lundi 31 mai 2021

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Variations chromatiques et borroméennes

Note sur les dernières œuvres de Nicole Sottiaux

, Jean-Louis Poitevin et Nicole Sottiaux

Nicole Sottiaux se retrouve à nouveau sur le devant de la scène avec un livre à venir aux éditions lelivredart et pour lequel elle lance une souscription que nous soutenons. En effet, avec ce livre sera proposé en cadeau l’ouvrage que lui a consacré Jean-Louis Poitevin et publié aux éditions TK-21.
Les deux nouvelles séries, qu’elle présente aujourd’hui, Objêtre et Utéron le nœud prolongent et amplifient sa recherche autour des nœuds borroméens, de la gémellité et des ressorts de la psyché que révèle l’insistance des mots à faire remonter de l’oubli des figures complexes qui structurent et la pensée et l’espérance.

Le double qui nous constitue

Notable est l’évolution de la palette de Nicole Sottiaux dans ses nouvelles œuvres qui toutes tournent autour de l’insondable et rayonnant mystère de la provenance. Un vert, un bleu, un orange, et des tonalités plus claires indiquent que le chemin vers le trou noir de l’origine constitue un éclairage puissant qui permet d’accéder à une pulsation provenant de l’autre côté de la vérité, là où le commencement se défaisant à peine, le double émerge qui nous constitue et que nous oublions.

La chance de Nicole Sottiaux, c’est que ce double elle l’a connu-perdu en l’instant d’une naissance partagée. Cette jumelle morte à la naissance l’a hantée certes comme un fantôme mais comme un fantôme aidant, comme si de cette sœur inconnue et trop réelle émanait une parole d’accueil et de soutien qui l’avait accompagnée tout sa vie.

Utéron le nœud 20, dit l’Autre renoué
Huile sur toile 100 100 cm, 2019

Savoir cela, et parvenir à l’accepter, à le comprendre, à le vivre enfin, c’est ouvrir une porte qui donne sur des « images » dont le statut ne cesse de nous interpeller. Et c’est là toute la puissance du travail de Nicole Sottiaux, créer des images qui sont à la fois des peintures, des tableaux, des représentations de nœuds, une tentative de faire apparaître l’autre face de l’oubli, l’icône d’une absente et comme elle le dit elle-même, l’image d’une « insépulcrale disparition ».

Utéron le nœud 16, dénouement pénultième
Huile sur toile, 100 x 100 cm, 2109

Et, ainsi, c’est à une approche de ce double en nous, de ce toujours actif deuxième hémisphère qui nous hante, – car nous ne parvenons pas à détecter lequel des deux nous guide et si c’est celui dans lequel nous prétendons exister en tant que personne – que nous conduit Nicole Sottiaux. Certes, il y a longtemps qu’il a été diffracté en de multiples figures et il semble bien improbable que l’on puisse désormais identifier lequel abrite le dieu en nous, mais il est toujours possible de vivre des expériences telles qu’elles réveillent en nous la vitalité de ce double. Simplement, alors, il se confond avec le double avec lequel l’expérience a eu lieu.

Objêtre 16, dit la Séparation
Huile sur toile, 130 x 97 cm, 2017

L’image dans le tableau

Un tableau, lorsque la peinture s’élève à un certain niveau de complexité et de synthèse, comme c’est le cas ici, est inévitablement une synthèse d’histoires, et non pas seulement la synthèse d’une histoire. Ce qu’il met en scène, alors, c’est la possibilité d’un devenir et non la seule conclusion d’un voyage. Il synthétise le voyage et de le faire comme de le regarder ouvre de nouvelles voies à la compréhension des choses, de soi, du monde. Les choses sont des êtres devenus mots qui se forment dans la nuit du crâne. Le soi se révèle habité par des personnages distincts à la puissance magique incontournable. Le monde est hanté par une infinité de fantômes. Et la tâche de chacun est d’identifier le ou les fantômes qui marchent à ses côtés et de poursuivre, yeux grands ouverts, le chemin de la vie à leur côté.

Objêtre 15, dit l’Objêtre ange n°1
Huile sur toile, 130 x 97 cm, 2017

Sœur jumelle morte à leur naissance commune, nœuds borroméens comme incarnation du semblant dans la consistance des choses, couleurs comme manière de rendre compte de l’unité multiple du monde, voilà ce qu’il faut à Nicole Sottiaux pour peindre. Et à regarder ce qu’elle produit encore et toujours, elle qui s’est mise à la peinture à l’âge où les autres commencent à trouver un repos bien mérité suite à une vie de labeur, nous permet de comprendre de quoi est constituée une image et pourquoi elle peut agir sur nous lorsque nous regardons un tableau.

Utéron le Nœud 1
Huile sur toile, 100 x 100 cm 2018

L’image est ce qui se cache dans le tableau en le constituant, l’occulté qui affleure et se manifeste au-delà de lui-même, le retenu qui explose dans le contenu et l’histoire qui se condense pour ne pas échapper, cette fois aux divers processus d’occultation que le cerveau comme la société mettent en œuvre soi-disant pour nous empêcher de souffrir.

Or c’est le contraire qui arrive, non pas que la souffrance s’estompe mais qu’elle se métamorphose en une sorte de joie incalculable. Alors, l’image qui était ce que l’on tente pour y voir clair dans le tombeau ouvert se révèle être ce tombeau même à l’instant où il s’ouvre.

Alors, il n’y a plus qu’à regarder pour enfin voir.

Souscription par internet (paiement sécurisé par carte) : www.lelivredart.com/project/sottiaux

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