<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tk-21.com/spip.php?id_auteur=3127&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Chevaux aim&#233;s</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Chevaux-aimes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Chevaux-aimes</guid>
		<dc:date>2023-04-01T17:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme une &#226;me qui s'en va un petit air de fl&#251;te dans l'assembl&#233;e avait &#233;teint les paroles et quelques uns marchant dehors baissaient la t&#234;te sous leurs turbans.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH116/arton2247-71678.jpg?1772189403' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme une &#226;me qui s'en va un petit air de fl&#251;te dans l'assembl&#233;e avait &#233;teint les paroles et quelques uns marchant dehors baissaient la t&#234;te sous leurs turbans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais les chevaux piaffaient dehors, une tension dans le troupeau irritait et de m&#234;me dans l'assembl&#233;e circulaient des jurons. Le cercueil resta dans l'&#233;glise, et quand le musicien chanta &#171; il est parti, ils est parti ! Que les lointains l'accueillent &#187; on entendit des pleurs et quelques g&#233;missements&#8230; Les chevaux foulaient l'herbe verte des pr&#233;s, certains se dirigeaient vers la source des bois, d'autres s'approchaient de la foule rassembl&#233;e o&#249; quelques personnes se levaient et secouaient leurs v&#234;tements. L'air de fl&#251;te avait cess&#233;, c'&#233;tait au tour des tambourins de faire r&#233;sonner les rythmes vari&#233;s de Princesse Augure, Prince Renom et Diable Fortune qui avan&#231;aient venant de trois directions in&#233;gales en &#233;cartant la foule. Le fl&#251;tiste reprit la chanson : &#171; il est parti, il est parti&#8230; &#187; tandis que les chevaux derri&#232;re la cl&#244;ture s'assemblaient silencieusement en observant la foule qui s'&#233;brouait. Par petits groupes se resserraient les liens, des personnes isol&#233;es allaient calmer les chevaux de monte attach&#233;s au mur de l'&#233;glise ou &#224; l'ombre de deux arbres. Derri&#232;re le troupeau ventre contre ventre serr&#233; et immobile arrivaient quelques &#233;talons belliqueux qui poussaient ; les plus jeunes s'esquivaient, de plus vieux r&#233;sistaient ou c&#233;daient le passage, les &#233;talons bient&#244;t furent sur le devant, ils tr&#233;pignaient un peu, un homme muni d'une branche les repoussaient&#8230; Et dans l'assembl&#233;e clairsem&#233;e sur le parvis d'herbe rase s'&#233;levaient des voix plus fortes et quelques cris tandis que s'arrangeaient les groupes. Le pr&#234;tre sortit, leva les bras en direction des chevaux puis s'installa aupr&#232;s des musiciens. Princesse Augure dansa en tournant sur elle-m&#234;me, sa robe volait autour de sa taille fine pendant que Prince Renom jouait l'acrobate tant&#244;t la pr&#233;c&#233;dant, tant&#244;t virevoltant pr&#232;s d'elle, ils avan&#231;aient fendant la foule dont les mouvements incessant produisaient des bousculades que les chevaux semblaient suivre en fr&#233;missant. Quant &#224; Diable Fortune, il ajustait son pantalon de zouave pr&#232;s de l'enclos. Les tambourins battaient un rythme plus soutenu pendant que les gens d&#233;roulaient des tapis et des toiles pour s'installer face au pr&#234;tre et musiciens ; le fl&#251;tiste changea d'instrument et joua un air sombre et lent dont le souffle apaisa les voix et les mouvements&#8230; On rejetait d'une &#233;paule le plis des capes de voyage, on ajustait le voile de cheveux, on posait sur ses genoux les mains aux bagues nombreuses, quelques uns ajustaient le poignard de ceinture, d'autres repoussaient la toile du large pantalon dans les bottes de cuir, on d&#233;posait les fusils aux brides d&#233;cor&#233;es et les sacs de dentelle ; l'air sombre allait son train, le souffle du musicien m&#234;l&#233; aux notes modul&#233;es repoussait &#224; l'extr&#234;me la respiration ; ainsi chacun retenait la sienne et les chevaux &#224; la cl&#244;ture pi&#233;tinaient d'une jambe sur l'autre, les oreilles dress&#233;es et mobiles&#8230; Le ciel &#233;tait sans nuage. &#171; En ce lieu, nous avons go&#251;t&#233; la douceur&#8230; &#187; La voix seule chanta parmi les musiciens silencieux ; quelques hommes approuv&#232;rent &#171; &#244;l&#224;&#224;h ! &#187;. &#171; Nous avons go&#251;t&#233; la douceur mais nos chevaux ont de l'humeur ! Celui qu'on honore &#034;je vais vers toi, fais un pas vers moi&#034;, il doit le dire. Qui va faire ce pas ? Je sens qu'ils sont nerveux, faut-il les calmer. Faut-il calmer l'attente de l'homme d&#233;c&#233;d&#233; ? Qu'a-t-il fait pour en attendre la douceur ? Nous sommes ici dans la douceur ; c'est pour l'aider que nous y sommes&#8230; &#187; Et la fl&#251;te reprend, les tambourins l'accompagnent, les gens bougent un peu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH611/1_euge_ne_delacroix-de25e.jpg?1680375404' width='500' height='611' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le vent, le vent soudain souffle fort sur l'assembl&#233;e, on se serre en silence, les groupes se d&#233;placent &#224; peine, c'est &#224; genoux qu'ils se rapprochent ; on se g&#232;ne, les chevaux frissonnent tandis que les queues fouettent leurs flancs ; les crini&#232;res se soul&#232;vent et s'&#233;bouriffent, les chevaux avec patience observent les gens&#8230; &#171; Nous avons go&#251;t&#233; la douceur, voici le vent du d&#233;saccord. Que vous a fait celui-l&#224; ? Laissez les souffles et ne bougez pas. Nous avons go&#251;t&#233; la douceur, laissons-la, elle calme les humeurs, elle calmera son attente. Il est parti, celui qu'on honore&#8230; &#187; &#171; &#212;l&#224;&#224;h ! &#187; La fl&#251;te reprend l'air l&#233;ger, comme une &#226;me s'en va, la m&#233;lodie passe sur les groupes et se disperse&#8230; Une fine pluie descend du ciel couvert jusqu'&#224; l'horizon d'une &#233;paisseur de gris brumeux qui s'&#233;paissit au-dessus de l'assembl&#233;e. Les t&#234;tes baiss&#233;es remuent peu. &#171; Gens inquiets, supporterez-vous la pluie ? Vous avec go&#251;t&#233; la douceur en ce lieu, ne le quittez pas ! &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici que l'orage se leva et tonna le tonnerre. &#171; Voici ce qui nous vient, n'&#233;gayons pas notre humeur et gardons-lui l'honneur&#8230; &#187; Des &#233;clairs travers&#232;rent le ciel gris, les chevaux flanc &#224; flanc se bouscul&#232;rent et puis soudain la foudre f&#233;rocement craqua au-dessus de l'assembl&#233;e, et soudain les chevaux, les chevaux affol&#233;s pass&#232;rent la barri&#232;re. Sauve qui peut ! Qui peut se sauve ! Les chevaux foulent les tapis et les toiles, ils heurtent l'estrade qui s'&#233;croule, les musiciens roulent, certains sous les pieds des chevaux ; sur le parvis le troupeau s'&#233;gare, cherche une issue &#224; sa fuite, pi&#233;tine, pi&#233;tine encore en tournant affol&#233;s et furieux, des hommes parfois au milieu d'eux l&#232;vent les bras ; alors les chevaux se bousculent l'un l'autre, ruent et se dressent et des gens au-dessous subissent ces assauts, sont pi&#233;tin&#233;s, meurent ensanglant&#233;s. Les b&#234;tes, les hommes cherchent un chemin, une issue, les chevaux trouvent entre les arbres le chemin de la fuite, ils s'y engouffrent, bousculent les chevaux de monte qui tirent sur les longes et ruent ; des gens se prot&#232;gent, ils tirent l'un deux par le v&#234;tement, comme ils peuvent le mettent &#224; l'abri du carnage, ils se poussent, s'&#233;nervent, &#233;nervent les b&#234;tes qui s'enfuient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si l'on veut un petit air de fl&#251;te, le chant d'une &#226;me parmi les d&#233;g&#226;ts et les morts s'&#233;l&#232;ve tandis que l'orage s'&#233;loigne et que s'&#233;goutte l'eau laiss&#233;e par la pluie&#8230; Je chante, je le chante en pleurant car alors la musique est poignante, je me laisse aller ainsi &#224; l'&#233;l&#233;vation, ma voix ne monte pas mais l'expression du sanglot entra&#238;ne, elle devient rauque et profonde, le souffle alors s'&#233;poumone et je d&#233;couvre le public assis sur les bancs du parvis de l'&#233;glise ; je d&#233;couvre qu'il se tait si obstin&#233;ment que j'appr&#233;hende le malheur, je le sens qui passe au travers de mon ventre ce qui contribue &#224; rendre mon chant plus dramatique&#8230; Je chante mes amis et je vous dis merci ; je chante les chevaux qui vinrent par ici noyer les vaines c&#233;l&#233;brations et je c&#233;l&#232;bre ainsi nos retrouvailles ; le ciel est cl&#233;ment, sous le feuillage des arbres l'ombre est douce. Voici ce qu'il advint alors qu'approchait l'orage, les chevaux irrit&#233;s d'attendre la vaine assembl&#233;e, les chevaux irrit&#233;s du son fluet d'une musique &#233;trang&#232;re ou bien les chevaux attir&#233;s par la musique famili&#232;re se ru&#232;rent dehors en course d&#233;sordonn&#233;e, et ce qu'il en advint, vous le savez, les morts le savent et c'est pour effacer la m&#233;moire que nous allons reprendre le chant des amants incertains : ils vinrent avec le troupeau participer &#224; la f&#234;te des neuvaines, ils chevauch&#232;rent quatre lieues, &#212;, &#212; &#194;h ! Ils chevauch&#232;rent, les voici, ils atteignirent le lieu de la f&#234;te, l'amour les y attendait mais la mort guettait. Un orage ce n'est rien, l'orage des c&#339;urs qui s'aiment c'est autre chose, il se rua sur elle pour la prot&#233;ger, on crut qu'il voulait la forcer, on eut le temps de le faire tomber mais les chevaux, les chevaux sur elle et sur lui, unis tous deux, les chevaux pi&#233;tin&#232;rent sans fa&#231;on, sans fa&#231;on et sans &#226;me ils s'&#233;loign&#232;rent de la f&#234;te pour courir &#224; la source des bois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustrations : Eug&#232;ne Delacroix &#8212; Chevaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S'accorder &#224; l'horizon &#8212; IV/IV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-IV-IV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-IV-IV</guid>
		<dc:date>2022-12-01T12:49:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison, son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2174-ffce5.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison, son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Advient alors un ch&#339;ur&lt;/strong&gt; de fleurs qui s'ouvrent doucement jacinthes des bois, bugles et pa&#770;querettes toutes baigne&#769;es de rose&#769;e froide e&#769;tincelantes sous la lumie&#768;re encore rase qui les caresse et dont la clarte&#769; progresse comme un myste&#768;re derrie&#768;re l'ombre du soir ; elle s'e&#769;tend doucement, lentement au milieu du champ ou&#768; les fleurs offrent l'horizon, un espace autour de la maison, une ouverture, un passage qui invite a&#768; partir plus avant comme l'e&#769;toile au-dessus isole&#769;e dans le ciel qui s'estompe, se retire, bleuit faiblement, doucement dans les effluves de luminosite&#769;s qui l'absorbent. Comme un langage d'e&#769;toile, la lumie&#768;re scintille et recouvre l'azur e&#769;bloui, une voix grave ainsi assourdit les petits cris intimes de cre&#769;atures vivantes qui vivent hors du silence des matie&#768;res aux voix retenues... Il nai&#770;t sur les surfaces d'e&#769;corce et de pierre sans signification, ni mots, des lueurs de sons, des embryons de rythme, il nai&#770;t comme une danse de campagne sur des espadrilles le&#769;ge&#768;res, chaussons souples de cuir fin qui prome&#768;nent leurs pas silencieux dans le sans voix, e&#769;voluant comme si..., si s'e&#769;loignant dans le ciel argente&#769; les robes et les jaquettes flottaient doucement dans une humeur de ouate, un chevreuil sans ha&#770;te s'avance sous l'e&#769;le&#769;gance furtive des gris et des bruns, inaudible e&#769;le&#769;gance me&#770;le&#769;e au monde des arbres tout autour qui se trouve ainsi atte&#769;nue&#769;e dans ses contours aux fines brillances de fourrure se fondant frissonnant mais sans plainte dans le bois, la terre sous le ciel nu et clair... Bien vivant cependant le chevreuil seul et fier fuyant, fuyait encore et de&#769;talait comme toute cre&#769;ature de nuit, sangliers, renards, blaireaux, se cachant au terrier, se couchant au gi&#770;te, absorbe&#769;s silencieux, se de&#769;robant ainsi au jour cruel qui les de&#769;couvrirait retire&#769;s au bosquet comme au maquis... Au bosquet embusque&#769;es, les be&#770;tes loin de la maison fermaient les yeux sur l'horizon et de&#769;ja&#768; parmi les fleurs mouille&#769;es s'e&#769;loignait la route cache&#769;e derrie&#768;re le champ, le bois, l'e&#769;tendue devant que traversaient le pinson, la me&#769;sange, le corbeau en accord de passage. Le monde derrie&#768;re, le milieu, mon endroit s'e&#769;tendait a&#768; l'e&#769;troit quand, m'e&#769;loignant doucement, lentement, sans ha&#770;te, je m'e&#769;veillais par le champ et les fleurs, jusqu'a&#768; l'ornie&#768;re en lisie&#768;re &#171; Ou-i-ya ! &#187; ou&#768; se trouvaient la dame et ses bras, cre&#769;atures et plantes qui murmurent dans l'herbe, sur la sente, sous les bois...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/26_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/26_roussiez-50b24.jpg?1669899240' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le charme&lt;/strong&gt; des e&#769;toiles qui appellent dans la nuit, leur lumie&#768;re s'e&#769;teint au matin, dans le champ, le bois, la maison, leur clarte&#769; se dilue a&#768; l'inte&#769;rieur du jour..., dans le jour un peu blanc, elles insufflent au soleil et malgre&#769; les nuages gris des fragrances de jaune, dore&#769;, imperceptibles ; elles chauffent le blanc-gris comme la voix des enfants dans la foule des rues ou bien encore les ge&#769;missements des oisillons dans le murmure des e&#770;tres sans voix, les glapissements des renardeaux, le coassement des corbeaux, le marte&#768;lement des pics, le criaillement des geais dans la rumeur des bois comme..., comme dans la basse-cour aussi ou&#768; ronronne la pompe d'un puits le gloussement des poules dans l'apre&#768;s-midi chaud autour du chien qui dort et du jeune chat, comme, &#171; com'... &#187;, charme sensible, se&#769;duction paisible pour l'oreille des anciens, cris qui venaient comme de petits jeux de fond e&#769;gayer le monde murmurant, s'inte&#769;grant, s'accrochant doucement et proposant au loin, venant de loin, le rythme a&#768; peine entame&#769; de mouvements plus vifs. Voici les bruits familiers qui se propagent comme joyeusement parmi les multiples sons me&#770;le&#769;s dans le champ tout le jour ou&#768; de&#769;clinant lentement les clarte&#769;s dore&#769;es si dilue&#769;es alors fondent dans la masse bleute&#769; du ciel jusqu'a&#768; la nuit... La nuit avanc&#807;ait dans l'ombre qui s'intensifiait pendant que se couchait a&#768; l'horizon, tendu comme un incendie, le soleil majestueux dans une sorte de silence qui gre&#769;sillait, de recueillement des choses quand tombent les humeurs stellaires, des vents de haut en bas qui comme, &#171; comme, com' &#187;, comme des voiles fluides se de&#769;plac&#807;aient en remous dans l'air lentement trouble, fluide comme un limon de vase dans lequel ces clarte&#769;s inde&#769;cises e&#769;tincelaient, gouttes-rose&#769;e adamantines, capelines au ciel du soir... Lentement, doucement se re&#769;pandent des ondes vagabondes sans pesanteur avec la lumie&#768;re qui descend, s'atte&#769;nue devant les e&#769;toiles qui montent, scintillent... ; lentement descendent donc les ombres et la nuit tandis que s'e&#769;teignent au fond de l'horizon les lueurs d'incendie qui baignent comme en des laves quelques arbres lointains et des nuages qui passent pendant que l'ombre installe ses voiles de terre me&#770;le&#769;e de suie qui tombent sur le champ, fure&#768;tent au sol par bons et sauts avec les scarabe&#769;es et les fourmis a&#768; leurs affaires dans l'obscurite&#769; comme au passage de l'ombre des nuages du jour... Les e&#769;toiles brillent alors, e&#769;clats de joaillerie, soleils minuscules, et dans la nuit aux voiles e&#769;pais, dans la nuit puissante qui enveloppe les e&#770;tres, des cre&#769;atures s'e&#769;veillent, sans veille ni repos car c'est l'heure qui convient ; elles se de&#769;placent, les sangliers fouissent, les renards chassent, les blaireaux vont a&#768; la rivie&#768;re et le glouglou tre&#768;s doux lentement pe&#769;ne&#768;tre dans leurs bouches comme la lumie&#768;re des e&#769;toiles dans leurs yeux... Des oiseaux s'e&#769;brouent, l'inquie&#769;tude s'insinue sous leurs ailes a&#768; moins que les re&#770;ves, les re&#770;ves e&#769;veille&#769;s, remplissent leurs c&#339;urs et secouent tout le corps sous l'e&#769;moi soudain vif de leur flux... Les chouettes cependant et les chauves-souris entamaient les chasses de la nuit, vols sans bruit, souffles e&#769;phe&#769;me&#768;res dans le brouillard des indications et des obstacles sous le murmure des e&#769;toiles, entre elles a&#768; l'unisson, indiffe&#769;rentes au ronronnement sans fin, au gre&#769;sillement e&#769;lectrique de leurs lumie&#768;res offrant e&#769;blouissantes le cristal jaune et dore&#769; transmis par l'espace interstellaire d'ou&#768;, dit-on, naissent les choses. Elles offraient leur lumie&#768;re sans la re&#769;pandre aux cre&#769;atures de la nuit ainsi qu'a&#768; celles de jour comme le salut discret d'un bonjour &#171; ou&#768; vas-tu, que fais-tu ? &#187;, que fais-tu sous les e&#769;toiles cosmiques et l'espace de&#769;sert quand errent les forces gigantesques dont le destin sans bruit arrache des catastrophes ?...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/27_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/27_roussiez-31bd1.jpg?1669899240' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si loin&lt;/strong&gt;, si loin de la maison, du bois, du champ, de la chouette du soir et des autres encore, des autres nombreux, de nuit, de jour, dans la maelstro&#776;m des me&#769;langes, si loin a&#768; hauteur des arbres et bien plus haut encore a&#768; distance side&#769;rale, incommensurable, la clarte&#769; d'e&#769;toile, perdue, lointaine, loin de laquelle, et pourtant a&#768; l'inte&#769;rieur d'elle, soudain le bruissement du chevreuil et du feuillage avec lui passe avec pre&#769;caution a&#768; deux pas et jappe. Avec attention deux voix laconiques et lentes qui descendent, a&#768; ses oreilles glissent une crainte furtive ; deux voix me&#770;le&#769;es. Parfois on les entend, parfois on ne les entend pas, le bois grince a&#768; petits cris, le sol sec pe&#769;tille, craque le&#769;ge&#768;rement, les ombres comme des bouches engloutissent les sons, se ferment, s'ouvrent lorsque les voix s'accordent en murmure retenu, re&#769;pondant au chant fluet des crissements, stridences du grillon et douceur de la brise se frottant aux feuilles nouvelles endormies dans la nuit qui s'alourdit... S'avance encore la nuit, s'e&#769;paissit le noir de suie, il nai&#770;t une rumeur sans constance que ces voix arrondissent, la vieille dame, visage rond, et le renard a&#768; museau a&#768; deux voix e&#769;mettent de front de petits cris le&#769;gers assourdis quand le sol craque un peu, tous deux s'affairent a&#768; ce qui les occupe pendant que la rumeur qu'on dit des e&#769;toiles de&#769;verse par intermittence l'e&#769;trange scintillement sans mesure, le fluide qui ne s'e&#769;coule et pourtant au travers des filaments te&#769;ne&#769;breux s'insinue, se de&#769;verse en se dissolvant, se retire en avanc&#807;ant, se re&#769;sorbe, et s'e&#769;teint dans la suie comme une flaque d'eau dans le sable ou la terre... Alors dans le sans mouvement, sans bruit dans la nuit sous la carapace de chitine me&#770;le&#769;e, les mandibules affaire&#769;es s'endormirent, le scarabe&#769;e se retira sous la capeline rigide, sous le do&#770;me sphe&#769;rique, cuticule ou&#768; brillent peut-e&#770;tre des e&#769;toiles comme au royaume des morts brillent encore des re&#770;ves ainsi qu'on l'a e&#769;crit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/28_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/28_roussiez-5d3ac.jpg?1669899240' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce chemin&lt;/strong&gt; du jour a&#768; la nuit nai&#770;t sur une nappe de fond ou&#768; il y a, &#171; ou-y-a &#187; un et plusieurs chemins, non pas en directions me&#770;le&#769;es, sans direction alors mais disparates directions, de la maison, du bois, a&#768; travers l'e&#769;tendue, sur le champ, qui viennent, s'approchent, d'hier e&#769;mergent et s'affirment maintenant parfois directement ici et la&#768; comme adjacentes fro&#770;lant ce qui est de&#769;ja&#768; route, en route ce chemin moteur-rumeur me&#768;ne marchant le corps, jambe-appui, ressort apre&#768;s jambe-jete&#769;e, appui, mandibule articulant, a&#768; son affaire, se de&#769;hanchant, invite&#769;, allant dans les aurores successives quand la rose&#769;e dans les yeux trouble la vue sur le champ, le bois, la maison..., il va, ondoie dans ce milieu, endroit, espace, e&#769;tendue a&#768; l'horizon..., dont l'horizon e&#769;quilibre les mouvements et donne la mesure, dont perception, humeur, sensation indiquent le contour, il va emporte&#769; au milieu de son milieu sous le murmure inaudible, il va toujours un peu dresse&#769;, s'accordant du de&#769;saccord &#171; Omm', Omm', Om' &#187; et sonnant de la voix tanto&#770;t chantant, tanto&#770;t a&#768; petits cris...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/29_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/29_roussiez-c304e.jpg?1669899240' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S'accorder &#224; l'horizon &#8212; III/IV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-III-IV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-III-IV</guid>
		<dc:date>2022-10-29T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2155-812ca.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La brume&lt;/strong&gt; aussi se dissipait en se de&#769;chirant aux plantes, tiges et sommite&#769;s dansantes, aux gramine&#769;es se&#769;che&#769;es et aux e&#769;pines-aspe&#769;rite&#769;s des branchages e&#769;pars et clairseme&#769;s qui craquaient sous les pas sur la terre brune et friable... &#171; Bonjour, bonjour ! &#187; Bonjours aux plantes et plantations ici au bout du champ et sous le chant des pinsons tandis que volettent les me&#769;sanges en pe&#769;piant aussi dans le me&#770;me ton comme une source nouvelle, soudain un chemin d'air brille et scintille, une plainte crisse, froisse des feuilles se&#768;ches, tombe&#769;es sur le mince gravier de la sente ou&#768; s'obtient ainsi une puissance suffisante de sons qui se re&#769;pand et, comme un ruisseau, &#171; ou, ou-ou ! Ou-y-ah &#187; glougloute rapidement sur la terre qui gonfle, l'aspire, s'en repai&#770;t. Et si l'on se porte a&#768; hauteur de terre, au ras donc du sol, tre&#768;s bas parmi les agglome&#769;rats d'argile, de sable, de silice, on entend gonfler la matie&#768;re qui d'aise pousse de petit cris &#171; aah ! Ouiii ! &#187;. Des cris nombreux ainsi fre&#769;missent en murmure, friselis d'arbre, de plantes et d'animaux... Il y a des scarabe&#769;es a&#768; la carapace lisse qui contre l'herbe se&#768;che crisse, peut-e&#770;tre, imperceptiblement et me&#770;le ainsi son murmure aux bruits, sons, chansons et cris des plantes e&#769;parses et du vent qui passe en bruissant comme de la terre qu'on de&#769;place... Et les e&#769;chos comple&#768;tent la rumeur de voix qui re&#769;clament et doucement bourdonnent, caresses des lointains qui forgent un air simple et le re&#769;ve&#768;le un peu comme une chanson,... Oui, un peu d'air de raison incitant une jambe et puis l'autre a&#768; battre du pied, chacune emporte&#769;e, invite&#769;e a&#768; la danse alors qu'en lisie&#768;re, j'observais poste&#769; le terrier ou&#768; la terre repousse&#769;e re&#769;cemment s'e&#769;croulait doucement, lentement, sans ha&#770;te... Lentement sans ha&#770;te tirant, repoussant le terre de ses bras minuscules, une taupe, vieille dame des fonds, venait tendre l'oreille a&#768; l'horizon...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/14_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/14_roussiez-64e08.jpg?1667047723' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se ha&#770;tait a&#768; l'horizon&lt;/strong&gt; un orage lentement, un grondement grommelait derrie&#768;re le bois ; sans crainte je me ha&#770;tais, pousse&#769;, presse&#769; soudain mais au milieu du champ loin du bois encore de la maison quand le petit sifflet du pinson s'e&#769;teignit, les grincements du bois secoue&#769; par le vent cesse&#768;rent, les herbes crissantes se turent et dans le calme soudain, le murmure sourd a&#768; l'oreille ne laissa qu'une vibration d'air sans souffle, ni son. Coulant alors sans bruit, je marchai jusqu'a&#768; la maison qui derrie&#768;re ses fene&#770;tres ouvertes glissait, glissait dans une ornie&#768;re d'ombre liquide, distante, qui l'e&#769;loignait ou pluto&#770;t l'e&#769;teignait sur la route chaotique qui conduisait sans ha&#770;te, sereinement, sans obstacle, ni retenue... Entrant ensuite dans la me&#769;lancolie de l'habitacle, celle des portes et des fene&#770;tres de la maison discre&#768;te au bord de la route vide et nue, sans ve&#769;hicule, ni passage comme si la nuit venait couvrir les lumie&#768;res de l'aurore, je contemplais le ciel devant la fene&#770;tre ouverte sur le dehors silencieux. Sans ha&#770;te des insectes, des oiseaux se de&#769;plac&#807;aient, des scarabe&#769;es te&#770;tus aussi, l'un d'eux grimpait sur le cha&#770;ssis ouvert par mes mains, l'un d'eux comme revenu contre la vitre biento&#770;t glissait, suspendu, accroche&#769; sur le co&#770;te&#769;, agitant les mandibules en vain. Sa chute le de&#769;posa sans bruit dans la mollesse des poussie&#768;res et des miettes, dans ces riens qui asse&#768;chent, il se de&#769;battit a&#768; reprendre ses affaires, la grisaille des minons collait a&#768; son dos... Les chasseresses alors, mes mains, le jete&#768;rent loin, si loin le point qu'il disparut derrie&#768;re le vantail ou&#768; vinrent cogner d'invisibles moucherons de plume qu'une me&#769;sange chassait contre la vitre ou&#768; les faibles volatiles tentaient un passage et se heurtaient a&#768; l'e&#769;tonnante limite des lieux. Parmi les murmures du matin, du vent, des arbres, le concert des oiseaux, ce ne sont que faibles voix qui s'e&#769;veillent, s'e&#769;gosillent et chantent la joie mais si perdues, lointaines, comme a&#768; distance des choses, esseule&#769;es, isole&#769;es, e&#769;tranges alors car la foule des voix, conge&#769;ne&#768;res fiers qui chantaient, s'est e&#769;teinte, a disparu..., ont disparu les chants confus et joyeux de l'aurore printanie&#768;re. C'est donc le murmure qui donne comme un e&#769;cho lointain le concert de petites voix parmi lesquelles parfois e&#769;merge : &#171; ouiah ! &#187;, l'e&#769;trange voix grave &#171; ou-y-ah ! &#187; dont l'alarme incompre&#769;hensible recouvre soudain, mais peu de temps, le chant du pinson, celui du rouge-gorge, de la me&#769;sange qui peu nombreux autour de la maison tentent le concert des voix. La cacophonie des chansons singulie&#768;res disparues sonne cependant comme enfouies dans le murmure mais loin, tre&#768;s loin, lentement, doucement e&#769;mergeant des souffles faibles du vent alors que le soleil montant chasse la rose&#769;e et chauffe les bourgeons... Et biento&#770;t sous la coupole d'un soleil caressant quelques corolles de pa&#770;querettes a&#768; peine encore ouvertes attendent, &#171; ne le pensez-vous pas ? &#187;, attendent une chaleur plus vive, pe&#769;tales tendus a&#768; l'est de la maison, a&#768; distance des arbres des haies ou&#768; l'ombre encore douce s'e&#769;tale longuement, fure&#768;te au pied dans l'e&#769;paisseur des tiges et des branchages emme&#770;le&#769;s... Alors comme be&#769;gayant s'intercalent dans le chant des souffles les vols et cris de corbeaux &#171; fuit', oah ! &#187; peu nombreux, trop peu nombreux, s'intercale aussi au murmure soyeux, les petits mouvements des herbes frottant, froissant d'autres herbes qui se re&#769;veillent sous une brise faible mais constante qui rele&#768;ve les te&#770;tes, soule&#768;ve des feuilles, il y en a, il y en a peu, et, passant, salue ma maison glissant sur l'ardoise, la pierre, le ciment qui s'en refroidissent d'autant. Ainsi s'installe le ronronnement confus des branches et des rameaux remue&#769;s quand le coucou, c'est lui, vient e&#769;veiller par surcroi&#770;t sous le soleil naissant les derniers endormis dans l'ombre du bois encore peu murmurant. Les scarabe&#769;es et mouches, moucherons aussi, se de&#769;placent si lentement, si doucement que le sans bruit se pre&#769;sente comme chausson amortissant la rumeur en ce jour ou&#768; se calfeutrent les lie&#768;vres disparus dans les terriers aux bouches be&#769;antes encombre&#769;es de feuilles se&#768;ches et parfois d'une tige de ronce. &#171; Qui passe, qui va la&#768; ? &#187; La vieille dame s'est replie&#769;e dans la terre, elle dort, la voila&#768; retire&#769;e au fond : &#171; je ne sors plus ! &#187;. Doucement sourd du murmure ge&#769;ne&#769;ral les voix a&#768; l'unisson des oiseaux familiers que ne trouble nullement le ramage d'un corbeau sur l'arbre haut occupe&#769; a&#768; se de&#769;placer late&#769;ralement, me&#769;caniquement, le long d'une branche froide dont l'extre&#769;mite&#769; baigne dans le soleil chaleureux... Pour c&#807;a..., pour c&#807;a le corbeau a ses raisons, son affaire et ses pattes, il avance et soudain coasse, envahi trois fois par le coassement a&#768; l'adresse d'un autre qui passe dans le ciel clair, d'un autre au vol majestueux et lent nageant dans la gele&#769;e anhiste d'imperceptibles brumes, gele&#769;e visqueuse mais peu attachante dont il bouscule la matie&#768;re et de&#769;range le fluide. L'air s'il e&#769;tait fonce&#769; serait un limon le&#769;ger, fait de suspensions perle&#769;es de fines gouttes, de flocons-nuages, de fils de ouate que le vol baratte, e&#769;tire, avec lenteur plus il s'e&#769;loigne, le corbeau, qui biento&#770;t s'e&#769;gare au-dessus du bois, bien loin, tre&#768;s loin jusqu'a&#768; devenir un point sur quelques cimes ballantes et tranquilles de pauvres arbres isole&#769;s dont le concert est inaudible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/15_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/15_roussiez-ff495.jpg?1667047723' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois dans la rose&#769;e qui blanchit l'herbe rase sous le soleil lumineux et dans le vert de la prairie tandis que s'e&#769;veillent les fines feuilles nouvelles, le rouge-gorge sifflote dans l'air frais sur le bord de la haie ; il huche, pousse ses trilles de branche en branche, sautille, la te&#770;te leve&#769;e vers la cime des arbres ou&#768; s'e&#769;cartent en griffes le&#769;ge&#768;res les rameaux fragiles sous le vent faible. Une e&#769;toile stagne dans le ciel un peu blanc, le&#769;ge&#768;rement bleu dans lequel vibre la lumie&#768;re en perdant doucement, lentement le jaune de l'aurore qui s'e&#769;vanouit sans ha&#770;te, se dissout dans la matie&#768;re grumeleuse et ble&#770;me de l'air frais. Des fumeroles, des brumes filandreuses, des bue&#769;es nuageuses suivent des courants et s'accrochent aux aspe&#769;rite&#769;s des haies, en montant elles s'e&#769;corchent aux pousses nouvelles serre&#769;es comme un ch&#339;ur de jeunes gens qui s'e&#769;le&#768;ve par-dessus la masse des corps embrouille&#769;s des buissons, puis en se de&#769;chirant franchissent ces jeunes pousses de bois tendre qui d'une te&#770;te dominent le champ vert ou&#768; a lieu et se passe ce qui vient. Rien cependant, rien ne vient d'autre que la lente e&#769;vaporation des rose&#769;es, goutte apre&#768;s goutte se re&#769;sorbant, quittant donc chaque brin qui s'alle&#768;ge, se redresse avec lenteur, doucement, sans ha&#770;te, imperceptiblement en de fins, inaudibles crissements de tiges souples, se caressant et donc participant au murmure, a&#768; sa musique de fond s'accrochant... Une foule vivante s'approche ainsi, s'ajoute, s'agglome&#768;re aux rumeurs ou&#768;, comme un court fracas, tombe puis s'e&#769;coule dans le silence bruissant quelques coassements perdus, absorbe&#769;s par le feuillage des arbres lointains... A l'ore&#769;e maintenant du bois, de petites voix de souris et de jeunes renards viennent glapir faiblement fe&#770;tant le jour s'avanc&#807;ant mais se retirant dans l'ombre, se cachant, craignant, on l'imagine, la rumeur qui monte des affairements et des moteurs lointains. Par sauts et par bonds, ils fuient la lisie&#768;re trop claire jusqu'aux garennes perce&#769;es de terriers-leurres, de ve&#769;ritables parmi, mamelonne&#769;es de buttes en terre, de mottes arrache&#769;es, d'excavations entreprises, abandonne&#769;es ou&#768; parmi ce chaos se tient terre&#769;e la vieille dame a&#768; demi enfouie, plissant les yeux au jour qui insiste entre les arbres, insiste pour baigner l'endroit discret, la maison tranquille comme on ouvre une fene&#770;tre sur un champ ou&#768; l'horizon survient...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/16_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/16_roussiez-75da6.jpg?1667047723' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S'accorder &#224; l'horizon &#8212; II/IV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-II-IV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-II-IV</guid>
		<dc:date>2022-09-30T15:11:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>paysage</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/paysage-28-28-28" rel="tag"&gt;paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/musique" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2136-b42b1.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme sont enfouis des trouvailles&lt;/strong&gt;, des miracles se produisent, une vielle dame e&#769;merge d'un terrier, elle sourit a&#768; la sente, pre&#768;s d'elle sautille un pinson qui s'e&#769;gosille puis se tait surpris tout autant qu'elle de de&#769;couvrir ce qu'il y a... Une sonne&#769;e de cors parai&#770;t aussi dans l'aurore, une chasse inattendue dont sursaute le chevreuil qu'estompe biento&#770;t le brouillard ou&#768; son ombre se grise, furtive et plus fonce&#769;e, quand un fusil le vise, parai&#770;t-il, car il est temps. &#171; Ou&#768; vas-tu toi qui va la&#768; ou&#768; passe le chevreuil et chasse le chasseur ? &#187; Qui venait donc la&#768; interrompre la promenade ? Rien ni personne il y a. Personne, c'est rien et, dans le bois derrie&#768;re, le chevreuil bien loin de&#769;ja&#768; gambadait. Ses traces frai&#770;ches bougeaient encore de la rele&#768;ve des terres me&#770;le&#769;es de feuilles et de fibres de bois sec dont le craquement sous les pieds bien chausse&#769;s accompagnaient comme le rythme d'une musique non pas douce mais de&#769;cide&#769;e soudainement a&#768; entreprendre une marche, comme force&#769;e du dehors par quelque apparition : et son large visage sortit d'un trou, renard ou blaireau, la dame sourit alors, e&#769;coutant le pinson, je prononc&#807;ai le mot &#171; ouya ! &#187; qui ne veut rien dire, le soleil naissant le souffla, elle re&#769;pondit : &#171; oui-a ! &#187; ce qui e&#769;tait gentil et puis alors le vent se levant, les branches et les te&#770;tes balance&#769;es des arbres firent entendre la rumeur de la fore&#770;t avec de petits cris qui, comme couinent les troncs berce&#769;s l'un contre l'autre, venaient agre&#769;menter d'e&#769;trangete&#769; la sourdine dont la cadence a&#768; peine audible ralentissait parfois, coulait derrie&#768;re les choses, feuilles et bois qui semblaient se retirer dans l'ombre tout autour, dans ce milieu qui n'e&#769;tait pas la maison mais un bois bordant un champ ou&#768; la brume effilochait encore des flocons gris.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18514 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/9_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/9_roussiez-76f63.jpg?1664555266' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la cite&#769; des hommes&lt;/strong&gt;, une petite maison, dans le monde tre&#768;s vaste du cosmos, contre la fene&#770;tre observant un pinson, il se peut que des murmures s'entendent dedans et dehors, un bruissement, quelques articulations de sons peuvent se re&#769;pandre comme des humeurs. Alors s'e&#769;panouit le chant du pinson qui picorant pourtant ne peut chanter, ne chante donc pas, peut-e&#770;tre, mais se trouve secoue&#769; comme si, e&#769;broue&#769; entre les pique&#769;es, regardant a&#768; gauche, a&#768; droite, au-dessus, ouvrant le bec comme si, puis reprend ses becque&#769;es. Dans le petit espace qui est son milieu sa maison non loin de la fore&#770;t et dans les haies, il vole biento&#770;t au-dessus du champ avec vivacite&#769; et passe comme un point mais un corbeau plus noir, aux ailes de suie, traverse plus haut l'espace sous le ciel gris et va se percher avec souplesse, se retourne, se de&#769;place, observe, s'agite quand le pinson bien en-dessous dans les branchages qui le prote&#768;gent voleette avec impatience, nerveux peut-e&#770;tre des dangers qui surplombent et somnolent. Qu'entends-je du monde depuis ici, &#171; ta maison &#187;, dit une voix douce qui s'ouvre et la&#770;che les sons confus d'un cours de chant ou&#768; en petits groupes les enfants tentent l'unisson. Mais la vieille dame qui en est le professeur dit : &#171; viens avec ! &#187;. Est-ce avec elle ? &#171; Viens &#187; dit-elle a&#768; son tour comme un petit enfant. Alors une nue&#769;e de points comme d'e&#769;tourneaux s'e&#769;le&#768;ve, une vague e&#769;tourdie de jolies fleurs de bouche s'e&#769;coule si me&#769;lodieusement unies par secousses d'ailes volant, par douces cadences de souffles le&#769;gers, que, sur mes chaussures tre&#768;s lourdes dans la brume qui s'estompe, la te&#770;te me tourne comme sous l'ivresse d'un vin sucre&#769;. Non loin de ma maison, abandonne&#769;e maintenant, non loin de la fore&#770;t, pre&#768;s du champ et de la route passent par instants des ve&#769;hicules, des come&#768;tes, blocs de terre lourdes et le&#769;ge&#768;res vrombissant sans lumie&#768;re, sans feu quand tout autour le monde gre&#769;sille et &#171; s'exprime ! &#187;. Que dit-il, ce qui m'entoure ? A la fin comme un ruisseau et ses glouglous, il semble dans le terrier que la dame se noie mais pe&#769;niblement elle e&#769;merge tirant sur ses bras, mandibules articule&#769;es, pour s'extraire de la gangue de boue qui s'accroche et glisse sans tacher sa capeline de chitine fige&#769;e. Alors brille e&#769;tincelante la carapace dans le soleil autour comme revient un miracle a&#768; l'aurore quand apre&#768;s avoir dormi une nuit, cent ans ou quatre cents s'e&#769;carquillent les yeux devant la lueur sept fois lumineuse dont l'illumination sans paupie&#768;re dore les choses... Les choses appellent, invitent le petit pinson a&#768; secouer les ailes quelque flux nerveux le re&#769;clame a&#768; la becque&#769;e, un flux semblable au-dessus du champ pousse dans l'espace des points noirs, des vols de suie si rapides qu'ils disparaissent comme aspire&#769;s par les choses du ciel, brumes et nuages ou&#768; ils s'enfoncent et se me&#769;tamorphosent en voix et murmures dans les buissons a&#768; l'unisson des feuilles, des herbes, du vent et des bois...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/10_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/10_roussiez-6a929.jpg?1664555266' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le bois disparai&#770;t par les pieds dans la brume le&#769;ge&#768;re et grise qui encombre la lisie&#768;re comme le ferait une barrie&#768;re basse qu'il faudrait enjamber avec douceur pour ne pas la de&#769;truire tandis qu'en flocons de clarte&#769; la lumie&#768;re s'y repose et vibre autour ; du sol dans le bois confuse&#769;ment des terriers des bras et des museaux e&#769;mergent, des corps attendus ne naissent pas, sont attendus et restent a&#768; demi enfouis occupe&#769;s a&#768; leur affaire comme s'y trouve la bouche quand s'e&#769;panouit un ba&#770;illement, du fond aux le&#768;vres et puis dans toute la ma&#770;choire au re&#769;veil de&#769;ja&#768; du matin quand la lumie&#768;re..., quand la lumie&#768;re comme un sifflet e&#769;veille les sens endormis. Puis la purete&#769; d'une voix d'enfant s'e&#769;leva et derrie&#768;re elle son pe&#768;re l'appelait doucement, avec douceur, doucement tandis que la voix..., tandis que la voix continuait en pre&#770;tant grande attention a&#768; e&#770;tre juste, juste ce qu'il faut dans le feuillage de la fore&#770;t quoique cela ne veuille rien dire du tout mais l'unisson e&#769;tait approche&#769; comme lorsque la plainte se transforme en chant tre&#768;s doux, en douceur de sons, caresse des bruits et voyage le&#769;ger dans les brumes e&#769;vanescentes, faibles et mouvantes a&#768; l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/11_roussiez-47b33.jpg?1664555266' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme si l'on cherchait&lt;/strong&gt; a&#768; se taire en chantant, se re&#769;pe&#768;te une me&#770;me parole en bruit de fond qui ne vient d'aucune voix et se me&#769;lange, s'e&#769;coule dans la cite&#769; des bois... Voguait alors un felouque sans voile dehors, les mats entrecroise&#769;s comme des cannes ou be&#769;quilles pour avancer plus rapidement sur le sol de touffes et d'herbes et parfois d'ornie&#768;res mais soudain la felouque sans voile s'envole dans les branchages me&#770;le&#769;s et s'emme&#770;le a&#768; son tour, se perd comme une chance non loin de la maison subitement esseule&#769;e, isole&#769;e, perdue, la vieille dame s'e&#769;tant retire&#769;e dans la terre ou bien ayant fui loin de la pe&#769;nombre des sous-bois e&#769;pais, infranchissables et hostiles. Mais la chasse ne la traque-t-elle pas quand au contraire des appels lointains de petites voix fluettes, charmant murmure, sous l'e&#769;corce elle se terre ? Elle ne se montre pas, elle e&#769;coute deux ou trois re&#769;pe&#769;titions plus graves au fond de son terrier : &#171; Om', Omm', Ommm' ! Ou&#768; vas'... &#187;, elle entend ce que j'entendis sortir du trou, son de barque-felouque voguant sur le souffle, fleuve e&#769;mergeant, bulle de son re&#770;ve peut-e&#770;tre : &#171; ou&#768;-vas, om' ouva ! &#187;. Emporte&#769; doucement, lentement vers le ciel de&#769;gage&#769; et bien au-dessus des arbres, bien au-dela&#768; de ma maison, voguaient ses mats, se laissant faire, s'abandonnant sans retenir de la voile l'envol, moi-homme dessous, sans peser de mes chaussures, lourdes car de neige, le&#769;ger dans l'atmosphe&#768;re du matin, clarte&#769; sans nuage qui s'e&#769;levait encore, j'entendis donc cette suite de mots, phone&#768;mes articule&#769;s arre&#770;te&#769;s dans leurs suite : O re&#769;sonnant plusieurs fois sous les m'murmure&#769;s, au finale les O. Finalement ou dans &#171; ou&#768; vas &#187; ou &#171; i-ya &#187; mal-audibles se re&#769;pe&#769;taient machinalement autour, dans le milieu, autour de ma maison, du bois, du champ, de la brume et de la vieille dame enterre&#769;e, envole&#769;e qui se de&#769;plac&#807;ait non loin, sa capeline ouverte, de&#769;plie&#769;e soudain en aile de jais, voile noir a&#768; petites brillances s'e&#769;loignant jusqu'a&#768; n'e&#770;tre qu'un point de suie dans les yeux ouverts. Je m'allongeai sur la terre du champ, visage alors face au ciel soudainement, le&#769;ge&#768;rement, au milieu des herbes doucement. Ainsi la chanson du pinson, petite voix fluette, fut interrompue par de fins crissements de cellulose, infimes voix d'enfants qui sous elle prenaient la rumeur ge&#769;ne&#769;rale des arbres, du vent, de la fore&#770;t, des buissons, des touffes, de l'envol, des oiseaux, de celui de la dame, prenaient le tout et le submergeait acquiesc&#807;ant en crissant : &#171; oui, oui, oui &#187; sans affirmer, lentement, longuement se fondant sans fond doucement dans le champ chantant par-dessus moi allonge&#769; ainsi, en long, dans la cite&#769; volatile des plantes et me fondant dans le sans fond, m'enfonc&#807;ant, gisant entre les mottes parmi les herbes...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/12_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/12_roussiez-1f2d0.jpg?1664555266' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis entrai&#770;nant&lt;/strong&gt; comme une comptine ou bien comme le chant champe&#770;tre des semeuses de scarabe&#769;es sur la sente du bois les ramassant un a&#768; un et les jetant en l'air pour qu'il volent et nous sauvent, ouvrent le monde autour, notre milieu sous le ciel, pendant que glapissaient les enfants des lapins, des blaireaux, des renards, eux aussi agis par les voix que leurs oreilles ne peuvent refuser, le son entrant comme harmonie et provoquant les petits cris charmants que les chasseresses de scarabe&#769;es e&#769;coutaient attentivement en les jetant, nacres noires qui retombaient parfois et s'occupaient aussito&#770;t de leurs affaires, s'affairant, fouissant l'herbe autour, leur milieu, dans le champ, les bois... Les chasseresses, mes mains, prenant le scarabe&#769;e venu, atterri, dans la pie&#768;ce de la maison, parcourant l'espace, courant au sol et fuyant le jour, le scarabe&#769;e s'est e&#769;gare&#769; mais il est a&#768; ses affaires quoiqu'elles n'y soient, ici, devant lui dans la pe&#769;nombre du mur en face sans fene&#770;tre ; il court et n'attend pas, pousse&#769;, invite&#769; par ce qui ne peut venir a&#768; lui puisque la porte est ferme&#769;e et que la pie&#768;ce n'offre rien a&#768; sa porte&#769; ; a&#768; moins que parcourant ainsi l'espace des rencontres opportunes viennent et l'emportent tout de me&#770;me, me&#770;me l'effacent et le comblent ou bien alors le prennent, le portent, le jettent, comme mes mains, en l'air et propulsent ce corps noir qui vole, s'envole plus loin, pas tre&#768;s loin ou&#768; biento&#770;t il retombe, reprend sa course affaire&#769;e, ses affaires l'occupent, a&#768; nouveau s'expliquent ainsi sa course, son souffle, son moteur... Obstine&#769;e, affole&#769;e ainsi sa course ne cesse d'exister ou&#768; qu'il se trouve, perdu pourtant ici ou&#768; ses affaires ne peuvent re&#769;ussir ni se taire. Il va sans atteindre, aveugle&#769;ment peut-e&#770;tre, avec perse&#769;ve&#769;rance c'est certain sous l'obsession de son mouvement, errance d'abondance pour peu, ou rien, a&#768; moins ?... A moins que mes mains avec de&#769;licatesse l'ayant fait voler plusieurs fois dans la pie&#768;ce, que lasses ou compatissantes mes mains, l'ayant sorti de ce qui me&#768;ne nulle part, sorti de la situation ferme&#769;e, qui le de&#769;tournent de ce qu'il peut faire, a&#768; moins qu'elles ouvrent alors la fene&#770;tre, le jettent en l'air dehors et qu'il rejoigne ainsi, dans l'herbe, au champ enfin, ses affaires qui alors l'invitent, le pressent et se de&#769;robent aussi, souvent, mais sont atteintes parfois et parfois tre&#768;s souvent rejointes, jointes a&#768; lui qui s'en occupe, &#171; O, Omm', Omm' ! &#187; sous le murmure qui parvient a&#768; l'oreille par la fene&#770;tre ouverte tandis qu'il fouit imperturbable dans un bruissement inaudible de foin, de pattes, de carapace...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S'accorder &#224; l'horizon &#8212; I/IV</title>
		<link>https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-I-IV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/S-accorder-a-l-horizon-I-IV</guid>
		<dc:date>2022-07-31T11:28:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2132-a459e.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En re&#769;sonance, par assonance souvent, s'est construit ce texte, cette litanie, a&#768; l'invitation donc particulie&#768;rement de &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, musique de Karlheinz Stockhausen, sous les pense&#769;es-concepts de Jakob Von Uexku&#776;l et de James J. Gibson, son propos et autour de ma maison son espace, son re&#769;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Saisissant un scarabe&#769;e&lt;/strong&gt; et l'envoyant voler quand il tombe et, malheureux sur le dos se de&#769;me&#768;ne lentement, assomme&#769; le&#769;ge&#768;rement, quand il tombe je me penche, l'observe, le rele&#768;ve et puis il part, s'en va, se dirige, occupe&#769; par ses affaires qui en quelque sorte envahissent par absence, distance, e&#769;loignement, m'e&#769;loignent donc et me rejettent dans une petite me&#769;lancolie alors qu'il fait gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain de&#768;s le matin dans mes chaussures de neige arpentant ainsi tout un pan de jardin, je rendis visite a&#768; la me&#769;sange de droite et au pinson de l'arbre de la mare puis, enfonc&#807;ant mon bonnet et couvrant mes oreilles, j'avanc&#807;ais au milieu d'un champ dans l'herbe crissante de gele&#769;e blanche... Alors une voix me he&#769;la : &#171; ou&#768; vas-tu, toi ? &#187; Mais quand je cherchai qui, le soleil m'e&#769;blouissait tellement que je n'aperc&#807;us rien. Alors je dis quelque chose comme : &#171; comme je suis content d'e&#770;tre la&#768; ! com' &#187; et les brumes qui voguaient en lisie&#768;re du bois se mirent tout doucement a&#768; disparai&#770;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps je connais la le&#769;ge&#768;rete&#769; et ne me soucie plus d'e&#770;tre pertinent ou joli, je vais a&#768; mes affaires qu'inspire ce qui me circonscrit, ce milieu m'invite, je le suis sur mes chaussures qui me serrent et me prote&#768;gent ; a&#768; marcher dans le champ je ne sens que les accidents, les mottes et les touffes et par endroits les ornie&#768;res ou&#768; fouissent les sangliers quand il y en a..., ou&#768; viennent aussi s'abreuver aux flaques les oiseaux quand il a plu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_roussiez-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/2_roussiez-10-2f3e4.jpg?1659267069' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un oiseau&lt;/strong&gt; passe derrie&#768;re la fene&#770;tre, un corbeau volant bas, au-dessus du champ vert qu'occupent les herbes et les ronces pendant que le soleil juste apre&#768;s midi chauffe doucement les murs de chez moi, moi rentre&#769; de promenade matinale ou&#768; chaussures de neige aux pieds dans la gele&#769;e de l'aurore, j'ai de&#769;couvert la voix d'un homme dont le langage n'avait aucune signification, et ce n'e&#769;tait pas un cri mais une profe&#769;ration haute, forte, affirm&#233;e au-dessus du fond de rumeur derrie&#768;re les brumes se dissipant en lisie&#768;re sous les branches aux balancements lents..., si lentes les branches que je fus arre&#770;te&#769; observant attentivement le mouvement presque immobile, immobilise&#769; a&#768; chaque instant et forc&#807;ant, attirant ainsi l'attention..., rentre&#769; donc un peu apre&#768;s midi, ayant retire&#769; mes chaussures de neige, hautes et lourdes et donc dites de neige, se trouve pose&#769; devant moi ce qui entoure la maison, debout devant la fene&#770;tre, je de&#769;couvre comme fige&#769;es les branches de&#769;nude&#769;es et le passage soudain..., soudain dans le silence fourmillant, le corbeau noir passant &#171; aux grandes ailes de suie &#187;, me dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_roussiez-8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/3_roussiez-8-4456b.jpg?1659267070' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux grandes ailes&lt;/strong&gt; sous les nuages que le vent poussait rapidement et dont les ombres grises ainsi couraient au sol en soulignant les hauts du relief comme des apparitions alors soudaines et chaotiques, articule&#769;es de branches, troncs et d'herbes hautes ; y passant comme un scarabe&#769;e sur le sol mamelonne&#769;, lentement puis rapidement, avanc&#807;ant comme forc&#807;ant sur des cannes ou be&#769;quilles, s'e&#769;levant, retombant me&#769;caniquement en vieille dame handicape&#769;e, lasse et lourde trai&#770;nant ses chaussons mous et e&#769;pais sur un sol irre&#769;gulier, allant obstine&#769;ment comme force&#769;e et forc&#807;ant, allant au combat, re&#769;solue et re&#769;signe&#769;e en me&#770;me temps, poursuivant son chemin telle qui, au terrier s'enfonc&#807;ant et disparaissant dans la terre, s'offre la terre chaude qui de&#769;ja&#768; la couvre d'une carapace capeline de nacre, ne&#769;crose de te&#769;gument qui l'alourdit puis la submerge quand les nuages nagent plus nombreux et que le bois sans voix noircit leurs ombres passage&#768;res et absorbe par les arbres be&#769;quilles de sursaut, carapace rigide et vieille dame lourde, absorbe cette ombre d'animal sur le sol mouvemente&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_roussiez-7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/4_roussiez-7-04064.jpg?1659267070' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le jour&lt;/strong&gt;, le matin, dissipe les ombres rapides et cependant lasses qui biento&#770;t disparaissent dans le ciel qui bleuit ; alors doucement une voix : &#171; ou&#768; vas-tu ? &#187; n'est pas entendue dans la maison tranquille et sans autre bruit que le son fluet du pinson qui pique des graines dans la petite assiette sur une table de jardin de fer vert terni par l'hiver long, tre&#768;s long. L'oiseau, petite me&#769;canique aux articulations cache&#769;es sous le corps de plumes, tout entier sur ses fines e&#769;chasses s'agite fe&#769;brile et si vif ! Si vif que forc&#807;ant, attirant l'attention, je vais le regarder a&#768; travers la fene&#770;tre, debout le bol a&#768; la main comme un vieillard ancien, je l'e&#769;coute alors que je ne l'entends pas, je regarde l'ombre que projettent les lueurs du matin, l'ombre de son corps sur le fer vert et terni... &#171; Il est a&#768; son affaire le joyeux pinson &#187;, me dis-je, et moi dans mes pantoufles molles, je recule derrie&#768;re la vitre pour l'observer davantage en me cachant... J'entendis alors une sonnerie de cors que lanc&#807;ait la fore&#770;t tout pre&#768;s de la maison et pourtant au-dela&#768; du champ comme si la chasse..., la chasse avait commence&#769; a&#768; l'aurore alors que le printemps de&#769;ja&#768; avance&#769; l'interdisait. &#171; Mais qui entendit quoi ? &#187; voila&#768; ce qui e&#769;mergea alors que passait sur la route tout devant deux voitures vrombissant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_roussiez-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/5_roussiez-5-f4a36.jpg?1659267070' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le murmure&lt;/strong&gt; de voix sourdes, me&#770;le&#769;es de fines fe&#769;minines en e&#769;cho, par la fore&#770;t profonde passent un oiseau et quelques bruits de vol qui a&#768; l'oreille se diaprent de moire&#769;es et cadences tandis qu'avanc&#807;ant en e&#769;coutant particulie&#768;rement quelques aigus tre&#768;s doux soudain, ou pluto&#770;t comme en naissant, e&#769;merge une voix plus forte : &#171; que faites-vous ici ? &#187; Dans le bois les murmures s'e&#769;teignent au passage, s'amenuisant doucement, doucement avec douceur comme des ba&#770;illements qui s'estompent, se retirent dans la bouche qui be&#769;e puis se ferme, se ferme au monde doucement, au monde autour qui s'approche de la sente et au bord du champ s'arre&#770;te, en lisie&#768;re s'immobilise quand il faut filer rapidement, essayer ses jambes et l'enjambe&#769;e re&#769;pe&#769;te&#769;e des mottes et des touffes devant lesquelles s'est retire&#769;e la fore&#770;t et se retire alors le corps qui se concentre par le mouvement et ainsi oublie ce qu'il engendre : course, enjambe&#769;es, sauts... Cependant un murmure pre&#768;s d'une haie dans les herbes aussi, un murmure enfle sous le vent comme un ch&#339;ur de voix d'enfants, de femmes avec de petits cris fe&#769;lins et quelques basses parfois e&#769;mergeant, naissant sur les nappes de sons, un murmure qui enchante comme la musique se surprend a&#768; fournir des me&#769;lodies inoui&#776;es ; elles naissent de rien avec constance, obstine&#769;ment peut-e&#770;tre, liant des bruits, des sons articule&#769;s qu'on entend. &#171; Qu'entends-je donc ? &#187; Aucun cri, pas de silence non plus, le murmure incessant de cre&#769;atures invisibles qui se pre&#769;sentent pourtant et sont cache&#769;es tout devant les pas, sous mes yeux... Et puis on entend le sifflet d'un homme qui se prome&#768;ne et non loin de lui perche&#769; haut dans un che&#770;ne, un corbeau qui s'installe et cesse soudain de coasser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_roussiez-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/6_roussiez-2-f677c.jpg?1659267070' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme le bruit&lt;/strong&gt; d'une rumeur se re&#769;pe&#768;tent des sons scande&#769;s a&#768; la manie&#768;re d'une comptine arre&#770;te&#769;e dans son e&#769;lan, la comptine ente&#770;tante renaissant d'un disque raye&#769; sur la platine d'un phonographe quand derrie&#768;re nai&#770;t le mouvement du jour qui s'est leve&#769; et s'e&#769;claircit encore... Comme des chats pleurent, grincent un peu ces sons de la rumeur parmi les brumes vagues qui se dissipent avec lenteur sous les arbres des haies ou&#768; volettent des oiseaux vifs et presse&#769;s dans la pe&#769;nombre de l'entrelacement des branches et des ramures de ronces. Et bleute&#769;es derrie&#768;re flottant sur l'herbe verte des nappes de brouillard s'effilochent, se condensent, se rapprochent et s'e&#769;tirent imperceptiblement quand jappe un chevreuil bruyamment provoquant l'envol d'un corbeau et de deux e&#769;tourneaux dont chaque corps sous le ciel trace alors un point fuyant qui vient a&#768; passer dans les yeux, une tache sur le globe oculaire voguant, un petit signe de rien, le&#769;ger et surnageant, a&#768; la surface en une danse qui s'e&#769;loigne, se retire, s'e&#769;coule, les oiseaux disparus, dans la largeur du ciel et l'infini des gris... Une voix crie &#171; oui-ya &#187; ce qui ne veut rien dire mais se trouve-oui, ensoleille&#769;e comme un acquiescement tandis que j'approche de la fene&#770;tre et fouille une touffe d'herbes e&#769;paisses derrie&#768;re laquelle des mouvements se de&#769;couvrent, &#171; des mouvements de quoi ? &#187; C'est ce qui occupe alors le temps pendant que le silence autour, dans ce milieu, s'installe lentement, lentement..., lentement, mentalement coule comme le ba&#770;illement vient e&#769;clore dans le sans-bruit, comme un froissage e&#769;teint, inaudible et tendu, dans le profond du pelage de neige d'une sorte de chat dormant...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_roussiez.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/7_roussiez-e86f9.jpg?1659267070' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dormant dans la caverne&lt;/strong&gt; me&#769;nage&#769;e, les sept dormants mure&#769;s pour des anne&#769;es, dormant encore pour a&#768; la vie se re&#769;veiller quand on criera au miracle lorsqu'ils s'essuieront les yeux n'en croyant que chime&#768;re et voulant saisir le ba&#770;ton de marche et la reprendre mais arre&#770;te&#769;s soudain dans la pe&#769;nombre accroche&#769;e encore a&#768; leurs regard, arre&#770;te&#769;s par des gens avides de reconnai&#770;tre en eux quelque chose de splendide et de merveilleux &#171; a&#768; n'en croire ses yeux &#187; dit un homme, les sept alors sans voir sont submerge&#769;s par la rumeur des nombreuses voix qui viennent pour toucher ces corps endormis un peu abasourdis par le re&#769;veil de la nuit tre&#768;s longue, plus de quatre cents ans reste&#769;s ainsi a&#768; reposer, cache&#769;s par le mur ou bien dans la caverne suivant ce qu'on veut croire, sept hommes dans un terrier formant un seul corps dans la lumie&#768;re soudaine dormant dans leurs ve&#770;tements de laine, pelage d'homme dans la pe&#769;nombre qui se re&#769;veille : &#171; ou&#768; suis-je donc, que fais-je ? &#187; Voila&#768; ce qui arrive... Et voila&#768; que traverse comme un &#339;il noir de corbeau le vol de ses ailes de suies si loin, si loin sur le fond du ciel gris, presque neigeux mais de blancheur e&#769;teinte, terne donc et peu brillante autour de la maison dans l'aurore d'un matin ou&#768; soudain provient de la fore&#770;t une rue&#769;e de cors, une chasse inattendue car le printemps il est vrai est de&#769;ja&#768; bien avance&#769; et cette dernie&#768;re, la chasse, est interdite en ce temps-la&#768;... Il y a quatre cents ans e&#769;taient aussi interdits les sept dormants qui devaient donc mourir mais furent prote&#769;ge&#769;s a&#768; l'ombre d'une caverne ou d'un mur les enfermant tandis que dans l'espace bruissaient, volaient, passaient les e&#770;tres de tous poils.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Puisque tu me battais</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Puisque-tu-me-battais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Puisque-tu-me-battais</guid>
		<dc:date>2022-07-01T08:14:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai disparu puisque tu me battais, mon petit p&#232;re te voil&#224; au bout du chemin, immobile et confus, regardant la for&#234;t o&#249; les singes s'amusent.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2107-beca2.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'ai disparu puisque tu me battais, mon petit p&#232;re te voil&#224; au bout du chemin, immobile et confus, regardant la for&#234;t o&#249; les singes s'amusent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui t'arrive ? Ta propre femme &#233;vanouie, est-ce possible ? Les arbres dansent sous la brise, bient&#244;t c'est la pluie qui va venir et tendu tout ruisselant, tu attendras en alerte d'un feuillage qui bouge, d'une foug&#232;re qui bruisse que je paraisse et vienne vers toi. Est-ce toi ? Point de fum&#233;e pourtant au feu de ta maison, pas de nourriture pour ta bouche. Tu as tu&#233; le p&#233;cari pour rien. Va donc dans le fleuve, laver ton corps, l'anaconda t'attend, il veut boire ton sang. Mais : &#171; &#233;vanoui le sang, o&#249; donc est ma ripaille ? &#187; Que fera-t-il alors de toi ? Voici le sang de mes entrailles, &#233;coute-les, voil&#224; qu'ils viennent &#224; toi : o&#249; donc est notre m&#232;re, quand donc mangerons-nous ? Immobile &#224; l'or&#233;e de la for&#234;t, le toucan t'appelle &#171; ouh, ouh &#187; tes anc&#234;tres se moquent de toi. O&#249; donc est la femme ch&#233;rie, o&#249; sont les mamelles abondantes, la peau rutilante et le ventre rebondi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis ton souvenir ; je suis partie chercher abri ; des coups, je n'ai pas vu l'&#233;puisement, des col&#232;res la fin ; tendres murmures sur la couche, rudesses dans la cour&#8230; Ah, mon p&#232;re, tu dois maintenant battre les arbres, claquer le fleuve ou la liti&#232;re du lit. Le sapajou queue plate exhibe le plaisir qui tu n'as plus, les singes hurleurs sont en col&#232;re contre toi : un homme qui tue pour rien ! &#201;coute les reproches de la for&#234;t. La vengeance tombe sur toi, tes amis, tes parents qui donc voudrait te soutenir ? Ah, petit p&#232;re, je n'aurai pas envie non plus. Et puis, je ne reviendrai pas car c'est morte que je suis et, sous les foug&#232;res g&#233;antes ensevelie, je me prot&#232;ge des humeurs et des coups.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_tropiques.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH388/1_tropiques-6eb5e.jpg?1656664052' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Henri Rousseau dit Le Douanier Rouseau &#8212; Les tropiques
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est moi, c'est moi, je suis tr&#232;s tranquille au bout du chemin, je n'ai rien dans les mains, ni le fouet, ni la hache. Ah, petite m&#232;re reviens, reviens donc sur le chemin de la maison, sous la foug&#232;re g&#233;ante tes entrailles p&#233;pient dans le jardin&#8230; C'est moi ton petit p&#232;re ch&#233;ri, lou&#233; soit la for&#234;t, les singes et les toucans ; le p&#233;cari a donn&#233; son petit, il a pourvu au festin. Viens, viens cuire la viande ! &#192; l'entr&#233;e du jardin, j'ai les mains vides, viens. &#171; Je viens, je viens &#187; d'o&#249; vient ce bruissement que j'entends, petite m&#232;re ? Malheur, c'est le serpent qui rampe dans ton jardin, l'agouti qui ronge les racines, le tamarin qui vole tes fruits ; entends son gazouillis. O&#249; donc est le b&#226;ton &#224; fouir pour chasser les intrus ? &#8230; Viens, mais viens donc sucer la bouche que je tends, la petite chauve-souris en fait autant et &#224; la bouche amie se gave du sang frais. Dans la nuit noire, tu viens sur la couche mais ta visite m'effraie ; ne recule pas petite m&#232;re, c'est la peur d'un enfant qui recherche tes bras. Gong, onk, c'est le singe douroucouli qui se moque des morts avec ses gros yeux, l'entends-tu dans la nuit&#8230; Je viens, je resplendis, je suis fier pour ma petite femme. Pourquoi ne vient-elle pas, un jaguar l'aura mang&#233;e, un homme abattue ? &#171; Je viens, je viens &#187; d'o&#249; vient ce bruissement ; c'est la for&#234;t qui chante : &#233;vanoui ta petite femme ! Est-ce possible ? Voil&#224; je viens resplendissant &#224; la mort, au chagrin, moi qui t'ai tant battue, j'arrive au fleuve, tu dis vrai, je viens, je viens &#224; lui, flic flac en oscillant, et l'anaconda me reconna&#238;t ; c'est moi qu'il veut, ma petite m&#232;re qu'il venge, a&#239;e, a&#239;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Henri Rousseau dit Le Douanier Rouseau &#8212; Le r&#234;ve&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Par d'invisibles braises</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Par-d-invisibles-braises</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Par-d-invisibles-braises</guid>
		<dc:date>2022-05-30T10:05:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On est parti de la maison un jour soumis comme tous au devenir : que voudras-tu faire quand tu seras grand ? Je voudrais &#234;tre grand-p&#232;re !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton2086-b6765.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On est parti de la maison un jour soumis comme tous au devenir : que voudras-tu faire quand tu seras grand ? Je voudrais &#234;tre grand-p&#232;re !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#8211; I &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lisi&#232;re d'une for&#234;t &#233;trange car toute d'ombres et de bruissements, je marchais en serrant mes deux bras contre ma poitrine comme qui a froid ou se prot&#232;ge. J'avan&#231;ais sur la route qui me conduisait &#224; la maison de mon enfance, sur un chemin maintenant envahi par des herbes folles et quelques ronces. J'&#233;vitais la for&#234;t par laquelle pourtant j'aurais pu atteindre le jardin plus rapidement et par l&#224; enjamber le petit mur pour me rendre aussit&#244;t dans la cuisine o&#249; il me fallait&#8230; O&#249; il me fallait&#8230; Et cet embryon de phrase tournait, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; mi-voix &#224; chacun de mes pas pour r&#233;veiller ma m&#233;moire probablement. Qu'allais-je donc faire en ce lieu d&#233;j&#224; ? Ce lieu o&#249; il me fallait, j'en &#233;tais convaincu, agir d'une certaine mani&#232;re, saisir un objet, le rapporter &#224; ma m&#232;re mourante peut-&#234;tre mais ma m&#232;re &#233;tait morte depuis longtemps&#8230; Que ferais-je donc qu'il fallait faire dans une maison abandonn&#233;e depuis longtemps et qui n'appartenait plus &#224; aucun membre de la famille. En marchant, je me r&#233;chauffais et bient&#244;t j'eus si chaud que je relevais mes manches et m'accrochant fermement des mains &#224; mes avant-bras pour garder contre moi face &#224; la for&#234;t une sorte d'intimit&#233;, je sentis dans mes doigts le contact lisse et chaud d'une peau d'enfant. La for&#234;t sans &#234;tre inqui&#233;tante produisait d'invisibles pr&#233;sences qui se d&#233;pla&#231;aient. Une brise l&#233;g&#232;re agitait les branches, quelques bruissements feuilletaient le bourdonnement continu du sous-bois. Bient&#244;t je vis le pignon de notre maison qui sous le soleil d&#233;clinant s'orangeait joyeusement. Il me fallut contourner quelques balles de foin frais pour atteindre la porte du jardin qui dans le silence de la fin d'apr&#232;s-midi gardait la chaleur encore forte de la journ&#233;e. J'avais si chaud que je tombais pull et chemise et torse nu, j'arpentais les lieux ne me d&#233;cidant pas car : que fallait-il faire au juste ?... Voici la maison vide et la cuisine aux vitres cass&#233;es, il n'y &#224; rien &#224; prendre ici qu'une cuill&#232;re lisse et chaude de fer blanc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18158 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_courbet-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH307/1_courbet-2-f740b.jpg?1653905903' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#8211; II &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'arpentais les lieux ne sachant quoi faire dans ce territoire d&#233;laiss&#233;, mes mains s'accrochant aux biceps, je sentais contre mes doigts le contact d'une peau lisse et souple comme celle des enfants&#8230; Enfants, nous avions &#233;prouv&#233; ces contacts sans nous en rendre compte, il &#233;tait naturel de se toucher sans cesse, la chaleur des peaux, leur souplesse, leur douceur accompagnaient nos gestes, les faisaient na&#238;tre, les tentaient ; enfants, nous avons connu ces contacts o&#249; nos corps courb&#233;s par d'invisibles braises se d&#233;menaient&#8230; Mon ventre rebondi coll&#233; contre ta joue, touchant dans les chaleurs des combats, la peau douce, l'&#233;piderme sensible et chaud sous les doigts, tu prenais mon bras, mon bras sentait tes doigts, tu me tordais la jambe, ma jambe sentait tes mains et j'arrachais tes cheveux, et tu me pin&#231;ais et nous jouions ainsi, peau contre peau. Tu &#233;tais l&#224; mon fr&#232;re, ma s&#339;ur tout bredouillant et plein d'entrain et moi je courais pour saisir vos jambes nues et embrasser vos joues, t&#233;tant plaisirs et joies aux sources chaudes, t&#233;tant encore la m&#232;re dans ses fruits intenables et joyeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis les m&#232;res sont parties, injustement calomni&#233;es, rejet&#233;es. Il &#233;tait temps, dit-on, de s'en d&#233;faire et nous nous sommes d&#233;faits pour nous refaire. Voici le temps de nous-m&#234;mes, je touche ma propre peau et mon corps fatigu&#233;, emport&#233; par quelque nostalgie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18159 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_courbet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH416/2_courbet-8caa2.jpg?1772189404' width='500' height='416' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#8211; III &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lisi&#232;re de la for&#234;t au bout du jardin, des branches touchaient le sol tandis que d'autres se balan&#231;aient sur le devant du bois dont l'ombre dissimulait deux brillances comme deux yeux. Nous e&#251;mes aussi des frayeurs ; soudain le corps tressaillait sous la coupe d'une pr&#233;sence qui se mouvait derri&#232;re la fontaine de pierre. Ne la vois-tu pas &#171; ouh, ouh ! &#187; c'est le loup qui menace ta carcasse ! Et des braises froides gla&#231;aient ton dos&#8230; Dans la p&#233;nombre du jardin des ombres dansent comme &#224; la f&#234;te sauvage, sans bruit et furtivement, elles gonflent, r&#233;tr&#233;cissent, disparaissent, d'une butte, d'un plante, d'une pierre&#8230; Ah, quel dr&#244;le de man&#232;ge devant tes yeux ! Il te faudrait bouger, mais tes jambes refusent et crier serait trop humiliant car, qui a peur de rien ? Et la m&#232;re soudain : qu'est-ce que tu fais l&#224; ? Rien, rien&#8230; Et la m&#232;re te sauve : va te d&#233;barbouiller ! On sent sur sa peau la chaude caresse du gant de toilette, tu me le mets contre ma joue : c'est chaud&#8230; Le silence autour de la maison s'&#233;tendait jusqu'&#224; l'ombre foresti&#232;re o&#249; des insectes en abondance bourdonnaient tandis que la chaleur endormait doucement les derniers grillons. On entendait le glouglou d'un filet d'eau perdu dans les herbes hautes. Un merle vint sautiller sur le bord de la fontaine&#8230; On en eut un dans une cage qui chantait parfois &#224; l'heure de la sieste mais il irritait les dormeurs si bien qu'on le l&#226;cha. Son corps, les douces plumes noires contre la main, le duvet au-dessus de la t&#234;te et celui encore plus chaud du ventre&#8230; Des plaisirs l&#233;gers happaient nos mains, touche comme il est doux ; des contentements ravissaient nos yeux, vois comme brillent ses plumes ; sens maintenant l'odeur de ce champignon, c'est bon, hein ? Des jouissances sans extase couraient sur nous, cela peut se dire ainsi&#8230; Sous l'ombre des branches, les deux yeux brillants m'inqui&#233;taient un peu. Un chien perdu, malade ? Qu'&#233;tais-je venu faire ici ? Et puis furtive, la silhouette d'un chat s'est gliss&#233;e dans les ombres, les branches caress&#232;rent son dos, il vint vers moi en h&#233;sitant puis ronronna longtemps contre ma jambe, le corps tendu et souple offrant son pelage doux avec obstination. Le soleil d&#233;clinait encore, une faible fra&#238;cheur parcourait le jardin et le chat humait les senteurs qui passaient. Le contact de ses os effrayait un peu ma main qui ne plongeait qu'&#224; regret parmi les poils dans lesquels roulait sa maigreur. Il me quitta soudain pour filer dans le bois et, tandis que d&#233;clinait le jour, je restais les bras crois&#233;s comme qui a froid ou se prot&#232;ge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_courbet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH273/3_courbet-c6a15.jpg?1653905903' width='500' height='273' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#8211; IV &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rendions dans le bois avec appr&#233;hension, il y faisait sombre en plein jour et les arbres parfois semblaient pleins d'hostilit&#233;. Les cimes toujours bouscul&#233;es par quelque brise, il est vrai, luttaient en permanence&#8230; Et le sang lorsque tu les regardes descend dans tes jambes, &#231;a te tourne la t&#234;te parce qu'il t'en manque&#8230; On marchait sur le sol couvert de feuilles que nos pas faisaient cr&#233;piter comme un petit feu&#8230; Il y eut un jour un feu qui d&#233;vasta tout un bois, on y trouva des b&#234;tes crev&#233;es, un chevreuil dont il ne restait que quelques os et la t&#234;te avec les cornes. Un beau troph&#233;e qu'on ramena et que la m&#232;re ne voulut pas qu'on accroche : c'est vilain ! On a d&#233;test&#233; sa m&#232;re pour ce refus mais nous avions conserv&#233; la t&#234;te sur un pic dans la clairi&#232;re derri&#232;re chez nous. Nous avions peur de cet endroit&#8230; J'avan&#231;ais dans le jardin en lisi&#232;re du bois en &#233;cartant des branches dont les feuilles humides et fra&#238;ches caressaient ma peau aux bras, aux joues. La maison penchait un peu comme entra&#238;n&#233;e par son ombre, un morceau de vitre brillait dans l'embrasure d'une fen&#234;tre envahie de lierre. Une planche contre une porte disparaissait sous un tressage de liseron dont les fleurs s'&#233;panouissaient plus loin. Arriv&#233; au bout de l'ancienne all&#233;e, j'h&#233;sitais &#224; poursuivre &#224; travers le bois silencieux&#8230; Nous y f&#251;mes avec crainte, prenant garde &#224; nos gestes, inquiets des moindres d&#233;placements mais pouss&#233;s par quelque force. Ne pousse pas ! Je ne te pousse pas ! Ainsi nous allions sans nous enfoncer bien loin dans le bois lorsque la m&#232;re souvent nous appelait : que faites-vous ? Elle croyait deviner &#224; notre silence que nous jouions &#224; quelque jeu interdit. Et nous, d&#233;barrass&#233;s d'avoir &#224; poursuivre nos explorations, nous courions vers elle : nous voil&#224;, on &#233;tait dans le bois ! Dans le bois ? Et d'invisibles braises agitaient nos corps comme des picotements tandis que dans ses robes, on se calfeutrait, tenant sa main contre notre joue : c'est doux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est parti de la maison un jour soumis comme tous au devenir : que voudras-tu faire quand tu seras grand ? Je voudrais &#234;tre grand-p&#232;re ! C'est b&#234;te ! On a laiss&#233; les m&#232;res &#224; leurs inqui&#233;tudes tout simplement. Pendant de longues p&#233;riodes on les laissait sans nouvelles, si bien qu'elles s'impatientaient, ce qui aga&#231;ait aussi. S'inqui&#233;ter pour nous, tout neuf de sang frais, c'est b&#234;te !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_courbet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH400/4_courbet-e325e.jpg?1653905903' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#8211; V &#8211;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien &#224; faire ici qu'&#224; voir et regarder, l'endroit se ferme en silence sous la fra&#238;cheur du soir, quelques frissons parcourent ma peau, je reprends mon pull, combien de fois l'ai-je repris ?... Quand la for&#234;t soudain soufflait sur le jardin un air plus frais et que notre m&#232;re nous recommandait de nous en prot&#233;ger, nous prenions nos pulls parfois d&#233;j&#224; humides ; nous les prenions &#224; regret car il nous en co&#251;tait de nous couvrir la peau&#8230; Franchissant le petit mur, j'entrais dans la for&#234;t, attentif aux mouvements des ombres et, parmi les bourdonnements incessants, j'avan&#231;ais en me courbant pour &#233;viter les branches basses. Sous elles, faute de lumi&#232;re, d'anciennes branches &#233;taient mortes&#8230; Avec le bois mort, on peut faire du feu. Le p&#232;re l'avait expliqu&#233; et dans le bois, il avait allum&#233; un feu un jour de pluie : tu vois sous les branches, tu trouves du bois bien sec&#8230; Que faire dans un tel lieu ? Des araign&#233;es au milieu de toiles secouaient &#224; mon passage leur corps minuscule ray&#233; de blanc. Le bois mort craquait sous mes pieds dans le sol mou tandis que la maison derri&#232;re moi dansait un peu sous le soleil d&#233;clinant. D&#233;j&#224; elle &#233;tait loin&#8230; Nous nous &#233;tions &#233;loign&#233;s sans nous retourner, laissant derri&#232;re nous au seuil de la maison nos bottes et nos b&#226;tons&#8230; Un souffle frais s'&#233;levait provenant d'une &#233;troite clairi&#232;re o&#249; poussaient des touffes d'herbes fines et vertes. La clart&#233; plus grande que dans le bois et la douceur des herbes m'incit&#232;rent je crois &#224; m'&#233;tendre&#8230; As-tu vu le ciel gris, bient&#244;t ce sera la nuit ; nul n'entend encore les animaux car ils se changent. T'as vu des peaux de serpent, t'en as vues ? Bien s&#251;r ! Eh bien c'est &#231;a, le v&#234;tement du serpent et, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, &#233;coute comme on ne les entend pas !... Je m'allongeais, l'herbe &#233;tait douce, le sol ti&#232;de et je fermais les yeux. Je couchais ma joue contre l'herbe et j'&#233;coutais les murmures du sol qui crissait. La for&#234;t somnolait d&#233;j&#224;, quelques insectes grattaient, les mousses feutraient au creux de mon oreille, je collais ma joue davantage et mon attention s'&#233;veillait piqu&#233;e par d'invisibles feux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Nous avions quitt&#233; notre m&#232;re ; un beau jour sans r&#233;fl&#233;chir, il avait fallu partir. Je suis venu ici probablement pour quelque chose, mais quoi ?...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_courbet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH371/5_courbet-ebed3.jpg?1653905904' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustrations : Paysages de Gustave Courbet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Choses tirant &#224; soi</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Choses-tirant-a-soi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Choses-tirant-a-soi</guid>
		<dc:date>2022-04-30T18:19:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'eau dans le sable se rassemble pour former des figures qui convergent mais dans ses d&#233;buts, elle n'est que millions de ruissellements ind&#233;termin&#233;s encore comme sont les organisations sociales.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH86/arton2065-d2da4.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'eau dans le sable se rassemble pour former des figures qui convergent mais dans ses d&#233;buts, elle n'est que millions de ruissellements ind&#233;termin&#233;s encore comme sont les organisations sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;et puis en coulant se forment de grands bras, des rivi&#232;res et des fleuves, structures alors d&#233;termin&#233;es suivant la pente et tirant &#224; elles les chemins al&#233;atoires des &#233;coulements adventices et se proposant alors comme cause de la d&#233;termination des flux, puis &#224; la fin rencontrant la mer, elles se dispersent encore en ramifications inverses jusqu'&#224; l'ind&#233;termination&#8230; Vois les pens&#233;es du monde qui se pr&#233;sentent &#224; toi, par l'image des ruissellements sur la plage o&#249; tu te baignes. Tu en remontes la pente, dans ton corps le bien &#234;tre du bain se propage mais sous ton cr&#226;ne se brouillent les id&#233;es qui naissent de ton existence. Sur la plage s'arr&#234;te la mangrove qui plus loin dans les m&#233;andres du fleuve Kawari envahit une grande partie du lit ; l'eau circulant entre les racines, les branches et les herbes ; et ici, sous la mangrove o&#249; t'es si souvent apparu ton fils mort-n&#233; venant vers toi les bras tendus, tu es visit&#233;e par le sens du monde. Ce n'est pas ton fils mais la relation, la for&#234;t te tend les bras par la mangrove et le sable t'accueille. Maintenant tu reposes sous le soleil que de grandes feuilles temp&#232;rent juste au-dessus de toi. Tu te proposes comme arr&#234;t dans le mouvement qu'a fait na&#238;tre la mar&#233;e en se retirant, le fleuve baissant et attirant vers lui les ruissellements comme il t'attira pour le bain. Le fleuve est convergence mais il ne dure qu'un temps, dans la mer il se disperse comme sous ton sommeil approximatif se dispersent tes pens&#233;es alors que tu entrevois ton fils qui tend les bras ; c'est de ses bras que naissent les bruits ; et de ses mains qui s'&#233;cartent germent les plantes de la for&#234;t&#8230; Voici les lierres et les lianes qui te tendent les bras et s'entrem&#234;lent sous la peau d'un ciel vein&#233; de bleu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_daubigny.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH190/2_daubigny-7912f.jpg?1651344139' width='500' height='190' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Charles Fran&#231;ois Daubigny &#8211; Les bords de la Seine pr&#232;s des Andelys
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans l'espace comme un souvenir (chef Noah Seattle, JJ. Rousseau)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le murmure de l'eau, c'est mon p&#232;re et la m&#232;re de mon p&#232;re, de sombres boues aujourd'hui ensevelissent leur lit. Que faire quand tout penche vers la fin ? Attendre ou se pr&#233;cipiter, rien n'a de sens, pourtant on aimerait agir. L'eau coule dans son lit, &#233;coute son murmure, c'est mon p&#232;re, c'est sa m&#232;re, et si tu disparais &#8230; Les oiseaux chantent quand m&#234;me sous le ciel changeant, inquiets eux aussi mais sans l'irr&#233;solution qui t'accompagne. Il te faudrait creuser le lit de tes anc&#234;tres et d&#233;gager leurs voix. Parfois tu le crois et &#231;a te rassure comme si le temps n'avait pass&#233;, quoique ce ne soit pas le temps mais l'usure engendr&#233;e par l'usage. Et puis viendra quand m&#234;me la lassitude, les bras, les jambes, et m&#234;me la parole, seront comme fatigu&#233;s. Tu guettes le temps qu'il fait pour palper ton humeur, suivant qu'il fait beau ou qu'un temps couvert enferme le regard, tu as chaud, tu as froid et tu te demandes ce qui arrive. Il t'arrive encore la voix des tiens qui appelle et qui lentement s'ensevelit sous les couches que d&#233;versent les g&#233;n&#233;rations et leurs propagations. Il te semble avoir &#233;t&#233; le jeu d'un jeu &#233;tranger et quoique tu aies promis de suivre la r&#232;gle, c'est &#224; l&#226;cher que ton c&#339;ur t'emm&#232;ne car &#234;tre sage dans la for&#234;t bruissante pouvait encore s&#233;duire mais sous l'auvent de l'immeuble et dans les cours o&#249; se perdent les voix, partir semble l'issue quoiqu'il n'y en ait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace comme un souvenir, c'est la voix qui s'&#233;gr&#232;ne et se perd sous l'amoncellement des grisailles ; une &#226;me en est saisie et le vide qui l'aspire l'attire davantage. Que veut rejoindre un corps lorsqu'il se penche contre l'acrot&#232;re de l'immeuble ? &#201;coute, c'est le murmure des eaux et le bruissement des plantes sous le vent ; et se jeter d'en haut est un bien joli saut.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18081 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_daubigny.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH339/1_daubigny-3ab4f.jpg?1651344139' width='500' height='339' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Charles Fran&#231;ois Daubigny &#8211; Moisson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Laissant donc mes go&#251;ts (Fairouz)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;couterai des chansons sentimentales &#224; la table de mes repas, comme qui se berce de romances, j'accompagnerai les m&#233;lodies de mon humeur joyeuse et, parfaitement serein, je passerai ainsi la plupart de mon temps, m'&#233;levant avec plaisir dans les petits ennuis des amours regrettables et ceux des tristesses passag&#232;res qu'engendrent le d&#233;sir ; servi de mon c&#244;t&#233;, ma joie ne sera pas sans nuance et mon petit sourire de moquerie accompagnera ces jouissances que l'&#226;ge r&#233;serve aux vieillards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'aper&#231;ois qu'avec le temps le tri de nos go&#251;ts se fait au hasard et ne reste, revient, remplit que ceux que les circonstances ont conserv&#233;s pr&#232;s de soi. Ce n'est donc pas qu'on les ch&#233;risse mais on prend ce qu'on a&#8230; Je chanterai les chansons qui sont venues jusqu'&#224; moi sans plus juger de leur valeur et, me glissant dans leurs propos, je vivrais &#224; mon tour ce que je n'ai pas v&#233;cu comme un petit amusement final sans feu, ni trompette dans le calme d'une vie ralentie par les circonstances aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand je me s&#233;parerai de ma maison, les circonstances m'ayant retir&#233; les forces, je garderai le murmure des m&#233;lodies faciles &#224; l'oreille peu sensible sans pouvoir probablement chanter &#224; mon tour tant ma bouche et mes dents seront d&#233;plorables ; ce qui aussi ajoutera &#224; la petite ironie que je me r&#233;serve sur les hasards et circonstances qui m'ont amen&#233; l&#224; sans pompe ni indulgence&#8230; Laissant donc mes affaires aussi bien que mes go&#251;ts, je m'en irai o&#249; ils n'ont plus cours sous le dais des fatigues et des souffrances car j'aurais ainsi con&#231;u l'oreiller qui console et la boussole qui aguerrit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Charles Fran&#231;ois Daubigny &#8211; Bords de rivi&#232;re pr&#232;s de Corbigny&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chaudes chambres</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-chaudes-chambres</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Les-chaudes-chambres</guid>
		<dc:date>2022-04-03T12:55:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme souvent dans les courtes proses de Jo&#235;l Roussiez, on assiste &#224; la naissance d'un monde.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton2054-d2dab.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme souvent dans les courtes proses de Jo&#235;l Roussiez, on assiste &#224; la naissance d'un monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle ouvrit les yeux, ces lacs sans fond ; elle rassembla ses sourcils, ces for&#234;ts r&#234;veuses, et se levant de la couche o&#249; elle dormit dix ans, elle se mit sur ses jambes, ces colonnes de marbre. Le jour &#233;tait lev&#233; depuis peu, la lumi&#232;re parmi les branches jouait encore avec la nuit. Un oiseau bleu s'envola, un chevreuil d&#233;tala lorsque dressant son buste, elle offrit sa beaut&#233; aux lieux. Sa beaut&#233;, c'est viol, un millier de fl&#232;ches s'y perdent. C'&#233;tait un jour radieux lorsqu'elle partit de sa couche de dix ans. Elle prit un chemin latin, vers l'ouest donc elle avan&#231;a. La mer tirait ses c&#244;tes, ces arcades d'&#233;cume, elle &#233;tait happ&#233;e par le d&#233;sir, un bain appelait au loin : viens, viens dans les eaux profondes d&#233;tendre ton corps endormi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en cours de chemin, l'impatience bout dans ses reins, ce sont plaines de bl&#233;s blonds qui bordent les montagnes. Dans ses yeux, ces lacs profonds, brillent des lames d'argent et son visage, c'est paysage de neige, se teinte du rouge du sang. Il couve dans ses veines, ce sont fleuves et rivi&#232;res, un feu ardent et le pas qu'elle presse ne calme pas l'ardeur de sa faim. O&#249; sont les vagues prodigues et la houle puissante ? Son impatience bout du d&#233;sir de la mer. Et c'est comme si la mer reculait. Ah, malheur, je sens dans la poitrine la douleur de l'attente ; laissez-moi venir &#224; vous, je viens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis soudain elle s'assoit, lasses sont ses humeurs, ses bras, ces arbres gigantesques, tombent et ses mains piochent la terre qu'elle porte &#224; sa bouche et engloutit ; une poign&#233;e, c'est une colline. Ah, elle souffre la g&#233;ante Omoussa et dans sa poitrine de grands bonds, ces troupeaux de chevaux, cognent contre la cage de son poitrail. &#171; Mer, toi qui attend, adoucit le murmure de tes vagues, ne fais pas ta voix rauque, je viens ! &#187; chante la g&#233;ante Omoussa que le d&#233;sir prend encore ; elle se l&#232;ve, secoue ses bras nerveux, ce sont lierres noueux, elle passe sur son visage sa main droite mouill&#233;e de la ros&#233;e des pr&#233;s, et court, se presse sur la plaine sans contour. Voici alors la mer qui court au devant d'elle et toutes deux s'&#233;treignent&#8230; Ah, je t'ai tant attendue, l'une l'autre elles s'engloutissent : j'ouvre ton ventre, j'&#233;carte bras et jambes, voici les chaudes chambres, ivresses des contours et joies des houles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18004 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_pivoine-manet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH342/1_pivoine-manet-41c8b.jpg?1649006444' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Edouard Manet &#8212; Branche de pivoine blanche et s&#233;cateur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans la salle des statues (J. Done, Tadao Sawai)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le grand sage de Bator chante tant&#244;t de sa voix grave, tant&#244;t de celle plus fine et plus haute, il souligne ainsi les contrastes et surtout prend son temps. Le son vient des profondeurs de son ventre et de celles des anciens qui habitent avec lui, suivant ce qu'on en dit dans la ville de Konia alors que le temple est vide depuis longtemps. On se souvient qu'il fut un temps o&#249; le sage y chantait chaque jour, on s'en souvient si bien qu'on entend encore sa voix quand on traverse la salle des statues&#8230; &#201;coute, que raconte-t-il ? Deux amants du village de Nem, deux amants s'aimaient depuis l'enfance qui est fleur de pivoine et fruit de grenade. S&#233;parer les enfants aurait &#233;t&#233; un crime et c'est ce qui arriva. Le p&#232;re &#233;tait b&#251;cheron mais o&#249; chercher du bois ? Le p&#232;re &#233;tait tisserand mais o&#249; trouver le lin ? Les p&#232;res doivent suivre leur destin aussi et celui-ci peut &#234;tre le tien. Qu'y faire ? Les deux familles, familles de lait et de biscuit, durent se s&#233;parer. L'orange saigne quand on la coupe ; ainsi saign&#232;rent les amants du village de Nem&#8230; Et alors la voix grave et alors la voix aig&#252;e s'opposaient, dramatisant &#224; souhait l'histoire path&#233;tique&#8230; Petite fille, tu pleures en &#233;coutant la fin tragique des amants mais en m&#234;me temps tu r&#234;ves d'un amour si complet qu'il te ferait souffrir. Ne crois pas que l'exaltation des joies soit sans peine. Tu pleures, crois-tu, au d&#233;sarroi des fins cependant il te faudra d'abord g&#233;mir sous la douleur des d&#233;sirs qui t'occupent. Viens, viens contre mon &#233;paule ! &#201;coute, c'est une histoire ancienne, le sage la chantait aux enfants pour calmer la broussaille de leurs inclinaisons. Aujourd'hui, il est mort depuis longtemps et le temple est vide de sa voix. Petite fille, tu l'entends, tu t'agites et mon &#233;paule ne calme pas les &#233;mois qui palpitent sous ta chair ing&#233;nue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Gustave Courbet &#8212; Vague&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La faiblesse de l'oiseau (Cegerxw&#238;n,Temo, A. Tchekov)</title>
		<link>https://www.tk-21.com/La-faiblesse-de-l-oiseau-Cegerxwin</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/La-faiblesse-de-l-oiseau-Cegerxwin</guid>
		<dc:date>2022-02-27T11:36:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l Roussiez</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mangeant des olives et des pommes &#224; la table d'un h&#244;te,&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH88/arton2038-cfc86.jpg?1772189404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mangeant des olives et des pommes &#224; la table d'un h&#244;te,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;je lui conte l'histoire des faibles, ceux qui souffrent et n'ont pas de force pour luter, une femme prisonni&#232;re d'une troupe de soldat, un &#234;tre d&#233;bile au milieu d'un carrefour, un enfant perdu sans sa m&#232;re, un homme qu'on torture&#8230; et tous ces exemples nous confortent dans ce que nous pensons de ce monde. Monde injuste et impudent ; c'est le n&#244;tre ! Et, prenant une petite gorg&#233;e de th&#233; fort, nous ne sommes pas pr&#234;ts &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tous nous admirons le lion, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais est-ce la force que nous admirons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notre conversation allait ainsi que vont les propos quand contre la vitre, un oiseau vint voleter pour saisir du bec d'invisibles insectes. Son &#233;l&#233;gance, sa vitalit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Son &#233;l&#233;gance, sa vitalit&#233;, c'est ce que nous admirons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le th&#233; chaud derri&#232;re la vitre de la maison nous parut si agr&#233;able que tous deux souriant, nous lev&#226;mes nos tasses comme pour dire : sant&#233; ! Nous rest&#226;mes ensuite silencieux pour ne pas troubler la bienveillance qui nous &#233;tait venue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_pierre-auguste_renoir.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH280/1_pierre-auguste_renoir-dcfa1.jpg?1645976670' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pierre-Auguste Renoir - Odalisque
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans les pays perdus (Hafiz, l&#233;gende Kurde : Ali Te'djo, Said Hassan, Ch. De Troyes)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tension qui excite les nerfs d&#233;passe l'amour de Jabali pour Binafsh&#233;, et cette derni&#232;re n'est pas moins tendue ; lui vers elle, elle vers lui, et cette tension leur nuit. Ainsi leurs caract&#232;res s'exasp&#232;rent, ils n'en peuvent plus, ils pleurent, ils g&#233;missent sous ce c&#226;ble, cette corde d'acier qui avive les ardeurs et pourvoit les d&#233;sastres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah, je me jette &#224; genoux dans la chambre obscure ; je me tra&#238;ne sur la mosa&#239;que froide et contre les boiseries pr&#233;cieuses, j'erre comme un l&#233;zard, je frissonne affol&#233;e, je suffoque sous mes voiles&#8230; Sa voix de hautbois dans la cour me torture, c'est pourtant la joie qui vient, celle des danses et des &#339;illades. &#192; travers la grille de bois fin, il devine mes yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah, la brillance de ton regard, c'est la lame qui me tue !... Je me tords, je me roule contre la margelle du puits, est-ce toi qui dans l'eau jette ces &#233;clats ? Demain, apr&#232;s demain, plus tard, je vais partir Binafsh&#233;, il le faut, tout m'est insupportable. Je ferme des portes, chaque jour je termine quelques choses, et d'autres chaque jour me r&#233;clament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et tu n'en finis pas d'&#234;tre occup&#233; ; et moi je meurs en &#233;coutant ton pas dans l'ombre de la chambre ; sous l'alc&#244;ve o&#249; repose le lit, j'agonise d&#233;j&#224;&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et je n'en finis pas d'&#234;tre occup&#233;, d'infimes &#233;v&#233;nements retiennent mon &#233;lan, l&#224; tes yeux, ici ton pied, ta main sur la grille, tes cheveux&#8230; La chaleur de ta peau r&#244;de sous l'ombrage des cours ; je boucle mon paquetage, je ferme les portes&#8230; Les souvenirs g&#233;missent, je d&#233;chire mes ongles aux murs de ta maison ; mes plaintes sont sans pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mes plaintes sont sans pareil, je frappe du pied, je jette mon front contre les murs et les portes. Dans l'ombre j'erre en g&#233;missant et lorsque tu passes dans la cour, de d&#233;sir je lac&#232;re mes voiles&#8230; Je me tue, voici le couteau de Damas ; voil&#224; la pointe dans mon c&#339;ur&#8230; Je d&#233;teste mon c&#339;ur et j'adore le tien, comment pourrais-je vivre encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment pourrais-je vivre encore dans les d&#233;serts ? La colombe me fuit, la gazelle aussi et mon c&#339;ur sous la lame de tes yeux chavire, se d&#233;m&#232;ne sous la pointe qui s'enfonce. Bient&#244;t, l'&#233;blouissement sous le dard du soleil enivrant ; vois, je tombe de cheval et j'attends la morsure des chacals et des hy&#232;nes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se d&#233;battent les ardeurs des amants dans les pays perdus des chaleurs et des ruts&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : estampe de Lu Yu (733-804)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
