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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>La chambre de l'Afrique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne Cl&#233;ment</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Hommage &#224; Oumar Ly avec biens&#233;ance&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Societe-15" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/Afrique" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L147xH150/arton57-b64bd.jpg?1772198095' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hommage &#224; Oumar Ly avec biens&#233;ance&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb196|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
N'ayons pas peur des mots. Je dis : &#171; Je suis le n&#232;gre d'un n&#232;gre. &#187; On me dit : c'est tr&#232;s p&#233;joratif. Comme si je ne le savais pas. On ajoute que la notion de n&#233;gritude introduite dans les ann&#233;es cinquante par Senghor ne peut s'appliquer en l'occurrence. Comme si je savais ce qu'est la n&#233;gritude. On voudrait que je commence cet hommage &#224; Oumar Ly avec biens&#233;ance. La biens&#233;ance blanche, la blanche condescendance (serait-ce &#171; descendre avec &#187; ? avec qui ? avec Ly ? et descendre o&#249; ? sur le terrain min&#233; de la diff&#233;rence ?), celle qui m'am&#232;nerait peu ou prou &#224; le consid&#233;rer du haut de ma blanchitude, autrement dit du pouvoir. N&#233;ocolonialiste ? Moi ? Jamais ! Les colonies, je ne sais pas ce que c'est, hormis en vacances, or je n'aime pas les vacances, les vacances ne sont que des moments de vide, m&#234;me si on va les passer en Afrique. L'Afrique, elle, ce me semble, ne conna&#238;t pas les vacances, cette ali&#233;nation-l&#224;. Alors, je recommence.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb191|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l'&#339;il d'un pays, d'une lande, d'un peuple. L'espace d&#233;mesur&#233; de l'Afrique vu de ma chambre d'&#233;crivain se ram&#232;ne &#224; une chambre optique dans laquelle il fait entrer toute une famille. Toute la famille. La famille de l'Afrique, pour moi la Fran&#231;aise, amie d'une autre Fran&#231;aise, amie de l'Afrique. Je n'ai rien &#224; voir l&#224;-dedans, dans la chambre de l'Afrique, je n'y vois rien, rien de ce que je connais. Et pourtant. Il tire de sa bo&#238;te &#224; photo des personnages, et moi je les regarde et j'en fais toute une histoire. Je vois un vieil homme us&#233;, qui nous laisse, nous, femmes, blanches, toucher la peau noire et blanche de ses photographies. Il nous laisse les emporter en Europe, les d&#233;velopper, les exposer, les publier, les commenter. Il nous laisse faire &#231;a avec un sourire, mais qui ne nous sourit pas, qui sourit ailleurs, un sourire peut-&#234;tre adress&#233; &#224; tous ces gens qui ont pos&#233; pour lui, en hommage. Nous allons lui rapporter un livre et des tirages et de l'argent. C'est une opportunit&#233;, une simple opportunit&#233;. Comme moi en train d'&#233;crire sur lui, comme les mod&#232;les de ses portraits, qui auraient pu ne jamais &#234;tre photographi&#233;s s'il n'avait pas, adolescent, d&#233;couvert, avec les Blancs, cette dr&#244;le de fa&#231;on de reproduire l'&#234;tre humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb186|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un jour, un toubab, venu pour les vacances, m'a pris en photo. Je suis all&#233; montrer la photo &#224; Demba Hassan, photographe de la r&#233;gion, pour qu'il m'explique comment on est arriv&#233; &#224; ce r&#233;sultat. C'est seulement dans le studio, quand Demba m'a expliqu&#233; le processus, que mon amour pour la photographie est venu. Je ne connais rien d'autre que la photographie &#187;, raconte-t-il en mai 2009 &#224; un stagiaire de Sud Online, venu l'interviewer &#224; l'occasion de l'exposition &#224; Dakar de quelques-unes de ses milliers de photos. Il ne conna&#238;t rien d'autre, il ne sait ni lire ni &#233;crire. Sur sa carte d'identit&#233; figure la mention : &#171; illettr&#233; &#187;, profession : &#171; photographe &#187;, grade : &#171; ma&#238;tre &#187;. La progression est remarquable : il s'est empar&#233;, sans savoir la d&#233;chiffrer, de la technique import&#233;e et il y est pass&#233; ma&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb187|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Demba lui apprend ce qu'il sait. Oumar acquiert un Kodak Brownie Flash, son premier appareil. En 1963, il ouvre son studio, le Thioffy Studio. Il a vingt ans. Une pancarte dans l'entr&#233;e : &#171; THIOFFY STUDIO, OUMAR LY, PHOTOS MINUTES &#8220;IDENTIT&#201;&#8221;, COULEURS NOIRS BLANCS &#187; Ce qui ne signifie pas qu'il photographie aussi bien les Noirs que les Blancs, ce serait trop simple. Non, il photographie en noir et blanc, et en couleur, c'est plus simple. Son studio, il l'ouvre &#224; Podor, o&#249; il est n&#233;. &#171; Podor &#187; viendrait des pots d'or que, para&#238;t-il, les habitants vendaient au XVIIe si&#232;cle. Ou bien des &#171; canaris &#187;, sorte de vases fun&#233;raires dans lesquelles ont disposait pour le d&#233;funt toutes les richesses qu'il allait pouvoir d&#233;penser dans l'au-del&#224;, en commissions, para&#238;t-il, &#224; verser &#224; ses devanciers, ceux qui sont morts avant lui, ceux de la famille ou du village. On dit que les gens frappent parfois le sol de leurs pieds, non pas pour r&#233;veiller les oiseaux, mais dans l'espoir de d&#233;couvrir une tombe, donc un tr&#233;sor. On dit &#231;a. Taper des pieds sur la surface pour faire surgir l'or de la terre. Pas besoin de pots pour &#231;a. Moi, je pr&#233;f&#232;re dire &#171; peau d'or &#187;, la photographie est toujours une affaire de peau, de surface, d'identit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb188|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Podor est une petite bourgade &#224; la fronti&#232;re de la Mauritanie, entre deux bras du fleuve S&#233;n&#233;gal, &#224; deux cents kilom&#232;tres de Saint-Louis, d'o&#249; l'on arrive par le Bou-el-Mogdad, qui vient d'&#234;tre remis en service, comme au bon vieux temps, et ancien comptoir des Fran&#231;ais. Car a il fallu compter avec les Fran&#231;ais. Ils sont venu faire du commerce, celui des esclaves, de l'ivoire, de la gomme, nous dit-on. Il reste de cette &#233;poque le fort de Faidherbe, restaur&#233;, les b&#226;timents des anciens comptoirs qu'on voit sur les photos qu'on m'a rapport&#233;es de l&#224;-bas, au bord du fleuve. Il y fait chaud, tr&#232;s chaud, un chevalier du XVIIIe si&#232;cle fran&#231;ais se plaint dans une lettre &#224; sa femme : &#171; Le thermom&#232;tre en dit plus que personne ; car je l'ai pendu vers une heure et demie &#224; la muraille, en dehors, au soleil, et l'esprit de vin a touch&#233; l'extr&#233;mit&#233; du tube, en sorte qu'on a &#233;t&#233; oblig&#233; de d&#233;pendre le thermom&#232;tre et de le rentrer, de peur qu'il ne cass&#226;t, d'autant plus qu'il &#233;tait si br&#251;lant que mes gants en ont &#233;t&#233; marqu&#233;s. &#187; Et il ajoute : &#171; Apr&#232;s m'&#234;tre assur&#233; de l'inutilit&#233; parfaite de ce poste-l&#224;, je pourrais bien, d'ici mon d&#233;part, le faire raser. &#187; On est &#224; l'&#233;poque o&#249; les Blancs pensaient avoir ce pouvoir-l&#224;, faire raser une ville. Simplement parce qu'il y fait trop chaud. Et peut-&#234;tre aussi parce qu'on pense en avoir &#233;puis&#233; toutes les richesses. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb188|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oumar Ly est install&#233; &#224; l'angle du march&#233;, son &#233;choppe est ocre &#224; volets bleus (sur les photos encore, &#233;tal&#233;es devant moi, j'essaie d'imaginer), l'enseigne &#171; Kodak &#187;, jaune elle aussi, mais plus fonc&#233;, est accroch&#233;e au-dessus de la porte. Il porte un boubou blanc. Il prie, photographie, parle et boit du th&#233; avec ses voisins dans cet endroit d&#233;cor&#233; de paysages color&#233;s servant de fond &#224; ses portraits, de tirages coll&#233;s au mur d'un morceau de scotch noir. Il y a des chaises, des cartons, des calebasses, un tapis de pri&#232;re, des sceaux, des plateaux, etc. Et aussi cette bo&#238;te magique, le Joni-Joni, ou Djoni-Djoni&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;* Orthographi&#233; ainsi, c'est aussi le nom d'un marabout-voyant qui fait sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou Johnny-Johnny, qui signifie &#171; vite, vite &#187; ou &#171; &#224; toute vitesse &#187;, sorte de st&#233;nop&#233; en bois sur pied qui permet de tout faire, de la prise de vue au tirage &#8211; pas de n&#233;gatif, que du positif &#8211;, dont il a copi&#233; le mod&#232;le sur celui de photographes ghan&#233;ens et qu'il utilisa en brousse dans les ann&#233;es soixante-dix, quand il partait avec le juge de paix et son greffier faire les photos qui servaient aux formalit&#233;s d'&#233;tat-civil, &#224; &#233;tablir l'identit&#233; de ses concitoyens. &#199;a &#233;t&#233; sa fonction premi&#232;re, qu'il a accomplie avec rigueur et comp&#233;tence, comme on dit, qu'il a d&#233;velopp&#233;e, comme ses images, en l'agrandissant, l'anoblissant jusqu'&#224; celle de chroniqueur, m&#233;moire de sa r&#233;gion, mise en image de milliers de visages, corps, allures, d&#233;cors, v&#234;tements, accessoires, tout ce qui a compos&#233; depuis quarante ans sa vie et celle des hommes et des femmes qui vivent pr&#232;s de lui. Il leur a tir&#233; le portrait, il a tir&#233; d'eux-m&#234;mes l'image qu'ils s'en faisaient, puis imprim&#233; sur du papier l'image que lui-m&#234;me s'en &#233;tait faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Kodak, tr&#232;s vite, il passe au Rolleiflex 6x6. Il s'&#233;quipe en projecteurs. Il a en trois, un &#224; droite du mod&#232;le, l'autre &#224; gauche, et un d'ambiance. Plan g&#233;n&#233;ral, pas d'effet. Oumar Ly n'a pas d'influence, pas de ma&#238;tre, il cherche tout seul les solutions &#224; ses questions d'exposition ou d'optique ou de mise en sc&#232;ne. Il dit : &#171; Il ne faut pas poser des questions au-dessus de ma taille. &#187; Il demande aux voisins, aux fr&#232;res, aux maris, aux enfants, de tenir un pagne derri&#232;re celui qui pose, on voit leurs mains parfois dans les bords de l'image, accessoires incongrus &#224; nos yeux habitu&#233;s &#224; la perfection technique. Le sujet est contenu dans le cadre par des artifices avou&#233;s. Il faut bien, l'espace n'y tiendrait pas, trop grand, trop large, il faut le contenir, resserrer les bords autour de l'humain, autour des visages, des corps et des objets. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb189|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que j'ai voyag&#233;, en chambre, moi qui ne la quitte jamais, la chambre, la chambre forte, moi qui fais chambre &#224; part. J'ai contempl&#233; l'&#233;tranget&#233; de corps intouchables parce que reproduits sur papier depuis une chambre noire (celle qui a une petite ouverture) ou blanche (celle qui contient un miroir). Ils ont &#224; eux tous d&#233;roul&#233; sous mes yeux une grande fresque un peu baroque (tout est au m&#234;me niveau, du transistor &#224; l'habit de f&#234;te, tout se vaut, seule compte l'organisation esth&#233;tique d'&#233;l&#233;ments disparates), l'histoire de gens saisie &#224; un moment pr&#233;cis de l'Histoire, sur un point pr&#233;cis du territoire. En litt&#233;rature, on appelle &#231;a un roman. Ce serait donc le roman de monsieur Ly, celui qu'il a &#233;crit lui-m&#234;me avec ses yeux et sa machine (outils indispensables &#224; tout cr&#233;ateur, sauf Dieu bien entendu, Dieu n'a eu besoin que d'&#234;tre pour cr&#233;er), celui du fleuve S&#233;n&#233;gal et de la population qui s'est regroup&#233;e sur ses rives et alentour. La m&#233;moire de monsieur Ly, mise en images, est devenue fiction, l&#224; o&#249; s'associent les poses, des plus &#233;l&#233;gantes au plus humbles, &#224; un entrelacs de regards tous &#233;labor&#233;s en fonction de l'objectif. Car il a du m&#233;tier, monsieur Ly, il sait y faire, il sait leur faire raconter de mani&#232;re frontale, sans chichis, l'histoire de leur famille, de leur village, de leur mode de vie, &#224; ses personnages, il nous les offre comme une trace de l'humanit&#233; qui va et vient sur les terres rouges des rives du fleuve, et qui se m&#234;le tranquillement dans notre imaginaire &#224; toutes celles que nous ont laiss&#233;es nos propre anc&#234;tres, qu'ils soient blancs ou noirs, qu'est-ce que &#231;a peut bien faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb190|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel vilain mot, en effet, qui &#244;te &#224; celui qui en est affubl&#233; son identit&#233; et son sexe (il n'y a pas de f&#233;minin au n&#232;gre litt&#233;raire). On dit juste : travailler comme n&#232;gre. Du beau travail, en effet.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;doc192|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;* Orthographi&#233; ainsi, c'est aussi le nom d'un marabout-voyant qui fait sa pub sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Courtesy galerie Les filles du calvaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promenade photographique dans les rues de saint-louis et de podor &lt;br class='autobr' /&gt;
du 21 mai au 24 juin 2011&lt;br class='autobr' /&gt;
galerie filles du calvaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;marielouiseetfils@live.fr - &lt;a href=&#034;http://www.fillesducalvaire.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.fillesducalvaire.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oumar Ly &#8220;Portrait de brousse&#8221; Filigranes Editions&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Roman conjugal</title>
		<link>https://www.tk-21.com/Roman-conjugal</link>
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		<dc:date>2011-06-30T11:26:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne Cl&#233;ment et Pascal Hausherr</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>amour</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme si un roman pouvait &#234;tre conjugal. Comme si le conjugal pouvait &#234;tre romanesque. Comme si des images fixes pouvaient raconter une histoire et des personnages plats se mouvoir &#224; l'int&#233;rieur d'un r&#233;cit. Comme si l'homme et la femme pouvaient se lever, parler et souffrir, et d&#233;cider d'&#233;v&#233;nements plus ou moins dramatiques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tk-21.com/amour" rel="tag"&gt;amour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L119xH150/arton43-352ee.jpg?1772198095' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme si un roman pouvait &#234;tre conjugal. Comme si le conjugal pouvait &#234;tre romanesque. Comme si des images fixes pouvaient raconter une histoire et des personnages plats se mouvoir &#224; l'int&#233;rieur d'un r&#233;cit. Comme si l'homme et la femme pouvaient se lever, parler et souffrir, et d&#233;cider d'&#233;v&#233;nements plus ou moins dramatiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb161|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A moins qu'il ne s'agisse du proc&#233;d&#233; inverse. L'histoire s'est fig&#233;e, la romance arr&#234;t&#233;e, les regards fixent quelque chose qui se passerait ailleurs ou qui ne se passerait pas du tout. Si c'est un roman, tout est faux. Le conjugal comme le reste. Qu'est-ce qui a eu lieu du roman ? On se le demande. La mimique. La mimique du roman, la mimique du conjugal. Si facile &#224; mimer. Si connu, le n&#244;tre ou celui des autres. Le parental, par exemple. Le roman primitif. Le leur. Qui prive le n&#244;tre de toute r&#233;alit&#233;, au point qu'il faille le mimer pour le voir et le montrer. Mimer la joie et la peur qu'on n'a pas connues. L'ennui. La beaut&#233; des choses qui ne nous appartiennent pas, maison, seuil et ciel compris. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb160|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a s'appelle un meurtre. Au premier degr&#233;. Une l&#233;gitime d&#233;fense. Les cadavres sont derri&#232;re la porte, ou dans la remise au fond de la cour, &#224; moins que ce ne soit dans l'arri&#232;re-cuisine &#224; peine entrevue au-del&#224; des murs roses et du buffet campagnard. Bref, dans toutes les ouvertures, dans n'importe lequel des recoins, que l'on devine hors champ, de la maison o&#249; ils ont trouv&#233; asile. (Qui ont-ils tu&#233;, du p&#232;re ou de la m&#232;re ? Car il n'a peut-&#234;tre pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire de tuer les deux, parfois il n'en reste qu'un, celui qui a r&#233;sist&#233; &#224; l'autre.) Ils ont rang&#233;, nettoy&#233;, remis les nappes et lav&#233; le sol. Le carnage est effac&#233;, ils se placent derri&#232;re les fen&#234;tres, ouvrent des portes, se collent contre les murs, s'assoient sur les canap&#233;s, rient autour de la table. Ils se racontent leur assemblage de couple, &#233;voquent leurs secrets de fabrication. Leurs secrets d'alc&#244;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb165|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On le voit : ils ont souri, ils ont mang&#233;, ils ont bu, ont jou&#233; et se sont enlac&#233;s, c'est ce que l'on dira d'eux quand ils auront disparu, sans savoir ce que recouvraient ces pi&#232;tres activit&#233;s. Le roman ne le dit pas. Le roman dit le visible, pas l'invisible. Dit le fig&#233;, pas le fuyant. La face pas le cach&#233;. Il ne dit rien du roi et de la reine gravissant les marches d'un escalier g&#233;ant, se tenant par la main, agit&#233;s de mille tremblements du fait m&#234;me de leur propre existence. Il ne dit rien du vent dans les peupliers qui bordent l'all&#233;e, ni de l'intense pouvoir de s&#233;duction des deux protagonistes. Il ne dira pas jusqu'o&#249; ils sont capables d'aller pour s'assurer de leur immortalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb158|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se raccrochent &#224; l'invisible. Ils fixent l'invisible, le gardent et le regardent. Les yeux &#233;carquill&#233;s d'effroi, la bouche ouverte sur le fond rose des murs de la cuisine. La paix viendra par l&#224;. La paix du ventre. Bouche ouverte, mains tendues. En silence. Portes ouvertes. Sur l'un ou sur l'autre, peu importe qui entre ou qui sort, vers qui ou vers quoi, qui tient la porte, qui la referme. Ils se sourient, elle tire sur sa robe, il d&#233;froisse son pantalon, il faut faire bonne figure, ils ne sont pas trop mal lotis, pas plus que la plupart de leurs semblables, pourquoi pas elle, pourquoi pas lui pour figurer la figure, celle de tout un chacun, la tienne, la mienne, toi, mon semblable, mon fr&#232;re, ma s&#339;ur, ma m&#232;re, mon double, mon ami, mon doux et tendre, mon bel ami, mon amour. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb156|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a de la gravit&#233; l&#224;-dedans. De la conjugalit&#233;, du jargon, de la jonction, de la conjugaison. On y voit les conjoints unir leur joug pour la vie. Et en jouir. L'amour comme op&#233;ration de survie. Qui passe par-dessus la vie. Par-dessus les amours pas-pour-la-vie, les amours pour la mort, pour l'&#233;clat, le merveilleux qui tue, la d&#233;pense, le truc qui dit qu'on va y laisser sa peau. Certains le font, pas eux, pas les conjoints. Pas fous, les conjoints, ils sont l&#224; pour durer. Et ils durent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb159|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le temps. Comme si, un jour, naturellement, le cours de l'histoire s'&#233;tait arr&#234;t&#233; et que naturellement ils se fussent admis, l'un et l'autre, en tant qu'&#234;tres aim&#233;s. Ou aimants, ou d&#233;sirants, d&#233;sirant l'amour, l'attache, le bien-fond&#233; de l'op&#233;ration en tant que telle. Presque un proc&#233;d&#233;. Presque proc&#233;d&#233;e. Pr&#233;c&#233;d&#233;e. D&#233;cid&#233;e &#224; l'avance, bien en de&#231;&#224; d'eux, de leur pr&#233;sence, de leur rencontre. Comme si quelqu'un avant eux l'avait dit, l'avait pr&#233;dit : jamais, l'un ni l'autre, ne vous s&#233;parerez. Oracle d&#233;risoire mais admis. C'est &#224; s'y perdre, une telle complaisance, une telle adaptation &#224; l'indicible, &#224; l'ordinaire de l'indicible. C'est &#224; s'y m&#233;prendre. Ils inversent le miroir, le renversent, le tripotent. Le miroir qui les sculpte dans leurs certitudes, les recoins de leur collection d'ic&#244;nes, ou d'armes, c'est selon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auraient-ils d&#233;tourn&#233; la destination du pr&#233;sage ? Ils n'auront pas voulu l'entendre. Et voil&#224; que, pouss&#233; dans ses extr&#234;mes retranchements, il r&#233;appara&#238;t sous la forme la plus incongrue qui soit : des poses, des mani&#232;res, des jeux de physionomie, des drap&#233;s de circonstance. Pour dire &#224; quel point tout cela, tout ce chemin ensemble, leur p&#232;se, les illumine et les console. Leurs semblables connaissent-ils, eux aussi, ce genre de ph&#233;nom&#232;nes ? Ce genre d'admiration de sa propre aberration, et r&#233;ciproquement. Mais ils n'iront pas plus loin, les &#233;poux, pas au-del&#224; de ce domaine circonscrit, ils le parcourront minutieusement, avec application et d&#233;votion. Et laisseront des traces. De celles qui servent &#224; retrouver son chemin, &#224; revenir sur ses pas, petits cailloux blancs, petites pierres pointues, embarras passagers, scrupules du lendemain. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb166|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps s'est arr&#234;t&#233; pour eux au moment o&#249; la troupe des pr&#233;tendants somm&#233;s de vider les lieux a franchi le dernier rempart, la derni&#232;re ligne droite. Les portes se sont referm&#233;es. Depuis, ils m&#233;nagent leurs forces et r&#233;duisent la jouissance de leurs biens. Ils n'en sont pas marris pour autant. La jouissance est plus rare, plus serr&#233;e. L'&#233;conomie de moyens leur sied &#224; merveille, puritains de l'&#226;me et de la forme. Ils y gagnent une part de myst&#232;re, soigneusement pr&#233;serv&#233; et entretenu, comme un enfant qu'on soigne et qu'on prot&#232;ge de l'amiti&#233; du monde. Une sorte de secret de famille. Que l'on montre mais que l'on garde (on se demande parfois s'ils ne sont pas fr&#232;re et s&#339;ur, &#224; force de se regarder). Dont le temps est compt&#233;, donc. Le temps d'attente du d&#233;nouement, de la r&#233;solution du drame. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il leur aura fallu, pour en arriver l&#224;, en passer par un certain nombre d'&#233;pisodes, bien s&#251;r. On d&#233;nombre : le r&#233;confort, l'ennui, l'altercation (les cris de la famille), le d&#233;part ou l'arriv&#233;e d'un intrus ou d'une intruse que l'homme et la femme enlac&#233;s, vaguement inquiets de ce qui a pu ou va pouvoir se jouer malgr&#233; eux, surveillent, &#233;pient, esp&#232;rent. Et, &#224; la fin, ou ce qu'on imagine telle, la crainte de s'&#234;tre attir&#233; inopin&#233;ment les foudres du ciel. La chronologie des &#233;v&#233;nements s'inverse &#224; loisir. Tout se m&#233;lange dans un d&#233;cor unique. Elle a les mains pos&#233;es sur l'improbable et lui jointes &#224; la mani&#232;re d'une pri&#232;re et d'une perplexit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb169|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La lumi&#232;re vient du dehors. La lumi&#232;re vient toujours du dehors. La lumi&#232;re dite naturelle. Le dedans on l'&#233;claire, on le travaille, sinon on s'y cogne. On y trace les marges d'un espace recompos&#233;, comme on le dit d'une famille, &#224; mi-chemin de la vill&#233;giature et de l'incarc&#233;ration, voire de l'internement. Autrement dit, ils pourraient &#234;tre en vacances, en prison ou en HP. Il suffirait de le dire, de nommer le cadre, de dire ce qui s'est pass&#233; avant, pourquoi et comment ils en sont arriv&#233;s l&#224;, de donner quelques &#233;l&#233;ments sur le caract&#232;re des personnages impliqu&#233;s, de pr&#233;senter les diff&#233;rentes conditions climatiques, &#233;conomiques et autres. Et, avec &#231;a, avec ce qui n'est pas dit ici, on fait un roman. Un homme et une femme unis par leur filiation, leurs int&#233;r&#234;ts et leur d&#233;sir de durer, c&#233;l&#233;brant leurs &#233;pousailles, puis se couchant, marqu&#233;s par les affres de la lumi&#232;re sur leurs joues et sur leurs mains, &#233;tonn&#233;s d'avoir construit si peu de leur propre vie. Une succession de sc&#232;nes parfaitement cadr&#233;es, mais dont la dramaturgie repose sur des crit&#232;res totalement al&#233;atoires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'histoire. En gros. Celle dont on a cure, celle qui a pans&#233;, soign&#233; tout un chacun avant de se retourner contre eux, ajout&#233;e &#224; celle qui les a retourn&#233;s l'un contre l'autre, puis &#224; celle qui les a plac&#233;s l'un tout contre l'autre. Et l'on peut supposer que c'est la m&#234;me, un vulgaire drame bourgeois dont nos h&#233;ros fatigu&#233;s ne sont plus que les interpr&#232;tes maladroits et distants. Ils en connaissent &#224; peine les origines, encore moins le d&#233;nouement. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb167|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#231;a, il faudrait des mots. Des mots qui sauraient r&#233;pondre &#224; l'urgence du pass&#233; qui s'embourbe, sans la crainte du sentimental de la rem&#233;moration. Des mots raides comme des lieux communs, comme des trouble-f&#234;te encha&#238;n&#233;s &#224; des rives qui se voudraient fertiles. Auxquelles nous revenons. Encore et toujours. Comme si, entre &#233;pousailles et radicalisation, il n'y avait qu'un pas, ais&#233; &#224; franchir, facile &#224; chanter. Mais ne nous leurrons pas. Il ne s'agit que de repr&#233;senter, plus ou moins habilement, la lente et inexorable accumulation des gestes qui conduisent &#224; l'&#233;dification du monument, comm&#233;moratif. Quelques secondes, rien de plus, pour r&#233;sumer ce qu'aucun &#234;tre parlant ne se risquerait &#224; faire : une vie, une rencontre, un couple. Et puis, plus rien. Rien d'avant, rien pour apr&#232;s. Quelques instants fig&#233;s et accomplis qui se pr&#233;tendent repr&#233;sentatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si ces &#233;v&#233;nements avaient &#233;t&#233; grandioses et que se mettre &#224; en rendre compte tenait du miracle plut&#244;t que de la composition. Comme si le roman tenait du miracle. Comme si tout, de l'annonce au tr&#233;pas, tout des humiliations que les hommes font subir &#224; leurs semblables, tous les souffles bless&#233;s et les meurtres d&#233;savou&#233;s, pouvait y &#234;tre relat&#233; et acqu&#233;rir &#224; ce titre un statut d'image d'archives, d'&#233;tats de faits, voire de faits divers. Il devient alors impossible d'envisager la repr&#233;sentation autrement que sous la forme d'une infraction, d'une mascarade, bouche cousue, se refermant sur sa satisfaction. Reste qu'on regarde, et que ce qu'on regarde, c'est probablement ce qui ne peut pas se voir. Et que c'est dans ce regard qu'apparaissent les formes les plus sophistiqu&#233;es du d&#233;sir. Le roman, la lecture du roman, se passe peut-&#234;tre de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Le roman conjugal, celui qui descend du roman familial, qui lui-m&#234;me descend du ciel. Qui tombe des nues. Nous parlons du roman familial des n&#233;vros&#233;s, bien s&#251;r. Quelque chose qui se passerait ou se serait pass&#233; dans mon dos, dans leur dos, dans notre dos. Or, le meilleur moyen de voir ce qui se passe derri&#232;re soi, c'est encore de se photographier de face. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;tt&gt;&lt;emb164|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(paru dans &lt;i&gt;Area Revue,&lt;/i&gt; novembre 2002)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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