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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>J'&#233;coute avec attention</title>
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		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Munster, Kassel, Venise. Existe-t-il entre les expressions r&#233;p&#233;t&#233;es du nihil (Anne Imhof, Pierre Huygue, Mark Bradford), aussi talentueuses soient-elles, un espace o&#249; la distinction entre l'animal laborans et l'homo faber pens&#233;e par Hannah Arendt est encore d&#233;tectable ? Un espace pour des projets h&#233;liotropiques, malgr&#233; tout&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1153-c2294.jpg?1772187428' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Munster, Kassel, Venise. Existe-t-il entre les expressions r&#233;p&#233;t&#233;es du nihil (Anne Imhof, Pierre Huygue, Mark Bradford), aussi talentueuses soient-elles, un espace o&#249; la distinction entre l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; pens&#233;e par Hannah Arendt est encore d&#233;tectable ? Un espace pour des projets h&#233;liotropiques, malgr&#233; tout&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Selon Walter Benjamin, c'est l'all&#233;gorie puissamment utilis&#233;e par le baroque et en particulier par le &lt;i&gt;Trauerspiel&lt;/i&gt; (litt&#233;ralement : jeu de deuil, jeu avec le deuil ; dans l'usage : drame tragique du baroque allemand), qui r&#233;alise au mieux la tension m&#233;lancolique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Julia Kristeva, &lt;i&gt;Soleil Noir, D&#233;pression et M&#233;lancolie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coute avec attention Alexander Kluge, l'interview men&#233;e par Jean-Louis Poitevin pour TK21. &#192; Venise, je n'ai pas trouv&#233; le chemin menant &#224; la Fondation Prada. Le r&#233;alisateur allemand y menait avec ses compatriotes - la sc&#233;nographe Anna Viebrock connue des fid&#232;les du Staatoper Stuttgart pour ses installations marqu&#233;es par l'esth&#233;tique r&#233;aliste de l'ex-RDA (des gymnases, des cuisines communautaires et ses tables en formica), et le photographe Thomas Demand -, un projet total, un &lt;i&gt;op&#233;ra&lt;/i&gt;, intitul&#233; &lt;i&gt;The boat is leaking, the captain lied&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vaporetto ne m'a pas men&#233; jusque-l&#224;, et apr&#232;s les d&#233;clarations d'Adam Szymczyk, le commissaire de la derni&#232;re Documenta, ses errements d&#232;s les premi&#232;res pages du catalogue concernant &#171; la banalit&#233; du bien &#187;, l'id&#233;e de replonger dans un pensum politiquement correct, port&#233; par l'imaginaire d'une entreprise de luxe, ne me tentait gu&#232;re. Trop d'&#233;glises &#224; visiter (Le diable s'habille en Prada !) et les all&#233;es du Giardini si proches&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins l'&#339;uvre de Kluge ne m'est pas inconnue. Sa participation &#224; &lt;i&gt;Deutschland im Herbst&lt;/i&gt;, si peu montr&#233; alors que son sujet, la &lt;i&gt;Todesnacht von Stammheim&lt;/i&gt;, a sonn&#233; ses quarante ans le 17 octobre dernier, fut au m&#234;me titre que L&lt;i&gt;'Honneur perdu de Katharina Blum&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La Loi du plus fort&lt;/i&gt;, une des &#339;uvres cin&#233;matographiques qui autorisa ma g&#233;n&#233;ration &#224; se saisir de la culture allemande d'apr&#232;s-guerre. A ce sujet, les commissaires d'exposition, Iris Dressler et Hans D. Christ, du Wurrtembergischer Kunstverein Stuttgart, ont inaugur&#233; le 14 octobre dernier, une exposition r&#233;trospective de l'&#339;uvre de Kluge, &lt;i&gt;Garten der Kooperation&lt;/i&gt;, pens&#233;e, je cite, &#171; as such a platform &#187;, m&#233;taphore sur laquelle on ne peut s'emp&#234;cher de voir planer la pens&#233;e du regrett&#233; Harald Szeemann. Je ne manquerai pas d'y aller lors de mon prochain passage, alors que cent m&#232;tres plus haut, tourne impeccable sur la Hauptbahnhof, l'embl&#232;me de Mercedes, organisateur officiel de l'&#233;conomie locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coute donc avec attention l'interview d'Alexander Kluge, son monologue puisque nulle question ne vient le troubler et je note p&#234;le-m&#234;le : &#171; la pens&#233;e de longue dur&#233;e &#187;, &#171; l'infanterie po&#233;tique de la philosophie &#187;, &#171; Arch&#233;ologue po&#233;ticien &#187;, &#171; la colonisation de la libido &#187;, autant de motifs fran&#231;ais (de la nomadologie Deleuzienne &#224; l'hantologie de Jacques Derrida) revus par la langue allemande, par son talent &#224; faire jaillir une image &#233;clairante. L'image de la lune dans le puits heideggerien&#8230; Ces notions disruptives, ces effractions &#224; destination de l'avenir mais aussi tourn&#233; vers le pass&#233; sont, &#224; mon sens, des clefs pour s'orienter entre &#171; l'ab&#238;me et la chance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexander Kluge, Chronique des Sentiments, entretiens, TK-21 LaRevue.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans les manifestations artistiques de l'&#233;t&#233;. On peut, &#224; la mani&#232;re de Benjamin H.D. Buchloh, dans le num&#233;ro de septembre d'ArtForum, ne retenir que quelques noms et deviner derri&#232;re eux, en ombres chinoises, derri&#232;re le paysage m&#233;lancolique, le spectacle des ruines savamment orchestr&#233; par leurs soins, l'apparition de forces &#233;mancipatrices ainsi qu'une entr&#233;e magistrale dans l'art du XXIe si&#232;cle. Citons Mark Bradford, artiste gay issu de la classe ouvri&#232;re afro-am&#233;ricaine de Los Angeles, d&#233;fendu en exclusivit&#233; par cette machine de guerre zurichoise qu'est la galerie Hauser &amp; Wirth, et qui, s&#233;lectionn&#233; &#224; cinquante et un ans, repr&#233;sente le pavillon US (et c'est bien l&#224;, une premi&#232;re qu'un artiste au profil si complexe repr&#233;sente les Etats-Unis). Bradford se concentre, au fil de ses peintures et de ses sculptures monumentales, compos&#233;es de dos d'affiches, de papiers divers, &#233;corch&#233;s, scarifi&#233;es, d'amoncellements de d&#233;tritus (la tr&#232;s belle sculpture &lt;i&gt;Medusa&lt;/i&gt;) sur des repr&#233;sentations insens&#233;es, des constellations que le v&#233;nitien et situationniste Ralph Rumney n'aurait pas d&#233;sapprouv&#233;. Autre d&#233;rive, Pierre Huygue a d&#233;cid&#233;, dans le cadre de SkulpturProjekt &#224; Munster, d'investir une patinoire d&#233;saffect&#233;e pour y camper, &#224; mon sens, une repr&#233;sentation en 3D de l'&lt;i&gt;Eismeer&lt;/i&gt; de Caspar-David Friedrich mais une repr&#233;sentation industrielle comme pass&#233;e &#224; l'acide, dessin&#233;e selon une organisation g&#233;om&#233;trique, meubl&#233;e d'accessoires mena&#231;ants : deux ruches compos&#233;es de terre agglom&#233;r&#233;e, un aquarium/monolithe sombre g&#233;n&#233;rant des cellules canc&#233;reuses. Le jour de mon passage, il pleuvait et la pluie formait &#224; intervalles r&#233;guliers, l'ouverture du plafond &#233;tant command&#233;e par les dites cellules canc&#233;reuses, un rideau lugubre dans la salle. Enfin, Anne Imhof et ses assistants rejouent la sc&#232;ne bien connue du grand &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce sujet, je me souviens d'avoir assist&#233; &#224; en 2001 &#224; une repr&#233;sentation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la mythologie walhallienne revue par les hyperstructures du moment (surveillance, s&#233;curit&#233;, consommation). Chaque jour, pendant une heure trente, alors que le public est accueilli par deux dobermans encag&#233;s, des jeunes gens impavides, des &#171; proud zombies &#187; selon l'expression de Buchloh, ex&#233;cutent une non-danse sur le sol sur&#233;lev&#233; en verre blind&#233; &#8211; le bien nomm&#233; &lt;i&gt;Panzerglas&lt;/i&gt; &#8211; du pavillon allemand, alors que le reste du temps demeurent visibles dans les deux salles adjacentes, les reliefs du rituel (une guitare Fender et son ampli, des bacs industriels, des T-Shirts blancs jet&#233;s au sol).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regard de cette zone, dans le sens militaire du terme &#8211; la formule de Fritz Zorn, &#171; &#233;duqu&#233;s &#224; mort &#187;, seyant parfaitement &#224; ces professionnels de la m&#233;lancolie -, on est en droit d'esp&#233;rer d'autres forces en pr&#233;sence. A ces motifs de l'errance, symbolis&#233;s par la figure du Mat dans les lames du Tarot (et ce, pour s'enferrer une bonne fois pour toutes dans l'imagerie &#233;sot&#233;rique), il est utile d'opposer des figures lumineuses. Dans l'esprit de Walter Benjamin, ces derni&#232;res se logent, et c'est bien normal, dans les interstices. &#171; Tant qu'il y a aura des mendiants, il y aura des mythes. &#187; La Documenta fut &#224; sa fa&#231;on une suite d'interstices, une succession de gestes affaiblis m&#234;lant g&#233;n&#233;rations et cultures, langues et imaginaires, une manifestation peu encline &#224; c&#233;l&#233;brer les grandes figures du march&#233; et de l'histoire pour, au contraire, se concentrer sur ce que l'artiste flamand Jef Geys nomme les personnages mineurs. En cela, malgr&#233; la na&#239;vet&#233; militante de son sous-texte, elle est la premi&#232;re peut-&#234;tre &#224; tenter de rompre avec l'h&#233;ritage des manifestations pr&#233;c&#233;dentes (des mythologies modernistes d'Harald Szeeman et de Jan Hoet &#224; l'intensit&#233; documentaire de Catherine David). Les soins apport&#233;s &#224; l'&#234;tre dans son d&#233;nuement le plus total, &#224; la nature d&#233;faite, non pas les arbres glorieux d'Ulysse dont Alexander Kluge nous relate les m&#233;tamorphoses (des troncs d'arbres hi&#233;ratiques, transform&#233;s en m&#226;ts de bateau ou creus&#233;s pour accueillir des corps et par l&#224;, c&#233;l&#233;brer l'espace domestique, ses valeurs patriarcales) mais les arbres touch&#233;s par la pollution, le r&#233;chauffement climatique y &#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s sous forme d'agencements frustes, des formes biographiques lacunaires se r&#233;pandaient pour mettre &#224; mal les diff&#233;rences traditionnelles entre r&#233;cit documentaire et organisation po&#233;tique, entre subjectif et objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie la plus remarquable pour &#233;chapper &#224; l'esprit m&#233;lancolique est de faire d&#233;river le sentiment d'ali&#233;nation qui nous tient lieu de projet vers d'autres lieux consacr&#233;s &#224; l'exp&#233;rience de l'autre et &lt;i&gt;pour un temps encore&lt;/i&gt;, aux agencements de l'art. En cela, il est toujours bon d'opposer les deux figures qu'Hannah Arendt identifiait en 1958 sous les noms d'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;. Alors que l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt; ne laisse rien derri&#232;re lui ob&#233;issant aux injonctions de la productivit&#233; (et dans le cas pr&#233;sent, l'appareillage m&#233;diatique et culturel visent la m&#234;me chose avec d'autres moyens, la marchandise, le divertissement), l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; ne renonce jamais &#224; l'exp&#233;rience du sensible, bricolant avec ce qu'il poss&#232;de, ce qu'il a sous la main un monde &#224; sa mesure. Qu'est-ce qui est disponible ? Les artistes alors reproduisent des organisations spatiales ouvertes, des installations inspir&#233;es des show rooms impeccables de Berlin-Mitte (Olafur Eliasson et son &lt;i&gt;Green Light Project&lt;/i&gt;) ou du d&#233;sordre apparent des &#171; supermarkets &#187; orientaux (Hassan Sharif). Ils construisent une r&#234;verie musicale, un studio d'enregistrement id&#233;al (Xavier Veilhan), exhument une improbable radio libre de la fin des ann&#233;es 1970, avec un sens maniaque des d&#233;tails. Ainsi, Gerard Byrne dans son film, &lt;i&gt;In Our Time&lt;/i&gt;, surprend un dee-jay dans son studio encombr&#233; de cassettes et de disques, blaguant avec ses auditeurs, annon&#231;ant l'heure, non pas celle de l'&#233;mission mais celle de l'exposition. Par ce simple d&#233;tail, c'est tout l'&#233;difice documentaire qui s'effondre et s&#232;me &lt;i&gt;durablement&lt;/i&gt; le trouble dans l'esprit du spectateur. Jeremy Deller dresse les archives relatives aux activit&#233;s d'un jardin ouvrier, Maria Eichhorn &#233;l&#232;ve une biblioth&#232;que consacr&#233;e aux livres confisqu&#233;s par le r&#233;gime nazi o&#249;, compil&#233;s images et &#233;crits, t&#233;moignages savants et inventions populaires interrogent l'id&#233;e de monument et de comm&#233;moration, et logiquement leur assomption publique. Et &lt;i&gt;the last but not the least&lt;/i&gt;, les artistes r&#233;investissent l'atelier comme espace paradigmatique de la cr&#233;ation. Marie Cool et Fabio Balducci tendent des rubans adh&#233;sifs transparents entre des pi&#232;ces de mobilier de type administratif (ces mobiliers bien connus des r&#233;sidents des Cit&#233;s Internationales des Arts) pour d&#233;limiter une aire de jeu, une somme de gestes &#233;l&#233;mentaires activ&#233;es dans d'hypnotiques vid&#233;os. Teresa Hubbard et Alexander Birchler s'emploient &#224; &#233;clairer dignement le portrait d'une artiste oubli&#233;e, en l'occurrence Flora Mayo surprise alors qu'elle mod&#232;le dans la glaise, les traits de son amant, un autre sculpteur retenu par l'Histoire, Alberto Giacometti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, j'aimerais revenir sur une &#339;uvre d&#233;couverte en dehors du tierc&#233; estival Kassel/Munster/Venise... Le film, &lt;i&gt;Karl's Perfect&lt;/i&gt; Day de Rirkrit Tiravanija, produit par Cristian Manzutto &#224; qui l'on doit aussi un tr&#232;s beau portrait de Jimmie Durham, d&#233;couvert en juin dernier au FID, s'engage dans une esth&#233;tique de proximit&#233;, un &#233;loge du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; comme si de rien n'&#233;tait. L'artiste a donn&#233; carte blanche &#224; son ami, le po&#232;te visuel Karl Holmqvist, pour imaginer sa journ&#233;e id&#233;ale : se r&#233;veiller &#224; Berlin, sa ville d'adoption, d&#233;jeuner via Lambertesca &#224; Florence, plonger dans la nuit d'un club new-yorkais entour&#233; d'un ar&#233;opage de starlettes et de critiques ! En lieu et place de cela, on le surprend faisant son jogging Karl Marx Allee, visiter en compagnie de son assistante le jardin fleuri d'Hannah Hoch, lire un po&#232;me de Paul Chan &#224; ses plantes vertes dispos&#233;es sur le balcon, r&#233;diger au mur un de ses textes r&#233;p&#233;titifs, d&#233;guster un verre de vin blanc, r&#233;p&#233;ter tel un mantra &#171; Elephant/Telephone &#187; avec le guitariste Arto Lindsay, le tout s'achevant par une parade nocturne avec force cloches tib&#233;taines et percussions&#8230; non pas la danse de mort du &lt;i&gt;Septi&#232;me Sceau&lt;/i&gt; d'Ingmar Bergman, la c&#233;l&#233;bration du nihil, mais un mouvement h&#233;liotropique tourn&#233; vers le petit matin. Le soleil, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/jeremy-deller.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/jeremy-deller-c9bcb.jpg?1513627546' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jeremy Deller
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10361 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/maria-heichorn-8e2dd.jpg?1513627546' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Maria Eichhorn
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/olafur-elliassion.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/olafur-elliassion-ab890.jpg?1513627546' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Olafur Eliasson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/teresa-hubbard-alexander-birchler.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/teresa-hubbard-alexander-birchler-1c9ac.jpg?1513627546' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Teresa Hubbard &#8212; Alexander Birchler
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/anne-imhof.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/anne-imhof-804e1.jpg?1513627546' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anne Imhof
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/xavier-veilhan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/xavier-veilhan-b493c.jpg?1513627547' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Xavier Veilhan
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexander Kluge, &lt;i&gt;Chronique des Sentiments&lt;/i&gt;, entretiens, TK-21 LaRevue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ce sujet, je me souviens d'avoir assist&#233; &#224; en 2001 &#224; une repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Siegfried&lt;/i&gt;, sc&#233;nographi&#233; par Ana Viebrock, o&#249; le h&#233;ros wagn&#233;rien v&#234;tu d'un T-Shirt frapp&#233; de son nom dealait de l'herbe dans une cuisine sordide dont les fen&#234;tres plongeaient sur des terrains vagues plus sordides encore.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Couverture : Pierre Huyghe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Inventaire des r&#233;sistances&#8232;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Inventaire-des-resistances</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Inventaire-des-resistances</guid>
		<dc:date>2016-04-26T18:09:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>essai </dc:subject>
		<dc:subject>collage </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Albrecht/d. (1944-2013) fut artiste, &#233;diteur, musicien, chacune de ces activit&#233;s se d&#233;ployant en une n&#233;buleuse d'activit&#233;s secondaires (performer, activiste, cr&#233;ateur d'instruments sonores). Gr&#226;ce &#224; ces modulations, il lui fut possible de modifier le cap autant que n&#233;cessaire. Il disparaissait de la sc&#232;ne artistique pour r&#233;appara&#238;tre l&#224; o&#249; nul ne l'esp&#233;rait, selon une technique propre &#224; la gu&#233;rilla, technique d&#233;crite &#224; sa fa&#231;on par Martha Rosler en 2008 dans le cadre d'un entretien men&#233; avec l'historien d'art, Stephen Wright :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour vous r&#233;pondre d'une fa&#231;on un peu romantique, je suis un peu comme une combattante de rue, qui donne un coup de poing, court ensuite se cacher derri&#232;re une barricade, avant d'en redonner un. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/collage" rel="tag"&gt;collage &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/arton877-aabf4.jpg?1772187428' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Albrecht/d. (1944-2013) fut artiste, &#233;diteur, musicien, chacune de ces activit&#233;s se d&#233;ployant en une n&#233;buleuse d'activit&#233;s secondaires (performer, activiste, cr&#233;ateur d'instruments sonores). Gr&#226;ce &#224; ces modulations, il lui fut possible de modifier le cap autant que n&#233;cessaire. Il disparaissait de la sc&#232;ne artistique pour r&#233;appara&#238;tre l&#224; o&#249; nul ne l'esp&#233;rait, selon une technique propre &#224; la gu&#233;rilla, technique d&#233;crite &#224; sa fa&#231;on par Martha Rosler en 2008 dans le cadre d'un entretien men&#233; avec l'historien d'art, Stephen Wright :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour vous r&#233;pondre d'une fa&#231;on un peu romantique, je suis un peu comme une combattante de rue, qui donne un coup de poing, court ensuite se cacher derri&#232;re une barricade, avant d'en redonner un. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peu de textes furent r&#233;dig&#233;s du vivant de l'artiste. Ainsi Reflection Press, sa maison d'&#233;dition, n'est pas cit&#233;e dans la premi&#232;re &#233;dition de 1997 d'&lt;i&gt;Esth&#233;tique du livre d'artiste, 1960/1980&lt;/i&gt; d'Anne Moeglin-Delcroix alors qu'elle l'est &#224; deux reprises (pour les participations de Ben et de Joseph Beuys) dans l'&#233;dition revue et augment&#233;e de 2011. &#192; ma connaissance, le premier article cons&#233;quent publi&#233; dans un recueil anthologique est d&#251; &#224; Genesis P. Orridge au milieu des ann&#233;es 1970 [illustration ci-dessus : de gauche &#224; droite : Genesis P. Orridge, Albrecht/d.]. Ce dernier travaillait alors comme critique d'art &#224; Londres tout en d&#233;butant une activit&#233; musicale au sein du groupe COUM, formation premi&#232;re du mythique Throbbing Gristle, et avec qui Albrecht/d. enregistrera plusieurs &#171; sessions &#187; compil&#233;es sous forme de cassettes audio. Afin de pallier le manque d'informations, j'ai d&#233;cid&#233; d'opter pour une approche personnelle, me concentrant sur les &#233;l&#233;ments collect&#233;s au fil de nos rencontres et de nos collaborations entre 2005 et 2013. Soit une collection de documents : une affiche, un jeu de cartes postales d'Endre Tot, quelques livres (Raoul Hausmann, Jean Toche) et un vinyle 30cm enregistr&#233; en collaboration avec Joseph Beuys lors d'une performance &#224; l'ICA/Londres en novembre 1974, un tirage photographique couleur, deux photocopies et un T-Shirt relatif &#224; la Coupe du Monde de Football aux &#201;tats-Unis. J'assume le r&#244;le assez peu scientifique du rabatteur sondant les buissons (ou les grandes avenues nocturnes &#224; la fa&#231;on d'un portier de bo&#238;te de nuit), frappant les troncs d'arbres pour voir ce qui s'y loge. Le paysage est complexe, la m&#233;t&#233;o changeante. Il ne faut pas compter sur l'institution : ni carte ni boussole ne sont fournies. &#192; partir donc du seul mat&#233;riel &#224; disposition et &#224; l'aide de cette figure de style qu'est le D&#201;PLIAGE, petite s&#339;ur bricol&#233;e de la d&#233;construction derridienne, je tenterai de dresser une topologie propre &#224; l'artiste, un inventaire de ses r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins quelque chose (un signe, un indice, une pr&#233;sence) manquera toujours pour cerner le sujet Albrecht, lui qui ne cessa jamais de rappeler que la libert&#233; est le point unique autour duquel l'art comme activit&#233; r&#233;elle peut s'organiser et que cette libert&#233;, si on l'approche, annule toutes les applications formelles, qu'elles soient class&#233;es sous les articles livre, musique ou bien performance. La libert&#233; octroy&#233;e par la pratique de l'art comme activit&#233; r&#233;elle engage-t-elle &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; l'annulation de son objet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I- Figure du camouflage&lt;/strong&gt; (voir aussi espace public, march&#233; de l'art, simulacre, avant-garde) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006, lorsque je d&#233;couvris l'affiche PLAKATABRISSE (Ulmer Museum, automne 1975) chez le galeriste Christian Franke &#224; Stuttgart, mon attention se porta directement sur ce nom inconnu, Albrecht/d. (et quel nom ! je reviendrai plus tard sur les diff&#233;rentes graphies d'Albrecht/d., sur leurs qualit&#233;s visuelles et sonores).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8017 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L464xH650/2-21-69d98.jpg?1509805287' width='464' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais accompagn&#233; de deux visiteurs fran&#231;ais, Bernard Calet, sculpteur, et Jean-Louis Poitevin, anciennement directeur de l'Institut fran&#231;ais de Stuttgart. Tous deux se fendirent d'un achat (l'&#233;dition Intuition de Joseph Beuys et une affiche autographe de Sigmar Polke) et Franke m'offrit cette affiche en pr&#233;cisant : &#171; Albrecht/d. vit &#224; Stuttgart &#187;. Dans la tradition des nouvelles d'Henry James, ce premier contact relevait du pur hasard, d'une &#233;quation &#224; x inconnus aux r&#244;les interchangeables : le curieux, l'artiste, le galeriste, le collectionneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albrecht/d. a toujours entretenu une relation privil&#233;gi&#233;e avec Wolf Vostell, ce dernier l'ayant en partie accueilli et soutenu en tant que jeune artiste lors de son exil en RFA comme l'indique le catalogue du K&#252;nstlerhaus Stuttgart : &#171; 1944 geboren in Nordhausen / S&#252;dharz, Th&#252;ringen. Seit 1958 im Exil in Stuttgart. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'affiche de PLAKATABRISSE, que surgit-il sous les couches d'affiches manipul&#233;es par le fondateur de D&#233;collage-Happening ? Un montage soucieux d'alimenter les lois du march&#233; ? Une beaut&#233; du geste t&#233;moignant de la hardiesse des derni&#232;res avant-gardes europ&#233;ennes, du bric-&#224;-brac collectiviste de l'&#233;poque (les nouveaux r&#233;alistes, le groupe ZERO, Fluxus...) ? Dans cette perspective, il faudrait v&#233;rifier si la pr&#233;sence des affichistes allemands &#224; la Foire de Cologne de 1973 est av&#233;r&#233;e ; elle qui d&#232;s le lendemain de la Documenta V d'Harald Szeemann s'&#233;veilla avec la gueule de bois (cette ann&#233;e-l&#224;, une brusque r&#233;orientation du march&#233; est op&#233;r&#233;e, il est essentiel de renouveler le stock, de c&#233;der l'esth&#233;tique figurative surr&#233;aliste d'apr&#232;s-guerre contre des positionnements minimal voire immat&#233;riels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'affiche PLAKATABRISSE. Au contraire de Villegl&#233; g&#233;n&#233;ralement photographi&#233; en pleine action dans la rue, action d&#233;gag&#233;e de toute sc&#233;nographie, Vostell appara&#238;t dans ce qui semble &#234;tre son atelier comme l'artiste h&#233;ro&#239;que (l'attitude, le look, le cadrage) qu'il s'appliqua &#224; toujours para&#238;tre (au m&#234;me titre qu'un certain nombre d'autres h&#233;ros allemands, Dieter Roth en t&#234;te, conscients de leur image de marque, de leur pr&#233;sence physique). Le fran&#231;ais Jacques de la Villegl&#233; (ainsi que Raymond Hains et Fran&#231;ois Dufr&#234;ne conduits par Pierre Restany) se coltinait l'h&#233;ritage duchampien, Vostell n&#233;gociait le renouvellement de la peinture par d'autres moyens, l'artiste ayant troqu&#233; couleurs et pinceaux contre des fragments de papiers imprim&#233;s. La diff&#233;rance est de taille, la dissimulation est subtile : un camouflage en quelque sorte. Chez Albrecht/d., la n&#233;cessit&#233; du camouflage se n&#233;gociait diff&#233;remment. D&#233;collage, oui, mais de quel ordre ? Ce geste terrible qu'est le d&#233;chirement inaugure dans le cas d'Albrecht une orientation iconoclaste qu'il ne d&#233;mentira jamais. Ses collages sonores, ses agencements visuels (la s&#233;rie Violence Permanente) traitent en effet de l'abandon de l'image par sa saturation m&#234;me, de son oblit&#233;ration par la r&#233;p&#233;tition de signes et de motifs sexuels, politiques. La seule affiche de cette &#233;poque qu'il m'a &#233;t&#233; donn&#233; de voir &#233;tait de format r&#233;duit, laiss&#233;e libre, non pas maroufl&#233;e sur toile comme il est d'usage, de plus, elle semblait avoir &#233;t&#233; d&#233;coup&#233;e &#224; l'aide d'un cutter. Il n'y est donc plus question de composition mais d'extraction, d'agression en quelque sorte, &#224; la fa&#231;on d'une toile d&#233;coup&#233;e vitement dans un mus&#233;e de province par un voleur peu scrupuleux ou un iconoclaste turbulent. Pour Albrecht/d, il s'agissait avant tout d'un moyen pour sauter dans le train de l'histoire (comme beaucoup saut&#232;rent tout au long du vingti&#232;me si&#232;cle dans les convois &#224; destination d'un pays imaginaire, d'une utopie), une tactique pour p&#233;n&#233;trer un espace largement balis&#233; (l'histoire de l'art, le march&#233;) o&#249; ses talents excelleraient au jeu du casse-t&#234;te et autres irr&#233;v&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation : Georges Adrien in &lt;i&gt;Le Voleur&lt;/i&gt; : &#171; Je fais un sale m&#233;tier, mais j'ai une excuse, je le fais salement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II- Figure de la concentration&lt;/strong&gt; (voir aussi s&#233;riation, archives, eau min&#233;rale, carton, agrafes) :&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis descendu &#224; la cave.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8018 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/3-23-370a9.jpg?1509805287' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_8019 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4-21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/4-21-89187.jpg?1509805288' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce doit faire vingt m&#232;tres carr&#233;, pas plus. Il s'agit d'un espace &#224; usage personnel auquel de rares visiteurs ont acc&#232;s, uniquement sur rendez-vous. &#192; droite de la porte, le mur est recouvert d'une suite d'&#233;tag&#232;res en bois o&#249; sont dispos&#233;es horizontalement des bo&#238;tes en carton ayant accueilli dans une autre existence, des canettes de bi&#232;re Grafenwalder ou des bouteilles d'eau de la marque JA (Ja ! Oui ! Yes ! ce qui d'entr&#233;e nous renvoie &#224; l'exclamation nocturne cl&#244;turant le monologue de Molly Bloom et par l&#224; m&#234;me l'Ulysse de James Joyce : &#171; and yes I said yes I will yes. &#187;). L'organisation est horizontale sinon tout s'effondrerait. Les documents pr&#233;serv&#233;s ne supportent pas la verticalit&#233;, ils sont trop fragiles, pas assez &#233;pais. Ils reposent comme dans des coffres de banque o&#249; l'on dispose &#224; plat dipl&#244;mes, actions, bijoux et billets de banque, mais aussi &#224; force d'accumulation, ils se concr&#232;tent, &#233;paisseur g&#233;ologique, paysage. Des feuillets A4, des fanzines, des livres compos&#233;s de quelques pages reli&#233;s par une r&#233;glette en plastique, par une spirale ou simplement agraf&#233;s, voil&#224; tout est l&#224;. Quand Albrecht pr&#233;l&#232;ve un &#233;l&#233;ment, il le d&#233;pose sur le bureau central, &#224; plat, sans manipulation suppl&#233;mentaire et le regard du visiteur plonge sur la pi&#232;ce &#224; conviction. Plus tard, je serai autoris&#233; &#224; extraire les dites pi&#232;ces de leur bo&#238;te. Pour l'instant, je regarde, approche graduelle :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1- J'ai pu me rendre chez Albrecht apr&#232;s l'avoir rencontr&#233; en terrain neutre chez Christian Franke. &lt;/li&gt;&lt;li&gt; 2- J'ai pu descendre &#224; la cave parce que j'ai pr&#233;alablement accept&#233; une tasse de th&#233; vert, parlant de jazz, &#233;coutant Don Cherry (Lapsus r&#233;v&#233;lateur que d'avoir pour ma part choisi Don Cherry. Don du verbe donner ?). &lt;/li&gt;&lt;li&gt; 3- J'ai pu manipuler les bo&#238;tes de rangement parce que j'ai attendu qu'on m'y invite.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 4- Et enfin, j'ai pu mener avec Albrecht un ensemble de projets (Table d'H&#244;tes &#224; l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, la revue &lt;i&gt;fondcommun&lt;/i&gt;) parce que je n'en ai jamais formellement exprim&#233; la demande. Les choses se sont fa&#231;onn&#233;es tranquillement, au fil des rencontres, des tasses de th&#233; partag&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En un mot, Albrecht se m&#233;fie de l'usage que l'on peut faire de ses archives. Selon l'h&#233;raldique rimbaldienne, il a &#171; seul la cl&#233; de cette parade sauvage &#187;. Les m&#233;saventures avec le collectionneur/archiviste, Marzona, abonde dans ce sens : qui d'autre que lui peut jouir d'une telle collection, rendant si bien compte d'une aventure priv&#233;e mais si peu d'une carri&#232;re publique, si ce n'est dans les entrelacs cod&#233;s des &#233;ditions et des lettres, les interstices ? Albrecht a toujours h&#233;sit&#233; &#224; c&#233;der sur le terrain de l'autre, aussi bienveillant soit-il. Ces archives sont son exposition individuelle permanente, activable par ses seuls soins, ce qui est, convenons en, un contrepoint ironique &#224; l'usage que l'on peut faire des archives dans de nombreuses expositions actuelles, archives consultables par tous durant une p&#233;riode limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation : G&#233;n&#233;ral Giap cit&#233; par Mario Merz (General Giap Igloo,1968) : &#171; Se il nemico si concentra perde terreno, se si disperde perde forza. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III- Figure de la mobilit&#233;&lt;/strong&gt; (voir aussi sacs &#224; dos, &#233;pingles &#224; linge, reliures diverses) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure du colporteur est une figure marginale. De la valise duchampienne au Po&#239;po&#239;drome de Robert Filliou et Joachim Pfeufer, de la brouette d'Arthur Cravan lui permettant d'&#233;couler les exemplaires de sa revue, &lt;i&gt;Maintenant&lt;/i&gt;, aux impressions &#224; la demande de Ben Kinmont, les artistes colporteurs &#233;voluent en voltigeurs, &#233;quip&#233;s d'accessoires portatifs. Il s'agit d'infiltrations, d'occupations sporadiques, de retraits subits &#8211; une guerre de position dont les expositions sont les points remarquables, les fanions piqu&#233;s sur une carte d'&#233;tat-major. Les dispositifs en question ont un double usage : ils tiennent &#224; la fois lieu de points de vue pour observer le paysage alentour et de rep&#232;res/repaires clairement d&#233;tachables dans la grisaille du moment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5-20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/5-20-7a262.jpg?1509805288' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Albrecht se s&#233;parait rarement de son sac &#224; dos, sac doubl&#233; de planches cartonn&#233;es maintenues gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me d'&#233;pingles &#224; linge en plastique de couleur et dont l'ouverture donnait lieu &#224; un c&#233;r&#233;monial lent et scrupuleux. Il y a des artistes dot&#233;s de cartables d&#251;ment professoraux, affubl&#233;s de tablettes num&#233;riques ou de cl&#233;s USB, Albrecht avait opt&#233; pour le sac &#224; dos. Il en extirpait des horaires de train, des magazines, des gratuits dont il nous soumettait un article, des friandises japonaises. Autant de nourritures terrestres &#224; consommer sur place, &#224; consulter sur table, autant de pr&#233;sences contenues un court instant dans l'espace du lieu, maintenues dans l'exp&#233;rience du partage et bien s&#251;r, exclues du pr&#234;t. Dans ce cas express&#233;ment, pas de fiches &#224; remplir, pas de date de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en extirpait aussi, comme en avril 2008 invit&#233; par Table d'H&#244;tes &#224; l'IAC de Villeurbanne (entre 2005 et 2008, le projet Table d'H&#244;tes principalement consacr&#233; &#224; l'espace &#233;ditorial fut men&#233; par mes soins en collaboration avec Pierre-Olivier Arnaud dans diff&#233;rents espaces) des bo&#238;tes en carton, des pochettes tenues par des &#233;lastiques qui &#224; leur tour &#233;taient l'objet de d&#233;ballage. S'ajoutaient &#224; cela reliures, couvertures &#224; rabat, pri&#232;res d'ins&#233;rer, enveloppes contenant des photographies, erratum, tout un monde de pelures, d'&#233;paisseurs infra-minces enrobant, compl&#233;tant les livres. Albrecht n'avait pas le sens de la hi&#233;rarchie. Tout, pour peu qu'il f&#251;t consomm&#233;, qu'il appart&#238;nt au pass&#233;, &#233;tait trait&#233; de mani&#232;re &#233;gale, illustrant en cela une de ses citations favorites : &#171; When it's done, it's gone. &#187;. Dans cette logique, le paratexte tendait &#224; occuper l'espace central ou plus pr&#233;cis&#233;ment, tout ce qui &#233;tait en mesure de d&#233;gonfler le texte premier, de mettre &#224; mal son importance, &#233;tait accueilli et vaillamment cultiv&#233;. Dispersion, larsen, &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/5bis-e0672.jpg?1509805288' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Table d'H&#244;tes (IAC, Villeurbanne, avril 2008).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Citation : &#171; When nothing goes right, go left. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV- Figure de la clandestinit&#233;&lt;/strong&gt; (voir aussi, pseudonyme, Endre Tot, Melencolia I, Bundschuh) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire du tiret, signe typographique r&#233;unissant des vocables h&#233;t&#233;rog&#232;nes (pr&#233;noms, noms propres, noms communs dans le cas d'une construction po&#233;tique), le slash (De l'anglais to slash, taillader, un fanzine punk porta ce titre, exhibant sur sa couverture une explosion rouge sang) oppose, s&#233;quence les dites formes avec vivacit&#233;. Albrecht/d. avait-il conscience par l'usage de cette c&#233;sure exceptionnelle de pr&#233;c&#233;der l'encodage num&#233;rique des ann&#233;es 2000 ? &#192; noter que l'artiste hongrois, Endre Tot, r&#233;alisa en 1971-1973 pour Reflection Press, une &#233;dition de 12 cartes postales o&#249; le signe slash recouvre syst&#233;matiquement des vues de Budapest accompagn&#233;es d'une l&#233;gende sibylline (corner rain, isolated rain, rival rain, etc), symbolisant sans doute la grisaille ayant recouvert le bloc de l'Est. Mais alors qu'un pseudonyme est cens&#233;, dans des contextes historiques, familiaux, psychologiques pr&#233;cis occulter l'&#234;tre ancien, lui autoriser discr&#232;tement une activit&#233; nouvelle, un reborning, Albrecht/d. de son v&#233;ritable nom Dieter Albrecht n'a pas choisi la facilit&#233;. Impossible de dispara&#238;tre derri&#232;re un tel nom. Googlisez son pseudo et immanquablement l'auteur de Melencolia I (1514) appara&#238;tra. Irr&#233;v&#233;rence, d&#233;tournement, me direz-vous, &#224; la mani&#232;re dont les habitu&#233;s de la Factory ou dix ans plus tard, de la Main Bleue ou de l'Hacienda, parodiaient le show biz en s'attribuant des sobriquets issus de ses rangs. Une derni&#232;re r&#233;flexion me vient &#224; l'esprit. Et si ce pseudonyme renvoyait &#224; la guerre des paysans, en 1524, le fameux Bundschuh o&#249; pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Allemagne et de l'Europe, artistes et paysans s'alli&#232;rent pour lutter contre l'h&#233;g&#233;monie politique et religieuse, victimes conjointement d'une r&#233;pression sanglante (le peintre J&#246;rg Ratgeb, &#233;cartel&#233;, le sculpteur Tielmann Riemenschneider aux mains &#233;cras&#233;es par le bourreau) ? Ce qui fait d'Albrecht/d. une esp&#232;ce d'artiste-soldat, de moine d&#233;froqu&#233;, haranguant la foule des badauds dans la grande tradition des insoumis comme Thomas Munzer ou des mystiques comme Franz Xaver von Baader. La foule est massive dans les galeries commerciales et les regroupements festifs, ils sont nombreux &#224; consid&#233;rer l'art comme un jeu suppl&#233;mentaire, se regroupant sous la banni&#232;re &#233;puisante du KUNST UND PARTY !!! Ne nous leurrons pas, dans un contexte politique autoritaire, l'&#339;uvre d'art a encore une valeur, elle d&#233;signe des seuils de tol&#233;rance ind&#233;passables. La s&#233;v&#233;rit&#233; de l'autoportrait paru dans le num&#233;ro 2 de &lt;i&gt;fondcommun&lt;/i&gt; de d&#233;cembre 2011, abonde dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8022 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L470xH650/6-16-b56ac.jpg?1509805288' width='470' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'artiste appara&#238;t tel un fant&#244;me dans le reflet gris d'un miroir. Une seconde version existe, rehauss&#233;e d'un coup de tampon repr&#233;sentant un rhinoc&#233;ros stylis&#233; (nous connaissons tous l'importance du rhinoc&#233;ros dans le bestiaire d'Albrecht D&#252;rer), ce qui m'autorise la hardiesse de cette derni&#232;re citation extraite de l'Eccl&#233;siaste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui peut dire si l'esprit de l'Homme s'&#233;l&#232;ve et le souffle de la B&#234;te descend sous terre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8023 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7-16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/7-16-b800f.jpg?1509805288' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Albrecht/d. pr&#233;sentant des publications de Reflection Press (Wolf Vostell, Joseph Beuys) &#224; l'atelier de Claude Horstmann, &#233;t&#233; 2012.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_8024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/7bis-e80d5.jpg?1509805288' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Albrecht/d. pr&#233;sentant des publications de Reflection Press (Wolf Vostell, Joseph Beuys) &#224; l'atelier de Claude Horstmann, &#233;t&#233; 2012.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_8025 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/7ter.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/7ter-49f5c.jpg?1509805288' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Albrecht/d. pr&#233;sentant des publications de Reflection Press (Wolf Vostell, Joseph Beuys) &#224; l'atelier de Claude Horstmann, &#233;t&#233; 2012.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le texte suivant, &#233;crit pour l'exposition Ein Abend f&#252;r Albrecht/d. au Wurrtembergischer Kunstverein Stuttgart, (27 novembre 2015/12 janvier 2016) fit l'objet d'une lecture le soir du vernissage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Naufrage</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Naufrage</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Naufrage</guid>
		<dc:date>2016-02-23T21:48:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>exposition</dc:subject>
		<dc:subject>installation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; I want people who don't understand art to understand what I am doing. Hmm&#8230; Hmm&#8230; &#187; Ai Weiwei&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/installation" rel="tag"&gt;installation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton852-7ae24.jpg?1772187428' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; I want people who don't understand art to understand what I am doing. Hmm&#8230; Hmm&#8230; &#187; Ai Weiwei&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, les artistes se mirent dans l'actualit&#233; du moment et dans un vertige, tentent de transvaser son &#233;clat, aussi sombre soit-il, dans leur pratique. Anim&#233;s d'un sentiment &#233;thique qu'ils estiment sinc&#232;re, ils se consacrent &#224; l'&#233;tude de l'horreur disponible &lt;i&gt;sous leurs yeux&lt;/i&gt;. De plus en plus bref, ce signal &#224; destination de tous, se fige dans la duret&#233; cristalline des r&#233;seaux sociaux. Et puis retour &#224; l'ombre, au secret des images inexpos&#233;es. Il n'est plus n&#233;cessaire d'exposer une &#339;uvre dans une galerie ou un centre d'art. Le fracas en ligne suffit. Un court instant, cette vague fracassante emporte tout avec elle. Cette forme d'apparition balance entre le tweet (surtout ne pas se laisser surprendre, humer le vent, scruter le flux ininterrompu des sujets et des motifs comme autant de man&#339;uvres maritimes) et cette vieille chose nomm&#233;e &#171; inspiration &#187;. Les z&#233;lotes de la modernit&#233; se sont suffisamment gauss&#233;s : &#171; Cr&#233;er dans le feu du moment ! Se lancer sans une once de r&#233;flexion pr&#233;alable ! &#187; Aujourd'hui, l'attitude oblig&#233;e se moque de pareilles pr&#233;cautions. Visible dans l'espace m&#233;diatique, elle rev&#234;t d&#233;complex&#233;e des frusques un peu poussi&#233;reuses, un peu torch&#233;es : une perduration en somme, un avatar de sentiments tr&#232;s anciens. L'inspiration ? Un &#233;ternel Halloween, une c&#233;l&#233;bration pa&#239;enne de d&#233;fis num&#233;riques. Pas de petit bras, en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me penche sur les derniers travaux d'Ai Weiwei largement rep&#233;r&#233;s sur la toile. D'une part, la photographie o&#249; il simule (ici, le mot r&#233;sonne terriblement) la noyade de cet enfant, Aylan Kurdi, sur les rives de Lesbos et d'autre part, l'installation au Konzerthaus de Berlin aux colonnes doubl&#233;es de 11000 gilets de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emballage des six colonnes classiques par une &#233;paisseur, une doublure de poches ocre rouges s'appuie &#233;videmment sur la technique de l'accumulation inaugur&#233;e en 1960 par Arman. Elle est devenue au fil des d&#233;cennies une convention sculpturale et derni&#232;rement les installations de Thomas Hirschhorn, Fabrice Hyber, Jason Rhoades en ont largement us&#233;. Selon des intensit&#233;s diff&#233;rentes, Ai Weiwei a de nombreuses fois succomb&#233; &#224; cette organisation spectaculaire, conscient comme l'&#233;crivait Sigmund Freud que &lt;i&gt;l'accumulation met fin &#224; la sensation de hasard&lt;/i&gt;. En effet, si dans la r&#233;flexion humaniste d'Ai Weiwei, un objet nu, isol&#233; t&#233;moigne pour l'ensemble, cet objet est organiquement li&#233; aux autres, tous diff&#233;rents, tous semblables, et l'ensemble joue de concert une suite processionnaire inou&#239;e. En 2009, &lt;i&gt;Rememoration&lt;/i&gt; &#233;tait compos&#233; de cartables multicolores recouvrant la fa&#231;ade d'un b&#226;timent, produisant un monument &#233;ph&#233;m&#232;re consacr&#233; &#224; la m&#233;moire d'enfants &#233;cras&#233;s par l'effondrement d'une &#233;cole. Un an plus tard, un nombre incalculable de &lt;i&gt;Sunflower Seeds&lt;/i&gt; recouvraient le sol de la Turbine Hall &#224; la Tate Modern.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH531/2-19-18104.jpg?1509825067' width='500' height='531' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; sa verticalit&#233; exasp&#233;rante, ses qualit&#233;s chromatiques, &lt;i&gt;Rememoration&lt;/i&gt; faisait tableau, quant &#224; &lt;i&gt;Sunflower Seeds&lt;/i&gt;, elle invitait &#224; l'immersion, selon une approche bien connue de certains commissaires d'exposition. Dans une ambiance &#224; la fois triviale et sacr&#233;e (le bruit discret sous les pas, le silence, la douceur de chacune des graines r&#233;alis&#233;es en c&#233;ramique, technique r&#233;currente chez l'artiste en tant qu'hommage &#224; l'artisanat populaire et &#224; la civilisation Ming), un espace se dessinait autour et avec les spectateurs. Doucement, elle les enrobait convoquant des exp&#233;riences collectives (on joue, on parie avec ces graines &#224; d&#233;faut de pi&#232;ces de monnaie) et des pratiques individuelles (le renfermement sur soi, la r&#234;verie op&#233;r&#233;e par l'exercice de la manducation). La boucle &#233;tait boucl&#233;e. Citation baroque et s&#233;v&#233;rit&#233; formelle faisaient corps, rel&#226;chement contemplatif et organisation marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi tragiques que furent les &#233;v&#233;nements &#224; l'origine de telles installations, nous r&#233;agissons face &#224; elles, blas&#233;s que nous sommes, avec calme et objectivit&#233;. Nous d&#233;cryptons patiemment leur organisation formelle. Nous avons derri&#232;re nous une longue tradition d'&#339;uvres engag&#233;es, de Manet &#224; Richter, et les t&#233;moignages contemporains peuvent difficilement rivaliser en horreur avec les gravures de Goya. Le projet &lt;i&gt;Politics/Poetics&lt;/i&gt; de Catherine David (Documenta X, Kassel) a fait date. Depuis lors, cette organisation duelle s'est bien souvent &#233;chafaud&#233;e au d&#233;triment du po&#233;tique. L'Histoire est &#224; m&#233;diter dans son ensemble, odyss&#233;e nocturne &#224; travers les &#233;poques, et cela comme le signale Georges Didi-Huberman dans son dernier ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Sortir du noir aux &#201;ditions de Minuit, est une lettre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, gr&#226;ce &#224; un enfant &#171; f&#251;t-il d&#233;j&#224; mort &#187;. Si l'esprit qui anime l'action d'Ai Weiwei simulant la noyade d'un enfant rejet&#233; par la mer est &#224; rapprocher de la sombre intuition de Didi-Huberman, la photographie usit&#233;e par l'artiste chinois pour restituer ce drame est irrecevable. D'ailleurs, la publication de la photographie d'origine fut elle-m&#234;me sujette &#224; pol&#233;miques et la r&#233;daction du quotidien &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans sa d&#233;cision finale de la porter &#224; la connaissance de tous, fortement critiqu&#233;e. Certains observateurs all&#232;rent jusqu'&#224; noter que la publicit&#233; Gucci repr&#233;sentant une Top Model et son sac &#224; 3000 euros &#233;chou&#233;s sur un carr&#233; de sable, imprim&#233;e quelques pages plus loin, &#233;tait le signe d'une irresponsabilit&#233; consacr&#233;e, un lapsus r&#233;v&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/3-21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/3-21-6b557.jpg?1509825068' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme si toutes les photographies diffus&#233;es dans un tel contexte, n'&#233;taient pas impardonnables. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'applique-t-il &#224; analyser l'actualit&#233; (les heurts bancaires, les crises financi&#232;res) ou &#224; promouvoir un LifeStyle ? Comme si toutes les images publicitaires n'avaient pas retenu depuis les ann&#233;es 1980 la le&#231;on de Toscani : la repr&#233;sentation d'une certaine forme de d&#233;pression est n&#233;cessaire pour diviser le spectaculaire marchand, le dialectiser, et le maintenir &lt;i&gt;in petto&lt;/i&gt; au plus haut de sa forme, image acheiropo&#239;ete, magique et dans ce cas cyniquement r&#233;g&#233;n&#233;rante. Et enfin, comme si revenant &#224; la photographie d'Ai Weiwei, l'innommable pouvait rev&#234;tir, via l'activit&#233; artistique, une valeur iconique en mesure de troubler l'imaginaire collectif, n'&#233;tait-ce qu'un court instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si cette image est insupportable, c'est qu'elle entre en r&#233;sonance avec un interdit ayant op&#233;r&#233; &#224; plusieurs moments de la culture m&#233;diterran&#233;enne : &#171; L'eau est un &#233;l&#233;ment s&#233;par&#233; de ce monde-ci, mais ouvert sur l'au-del&#224; et satur&#233; de sacr&#233;, de dieux et de d&#233;mons, dans toute la m&#233;diterran&#233;e antique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Cordier, De la noyade en Gr&#232;ce et &#224; Rome, in Corps Submerg&#233;s, corps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Un inconscient de la vue, pour reprendre l'expression de Walter Benjamin, a-t-elle travers&#233; les &#233;poques pour nous hanter toujours et nous interdire la repr&#233;sentation du corps du noy&#233; ? Pour le citoyen romain, celui-ci n'avait plus d'identit&#233;, soit parce que le s&#233;jour dans l'eau l'avait rendu m&#233;connaissable (double mal&#233;diction pour ceux qui gardaient l'empreinte du visage de leurs anc&#234;tres de devoir recueillir une d&#233;pouille d&#233;figur&#233;e), soit parce qu'ayant &#233;t&#233; rejet&#233; loin de chez lui, nul n'&#233;tait en mesure de le reconna&#238;tre. Hors du champ politique imm&#233;diat et de l'horreur v&#233;cue par ces milliers d'&#234;tres fuyants, un &#233;l&#233;ment anachronique s'est donc insinu&#233;. La noyade, le corps rejet&#233; loin des siens rev&#234;t alors une angoisse suppl&#233;mentaire. Au XIXe si&#232;cle, le pourrissement avanc&#233; des corps rep&#234;ch&#233;s &#233;tait un argument majeur pour clore le plus rapidement possible les enqu&#234;tes de police. Le noy&#233; ne b&#233;n&#233;ficiait pas des m&#234;mes droits que les autres personnes signal&#233;es disparues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Ai Weiwei se met en sc&#232;ne de mani&#232;re photographique, brisant un vase pr&#233;cieux, brandissant un doigt vengeur devant les monuments officiels chinois, s'il se donne &#224; voir sous les traits hyperr&#233;alistes d'un mannequin cens&#233; le figurer lors des diff&#233;rentes stations de son internement politique, il ne peut d&#233;cemment pas appara&#238;tre comme un enfant rejet&#233; par la mer, sur le rivage de Lesbos. D'une part, ce n'est pas anecdotique, Lesbos a suffisamment recueilli en son sein d'&#233;pop&#233;es funestes. Dionysos en plein d&#233;lire extatique y appelait &#224; la d&#233;voration de ses cong&#233;n&#232;res : &#171; &#192; Chios, &#224; Lesbos, &#224; Th&#233;n&#233;dos, Dionysos est affam&#233; de chair humaine&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Detienne, Dionysos mis &#224; mort, &#201;ditions Gallimard, Paris, 1996.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; D'autre part, dans le contexte actuel, rares sont les &#339;uvres en mesure de ralentir le fil de l'Histoire, de d&#233;router les m&#233;diatiques, et surtout pas une image ! Na&#239;vet&#233; de penser que l'action artistique est suffisante, qu'il suffit de s'engager dans l'&#233;rection all&#233;gorique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour ma part, je reste &#224; l'int&#233;rieur de ma grotte et je re&#231;ois des images (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les images se r&#233;pandent (virales, exponentielles), elles le font sur le mode de la r&#233;action dont la sinistre grammaire est, de toutes les fa&#231;ons, dict&#233;e par l'appareil id&#233;ologique du moment. Signifiants flottants, elles rev&#234;tent rarement des qualit&#233;s divinatoires, des agencements en mesure d'exc&#233;der l'&#233;v&#233;nement. Au contraire, elles stationnent mollement &#224; c&#244;t&#233; de lui et par cons&#233;quent, elles ne lui sont d'aucun secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post-Scriptum : Durant l'&#233;criture de ce texte, l'exposition de Martin Le Chevalier &#224; la Galerie du Dourven m'est revenue &#224; l'esprit. En 2015, son titre &lt;i&gt;Le jour o&#249; ils sont arriv&#233;s&lt;/i&gt; avait valeur programmatique. Malheureusement, la galerie du Dourven apr&#232;s plus de vingt ann&#233;es va cesser ses activit&#233;s. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du regrett&#233; Didier Lamand&#233; avec qui j'eus la chance de mener un projet en 2005, v&#233;rifiant son attention, sa sensibilit&#233;, les expositions &#224; raison de quatre fois l'an ne se poursuivront plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;92&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/4-19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4-19-b1492.jpg?1772187428' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ilya Kabakov, 52 entretiens dans la cuisine communautaire, 2009, Photographie Herv&#233; Beurel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_7854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/5-18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/5-18-17300.jpg?1772187428' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Laurent Tixador, 2010, Photographie Herv&#233; Beurel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_7855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/6-14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/6-14-c21e4.jpg?1772187428' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Le Gac, Relectures, 2009, Photographie Herv&#233; Beurel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte politique o&#249; les notions d'investissement et de recherche sont largement mises en avant par les &#233;lus, il est curieux de noter que ces derniers semblent ne pas avoir clairement cern&#233; les enjeux de l'art comme ph&#233;nom&#232;ne collectif et de la cr&#233;ation comme espace d&#233;mocratique. Imaginons une r&#233;gion sans universit&#233;, sans s&#233;minaire, sans laboratoire&#8230; Poursuivons. Fermeture des &#233;tablissements, renoncement des &#233;tudiants et des jeunes artistes, exil g&#233;n&#233;rationnel. Des analystes comp&#233;tents en font d&#233;j&#224; cas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si les politiques locaux d&#233;sirent que la culture se joue uniquement entre les capitales, s'il d&#233;sire que Paris communique avant tout avec Londres et Duba&#239; (selon une g&#233;ostrat&#233;gie bien souvent fantasm&#233;e), non plus avec Rennes ou Bordeaux, qu'ils poursuivent ainsi. S'ils d&#233;sirent se consacrer uniquement &#224; une politique patrimoniale (par ailleurs, assez peu offensive), leur action m&#232;nera tranquillement mais s&#251;rement &#224; la conclusion du roman &lt;i&gt;La Carte et le Territoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, &#201;ditions Flammarion, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : une province folklorique, un pittoresque trou&#233; de poches b&#233;antes, de no man's land humains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Sortir du noir&lt;/i&gt; aux &#201;ditions de Minuit, est une lettre adress&#233;e &#224; Laszlo Nemes, r&#233;alisateur de &lt;i&gt;Le Fils de Saul&lt;/i&gt;, grand prix du Festival de Cannes en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Cordier, &lt;i&gt;De la noyade en Gr&#232;ce et &#224; Rome&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Corps Submerg&#233;s, corps engloutis&lt;/i&gt;, &#201;ditions Creaphis, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Detienne, &lt;i&gt;Dionysos mis &#224; mort&lt;/i&gt;, &#201;ditions Gallimard, Paris, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pour ma part, je reste &#224; l'int&#233;rieur de ma grotte et je re&#231;ois des images du monde ext&#233;rieur, que je dessine ensuite. &#187; Adel Abdessemed cit&#233; par Hans Belting in &lt;i&gt;Adel Abdessemed&lt;/i&gt;, &#201;ditions Manuella, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Houellebecq, &lt;i&gt;La Carte et le Territoire&lt;/i&gt;, &#201;ditions Flammarion, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>K.O.S.H.K.O.N.O.N.G</title>
		<link>https://www.tk-21.com/K-O-S-H-K-O-N-O-N-G-732</link>
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		<dc:date>2015-06-27T17:25:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chaque revue litt&#233;raire d&#233;veloppe une &lt;i&gt;apparence&lt;/i&gt; inali&#233;nable de son contenu et &#224; laquelle les lecteurs s'attachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;B&gt;K.O.S.H.K.O.N.O.N.G&lt;/B&gt;, num&#233;ro 7, printemps, &#201;ditions Eric Pesty, Marseille&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;B&gt;Des corps&lt;/B&gt;, Claude Horstmann, Nicolas Tardy, &#201;ditions Ripop&#233;e, Nyon, 2015-06-07&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/poesie" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton732-063b7.jpg?1772187428' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque revue litt&#233;raire d&#233;veloppe une &lt;i&gt;apparence&lt;/i&gt; inali&#233;nable de son contenu et &#224; laquelle les lecteurs s'attachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;B&gt;K.O.S.H.K.O.N.O.N.G&lt;/B&gt;, num&#233;ro 7, printemps, &#201;ditions Eric Pesty, Marseille&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;B&gt;Des corps&lt;/B&gt;, Claude Horstmann, Nicolas Tardy, &#201;ditions Ripop&#233;e, Nyon, 2015-06-07&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaque revue litt&#233;raire d&#233;veloppe une &lt;i&gt;apparence&lt;/i&gt; inali&#233;nable de son contenu et &#224; laquelle les lecteurs s'attachent. Si ce choix se d&#233;finit lors de l'&#233;tablissement esth&#233;tique du projet (qu'il soit id&#233;ologique, s'ancrant, par exemple, dans le sentiment des avant-gardes, de la modernit&#233;, ou d&#233;termin&#233; par l'esth&#233;tique dominante du moment), il est aussi motiv&#233; par des consid&#233;rations &#233;conomiques. Son existence spatiale (l'exposition, le stockage) et temporelle (la diffusion) d&#233;pend d'un certain nombre de d&#233;cisions. Exemples ? La technique de la photocopie privil&#233;gi&#233;e par la revue In-Plano autorisa la diffusion rapide, par voie postale des 80 parutions quotidiennes (du mercredi 15 janvier au mardi 6 mai 1986). La composition typographique de &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K.o.s.h.k.o.n.o.n.g, du nom d'un lac du Wisconsin, est dirig&#233; par Jean Daive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; impose l'observance d'une lenteur. La maquette primesauti&#232;re d'In-Plano (ses collages, ses rehauts &#224; l'encre de chine, ses textes dactylographi&#233;s) impliquait une lecture vite comme la lecture d'une lettre anonyme, vitement repli&#233;e dans le portefeuille, cach&#233;e au fond d'un tiroir. L'organisation typographique de &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt; engage une besogne dans le sens que lui donnait Georges Bataille dans la revue &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt; ; besogne reprise par le lecteur lors des diff&#233;rentes approches qui sont les siennes (la prime lecture, l'&#233;tude, les relectures au fil du temps). Lisible et visible s'entrelacent dans l'espace pr&#233;cis de la page et logiquement, dans tous les espaces o&#249; la page est susceptible d'&#234;tre durablement consult&#233;e (la librairie, la biblioth&#232;que, l'espace domestique) de la m&#234;me fa&#231;on qu'un programme politique s'&#233;tend hors de ses espaces d'origine (l'usine, l'amphith&#233;&#226;tre, la table de travail) pour atteindre des espaces &#233;largis (la rue, la ville). Alors que la plupart des revues du moment tentent d'&#233;vincer le probl&#232;me de la page (tout comme le politique tente d'&#233;vincer l'espace du politique), tandis qu'elles optent pour des strat&#233;gies graphiques &lt;i&gt;ouvertes&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralement issues des arts visuels, renon&#231;ant &#224; toute forme de composition &lt;i&gt;&#224; contrainte&lt;/i&gt;, elles renoncent &lt;i&gt;in petto&lt;/i&gt; &#224; l'exp&#233;rience r&#233;elle de la lecture. Au contraire, &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt; persiste &#224; ne compter que sur la franchise de la page. Ainsi, il n'y aura pas de couverture (impos&#233;e, faut-il le rappeler, par l'exposition marchande) mais un simple cartouche o&#249; apparaissent le titre et les indications d'usage suivi du premier po&#232;me. C'est sous ce double signe que la revue peut d&#233;buter, &lt;i&gt;imprimant&lt;/i&gt; selon les occasions, un sentiment de l&#233;g&#232;ret&#233; ou bien de grave concentration. La premi&#232;re page compos&#233;e, le reste suit. La technique contraignante de la typographie &#8211; archa&#239;que diraient certains &#8211; s'oppose aux feuilles de style fugaces, aux trouvailles graphiques du moment. Dans l'espace de l'Atelier Typographique, si &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; se n&#233;gocie au signe pr&#232;s, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; persiste dans l'inchang&#233; mais alors que cet inchang&#233; devrait produire un espace d'&lt;i&gt;intimidation&lt;/i&gt;, il tisse au contraire un espace de connivence joyeuse avec le lecteur. Fid&#233;lit&#233; &#224; l'histoire (on rel&#232;vera l'influence de la revue &lt;i&gt;Le Grand Jeu&lt;/i&gt;, des tracts situationnistes), amour des auteurs, respect de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;85&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/01-15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/01-15-61b15.jpg?1772187428' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Eric Pesty en compagnie de la jeune artiste, Natalia Paez Passaquin, septembre 2014
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mat&#233;riel d&#233;cide &#187;, d&#233;clare Eric Pesty. Cette revendication de la litt&#233;ralit&#233; met en tension l'invention litt&#233;raire et l'&#233;conomie de la page. Ainsi, certains auteurs seront attach&#233;s &#224; une m&#234;me fonte (Claude Royet-Journoud, Mich&#232;le Coen-Halimi) poursuivant de num&#233;ros en num&#233;ros, le d&#233;roulement d'un texte ambitieux alors que pour d'autres, Eric Pesty jonglera avec les casses disponibles, variera les approches. Enfin le po&#232;me ne sera consomm&#233; (quelle nuit de noces !) que si la typographie, l'encre et l'impression daignent s'accorder (mariage &#224; trois !). Alors le po&#232;me collera id&#233;alement &#224; l'espace de l'atelier et, par voie de cons&#233;quence, &#224; l'espace de la revue. En effet, con&#231;ue comme une collaboration artistique entre un directeur de publication, Jean Daive et un imprimeur-&#233;diteur, Eric Pesty, &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt; doit tout &#224; l'espace de l'atelier. L'atelier est l'espace paradigmatique o&#249; gr&#226;ce &#224; l'utilisation des casses, de l'encre et de la presse typographique, tout se gagne ou tout se perd. Jean Daive dit vouloir agir comme un peintre et comme un peintre, il se concentre sur des effets de composition, des s&#233;quences chromatiques. Il privil&#233;gie un nombre r&#233;duit d'habitu&#233;s, de couleurs, invit&#233;s &#224; revenir de parutions en parutions, &#171; les invariables &#187; pour citer Ezra Pound, nombre auquel s'ajoutent des collaborations ponctuelles, &#171; les exceptions &#187;. Eric Pesty agit alors comme le luthier qu'il fut dans une existence ant&#233;rieure, il s'approprie la partition se saisissant de cet instrument &#224; vent qu'est le plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt;, num&#233;ro 7, accueille six auteurs (Marl&#232;ne Dumas, Alain Veinstein, Cole Swensen, Emmanuel Laugier, Claude Royet-Journoud, Guitemie Maldonado). Creuser, ouvrir l'espace de la page pour accueillir la langue de six auteurs en 20 pages, n'est pas une mince affaire. Avec ses plombs et sa presse, Eric Pesty leur fait place nette. Constitution des groupes typographiques, clairi&#232;res. Respirations, cela va sans dire. J'ai au moins laiss&#233; filer deux saisons avant d'entamer la r&#233;daction de cet article (encore une minute, encore une minute !). Tant mieux, elle accueille ce printemps une peintre et &#224; des textes relatifs &#224; l'exercice pictural. Je cite Maldonado s'affairant autour de l'affaire Mondrian, une des affaires abstraites les plus complexes du si&#232;cle pass&#233; (et pour employer une expression judiciaire, sacr&#233;ment irr&#233;solue, dans son passage du figuratif &#224; l'abstrait, sa recherche de l'essentiel) : &#171; Les croix noires, &lt;i&gt;les plus&lt;/i&gt;,&#8230; manifestent cet &#233;clat lumineux du jour &#187;. Je cite Dumas : &#171; Je peins parce que je suis sale. &#187;. Je cite Swensen : &#171; Et je compte : le vert du lac et vert du ciel, et le champ qui est vert, et se casse. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;142&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/02-13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/02-13-721c7.jpg?1772187428' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Tardy, Claude Horstmann, lecture du 7 f&#233;vrier 2015, &#224; la librairie Le Li&#232;vre de Mars, Marseille &#8212; Photographie : Pascal Pietri
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce treillis de salissures, de paysages brouill&#233;s, de comportements nocturnes, m'appara&#238;t le profil en papier noir d&#233;coup&#233; de Georges Bataille ; non pas le biblioth&#233;caire d'apr&#232;s-guerre si peu amateur de po&#233;sie, si docte &#224; l'endroit de la peinture (&lt;i&gt;Manet, Les Larmes d'&#201;ros&lt;/i&gt;), mais son double de 1928, Lord Auch, &#171; les l&#232;vres retrouss&#233;es de rire/dans la nuit br&#251;lante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Weinstein.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Dans le num&#233;ro 7 de &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt;, les &#171; fleurs indivisibles &#187;, l'&#171; &#233;talement des parois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dernier ciel, titre &#233;minemment bataillien, de Claude Royet-Journoud, p. 9-13.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont autant de figures dynamit&#233;es, d'h&#233;liotropes, comme exhum&#233;s de la revue &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;. Les trois textes (l'&#233;troit texte) de Marl&#232;ne Dumas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marl&#232;ne Dumas vient de publier aux &#233;ditions Walther K&#246;nig, Cologne, Sweet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont des valeurs revigorantes, hygi&#233;niques. Il est urgent de les afficher partout, l&#224; o&#249; l'aventure picturale et po&#233;tique se plie aux lois du moment &#8211; lois oppos&#233;es en tout &#224; celles de l'hospitalit&#233; et de l'&#233;coute. Ecouter &lt;i&gt;Koshkonong&lt;/i&gt;. Il s'agit d'un espace d'accueil irrempla&#231;able o&#249; toute une famille (&lt;i&gt;re-compos&#233;e&lt;/i&gt; ?) se tient &#224; l'abri du grand tapage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais pens&#233; rester&lt;br class='autobr' /&gt;
je suppose que c'est ce qu'elles disent toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait ma premi&#232;re fois dans un peep-show&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi quand la fille m'a regard&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
je lui ai dit, &#171; Je ne fais que regarder &#187;, et elle m'a r&#233;pondu&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est comme &#231;a que j'ai commenc&#233; ici moi aussi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout temps, la collaboration entre peintre et po&#232;te au sein du livre fut une gageure. Le livre d'artiste, son esth&#233;tique modeste, d&#233;velopp&#233;s depuis le milieu des ann&#233;es 1960 ont ent&#233;rin&#233; une bonne fois pour toutes la difficult&#233; d'un tel rapprochement. Et pourquoi donc un peintre et un po&#232;te, un dessinateur et un auteur ? Qu'ont-ils &#224; donc s'apporter susceptible d'am&#233;liorer l'&#233;criture du texte, l'ex&#233;cution du dessin&#8230; Certains historiens, Anne Moeglin-Delcroix en t&#234;te, ont analys&#233; les enjeux commerciaux &#224; l'origine de tels projets. Au final, ces livres s'adressent &#224; un groupe restreint, celui des bibliophiles, fascin&#233;s (c'est moi qui souligne) par &lt;i&gt;l'accumulation&lt;/i&gt; de deux noms sur une couverture. Quid du texte, quid de l'image ? Un &#233;largissement possible du domaine pictural&#8230; Un entrelacement ludique et combinatoire des mots et des images&#8230; Une pratique renouvel&#233;e de l'&#233;criture au risque de la repr&#233;sentation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que demeure-t-il lorsqu'il s'agit d'auteurs contemporains conscients du renouveau des enjeux &#233;ditoriaux des cinquante derni&#232;res ann&#233;es ? Le texte pr&#233;c&#232;dera toujours le dessin, difficile d'&#233;chapper &#224; une telle convention. Emprunter les sentiers d'une jeune maison d'&#233;dition (les &#201;ditions Ripop&#233;e, install&#233;e &#224; Nyon en Suisse) qui fait la part belle aux jeux graphiques d'artistes jeunes et moins jeunes ne changera rien &#224; l'affaire. Les mots dictent, le trait compl&#232;te. Reste alors &#224; privil&#233;gier un agencement o&#249; les notions d'autorit&#233; sont mises &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tardy &#233;labore tr&#232;s souvent ses po&#232;mes &#224; partir de ready-mades textuels (ready-mades pour lesquels il a entrepris en 2009 une analyse th&#233;orique importante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Ready-Mades Textuels, Nicolas Tardy, Haute &#201;cole d'Art et de Design (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Dans le recueil intitul&#233; &lt;i&gt;Des corps&lt;/i&gt;, si les po&#232;mes &#233;chappent &#224; cette technique exclusive, ils sont compl&#233;t&#233;s (compl&#233;t&#233;s non pas illustr&#233;s) par les dessins de l'artiste d'origine allemande, Claude Horstmann, dessins &#233;labor&#233;s &#224; partir de ready-mades graphiques. Son but consiste g&#233;n&#233;ralement &#224; &lt;i&gt;ouvrir&lt;/i&gt; des espaces par le biais de grands dessins abstraits ou de textes, eux m&#234;mes issus de documents photographiques, d'objets &#233;ditoriaux pr&#233;existants. Elle d&#233;place alors des structures visibles dans les documents collect&#233;s pour r&#233;v&#233;ler des lignes de force originaux dans les espaces d'exposition &#224; la mani&#232;re de H, sculpture r&#233;alis&#233;e pour sa derni&#232;re exposition personnelle &#224; la Galerie im Kornhaus, Kirchheim, et qui reprend le plan de la pi&#232;ce o&#249; H&#246;lderlin v&#233;cut les trente six derni&#232;res ann&#233;es de sa vie &#224; T&#252;bingen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Tardy et Claude Horstmann se rejoignent dans leur volont&#233; de ne pas se raconter d'histoires, de coller &#224; la v&#233;rit&#233; des mat&#233;riaux disponibles. En effet, qu'est ce qui est disponible afin d'aider &#224; la r&#233;alisation d'une &#339;uvre litt&#233;raire ou plastique ? Comment nourrir un travail en investissant le ready-made et l'abstraction comme formes essentielles de la modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;133&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/03-15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/03-15-8562c.jpg?1509805681' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Claude Horstmann, au premier plan, H, peinture acrylique sur m&#233;dium, (409 x 274 x 7 cm), 2015 &#8212; Photographie Claude Horstmann
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Des corps&lt;/i&gt;, Nicolas Tardy d&#233;crit une sc&#232;ne cin&#233;matographique en une phrase unique. La bri&#232;vet&#233; de cette derni&#232;re, son rythme nonchalant, la neutralit&#233; du style, sont rarement en mesure d'activer un souvenir pr&#233;cis chez le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout dispara&#238;t sous les banquettes &#224; la moindre alerte. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une femme sait pourquoi elle est abattue dans la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Description apr&#232;s description, une masse grise s'&#233;labore, un amas compact et qui nous fait douter que cela pu &#234;tre un jour, de la poussi&#232;re l&#233;g&#232;re et volatile s'&#233;vadant d'un projecteur d'une salle de cin&#233;ma. Les images ne sont donc que cela, massives, ent&#234;tantes, n&#233;anmoins ind&#233;termin&#233;es. Bien s&#251;r, ni titre, ni indication ne sont adjoints. Il ne faut pas esp&#233;rer une liste en fin d'ouvrage &#224; la fa&#231;on de Claude Horstmann &#233;laborant page 8 en regard d'un po&#232;me une suite de noms communs (plan, tir, balle, cam&#233;ra, arme&#8230;) ; exercice rudimentaire qui dans ce cas fait songer &#224; l'apprentissage de toute langue &#233;trang&#232;re. Approche au cas par cas. Pas de grilles, de syst&#232;mes. De m&#234;me, les dessins de Claude Horstmann n'illustrent pas, n'apportent aucune solution mais traduisent &lt;i&gt;au sein du po&#232;me, une direction possible du po&#232;me&lt;/i&gt;. &#171; Un sujet, un son. &#187; pour citer les termes employ&#233;s par l'artiste. Ils sont attentifs &#224; la pr&#233;sence concr&#232;te des propositions afin de former un corpus de lignes noires, une partita, ils s'attardent sur la force de certains vocables qui isol&#233;s composent une proposition manifeste &#171; &lt;strong&gt;un lieu sera grand geste et geste dans l'espace langage&lt;/strong&gt; &#187;, ils soulignent certaines organisations visuelles, typographiques en compl&#233;ment de l'approche orale. Ils compl&#232;tent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on, au vu du nombre de figures de style (citation, d&#233;tournement, copie, s&#233;riation, litote) utilis&#233; par Claude Horstmann, parler d'annexes graphiques, de notes &lt;i&gt;en haut de page&lt;/i&gt; indispensables &#224; l'extension du po&#232;me, &#224; sa compr&#233;hension ? Par cette r&#233;activation des mots via l'&#233;conomie graphique, le po&#232;me b&#233;n&#233;ficie alors d'un double ou pour user d'une expression issue de l'industrie cin&#233;matographique, d'une doublure. S'affrontant dans une m&#234;me cat&#233;gorie, celle du livre et seulement du livre, le po&#232;me et le dessin se relaient en multipliant les poses, les d&#233;placements. Ne nous y trompons, alors que l'on pourrait les croire futiles, un rien appr&#234;t&#233;es, ces poses d&#233;terminent le s&#233;rieux de cette collaboration, son &#234;tre-l&#224;. Non pas l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, non pas l'un avec l'autre mais bien l'un entre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boule, sciure, &#233;tirement lumineux et puis &#224; nouveau boule des mots, sciure des descriptions, &#233;tirement noir sur la blancheur du papier. Lumi&#232;re. Action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K.o.s.h.k.o.n.o.n.g, du nom d'un lac du Wisconsin, est dirig&#233; par Jean Daive et imprim&#233; chez Eric Pesty, &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Weinstein.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le dernier ciel&lt;/i&gt;, titre &#233;minemment bataillien, de Claude Royet-Journoud, p. 9-13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marl&#232;ne Dumas vient de publier aux &#233;ditions Walther K&#246;nig, Cologne, &lt;i&gt;Sweet Nothings : Notes and Texts, 1982-2014&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Ready-Mades Textuels&lt;/i&gt;, Nicolas Tardy, Haute &#201;cole d'Art et de Design Gen&#232;ve, coll. N'EST-CE-PAS ? 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>THE UNCANNY</title>
		<link>https://www.tk-21.com/THE-UNCANNY</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/THE-UNCANNY</guid>
		<dc:date>2014-12-21T16:20:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Eros</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette communication est consacr&#233;e &#224; &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, livre d'artiste r&#233;alis&#233; en 1993 par l'artiste am&#233;ricain Mike Kelley, dans le cadre de son exposition au Gemeentemuseum Arnhem, aux Pays-Bas.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Eros" rel="tag"&gt;Eros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH101/arton659-159f6.jpg?1772187428' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette communication est consacr&#233;e &#224; &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, livre d'artiste r&#233;alis&#233; en 1993 par l'artiste am&#233;ricain Mike Kelley, dans le cadre de son exposition au Gemeentemuseum Arnhem, aux Pays-Bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Car l'&#339;il d'apr&#232;s l'exquise expression de Stevenson, &lt;i&gt;friandise cannibale&lt;/i&gt;, est de notre part une telle inqui&#233;tude que nous ne le mordrons jamais. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Bataille, &lt;i&gt;L'&#339;il&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;, n&#176;4, septembre 1929&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette communication est consacr&#233;e &#224; &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, livre d'artiste r&#233;alis&#233; en 1993 par l'artiste am&#233;ricain Mike Kelley, dans le cadre de son exposition au Gemeentemuseum Arnhem, aux Pays-Bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'organise autour de quatre noms ; quatre noms issus de quatre &#233;poques courant sur pr&#232;s de deux si&#232;cles, &#233;poques essentielles &#224; l'&#233;laboration de l'imaginaire contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soient Mike Kelley (1954-2012), pour la p&#233;riode 1960/1980, exemplaire d'une part, pour l'&#233;mergence de la contre-culture (la contestation &#233;tudiante, la guerre au Vietnam, le Punk) et d'autre part, pour le d&#233;veloppement &#233;conomique ultra-lib&#233;ral, l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; spectaculaire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Bataille (1897-1962) et les deux conflits mondiaux du XXe si&#232;cle, la banalisation du Mal, Sigmund Freud (1856-1939), pour la fin du XIXe si&#232;cle, l'acc&#233;l&#233;ration des moyens de production, la soci&#233;t&#233; capitaliste et surtout sa critique entreprise par l'analyse marxiste, &lt;br class='autobr' /&gt;
et enfin, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), pour la chute de l'Ancien R&#233;gime, la Terreur, les guerres napol&#233;oniennes &#224; travers l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il une valeur susceptible de regrouper, de r&#233;concilier quatre &#339;uvres, quatre noms aussi diff&#233;rents, travaill&#233;s aussi diff&#233;remment par l'exp&#233;rience des limites - limites de la r&#233;flexion intellectuelle, limites de l'activit&#233; artistique, corps et esprit confondus ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'Inqui&#233;tante Etranget&#233;&lt;/i&gt;, th&#233;orie freudienne, peut assumer en partie ce regroupement transhistorique. Je vais tenter de revenir sur sa d&#233;finition en insistant d'une part sur l'importance du regard dans sa constitution m&#234;me, exp&#233;rience maintenue par celle de la rem&#233;moration aussi fugace soit-elle, et d'autre part, sur l'enregistrement, sur la documentation de cette derni&#232;re au sein de l'activit&#233; artistique par le biais de l'&#233;dition, qu'il s'agisse de la revue &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt; entreprise en 1929 par Georges Bataille et Carl Einstein ou du livre d'artiste &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt; de Mike Kelley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Exp&#233;rience Int&#233;rieure&lt;/i&gt;, Georges Bataille &#233;crit : &#171; L'exp&#233;rience, son autorit&#233;, sa m&#233;thode ne se distinguent pas de la contestation. &#187; La notion d'autorit&#233; implique les notions de l&#233;gitimit&#233; et de pouvoir d'action. Pouvoir sur soi, ma&#238;trise de soi mais aussi ma&#238;trise du groupe : &lt;i&gt;auctoritas&lt;/i&gt;, notion essentielle en droit romain. Ce nom se rattache, par sa racine, au m&#234;me groupe que &lt;i&gt;augere&lt;/i&gt; (augmenter), &lt;i&gt;augure&lt;/i&gt; (celui qui d&#233;signe l'autorit&#233; d'un acte futur par l'examen des animaux sacrifi&#233;s). Il s'agit donc d'une influence organis&#233;e &#224; l'endroit du groupe doubl&#233;e parfois d'une forme sacrificielle (le sacrifice personnel, l'assassinat que Bataille r&#233;clamait &#224; ses camarades &#224; l'&#233;poque de la revue &lt;i&gt;L'ac&#233;phale&lt;/i&gt;, fantasme sur lequel Pierre Klossowki, compagnon de route d'&lt;i&gt;Ac&#233;phale&lt;/i&gt;, ironisait &#224; la fin de sa vie, ou bien le sacrifice animal pour lib&#233;rer les forces occultes de l'avenir). Celui qui fait autorit&#233; est-il l'auteur (l'origine du nom auteur est en partie identique &#224; celle d'autorit&#233;) et si oui, l'est-il de fa&#231;on singuli&#232;re ou bien participe-t-il d'un projet pluriel, usant de l'&#233;criture collective comme d'une figure de style transgressive, d'une forme contestataire ? L'&#233;criture collective de &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt; lutte contre la notion d'auteur si importante dans l'entreprise romanesque du XIXe et du d&#233;but XXe si&#232;cle &#8211; entreprise d&#233;j&#224; mise &#224; mal, mise &#224; sac par les techniques surr&#233;alistes de l'&#233;criture automatique, du cadavre exquis, etc. Elle tente de saper son autorit&#233;, et avec elle la repr&#233;sentation de l'auteur engag&#233;. Engag&#233; dans quoi d'ailleurs ? Dans son &#339;uvre d&#233;finitive ? Dans les affaires des hommes &#224; la fa&#231;on de Stendhal ou pour nommer un contemporain de Bataille, Andr&#233; Malraux ? Puisque &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; est un autre (sic Arthur Rimbaud), pour dire Je, il faut &#234;tre plusieurs. Le &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; ne n&#233;gocie pas, il compose avec difficult&#233; mais surtout, il affectionne les &#233;preuves de l'angoisse, l'exp&#233;rience des limites, ce &#171; long et lent d&#233;r&#232;glement de tous les sens &#187;. L'autorit&#233; est aveu de faiblesse, de grande faiblesse et par voie de cons&#233;quence, selon le mouvement nietzsch&#233;en, l'expression d'une sant&#233; inou&#239;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res &lt;i&gt;exp&#233;riences contestataires&lt;/i&gt; de Mike Kelley s'intitule &lt;i&gt;Pay for your pleasure&lt;/i&gt;. Elle date de 1988 et est reconnue comme &#233;tant sa premi&#232;re &#339;uvre de dimension internationale. La traduction peut en &#234;tre &lt;i&gt;Payez pour votre plaisir&lt;/i&gt; ou de mani&#232;re plus subtile, &lt;i&gt;Payez pour voir, Payez pour vous rincer l'&#339;il&lt;/i&gt;, &#224; la mani&#232;re des panneaux accroch&#233;s &#224; l'entr&#233;e des cirques, des spectacles itin&#233;rants o&#249; s'exhibaient nagu&#232;re des cr&#233;atures plus ou moins d&#233;nud&#233;es. Par cette interpellation, nous d&#233;couvrons progressivement que l'&#339;il, son histoire, est l'espace autour duquel s'articule notre affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pay for your pleasure&lt;/i&gt; consistait en une galerie de portraits d'artistes et d'&#233;crivains (entre autres, Jean Genet, Charles Baudelaire, Michel Foucault, Alfred Jarry, Arthur Rimbaud, V&#233;ron&#232;se et&#8230; Georges Bataille), au nombre variable selon les espaces d'accrochage, artistes et &#233;crivains consid&#233;r&#233;s dans la radicalit&#233; de leur action comme autant de d&#233;linquants possibles. De plus, chaque portrait r&#233;alis&#233; par un peintre publicitaire &#233;tait accompagn&#233; d'une citation des auteurs en guise de l&#233;gende :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I think the destructive element is too much neglected in art.&#8221; Piet Mondrian&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;I love the unfrocked priest, the freed convict ; they are without past and without future and so live in the present.&#8221; Francis Picabia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'ironie, l'artiste avait dispos&#233; &#224; l'entr&#233;e de l'installation rappelant un couloir de pensionnat ou de p&#233;nitencier (architectures autoritaires sur lesquelles Kelley reviendra &#224; la fin de sa vie), une urne en plexiglas o&#249; le visiteur &#233;tait invit&#233; &#224; glisser un don (dans le sens quasi-religieux du terme, comme un don d&#233;pos&#233; dans une &#233;glise, aupr&#232;s d'ex-voto), don vers&#233; au profit d'associations de victimes. Et pour cause ! &#192; Chicago pour la premi&#232;re pr&#233;sentation, une peinture du tueur en s&#233;rie John Wayne Gacy &#233;tait accroch&#233;e dans le hall d'accueil, compl&#233;tant terriblement les d&#233;clarations radicales n&#233;anmoins inoffensives des artistes d'avant-garde. Aussi terrible soit cette image, aussi inqui&#233;tante et &#233;trange soit-elle, Mike Kelley ne la retiendra pas cinq ans plus tard pour son livre &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH578/illustration0-fnl-87633.jpg?1772187429' width='500' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant elle y aurait trouv&#233; totalement sa place. Mike Kelley l'a pour ainsi dire refoul&#233;e, d&#233;pos&#233;e au loin &#8211; alors qu'aux Etats-Unis cette image de tueur goguenard est, comme de nombreux portraits de tueurs en s&#233;rie, v&#233;ritablement f&#233;tichis&#233;e, d&#233;clin&#233;e sur de nombreux supports, plus ou moins aberrants, comme un produit publicitaire. Malgr&#233; tout, c'est bien sous les auspices d'un criminel que Mike Kelley a pour ainsi dire &lt;i&gt;inaugur&#233;&lt;/i&gt; sa carri&#232;re internationale. Figure du mal, clown sordide, il m&#232;ne r&#233;trospectivement &#224; une autre figure grotesque et mena&#231;ante, celle de Coppelius, &#224; l'origine de la nouvelle de E.T.A Hoffmann : &lt;i&gt;L'Homme Sable&lt;/i&gt;. Tout part donc de cette nouvelle, dont voici en quelques lignes le r&#233;sum&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfant, l'&#233;tudiant Nathana&#235;l a &#233;t&#233; effray&#233; par l'avocat Coppelius, un ami de son p&#232;re qu'il croit responsable de la mort de ce dernier et qu'il identifie &#224; l' Homme au Sable (plus connu en France sous le nom du marchand de sable) puisque se pr&#233;sentant toujours au domicile de ses chers parents, le soir, &#224; l'heure du coucher. Devenu adulte, Nathanael revit cette angoisse, rencontrant un opticien ambulant italien du nom de Coppola, en qui il croit reconna&#238;tre Coppelius. Il lui ach&#232;te une longue-vue gr&#226;ce &#224; laquelle il va &#233;pier sa voisine Olympia, fille de son professeur de physique, Spallanzani. Il tombe &#233;perdument amoureux de cette jeune femme au maintien irr&#233;prochable. Et pour cause ! C'est une automate que &lt;i&gt;son p&#232;re&lt;/i&gt; a confectionn&#233;e avec amour avec l'aide de Coppelius, r&#233;apparu comme par miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Derni&#232;rement, comme je montais chez lui, &#224; l'heure de sa le&#231;on, j'aper&#231;us, &#224; travers le rideau d'un cabinet vitr&#233;, une femme d'une taille admirable, et richement v&#234;tue, assise devant une table sur laquelle elle appuyait ses deux mains crois&#233;es. Rien n'&#233;tait plus enchanteur que son ang&#233;lique visage ; seulement ses regards &#233;taient d'une fixit&#233; saisissante. Elle semblait ne me point voir, quoique ses yeux fussent directement attach&#233;s sur moi. On e&#251;t dit une personne dormant les paupi&#232;res ouvertes. Je me sentis tout &#233;mu de cette rencontre, et je me glissai dans la salle du cours avec un singulier battement de c&#339;ur. J'ai appris que cette belle personne se nomme Olympia. C'est la fille de Spallanzani, et son p&#232;re, par une cruelle bizarrerie la tient constamment enferm&#233;e, sans lui permettre la plus innocente communication avec qui que ce soit. Peut-&#234;tre est-elle idiote : ce serait grand dommage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH647/illustration-fnl-1-1ad77.jpg?1509824668' width='500' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle d&#233;crit d'une part, la fascination qu'exerce le monde inqui&#233;tant des automates et d'autre part, les diff&#233;rentes qualit&#233;s de la vision, allant de l'observation scientifique au voyeurisme, comme formes d'acquisition du savoir. Dans cette perspective, pas &#233;tonnant que &lt;i&gt;L'Homme au Sable&lt;/i&gt; s'en prenne au regard des enfants, &#224; ceux qui ouvrent litt&#233;ralement les yeux au Monde, les aveuglant &#224; l'aide de sable s'ils ne sont pas ob&#233;issants, s'ils persistent &#224; l'heure du sommeil &#224; vouloir voir encore, &#224; r&#233;clamer leur part de regard, leur part de spectacle &#8211; celui des adultes, forc&#233;ment interdit.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'essai de Freud est paru en 1919, il analyse &#171; le malaise n&#233; d'une rupture dans la rationalit&#233; rassurante de la vie quotidienne &#187;. Dans un courrier adress&#233; au psychanalyste hongrois S&#225;ndor Ferenczi, Freud d&#233;clare avoir repris un travail d&#233;j&#224; ancien, bas&#233; sur les recherches d'un autre penseur allemand, Ernst Jentsch. Ce concept, il le nomme : &lt;i&gt;Unheimlich. L'Inqui&#233;tante &#201;tranget&#233;&lt;/i&gt; est la traduction offerte, faute d'&#233;quivalent litt&#233;ral, par Marie Bonaparte, traduit par d'autres ex&#233;g&#232;tes de la pens&#233;e freudienne comme &#171; l'inqui&#233;tante familiarit&#233; &#187;, &#171; l'&#233;trange familier &#187;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le terme &lt;i&gt;Heimlich&lt;/i&gt; est tr&#232;s difficile &#224; traduire en fran&#231;ais. C'est d'abord ce qui fait partie de la maison (&lt;i&gt;h&#228;uslich&lt;/i&gt;), de la famille. Cela concerne l'intimit&#233;, une position familiale satisfaisante, &#233;quilibr&#233;e mais, cela se complique, &lt;i&gt;Heimlich&lt;/i&gt; est aussi synonyme de dissimulation &#8211; ce qui est, convenons en, une seconde d&#233;finition du cercle familial. La pi&#232;ce &lt;i&gt;Heimlich&lt;/i&gt; de la maison correspond, &#224; ce qu'on appelait jadis en France, le petit coin et par extension, un art &lt;i&gt;Heimlich&lt;/i&gt; s'apparente &#224; des pratiques inavouables voire occultes. &lt;i&gt;Un&lt;/i&gt; est un pr&#233;fixe antonymique, &lt;i&gt;Unheimlich&lt;/i&gt; est donc le contraire de &lt;i&gt;Heimlich&lt;/i&gt;. Ici, le sale petit secret est divulgu&#233;, le refoul&#233; sort de l'ombre, du petit coin de l'ombre. Il rejoint alors le tr&#232;s beau n&#233;ologisme lacanien d'extimit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Freud suppose, &#224; partir de l'&#233;tude de cas cliniques et de textes litt&#233;raires que l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; doit &#234;tre rattach&#233; au retour au m&#234;me, &#224; l'identique, pr&#233;c&#233;demment refoul&#233;. Il donne cet exemple autobiographique : alors qu'il voyageait en train, il vit une silhouette mena&#231;ante &#224; l'ext&#233;rieur de son compartiment. Cette silhouette aper&#231;ue &#233;tait en fait son propre reflet, renvoy&#233; par la vitre. Dans cet exemple, on devine bien l'importance du regard, fut-il bref, comme forme d&#233;routante de l'appr&#233;hension du r&#233;el ; une sombre &#233;piphanie. Peut-on se fier au seul regard ? Faut-il chausser des loupes, des lorgnons, comme Nathanael, le personnage d'Hoffmann ? Alors la v&#233;rit&#233; v&#233;rifi&#233;e ne d&#233;bouche-t-elle pas sur l'angoisse et sur la folie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je m'imaginais ou&#239;r la voix de Copp&#233;lius, me criant : &#171; Tes yeux ! Tes yeux ! Donne-moi tes yeux, pour mes hiboux qui ont faim ! &#187; L'&#233;motion que me causait le d&#233;sordre de mes id&#233;es fut bient&#244;t si violente, que ma t&#234;te n'y put r&#233;sister. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre citation celle de Michel Leiris, extraite de sa biographie, &lt;i&gt;L'Age d'Homme&lt;/i&gt;, parue en 1939 et d&#233;di&#233;e &#224; son ami Georges Bataille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une autre sensation d'&#339;il crev&#233; est celle que j'&#233;prouvai, vers dix ou onze ans, au cours d'un jeu auquel me firent jouer ma s&#339;ur et son mari. Voici quel est ce jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On bande les yeux du patient et on lui dit qu'on va lui faire &#171; crever l'&#339;il &#224; quelqu'un &#187;. On le conduit l'index tendu vers la victime suppos&#233;e, porteuse &#224; hauteur d'un de ses yeux d'un coquetier rempli de mie de pain mouill&#233;e. Au moment o&#249; l'index p&#233;n&#232;tre le m&#233;lange gluant, la victime feinte pousse des cris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il est impossible de ne pas comparer un tel ch&#226;timent inflig&#233; &#224; l'organe de la vue aux fantasmes de Georges Bataille &#8211; obsessions d'&#233;nucl&#233;ation, d'aveuglement par l'astre solaire, de voyeurisme &#8211; r&#233;currents dans ses nouvelles &lt;i&gt;Mme Edwarda&lt;/i&gt; ou bien &lt;i&gt;L'Histoire de l'&#339;il&lt;/i&gt;. Enucl&#233;ation, accidents oculaires &#224; la mani&#232;re du d&#233;c&#232;s de Manuel Granero survenu dans l'ar&#232;ne, la corne du taureau ayant frapp&#233; le torero &#224; l'&#339;il. Ce fait divers fascina l'auteur, lui rem&#233;morant d'une certaine mani&#232;re la c&#233;cit&#233; sordide de son p&#232;re &#8211; infirmit&#233; mise en sc&#232;ne dans l'espace domestique, espace nocturne &#224; jamais referm&#233; sur ses habitants. Autant de sympt&#244;mes qui illustrent &#224; merveille &#8211; si je puis dire &#8211; la th&#233;orie freudienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/illustration2-fnl-0b251.jpg?1509824668' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/illustration3-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH701/illustration3-fnl-8b810.jpg?1509824668' width='500' height='701' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Livre de Mike Kelley fait donc la part belle aux automates, aux figures de cire, aux &#233;corch&#233;s exhum&#233;s des laboratoires scientifiques ou des studios hollywoodiens mais aussi &#224; des &#339;uvres essentielles comme &lt;i&gt;La Petite Danseuse de quatorze ans&lt;/i&gt; (aussi intitul&#233;e &lt;i&gt;Grande Danseuse habill&#233;e&lt;/i&gt;) d'Edgar Degas dont l'original, ne l'oublions pas, pr&#233;sent&#233; dans une cage en verre &#233;tait en cire ou bien les moulages de visages grima&#231;ants sign&#233;s Bruce Nauman&#8230; Il d&#233;bute par un long texte de l'artiste &lt;i&gt;PLAYING WITH DEAD THINGS&lt;/i&gt; divis&#233; en neuf parties, intitul&#233;es &lt;i&gt;Scale, Color, The Body Part and the Wholeness, The Part and the Lack, The Ready-made and the double, Statues and death, The Statue as Stand-in, Aping the mirror of Nature&lt;/i&gt; et enfin, &lt;i&gt;the Uncanny&lt;/i&gt;. Il y traite principalement du refoulement de la sculpture figurative polychrome, de son absence, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, de l'Histoire de l'Art, comme si elle devait demeurer pour toujours dans ces h&#233;t&#233;rotopies &#224; la r&#233;putation douteuse que sont les cabinets de curiosit&#233;s, les maisons closes ou bien les f&#234;tes foraines. Elle d&#233;signe de mani&#232;re trop crue, trop rapidement men&#233;e, notre proximit&#233; avec l'inerte, notre devenir objet. Quant &#224; son aspect r&#233;aliste, sa &lt;i&gt;vulgarit&#233;&lt;/i&gt;, il initie pour beaucoup, &#233;minemment cultiv&#233;, un sentiment de promiscuit&#233; insupportable. Souffrir gr&#226;ce &#224; la sculpture l'incongruit&#233; de notre pr&#233;sence au Monde ! et si l'on reproche souvent aux figures de cire du Mus&#233;e Gr&#233;vin de s'&#233;loigner de leur mod&#232;le, c'est bien parce qu'elles nous ressemblent &lt;i&gt;un peu&lt;/i&gt; trop. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Color&lt;/i&gt;, Mike Kelley remarque judicieusement que dans l'histoire de la sculpture moderne, la couleur visible est forc&#233;ment celle du mat&#233;riau (le bois, la pierre, le m&#233;tal, le pl&#226;tre) et que tout ajout chromatique est prohib&#233;. Dans &lt;i&gt;The Part and the Lack&lt;/i&gt;, il revient sur l'esth&#233;tique d&#233;ceptive &#8211; &lt;i&gt;Esth&#233;tique du Fiasco&lt;/i&gt; la nommerait-on aujourd'hui &#8211; introduite d&#232;s 1929 par Salvatore Dali et ses d&#233;lires scatologiques. De plus, Mike Kelley est soucieux de rendre &#224; l'art populaire la place qui lui revient et aux formes issues du quotidien, aux divertissements grand public (les films d'horreur, par exemple) la responsabilit&#233; de nourrir, d'influencer un projet artistique, r&#233;el et complexe. Il va par l&#224; m&#234;me oser quelques provocations, &#233;crivant : &#171; The first corpse was the first statue. &#187; Oui, si l'on inscrit cette remarque dans la tradition de l'art fun&#233;raire (les momies), dans l'organisation des n&#233;cropoles ou dans la repr&#233;sentation des corps saisis par une catastrophe naturelle (l'&#233;ruption du V&#233;suve).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/illustration4-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH701/illustration4-fnl-f3e49.jpg?1509824668' width='500' height='701' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; l'analyse formelle du livre&#8230; Il s'agit d'une &#233;dition modeste faisant principalement usage de reproductions photographiques en noir et blanc, peu ou pas hi&#233;rarchis&#233;es entre elles. On peut avancer dans le cas de Mike Kelley que cette technique du collage fut directement influenc&#233;e par sa connaissance des &lt;i&gt;Bilder&lt;/i&gt; d'Hans Peter Feldmann (petit fascicule d'une &#224; plusieurs photographies sans qualit&#233; repr&#233;sentant souvent des objets usuels et r&#233;alis&#233; par l'artiste allemand entre 1968 et 1971) et par celle de &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;, dont les photographies tr&#232;s novatrices pour leur &#233;poque (gros plan, trivialit&#233; du sujet, absence de composition) semblent en m&#234;me temps plonger dans un pass&#233; tr&#232;s ancien, fouillant la somme des images meublant l'imaginaire collectif (fragments corporels, masques, figures grotesques), ce que Jacques Derrida th&#233;orisa sous le terme d'&lt;i&gt;hantologie&lt;/i&gt; : persistance visible et invisible du pass&#233; venant hanter, perturber le pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, qui hante ces pages ? &#224; la fa&#231;on des photographies d'Eug&#232;ne Atget qui faisaient dire aux surr&#233;alistes que les maisons, les rues reproduites dans leur simplicit&#233; m&#234;me, leur angoissante nudit&#233; avaient &#233;t&#233; les th&#233;&#226;tres de crimes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, le rapport Signifiant/signifi&#233; est constamment fragilis&#233; par le degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture graphique, son aust&#233;rit&#233;, devenu depuis lors une convention dans l'espace &#233;ditorial. Le livre au final n'a rien d'artistique, il ressemble plut&#244;t &#224; un recueil d'images r&#233;alis&#233; par un fan scrupuleux, d&#233;tachant, d&#233;coupant (autre supplice, autres morceaux) diff&#233;rents &lt;i&gt;organes&lt;/i&gt; de presse. S'agit-il pour autant d'un fanzine, d'un expos&#233; s'opposant &#224; l'exposition qui n&#233;cessite d'autres strat&#233;gies formelles, d'autres organisations conceptuelles pour s'imposer un peu ? De plus, dans &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, tout participe &#224; l'&#233;laboration d'une persistance r&#233;tinienne &#224; l'endroit du pire, avec en renfort, les th&#232;mes du bas mat&#233;rialisme, de l'informe, de l'entropie, autant de &lt;i&gt;besognes&lt;/i&gt; intraitables pour reprendre l'expression &#171; les besognes des mots &#187; usit&#233;e par Bataille (&lt;i&gt;Informe&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;, n&#176;7, d&#233;cembre 1929). L'&#233;tude de reproductions, de pages choisies au hasard, d&#233;montre &#224; quel point Mike Kelley fut influenc&#233; par l'auteur, et pourtant le nom de ce dernier n'appara&#238;t nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH676/illustration5-fnl-57962.jpg?1509824668' width='500' height='676' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2009, Mike Kelley r&#233;&#233;ditera &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt; dans le cadre de deux expositions prestigieuses &#224; la Tate Liverpool et au Mus&#233;e Ludwig de Vienne. Entre temps, les objectifs se sont d&#233;plac&#233;s, il ne s'agit plus d'un livre d'artiste mais d'un catalogue, r&#233;agen&#231;ant, les documents d'origine, les compl&#233;tant de vues d'expositions, de textes critiques (John C. Welchman, Christoph Grunenberg), d'&#233;l&#233;ments issus de la collection priv&#233;e de Mike Kelley allant des &lt;i&gt;Marvel Comics&lt;/i&gt; &#224; des verres &#224; Whisky frapp&#233;s de motifs douteux, de banni&#232;res - autant de formes et de motifs vernaculaires dont Jeremy Deller fera &#224; son tour, vingt ans plus tard, la promotion dans le cadre de son projet, &lt;i&gt;Folk Archive&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La couverture de la seconde version est tr&#232;s int&#233;ressante &#224; &#233;tudier. Le changement du format, l'usage d'un filtre s&#233;pia &#233;clairant la couverture d'une atmosph&#232;re surann&#233;e, la privant de sa violence initiale, le choix d'une police d'&#233;criture s&#233;rif inscrite dans un cartouche, au contraire de la sans s&#233;rif de l'&#233;dition originale et de sa couleur vert pomme !, l'allongement du titre devenant &#171; The Uncanny by Mike Kelley, artist &#187;, le redoublement en n&#233;gatif de la premi&#232;re de couverture en quatri&#232;me de couverture, l'impression des logotypes fameux sont autant de signes graphiques, de mises en sc&#232;ne qui font basculer le livre du c&#244;t&#233; de l'&#233;dition grand public comme les &#233;diteurs anglo-saxons savent en concevoir &#8211; et qui fait ressembler le dernier Thomas Pynchon &#224; une bo&#238;te de pralin&#233;s (couleur or, gaufrage, etc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; a donc eu en partie raison du projet initial. Nous sommes pass&#233;s, c'est ainsi, de &lt;i&gt;l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#224; l'&#233;trange inqui&#233;tude&lt;/i&gt;, du bien artistique (Mike Kelley r&#233;alisa au d&#233;but de sa carri&#232;re plusieurs livres d'artiste de cette qualit&#233; dont le fameux &lt;i&gt;Plato's Cave, Rothko's Chapel, Lincoln's Profile&lt;/i&gt; de 1986) &#224; la marchandise culturelle &#8211; celle du march&#233; de l'art structur&#233; par des donn&#233;es, des strat&#233;gies commerciales en partie irrationnelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il voir dans cette m&#233;tamorphose l'influence de &lt;i&gt;Der Sandman&lt;/i&gt;, le marchand diabolique ? L'Homme au Sable a jet&#233; ses derni&#232;res forces dans la bataille m&#233;diatique prouvant comme l'annon&#231;ait Guy Debord dans ses &lt;i&gt;Commentaires &#224; la Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt; que si le spectacle est partout pr&#233;sent, le spectateur n'a nulle part sa place. En guise de sable, seule demeure la Poudre de Perlinpinpin, la poudre aux yeux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon but n'est pas d'opposer les deux travaux de Mike Kelley, misant sur la qualit&#233; de l'un contre la m&#233;diocrit&#233; de l'autre, mais d'accompagner &lt;i&gt;leur &#233;change&lt;/i&gt;, &#224; quinze ans d'intervalle. Dans la seconde version de &lt;i&gt;The Uncanny&lt;/i&gt;, l'image au service de la communication promotionnelle, n'est-elle pas vou&#233;e &#224; l'inqui&#233;tude, plongeant les regardeurs dans une torpeur consid&#233;rable ? Que narre la marchandise, si ce n'est sa propre vacuit&#233; et par l&#224; m&#234;me, son caract&#232;re irrationnel et magique ? F&#233;tiche parmi les f&#233;tiches, elle r&#233;sonne alors d'une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et son apparition, suivie de sa rem&#233;moration, est forc&#233;ment dramatique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/illustration4bis-fnl-3534e.jpg?1509824668' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Documents, avril 1929-janvier 1931
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/illustration4ter-fnl-5990f.jpg?1509824668' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Documents, avril 1929-janvier 1931
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence de St&#233;phane Le Mercier dans le cadre du s&#233;minaire &lt;i&gt;Georges Bataille&lt;/i&gt;, &#201;cole Sup&#233;rieure d'Art et Design Saint-&#201;tienne, mod&#233;rateur : Romain Mathieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Instabilit&#233; et Urgence </title>
		<link>https://www.tk-21.com/Instabilite-et-Urgence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tk-21.com/Instabilite-et-Urgence</guid>
		<dc:date>2014-05-27T10:53:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>esprit</dc:subject>
		<dc:subject>installation</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>langage </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Selected Works&lt;/i&gt; de l'artiste Paul Chan (n&#233; en 1973, &#224; Hong Kong, bas&#233; &#224; New York) a &#233;t&#233; inaugur&#233; au Schaulager, B&#226;le, le 11 avril dernier. Il s'agit de sa premi&#232;re r&#233;trospective en Europe, r&#233;trospective magistrale surtout si on la compare &#224; sa voisine, &lt;i&gt;Le Corbeau et le Renard&lt;/i&gt;, regroupant au Museum f&#252;r Gegenwartkunst, un ensemble de films historiques de Marcel Broodthaers.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/esprit" rel="tag"&gt;esprit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/installation" rel="tag"&gt;installation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/langage" rel="tag"&gt;langage &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton566-44d24.jpg?1772187429' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Selected Works&lt;/i&gt; de l'artiste Paul Chan (n&#233; en 1973 &#224; Hong Kong, bas&#233; &#224; New York) a &#233;t&#233; inaugur&#233; au Schaulager, B&#226;le, le 11 avril dernier. Il s'agit de sa premi&#232;re r&#233;trospective en Europe, r&#233;trospective magistrale surtout si on la compare &#224; sa voisine, &lt;i&gt;Le Corbeau et le Renard&lt;/i&gt;, regroupant au Museum f&#252;r Gegenwartkunst, un ensemble de films historiques de Marcel Broodthaers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je crois que la vague eut enfin&lt;br class='autobr' /&gt;
Raison de l'homme et de sa barque&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cela, c'est avec son chant&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'a fait la Lorelei. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
H. Heine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le congr&#232;s s'est jet&#233; dans le pr&#233;cipice de l'&#201;ternit&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
A.Ginsberg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Selected Works&lt;/i&gt; de l'artiste Paul Chan (n&#233; en 1973, &#224; Hong Kong, bas&#233; &#224; New York) a &#233;t&#233; inaugur&#233; au Schaulager, B&#226;le, le 11 avril dernier. Il s'agit de sa premi&#232;re r&#233;trospective en Europe, r&#233;trospective magistrale surtout si on la compare &#224; sa voisine, &lt;i&gt;Le Corbeau et le Renard&lt;/i&gt;, regroupant au Museum f&#252;r Gegenwartkunst, un ensemble de films historiques de Marcel Broodthaers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un lieu l'autre, l'ambition des deux artistes se compl&#232;te ; ambition polys&#233;mique qui d&#232;s lors qu'elle s'impose, imprime &lt;i&gt;sur le monde&lt;/i&gt; des formes indispensables. Elle d&#233;stabilise nos certitudes, le contrat culturel qui nous lie &#224; la servitude des images et &#224; l'&#233;vidence des slogans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4586 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;3&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH257/1-6-c7a7d.jpg?1772187429' width='500' height='257' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;INVENTAIRE : Objets frustes (prises de courant, mobilier de jardin, chaussures usag&#233;es, couvertures de livres, gravures anciennes), compositions m&#233;tonymiques (la couverture du livre pour le livre, la montagne pour le paysage, l'alphabet pour le langage), organisations &#233;difiantes signifiant l'apprentissage de l'&#233;criture chez Marcel Broodthaers, l'usage des r&#233;seaux sociaux chez Paul Chan (projecteurs cin&#233;ma et vid&#233;o donnant sur d'improbables &#233;crans, esquisses aux structures rhizomatiques, ab&#233;c&#233;daires), bestiaires fabuleux (les oiseaux exotiques chez Broodthaers, les oiseaux mythologiques chez Chan, consid&#233;r&#233;s impurs dans le &lt;i&gt;L&#233;vitique&lt;/i&gt; &#224; l'image de l'aigle, du hibou, de la mouette&#8230;), biblioth&#232;ques hant&#233;es par les figures de la modernit&#233; que furent Baudelaire et Mallarm&#233; chez Broodthaers, et chez Chan, par celles toujours inacceptables de Sade et de Proudhon, ainsi que par la litt&#233;rature jug&#233;e bassement commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH357/2bis-a60f6.jpg?1509806727' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;2 bis
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L467xH700/2ter-6534d.jpg?1509806727' width='467' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;2 ter
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4588 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;3&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L420xH279/3-5-6d969.jpg?1509806728' width='420' height='279' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;3
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Souvent la figure de &lt;i&gt;l'oblit&#233;ration&lt;/i&gt; contredit la force de cet inventaire. Il mine en surface l'&#233;nonc&#233;. Ainsi, la pluie emp&#234;che Marcel Broodthaers, install&#233; &#224; sa table de jardin, de noircir les lignes de son cahier, de &lt;i&gt;correspondre&lt;/i&gt;. L'organisation dans l'espace de la page du po&#232;me &lt;i&gt;Un Coup de Feu jamais n'abolira le hasard&lt;/i&gt; est r&#233;duite &#224; une somme de lignes &#233;paisses et noires, imprim&#233;es sur du papier transparent. Les objets de Paul Chan se dissolvent sous la forme de pr&#233;sences fantomatiques projet&#233;es au sol tandis que dans une autre salle, les vid&#233;o projecteurs bien qu'allum&#233;s ne produisent aucune image. Cette puissante opacification &#233;puise le r&#233;el, elle se concentre sur le ridicule de l'objet/&#233;nonc&#233; (les chaussures de femme remplies de b&#233;ton, les couvertures de livres arrach&#233;es, les plaques thermoform&#233;es r&#233;p&#233;tant les m&#234;mes vocables, les plantes vertes). Les deux artistes n'ont jamais eu la na&#239;vet&#233; de vouloir cr&#233;er un espace singulier (mat&#233;riel ou m&#233;taphorique), une situation rare, ils se concentrent au contraire sur la critique syst&#233;matique des marchandises id&#233;ologiques, des objets inanim&#233;s qui encombrent tous les espaces pr&#233;alables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Paul Chan, cette action de sape atteint m&#234;me l'&#233;criture de ses titres. Oblit&#233;r&#233;s, ray&#233;s en partie ils d&#233;signent l'h&#233;sitation de l'artiste et de sa g&#233;n&#233;ration face &#224; l'Histoire, &#224; sa nomination &#233;l&#233;mentaire. Se cristallise alors une sorte de double bind o&#249; le r&#233;el appara&#238;t accompagn&#233; de son contradicteur commis au sous-titrage. Commentaires sibyllins, voix-off &#233;touff&#233;es. Ainsi &#224; chaque lettre des ab&#233;c&#233;daires, apparaissant sous forme de dessins de grand format &#224; l'encre de Chine, correspond une interjection extraite des traductions anglaises des romans du Marquis de Sade (la lettre A renvoie &#224; l'expression &lt;i&gt;I said&lt;/i&gt;, la D &#224; &lt;i&gt;misery&lt;/i&gt;, la S &lt;i&gt;&#224; futile&lt;/i&gt;, etc). Selon ce syst&#232;me, chaque &#233;change, aussi banal soit-il, est traduit sous la forme d'un monologue libertin. Cet ab&#233;c&#233;daire d&#233;lirant exc&#232;de la communication comme forme ultra de l'autorit&#233;, au m&#234;me titre que l'&#233;panchement narcissique en vigueur sur les r&#233;seaux sociaux interdit toute possibilit&#233; de dialogue. Ainsi, par exemple, &#224; la place de &lt;i&gt;Permettez moi de vous &#233;crire&lt;/i&gt;, il faudra lire : &lt;i&gt;a joke&#8230; there, bend, harder, there, don't, don't, there, slow, harder, rise, shutup, wider, there, stoop, rise, wrong, come, tighter, bend, shutup, bend, there, &lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, l'usage abusif de citations, allant de la philosophie &#224; la litt&#233;rature la plus triviale (&#233;criture collective r&#233;dig&#233;e, &lt;i&gt;v&#233;cue&lt;/i&gt; et &#233;dit&#233;e en temps r&#233;el par les utilisateurs des r&#233;seaux sociaux) ne mod&#232;rent en rien les digressions de Paul Chan. Il n'est pas un artiste post-conceptuel s&#233;rieux, instrumentalisant la philosophie &#224; des fins promotionnelles, figeant, r&#233;ifiant les mots des autres dans le marbre ou dans le n&#233;on, &#224; la mani&#232;re de ces a&#238;n&#233;s, Joseph Kosuth, Jenny Holzer ou pis encore, Thomas Hirschhorn photocopiant un mot extrait d'un texte de Michel Foucault. Ses citations ont pour vocation d'augmenter un mal &#234;tre, un mal dire comme on augmente le niveau sonore d'un enregistrement d&#233;j&#224; assourdissant. De plus, dans les vingt-quatre salles (renvoyant aux vingt-quatre chants de &lt;i&gt;L'Odyss&#233;e&lt;/i&gt; ?), force est de remarquer que nul d&#233;tournement n'est visible comme proc&#233;d&#233; oblig&#233; du contemporain. Paul Chan assume cette position inou&#239;e : celle de la divagation, de la mutation herm&#233;tique, du langage cod&#233; contre la critique na&#239;ve du spectacle. &#171; H&#233;las, l'ironie, c'est du foin. &#187; d&#233;clarait Marcel Broodthaers. Les citations, les vocables d&#233;cid&#233;s par lui apparaissent affubl&#233;s d'ornements plastiques &#233;normes, de corps &#233;trangers comme surpris par une mutation biologique. Les couvertures de livre ornent les cimaises jusqu'au d&#233;go&#251;t. Les cadres des ab&#233;c&#233;daires reposent au sol sur des chaussures us&#233;es, excroissances douteuses dans lesquelles l'artiste a pr&#233;alablement coul&#233; du b&#233;ton. Cette organisation sculpturale &#8211; qui n'est pas sans rappeler certaines sculptures de Jimmie Durham &#8211; appara&#238;t comme l'expression d'une forme contre-nature, comme une s&#233;paration d&#233;rangeante, l&#224; coup&#233;e net au niveau des chevilles. Rien de plus, rien de moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution autorise, de temps &#224; autre, ces expositions complexes (celles d'Henrik Olesen, Seth Price, Maurice Blaussyld), ces r&#233;cits mouvement&#233;s en contrepartie sans doute des r&#233;cits dominants au contenu d&#233;finitif&#8230; &#192; ce sujet, sachez que si le travail de Paul Chan vous &#233;chappe &#224; la premi&#232;re visite (lecture, devrais-je &#233;crire !), le Schaulager vous autorise ironiquement &#224; revenir deux autres fois avec le m&#234;me billet d'entr&#233;e. Donc Calm Down ! et reprenons les choses dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, avan&#231;ons l'hypoth&#232;se que Paul Chan, en tant qu'artiste du XXIe si&#232;cle, a fa&#231;onn&#233; le spectre de ses recherches &#224; la lueur des flashes du 11 septembre. Avan&#231;ons que ces derni&#232;res s'appuient sur un double constat : le fiasco des utopies du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, la dystopie contemporaine gangr&#232;nant le langage. Mort des Mots de la communication marchande, Mort des Mots &#8211; et c'est la m&#234;me chose, le M&#234;me Mot, la M&#234;me Mort &#8211; des lois d'exception menant aux basses &#339;uvres d&#233;crites par la r&#233;alisatrice Kathryn Bigelow dans &lt;i&gt;Zero Dark Thirty&lt;/i&gt; : justification de la torture, exhibition hollywoodienne de la soumission physique, mise en sc&#232;ne plan&#233;taire de son obsc&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition artistique &#224; laquelle appartient Paul Chan est paradoxalement celle du r&#233;alisme (du &lt;i&gt;bas r&#233;alisme&lt;/i&gt;, concept inaugur&#233; par Georges Bataille ?) et ce r&#233;alisme est p&#233;tri d'humanit&#233;. Citons Dave Hammons, Jimmie Durham, Robert Filliou comme figures tut&#233;laires de cette avanc&#233;e, autant d'artistes qui ne se racontent pas d'histoires, ni sur l'esp&#232;ce humaine ni sur l'activit&#233; artistique. Leur &#339;uvre engage des devenirs &#233;conomiste, th&#233;rapeute, linguiste qui s'appliquent &#224; &lt;i&gt;relancer&lt;/i&gt; la machine des r&#233;cits archa&#239;ques, r&#233;cits que l'on croyait disparus ou pis assimil&#233;s. Chez Chan, l'apparente nouveaut&#233; des jeux vid&#233;o, de l'esth&#233;tique Internet est une tactique permettant de redynamiser la persistance de figures intemporelles. Nous revivons dans le saut des images, dans les couleurs nombreuses et pourtant sans couleur, dans ce retour au m&#234;me, dans les boucles entropiques, dans la b&#234;tise du trait compos&#233; sur une tablette graphique, dans le fait que tous les motifs (arbres, papiers de couleur, enfants, oiseaux) compromettent, dissolvent leur singularit&#233; au contact de leurs voisins, que tous les signes sont li&#233;s sans hi&#233;rarchie (au contraire des &#339;uvres de Marcel Dzama ou des fr&#232;res Chapman o&#249; tout est clairement distinguable voire &lt;i&gt;distingu&#233;&lt;/i&gt;), oui, nous revivons la terreur qui a d&#251; &#233;treindre les premiers spectateurs des films de Tod Browning. Ce soul&#232;vement du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;3&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L375xH570/4-6-4096e.jpg?1509806728' width='375' height='570' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;4
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;3&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L323xH420/5-6-9d77f.jpg?1509806728' width='323' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En lisant La Lorelei, Wie ich die Lorelei gelesen habe&lt;/i&gt; (Edition der Galerie Heiner Friedrich GmbH &amp; Co M&#252;nchen et Galerie Yvon Lambert, Paris, 1975) de Marcel Broodthaers est un livre d'artiste sans h&#233;ritiers. Au contraire de ceux d'Ed Ruscha qui ont d&#233;bouch&#233; sur cette convention qu'est devenue la compilation photographique (compilations banales de la banalit&#233; photographique), &#224; cet inventaire du Monde si pr&#233;cis&#233;ment analys&#233; par Mich&#232;le Cohen-Halimi &#171; Redire le monde entier avant qu'il ne se r&#233;duise &#224; n&#233;ant. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'objectivit&#233; &#233;pique in K.O.S.H.K.O.N.O.N.G., num&#233;ro 4, pp. 7-8, Printemps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de celles de Dieter Roth ouvrant sur les pires prurits graphiques, la narration syncop&#233;e de l'artiste belge a suscit&#233; peu de vocations. Trop litt&#233;raire, trop m&#233;lancolique (la figure de la sir&#232;ne entra&#238;nant dans le Rhin les marins-amants, les temp&#234;tes nombreuses en Mer du Nord, les jardins d'hiver parcourus de musique surann&#233;e), trop peu visuel, pas assez lisible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les livres de Paul Chan (pour exemple, &lt;i&gt;On Democracy by Saddam Hussein&lt;/i&gt; publi&#233; en 2012 aux &#233;ditions &lt;i&gt;Unlimited Badlands&lt;/i&gt; appartenant &#224; l'artiste) promeuvent une nouvelle forme narrative, l'usage d'une docufiction, aux accents cin&#233;matographiques, o&#249; s'entrechoquent analyse objective et digression personnelle. L'hypertexte ainsi compos&#233;, ses appendices expos&#233;s (illustrations, citations, aphorismes, commentaires) amplifient l'hypoth&#232;se du projet. Dans cette musique, au risque de la cacophonie, subsiste la possibilit&#233; de vivre toujours. Cette possibilit&#233; obs&#233;da Marcel Broodthaers, lui qui consid&#233;rait &#224; quarante ans avoir &#233;chou&#233; en tant que po&#232;te : &#171; Moi aussi, je me suis demand&#233; si je ne pouvais pas vendre quelque chose et r&#233;ussir dans la vie. Cela fait un moment d&#233;j&#224; que je ne suis bon &#224; rien. Je suis &#226;g&#233; de quarante ans. L'id&#233;e enfin d'inventer quelque chose d'insinc&#232;re me traversa l'esprit. Et je me mis aussit&#244;t au travail... &#187;, et dont le geste fondateur de la nouvelle carri&#232;re artistique fut de couler son dernier recueil de po&#232;mes, &lt;i&gt;Pense-B&#234;te&lt;/i&gt;, dans un bloc de pl&#226;tre. Il se plaignit alors que nul regardeur ne se soucia du contenu des livres, se concentrant sur l'objet seul. Dans cette perspective, il est terrible aujourd'hui de noter que ce manque de curiosit&#233; (et est-ce bien le terme qui convient ?) n'a pas cess&#233; de cro&#238;tre et que nombreux sont ceux qui s'ali&#232;nent les sens nombreux de l'&#339;uvre, au sein de la vie v&#233;ritable, au profit d'une &lt;i&gt;Passegiatta&lt;/i&gt;, d'une petite promenade dans les galeries divertissantes de la marchandise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'objectivit&#233; &#233;pique&lt;/i&gt; in K.O.S.H.K.O.N.O.N.G., num&#233;ro 4, pp. 7-8, Printemps 2014, &#201;ric Pesty &#233;diteur, Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1 - Paul Chan, Volumes, 2012, Dokumenta XIII, Kassel, &lt;i&gt;photographie St&#233;phane Le Mercier&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2 - Paul Chan, Master Argument, 2013&lt;br class='autobr' /&gt;
2 bis - Marcel Broodthaers, Un coup de d&#233;s jamais n'abolira le hasard - Image, 1969&lt;br class='autobr' /&gt;
2 ter - Paul Chan, The Body of a Boy, 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - Marcel Broodthaers, Le Corbeau et le Renard, I et II, 1967&lt;br class='autobr' /&gt;
4, 5 - sans l&#233;gende&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Douceurs du p&#233;ch&#233;</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Les-Douceurs-du-peche</link>
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		<dc:date>2013-09-28T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>exposition</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pierre-Olivier Arnaud, Lasse Schmidt Hansen, Claude Horstmann, Herv&#233; Humbert, R&#233;my Hysbergue, Serge Le Squer, Samir Mougas, Guillaume Pinard, Babeth Rambault, Niek van de Steeg. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commissaire : St&#233;phane Le Mercier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Voir-ecrire" rel="directory"&gt;Lire &amp; &#233;crire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton440-ebee9.jpg?1772187429' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre-Olivier Arnaud, Lasse Schmidt Hansen, Claude Horstmann, Herv&#233; Humbert, R&#233;my Hysbergue, Serge Le Squer, Samir Mougas, Guillaume Pinard, Babeth Rambault, Niek van de Steeg. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commissaire : St&#233;phane Le Mercier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exposition du 27 septembre au 22 d&#233;cembre 2013, au Frac Paca, Marseille. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre X d'&lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt;, Leopold Bloom s'enquiert chez un bouquiniste de rue, d'un roman &#233;rotique, &lt;i&gt;Les Douceurs du p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt;. Dans le Dublin de l'ann&#233;e 1904, le choix de Joyce se pose sur ce genre litt&#233;raire en toute connaissance de cause : il est passible d'une mise au ban de la soci&#233;t&#233;. Censeurs et moralistes veillent, ils &#233;pient les activit&#233;s des clubs de lecture et des apprentis &#233;crivains. Mais Joyce ne transige pas, il n'y a pas pour lui de livre de second ordre. Toute production romanesque verse dans un grand livre, innom&#233;, et il revendique pour celui-ci le droit de convoquer tous les styles, nobles ou vils. Il ne s'agit pas de tenir le lecteur &#224; distance par des d&#233;monstrations savantes mais de le ramener aux limites de ce qui anime la pens&#233;e : les formes nombreuses de la lecture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cadre du projet, &lt;i&gt;Les Douceurs du p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt;, les livres pr&#233;sent&#233;s se transforment en graphes, en cartes d&#233;pliables ou bien d&#233;voilent, sous une apparente aust&#233;rit&#233;, des tr&#233;sors de tiroirs, des perspectives cach&#233;es. Par l&#224;, ils augmentent les possibilit&#233;s du r&#233;cit. Pour les dix artistes invit&#233;s, la commande fut &#233;l&#233;mentaire. Il leur a &#233;t&#233; demand&#233; de concevoir un projet &#224; partir d'un document &#233;ditorial pr&#233;existant, que celui-ci leur fut proche (livre de chevet, souvenir de voyage) ou exhum&#233; pour l'occasion. Enlumineurs, faussaires de g&#233;nie, traducteurs cleptomanes, archivistes, toutes les postures sont bonnes pour mener &#224; bien leur strat&#233;gie plastique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, ces projets ont la discr&#233;tion tenace (Claude Horstmann, Herv&#233; Humbert, R&#233;my Hysbergue, Babeth Rambault). L'intervention est modeste (encart, erratum, transformation de la couverture, jeu graphique). Ils peuvent s'appr&#233;cier comme des maquettes finalis&#233;es et rejoignent en cela, l'&#233;conomie du projet artistique en attente d'un diffuseur. Parfois, ils s'&#233;tendent aux limites du volume (Samir Mougas, Guillaume Pinard, Niek van de Steeg) renouant ironiquement avec la tradition des machines de lecture (les dispositifs de la Renaissance permettant la manipulation de plusieurs incunables mais aussi les derni&#232;res tablettes num&#233;riques). Enfin, ils peuvent s'attarder sur ce que G&#233;rard Genette a nomm&#233; le p&#233;ritexte - la couverture (Serge Le Squer), les pages de garde (Lasse Schmidt Hansen) ou bien, dans le cadre du processus d'impression, les feuilles de calage, les macules (Pierre-Olivier Arnaud). &lt;br class='autobr' /&gt;
En questionnant les conditions mat&#233;rielles du livre, ces projets doivent plus &#224; l'h&#233;ritage de Dieter Roth qu'&#224; celui d'Ed Ruscha. En cela, ils ont conscience de l'instabilit&#233; de leur position, de ne pas correspondre &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; &#224; la d&#233;finition du livre d'artiste ; n&#233;anmoins, m&#234;me si leur diffusion est limit&#233;e, ils ne sombrent pas dans le f&#233;tichisme, la raret&#233; bibliophilique. Ils tentent, au contraire, de d&#233;fendre une exp&#233;rience r&#233;elle, &#339;uvrant pour un domaine &#233;tendu du livre et avec lui, pour un renouvellement de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PIERRE-OLIVIER ARNAUD&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;**&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
2013, 580 pages, impression offset, 40 exemplaires, courtesy art : concept, Paris&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3469 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/pierre-olivier_arnaud.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/pierre-olivier_arnaud-8aec9.jpg?1520239325' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'elles soient trouv&#233;es ou bien r&#233;alis&#233;es par ses soins, les photographies de Pierre-Olivier Arnaud sont expos&#233;es selon deux principes : coll&#233;es directement au mur &#224; la mani&#232;re d'affiches commerciales (impression offset, formats standard) ou bien accumul&#233;es dans l'espace d'exposition (tapis de photocopies, gratuits dispos&#233;s en palette). Alors que le principe d'accumulation insiste sur l'&#233;quivalence des images (motifs abstraits, feux d'artifice, compositions florales), leur traitement fragmentaire (trame, recadrage, n&#233;gatif) ajourne leur captation. On emploiera volontiers le terme de &#171; ressassement &#187; pour une telle strat&#233;gie. Dans cette perspective, Pierre-Olivier Arnaud est le seul artiste de l'exposition &#224; revenir sur un projet &#233;ditorial personnel. En 2009, invit&#233; &#224; r&#233;aliser un livre sur la machine offset de l'Ecole Sup&#233;rieure des Beaux-Arts de Lyon, il a sauvegard&#233; toutes les feuilles de calage, toutes les macules traditionnellement destin&#233;es &#224; la corbeille &#224; papier. Dans le cadre des &lt;i&gt;Douceurs du p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt;, ces papiers &#233;pars ont &#233;t&#233; regroup&#233;s puis fa&#231;onn&#233;s comme le mod&#232;le d'origine, produisant une idylle (dans le sens &#233;tymologique du terme : id&#233;e de petite forme). En effet, si le livre premier reproduisait impeccablement un floril&#232;ge d'&#233;toiles aux origines indistinctes, le second impose sans distinction un ensemble de signes concrets (taches d'encre, surimpressions). Ce retournement ironique souligne la fugacit&#233; des images &#224; l'heure de leur r&#233;p&#233;tition m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LASSE SCHMIDT HANSEN&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Sans titre&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, feuilles libres, dimensions variables&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/lasse_schmidt_hansen.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/lasse_schmidt_hansen-80cc4.jpg?1520239325' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Artiste danois demeurant &#224; Berlin, Lasse Schmidt Hansen se plait &#224; &#233;tudier la place du design au sein de l'&#233;conomie et de la culture mondialis&#233;es, ses conventions formelles, ses oublis syst&#233;matiques (il expose comment un faux-plafond compos&#233; d'une structure en aluminimum d&#233;coule directement des variations g&#233;om&#233;triques d'un Sol Lewitt). Le design graphique, le design d'objet dessinent un hyper-espace o&#249; s'inscrit durablement l'action du d&#233;tournement et de l'emprunt. Dans cette perspective, le design comme &#233;criture collective l'incite &#224; conclure &#224; la disparition de l'auteur au profit d'une pratique technico-commerciale &lt;i&gt;per se&lt;/i&gt;. Lasse Schmidt Hansen se tourne alors vers des espaces p&#233;riph&#233;riques, vers des lieux model&#233;s par les actions quotidiennes, les formes les plus modestes. Ainsi, cette collection de pages blanches extraites de livres inconnus glan&#233;s sur les march&#233;s de Berlin o&#249; le travail de la lumi&#232;re et de la poussi&#232;re, les manipulations successives ont cr&#233;&#233; un palimpseste duchampien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CLAUDE HORSTMANN&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Sans titre&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
2013 livre, impression laser sur calque, 18,2 x 25,2 x 1,5 cm, trois exemplaires&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/claude_horstmann.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/claude_horstmann-70ed2.jpg?1772187429' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1980, G&#233;rard Genette a-t-il conscience en introduisant la notion de p&#233;ritexte (ensemble de tous les &#233;l&#233;ments r&#233;dactionnels ou visuels informant le texte central : couverture, page de titre, erratum) de d&#233;finir un espace dont les artistes conceptuels vont s'emparer ? Ainsi, Claude Horstmann, d&#233;gage de la tr&#232;s classique biographie d'&lt;i&gt;Antonello Da Messina&lt;/i&gt; par Jan Lauts (Verlag Anton Schroll &amp; Co in Wien, 1940), un d&#233;tail essentiel. Dans le flux des cinquante-neuf planches principalement reproduites en noir et blanc, un d&#233;tail grandeur nature repr&#233;sentant un des deux larrons de la Crucifixion appartenant au Mus&#233;e royal d'Anvers, s'est gliss&#233;. Il s'agit pour l'artiste allemande : &#171; ... de traverser par d'autres moyens la distance menant &#224; l'original. &#187; Elle prie alors une relieuse professionnelle d'ins&#233;rer une double page en calque frapp&#233;e de la mention &lt;i&gt;originalgross&lt;/i&gt;. Imprim&#233;e en rouge japonais (de la m&#234;me couleur que la couverture), cet insert se fond parfaitement dans le projet initial. Il impose un arr&#234;t sur image et quant &#224; l'&#339;uvre de Da Messina, elle appara&#238;t dans toute sa proximit&#233; troublante, affirmant son autorit&#233; artistique par del&#224; les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HERV&#201; HUMBERT &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Paris aus der Luft&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2010, livre, plexiglas, 27,5 x 32,8 x 2,4 cm&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/herve_humbert.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/herve_humbert-72006.jpg?1520239325' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le traitement plastique par Herv&#233; Humbert du livre &lt;i&gt;Paris aus der Luft&lt;/i&gt; (Paris vu du ciel), n'invite gu&#232;re &#224; la lecture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains pr&#233;tenderont que ce n'est pas la finalit&#233; de ces recueils photographiques que d'&#234;tre lues. Ils ont plut&#244;t vocation &#224; &#234;tre feuillett&#233;s dans les halls d'a&#233;roports ou les chambres d'h&#244;tel. Ici, l'artiste berlinois a litt&#233;ralement encapsul&#233; le livre, l'a saisi - comme il est dit des navires pris dans la banquise - dans un plexiglas &#233;pais. Exhum&#233; d'une &#233;tag&#232;re o&#249; il sommeillait, il est somm&#233; d'exposer ce qu'il a de mieux, ce pour quoi, objet promotionnel &#224; destination du tourisme international, il a &#233;t&#233; con&#231;u : sa photographie de couverture et puis son titre, &lt;i&gt;Paris aus der Luft&lt;/i&gt;. Rien d'autre. Ainsi &#224; la fa&#231;on des affiches publicitaires, m&#234;lant de fa&#231;on &#233;gale texte et image, cette co&#239;ncidence produit un raccourci visuel, un r&#233;cit g&#233;n&#233;rique. Grande tradition, le monde vu du ciel ! Son origine remonte aux Expositions Universelles, aux panoramas o&#249; la foule &#233;tait longuement canalis&#233;e avant de profiter du spectacle d'un bref coup d'&#339;il. Le plexiglas choisi par Herv&#233; Humbert pour maintenir le spectacle, produit un objet &#224; mi-chemin entre le hublot du A347 et la vitrine des grands boulevards, accroissant la frustration d'un monde inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#201;MY HYSBERGUE&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;INDE&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2012, livre, peinture, 34 x 48 cm&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/remy_hysbergue.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/remy_hysbergue-7a19a.jpg?1520239325' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;my Hysbergue transforme ce livre consacr&#233; aux grottes d'Ajanta en Inde - r&#233;gion qu'il visita en 2000 - en y d&#233;posant un gla&#231;age de signes furtifs (drippings, d&#233;grad&#233;s). En modifiant uniquement les prises de vue en noir et blanc, il ajoute par le truchement des moyens picturaux qui sont traditionnellement les siens, une &#233;paisseur chromatique d&#233;stabilisante. La profondeur des grottes, les pierres sculpt&#233;es semblent &#234;tre &#233;clair&#233;es par un effet pyrotechnique des plus sophistiqu&#233;s. Bizarrerie kitsch, chromo surexpos&#233;, c'est le livre dans son ensemble qui est grignot&#233; par cette l&#232;pre (pour les sismographes, une catastrophe est dite &#171; magnifique &#187; lorsque son relev&#233; graphique occupe la surface de la feuille de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re). Le lecteur alors h&#233;site, ne sachant plus trop distinguer entre les documents d'origine et les cr&#233;ations nouvelles, entre nature et artifice, plongeant dans une contemplation doucement psych&#233;d&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SERGE LE SQUER&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Langages&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#176;1-152 (1966-2003), 2013, vid&#233;o, couleur, 1mn 44 s&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/serge_le_squer.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH156/serge_le_squer-b0965.jpg?1772187429' width='500' height='156' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin dans &lt;i&gt;Haschich &#224; Marseille&lt;/i&gt; (1928) cite son contemporain Karl Kraus, lui qui fut si attentif &#224; l'&#233;volution de sa langue natale au tournant de la modernit&#233; :&#171; Plus on regarde de pr&#232;s un mot, plus il semble vous regarder de loin. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
S'ouvre alors un champ o&#249; le mot se densifie pour prendre la forme d'un objet autonome. Des fragments de ritournelles saisis par la fen&#234;tre ouverte, des termes improbables &#224; la lecture de la presse quotidienne, des traductions approximatives, des interjections semblent se figer en mondes myst&#233;rieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plusieurs ann&#233;es, Serge Le Squer poursuit un travail sur l'&#233;conomie des signes, sur leur appr&#233;hension lorsque, d&#233;contextualis&#233;s, ils occupent un espace &#233;tranger. Ainsi, en 2011, il s'attarde sur l'usage des acronymes dans le monde de la communication (&lt;i&gt;RAW WAW WAR&lt;/i&gt;, Galerie der Stadt Kirchheim/Teck) et sur leur transposition sous forme de projections dynamiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Les douceurs du p&#233;ch&#233;, l'artiste s'est concentr&#233; sur la revue de linguistique, &lt;i&gt;Langages&lt;/i&gt;, ou plus pr&#233;cis&#233;ment sur l'enregistrement de tous les titres, du num&#233;ro 1 au num&#233;ro 152, soit trente sept ann&#233;es de publications (1966-2003). L'apparition de chacun d'entre eux, l&#233;g&#232;rement d&#233;centr&#233;, parcouru de parasites visuels (&#233;tiquettes de r&#233;f&#233;rencement, coups de crayon, adh&#233;sifs transparents, modulation chromatique) fonctionne comme une saccade de &lt;i&gt;cartons&lt;/i&gt; extraits d'un film muet. Alors cette structure tautologique se pare d'une dimension primesauti&#232;re - dimension que n'aurait pas d&#233;savou&#233;e pas Walter Benjamin, ajoutant quelques pages plus loin dans son texte : &#171; Comme les choses savent tenir bon au regard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SAMIR MOUGAS &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Programme #4 (CANADIAN ROCKIES VIEW BOOK)&lt;/i&gt;, 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Programme #4 (LA VIE SUR TERRE Prodiges et Myst&#232;res)&lt;/i&gt;, 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Programme #4 (&#224; la d&#233;couverte des insectes)&lt;/i&gt;, 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Programme #4 (THE DANING RIVER The Most Wonderful place of the Changjiang Three Gorges)&lt;/i&gt;, 2012&lt;br class='autobr' /&gt;
pages de livres, carbone, dimensions variables&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/samir_mougas-d6399.jpg?1520239325' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Machines con&#231;ues pour faciliter la manipulation de plusieurs ouvrages &#224; la fois, dispositifs acc&#233;l&#233;rant le d&#233;filement du texte ou des images, depuis longtemps, le d&#233;sir de connaissance est rythm&#233; par des inventions savantes ou bien loufoques, sens&#233;es simplifier le travail du lecteur. Du &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tre de la M&#233;moire&lt;/i&gt; de Giulio Camillo aux fiches de Georges Maciunas dessinant la carte du mouvement Fluxus, chaque exp&#233;rience, aussi complexe soit-elle, doit &#234;tre appr&#233;hend&#233;e &lt;i&gt;en acc&#233;l&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, produisant un effet quasi-hypnotique. Samir Mougas a d&#233;tourn&#233; sa collection de guides touristiques anciens &#224; destination de structures &#233;l&#233;mentaires, de volumes &#233;l&#233;gants. Les pages reproduisant une photographie sont repli&#233;es comme autant de p&#233;tales autour d'une tige en carbone - outil traditionnellement utilis&#233; par les a&#233;romod&#233;listes. Selon la figure de la m&#233;tonymie, chaque s&#233;quence circulaire s'attarde sur un &#233;tat du monde tel que la publicit&#233; l'id&#233;alisait &#224; cette &#233;poque. Les parcs naturels sont impressionants, les insectes forc&#233;ment curieux, les visages des autochtones r&#233;v&#232;lent une authenticit&#233; qui n'a d'&#233;gale que leur &#233;loignement. Maintenus entre le pouce et l'index, ces paysages miniaturis&#233;s n'attendent qu'une impulsion pour s'envoler au loin... et c'est au vent qu'incombe alors la mission de rappeler leur l&#233;g&#232;ret&#233; utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GUILLAUME PINARD&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La Maison de Rubens&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, livre, bois, 22,7 x 14,6 x 14,6 cm&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L389xH584/guillaume_pinard-21d2d.jpg?1520239325' width='389' height='584' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vari&#233;t&#233; des formats et des techniques, qu'il s'agisse des derniers dessins monumentaux au fusain ou des &#171; aphorismes &#187; recueillis dans &lt;i&gt;Un art sans destinataire&lt;/i&gt;, d&#233;signe chez Guillaume Pinard un comportement essentiel : il ne veut pas choisir. Il s'agit avant tout d'exposer une d&#233;monstration &#224; la mani&#232;re de ces instituteurs s'improvisant tour &#224; tour g&#233;ologue, apiculteur ou mar&#233;chal des arm&#233;es. C'est toute une esth&#233;tique &#233;difiante, une esth&#233;tique de l'argumentaire, de la preuve par l'exemple (cartes &#233;pingl&#233;es, &#233;corch&#233;s, ludions improbables baignant dans leur formol) qui se met en action sous nos yeux. Si la proposition de l'artiste pour &lt;i&gt;Les Douceurs du p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt; ne r&#233;pond pas vraiment &#224; la d&#233;finition du livre d'artiste, s'il propose un volume qui enchantera la poussi&#232;re, c'est pour soulever gaiement cette question essentielle : est-ce l'&#339;uvre qui repose sur le livre ou le livre qui s'appuie sur l'&#339;uvre ? Nonobstant le respect qu'il cultive pour l'&#339;uvre Peter Paul Rubens, il n'a pas pu se r&#233;signer &#224; ajouter une fantaisie &#224; &lt;i&gt;La maison de Rubens&lt;/i&gt;, ouvrage &#233;dit&#233; par la Ville d'Anvers en 1968 ; un ornement banal et visible c&#244;t&#233; cour : un &#233;chafaudage. Les architectes, les ing&#233;nieurs d&#233;finitifs s'en mordront les doigts ; par cet ajout, il soul&#232;ve la possibilit&#233; d'une pr&#233;sence invisible, d'une lecture d&#233;rob&#233;e. &#171; Jamais il ne fallait battre les habits ni les meubles de peur de les user, mais les housser l&#233;g&#232;rement avec un plumeau. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D.A.F de Sade, &lt;i&gt;Justine ou les malheurs de la vertu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BABETH RAMBAULT&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Feu la rampe&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2012, 1,5 x 21,7 x 13 cm&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/babeth_rambault.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/babeth_rambault-8cf28.jpg?1772187429' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;tournant des objets domestiques, Babeth Rambault r&#233;alise une critique douce am&#232;re de l'univers traditionnellement &#233;chu &#224; la gente f&#233;minine (d&#233;coration int&#233;rieure, art culinaire). Dans son livre de chevet, &lt;i&gt;Les choses superflues de la vie de Ludwig Tieck&lt;/i&gt;, elle d&#233;couvre une source d'inspiration susceptible de pousser plus loin encore ces investigations quotidiennes. Lorsque les deux protagonistes du roman, d&#233;sireux de se couper du monde, se r&#233;signent &#224; br&#251;ler les marches et puis la rampe d'escalier menant &#224; leur logis, ils mat&#233;rialisent une exp&#233;rience qu'on le peut qualifier d'initiatique. &#171; Ce qui m'int&#233;resse dans ce passage, d&#233;clare Babeth Rambault, c'est que la d&#233;cision d'autarcie des personnages trouve ici son point culminant dans le geste de d&#233;truire la colonne vert&#233;brale de leur rapport &#224; l'exp&#233;rience : la rampe. De cet &#233;l&#233;ment sens&#233;ment essentiel, ils font un &#233;l&#233;ment superflu pour lui restituer une identit&#233; sobrement mat&#233;rielle de bois de chauffage. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mettre en exergue ce passage, l'artiste a d&#233;cid&#233; de modifier la pagination du livre, la page d&#233;crivant la sc&#232;ne occupe l'espace de la couverture tandis que cette derni&#232;re est d&#233;plac&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'ouvrage. De cette mani&#232;re, elle recompose &lt;i&gt;&#224; son go&#251;t&lt;/i&gt; le fil du r&#233;cit. Ce choix touche alors un summum d'impertinence par lequel les inventions narratives de l'auteur sont mis en tension par le lecteur m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NIEK VAN DE STEEG &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;MMP (Maison de la Mati&#232;re Premi&#232;re) &#171; Des Int&#233;r&#234;ts Mat&#233;riels en France &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2013, gr&#232;s, duralinox, bois, peinture, livres, 100 x 80 x 90 cm&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/niek_van_de_steeg.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/niek_van_de_steeg-12b60.jpg?1520239325' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis &lt;i&gt;Le Pavillon &#224; Vent&lt;/i&gt; inaugur&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 jusqu'&#224; la tr&#232;s r&#233;cente &lt;i&gt;Maison de la Mati&#232;re Premi&#232;re&lt;/i&gt;, Niek van De Steeg d&#233;veloppe un ensemble de r&#233;cits qui s'attardent sur les structures visibles et invisibles de l'&#233;conomie politique. Pour se faire, il privil&#233;gie les rapprochements inopin&#233;s, les agencements polyphoniques (un jogger essouffl&#233; narre l'histoire d'un site consacr&#233; &#224; l'exploitation de l'uranium, une table dont la surface recouverte d'un rouleau de papier enregistre &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt; les signes graphiques produits par ses usagers). Chacune de ces enqu&#234;tes s'&#233;labore patiemment, en s'appuyant sur un ensemble d'accessoires : livres, cartes, maquettes, tableaux noirs. Ainsi, pour l'exposition au Frac Paca, l'artiste s'est-il concentr&#233; sur &lt;i&gt;Des Int&#233;r&#234;ts Mat&#233;riels en France - Travaux Publics, Routes, Canaux, Chemins de Fer&lt;/i&gt;, ouvrage &#233;difiant r&#233;dig&#233; par un certain Michel Chevalier, publi&#233; en 1838, ainsi que sur sa version nouvellement num&#233;ris&#233;e par la BNF. La consultation des deux documents est facilit&#233;e par un dispositif sculptural, une &#171; machine de lecture &#187; dont les &#233;l&#233;ments constitutifs (gr&#232;s, durilanox, verre souffl&#233;) m&#234;lent avec surprise l'esth&#233;tique des avant-gardes russes (on songe au mobilier du &lt;i&gt;Club de la Presse de l'Arm&#233;e Rouge&lt;/i&gt; tel qu'il fut con&#231;u par El Lissitzky) et le design post-moderne le plus d&#233;coratif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Exposition du 27 septembre au 22 d&#233;cembre 2013, au Frac Paca, Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Un livre immense</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Un-livre-immense</link>
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		<dc:date>2013-06-30T11:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le guitariste Arto Lindsay appartient &#224; cette g&#233;n&#233;ration de musiciens new-yorkais dont Brian Eno a signal&#233; l'importance en 1978, en produisant la compilation No New York. Gr&#226;ce &#224; ses origines (il a v&#233;cu une partie de sa jeunesse au Br&#233;sil), sa curiosit&#233; intellectuelle, il a su alterner le ludisme de la pop culture et le rigorisme des modernes, la Bossa Nova et la musique improvis&#233;e. Il r&#232;gne forc&#233;ment autour d'une telle figure, une aura artistique savamment construite, enrichie par ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton386-4f0aa.jpg?1772187429' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/score_800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH708/score_800-f8b2a.jpg?1772187429' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le guitariste Arto Lindsay appartient &#224; cette g&#233;n&#233;ration de musiciens new-yorkais dont Brian Eno a signal&#233; l'importance en 1978, en produisant la compilation &lt;i&gt;No New York&lt;/i&gt;. Gr&#226;ce &#224; ses origines (il a v&#233;cu une partie de sa jeunesse au Br&#233;sil), sa curiosit&#233; intellectuelle, il a su alterner le ludisme de la pop culture et le rigorisme des modernes, la Bossa Nova et la musique improvis&#233;e. Il r&#232;gne forc&#233;ment autour d'une telle figure, une aura artistique savamment construite, enrichie par ses collaborateurs m&#234;mes (Nan Goldin, Matthew Barney, Sarah Walker ont r&#233;alis&#233; des pochettes pour Lindsay). Cette atmosph&#232;re est s&#233;duisante, elle brille de mille feux pour les artistes plasticiens d&#233;butants, avides de s'&#233;chapper d'un milieu jug&#233; trop aust&#232;re ou bien soucieux de complexifier leur approche cr&#233;atrice. &lt;i&gt;La Factory Records&lt;/i&gt;, l'Hacienda, le Punk fran&#231;ais, la Kraut Music, nombreux sont les sujets que de nombreuses expositions sont venus illustrer ces derni&#232;res ann&#233;es, prolongeant de mani&#232;re plus ou moins subtile, le parti pris inaugur&#233; en 1989 par Greil Marcuse : la rencontre inopin&#233;e (sur une planche &#224; repasser ! ) des avant-gardes historiques et de la culture punk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse d'un livre de &#171; fan &#187;, le livre de Sophie Neys intitul&#233; &lt;i&gt;Lyrics for Arto Lindsay based on Roberto Burle Marx's lis of plants for parque do Flamengo Rio de Janeiro &lt;/i&gt; est doublement louable car s'il &#233;vite les &#233;cueils du folklorisme rock (un floril&#232;ge de photographies anciennes vol&#233;es dans les backstages du CBGB's) et de l'esth&#233;tique Wikip&#233;dia (le copi&#233;-coll&#233; frauduleux, la parodie critique...), il se concentre sur des espaces risqu&#233;s parce qu'interstitiels. Savoir qu'une jeune artiste a list&#233; 285 articles - autant de noms de plantes - &#224; destination de son mod&#232;le est assez s&#233;duisant. Les noms latins &#171; ...142 - Cassia martiana 144 - Cassia fistula	145 - Cassia javanica... &#187; avec leur qualit&#233; musicale, la r&#233;p&#233;tition de certains de leurs vocables composent une litanie pour occuper le monde. Nous voguons alors dans un espace indistinct, flottant entre les contes des Mille et Une Nuits et les protocoles photographiques de Douglas Huebler (au risque, d'ailleurs, selon une logique inh&#233;rente &#224; ces derniers, de devoir se r&#233;soudre &#224; l'&#233;chec, &#224; l'incommunication), entre la f&#233;erie la plus intemporelle et l'&#233;nonc&#233; conceptuel le plus circonstanci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le projet de Sophie Neys se d&#233;veloppe par &#233;tapes, par fragile transmission. Il convoque en premier lieu les travaux du botaniste et architecte paysagiste br&#233;silien Roberto Burle Marx, &#224; l'origine de cette liste ; travaux essentiels pour l'artiste belge dont la pratique est consacr&#233;e &#224; la repr&#233;sentation du paysage selon la figure de la m&#233;tonymie. Elle s'empare ensuite de cette somme et la transmet &#224; Arto Lindsay sous la forme d'une &#233;dition modeste. Enfin, cette triangulation revient au public. En l'absence de musique compos&#233;e par Arto Lindsay, nous sommes invit&#233;s &#224; nous lancer dans la lecture de cette liste imposante. Le texte alors, gain&#233; dans sa pochette en plastique, ressemble &#224; une partition qui, malgr&#233; son &#233;conomie (ce livre est tout sauf un livre de graphiste !) autorise toutes les modulations, les improvisations sonores :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ...216 - Chorisia speciosa 217 - Ficus lyrata 218 - Veitchia merrillii... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette augmentation progressive, le livre op&#232;re une strat&#233;gie cool (Baudrillard aurait sans doute appr&#233;ci&#233; ce livre, son d&#233;gagement un rien dandy), faisant des termes savants qui le parcourent des refuges pour le fredonnement, des passages pour la confidence. &#192; voix haute ! Em Voz alta !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Sophie Nys, &lt;i&gt;Lyrics for Arto Lindsay based on Roberto Burle Marx's list of plants for parque Do Flamengo Rio de Janeiro&lt;/i&gt;, Grotto Publications, Bruxelles, 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L222xH284/center_for_abandoned_letterhead_cat-c4aa8.jpg?1772187429' width='222' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eric Watier &lt;i&gt;(Monotone Press)&lt;/i&gt;, Sarah McKillop &lt;i&gt;(50 enveloppe windows)&lt;/i&gt;, les artistes se penchent de plus en plus en dehors des espaces d&#233;finitifs, des clairs quadrillages de l'&#233;dition promotionnelle pour d'autres, o&#249; s'accrochent les traces de l'informe. Scans sans rien, captant le seul exercice de la lumi&#232;re, motifs sans qualit&#233; dont la pr&#233;sence n'a jamais fait l'objet d'une quelconque attention, chutes de papier, marques d'usure... l'imprim&#233; contemporain a la peau dure. Il n'h&#233;site pas &#224; promouvoir des non-signes, prisonniers de bo&#238;tes &#224; chaussures, de dossiers scell&#233;s par le temps. Chez les modernes, se d&#233;voilait une v&#233;ritable fascination, voire une mystique des mat&#233;riaux (le plomb chez Richard Serra, la graisse chez Joseph Beuys). Aujourd'hui, les &#233;l&#233;ments plastiques retenus s'opposent &#224; cet h&#233;ro&#239;sme formel. De plus, on ne se risquera plus &#224; juger les actions mises en jeu selon le point de vue de la mythologie individuelle, &#224; moins de consid&#233;rer l'activit&#233; domestique (la pr&#233;paration d'une tasse de caf&#233;, l'ouverture du courrier) comme des formes exceptionnelles du contemporain. Il s'agit avant tout d'une esth&#233;tique du d&#233;litement, couche apr&#232;s couche, page apr&#232;s page, signe apr&#232;s signe. Cette derni&#232;re traduit la notion d'habitus en une langue douce-am&#232;re. Fluxus, par son amour des boutons de chemise, des clous tordus, des jeux de cartes incomplets a initi&#233; cette ironie. Certains statements de Lawrence Weiner d&#233;finissant des actions premi&#232;res, n'ont pas craint la banalit&#233; (il est vrai avec des mat&#233;riaux issus d'une tradition sculpturale pr&#233;cise) : d&#233;placer une pierre, verser de la peinture. Et une fois de plus, il s'agit de jeter le quotidien dans la bataille. Le monde du travail a &#233;tendu ses r&#233;seaux. Il a investi effront&#233;ment l'espace priv&#233;. Jadis, peu de personnes poss&#233;daient une machine &#224; &#233;crire ; apprentis &#233;crivains, adeptes de la lettre anonyme. Aujourd'hui, nos int&#233;rieurs sont transform&#233;s en officine digne d'un roman d'espionnage : cam&#233;ras digitales, scans, imprimantes couleur, etc. Le monde du travail est devenu &#171; le &#187; mod&#232;le. C'est dans le cadre de son esth&#233;tique op&#233;ratoire, de ses expositions m&#233;diatiques que s'entrechoquent ces grands r&#233;cits que sont la menace de l'exclusion, la fr&#233;quence des comportements n&#233;vrotiques, l'&#233;ph&#233;m&#232;re des&lt;i&gt; success-stories.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa dette de 14 milliards de dollars (le s&#233;nateur du Michigan a entam&#233; depuis mars dernier une proc&#233;dure de mise sous tutelle) et sa population ayant diminu&#233; de plus de cinquante pour cent en un demi-si&#232;cle, la ville de Detroit est irr&#233;vocablement touch&#233;e en son c&#339;ur et le projet &#233;ditorial Abandoned Letterhead de Maia Asshaq et Danielle Aubert, s'est forc&#233;ment d&#233;velopp&#233; avec la conscience de cet h&#233;ritage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ressemblant &#224; un catalogue de vente par correspondance (reproduction pleine page des &#171; produits &#187; au regard de leur description d&#233;taill&#233;e) et accompagnant d'ailleurs les deux pr&#233;sentations publiques des documents collect&#233;s, &lt;i&gt;Abandoned Letterhead&lt;/i&gt; est un condens&#233; d'angoisse. Si la d&#233;couverte au fond de vos poches d'une carte professionnelle ou d'un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone dont vous avez oubli&#233; le nom du possesseur vous &#233;meut jusqu'&#224; douter de vos souvenirs, vous serez forc&#233;ment sensible &#224; cette compilation (ce floril&#232;ge ?) de papiers &#224; en-t&#234;te de soci&#233;t&#233;s disparues. D&#233;p&#244;ts de bilan, liquidation massive, d&#233;localisation : les entrepreneurs ont fil&#233;, le papier est demeur&#233;. Ces quelques annotations parlent d'elles - m&#234;mes : &#171; Estimated to abandoned, for reasons unknown, in 2011. &#187;, &#171; Estimated to be out of date since 2007 when the company closed. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A une &#233;poque o&#249; la communication exige que tout fasse signe, ces papiers &#224; lettres vides et pourtant forts de leur patronyme affich&#233;, leur logotype d&#233;suet totalement &#233;loign&#233; de l'efficacit&#233; visuelle en vigueur, apparaissent comme les fantomatiques inscriptions d'un d&#233;clin annonc&#233;. Les surr&#233;alistes, Walter Benjamin se sont empar&#233;s des photographies parisiennes d'Eug&#232;ne Atget croyant y reconna&#238;tre les lieux d'un crime toujours renouvel&#233;. Soudain, les assassinats mis en sc&#232;ne dans les salles des grands boulevards surgissaient au coin d'une rue banale, dans l'obscurit&#233; d'une porte. De m&#234;me &lt;i&gt;Abandoned Letterhead&lt;/i&gt; dessine l'espace de la crise &#233;conomique, de la r&#233;cession d&#233;finitive. Il sonde un terrain en cours d'effritement, celui de l'inscription g&#233;ographique locale contre la mondialisation et son &#171; nomadisme &#187; oblig&#233;. Il dresse aussi paradoxalement le constat d'une &#233;criture interdite (non pas po&#233;tique, ABSOLUMENT anti-artistique), qui apr&#232;s avoir fi&#232;rement v&#233;cu a d&#233;clin&#233; honteusement : celle de l'&#233;conomie marchande prise &#224; son propre jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;- Maia Asshaq et Danielle Aubert, &lt;i&gt;Abandoned Letterhead&lt;/i&gt;, I.T.U, Detroit, 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un livre immense... </title>
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		<dc:date>2013-05-05T12:47:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tous les deux mois, St&#233;phane Le Mercier se propose de chroniquer des livres d'artistes plus ou moins r&#233;cemment publi&#233;s, de revenir sur des &#339;uvres d&#233;j&#224; historiques produisant... un livre immense. &lt;br class='autobr' /&gt; Au contraire des avant-gardes artistiques d&#233;sireuses de se confronter aux &#339;uvres pass&#233;es, l'exercice &#233;ditorial n'a jamais &#233;t&#233; anim&#233; d'une quelconque esth&#233;tique de la rupture. Compos&#233; d'intuitions formelles et de bric-&#224;-brac th&#233;oriques, de protocoles rigoureux et d'improvisations po&#233;tiques, il a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH83/arton359-bd335.jpg?1772187429' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tous les deux mois, St&#233;phane Le Mercier se propose de chroniquer des livres d'artistes plus ou moins r&#233;cemment publi&#233;s, de revenir sur des &#339;uvres d&#233;j&#224; historiques produisant... un livre immense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au contraire des avant-gardes artistiques d&#233;sireuses de se confronter aux &#339;uvres pass&#233;es, l'exercice &#233;ditorial n'a jamais &#233;t&#233; anim&#233; d'une quelconque esth&#233;tique de la rupture. Compos&#233; d'intuitions formelles et de bric-&#224;-brac th&#233;oriques, de protocoles rigoureux et d'improvisations po&#233;tiques, il a toujours besoin de s'appuyer &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; sur les r&#233;alisations pr&#233;c&#233;dentes. Pour se faire, il rompt avec la chronologie la plus &#233;l&#233;mentaire, usant de sauts temporels, convoquant des mod&#232;les proches ou lointains, essentiels &#224; sa survie et &#224; celle de son espace privil&#233;gi&#233; : la biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc d&#233;finir le livre d'artiste comme une entreprise collective et achronique. Ce qui est essentiel, c'est le maintien de figures de style communes &#224; toutes les &#233;poques &#8212; la citation, le d&#233;tournement, la m&#233;tonymie, la s&#233;riation, le recouvrement. Par ces tactiques, les auteurs &#233;prouvent l'attention du lecteur. Sans elles, le livre serait vitement parcouru comme n'importe quel imprim&#233; de la communication marchande. Il nous tomberait des mains. Le livre d'artiste ne peut se satisfaire d'un tel devenir, il revendique davantage, fabriquant un livre immense o&#249; l'on peut demeurer, se perdre, revenir toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les livres sur lesquels je d&#233;sire m'attarder sont parcourus de pr&#233;sences fantomatiques (Marcel Broodthaers, Robert Filliou, Sol lewitt), de r&#233;miniscences, de larsens qui tissent un enchev&#234;trement de signes &#8212; ornements baroques, structures g&#233;om&#233;triques. Ainsi, &lt;i&gt;The Metaphor Problem Again&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(1) John Baldessari, Lawrence Weiner, The Metaphor Problem Again, Ink-Tree (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plane sur la collaboration r&#233;cente de John Baldessari et Barbara Bloom. Ce recueil de courriels, s'&#233;talant de d&#233;cembre 2008 &#224; ao&#251;t 2010, s'organise sous forme d'associations libres, de trouvailles photographiques glan&#233;es sur le Net : &#171; Here we go... We agreed that I would start our conversation by sending you an image. Jackpot ! Here are three. &#187;, lance John Baldessari en guise d'introduction. D'embl&#233;e, les deux artistes s'accordent sur un protocole surprenant. Ils s'appliqueront &#224; collationner uniquement des reproductions photographiques de chaises, chacune de ces trouvailles alimentant leur r&#233;flexion. Ce choix n'est pas anodin. Outre qu'il exprime un rapprochement amical &#8211; le fameux, &#171; Prenez une chaise &#187; &#8212;, il met en tension une des &#339;uvres fondatrices de l'art conceptuel, le &lt;i&gt;One and Three chairs&lt;/i&gt; (1965) de Joseph Kosuth et par extension, l'art de la citation syst&#233;matis&#233; ult&#233;rieurement par ce dernier. Aujourd'hui, &#224; l'heure de la communication virtuelle, de ses additifs nombreux (les fameuses pi&#232;ces jointes), la citation est parcourue de bruits, de parasites. Nous ne sommes plus en mesure de lui faire totalement confiance. G&#233;n&#233;ralement constitu&#233;es de copi&#233;s coll&#233;s approximatifs, de r&#233;f&#233;rences incompl&#232;tes, de reproductions aux l&#233;gendes inexactes, les citations sont mises &#224; mal. Pour ce livre, nos deux artistes se contentent donc de relever des &#233;l&#233;ments iconographiques, aussi impr&#233;cis soient-ils. Qu'importe que les chaises en question appartiennent &#224; des domaines aussi vari&#233;s que le design, le cin&#233;ma hollywoodien, l'arch&#233;ologie, la publicit&#233; ou la vie quotidienne, elles remplissent leur mission, celle d'illustrer modestement un &#233;change &#233;pistolaire, de nourrir une conversation. De plus, ce parti pris permet aux deux artistes de s'attarder sur la relation quasi-f&#233;tichiste qu'ils ont toujours entretenue avec l'image photographique comme forme oblig&#233;e de la culture contemporaine. Dans cette perspective, John Baldessari communique l'adresse d'un site consacr&#233; &#224; la chaise de concert dont Glenn Gould ne se d&#233;partit jamais ; chaise que ses aficionados tentent de reproduire &#224; l'identique, diffusant en ligne leurs bricolages successifs. Par cette accumulation, Barbara Bloom et John Baldessari sont en mesure de mettre en forme un r&#233;cit compos&#233; de r&#233;flexions pseudo philosophiques : &#171; Chairs : The subject the philosophers use when they need something to talk about. &#187; et d'apart&#233;s : &#171; Can a chair also frame ? &#187;. L'esprit de la premi&#232;re semble empreint d'un certain syst&#233;matisme, d'un sentiment de s&#233;rieux, alors que celui du second est teint&#233; d'ironie. Pour preuve, la dimension parodique de ses commentaires &#233;crits : il y d&#233;tourne aussi bien le style des &lt;i&gt;Visual Studies&lt;/i&gt; des universit&#233;s am&#233;ricaines que celui des aphoristes europ&#233;ens. Enfin, conscient qu'une telle compilation est infinie, que cette pulsion consistant &#224; aligner des images les unes &#224; la suite des autres diff&#232;re toute forme de conclusion, il d&#233;cide d'interrompre arbitrairement l'&#233;change en pronon&#231;ant ce statement imparable : &#171; I think we should stop with your response. &#187;. Le livre s'ach&#232;ve alors sur une photographie de chaise renvers&#233;e d'o&#249; saille une paire de chaussures d'homme. Cette derni&#232;re photographie, isol&#233;e sur une page, ne comporte aucune indication. Il est donc inutile, de tenter de deviner qui a conclu l'&#233;change : Barbara Bloom, au comble de l'&#233;tonnement ? John Baldessari, soucieux d'asseoir son pouvoir ? Au jeu de la chaise musicale, les r&#232;gles sont partag&#233;es, les disparitions aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L446xH649/_3-e44e0.png?1772187429' width='446' height='649' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_2742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH383/_6-7ba25.jpg?1772187429' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- John Baldessari, Barbara Bloom, collection Between Artists, A.R.T Press, New York, 2011&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des livres blancs, des livres travers&#233;s de r&#233;glures, des livres ponctu&#233;s de signes typographiques : d'Herman de Vries &#224; Peter Downsbrough, d'Emmet Williams &#224; Heinz Gappmayr, les artistes li&#233;s &#224; la po&#233;sie concr&#232;te ont d&#233;frich&#233; un espace d'o&#249; surgissent des mots tremp&#233;s dans l'encre d'imprimerie. Ils se sont mis au service de ces &#233;l&#233;ments essentiels que sont l'encre et le papier pour &#233;noncer l'infinitude des propositions lexicales et graphiques, l'&#233;tude des variations infimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniil Harms appartint &#224; ces auteurs russes des ann&#233;es 1930 que Roman Jakobson a d&#233;crit dans son texte, &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;ration qui a gaspill&#233; ses po&#232;tes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2) Roman Jakobson, La g&#233;n&#233;ration qui a gaspill&#233; ses po&#232;tes, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nombre d'entre eux p&#233;rirent dans les cellules staliniennes ou bien se suicid&#232;rent &#224; la mani&#232;re de Vladimir Ma&#239;akovski, d&#233;cid&#233; &#224; mettre &#171; le point d'une balle &#224; sa propre fin &#187;. Pourtant, en 1937, alors qu'il &#233;tait intern&#233; en h&#244;pital psychiatrique depuis d&#233;j&#224; six ann&#233;es, Daniil Harms notait dans son journal cette r&#233;flexion apais&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aujourd'hui je n'ai rien &#233;crit. Ce n'est pas grave. 9 janvier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste allemande, Natasha Czech s'appuie sur ce court po&#232;me (comment le nommer diff&#233;remment ?) pour concevoir son projet &lt;strong&gt;TODAY, I WROTE NOTHING&lt;/strong&gt;. Dans ce qui ressemble &#224; un carnet d'&#233;colier sovi&#233;tique avec sa couverture souple de toile bleue, elle &#233;puise une variation po&#233;tique. Page apr&#232;s page, elle joue de l'apparition des mots composant les trois vers, de leur persistance, de leur disparition ainsi que de l'espace laiss&#233; vierge entre chaque vocable, pour donner &#224; lire une &#339;uvre &#224; la fois graphique et sonore. En cela, l'ensemble fait songer aux partitions des compositeurs contemporains, &#224; certaines performances Fluxus telles qu'elles sont d&#233;crites dans le Fluxusworkbook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y est question de silence, de lenteur, d'acc&#233;l&#233;ration, de reprise. Le lecteur alors est saisi par cette litanie, cette mise &#224; nu formelle (la mise &#224; nu des plus nus contre lesquels l'Histoire s'acharne obstn&#233;ment). Bien loin de l'exercice contemporain revendiquant une lisibilit&#233; totale et imm&#233;diate, cette &#339;uvre est &#224; rapprocher d'&#339;uvres intemporelles : les t&#233;l&#233;grammes d'On Kawara constitu&#233; de ce seul leitmotiv : I am still alive, la gravit&#233; de l'&lt;i&gt;Office des T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois Couperin. Alors le travail exc&#232;de l'espace du livre pour s'&#233;vanouir alentour et laiss&#233; une image en suspens : le sourire du chat Cheshire, la m&#233;ditation d'un po&#232;te russe touch&#233; par l'effroi, n&#233;anmoins r&#233;concili&#233; avec l'ordre du monde. &#192; sa mani&#232;re, Natasha Czech fait perdurer une longue tradition, non pas constitu&#233;e de manifestes mais de m&#233;ditations et en cela, p&#233;n&#233;trant l'ininscrit, son expression redouble de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH791/_1-03698.jpg?1772187430' width='500' height='791' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Natalie Czech, Today I Wrote Nothing, &#233;ditions GwinZegal, Guingamp, 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seth Price fut remarqu&#233; au milieu des ann&#233;es 2000 alors qu'il &#233;tait repr&#233;sent&#233; par la galerie Reena Spaulings. Projet d'artiste, ready-made, l'existence physique de la dite Reena fut toujours sujette &#224; caution. On se souvient des critiques new-yorkais incapables d'&#233;crire &#224; son sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(3) Gareth James, Dogs and diplomacy, Texte zur Kunst, Berlin, juin 2004.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sous pr&#233;texte qu'elle occupait une ancienne boutique &#233;loign&#233;e des Tour Op&#233;rateurs de l'art contemporain, que les &#339;uvres &#233;taient sign&#233;es de divers h&#233;t&#233;ronymes et que les accrochages y contredisaient les conventions du White Cube. Plus regrettables &#233;taient, parsemant les interviews des artistes, les citations oblig&#233;es de Guy Debord (rien d'&#233;tonnant, il nous avait pr&#233;venu !), l'esth&#233;tique n&#233;o-punk (les tabourets de bar de Josh Smith, &#171; scarifi&#233;s &#187; de br&#251;lures diverses, les passe-partout de Claire Fontaine susceptibles de cambrioler l'appartement de votre meilleur galeriste). Bien s&#251;r, &#224; l'&#233;nonc&#233; de ces quelques noms, on observera que la strat&#233;gie d'infiltration fut concluante et qu'&#224; ce titre, elle m&#233;ritait qu'on s'y attarde un peu : Reena Spaulings a eu le m&#233;rite de rafra&#238;chir d'une fragrance cheap les rencontres internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le livre de Seth Price, &lt;strong&gt;How to disappear in America&lt;/strong&gt;, fut une des plus excitantes d&#233;couvertes de la Documenta XIII. Dans la librairie Koenig install&#233;e pour l'occasion dans une structure Agelco, y &#233;taient empil&#233;es des dizaines exemplaires, comme il est d'usage pour alimenter la promotion commerciale de n'importe quel best-seller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un entretien avec Benjamin Buchloch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(4)Benjamin Buchloch, A conversation with Martha Rosler, Les cahiers &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Martha Rosler revient sur la gen&#232;se de sa pratique et sur la strat&#233;gie du &#171; comme si &#187; d&#233;velopp&#233;e par ses soins &#224; l'endroit de l'art conceptuel. &#171; Tout ce que j'ai fait, je l'ai pens&#233; en termes de &#171; comme si &#187;, la moindre chose offerte au public, je l'ai offerte comme une suggestion de travail. &#187; La volont&#233; de Seth Price d'&#233;crire un best-seller est-elle l'ultime illustration de ce positionnement ? Et si oui, que dissimule-t-il ce d&#233;sir d'&#233;crivain ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH408/_4-b735f.jpg?1772187430' width='500' height='408' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le titre :&lt;/strong&gt; le titre du livre est le sujet du livre. En cela, il reprend une technique rep&#233;rable dans les op&#233;rations de marketing : Comment devenir Trader et gagner 3000 dollars par semaine ? Maigrir sans effort, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'objet :&lt;/strong&gt; sa jaquette toute de rouge imprim&#233;e accompagn&#233;e d'un filet de couleur or, son pictogramme &#233;sot&#233;rique &#8212; un dessin subliminal compos&#233; de deux mains &#233;changeant une cl&#233; &#8212;, l'usage d'une police de caract&#232;res Serif, le font pencher du c&#244;t&#233; du cadeau d'entreprise, de l'objet promotionnel, que l'on peut ais&#233;ment laisser tra&#238;ner sur la plage arri&#232;re de sa voiture. N&#233;anmoins, le verso de la jaquette laisse appara&#238;tre en gris&#233; une photographie &#233;nigmatique : un l&#233;opard &#233;l&#233;gant lov&#233; sur une branche, le fauve inalt&#233;rable et inchang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contenu :&lt;/strong&gt; comme toute litt&#233;rature fonctionnelle, on est happ&#233; par ce style disciplin&#233;, un rien creux. Cette &#233;criture cherche &#224; remplir un espace vacant gr&#226;ce &#224; pl&#233;thore de d&#233;tails pratiques. Il s'&#233;vertue &#224; r&#233;pondre, comme l'exprime le bon sens populaire, &#224; des questions &#171; que tout le monde se pose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans son exc&#232;s parano&#239;aque, l'inqui&#233;tude du contemporain est palpable &#224; chaque ligne de &lt;i&gt;How to disappear in America&lt;/i&gt;. Comment &#233;viter le syst&#232;me vid&#233;o des grands centres urbains ? Comment trouver un job ne n&#233;cessitant aucune adresse postale ? Comment survivre dans un univers hostile : squat, No Man's Land, friche industrielle ? Il ne s'agit plus d'analyser les conditions mat&#233;rielles du d&#233;sastre en cours mais bel et bien de s'y accommoder. D&#233;bute alors un r&#233;cit motiv&#233; par un esprit survivaliste, &#233;minemment bankable (je songe &#224; ce ressort sc&#233;naristique lisible dans le cin&#233;ma am&#233;ricain, de Gerry &#224; &lt;i&gt;Into the Wild&lt;/i&gt; jusqu'&#224; la tr&#232;s nihiliste adaptation du roman de Cormac McCarthy, &lt;i&gt;The Road&lt;/i&gt;). De cette exp&#233;rience radicale s'exhale malgr&#233; tout un sentiment d'ennui. L'exp&#233;rience n'est pas extraordinaire. Rien d'h&#233;ro&#239;que ne perce de ces actions. Au contraire, c'est de l'ordinaire puissance 1000, et le d&#233;saveu de soi (br&#251;ler ses papiers d'identit&#233;, ne plus appeler ses proches, ne pas utiliser de carte bancaire) en est l'&#233;preuve initiatique. Avec un tel pensum, digne des catalogues Ikea et des guides touristiques gliss&#233;s dans les tiroirs des chambres d'h&#244;tel, Seth Price ajoute un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire &#224; l'&#233;difice public. Sous ce double jeu de l'hyper visibilit&#233; (Achetez-moi ! Ce livre est utile &#224; tous !) et de l'absence revendiqu&#233;e, il d&#233;veloppe une dialectique retorse. Persister et n'&#234;tre litt&#233;ralement plus perceptible, dispara&#238;tre de sur les &#233;crans-radar et se transmuer en &#233;nergie pure, en tr&#232;s deleuzienne &#171; machine de guerre &#187;. Alors, d&#233;couvrir que le texte est un ready-made textuel, recopi&#233; par l'artiste au fil de ses d&#233;couvertes sur le Net, n'est pas une surprise. En toute logique, cela devait se terminer ainsi ou plut&#244;t, en toute logique, cela devait se poursuivre ainsi. Retour du banal, variations &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt; sur l'ali&#233;nation spectaculaire. Le l&#233;opard meurt avec ses t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH716/_2-e1ca9.jpg?1772187430' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Seth Price, How to disappear in America, The Leopard Press, New York, 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(1) John Baldessari, Lawrence Weiner, The Metaphor Problem Again, Ink-Tree Kunsnacht et Mai 36 Galerie, Zurich, Suisse, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(2) Roman Jakobson, &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;ration qui a gaspill&#233; ses po&#232;tes&lt;/i&gt;, &#201;ditions Allia, Paris, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(3) Gareth James, &lt;i&gt;Dogs and diplomacy&lt;/i&gt;, Texte zur Kunst, Berlin, juin 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(4)Benjamin Buchloch, A conversation with Martha Rosler, Les cahiers &#8211; M&#233;moire d'expo, Institut d'Art Contemporain, Villeurbanne, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>SplittBeton </title>
		<link>https://www.tk-21.com/SplittBeton</link>
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		<dc:date>2012-10-25T22:21:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Le Mercier</dc:creator>


		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>cityscape</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Inaugur&#233;e il y a un an, jour pour jour (le 24 octobre 2011), la biblioth&#232;que de l'architecte cor&#233;en Eun Yong Yi d&#233;signe les organisations urbaines terribles &#224; l'&#339;uvre dans le projet Stuttgart 21. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette forme g&#233;om&#233;trique simple, et qui semble, en apparence, trouver son origine dans le Weissenhof de 1927, est ici d&#233;construite par l'artiste St&#233;phane Le Mercier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-apr&#232;s est extrait de la conf&#233;rence S21 ; conf&#233;rence principalement consacr&#233;e aux alphabets corporels et &#224; leur d&#233;veloppement dans l'espace public.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/cityscape" rel="tag"&gt;cityscape&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton271-ac9b1.jpg?1772187430' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Inaugur&#233;e il y a un an, jour pour jour (le 24 octobre 2011), la biblioth&#232;que de l'architecte cor&#233;en Eun Yong Yi d&#233;signe les organisations urbaines terribles &#224; l'&#339;uvre dans le projet Stuttgart 21. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette forme g&#233;om&#233;trique simple, et qui semble, en apparence, trouver son origine dans le Weissenhof de 1927, est ici d&#233;construite par l'artiste St&#233;phane Le Mercier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-apr&#232;s est extrait de la conf&#233;rence S21 ; conf&#233;rence principalement consacr&#233;e aux alphabets corporels et &#224; leur d&#233;veloppement dans l'espace public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les raids de 1944, Stuttgart est &#233;cras&#233;e sous les bombes et plus de mille victimes p&#233;rissent. Bien que la situation ne soit pas comparable &#224; celle de Nuremberg ou de Cologne, plus d'un tiers de la ville est d&#233;truite. Encaiss&#233;e dans un vallon, entour&#233;e de collines, la situation g&#233;ographique de la ville interdit toute extension. Il faut reconstruire sur les d&#233;combres. La mati&#232;re premi&#232;re tomb&#233;e des toits et des fa&#231;ades, encombrant les rues, est recycl&#233;e formant ce qu'on appelle le SplittBeton, une mati&#232;re composite faite de briques, de pierres et de gravats plus ou moins stables.&lt;br class='autobr' /&gt;
La situation va stagner jusqu'au milieu des ann&#233;es 1950, certains petits propri&#233;taires terriens refusant de vendre pour la n&#233;cessaire cr&#233;ation d'habitats sociaux. En effet, les immigr&#233;s affluent de toute l'Allemagne, fuyant l'occupation sovi&#233;tique o&#249; la mis&#232;re persistante du IIIe Reich, attir&#233;s par les nombreuses promesses d'emploi. Cette main-d'&#339;uvre est log&#233;e dans la campagne plus ou moins proche (trois quarts d'heures de transport en commun sont parfois n&#233;cessaires pour rejoindre le centre ville). Des immeubles surgissent dans les champs selon un programme intitul&#233; &lt;i&gt;Landluft macht Frei&lt;/i&gt; (La campagne, ou plut&#244;t Le grand air, rend libre). Cette expression insupportable &#224; tous ceux qui se souviennent des victimes du nazisme d&#233;filant sous les grilles d'Auschwitz trouve son origine dans l'histoire m&#233;di&#233;vale allemande. Gr&#226;ce au d&#233;cret &lt;i&gt;Stattluft macht Frei&lt;/i&gt; (La ville rend libre), les paysans pouvaient fuir les exactions de leurs ma&#238;tres en se r&#233;fugiant dans les villes fortifi&#233;es. En 1950, le prol&#233;taire d&#233;plac&#233; hors du centre-ville, c'est au petit bourgeois local qu'incombera la r&#233;novation de ce dernier dessin &#224; la mani&#232;re souabe, discret et tout entier consacr&#233; au labeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/memorial_stuttgart-15b3a.jpg?1509825070' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;M&#233;morial, Stuttgart
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est sur cette impossible grille que les stuttgartois sont condamn&#233;s &#224; revivre la destruction de leur ville suivie de sa reconstruction imm&#233;diate. Cette organisation se densifie autour de points immuables : le ch&#226;teau des princes du Bade-Wurttemberg, site franchement d&#233;laiss&#233; par les touristes, et l'Op&#233;ra, symbole de la sup&#233;riorit&#233; de la musique allemande, o&#249; l'on assistera de nouveau &#224; l'assassinat du juif Mime par Siegfried, celui qui ne conna&#238;t pas la peur. &#192; l'heure o&#249; les PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Gr&#232;ce, Espagne) menacent l'Europe, certains de r&#233;fl&#233;chir &#224; une r&#233;organisation allant du Luxembourg au nord de l'Italie en passant par la Suisse, vall&#233;e verte, abondante et cultiv&#233;e, Europe dans l'Europe administr&#233;e par des sages, tous rompus aux subtilit&#233;s du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des gens &#233;taient venus du pays de Bade, d'Alsace-Lorraine, de la Suisse enti&#232;re. &#187; (Louis Aragon, &lt;i&gt;Les cloches de B&#226;le&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour fourbir (du haut-allemand, &#171; Furben &#187;, nettoyer ?) cette Europe Nouvelle, il faut, en premier lieu, r&#233;organiser le r&#233;seau ferroviaire. Il faut faire de la gare de Stuttgart au centre du paysage &#233;conomique, non plus un terminus mais une Gare de transit, &#224; destination du Nord de l'Italie et de l'Europe Centrale. D'ailleurs, la notion m&#234;me de terminus n'est pas s&#233;rieuse, elle s'oppose totalement aux mouvements organiques de l'&#233;conomie lib&#233;rale qui revendiquent adaptation, souplesse, flexibilit&#233; et exhortent l'&#233;change de comp&#233;tences, la circulation libre des id&#233;es, des marchandises et des hommes. Paradoxalement, cette strat&#233;gie a &#233;t&#233; pens&#233;e par des &#234;tres profond&#233;ment s&#233;dentaires, encha&#238;n&#233;s pour ainsi dire &#224; l'esprit du lieu &#8212; le fameux &lt;i&gt;Heimat&lt;/i&gt; &#8212; comme si cette loi ne les concernait pas tout &#224; fait ou mieux, comme si elle n'&#233;tait pas en mesure d'&#233;branler leur enracinement. Ainsi, le programme S21 doit totalement repenser le centre-ville de la capitale souabe et d&#233;j&#224; &#224; cette date, on ne compte plus les blocs d'immeubles, les arbres abattus (une centaine dans le seul Schlossgarten). L'accession en Novembre 2011 des Verts et du SPD &#224; la gouvernance du Land, ancr&#233; &#224; droite depuis 58 ans, n'a rien modifi&#233; au projet. Une vision commune, une communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts exc&#232;dent les particularismes politiques. Cette soci&#233;t&#233; europ&#233;enne hautement cultiv&#233;e &#8212; &#171; &#233;duqu&#233;e &#224; mort &#187; aurait &#233;crit le zurichois Fritz Zorn &#8212;, cette famille si discr&#232;te ne renonce pas si facilement &#224; l'expansion de ses privil&#232;ges. Protester est une chose &#8212; les protestants en ont conscience, eux dont toute la r&#233;ussite est le fruit d'une constante protestation &#8212;, manifester, occuper l'espace public au risque de la violence, de la r&#233;pression polici&#232;re, en est une autre. &lt;i&gt;Wir Protestieren&lt;/i&gt; n'est pas &lt;i&gt;Wir demonstrieren&lt;/i&gt;. Dans le cadre de la r&#233;forme en cours, les institutions culturelles publiques doivent aussi trouver leur compte. Nul observateur &#233;tranger n'est cens&#233; conclure qu'une soci&#233;t&#233; concentr&#233;e sur le Shopping est insensible &#224; la culture m&#234;me si le Shopping d&#233;veloppe pour ses adeptes les plus radicaux, une esth&#233;tique nouvelle, un art de vivre (nous y reviendrons) in&#233;changeable. Plus s&#233;rieusement, &#233;tablir des espaces o&#249; art et technique s'&#233;paulent pour produire un r&#233;cit est un enjeu civilisateur. Au m&#234;me titre que les envahisseurs ont toujours, sous couvert de religion et de culture, planifi&#233; commercialement les territoires conquis, les d&#233;cideurs du Land s'entendent &#224; planifier financi&#232;rement une Europe conquise, sous couvert de concours d'architecture internationaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle biblioth&#232;que de Stuttgart inaugur&#233;e en novembre 2011, a &#233;t&#233; construite par le cor&#233;en Eun Yong Yi sur un terrain appartenant &#224; la Deutsche Bahn.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1864 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/vue_interieure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH400/vue_interieure-62981.jpg?1772187430' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;vue interieure
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un cube blanc de neuf &#233;tages, &#224; la surface rythm&#233;e d'ouvertures oblongues comme autant de portes imaginaires, de balcons donnant sur le vide. Sur les c&#244;t&#233;s, le mot &lt;i&gt;Landesbibliothek&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; traduit en chinois, arabe et anglais. Par des portes de dimension modeste, le visiteur p&#233;n&#232;tre un espace virginal, sobrement &#233;quip&#233;. Les tablettes laiss&#233;es &#224; la disposition des lecteurs prodiguent une surface minimum, correspondant aux dimensions d'un livre ouvert, ou &#224; celles d'un ordinateur portable, pas plus. On est loin des larges tables en bois de la biblioth&#232;que ancienne o&#249; tous se m&#234;laient &#224; chacun, communaut&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re compos&#233;e de lyc&#233;ens accroch&#233;s &#224; leur portable en mode vibrant, de retrait&#233;s parcourant le &lt;i&gt;StuttgarterZeitung&lt;/i&gt; et de chercheurs d&#251;ment estampill&#233;s. Continuons : les banquettes n'ont pas de dossier pour &#233;viter un s&#233;jour prolong&#233;, des &#233;crans plats muraux diffusent ce qui doit &#234;tre une vid&#233;o concoct&#233;e par un artiste p&#233;tri de bons sentiments et dont le contenu peut &#234;tre r&#233;sum&#233; ainsi : film&#233;s en plan moyen, des acteurs culturels locaux lisent &#224; voix haute ce que j'imagine &#234;tre leur livre pr&#233;f&#233;r&#233; (pour plus de renseignements consulter les casques audio laiss&#233;s &#224; disposition). L'espace g&#233;n&#233;ral est vide, blanc et silencieux. L'espace est cens&#233; produire un sentiment de paix int&#233;rieure. La premi&#232;re partie du rez-de-chauss&#233;e s'ouvre sur un cube central, haut de plusieurs &#233;tages, agora sans fonction o&#249; errent des m&#232;res de familles pr&#233;c&#233;d&#233;es par leur landau. Pas de plantes vertes, pas d'affichettes &#233;pingl&#233;es annon&#231;ant une activit&#233; new age ou un s&#233;minaire tantrique. Il faut imaginer une construction gigogne dont la monumentalit&#233; invite au respect et &#224; la m&#233;ditation. Parc consacr&#233; &#224; la trilogie Matrix ? Kaaba simul&#233;e ? ou bien expression de ce que le philosophe Peter Sloderjik nomme &#171; le bouddhisme made in Germany &#187; ? Au sommet du dit espace, s'empilent encore trois &#233;tages, communicant &#224; l'aide de coursives, d'escaliers m&#233;talliques selon le principe des p&#233;nitenciers am&#233;ricains, puits referm&#233; sur ses utilisateurs m&#234;mes. L'architecte Eun Yong Yi ma&#238;trise parfaitement l'origine historique de son projet. Pour parler vulgairement, il sait o&#249; il met les pieds. Il a parfaitement assimil&#233; le fait que depuis 1927, date &#224; laquelle la colonie de Weissenhof accueillit vingt et un projets architecturaux dont ceux toujours visibles de Mies van der Rohe, Le Corbusier, Bruno Taut et Mark Stam, le minimalisme b&#233;n&#233;ficie dans la r&#233;gion du Bade Wurttemberg d'une aura quasi-h&#233;ro&#239;que. Il a v&#233;rifi&#233; que les responsables du Kunstmuseum (anciennement Galerie der Stadt, fameuse pour son tr&#232;s bel ensemble d'Otto Dix) n'ont pas voulu en 2005 s'&#233;carter de cette tradition, pl&#233;biscitant un cube de verre doubl&#233; d'une paroi en travertin. Ses collaborateurs n'ont pas omis de l'informer que le mus&#233;e Ritter, autre cube de b&#233;ton, pousse la logique &#224; n'acqu&#233;rir que des &#339;uvres... carr&#233;es. Ritter, des chocolats Ritter : &#171; Quadratisch. Praktisch. Gut. &#187; Dans un tel environnement, l'innovation radicale des ann&#233;es 20 ne glisse-t-elle pas vers la parodie syst&#233;matique ? En 1927, de nombreuses r&#233;actions hostiles fus&#232;rent &#224; l'encontre de la colonie de Weissenhof. Une carte postale fut imprim&#233;e repr&#233;sentant des chameaux, la recrudescence de toits plats donnant un petit air de M&#233;dina au p&#233;rim&#232;tre &#233;lu. Kurt Schwitters s'inqui&#233;ta de savoir, si les locataires de la maison de Mies van der Rohe jouissaient d'une libert&#233; aussi vaste que leurs fen&#234;tres. Malgr&#233; tout, 500 000 visiteurs nationaux et internationaux vinrent s'assurer de la nouveaut&#233; des propositions. Aujourd'hui, la nouvelle biblioth&#232;que n'a pas suscit&#233; (c'est le moins que l'on puisse dire) un tel d&#233;ferlement de r&#233;actions, &#224; peine la satire locale l'a-t-elle sereinement surnomm&#233;... la prison des livres. De plus, son inauguration officielle fut en partie escamot&#233;e par l'ent&#233;rinement du projet Stuttgart 21, comme si les deux n'&#233;taient pas organiquement li&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste, Peter Prothman, est tr&#232;s sensible aux m&#233;tamorphoses de sa ville natale. En observateur subtil, il aime &#224; exc&#233;der les r&#233;flexions du moment pour se positionner dans une perspective historique plus ambitieuse. Ainsi, avance-t-il l'hypoth&#232;se, que cette recrudescence de cubes provient du m&#233;morial de la Shoah, monument install&#233; pr&#232;s du ch&#226;teau historique, empilement fruste de quatre pav&#233;s surdimensionn&#233;s. Aussi surprenante soit-elle, cette proposition d&#233;signe un sympt&#244;me morbide que Jacques Derrida aurait pu classer sous l'article &#171; Hantologie &#187;. Ce qui se rejoue ici, c'est bien la r&#233;miniscence du sentiment de la guerre, le souvenir des esprits dont il faut sans cesse honorer l'absence. Bien que totalement concentr&#233;e sur le pr&#233;sent infiniment repris de la consommation, l'&#233;conomie capitaliste porte en elle un sens du tragique, &#233;ternel retour min&#233; par le pire. Ce qui hante le capital, c'est une mystique dont la marchandise n'est que la manifestation futile et &#233;ph&#233;m&#232;re. Comme l'activation des couleurs du cercle d'Itten d&#233;bouche sur une surface blanche, l'accumulation des biens de consommation doit d&#233;boucher sur une espace vierge. L&#224;, enfin, le capital peut se projeter. Cette logique paroxystique est l'embl&#232;me d'une d&#233;cadence o&#249; rien n'a r&#233;ellement de valeur puisque constamment soumis &#224; l'inflation. Faisons fi des montagnes de d&#233;chets, oublions ce septi&#232;me continent de carcasses surgi au milieu de l'Afrique, cette banquise de plastique, il faut des temples de cristal pour accueillir cette mystique nouvelle, des temples pour s'&#233;lever et transcender la lourdeur de la technique, la vulgarit&#233; des b&#233;n&#233;fices mat&#233;riels &#8212; comme seule la magie d'un ch&#226;teau de cartes en &#233;quilibre sur une table de marbre est en mesure de l'imager. Il faut des &#339;uvres qui rivalisent de hauteur, de l&#233;g&#232;ret&#233;, de transparence : nimbes, nuages, poches gazeuses... Et d'ailleurs &#224; quand la possibilit&#233; d'une implantation a&#233;rienne, d'une architecture d'air et puis de feu convoquant les d&#233;lires rosicruciens d'un Yves Klein en queue de pie ? Celui l&#224; m&#234;me qui dans ses manifestes condamnait &#224; mort la plupart de ses contemporains. Une fois sortis de terre, dolomites post-historiques, ces chefs d'&#339;uvre s'imposeront et nul ne sera cens&#233; ignorer que s'il s'applique &#224; leur examen, il sera en retour examin&#233; au plus profond de son &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tk-21.com/IMG/jpg/vue_exterieure.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH400/vue_exterieure-b8af2.jpg?1772187430' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;vue exterieure
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PYM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Steve Jobs contr&#244;lait chaque aspect de la culture dont il fut successivement l'ing&#233;nieur et le promoteur charismatique. Ainsi, son &lt;i&gt;turtle neck&lt;/i&gt; indissociable de ses prises de parole publiques fut dessin&#233; par Issey Miyak&#233;. Les milliers d'individus suspendus &#224; ses l&#232;vres, se reconnaissaient dans ce carr&#233; de tissu. Dans un tel contexte, la culture d'entreprise n'est pas une forme contractuelle reliant des membres &#233;pars. Il s'agit d'une synth&#232;se organique, d'un syst&#232;me o&#249; selon le principe de la m&#233;tonymie, chaque d&#233;tail joue pour l'ensemble de la construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui plus que jamais, les points de vente Apple ont pour objectif de conditionner les flux &#233;nerg&#233;tiques &#233;mis par celui qui s'est tu &#224; jamais &#8212; comme le tuyau de son &lt;i&gt;turtle neck&lt;/i&gt; semblait canaliser le flux sa voix. Par extension, chaque utilisateur des produits Apple joue le r&#244;le d'un standardiste ventilant les communications &#224; destination de ses semblables. Dans le Grand-H&#244;tel-Num&#233;rique, la strat&#233;gie architecturale en cours ne vise pas la cr&#233;ation de nouvelles formes &#8212; parti-pris esth&#233;tiques et agencements spatiaux sont clairement r&#233;glement&#233;s pour les ann&#233;es &#224; venir &#8212; mais l'am&#233;lioration des plus significatives d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH313/5eme_avenue-18034.jpg?1509825070' width='500' height='313' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;5e avenue
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La structure de la boutique situ&#233;e sur la 5e Avenue de New-York, consistait, il y a peu, en un cube compos&#233; de quatre vingt dix plaques de verre, elle n'en compte plus aujourd'hui que quinze. Nous faisons donc face &#224; un chef d'&#339;uvre technique doubl&#233; d'une apparition magique. La d&#233;finition de l'&#201;piphanie telle qu'elle fut &#233;nonc&#233;e par Saint-Thomas d'Aquin semble lui convenir &#224; merveille : &#233;vidence, brillance, sym&#233;trie. Avant que de plonger via un escalier High Tech dans l'&#233;paisseur du bitume (l'Enfer new-yorkais ?), un mirage min&#233;ral nous domine &#8212; un &#233;levage de poussi&#232;res num&#233;riques que le new-yorkais Marcel Duchamp n'aurait pas d&#233;savou&#233;. Parce que cette innovation d&#233;cuple les principes d'immat&#233;rialit&#233; tout en affirmant une pr&#233;sence physique colossale, elle synth&#233;tise le Nothingness de l'architecture contemporaine (Less is More) et le Bigness, non style th&#233;oris&#233; par Rem Koolhas &#224; grands renforts de figures paradoxales :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L&#224; o&#249; l'architecture r&#233;v&#232;le, Bigness rend perplexe ; d'une accumulation de certitudes Bigness fait une accumulation de myst&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'immat&#233;rialit&#233; hante l'esprit des architectes, les projets des d&#233;cennies prochaines se coltineront au r&#233;alisme rugueux des a&#233;roports et des hyper centres commerciaux. Ce sont eux l'expression r&#233;elle du Bigness, villes sans qualit&#233; dont l'&#233;normit&#233; exacerbe les comportements contemporains : l'attente sans fin dans les sas pr&#233;vus &#224; cet effet, l'errance morne dans les galeries marchandes, le contr&#244;le &#233;lectrique aux portiques (scans, digicodes, reconnaissances vocales), le d&#233;placement vertical de strates en strates, d'ambiances en ambiances, gr&#226;ce aux ascenseurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nonobstant, certains architectes persistent &#224; imaginer un Peyton Place futuriste, parcouru de citoyens reli&#233;s en permanence les uns aux autres, totalement d&#233;sengag&#233;s de l'id&#233;e du malheur. L'ex&#233;cution de cette partition sans asp&#233;rit&#233;, de cette cacophonie silencieuse, sublime l'expression d'un nouvel art de vivre. En effet, le stade ultime de l'acquisition marchande autorise un tel bien &#234;tre. Il s'agit d'un droit que le consommateur, apr&#232;s s'&#234;tre acquitt&#233; de ses diff&#233;rentes t&#226;ches (achat, pr&#234;t bancaire, endettement chronique), a clairement le droit de revendiquer. Un nouveau chapitre s'ouvre donc : sentiment priv&#233; et d&#233;sarroi public fusionnent en un clin d'&#339;il, excitation maniaque et abattement d&#233;pressif alternent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les valeurs d&#233;fendues par l'humanisme num&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;*J'emprunte cette expression &#224; l'essai de Milad Doueihi, Pour un humanisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ubiquit&#233;, instantan&#233;isme, partage, diffusion), un syst&#232;me fulgurant est en cours de formation, syst&#232;me qui bouleversera la transmission des sentiments, la chronique des &#233;tats. &#201;ternel recommencement, o&#249; chacun sera en mesure de saisir dans la plus petite parcelle de mati&#232;re, l'invention de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quid d'Hamlet pench&#233; sur la tombe fra&#238;chement ouverte ? QUID DU SPECTRE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les espaces int&#233;rieurs des boutiques Apple flattent notre go&#251;t de l'ordre. Cens&#233;s apaiser momentan&#233;ment nos pulsions consum&#233;ristes, ils se concentrent sur l'exposition de marchandises aux qualit&#233;s irr&#233;prochables, d&#233;passant en cela toutes les promesses de la concurrence. Le dallage r&#233;gulier au sol, l'orientation des tables, l'&#233;paisseur de leurs plateaux confortent notre qu&#234;te de l'&#233;quilibre. Nous sommes sollicit&#233;s par trop de fant&#244;mes mais chez Apple, enfin ! nous sommes les acteurs d'une aventure apais&#233;e. Que tracent-ils, ces signes-corps vou&#233;s au culte d'Apple ? Quels signes r&#233;p&#232;tent-ils sur leur tablette ? Oui, quelle chor&#233;graphie dessinent-ils, en guise d'alphabets corporels ? &#192; peine chass&#233;s des impasses industrieuses (poussi&#232;re et graisse), les voil&#224; expos&#233;s au soleil aveuglant d'Arcadie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le casting de la client&#232;le est judicieusement divis&#233; en deux groupes : les acheteurs et les curieux. Les acheteurs rompus &#224; l'ex&#233;g&#232;se et les curieux en passe de l'&#234;tre. Les acheteurs f&#233;rus de connaissance, les curieux qui ne demandent qu'&#224; &#234;tre initi&#233;s. &#192; l'ext&#233;rieur, les &#234;tres errants, les dromomaniaques post&#233;s aux intersections de l'&#233;conomie libidinale et pour ainsi dire, livr&#233;s &#224; leurs fant&#244;mes. Ceux-l&#224; sont exclus. Ceux-l&#224; n'ont pas encore &#233;t&#233; orient&#233;s par Apple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Some of this population was composed of what Virilio will term &#8220;dromomaniacs&#8221;, a lumpen class which rules the roads, in the absence of any centralized &#8220;highway patrols&#8221;. These highway men will play an important role in the conflict between urban centers. They are, as Virilio sees them, speed and motion, only in need of more or less precise targeting. The term &#8220;dromomaniac&#8221; is particularly significant, since it refers both to a particular historical social group and to a medical condition characterized by &#8220;compulsive walking&#8221;. What Virilio is describing is a &#8220;dromocratic revolution&#8221; in which speed becomes a dominant factor in Western societies. He describes &#8220;dromocrats&#8221; and &#8220;dromomaniacs&#8221; &#8212; something like his version of the bourgeoisie and the proletariat &#8212; and we are left to wonder where we stand, or where we walk.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Shawn P. Wilbur, &lt;i&gt;Dromologies : Paul Virilio : Speed, Cinema and the end of the political state&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la biblioth&#232;que de Stuttgart, Eun Yong Yi a d&#233;clar&#233; avoir voulu concevoir un espace dont la diversit&#233; est avant tout exprim&#233;e par la pr&#233;sence des livres. Il ne s'est nullement inqui&#233;t&#233; de la nature des visiteurs, encore moins de leurs motivations. Lorsque le scientifique Paul Otlet imagina, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#171; l'architecture du savoir &#187;, il songeait surtout aux usagers et dans une moindre mesure &#224; l'architecture. L'organisation d&#233;cimale universelle, la s&#233;riation, le syst&#232;me des fiches, &#233;taient au service des lecteurs, producteurs de r&#233;cits transversaux, d&#233;fricheurs po&#233;tiques et pour lesquels on imagina des espaces de classement, des surfaces de travail. Aujourd'hui, le projet est volontairement plus flou : l'architecture sert un objet politique innomm&#233; qui sous couvert d'humanisme &#8212; qui songe &#224; remettre en question l'id&#233;e m&#234;me d'une biblioth&#232;que ? &#8212; d&#233;limite un territoire extr&#234;mement autoritaire. &#192; cette &#233;poque o&#249; la repr&#233;sentation a pris le pas sur l'exp&#233;rience v&#233;cue, l'image d'une biblioth&#232;que est sans doute plus s&#233;duisante que sur sa valeur d'usage et ce, &#224; la mani&#232;re de ces catalogues d'exposition que l'on exhibe sur la table basse du salon sans jamais en go&#251;ter le contenu. Plus terrible encore, la logique veut qu'une ville comme Stuttgart se doit d'avoir une biblioth&#232;que comme elle se doit d'avoir un mus&#233;e, des parkings, un stade, une rue pi&#233;tonne... Le tri s&#233;lectif de l'hygi&#232;ne sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;*J'emprunte cette expression &#224; l'essai de Milad Doueihi, &lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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