dimanche 26 mai 2019

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We could be Heroes,

just for one day

, Alain Licari et Corridor Eléphant

“Le rêve Américain”, c’est l’étudiant inspiré au fond de son garage, c’est l’étranger pugnace qui vient d’arriver et qui à force de travail et de courage, d’un peu de chance aussi, devient quelqu’un. C’est la réussite, l’ascension sociale, la reconnaissance. C’est aussi, parfois, la richesse et la célébrité. Tout est possible en Amérique et le mythe a la peau dure. Mais le rêve peut aussi être plus cru.

Slab City. Avril 2018

Au sud-ouest de la Californie, dans le désert de Sonora à une heure de route de la frontière mexicaine, il y a Slab City. Ancienne base militaire, cette “ville” est aujourd’hui une étendue de terre de plusieurs hectares qui abrite des milliers de personnes vivant en marge de la société américaine. Ici et là, dans des cabanes de fortune ou des installations plus solides, dans des caravanes, des camping-cars ou encore dans des bunkers, une société s’est organisée où tous vivent leur “rêve américain”. De gré ou de force. Il y a le hippie ou l’artiste qui refuse le système, le vétéran de l’armée qui touche une retraite de misère, la jeune femme qui fuit la vie trop chère de la ville, le père de famille qui retrouve ici un peu de dignité.

En avril 2018, j’ai passé une dizaine de jours à Slab City et cette série de photos montre le portrait de quelques-unes des personnes que j’ai rencontrées. Ces hommes et ces femmes m’ont raconté leur vie, leurs difficultés et leurs réussites. Leurs récits montrent le visage d’une Amérique dont le rêve n’est pas toujours celui que l’on croit.

Photos 1 à 3 : Salvation Mountain. Entrée de Slab City.

Photos 4 à 7 : « Je viens du Wisconsin et je vis ici depuis dix ans. J’étais programmateur informatique mais je veux être libre » « Tu sais, il n’est jamais trop tard pour se mettre à la drogue » – Doc Love. 56 ans.

Photos 8 à 13 : Bibliothèque de Slab City. « Je suis né à Boston et je suis arrivé là il y a huit mois pour aider un ami. Je ne sais pas où j’irai après. On verra ». « Mais ici, je ne suis pas stressé. Je suis loin de ce bullshit mainstream, si tu vois ce que je veux dire » – Puma. 40 ans.

Photos 14 à 16 : « Nous nous sommes installés ici, mon mari et moi il y a cinq mois. J’ai fui ma famille, ma mère qui est folle… Adam est vétéran de l’Armée et je suis nani : je m’occupe des enfants de Temma [une voisine] ». « Je rêve d’aller à Paris ! Tu connais ce pont avec ces cadenas ? » – Jemy. 37 ans.

Photos 18 à 20 : « J’ai 66 ans et je suis vierge ! Mes boys, ce sont mes chats. J’en ai une soixantaine ». « Je suis ici depuis 8 ans, et ce n’est pas parce que c’est le dernier endroit libre des États-Unis que c’est bien » – Papa Cat. 66 ans.

Photos 22 à 25 : Bar de Spider et sa famille. « Je suis propriétaire des lieux depuis 7 ans. J’ai racheté ce bar à Georges ». « Je sais à peine lire et écrire, j’ai arrêté l’école à 12 ans. Ici, je réalise mon rêve, je suis heureux ». « Avant, je ne connaissais pas mes voisins ; ici, je connais tout le monde et tout le monde me respecte. Je suis quelqu’un » – Spider. 62 ans

Photos 27 à 30 : « Mon mari et moi vivons à Slab City depuis 7 ans mais ça fait 5 mois que nous avons emménagé ici. A la ville, je travaillais dans une station-service, je faisais des petits boulots. Nous survivions. Nous préférons vivre ici ». « Nous décorons notre maison avec ce que nous trouvons dans le désert. Nous aimerions ouvrir un musée. Tu es le quatrième visiteur » - Christina. 38 ans.