jeudi 29 décembre 2022

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The Line -

The Line - Nous sommes les poètes du vent

, Linea Nihilo

Nous sommes les poètes résistants

Nous parlons dans le vent
Nous parlons le vent

Ça fait déjà 3 jours que je n’ai aucune réponse du Cercle.

Fébrilement, je tape sur mon terminal dédié que j’ai hacké pour raconter mon histoire. Pour transmettre notre quête au cas où le pire serait arrivé.

L’action était prévue pour demain.

Le grand jour

La grande réunion

Le Carré devait nous rejoindre au point nodal, 2, 7, 22, 7 puis, de proche en proche, le Plan, le Point, le Croissant, la Tour, la Flèche et jusqu’à l’Infini (s’il existe vraiment) à la toute fin.

Depuis la Ligne, je tape sans relâche mes messages dans mon couloir de service, au 220e sous-sol de la Station Mektoub Centre est. Le circuit d’alimentation qui circule sous le désert, amenant l’eau dessalée de ville en ville, de monade en monade, nous sert de vecteur. En agissant sur la pression des tuyaux, en réglant le robinet de répartition, on obtient des gouttes dont la taille et le rythme nous sont langage.

Nous parlons avec l’eau, nous poursuivons un idéal. Nous voulons crier dans le vent. Nous sommes les résistants de l’eau, nous seront les poètes du vent. Le vent mystique figure, litote poétique, pilier de la mythique Poésie… Nous prouverons qu’il existe vraiment. Nous vivrons sous le vent, criant aux 7 vents nos mots chantants. Nous quitterons enfin la langue de l’eau pour retrouver la parole vraie hors de nos villes en souterraines, de nos villes sans air.

Parcourant le désert, formant horde de poésie, nous déclencherons la grande sortie, le retour au monde, la seconde naissance.

Tout ça, c’est venu de la découverte d’un tesseract dans les sous-sols du Point. La cache était remplie de memoriae et il y avait un Livre. Un objet dont personne ne croyait à l’existence. Le miracle, c’est que parmi les conducteurs de pression, quelqu’un connaissait la langue du livre. Une obscure tradition familiale… Nous avions déjà mis au point notre système de transmission à partir d’une combinatoire de courtes et de longues. On les faisait passer par les gouttes. On a appelé ça pliquer.

Je plique à tout va depuis que la communication s’est interrompue, mais le désespoir me submerge. Si le Cercle est tombé, la chaine de communication est rompue. Notre action, si minutieusement organisée dans le secret des couloirs de service qui sont notre unique horizon, est compromise. Les étages supérieurs, ceux qui sont à la lumière, près des jardins, ne tolèreraient pas notre aspiration à la beauté. Nous devons rester en bas, c’est notre condition. Sans doute quelque manquement aux Règles d’un lointain ancêtre nous aura-t-il valu cette vie de misère, d’esclavage, entièrement vouée à l’entretien et au confort des étages supérieurs.

J’attends.

Je rêve, parfois, à la poésie qui sera mienne, dehors, dans le grand vent.
Une possession sans possession, pour moi, qui ne possède rien ici, que le devoir de régler sans cesse la pression de l’eau. Un tour à gauche, quart de tour, droite, retour, quart de tour, gauche, cheveux gauche, droite, demi cheveux, attention, alarme. La pression a ses raisons, que ma raison…

Dans les interstices, les quarts de poils, je plique. Je plique et les réponses, quand elles s’écrasent au sol de béton sous la conduite altérée, laissent une trace de calcaire qui est mon archéologie personnelle. L’histoire de mes amitiés, de mes élans vers ceux, là-bas, qui partagent mes aspirations, inspirations langagières à la culture que nous avons tous découverts après l’ouverture du tesseract par celleux du Point. Leur engagement dans le partage et l’enseignement fut une merveille pour nos vies si rétrécies. La découverte de la possibilité d’un jeu si engageant avec le langage fût pour nous tous, une sorte de renaissance. Les années d’apprentissage en secret, au goutte à goutte, quelque chose de merveilleux. Mais maintenant, il nous faut plus. Nous avons découvert dans les textes du tesseract, l’existence du vent. Une sorte de déplacement de l’air dont les variations sont une langue que seuls les Poètes véritables peuvent comprendre. Nous allons sortir, nous parlerons la langue du vent.

Plic plic ploc

Je ne reçois plic

Ploc ploc ploc plic plic plic

Je rêve à la poésie qui sera mienne, dehors, dans le grand vent. J’attend la réponse

Plic plic plic ploc ploc ploc plic plic plic

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