samedi 29 février 2020

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Pour les sculptures d’Awena Cozannet

, Laëtitia Bischoff

À l’occasion de la résidence de l’artiste Awena Cozannet et de son exposition « Ce qui nous rassemble » au Palais de l’Ile d’Annecy ouverte au public à partir du 18 février 2020, discourons quelque peu sur ce matériau qui la travaille - et réciproquement - depuis une vingtaine d’années …

Le tissu est un organe qui se déploie pour singer la montagne et les fleuves et les lits qui la parcourent. Le tissu est un organe qui respire encore, de nouveau, maintenant qu’il s’est défait des mains de l’artiste. Le tissu, voyez son souffle, il caracole en circuit clos. Il ne porte pas la marque de l’humain, il vit seul. Et cette fin d’Homme, en ces sculptures, c’est de nouveaux êtres, emplis de vie, c’est à dire pleins de corps et d’intentions. Le tissu est peau et squelette, sang et poil, gargouillis et cris, tubes et doigts. Le tissu n’a pas de gueule mais il a un son, il possède une démarche sans membres. Le tissu voyage jusqu’aux masses de roches, jusqu’aux flux d’eau, cet empire pour lequel il travaille. Il est un émissaire pour la fonte de la figure humaine agissante et vagabonde. Le tissu devient programme informatique, avec lui se créent de nouvelles références, d’autres mondes où notre espèce s’est oubliée, où elle s’est effacée elle-même du paysage dont elle rêvait.

Ce qui nous rassemble
Annecy, 2020, photo Awena Cozannet 1M

Frontispice : Ce qui nous rassemble, Annecy 2020, photo Awena Cozannet.