mercredi 29 août 2018

Accueil > Les rubriques > Voir & écrire > Note d’introduction sur le colloque Corps, encore…

Note d’introduction sur le colloque Corps, encore…

, Olivier Muzellec et Pascale Weber

Ce colloque, intitulé Corps, encore... s’est déroulé les 8, 9 et 10 juin à Roubaix, en marge de l’exposition éponyme.
La manifestation s’est tenue au Non-Lieu, un espace patrimonial, l’ancienne usine Cavrois-Mahieu qui porte la mémoire de la production textile de la ville. Ces rencontres rassemblaient entre autres des artistes, des performeurs, des théoriciens et des chercheurs.

Le thème de ces rencontres portait sur le corps, sa présence, sa représentation, sa dimension symbolique comme ses aspects les plus triviaux et sa mise à l’épreuve dans la production artistique contemporaine.
Les révolutions portées par Duchamp sur le regard, par Artaud sur le cri du corps, ou De Kooning sur la sensation, par Louise Bourgeois sur le lien entre création, subconscient et réactivation des souvenirs, les Actionnistes ou Gina Pane sur la mise à l’épreuve et les seuils de tolérance du corps, Carolee Schneeman sur la chair...ne sont que quelques exemples marquants qui permettent d’interroger ce que nous refusons encore souvent de voir quant à notre rapport au corps pulsionnel.

Angelica de Carvalho

Plus récemment les œuvres de Paul McCarthy, Jan Fabre, Xavier Leroy, Deborah De Robertis, Marina Abramovic, Heather Hansen... témoignent combien les pulsions du corps sont forces de compréhension et de renversement dans l’histoire de l’art : fonctions d’objet et de sujet interchangées, gestes et mouvements du corps devenus objets artistiques et poétiques.
Le titre de ces rencontres, Corps encore…,évoque à la fois le rapport du corps à sa propre perte et le corps insaisissable, conscient et inconscient, visible et invisible, présent et fuyant…
Trois tables rondes se sont succédées déclinant des formes de débordement du corps : Pulsion, Répulsion, Dévoration.
Ces termes sont à comprendre comme des invitations à penser le corps par le corps, à partir de lui et non comme entité illustrant un état, jouant un geste ou une qualité suggérés par le discours.

Bertrand Gadenne

Comment faire parler ce corps qui résiste à la logique discursive ? Comment parler en effet sans d’emblée manquer son but ?
Notre parti-pris fut de confronter des expériences et des points de vue variés pour amorcer des pistes de réponses tissées entre les différentes interventions, entre le corps morcelé du théâtre de Gao Xingjian et les photomontages de Reed 013, entre les performances de Steven Cohen et l’installation La quantité de sang pompée par le cœur humain en une heure et vingt-huit minutes de Laurence Dervaux, entre le rappel historique du genre performatif et l’humour du corps ventriloque, la poésie d’un corps relié à son environnement et la disparition de ce corps des espaces détruits par les catastrophes nucléaires, sans oublier la morale, la violence des conventions genrées et l’ensemble des contraintes imposées par la société sur les tenues et agissements convenables, sur le rôle des pratiques somatiques dans la libération et la réappropriation du corps par le corps, la résilience et le plaisir…
Le sujet du corps ne finit pas de déborder et met en échec tout autre langage. Des mots qui en vain cherchent à atteindre le corps, mais qui, comme lui, ne renoncent pas à l’impossible.

Chang Yu Lin

*

LE NON-LIEU, association créée à Roubaix en 2002, travaille autour du lien entre le patrimoine, les mémoires collectives et la création artistique. Son territoire d’origine l’a naturellement conduit à creuser la question du patrimoine industriel.
Le Non-Lieu développe une démarche militante et transdisciplinaire qui se singularise par quelques lignes d’exigence récurrentes : l’intégrité des lieux et des supports patrimoniaux, la sollicitation et l’hommage aux mémoires collectives vivantes, la prise en compte de ces deux sources comme inspiration d’une création artistique faisant sens. Les actions de l’association naissent de rencontres fortes, de l’envie de réaliser des projets originaux hors norme.
Le Non-Lieu a un lieu : un morceau de l’Usine Cavrois-Mahieu, ancienne filature de laine comme il y en avait tant dans l’ancienne capitale textile. Dans ces locaux qu’elle a sauvés de la démolition et dont elle est devenue propriétaire, l’association développe des activités artistiques et culturelles en dialogue avec les traces du passé industriel.

Laurence Dervaux


Le Non-Lieu
Usine Cavrois-Mahieu
117 rue Montgolfier
F-59100 Roubaix
00 33 20 80 99 68
contact@non-lieu.fr

www.non-lieu.fr