dimanche 31 octobre 2021

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Stan Neumann, un parcours, une œuvre II/III

Du montage à la réalisation

, Comité de rédaction

Dans la deuxième partie de l’entretien que nous a accordé Stan Neumann, il aborde à sa manière toujours modeste, toujours exigeante, toujours précise et toujours efficace ce qu’il en est pour lui du travail de réalisateur.

On suit à la fois le chemin qui l’a mené du montage à la réalisation et les voies qu’il parcourt de film en film, chacun répondant à une question qu’il se posait. Que des films soient « de commande » n’a jamais empêché qu’ils les réalise à partir de questions à la fois personnelles et relatives à ce que l’on pourrait appeler le double fond éthique et esthétique qui porte toute entreprise cinématographique digne de ce nom.

Les questions qu’il se pose ne forment jamais directement le sujet de ses films. Le fait de travailler toujours « sur » un sujet (le Paris haussmannien) une figure de l’histoire (Klemperer, Nadar) de la littérature (Seebald), etc., cela lui offre d’être de plain-pied avec ces questions. Celles qu’il se pose, lui, sont relatives à la manière de faire du cinéma. Ainsi la différence entre cinéma de fiction et cinéma documentaire, qui est elle-même l’objet d’un questionnement idéologique fort, ne lui semble pas pertinent. Car comme il le fait remarquer, « tout cinéma est fiction » puisqu’il s’agit toujours à chaque fois d’articuler image et donc, texte et donc mots dits, son et spatialisation non visuelle du contexte. Et plus encore, tout cinéma est fiction car tout filme même documentaire raconte et est donc une fable quel que soit le matériau utilisé.

Ce que Stan Neumann nous permet de comprendre à travers cet entretien, c’est que pour lui un film n’est pas une manière de mettre en scène des idées préexistantes, mais une tentative de comprendre quelque chose sur un sujet en faisant le film. Pour lu un film est un regard porté sur tel ou tel aspect du monde et pas l’imposition d’un « regard » prédéterminé à des spectateurs devenant ainsi réceptacles de la vision d’un autre. Il emmène ceux qui voient ses films dans le voyage qu’il effectue en faisant le film. Filmer c’est tenter de mieux voir le monde de mieux le comprendre.

Et pour cela par exemple, dans le film sur Klemperer et la LTI, il prend acte du fait que pour lui les objets, et c’est ce qu’il film, sont plus porteurs d’humanité que les hommes eux-mêmes.

Et pour échapper à la tentation d’imposer une vision à travers un film au lieu d’accompagner des regards dans la découverte de ce qu’il montre, il ne revient jamais filmer deux fois dans la même zone historique.

Ainsi se dessine au fil de l’entretien néanmoins quelques constantes qui animent ses oeuvres : découvrir, partager, raconter, associer ds fragments narratifs comme autant de petits cailloux, plutôt que de construire des « grandes » narrations, croire au cinéma comme à un medium capable de s’emparer de n’importe quoi, image fixe, texte, livre, parole vive, faire des films réputés au départ « impossibles », bref ! Toujours filmer avec un régime d’intensité maximal !

Le prochain et dernier épisode portera sur son dernier opus, un ensemble de films sur le monde ouvrier.