &#201;ditions Marval. Cet &#233;diteur ayant cess&#233; son activit&#233; et Magdi Senadji n'ayant laiss&#233; de son c&#244;t&#233; que peu de tirages originaux, son &#339;uvre est aujourd'hui presque invisible m&#234;me si quelques tirages sont pr&#233;sents dans quelques institutions. Les livres qu'il a publi&#233; sont pour la plupart &#233;puis&#233;s. Quant aux six fascicules parus aux &#201;ditions &#192; une Soie, TK-21 les republiera dans ses prochains num&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TK-21 LaRevue ayant pour d&#233;sir de rendre &#224; nouveau accessible l'ensemble de cette &#339;uvre va entreprendre un travail de recherche afin de mener &#224; bien ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre hommage &#224; Magdi Senadji dix ans apr&#232;s sa disparition, TK-21 LaRevue publie deux textes de Danielle Robert-Gu&#233;don extraits de ses romans, Le d&#233;sespoir du singe et Les vivants, les morts et les marins dans lesquels elle &#233;voque la figure de Magdi Senadji. Nous accompagnons ce portrait litt&#233;raire de quelques images et d'un portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2426 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L327xH500/senadji_prague_005-0052f.jpg?1509824046' width='327' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Prague
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Citations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;sespoir du singe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danielle Robert-Gu&#233;don - &#201;ditions Balland - 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre homme, ami de B, devenu aussi le mien, est revenu d&#232;s qu'il a su qu'il n'y avait plus de cris d'enfants. Cet artiste se r&#233;jouit des changements. Il ne retenait de la nouvelle organisation de B que l'&#233;criture galopante et les rendez-vous avec la belle Allemande dont il remarqua la main longue et fine comme celle de l'inconnue qu'il avait photographi&#233;e &#224; Rome, griffant de ses ongles rouges le pelage d'un chien. Je ne regarde maintenant jamais cette photographie dans la cuisine sans songer que la seconde Allemande avait d&#251; caresser les chiens plus souvent qu'elle ne caressait B durant ses visites au ch&#226;teau. Pourtant j'ai vu pr&#232;s de la combe l'herbe foul&#233;e et des foug&#232;res incapables de se redresser. &#201;tait-ce de s'&#234;tre allong&#233;e seule pr&#232;s des chiens en attendant qu'au-dessus d'elle la fen&#234;tre du bureau s'&#233;teigne ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L319xH500/senadji_prague_037-64c63.jpg?1509824046' width='319' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Prague
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet homme aux origines bourguignonnes apportait des Pommards &#226;g&#233;s et des livres &#233;puis&#233;s. Il enveloppait les bouteilles de papier de soie et les volumes de papier cristal. Comment va Paris ? lui demandait B. Invariablement, Paris allait bien. Nous devinions les heures pass&#233;es dans les librairies et aux terrasses. &#192; l'&#233;vocation de certaines rues, l'Allemande tressaillait, gourmande de foule et de vitrines. Le photographe pr&#233;cisait un parcours sem&#233; de rencontres et de visions insolites, livrait quelques instants de pacotille &#224; la belle avant de distraire B, l'&#233;loignant de l'ombre gigantesque de Dosto&#239;evski, de Kafka ou de Joyce, l'entra&#238;nant comme on entra&#238;ne au caf&#233; un ami pein&#233; pour lui offrir un verre. Il lui pr&#233;sentait la carte des r&#233;cits brefs et des textes pr&#233;cieux, proposait Lambrichs, proposait Jouve et l'ivresse l&#233;g&#232;re montait. Nous go&#251;tions &#224; tout. Aujourd'hui notre d&#233;pendance est grande mais B pr&#233;f&#232;re toujours les alcools forts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L134xH200/senadji_bovary_065-b3dd4.jpg?1509824046' width='134' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bovary
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre ami bourguignon vint passer plusieurs jours dans la r&#233;gion et le travail qu'il avait entrepris convenait si bien &#224; ce que nous vivions dans le triangle instaur&#233; par B qu'aucun de nous ne prit garde &#224; la brume qui s'accrochait le soir &#224; l'araucaria. Notre ami photographiait des r&#234;ves. Ceux qui, &#224; l'instar d'une antienne, agitent les nuits des jeunes filles &#224; marier autant que les jours des jeunes &#233;pous&#233;es. Bovary madame et Bovary Charles. La campagne, entre Laval et Vitr&#233;, est grande pourvoyeuse de songes creux. Notre ami avait d&#233;j&#224; une belle collection d'arbres o&#249; l'on s'adosse, de troupeaux et de terres emblav&#233;es dont les promesses repoussent les murs des granges et des greniers. Il y avait aussi, ponctuant le livre qu'il feuilleta devant nous, des roses aux p&#233;tales &#233;cart&#233;s, des arums comme des conques o&#249; murmurer d'ineffables tentations, des fleurs communes &#233;tourdies par le souffle d'un &#233;talon. Il compta les pages blanches sur lesquelles il allait &#233;pingler le reste : aisselles de petites filles et rubans tress&#233;s &#224; la queue des juments. Nous l'avons accompagn&#233; aux f&#234;tes des moissons o&#249; nous retrouvions parfois l'ami &#233;crivain comparant faucards et faux &#224; r&#226;teaux. Et tandis que le photographe s'&#233;loignait, nous nous installions sur les bancs pour boire du cidre, cherchant autour de nous la mis&#232;re de Charles et la faillite d'Emma, parlant des Bovary comme d'anciennes connaissances. Leila fuyait le fracas des moissonneuses, B &#233;valuait les b&#234;tes. On voyait, entre les cornes des b&#339;ufs, tourner les roues d'une faneuse et, plus haut, quelques moineaux accroch&#233;s &#224; une charpente. Notre ami photographe regardait les femmes, la fra&#238;cheur d'un bras dont la saign&#233;e pliait, la fatigue d'un cou dont la peau grenue tremblait. Leila, si elle en avait dout&#233;, constatait l&#224; accoud&#233;e &#224; une table de bois, les ravages d'un court &#233;t&#233; en Mayenne et l'impossibilit&#233; de pr&#233;tendre &#224; quoi que ce soit entre un champ et deux bosquets. Nous rentrions m&#233;contents avec, aux doigts, l'odeur des galettes et des b&#234;tes &#233;nerv&#233;es que nous avions gentiment claqu&#233;es, essuyant nos paumes moites &#224; leur pelage r&#234;che. B regrettait d'avoir perdu deux heures, notre ami se d&#233;solait de n'avoir pu surprendre une pisseuse dans un foss&#233;, avouant qu'il avait esp&#233;r&#233; sous une jupe la fente noire qui manquait &#224; son livre. On riait, se r&#233;criait : n'avait-il pas d&#233;j&#224;, en vis-&#224;-vis, tablier de dentelle et l&#233;gion d'honneur, &#233;pis entrelac&#233;s sur une nappe d'autel et rideau mauve de confessionnal ? On buvait encore la nuit tombait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L331xH500/senadji_bovary_053-953ad.jpg?1509824046' width='331' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bovary
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Citation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les vivants, les morts et les marins&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ditions Joca Seria - 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me fallait sans doute le regard d'un photographe pour d&#233;couvrir Paris, son obsession des caf&#233;s et des femmes. Je regarde les livres de Magdi Senadji, ce qu'il y a consign&#233;, tables napp&#233;es, linge soulev&#233;, tout ce qu'avant lui un p&#232;re alg&#233;rien avait voulu d&#233;ployer, entreb&#226;iller, tout ce &#224; quoi une m&#232;re dijonnaise avait consenti avant de se r&#233;tracter. ll faut, que des mots seuls, proc&#232;de ce qu'&#233;tait cet homme. Mon amour aussi. Le restaurant La Fr&#233;gate o&#249; l'on mangeait gras et bien. D'o&#249; l'on devinait la Seine sans la voir. Mais &#224; son &#233;gard la m&#233;lancolie n'est pas de mise : cet homme m'a s&#233;duite en m'apportant du vin de Bourgogne. Ses derniers instants de lucidit&#233; ont &#233;t&#233; pour me prier de d&#233;boucher une bouteille &#224; l'intention d'amis tr&#232;s chers. Ensuite. il m'a fallu deviner dans la bousculade des mots et leur chute ce qui avait encore un sens. Il les avan&#231;ait prudemment, les entourant d'un ton interrogatif comme un &#233;tranger v&#233;rifiant qu'il prononce bien. Puis, devant mon incompr&#233;hension, il se taisait. Je n'avais pour tout recours qu'&#224; suivre son regard. Il ne demandait rien, ne faisait que recenser ce qu'il allait quitter, comme s'il craignait en mourant que le bel ordonnancement de ses objets se d&#233;fasse, comme il savait &#8211; et il le savait &#8211; qu'une fois enfuie sa mani&#232;re de consid&#233;rer les choses, celles-ci se faneraient. De ce qu'il aurait pu dire encore, rien n'&#233;tait intelligible, sinon la conscience aigu&#235; qu'il avait vu ce que la plupart ignorent. J'allumais une lampe, il regardait encore autour de lui, faisait un imperceptible signe, j'en allumais une autre, en d&#233;pla&#231;ais encore une, j'essayais de trouver pour lui la bonne lumi&#232;re, l'exacte p&#233;nombre. Il semble qu'&#224; vivre il trouvait encore de la gr&#226;ce, en tout cas, son extr&#234;me politesse me l'a fait croire jusqu'au bout. Et sa l&#233;g&#232;ret&#233;, de plus en plus l&#233;g&#232;re puisqu'il ne mangeait plus, tenant toutefois &#224; s'attabler avec moi comme si de rien n'&#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L332xH500/senadji_bovary_058-86b24.jpg?1509824046' width='332' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bovary
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ma confiance en son regard &#233;tait telle que je ne voyais plus par moi-m&#234;me. Je r&#233;apprends. Il a beaucoup photographi&#233; &#224; Paris. Il m'a beaucoup photographi&#233;e lorsque je l'y retrouvais. Les images se superposent, il m'a invent&#233;e dans cette ville, par fragments le plus souvent. Je me recompose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait sa ville, pas la mienne. Je m'y sentais d&#233;sempar&#233;e. D'autant plus qu'il s'ing&#233;niait &#224; m'en pr&#233;senter toutes les s&#233;ductions, me pr&#233;servant du reste. Que j'aie toujours refus&#233; d'y vivre constituait pour lui comme un affront et certainement la preuve d'un ent&#234;tement b&#234;te. Ce n'est pas faux, m&#234;me en consid&#233;rant pompeusement que l'affirmation de soi passe par l'opposition &#224; l'autre. Lui ne voulait envisager que &lt;i&gt;La beaut&#233; d&#233;cisive&lt;/i&gt;. Nous n'avons jamais pris le m&#233;tro aux heures de pointe et rarement aux autres heures. Il rechignait &#224; ce que je fasse quelques courses pour un d&#238;ner froid dans sa chambre, affirmant que lorsqu'on vit rue Monsieur-Le-Prince (et il donnait &#224; ses dix m&#232;tres carr&#233;s une emphase peu ordinaire) ce n'est pas pour pique-niquer. Et puis, il n'aimait pas le folklore des march&#233;s, les odeurs brutes, les cris des camelots. Je n'ai pas toujours &#233;t&#233; &#224; la hauteur de ce luxe qu'il mettait &#224; mes pieds. Il voulait que je puisse respirer amplement, ce qu'on nous conc&#232;de rarement. J'ai pris de grandes inspirations avec lui. Moins il avait d'argent, plus il m'entra&#238;nait dans les caf&#233;s et les restaurants les moins snobs, les plus chaleureux, les plus r&#233;put&#233;s, les moins ou les plus je-ne-sais-quoi, les plus parisiens sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L331xH500/senadji_bovary_033-fe235.jpg?1509824046' width='331' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bovary
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusque dans la maison de campagne o&#249; il venait me voir, il apportait Paris. Il suffisait que nous nous installions au fond du jardin sombre, que l'on allume les lampes du salon, de la salle &#224; manger, de l'entr&#233;e, de la cuisine, des chambres &#224; l'&#233;tage, une d&#233;bauche de lumi&#232;res p&#226;les, que sur la cha&#238;ne st&#233;r&#233;o nous mettions le disque d'&lt;i&gt;India song&lt;/i&gt;, la musique de Carlo d'Alesso &#8211; &lt;i&gt;Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi que nous dansions ensemble&lt;/i&gt; &#8211;, pour que la campagne dev&#238;nt une ambassade. Nous &#233;tions dans la nuit, seuls ; les lumi&#232;res de la maison, la musique nous donnaient l'illusion de nous &#234;tre &#233;loign&#233;s d'une foule inexistante. Paris ? M'&#233;tonnais-je. Oui, Paris, tout ce &#224; quoi on r&#234;ve quand on n'y est pas, &lt;i&gt;chanson de ma terre lointaine, et toi qui me dis tout&lt;/i&gt;. Et les roses et les cand&#233;labres, c'&#233;tait Paris, sa richesse, ce qu'il fallait &#224; tout prix atteindre. La gloire aussi. Dont je riais. Il ne savait pas lui-m&#234;me &#224; quel point il &#233;tait &#233;tranger, non pas dans la vie, non pas dans l'amour, mais dans le regard. De ma maison, j'&#233;tais pr&#234;te &#224; faire une ambassade, un lieu de passage, de r&#233;union, voire de r&#233;ceptions simili-somptueuses. Il n'en pensait que du mal, l'inanit&#233; totale. Paris ne pouvait briller que de ses propres feux. Il fallait s'y frotter, y &#234;tre heureux. Je ne pense pas lui avoir fait croire que je me rendrais un jour. En m&#234;me temps, je voulais bien m'extasier pendant quelques temps. Pourquoi le voulais-je, pourquoi ne le pouvais-je pas ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH594/oeil-senadjiiwi-f6247.jpg?1509824047' width='400' height='594' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Facile
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui quand il m'appara&#238;t en r&#234;ve, il a parfois trois yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue de Seine, rue Dauphine, il regardait droit et haut. La rue de Bucci ne l'int&#233;ressait pas. Nous remontions vers l'Od&#233;on, il s'arr&#234;tait &#224; toutes les vitrines, entrait Aux Amis des livres (l'enseigne &#233;tait encore celle-l&#224;), furetait, feuilletait, je le laissais fouiller. Nous ressortions, il avait trois livres sous le bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu n'as rien trouv&#233; ? &#187; me demandait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais rien cherch&#233; et n'avais rien trouv&#233;. J'attendais qu'on aborde les all&#233;es du Luxembourg, il tra&#238;nait les pieds, ne comprenait pas le plaisir &#224; s'empoussi&#233;rer les chaussures. Il regardait les sculptures, les flancs des femmes. J'observais les arbres, j'&#233;valuais le nombre de printemps &#224; leurs troncs, le fleuve de s&#232;ve repartant chaque ann&#233;e &#224; l'assaut des branches. J'aurais du deviner qu'il ne pouvait se confronter &#224; &#231;a, je ne voyais rien, il voyait pour moi. Nous avions de vaillantes querelles, nous disputions des femmes, des hommes que je m'ing&#233;niais &#224; travestir en arbres. Il avait le dernier mot, il citait encore Lambrichs, &lt;i&gt;Les Fines Attaches&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Ce qui est profond se l&#232;ve &#224; hauteur de la vie, le sens des choses se lit en pointill&#233;s comme des clous lumineux sur une piste d'envol, on est alors plac&#233; au centre d'un miracle o&#249; le divin est &#224; port&#233;e de main. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divin... Les pointill&#233;s... La passation d'&#226;me &#224; &#226;me, d'homme &#224; homme. C'est en octobre, Magdi est mort depuis plusieurs mois. Sur son passeport, date d'expiration 24 mars 2003. Il a obtemp&#233;r&#233;. Rien ne s'invente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entra&#238;ne Philippe, mon cousin, dans les m&#234;mes rues et ce ne sont plus les m&#234;mes. La Seine a des couleurs inou&#239;es, j'ai un bas qui flanche comme un rappel. Des bas r&#233;sille &#224; propos desquels les amis osent me dire qu'on dirait des bas de pute. Ce sont leurs gentillesses. Bravement, je poursuis, sachant bien qu'il n'est pas question de jugement mais de libert&#233;. Il n'y a pas de quoi rire, ce filet sur mes jambes est un filet de protection : j'aime. J'aime octobre. J'aime encore Magdi, j'aime mon cousin, je me mets &#224; aimer Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s longtemps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L98xH135/smprtrt-5aa7a.jpg?1509824047' width='98' height='135' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Magdi Senadji
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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